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-The Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of
-2), by Maxime de La Rocheterie
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of 2)
-
-Author: Maxime de La Rocheterie
-
-Release Date: November 13, 2016 [EBook #53503]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
-
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-
-
-Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
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- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │
- │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │
- │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │
- │ │
- │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │
- │ │
- │ Voir la note plus détaillée à la fin de ce livre. │
- │ │
- │ La Table des Matières se trouve en fin de livre. │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
- PAR
-
- MAXIME DE LA ROCHETERIE
-
- TOME DEUXIÈME
-
- [Illustration]
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER
- PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
-
- 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35
-
- 1890
-
- Tous droits réservés
-
-
-
-
-HISTOIRE
-
-DE
-
-MARIE-ANTOINETTE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
- Les États généraux.—Impopularité de la Reine au milieu de
- l'enthousiasme général.—Ouverture des États
- généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies qui
- s'éteignent.—Mort du premier Dauphin.
-
-
-Nous abordons maintenant la période militante de la vie de
-Marie-Antoinette. Nous le ferons, comme pour le reste de cette
-histoire, avec la plus complète impartialité, mais avec une impression
-de mélancolie que nous ne ressentions pas au même degré dans la
-première partie de ce travail. Jusqu'ici, malgré les nuages passagers
-qui assombrissent son ciel bleu, malgré de noirs pressentiments et des
-tristesses contenues, nous avons vu la Reine relativement heureuse:
-elle a encore pour elle l'éblouissement de la jeunesse et la majesté
-de la couronne. Si l'on marche à l'abîme, on y marche lentement, et
-l'éclat du trône, le rayonnement de la maternité dissimulent à demi
-le gouffre béant. Aujourd'hui, les voiles se déchirent; le danger
-apparaît, pressant, inexorable, et, sur le front même de la mère, un
-nouveau rayon va s'éteindre. La reine de Trianon a disparu; la reine
-de Versailles va disparaître; voici venir la reine des Tuileries, en
-attendant la reine du Temple et de la Conciergerie. La souveraine
-se dépouille, mais la femme grandit; son caractère se retrempe, et
-l'épreuve la transfigure. Toutes les qualités vigoureuses, contenues en
-germe dans sa nature, et que la bonne fortune avait comme cachées sous
-le vernis plus séduisant des qualités aimables, la dignité fière, la
-vaillance intrépide, le mépris du danger, l'élan, l'indomptable fermeté
-d'âme se développent et s'accusent en saillie; la femme élégante fait
-place à la femme forte; le pastel de Boucher devient une peinture de
-Rembrandt et, pour nous servir du mot de Mirabeau, à partir de 1789,
-auprès du Roi, il n'y a plus qu'un homme, c'est la Reine. Si le génie
-politique ne fut pas à la hauteur du caractère, si Marie-Antoinette,
-malgré son viril courage, s'épuisa en efforts impuissants et souvent
-mal conçus, c'est que, pour dominer des situations aussi difficiles
-que la sienne, le courage ne suffit pas; il faut avoir été préparé à
-la lutte par une éducation et une expérience qui lui manquèrent[1];
-c'est aussi peut-être que, dans les insondables desseins de sa justice,
-Dieu se réserve parfois des victimes éclatantes et pures, dont la chute
-commande le respect.
-
-Et cependant, au printemps de 1789, qui eût pu prévoir ces sanglantes
-extrémités? Tout était à l'espérance; on rêvait de l'âge d'or. Il est
-difficile aujourd'hui de se faire une idée du tressaillement qui
-s'était emparé de la France, à l'approche des États généraux. A tout
-prendre, quels qu'eussent été les désordres qui avaient précédé, quels
-que fussent les germes de discorde contenus dans certains cahiers, ce
-qui dominait dans cette émotion, c'était la confiance. La nation, qu'un
-siècle de révolutions n'avait point encore rendue sceptique, avait foi
-dans cette monarchie qui l'avait faite, dans cette dynastie sortie
-de ses entrailles, qui lui avait donné, avec Henri IV, la paix; avec
-Louis XIV, la gloire. Elle avait foi dans ce souverain, jeune encore,
-qui n'avait jamais eu d'autre préoccupation que celle du bonheur de
-son peuple et qui ne demandait qu'à lui faire l'abandon de son pouvoir
-absolu, «le meilleur de tous les rois», disait un cahier[2], et dont
-tous célébraient «la bonté paternelle»; dans «l'immortel Necker[3],»
-ce ministre «si précieux à la France[4],» cet habile financier que
-l'opinion publique non moins que le choix du monarque avait porté au
-pouvoir; dans ce Tiers-État qui, sans être appelé pour la première
-fois, comme on le répétait faussement, à la vie publique, semblait
-destiné à prendre dans les affaires, grâce à sa double représentation
-et avec l'assentiment de la royauté, une part prépondérante; dans
-ces privilégiés même, qui paraissaient prêts à sacrifier tout au
-moins leurs privilèges pécuniaires. De tous côtés on saluait avec
-enthousiasme cette ère nouvelle qui s'ouvrait. Avec un Roi ferme, avec
-un homme d'État sachant ce qu'il voulait et déterminé à l'accomplir,
-cette confiance était une force incomparable. Avec un prince faible
-comme Louis XVI, avec un ministre irrésolu comme Necker, elle était un
-effroyable danger. L'opinion, surexcitée par l'anarchie des six mois
-qui avaient précédé la réunion des États, disposée par son inexpérience
-à accepter toutes les utopies, poussée par son caractère propre à en
-vouloir la réalisation immédiate, devait avoir des exigences d'autant
-plus grandes qu'on lui promettait davantage, des impatiences d'autant
-plus irritables que ses espérances étaient plus vives et paraissaient
-plus fondées.
-
-Au milieu de cette satisfaction générale, il y avait un point noir:
-c'était la Reine. Les acclamations qui saluaient le Roi se taisaient
-devant sa femme. La calomnie avait fait son œuvre, et tous ces nobles
-de province, ces curés de campagne, ces bourgeois de petites villes,
-qui composaient l'immense majorité des Etats, arrivaient des extrémités
-de la France, imbus des plus détestables préjugés contre l'infortunée
-princesse. Les pamphlets que la malignité avait vomis contre elle, ces
-rumeurs vagues et mystérieuses qui circulent partout, colportées à
-voix basse sans qu'on puisse saisir d'où elles émanent, d'autant plus
-dangereuses qu'elles sont plus vagues, d'autant plus acceptées qu'elles
-sont plus méchantes et plus absurdes, avaient si souvent répété que la
-Reine était l'auteur de tout le mal, qu'on s'était habitué à voir en
-elle, avec la cause du déficit, le seul obstacle sérieux à des réformes
-efficaces. «La Reine pille de tous côtés, pour envoyer même, dit-on, à
-son frère l'Empereur,» écrivait, en 1787, sur son registre paroissial,
-un prêtre du Maine[5], et il attribuait à ces dilapidations prétendues
-le motif de la réunion des Notables. Si, dès 1787, de pareils bruits
-avaient pénétré jusqu'au fond des campagnes et trouvé créance près
-d'hommes éclairés comme le curé Boucher, on juge de ce que cela devait
-être deux ans plus tard, en 1789, lorsque la convocation des États
-généraux eut surexcité les esprits. Qu'il se rencontrât sur la route de
-ces Etats des obstacles inévitables, que des promesses imprudentes ne
-pussent se réaliser, que les réformes annoncées échouassent, c'était à
-Marie-Antoinette que les impatiences de l'opinion et la malveillance
-toujours en éveil devaient s'en prendre: on lui imputerait tout le mal
-qui se ferait, tout le bien qui ne se ferait pas.
-
-Les symptômes de cette méfiance éclatèrent dès le début. «Les députés
-du Tiers, raconte Mme Campan, arrivaient à Versailles avec les
-plus fortes préventions contre la Cour. Les méchants propos de Paris
-ne manquaient jamais de se répandre dans les provinces; ils croyaient
-que le Roi se permettait les plaisirs de la table jusqu'à des excès
-honteux; ils étaient persuadés que la Reine épuisait les trésors de
-l'Etat pour satisfaire au luxe le plus déraisonnable; presque tous
-voulurent visiter le Petit Trianon. L'extrême simplicité de cette
-maison de plaisance ne répondant pas à leurs idées, quelques-uns
-insistèrent pour qu'on leur fît voir jusqu'aux moindres cabinets,
-disant qu'on leur cachait les pièces richement meublées. Enfin ils en
-indiquèrent une qui, selon eux, devait être partout ornée de diamants,
-avec des colonnes torses mélangées de saphir et de rubis. La Reine
-ne pouvait revenir de ces folles idées et en entretint le Roi qui,
-à la description que ces députés avaient faites de cette chambre
-aux gardiens de Trianon, jugea qu'ils cherchaient la décoration de
-diamants de composition qui avait été faite, sous le règne de Louis XV,
-pour le théâtre de Fontainebleau[6].»
-
-Le 4 mai, eut lieu à Versailles la procession solennelle qui devait
-précéder l'ouverture des États généraux. On ne croyait pas alors qu'il
-fût inutile d'appeler la bénédiction de Dieu sur les travaux d'une
-grande Assemblée; la cérémonie religieuse préludait à la cérémonie
-politique. Le temps, pluvieux la veille, s'était mis au beau[7]; une
-foule énorme de peuple remplissait les rues; les fenêtres, louées à
-prix d'or, étaient garnies de curieux, accourus de toutes parts. A dix
-heures, le Roi quitta le Château, accompagné de la Reine, de la famille
-royale et des principaux officiers de la couronne, pour se rendre en
-grand équipage à l'église Notre-Dame. «Les chevaux, magnifiquement
-harnachés, avaient la tête couverte de hauts plumets. Toute la Maison
-du Roi, les écuyers, les pages à cheval, la fauconnerie, l'oiseau
-sur le poing, précédaient le superbe cortège[8].» Dans l'église, les
-députés attendaient: le Tiers, vêtu de noir, avec un petit manteau
-de soie, cravate de mousseline blanche, cheveux flottants et chapeau
-retroussé de trois côtés, sans ganse ni boutons, ce qu'on nommait
-alors chapeau clabaud[9]; la Noblesse, en manteau à parements d'or
-et chapeaux relevés à la Henri IV, avec plumes blanches; le Clergé,
-en soutane et grand manteau, les cardinaux en chape rouge, les
-évêques en rochet et camail, soutane violette et bonnet carré[10]. La
-procession commença, le Tiers en tête, sur deux lignes parallèles,
-puis la Noblesse, puis le bas Clergé; les évêques entouraient le
-Saint-Sacrement[11], porté par l'archevêque de Paris, sous un dais
-somptueux, dont Monsieur, le comte d'Artois, le duc d'Angoulême et le
-duc de Berry tenaient les cordons. Derrière le dais, marchait le Roi,
-en habit de drap d'or couvert de pierreries, un cierge à la main[12].
-Près de lui, la Reine, magnifiquement vêtue, la coiffure entrelacée
-de fleurs de couronnes impériales[13]. «Son air triste, dit un témoin
-oculaire, ajoutait encore à son maintien si noble et si digne[14].»
-
-Le cortège s'avançait à travers les rues garnies de riches tentures,
-entre deux haies de troupes, formées par les gardes françaises et les
-gardes suisses, au milieu d'une foule innombrable de spectateurs. Des
-chœurs, disposés de distance en distance, faisaient retentir l'air
-de leurs accords. «Les marches militaires, le bruit des tambours, le
-son des trompettes, le chant noble des prêtres, tour à tour entendus
-sans discordance, sans confusion, animaient cette marche triomphale de
-l'Eternel[15].»
-
-Lorsque la députation du Dauphiné passa, des acclamations frénétiques
-la saluèrent; elles reprirent avec plus de force à la vue du duc
-d'Orléans, qui, dédaigneux de se ranger parmi les princes du sang,
-avait affecté de prendre place parmi les députés de son bailliage[16].
-Démonstration menaçante qui renfermait au fond moins de sympathie que
-de haine; ce n'était pas le prince qu'on applaudissait, c'était la
-Reine qu'on voulait conspuer, et le ton même de ces cris en soulignait
-l'intention. «Des femmes du peuple, raconte Mme Campan, en voyant
-passer la Reine, crièrent: _Vive le duc d'Orléans!_ avec des accents
-si factieux» que, devant ces applaudissements, qui étaient une
-insulte, la pauvre femme faillit s'évanouir. On la soutint et ceux qui
-l'environnaient craignirent un moment qu'on ne fût obligé d'arrêter la
-marche de la procession. Elle se remit et eut, dit-on, un vif regret
-de n'avoir pu éviter les effets de ce saisissement[17]. Mais elle fut
-profondément blessée d'une manifestation dont elle sentait bien la
-portée et dont l'inconvenance avait froissé le sentiment chevaleresque
-d'un républicain. S'il faut en croire Gouverneur Morris, Mme
-Adélaïde eut le triste courage de joindre à cette explosion populaire
-l'ironie de ses sarcasmes[18].
-
-De Notre-Dame, le cortège se rendit à l'église Saint-Louis: les
-députés s'assirent sur des banquettes; le Roi et la Reine prirent
-place sous un dais de velours violet, semé de fleurs de lys d'or[19].
-Le Saint-Sacrement fut porté à l'autel au son de «la plus expressive
-musique[20]». L'archevêque de Paris célébra la messe; l'évêque de
-Nancy, Mgr de la Fare, prononça le discours. Lorsque l'orateur,
-au milieu de mouvements éloquents, vint à tracer le tableau des maux
-occasionnés par la gabelle, des battements de mains éclatèrent de
-toutes parts. Ce fait, inouï jusque-là, des applaudissements dans
-une église, en présence du Saint-Sacrement exposé, impressionna
-vivement les spectateurs qui en tirèrent des pronostics sinistres:
-on se demandait avec inquiétude si ceux qui avaient si peu de respect
-pour Dieu dans son temple en auraient plus pour la royauté dans son
-palais[21].
-
-Le lendemain, l'ouverture des États généraux se fit solennellement
-dans la salle des Menus-Plaisirs, qui avait déjà servi à l'Assemblée
-des Notables. La salle, magnifiquement décorée sur les dessins de
-Pâris, dessinateur du cabinet du Roi, offrait un coup d'œil imposant.
-Au fond, le trône garni de longues franges d'or; à gauche du trône,
-un grand fauteuil pour la Reine et des tabourets pour les princesses;
-à droite, des pliants pour les princes. Dans la longueur de la salle,
-à droite, des banquettes pour le Clergé; à gauche, pour la Noblesse;
-à l'extrémité, en face du trône, pour le Tiers-État. Tout autour, des
-gradins et des tribunes, remplis de plus de deux mille spectateurs.
-Entre neuf et dix heures, les députés commencèrent à arriver, puis les
-secrétaires d'État et les ministres, les gouverneurs de provinces, les
-lieutenants généraux, tous en grand costume. M. Necker seul, par une
-singularité qui voulait être et qui fut remarquée, était en habit de
-ville; il fut applaudi à son entrée. Comme lui, le duc d'Orléans et la
-députation du Dauphiné, déjà acclamés la veille, le furent encore ce
-jour-là. «Quelques mains, raconte Grimm, se disposaient à rendre le
-même hommage à la députation de Provence; mais elles furent arrêtées
-par un murmure désapprobateur dont l'application personnelle ne put
-échapper à la sagacité de M. le comte de Mirabeau[22].»
-
-Quand le Roi fit son entrée, toute la salle se leva, et les cris de
-_Vive le Roi!_ éclatèrent «avec l'effusion de cœur la plus touchante
-et l'attendrissement le plus respectueux». La Reine l'accompagnait,
-«mise à merveille, dit un témoin, un seul bandeau de diamants, avec la
-belle plume de héron, l'habit violet et la jupe blanche en pailleté
-d'argent[23].» Mais la même froideur menaçante, qui l'avait accueillie
-pendant la procession, l'accueillait encore dans la salle des Menus,
-malgré son émotion visible[24]. «Pas une voix ne s'élève pour elle,
-raconte Gouverneur Morris. Si j'étais Français, j'aurais certainement
-élevé la mienne; mais je n'ai pas le droit d'exprimer un sentiment et
-je sollicite en vain ceux qui sont près de moi de le faire[25].»
-
-Louis XVI lut son discours d'une voix ferme et avec une grande
-dignité[26]. Au moment de le commencer, il avait invité la Reine à
-s'asseoir; elle le refusa par une profonde révérence, et écouta debout
-comme toute l'assemblée[27]. Après ce discours, qui n'était qu'un
-appel à la sagesse et à la modération, et qui en donnait l'exemple, le
-garde des sceaux, M. de Barentin, rappela les sacrifices que le Roi
-avait faits et ceux qu'il était disposé encore à faire «pour établir
-la félicité générale sur la base sacrée de la liberté publique[28]».
-Il indiqua en quelques mots les réformes à opérer et les questions à
-résoudre, mais sans indiquer la solution et sans laisser pressentir que
-le ministère eût un plan, sauf la répartition de l'impôt et l'abandon
-des privilèges pécuniaires. Puis Necker, dans un rapport qui dura
-près de trois heures, exposa la situation des finances et accusa un
-déficit de cinquante-six millions. «Sa longue énumération de chiffres,
-dit l'éminent historien de Louis XVI, éteignit l'enthousiasme qu'avait
-produit le langage du Roi[29].» Des acclamations saluèrent pourtant
-encore la sortie du monarque; aux cris de _Vive le Roi!_ se mêlèrent
-même quelques cris de _Vive la Reine!_ Celle-ci y répondit par une
-révérence qui redoubla les acclamations[30]; mais il était aisé de
-remarquer, dit un témoin, que ces applaudissements étaient surtout un
-hommage rendu au Roi[31].
-
-Dès ce jour même, et à l'issue de la séance, les difficultés
-commençaient. Imprévoyance ou ignorance du cœur humain, on avait
-soulevé les passions, et mis les vanités aux prises, sans s'inquiéter
-même de diriger le conflit. En accordant au Tiers une double
-représentation, qui lui donnait ainsi un rôle prépondérant, on avait
-comme à plaisir irrité sa fierté. En abandonnant ce qui semblait être
-un des principes fondamentaux de l'ancienne constitution des Etats, on
-en avait conservé les formes les plus surannées. Par une réglementation
-puérile, par des différences de costume et d'étiquette, on froissait
-au dernier point l'amour-propre du Tiers, au moment même où l'on
-doublait son importance. Le mécontentement ne se fit pas attendre, et
-les prétentions s'affichèrent en même temps. Au lieu de se retirer,
-comme les deux autres Ordres, dans le local qui lui était réservé, le
-Tiers, après la séance royale, resta dans la chambre des Menus, s'en
-emparant en quelque sorte et semblant ainsi résumer et personnifier à
-lui seul les États généraux tout entiers. Puis la grosse question de
-la vérification des pouvoirs, de la délibération par ordre ou par tête
-se posa immédiatement, jetant un brandon de discorde entre les trois
-Ordres, soulevant les passions, aigrissant les esprits, amenant des
-représailles, qu'entretenaient encore les excitations du dehors, sans
-que le gouvernement, qui n'avait pas su prévenir ces tiraillements,
-intervînt d'une façon efficace pour les faire cesser. Ainsi commençait
-à se creuser, entre une royauté qui paraissait impuissante et une
-Assemblée qui tendait manifestement à s'emparer du pouvoir, le gouffre
-où devait sombrer la monarchie.
-
-Cette situation attristait profondément Marie-Antoinette. Vainement
-s'était-elle efforcée de se concilier les sympathies des députés.
-Vainement avait-elle ordonné que ses jardins de Trianon, ceux de
-Versailles, le Château, leur fussent ouverts à toute heure. Vainement
-avait-elle fait remettre à chacun d'eux une carte qui leur donnait
-entrée gratuite aux spectacles de la ville et de la Cour[32]. Les rares
-députés qui avaient cru pouvoir répondre à ces avances étaient signalés
-aux vengeances populaires comme des séides de la Reine et des ennemis
-de la nation. La pauvre souveraine était navrée et je ne sais quels
-pressentiments sinistres agitaient son esprit. Une anecdote, rapportée
-par Mme Campan, donne bien l'idée de ce douloureux état d'âme:
-
-«La Reine, dit-elle, se couchait très tard, ou plutôt cette infortunée
-princesse commençait à ne plus goûter de repos. Vers la fin de mai,
-un soir qu'elle était assise au milieu de la chambre, elle racontait
-plusieurs choses remarquables, qui avaient eu lieu pendant le cours de
-la journée. Quatre bougies étaient placées sur sa toilette; la première
-s'éteignit d'elle-même; je la rallumai bientôt; la seconde, puis la
-troisième s'éteignirent aussi; alors la Reine, me serrant la main avec
-un mouvement d'effroi, me dit: «Le malheur peut rendre superstitieuse,
-si cette quatrième bougie s'éteint comme les autres, rien ne pourra
-m'empêcher de regarder cela comme un sinistre présage.»....... La
-quatrième bougie s'éteignit.»
-
-«On fit observer à la Reine que les quatre bougies avaient été
-probablement coulées dans le même moule, et qu'un défaut à la mèche
-s'était naturellement trouvé au même endroit, puisque les bougies
-s'étaient éteintes dans l'ordre où on les avait allumées[33].»
-
-La Reine ne voulut rien entendre, et avec cette impression
-indéfinissable dont les cœurs les plus forts ne savent souvent pas
-se défendre aux heures de crise, elle s'absorba dans ses lugubres
-pressentiments.
-
-Les événements, hélas! semblaient donner raison à ces craintes
-superstitieuses. Quelques jours à peine s'étaient écoulés et la
-première de ces lumières qui paraissaient destinées à éclairer
-l'horizon de la France, allait s'éteindre. Le Dauphin mourait à Meudon.
-
-Une enfance délicate, une constitution rachitique, et plus encore
-peut-être cette précocité d'intelligence et ce développement du cœur,
-par lesquels il semble que la Providence veuille compenser la brièveté
-de la vie, faisaient depuis trop longtemps prévoir ce douloureux
-événement. Malgré les soins dévoués de la duchesse de Polignac, malgré
-l'existence au grand air et en toute liberté que la Reine avait voulue
-pour ses enfants, sans les aises qui amollissent et l'étiquette qui
-comprime, le jeune prince n'avait jamais pu acquérir la vigueur de
-tempérament qui paraissait l'apanage de sa famille, et que son jeune
-frère, le duc de Normandie, possédait au suprême degré. Etait-ce la
-conséquence de sa nature trop frêle, comme le pensait sa mère, ou
-la suite d'une inoculation mal réussie, dont l'éruption avait été
-brusquement interrompue par une émotion trop forte, comme l'a écrit le
-secrétaire de son gouverneur, le duc d'Harcourt[34]? Toujours est-il
-que, lorsqu'au moment de son passage des mains des femmes dans celles
-des hommes, le Dauphin, âgé de six ans, fut soumis, suivant la règle, à
-l'examen de la Faculté, les témoins durent constater avec tristesse une
-difficulté dans la marche, une tendance à la difformité, une faiblesse
-dans la constitution tout entière, qui ne permettait guère les longs
-espoirs[35]. Triste dès son lever, l'enfant ne reprenait un peu de vie
-qu'après sa toilette terminée, mais jamais la vie d'un enfant bien
-portant.
-
-«Mon fils aîné me donne bien de l'inquiétude, écrivait la Reine le
-22 février 1788... Sa taille s'est dérangée, et pour une hanche qui
-est plus haute que l'autre, et pour le dos dont les vertèbres sont un
-peu déplacées et en saillie. Depuis quelque temps, il a toujours la
-fièvre et est fort maigre et affaibli[36].» Mais, avec cette puissance
-d'illusions que l'amour donne aux mères, elle se figurait que ce
-n'était qu'un accident passager, dû à la dentition et à la croissance,
-et que le grand air triompherait de ces mauvaises dispositions, de
-même qu'il avait triomphé déjà de la faiblesse de Louis XVI, frêle
-dans ses premières années, comme l'était son fils[37]. L'enfant fut en
-effet établi à Meudon, au commencement d'avril. Sous l'influence du
-changement, du printemps, de l'air, de l'espace, il parut un moment
-se remettre; la gaîté, l'appétit revenaient; les forces augmentaient,
-et la pauvre mère se sentait renaître à la confiance[38]. Confiance
-bien fugitive, car, trois mois après, elle était réduite à écrire:
-«Mon fils a des alternatives de mieux et de pire, qui, sans détruire
-l'espérance, ne permettent pas d'y compter[39].» Le mal faisait des
-progrès rapides; le dos se voûtait; la taille se déformait; les jambes
-étaient si faibles que le jeune malade ne pouvait plus marcher sans
-être soutenu[40], ni se promener sans être monté sur un âne[41]. Les
-remèdes n'opéraient plus; la gangrène gagnait l'épine dorsale[42];
-la figure s'allongeait et prenait cette expression de douleur et
-d'angoisse qui navre tant chez un enfant. L'intelligence était nette
-encore; le goût de la lecture très vif; l'esprit semblait vivre aux
-dépens du corps[43]. Mais, sous l'aiguillon de la souffrance, le
-caractère s'était aigri, et s'il faut en croire Mme Campan, le
-prince témoignait une véritable antipathie à son ancienne gouvernante,
-Mme de Polignac[44]. Du moins restait-il d'une tendresse touchante
-pour sa mère[45]. On eût dit qu'avant de la quitter, il voulait lui
-donner tout ce qu'il avait d'affection dans le cœur. Il la suppliait de
-demeurer près de lui, et pour lui faire plaisir, elle restait parfois à
-dîner dans sa chambre. Hélas! la pauvre mère avalait plus de larmes que
-de pain[46].
-
-Le 4 mai 1789, ce ne fut que du haut d'un balcon de la petite écurie,
-couché sur un monceau de coussins, que l'héritier du trône put assister
-à la procession des États généraux[47]. Un mois après, il n'était plus.
-
-La veille de sa mort, vers quatre ou cinq heures du soir, comme son
-père venait de Versailles pour le voir, le duc d'Harcourt envoya son
-secrétaire supplier le prince de ne pas entrer. «Le Roi,» raconte un
-témoin oculaire, s'arrêta de suite en s'écriant, en sanglotant: «Ah!
-mon fils est mort!»—«Non, Sire, répondis-je, il n'est pas mort, mais
-il est au plus mal.» Sa Majesté se laissa tomber sur le fauteuil près
-de la porte. La Reine entra presqu'aussitôt, se précipita à genoux
-entre ceux du Roi, qui, en pleurant, lui cria: «Ah! ma femme, notre
-cher enfant est mort, puisqu'on ne veut pas que je le voie!» Je répétai
-qu'il n'était pas mort. La Reine, en répandant un torrent de larmes
-et toujours les deux bras appuyés sur les genoux du Roi, lui dit:
-«Ayons du courage, mon ami; la Providence peut tout, et espérons encore
-qu'elle nous conservera notre fils bien aimé.» Tous deux se levèrent et
-reprirent la route de Versailles[48].
-
-Et l'auteur de ce récit touchant, sans appareil et sans phrases,
-ajoute: «Cette scène fut pour moi admirable, cruellement douloureuse,
-et ne sortira jamais de ma mémoire.»
-
-Quelques heures plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin, l'objet de
-tant de joie, devenu l'objet de tant de larmes, n'existait plus, et le
-pauvre monarque écrivait sur son journal: «Jeudi 4, mort de mon fils à
-une heure du matin. La messe en particulier à huit heures trois quarts.
-Je n'ai vu que ma Maison et les princes à l'ordre.» Le 8, les honneurs
-furent rendus au Dauphin à Meudon; douze archevêques et évêques,
-accompagnés de douze curés, douze gentilshommes, vingt-huit membres
-du Tiers-État représentèrent leurs Ordres respectifs à cette triste
-cérémonie. Dès le 4, Bailly, doyen du Tiers-État, s'était présenté au
-Château, au nom de son Ordre, pour «témoigner au Roi la sensibilité
-des Communes sur la mort du Dauphin» et demander en même temps qu'une
-députation du Tiers fût reçue par le prince pour lui remettre à
-lui-même une adresse sur la situation des affaires, «les députés des
-Communes ne pouvant reconnaître d'intermédiaire entre le Roi et son
-peuple[49].»
-
-Il insista d'un ton si impérieux, dit Weber, et avec des paroles
-si pressantes, que le Roi, tout absorbé qu'il fût dans sa douleur,
-dut céder à ces exigences et recevoir dès le samedi 6 juin, avant
-même les funérailles du Dauphin, les députés du Tiers[50]; mais
-peu d'empiétements sur son autorité l'affectèrent autant que cette
-violation du sanctuaire intime de ses regrets: «Il n'y a donc pas de
-pères, dans l'assemblée du Tiers?» dit-il avec un amer serrement de
-cœur[51].
-
-Sept jours après, le 13 juin, le corps du Dauphin était transporté sans
-pompe à Saint-Denys. Il ne devait pas y reposer longtemps.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
- Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu de Paume.—La séance
- royale du 23 juin.—Prise de la Bastille.—Départ du comte d'Artois
- et des Polignac.—Le Roi va à Paris, le 17 juillet.—La nuit du
- 4 août.—Désordres en province.—Lettres de la Reine à Mme de
- Polignac.—Menaces de Paris contre Versailles.—Malouet propose
- vainement de transférer l'Assemblée à Compiègne.
-
-
-Les tristesses du père ne pouvaient faire diversion aux préoccupations
-du roi. Les difficultés, nées dès le début, s'aggravaient chaque
-jour et les dissentiments s'accentuaient. Le Tiers, d'une part, la
-Noblesse et le Clergé, de l'autre, étaient en lutte ouverte, et les
-efforts de Louis XVI pour amener l'entente avaient échoué. Le débat
-s'aigrissait de toutes les prétentions des uns, de toute la résistance
-des autres. Les hommes étaient rares qui voulaient, comme Malouet,
-travailler à la réunion des Ordres, sans l'imposer, par un accord
-commun. Le 17 juin, sur une motion de Siéyès, le Tiers, à la majorité
-de 491 voix contre 90, se déclarait _Assemblée nationale_. Devant
-cet empiétement, qui, suivant le mot juste de Malouet, affichait
-«une scission désastreuse[52]» le gouvernement ne pouvait pas garder
-le silence; il annonça une séance royale pour le 22 juin et fit, en
-conséquence, fermer jusqu'à ce jour la salle des Menus. Lorsque, le 20
-juin, le Tiers se présenta à la porte de la salle, des soldats lui en
-interdirent l'entrée. Sur la proposition du docteur Guillotin[53],
-les députés des Communes se réunirent dans la salle du Jeu de Paume.
-Irrités des refus qu'ils avaient essuyés, exaspérés par les bruits
-alarmants que la malveillance ne cessait de répandre sur les intentions
-de la Cour[54], emportés par un de ces entraînements contagieux
-auxquels résistent difficilement les assemblées nombreuses, ils firent
-le serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné, _avec ou sans le
-Roi_, sans s'inquiéter même de son assentiment, une constitution à
-la France[55]. Prétention audacieuse[56], que n'autorisaient ni les
-instructions de leurs mandants[57], ni les traditions du pays, ni les
-principes constitutifs des États généraux; «serment fatal»—le mot est
-de Mounier[58],—que ne tarda pas à regretter et à désavouer celui-là
-même qui en avait été le promoteur. Le courant était si irrésistible
-qu'un seul député, Martin, d'Auch, osa s'y opposer, et la populace, qui
-commençait déjà à affirmer la puissance, bientôt prédominante, de la
-rue, faillit lui faire payer cher cette courageuse et consciencieuse
-résistance[59].
-
-S'il faut en croire Malouet, il était temps encore, avec de l'énergie,
-avec un plan arrêté[60], de mettre un terme à des empiétements dont
-l'audace compromettait le succès des réformes sages et pacifiques,
-réclamées par les cahiers. Necker ne sut prendre que des demi-mesures,
-dont l'imprudente faiblesse était un encouragement pour les meneurs,
-en leur assurant, comme on l'a dit justement, une impunité qu'ils
-attribuaient à l'impuissance de punir[61]. La séance royale fut remise
-d'un jour; elle eut lieu le 23 juin, avec l'appareil, plus irritant
-qu'imposant, d'un lit de justice[62]. Des soldats et des gardes du
-corps environnaient la salle des États, et la forme impérative,
-employée par le Roi à plusieurs reprises, froissa les représentants du
-Tiers, surexcités par leur exaltation même et rendus plus forts par
-l'adhésion de 149 membres du Clergé, qui, la veille, étaient venus se
-joindre à eux.
-
-Le texte du discours, rédigé par Necker, avait été modifié au dernier
-moment dans un conseil[63], auquel avaient assisté Monsieur et le comte
-d'Artois, suspects au parti populaire. Mécontent de ces changements,
-qu'il désapprouvait, le ministre en profita pour s'abstenir d'assister
-à la séance royale, sacrifiant ainsi son devoir à sa popularité
-et paralysant le gouvernement, dont il était encore membre. Malgré
-des lacunes regrettables, la déclaration du Roi constituait un très
-réel progrès; elle réalisait une partie considérable des réformes
-réclamées par les cahiers et posait des principes qui, régulièrement et
-sagement développés, eussent conduit la France, lentement peut-être,
-mais sûrement, à la possession de ce régime constitutionnel dont elle
-poursuit vainement, depuis un siècle, l'établissement. Le consentement
-de l'emprunt et de l'impôt par les États, la publication chaque année
-du tableau des recettes et dépenses, la renonciation de la Noblesse
-aux privilèges pécuniaires, la garantie de la liberté personnelle et
-de la liberté de la presse, la suppression des douanes intérieures,
-la réforme de l'administration et de la justice, l'abolition de la
-taille et de la corvée, le remaniement de l'impôt du sel, la fondation
-d'États provinciaux, où le Tiers devait avoir double représentation, où
-les délibérations devaient avoir lieu en commun, étaient ou accordés
-ou promis. «Qu'on relève les déclarations de Louis XVI à la séance
-du 23 juin, a dit un écrivain distingué, on y verra le principe,
-le développement même de toutes les réformes politiques qui ont
-été écrites depuis dans les éditions si souvent renouvelées de nos
-constitutions et de nos chartes[64].» Mais le prince conservait la
-distinction des trois Ordres, et à un moment où la lutte entre ces
-Ordres et l'irritation contre les deux premiers tenaient le premier
-rang dans les préoccupations publiques, il se contentait d'inviter la
-Noblesse et le Clergé à délibérer en commun avec le Tiers «dans les
-affaires qui regardaient le bien général». Il restait dans le vague
-sur la question si débattue de la constitution et de la périodicité
-désirée des États généraux, maintenait les droits féodaux, gardait
-le silence sur l'admissibilité de tous aux emplois publics. Enfin,
-il laissait entendre que si, par des prétentions exagérées ou des
-difficultés hors de propos, l'accord entre les États et la royauté
-était rendu impossible, il était décidé à accomplir seul les réformes.
-«Toute défiance de votre part, disait-il, serait une grande injustice.
-C'est moi, jusqu'à présent, qui ai fait tout pour le bonheur de mes
-peuples, et il est rare peut-être que l'unique ambition d'un souverain
-soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses
-bienfaits.»
-
-Ce ton personnel et quelque peu menaçant, malgré tout ce qu'il y avait,
-au fond, de paternel dans la déclaration, irrita vivement des hommes
-tout enivrés encore de leur puissance nouvelle, mis en méfiance
-d'ailleurs par l'absence du ministre populaire. Le Roi fut écouté dans
-un morne silence. Lorsqu'il sortit, après avoir ordonné à l'assemblée
-de se séparer immédiatement, le Clergé et la Noblesse seuls le
-suivirent; les membres du Tiers restèrent dans la salle. «Messieurs,»
-s'écria Mirabeau, rendant ainsi un involontaire hommage aux généreuses
-et patriotiques intentions du souverain, «Messieurs, j'avoue que ce
-que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie, si les
-présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux.» La défiance
-était ainsi ranimée, les mécontentements réveillés, et lorsque le
-grand-maître des cérémonies, le marquis de Brézé, vint rappeler les
-ordres du Roi: «Nous sommes ici par le vœu de la nation, répondit
-encore Mirabeau: la force matérielle seule pourrait nous faire
-désemparer[65].» Et l'Assemblée, donnant raison au tribun qui, malgré
-la répugnance qu'il avait inspirée tout d'abord, commençait à conquérir
-sur elle une influence prépondérante, refusa de se séparer et se
-proclama inviolable.
-
-Ainsi était manqué l'effet de cette journée, d'où eût pu dater, sans
-secousses, l'ère de la liberté. Le soir, Necker donna sa démission.
-La Reine manda le ministre et le conjura de reprendre sa place.
-C'était elle qui l'avait fait rentrer au ministère; c'était elle qui
-lui demandait d'y rester. Le Roi ajouta le poids de son autorité aux
-instances de sa femme, et Necker donna un consentement qui s'accordait
-peut-être avec ses désirs secrets et qui lui valut un triomphe
-populaire[66].
-
-Mais ce retour de Necker n'était que momentané. Louis XVI ne pouvait
-guère reprendre en lui une confiance absolue, après son attitude au
-23 juin, et d'ailleurs sa naturelle irrésolution l'empêchait lui-même
-de suivre une ligne bien fixe. Les conseils contradictoires se
-pressaient autour de lui; le malheureux prince flottait au milieu de
-ces contradictions, penchant tantôt vers les concessions, tantôt vers
-la résistance, et détruisant souvent le lendemain ce qu'il avait fait
-la veille. Après avoir maintenu, le 23 juin, le droit pour les Ordres
-de délibérer à part, il engageait la Noblesse à se réunir au Tiers.
-Cette réunion eut lieu en effet le 28 juin, au milieu d'une explosion
-de joie. Versailles prit un air de fête; des cris de _Vive le Roi!_
-furent poussés sous les fenêtres du Château; et la Reine elle-même eut,
-ce jour-là, sa part des acclamations. L'enthousiasme était universel,
-et l'on entendait des naïfs s'écrier que la révolution était finie.
-
-L'illusion ne dura pas longtemps, et cette réunion tardive ne rendit
-la paix ni à l'Assemblée ni à la France. Bientôt, la fièvre qui
-embrasait les têtes, l'agitation qui menaçait de descendre dans la rue,
-les violences même dont quelques membres du Clergé et de la Noblesse
-avaient failli être victimes pour avoir résisté aux injonctions
-populaires, la récente insurrection des gardes françaises, avaient
-fait sentir le besoin d'avoir à la disposition du gouvernement une
-force suffisante. Le Roi réunit des troupes autour de Versailles, sous
-le commandement d'un des héros de la guerre de Sept ans, le maréchal
-de Broglie. Mais la désorganisation générale, qui avait envahi la
-société tout entière, n'avait pas épargné l'armée: «On n'est pas sûr
-des soldats,» écrivait, dès le 26 juin, le comte de Fersen[67]. Quoi
-qu'il en soit, au lieu de calmer les têtes, cette concentration de
-forces les exaspéra; l'Assemblée feignit de s'en alarmer et d'y voir
-un attentat contre son indépendance[68]. Elle réclama, par l'organe
-toujours enflammé de Mirabeau, le retrait des troupes. Le Roi, tout en
-protestant contre le projet de coup d'Etat qu'on lui prêtait, proposa
-de transférer les Etats à Soissons ou à Noyon. Peut-être y avait-il là
-une solution. L'Assemblée, éloignée des excitations de Paris, se fût
-montrée moins ardente, et le prince, qui ne demandait qu'un accord avec
-elle, eût vraisemblablement conclu cet accord. «Mais, disait Gouverneur
-Morris, en enregistrant cette nouvelle et en émettant cette hypothèse,
-le mal est plus avancé que les conseillers du Roi ne se l'imaginent, et
-il faut maintenant que les événements aient leur cours[69].»
-
-Quelle avait été, dans toutes ces mesures, la part de la Reine? En
-l'absence de documents positifs, émanés d'elle ou de ses confidents, il
-est assez difficile de l'établir d'une manière bien nette. En général,
-il faut se méfier singulièrement, pendant cette période tourmentée, des
-auteurs de mémoires ou de chroniques, qui supposent souvent sans raison
-et affirment sans autorité. On affecte habituellement de confondre
-dans un même parti, et les meneurs, à cette époque, confondaient dans
-une même haine la Reine et le comte d'Artois. Il ne faudrait pas
-oublier cependant qu'à l'occasion de la convocation des États généraux,
-un dissentiment grave avait éclaté entre Marie-Antoinette et son
-beau-frère. M. de Ségur raconte même que, dans la première entrevue
-qu'il eut avec la Reine, à son retour de Russie, cette princesse, après
-un long entretien où elle s'était exprimée avec une tristesse pleine de
-dignité[70], mais «sans aigreur», contre ceux de ses amis qui étaient
-alors à la tête du parti populaire, ajouta: «Je vois que, d'après ce
-qu'on vous a dit, vous me croyez fort éloignée de votre opinion. Mais
-demain vous aurez de mes nouvelles, et vous verrez que je ne suis pas
-aussi déraisonnable qu'on le suppose.» Et le lendemain, en effet, elle
-lui fit remettre par Mme Campan un paquet cacheté qui contenait un
-écrit de Mounier, le chef incontesté des constitutionnels modérés[71].
-Toutefois, étant données la fierté du caractère de la Reine et la haute
-opinion qu'elle se faisait du pouvoir royal, il est permis de penser
-qu'elle fut plutôt pour la résistance que pour les concessions. Mais
-il est probable aussi qu'absorbée alors dans la douleur causée par
-la perte récente de son fils, elle songeait plus aux larmes qu'à la
-politique, et que les chagrins de la mère entravèrent singulièrement,
-s'ils n'empêchèrent pas complètement, l'activité de la souveraine.
-
-Le 11 juillet, Necker recevait, sous une forme d'ailleurs très
-douce[72] l'ordre de donner sa démission, ou plutôt l'autorisation de
-se retirer, et s'éloignait en silence, avec une incontestable noblesse.
-Un nouveau ministère était constitué, sous la présidence du baron de
-Breteuil, avec le maréchal de Broglie à la guerre et M. Foulon au
-contrôle général. Cette nouvelle, promptement répandue, jette une
-extrême effervescence dans Paris. La foule se réunit au Palais-Royal,
-centre habituel des agitations. Camille Desmoulins s'élance sur une
-table, un pistolet à la main, arrache une feuille à un arbre pour
-s'en faire une cocarde, et tonne contre les ennemis de la nation. On
-porte en triomphe les bustes de Necker et du duc d'Orléans; on couvre
-d'imprécations les noms du comte d'Artois et de la Reine, auxquels
-on attribue le renvoi du ministre populaire. On assaille à coups
-de pierres les troupes réunies sur la place Louis XV. Le prince de
-Lambesc, irrité de voir ses hommes lapidés sans défense et menacés
-par la foule qui remplit les Tuileries, pénètre dans le jardin, avec
-un détachement, pour le faire évacuer. La foule s'enfuit, redoublant
-le désordre par sa précipitation et le tumulte par ses cris. Le bruit
-se répand partout qu'on égorge les citoyens inoffensifs; à défaut
-du cadavre qu'on trouve toujours dans les révolutions, on exhibe un
-blessé, et les soldats, auxquels les ordres les plus pacifiques ont
-été donnés, passent dans l'imagination populaire pour les massacreurs
-de peuple[73]. La multitude se porte à l'Hôtel-de-Ville, réclamant
-le tocsin et des armes; les gardes françaises prennent parti pour
-l'émeute[74] et marchent contre les troupes royales, que leur
-commandant, le baron de Besenval, irrésolu et sans ordres, fait replier
-sur Versailles.
-
-Le lendemain l'agitation redouble. Tandis que les électeurs, réunis
-à l'Hôtel-de-Ville, décrètent la formation d'une milice parisienne,
-bientôt célèbre sous le nom de garde-nationale, l'émeute pille la
-maison des Lazaristes, qu'elle accuse d'accaparements, relâche les
-prisonniers de Sainte-Pélagie, saccage le garde-meuble, et dresse
-des barricades dans les rues. En face de ce désordre permanent et
-croissant, le gouvernement demeure dans une incroyable inertie.
-
-Enhardie par l'impunité, encouragée tacitement par l'Assemblée qui,
-au milieu de la fermentation de la capitale, continue à réclamer le
-renvoi des troupes, la foule ne se borne plus aux exploits faciles de
-l'incendie des barrières et du pillage des couvents. Le 14 juillet,
-au matin, elle se porte aux Invalides, pour y chercher les armes qui
-lui manquent. Le gouverneur, Sombreuil, veut fermer les portes; les
-invalides eux-mêmes les ouvrent et livrent les fusils. L'esprit de
-révolte souffle partout. Les bandes, désormais armées, s'élancent sur
-la Bastille. Après un siège, qui n'est qu'une misérable parodie, après
-des négociations étranges qu'il serait trop long de rapporter ici, la
-vieille forteresse, si terrible en apparence, si faible en réalité,
-sans autre garnison que trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux
-invalides qui ne veulent pas se battre, sans munitions, presque sans
-canons, la vieille forteresse est prise, disons mieux, elle se rend
-sans avoir été défendue. Sans ordres et sans secours, le gouverneur,
-ou plutôt la garnison, capitule. La foule, qui s'est enfuie, au seul
-coup de canon tiré de la Bastille, se précipite dans l'enceinte de
-la forteresse, dès qu'il n'y a plus même l'apparence d'un danger
-à craindre; elle égorge les principaux officiers, les invalides,
-le gouverneur lui-même, de Launay, dont la tête, arborée au bout
-d'une pique, sert de trophée aux vainqueurs de la journée, avec
-celle du prévôt des marchands, Flesselles, qu'on est allé égorger à
-l'Hôtel-de-Ville[75].
-
-La Terreur était commencée: c'est un témoin oculaire, un des hommes les
-plus modérés et les plus clairvoyants de ce temps, qui l'a dit[76].
-Le meurtre de de Launay et de Flesselles était le prélude; la bête
-populaire était lâchée; enivrée par l'odeur du sang, elle s'apprêtait
-à en verser d'autre. «Si la Cour avait été à Paris au lieu d'être à
-Versailles, écrit Malouet, ce sont les ministres et les princes qu'on
-aurait massacrés, au lieu de Foulon, de Berthier et de de Launay[77].»
-Le Palais-Royal avait dressé la liste des victimes, les égorgeurs
-étaient prêts. Le comte d'Artois, les Condé, les Polignac, le baron
-de Breteuil, le maréchal de Broglie, Foulon, Berthier, bien d'autres
-encore étaient inscrits sur la liste fatale. «Prince,» avait dit au
-comte d'Artois le duc de Liancourt, qui revenait de Paris, «votre tête
-est proscrite; j'ai lu l'affiche de cette terrible proscription[78].»
-A Versailles même, le prince avait été insulté plusieurs fois[79] et
-Mme Campan avait entendu un homme déguisé dire à une femme voilée:
-«La duchesse est encore à Versailles; elle est comme les taupes, elle
-travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer[80].»
-
-Devant ces menaces, qui pouvaient sitôt devenir de sanglantes réalités,
-le Roi s'émut; il engagea son frère à chercher hors de France une
-sécurité qu'il se sentait impuissant à lui assurer. La Reine en fit
-autant pour son amie. Le 16 juillet, à huit heures du soir, elle envoya
-chercher le duc et la duchesse de Polignac et les pria instamment de
-partir dans la nuit même. Ils s'y refusèrent longtemps. Enfin la Reine,
-ne sachant par quel moyen les déterminer et «frémissant de chaque
-instant qui suspendait leur départ», dit à son amie en versant un
-torrent de larmes: «Le Roi va demain à Paris; si on lui demandait.....
-Je crains tout; au nom de notre amitié, partez. Il est encore temps de
-vous soustraire à la fureur de mes ennemis; en vous attaquant, c'est
-bien plus à moi qu'on en veut qu'à vous-mêmes; ne soyez pas la victime
-de votre attachement et de mon amitié.» Le Roi entra dans cet instant,
-et la Reine lui dit: «Venez, Monsieur, m'aider à persuader à ces
-honnêtes gens, à ces fidèles sujets, qu'ils doivent nous quitter.» Le
-Roi, s'approchant du duc et de la duchesse, les assura que ce conseil
-de la Reine était le seul à suivre; il ajouta: «Mon cruel destin me
-force d'éloigner de moi tous ceux que j'estime et que j'aime. Je viens
-d'ordonner au comte d'Artois de partir; je vous donne le même ordre.
-Plaignez-moi; mais ne perdez pas un seul moment; emmenez votre famille.
-Comptez sur moi dans tous les temps; je vous conserve vos charges.»
-
-...... A minuit, la duchesse reçut ce petit mot de la Reine: «Adieu, la
-plus tendre des amies! Que ce mot est affreux! Mais il est nécessaire.
-Adieu! je n'ai que la force de vous embrasser[81].»
-
-Quels qu'eussent été les refroidissement des dernières années,
-Marie-Antoinette ne pouvait voir, sans un déchirement de cœur,
-s'éloigner cette amie à laquelle l'unissaient quinze ans d'affection
-et tous les souvenirs de sa vie heureuse. C'était le premier lien qui
-se brisait; c'était l'amitié qui devait fuir devant les préventions et
-le meurtre: triste et trop intelligible présage du sort réservé à la
-Reine elle-même. La veille, une femme, voilée de noir, n'avait-elle
-pas dit à Mme Campan: «Dites à votre Reine qu'elle ne se mêle plus
-de nous gouverner. Qu'elle laisse son mari et nos bons États généraux
-faire le bonheur du peuple.»—«Oui,» avait repris un homme manifestement
-travesti en fort de la Halle, «répétez-lui qu'il n'en sera pas de ces
-États généraux comme des autres, qui n'ont rien produit de bon pour
-le peuple...... Dites-lui bien cela, entendez-vous[82]?» Ainsi, la
-malveillance populaire s'obstinait à voir en la Reine seule l'obstacle
-aux réformes, et si le peuple ne trouvait pas ce bonheur, qu'on lui
-promettait si bruyamment avec plus de témérité que de sagesse, c'était
-elle qu'il en devait accuser.
-
-La duchesse de Polignac, en arrivant à Bâle, rencontra Necker, auquel
-elle donna la première nouvelle de son rappel, bientôt confirmée par
-l'arrivée d'un courrier royal[83]. Effrayé de cette révolte de Paris
-qui, suivant le mot du duc de Liancourt, s'élevait à la hauteur d'une
-révolution, déterminé à ne pas faire couler le sang pour sa querelle,
-Louis XVI avait cédé. Le 15, il était allé à l'Assemblée à pied, sans
-gardes, accompagné de ses deux frères, pour annoncer lui-même le
-retrait des troupes. A son retour, les applaudissements de la foule
-le saluèrent; les drapeaux flottaient dans les airs, les tambours
-battaient; les troupes, rangées sur la Place d'Armes, partageaient
-l'ivresse générale. La Reine parut au grand balcon, accompagnée de
-sa famille, tenant le Dauphin dans ses bras et Madame par la main.
-Peu après, les enfants du comte d'Artois furent amenés par leur
-gouverneur. Ils baisèrent la main de la Reine, qui se pencha vers eux,
-son fils dans les bras. Les deux jeunes princes embrassèrent leur
-cousin; la petite Madame, émue, joignit ses caresses à celles du duc
-d'Angoulême et du duc de Berry; et un moment toutes ces jeunes têtes
-blondes furent confondues dans un commun embrassement, dominées par
-la figure plus grave, mais souriante de la Reine. Ce fut un tableau
-touchant et un moment d'enthousiasme indescriptible[84]. Mais, dans le
-peuple qui se pressait au pied du balcon, cet enthousiasme se mêlait
-d'imprécations contre le comte d'Artois et aussi de sourds murmures
-contre la Reine. Louis XVI le vit et, ne voulant pas faire partager à
-son frère les dangers qu'il affrontait lui-même, il lui donna, comme
-nous l'avons dit, l'ordre de s'éloigner. Dans la nuit du 16 au 17, le
-comte d'Artois et ses enfants, le prince de Condé, le duc de Bourbon
-et le duc d'Enghien, prirent le chemin de la Belgique, où les derniers
-n'arrivèrent qu'après avoir échappé à grand peine aux furieux qui
-voulaient les jeter dans l'Oise[85]. Les ministres compromis dans le
-cabinet du 11 juillet, MM. de Barentin, de Villedeuil, de la Vauguyon,
-de Breteuil, l'abbé de Vermond[86], le prince de Lambesc, coupable
-d'avoir commandé, le 12 juillet, la charge du Royal-Allemand dans le
-jardin des Tuileries, suivirent cet exemple. Le maréchal de Broglie
-se retira dans son gouvernement des Trois-Évêchés, d'où les clameurs
-de la populace, ameutée contre lui, le forcèrent bientôt de fuir à
-Luxembourg[87].
-
-Quelques jours plus tard, l'horrible assassinat d'un des ministres du
-11 juillet. Foulon, et de son gendre Berthier, ancien intendant de
-l'Ile-de-France, ne justifiait que trop les sombres pressentiments du
-Roi et de la Reine et la nécessité de cette première émigration.
-
-Un moment cependant, Louis XVI avait eu la pensée de tenir tête à
-l'insurrection. Il avait voulu quitter Versailles et se retirer à Metz,
-sous la protection des troupes auxquelles il venait de donner l'ordre
-de s'éloigner. La Reine y poussait vivement; déjà même elle avait
-fait ses préparatifs de départ, brûlé ses papiers, réuni ses diamants
-dans un coffret facile à emporter et remis à Mme Campan un ordre
-de l'accompagner pour servir d'institutrice à Madame. Un conseil eut
-lieu où le Roi posa nettement la question; les débats furent longs et
-animés; mais la majorité se prononça contre le départ[88]. Monsieur
-supplia le Roi de rester, et le maréchal de Broglie, interrogé à son
-tour, répondit: «Oui, nous pourrons aller à Metz; mais que ferons-nous,
-quand nous y serons[89]?» Devant ces prières de son frère, devant ces
-hésitations du commandant en chef de ses troupes, devant la perspective
-de la guerre civile qui pouvait suivre, Louis XVI renonça à son plan
-et la Reine, reprenant le papier qu'elle avait remis à Mme Campan,
-le déchira, les larmes aux yeux, en disant: «Lorsque je l'écrivis,
-j'espérais bien qu'il serait utile, mais le sort en a décidé autrement;
-je crains bien que ce ne soit pour notre malheur à tous.» Elle ne se
-trompait pas, et le Roi, plus tard, regretta le parti qu'il avait pris
-ce jour-là. «J'ai manqué le moment, disait-il tristement à Fersen,
-trois ans après, et depuis je ne l'ai plus retrouvé[90].»
-
-Au lieu de prendre la route de Metz, il fut décidé que le prince irait
-à Paris pour essayer de calmer les esprits. De tristes appréhensions
-agitaient son cœur et, avant de partir il tint à mettre en règle sa
-conscience de chrétien et de roi. Le chrétien entendit la messe et
-communia. Le roi remit confidentiellement à Monsieur un acte qui
-l'instituait lieutenant général du royaume, dans le cas où l'on
-attenterait à la vie ou à la liberté du souverain. Puis, le 17, à 9
-heures du matin, Louis XVI partit: s'il n'avait pas le courage de
-l'initiative, il avait celui de la résignation. Douze gardes du corps
-seulement le suivaient, avec les ducs de Villeroy et de Villequier, le
-maréchal de Beauvau et le comte d'Estaing, sans princes du sang et sans
-ministres. Le reste de l'escorte était fourni par la garde nationale de
-Versailles, qui l'accompagna jusqu'à Paris. Là, on retrouva la garde
-nationale parisienne, encore en habits bourgeois, sous le commandement
-de Lafayette, à cheval. Une double file d'hommes armés, cent cinquante
-mille, dit-on[91], s'étendait du Point-du-Jour à l'Hôtel-de-Ville.
-Dans les rues, aux fenêtres, sur les toits même, une foule immense,
-impatiente et houleuse, des jeunes gens portant des piques ou des
-fusils de chasse, des moines même en armes, comme sous la Ligue[92],
-des poissardes portant d'énormes bouquets, sautant, gambadant, à moitié
-ivres, des musiciens jouant l'air: _Où peut-on être mieux qu'au sein
-de sa famille?_ des canons couronnés de fleurs avec cette inscription:
-«Votre présence nous a désarmés.» Partout, aux chapeaux, aux bonnets,
-aux uniformes, à la statue même de Louis XV, la cocarde aux couleurs de
-la capitale, rouge et bleue[93].
-
-A la barrière, le maire de Paris, Bailly, présenta au Roi les clefs de
-la ville sur un bassin de vermeil: «Sire, dit-il, j'apporte à Votre
-Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui ont
-été présentées à Henri IV. Il avait reconquis son peuple; ici c'est le
-peuple qui a reconquis son roi.»
-
-Bailly avait raison. C'était bien un vaincu, «un grand captif», dit
-le marquis de Ferrières, qui s'avançait lentement[94] à travers les
-rues de la cité, sans gardes, entouré de deux ou trois cents membres
-de l'Assemblée, «l'air triste et agité[95]», avec un cortège en
-désordre et «une pompe qui, aux yeux de tous, avait quelque chose de
-lugubre[96]». Les cris de _Vive la Nation!_ qui retentissaient de
-toutes parts, à peu près seuls et sans le vieux cri français de _Vive
-le Roi[97]!_ précisaient la situation. L'humiliation se consomma à
-l'Hôtel-de-Ville, où le Roi, après avoir passé sous une voûte menaçante
-d'épées entrelacées[98], confirma les pouvoirs décernés par l'émeute.
-Bailly présenta à Louis XVI la nouvelle cocarde, qui remplaçait pour
-les Parisiens l'antique cocarde royale. Le prince la prit, la mit à
-son chapeau et parut au balcon. Des applaudissements frénétiques
-éclatèrent, saluant le souverain désarmé et vaincu, et ce fut alors
-seulement que reparut le cri de _Vive le Roi[99]!_ Ce n'était plus
-l'ivresse du dévouement; c'était l'ivresse du triomphe.
-
-Le Roi le sentit; des larmes, qui n'étaient pas des larmes de joie,
-coulèrent de ses yeux, et ce fut l'air morne et le cœur serré, qu'il
-reprit la route de Versailles.
-
-L'alarme était grande au Château; la Reine, quoiqu'elle fît «paraître
-un grand courage et une fermeté d'âme extraordinaire[100]», n'avait
-pu envisager sans inquiétude ce voyage à Paris; elle avait tout fait
-pour retenir son mari; elle l'avait supplié à genoux et en pleurant de
-renoncer à un projet qui présentait en effet tant d'incertitude et de
-dangers. N'essaierait-on pas de le garder prisonnier? Ne ferait-on pas
-pis encore? Et de fait, ces craintes n'étaient pas vaines. Lafayette
-ne se vantait-il pas, quelques jours plus tard, à Gouverneur Morris,
-d'avoir été seul maître, le 17 juillet, d'avoir pu, s'il l'avait voulu,
-retenir le Roi prisonnier, de l'avoir fait marcher dans les rues à sa
-fantaisie et d'avoir prescrit lui-même le degré d'applaudissements
-qu'il convenait de lui accorder[101]? Aux Champs-Élysées, n'avait-on
-pas vu une femme frappée d'une balle tirée dans la direction de la
-voiture du Roi, et ce fait, bien qu'il fût vraisemblablement l'effet du
-hasard, n'avait-il pas paru, à Bailly même, «extraordinaire[102]?»
-
-La journée avait donc semblé bien longue à la pauvre Reine. Elle
-l'avait passée dans les transes et les larmes, enfermée dans ses
-cabinets, donnant l'ordre de tenir ses attelages prêts, s'essayant
-même à tracer le discours qu'elle irait adresser à l'Assemblée, si des
-factieux, dont on pouvait tout attendre, s'opposaient au retour du Roi
-et répétant sans cesse ces mots entrecoupés: «Ils ne le laisseront pas
-revenir[103]!»
-
-Il revint cependant. A six heures du soir, le premier page, M. de
-Lastour, accourut à franc étrier, porteur de la bonne nouvelle. A
-neuf heures[104], le Roi rentrait lui-même, brisé de fatigue, mais se
-félicitant qu'aucun accident n'eût marqué ce voyage entrepris avec
-tant de craintes. «Heureusement, disait-il, il n'a pas coulé de sang;
-je jure qu'il n'y aura jamais une goutte de sang français versé par
-mon ordre[105].» La Reine se précipita au-devant de son mari avec le
-Dauphin[106] jusqu'au milieu de l'escalier[107]. En un instant, le
-prince fut dans les bras de sa famille. Sa femme, sa sœur, ses enfants
-l'entourèrent en pleurant de joie; les alarmes avaient été si vives
-que ce retour remplissait tout le monde de bonheur. On oubliait les
-inquiétudes de la journée; pouvait-on oublier celles du lendemain?
-
-«Votre Majesté, avait dit Bailly au Roi, vient jouir de la paix
-qu'elle a rétablie dans sa capitale[108].» Cinq jours plus tard, le
-meurtre de Foulon et de Berthier avait montré sur quelle base était
-fondée cette paix et comment le peuple parisien comprenait le respect
-des lois. Arrêtées toutes deux loin de la capitale, ramenées à Paris
-par une populace furieuse, qui les abreuvait de mauvais traitements
-et d'insultes, abandonnées par ceux qui devaient les défendre[109],
-les deux malheureuses victimes étaient égorgées avec d'horribles
-raffinements de barbarie. Leurs têtes, placées au bout des piques,
-étaient promenées dans les rues, au milieu de chants et de danses de
-cannibales, et le cœur sanglant de Berthier était porté sous les yeux
-même des électeurs assemblés dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville.
-En province, l'agitation et les violences n'étaient pas moindres. Des
-bruits vagues, mais trop concordants pour n'être pas l'effet d'un mot
-d'ordre, jettent l'effroi dans les campagnes: des bandes de brigands,
-assure-t-on, vont venir piller les récoltes et incendier les blés. «Une
-terreur panique, dit un témoin non suspect, se répand le même jour dans
-toutes les parties du royaume[110].» Les femmes s'enfuient, les hommes
-prennent leurs armes; on court sus aux brigands imaginaires, et, ne les
-trouvant pas, on se rue contre ceux qu'on accuse de les avoir soudoyés.
-On démolit les châteaux; on pille les couvents; on brûle les registres
-et les titres; on massacre les nobles et tous ceux qu'on soupçonne, à
-tort ou à raison, d'être hostiles à la Révolution. L'autorité n'a plus
-d'action et l'anarchie règne en maîtresse. «Les propriétés, de quelque
-nature qu'elles soient, disait, le 3 août, le député Salomon au nom
-du Comité des rapports, sont la proie du plus coupable brigandage. De
-tous côtés, les châteaux sont brûlés, les couvents détruits, les fermes
-abandonnées au pillage; les impôts, les redevances seigneuriales, tout
-est anéanti; les lois sont sans force, les magistrats sans autorité, et
-la justice n'est plus qu'un fantôme, qu'on cherche inutilement dans les
-tribunaux.»
-
-Il semblait que les décrets du 4 août, en abolissant les droits
-féodaux, eussent dû faire cesser des désordres qui n'avaient plus
-de prétexte. Il n'en fut rien: de nouveaux incendies, de nouvelles
-violences, de nouveaux massacres furent la seule réponse au généreux
-élan des privilégiés. Contre de tels excès, il eût fallu agir;
-l'Assemblée se contenta de parler. Mais ses proclamations, sans couleur
-et sans énergie, restaient sans effet. Toute puissante pour détruire,
-elle se trouvait sans force pour conserver. Et comment en aurait-elle
-eu? N'était-ce pas de sa tribune que partaient les excitations les plus
-violentes? N'avait-on pas entendu l'homme qui exerçait sur elle la
-plus incontestable influence s'écrier un jour: «Il faut des victimes
-aux nations; on doit s'endurcir aux malheurs publics et l'on n'est
-citoyen qu'à ce prix.»
-
-Et au moment de l'assassinat de Foulon et de Berthier, Barnave
-n'avait-il pas dit ce mot qu'il devait si cruellement regretter: «Le
-sang qui coule est-il donc si pur?»
-
-«Ma santé se soutient encore, écrivait la malheureuse Reine à la
-duchesse de Polignac; mais mon âme est accablée de peines, de chagrins
-et d'inquiétudes. Tous les jours j'apprends de nouveaux malheurs;
-un des plus grands pour moi est d'être séparée de tous mes amis; je
-ne rencontre plus de cœurs qui m'entendent.»—«Soyez tranquille, lui
-écrivait-elle une autre fois, l'adversité n'a pas diminué ma force et
-mon courage et m'a donné la prudence[111].»
-
-En attendant des jours meilleurs, elle avait pris, disait son frère,
-«le seul parti qui lui convenait, savoir: de vivre fort retirée et tout
-occupée de ses enfants[112]».
-
-Necker était revenu le 28 juillet, au milieu des acclamations
-populaires[113]. Mais son retour n'avait rétabli ni les finances ni
-l'ordre; les dons patriotiques, l'envoi même de la vaisselle royale
-à la Monnaie, l'annonce de réformes importantes dans les Maisons du
-Roi et de la Reine n'avaient pas rempli le vide du trésor[114].
-Les contributions ne rentraient pas; depuis le 4 août, les paysans
-se croyaient affranchis de tout impôt envers l'Etat, comme de toute
-redevance féodale. En politique, Necker n'était pas plus heureux; au
-mois de juillet comme au mois de mai, il n'avait aucun plan, et la
-crainte de compromettre sa popularité l'entraînait à des compromis
-qu'un homme d'Etat, même hostile, comme Mirabeau, n'eût pas voulu
-accepter. C'est ainsi que dans la grande et capitale discussion sur
-le _Veto_, on avait vu le tribun soutenir la prérogative royale
-qu'abandonnait le ministre. Mais cette soumission même ne suffisait
-pas. Le mot de _Veto_ incompris devenait la qualification injurieuse
-et mortelle dont on affublait le Roi et la Reine. Le danger croissait
-d'heure en heure. Des lettres anonymes dénonçaient non seulement les
-députés favorables, mais tous ceux qui n'obéissaient pas aveuglément
-aux volontés du Palais-Royal[115].
-
-«Tous les liens sont rompus, écrivait, le 3 septembre, le comte de
-Fersen; l'autorité du Roi est nulle; l'Assemblée nationale elle même
-tremble devant Paris, et Paris tremble devant quarante ou cinquante
-mille bandits ou gens sans aveu établis à Montmartre ou dans le
-Palais-Royal, qu'on n'a pas pu en chasser et qui ne cessent d'y faire
-des motions[116].»
-
-La situation était intolérable; l'Assemblée n'était plus libre. Les
-vociférations des tribunes, les cris de la rue, les lettres anonymes
-menaçaient ses membres les plus éminents et les plus sages. Les
-rapports de police signalaient un projet d'invasion de Versailles
-par les meneurs de Paris[117]. Il fallait sortir de là. La Cour s'en
-préoccupait et les royalistes de l'Assemblée ne s'en préoccupaient pas
-moins. Y eut-il alors un plan pour enlever le Roi par la Champagne
-et Verdun et le transporter à Metz sous la protection de l'armée de
-Bouillé? Le comte d'Estaing l'affirme dans une lettre à la Reine,
-dont le brouillon fut retrouvé chez lui[118]. On le disait tout haut
-à Paris, et Mme de Tourzel le confirme dans ses Mémoires; mais ce
-plan paraît être resté toujours fort vague; le lieu de la retraite
-même n'était pas décidé et l'on ne tarda pas à y renoncer[119]. Vers
-la même époque, trois députés, au nom d'un certain nombre de leurs
-collègues et se croyant sûrs d'entraîner la majorité de l'Assemblée,
-qu'effrayait l'audace des factieux, Malouet, Redon et l'évêque de
-Langres, proposèrent au ministère de transporter l'Assemblée à vingt
-lieues de Paris, à Soissons ou à Compiègne. Plusieurs ministres, Necker
-et Montmorin entre autres, avaient adhéré à ce projet: mais quand il
-fut soumis au Roi, le Roi refusa.
-
-Quelle fut la raison de ce refus? Le prince n'avait-il pas confiance
-dans le succès? Se souvint-il qu'il avait voulu, au 14 juillet,
-prendre une résolution analogue et qu'il avait dû y renoncer devant
-les représentations de ceux-là même sur lesquels il croyait pouvoir le
-plus compter? Pensa-t-il qu'il fallait rester près de Paris pour le
-mieux contenir? Ne crut-il pas à la réalité du danger? Eut-il honte de
-sembler fuir devant l'émeute? Tout ce que l'histoire peut dire, c'est
-que, ce jour-là comme plus tard, Louis XVI manifesta une répugnance
-invincible à abandonner Versailles. Les députés se retirèrent
-consternés[120].
-
-C'était le 29 septembre[121] que cette démarche était faite et
-repoussée. Quelques jours après, le Roi et l'Assemblée quittaient
-Versailles, pour rentrer prisonniers dans Paris.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
- Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel de troupes à
- Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs des journées
- d'octobre.
-
-
-Cependant, le plan d'envahir Versailles n'était plus un mystère; les
-avis alarmants se multipliaient[122]. Déjà, le 30 août, l'un des chefs
-les plus décriés et, par cela même, les plus influents de la démagogie
-parisienne, le marquis de Saint-Huruge, avait essayé d'entraîner quinze
-cents émeutiers contre Versailles. Sa tentative avait échoué[123]; mais
-le projet n'avait pas été abandonné. Un peu plus tard, en septembre,
-au Palais-Royal, Camille Desmoulins s'était écrié qu'il fallait
-envoyer quinze mille hommes à Versailles pour en ramener le Roi et
-faire enfermer la Reine[124]. Des bruits d'insurrection, d'invasion du
-Château étaient dans l'air. «On annonçait, dit Mounier, d'horribles
-desseins contre la Reine[125].» A Paris, en province, jusqu'à Toulouse,
-on en parlait tout haut. Il s'agissait d'enlever l'Assemblée et le Roi
-et de «traiter comme ils le méritaient les députés qui se seraient mal
-montrés pour le peuple[126]». Mirabeau avait dit un jour au libraire
-Blaisot «qu'il croyait apercevoir qu'il y aurait des événements
-malheureux à Versailles, mais que les honnêtes gens n'avaient rien
-à craindre[127]». Enfin, les gardes françaises qui, depuis leur
-licenciement après la prise de la Bastille, formaient les compagnies
-soldées de la garde nationale parisienne, se vantaient tout haut de
-«venir reprendre au Château les postes qu'ils occupaient jadis, et
-au besoin chercher le Roi[128]». Leur commandant général, Lafayette,
-se préoccupait de ces dispositions, et, tout se croyant sûr de les
-neutraliser par son autorité, il avait pensé, vers la mi-septembre,
-devoir avertir de ces «mauvais desseins» le ministre de la Maison du
-Roi, M. de Saint-Priest[129].
-
-La Cour s'alarma; le service du Château n'était plus fait que par les
-Suisses et les gardes du corps, tous dévoués, mais en somme assez peu
-nombreux. Le service de la ville était livré à la garde nationale,
-dont la majorité était suspecte, et qui d'ailleurs était harassée
-par de continuelles expéditions pour assurer les approvisionnements.
-Déjà au mois d'août, on avait dû faire venir pour l'aider deux cents
-chasseurs des Trois-Evêchés et deux cents dragons de Lorraine.
-Contre un envahissement possible et prévu, c'était trop peu. M. de
-Saint-Priest s'en ouvrit au commandant général de la garde nationale,
-le comte d'Estaing, et ce dernier, dont l'attachement aux idées
-nouvelles n'était pas contestable, se chargea d'obtenir l'assentiment
-de la municipalité, dont la réquisition était nécessaire, pour l'entrée
-de troupes à Versailles. Sur sa proposition, et vu la délibération
-des capitaines d'état-major de la garde nationale, constatant
-l'insuffisance de leurs forces, «attendu les divers avis plus
-alarmants les uns que les autres qui se succèdent continuellement,»
-il fut décidé, le 18 septembre, «qu'il était indispensable, pour la
-sûreté de la ville, pour celle de l'Assemblée nationale, et pour celle
-du Roi, d'avoir le plus promptement possible un secours de mille hommes
-de troupes réglées qui seront aux ordres du commandant général de
-la garde nationale de Versailles[130]». On fit choix du régiment de
-Flandre, dont le bon esprit et la discipline semblaient garantir la
-fidélité, tandis que le nom de son colonel, le marquis de Lusignan, qui
-siégeait à gauche de l'Assemblée, devait rassurer les patriotes contre
-tout projet de contre-révolution. Le 23 septembre, le régiment de
-Flandre arriva à Versailles, où il fut «fort bien reçu[131]»; le comte
-d'Estaing, avec l'état-major et un détachement de la garde nationale,
-le président de la municipalité avec les membres du corps municipal,
-allèrent au-devant de lui jusqu'à la barrière. Le régiment fut conduit
-à la Place d'Armes, où, en présence du maire, il prêta le serment de
-fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi; il comptait onze cents hommes
-et deux canons[132].
-
-Le Roi avait été si satisfait de la milice versaillaise en cette
-circonstance qu'il écrivit, pour la remercier, une lettre de sa main
-au commandant général, le comte d'Estaing[133], et que la Reine
-résolut d'offrir aux gardes nationaux un témoignage de gratitude; le
-29, elle annonça elle-même à l'état-major qu'elle voulait donner un
-drapeau à chaque division, et, le 30, ces deux[134] drapeaux furent
-solennellement bénis dans l'église Notre-Dame par l'archevêque de
-Paris, en présence du gouverneur de Versailles, de la municipalité,
-d'un grand nombre de membres de l'Assemblée et de personnes notables
-de la ville, et des officiers de tout le corps militaire. Après la
-cérémonie, un banquet réunit les invités; la plus grande cordialité ne
-cessa d'y régner et des toasts furent portés au Roi et à la prospérité
-de la nation, «objets inséparables,» à la Reine, au Dauphin et à toute
-la famille royale.
-
-Le lendemain, un nouveau banquet devait avoir lieu; c'est celui dont
-le récit, indignement travesti, allait donner prétexte à d'effroyables
-massacres.
-
-Il était alors d'usage dans l'armée française, comme il l'est encore
-aujourd'hui, d'offrir un repas de corps au régiment qui arrive dans
-une garnison nouvelle. Lors du voyage de Louis XVI à Cherbourg, les
-gardes du corps avaient reçu de semblables politesses d'un grand nombre
-de régiments d'infanterie; ils résolurent de les rendre au régiment
-de Flandre et de cimenter ainsi les liens qui unissaient toutes les
-troupes de Versailles[135]. Il fut décidé qu'ils lui offriraient un
-banquet, et la date en fut fixée au jeudi, 1er octobre.
-
-La salle du Manège et la salle du Théâtre de la ville n'ayant pu
-convenir, les organisateurs de la fête demandèrent au Roi, qui
-l'accorda volontiers, la salle de l'Opéra du Château, dans laquelle,
-quelques années auparavant, les gardes du corps avaient offert un bal
-à la famille royale. La pièce fut décorée avec goût; une table de
-deux cent dix couverts, en fer à cheval, fut dressée sur le théâtre;
-quatre-vingts gardes du corps environ, tous les officiers du régiment
-de Flandre, des chasseurs et des dragons de Lorraine, alors en garnison
-à Meudon[136], plusieurs officiers des Suisses et de la Prévôté, une
-vingtaine de gardes nationaux devaient s'y asseoir.
-
-Au jour dit, «à trois heures de l'après-midi, raconte l'historien de
-Versailles, M. Le Roy, tout le monde se réunit à la grille du Château,
-où était le rendez-vous. On se rend à la salle de l'Opéra, par le
-corridor du palais. En entrant, on est charmé par l'aspect de la salle;
-les convives se placent et le repas commence. Dans l'orchestre étaient
-les trompettes des gardes et la musique du régiment de Flandre; le
-parterre était réservé aux grenadiers du régiment et aux chasseurs et
-dragons de Lorraine[137].»
-
-Aucun incident ne signala le premier service. Au second, le duc de
-Villeroy, capitaine des gardes du corps, qui présidait le banquet, fit
-entrer dans le fer à cheval les grenadiers de Flandre, les grenadiers
-suisses, les chasseurs des Trois-Évêchés. Heureux de cet honneur, ces
-braves gens demandèrent à porter la santé de la famille royale. On leur
-versa à boire; ils burent à là santé du Roi, de la Reine et du Dauphin.
-Les spectateurs, qu'avait attirés cette fête et qui s'étaient entassés
-dans les loges, répondirent par les mêmes cris, alors encore familiers
-au peuple de France. Quoi qu'en aient pu dire des écrivains intéressés
-à travestir les faits, la santé de la nation ne fut ni proposée, ni par
-conséquent rejetée[138].
-
-A ce moment, au dessert, la famille royale parut dans une loge grillée.
-La Reine, inquiète des bruits qui venaient de Paris et profondément
-triste de la désaffection qui s'attachait à elle, s'était retirée
-de bonne heure dans ses appartements. Plusieurs fois, ses dames lui
-avaient vanté la gaîté de la fête, en l'engageant à s'y rendre; elle
-avait résisté. On lui représenta que ce spectacle amuserait le Dauphin;
-par amour maternel, elle consentit à y aller. Le Roi arrivait de la
-chasse; elle l'entraîna avec elle.
-
-En les apercevant tous deux dans une loge, des cris de _Vive le Roi!_
-éclatent de toutes parts. On les supplie de descendre dans la salle;
-vaincus par ces instances réitérées, ils descendent. Le vicomte
-d'Agout, en signe de réjouissance, arbore un mouchoir au bout de son
-bâton de commandement. La Reine prend son fils par la main et fait le
-tour de la salle. Les convives se lèvent, tirent leurs épées, comme
-pour défendre cette noble et malheureuse famille; on lui jure fidélité;
-on lui jure amour et dévouement. Un des assistants, M. de Canecaude,
-demande que l'on joue l'air: «_Où peut-on être mieux qu'au sein de sa
-famille?_» Les musiciens, qui ne l'ont pas, y suppléent, en exécutant
-le motif si connu et si entraînant d'un maître cher à la Reine: _O
-Richard! ô mon Roi!_ Les acclamations redoublent; l'enthousiasme est
-à son comble. Marie-Antoinette, touchée de ces applaudissements qui
-s'adressent à son mari, à elle, à ses enfants, se sent heureuse comme
-reine, comme épouse, et comme mère: elle se laisse aller à des pensées
-plus douces et jouit sans mélange de ce retour de popularité. Pauvre
-femme! C'était son dernier jour de bonheur!
-
-La famille royale se retire bientôt; un grand nombre de soldats
-escaladent les loges et franchissent les barrières pour l'accompagner
-dans le corridor de la chapelle, par où elle rentre dans ses
-appartements. Puis, tout le monde, musiciens, convives, spectateurs,
-se transporte dans la cour de Marbre au bas même des fenêtres du Roi.
-Une foule d'habitants de Versailles étaient réunis là, dans les cours
-et sur la Place d'Armes, pour assister à la fête. Echauffés par le vin,
-enthousiasmés par la visite qu'ils viennent de recevoir, les convives
-se livrent à des démonstrations bruyantes: on chante, on danse, et
-un soldat, qui fut, cinq jours plus tard, «un des plus dangereux
-insurgés[139],» parvient, en grimpant le long des colonnades, à
-escalader le balcon du Roi, qui, malgré les acclamations, reste enfermé
-chez lui et ne se montre pas.
-
-Ce fut tout. Qu'il y ait eu des manifestations contre-révolutionnaires,
-que la cocarde tricolore ait été foulée aux pieds, le fait a été
-allégué, mais il est faux. Les organisateurs du banquet, les gardes du
-corps, s'en sont toujours défendus avec la plus fière énergie, et la
-Reine elle-même a pris soin de réfuter cette calomnie. «Il n'est pas à
-croire,» a-t-elle répondu au tribunal révolutionnaire, «que des êtres
-aussi dévoués foulassent aux pieds et voulussent changer la marque que
-leur Roi portait lui-même[140].» Qu'on ait vu au banquet des cocardes
-blanches, cela est vrai et cela devait être. L'armée, à cette époque,
-avait encore la cocarde blanche; le Roi seul et la garde nationale
-portaient la cocarde tricolore. Et si, comme on le raconte, quelques
-dames de la Cour, faisant avec du papier des cocardes blanches, les
-ont données aux officiers qu'elles rencontraient, elles n'ont fait que
-donner à ces officiers la cocarde légale, réglementaire, celle que
-Mounier appelait encore «la cocarde française[141]».
-
-Le 3 octobre, la Reine reçut une députation de la garde nationale,
-qui venait la remercier des drapeaux distribués le 30 septembre. Tout
-émue encore des démonstrations sympathiques de l'avant-veille, elle
-répondit: «Je suis fort aise d'avoir donné des drapeaux à la garde
-nationale de Versailles. Je suis enchantée de la journée de jeudi; la
-nation et l'armée doivent être attachées au Roi, comme nous leur sommes
-nous-mêmes[142].»
-
-Le même jour, un nouveau banquet[143] a lieu dans l'Hôtel des gardes du
-corps; quatre-vingts soldats des régiments de Flandre et de Lorraine,
-un homme de chaque compagnie de la garde nationale de Versailles y
-sont invités. Le repas est gai; on y porte la santé du Roi, de la
-nation, de l'Assemblée, de la garde nationale; puis, vers la fin, les
-têtes s'échauffent; on chante, on crie, on casse les bouteilles et les
-verres; quel est le banquet de deux cents personnes, de deux cents
-jeunes gens, où il ne se passe pas de scènes de ce genre?
-
-Le dimanche 4, c'est la municipalité de Versailles qui traite à son
-tour le régiment de Flandre. La garde nationale prend part au festin;
-on y boit, à la santé du Roi et de la Reine; tout s'y passe avec ordre.
-
-Telle est la série de fêtes et de banquets qui fut transformée en une
-série d'attentats contre la souveraineté nationale. Rien—ce simple
-exposé suffit à l'établir,—rien n'avait pu servir de base à cette
-accusation. Il y avait eu sans doute des démonstrations enthousiastes
-en l'honneur de la famille royale; mais ces démonstrations étaient
-alors dans le cœur de la grande majorité des Français. Quant à des
-attaques contres les réformes de l'Assemblée, il n'y en avait point
-eu. Les gardes du corps, l'armée, la garde nationale s'étaient trouvés
-réunis dans un parfait accord[144]. Il ne faut pas oublier d'ailleurs
-que ces gardes du corps, si dévoués au Roi, n'étaient nullement
-hostiles aux idées nouvelles;—ils en avaient donné tout récemment la
-preuve[145],—vivaient très amicalement avec les députés et passaient
-dans l'Assemblée pour d'_excellents patriotes_. C'est le témoignage que
-leur rendit, dans l'enquête, un député qui n'est pas suspect[146].
-
-Mais il fallait un prétexte; et celui-là fut choisi. Un homme qui
-devait jouer un triste rôle à la Convention, et qui était dès lors un
-des plus fougueux ennemis de la royauté, quoiqu'il se qualifiât «un des
-plus fidèles sujets du Roi[147]», Laurent Lecointre, lieutenant-colonel
-de la garde nationale du quartier Notre-Dame, donna le signal.
-Mécontent de n'avoir point été invité à la fête du 1er octobre,
-sa rancune personnelle s'ajoutait à son exaltation politique. A son
-instigation, un de ses amis, rédacteur d'une feuille révolutionnaire,
-le _Courrier de Versailles_, Gorsas[148], commença dans son journal
-toute une série d'articles contre le banquet des gardes du corps;
-le repas que nous avons raconté d'après les documents les plus
-authentiques, était représenté comme une «orgie complète». Les convives
-chancelants avaient donné un spectacle «dégoûtant et horrible» La
-santé de la nation ayant été proposée, les gardes du corps l'avaient
-rejetée. Et c'était d'un pareil scandale que la Reine s'était déclarée
-«enchantée». Quelle meilleure preuve des plans contre-révolutionnaires
-de la Cour et des projets de vengeance de l'Autrichienne contre le
-peuple?
-
-On conçoit facilement quel effet devaient produire ces dénonciations
-furibondes, en tombant, comme une semence haineuse, sur le terrain
-si bien préparé de la populace parisienne. Le récit de Gorsas est lu
-avidement, odieusement commenté. Marat, Camille Desmoulins, Loustalot,
-tonnent dans leurs journaux contre la Cour et contre la Reine: on
-dénonce la grande conspiration contre-révolutionnaire. On reprend un
-vieux bruit jadis colporté, l'enlèvement du Roi pour le conduire à
-Metz. On ne calcule pas que pour exécuter un pareil plan, s'il avait
-été conçu, Louis XVI n'avait à sa disposition que six cents gardes du
-corps «en général chauds partisans du Tiers[149]», deux cents dragons,
-deux cents chasseurs, onze cents soldats du régiment de Flandre
-commandés par un colonel patriote, et que ce n'est pas avec ce faible
-corps de deux mille hommes qu'il pourrait se lancer dans une entreprise
-aussi hasardeuse, en face d'une garde nationale qui n'y prêterait
-certainement pas les mains. Mais les masses populaires, quand elles
-sont surexcitées, sont aveugles, et les chefs ne leur laissaient pas le
-temps de raisonner.
-
-L'occasion était bonne d'ailleurs. Une disette, à laquelle on peut
-assigner des causes trop sérieuses, mais qui, à ce moment, eut
-certainement quelque chose de factice, une «famine docile», comme
-l'appelle Lally-Tollendal[150], régnait dans Paris. Il y avait là des
-souffrances réelles, et, comme toujours, c'était au gouvernement, au
-Roi, à la Cour, aux membres les plus impopulaires de la famille royale,
-à la Reine, par conséquent, qu'on faisait remonter la responsabilité
-de ces souffrances. Les calomnies de Gorsas jettent de l'huile sur ce
-feu qui couve sous une cendre chaude. Au Palais-Royal, la populace
-s'assemble; des attroupements se forment; les orateurs déclament. On
-jure de tirer vengeance des gardes du corps, qui ont arboré, dit-on,
-la cocarde noire. On tient contre la Reine les «propos les plus
-affreux». On fait des motions contre les accapareurs. Une femme, «dont
-la mise indique une femme au-dessus du médiocre,» s'écrie qu'elle
-n'a pas de pain et qu'il faut aller à Versailles en demander au Roi,
-et comme un des assistants se permet de rire, elle lui applique un
-soufflet. Les autres femmes qui sont là applaudissent. «Demain,
-disent-elles, les choses iront mieux; nous nous mettrons à la tête des
-affaires.» Des gardes nationaux, attablés au café de Foy, font chorus
-avec les femmes; la police reste inerte et n'essaie ni de dissiper les
-groupes ni de rétablir l'ordre[151].
-
-Rien n'avait été négligé pour organiser l'attaque et désorganiser la
-résistance. «Des Machiavels de place publique et de mauvais lieu,
-a dit M. Taine, ont remué les hommes du ruisseau et les femmes du
-trottoir[152].» L'or avait été répandu à profusion dans le peuple
-et dans l'armée; sept millions, assure-t-on, étaient venus de
-Hollande[153]. Depuis l'arrivée du régiment de Flandre, tous les moyens
-de corruption, même les plus honteux, le vin, l'argent, les femmes,
-avaient été employés pour suborner les soldats, et au commencement
-d'octobre, ce régiment, qui avait été appelé pour protéger l'ordre
-et la monarchie, n'était plus qu'un danger. C'est avec ces faibles
-ressources, avec ces soldats à demi gagnés et quelques gardes fidèles,
-en face d'une garde nationale, en partie hostile, que Louis XVI allait
-se défendre contre une conspiration ourdie de longue date, avec la plus
-infernale habileté.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
- Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris.
-
-
-Ce furent les femmes qui donnèrent le signal. «Ceux qui dirigeaient
-l'insurrection, dit Mounier, avaient jugé utile de la faire commencer
-par les femmes; ils sentaient que leur présence inspirerait moins
-d'inquiétudes, qu'on se déterminerait plus difficilement à les
-repousser par la force des armes, qu'elles répandraient la confusion,
-qu'alors les hommes qui suivraient auraient moins de dangers à
-courir[154].» Ce calcul ne fut pas trompé.
-
-Le 5 octobre au matin, une émeute éclate à Paris. Une fille du quartier
-des Halles entre dans un corps de garde, saisit un tambour, et parcourt
-les rues en battant le rappel et «en poussant des cris contre la cherté
-du pain». On sonne le tocsin. Les femmes s'assemblent; un certain
-nombre d'hommes déguisés se réunissent à elles et la foule se porte
-vers l'Hôtel-de-Ville qu'elle envahit vers neuf heures. On force les
-magasins d'armes; on les pille; on s'empare de sept à huit mille
-fusils. On insulte les membres du conseil municipal et les employés.
-Des femmes, armées de torches, entrent dans les salles et s'apprêtent
-à y mettre le feu[155]. Fait significatif et sur lequel on ne saurait
-trop insister, la plupart de ces femmes étaient «vêtues de blanc,
-coiffées et poudrées[156]» comme si elles allaient à une fête; très peu
-semblaient appartenir à la «populace». Les unes riaient, chantaient et
-dansaient dans la cour, tandis que les autres sonnaient le tocsin et
-relâchaient les prisonniers. Presque toutes avaient les poches pleines
-d'or.
-
-A onze heures et demie, une bande d'hommes, armés de haches et de
-marteaux, force les portes de l'arcade Saint-Jean, envahit à son tour
-l'Hôtel-de-Ville, se répand de tous côtés, enfonce les armoires, pille
-et brise tout.
-
-Ici apparaît une des figures les plus sinistres de la Révolution, le
-futur organisateur des massacres de l'Abbaye, l'huissier Maillard.
-Une affaire de service l'avait appelé à l'Hôtel-de-Ville. Reconnu par
-quelques femmes, qui saluent en lui un des vainqueurs de la Bastille,
-il est proclamé ou se proclame leur chef. Il prend un tambour, se met à
-leur tête et se dirige vers le Louvre. Les rangs se grossissent d'une
-foule de femmes qu'on force à marcher avec la bande. Arrivées au jardin
-des Tuileries, «ces dames», comme dit Maillard, veulent traverser le
-jardin; le Suisse s'y oppose; elles le renversent, le frappent et
-passent. La place Louis XV avait été assignée comme quartier général;
-on va un peu plus loin, jusqu'aux Champs-Élysées; là se trouvent
-des détachements de femmes, munies de piques, de bâtons, de fusils.
-Maillard fait déposer les armes, harangue sa troupe, la range et part
-à sa tête. Un certain nombre d'hommes armés, qui se sont réunis à la
-bande, sont relégués à la queue; les femmes, suivant le mot d'ordre,
-marchent les premières.
-
-Partout, sur leur passage, les boutiques se ferment, les maisons se
-vident, les portes sont barricadées. Elles enfoncent les portes,
-enlèvent les enseignes, arrêtent les courriers, forcent tous ceux
-qu'elles rencontrent à les accompagner. A Sèvres, elles font halte;
-elles ont faim, et d'ailleurs elles craignent que le pont de la Seine
-ne soit gardé. Par une fatale négligence, le passage est libre.
-Après s'être donné le plaisir populaire de briser les portes et les
-enseignes des marchands de vin qui n'ont pu lui donner à manger, la
-horde, traînant avec elle deux canons, s'élance dans la direction de
-Versailles.
-
-Pendant ce temps-là, une nouvelle émeute éclatait à l'Hôtel-de-Ville.
-Les gardes françaises licenciées qui, sous le nom de compagnies
-soldées, formaient une partie notable de la garde nationale parisienne,
-trouvaient l'occasion bonne pour aller reprendre à Versailles leurs
-anciens postes, occupés par les gardes du corps. Réunis sur la place de
-Grève, ils s'agitaient et criaient.
-
-Vers midi, cinq ou six grenadiers montèrent au Comité de police, où se
-trouvait Lafayette. L'un d'eux, «qui joignait à la plus belle figure
-un choix d'expressions qui étonnait tous ceux qui l'écoutaient et un
-sang-froid qui les étonnait encore davantage[157]», prit la parole:
-«Mon général, dit-il, nous sommes députés par les six compagnies de
-grenadiers. Nous ne vous croyons pas un traître; nous croyons que
-le gouvernement vous trahit; il est temps que tout ceci finisse.
-Nous ne pouvons tourner nos armes contre des femmes qui demandent du
-pain; le Comité des subsistances vous trompe, il faut le renvoyer.
-Nous voulons aller à Versailles exterminer les gardes du corps et le
-régiment de Flandre qui ont foulé aux pieds la cocarde nationale. Si
-le Roi est trop faible pour porter la couronne, qu'il la dépose; nous
-couronnerons son fils; on lui nommera un conseil de régence, et tout
-ira mieux[158].» Les délégués étaient fiers de leur orateur: «Laissez
-parler celui-là, disaient-ils; il parle bien[159].» En vain Lafayette
-voulut-il les rappeler au devoir; leur décision était manifestement
-arrêtée d'avance; le mot d'ordre était donné: «Il est inutile de nous
-convaincre, s'écriaient-ils tous ensemble, car tous nos camarades
-pensent ainsi, et quand vous nous convaincriez, vous ne les changeriez
-pas[160].»
-
-Lafayette sortit sur la place; il harangua ses soldats, leur rappela
-leur serment, fit appel aux sentiments d'affection et de confiance
-qu'ils avaient pour lui, protesta de son amour pour la liberté. Paroles
-et prières furent inutiles. Des cris tumultueux: «A Versailles! A
-Versailles!—Si le général ne veut pas venir, il faut prendre un ancien
-grenadier pour le mettre à notre tête.—Il est étonnant que M. de
-Lafayette veuille commander au peuple, tandis que c'est au peuple à lui
-commander!»—furent la seule réponse de cette troupe chez laquelle on
-n'avait pas en vain ébranlé tous les liens de la discipline. Lafayette
-rentra; il hésitait; il attendait l'ordre de la municipalité. La
-municipalité, honnête comme Lafayette et faible comme lui, n'était pas
-livrée à de moindres angoisses. Le flot tumultueux grossissait sur
-la place de Grève; la troupe, travaillée par de mystérieux agents,
-s'impatientait; des menaces, des cris de mort étaient proférés contre
-Bailly et contre Lafayette. La municipalité céda, et, «vu les instances
-du peuple et sur la représentation de M. le commandant général qu'il
-était impossible de s'y refuser», donna au général l'ordre de partir
-pour Versailles. Le pouvoir légal était encore une fois vaincu;
-l'émeute triomphait. Des acclamations bruyantes saluèrent la victoire
-de la populace et la défaillance de l'autorité.
-
-Il était six heures du soir. Lafayette monte à cheval, la tête basse,
-l'âme triste, l'esprit plein de lugubres pressentiments, de remords
-peut-être; il détache en avant trois compagnies de grenadiers, un
-bataillon de fusiliers, trois pièces de canon. Sept à huit cents
-hommes en guenilles, armés de piques, de fusils et de bâtons, bras
-nus, voix avinées, têtes hideuses, brigands que le ruisseau vomit les
-jours d'émeute, marchent derrière l'avant-garde, mélangés dans les
-rangs[161]. Lafayette suit avec les compagnies, et, conduit par ses
-soldats plutôt qu'il ne les conduit, trophée vivant de l'émeute, pour
-ainsi dire, il prend la route de Versailles.
-
-Dans cette ville, une agitation sourde régnait. Les déclarations de
-Lecointre et de ses amis, les calomnies de Gorsas avaient produit leur
-effet, et la garde nationale, si sympathique aux gardes du corps le
-1er et le 3 octobre, leur était devenue hostile. _On attendait les
-Parisiens_, a dit un témoin non suspect[162]. Dès le 4, on connaissait
-l'invasion projetée par les gardes françaises; on faisait des motions
-incendiaires dans les cafés et l'on préparait des cartouches en
-disant: «C'est pour assassiner demain les gardes du corps[163].»
-
-A l'Assemblée, les chefs de la gauche n'étaient pas moins instruits
-du plan qui devait être exécuté contre la Cour. Le lundi 5 octobre, à
-l'ouverture de la séance, il fut facile de voir «qu'il se préparait
-quelque chose d'extraordinaire, par le ton qu'affectèrent de prendre
-quelques membres de l'Assemblée[164]». Les tribunes paraissaient
-aussi plus animées et la foule qui entourait la salle était en proie
-à cette fièvre qui présage les orages populaires. Le président
-Mounier annonce qu'il a reçu la réponse du Roi sur la Déclaration
-des droits de l'homme et les derniers articles soumis à sa sanction.
-Le Roi accepte, mais avec certaines réserves, et en faisant sur
-ces articles des observations d'une incontestable sagesse[165]. La
-discussion s'entame avec une extrême violence. Robespierre et Lapoule
-dénoncent les réflexions si naturelles du Roi comme une censure de la
-Constitution; Adrien Duport y voit tout un plan de contre-révolution
-et il en prend occasion de tonner contre l'«orgie indécente» dont
-Versailles a été témoin le 1er octobre. Vainement Virieu proteste
-et le marquis de Monspey demande qu'on précise l'accusation. Mirabeau
-se lève: «Que l'Assemblée, dit-il, décide que la personne du Roi
-seule est inviolable, et je suis prêt, moi, à fournir les détails
-et à les signer.» Et précisant lui-même son odieuse et transparente
-insinuation: «C'est la Reine et le duc de Guiche que je dénoncerai,»
-dit-il à mi-voix à ceux qui l'entourent[166]. Ces accusations excitent
-un violent tumulte dans l'Assemblée; la gauche s'agite bruyamment;
-la droite proteste avec vivacité; la fermentation redouble dans les
-tribunes[167].
-
-Cependant, le bruit de l'approche des Parisiens commence à se répandre.
-Entre onze heures et midi, Mirabeau monte au bureau. «Monsieur le
-Président, dit-il à Mounier, quarante mille hommes armés arrivent de
-Paris; pressez la délibération; levez la séance; dites que vous allez
-chez le Roi.»—«Je ne presse pas les délibérations,» répond Mounier;
-«je trouve qu'on ne les presse que trop souvent.»—«Mais, Monsieur le
-Président,» reprend Mirabeau, étonné de ce calme, «mais, Monsieur le
-Président, ces quarante mille hommes.....—Eh bien,» réplique Mounier,
-«tant mieux: ils n'ont qu'à nous tuer tous, mais tous, entendez-vous
-bien, les affaires de la République en iront mieux.—Monsieur le
-Président, le mot est joli,» ne peut s'empêcher de dire Mirabeau, en
-regagnant sa place[168].
-
-Seule, peut-être, parmi les habitants de Versailles, la famille royale
-était calme, et, par un étrange aveuglement, les ministres, si souvent
-cependant avertis des projets des Parisiens, partageaient cette
-quiétude. Le Roi était parti de bonne heure pour la chasse; Madame
-Elisabeth était à Montreuil; Mesdames à Bellevue; la Reine à Trianon,
-dont elle parcourait les bosquets aimés pour la dernière fois. Elle
-était assise dans la grotte, essayant de s'isoler des bruits du monde,
-quand un courrier, envoyé par M. de Saint-Priest, vint précipitamment
-la chercher. En même temps, M. de Cubières, écuyer cavalcadour, était
-parti au galop pour prévenir le Roi. Il le rejoignit vers trois heures,
-dans les tirés de Meudon, et lui remit un billet du ministre. Le Roi
-prit le billet, le lut et ne put s'empêcher de dire tout haut: «Elles
-demandent du pain; hélas! si j'en avais, je n'attendrais pas qu'elles
-vinssent m'en demander[169].» Il fit amener son cheval, et, au moment
-où il mettait le pied à l'étrier, un chevalier de Saint-Louis, que
-personne n'avait vu, se jeta à ses genoux, en s'écriant: «Sire, on vous
-trompe; j'arrive à l'instant de l'École militaire; je n'y ai vu que
-des femmes assemblées qui disent venir à Versailles pour demander du
-pain; je supplie Votre Majesté de n'avoir point peur.»—«Peur! Monsieur,
-reprit vivement le Roi; je n'ai jamais eu peur de ma vie[170].»
-Puis, descendant au galop une des pentes les plus raides du bois de
-Meudon[171], il prit précipitamment la route de Versailles, et rentra
-au Château, où il retrouva la Reine.
-
-A son arrivée le Conseil s'assemble; dans ce moment de crise, les
-ministres sont faibles, hésitants, irrésolus. Necker, toujours
-préoccupé de sa popularité, déjà pourtant bien compromise, Necker
-est d'avis de céder. M. de Saint-Priest seul semble avoir la pleine
-conscience du danger et l'intelligence du remède. D'accord avec un
-énergique officier, M. de Narbonne-Fritzlar[172], il demande qu'on
-mette le pont de Sèvres en état de défense et que le Roi aille, à la
-tête des troupes fidèles, repousser les Parisiens au passage de la
-Seine. Pendant ce temps, la famille royale se retirerait à Rambouillet.
-Plusieurs ministres, parmi lesquels M. de la Luzerne[173] appuient ce
-plan; d'autres, avec Necker, s'y opposent. Le Roi fut-il convaincu
-par l'argumentation de ce dernier[174]? Se défia-t-il de ses troupes,
-et craignit-il de ne pas rencontrer parmi elles des dévouements assez
-solides? Fut-il déterminé par la répugnance de la Reine à se séparer de
-lui[175]? Toujours est-il que l'avis de M. de Saint-Priest ne prévalut
-pas, et que cette dernière chance de salut fut abandonnée.
-
-On se borna à d'insuffisantes mesures de défense. La municipalité de
-Versailles avait requis le comte d'Estaing, «commandant de la milice
-nationale, de prendre toutes les précautions et d'employer toutes les
-forces qui étaient à sa disposition, pour garantir de toute insulte le
-Roi, la famille royale, l'Assemblée nationale et la ville.» Les gardes
-du corps et les troupes de ligne furent placés sous ses ordres[176].
-Vers trois heures et demie, le régiment de Flandre s'était rangé en
-bataille sur la place du Château; mais, malgré les instances du major,
-M. de Montmorain, il n'avait pu obtenir de cartouches. Les gardes du
-corps, au nombre de trois cent vingt, s'étaient placés devant la grille
-des Ministres; quelques chasseurs des Trois-Évêchés, quelques gardes
-de Monsieur et du comte d'Artois étaient parmi eux. Un détachement
-de dragons était posté sur l'avenue de Paris, en face de la porte de
-l'Assemblée. Le comte d'Estaing, connaissant les mauvaises dispositions
-de la garde nationale, que depuis deux jours on ne cessait d'exciter
-contre les défenseurs du Roi, n'avait pas osé lui faire prendre les
-armes. Mais Lecointre avait fait battre la générale et réuni un certain
-nombre de compagnies du quartier Notre-Dame[177], à l'ancienne caserne
-des gardes françaises, sur la droite des gardes du corps.
-
-Au Château, les délibérations continuaient.—Louis XVI, toujours
-indécis, retenu d'ailleurs par une bonté qui, on l'a dit justement,
-paraissait n'être qu'une des formes de la faiblesse, ne pouvait se
-résoudre ni à résister, ni à se retirer. M. de Luxembourg, capitaine
-des gardes du corps, lui ayant demandé des ordres: «Allons donc,
-répondit-il, contre des femmes? Vous vous moquez.» Un peu plus tard,
-M. de Saint-Priest proposa la retraite dans une province fidèle, la
-Normandie, par exemple. Le Roi y répugnait extrêmement; il lui semblait
-que fuir devant l'émeute, c'était abdiquer. «Un roi fugitif, un roi
-fugitif!» répétait-il tristement. Cependant le danger pressait; «Sire,
-s'écria vivement M. de Saint-Priest, si vous êtes conduit demain à
-Paris, votre couronne est perdue[178].» On se décida à partir pour
-Rambouillet. La municipalité de Versailles n'y mettait point obstacle;
-elle avait même donné l'ordre à M. d'Estaing de protéger ce départ.
-Déjà les voitures étaient commandées et la Reine avait fait dire à
-ses dames: «Faites vos paquets; nous partons dans une demi-heure,
-hâtez-vous!» Mais il semblait qu'on ne prît une résolution que pour
-l'abandonner. Peu après, la Reine faisait dire à ces mêmes dames: «Tout
-est changé; nous restons[179].»
-
-Les voitures furent décommandées. Lorsque, dans la soirée, on
-voulut, par un nouveau revirement, reprendre le projet de retraite à
-Rambouillet, il était trop tard; quand les voitures se présentèrent
-pour sortir, à la grille de l'orangerie, le peuple, la garde nationale,
-les gens même de l'écurie du Roi[180], les forcèrent à rentrer; et
-peut-être alors la Reine n'eût-elle pu partir sans péril pour sa
-vie[181]. Pendant toutes ces indécisions[182], en effet, la populace
-parisienne était arrivée; tous les acteurs étaient en scène: le grand
-drame allait commencer.
-
-La bande dirigée par Maillard avait quitté Sèvres, après s'y être
-reposée un instant. Un individu sans col et qui, prétendait-il, avait
-failli être pendu le matin pour avoir voulu sonner le tocsin, avait
-pris le commandement des hommes, comme Maillard avait celui des
-femmes. En route, on continuait à arrêter les courriers du Roi[183],
-ne laissant passer que ceux du duc d'Orléans; on mettait la main sur
-les voyageurs; on maltraitait ceux qui portaient des cocardes noires;
-on les forçait à marcher au milieu de la troupe, avec un écriteau
-insultant dans le dos.
-
-Le temps était affreux; l'eau tombait à torrents; la route détrempée
-était devenue un cloaque. Le cortège de ces femmes en désordre,
-mouillées par la pluie, souillées par la boue, hurlant, vociférant,
-était hideux. «Voyez comme nous sommes arrangées, disaient-elles; nous
-sommes comme des diables; mais la b... nous le paiera cher[184].»
-D'autres chantaient et dansaient, en proférant d'infâmes outrages et
-en jurant qu'elles mettraient la Reine en pièces et rapporteraient
-les lambeaux de son corps pour s'en faire des cocardes[185]. «Nous
-emmènerons la Reine morte ou vive, criaient-elles; les hommes se
-chargeront du Roi[186].»
-
-En arrivant à la barrière, Maillard harangua sa troupe; il fit mettre
-les femmes sur trois rangs, envoya les canons à la queue, commanda
-d'entonner _Vive Henri IV!_ et ce fut au bruit des vieux couplets
-royalistes, hurlés comme une ironie sanglante par ces mégères qui
-allaient forcer dans son palais le petit-fils du bon Roi, que
-l'effroyable bande fit son entrée à Versailles.
-
-Sa première visite fut pour la salle des Menus, où siégeait
-l'Assemblée. Maillard y pénétra, suivi d'une partie de sa troupe,
-il prit la parole: «Paris manque de pain, dit-il; le peuple est au
-désespoir; il a le bras levé; qu'on y prenne garde; il se portera à
-des excès. C'est à l'Assemblée à prévenir l'effusion du sang. Les
-aristocrates veulent nous faire périr de faim.»—«Oui, nous voulons du
-pain, reprirent les femmes;» et quelques-unes, tirant de leur poche
-un morceau de pain moisi: «Nous le ferons avaler à l'Autrichienne,
-crièrent-elles, et nous lui couperons le cou[187].»
-
-Le tumulte croissait; la délibération devenait impossible. Sur la
-proposition d'un membre, il fut décidé qu'une députation irait
-immédiatement chez le Roi pour l'entretenir de la situation de la ville
-de Paris et solliciter en même temps l'acceptation pure et simple des
-décrets constitutionnels.
-
-Le président Mounier se rendit au Palais, escorté d'un certain nombre
-de femmes, auxquelles il avait dû promettre de les introduire près du
-Roi. Parmi ces femmes, deux semblaient n'être point de la classe du
-peuple, quoiqu'elles en affectassent le langage[188]. Louis XVI promit
-de faire rassembler tout le pain qu'on pourrait trouver, et après
-quelques hésitations il signa les décrets. Les femmes sortirent; elles
-paraissaient contentes[189] et ne le dissimulaient pas, en sortant,
-au point même d'exciter la colère de leurs compagnes, restées au
-dehors[190]. Quelques-unes, croyant tout fini puisqu'on allait avoir du
-pain, retournèrent à Paris dans les voitures de la Cour. Les autres,
-celles qui étaient dans le secret, refusèrent de partir; elles avaient,
-disaient-elles, ordre exprès de rester[191].
-
-Au Château cependant, la plus grande confusion continuait à régner. Les
-ministres étaient réunis, mais ne savaient à quoi se résoudre; les avis
-les plus contradictoires étaient ouverts, adoptés, puis abandonnés.
-Louis XVI, avec sa résignation passive, demeurait silencieux et
-irrésolu. Seule, au milieu de ces inerties et de ces défaillances,
-la Reine conservait sa fière attitude. «Sa contenance était noble et
-digne; son visage calme, et quoiqu'elle ne pût se faire d'illusion
-sur ce qu'elle avait à redouter, personne n'y put apercevoir la plus
-légère trace d'inquiétude. Elle rassurait chacun, pensait à tout, et
-s'occupait beaucoup plus de ce qui lui était cher que de sa propre
-personne[192].» «Tout, excepté elle, m'a paru consterné,» dépose le
-président de Frondeville, qui a passé la nuit du 5 au Palais[193]. «Je
-sais qu'on vient de Paris demander ma tête, dit l'héroïque femme; mais
-j'ai appris de ma mère à ne pas craindre la mort; je l'attendrai avec
-fermeté[194].» On l'engage à se mettre en sûreté avec ses enfants.
-«Non, répond-elle, ma place est ici, près du Roi; j'y resterai.» La
-seule précaution qu'elle consente à prendre n'est pas pour elle, mais
-pour ses enfants. Elle était convenue qu'au moindre bruit, on les
-amènerait chez elle; instruite du péril qui la menace, elle donne
-contre-ordre, et à onze heures du soir fait dire à Mme de Tourzel de
-conduire, en cas d'alerte, son fils et sa fille non pas chez elle, mais
-chez le Roi, où ils seront mieux à l'abri. Et comme on la presse de
-s'y rendre elle-même et d'y passer la nuit, plutôt que dans son propre
-appartement, que l'on sait désigné aux coups des assassins: «Non,»
-répondit-elle, «j'aime mieux m'exposer à quelque danger, s'il y en a à
-courir, et l'éloigner de la personne du Roi et de ses enfants[195].»
-
-Les nouvelles alarmantes se succèdent; sur la Place d'Armes, on
-assaille les gardes du corps; les autres soldats lâchent pied. Seule,
-la Reine «montre un front calme et serein, rassure ceux qui tremblent
-pour elle, et fait admirer son courage à ceux-là même qui condamnaient
-ses principes». C'est le _Moniteur_ qui parle ainsi, et le _Moniteur_
-n'est pas suspect. Un certain nombre de gentilshommes se réunissent
-pour défendre la famille royale; ils demandent des ordres; ils
-demandent des chevaux. Le président de Frondeville se fait leur organe
-près de la Reine et sollicite la permission de prendre des chevaux dans
-les écuries du Château. «Soit, répond-elle simplement; je consens à
-vous donner cet ordre, mais à une condition: si les jours du Roi sont
-en danger, vous en ferez le plus prompt usage; si moi seule je suis en
-péril, vous n'en userez pas[196].»
-
-«Au milieu de tant de perfidies de tout genre, a écrit Rivarol, sur
-ce théâtre où la peur et la lâcheté conduisaient la faiblesse à sa
-perte, il s'est pourtant rencontré un grand caractère, et c'est une
-femme, c'est la Reine qui l'a montré. Elle a figuré, par sa contenance
-noble et ferme, parmi tant d'hommes éperdus et consternés, et par
-une présence d'esprit extraordinaire, quand tout n'était qu'erreur
-et vertige autour d'elle. On la vit, pendant cette soirée du 5
-octobre, recevoir un monde considérable dans son grand cabinet, parler
-avec force et dignité à tout ce qui l'approchait et communiquer son
-assurance à ceux qui ne pouvaient lui cacher leurs alarmes..... On la
-verra bientôt, quand les périls l'exigeront, déployer la magnanimité de
-sa mère; et si, avec le même courage, elle n'a pas eu de succès pareil,
-c'est que Marie-Thérèse avait affaire à la noblesse de Hongrie et que
-la Reine n'a parlé qu'à la bourgeoisie de Paris[197].»
-
-Pendant ce temps-là, Mounier revenait à l'Assemblée; il fit évacuer le
-bureau, envahi par la populace[198], et convoquer les députés pour une
-séance de nuit. Dans ces heures de crises, il jugeait utile de tenir
-l'Assemblée réunie jusqu'au jour. Mais un peu plus tard, vers trois
-heures du matin, rassuré par Lafayette, qui venait de parcourir les
-différents postes et répondait de l'ordre public, il leva la séance.
-
-Arrivé à minuit, à la tête de son armée, Lafayette s'était rendu au
-Palais; il y entra seul avec les députés de la municipalité de Paris.
-Les appartements étaient pleins de monde. Quand le général parut:
-«Voilà Cromwell,» murmura une voix.—«Monsieur,» répondit Lafayette,
-«Cromwell ne serait pas entré seul.»—Les entraînements populaires
-ne lui avaient pas fait perdre le sentiment des convenances et le
-ton du monde dans lequel il était né. «Je viens, Sire, dit-il, vous
-apporter ma tête pour sauver celle de Votre Majesté. Si mon sang doit
-couler, que ce soit pour le service de mon Roi, plutôt qu'à l'ignoble
-lueur des flambeaux de la Grève.» Il ajouta qu'il se faisait fort des
-dispositions de son armée[199].
-
-Naturellement disposé à la confiance, le Roi se sentit rassuré, et,
-suivant le mot piquant de Rivarol, «se reposa de tout sur un général
-qui n'était sûr de rien[200].» A deux heures du matin, la Reine,
-rassurée aussi, du moins en apparence, alla se coucher dans ses
-appartements[201]. Lafayette insista pour que la garde du Château
-fût remise à son armée et que les gardes françaises reprissent leurs
-anciens postes; Louis XVI y consentit. Dès huit heures, les gardes du
-corps, en butte à la rage populaire, assaillis à coups de pierre et
-à coups de fusil par la foule et par la milice versaillaise, avaient
-reçu l'ordre d'évacuer la Place d'Armes, et de se retirer à leur hôtel,
-d'où ils regagnèrent Trianon ou Rambouillet à travers champs[202]. Ceux
-qui étaient de service au Château avaient quitté la cour de Marbre
-et s'étaient repliés sur la terrasse, en face des appartements de
-la Reine. Ils ne conservaient que les postes intérieurs; les postes
-extérieurs étaient occupés par les gardes françaises.
-
-Lafayette, après avoir veillé à l'exécution de ses ordres, visite
-la Place d'Armes, va à l'Assemblée, où il communique au président
-«la contagion de sa sécurité[203],» traverse de nouveau les cours,
-s'entretient un instant avec M. de Montmorin, puis, harassé de
-fatigue, rassuré par les mesures qu'il a prises[204], confiant
-d'ailleurs dans son prestige populaire et plein d'illusions sur
-l'honnêteté des masses, il va lui-même se coucher à l'hôtel de Noailles.
-
-Il était alors quatre heures du matin: le réveil devait être terrible.
-
-Tout dort dans Versailles. Brisée par les émotions de cette rude
-journée, tranquillisée d'ailleurs par les déclarations de Lafayette,
-la famille royale repose pour la dernière fois dans ce palais de Louis
-XIV, dont la majesté n'a pas encore était violée. Les gardes nationaux,
-trempés par la pluie, fatigués par une marche à laquelle ils ne sont
-point accoutumés, ont cherché des logements partout, dans les églises,
-dans la caserne des gardes du corps, dans les maisons particulières.
-Les hommes à piques et les femmes, au nombre de huit ou neuf cents,
-sont étendus sur les bancs de l'Assemblée; d'autres, qui n'ont pas
-trouvé d'asile, ont allumé de grands feux sur la place et, après avoir
-dépecé et fait rôtir un cheval blessé, sont couchés autour de ce
-bivouac improvisé.
-
-Le crime seul, on l'a dit éloquemment, le crime seul ne dort pas.
-L'émeute n'a point accompli son œuvre; ces femmes, ces brigands
-déguisés, qui demandent du pain et dont les poches sont pleines d'or,
-n'ont pas encore gagné leur salaire. Ils se sont bien donné la veille
-le plaisir de jeter des pierres aux défenseurs de la royauté et de
-blesser grièvement un garde du corps. Mais il leur faut de plus
-illustres victimes, et ce n'est pas pour rien qu'ils ont juré de tordre
-le col de la Reine et de faire de sa peau des rubans de district[205].
-
-A l'Assemblée, une femme, les yeux hagards, dégoûtante d'ivresse et de
-sueur, s'était approchée du président de Frondeville, et, lui montrant
-un poignard, lui avait demandé si les appartements de la Reine étaient
-bien gardés[206]. Au Château, un député, le marquis de Digoine, avait
-remarqué que la grille de la cour de l'Opéra, par laquelle venait de
-sortir une troupe d'hommes déguenillés, était restée ouverte; il en
-avait fait l'observation au portier qui avait répondu qu'il n'avait
-pas les clefs pour le moment, mais qu'il la fermerait; le marquis
-de Digoine avait repassé à minuit, puis à trois heures du matin: la
-porte était toujours ouverte et gardée par un soldat de la milice de
-Versailles[207]. Et un officier de cette garde nationale parisienne,
-en laquelle Lafayette avait une si aveugle confiance, s'informait avec
-soin «du chemin le plus court pour gagner les appartements de la Reine
-et des passages dérobés qui pouvaient y conduire sans être aperçu[208].»
-
-Dès que le jour commence à paraître, les bandes s'éveillent. A cinq
-heures et demie du matin, des groupes d'hommes et de femmes, armés
-de piques, de lances, de sabres, de bâtons, se forment sur la Place
-d'Armes et se ruent sur le Château. «Des tambours les appellent; des
-étendards qui portent des flammes rouges et bleues les rallient[209].»
-Une troupe pénètre dans la cour des Ministres, dont la grille est
-restée ouverte, et, trouvant la porte Royale fermée, revient en
-arrière, franchit la grille des Princes, gardée par deux miliciens qui
-la laissent passer, et se répand dans le parc, sous les fenêtres de
-la Reine. La Reine, réveillée par le bruit, sonne sa première femme,
-Mme Thibaut, et lui demande ce que signifie ce tumulte. Mme
-Thibaut lui répond que ce sont sans doute les femmes de Paris qui n'ont
-pas trouvé à se coucher, et la Reine, tranquillisée, reste dans son
-lit[210].
-
-La foule grossit; de nouveaux flots arrivent à chaque instant. Le
-major des gardes du corps, le marquis d'Aguesseau, place plusieurs
-gardes pour défendre le passage des Colonnades, qui, de la cour des
-Princes, donne accès dans la cour Royale. Mais que peuvent quelques
-soldats contre cette marée humaine, sans cesse montante? Le passage
-est forcé; la populace envahit en vociférant la cour Royale. Les
-bandes se forment, chacune dirigée par les chefs qui semblent le
-mieux connaître la disposition des lieux; l'une d'elles, conduite par
-deux hommes déguisés en femmes, court à la grille de la cour Royale,
-saisit un garde du corps, M. de Varicourt, qui vient d'y être mis en
-faction, l'entraîne sur la Place d'Armes et le massacre. Un misérable
-chiffonnier, vêtu d'une petite redingote à large plaque blanche[211],
-porteur d'une longue barbe noire, les bras nus, la tête coiffée d'un
-chapeau rond à forme très élevée[212], fend la foule, pose le pied sur
-la poitrine de M. de Varicourt et lui tranche la tête d'un coup de
-hache[213].
-
-Presque au même moment, un autre garde, en faction à la voûte de la
-chapelle, M. Deshuttes, est arraché de son poste par les bandits,
-entraîné par la grille de la cour Royale, sans que les sentinelles qui
-sont à cette grille fassent rien pour le protéger[214], et renversé à
-coups de crosses de fusil. L'homme à la longue barbe lui tranche la
-tête, et, les mains toutes sanglantes encore, va demander une prise
-de tabac au Suisse de la vicomtesse de Talaru, en lui disant d'un air
-triomphant: «En voilà un; ce ne sera pas le dernier[215].»
-
-Cela ne suffit pas en effet; il faut d'autres victimes; il en faut de
-plus hautes: «Ce n'est pas assez, hurlent les mégères, il nous faut le
-cœur de la Reine[216].»—«Prenons ses entrailles pour nous en faire des
-cocardes[217].»
-
-Les chefs sonnent de nouveau le hideux hallali, et la meute,
-haletante, enivrée par l'odeur du meurtre, se précipite à l'assaut
-d'une plus chaude curée. «Tue! tue! point de quartier. Allons chez
-la Reine[218],» s'écrie-t on de toutes parts. Une grande femme
-rousse agite une faucille[219]; une autre aiguise son couteau[220].
-Un milicien de Versailles, petit et noir, qui semble bien connaître
-les entrées du Château, se met à la tête d'une bande, qui s'élance par
-l'escalier de marbre, en vociférant des cris de mort et en demandant
-partout la chambre de la Reine. «C'est par là, c'est par là,» crient
-quelques voix[221]. Deux gardes du corps, MM. de Miomandre et du
-Repaire, cherchent en vain à s'opposer à ce flot furieux; ils sont
-jetés par terre, frappés à coups de piques et de crosses de fusil; mais
-avant de tomber baigné dans son sang, M. de Miomandre a eu le temps
-d'ouvrir la porte de l'antichambre de la Reine et de crier à l'une des
-femmes qui sont là: «Madame, sauvez la Reine! On en veut à sa vie[222]!»
-
-L'héroïque résistance des deux vaillants jeunes gens avait sauvé
-Marie-Antoinette. Une de ses femmes, Mme Auguié, qui a entendu le
-cri de détresse du garde du corps, ferme au verrou la porte de la
-seconde antichambre, puis elle court chez la Reine, où elle trouve
-Mme Thibaut. Toutes deux lui passent à la hâte un jupon et des bas,
-lui jettent un mantelet sur les épaules et l'entraînent par le petit
-couloir qui mène à l'Œil-de-Bœuf. La porte est fermée. On attend cinq
-minutes[223]; cinq minutes, un siècle! Que d'angoisses dans ce court
-moment de retard! On frappe; on se fait reconnaître; les valets du Roi
-ouvrent[224]; la Reine est sauvée! Quand les brigands, après avoir
-pillé la grande salle, parviennent à forcer les portes et à pénétrer
-dans les appartements royaux, ils n'y trouvent plus leur victime et
-ne peuvent assouvir leur rage que sur un lit vide[225]! «Le coup est
-manqué,» murmure, assure-t-on, un des assassins désappointés[226].
-
-Par une coïncidence touchante, au moment même où la Reine se réfugiait
-chez le Roi, le Roi se précipitait chez la Reine, par un escalier
-dérobé; ne l'y rencontrant pas et apprenant qu'elle était allée chez
-lui, il se hâtait de retourner dans ses appartements, où il la trouvait
-enfin, «le visage triste, mais calme[227].» Presque au même instant,
-Mme de Tourzel amenait le Dauphin, et la Reine courait chercher sa
-fille qu'elle ne tardait pas à ramener «avec une fierté et une dignité
-remarquables dans un pareil moment[228]».
-
-Mais le danger n'est pas conjuré. La foule remplit le palais,
-s'acharnant après les gardes du corps. Heureusement, Lafayette, enfin
-averti, accourt à cheval, à la tête de ses grenadiers, prend les
-malheureux gardes sous sa protection et chasse les bandits qui sont là,
-occupés à briser et à piller. Il monte au Château; les appartements
-y sont pleins de monde. Le Roi, avec ses ministres, se tient dans
-la salle du Conseil; le duc d'Orléans y est aussi, causant d'un
-air dégagé avec Duport[229]. Monsieur, Madame, Mesdames Tantes, le
-reste de la famille est dans la chambre du Roi. La Reine, debout dans
-l'encoignure d'une fenêtre, regarde tristement au dehors; près d'elle,
-sa fille et Madame Elisabeth; devant elle, debout près d'une chaise, le
-Dauphin joue avec les cheveux de sa sœur: «Maman, j'ai faim,» murmure
-le pauvre enfant. Et la Reine ne peut que répondre, les larmes aux
-yeux: «Prends patience, mon enfant; il faut que ce tumulte soit fini.»
-
-La foule gronde sous les fenêtres du Château, dans la cour de Marbre.
-«Le Roi! le Roi! Nous voulons le voir.» Le Roi se présente; des cris
-de _Vive le Roi! Vive la Nation!_ éclatent de toutes parts. Mais
-bientôt à ces cris s'en mêle un autre: «La Reine! la Reine au balcon!»
-On va prévenir la Reine; elle hésite un instant. «Madame, lui dit
-Lafayette, cette démarche est nécessaire pour calmer le peuple.»—«En
-ce cas, répond-elle, dussé-je aller au supplice, je n'hésite plus; j'y
-vais.» Elle prend ses enfants par la main et paraît à la fenêtre[230].
-«Point d'enfants!» vocifère la foule. La «Reine sur le balcon, seule,
-seule[231]!» La Reine, d'un geste sublime, repousse ses enfants
-dans l'appartement, et seule, debout, les mains croisées sur sa
-poitrine[232], mille fois plus belle dans sa modeste redingote de toile
-rayée jaune[233] que dans la parure de ses jours de fête, elle reste
-sur le balcon, pâle, les cheveux en désordre[234], la lèvre plissée, la
-tête haute, imposant un respect involontaire et défiant les balles.
-«Deux minutes, deux siècles, elle est là[235].» Un homme, vêtu d'un
-costume de garde national, la met en joue, mais n'ose tirer[236].
-
-Un mouvement se fait dans la foule: l'héroïsme de la Reine et son
-imprudence sublime ont opéré une réaction en sa faveur, et ces mégères
-qui, il n'y a qu'un instant, voulaient la mettre en pièces, maintenant
-l'acclament: «_Vive la Reine!_» crient-elles[237]. «Son génie, a dit
-Rivarol, redressa tout à coup l'instinct de la multitude égarée, et,
-s'il fallut à ses ennemis des crimes, des conjurations et de longues
-pratiques pour la faire assassiner, il ne lui fallut, à elle, qu'un
-mouvement pour se faire admirer[238].»
-
-Chose étrange! Cette femme si impopulaire, si indignement calomniée
-près du peuple, dès qu'elle se retrouve face à face avec ce peuple,
-reconquiert son prestige et, par le seul ascendant de sa dignité et
-de la vérité, force la foule hostile à s'incliner devant elle et à
-l'applaudir[239].
-
-Quelques femmes cependant, plus opiniâtres dans leur haine, continuent
-à vomir contre elle d'infâmes injures[240].
-
-Mais les enthousiasmes populaires passent vite et il y a des rancunes
-plus mortelles et plus sûres que les balles. Marie-Antoinette le sait,
-et, en quittant le balcon, elle s'approche de Mme Necker et lui dit
-avec des sanglots étouffés: «Ils vont nous forcer, le Roi et moi, à
-nous rendre à Paris, avec les têtes de nos gardes du corps, portées
-au bout de leurs piques!» Et, serrant son fils dans ses bras, elle le
-couvre de baisers et de larmes[241].
-
-La Reine, hélas! ne se trompait pas; de nouveaux cris se font entendre:
-«_Le Roi à Paris! le Roi à Paris!_» Le Roi hésite, consulte ses
-ministres, consulte Lafayette. Mais comment pourrait-il résister? On se
-décide à partir et, pour calmer la foule, on jette des petits papiers
-qui annoncent la détermination, ou plutôt la capitulation du monarque.
-Des acclamations effroyables éclatent dans la cour; en signe de joie,
-les soldats déchargent leurs fusils; les canonniers, leurs pièces[242].
-Lafayette interroge la Reine: «Madame, dit-il, quelle est votre
-intention personnelle?»—«Je sais le sort qui m'attend,» répond-elle;
-«mais mon devoir est de mourir aux pieds du Roi et dans les bras de mes
-enfants[243].»
-
-A une heure vingt-cinq minutes, la famille royale descendit l'escalier
-de marbre, encore teint du sang de ses défenseurs[244], et monta en
-voiture. Le peuple s'impatientait; à peine vainqueur, il avait toutes
-les exigences de la souveraineté. Le nouveau maître de la France avait
-failli attendre; il ne voulait pas même laisser à la vieille royauté
-le temps de faire ses préparatifs de départ. Mais le passage était
-tellement obstrué que les voitures ne purent se mettre en marche qu'à
-deux heures.
-
-L'avenue de Paris était couverte de gens armés. En tête du cortège
-s'avançaient deux hommes portant au bout de leurs piques les têtes
-livides des malheureux Deshuttes et de Varicourt; plusieurs gardes du
-Roi à pied, escortés de brigands à moitié ivres, marchaient derrière
-ces hideux trophées. «Après eux venaient deux autres gardes, sans
-armes, dont l'un était en bottes, ayant une blessure au col, sa chemise
-et ses vêtements ensanglantés, et tenu au collet par deux hommes en
-uniforme national, une épée nue à la main; plus loin, il y avait un
-groupe de gardes du Roi à cheval, les uns en croupe, les autres sur
-la selle, ayant presque tous un compagnon en uniforme national, qui
-était monté avec eux; une partie de la populace et des femmes qui les
-environnaient obligeaient les gardes du Roi à crier: _Vive la Nation!_
-et à boire et à manger avec eux[245].» Après cette étrange avant-garde,
-une voiture dans laquelle étaient le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame
-Royale, Monsieur, Mme Élisabeth, Mme de Tourzel; autour de la
-voiture, et comme une lamentable escorte, des gardes désarmés, des
-hommes déguenillés, des femmes avinées qui criaient: «_Nous ramenons le
-boulanger, la boulangère et le petit mitron_[245].» Comme pour donner
-raison à ces clameurs ignobles, une soixantaine de chariots de farine,
-couronnés de feuillage et conduits par des forts de la halle; quelques
-rares cris de _Vive le Roi!_ des cris plus fréquents de: _A bas la
-calotte! Tous les évêques à la lanterne[246a]!_ Des femmes, des mégères,
-Théroigne de Méricourt en tête, grimpées sur des canons, entassées dans
-des fiacres, parées des dépouilles des gardes du corps, vomissant, de
-temps à autre, des injures contre la Reine; puis, à la fin, pour clore
-le défilé et consacrer en quelque sorte la défaite de la royauté et
-sa propre servitude, une députation de l'Assemblée, traînée dans les
-voitures de la Cour, à la portière desquelles des hommes à piques
-venaient demander s'il n'y avait pas de calotins pour les mettre à la
-lanterne[247]!...... Quel cortège pour le petit-fils de Louis XIV!
-
-La journée était splendide; par une de ces ironies poignantes dont
-on devait avoir un nouvel exemple au 10 août, la nature semblait en
-fête; tout était calme et gai. Dans les bois de Viroflay, les oiseaux
-chantaient; les feuilles avaient ces belles teintes jaunes et rouges
-dont elles se revêtent avant de tomber; «l'air agitait à peine les
-arbres[248];» le ciel était sans nuage; un soleil radieux, un de ces
-beaux soleils d'automne, éclairait le convoi funèbre de la monarchie.
-
-Pendant ce triste voyage, la Reine gardait son calme et sa majesté.
-Elle parlait aux hommes et aux femmes qui entouraient sa voiture: «Le
-Roi,» leur disait-elle, «n'a jamais voulu que le bonheur de son peuple.
-On vous a dit bien du mal de nous; ce sont ceux qui veulent vous nuire.
-Nous aimons tous les Français.» Et quelques-uns de ces gens, touchés
-de tant de bonté, émerveillés de tant de sang-froid, murmuraient
-naïvement: «Nous ne vous connaissions pas; on nous a bien trompés[249]!»
-
-«J'ai vu ce sinistre cortège, a écrit un témoin oculaire[250]. Au
-milieu de ce tumulte, de ces clameurs, de ces fréquentes décharges de
-mousqueterie, que la main d'un monstre ou d'un maladroit pouvait rendre
-si funestes[251], je vis la Reine conservant la tranquillité d'âme la
-plus courageuse, un air de noblesse et de dignité inexprimable, et mes
-yeux se remplirent d'admiration et de douleur.» Burke avait raison de
-dire, dans un élan de sombre enthousiasme: «On aime à savoir que des
-êtres destinés à souffrir sachent bien souffrir[252].»
-
-Et plus tard, lorsque, dans l'enquête ouverte sur ce grand attentat des
-journées d'octobre, une députation du Châtelet vint lui demander son
-témoignage, elle ne sut faire que cette réponse sublime: «J'ai tout vu,
-tout su, tout oublié!»
-
-Le trajet fut long; il dura sept heures. A la grille de Chaillot,
-Bailly vint haranguer le Roi et lui présenter les clefs de la ville.
-Avec un manque de tact incroyable chez un homme d'esprit: «Quel beau
-jour, Sire, dit-il, que celui où les Parisiens vont posséder dans leur
-ville Votre Majesté et sa famille!» A ce mot, le Roi ne put s'empêcher
-de soupirer et de dire: «Je souhaite, Monsieur, que mon séjour y ramène
-la paix, la concorde et la soumission aux lois[253].»
-
-Il fallut aller à l'Hôtel-de-Ville; le Roi y répugnait et
-Marie-Antoinette eût voulu se soustraire à cette dernière
-humiliation; mais Moreau de Saint-Merry, interrogé si elle pouvait
-s'en dispenser, avait répondu: «J'espère que la Reine pourra revenir
-de l'Hôtel-de-Ville; mais je doute qu'elle puisse aller seule aux
-Tuileries.» Des cris: _A la lanterne!_ se faisaient entendre; c'est
-ainsi que Paris accueillait la famille royale que, suivant le mot de
-Bailly, il avait reconquise.
-
-Le Roi entra d'un pas tranquille dans l'assemblée des représentants de
-la Commune; la Reine suivait, tenant ses enfants par la main. «C'est
-toujours avec plaisir et confiance, dit le prince en entrant, que je me
-vois au milieu des habitants de ma bonne ville de Paris.» Bailly répéta
-ces paroles au peuple et oublia le mot confiance. La Reine le lui
-rappela: «Messieurs, reprit galamment Bailly, vous êtes plus heureux
-que si je ne m'étais pas trompé[254].»
-
-Le Roi et la Reine étaient montés sur un trône qu'on avait préparé à
-la hâte. Mais le peuple voulait voir sa conquête; il fallut paraître
-aux fenêtres de l'Hôtel-de-Ville, entre deux flambeaux, afin que les
-traits mieux éclairés fussent plus reconnaissables. Sous ce dais
-d'un nouveau genre, le Roi et la Reine saluèrent la foule. La foule,
-toujours mobile, applaudit avec un enthousiasme irrésistible ceux
-qu'elle insultait tout à l'heure: On criait sur la place de Grève:
-«_Vive le Roi! Vive la Reine! Vive le Dauphin et nous tous[255]!_» On
-se félicitait, on s'embrassait en pleurant d'attendrissement et de
-joie; il semblait que la présence du Roi à Paris eût tout sauvé.
-
-A dix heures, le lugubre cortège rentra aux Tuileries. La famille
-royale était prisonnière; l'Assemblée l'était aussi. Joseph II avait
-raison d'écrire à son frère Léopold: «La racaille de Paris va être le
-despote de toute la France[256].»
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
- Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues de la Reine avec
- la foule; bonne entente réciproque.—Visites officielles des corps
- constitués.—Murmures dans le peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle
- fait retirer des reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses
- bijoux chez son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du
- corps.—Pillage de la maison du boulanger François.—Représentation
- de _Charles IX_.—Comment la famille royale est installée et vit
- aux Tuileries.—Education des enfants.—Lettre de la Reine à Mme
- de Tourzel.—Bienfaisance de Marie-Antoinette.—Traits charmants du
- Dauphin.—Première communion de Madame Royale.
-
-
-Le Palais des Tuileries était resté inhabité, presque sans
-interruption, depuis 1665; rien n'y était préparé pour recevoir les
-hôtes augustes que la volonté du nouveau souverain venait d'y interner.
-Des ouvriers, prévenus à la dernière heure, s'efforçaient d'y faire
-à la hâte quelques réparations indispensables; des échelles étaient
-dressées de tous côtés[257]. Les meubles étaient vieux, les tentures
-fanées; les appartements, mal éclairés[258]; les lits manquaient, les
-portes ne fermaient pas; le Dauphin dut passer la nuit dans une chambre
-ouverte de tous côtés et dans laquelle sa gouvernante se barricada
-comme elle put. «Tout est bien laid ici, Maman,» dit l'enfant en y
-entrant. «Mon fils,» répondit la Reine, «Louis XIV y logeait et s'y
-trouvait bien; nous ne devons pas être plus difficiles que lui[259].»
-Et se tournant vers les dames qui l'accompagnaient, comme pour
-s'excuser du dénuement du Château: «Vous savez, leur dit-elle avec un
-triste sourire, que je ne m'attendais pas à venir ici[260].»
-
-Le lendemain, dès l'aube, une foule immense se pressait dans le jardin;
-cédant à l'orgueil du triomphe ou plutôt entraînée par un vieil
-instinct royaliste, elle avait soif de voir cette famille royale dont
-la présence lui avait si longtemps manqué[261]. La cour, la terrasse,
-le parc étaient pleins de monde; on demandait à grands cris le Roi
-et la Reine; Mme Elisabeth alla les chercher. «La Reine, dit la
-princesse, parla avec toute la grâce que vous lui connaissez. Cette
-matinée fut très bien pour elle. Toute la journée, il fallut se montrer
-aux fenêtres; la cour et le jardin ne désemplissaient pas[262].» Quand
-Marie-Antoinette parut, les bravos furent si vifs et si universels que,
-d'après le récit d'un ardent patriote, la souveraine fut quelque temps
-sans pouvoir parler[263].
-
-Un certain nombre de femmes, venues avec des préjugés révolutionnaires,
-repartaient royalistes. L'une d'elles accusait la Reine d'avoir voulu
-faire bombarder Paris au 14 juillet et s'enfuir aux frontières le 6
-octobre. La Reine répliqua avec douceur que ses ennemis seuls avaient
-fait courir ce bruit et que ces calomnies avaient fait son désespoir et
-celui du meilleur des rois. La foule applaudit. Une autre lui adressa
-la parole en allemand. Marie-Antoinette répondit qu'elle ne l'entendait
-plus, qu'elle était devenue française, qu'elle avait oublié même sa
-langue maternelle. Des bravos accueillirent cette déclaration. Quelques
-femmes prièrent la Reine de faire un pacte avec elles: «Eh! comment,
-reprit-elle, puis-je faire un pacte avec vous, puisque vous ne croyez
-pas à celui que mes devoirs me dictent et que je dois respecter pour
-mon propre bonheur?» Ces femmes lui demandèrent alors des fleurs de son
-chapeau; elle les détacha elle-même et toute la troupe se les partagea
-en criant: «_Vive Marie-Antoinette! Vive notre bonne Reine[264]!_»
-L'enthousiasme fut général, et, à cette heure, il était sincère.
-
-«La même foule et le même empressement pour voir la famille royale,
-raconte Mme de Tourzel, continuèrent plusieurs jours avec la même
-indiscrétion et poussée à un tel point que plusieurs poissardes
-sautèrent dans l'appartement de Mme Élisabeth, qui supplia le
-Roi de la loger ailleurs[265].» Mais la Reine était touchée de ces
-empressements, et, dans sa bonté confiante, elle excusait presque les
-emportements de ce peuple, qui, vu de près, et laissé à lui-même, lui
-apparaissait si bon. Un jour, elle était allée visiter, au faubourg
-Saint-Antoine, la manufacture de glaces; elle fut accueillie avec
-enthousiasme: «Que le peuple est bon, dit-elle, quand on vient le
-chercher!»—«Il n'est pas si bon, riposta un courtisan, quand il va
-chercher.»—«Oh! reprit-elle avec vivacité, c'est qu'alors il est mené
-par des impulsions étrangères[266].» Au lendemain des jours d'octobre,
-elle croyait encore à la bonté des Parisiens! Et cependant, au milieu
-de ces angoisses, ses cheveux, d'un blond si beau, étaient subitement
-devenus blancs et, au bas de son portrait, peint pour Mme de
-Lamballe, elle avait de sa main écrit ces mots: «Ses malheurs l'ont
-blanchie[267].»
-
-Aux visites populaires succédèrent les présentations officielles. La
-Royauté vaincue conservait encore son prestige et le Roi occupait
-toujours son trône. Le Parlement fut reçu le premier, le vendredi 9
-octobre; sa députation comptait trente membres, ayant à leur tête le
-Premier Président. «Sa Majesté reçut la députation dans son cabinet,
-ayant à sa droite le Dauphin debout, un ployant derrière lui, et
-Madame, fille du Roi, à sa gauche, également debout, avec un ployant
-derrière elle. La Reine après sa réponse voulut bien ajouter que, M. le
-Dauphin et Madame ne pouvant recevoir dans leur appartement, elle les
-avait fait venir près de sa personne pour que le Parlement ne fût pas
-privé du bonheur de les voir[268].»
-
-Le même jour, à midi, ce fut la Commune de Paris, conduite par Bailly
-et Lafayette. «Madame,» dit Bailly à la Reine, «je viens apporter à
-Votre Majesté les hommages de la ville de Paris, avec les témoignages
-de respect et d'amour de ses habitants. La ville s'applaudit de vous
-voir dans le palais de nos rois; elle désire que le Roi et Votre
-Majesté lui fassent la grâce d'y établir leur résidence habituelle;
-et lorsque le Roi accorde cette grâce, lorsqu'il daigne lui en donner
-l'assurance, elle est heureuse de penser que Votre Majesté a contribué
-à la lui faire obtenir.» La Reine fit à Bailly cette courte réponse:
-«Je reçois avec plaisir les hommages de la ville de Paris, je suivrai
-le Roi avec satisfaction partout où il ira et surtout ici[269].»
-
-Le mois tout entier fut consacré à des cérémonies de ce genre. La
-Cour des aides fut reçue le 11; l'Université, le même jour; le
-Grand Conseil, le mercredi 14; la Chambre des comptes, la Cour des
-monnaies et le Conseil privé, le lundi 19. Ce jour-là, la Reine était
-incommodée et ne put voir personne. Enfin, le 20, à six heures et
-demie du soir, l'Assemblée nationale, de retour à Paris, malgré les
-sombres pressentiments de ses membres les plus sages, de Malouet en
-particulier[270], et qui avait tenu la veille sa première séance à
-l'Archevêché, se présenta inopinément au Château[271].
-
-Pour la première fois, les députés n'avaient pas revêtu le costume de
-cérémonie; les évêques même et les curés étaient en habit court. Le
-Roi les reçut, assis et couvert, ayant seulement ôté son chapeau à
-l'entrée et pendant les révérences du Président. De l'appartement du
-Roi, l'Assemblée passa dans celui de la Reine, en traversant le cabinet
-et la galerie. La Reine, dit le compte rendu officiel, n'étant pas
-prévenue de l'hommage que l'Assemblée désirait rendre à Sa Majesté,
-était en ce moment à sa toilette et se disposait à jouer en public. Le
-désir de ne point faire attendre l'Assemblée engagea la Reine à donner
-audience sur-le-champ, sans être en grand habit. Sa Majesté s'étant
-donc placée dans son fauteuil dans le grand cabinet, les officiers des
-cérémonies introduisirent l'Assemblée, comme ils avaient fait chez
-le Roi. L'appartement fut rempli par les députés, dont un assez grand
-nombre ne purent entrer. La Reine se leva pour recevoir l'Assemblée,
-et M. Fréteau, dans son discours, ayant témoigné le désir qu'avaient
-les représentants de la nation de voir M. le Dauphin entre les bras
-de Sa Majesté[272], la Reine ordonna au maître des cérémonies de
-l'aller chercher, et lorsqu'il fut arrivé, la Reine le prit dans ses
-bras et le fit voir à tous les députés qui firent retentir la salle
-d'applaudissements et des acclamations réitérées de _Vive le Roi!
-Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Sa Majesté voulut bien faire ainsi
-le tour du cabinet, pour que tous les députés pussent voir M. le
-Dauphin, et dire en même temps des paroles pleines de bonté à ceux
-d'entre eux qui se trouvaient près d'elle. La Reine rentra ensuite
-dans son appartement, et l'Assemblée se retira, reconduite jusqu'au
-bas de l'escalier par les officiers des cérémonies. Le maître des
-cérémonies[273] croit devoir faire observer à cette occasion que la
-Reine, «recevant toujours les Corps de la même manière que le Roi,
-aurait pu ne pas se lever, à l'entrée de l'Assemblée nationale, et
-que ce fut une marque particulière d'égards que Sa Majesté voulut lui
-donner en se levant et en disant un mot sur ce qu'Elle n'était point en
-grand habit[274].»
-
-Le maître des cérémonies a soin d'ajouter un peu plus loin que
-toutes ces «irrégularités», comme il les appelle, ne tiennent qu'aux
-circonstances et qu'elles ne sauraient tirer à conséquence pour
-l'avenir. Etrange préoccupation dans un pareil moment! La monarchie
-croulait, et M. de Nantouillet ne songeait qu'au renversement de
-l'étiquette!
-
-A l'Assemblée succédèrent la municipalité de Paris, le Châtelet, le
-bureau des Trésoriers de France, l'Amirauté et, en dernier lieu, le 16
-novembre, l'Académie française, qui harangua la Reine et le Dauphin par
-la bouche de son directeur, le chevalier de Boufflers[275].
-
-Dans toutes ces réceptions, officielles ou populaires, Marie-Antoinette
-se retrouvait avec sa dignité simple et ce charme séducteur auquel ses
-malheurs récents ajoutaient je ne sais quel attrait de plus. «Il est
-impossible, écrivait Mme Élisabeth le 13 octobre, de mettre plus de
-grâce et de courage que la Reine n'en a mis depuis huit jours[276].»
-Mais ce courage était parfois nerveux et cette grâce se voilait de
-mélancolie. Tout était tranquille en apparence. Le pain était revenu
-en abondance; une certaine détente semblait se produire. Intimidé
-par Lafayette, le duc d'Orléans était parti pour l'Angleterre, sous
-prétexte d'une mission qui déguisait mal un exil. Mais que de passions
-grondaient sous cette surface calme! Le petit Dauphin, avec la naïve
-insouciance de son âge, pouvait écrire à Mme de Polignac: «Oh!
-Madame, comme vous auriez été malheureuse les 5 et 6 octobre; mais à
-présent nous sommes tous heureux[277].» La Reine ne pouvait avoir ni
-cette gaîté enfantine, ni cette confiance; ses ennemis n'avaient pas
-désarmé.
-
-Le surlendemain même de son retour à Paris, une émeute avait éclaté au
-Mont-de-Piété. On avait fait courir le bruit,—dans quelle intention, on
-le devine facilement,—on avait même annoncé dans les papiers publics
-que la Reine retirerait tous les objets mis en gage, et la foule
-s'était pressée, impatiente et houleuse, aux portes des bureaux[278].
-Déçue dans son attente, elle s'était portée aux Tuileries, appelant à
-grand cris la Reine et réclamant l'exécution de sa prétendue promesse.
-Quelques personnes engageaient Marie-Antoinette à céder à ce désir
-tumultueux. Mesdames de Tourzel et de Chimay l'en dissuadèrent, et,
-haranguant elles-mêmes la foule, l'engageant à s'en reposer sur la
-bonté bien connue de la souveraine, finirent par la déterminer à se
-retirer tranquillement. Quelques jours après, la Reine, toujours
-prête à signaler son passage par des bienfaits, obtenait du Roi
-l'autorisation de retirer du Mont-de-Piété tous les objets qui
-n'excéderaient pas la valeur d'un louis. Il y en eut pour trois cent
-mille livres. Un peu plus tard, elle faisait rendre la liberté à quatre
-cents pères de famille, détenus pour dettes de mois de nourrice.
-
-Mais cette bonté même n'arrêtait pas la calomnie. Souvent une populace
-soudoyée venait, jusque sous les fenêtres des Tuileries, vomir des
-injures contre les malheureux souverains. On allait plus loin; sous le
-titre de délégués et sous prétexte de haranguer le Roi, des individus,
-sortis de la lie du peuple, pénétraient au Château et, en présence de
-la famille royale, répétaient des outrages inspirés et payés. L'abus
-était tel que les ministres proposèrent d'interdire à de telles gens
-l'entrée du Palais. «Non,» répondirent le Roi et la Reine, «ils peuvent
-venir, nous aurons le courage de les entendre.»
-
-Un jour, s'adressant à Louis XVI, un homme de cette trempe osa
-inculper, dans les termes les plus offensants, Marie-Antoinette qui
-assistait à l'entrevue: «Vous vous trompez,» reprit le Roi avec
-douceur, «la Reine et moi n'avons pas les intentions qu'on nous prête;
-nous agissons de concert pour votre bien commun.» Lorsque la députation
-fut partie, ajoute Hue, à qui nous empruntons ce fait, la Reine fondit
-en larmes[279].
-
-Dans de telles conditions, la confiance ne pouvait renaître; et dès
-le 10 octobre 1789, la Reine faisait transporter chez son bijoutier
-Daguerre[280] la majeure partie de cette précieuse collection d'objets
-d'art qu'elle avait réunie: laques du Japon, porcelaines de Chine,
-bois pétrifiés, coffrets de jaspe, coupes d'agate orientale, vases
-de sardoine brune, boîtes à parfiler, aiguières en cristal de roche:
-objets charmants, dont le style exquis séduit aujourd'hui encore les
-visiteurs du Musée du Louvre et dont les commissaires de la Convention
-eux-mêmes seront forcés de reconnaître le «beau et riche travail».
-C'était, disait le procès-verbal d'inventaire, «afin de les faire
-monter, d'autres réparer, et y faire des étuis et coffres à l'effet
-de pouvoir les transporter avec sûreté.» Ils devaient en effet être
-transportés à Saint-Cloud; mais les événements ne le permirent pas et
-c'est chez le successeur de Daguerre, Lignereux, que les commissaires
-délégués, les citoyens Nitot et Besson, vinrent en faire le
-récolement le 30 brumaire an II, et en demander le transfert au Musée
-national[281].
-
-A peine arrivée à Paris[282], la famille royale avait dû se résigner à
-un douloureux sacrifice. Par mesure de prudence, Louis XVI avait cru
-devoir éloigner de lui les gardes du corps. Il avait fallu se séparer
-de ces fidèles serviteurs, dont le dévouement avait seul arraché
-la Reine au poignard des assassins et qui eussent été une défense
-sûre contre des attentats futurs, si leur dévouement même ne les
-eût signalés à la fureur populaire: «Cela a été une peine bien vive
-pour le Roi et la Reine,» mandait Mme Elisabeth à la duchesse de
-Polignac[283].
-
-Vers la même époque, la Reine désolée écrivait à son amie: «J'ai pleuré
-d'attendrissement en lisant vos lettres. Vous parlez de mon courage;
-il en faut bien moins pour soutenir les moments affreux où je me suis
-trouvée que pour supporter notre position, ses peines à soi, celles de
-ses amis et celles de tous ceux qui nous entourent. C'est un poids trop
-fort à supporter, et si mon cœur ne tenait par des liens aussi forts à
-mon mari, mes enfants, mes amis, je désirerais de succomber; mais vous
-autres me soutenez; je dois encore ce sentiment à votre amitié. Mais,
-ajoutait-elle tristement, je vous porte à tous malheur et vos peines
-sont pour moi et par moi[284].»
-
-La garde nationale occupa les postes des Tuileries, comme, le 6
-octobre, elle avait occupé ceux de Versailles. Issue d'une émeute,
-née d'une pensée de défiance contre la monarchie, formée de soldats
-révoltés et de bourgeois naïfs et frondeurs, tiraillée entre les
-différents partis, condamnée par son origine même à partager les
-préjugés de la foule et les illusions de ses chefs, elle ne pouvait,
-quoiqu'elle eût été très attentive au début[285], apporter à la
-défense de la royauté ni le dévouement de serviteurs séculaires, ni la
-solidité d'une troupe disciplinée[286]. L'agitation, un moment apaisée,
-avait vite recommencé. «Nous vivons au milieu des alertes, écrivait
-un attaché de la légation de Saxe; le peuple ne paraît pas encore
-satisfait, malgré tout ce qu'il a obtenu[287].» Les portes cochères
-des maisons un peu marquantes avaient été crayonnées de noir ou de
-rouge; on redoutait une émeute[288]. Le 21 octobre, en effet[289], le
-surlendemain du jour où l'Assemblée tenait à Paris sa première séance,
-la populace assaillait la boutique d'un boulanger nommé François[290],
-la pillait, pendait le boulanger en place de Grève, lui coupait la
-tête et la promenait dans les rues au bout d'une pique[291]. La Reine
-ne put que donner sur sa cassette une petite pension à la veuve de cet
-infortuné; elle lui envoya six mille francs[292].
-
-Le 4 novembre, le _Charles IX_, de Chénier, d'abord interdit, puis
-autorisé par la faiblesse de Bailly, mettait en feu les spectateurs du
-Théâtre-Français. Malgré les protestations de l'auteur et sa dédicace
-enthousiaste au «prince magnanime» que trois ans plus tard il devait
-condamner à mort, l'attaque contre le trône était transparente, et le
-moment singulièrement choisi, comme le faisait justement remarquer
-Beaumarchais[293], lorsque le Roi et sa famille venaient résider à
-Paris. Chaque soir, les allusions étaient avidement saisies par un
-public ardent, qui sortait de là, dit Ferrières, «ivre de vengeance
-et tourmenté d'une soif de sang[294].» Les chefs de la révolution ne
-s'y trompaient pas. «Cette pièce, écrivait Camille Desmoulins, avance
-plus nos affaires que les journées d'octobre.» Et, le jour même de la
-première représentation, Danton disait au parterre: «Si _Figaro_ a tué
-la noblesse, _Charles IX_ tuera la royauté[295].»
-
-On conçoit que la Reine mît peu d'empressement à se montrer dans les
-théâtres où se jouaient de telles pièces, et que, sollicitée par une
-députation de la municipalité et de la garde nationale de paraître aux
-spectacles, elle ait répondu «qu'elle aurait infiniment de plaisir à
-se rendre à l'invitation de la ville de Paris, mais qu'il fallait du
-temps pour perdre le souvenir des affligeantes journées qu'elle venait
-de passer et dont son cœur avait trop souffert[296]». Tout émue des
-épreuves qui l'avaient assaillie, des dangers qu'elle avait courus,
-et qui l'attendaient encore, quoiqu'elle affectât de n'avoir point
-d'inquiétude[297], alarmée des symptômes qu'elle découvrait chaque
-jour, et mal rassurée contre les menaces de la rue par la protection de
-Lafayette, et de sa milice parisienne, elle se renfermait au Château et
-s'absorbait dans la vie de famille.
-
-Après quelques tâtonnements, inévitables dans le désarroi du premier
-moment, on avait fini par s'organiser aux Tuileries. Les meubles
-avaient été apportés de Versailles, et le Roi et la Reine avaient
-marqué eux-mêmes leurs logements et ceux de leur suite. Le Roi, pour
-avoir son fils près de lui, avait partagé ses appartements avec le
-Dauphin; il occupait au rez-de-chaussée, sur le jardin, trois pièces
-auxquelles on arrivait par la galerie de gauche. A l'entresol était son
-cabinet de géographie; au premier, sa chambre à coucher; près de cette
-pièce, la chambre du Conseil.
-
-Les appartements de la Reine étaient près de ceux du Roi. En bas,
-son cabinet de toilette, sa chambre à coucher et le salon de
-compagnie. A l'entresol, la bibliothèque, qu'elle avait fait venir de
-Versailles[298]: bibliothèque grave et pieuse, «qui, dit un auteur,
-annonce un esprit sérieux et cultivé[299]»; et où, parmi des ouvrages
-d'apologétique chrétienne, de philosophie et d'histoire, on ne trouve
-que de rares romans, les poètes classiques et quelques pièces de
-théâtre[300]. Au-dessus de cette bibliothèque, l'appartement de Madame,
-séparé de la chambre du Roi par celle du Dauphin. Mme de Tourzel
-habitait le rez-de-chaussée[301]. Un petit escalier noir reliait
-l'appartement du jeune prince à celui de sa gouvernante. Seules, la
-Reine et Mme de Tourzel en avaient la clef[302]. D'autres escaliers
-permettaient au Roi et à la Reine de communiquer librement entre eux
-et avec leurs enfants. Mme de Lamballe occupait le rez-de-chaussée
-du pavillon de Flore; Mme Elisabeth, le premier étage; Mesdames de
-Mackau, de Grammont, d'Ossun, l'étage supérieur; Mesdames, le pavillon
-de Marsan. Monsieur et Madame habitaient le Luxembourg[303].
-
-Au bout de quelques jours, la Cour avait repris ses habitudes. Les
-principales charges, les premiers gentilshommes de la chambre, les
-ducs de Villequier et de Duras, le grand prévôt, marquis de Tourzel,
-le grand maréchal-des-logis, marquis de Brézé, étaient revenus à
-leur poste[304]. Il y avait jeu les dimanche et jeudi, et parfois
-grand couvert le dimanche[305]. La princesse de Lamballe essaya, pour
-distraire sa royale amie, d'organiser chez elle quelques soirées. Mais
-Marie-Antoinette n'avait plus le cœur à la joie. Il y avait, par un
-reste d'étiquette, quelques actes de représentation; mais, la plupart
-du temps, la Reine restait chez elle avec son mari et ses enfants.
-Elle déjeunait seule tous les jours, voyait ensuite son fils et sa
-fille; pendant ce temps, le Roi venait lui rendre visite. Puis elle
-allait à la messe; durant quelque temps, et jusqu'à ce qu'on ait eu
-le temps d'élever une sorte de galerie en planches, elle traversait,
-pour se rendre à la chapelle, la grande terrasse du Château en plein
-air, au milieu des regards curieux ou hostiles[306]; après la messe,
-elle revenait s'enfermer dans ses cabinets. Elle dînait à une heure,
-avec le Roi, Madame Royale et Mme Elisabeth. Après le dîner, elle
-faisait, dans la galerie de Diane[307], une partie de billard avec
-Louis XVI, qui, ayant renoncé à sortir depuis le départ des gardes du
-corps[308], avait besoin d'un peu d'exercice; elle travaillait à la
-tapisserie et rentrait de nouveau chez elle jusqu'à huit heures, heure
-à laquelle Monsieur et Madame arrivaient pour souper. A onze heures, on
-se séparait[309].
-
-Dans ses appartements, la vie de Marie-Antoinette se partageait entre
-le travail manuel et l'éducation de ses enfants. Son esprit, soucieux
-des affaires publiques, avait besoin d'une distraction qui occupât les
-doigts sans absorber l'attention. Le travail manuel lui rendait ce
-service; elle l'avait toujours aimé; elle s'y attacha plus encore. On
-la vit entreprendre de grands ouvrages de tapisserie, besogne facile,
-qui laissait à la pensée sa liberté, et Mme Campan assure qu'une
-marchande de Paris, Mme Dubuquois, conserva longtemps dans son
-magasin un tapis fait par la Reine et Mme Elisabeth pour le grand
-appartement du rez-de-chaussée des Tuileries[310].
-
-Mais le meilleur et le plus cher de son temps était réservé à ses
-enfants. Dès le 12 août, elle avait écrit à la duchesse de Polignac:
-«Mes enfants font mon unique ressource; je les ai le plus possible
-avec moi[311].» Aux Tuileries, c'était plus encore. La matinée était
-consacrée à l'éducation de Madame Royale, qui prenait toutes ses leçons
-sous les yeux de sa mère. Quand le temps était beau, la Reine faisait
-avec ses enfants une promenade dans le jardin des Tuileries[312], qui
-n'était ouvert au public qu'à midi[313]. C'était une consolation pour
-elle et une vraie joie pour le Dauphin, qui aimait passionnément le
-grand air et l'exercice. Il eût bien voulu circuler dans Paris; mais,
-au début, on ne l'osait pas, et à la fin de novembre ou au commencement
-de décembre, le jeune prince écrivait à son ancienne gouvernante:
-«Nous ne sommes pas encore sortis des Tuileries; nous allons souvent
-nous promener avec maman dans le jardin[314].» Le dimanche, le curé
-de Saint-Eustache venait faire le catéchisme à Madame Royale, qui
-se préparait à sa première communion; le Dauphin assistait à ces
-instructions[315].
-
-C'était un charmant enfant que ce Dauphin, avec ses grands yeux bleus,
-ses longs cheveux bouclés, ses joues fraîches et roses, sa franche et
-communicative gaîté et cet entrain un peu étourdi que le malheur allait
-si tôt changer en une gravité précoce. Nul ne le connaissait mieux
-que sa mère; nul n'avait étudié avec une attention plus minutieuse et
-une plus sévère clairvoyance les défauts comme les qualités de son
-caractère. Quelques jours après le 14 juillet, appelant la marquise de
-Tourzel à la place de gouvernante des Enfants de France, que laissait
-vacante l'émigration de la duchesse de Polignac, et, comme elle le
-disait elle-même, remettant à la vertu ce qu'elle avait confié à
-l'amitié[316], Marie-Antoinette écrivait la lettre suivante:
-
- «24 juillet 1789.
-
-«Mon fils a quatre ans, quatre mois moins deux jours. Je ne parle ni
-de sa taille, ni de son extérieur; il n'y a qu'à le voir. Sa santé a
-toujours été bonne; mais, même au berceau, on s'est aperçu que ses
-nerfs étaient très délicats et que le moindre bruit extraordinaire
-faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses premières dents;
-mais elles sont venues sans maladies ni accidents. Ce n'est qu'aux
-dernières, et je crois que c'était à la sixième, qu'à Fontainebleau
-il a eu une convulsion. Depuis, il en a eu deux, une dans l'hiver de
-1787-1788, et l'autre à son inoculation; mais cette dernière a été
-très petite. La délicatesse de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il
-n'est pas accoutumé lui fait toujours peur; il a peur, par exemple,
-des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l'ai
-jamais forcé à en voir, parce que je crois qu'à mesure que sa raison
-viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts
-et bien portants, très léger et violent dans ses colères; mais il est
-bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l'emporte
-pas. Il a un amour-propre démesuré, qui, en le conduisant bien, peut
-tourner un jour à son avantage. Jusqu'à ce qu'il soit bien à son aise
-avec quelqu'un, il sait prendre sur lui et même dévorer ses impatiences
-et colères pour paraître doux et aimable. Il est d'une grande fidélité
-quand il a promis une chose; mais il est très indiscret; il répète
-aisément ce qu'il a entendu dire et souvent, sans vouloir mentir, il
-ajoute ce que son imagination lui a fait voir. C'est son plus grand
-défaut et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète,
-il est bon enfant, et avec de la sensibilité et en même temps de la
-fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu'on
-voudra. Mais la sévérité le révolterait, parce qu'il a beaucoup de
-caractère pour son âge, et, pour en donner un exemple, dès sa plus
-petite enfance, le mot pardon l'a toujours choqué. Il fera et dira
-tout ce qu'on voudra, quand il a tort; mais le mot pardon, il ne le
-prononcera qu'avec des larmes et des peines infinies.
-
-«On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi,
-et, quand ils ont eu des torts, à me les dire eux-mêmes. Cela fait
-qu'en les grondant j'ai l'air plus peinée et affligée de ce qu'ils
-ont fait que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui ou non,
-prononcé par moi, est irrévocable; mais je leur donne toujours une
-raison à la portée de leur âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que
-c'est humeur de ma part.
-
-«Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop
-étourdi pour s'appliquer. Il n'a aucune idée de hauteur dans la tête,
-et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours
-assez tôt ce qu'ils sont. Il aime sa sœur beaucoup et a bon cœur.
-Toutes les fois qu'une chose lui fait plaisir, soit d'aller quelque
-part ou qu'on lui donne quelque chose, son premier mouvement est
-toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai. Il a besoin,
-pour sa santé, d'être beaucoup à l'air, et je crois qu'il vaut mieux,
-pour sa santé, le laisser jouer et travailler à la terre sur les
-terrasses que de le mener plus loin. L'exercice que les petits enfants
-prennent en courant, en jouant à l'air, est plus sain que d'être forcés
-de marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins.
-
-«Je vais maintenant parler de ce qui l'entoure. Trois
-sous-gouvernantes: Mmes de Soucy, belle-mère et belle-fille, et
-Mme de Villefort.
-
-«Mme de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte,
-mais mauvais ton. La belle-fille, même ton. Point d'espoir. Il y a déjà
-quelques années qu'elle n'est plus avec ma fille; mais avec le petit
-garçon, il n'y a pas d'inconvénient. Du reste, elle est très fidèle et
-même un peu sévère avec l'enfant.
-
-«Mme de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte; elle a au
-moins aussi mauvais ton, et plus même, mais à l'extérieur. Toutes sont
-bien ensemble.
-
-«Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l'enfant. Mais
-Mme Lemoine, une caillette et bavarde, insoutenable, contant tout ce
-qu'elle sait dans la chambre, devant l'enfant ou non, cela est égal.
-Mme Neuville a un extérieur agréable, de l'esprit, de l'honnêteté;
-mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante.
-
-«Brunier, le médecin, a ma grande confiance, toutes les fois que les
-enfants sont malades; mais hors de là, il faut le tenir à sa place; il
-est familier, humoriste et clabaudeur.
-
-«L'abbé d'Avaux peut être fort bon pour apprendre les lettres à mon
-fils; mais du reste il n'a ni le ton, ni même ce qu'il faudrait pour
-être auprès de mes enfants, c'est ce qui m'a décidée dans ce moment à
-lui retirer ma fille; il faut bien prendre garde qu'il ne s'établisse
-hors les heures de leçons chez mon fils. C'est une des choses qui a
-donné le plus de peine à Mme de Polignac et encore n'en venait-elle
-toujours à bout; c'était la société des sous-gouvernantes. Depuis dix
-jours, j'ai appris des propos d'ingratitude de cet abbé, qui m'ont fort
-déplu.
-
-«Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent avec zèle; mais
-je ne puis pas compter beaucoup sur elles. Dans ces derniers temps,
-il s'est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre; mais je ne
-saurais dire exactement par qui; il y a cependant une Mme Belliard
-qui ne se cache pas sur ses sentiments; sans soupçonner personne, on
-peut s'en méfier. Tout son service en hommes est fidèle, attaché et
-tranquille.
-
-«Ma fille a à elle deux premières femmes et sept femmes de chambre.
-Mme Brunier, femme du médecin, est à elle depuis sa naissance, et la
-sert avec zèle; mais, sans avoir rien de personnel à lui reprocher, je
-ne la chargerais jamais que de son service. Elle tient du caractère de
-son mari. De plus, elle est avare et avide des petits gains qu'il y a à
-faire dans la chambre.
-
-«Sa fille, Mme Fréminville, est une personne d'un vrai mérite.
-Quoique âgée seulement de vingt-sept ans, elle a toutes les qualités
-d'un âge mûr. Elle est à ma fille depuis sa naissance et ne l'a jamais
-perdue de vue. Je l'ai mariée, et le temps qu'elle ne passe pas avec
-ma fille, elle l'occupe en entier à l'éducation de ses trois petites
-filles. Elle a un caractère doux et liant, est fort instruite, et c'est
-elle que je désire charger de continuer les leçons à la place de
-l'abbé d'Avaux. Elle en est fort en état, et puisque j'ai le bonheur
-d'en être sûre, je trouve que c'est préférable à tout. Au reste, ma
-fille l'aime beaucoup et y a confiance.
-
-«Les sept autres femmes sont de bons sujets et cette chambre est bien
-plus tranquille que l'autre. Il y a deux très jeunes personnes, mais
-elles sont surveillées par leurs mères, l'une à ma fille, l'autre par
-Mme Lemoine.
-
-«Les hommes sont à elle depuis sa naissance. Ce sont des êtres
-absolument insignifiants; mais comme ils n'ont rien à faire que le
-service, et qu'ils ne restent point dans sa chambre par delà, cela
-m'est insignifiant[317].»
-
-Laissons de côté les appréciations sur les personnes, que les
-événements ont pu et dû modifier par la suite[318]. Qui n'admirerait,
-au milieu de tant de préoccupations de toute sorte, la surveillance de
-cette mère, sa perspicacité et cet incessant souci de la santé et de
-l'éducation morale de ses enfants?
-
-Un mois après, elle écrivait encore à Mme de Tourzel, à propos d'un
-petit accès de colère du Dauphin:
-
-«Mon cher cœur, notre tendresse doit être sévère pour cet enfant;
-il ne faut pas oublier que ce n'est pas pour nous que nous devons
-l'élever, mais pour le pays. Les premières impressions sont si fortes
-dans l'enfance qu'en vérité je suis effrayée, quand je pense que nous
-élevons un Roi[319].»
-
-Le Dauphin s'élevait ainsi, s'instruisant aux leçons de l'abbé
-d'Avaux, et plus encore à celles de sa mère; il développait, sous
-cette chère influence, son esprit et son cœur. Sa mère, il l'adorait,
-heureux de son sourire, souffrant de ses peines, s'ingéniant sans cesse
-à lui faire plaisir. Il avait,—la lettre que nous venons de citer le
-constate,—une assez vive répugnance pour l'étude; il en triompha par
-amour filial. Un jour, Marie-Antoinette lui reprochait de ne pas savoir
-lire à quatre ans et demi.—«Eh bien! répondit-il, je le saurai pour vos
-étrennes.» «A la fin de novembre,» raconte Mme de Tourzel, il dit à
-son précepteur: «Il faut pourtant que je sache combien j'ai de temps
-jusqu'au jour de l'an, puisque j'ai promis à maman de savoir lire pour
-ce jour-là.» En apprenant qu'il n'y avait plus qu'un mois, il regarda
-l'abbé d'Avaux et lui dit avec un sang-froid inconcevable: «Donnez-moi,
-je vous prie, mon bon abbé, deux leçons par jour, et je m'appliquerai
-tout de bon.» Il tint parole, et, au jour fixé, entra triomphant chez
-la Reine, tenant un livre à la main; il se jeta à son cou: «Voilà vos
-étrennes,» lui dit cet aimable enfant; «j'ai tenu ma promesse; je sais
-lire à présent[320].»
-
-Une autre fois, entendant une femme dire d'une de ses amies: «Elle est
-heureuse comme une reine.»—«Heureuse comme une Reine! s'écria-t-il;
-ce n'est pas de maman que vous voulez parler, alors; car elle pleure
-toujours[321].»
-
-Les promenades officielles dans le jardin des Tuileries, sous l'escorte
-dès gardes nationaux, étaient une contrainte. Mme de Tourzel
-obtint qu'on arrangeât pour le Dauphin un petit jardin particulier,
-à l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau[322]. Le jeune prince
-s'y ébattait en toute liberté; il y élevait des lapins; il y soignait
-des oiseaux dans une volière, des canards sur un bassin[323]. Il y
-cultivait des fleurs, et les plus belles toujours étaient réservées à
-sa mère. D'autres fois, on le conduisait chez une parente de Mme de
-Tourzel, la marquise de Lède, qui possédait au faubourg Saint-Germain
-un bel hôtel et un vaste parc. Plus souvent, il accompagnait sa mère
-dans ses excursions charitables. Quand la Reine allait visiter les
-hôpitaux ou les pauvres, elle emmenait son fils avec elle et elle
-avait soin qu'il distribuât lui-même les aumônes qu'elle laissait
-dans les mansardes. Tantôt c'était aux Gobelins, et le président du
-district étant venu la complimenter, elle lui disait: «Monsieur, vous
-avez bien des malheureux; mais les moments où nous les soulageons nous
-sont bien précieux[324].» Tantôt à la Société de charité maternelle,
-qu'elle avait fondée et dont elle autorisait les dames à distribuer
-par mois seize cents livres pour la nourriture et le chauffage, douze
-cents pour des couvertures et des vêtements, sans compter les layettes
-qu'on donnait à trois cents mères[325]. Tantôt à l'école de dessin,
-aussi fondée par elle et à laquelle elle envoyait un jour douze cents
-livres, économisées à grand'peine, pour qu'on ne diminuât pas les
-récompenses et que ses chers élèves n'eussent pas à souffrir de sa
-propre détresse[326]. D'autres fois encore elle plaçait chez Mlle O.
-Kennedy quatre filles d'invalides, orphelines, qui sont, disait-elle,
-«l'objet de ma fondation[327].»
-
-Mais ce qui semblait attirer plus particulièrement le Dauphin, comme
-par un mystérieux pressentiment, c'était l'hospice des Enfants-trouvés.
-Marie-Antoinette l'y conduisait souvent, et la reconnaissance de ces
-pauvres enfants se traduisait encore par des acclamations, qui lui
-étaient bien douces; on y criait «beaucoup _Vive le Roi!_ et pas mal
-_Vive la Reine[328]!_» Le jeune prince ne s'éloignait de là qu'à regret
-et toutes ses petites économies étaient consacrées au soulagement de
-ces infortunés. Un jour, son père le surprit au moment où il rangeait
-des écus dans un joli coffret que lui avait donné sa tante, Mme
-Élisabeth: «Comment! Charles, lui dit-il d'un air mécontent, vous
-thésaurisez comme les avares?» L'enfant rougit, mais se remettant
-bientôt: «Oui, mon père, répondit-il; je suis avare, mais c'est
-pour les enfants trouvés. Ah! si vous les voyiez! Ils font vraiment
-pitié!» Le Roi se pencha vers son fils et, l'embrassant avec une de
-ces effusions de joie qu'il ne connaissait plus guère: «En ce cas, mon
-enfant, dit-il, je t'aiderai à remplir ton coffret.»
-
-Plus âgée et plus grave que son frère, Madame Royale sentait plus
-profondément les angoisses de la situation. Pour mettre un peu de gaîté
-dans sa vie, la Reine avait organisé chez Mme de Tourzel de petites
-réunions intimes, où elle allait de temps à autre prendre le thé et
-où sa fille rencontrait des jeunes amies de son âge. On jouait à de
-petits jeux; on courait à travers les appartements grands ouverts;
-on faisait même des parties de cache-cache, que plus tard le Dauphin
-se rappelait avec plaisir. Mais des soins plus sérieux occupaient
-le temps et s'imposaient au cœur de la jeune princesse. Depuis son
-arrivée à Paris, le curé de Saint-Eustache venait chaque dimanche lui
-faire le catéchisme et la préparer à sa première communion. Ce fut
-le mercredi saint 31 mars[329] qu'elle accomplit ce grand acte, à
-Saint-Germain-l'Auxerrois. Dès le matin, la Reine conduisit sa fille
-dans la chambre du Roi: «Ma fille, lui dit-elle, jetez-vous aux pieds
-de votre père et demandez-lui sa bénédiction.» Madame se prosterna;
-le Roi la bénit, la releva et lui adressa ces graves et religieuses
-paroles:
-
-«C'est du fond de mon cœur, ma fille, que je vous bénis, en demandant
-au Ciel qu'il vous fasse la grâce de bien apprécier la grande action
-que vous allez faire. Votre cœur est innocent aux yeux de Dieu; vos
-vœux doivent lui être agréables; offrez-les-lui pour votre mère et
-pour moi. Demandez-lui qu'il m'accorde la grâce nécessaire pour faire
-le bonheur de ceux sur lesquels il m'a donné l'empire et que je dois
-considérer comme mes enfants. Demandez-lui qu'il daigne conserver dans
-le royaume la pureté de la religion et souvenez-vous bien, ma fille,
-que cette sainte religion est la source du bonheur et notre soutien
-dans les adversités de la vie. Ne vous en croyez pas à l'abri. Vous
-êtes bien jeune; mais vous avez déjà vu votre père affligé plus d'une
-fois.
-
-«Vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous destine; si
-vous resterez dans ce royaume ou si vous irez en habiter un autre.
-Dans quelque lieu où la main de Dieu vous pose, souvenez-vous que vous
-devez édifier par vos exemples, faire le bien toutes les fois que
-vous en trouverez l'occasion; mais surtout, mon enfant, soulagez les
-malheureux de tout votre pouvoir. Dieu ne nous a fait naître dans le
-rang où nous sommes que pour travailler à leur bonheur et les consoler
-dans leurs peines[330].»
-
-Tels étaient les enseignements que ce «tyran» donnait à ses enfants,
-et les actes suivaient de près les paroles. Il était d'usage que les
-filles de France reçussent une parure en diamants le jour de leur
-première communion. Madame Royale n'eut pas ce brillant cadeau[331].
-La cérémonie s'accomplit avec la plus grande simplicité. La jeune
-princesse arriva à l'église, conduite par sa gouvernante et sa
-sous-gouvernante, Mme de Mackau; elle avait le maintien le plus
-recueilli et s'approcha de la Sainte Table avec les marques de la
-dévotion la plus sincère[332]. La Reine, qui avait fait ses Pâques la
-surveille[333], n'assista à la cérémonie qu'incognito et sans suite,
-«aussi simplement habillée qu'une bourgeoise,» raconte un témoin
-oculaire, mais avec une piété extrême et les yeux toujours fixés sur
-la jeune communiante[334]. Le jour même, d'abondantes aumônes furent
-distribuées aux pauvres des diverses paroisses de Paris; c'était le
-prix du collier de diamants que n'avait point reçu Madame Royale.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
- Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé sont déclarés à la
- disposition de la nation.—Suppression des Parlements.—Affaire de
- Favras.—Sa mort héroïque.—Plan d'évasion d'Augeard.—Démarche du
- Roi à l'Assemblée le 4 février 1790.—On présente à la Reine la
- veuve et le fils de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du
- Livre rouge.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à
- Saint-Cloud.—Fédération du 14 juillet 1790.—La famille royale est
- acclamée par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les
- journées d'octobre.
-
-
-Réinstallée à Paris, dans la salle du Manège, l'Assemblée avait
-repris le cours de ses discussions. Pour combler le déficit, elle
-s'en prenait au clergé. Le 2 novembre, sur la proposition du trop
-fameux évêque d'Autun, elle déclarait que les biens ecclésiastiques
-étaient à la disposition de la nation. C'était le premier pas dans la
-voie de la spoliation. Le lendemain, à l'instigation d'Adrien Duport,
-l'Assemblée ajournait la rentrée des Parlements, en attendant qu'elle
-les supprimât. Ainsi ce grand corps, qui avait été le promoteur de
-la réunion des États généraux, en était la première victime. Bientôt
-après, les provinces étaient remplacées par les départements. Les
-ministres acceptaient ces changements avec une facilité qui rendait
-leur résignation suspecte. «Le pouvoir exécutif fait le mort,»
-s'écriait Charles de Lameth[335], et les chefs de la Révolution se
-défiaient de cette attitude passive, lorsque l'affaire du marquis de
-Favras vint fournir un corps à leurs soupçons.
-
-Quel était au fond le plan du marquis de Favras? Voulait-il réellement
-enlever le Roi et la famille royale, pour les conduire hors de Paris?
-Préparait-il un plan de contre-révolution? Sous quelle inspiration?
-Avec quels appuis? Un grand mystère plane sur tous ces points et
-y planera probablement toujours, grâce à l'héroïque silence de
-l'accusé. On a dit que la Reine redoutait ses aveux[336]. Monsieur,
-dont les journaux avaient mêlé le nom à cette affaire, effrayé de ces
-dénonciations, crut devoir se justifier publiquement et se rendit,
-le lendemain de l'arrestation de Favras, à l'Hôtel-de-Ville, pour
-protester de son attachement à la Révolution: démarche étrange et qui
-fut jugée peu digne d'un fils de France[337].
-
-Le procès fut rapidement instruit: arrêté le 25 décembre 1789, et
-traduit devant le Châtelet, Favras répondit avec un calme admirable
-aux allégations de ses dénonciateurs, deux individus de petit état et
-de petite réputation. Mais l'arrêt était rendu d'avance: «Il fallait,
-écrivait Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, il fallait effrayer
-ceux qui voudraient servir le Roi; il fallait du sang au peuple et le
-sang d'un homme à qui l'on pût donner le nom d'aristocrate[338].» Le
-jour où le jugement fut rendu, la foule hurlait autour du prétoire,
-réclamant à grands cris la mort de l'accusé et essayant d'intimider
-les juges. Les juges cédèrent: la démonstration populaire suppléa aux
-preuves qui n'existaient pas, et Favras fut condamné à être pendu.
-«Votre vie, lui dit Quatremère, rapporteur du procès, est un sacrifice
-que vous devez à la tranquillité publique.» Favras ne répondit que
-par un regard de mépris à cette étrange théorie par laquelle, depuis
-l'origine du christianisme, les peureux ont toujours tenté de légitimer
-leurs défaillances.
-
-Le lendemain, vendredi 19 février, à la lueur des torches, au milieu
-des cris d'une joie féroce et d'un appareil inusité, Favras fut pendu
-en place de Grève. Jusqu'à la fin, il montra le même sang-froid,
-n'opposant aux injures qu'un dédaigneux sourire et refusant noblement
-de révéler son secret: «Citoyens,» dit-il, «je meurs innocent; priez
-Dieu pour moi. Je meurs avec le calme que donne la tranquillité de
-la conscience et je recommande ma mémoire à l'estime de tous les
-citoyens vertueux, ainsi que ma femme et mes enfants, à qui j'étais
-si nécessaire. Je demande la grâce des faux témoins, s'ils étaient
-reconnus comme tels, et que personne n'appréhende les suites d'un
-complot imaginaire[339].» Et se tournant vers le bourreau: «Allons,
-mon ami, dit-il, fais ton devoir.» Incapable de comprendre cet
-héroïsme, la foule insulta le mourant par des rires, des danses et des
-applaudissements ironiques; quelques misérables eurent même le courage
-de crier: _Bis!_ et l'on ne sauva le cadavre des derniers outrages
-que par une inhumation précipitée[340]. Le Roi et la Reine furent
-profondément affectés de cette condamnation et de cette mort. «Je fus
-témoin de leur douleur, raconte Mme de Tourzel, et je ne puis encore
-penser à l'état où je vis la Reine, quand elle apprit que M. de Favras
-n'existait plus[341].»
-
-Un projet plus sérieux, ou du moins mieux connu que celui de
-Favras,—car il a été raconté en détail par son auteur lui-même,—avait
-été conçu par un secrétaire des commandements de la Reine, Augeard.
-Frappé des dangers qui menaçaient la famille royale et surtout
-Marie-Antoinette, Augeard avait proposé à cette princesse de
-l'emmener avec ses enfants, un soir, dans une voiture de poste à deux
-chevaux: elle eût pris le costume d'une gouvernante et le Dauphin
-eût été habillé en fille. Le lendemain matin, on devait descendre
-à Saint-Thierry, maison de campagne de l'archevêque de Reims, et,
-repartant après un repas sommaire, en ayant soin d'éviter les villes,
-on serait arrivé au château de Buzancy, appartenant à Augeard, d'où un
-relai, préparé à l'avance, eût conduit les fugitifs à la frontière. Le
-plus grand secret eût couvert ce plan, même à l'égard du Roi. La Reine
-accepta d'abord; mais quand il fallut prendre une décision définitive,
-elle ne put s'y résoudre, et aux instances pressantes d'Augeard ne
-répondit que par ces mots: «Toute réflexion faite, je ne partirai pas;
-mon devoir est de mourir aux pieds du Roi[342].» Quelques précautions
-qu'eût prises Augeard, son projet transpira; il fut arrêté et
-emprisonné; mais, plus heureux que Favras, il fut relâché après quatre
-mois et demi[343] de détention.
-
-Ces diverses affaires, celle de Favras surtout, avaient donné lieu
-à tant d'imputations contre la Cour, que les ministres, Necker
-en particulier, conseillèrent à Louis XVI de faire une démarche
-publique pour affirmer son attachement au nouveau régime. Docile aux
-inspirations de ses ministres, le Roi y consentit. Le jeudi 4 février,
-il prévint par un billet le président qu'il se rendrait à l'Assemblée
-vers midi et voulait y être reçu sans cérémonie. La séance fut
-aussitôt suspendue; une housse de velours rouge, fleurdelysée d'or, fut
-jetée sur le fauteuil du président, et en attendant l'auguste visiteur,
-«tout le monde,» raconte un témoin oculaire dans le style sentimental
-alors à la mode, «se félicitait avec son voisin de la jouissance
-délicieuse et anticipée de voir son père et son ami. C'est ainsi que,
-dans l'effusion des âmes, on appelait le bon Louis XVI[344].»
-
-A une heure, le Roi parut, vêtu simplement et sans appareil, et
-prononça un discours, rédigé en partie par Necker. Il protesta de son
-adhésion à la Constitution, vanta les réformes opérées par l'Assemblée,
-et désavoua toute entreprise qui tendrait à en ébranler les principes.
-«Moi aussi,» dit-il en faisant allusion aux sacrifices que le nouveau
-régime imposait à tant de gens; «moi aussi j'aurais bien des pertes à
-compter, si, au milieu des plus grands intérêts, je m'arrêtais à des
-calculs personnels; mais j'ai trouvé une compensation pleine et entière
-dans l'accroissement du bonheur de la nation; c'est du fond de mon cœur
-que j'exprime ici ce sentiment. Je défendrai donc, je maintiendrai
-la liberté constitutionnelle, dont le vœu général, d'accord avec le
-mien, a consacré le principe; je ferai davantage, et, de concert avec
-la Reine, qui partage tous mes sentiments, je préparerai de bonne
-heure l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que
-les circonstances ont amené; je l'habituerai, dès ses premiers ans, à
-être heureux du bonheur des Français et a reconnaître toujours, malgré
-le langage des flatteurs, qu'une sage Constitution le préservera
-des dangers de l'inexpérience et qu'une juste liberté ajoute un
-nouveau prix aux sentiments d'amour et de fidélité, dont la nation
-française, depuis tant de siècles, donne à ses Rois des preuves si
-touchantes[345].»
-
-Des applaudissements enthousiastes saluèrent cette déclaration et
-l'Assemblée, électrisée, jura d'oublier toutes ses divisons et d'être
-fidèle à la Constitution, qui, à vrai dire, n'était pas encore faite.
-Une députation reconduisit le Roi aux Tuileries. La Reine, avec ses
-enfants, était descendue à la porte pour le recevoir. «Je partage tous
-les sentiments du Roi, dit-elle à la députation; je m'unis de cœur et
-d'affection à la démarche que sa tendresse pour ses peuples vient de
-lui dicter.» Et, montrant le Dauphin: «Voici mon fils, ajouta-t-elle.
-Je n'oublierai rien pour lui apprendre de bonne heure à imiter les
-vertus du meilleur des pères[346], et je l'entretiendrai de l'amour
-de la liberté publique, dont, je l'espère, il sera le plus ferme
-appui[347].»
-
-Le soir, Paris illumina; sur la proposition de Clermont-Tonnerre, le
-président de l'Assemblée, avec soixante membres, vint remercier le
-Roi et la Reine: «Veillez, Madame, sur ce précieux rejeton,» dit-il à
-Marie-Antoinette en lui montrant le Dauphin; «qu'il ait la sensibilité,
-l'affabilité et le courage qui vous caractérisent; vos soins assureront
-sa gloire, et la France, dont vous aurez procuré le bonheur, en sentira
-le prix, en songeant qu'elle le doit aux vertus de Votre Majesté.» La
-Reine répondit: «Je suis sensible, Messieurs, aux témoignages de votre
-affection; vous avez reçu ce matin l'expression de mes sentiments;
-ils n'ont jamais varié pour une nation que je me fais gloire d'avoir
-adoptée en m'unissant au Roi; mon titre de mère en assure pour toujours
-les liens[348].»
-
-Le lendemain, Bailly, avec une délégation de la Commune, vint à son
-tour féliciter le Roi, et, le dimanche suivant, on chanta un _Te Deum_
-solennel à Notre-Dame. Mais ces accès d'enthousiasme duraient peu.
-La démarche de Louis XVI ne désarma pas ses ennemis; elle mécontenta
-un grand nombre de royalistes, et un patriote sincère, mais en même
-temps ami de la monarchie française dont la cause était à ses yeux
-inséparable de celle de la liberté, Gouverneur Morris, écrivait:
-«Si cette démarche du Roi produit quelque effet sur les esprits
-raisonnables, à coup sûr, c'est de prouver plus clairement que jamais
-le peu de prévoyance de ses ministres[349].»
-
-Quinze jours plus tard, une démarche irréfléchie, à laquelle il fut
-impossible de se soustraire, vint de nouveau compromettre la famille
-royale, et ranimer les défiances. Le surlendemain de la mort de
-Favras, un de ses amis, M. de la Villeurnoy, maître des requêtes, eut
-la malheureuse pensée de présenter la femme et le fils en deuil de
-l'héroïque supplicié au dîner public du Roi et de la Reine. La Reine,
-malgré sa sympathie profonde, resta froide et insensible en apparence.
-Mais qu'on juge de la douloureuse contrainte qu'elle dut s'imposer
-pour ne rien laisser voir de ses sentiments aux spectateurs; la garde
-nationale la surveillait, et le commandant du jour, debout derrière
-le fauteuil royal pendant toute la durée du repas, était Santerre!
-Le dîner fini, et dès qu'elle put s'échapper, elle courut chez Mme
-Campan et, se jetant épuisée sur un fauteuil, après s'être assurée
-qu'elles étaient seules. «Il faut périr, dit-elle, quand on est attaqué
-par des gens qui réunissent tous les talents et tous les crimes, et
-défendu par des gens fort estimables, mais qui n'ont aucune idée juste
-de notre position. Ils m'ont compromise vis-à-vis des deux partis en
-me présentant la veuve et le fils de Favras. Libre dans mes actions,
-je devais prendre l'enfant d'un homme qui vient de se sacrifier pour
-nous et le placer à table entre le Roi et moi; mais, environnée des
-bourreaux qui viennent de faire périr son père, je n'ai pas même osé
-jeter les yeux sur lui. Les royalistes me blâmeront de n'avoir pas paru
-occupée de ce pauvre enfant; les révolutionnaires seront courroucés en
-songeant qu'on a cru me plaire en me le présentant[350].»
-
-Pour montrer toutefois qu'elle sentait vivement le dévouement du
-marquis de Favras et le malheur de sa famille, la Reine envoya à
-l'infortunée veuve quelques rouleaux de cinquante louis et le Roi lui
-assura une pension de quatre mille livres qui fut payée jusqu'à la
-chute du trône[351]. Mais cet acte même de reconnaissance dut être
-enveloppé de mystère.
-
-Quelques jours après, un deuil plus intime venait atteindre
-Marie-Antoinette. Une lettre du 27 février, de son frère Léopold, lui
-annonçait la mort de l'Empereur Joseph II, décédé le 20, à Vienne.
-Malade depuis près de deux ans d'une hydropisie de poitrine, traînant
-depuis dix-huit mois, comme il l'écrivait à Léopold[352], le malheureux
-souverain succombait à la douleur que lui avait causée l'insurrection
-victorieuse des provinces Belgiques. «C'est votre pays qui m'a tué,»
-disait-il au prince de Ligne. Il laissait une lourde charge à son
-successeur, un empire divisé, une guerre avec les Turcs, et l'une
-des provinces les plus fidèles de l'Autriche, les Pays-Bas, soulevée
-par ses imprudentes réformes philosophiques. Les embarras où il se
-débattait ne lui eussent vraisemblablement pas permis d'intervenir
-activement dans les affaires de France; mais il jouissait encore
-d'un certain prestige; il aimait sincèrement sa sœur, malgré ses
-représentations parfois injustes et son ton grondeur. Une de ses
-dernières lettres à son frère avait été un suprême hommage à cette
-sœur et une protestation contre les calomnies qui la poursuivaient,
-protestation d'autant plus décisive qu'elle n'était point destinée à
-la publicité: «J'ai été affligé comme vous, écrivait-il, le 8 octobre
-1789, de toutes les horreurs qu'on répand contre la Reine de France;
-mais que faire avec des insolents et des fous? On ne revient pas
-non plus de l'idée que ma sœur m'a envoyé secrètement des millions,
-pendant que je ne sais ni le pourquoi ni le comment j'aurais pu les
-demander, ni elle me les faire tenir; _je n'ai jamais vu un sou de la
-France_[353].»
-
-A défaut d'un appui réel, c'était du moins un conseil, et surtout
-un ami dévoué que perdait Marie-Antoinette. Quelques jours avant de
-mourir, Joseph lui avait écrit «la lettre la plus tendre et la plus
-touchante, lui témoignant qu'un de ses plus vifs regrets en mourant
-était de la laisser dans une position aussi cruelle et de ne pouvoir
-lui donner des marques efficaces de l'affection qu'il avait toujours
-conservée pour elle[354]».
-
-Quoi qu'en dise Mme Campan[355], la douleur de la Reine fut
-profonde; mais elle dut la concentrer en elle-même[356] et ne
-l'épancher que dans le cœur de quelques amies: «J'ai été bien
-malheureuse par la perte que je viens de faire, écrivait-elle à la
-duchesse de Polignac; mais au moins la force et le courage que celui
-que je regrette a mis dans ses derniers moments forcent tout le monde à
-lui rendre justice et à l'admirer, et j'ose dire, il est mort digne de
-moi[357].»
-
-Ce fut l'une des dernières lettres que la Reine écrivit à son amie ou
-du moins que son amie reçut d'elle[358]. Espionnée sans relâche, elle
-dut, la plupart du temps, renoncer à une correspondance qui était une
-consolation, mais qui pouvait devenir un danger. Le nom de Polignac
-était un de ces mots d'ordre que, dans les jours troublés, les meneurs
-de parti jettent en pâture aux passions de la rue pour les irriter
-et les soulever. Quelques jours plus tard, la publication du _Livre
-rouge_, faite par ordre de l'Assemblée, donnait un nouvel aliment aux
-récriminations contre la Cour et contre les favoris de la Reine, contre
-les Polignac en particulier, dont le nom y figurait pour des sommes
-considérables, expliquées d'ailleurs par les grandes dépenses qu'ils
-étaient obligés de faire pour soutenir l'éclat de leurs charges. Le
-Comité des pensions, qui avait décidé cette publication, se faisait
-lui-même, dans l'avertissement qui lui servait d'introduction, l'écho
-de ces rumeurs malveillantes et, tout en affectant de mettre le Roi
-hors de cause, laissait planer sur les familiers du souverain, sur
-«l'avidité des gens en faveur», sur les «déprédations des ministres»,
-sur les prodigalités de la Reine et de la famille royale, représentées
-comme les «véritables sources de la dette immense de l'Etat[359]»,
-des soupçons qui prenaient bientôt corps dans de violents et odieux
-pamphlets[360] et ne tardaient pas à se traduire par des émeutes. La
-Reine, tout en imposant le calme à son visage, ne pouvait l'imposer à
-son cœur. «On ne sait pas jusqu'où iront les factieux,» disait-elle;
-«le danger augmente de jour en jour[361].» Mais ce n'était pas pour
-elle qu'elle craignait, c'était pour son mari, et surtout pour ses
-enfants. Le 13 avril, la séance de l'Assemblée avait été orageuse; il
-y avait eu de l'agitation dans la rue, et Lafayette lui-même redoutait
-une attaque du Château. Pendant la nuit, des coups de fusil furent
-tirés sur la terrasse des Tuileries. Réveillé en sursaut par ce bruit,
-le Roi se leva et vola chez la Reine; il ne la rencontra pas. De plus
-en plus alarmé, il courut chez le Dauphin et trouva l'enfant dans les
-bras de sa mère, qui le serrait convulsivement sur son sein: «Madame,
-lui dit-il, je vous cherchais; vous m'avez inquiété.»—«J'étais à mon
-poste,» répondit simplement l'héroïque femme[362].
-
-Cependant le printemps approchait. Habituée aux larges espaces et
-aux vastes ombrages de Versailles, la famille royale étouffait dans
-ce palais des Tuileries où elle était confinée depuis le 6 octobre.
-Elle aspirait à respirer un air plus pur, elle aspirait surtout à
-retrouver un peu de calme, à s'éloigner de cette foule curieuse et
-souvent hostile, dont les familiarités ne respectaient pas son repos,
-et dont les cris attaquaient son honneur. Il entrait d'ailleurs dans
-le plan des chefs de la Révolution, qu'au moment de la fédération
-qui allait avoir lieu le 14 juillet, la famille royale, que le bruit
-public représentait comme captive à Paris, ne parût pas jouir de moins
-de liberté que le reste de la France, et surtout de la première des
-libertés: celle d'aller et venir où elle voudrait. Versailles était
-trop loin; on voulait bien allonger la chaîne, on ne voulait pas la
-rompre. Saint-Cloud fut proposé et adopté. Le 29 mai, la Reine écrivait
-à son frère Léopold: «Notre santé à tous se soutient bonne, c'est un
-miracle, au milieu des peines d'esprit et des scènes affreuses, dont
-tous les jours nous avons le récit et dont souvent nous sommes les
-témoins. Je crois qu'on va nous laisser profiter du beau temps en
-allant quelques jours à Saint-Cloud, qui est aux portes de Paris. Il
-est absolument nécessaire pour nos santés de respirer un air plus pur
-et plus frais; mais nous reviendrons souvent ici. Il faut inspirer de
-la confiance à ce malheureux peuple; on cherche tant à l'inquiéter et
-à l'entretenir contre nous. Il n'y a que l'excès de la patience et la
-pureté de nos intentions qui puissent le ramener à nous[363].»
-
-On partit en effet, le vendredi 4 juin[364], après avoir suivi
-la veille la longue et fatigante procession de la Fête-Dieu à
-Saint-Germain-l'Auxerrois[365]. Saint-Cloud! la campagne, le grand
-air, la liberté, la solitude, tous ces biens dont on était privé
-depuis huit longs mois, quelle joie, quel épanouissement pour la
-famille royale! Rien n'étant préparé pour recevoir les augustes
-hôtes, on s'était logé comme on avait pu; on admettait toutes les
-personnes du voyage à la table royale; et cet imprévu, cette absence
-d'étiquette ajoutait encore aux charmes du séjour[366]. Suivant le
-mot spirituel de Mme Elisabeth, on trouvait Paris beau.... dans la
-perspective[367]. Et du moins on n'entendait plus «tous ces vilains
-curieux qui ne se contentent pas d'être à la porte des Tuileries mais
-parcourent le jardin pour que personne ne puisse ignorer toutes ces
-infamies[368]». Le temps était beau et le ciel pur. Le Roi reprenait
-ses promenades à cheval, accompagné par un seul aide de camp de M.
-de Lafayette[369]; après le repas, il jouait au billard avec sa
-femme et sa sœur[370]. Mme Elisabeth allait à Saint-Cyr; quand
-elle ne se promenait point au dehors, elle passait son temps dans un
-petit jardin fermé qui faisait son bonheur: «Il n'est pas si joli
-que Montreuil, écrivait-elle; mais au moins l'on y est libre et l'on
-y respire un bon air frais qui fait un peu oublier tout ce qui est
-autour de soi, et tu conviendras, ajoutait-elle, que l'on en a souvent
-besoin[371].» Le Dauphin s'ébattait en toute insouciance dans le parc
-et parfois même poussait jusqu'à Meudon. Sa santé, un peu altérée par
-la réclusion des Tuileries, se fortifiait; son esprit se développait
-d'une manière surprenante[372]. La Reine faisait quelques excursions
-en calèche[373], promenant ses enfants, assistant à leurs études et
-à leurs jeux, et, malgré la présence de la garde nationale de Paris,
-envoyée là moins comme un honneur que comme une surveillance, pouvait,
-à distance de la grande ville, recevoir plus facilement les personnes
-dont la société lui était agréable, comme Mmes de Fitz-James et
-de Tarente, ou même les hommes politiques qui voulaient l'entretenir
-de leurs plans, comme Mirabeau. Le soir, il y avait cercle[374]; on
-admettait quelques intimes; Monsieur venait avec Madame de la petite
-maison de campagne qu'il avait louée près de Saint-Cloud[375]. Un jour,
-on entendit du bruit dans la cour du Château sous les fenêtres de la
-Reine; sur son ordre, Mme Campan souleva le rideau et aperçut une
-cinquantaine de personnes, vieux chevaliers de Saint-Louis, chevaliers
-de Malte, prêtres, femmes de la campagne. La Reine parut au balcon
-et un certain nombre de femmes s'approchèrent d'elle: «Ayez courage,
-Madame,» lui dirent-elles à demi-voix; «les bons Français souffrent
-pour vous et avec vous; ils prient pour vous; le ciel les exaucera;
-nous vous aimons, nous vous respectons; nous révérons notre vertueux
-Roi.» Marie-Antoinette fondit en larmes; mais, dans la crainte de
-compromettre ceux qui lui manifestaient un intérêt si touchant, elle
-rentra dans sa chambre, les yeux humides et le cœur un peu dilaté. Il y
-avait donc encore en France de l'amour pour elle[376]!
-
-Mais au milieu même de ce calme apparent et de ce soulagement relatif,
-les angoisses du présent réveillaient avec plus d'amertume les
-souvenirs des jours heureux de 1786. La date même de l'installation à
-Saint-Cloud ne rappelait-elle pas l'anniversaire de la mort du pauvre
-prince pour les ébats duquel le Château avait été acheté? La Reine
-ne pouvait se défendre de ces retours vers le passé[377]. Un jour,
-voyant autour d'elle la milice parisienne, composée en partie des
-gardes françaises qui avaient déserté: «Que ma mère serait étonnée,»
-ne put-elle s'empêcher de dire amèrement, si elle voyait sa fille,
-fille, femme et mère «de rois ou du moins d'un enfant destiné à l'être,
-entourée par une pareille garde[378]!» Et alors, évoquant les plus
-mélancoliques souvenirs de son enfance, elle raconta à ses dames les
-sombres pressentiments de son père, lorsqu'il l'avait quittée: «Je
-ne m'en serais peut-être plus souvenue, reprit-elle, si ma position
-actuelle, en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour
-le reste de ma vie une suite de malheurs qu'il n'est que trop facile
-de prévoir.» Pauvre femme! les prévoyait-elle tous? Et, s'arrêtant
-au bout de la galerie d'où le regard embrassait le panorama de la
-capitale, elle ajouta tristement: «Cette vue de Paris faisait jadis mon
-bonheur; j'aspirais à l'habiter souvent. Qui m'aurait dit alors que ce
-désir ne serait accompli que pour être abreuvée d'amertumes et voir le
-Roi et sa famille captifs d'un peuple révolté[379]?»
-
-Le Roi lui-même, moins impressionnable que sa femme, ne pouvait
-s'empêcher d'écrire à la duchesse de Polignac: «J'arrive de la
-campagne. L'air nous a fait du bien; mais que ce séjour nous a paru
-changé! Le salon du déjeuner, qu'il était triste! Aucun de vous n'y
-était. Je ne perds pas l'espoir de nous y retrouver. Dans quel temps?
-Je l'ignore. Que de choses nous aurions à nous dire! La santé de votre
-amie se soutient malgré toutes les peines qui l'accablent[380]!»
-
-Ce séjour à Saint-Cloud se prolongea pendant tout l'été. De temps en
-temps, on revenait à Paris; car Paris voulait voir son Roi, et la Reine
-elle-même jugeait qu'il convenait de tenir compte de ces exigences:
-«Il ne fallait pas, disait-elle, céder aux cris; mais il était bon de
-prouver qu'on n'était pas éloigné d'y aller, quand il y avait quelque
-chose à faire[381].» On allait donc presque tous les dimanches dîner
-aux Tuileries[382]. On revenait pour les jours de fête[383], pour les
-séances importantes; on y revint surtout pour la grande cérémonie de la
-Fédération.
-
-L'Assemblée avait décidé, par un décret du 27 mai[384], que
-l'anniversaire de la prise de la Bastille serait célébré avec une pompe
-extraordinaire, par une fédération solennelle de tous les représentants
-et de toutes les troupes du royaume. Le Champ-de-Mars avait été choisi
-comme emplacement[385]; le Roi avec sa suite, les députés, la garde
-nationale, les délégués de tous les départements devaient y prêter
-serment de fidélité à la Nation, à la Loi et à la Constitution. La
-nouvelle de cette cérémonie avait été accueillie avec enthousiasme.
-C'était une véritable ivresse. Chacun avait tenu à honneur d'apporter
-son concours aux préparatifs de la fête nationale. On avait vu des
-femmes du monde, des prêtres, des religieux, des hommes politiques,
-des tourières même de couvents[386], venir, une pioche ou une bêche
-à la main, travailler à la transformation du Champ-de-Mars; les
-rangs étaient confondus et souvent, le soir, ces ouvriers improvisés
-revenaient en bande, au son des tambours et en chantant le _Ça ira!_
-
-Malgré l'engouement de la foule, on ne voyait pas sans appréhension
-approcher cette date du 14 juillet. Des deux côtés on avait ou l'on
-affectait des craintes. Les partisans de la Révolution répandaient
-le bruit que la Cour profiterait de l'enthousiasme des fédérés pour
-dissoudre l'Assemblée et restaurer le pouvoir absolu. Les royalistes
-redoutaient avec plus de raison quelque émeute populaire, toujours
-facile à exciter dans une grande agglomération d'hommes, et à la
-probabilité de laquelle le retour inopiné du duc d'Orléans, brusquement
-arrivé d'Angleterre le 9 juillet, donnait quelque créance. La Reine
-fit bonne mine au duc[387]; mais elle n'était nullement rassurée. «Il
-est bien nécessaire, surtout au mois de juillet, d'avoir du monde à
-nous, écrivait-elle dès le 12 juin. Je ne pense pas sans frémir à cette
-époque; elle réunira pour nous tout ce qu'il y a de plus cruel et de
-plus douloureux, et avec cela il faut y être. C'est un courage plus que
-surnaturel qu'il faut avoir pour ce moment. Tout va de mal en pis; le
-ministère et M. de Lafayette entraînent tous les jours dans de fausses
-démarches; on va au devant de tout et, loin de contenter ces monstres,
-ils deviennent à tous moments plus insolents, et vis-à-vis des honnêtes
-gens on s'avilit d'autant[388].»
-
-Toutes ces craintes ne se réalisèrent pas. Il y eut, au contraire,
-comme une lueur d'éclaircie dans un ciel assombri. «La veille de
-la Fédération, raconte Mme de Tourzel, le Roi passa en revue
-les fédérés des départements. On les faisait défiler devant lui et
-la famille royale, au pied du grand escalier des Tuileries. Le Roi
-demandait le nom de chaque députation, et parlait à chacun de ses
-membres avec une bonté qui redoublait encore leur attachement. La Reine
-leur présenta ses enfants et leur dit quelques mots avec cette grâce
-qui ajoutait un nouveau prix à tout ce qu'elle disait. Transportés de
-joie, ils entrèrent dans les Tuileries aux cris de _Vive le Roi, la
-Reine, Monseigneur le Dauphin et la famille royale!_ Le Roi s'y promena
-sans gardes, avec sa famille, au milieu d'un peuple immense et entouré
-des fédérés qui continrent tellement les malveillants que pas un n'osa
-s'écarter de son devoir[389].»
-
-Le lendemain, mercredi 14 juillet, malgré une pluie battante, les
-fédérés de province, rangés sous quatre-vingt-trois bannières,
-partirent de la Bastille; les délégués des troupes de ligne, de
-l'armée de mer et de la milice parisienne les accompagnaient. Arrivés
-au Champ-de-Mars, et en attendant le commencement de la cérémonie,
-ils se mirent à former des rondes et à danser des farandoles: étrange
-spectacle et qui ne donnait pas une bien haute idée de la discipline
-de ces soldats improvisés. Trois cent mille spectateurs, dit-on, se
-pressaient dans la vaste enceinte, assis sur des gradins de gazon et
-s'efforçant en vain de se garantir, avec des parasols, des torrents
-d'eau qui les inondaient. Un autel de forme antique avait été dressé au
-milieu du Champ-de-Mars; l'évêque d'Autun y devait célébrer la messe,
-assisté de trois cents prêtres, vêtus d'aubes blanches sur lesquelles
-tranchaient de larges ceintures tricolores[390].
-
-Une vaste estrade avait été dressée pour le Roi, les ambassadeurs
-et les députés. Louis XVI avait désiré que sa famille l'entourât;
-l'Assemblée ne le permit pas. Elle décida, le 9 juillet, que le Roi
-serait seul, ayant à sa gauche le président. La famille royale devait
-être aux fenêtres de l'Ecole militaire, où l'on avait disposé pour
-elle un salon, voisin mais distinct de la tribune de l'Assemblée.
-C'était une nouvelle marque de défiance contre la famille royale,
-contre la Reine surtout qu'on affectait ainsi d'isoler de son mari et
-des représentants de la nation: «Tu sais, écrivait gaiement Mme
-Elisabeth à son amie, Mme de Bombelles, que j'ai le bonheur de
-connaître un des membres de cette auguste famille du temps passé;
-eh bien! je te fais part que cela lui est bien égal; elle n'en est
-affligée que par rapport à la Reine, pour qui c'est un soufflet donné
-à tour de bras, et d'autant mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin
-et que jusqu'au dernier moment on avait dit au Roi que le contraire
-passerait[391].»
-
-Louis XVI s'était rendu de bonne heure à l'Ecole militaire; en
-attendant que tout fût prêt, il y resta avec sa famille, se faisant
-voir de temps en temps à la fenêtre de la Reine, et salué, à chaque
-apparition, des cris de _Vive le Roi!_ auxquels se mêlaient des cris
-de _Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Marie-Antoinette, touchée,
-montra son fils à la foule, et comme la pluie mouillait l'enfant,
-elle l'enveloppa, dans son châle; les applaudissements redoublèrent,
-acclamant la mère comme la reine[392].
-
-Pendant ce temps, les députations arrivaient successivement[393].
-Lorsque le cortège fut entré tout entier dans l'enceinte, le Roi alla
-se placer sur son trône, au milieu des députés, près du président[394].
-Après la messe, l'évêque d'Autun bénit les quatre-vingt-trois
-bannières, et entonna le _Te Deum_ que chantèrent douze cents
-musiciens. Lafayette monta à l'autel et, au nom de l'armée, jura
-fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Le président de l'Assemblée,
-le marquis de Bonnay, répéta le serment, et un immense cri de _je le
-jure!_ s'échappa de trois cent mille poitrines, qui se pressaient
-au Champ-de-Mars. Le canon gronde; les drapeaux sont agités; les
-chapeaux, jetés en l'air; les bonnets des grenadiers, arborés au bout
-des sabres et des baïonnettes. Le Roi se lève et d'une voix forte jure
-de maintenir la Constitution. La Reine prend le Dauphin dans ses bras
-et le présente au peuple en disant: «Voilà mon fils; il se réunit,
-ainsi que moi, dans ces mêmes sentiments.»—«Ce mouvement inattendu, dit
-Ferrières, fut payé de mille cris de _Vive le Roi! Vive la Reine! Vive
-monseigneur le Dauphin[395]!_»
-
-Pendant plusieurs jours, ce fut un enchantement universel. Ces braves
-délégués de province, tout remplis encore du respect séculaire
-et de l'amour traditionnel des Français pour la royauté, étaient
-ravis d'approcher de si près la famille royale. Dès le matin, ils
-remplissaient la cour et le jardin des Tuileries, se pressant sous
-les fenêtres et avides surtout de voir le Dauphin; le jeune prince se
-montrait au balcon, leur faisait les honneurs de son petit parterre,
-leur distribuait des fleurs et des feuilles de ses arbres. De
-bruyantes acclamations le saluaient: «Venez dans votre province du
-Dauphiné,» disaient les fédérés de Grenoble; «nous saurons bien vous
-défendre.»—«N'oubliez pas, ripostaient les Normands, que vous avez
-porté le nom de notre province et que les Normands ont toujours été et
-seront toujours fidèles[396].»
-
-Quatre jours après, le Roi passa une revue de la garde nationale à la
-porte de Chaillot. La Reine y alla dans une calèche découverte sans
-armoiries avec ses enfants et Mme Elisabeth. Aussitôt sa voiture
-fut entourée de fédérés avec lesquels elle s'entretint familièrement,
-répondant à leurs questions et les provoquant même. Ils désirèrent
-baiser la main du petit Dauphin; elle le leur présenta elle-même; ces
-braves gens furent ravis. A ce moment, le bras de la Reine se trouva
-appuyé à la portière; un des fédérés le saisit vivement et y appliqua
-ses lèvres. L'exemple fut contagieux, et l'affection faisant taire le
-respect, en un instant, trois cents bouches couvrirent de baisers le
-bras que la Reine, émue, ne songeait pas à retirer. Touchée de cette
-sympathie expressive, à laquelle elle n'était pas habituée, la pauvre
-femme pleura d'attendrissement[397].
-
-«Ce jour-là, a dit un témoin oculaire, fut véritablement un jour de
-bonheur pour le Roi, pour la Reine et ceux qui leur étaient dévoués.
-C'était une ivresse de sentiments; ce fut le dernier beau jour de la
-Reine[398].»
-
-«Les députés des provinces ont été à merveille pour le Roi et la
-Reine, écrivait un autre témoin; ils n'ont cessé de leur donner des
-marques touchantes de respect, d'amour et de fidélité, et Leurs
-Majestés les ont traités à merveille. Ils ont été enchantés de la
-Reine qui a eu pour eux toute la grâce et l'obligeance dont elle est
-susceptible[399].» Si Louis XVI eût voulu profiter de cet enthousiasme,
-si, comme l'en suppliait le duc de Villequier, il fût monté à cheval
-et eût déclaré que, se trouvant pour la première fois à la tête de
-l'élite de la nation, il devait lui représenter qu'il ne pouvait sans
-inconvénient jurer fidélité à une Constitution inachevée; si surtout,
-comme le demandait Mme de Tourzel, il fût parti de là pour visiter
-les provinces, où il eût vraisemblablement été accueilli par les mêmes
-acclamations, il eût pu, appuyé sur la véritable majorité du pays,
-arrêter les empiétements de l'Assemblée et reprendre le légitime
-exercice du pouvoir royal. L'Assemblée le craignit; l'attitude des
-fédérés la fit un moment douter de son succès et de l'assentiment du
-pays, et Barnave en fit l'aveu à Mme Elisabeth dans une de ces
-conversations du retour de Varennes, dont le jeune député sortit,
-rallié à la cause qu'il avait si violemment attaquée. Comme la
-princesse se plaignait des vues qu'avait eues l'Assemblée en décrétant
-la fédération: «Ah, Madame!» reprit vivement Barnave, «ne vous plaignez
-pas de cette époque; car si le Roi eût su en profiter, nous étions
-perdus[400].»
-
-Mais le Roi ne sut pas; il recula devant la crainte d'un conflit.
-L'occasion perdue ne se retrouva plus. Les fédérés reprirent le chemin
-de leurs départements, enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu,
-pénétrés pour toute l'auguste famille de sentiments d'amour et de
-respect; mais sans direction, sans instructions, sans concert entre eux
-et avec la Cour, livrés sans défense, dans leurs lointaines provinces,
-à toutes les influences malsaines auxquelles ils n'avaient échappé
-qu'un instant. Louis XVI et les siens retournèrent à Saint-Cloud, un
-peu rassérénés et renaissant à une lueur d'espérance, mais, hélas! pour
-combien de temps? A peine étaient-ils rentrés dans leur résidence d'été
-qu'un misérable, du nom de Rotondo, s'y introduisait pour assassiner
-la Reine. Il avait pénétré dans les jardins extérieurs; la pluie
-seule, qui ce jour-là empêcha la princesse de sortir, la sauva du
-poignard[401].
-
-Presque en même temps, on découvrit un complot pour l'empoisonner.
-Marie-Antoinette le sut et n'en parut point émue. Néanmoins, son
-médecin, Vicq d'Azyr, et sa première femme, Mme Campan, convinrent
-qu'on remplacerait plusieurs fois par jour, dans le sucrier de la
-Reine, le sucre en poudre qu'elle avait l'habitude de prendre pour
-mettre dans ses verres d'eau. Un jour la pauvre femme surprit Mme
-Campan occupée à faire l'échange convenu. Elle sourit tristement et
-la pria de ne plus se donner une peine inutile: «Souvenez-vous, lui
-dit-elle, qu'on n'emploiera pas un grain de poison contre moi. Les
-Brinvilliers ne sont pas de ce siècle-ci; on a la calomnie, qui vaut
-beaucoup mieux pour tuer les gens, et c'est par elle qu'on me fera
-périr[402].»
-
-Quelques jours après, l'attitude de l'Assemblée donnait raison à ces
-pressentiments. Le Châtelet avait été chargé d'ouvrir une enquête sur
-les journées d'octobre. Interrogée par les commissaires, la Reine
-s'était renfermée dans un généreux silence: «Je ne serai jamais,
-avait-elle répondu, la dénonciatrice de mes sujets. J'ai tout vu,
-tout su, tout oublié[403].» L'enquête continua néanmoins et, le 7
-août 1790, le rapporteur, M. Boucher d'Argis, vint à l'Assemblée
-donner connaissance de l'information. Son travail, écrit dans un
-style maladroitement emphatique[404], concluait à des poursuites
-contre Mirabeau et le duc d'Orléans, et fut l'objet d'un rapport
-de Chabroud. Cette œuvre de Chabroud, monument d'hypocrisie et de
-mensonge, remplie de malveillance contre les gardes du corps et
-d'insinuations haineuses contre la Reine, semblait n'avoir qu'un but:
-pallier les crimes, accuser les victimes, et innocenter les coupables.
-Ce but fut atteint: le 2 octobre, malgré les protestations de l'abbé
-Maury et de Montlosier, et après une vive sortie de Mirabeau, qui
-déplaça habilement le terrain et d'accusé se posa en accusateur, les
-conclusions de Chabroud furent adoptées; les attentats du 6 octobre ne
-furent plus que des «malheurs» destinés à fournir une leçon aux rois.
-Mirabeau et le duc d'Orléans, aussi bien que Théroigne de Méricourt,
-et même Jourdan Coupe-tête, furent déchargés de toute accusation, et
-les vrais coupables, désignés par le rapport aux fureurs des tribunes
-et aux coups de la populace, furent les défenseurs de la royauté,
-transformés en adversaires de la Constitution.
-
-La Reine fut indignée, moins peut-être de la décision qui innocentait
-Mirabeau et le duc d'Orléans que de la glorification du crime et de
-l'odieuse falsification des faits. «Je ne vous parle pas, écrivait-elle
-à son frère, du jugement qui se fait à présent de l'affaire des 5 et
-6 octobre de l'année dernière. On devait s'y attendre; mais je trouve
-qu'il souille les âmes, comme le palais du Roi l'a été l'année dernière
-par les faits. Au reste, c'est à l'Europe entière et à la postérité
-à juger de ces événements, et à rendre justice à moi et à ces braves
-et fidèles gardes du corps, avec lesquels je me fais gloire d'être
-nommée[405].»
-
-Cependant, à cette heure même,—tant ses devoirs de reine l'emportaient
-sur ses répugnances de femme,—elle était entrée en négociation avec un
-des hommes que l'opinion publique avait le plus vivement incriminés
-pour les journées d'octobre et qui, en toute circonstance, s'était
-montré un de ses adversaires les plus violents, avec Mirabeau.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
- Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses ouvertures au comte de la
- Marck.—Première note de Mirabeau pour la Cour.—Son entrevue avec
- la Reine.—Ses projets.—Le Roi et la Reine les écoutent sans les
- suivre.—Eclats de Mirabeau.—La Reine est de nouveau
- menacée.—Nouveaux plans de Mirabeau.—Quarante-septième
- note.—Utilité mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau.
-
-
-Jeté par l'orgueil, la rancune, l'ambition, les débordements de sa
-vie privée, les nécessités d'une existence besoigneuse, dans le parti
-de la Révolution; placé, non pas par son crédit,—il ne prit une
-influence sérieuse que la seconde année[406],—mais par son talent et
-la nature fougueuse de son éloquence, au premier rang de ses chefs,
-Mirabeau n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'abîme où l'inexpérience
-de ses amis et ses propres emportements allaient précipiter la
-France[407]. La passion l'avait rendu révolutionnaire; la raison le
-maintenait royaliste; son tempérament même le faisait autoritaire,
-et il n'hésitait pas, dans le secret de l'intimité, à déplorer les
-dangers de la royauté qu'il voulait bien attaquer, qu'il consentait
-même à ébranler, mais qu'il n'entendait pas détruire. Dès la fin
-du mois de mai, il avait fait proposer à Necker, par Malouet, son
-concours pour sauver «la monarchie et le monarque de la tempête qui
-se préparait»; c'étaient ses expressions même[408]. L'accueil plus
-que froid de Necker, qui le détestait et ne le craignait pas encore,
-l'avait replongé dans l'opposition: «Monsieur, lui avait dit sèchement
-et dédaigneusement le ministre, M. Malouet m'a dit que vous aviez des
-propositions à me faire; quelles sont-elles?»—«Ma proposition,» avait
-répondu brusquement Mirabeau, «est de vous souhaiter le bonjour[409].»
-Et il était parti, furieux, jurant de mettre au service de ce qu'on
-appelait alors le «parti populaire» l'audace de son caractère et la
-puissance de ses moyens[410]. Quoique, en certaines circonstances,
-il eût montré des sentiments monarchiques et fait preuve d'homme
-d'Etat éclairé, soucieux des véritables conditions de la monarchie
-constitutionnelle et de la vraie liberté et grandeur de la France[411],
-l'année 1789 l'avait vu parmi les plus violents détracteurs du
-gouvernement, et il avait été véhémentement soupçonné, bien qu'à tort
-suivant M. de la Marck, d'avoir été un des organisateurs des sanglantes
-journées d'octobre. Mais, au milieu même de ses plus fougueuses
-attaques, désavouant tout bas les excès de langage auxquels il se
-laissait emporter en public, par passion et peut-être par calcul;
-peu sympathique d'ailleurs aux chefs de la gauche, à Lafayette, dont
-la présomptueuse nullité l'irritait, au duc d'Orléans, sur lequel il
-s'exprimait dans les termes les plus durs[412], hostile aux ministres,
-mais au fond attaché à la monarchie, aristocrate d'instinct et effrayé
-des progrès de la démocratie qu'il voyait s'avancer menaçante, il
-n'abandonnait pas la pensée de se rapprocher de la Cour: «Faites donc,»
-disait-il à la fin de juin à son ami le comte de la Marck, l'un des
-anciens habitués de Trianon, «faites donc qu'au Château on me sache
-plus disposé pour eux que contre eux[413].» Il était épouvanté des
-dangers dont son clairvoyant génie lui montrait l'imminence: «A quoi
-pensent donc ces gens-là?» répétait-il sans cesse avec sa brutalité de
-parole. «Ne voient-ils pas les abîmes qui se creusent sous leurs pas?»
-Et un jour, vers la fin de septembre, plus alarmé que jamais et plus
-exaspéré de l'incapacité des ministres, il s'écriait: «Tout est perdu;
-le Roi et la Reine périront et, vous le verrez, la populace battra
-leurs cadavres; vous ne comprenez pas assez le danger de la position;
-il faudrait cependant le leur faire connaître[414].»
-
-Quinze jours plus tard, le lendemain même du funèbre retour à Paris,
-il revenait à la charge: «Si vous avez quelque moyen de vous faire
-entendre du Roi et de la Reine, dit-il à M. de la Marck, persuadez-leur
-donc que la France et eux sont perdus, si la famille royale ne sort pas
-de Paris. Je m'occupe d'un plan pour les en faire sortir.» Et ce plan
-il le remettait le 15 octobre à son ami.
-
-Mais La Marck hésitait: il n'ignorait pas l'horreur que Mirabeau
-inspirait à la Reine et il faut bien avouer que pour un homme qui
-briguait l'honneur de devenir le conseil de la famille royale,
-Mirabeau avait une étrange manière de défendre ses clients. Son
-attitude à l'Assemblée pendant les journées d'octobre avait révolté
-les plus sincères amis de la liberté, et, le 5, il avait lancé contre
-l'infortunée Marie-Antoinette elle-même une de ces insinuations
-perfides que la populace, le lendemain, devait traduire en un si
-sanglant langage. M. de la Marck avait dû même s'excuser près de la
-Reine de ses relations avec le fougueux tribun, sous prétexte qu'il
-pourrait être utile un jour à la cause royaliste, et la Reine, qui
-ne savait guère dissimuler ses antipathies, avait répondu: «Nous ne
-serons pas assez malheureux, je pense, pour être réduits à la pénible
-extrémité de recourir à Mirabeau[415].» N'osant donc s'adresser à
-la souveraine, il se tourna vers Monsieur et lui remit le plan de
-Mirabeau. Mais ce plan reposait avant tout sur la sortie de Paris et
-la retraite dans une province fidèle, comme la Normandie, ou une ville
-sûre comme Beauvais[416]. Il exigeait une certaine décision et Monsieur
-ne croyait pas à la fermeté de son frère: «La faiblesse et l'indécision
-du Roi, disait-il, sont au-delà de tout ce qu'on peut dire. Pour vous
-faire une idée de son caractère, imaginez des boules d'ivoire huilées,
-que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble.» L'énergie
-même de la Reine ne saurait avoir raison des incertitudes de son
-mari[417].
-
-Malgré cette réponse désespérante, le projet ne fut pas abandonné.
-Monsieur entretint quelques relations avec Mirabeau; la Reine en
-fut instruite et il ne semble pas qu'elle l'ait désapprouvé[418],
-quoiqu'elle affectât de ne se mêler de rien[419]. Mais bientôt
-une mesure maladroite, prise par l'Assemblée le 7 novembre sur la
-proposition de Lanjuinais et avec l'appui irréfléchi de la droite,
-vint, en interdisant aux députés d'être ministres, enlever à Mirabeau
-une partie de ses moyens. Ne pouvant plus faire partie lui-même du
-cabinet, il voulut du moins en faire nommer chef Monsieur, qui, à
-ce moment, acceptait ses conseils. Mais cette nouvelle combinaison
-échoua, et il est certain que la Reine, qui n'aimait pas beaucoup son
-beau-frère, ne lui fut pas favorable[420]. Bientôt d'ailleurs Mirabeau
-en vint à se brouiller avec Monsieur[421], comme il l'était déjà avec
-Necker, Lafayette et le duc d'Orléans.
-
-M. de la Marck, découragé, était, dès le 16 décembre, parti pour sa
-terre de Raismes et de là il avait passé en Belgique, où l'appelaient
-ses affaires et l'intérêt qu'il prenait à la situation des Pays-Bas
-soulevés contre l'Autriche, lorsque, vers le milieu de mars, une
-lettre du comte de Mercy le ramena à Paris. Les négociations avaient
-été reprises et le Roi s'était enfin déterminé à entrer en rapport
-avec Mirabeau. La Reine conservait encore quelques doutes sur la
-participation du violent tribun aux journées d'octobre; ces doutes
-furent levés, et après une première entrevue entre Mirabeau, Mercy et
-la Marck et une longue conversation entre ce dernier et le Roi et la
-Reine, il fut convenu que le puissant orateur rédigerait une note qui
-serait remise par la Marck à Marie-Antoinette et par celle-ci à son
-mari. Un secret absolu serait observé vis-à-vis des ministres jusqu'à
-ce qu'on eût constitué un ministère meilleur, qu'on pût mettre en
-relations avec le nouveau conseiller de la monarchie.
-
-Au point de vue des réformes, l'entente entre le Roi et le tribun
-devait être facile: «Louis XVI était bien loin de songer à reconquérir
-son ancienne autorité absolue; il était parfaitement résigné sur ce
-que la Révolution lui avait fait perdre du pouvoir et des droits de
-ses prédécesseurs. Je pourrais dire, ajoute la Marck, auquel nous
-empruntons cette appréciation, que, sous ce rapport, Mirabeau était
-moins résigné que lui[422].»
-
-Mirabeau acquiesça avec empressement au plan ainsi arrêté. Dès le 10
-mai, il écrivit une lettre, dans laquelle, protestant de ses sentiments
-monarchiques, il promettait au Roi «loyauté, zèle, activité, énergie et
-courage[423]». Le Roi et la Reine furent contents de cette déclaration,
-et la Reine voulut en assurer elle-même le comte de la Marck. «Elle me
-confirma ce que le comte de Mercy m'avait dit de la satisfaction que le
-Roi avait éprouvée en lisant cette lettre de Mirabeau; elle me répéta
-encore que le Roi n'avait nul désir de recouvrer son autorité dans
-toute l'étendue qu'elle avait eue autrefois et qu'il était bien éloigné
-de croire que cela fût nécessaire pour son bonheur personnel pas
-plus que pour celui de ses peuples[424].» La pauvre femme paraissait
-à ce moment pleine de confiance et presque joyeuse, et, pendant un
-entretien de deux heures avec la Marck, elle se mit à évoquer les
-souvenirs du passé, comme si, envisageant désormais l'avenir avec
-plus de calme, elle secouait déjà les préoccupations du présent[425].
-Il fut convenu que le Roi paierait les dettes de Mirabeau—et elles
-était nombreuses—et lui garantirait un traitement de six mille livres
-par mois et un million à la fin de l'Assemblée. C'était le prix des
-services qu'on attendait de lui. Mirabeau fut ravi et son bonheur de
-sortir de la vie gênée et aventureuse, qu'il avait menée jusque-là, lui
-inspira une exubérance d'enthousiasme pour la famille royale et pour la
-Reine.
-
-«J'ai professé les principes monarchiques, dit-il au début de sa
-première note, lorsque je ne voyais de la Cour que sa faiblesse et que,
-ne connaissant ni l'âme ni la pensée de la fille de Marie-Thérèse, je
-ne pouvais compter sur cette auguste auxiliaire. J'ai combattu pour
-les droits du trône, lorsque je n'inspirais que de la méfiance, et
-que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient
-autant de pièges. J'ai servi le monarque, lorsque je savais bien que
-je ne devais attendre d'un Roi juste, mais trompé, ni bienfaits, ni
-récompenses. Que ferai-je, maintenant que la confiance a relevé mon
-courage et que la reconnaissance a fait, de mes principes, mes devoirs?
-Je serai ce que j'ai toujours été, le défenseur du pouvoir monarchique,
-réglé par les lois, et l'apôtre de la liberté garantie par le pouvoir
-monarchique. Mon cœur suivra la route que la raison seule m'avait
-tracée[426].»
-
-Les négociations une fois entamées se poursuivirent activement par
-l'intermédiaire du comte de la Marck, du comte de Mercy, de M. de
-Fontanges, archevêque de Toulouse et ancien confesseur de la Reine, et
-plus tard de M. de Montmorin. Les notes se succédaient avec rapidité.
-Mirabeau insistait sur la nécessité de relever l'autorité royale,
-d'abaisser l'influence dictatoriale de Lafayette, d'entretenir des
-agents dans les provinces pour s'emparer de l'esprit des populations
-et de resserrer les liens de la discipline dans l'armée, dont on
-aurait besoin pour une restauration monarchique. «Le Roi, disait-il,
-n'a qu'un homme, c'est sa femme. Il n'y a de sûreté pour elle que
-dans le rétablissement de l'autorité royale. J'aime à croire qu'elle
-ne voudrait pas de la vie sans la couronne; mais ce dont je suis bien
-sûr, c'est qu'elle ne conservera pas sa vie, si elle ne conserve pas
-sa couronne. Le moment viendra et bientôt, où il lui faudra essayer
-ce que peuvent une femme et un enfant à cheval; c'est pour elle une
-méthode de famille; mais, en attendant, il faut se mettre en mesure,
-et ne pas croire pouvoir, soit à l'aide du hasard, soit à l'aide des
-combinaisons, sortir d'une crise extraordinaire par des hommes et des
-moyens ordinaires[427].»
-
-Sachant la faiblesse du Roi et l'énergie de la Reine, Mirabeau était
-convaincu que cette princesse aurait seule assez d'influence sur son
-mari pour triompher de ses indécisions. Cette haute opinion qu'il avait
-du caractère de Marie-Antoinette lui faisait souhaiter une entrevue
-avec elle, où il pourrait l'éclairer plus complètement sur les périls
-de la situation, lui exposer en détails son système et, en gagnant
-mieux sa confiance, la pénétrer en quelque sorte de son esprit. «Il
-serait essentiel, écrivait-il le 26 juin à la Marck, que je visse
-votre homme, et surtout _Elle_[428].» C'est par ce mot qu'il désignait
-la Reine. Mais la Reine avait une répugnance extrême pour une telle
-entrevue. Quelles que fussent les protestations de dévouement de
-Mirabeau, elle ne pouvait oublier que, depuis plus d'un an, elle était
-habituée à le considérer comme «un monstre», et qu'à cette heure même
-le Châtelet le signalait comme un des fauteurs des journées d'octobre.
-Pourtant, encouragée par le comte de Mercy[429] et l'archevêque de
-Toulouse[430], et surmontant ses plus naturelles répulsions dans
-l'intérêt du Roi, de ses enfants et du pays, elle finit par se résigner
-à la conférence demandée. Il ne s'agit plus que de choisir le jour et
-le lieu convenable. Saint-Cloud, où la Cour passait l'été, offrait plus
-de facilités que Paris; mais même à Saint-Cloud, on était surveillé.
-A force de recherches, Marie-Antoinette trouva un endroit «non
-commode, mais suffisant pour le voir et pallier tous les inconvénients
-du jardin et du Château[431]». L'audience, primitivement fixée au
-vendredi[432], fut remise au samedi 3 juillet, à huit heures et demie
-du matin[433]. Pour mieux couvrir sa démarche, Mirabeau partit la
-veille de Paris et alla coucher à Auteuil, chez sa nièce, la marquise
-d'Aragon[434]. Le lendemain matin, il en partit, dans un cabriolet à
-deux chevaux[435], seul avec son neveu, le comte du Saillant, déguisé
-en courrier et qui conduisait la voiture. Il descendit à la petite
-porte du parc, et, avant d'entrer, mu par un sentiment de défiance,
-dont il ne tarda pas à se repentir, il remit une lettre à son neveu en
-lui disant: «Si dans trois quarts d'heure je ne suis pas de retour,
-pars et remets sans perdre un instant ce billet au commandant de la
-garde nationale[436].» Puis il frappa à la porte et fut introduit
-dans le parc, d'où on le conduisit à l'appartement de la Reine[437].
-Quelqu'empire que Marie-Antoinette eût sur elle-même, elle ne sut se
-défendre, en apercevant le «monstre», d'une émotion si profonde qu'elle
-en ressentit le lendemain une légère indisposition[438]. Elle se remit
-cependant et, s'avançant vers le fougueux tribun: «Auprès d'un ennemi
-ordinaire, dit-elle avec sa grâce souveraine, auprès d'un homme qui
-aurait juré la perte de la monarchie, sans apercevoir l'utilité dont
-elle est pour un grand peuple, je ferais en ce moment la démarche la
-plus déplacée. Mais quand on parle à un Mirabeau[439].....» Mirabeau
-fut séduit: l'aspect seul de Marie-Antoinette l'avait ébloui. Sa
-dignité sereine, l'incomparable attrait répandu dans toute sa personne,
-le sourire mélancolique qui errait sur ses lèvres, son affabilité,
-lorsqu'avec un attendrissement mêlé de remords il s'était accusé
-lui-même d'avoir été une des principales causes de ses peines, tout
-acheva de l'enthousiasmer[440]. «Madame, dit-il en se retirant,
-lorsque votre auguste mère admettait un de ses sujets à l'honneur de
-sa présence, jamais elle ne le congédiait sans lui donner sa main à
-baiser[441].» La Reine tendit la main. Mirabeau la baisa en s'inclinant
-respectueusement, et se relevant: «Madame, reprit-il, la monarchie est
-sauvée[442].»
-
-Lorsqu'au bout de trois quarts d'heure, il franchit de nouveau le
-seuil de la porte du parc, sa respiration était haletante, sa parole
-entrecoupée. Il écouta comme à regret les derniers craquements du sable
-sous les pieds des personnes qui s'éloignaient. Puis, s'approchant de
-son neveu, il lui reprit vivement la lettre qu'il lui avait confiée et,
-lui serrant le bras avec force: «Elle est bien grande, bien noble et
-bien malheureuse, Victor, dit-il, mais je la sauverai.»
-
-«Jamais, ajoute M. du Saillant, la voix de mon oncle n'avait été
-altérée par une émotion pareille, par une émotion aussi vraie[443].»
-
-Si bien gardé qu'eût été le secret sur cette entrevue, quelques
-précautions que la Reine eût prises pour dérouter les soupçons, ou
-tout au moins les égarer sur un autre, moins compromettant et moins
-compromis, comme le comte de Ségur[444], je ne sais quelle rumeur
-vague transpira dans le public et des lettres anonymes dénoncèrent au
-Comité des recherches ce qu'on avait déjà nommé, dans une occasion
-précédente[445], la _Grande trahison du comte de Mirabeau_.
-
-Mais ces criailleries n'intimidaient pas le puissant orateur, pas plus
-qu'elles ne l'avaient intimidé au 22 mai. Illuminé par la bonté de la
-Reine, touché de la calme résignation du Roi, et de la modération de
-ses vues sur le rétablissement de l'autorité royale, il poursuivait
-avec ardeur le but qu'il s'était proposé. «Rien ne m'arrêtera, dit-il,
-je périrai plutôt que de manquer à mes promesses[446].»
-
-Malheureusement, l'accord complet que l'entrevue de Saint-Cloud
-semblait avoir établi entre le tribun et la famille royale dura peu.
-Le Roi, toujours indécis, hésitait à se confier entièrement à lui;
-il demandait des conseils de tous côtés et finissait par n'en suivre
-aucun. Ce partage de confiance exaspérait Mirabeau. S'étant une fois
-dévoué, il eût voulu qu'on suivît exclusivement ses avis; il était
-jaloux de tous ceux auxquels le Roi et la Reine semblaient accorder
-quelque crédit, de Ségur, de Rivarol[447], de Bergasse[448]. Dès le
-9 juillet, il se plaignait qu'on ne lui dît pas tout et que Louis
-XVI n'exécutât pas les décisions arrêtées avec sa femme. «Il faut,
-disait-il, que la Reine se détermine à toujours donner l'impulsion
-au Roi;» et ce qu'il n'ajoutait pas, mais ce qui était le fond de sa
-pensée, que la Reine accepte toujours la direction de Mirabeau. «Sans
-cela, le Roi et la Reine ne seront que des personnes timides, toujours
-obligées de composer avec leurs geôliers...., toujours à la merci des
-insurrections, de l'ambition ou de la démagogie[449].»
-
-Mais Marie-Antoinette elle-même, si intrépide qu'elle fût, reculait
-parfois devant les plans proposés par son nouvel allié. Le 13 août,
-Mirabeau adressait la note bien connue dont le début a été si
-souvent cité: «Quatre ennemis arrivent au pas redoublé: l'impôt, la
-banqueroute, l'armée, l'hiver. Il faut prendre un parti; je veux dire
-qu'il faut se préparer aux événements en les dirigeant. En deux mots,
-la guerre civile est certaine et peut-être nécessaire[450].» Et il
-concluait en demandant une nouvelle entrevue et en insistant sur la
-nécessité de constituer dans l'armée un fort noyau de résistance.
-
-La Reine fut épouvantée. La perspective brutale du danger qu'elle
-sentait bien, mais qu'elle aimait sans doute à croire moins pressant,
-le ton même de la note, ce ton auquel ne l'avaient guère habituée
-les phrases polies et obséquieuses de ses ministres, ce style
-«extraordinaire»,—le mot est d'elle,—ce style haché, saccadé, qui
-sentait la poudre et qui sonnait la charge, tout cela la jetait dans
-le trouble et dans l'effroi; elle était presque tentée de croire «fou»
-son audacieux correspondant. La guerre civile surtout lui inspirait
-et devait lui inspirer jusqu'à la fin une insurmontable répugnance.
-«Comment M. ou tout autre être pensant, écrivait-elle à Mercy, peut-il
-croire que jamais, mais surtout dans cet instant, le moment soit venu
-pour que nous, nous provoquions la guerre civile[451]?» Quant à une
-nouvelle conférence avec Mirabeau, elle était impossible. On avait
-soupçonné la première et ce simple soupçon avait failli tout gâter. Que
-serait-ce, si l'on venait à découvrir la seconde?
-
-Mirabeau fut sans doute instruit par Mercy de l'impression produite
-par son mémoire. Il en fut plus attristé qu'étonné, mais en même temps
-découragé. Il eût voulu que le Roi prît un rôle actif, et le Roi ne
-pouvait se résoudre qu'à un rôle passif. Il eût voulu qu'on surexcitât
-par des agents habiles, qu'on fît naître, au besoin, le mécontentement
-que devaient inévitablement soulever dans les provinces les réformes de
-l'Assemblée, et le Roi attendait que ce mécontentement se produisît et
-grandît tout seul; on ne comptait que sur le temps, et il n'y avait pas
-un jour à perdre. La Reine elle-même, dans l'intrépidité de laquelle
-il avait foi, reculait, comme éblouie de la lumière sinistre qu'il
-avait brusquement projetée sur la situation. Elle aussi se réfugiait
-dans un rôle passif: «Le temps et la patience sont les vrais remèdes à
-nos maux, écrivait-elle un peu plus tard à son frère. Je crois qu'il
-viendra pourtant un temps où il faudra aider l'opinion; mais nous n'y
-sommes pas encore[452].» Plus le moment d'agir approchait, plus la
-nécessité d'une action énergique s'imposait, plus elle cherchait à
-l'éloigner, comme épouvantée des conséquences. Et Mirabeau de répéter
-tristement: «Je continuerai à servir, autant que le permet la nature
-des choses, même dans le rôle passif auquel on se condamne, quelque
-répugnance que j'aie pour cet ordre de choses, et cette répugnance est
-telle que, si je me suis abstenu ici d'en développer tous les dangers,
-ce n'est que pour épargner à votre imagination ou à votre sensibilité
-un tableau dont la difformité vous affligerait en pure perte, dès que
-vous vous croyez hors de mesure de rien tenter pour la chose publique
-et pour vous-mêmes..... Je gémirai qu'un si bon prince et une Reine si
-bien douée par la nature aient été inutiles, même par le sacrifice de
-leur considération et de leur sûreté à la restauration de leur pays....
-Je serai fidèle jusqu'au bout, parce que tel est mon caractère; je
-me bornerai aux moyens temporaires et circonstanciels, puisqu'on ne
-veut se prêter à aucuns autres..... Du reste, j'attendrai qu'un coup
-de tonnerre brise la déplorable léthargie sur laquelle je ne puis que
-gémir[453].»
-
-Un mois après, il écrivait encore: «Je l'avoue, non sans regret, je
-suis très peu utile, mais on m'impose bien plus le devoir de servir
-qu'on ne m'en donne le pouvoir. On m'écoute avec plus de bonté que
-de confiance; on met plus d'intérêt à connaître mes conseils qu'à
-les suivre, et surtout, on ne sent point assez que le rôle passif
-de l'inaction, fût-il préférable à tous les autres, ne consiste pas
-précisément ou à ne rien faire ou à ne laisser agir que ceux qui
-nuisent.»
-
-Et, venant à la revision de la Constitution, décidée par l'Assemblée,
-il ajoutait:
-
-«Je donnerai mes idées sur ce point, si on l'exige; je donnerai mon
-avis sur d'autres plans, si on daigne me consulter; car, puisque
-l'initiative qu'on m'a laissée n'a produit jusqu'à présent que de
-l'hésitation et de l'embarras, il conviendrait peut-être d'essayer si
-je ne suis pas plus utile en changeant de rôle[454].»
-
-Dans l'épanchement de l'intimité, ses plaintes étaient plus vives et
-même brutales; il se laissait entraîner à des expressions grossières,
-dont il demandait pardon plus tard[455]; il allait jusqu'à traiter ses
-augustes clients de «couards[456]» et de «royal bétail[457]». «C'est
-pitoyable, écrivait-il... On dirait que la maison où ils dorment peut
-être réduite en cendres sans qu'ils en soient atteints ou seulement
-réveillés[458].» Et alors, indisposé par les tergiversations de la
-Cour, irrité par l'attitude malveillante et les interruptions du côté
-droit, il se livrait, à la tribune de l'Assemblée, à des emportements
-de langage, à des «par delà», comme disait la Marck[459], qui, en
-inspirant des doutes sur sa fidélité, ne faisaient que redoubler les
-indécisions du Roi et de la Reine. D'autres fois, faisant un retour sur
-lui-même et comprenant, non sans remords, combien étaient légitimes
-au fond les répugnances de la famille royale: «Ah, s'écriait-il avec
-amertume, que l'immoralité de ma jeunesse fait maintenant de tort à la
-chose publique[460]»!
-
-C'était bien là en effet le secret des incertitudes de la Reine et la
-cause réelle de l'impuissance de Mirabeau. Vainement écrivait-il le 24
-octobre, trois jours après une de ses plus virulentes sorties[461]:
-«Jamais mon zèle n'a été si pur, mon dévouement plus illimité, mon
-désir d'être utile plus constant, j'ose dire plus opiniâtre. Ce n'est
-pas pour moi-même, c'est pour obtenir plus de succès que j'ambitionnais
-le prix de la confiance et ceux qui parviendront à me la ravir
-n'arracheront de mon cœur ni la reconnaissance ni le serment que
-j'ai fait de défendre l'autorité royale, dussé-je combattre seul et
-succomber dans cette lutte éclatante, où j'aurai l'Europe pour témoin
-et la postérité pour juge[462].» La Reine ne pouvait se persuader
-que l'homme qui avait si rudement ébranlé le trône, qui se laissait
-encore emporter à l'attaquer de temps en temps avec tant de passion
-et de violence, fût sincèrement déterminé à le soutenir, et, tout en
-acceptant la plupart du temps les idées de son correspondant, elle
-se demandait avec angoisse quelle arrière-pensée elles pouvaient
-cacher, si ce n'était pas plutôt ses intérêts personnels que ceux de
-la monarchie que Mirabeau avait en vue, et s'il ne justifiait pas
-cette dure parole de son père: «Faut-il être singe, loup ou renard,
-tout lui est égal; rien ne lui coûte[463].» Ou cette autre non moins
-dure: «La conversion de saint Paul même ferait un autre homme, mais ne
-ressusciterait pas celui-là[464].»
-
-Justement irritée de son discours révolutionnaire du 2 octobre sur
-la procédure du Châtelet, elle écrivait à Mercy: «Il m'a envoyé son
-discours; si je le voyais, j'aurais plusieurs points sur lesquels je
-lui demanderais explication, et, avec tout son esprit et astuce, je
-crois qu'il aurait encore de la peine à prouver que c'est pour nous
-servir qu'il l'a prononcé[465].»
-
-L'archevêque de Toulouse, si dévoué pourtant pendant toute cette
-négociation et si disposé à soutenir Mirabeau, disait de son côté,
-après une autre sortie non moins brutale[466]: «Comment voulez-vous
-que la confiance, si nécessaire dans les circonstances où nous sommes,
-puisse naître, après des écarts pareils à ceux d'avant-hier[467]?»
-
-La Reine se trompait: Mirabeau voulait franchement et sérieusement un
-gouvernement monarchique, tempéré par la liberté, et depuis l'entrevue
-de Saint-Cloud, son dévouement à Marie-Antoinette en particulier
-s'inspirait d'un sentiment chevaleresque: ce n'était pas seulement la
-Reine, c'était aussi la femme qu'il prétendait servir. Mais lui, qui se
-plaignait tant des indécisions de la famille royale, méritait souvent
-le même reproche. Tiraillé entre sa raison et sa passion, entre son
-désir de ne pas compromettre sa popularité et sa volonté de sauver
-la royauté, les efforts même qu'il faisait pour concilier ces choses
-inconciliables rendaient sa marche oscillante et troublée et donnaient
-à sa conduite une apparence de fausseté qui ranimait les soupçons et
-réveillait les préventions endormies à grand'peine. Il était sincère,
-il n'était pas droit; il était fidèle, il n'était pas constant et ne
-paraissait pas logique.
-
-Le danger croissait d'heure en heure, et les ennemis de la royauté
-qui sentaient, comme Mirabeau, que, de la famille royale, la Reine
-seule était un obstacle sérieux à leurs désirs, ne mettaient pas
-moins d'ardeur à l'attaquer que l'éloquent tribun à la servir. La
-tactique contre elle avait été habile; on avait commencé, dans les
-écrits inspirés par les meneurs, par faire un éloge emphatique du
-Roi en gardant le silence sur la Reine; puis le silence s'était
-transformé en insinuations hostiles, bientôt en agression ouverte,
-qui concordait avec des bruits malveillants propagés dans le peuple,
-avec des menées perfides tramées dans l'ombre, avec des plans odieux,
-cyniquement avoués. «Une partie du public, dit la Marck, avait fini
-par s'en laisser imposer à cet égard et croyait bêtement aux calomnies
-atroces répandues contre cette princesse infortunée[468].» Toutes
-les résolutions du côté droit, même celles qu'elle blâmait, tous
-les actes des monarchistes, même ceux auxquels elle était le plus
-étrangère, comme le duel du duc de Castries avec Charles de Lameth,
-lui étaient imputés[469]. Le ministère avait fini par se dissoudre
-dans l'impuissance. Necker était parti le 4 septembre, tombé sous
-le coup de l'indifférence publique et n'ayant pas même à son départ
-l'aumône d'un regret ni l'honneur d'une attaque. «Il n'est regretté
-de personne, disait Fersen, pas même de sa société, et son départ ne
-fera aucun effet[470].» Deux mois après, les autres membres du cabinet
-donnaient leur démission. De nouveaux ministres avaient succédé aux
-anciens[471]: créatures des Lameth pour la plupart et naturellement
-pris hors de l'Assemblée. Seul, M. de Montmorin était resté, soutenu
-par Mirabeau, auquel il devait servir d'intermédiaire avec la Cour, et
-seul aussi osant soutenir la Reine, parfois même contre quelques-uns
-de ses nouveaux collègues. Car c'était toujours la Reine qu'on
-poursuivait, c'était elle qu'il fallait séparer du Roi, et faire
-disparaître de gré ou de force.
-
-Une première fois,—un peu après le retour à Paris,—les Constitutionnels
-lui avaient fait proposer par son amie, la duchesse de Luynes, de
-s'éloigner pendant quelque temps de la France, afin de laisser
-achever la Constitution, sans que les patriotes pussent l'accuser de
-s'y opposer. La duchesse de Luynes, qui savait combien la personne
-de Marie-Antoinette était menacée, avait consenti à lui porter ces
-propositions. Mais il s'agissait de partir seule; la Reine répondit
-«que jamais elle n'abandonnerait le Roi et ses enfants; que si elle se
-croyait seule en butte à la haine publique, elle ferait à l'instant
-même le sacrifice de sa vie; mais qu'on en voulait au trône et
-qu'en abandonnant le Roi, elle ferait seulement un acte de lâcheté,
-puisqu'elle n'y voyait que le seul avantage de sauver ses propres
-jours[472].»
-
-A défaut de persuasion, on eut recours à la menace. On parla
-d'assassinat; on parla de procès. Le bruit se répandit,—c'était vers
-la fin de 1790,—qu'on allait reprendre le plan qui avait échoué le 6
-octobre. Emu de ces bruits, M. de Montmorin demanda à ses collègues
-de prendre des mesures pour ne pas laisser se consommer un pareil
-forfait. Le garde des sceaux, Duport du Tertre, prit la parole et
-déclara froidement qu'il ne se prêterait pas à un assassinat, mais
-qu'il n'en serait pas de même s'il s'agissait de faire le procès de
-la Reine—«Quoi!» reprit M. de Montmorin indigné, «vous, ministre du
-Roi, vous consentiriez à une pareille infamie!»—«Mais,» répondit
-tranquillement Duport, «s'il n'y a pas d'autre moyen[473]?»
-
-A défaut d'assassinat, à défaut de procès, ou peut-être comme
-corollaire et but du procès, on proposa le divorce, et M. de Lafayette,
-dans une entrevue avec la Reine, eut l'outrageante impudeur de lui dire
-que, pour en arriver là, on la rechercherait en adultère[474]. La Reine
-n'opposa que sa dignité et son courage habituels à cette injurieuse
-menace. Mais qu'il lui fallut d'empire sur elle-même pour ne pas faire
-jeter à la porte son insolent interlocuteur, et ne trouve-t-on pas là,
-dans cet affront de Lafayette la cause de l'insurmontable répulsion
-que Marie-Antoinette conserva jusqu'à la fin contre le «héros des deux
-mondes» et qui lui faisait dire qu'elle aimerait mieux périr que de lui
-devoir son salut?
-
-En même temps, Mme de la Motte était à Paris, appelée par les chefs
-de la Révolution, et prête à recommencer contre sa royale victime ses
-infâmes et ténébreux «tripotages». Mirabeau bondit: «J'arracherai
-cette Reine infortunée à ses bourreaux,» s'écria-t-il, ou «j'y
-périrai[475].» Et prenant immédiatement la plume: «Il est impossible,
-écrivit-il, de s'exagérer le sentiment du dévouement audacieux que
-produit en moi la découverte de tant d'iniquités et de perfidies, et
-si j'indique d'autres provocateurs,—il avait proposé que Fréteau ou
-d'Ailly demandassent l'arrestation de l'intrigante,—c'est que le bruit
-vague de mes liaisons plaiderait irrésistiblement contre moi parlant
-le premier; mais on ferait tout à la fois la plus cruelle injure à
-moi et le plus pitoyable mécompte dans cette affaire, si l'on doutait
-que je périrais sur la brèche dans une telle affaire et dans tout ce
-qui touchera l'auguste et intéressante victime que convoitent tant de
-scélérats[476].»
-
-Ce n'était pas seulement la Reine qu'on visait, c'était le Roi à
-travers sa femme. Mirabeau l'avait senti: «Dans ce projet, disait-il,
-la Reine, dont ils connaissent le caractère, la justesse d'esprit et la
-fermeté, serait le premier objet de leur attaque, et comme la première
-et la plus forte barrière du trône, et comme la sentinelle qui veille
-de plus près à la sûreté du monarque. Mais le grand art des ambitieux
-serait de cacher leur but; ils voudraient paraître entraînés par les
-événements et non les diriger. Après avoir fait du procès de la dame
-la Motte un poison destructeur pour la Reine; après avoir changé les
-calomnies les plus absurdes en preuves légales capables de tromper le
-Roi, ils feraient naître tour à tour les questions du divorce, de la
-régence, du mariage des rois, de l'éducation de l'héritier du trône...
-Mais, ajoutait-il, ce pays périrait tout entier, que je serais encore
-le défenseur de la Reine et du Roi[477].»
-
-Effrayés du bruit que faisait cette affaire et de la tournure qu'elle
-prenait, ceux qui avaient fait venir Mme de la Motte jugèrent plus
-prudent de la faire repartir, et, pour cette fois du moins, l'intrigue
-avorta[478].
-
-Malheureusement, le lendemain même du jour où le grand orateur
-rédigeait ces notes si éloquentes et signait cette protestation de
-dévouement inaltérable, il se laissait encore emporter, à l'Assemblée,
-à des écarts de langage, à une apologie de l'insurrection[479],
-qui désolait son ami la Marck et faisait évanouir la «confiance
-nouvelle[480]» que les notes avaient inspirée à la Reine[481].
-Mirabeau s'excusait; mais il était incorrigible, et quinze jours
-plus tard, dans la discussion sur la Constitution civile du clergé,
-il revenait à ses premiers errements et prononçait un discours d'une
-extraordinaire violence. Quelle était son intention vraie en agissant
-ainsi? Voulait-il, par ses attaques véhémentes, mieux dissimuler son
-véritable but? Espérait-il, comme il l'a prétendu, que l'exagération
-même des mesures proposées les rendrait illusoires? Estimait-il ne
-pouvoir mieux se faire écouter de ses collègues qu'en se mettant à leur
-diapason, en renchérissant sur eux, en aggravant encore la rigueur
-de leurs décrets[482]? Avait-il la pensée, comme il s'en est vanté
-encore, d'«enferrer» l'Assemblée, et de la discréditer en la rendant
-tyrannique[483]? Croyait-il à la bonté de cette théorie, si souvent
-préconisée en temps de révolution, mais si rarement couronnée de
-succès, qui prétend faire sortir le bien de l'excès du mal? Quelles
-qu'aient été ses intentions réelles, l'effet produit fut déplorable.
-En se livrant, contre le clergé et contre la religion catholique,
-à de telles déclamations, ce n'était pas seulement les sentiments
-politiques, les préjugés, si l'on veut, de la famille royale qu'il
-blessait, c'était sa conscience même. Toutes les objections, jadis
-émises contre lui, reparurent. Mirabeau multipliait vainement ses
-notes, on n'en tenait plus compte; et la Marck lui-même osait à peine
-aborder la Reine, tant il la savait découragée et refroidie à l'égard
-de son ami[484]. Pour ramener une confiance qu'il sentait lui échapper,
-l'éloquent et fantasque tribun se remit à l'œuvre et, le 23 décembre,
-traça tout un projet de défense et de salut par la conciliation des
-libertés publiques avec l'autorité royale. Ce n'était point un plan de
-contre-révolution,—il ne regardait la chose ni comme possible ni comme
-souhaitable,—c'était un plan de contre-Constitution.
-
-«Je regarde, disait-il, tous les effets de la Révolution et tout ce
-qu'il faut conserver de la Constitution comme des conquêtes tellement
-irrévocables, qu'aucun bouleversement, à moins que l'empire ne fût
-démembré, ne pourrait plus les détruire[485].»
-
-Ces réformes d'ailleurs, suivant lui, ne sont pas aussi défavorables au
-pouvoir royal que de vieux préjugés pourraient le faire craindre.
-
-«Cette surface parfaitement unie, qu'exige la liberté, rend aussi
-l'exercice de l'autorité bien plus facile; cette égalité dans les
-droits politiques, dont on fait tant de bruit, est aussi un instrument
-de pouvoir.»
-
-Sans doute ces réformes ont été souvent excessives, prématurées,
-maladroites; il importe de les corriger. Il faut admettre «la
-Révolution dans son esprit», et «la Constitution dans la plupart de ses
-bases».—«Tendre à une meilleure Constitution, voilà donc le seul but
-que la prudence, l'honneur et le véritable intérêt du Roi, inséparable
-de celui de la nation, permettent d'adopter[486].»
-
-Mais l'Assemblée actuelle est incapable d'accomplir les améliorations
-nécessaires. Il faut donc la perdre dans l'opinion, et la forcer à se
-dissoudre. Et dans ce but, il est essentiel de prendre de l'influence
-sur l'esprit public et sur les futures assemblées électorales qu'il
-faudrait décider à demander elles-mêmes la révision de certains
-articles de la Constitution et—ceci est capital,—la fixation du lieu
-de la future Constituante tout autre part qu'à Paris; car, disait-il,
-«aucun corps délibérant, et je n'en excepte pas l'Assemblée nationale,
-n'est libre aujourd'hui, à côté de la redoutable influence qu'on a
-voulu donner au peuple[487].»
-
-Il faut s'emparer de l'esprit public, à Paris et dans les provinces; il
-faut influencer l'Assemblée par une coalition de députés de la droite
-et de la gauche, dont M. de Montmorin sera le correspondant attitré et
-Mirabeau, l'inspirateur secret[488]. Il faut un ministère sûr et uni, à
-la fois agréable à la multitude et dévoué à l'autorité royale[489].
-
-Il faut aussi que le Roi et la Reine se rendent populaires. «Il faut
-qu'on ne puisse pas douter de leur adhésion à tous les changements
-utiles au peuple et à tous les principes qui peuvent assurer la
-liberté..... Se montrer souvent en public, se promener quelquefois,
-même à pied, dans les lieux les plus fréquentés, assister à des revues
-de la garde nationale, paraître à quelques séances de l'Assemblée dans
-la tribune du président, visiter les hôpitaux, les hospices publics,
-les grands ateliers d'ouvriers et y répandre quelques bienfaits: ce
-genre de représentation, également convenable à la Reine et au Roi,
-leur serait sans doute plus utile qu'une impénétrable retraite[490].»
-
-Et Mirabeau terminait par ce pressant appel et ce dramatique tableau:
-
-«On peut tout espérer, si ce plan est suivi, et s'il ne l'est pas, si
-cette dernière planche de salut nous échappe, il n'est aucun malheur,
-depuis les assassinats individuels jusqu'au pillage, depuis la chute
-du trône jusqu'à la dissolution de l'empire, auquel on ne doive
-s'attendre. Hors ce plan, quelle ressource peut-il rester? La férocité
-du peuple n'augmente-t-elle pas par degrés? N'attise-t-on pas de plus
-en plus toutes les haines contre la famille royale? Ne parle-t-on pas
-ouvertement d'un massacre général des nobles et du clergé? N'est-on
-pas proscrit pour la seule différence d'opinion? Ne fait-on pas
-espérer au peuple le partage des terres? Toutes les grandes villes du
-royaume ne sont-elles pas dans une épouvantable confusion? Les gardes
-nationales ne président-elles pas à toutes les vengeances populaires?
-Tous les administrateurs ne tremblent-ils pas pour leur propre sûreté,
-sans avoir aucun moyen de pourvoir à celle des autres? Enfin, dans
-l'Assemblée nationale, le vertige et le fanatisme peuvent-ils être
-poussés à un plus haut degré? Malheureuse nation! Voilà où quelques
-hommes qui ont mis l'intrigue à la place du talent et les mouvements à
-la place des conceptions t'ont conduite! Roi bon, mais faible; Reine
-infortunée! Voilà l'abîme affreux où le flottement entre une confiance
-trop aveugle et une méfiance trop exagérée vous ont conduits! Un effort
-reste encore aux uns et aux autres; mais c'est le dernier. Soit qu'on
-y renonce, soit qu'on échoue, un voile funèbre va couvrir cet empire.
-Quelle sera la suite de sa destinée? Où sera porté ce vaisseau, frappé
-de la foudre et battu par l'orage? Je l'ignore. Mais si j'échappe
-moi-même au naufrage public, je dirai toujours avec fierté dans ma
-retraite: «Je m'exposai à me perdre pour les sauver tous; ils ne le
-voulurent pas[491]!»
-
-Jamais le puissant orateur n'avait été plus net, plus précis, plus
-sagace. Jamais il n'avait tracé un tableau plus sombre et plus
-vrai de la situation. Jamais il n'avait plus clairement indiqué le
-remède. Jamais il n'avait dressé un plan plus étudié, embrassant plus
-complètement toutes les parties de l'administration et du royaume.
-Jamais il n'avait été plus éloquent, plus émouvant et plus ému. La
-Reine, profondément impressionnée par la lecture de cette note,
-entra avec ardeur dans les vues de son conseiller. Le Roi fut plus
-difficile à ébranler; les dangers signalés lui paraissaient exagérés,
-et l'énergie de l'action répugnait à son caractère. Il finit toutefois
-par accepter le plan de Mirabeau et l'application en fut commencée. La
-Reine, triomphant de ses propres répugnances, consentait à employer
-comme intermédiaires Montmorin et Talon, contre lesquels elle
-nourrissait de vives préventions[492]. Avec Talon, elle se montrait
-pleine d'esprit et de tact, alliant toutefois à la grâce qui lui était
-naturelle une réserve que commandait la situation[493]. Avec Montmorin,
-elle manifestait plus d'ouverture et de confiance[494]. Le Roi faisait,
-ou plutôt laissait organiser quelques-uns des rouages recommandés par
-Mirabeau: on créait un atelier de police pour agir sur l'opinion[495];
-on gagnait plusieurs journalistes et déjà certains effets favorables
-se faisaient sentir. Paris semblait mieux disposé pour le Roi: on y
-parlait moins de la Reine[496]. Les provinces étaient encore bonnes,
-en grande majorité; les calomnies contre Marie-Antoinette y avaient
-moins cours, et il eût suffi de s'y montrer pour conquérir promptement
-la confiance du peuple[497]. On l'avait bien vu à la Fédération. On
-pouvait trouver là un point d'appui sérieux. La Marck partait pour
-Metz, afin de concerter avec M. de Bouillé la sortie de la famille
-royale de Paris, base essentielle de tout projet de restauration[498].
-
-On essayait donc quelque chose; mais c'était encore bien peu, et il
-fallait d'autres efforts. Ce plan de Mirabeau, d'ailleurs, n'était-il
-pas trop vaste et trop compliqué pour réussir[499]? Les augustes
-clients même pour le salut desquels il avait été combiné n'étaient
-pas le moindre des obstacles à sa bonne et prompte exécution. Le Roi,
-quand il laissait agir, restait inerte; il méditait chaque jour la
-vie de Charles Ier[500], dont le portrait était suspendu dans sa
-chambre; mais c'était plutôt pour apprendre à souffrir et à mourir que
-pour apprendre à résister. Lorsqu'on lui parlait de ses affaires et
-de sa position, il semblait, disait tristement un de ses plus dévoués
-serviteurs, qu'on lui parlât de choses relatives à l'empereur de la
-Chine[501]. Plus énergique et plus active, la Reine voyait son énergie
-paralysée par l'inaction de son mari; elle luttait sans espoir contre
-sa déplorable destinée. «Comme femme, écrivait la Marck, elle est
-attachée à un être inerte; comme Reine, elle est assise sur un trône
-bien chancelant[502].»
-
-Elle-même, d'ailleurs, mal préparée à la lutte, ne joignait pas à la
-force du caractère l'habitude des affaires, et la persévérance dans
-les idées. «La Reine, écrivait encore la Mark, a certainement l'esprit
-et la fermeté qui peuvent suffire à de grandes choses, mais il faut
-avouer que, soit dans les affaires, soit même dans la conversation,
-elle n'apporte pas toujours ce degré d'attention et cette suite qui
-sont indispensables pour apprendre à fond ce qu'on doit savoir pour
-prévenir les erreurs et pour assurer le succès[503].» Il était du
-reste un terrain sur lequel Mirabeau et ses amis se fussent bien
-difficilement mis d'accord avec la famille royale: c'était la question
-religieuse, que les premiers jugeaient d'après les principes de la
-philosophie rationaliste, la seconde avec les lumières de la foi et
-les délicatesses de la conscience, auxquelles chez Louis XVI, depuis
-la fatale sanction donnée à la Constitution civile, s'ajoutaient les
-saintes susceptibilités du remords.
-
-Quant aux agents de ce vaste plan, pouvait-on compter absolument sur
-eux? Montmorin était faible et sans initiative; Talon et Sémonville,
-suspects; plusieurs autres, d'une fidélité bien chancelante. Restaient
-la Marck et Mirabeau lui-même. La Marck était actif, capable,
-sincèrement dévoué. Mais Mirabeau, malgré ses protestations ardentes,
-ne se livrait pas entièrement. C'est son ami intime, son répondant, la
-Marck, qui l'observe lui-même. L'exécution chez lui était souvent fort
-différente du projet, et la réalité, de la promesse[504]. «Il voulait
-concilier la volonté apparente de servir avec l'inaction, pousser
-les autres et se tenir en arrière, avoir le mérite du succès _et ne
-pas mettre sa popularité à de trop fortes épreuves_[505].» De là des
-indécisions, une inertie parfois et de temps à autre des bouffées de
-démagogie qui gâtaient tout.
-
-Il faut en convenir, d'ailleurs, sa situation était singulièrement
-critique. Comme l'écrivait justement Fersen, «il n'avait pas autant de
-moyens pour faire le bien qu'il en avait pour faire le mal[506].» Le
-mystère même dont il enveloppait sa conduite la rendait plus difficile
-à soutenir. Le secret gardé le laissait en butte aux rancunes du côté
-droit; découvert ou même soupçonné, il lui enlevait tout crédit sur la
-gauche.
-
-Mais en tout cas, pour que le plan de Mirabeau pût aboutir, il fallait
-que celui qui l'avait conçu fût là pour l'exécuter. Il fallait que
-l'homme puissant qui avait disposé toutes les batteries, qui tenait
-en main tous les ressorts, continuât à tout diriger. Or, à ce moment
-même, les jours de Mirabeau étaient comptés; la vie, dont il avait
-tant abusé, allait lui échapper à l'heure où il en consacrait les
-restes à la défense, au salut peut-être de ce qu'il avait plus que
-tout autre contribué à perdre. Dans ces derniers temps, du reste, son
-attitude est correcte. Le 24 février, il demande qu'on ordonne à la
-municipalité d'Arnay-le-Duc de laisser Mesdames continuer leur voyage,
-illégalement interrompu. Le 28, il s'oppose, avec la plus brillante
-éloquence, au vote d'une loi contre les émigrés et, malgré l'ardeur
-de la gauche, parvient à la faire repousser. «Si l'on fait cette loi,
-s'écrie-t-il, je jure de n'y point obéir[507].» Et c'est alors que,
-violemment interrompu par les Lameth et leurs amis, il leur jette ce
-cri dédaigneux: «Silence aux trente voix!» Le soir, il paraît encore
-aux Jacobins pour combattre les chefs de la Révolution, irrités de ses
-attaques et de ce qu'ils appellent sa défection. Le 23 mars, dans la
-discussion sur la régence, il prend parti, avec les soutiens des vrais
-principes monarchiques, pour la régence héréditaire.
-
-Ce fut le chant du cygne. Le 27 mars 1791, Mirabeau tombait malade; le
-samedi 2 avril, il mourait, après avoir demandé à plusieurs reprises
-son ami le comte de la Marck, le confident de ses derniers projets, et
-en murmurant ces mots, devenus célèbres: «J'emporte avec moi le deuil
-de la monarchie; après ma mort, les factieux s'en disputeront les
-lambeaux[508].»
-
-Cette monarchie, l'aurait-il sauvée? Les conditions même dans
-lesquelles il se dévouait à elle, et que nous avons exposées plus haut,
-nous en font douter. Mme Elisabeth donnait de ce doute une raison
-moins politique, mais plus conforme à ses idées religieuses un peu
-exclusives, quand elle écrivait, le 3 avril, à Mme de Raigecourt:
-
-«Mirabeau a pris le parti d'aller voir, dans l'autre monde, si la
-Révolution y était approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien!.....
-Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le redoutent beaucoup. Depuis
-trois mois il s'était montré pour le bon parti; on espérait en ses
-talents. Pour moi, quoique très aristocrate, je ne puis m'empêcher de
-regarder sa mort comme un trait de la Providence sur ce royaume. Je ne
-crois pas que ce soit par des gens sans principes et sans mœurs que
-Dieu veuille nous sauver[509].»
-
-Sous une forme mystique, la pensée de Mme Elisabeth était vraie;
-dans ces temps troublés, il est rare que ceux qui ont pu ébranler
-soient capables ensuite d'affermir et que ceux qui ont démoli sachent
-reconstruire. C'est la logique des révolutions, et c'est aussi leur
-justice.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
- Situation alarmante de Paris: l'émeute en permanence.—Démission de
- Necker.—Départ de Mesdames.—Le 28 février.—Le 18 avril.—Projets de
- fuite.—Le comte d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de
- Saint-Cloud.—Plan de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au
- marquis de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la
- Reine, Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises,
- est définitivement fixé au 20 juin.
-
-
-Quelles que fussent les chances de succès du grand plan de Mirabeau,
-il était évident que ce plan allait disparaître avec son auteur: la
-clef de voûte tombant, tout l'édifice s'écroulait. Un certain nombre de
-pygmées pouvaient bien se disputer l'héritage du géant: aucun n'était
-de taille à le recueillir en entier.
-
-Cependant, la situation devenait chaque jour plus critique. L'émeute
-était en quelque sorte à l'ordre du jour. Dès qu'une mesure prise par
-l'Assemblée ou le gouvernement déplaisait aux Jacobins, le peuple, ou
-plutôt la populace de Paris, se soulevait et formulait son opinion à
-sa manière, en vociférant, pillant et pendant. L'Assemblée n'était pas
-plus libre que la famille royale. La rue était souveraine maîtresse, et
-c'est à ce titre que Malouet a pu écrire justement que la Terreur en
-France datait du 14 juillet 1789[510]. Le mot fut bien plus vrai encore
-lorsque le gouvernement et le Roi eurent été ramenés de force à Paris.
-La liste serait longue à dresser des mouvements populaires, à partir
-seulement du 6 octobre 1789. Nous n'essaierons pas de le faire; nous
-nous contenterons des émeutes les plus mémorables.
-
-Le 2 septembre 1790, à la nouvelle de la répression de la révolte
-de Nancy par le général de Bouillé, quarante mille hommes s'étaient
-portés aux Tuileries et à l'Assemblée, en réclamant à grands cris
-le renvoi des ministres. Un moment même, on avait craint que cette
-foule ne marchât sur Saint-Cloud, où la famille royale était alors,
-et n'y renouvelât les scènes de Versailles[511]. Le 4 septembre,
-Necker, effrayé, avait quitté le ministère et la France. Deux mois
-après, l'hôtel d'un membre de l'Assemblée, le duc de Castries, était
-pillé, pour le punir d'avoir blessé dans un duel loyal l'un des
-héros populaires, Charles de Lameth. Le 27 janvier 1791, des bandes
-allaient huer Clermont-Tonnerre et l'assaillir dans sa maison et
-fermaient de force, avec la complicité pusillanime de Bailly, le club
-des Impartiaux, dont il était président[512]. «Nous n'avons pas eu
-de tapage depuis huit jours,» écrivait le 5 février Mme Elisabeth
-à Mme de Raigecourt[513]. Mais ce calme inaccoutumé ne devait pas
-durer longtemps. Moins de deux semaines après, la nouvelle du départ
-de Mesdames donnait un nouvel aliment à l'agitation populaire. Une
-députation des sections se rendit aux Tuileries et prétendit forcer le
-Roi à interdire à ses tantes de s'éloigner. Louis XVI refusa. Mesdames
-partirent le 19 février. Arrêtées par la municipalité d'Arnay-le-Duc,
-les deux princesses ne purent continuer leur voyage qu'en vertu d'un
-décret de l'Assemblée, après une inconvenante plaisanterie de Menou,
-pour qui les tantes du monarque n'étaient plus que deux vieilles
-femmes, tant le respect de l'autorité et de la famille royale avait, en
-moins de deux ans, disparu du langage et des mœurs!
-
-On répandit le bruit que ce départ de Mesdames n'était qu'un prélude,
-que le Roi, la Reine et Monsieur ne tarderaient pas à suivre l'exemple
-de Mme Adélaïde et Mme Victoire. Sept à huit cents personnes,
-lie du peuple, filles de la rue Saint-Honoré et leurs souteneurs, se
-portèrent tumulteusement au Luxembourg, forcèrent Monsieur et Madame à
-aller aux Tuileries et ne les quittèrent qu'après s'être assurés qu'ils
-y étaient entrés[514]. Le 24, un ramassis confus de filles publiques,
-d'émissaires des Jacobins et d'hommes déguisés en femmes envahit le
-jardin des Tuileries et demanda en hurlant que le Roi ordonnât à ses
-tantes de revenir. Sur l'injonction de cette bande, les soldats ôtèrent
-leur baïonnette et Bailly proposait qu'on ouvrît les portes et qu'on
-introduisît dans le Château une vingtaine de délégués qui voulaient
-voir le Dauphin, qu'on disait parti comme Mesdames[515]. Heureusement,
-la garde fut plus ferme que le maire; la foule fut sommée de se
-disperser, et au premier roulement de tambour, tout s'enfuit comme une
-volée d'oiseaux[516].
-
-Le 28 février, la chose était plus grave. La commune de Paris faisait
-en ce moment réparer le château de Vincennes. Le bruit se répandit que
-ces réparations n'étaient qu'un moyen de favoriser une évasion du Roi,
-qui, par des conduits souterrains, irait des Tuileries à Vincennes,
-et de là à la frontière. Des bandes d'ouvriers des faubourgs, armés
-de pioches et de piques, se dirigèrent sur Vincennes pour démolir le
-donjon. Lafayette et la garde nationale les suivirent et parvinrent
-à les disperser. Mais la nouvelle de ce mouvement populaire s'était
-répandue. Un certain nombre de gentilshommes, redoutant quelque attaque
-des Tuileries en l'absence de la milice parisienne, s'y rendirent.
-Ils étaient trois cents environ, la plupart avaient des armes pour
-défendre la famille royale et au besoin se défendre eux-mêmes; le
-motif même qui les avait conduits au Château l'exigeait. Une fois là,
-y eut-il des imprudences de commises par quelques jeunes gens, comme
-semble le croire Mme Elisabeth[517]? Affichèrent-ils une attitude
-hostile ou tinrent-ils des propos blessants pour la garde de service?
-Y eut-il, au contraire, comme le prétend Hue[518], de l'eau-de-vie
-distribuée aux gardes nationaux pour échauffer les têtes? Ce qui est
-certain, c'est qu'un conflit éclata, et le bruit se répandit que ces
-amis de la royauté n'étaient venus que pour enlever le Roi et opérer
-une contre-révolution. A peine de retour de Vincennes, Lafayette
-accourut au Château, apostropha durement les gentilshommes et voulut
-les désarmer. Ils résistèrent; mais le Roi, soucieux d'éviter à tout
-prix une lutte, pria lui-même ses défenseurs de remettre leurs armes
-dans son cabinet, leur promettant qu'elles leur seraient rendues le
-lendemain. On obéit; une heure après, les gardes nationaux exigèrent
-que les armes fussent portées chez M. de Gouvion, major général; au bas
-de l'escalier, elles furent pillées[519].
-
-Quant aux fidèles serviteurs, déjà victimes de cette humiliante
-exigence, lorsqu'ils sortirent des Tuileries, à huit heures du soir, on
-les fouilla, on les hua, on les maltraita; on en conduisit plusieurs
-à l'Abbaye[520]. Des vieillards même, comme le maréchal de Mailly, ne
-furent pas à l'abri des insultes et des coups[521].
-
-Le lendemain, Lafayette fit afficher sur les murs de la capitale une
-proclamation pour prévenir la garde nationale qu'il avait donné des
-ordres aux «chefs de la domesticité»,—c'est ainsi qu'il nommait les
-gentilshommes de la Chambre,—afin qu'on ne laissât plus entrer au
-Château d'hommes armés et «d'un zèle très justement suspect[522]»,
-confirmant ainsi par ces paroles les faux bruits de complot et
-autorisant de son prestige populaire l'absurde et mortelle légende des
-_Chevaliers du poignard_.
-
-«Tout est fort tranquille depuis ce moment-là, écrivait, le 2 mars,
-Mme Elisabeth, toujours prompte à se rassurer ou plutôt à rassurer
-ses amies, et je crois que c'est fini, parce que les méchants ont
-obtenu ce qu'ils voulaient et que nous autres, bonnes bêtes, nous ne
-voyons pas plus loin que le bout de notre nez et donnons tête baissée
-dans tous les pièges que l'on nous tend[523].»
-
-La princesse se trompait: rien n'était fini. La journée du 28
-février avait aggravé le dissentiment entre les monarchistes et les
-Constitutionnels et fait descendre l'autorité du Roi de toute la
-hauteur dont avait grandi celle de Lafayette. Mais ce n'était, en
-somme, qu'un incident et un symptôme. Une question plus grave, sur
-laquelle le Roi ne pouvait se mettre d'accord avec l'Assemblée, pas
-plus qu'avec Mirabeau, c'était la question religieuse. Louis XVI était
-profondément pénétré des principes du catholicisme. Il avait bien pu,
-dans un moment de faiblesse, donner sa sanction à la Constitution
-civile du clergé[524], et aux décrets qui exigeaient des évêques et
-des prêtres un serment contraire à leur conscience[525]; mais le
-remords même qu'il en éprouvait rendait plus inébranlable désormais son
-attachement à sa foi, et nulle force humaine n'eût pu le contraindre à
-se servir du ministère d'un prêtre assermenté, qui n'était à ses yeux
-qu'un prêtre schismatique. Marie-Antoinette n'était pas moins ferme.
-Vainement Montmorin et Mirabeau, qui ne comprenaient pas ces scrupules,
-les pressaient-ils de se rendre à des cérémonies où officiaient
-des membres du clergé constitutionnel et à donner un semblant de
-satisfaction à l'opinion démocratique, en assistant le dimanche à la
-messe de leur paroisse. Ni le Roi ni la Reine n'y voulaient consentir,
-et le Roi avait nettement refusé d'admettre dans sa chapelle des
-ecclésiastiques assermentés[526].
-
-Cependant, Pâques approchait. Louis XVI, souffrant depuis les scènes
-douloureuses du 28 février et privé de l'exercice auquel il était
-accoutumé[527], avait besoin de respirer un air plus pur que celui
-de Paris. Il résolut d'aller passer la semaine sainte à Saint-Cloud,
-où il aurait en même temps plus de liberté pour remplir ses devoirs
-religieux. Les préparatifs furent faits au grand jour. Mais les
-meneurs répandirent le bruit que le voyage annoncé en dissimulait un
-autre, que ce n'était pas à Saint-Cloud, mais à Metz que le Roi devait
-aller, et qu'en tout cas il était poussé à ce voyage par des scrupules
-indignes d'un monarque constitutionnel. Les ennemis du catholicisme
-devenaient chaque jour plus intolérants. Le 3 avril, on avait installé
-dans toutes les paroisses de Paris les curés assermentés. Les
-fidèles, usant de leur droit de ne point assister à des cérémonies
-célébrées par des schismatiques, avaient loué l'église des Théatins
-pour y exercer leur culte. Mais lorsqu'ils s'y présentèrent, le jour
-des Rameaux, 17 avril, une foule ameutée les maltraita; des femmes
-furent insultées, des jeunes filles fustigées, et le soir le club des
-Cordeliers avait engagé à faire, le lendemain, une démonstration au
-Château, afin de forcer le Roi à renvoyer les prêtres de sa chapelle
-et à faire ses Pâques à Saint-Germain-l'Auxerrois[528]. Déjà, ce même
-jour, la garde nationale avait voulu empêcher les aumôniers royaux de
-dire la messe aux Tuileries[529]. En présence de cette effervescence,
-Louis XVI, désireux de ne pas donner prétexte à des troubles, avait,
-assure-t-on, renoncé à son projet de départ; il ne l'avait repris que
-sur les instances de Lafayette et de Bailly, qui se croyaient sûrs de
-maintenir l'ordre[530]. L'événement ne tarda pas à leur prouver que le
-vrai maître de Paris, ce n'était pas eux, mais le club des Cordeliers.
-
-Le lendemain matin, en effet, lundi saint, 18 avril, la foule se porta
-en masse aux Tuileries. Lorsque, vers onze heures[531], le Roi et la
-Reine parurent pour monter en voiture, ils furent assaillis par des
-clameurs hostiles. Ils prirent place néanmoins dans une berline avec
-leurs enfants, Mme Élisabeth et Mme de Tourzel[532]. Mais le
-départ fut impossible. La garde nationale, d'accord avec les émeutiers,
-obstruait les portes, entourait les voitures, croisait la baïonnette
-sur le poitrail des chevaux[533], apostrophait le Roi et la Reine
-de la manière la plus grossière[534]. «A bas les valets! A bas les
-chevaux! criait-on. On ne doit pas sortir de Paris avant la fin de la
-Constitution.» Vainement Lafayette harangua-t-il sa troupe; la troupe
-désobéit. Vainement le Roi disait-il à Bailly: «Il serait étonnant
-qu'après avoir donné la liberté à la nation, je ne fusse pas libre
-moi-même[535]!» Pendant deux heures, la famille royale resta dans son
-carrosse, exposée aux insultes de la populace[536]. Pendant deux
-heures, Lafayette essaya vainement de rappeler enfin les perturbateurs
-à l'ordre et les soldats à la discipline. Ni ordres, ni prières, ni
-menaces ne furent écoutés. Le tumulte croissait d'heure en heure; le
-maire refusait de proclamer la loi martiale[537]. Les serviteurs du
-Roi étaient maltraités[538]; le grand aumônier, mis en joue[539]; M.
-de Duras, frappé avec une telle violence que le Dauphin se prît à
-pleurer[540]. Pour éviter de nouveaux excès, il fallut renoncer au
-voyage. Satisfaite de sa victoire, la garde nationale protesta de son
-dévouement: «Soyez tranquille, nous vous défendrons,» disaient les
-soldats à la Reine, en se pressant autour d'elle.—«Oui,» répondit
-ironiquement la princesse, «nous y comptons; mais vous avouerez à
-présent que nous ne sommes pas libres[541].» Et prenant le Dauphin dans
-ses bras, elle rentra fièrement aux Tuileries. Le soir, les gardes
-nationaux prétendirent encore fouiller les appartements, même la
-chambre du Roi, même les greniers, même les remises, sous prétexte d'y
-trouver des prêtres réfractaires[542], et, à dix heures, un homme, sur
-le Carrousel, lisait à haute voix un papier rempli d'horreurs contre
-le Roi, exhortant le peuple à forcer le Château, à tout jeter par les
-fenêtres et surtout à ne pas manquer l'occasion, comme on l'avait
-manquée à Versailles, au 6 octobre[543].
-
-Le lendemain, le Roi se rendit à l'Assemblée et protesta énergiquement
-contre la violence qui lui avait été faite. Le président Chabroud se
-contenta de répondre «qu'une inquiète agitation est inséparable des
-progrès de la liberté[544].» Cette agitation croissant toujours, le
-Roi engagea son premier aumônier, le cardinal de Montmorency, Mgr
-de Roquelaure et Mgr de Sabran, ses aumôniers, les prêtres de sa
-chapelle, les premiers gentilshommes de la Chambre, MM. de Duras et de
-Villequier, à s'éloigner de lui; la Reine adressa la même invitation
-à sa dame d'honneur, Mme de Chimay, à sa dame du palais, Mme de
-Duras; et le jour de Pâques, 24 avril, Louis XVI et Marie-Antoinette
-furent contraints d'aller à Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse des
-Tuileries, assister à la messe solennelle chantée par l'intrus qui
-avait remplacé le vénérable curé, démissionnaire pour refus de serment.
-Seule, Mme Élisabeth, quoique menacée des derniers outrages,
-put se dispenser d'une cérémonie qui froissait si légitimement sa
-conscience[545]. C'était là sans doute ce que Chabroud entendait par
-les progrès de la liberté!
-
-La semaine fut triste pour les prisonniers des Tuileries; le deuil
-de l'église, pendant les jours saints, s'accordait trop bien avec le
-deuil de leurs propres cœurs pour qu'ils n'en fussent pas émus. «La
-solitude des Tuileries, dit Mme de Tourzel, la vue du Roi, privé
-de ses grands officiers, et nous tous à la veille d'être forcés de
-nous éloigner de sa personne, les offices de l'Eglise, auxquels nous
-assistions régulièrement et qui offraient des analogies si frappantes
-avec la situation, le tombeau du jeudi saint, espèce de cénotaphe
-entouré de cyprès et sur lequel il y avait une couronne d'épines,
-emblème si juste de celle que portait le Roi, tout contribuait à
-augmenter la profonde tristesse dont nous étions pénétrés et qu'il
-fallait renfermer en soi-même pour ne la pas faire partager à notre
-pauvre petit Dauphin[546].»
-
-C'en était trop. L'homme avait pu généreusement pardonner les outrages
-dont on n'avait cessé de l'abreuver; le Roi avait fait largement le
-sacrifice de son autorité; mais, violenté dans sa conscience, le
-chrétien se redressa. Louis XVI résolut de sortir de ce Paris, qui
-n'était plus pour lui qu'une prison.
-
-Depuis longtemps déjà, les serviteurs les plus anciens de la monarchie,
-comme les conseillers de la dernière heure, considéraient le départ
-du Roi comme indispensable au salut de la royauté. Le lendemain même
-du jour où l'émeute triomphante l'avait ramené dans la capitale, les
-hommes d'Etat, vraiment dignes de ce nom, avaient jugé qu'il n'y
-pouvait rester, parce qu'il n'y avait pas la liberté nécessaire. Les
-projets d'évasion se succédaient sans relâche. De quelque mystère que
-la mort de M. de Favras ait enveloppé ses projets, il est certain que
-la base première en était le départ de la famille royale, volontaire
-ou forcé. Un peu plus tard, en mars 1790, un député de la noblesse,
-le comte d'Hinnisdal, avait organisé tout un plan pour enlever le
-Roi; la garde nationale de service était gagnée; les hommes étaient
-à leur poste; les relais étaient disposés; tout était prêt, sauf le
-consentement de Louis XVI. M. Campan fut chargé de sonder le prince,
-un soir, pendant qu'il jouait au whist avec la Reine et sa famille.
-Le Roi fit d'abord la sourde oreille, puis, pressé de se prononcer:
-«Dites à M. d'Hinnisdal, répondit-il, que «je ne puis consentir à me
-laisser enlever.»—«Vous entendez bien, reprit la Reine, le Roi ne peut
-consentir à ce qu'on l'enlève.» Espérait-elle qu'on ne tiendrait pas
-compte de cette défense ambiguë, qui pouvait cacher un acquiescement
-tacite? Toujours est-il que, suivant Mme Campan, elle resta jusqu'à
-minuit à préparer sa cassette. Mais aucun bruit ne vint troubler le
-silence de la nuit: M. d'Hinnisdal, mécontent de la réponse équivoque
-du Roi et ne voulant pas agir sans l'assentiment positif de ceux pour
-lesquels il se compromettait, avait renoncé à l'entreprise[547].
-
-Si le départ était difficile à Paris, il était plus praticable à
-Saint-Cloud, où la famille royale passa l'été de 1790. Le Roi y était
-sans gardes, accompagné d'un seul aide-de-camp de Lafayette; la Reine
-n'avait de même qu'un seul homme de service auprès d'elle. Souvent
-tous deux sortaient de bonne heure et rentraient tard, sans qu'on
-s'en inquiétât. On voyageait encore sans obstacle en France; il était
-facile de quitter Saint-Cloud et de là de gagner une province sûre.
-Mme Campan affirme qu'un plan d'évasion fut alors combiné: le Roi
-se serait rendu seul à un bois distant de quatre lieues du Château,
-où la famille royale l'aurait rejoint[548]. D'autre part, Mme de
-Tourzel raconte—et cela semble bien être le même fait,—que M. de la
-Tour du Pin, ministre de la guerre, avait supplié Louis XVI de profiter
-de son séjour à la campagne pour partir, promettant de disposer des
-régiments fidèles pour protéger la route et assurant—l'avenir ne lui
-donna que trop raison—que cette occasion perdue ne se retrouverait
-plus[549]. Les meilleurs serviteurs du monarque, sa famille elle-même,
-souhaitaient vivement qu'il acceptât cette proposition. Mme
-Elisabeth l'espérait: elle croyait voir à certains symptômes, suivant
-son langage énigmatique, que «la guérison approchait[550]». Un moment
-en effet, après la discussion sur les événements d'octobre, on crut que
-le Roi, indigné des résolutions de l'Assemblée, céderait aux conseils
-de M. de la Tour du Pin.
-
-Un jour, s'il faut en croire le comte Esterhazy, Louis XVI gagna les
-hauteurs de Saint-Cloud et sortit par une porte du parc qui était
-condamnée et qu'il fit enfoncer. Il était accompagné du duc de Brissac,
-de MM. de la Suze, de Tourzel et Esterhazy. On descendit par la plaine
-auprès de Rueil et, après avoir passé le pont de Chatou, on entra
-dans la forêt du Vésinet. Là, le Roi tourna à droite et lança son
-cheval sur la route de Maisons. La Reine, de son côté, était sortie
-en voiture avec Mme Elisabeth et son fils. Tout faisait supposer
-qu'on pousserait plus loin: on eût trouvé un bateau pour traverser la
-Seine et de l'autre côté du fleuve des voitures pour gagner Chantilly
-où les chevaux du prince de Condé, encore dans les écuries, auraient
-servi de relais pour se rendre à l'armée. Tout à coup, le Roi s'arrêta
-et l'on retourna à Saint-Cloud. Les espérances étaient encore une fois
-déçues. A sa rentrée au Château, le comte Esterhazy ne put s'empêcher
-de dire à la Reine son désappointement en insistant sur l'urgence
-de se soustraire à la surveillance des geôliers. La Reine répondit
-qu'elle pensait bien comme lui,—elle l'avait déjà déclaré à Mme
-Campan[551].—Mais elle désespérait d'obtenir le consentement du Roi,
-sinon lorsqu'il ne serait plus temps; quant à elle, elle était résolue
-à ne jamais se séparer de son mari et à suivre le sort que la destinée
-lui préparait[552].
-
-A ce moment, pourtant, les négociations avec Mirabeau étaient en
-plein cours et le plan de Mirabeau reposait avant tout sur la sortie
-de Paris. Seulement,—et c'est là que le puissant orateur différait
-d'avis avec la Tour du Pin et Esterhazy,—Mirabeau n'admettait pas
-une évasion. «Un roi, qui est la seule sauvegarde de son peuple,
-disait-il, ne fuit pas devant son peuple; il ne se met pas dans la
-position de ne pouvoir rentrer au sein de ses États que les armes à
-la main, ou d'être réduit à mendier des secours étrangers[553].» Et
-il écrivait de même à la Marck: «Un roi ne s'en va qu'en plein jour,
-quand c'est pour être roi[554].» C'était sa conviction au lendemain
-même des journées d'octobre. Il voulait qu'on se retirât à Rouen,
-au sein de la Normandie, province fidèle, à proximité de la Bretagne
-et de l'Anjou, qui ne l'étaient pas moins[555], et où il serait
-facile de s'entourer de troupes sûres. L'année suivante, c'était à
-Fontainebleau qu'il demandait qu'on se transportât[556], mais toujours
-en plein jour, après avoir prévenu officiellement l'Assemblée et sous
-la protection de la garde nationale, à laquelle on associerait un
-régiment d'infanterie, le Royal-Comtois, alors en garnison à Orléans
-et animé d'un excellent esprit, et deux cents cavaliers du régiment de
-Lorraine, qu'on ferait venir de Rambouillet[557]. Plus tard, lorsque
-l'esprit révolutionnaire eût fait de nouveaux progrès, ce ne fut plus
-de Fontainebleau, ville ouverte et à la merci d'un coup de main, qu'il
-s'agit, mais d'une ville fortifiée et plus rapprochée de la frontière,
-Compiègne ou Beauvais[558], d'où l'on pouvait aller plus loin, sous la
-protection de l'armée de M. de Bouillé[559]. Mais le grand obstacle
-à l'exécution de ce plan, c'était l'indécision du Roi. Louis XVI
-manifestait pour un départ, sous quelque forme qu'il se présentât,
-la même répugnance qu'il avait déjà si malheureusement montrée lors
-des néfastes journées d'octobre, et sans s'y refuser positivement, il
-opposait la plus fatale des résistances, la force d'inertie. La Reine
-y était plus résolue: «Il faudra pourtant bien s'enfuir,» avait-elle
-dit un jour à Mme Campan[560]. Mme Elisabeth l'était plus encore,
-mais elle n'était guère appelée au conseil et ses lettres à ses amies
-sont pleines de ses doléances sur cette funeste inaction de son frère.
-Après tant d'alternatives d'espoir et de déceptions, le 24 octobre,
-peu après la tentative avortée qu'a racontée le comte Esterhazy, elle
-écrivait à Mme de Raigecourt, dans ce style figuré qui servait à sa
-correspondance:
-
-«J'ai vu l'homme qui est si beau; il est un peu à la désespérade.
-Mon malade a toujours des engourdissements dans les jambes, et il
-craint que cela ne gagne tellement les jointures qu'il n'y ait pas de
-remède[561].»
-
-La Reine négociait de divers côtés, dépêchait courriers sur courriers,
-lettres sur lettres, à son frère et à M. de Mercy, demandait des
-conseils, des secours, de l'argent. Le Roi restait à l'écart, comme
-s'il se désintéressait des projets de sa femme et des espérances de
-sa sœur. A la fin d'octobre 1790, cependant, il se décida à entrer
-en relations avec le général qui commandait à Metz, le marquis de
-Bouillé. Mirabeau lui-même l'avait indiqué; ses services et ses
-talents le recommandaient plus encore. Connu jadis par de brillants
-exploits aux Antilles, pendant la guerre d'Amérique, plus récemment
-par la vigueur avec laquelle il avait réprimé l'insurrection de Nancy,
-très estimé de l'armée, très aimé même des gardes nationales, très
-royaliste et cependant très populaire, très énergique de caractère et
-très modéré d'opinion, inclinant même, dit-on, vers une constitution
-modelée sur celle de l'Angleterre[562], le marquis de Bouillé était
-l'homme désigné pour être le défenseur suprême de la royauté aux
-abois. Il commandait à Metz et cette situation, en plaçant sous ses
-ordres les places fortes de la frontière, lui permettait d'y assurer
-un refuge à la famille royale. Lui-même déjà avait étudié un plan de
-départ du Roi, car c'était là la question capitale qui préoccupait à
-juste titre tous les royalistes, comme la base indispensable de toute
-restauration monarchique. Il ne fut donc nullement surpris lorsque,
-à la fin d'octobre 1790, l'évêque de Pamiers, Mgr d'Agout, vint
-lui exposer le dessein du Roi. Seulement, le dessein du Roi différait
-essentiellement de celui du général.
-
-Comme Mirabeau, M. de Bouillé eût voulu un départ en plein jour, sur
-la demande des départements et des troupes, auxquels il ne pensait
-pas que l'Assemblée pût s'opposer[563]. Louis XVI, entraîné par sa
-faiblesse naturelle, qui avait horreur de toute mesure énergique,
-préférait une évasion. Au reste les détails de ce plan n'étaient point
-encore arrêtés, et l'exécution n'en aurait lieu qu'au printemps[564].
-Le général fit quelques objections; elles tombèrent devant la volonté
-royale, et il n'y eut plus qu'à désigner la ville qui semblerait offrir
-la retraite la plus sûre. Après un long échange de lettres, le Roi se
-décida pour Montmédy; l'époque du départ fut fixée à la fin de mars.
-
-Les choses en étaient là, et M. de Bouillé, tout en regrettant la
-résolution de Louis XVI, en préparait l'exécution, lorsque, au mois de
-février, il reçut la visite du comte de la Marck. Le prince s'était
-enfin décidé à accepter le plan de Mirabeau, et M. de la Marck en
-venait confier les détails au commandant de l'armée de Metz.
-
-Le Roi sortirait de Paris en plein jour et s'en irait à Compiègne,
-où M. de Bouillé le recevrait et l'entourerait de troupes fidèles,
-soit pour rester là, soit pour aller plus loin, si les circonstances
-l'exigeaient. Une fois en liberté, il adresserait une proclamation
-au pays et l'on ne doutait pas que le mécontentement général, venant
-à l'appui de la protestation du souverain, ne forçât l'Assemblée
-à modifier la Constitution ou ne permît au Roi de convoquer hors
-de Paris une nouvelle Législature, qui accomplirait les réformes
-demandées par l'opinion et rendrait à la royauté l'exercice légitime
-de son autorité[565]. Mirabeau croyait pouvoir compter sur trente-six
-départements; M. de Bouillé sur six, et d'ailleurs la plupart des
-administrations départementales étaient royalistes[566]. M. de Bouillé
-approuva ce plan, qu'il préférait beaucoup à la retraite sur Montmédy,
-et supplia Louis XVI d'en poursuivre l'exécution, en continuant à se
-servir de son habile et puissant conseiller[567]. Malheureusement
-Mirabeau mourut et le Roi retomba plus que jamais dans ses indécisions.
-
-La situation d'ailleurs s'aggravait à chaque instant. Si, au début
-de février, on pouvait sortir de Paris en plein jour, le pourrait-on
-deux semaines plus tard, après l'aventure de Mesdames? Si les tantes
-du Roi avaient eu tant de peine à passer, laisserait-on partir le
-Roi lui-même? L'émeute, qui avait forcé Monsieur à venir coucher aux
-Tuileries, n'était-elle pas un signe de ce que pouvait et voulait
-la populace parisienne? Deux mois après, toute illusion à ce sujet,
-s'il y en avait encore, devait cesser: la garde nationale qui,
-malgré Lafayette et Bailly, ne permettait même pas à la famille
-royale d'aller à Saint-Cloud, lui permettrait bien moins encore
-d'aller à Compiègne. L'impossibilité d'un départ public apparaissait
-manifestement, et cette atteinte à sa liberté, qui déterminait enfin
-irrévocablement le Roi à sortir de Paris, ne lui laissait que les
-chances d'une évasion.
-
-On revint au dessein primitif de Louis XVI, la fuite sur Montmédy. Le
-20 avril, la Reine écrivait à Mercy:
-
-«L'événement qui vient de se passer nous confirme plus que jamais dans
-nos projets. La garde qui est alentour de nous est celle qui nous
-menace le plus. Notre vie même n'est pas en sûreté.., Notre position
-est affreuse; il faut absolument en finir dans le mois prochain. Le Roi
-le désire encore plus que moi[568].»
-
-Cette lettre et celles qui suivirent révèlent le plan de la famille
-royale: jusqu'à ce que le départ fût possible, Louis XVI se
-renfermerait dans une inertie absolue, accepterait sans résistance des
-lois que le manque de liberté entacherait plus tard de nullité et, en
-attendant, s'efforcerait de se procurer des ressources et de se ménager
-des appuis.
-
-Il fallait trouver quinze millions[569]; on espérait les avoir en
-Hollande[570]. L'Espagne et la Sardaigne, par des mouvements de troupes
-sur la frontière, pouvaient exercer une pression morale qui aiderait à
-l'explosion du mécontentement des provinces. La Prusse et l'Autriche,
-si elles parvenaient à se mettre d'accord, prendraient en main les
-réclamations des princes possessionnés d'Alsace et protesteraient,
-«non pas, disait la Reine, s'associant à la pensée de Mirabeau, pour
-faire une contre-révolution ou entrer en armes, mais comme garants de
-tous les traités, de l'Alsace et de la Lorraine, et comme trouvant fort
-mauvaise la manière dont on traite un roi[571].» Si la Prusse, dont la
-conduite était suspecte et dont l'agent, le juif Ephraïm, fournissait
-de l'argent aux révolutionnaires, si l'Angleterre, dont on cherchait,
-avec peu de chances de succès, de s'assurer la neutralité[572], si la
-Hollande voulaient s'opposer à la restauration de l'ordre en France,
-les Puissances du Nord, la Russie et la Suède, pourraient faire
-contrepoids et leur en imposer[573]. En attendant, les démonstrations
-que l'Autriche ferait aux Pays-Bas permettraient à M. de Bouillé de
-rassembler des troupes et des munitions à Montmédy[574].
-
-Malheureusement plus on tardait, plus les difficultés augmentaient.
-L'esprit des troupes, encore bon à la fin de 1790, s'était affreusement
-gâté depuis le commencement de 1791, surtout depuis que du Portail,
-créature des Lameth, avait remplacé au ministère de la guerre le loyal
-la Tour du Pin. A sa demande, l'Assemblée avait autorisé les soldats
-à aller dans les clubs, et cette fréquentation déplorable n'avait
-pas tardé à désorganiser la discipline. Au commencement de mai, M.
-de Bouillé ne pouvait plus compter que sur huit ou dix bataillons
-allemands ou suisses et une trentaine d'escadrons de cavalerie;
-l'infanterie presque tout entière, l'artillerie en entier avaient
-passé à la Révolution[575].
-
-L'esprit des populations civiles avait subi les mêmes influences que
-celui de l'armée. Les menaces des émigrés, les bruits de complots
-des aristocrates, de trahison des officiers, habilement répandus
-et perfidement exploités, avaient à la fois effrayé et exaspéré
-les habitants des frontières, et les avaient surexcités contre le
-Roi qu'ils supposaient d'accord avec les Français du dehors[576].
-Une lutte était donc possible, et, dans cette prévision, Louis XVI
-avait réclamé le secours des Cantons suisses[577], dont la cause
-était liée à celle de la France par des Capitulations séculaires,
-et, pour le premier moment, si besoin en était, un corps de huit à
-dix mille Autrichiens[578]. Non pas qu'il voulût une intervention
-directe des Puissances étrangères dans les affaires du pays,—la Reine
-l'avait formellement répudiée dans sa lettre du 12 juin 1790, à M. de
-Mercy[579].—Il ne demandait que leur appui moral, ou, s'il devait faire
-appel aux dix mille hommes de son beau-frère, il ne les acceptait que
-«comme auxiliaires[580]», entendant bien les faire marcher à côté des
-troupes françaises, sous l'étendard royal, comme Henri IV, obligé, lui
-aussi, de reconquérir son royaume, avait eu à ses ordres les soldats
-d'Élisabeth et les reîtres de Schomberg, comme chaque jour encore des
-régiments allemands ou suisses servaient dans l'armée française,
-à côté des milices nationales. Cela même, il ne le ferait qu'à la
-dernière extrémité; il espérait toujours éviter la lutte, quoique
-Mirabeau, avant de mourir, en eût plus que jamais proclamé l'imminence
-et la nécessité[581].
-
-Mais il importait avant tout de calmer l'opinion publique et pour
-cela d'arrêter les entreprises des émigrés. C'était le but auquel
-tendaient les efforts de la Reine. Ses instructions à ses agents,
-sa correspondance avec son frère et Mercy sont remplies des plus
-pressantes instances pour que l'Empereur, par ses conseils et au besoin
-par son autorité, s'oppose aux coups de tête du comte d'Artois: «Notre
-sûreté et notre gloire, écrivait-elle, tiennent à nous tirer d'ici;
-j'espère n'en pas laisser le mérite uniquement à d'autres[582].»
-
-Après la sortie de Paris, que ferait-on? Les lettres de
-Marie-Antoinette, la correspondance du marquis et de la marquise de
-Bombelles, les Mémoires récemment publiés de Mme de Tourzel, les
-déclarations même de Louis XVI permettent de le reconstituer. Une fois
-rendu à Montmédy, dans une place française, au milieu des troupes de
-M. de Bouillé, le Roi appellerait à lui tous les sujets fidèles; il
-donnerait l'ordre aux émigrés de rentrer en France, et, appuyé sur ces
-forces, y joignant, si besoin en était, les dix mille hommes de son
-beau-frère, soutenu plus encore par le mouvement qui ne manquerait
-pas de se produire dans les provinces, lorsqu'elles sauraient le
-souverain en liberté et trouveraient en lui un centre d'action et un
-point d'appui, il adresserait un manifeste au pays. Il protesterait
-hautement contre les agissements de l'Assemblée, qui, sur les points
-les plus essentiels, avait outrepassé les instructions de ses mandants,
-déclarerait nuls, «par défaut absolu de liberté,» les actes qu'on
-lui avait arrachés depuis le 6 octobre 1789, et affirmerait qu'il ne
-rentrerait à Paris que lorsque «une Constitution, qu'il aurait acceptée
-librement, ferait que la religion serait respectée, que le gouvernement
-serait rétabli sur un pied stable, et que, par son action, les biens et
-l'état de chacun ne seraient plus troublés, que les lois ne seraient
-plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté serait posée sur des
-bases fixes et inébranlables[583].»
-
-Cette Constitution aurait-elle été un retour à l'ancien régime?
-Assurément non: le mot même de _constitution_ en excluait la pensée.
-Jamais Louis XVI,—le fait est banal à force d'être évident,—jamais
-Louis XVI n'avait souhaité le pouvoir absolu et, en 1791, il le
-souhaitait moins que jamais. «Le Roi, écrivait, le 13 juillet, la
-marquise de Bombelles, bien au courant des intentions de la famille
-royale, puisque son mari était, avec le baron de Breteuil, l'agent
-accrédité de la Cour à l'étranger, le Roi voulait revenir à la
-déclaration du 23 juin, par laquelle il remplissait le vœu que la
-nation avait témoigné par ses mandats lors des États généraux;
-il restreignait son pouvoir, mais en même temps il l'assurait et
-rassurait les esprits; car jamais le despotisme ne pourra plus avoir
-lieu en France et, il faut être juste, _il n'est pas désirable_.
-Le Roi ne voulait donc pas conquérir son royaume, armé de forces
-étrangères; il voulait en imposer à ses sujets et traiter avec
-eux[584].» Pour satisfaire les intérêts en éloignant l'idée d'une
-banqueroute imminente, il aurait garanti le paiement des rentes
-viagères en entier, réduit l'agiotage et les emprunts onéreux à un
-taux raisonnable, et, en rendant au clergé ses biens, l'aurait chargé
-de rembourser les assignats. Cela était possible, disait Fersen,
-et les biens du clergé réalisés par lui, comme il l'avait proposé,
-auraient produit des résultats qu'on ne pouvait attendre avec la
-confiscation par l'Assemblée. Ainsi, les capitalistes, qui avaient
-tout fait pour la Révolution et que la Révolution menaçait maintenant
-dans leurs intérêts, seraient rassurés et se seraient prononcés pour
-un retour de l'autorité royale, qu'ils redoutaient moins encore que la
-banqueroute[585].
-
-Etait-ce suffisant? Il est permis d'en douter.
-
-Mais il importe de remarquer pourtant qu'après l'échec de Varennes, et
-lorsqu'on se trouva en présence de la Constitution si défectueuse que
-l'Assemblée avait substituée aux propositions du Roi, bien des gens de
-ceux-là même qui avaient applaudi à l'arrestation de Louis XVI, qui y
-avaient peut-être contribué, en vinrent,—c'est un témoin non suspect
-qui l'affirme,—à regretter ce qu'on appelait _le plan de Montmédy_;
-car, disait-on, il promettait à la France une constitution également
-éloignée des deux extrêmes[586].
-
-La Reine partageait la pensée de son mari. Elle avait déclaré,
-dès le commencement de 1790, qu'elle ne voulait pas de
-«contre-révolution[587];» elle l'avait redit le 12 juin[588] et, le
-3 février 1791, elle écrivait encore à Mercy: «Nous sommes décidés à
-prendre pour base de la Constitution la déclaration du 23 juin, avec
-les modifications que les circonstances et les événements ont dû y
-apporter[589].»
-
-Quelles eussent été ces modifications? Nous ne saurions le dire; mais
-il est certain que Marie-Antoinette, comme Louis XVI, était décidée
-à donner satisfaction aux vœux des cahiers de 1789, et à faire jouir
-enfin la France d'une juste et bonne liberté, «telle, disait-elle, que
-le Roi l'a toujours désirée lui-même pour le bonheur de son peuple,
-loin de la licence et de l'anarchie qui précipitaient le plus beau
-royaume dans tous les maux possibles[590].»
-
-En attendant la réalisation de ce plan, la Reine était plus surveillée
-que jamais. Si quelque compatriote, un ami d'enfance, ou un envoyé de
-son frère, comme le prince de Lichtenstein, venait la visiter dans sa
-prison des Tuileries, elle était obligée de le congédier au plus vite
-et de lui bien recommander de ne dire à personne qu'il l'avait vue en
-particulier: «Quoique je ne l'aie vu,—le prince de Lichtenstein,—qu'une
-fois chez moi pendant dix minutes, écrivait-elle à Léopold, je crois
-que tout Autrichien un peu de marque me doit dans ce moment de n'être
-point ici.» Et elle ajoutait tristement: «Notre santé continue à être
-bonne, et elle le serait bien davantage, si nous pouvions seulement
-apercevoir une idée de bonheur alentour de nous; car, pour nos
-personnes, il est fini pour jamais, quelque chose qui arrive. _Je sais
-que c'est le devoir d'un roi de souffrir pour les autres; mais aussi le
-remplissons-nous bien[591]._»
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille royale et retour à
- Paris.
-
-
-Au commencement de juin 1791, tout était préparé pour le départ. Des
-deux routes qui conduisaient de Paris à Montmédy, Louis XVI avait
-préféré celle qui passait par Varennes, malgré les inconvénients
-signalés par M. de Bouillé[592]; mais l'autre traversait Reims, la
-ville du sacre, et le Roi craignait d'y être reconnu. Un corps de
-troupes devait être réuni à Montmédy et des détachements disposés
-le long de la route, à partir de Châlons, pour en assurer le libre
-passage[593]; quant aux bataillons autrichiens, ils devaient être
-rendus à Arlon le 12 juin. Un million en assignats avait été expédié
-par Fersen sous le couvert du comte de Contades[594]. La Reine avait
-fait envoyer à Arras un trousseau de linge pour elle et ses enfants,
-à Bruxelles son nécessaire de voyage[595]; le coiffeur Léonard
-devait emporter ses diamants[596]. Le départ, fixé d'abord à la
-fin de mai[597], avait été, malgré les instances de M. de Bouillé,
-qui suppliait de ne pas dépasser le 1er juin[598], reculé au 12
-juin[599], puis au 15[600], puis au 19[601], puis au 20, à cause d'une
-femme de chambre du Dauphin, justement suspecte, qui ne devait quitter
-son service que le 19 au matin[602]. Et ce dernier retard, décidé le 13
-seulement, fut fatal; car il fut en grande partie cause de l'échec du
-plan.
-
-«Il n'y a que deux personnes dans la confidence: M. de Bouillé et M.
-de Breteuil, écrivait la Reine à son frère, le 22 mai 1791, et une
-troisième personne qui est chargée des préparatifs du départ[603].»
-
-Cette troisième personne était un Suédois, que nous avons déjà
-rencontré dans cette histoire, le comte Axel de Fersen. Cœur plein de
-chaleur, caractère plein de noblesse, le comte de Fersen, à l'heure de
-l'adversité, avait senti redoubler son dévouement à l'auguste famille
-qui l'avait accueilli aux jours de sa splendeur. «Je suis attaché au
-Roi et à la Reine, écrivait-il lui-même à son père en février 1791,
-et je le dois par la manière pleine de bonté dont ils m'ont toujours
-traité lorsqu'ils le pouvaient; et je serais vil et ingrat, si je les
-abandonnais, quand ils ne peuvent plus rien faire pour moi et que j'ai
-l'espoir de pouvoir leur être utile. A toutes les bontés dont ils
-m'ont toujours comblé, ils viennent d'ajouter encore une distinction
-flatteuse, celle de la confiance: elle l'est d'autant plus qu'elle est
-extrêmement bornée et concentrée entre trois ou quatre personnes, dont
-je suis le plus jeune[604].»
-
-Louis XVI et Marie-Antoinette avaient compris qu'il y avait là, dans
-ce jeune homme, un dévouement à toute épreuve sur lequel ils pouvaient
-compter, un dévouement désintéressé et pur, qui ne leur demanderait
-rien. Dégoûtés des services payés, des conseils ambitieux, des exaltés
-et des incapables, ils s'ouvraient à Fersen en toute confiance, et
-s'ils pouvaient souhaiter un conseiller plus habile politique et plus
-rusé diplomate, plus ouvert aux idées modernes, ils ne pouvaient
-pas rencontrer un serviteur plus chevaleresque et plus sûr. Dès le
-commencement de 1791, Fersen était devenu leur confident attitré,
-le dépositaire de leurs pensées et l'agent de leur correspondance.
-Il chiffrait et expédiait leurs lettres; il recevait et déchiffrait
-les dépêches adressées à la famille royale; il transmettait leurs
-instructions au baron de Breteuil et au marquis de Bouillé; le premier,
-l'agent diplomatique; le second, l'agent militaire du projet d'évasion.
-
-C'était M. de Fersen qui s'occupait des préparatifs de départ à Paris;
-il demandait et obtenait, par l'intermédiaire du ministre de Russie,
-M. de Simolin, un passeport au nom d'une grande dame russe, la baronne
-de Korff; il surveillait, chez le carrossier Louis, la confection
-de la spacieuse berline, destinée à abriter la famille royale tout
-entière[605]. Cette berline, qui, par ses dimensions, devait exciter
-les soupçons, avait alarmé la prudence de M. de Bouillé; il avait fait
-faire des représentations par son fils Louis et proposé de substituer
-à une voiture unique deux voitures plus légères: l'une eût renfermé
-le Roi, Mme Elisabeth et Madame Royale; l'autre la Reine et le
-Dauphin; mais la Reine refusa de se séparer de son mari et répondit
-que si l'on voulait les sauver, il fallait que ce fût tous ensemble ou
-point[606]. M. de Bouillé avait demandé aussi qu'on se fît accompagner
-par le marquis d'Agout, ancien major des gardes du corps, homme de
-tête et de cœur, dont le concours eût été précieux en cas d'accident
-ou d'obstacle[607]. Le Roi avait songé à M. de Saint-Priest[608]; le
-chevalier de Coigny avait proposé un commandant de gendarmerie, ancien
-maître de postes retiré, M. Priol, très dévoué et qui connaissait
-parfaitement toutes les routes du royaume[609]. Au dernier moment, on
-ne prit personne, soit scrupule d'étiquette, soit pour ne pas mettre
-de nouveaux confidents dans le secret; le Roi ne voulut même pas,—et
-ce fut profondément regrettable,—être escorté par Fersen, qui était au
-courant de tout[610].
-
-Quoi qu'il en soit, après tous ces pourparlers et toutes ces
-tergiversations, le 13 juin, le plan était définitivement arrêté. Le
-Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Elisabeth, Mme de Tourzel et
-deux femmes de chambre, Mmes de Neuville et Brunier, devaient
-partir dans la nuit du 20 au 21, les six premiers dans la fameuse
-berline, les deux autres dans un cabriolet qui précéderait la berline.
-A défaut de M. d'Agout, trois gardes du corps, MM. de Valori, de
-Moustiers et de Maldent devaient accompagner la voiture, en qualité et
-sous le costume de courriers, deux sur le siège, le troisième galopant
-en avant. A partir de Pont-Sommevesle jusqu'à Montmédy, des postes
-devaient être échelonnés à tous les relais pour escorter les voyageurs
-et les protéger au besoin. Fersen aurait préféré qu'on supprimât ces
-détachements ou du moins qu'on ne les disposât qu'à partir de Varennes:
-«Il n'y a pas de précautions à prendre d'ici Châlons, écrivait-il à
-M. de Bouillé; la meilleure de toutes serait de n'en pas prendre.
-Tout doit dépendre de la célérité et du secret, et si vous n'êtes pas
-bien sûr de vos détachements, il vaudrait mieux n'en pas placer ou du
-moins n'en placer que depuis Varennes, pour ne pas exciter quelque
-attention dans le pays. Le Roi passerait tout simplement[611].»
-L'événement a prouvé que Fersen avait vu juste. M. de Bouillé lui-même
-avait objecté, dit-il, «le grand inconvénient qui résulterait de
-placer une chaîne de postes sur la route[612].» Mais le Roi y tint
-malheureusement, et il est bien certain que ce luxe de précautions, ces
-apparences d'étiquette, ce souci de conserver, au milieu d'une fuite,
-comme un reste de grandeur royale et de confortable princier, nuisirent
-singulièrement au succès de l'entreprise. Tant de préparatifs ne
-pouvaient se faire sans exciter les méfiances, toujours en éveil depuis
-le départ de Mesdames.
-
-«Tout serait perdu, si l'on pouvait soupçonner le moindre projet,»
-écrivait le clairvoyant Fersen au baron de Breteuil[613]. Malgré
-cela, des indiscrétions, des imprudences, des dénonciations tenaient
-l'opinion publique en suspens. Des bruits de tentative d'évasion du Roi
-étaient dans l'air. On en dissertait dans les journaux, on en parlait
-dans le peuple, on s'en entretenait dans les Comités. Les préparatifs
-avaient été trop longs et trop importants pour être dissimulés
-entièrement; les personnes qui y avaient été employées n'avaient pas
-toujours été discrètes; dès le 21 mai, la femme de garde-robe, qu'on
-soupçonnait justement et dont on avait eu le tort de continuer à
-accepter les services, avait dénoncé un projet de départ. S'il faut en
-croire le marquis de Raigecourt, l'entourage de M. de Bouillé manquait
-de réserve, et le général, tout «prudent et boutonné qu'il était,»
-s'oubliait lui-même quelquefois[614]. L'émigration, que la Reine avait
-tant et si justement recommandé de tenir à l'écart, était instruite,
-sinon de tout le plan, au moins de la pensée d'un départ prochain. A
-Londres, devant le prince de Galles, l'ami intime du duc d'Orléans, on
-en parlait tout haut chez lord Randon[615]. A Bruxelles, on en jasait
-chez M. de la Queuille, sur un mot de Monsieur, qui avait engagé Mme
-de Balbi à rester en Belgique, au lieu de rentrer en France[616]. A
-Paris, l'un des gardes du corps, M. de Maldent, avait l'imprudence d'en
-faire l'aveu à sa maîtresse, et celle-ci n'avait rien de plus pressé
-que de le raconter à sa sœur et à sa domestique[617]. L'attention était
-tellement éveillée que, dès le 11 juin, Lafayette voulait doubler les
-sentinelles et faire visiter toutes les voitures au Château[618].
-
-Tout cela cependant, il faut bien le dire, se bornait à des inquiétudes
-vagues. On avait des soupçons, parce que le désir du Roi était trop
-naturel, pour qu'un projet de départ ne fût pas dans l'ordre même des
-choses; mais on ne savait rien de positif.
-
-Le jour désigné se leva enfin. Tout se passa au Château, comme à
-l'ordinaire. Le Dauphin sortit à dix heures et demie pour aller à
-son jardin; à onze heures, la Reine se rendit à la chapelle avec
-sa suite; au sortir de la messe, elle commanda sa voiture pour cinq
-heures du soir, afin de conduire ses enfants à la promenade. Pendant
-ce temps, Mme Elisabeth avait été à Bellevue; elle en revint à une
-heure; à une heure et demie, le dîner de famille eut lieu[619]. Dans la
-journée, Fersen vint, s'entretint avec le Roi et la Reine des derniers
-préparatifs et arrêta la conduite à tenir en cas d'arrestation:
-«Monsieur de Fersen, lui dit le Roi, quoi qu'il puisse m'arriver, je
-n'oublierai pas ce que vous faites pour moi.» La Reine pleura beaucoup;
-à l'approche du danger, son cœur, sans faiblir, s'attendrissait[620]. A
-six heures, Fersen partit, et Marie-Antoinette, suivant l'ordre donné
-le matin, monta en voiture avec ses enfants pour aller au jardin de M.
-Boutin, à Tivoli, où les enfants goûtèrent[621]. Pendant ce temps, elle
-chercha à préparer l'esprit de sa fille aux événements qui allaient se
-passer[622]. Au retour de la promenade, vers sept ou huit heures[623],
-le Dauphin fut conduit chez sa gouvernante, puis à son appartement et
-prit son repas du soir, servi par son valet de chambre, Cléry, qui ne
-le quitta qu'à neuf heures, lorsqu'il fut au lit[624]. Madame Royale
-se coucha à dix heures, comme d'habitude.
-
-La Reine se fit coiffer; elle entra ensuite dans le salon et y trouva
-Monsieur, qui demeura avec elle jusqu'à neuf heures. A ce moment, le
-Roi, la Reine et Mme Elisabeth passèrent dans la salle à manger.
-Tout se fit avec le cérémonial accoutumé et, vers dix heures, la
-famille royale se retira dans ses appartements. Le coucher de la
-Reine dura peu; lorsqu'elle fut au lit, les portes du corridor furent
-fermées et les ordres donnés, suivant l'usage, au valet de chambre et
-au commandant de service pour le lendemain matin. Le coucher du Roi se
-fit avec le cérémonial ordinaire; Lafayette et Bailly y assistèrent
-et y causèrent quelque temps[625]. Malgré le secret gardé par les
-augustes voyageurs vis-à-vis de leurs plus fidèles serviteurs et des
-membres même de leur famille,—ce fut le jour même, à midi, que Mme
-Elisabeth fut avertie; Mmes Brunier et de Neuville le furent avant
-le coucher seulement,—des rumeurs vagues, nous l'avons dit, avaient
-transpiré; depuis quelques jours, la surveillance était plus active;
-la garde avait été augmentée; dans l'après-dîner du 20, elle avait
-même été triplée[626] et le soir un grenadier couchait en travers de
-la porte de Mme Elisabeth[627]. Mais, depuis longtemps aussi, le
-Roi avait adopté des mesures pour s'assurer des facilités de sortir
-du Château. Dès le mois de janvier, des communications secrètes entre
-les divers appartements de la famille royale avaient été ménagées, et
-des portes pratiquées dans la boiserie avec un art si subtil qu'il
-était impossible de les découvrir[628]. En outre, le Roi avait pris
-la précaution, depuis une quinzaine de jours, de faire sortir, par
-la grande porte du Château, le chevalier de Coigny, dont la tournure
-ressemblait à la sienne[629]. Vers dix heures et quart ou dix heures
-et demie[630], la Reine se leva, alla chez le Dauphin, l'éveilla et le
-fit descendre à l'entresol avec sa sœur[631]. Mmes Brunier et de
-Neuville habillèrent les enfants. Madame Royale fut vêtue d'une robe
-d'indienne mordorée à fleurs bleues et blanches; le Dauphin costumé
-en petite fille. «Il était charmant, raconte Madame Royale; comme il
-tombait de sommeil, il ne savait pas ce qu'il faisait. Je lui demandai
-ce qu'il croyait qu'on allait faire; il me dit qu'il croyait que
-nous allions jouer la comédie, puisque nous étions déguisés[632].»
-On passa dans le cabinet de la Reine, puis de là, par les issues
-secrètes dont nous avons parlé, dans l'appartement inoccupé du duc de
-Villequier[633], d'où l'on gagna une porte non gardée de la cour des
-Princes. Il était onze heures et quart[634].
-
-Dans la cour, une voiture attendait depuis une heure; c'était M. de
-Fersen qui, après avoir réglé dans la soirée les derniers détails du
-départ[635], s'était déguisé en cocher pour conduire en personne les
-augustes fugitifs au début de leur voyage. La Reine amena elle-même
-les enfants et Mme de Tourzel[636], et les installa dans la
-voiture; puis M. de Fersen partit, fit plusieurs tours sur les quais
-pour dérouter la surveillance, et revint se ranger près du petit
-Carrousel[637]. Lafayette passa deux fois[638], mais ne remarqua rien.
-Au bout d'une demi-heure, dit M. de Fersen[639], de trois quarts
-d'heure, dit Mme de Tourzel[640], d'une grande heure, dit Madame
-Royale, dont l'attente anxieuse trouvait le temps long[641], Mme
-Elisabeth arriva, conduite par un garçon de sa chambre, puis le Roi
-vers minuit, et enfin la Reine. Elle avait voulu sortir la dernière,
-et ayant aperçu la voiture de Lafayette, craignant d'être reconnue,
-elle s'était jetée dans le labyrinthe des ruelles qui environnaient les
-Tuileries, et s'y était perdue quelque temps avec le garde du corps qui
-l'accompagnait. Dès qu'elle fut montée dans la voiture, le Roi, que ce
-retard avait inquiété, la serra tendrement dans ses bras, en répétant:
-«Que je suis content de vous voir arrivée[642]!» La Reine était en
-robe du matin, avec un chapeau et un mantelet noir; le Roi portait
-un chapeau rond, une perruque, une redingote brune et une canne à la
-main. C'était Mme de Tourzel qui devait jouer le rôle de la baronne
-de Korff; la Reine était la gouvernante des enfants et s'appelait
-Mme Rochet; le Roi, le valet de chambre Durand; Mme Elisabeth,
-la demoiselle de compagnie, Rosalie; le Dauphin et Madame Royale, les
-deux enfants de Mme de Korff, sous le nom d'Amélie et d'Aglaé[643].
-
-A la barrière Saint-Martin, on rejoignit la berline qu'y avaient amenée
-M. de Moustier et le cocher de M. de Fersen, Balthazar Sapel. Les deux
-voitures furent approchées côte à côte, afin que la famille royale pût
-passer de l'une dans l'autre sans mettre pied à terre. Fersen monta sur
-le siège, à côté de M. de Moustier. «Allons, hardi; menez vite,» dit-il
-à son cocher qui conduisait en postillon. On partit, et les quatre
-chevaux, vivement enlevés, arrivèrent en une demi-heure à Bondy[644].
-M. de Valori y avait fait préparer à l'avance un relais de six chevaux;
-on attela à la hâte; Fersen prit congé des voyageurs en leur jetant ces
-mots, destinés à tromper les postillons: «Adieu, Madame de Korff[645],»
-et la voiture, précédée des gardes du corps en courriers, s'élança sur
-la route de Claye, où elle retrouva Mmes de Neuville et Brunier.
-Pendant ce temps-là, Fersen, à cheval, retournait à Paris par des
-chemins de traverse[646] et, le jour même, partait pour la Belgique.
-Le 22, à six heures du matin, il arrivait à Mons, et le lendemain, à
-Arlon, il apprenait de la bouche de M. de Bouillé le triste résultat de
-l'évasion.
-
-La famille royale restait seule, livrée à ses propres inspirations
-et n'ayant d'autres guides que trois jeunes gens assurément très
-dévoués, mais sans autorité et sans expérience. On avait perdu un
-temps précieux à la sortie de Paris; on en perdit encore à diverses
-reprises, et malheureusement on ne songeait pas à la nécessité de le
-regagner. «Quand on eût passé la barrière, le Roi, raconte Mme de
-Tourzel, commençant à bien augurer de son voyage, se mit à causer sur
-ses projets. Il commençait par aller à Montmédy, pour aviser au parti
-qu'il croirait convenable, bien résolu de ne sortir du royaume que
-dans le cas où les circonstances exigeraient qu'il traversât quelque
-ville frontière pour arriver plus promptement à celle de France, où il
-voudrait fixer son séjour, ne voulant pas même s'arrêter un instant en
-pays étranger.»
-
-«Me voilà donc, disait ce bon prince, hors de cette ville de Paris, où
-j'ai été abreuvé de tant d'amertumes. Soyez bien persuadés qu'une fois
-le cul sur la selle, je serai bien différent de ce que vous m'avez vu
-jusqu'à présent.»—«Lafayette, ajouta-t-il en regardant sa montre, est
-présentement bien embarrassé de sa personne[647].»
-
-Tout à la joie de se sentir libres, les augustes fugitifs se
-relâchèrent des précautions minutieuses dont la stricte observation
-était indispensable et que Fersen ou M. d'Agout n'eussent pas manqué
-de leur rappeler. Les nuits sont courtes à cette époque de l'année et,
-grâce aux retards du début, le trajet de Paris à Châlons, qui eût dû
-se faire dans l'obscurité ou au moins au commencement de la journée,
-se faisait au grand jour[648]. Sans s'en inquiéter, le Roi descendait
-aux relais et parlait aux gens qui entouraient la voiture, paysans
-ou employés de la poste[649], au risque de se faire reconnaître. Il
-faillit l'être à Etoges[650]. A Châlons, il le fut. Un homme en avertit
-le maire qui, fort peu révolutionnaire, prit le parti de répondre au
-dénonciateur que, s'il était bien sûr de sa découverte, il n'avait
-qu'à la publier, mais qu'il serait responsable des suites. L'homme,
-effrayé, ne dit rien[651] et, s'il faut en croire Madame Royale et M.
-de Bouillé, «beaucoup de monde louait Dieu de voir le Roi et faisait
-des vœux pour sa fuite[652].»
-
-A partir de Châlons, on entrait dans le commandement militaire
-de M. de Bouillé et l'on devait rencontrer, à chaque relais, les
-escortes échelonnées par le général, sous le prétexte de protéger
-un convoi d'argent adressé à ses troupes. Le premier détachement
-était à Pont-Sommevesle, sous le commandement du duc de Choiseul,
-qu'accompagnait M. de Goguelat. Mais les retards apportés au départ,
-aggravés encore par la lenteur de la marche, déroutaient le plan
-arrêté: on attendait la voiture royale à trois heures; à cinq heures
-et demie, elle n'était point arrivée, non plus que le courrier qui
-la précédait. Le stationnement prolongé des troupes en ce lieu, où
-rien ne semblait motiver leur présence, jetait l'alarme parmi les
-habitants. Effrayé des dispositions hostiles de la foule, M. de
-Choiseul donna l'ordre de la retraite: quand les augustes voyageurs
-arrivèrent enfin à Pont Sommevesle, il y avait une heure que les
-troupes en étaient parties. Le Roi fut surpris, mais continua néanmoins
-sa route; il espérait rencontrer l'escorte promise à l'étape suivante.
-A Orbeval, il n'y avait rien. «Même silence, dit Mme de Tourzel,
-même inquiétude[653].» A Sainte-Menehould, on trouva trente dragons
-sous les ordres de M. d'Andoins, mais aussi une population nerveuse,
-surexcitée par la présence des soldats. M. d'Andoins, s'approchant de
-la berline, dit tout bas à la fausse baronne de Korff: «Les mesures
-sont mal prises; je m'éloigne pour ne donner aucun soupçon[654].»—«Ce
-peu de paroles, ajoute Mme de Tourzel, nous perça le cœur; mais il
-n'y avait pas autre chose à faire que de continuer notre route, et l'on
-ne se permit pas même la plus légère incertitude[655].» La méfiance
-était éveillée; le maître de poste, Drouet, avait cru reconnaître la
-Reine, qu'il avait vue quand il servait dans les dragons de Condé. Ses
-soupçons furent confirmés lorsqu'il compara, avec le portrait du Roi
-gravé sur un assignat, la figure du prétendu valet de chambre. Fier de
-cette découverte, et de l'importance qu'elle lui donnait, il se hâta de
-prévenir la municipalité qui le chargea, avec un ancien dragon de la
-Reine, nommé Guillaume, de «courir après les voitures et de les faire
-arrêter, s'il pouvait les joindre.» En attendant, et pour faciliter son
-entreprise, il avait recommandé à ses postillons qui partaient de ne
-point trop se presser[656].
-
-Cependant, la famille royale, qui ne s'était point aperçue de ce
-mouvement, poursuivait son voyage avec la même sécurité et, hélas! la
-même lenteur. Le retard du début se maintenait et s'aggravait à chaque
-étape. A Clermont, comme à Sainte-Menehould, on arrivait quatre ou cinq
-heures après l'heure fixée. M. de Damas, chef du détachement, était
-inquiet, la population émue, et la fidélité des dragons singulièrement
-ébranlée par le contact avec les habitants. Le relais cependant se fit
-sans obstacle. Mais quand M. de Damas voulut commander aux troupes
-de se mettre en marche, la garde nationale s'y opposa et les dragons
-refusèrent de monter à cheval[657].
-
-Drouet et Guillaume étaient partis à bride abattue. Ayant appris par
-le postillon de Sainte-Menehould que la famille royale avait pris la
-direction de Varennes, ils s'étaient jetés dans des chemins de traverse
-pour y arriver avant elle. Ils y arrivèrent en effet les premiers,
-trouvèrent, malgré l'heure avancée, quelques jeunes gens réunis dans
-une auberge, donnèrent l'alarme et coururent avertir les autorités.
-En l'absence du maire, retenu à Paris par sa charge de député, le
-procureur de la commune, Sauce, prit la direction du mouvement. On
-sonna le tocsin, on réveilla les habitants en faisant parcourir les
-rues par des enfants qui criaient au feu; on barricada le pont qui
-réunissait les deux parties de la ville de Varennes et que les voitures
-devaient forcément traverser, et un poste d'hommes déterminés, armés
-de fusils, s'y installa, prêt à en disputer le passage par la force.
-
-Tout était prêt de la part des ennemis du Roi; de la part de ses
-amis, rien ne l'était; les malheureux retards apportés au voyage, les
-malentendus qui en avaient été la suite avaient troublé les esprits
-et dérangé les mesures prises. A l'entrée de Varennes, on ne trouva
-pas de relais; les postillons, les gardes du corps, le Roi et la Reine
-elle-même perdirent un temps précieux à le chercher; les conducteurs
-refusaient d'aller plus loin avec les mêmes chevaux; on discuta; on
-parlementa; quand on les détermina à passer au moins la ville, il était
-trop tard. Sous la petite voûte qui joignait la ville haute à la ville
-basse[658], Sauce, Drouet et leurs amis attendaient. Le cabriolet où
-étaient les femmes de chambre se présenta le premier, on l'arrêta; on
-demanda les passeports; une des voyageuses répondit qu'ils étaient
-dans la seconde voiture. Sauce se porta à la berline et renouvela sa
-réquisition. Le Roi tendit le passeport; le procureur fit observer
-qu'il était bien tard pour le viser,—il était onze heures et demie du
-soir[659]—«qu'il fallait descendre et qu'au jour on verrait[660]». La
-baronne de Korff se récria, tenta de forcer le passage; mais les gardes
-nationaux menacèrent de faire usage de leurs armes[661]; il fallut se
-résigner à descendre.
-
-On gagna la maison de Sauce, située à vingt pas de là, et pendant qu'on
-préparait au premier étage deux chambres plus convenables pour recevoir
-ces hôtes improvisés dont on soupçonnait la grandeur, on introduisit
-les voyageurs dans une salle basse où Sauce leur fit servir un frugal
-repas. Les enfants, le Dauphin surtout, mouraient de sommeil; on les
-coucha sur un lit; la Reine s'était retirée dans un coin obscur de la
-pièce, son voile abaissé sur ses yeux[662]. Malgré les objurgations des
-municipaux, malgré les affirmations de Drouet, et d'un médecin du pays
-nommé Mangin, qui prétendait connaître la famille royale, Louis XVI
-continuait à nier obstinément. Un moment la Reine faillit se trahir:
-choquée du ton blessant de Drouet dans sa discussion avec le Roi, elle
-releva son voile: «Si vous le reconnaissez pour votre Roi, dit-elle
-vivement, respectez-le[663].» Mais les preuves décisives manquaient
-encore. Incertain, indécis, redoutant à la fois de laisser échapper ses
-prisonniers, si c'étaient bien ceux qu'il supposait, et de se rendre
-ridicule par une arrestation arbitraire et vexatoire, si ses soupçons
-n'étaient pas fondés, le procureur, après avoir «déposé,»—c'est son
-mot,—ces étrangers dans une chambre de derrière, courut chez un juge
-du tribunal, M. Detez, qui avait vu plusieurs fois le Roi et la Reine
-pendant un séjour qu'il avait fait à Paris. M. Detez revint avec Sauce
-et reconnut la famille royale. Devant cette déclaration formelle, toute
-dénégation devenait inutile. «Oui,» dit Louis XVI, d'une voix forte,
-«je suis votre Roi; voici la Reine et la famille royale. Placé dans la
-capitale au milieu des poignards et des baïonnettes, je viens chercher
-en province, au milieu de mes fidèles sujets, la liberté et la paix,
-dont vous jouissez tous: je ne puis vivre à Paris sans y mourir, ma
-famille et moi. Je viens vivre parmi vous, dans le sein de mes enfants,
-que je n'abandonne pas[664].» Le prince était ému; ses auditeurs ne
-l'étaient pas moins. «L'attendrissement, l'émotion de toutes les
-personnes présentes, raconte le premier procès-verbal dressé par la
-municipalité, se joignant à celui du Roi, le monarque et son auguste
-famille daignèrent presser dans leurs bras tous les citoyens qui se
-trouvaient dans l'appartement et recevoir d'eux la même marque de leur
-sensibilité vive et familière[665].»
-
-Cet attendrissement dura peu; la municipalité renouvela ses instances
-pour que les voyageurs retournassent à Paris; le Roi s'y refusa;
-il opposa le tableau des humiliations auxquelles il avait été en
-butte dans la capitale, des périls auxquels son retour exposerait sa
-famille. «La Reine, qui partageait ses inquiétudes, les exprimait par
-une extrême agitation[666].» Le prince, avec sa bonhomie habituelle,
-exposait ses plans, jurant qu'il ne passerait pas la frontière et se
-rendrait à Montmédy, offrant même de se confier à la garde nationale
-pour l'y conduire. «Le spectacle était touchant, mais il n'ébranlait
-point la commune dans sa résolution et son courage pour conserver son
-Roi.» Brave homme, au fond, mais grisé par le rôle inattendu que les
-événements lui donnaient; impressionné par le touchant tableau qu'il
-avait sous les yeux, mais effrayé par les grands mots et les grands
-cris des patriotes; désireux de satisfaire le Roi, mais ne voulant pas
-déplaire au peuple, Sauce était tiraillé entre son vieux respect pour
-la monarchie et sa vanité doublée de sa peur. La peur devait l'emporter
-chez lui, comme chez sa femme, dont la Reine avait bien pu faire
-couler les larmes, sans réussir à vaincre son naïf égoïsme: «Bon Dieu,
-Madame,» avait-elle répondu, «ils feraient périr M. Sauce; j'aime bien
-mon Roi; mais, dame, écoutez, j'aime bien mon mari. Il est responsable,
-voyez-vous[667].» La grand'mère du procureur, vénérable octogénaire,
-demanda à voir les hôtes inattendus que le hasard des révolutions
-amenait dans sa famille. Toute pleine encore du respect et de l'amour
-traditionnel des Français pour la dynastie, elle s'approcha du lit où
-dormaient les enfants et, se jetant à genoux, elle sollicita la faveur
-de leur baiser la main. Puis elle bénit ces infortunés que la faiblesse
-de son petit-fils allait livrer à la captivité et à la mort et se
-retira, profondément émue.
-
-Cependant, MM. de Choiseul et de Goguelat étaient arrivés, avec les
-hussards de Pont-Sommevesle. Peut-être, à ce moment, où la foule
-n'était pas encore très considérable, où les gardes nationales des
-communes voisines n'étaient point rassemblées, eût-il été possible,
-avec un peu d'énergie, de forcer le passage. «Eh bien! quand
-partons-nous?» demanda le Roi à Goguelat, quand il le vit entrer dans
-la chambre.—«Sire, nous attendons vos ordres,» répondit l'aide-de-camp.
-Mais demander des ordres à un prince d'un caractère aussi indécis que
-Louis XVI, c'était le replonger dans ses hésitations habituelles. M.
-de Damas, qui venait d'arriver à son tour, ouvrit un avis énergique:
-c'était de démonter sept hussards, de faire monter sur les chevaux le
-Roi, la Reine et leurs compagnons, et, avec les soldats restants, de se
-faire jour à travers la foule. Marie-Antoinette n'eût pas reculé devant
-cette résolution aventureuse. «Mais, dit le Roi, répondez-vous que,
-dans cette lutte inégale, une balle ne viendra pas frapper la Reine, ou
-ma sœur, ou mes enfants?» Comme à l'appui de cette crainte, sous les
-fenêtres de la petite maison, la populace grondait; on renonça à ce
-parti trop périlleux. Lorsque, plus tard, vers deux heures du matin,
-Goguelat essaya de pousser une reconnaissance dans la direction de
-Dun, les gardes nationales des environs étaient réunies: la résistance
-était organisée par les soins de M. de Signémont, commandant de la
-milice de Neuvilly; des barricades étaient dressées; des canons rangés;
-l'aide-de-camp, ayant voulu dégager la voiture royale pour la tenir
-prête à toute occasion, fut jeté bas d'un coup de pistolet par le major
-de la garde nationale de Varennes, et les hussards, déjà hésitants,
-ébranlés par les caresses des patriotes, effrayés par la chute de leur
-chef, se mirent à fraterniser et à boire avec les gardes nationaux.
-
-A cinq heures du matin, lorsque le commandant du détachement de Dun,
-M. Deslon, accouru à bride abattue avec soixante cavaliers, pénétra
-dans la maison de Sauce, et demanda les ordres du Roi: «Mes ordres!»
-répondit avec amertume le malheureux monarque, «je suis prisonnier et
-n'en ai point à donner.»
-
-Une seule chose restait à faire: gagner du temps et attendre que M. de
-Bouillé, prévenu par son fils, se portât sur Varennes avec ses troupes.
-
-Mais, avant M. de Bouillé, deux nouveaux acteurs entraient en scène,
-qui allaient aggraver l'état des choses, et détruire les dernières
-espérances de la famille royale: c'étaient les émissaires de
-l'Assemblée.
-
-Lorsque, le 21 au matin, on s'était aperçu, à Paris, de la disparition
-du Roi et de sa famille, le premier mouvement avait été de la
-stupeur; puis, à la stupeur succéda rapidement une vive irritation,
-et l'Assemblée, partageant la colère populaire, rendit un décret pour
-ordonner l'arrestation du Roi. Un aide-de-camp de Lafayette, M. de
-Romeuf, spécialement attaché au service de la Reine, qui, en maintes
-circonstances, l'avait comblé de bontés, partit pour signifier le
-décret de l'Assemblée. A Châlons, il rencontra un chef de bataillon
-de la garde nationale, nommé Bayon, qui, avec Palloy, avait pris
-les devants, porteur d'ordres analogues du maire de Paris. Tous
-deux continuèrent leur route, Bayon réveillant le zèle de Romeuf
-à qui ses relations personnelles avec la famille royale rendaient
-particulièrement pénible l'accomplissement de sa mission. A six heures
-du matin, ils entraient à Varennes, et Bayon, montant le premier chez
-Sauce: «Sire,» dit-il d'une voix entrecoupée par l'essoufflement du
-voyage, «Paris s'égorge..... Nos femmes, nos enfants...., l'intérêt de
-l'Etat.....» Romeuf s'approcha ensuite et, les larmes aux yeux, remit
-au Roi le décret de l'Assemblée. «Il n'y a plus de Roi de France,» dit
-tristement le malheureux prince. La Reine prit le décret, le lut: «Les
-insolents!» s'écria-t-elle, et elle rejeta brusquement le papier qui
-alla tomber sur le lit où reposait le Dauphin; elle le lança violemment
-à terre: «Je ne veux pas, dit-elle, qu'il souille le lit de mon fils.»
-
-Au dehors, la foule ameutée grondait: «A Paris! à Paris! criait-elle.
-Faisons-les partir de force.—Nous les traînerons plutôt par les
-pieds.»—Vainement l'infortuné monarque épuisait-il tous les moyens
-dilatoires. Le Dauphin et Madame Royale dormaient; il fallait respecter
-leur repos. Une des femmes de chambre, Mme de Neuville, entrant
-dans la pensée de ses maîtres, se roulait sur un lit, en proie à une
-crise violente; la Reine déclarait qu'elle ne la quitterait pas sans
-secours. Mais la populace, excitée sous main par Bayon[668], tout haut
-par Palloy, ne s'inquiétait ni du sommeil des enfants, ni des maladies,
-vraies ou fausses, des voyageurs. Les cris redoublaient avec plus de
-fureur. Le Roi se consulta un moment avec sa famille et, reconnaissant
-sans doute l'impossibilité d'une plus longue résistance, il se résigna
-douloureusement.
-
-Les voitures étaient déjà au pied de la maison de Sauce; les chevaux
-furent amenés et rapidement attelés; les gardes nationaux formèrent
-l'escorte. Les malheureux captifs descendirent tristement l'étroit et
-sombre escalier qui, du premier étage, conduisait au rez-de-chaussée;
-la Reine donnait le bras au duc de Choiseul; Mme Elisabeth à M. de
-Damas. Quand ils parurent à la porte de la maison, la rue retentit des
-cris de: _Vive le Roi! Vive la nation!_ Pas un cri de _Vive la Reine!_
-Pour les habitants de Varennes, comme pour ceux de Paris, c'était
-toujours l'_Autrichienne_!
-
-On monta en voiture; M. de Choiseul ferma la portière, et les chevaux
-s'élancèrent sur la route de Clermont. Il était environ sept heures et
-demie du matin.
-
-Lorsque M. de Bouillé, retardé dans son départ par l'incroyable
-lenteur du commandant du Royal-Allemand, parut enfin en vue de
-Varennes, à la tête de ce régiment sur lequel il comptait, il y avait
-près de deux heures que le funèbre cortège en était parti. Il avait
-trop d'avance pour qu'on pût le rejoindre avec des chevaux harassés
-par une course forcée de neuf lieues. Le général donna l'ordre de la
-retraite et, l'air morne, le cœur déchiré, il regagna Stenay, d'où il
-passa immédiatement la frontière.
-
-Cependant, le triste convoi poursuivait sa marche sur Paris, sous
-l'escorte de cinq à six mille gardes nationaux et au milieu d'un
-concours immense de peuple. A Clermont, les officiers municipaux de
-Varennes se détachèrent pour regagner leur ville. Drouet resta avec
-Bayon; quant à Romeuf, il était demeuré à Varennes pour protéger MM. de
-Choiseul et Goguelat et avait été lui-même emprisonné.
-
-La voiture avançait lentement, au milieu de nuages de poussière et
-sous un soleil torride; la chaleur était écrasante, l'air embrasé.
-Les enfants tombaient épuisés de fatigue; la Reine les regardait
-tristement, songeant à ses espérances évanouies, et aux sombres
-réalités du retour. A Sainte-Menehould, il fallut subir un discours
-insultant de la municipalité et se montrer à la foule du haut des
-fenêtres de l'hôtel de ville; la Reine, tenant le Dauphin dans ses
-bras, fut saluée des cris évidemment malveillants de _Vive la nation!_
-Mais, si déchue qu'elle fût de son pouvoir, la malheureuse souveraine
-conservait encore le plus doux et le plus cher de ses privilèges, celui
-de la charité. Avant de quitter cette petite ville, qui lui avait été
-si hostile, prisonnière elle-même, elle fit distribuer cinq louis aux
-prisonniers[669].
-
-Une horrible tragédie marqua le trajet de Sainte-Menehould à Châlons;
-un gentilhomme du pays, le comte de Dampierre, s'étant joint au
-cortège, fut reconnu, dénoncé comme aristocrate, assailli par la
-garde nationale, jeté à bas de son cheval et tué d'un coup de
-fusil: «Qu'y a-t-il donc?» demanda le Roi, ému par le bruit de la
-détonation,—«Rien, répondit-on; c'est un fou que l'on tue[670].» Et les
-assassins revinrent à la voiture «les mains ensanglantées et portant la
-tête[671]».
-
-Vers onze heures et demie du soir, on entra à Châlons. La ville était
-royaliste, l'accueil contrasta avec celui qui avait été fait jusque
-là aux prisonniers. «Les corps administratifs, dit le procès-verbal
-officiel, mettaient au rang de leurs principaux devoirs de veiller à
-ce que le respect dû à la majesté royale fût maintenu[672].» Le Roi
-fut reçu à la porte de la ville par la municipalité et conduit, entre
-deux haies de gardes nationaux à l'hôtel de l'Intendance, qui avait
-été préparé pour le recevoir. C'était le même hôtel où, vingt et un
-ans auparavant, la Dauphine s'était arrêtée radieuse, au bruit des
-acclamations et au milieu des fêtes populaires, quand elle venait
-ceindre, en France, la couronne royale[673]. Du moins à Châlons, la
-population fit-elle tout ce qu'elle put pour adoucir aux visiteurs
-involontaires l'amertume de leur situation. Comme en 1770, des jeunes
-filles offrirent des fleurs à Marie-Antoinette[674]; plusieurs d'entre
-elles s'empressèrent à la servir, et lorsque, après un souper fait en
-public, la famille royale se fut retirée dans ses appartements, le
-procureur du département, Roze, proposa même au Roi de l'aider à fuir
-par un escalier dérobé, inconnu du public. Louis XVI refusa, parce
-qu'on ne pouvait sauver que lui seul.
-
-Ce dévouement si rare, ces sympathies, manifestées par une ville
-presque entière, avaient profondément ému les prisonniers; ils ne
-devaient plus en retrouver d'autre exemple sur leur route. Le lendemain
-23, jour de la Fête-Dieu, vers dix heures, tandis qu'ils entendaient la
-messe dans la chapelle de l'Intendance, des volontaires rémois, arrivés
-dans la nuit, envahirent la cour et se précipitèrent vers la chapelle;
-la messe n'était pas achevée[675]; le Roi et sa famille durent
-néanmoins sortir et se montrer au balcon. Il fallut hâter le départ,
-dans la crainte que ces volontaires, composés de la lie du peuple de
-Reims, n'excitassent quelque tumulte. La Reine, toujours gracieuse et
-véritablement touchée, répondit «qu'elle était fâchée des circonstances
-qui la privaient et le Roi de quelques instants de plus à passer au
-milieu de bons citoyens[676]». Un dîner avait été préparé à la hâte
-pour les voyageurs; mais «l'émotion dans laquelle ils se trouvaient,
-dit le procès-verbal, ne leur a permis de rien prendre[677]». A midi,
-l'on se mit en marche avec une telle précipitation que le Roi oublia à
-Châlons un petit coffret qui contenait treize cents louis[678].
-
-A mesure qu'on avançait vers Paris, l'attitude des populations
-devenait plus hostile. A Epernay, où l'on arriva à quatre heures de
-l'après-midi[679], l'accueil fut mauvais. Le président du district
-prononça une harangue pleine de reproches; de grossières injures furent
-lancées, et, sans le dévouement du jeune Cazotte, accouru à la tête
-d'une troupe de paysans et qui se tint à la portière de la voiture pour
-contenir la foule, la vie même des augustes captifs n'eût peut-être
-pas été respectée. On avait entendu un misérable dire à son voisin:
-«Cache-moi bien pour que je tire sur la Reine, sans qu'on sache d'où le
-coup est parti[680].»
-
-La foule s'était tellement pressée autour des fugitifs, que la robe
-de Marie-Antoinette fut déchirée par les pieds; il fallut la réparer
-sur place; la fille de l'hôte chez lequel on était descendu rendit
-ce léger service à la malheureuse souveraine, avec un respect et une
-affection qui firent du bien à son triste cœur. Pendant ce temps, les
-officiers municipaux adressaient au Roi d'insultants discours: «Malgré
-vos fautes,» lui disaient-ils, «nous vous protégerons, n'ayez pas
-peur.»—«Peur?» dit le prince d'un ton surpris. Et il se mit à expliquer
-à ses interlocuteurs qu'il n'avait point l'intention de quitter la
-France, mais qu'il ne pouvait rester à Paris, où sa famille était en
-danger. «Oh! que si fait, vous le pouviez,» riposta un des assistants.
-
-On repartit vers cinq heures, au milieu d'une multitude soulevée.
-«Allez, ma petite belle, on vous en fera voir bien d'autres,» tel fut
-l'adieu cynique, jeté à Marie-Antoinette par une des mégères d'Epernay.
-La Reine, ayant voulu donner à un garde national, qui se plaignait de
-la faim, un morceau de bœuf à la mode qui était dans la voiture: «N'y
-touche pas, cria un autre, ne vois-tu pas qu'on veut t'empoisonner?» La
-Reine en mangea sur-le-champ et en fit manger à son fils[681]. Mais ce
-cri d'injurieuse méfiance lui alla au cœur et, parmi tant d'outrages,
-celui-là la blessa le plus.
-
-A peu de distance d'Épernay, la famille royale fut rejointe par les
-trois commissaires que l'Assemblée avait délégués pour «ramener le Roi
-à Paris, veiller à sa sûreté et à ce que le respect dû à Sa Majesté
-fût maintenu[682].» C'étaient Barnave, Pétion et la Tour-Maubourg. Ce
-dernier ne voulut pas prendre place dans la voiture royale; alléguant
-que les augustes voyageurs pouvaient être sûrs de lui, mais qu'il
-fallait gagner les deux autres[683], il monta avec les femmes de
-chambre. Pétion et Barnave s'installèrent dans la berline, où dès lors
-huit personnes furent entassées, par ces tourbillons de poussière et
-cette chaleur suffocante; on prit les enfants sur les genoux. Barnave
-se montra plein de convenance et de respect; le spectacle de cette
-grande infortune, le charme de la Reine firent sur ce jeune homme, à
-la tête ardente mais au cœur honnête, une impression profonde; entré
-dans la voiture révolutionnaire et presque républicain, il en sortit
-royaliste[684]. Quant à Pétion, le récit qu'il a écrit de son voyage
-est le plus insigne monument de grossièreté et de prétention que puisse
-enfanter le cerveau d'un fat sans éducation et sans tact[685]; il
-donne la mesure de l'homme devant lequel ne trouva pas même grâce la
-pureté de Mme Elisabeth, du personnage vaniteux et impertinent, dont
-la Révolution fit un héros et qui n'était qu'un sot.
-
-En montant en voiture, il assura qu'il savait bien que les fugitifs
-avaient pris près du Château une voiture de remise, conduite par un
-Suédois, et, affectant de n'en pas savoir le nom, il le demanda à la
-Reine: «Je ne suis pas dans l'usage de savoir le nom des cochers de
-remise,» répliqua sèchement la princesse[686]. Un peu plus tard, le
-Roi, s'étant mêlé à la conversation et ayant dit que sa fuite n'avait
-d'autre but que de donner au pouvoir exécutif la force nécessaire
-dans un régime constitutionnel, puisque la France ne pouvait être une
-république: «Pas encore,» répondit insolemment Pétion, «parce que les
-Français ne sont pas encore assez mûrs pour cela, et je ne serai pas
-assez heureux pour la voir établir de mon vivant[687].»
-
-A Dormans, il fallut s'arrêter dans une simple auberge: «Je n'étais
-pas fâché, dit Pétion avec son envieuse affectation d'austérité, que
-la Cour sût ce que c'était qu'une auberge ordinaire[688].» Pendant la
-nuit, les gardes nationaux et les habitants du pays, accourus en foule,
-chantaient, buvaient et dansaient sous les fenêtres de l'auberge;
-et c'est au milieu de ces bruits et de ces cris, que les voyageurs
-épuisés durent prendre un instant de repos[689]. Le pauvre petit
-Dauphin fit des rêves horribles et se mit à sangloter; on ne put le
-calmer qu'en le conduisant à sa mère[690].
-
-On repartit à cinq heures; Pétion se plaça dans le fond, entre le
-Roi et la Reine et prit le Dauphin sur ses genoux. La conversation
-s'engagea; le Roi était embarrassé, au dire de Pétion, qui consent
-pourtant à convenir «qu'il est très rare qu'il lui échappe des choses
-déplacées et qu'il ne lui a pas entendu dire une sottise[691]». La
-Reine était plus libre; elle parla de l'éducation de ses enfants. «Elle
-en parla en mère de famille et en femme assez instruite. Elle exposa
-des principes très justes en éducation.» Mais, ajoute aussitôt le
-grotesque narrateur, comme pour s'excuser de cet hommage involontaire
-rendu à une Reine, «je sus depuis que c'était le jargon de mode dans
-toutes les Cours de l'Europe[692].»
-
-A la Ferté-sous-Jouarre, la réception sympathique et respectueuse du
-maire, M. Regnard, vint faire un moment diversion aux insultes de la
-foule. On trouva chez lui un appartement frais et un dîner simple,
-mais bien fait. La femme du maire, ne voulant point par délicatesse
-manger avec la famille royale, s'était habillée en cuisinière pour la
-servir. La Reine la reconnut cependant: «Vous êtes sans doute, Madame,
-lui dit-elle, la maîtresse de la maison?»—«Je l'étais un moment avant
-que Votre Majesté y entrât,» répondit en s'inclinant l'excellente
-femme[693].
-
-En sortant de la petite ville, un certain tumulte se fit. C'était
-un député, Kervelégan, qui se disputait avec les gardes nationaux
-et cherchait à arriver jusqu'aux prisonniers, qu'il insultait
-grossièrement. «Voilà un homme bien malhonnête,» ne put s'empêcher de
-dire la Reine[694].
-
-Comme on approchait de Meaux, un prêtre s'efforça de pénétrer près de
-la voiture; la foule éclata en menaces et s'apprêtait à le massacrer,
-comme M. de Dampierre. La Reine le vit et poussa un cri; Barnave
-s'élança à demi hors de la portière: «Français, nation de braves,
-s'écria-t-il, voulez-vous donc devenir un peuple d'assassins?»
-Cet accent indigné et cette intervention puissante arrachèrent le
-malheureux prêtre à la mort.
-
-On entra à Meaux d'assez bonne heure et l'on coucha chez l'évêque
-constitutionnel. Le Roi mangea peu et se retira promptement dans son
-appartement. Le petit-fils de Louis XIV n'avait plus de linge et fut
-obligé d'emprunter une chemise à un huissier! Le soir, Barnave eut un
-long entretien avec Louis XVI et Marie-Antoinette. Il parla avec force;
-on l'écouta avec attention et bienveillance. «Evidemment, dit la Reine,
-nous avons été trompés sur l'état réel de l'esprit public en France.»
-Barnave sortit de là, dit M. de Beauchesne, «en se promettant de mourir
-fidèle au trône et dévoué à la liberté[695].»
-
-On repartit à six heures du matin; c'était la dernière étape jusqu'à
-Paris: longue étape de treize lieues. La chaleur était excessive. Plus
-on approchait de la capitale, plus la foule se montrait hostile; plus
-les exigences des gardiens étaient odieuses: malgré un soleil ardent et
-une poussière atroce, on ne put baisser ni stores ni jalousies[696].
-Les injures les plus grossières étaient proférées contre la Reine et
-il y eut lieu de craindre, à deux ou trois reprises, qu'on ne voulût
-attenter à ses jours[697]. La pauvre femme ne put retenir ses larmes,
-ni le Dauphin, un cri d'effroi.
-
-Au lieu d'entrer par la porte Saint-Denys, on fit le tour des murs,
-pour gagner la porte de la Conférence. Les Champs-Élysées étaient
-remplis de monde; les barrières, les arbres, les toits des maisons
-étaient couverts d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous gardaient leur
-chapeau sur la tête; seul le député Guilhermy eut le courage de saluer
-les prisonniers. Le mot d'ordre était donné; on avait affiché partout
-des placards portant ces mots: «Quiconque applaudira le Roi aura des
-coups de bâton; quiconque l'insultera sera pendu.» Le cri de _Vive la
-nation!_ retentissait seul, comme un outrage et une menace.
-
-Dès que la voiture fut entrée dans le jardin des Tuileries, on ferma le
-pont tournant. Le jardin, néanmoins, comme les Champs-Élysées, était
-plein de gardes nationaux; un certain nombre de députés sortirent de la
-salle de l'Assemblée pour jouir du spectacle. Au moment où la berline
-arriva à la grille du Château, un mouvement se fit dans la foule:
-on voulait écharper les gardes du corps; il fallut une intervention
-énergique des députés pour soustraire ces malheureux à la fureur
-populaire. Quand le Roi descendit de voiture, on garda le silence;
-quand ce fut le tour de la Reine, les murmures éclatèrent de toutes
-parts et c'est au bruit des injures que l'infortunée souveraine, la
-tête haute, l'air fier, mais le désespoir dans l'âme[698], put, sous
-la protection du vicomte de Noailles et du duc d'Aiguillon[699],
-rentrer dans ce palais qu'elle avait quitté cinq jours auparavant,
-pleine d'espérance.
-
-Au milieu de cette scène, le Roi conservait son sang-froid et son
-calme apparent. «Il était tout aussi flegme, dit Pétion, tout aussi
-tranquille que si rien n'eût été.... Il semblait qu'il revenait d'une
-partie de chasse[700].»
-
-Mais la Reine, plus vive, épuisée par tant de secousses[701], brisée
-par la fatigue, la douleur, l'humiliation, la colère, n'avait que la
-force d'adresser au chevaleresque Fersen ce simple mot qu'elle avait dû
-se cacher pour écrire:
-
-«Rassurez-vous sur nous: nous vivons[702].»
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
- La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa vie
- captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de
- l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge déployé au
- Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour.
-
-
-La France avait _reconquis_ son Roi; telle était la formule officielle
-des adresses de félicitations envoyées à l'Assemblée nationale de
-toutes les parties du pays. C'était bien une conquête, en effet, et
-le prince, qui rentrait à Paris le 25 juin 1791, au milieu de ce
-silence qu'interrompaient seulement des cris de haine, n'était plus
-qu'un captif, humilié et détrôné. L'arrêté de l'Assemblée, pris sur la
-proposition de Thouret, équivalait à un décret de déchéance. Le Roi,
-la Reine, le Dauphin devaient être entourés d'une garde qui répondait
-de leurs personnes; «le ministre de la justice continuait à apposer le
-sceau de l'Etat aux décrets de l'Assemblée, sans qu'il fût besoin de la
-sanction royale, et les ministres étaient autorisés à remplir, chacun
-dans son département, les fonctions de pouvoir exécutif[703].»
-
-Cette décision fut exécutée à la lettre; la famille royale, réintégrée
-aux Tuileries, était gardée à vue. Ses membres ne pouvaient communiquer
-que sous le regard de leurs geôliers, et il y avait toujours avec
-eux plusieurs officiers de la milice parisienne[704]. Une troupe
-considérable était installée dans les cours, un véritable camp,—c'est
-le mot dont se sert Mme Elisabeth[705],—camp nombreux et
-bruyant[706], établi sous les fenêtres du Roi et de la Reine, de peur,
-ajoute ironiquement la princesse qui, même dans les plus douloureuses
-circonstances, n'abdiquait jamais sa gaîté, «de peur qu'ils ne sautent
-dans le jardin, qui est hermétiquement fermé et rempli de sentinelles,
-entre autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres[707].»
-
-Des sentinelles, il y en avait à chaque escalier de l'intérieur[708],
-jusque sur les toits. Personne n'entrait au Château sans un billet
-de Lafayette ou de Bailly[709]; on en avait même refusé l'accès à
-des membres de l'Assemblée[710]. Tous les appartements de la famille
-royale avaient été visités avec le plus grand soin; les officiers de
-la garde nationale en conservaient les clefs dans leur poche, et, s'il
-faut en croire Mme de Tourzel, Lafayette avait poussé si loin les
-précautions, qu'il avait envoyé des ramoneurs examiner si les captifs
-ne pouvaient pas s'enfuir par les cheminées[711]. Toutes les pièces
-extérieures de l'appartement de la Reine avaient été transformées en
-corps de garde; dans sa chambre, deux gardes nationaux se tenaient en
-permanence, avec ordre de ne la perdre de vue ni jour ni nuit[712],
-même dans les détails les plus intimes de la vie[713]. Pendant les
-premiers jours, l'infortunée souveraine était obligée de se lever,
-de s'habiller, de se coucher devant ses geôliers; il avait fallu de
-longues négociations pour obtenir qu'ils ne logeassent pas dans sa
-chambre même[714]; mais ils restaient la nuit près de son lit et l'un
-d'eux, s'accoudant sur son oreiller, avait voulu renvoyer sa première
-femme, Mme de Jarjayes[715]. La chapelle paraissant trop éloignée de
-l'appartement des prisonniers, on avait dressé un autel de bois dans
-une pièce du rez-de-chaussée. C'est là que la famille royale entendait
-la messe. Quand la Reine allait chez le Dauphin, elle était escortée
-de deux officiers; elle trouvait la porte fermée; un des officiers
-grattait en disant: la Reine! et ce n'est qu'à ce signe que les
-gardiens du jeune prince et de sa gouvernante consentaient à ouvrir à
-cette mère qui venait voir son fils[716].
-
-Au bout de quelque temps, cependant, soit que Lafayette eût fini par
-sentir l'indécence de ces ordres, soit que la Reine se fût plainte,
-certains ménagements furent apportés. Les gardiens restaient dans la
-chambre de la Reine, tant qu'elle était levée; ils se retiraient quand
-elle se couchait; mais, pendant la nuit, l'un d'eux s'établissait dans
-l'espèce de tambour formé par l'épaisseur du mur entre les deux portes,
-de manière à ce que, la porte de la chambre restant entr'ouverte, il
-pût voir tout ce qu'y s'y passait. Weber raconte même à ce sujet une
-anecdote qui peint bien l'état des esprits et la confusion des idées à
-cette époque. Une nuit, que Marie-Antoinette ne pouvait reposer, elle
-alluma une bougie et se mit à lire. Le garde qui la surveillait s'en
-aperçut et, entrant dans la chambre, il ouvrit les rideaux et s'assit
-familièrement sur le lit, en disant: «Je vois que vous ne pouvez
-dormir; causons ensemble; cela vaudra mieux que lire.» La Reine, ajoute
-le narrateur, «contint son indignation et lui fit comprendre avec
-douceur qu'il devait la laisser tranquille[717]».
-
-En apparence, on avait repris la régularité de la vie habituelle; la
-«vie végétale», écrivait le cardinal de Bernis[718]; le service se
-faisait comme à l'ordinaire; les personnes attachées à la Cour étaient
-restées à leur poste. On allait à la messe à midi; on dînait à une
-heure et demie; à neuf heures et demie on soupait. Comme le Roi, qui
-avait été habitué à une vie active, ne pouvait plus ni marcher ni
-monter à cheval, on jouait au billard après dîner et après souper, afin
-qu'il prît un peu d'exercice. Le reste du temps, le prince demeurait
-enfermé dans son cabinet, lisant et étudiant: ni lui, ni sa femme ne
-sortaient de leur appartement; ne voulant pas s'exposer en captifs aux
-regards de la foule, ils n'allaient même pas prendre l'air dans le
-petit jardin du Dauphin. La Reine s'occupait de ses enfants,—c'était
-son seul moment de distraction et de soulagement,—et passait ses
-journées à lire, à écrire et à travailler. A sept heures, elle recevait
-les dames du palais. A onze heures, chacun rentrait chez soi[719].
-
-Mais que de tristesses dans cette existence! Que d'ennuis dans cette
-régularité, et, malgré le calme apparent, que de révoltes intimes
-contre cette monotonie forcée! Avec quelle émotion contenue on
-accueillait les visages sympathiques, les députés qui passaient sous
-les fenêtres du Château, afin de saluer au passage les prisonniers[720]
-et les rares amis qui osaient franchir le seuil de ce palais suspect!
-Un jour, peu après le retour de Varennes, Malouet eut ce courage: «Je
-trouvai, dit-il, le Roi, la Reine et Mme Elisabeth plus tranquilles
-que je ne m'y attendais..... Lorsque j'entrai, la Reine dit au jeune
-Dauphin: «Mon fils, connaissez-vous Monsieur?—Non, ma mère,» répondit
-l'enfant.—«C'est M. Malouet,» reprit la Reine, «n'oubliez jamais son
-nom.» C'était l'heure de la messe; le service entra; le Roi ne me dit
-qu'un mot: «Nous avons été très contents de Barnave[721].»
-
-Dès le 26 juin, l'Assemblée avait désigné trois de ses membres,
-Adrien Duport, d'André et Tronchet, pour recevoir les déclarations
-du Roi et de sa famille. Le soir même, les trois commissaires se
-transportèrent aux Tuileries et furent introduits dans la chambre du
-Roi. Le prince protesta contre toute idée d'interrogatoire. Il déclara
-que les outrages faits à sa famille et restés impunis l'avaient seuls
-déterminé à quitter Paris, mais qu'il n'avait jamais eu l'intention
-de sortir du royaume. De là, les commissaires se rendirent chez la
-Reine; mais comme elle venait de se mettre au bain, ils revinrent le
-lendemain à onze heures. Marie-Antoinette les reçut seule et confirma
-par ses affirmations celles de Louis XVI: «Je déclare,» dit-elle,
-«que, le Roi désirant partir avec ses enfants, rien dans la nature
-n'eût pu m'empêcher de le suivre. J'ai assez prouvé depuis deux
-ans, dans plusieurs circonstances, que je ne le quitterais jamais,
-et j'ai été surtout déterminée à le suivre par la confiance et la
-persuasion que j'avais qu'il ne quitterait jamais le royaume. S'il eût
-voulu en sortir, toutes mes forces auraient été employées pour l'en
-empêcher[722].» Au reste, le Roi et la Reine prenaient sur eux seuls
-la responsabilité du voyage et en déchargeaient tous ceux qui avaient
-été mêlés au projet ou à son exécution. L'Assemblée n'accepta pas ce
-système, et, refusant de mettre en cause le Roi et la Reine, affectant
-de voir là plutôt un enlèvement qu'un départ volontaire, elle renvoya
-devant la Haute-Cour d'Orléans M. de Bouillé et ses complices.
-
-Mais les Jacobins allaient plus loin que l'Assemblée; c'était au Roi
-qu'on en voulait; c'était lui qu'on injuriait dans les discours des
-clubs et dans les articles des journaux. Grâce à d'habiles menées et à
-des distributions d'argent[723], la fermentation populaire ne diminuait
-pas; les rues étaient tapissées de caricatures grossières; des chansons
-infâmes, des satires sanglantes contre le Roi et surtout contre la
-Reine se vendaient sur toutes les places; les orateurs débitaient dans
-les lieux publics les plus odieuses calomnies[724]. Les adresses venues
-des départements,—c'est un observateur impartial qui l'affirme,—étaient
-«véritablement atroces[725]». Un ancien militaire, Achille Duchatelet,
-prit l'initiative d'une adresse insolente par laquelle il réclamait
-la déchéance, et le dimanche 17 juillet, le peuple fut convoqué au
-Champ-de-Mars pour signer cette adresse. Dès le matin, une foule
-désordonnée se réunit au lieu indiqué; des motions incendiaires furent
-faites; on parlait de se porter en masse à l'Assemblée. La garde
-nationale intervint; on lui lança des pierres. Le maire, Bailly, fit
-alors déployer le drapeau rouge et proclama la loi martiale. Une
-première décharge à poudre dissipa la populace; mais bientôt, voyant
-qu'il n'y avait ni morts ni blessés, les fuyards se rallièrent et
-recommencèrent à assaillir les gardes nationaux. Une seconde décharge
-en jeta une trentaine par terre, «une douzaine ou deux de héros en
-guenilles,» dit Gouverneur Morris[726]. Le reste prit la fuite à toutes
-jambes. Quant aux meneurs, ceux qui ne s'étaient pas cachés dès la
-veille s'empressèrent de le faire ou de quitter Paris[727]; mais ils
-ne pardonnèrent pas à Bailly cet acte de vigueur et le lui firent
-cruellement expier plus tard.
-
-L'énergie inattendue déployée par la municipalité et la garde nationale
-avait rétabli le calme à Paris et momentanément effrayé les factieux.
-Peut-être eût-on pu en faire le point de départ d'une ère nouvelle, si
-l'on eût persévéré dans cette attitude; mais c'eût été trop demander à
-l'Assemblée; la mollesse dont elle fit preuve quelques jours après dans
-la discussion de la loi sur les clubs rendit le courage aux meneurs.
-
-Mais l'échauffourée du Champs-de-Mars avait éclairé les chefs des
-Constitutionnels sur les projets des Jacobins. Se séparant brusquement
-de ces derniers, ils fondèrent le club des Feuillants, et les
-principaux d'entre eux cherchèrent à se rapprocher du Roi et de la
-Reine. Le retour de Varennes avait été le trait d'union entre Barnave
-et Marie-Antoinette: l'attitude réservée et respectueuse, l'esprit
-élevé, les sentiments généreux, les manières distinguées du jeune
-député du Dauphiné, qui faisaient contraste avec la grossièreté et le
-mauvais ton de Pétion, avaient inspiré confiance à la Reine, comme la
-dignité et la bonté de la Reine avaient séduit le jeune député. Les
-relations nouées dans cette triste voiture se continuèrent à Paris, et
-l'on attribuait même à Barnave la réponse faite par le Roi aux délégués
-de l'Assemblée. Des raisons moins personnelles, mais non moins fortes,
-la crainte des Jacobins, la peur de l'anarchie, peut-être aussi la
-parole de Barnave, déterminèrent ses amis, jusque-là si hostiles au
-Roi et surtout à la Reine, à s'efforcer de consolider ce trône qu'ils
-avaient tant contribué à ébranler. Une sorte de triumvirat se forma
-et se mit en relations avec les Tuileries et particulièrement avec
-Marie-Antoinette, par l'intermédiaire de M. de Jarjayes[728], qui déjà,
-en diverses circonstances, avait rempli des missions de confiance de la
-famille royale. Barnave, Alexandre de Lameth et Duport composaient ce
-triumvirat. La Reine écouta leurs conseils, se conforma en apparence à
-leurs idées, mais refusa de se fier complètement à des hommes dont les
-uns, d'après leur propre aveu, n'avaient pas de plan arrêté et vivaient
-au jour le jour, dont les autres semblaient n'avoir d'autre but que
-de conserver le pouvoir[729]. Dès lors commence une double politique
-secrète, dont les agents se contrarient et se désavouent sans cesse, au
-milieu de complications où les diplomates du temps durent avoir bien
-de la peine à se reconnaître et que l'historien de nos jours n'arrive
-pas toujours à démêler: politique qui resta longtemps ignorée, quoique
-soupçonnée, et sur laquelle la publication récente des papiers de M. de
-Fersen a jeté enfin un jour nouveau.
-
-Nous allons essayer de l'esquisser.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets
- de l'Empereur.—Projets du roi de Suède.—Projets des
- émigrés.—Accroissement du nombre et de l'importance de ces
- derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour et avec le baron
- de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre du 30 juillet,
- écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous l'influence des
- Constitutionnels.—Missions du chevalier de Coigny et de l'abbé
- Louis.—La Reine dément par ses lettres secrètes ses lettres
- officielles.—Pourquoi elle se méfie des Constitutionnels.
-
-
-De tous les princes étrangers, c'était vers l'Empereur qu'étaient le
-plus naturellement tournés les regards de la Reine et de ses nouveaux
-alliés, les Constitutionnels. Nous avons dit plus haut quel genre
-de secours Marie-Antoinette attendait de son frère: des mouvements
-de troupes sur la frontière pour expliquer les agissements de M. de
-Bouillé, la concentration de dix mille hommes environ à Luxembourg;
-puis, au premier moment, si cela était nécessaire, l'appui passager
-de ce corps. Le 20 juin, Léopold n'était pas en Allemagne, mais en
-Italie, à Padoue; il avait cru d'abord au succès de l'évasion. On lui
-avait bien dit que la famille royale avait été arrêtée dans sa fuite;
-mais on avait ajouté que M. de Bouillé, étant survenu à la tête de
-son armée, avait délivré les prisonniers et conduit le Roi à Metz,
-sous la protection de ses troupes, tandis que la Reine avait gagné
-Luxembourg[730]. Le 5 juillet, l'Empereur écrivait à sa sœur:
-
-«Si je n'avais consulté que mon cœur, je serais parti d'ici tout de
-suite, pour venir vous rejoindre et embrasser; mais les circonstances
-m'en ont empêché. J'envie bien le sort de ma sœur Marie, qui aura cette
-satisfaction; je la charge, ainsi que le comte de Mercy, d'arranger
-tout ce qui pourra vous être agréable en ce moment. Je me flatte que
-vous serez convaincue qu'étant chez moi vous êtes comme chez vous, et
-que vous ne ferez pas le moindre compliment avec un frère qui vous est
-aussi tendrement et sincèrement attaché que moi.»
-
-«Quant à vos affaires, je ne puis que vous répéter, ainsi que je
-l'ai fait au Roi, que tout ce qui est à moi est à vous, argent,
-troupes, enfin tout. Ma sœur et le comte de Mercy ont tous les ordres
-nécessaires pour faire quelconque manifeste, déclaration, mouvement ou
-marche de troupes que vous pourrez ordonner; trop heureux, si je puis
-vous être bon à quelque chose[731].»
-
-Et à cette même date, il mandait à sa sœur, Marie-Christine,
-gouvernante des Pays-Bas:
-
-«En ce moment, le Roi est libre; le Roi a protesté contre tout ce qui
-a été fait. Je ne connais donc plus que le Roi; je suis son parent,
-ami et allié, et veux le secourir et seconder de toutes mes forces et
-pouvoir[732].»
-
-Malheureusement, le jour même, il apprenait par l'électeur de Trèves
-l'arrestation définitive de la famille royale; il en fut très ému et
-dès le lendemain, déployant, disait Vaudreuil, «toute la tendresse
-d'un frère, la grandeur d'âme d'un vrai monarque et la décision des
-grands hommes dans les grandes circonstances[733]», il adressa une
-circulaire aux principales Puissances:—Espagne, Russie, Angleterre,
-Prusse, Sardaigne, Naples[734],—pour organiser une intervention
-commune en faveur dos prisonniers. Il fallait, disait-il, rédiger un
-manifeste énergique, qui pût imposer aux révolutionnaires français.
-On y revendiquerait hautement, au nom du droit public européen, la
-liberté du Roi de France, «tout en laissant les voies ouvertes à une
-résipiscence honnête et à l'établissement pacifique d'un état de
-choses, en France, qui sauve du moins la dignité de la couronne et
-les considérations essentielles de la tranquillité générale[735].»
-On s'engagerait à ne reconnaître comme lois constitutionnelles,
-légalement établies en France, que celles qui seraient «munies
-du consentement volontaire du souverain[736]». Le manifeste des
-Puissances serait soutenu par des «moyens suffisamment respectables»
-et l'on ne reculerait pas devant les mesures les plus rigoureuses.
-«Je me flatte de les prévenir,—les révolutionnaires,—écrivait Léopold
-à Marie-Christine; mais si je n'y réussis point, je les vengerai
-exemplairement[737].»
-
-Plus ardent que l'Empereur, le roi de Suède, souverain militaire et
-aspirant à jouer un rôle militaire dans la coalition, avait, dès le 27
-juin, rompu avec l'Assemblée[738]; le 30, il avait fait assurer Louis
-XVI et Marie-Antoinette de ses sympathies et de son concours[739]. Il
-négociait, en même temps, et cherchait, comme Léopold, mais avec plus
-de vivacité et moins de prudence, à réunir toutes les Puissances dans
-une ligue dont il aurait été le bras armé[740]. Redoutant la froideur
-et les idées temporisatrices de l'Empereur, il s'adressait, dès le 9
-juillet, à Catherine II; quelques jours après, le 16 juillet, au roi
-d'Espagne, pour leur exposer son plan et solliciter leur concours.
-Suivant lui, les troupes impériales, fortes de trente-cinq mille
-hommes, devaient entrer en France par la Flandre, tandis que douze
-mille Suisses envahiraient la Franche-Comté, quinze mille Sardes le
-Dauphiné; les princes de l'Empire, l'Alsace et le Brisgau, et que
-vingt mille Espagnols franchiraient les Pyrénées. On espérait avoir le
-concours du Hanovre et de la Prusse, et la neutralité de l'Angleterre.
-
-«Dès que les Princes émigrés se trouveront sur la terre française,
-disait Gustave, ils assembleront autour d'eux les pairs, grands
-officiers de la couronne, archevêques, évêques, magistrats du
-Parlement, et là, après avoir fait déclarer la régence, Monsieur
-donnera une assurance de conserver les anciennes lois du royaume et
-les droits des différents Ordres et réintégrer le Parlement. Il n'est
-pas douteux que la terreur et la confusion, la dissension et le
-désordre, joints aux lenteurs et au peu de secret qu'il est impossible
-de conserver dans les délibérations d'un corps, ne favorisent
-l'attaque des princes, et il est à croire que les succès suivent leur
-entreprise[741].»
-
-Lui-même se mettrait à la tête de seize mille Suédois, auxquels
-l'Impératrice était suppliée de joindre six, sept ou huit mille
-Russes. Ces troupes, transportées par les flottes réunies de Russie et
-de Suède, débarqueraient à Ostende et se porteraient sur Liège pour
-former, avec les Hessois et les Palatins, «le centre de cette ligne,
-dont la droite serait vers Dunkerque et la gauche vers Strasbourg»;
-ou, suivant un plan ultérieur, s'embarqueraient à Ostende et iraient
-débarquer en Normandie pour marcher sur Paris.
-
-Le Nord aurait ainsi, dans cette grande entreprise, une influence
-prépondérante, et au besoin il serait là pour s'opposer aux convoitises
-des autres Puissances, qui pourraient être tentées de profiter des
-malheurs de la France pour la démembrer. Gustave ajoutait que les
-secours pécuniaires de la Russie ne seraient point inutiles pour mettre
-en mouvement l'armée suédoise. Catherine était «bien assez riche pour
-payer sa gloire et celle de ses alliés».
-
-En même temps, l'impétueux souverain engageait Monsieur à se proclamer
-régent et à créer autour de lui un gouvernement qui serait le vrai
-gouvernement de la France, le Roi devant être considéré comme
-prisonnier de ses sujets rebelles. «Ce nom de régent, disait-il,
-sauvera Monsieur et tous les Français attachés à leur devoir, de
-l'imputation de révolte, dont l'Assemblée ne manquera pas de vouloir
-les entacher. Ce ne sera pas des Français qui combattront contre la
-France, mais des sujet fidèles qui attaqueront des révoltés pour
-délivrer leur souverain opprimé[742].»
-
-Cette impatience du roi de Suède s'accordait bien avec celle des
-émigrés, dont le parti, depuis le 21 juin, s'était considérablement
-accru en importance et en nombre. L'échec de la tentative de fuite,
-combinée par le Roi et la Reine en dehors des princes et de leurs
-amis, semblait assurer à ceux-ci une prédominance incontestée. Entouré
-d'espions et manifestement captif dans son propre palais, quelle
-pouvait être désormais l'autorité de Louis XVI? Partant, quelle pouvait
-être, dans les conseils de l'émigration, celle de son agent, le baron
-de Breteuil, l'un des auteurs du plan qui avait si misérablement
-échoué? N'était-ce pas à ceux qu'on avait systématiquement tenus
-dans l'ignorance des projets dont on venait de voir la triste issue,
-n'était-ce pas au comte d'Artois et à Calonne à prendre dorénavant la
-direction des affaires? Leurs partisans augmentaient chaque jour. Une
-foule de gentilshommes, qui n'étaient demeurés en France que pour se
-mettre à la disposition du Roi, dans le cas où il eût voulu tenter
-quelque entreprise, jugèrent que tout effort était rendu inutile par
-la situation nouvelle que venait de créer à la famille royale sa
-déplorable aventure. Il leur en coûtait beaucoup sans doute, comme
-l'écrivait l'un d'eux, de «laisser le Roi derrière eux»; mais «aucun
-point de ralliement n'étant plus possible en France, celui que les
-princes présentaient à Coblentz était le seul que l'honneur et le
-devoir semblaient leur indiquer[743]». Quel moyen restait-il au Roi
-de s'opposer aux tyranniques résolutions de l'Assemblée et des clubs?
-Si, avant Varennes, il n'avait pu épargner à ses fidèles serviteurs
-les humiliations du 28 février, après Varennes, que pouvait-il faire?
-La seule manière de lui venir en aide n'était-elle pas d'aller là
-où l'on pouvait organiser la résistance? M. de Bouillé l'avait bien
-compris ainsi, puisqu'il s'était réfugié à Luxembourg avec tout
-son état-major, et M. de Bouillé n'était point un cerveau brûlé,
-un contre-révolutionnaire intransigeant; c'était un esprit sage,
-patriotique, partisan, dans une assez large mesure, des réformes
-réclamées par l'opinion. A peine sorti de France, après avoir écrit à
-l'Assemblée une lettre menaçante où il revendiquait pour lui seul toute
-la responsabilité de la fuite du Roi, et jurait de tirer vengeance de
-son arrestation, l'ancien commandant de l'armée de Metz avait adressé
-aux officiers fidèles un chaleureux appel, et beaucoup avaient répondu
-à cet appel, apportant aux émigrés leur dévouement, leur épée, leur
-drapeau, parfois aussi leur caisse: des régiments entiers, comme les
-hussards de Berchiny, le régiment de Berwick, la plus grande partie
-du Royal-Allemand, avaient fait comme leurs officiers. C'étaient de
-puissants renforts pour ce noyau d'armée, qui se formait sous les
-ordres du maréchal de Broglie et du prince de Condé.
-
-Enfin, la journée du 21 juin avait donné à l'émigration ce qui
-lui avait manqué jusque-là, un chef incontesté. Monsieur, comte de
-Provence, avait réussi là où l'infortuné Louis XVI avait échoué; il
-ne s'était point entouré du luxe de relais et de détachements qui
-partout avait éveillé l'attention sur le passage du Roi, et était
-parvenu ainsi à gagner sans encombre Mons et Bruxelles[744]. L'autorité
-du comte d'Artois, le dernier né de la famille royale, pouvait être
-discutée; celle de Monsieur, le premier prince du sang, le régent de
-France, en cas de minorité ou de prison du souverain, ne pouvait pas
-l'être, et, s'il consentait à ne pas afficher un titre que l'évidente
-captivité du Roi semblait lui donner et que Gustave III le pressait
-de revendiquer[745], du moins était-ce à lui à prendre résolûment la
-direction des affaires. A vrai dire, il y avait là pour l'émigration,
-enfin appelée à jouer un rôle, une singulière bonne fortune. Esprit fin
-et cultivé, instruit et disert, le comte de Provence, s'il n'avait pas
-les séductions et le brillant du comte d'Artois, n'avait pas non plus
-sa légèreté et son imprévoyance; on le considérait même comme un habile
-politique. Malheureusement, il n'avait point encore acquis la maturité
-et la sagesse qui, vingt-cinq ans plus tard, firent de son règne un des
-règnes les plus réparateurs de la France. Quoique passant pour libéral
-et en affectant les dehors, il partageait sur bien des points et devait
-partager longtemps encore les préjugés et les illusions des émigrés.
-Il partageait surtout l'hostilité de quelques-uns d'entre eux, et
-particulièrement de Calonne, contre la Reine dont la maternité tardive
-avait fait évanouir ses rêves de grandeur. La Reine le lui rendait
-bien; elle avait fait plus d'une fois assaut avec lui d'épigrammes et
-de mots aigres-doux. Le malheur n'avait pu faire cesser cette rivalité
-sourde, et Marie-Antoinette conservait contre son beau-frère, plus
-heureux qu'elle dans sa fuite, une méfiance qui se traduisait dans la
-lettre suivante à Mme de Lamballe:
-
-«Soyez sûre qu'il y a dans ce cœur-là plus d'ambition personnelle que
-d'affection pour son frère et certainement pour moi. Sa douleur a été
-toute sa vie de n'être pas né le maître et cette fureur de se mettre
-à la place de tout n'a fait que croître depuis nos malheurs, qui lui
-donnent l'occasion de se mettre en avant[746].»
-
-Toutefois, au début, il semble que Monsieur, tout en se réservant
-le premier rang, ait volontiers abandonné le premier rôle au comte
-d'Artois, son cadet par l'âge, son aîné en émigration, et qui, par
-là même, connaissait mieux les ressources et les aspirations des
-émigrés, qui d'ailleurs avait été déjà mêlé à toutes les négociations
-avec les Puissances. Le comte d'Artois, ardent, léger et fougueux,
-«parlant toujours, n'écoutant jamais, étant sûr de tout[747],» ne se
-laissait arrêter par rien et voulait une action immédiate: pas de
-négociations avec les membres de l'Assemblée; la force seule: tout
-au plus pouvait-on chercher à travailler Paris avec de l'argent et
-garantir à Lafayette et à ses compagnons sûreté et oubli du passé[748].
-Plus prudent que son frère, mais alors «entièrement subjugué par
-lui», dit Fersen[749], Monsieur se prêtait à ces combinaisons et
-acceptait presque la direction de l'homme du comte d'Artois, le fatal
-Calonne. On organisait les émigrés de Belgique sous six chefs: MM. de
-Frondeville, de Robin, de Jaucourt, le marquis de la Queuille, les
-ducs d'Uzès et de Villequier. A Coblentz, on formait un véritable
-gouvernement; on instituait un Conseil d'État composé du prince de
-Condé, de M. de Vaudreuil, de l'évêque d'Arras, «prélat plus politique
-que religieux[750],» chancelier, et de Calonne, premier ministre. Quant
-à Breteuil, l'homme de la Reine, il était laissé de côté[751]. En même
-temps, on envoyait le baron de Roll à Berlin, le baron de Flachslanden
-à Vienne, le baron de Bombelles[752] à Saint-Pétersbourg, et Calonne
-lui-même à Londres[753].
-
-C'était cette double action des Princes et de Gustave III d'une part,
-de l'Empereur de l'autre, que les chefs du parti constitutionnel
-voulaient s'efforcer de neutraliser. Déjà ils avaient essayé, mais sans
-succès, d'entrer, par l'intermédiaire de M. de la Borde, en rapports
-avec le comte de Mercy[754]; repoussés de ce côté, ils s'adressèrent à
-la Reine, avec laquelle leurs relations étaient fréquentes, et la Reine
-consentit à écrire, sous leur inspiration et presque sous leur dictée,
-la lettre suivante à l'Empereur:
-
- «Le 30 juillet 1791.
-
-«On désire, mon cher frère, que je vous écrive, et l'on se charge
-de vous faire passer ma lettre, car pour moi je n'ai aucun moyen de
-vous donner des nouvelles de ma santé[755]. Je n'entrerai point en
-détails dans ce qui a précédé notre départ; vous en avez connu tous
-les motifs. Pendant les événements qui ont accompagné notre voyage, et
-dans la situation qui a suivi notre retour à Paris, j'ai été livrée à
-de profondes impressions. Revenue de la première agitation qu'elles
-avaient produite, je me suis mise à réfléchir sur ce que j'avais
-vu et j'ai cherché à démêler quels étaient, dans l'état actuel des
-choses, les intérêts du Roi et la conduite qu'ils me prescrivaient.
-Mes idées se sont fixées par une réunion de motifs, que je vais vous
-exposer...... La situation des affaires a extrêmement changé ici depuis
-les événements occasionnés par notre voyage. L'Assemblée nationale
-était divisée en une multitude de partis. Bien loin que l'ordre parût
-se rétablir, chaque jour voyait diminuer la force des lois. Le Roi,
-privé de toute autorité, n'apercevait pas même la possibilité d'en
-reprendre à la fin de la Constituante, par l'influence de l'Assemblée,
-puisque chaque jour l'Assemblée perdait elle-même le respect du peuple.
-Enfin, il était impossible d'apercevoir un terme à tant de désordre.
-
-«Aujourd'hui, les circonstances donnent beaucoup plus d'espoir. Les
-hommes qui ont le plus d'influence sur les affaires se sont réunis et
-se sont prononcés ouvertement pour la conservation de la monarchie et
-du Roi et pour le rétablissement de l'ordre. Depuis leur rapprochement,
-les efforts des séditieux ont été repoussés avec une grande supériorité
-de force. L'Assemblée a acquis dans tout le royaume une consistance et
-une autorité dont elle paraît vouloir user pour établir l'exécution des
-lois et finir la Révolution. Les hommes les plus modérés, qui n'ont
-cessé d'être opposés à ses opérations, s'y réunissent en ce moment,
-parce qu'ils y voient le seul moyen de jouir en sûreté de ce que la
-Révolution leur a laissé et de mettre un terme à des troubles dont ils
-redoutent la continuation. Enfin, tout paraît se réunir pour assurer
-la fin des agitations et des mouvements auxquels la France est livrée
-depuis deux ans. Cette terminaison naturelle et possible ne donnera pas
-au gouvernement le degré de force et d'autorité que je crois qui lui
-serait nécessaire; mais elle nous préservera des plus grands malheurs;
-elle nous placera dans une situation plus tranquille, et lorsque
-les esprits seront revenus de cette ivresse, dans laquelle ils sont
-actuellement plongés, peut-être sentira-t-on l'utilité de donner à
-l'autorité royale une plus grande étendue.
-
-«Voilà, dans la marche que les choses prennent d'elles-mêmes, ce que
-l'on peut apercevoir de l'avenir. Je compare ce résultat avec ce que
-pourrait promettre une conduite opposée au vœu que la nation manifeste.
-Je vois une impossibilité absolue à rien obtenir autrement que par
-l'emploi d'une force supérieure. Dans cette dernière supposition, je
-ne parlerai pas des dangers personnels que pourraient courir le Roi,
-son fils et moi; mais quelle entreprise que celle dont l'issue est
-incertaine et dont les résultats, quels qu'ils fussent, présentent de
-tels malheurs qu'il est impossible d'y attacher ses regards! On est
-ici déterminé à se défendre. L'armée est en mauvais état par le défaut
-de chefs et de subordination; mais le royaume est couvert d'hommes
-armés, et leur imagination est tellement exaltée qu'il est impossible
-de prévoir ce qu'ils pourraient faire et le nombre des victimes qu'il
-faudrait immoler pour pénétrer au sein de la France. On ne saurait
-calculer, d'ailleurs, quand on voit ce qui se passe ici, quels seraient
-les effets de leur désespoir. Je ne vois, dans les événements que
-présente une telle tentative, que des succès douteux, et la certitude
-de grands maux pour tout le monde. Quant à la part que vous, mon cher
-frère, pourriez y prendre, ce seraient des grands sacrifices que vous
-feriez à nos intérêts, et cependant ils présenteraient d'autant plus de
-danger pour nous qu'on pourrait nous y supposer plus d'influence.»
-
-Que devait donc faire l'Empereur? Cesser toute protestation, toute
-menace, être le premier à reconnaître la Constitution, lorsqu'elle
-aurait été acceptée par le Roi, et se lier ainsi intimement à la France
-régénérée. Par là il ferait disparaître «des inquiétudes d'autant plus
-fâcheuses pour tout le monde qu'elles sont un des principaux obstacles
-au rétablissement de la tranquillité publique». Une telle attitude
-ne pourrait que ramener les esprits au Roi, auquel on ne manquerait
-pas d'attribuer une part prépondérante dans cette résolution de son
-beau-frère; les chefs de la Révolution «qui ont soutenu le Roi dans la
-dernière circonstance et qui veulent lui assurer la considération et
-le respect nécessaires à l'exercice de son autorité», trouveraient là
-«un moyen de concilier la dignité du souverain avec les intérêts de la
-nation et par là de consolider et d'affermir une Constitution, dont ils
-conviennent tous que la majesté royale est une chose essentielle».
-
-«Je ne sais, ajoutait la Reine en terminant, si le Roi ne trouvera pas
-là et dans les dispositions de la nation, dès qu'elle sera plus calmée,
-plus de déférence et des dispositions plus favorables que celles qu'il
-pourrait attendre de la plupart des Français, qui sont actuellement
-hors du royaume[756].» Quant à ces derniers, les émigrés, dont les
-menaces exaspéraient la nation et compromettaient la pacification
-intérieure, l'essentiel était de les contenir, et pour les contenir, le
-plus simple était de les faire rentrer en France.
-
-Pour confirmer la pensée contenue dans cette lettre et lui donner
-plus de poids par des explications verbales, quelques jours après, au
-commencement d'août, les chefs des Constitutionnels, avec l'assentiment
-officiel du Roi et de la Reine, firent partir deux émissaires, l'un, le
-chevalier de Coigny, pour Coblentz, où il devait remettre des dépêches
-aux princes; l'autre, l'abbé Louis, pour Bruxelles, où il devait
-rencontrer un ministre de Léopold, longtemps confident de la Reine, et
-qui ne s'était pas désintéressé des affaires de France, le comte de
-Mercy.
-
-Ancien familier de Trianon, habitué fidèle des Tuileries, depuis le
-retour à Paris, et l'un des confidents, dit-on, du voyage de Varennes,
-le chevalier de Coigny était l'homme de la famille royale, et devait,
-pensait-on, inspirer confiance aux frères du Roi. Ami intime de
-Duport, l'abbé Louis était plutôt l'homme des Constitutionnels.
-Tous deux eurent, avant leur départ, une entrevue avec Louis XVI et
-Marie-Antoinette; mais M. de Coigny ne les vit qu'en présence des
-ministres, et c'est devant ces derniers que la lettre pour le comte
-d'Artois lui fut remise et lue. Le Roi y ajouta une lettre cachetée
-pour Monsieur, et M. de Montmorin, un mémoire qui ne devait être
-communiqué qu'autant que les Princes paraîtraient bien disposés[757].
-Dans sa dépêche ostensible, Louis XVI engageait ses frères à rentrer en
-France avec tous les émigrés; la Constitution avait les sympathies de
-la nation; il était donc impossible de s'y opposer: mieux valait s'y
-soumettre. Dans la lettre à Monsieur, le Roi ajoutait que les Princes
-ne devaient point avoir égard à ce qui lui était personnel, à lui et à
-sa famille, mais ne consulter que le bonheur et les avantages du pays;
-qu'au surplus, ils pouvaient avoir toute confiance dans le chevalier de
-Coigny[758]. Lorsque ce dernier arriva à Coblentz[759], les Princes,
-après avoir pris connaissance des deux lettres, demandèrent s'il ne
-fallait pas agir du tout et si telle était bien l'intention du Roi. Le
-chevalier répondit qu'il ne le croyait pas, mais que le Roi désirait
-que, si l'on agissait, on prît toutes les précautions nécessaires pour
-sa sûreté, celle de sa famille et des gens qui lui étaient attachés
-dans le royaume[760]. Cette réponse de M. de Coigny, interprète ou non
-de la pensée de Louis XVI, s'accordait trop bien avec les sentiments
-intimes des Princes, pour qu'ils ne se fussent pas empressés d'y
-conformer leur conduite. Excités par le roi de Suède, flattés par
-l'Impératrice de Russie, possesseurs, depuis le 7 juillet, d'un plein
-pouvoir en blanc, envoyé par le Roi, débarrassés ainsi du contrôle du
-baron de Breteuil, l'homme de la Reine[761], ils étaient moins que
-jamais résignés à rentrer, et, plus que jamais, décidés à agir.
-
-Quant à l'abbé Louis, il avait eu, avant de partir, une assez longue
-conférence avec Marie-Antoinette. Il lui avait exposé que trois partis
-s'offraient à elle: ou favoriser les entreprises des Princes, ou
-se jeter dans le parti démocratique, ou attendre du temps et d'une
-conduite adroite et sage le retour du peuple à des idées modérées, dont
-les malheurs de l'anarchie devaient lui faire sentir la nécessité.
-
-«La Reine, raconte Staël, très lié avec les chefs de l'Assemblée et
-qui, manifestement, tenait d'eux ses renseignements, la Reine a rejeté
-avec une grande force le premier parti, répétant souvent que les
-princes voulaient faire les héros aux dépens de la France et de la
-sûreté du Roi et de la sienne; qu'elle avait toujours détesté leurs
-intentions, et qu'elle n'avait conçu le plan de Montmédy que pour ne
-devoir rien qu'à l'opinion qui se serait formée et montrée en France en
-faveur de la monarchie, et non aux secours étrangers. Elle a témoigné
-aussi beaucoup d'éloignement pour les exagérations démocratiques, et
-le parti qui permettait au Roi de profiter de toutes les occasions
-pour regagner l'affection du peuple lui a paru préférable. L'abbé
-Louis lui a proposé qu'un moyen d'inspirer la confiance au peuple
-serait la conduite de l'Empereur; que, s'il était le premier souverain
-qui ménageât son alliance avec la France et éloignât de chez lui les
-émigrés français, connus par leurs projets hostiles, on croirait que
-la Reine est franchement déterminée à ne point vouloir de réforme en
-France que dans le temps et l'expérience faite[762].»
-
-La Reine, paraissant entrer dans les vues de l'abbé, lui donna une
-lettre pour l'accréditer près de Mercy, et engager ce dernier, ainsi
-que c'était le désir des Constitutionnels, à revenir à Paris, ajoutant
-qu'elle craignait de s'être trompée sur la route qu'elle aurait dû
-suivre, et qu'elle avait grand besoin de ses lumières et de ses
-conseils[763].
-
-Mais la Reine ne se prêtait qu'en apparence aux plans de ses nouveaux
-alliés; et tout en écoutant leurs projets, et en transmettant leurs
-mémoires à son frère, en rendant même justice à leur bonne volonté,
-elle n'acceptait point leur politique.
-
-«Je suis assez contente de ce côté-là, écrivait-elle, c'est-à-dire
-de Duport, de Lameth et de Barnave,—les trois seuls, disait-elle une
-autre fois, avec lesquels on puisse tenter quelque chose[764].—Il faut
-leur rendre justice, quoiqu'ils tiennent toujours à leurs opinions,
-je n'ai jamais vu en eux que grande franchise, de la force et une
-grande envie de remettre de l'ordre, et par conséquent l'autorité
-royale[765].»—«Mais, reprenait-elle presque aussitôt, quelques bonnes
-intentions qu'ils montrent, leurs idées sont exagérées et ne peuvent
-jamais nous convenir[766].»
-
-Cette méfiance instinctive ne s'expliquait que trop. Ces hommes, qui
-prétendaient sauver la monarchie, n'étaient-ils pas les mêmes qui lui
-avaient porté les premiers et les plus rudes coups? Ce peuple, en la
-sagesse duquel on l'engageait à se fier, n'était-il pas le peuple du 14
-juillet, du 6 octobre, du 18 avril, qui, chaque jour encore, outrageait
-la famille royale sous les fenêtres de son palais et menaçait ses plus
-fidèles serviteurs? La Reine ne savait-elle pas qu'il est plus facile
-de déchaîner le torrent que de l'arrêter, et que ceux qui ont été
-habiles à détruire sont rarement capables de réédifier? Les intentions
-de Barnave et de ses amis étaient pures; la Reine le croyait; mais la
-politique n'est-elle pas pavée de bonnes intentions? La clairvoyance
-des Constitutionnels, si souvent en défaut, serait-elle plus heureuse
-aujourd'hui, et leur pouvoir d'ailleurs serait-il à la hauteur de leur
-bonne volonté? Cette Assemblée, dont ils se croyaient les maîtres
-et qu'ils représentaient comme si désireuse de restaurer l'autorité
-royale, ne venait-elle pas d'infliger à la majesté du Roi un sanglant
-outrage en votant publiquement une récompense à ceux qui l'avaient
-arrêté, de porter un coup mortel à sa puissance et à sa sûreté en
-éloignant de sa personne les Suisses et les plus dévoués défenseurs de
-la monarchie[767]? Qu'avaient donc fait Barnave et les Lameth pour
-épargner au Roi ces insultantes mesures, ou, s'ils avaient voulu faire
-quelque chose, quelle était leur influence? Et quelle était alors la
-valeur de leur concours et des idées qu'ils prétendaient imposer?
-
-Aussi, dès le lendemain du jour où elle avait écrit la lettre inspirée
-par les chefs de la gauche, le lendemain de sa conférence avec l'abbé
-Louis, la Reine s'empressait-elle de renier ses paroles et de désavouer
-ses agents:
-
-«Je vous ai écrit, le 29, une lettre que vous jugerez aisément n'être
-pas de mon style, écrivait-elle à Mercy le 31. J'ai cru devoir céder
-aux désirs des chefs du parti ici, qui m'ont donné eux-mêmes le projet
-de lettre. J'en ai écrit une autre à l'Empereur hier, 30; j'en serais
-humiliée, si je n'espérais pas que mon frère jugera que, dans ma
-position, je suis obligée de faire et d'écrire tout ce qu'on exige de
-moi[768].»
-
-Le jour suivant, elle revenait à la charge:
-
-«L'abbé Louis doit aller vous joindre bientôt; il se dira accrédité par
-moi pour vous parler. Il est essentiel que vous ayez l'air de l'écouter
-et d'être prévenu, mais de ne pas vous laisser aller à ses idées[769].»
-
-Mercy, plus dur que la Reine, dur jusqu'à l'injustice, il faut le dire,
-était plein de mépris pour ces anciens ennemis repentants. A ses yeux,
-Barnave et les Lameth n'étaient que des «scélérats dangereux»; Duport,
-«le plus déterminé antiroyaliste et le factieux le plus intrépide[770]».
-
-Marie-Antoinette elle-même était convaincue que les Constitutionnels
-ne se rapprochaient d'elle que par ambition et par dépit; que
-l'attachement qu'ils affichaient pour la royauté n'était qu'un moyen
-de reprendre un pouvoir qui leur échappait et que si, grâce à leur
-coalition avec les royalistes, ils redevenaient les maîtres, ils ne
-vaudraient pas mieux que leurs adversaires plus avancés. Si elle
-feignait de les écouter et de les suivre, c'était pour les endormir,
-pour les empêcher de se réunir aux Jacobins et de fonder avec eux la
-république[771]; c'était aussi dans l'espoir, par cette division,
-d'amener le discrédit du nouveau gouvernement, de le rendre en quelque
-sorte impossible, et de préparer par là les esprits à un mécontentement
-d'où sortirait le rétablissement du trône; mais elle n'avait pleine
-confiance ni dans la franchise ni dans le désintéressement de ses
-nouveaux alliés[772]. C'est le malheur des révolutionnaires qui veulent
-revenir à des idées plus saines, qu'on ne croit pas à la sincérité de
-leur conversion.
-
-C'est aussi leur châtiment.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
- La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste; pas d'action
- immédiate; des négociations seulement.—Lettre du 8 juillet à
- Fersen.—Hostilité de la Reine contre les émigrés.—Mauvaise
- attitude d'un certain nombre de ces derniers contre
- Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard des
- Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment elle
- est jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre à Mercy.—Cruelle
- situation de Marie-Antoinette.
-
-
-Mais si Marie-Antoinette n'adoptait pas les idées des Constitutionnels,
-si elle n'acceptait pas non plus celles des émigrés, que
-prétendait-elle donc, et quel était son plan? Ce plan, à la date où
-nous sommes arrivés, n'était et ne pouvait être encore qu'ébauché.
-Après l'échec de Varennes, qui avait dérouté si complètement des
-projets arrêtés et mûris, il fallait un certain temps à la Reine,
-prisonnière et isolée de ses amis, pour recueillir ses esprits,
-étudier une ligne de conduite et combiner les débris de l'organisation
-précédemment élaborée avec les exigences nouvelles de la situation.
-Une lettre du 8 juillet, à Fersen, donne cependant la première pensée
-et comme les premiers traits de ce plan qui a été longtemps ignoré,
-mais que des publications récentes permettent de reconstituer avec une
-certaine précision. Ce à quoi le Roi et la Reine tenaient avant tout,
-ce qu'ils recommandaient avec la dernière énergie, c'est qu'on n'eût
-pas recours à la force.
-
-«Le Roi pense, écrivait Marie-Antoinette, le 8 juillet, que c'est par
-la voie des négociations seules que leur secours,—des Puissances
-étrangères,—pourrait être utile à lui et à son royaume; que la
-démonstration de forces ne doit être que secondaire, et si l'on se
-refusait ici à toute voie de négociation.
-
-«Le Roi pense que la force ouverte, même après une première
-déclaration, serait d'un danger incalculable, non seulement pour lui
-et sa famille, mais pour tous les Français qui, dans l'intérieur du
-royaume, ne pensent pas dans le sens de la Révolution. Il n'y a pas de
-doute qu'une force étrangère ne parvienne à rentrer en France; mais le
-peuple, armé comme il l'est, en fuyant les frontières et les troupes du
-dehors, se servirait dans l'instant de leurs armes contre ceux de leurs
-concitoyens que, depuis deux ans, on ne cesse de leur faire regarder
-comme leurs ennemis.
-
-«..... On doit regarder tout ce qui s'est fait depuis deux ans comme
-nul quant à la volonté du Roi, mais impossible à changer, tant que la
-grande majorité de la nation sera pour les nouveautés. C'est à faire
-changer cet esprit qu'il faut faire tourner toute notre application.
-
-«Résumé: Il désire que la captivité du Roi soit bien constatée et bien
-connue des Puissances étrangères; il désire que la bonne volonté de
-ses parents, amis et alliés et des autres souverains qui voudraient y
-concourir, se manifestât par une manière de Congrès où on employât la
-voie des négociations; bien entendu qu'il y eût une force imposante
-pour les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne pas provoquer
-au crime et au massacre[773].»
-
-Il est facile de voir, par ce simple aperçu, combien ce plan différait
-de celui des Constitutionnels, qui voulaient l'inaction des Puissances;
-combien plus encore il différait de celui des émigrés, qui, eux,
-voulaient une entrée en campagne immédiate. C'était à ce dernier
-projet surtout que la Reine était le plus énergiquement opposée.
-Toutes ses lettres à l'Empereur, à Mercy, à Fersen, lettres intimes
-et lettres officieuses, sinon officielles, sont remplies d'instances
-pour qu'on retienne les émigrés, pour qu'on les réduise à l'inaction,
-sinon à l'impuissance. Sa méfiance contre les chefs des émigrés,
-son antipathie surtout contre Calonne, dont l'appel près du comte
-d'Artois lui avait semblé une sorte d'insulte personnelle[774], et
-quelle voyait triomphant et plus actif que jamais, semblait s'être
-accrue de l'humiliation de son échec. Elle s'était accrue surtout
-des nouvelles qu'elle recevait de Coblentz, du peu de cas que les
-meneurs de l'émigration faisaient de l'autorité du Roi, et du peu
-de respect qu'ils avaient pour sa personne. Elle ne pouvait guère
-ignorer en effet qu'à Bruxelles et à Coblentz on traitait mal ses
-plus dévoués serviteurs, comme Breteuil, le maréchal de Castries, M.
-d'Agoût[775], qu'on ne la traitait guère mieux elle-même, et qu'il
-avait fallu un certain courage à M. de Vaudreuil pour la défendre
-contre des récriminations ardentes[776]; qu'on opposait hautement le
-parti du comte d'Artois à celui de la Reine[777], et que certains
-émigrés avaient poussé l'inconvenance jusqu'à se réjouir publiquement
-de son arrestation[778]. N'avait-on pas été jusqu'à dire à Coblentz
-que «le Roi, lorsque ses frères lui auraient _rendu_ la couronne, ne
-pourrait jamais, sous aucun prétexte et dans aucun cas, renvoyer un
-des ministres qui faisaient partie du Conseil nommé par les Princes,
-sans l'aveu et le consentement des autres membres de ce Conseil[779]?»
-Non pas assurément que ces reproches d'ambition personnelle doivent
-s'étendre à tous les émigrés; le plus grand nombre n'avait été poussé à
-s'engager dans l'armée des Princes que par dévouement pour la famille
-royale et parce que, après Varennes, ils n'apercevaient pas d'autre
-moyen de la servir que là. Beaucoup de braves gentilshommes de province
-étaient accourus du fond de leurs campagnes, prêts à verser leur sang
-simplement, sans prétention, comme à Fontenoy, comme à Clostercamps,
-parce qu'ils voyaient là un devoir à remplir, et que, dans leur loyal
-enthousiasme, combattre pour le Roi, c'était toujours combattre pour la
-France: politiques à courtes vues peut-être, mais serviteurs au cœur
-large et au dévouement sans bornes. Pour eux, suivant le mot heureux de
-Mme Swetchine, «le royalisme, c'était le patriotisme simplifié[780].»
-
-Mais il faut malheureusement convenir que certains chefs de
-l'émigration, les meneurs, ceux qui donnaient le ton à Coblentz,
-«ces talons-rouges et ces têtes folles,» comme les appelait, avec un
-certain dédain, le cardinal de Bernis[781], n'avaient pas des vues si
-désintéressées, ni de si naïfs calculs. C'était leur cause autant que
-celle du Roi qu'ils soutenaient; c'était leur pouvoir, plus encore
-que celui du Roi, qu'ils prétendaient défendre et perpétuer, quel que
-fût d'ailleurs le souverain régnant, que ce fût, comme l'avait écrit
-Gustave III à Stedingk, Louis XVI, Louis XVII ou Charles X[782]. Dès
-1790, un émigré, le baron de Castelnau, «un des plus instruits et des
-plus loyaux,» suivant Mounier[783], n'avait-il pas dit, à Vienne,
-que «quand même, au milieu d'une contre-révolution, le Roi, la Reine
-et leurs enfants seraient sacrifiés, le comte d'Artois resterait, et
-que la monarchie serait sauvée[784]?» Cela n'était-il pas plus vrai
-maintenant que, outre le comte d'Artois, il y avait, hors de France,
-Monsieur, héritier présomptif de la couronne après le Dauphin?
-
-Qui pourrait dire que cette perspective d'un changement dans la
-personne royale ne fût pas entrée dans les visées de quelque
-personnage, non pas sans doute des frères du Roi, malgré les méfiances
-de Marie-Antoinette contre le comte de Provence, mais du moins de
-certains de leurs conseillers, qui espéraient avoir près des Princes
-plus d'influence qu'ils n'en auraient jamais auprès du Roi et en face
-de la Reine?
-
-Mme de Bombelles avait donc raison d'écrire que «le peu d'égards
-qu'ils,—les Princes,—ont eu pour la Reine ferait toujours redouter
-leur empire à cette dernière[785]». Et l'on conçoit que la malheureuse
-princesse, instruite de cette attitude, se soit écriée un jour avec
-colère: «Ils se croient des héros! Que feront ces héros, même avec
-leur roi de Suède?» Et qu'une autre fois, dans un moment d'amertume
-et d'abandon, elle se soit laissée aller à dire: «Si mes frères
-parvenaient à nous rendre quelques services, la reconnaissance en
-serait bien pesante, et nous aurions ces maîtres-là de plus, qui
-seraient les plus gênants et les plus impérieux[786].»
-
-La raison politique était donc d'accord avec le ressentiment de la
-souveraine outragée et de la femme offensée, pour lui faire repousser
-le concours armé des émigrés.
-
-«Il est essentiel, écrivait-elle à Mercy, le 7 août, il est essentiel
-qu'on contienne les Princes et les Français qui sont au dehors. Je
-crains tout de la tête de Calonne, et une seule fausse démarche
-perdrait tout[787].»
-
-Le 16 août, elle est plus pressante encore. Pourquoi se fierait-elle
-aux Princes? Ils n'ont aucun moyen sérieux, ils ne feront rien de bon;
-ils ne peuvent que nuire.
-
-«Et si même, ce qui n'est pas à présumer, ils ont un avantage réel,
-nous retomberions sous leurs agents dans un esclavage nouveau et pis
-que le premier, puisque, ayant l'air de leur devoir quelque chose, nous
-ne pourrions pas nous en tirer. Ils nous le prouvent déjà en refusant
-de s'entendre avec les personnes qui ont notre confiance, sous le
-prétexte qu'ils n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer à
-nous livrer à M. de Calonne qui, sous tous les rapports, ne peut pas
-nous convenir, et qui, je le crains bien, ne suit en tout ceci que son
-ambition, ses haines particulières et sa légèreté ordinaire, en croyant
-toujours possible et fait tout ce qu'il désire. Je crois même qu'il ne
-peut que faire tort à mes frères, qui, s'ils n'agissaient que d'après
-leur cœur seul, seraient sûrement parfaits pour nous[788].»
-
-Mais quoi! Ignore-t-elle les mauvais propos qui se tiennent contre
-elle à Coblentz? Ne songe-t-on pas à proclamer Monsieur régent, le
-comte d'Artois, lieutenant général du royaume? On veut annihiler le
-Roi, après l'avoir privé de ses défenseurs. Car ne sont-ce pas ces
-perpétuels appels à l'émigration qui ont créé autour des souverains
-captifs un isolement sous lequel ils succombent, et qui la force elle,
-à s'abaisser et à dissimuler? Et, se révoltant à cette pensée, sentant
-son courroux grandir, et sa tête bouillonner, la Reine rouvre sa lettre
-le 21 août, pour y revenir encore dans les termes les plus formels et
-les plus durs sur la nécessité de repousser le concours des émigrés:
-
-«Il est essentiel que les Français, mais surtout les frères du Roi,
-restent en arrière, et que les Puissances réunies agissent seules.
-Aucune prière, aucun raisonnement de notre part ne l'obtiendra d'eux;
-il faut que l'Empereur l'exige; c'est la seule manière dont il puisse,
-mais surtout à moi, me rendre service. Vous connaissez par vous-même
-les mauvais propos et les mauvaises intentions des émigrants. _Les
-lâches!_ Après nous avoir abandonnés, ils veulent exiger que seuls
-nous nous exposions et que seuls nous servions tous leurs intérêts.
-Je n'accuse pas les frères du Roi, je crois leurs cœurs et leurs
-intentions purs; mais ils sont entourés et menés par des ambitieux, qui
-les perdront, après nous avoir perdus les premiers[789].»
-
-Le 26, avant le départ de cette lettre, nouvelles instances: «Il est
-essentiel que, pour conditions, il—l'Empereur—exige que les frères du
-Roi et tous les Français, mais surtout ces premiers, restent en arrière
-et ne se montrent pas[790].»
-
-L'Empereur d'ailleurs était très naturellement porté à donner
-satisfaction à ces désirs de sa sœur. Il n'avait pour les émigrés ni
-confiance, ni sympathie. Dès le 6 juillet, il s'était adressé aux
-Électeurs de Trèves et de Cologne, pour les engager à empêcher les
-Français réfugiés de faire un coup de tête[791], et le 30 du même mois,
-il écrivait à sa sœur Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas:
-
-«Ne vous laissez induire à rien, et ne faites rien de ce que les
-Français et les Princes vous demanderont, hors des politesses et
-dîners, mais ni troupes ni argent. Je plains bien leur situation,
-et celle de tous les Français qui ont dû s'expatrier; mais ils ne
-pensent qu'à leurs idées romanesques et à leurs vengeances et intérêts
-personnels, croient que tout le monde doit se sacrifier pour eux et
-sont bien mal entourés[792].» «Dans toute cette affaire, écrivait-il un
-peu plus tard, je n'ai vu que la Reine et M. de Fersen et Bouillé qui
-parlent et entendent raison[793].» Lui-même ne voulait agir qu'avec «le
-parfait concours de toutes les Puissances[794]».
-
-C'est dans ce but qu'il s'était ménagé une entrevue avec le Roi de
-Prusse. L'entrevue eut lieu en Saxe, à Pillnitz, le 25 août; le
-comte d'Artois s'y était rendu avec Calonne, au grand mécontentement
-de Léopold. La déclaration qui sortit de ces longues conférences
-entre l'Empereur, le Roi, leurs ministres, le Prince français et ses
-conseillers, est connue; il n'est pas inutile pourtant d'en reproduire
-le texte ici:
-
-«Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté le Roi de Prusse, ayant entendu
-les désirs et les représentations de Monsieur et de M. le comte
-d'Artois, se déclarent conjointement qu'Elles regardent la situation
-où se trouve actuellement Sa Majesté le Roi de France comme un objet
-d'un intérêt commun à tous les souverains de l'Europe. Elles espèrent
-que cet intérêt ne peut manquer d'être reconnu par les Puissances dont
-le secours est réclamé; qu'en conséquence, Elles ne refuseront pas
-d'employer, avec leurs dites Majestés, les moyens les plus efficaces,
-relativement à leurs forces, pour mettre le Roi de France en état
-d'affermir dans la plus parfaite liberté les bases d'un gouvernement
-monarchique, également convenable aux droits des souverains et au
-bien-être de la nation française. Alors, et dans ce cas, leurs dites
-Majestés, l'Empereur et le Roi de Prusse, sont résolues d'agir
-promptement, d'un mutuel accord, avec les forces nécessaires pour
-obtenir le bien propre et commun. En attendant, Elles donneront à leurs
-troupes les ordres convenables, pour qu'elles soient à portée de se
-mettre en activité.»
-
- A Pillnitz, le 27 août 1791.
-
- LÉOPOLD, FRÉDÉRIC-GUILLAUME.
-
-Si menaçante que parût être cette déclaration, elle n'était, au fond,
-suivant l'expression de Mallet du Pan qu'«une comédie auguste[795]».
-Les cinq mots: _Alors et dans ce cas_, introduits par un des
-négociateurs autrichiens, Spielmann, dans la rédaction de l'acte, en
-avaient annulé toute la portée. Les souverains ne devaient agir que
-dans le cas d'un concours général des Puissances, et Léopold lui-même
-déclarait ce concours «bien difficile», sinon impossible[796]. Mais
-c'était une comédie singulièrement dangereuse. Tôt ou tard connu
-du public qui ne savait point les arrière-pensées et les dessous
-de cartes, le manifeste ne pouvait manquer de produire un double
-effet: exalter les espérances des émigrés, qui se croyaient soutenus,
-surexciter les passions des révolutionnaires, qui se supposaient
-menacés: de toutes façons donc, compromettre la sécurité de ceux qu'on
-prétendait sauver.
-
-La Reine ne s'y trompa point: elle fut très mécontente de la
-déclaration de Pillnitz:
-
-«On dit ici, écrivait-elle à Mercy, le 12 septembre, que, dans l'accord
-signé à Pillnitz, les deux Puissances s'engagent à ne jamais souffrir
-que la nouvelle Constitution française s'établisse. Il y a sûrement
-des points auxquels les Puissances ont le droit de s'opposer; mais,
-_pour ce qui regarde les lois intérieures d'un pays, chacun est maître
-d'adopter dans le sien ce qui lui convient_. Ils auraient donc tort de
-l'exiger, et tout le monde y reconnaîtrait l'intrigue des émigrants, ce
-qui ferait perdre tous les droits de leur bonne cause[797].»
-
-On nous objectera peut-être qu'il y a là une contradiction étrange
-et que la Reine, en sollicitant l'appui des Puissances, demandait,
-au fond, ce qu'elle repoussait par cette lettre, une intervention
-étrangère dans la Constitution intérieure du pays. Nous croyons que
-ce serait mal interpréter sa pensée. La Reine voulait que, grâce à
-l'attitude menaçante, à la pression même, si l'on veut, des Puissances,
-le Roi fût remis en liberté; c'était tout. Le Roi, une fois redevenu
-maître de ses actes, aurait seul décidé, avec les représentants de la
-nation, ce qu'il devait conserver, et ce qu'il devait rejeter d'une
-Constitution, dont les défauts étaient évidents, mais que, prisonnier
-dans Paris, il ne pouvait se refuser à sanctionner.
-
-Et qu'on ne croie pas que ce fût sous l'influence de Barnave et des
-Lameth que Marie-Antoinette avait tracé les lignes si sages et si
-fermes que nous venons de citer. Non; cette lettre du 12 septembre
-est une lettre tout intime; c'est la protestation de son patriotisme,
-le cri de son cœur, le sentiment profond de sa dignité de Reine et de
-Française. Si l'on veut voir à quel point elle y ouvre son âme tout
-entière, qu'on continue la lettre jusqu'au bout, et qu'on lise ceci:
-
-«Enfin, le sort en est jeté; il s'agit à présent de régler sa marche
-et sa conduite d'après les circonstances. Je voudrais bien que tout
-le monde réglât sa conduite d'après la mienne; mais, même dans notre
-intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à
-livrer. Plaignez-moi; je vous assure qu'il faut plus de courage à
-supporter mon état que si on se trouvait au milieu d'un combat;
-d'autant que je ne me suis guère trompée et que je ne vois que malheur
-dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise volonté des autres.
-Mon Dieu! Est-il possible que, née avec du caractère et sentant si
-bien le sang qui coule dans mes veines, je sois destinée à passer mes
-jours dans un tel siècle et avec de tels hommes! Mais ne croyez pas
-pour cela que mon courage m'abandonne. Non pour moi, mais pour mon
-enfant, je me soutiendrai, et je remplirai jusqu'au bout ma longue et
-pénible carrière. _Je ne vois plus ce que j'écris. Adieu!_[798]»
-
-Et elle écrivait, quelques jours après à Esterhazy, «qu'il ne fallait
-pas s'occuper de sa sûreté personnelle, mais seulement du salut de la
-France[799].»
-
-La France et son fils, c'était la double pensée qui la soutenait
-pendant ses jours d'accablement, et qui lui inspirait, suivant le mot
-du comte de Stedingk, «un courage égal à son infortune.»
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et
- Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de
- moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané de
- l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à
- Paris.—Enthousiasme populaire.
-
-
-Pendant toutes ces négociations et ces échanges de correspondances,
-l'Assemblée nationale avait atteint le terme de sa carrière. La
-Constitution était achevée le 3 septembre, et, le 4, présentée à
-l'acceptation du Roi, sans que les Constitutionnels convertis,
-abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune inintelligente
-de la Droite, eussent pu y faire introduire les modifications qu'ils
-jugeaient indispensables à la dignité de l'autorité royale. Qu'allait
-faire Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des libéraux éprouvés,
-comme Gouverneur Morris, proclamaient «inexécutable», que ses auteurs
-eux-mêmes, les Lameth, Barnave, Duport, trouvaient pleine d'erreurs
-dangereuses, et contre laquelle lui n'avait cessé de protester, soit
-secrètement, près des autres souverains, soit publiquement, avant de
-partir pour Varennes, par le message du 20 juin 1791? Refuserait-il sa
-sanction? Mais quelles en seraient les conséquences?
-
-Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette grave question et
-ne cessait d'interroger Mercy et ses plus fidèles amis. «C'est à la
-fin de la semaine qu'on présentera la charte au Roi, écrivait-elle le
-21 août; ce moment est affreux[800].» Mais Mercy, mais Léopold, mais
-les conseillers du dehors se rendaient-ils exactement compte de la
-situation?
-
-«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès le 28 juillet; il
-faudrait que le Roi eût la fermeté de dire qu'il ne consentira jamais
-à rien qu'en pleine liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce
-n'est que par le plus grand courage que l'on en imposera. ..... Il ne
-faudrait pas rejeter des conditions raisonnables; cela serait désarmer
-la nation, pouvoir du Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la
-guerre et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature
-hors de Paris[801].»
-
-Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour la plupart,
-avaient-elles chance d'être acceptées par un peuple aussi ardent et
-aussi enclin aux préjugés que le peuple français? Qui eût pu, alors,
-sans une lutte violente, enlever aux gardes nationales ces armes qui
-leur semblaient le palladium de la liberté? L'expérience de Varennes ne
-venait-elle pas de prouver que Paris ne se croyait réellement capitale
-qu'autant qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on pu exécuter,
-en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que quatre-vingts ans plus tard,
-après la plus sanglante révolte, et qui, même alors, n'a pas duré? La
-Reine ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le voulait Mercy, il
-eût fallu disposer d'une force sérieuse, et, au besoin, appuyer les
-paroles par des actes énergiques. Cette force, elle ne l'avait pas.
-
-«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle, est juste,
-mais impraticable pour nous. Nous n'avons ni force, ni moyens; nous ne
-pouvons que temporiser.....»
-
-Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible espoir, elle ajoutait:
-
-«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je crois encore qu'on pourra
-préparer à nos enfants un avenir plus heureux[802].»
-
-Un avenir plus heureux, quelle ironie!
-
-De même que Mercy, Léopold posait comme première condition la sortie du
-Roi de Paris et sa retraite dans une province, où, en pleine liberté et
-sous la protection de défenseurs dévoués, il eût pu examiner à son aise
-la Constitution qu'on lui soumettait. On désignait même le lieu de sa
-retraite: un château de M. de Crouy[803], du nom de l'Hermitage, situé
-près de Condé, ou encore Montmédy[804], et là, le Roi serait entouré de
-ses gardes du corps[805].
-
-Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien peu probable, car on
-eût replacé le Roi précisément dans la position où il avait voulu se
-mettre le 20 juin, et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on
-l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à vue aux Tuileries.
-
-Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou à Montmédy,
-c'est-à-dire à une lieue de la frontière et à proximité des troupes
-étrangères, mais à une petite distance de la capitale, à Fontainebleau,
-Rambouillet ou Compiègne, par exemple? Malgré l'avis de Malouet et de
-Mallet du Pan, la Reine ne le croyait pas davantage.
-
-«On désire que nous allions soit à Rambouillet, soit à Fontainebleau;
-mais, d'un côté, comment et par qui serons-nous gardés? Et de l'autre,
-jamais ce peuple ne laissera sortir mon fils. On l'a accoutumé à le
-regarder comme son bien. Rien ne les fera céder, et,—ajoutait-elle avec
-le touchant exclusivisme et les légitimes appréhensions de l'amour
-maternel,—et nous ne pouvons pas le laisser seul[806]!»
-
-Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre: «Si le Roi accepte
-la Constitution, vous êtes tous deux perdus...... Ce n'est pas
-l'adresse, c'est la fermeté seule qui peut vous sauver...... Votre
-salut consiste dans la patience, le silence et le refus[807].»
-
-La patience, la Reine en avait depuis longtemps; mais le silence,
-comment le garder? Comment refuser la sanction demandée et en quelque
-sorte exigée? N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous les
-fenêtres des Tuileries, gronder des menaces incessantes d'insurrection?
-Le peuple, non seulement dans la capitale, mais dans les provinces
-même—on l'avait bien vu au retour de Varennes,—n'était-il pas
-emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais irrésistible, pour cette
-Constitution qu'il ne connaissait pas, mais que, dans sa crédulité
-naïve, avec ce besoin inné en France de chercher toujours un sauveur,
-et en dépit des sinistres prophéties de Malouet, il regardait comme
-l'aurore de jours sans nuages? Résister à cet entraînement universel,
-mais avec quoi? Quelle armée, quelle autorité avait-on?
-
-«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la Reine. Tout ce que nous
-pouvons pour notre honneur et pour l'avenir, ce sont des observations à
-faire, qui ne seront sûrement pas écoutées, mais qui, au moins avec la
-protestation que le Roi a faite, il y a six semaines, et calquées sur
-elle, serviront de base pour le moment où l'ennemi, le malheur et le
-désenivrement pourront laisser passer la raison[808].»
-
-Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude énergique, revenait
-à des opinions tout autres, et en envoyant à la Reine les conseils
-de Burke, dont nous avons parlé plus haut, et qui poussaient à la
-résistance, il avait soin d'ajouter:
-
-«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la Reine; mais cette
-idée, vraie dans le principe, est dangereuse dans le fait..... Il
-faudrait donc ne rien brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de
-temporiser[809].»
-
-Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité de
-l'acceptation de la Constitution s'imposait à Marie-Antoinette, quelque
-dur que cela pût être à sa fierté. Le 26 août, elle écrivait encore à
-Mercy:
-
-«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi refuse son
-acceptation. _Croyez que la chose doit être bien vraie, puisque je
-le dis._ Vous connaissez assez mon caractère pour croire qu'il se
-porterait plutôt à une chose noble et pleine de courage; mais il n'en
-existe point à courir un danger plus que certain[810].»
-
-En présence de cette évidente nécessité, la Reine ne cherchait
-qu'à temporiser, comme disait Mercy, afin d'attendre l'occasion
-favorable de corriger l'œuvre, plus qu'imparfaite, qu'on allait être
-contraint d'accepter. Pour cela, il fallait avant tout inspirer la
-confiance; il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors, ne vînt
-entraver le retour de l'opinion et fournir un aliment aux passions
-révolutionnaires: «C'est le seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur,
-pour que le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur qu'il
-éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à
-nous, en désertant les auteurs de ses maux[811].»
-
-Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est vrai, des
-Constitutionnels, un certain revirement se manifestait dans le public.
-Une foule plus sympathique se portait aux Tuileries; la Reine, prenant
-son fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était acclamée.
-Le 4 septembre, la messe au Château était des plus brillantes; Louis
-XVI et sa famille, en s'y rendant,—c'est un témoin bien peu suspect qui
-le rapporte,—étaient salués par des applaudissements[812]. L'opinion
-royaliste faisait des progrès sensibles; on commençait à oser la
-soutenir dans les cafés, même au Palais-Royal, ce palladium de la
-Révolution[813], et les chefs des partis populaires la professaient
-entre eux[814]. La plupart étaient convaincus que la Constitution,
-telle qu'ils l'avaient ébauchée, était inapplicable; Barnave allait
-jusqu'à dire qu'il fallait que les assemblées futures n'eussent que
-l'influence d'un Conseil de notables et que toute la force devait
-résider dans le gouvernement[815]. Bien plus, nombre de gens, de ceux
-même qui avaient applaudi et peut-être participé à l'arrestation
-du Roi, en étaient venus à déplorer publiquement qu'il eût échoué
-dans son entreprise; ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de
-Montmédy», car, disaient-ils, ce plan promettait à la France «une bonne
-Constitution également éloignée des deux extrêmes[816]». La Reine
-elle-même, si calomniée, avait sa part dans ce retour de la faveur
-populaire, et seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient des
-anneaux avec cette devise: _Domine, salvum fac Regem et Reginam_[817].
-Il fallait donc profiter de ce revirement inattendu, et dussent les
-aristocrates l'accuser,—comme ils le faisaient pour la punir de ses
-répugnances contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier à sa fierté
-le salut de la France[818], ne valait-il pas mieux se résigner, en
-apparence du moins, à une Constitution dont les défauts étaient si
-criants, qu'ils sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait
-seulement de la mettre en pratique[819]?
-
-Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais comment, et
-dans quels termes? Ici encore les avis étaient partagés. Malouet,
-comme la Marck, comme Gouverneur Morris, demandaient que le Roi fît
-des réserves, et c'était le parti auquel inclinaient manifestement
-d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette[820]. Mais les Constitutionnels
-insistaient pour une acceptation pure et simple, et le Roi, désireux de
-ne pas s'aliéner ces conseillers de la dernière heure, et de n'inspirer
-aucune méfiance sur la sincérité de son adhésion, se détermina à suivre
-leur avis.
-
-«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à Fersen, mais cela
-était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais voulu
-que l'acceptation fût simple et plus courte; mais c'est le malheur
-de n'être entourés que de scélérats; encore je vous assure que c'est
-le moins mauvais projet qui a passé. Les folies des Princes et des
-émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches; il était essentiel,
-en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de bonne foi[821].»
-
-Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière main à son œuvre, et
-afin d'enlever à la délibération et à l'acceptation du Roi l'apparence
-de la contrainte, Lafayette était venu lever la garde placée autour
-de la famille royale. Le Château redevint libre, les jardins furent
-rouverts au public. Le dimanche suivant, la messe fut célébrée dans la
-chapelle. Le peuple s'y rendit en masse et témoigna une grande joie de
-revoir les augustes prisonniers.
-
-On cria de toutes parts: _Vive le Roi!_ Mais une voix, partie de
-la foule, se chargea de dire à quel prix étaient les acclamations
-populaires: «Oui, reprit-elle, s'il accepte la Constitution[822].»
-
-Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret, vint en grande
-pompe apporter au Roi l'acte constitutionnel; le Roi le prit des mains
-du président et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit à
-l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain en jurer
-solennellement le maintien; il demandait en même temps, que «les
-accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements
-de la Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale». La
-lecture de cette lettre rédigée par Duport du Tertre[823], mais
-écrite tout entière de la main du Roi[824], souleva de frénétiques
-applaudissements. L'amnistie fut votée séance tenante; on en était
-aux politesses et aux échanges de bons procédés. Une nombreuse
-députation alla porter le décret aux Tuileries. Le prince était avec sa
-famille: «Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent
-mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit: «Voici mes enfants, nous
-accourons tous et nous partageons les sentiments du Roi.»
-
-Le Roi était sincère dans son acceptation de la Constitution; il
-espérait encore, à force de sagesse et de patience, la faire marcher
-tant bien que mal, tout en éclairant la nation sur les défauts de cette
-œuvre mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il demanda à
-la Reine et à tous ceux qui l'entouraient, dit Mme de Tourzel, de
-s'interdire toute réflexion sur les démarches que les circonstances
-venaient d'exiger de lui, de ne se permettre rien de contradictoire
-à la Constitution, et, conformément à un de ses articles de ne plus
-nommer à l'avenir Mgr le Dauphin que du nom de Prince Royal[825].»
-La Reine n'avait pas la même confiance que son mari dans l'issue de
-l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du peuple; elle
-se résignait moins facilement aux sacrifices que le régime nouveau
-imposait à la royauté.
-
-Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à être soumise à une
-rude épreuve. Le 14 à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée, entouré de
-tous ses ministres. Il alla prendre place sur un fauteuil à côté du
-président et prononça d'une voix ferme la formule du serment. Par un
-étrange oubli de toutes les traditions et de toutes les convenances,
-le président Thouret avait fait décréter que l'Assemblée resterait
-assise pendant que le Roi parlerait; le prince, qui était demeuré
-debout en prêtant serment, s'en aperçut et en fut vivement ému[826].
-La Reine, qui s'était jointe spontanément à son mari et assistait à la
-séance dans une tribune avec son fils, sa fille et Mme Elisabeth,
-en fut plus émue encore[827]. Mais l'enthousiasme était si général
-que le public n'avait fait attention ni à cette étrange inauguration
-du nouveau régime, qui débutait par une humiliation officielle de
-la royauté, ni à cette légitime indignation du souverain; la salle
-et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes et unanimes
-acclamations. Après la séance, l'Assemblée entière accompagna la
-famille royale revenant aux Tuileries. Arrivée au Palais, la Reine se
-hâta de saluer les dames de sa suite et rentra dans ses appartements;
-le Roi l'y suivit, pâle, les traits altérés, et, se jetant dans un
-fauteuil, un mouchoir sur les yeux: «Tout est perdu, s'écria-t-il. Ah!
-Madame, vous avez été témoin de cette humiliation. Quoi! vous êtes
-venue en France pour voir....» Sa voix était coupée par les sanglots.
-La Reine se jeta à genoux devant lui et le serra dans ses bras. Mme
-Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe de sortir, et les deux
-époux restèrent l'un près de l'autre, confondant leurs larmes et leurs
-tristes pressentiments[828].
-
-Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas moins vif qu'à
-l'Assemblée: on croyait la Révolution finie, la paix et l'ordre
-désormais assurés; plus de dangers dans le présent, plus de menaces
-pour l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse. «Les esprits
-sages, disait l'ambassadeur de Suède, ne partageaient pas cette
-joie[829].» Mais qu'importait à la foule?
-
-Quelques jours après, la Constitution fut proclamée au Champ-de-Mars;
-la municipalité, le département, les fonctionnaires publics, la foule
-s'y pressaient, et lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du haut
-de l'autel de la patrie, un immense cri de _Vive la Nation!_ s'échappa
-de la poitrine de trois cent mille hommes qui s'étouffaient dans cette
-enceinte. On riait, on s'embrassait, on se félicitait; des aérostats
-s'élevaient dans les airs, couverts d'inscriptions patriotiques; il y
-avait jeux populaires et distributions de vivres sur les places et dans
-les carrefours[830]. Le soir, tout Paris illumina; les boulevards, le
-Louvre, les Tuileries, la place Louis XV, les Champs-Élysées surtout
-étincelaient; des guirlandes de feu couraient d'arbre en arbre jusqu'à
-la porte de l'Etoile. Le Roi, la Reine et le Dauphin se promenèrent en
-voiture jusqu'à onze heures du soir, escortés par la garde nationale
-et acclamés par la foule; des cris de _Vive le Roi!_ retentissaient
-de toutes parts. Mais un homme s'était attaché à la voiture royale,
-et chaque fois qu'éclatait le cri de _Vive le Roi!_ d'une voix de
-Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les croyez pas.
-_Vive la Nation!_» C'était la voix brutale de la Révolution proclamant
-qu'elle n'abdiquait pas, même devant l'enthousiasme populaire. «La
-Reine, rapporte Mme Campan, en fut frappée de terreur[831], et
-quand elle rentra au Château: «Qu'il est triste,» dit-elle à Mme de
-Tourzel, «que quelque chose d'aussi beau ne laisse dans nos cœurs qu'un
-sentiment de tristesse et d'inquiétude[832]!»
-
-Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses et fêtes profanes;
-on chantait un _Te Deum_ aux Tuileries; on jouait aux théâtres des
-pièces royalistes. Le dimanche 25, il y eut réjouissances populaires
-offertes par le Roi, dans le jardin du Château. «Nous avons été à
-l'Opéra, écrivait ce jour-là Mme Elisabeth à son amie Mme de
-Raigecourt; nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de plaisirs!
-J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons eu pendant la messe
-le _Te Deum_. Il y en avait un à Notre-Dame. M. l'intrus avait bonne
-envie que l'on y allât; mais quand on en chante un chez soi, on
-est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras. Nous
-nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une
-illumination; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites
-machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut nommer sans
-horreur[833].»
-
-Le mardi 20, à l'Opéra[834], et le lundi 26, à la Comédie-Française,
-l'accueil fut excellent; il y eut des applaudissements
-«inexprimables[835]». Aux Italiens, quelques jours plus tard,
-l'enthousiasme ne fut pas moins bruyant. «Tu ne peux te faire une
-idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,» écrivait
-encore Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt. «Mais,» ajoutait
-mélancoliquement la princesse, «il faut voir combien cet enthousiasme
-durera[836].»
-
-Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée pour en faire la
-clôture. Le président Thouret déclarait que l'Assemblée nationale avait
-terminé sa mission[837], et Lafayette radieux partait pour l'Auvergne,
-en annonçant béatement que la Révolution était finie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation des
- Princes.—Lettre de Louis XVI à ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth
- à la marquise de Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries
- et Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de
- Marie-Antoinette.—Le congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine
- est inexécutable.
-
-
-Quelle avait été l'impression produite à l'étranger par l'acte solennel
-du 14 septembre? Avant même de le connaître officiellement, le 10, les
-Princes avaient protesté, en déclarant que l'acceptation du Roi ne
-pouvant être libre, et lui étant d'ailleurs interdite par son devoir
-et par le serment prêté lors de son avènement au trône, était nulle et
-non avenue. Ils ajoutaient qu'aucun ordre ne les empêcherait de suivre
-la ligne que leur traçait leur conscience et «qu'ils obéissaient au
-véritable commandement de leur souverain, en résistant à ses défenses
-extorquées[838]». Le 11 septembre, le prince de Condé, le duc de
-Bourbon et le duc d'Enghien adhéraient à cette déclaration.
-
-Vainement Louis XVI, dès le milieu de septembre et avant même d'avoir
-reçu cette protestation que lui apporta le duc de la Force[839],
-avait-il écrit à ses frères la lettre la plus touchante et la plus
-sage, pour les conjurer de rentrer en France et de ne pas compliquer
-les difficultés qui l'assaillaient: «Je sais, disait-il, combien la
-Noblesse et le Clergé souffrent de la Révolution; tous les sacrifices
-qu'ils avaient si généreusement proposés n'ont été payés que par la
-destruction de leur fortune et de leur existence. Sans doute, on ne
-peut être plus malheureux et l'avoir moins mérité; mais, pour des
-crimes commis, faut-il en commettre d'autres? Moi aussi j'ai souffert;
-mais je me sens le courage de souffrir encore, plutôt que de faire
-partager mes malheurs à mon peuple.....
-
-«Je sais, disait-il plus loin, qu'on se flatte, parmi mes sujets
-émigrés, d'un grand changement dans les esprits. J'ai cru longtemps
-qu'il se préparait, mais je suis détrompé aujourd'hui. La nation aime
-la Constitution, parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure
-du peuple que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe
-au-dessus, l'égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en
-particulier; mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la Constitution.
-Le bas peuple voit que l'on compte avec lui; le bourgeois ne voit rien
-au-dessus. L'amour-propre est satisfait. Cette nouvelle jouissance
-a fait oublier toutes les autres..... Le temps seul leur apprendra
-combien ils se sont trompés.
-
-«Il faut donc attendre, et surtout se garder avec soin de tout
-ce qui pourrait faire croire au peuple qu'on veut détruire cette
-Constitution, qu'il regarde comme la charte de sa liberté; il faut,—et
-cela ne saurait tarder,—que l'usage lui en démontre à lui-même les
-inconvénients.....»
-
-Et le Roi terminait par ces lignes, où il ne pouvait déguiser
-l'amertume de son âme:
-
-«Je finissais cette lettre, dans le moment où j'ai reçu celle que vous
-m'avez envoyée. Je l'avais vue imprimée avant de la recevoir, et elle
-est répandue partout en même temps. Vous ne sauriez croire combien
-cette marche m'a peiné!..... Je ne vous ferai aucun reproche; mon
-cœur ne peut se décider à vous en faire...... Je vous ferai seulement
-remarquer qu'en agissant sans moi, il,—le comte d'Artois,—contrarie mes
-démarches, comme je déconcerte les siennes. Vous me dites que l'esprit
-public est revenu et vous voulez en juger mieux que moi qui en éprouve
-tous les malheurs. Je vous ai déjà dit que le peuple supportait toutes
-ses privations, parce qu'on l'avait toujours flatté qu'elles finiraient
-avec la Constitution. Il n'y a que deux jours qu'elle est achevée, et
-vous voulez que son esprit soit changé! J'ai le courage de l'accepter
-pour donner à la nation le temps de connaître ce bonheur dont on la
-flatte, et vous voulez que je renonce à cette utile expérience!... Vous
-vous flattez de donner le change, en déclarant que vous marchez malgré
-moi; mais comment le persuader, lorsque cette déclaration de l'Empereur
-et du Roi de Prusse est motivée sur votre demande? Pourra-t-on jamais
-croire que mes frères n'exécutent pas mes ordres? Ainsi, vous allez me
-montrer à la nation, acceptant d'une main et suscitant les Puissances
-étrangères de l'autre?......
-
-«Je ne vous parle pas de ma position personnelle; on peut en être
-peu occupé hors de France; mais moi je suis occupé de celles de mes
-frères..... Je conçois qu'on ne compte plus ni mes peines, ni mes
-embarras; mais vous devez m'éviter ceux qui vous touchent[840].»
-
-Vainement, quelques jours après, craignant que cette lettre ne parût
-un message officiel et imposé, Louis XVI adressait-il à ses frères un
-nouveau billet tout confidentiel, où il renouvelait ses instances et
-les suppliait de conformer leur conduite à la sienne, et de ne pas le
-priver, par leurs incessants appels, de ses derniers défenseurs; car,
-disait-il, «il m'est bien essentiel d'en avoir près de moi.» Toutes
-ces prières restaient sans effet. Pour toute réponse, les Princes
-répandaient à profusion, à Paris et dans les départements, une nouvelle
-protestation contre la Constitution[841], et ils écrivaient à leur
-frère ce billet qui fut retrouvé, après le 10 août, dans le secrétaire
-du Roi.
-
-«Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous n'écouterons
-rien; si c'est de la vôtre, nous écouterons, mais nous irons notre
-chemin[842].»
-
-Vainement Mme Elisabeth, qu'un admirable dévouement retenait à
-Paris, mais que son cœur portait souvent à Coblentz, essayait-elle, par
-l'intermédiaire de ses fidèles amies, Mme de Bombelles, et surtout
-Mme de Raigecourt, d'aplanir les dissentiments qui divisaient
-la famille royale. Vainement leur écrivait-elle, dans ce style
-énigmatique, qui servait à leur correspondance:
-
-«On perdrait tout, si l'on pouvait avoir d'autre vue pour le Futur que
-celle de la confiance et de la soumission aux ordres du Père[843].
-Toute vue, toute idée, tout sentiment doit céder à celui-là..... Vous
-me direz que cela est difficile, quoique cela soit dans le cœur; mais
-plus je le sens difficile, plus je le désire..... Le Père est presque
-guéri; ses affaires sont remontées; mais comme sa tête est revenue,
-dans peu il voudra reprendre la gestion de ses biens, et c'est là le
-moment que je crains. Le Fils, qui voit des avantages à les laisser
-dans les mains où elles sont, y tiendra; la Belle-mère ne le souffrira
-pas et c'est là ce qu'il faudrait éviter, en faisant sentir au jeune
-homme que, même pour son intérêt personnel, il ne doit pas prononcer
-son opinion sur cela..... Il faudrait aussi qu'on persuadât au jeune
-homme de mettre un peu plus de grâce vis-à-vis de sa Belle-mère,
-seulement de ce charme qu'un homme sait employer, quand il veut, et
-avec lequel il lui persuadera qu'il a le désir de la voir ce qu'elle
-a toujours été..... On te dira du mal de la Belle-mère; je le crois
-exagéré[844].»
-
-Pas plus que les prières de Louis XVI, les objurgations de Mme
-Elisabeth n'étaient écoutées. On a vu, par le billet que nous avons
-cité plus haut, quel cas les Princes faisaient de l'autorité du Roi;
-leurs entours étaient plus violents. La Reine était quotidiennement
-traité à Coblentz de «démocrate»; le Roi, de «pauvre homme» et de
-«soliveau». Le _Journal des Princes_, publié par Suleau, était
-tellement rempli d'injures contre Léopold et Marie-Antoinette, qu'on
-était obligé de supprimer le journal, de renvoyer Suleau, et de
-destituer le censeur, Christin, secrétaire de Calonne[845]. Mme
-de Bombelles, écho de ces bruits, et indignée de ces outrages, était
-réduite à écrire à Mme de Raigecourt, le 3 novembre:
-
-«Comment la Reine se fierait-elle jamais à M. le C. D.[846], elle
-qui sait les propos infâmes que tous ses entours ont tenus et
-tiennent encore sur elle et sur le Roi? Je n'ai pas, grâce à Dieu,
-à me reprocher de lui avoir fait parvenir _tout ce que j'ai entendu
-moi-même_ mais j'en sais assez pour sentir que, si elle est aussi
-instruite que moi, elle ne risquera jamais de faire dépendre son
-sort de gens _qui lui doivent beaucoup et qui sont ses plus mortels
-ennemis_. J'excepte M. le comte d'Artois des traits dont je vous
-parle; son âme est droite, noble et franche, et je suis intimement
-convaincue de la pureté de ses intentions; mais, faible comme la
-plupart des princes de son sang, il se laisse diriger aveuglément par
-sa société[847].»
-
-Le dissentiment s'aggravait donc chaque jour entre les Tuileries
-et Coblentz[848]. Indépendamment de la rivalité entre Breteuil et
-Calonne, le premier, agent attitré, le second, ennemi personnel de
-Marie-Antoinette, les divergences de vues s'accentuaient entre les
-Princes et le Roi, et surtout la Reine, chacun entendant diriger le
-mouvement: les Princes voulant se lancer en avant et détruire la
-Constitution, l'épée à la main; le Roi s'efforçant de temporiser et
-d'améliorer, et la Reine repoussant avant tout une action des Princes
-qui, pensait-elle avec raison, n'aurait d'autre résultat que d'«irriter
-les factieux sans les effrayer[849]», et par là compromettrait le
-succès d'un plan qu'elle étudiait depuis le retour de Varennes et qui,
-chaque jour, se formulait avec plus de netteté.
-
-Comme la famille royale, les Puissances étaient divisées; suivant
-leurs intérêts particuliers, elles penchaient vers les Princes ou
-vers le Roi. Tandis que Gustave III rompait avec l'Assemblée,
-renvoyait à Louis XVI sans le lire le billet où il lui notifiait son
-acceptation de la Constitution[850], accréditait, près de Monsieur,
-le comte d'Oxenstiern; tandis que l'Impératrice de Russie déclarait
-que l'acceptation du Roi devait être considérée comme non avenue parce
-qu'elle avait été forcée, et que si Louis XVI et Marie-Antoinette
-avaient été de bonne foi en acceptant, c'était tant pis pour eux,
-et que «dans ce cas, il faudrait regarder le Roi de France comme
-un nonens (_sic_)[851]»; tandis que le roi d'Espagne donnait à son
-ministre à Paris l'ordre de faire un voyage à Nice[852], Léopold,
-heureux d'un événement qui s'accordait avec ses goûts de temporisateur,
-proclamait que dorénavant toute idée de contre-révolution était
-inutile et dangereuse[853], et que, Louis XVI ayant adhéré à l'acte
-constitutionnel, il n'y avait plus qu'à attendre et à observer
-la tournure que prendraient les événements. «Le Roi et la Reine,
-disait-il, n'ont d'autre ressource que de laisser à l'Assemblée
-législative le temps de se discréditer; ils doivent en outre se
-conformer exactement aux lois, se composer un parti, et profiter des
-circonstances. Cet essaim d'abeilles françaises, ajoutait-il en parlant
-des émigrés, devrait enfin songer à se retirer; elles seront bien
-à charge au pays[854].» Et le roi de Prusse s'écriait de son côté:
-«Enfin, je vois la paix de l'Europe assurée[855].»
-
-Et Fersen, l'ardent Fersen, revenu de Vienne, où l'avait envoyé son
-maître, à Bruxelles, où il s'installait pour entretenir, au nom de la
-Suède, une correspondance avec le Roi de France[856], Fersen, resté
-pendant deux mois sans nouvelles directes des Tuileries[857], et déjà
-dérouté par le langage de Louis XVI, l'était plus encore en recevant
-cette lettre de Marie-Antoinette:
-
-«Je crois que la meilleure manière de dégoûter de tout ceci est d'avoir
-l'air d'y être en entier; cela fera bientôt voir que rien ne peut
-aller. Au reste, malgré la lettre que mes frères ont écrite au Roi,
-et qui, par parenthèse, ne fait point du tout ici l'effet qu'ils en
-espéraient, je ne vois point, surtout par la déclaration de Pillnitz,
-que les secours étrangers soient si prompts. C'est peut-être un
-bonheur, car plus nous avancerons, et plus ces gueux-ci sentiront leurs
-malheurs; peut-être viendront-ils à désirer eux-mêmes l'étranger[858].»
-
-Stupéfait de cette résignation inattendue de sa royale correspondante,
-Fersen lui posait aussitôt catégoriquement les trois questions
-suivantes:
-
-«1o Comptez-vous vous mettre sincèrement dans la Révolution et
-croyez-vous qu'il n'y a aucun autre moyen?»
-
-«2o Voulez-vous être aidés, ou voulez-vous qu'on cesse toute
-négociation avec les Cours?»
-
-«3o Avez-vous un plan et quel est-il[859]?»
-
-Mais la Reine se hâtait de détromper son chevaleresque serviteur:
-
-«Rassurez-vous; je ne me laisse pas aller aux _enragés_, et si j'en
-voie ou que j'aie des relations avec quelques-uns d'entre eux, ce
-n'est que pour m'en servir, et ils me font trop horreur pour jamais me
-laisser aller à eux[860].»
-
-«Soyez bien tranquille, jamais je ne me laisserai aller aux _enragés_;
-il faut s'en servir pour empêcher de plus grands maux; mais pour le
-bien, je sais bien qu'ils ne sont pas capables de le faire[861].»
-
-Il fallait dissimuler, il fallait gagner la confiance du peuple;
-c'était le seul moyen d'arrêter, ou tout au moins d'ajourner le mal
-et de préparer le mieux. Car, disait la Reine: «Si l'esprit public ne
-change pas, aucune force humaine ne saurait gouverner dans un sens
-contraire[862].» Or, pour faire changer cet esprit, mieux valait
-faire semblant d'y céder d'abord pour le redresser, et cette attitude
-effacée faisait ainsi partie du plan dont Marie-Antoinette poursuivait
-l'exécution, par l'intermédiaire de son ancien conseiller Mercy et du
-fidèle Fersen.
-
-Convaincue qu'il n'y avait pour le moment rien à attendre du dedans,
-que le mécontentement que ne pourrait manquer de produire l'application
-de la Constitution serait stérile et inerte, si les mécontents ne
-se sentaient appuyés et au besoin excités par une force sérieuse
-au dehors; convaincue d'autre part que les émigrés ne pouvaient
-pas être cette force, parce que leurs menaces ne serviraient qu'à
-exaspérer la France[863]; froissée d'ailleurs elle-même de leur
-attitude et du peu de cas qu'ils faisaient de la volonté du Roi,
-même la plus formelle et la plus nettement exprimée, elle demandait
-que l'Empereur prît l'initiative de ce qu'elle nommait un _Congrès
-armé_[864]. Les Puissances auraient réuni à Aix-la-Chapelle leurs
-ambassadeurs à Paris ou tous autres plénipotentiaires. Là, prenant en
-main les intérêts de l'équilibre européen menacé, invoquant notamment
-l'occupation d'Avignon, les droits lésés des princes allemands en
-Alsace, la garantie des traités passés avec la France et compromis
-par le changement de régime; appuyant au besoin leurs revendications
-par la présence à la frontière de têtes d'armées, capables à la
-fois d'en imposer «à la partie la plus enragée des factieux» et de
-«donner aux plus raisonnables le moyen de faire le bien»; mais évitant
-soigneusement de parler de la Constitution[865], annonçant même bien
-haut qu'elles ne voulaient nullement «s'ingérer dans le gouvernement
-intérieur de la France[866]», elles adresseraient, «dans un langage
-raisonnable[867],» une sommation au gouvernement français, sommation
-dont le premier article serait la faculté pour Louis XVI de sortir de
-la capitale et d'aller où il voudrait[868]. En attendant,—car ce ne
-pouvait être là l'œuvre d'un jour, et il fallait «laisser respirer la
-nation après tant de secousses» et lui donner le temps de «reprendre
-ses habitudes et ses mœurs avant de juger ce que les circonstances
-peuvent exiger et souffrir[869]»,—en attendant, le Roi s'efforcerait
-de gagner la confiance du peuple, combattrait par-dessous l'Assemblée
-en cherchant à la déconsidérer[870], mais ferait appliquer strictement
-la Constitution[871], afin que la nation, sentant à l'usage les
-inconvénients de cette œuvre bâtarde, fût amenée elle-même à en
-souhaiter le changement. La déclaration des Puissances, survenant
-alors, rendrait courage aux honnêtes gens en leur donnant un moyen
-de force et un point de réunion[872], terrifierait les factieux,
-et le Roi, redevenu ainsi libre, pourrait se joindre au Congrès et
-s'interposer comme médiateur entre ses sujets et les coalisés[873].
-«Seul rôle qui lui convienne, disait la Reine, dans une lettre qu'elle
-a reconnue comme l'expression exacte de sa pensée[874], tant par
-l'amour qu'il a pour ses sujets que pour en imposer aux factions des
-émigrants, qui, par le ton qu'ils ont et qui s'élèverait encore s'ils
-contribuaient à un autre ordre de choses, replongeraient le Roi dans un
-nouvel esclavage[875].» Rentré dans la plénitude de son autorité[876],
-mais sans vouloir aucunement rétablir l'ancien régime[877], «libre de
-faire telle Constitution qu'il voudrait[878],» il accomplirait,—comme
-il comptait le faire, s'il avait gagné Montmédy le 20 juin,—d'accord
-avec les représentants du pays, les réformes nécessaires. Toute
-la partie saine de la nation viendrait en aide au souverain pour
-l'exécution de ces réformes, et les révolutionnaires, ayant tout à
-craindre de l'attitude énergique des Puissances, seraient trop heureux
-de céder à la justice tempérée par la clémence. Ainsi, l'ordre serait
-rétabli sans effusion de sang, par le simple accord des Puissances et
-par l'initiative du Roi. «La Révolution se ferait dans l'intérieur de
-chaque ville; elle se ferait par l'approche de la guerre, et non par la
-guerre même[879].»
-
-Tel était, autant qu'on peut le retrouver au milieu des innombrables
-dépêches échangées entre Paris, Vienne, Bruxelles, Stockholm,
-Saint-Pétersbourg, tel était le plan auquel s'était arrêtée la Reine;
-plan dont elle poursuivit la réalisation avec une persévérance
-infatigable, jusqu'à ce que la déclaration de guerre eût rendu une
-solution pacifique impossible, et pour lequel elle se condamnait à une
-incessante correspondance, écrivant lettres sur lettres, mémoires sur
-mémoires, elle qui, disait-elle, «n'en savait pas faire[880]»; plan que
-Mercy, après quelques hésitations, avait fini par adopter et auquel
-le Roi avait pu se rallier[881], sans être accusé de duplicité; car,
-en acceptant la Constitution, il savait qu'elle était impraticable,
-et tout en l'observant scrupuleusement lui-même, il ne pouvait pas
-rendre possible ce qui ne l'était pas par sa nature[882]; plan enfin,
-auquel le chevaleresque Fersen, resté le confident des Tuileries, se
-consacrait tout entier. Voici les lignes touchantes par lesquelles il
-protestait de son dévouement absolu et désintéressé; car, la calomnie
-ne l'avait pas épargné; les ambassadeurs de Suède et d'Espagne avaient
-osé l'accuser d'ambition:
-
-«Ils ont raison, écrivait-il à la Reine; j'avais l'ambition de vous
-servir, et j'aurai toute ma vie le regret de n'avoir pas réussi; je
-voulais m'acquitter envers vous d'une partie des obligations qu'il
-m'est si doux de vous avoir et je voulais leur montrer qu'on peut être
-attaché à des gens comme vous sans aucun autre intérêt. Le reste de ma
-conduite leur aurait prouvé que c'était là ma seule ambition et que la
-gloire de vous avoir servis était ma plus chère récompense[883].»
-
-Mais ce plan était-il exécutable et ne reposait-il pas sur une
-illusion? L'accord des Puissances, qui en était la base essentielle,
-comment l'obtenir d'anciens adversaires qui se jalousaient l'un
-l'autre, et qui au fond n'avaient qu'un but commun: l'affaiblissement
-de la France, suite naturelle de l'anarchie à laquelle le pays semblait
-condamné? Cette alliance universelle, rêvée par la Reine au nom du
-principe monarchique attaqué en France, n'était qu'une «attrape»,
-disait le comte de Metternich au baron de Breteuil[884]. La Prusse
-regardait l'Autriche avec méfiance[885]; l'Autriche n'avait pas plus
-de confiance dans la Prusse, et se tournait parfois vers l'Angleterre;
-en attendant, elle se renfermait dans son égoïsme; l'Espagne, dans sa
-faiblesse; l'Angleterre voyait avec joie, fomentait peut-être sous
-main une révolution, qui paraissait devoir réduire pour longtemps son
-éternelle rivale à l'impuissance; la Russie poussait les autres à se
-jeter dans la mêlée, à la condition de ne rien faire elle-même et pour
-avoir les mains libres en Pologne. La Suède seule voulait franchement
-agir. Mais que pouvait-elle toute seule, et l'infortuné Louis XVI
-n'avait-il pas le droit de dire, quelques mois plus tard, à Fersen:
-«J'ai été abandonné de tout le monde[886]?»
-
-Mais quand bien même on serait arrivé à réaliser cet irréalisable
-accord, quand bien même cette «médiation armée», que l'honnête
-et sage Mounier souhaitait comme la Reine et dans laquelle les
-Constitutionnels eux-mêmes finissaient par apercevoir le remède[887],
-se serait produite, eût-elle réussi? Bien des esprits vraiment
-libéraux,—nous venons d'en donner des exemples,—le pensaient. Ils
-avaient vu si souvent une poignée de factieux terroriser la foule
-honnête, qu'ils croyaient que la crainte serait un moyen efficace qui
-pourrait tout rétablir, comme il avait pu tout détruire. C'était une
-erreur. Ils comptaient sans cette susceptibilité du sentiment national
-qui se soulevait contre toute apparence d'intervention étrangère et
-qui, à des menaces de pression, devait répondre par une prise d'armes.
-Le Roi et la Reine étaient sincères dans leur désir d'éviter la guerre
-et dans leur conviction qu'ils l'éviteraient; mais, sans le vouloir,
-ils y allaient infailliblement.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
- L'Assemblée législative.—Son hostilité contre le Roi s'affirme
- dès le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La députation de
- Saint-Domingue est présentée à la Reine.—Le Roi ne veut pas former
- sa Maison civile.—Projet d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction
- du Roi et de la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation
- de la famille royale.—Tiraillements à l'intérieur.—La Reine
- continue à réclamer un Congrès.—Hésitation de l'Empereur et
- mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de
- Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_.
-
-
-Cependant, en France, une seconde Législature avait succédé à la
-première. Par une résolution fatale, où les rancunes de la droite
-s'étaient malheureusement unies aux rancunes de l'extrême gauche,
-la Constituante, avant de se séparer, avait décidé qu'aucun de ses
-membres ne pourrait être réélu. C'était livrer les destinées du pays à
-tous les tâtonnements de l'inexpérience et à tous les emportements de
-l'étourderie. Quelles qu'eussent été ses fautes, l'ancienne Assemblée
-renfermait dans son sein de grands talents, de grandes fortunes,
-de grands noms; trois ans de pratique des affaires avaient tempéré
-chez elle bien des ardeurs et modifié bien des préjugés. L'Assemblée
-nouvelle se composait, pour la majeure partie, d'inconnus, sans
-situation personnelle et sans éclat: petits gentilshommes de province,
-petits avocats de bailliages, petits officiers municipaux et procureurs
-de districts, enivrés de théories vagues, nourris de phrases creuses,
-sans connaissances politiques et sans idées de gouvernement. «Elle
-n'est guère, disait plaisamment Staël, que le conseil des avocats de
-toutes les villes et de tous les villages de France[888].»
-
-«On croit, ajoutait l'ambassadeur, que la majorité sera sage[889].»
-Staël se trompait, et un des nouveaux députés, Hua, avocat au Parlement
-de Paris, voyait plus juste quand il écrivait: «Le côté droit se
-compose de cent cinquante Constitutionnels; le côté gauche compte cent
-cinquante Jacobins, et le centre présente une masse de plus de quatre
-cents députés qu'on appelle les _impartiaux_: phalange immobile pour
-le bien et qui ne se remue que par la peur; c'est elle qui donnera la
-majorité, et elle la donnera, non au côté droit qu'elle estime, mais au
-côté gauche qu'elle craint[890].»
-
-Dès le début, l'Assemblée manifesta l'esprit qui devait la diriger.
-Le Roi ayant annoncé qu'il viendrait en personne prêter serment à la
-Constitution, la question du cérémonial à observer pour le recevoir
-fut immédiatement soulevée. Les Jacobins s'élevèrent bruyamment contre
-toute forme, non pas même qui rappellerait l'ancien régime, mais
-qui marquerait simplement une déférence du pouvoir législatif pour
-l'autorité monarchique. Cédant à leurs déclamations, et la domination
-passant déjà aux plus violents, l'Assemblée décida qu'on ne donnerait
-plus au Roi le titre de _Sire_ ni de _Majesté_, que le fauteuil du
-prince serait placé sur la même ligne que celui du président et que,
-le monarque une fois arrivé, les députés pourraient s'asseoir et se
-couvrir. Le lendemain, il est vrai, le décret fut rapporté; mais la
-gauche avait montré sa force, et l'Assemblée sa faiblesse.
-
-Elle avait dû céder cependant à un mouvement incontestable de l'opinion
-de la capitale. La bourgeoisie parisienne, sincèrement attachée à
-la Constitution, s'était indignée des attaques de cette nouvelle
-Législature; la garde nationale avait protesté vivement[891]; de là
-le rappel du décret. La famille royale trouvait là comme un dernier
-regain de popularité. Le samedi 8 octobre, elle était allée à la
-Comédie-Italienne. Lorsqu'elle parut, des acclamations la saluèrent;
-des applaudissements mêlés de sanglots se firent entendre, et le cri de
-_Vive la Reine!_ fut encore une fois associé au cri de _Vive le Roi!_
-
-Quelques jours plus tard, le 2 novembre, une députation de
-Saint-Domingue venait réclamer la protection de Louis XVI contre les
-désordres qui désolaient l'île. Les colonies expirantes saluaient la
-royauté qui allait mourir.
-
-«Madame, dit à la Reine le chef de la délégation, dans une grande
-infortune, nous avions besoin de voir Votre Majesté pour trouver tout à
-la fois des consolations et un grand exemple de courage.»
-
-Suffoquée par l'émotion, Marie-Antoinette ne put répondre sur le
-moment. Elle retrouva les délégués au sortir de la messe. «Messieurs,
-leur dit-elle, il m'a été impossible de vous répondre; mon silence
-vous en dira plus que tout le reste[892].»
-
-La mise en pratique de la Constitution avait jeté du trouble à la
-Cour; ce qu'on appelait les _honneurs_ et les prérogatives qui y
-étaient attachées avaient été supprimés. Plusieurs des dames du palais
-quittèrent leur service; on ne les remplaça pas, et l'on ne forma pas
-de Maison civile. Le Roi et la Reine ne pouvaient s'y décider; il leur
-répugnait de consacrer ainsi officiellement, par la nomination aux
-charges nouvelles, l'anéantissement des anciennes; il leur semblait
-que ce serait un triste entourage que cette Maison sans chevaliers
-et sans dames d'honneur. D'ailleurs, qui consentirait à entrer dans
-une organisation ainsi modifiée et comme humiliée? «Si cette Maison
-constitutionnelle était formée, disait la Reine, il ne resterait pas
-un noble près de nous, et quand les choses changeraient il faudrait
-congédier les gens que nous aurions mis à leur place[893].»
-
-On s'occupa seulement de la Maison militaire qui fut constituée un peu
-plus tard, sous le commandement du duc de Brissac, mais pour bien peu
-de temps.
-
-Dans cette situation critique, les donneurs de conseils affluaient.
-L'Espagne acceptait la pensée d'un Congrès; mais elle voulait
-auparavant que le Roi fût libre et le prouvât en sortant publiquement
-de Paris. Sortir de Paris! Nul ne le souhaitait plus que
-Marie-Antoinette; mais était-ce possible dans les conditions indiquées
-par le Roi d'Espagne? Evidemment non. «On dira toujours ici, répondait
-la Reine qu'il,—le Roi,—est le maître d'aller où bon lui semblera;
-mais il ne le peut pas de fait, parce que, outre sa sortie d'ici, qui
-serait dangereuse et où il serait peut-être obligé de laisser sa femme
-et son fils, sa sûreté personnelle ne serait nulle part plus qu'ici,
-puisqu'_il n'y a pas une ville, pas une troupe sur laquelle on puisse
-compter_[894].»
-
-On avait bien formé, dans les premiers jours d'octobre, un projet
-d'évasion; on devait renouveler, vers la moitié de novembre, et dans
-des conditions à peu près analogues, paraît-il, la tentative qui avait
-si mal réussi au mois de juin. Quels étaient les auteurs de ce plan?
-Quels en étaient les détails? Avec quel concours devait-il se réaliser?
-La Reine ne le dit pas et nous n'en trouvons pas trace ailleurs.
-Pourquoi y renonça-t-on? Est-ce par le souvenir de l'échec de Varennes?
-ou par suite de cette triste constatation qu'on ne pouvait compter ni
-sur une ville, ni sur une troupe? Cette dernière raison nous paraît la
-plus probable. Ce qui est certain, c'est que l'idée, annoncée dans une
-lettre du 19 octobre, semble abandonnée douze jours après, le 31. Mais
-le bruit en avait transpiré dans le public, semant l'inquiétude et la
-méfiance contre la famille royale. On en parlait à Paris; on le savait
-à Coblentz dès le mois d'octobre[895], on fixait même la date, le 27 du
-mois[896], et par une étrange coïncidence, à l'époque même indiquée par
-Marie-Antoinette pour l'exécution du projet, la nouvelle se répandit
-tout d'un coup parmi les émigrés que le Roi avait réussi à quitter
-heureusement la capitale, et était arrivé à Raisme, près Valenciennes,
-chez M. de la Marck; tant les secrets de la Cour, même ceux qui avaient
-le moins de confidents, étaient mal gardés[897]!
-
-Déçue dans ses espérances d'évasion, la Reine en revint à son plan
-primitif: s'effacer le plus possible et laisser agir les Puissances
-réunies en Congrès. Alors seulement, le Roi pourrait utilement
-recouvrer sa liberté, afin d'aller défendre devant cette Assemblée
-européenne les intérêts de la France. «Si nous gagnons jamais ce point,
-écrivait Marie-Antoinette, c'est tout, et c'est à ce seul but que nous
-devons tendre[898].» Pour cela, il était essentiel d'endormir les
-méfiances et de ramener à soi l'opinion. Là-dessus, tout le monde était
-d'accord, Mercy et la Marck comme Fersen; mais fallait-il s'abandonner
-complètement au parti révolutionnaire, adopter sans observations ses
-idées et ses mesures, se désintéresser même du choix des ministres?
-Ni la Marck, ni Mercy ne le pensaient; ils eussent voulu un ministère
-homogène et habile, éclairé et fidèle, très constitutionnel, mais
-très royaliste et très ferme, résolu à se créer dans l'Assemblée une
-majorité de gouvernement[899].
-
-On ne l'essaya même pas. La Reine était convaincue qu'on ne pourrait
-trouver ni bons ministres, ni députés dévoués; elle empêcha M. de
-Moustier d'entrer dans le cabinet[900] et regrettait même d'y avoir
-appelé Bertrand de Molleville[901]; elle voulait réserver ces hommes
-pour des temps meilleurs[902]. En attendant, tout allait à la dérive,
-et le ministère qui, bien composé, eût pu, en face d'une Assemblée
-discréditée au début, s'assurer une situation prépondérante, se fit
-l'humble serviteur de la Législative.
-
-Cette sorte d'abdication désolait la Marck, qui n'y comprenait rien.
-
-«La Reine, écrivait-il à Mercy, la Reine, avec de l'esprit et un
-courage éprouvé, laisse cependant échapper toutes les occasions qui se
-présentent de s'emparer des rênes du gouvernement et d'entourer le Roi
-de gens fidèles, dévoués à le servir et à sauver l'Etat avec elle et
-par elle.
-
-«Si l'on cherche à pénétrer les causes de l'indécision et du
-_laisser-aller_ qui dominent aux Tuileries, on découvre que, par
-paresse d'esprit et de caractère, et peut-être aussi par l'abattement
-qui suit assez souvent de longs malheurs le Roi et la Reine n'ont
-d'espérance que dans les hasards de l'avenir et dans l'intervention
-étrangère que laisse entrevoir le Congrès annoncé, et qu'ils pensent
-qu'en attendant il suffit de quelques démarches privées de leur part
-pour assurer leur sûreté personnelle.
-
-«En combinant cette conduite avec l'agitation démoniaque de
-vingt-quatre millions de fous, comment prévoir d'autre résultat que
-l'avenir le plus déplorable[903]?»
-
-Découragés comme la Marck, deux des conseillers habituels de la Cour,
-Malouet et l'abbé de Montesquiou, quittaient Paris, le premier pour
-aller en Angleterre, le second pour se retirer à la campagne, chez M.
-du Châtelet[904].
-
-Réussissait-on du moins par cette attitude effacée à conquérir la
-faveur populaire? On le crut au commencement. Soit fatigue des
-agitations passées, soit confiance dans l'avenir, il y eut, dans
-le public parisien, une sorte de temps d'arrêt, sinon de retour en
-arrière: on était altéré d'ordre et de paix; on ne sentait pas le
-besoin de destructions nouvelles, puisque les têtes principales étaient
-renversées[905], et que le Roi semblait se résigner à son rôle de
-monarque constitutionnel. Pour beaucoup de politiques de l'école de
-Lafayette, le but était atteint; on voulait s'y tenir. Mais on ne
-s'arrête pas facilement dans la voie révolutionnaire: derrière les
-satisfaits, il y a les affamés, et, comme dans une mer agitée, un flot
-pousse l'autre. La Reine le sentait, et quelque rassurantes que fussent
-les apparences, avec la douloureuse expérience qu'elle avait puisée
-dans dix ans de calomnies et trois ans de révolution, elle voyait bien
-que ce n'était qu'une halte entre deux orages, et que l'abominable
-meute qui s'acharnait après elle n'abandonnerait pas sa poursuite.
-
-«Tout est assez tranquille pour le moment en apparence, écrivait-elle
-le 19 octobre; mais cette tranquillité ne tient qu'à un fil et le
-peuple est toujours comme il était, prêt à faire des horreurs; on nous
-dit qu'il est pour nous; je n'en crois rien, au moins pour moi. Je
-sais le prix qu'il faut mettre à tout cela; la plupart du temps, cela
-est payé, et il ne nous aime qu'autant que nous faisons ce qu'il veut.
-Il est impossible d'aller longtemps comme cela; il n'y a pas plus de
-sûreté dans Paris qu'auparavant, et peut-être encore moins, car on
-s'accoutume à nous voir avilis[906].»
-
-Ce respect d'ailleurs, dont on affectait d'entourer Louis XVI et sa
-famille, n'était qu'apparent; au fond, on les traitait en suspects.
-Chaque nuit, un homme de garde couchait en travers de la porte de
-leurs appartements[907]. Une fois même, un caporal s'était permis de
-consigner le Roi et la Reine dans leurs chambres, de neuf heures du
-soir à neuf heures du matin, et cela avait duré deux jours[908].
-
-Des affidés du club des Jacobins se glissaient jusque dans le service
-du palais, et le malheureux prince, averti qu'on voulait l'empoisonner,
-n'osait pas toucher aux plats de sa table; il fallait qu'un serviteur
-fidèle, l'intendant des petits appartements, Thierry de Ville-d'Avray,
-lui apportât lui-même le pain et le vin[909]. Le dénuement des augustes
-prisonniers était extrême; il leur était arrivé de rester pendant neuf
-jours sans un sou et la Reine avait été sur le point d'être forcée
-d'emprunter à un dépôt que le prince de Nassau avait fait pour elle;
-la persuasion où elle était qu'elle ne tarderait pas à être massacrée
-l'avait seule retenue. «N'étant pas sûre de pouvoir le rendre,
-avait-elle dit, je ne veux pas nuire à ceux qui nous sont dévoués.»
-Et l'archevêque d'Aix, qui venait de passer quelques jours à Paris,
-disait à ce même prince de Nassau:
-
-«Quelque idée qu'on puisse se former des malheurs du Roi et de la
-Reine, l'imagination ne peut les atteindre. Il faut avoir eu le
-tourment d'en être témoin pour en concevoir toute l'horreur. Et ceux
-que les Jacobins et les républicains leur préparent les surpassent.
-Cependant il n'est que trop vraisemblable que leur dessein est de ne
-les terminer qu'avec leur vie[910].»
-
-Mais qu'étaient ces privations physiques à côté des tortures morales?
-La Reine se voyait seule pour la lutte, pour essayer tout ce qu'elle
-sentait «si nécessaire au bien général[911]». L'émigration l'avait
-privée de ses appuis les plus sûrs; vainement avait-elle tenté
-d'arrêter le courant[912] qui emportait les gentilshommes au delà de
-la frontière: on ne tenait compte ni de ses avis, ni de ses prières.
-Au dehors, les Princes armaient, malgré elle et presque contre elle,
-donnant ainsi un nouveau prétexte aux méfiances de l'Assemblée et
-un nouvel aliment aux passions populaires. Et, pour endormir ces
-méfiances, elle était forcée, elle, la femme ardente et fière, de
-s'abaisser jusqu'à la duplicité, de mendier en quelque sorte les
-suffrages d'une Assemblée pour laquelle elle n'éprouvait que du dédain,
-«d'un amas de scélérats, de fous et de bêtes[913],» de parler contre sa
-pensée, de flatter des gens qu'elle méprisait, de décourager ceux qui
-jouissaient de sa confiance. «Comprenez-vous, écrivait-elle à Fersen,
-comprenez-vous ma position et le rôle que je suis obligée de jouer
-toute la journée? Quelquefois je ne m'entends pas moi-même et je suis
-obligée de réfléchir pour voir si c'est bien moi qui parle[914].»
-
-Dans son intérieur même,—et c'était l'explication de cette apathie
-apparente que la Marck traitait de paresse de caractère et qui
-n'était qu'une inaction forcée,—dans son intérieur même, elle se
-sentait isolée. Ni son mari, ni sa belle-sœur ne partageaient sa
-manière de voir. Louis XVI sentait les maux qui l'accablaient et les
-dangers qui menaçaient sa famille; mais il se résignait aux uns et
-cherchait peu à combattre les autres. Insensible aux objurgations de
-sa femme, dédaigneux de la mort, mais trop insouciant de la vie, d'un
-courage réel, mais purement passif, sans vigueur et sans initiative,
-il n'avait de force que pour souffrir. Plus ardente que son frère,
-Mme Elisabeth eût été pour une action énergique; elle n'eût pas
-reculé devant la guerre civile; elle fût volontiers montée à cheval,
-et ce qui la séduisait, ce n'était pas le plan diplomatique de la
-Reine, c'était l'attitude des émigrés, du comte d'Artois et du prince
-de Condé surtout, ralliant autour de leur panache blanc les soldats
-de la monarchie. Un devoir, héroïquement accepté, la retenait aux
-Tuileries; mais sa pensée et son cœur étaient à Coblentz. Il y avait,
-sur cette question de l'émigration, entre les deux belles-sœurs un
-dissentiment trop profond pour que l'intimité ne fût pas parfois
-troublée, et je ne m'étonne pas que, dans un moment de découragement,
-entre l'inertie du Roi et les sympathies de Mme Elisabeth pour les
-Princes, la malheureuse Reine se soit écriée: «C'est un enfer que notre
-intérieur[915].»
-
-A l'extérieur, elle n'était pas plus heureuse; ses intentions étaient
-calomniées; la diplomatie des émigrés combattait la sienne et, pour
-mieux la combattre, affectait de la représenter comme démocrate.
-Vainement la Reine écrivait-elle à Catherine II pour lui expliquer
-sa conduite, lui montrer la nécessité qui la forçait à accepter en
-apparence ce qu'elle désavouait en secret, et invoquer l'appui de la
-Russie pour ce Congrès dans lequel elle mettait sa dernière espérance;
-elle n'obtenait que des larmes stériles[916], et cette note dédaigneuse
-où je ne sais quelle satisfaction inavouée de jalousie féminine
-pourrait bien inspirer l'ironie de l'autocrate toute puissante: «Qu'on
-est malheureux, quand on est réduit à avoir pour tout espoir un
-roseau pour s'accrocher! Mais qu'attendre de gens, qui agissent sans
-discontinuer avec deux avis divers parfaitement contradictoires[917]?»
-
-L'Empereur lui-même ne montrait guère plus de bonne volonté. La
-Reine avait beau presser son frère de faire quelque chose, Léopold
-tergiversait toujours, entassait prétextes sur prétextes pour ne pas
-bouger, et ne semblait pas même se préoccuper des dangers terribles
-auxquels étaient exposés sa sœur, son beau-frère et son neveu. Depuis
-l'acceptation de la Constitution, qu'il avait conseillée, il devenait
-de plus en plus froid. Sur le terrain même du Congrès armé, qui
-cependant semblait l'engager si peu, il se dérobait, tirait occasion
-de tout pour ne pas intervenir, ce qui revenait à tout empêcher; car
-on savait bien que, sans lui, rien ne pouvait se faire. Au fond, il ne
-pensait qu'à ses intérêts et redoutait, dans le cas d'un conflit avec
-la France, le soulèvement des Pays-Bas, mal pacifiés depuis Joseph II,
-et surexcités par le voisinage et les émissaires des révolutionnaires
-de Paris[918]. Mercy lui-même, ce vieux conseiller de Marie-Antoinette,
-mais qui n'avait jamais été partisan bien chaud d'un Congrès[919],
-Mercy, fidèle interprète de la volonté de son maître, désolait la Reine
-par ses théories:
-
-«Notre position est tous les jours plus embarrassante, écrivait le
-25 novembre la malheureuse souveraine. Avec cela l'Assemblée est si
-mauvaise, tous les honnêtes gens si las de tous les troubles, qu'avec
-de la sagesse, je crois, l'on pourra s'en tirer; mais, pour cela
-j'insiste toujours pour le Congrès armé, comme j'en ai déjà parlé. Il
-n'y a que lui qui puisse arrêter les folies des Princes ou des émigrés,
-et je vois de tous les côtés qu'il viendra, peut-être avant peu, un tel
-degré de désordre ici, que, hors les républicains, tout le monde sera
-charmé de trouver une force supérieure pour arriver à une composition
-générale[920].»
-
-A toutes ces instances, Mercy se contentait de répondre: «On croit un
-Congrès inutile et impossible[921]. On a rendu compte des raisons qui
-s'opposaient à un Congrès.—Bien d'autres raisons politiques rendraient
-ce Congrès plus nuisible qu'utile à la France[922].»
-
-Et s'élevant contre ceux qui voulaient entraîner l'Empereur dans les
-hasards, en restant eux-mêmes à l'abri, il énumérait les dépenses
-déjà faites par l'Autriche pour le Roi de France[923]. C'était assez.
-Léopold n'était pas d'humeur à prolonger des sacrifices dont il était
-si mal payé[924], et les ordres de marche donnés aux troupes étaient
-contremandés.
-
-Ainsi, toutes les espérances de Marie-Antoinette s'évanouissaient; tout
-conspirait contre elle: la faiblesse de son mari et la froideur de son
-frère; le Congrès armé, sa dernière ressource, la clef de voûte sur
-laquelle reposait son système de défense, s'écroulait comme le reste,
-par la faute de sa propre famille; elle n'y put tenir, et, de quelque
-silence qu'elle eût jadis voilé ses tristesses intimes, elle ne put
-empêcher l'amertume de son cœur de déborder dans ses lettres:
-
-«Je ne récriminerai pas sur le passé, écrivait-elle, le 16 décembre;
-je ne dirai pas que, si l'Empereur avait exécuté ce que je lui avais
-demandé dès le mois de juillet et depuis, le Congrès aurait eu lieu, ou
-du moins serait annoncé, et nous serions dans une autre position.....
-C'est dans ce moment où le Congrès armé pourrait encore être de la plus
-grande utilité..... Mais on ne peut pas différer. Voilà le moment de
-nous servir; si on le manque, tout est dit, et l'Empereur n'aura que la
-honte et le reproche à se faire, aux yeux de l'univers entier, d'avoir
-laissé traîner dans l'avilissement, pouvant les en tirer, sa sœur, son
-neveu et son allié. Je vois peut-être bien vivement; mais le moyen
-qu'il en soit autrement, quand tous mes intérêts sont réunis[925]?»
-
-Avec Fersen, son confident le plus dévoué et le plus intime, elle était
-plus explicite et plus sévère encore: «Quel malheur, lui disait-elle,
-que l'Empereur nous ait _trahis_! S'il nous avait bien servis,
-seulement depuis le mois de septembre, que je lui ai écrit en détail,
-le Congrès aurait pu être établi le mois prochain, et cela aurait
-été trop heureux; car la crise marche à grands pas ici et peut-être
-devancera-t-elle le Congrès: alors, quel abri aurons nous[926]?»
-
-Elle ne savait plus à qui se fier, et un jour qu'elle était allée à
-Saint Cloud pour faire respirer à ses enfants un air plus pur, elle
-prenait à part Mme de Tourzel et de Tarente: «J'ai besoin, leur
-disait-elle, d'épancher mon cœur devant des personnes aussi sûres que
-vous et sur l'attachement desquelles je puis compter. Je suis blessée
-au vif par les endroits les plus sensibles. J'avais mis, en arrivant
-en France, ma confiance dans M. de Mercy... Je le regardais comme un
-père et j'ai la douleur de voir combien j'ai été trompée par le peu de
-part qu'il prend aujourd'hui à ma triste situation. M. de Breteuil, de
-son côté, calcule toujours ses intérêts et ne peut nous inspirer une
-entière confiance. Le Roi est très mécontent de M. de la Queuille, qui
-écrit des lettres du style le plus singulier[927].»
-
-«Nous sommes surveillés comme des criminels, écrivait la malheureuse
-femme à l'amie de son cœur, la duchesse de Polignac, et en vérité cette
-contrainte est horrible à supporter. Avoir sans cesse à craindre
-pour les siens, ne pas s'approcher d'une fenêtre sans être abreuvés
-d'insultes, ne pouvoir conduire à l'air de pauvres enfants sans exposer
-ces chers innocents aux vociférations, quelle position, mon cher cœur!
-Encore, si on n'avait que ses peines! Mais trembler pour le Roi, pour
-tout ce qu'on a de plus cher au monde, pour les amis présents, pour les
-amies absentes, c'est un poids trop fort à endurer; mais, je vous l'ai
-dit, vous autres me soutenez. Espérons en Dieu qui voit nos consciences
-et qui sait si nous ne sommes pas animés de l'amour le plus vrai pour
-le pays[928].»
-
-Mais cet amour vrai, qui lui en tenait compte? Les journaux ne
-cessaient de déblatérer contre elle, et Prudhomme imprimait, dans les
-_Révolutions de Paris_, ces lignes menaçantes:
-
-«Antoinette, nous ne te demandons pas des vertus civiques, tu n'es
-pas née pour en avoir! Mais seulement abstiens-toi de nuire, et
-enveloppe-toi dans ton manteau de pourpre. Tant que l'hyène des
-montagnes reste dans son repaire, on ne va point à elle; mais du moment
-qu'elle descend dans la plaine pour l'ensanglanter, la couronne civique
-attend le héros de l'humanité qui, au péril de ses jours, aura délivré
-son pays de cette bête féroce[929].»
-
-L'allusion était transparente, et ni la Reine ni les assassins ne
-pouvaient s'y tromper.
-
-C'est dans cette douloureuse situation que s'achevait l'année 1791 et
-que s'ouvrait l'année 1792.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- Premières mesures de l'Assemblée contre les émigrés et les
- prêtres.—Le Roi demande la dispersion des rassemblements
- d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire envoyé à l'Empereur par
- les Constitutionnels.—Mission de M. de Simolin.—Lettre de la Reine
- à Mercy.—Voyage de Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion,
- mais le reconnaît impossible.—Représentation du 20 février aux
- Italiens.
-
-
-La Reine avait raison de le dire, la crise devenait chaque jour plus
-aiguë. La Législative menait vivement l'assaut du trône et de la
-Constitution. Une minorité violente dominait l'Assemblée et inaugurait
-son règne par des mesures agressives dont, par un juste retour des
-choses, elle devait être plus tard la victime. Le 9 novembre, un
-décret déclarait suspects les émigrés, prononçait la séquestration de
-leurs biens et décidait que ceux qui ne seraient pas rentrés avant le
-1er janvier 1792 seraient passibles de mort. Le 29, un autre décret
-édictait des peines sévères contre les prêtres qui n'auraient pas prêté
-le serment prescrit par la Constitution civile. Le Roi, se renfermant
-dans ses droits de monarque constitutionnel, sollicité d'ailleurs
-officiellement par le Directoire du département de la Seine, opposa son
-veto à ces deux décrets. Mais en même temps, pour donner satisfaction
-à l'opinion soulevée par les armements des Princes, il écrivit à ses
-frères pour les engager à rentrer en France.
-
-Jamais Louis XVI ni Marie-Antoinette n'avaient approuvé
-l'émigration[930]; ils avaient essayé d'en détourner leurs plus fidèles
-serviteurs; ils eussent voulu retenir, ou tout au moins rappeler les
-gardes du corps[931]. Ils dépêchaient lettres sur lettres, agents
-sur agents, Viomesnil après Coigny, Goguelat après Viomesnil; ils
-n'obtenaient rien, sous prétexte que, le souverain étant prisonnier,
-il fallait agir à l'inverse de ses instructions[932]. Aux lettres
-officielles, les Princes répliquaient qu'ils refusaient d'obéir à «des
-ordres évidemment arrachés par la violence[933]». Aux agents, comme
-Goguelat, on répondait par un persiflage et par l'injonction d'avoir
-à quitter immédiatement Coblentz, non sans avoir été témoin du peu de
-respect avec lequel les familiers de la petite cour de Schonburnlust
-parlaient du Roi et de la Reine, traitant le Roi de «soliveau» et la
-Reine de «démocrate[934]».
-
-Douloureuse situation que celle de Louis XVI! Il voyait autour de lui
-l'effervescence populaire grandir; il sentait que rien n'excitait
-plus les passions en France que l'attitude des émigrés au dehors,
-et que, comme l'écrivait judicieusement Pellenc, «si la haine des
-abus avait été le principe de la Révolution, presque aussitôt la
-haine des personnes avait pris la place de la haine des abus[935]».
-Il savait que la populace avait applaudi hautement au décret contre
-les émigrés, qui donnait satisfaction à ses rancunes, et que, en y
-opposant son _veto_, il avait fourni une arme toute puissante à
-ses ennemis. Et pendant ce temps, à ses lettres intimes comme à ses
-lettres officielles, ses frères refusaient d'obtempérer! Il avait beau
-faire, il se débattait dans le vide: ni d'un côté, ni de l'autre, on
-ne croyait à sa sincérité. L'Assemblée le soupçonnait de connivence
-avec les émigrés; les Princes l'accusaient de complicité avec les
-révolutionnaires. Isolé dans son royaume, sans parti, sans défense, il
-n'attendait quelque amélioration que de l'apaisement des esprits, et
-les esprits s'aigrissaient chaque jour davantage. Les armements des
-émigrés provoquaient les décrets de l'Assemblée, comme les menaces de
-l'Assemblée provoquaient les attaques des émigrés; et le Roi restait
-entre les deux, spectateur affligé mais impuissant d'un duel à mort,
-dont sa couronne et sa tête étaient le prix.
-
-Dès le 29 novembre, la Législative mettait Louis XVI en demeure
-d'exiger, des princes de l'Empire, la dispersion des rassemblements de
-Français armés près de la frontière. Le 14 décembre, un ultimatum fut
-adressé aux Électeurs de Trèves et de Mayence pour les sommer d'avoir
-à dissoudre les corps d'émigrés; une armée de cent mille hommes,
-sous la conduite de Lafayette, Rochambeau et Luckner, devait appuyer
-la sommation. Les Électeurs, menacés, invoquèrent l'assistance de
-l'Empereur, et, le 21 décembre, Léopold répondit à la dépêche française
-par une note assez ferme, où il déclarait que, comme chef de l'Empire,
-il ne tolérerait aucune violation du territoire impérial. Et pour
-mieux soutenir ses paroles, il commanda au maréchal Bender, alors à
-Luxembourg, de protéger, au besoin, l'Électorat de Trèves contre toute
-agression.
-
-Ce n'était point encore la guerre; mais c'en étaient les prémisses:
-l'Empereur, quoi qu'il en eût, se trouvait forcé d'agir. Les émigrés
-s'en réjouissaient, malgré la dispersion momentanée que leur imposait
-Léopold, parce qu'ils voyaient là le début d'un conflit où ils
-comptaient bien jouer un rôle, et les conseillers de la Reine s'en
-réjouissaient aussi, parce qu'ils pensaient que l'Empereur, une fois
-engagé, ne pourrait plus reculer et qu'il devrait en venir forcément
-au Congrès armé, que son inaction seule avait empêché jusque-là[936].
-Mercy lui-même, le temporisateur et prudent Mercy, commençait à
-croire qu'on ne finirait pas sans une guerre, guerre civile ou guerre
-étrangère, peut-être les deux à la fois[937]. Rien n'était prêt
-encore[938]; mais on faisait des préparatifs. Léopold le pacifique
-devenait belliqueux: «Les Français veulent la guerre, avait-il dit;
-ils l'auront, mais ils en paieront la dépense[939].» Déjà, l'effectif
-des troupes autrichiennes en Belgique était augmenté et des ordres
-donnés pour que tout fût en état au 1er mars[940]. Le roi de Prusse
-s'était, dès le 14 janvier, déclaré résolu à prendre part au Congrès
-armé[941]; Catherine II s'y était ralliée elle-même; quant au roi de
-Suède, il était tout feu[942].
-
-Cette guerre, les Jacobins y poussaient de tout leur pouvoir, parce
-qu'ils appréhendaient avant tout le Congrès[943]. En revanche, les
-Constitutionnels la redoutaient, parce qu'ils sentaient bien que,
-au milieu du choc des armées et du tumulte des passions, le frêle
-édifice qu'ils avaient échafaudé sombrerait dans la tempête[944]. Ils
-rédigèrent donc un mémoire pour tâcher d'en détourner l'Empereur, lui
-représentant les conséquences fatales qu'un conflit pourrait avoir
-pour la France et pour la sûreté de la famille royale, et alléguant
-le fâcheux effet qu'avait déjà produit, suivant eux, l'ordre donné au
-maréchal Bender. Fidèle à son principe de tout accepter sans objection,
-la Reine consentit à envoyer ce mémoire à Vienne par un émissaire
-secret, mais, en traînant en longueur, sous prétexte qu'elle n'avait
-pas de moyen de correspondre sûrement avec son frère[945]. Et elle
-eut bien soin de lui faire savoir que c'était l'œuvre exclusive de
-ses conseillers d'occasion, qu'ils n'avaient en aucune façon traduit
-sa propre pensée, et qu'il était de la dernière importance de bien
-distinguer son intérêt véritable de tout ce qu'elle était obligée de
-faire et de dire pour sa sûreté personnelle et celle du Roi[946]. Elle
-s'applaudissait au contraire du ferme langage que, pour la première
-fois, avait tenu Léopold et de la crainte qu'il avait inspirée aux
-Constitutionnels, crainte attestée par la démarche qu'ils faisaient à
-Vienne; et elle en concluait qu'une déclaration des Puissances, appuyée
-par des forces imposantes, produirait le même effet sur le pays entier
-et forcerait l'Assemblée à composer enfin avec le Souverain.
-
-Cette diplomatie en partie double, cette contradiction entre les
-démarches officielles et les sentiments secrets forçaient le Roi et la
-Reine d'avoir hors de France des agents autorisés, chargés de faire
-connaître aux Cours étrangères leurs véritables intentions. C'étaient,
-à Berlin, le vicomte de Caraman; à Saint-Pétersbourg, le marquis de
-Bombelles; à Londres, l'évêque de Pamiers et M. Crawford; c'étaient
-avant tout le baron de Breteuil, qui avait les pouvoirs du Roi, et
-aussi le correspondant de la Reine, le comte de Fersen. Puis, en dehors
-de ces agents, il y avait les émissaires, tantôt français, tantôt
-étrangers, parce que ceux-ci, par leur nationalité même, éveillaient
-moins l'attention des espions de toutes sortes attachés aux Tuileries.
-Et lorsque, parmi ces étrangers, la Reine rencontrait un homme d'un
-caractère sûr, d'un dévouement éprouvé, en même temps que d'une
-autorité reconnue, qui, ayant vu les choses de près, pût les montrer
-telles qu'elles étaient réellement, elle n'hésitait pas à lui confier
-la délicate mission de peindre à ses amis et à ses alliés la situation
-vraie de la France et les sentiments intimes des souverains.
-
-Cet homme, au commencement de 1792, fut Jean de Simolin, ministre de
-Russie à Paris depuis 1784, et qui, après le départ du comte de Mercy,
-l'avait en partie remplacé dans la confiance de Marie-Antoinette[947].
-Simolin devait prendre un congé de quelques semaines. La Reine le
-fit prier de passer chez elle, le reçut sans cérémonial, en frac et
-en surtout, dans sa chambre, où bientôt le Roi vint la rejoindre; et
-là, après avoir soigneusement poussé le verrou de la porte, lui ouvrit
-son âme tout entière, se répandit en témoignages de reconnaissance
-pour la Czarine, mais ne dissimula pas son mécontentement de la
-conduite de l'Empereur qui, dit-elle, «conservait sur le trône la
-façon de penser d'un petit duc de Toscane, ne prenait aucun intérêt à
-ses parents[948],» et ne répondait pas même à ses lettres. L'émotion
-la gagnait; ses yeux étaient humides. Mais, refoulant ses pleurs,
-elle déroula au ministre russe tout son système, lui expliqua
-les motifs de sa conduite, lui dépeignit en termes très vifs la
-situation, et le chargea de la représenter dans toute son exactitude
-et toute son horreur à Léopold et à Catherine[949]; et comme Simolin,
-touché lui-même jusqu'aux larmes[950], objectait les dangers qu'une
-intervention des Puissances pourrait faire courir à la famille royale:
-
-«Dites à l'Empereur, répondit-elle, que la nation a trop besoin du Roi
-et de son fils, pour qu'ils aient rien à craindre; c'est eux qu'il
-est intéressant de sauver. Quant à moi, je ne crains rien; pourvu
-qu'ils soient sauvés, tout m'est indifférent, et j'aime mieux courir
-tous les dangers possibles que de vivre plus longtemps dans l'état
-d'avilissement et de malheur où je suis[951].»
-
-La lettre de la Reine à l'Empereur n'entrait dans aucun détail, se
-contentant d'accréditer près de lui Simolin, dont elle vantait la
-sagesse et les manières franches et loyales, et laissant au ministre
-russe le soin de développer la pensée des prisonniers des Tuileries.
-Avec Mercy, quoiqu'il fût recommandé à Simolin de ne s'ouvrir à lui
-qu'avec «quelque réserve[952]», Marie-Antoinette était plus explicite;
-la lettre qu'elle lui écrivit à cette occasion est trop importante et
-exprime trop bien les vrais sentiments de la malheureuse princesse pour
-que nous ne croyions pas devoir la transcrire ici tout entière;
-
- Février 1792.
-
-«M. de S., qui vous joindra, Monsieur, veut bien se charger de mes
-commissions. Il compte faire une course pour aller voir le prince
-Galitzin, et, d'après votre conseil, je l'ai prié de porter directement
-une lettre de moi à mon frère. L'ignorance totale où je suis des
-dispositions du cabinet de Vienne rend tous les jours ma position plus
-affligeante et plus critique. Je ne sais quelle contenance faire ni
-quel ton prendre; tout le monde m'accuse de dissimulation, de fausseté,
-et personne ne peut croire,—avec raison,—que mon frère s'intéresse
-assez peu à l'affreuse position de sa sœur pour l'exposer sans cesse,
-sans lui rien dire. Oui, il m'expose, et mille fois plus que s'il
-agissait; la haine, la méfiance, l'insolence sont les trois mobiles
-qui font agir dans ce moment ce pays-ci. _Ils sont insolents par excès
-de peur_, et parce que, en même temps, ils croient qu'on ne fera rien
-au dehors. Cela est clair; il n'y a qu'à voir les moments où ils ont
-cru que réellement les Puissances allaient prendre le ton qui leur
-convient; nommément à l'office du 21 décembre de l'Empereur, personne
-n'a osé parler ni remuer, jusqu'à ce qu'ils fussent rassurés. Que
-l'Empereur sente donc une fois ses propres injures; qu'il se montre à
-la tête des autres Puissances avec une force, mais une force imposante,
-et je vous assure que tout tremblera ici. Il n'y a plus à s'inquiéter
-pour notre sûreté; c'est ce pays-ci qui provoque à la guerre; c'est
-l'Assemblée qui la veut. La marche constitutionnelle que le Roi a prise
-le met à l'abri, d'un côté, et, de l'autre, son existence et celle de
-son fils sont si nécessaires à tous les scélérats qui nous entourent
-que cela fait notre sûreté; et, je le dis, il n'y a rien de pis que de
-rester comme nous sommes; il n'y a plus aucun secours à attendre du
-temps et de l'intérieur. Le premier moment sera difficile à passer ici;
-mais il faudra une grande prudence et circonspection. Je pense, comme
-vous, qu'il faudrait des gens habiles et sûrs pour être informé de
-tout; mais où les trouver[953]?»
-
-Porteur de ces lettres et de ces instructions, M. de Simolin partit
-de Paris le 7 février, arriva le 9 à Bruxelles, s'aboucha avec MM. de
-Breteuil, Fersen et de Mercy, et poursuivit sa route sur Vienne.
-
-Deux jours après, le 11 février, le comte de Fersen s'acheminait de son
-côté vers Paris.
-
-De tous les souverains que préoccupait la situation du Roi de France,
-Gustave III était assurément le plus sincère et le plus désintéressé.
-Il avait accepté le Congrès; il était même disposé à aller plus loin;
-mais il s'inquiétait avec raison de l'effervescence que ne pouvaient
-manquer de soulever à Paris les premières menaces des Puissances et
-du danger qu'aurait alors à courir la famille royale. Déjà même le
-bruit s'était répandu que, en cas de guerre, le Roi, la Reine et
-leurs enfants seraient emmenés dans le Midi, probablement dans les
-Cévennes, sous la garde d'une armée de protestants[954]. Pour éviter
-ce double péril, d'une insurrection populaire ou d'un enlèvement,
-et quels que fussent d'ailleurs les risques d'une évasion nouvelle,
-Gustave jugeait «indispensable»,—et il était en cela d'accord avec
-l'Impératrice de Russie[955],—que Louis XVI fît tout pour se soustraire
-aux mains de ses geôliers[956]. Deux moyens étaient ouverts: ou gagner
-la mer et s'échapper sur un petit bateau anglais qui irait débarquer
-à Ostende[957], ou prendre la voie de terre, traverser les «forêts
-de chasse» en évitant les villages[958] et se faire conduire par
-des contrebandiers jusqu'à une dizaine de lieues de la frontière,
-où un détachement de troupes légères rencontrerait les fugitifs
-et protégerait leur sortie[959]. Le Roi, la Reine et le Dauphin
-partiraient seuls, pour ne pas compliquer les préparatifs; Mme
-Elisabeth et Madame Royale resteraient à Paris, où il semblait qu'elles
-ne devaient avoir rien à craindre[960]. Quel que fût d'ailleurs le
-plan adopté, comme il était urgent qu'il restât secret et qu'il eût
-été imprudent de le confier à la poste, Fersen fut chargé d'aller le
-proposer aux prisonniers et l'étudier sur place avec eux.
-
-Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que des projets de ce
-genre étaient présentés à la famille royale. Déjà, un autre fidèle
-du malheur, un Anglais, M. Crawford, qui put séjourner incognito à
-Paris de décembre 1791 jusqu'en avril 1792, avait, d'accord avec le
-roi d'Angleterre, proposé à la Reine de quitter la France avec le
-Dauphin, et tout arrangé pour la fuite[961]. La Reine avait refusé:
-son devoir était de rester aux côtés de son mari; elle ne voulait pas
-l'abandonner[962].
-
-Mais, par une coïncidence étrange, au moment même où les conseillers
-du roi de Suède élaboraient un plan d'évasion, le bruit d'une fuite
-nouvelle de la famille royale courait dans Paris. Le public en
-jasait; les journaux en parlaient; on entrait dans le détail: le
-départ devait s'effectuer par Calais[963]; on fixait même la date,
-c'était la nuit du 12 au 13 janvier. L'Assemblée et la municipalité
-s'émurent; le nouveau maire de Paris, Pétion, fit doubler les postes
-du Château[964], et l'Assemblée, après avoir, le 11 janvier, déclaré
-infâme tout Français qui prendrait part à un Congrès, destiné à changer
-la Constitution[965], décréta que nul ne pourrait voyager en France
-sans un passeport individuel. La Reine, instruite des projets de son
-confident, et alarmée des dangers qu'aurait à courir, s'il était
-reconnu, l'organisateur du voyage de Varennes, la Reine lui écrivit
-d'ajourner, et ce ne fut que lorsque le Roi eut refusé sa sanction au
-décret sur les passeports[966], qu'elle lui permit de venir.
-
-Fersen quitta donc Bruxelles le 11 février, à neuf heures et demie du
-matin, en chaise de poste, sans domestique, accompagné seulement d'un
-officier suédois du nom de Reuterswaerd; tous deux avaient un passeport
-de courrier pour le Portugal, sous des noms supposés, et Fersen, pour
-mieux se déguiser, portait une perruque[967]. Malgré leur crainte des
-vexations qu'on faisait alors subir aux voyageurs, ils ne rencontrèrent
-aucun obstacle. Partout on fut poli; à Péronne même, où un accident de
-voiture les retint quatre heures, ils n'eurent qu'à se louer des bons
-procédés de la municipalité et de la garde nationale[968]. Le lundi 13
-février, à cinq heures et demie du soir, ils entrèrent sans encombre
-à Paris. Fersen laissa son compagnon de route, et le soir même, après
-s'être entendu avec Goguelat, qu'il avait prévenu de son arrivée, il
-se rendit aux Tuileries par des chemins détournés, ne put voir qu'un
-instant la Reine, mais y revint le 14, à minuit[969], et trouva la
-Reine et le Roi.
-
-Quelles furent les émotions de ce premier revoir, après huit mois de
-séparation, on le devine sans peine. Que de confidences échangées
-entre les prisonniers et le défenseur qui leur avait dévoué sans
-arrière-pensée sa fortune et sa vie! Que de souvenirs évoqués, que
-de larmes versées! Ce furent d'abord les ineffaçables souvenirs de
-Varennes, les angoisses et les avanies de ce douloureux retour;
-puis les misères du présent, la perspective meilleure peut-être de
-l'avenir. On parla du projet de fuite; on convint qu'il offrirait de
-grands avantages, en donnant une impulsion plus vive aux affaires,
-en facilitant la bonne volonté des alliés[970]. La Reine le sentait
-bien, et ce n'était pas l'insuccès d'une première tentative qui la
-décourageait d'une seconde. Mais les difficultés étaient extrêmes:
-Fersen lui même, qui avait tant à cœur une évasion, dut la déclarer
-impossible. La famille royale était gardée à vue; tous les bâtiments
-en partance étaient rigoureusement visités[971]; et, d'autre part, un
-grand nombre de municipalités, celles de campagne surtout, ne tenant
-pas compte du _veto_ du Roi, appliquaient le décret sur les passeports,
-comme s'il avait été sanctionné[972]. La fuite était «physiquement
-impossible», tant la surveillance était minutieuse[973].
-
-Aux obstacles matériels s'ajoutait un obstacle moral, plus
-insurmontable peut-être: la conscience du Roi; ayant si souvent promis
-de rester, il se faisait scrupule de partir. Mais il acceptait, il
-demandait même qu'un des premiers actes du Congrès fût d'exiger sa
-sortie de Paris, pour donner, en pleine liberté, son assentiment aux
-mesures à adopter et ratifier les engagements pris avec les Puissances.
-Si cette liberté lui était refusée, alors il pourrait tenter de fuir à
-travers les bois, par l'itinéraire que Fersen conseillait et déclarait
-possible, et si cette tentative échouait, il consentait pleinement à ce
-que les Puissances agissent, sans s'occuper de lui. «Il faut, dit-il,
-qu'on me mette tout à fait de côté et qu'on me laisse faire[974].»
-C'était la confirmation de ce que la Reine avait déclaré à Simolin.
-
-Quant aux démarches qu'il accomplissait, à l'approbation qu'il semblait
-donner aux actes de l'Assemblée, il ne fallait ni s'en étonner, ni s'y
-laisser tromper. Une telle conduite de sa part était rendue nécessaire
-par la situation précaire où il se trouvait et par le désir d'éviter de
-plus grands maux. Il n'avait sanctionné le décret sur la séquestration
-des biens des émigrés, que pour empêcher qu'ils ne fussent pillés et
-brûlés; mais il ne consentirait jamais à ce qu'ils fussent vendus.
-
-«Ah çà, dit-il avec sa brusque bonhomie, nous sommes entre nous et nous
-pouvons parler. Je sais qu'on me taxe de faiblesse et d'irrésolution;
-mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma position. Je sais que
-j'ai manqué le moment; c'était le 14 juillet; il fallait alors s'en
-aller et je le voulais; mais comment faire, quand Monsieur lui-même me
-priait de ne pas partir et que le maréchal de Broglie, qui commandait,
-me répondait: «Oui, nous pouvons aller à Metz; mais que ferons-nous,
-quand nous y serons?» «J'ai manqué le moment, et depuis je ne l'ai pas
-retrouvé. J'ai été abandonné de tout le monde[975].»
-
-Le Roi et la Reine se mirent à entrer, sans récriminations, mais
-avec une émotion qui gagna Fersen, dans le détail de toutes les
-ingratitudes, de tous les abandons dont ils avaient été, dont ils
-étaient tous les jours victimes, n'ayant dans le ministère qu'un seul
-homme, Bertrand de Molleville, qui leur fût vraiment dévoué, trahis
-par ceux qui leur devaient le plus, et ne pouvant rien attendre que de
-l'attachement de ceux qui ne leur devaient rien[976]. Dans l'extrémité
-où ils étaient réduits, avec les progrès de l'esprit révolutionnaire,
-entre les attaques de l'Assemblée et les insultes de la rue, il ne
-fallait plus rien espérer de l'intérieur, pas même de l'excès du mal,
-qui, disait la Reine, «ne saurait enfanter le bien[977]»; il n'y aurait
-pas de retour sérieux et solide de l'opinion; on ne pouvait compter
-que sur l'intervention des Puissances. Ce n'était pas seulement le
-sentiment du Roi et de la Reine, mais celui de leurs conseillers
-constitutionnels, d'Alexandre de Lameth et de Duport, qui leur
-répétaient sans cesse qu'un tel état ne pouvait durer, qu'il n'y avait
-de remède que dans les troupes étrangères, et que, sans elles, tout
-était perdu[978].
-
-«En tout, écrivait Fersen, résumant à Gustave III ses entretiens
-avec la famille royale, j'ai trouvé le Roi et la Reine très décidés
-à supporter tout plutôt que l'état où ils sont, et, d'après la
-conversation que j'ai eue avec Leurs Majestés, je crois pouvoir vous
-assurer, Sire, qu'elles sentent fortement que toute composition avec
-les rebelles est inutile et impossible, et qu'il n'y a de moyen
-pour le rétablissement de leur autorité que la force et des secours
-étrangers[979]».
-
-Quelque douce qu'eût été, malgré ses tristesses, cette entrevue,
-Fersen ne crut pas pouvoir la renouveler. La surveillance était si
-active, et il eût été si fâcheux, pour eux plus encore que pour lui,
-qu'il fût reconnu! C'était beaucoup déjà d'avoir pu pénétrer deux fois
-au Château, malgré la vigilance des geôliers. Il repartit donc le
-15, et, pour dérouter les soupçons, alla jusqu'à Tours et revint par
-Fontainebleau. Le 19, à six heures du soir, il était rentré à Paris;
-mais il n'osa pas retourner aux Tuileries; il se contenta d'écrire pour
-savoir si l'on n'avait pas d'ordre nouveau à lui donner et resta caché
-pendant deux jours[980]. Le 21, à une heure du matin, après s'être
-muni, pour plus de précaution, d'un passeport de courrier[981], il
-repartait avec son ami Reuterswaerd et, après quelques difficultés dans
-un petit village, près de Marchiennes, arrivait le 24 à Bruxelles.
-
-Si Fersen n'avait pas été tenu à tant de prudence et s'il avait pu
-se montrer dans Paris, il aurait eu, avant de quitter la France, une
-fugitive consolation.
-
-Le 20 février, la Reine, avec ses enfants, était allée au
-Théâtre-Italien. On représentait _les Événements imprévus_, de Grétry.
-Quand on arriva au duo du valet et de la femme de chambre, Mme
-Dugazon, aussi royaliste que son mari était démocrate, s'inclina
-devant Marie-Antoinette, en chantant:
-
- Ah! comme j'aime ma maîtresse!
-
-Ce fut le signal d'un effroyable tumulte. _Pas de maître! Pas de
-maîtresse! Vive la liberté!_ criaient les Jacobins du parterre.—_Vive
-le Roi! Vive la Reine!_ ripostait-on des loges. Le public se divisa.
-Jacobins et royalistes se prirent aux cheveux; mais les royalistes
-furent les plus forts, et, comme dit Mme Elisabeth, «les Jacobins
-furent bien battus.» Les touffes de cheveux noirs volaient dans salle.
-La garde intervint et rétablit l'ordre[982]. On fit répéter le duo
-jusqu'à quatre fois, et quand Mme Dugazon en vint à ce vers:
-
- Il faut les rendre heureux,
-
-«Oui! oui!» cria-t-on de toutes parts. Au milieu de toute cette
-bagarre, la Reine avait conservé le maintien le plus noble et le plus
-grand calme. Quand elle sortit, elle fut couverte d'acclamations.
-
-«C'est une drôle de nation que la nôtre, écrivait Mme Elisabeth à
-son amie, Mme de Bombelles, en lui racontant cet incident; il faut
-convenir qu'elle a de charmants moments[983].» Hélas! ces moments
-étaient rares et ces acclamations bien passagères. Quatre jours après,
-deux pages de la Reine, reconnus au Vaudeville, étaient maltraités
-et traînés dans la boue. Quant à la Reine elle-même, elle ne voulut
-pas s'exposer à être le prétexte de luttes où ses amis n'auraient
-probablement pas toujours le dessus, et le 20 février fut le dernier
-jour où elle alla au théâtre[984].
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
- Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie insultante des
- Jacobins.—Nouveaux outrages contre la Reine.—Attaque violente de
- Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre des affaires étrangères.—Il
- offre à Marie-Antoinette son concours qui est repoussé.—Le
- ministère Girondin.—Pâques 1792.—La seule consolation de la Reine,
- ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son
- gouverneur.
-
-
-Malgré l'insuccès de son plan d'évasion, Fersen revenait de Paris
-«assez content de sa course[985]». Il connaissait maintenant les
-intentions vraies de Louis XVI et de Marie-Antoinette; il savait le but
-à poursuivre, et ce but semblait en grande partie atteint. L'accord
-s'était établi entre le Roi et les Puissances. Le Roi consentait à
-les laisser agir; les Puissances paraissaient décidées à agir. Le roi
-de Prusse et le roi d'Espagne, comme le roi de Suède et l'Impératrice
-de Russie en proclamaient la nécessité: la Suisse républicaine
-s'alliait pour cela à l'Europe monarchique; l'Empereur lui-même, ce
-«Florentin» dont la lenteur et le silence avaient si souvent désolé
-sa sœur, l'Empereur, malgré les conseils de Kaunitz, qui traitait de
-«lieux communs[986]» les plaintes de la Reine, l'Empereur avait l'air
-disposé à ne plus s'en tenir aux «déclarations[987]». «Jamais, disait
-Colloredo à Simolin, je ne l'ai trouvé si animé[988].» Et Mercy, devenu
-belliqueux, portait la main à son épée en s'écriant: «Il ne reste plus
-d'autre moyen pour sauver la France et toute l'Europe[989].»
-
-Mais un coup imprévu allait renverser tout cet échafaudage si
-laborieusement élevé. Le 1er mars 1792, Léopold mourait presque
-subitement, emporté par une violente maladie d'entrailles qui n'avait
-duré que deux jours[990]. Malgré ses griefs contre l'Empereur,
-Marie-Antoinette fut vivement émue de cette mort, et dans le premier
-moment de sa douleur, elle s'écria que son frère,—le bruit d'ailleurs
-en courut,—avait été empoisonné par les Jacobins[991]. Mais elle
-n'avait pas le loisir de pleurer; il fallait aviser aux changements que
-cette perte inattendue allait amener dans l'échiquier politique.
-
-Le successeur de Léopold était un adolescent de vingt-quatre ans,
-faible et maladif; l'Empire demeurait momentanément sans chef, et le
-principal lieu de la scène politique allait se trouver transporté de
-Vienne à Berlin[992]. Sans doute, le jeune roi de Hongrie assurait
-que ses dispositions étaient les mêmes que celles de son père; sans
-doute, le grand chancelier, prince de Rosemberg, écrivait à la sœur
-du marquis de Raigecourt: «J'espère que mon nouveau maître restera
-fidèle à tous les engagements contractés par feu son père et qu'il sera
-le restaurateur du trône et de l'autorité royale en France[993].»
-Mais le temporisateur Kaunitz affirmait, à la même heure, «qu'on ne
-pouvait dire que des choses vagues et que, si l'on travaillait à un
-concert des Puissances, il était impossible de savoir quand et comment
-ce concert se pourrait établir[994].» La Reine, inquiète de toutes
-ces incertitudes et de tous ces retards, se hâta d'envoyer à Vienne
-Goguelat, sous le nom de Daumartin, afin de demander une réponse
-positive[995]. «Il n'y a pas de temps à perdre, disait tristement la
-pauvre femme, car on n'en perd pas contre nous[996].»
-
-Il semblait que le malheur s'attachât aux infortunés, pour déconcerter
-tous leurs plans. Le 16 mars, le chef le plus ardent et le plus dévoué
-de la coalition, Gustave III, était frappé, dans un bal masqué, d'un
-coup de pistolet tiré à Stockholm, mais peut-être parti de Paris[997].
-
-«Voilà, disait le blessé au baron des Cars, un coup qui va réjouir vos
-Jacobins[998].» L'émotion fut grande en effet en France, lorsqu'on
-apprit que le prince avait succombé, le 29 mars, à sa blessure. Chez
-les Jacobins ce fut un cri de triomphe: Ankarstroëm et ses complices
-furent qualifiés de Brutus et de Mutius Scévola[999] et l'on proclama
-que le poignard est la dernière raison du peuple[1000]. A la Cour,
-ce fut un cri de stupeur: le Roi et la Reine furent consternés: ils
-perdaient leur meilleur appui. La veille même de sa mort, Gustave leur
-avait fait dire «qu'un de ses regrets, en quittant la vie, était de
-sentir que sa perte pouvait nuire à leurs intérêts[1001]». Lorsque
-Mme de Tourzel, qui venait d'être instruite du fatal événement chez
-le Dauphin, descendit chez la Reine, les traits bouleversés: «Je vois
-à votre visage, lui dit l'infortunée souveraine, que vous savez la
-cruelle nouvelle que nous venons d'apprendre. Il est impossible de ne
-pas être pénétrée de douleur; mais il faut s'armer de courage, car, qui
-peut répondre de ne pas éprouver un pareil sort[1002]?» Et la jeune
-Madame se jeta dans les bras de sa mère en fondant en larmes.
-
-Elles avaient bien raison de pleurer, les malheureuses victimes;
-leur situation devenait chaque jour plus critique. Toutes les
-misères qu'entraîne toujours une révolution, l'anarchie qui
-naît de l'absence de gouvernement et qu'attestent trop tous les
-écrits du temps, l'anarchie spontanée, comme l'a nommée un grand
-historien, l'amoindrissement ou la perte des fortunes particulières,
-l'avilissement de la fortune publique, la banqueroute imminente, la
-cherté des grains, l'impossibilité de les transporter d'un département
-à un autre[1003], la famine en perspective, le manque total de
-numéraire, le peu de confiance dans le papier[1004], les attaques des
-orateurs à l'Assemblée ou dans les clubs contre la famille royale, les
-excitations des journaux, les calomnies des gazettiers, tout cela
-entretenait la population parisienne dans un état de fièvre permanent.
-Les Jacobins étaient tout à la haine; les républicains ne dissimulaient
-plus leur espoir. Le Roi lui-même tombait dans un découragement qui
-allait jusqu'à l'abattement physique. Il restait des jours entiers sans
-articuler un mot, et il fallut que sa femme se jetât à ses pieds et
-fît à sa tendresse et à son courage l'appel le plus déchirant, allant
-jusqu'à lui dire «que, s'il fallait périr, ce devait être du moins
-avec honneur, et sans attendre qu'on vînt les étouffer l'un et l'autre
-sur le parquet de leur appartement», pour qu'il sortît enfin de cette
-torpeur[1005].
-
-On préparait au grand jour, au milieu d'un débordement d'ignobles
-injures, la déchéance de la royauté. On fabriquait des piques à
-crochets pour arracher, disait-on, les entrailles des aristocrates, et
-l'Assemblée accordait aux porteurs les honneurs de la séance[1006].
-On en armait des régiments de femmes et l'on projetait de les faire
-défiler devant la Reine. Le bonnet rouge, ce hideux emblème, faisait
-son apparition sous les fenêtres du Roi; des motions menaçantes étaient
-proposées dans le jardin des Tuileries et les insultes de la populace
-prenaient le caractère le plus grossier et le plus dégoûtant[1007].
-Le plan des conjurés s'élaborait à un souper chez Condorcet. Il
-s'agissait de suspendre le Roi, de s'emparer de l'éducation du Dauphin
-et de lui donner Condorcet comme précepteur[1008]. Quant à la Reine,
-on hésitait si on la renverrait purement et simplement en Autriche,
-comme le voulait Siéyès[1009], si on l'enfermait dans un couvent[1010]
-ou au Val-de-Grâce[1011], ou si on la traduisait devant la Haute-Cour
-d'Orléans, sous dix-neuf chefs d'accusation[1012]. La Reine le savait:
-elle s'attendait _à tout_, et comme un jour elle s'en ouvrait à
-Mme de Tourzel: «Mais, dit la gouvernante, le Roi ne souffrira
-jamais l'accomplissement d'un projet si atroce.»—«Je le préférerais,»
-répondit la vaillante femme, «plutôt que d'exposer ses jours, si son
-refus devait produire cet effet[1013].» Mais tenant, avant tout, à
-ne compromettre personne, elle passa plusieurs nuits avec Mme
-Campan à trier ses papiers et à brûler tous ceux qui pouvaient être
-dangereux[1014].
-
-On outrageait ses sentiments intimes, on ne respectait même pas sa
-douleur. A la mort de son frère, on ne permit pas d'en porter le deuil
-en public. Un officier, qui avait paru avec un crêpe au bras dans le
-jardin des Tuileries, fut insulté et maltraité[1015], et une tête
-représentant Léopold fut plantée au bout d'une pique sous le balcon du
-Château.
-
-«Elle,—la mort de l'Empereur,—a fait son effet, disaient les journaux
-patriotes. Elisabeth s'est confessée le soir même, et Marie-Antoinette,
-malgré sa réputation de femme forte, en a reçu une atteinte au cerveau.
-Léopold est mort; mais le plus redoutable de nos ennemis est plein de
-vie et habite au milieu de nous. Le défunt est entré seul dans la
-tombe; il nous laisse une sœur!»
-
-A l'Assemblée, les orateurs se faisaient les échos des calomnies et des
-menaces de la presse. Le 10 mars, au moment où la Reine pleurait la
-mort de son frère, dans la mémorable et orageuse discussion qui aboutit
-au renvoi de Lessart devant la Cour d'Orléans, Vergniaud s'écriait:
-
-«De cette tribune, où je vous parle, on aperçoit le palais où des
-conseillers pervers égarent et trompent le Roi que la Constitution nous
-a donné, forgent les fers dont ils veulent nous enchaîner et préparent
-les manœuvres qui doivent nous livrer à la Maison d'Autriche. Je vois
-les fenêtres du palais où l'on trame la contre-révolution, où l'on
-combine les moyens de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage,
-après nous avoir fait passer par tous les désordres de l'anarchie, par
-toutes les fureurs de la guerre civile.
-
-«Le jour est arrivé où vous pouvez mettre un terme à tant d'audace, à
-tant d'insolence et confondre enfin les conspirateurs. L'épouvante et
-la terreur sont souvent sortis, dans les temps antiques, de ce palais
-fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi; qu'elles y
-pénètrent tous les cœurs; que tous ceux qui l'habitent sachent que
-notre Constitution n'accorde l'inviolabilité _qu'au Roi_. Qu'ils
-sachent que la loi y atteindra sans distinction les coupables, et qu'il
-n'y aura pas une seule tête, convaincue d'être criminelle, qui puisse
-échapper au glaive.»
-
-L'allusion était transparente; dans la situation des esprits, dénoncer
-ainsi la Reine, c'était la désigner aux vengeances populaires et
-aux poignards des assassins; les menaces sanguinaires du 20 juin et
-l'échafaud du 16 octobre sont en germe dans ces venimeuses paroles de
-l'orateur girondin.
-
-Au récit de cette affreuse séance, Marie-Antoinette versa, dit-on,
-des torrents de larmes. «Larmes de haine,» dit M. E. Quinet[1016].
-Vouliez-vous donc que ce fussent des larmes d'amour?
-
-Qui s'étonnera ensuite que la Reine, ainsi réduite à sauver sa tête
-et celle de son mari et de ses enfants, placée par les violences dont
-elle était l'objet en légitime défense, ait cherché au dehors l'appui
-qu'elle ne trouvait plus au dedans et demandé aux Puissances, à ses
-parents, à ses alliés, un secours que des hommes politiques de tous
-les partis, des Constitutionnels comme Duport et les Lameth, des
-monarchistes comme Mounier et Mallet du Pan, des royalistes comme
-Breteuil et Bombelles, déclaraient seul capable d'arracher la famille
-royale aux assassins et la France à l'anarchie?
-
-Le 16 mars, Dumouriez fut nommé ministre des affaires étrangères en
-remplacement de Lessart. Ancien agent de la diplomatie secrète de
-Louis XV, homme de plume et homme d'épée, souple et insinuant sous
-des apparences de franchise et de brusquerie, Dumouriez ne tarda pas
-à prendre une influence sérieuse sur Louis XVI; il ne put gagner
-la confiance de Marie-Antoinette. Vainement lui fit-il les plus
-chaleureuses protestations de dévouement; vainement se jeta-t-il à
-ses pieds en lui affirmant qu'il n'était et ne pouvait être Jacobin;
-vainement lui saisit-il un jour la main, en la baisant avec transport
-et en lui disant: «Madame, laissez-vous sauver[1017].» Il crut l'avoir
-convaincue: il ne l'avait pas ébranlée. On a fait un reproche à la
-Reine de cette méfiance obstinée; on a dit: Dumouriez, avec son
-adresse politique et ses talents militaires, eût rétabli la monarchie.
-Peut-être; il est facile de raisonner et de critiquer après coup.
-Mais, étant donnés le caractère et l'attitude du personnage, le refus
-de Marie-Antoinette ne s'explique que trop. Des protestations de
-fidélité à la royauté, ou des protestations de dévouement aux Jacobins,
-lesquelles devait-elle croire sincères? Et lui était-il possible
-d'accepter aveuglément un concours dont, quelques jours auparavant,
-Dumouriez avait fait hommage à Robespierre et à Collot d'Herbois[1018]?
-
-Le 24 mars, Roland et Clavière entraient à leur tour au ministère,
-qui, un mois après, se complétait par la nomination de Servan. C'était
-la Gironde qui prenait enfin le pouvoir qu'elle avait si longtemps
-ambitionné: la Gironde, le parti qui s'était montré le plus acharné
-contre Marie-Antoinette, celui dont le plus éloquent orateur avait
-lancé contre elle l'odieuse dénonciation que nous avons dite, et dont
-l'inspiratrice attitrée, Mme Roland, intelligence élevée, caractère
-ferme, mais nature envieuse et cœur plein de fiel, poursuivait la Reine
-d'une haine de femme et avait écrit à Bosc, dès le 26 juillet 1789:
-
-«Vous n'êtes que des enfants; votre enthousiasme est un feu de paille;
-et, si l'Assemblée nationale ne fait pas en règle le procès de deux
-têtes illustres, ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes
-tous f.....[1019].»
-
-Pâques approchait. Depuis que son directeur, le curé de Saint-Eustache,
-avait prêté serment à la Constitution civile, la Reine avait choisi un
-autre confesseur; mais il lui était interdit de remplir publiquement
-ses devoirs religieux. Pour donner satisfaction à sa conscience
-et accomplir la grande loi chrétienne, elle demanda à l'un de ses
-chapelains de lui dire le jour de Pâques, à cinq heures du matin, une
-messe qu'elle pût entendre en secret. C'était le 8 avril. La nuit était
-noire encore; Mme Campan, un bougeoir à la main, accompagna sa
-maîtresse jusqu'à la chapelle et l'y laissa seule. La princesse resta
-longtemps absorbée dans ses prières et ses tristes méditations; il
-faisait déjà petit jour lorsqu'elle rentra chez elle[1020].
-
-Huit jours après, le 15 avril, malgré une protestation indignée de
-Gouvion et les strophes enflammées d'André Chénier, Paris célébrait une
-fête en l'honneur des Suisses du régiment de Châteauvieux, condamnés
-aux galères pour avoir, lors de l'insurrection de Nancy, en 1790, pillé
-la caisse de leur régiment et tiré sur les gardes nationales et les
-troupes françaises. C'était la fête de l'indiscipline, du vol et de
-l'assassinat. On porta en triomphe les forçats libérés; l'Assemblée
-leur décerna les honneurs de la séance et, le soir, la ville illumina.
-Mme Elisabeth, dans sa correspondance, plaisanta de ce grotesque
-défilé, des trois ou quatre cents patriotes avinés, hurlant: _Vive la
-Nation!_ et _A bas Lafayette!_ et de «Dame Liberté, tremblotante sur
-son char[1021]». Mais cette cérémonie, qui rappelait le souvenir de M.
-de Bouillé, fut pour la Reine l'occasion d'un redoublement d'outrages.
-Le _P. Duchesne_, naturellement, s e distingua dans ce débordement
-d'infamies; nous en citerons quelques lignes seulement, pour montrer à
-quel degré était descendue la rage des pamphlétaires:
-
-«Ah! f..., quelle joie, quel bonheur, de la voir manger du fromage dans
-ce beau jour! Je crois l'apercevoir au travers de sa jalousie, comme le
-jour de la fête de Voltaire; c'est alors, f..., qu'elle rugissait comme
-un tigre enchaîné de ne pouvoir s'abreuver de notre sang.»
-
-«...... Aux piques! f..., braves sans-culottes; aiguisez-les pour
-exterminer les aristocrates, s'ils osent broncher. Que ce beau jour
-soit le dernier de leur règne! Nous n'aurons de repos que quand la
-dernière tête d'aristocrate sera abattue[1022].»
-
-Au milieu de ces tristesses et de ces fatigues,—car c'était sur
-elle seule que reposaient le souci et la peine de la volumineuse
-correspondance qu'elle entretenait de tous côtés, et de ces mémoires
-«bien longs» pour elle «qui n'en savait pas faire[1023]»,—une suprême
-consolation restait à Marie-Antoinette: c'étaient ses enfants; et elle
-écrivait à Fersen:
-
-«Pour moi, je me soutiens mieux que je ne devrais, par la prodigieuse
-fatigue d'esprit que j'ai sans cesse, en sortant peu de chez moi; je
-n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les
-écritures et le temps que je suis avec mes enfants. Cette dernière
-occupation, qui n'est pas la moindre, fait mon seul bonheur, et quand
-je suis bien triste, je prends mon petit garçon dans mes bras, je
-l'embrasse de tout mon cœur, et cela me console de tout dans le moment.
-Adieu[1024].»
-
-C'était en effet un bien joli et bien séduisant enfant que le jeune
-Dauphin, avec ses longs cheveux bouclés, ses grands yeux bleus, son
-intelligence précoce, déjà mûrie par le malheur, et son cœur plein de
-tendresse. «Il était impossible, dit Mme de Tourzel, de voir un
-enfant plus attachant, rempli de plus d'intelligence, et s'exprimant
-avec autant de grâce. Il saisissait les occasions de dire des choses
-agréables à ceux qui l'entouraient. Il était très attaché au Roi;
-mais, comme il lui en imposait, il n'était pas aussi à son aise avec
-lui qu'avec la Reine, qu'il adorait et à laquelle il exprimait ses
-sentiments de la manière la plus touchante, trouvant toujours à lui
-dire quelque chose de tendre et d'aimable. Sa gaîté et son amabilité
-étaient la seule diversion aux peines journalières dont la Reine était
-accablée. Elle l'élevait parfaitement, et quoiqu'elle eût pour lui la
-tendresse la plus vive, je lui dois la justice de dire qu'elle ne l'a
-jamais gâté, et qu'elle a toujours appuyé les justes représentations
-qu'on faisait à ce jeune prince[1025].» Lui, de son côté, avait pour sa
-mère des câlineries charmantes, des délicatesses de sentiments, des
-effusions de tendresse adorables. Il la parfumait des fleurs de son
-jardin: il la dévorait de caresses.
-
-Un jour,—c'était peu de temps après le retour de Varennes, et les
-leçons, interrompues par la surveillance sévère à laquelle la famille
-royale avait été soumise, venaient seulement de reprendre,—la Reine y
-assistait.
-
-«S'il m'en souvient bien, dit le précepteur du Dauphin, l'abbé d'Avaux,
-à son élève, la dernière leçon avait eu pour objet les trois degrés
-de comparaison, le positif, le comparatif et le superlatif; mais vous
-aurez tout oublié?»—«Vous vous trompez, reprit l'enfant; pour preuve,
-écoutez-moi: le positif, c'est quand je dis: mon abbé est un bon abbé;
-le comparatif, quand je dis: mon abbé est meilleur qu'un autre abbé;
-le superlatif,» continua-t-il en regardant sa mère, «c'est quand je
-dis: Maman est la plus aimable de toutes les mamans.» La Reine prit son
-fils dans ses bras, le pressa contre son cœur, et ne put retenir ses
-larmes[1026].
-
-Elle était fière de son enfant, la pauvre mère, et elle le montrait
-volontiers à ceux qui l'approchaient.
-
-«Tandis que la Reine me parlait, raconte Bertrand de Molleville, le
-petit Dauphin, beau comme un ange, s'amusait à chanter et à sauter dans
-l'appartement, avec un petit sabre de bois et un bouclier qu'il tenait
-dans ses mains. On vint le chercher pour souper, et en deux bonds il
-fut à la porte. «Comment, mon fils,» lui dit la Reine, «vous sortez
-sans faire la révérence à M. Bertrand?»—«Oh! maman, dit ce charmant
-enfant en continuant de sauter, M. Bertrand est de nos amis. Bonsoir,
-Monsieur Bertrand[1027].» Et il s'élança hors de la chambre. «N'est il
-pas gentil?» me dit la Reine, quand il fut sorti. Il est bien heureux
-d'être si jeune; il ne sent point nos chagrins, et sa gaîté nous fait
-du bien.»
-
-Mais cette dernière joie même, la malheureuse Reine ne pouvait en jouir
-tranquillement: on lui disputait son fils. Le Dauphin allait avoir
-sept ans, l'âge où, d'après la tradition monarchique, il devait sortir
-des mains des femmes pour passer dans celles des hommes. L'Assemblée
-ne l'oubliait pas, et, avide d'empiéter sur les droits du père, comme
-elle avait empiété sur ceux du souverain, elle avait la prétention
-d'imposer à Louis XVI le choix d'un précepteur. Déjà elle avait dressé
-des listes sur lesquelles le Roi devait prendre le gouverneur de son
-fils; on y lisait le nom des principaux meneurs de la gauche: Pétion,
-Siéyès, Condorcet; on avait même mis en avant Robespierre. C'était à
-ces philosophes sans foi qu'on voulait que le Roi très chrétien livrât
-l'âme de son enfant. La Reine en était tourmentée plus qu'elle ne
-pouvait le dire[1028]. Une motion fut même faite pour que l'Assemblée
-nommât elle-même le gouverneur du prince royal; mais un dernier
-sentiment de pudeur retint les députés: la motion fut rejetée. Le Roi
-en profita pour écrire au président la lettre suivante:
-
- 18 avril 1792.
-
-«Je vous prie, Monsieur le Président, de prévenir l'Assemblée nationale
-que, mon fils ayant atteint l'âge de sept ans, j'ai nommé pour son
-gouverneur M. de Fleurieu: sa probité et ses lumières généralement
-reconnues, ainsi que son attachement à la Constitution, ont déterminé
-mon choix.»
-
-Cette décision, qui déconcertait les plans de la Gironde, n'eut pas de
-suites.
-
-En fait, M. de Fleurieu ne prit jamais possession du poste auquel
-l'avait appelé une confiance auguste. Le Roi et la Reine continuèrent,
-comme par le passé, à diriger l'éducation de leur fils. L'initiative de
-Louis XVI avait écarté ce danger. Que ne sût-elle conjurer de même ceux
-qui menaçaient sa couronne, sa famille et sa vie!
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
- Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre de la Reine à Mercy,
- du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du Pan.—Premiers échecs des
- troupes françaises.—Lafayette propose au Roi de se retirer à son
- armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation du Comité
- autrichien.—Réapparition des mémoires de Mme de la Motte.—Ils
- sont brûlés à Sèvres.—Licenciement de la garde
- constitutionnelle.—M. d'Hervilly offre au Roi de chasser
- l'Assemblée.—Le Roi refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai
- sur la déportation des prêtres insermentés, du 8 juin sur la
- formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des
- ministres girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose
- son _veto_ aux décrets.
-
-
-Le 20 avril, Louis XVI déclarait la guerre au roi de Hongrie; il ne
-s'était décidé à cette résolution qu'à la dernière extrémité, et, en
-l'annonçant à l'Assemblée, il avait les larmes aux yeux; mais il avait
-dû céder aux déclamations de la Gironde, à la pression de l'opinion, à
-l'avis unanime et écrit de ses ministres[1029]. La Reine n'y répugnait
-pas, comme le Roi; depuis l'échec de toutes ses espérances, elle voyait
-dans la guerre une suprême ressource[1030], et elle lui semblait moins
-dangereuse, si c'était l'Assemblée qui en prenait l'initiative[1031];
-on ne pourrait pas du moins accuser la famille royale d'avoir poussé
-en avant les Puissances. Ce pouvait être l'occasion d'un retour de
-l'opinion; mais cette opinion, il était essentiel qu'on ne fît rien
-pour l'exaspérer. Aussi, dès le 30 avril, la Reine écrivait-elle à
-Mercy:
-
-«La guerre est déclarée. La Cour de Vienne doit tâcher d'éloigner sa
-cause le plus possible de celle des émigrés[1032], l'annoncer dans
-son manifeste, en même temps que l'on pense qu'elle pourrait employer
-l'ascendant naturel qu'elle a sur les émigrés pour tempérer leurs
-prétentions, les amener à des idées raisonnables et à se rallier enfin
-à tous ceux qui défendront la cause du Roi. Il est facile d'imaginer
-les idées qui doivent faire le fond du manifeste de Vienne; mais, en
-appelant l'univers à témoin des intentions de cette Puissance, de
-ses efforts pour conserver la paix, de ses dispositions constantes
-encore à tout terminer à l'amiable, de son éloignement de soutenir des
-prétentions particulières ou quelques individus contre la nation, on
-doit éviter de parler trop du Roi, de trop faire sentir que c'est lui
-qu'on soutient et qu'on veut défendre. Ce langage l'embarrasserait,
-le compromettrait, et, pour ne pas paraître conniver avec son neveu,
-il serait forcé d'exagérer ses démarches et par là de s'avilir, ou de
-donner un mouvement faux à l'opinion publique. C'est la nation dont il
-faut parler pour dire que l'on n'a jamais eu le désir de lui faire la
-guerre. Une observation également importante, c'est d'éviter de vouloir
-paraître d'abord se mêler des affaires intérieures, ou même de vouloir
-amener à composition. On a déjà cherché à déjouer les bonnes intentions
-de Léopold, en faisant répandre qu'il voulait faire une transaction
-entre tous nos partis. Il est à désirer sans doute que la marche que
-prendra la Cour de Vienne y amène les Français; mais ce dessein doit
-être très caché; car ce serait le rendre impossible à exécuter que
-de le manifester d'abord. Les Français repousseraient toujours toute
-intervention politique des étrangers dans leurs affaires, et l'orgueil
-national est tellement attaché à cette idée qu'il est impossible au Roi
-de s'en écarter, s'il veut rétablir son royaume[1033].»
-
-Trois semaines après, un ami de Malouet, un des esprits les plus sages
-et les plus clairvoyants de cette époque, un écrivain qui n'avait
-cessé de défendre avec énergie et modération la cause de la monarchie,
-Mallet du Pan, était chargé d'aller appuyer près des Puissances le
-plan tracé dans cette lettre et en développer les détails. Avant tout,
-il insistait sur la nécessité d'engager les Princes et les Français
-émigrés à ne «point faire perdre à la guerre actuelle, par un concours
-hostile et offensif de leur part, le caractère de guerre étrangère
-faite de Puissance à Puissance». Il n'était pas moins urgent que les
-coalisés, dans le manifeste qu'ils devaient adresser à la France,
-s'attachassent à «séparer les Jacobins et les factieux de toutes les
-classes du reste de la nation, à rassurer tout ce qui est susceptible
-de revenir de son égarement, tous ceux qui, sans vouloir de la
-Constitution actuelle, craignent le retour des grands abus, tous ceux
-que le délire de l'esprit, la contagion de l'exemple et la première
-ivresse de la Révolution ont engagés dans cette cause criminelle,
-mais qui, n'ayant à se reprocher que des erreurs, de l'exaltation et
-de la faiblesse, se montreront désarmés et repentants, du moment où on
-leur présentera une issue sans ignominie et sans dangers personnels».
-Les Puissances devaient encore «faire entrer dans leur manifeste la
-vérité fondamentale qu'on n'entend point toucher à l'intégrité du
-royaume[1034], et que la crainte d'un démembrement est un indigne
-artifice par lequel les usurpateurs cherchent à donner le change sur
-le véritable et unique but des Puissances; qu'on fait la guerre à une
-faction antisociale et non à la nation française».
-
-Enfin, il était essentiel «de n'imposer ni de proposer aucun système de
-gouvernement, mais déclarer qu'on s'arme pour le rétablissement de la
-monarchie et de l'autorité royale légitime, telle que Sa Majesté entend
-elle-même la circonscrire[1035]».
-
-Tels étaient le but de la mission de Mallet du Pan, le genre de
-concours que le Roi et Reine réclamaient des Puissances, le programme
-qu'ils entendaient leur fixer et se fixer à eux-mêmes, et le résultat
-qu'ils attendaient de la lutte qui allait commencer.
-
-Chose étrange! la guerre était déclarée; l'Assemblée la voulait depuis
-plusieurs mois; les Puissances le savaient; la Reine elle-même les en
-avait averties[1036]; et ni d'un côté, ni de l'autre on n'était prêt.
-Les troupes autrichiennes en Belgique étaient dispersées et hors d'état
-de se défendre; elles étaient d'ailleurs travaillées par des émissaires
-jacobins et l'on se méfiait de leur fidélité[1037]. Il fallait encore
-six semaines au moins pour que des renforts sérieux pussent arriver, et
-si les généraux français avaient poussé vigoureusement les choses, ils
-eussent pu arriver, presque sans coup férir, jusqu'à Bruxelles[1038].
-Mais eux non plus n'étaient point en mesure de marcher. Privée de
-ses chefs les plus illustres, qui avaient émigré, et d'une partie de
-ses régiments, qui avaient passé la frontière à la suite de leurs
-chefs[1039], l'armée française était désorganisée; on le vit aux
-premières affaires, où elle se débanda sans résistance. Le corps de
-Théobald Dillon assassinait son général; le corps de Biron fuyait
-honteusement devant une charge de uhlans; Lafayette était obligé de se
-replier, et Rochambeau donnait sa démission.
-
-Il y eut un moment de terreur à Paris; les uns s'en prenaient au Roi,
-les autres au ministre, un plus grand nombre à la Reine. L'émotion fut
-vive dans la bourgeoisie parisienne, et M. de Vaublanc prétend que si,
-à cette heure, un chef résolu se fût présenté, elle se fût ralliée à
-lui spontanément pour restaurer l'autorité royale[1040]. Est-ce cette
-pensée qui détermina Lafayette à venir dans la capitale au mois de
-mai? Craignit-il que l'Assemblée, dans sa frayeur et dans sa haine,
-voulût enlever la famille royale? Toujours est-il qu'il fit proposer
-au Roi, par Malouet, et à la Reine, par M. de Gouvernet, de se retirer
-au milieu de son armée, dont il répondait. Une division de cette armée
-eût été postée à Compiègne, et de là, des détachements eussent facilité
-le départ de la famille royale en s'aidant des gardes suisses et de la
-partie dévouée des gardes nationaux. Le Roi et la Reine refusèrent:
-le Roi avec des paroles bienveillantes pour le général, la Reine avec
-une certaine aigreur[1041]. Ni l'un ni l'autre ne voulaient échanger
-la tyrannie de l'Assemblée pour la tutelle de Lafayette. Peut-être se
-souvenaient-ils qu'au moment du renvoi de M. de Narbonne le général
-s'était emporté jusqu'à dire au garde des sceaux: «Nous verrons lequel,
-du Roi ou de moi, aura la majorité dans le royaume[1042].» Peut-être
-aussi avaient-ils encore présent à la mémoire cet avis suprême du
-puissant tribun, dont le génie leur manquait tant à cette heure: «En
-cas de guerre, M. de Lafayette voudrait tenir le Roi prisonnier dans sa
-tente[1043].»
-
-Mais pour les révolutionnaires à l'Assemblée et dans la presse, ces
-premiers échecs militaires servirent de prétexte à de nouvelles
-diatribes contre la Reine. On l'accusa d'être la cause de la déroute
-et d'avoir donné des ordres secrets pour occasionner la panique[1044].
-La populace fut ameutée, et dès le 1er mai, un Grec, qui habitait
-la France, et qui avait salué avec enthousiasme les débuts de la
-Révolution, mandait à ses amis: «Ne vous étonnez pas, si je vous
-écris quelque jour pour vous apprendre l'assassinat du malheureux
-Roi et de sa femme[1045].» Quinze jours après, un ami des Girondins,
-Carra, dénonçait, dans les _Annales patriotiques_, un prétendu
-Comité autrichien qui, disait-il, se tenait chez la princesse de
-Lamballe[1046] et préparait, avec la Reine, une Saint-Barthélemy des
-patriotes, tandis que le Roi, prenant la fuite, livrerait les places
-fortes et l'armée à l'émigration. Carra fut poursuivi, et, dans le
-débat qui s'éleva, déclara tenir ses informations de trois députés de
-la gauche: Merlin de Thionville, Bazire et Chabot. Le juge de paix,
-Etienne Larivière, qui avait instruit l'affaire, lança un mandat
-d'amener contre les trois députés, sans se souvenir qu'ils étaient
-inviolables. L'Assemblée le lui rappela durement en l'envoyant lui-même
-à la Haute-Cour d'Orléans, antichambre de l'échafaud.
-
-Le Roi s'émut; peut-être craignit-il que, dans ces allégations
-haineuses, on cherchât un prétexte pour réaliser le plan, si souvent
-prêté aux Jacobins, d'emmener la famille royale dans le Midi pour la
-livrer aux mains des émeutiers de Marseille et des assassins de la
-Glacière[1047]. Il jugea que «l'intérêt de l'Etat et sa tranquillité au
-dedans ne permettaient pas de laisser passer de telles calomnies sous
-silence», et prescrivit au garde des sceaux d'en traduire les auteurs
-devant les tribunaux afin que «toute cette affaire fût parfaitement
-éclaircie[1048]». Les Girondins répondirent à cette lettre du Roi en
-reproduisant, en pleine Assemblée, les accusations odieuses lancées
-par leur ami Carra. Brissot, le grand dénonciateur, attaqua en termes
-violents M. de Montmorin; mais cette fois il dépassa le but et, malgré
-l'appui de Gensonné, la tentative avorta. En même temps, Pétion, que
-la Reine, mal inspirée, avait contribué à faire nommer maire de Paris
-contre Lafayette, et qui ne se servait de sa position que pour mieux
-battre en brèche la royauté, Pétion signalait au commandant de la garde
-nationale, dans une lettre rendue publique, de prétendues inquiétudes
-sur un prochain départ du Roi pendant la nuit, inquiétudes, disait-il,
-fondées sur des probabilités et des indices, et donnait l'ordre
-de multiplier les patrouilles, tenant ainsi la population dans de
-perpétuelles alarmes[1049].
-
-Quelques jours après, le 29 mai, nouvelle alerte, nouveau rassemblement
-des gardes nationaux, nouvelle promenade armée autour du Château pour
-surveiller le Roi[1050].
-
-Mais un bruit plus sérieux vint émouvoir les esprits et aggraver la
-situation. Vers le commencement de 1792, Mme Campan avait été
-prévenue que Mme de la Motte avait composé un nouveau libelle contre
-la Reine et l'avait fait passer en France. On ajoutait que c'était
-avant tout une affaire de chantage et que vraisemblablement le porteur
-du manuscrit le livrerait pour mille louis. Mme Campan fit part
-de cette ouverture à Marie-Antoinette; mais la Reine la repoussa, en
-disant qu'elle avait toujours dédaigné de pareils libelles et que, en
-outre, si elle avait la faiblesse d'en acheter un pour l'empêcher de
-paraître, elle n'échapperait pas à l'actif espionnage des Jacobins et
-leur fournirait par là de nouvelles armes et de nouveaux prétextes.
-
-Le raisonnement était sage, et d'ailleurs tant de calomnies
-immondes inondaient la rue qu'une de plus ou de moins n'avait guère
-d'importance. Mais Louis XVI n'eut pas la même impassibilité que sa
-femme: il redouta pour elle le douloureux souvenir que réveillait le
-nom de Mme de la Motte, et fit acheter par M. de la Porte l'édition
-entière des _Mémoires_. Au lieu de la détruire sur-le-champ, et en
-secret, M. de la Porte se contenta d'en enfermer les exemplaires
-dans un cabinet de son hôtel. Mais les événements marchaient; la
-violence de l'Assemblée et de la populace croissait d'heure en heure;
-dénoncé lui-même, M. de la Porte craignit qu'une perquisition, faite
-chez lui à l'improviste, ne fît découvrir les brochures et ne leur
-donnât ainsi la publicité redoutée; il résolut de s'en défaire;
-mais, par une maladresse ou un aveuglement inexplicable, il les fit
-transporter en plein jour, sur une charrette, à la manufacture de
-Sèvres, où elles furent brûlées, dans un grand feu allumé tout exprès,
-en présence de deux cents ouvriers, auxquels il était expressément
-défendu d'en approcher. Cet excès de précaution et d'imprudence ne
-fit qu'alimenter les soupçons, en excitant la curiosité sans la
-satisfaire. Une dénonciation fut faite par les ouvriers, et, malgré
-les explications du directeur de Sèvres et de M. de la Porte, mandés à
-la barre de l'Assemblée, on persista à voir dans les pamphlets brûlés
-les papiers du fameux et imaginaire Comité autrichien. Girondins et
-Jacobins s'unirent pour dénoncer le complot, et, fidèles à leur système
-d'abattre un à un les derniers appuis de la monarchie, afin de la
-renverser plus facilement, ils profitèrent de l'émotion produite pour
-priver le Roi de sa garde constitutionnelle.
-
-Formée, le 16 mars, d'un tiers de troupes de ligne et de deux tiers de
-gardes nationaux, sous le commandement suprême du duc de Brissac, qui
-avait sous ses ordres MM. d'Hervilly et de Pont-l'Abbé, cette garde
-était sincèrement dévouée au Roi; elle eût été, en cas d'émeute, avec
-les Suisses et la partie saine de la garde nationale, un centre sérieux
-de résistance[1051]. Elle était en même temps sans hostilité contre les
-institutions nouvelles et pleine de déférence pour la milice citoyenne;
-elle en avait donné des preuves en mainte occasion. Il y avait entre
-les deux corps un désir ardent de vivre en bonne harmonie[1052].
-«Tenons-nous bien unis, disaient les gardes du Roi, c'est le moyen
-d'être forts[1053].» Mais cet accord même excitait la méfiance et
-la haine des ennemis de la royauté. Des rassemblements menaçants se
-formaient aux Tuileries; on entourait les gardes; on insultait les
-officiers; on les accusait de conserver dans la caserne de l'Ecole
-militaire un drapeau blanc; on les dénonçait à l'Assemblée, qui se
-déclarait aussitôt en permanence, comme si elle eût été en face d'un
-immense danger. Bazire, allant droit au but, demanda qu'on licenciât la
-garde constitutionnelle composée, disait-il, «de prêtres réfractaires,
-d'émigrés et d'Arlésiens aristocrates.» Et après une longue séance, au
-milieu de la nuit, la proposition de Bazire, appuyée par Brissot, fut
-adoptée: la garde constitutionnelle fut dissoute et son commandant,
-le duc de Brissac, envoyé dans les prisons d'Orléans; il ne devait en
-sortir que pour être massacré à Versailles, le 9 septembre.
-
-Pendant qu'on délibérait ainsi, le commandant en second de la garde,
-M. d'Hervilly, vint dire à Malouet et à Montmorin: «Quel que soit le
-décret, je suis sûr de mon corps, et si le Roi le permet, avec dix-huit
-cents hommes[1054], je chasserai l'Assemblée demain.» Mais le Roi ne
-le permit pas. Vainement Malouet et Montmorin le supplièrent-ils de
-ne pas sanctionner le décret de suppression. Vainement M. d'Hervilly
-lui renouvela-t-il, avec les plus vives instances, la proposition de
-fondre sur les Jacobins et les factieux de l'Assemblée. «Les scélérats,
-dit-il, sont faibles, quand on leur résiste, et ce jour peut être un
-jour bien précieux pour défendre la cause royale. Si nous réussissons,
-nous ferons le bonheur de la France; si nous succombons, désavouez-moi,
-accusez-moi et faites tomber sur moi la colère de l'Assemblée.»
-Vainement fit-on remarquer au Roi que cette avant-garde de M.
-d'Hervilly pourrait être appuyée par six mille royalistes, enrôlés
-à Paris par M. de Clermont-Tonnerre. Le Roi, toujours effrayé de la
-perspective d'un conflit, refusa, et la Reine, à qui souriait toute
-résolution énergique, mais qui devait s'incliner devant la volonté de
-son époux, ne put que dire à Mme de Tourzel: «La proposition de M.
-d'Hervilly est grande et honorable; mais le Roi ne peut se déterminer à
-l'accepter; et dans cette position, je me reprocherais d'influencer sa
-décision[1055].»
-
-Louis XVI était désarmé; tout lui manquait à la fois; sa garde était
-licencée, et les Constitutionnels, impuissants et mal écoutés,
-l'abandonnaient. Barnave, à son tour, s'éloigna, après avoir demandé à
-la Reine, comme une faveur suprême, l'honneur de lui baiser la main.
-La Reine lui accorda cette grâce et vit partir les larmes aux yeux,
-profondément émue elle-même, ce conseiller de la dernière heure, dont
-elle avait apprécié les nobles sentiments, sans en accepter les idées,
-et qui devait payer de sa vie son tardif dévouement[1056].
-
-Mais l'Assemblée ne désarmait pas. Le 26 mai, elle avait, par un
-décret, condamné à la déportation tout prêtre insermenté qui serait
-dénoncé par vingt citoyens actifs. Le 8 juin, elle décida qu'un camp
-de vingt mille hommes, composé de cinq hommes par canton, serait formé
-sous Paris pour le 14 juillet suivant, afin de renouveler la fête de
-la Fédération et de resserrer ainsi les liens de fraternité entre les
-départements et la capitale. En réalité, c'était amener sous les murs
-de Paris une force de vingt mille révolutionnaires, à la disposition
-des clubs, préparer des soldats pour toutes les émeutes, et constituer
-à l'Assemblée la garde qu'on avait refusée au Roi. Le projet avait
-été arrêté aux Jacobins, et le ministre de la guerre, Servan, l'avait
-présenté à l'Assemblée, sans en avoir parlé au Conseil, ni même en
-avoir prévenu le prince. Les deux décrets insultaient à la fois Louis
-XVI dans sa dignité, le menaçaient dans son pouvoir, le froissaient
-dans sa conscience; il refusa, ou tout au moins ajourna sa sanction.
-Les trois ministres girondins, Roland, Clavière et Servan, qui,
-depuis leur entrée aux affaires, n'avaient cessé d'intriguer presque
-publiquement contre celui qu'ils devaient conseiller et défendre,
-achevaient de rendre le ministère impossible. Le 10 juin, Roland mit
-le comble à ces attaques en écrivant au Roi, sous l'inspiration et
-par la plume de sa femme, une lettre insolente dont, par une suprême
-inconvenance, il donna lecture en plein Conseil, après avoir juré de la
-tenir secrète. Dans cette lettre que Dumouriez a traitée «d'impudente
-diatribe[1057]» et que le dernier éditeur des Mémoires de Mme Roland
-a qualifiée de «violence inutile et de vilaine action[1058]», Roland
-censurait brutalement la conduite de Louis XVI et de Marie-Antoinette,
-intimait au monarque l'ordre de changer de confesseur, et s'emportait
-jusqu'à l'appeler parjure[1059]. Il le sommait d'exécuter les volontés
-de la Gironde et l'avertissait que, s'il refusait de sanctionner les
-décrets, il susciterait contre lui «l'implacable défiance d'un peuple
-contristé qui ne verrait plus dans son Roi que l'ami et le complice
-des conspirateurs[1060]». C'en était trop; le 13 juin, Louis XVI
-renvoya les trois ministres et chargea Dumouriez de leur donner des
-successeurs. L'Assemblée répondit à cet acte de vigueur, en déclarant
-que les ministres congédiés emportaient sa confiance, et décrétant
-l'impression de la lettre de Roland et son envoi aux quatre-vingt-trois
-départements.
-
-Dumouriez demeurait chef du cabinet et Louis XVI se sentait attiré
-vers cette nature complexe qui ne ressemblait en rien aux ministres
-qu'il avait destitués; mais Dumouriez déclara qu'il ne pouvait rester
-d'une manière utile, si la sanction royale n'était donnée aux deux
-décrets, s'engageant d'ailleurs à transporter à Soissons le camp que
-Servan voulait former près de Paris. Malgré sa répugnance à réunir
-ainsi, comme disait la Reine, «vingt mille coquins qui pouvaient le
-massacrer,» le Roi avait fini par consentir à ce que demandait son
-ministre, au moins pour le décret du 8 juin; mais, sur le décret contre
-les prêtres, après un moment d'hésitation et malgré les pressantes
-instances du général, il demeura inflexible.
-
-Le 15 juin, Dumouriez donna sa démission, résolu à quitter Paris et à
-se rendre à l'armée. Mais, avant de partir, le 18 juin, il alla prendre
-congé du Roi; l'entrevue fut émouvante. Dumouriez fit une dernière
-tentative pour vaincre ce qu'il appelait les «scrupules» du souverain;
-il lui représenta avec force les dangers d'un refus, l'impopularité
-du clergé; il lui peignit, avec des accents pathétiques, les prêtres
-massacrés, sa couronne menacée, lui-même, sa femme, ses enfants en
-proie aux fureurs populaires. «Je m'attends à la mort, répondit le
-prince simplement, et je leur pardonne d'avance.» Mais il persista
-dans sa résolution, ne voulant pas ajouter à toutes les peines qu'il
-endurait la peine plus cuisante d'un remords[1061].
-
-«Dumouriez se retira, a dit un éminent historien, sans avoir compris la
-grandeur de cette scène, ni la portée du rôle qu'il y avait joué; sans
-avoir senti qu'il était là pour démontrer à quel point la majesté du
-devoir est supérieure aux considérations de la politique[1062].»
-
-Quelques jours après, il partait pour l'armée de Lukner, dont il allait
-prendre le commandement.
-
-Le 19 juin, usant de son droit constitutionnel, et sollicité d'ailleurs
-par le Directoire du département de la Seine et par une pétition
-couverte de huit mille signatures, le Roi opposait formellement son
-_veto_ aux deux décrets, dont l'un était la plus grave des atteintes à
-la liberté de conscience proclamée par la Constitution, dont l'autre
-était une menace perpétuelle pour l'ordre et la liberté du gouvernement.
-
-C'était, par un acte parfaitement légal et légitime, jeter le gant à
-l'Assemblée qui avait voté ces décrets, à la Gironde qui les avait
-présentés, aux Jacobins qui les avaient conçus, à la populace qui
-s'agitait dans les faubourgs. Le gant ne devait pas tarder à être
-relevé. Le Roi ne l'ignorait pas, et, le jour même où il refusait
-sa sanction aux décrets, il écrivait à son confesseur, M. Hébert,
-supérieur des Eudistes[1063]:
-
-«Venez me voir; je n'eus jamais autant besoin de vos consolations. J'ai
-fini avec les hommes; c'est vers le ciel que se portent mes regards. On
-annonce pour demain de grands malheurs; j'aurai du courage[1064].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
- Le 20 juin.
-
-
-Depuis longtemps déjà tout se préparait pour un soulèvement; la date
-avait été choisie: c'était le 20 juin, le double anniversaire du
-serment du Jeu de Paume et de la fuite de Varennes. Des conciliabules
-se tenaient au faubourg Saint-Antoine, chez le brasseur Santerre,
-où, sous l'impulsion de Danton, et avec la connivence du maire de
-Paris, Pétion, se réunissaient les meneurs habituels de la populace
-parisienne: Fournier l'Américain, le marquis de Saint-Huruge, le
-boucher Legendre, le Polonais Lazouski, Alexandre, le chef de bataillon
-du faubourg Saint-Marcel. Le refus de sanction des décrets, s'ajoutant
-au renvoi des ministres girondins, vint fournir le prétexte.
-
-Dès le 19 au soir, Paris s'agitait; le charme d'une belle soirée
-attirait les habitants au dehors; dans les rues, sur les places, des
-groupes se formaient, s'entretenant de la manifestation projetée
-pour le lendemain. «Aux Tuileries, dit un témoin, il y avait plus
-de personnes que de grains de sable[1065].» Des journaux, comme les
-_Révolutions de Paris_, prêchaient ouvertement le renversement de la
-Constitution et la révolte contre «l'individu royal[1066]».
-
-Prévenu de ce qui se passait par le nouveau ministre de l'intérieur,
-Terrier de Montciel, le Directoire du département, composé de
-Constitutionnels convaincus et résolus, manda près de lui le maire et
-les administrateurs de police et les força de donner au commandant
-général de la garde nationale, Ramainvilliers, l'ordre écrit de «tenir
-les postes au complet, de doubler ceux de l'Assemblée et des Tuileries,
-d'avoir des réserves d'infanterie et de cavalerie, et, au besoin, de
-requérir les troupes de ligne». En même temps, il les avertissait
-eux-mêmes d'avoir à prendre _sans délai_ toutes les mesures nécessaires
-pour empêcher les rassemblements contraires à la loi.
-
-Malgré ces injonctions si nettes et les dispositions formelles de la
-loi, rien ne fut fait pour empêcher l'insurrection. La municipalité,
-au contraire, «informée, dit-elle, qu'un grand nombre de citoyens se
-proposent de se présenter à l'Assemblée et chez le Roi pour remettre
-une adresse,» prit un arrêté pour ordonner au commandant général de
-«rassembler sous les drapeaux les citoyens de tous uniformes et de
-toutes armes, lesquels marcheront ainsi sous le commandement des
-officiers du bataillon». C'était légitimer la violation de la loi et
-rendre la répression impossible en désarmant l'autorité et en donnant
-en quelque sorte à l'émeute la consécration de la légalité.
-
-Tiraillé entre ces prescriptions contraires, Ramainvilliers hésita, se
-troubla, et finalement s'abstint. Pendant toute la journée du 20, on le
-chercha partout, sans le trouver.
-
-Dès cinq heures du matin, le rappel avait battu; à huit heures, les
-«faubourgs» se mettaient en marche; vers midi, ils arrivaient à la rue
-Saint-Honoré. Partis des deux rives de la Seine, ils n'avaient pas
-tardé à se réunir pour former un groupe compacte, qui se grossissait
-en marchant de tous les oisifs et de tous les badauds. Les quinze
-cents hommes de Santerre étaient ainsi devenus vingt mille. Des
-sapeurs étaient en tête; puis venaient les canons et une voiture
-portant l'arbre de la liberté qu'on devait planter sur la terrasse des
-Feuillants.
-
-A la porte de l'Assemblée, la colonne s'arrête, et Santerre fait
-parvenir une lettre au président.
-
-L'Assemblée délibérait précisément sur l'accueil qu'elle devait faire
-aux pétitionnaires. Le président, Français, de Nantes, donne lecture
-de la lettre qui réclame pour eux l'admission à la barre. Les tribunes
-applaudissent. «Qu'on les fasse entrer,» crie la gauche.—«Non, non,»
-riposte la droite. Les interpellations se croisent d'un côté à l'autre
-de la salle. Quelques individus parviennent à s'introduire; on les fait
-sortir.
-
-Le Manège, qui, depuis le retour du Roi à Paris, servait de lieu de
-réunion à l'Assemblée, était un grand bâtiment de cent cinquante pieds
-de long environ, parallèle à la terrasse des Feuillants[1067]. Entre
-la salle et cette terrasse régnait une longue cour étroite, séparée
-du jardin des Tuileries par un mur élevé; une petite porte, pratiquée
-dans le mur, donnait accès dans le jardin. La foule, ne voulant pas
-s'entasser dans cette cour, où elle eût pu être facilement cernée,
-s'était massée à l'autre extrémité des bâtiments. La tête de la
-colonne se pressait au pied de l'escalier qui conduisait à la salle
-des séances, et, poussée par les flots nouveaux qui survenaient sans
-cesse, ne pouvant ni avancer ni reculer, elle s'était échappée de
-côté et répandue dans un jardin voisin, dépendant d'un ancien couvent
-de Capucins. Ne sachant que faire pendant que l'Assemblée délibérait,
-les sapeurs plantèrent dans ce jardin l'arbre de la liberté qu'ils
-traînaient sur un char.
-
-D'autres bandes, cependant, cherchant une issue et trouvant partout la
-place prise, avaient envahi la cour du Manège. Pressées, elles aussi,
-par les nouvelles couches qui arrivent de minute en minute, étouffant
-dans cet étroit espace, elles se précipitent vers la porte qui donne
-dans le jardin des Tuileries. La porte est gardée par un détachement
-de grenadiers, et des canons sont braqués pour en interdire le
-passage. Vainement trois officiers municipaux, Boucher René, Bouclier
-Saint-Sauveur et Mouchet, qui sont allés au devant du rassemblement
-et se trouvent ainsi en tête de la colonne, réclament l'ouverture de
-la porte; le commandant du poste les renvoie au commandant général.
-Les officiers municipaux se rendent au Château et, ne rencontrant pas
-Ramainvilliers, ils s'adressent au Roi. L'un d'eux, petit homme noir
-et bancroche, qui joua dans cette journée le triste rôle de mouche
-du coche révolutionnaire, Mouchet, interpelle Louis XVI et demande
-qu'on laisse l'entrée du jardin libre pour des citoyens qui, marchant
-_légalement_, ne peuvent qu'être blessés de se sentir soupçonnés:
-«Nous-mêmes, ajoute-t-il, avons été affectés de voir des canons pointés
-sur le peuple. De telles mesures sont plus propres à l'irriter qu'à
-le contenter.»—«Votre devoir, répond le Roi, est de faire exécuter la
-loi.»—«Si la porte n'est pas ouverte,» riposte Mouchet, «elle sera
-enfoncée.»—«Eh bien,» reprend le Roi, «si vous le jugez utile, faites
-ouvrir la porte des Feuillants. Qu'on défile le long de la terrasse,
-pour sortir par la porte des écuries; mais faites en sorte que la
-tranquillité publique ne soit pas troublée. Votre devoir est d'y
-veiller.»
-
-Les officiers municipaux sortent pour transmettre la réponse du Roi;
-il était trop tard. La porte avait été enfoncée et la foule s'était
-répandue dans le jardin, d'où il eût été facile alors, avec un peu de
-bonne volonté et d'énergie, de la faire écouler. L'autre partie de la
-colonne, ainsi coupée en deux, celle qui se pressait dans la cour des
-Feuillants, avait fini par être admise dans l'Assemblée. L'orateur de
-la bande, Huguenin[1068], se présente à la barre et lit une longue
-et violente diatribe contre le Roi: «Pourquoi faut-il que des hommes
-libres se voient réduits à la cruelle nécessité de tremper leurs mains
-dans le sang des conspirateurs? Il n'est plus temps de dissimuler; la
-trame est découverte; l'heure est arrivée; le sang coulera, et l'arbre
-de la liberté, que nous venons de planter, fleurira en paix..... Un
-seul homme ne doit point influencer la volonté de vingt-cinq millions
-d'hommes.»
-
-La gauche applaudit; la droite s'indigne; Mathieu Dumas demande la
-question préalable sur la pétition. Mais, au milieu des vociférations
-des tribunes et des menaces de ces bandes qui grondent au dehors, la
-délibération n'est pas libre. La question préalable est repoussée, et
-l'Assemblée décide que les citoyens des faubourgs Saint-Antoine et
-Saint-Marcel seront admis à défiler devant elle.
-
-Un roulement rappelle la foule dispersée dans le jardin des Tuileries,
-et le défilé commence, au son des tambours et de la musique. Santerre
-et Saint-Huruge sont à la tête; ils se placent au pied de la tribune
-et passent en revue leur armée. Puis vient un mélange confus de femmes,
-d'enfants, de gardes nationaux et de sans-culottes, les uns sans
-armes, les autres armés de sabres, de piques, de faulx, de haches, de
-couteaux et même de scies. Deux hommes portent, au bout d'une pique,
-l'un une vieille culotte, avec ces mots: _Vivent les sans-culottes!_
-l'autre, un cœur de veau tout saignant, sous lequel est écrit: _Cœur
-d'aristocrate!_ De grossiers emblèmes, des enseignes insultantes, des
-inscriptions menaçantes flottent au-dessus des têtes: _A bas le Veto!_
-_Avis à Louis XVI!_ _Le peuple est las de souffrir!_ _La liberté ou
-la mort!_ La musique joue le _Ça ira_, et la foule tantôt répète les
-paroles de la chanson populaire, tantôt crie en guise de refrain: _A
-bas le Veto!_ Parfois, le cortège s'arrête et se livre, au milieu de
-la salle, à des danses patriotiques. Et l'Assemblée assiste, avec une
-résignation humiliée, à ce honteux avilissement de la représentation
-nationale.
-
-Le défilé dure près de deux heures. Quand il est terminé, Santerre
-remercie les députés de l'amitié qu'ils ont bien voulu témoigner aux
-pétitionnaires, remet au Président, en signe de reconnaissance, un
-«superbe drapeau[1069]» et court sur la place du Carrousel reprendre le
-commandement de son armée. Il est trois heures et demie. L'Assemblée
-lève la séance.
-
-En sortant de la salle par la cour du Manège, la colonne, au lieu
-de regagner la rue Saint-Honoré, avait pénétré dans le jardin des
-Tuileries, et de là, longeant la façade du Château, elle sortait
-par le guichet du Pont-Royal. En passant sous les fenêtres elle
-répétait bruyamment ses cris favoris: _Vivent les sans-culottes!_ _A
-bas Monsieur et Madame Veto!_ Dix bataillons de la garde nationale
-étaient là, formant un front de bandière, devant lequel défilaient les
-faubourgs. Arrivé au Pont-Royal, le cortège sembla prendre la ligne
-des quais, et l'on put croire un moment que tout se bornerait aux
-déclamations violentes dont avait retenti l'Assemblée. Il n'en devait
-pas être ainsi, et tel n'était pas le plan des chefs de l'émeute.
-L'envahissement du Château faisait partie du programme, en attendant
-mieux peut-être et en laissant au hasard le soin d'achever. Arrivée
-en face du Carrousel, la bande, au lieu de continuer sa marche, se
-détourne et franchit le guichet.
-
-La cour du Conseil est envahie; là, le cortège s'arrête et frappe à
-la porte de la cour Royale. «Nous voulons entrer, crie-t-on, nous ne
-voulons pas de mal au Roi.» Pour toute réponse, les deux gendarmes
-qui sont de garde croisent la baïonnette. La foule recule un moment.
-Mais les gendarmes et les gardes nationaux n'ont pas d'instructions;
-les uns veulent défendre la porte à outrance, les autres hésitent.
-«Qu'avons-nous à faire?» demande un capitaine au colonel Rulhière.—«Je
-n'ai pas d'ordres,» répond Rulhière, «mais je crois que la troupe
-est ici pour soutenir la garde nationale.» Le commandant général,
-Ramainvilliers, vient à passer; un lieutenant-colonel de gendarmerie,
-Carle, court à lui et l'interroge: «Otez les baïonnettes,» répond
-Ramainvilliers.—«Pourquoi,» riposte Carle indigné, «pourquoi ne
-m'ordonne-t-on pas tout de suite de rendre mon épée et d'ôter ma
-culotte?» Ramainvilliers ne réplique rien et disparaît.
-
-Pour tout concilier, un des officiers les plus dévoués à la famille
-royale, Aclocque, engage les chefs de la colonne à choisir vingt
-pétitionnaires, qu'il promet de conduire au Roi. Une trentaine d'hommes
-se présentent; on les laisse entrer et le guichet se referme.
-
-La foule gronde au dehors. Les bruits les plus propres à irriter
-les passions populaires circulent, habilement semés et commentés.
-On raconte «qu'on a vu le matin, au Château, douze ou quinze cents
-chevaliers de Saint-Louis; qu'on a reconnu dans la cour d'anciens
-membres de la Maison du Roi supprimée; que les appartements sont
-remplis de personnes vêtues de noir, animées des intentions les
-plus contre-révolutionnaires; que ce jour est destiné à renouveler
-la journée des poignards, etc.». Toutes ces rumeurs se répandent et
-exaspèrent la populace, déjà surexcitée. Les canonniers des faubourgs,
-qui sont rangés avec leurs pièces sur la place du Carrousel, font
-chorus avec la foule. Le commandant du bataillon du Val-de-Grâce,
-Saint-Prix, essaie vainement de faire rentrer ses hommes, qu'il sait
-mal disposés, dans leur quartier; les hommes refusent, et, malgré
-leur chef, chargent leurs canons: «Nous ne partirons pas,» dit un
-lieutenant... «Nous ne sommes pas venus pour rien; le Carrousel est
-forcé; il faut que le Château le soit. Voilà la première fois que les
-canonniers du Val-de-Grâce marchent; ce ne sont pas des j..-f...; nous
-allons voir.» Et montrant le Château de la main: «A moi, canonniers!
-Droit à l'ennemi!» Les canonniers s'ébranlent et tournent leurs pièces
-contre la porte royale. «Si on refuse l'ouverture de la porte,» dit
-Santerre qui vient d'arriver, «on la brisera à coups de boulets.»
-
-Mais il n'en est pas besoin: deux municipaux, Boucher René et un
-autre, dont le nom est resté inconnu, donnent l'ordre d'ouvrir. Le flot
-humain se précipite dans la cour des Tuileries; tout entre à la fois:
-peuple, gardes nationaux, gendarmes. «Je verrai longtemps, a dit un
-témoin oculaire, seize mille hommes armés, faisant bonne contenance,
-se croyant obligés de céder à deux municipaux qui leur ordonnent,
-par la loi, d'en laisser passer vingt mille avec des piques, haches,
-escaladant avec une vitesse terrible les marches du palais. Jamais
-les vagues furieuses de la mer ne m'ont semblé si dangereuses[1070].»
-Quelques officiers dévoués s'efforcent de fermer la porte qui sépare
-la cour du grand escalier. Les gardes nationaux, découragés par
-l'attitude de la municipalité, refusent de défendre l'entrée, et comme
-un des commandants leur dit: «Êtes-vous sûrs qu'il ne se mêlera point,
-parmi ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter à la vie
-du Roi?»—«Il vaut mieux,» répondent-ils, «qu'un homme soit égorgé
-que nous.» C'est avec ce mot, qui justifie toutes les lâchetés et
-qui autorise tous les crimes, que la dernière porte est franchie, et
-l'accès de la demeure royale livré à l'invasion.
-
-La foule, ne rencontrant plus de résistance, se rue dans l'escalier;
-elle s'y élance en masses si compactes et avec une telle impétuosité,
-qu'un des canons du Val-de-Grâce est porté à bras, jusqu'à la troisième
-salle du Château, la salle des Suisses; là, ses roues s'accrochent dans
-le tambour d'une porte; cet obstacle inattendu arrête un instant les
-envahisseurs et redouble les colères. Le bruit court que c'est un canon
-braqué par les défenseurs de la royauté pour mitrailler le peuple;
-il n'en faut pas plus pour faire massacrer tous les habitants des
-Tuileries. Heureusement, sur l'ordre de Mouchet, les sapeurs dégagent
-le canon et le descendent au pied du grand escalier, où il reste
-jusqu'à la fin de la journée.
-
-Le Roi était dans sa chambre avec sa famille, quand tout à coup il
-entend frapper à la porte. On ouvre; c'est un de ses fidèles, le chef
-de bataillon Aclocque, qui vient le supplier de se montrer au peuple.
-Louis XVI y consent; il passe dans la salle du lit et de là dans
-celle de l'Œil-de-Bœuf. La Reine veut le suivre; le Roi l'en empêche;
-on l'entraîne et elle n'a que le temps de dire aux grenadiers: «Mes
-amis, sauvez le Roi[1071]!» «Plus heureuse qu'elle,»—c'est elle-même
-qui le dit,—Mme Elisabeth accompagne son frère, et avec elle
-quelques ministres et quelques gentilshommes: Terrier de Montciel, de
-Lajard, Beaulieu, l'amiral Bougainville, les maréchaux de Beauvau,
-de Mouchy, et de Mailly; MM. de Tourzel, d'Hervilly, etc.... «A moi,
-grenadiers!» dit le Roi. Un certain nombre de gardes nationaux, la
-plupart du bataillon Sainte-Opportune, accourent avec la Chesnaye,
-commandant de la 6me légion. «Messieurs, sauvez le Roi!» leur dit
-Mme Elisabeth, les larmes aux yeux. Tous entourent Louis XVI et
-tirent leurs sabres. Mais, sur un mot d'Aclocque, qui fait observer
-que cette attitude menaçante pourrait exposer le prince qu'ils veulent
-défendre[1072], ils remettent le sabre au fourreau.
-
-Une simple porte sépare Louis XVI des envahisseurs; la foule rugit au
-dehors et ébranle la porte à coups de hache; déjà les deux panneaux
-du bas ont été brisés, lorsque Aclocque engage le Roi à la faire
-ouvrir plutôt que de la laisser enfoncer. «Je le veux bien,» répond le
-prince, «je ne crains rien au milieu des personnes qui m'entourent.»
-Un huissier ouvre la porte; les masses font irruption: «Citoyens,» dit
-Aclocque, «reconnaissez votre Roi; respectez-le; la loi vous l'ordonne.
-Nous périrons tous plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la
-moindre atteinte.» Ces paroles, prononcées d'une voix haute et ferme,
-amènent un léger temps d'arrêt dans l'invasion; les gardes nationaux
-en profitent pour entraîner le Roi dans l'embrasure d'une fenêtre, du
-côté de la cour; il monte sur une banquette; les grenadiers se placent
-devant lui. «Sire,» dit l'un d'eux, «n'ayez pas peur.»—«Mon ami,»
-répond l'intrépide monarque, en prenant la main du grenadier et en
-l'appuyant sur sa poitrine, «mon ami, mettez la main sur mon cœur et
-voyez s'il bat plus vite[1073].»
-
-Les vagues populaires montent toujours; la foule, un instant hésitante,
-se précipite en avant et remplit la salle avec des cris de haine
-et des menaces de mort: _A bas Monsieur Veto, Madame Veto et toute
-leur sequelle[1074]!_—_Au diable le Veto!_—_Le rappel des ministres
-patriotes!_—_Il faut qu'il signe; nous ne sortirons point qu'il ne
-l'ait fait._—Un misérable, un des premiers entrés, armé d'un long
-bâton, au bout duquel est une lame d'épée très pointue, cherche à
-foncer sur le Roi; on l'écarte à coups de baïonnettes. Un autre, brun
-et grêlé de petite vérole, vêtu d'une redingote verdâtre et d'un
-pantalon de toile, un sabre de la main gauche, un pistolet de la main
-droite, essaie de percer la foule: «Ousqu'il est, que je le tue?»
-hurle-t-il.—«Malheureux! le voilà, ton Roi,» lui dit un huissier de
-l'appartement, «oses-tu le regarder?» Le brigand recule, comme saisi
-d'une espèce de terreur. Il se fait un moment de silence. Le Roi veut
-en profiter pour parler; mais une «inondation» nouvelle survient «avec
-de si horribles cris, dit un rapport, que Dieu tonnant n'eût pas été
-entendu[1075]». Au premier rang des envahisseurs paraît un brigand du
-nom de Soudin, soi-disant vainqueur de la Bastille, dont le principal
-exploit est d'avoir jadis lavé et porté au bout d'une pique les têtes
-sanglantes de Foulon et de Berthier. Plus loin, gesticule un individu,
-vêtu d'un habit vert, qui, suivant le mot énergique d'un témoin, passe
-pour avoir été un _coupe-tête_ en 1789. Toute cette tourbe remplit
-l'Œil-de-Bœuf, criant, vociférant, ajoutant la menace à l'insulte,
-brisant les meubles, cassant les glaces, arrachant les serrures, volant
-les objets précieux, se conduisant, en un mot, dit le rapport du
-Directoire, «comme s'il s'agissait de faire le siège et le pillage des
-Tuileries.»
-
-«Que voulez-vous? demande tranquillement Louis XVI. Je suis votre Roi;
-je ne me suis pas écarté de la Constitution.»
-
-Sa voix se perd dans le tumulte. Le boucher Legendre s'approche de
-l'embrasure. «Monsieur...» dit-il. A cette appellation inattendue,
-Louis XVI fait un mouvement. «Oui, Monsieur, reprend Legendre,
-écoutez-nous; vous êtes fait pour nous écouter... Vous êtes un perfide;
-vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore. Mais prenez
-garde à vous! La mesure est à son comble; le peuple est las d'être
-votre jouet.» Et il lit une prétendue pétition, qui, dit Rœderer,
-«n'était qu'un tissu de reproches, d'injures et de menaces.»
-
-«Je ferai ce que la Constitution et les décrets m'ordonnent de faire,»
-répond simplement le Roi.
-
-_A bas le Veto!_ _Le rappel des ministres!_ riposte la foule. Et dans
-ce ramassis de sans-culottes et de mégères, qui remplit l'Œil-de-Bœuf,
-les outrages redoublent. Quelques misérables, armés de sabres,
-cherchent à rompre la ligne de gardes nationaux, pour atteindre le
-Roi; les grenadiers les repoussent. Louis XVI reste impassible; ni les
-vociférations, ni les violences ne peuvent altérer son incomparable
-sérénité.
-
-«Dans une circonstance aussi terrible, a dit un témoin non suspect,
-Louis se conduisit avec une fermeté extrême et une prudence vraiment
-royale, unies à un calme et à une bonté extraordinaires[1076].»
-
-Cependant un individu, qui porte au bout d'un bâton un bonnet rouge,
-s'approche du Roi et incline vers lui son bâton. Le municipal Mouchet
-comprend le signe; il prend le bonnet et le donne à Louis XVI qui
-le pose sur sa tête. La foule applaudit. _Vive la nation! Vive la
-liberté!_ s'écrie-t-elle. Quelques acclamations de _Vive le Roi!_
-se font entendre; mais elles ne rencontrent pas d'écho. Et le brave
-grenadier Bidaut entend quelques misérables murmurer à mi-voix: «Il
-a f..... bien fait de le mettre; car nous aurions vu ce qui serait
-arrivé...., et f....., s'il ne sanctionne pas les décrets, nous
-reviendrons tous les jours.»
-
-Au milieu du rassemblement, une femme porte une épée entourée de fleurs
-et surmontée d'une cocarde. Le Roi l'aperçoit; il fait un signe.
-Mouchet, qu'on retrouve toujours partout, prend l'épée et la tend au
-prince qui la brandit et fait attacher la cocarde à son bonnet. _Vive
-la nation!_ crie la foule; et le Roi reprend avec elle: _Vive la
-nation!_
-
-Mouchet lui propose alors de sortir sur la terrasse. Louis XVI refuse.
-«Je suis bien ici,» dit-il. La chaleur cependant est étouffante. Un
-garde national, auquel on a fait passer une bouteille de vin et un
-verre, offre à boire au Roi. «Sire,» dit-il avec une familiarité
-naïve, «vous devez avoir bien soif; car moi, je meurs..... Si j'osais
-vous offrir..... Ne craignez rien; je suis un honnête homme, et
-pour que vous buviez sans crainte, je boirai le premier, si vous le
-permettez.»—«Oui, mon ami, je boirai dans votre verre,» répond le
-prince, et élevant le verre: «Peuple de Paris,» dit-il, «je bois à ta
-santé et à celle de la nation française.»
-
-Dans l'embrasure d'une autre fenêtre se tenait Mme Elisabeth. On
-l'aperçoit: «Ah! crie-t-on, voilà l'Autrichienne! Il nous faut la
-tête de l'Autrichienne!»—«Ce n'est pas la Reine,» dit l'écuyer de la
-princesse, M. de Saint-Pardoux.—«Pourquoi les détromper?» reprend
-vivement la généreuse femme. «Leur erreur pouvait sauver la Reine.»
-Et apercevant près d'elle, dans cette horde qui l'entoure, menaçante,
-un jeune homme dont la baïonnette effleure presque sa poitrine, elle
-écarte doucement l'arme de la main: «Prenez garde, Monsieur,» dit-elle
-avec un angélique sourire, «vous pourriez blesser quelqu'un, et je suis
-sûre que vous en seriez fâché.»
-
-Cependant, quelques députés, instruits de l'envahissement du Château, y
-sont accourus de leur propre mouvement. Vergniaud et Isnard haranguent
-la foule et cherchent à la rappeler au respect de l'autorité; ils ne
-parviennent pas à se faire écouter. _A bas le Veto!_ _La sanction!_ _Le
-rappel!_ sont les seules réponses qu'obtiennent leurs exhortations.
-
-Enfin, le maire de Paris, Pétion, arrive. Après la séance du conseil
-où avait été adopté l'arrêté qui légitimait l'insurrection, il s'était
-retiré avec quelques intimes dans une salle de la maison commune. Il
-était là, _plein de calme et de sérénité_, dit-il, car les nouvelles
-qu'il recevait étaient _excellentes_, et le spectacle était beau, tout
-à la joie et à la gaîté. Vainement le Directoire avait-il, à plusieurs
-reprises, fait appel à sa vigilance; il ne s'était pas ému. Vers
-quatre heures et demie pourtant, il avait donné l'ordre d'atteler sa
-voiture, et, faisant à son devoir le sacrifice de son dîner,—il a pris
-soin de le remarquer dans son rapport,—il s'était rendu aux Tuileries.
-Il y arrive vers cinq ou six heures[1077]. Accompagné de Sergent, il
-traverse la foule qui le salue des cris de _Vive Pétion!_ et s'approche
-du Roi, qu'il voit avec admiration, dit-il, «couronné du signe de la
-liberté.» C'est par cette expression qu'il désigne le bonnet rouge.
-«Sire,» dit-il, «je viens d'apprendre à l'instant la situation dans
-laquelle vous êtes.»—«Cela est bien étonnant,» riposte sèchement le
-Roi; «il y a deux heures que cela dure.» Deux grenadiers hissent le
-maire sur leurs épaules. Il parle au peuple et lui prêche le respect de
-la loi. Mais il le fait si froidement, suivant le municipal Champion,
-que les cris redoublent. Un grand jeune homme blond de vingt ou
-vingt-cinq ans perce là foule et, interpellant le Roi avec des gestes
-menaçants: «Sire,» dit-il, «je vous demande, au nom des cent mille
-hommes qui m'entourent, le rappel des ministres patriotes, la sanction
-des décrets, leur exécution,...... ou vous périrez...»
-
-Pétion, qui est là, n'essaie pas un seul instant d'imposer silence à ce
-forcené. Champion s'indigne de cette lâcheté ou de cette connivence:
-
-«Monsieur le maire, dit-il, vous êtes responsable de ce qui peut
-advenir.» Pétion se décide à haranguer une seconde fois la foule.
-En face de cette violation de toutes les lois, de ces bandes de
-brigands qui traitent les Tuileries comme une ville prise d'assaut,
-de ces outrages persistants à la majesté du Chef de l'État, il parle
-de la dignité du peuple: «Citoyens, dit-il, vous venez de présenter
-légalement votre vœu au représentant héréditaire de la nation; vous
-l'avez fait avec la _dignité_, avec la _majesté_ d'un peuple libre.
-Retournez chacun dans vos foyers et ne donnez pas occasion d'incriminer
-vos _intentions respectables_.»
-
-Intentions respectables! Et quelques années plus tard, Legendre avouait
-à Boissy d'Anglas qu'un des buts secrets des chefs du mouvement avait
-été l'assassinat du Roi!
-
-«Les portes de la galerie sont-elles ouvertes?» demande Sergent.—«Oui,»
-répond le Roi. «J'ai fait ouvrir les appartements; le peuple, en
-défilant du côté de la galerie, aura le plaisir de les voir.»
-
-A ces mots, un mouvement se fait; la curiosité pour les uns, la
-lassitude pour les autres, déterminent enfin les émeutiers à sortir.
-Sergent, son écharpe à la main, cherche à régulariser le mouvement,
-et le défilé commence au bruit des cris, mille fois répétés, de _Vive
-Pétion!_ _A bas le Veto!_ On voit reparaître, au milieu des bandes en
-marche, le misérable qui porte au bout d'une pique un cœur de veau
-sanglant avec ces mots: _Cœur d'aristocrate!_ «Cet homme, rapporte un
-témoin, affectait de mettre cet horrible emblème sans les yeux du Roi.»
-
-L'Œil-de-Bœuf était à demi évacué. Aclocque en profite pour proposer à
-Louis XVI de se retirer. Ce que le monarque n'a pas accepté de Mouchet,
-qui est suspect, il l'accepte du fidèle Aclocque; entouré de municipaux
-et de gardes nationaux qui lui fraient un passage, il se dirige vers
-une porte dérobée par laquelle il s'échappe, et la foule, privée de sa
-victime, s'écoule en grondant à travers les appartements. En passant
-dans la chambre royale: «_Est-ce là_, hurle-t-elle, _le lit du Gros
-Veto? Ah! il a un plus beau lit que nous, le Gros Veto! Où est-il donc,
-M. Veto?_» C'est au milieu de ces plaisanteries grossières et de ces
-sarcasmes que le défilé continue.
-
-Tandis que ces tristes scènes se passent à l'Œil-de-Bœuf, une autre
-bande, conduite par un homme qui devait avoir une connaissance
-approfondie du palais,—car il l'avait fait passer par une porte dont
-les gens du service intérieur savaient seuls l'existence,—était
-montée à la chambre du Dauphin, où l'on espérait trouver
-Marie-Antoinette[1078]. La Reine venait de la quitter; les bandits,
-désappointés, brisent les portes à coups de hache, sondent les lits
-et les armoires, fouillent partout. De hideuses mégères vomissent
-d'ignobles injures contre la malheureuse princesse, en jurant qu'elles
-veulent la tenir entre leurs mains, morte ou vive. Un brigand, la
-hache au poing, l'outrage à la bouche, s'écrie qu'il a enfoncé déjà
-bien des portes, mais qu'il en enfoncera bien d'autres, pour avoir
-l'Autrichienne!
-
-La Reine avait fait de vains efforts pour accompagner le Roi;
-quand il avait passé dans la salle de l'Œil-de-Bœuf, elle s'était
-précipitée pour l'accompagner. On lui avait vivement fermé le passage.
-Se retournant alors vers ses enfants:—«Sauvez mon fils,» avait-elle
-dit. Le Dauphin, effrayé en entendant tout ce bruit, poussait des
-cris lamentables[1079]. Hue le saisit et l'emporte dans l'appartement
-de Madame Royale, plus éloigné du tumulte. La Reine, le sachant en
-sûreté, s'élance de nouveau pour retrouver son mari; on la retient.
-«Laissez-moi, dit-elle, ma place est auprès du Roi; je veux aller
-mourir à ses pieds[1080].» Des serviteurs fidèles, MM. d'Aubier et de
-Rougeville, l'arrêtent avec une respectueuse fermeté, et le ministre
-des affaires étrangères, Chambonnas, lui représente que, loin de sauver
-le Roi, elle l'exposerait peut-être davantage, que sa place est près de
-ses enfants. Persuadée par ces raisons, elle se laisse conduire, non
-sans regret, dans la chambre du Dauphin, où son fils lui est ramené.
-Mais bientôt l'émeute gronde à la porte; on entraîne la Reine par un
-passage secret dans la chambre du Roi[1081], puis dans la chambre du
-Conseil. Elle est là, dans cette dernière pièce, assise[1082], pâle,
-les jambes agitées par un tremblement involontaire que dissimule la
-table[1083], entourée de ses enfants, et de Mmes de Lamballe, de la
-Roche-Aymon, de Tourzel, de Maillé, de Mackau, du ministre Chambonnas,
-du lieutenant général Wittinghof, et de quelques grenadiers, lorsque
-commence le défilé à travers les appartements.
-
-En entendant le tumulte grandir et les vagues populaires approcher, on
-entraîne à la hâte Marie-Antoinette dans l'embrasure d'une croisée; on
-roule devant elle la table du Conseil, et deux cents gardes nationaux
-environ[1084] se placent sur trois rangs devant cette barricade
-improvisée, sous le commandement de Mandat.
-
-Bientôt l'émeute envahit la salle. Santerre entre le premier et,
-interpellant les grenadiers: «Faites place, dit-il, pour que le peuple
-voie la Reine.» Puis se tournant vers Marie-Antoinette: «Madame,
-reprend-il, vous êtes trompée; le peuple ne vous veut pas de mal. Si
-vous vouliez, il n'y aurait pas un d'eux qui ne vous aimât autant
-que cet enfant,» ajoute-t-il, en désignant le Dauphin. «Au reste,
-n'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal.»—«Je ne suis ni égarée,
-ni trompée[1085], répond la Reine, et je n'ai pas peur; on ne craint
-jamais rien, lorsqu'on est avec de braves gens.» Et elle tend la main
-aux gardes nationaux, qui la saisissent avec transport et la baisent
-respectueusement.
-
-Le hideux défilé commence. Un misérable porte un paquet de verges
-avec cette inscription: _Pour Marie-Antoinette_; un autre élève une
-petite potence à laquelle est suspendue une poupée[1086] avec ces mots:
-_Marie-Antoinette à la lanterne_; un troisième promène une guillotine
-au bas de laquelle on lit cette phrase sinistrement prophétique:
-_Justice nationale pour les tyrans. A bas Veto et sa femme!_ Santerre
-se tient près de Mandat, dirigeant le mouvement et faisant à sa
-bande, si je puis ainsi parler, l'_exhibition_ de la famille royale:
-«Regardez, dit-il, voilà la Reine; voilà le Prince royal.» Le pauvre
-petit Dauphin est là, assis sur la table; un brigand apostrophe
-Marie-Antoinette: «Si tu aimes la nation,»dit-il d'une voix rauque,
-«mets ce bonnet sur la tête de ton fils.» Et il lui tend un bonnet
-rouge. La Reine prend le bonnet et le pose sur la tête du Dauphin. La
-chaleur est affreuse. Le petit prince étouffe sous cette immonde et
-épaisse coiffure. Santerre lui-même est ému de pitié: «Otez le bonnet à
-cet enfant, dit-il, il a trop chaud.»
-
-Malgré son calme, la Reine se retourne vers ses amis: «C'est trop fort
-aussi, murmure-t-elle; cela va au delà de toute patience humaine[1087].»
-
-Le mouvement se ralentit un instant; une femme, l'œil en feu, le
-poing fermé, s'arrête devant Marie-Antoinette: «Tu es une infâme,»
-vocifère-t-elle, «nous te pendrons.»—«Vous ai-je jamais fait aucun
-mal?» répond douloureusement la Reine.—«Non, mais tu fais le malheur
-de la nation.»—«On vous trompe; j'ai épousé le Roi de France; je suis
-la mère du Dauphin, je suis Française; jamais je ne reverrai mon
-pays; je ne puis être heureuse ou malheureuse qu'en France; j'étais
-heureuse, quand vous m'aimiez.» Malgré elle, la femme est touchée de
-cette douleur et de cette tristesse; elle s'attendrit: «Pardonnez-moi,»
-murmure t-elle; «je ne vous connaissais pas; je vois que vous êtes
-bonne.»—«Cette femme est soûle,» dit Santerre, dont cette émotion
-dérange les plans; et la poussant rudement, il fait continuer le défilé.
-
-«Si un de ces scélérats avait osé frapper la Reine dans ce moment,
-ont raconté des témoins de ces horribles scènes, tous eussent suivi
-son exemple, et tout ce qui était dans la chambre eût été massacré.
-Heureusement la majesté de la Reine, peut-être sa beauté, son maintien
-si noble et si fier, son air d'assurance leur imposa à tous[1088].»
-
-A huit heures et demie, les appartements étaient enfin évacués, et
-la Reine, rassurée par Mme Élisabeth sur le sort de son époux,
-put aller rejoindre le Roi. Dès qu'elle l'aperçut, elle se jeta dans
-ses bras en fondant en larmes. Impassible et debout devant l'émeute,
-elle succombait à l'émotion du revoir. Les députés, présents à cette
-entrevue, se sentaient eux-mêmes attendris, et l'un d'eux, Merlin de
-Thionville, ne pouvait s'empêcher de pleurer. La Reine s'en aperçut:
-«Vous pleurez, Monsieur Merlin, lui dit-elle, vous pleurez de voir le
-Roi et sa famille traités si cruellement par un peuple qu'il a toujours
-voulu rendre heureux.»—«Oui, je pleure,» répondit brutalement Merlin;
-«je pleure sur le malheur d'une femme belle, sensible et mère de
-famille; mais ne vous y méprenez point; il n'y a pas une de mes larmes
-pour le Roi ni pour la Reine. Je hais les rois et les reines; c'est
-le seul sentiment qu'ils m'inspirent; c'est ma religion[1089].» Et le
-futur régicide, qui se croyait un grand citoyen parce qu'il venait de
-se montrer grossier, essuya ses larmes.
-
-Un autre député, dont le nom n'a pas été conservé, aborda la Reine
-et, d'un ton familier: «Vous avez eu bien peur,» Madame, lui dit-il,
-«convenez-en.»—«Non, Monsieur, je n'ai pas eu peur; mais j'ai beaucoup
-souffert d'être séparée du Roi, dans un moment où ses jours étaient
-en danger; mais j'avais la consolation d'être avec mes enfants et de
-remplir un de mes devoirs.»—«Sans prétendre excuser tout,» reprit le
-député, «convenez, Madame, que le peuple s'est montré bien bon.»—«Le
-Roi et moi, Monsieur, sommes persuadés de la bonté naturelle du peuple,
-qui n'est méchant que lorsqu'on l'égare.»—«Quel âge a Mademoiselle?»
-continua le sot personnage en montrant Madame Royale.—«Ma fille,
-riposta sèchement la Reine, a l'âge où l'on ne sent que trop l'horreur
-de pareilles scènes[1090].» Et elle se contenta de tourner le dos.
-
-Plus respectueux et mieux inspirés, d'autres représentants félicitaient
-Louis XVI du courage qu'il avait déployé dans cette journée: «Je n'ai
-fait que mon devoir,» répondit simplement le Roi.
-
-Le marquis de Clermont-Gallerande disait à Mme Élisabeth: «Ah!
-Madame, le ciel vengera tant de crimes!»—«Ne parlons pas de vengeance,»
-répondit l'angélique princesse. «Espérons plutôt que Dieu leur
-pardonnera et les changera[1091].»
-
-Cependant Pétion, d'une part, les chefs de la garde nationale, de
-l'autre, achevaient de faire évacuer le Château. Les émeutiers, privés
-de direction, se dispersaient sans résistance, mais en se plaignant
-hautement du résultat de la manifestation. «On nous a amenés pour rien,
-s'écriaient-ils, mais nous reviendrons et nous aurons ce que nous
-voudrons.»—«Le coup est manqué, disait de son côté Santerre; le Roi a
-été difficile à émouvoir aujourd'hui; nous reviendrons demain; nous le
-ferons évacuer[1092].»
-
-A dix heures et demie, tout était terminé; le Château était vide,
-et la famille royale, rentrant dans ses appartements dévastés[1093],
-allait enfin prendre un repos, acheté par de terribles angoisses.
-Quelques jours après, la Reine écrivait ce simple mot à Fersen:
-«J'existe encore, mais c'est un miracle! La journée du 20 a été
-affreuse[1094].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
- Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation de
- Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre de la Reine à
- Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion suspendu, puis
- rétabli.—Insultes à la famille royale dans le jardin des Tuileries
- et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux
- Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un
- plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers
- de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Mme de Staël.—Le duc de
- Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie
- contre Lafayette.—Pourquoi?—Surveillance incessante autour des
- Tuileries.—La Fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles:
- le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des
- Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des
- Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche
- des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet
- déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins
- redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté
- de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de la
- Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale aux
- Tuileries.
-
-
-Le lendemain de cette déplorable journée, le jeudi 21 juin, de nouveaux
-attroupements se formèrent; l'alarme se répandit au Château, et le
-petit Dauphin, se pressant contre sa mère, s'écria en pleurant: «Maman,
-est-ce que hier n'est pas encore fini[1095]?»
-
-Ce même jour, Pétion, le Pilate de la royauté, comme on l'a justement
-appelé, eut l'audace de reparaître aux Tuileries; il y trouva réunis le
-Roi et la Reine, avec le procureur du département, Rœderer, et quelques
-amis: «Sire, dit-il, nous avons appris que vous aviez été prévenu qu'un
-rassemblement se portait sur le Château. Nous venons vous informer que
-ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter
-un mai. Je sais, Sire, que la municipalité a été calomniée; mais sa
-conduite sera connue de vous.»
-
-«Elle doit l'être de la France entière,» répondit sèchement le Roi; «je
-n'accuse personne en particulier; j'ai tout vu.»
-
-Pétion chercha à se justifier et à justifier l'émeute: «Sans les
-précautions prises par la municipalité,» reprit-il, «il serait
-peut-être arrivé des événements beaucoup plus fâcheux, non pas contre
-votre personne.» Et fixant la Reine qui était à côté de son mari: «Vous
-devez savoir, Sire, que votre personne sera toujours respectée.»
-
-Son air était provocant. Louis XVI perdit patience:
-
-«Taisez-vous,» dit-il d'un ton absolu et d'une voix forte. «Est-ce
-respecter ma personne, que d'entrer chez moi en armes, de briser mes
-portes et de forcer ma garde?»
-
-«Sire, répondit le maire, je connais l'étendue de mes devoirs et ma
-responsabilité.»
-
-«Faites votre devoir», riposta impérieusement le Roi. «Vous répondez de
-la tranquillité de Paris. Adieu.»
-
-Le surlendemain, 23, le monarque adressait aux Français une
-proclamation pleine de noblesse, où, après avoir dénoncé au pays les
-attentats dont il avait été l'objet et dont il avait failli être la
-victime, il ajoutait ces belles paroles:
-
-«Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
-conscience et son amour du bien public. Le Roi ignore quel sera le
-terme auquel ils voudront s'arrêter; mais il a besoin de dire à la
-nation française que la violence, à quelque accès qu'on veuille la
-porter, ne lui arrachera jamais son consentement à tout ce qu'il croira
-contraire à l'intérêt public..... Comme représentant héréditaire de
-la nation française, il a des devoirs sévères à remplir, et s'il peut
-faire le sacrifice de son repos, il ne fera jamais le sacrifice de ses
-devoirs.»
-
-Un grand mouvement répondit à ce noble langage. «Je ne puis vous dire
-combien Louis a gagné dans le respect et l'affection de tous, depuis
-le 20 de ce mois,» écrivait le 24 juin un témoin peu suspect[1096].
-L'audace des factieux, le danger couru par la famille royale,
-l'héroïsme de son attitude, un dernier reste peut-être de cet amour
-traditionnel que la France avait si longtemps porté au sang de ses
-rois, amenèrent une réaction de l'opinion. Des adresses indignées
-arrivèrent de soixante-dix départements[1097]. Vingt mille signataires,
-tant de Paris que de la province, protestèrent contre ce «crime de
-lèse-nation[1098]» et réclamèrent énergiquement la répression de
-l'émeute. Le Directoire du département de la Seine, justement indigné
-de la conduite de Pétion et du procureur de la Commune, Manuel, leur
-demanda un compte sévère de l'emploi de leur temps, et les juges de
-paix de la capitale ouvrirent une enquête.
-
-Dès le 28, Lafayette était arrivé à Paris et, au nom de l'armée, avait
-exigé de l'Assemblée la punition des émeutiers, la suppression du club
-des Jacobins et l'adoption de mesures vigoureuses pour la défense de
-l'autorité et du Roi en particulier. La droite l'accueillit par des
-applaudissements; la gauche par un morne silence et bientôt par des
-murmures. Au sortir de la séance, la garde nationale l'acclama, et il
-put croire un moment qu'il avait retrouvé son ancienne popularité. S'il
-eut cette illusion, elle dura peu. Lorsqu'il fallut passer des paroles
-aux actes, lorsque le général voulut profiter de la terreur causée
-par sa brusque arrivée pour dissoudre le club des Jacobins, il ne
-rencontra partout que froideur et inertie, et il dut renoncer à toute
-intervention énergique. Le 30, il repartit pour son camp sans avoir
-osé prendre l'initiative d'aucune mesure et sans avoir laissé d'autre
-trace d'une démarche qui l'honore qu'une lettre hautaine qui irrita les
-passions, sans relever les courages[1099].
-
-Le lendemain, 1er juillet, après une discussion orageuse et une
-longue séance de nuit, l'Assemblée décida le licenciement immédiat de
-l'état-major de la garde nationale; c'était la réponse de la Gironde à
-l'impérieuse sommation de Lafayette.
-
-Le 4 juillet, la Reine écrivait à M. de Mercy la lettre suivante, la
-dernière qui lui soit parvenue:
-
-«Vous connaissez déjà les événements du 20 juin; notre position devient
-tous les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
-faiblesse et inertie de l'autre. L'on ne peut compter sur la garde
-nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
-jeter ailleurs.
-
-«Il est plus que temps que les Puissances parlent fortement. Le 14
-juillet et jours suivants peuvent être l'époque d'un deuil général pour
-la France et de regrets pour les Puissances qui auront été trop lentes
-pour s'expliquer.
-
-«Tout est perdu, si l'on n'arrête pas les factieux par la crainte d'une
-punition prochaine. Ils veulent à tout prix la république; pour y
-arriver, ils ont résolu d'assassiner le Roi. Il serait nécessaire qu'un
-manifeste rendît l'Assemblée nationale et Paris responsables de ses
-jours et de ceux de sa famille.
-
-«Malgré tous ces dangers, nous ne changerons pas de résolution; vous
-devez y compter, autant que je compte sur votre attachement. Je me
-plais à croire que je partage les sentiments qui vous attachaient à ma
-mère. Voilà le moment de m'en donner une grande preuve, en sauvant moi
-et les miens, moi, s'il en est temps[1100].»
-
-La Reine n'avait que trop raison; la situation devenait de jour en
-jour plus épouvantable: les attaques de l'Assemblée se joignaient aux
-insultes de la rue et aux vociférations des clubs. Le jour même où
-Marie-Antoinette écrivait cette lettre, Vergniaud s'élevait violemment
-contre les prétendues trahisons de la Cour, et dans un mouvement d'une
-fougueuse éloquence demandait si le sombre génie de Médicis errait
-toujours sous les voûtes du Palais et si l'on allait voir se renouveler
-la Saint-Barthélemy et les dragonnades. Quelques jours après, Brissot,
-non moins violent, s'écriait que frapper la Cour des Tuileries, c'était
-frapper tous les traîtres d'un seul coup. Marat tonnait contre le
-palais où «une reine perverse» fanatise « un roi imbécile» et «élève
-les louveteaux de la tyrannie[1101]». Et comme pour donner raison à ces
-déclamations, et encourager l'émeute, Pétion, le complice du 20 juin,
-suspendu le 6 juillet par le Directoire, était rétabli le 13 dans ses
-fonctions.
-
-Aux appels à la violence et à l'assassinat, les violences de la
-populace répondaient. Des écrits incendiaires étaient répandus à
-profusion dans la capitale, dans les provinces, dans l'armée. Sur
-les places de Paris, dans les rues, dans tous les lieux publics,
-on prêchait hautement l'insurrection. Aux discours se mêlaient les
-chansons; aux journaux, les pamphlets et les caricatures immondes
-contre le Roi et la Reine. Le jardin des Tuileries, un moment fermé
-après le 20 juin, puis rouvert, était sans cesse rempli de femmes qui
-insultaient tout ce qui tenait à la Cour; on y criait jusque sous
-les fenêtres un infâme libelle intitulé: _Vie de Marie-Antoinette_,
-accompagné d'estampes dégoûtantes que les colporteurs montraient au
-milieu d'éclats de rire outrageants[1101a]. On y chantait aux oreilles
-de la Reine cet odieux couplet:
-
- Madame Veto avait promis
- De faire égorger tout Paris.
-
-Les gardiens avaient voulu imposer silence aux chanteurs; une rixe
-s'en était suivie, et une des personnes qui accompagnaient la Reine
-ayant frappé ces misérables à coups de plat de sabre, ils étaient
-allés se plaindre à l'Assemblée, et l'Assemblée leur avait accordé les
-honneurs de la séance. Une autre fois, la foule tenta de briser les
-fenêtres à coups de pierres; on dut fermer de nouveau le jardin, qui
-ne fut rouvert qu'à la fin de juillet[1102]. Le 21 juillet, un décret
-avait décidé que la terrasse des Feuillants serait regardée comme
-une annexe de la salle des délibérations et, à ce titre, resterait
-ouverte au public. Aussitôt on la sépara du reste du parc par un ruban
-tricolore, et sur les arbres dont elle était bordée on traça cette
-inscription: «Citoyens, respectez-vous; donnez à cette faible barrière
-la force des baïonnettes.» La terrasse des Feuillants fut baptisée:
-_Terre de la Liberté_; le jardin des Tuileries, c'était la _Terre de
-Coblentz_. Quiconque osait franchir cette démarcation était hué et
-traité d'aristocrate. Un jour, un jeune homme, sans faire attention
-à la consigne, était descendu dans le jardin; des vociférations
-l'assaillirent; on cria _à la lanterne!_ Immédiatement, le jeune homme
-ôta ses souliers et essuya avec son mouchoir le sable qui s'était
-attaché aux semelles. On applaudit et on le porta en triomphe[1103].
-Malgré la clôture du jardin, où on ne laissait pénétrer que les
-personnes munies de cartes[1104], la Reine et ses enfants, dès qu'ils
-y paraissaient, étaient assaillis par des vociférations tellement
-épouvantables, partant de la terrasse, qu'ils étaient obligés de
-rentrer; à partir de la fin de juillet même, ils durent renoncer à s'y
-promener[1105].
-
-Cependant, lorsque l'enquête sur le 20 juin avait été ordonnée,
-Marie-Antoinette, apprenant que Hue y serait entendu, l'avait fait
-venir et lui avait dit: «Mettez dans votre déposition toute la réserve
-que permet la vérité..... Il faut écarter tout soupçon que le Roi ou
-moi gardions le moindre ressentiment de ce qui s'est passé. Ce n'est
-pas le peuple qui est coupable, et, quand il le serait, il trouverait
-toujours auprès de nous le pardon et l'oubli de ses erreurs[1106].»
-
-Et le Roi, au dire de l'ambassadeur des États-Unis, ne songeait encore,
-au milieu de cette crise, qu'à assurer à la France la liberté[1107] et
-un bonheur stable.
-
-C'est ainsi que le peuple les en récompensait[1108].
-
-Une nuit, vers une heure du matin, la Reine ne dormait pas,—elle
-s'entretenait avec Mme Campan;—toutes deux entendirent des pas
-étouffés dans le corridor qui régnait le long de l'appartement. C'était
-un garçon de salle qui s'était introduit là dans une intention trop
-facile à deviner. Un valet de chambre, averti par Mme Campan, se
-jeta sur cet homme et le terrassa. «Madame, dit-il, c'est un scélérat;
-je le connais, je le tiens.»—«Lâchez-le, répondit la Reine, il venait
-pour m'assassiner; demain, les Jacobins le porteraient en triomphe.»
-Et se tournant vers Mme Campan: «Quelle position! dit-elle, des
-outrages le jour, des assassins la nuit[1109]!»
-
-Le lendemain, M. de Septeuil ordonna de changer toutes les serrures.
-Louis XVI fit plus; il exigea que sa femme quittât le rez-de-chaussée,
-où elle logeait seule, et où elle était insultée à chaque
-instant[1110], et montât au premier, dans une chambre de l'appartement
-du Dauphin. Mme de Tourzel, qui occupait cette chambre, céda sa
-place à la Reine et s'installa sur un lit de veille qu'on dressait tous
-les soirs[1111]. On laissait les persiennes et les volets ouverts, afin
-que l'infortunée souveraine vît poindre le jour, et que ses nuits sans
-sommeil fussent moins pénibles[1112].
-
-La Reine eut une peine extrême à se décider à ce changement de
-logement. Il lui répugnait de laisser paraître de l'inquiétude; il ne
-lui répugnait pas moins de déranger de fidèles serviteurs. Le malheur
-avait resserré les liens qui l'unissaient à eux et la rendait plus
-soucieuse encore de leur bien-être: «Cette princesse était si bonne et
-si occupée de tous ceux qui lui étaient attachés, dit Mme de Tourzel
-en racontant ce fait, qu'elle comptait pour beaucoup de leur causer
-la moindre petite gêne. Jamais princesse ne fut plus attachante, ne
-marqua plus de sensibilité pour le dévouement qu'on lui témoignait, et
-ne fut plus occupée de ce qui pouvait être agréable aux personnes qui
-l'approchaient. Croirait-on qu'une Reine de France en était réduite à
-avoir un petit chien dans sa chambre, pour l'avertir au moindre bruit
-que l'on ferait entendre dans son appartement[1113]?»
-
-Mais le Dauphin, qui aimait passionnément sa mère, était ravi de ce
-nouvel arrangement. Dès que la Reine était éveillée, il courait à son
-lit, «la serrait dans ses petits bras, en lui disant les choses les
-plus tendres et les plus aimables. C'était le seul moment de la journée
-où cette princesse éprouvât quelque consolation; son seul courage la
-soutenait[1114].»
-
-Au milieu de toutes ces alertes et de toutes ces angoisses, de ces
-nuits sans sommeil et de ces jours sans repos, de ces fatigues
-physiques et de ces souffrances morales, la santé de la Reine se
-soutenait; mieux encore, elle s'était affermie. Dans les temps
-prospères, elle avait été sujette à des crises nerveuses; à l'heure
-de la douleur, ces crises avaient disparu. «Les maux de nerfs,»
-disait-elle avec un mélancolique sourire, «c'était bon pour les femmes
-heureuses[1115].»
-
-Le 14 juillet approchait; l'Assemblée avait décidé qu'on
-renouvellerait, ce jour-là, la fête de la Fédération de 1790; c'était
-un moyen détourné de former le rassemblement de vingt mille hommes
-auquel le Roi s'était opposé. Les fédérés arrivaient de tous côtés;
-ils avaient été soigneusement choisis parmi les révolutionnaires les
-plus exaltés et les plus fanatiques. Ceux de Marseille et de Brest
-se distinguaient par leur violence et leur audace. Accueillis avec
-transport par les Jacobins, logés gratuitement par la municipalité,
-défrayés de toutes leurs dépenses sur le trésor public, grisés de vin
-et de déclamations, fournis de poudre et de cartouches, ces hommes
-constituaient une force armée toute prête aux mains des factieux. Les
-plus honnêtes d'entre eux partirent pour le camp de Soissons, où se
-formait l'armée de réserve, chargée d'appuyer celle de Lafayette et
-de Luckner; mais ils étaient rares: quinze cents environ[1116], et,
-malgré le décret de l'Assemblée qui, le 11 juillet, avait déclaré la
-patrie en danger, les autres restaient à Paris, pour donner le dernier
-assaut à la monarchie, insultant la famille royale, maltraitant ses
-amis et se prenant de querelle avec les gardes nationaux des compagnies
-fidèles. «Il n'est pas de jour, écrivait Montmorin à la Marck, où je
-ne tremble pour la vie du Roi et de la Reine, et lorsque le soir est
-arrivé, je remercie la Providence de ce qu'ils existent encore, et, à
-la vérité, il n'y a qu'elle seule à en remercier[1117].»
-
-C'était avec une véritable terreur qu'on voyait arriver cette date du
-14 juillet.
-
-Louis XVI et Marie-Antoinette devaient assister à la Fédération, et
-l'on ne doutait pas que le plan qui avait échoué le 20 juin ne fût
-repris ce jour-là, et que, dans cette foule tumultueuse et hostile,
-il ne se trouvât des assassins[1118]. On prêchait publiquement le
-régicide, et il n'y avait guère de jour que quelque officieux ne vînt
-avertir la Reine de se tenir sur ses gardes[1119]. La pauvre femme
-n'avait pas un instant de tranquillité. Pour se rassurer un peu, elle
-insista pour que le Roi se fit faire un plastron qui, en parant les
-premiers coups, donnât au moins à ses amis le temps d'arriver pour
-le défendre. Le plastron fut fait, et le prince, afin de calmer les
-craintes de sa femme, consentit à le porter. «C'est pour la satisfaire,
-dit-il; mais ils ne m'assassineront pas; leur plan est changé; ils
-me feront mourir autrement.»—«C'est vrai», reprit la Reine quand
-Mme Campan lui rapporta ces paroles de Louis XVI; «je commence à
-redouter un procès pour le Roi. Quant à moi, je suis étrangère; ils
-m'assassineront. Que deviendront nos pauvres enfants?» Et elle se mit à
-répandre un torrent de larmes. Mais ce fut en vain que Mme Campan la
-pressa de porter un corset de même tissu que le gilet du Roi. «Si les
-factieux m'assassinent,» répondit la pauvre femme, «ce sera un bonheur
-pour moi; ils me délivreront de l'existence la plus douloureuse[1120].»
-
-Depuis longtemps déjà, résignée à mourir, mais ne voulant pas entraîner
-dans sa perte ceux qui lui demeuraient attachés, elle ne se couchait
-jamais sans avoir brûlé tous les papiers capables de compromettre ses
-amis[1121].
-
-Dans cette situation si critique et presque désespérée, les offres
-de services affluaient; il semblait que le péril multipliât les
-dévouements. La préoccupation constante de tous ces fidèles de la
-dernière heure était d'arracher la famille royale à cette prison de
-Paris, qui était pour elle l'émeute et le danger de mort en permanence.
-Épouvantée des horreurs du 20 juin, une des amies d'enfance de la
-Reine, la landgrave Louise de Hesse-Darmstadt, avait envoyé son frère,
-le prince Georges de Hesse, en France, tout exprès pour tâcher de la
-sauver. Quel était le plan du prince? Quels étaient ses moyens? Nous
-l'ignorons; mais il est probable que ce plan ne visait qu'à sauver la
-Reine seule. L'amie n'avait songé qu'à son amie, elle avait compté sans
-l'épouse et sans la mère. Malgré toutes les instances, Marie-Antoinette
-refusa; mais quand le prince Georges repartit, elle lui donna pour la
-landgrave la lettre suivante, toute pleine d'affectueuse reconnaissance
-et de douloureuse résignation:
-
-«Votre amitié, vos soins, Madame, m'ont touchée jusqu'au fond de l'âme.
-La personne qui repart pourra vous dire les raisons qui l'ont retenue
-si longtemps; il vous dira aussi que, même à présent, je n'ose pas
-le voir chez moi; il m'aurait pourtant été bien doux de parler avec
-lui de vous, à qui je suis tendrement attachée. Non, ma Princesse, en
-sentant tout le prix de vos offres, je ne puis les accepter. Je suis
-vouée pour la vie à mes devoirs et aux personnes chères dont je partage
-les malheurs, et qui, quoi qu'on en dise, méritent tout intérêt par
-le courage avec lequel elles soutiennent leur position. Le porteur de
-cette lettre pourra vous donner des détails sur ce moment-ci et sur
-l'esprit du lieu que nous habitons. On dit qu'il a beaucoup vu et voit
-juste. Puisse un jour tout ce que nous faisons et souffrons rendre
-heureux nos enfants! c'est le seul vœu que je me permette. Adieu, ma
-Princesse. Ils m'ont tout ôté, hors mon cœur qui me restera toujours
-pour vous aimer. N'en doutez jamais; c'est le seul malheur que je ne
-pourrais supporter[1122].»
-
-Et s'ouvrant de ce projet à la confidente de ses jours de tristesse,
-Mme de Tourzel, la Reine lui disait: «Mon parti est pris; je
-regarderais comme la plus insigne lâcheté d'abandonner dans le danger
-le Roi et mes enfants. Que serait d'ailleurs la vie pour moi sans des
-objets aussi chers et qui peuvent seuls m'attacher à une vie aussi
-malheureuse que la mienne? Convenez qu'à ma place vous prendriez le
-même parti[1123].»
-
-Le projet de Mme de Staël était plus vaste et plus complet que celui
-du prince de Hesse, car il embrassait toute la famille royale. Une
-terre, la terre de Lamotte, était à vendre, près de Dieppe. Mme de
-Staël proposait de l'acheter, d'y mener avec elle un homme sûr, ayant
-à peu près la taille et la figure du Roi, une femme de l'âge et de la
-tournure de la Reine, et son fils, qui était de l'âge du Dauphin. Au
-bout de deux ou trois voyages, ces personnes eussent cédé la place
-à la famille royale, et, grâce à la faveur que la fille de Necker
-rencontrait parmi les patriotes, dont elle avait partagé les opinions,
-mais dont, à cette heure, elle ne partageait plus les illusions, on
-eût pu sortir de Paris et gagner le château de Lamotte, où l'on eût
-été en sûreté. Malouet fut chargé de communiquer ce plan au Roi et
-à la Reine, il n'en reçut que cette réponse décourageante: «que les
-augustes prisonniers étaient très sensibles à ce que Mme de Staël
-voulait faire pour eux, mais qu'ils n'accepteraient jamais d'elle aucun
-service[1124].»
-
-Malouet ne se découragea pas cependant. Toujours en quête, avec
-Montmorin, Lally-Tolendal, Malesherbes, Bertrand de Moleville, des
-moyens de salut pour la famille royale, il s'était adressé au duc
-de Liancourt, qui, depuis 1790, commandait à Rouen, et le duc, qui
-avait quatre régiments sous ses ordres, avait promis de les porter
-à Pontoise, où les Suisses auraient pu conduire Louis XVI. De là,
-la famille royale eût gagné Rouen; un yacht, préparé par les soins
-d'un ordonnateur de la marine, M. de Mistral, l'eût reçue pour la
-transporter au Havre, et, à la dernière extrémité, en Angleterre.
-Malouet fit remettre à Louis XVI, par M. de la Porte, une lettre où
-il développait ce plan, en insistant vivement sur le danger qu'il y
-avait à rester à Paris. Le Roi lut la lettre sans rien dire et sans
-en rien communiquer à personne; mais il ne put dissimuler son extrême
-agitation, et quand la Reine lui en demanda la cause: «C'est, dit-il,
-une lettre de M. Malouet; mais il y a des exagérations dans ses
-inquiétudes, et peu de sûreté dans ses moyens..... Nous verrons; rien
-ne m'oblige encore à prendre un parti si hasardeux..... L'affaire de
-Varennes est une leçon.»
-
-La Reine ne dit rien, et M. de la Porte se retira; mais Montmorin,
-quand il connut cette réponse, ne put s'empêcher de s'écrier: «Il faut
-en prendre son parti; nous serons tous massacrés, et cela ne sera pas
-long[1125].»
-
-Le danger en effet devenait si imminent qu'il frappait les moins
-clairvoyants. Lafayette offrit encore une fois son concours, et,
-d'accord avec M. de Montciel, ministre de l'intérieur, Lally-Tolendal
-et l'ambassadeur des États-Unis, le sage et dévoué Gouverneur Morris,
-il ébaucha un nouveau plan. On eût profité de la fête de la Fédération.
-Lafayette et le vieux maréchal Luckner, complètement gagné à sa
-cause, avaient demandé à y assister, au nom de l'armée. Le 15, placés
-entre eux deux et escortés par cent cavaliers dévoués, le Roi et la
-famille royale sortiraient de Paris en plein jour; la garde nationale
-protégerait leur départ, et les Suisses, échelonnés entre la capitale
-et Compiègne, appuieraient leur marche. Une fois à Compiègne, où quinze
-escadrons et huit pièces de canon assureraient sa liberté, le Roi,
-délivré des empiétements de l'Assemblée et de la pression des clubs, se
-porterait médiateur entre les Puissances et la France, et reprendrait
-son pouvoir en révisant la Constitution. Si l'Assemblée et les Jacobins
-s'opposaient à sa sortie légale, les deux généraux se croiraient
-autorisés par cette mesure inconstitutionnelle à marcher sur Paris à la
-tête de leurs troupes[1126].
-
-Le projet fut examiné au Conseil des ministres; il fut approuvé à
-l'unanimité[1127]. Louis XVI, malgré sa répugnance à quitter la
-capitale[1128], et à se mettre entre les mains des Constitutionnels,
-auxquels il attribuait la responsabilité de sa déplorable
-situation[1129], semblait disposé à se prêter à ce plan. Déjà
-les préparatifs étaient commencés: les Suisses avaient reçu des
-ordres[1130], lorsque, tout à coup, le prince déclara qu'il était
-décidé à ne pas partir, qu'il aimait mieux s'exposer à tous les
-dangers que de donner le signal de la guerre civile[1131]. C'étaient,
-assure-t-on, les conseils de la Reine, qui, au dernier moment, avaient
-ainsi modifié la résolution du Roi[1132]. Elle avait pour Lafayette une
-insurmontable antipathie, et elle disait à Mme Campan qu'il valait
-mieux périr que de devoir son salut à l'homme qui leur avait fait le
-plus de mal et de se mettre dans la nécessité de traiter avec lui[1133].
-
-On a vivement reproché à Marie-Antoinette son opposition acharnée à ce
-projet. On l'a accusée d'avoir sacrifié la monarchie et l'existence
-même des siens à d'aveugles préventions. Sans doute, il eût été plus
-politique d'oublier les griefs du passé et de ne plus voir que le
-dévouement de l'heure présente; mais ce dévouement, la Reine ne croyait
-pas à son désintéressement et à sa sincérité. Lafayette était toujours
-à ses yeux l'homme qui avait porté à l'autorité royale les coups les
-plus sensibles, qui lui avait infligé à elle-même l'injure la plus
-sanglante, une de ces injures qu'une femme ne pardonne pas[1134]. Le
-grand orateur dont elle regrettait peut-être alors de n'avoir pas mieux
-suivi les avis, Mirabeau, l'avait toujours prévenue contre l'ambition
-brouillonne et la présomptueuse incapacité de celui qu'il appelait
-dédaigneusement _Gilles-César_, et à ce moment même, ses confidents
-les plus intimes, Mercy, Fersen, ne lui recommandaient-ils pas, dans
-leurs lettres, si la nécessité ou des circonstances favorables la
-déterminaient à quitter Paris, de ne jamais appeler Lafayette, mais de
-réclamer le concours de provinces fidèles, comme la Picardie[1135]?
-
-Ce plan, d'ailleurs, était-on aussi sûr de sa réussite qu'on le
-prétendait[1136]? La garde nationale s'y fût-elle prêtée? Un exemple
-tout récent permettait d'en douter. Dans la nuit du mercredi 11 au
-jeudi 12 juillet, le bruit s'était répandu, dans la garde de service
-au Château, que la Reine était partie. Le commandant ne put calmer
-ses hommes qu'en éveillant le Roi à deux heures du matin et en le
-priant de lui faire voir la Reine. Étaient-ce là des dispositions
-favorables, soit à une évasion, soit à un départ public? Montmorin,
-qui transmettait ces détails à son ami la Marck, en arrivait à ce
-douloureux dilemme: «Depuis que le Roi a licencié sa garde, je crois
-impossible qu'il sorte de Paris, et très dangereux qu'il y reste.»
-Et il concluait ainsi: «Le Roi, et surtout la Reine, se sont refusés
-absolument à toute proposition de sortir de Paris, et, quelque
-danger que je voie au séjour qu'ils y font, je crois qu'ils ont bien
-fait[1137].»
-
-Malgré ces sombres pronostics, la Fédération se passa tranquillement;
-mais les alarmes furent vives. Le Roi était, avec toute sa famille,
-à l'École militaire, attendant le cortège qui était allé poser la
-première pierre d'une colonne sur l'emplacement de la Bastille. Quand
-le cortège parut et défila sous le balcon où se tenait la famille
-royale, des cris formidables de _Vive Pétion!_ éclatèrent de toutes
-parts; quelques rares cris de _Vive le Roi!_ y répondirent. Louis
-XVI descendit et se rendit à pied, du pavillon de l'École militaire,
-à l'autel dressé à l'extrémité du Champ-de-Mars. Sa tête poudrée
-ressortait au milieu des cheveux noirs des députés et ses vêtements
-brodés d'or tranchaient sur le costume sombre des gens du peuple qui
-l'entouraient. «Quand il monta les degrés de l'autel, on crut voir la
-victime sainte s'offrant volontairement au sacrifice[1138].» La Reine
-ne l'avait pas perdu de vue pendant ce long et douloureux trajet, au
-milieu de ces hommes qui, dit un témoin oculaire, «avaient plus l'air
-d'être réunis pour une émeute que pour une fête[1139].» Un instant,
-elle l'avait vu disparaître dans la foule[1140]; elle avait poussé un
-cri; mais ce n'était qu'une fausse alerte; peu après, le Roi reprit
-sa place près de sa famille. «L'expression du visage de la Reine,
-dit Mme de Staël, ne s'effacera jamais de mon souvenir; ses yeux
-étaient abîmés de pleurs; la splendeur de sa toilette, la dignité de
-son maintien contrastaient avec le cortège dont elle était entourée;
-quelques gardes nationaux la séparaient seuls de la populace[1141].»
-Quand le Roi revint à l'École militaire, elle descendit à sa rencontre;
-le prince la serra dans ses bras avec une affectueuse émotion, et ses
-enfants l'embrassèrent en pleurant[1142].
-
-La cérémonie terminée, la famille royale remonta en voiture et retourna
-aux Tuileries. Heureux de la voir vivante, après les inquiétudes
-qu'avait excitées cette journée, les grenadiers qui entouraient le
-carrosse ne cessaient de crier: _Vive le Roi! Vive la Reine!_ «Ils
-étaient tout cœur et tout âme, écrit Mme Élisabeth; cela faisait du
-bien[1143].» Mais qu'étaient ces cris isolés à côté des acclamations
-immenses qui avaient accueilli le maire de Paris, le vrai triomphateur
-du jour, ce fat et misérable Pétion, qui avait abandonné la royauté au
-20 juin, qui devait la livrer au 10 août?
-
-L'agitation continuait dans Paris. Le bruit courait plus que jamais
-que l'Assemblée voulait enlever la famille royale, et l'emmener dans
-le Midi[1144]; pour faciliter l'exécution de ce projet et isoler
-le Roi de plus en plus, on faisait partir pour le camp de Soissons
-les trois régiments de ligne qui restaient dans la capitale et deux
-bataillons de Suisses[1145]. Au Château, on n'avait plus un instant
-de tranquillité. Les rumeurs les plus absurdes prenaient créance, dès
-qu'elles étaient hostiles à la famille royale, et donnaient lieu à des
-mouvements populaires. Le 20 juillet, les fédérés avaient passé la nuit
-en orgies sur la place de la Bastille; quelques meneurs vinrent leur
-raconter que la Cour avait fait assassiner les députés patriotes et
-conservait dix-huit mille fusils au Château. Aussitôt ils prennent les
-armes «pour exterminer les traîtres». A cinq heures du matin le rappel
-est battu; quatre mille gardes nationaux se portent aux Tuileries. Pour
-cette fois, du moins, le danger fut conjuré: Pétion lui-même calma
-l'effervescence. Mais cette journée néanmoins exerça une influence
-néfaste sur l'avenir; pendant que la famille royale était réunie avec
-les ministres dans le cabinet du Roi, attendant l'insurrection et
-délibérant sur la conduite à tenir, on avait décidé que si les factieux
-approchaient, le prince et sa famille, n'ayant pas de moyens de se
-défendre, se retireraient à l'Assemblée: résolution fatale qui ne fut
-que trop mise à exécution le 10 août[1146].
-
-Quelques jours après, dans la nuit du 24 au 25 juillet, Mme
-Campan fut avertie que les faubourgs s'apprêtaient à marcher sur
-les Tuileries; on avait résolu, disait-on, d'enlever le Roi et de
-l'enfermer à Vincennes. Déjà le tocsin sonnait à Saint-Roch; Mme
-Campan courut à l'appartement de la Reine; brisée de fatigue, après
-tant d'insomnies, la malheureuse femme dormait. Le Roi, qui survint, ne
-voulut pas qu'on la réveillât; on venait d'apprendre d'ailleurs que le
-mouvement annoncé avait avorté; Pétion, ne se trouvant pas suffisamment
-prêt, s'y était opposé. Mais la Reine, quand elle s'éveilla, reprocha
-vivement à sa première femme de chambre d'avoir respecté son sommeil,
-et comme Mme Campan lui représentait qu'elle avait besoin de réparer
-ses forces abattues: «Elles ne le sont pas, dit-elle; le malheur en
-donne de grandes. Élisabeth était auprès du Roi, et je dormais, moi qui
-voudrais périr à ses côtés! Je suis sa femme et je ne veux pas qu'il
-courre le moindre péril sans moi[1147].»
-
-C'est à ce rôle passif qu'elle était réduite. Si elle n'avait écouté
-que son courage, elle ne se fût pas si facilement résignée; elle se
-fût souvenue du mot de Mirabeau, de ce que pouvaient une femme et un
-enfant à cheval. Périr pour périr, elle eût mieux aimé succomber les
-armes à la main que d'attendre patiemment la mort par le poignard ou
-l'échafaud. Mais elle était paralysée par l'inertie de son mari: «Le
-Roi, disait-elle, a peur de commander et craint plus que toute autre
-chose de parler aux hommes réunis. Quelques paroles bien accentuées,
-adressées aux Parisiens, centupleraient les forces de notre parti; il
-ne les dira pas.... Pour moi, je pourrais bien agir et monter à cheval,
-s'il le fallait; mais si j'agissais, ce serait donner des armes aux
-ennemis du Roi. Le cri contre l'_Autrichienne_, contre la domination
-d'une femme, serait général en France, et d'ailleurs j'anéantirais le
-Roi en me montrant. Une Reine qui n'est pas régente doit, dans ces
-circonstances, rester dans l'inaction et se préparer à mourir[1148].»
-
-Un jour que l'abbé de Montesquiou lui avait soumis un plan qui
-demandait beaucoup de conduite et de fermeté: «C'est inutile,
-répondit-elle tristement, la conduite que vous me proposez ne peut pas
-se conseiller; celui qui n'a pas en lui le caractère nécessaire pour
-l'imaginer ne saurait en suivre le conseil[1149].»
-
-Ainsi réduite à l'inaction en France, la Reine n'espérait plus guère
-que de l'étranger. Sa correspondance avec Fersen se multipliait:
-Fersen, que son père avait voulu rappeler en Suède après l'assassinat
-de Gustave III, et qui avait noblement refusé, dût-il être réduit à la
-misère, d'abandonner ses augustes clients[1150]. Elle avait recours
-aux procédés les plus ingénieux pour dissimuler ces relations. Les
-lettres étaient presque toujours écrites en chiffres, ou du moins
-dans un style de convention; elles étaient envoyées, tantôt par des
-gens sûrs, tantôt, et surtout à l'époque où nous sommes, dans des
-boîtes de biscottes, dans des paquets de thé ou de chocolat, dans la
-doublure d'un chapeau ou d'un vêtement, sous forme d'annonce dans un
-journal[1151]. Les billets succédaient aux billets avec une rapidité
-et une fréquence extraordinaires; chaque semaine, il y en avait au
-moins deux, soit de Marie-Antoinette, soit du fidèle Goguelat. A la fin
-de juillet, ce ne sont plus guère que des cris d'alarme, des appels
-désespérés. La Reine écrit le 24 juillet:
-
-«Dans le courant de la semaine, l'Assemblée doit décréter sa
-translation à Blois et la suspension du Roi. Chaque jour produit une
-scène nouvelle, mais tend toujours à la destruction du Roi et de
-sa famille; des pétitionnaires ont dit, à la barre de l'Assemblée,
-que, si on ne le destituait pas, ils le massacreraient. Ils ont eu
-les honneurs de la séance. Dites donc à M. de Mercy que les jours du
-Roi et de la Reine sont dans le plus grand danger, qu'un délai d'un
-jour peut produire des malheurs incalculables, qu'il faut envoyer le
-manifeste sur-le-champ, qu'on l'attend avec une extrême impatience,
-que nécessairement il ralliera beaucoup de monde autour du Roi et le
-mettra en sûreté; qu'autrement personne ne peut en répondre pendant
-vingt-quatre heures: la troupe des assassins grossit sans cesse[1152].»
-
-Huit jours après, nouvel appel plus pressant encore. Le 28 juillet,
-d'Éprémesnil avait été à moitié assommé sur la terrasse des
-Feuillants[1153]. Le 29, les Marseillais avaient fait leur entrée à
-Paris. Ramassis de brigands et de gens sans aveu, tourbe cosmopolite,
-échappée des bagnes de Gênes, d'Espagne et de Toulon[1154], ils
-apportaient à la populace parisienne un appoint puissant, moins par le
-nombre,—ils n'étaient guère que six cents,—que par leur audace et leur
-expérience en fait d'émeutes et de crimes. C'était pour les attendre
-que Pétion avait ajourné l'émeute du 27 juillet. Le lendemain même de
-leur arrivée, le 30, ils rencontrent aux Champs-Élysées des grenadiers
-du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui faisaient un repas de corps
-chez le restaurateur Dubertier, leur cherchent querelle sans motif, en
-massacrent un, en blessent une quinzaine, et les autres n'échappent au
-même sort qu'en se réfugiant dans le jardin des Tuileries, et de là
-au Château, où on leur prodigue des secours. Vainement les camarades
-des victimes viennent-ils demander justice à l'Assemblée; la gauche
-les accueille par des murmures, les tribunes par des vociférations.
-Ce sont eux qu'on transforme en coupables, et l'on dénonce à la
-vengeance populaire la Reine et les dames qui ont donné leurs soins aux
-_assassins_ des braves fédérés.
-
-Le 1er août, Marie-Antoinette faisait écrire par Goguelat à
-Fersen cette lettre désespérée, la dernière qu'ait reçue d'elle son
-chevaleresque correspondant; l'angoisse l'y rendait même parfois
-injuste pour les fidèles grenadiers des Filles-Saint-Thomas.
-
-«La vie du Roi est évidemment menacée depuis longtemps, ainsi que
-celle de la Reine. L'arrivée d'environ six cents Marseillais et d'une
-quantité d'autres députés de tous les clubs des Jacobins augmente bien
-nos inquiétudes, malheureusement trop fondées. On prend des précautions
-de toute espèce pour la sûreté de Leurs Majestés; mais les assassins
-rôdent continuellement autour du Château; on excite le peuple; dans
-une partie de la garde nationale, il y a mauvaise volonté, et dans
-l'autre, faiblesse et lâcheté. La résistance qu'on peut opposer aux
-entreprises des scélérats n'est que dans quelques personnes décidées
-à faire un rempart de leurs corps à la famille royale, et dans le
-régiment des gardes-suisses. L'affaire qui a eu lieu le 30, à la suite
-d'un dîner aux Champs-Élysées, entre 180 grenadiers[1155] d'élite de
-la garde nationale et des fédérés marseillais, a démontré clairement
-la lâcheté de la garde nationale et le peu de fond qu'il faut faire
-sur cette troupe, qui ne peut en imposer que par sa masse. Les 180
-grenadiers ont pris la fuite; il y en a eu deux ou trois de tués et une
-vingtaine de blessés. Les Marseillais font la police du Palais-Royal et
-du jardin des Tuileries, que l'Assemblée nationale a fait ouvrir.....
-Pour le moment, il faut songer à éviter les poignards et à déjouer
-les conspirateurs qui fourmillent autour du trône prêt à disparaître.
-Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la peine de cacher le
-projet d'anéantir la famille royale. Dans les deux dernières assemblées
-nocturnes, on ne différait que sur le moyen à employer. Vous avez pu
-juger par ma précédente lettre combien il est intéressant de gagner
-vingt-quatre heures; je ne ferai que vous le rappeler aujourd'hui, en
-ajoutant que, si l'on n'arrive pas, il n'y a que la Providence qui
-puisse sauver le Roi et sa famille[1156].»
-
-A cette date du 1er août, les armées coalisées étaient en marche.
-Le duc de Brunswick s'était mis en mouvement le 28 juillet[1157]; il
-comptait être, au bout de huit ou dix jours, à la frontière[1158],
-y laisser des corps suffisants pour masquer les places et empêcher
-leurs garnisons de s'opposer à ses opérations, et se porter lui-même
-directement sur Paris[1159]. Au moment d'entrer en campagne, le 25,
-cédant aux vives instances des émigrés, il avait lancé, de Coblentz, un
-manifeste menaçant. Après avoir exposé les réclamations de l'Empereur
-et du roi de Prusse pour les princes allemands possessionnés en
-Alsace et leur intérêt à voir cesser l'anarchie en France, sans
-vouloir s'enrichir par des conquêtes, ni prétendre «s'immiscer dans le
-gouvernement de la France», il invitait la partie saine de la nation à
-rentrer dans les voies de la justice, et s'engageait à protéger ceux
-qui se soumettraient au Roi. Mais il menaçait d'une punition exemplaire
-tous ceux qui se défendraient contre ses armes, déclarant que, si la
-moindre insulte, la moindre violence était faite au Roi ou à la Reine,
-la ville de Paris serait livrée à une exécution militaire et à une
-subversion totale.
-
-Par quelle déplorable habileté Fersen réussit-il à substituer ce
-manifeste, dû à la plume d'un émigré, M. de Limon[1160], au texte,
-modéré et sage, proposé par l'agent accrédité du Roi et de la
-Reine, Mallet du Pan, et primitivement adopté par les Puissances?
-Par quel aveuglement surtout, lui qui connaissait la France, qui
-venait de la traverser tout récemment encore, et qui écrivait «qu'on
-ne peut compter sur les gardes nationaux, ni sur les gens de bien
-de Paris, qui craignent de se mettre en avant de peur de recevoir
-une égratignure, tandis que les scélérats agissent[1161]», ajoutant:
-«Mon inquiétude pour vous est extrême; je n'ai pas un seul moment de
-tranquillité[1162]»; par quel aveuglement put-il croire que cette
-déclaration hautaine et provocante relèverait le courage des amis de
-la royauté et terrifierait ses adversaires? Comment ne vit-il pas
-qu'édicter ainsi les derniers supplices contre tous les partisans de
-la Révolution, c'était en grossir le nombre, les réduire au désespoir,
-et que les premières victimes de ce désespoir seraient précisément les
-malheureux souverains qu'on avait la prétention de sauver? Lui-même
-cependant avait écrit à son ami Taube, en lui envoyant le manifeste:
-«Voici un moment critique pour eux, Dieu les conserve[1163]!» Et à
-sa demande, le baron de Breteuil avait envoyé l'évêque de Pamiers à
-Londres pour obtenir de Pitt une intervention de l'Angleterre en faveur
-des malheureux otages que d'imprudentes menaces allaient livrer à
-toutes les colères[1164].
-
-Mais on se faisait, de l'autre côté du Rhin, même parmi les plus sages,
-d'étranges illusions. Les émigrés avaient si souvent répété que la
-guerre ne serait qu'une promenade militaire à travers la France, que
-le duc de Brunswick s'imaginait ne pas rencontrer de résistance[1165],
-et que Mercy lui-même, si peu disposé, par son âge et son expérience,
-aux espérances exagérées, écrivait, le 9 juillet, à Marie-Antoinette:
-«En un mois, on sera sauvé[1166].» On indiquait déjà les étapes de
-la marche des coalisés: on devait être tel jour à Verdun, tel autre
-à Châlons[1167]. La Reine elle-même, momentanément rassurée par la
-parole de Mercy, confiait à Mme Campan, pendant une de ses nuits
-d'insomnie, que, dans un mois, «elle ne verrait plus cette lune sans
-être dégagée de ses chaînes[1168].» Et le baron de Breteuil formait
-déjà le cabinet qui devait prendre la direction des affaires, à la
-rentrée à Paris[1169].
-
-Quoi qu'il en soit, le résultat de ce manifeste ne fut pas celui
-qu'en attendaient ses auteurs: «Il ne rallia personne, parce qu'il
-ne présentait aucun point de ralliement; n'effraya personne, parce
-qu'il annonçait des prétentions extravagantes, et enfin n'obtint rien,
-parce qu'il demandait l'impossible. Une partie de la France resta
-muette à cet appel; l'autre y répondit par des cris de fureur et de
-vengeance[1170].»
-
-A ce moment suprême, pourtant, les Girondins ne voulaient pas encore
-la république; ils sentaient qu'ils n'auraient point pour eux l'appui
-de l'armée, même de l'armée du Midi, sur laquelle ils comptaient le
-plus[1171]. Il y eut un moment d'hésitation dans la marche des ennemis
-de la royauté. La garde nationale voulait conserver le Roi, comme
-une sauvegarde contre les représailles des coalisés, et certains
-chefs de la Révolution s'étaient déjà ménagé les moyens de fuir en
-Amérique[1172]. Le plan qui souriait le plus à Brissot et à ses amis,
-c'était de proclamer la déchéance de Louis XVI et de mettre le Dauphin
-sur le trône, avec Condorcet comme gouverneur et Pétion comme régent.
-Mais déjà les Girondins étaient débordés et, pour ne pas être laissés
-de côté, ils étaient obligés de se mettre à la remorque des Jacobins.
-
-Le 3 août, Pétion se présente à la barre de l'Assemblée et, au nom
-de 46 sections de Paris sur 48, demande la déchéance. L'Assemblée,
-sans discussion, renvoie une pétition à une commission extraordinaire
-pour faire son rapport le 9 août[1173]. En attendant, tout se prépare
-pour le dernier assaut qui doit être livré à la royauté. Le Comité
-insurrectionnel siège en permanence au cabaret du _Cadran-bleu_. La
-section Mauconseil, sans attendre la décision de l'Assemblée, vote
-la déchéance; la section du Théâtre-Français, sous la présidence de
-Danton, se déclare en état d'insurrection[1174]. Les Marseillais,
-quittant leurs casernes trop éloignées, se transportent au centre de la
-capitale, dans les sections Poissonnière et du Théâtre-Français[1175],
-où on les incorpore dans les bataillons révolutionnaires[1176]; on leur
-donne à profusion du vin et de l'argent[1177]. Westermann est désigné
-pour prendre le commandement des bandes, à la place de Santerre, dont
-l'incapacité est trop manifeste, et Panis et Sergent font distribuer
-aux fédérés les cartouches qu'ils refusent aux gardes nationaux. On
-fait venir de tous côtés des recrues sur lesquelles on peut compter.
-Jourdan et les massacreurs de la Glacière sont à Paris[1178]. «Jourdan
-et ses compagnons sont réunis à Santerre, mandait Malouet à Mallet du
-Pan; les promenades dans les rues, les hurlements sont horribles. Les
-affiches, les placards ont la même couleur de sang. Jamais cette ville
-de boue n'a été aussi infecte, aussi pestilentielle[1179].»
-
-En même temps, on éloigne de la capitale les derniers défenseurs de la
-royauté. Dès la fin de juillet, un officier suisse écrivait: «Ils sont
-parvenus à faire sortir de Paris toute la force armée. Voilà les cinq
-régiments de ligne et les deux tiers des régiments des gardes-suisses,
-que l'on craignait, hors d'état de nuire aux factieux. Bientôt nous
-allons voir commencer la tragédie[1180].» Les troupes de ligne, en
-effet, dont l'Assemblée redoutait le bon esprit, avaient été envoyées
-à l'armée[1181]; trois cents Suisses avaient été dirigés sur la
-Normandie, sous prétexte de protéger la circulation des grains et l'on
-avait enlevé à ceux qui restaient à Paris leurs douze canons[1182].
-
-Pour achever de désorganiser la résistance, la municipalité arrête que
-la garde de service au Château sera chaque jour composée de citoyens
-de toutes les sections. Tout est prêt pour se porter en armes aux
-Tuileries et y déposer le Roi. Le jour seul est encore incertain.
-Successivement fixé au 4, puis au 6, il est enfin arrêté pour le 9 au
-soir, lorsque l'Assemblée aura délibéré sur la pétition des sections
-de Paris; ce jour-là, si, à onze heures, justice n'est pas rendue
-au peuple par le Corps législatif, «à minuit le tocsin sonnera, la
-générale sera battue et tout se lèvera à la fois[1183]». En attendant,
-la terreur règne dans la capitale; les députés qui osent encore,
-nous ne dirons pas se montrer favorables au Roi, mais simplement ne
-pas exécuter servilement les volontés des clubs, sont insultés et
-maltraités[1184]. On répand les bruits les plus lugubres. On annonce
-qu'on promènera la Reine dans une cage de fer avant de la conduire à la
-Force, qu'on enfermera le Roi à l'Hôtel-de-Ville, puis au Temple[1185].
-Dès le 2 août, on vend dans les rues un imprimé qui n'est que le
-programme de la journée qu'on prédit, et le médecin Brunier peut le
-remettre à Mme de Tourzel[1186]. Une agitation effrayante régnait
-dans le peuple, et une femme, très liée avec les révolutionnaires,
-écrivait cette phrase sinistre: «Il pleuvra du sang; je n'exagère
-point[1187].»
-
-A ces menaces directes et publiques, qu'avait à opposer la royauté?
-Rien que des promesses vagues, des espérances fragiles, et, hélas! des
-illusions obstinées: la marche lointaine encore du duc de Brunswick,
-l'argent donné aux chefs des factieux, Pétion, Danton[1188], Santerre,
-pour empêcher l'insurrection et qui ne sert qu'à la payer; et, au
-Château, neuf cents Suisses, quelques rares gardes nationaux fidèles,
-et une centaine de gentilshommes. Qu'était-ce contre les bandes
-dirigées par Barbaroux et Westermann?
-
-Vainement les fidèles de la dernière heure, les Malouet, les
-Malesherbes, les Morris, les Lally-Tolendal, présentèrent-ils, le 7
-août, un suprême projet d'évasion. Vainement offrirent-ils de conduire
-la famille royale à Pontoise ou à Compiègne[1189], sous la protection
-des grenadiers d'Aclocque et des Suisses de Courbevoie, en partant en
-plein jour, à huit heures du matin, du Pont-Tournant, et en avertissant
-le président de l'Assemblée qu'on allait à Compiègne, en vertu de la
-Constitution[1190]. Le Roi refusa, et Mme Élisabeth se contenta
-de répondre que l'insurrection annoncée n'aurait pas lieu, qu'on en
-avait pour garant la parole de Pétion et de Santerre, qui, moyennant
-sept cent cinquante mille livres, s'étaient engagés à ramener les
-Marseillais dans le parti de Sa Majesté[1191].
-
-Malgré cette confiance apparente et étrange, l'alarme régnait en
-permanence au Château. Si l'on avait pu croire, pendant quelque temps,
-comme le disait Morris, que les gardes nationaux et les Parisiens
-voudraient conserver Louis XVI «comme la protection la plus efficace
-contre le pillage et les insultes des ennemis[1192]», depuis le 20 juin
-on ne pouvait plus guère avoir cette confiance: on ne cherchait qu'à
-gagner du temps; mais on était gardé à vue. Pour prévenir une fuite,
-dont le bruit s'était encore une fois répandu, les fédérés faisaient
-chaque jour et chaque nuit des patrouilles autour des Tuileries[1193].
-Les hommes à pique, avant d'aller, le bonnet rouge sur la tête, faire
-à l'Assemblée des motions incendiaires, défilaient près du Château, en
-chantant d'injurieux couplets; «on eût dit qu'ils venaient reconnaître
-les lieux, avant de l'attaquer[1194].» On insultait la Reine jusque
-sous les fenêtres de ses petits cabinets qui donnaient sur la cour, et
-Mme de Tourzel, dont les appartements étaient au rez-de-chaussée,
-n'osait plus y conduire le Dauphin[1195]. Un Marseillais, le sabre
-au poing, criait aux Suisses en faction à la porte du Carrousel:
-«Misérables, c'est la dernière garde que vous montez; nous allons vous
-exterminer tous[1196].»
-
-Chaque jour, chaque nuit, ce sont des alertes nouvelles[1197]. Le Roi
-brûle ses correspondances[1198]; la Reine ne se couche qu'une fois sur
-deux[1199], et elle en est réduite, nous l'avons vu, à avoir un petit
-chien dans sa chambre pour l'avertir en cas de danger[1200]. Toute la
-nuit du 4 au 5 août, l'on s'attend à être égorgé[1201]. Louis XVI est
-debout: «Ah! qu'ils viennent!» dit le malheureux prince, résigné à
-son sort; «dès longtemps je suis préparé; mais,» ajoute-t-il avec une
-sollicitude touchante, «qu'on n'éveille pas la Reine[1202].»
-
-Le dimanche 5 août, la famille royale allait à la chapelle des
-Tuileries entendre la messe pour la dernière fois. Pendant qu'elle
-traversait la galerie pour s'y rendre, un certain nombre de gardes
-nationaux la saluèrent des cris de _Vive le Roi!_ Mais aussitôt
-les autres répondirent par de formidables huées: «_Pas de Roi! A
-bas le Veto!_» Et le soir, aux vêpres, les musiciens, chantant le
-_Magnificat_, se donnèrent le mot pour «tripler le son de leurs voix
-d'une manière effrayante», en psalmodiant: _Deposuit potentes de
-sede[1203]!_
-
-C'était le dernier outrage. Cinq jours après, la sinistre prédiction
-des musiciens de la chapelle allait être accomplie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
- Le 10 août.
-
-
-La journée du jeudi 9 août avait été relativement tranquille, malgré
-les bruits alarmants qui circulaient. Le Roi, après le dîner, avait
-joué au billard avec Mme Élisabeth[1204] et la pieuse princesse
-avait écrit à son amie Mme de Bombelles: «Cette journée, qui devait
-être si vive, si terrible, est le plus calme possible[1205].» Le
-soir, tout change; je ne sais quelle agitation sinistre règne dans la
-capitale; les dames du palais n'osent pas venir à la Cour, de peur
-d'être insultées.
-
-A minuit, le tocsin sonne au clocher des églises; bientôt au bruit du
-tocsin se mêle celui des tambours qui battent, les uns la générale,
-les autres le rappel; les sections s'arment; les faubourgs s'ébranlent
-et se mettent en marche. Aux Tuileries, il y a environ neuf cents
-Suisses, deux cents gentilshommes et quelques compagnies de gardes
-nationaux fidèles. C'est peu; mais cette petite troupe est sous les
-ordres d'un chef résolu et dévoué, Galiot de Mandat, ancien capitaine
-aux gardes françaises. Dès le matin, il a pris des dispositions
-énergiques pour la défense: les ponts sont gardés et il sera facile
-d'empêcher les faubourgs de se réunir en coupant la communication
-et en chargeant les colonnes pour les disperser[1206]. Les Suisses
-occupent la cour du Château, la chapelle et la porte royale, le bas du
-grand escalier du Roi et de la Reine[1207], tandis que les grenadiers
-des Filles-Saint-Thomas sont rangés en bataille vis-à-vis de la grande
-porte[1208]. Malheureusement les soldats n'ont pas de cartouches: à
-peine trois coups par homme[1209]. Les Suisses eux-mêmes n'en ont pas
-trente[1210], et le commandant est sans ordres.
-
-Vers onze heures, Pétion, cédant aux instances réitérées de Mandat,
-vient au Château. Le Roi l'interpelle brusquement: «Monsieur, dit-il,
-vous êtes maire de Paris; il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement;
-veut-on recommencer le 20 juin?»—«Sire, la fermentation est grande,
-mais je cours à l'Hôtel-de-Ville rétablir la tranquillité.»—«Non,
-Monsieur,» reprend la Reine qui devine les projets de Pétion; «c'est
-sous vos yeux que tout a été organisé; vous allez, comme maire, signer
-l'ordre de repousser la force par la force; vous resterez près de la
-personne du Roi.» Pétion, déconcerté, signe l'ordre, puis il s'esquive,
-et, après une courte apparition à l'Assemblée, retourne dans sa maison,
-où, suivant le plan arrêté avec ses amis, il se fait consigner pour le
-reste de la journée.
-
-Au Château, on avait été assez rassuré pendant les premières heures: on
-avait confiance dans les forces dont on disposait et que Mandat avait
-habilement placées aux point les plus importants, dans la cour, dans
-le jardin, aux guichets. Des avis, qu'on croyait sûrs, représentaient
-d'ailleurs le rassemblement comme n'ayant pas la gravité qu'on lui
-supposait d'abord[1211]. La Reine avait même envoyé son fils se coucher
-sous la garde de la fidèle Mme de Tourzel; mais, en l'embrassant,
-elle n'avait pu retenir ses larmes: «Maman,» disait l'enfant, comme
-s'il devinait le danger, «pourquoi pleurez-vous? Je voudrais bien ne
-pas vous quitter cette nuit.»—«Soyez tranquille, mon fils, je ne serai
-pas loin de vous[1212].»
-
-Mais l'anxiété n'avait pas tardé à renaître; les mauvaises nouvelles
-parvenaient, pressantes et précises. La famille royale était réunie
-dans la chambre du Conseil; la princesse de Lamballe, la princesse de
-Tarente, Mme de Tourzel et sa fille, les ministres, deux municipaux,
-Borie et Leroux, le procureur général syndic du département, Rœderer,
-quelques serviteurs zélés, l'entouraient. Au milieu des angoisses
-croissantes, l'étiquette traditionnelle avait été levée: il n'y avait
-pas eu de coucher du Roi; la Reine et Mme Elisabeth étaient assises
-sur de simples tabourets[1213]. Quelques amis dévoués arrivaient de
-moment en moment, s'asseyant partout, sur les tables, sur les consoles,
-par terre.
-
-La Reine parle à chacun de la manière la plus affectueuse, réchauffant
-le zèle et soutenant les courages: «Messieurs, dit-elle aux gardes
-nationaux qui sont dans la chambre du Conseil, tout ce que vous avez de
-plus cher, vos femmes, vos enfants, dépend de notre existence; notre
-intérêt est commun[1214].» Mais parmi ces défenseurs de la dernière
-heure, l'harmonie ne règne pas; les préventions de certains gardes
-nationaux contre les gentilshommes persistent. Le chef de légion la
-Chesnaye veut faire éloigner les volontaires royalistes. La Reine s'y
-oppose vivement: «Vous ne devez pas, dit-elle, avoir de défiance de
-ces braves gens qui partageront vos dangers et vous défendront jusqu'à
-leur dernier soupir[1215]. Je réponds de tous ceux qui sont ici; ils
-marcheront devant, derrière, dans le rang, comme vous voudrez; ils
-sont prêts à tout ce qui pourra être nécessaire: ce sont des hommes
-sûrs[1216].»
-
-Personne ne s'était couché au Château; seul le Dauphin dormait[1217].
-Vers trois heures du matin, on entend dans le lointain comme le bruit
-houleux des vagues qui approchent. Un coup de fusil retentit dans la
-cour même des Tuileries[1218]: «Hélas! dit la Reine, ce ne sera pas le
-dernier!» Elle fait lever et habiller son fils; elle ne veut pas que
-les factieux trouvent au lit l'hériter du trône, et depuis ce moment
-elle le garde toujours près d'elle. «Maman,» dit le pauvre enfant,
-ému à la vue du trouble qu'il voit autour de lui et déjà familiarisé
-avec les journées, «maman, pourquoi ferait-on du mal à papa? Il est si
-bon[1219]!»
-
-La nuit était admirable, le ciel pur, l'air calme; la tranquillité
-de la nature contrastait avec l'agitation de la rue et l'anxiété des
-âmes. Par les croisées ouvertes, on entendait tous les bruits de la
-grande ville. L'aube paraît; Mme Élisabeth court à la fenêtre. «Ma
-sœur, dit-elle, venez donc voir lever l'aurore.» Le disque du soleil
-commençait à se dégager, rouge de sang[1220].
-
-Cependant un ordre impérieux de la municipalité appelle Mandat à
-l'Hôtel-de-Ville. Déjà le commandant n'a pas répondu à une première
-dépêche. Pressé par Rœderer[1221], il n'ose résister à une seconde et
-part entre quatre et cinq heures du matin[1222]; mais un pressentiment
-sinistre l'a saisi: «Je ne reviendrai pas,» dit-il[1223].
-
-Il ne se trompait pas. A peine arrivé à l'Hôtel-de-Ville, il trouve la
-Commune insurrectionnelle installée à la place de la Commune légale.
-Huguenin, qui la préside, lui reproche avec violence les mesures qu'il
-a prises contre le peuple, le somme de les révoquer, et, sur le refus
-de Mandat[1224], ordonne de le transférer à l'Abbaye. C'est le signal
-de la mort. Au sortir de la salle du Conseil, on casse, d'un coup de
-pistolet, la tête du malheureux commandant et son corps est jeté à la
-Seine. Dès lors, la petite garnison des Tuileries n'a plus de chef, et
-la résistance est désorganisée.
-
-Le bruit devient plus distinct; les vagues se rapprochent. La Reine
-supplie le Roi de se montrer à ses défenseurs et de les échauffer
-par sa présence, par son exemple, par un mot d'encouragement. Louis
-XVI cède aux instances de sa femme[1225]; il paraît au balcon, vêtu
-d'un habit violet, la coiffure dérangée, le teint animé, les yeux
-rougis par l'insomnie[1226]. De chaleureux vivats l'accueillent. Il
-traverse les appartements pour gagner la cour. La Reine, ses enfants,
-Mme Élisabeth, la princesse de Lamballe l'accompagnent. Quand
-il passe dans la grande galerie, un vif enthousiasme se manifeste:
-ces vieux gentilshommes, volontaires de la dernière heure, prêts à
-se faire massacrer eux-mêmes, acclament la royauté qui va mourir;
-l'émotion gonfle les poitrines, les pleurs baignent les yeux; des cris
-de _Vive le Roi!_ éclatent de toutes parts[1227]. Le bataillon des
-Filles-Saint-Thomas occupe la galerie de Diane. La Reine lui parle
-avec cette grâce et ce cœur qu'elle met à tout ce qu'elle dit, et
-ces braves gens sont tout transportés[1228]. «Ils semblent, a dit un
-historien contemporain, renouveler la scène sublime de _Moriamur pro
-rege nostro_[1229].»
-
-On était moins sûr des postes extérieurs, où Pétion avait fait placer
-des bataillons hostiles[1230]. Le Roi ne veut pas exposer sa famille à
-un accueil douteux, malveillant peut-être. Parvenu dans le vestibule
-du grand escalier, il fait remonter sa femme, sa sœur et ses enfants
-et continue seul cette suprême revue. Ce fut un tort peut-être: ce
-que la bonté un peu molle et le courage résigné du Roi ne firent pas,
-l'attitude plus déterminée de la Reine et la beauté touchante du
-Dauphin eussent pu l'obtenir.
-
-Il était six heures environ, lorsque Louis XVI descendit dans la
-cour. Inquiet et troublé, malgré sa contenance sereine, il ne sut
-pas dire un mot aux gardes nationaux qui se pressaient autour de
-lui. On crie cependant encore _Vive le Roi! Vive Louis XVI! Nous le
-défendrons jusqu'à la mort! Qu'il se mette à notre tête! A bas les
-Jacobins[1231]!_ Mais le Roi reste muet. A mesure qu'on s'éloigne
-du Château, autour duquel sont groupées les troupes fidèles,
-l'accueil devient plus froid. A la terrasse du bord de l'eau, il
-devient hostile. On crie: _Vive la Nation! A bas le Veto! A bas le
-gros cochon!_[1232] Quelques canonniers—la plus mauvaise partie de
-la garde nationale—s'attachent au prince, en lui répétant ces cris
-outrageants, «comme les mouches, dit un témoin oculaire, poursuivent
-l'animal qu'elles se sont acharnées à tourmenter[1233].» A la
-terrasse des Feuillants, des brigands armés de piques joignent leurs
-vociférations menaçantes à ces clameurs hostiles; quelques-uns même
-descendent dans le jardin et les serviteurs fidèles qui accompagnent
-l'infortuné monarque sont obligés de l'entourer d'une double ligne
-pour le protéger[1234]. «Grand Dieu! c'est le Roi qu'on hue!» s'écrie
-le ministre de la marine, M. Dubouchage[1235]. Louis XVI rentre au
-Château, le cœur désespéré, et la Reine, qui de loin a suivi du regard
-toute cette scène et prêté une oreille douloureusement attentive à tous
-ces cris, dit à Mme Campan: «Tout est perdu; cette revue a fait plus
-de mal que de bien[1236].»
-
-Il est certain cependant,—les documents les plus sûrs, les actes les
-plus dignes de foi l'attestent,—il est certain que si, à ce moment
-même, le Roi fût hardiment monté à cheval et se fût mis résolûment à
-la tête de ses troupes, comme Marie-Antoinette l'en suppliait, il eût
-eu facilement raison des assaillants, et, suivant le mot énergique de
-Napoléon, eût balayé toute cette canaille[1237].
-
-Mais le Roi hésite; le Roi a peur de verser le sang; et les municipaux
-qui sont là ont l'air de n'avoir d'autre but que de désorganiser la
-défense. Ils circulent dans la cour du Carrousel, disant bien haut que
-ce serait folie de vouloir s'opposer à un rassemblement aussi nombreux
-et aussi bien armé; ce n'est qu'à regret qu'ils lisent aux troupes la
-loi martiale; encore ont-ils bien soin d'ajouter: «Vous ne tirerez
-qu'autant qu'on tirerait sur vous[1238].» Ces étranges instructions
-jettent le trouble parmi les gardes nationaux; quelques compagnies font
-demi-tour; les canonniers, mal disposés pour la plupart, braquent leurs
-pièces contre le Château, et la gendarmerie à cheval qui occupe la cour
-du Louvre, se replie sur le Palais-Royal, laissant ainsi la route libre
-aux insurgés[1239].
-
-Vers sept heures[1240], une foule compacte et houleuse remplit la
-place Vendôme et la terrasse des Feuillants[1241]. L'avant-garde de
-l'émeute débouche sur la place du Carrousel; déjà quelques bandits
-sont à cheval sur la crête des murs, observant tout et appelant leurs
-camarades[1242]. Les municipaux vont parlementer avec eux; un grand
-cri répond: «_La déchéance ou la mort!_» Municipaux, commandant en
-chef, procureur général sont démoralisés; ils remontent près du Roi.
-Déjà, dans la nuit, Rœderer avait ouvert l'avis d'aller à l'Assemblée.
-«Monsieur,» avait répondu fièrement la Reine, «il y a des forces
-ici; il est temps enfin de savoir qui l'emportera, du Roi et de la
-Constitution, ou de la faction[1243].» Le procureur général s'était
-incliné; mais il n'avait pas changé d'opinion[1244]. Cette fois, ce
-sont les municipaux qui prennent la parole:
-
-«Sire, dit Leroux, le seul parti à suivre, est de se réfugier dans
-le sein de l'Assemblée nationale; c'est à l'instant même qu'il faut
-partir.»
-
-—«Vous le croyez?» répond Louis XVI.
-
-—«Oui, Sire; dire le contraire à Votre Majesté serait la trahir.»
-
-La Reine bondit. Demander asile à l'Assemblée, à cette Assemblée qui
-n'a rien fait pour prévenir l'émeute et qui, pendant qu'agonise la
-monarchie, a le triste courage de délibérer tranquillement sur la
-traite des noirs, abandonner le Château, renoncer à la lutte, mais
-c'est signer sa déchéance, c'est abdiquer! «Nous retirer à l'Assemblée
-nationale,» dit-elle d'une voix vibrante, «y pensez-vous?»—«Oui,
-Madame, l'Assemblée est la seule chose qu'en ce moment le peuple
-respectera.»
-
-Vers sept heures et demie[1245] Rœderer survient, revêtu de son
-écharpe[1246] et à la tête du Directoire: «Sire, dit-il, Votre Majesté
-n'a pas cinq minutes à perdre; il n'y a de sûreté pour elle que dans
-l'Assemblée nationale.»—«Mais, dit le Roi, je n'ai pas vu grand monde
-au Carrousel.»—«Sire, il y a douze pièces de canon et il arrive un
-monde énorme des faubourgs[1247].»
-
-Le sang de la Reine bouillonne dans ses veines. Se tournant vers ses
-fidèles serviteurs: «Clouez-moi sur ces murs,» s'écrie-t-elle, «avant
-que je consente à les quitter[1248]!» Un membre du département qu'elle
-connaît bien, car il est son marchand de dentelles, M. Gendret, veut
-appuyer l'opinion de Rœderer: «Taisez-vous, Monsieur,» lui dit vivement
-la Reine, «laissez parler le procureur général; vous êtes le seul qui
-ne devez point parler ici; quand on a fait le mal, on ne doit pas
-avoir l'air de le réparer[1249].» Et se tournant vers Rœderer: «Mais,
-Monsieur, nous avons des forces.»—«Madame, tout Paris marche, l'action
-est inutile; la résistance, impossible[1250]. Voulez-vous vous rendre
-responsable du massacre du Roi, de vos enfants, de vous-même, en un
-mot des fidèles serviteurs qui vous environnent?»—«A Dieu ne plaise!
-répond la vaillante femme. Que ne puis-je au contraire être la seule
-victime[1251]!» Mais son émotion est si violente que, rapporte un
-témoin oculaire, «sa poitrine et son visage deviennent en un instant
-tout vergetés[1252].»
-
-«Sire, reprend le procureur général, le temps presse; ce n'est plus
-une prière que nous venons vous faire, ce n'est plus un conseil que
-nous prenons la liberté de vous donner; nous n'avons qu'un parti
-à prendre en ce moment: nous vous demandons la permission de vous
-entraîner[1253].» Le Roi relève la tête, regarde un instant Rœderer,
-comme pour interroger sa pensée secrète, et, se déterminant enfin:
-
-«Allons, dit-il, donnons, puisqu'il le faut, cette dernière marque de
-dévouement[1254].»
-
-«Oui, répond la Reine, c'est un dernier sacrifice; mais,»
-ajoute-t-elle, en montrant son mari et son fils, «vous en voyez
-l'objet[1255].» Et interpellant Rœderer:
-
-«Monsieur, dit-elle, vous répondez de la personne du Roi; vous répondez
-de celle de mon fils.»
-
-«Madame, réplique Rœderer, nous répondons de mourir à vos côtés; voilà
-tout ce que nous pouvons garantir[1256].»
-
-Vers huit heures et demie[1257], le funèbre cortège se forme. Des
-grenadiers des Filles Saint-Thomas et des gardes-suisses composent
-l'escorte. Le Roi marche seul en avant, ayant à ses côtés le
-ministre des affaires étrangères[1258]. La Reine donne le bras au
-ministre de la marine[1259] et tient le Dauphin par la main; puis
-viennent Mme Elisabeth et Madame Royale, Mmes de Lamballe et
-de Tourzel, quelques serviteurs fidèles comme le prince de Poix et
-le comte de la Rochefoucauld[1260], les ministres, les membres du
-département[1261]. Tous les assistants pleurent[1262]; la consternation
-est générale.—«Nous reviendrons,» dit le Roi.—«Nous reviendrons,»
-répète la Reine. Mais ni le Roi ni la Reine n'ont d'espoir[1263] et
-les spectateurs sentent bien, comme eux, suivant le mot de Mlle
-de Tourzel, que ce qu'ils voient passer, c'est le «convoi de la
-royauté[1264]».
-
-Le Roi s'avance droit, le cœur déchiré, les traits défaits, mais la
-contenance ferme. La Reine est tout en larmes; elle essuie ses yeux de
-temps en temps et essaie de prendre un air confiant; mais elle ne peut
-le conserver que quelques minutes[1265]. Un garde national se méprend
-sur la cause de ces larmes: «Que Votre Majesté ne craigne rien, dit-il.
-Elle est entourée de bons citoyens.»—«Je ne crains rien,» répond la
-Reine, en appuyant la main sur sa poitrine[1266].
-
-Le cortège traverse les salles, descend le grand escalier[1267], sort
-par la grille du milieu[1268] et s'engage dans le jardin. Les gardes
-nationaux tiennent la droite; les gardes-suisses, la gauche. La foule,
-qui se presse sur la terrasse des Feuillants, salue de ses huées
-les victimes qui s'avancent. Le Roi conserve néanmoins son attitude
-impassible. La Reine s'appuie un moment sur le bras de M. de la
-Rochefoucauld: son cœur bat, sa main tremble. Le petit Dauphin, avec
-l'insouciance de son âge, s'amuse à pousser du pied les feuilles mortes
-qui encombrent le jardin. «Voilà bien des feuilles, dit le Roi; elles
-tombent de bonne heure, cette année.» Quelques jours auparavant, Manuel
-avait écrit dans un journal que la monarchie ne survivrait pas à la
-chute des feuilles[1269]. Sa prédiction se réalisait.
-
-Quand on approche de la terrasse des Feuillants, la foule devient
-plus houleuse; le chemin est obstrué; pendant dix minutes, le cortège
-se trouve arrêté au pied de l'escalier du passage des Feuillants.
-Des cris furieux éclatent dans la populace: «_A bas! A bas! Point de
-veto! Qu'ils n'entrent pas à l'Assemblée!_» On aperçoit la Reine; les
-clameurs redoublent: «_Point de femmes! Nous ne voulons que le Roi, le
-Roi seul[1270]!_» Un grenadier s'empare du Prince royal et le prend
-dans ses bras. La Reine croit qu'on veut lui enlever son fils; elle
-jette un cri terrible; le garde national élève le Dauphin au-dessus de
-sa tête, rassure l'enfant, rassure la mère.
-
-Cependant, l'Assemblée, prévenue par le président du Directoire du
-département de l'arrivée de la famille royale, a envoyé au-devant
-d'elle une délégation de vingt-quatre membres. «Sire, dit le député
-qui la conduit, l'Assemblée vous offre, ainsi qu'à votre famille,
-un asile dans son sein.» Le funèbre cortège reprend sa marche; les
-membres de l'Assemblée ont remplacé ceux du Directoire. Mais, sur la
-terrasse des Feuillants, les cris redoublent; la foule se presse; il
-faut s'arrêter. Un misérable brandit une perche et en menace la famille
-royale, en criant: «_A bas! A bas[1271]!_» Un homme se détache du
-groupe et, s'adressant au Roi: «Donnez-moi la main, lui dit-il, je
-vais vous conduire à l'Assemblée; mais pour votre femme, elle n'y
-entrera pas; c'est elle qui a fait le malheur de la France.» Rœderer
-s'élance; avec l'autorisation des députés, il fait gravir l'escalier
-aux gardes nationaux; il le franchit lui-même et harangue la foule qui
-rugit autour de lui. Un mouvement se fait: il en profite pour frayer
-un passage à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Au milieu de ces bandes
-furieuses, qui vomissent des injures et que leur escorte contient à
-grand'peine, les malheureux souverains entrent à l'Assemblée. Le Roi
-prend place à côté du président; la Reine et sa famille, derrière
-lui, sur les bancs des ministres. Le grenadier qui porte le Dauphin
-le dépose sur le bureau des secrétaires, aux applaudissements des
-tribunes. L'enfant court à sa mère: «Non, non,» crie une voix; «il
-appartient à la nation; l'Autrichienne est indigne de la confiance du
-peuple[1272].»
-
-Le calme se rétablit; le Roi prend la parole: «Je suis venu, dit-il,
-pour éviter un grand crime; je ne saurais être mieux qu'au milieu de
-vous.»
-
-Vergniaud, qui préside, répond: «Vous pouvez compter, Sire, sur la
-fermeté de l'Assemblée nationale. Ses membres ont juré de mourir en
-défendant les droits du peuple et les autorités constituées[1273].»
-
-Mais la Constitution interdit à l'Assemblée de délibérer en présence
-du Roi; l'Assemblée décide que Louis XVI et sa famille seront conduits
-dans la tribune du _Logographe_.
-
-C'était un petit réduit grillé, de dix pieds carrés[1274], exposé à
-l'ardeur d'un soleil brûlant[1275], si étroit qu'à peine pouvait-il
-contenir quelques journalistes, si bas qu'on n'y pouvait rester
-debout. Le Roi s'assied sur le devant; la Reine dans un coin; les
-enfants, Mme Elisabeth et Mme de Lamballe, sur une banquette,
-derrière laquelle se tiennent quelques amis dévoués[1276]. On arrache
-les grilles de fer qui séparent la loge de la salle[1277]. Il est dix
-heures du matin, et c'est là, dans cette misérable hutte, que, pendant
-dix-huit heures, les prisonniers vont assister à l'agonie de la royauté.
-
-Soudain une vive fusillade éclate: on se bat aux Tuileries. Après
-le départ de la famille royale, la plupart des gardes nationaux
-étaient retournés chez eux; les Suisses avaient évacué la cour et
-s'étaient concentrés dans le Château. «Ne vous laissez pas forcer,»
-avait dit le maréchal de Mailly au capitaine de Durler. Les colonnes
-insurrectionnelles arrivent et les somment de se rendre; ils refusent
-héroïquement; semblables à ce grand lion blessé qui a symbolisé
-leur vaillance dans le rocher de Lucerne, ils gardent fièrement et
-fidèlement le vieil écusson de France à demi brisé. On cherche à les
-surprendre; des individus, armés de crocs, s'efforcent de les entraîner
-par leur fourniment: vains efforts. Puis, subitement, sans qu'on sache
-qui l'a tiré, un coup de pistolet retentit. Les Suisses font une
-décharge. Les assaillants, sans essayer de riposter, se dispersent
-de tous les côtés en désordre, abandonnant leurs canons, évacuant la
-cour, dégageant le Château, ne se croyant en sûreté que lorsqu'ils sont
-rendus dans leurs quartiers et montrant, par cette fuite précipitée,
-ce que valait leur courage, et ce qu'on eût pu faire, si l'on avait
-tenté de résister.
-
-Mais le Roi ne veut pas continuer la lutte: il a horreur de répandre
-le sang. De sa prison du _Logographe_, il envoie M. d'Hervilly, avec
-l'ordre de suspendre le feu et d'évacuer le Château. Dociles à ces
-instructions, les Suisses se replient en bon ordre à travers le jardin.
-Un nouveau message du Roi leur fait déposer les armes[1278].
-
-Braves contre des adversaires qui ne se défendent pas, les Marseillais
-reviennent à la charge, se ruent dans le Château, pillent tout, cassent
-tout[1279], s'acharnent principalement contre ce qui a appartenu à la
-Reine[1280], brisent les glaces «dans lesquelles Médicis-Antoinette
-a étudié trop longtemps l'air hypocrite qu'elle montrait au
-public[1281]», achèvent les blessés, tuent à coups de piques et de
-sabres les serviteurs du palais et jusqu'au dernier marmiton[1282],
-incendient les casernes des Suisses[1283] et les écuries du Roi[1284],
-enfoncent les caves, se grisent de vin et de sang. Les massacres du
-jardin et de la rue répondent aux massacres du Château: les malheureux
-Suisses désarmés sont assaillis, mutilés, égorgés; Clermont-Tonnerre
-est assassiné, et la tête de Suleau est portée au bout d'une pique par
-Théroigne de Méricourt!
-
-Couverts de sang, ivres d'orgies, les vainqueurs d'une royauté qui
-n'a pas voulu se défendre paraissent à la barre de l'Assemblée et
-demandent ou plutôt exigent la déchéance. L'Assemblée s'incline devant
-la volonté des nouveaux maîtres de la France; le président Vergniaud
-donne lecture d'un décret qui suspend le Roi de ses fonctions jusqu'à
-la réunion d'une Convention nationale et décide que la famille royale
-sera transférée au Luxembourg, sous la sauvegarde des citoyens et des
-lois, et qu'on nommera un gouverneur au Prince royal.
-
-En attendant, le Roi ne devant plus être entouré que de gardes
-nationaux, on intime aux fidèles, qui l'accompagnent et le protègent
-encore, l'ordre de se retirer. Les dévoués serviteurs s'éloignent
-tristement; mais le comte de Chabot, qui fait partie de la garde
-nationale, court revêtir son uniforme et revient se mettre en faction à
-la porte de la tribune du _Logographe_[1285].
-
-Du fond de sa prison, le Roi voit les pétitionnaires se succéder à
-la barre, les mains ensanglantées, l'injure à la bouche; il voit
-déposer sur le bureau les dépouilles des Tuileries; il entend discuter
-et proclamer sa déchéance; il reste impassible et résigné. La Reine
-conserve sa fière attitude; sa lèvre se plisse avec un sourire de
-dédain pour tous ces misérables qui l'outragent avant de la tuer. Une
-seule disposition du décret l'émeut: c'est celle qui décide qu'on
-nommera un gouverneur au prince royal; elle prie plusieurs députés de
-chercher à parer ce coup qui lui est si sensible; ils y réussissent
-d'autant plus facilement, dit Mme de Tourzel, que «l'Assemblée qui
-projette l'établissement de la république s'embarrasse peu de donner
-un gouverneur à Monseigneur le Dauphin[1286]». Mme Élisabeth baisse
-la tête; Madame Royale pleure; le Dauphin, brisé de fatigue, s'est
-endormi sur les genoux de sa mère. La chaleur est suffocante; on
-étouffe dans ce réduit sans espace et sans air. Le visage du pauvre
-enfant est inondé de sueur; la Reine veut l'essuyer; mais son mouchoir
-est lui-même trop trempé; elle demande celui de M. de la Rochefoucauld
-qui se trouve près d'elle; ce mouchoir est teint du sang de ses
-défenseurs[1287]!
-
-Vers deux heures du matin[1288], la famille royale est transférée au
-couvent des Feuillants, situé près de la salle de l'Assemblée. On se
-met en marche à travers le jardin, au milieu des brigands dont les
-piques dégouttent de sang, à la lueur des chandelles fumeuses qui,
-plantées dans le canon des fusils, projettent sur toute cette scène
-une lueur sinistre. Un instant, la Reine a peur pour son fils; elle
-le prend vivement des mains de M. d'Aubier qui le porte, et le serre
-convulsivement sur son cœur. L'enfant, rassuré, dit gaiement: «Maman
-m'a promis de me coucher dans sa chambre parce que j'ai été bien sage
-avec ces vilains hommes[1289].»
-
-Quatre chambres, ou plutôt quatre cellules, inhabitées depuis plus
-de deux ans, avec un carrelage en briques à demi détruit et des murs
-blanchis à la chaux, tel était le nouveau palais du Roi et de la Reine
-de France. L'architecte de l'Assemblée y avait fait à la hâte porter
-quelques meubles. Les cellules s'ouvraient toutes sur un long corridor,
-dont les issues étaient strictement gardées. Le Roi s'établit dans
-la seconde cellule; la Reine et Madame Royale, dans la troisième; le
-Dauphin et Mme de Tourzel, dans la quatrième. La première servait
-d'antichambre; quelques vaillants serviteurs y veillaient sur la
-royauté déchue. Un souper improvisé fut servi; les enfants seuls y
-touchèrent. Au dehors, la foule grondait; on réclamait la tête de la
-Reine. «Que leur a-t-elle donc fait?» demanda tristement le Roi[1290].
-
-Des misérables avaient pénétré jusque dans le corridor qui précédait
-la chambre du prince, en criant qu'ils l'égorgeraient s'il y avait
-dans Paris le moindre mouvement en sa faveur. D'autres essayaient
-d'escalader les fenêtres basses, sans volets ni grilles; ils montaient
-sur les épaules les uns des autres, pour «raccourcir le gros
-Veto[1291]». La Reine vint un moment dans la cellule de son mari; à
-cette heure encore, elle ne pouvait se consoler d'avoir quitté le
-Château sans essayer de résister: «Peut-être, dit-elle, cela aurait-il
-tourné autrement, si l'on avait fait attaquer de bonne heure les
-Marseillais.»—«Par qui» répondit Louis XVI avec un peu d'humeur.
-La malheureuse femme n'insista pas; au bout de quelques instants,
-elle retourna dans sa chambre, triste réduit tendu d'un papier vert
-défraîchi, et se jeta sur son lit, une dure couchette de moine[1292].
-Mais, hélas! le sommeil ne visitait guère ses paupières. Ce ne fut
-que le matin, vers six heures, qu'elle put s'endormir un moment de ce
-sommeil lourd et si peu réparateur qui suit les grands brisements. Pour
-ne pas l'éveiller, Mme Élisabeth habilla elle-même les enfants;
-quand ils furent prêts, elle les amena à leur mère: «Pauvres enfants,»
-soupira l'infortunée souveraine, «qu'il est cruel de leur avoir promis
-un si bel héritage et de dire: Voilà ce que nous leur laissons. Tout
-finit avec nous[1293]!»
-
-Dans la précipitation du départ, on n'avait rien pu emporter des
-Tuileries, et depuis, les appartements avaient été pillés; la
-malheureuse famille royale n'avait plus rien, ni habits ni argent. On
-avait volé à Marie-Antoinette sa montre et sa bourse dans le trajet de
-l'Assemblée aux Feuillants[1294]. Un officier suisse, à peu près de
-la même taille que Louis XVI, envoya quelques objets pour servir au
-Roi; la duchesse de Gramont fit parvenir un peu de linge à la Reine;
-l'ambassadrice d'Angleterre, la duchesse de Sutherland, dont le fils
-avait le même âge que le Dauphin, donna des vêtements pour le jeune
-prince[1295], et la fille de Marie-Thérèse, n'ayant plus rien, dut
-accepter vingt-cinq louis d'une de ses femmes, Mme Auguié[1296].
-
-Le matin, un certain nombre de femmes de la Reine, Mme Campan et
-sa sœur entre autres, purent la rejoindre. Elle leur tendit les bras
-en pleurant: «Venez, leur dit-elle, venez, malheureuses femmes, voir
-une femme plus malheureuse que vous, puisque c'est elle qui fait votre
-malheur.»—«Nous sommes perdus, ajouta-t-elle; nous voilà arrivés où
-l'on nous a menés, depuis trois ans, par tous les outrages possibles;
-nous succomberons sous cette terrible Révolution. Tout le monde a
-contribué à notre perte[1297].»
-
-Pendant trois jours, la famille royale demeura dans le couvent des
-Feuillants. Pendant trois jours, chaque matin, à dix heures, on la
-conduisit dans la misérable loge qui l'avait abritée au sortir
-du Château. Pendant trois jours, le Roi vit les pétitionnaires se
-succéder à la barre, demander la tête des Suisses qui avaient échappé
-au massacre ou exiger impérieusement sa propre déchéance. Il entendit
-l'Assemblée accorder une solde aux héros du 10 août, tandis quelle
-mettait en accusation le ministre de la guerre, d'Abancourt, et
-préluder à l'abolition de la royauté, qui légalement existait encore,
-en ordonnant le renversement des statues des Rois. Pendant trois jours,
-le monarque fut soumis à cette effroyable torture. Pendant trois
-jours, chaque soir, les prisonniers furent reconduits à leur cachot,
-sous l'escorte d'une garde nombreuse qui les défendait à peine de
-l'assassinat, mais qui ne les défendait pas des outrages. Un jour, dans
-le jardin du couvent, un jeune homme bien vêtu s'approcha de la Reine
-et, lui mettant le poing sous le nez: «Infâme Antoinette, dit-il, tu
-voulais faire baigner les Autrichiens dans notre sang; tu le paieras
-de ta tête!» A cette atroce insulte, la Reine ne répondit que par le
-silence du mépris[1298].
-
-L'Assemblée avait décidé que la famille royale serait transférée au
-Luxembourg; mais le palais de Marie de Médicis ne parut pas assez sûr
-pour conserver de pareils otages: le Luxembourg, dit-on, offrait des
-moyens d'évasion par les souterrains qu'il renfermait. La Commune de
-Paris voulait les prisonniers plus près et plus dépendants d'elle.
-On proposa l'hôtel du Chancelier, place Vendôme; la proposition fut
-repoussée. Manuel, au nom de la Commune, vint signifier qu'elle avait
-fait choix du Temple; et l'Assemblée, s'inclinant devant le pouvoir
-nouveau que l'émeute avait élevé sur les ruines de la monarchie,
-s'empressa de déclarer que la famille royale serait enfermée au
-Temple. Quand la Reine entendit ce nom, elle frémit; je ne sais quel
-pressentiment sinistre l'agitait et, se penchant vers Mme de
-Tourzel: «Vous verrez, dit-elle, qu'ils nous mettront à la Tour et
-qu'ils en feront une véritable prison... J'ai toujours eu une telle
-horreur pour cette tour que j'ai prié mille fois le comte d'Artois de
-la faire abattre; c'était sûrement un pressentiment de tout ce que nous
-y aurons à souffrir..... Vous verrez si je me trompe[1299].»
-
-Hélas! elle ne se trompait pas.
-
-L'Assemblée décida en même temps que toutes les personnes étrangères
-à la domesticité du Roi seraient éloignées de lui. «Ah!» s'écria
-l'infortuné prince, «je suis donc prisonnier! Charles Ier fut plus
-heureux que moi: on lui laissa ses amis jusque sur l'échafaud[1300]!»
-Et se tournant vers ceux qui l'entouraient, il leur ordonna de se
-retirer: «Messieurs,» leur dit la Reine, les larmes aux yeux, «ce n'est
-que dans ce moment que nous sentons toute l'horreur de notre position;
-vous l'adoucissiez par votre présence et votre dévouement, et l'on nous
-prive de cette dernière consolation[1301].»
-
-Avant de partir, les dévoués serviteurs déposèrent sur une table l'or
-et les assignats qu'ils avaient dans leurs poches: ils savaient que la
-famille royale manquait de tout. Le Roi s'en aperçut et, repoussant
-doucement de la main ce suprême hommage de la fidélité: «Messieurs,
-dit-il, gardez vos portefeuilles; vous avez, j'espère, plus longtemps
-à vivre[1302].»
-
-Le 13 août, à six heures du soir[1303], deux grandes voitures de la
-Cour, attelées chacune de deux chevaux, s'arrêtent à la porte du
-couvent des Feuillants; les cochers et les valets de pied sont vêtus de
-gris; c'est la dernière fois qu'ils vont servir leurs maîtres déchus.
-Le Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Élisabeth, la princesse de
-Lamballe, Mme de Tourzel et sa fille, le maire, le procureur de la
-Commune et un officier municipal montent dans la première voiture. Le
-Roi, la Reine, le Dauphin et Madame sont dans le fond[1304]; Mme
-Élisabeth, Mme de Lamballe et Pétion, sur le devant; Mme de
-Tourzel et sa fille, à l'une des portières; Manuel et le municipal
-Collonge, sur la banquette en face[1305]. Oublieux des plus vulgaires
-égards, ces deux hommes et Pétion gardent leur chapeau sur la tête.
-Dans le second carrosse s'installent deux officiers municipaux et la
-suite de la famille royale. Le Roi conserve un visage impassible; la
-Reine est sombre; le Dauphin, avec l'insouciance de son âge, tourne les
-yeux de tous côtés pour voir la foule[1306].
-
-Le cortège se met en mouvement. Des gardes nationaux, à pied, l'arme
-renversée, entourent les voitures; mais des milliers de brigands[1307],
-armés de piques, se mêlent à l'escorte, vomissant des injures et des
-blasphèmes; parfois l'encombrement est si grand que les chevaux ne
-peuvent avancer. Alors Pétion et Manuel mettent la tête à la portière,
-pour réclamer le passage, mais ne font rien pour empêcher les insultes.
-
-Sur la place Vendôme, le carrosse du Roi s'arrête; on veut que le
-monarque déchu contemple à loisir la statue de Louis XIV qu'une
-populace en délire a renversée de son piédestal. «Voilà, Sire, comme
-le peuple traite les rois,» dit Manuel.—«Il est heureux, Monsieur,»
-réplique Louis XVI, rouge d'indignation, «que sa fureur ne s'exerce que
-sur des objets inanimés[1308].»
-
-Le cortège reprend par les boulevards[1309] sa marche lente et sans
-cesse embarrassée par des obstacles. Ce long martyre va durer près de
-deux heures et demie[1310]. Les voitures avancent au pas, au milieu
-des masses compactes et hostiles qui crient: _Vive la nation! A bas le
-Roi!_ Les officiers municipaux, chargés d'escorter les prisonniers,
-affectent de s'associer à ces cris et même de les provoquer. «Il est
-impossible, dit un témoin oculaire non suspect, de décrire cette
-ignominie[1311].»
-
-La nuit se fait déjà lorsqu'on arrive au Temple. Par une odieuse
-ironie, les fenêtres sont illuminées comme pour une fête; le salon est
-éclairé par une infinité de bougies[1312], et c'est à la lueur sinistre
-des lampions qui insultent à sa déchéance que la famille royale fait
-son entrée dans la cour du Palais. Santerre le premier vient au devant
-d'elle et fait signe aux voitures d'avancer jusqu'au perron; mais un
-geste des municipaux contremande l'ordre de Santerre et les augustes
-prisonniers doivent descendre au milieu de la cour. Les membres de
-la Commune se tiennent près du Roi, le chapeau sur la tête, et ne
-lui donnant d'autre titre que celui de _Monsieur_; un homme à longue
-barbe, nommé Truchon, affecte même de répéter à tous propos cette
-qualification.
-
-La foule hurle aux abords du Palais; pour éclairer sa joie bruyante
-et mieux mettre en lumière la défaite de la royauté, on a placé des
-lampions sur les parties saillantes des murs extérieurs[1313].
-
-Il est huit heures et demie du soir; les portes se referment avec un
-bruit lugubre, et dans ce palais, transformé pour elle en cachot, la
-famille royale ne va pas tarder à voir se réaliser cette prophétique
-parole d'un de ses plus fidèles amis:
-
-«L'histoire nous apprend combien est court, pour les monarques
-détrônés, le passage de la prison à la tombe[1314]!»
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
- Le Temple.—Description.—Le palais du grand prieur.—La Tour du
- Temple.—La grosse et la petite Tour.—La famille royale est
- enfermée provisoirement dans la petite Tour.—Le 19 août, on la
- sépare de ceux qui l'ont accompagnée.—Vie des
- prisonniers.—Sentiments de la Reine sur l'invasion.—Cléry entre à
- la Tour.—Les journées de septembre.—On apporte sous les fenêtres
- du Temple la tête de la princesse de Lamballe.—Outrages aux
- prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est
- transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est transférée
- à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et remis à son père.
-
-
-Le Temple! Quelle somme d'inénarrables douleurs rappelle ce nom! Tout
-ce que la haine peut inventer de tortures, tout ce que la brutalité
-peut imaginer d'insultes, la famille royale l'a souffert. Toutes les
-amertumes qui peuvent abreuver le cœur d'un homme ou d'un roi, Louis
-XVI les a ressenties. Toutes les larmes que peuvent contenir les yeux
-d'une femme et d'une reine, Marie-Antoinette les a versées. Des cinq
-prisonniers, sur lesquels se fermaient, le 13 août au soir, les portes
-du Temple, trois ne devaient en franchir le seuil que pour monter à
-l'échafaud. Le quatrième, un enfant, ah! la mort prompte eût été plus
-douce que le long et abominable supplice auquel allait le condamner
-l'infamie de ses bourreaux!
-
-L'enclos du Temple, dans lequel venaient d'être introduits les
-prisonniers, renfermait deux bâtiments bien différents: l'un, vaste
-hôtel sans style, appelé palais du grand Prieur, ancienne résidence des
-Vendôme et des Conti, et en dernier lieu du comte d'Artois; l'autre,
-tour carrée à quatre étages, surmontée d'un toit pointu et flanquée
-aux quatre angles de tourelles rondes aux toits aigus. A la grande
-Tour, était adhérente une tour plus petite et plus basse, ornée de
-deux tourelles en poivrière, et sans communication directe avec le
-bâtiment principal. La petite porte qui y donnait accès ressemblait
-au guichet d'une prison[1315]. Les étages, beaucoup plus bas que ceux
-de la grosse Tour, ne contenaient guère chacun que deux pièces et un
-cabinet placé dans une des tourelles; l'autre tourelle renfermait un
-escalier en colimaçon, qui montait jusqu'à la plate-forme. Un escalier
-plus large, mais se rétrécissant à mesure qu'il s'élevait, partait du
-rez-de-chaussée et reliait les étages entre eux.
-
-C'est dans ce bâtiment, qui avait servi de logement au conservateur
-des archives du Temple, M. Barthélemy, que fut conduite la famille
-royale. Elle devait y rester jusqu'à ce que les appartements qu'on lui
-destinait dans la grosse Tour fussent prêts.
-
-Le souper était à peine fini, triste souper, auquel, dit Mme de
-Tourzel, «personne n'était tenté de toucher[1316],» qu'un municipal
-s'empara du Dauphin, qui tombait de sommeil, et, lui faisant traverser
-un souterrain, l'emporta rapidement dans sa chambre. Mme de Tourzel
-le suivit aussi vite qu'elle put, coucha l'enfant et s'assit sur une
-chaise, plongée dans de mornes réflexions. Bientôt la Reine vint la
-rejoindre, lui serra la main, en murmurant: «Ne vous l'avais-je pas
-bien dit?»—«Et, s'approchant du lit de cet aimable enfant, qui dormait
-profondément, les larmes lui vinrent aux yeux en le regardant. Mais
-loin de se laisser abattre, elle reprit sur-le-champ ce grand courage
-qui ne l'abandonna jamais, et elle s'occupa de l'arrangement des
-chambres de ce triste séjour[1317].»
-
-La Reine fut installée au deuxième étage, dans l'ancien salon de
-M. Barthélemy. Le mobilier, dont une main pieuse nous a laissé la
-description, conservait les restes d'un certain luxe: il était en
-lampas bleu et blanc[1318]. Madame Royale avait un petit lit dans la
-chambre de sa mère. Mmes de Tourzel et Saint-Brice couchaient dans
-la chambre du Dauphin; Mme de Lamballe, dans une antichambre obscure
-qui réunissait les deux pièces. Dans la tourelle attenant à la chambre
-du jeune prince, était la garde-robe, commune à la famille royale, aux
-municipaux et aux soldats; il fallait, pour s'y rendre, traverser la
-chambre du Dauphin.
-
-Le Roi occupait le troisième étage; son appartement avait été meublé
-à la hâte; sur les murs pendaient des gravures peu décentes; il les
-enleva lui-même: «Je ne veux pas, dit-il vivement, laisser cela sous
-les yeux de ma fille.» La petite tourelle lui servait de cabinet de
-lecture. Dans un tout petit réduit à côté logeaient Hue et Chamilly.
-Mme Élisabeth avait été établie dans une ancienne cuisine,
-horriblement sale; elle avait fait mettre un lit de sangle près d'elle
-pour Mlle de Tourzel; mais il était difficile de dormir. La pièce
-qui précédait cette cuisine servait de corps de garde, et l'on peut
-juger du bruit qui s'y faisait[1319].
-
-La chambre de la Reine étant plus grande, puisqu'elle avait servi de
-salon, c'était là qu'on se réunissait dans la journée; le Roi lui
-même y descendait dès le matin. Mais les prisonniers n'avaient pas
-la consolation d'être seuls: un municipal, qui changeait d'heure en
-heure, était toujours dans la pièce où ils se tenaient. «La famille
-royale leur parlait à tous avec une telle bonté, dit Mme de Tourzel,
-qu'elle parvint à en adoucir plusieurs[1320].»
-
-Au moment du repas, on descendait au premier étage où se trouvait
-la salle à manger[1321]; à côté de la salle à manger était une
-bibliothèque, qui contenait de douze à quinze cents volumes. Vers
-cinq heures du soir, on se promenait au jardin, promenade pénible où
-l'on était exposé à toutes les insultes, mais dont le Roi et la Reine
-n'hésitaient pas à affronter les ennuis pour procurer un peu d'air à
-leurs enfants[1322]. De là ils voyaient travailler à leur prison.
-
-Les travaux de défense, décidés par la Commune le 13 août, et confiés
-à Palloy, le démolisseur de la Bastille, se poursuivaient avec ardeur,
-quoique avec une certaine indécision. On creusait un large fossé; on
-exhaussait les murs; on abattait les arbres voisins de la Tour; on
-masquait les fenêtres par où l'on pouvait voir en dehors de l'enceinte.
-La captivité se resserrait; elle allait devenir encore plus dure par
-l'isolement.
-
-Dans la nuit du 19 au 20 août[1323], deux municipaux se présentèrent
-au Temple, chargés, disaient-ils, d'emmener «toutes les personnes qui
-n'étaient pas de la famille Capet». La Reine voulut en vain retenir
-Mme de Lamballe, alléguant qu'elle était sa parente[1324]; on refusa
-d'écouter ses réclamations. «Dans la position où nous étions, dit
-Mme de Tourzel, il n'y avait qu'à obéir[1325].» Madame Royale était
-«tout interdite»; la Reine manifestait la plus vive douleur, surtout de
-se séparer de son amie; elle ne pouvait s'arracher de ses bras[1326].
-«Soignez bien Mme de Lamballe, dit-elle à Mme de Tourzel et à
-sa fille. Dans toutes les occasions essentielles, prenez la parole,
-et évitez-lui autant que possible d'avoir à répondre à des questions
-captieuses et embarrassantes[1327].» Mme Élisabeth descendit à son
-tour, encourageant ses malheureuses amies.
-
-«Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes princesses,
-raconte Mme de Tourzel, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme,
-d'un lieu qui nous rendait si chère la pensée de pouvoir être de
-quelque consolation à nos malheureux souverains[1328].»
-
-Les municipaux avaient promis que les prisonniers reviendraient au
-Temple après avoir été interrogés par la Commune[1329]. Hue revint seul
-le lendemain. Mmes de Tourzel et de Lamballe furent enfermées à la
-Force. On sait comment elles en sortirent et sous quel sanglant aspect
-la belle tête bouclée de Mme de Lamballe reparut sous les murs du
-Temple.
-
-L'isolement était complet et les infortunés princes durent se faire à
-la vie nouvelle et désormais solitaire que leur infligeait la Commune.
-Mme Élisabeth descendit du troisième étage au second et prit la
-place du Dauphin, dont le lit avait été transporté dans la chambre
-de sa mère; Madame Royale fut réunie à sa tante. Dès lors, réduits
-à eux-mêmes, les captifs tracèrent le programme de leur journée,
-programme qui resta le même, avec peu de variations, jusqu'à la
-translation dans la grosse Tour, le 26 octobre.
-
-Le Roi se levait entre six[1330] et sept[1331] heures, se rasait,
-s'habillait, et passait dans la tourelle, où il restait à prier et
-à lire jusqu'à neuf heures. La Reine et le Dauphin se levaient plus
-tôt encore; car en descendant chez eux, à huit heures, Hue d'abord,
-Cléry ensuite, les trouvaient toujours debout. Ces premières heures
-de la journée étaient les seules où la malheureuse femme fût libre;
-les municipaux entraient avec le valet de chambre et ne la quittaient
-plus. A neuf heures, Marie-Antoinette, Mme Élisabeth et les enfants
-montaient chez le Roi pour déjeuner. A dix heures, l'on redescendait
-dans la chambre de la Reine, où l'on passait la journée. Le Roi
-continuait alors l'éducation de son fils; il lui enseignait le latin,
-lui faisait réciter des passages de Corneille et de Racine, lui
-donnait des leçons de géographie et l'exerçait à lever des cartes.
-L'intelligence précoce du jeune prince répondait aux soins de son
-père. La Reine, de son côté, s'occupait de sa fille, l'instruisait des
-principes de la religion et faisait succéder à ces graves enseignements
-des leçons de musique et de dessin. Le reste de la journée se passait
-pour elle à coudre, à tricoter et à faire de la tapisserie, quand il
-ne fallait pas réparer les vêtements du Roi[1332]. A midi, les trois
-princesses passaient dans la chambre de Mme Élisabeth, pour quitter
-leur costume du matin[1333], une robe de basin blanc et un simple
-bonnet de linon, et prendre un vêtement de toile fond brun à petites
-fleurs[1334].
-
-A une heure, quand le temps était beau, la famille royale descendait au
-jardin; quatre municipaux et un chef de bataillon de la garde nationale
-l'accompagnaient. On se promenait dans la grande allée de marronniers,
-et le jeune prince jouait au palet, à la balle ou à la course. Mais
-quel supplice que ces promenades, au milieu de visages hostiles, de
-cris injurieux, de chansons insultantes[1335], de misérables qui
-affectaient de se couvrir devant les royaux prisonniers! Et lorsqu'on
-traversait le guichet, si bas qu'on était obligé de se courber pour
-passer dessous, il fallait recevoir les bouffées de tabac et les rires
-outrageants des geôliers Rocher et Risbey. Rocher, de sellier devenu
-municipal, se vantait de son insolence. «Marie-Antoinette faisait la
-fière, disait-il en ricanant; mais je l'ai forcée de s'humaniser. Sa
-fille et Élisabeth me font, malgré elles, la révérence; le guichet est
-si bas que, pour passer, il faut bien qu'elles se baissent devant moi.
-Chaque fois, je flanque à cette Élisabeth une bouffée de la fumée de
-ma pipe. Ne dit-elle pas l'autre jour à nos commissaires: «Pourquoi
-donc Rocher fume-t-il toujours?»—«Apparemment que cela lui plaît,»
-répondirent-ils[1336].»
-
-A deux heures, on remontait dans la Tour; c'était l'heure du dîner.
-Santerre venait fréquemment y assister; le Roi lui adressait parfois la
-parole; la Reine, jamais. Après le repas on se rendait dans la chambre
-de la Reine pour jouer au piquet ou au trictrac. A quatre heures, le
-Roi se reposait un moment pendant que les princesses lisaient; à son
-réveil, on reprenait la conversation; le jeune prince travaillait
-ou jouait. A la fin du jour[1337], la famille royale se réunissait
-autour d'une table; la Reine ou Mme Élisabeth faisait à haute
-voix une lecture instructive ou amusante, mais pendant laquelle des
-rapprochements imprévus et douloureux se présentèrent plus d'une fois.
-Le Roi y ajoutait des énigmes à deviner, puisées dans une collection du
-_Mercure de France_, qu'il avait trouvée dans la bibliothèque. A huit
-heures, le Dauphin soupait et se couchait; c'était toujours sa mère qui
-lui faisait réciter sa prière. L'enfant ne manquait jamais d'y ajouter
-une prière spéciale pour Mme de Tourzel et Mme de Lamballe;
-quand les municipaux étaient là, il faisait ces deux prières à voix
-basse[1338].
-
-A neuf heures, le Roi soupait à son tour; pendant ce temps-là,
-Marie-Antoinette ou Mme Élisabeth se relayaient auprès du Dauphin.
-Après le souper, Louis XVI serrait à la dérobée la main de sa femme
-et de sa sœur, recevait les caresses de Madame Royale et remontait
-au troisième étage. La Reine et les princesses se renfermaient chez
-elles; un municipal restait dans la petite pièce qui séparait les deux
-chambres et y passait la nuit[1339].
-
-Telle était la vie que menaient les augustes prisonniers: vie si calme
-et si régulière en apparence, si tourmentée et si sombre en réalité,
-partagée entre des travaux manuels et l'éducation des enfants; vie de
-devoir et de souffrance, où il n'y avait qu'une force: la satisfaction
-de la conscience; qu'un sourire: les ébats joyeux du Dauphin.
-
-Les jours s'écoulaient, ramenant leur cortège d'anniversaires
-douloureux et d'incessantes vexations. Vêtements, linge, couverts
-étaient en si petite quantité que cela suffisait à peine pour le
-service journalier. Le Roi n'avait qu'un habit, que Mme Élisabeth
-était obligée de raccommoder la nuit[1340]; le Dauphin couchait dans
-des draps troués. L'Assemblée avait décrété que Louis XVI recevrait
-pour ses dépenses personnelles cinq cent mille livres. Mais le décret
-n'était pas exécuté et le malheureux monarque était tellement dépourvu
-d'argent qu'un jour il dut emprunter six cents francs à son valet de
-chambre pour solder une note de cinq cent vingt-six livres[1341].
-On lui refusait des journaux, et le fidèle Hue ne pouvait avoir de
-nouvelles et en donner à son maître qu'en se hissant jusqu'à une
-fenêtre à demi bouchée et en écoutant les crieurs de la rue. Un jour,
-cependant, on avait laissé une gazette en vue dans la chambre du
-prisonnier; c'est parce qu'on avait inscrit dessus ces mots menaçants
-que les factionnaires, de leur côté, se plaisaient à graver sur les
-murs: «Tremble, tyran; la guillotine est en permanence[1342].» On
-n'était large que pour les frais des travaux destinés à la garde des
-prisonniers; pour ceux-là, on dépensait sans compter[1343].
-
-Les geôliers espionnaient tout, même l'éducation des enfants. Pendant
-que la Reine donnait ses leçons à Madame Royale et lui préparait des
-extraits, un municipal regardait par-dessus l'épaule de la jeune fille,
-pour s'assurer que ce n'étaient pas des conspirations[1344]. Un jour,
-on avait failli ne pas laisser entrer des modèles de dessin envoyés par
-le professeur de la princesse, Van Blaremberg, parce qu'on avait vu,
-dans ces têtes casquées et laurées, l'image des tyrans coalisés. On
-dut renoncer à apprendre au Dauphin l'arithmétique: c'était un langage
-hiéroglyphique, qui devait servir à une correspondance chiffrée[1345]!
-
-Tout ce qui entrait à la Tour était rigoureusement visité; le
-pain était coupé en deux; les plats étaient goûtés; les carafes
-et cafetières ne pouvaient être remplies qu'en présence des
-commissaires[1346]. Un jour, on avait fait venir pour le Dauphin un
-damier; un municipal, du nom de Molinon, fit décoller toutes les
-cases pour s'assurer qu'il n'y avait rien de caché dessous. Le Roi
-lui-même n'était pas à l'abri de ces investigations; on fouillait
-jusque dans ses poches[1347]. Dans la nuit du 24 au 25 août,—jour de
-sa fête!—on lui enleva son épée. La nuit suivante, un municipal, nommé
-Venineux, vint, un gourdin noueux à la main, faire une perquisition
-dans l'appartement du prince, sous prétexte qu'il aurait pu s'évader.
-D'autres s'opiniâtraient à rester le soir dans la chambre de la Reine
-jusqu'à l'heure de son coucher et l'on avait une peine infinie à les
-faire sortir[1348]. La plupart de ces hommes affectaient vis-à-vis
-des captifs l'attitude la plus insolente et les propos les plus
-grossiers, chantant la _carmagnole_ et des chansons obscènes[1349].
-«Si le bourreau ne guillotinait pas cette sacrée famille, disait le
-municipal Turlot, je la guillotinerais moi-même[1350].»—«Quel quartier
-habitez-vous?» demanda un jour la Reine à un autre municipal qui
-assistait au dîner—«La Patrie», répondit-il brutalement—«La Patrie!»
-reprit tristement la Reine, «ah! c'est la France[1351].»
-
-C'était le moment où les armées coalisées s'avançaient, presque sans
-résistance, sous le commandement du duc de Brunswick. Marie-Antoinette,
-qui l'avait appris par Hue, n'ignorait pas non plus la surexcitation
-que la nouvelle des succès des Prussiens avait causée parmi les
-Jacobins et le redoublement de colère qui en était résulté contre
-elle et contre le Roi. Et voici ce que cette femme, accusée d'avoir
-préparé la ruine et le démembrement de la France, disait à son dévoué
-confident: «Tout m'annonce que je vais être séparée du Roi. J'espère
-que vous resterez avec lui. Comme Français, comme l'un de ses plus
-fidèles serviteurs, pénétrez-vous bien des sentiments que vous devez
-toujours lui exprimer et que je lui ai souvent manifestés. Rappelez
-au Roi, quand vous pourrez lui parler seul, que jamais l'impatience
-de briser nos fers ne peut arracher de lui aucun sacrifice indigne de
-sa gloire. _Surtout point de démembrement de la France._ Que, sur ce
-point, aucune considération ne l'égare; qu'il ne s'effraye ni pour sa
-sœur, ni pour moi. Représentez-lui que toutes deux nous préférons voir
-plutôt notre captivité indéfiniment prolongée que d'en devoir la fin à
-l'abandon de la moindre place forte. Si la divine Providence nous fait
-recouvrer notre liberté, le Roi a résolu d'aller établir momentanément
-sa résidence à Strasbourg. C'est également mon désir. Il se pourrait
-que cette ville importante fût tentée de reprendre sa place dans le
-corps germanique. Il faut l'en empêcher et la conserver à la France...
-_L'intérêt de la France avant tout[1352]._» On sait quelle fut à ces
-patriotiques sentiments la réponse de la Convention.
-
-Hue ne pouvant suffire au service de la famille royale tout entière,
-Louis XVI avait demandé qu'on lui adjoignît un homme de peine. On fit
-droit à cette demande, mais ce fut pour envoyer un ancien employé aux
-barrières, nommé Tison, vendu à la Commune. Cet homme et sa femme
-vinrent s'installer au Temple, moins comme domestiques que comme
-espions. Quelques jours après, le 26 août, un nouvel auxiliaire fut
-donné à Hue, mais celui-là, quelles qu'eussent été au début les
-préventions contre lui, se montra fidèle et dévoué jusqu'au bout:
-c'était Cléry, ancien valet de chambre du Dauphin.
-
-Le 2 septembre, une animation inaccoutumée se produisit autour du
-Temple. Le Roi et sa famille étaient descendus, comme d'habitude,
-au jardin; on les fit rentrer précipitamment pour les soustraire
-aux pierres qu'on leur jetait des fenêtres[1353]. Vers cinq heures,
-un municipal ex-capucin, nommé Mathieu, entra comme un furieux dans
-la chambre de la Reine, où toute la famille royale était réunie, et
-s'adressant au Roi: «Monsieur, dit-il, vous ignorez ce qui se passe. La
-générale a battu; le tocsin a sonné; le canon d'alarme a été tiré; les
-émigrés sont à Verdun. S'ils viennent, nous périrons tous, mais vous
-périrez le premier[1354].»—«J'ai tout fait pour le bonheur du peuple,
-répondit le prince, il ne me reste plus rien à faire[1355].» Le Dauphin
-effrayé s'enfuit en pleurant. Mathieu se retourna vers Hue: «Je vous
-arrête,» dit-il; et, lui laissant à peine le temps de faire un paquet
-de ses vêtements, il l'emmena à l'Hôtel-de-Ville.
-
-Après cette scène violente, la Reine ne put dormir de la nuit.
-L'agitation croissait dans Paris; la générale battait[1356]. Le 3, à
-huit heures du matin, Manuel vint à la Tour et assura le Roi que Mme
-de Lamballe et toutes les personnes enlevées du Temple se portaient
-bien et étaient tranquilles à la Force[1357]. A une heure, Louis XVI
-voulut descendre au jardin; les municipaux s'y opposèrent[1358]. Vers
-trois heures, on entendit des cris affreux. Une foule composée d'hommes
-déguenillés, de femmes ivres, d'enfants en haillons, entourait le
-Temple, hurlant des chansons révolutionnaires et des menaces de mort;
-on distinguait les cris: _la Lamballe, l'Autrichienne_. C'étaient les
-assassins de l'infortunée princesse de Lamballe, qui avaient traîné
-jusque-là son corps défiguré et le lavaient dans la fontaine du Temple,
-pour le montrer à sa royale amie. Sa chemise, souillée de boue et de
-sang, était arborée au bout d'une pique comme un hideux trophée. Au
-bout d'une autre pique était fixée la tête de la malheureuse victime:
-ses longs cheveux bouclés, que, par un raffinement horrible, on avait
-pris soin de poudrer et de friser, flottaient autour du sanglant
-instrument.
-
-Incertains de ce qu'ils devaient faire, n'osant tenter une résistance
-«impolitique, dangereuse et _peut-être injuste_[1359]», les
-commissaires s'étaient contentés de tendre au travers de la porte
-une écharpe tricolore. La bande, un moment arrêtée, grondait devant
-cette barrière improvisée. On lui refusa l'entrée de la Tour, mais
-on lui permit celle du jardin. Le municipal Danjou la harangue, et
-la foule mobile, convaincue peut-être par le sinistre argument de
-l'orateur[1360], renonce à pénétrer dans la prison. Laissant dans
-la rue le cadavre de la princesse, mais emportant la tête, à la
-grande joie du guichetier Rocher, elle se répand sous les fenêtres,
-vociférant et hurlant; les ouvriers qui travaillent à la Tour et Rocher
-lui-même se joignent à elle, et tous ensemble, résolus à se donner
-au moins le plaisir de la douleur et des «grimaces» des prisonniers,
-appellent à grands cris la famille royale; quelques-uns ajoutent: «Si
-l'Autrichienne ne se montre pas, il faut monter jusqu'à elle et lui
-faire baiser la tête de la Lamballe[1361].»
-
-Le Roi sortait de table; il faisait une partie de trictrac avec la
-Reine[1362]. Cléry était descendu pour dîner avec Tison et sa femme,
-lorsque celle-ci pousse un cri et s'évanouit: elle avait vu la tête de
-la princesse. Cléry remonte précipitamment; sa figure est tellement
-bouleversée que la Reine s'en aperçoit: «Pourquoi n'allez-vous pas
-dîner?» demande-t-elle—«Madame, je suis indisposé.»—Le municipal de
-service ferme la porte et, s'approchant de la fenêtre, en fait tirer
-les rideaux[1363]. Plusieurs municipaux et officiers de la garde
-arrivent. Le Roi leur demande si sa famille est en sûreté. «On fait
-courir le bruit, répondent-ils, que vous et votre famille n'êtes plus
-dans la Tour; on demande que vous paraissiez à la croisée; mais nous ne
-le souffrirons pas. Le peuple doit montrer plus de confiance en ses
-magistrats.» Les cris redoublent au dehors; on entend distinctement
-les injures vomies contre la Reine. Le bandit qui tient la tête de
-Mme de Lamballe est monté sur les décombres des maisons qu'on a
-abattues pour isoler la Tour, afin de rapprocher davantage du mur son
-hideux trophée; un autre porte au bout d'un sabre le cœur sanglant de
-l'infortunée princesse.
-
-Un nouveau municipal survient, escorté de quatre hommes députés par
-le peuple, pour s'assurer que les captifs sont bien encore au Temple.
-L'un de ces hommes, en habit de garde national, ayant deux épaulettes
-et armé d'un grand sabre[1364], insiste pour que les prisonniers se
-mettent aux fenêtres. Les municipaux s'y opposent. «Non, n'y allez
-pas, quelle horreur!» s'écrie l'un d'eux?, nommé Menessier[1365]. Une
-altercation s'engage; le Roi en demande la cause: «Eh bien! Monsieur,
-réplique brutalement le garde national, puisque vous voulez le savoir,
-c'est la tête de Mme de Lamballe qu'on veut vous montrer[1366]. Je
-vous conseille de paraître si vous ne voulez pas que le peuple monte
-ici[1367].»
-
-A cette atroce révélation, la Reine tombe évanouie; «c'est le seul
-moment, dit Madame Royale, où sa fermeté l'ait abandonnée[1368].»
-Mme Elisabeth et Cléry la relèvent et la placent dans un fauteuil;
-ses enfants fondent en larmes; l'homme reste là, insensible à cette
-douleur. «Monsieur,» ne peut s'empêcher de dire le Roi, «nous nous
-attendons à tout; mais vous auriez pu vous dispenser d'apprendre à la
-Reine ce malheur affreux.»
-
-Ce fut sa seule vengeance. Quand, un peu plus tard, Malesherbes lui
-demanda le nom de ce misérable: «Celui-là, dit-il, je n'avais pas
-besoin de le connaître.»
-
-L'homme sortit avec ses camarades; «leur but était rempli[1369].»
-
-La Reine, revenue à elle, mêla ses larmes à celles de ses enfants et
-passa, avec sa famille, dans la chambre de Mme Élisabeth, d'où
-l'on entendait moins les clameurs de la foule. Les assassins étaient
-toujours là, avec leur abominable trophée. Ce ne fut qu'après de
-nouveaux et longs pourparlers qu'on put les décider à s'éloigner.
-Il était huit heures du soir, lorsque le calme se rétablit autour
-du Temple. Est-il besoin d'ajouter qu'après cette horrible scène la
-malheureuse Marie-Antoinette ne dormit pas? «Elle passa la nuit à prier
-et à sangloter[1370].»
-
-Mais l'ingénieuse cruauté des persécuteurs n'était pas épuisée. Chaque
-jour, c'était quelque vexation nouvelle, quelque nouvelle insulte des
-geôliers. Quand la Reine remontait du jardin à sa chambre, une parodie
-des couplets de _Marlborough_:
-
- Madame à sa tour monte;
- Ne sait quand descendra,
-
-hurlée par des voix avinées, la saluait méchamment au passage[1371].
-On plaçait, sous les yeux du Roi et de sa famille, les numéros les
-plus ignobles du _Père Duchesne_, ou des caricatures infâmes, des
-inscriptions haineuses: _Madame Veto la dansera..... Nous saurons
-mettre le gros cochon au régime..... Il faut étrangler les petits
-louveteaux._ Tantôt c'était une potence à laquelle pendait un cadavre,
-crayonnée avec ces mots: _Louis prenant un bain d'air_; tantôt une
-guillotine, au bas de laquelle on lisait: _Louis crachant dans le sac_.
-
-Un jour, que je ne sais quelle panique s'était répandue dans Paris,
-annonçant la marche victorieuse et l'entrée prochaine des armées
-coalisées, Rocher, l'injure à la bouche, la rage dans les yeux, gravit
-précipitamment l'escalier et, mettant le poing sous la figure du Roi:
-«S'ils arrivent, hurla-t-il, je te tue[1372].»
-
-«Un soir, raconte Madame Royale, un municipal, en arrivant, dit mille
-injures et menaces, et répéta ce qui nous avait déjà été dit, que
-nous péririons tous, si les ennemis approchaient. Il ajouta que mon
-frère seul lui faisait pitié, mais qu'étant fils d'un tyran, il devait
-mourir. Voilà les scènes que ma famille avait à supporter tous les
-jours[1373].»
-
-Le 21 septembre, la Convention succédait à la Législative; le même
-jour, sur la proposition d'un histrion de bas étage, Collot-d'Herbois,
-elle décrétait l'abolition de la royauté. Le soir, à quatre heures,
-le municipal Lubin, escorté de quatre gendarmes à cheval et d'une
-nombreuse populace, vint proclamer cette décision sous les fenêtres
-du Temple. Lubin avait une voix de Stentor. La famille royale put
-entendre distinctement les termes du décret qui rompait ainsi
-solennellement avec les séculaires traditions de la France. Hébert,
-le trop fameux _Père Duchesne_, et Destournelles, qui fut depuis
-ministre des contributions publiques, étaient à ce moment de garde au
-Temple; pendant la lecture de Lubin, ils regardaient le Roi avec une
-curiosité méchante. Le Roi s'en aperçut; sans manifester d'émotion, il
-continua de lire un livre qu'il avait à la main. La Reine montra la
-même fermeté; pas un signe qui pût donner à ces misérables la basse
-jouissance qu'ils cherchaient[1374].
-
-Le même soir, Cléry, ayant à demander pour le jeune prince des rideaux
-et des couvertures, formula ainsi sa requête: «Le Roi demande pour
-son fils...»—«Vous êtes bien hardi, lui dit Destournelles, de vous
-servir d'un titre aboli par la volonté du peuple. Vous pouvez dire
-à _Monsieur_, dit-il en montrant Louis XVI, de cesser de prendre un
-titre que le peuple ne reconnaît plus.» Le Roi ne sourcilla pas. Le
-lendemain, Mme Élisabeth recommanda à Cléry d'écrire désormais: «Il
-est nécessaire pour le service de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de
-Louis-Charles, etc[1375].»
-
-Le 29, cinq ou six municipaux se présentèrent dans la chambre de la
-Reine, où toute la famille était réunie. L'un d'eux, nommé Charbonnier,
-fit lecture d'un arrêté de la Commune qui ordonnait d'«enlever papier,
-encre, plumes, crayons et même les papiers écrits, tant sur la personne
-des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de chambre et
-autres personnes de service à la Tour; de ne leur laisser aucune arme
-quelconque, offensive ou défensive; en un mot de prendre toutes les
-précautions nécessaires pour ôter tout commerce de _Louis le Dernier_
-avec autre personne que les officiers municipaux[1376]». Le Roi et
-les princesses durent remettre ce qu'ils avaient; les commissaires
-fouillèrent dans les chambres, dans les armoires, cherchant partout,
-«même avec dureté[1377],» et emportant les objets désignés dans
-l'arrêté. Néanmoins, la Reine et Madame Royale réussirent à cacher et à
-conserver leur crayon[1378].
-
-Le soir du même jour, comme le Roi venait de souper et s'apprêtait à
-remonter dans sa chambre, un municipal lui dit d'attendre. Un quart
-d'heure après, les six municipaux qui étaient déjà venus le matin,
-Hébert en tête[1379], reparurent et lurent un nouvel arrêté, ordonnant
-la séparation des prisonniers[1380] et la translation immédiate du Roi
-dans la grosse Tour. Quoique prévenu de cette résolution, le Roi en fut
-vivement affecté; la Reine fondit en larmes. Mais Hébert ne se laissait
-pas attendrir. Il fallut se quitter. Cléry accompagna son maître dans
-sa nouvelle prison.
-
-Malgré les instances de Santerre, et quoiqu'on eût appliqué à ces
-travaux une partie des cinq cent mille francs destinés à l'entretien
-de la famille royale, l'appartement du monarque déchu était à peine
-achevé; pas de meubles dans la chambre: un lit seulement; les peintres
-et les colleurs travaillaient encore, et l'odeur était insupportable.
-Cléry passa la première nuit sur une chaise, dans la chambre du Roi; le
-lendemain, le prince obtint que son valet de chambre occupât une petite
-pièce près de lui.
-
-A l'heure habituelle, à neuf heures, le Roi voulut se rendre chez
-sa femme pour déjeuner; on ne le lui permit pas. La Reine, Mme
-Élisabeth et les enfants furent servis à part; la Reine ne voulut rien
-prendre. Sa douleur était sombre et morne[1381]. A dix heures, Cléry
-entra, avec des municipaux; il venait chercher des livres pour le Roi.
-A sa vue, la douleur des prisonnières redoubla; elles fondaient en
-larmes et firent au fidèle serviteur mille questions, auxquelles il ne
-put répondre qu'avec réserve, à cause de la présence des municipaux. La
-Reine, s'adressant à ces derniers, renouvela vivement sa demande d'être
-réunie à son mari, au moins quelques instants et à l'heure des repas.
-«Ce n'étaient plus des plaintes ni des larmes, dit Cléry,c'étaient
-des cris de douleur.»—«Eh bien! dit un municipal effrayé ou touché
-par cette explosion, ils dîneront ensemble aujourd'hui; nous ferons
-demain ce que la Commune prescrira.» Ses collègues y consentirent,
-mais intimèrent la défense de parler bas et en langue étrangère; il
-fallait parler haut et _en bon français_[1382]. Quoique la faveur fût
-bien mince, la joie fut immense. La Reine, ses enfants dans les bras,
-Mme Élisabeth, les mains levées au ciel, remerciaient Dieu de ce
-bonheur inattendu. Les municipaux eux-mêmes se sentirent attendris;
-quelques-uns ne purent retenir leurs larmes. L'un d'eux, l'un des plus
-atroces, le savetier Simon, cette hideuse figure qu'on commence à voir
-apparaître dans l'histoire du Temple, dit assez haut: «Je crois que ces
-b... de femmes me feraient pleurer.» Et s'adressant à Marie-Antoinette:
-«Lorsque vous assassiniez le peuple, au 10 août, vous ne pleuriez
-point.»—«Le peuple est bien trompé sur nos sentiments,» répliqua
-doucement la pauvre femme[1383].
-
-Le dîner fut servi dans la chambre du Roi, où toute la famille se
-rendit; si douloureux que fût ce revoir, on avait tant souffert de
-la séparation que la réunion fut presque joyeuse. On n'entendit plus
-parler de l'arrêté de la Commune et les prisonniers purent se retrouver
-chaque jour à l'heure des repas, ainsi qu'à la promenade, vers midi.
-«Le matin, dit Madame Royale, nous restions le temps nécessaire pour
-que Cléry pût nous peigner, parce qu'il ne pouvait plus venir chez ma
-mère, et que c'était gagner quelques moments pour rester plus longtemps
-avec mon père[1384].»
-
-Le malheur rend ingénieux. Grâce à d'habiles combinaisons, grâce à la
-complicité dévouée d'un ancien officier de la bouche du Roi, nommé
-Turgy, qui avait trouvé moyen de se faire attacher au service de la
-Tour avec deux de ses camarades, Marchand et Chrétien, grâce parfois
-à la bonne volonté de certains municipaux, meilleurs que les autres,
-Cléry réussissait à se procurer quelques nouvelles et à les communiquer
-aux captifs. Soupçonna-t-on ce pieux complot? Le 26 octobre, Cléry
-fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. L'interrogatoire
-heureusement fut favorable, et le soir, à minuit, le valet de chambre
-vint reprendre son service au Temple.
-
-Pendant sa courte absence, un grand changement s'était opéré dans
-l'existence des prisonniers. La Reine, ses enfants et Mme Élisabeth,
-avaient été transférés dans la grosse Tour. Depuis un mois, les pauvres
-femmes soupiraient après ce transfert qui les réunissait du moins sous
-le même toit que Louis XVI; mais on se tromperait, si l'on attribuait à
-un sentiment de compassion ou de justice cette décision de la Commune.
-La haine des bourreaux contre la Reine n'était point assouvie et elle
-était habile à tourmenter la royale victime: le jour même où on la
-rapprochait de son mari, on la séparait de son fils. Les soins qu'elle
-prodiguait à cet enfant, la reconnaissance qu'il lui témoignait, les
-caresses affectueuses dont il la comblait, étaient sa seule consolation
-depuis son entrée au Temple: on lui enviait même cette suprême et amère
-jouissance.
-
-«Sur les observations faites par l'un des membres de service au
-Temple, dit l'arrêté du Conseil de service, ratifié le jour même par
-le Conseil général, que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous
-la direction des femmes, mère et tante; considérant que cet enfant est
-dans l'âge où il doit être sous la direction des hommes, le Conseil
-arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera retiré des mains des
-femmes pour être remis et rester entre celles de son père, les jours et
-nuits.» On tolérait seulement que chaque jour, à l'heure du dîner, il
-montât «dans l'appartement de ses mère et tante, pendant le temps que
-son père repose, pour en descendre sur les quatre ou cinq heures».
-
-_A l'instant_, suivant le mot cruel des commissaires, l'arrêté fut
-exécuté, sans qu'on en eût même prévenu la malheureuse mère. L'enfant
-fut conduit chez son père, et il n'en revint pas.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
- La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie des
- prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux compatissants.—Drouet
- au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin tombent malades.—Installation
- d'une nouvelle municipalité.—Le bouillon de la Reine.—On enlève à
- la famille royale tous les instruments tranchants.—Procès du
- Roi.—Louis XVI traduit à la Convention.—Il est séparé de sa
- famille.—Ses entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est condamné à
- mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution du
- Roi.
-
-
-Dernier reste d'une importante maison de Templiers, transformée depuis
-en dépôt des archives de l'ordre de Malte, la grosse Tour formait une
-masse imposante de cent cinquante pieds de haut, avec des murs d'une
-épaisseur moyenne de neuf pieds. Elle avait quatre étages voûtés,
-soutenus au milieu par un gros pilier, depuis le bas jusqu'à la flèche.
-L'intérieur, d'une trentaine de pieds carrés, ne formait qu'une seule
-pièce à chaque étage; mais pour pouvoir y loger les royaux captifs, on
-avait divisé le second et le troisième, chacun en quatre pièces, par
-des cloisons en planches. Le rez-de-chaussée, sous le nom de Chambre
-du Conseil, fut affecté à l'usage des municipaux; le premier servit
-de corps de garde. Une des quatre tourelles placées aux quatre angles
-de la Tour contenait l'escalier, qui menait jusqu'aux créneaux; on y
-avait placé des guichets de distance en distance, au nombre de sept.
-Pour aller de l'escalier dans chaque étage, il fallait franchir deux
-portes: l'une était en chêne garni de clous, l'autre en fer[1385].
-
-Au second étage, destiné au Roi, la première pièce était une
-antichambre, qui donnait accès à toutes les autres. Sur les murs,
-recouverts d'un papier qui figurait des pierres de taille, on avait
-placardé la Déclaration des droits de l'homme, imprimée en gros
-caractères, et encadrée d'une bordure tricolore. En face de la porte
-d'entrée, était la chambre du Roi; la tourelle qui y était annexée
-faisait un cabinet de travail et un oratoire; la chambre de Cléry
-était à gauche, ainsi qu'une quatrième pièce qui servait de salle à
-manger et était séparée de l'antichambre par une cloison vitrée. Chaque
-pièce était éclairée par une croisée; mais on avait mis au dehors de
-gros barreaux de fer et des abat-jour qui interceptaient l'air et la
-lumière; les embrasures avaient une épaisseur de neuf pieds.
-
-La chambre du Roi seule avait une cheminée; le reste de l'appartement
-était chauffé par un gros poêle placé au centre.
-
-Le mobilier était bien simple: un grand lit de damas vert pour le
-Roi, un petit lit de sangle pour le Dauphin, une commode d'acajou, un
-secrétaire en bois de rose et quelques sièges; deux baromètres le long
-des murs; sur la cheminée, une glace et une pendule qu'on ne tarda pas
-à enlever, parce que le cadran portait: Lepaute, horloger _du Roi_.
-L'oratoire ne contenait qu'un petit poêle, une chaise de paille, une
-chaise de canne et un tabouret de crin. Dans la salle à manger, une
-table d'acajou, une servante, deux encoignures en bois de rose et des
-chaises.
-
-Le troisième étage, réservé aux princesses, était distribué comme
-le second. La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi;
-Madame Royale logeait dans la chambre de sa mère; la tourelle servait
-de cabinet. Le papier était de couleur tendre, à bandes vertes et
-bleues; le lit était de damas vert. Le mobilier se réduisait à une
-commode d'acajou, un grand canapé et quelques sièges. Sur la cheminée,
-qui fumait beaucoup[1386], la pendule, par une ironie inconsciente
-ou voulue, représentait la Fortune faisant tourner sa roue. Dans la
-chambre à côté couchait Mme Élisabeth, sur un misérable lit de fer,
-revêtu d'une housse en toile de Jouy. Tison et sa femme, les deux
-espions, occupaient la troisième pièce; l'antichambre servait aux
-municipaux, qui y demeuraient jour et nuit. Le quatrième étage était
-vide. Enfin, entre le toit pointu de la Tour et les créneaux régnait
-une galerie, où la famille royale allait parfois se promener; mais on
-avait eu soin de placer des jalousies entre les créneaux, pour empêcher
-les prisonniers de voir et d'être vus.
-
-Les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour la
-garde des captifs. A la grande porte de la rue était un portier,
-nommé Darque, ancien bedeau du Grand Prieur; à la porte de la Tour,
-le concierge Mathey, et les deux guichetiers, Rocher et Risbey, ces
-deux misérables dont nous avons déjà parlé. Huit commissaires dont
-le service durait quarante-huit heures, et qui se renouvelaient
-chaque jour par moitié, étaient chargés de la surveillance[1387].
-Le jour, l'un d'eux était constamment près de Louis XVI, un autre
-près de Marie-Antoinette; les six autres se tenaient dans la chambre
-du Conseil. Un effectif de 287 hommes,—réduit, après la mort du
-Roi, à 240—sous les ordres d'un commandant général et d'un chef de
-légion, avec deux canons et vingt artilleurs, assurait la garde du
-Temple[1388]. Un chef de cuisine, nommé Gagnié, avec deux chefs
-d'office, un pâtissier, un rôtisseur, et les trois officiers de bouche
-que nous avons déjà nommés, Turgy, Chrétien et Marchand, étaient
-chargés du service de table; le service intérieur était confié à Cléry
-et au ménage Tison.
-
-Le Roi se levait à sept heures et priait jusqu'à huit[1389]; il
-lisait l'Office des chevaliers du Saint-Esprit, et, comme on avait
-refusé de laisser dire la messe au Temple, même les jours de fête,
-il s'était fait acheter un bréviaire à l'usage du diocèse de Paris.
-A neuf heures, il allait déjeuner chez la Reine. Cléry montait en
-même temps, accommodait les cheveux des princesses, et, par ordre de
-Marie-Antoinette, apprenait à Madame Royale à se coiffer: prévoyant
-trop bien l'avenir, la malheureuse Reine voulait que sa fille pût se
-passer de tout service. Après le déjeuner, le Roi donnait quelques
-leçons au Dauphin jusqu'à onze heures; le jeune prince jouait ensuite
-jusqu'à midi. C'était l'heure de la promenade, et la famille royale
-tout entière descendait, quelque temps qu'il fît, parce que la garde,
-qu'on relevait à ce moment-là, voulait s'assurer par ses yeux de la
-présence des prisonniers. La promenade durait jusqu'à deux heures, où
-l'on remontait pour dîner[1390].
-
-Après le dîner, le Roi et la Reine jouaient au trictrac ou au piquet,
-ou plutôt faisaient semblant de jouer, afin de pouvoir se dire
-quelques mots[1391]. Pendant ce temps, le Dauphin et Madame Royale
-jouaient dans l'antichambre au volant ou au siam, ou à d'autres
-jeux: Mme Élisabeth présidait à ces amusements. C'était l'instant
-qu'elle choisissait pour faire des questions à Cléry ou lui donner des
-instructions; le jeune prince et sa sœur, par leurs jeux bruyants,
-facilitaient ces entretiens de leur tante et du fidèle serviteur, et
-les avertissaient par un signe, si quelques municipaux, ou ce qui était
-pire, si Tison ou sa femme, que les bons procédés de la famille royale
-n'avaient pu désarmer, s'approchaient[1392]. A quatre heures, la Reine
-montait avec ses enfants: conformément à l'arrêté des commissaires,
-elle pouvait emmener son fils, pendant que le Roi sommeillait un
-moment. A six heures l'enfant redescendait chez son père qui le faisait
-travailler ou jouer jusqu'à l'heure du souper[1393]. Pour s'occuper
-plus utilement de l'éducation de son fils, le monarque étudiait chaque
-jour pendant quatre heures, dit Cléry[1394], des auteurs latins ou
-lisait des livres de voyages et d'histoire naturelle.
-
-A neuf heures, après le souper, la Reine déshabillait promptement son
-fils et le mettait au lit. Les princesses remontaient ensuite et le Roi
-ne se couchait qu'à onze heures. La Reine, dans la journée, travaillait
-beaucoup à la tapisserie ou s'occupait de l'éducation de sa fille;
-elle la faisait étudier et lire à haute voix. Mme Élisabeth passait
-une partie de son temps à prier à genoux près de son lit[1395]; chaque
-jour, elle récitait son office et lisait des livres de piété[1396],
-qu'elle avait fait acheter par Cléry[1397]. Souvent, la Reine lui
-demandait de les lire tout haut[1398].
-
-Pas plus dans la grosse Tour que dans la petite, les vexations et les
-insultes n'étaient épargnées aux prisonniers. Dès le 7 octobre, au nom
-de l'égalité, le Roi avait été dépouillé des insignes de ses ordres.
-Tout était arbitraire et dépendait de l'humeur ou des caprices des
-gardiens. Un jour, un municipal défendit à Cléry de monter chez la
-Reine pour la coiffer; il fallut que la malheureuse femme descendît
-chez son mari, apportant elle-même tout ce qui était nécessaire à sa
-toilette. Un autre voulut la suivre, lorsque, à midi, suivant l'usage,
-elle entrait chez Mme Élisabeth pour quitter sa robe du matin;
-devant l'inconvenante importunité de cet homme, la Reine dut renoncer
-à s'habiller. Certains commissaires avaient les exigences les plus
-bizarres: l'un faisait rompre des macarons ou fendre des noyaux de
-pêche, pour s'assurer qu'on n'y avait pas caché de billet; un autre
-forçait Cléry à boire de l'essence de savon, destinée à la barbe du
-Roi, sous prétexte que ce pouvait être du poison. Un autre encore
-coupait les marges d'un livre, que Mme Élisabeth renvoyait à la
-duchesse de Sérent, dans la crainte qu'on n'eût écrit quelque chose
-dessus avec de l'encre sympathique[1399].
-
-Un autre jour, la Reine avait cassé son peigne; elle priait Turgy de
-lui en acheter un autre. «Achetez-en un en corne, dit le municipal
-Dorat-Cubières; le buis serait trop bon pour elle.» La Reine fit
-semblant de ne pas entendre. Dorat-Cubières était un poète qui avait
-jadis encensé, dans ses fades petits vers, la famille royale; nul alors
-n'avait été flatteur plus obséquieux que lui[1400].
-
-On continuait d'interdire l'entrée des journaux au Temple; on ne
-permettait de les y introduire que lorsqu'ils contenaient quelque
-infamie contre les souverains déchus, comme cette lettre d'un canonnier
-qui demandait la tête du tyran Louis XVI pour en charger sa pièce et
-l'envoyer à l'ennemi, ou cet article odieux dans lequel on déclarait
-qu'il fallait étouffer les petits louveteaux enfermés à la Tour[1401].
-
-Un jour, un municipal s'approcha de la Reine et des princesses:
-«Mesdames, leur dit-il, je vous annonce une bonne nouvelle; beaucoup
-de traîtres émigrés ont été pris; si vous êtes patriotes, vous devez
-vous en réjouir.»—«Ma mère, raconte Madame Royale, comme à l'ordinaire,
-ne dit mot, et n'eut pas même l'air d'entendre. Souvent son calme si
-méprisant et son maintien si digne en imposaient; c'était rarement à
-elle qu'on osait adresser la parole[1402].»
-
-Au milieu de tous ces outrages, parmi ces âmes basses, qui se faisaient
-un jeu d'insulter au malheur, l'histoire salue avec émotion quelques
-hommes qui tinrent à honneur de se séparer de ces misérables et
-d'entourer de leur respect ces grandeurs déchues. C'était l'instituteur
-Lepître; c'était l'épicier Cortey; c'était Moëlle; c'était Lebœuf;
-c'était Jobert[1403]; c'était surtout Toulan, ancien membre de
-la Commune du 10 août, devenu royaliste au contact journalier de
-ces saintes victimes de la Révolution, Toulan, que les princesses
-désignaient par le beau nom de _Fidèle_; c'était enfin Michonis,
-d'abord révolutionnaire fougueux, comme Toulan, mais qui, comme lui,
-touché par le spectacle de tant d'infortune si héroïquement supportée,
-devint un des plus zélés serviteurs de ceux dont il avait demandé
-d'abord à être le geôlier, et, comme Toulan encore, leur sacrifia
-sa vie. Nous les retrouverons dans le cours de ce récit et nous
-raconterons les ingénieuses combinaisons de ces dévouements obscurs et
-courageux, que la fortune ne favorisa pas, mais qui du moins, pendant
-ces tristes jours, vengèrent l'honneur de l'humanité et, comme les
-héros des Livres saints, délivrèrent l'âme de la France.
-
-Le 1er novembre, une députation de la Convention vint vérifier par
-elle-même «l'état de situation de la personne de Louis Capet et de
-sa famille, et prendre connaissance des mesures de sûreté adoptées
-par le Conseil général de la Commune et le commandant général de la
-garde nationale de Paris pour la conservation des otages confiés à
-leur garde[1404]». La députation se composait de l'ex-capucin Chabot,
-de du Prat, de Drouet, l'homme de Varennes; elle était accompagnée
-de Santerre et des commissaires de service. Arrivés au Temple vers
-dix heures du matin, les députés montèrent au second étage, où ils
-trouvèrent la famille royale réunie. La Reine frémit à l'aspect de
-Drouet. Cet homme s'assit insolemment près d'elle et, à son exemple,
-Chabot prit un siège. «Nous venons, dit Drouet, vous demander si vous
-vous trouvez bien, si vous ne manquez de rien, si vous n'avez pas
-de plaintes à former.»—«Je ne me plains de rien, répondit le Roi;
-je ne veux pas me plaindre, lorsque je suis avec ma famille.» Cléry
-fit observer qu'on ne payait pas exactement les fournisseurs. «La
-nation n'est pas à un écu près,» répondit Chabot[1405]. Les députés
-inspectèrent l'appartement en détail, s'assurèrent qu'on n'avait
-laissé à la disposition des prisonniers ni plumes, ni encre, ni
-crayons, ni papier; puis ils se transportèrent au troisième, où ils
-firent les mêmes constatations[1406].
-
-Après le dîner, ils revinrent chez le Roi, posèrent les mêmes questions
-et obtinrent les mêmes réponses. Drouet monta chez la Reine. Il était
-pâle; sa voix était faible; il demanda à la Reine d'un ton mélancolique
-si elle n'avait pas de plainte à former; la Reine ne lui répondit pas.
-Il renouvela deux fois la question. «Il importe cependant de savoir
-si vous avez à vous plaindre de quelque chose ou de quelqu'un.» La
-Reine le regarda d'un œil fier et, sans répondre un mot, elle alla
-s'asseoir avec sa fille sur son canapé. Drouet, ouvrant et étendant les
-bras comme un homme étonné, mais qui a plus de dépit peut-être que de
-regret, s'inclina et sortit. Voyant l'émotion de sa mère, Marie-Thérèse
-la pressait dans ses bras et lui baisait les mains, lorsqu'elle
-l'entendit adresser ces paroles à Mme Elisabeth: «Pourquoi, ma sœur,
-l'homme de Varennes est-il remonté? Est-ce parce que c'est demain le
-jour des Morts[1407]?»
-
-Oui, c'était le lendemain le jour des Morts, et c'était aussi
-l'anniversaire de la naissance de Marie-Antoinette. Mais cet
-anniversaire, si joyeusement fêté jadis, comment le célébrait-on
-aujourd'hui et quels souhaits adressait le peuple de Paris à cette
-souveraine dont il avait été autrefois amoureux?
-
-«Nous entendîmes, raconte Madame Royale, un grand bruit de gens qui
-demandaient la tête de mon père et de ma mère, ayant la cruauté de
-venir crier cela sous nos fenêtres[1408].»
-
-Le 14 novembre, le Roi tomba malade d'une assez forte fluxion; on
-demanda son dentiste; la Commune délibéra pendant trois jours et
-refusa. Le 22, la fièvre survint; cette fois la Commune fut inquiète
-et permit au premier médecin de Louis XVI, M. Le Monnier, de se rendre
-à la Tour; mais il n'y entrait jamais sans avoir été fouillé et il ne
-pouvait parler qu'à haute voix. La Reine et les princesses passaient
-leurs journées au chevet du Roi, partageant avec Cléry le soin de le
-servir; mais, la nuit, il fallait remonter en laissant l'auguste malade
-seul avec son valet de chambre. La Reine avait inutilement demandé que
-son fils ne restât pas dans cet air vicié par la fièvre et vînt coucher
-dans sa chambre: les municipaux ne le permirent pas.
-
-Sous cette influence malsaine, l'enfant tomba malade à son tour;
-la coqueluche se déclara. Mais vainement la malheureuse mère
-sollicita-t-elle la faveur de passer les nuits près de son fils; les
-municipaux la repoussèrent brutalement, et la pauvre femme dut remonter
-chez elle, rongée par l'inquiétude et dévorée par l'insomnie.
-
-Le jour seulement elle eut l'autorisation de s'asseoir près du lit
-de son enfant et de lui prodiguer ses soins. Sous le coup de cette
-tristesse et de ces angoisses, la famille entière, la Reine, Mme
-Élisabeth, Madame Royale furent prises par la maladie. Cléry lui-même
-s'alita à son tour et ce fut le jeune prince, à peine remis de sa toux,
-qui portait les remèdes au serviteur dévoué.
-
-A l'école du malheur, l'enfant avait développé et mûri ses qualités
-naturelles. Il avait pour tous, mais pour sa mère en particulier, des
-attentions, charmantes. Jamais il ne disait un mot qui pût éveiller
-chez elle un souvenir douloureux; il l'entourait des plus délicates
-prévenances. Voyait-il arriver un municipal plus honnête ou moins
-haineux que les autres; il courait à la Reine: «Maman,» disait-il,
-«c'est aujourd'hui M. un tel.» Si c'était, au contraire, quelque
-figure sinistre qui rappelait de tristes événements, il se taisait
-ou ne prononçait le nom qu'à voix basse. Un jour, comme il fixait
-attentivement un commissaire qu'il semblait reconnaître, celui-ci lui
-demanda où il l'avait vu. Le jeune prince refusa de répondre, puis, se
-penchant vers sa sœur: «C'est, lui dit-il à voix basse, lors de notre
-voyage de Varennes[1409].»
-
-Le 2 décembre, une nouvelle Commune succéda à la Commune
-révolutionnaire du 10 août. Dès le soir même, à dix heures, les membres
-inaugurèrent leur entrée en fonctions en venant au Temple reconnaître
-les prisonniers[1410]. Mais si ceux-ci attendirent quelque amélioration
-de ce changement, ils se trompèrent. Les nouveaux commissaires, moins
-grossiers peut-être que les anciens, étaient d'une méchanceté plus
-réfléchie et d'une surveillance plus tyrannique. Au lieu d'un municipal
-près du Roi et de la Reine, il y en eut deux, et il devint dès lors
-bien plus difficile à Cléry de leur faire passer des avis ou d'obtenir
-le moindre adoucissement.
-
-Le 3, la Reine, malade, n'avait pu prendre aucune espèce d'aliment;
-elle demanda à Turgy un bouillon pour souper. Turgy l'apporta; mais
-la Reine, sachant que la femme Tison était aussi indisposée, lui
-fit donner le bouillon. Turgy pria les municipaux de l'accompagner
-pour qu'il pût aller en chercher un autre; aucun n'y consentit, et
-Marie-Antoinette fut obligée de se passer de souper[1411].
-
-Le 7, un municipal,—c'était Moëlle,—vint lire d'une voix altérée
-un arrêté qui ordonnait d'enlever aux détenus «couteaux, rasoirs,
-ciseaux, canifs et tous autres instruments tranchants dont on prive
-les prisonniers réputés criminels et d'en faire la plus exacte
-recherche tant sur les prisonniers que dans leurs appartements».
-Le Roi dut livrer tout ce qu'il avait dans ses poches ou ce qui se
-trouvait dans sa chambre: un couteau qui lui venait de son père, un
-canif, un petit nécessaire en maroquin rouge, ses rasoirs, un compas
-à rouler les cheveux, jusqu'à un instrument pour nettoyer les dents;
-les princesses, leurs couteaux, leurs ciseaux et tout ce qui pouvait
-servir à leur travail[1412]. «Faut-il donner aussi les aiguilles,
-car elles piquent bien fort?» dit ironiquement la Reine. Les pauvres
-femmes durent renoncer dès lors à certains ouvrages qui leur avaient
-été une distraction pendant les longues heures de la captivité. Un
-jour, Mme Élisabeth raccommodait les habits du Roi et, n'ayant plus
-de ciseaux, elle rompait le fil avec ses dents. «Quel contraste!» lui
-dit le prince; «il ne vous manquait rien dans votre jolie maison de
-Montreuil.»—«Ah! mon frère, répondit-elle, puis-je avoir des regrets,
-quand je partage vos malheurs[1413].»
-
-Le soir, au dîner, on agita la question de savoir si l'on devait
-laisser les fourchettes et les couteaux aux prisonniers. Quelques
-commissaires voulaient les enlever; sur les instances de Moëlle[1414],
-l'avis le moins vexatoire prévalut pourtant, et il fut décidé que la
-famille royale conserverait ses couteaux et fourchettes, mais qu'on les
-enlèverait à la fin de chaque repas[1415].
-
-Fût-ce comme compensation à ces vexations nouvelles que, le 9, le
-municipal Lepître fit accorder un clavecin qui se trouvait à l'entrée
-de la chambre de Mme Élisabeth, ce qui permit à la Reine d'en donner
-des leçons à sa fille? Le premier morceau qui lui tomba sous la main
-portait pour titre: _La Reine de France[1416]!_
-
-Le 11 décembre, à cinq heures du matin, la générale fut battue dans
-les rues de Paris: la cavalerie et les canons occupèrent le jardin du
-Temple. Grâce à Turgy et à Cléry, la famille royale connaissait, depuis
-plusieurs jours déjà, la cause de ce déploiement de forces inusité. Le
-3 décembre, la Convention avait décidé que Louis Capet serait traduit à
-sa barre; c'était ce décret qu'on venait exécuter.
-
-A neuf heures, le Roi monta, comme de coutume, pour déjeuner dans
-l'appartement de la Reine. Il y resta une heure: mais quelles que
-fussent leurs angoisses, sous l'œil inquisiteur des municipaux, les
-prisonniers ne pouvaient rien se dire; les regards suppléaient aux
-paroles. Il fallut enfin se séparer. Le Roi redescendit à sa chambre;
-le Dauphin, comme d'habitude, l'accompagna. Insouciant du danger et
-ignorant des événements, le jeune prince insista pour faire une partie
-de siam. Il n'y fut pas heureux, et par deux fois il ne put dépasser
-le nombre seize. «Toutes les fois que j'ai ce point de seize, dit-il
-avec un léger dépit, je ne puis gagner.» Le Roi ne dit rien; mais
-un tressaillement involontaire agita son visage à ce rapprochement,
-naïvement cruel.
-
-A onze heures, le Dauphin avait quitté le jeu et prenait une leçon de
-lecture, lorsque deux municipaux vinrent le chercher pour le conduire
-à sa mère. Louis XVI demanda la cause de ce brusque enlèvement; on se
-contenta de lui répondre que c'était l'ordre de la Commune: l'accusé
-devait être séparé de sa famille. L'infortuné père embrassa tendrement
-son fils et Cléry conduisit l'enfant à sa mère.
-
-A une heure, le Roi partit pour la Convention, escorté du maire
-de Paris, Chambon, du procureur de la Commune, Chaumette, du
-secrétaire-greffier, Coulombeau, et de Santerre. Le soir, à six
-heures, il rentra au Temple; son premier soin fut de demander qu'on le
-conduisît près de sa famille; on refusa, sous prétexte qu'on n'avait
-point d'ordres. «Mais au moins, dit-il, mon fils passera la nuit avec
-moi; son lit et ses effets sont ici.» Même silence. Après le dîner
-le prince insista de nouveau; on répondit simplement qu'il fallait
-attendre les instructions de la Convention.
-
-La Reine et les princesses avaient passé la journée dans de mortelles
-inquiétudes. La Reine avait tout tenté pour apprendre quelque chose
-des municipaux qui la gardaient; c'était la première fois qu'elle
-consentait à les questionner. Les municipaux refusèrent de rien dire.
-Au retour du Roi, Marie-Antoinette demanda instamment à le voir;
-elle le fit demander au maire Chambon; le maire ne daigna même pas
-répondre[1417].
-
-Épuisée par le chagrin, la malheureuse femme n'avait plus la force de
-pleurer; il semblait presque que la vue même de son fils la laissât
-insensible. «Mon frère passa la nuit chez elle, raconte Madame Royale;
-il n'avait pas de lit; elle lui donna le sien et resta toute la nuit
-debout, dans une douleur si morne que nous ne voulions pas la quitter;
-mais elle nous força à nous coucher, ma tante et moi[1418].»
-
-Le lendemain, la Reine renouvela ses sollicitations; elle redemanda à
-voir son mari et à lire les journaux qui rendaient compte du procès;
-elle insista du moins pour que, si la faveur de voir le Roi lui était
-refusée à elle-même, on l'accordât à ses enfants. Les journaux furent
-interdits. Quant à la demande de réunion des enfants à leur père, elle
-fut portée à la Convention. Après une longue délibération, l'Assemblée
-décida, le 15 décembre, par un faux semblant de pitié que démentaient
-les termes mêmes de l'arrêté, que «Louis Capet pourrait voir ses
-enfants, lesquels ne pourraient, jusqu'à son jugement définitif,
-communiquer avec leur mère et avec leur tante.»
-
-C'était accorder et refuser en même temps. Le malheureux prince ne
-voulut pas d'une faveur qui fût devenue un supplice pour sa femme;
-il aima mieux s'imposer à lui-même un nouveau sacrifice et laisser à
-la Reine la douceur de la société de ses enfants. Le soir même, il
-fit monter dans l'appartement des princesses le lit du Dauphin. Cléry
-garda le linge et les habits; il fut convenu que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait nécessaire.
-
-Pendant six longues semaines, le Roi demeura ainsi séparé de sa
-famille; la Reine et les princesses n'eurent de ses nouvelles que
-grâce au dévouement de Turgy et de Cléry, qui cachaient des billets
-dans des pelotons de fil ou de laine qu'ils jetaient sous les lits
-ou descendaient dans l'abat-jour des fenêtres au moyen de ficelles
-conservées avec soin[1419], grâce aussi à la sensibilité de quelques
-municipaux, plus humains que leurs collègues. Quelques-uns assuraient à
-la Reine que le Roi ne périrait pas et que son affaire serait renvoyée
-aux Assemblées primaires, qui le sauveraient certainement[1420].
-Illusions généreuses ou mensonges charitables, qui n'abusaient guère
-les prisonnières.
-
-Le sinistre procès suivait son cours. Le 12 décembre, Louis XVI avait
-choisi pour défenseur Tronchet, auquel il adjoignit le lendemain
-Malesherbes, et un peu plus tard de Sèze. Le 15, une députation de la
-Convention vint lui communiquer les pièces à sa charge. Chaque jour
-ensuite, les trois défenseurs se rendirent au Temple, où, après de
-minutieuses investigations des municipaux, ils étaient admis à conférer
-avec leur client. Le 25 décembre, jour de Noël, le Roi, seul avec
-lui-même et avec Dieu, écrivit tout entier de sa main son testament, ce
-monument admirable de sa résignation chrétienne et de son amour pour
-son peuple.
-
-Le 26, l'accusé fut conduit pour la seconde fois à la Convention; dans
-la crainte que le bruit des tambours et du cortège qui devait venir le
-prendre n'effrayât la Reine, il la fit prévenir dès le matin.
-
-Nous n'avons pas à tracer ici le récit détaillé de cette mémorable
-et lugubre séance. C'est le jour où de Sèze prononça cet éloquent
-plaidoyer qui fit plus d'une fois passer un frisson d'émotion dans le
-cœur des juges les plus prévenus. C'est le jour aussi où Malesherbes,
-interpellé par le conventionnel Treilhard qui lui demandait:
-
-«Qui vous rend si hardi de prononcer ici des noms que la Convention a
-proscrits?» lui fit cette simple et héroïque réponse:
-
-«Mépris de vous-même et mépris de la vie.»
-
-Lorsque de Sèze eut achevé son discours, le Roi se leva et prononça
-d'un ton ferme ces paroles:
-
-«Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens de défense; je ne vous
-les renouvellerai point. En vous parlant peut-être pour la dernière
-fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien et que mes
-défenseurs ne vous ont dit que la vérité.»
-
-Mais est-ce que les Conventionnels avaient souci de la conscience, et
-ne pouvaient-ils pas répondre comme Pilate: «Qu'est-ce que la vérité?»
-
-Le lendemain, de Sèze remit au Roi plusieurs exemplaires de son
-plaidoyer. Un municipal, nommé Vincent, se chargea d'en porter
-secrètement un exemplaire à la Reine. La malheureuse femme le lut avec
-une attention haletante; mais elle ne se leurrait d'aucun espoir et
-d'une main fiévreuse, mais ferme, elle traça sur le premier feuillet
-ces lignes: «_Oportet unum mori pro populo_[1421].»
-
-Le mardi, 1er janvier 1793, fut triste à la Tour. Le matin
-Cléry s'approcha du lit du Roi et lui demanda la permission de lui
-offrir ses vœux. «Je reçois vos souhaits,» répondit le prince, en
-lui tendant une main que le fidèle serviteur arrosa de larmes. Dès
-qu'il fut levé, il pria un municipal d'aller savoir des nouvelles de
-sa famille et lui présenter ses vœux pour la nouvelle année. Son
-ton était si déchirant, qu'un des commissaires, ému, dit à Cléry:
-«Pourquoi le Roi ne demande-t-il pas à voir sa famille? Maintenant que
-l'interrogatoire est terminé, cela ne souffrirait aucune difficulté.»
-Sur ces entrefaites, le municipal qui était allé chez la Reine rentra
-et annonça au prisonnier que sa famille le remerciait de ses souhaits
-et lui adressait les siens. Le Roi fut attendri: «Quel jour de nouvelle
-année!» dit-il tristement.
-
-Le soir, Cléry lui fit part de sa conversation avec le commissaire
-et l'assura que la Convention l'autoriserait certainement à voir les
-siens. «Dans quelques jours, répondit le prince, ils ne me refuseront
-pas cette consolation; il faut attendre[1422].»
-
-Et cependant, la pensée du malheureux souverain se reportait
-constamment sur sa famille; il y revenait sans cesse dans ses
-entretiens avec ses défenseurs et sa voix s'attendrissait, ses yeux
-se baignaient de larmes, quand il parlait de sa sœur dont la vie
-n'avait été «qu'affection, dévouement et courage», de ses enfants «si
-malheureux déjà à leur âge», de la Reine, si insultée, si calomniée, si
-méconnue: «S'ils,—les Français,—savaient ce qu'elle vaut, disait-il,
-s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis
-nos infortunes, ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès
-longtemps, ses ennemis et les miens ont eu l'art, en semant des
-calomnies parmi le peuple, de changer en haine cet amour dont elle fut
-si longtemps l'objet.»
-
-Et passant rapidement en revue la conduite de la Reine et les
-imputations dont on avait voulu la noircir:
-
-«Les factieux ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir la
-Reine, ajoutait-il, que pour préparer le peuple à la voir périr.
-Oui, mes amis, sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on
-craindrait qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse, mon mariage lui
-promit un trône; aujourd'hui quelle perspective lui offre-t-il?» En
-prononçant ces mots, il serrait la main de Malesherbes, et ses yeux se
-remplissaient de pleurs[1423].
-
-Le 15 janvier, la Convention déclara Louis Capet coupable; le 17, après
-une séance de vingt-deux heures, une majorité factice de _cinq_ voix
-prononça contre lui la peine de mort; le même soir, Malesherbes, tout
-tremblant, vint l'annoncer au captif. Le lendemain, un arrêté de la
-Commune décida que toute communication serait interrompue entre Louis
-XVI et ses conseils et que le condamné serait gardé à vue jour et
-nuit. Le Roi protesta vainement contre ce redoublement de rigueur: sa
-protestation ne fut pas écoutée.
-
-Le 20, la Convention, par 380 voix contre 310, repoussa tout sursis à
-l'exécution. Le même jour, à deux heures de l'après-midi, le Comité
-exécutif se transporta au Temple, et le ministre de la justice
-Garat, le chapeau sur la tête, fit donner lecture, par le secrétaire
-Grouvelle, du décret de l'Assemblée. Quand ce fut fini, Louis XVI
-prit simplement le décret, le serra dans son portefeuille, puis, en
-tirant un papier: «Monsieur le Ministre, dit-il, veuillez communiquer
-cette pièce à la Convention.» C'était une lettre où le condamné
-demandait un délai de trois jours pour «se préparer à paraître devant
-Dieu» et la faculté de voir librement un prêtre qu'il indiquait. Il
-y joignait l'adresse de ce prêtre que sa sœur lui avait recommandé,
-l'abbé Edgeworth de Firmont, et insistait pour qu'il lui fût permis
-d'entretenir sa famille sans témoins.
-
-Pendant cette scène cruelle, la contenance du Roi avait été si ferme,
-sa majesté si haute, qu'Hébert lui-même en avait été touché. «La
-noblesse et la dignité de son maintien et de son langage, dit-il,
-m'arrachèrent des pleurs de rage,» et, ne voulant pas laisser paraître
-son émotion, il s'était retiré.
-
-Le sursis fut refusé: la Convention avait hâte d'en finir; les autres
-demandes furent accordées. On fit chercher l'abbé Edgeworth et Garat le
-conduisit lui-même au Temple dans sa voiture. Il assura le Roi qu'il
-n'y avait aucune charge contre sa famille et qu'on la renverrait hors
-de France[1424].
-
-Les malheureuses prisonnières n'avaient appris la condamnation de Louis
-XVI que le dimanche 20 au matin, par les colporteurs de journaux qui
-venaient la crier sous leurs fenêtres. Le même jour, à huit heures du
-soir, elles apprirent qu'un décret de la Convention leur permettait de
-descendre chez le Roi. Elles y coururent[1425]. Le prince avait fait
-passer l'abbé Edgeworth dans la tourelle, de peur que la vue du prêtre
-ne fît trop de mal aux princesses; il attendait dans la salle à manger.
-La Convention avait décidé qu'il serait seul avec sa famille; mais la
-Commune, toujours ingénieuse à tourmenter sa victime, avait exigé que
-les municipaux assistassent à l'entrevue derrière une porte vitrée. Une
-misérable lampe-quinquet éclairait la salle[1426]; la table avait été
-rangée de côté; des chaises, disposées dans le fond, afin de donner
-plus d'espace; sur la table, une carafe d'eau et un verre. «Apportez
-de l'eau qui ne soit pas frappée,» avait dit le Roi qui, dans ce cruel
-déchirement, conservait toute sa présence d'esprit; «si la Reine en
-buvait, elle pourrait être incommodée.»
-
-A huit heures et demie, la porte s'ouvrit; la Reine entra la première,
-tenant son fils par la main; ensuite Madame Royale et Mme Élisabeth.
-Tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna
-pendant quelques minutes et ne fut interrompu que par des sanglots.
-«Le Roi s'assit; la Reine à sa gauche, Mme Élisabeth à sa droite,
-Madame Royale presque en face; le jeune prince resta debout entre les
-jambes du Roi; tous étaient penchés vers lui et le tenaient souvent
-embrassé[1427].»—«Nous le trouvâmes,—le Roi,—bien changé, raconte
-Madame Royale. Il pleura de douleur sur nous, et non de la crainte de
-sa mort; il raconta son procès à ma mère, excusant les scélérats qui
-le faisaient mourir..... Il donna ensuite des instructions religieuses
-à mon frère, lui recommandant surtout de pardonner à ceux qui le
-faisaient mourir, et lui donnant sa bénédiction ainsi qu'à moi[1428].»
-Et pour produire sur le jeune Dauphin une impression plus forte, il
-le prit sur ses genoux et lui dit: «Mon fils, vous avez entendu ce
-que je viens de vous dire; mais comme le serment est quelque chose
-d'encore plus sacré que les paroles, jurez en levant la main, que vous
-accomplirez les dernières volontés de votre père.» Mon frère lui obéit
-en fondant en larmes, et cette bonté si touchante fit encore redoubler
-les nôtres[1429].»
-
-La Reine aurait voulu passer la nuit près du Roi avec sa famille. Le
-malheureux prince refusa: il avait besoin de calme pour se préparer à
-la mort. La Reine insista du moins pour le voir un moment le lendemain
-matin; il y consentit; mais, «quand nous fûmes partis, rapporte Madame
-Royale, il dit aux gardes de ne pas nous laisser redescendre, parce que
-notre présence lui ferait trop de peine[1430].»
-
-Cette touchante entrevue dura sept quarts d'heure, au milieu des
-sanglots et des larmes. Pendant ce temps, quatre municipaux, mal vêtus
-et le chapeau sur la tête, se tenaient dans l'embrasure de la croisée,
-se chauffant au poêle et surveillant par la cloison vitrée[1431]. A
-dix heures et quart, le Roi se leva le premier et tous le suivirent.
-La Reine le tenait par la main droite, s'appuyant sur son épaule, et
-pouvant à peine se soutenir; le Dauphin, du même côté, était enlacé
-dans le bras droit de sa mère qui le pressait sur son cœur, et lui-même
-serrait de sa petite main la main droite du Roi et la main gauche de la
-Reine, les baisant et les arrosant de ses larmes[1432]; Madame Royale,
-à gauche, tenait le Roi embrassé par le milieu du corps[1433]; Mme
-Élisabeth, un peu plus en arrière que sa nièce, avait saisi de ses
-deux mains le haut du bras gauche de son frère et levait au ciel ses
-yeux baignés de pleurs[1434]. Louis XVI s'efforçait de conserver son
-calme; mais il luttait péniblement pour ne pas faiblir[1435]. «Je vous
-assure, dit-il, que je vous verrai demain matin à huit heures.»—«Vous
-nous le promettez?» répétèrent-ils tous ensemble.—«Oui, je vous le
-promets.»—«Pourquoi pas à sept heures?» dit la Reine.—«Eh bien! oui,
-à sept heures, répondit-il; adieu!» Il prononça cet adieu avec une
-expression si navrante que les sanglots redoublèrent. Madame Royale
-tomba évanouie; Cléry la releva et Mme Élisabeth la soutint. Le Roi,
-voulant mettre fin à cette scène déchirante, serra une dernière fois
-sur sa poitrine ces chers objets de son affection et, se dégageant
-doucement de cette émouvante étreinte: «Adieu! Adieu!» murmura-t-il,
-et il rentra lentement dans sa chambre[1436]. «Ah! Monsieur, dit-il à
-l'abbé Edgeworth, quelle entrevue! Faut-il donc que j'aime et que je
-sois si tendrement aimé! Mais c'en est fait; oublions tout le reste
-pour ne penser qu'à l'unique affaire. Elle seule doit concentrer dans
-ce moment toutes mes affections et toutes mes pensées.»
-
-Pendant ce temps, les princesses remontaient chez elles, et, quoique
-les portes fussent fermées, on entendait encore, de l'appartement du
-Roi, leurs gémissements et leurs sanglots[1437]. «Les bourreaux!»
-s'écriait la Reine, et se tournant vers le Dauphin: «Mon fils, lui
-dit-elle, promettez-moi que vous ne songerez jamais à venger la mort de
-votre père[1438].» Puis, déposant sur les cheveux blonds de l'enfant
-un long et amer baiser, elle le déshabilla et le coucha. Quant à elle,
-elle se jeta tout habillée sur son lit, «où, dit Madame Royale, nous
-l'entendîmes toute la nuit trembler de froid et de douleur[1439].»
-
-Le lendemain, à six heures et quart, un municipal entra. La Reine était
-debout; elle crut qu'on venait la chercher pour cette entrevue suprême
-que son mari lui avait promise la veille. Vain espoir: le municipal
-venait chercher un livre de prières pour la messe du Roi[1440]. La
-malheureuse femme espérait encore, espérait toujours, écoutant avec
-une anxiété navrante le bruit des pas qui gravissaient l'escalier...
-Attente inutile; personne ne vint.
-
-Le Roi s'était couché à minuit et demi; à peine au lit, il s'était
-endormi profondément. A cinq heures il se leva, fit sa toilette comme
-à l'ordinaire, entendit la messe à genoux et communia. Quand il eut
-achevé son action de grâces, il appela Cléry et lui donna divers
-objets: «Vous remettrez, lui dit-il d'une voix brisée, ce cachet à mon
-fils...., cet anneau à la Reine; dites-lui bien que je le quitte avec
-peine;—c'était son anneau de mariage.—... Ce petit paquet renferme des
-cheveux de toute ma famille; vous le lui remettrez aussi.... Dites à
-la Reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis
-de les voir ce matin; mais j'ai voulu leur épargner la douleur d'une
-séparation si cruelle. Combien il m'en coûte de partir sans recevoir
-leurs derniers embrassements!» Il essuya quelques larmes et ajouta,
-avec l'accent le plus douloureux: «Je vous charge de leur faire mes
-adieux[1441].»
-
-A neuf heures, Santerre parut, escorté de municipaux et de gendarmes.
-Le Roi sortit de son cabinet, où il s'entretenait avec l'abbé
-Edgeworth: «Vous venez me chercher?» demanda-t-il.—«Oui,» répondit
-Santerre.—«Je suis en affaires,» reprit le prince avec un accent
-d'autorité; «attendez-moi ici.»
-
-Il rentra dans le cabinet, reçut une dernière bénédiction de son
-confesseur, sortit de nouveau et, s'adressant à un municipal, Jacques
-Roux, prêtre apostat, qui se trouvait le plus près de lui: «Je vous
-prie, dit-il, de remettre ce papier à la Reine, à ma femme.»—C'était
-son testament.—«Cela ne me regarde pas,» riposta brutalement Jacques
-Roux; «je ne suis ici que pour vous conduire à l'échafaud.»—«C'est
-juste,» répliqua le Roi; et se tournant vers un autre municipal, il lui
-remit le papier. Puis, prenant son chapeau des mains de Cléry, il dit à
-Santerre d'un ton de commandement: «Marchons.»
-
-Une heure après, à dix heures vingt minutes, la tête de Louis XVI
-tombait sur l'échafaud de la place de la Révolution, et tandis que,
-autour de la guillotine, une foule en délire accueillait avec des
-clameurs sauvages le sang royal qui coulait sur elle, au troisième
-étage de la Tour, deux femmes et deux enfants en larmes, enlacés dans
-les bras les uns des autres, priaient pour la victime et pour les
-bourreaux.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
- La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie de Madame Royale.—On
- apporte aux prisonnières des vêtements de deuil.—Toulan et
- Lepitre.—Plan d'évasion préparé par ces deux municipaux et M. de
- Jarjayes.—Modifications dans le plan.—Nouveau projet; il échoue
- comme le premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan
- sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine les envoie à Monsieur
- et au comte d'Artois.—Dénonciation de Tison.—Perquisitions
- nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection de
- Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout échoue.—Louis
- XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la
- Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La défiance de
- Simon le fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis XVII est
- enlevé à sa mère.—Il est livré au savetier Simon.—Nouvelle visite
- de Drouet au Temple.—Le jeune prince brutalisé par
- Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle est transférée à la
- Conciergerie.
-
-
-La Reine est veuve; elle a appris par les cris de joie d'une populace
-effrénée que le régicide est consommé. Ses yeux sont secs; elle n'a
-plus de larmes; elle étouffe[1442]; une violente secousse seule peut
-la sortir de sa morne torpeur. Avide de se nourrir de son malheur et
-d'en recueillir les tristes détails, elle espère que Cléry, le dernier
-fidèle qui soit demeuré avec l'infortuné monarque, pourra venir lui
-parler encore de celui qui n'est plus; elle en exprime le désir aux
-municipaux; les municipaux refusent. Elle fait demander des vêtements
-de deuil très simples pour elle et pour sa famille; on lui répond que
-la Commune en délibérera.
-
-Qu'elle fut longue, cette journée du 21 janvier, au milieu de la
-brume épaisse qui enveloppait la capitale comme d'un linceul funèbre.
-Le soir, le Dauphin et sa sœur se couchèrent; mais Madame Royale ne
-pouvait dormir; la Reine et Mme Élisabeth veillaient auprès du lit
-du jeune prince, qui, seul au troisième étage de la Tour, sommeillait
-paisiblement. «Il a maintenant, dit Marie-Antoinette, l'âge qu'avait
-son frère, lorsqu'il mourut à Meudon; heureux ceux de notre maison qui
-sont partis les premiers: ils n'ont point assisté à la ruine de notre
-famille[1443]!»
-
-Il était deux heures et demie du matin, mais Tison et sa femme étaient
-éveillés; étonnés d'entendre parler à cette heure, ils vinrent à la
-porte pour surveiller les prisonnières: «De grâce, leur dit Mme
-Élisabeth avec douceur, laissez-nous pleurer en paix.» «L'inquisition,
-dit M. de Beauchesne, s'arrêta, désarmée par cette voix angélique, et
-la conspiration des larmes ne fut pas dénoncée[1444].»
-
-Le lendemain, quand le Dauphin s'éveilla, la Reine le prit dans ses
-bras: «Mon enfant, dit-elle, il faut penser au bon Dieu.»—«Maman,
-répondit-il, moi aussi j'ai bien pensé au bon Dieu; mais quand je
-l'appelle, c'est toujours mon père qui descend devant moi[1445].»
-
-Le 23 janvier, après deux jours d'attente, la Commune, généreuse,
-accorda les vêtements de deuil réclamés par la veuve et les orphelins;
-mais elle s'opposa à ce que Cléry, comme le demandait la Reine,
-continuât près du fils le service qu'il avait fait près du père. Ce
-fut un nouveau coup pour la Reine. «Rien, dit Madame Royale, n'était
-capable de calmer ses angoisses; on ne pouvait faire entrer aucune
-espérance dans son cœur; il lui était devenu indifférent de vivre ou
-de mourir. Elle nous regardait quelquefois avec une pitié qui nous
-faisait tressaillir[1446].» Cette pitié la sauva et son amour maternel
-la tira de ce morne abattement. Madame Royale souffrait depuis quelque
-temps d'un mal à la jambe; l'inquiétude et la douleur lui avaient
-aigri le sang. «Heureusement, raconte-t-elle, peu de jours après le 21
-janvier, le chagrin augmenta mon mal, ce qui occupa la Reine.» Le bruit
-s'en répandit même dans Paris et l'ancienne nourrice de la princesse
-sollicita la faveur de venir la soigner; on repoussa dédaigneusement sa
-demande, mais on toléra l'intervention de l'ancien médecin des Enfants
-de France, Brunier. Brunier vint au Temple et l'on devine son émotion,
-quand il retrouva ses augustes maîtres dans un dénuement tel qu'ils
-manquaient même de linge pour panser la jambe de la jeune malade; il
-dut en apporter de chez lui[1447]. Grâce à ses bons soins et à ceux du
-chirurgien Lacaze, la princesse se rétablit en un mois[1448].
-
-Le 27 et le 30, les habits de deuil furent apportés. En voyant pour la
-première fois ses enfants en noir, la Reine ne put s'empêcher de dire
-en soupirant: «Mes pauvres enfants, vous, c'est pour longtemps; moi,
-c'est pour toujours[1449].»
-
-Les vêtements allaient mal; ce fut un bonheur; on laissa entrer au
-Temple, pour les ajuster, une ancienne femme d'atours de Madame Royale,
-Mlle Pion. La vue de cette figure amie fit un peu de bien aux
-captives. «Leurs regards, a raconté Mlle Pion, m'en disaient plus
-que n'auraient pu faire leurs paroles, et Mgr le Dauphin, dont l'âge
-excusait les espiègleries, en profitait pour me faire, sous l'apparence
-d'un jeu, toutes les questions que pouvait désirer la famille
-royale[1450].»
-
-Il semblait d'ailleurs que la surveillance se relâchât un peu. «Les
-gardes, dit Madame Royale, croyaient qu'on allait nous renvoyer[1451].»
-Des municipaux compatissants pénétraient à la Tour. Toulan et Lepître,
-deux héros modestes, trouvaient le moyen, grâce à une ruse ingénieuse,
-d'être ensemble de service et souvent le dimanche. La première fois
-qu'ils revinrent après le 21 janvier, «nous trouvâmes, dit l'un d'eux,
-la famille royale plongée dans l'affliction la plus profonde. En nous
-apercevant, la Reine, sa sœur et les enfants fondirent en larmes;
-nous n'osions nous avancer. La Reine nous fit signe d'entrer dans sa
-chambre. «Vous ne m'avez pas trompée, nous dit-elle; ils ont laissé
-périr le meilleur des Rois[1452].» Les deux municipaux purent remettre
-aux captives quelques journaux, et c'est ainsi que les malheureuses
-femmes apprirent les détails du régicide.
-
-Quelques jours après, le 7 février, Lepître apporta un chant qu'il
-avait composé sur la mort de Louis XVI, et que Mme Cléry avait mis
-en musique. Lorsque, trois semaines plus tard, le 1er mars, il
-revint au Temple, la Reine le fit entrer dans la chambre de Mme
-Élisabeth, où le Dauphin chanta la romance, que sa sœur accompagnait.
-«Nos larmes coulèrent, raconte Lepître, et nous gardâmes un morne
-silence. Mais qui pourrait peindre le spectacle que j'avais sous les
-yeux: la fille de Louis XVI à son clavecin, sa mère assise auprès
-d'elle, tenant son fils dans ses bras et, les yeux mouillés de
-pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses enfants; Mme
-Élisabeth, debout à côté de sa sœur et mêlant ses soupirs aux tristes
-accents de son neveu[1453].»
-
-Mais ce n'était pas seulement pour offrir à la famille royale ces
-platoniques consolations que Toulan et Lepître venaient au Temple; ils
-avaient conçu un projet plus décisif et plus audacieux. Dans Paris,
-perdus au milieu de la foule, on rencontrait encore des royalistes
-dévoués: d'anciens serviteurs de la Cour, d'anciens agents de la
-famille royale rôdaient autour du Temple, cherchant le moyen de s'y
-introduire et plus encore d'en faire sortir les prisonniers. C'était
-avant tout le baron de Batz, mal vu de l'émigration, suspect même à
-Fersen, nous ne savons pourquoi[1454], mais fidèle autant que qui que
-ce soit, soldat intrépide, conspirateur fécond en ressources, «l'infâme
-Batz» comme l'appelait Barère, qui avait cherché à enlever Louis XVI,
-au 21 janvier, et qui, n'ayant pu réussir à sauver le Roi, risquait
-tout pour sauver sa famille. C'était aussi le chevalier de Jarjayes,
-maréchal de camp, mari d'une des femmes les plus dévouées de la Reine,
-ancien agent du Roi à l'étranger, et qui, depuis l'incarcération de
-ses maîtres, n'avait pas voulu quitter la capitale, afin d'étudier
-les moyens de leur être encore utile. Ce relâchement momentané de
-surveillance, dont parle Madame Royale, leur avait peut-être suggéré la
-pensée qu'une évasion serait possible. Au commencement de mars, un plan
-fut arrêté entre Jarjayes, Toulan et Lepître. Le premier se chargeait
-de préparer la fuite au dehors, les deux autres de la rendre possible
-au dedans. Jarjayes fit faire pour la Reine et Mme Élisabeth des
-habits d'hommes, que Toulan et Lepître introduisirent à la Tour.
-Revêtues de ces costumes, ceintes d'écharpes tricolores et munies de
-cartes semblables à celles des municipaux, les princesses seraient
-sorties sous ce travestissement. Il était plus difficile d'enlever les
-enfants, le jeune Roi surtout, plus particulièrement surveillé. Comment
-déjouer cette surveillance? On en trouva cependant le moyen. Chaque
-soir, l'homme chargé de nettoyer les réverbères venait les allumer; il
-était accompagné, pour cette besogne, de deux enfants, à peu près de
-la taille de Madame Royale et de Louis XVII, et sortait habituellement
-avant sept heures, heure à laquelle on relevait les sentinelles. Un
-royaliste dévoué, M. Ricard, inspecteur des domaines nationaux[1455],
-aurait pris la place de cet homme, et, venant le soir, lorsque la
-garde aurait été relevée, il aurait, sa boîte de fer blanc à la main,
-pénétré jusqu'à l'appartement de la Reine. Là, il aurait reçu des mains
-de Toulan, qui l'aurait vivement et à haute voix gourmandé de n'être
-pas venu lui-même et d'avoir fait faire la besogne par ses enfants,
-les deux jeunes princes, accoutrés en petits lampistes, qui seraient
-ainsi allés retrouver leur mère, sortie avant eux. A l'heure dite et
-au lieu convenu, trois cabriolets auraient été préparés à l'avance. La
-Reine et son fils seraient montés dans le premier avec M. de Jarjayes;
-Madame Royale, dans le second, avec Lepître; Mme Elisabeth, dans
-le troisième, avec Toulan. Des passeports, bien en règle[1456], ne
-laissaient pas d'inquiétude pour la route. Le plan avait été concerté
-de telle sorte qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des fugitifs
-que cinq ou six heures après leur départ. C'était assez d'avance pour
-qu'ils pussent gagner les côtes de Normandie, où un bateau attendait
-près du Havre et les transporterait en Angleterre[1457].
-
-Tout était convenu et la Reine approuvait le projet qui devait être
-mis à exécution le 8 mars. Malheureusement, le 7, une assez vive
-agitation se manifesta dans Paris, causée à la fois par la rareté des
-subsistances et par les mauvaises nouvelles qui arrivaient des armées;
-les Français avaient dû évacuer Aix-la-Chapelle et lever le siège de
-Maëstricht; les Autrichiens étaient rentrés à Liège. Sous le coup de
-ces nouvelles, les sections réclamaient la clôture des barrières pour
-empêcher la sortie des suspects. Le Conseil se contenta de suspendre
-la délivrance des passeports pour l'étranger. Mais il n'eût pas été
-prudent, au milieu de cette agitation et de cette méfiance, de tenter
-une évasion toujours difficile, plus difficile encore à un moment où
-l'attention était plus particulièrement en éveil. Il fallut ajourner,
-puis abandonner le projet.
-
-Mais si la fuite de la famille royale était devenue impossible, si
-celle du jeune Roi, entre autres, tout spécialement surveillé, se
-heurtait à des obstacles presque insurmontables, ne serait-il pas
-possible au moins de sauver la Reine, la plus exposée de tous aux
-haines populaires? Les deux intrépides alliés, Toulan et Jarjayes,
-étudièrent un nouveau plan. Dans ce plan, c'était encore Toulan, seul,
-cette fois, qui se chargeait de faire sortir Marie-Antoinette et de la
-mener dans un lieu déterminé, où elle eût retrouvé Jarjayes. Celui-ci,
-de son côté, s'était ménagé les moyens de la conduire en sûreté.
-Mais la Reine accepterait-elle cette combinaison? Consentirait-elle
-à fuir seule, laissant sa belle-sœur, ses enfants surtout, entre
-les mains de leurs bourreaux? Les prières de Toulan et de Jarjayes,
-les supplications de Mme Élisabeth, la certitude que cette tante
-admirable serait une admirable seconde mère pour les orphelins, avaient
-fini par triompher des répugnances de Marie-Antoinette. Elle s'était
-résignée, non sans des retours terribles, et des velléités incessantes
-de refus, à se prêter au désir de ses sauveurs. Le jour de l'évasion
-approchait; on était à la veille, au soir; les enfants étaient couchés;
-mais Madame Royale ne dormait pas; la Reine et Mme Élisabeth
-causaient ensemble, avec quelle angoisse, avec quelle souffrance de
-cette imminente séparation, on le devine. «Résolue au sacrifice qu'on
-lui demandait, raconte M. de Beauchesne, qui a recueilli, sur cette
-scène émouvante, les précieux souvenirs de la duchesse d'Angoulême, la
-Reine était assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille que cet
-enfant soit heureux!» dit-elle.—«Il le sera, ma sœur,» répondit Mme
-Élisabeth en montrant à la Reine la figure naïve, ouverte, douce et
-fière du Dauphin.—«Toute jeunesse est courte comme toute joie,» murmura
-Marie-Antoinette, avec un serrement de cœur indicible; «on en finit
-avec le bonheur, comme avec toute autre chose!» Puis, se levant, elle
-marcha quelque temps dans sa chambre en disant: «Et vous-même, ma
-bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je? C'est impossible! C'est
-impossible[1458]!»
-
-Et lorsque, le lendemain, Toulan vint, prêt au départ, et tout heureux
-à la pensée qu'il allait sauver la veuve de son Roi, la Reine s'avança
-vers lui: «Vous allez m'en vouloir, lui dit-elle, mais j'ai réfléchi.
-Il n'y a ici que danger; mieux vaut mort que remords.»
-
-Et elle le chargea pour Jarjayes du billet suivant, qui a été révélé
-pour la première fois par Chauveau-Lagarde:
-
-«Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. _Mais nous y avons beaucoup
-gagné_, en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt de
-mon fils est le seul qui me guide. _Quelque bonheur que j'eusse éprouvé
-à être hors d'ici_, je ne peux consentir à me séparer de lui. Je ne
-pourrais jouir de rien sans mes enfants, _et cette idée ne me laisse
-pas même un regret_[1459].»
-
-«Je mourrai malheureuse, avait encore dit la Reine à Toulan, si je n'ai
-pu vous prouver ma gratitude.»—«Et moi, Madame, avait répondu Toulan,
-si je ne puis vous montrer mon dévouement.» Ce dévouement, le fidèle
-municipal ne tarda pas en à donner une nouvelle preuve. Il savait
-avec quelle ardeur la Reine et les princesses désiraient posséder
-les derniers souvenirs du Roi, ces objets précieux que l'infortuné
-monarque avait remis à Cléry pour Marie-Antoinette et que la Commune
-n'avait pas permis à Cléry de porter à la royale destinataire.
-L'anneau, le cachet de Louis XVI, le petit paquet de cheveux, repris
-au fidèle serviteur à la sortie du Temple, le 1er mars[1460], tout
-cela était placé sous les scellés et conservé dans l'appartement du
-condamné. Avec une rare habileté, Toulan trouva moyen de les enlever
-et d'apporter à la Reine ces chères reliques du martyr. La Reine les
-reçut en pleurant d'attendrissement et de joie; mais elle craignit que
-quelque dénonciation de Tison, que quelque perquisition minutieuse ne
-fît découvrir ces précieux gages de l'affection de son mari, et, pour
-les mettre en sûreté, elle se décida à les envoyer à l'étranger. Ce
-fut encore aux deux vaillants complices, Toulan et Jarjayes, qu'elle
-s'adressa: Toulan reçut les objets, et Jarjayes se chargea de les
-porter à Monsieur et au comte d'Artois, avec des lettres des royales
-prisonnières.
-
-«Ayant un être fidèle, sur lequel nous pouvons compter, écrivait la
-Reine à Monsieur, j'en profite pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt
-qui ne peut être confié qu'en ses mains. Le porteur vous dira par quel
-miracle nous avons pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous
-dire moi-même le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où
-nous avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles
-et l'excès de nos malheurs nous font sentir encore plus vivement notre
-cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
-en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
-cœur[1461].»
-
-Et elle écrivait au comte d'Artois:
-
-«Ayant trouvé enfin un moyen de confier à notre frère un des seuls
-gages qui nous restent de l'être que nous chérissons et pleurons tous,
-j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui vienne de
-lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre avec laquelle je
-vous embrasse de tout cœur[1462].»
-
-La mission fut remplie. Jarjayes pourtant ne partit pas tout de suite:
-il espérait toujours. Mais lorsque Barnave fut arrêté, le général, qui
-plus d'une fois avait servi d'intermédiaire dans les relations des
-Constitutionnels avec la Cour, craignit d'être arrêté lui-même, et,
-redoutant avec l'éloquent député une confrontation qui aurait pu être
-compromettante pour tous deux et surtout pour la Reine, il se décida
-à se réfugier à Turin[1463]. C'est de là que, par l'entremise du roi
-de Sardaigne, il fit parvenir à Monsieur et au comte d'Artois les
-souvenirs de Louis XVI et les lettres de Marie-Antoinette. Mais, avant
-de partir, il avait reçu de la «grande et infortunée souveraine» le
-billet suivant:
-
-«Adieu, je crois que, si vous êtes bien décidé à partir, il vaut mieux
-que ce soit promptement. Mon Dieu que je plains votre pauvre femme! T.
-vous dira l'engagement formel que je prends de vous la rendre, si cela
-m'est possible.
-
-«Que je serai heureuse, si nous pouvons être bientôt réunis! Jamais je
-ne pourrai assez reconnaître ce que vous avez fait pour nous.
-
-«Adieu! Ce mot est cruel[1464].»
-
-Ainsi l'isolement se faisait chaque jour davantage; le cercle de fer
-se resserrait autour des prisonnières; elles conservaient pourtant
-encore,—ce billet le prouve,—l'espoir d'une délivrance possible
-et peut-être prochaine. Illusion trop tôt démentie. Le 27 mars,
-Robespierre demandait le bannissement des Bourbons, à l'exception
-de Marie-Antoinette, qui devait être traduite devant le Tribunal
-révolutionnaire, et du fils de Capet, qui resterait détenu à la Tour
-du Temple. La Convention, pour cette fois, passa à l'ordre du jour;
-mais la Commune avait-elle eu vent des généreux desseins de Toulan et
-de Jarjayes? Sa méfiance devenait plus soupçonneuse; sa haine, plus
-persécutrice.
-
-Un jour, le 25 mars, le feu avait pris à la cheminée de la Reine. «Le
-soir, dit Madame Royale, Chaumette, procureur de la Commune, vint
-pour la première fois reconnaître ma mère et lui demander si elle ne
-désirait rien. Ma mère demanda seulement une porte de communication
-avec la chambre de ma tante; les deux terribles nuits que nous avions
-passées chez elle, nous avions couché, ma tante et moi, sur un des
-matelas par terre. Les municipaux s'opposèrent à cette demande; mais
-Chaumette dit que, dans l'état de dépérissement où était ma mère,
-cela pourrait être nécessaire à sa santé et qu'il en parlerait au
-Conseil général. Le lendemain, il revint à dix heures du matin avec
-Pache, le maire, et cet affreux Santerre, commandant général de la
-garde nationale. Chaumette dit à ma mère qu'il avait parlé au Conseil
-général de sa demande pour la porte et qu'elle avait été refusée.
-Elle ne répondit rien. Pache lui demanda si elle n'avait point de
-plainte à porter. Ma mère dit non, et ne fit pas d'attention à ce qu'il
-disait[1465].»
-
-Des précautions nouvelles étaient prises; on élevait un mur dans le
-jardin; on mettait des jalousies au haut de la Tour; on bouchait
-tous les trous avec soin[1466]. Le 1er août, la Commune décida
-«qu'aucune personne de garde au Temple n'y pourrait dessiner quoi que
-ce soit, que les commissaires de service ne devraient avoir aucune
-communication avec les personnes détenues ni se charger d'aucune
-commission pour elles, que Tison et sa femme ne pourraient sortir de
-la Tour ni communiquer avec qui que ce soit au dehors[1467]». Mais
-cette prohibition nouvelle, si dure pour les captives, l'était aussi
-pour les Tison: ils n'avaient plus le droit de voir personne, pas même
-leurs parents. Un jour qu'on leur avait refusé de laisser monter leur
-fille,—c'était le 19 avril,—Tison entra dans une violente colère et, ne
-sachant sur qui faire retomber sa rage, il s'en prit naturellement aux
-prisonnières et à ceux qui semblaient leur témoigner quelque intérêt.
-Il déclara à Pache, qui se trouvait à la Tour, que certains municipaux
-parlaient bas à la Reine et à Mme Élisabeth. Sommé de donner
-leurs noms, il dénonça Toulan, Lepître, Brunot, Moëlle, Vincent et le
-médecin Brunier, et ajouta que les captives avaient des correspondances
-avec le dehors. Comme preuve, il raconta qu'un jour, après souper, la
-Reine, en tirant son mouchoir, avait laissé tomber un crayon et que
-chez Mme Élisabeth il y avait des pains à cacheter, de la cire et
-des plumes dans une boîte. Sa femme, mandée, répéta la même chose; la
-dénonciation, signée des deux espions, fut envoyée à la Commune qui,
-après avoir fait apposer les scellés chez les municipaux suspects,
-décida qu'une perquisition minutieuse serait faite au Temple.
-
-Le 20, à dix heures trois quarts du soir[1468], les princesses venaient
-de se coucher, lorsque Hébert arriva, escorté de plusieurs municipaux;
-à l'odieux de l'inquisition il avait voulu ajouter la terreur de la
-surprise, en pleine nuit. Les prisonnières se levèrent précipitamment.
-Hébert leur lut un arrêté de la Commune, qui ordonnait de les fouiller
-«à discrétion[1469]». On chercha dans tous les meubles, partout, même
-sous les matelas. Le jeune prince dormait; on l'arracha durement de son
-lit pour fouiller dedans: sa mère le prit dans ses bras, tout transi de
-froid. La visite dura cinq heures jusqu'à quatre heures du matin: on
-ne trouva rien, sauf, sur la Reine, un portefeuille de maroquin rouge
-qui contenait quelques adresses et un porte-crayon d'acier sans mine,
-et chez Mme Elisabeth un bâton de cire rouge ayant déjà servi et un
-peu de poudre de buis. A Marie-Thérèse on enleva un sacré-cœur et une
-prière pour la France. Furieux de n'avoir saisi que ces bagatelles,
-Hébert et ses acolytes forcèrent la Reine et Mme Élisabeth à signer
-le procès-verbal de perquisition, les menaçant, en cas de refus, de
-leur enlever Louis XVII et Marie-Thérèse[1470]. Trois jours après,
-ils revinrent, et cette fois ils découvrirent, sous le lit de Mme
-Élisabeth, un chapeau d'homme, renfermé dans une cassette; c'était
-un chapeau que Louis XVI avait porté au commencement de sa captivité
-au Temple et que sa sœur lui avait demandé, afin de le conserver
-en souvenir de lui[1471]. Une pareille relique était suspecte; les
-commissaires emportèrent le chapeau, malgré les supplications de
-Mme Élisabeth; mais ils durent avouer dans le procès-verbal qu'ils
-n'avaient trouvé «aucun vestige de correspondance avec le dehors, ni
-de connivence entre elles,—les prisonnières,—et les six membres du
-Conseil, inculpés dans le rapport de Tison[1472]». Les six municipaux
-n'en furent pas moins suspendus de leurs fonctions, et les deux plus
-compromis, Toulan et Lepître, rayés de la liste des commissaires
-chargés de la surveillance du Temple.
-
-Cependant, à l'étranger, les amis de la famille royale ne restaient pas
-inactifs; Fersen redoublait ses démarches près de toutes les Cours.
-
-Mais comment amener un accord, quand les Cours, quand les fidèles
-même de la monarchie étaient divisés? Catherine II n'aimait pas
-Marie-Antoinette[1473]; l'Autriche se méfiait de la Prusse[1474];
-la Russie était mécontente de l'Autriche[1475]; Fersen lui-même
-était rempli de préventions contre la Marck et Mercy[1476]. Il ne se
-décourageait pas cependant. Dès le mois de septembre 1792, il avait
-voulu faire agir l'Angleterre, qui, n'étant pas alors en guerre avec
-la France, aurait peut-être été écoutée à Paris; mais Pitt était resté
-froid et s'était borné à des protestations d'intérêt platonique.
-L'Espagne seule avait fait faire des observations par l'organe de
-son ambassadeur. L'assassinat du 21 janvier avait été la réponse
-de la Convention aux déclarations de l'Angleterre et de l'Espagne.
-Après la mort de Louis XVI, l'Autriche avait songé à réclamer la
-Reine. «Faute de n'avoir pas cru possible l'assassinat du Roi de
-France, écrivait Mercy à la Marck devenu prince d'Arenberg, peut-être
-n'a-t-on pas fait tout ce qui était faisable pour prévenir cette
-horreur. Tâchons du moins qu'il n'en soit pas de même à l'égard de
-cette infortunée Reine, qui doit devenir maintenant le constant objet
-de notre sollicitude[1477].» Mais on ne tarda pas à renoncer à ces
-démarches, dans la crainte qu'elles fussent tout au moins inutiles,
-et peut-être nuisibles. «L'intérêt que l'Empereur manifestera pour sa
-tante, disait Fersen, ne sera-t-il pas une raison pour les factieux
-et un moyen dont ils se serviront pour la perdre, en réveillant les
-haines contre les Autrichiens et montrant la Reine comme étrangère et
-complice des crimes qu'ils ont imputés au Roi[1478]?» Ne valait-il
-pas mieux, à force d'argent et de promesses, gagner quelques meneurs
-influents, comme Laclos, Santerre, Dumouriez[1479]? Dumouriez surtout,
-alors à la tête d'une armée victorieuse, et qui, ancien serviteur
-de la monarchie, pouvait avoir la pensée de la restaurer avec Louis
-XVII. Quelque temps après, en effet, comme pour donner raison aux
-prévisions du dévoué Suédois, les Constitutionnels,—c'est le mot dont
-il se sert,—proposaient au baron de Breteuil d'obtenir un décret de
-bannissement pour la Reine et ses enfants; ils exigeaient pour cela six
-millions, payables lorsque les prisonniers eussent été en sûreté sur
-la terre étrangère; le baron demanda les six millions à Pitt, qui fit
-des objections, et l'affaire n'eut pas de suite[1480]. Mais un peu plus
-tard, un homme de confiance de Dumouriez vint à son tour s'aboucher
-avec M. de Breteuil[1481]: le général était las du despotisme de
-la Convention, indigné de la mort du Roi et des atrocités qui se
-commettaient à Paris. Le baron s'adressa de nouveau à l'Angleterre,
-qui, cette fois encore, traîna en longueur. Mais, avec ou sans les
-émigrés, Dumouriez poursuivait son plan. Le 12 mars, il avait avec les
-commissaires de la Convention une vive altercation. Le 25, il recevait
-à son quartier général le colonel autrichien Mack, envoyé du prince de
-Cobourg, et, après avoir exhalé devant lui tous ses griefs contre le
-gouvernement révolutionnaire, il s'écriait: «Il nous est impossible
-de rester plus longtemps spectateurs tranquilles de tant d'horreurs.
-Je veux disperser cette criminelle Convention, rétablir la royauté
-constitutionnelle, proclamer le Dauphin roi de France, sauver les
-jours de la Reine.» Quelques jours après, l'accord était fait entre
-le prince allemand et le général français. Cobourg s'engageait à ne
-pas inquiéter Dumouriez, et celui-ci, à la tête de son armée, devait
-marcher sur Paris, dissoudre la Convention et restaurer la monarchie.
-
-«Un exprès, envoyé par le vicomte de Caraman au baron de Breteuil,
-écrivait Fersen tout joyeux sur son _Journal_, a apporté l'arrangement
-fait par Dumouriez avec le prince de Cobourg. J'en envoyai une
-estafette en porter la nouvelle en Suède. La joie fut très vive. J'en
-eus d'autant plus que je ne craignais plus rien pour la Reine[1482].»
-
-Mais déjà les intrigues renaissaient. En cas de rétablissement de la
-monarchie, qui aurait la régence? L'entourage de Monsieur la demandait
-pour lui[1483]; les amis de la Reine, s'appuyant sur les précédents,
-la revendiquaient pour elle, et il n'était pas bien sûr que Dumouriez
-vainqueur ne réclamât un titre auquel la grandeur du service rendu
-semblerait lui donner quelque droit. Pour prévenir ces conflits et
-régler l'attitude à prendre, Fersen voulait envoyer d'une part à Vienne
-et à Hamm le marquis de Limon, afin de décider Monsieur à renoncer à
-ses prétentions; d'autre part, à Paris, l'évêque de Pamiers, Mgr
-d'Agout, afin de «voir la Reine au moment de sa délivrance, pour
-l'instruire de sa position et lui donner des conseils sur ce qu'elle
-aurait à faire[1484].» Et lui-même rédigeait une longue lettre à
-Marie-Antoinette pour lui expliquer toute sa politique. Il fallait se
-servir de Dumouriez, sans se livrer à lui; car c'était un «gueux qui
-dans le fait n'a cédé qu'à la nécessité et n'a voulu se bien conduire
-que lorsqu'il voyait l'impossibilité de résister plus longtemps[1485]».
-C'était néanmoins un auxiliaire utile pour le rétablissement de la
-monarchie en son entier, telle que la Reine la voulait et que les
-circonstances le permettaient. Car il saurait d'une part neutraliser
-l'influence des émigrés; de l'autre résister aux Puissances, comme
-l'Angleterre et l'Autriche, qui avaient intérêt à «donner à la France
-un gouvernement qui la tienne dans un état de faiblesse». On formerait
-un Conseil de régence où l'on aurait soin de contrebalancer les
-influences diverses, les Princes par Dumouriez, Monsieur par le baron
-de Breteuil. «Il faudra écrire à l'Empereur, aux rois de Prusse et
-d'Angleterre. Ils ont été parfaits pour vous, surtout le roi de Prusse.
-Il faudrait aussi écrire à l'Impératrice, mais une lettre simple et
-digne; car je ne suis pas content de sa conduite; elle n'a jamais
-répondu à votre lettre.» En tout cas, «jusqu'au moment où vous serez
-reconnue régente et où vous aurez formé votre Conseil, il faut faire le
-moins possible et payer tout le monde en politesses[1486].»
-
-Ainsi l'on réglait tout, on partageait les places, on distribuait les
-honneurs, comme si l'entreprise, qui n'était pas encore commencée,
-avait déjà abouti. Le cœur se serre en lisant dans tous ses détails ce
-plan d'une restauration qui ne devait pas se faire et en songeant que
-celle sur la tête de laquelle l'ardente imagination de Fersen voyait
-déjà rétablie la couronne de France, ne devait plus avoir d'autre
-couronne que celle du martyre. Mais à ce moment, qui doutait du succès?
-Quand les généraux de la République abandonnaient la République,
-comment ne pas croire au rétablissement de la monarchie? L'illusion fut
-de courte durée; le jour même où Fersen traçait à la Reine ce plan de
-conduite, il apprenait la ruine complète de ses rêves: depuis quatre
-jours déjà, Dumouriez était en fuite; abandonné par son armée, fusillé
-par les volontaires, il avait dû se réfugier à Mons avec tout son
-état-major[1487].
-
-Un dernier espoir restait: l'échange des prisonniers du Temple contre
-les commissaires de la Convention, livrés par Dumouriez et détenus à
-Maëstricht. Des négociations furent entamées; elles échouèrent[1488],
-et cette chance suprême s'évanouit.
-
-Au lieu de la délivrance ce fut la maladie qui entra à la Tour. Tant
-de souffrances morales et physiques avaient altéré la santé des
-prisonniers. Madame Royale était venue coucher dans la chambre de sa
-mère, dans la crainte que la Reine ou le Dauphin ne se trouvassent mal
-la nuit et ne restassent ainsi sans secours[1489]. La santé du jeune
-prince déclinait aussi: pauvre enfant qui, habitué à la vie active, ne
-prenait presque plus d'exercice et qui, à huit ans, à l'âge où l'on a
-besoin de bonheur et d'expansion, vivait «toujours au milieu des larmes
-et des secousses, des saisissements et des terreurs continuelles[1490]».
-
-Après le 21 janvier, la Reine avait refusé de descendre au jardin:
-elle ne pouvait se résoudre à passer devant la chambre vide de
-son époux. Mais, craignant que le défaut d'air ne fît du mal à ses
-enfants, elle avait demandé, à la fin de février, l'autorisation de
-monter avec eux sur la plate-forme de la Tour; humaine ce jour-là, par
-hasard, la Commune l'avait permis[1491]. C'était l'air du moins et un
-peu de liberté, lorsque Mme Élisabeth réussissait à entraîner les
-surveillants derrière le toit de la Tour, afin de laisser la Reine hors
-de la vue, ou qu'on avait affaire à quelque municipal compatissant,
-comme Moëlle[1492]. Mais qu'était-ce que cette promenade circonscrite à
-un espace de quelques pieds carrés, car la flèche aiguë qui surmontait
-la Tour occupait le milieu de la plate-forme[1493], et il fallait se
-réduire à faire le tour du parapet. Plus de jeux, plus d'exercices,
-plus de courses, comme dans le jardin. Sans doute, la vue était belle;
-l'air était vif; mais le vent aussi était violent à cette hauteur et
-l'ombre des murs souvent perfide.
-
-Un jour, au commencement de mai, au retour de cette triste promenade,
-le jeune Roi se plaignit d'un point de côté; le 9, à sept heures du
-soir, il fut pris d'une fièvre violente, accompagnée de mal de tête. Il
-ne pouvait rester couché, parce qu'il étouffait. La Reine, inquiète,
-demanda qu'on fît venir le médecin habituel de ses enfants, Brunier. Le
-Conseil ne fit que rire des alarmes de la pauvre mère; les municipaux
-dirent qu'elle s'inquiétait pour rien[1494]. Hébert avait vu à cinq
-heures l'enfant sans fièvre, et d'ailleurs Brunier était suspect: il
-s'était découvert respectueusement devant ses anciens maîtres et avait
-été dénoncé par Tison avec Toulan et Lepître. La fièvre redoubla. Pour
-ne pas rester dans cet air malsain, Madame Royale quitta la chambre de
-sa mère et Mme Élisabeth vint la nuit y prendre sa place. La maladie
-ne cédait pas aux soins maternels: la Reine redemanda un médecin.
-Cette fois, la Commune se détermina à en accorder un; mais ce ne fut
-pas Brunier, ce fut Thierry, médecin ordinaire des prisons, «attendu
-que ce serait blesser l'égalité de lui en envoyer un autre.» Thierry
-vint le matin et trouva un peu de fièvre à l'enfant; il revint dans
-la journée et constata que la fièvre était plus forte. Heureusement
-c'était un brave cœur, estimé comme homme et comme praticien. Il soigna
-le jeune malade avec dévouement et eut l'attention et le courage
-d'aller conférer du traitement à suivre avec Brunier qui, connaissant
-de longue date le tempérament du prince, pouvait mieux indiquer le
-remède. Le remède en effet,—c'était une médecine,—fit du bien; mais la
-Reine ne dormit pas de la nuit, parce que la dernière fois que son fils
-avait été purgé, il avait eu des convulsions affreuses. Le mal céda
-cependant; mais la fièvre et le point de côté revinrent de temps en
-temps. La santé du malheureux enfant commençait à s'altérer; elle ne se
-remit jamais complètement[1495]. Pendant les mois de mai, de juin et de
-juillet, on trouve, sur les mémoires du citoyen Robert, apothicaire, de
-nombreux médicaments fournis pour lui[1496]. Le il juin, on s'aperçut
-même que le jeune prince s'était blessé en jouant sur un bâton[1497],
-et le bandagiste de la prison dut venir le visiter[1498]. Pour le
-distraire, pendant qu'il était au lit, la Reine lui lisait _Gil-Blas_.
-
-Le contrecoup des agitations de Paris se faisait toujours sentir au
-Temple. Le 31 mai, on défendit aux prisonniers de monter à la Tour
-pour prendre l'air. Quelques jours après, à six heures du soir,
-Chaumette vint avec Hébert; tous deux étaient ivres. Chaumette demanda
-à la Reine si elle avait des désirs à exprimer ou des plaintes à
-formuler; la Reine répondit négativement et ne fit plus attention
-à ses sinistres visiteurs; mais leur présence prolongée lui était
-odieuse. Mme Élisabeth, pour délivrer sa belle-sœur de ce supplice,
-demanda à Chaumette pourquoi il était venu et pourquoi il restait.
-«C'est,» répondit le Procureur de la commune, «que je fais la visite
-des prisons, et toutes les prisons étant égales, je suis venu au
-Temple comme ailleurs.» La nuit suivante, Louis XVII se trouva mal;
-ces accidents arrivaient fréquemment au pauvre enfant, privé d'air et
-d'exercice; Thierry vint le voir et, pour cette fois, l'indisposition
-n'eut pas de suite[1499].
-
-Autour du Temple cependant les amis de la Reine veillaient encore.
-Grâce à la connivence de municipaux compatissants, quelques-uns
-réussissaient à s'introduire dans la prison, comme ce La Caze, dont
-parle Fersen, qui trouva Marie-Antoinette peu changée, mais Mme
-Élisabeth tellement méconnaissable qu'il ne la reconnut que lorsque
-la Reine l'appela _ma sœur_[1500]. Une autre fois, c'était une
-Anglaise, Mme Atkyns, qui pénétrait près de la Reine et lui offrait
-de changer de vêtements avec elle pour faciliter son évasion. Mais il
-fallait partir seule; cette fois encore Marie-Antoinette refusa[1501].
-C'était surtout l'intrépide et infatigable baron de Batz, toujours
-aux aguets pour saisir une occasion favorable, toujours prêt à jouer
-sa tête pour sauver les débris de la famille royale. Ancien membre
-de la Constituante, possesseur d'une grande fortune, qu'il avait
-généreusement mise à la disposition du Roi[1502], Batz avait trouvé
-moyen d'acheter ou de gagner plusieurs membres de la Convention et
-plusieurs municipaux; caché dans Paris, tantôt dans une maison, tantôt
-dans une autre, il déroutait la police et seul jetait la terreur chez
-ceux qui terrorisaient la France. Sa principale retraite était rue
-Richelieu, chez un épicier nommé Cortey, royaliste caché, qui, par ses
-relations avec Chrétien, juré du Tribunal révolutionnaire et principal
-agent du Comité de la section—Lepelletier, avait réussi à se faire
-inscrire parmi les commandants chargés de la garde de la Tour. Grâce
-à lui, Batz, sous le nom de Forget, fut compris parmi les hommes de
-service au Temple et put ainsi étudier les lieux pour l'entreprise
-qu'il méditait. Quand il eut tout examiné, il s'ouvrit à un municipal,
-jadis révolutionnaire ardent, mais qui, converti, lui aussi, par le
-spectacle des vertus des prisonniers, dissimulait, sous les apparences
-d'un civisme bruyant, un dévouement à toute épreuve pour la famille
-royale, dévouement qu'il devait payer de sa vie. Homme de tête et de
-sang-froid, Michonis était bien le complice qui convenait à Batz; il
-se chargea de tout organiser à l'intérieur. En même temps, le baron
-s'assura, dans sa section, de la coopération active d'une trentaine de
-fidèles, dont il connaissait le courage et la discrétion[1503]. Mais,
-pour réussir, il fallait que Michonis et Cortey fussent de service
-ensemble.
-
-Le jour désiré arriva enfin[1504]. Cortey entre au Temple avec son
-détachement dans lequel Batz figure sous son nom d'emprunt; il
-distribue le service de manière à mettre ses trente hommes dévoués aux
-postes de la Tour et de l'escalier ou dans des patrouilles entre minuit
-et deux heures du matin. A la même heure, Michonis sera de garde dans
-l'appartement des princesses, tandis que ses collègues resteront dans
-la chambre du Conseil.
-
-C'est lui qui ouvrira la porte aux prisonniers; il les revêtira
-d'amples redingotes d'uniforme, dont quelques-uns des hommes de Cortey
-ont pris la précaution de se munir. Les princesses, sous ce déguisement
-et l'arme au bras, seront placées dans une patrouille au milieu de
-laquelle on cachera le jeune Roi. La patrouille sera conduite par
-Cortey, qui, seul, en sa qualité de commandant général, a le pouvoir
-de faire ouvrir les grandes portes pendant la nuit. Au dehors, dans la
-rue Charlot[1505], tout est préparé pour une fuite rapide; les mesures
-ont été bien prises: «elles sont, dit Sénar qui les a connues, aussi
-hardies que bien menées.»
-
-L'heure approche; il est onze heures. Tout à coup Simon arrive
-essoufflé; un gendarme lui a remis ce billet: «Michonis vous trahira
-cette nuit; veillez.» En lisant cette dénonciation, Simon a bondi; il a
-prévenu ses collègues qui l'ont chargé de veiller. «Si je ne te voyais
-pas ici, dit-il à Cortey, je ne serais pas tranquille.» A ces mots,
-prononcés d'une voix brusque, à l'attitude de Simon, Batz reconnaît
-qu'il est trahi; un moment il songe à casser d'un coup de pistolet
-la tête de l'espion; mais il réfléchit que le bruit de la détonation
-causera un mouvement général qui compromettra ceux qu'il veut sauver.
-Simon monte à la Tour et enjoint à Michonis de cesser ses fonctions
-et de le suivre. Michonis obéit avec un imperturbable sang-froid; en
-sortant, il glisse un mot à Cortey; mais déjà celui-ci a pris son
-parti; sous prétexte de quelque bruit entendu au dehors, il fait sortir
-une patrouille dans laquelle il a placé le baron de Batz. L'entreprise
-a échoué; mais les conspirateurs sont sauvés. Michonis, conduit à la
-Commune, y subit un interrogatoire sévère; mais il répond avec une
-telle présence d'esprit qu'il déconcerte ses juges, et Simon est traité
-de visionnaire et de calomniateur[1506].
-
-Cependant le remords, lui aussi, faisait son apparition à la Tour.
-Depuis quelque temps déjà, la femme Tison donnait des marques de
-dérangement d'esprit; elle ne voulait plus sortir; elle riait, criait,
-pleurait toute seule; elle parlait de ses fautes, de ses dénonciations,
-de prison, d'échafaud, de la famille royale, se reconnaissant indigne
-de l'approcher. La nuit, elle faisait des rêves affreux, poussait des
-hurlements horribles, qui troublaient le sommeil des captifs. On fit
-venir sa fille un soir, à dix heures, pour la calmer; l'heure tardive
-l'effraya encore davantage; elle ne voulait pas descendre; elle criait:
-«On va nous mettre en prison;» elle se roulait dans l'escalier[1507].
-Elle aperçut la Reine et se précipita à ses pieds: «Madame, dit-elle,
-je demande pardon à Votre Majesté; je suis une malheureuse; je suis
-la cause de votre mort et de celle de Mme Élisabeth.» Turgy entra;
-elle courut à lui, se jeta à ses genoux, en répétant sans cesse: «Je
-suis une malheureuse; je suis cause de la mort de la Reine et de
-Mme Élisabeth[1508].» Les princesses la relevèrent, cherchèrent à
-la calmer, la soignèrent avec une pitié, une charité que n'autorisait
-guère la conduite de cette femme. Elles l'assurèrent qu'elles lui
-pardonnaient. Mais rien ne pouvait apaiser cette folie, fille du
-remords; la malheureuse se tordait toujours dans les cris et dans les
-convulsions. Il fallut appeler huit hommes pour la contenir; le 29
-juin[1509], on la transporta dans le château; huit jours après, le 6
-juillet, on dut la transférer à l'Hôtel-Dieu, où l'on mit près d'elle
-une femme, chargée de l'espionner à son tour[1510].
-
-Et la Reine, opiniâtre dans sa miséricorde, écrivait à Toulan, dans
-un de ces billets que le fidèle Turgy parvenait à soustraire aux
-recherches des municipaux: «La femme Tison est-elle bien soignée[1511]?»
-
-La méchanceté de Tison ne tint pas contre cet admirable pardon des
-injures. Pris de remords, lui aussi, il s'efforça de faire oublier sa
-conduite passée en se dévouant, comme Turgy, au service de celles qu'il
-avait espionnées si longtemps[1512].
-
-Mais la Convention et la Commune n'avaient point de ces repentirs;
-elles étaient impitoyables dans leur haine; elles persécutaient, parce
-qu'elles avaient peur. L'image de la royauté, qu'elles avaient cru
-détruire le 21 janvier, les poursuivait, comme un menaçant fantôme.
-Louis XVI était mort, mais Louis XVII vivait. Le nom de l'enfant roi
-revenait sans cesse dans les espérances de ses partisans, dans les
-préoccupations des bourreaux de son père. Le 30 juin, des membres
-de la section du Pont-Neuf se rendirent au Comité de Salut public
-et annoncèrent qu'un complot s'était formé, sous la conduite du
-général Dillon, pour renverser la Convention, enlever Louis XVII et
-le proclamer Roi, sous la régence de Marie-Antoinette. Le lendemain,
-1er juillet, le Comité de Salut public répondit à cette dénonciation
-en arrêtant que le jeune Louis Capet serait séparé de sa mère, placé
-dans un appartement à part, «le mieux défendu de tout le local
-du Temple,» et remis à un instituteur du choix de la Commune. La
-Convention s'empressa de sanctionner la résolution de son Comité; dès
-le 3 juillet, l'arrêté fut mis à exécution.
-
-A neuf heures et demie du soir, six municipaux se rendirent au Temple
-pour ravir l'enfant royal. Le jeune prince dormait; un châle, tendu
-autour de son lit, à défaut de rideaux, l'abritait contre l'air et
-la lumière. Assises près de sa couche, la Reine et Mme Elisabeth
-réparaient, de leurs mains, ses vêtements troués; Madame Royale faisait
-la lecture à haute voix dans une _Semaine sainte_, que Turgy avait
-trouvé moyen de faire parvenir à Mme Elisabeth au mois de mars.
-La religion présidait ainsi à ces tristes veilles; sa voix austère
-sanctifiait ces travaux et affermissait ces cœurs si tendres contre les
-sacrifices déjà consommés et ceux qui les attendaient encore.
-
-Tout à coup, la porte s'ouvre; les municipaux entrent. «Nous venons,
-dit l'un d'eux, vous notifier l'ordre du Comité portant que le fils
-de Capet sera séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine se lève,
-pâle et frémissante. «M'enlever mon enfant!» s'écrie-elle, «cela n'est
-pas possible! On ne peut pas songer à me séparer de mon fils. Mes
-soins lui sont nécessaires.»—«Le Comité a pris cet arrêté,» riposte
-le municipal; «la Convention l'a ratifié; nous devons en assurer
-l'exécution immédiate.»—«Non, reprend la malheureuse mère, n'exigez
-pas de moi cette séparation.» Et les mains jointes, les yeux humides,
-la poitrine haletante, elle se place près du lit avec sa belle-sœur et
-sa fille, comme une lionne qui défend ses petits. Dans ces mouvements,
-le châle tombe; l'enfant s'éveille; entendant ce tumulte, voyant sa
-mère en pleurs, ces hommes menaçants: «Maman, maman,» dit-il, en lui
-tendant les bras, «ne me quittez pas.» Et la mère saisit son fils,
-le couvre de baisers, le serre sur son cœur, se cramponne en quelque
-sorte aux pieds du lit, pour qu'on ne puisse l'en détacher. «Vous
-me tuerez,» dit-elle, «avant de me l'arracher.» Puis, abdiquant sa
-fierté pour s'abaisser à la prière, oubliant qu'elle est reine, pour
-se souvenir seulement qu'elle est mère, elle adjure les ravisseurs
-d'avoir pitié d'elle et de son enfant; elle se répand en larmes, en
-sanglots, en supplications. A côté d'elle, Mme Elisabeth et Madame
-Royale pleurent et prient; elles s'efforcent, mais en vain, d'attendrir
-le cœur des geôliers; ces hommes n'ont pas de cœur. «A quoi bon toutes
-ces criailleries? riposte brutalement un des municipaux; on ne le tuera
-pas, ton fils. Livre-le nous de bonne grâce, ou nous saurons bien nous
-en rendre maîtres.» Et un autre propose de faire monter la garde pour
-enlever de force l'enfant[1513].
-
-«Une heure, raconte Madame Royale, se passa ainsi en résistance de
-sa part,—de la part de la Reine,—en injures, en menaces de la part
-des municipaux, en pleurs et en défenses de nous tous. Enfin, ils la
-menacèrent si positivement de le tuer, ainsi que moi, qu'il fallut
-qu'elle cédât encore, par amour pour nous[1514].»
-
-Oui, pour arracher un fils à sa mère, on eut l'odieux courage de
-menacer cette mère de tuer ses enfants. La plume tombe, en présence
-d'une telle infamie.
-
-Mme Élisabeth et Madame Royale levèrent le jeune prince: la pauvre
-mère n'avait plus la force de le faire[1515]. On l'habilla longuement,
-avec quels regards, quels déchirements, quelles lenteurs calculées,
-Dieu le sait! Quand la toilette fut achevée, la Reine plaça son fils
-devant elle, et puisant dans sa foi de chrétienne la force de lui
-parler, elle posa ses deux mains sur la tête de l'enfant: «Mon fils,»
-lui dit-elle d'une voix grave, «nous allons nous quitter. Souvenez-vous
-de vos devoirs, quand je ne serai plus auprès de vous pour vous les
-rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve et votre mère
-qui vous aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père vous
-bénira du haut des cieux.» Puis, déposant sur le front du pauvre petit
-une dernière bénédiction dans un dernier baiser, elle le remit aux
-mains de ses gardiens. L'enfant s'en échappa et s'attacha à la robe de
-sa mère. «Il faut obéir,» dit-elle tristement, «il le faut.»—«Allons,»
-dit brusquement un des municipaux, «tu n'a plus, j'espère, de doctrine
-à lui faire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre
-patience.»—«Tu pourrais te dispenser de lui faire la leçon,» riposta
-un second.—«Ne t'en inquiète pas,» reprit un troisième; «la Nation,
-toujours grande et généreuse, pourvoira à son éducation.» Et les six
-municipaux, entraînant violemment le jeune prince, sortirent de la
-chambre[1516].
-
-Pendant quelques instants encore, on entendit les pas des geôliers qui
-s'éloignaient et les cris de l'enfant qui se débattait. Puis le silence
-se fit, et les trois femmes restèrent seules à pleurer auprès d'une
-couchette vide.
-
-La Commune du moins leur épargnait le supplice d'avoir des témoins
-de leur douleur; à partir de ce jour, les municipaux ne restèrent
-plus dans la chambre des prisonnières; elles furent toutes les nuits
-renfermées sous les verroux[1517]. Les gardes ne venaient plus que
-trois fois par jour, pour apporter les repas et s'assurer que les
-barreaux des fenêtres n'étaient pas dérangés. Il n'y eut plus personne
-pour le service; Mme Élisabeth et Madame Royale faisaient les lits
-et servaient la Reine. Les pauvres femmes aimaient mieux cela; elles
-pouvaient du moins prier et pleurer en paix.
-
-La Convention avait déclaré qu'elle pourvoirait à l'éducation du fils
-de Capet. On sait comment elle y pourvut. Le précepteur qu'elle donna
-à Louis XVII fut le savetier Simon, un des plus grossiers et des plus
-haineux parmi les municipaux auxquels avait été confiée la garde des
-prisonniers du Temple. Quelques mois après, ce bel et charmant enfant
-aux joues roses, aux cheveux bouclés, à l'esprit vif, au cœur ardent et
-tendre, n'était plus qu'un pauvre petit être souffreteux et rachitique,
-dont on tuait le corps à coups de fouet, dont, ne pouvant tuer l'âme,
-on tuait l'intelligence à coups de jurons et de chansons obscènes.
-«Citoyens,» avait demandé Simon aux Comités lorsqu'on l'avait chargé
-de la garde du jeune roi, «citoyens, que décidez-vous du louveteau?
-Il était appris pour être insolent; je saurai le mater. Tant pis
-s'il en crève! Je n'en réponds pas. Après tout, que veut-on? Le
-déporter?»—«Non.»—«Le tuer?»—«Non.»—«L'empoisonner?»—«Non.»—«Mais, quoi
-donc?»—«S'en défaire[1518]!»
-
-Tel était le programme que la Convention avait tracé à Simon, et que
-celui-ci devait remplir avec une singulière conscience, si l'on peut se
-servir du mot de conscience en parlant d'un tel homme!
-
-Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ce long et douloureux martyre;
-le récit, tracé de main de maître par MM. de Beauchesne et Chantelauze,
-a fait pleurer toutes les mères.
-
-Depuis que Louis XVII avait été confié à cet étrange précepteur, il
-n'était pas sorti de sa chambre; les gardes du Temple ne l'avaient pas
-vu. Le bruit s'était répandu dans Paris qu'il avait été enlevé de son
-cachot et conduit en triomphe à Saint-Cloud. Pour mettre fin à ces
-rumeurs, qui amenaient une certaine agitation, le Comité de sûreté
-générale décida, le 7 juillet, que quatre commissaires, Dumont, Maure,
-Chabot et Drouet, se transporteraient à la Tour. Le premier acte des
-commissaires fut de faire descendre l'enfant au jardin, afin qu'il fût
-vu par la garde montante. A peine là, le jeune prince se mit à appeler
-sa mère à grands cris et à se plaindre d'être séparé d'elle. «Qu'on
-me montre,» s'écria-t-il, «la loi qui ordonne de me séparer de ma
-mère.» Ces cris importunèrent les commissaires. «On le fit taire,» dit
-laconiquement Madame Royale[1519]. Comment? Elle ne le dit pas; mais on
-le devine; on le fit monter précipitamment dans sa chambre, où Simon
-fut chargé de le travailler[1520] et de le dresser.
-
-En quittant le fils, les quatre députés entrèrent chez la mère. A
-l'aspect de Drouet, la Reine ne put retenir un mouvement de répulsion;
-quand elle l'eut surmonté, «elle se plaignit, dans les termes les
-plus touchants, de la cruauté que l'on avait eue de lui ôter son
-fils»[1521]; elle supplia qu'on le lui rendît, qu'on lui permît au
-moins de le voir aux heures des repas[1522]. Ni prières, ni raisons
-ne purent fléchir la dureté des commissaires; ils se contentèrent de
-répondre qu'on croyait nécessaire de prendre cette mesure.
-
-Ces hommes ne sentaient rien: «Nous nous sommes transportés au Temple,
-dit froidement Drouet à la Convention. Dans le premier appartement,
-nous avons trouvé le fils de Capet jouant tranquillement aux dames avec
-son mentor.
-
-«Nous sommes montés à l'appartement des femmes; nous y avons trouvé
-Marie-Antoinette, sa fille et sa sœur jouissant d'une parfaite santé.
-On se plaît encore à répandre chez les nations étrangères qu'elles sont
-maltraitées; et, de leur aveu, fait en présence des commissaires de la
-Convention, rien ne manque à leur commodité.»
-
-De la scène dramatique du jardin, des réclamations touchantes de la
-Reine, pas un mot.
-
-Non, pour que la pauvre mère pût apercevoir son fils ou avoir de ses
-nouvelles, ce n'était pas sur la compassion officielle qu'il fallait
-compter, c'était sur le dévouement de quelques amis, c'était sur
-elle-même. Le jeune prince allait, de temps à autre, prendre l'air
-sur la plate-forme de la Tour; la Reine découvrit que, par une petite
-fenêtre de son appartement, on pouvait voir l'enfant passer dans
-l'escalier. «Dites à Fidèle,—Toulan,—écrivait Mme Elisabeth,—ma
-sœur a voulu que vous le sachiez,—que nous voyons tous les jours
-le petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe[1523].» La
-malheureuse femme restait des heures entières à guetter le passage de
-son fils; quand il était passé, on montait sur la plate-forme, qui
-avait été divisée en deux par une cloison, et là, par une petite
-fente, on apercevait encore le jeune Roi. «Nous montions sur la Tour
-bien souvent, raconte Madame Royale, parce que mon frère y allait de
-son côté et que le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de
-loin, par une petite fente. Elle y restait des heures entières pour
-y guetter l'instant de voir cet enfant; c'était sa seule attente, sa
-seule occupation[1524].» Parfois aussi, on avait des nouvelles du
-petit prisonnier, soit par les municipaux, soit par Turgy, soit par
-Tison, qui semblait vouloir faire oublier, par un redoublement de zèle,
-l'indignité de sa conduite première. Ces nouvelles étaient navrantes:
-Simon maltraitait son royal élève «au delà de tout ce qu'on peut
-imaginer[1525]», et Mme Elisabeth dut supplier Tison de cacher,
-par pitié, toutes ces horreurs à la pauvre mère; elle en savait ou en
-soupçonnait bien assez[1526]. Mais un jour,—c'était le jour où l'on
-venait d'apprendre la marche victorieuse des coalisés,—la Reine était
-sur la Tour, attentive, à son poste d'observation; elle voit monter
-l'enfant et son geôlier; l'enfant est pâle, l'air souffreteux, la tête
-baissée; il a quitté le deuil de son père; il porte la carmagnole
-et est coiffé du bonnet rouge. Et le geôlier est là, le juron et le
-blasphème à la bouche, injuriant, brutalisant, frappant le pauvre
-petit. Ce jour-là, la Reine en a trop vu, elle se jette en pleurant
-dans les bras de Mme Élisabeth, écarte la jeune Marie-Thérèse qui
-veut à son tour s'approcher de la fente et redescend foudroyée dans sa
-chambre. «Mes pressentiments ne me trompaient pas,» dit-elle à Mme
-Élisabeth en fondant en larmes; «je savais bien qu'il souffrait; il
-serait malheureux à cent lieues de moi que mon cœur me le dirait.
-Depuis deux jours, je souffrais, je m'agitais, je tremblais; c'est
-que les larmes que mon pauvre enfant répand loin de moi, je les sens
-tomber sur mon cœur. Je n'ai plus de goût à rien; Dieu s'est retiré de
-moi; je n'ose plus prier.» Puis, tout à coup, se repentant de cette
-dernière parole: «Pardon, mon Dieu, et vous, ma sœur, pardon, je
-crois en vous comme en moi-même; mais je suis trop tourmentée pour ne
-pas être menacée de quelque nouveau malheur. Mon enfant! mon pauvre
-enfant! Je sens, au déchirement de mon cœur, les défaillances du sien.»
-Marie-Thérèse était à côté; Mme Élisabeth, craignant qu'elle n'eût
-entendu ces paroles désespérées, alla la consoler; la jeune fille fit
-sa prière et s'endormit[1527].
-
-Ce nouveau malheur, que redoutait la Reine, n'allait pas tarder
-à fondre sur elle. Le 1er août, sur un rapport de Barrère, la
-Convention décida que Marie-Antoinette serait envoyée au Tribunal
-révolutionnaire et transférée sur-le-champ à la Conciergerie.
-
-«Le 2 août, à deux heures du matin, raconte Madame Royale, on vint
-nous éveiller pour lire à ma mère le décret de la Convention, qui
-ordonnait que, sur la réquisition du procureur de la Commune, elle
-serait conduite à la Conciergerie pour qu'on lui fît son procès. Elle
-entendit la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans leur dire une
-seule parole; ma tante et moi, nous demandâmes de suite à suivre ma
-mère; mais on ne nous accorda pas cette grâce. Pendant qu'elle fit le
-paquet de ses vêtements, les municipaux ne la quittèrent point; elle
-fut même obligée de s'habiller devant eux. Ils lui demandèrent ses
-poches qu'elle donna; ils les fouillèrent et prirent tout ce qu'il y
-avait dedans, quoique ce ne fût pas du tout important. Ils en firent un
-paquet qu'ils dirent qu'ils enverraient au Tribunal révolutionnaire, où
-il serait ouvert devant elle. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et
-un flacon, dans la crainte qu'elle ne se trouvât mal. Ma mère, après
-m'avoir tendrement embrassée, me recommanda de prendre courage, d'avoir
-bien soin de ma tante et de lui obéir comme à une seconde mère, me
-renouvela les mêmes instructions que mon père; puis, se jetant dans les
-bras de ma tante, elle lui recommanda ses enfants. Je ne lui répondis
-rien, tant j'étais effrayée de l'idée de la voir pour la dernière
-fois; ma tante lui dit quelques mots bien bas. Alors ma mère partit,
-sans jeter les yeux sur nous, de peur sans doute que sa fermeté ne
-l'abandonnât. Elle s'arrêta encore au bas de la Tour, parce que les
-municipaux y firent un procès-verbal pour décharger le concierge de sa
-personne. En sortant, elle se frappa la tête à un guichet, ne pensant
-pas à se baisser; on lui demanda si elle s'était fait du mal. «Oh non!
-dit-elle, rien à présent ne peut me faire du mal[1528].»
-
-Et montant dans une voiture avec un municipal et deux gendarmes, elle
-partit pour la Conciergerie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
- La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les
- Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—Affaire de
- l'œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge Bault et sa
- famille.—Nouvelles tentatives d'évasion.—Le complot
- Basset.—Inaction de l'Autriche.
-
-
-Nous sommes arrivés à la dernière étape: après la Conciergerie, il n'y
-a plus que l'échafaud.
-
-Il était trois heures du matin, quand la Reine arriva dans sa nouvelle
-prison; au lieu de l'écrouer au greffe, on la conduisit directement
-à la chambre qui lui était destinée. C'était une petite pièce du
-rez-de-chaussée, basse, humide et froide[1529], à laquelle menait un
-grand corridor sombre et que fermait une porte massive, garnie de deux
-énormes verrous. Le sol, situé au-dessous du niveau de la cour, était
-carrelé en briques sur champ; sur les murs, le long desquels l'eau
-ruisselait, quand la Seine était haute[1530], on apercevait encore les
-lambeaux d'un vieux papier fleurdelysé, rongé par le salpêtre. Cette
-chambre, appelée chambre du Conseil, parce que c'était là qu'avant la
-Révolution les magistrats du Parlement de Paris venaient, à certaines
-époques, écouter les réclamations des prisonniers, était occupée par
-le général Custine, qui avait dû l'évacuer précipitamment pour faire
-place à la Reine[1531]. Une fenêtre basse, soigneusement grillée
-et donnant sur la cour intérieure de la prison, éclairait seule ce
-sombre réduit; un lit de sangle, une table, deux chaises de paille, un
-fauteuil de canne[1532], en composaient le misérable ameublement[1533];
-sur le lit, des sangles renouées en plusieurs endroits avec des cordes,
-une paillasse à demi pourrie, un matelas déchiré, une couverture de
-laine trouée, des draps de toile grossière et grise; pas de rideaux, un
-vieux paravent[1534]. Les gendarmes, qui couchaient sur un lit pareil
-à celui de la Reine, le trouvaient trop dur et s'en plaignaient. Il y
-avait encore une corbeille d'osier pour l'ouvrage, une boîte de bois
-pour la poudre et une de fer-blanc pour la pommade[1535].
-
-En entrant, la Reine ne put s'empêcher de jeter un regard sur la nudité
-de ces murs. Le jour grandissait déjà. Elle accrocha sa montre à un
-clou et s'étendit sur son lit[1536].
-
-Mais la haine de ses bourreaux ne pouvait pas même lui laisser la
-consolation de la solitude. Dès le matin, deux gendarmes vinrent
-s'installer dans la chambre de la prisonnière pour la surveiller; on
-y ajouta une femme pour le service; c'était une vieille personne de
-quatre-vingts ans, nommée Larivière, ancienne concierge de l'Amirauté,
-et dont le fils était le porte-clefs de la prison. Mais bientôt cette
-femme, dont l'attitude avait inspiré une certaine confiance à la
-Reine, fut changée; on la remplaça par une jeune femme de trente-six
-ans, la femme Harel, «véritable poissarde,» a dit Rougeville[1537],
-dont le mari était employé aux bureaux secrets de la police et qui
-n'avait d'autre mission que d'espionner la captive. La Reine s'en méfia
-instinctivement et ne lui adressa presque jamais la parole[1538].
-
-Deux nouveaux lits furent apportés en même temps; l'un était destiné à
-la femme de service; l'autre aux gendarmes, qui ne perdaient jamais de
-vue leur prisonnière, même, a dit Rougeville, «lorsqu'elle avait des
-soins naturels à se donner[1539].»
-
-Un voleur de la dernière catégorie, nommé Barassin, forçat,
-espion[1540], à figure de brute et à cœur d'hyène, qui était chargé,
-dans les prisons, des besognes les plus dégoûtantes et les plus
-pénibles, pénétrait parfois dans le cachot royal, pour y remplir
-ses répugnantes fonctions[1541]. Un jour, Beaulieu, alors détenu à
-la Conciergerie, l'interrogea sur la manière dont y était traitée
-Marie-Antoinette.
-
-—«Comme les autres,» répondit-il.
-
-—«Comment? Comme les autres?»
-
-—«Oui, comme les autres; cela ne peut surprendre que les aristocrates.»
-
-—«Et que faisait la Reine, dans sa triste chambre?»
-
-—«La Capet! Va, elle était bien penaude; elle raccommodait ses chausses
-pour ne pas marcher sur sa chrétienté.»
-
-—«Comment était-elle couchée?»
-
-—«Sur un lit de sangle, comme toi.»
-
-—«Comment était-elle vêtue?»
-
-—«Elle avait une robe noire, qui était toute déchirée; elle avait l'air
-d'une margot[1542].»
-
-Quel saisissant tableau dans sa brutalité réaliste!
-
-Arrachée à la hâte de la Tour, Marie-Antoinette n'avait pu emporter
-que bien peu de vêtements. Dès le lendemain, elle en fit demander, et
-les municipaux du Temple transmirent à ceux de la Conciergerie une
-redingote et une jupe, deux paires de bas de filoselle, une paire
-de chaussettes, et un bas à tricoter, renfermé dans une corbeille
-et que la pauvre mère avait commencé pour son fils[1543]. Mme
-Élisabeth et sa nièce mirent dans le paquet tout ce qu'elles purent
-trouver de laine et de soie; elles savaient combien la Reine avait
-toujours aimé à s'occuper. Au temps de sa prospérité même, elle avait
-l'habitude de travailler sans cesse; à la Conciergerie ce devait être
-sa seule distraction. Mais cette distraction même lui fut refusée;
-l'espoir de la prisonnière et l'ingénieuse affection de sa belle-sœur
-furent trompées. On ne voulut pas remettre à la Reine les aiguilles
-à tricoter, dans la crainte, dirent les municipaux, qu'elle ne s'en
-servît pour attenter à ses jours[1544]. La pauvre femme fut réduite à
-ne rien faire, dans sa prison, que prier, méditer, songer au triste
-passé et au triste avenir. Son seul passe-temps était de regarder ses
-geôliers jouer aux cartes ou de lire quelques volumes que la compassion
-d'un garde plus humain ou le dévouement d'un serviteur fidèle, comme
-Hue ou Montjoye, réussissait à lui procurer, les voyages de Cook entre
-autres, et lorsqu'on lui demandait quels livres elle désirait: «Les
-aventures les plus épouvantables,» répondait-elle[1545].
-
-En même temps qu'on refusait à la détenue de la Conciergerie des
-aiguilles, on enlevait aux prisonnières du Temple les tapisseries
-faites par la Reine et celles auxquelles elles travaillaient
-elles-mêmes, sous prétexte qu'il pouvait y avoir dans ces ouvrages des
-signes mystérieux et des moyens de correspondance[1546].
-
-Marie-Antoinette n'avait jamais bu de vin, et elle ne pouvait supporter
-l'eau de la Seine. La seule boisson qui ne lui fît pas mal était l'eau
-de Ville-d'Avray; pendant sa captivité au Temple, on n'avait cessé
-d'y apporter une provision de cette eau. Mme Élisabeth supplia les
-municipaux d'en faire porter un peu à la Conciergerie, et le 5 août les
-administrateurs de police y consentirent; chaque jour, deux bouteilles
-d'eau de Ville-d'Avray furent prélevées sur la provision du Temple pour
-l'usage de la veuve de Louis XVI.
-
-A côté des persécuteurs, il y avait encore des cœurs amis. La Terreur,
-qui pesait sur la France, n'avait pu comprimer les saintes ardeurs du
-dévouement et de la pitié. Michonis était toujours là; c'était lui
-qui veillait sur la Reine et qui, nommé administrateur de police,
-avait obtenu l'inspection de son cachot. C'était lui qui servait
-d'intermédiaire entre le Temple et la Conciergerie, et, le 19 août par
-exemple, allait réclamer les quatre chemises et la paire de souliers
-non numérotés dont la prisonnière avait «le plus pressant besoin». De
-leur côté, Turgy et Toulan continuaient leur correspondance par signes,
-et c'est par eux que, jusqu'à la fin, Mme Élisabeth et Madame Royale
-purent avoir des nouvelles de la «personne», ainsi qu'elles désignaient
-Marie-Antoinette[1547]. Mais les précautions les plus minutieuses
-étaient nécessaires. Le bruit de ces intelligences avait fini par
-transpirer; aussitôt les princesses, redoutant une perquisition,
-jetèrent tout ce qu'elles conservaient encore, dissimulé sous leurs
-vêtements, papier, encre, crayon[1548]; elles n'eurent plus, pour
-leur correspondance avec Toulan, que de la noix de galle et du lait
-d'amandes[1549].
-
-Hue avait fait mieux encore: il s'était introduit à la Conciergerie et
-avait réussi,—sans grande peine d'ailleurs, car le terrain était bien
-préparé,—à gagner le concierge Richard et sa femme, celle que Mm
-Élisabeth, dans ses billets, désignait sous le nom de _Sensible_[1550].
-C'est par eux qu'il avait des nouvelles de la prisonnière qu'il
-transmettait à Toulan, que celui-ci, à son tour, au moyen de signaux
-sur le cor, communiquait à Turgy, et qui allaient jeter un peu de
-baume sur le cœur des captives du Temple. Faire passer à la Reine des
-nouvelles de ses enfants, informer Madame Royale et Mme Élisabeth
-de l'état où se trouvait la Reine, tel était le double but que se
-proposait Hue,—le _Constant_ de la correspondance,—et que ce généreux
-quatuor de complices, Turgy et Toulan, Richard et sa femme, l'aidaient
-fidèlement à remplir.
-
-C'étaient des cœurs compatissants que ces Richard. Tout ce qu'ils
-pouvaient faire pour adoucir la dure captivité de Marie-Antoinette,
-ils le firent, et ils trouvaient facilement des aides pour ces pieux
-complots. Un jour la prisonnière avait le désir de manger du melon;
-Mme Richard courut au marché le plus voisin: «Il me faut un
-excellent melon,» dit-elle à une marchande qu'elle connaissait.—«Je
-devine pour qui, répondit la marchande; c'est pour notre malheureuse
-Reine; choisis, prends ce qu'il y a de plus beau.» Elle-même bouscula
-tout le tas de melons pour trouver le meilleur. Mme Richard voulut
-payer: «Garde ton argent,» reprit la brave femme, «et dis à la Reine
-qu'il y en a parmi nous qui gémissent[1551].»
-
-Il n'était pas jusqu'à des chefs révolutionnaires, et des plus en
-vue, qui ne se laissassent toucher par les malheurs de leur victime
-ou séduire par l'appât d'une somme d'argent. Manuel avait été un
-des premiers convertis; Camille Desmoulins s'était pris de pitié;
-il voulait à toute force sauver la prisonnière[1552]; il ne réussit
-qu'à se perdre après elle. Hébert lui-même, l'infâme _Père Duchesne_,
-Hébert se laissait gagner; mais on le soupçonna et, pour détourner les
-soupçons, il se montra plus violent que jamais[1553]. L'ex-capucin
-Chabot était tenté par l'appât d'un million que lui offrait la marquise
-de Janson[1554], et Fersen, toujours intrépide et infatigable,
-concertait, avec la Marck et Mercy, l'envoi à Paris du maître de
-ballet Noverre et du financier Ribbes pour gagner Danton, en lui
-offrant de l'argent et les diamants pris sur Sémonville[1555]. D'un
-autre côté, le prince de Cobourg renouvelait ses offres pour l'échange
-de la Reine contre les commissaires arrêtés par Dumouriez[1556].
-
-Le bruit de ces dispositions meilleures chez certains chefs du
-gouvernement se répandit dans Paris, et un jour la femme de Richard
-entretint la Reine de la possibilité d'une délivrance; mais la Reine,
-rendue plus clairvoyante par le malheur, se contenta de secouer la
-tête: «Ils ont immolé le Roi, dit-elle, ils me feront périr comme
-lui. Non, je ne reverrai plus mes malheureux enfants ni ma tendre et
-vertueuse sœur.» Et en disant ces mots elle fondit en larmes.
-
-Quoi qu'il en soit, cette compassion des gardiens amenait une sorte
-de relâchement dans la surveillance. Certains gendarmes avaient
-des égards pour la prisonnière. L'un d'eux brisait sa pipe, parce
-qu'il s'apercevait que la fumée de tabac incommodait la Reine et
-l'empêchait de dormir la nuit[1557]. D'autres, connaissant son goût
-pour les fleurs, lui apportaient des œillets, des tubéreuses, des
-juliennes[1558]. La femme Harel s'attendrissait[1559]. Grâce à la
-complicité des administrateurs de police et des concierges, diverses
-personnes, des prêtres même[1560], s'introduisaient à la Conciergerie
-et jusque dans le cachot de la Reine[1561]. L'abbé Émery, détenu lui
-aussi, pouvait de l'intérieur de la prison, il est vrai, la confesser
-et s'entretenir quelques instants avec elle[1562]. Et Fouquier-Tinville
-avouait qu'il y avait à la Conciergerie «beaucoup plus de facilités»
-qu'au Temple pour avoir des intelligences avec le dehors[1563].
-
-Ce furent ces facilités sans doute qui entretinrent chez quelques
-serviteurs dévoués la pensée d'enlever la prisonnière et d'épargner
-ainsi un nouveau crime à la France. «Beaucoup de monde s'intéressa à
-ma mère, raconte Madame Royale. J'ai appris, depuis sa mort, qu'on
-avait voulu la sauver de la Conciergerie et que par malheur le projet
-n'avait pas réussi. On m'a assuré que les gendarmes qui la gardaient
-et la femme du concierge avaient été gagnés par quelqu'un de nos amis,
-qu'elle avait vu plusieurs personnes bien dévouées dans sa prison,
-entre autres un prêtre qui lui avait administré les sacrements qu'elle
-avait reçus avec une grande piété. L'occasion de se sauver manqua une
-fois parce qu'on lui avait recommandé de parler à la seconde garde et
-que par erreur elle parla à la première. Une autre fois, elle était
-hors de sa chambre et avait passé le corridor, quand un gendarme
-s'opposa à son départ, quoiqu'il fût gagné, et l'obligea de rentrer
-chez elle, ce qui fit échouer l'entreprise[1564].» Du premier de ces
-projets, nous savons peu de chose. Il est probable cependant qu'il
-avait été conçu par le baron de Batz, «cet infâme, ce monstre,» dont
-la Convention mettait la tête à prix[1565]; que les gendarmes étaient
-gagnés et que le plan échoua parce que la Reine manqua de parler à
-celui de ses gardiens qui, ayant deux redingotes l'une sur l'autre,
-devait lui en donner une pour la faire sortir de la Conciergerie, d'où
-un jeune homme appelé Rousset devait la conduire en lieu sûr[1566].
-
-Le second projet, mieux connu, paraît être le complot désigné dans
-l'histoire sous le nom d'_Affaire de l'œillet_.
-
-Parmi les fidèles qui rôdaient autour de la Conciergerie, prêts à
-sacrifier leur vie pour sauver celle de Marie-Antoinette, était
-un chevalier de Saint-Louis, nommé Rougeville, l'un de ceux qui
-avaient été aux côtés de Louis XVI au 20 juin et au 10 août. Par
-l'intermédiaire d'une Américaine, la veuve Dutilleul, et d'un marchand
-de bois, nommé Fontaine, Rougeville avait fait connaissance avec
-Michonis. Tous deux étaient faits pour s'entendre; l'accord fut vite
-conclu, et un jour, le mercredi 28 août, Rougeville accompagna Michonis
-à la Conciergerie. La prisonnière était vêtue d'un caraco noir; ses
-cheveux gris étaient coupés par derrière et sur le front; elle était
-tellement maigrie que Rougeville ne la reconnut pas sans difficulté,
-et si faible qu'elle avait de la peine à se tenir debout; aux doigts
-elle portait trois pauvres anneaux[1567]. «Ah! c'est vous, Monsieur
-Michonis,» dit-elle; et, s'approchant de lui, elle lui demanda, comme
-d'habitude, des nouvelles de ses enfants[1568]. Puis, apercevant
-Rougeville, elle fut saisie d'une telle émotion qu'elle se laissa choir
-dans un fauteuil[1569]. Un grand feu lui monta au visage[1570]; ses
-membres tremblaient[1571] et des larmes coulaient de ses yeux[1572].
-Rougeville chercha à la rassurer et, s'approchant d'elle, lui fit
-signe de prendre des œillets où il avait caché un papier[1573]. Mais
-la Reine était si émue encore qu'elle ne comprit pas tout d'abord, et
-Rougeville laissa tomber les œillets derrière le poêle[1574]. Puis il
-sortit avec Michonis[1575]. Ils ne tardèrent pas à rentrer tous deux,
-rappelés par les gendarmes[1576], et tandis que Michonis occupait
-ces derniers[1577], la Reine, retirée derrière un paravent[1578],
-entretenait Rougeville et le suppliait de ne pas s'exposer ainsi. «J'ai
-des armes et de l'argent,» répondit Rougeville, «prenez courage.» Et
-il lui promit qu'on la secourrait, qu'il lui apporterait de l'argent
-pour gagner les gendarmes, etc.[1579]. «Le cœur vous manque-t-il
-donc?» demanda-t-il.—«Il ne me manque jamais,» répondit la Reine,
-«mais il est profondément affligé[1580].» Et mettant la main sur
-son cœur, elle ajouta: «Si je suis faible et abattue, ceci ne l'est
-pas[1581].» Michonis, craignant que cette scène, en se prolongeant,
-n'éveillât l'attention des gendarmes, fit un signe à Rougeville et
-tous deux sortirent: «Je vous fais donc un adieu éternel?» dit la
-Reine à Michonis, qui lui avait annoncé qu'il n'était pas réélu
-administrateur de police.—«Non, Madame, répondit-il, si je ne suis plus
-administrateur, étant encore officier municipal, j'aurai le droit de
-venir et de vous faire visite, tant que cela vous sera agréable[1582].»
-
-Dans cette seconde entrevue, Rougeville avait pu avertir sa royale
-interlocutrice de la présence des œillets[1583]. Dès qu'il fut parti,
-profitant de ce que la femme Harel jouait aux cartes avec les
-gendarmes, la Reine ramassa vivement les fleurs et lut les billets
-qu'elles renfermaient. Ils contenaient une offre d'argent[1584] et des
-phrases vagues comme celles-ci: «Que comptez-vous faire? J'ai été en
-prison; je m'en suis tiré par un miracle; je viendrai vendredi[1585].»
-La Reine s'empressa de détruire les billets en les déchirant en mille
-morceaux, puis elle s'efforça d'y répondre et, n'ayant ni papier ni
-plume, fut réduite à essayer de piquer avec une épingle quelques mots
-sur un petit morceau de papier: «Je suis gardée à vue; je ne parle ni
-n'écris; je me fie à vous; je viendrai[1586].»
-
-Connaissait-elle dès lors le plan des conjurés? Crut-elle que les
-gendarmes avaient été déjà gagnés? Quelque invraisemblable que
-cela puisse sembler, il paraît certain que ce fut elle-même qui,
-tandis que la femme Harel était sortie pour aller chercher de l'eau,
-remit ce petit papier au gendarme Gilbert pour le faire passer à
-Rougeville[1587]. Gilbert prit le billet, le plaça dans sa veste et le
-transmit à la femme Richard, qui s'empressa de le donner à Michonis,
-lorsqu'il revint le lendemain 29[1588]. Rougeville revint aussi le 30,
-comme il l'avait promis, sous un nouveau déguisement, et, s'il faut
-l'en croire, en profita pour remettre à la prisonnière une certaine
-somme en louis et en assignats[1589].
-
-L'exécution du projet avait été fixée à la nuit du 2 au 3 septembre.
-Le concierge et sa femme étaient gagnés. Deux administrateurs avaient
-reçu de l'argent. Michonis devait aller, à dix heures du soir,
-prendre la Reine, sous prétexte de la mener au Temple, par ordre
-de la municipalité et, une fois dehors, il devait la faire évader;
-Rougeville l'aurait reçue alors et l'aurait conduite en lieu de
-sûreté, au château de Livry, dit une version[1590], et de là sur les
-terres de l'Empire. Pour ne pas compromettre le concierge, son livre
-d'écrou aurait été déchargé. Les conjurés vinrent en effet au jour dit;
-moyennant cinquante louis, les gendarmes avaient promis de se taire;
-mais au dernier moment, l'un d'eux, quoique ayant reçu la somme, se
-ravisa; malgré les instances de Michonis qui arguait des ordres de
-la municipalité, il déclara que, si l'on faisait sortir la Reine, il
-appellerait la garde[1591]. Le coup était manqué, et, le 3 septembre,
-le gendarme Gilbert dénonça le complot. Rougeville put s'échapper;
-mais Michonis fut arrêté le 4; Richard et sa femme furent incarcérés,
-et deux députés de la Convention, Amar et Sevestre, accompagnés
-d'un membre de la municipalité, se transportèrent à la Conciergerie
-pour faire une enquête. Marie-Antoinette fut interrogée à deux
-reprises[1592]; avec une admirable présence d'esprit, elle s'efforça
-d'éloigner toutes les charges qui pouvaient peser sur Michonis et
-Rougeville. Les enquêteurs ne découvrirent rien, et sans le récit que,
-deux mois après, Rougeville fit à Fersen, sans le mémoire qu'il envoya,
-un peu plus tard, au comte de Metternich, et plus tard encore aux
-Cinq-Cents, nous ne connaîtrions pas aujourd'hui encore les détails du
-plan élaboré entre les deux fidèles serviteurs de la monarchie[1593].
-
-Mais la Convention avait frémi du danger qu'elle avait couru de perdre
-sa proie. Le 10 septembre, des administrateurs de police vinrent
-enlever à la Reine ses derniers bijoux, suspects sans doute de pouvoir
-servir à corrompre les gardiens: les petits anneaux que Rougeville
-avait vus à ses doigts[1594] et qui ne contenaient que des cheveux, une
-montre d'or de Bréguet, cette dernière amie des prisonniers dont elle
-compte les heures, des cachets, un médaillon renfermant des cheveux
-aussi, les cheveux du Dauphin, dit-on[1595]. En même temps, la captive
-était mise au secret, les gendarmes et la femme Harel renvoyés de sa
-chambre, un factionnaire placé à sa porte, avec ordre de ne la laisser
-communiquer avec personne que le concierge et sa femme et un autre
-factionnaire posté dans la cour, avec consigne de ne permettre à qui
-que ce fût d'approcher de la fenêtre à la distance de dix pas, sous
-quelque prétexte que ce pût être[1596].
-
-Ce n'est pas tout. Le cachot où un chevalier de Saint-Louis avait
-pu s'introduire et d'où la Reine avait failli s'échapper n'était
-évidemment pas assez sûr pour la renfermer désormais. Le 11 septembre,
-les administrateurs de police revinrent à la Conciergerie «à l'effet
-d'y choisir un local pour la détention de la veuve Capet, autre que
-celui où elle est maintenant détenue». Ils visitèrent avec soin les
-diverses pièces de la prison et finirent par s'arrêter à celle qui
-servait de pharmacie. Il fut décidé que le pharmacien, Jacques-Antoine
-Lacour, la débarrasserait le jour même, afin de permettre au citoyen
-Godard d'exécuter, «dans le plus bref délai possible,» les travaux
-nécessaires pour la transformer en cachot. La grande croisée qui
-donnait sur la cour des femmes devait être bouchée au moyen d'une tôle
-d'une ligne d'épaisseur, jusqu'au cinquième barreau de traverse, et
-le surplus grillé en fil de fer à mailles très serrées; la seconde
-croisée, ayant vue sur l'infirmerie, devait être totalement condamnée
-par le moyen d'une tôle de même épaisseur[1597], et la petite croisée,
-qui donnait sur le corridor, entièrement supprimée. La porte qui
-existait serait munie extérieurement de deux verrous, et l'on en
-ajouterait une seconde, de forte épaisseur, ouvrant à l'intérieur et
-fermée à l'aide d'une serrure de sûreté. Il existait une gargouille
-pour l'écoulement des eaux; on décida de la boucher[1598].
-
-Dès que les travaux d'appropriation furent terminés, la Reine fut
-transférée dans ce cachot; elle n'en devait plus sortir que pour aller
-au Tribunal révolutionnaire.
-
-La surveillance fut rendue plus minutieuse encore. Plus de femmes
-pour servir la prisonnière; la femme Harel avait été renvoyée après
-l'affaire de l'œillet; c'était le concierge qui, chaque matin, soignait
-les cheveux de la Reine[1599]. Les gendarmes jour et nuit dans la
-chambre, séparés par un simple paravent[1600]; deux sentinelles sous
-les fenêtres de la cour[1601]; des perquisitions incessantes dans le
-cachot par des administrateurs de police ou des membres du Comité de
-Sûreté générale[1602]. Pas de lumière le soir[1603]. Plus de travail
-le jour, puisque, dès son entrée à la Conciergerie, on lui avait
-retiré même les aiguilles à tricoter. La Reine lisait et priait; «la
-plus grande partie de son temps, a dit un témoin oculaire, était
-consacrée à la prière[1604].» Le malheur avait développé et affermi
-les sentiments religieux qu'elle devait à son éducation chrétienne et
-que le tourbillon du monde n'avait pu lui faire oublier; «sa prison,
-dit Madame Royale, lui avait donné beaucoup de religion[1605].» Plus
-d'encre ni de crayon; on les avait retirés depuis longtemps; la Reine
-était contrainte d'écrire avec une pointe, sur la muraille, l'état de
-son linge. Ses vêtements tombaient en lambeaux; elle n'avait que deux
-robes, une noire et une blanche, toutes deux également usées; elle
-n'avait que trois chemises, qu'on lui donnait alternativement tous
-les dix jours[1606]. La fille du concierge était sans cesse occupée
-à raccommoder son linge, ses vêtements, ses souliers; elle remit une
-bordure à sa robe noire[1607]. Brisée par l'émotion, accablée par
-les privations, le mauvais air, le défaut d'exercice, la santé de la
-captive s'était altérée, et d'horribles hémorragies venaient encore
-ajouter à ses souffrances et à sa faiblesse[1608].
-
-Par bonheur, Hue, qui avait toujours des relations avec la
-Conciergerie, avait réussi, par l'intermédiaire de l'administrateur de
-police, Dangé, à faire donner à Richard un successeur qui ne lui cédait
-pas en humanité; c'était Bault, concierge à la Force[1609]. Sous un air
-rude et sévère[1610], sous le costume d'un Jacobin[1611], Bault cachait
-un cœur compatissant et, secondé par sa femme et sa fille, il chercha à
-procurer à son auguste prisonnière les adoucissements compatibles avec
-la surveillance dont il était lui-même l'objet. Sous prétexte qu'il
-avait seul la responsabilité des détenus qui lui étaient confiés, il
-fit sortir les gendarmes de la chambre royale, mit la clef dans sa
-poche, et la Reine n'eut plus à subir désormais cette odieuse présence
-que rendaient plus odieuse encore la conversation de ces hommes,
-leurs blasphèmes, le bruit des verres et la fumée de tabac[1612]. Les
-gendarmes, consignés à la porte extérieure, accompagnaient bien le
-concierge, toutes les fois qu'il entrait dans le cachot, mais ils n'y
-restaient plus seuls. La nourriture de la Reine, sans être luxueuse,
-fut apprêtée avec soin; elle se composait de café le matin, et, à
-dîner, de bouilli, de volaille rôtie, de légumes et de dessert[1613];
-mais la pauvre femme n'avait guère d'appétit et il lui arrivait souvent
-de ne pas manger[1614].
-
-Ce modeste menu froissa cependant les sentiments égalitaires de
-certains municipaux; ils signifièrent au concierge que l'accusée devait
-être nourrie comme les autres, de l'ordinaire le plus grossier de la
-prison. «Je n'entends pas cela, répondit Bault, c'est ma prisonnière;
-j'en réponds sur ma tête. On pourrait tenter de l'empoisonner, il
-faut que ce soit moi qui veille à ses aliments; pas une goutte d'eau
-n'entrera ici sans ma permission.» Les municipaux cédèrent; le
-concierge continua à être chargé de la nourriture de la Reine; il la
-lui donna du moins saine et convenable, et l'eau fut toujours bien
-claire et bien limpide[1615].
-
-Mais, pour faire acte d'humanité, il fallait se dissimuler sous le
-masque de la rigueur et de la persécution. L'automne approchait; le
-mois d'octobre était froid et pluvieux; dans cette chambre sans feu,
-où l'eau ruisselait sur le pavé et le long des parois, Bault songea à
-protéger sa prisonnière contre l'humidité, en tendant autour de son lit
-une vieille tapisserie. Les administrateurs virent cela et ne cachèrent
-pas leur mécontentement. «Ne voyez-vous pas, leur dit le concierge, que
-c'est afin de rompre le bruit et d'empêcher qu'on n'entende rien de la
-chambre voisine?»—«C'est juste, répondirent les commissaires; tu as
-bien fait[1616].» Ils eussent blâmé une mesure de pitié; ils devaient
-approuver une pensée de méfiance.
-
-Une autre fois, cependant, Bault était moins heureux; il avait demandé
-une couverture de coton anglaise pour ajouter à la chétive couverture
-qui ne mettait guère la captive à l'abri du froid et de l'humidité.
-Fouquier-Tinville s'emporta: «Tu mériterais d'être envoyé à la
-guillotine,» répondit-il brutalement. Mais le concierge ne se tint
-pas pour battu et, ne pouvant obtenir une couverture, il la remplaça
-par un matelas[1617]. De son côté, Mme Bault, qui avait un jardin
-à Charenton, en réservait pour la Reine les meilleurs produits, les
-fruits les plus délicats, et parfois les marchands de la Halle y
-ajoutaient, comme du temps de Richard, des pêches et des melons[1618].
-
-Au milieu de sa douloureuse solitude, la malheureuse souveraine pensait
-sans cesse à ses enfants, à son fils surtout. Un jour que Bault entrait
-dans la prison, elle s'approcha de lui et chercha à lui glisser dans la
-main une paire de gants et une boucle de cheveux. Mais Bault n'était
-pas seul; les gendarmes l'accompagnaient comme d'habitude; ils virent
-le mouvement, et, s'élançant sur le concierge: «Qu'est-ce qu'on vient
-de te remettre?» dirent-ils. Bault dut ouvrir la main; les gants et les
-cheveux furent saisis et portés à Fouquier-Tinville. Plus heureuse,
-quelques jours après, la Reine laissa tomber à ses pieds une pauvre
-petite jarretière, qu'elle avait tressée, au moyen de deux cure-dents,
-avec les fils arrachés à la couverture de son lit. Cette fois, elle ne
-fut pas vue. Bault ramassa le triste et précieux souvenir que, par la
-suite, Hue réussit à faire passer à la duchesse d'Angoulême, seul reste
-de cette grande famille, décimée au Temple et à la Conciergerie[1619].
-
-Une dernière et plus imprévue consolation était réservée â la
-malheureuse femme: grâce à la complicité des geôliers, un prêtre fidèle
-put pendant Une nuit pénétrer dans le cachot, y dire la messe et lui
-donner même la communion[1620]. Cette nuit-là, il y eut un peu plus de
-calme et peut-être un rayon d'espérance dans le cœur de la prisonnière.
-Les hommes semblaient l'abandonner; Dieu ne l'abandonnait pas.
-
-Les dévouements d'ailleurs étaient obstinés. En octobre, un complot
-s'ébauchait encore pour arracher la victime à ses bourreaux. Quel en
-était le chef? Était-ce Rougeville? Était-ce Batz? On l'ignore. Les
-agents subalternes seuls sont connus: le perruquier Basset, une femme
-bossue, la femme Fournier, le ménage Lemille. On avait gagné un certain
-nombre de soldats à Paris, à Courbevoie et à Vincennes; on devait
-exciter une émeute, s'emparer de la Convention et des Jacobins, et,
-à la faveur du tumulte, délivrer la Reine. Le complot était vaste;
-comme tous les autres, il échoua. Dénoncés par des espions auxquels
-ils s'étaient imprudemment confiés, les conjurés furent arrêtés le 12
-octobre et payèrent de leur tête leur généreux dessein[1621].
-
-Tandis que ces vaillants luttaient pour disputer à l'échafaud la fille
-des Césars et que ses geôliers s'efforçaient d'adoucir ses derniers
-moments, que faisait sa famille pour la délivrer? Dès qu'elle avait
-été transférée à la Conciergerie, Mercy s'était empressé d'écrire au
-prince de Cobourg, général en chef de l'armée autrichienne, qui venait
-d'entrer dans Valenciennes, pour le supplier de porter rapidement un
-corps de cavalerie sur Paris, afin d'empêcher le crime qui se préparait
-trop visiblement. «La postérité pourrait-elle croire, s'écriait-il,
-qu'un si grand attentat a pu être consommé à quelques marches des
-armées victorieuses de l'Autriche et de l'Angleterre, _sans que ces
-armées aient tenté quelques efforts pour l'empêcher_[1622]?»
-
-Mais Cobourg n'était pas l'homme des coups de main hardis. Soit
-routine, soit calcul, soit impuissance[1623], il préféra prendre ses
-quartiers d'hiver[1624], et Mercy fut réduit à écrire, deux mois plus
-tard:
-
-«Je tremble pour la Reine. En lisant les journaux, peut-on se défendre
-d'un mouvement de terreur[1625]?»
-
-Quand Mercy jetait ce cri d'alarme, il était trop tard; le dernier
-acte du grand drame était commencé, et, suivant le mot de la Marck,
-la «tache ineffaçable» restait sur le gouvernement autrichien qui, à
-quarante lieues de Paris, n'avait rien fait pour sauver la tante de son
-Empereur!
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
- Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier
- interrogatoire de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et
- Tronçon-Ducoudray sont désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les
- jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les
- témoins.—Déposition d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et
- Bailly.—L'officier de gendarmerie de Busne.—Audience du 15
- octobre.—Interrogatoire du président.—Tisset et
- Garnerin.—Réquisitoire de Fouquier-Tinville.—Discours des
- défenseurs.—Condamnation.—La Reine est ramenée à la Conciergerie.
-
-
-Il y avait deux mois déjà que la Reine avait été transférée à la
-Conciergerie pour être traduite au Tribunal révolutionnaire, et
-la haine de ses ennemis n'avait pu encore dresser contre elle un
-acte d'accusation. Vainement Hébert, jaloux de faire oublier par
-un redoublement de violence un instant de pitié, vainement Hébert,
-impatient de voir «raccourcir la louve autrichienne», s'écriait-il:
-«On cherche midi à quatorze heures pour juger la tigresse d'Autriche,
-et l'on demande des preuves pour la condamner, tandis que, si on lui
-rendait justice, elle devrait être hachée comme chair à pâté[1626].»
-Vainement l'imagination atroce des pourvoyeurs habituels de la
-guillotine se mettait-elle en campagne, forgeant des prétextes et
-inventant des crimes. L'œuvre de Héron, même revue et corrigée
-par Marat, était si absurde, que le Comité de Sûreté générale
-renonçait à s'en servir[1627]. Le 3 octobre, Billaud-Varennes
-montait à la tribune: «La femme Capet, dit-il, n'est pas punie...
-Je demande que la Convention décrète expressément que le Tribunal
-révolutionnaire s'occupera immédiatement du procès et du jugement
-de la femme Capet.» Le décret fut rendu; mais, deux jours après, le
-5 octobre, Fouquier-Tinville se plaignait qu'en le lui transmettant
-on ne lui eût transmis en même temps «aucunes pièces relatives à
-Marie-Antoinette[1628]». Le Tribunal ne savait que faire et Fouquier
-avait des scrupules. Le Comité de Salut public lui ouvrit les Archives
-nationales, lui fit communiquer le dossier du procès de Louis XVI;
-peine inutile: on n'y trouva rien. A bout de ressources, Pache,
-Chaumette et Hébert se transportèrent au Temple, le lundi 7 octobre,
-torturèrent longuement par d'infâmes questions Madame Royale et
-Mme Élisabeth[1629]; ils ne purent tirer de leurs réponses aucune
-dénonciation contre la Reine. Mais, plus heureux, la veille, avec Louis
-XVII, ils avaient arraché à l'innocence d'un enfant de huit ans, gorgé
-d'eau-de-vie et terrorisé par les brutalités de Simon, une odieuse
-calomnie contre sa mère.
-
-Fouquier-Tinville pouvait désormais poser les bases de son «œuvre
-d'enfer»; son imagination et la haine populaire feraient le reste.
-
-Le 12 octobre, à six heures du soir. Marie-Antoinette fut appelée
-au Palais de justice dans la grande salle d'audience. Vêtue d'une
-misérable robe noire, elle alla s'asseoir en face de l'accusateur
-public, sur une banquette, entre deux gendarmes. La salle était
-sombre. Deux maigres bougies, placées devant le greffier Fabricius,
-projetaient seules une lueur insuffisante et la Reine ne pouvait
-distinguer, dans l'ombre où ils se cachaient, les puissants du jour,
-qui venaient assister, avec une curiosité fiévreuse et méchante, à
-l'agonie de la veuve du dernier roi de France.
-
-Le président Herman commence l'interrogatoire; il passe en revue
-tout l'édifice laborieusement élevé par Fouquier, tous les griefs
-des révolutionnaires contre cette femme qui seule a tenu tête à la
-Révolution: les prétendus millions envoyés à son frère, les relations
-avec les Princes, le soi-disant Comité autrichien, le _veto_ opposé aux
-décrets contre les émigrés et contre les prêtres, les complots contre
-le peuple.
-
-D—«C'est vous qui avez appris à Louis Capet cet art d'une profonde
-dissimulation avec laquelle il a trompé trop longtemps le peuple
-français, qui ne se doutait pas qu'on pût porter à un tel point la
-scélératesse et la perfidie?»
-
-R—«Oui, le peuple a été trompé; il l'a été cruellement; mais ce n'est
-ni par mon mari ni par moi.»
-
-On arrive à la fuite de Varennes.
-
-D—«Vous avez été l'instigatrice principale de la trahison de Louis
-Capet; c'est par vos conseils, et peut-être par vos persécutions,
-qu'il a voulu fuir la France, pour se mettre à la tête des furieux qui
-voulaient déchirer leur patrie?»
-
-R—«Mon époux n'avait jamais voulu fuir la France; je l'ai suivi
-partout; mais, s'il avait voulu sortir de son pays, j'aurais employé
-tous les moyens pour l'en dissuader; mais ce n'était pas son
-intention.»
-
-On presse la Reine de questions sur ce sujet, comme on l'en avait
-pressée lors de l'affaire de l'œillet. Comme au 4 septembre, elle
-répond avec un sang-froid et une présence d'esprit qui ne se démentent
-pas et qui confondent Herman.
-
-D—«Vous n'avez jamais cessé un moment de vouloir détruire la liberté;
-vous vouliez régner à quelque prix que ce fût, et remonter au trône sur
-les cadavres des patriotes?»
-
-R—«Nous n'avions pas besoin de remonter sur le trône, puisque nous y
-étions; nous n'avons jamais désiré que le bonheur de la France, qu'elle
-fût heureuse; mais _qu'elle le soit_, nous serons toujours contents.»
-
-..... D—«Quel intérêt mettez-vous aux armes de la République?»
-
-R—«Le bonheur de la France est celui que je désire par-dessus tout.»
-
-D—«Vous regrettez sans doute que votre fils ait perdu un trône sur
-lequel il eût pût monter, si le peuple, enfin éclairé sur ses droits,
-n'eût pas brisé ce trône?»
-
-R—«Je ne regretterai rien pour mon fils, quand mon pays sera heureux.»
-
-Herman revient sur le banquet des gardes du corps, les journées
-d'octobre, les relations de la Reine au Temple et à la Conciergerie
-avec les administrateurs de police et les officiers municipaux, le
-complot de l'œillet, etc., épiant les réponses de l'auguste accusée,
-cherchant à en faire sortir quelque aveu qui puisse étayer le
-monstrueux et fragile échafaudage de Fouquier, la guettant, pour ainsi
-dire, dans cette pénombre, comme le tigre guette sa proie..... La Reine
-lui répond avec une rare aisance et une dignité simple, sans morgue et
-sans faiblesse; dans cet enchevêtrement de questions embrouillées et
-confondues à dessein, elle démêle les pièges, elle déjoue les ruses,
-et, avec un tact étonnant, elle sait à la fois se défendre et ne
-compromettre personne.
-
-Herman, vaincu dans la lutte, lui nomme d'office deux défenseurs,
-Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray, et donne l'ordre de la
-reconduire à la Conciergerie. La Reine rentre dans son cachot, où, à
-partir de ce jour, on la replace sous la surveillance spéciale d'un
-officier de gendarmerie, qui ne la quitte plus[1630].
-
-Chauveau-Lagarde était à la campagne, lorsqu'on vint lui annoncer la
-grande et douloureuse mission qui lui était confiée[1631]. Il partit
-aussitôt pour Paris, et, le 13 au soir, se rendit à la Conciergerie,
-avec son collègue Tronçon-Ducoudray. La veille, Fouquier-Tinville
-avait déposé au greffe du Tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation
-qu'il avait réussi à dresser. La Reine en prit connaissance avec
-une dédaigneuse fermeté et se contenta de faire froidement diverses
-observations, sans s'inquiéter de la présence du gendarme qui pouvait
-l'entendre. Plus ému qu'elle et effrayé du volumineux et informe amas
-de pièces qui constituait le dossier, l'avocat la pria de réclamer
-un délai indispensable pour l'examen de ces pièces. «A qui faut-il
-s'adresser?» demanda-t-elle.—«A la Convention nationale,» murmura
-à mi-voix le défenseur.—«Non,» reprit-elle vivement, en détournant
-la tête; «non jamais!» Sa fierté de reine et sa dignité de veuve se
-refusaient à reconnaître l'autorité des assassins de son mari.
-
-Chauveau-Lagarde insista, fit valoir l'intérêt de la mémoire de Louis
-XVI, celui de ses enfants, celui de Mme Élisabeth et, dit-il, «à
-ces mots de sœur, d'épouse et de mère, la nature l'emporta sur la
-souveraine, et la Reine, sans proférer une parole, mais laissant
-échapper un soupir, prit la plume, et écrivit à l'Assemblée, en notre
-nom, deux mots pleins de noblesse et de dignité, par lesquels en
-effet elle se plaignait de ce qu'on ne nous avait pas laissé le temps
-d'examiner les pièces du procès et réclamait pour nous les délais
-nécessaires[1632].»
-
-La demande, transmise à l'accusateur public, demeura sans réponse.
-Le lendemain, lundi 14 octobre, à huit heures du matin, les débats
-commençaient.
-
-Les juges et les jurés sont à leur poste. Les juges, ce sont: Herman,
-président, Coffinhal, l'âme damnée de Robespierre, son séide le
-plus énergique, Deliège, Maire, Donzé-Verteuil. Les jurés, ce sont:
-l'ex-marquis Antonelle, Renaudin, l'un des plus atroces parmi cette
-bande d'hommes atroces ou lâches[1633], Fiévée, Besnard, Thoumain,
-Desboisseaux, Baron, Sambat, Devèze, le chirurgien Souberbielle, qui
-veut se récuser et auquel le président impose silence en ces termes:
-«Si quelqu'un avait à te récuser, ce serait l'accusation; car tu
-as donné des soins à l'accusée, et tu aurais pu être touché de la
-grandeur de son infortune[1634];» le limonadier Chrétien, le musicien
-Lumière, l'imprimeur Nicolas, le perruquier Ganney, le menuisier
-Trinchard, joyeux d'avoir à juger «la bête féroce qui a dévoré une
-partie de la République[1635]».
-
-La Reine est introduite; par un reste de coquetterie féminine, suivant
-Mercier, ou plutôt par un impérissable sentiment de dignité, elle a
-donné plus de soins à sa toilette de veuve; ses cheveux, blanchis par
-la douleur, sont arrangés avec plus d'art; elle a ajouté à son bonnet
-de linon ordinaire deux barbes volantes, et, sous ces barbes, ajusté un
-crêpe noir. Elle se tient là, majestueuse et fière, devant ces hommes
-qui se disent ses juges. Interpellée par le président, elle déclare se
-nommer _Marie-Antoinette d'Autriche, âgée d'environ trente-huit ans,
-veuve du Roi de France, se trouvant, lors de son arrestation, dans le
-lieu des séances de l'Assemblée nationale_.
-
-La salle est comble. Plusieurs membres du Comité de Sûreté
-générale, Vadier, Amar, Vouland, Moïse Bayle, sont assis à côté
-de l'accusateur public, surveillant les jurés et l'auditoire,
-encourageant les hésitants, soutenant les faibles, épiant l'agonie de
-leur victime[1636]. Les tricoteuses aussi sont à leur poste; depuis
-l'institution du Tribunal révolutionnaire, elles n'ont point eu
-encore une pareille bonne fortune, et elles viennent se repaître des
-souffrances de celle qui fut une reine, et une reine adorée.
-
-Herman recommande aux jurés la fermeté et l'impartialité! Puis,
-s'adressant à l'accusée, il l'engage à être attentif (_sic_) à ce
-qu'elle va entendre. On fait l'appel des témoins et le greffier
-Fabricius donne lecture de l'acte d'accusation.
-
-Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public près le Tribunal
-révolutionnaire,
-
-«Expose...... qu'examen fait de toutes les pièces transmises à
-l'accusateur public, il en résulte qu'à l'instar des Messaline,
-Brunehaut, Frédégonde et Médicis, que l'on qualifiait autrefois de
-reines de France, et dont les noms, à jamais odieux, ne s'effaceront
-pas des fastes de l'histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a
-été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français;
-qu'avant l'heureuse révolution qui a rendu au peuple français la
-souveraineté, elle avait des rapports politiques avec l'homme qualifié
-de roi de Bohême et de Hongrie; que ces rapports étaient contraires aux
-intérêts de la France; que non contente, de concert avec les frères
-de Louis Capet et l'infâme et exécrable Calonne, lors ministre des
-finances, d'avoir dilapidé d'une manière effroyable les finances de la
-France (fruit des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisirs
-désordonnés et payer les agents de ses intrigues criminelles; il est
-notoire qu'elle a fait passer, à différentes époques, à l'Empereur,
-des millions qui lui ont servi et servent encore à soutenir la guerre
-contre la République, et que c'est par ses dilapidations excessives
-qu'elle est parvenue à épuiser le Trésor national.»
-
-Fouquier énumère ensuite tous les griefs accumulés par Herman dans
-le premier interrogatoire. Il accuse la Reine d'avoir ménagé, le
-1er octobre 1789, entre les officiers des gardes du corps et ceux
-du régiment de Flandre «un repas qui avait dégénéré en une véritable
-orgie, ainsi qu'elle le désirait», d'avoir amené les convives «à
-chanter, dans l'épanchement de l'ivresse, des chansons exprimant le
-plus entier dévouement pour le trône et l'aversion la plus caractérisée
-pour le peuple, à arborer la cocarde blanche et à fouler aux pieds la
-cocarde nationale»;
-
-D'avoir, «par ses agents, occasionné dans Paris et aux environs une
-disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection, à la suite de
-laquelle une foule innombrable de citoyens et de citoyennes se sont
-portés à Versailles, le 5 du même mois»;
-
-D'avoir «tenu, dans son palais, des conciliabules où a été décidée,
-avec Lafayette et Bailly, la fuite de Varennes; d'avoir elle-même
-tout ménagé et tout préparé pour cette évasion, ainsi qu'elle en est
-convenue elle-même dans son interrogatoire[1637]»;
-
-D'avoir «voulu l'horrible massacre, qui a eu lieu le 17 juillet 1791,
-des plus zélés patriotes qui se sont trouvés au Champ-de-Mars»; d'avoir
-«imaginé de faire discuter, dans ces conciliabules ténébreux, qualifiés
-depuis longtemps avec raison de _Cabinet autrichien_, contre (_sic_)
-les lois qui étaient portées par l'Assemblée législative».
-
-Il expose encore:
-
-«Que la veuve Capet a médité et combiné avec ses perfides agents
-l'horrible conspiration qui a éclaté dans la journée du 10 août,
-laquelle n'a échoué que par les efforts courageux et incroyables
-des patriotes; qu'à cette fin elle a réuni dans son habitation, aux
-Tuileries, jusque dans les souterrains, les Suisses qui, aux termes des
-décrets, ne devaient plus composer la garde de Louis Capet; qu'elle les
-a entretenus dans un état d'ivresse, depuis le 9 jusqu'au 10 au matin,
-jour convenu pour l'exécution de cette horrible conspiration; qu'elle a
-réuni également, et dans le même dessein, dès le 9, une foule de ces
-êtres qualifiés de _Chevaliers du poignard_, qui avaient figuré déjà
-dans le même lieu, le 28 février 1791, et depuis, à l'époque du 20 juin
-1792;
-
-«Que la veuve Capet, craignant sans doute que cette conspiration
-n'eût pas tout l'effet qu'elle s'en était promise (_sic_), a été,
-dans la soirée du 9 août, vers les neuf heures et demie du soir, dans
-la salle où les Suisses ou autres, à elle dévoués, travaillaient à
-des cartouches; qu'en même temps qu'elle les encourageait à hâter
-la confection de ces cartouches, pour les exciter de plus en plus,
-elle a pris des cartouches et a mordu les balles,—les expressions me
-manquent pour rendre un trait aussi atroce...;—» qu'on ne peut douter
-«qu'il n'ait été convenu, dans le conciliabule qui a eu lieu toute
-la nuit, qu'il fallait tirer sur le peuple, et que Louis Capet et
-Marie-Antoinette, qui était la grande directrice de cette conspiration,
-n'ait elle-même donné l'ordre de tirer.»
-
-Fouquier relevait ensuite, mais à la fin de son réquisitoire, en
-quelques phrases rapides, et comme si lui-même en avait eu honte,
-l'infâme calomnie qui n'avait pu naître que dans l'imagination
-dévergondée du _Père Duchesne_, et il résumait toute son œuvre en trois
-chefs principaux. La Reine était accusée:
-
-«1o D'avoir méchamment et à dessein, de concert avec les frères
-de Louis Capet et l'ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière
-effroyable les finances de la France, et d'avoir fait passer des sommes
-incalculables à l'Empereur et d'avoir ainsi épuisé le trésor national;»
-
-«2o D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires,
-entretenu des intelligences et des correspondances avec les ennemis de
-la République, d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis des
-plans d'attaque et de campagne, convenus et arrêtés dans le Conseil;»
-
-«3o D'avoir, par ses intrigues et ses manœuvres, et celles de ses
-agents, tramé des conspirations et des complots contre la sûreté
-intérieure et extérieure de la France, et d'avoir, à cet effet, allumé
-la guerre civile dans divers points de la République et armé les
-citoyens les uns contre les autres, et d'avoir, par ce moyen, fait
-couler le sang d'un nombre incalculable de citoyens.»
-
-Voilà l'accusation; mais où sont les preuves? Quelles pièces Fouquier
-a-t-il produites à l'appui de son dire?
-
-Les pièces, on n'a même pas laissé aux défenseurs le temps de les
-vérifier. Les preuves, il n'y en a pas. Ce sera aux témoins à les
-fournir, s'ils le peuvent.
-
-La Reine a écouté en silence la longue lecture du greffier; elle n'a
-laissé paraître aucun signe d'émotion. A peine, lorsque Fouquier a
-repris la calomnie d'Hébert, un imperceptible mouvement de dédain
-a-t-il plissé ses lèvres; mais sa contenance est restée calme
-et assurée. Le reste du temps, elle a laissé ses doigts errer
-insoucieusement sur la barre du fauteuil où elle est assise, comme sur
-un _forté piano_[1638].
-
-L'audition des témoins commence. Le premier introduit, c'est Lecointre,
-de Versailles; Lecointre, qui jadis se proclamait «un des sujets les
-plus fidèles» du Roi et de la Reine[1639], aujourd'hui et depuis
-quatre ans un de leurs ennemis les plus acharnés; Lecointre, un de
-ceux sur qui a pesé le plus lourdement la responsabilité des journées
-d'octobre 1789. C'est sur ces journées qu'il est appelé à s'expliquer.
-Il renouvelle toutes les diatribes qu'il a jadis inspirées au journal
-de Gorsas; il s'étudie à charger Marie-Antoinette. Marie-Antoinette ne
-répond que par des dénégations nettes et précises aux allégations de
-Lecointre et aux questions du président.
-
-L'adjudant général Lapierre et le canonnier Roussillon déposent, le
-premier sur la fuite de Varennes, le second sur la journée du 10
-août. Roussillon a vu, prétend-il, lors du pillage des Tuileries, des
-bouteilles sous le lit de l'accusée, preuve évidente qu'elle avait fait
-boire les Suisses pour les enivrer. Ici encore la Reine n'oppose qu'un
-fier démenti aux insinuations grotesques de cet aboyeur subalterne. Il
-semble d'ailleurs que, dans les récits des témoins, on cherche moins
-des preuves contre elle qui est perdue d'avance, que contre certains
-personnages qu'on veut perdre, contre Lafayette, Bailly, Pétion, ou
-des administrateurs de police, tels que Michonis, Marino, Jobert, etc.
-L'accusation n'avance pas, quand on introduit Hébert.
-
-Hébert raconte des choses vagues: il a trouvé dans un livre de
-l'accusée des signes contre-révolutionnaires, un cœur percé d'une
-flèche; il soupçonne Toulan de s'être découvert devant les membres de
-l'ex-famille royale. Puis ce misérable qui a toutes les bassesses, cet
-homme qui a vécu comme un infâme et qui mourra comme un lâche, reprend
-dans le détail l'immonde calomnie qui a fourni à Fouquier le dernier
-paragraphe de son acte d'accusation.
-
-Chose étrange! l'auditoire reste silencieux; les applaudissements sur
-lesquels Hébert a compté lui manquent; les tricoteuses ont elles-donc
-plus de pudeur que lui? Le président lui-même, dans les questions
-qu'il pose à l'accusée, semble oublier la déclaration du substitut du
-procureur de la Commune; il l'interroge sur Michonis, sur l'affaire
-de l'œillet, et il laisse dans l'ombre, par un reste de vergogne
-peut-être, les récits odieux du _Père Duchesne_.
-
-Mais il se rencontre un homme qui n'a pas moins d'impudeur qu'Hébert.
-Un juré,—pourquoi n'a-t-on pas imprimé son nom? a-t-il rougi, plus
-tard, ou l'éditeur du _Bulletin du Tribunal révolutionnaire_ a-t-il
-rougi pour lui?—un juré anonyme interpelle Herman:
-
-«Citoyen président, dit-il, je vous invite à vouloir bien faire
-observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé
-le citoyen Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son
-fils.»
-
-Cet homme doit être content; son infamie est couronnée de succès. La
-Reine jusqu'ici n'a opposé qu'un front d'airain et un cœur impassible
-aux allégations des témoins comme aux déclamations de l'accusateur
-public. A la question du juré, son front rougit et son cœur s'émeut;
-elle se soulève à demi sur son fauteuil, et, d'un geste indigné, d'une
-voix vibrante:
-
-«Si je n'ai pas répondu, dit-elle, c'est que la nature se refuse à
-répondre à une pareille inculpation faite à une mère.»
-
-Et jetant un regard sur l'auditoire:
-
-«_J'en appelle_, continue-t-elle, _à toutes celles qui peuvent se
-trouver ici!_»
-
-Devant ce cri sublime du cœur d'une mère, je ne sais quel courant
-magnétique passe dans l'assistance; les tricoteuses se sentent remuées
-malgré elles; peu s'en faut qu'elles n'applaudissent, comme elles ont
-applaudi au 6 octobre. On entend des cris déchirants; des femmes,
-dit-on, sont emportées évanouies, et le tribunal est réduit à menacer
-les perturbateurs de l'ordre[1640]. Hébert frémit et baisse la tête: le
-cri de la Reine l'a frappé à mort[1641].
-
-Pour couper court aux impressions trop favorables à l'accusée, au gré
-des juges, on reprend l'audition des témoins. Mais le notaire Silly
-essaie en vain de réveiller les haines, en déposant, sur la fuite du 20
-juin 1791. L'attention n'est plus là; il faut donner à l'émotion des
-assistants le temps de se calmer, et, à trois heures[1642], l'audience
-est suspendue.
-
-Tant de secousses n'ont point abattu la Reine; sa conscience la
-soutient. «Vois-tu comme elle est fière?» murmure une femme, en la
-voyant quitter la salle d'un pas assuré. La Reine entend ce mot;
-elle s'en émeut; elle a peur d'avoir mis trop de dignité dans ses
-réponses[1643]. Puis se tournant vers ses défenseurs, elle leur demande
-ce qu'ils pensent des déclarations des témoins, et sur l'assurance
-qu'ils lui donnent qu'il ne résulte encore rien de positif des débats:
-«Je ne crains que Manuel,» dit-elle.
-
-A cinq heures, l'audience est reprise. Les dépositions continuent;
-mais, comme le matin, pas un fait précis, pas une articulation appuyée
-sur des preuves; des récriminations, des insinuations vagues, des
-suppositions.
-
-Terrasson a vu l'accusée, au retour de Varennes, jeter sur les
-gardes nationaux «le coup d'œil le plus vindicatif». Reine Millot,
-«fille domestique,» a entendu dire, en 1788, au duc de Coigny, que
-Marie-Antoinette avait fait passer à son frère au moins vingt millions,
-comme s'il était vraisemblable que M. de Coigny, dont elle ne sait
-même pas le titre, puisqu'elle le qualifie de comte, eût été faire
-des confidences de ce genre à une servante de bas étage. Elle sait
-encore qu'un jour la Reine avait sur elle deux pistolets pour tuer le
-duc d'Orléans et que le Roi a dû la mettre quinze jours aux arrêts
-dans sa chambre. Comment le sait-elle? Elle ne le dit pas. Labenette,
-le rédacteur du _Journal du diable_, l'émule subalterne de Marat,
-déclare que la Reine a envoyé trois hommes pour l'assassiner. Et en
-dehors de ces affirmations ridicules ou odieuses, pas une preuve, rien,
-absolument rien.
-
-Manuel lui-même, le seul témoin que Marie-Antoinette semble redouter,
-Manuel ne l'accuse pas. Il se contente de protester qu'il n'a jamais
-eu de relations avec la Cour ni avec la femme du ci-devant Roi. Et, à
-vrai dire, dans ce procès, Manuel, comme Bailly qui lui succède, tous
-deux exemples mémorables de l'inconstance des enthousiasmes populaires,
-Manuel est plutôt accusé que témoin. En vain fait-on comparaître
-toute une nouvelle série de témoins; en vain relève-t-on l'affaire de
-l'œillet; en vain Dufraisne Gilbert, les Richard, la femme Harel,
-sont-ils pressés de questions sur la visite de Rougeville à la
-Conciergerie. Rien encore. A onze heures du soir, la séance est levée:
-juges, jurés et témoins ont besoin de repos.
-
-La Reine, accablée de fatigue, torturée par ces longs débats de quinze
-heures, épuisée de chaleur, d'indignation, de dédain, la Reine a soif;
-elle demande à boire. Les huissiers sont absents; dans cette foule où
-chacun, dix ans auparavant, eût brigué l'honneur d'aller lui chercher
-un verre d'eau et le lui eût présenté à genoux, nul n'a le courage
-de lui rendre un service que réclame la plus simple humanité. Seul,
-l'officier de gendarmerie qui l'accompagne, de Busne, ose se dévouer:
-il lui donne à boire[1644]. La Reine se sent défaillir; sa vue se
-trouble; en retournant à son cachot, elle se trouve presque mal:
-«Je n'y vois plus, murmure-t-elle; je n'en peux plus; je ne saurais
-marcher.» Respectueux, ému de compassion, de Busne lui offre le bras
-et l'aide à descendre les trois marches glissantes qui conduisent à sa
-chambre. Le lendemain matin, de Busne, suspect d'humanité et convaincu
-de pitié contre-révolutionnaire, est jeté en prison à son tour[1645].
-
-Le 15, à neuf heures du matin, l'audience est reprise. C'est le dernier
-jour de cette horrible agonie; le lendemain, ce sera le jour de la mort.
-
-Le premier témoin qui paraît, c'est le vainqueur des Antilles,
-d'Estaing, «matelot et soldat,» comme il s'intitule; d'Estaing, qui a
-l'intelligence et la valeur leur militaires, mais auquel manque un
-sens, le sens du respect de soi-même et des autres. D'Estaing commence
-par dire qu'il a à se plaindre de l'accusée, qui l'a empêché d'être
-maréchal de France: mais il n'apporte aucune charge contre elle, et
-sa déposition même est un hommage au grand cœur de la Reine: «Si les
-Parisiens viennent ici pour m'assassiner,» lui a-t-il entendu dire le
-5 octobre, «c'est aux pieds de mon mari que je le serai; mais je ne
-fuirai pas.»
-
-A d'Estaing succèdent les deux la Tour du Pin, ses anciens compagnons
-d'armes, bientôt ses compagnons d'échafaud,—tous trois seront
-guillotinés le 28 avril 1794,—ses égaux en grade, ses supérieurs en
-grandeur morale. Pas plus que celle de d'Estaing, leurs dépositions ne
-chargent la Reine. L'ancien ministre de la guerre la salue avec le même
-respect que jadis dans les galeries de Versailles. On lui demande s'il
-connaît l'accusée. «Ah! oui, répond-il en s'inclinant, j'ai l'honneur
-de connaître Madame.» Inculpé comme elle, il se défend et la défend
-avec une aisance et un courage qui déconcertent les juges. On cherchait
-des accusateurs, on ne trouve que des apologistes.
-
-Et pourtant la passion d'Herman est ingénieuse à harceler
-Marie-Antoinette. Il revient sans cesse sur les anciens griefs allégués
-contre elle; il met à nu toute sa vie; il ramasse dans les pamphlets
-des courtisans et dans ceux des démagogues les vieilles calomnies,
-enfantées par les haines d'antichambre et les haines de la rue; les
-dépenses de Trianon, le procès du Collier, la nomination de ministres
-liberticides, les prétendus millions envoyés à l'Empereur.
-
-D.—«Où avez-vous pris l'argent avec lequel vous avez fait construire
-et meubler le Petit Trianon, dans lequel vous donniez des fêtes dont
-vous étiez toujours la déesse?»
-
-R.—«C'était un fonds que l'on avait destiné à cet effet.»
-
-D.—«Il fallait que ce fonds fut _conséquent_; car le Petit Trianon doit
-avoir coûté des sommes énormes.»
-
-R.—«Il est possible que le Petit Trianon ait coûté des sommes immenses,
-peut-être plus que je ne l'aurais désiré; on avait été entraîné dans
-les dépenses peu à peu. Du reste, je désire plus que personne que l'on
-soit instruit de ce qui s'y est passé[1646].»
-
-D.—«N'est-ce pas au Petit Trianon que vous avez connu pour la première
-fois la femme la Motte?»
-
-R.—«Je ne l'ai jamais vue.»
-
-D.—«N'a-t-elle pas été votre victime dans l'affaire du fameux collier?»
-
-R.—«Elle n'a pas pu l'être, puisque je ne la connaissais pas.»
-
-D.—«Vous persistez donc à nier que vous l'avez connue?»
-
-R.—«Mon plan n'est pas la dénégation; c'est la vérité que j'ai dite et
-que je continuerai à dire.»
-
-D.—«N'avez-vous pas forcé les ministres des finances de vous délivrer
-des fonds, et, sur ce que quelques-uns d'entre eux s'y sont refusés, ne
-les avez-vous pas menacés de votre indignation?»
-
-R.—«Jamais!»
-
-D.—«N'avez-vous pas sollicité Vergennes à faire passer six millions au
-Roi de Bohême et de Hongrie?»
-
-R.—«Non.»
-
-On ouvre un paquet, scellé du cachet de la Commune et renfermant les
-objets trouvés sur la Reine, le 2 août, au moment où elle a été écrouée
-à la Conciergerie. Il y a là des portefeuilles, des portraits, des
-cheveux[1647]. L'accusation n'y pourrait-elle découvrir quelque pièce
-de conviction contre l'accusée? Ne seraient-ce point par hasard des
-insignes contre-révolutionnaires? Et ce portefeuille de maroquin rouge
-ou ce livret de moire verte n'auraient-ils pas reçu la confidence de
-quelque complot contre la liberté? Non, ces portraits sont ceux de
-la princesse de Lamballe et de deux amies d'enfance, les «Dames de
-Mecklembourg et de Hesse». Ce portefeuille ne contient que l'adresse du
-médecin de la Reine ou des femmes chargées de son linge. Ces cheveux
-sont ceux de son mari et de ses enfants.
-
-A défaut d'accusateurs parmi les serviteurs de l'ancien régime et de
-l'ancienne Cour, ou parmi les hommes de 89, va-t-on au moins en trouver
-chez les serviteurs de la Révolution, chez les hommes de 93, chez les
-séides de Robespierre et d'Hébert? Les voici qui défilent devant le
-Tribunal. Voici Simon, le «gouverneur du fils Capet». Voici Mathey,
-le concierge de la Tour du Temple. Ont-ils quelque chose de sérieux à
-alléguer? Contre les administrateurs de police, des accusations vagues,
-des propos insignifiants, des hypothèses; contre la Reine, rien.
-
-En voici un, cependant, un espion de police, Tisset, l'auteur d'un
-recueil infâme, _le Compte rendu aux sans-culottes de la République
-française par très haute, très puissante et très expéditive dame
-Guillotine_, qui, plus heureux ou plus habile que les autres, arrive
-les mains pleines de faits. Tisset a découvert, chez le trésorier de
-la liste civile, Septeuil, de nombreuses notes de paiements faits à
-Favras, Bouillé et autres conspirateurs. Il a vu, il a tenu dans ses
-doigts _deux_ bons de quatre-vingt mille livres, signés _Antoinette_.
-Ces bons ont été déposés à la commission des Vingt-Quatre qui, depuis,
-a été dissoute.
-
-Et voici le ci-devant secrétaire de la commission des Vingt-Quatre,
-Garnerin, qui déclare avoir vu _le_ bon de quatre-vingt mille livres,
-signé _Antoinette_, au profit de la ci-devant Polignac. Ce bon, comme
-les autres pièces, a été remis à Valazé, membre de la commission.
-Garnerin en sait même plus long: il sait que la Cour a fait faire des
-accaparements, pour «procurer un surhaussement dans le prix des denrées
-et par là dégoûter le peuple de la Révolution et de la liberté».
-La Reine, interpellée, déclare n'avoir aucune connaissance de ces
-accaparements; mais elle interroge à son tour; elle demande de quelle
-date sont ces deux bons qui, pour Garnerin, se réduisent déjà à un
-seul, et Tisset, troublé, répond que l'un d'eux est du 10 août 1792,
-comme si, ce jour-là, pendant l'attaque des Tuileries ou dans la loge
-du _Logographe_, la Reine avait pu envoyer un bon de quatre-vingt
-mille livres à Septeuil. L'accusation tombe sous le ridicule, et Valazé
-lui porte le dernier coup, en transformant le bon de quatre-vingt mille
-livres en une quittance de quinze ou vingt mille livres, dont il ne
-se rappelle plus le destinataire. Et cette quittance même, on ne la
-produit pas.
-
-C'est sur cet échec de l'accusation qu'à trois heures de l'après midi
-l'audience est suspendue. La Reine n'est pas reconduite dans son
-cachot; on lui apporte un potage qu'elle prend à la hâte: elle a besoin
-de forces pour cette dernière et mortelle séance qui ne finira que bien
-avant dans la nuit.
-
-A cinq heures, le Tribunal rentre dans la salle. Cette fois ce sont les
-officiers municipaux et les administrateurs de police, Lebœuf, Jobert,
-Moëlle, Vincent, Bugnot, Dangé, Michonis, etc., qui sont appelés à
-déposer; mais ces hommes, dont la plupart se sont conduits envers la
-captive avec une déférence et un dévouement que plusieurs paieront de
-leur tête, n'ont rien à alléguer contre elle. Brunier, médecin des
-Enfants de France, qui a été mandé à diverses reprises au Temple pour
-leur donner ses soins, n'a rien à dire non plus. On lui reproche de ne
-s'être approché des enfants de l'accusée qu'avec toutes les bassesses
-de l'ancien régime. «C'était bienséance et non bassesse,» répond
-courageusement Brunier.
-
-Didier-Jourdeuil déclare avoir vu une lettre adressée par l'accusée
-au commandant des Suisses, le comte d'Affry, dans laquelle elle lui
-disait: «Peut-on compter sur vos Suisses? Feront-ils bonne contenance
-quand il sera temps?» Mais cette lettre, Marie-Antoinette la nie, et
-Jourdeuil ne peut la représenter.
-
-De cette séance comme de celles qui l'ont précédée, que reste-t-il
-donc? La ridicule déposition de Michel Gointre, qui soupçonne la Reine
-d'avoir fondé une fabrique de faux assignats à Passy, ou l'absurde
-question d'Herman, qui lui demande si elle n'a pas conçu le projet de
-réunir la Lorraine à l'Autriche. Mais d'allégations sérieuses, pas une
-seule; de pièces authentiques, pas une seule; de bases pour l'œuvre
-monstrueuse de l'accusateur public, pas une seule. «La Reine, a dit
-éloquemment un de ses historiens, ne consentit à se justifier que pour
-justifier les autres et, dans ces longs débats, pas une parole ne lui
-échappa qui pût mettre un dévouement en péril ou la conscience des
-juges en repos[1648].»
-
-La liste des témoins est épuisée; les angoisses de l'interrogatoire
-sont finies. Le président demande à l'accusée si elle n'a rien à
-ajouter à sa défense.
-
-«Hier,» répond-elle simplement, devançant le jugement de l'histoire,
-«hier je ne connaissais pas les témoins; j'ignorais ce qu'ils allaient
-déposer contre moi. Eh bien! personne n'a articulé contre moi un fait
-positif. Je finis en observant que je n'étais que la femme de Louis
-XVI, et qu'il fallait bien que je me conformasse à ses volontés.»
-
-Herman déclare les débats terminés et Fouquier-Tinville prend
-la parole. On n'attend pas de nous que nous analysions ce long
-réquisitoire, qui n'est que la reproduction de l'acte d'accusation, que
-l'on connaît. Il y a un point, cependant, sur lequel Fouquier n'ose pas
-revenir: c'est la déposition d'Hébert.
-
-Les défenseurs se lèvent. A minuit, le président les a prévenus que
-les débats allaient être clos, et qu'ils avaient _un quart d'heure_
-pour se préparer. Chauveau-Lagarde parle le premier; il s'est chargé de
-répondre à l'accusation d'intelligence avec les ennemis de l'extérieur,
-tandis que son collègue défendra fendra la Reine contre l'accusation
-d'intelligence avec les ennemis de l'intérieur. «Je ne suis dans
-cette affaire, dit-il, embarrassé que d'une seule chose, ce n'est
-pas de trouver des réponses, c'est de trouver des objections[1649].»
-Et les deux avocats, «avec autant de zèle que d'éloquence», dit le
-_Bulletin du Tribunal révolutionnaire_, réduisent à néant l'échafaudage
-laborieusement élevé par Fouquier.
-
-«Comme vous devez être fatigué, Monsieur Chauveau-Lagarde,» murmure
-la Reine à l'oreille de son défenseur, «je suis bien sensible à
-toutes vos peines[1650].» Ces mots sont entendus, et, séance tenante,
-sous les yeux même de leur auguste cliente, Chauveau-Lagarde et
-Tronçon-Ducoudray sont arrêtés.
-
-Herman résume les débats, ou plutôt il prononce un nouveau et violent
-réquisitoire, destiné à montrer aux jurés quelle est la besogne que
-l'on attend d'eux. «C'est le peuple français, dit-il, qui accuse
-Marie-Antoinette,» et, retraçant en quelques mots haineux la vie
-publique de l'accusée, rappelant les événements politiques qui se sont
-succédé depuis cinq années, évoquant «les mânes de nos frères égorgés
-par suite des machinations infernales de cette moderne Médicis», il
-pose les quatre questions suivantes:
-
-«1o Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences
-avec les Puissances étrangères et ennemis extérieurs de la République,
-lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours
-en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y
-faciliter les progrès de leurs armes?
-
-«2o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
-convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres et d'avoir eu ces
-intelligences?
-
-«3o Est-il constant qu'il a existé un complot et conspiration tendant
-à allumer la guerre civile dans l'intérieur de la République, en armant
-les citoyens les uns contre les autres?
-
-«4o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
-convaincue d'avoir participé à ce complot et conspiration?»
-
-Les jurés se retirent dans la chambre des délibérations, et l'accusée
-est emmenée[1651]. Au bout d'une heure environ, les jurés rentrent et,
-à l'unanimité, répondent affirmativement sur toutes les questions.
-
-Par une dernière hypocrisie, Herman exhorte l'assistance à s'interdire
-toute marque d'approbation, et, faisant ramener Marie-Antoinette, il
-lui donne lecture de la déclaration du jury.
-
-Fouquier prend la parole, et, conformément à l'article 1er de la
-1re section du titre I de la IIe partie du Code pénal, requiert
-contre l'accusée la peine de mort. Le président demande à la Reine si
-elle a quelques réclamations à faire sur l'application de la peine. La
-Reine secoue la tête, sans dire un mot.
-
-Le président consulte ses collègues; le Tribunal opine à haute voix et
-Herman déclare que Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, veuve de
-Louis Capet, est condamnée à la peine de mort.
-
-La Reine reste impassible. Pas une contraction sur son visage; pas une
-larme dans ses yeux[1652]. Brisée de fatigue, épuisée par la perte de
-son sang, affaiblie par le manque de nourriture,—elle n'a presque rien
-pris depuis douze heures,—son incomparable énergie la soutient. Elle
-ne dit pas un mot, elle ne fait pas un geste; sereine et fière, elle
-quitte la salle d'audience, la tête haute, et rentre à la Conciergerie,
-où les gendarmes la conduisent dans le cachot des condamnés à
-mort[1653].
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
- La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette à Mme
- Élisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques instants sur
- son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans
- Paris.—La Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet
- de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien
- Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion.
-
-
-Il est quatre heures et demie du matin; dans quelques heures, le
-bourreau viendra réclamer sa victime. La Reine demande de l'encre;
-avant de mourir, elle a besoin d'épancher son âme et d'envoyer à ses
-enfants et à sa belle-sœur ses dernières pensées avec ses dernières
-larmes. C'est à Mme Élisabeth qu'elle écrit:
-
- «Ce 16 octobre, à 4 h. ½ du matin.
-
-«C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens
-d'être condamnée, non pas à une mort honteuse,—elle ne l'est que pour
-les criminels,—mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente,
-j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments.
-Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien.
-J'ai un profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez que je
-n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui
-avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle
-position je vous laisse!»
-
-«J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille
-était séparée de vous; hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui
-écrire[1654]; elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais pas même si
-celle-ci vous parviendra[1655]. Recevez pour eux deux ma bénédiction;
-j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se
-réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils
-pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les
-principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de
-la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.
-Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son
-frère, par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que
-lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour,
-rende à sa sœur tous les soins, tous les services que l'amitié peut
-inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où
-ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur
-union. Qu'ils prennent exemple de nous: combien, dans nos malheurs,
-notre amitié nous a donné de consolation, et, dans le bonheur, on jouit
-doublement, quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de
-plus tendre et de plus uni que dans sa famille? Que mon fils n'oublie
-jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément:
-«qu'il ne cherche jamais à venger notre mort!»
-
-«J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais
-combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma
-chère sœur; pensez, à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire
-dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un
-jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos
-bontés et de vos tendresses pour tous deux.»
-
-«Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais
-voulu vous les écrire dès le commencement du procès; mais, outre qu'on
-ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais
-réellement pas eu le temps.»
-
-«Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans
-celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours
-professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre; ne
-sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion,—et
-même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une
-fois,—je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que
-j'ai pu commettre, depuis que j'existe; j'espère que, dans sa bonté,
-il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais
-depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa
-miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais,
-et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le
-vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le
-mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et à tous mes frères
-et sœurs. J'avais des amis: l'idée d'en être séparée pour jamais et
-leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant:
-qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes derniers moments j'ai pensé à
-eux.»
-
-«Adieu, ma bonne et tendre sœur: puisse cette lettre vous arriver!
-Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que
-ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu! qu'il est déchirant de les
-quitter pour toujours! Adieu! Adieu! Je ne vais plus m'occuper que de
-mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on
-m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai
-pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger.»
-
-La Reine a pleuré en écrivant cette lettre, non pas sur elle-même, mais
-sur ses enfants. Elle a pleuré, en songeant aux mains indignes entre
-lesquelles elle laisse son fils, à ce qu'on lui a déjà fait dire et
-faire, à ce qu'on le forcera peut-être de dire et de faire encore. Mais
-il ne faut pas que ces pensées l'amollissent; elle a besoin de tout son
-courage et de toutes ses forces pour mourir. Elle refoule ses larmes,
-donne sa lettre au concierge Bault[1656] et se met à genoux, répandant
-longuement devant Dieu son âme tout entière[1657]. Elle se relève,
-mange à la hâte une aile de poulet et un petit pain[1658], quitte sa
-pauvre chemise, toute tachée par les hémorrhagies qui l'épuisent depuis
-un mois, en met une autre que lui procure la femme du concierge[1659],
-et, brisée par tant d'émotions, se jette tout habillée sur son lit,
-enveloppe ses pieds dans une couverture et s'endort[1660].
-
-A six heures, on la réveille: «Voilà, lui dit-on, un curé de Paris,
-qui demande si vous voulez vous confesser.»—«Un curé de Paris,»
-murmure-t-elle, il n'y en a guère[1661].» Le prêtre s'avance; il est
-vêtu en laïque[1662]; c'est un abbé Girard, curé de Saint-Landry, dans
-la Cité. La Reine le remercie; mais, fidèle à l'engagement qu'elle
-a pris dans sa lettre, elle refuse de se servir du ministère d'un
-schismatique. Ce ministère, d'ailleurs, elle n'en a pas besoin. Dieu
-lui a fait la grâce de lui envoyer, quelques jours auparavant, un
-prêtre fidèle[1663]; et, s'il faut en croire Madame Royale, ce matin
-même, agenouillée devant sa fenêtre, elle aurait reçu l'absolution
-et la bénédiction du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face
-d'elle[1664].
-
-La Reine a froid; l'atmosphère déjà fraîche des premières nuits
-d'automne, les brouillards du fleuve, l'humidité de la prison glacent
-son sang dans ses veines. Sur le conseil de l'abbé Girard, elle place
-un oreiller sur ses pieds et s'absorbe dans le recueillement de ses
-pensées et de ses muettes prières[1665].
-
-A sept heures, un nouveau personnage entre dans la prison; c'est le
-dernier acteur de ce drame lugubre, le bourreau. «Vous venez de bonne
-heure, Monsieur,» lui dit Marie-Antoinette, «ne pourriez-vous pas
-retarder?»—«Non, Madame, j'ai ordre de venir[1666].» La Reine coupe
-elle-même ses cheveux[1667] et Samson procède rapidement à la fatale
-toilette. Puis on attend. Le prêtre essaie quelques exhortations,
-la Reine ne les écoute que d'une oreille distraite. Sa pensée n'est
-plus là. Mais l'abbé Girard s'étant hasardé à dire: «Votre mort va
-expier...»—«Ah!» interrompt-elle vivement, «des fautes, mais pas un
-crime[1668].»
-
-Dès cinq heures du matin, le rappel a été battu dans les quarante-huit
-sections de Paris. A sept heures, toute la force armée est sur
-pied; des canons ont été rangés aux extrémités des ponts, places
-et carrefours, depuis le Palais jusqu'à la place de la Révolution.
-A dix heures du matin, de nombreuses patrouilles circulent dans
-les rues[1669]. La foule se presse aux portes de la Conciergerie,
-impatiente et houleuse; des milliers de sans-culottes[1670] sont là,
-injuriant leur victime, et attendant leur proie.
-
-A onze heures, un mouvement se fait. La porte de la prison s'ouvre;
-la Reine paraît, majestueuse et fière, comme à Versailles; vêtue d'un
-déshabillé de piqué blanc[1671], comme pour un jour de triomphe, a dit
-un témoin oculaire[1672]; chaussée de souliers de prunelle noire, avec
-des talons très haut, à la Saint-Huberty[1673]; un fichu de mousseline
-blanche autour du cou; sur la tête un bonnet de linon sans barbes,—elle
-n'a pu obtenir d'aller nu-tête à l'échafaud[1674];—les coudes retirés
-en arrière par une grosse ficelle, dont le bourreau tient l'extrémité;
-le teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang,
-les cils immobiles et raidis[1675]; la lèvre plissée par un ineffable
-dédain[1676]. Autour d'elle des gendarmes; près d'elle, le curé de
-Saint-Landry: «Voulez-vous que je vous accompagne?» a dit le prêtre
-constitutionnel.—«Comme vous voudrez,» a répondu insoucieusement la
-Reine[1677].
-
-Trente mille hommes forment la haie, depuis la Conciergerie jusqu'à la
-place de la Révolution[1678]. Cet appareil militaire, cette crainte
-d'une évasion possible, d'un complot pour enlever la condamnée pendant
-le trajet[1679], cette foule immense qui roule comme la vague,
-c'est le suprême et involontaire hommage rendu à la grandeur de
-Marie-Antoinette; car on n'a pas eu pour cette majesté déchue les mêmes
-égards que pour son mari. La voiture qui l'attend, acculée à quelques
-pas de la porte, n'est point un carrosse, comme pour Louis XVI, c'est
-l'ignoble charrette des condamnés vulgaires, avec ses roues pleines de
-boue, une planche pour banquette, sans paille ni foin sur le plancher;
-pour la traîner, un grossier cheval blanc; pour la conduire, un homme
-en blouse, à figure sévère et sinistre. La Reine ne peut retenir un
-mouvement de surprise, à la vue de cet étrange véhicule[1680]; mais
-elle ne tarde pas à dominer cette émotion passagère.
-
-Au marche-pied, placé derrière la charrette, on ajoute une petite
-échelle assez large, de quatre ou cinq échelons. Samson offre la
-main à la condamnée, pour l'aider à franchir les degrés; la Reine
-refuse d'un geste et monte seule, sans appui. Elle se place sur la
-banquette, le dos tourné au cheval; le prêtre s'assied près d'elle.
-«Voici, Madame, lui dit-il, l'instant de vous armer de courage.»—«Du
-courage,» reprend-elle vivement, il y a «si longtemps que j'en
-fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en manque
-aujourd'hui[1681].» Le prêtre insiste; elle lui impose silence, en lui
-répétant avec fermeté «qu'elle n'est point de sa religion, qu'elle
-meurt en professant celle de son époux et qu'elle n'oubliera pas les
-principes qu'il lui a répétés tant de fois[1682]». Le bourreau et son
-aide sont debout, derrière la Reine, le tricorne à la main, appuyés
-aux parois de la voiture et mettant «un soin visible à laisser flotter
-à leur gré les cordes» qui lient les mains de la victime et dont ils
-tiennent les extrémités.
-
-Un pâle soleil d'automne éclaire cette scène. La charrette s'ébranle;
-les gendarmes ont peine à lui frayer un passage, au milieu de cette
-masse compacte de sans-culottes et de tricoteuses qui vont bien gagner
-leur journée. Un silence étrange règne dans cette foule; mais, à
-l'entrée de la rue Saint-Honoré, les clameurs commencent. Des lazzis
-grossiers, des plaisanteries sinistres, des injures infâmes, des cris
-de mort sortent, comme des émanations malfaisantes, des profondeurs
-de cette populace en délire et se croisent avec des cris de _Vive la
-République_! _A bas les tyrans[1683]!_ Quelques misérables battent des
-mains[1684]; le comédien Grammont, à cheval, caracole autour de la
-charrette, donnant le signal des outrages. Impassible et sereine, «sans
-abattement ni fierté[1685],» la Reine plane au-dessus de cette tourbe;
-ses regards se posent sur cette foule haineuse, presque sans la voir,
-et ses oreilles sont frappées de ces bruits, sans les entendre. A peine
-si, de temps à autre, quelque insulte, plus odieuse que les autres,
-réussit à parvenir jusqu'à elle et à ramener un instant sur la terre
-cette pensée, qui monte, obstinément vers le ciel.
-
-Personne aux fenêtres; il ne faut rien au-dessus du niveau brutal de
-la rue[1686]. Toute sympathie doit se taire; la haine seule a droit de
-se montrer. Quelques spectateurs, dit-on, pourtant, s'évanouissent de
-douleur[1687].
-
-La charrette s'avance lentement: il faut, a écrit un journaliste,
-que la Reine «boive longtemps la mort[1688]». Devant Saint-Roch, le
-cortège s'arrête; c'est une des stations que l'acharnement ingénieux
-des bourreaux a ménagées à la victime sur le long chemin de son
-Calvaire. Sur le perron de l'église est entassée la fine fleur des
-furies révolutionnaires, le bataillon de la citoyenne Lacombe. Grammont
-se dresse sur ses étriers, en brandissant son sabre: «La voilà,
-l'infâme Antoinette, crie-t-il; elle est f....., mes amis!» C'est le
-signal; un long murmure s'élève de cette foule; les vociférations, les
-imprécations, les injures viennent se fondre en un immense hurlement
-de haine et d'insulte. Quelle jouissance pour ces femmes, pour ces
-_lécheuses de guillotine_, comme les appelait énergiquement la
-Commune, si elles pouvaient saisir sur le visage de la condamnée un
-tressaillement, ou dans ses yeux une larme! Mais cette volupté ne leur
-est pas donnée; sous le coup de l'outrage, la Reine demeure impassible;
-elle ne voit rien, elle n'entend rien.
-
-Cent pas plus loin, en face des Jacobins, il semble qu'elle veuille
-déchiffrer l'inscription qui surmonte l'arcade du passage[1689]. Elle
-se penche vers le prêtre constitutionnel et paraît l'interroger. Pour
-toute réponse, le prêtre élève un petit Christ d'ivoire, et la Reine
-rentre dans son silence et sa sérénité[1690].
-
-A midi, le funèbre cortège débouche sur la place de la Révolution.
-Par une dernière et sanglante ironie, l'échafaud est dressé près du
-Pont-Tournant, au pied de la statue de la Liberté. La Reine jette un
-long regard sur ces Tuileries, où elle est entrée pour la première
-fois le 8 juin 1773, radieuse Dauphine, saluée par les acclamations
-enthousiastes du peuple de Paris; d'où elle est sortie le 10 août
-1792, aux cris de rage de ce même peuple, si cruellement mobile; sur
-ces grands arbres, à l'ombre desquels son fils a joué tant de fois,
-et dont les feuilles, jaunies par le soleil d'automne, tombent à
-terre; sur ce palais où elle a vécu trois mortelles années, depuis
-les journées d'octobre 1789, et en face duquel elle va mourir. Sous
-le poids de ces souvenirs et de ces pensées, sa tête s'incline et son
-visage pâlit[1691]. Elle fléchit un moment, oppressée par d'insondables
-douleurs; mais aussitôt elle se redresse, descend de la charrette «avec
-légèreté et promptitude» et, «quoique ses mains soient toujours liées,»
-gravit, sans aide, les degrés de l'échafaud, «avec un air plus calme et
-plus tranquille encore qu'en sortant de la prison[1692].»
-
-En montant l'escalier, elle met par mégarde son pied sur celui du
-bourreau. Samson laisse échapper un cri de douleur. La Reine se
-retourne: «Monsieur,» dit-elle, avec une liberté d'esprit et une
-dignité inouïes dans un pareil moment, «Monsieur, je vous demande
-pardon[1693]!» Puis elle lève les yeux au ciel et murmure une dernière
-prière.
-
-Quatre minutes après[1694], le couperet national avait accompli son
-œuvre. L'exécuteur montrait longuement au peuple cette tête sanglante,
-dont un mouvement convulsif agitait les paupières, et dont un vif
-incarnat teignait encore les joues. «_Vive la République!_» répondait
-le peuple. Il était midi et quart.
-
-Tout était fini: la fille des Césars était allée rejoindre au ciel
-le fils de saint Louis. La foule s'écoulait, silencieuse et comme
-consternée, en proie à ce saisissement involontaire qui oppresse les
-consciences même les plus endurcies, après l'accomplissement d'un grand
-crime.
-
-Cependant, de cette populace haineuse et assouvie, un homme sortait, se
-glissait sous la guillotine et trempait son mouchoir dans le sang qui
-découlait de l'échafaud, comme dans le sang d'une martyre[1695].
-
-Ce sang de la victime, l'histoire l'a recueilli, comme le gendarme
-Maingot. Elle l'a recueilli, pour en marquer au front les assassins
-de Marie-Antoinette. «Le premier crime de la Révolution, dit
-Chateaubriand, fut la mort du Roi; mais le plus affreux fut la mort
-de la Reine[1696].» «Paris n'a plus un crime à commettre, écrivait le
-cardinal de Bernis en apprenant l'attentat du 16 octobre. Le dernier
-ajoute à tous les autres un degré d'horreur et d'infamie inconnu
-jusqu'à aujourd'hui[1697].» Et Napoléon a dit de son côté: «La mort
-de la Reine fut un crime pire que le régicide[1698];» crime purement
-gratuit, puisqu'il n'y avait aucun prétexte à alléguer comme excuse;
-crime éminemment impolitique, puisqu'il frappait «une princesse
-étrangère, le plus sacré des otages»; crime souverainement lâche,
-puisque la victime était une femme «qui n'avait eu que des honneurs
-sans pouvoir».
-
-Quinze jours après[1699], le fossoyeur Joly enfouissait, dans un coin
-obscur du cimetière de la Madeleine, les restes mutilés de la grande
-suppliciée et soumettait à l'approbation du président du Tribunal
-révolutionnaire, Herman, une note ainsi conçue:
-
- La Veuve Capet, pour la bière 6 livres
- Pour la fosse et les fossoyeurs. 25 —[1700]
-
-C'était le dernier _Mémoire des fournitures faites pour le service de
-la Reine de France_!
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER—Les États généraux.—Impopularité de la
- Reine au milieu de l'enthousiasme général.—Ouverture des
- États généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies
- qui s'éteignent.—Mort du premier Dauphin. 1
-
- CHAPITRE II.—Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu
- de Paume.—La séance royale du 23 juin.—Prise de la
- Bastille.—Départ du comte d'Artois et des Polignac.—Le
- Roi va à Paris le 17 juillet.—La nuit du 4 août.—Désordres
- en province.—Lettres de la Reine à Mme de Polignac.—Menaces
- de Paris contre Versailles.—Malouet propose vainement
- de transférer l'Assemblée à Compiègne. 19
-
- CHAPITRE III.—Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel
- de troupes à Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs
- des journées d'octobre. 46
-
- CHAPITRE IV.—Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris. 58
-
- CHAPITRE V.—Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues
- de la Reine avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites
- officielles des Corps constitués.—Murmures dans le
- peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle fait retirer des
- reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses bijoux chez
- son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du
- corps.—Pillage de la maison du boulanger
- François.—Représentation de _Charles IX_.—Comment la famille
- royale est installée et vit aux Tuileries.—Education des
- enfants.—Lettre de la Reine à Mme de Tourzel.—Bienfaisance de
- Marie-Antoinette.—Traits charmants du Dauphin.—Première
- communion de Madame Royale. 88
-
- CHAPITRE VI.—Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé
- sont déclarés à la disposition de la nation.—Suppression des
- Parlements.—Affaire de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan
- d'évasion d'Augeard.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le
- 4 février 1790.—On présente à la Reine la veuve et le fils
- de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du _Livre
- rouge_.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à Saint-Cloud.—Fédération
- du 14 juillet 1790.—La famille royale est acclamée
- par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les
- journées d'octobre. 115
-
- CHAPITRE VII.—Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses
- ouvertures au comte de la Marck.—Première note de Mirabeau
- pour la Cour.—Son entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le
- Roi et la Reine les écoutent sans les suivre.—Eclats
- de Mirabeau.—La Reine est de nouveau menacée.—Nouveaux
- plans de Mirabeau.—Quarante-septième note.—Utilité,
- mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau. 140
-
- CHAPITRE VIII.—Situation alarmante de Paris: l'émeute en
- permanence.—Démission de Necker.—Départ de Mesdames.—Le
- 28 février.—Le 18 avril.—Projets de fuite.—Le comte
- d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de Saint-Cloud.—Plan
- de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au marquis
- de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la Reine,
- Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises,
- est définitivement fixé au 20 juin. 172
-
- CHAPITRE IX.—Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille
- royale et retour à Paris. 198
-
- CHAPITRE X.—La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa
- vie captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de
- l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge est déployé au
- Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour. 231
-
- CHAPITRE XI.—Négociations de la Reine avec les
- Puissances.—Projets de l'Empereur.—Projets du roi de
- Suède.—Projets des émigrés.—Accroissement du nombre et de
- l'importance de ces derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour
- et avec le baron de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre
- du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous
- l'influence des Constitutionnels.—Missions du chevalier de
- Coigny et de l'abbé Louis.—La Reine dément par ses lettres
- secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie des
- Constitutionnels. 240
-
- CHAPITRE XII.—La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste:
- pas d'action immédiate; des négociations seulement.—Lettre
- du 8 juillet à Fersen.—Hostilité de la Reine contre les
- émigrés.—Mauvaise attitude d'un certain nombre de ces derniers
- contre Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard
- des Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment
- est-elle jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre
- à Mercy.—Cruelle situation de Marie-Antoinette. 260
-
- CHAPITRE XIII.—Achèvement de la Constitution.—La Reine
- consulte Mercy et Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner;
- car on n'a pas de moyens de résistance.—Conseils
- divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte
- la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire. 273
-
- CHAPITRE XIV.—Suites de l'acceptation de la
- Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre de Louis XVI à
- ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth à la marquise de
- Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries et
- Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de
- Marie-Antoinette.—Le Congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine
- est inexécutable. 286
-
- CHAPITRE XV.—L'Assemblée législative.—Son hostilité contre
- le Roi s'affirme dès le début.—Mécontentement de la
- bourgeoisie.—La députation de Saint-Domingue est présentée à la
- Reine.—Le Roi ne veut pas former de Maison civile.—Projet
- d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction du Roi et de
- la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation de la
- famille royale.—Tiraillements intérieurs.—La Reine continue
- à réclamer un Congrès.—Hésitations de l'Empereur et
- mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de
- Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_. 301
-
- CHAPITRE XVI.—Premières mesures de l'Assemblée contre les
- émigrés et les prêtres.—Le Roi demande la dispersion des
- rassemblements d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire
- envoyé à l'Empereur par les Constitutionnels.—Mission
- de M. de Simolin.—Lettre de la Reine à Mercy.—Voyage de
- Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, mais le reconnaît
- impossible.—Représentation du 20 février aux Italiens. 317
-
- CHAPITRE XVII.—Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie
- insultante des Jacobins.—Nouveaux outrages contre la
- Reine.—Attaque violente de Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre
- des affaires étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette son
- concours, qui est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques
- 1792.—La seule consolation de la Reine, ce sont ses enfants.—Le
- Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son gouverneur. 334
-
- CHAPITRE XVIII.—Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre
- de la Reine à Mercy, du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du
- Pan.—Premiers échecs des troupes françaises.—Lafayette
- propose au Roi de se retirer à son armée.—Emotion de
- Paris.—Dénonciation du Comité autrichien.—Réapparition des
- Mémoires de Mme de la Motte.—Ils sont brûlés à
- Sèvres.—Licenciement de la garde constitutionnelle.—M.
- d'Hervilly offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le Roi
- refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation
- des prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un camp de
- vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres
- Girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose son veto
- aux décrets. 349
-
- CHAPITRE XIX.—Le 20 juin. 364
-
- CHAPITRE XX.—Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec
- Pétion.—Proclamation de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à
- Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins
- contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes à la
- famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse
- des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée
- des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un
- plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers
- de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Madame de Staël.—Le duc de
- Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son
- antipathie contre Lafayette.—Pourquoi.—Surveillance incessante
- autour des Tuileries.—La fédération du 14 juillet 1792.—Alertes
- continuelles: le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée
- des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des
- Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche
- des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet
- déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins
- redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté
- de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de
- la Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale
- aux Tuileries. 387
-
- CHAPITRE XXI.—Le 10 août. 421
-
- CHAPITRE XXII.—Le Temple.—Description.—Le palais du grand
- prieur.—La Tour du Temple.—La grosse et la petite Tour.—La
- famille royale est enfermée provisoirement dans la petite
- Tour.—Le 19 août, on la sépare de ceux qui l'ont
- accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments de la Reine sur
- l'invasion.—Cléry à la Tour.—Les journées de septembre.—On
- apporte sous les fenêtres du Temple la tête de la princesse de
- Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition
- de la royauté.—Le Roi est transféré dans la grosse Tour.—La
- famille royale y est transférée à son tour.—Le Dauphin est
- séparé de sa mère et remis à son père. 446
-
- CHAPITRE XXIII.—La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie
- des prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux
- compatissants.—Drouet au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin
- tombent malades.—Installation d'une nouvelle municipalité.—Le
- bouillon de la Reine.—On enlève à la famille royale tous les
- instruments tranchants.—Procès du Roi.—Louis XVI traduit à la
- Convention.—Il est séparé de sa famille.—Ses entretiens avec
- Malesherbes.—Le Roi est condamné à mort.—Dernière entrevue avec
- la Reine et ses enfants.—Exécution du Roi. 468
-
- CHAPITRE XXIV.—La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie
- de Madame Royale.—On apporte aux prisonniers des vêtements de
- deuil.—Toulan et Lepître.—Plan d'évasion préparé par ces deux
- municipaux et M. de Jarjayes.—Modifications dans le
- plan.—Nouveau projet; il échoue comme le premier.—Lettre de la
- Reine à M. de Jarjayes.—Toulan sauve l'anneau et le cachet du
- Roi.—La Reine les envoie à Monsieur et au comte
- d'Artois.—Dénonciations de Tison.—Perquisitions
- nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection
- de Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout
- échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert
- viennent à la Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan
- d'évasion.—La méfiance de Simon le fait manquer.—La Tison
- devient folle.—Louis XVII est enlevé à sa mère.—Il est livré au
- savetier Simon.—Nouvelle visite de Drouet au Temple.—Le jeune
- prince brutalisé par Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle
- est transférée à la Conciergerie. 493
-
- CHAPITRE XXV.—La Conciergerie.—Le cachot de la
- Reine.—Michonis.—Les Richard.—Tentatives pour sauver la
- Reine.—L'affaire de l'Œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge
- Bault et sa famille.—Nouvelle tentative d'évasion.—Le complot
- Basset.—Inaction de l'Autriche. 530
-
- CHAPITRE XXVI.—Procès de la Reine.—Décret de la
- Convention.—Premier interrogatoire de
- Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray sont
- désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les jurés.—Audience du
- 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les témoins.—Déposition
- d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et Bailly.—L'officier
- de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 octobre.—Interrogatoire
- du président.—Tisset et Garnerin.—Réquisitoire
- de Fouquier-Tinville.—Discours des défenseurs.—Condamnation.—La
- Reine est ramenée à la Conciergerie. 553
-
- CHAPITRE XXVII.—La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette
- à Mme Elisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques
- instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau
- Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la
- charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la
- place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne
- Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion. 578
-
-
-
-
-FIN DU TOME SECOND ET DERNIER
-
-
-
-
-7121.—POITIERS, IMPRIMERIE BLAIS, ROY ET Cie, 7, rue Victor-Hugo.
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] «Elle avait cette dignité, ce courage, cette vigueur d'élan dans
-des occasions dangereuses, qui prouvait une âme née forte; mais il
-manquait à cette âme de s'être exercée à l'usage de sa force.»—Lettre
-inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, communiquée par M.
-Gustave Bord.
-
-[2] Mémoire en forme de doléances des habitants de la paroisse de
-Dry, universellement accepté par le bailliage de Beaugency, présenté
-par les députés de ce bailliage à l'Assemblée des trois Etats à
-Orléans.—_Archives nationales_, B. III. 99.
-
-[3] _Ibid._
-
-[4] _Ibid._
-
-[5] Cité par M. Th. Meignan, dans son très curieux article sur
-_Les registres paroissiaux de l'état civil_.—_Revue des questions
-historiques_, janvier 1879, p. 149.
-
-[6] _Mémoires de Mme Campan_, 228, 229.
-
-[7] _Souvenirs d'un page_, 287.
-
-[8] _Ibid._ 288.
-
-[9] _Mémoires de Weber_, 203.
-
-[10] _Ibid._ 204, note.
-
-[11] Le Roy, _Histoire de Versailles_, I, 227.
-
-[12] On avait voulu lui donner un dais; il l'avait refusé, ne
-voulant pas, disait-il, d'un honneur réservé au Saint-Sacrement
-seul.—_Souvenirs d'un page_, 289.
-
-[13] _Ibid._ 290.
-
-[14] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVII.
-
-[15] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 19.
-
-[16] _Souvenirs d'un page_, 288.
-
-[17] _Mémoires de Mme Campan_, 227.
-
-[18] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 242.
-
-[19] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 20.
-
-[20] _Ibid._, 21.
-
-[21] _Souvenirs d'un page_, 290.—_Mémoires du marquis de Ferrières_, I,
-21, note.
-
-[22] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[23] _Souvenirs d'émigration_ par la marquise de Lâge.
-
-[24] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 243.
-
-[25] _Ibid._
-
-[26] «Il règne dans son ton et dans ses manières toute la _fierté_ que
-l'on doit attendre des Bourbons.» _Ibid._
-
-[27] _Souvenirs d'un page_, 291.
-
-[28] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[29] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 143.
-
-[30] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 244.
-
-[31] _Mémoires de Mme Campan_, 227.
-
-[32] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 219, 220.
-
-[33] _Mémoires de Mme Campan_, 228.
-
-[34] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 384.
-
-[35] _Voir_ les détails de cette remise du Dauphin au duc d'Harcourt
-dans le _Gouvernement de Normandie_, IV, 384 et suiv.
-
-[36] Marie-Antoinette à Joseph II, 25 février 1788.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 112.
-
-[37] Marie-Antoinette à Joseph II, 27 février 1788.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 112.
-
-[38] La même au même, 24 avril 1788.—_Ibid._, 116.
-
-[39] La même au même, 16 juillet 1788.—_Ibid._, 118.
-
-[40] _Mémoires de Mme Campan_, 230.
-
-[41] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 385.
-
-[42] _Ibid._, 386.
-
-[43] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVIII.
-
-[44] _Mémoires de Mme Campan_, 231.
-
-[45] Mme Campan prétend que le Dauphin avait pris en grippe même sa
-mère. Mais la marquise de Lâge affirme positivement le contraire, et la
-marquise de Lâge, qui écrit à sa mère le 17 mai 1789, est plus croyable
-sur ce point que Mme Campan, qui n'a écrit que de souvenir.
-
-[46] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXIX.
-
-[47] _Souvenirs d'un page_, 290.
-
-[48] Récit de M. Lefèvre, secrétaire du duc d'Harcourt, gouverneur du
-Dauphin.—_Le Gouvernement de Normandie_, IV, 387.
-
-[49] Lettres de Boullé, député de Nantes, à ses commettants sur
-l'ouverture des États généraux.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, p.
-8 et 11.
-
-[50] _Ibid._, p. 34 et 35.—«A midi, raconte Boullé, la députation des
-Communes a été reçue; le doyen, accompagné de vingt députés choisis au
-sort parmi les commissaires et les adjoints, a prononcé à Sa Majesté
-le discours qui avait eu l'approbation de l'Assemblée, _en y ajoutant
-seulement quelques expressions de regret et de douleur_ sur la perte
-qui vient d'affliger la France et son monarque.»
-
-[51] _Mémoires de Weber_, 209, 210.—Weber se trompe en plaçant cette
-scène le 8, au retour de Meudon. C'est le 6 que la députation du Tiers
-fut reçue par le Roi «quoique Sa Majesté, encore dans les premiers
-instants d'une douleur trop juste, se fût refusé jusqu'ici à voir
-personne».—Lettres de Boullé.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, 36.
-
-[52] _Mémoires de Malouet_, 2e édition, I, 283, note.
-
-[53] _Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles_,
-par Ch. Vatel, p. 13.
-
-[54] «On fit accroire au peuple qu'il se tramait mille conspirations
-dangereuses contre ses libertés; les meneurs de la foule virent bientôt
-que le moment était venu de mettre en branle les masses.» M. de
-Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789.—_Revue d'Alsace_, avril,
-mai, juin 1880, 202.
-
-[55] _Mémoires de Malouet_, I, 285.—Malouet avait demandé qu'on
-plaçât dans l'arrêté ou la formule du serment un membre de phrase
-attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à «faire la
-Constitution de concert avec le Roi». Plusieurs députés se joignirent
-à lui pour réclamer un amendement analogue. «Cela est juste, leur
-répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre aux voix votre
-proposition, _pour qu'elle ne soit pas rejetée_.»—_La chute de l'ancien
-Régime_, par Aimé Chérest, III, 204. M. Chérest ajoute que Mirabeau
-«partageait les sentiments de Malouet», mais que «désespérant de les
-faire prévaloir ce jour-là», il «n'essaya même pas de les exprimer
-séance tenante.»—_Ibid._, 203.
-
-[56] «La démarche des Communes, en se déclarant Assemblée nationale,
-indépendante des autres Ordres et du Roi lui-même, et en déclarant
-qu'aucun pouvoir ne la dissoudrait, est, dans le fait, s'emparer de
-toute l'autorité du royaume. Elles se sont, par un seul décret, rendues
-semblables au Long Parlement de Charles Ier... Une démarche aussi
-hardie et aussi désespérée, contraire à tous les autres intérêts
-du royaume, également funeste à l'autorité royale, au Parlement, à
-l'armée, ne peut être accordée.»—_Voyages d'A. Young_, I, 342.
-
-[57] _Mémoires de Malouet_, I, 284.
-
-[58] Mounier, _Recherches sur les causes qui ont empêché les Français
-de devenir libres_, Genève, 1792, I, 296.
-
-[59] _Mémoires de Weber_, 213.
-
-[60] _Mémoires de Malouet_, I, 283, 284.
-
-[61] _Louis XVI_, par le comte de Falloux.
-
-[62] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 57.
-
-[63] Un premier conseil avait été tenu le 19 à Marly, où la Cour
-s'était transportée après la mort du Dauphin. Le second conseil se tint
-le 21 à Versailles, où la Cour était revenue dans l'intervalle.
-
-[64] De Larcy. _Des vicissitudes de la France_, 11.—Les députés de
-la commune de Strasbourg, très désappointés de l'évanouissement de
-leurs espérances et très froissés du maintien de la distinction des
-Ordres, avouaient cependant qu'il y avait dans la déclaration du Roi
-des «adoucissements réels», et ils écrivaient le soir même du 23 juin
-aux commissaires de la Bourgeoisie de Strasbourg: «Nous vous observons
-que si tous les objets annoncés par Sa Majesté, comme soulagement,
-sont accordés aux peuples, ceux-ci y trouveront des _consolations
-puissantes_ pour le degré de liberté politique, dont ils attendaient
-le bienfait de la justice du monarque et des lumières du siècle et qui
-paraît leur échapper.»—_L'Alsace pendant_ _la Révolution française_,
-par Rod. Reuss.—_Revue d'Alsace_, juillet, août, septembre 1879,
-344.—L'un de ces députés, M. de Turckheim, écrivait plus tard, dans le
-rapport qu'il adressait à ses commettants, le 23 novembre 1789: «La
-séance royale du 23 juin, où nous entendîmes pour la dernière fois la
-voix du monarque, avait manifesté les meilleurs sentiments à l'égard du
-bonheur de son peuple. Tout ce que réclamaient nos cahiers de doléances
-était accordé, et si les paysans, si remuants aujourd'hui qu'ils ont
-été excités par l'artifice, avaient été consultés alors, ils auraient
-éclaté en protestations de joie et de reconnaissance.»—_Ibid._, avril,
-mai, juin 1780, p. 201.—A. Young écrivait de même: «Tout le monde
-connaît les propositions faites par le Roi; le plan était bon; on
-accordait beaucoup au peuple sur des points essentiels.»—_Voyage en
-France_, I, 349. «Les Communes, en refusant opiniâtrement ce qu'on leur
-propose, abandonnent au hasard des avantages certains et inconnus, à
-ce hasard qui fera peut-être que la postérité les maudira, au lieu de
-bénir leur mémoire comme celle de vrais patriotes.»—_Ibid._, 355.
-
-[65] Paroles textuelles de Mirabeau, données par le marquis de
-Dreux-Brézé dans les séances de la Chambre des Pairs, des 9 et 15 mars
-1833. Cité par le comte de Falloux.—_Louis XVI. Pièces justificatives_,
-371.
-
-[66] Lally-Tollendal. _Biographie universelle_, article Necker; cité
-dans les _Mémoires de Malouet_, I, 287.
-
-[67] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Introduction, XLVII.
-
-[68] «On fit venir des troupes de la province pour inspirer quelque
-peur aux conciliabules de l'émeute; mais ce n'était qu'un moyen
-d'intimidation; car la douceur extrême du Roi et son amour pour ses
-sujets ne lui permirent jamais de songer seulement à verser le sang,
-pour maintenir son autorité suprême.»—_Mémoires de M. de Turckheim_ à
-ses commettants, 23 novembre 1789. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin
-1880, 202.
-
-[69] _Mémoires de Gouverneur Morris_, I, 255.
-
-[70] Ferrières raconte qu'à la suite de la séance royale du 23 juin,
-les députes de la Noblesse, après avoir été chez le comte d'Artois,
-se présentèrent chez la Reine. «Ce n'était pas à elle, dit-il, qu'on
-avait le moins d'obligations. La Reine sortit dans le salon de jeu;
-elle tenait Madame par la main, elle portait le jeune Dauphin sur son
-bras. Tableau délicieux d'une mère: douce expression de la nature! La
-Reine présenta M. le Dauphin aux députés, leur disant, avec beaucoup de
-grâce, qu'elle le donnait à la Noblesse, qu'elle lui apprendrait à la
-chérir, à la regarder comme le plus ferme appui du trône.»—_Mémoires du
-marquis de Ferrières_, I, 59-60. Mais Ferrières ajoute plus loin que ce
-fut la Reine qui prit l'initiative des instances pour décider Necker à
-rester.—La démarche de la Noblesse près de la Reine et les paroles de
-celle-ci nous paraissent surtout dictées par la courtoisie. Si la Reine
-avait été le principal appui de la réaction aristocratique, les députés
-de la Noblesse n'auraient-ils pas été chez elle tout d'abord, au lieu
-de commencer par le comte d'Artois et Monsieur?
-
-[71] _Mémoires du comte de Ségur_, II, 208. «Jamais je ne vis plus de
-dignité dans la douleur, plus de douceur dans l'affliction.»
-
-[72] «Le Roi rappelait à M. Necker qu'il l'avait, à quatre reprises
-différentes, supplié de lui accorder l'autorisation de se retirer, et
-il disait que l'état actuel des circonstances lui permettait de lui
-accorder maintenant cette faveur; il l'autorisait donc à s'éloigner,
-sans retard et sans bruit, et il se réservait de lui donner plus
-tard des marques de sa faveur royale et de sa satisfaction.»—Mercy
-à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise de la
-Bastille_, publiées par J. Flammermont.
-
-[73] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, II, 304, p. 23.
-
-[74] S'il faut en croire Mercy, les gardes suisses même auraient
-refusé de servir contre le peuple. Mercy à Kaunitz, 23 juillet,
-1789.—_Relations inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J.
-Flammermont, p. 23.
-
-[75] Voir pour plus de détails la _Prise de la Bastille_, par M. de
-Poncins (_Brochures sur la Révolution française publiées par la Société
-biographique_), et la _Prise de la Bastille_, par M. Gustave Bord,
-directeur de la _Revue de la Révolution_.
-
-[76] _Mémoires de Malouet_, II, 9.
-
-[77] _Ibid._, I, 290.
-
-[78] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 136.
-
-[79] _Mémoires de Mme Campan_, 233.
-
-[80] _Ibid._, 234.
-
-[81] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de
-Polignac_, par la comtesse Diane de Polignac. Hambourg, 1796, 27, 28.
-
-[82] _Mémoires de Mme Campan_, 234.
-
-[83] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de
-Polignac_, 31, 33.—Il avait été question d'abord de rappeler Necker
-seul, sans les autres ministres, en particulier sans le comte de
-Montmorin et le comte de Saint-Priest contre lesquels on avait inspiré
-au Roi de vives préventions. La Reine, persuadée par Mercy que cette
-exclusion de deux ministres populaires aurait de graves inconvénients
-dans l'état de surexcitation de la foule, finit par déterminer le Roi
-à rappeler le ministère tout entier et à faire bon accueil à tous les
-ministres.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la
-prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 25 et 28, 29, 30.
-
-[84] _Voir_ le récit de cette scène touchante dans les _Mémoires du
-marquis de Ferrières_, I, 141.
-
-[85] _Mémoires du comte Valentin Esterhazy, fragments._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 35.
-
-[86] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise
-de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27.
-
-[87] _Evénements mémorables arrivés à Verdun au sujet du maréchal de
-Broglie et son arrivée à Metz._ Paris, Lefèvre. 1789.
-
-[88] _Mémoires de Mme Campan_, 236.
-
-[89] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6.
-
-[90] _Ibid._—_Voir_ aussi Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations
-inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p.
-27.
-
-[91] _Quinzaine mémorable_, 87.
-
-[92] _Ibid._, 93.
-
-[93] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 263.—_Voir_ également, sur ce
-voyage du Roi à Paris, une lettre du 18 juillet 1789, écrite par un
-député de Marseille à la marquise de Créquy. Ce député, dont le nom est
-inconnu, fait remarquer avec raison combien la vérité est difficile
-à établir, même pour les contemporains. «Les faits opposés, dit-il,
-sont attestés par des gens qui disent: «_J'y étais_».—_Revue de la
-Révolution_, septembre 1783, p. 73.
-
-[94] «La voiture allait à tour de roue; en conséquence, il fut
-longtemps en présence de ces bons habitants de Paris.»—_Souvenirs d'un
-basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79.
-
-[95] _Histoire de la Révolution_, par deux amis de la liberté.
-
-«Je constate qu'il avait la figure bouleversée, attérée.»—_Souvenirs
-d'un basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79.
-
-[96] _Ibid._
-
-[97] _Histoire de France pendant trois mois_, par le cousin Jacques,
-I, 116.—«Au lieu de _Vive le Roi!_ on criait _Vive la nation!_ Ce à
-quoi on ajoutait que le Roi serait acclamé plus tard, à son départ,
-si l'on était content de lui.» Rapport de M. de Simolin au comte
-Ostermann.—_Revue de la Révolution_, janvier 1886, p. 7.
-
-[98] _Mémoires de Bailly_, II, 65.
-
-[99] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 116.
-
-[100] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise
-de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27.
-
-[101] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 205.—«M. le marquis de
-Lafayette défendit toute manifestation de joie et donna l'ordre que
-les arrondissements s'assemblassent comme à l'ordinaire pour organiser
-les rondes.»—Rapport de M. de Simolin au comte Osterman. _Revue de la
-Révolution_, janvier 1886, p. 7.
-
-[102] _Mémoires de Bailly_, II, 61.
-
-[103] _Mémoires de Mme Campan_, 239, 240.—Mme Campan donne le
-commencement du discours que, suivant elle, la Reine devait adresser
-à l'Assemblée: «Messieurs, je viens remettre entre vos mains l'épouse
-et la famille de votre souverain. Ne souffrez pas que l'on désunisse
-sur la terre ce qui a été uni dans le ciel.» Accompagnée de Monsieur,
-elle devait en même temps demander à l'Assemblée de transporter à
-quelque distance de Versailles le lieu de ses réunions. Mercy, qui
-donne ces détails, croit que l'Assemblée, qui commençait à s'effrayer
-de l'effervescence et de la prédominance de Paris, aurait accepté cette
-proposition.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de
-la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29.—La Reine
-avait projeté d'abord, dans le cas où le Roi eût été retenu prisonnier
-à Paris, de se retirer avec le Dauphin soit à Valenciennes, soit dans
-les Pays-Bas. Sur l'observation de Mercy que ce départ serait considéré
-par le pays, fortement surexcité, comme un enlèvement du Dauphin, elle
-avait renoncé à cette idée.—_Ibid._, 28.
-
-[104] _Souvenirs d'un page_, 302.
-
-[105] _Mémoires de Mme Campan_, 241.
-
-[106] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 118, 119.
-
-[107] _Journal de Versailles_ du 22 juillet, no 14, cité dans les
-_Mémoires de Bailly_, II, 69.
-
-[108] _Quinzaine mémorable_, 134.
-
-[109] Nous en exceptons l'électeur Etienne Larivière, qui, plus d'une
-fois, fit à Berthier un rempart de son corps.
-
-[110] Vergniaud, plaidoyer pour Durieux.—_Vergniaud, monuments,
-lettres et papiers_, par Ch. Vatel, II, 68.—_Voir_, sur cette anarchie
-spontanée dans les provinces, le curieux volume de M. G. Bord: _La
-prise de la Bastille_, et les magistrales études de M. Taine sur la
-_Révolution_.
-
-[111] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac._
-
-[112] Joseph II à Léopold, 3 août 1789.—_Joseph II und Léopold von
-Toscana_, II, 265.
-
-[113] Necker étant resté quelques jours sans revenir, et les courriers
-qui lui portaient son rappel ayant eu de la peine à le trouver, on
-avait fait courir le bruit que la Reine, par répulsion contre lui,
-l'avait fait partir pour Bruxelles, afin de «l'éloigner encore plus de
-la France».—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la
-prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29.
-
-[114] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, 25 septembre 1789, II, 387.
-
-[115] _Procédure du Châtelet_, Malouet, 3e témoin.—Lally-Tollendal,
-_Lettre à ses commettants_, 85.—On peut lire aussi dans la _Revue
-d'Alsace_,—octobre, novembre, décembre 1879—les lettres découragées
-d'un député de Strasbourg, le baron de Turckheim, à cette même époque.
-M. de Turckheim, très libéral mais très royaliste, ne tarda pas à
-donner sa démission et à se retirer en Alsace. Dans le rapport qu'il
-adressa à ses commettants sur sa conduite, le 23 novembre 1789, il
-écrivait: «Nous ne voulûmes pas au début prendre la parole sans
-nécessité en présence de quelques centaines d'avocats bavards qui
-répandaient plus de désordre que de lumières, en présence aussi du
-_manque complet de liberté_ qui nous empêchait de le faire, depuis
-qu'une foule sans frein avait été introduite dans la salle de nos
-séances et que les clubs insolents qui siégeaient dans les cafés du
-Palais-Royal s'étaient érigés en juges et en vengeurs des affaires de
-la nation. Nous avons acquis la triste conviction que la voix de la
-modération ne serait point écoutée.» _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin
-1880, p. 200.—M. de Turckheim concluait ainsi: «Qui donc entrava la
-marche des affaires? Je le dis en toute franchise devant Dieu et mes
-concitoyens: ce ne fut pas la Noblesse qui expia d'une façon cruelle
-d'antiques et injustes abus; ce ne fut pas le Clergé qui s'offrit à
-supporter volontairement sa part proportionnelle des impôts, mais qu'on
-voulut dépouiller de toute propriété. Non, ce fut un petit nombre
-d'hommes qui s'étaient mis d'accord entre eux pour tout renverser
-et, sans souci de leurs mandats catégoriques, voulaient pousser à la
-révolte vingt-cinq millions d'hommes qui auraient pu suivre en repos
-nos travaux en les bénissant.»—_Ibid._, 203.
-
-[116] Le comte de Fersen à son père, 3 septembre 1789. _Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, I, XLIX. Introduction.
-
-[117] _Mémoires de Malouet_, I, 303.
-
-[118] Brouillon de lettre de M. le comte d'Estaing à la Reine.—_Rapport
-de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et 6 octobre, fait à
-l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du Comité des
-rapports._ Paris, Imprimerie Nationale, 1790.—Pièces justificatives. La
-lettre est du 14 septembre. _Rapport de Chabroud_, 49.
-
-[119] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 3 et 4.
-
-[120] _Voir_ tous les détails de ce plan dans les _Mémoires de
-Malouet_, I, 393 et suiv.
-
-[121] Droz, citant Molleville, II, 470, dit que cette démarche fut
-faite le 15 septembre. Mais Mallet du Pan, qui était en relations
-intimes avec Malouet et ses amis, donne la date du 29.—_Mémoires et
-correspondance de Mallet du Pan_, II, 485.
-
-[122] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 55.
-
-[123] _Mémoires de Weber_, 254.—_Exposé de la conduite de M. Mounier_,
-66.
-
-[124] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 95.
-
-[125] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 66.
-
-[126] _Procédure du Châtelet._ Besson, 117e témoin.
-
-[127] _Procédure du Châtelet._—Blaisot, 24e témoin.
-
-[128] _Ibid._—Faydel, député, 148e témoin.
-
-[129] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 27.
-
-[130] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 29.
-
-[131] Lettre des députés de Strasbourg au magistrat de la ville, 25
-septembre 1789.—_L'Alsace pendant la Révolution française_, par Rod.
-Reuss.—_Revue d'Alsace_, octobre, novembre et décembre 1879, p. 480.
-
-[132] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 32, 33.
-
-[133] Lettre du Roi écrite de la propre main de Sa Majesté à M.
-le comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de
-Versailles, par lui lue à l'Assemblée de l'Etat-major et des capitaines
-de la dite garde, le 24 septembre 1789 et qu'elle a consignée dans ses
-registres.—A Versailles, de l'Imprimerie Royale, 1789.
-
-[134] Affaire Marie-Antoinette.—Déposition de Lecointre.—_Armoire de
-fer_, carton 13.
-
-[135] «Ils résolurent, dit Mme de Tourzel, d'employer tous les
-moyens possibles pour empêcher la corruption du régiment de Flandre,
-le conserver fidèle au Roi, et ils se flattaient d'y réussir, en lui
-inspirant estime et confiance.» _Mémoires de la duchesse de Tourzel_,
-I, 5.
-
-[136] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 4.
-
-[137] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 37.
-
-[138] Voir notamment Mounier. _Appel à la nation_, p. 113.
-
-[139] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[140] Premier interrogatoire de la Reine.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 217.
-
-[141] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 90.—Mounier
-ajoute: «Beaucoup d'étrangers, et les militaires, lorsqu'ils n'étaient
-pas en uniforme, avaient conservé l'usage d'une cocarde noire.»
-
-[142] _Réponse de la Reine._ A Versailles, de l'Imprimerie royale,
-1789.—_Archives nationales._ _Armoire de fer_, carton 13, coté 89.
-
-[143] Il était resté environ quatre cents bouteilles de vin du banquet
-du 1er; c'est pour épuiser cette réserve qu'eut lieu le déjeuner du
-3.—_Exposé de la conduite des gardes du corps, à la suite des forfaits
-d'octobre_, II, 235.
-
-[144] Les pauvres n'avaient pas été oubliés dans ces réjouissances; il
-avait été décidé que chaque compagnie des gardes du corps fournirait
-une somme de 1500 livres et que les deux mille écus ainsi réunis
-seraient remis aux curés de Versailles pour être distribués aux
-indigents; la distribution devait commencer le 6 octobre.—_Exposé
-fidèle de la conduite des gardes du corps_, 236, 237.
-
-[145] Au mois de juin, «un maréchal-des-logis, bas officier avec rang
-de lieutenant-colonel, est venu dire, au nom de la troupe, au duc de
-Guiche, capitaine du quartier, que leur devoir était de garder et
-de protéger la personne du Roi, mais non de monter à cheval pour se
-battre avec la canaille; qu'en conséquence ils ne feraient pas de
-patrouilles.»—_Lettres d'un attaché de la légation de Saxe._—_Revue de
-la Révolution_, août 1884, 36.—_Voir_ aussi _Mémorial de Gouverneur
-Morris_, II, 16, 28.
-
-[146] _Procédure du Châtelet._ Antoine, député, 220e témoin.
-
-[147] Lettre de Lecointre au Roi, 5 novembre 1789.—_Archives
-nationales, Armoire de fer_, carton 13.
-
-[148] Gorsas était maître de pension à Versailles.—Le Roy. _Histoire de
-Versailles_, II, 33.
-
-[149] Gouverneur Morris à John Jay, 1er juillet 1789.—Le même à
-Washington, 31 juillet 1789.—_Mémorial de Gouverneur Morris_, II, 16,
-28.
-
-[150] Lally-Tollendal.—_Lettre à ses commettants_, 94. Les députés de
-Strasbourg écrivaient au magistrat de la ville, le 7 octobre 1789,
-cette phrase significative: «Depuis plusieurs jours la capitale était
-dans les plus vives inquiétudes sur ses approvisionnements; à peine
-pouvait-on y avoir du pain, _quoique le jour même de l'insurrection il
-ait reparu en abondance_.»—_L'Alsace pendant la Révolution française_,
-par Rod. Reuss. _Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880.
-
-[151] _Procédure du Châtelet._ Lefebvre, 62e témoin—de Foucault, 119e
-témoin—Tailhardat. 126e témoin.
-
-[152] Taine. _Origines de la France moderne; la Révolution_, I, 128.
-
-[153] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35e témoin.
-
-[154] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 123.
-
-[155] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin.
-
-[156] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin.
-
-[157] _Procédure du Châtelet._ Brousse des Faucherets, avocat au
-Parlement, 30e témoin.
-
-[158] _Procédure du Châtelet._ Fissour, représentant de la Commune,
-30me témoin—Jean Pelletier, négociant. 1er témoin.
-
-[159] _Ibid._ Brousse des Faucherets, 30e témoin.
-
-[160] _Ibid._ Le même.
-
-[161] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Fournès, député, 185e témoin.
-
-[162] _Ibid._ Maillard, 81e témoin.
-
-[163] _Procédure du Châtelet._ Du Granger, garde du corps, 10me
-témoin;—Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e témoin.
-
-[164] _Ibid._ De Longuève, député, 15e témoin;—marquis de Virieu,
-député, 148e témoin;—Feydel, député, 148e témoin.
-
-[165] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 292.
-
-[166] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin.
-
-[167] _Ibid._ Marquis de Raigecourt, député suppléant, 204e témoin.
-
-[168] _Ibid._ Déposition de Mounier: information faite à Genève.
-
-[169] _Procéd. du Châtelet._ De Cubières, cavalcadour du Roi, 269e
-témoin.
-
-[170] _Ibid._ Basire, porte-manteau du Roi, 233e témoin.
-
-[171] _Souvenirs d'un page_, 307.
-
-[172] M. de Narbonne demandait qu'on lui donnât des troupes et des
-canons pour aller garder les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud,
-assurant qu'il mettrait toutes ces bandes en fuite.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 7.—M. de Saint-Priest proposait que le Roi se
-mît lui-même à la tête de ces troupes.
-
-[173] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de le Révolution_, 5 janvier 1883.
-
-[174] Mme de Tourzel prétend que Necker profita d'une absence
-momentanée de M. de Saint-Priest, qui était allé conduire à Saint-Cyr
-sa femme prête d'accoucher, pour peser sur la détermination du Roi, un
-instant ébranlée par MM. de Saint-Priest et de Narbonne.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, I, 8.
-
-[175] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes
-historiques et biographiques_, I, 234. M. de Saint-Priest avait été
-fortement appuyé par le président de l'Assemblée, Mounier, qui, ce
-soir là, comme on le verra plus loin, passa cinq heures au Château
-et demanda instamment le départ de la famille royale.—_Mémoires et
-correspondance de Mallet du Pan_, I, 181, note.
-
-[176] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes
-historiques et biographiques_, I, 234.
-
-[177] Il y avait deux quartiers à Versailles, le quartier Saint-Louis
-royaliste, le quartier Notre-Dame, révolutionnaire.
-
-[178] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._
-
-[179] _Mémoires de Weber_, 267.
-
-[180] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 9.
-
-[181] «Quelques personnes instruites, dit Rivarol, prétendent que si
-cette princesse,—la Reine,—était partie, elle n'eût jamais échappé aux
-assassins, dont toutes les rues qui aboutissent au Château étaient
-suffisamment garnies.»—_Journal politique national_, 2e série, no
-XIX.—_Œuvres choisies de Rivarol_, publiées avec une préface par M. de
-Lescure. Paris, Jouaust, 1880, II, 311.
-
-[182] _Voir_, sur toutes ces indécisions, M. de Barante. _Notice sur le
-comte de Saint-Priest._—_Etudes historiques et biographiques_, I, 33 et
-suiv.
-
-[183] _Evénements de Paris et de Versailles, par une des dames qui a eu
-l'honneur d'être de la députation à l'Assemblée générale._ Chez Garnery
-et Volland, p. 4.
-
-[184] _Procédure du Châtelet._ Cavalier, chirurgien major du régiment
-de Flandre, 71e témoin.
-
-[185] _Ibid._ Périer, avocat, 243e témoin—Galland, commis de la
-mairie, 272e témoin.
-
-[186] _Ibid._ Girin de la Morte, capitaine d'infanterie, 48e témoin.
-
-[187] _Procédure du Châtelet._ De Longuève, député, 155e témoin.
-
-[188] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, 5 janvier 1883.
-
-[189] _Ibid._
-
-[190] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard, citée dans
-_Un homme d'autrefois_ par le marquis Costa de Beauregard, Paris, Plon,
-1877, p. 89. M. de Maistre ajoute que les femmes qui avaient laissé
-voir qu'elles étaient touchées des bontés du Roi, furent maltraitées
-par leurs compagnes et fouettées en plein palais de Versailles.
-
-[191] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[192] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 11 et 12.
-
-[193] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[194] Rivarol, _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 328.
-
-[195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12.
-
-[196] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[197] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 327, 328.
-
-[198] «Je vis les banquettes où devaient siéger les députés du pays
-occupées par des femmes ivres et repoussantes.»—Rapport de M. de
-Turckheim à ses commettants. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin 1880,
-210.
-
-[199] De Larcy. _Louis XVI et les États généraux._—_Correspondant_, 25
-août 1868.
-
-[200] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 324.
-
-[201] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12.
-
-[202] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883.
-
-[203] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 325.
-
-[204] «Sur les une heure après minuit, M. de Lafayette sortit du
-cabinet du Roi et dit que le Roi et la Reine allaient se coucher, qu'il
-allait en faire autant et qu'il conseillait à tout le monde de se
-retirer chez soi et de dormir tranquille, que personne n'avait rien à
-craindre.»—Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme le 5 octobre au soir après le départ du Roi pour Paris._—_Revue
-de la Révolution_, janvier 1883.
-
-[205] _Procédure du Châtelet._ Bernardy, 225e témoin.—Mme de
-Tourzel raconte un fait étrange. D'après elle, les brigands auraient
-fait dire une messe au curé de Saint-Louis, probablement pour le succès
-de leur entreprise, y auraient assisté, et ce ne serait qu'après avoir
-entendu cette messe qu'ils se seraient rués sur le Château.—_Mémoires
-de la duchesse de Tourzel_, I, 13.
-
-[206] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[207] _Ibid._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin.
-
-[208] _Ibid._ Gallemand, secrétaire du Comité de Constitution, 373e
-témoin.
-
-[209] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 173.
-
-[210] _Procédure du Châtelet._ Mme Thibaut, première femme de la
-Reine, 86e témoin.
-
-[211] _Ibid._ Veytard, 91e témoin.
-
-[212] _Procédure du Châtelet._ Comte de la Châtre, député, 139e témoin.
-
-[213] M. de Varicourt fut égorgé avec des raffinements de cruauté
-horribles. Nous nous permettons de renvoyer pour ces détails à l'étude
-plus complète publiée par nous sous ce titre: _Les journées des 5 et 6
-octobre 1789_.—_Revue des questions historiques_, octobre 1873.
-
-[214] _Procédure du Châtelet._ Chauchard, 101e témoin.
-
-[215] _Ibid._ François Dupont, suisse de la vicomtesse de Talaru,
-131e témoin.—Ce misérable assassin était modèle dans les ateliers de
-peintres et s'appelait Jourdan. Il fut désigné dans la suite par le
-surnom de Coupe-tête.—M. de Maistre affirme que Mounier a vu des femmes
-qui venaient prendre du pain dans les cuisines du Roi, le tremper dans
-le sang des gardes du corps et le manger ensuite.—Lettre du comte de
-Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme d'autrefois_, 89.
-
-[216] _Procédure du Châtelet._ Borg, 346e témoin.
-
-[217] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme
-d'autrefois_, 88.
-
-[218] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Paroy, député, 246e témoin.
-
-[219] _Ibid._ Marguerite Andelle, 236e témoin.
-
-[220] _Ibid._ De Forget, capitaine de cavalerie, 370e témoin.
-
-[221] _Ibid._ Bercy, valet de chambre de la Reine, 100e témoin.
-
-[222] _Ibid._ De Miomandre, 18e témoin.
-
-[223] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 332.
-
-[224] _Procédure du Châtelet._ Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e
-témoin.
-
-[225] Mme Campan dit qu'il est faux que les brigands aient percé le
-lit de la Reine à coups de piques, comme le bruit s'en est accrédité;
-le comte d'Hésecques, dans ses _Souvenirs d'un page_, dit la même
-chose. Mais le comte de La Châtre, 139e témoin, affirme avoir vu, dans
-la matinée du 6, le lit de la Reine «bouleversé» par les envahisseurs.
-Mme de Tourzel le raconte également.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 14.
-
-[226] _L'Espion de la Révolution_, I, 90.
-
-[227] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 14.
-
-[228] _Ibid._, I, 15.
-
-[229] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[230] _Ibid._ Marquis de Digoine, 168e témoin.
-
-[231] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5.
-
-[232] _Mémoires de Weber._
-
-[233] _Procédure du Châtelet._ De Saint-Aulaire, 158e témoin.
-
-[234] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[235] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5.
-
-[236] _Procédure du Châtelet._ Jeanne Bessons, femme Tillet, 365e
-témoin.
-
-[237] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 339.
-
-[238] Il en sera de même au 20 juin et jusqu'au tribunal
-révolutionnaire.
-
-[239] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[240] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6.
-
-[241] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6.
-
-[242] _Mémoires de Lafayette._
-
-[243] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[244] _Souvenirs d'un page_, 314.
-
-[245] _Procédure du Châtelet._ Madier de Montjau, député, 170e témoin.
-
-[246] _Ibid._ De Montmorin, 182e témoin;—de Montardat, garde du corps
-de M. le comte d'Artois, 349e témoin.
-
-[247] _Procédure du Châtelet._ Dufraisse-Duché, député, 120e témoin.
-
-[248] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[249] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 20. Avec un incroyable
-sang-froid, la Reine, reconnaissant, dans la foule qui entourait la
-voiture, un officier des gardes de corps déguisé, le baron de Ros,
-lui dit tout haut: «Vous irez savoir de ma part des nouvelles de
-M. de Savonnières et lui direz toute la part que je prends à son
-état.»—_Mémoires de la marquise de La Rochejacquelein_, édition
-originale, Paris, Bourloton, 1889, p. 57.
-
-[250] Bertrand de Molleville.
-
-[251] Lally-Tollendal prétend qu'un coup de feu fut tiré dans le
-carrosse de la Reine.—_Seconde lettre de Lally-Tollendal à ses amis._
-
-[252] Burke. _Réflexions sur la Révolution de France_, 155.
-
-[253] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 21, 22.
-
-[254] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121.
-
-[255] _Ibid._
-
-[256] Joseph II à Léopold II, 19 octobre 1789.—_Joseph II und Leopold
-von Toscana_, II, 281.
-
-[257] _Souvenirs de quarante ans_, 47.
-
-[258] _Ibid._
-
-[259] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 23.
-
-[260] _Mémoires de Weber_, 282.
-
-[261] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-274.
-
-[262] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_. 121.—Lettres d'un attaché
-de la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, p. 67.
-
-[263] _Projet de fête nationale_, par Gonchon, le futur orateur
-révolutionnaire du faubourg Saint-Antoine.—_Fourcade et Gonchon, les
-orateurs du faubourg Saint-Antoine, d'après des documents inédits_, par
-V. Fournel.—_Revue de la Révolution_, août 1887, p. 83, 84.
-
-[264] _Mémoires de Mme Campan_, 257.
-
-[265] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 26.
-
-[266] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 252. Weber donne
-une autre version de cette anecdote. Selon lui, ce serait Lafayette qui
-aurait dit à la Reine: «Voyez, Madame, comme le peuple est bon quand
-on va au-devant de lui.»—«Oui, Monsieur, aurait répondu la Reine; mais
-vous savez bien qu'il n'en est pas tout à fait de même quand il vient
-au devant de vous.» Weber ajoute: «M. de Lafayette sentit l'application
-et ne répliqua rien.»—_Mémoires de Weber_, 290.
-
-[267] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 255, 256.
-
-[268] Registre des cérémonies de l'année 1789, cité par M. de
-Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth, pièces justificatives_, I, 354.
-
-[269] _Mémoires de Weber_, 282.
-
-[270] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 339.
-
-[271] _Souvenirs de quarante ans_, 51.
-
-[272] Voici les paroles de Fréteau: «Madame, le premier désir de
-l'Assemblée nationale, à son arrivée dans la capitale, a été de
-présenter au Roi le tribut de son respect et de son amour; elle n'a pu
-résister à l'occasion si naturelle de vous offrir ses sentiments et ses
-vœux. Recevez-les, Madame, tels que nous les formons, vifs, empressés,
-sincères. Ce serait avec une véritable satisfaction que l'Assemblée
-nationale contemplerait dans vos bras cet illustre enfant, le rejeton
-de tant de Rois tendrement chéris de leur peuple, l'héritier de Louis
-IX, de Henri IV, de celui dont les vertus sont l'espoir de la France.
-Jamais ni lui ni les auteurs de ses jours ne jouiront d'autant de
-prospérité que nous leur en souhaitons.»
-
-La Reine répondit: «Je suis touchée, comme je dois l'être, des
-sentiments que m'exprime l'Assemblée nationale. Si j'avais été
-prévenue de ses intentions je l'aurais reçue d'une manière plus digne
-d'elle.»—Cité par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 54, 55.
-
-[273] Le marquis de Nantouillet.
-
-[274] Registre des cérémonies de l'année 1789.—_Vie de Mme
-Elisabeth_, I, 558.
-
-[275] _Voir_ sur toutes ces réceptions le _Registre dès cérémonies de
-l'année 1789_.—_Ibid._, 554, 561.
-
-[276] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121. Elle écrivait encore â
-l'abbé de Lubersac: «La Reine, qui a eu un courage incroyable, commence
-à être mieux vue par le peuple. J'espère donc qu'avec le temps, une
-conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des Parisiens, qui
-n'ont été que trompés.» Mme Elisabeth à l'abbé Lubersac, 16 octobre
-1789.—_Ibid._, 123.
-
-[277] Lettre inédite du Dauphin; vente Polignac.
-
-[278] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121.—Lettres d'un attaché de
-la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, 67.
-
-[279] _Dernières années de la vie et du règne de Louis XVI_, par
-François Hue. 3e édition, 178.
-
-[280] Rue Saint-Honoré, 85.
-
-[281] Ce transfert ne fut effectué que sous le Consulat. Un certain
-nombre d'objets avaient été vendus, le reste est aujourd'hui au Musée
-du Louvre, soit dans la galerie d'Apollon,—matières dures,—soit
-dans des armoires vitrées de l'ancien Musée des souverains,—laques
-japonaises et porcelaines de Chine.—_Voir_ sur ce sujet un curieux
-article de M. Charles Ephrussi, contenant reproduction de l'inventaire
-des citoyens Nitot et Besson et le dessin de quelques objets de cette
-collection. L'article a été publié dans la _Gazette des beaux-arts_ du
-1er novembre 1879 sous ce titre: _Inventaire de la collection de la
-Reine Marie-Antoinette_, 389-408.
-
-[282] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 120.
-
-[283] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.
-
-[284] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_,
-40.
-
-[285] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.
-
-[286] Quelques gardes nationaux, tout étonnés de leur nouveau rôle,
-se familiarisaient avec les souverains. Un capitaine, nommé Gendret,
-marchand de dentelles de la Reine, vint un jour proposer à cette
-princesse de lui faire donner un concert par la musique de son
-bataillon. La Reine refusa cette proposition insolite.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 30.
-
-[287] Lettres d'un attaché à la légation de Saxe.—_Revue de la
-Révolution_, septembre 1884, 67.
-
-[288] _Ibid._
-
-[289] Lettre de M. Schwendt, député, au Magistrat de Strasbourg, 21
-octobre 1789.—_Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880, p. 71.—M.
-Schwendt écrit: «Ce matin, en sortant de chez moi, j'ai vu porter sur
-une pique la tête d'un boulanger.»—_Voir_ aussi, même _Revue_, même
-numéro, la lettre de M. Levrault, délégué de la garde nationale de
-Strasbourg, du 22 octobre 1789, et une lettre de Boullé, député de
-Nantes, du 23 octobre 1789.—_Revue de la Révolution_, décembre 1889,
-72, 73.
-
-[290] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 341, 342.
-
-[291] _Mémoires de Weber._
-
-[292] _L'Espion de la Révolution_, par M. C., membre de plusieurs
-Académies, Paris, Huit, 1797, I, 106.
-
-[293] Beaumarchais au semainier du Théâtre-Français.—_Beaumarchais
-et son temps_, par Loménie, II, 346, 347.—_Voir_ aussi, sur cette
-représentation de Charles IX, _Le Théâtre révolutionnaire_, par
-Jauffret, Paris, Furne, 1869, p. 41 et suiv.—_Le Théâtre de la
-Révolution_, 1789-1799, avec des documents inédits par Henri
-Welschinger, 2me édition. Paris, Charavay, 1881, p. 47-48
-et 195-197.—_La comédie satirique au_ XVIIIe _siècle_, par G.
-Desnoiresterres. Paris, Perrin, 1885, 308, 311.
-
-[294] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 351.
-
-[295] _Le Théâtre de la Révolution_, par H. Welschinger, 197.
-
-[296] _Mémoires de Mme Campan_, 257.
-
-[297] On avait prétendu qu'un complot contre la famille royale devait
-recevoir son exécution pendant la messe de minuit de Noël 1789, et on
-avait pressé le Roi et la Reine de n'y point aller, quoiqu'elle dût
-être dite dans la chapelle du Château; mais ils refusèrent d'écouter ce
-conseil de prudence, «trouvant que cet air d'inquiétude ne pouvait que
-produire un mauvais effet.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 43.
-
-[298] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E. (Roussel), I,
-51.
-
-[299] Millin. _Magasin encyclopédique_, année 1792, p. 169, cité dans
-la _Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries_, et aussi dans la
-_Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette au Petit-Trianon_, par Paul
-Lacroix, XVIII. Le publiciste ajoute: «Ce qui nous a étonnés, ça été de
-n'y voir que très peu de livres écrits en allemand, langue du pays de
-Marie-Antoinette.»
-
-[300] _Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette aux Tuileries;
-catalogue authentique publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque
-nationale_, par L. Q. B. Paris, Morgand, 1884. La plupart des
-livres de cette bibliothèque sont aujourd'hui à la Bibliothèque
-Nationale, dans la Réserve. C'est le Roi lui-même qui en avait fait le
-classement.—_Ibid._ Avertissement, V.
-
-[301] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E., I, 51-53.
-
-[302] _Souvenirs de quarante ans_, 49-50.
-
-[303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 27-28.
-
-[304] _Ibid._, I, 30, 31.
-
-[305] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 18 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 421.
-
-[306] _Souvenirs d'un page_, 322.
-
-[307] _Souvenirs d'un page_, 321.
-
-[308] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 34.
-
-[309] _Ibid._, I, 38.
-
-[310] _Mémoires de Mme Campan_, 260.—M. le comte de Reiset raconte
-de son côté avoir vu chez un de ses amis, M. le marquis de Besplat, au
-château de la Garenne-Randon près Meulan, une des dernières tapisseries
-faites par la Reine à Versailles. Cette tapisserie, qui portait encore
-l'aiguille de la Reine passée entre les fils du canevas, représentait
-«des attributs de chasse, de guerre, de jardinage dans des médaillons
-de fil blanc entourés de guirlandes de roses sur un fond de soie
-amarante». Elle se composait d'un immense canapé, de six grands
-fauteuils et de deux causeuses.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette
-et de Marie Clotilde de France_, publiées par le comte de Reiset.
-Appendice, 148.—Après les journées d'octobre le dessin devient plus
-simple. M. le comte de Reiset a reproduit dans son grand et bel ouvrage
-sur le _Livre-journal de Mme Eloffe_ le fac-simile d'un morceau de
-tapisserie fait par la Reine et Mme Elisabeth aux Tuileries et au
-Temple. Ce sont des fleurs de diverses couleurs, roses et liserons,
-jetées sur un fond vert olive, très facile à exécuter. _Livre-journal
-de Mme Eloffe_, II, 395, 397.
-
-[311] Marie-Antoinette à la duchesse de Polignac, 12 août 1789.—_Louis
-XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 186.
-
-[312] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.
-
-[313] _Souvenirs d'un page_, 323.
-
-[314] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.
-
-[315] _Ibid._
-
-[316] _Mémoires historiques_, par Eckard, 11.
-
-[317] Cette admirable instruction a été publiée pour la première fois
-par MM. de Goncourt dans leur belle _Histoire de Marie-Antoinette_. 2e
-édition, 1860.
-
-[318] Notamment pour Brunier.—_Voir_ les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_.
-
-[319] _Histoire de Marie-Antoinette_, par MM. de Goncourt. Nouvelle
-édition, 293, 294.
-
-[320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37.
-
-[321] _Mémoires de Weber_, 284, 285.
-
-[322] _Souvenirs de quarante ans_, 53, 54.
-
-[323] _Le château des Tuileries_, I, 54.
-
-[324] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 252, 253.
-
-[325] _Etrennes de la vertu pour l'année 1792._ Paris, Savoye, cité par
-MM. de Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette._ Nouvelle édition, 297.
-
-[326] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 254.
-
-[327] Lettre inédite de Marie-Antoinette du 20 mars 1790.—_Catalogue
-des lettres autographes_, etc., composant le cabinet de M. le baron de
-Girardot. Paris, Charavay, 1879.
-
-[328] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 31 janvier
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 145.
-
-[329] _Journal d'un prêtre parisien_, 1789-1792, publié par la _Revue
-de la Révolution_, juin 1883, p. 166.—Ce prêtre était l'abbé Rudemare,
-qui mourut sous la Restauration, curé des Blancs-Manteaux.
-
-[330] _Souvenirs de quarante ans_, 56, 57.
-
-[331] _Ibid._
-
-[332] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 84.
-
-[333] _Journal d'un prêtre parisien._—_Revue de la Révolution_,
-juin 1883, p. 166.—L'abbé Rudemare était alors vicaire de
-Saint-Germain-l'Auxerrois.
-
-[334] _Ibid._
-
-[335] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 398.
-
-[336] _Mémoires de Mme Campan_, 264.
-
-[337] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 378.
-
-[338] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 23 février
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 150.
-
-[339] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72.
-
-[340] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 382, 385.
-
-[341] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72.
-
-[342] _Mémoires d'Augeard_, 197 et suiv.
-
-[343] _Ibid._, 230.
-
-[344] _Discours prononcé par le Roi et la Reine, assistés de
-Monseigneur le Dauphin, à la séance mémorable du jeudi 4 février
-1790._—Marseille, imprimerie Favet.
-
-[345] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 387.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 53, 56.
-
-[346] _Discours prononcé par le Roi et la Reine_, etc., p. 5.
-
-[347] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37.
-
-[348] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 58, 59.
-
-[349] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 289.
-
-[350] _Mémoires de Mme Campan_, 266.
-
-[351] De Beauchesne: _Vie de Mme Elisabeth_, I, 322, note.
-
-[352] Joseph II à Léopold II, 10 décembre 1789.—_Joseph II und Léopold
-von Toscana_, II, 296.
-
-[353] Joseph II à Léopold, 8 octobre 1789.—_Joseph II und Léopold von
-Toscana_, II, 218.
-
-[354] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 81.
-
-[355] _Mémoires de Mme Campan_, 272.
-
-[356] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 80. L'Assemblée envoya
-néanmoins une députation faire ses compliments de condoléance à la
-Reine. L'abbé de Montesquiou, qui la présidait, «profita de cette
-occasion pour rendre au caractère de la Reine l'hommage qui lui était
-dû, et termina son discours par cette phrase remarquable: «L'Assemblée
-place son espoir, Madame, dans cette force de caractère qui élève Votre
-Majesté au-dessus de tous les revers.»—_Ibid._
-
-[357] Lettre de la Reine à la duchesse de Polignac; texte exact,
-vérifié à la vente Polignac. Il y a quelques erreurs dans le texte
-donné par les _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de
-Polignac_, p. 40.
-
-[358] _Ibid._
-
-[359] _Le Livre rouge._ Paris, Beaudouin, imprimeur de l'Assemblée
-nationale, rue du Four-Saint-Jacques, no 31, 1790. L'avertissement,
-signé par les membres du Comité des pensions, est daté du 1er avril
-1790.
-
-[360] _Voir_ notamment, _Le Livre rouge, ou Liste des pensions secrètes
-sur le trésor royal, contenant les noms et qualités des pensionnaires,
-l'état de leurs services et des observations sur les motifs qui leur
-ont mérité ces traitements._ De l'Imprimerie Royale, 1790. Imprimé en
-rouge.
-
-[361] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[362] _Anecdotes du règne de Louis XVI_; cité en note dans les
-_Mémoires de Mme Campan_, 269.
-
-[363] Marie-Antoinette à Léopold II, 29 mai 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 126, 127.
-
-[364] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 164. Mme de Tourzel
-dit que la Cour partit pour Saint-Cloud le 24 mai, le lendemain de
-la Fête-Dieu.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 108. C'est
-évidemment une erreur; la Fête-Dieu était le 3 juin; d'ailleurs les
-lettres de la Reine et de Mme Elisabeth sont formelles.
-
-[365] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 166.
-
-[366] _Souvenirs de quarante ans_, 61.
-
-[367] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août
-1799.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178.
-
-[368] _Ibid._
-
-[369] _Mémoires de Mme Campan_, 273.
-
-[370] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 109.
-
-[371] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 165.
-
-[372] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110.
-
-[373] _Souvenirs de quarante ans_, 64.
-
-[374] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 2 août
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 173.
-
-[375] _Souvenirs de quarante ans_, 60.
-
-[376] _Mémoires de Mme Campan_, 277.
-
-[377] Le premier Dauphin, mort à Meudon le 4 juin 1789.
-
-[378] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110.
-
-[379] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 111.
-
-[380] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_,
-43.
-
-[381] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[382] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth._
-
-[383] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[384] _Mémoires de Weber_, 294.
-
-[385] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 45.
-
-[386] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 139.
-
-[387] La Marck à Mirabeau, 10 juillet 1790. _Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 99.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 138.
-
-[388] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 130, 131.
-
-[389] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 142.
-
-[390] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 94.
-
-[391] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 170.
-
-[392] _Souvenirs d'un page_, 336.
-
-[393] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars, à la
-cérémonie de la Fédération, le 14 juillet 1790._ Brochure in-8 de huit
-pages.
-
-[394] _Ibid._
-
-[395] _Mémoires du marquis de Ferrières._
-
-[396] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 148.
-
-[397] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars_, etc.
-
-[398] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 156.
-
-[399] Le comte de Fersen au baron de Taube, 22 juillet 1790.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 78.
-
-[400] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 150, 151.
-
-[401] _Mémoires de Mme Campan_, 276.
-
-[402] _Mémoires de Mme Campan_, 276.
-
-[403] _Mémoires de Weber_, 296.
-
-[404] _Rapport de Chabroud_, 117.
-
-[405] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 137.
-
-[406] _Mémoires de Malouet_, I, 264.
-
-[407] «Il est peut être le seul dans l'Assemblée qui ait vu, dès le
-commencement, la révolution dans son véritable esprit, celui d'une
-submersion totale, et comme il était loin de la désirer, on ne peut
-expliquer que par une éclipse de sens moral qu'il ait concouru à des
-mesures violentes dont il sentait le péril et l'iniquité.»—_Ibid._
-
-[408] _Mémoires de Malouet_, I, 277.
-
-[409] _Ibid._, I, 282.
-
-[410] _Ibid._, I, 364.
-
-[411] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 103, 104.
-
-[412] _Ibid._, I, 127.
-
-[413] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 94.
-
-[414] _Ibid._, I, 112.
-
-[415] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 107.
-
-[416] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 32.
-
-[417] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 124, 125.
-
-[418] La Marck à Mirabeau, 13 octobre 1789.—_Ibid._, I, 361.
-
-[419] Mirabeau à la Marck, 23 décembre 1789.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 436.
-
-[420] «La Reine traite Monsieur comme un petit poulet qu'on aime
-bien à caresser à travers les barreaux d'une mue, mais que l'on se
-garde d'en laisser sortir, et le duc de Lévis, qui a voulu brusquer
-l'aventure, s'est fait refuser une audience. On lui a répondu qu'on
-l'avertirait.»—Mirabeau à la Marck, 31 décembre 1789.—_Ibid._, I, 442.
-
-[421] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Ibid._, I, 460.
-
-[422] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck._ Introduction, 150.
-
-[423] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, II, 13.
-
-[424] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, I, 156, 157.
-
-[425] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, 157.
-
-[426] Première note de Mirabeau, 1er juin 1790.—_Ibid._, II, 25.
-
-[427] Seconde note de Mirabeau, 20 juin 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 41.
-
-[428] Mirabeau à la Marck, 26 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 55.
-
-[429] _Ibid._, I, 189.
-
-[430] La Marck à Mirabeau, 27 juin 1790.—_Ibid._, II, 61.
-
-[431] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold_, II, 133.
-
-[432] _Ibid._
-
-[433] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 72.
-
-[434] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 188.
-
-[435] _Ibid._, II, 80, note.
-
-[436] Récit du comte de Saillant, neveu de Mirabeau.—_Marie-Antoinette
-et la Révolution française_, par le comte de Viel-Castel, Paris,
-Techener, 1859, p. 296.
-
-[437] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 189.
-
-[438] _Ibid._, I, 191.
-
-[439] _Mémoires de Mme Campan_, 289.
-
-[440] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._, Introduction, I.
-
-[441] _Mémoires de Weber_, 302, note de Barrière.—_Mirabeau et la
-Constituante_, par H. Raynald, 348.
-
-[442] _Mémoires de Mme Campan_, 280.
-
-[443] _Marie-Antoinette et la Révolution française_, 299.
-
-[444] La Marck à Mirabeau, 29 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 62.
-
-[445] Le 22 mai, lors de la discussion sur le droit de paix et de
-guerre.—_Voir_ les _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 33.
-
-[446] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 190.
-
-[447] Mirabeau à la Marck, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 113.
-
-[448] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237.
-
-[449] Dixième note, 9 juillet 1790.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 95, 96.
-
-[450] Seizième note, vendredi 13 août 1790.—_Ibid._, II, 126 et suiv.
-
-[451] Marie-Antoinette à Mercy, 15 août 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 134. Mme Elisabeth était plus résolue, elle
-acceptait franchement la guerre civile: «Tu es bien plus parfaite que
-moi, écrivait-elle à son amie Mme de Bombelles, tu crains la guerre
-civile; moi je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement
-je crois qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est
-divisé en deux partis et que le parti le plus faible n'obtient la vie
-sauve qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas
-appeler cela une guerre civile. De plus jamais l'anarchie ne pourra
-finir sans cela, et je crois que plus on retardera, plus il y aura de
-sang répandu. Voilà mon principe, il peut être faux; cependant, si
-j'étais roi, il serait mon guide et peut-être éviterait-il de grands
-malheurs.» Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er mai
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 159. La Reine n'avait point
-cette même détermination et peut-être sentait-elle l'impossibilité
-d'une pareille résolution, étant donné le caractère du Roi.
-
-[452] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 137.
-
-[453] Dix-huitième note de Mirabeau, 17 août 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 136, 139.
-
-[454] Vingt-huitième note, 28 septembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 196, 197.
-
-[455] _Ibid._, I, 211. Introduction.
-
-[456] Mirabeau à la Marck, 1er septembre 1790.—_Ibid._, II, 158.
-
-[457] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237.
-
-[458] Le même au même, 29 septembre 1790.—_Ibid._, II, 198, 199.
-
-[459] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 23 octobre 1790.—_Ibid._,
-II, 252.
-
-[460] _Ibid._ Introduction, I, 132.
-
-[461] Le 21 octobre, dans l'affaire du pavillon de la marine.
-
-[462] Trente-sixième note de Mirabeau, 24 octobre 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 266.
-
-[463] _Les Mirabeau_, par M. de Loménie, II, 374.
-
-[464] _Ibid._, II, 625.
-
-[465] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[466] A propos du duel du duc de Castries avec Charles de Lameth.
-
-[467] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 323.
-
-[468] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, Introduction, I, 229.
-
-[469] Mirabeau à la Marck, 13 novembre 1790.—_Ibid._, II, 317.
-
-[470] Fersen à Gustave III, 5 septembre 1790.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 79.
-
-[471] Duport du Tertre aux sceaux le 22 septembre; Fleurieu à la
-marine, le 27 octobre; du Portail à la guerre, le 16 novembre; de
-Lessart aux finances, le 30 novembre.
-
-[472] _Mémoires de Mme Campan_, 259, 260.
-
-[473] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 229, 230.—La Marck à Mercy, 30 décembre
-1790.—_Ibid._, II, 525.—Ce bruit s'était répandu aussi à l'étranger.
-Voir la lettre du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, du 21 octobre
-1790.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 350.
-
-[474] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Correspondance du comte de
-Mirabeau et du comte de la Marck_, II, 300.—Mirabeau fait allusion dans
-sa 40e note à ce qu'il appelle «l'inconcevable insolence de M. de
-Lafayette à Saint-Cloud».—_Ibid._, II, 307.
-
-[475] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Ibid.,_ Introduction, I, 231.
-
-[476] Quarantième note de Mirabeau, 11 novembre 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 311.
-
-[477] Quarante et unième note de Mirabeau, 12 novembre 1790.—_Ibid._,
-II, 320, 326.
-
-[478] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 231.
-
-[479] A propos du pillage de l'hôtel de Castries après le duel du duc
-avec Ch. de Lameth.
-
-[480] La Marck à Mercy, 12 novembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 313.
-
-[481] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre 1790.—_Ibid._,
-II, 333.
-
-[482] Mirabeau à la Marck, 26 novembre 1790.—_Ibid._, II, 361.
-
-[483] Le même au même, 5 janvier 1791.—_Ibid._, II, 364.
-
-[484] La Marck à Mercy, 6 décembre 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 395.
-
-[485] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._,
-II, 434.
-
-[486] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 429.
-
-[487] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._,
-II, 475.
-
-[488] _Ibid._, 468 et suiv.
-
-[489] _Ibid._, 477.
-
-[490] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, 462, 463.
-
-[491] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 485, 486.
-
-[492] La Marck à Marie-Antoinette, décembre 1790.—_Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 513.
-
-[493] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 24.
-
-[494] _Ibid._, III, 30.
-
-[495] _Ibid._, 24.
-
-[496] La Marck à Mercy, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 68.
-
-[497] La Marck à Marie-Antoinette, 19 février 1791.—_Ibid._, III, 62.
-
-[498] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 31.
-
-[499] Mercy à la Marck, 14 janvier 1791.—_Ibid._, III, 6 et 7.
-
-[500] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, Introduction, I, 236.
-
-[501] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 30.
-
-[502] _Ibid._
-
-[503] Le même au même, 30 décembre 1790.—_Ibid._, II, 532.
-
-[504] La Marck à Mercy, 30 décembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 524.
-
-[505] Le même au même, 26 janvier, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 27,
-28, 70.
-
-[506] Fersen à Gustave III, 8 mars 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 86.
-
-[507] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 233.
-
-[508] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 251.—Ces paroles, contestées par Cabanis, sont
-affirmées par la Marck.
-
-[509] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 264.
-
-[510] _Mémoires de Malouet_, II, 9.
-
-[511] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 143.
-
-[512] _Ibid._, II, 222, 223.
-
-[513] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 5 février
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 232.
-
-[514] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 février 1791.—La
-même à la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 240, 241.
-
-[515] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 242.
-
-[516] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 235.—Mme Elisabeth à
-la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de Mme
-Elisabeth_, 241.
-
-[517] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244.
-
-[518] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 210.
-
-[519] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244.
-
-[520] _Ibid._
-
-[521] _Souvenirs d'un page_, 347.
-
-[522] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 253.—_Voir_ dans ces
-Mémoires la réponse des ducs de Villequier et de Duras à l'ordre du
-jour de Lafayette.—_Ibid._, I, 254 et suiv.
-
-[523] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 245.
-
-[524] Le 24 août 1790.
-
-[525] Le 26 décembre 1790.
-
-[526] Montmorin à la Marck, 18 et 20 mars 1791.—_Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 88 et 97.
-
-[527] _Mémoires de Weber_, 309.
-
-[528] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 19 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 266.
-
-[529] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 102.
-
-[530] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214.
-
-[531] _Ibid._
-
-[532] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 103.
-
-[533] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214.
-
-[534] On traitait le Roi de b... d'aristocrate et de gros cochon. M. de
-Gougenot, maître d'hôtel, s'étant approché de la voiture pour prendre
-les ordres de la Reine, les gardes nationaux l'en arrachèrent. La Reine
-s'avança pour dire de le laisser: «Voilà une plaisante b... pour donner
-des ordres,» répondirent les gardes nationaux. Fersen à Taube, 18 avril
-1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 404.
-
-[535] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 266.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 273.
-
-[536] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 21 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 267.
-
-[537] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 104.
-
-[538] _Mémoires de Mme Campan_, 286.—_Mémoires de Weber_, 311.
-
-[539] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 104.
-
-[540] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 273, 274.
-
-[541] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 105.
-
-[542] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 215.
-
-[543] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 105.
-
-[544] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 217.
-
-[545] _Ibid._, 219.
-
-[546] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 283.
-
-[547] _Mémoires de Mme Campan_, 267, 268.
-
-[548] _Ibid._, 273, 274.
-
-[549] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 203.
-
-[550] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178. Est-ce à la suite
-de cette proposition que le bruit se répandit à cette époque chez
-les émigrés que le Roi devait aller en Flandre? M. de Vaudreuil, qui
-s'était fait l'écho de ces bruits, n'y croyait pas. «J'ai de la peine à
-croire, écrivait-il à M. le comte d'Artois, qu'on puisse décider le Roi
-à sortir de Paris, à moins qu'on ne l'enlève par force.» Le comte de
-Vaudreuil au comte d'Artois, 9 septembre 1790.—_Correspondance intime
-du comte de Vaudreuil_, I, 287.
-
-[551] _Mémoires de Mme Campan_, 269.
-
-[552] Fragments de Mémoires du comte Valentin Esterhazy.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 47, 48.
-
-[553] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 369.—Mirabeau ne reculait
-pas cependant devant une intervention diplomatique des Puissances
-étrangères: «Il me semble qu'un autre point des plus raisonnables
-du plan de M..., est, si la paix entre la Prusse et l'Autriche se
-contient, d'engager ces deux Puissances, sous prétexte des dangers
-qu'elles peuvent courir elles-mêmes, si jamais ceci se consolide,
-à paraître non plus pour faire une contre-révolution ou entrer en
-armes ici, mais comme garants de tous les traités, de l'Alsace, de la
-Lorraine et comme trouvant fort mauvais la manière dont on traite un
-Roi. Elles pourraient alors parler le ton qu'on a, quand on se sent le
-plus fort, en bonne cause et en troupes.»—Marie-Antoinette à Mercy,
-juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 130.
-
-[554] Mirabeau à la Marck, 4 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 34.
-
-[555] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 743.
-
-[556] Douzième note, 17 juillet 1790.—_Ibid._, II, 104 et suiv.
-
-[557] Treizième note, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 114.
-
-[558] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, 1, 32.
-
-[559] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 245.
-
-[560] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[561] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 octobre
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 199.
-
-[562] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction. I, 238.
-
-[563] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 214.
-
-[564] _Ibid._, 215 et suiv.
-
-[565] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 244, 245.—_Mémoires du marquis de Bouillé_,
-228.
-
-[566] _Ibid._
-
-[567] _Ibid._, 229.
-
-[568] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 156, 157.
-
-[569] Le baron de Breteuil à l'Empereur, 3 mai 1791.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, I, 114.—Le baron de Breteuil était, à
-l'étranger, l'agent accrédité du Roi et de la Reine.
-
-[570] A la mi-mai, on n'avait encore que quatre millions.—Fersen à
-Breteuil, 16 mai 1791.—_Ibid._, I, 123.
-
-[571] Marie-Antoinette à Mercy, 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 130.
-
-[572] Fersen à Taube, 1er avril 1791.—Le même à Breteuil, 2 avril
-1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 90, 97.
-
-[573] Fersen à Taube, 7 mars 1791.—_Ibid._, I, 93.
-
-[574] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 156.
-
-[575] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 243, 244.
-
-[576] _Ibid._, 245.
-
-[577] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 123.—On leur demandait vingt ou trente mille hommes environ.
-
-[578] Marie-Antoinette à Léopold, 1er juin 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 167.
-
-[579] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Ibid._, 130.
-
-[580] Bouillé à Fersen, 18 avril 1791.—Le même au même, 9 mai 1791.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[581] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 244.
-
-[582] Marie-Antoinette à Mercy, 5 juin 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 172.
-
-[583] Manifeste du Roi, 20 juin 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 25, 119.
-
-[584] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 12 juillet
-1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.—Plusieurs émigrés des
-plus notables pensaient comme le marquis de Bombelles: «Croyez-vous
-qu'on soit revenu à désirer absolument l'ancien régime?—Non»,
-écrivait, le 9 octobre 1790, le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 327, 328.
-
-[585] Journal de Fersen, 13 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 27.
-
-[586] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël_, 228.
-
-[587] Le prince de Condé écrivait le 27 février: «Le comte d'Artois a
-reçu par une occasion une lettre du Roi et de la Reine.... celle de
-la Reine est encore plus forte en faiblesse—que celle du Roi.—Après
-toutes les mauvaises raisons que vous pouvez imaginer, elle lui
-demande le _sacrifice de toute idée de contre-révolution_. Voilà la
-femme que la Queuille et tant d'autres présentent comme un modèle
-d'énergie.»—_Histoire de l'Emigration: Coblentz_, par Ernest Daudet.
-Paris, Kolb, 1889, p. 23.
-
-[588] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 130.
-
-[589] La même au même, 13 février 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, I, 467.
-
-[590] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 141.
-
-[591] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 140, 141.
-
-[592] Entre autres l'absence d'un relais de poste dans la
-ville.—_Mémoires du marquis de Bouillé_, 222, 228.
-
-[593] _Ibid._, 251.
-
-[594] Fersen à Bouillé, 26 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 130.
-
-[595] _Mémoires de Mme Campan_, 287 et suiv.
-
-[596] _Ibid._, 289.
-
-[597] Fersen à Breteuil, 2 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 96.
-
-[598] «Il ne faudrait pas passer le 1er juin,» écrivait M. de
-Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 122. Il avait déjà écrit le 18 avril: «Tout est impossible
-si l'on passe l'époque du mois de mai.»—Le même au même, 18 avril
-1791.—_Ibid._, I, 107.
-
-[599] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Ibid._, 132.
-
-[600] Fersen à Breteuil, 30 mai 1791.—_Ibid._, 132.
-
-[601] Le même au même, 10 juin 1791.—_Ibid._, I, 137.
-
-[602] Fersen à Bouillé, 13 juin 1791.—_Ibid._, I, 137.
-
-[603] Marie-Antoinette à Léopold, 22 mai 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 165. Mme de Tourzel prétend qu'il y
-avait une quatrième personne dans la confidence, le chevalier de
-Coigny.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel._
-
-[604] Fersen à son père, février 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France._ Introduction, LIX.
-
-[605] La berline avait été commandée par la baronne de Korff.—_Fuite
-de Louis XVI à Varennes_, par M. Bimbenet. Pièces justificatives,
-déposition du carrossier Louis, p. 51.
-
-[606] _Mémoires du comte Louis de Bouillé_, 39.
-
-[607] M. de Bouillé aurait voulu d'abord que M. d'Agout allât
-s'installer à Châlons avec trente gardes du corps déterminés, sous
-un prétexte quelconque, en réalité pour escorter le Roi de Châlons à
-Sainte-Ménehould.—Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 122.—Le Roi ne le voulut pas, dans la crainte
-d'exciter les méfiances et de faire du mouvement.—Fersen à Bouillé, 26
-mai 1791.—_Ibid._, I, 130.
-
-[608] Breteuil à Fersen, 24 mai 1791.—_Ibid._, I, 128. M. de Breteuil
-ne se souciait pas de M. de Saint-Priest, en qui il voyait un
-rival.—Ibid., et Breteuil à Fersen, 29 mai 1791.—_Ibid._, I, 131.
-
-[609] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 308.
-
-[610] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 132. On avait prétendu que c'était Mme de Tourzel,
-qui par entêtement de ses prérogatives de gouvernante des Enfants de
-France avait refusé de céder sa place dans la voiture royale et empêché
-par là d'emmener M. d'Agout. Mme de Tourzel s'en défend vivement
-dans ses _Mémoires_: «La Reine, dit-elle, qui fut la seule qui me fit
-part de ce voyage, ne m'a jamais dit qu'il en fût question et ne parla
-que de l'obstacle de ma santé,—elle venait d'être fort souffrante;—je
-n'aurais certainement pas insisté, si elle m'eût témoigné un pareil
-désir. J'avais d'ailleurs la ressource de prendre la place d'une des
-deux femmes qui accompagnaient la famille royale dans la voiture de
-suite. En pareil cas, l'attachement ne consulte ni la convenance ni
-les droits, et j'aurais alors concilié le devoir, que m'imposait ma
-place, de ne jamais quitter Monseigneur le Dauphin, avec le désir que
-Leurs Majestés auraient manifesté de se faire accompagner par une
-personne dont les services eussent pu leur être plus utiles que les
-miens.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 302, note.
-
-[611] Fersen à Bouillé, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 130.
-
-[612] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 123.
-
-[613] _Mémoires de Mme Campan_, 288.
-
-[614] «Le major du Royal-Allemand était venu le voir pour prendre
-ses instructions sur la nouvelle formation. M. de Bouillé lui parla
-de l'esprit du régiment, et le major ne lui cacha pas que dans le
-cas où l'on viendrait au secours de notre malheureuse patrie, le
-régiment serait plutôt disposé à s'y joindre qu'à marcher contre. «Tant
-mieux, lui répondit M. de Bouillé, tant mieux, Monsieur; j'espère
-qu'il ne sera pas le seul... Malgré ces bonnes dispositions, il ne
-faudrait pourtant pas compter sur lui—Bouillé,—dans le cas où l'on ne
-ferait qu'un simple coup de tête, et l'on craint ici et à Metz que
-M. le prince de Condé ne veuille agir seul; il ferait une mauvaise
-besogne.»—Le marquis de Raigecourt au marquis de Gain-Montagnac, 21
-avril 1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[615] Lettre saisie chez M. de Fersen, du 17 juin 1791. Bimbenet, _La
-fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces justificatives, 137.
-
-[616] Fragments de mémoires du comte Valentin Esterhazy, _Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 55.—_Voir_ aussi, sur tous
-ces bruits du départ de la famille royale répandus chez les émigrés, la
-_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_. Paris, Plon, 1889.
-
-[617] Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces
-justificatives, 38.
-
-[618] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-1.
-
-[619] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 40, 41.
-
-[620] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[621] Récit de Madame Royale, dans les _Mémoires de Weber_,
-314.—Déclaration de Raffy, commissaire du Comité civil de la section
-Lepelletier, citée par A. Vitu dans son livre sur la _Maison mortuaire
-de Molière_. _Figaro_ du 11 novembre 1882, supplément.—«La ci-devant
-Reine, la veille de son départ pour Varennes, a été goûter dans son
-beau jardin (de Boutin) à la barrière Blanche, avec ses enfants, pour
-faire voir qu'elle n'avait point envie de partir.»—Raffy ne se trompe
-que sur un point: ce n'est pas la veille, mais le jour même de son
-départ que la Reine alla à Tivoli.
-
-[622] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 303.
-
-[623] Madame Royale dit sept heures (Weber, 314); Desclaux, garçon de
-chambre de la Reine, dit huit heures.—Bimbenet.—Pièces justificatives,
-45.
-
-[624] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 41.
-
-[625] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.—Récit de Madame
-Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[626] Journal du comte de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 308.
-
-[627] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 25. Pièces
-justificatives, 33, 35.
-
-[628] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 56 et suiv.
-
-[629] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.
-
-[630] _Ibid._, I, 303.—Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[631] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 304.—Récit de Madame
-Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[632] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[633] Le duc de Villequier avait émigré.
-
-[634] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[635] Journal de Fersen.—_Ibid._, I, 3.
-
-[636] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 415.
-
-[637] «M. de Fersen, dit Mme de Tourzel, jouait parfaitement
-le rôle de cocher de fiacre, sifflant, causant avec un soi-disant
-camarade qui se trouvait là par hasard et prenant du tabac dans sa
-tabatière.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306.
-
-[638] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[639] _Ibid._
-
-[640] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306.
-
-[641] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[642] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.
-
-[643] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[644] Déposition de Balthazar Sapel.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à
-Varennes._ Pièces justificatives, 60.—Fersen dit qu'on arriva à Bondy à
-une heure et demi, Sapel dit à trois heures.
-
-[645] _Ibid._, 62.
-
-[646] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[647] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 312.
-
-[648] On arriva à Châlons à quatre heures de
-l'après-midi.—_Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons,
-relativement au départ du Roi vers la frontière, à son arrestation à
-Varennes, à son retour à Paris et à son séjour à Châlons._ Châlons, Le
-Roy, 1876, p. 5.
-
-[649] Mme de Tourzel affirme que le Roi ne descendit qu'une seule
-fois dans la route, entra dans une écurie où il n'y avait personne
-et remonta sur-le-champ dans la voiture. Les enfants descendirent
-seulement deux fois, dans les moments où les postillons montaient au
-pas de grandes côtes; «mais cette petite promenade ne causa aucun
-retard.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, 219.—Mais ce témoignage
-de Mme de Tourzel, si formel qu'il soit, ne nous semble pas pouvoir
-détruire les témoignages non moins formels des trois gardes du corps
-et de Mme Brunier.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes._
-Pièces justificatives, interrogatoires de MM. de Maldent, de Moustier
-et de Valori et de Mme Brunier, p. 79, 100, 111, 121.—On donnait
-d'ailleurs aux postillons des pourboires dont la générosité excitait
-les soupçons.
-
-[650] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116.
-
-[651] Récit fait par la Reine à Fersen.—Journal de Fersen.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 8.
-
-[652] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116.—_Mémoires du
-marquis de Bouillé_, 262.
-
-[653] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 316.
-
-[654] _Ibid._
-
-[655] Lettre de la municipalité de Sainte Menehould à l'Assemblée.
-
-[656] Louis Bonneville de Marsangy.—_Journal d'un volontaire de 1791_,
-Paris, Perrin, 1888, p. 19.
-
-[657] M. de Damas avait aussitôt envoyé un officier à toute bride pour
-avertir de ce contre-temps MM. de Bouillé et de Raigecourt qui étaient
-à Varennes. Malheureusement, l'officier ne connaissait pas le pays;
-il prit la route de Verdun au lieu de celle de Varennes où, par suite
-de cette erreur, il arriva trop tard.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 317.
-
-[658] Le _Journal d'un volontaire de 1791_ décrit ainsi ce passage:
-«Varennes est à trois lieues de Clermont. Je n'y ai rien remarqué que
-l'endroit où le Roi fut arrêté. Il semble qu'il ait été fait exprès,
-par l'impossibilité qu'il y a de passer deux voitures à la fois. C'est
-une espèce de porte ou d'arcade fort basse, et très étroite. Le pont
-vient ensuite.» Page 21.
-
-[659] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 318.
-
-[660] _Second procès-verbal de la municipalité de Varennes._—La
-municipalité de Varennes, après l'arrestation du Roi, rédigea deux
-procès-verbaux, fort différents de ton; le premier est respectueux
-encore de l'autorité royale; le second ne l'est plus.—_Voir_ ces
-procès-verbaux dans Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_;
-Pièces justificatives; et dans l'abbé Gabriel, _Louis XVI, le marquis
-de Bouillé et Varennes_.
-
-[661] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 319.
-
-[662] _Ibid._, I, 320.
-
-[663] _La fuite de Louis XVI_, par V. Fournel.—_Revue des questions
-historiques_, octobre 1868.—M. Fournel a publié dans la _Revue des
-questions historiques_, juillet et octobre 1868, deux articles très
-étudiés et très remarquables qui semblent donner le récit le plus exact
-de ce grave événement.
-
-[664] _Premier et second procès-verbaux de la commune de Varennes._
-
-[665] _Premier procès-verbal._
-
-[666] _Second procès-verbal._
-
-[667] _Mémoires de Mme Campan_, 475.
-
-[668] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 325.
-
-[669] Lettre de la municipalité de Sainte-Menehould au président de
-l'Assemblée nationale, citée dans Gabriel, 313.
-
-[670] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 327.—Mme de Tourzel
-place par erreur cette scène entre Clermont et Sainte-Menehould.
-
-[671] Ce dernier détail a été contesté, mais il a été raconté par la
-Reine elle-même à Fersen. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 8.
-
-[672] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 16.
-
-[673] Il existait encore, suivant Mme de Tourzel, des personnes
-qui avaient été témoins de la première réception et qui fondaient en
-larmes, en songeant au chemin parcouru depuis lors.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 329.
-
-[674] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 329.
-
-[675] On en était au _Sanctus_.
-
-[676] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, p. 23.
-
-[677] _Ibid._, 24.—Après le départ du Roi, il y eut des troubles à
-Châlons; la vie du maire, M. Chorez, fut menacée.—_Ibid._, 25, 26.
-
-[678] Gabriel. _Louis XVI, le marquis de Bouillé à Varennes_, 315.
-
-[679] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 36.
-
-[680] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 332.
-
-[681] Récit de la Reine. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 8.
-
-[682] _Procès-verbal de tout ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 37.
-
-[683] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[684] Barnave eut de longues conversations avec la Reine et avec Mme
-Elisabeth. Ces conversations sont relatées dans les _Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 335 et suiv.
-
-[685] Ce récit a été publié par M. Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la
-Terreur._ Pièces justificatives, I, 353 et suiv.
-
-[686] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[687] _Mémoires de Mme Campan_, 295.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 339.
-
-[688] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 361.
-
-[689] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 361.
-
-[690] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 334.
-
-[691] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 362.
-
-[692] _Ibid._
-
-[693] _Louis XVII_, I, 131.
-
-[694] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 365.
-
-[695] _Louis XVII_, I, 135.
-
-[696] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 340.—Journal de
-Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France,_ II, 8.
-
-[697] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 368.
-
-[698] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 367.
-
-[699] _Mémoires de Weber_, 367.
-
-[700] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 370.
-
-[701] Staël à Gustave III, 25 juin 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 211.
-
-[702] Marie-Antoinette à Fersen, 28 juin 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 142.—Mme Campan prétend (_Mémoires_, 293,
-294) que les cheveux de la Reine avaient blanchi subitement pendant
-les angoisses du voyage de Varennes. Montjoye, dans son _Histoire de
-Marie-Antoinette_, rapporte le même fait aux journées d'octobre. Nous
-adoptons plutôt cette dernière version, d'abord parce que Montjoye a
-écrit son _Histoire_ à une date plus rapprochée des événements que
-celle où Mme Campan a rédigé ses _Mémoires_, ensuite et surtout
-parce que Fersen, qui revit la famille royale en février 1792 et qui
-a laissé le journal de son voyage a gardé le silence sur ce fait qui
-n'aurait pu manquer de le frapper vivement et qu'il aurait certainement
-consigné. Ajoutons que Staël, dans sa correspondance écrite au moment
-même, n'en parle pas non plus.
-
-[703] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 360, 361.
-
-[704] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 213.
-
-[705] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 10 juillet
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307.
-
-[706] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[707] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307.
-
-[708] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348.
-
-[709] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-5.
-
-[710] _Mémoires de Malouet_, II, 149.
-
-[711] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348.
-
-[712] _Mémoires de Weber_, 367.
-
-[713] _Mémoires de Mme Campan_, 293.—Mme Campan rapporte que
-l'acteur Saint-Prix avait par dévouement demandé à monter la garde dans
-le corridor qui séparait l'appartement du Roi de celui de la Reine,
-afin de permettre aux malheureux époux de communiquer entre eux.
-
-[714] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[715] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 347.
-
-[716] _Souvenirs de quarante ans._
-
-[717] _Mémoires de Weber_, 370.
-
-[718] «On ne laisse au Roi que la vie végétale, on admire qu'il s'en
-contente.» Lettre de Bernis à M. de Flavigny, 22 juin 1791.—Archives de
-Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 516.
-
-[719] Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt, septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 446.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 359, 360.
-
-[720] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 360.
-
-[721] _Mémoires de Malouet_, II, 159.
-
-[722] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 140, 141.
-
-[723] Staël à Gustave III, 17 juillet 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein._
-
-[724] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 358.
-
-[725] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 213.
-
-[726] Gouverneur Morris à Robert Morris, 20 juillet 1791.—_Mémorial de
-Gouverneur Morris_, II, 83.
-
-[727] Droz. _Histoire de Louis XVI_, III, 466.
-
-[728] _Mémoires de Mme Campan_, 294.
-
-[729] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 487, 488.
-Mallet range parmi les premiers d'André, Chapelier, Baumetz, Lafayette;
-parmi les seconds, Barnave, Duport et les Lameth. Mallet nous semble
-sévère et même injuste pour Barnave.
-
-[730] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 182. Le même bruit avait été accrédité
-à Rome.—Voir _Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 506 et
-suiv.—_Voir_, sur la joie de l'Empereur, à la nouvelle fausse du succès
-de l'évasion de la famille Royale, les lettres du comte de Vaudreuil
-des 29 juin et 3 juillet 1791. Vaudreuil était alors avec les Polignac
-à Padoue où se trouvait l'Empereur.—_Correspondance intime du comte de
-Vaudreuil_, II, 4 et suiv.
-
-[731] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 183.
-
-[732] Léopold à Marie-Christine, 5 juillet 1791.—_Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche_, par Adam Wolf, traduit par L. V. III, 136.
-
-[733] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, sans date, juillet
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 13.
-
-[734] L'Empereur ne s'était point adressé à la Suède; Gustave III en
-fut très froissé.
-
-[735] Projet de circulaire de l'Empereur, 6 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 389.
-
-[736] Rambaud. _Les Français sur le Rhin_, 147.
-
-[737] Léopold à Marie-Christine, 6 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 387.
-
-[738] Staël à Gustave III, 14 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 223.
-
-[739] Gustave III à Louis XVI, 30 juin 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 143.
-
-[740] Fersen à Marie-Antoinette, 27 juin 1791.—_Ibid._, 141.—Staël à
-Gustave III, 8 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de
-Staël-Holstein_, 214.
-
-[741] Mémoire adressé à l'Impératrice de Russie par le roi de Suède, 9
-juillet 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III,
-391 et suiv.
-
-[742] Mémoire lu par le roi de Suède, à la conférence tenue à
-Aix-la-Chapelle, dans sa chambre, entre Sa Majesté, Monsieur, le
-comte d'Artois et l'évêque d'Arras, 5 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382.
-
-[743] _Journal de mon émigration_, par un garde du corps de la
-compagnie de Luxembourg.—«Le Roi, arrêté à six lieues des frontières,
-écrivait Vaudreuil, a dit à l'univers: «J'étais prisonnier: j'ai voulu
-rompre mes fers;» à tous les bons Français: «Délivrez-moi;» à tous
-les rois: «Vengez-moi.» On ne peut rien opposer à cela et la force de
-ces motifs doit retentir dans toutes les âmes.»—Le comte de Vaudreuil
-au comte d'Artois, sans date, juillet 1791.—_Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil_, II, 4.
-
-[744] _Voir_, sur l'évasion de Monsieur, la _Relation d'un voyage de
-Paris à Bruxelles et à Coblentz, en 1791_. Paris, 1823, Urbain Canel.
-
-[745] Gustave III à Monsieur, 5 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382.
-
-[746] Marie-Antoinette à Mme de Lamballe, commencement de juillet
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 148.
-
-[747] Journal de Fersen, 24 juillet 1799.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 7.
-
-[748] _Ibid._
-
-[749] «Monsieur ferait mieux seul, mais est entièrement subjugué par
-l'autre». _Ibid._
-
-[750] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 371.
-
-[751] Journal de Fersen, 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 6.
-
-[752] Il ne faut pas confondre le baron de Bombelles, agent des
-Princes, avec son frère, le _marquis_ de Bombelles, mari de l'amie de
-Mme Elisabeth et agent de Breteuil et de la Reine.
-
-[753] Le cardinal de Bernis, qui de Rome observait tous ces mouvements
-et était au courant des plans des émigrés, ne croyait pas à cette
-coalition effective des Puissances, rêvée par Calonne et son parti:
-«J'ai toujours cru, écrivait-il à un ami, que la France pouvait
-seule rompre ses chaînes et reprendre son niveau. Les Puissances
-étrangères ont leurs embarras et leurs vues; le plus court pour elles,
-c'est d'envoyer à nos princes quelques belles lettres et des secours
-insuffisants; elles nous laisseront bientôt nous déchirer et nous
-dévorer nous-mêmes, et quand la Pologne, la Bavière seront arrangées
-selon leurs convenances, alors elles se partageront nos lambeaux.
-Je souhaite de me tromper.» Bernis à Flavigny, 4 janvier 1792.—_Le
-cardinal de Bernis depuis son ministère_, 520, note.
-
-[754] Journal de Fersen, 14 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 5.
-
-[755] La Reine avait et eut jusqu'à la fin des moyens secrets de
-correspondance avec l'Empereur; si elle écrivait cette phrase, c'était
-pour que les Constitutionnels ne soupçonnassent pas ces moyens, et ne
-les contrecarrassent pas.
-
-[756] Marie-Antoinette à Léopold, 30 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 118 et suiv.
-
-[757] Ce mémoire ne fut montré qu'à M. de Vaudreuil. «Dans ce mémoire,
-il (Montmorin) prouve que le comte d'Artois n'a rien fait contre la
-Constitution, qu'il est encore tout entier, qu'il est encore sans
-danger; fait un tableau charmant de ce moment et du bonheur de la
-France, quand toute la famille sera réunie; ajoute que, si le comte
-d'Artois ne revient pas, il sera déclaré traître à la patrie et
-encourra toutes les peines de la proscription.» Journal de Fersen, 19
-août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 18.
-
-[758] Journal de Fersen, 19 août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 13.
-
-[759] Il était parti de Paris le 2 août. Staël à Gustave III, 4 août
-1791.—_Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein._
-
-[760] Fersen à Gustave III, 20 août 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 162.
-
-[761] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 208.
-
-[762] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 226, 227.
-
-[763] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 187.
-
-[764] La même au même, 7 août 1791.—_Ibid._, 197.
-
-[765] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 194.
-
-[766] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194.
-
-[767] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 226. Staël jugeait très sévèrement ces
-diverses mesures: «Ce manque de respect, écrivait-il, est d'autant plus
-répréhensible, qu'ayant beaucoup à réparer avec le Roi, l'Assemblée
-aurait dû sentir que ce n'est pas en outrageant qu'elle peut ramener la
-confiance et l'union.»
-
-[768] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 193.
-
-[769] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194.
-
-[770] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 208.
-
-[771] Fersen au baron de Taube, 17 juin 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 300.
-
-[772] Le même au même, 21 mars 1792.—Fersen à Gustave III, même
-date.—_Ibid._, 215, 216.
-
-[773] Marie-Antoinette à Fersen, 8 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 147, 148.
-
-[774] Les meilleurs amis du comte d'Artois, comme le comte de
-Vaudreuil, avaient tout fait pour l'empêcher d'appeler Calonne près
-de lui: «Un objet sur lequel je n'ai pas varié, écrivait Vaudreuil
-au prince, et sur lequel vous avez pris un parti contraire à mon
-avis, c'est relativement à M. de Calonne. Personne au monde ne l'aime
-plus que moi, personne n'est plus convaincu de la supériorité de ses
-talents, de ses ressources, de son génie et de sa loyauté; mais ici il
-faut considérer que l'opinion a tout fait et qu'on ne peut avoir de
-succès qu'en ramenant l'opinion et les esprits égarés, en suivant un
-plan sage mais lent. Est-ce donc l'homme que la calomnie a attaqué,
-ainsi que vous, qu'il faut mettre en avant lorsqu'il s'agit de parler à
-l'opinion? Les préventions du Roi et de la Reine ne seraient-elle pas
-un obstacle éternel à ce qu'ils approuvent tout ce qui viendrait de
-lui?» Et Vaudreuil ajoute: «Prendre précisément pour guide celui que la
-Reine hait, que le Roi a sacrifié, n'est-ce pas donner l'occasion à vos
-ennemis de publier, d'accréditer que vous prenez parti contre le Roi?»
-Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 nov. 1789.—_Correspondance
-intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois pendant l'émigration_
-(1789-1815), publiée avec introduction, notes et appendices, par M.
-Léonce Pingaud. Paris, Plon, 1889, I, 39, 40. _Voir_ encore lettre du
-9 septembre 1790 du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, _Ibid._,
-I, 286, et lettre du 7 juillet 1792 du comte de Vaudreuil au comte
-d'Entraigues, où se trouve cette phrase: «La haine de la Reine—contre
-Calonne—est implacable.»—_Ibid._, II, 104.
-
-[775] Journal de Fersen, 26 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 8.
-
-[776] «Si la Reine a l'air d'écarter les enragés, c'est à coup sûr
-pour les endormir. Elle est mère et elle est femme; serons-nous assez
-barbares pour ne pas lui pardonner des erreurs que ses ennemis n'ont
-que trop justifiées?... D'ailleurs, c'est Louis XVI et Marie-Antoinette
-que nous voulons replacer sur le trône; il faut donc dissimuler leurs
-torts, et nous les exagérons.» M. de Vaudreuil au comte d'Entraigues,
-22 août 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 22.
-Vaudreuil avait eu plus d'une fois à défendre la Reine contre les
-préventions du comte d'Artois lui-même.—_Voir_ notamment les lettres du
-13 février et des 14 et 21 août 1790.—_Correspondance intime du comte
-de Vaudreuil_, I, 101, 102, 265, 270, 273. _Voir_ aussi _Coblentz_, par
-Ernest Daudet, _passim_.
-
-[777] Journal de Fersen, 10 et 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 4, 6.
-
-[778] _Ibid._, I, 4.—_Mémoires secrets d'Augeard_, 270. Il y avait
-eu en revanche de sincères accès de joie à la nouvelle prématurée du
-succès de l'évasion royale. Voir les lettres de Vaudreuil des 29 juin
-et 3 juillet 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 4
-et suiv.
-
-[779] _Mémoires secrets d'Augeard_, 278.
-
-[780] _Madame Swetchine, sa vie et ses œuvres_, publiées par le comte
-de Falloux, II, 82.
-
-[781] Bernis à Flavigny.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_,
-520.
-
-[782] Gustave III à Stedingk, 6 juillet 1791, cité par M.
-Geffroy.—_Gustave III et la Cour de France_, II, 174.
-
-[783] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 356.
-
-[784] Note du marquis de Bombelles au comte Ostermann, 31 janvier
-1792.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 182. Un
-peu plus tard, la veille même du départ pour Varennes, Vaudreuil,
-habituellement sage pourtant à cette époque, engageait le comte
-d'Artois à agir sur le Roi par intimidation et à le menacer d'un
-abandon total de la noblesse, s'il ne voulait pas lui donner le plein
-pouvoir qu'il avait confié à Breteuil.—Le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois, 19 juin 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-I, 398, 399.
-
-[785] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 26 juillet
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[786] M. de Simolin au comte Ostermann, 19 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 233. Mme Campan
-raconte de son côté que la Reine lui disait souvent: «Si les émigrés
-réussissent, ils feront longtemps la loi; il sera impossible de leur
-rien refuser. C'est contracter avec eux une trop grande obligation que
-de leur devoir la couronne.»—_Mémoires de Mme Campan_, 270.
-
-[787] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 197.
-
-[788] Marie-Antoinette à Mercy, 16 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 223.
-
-[789] La même au même, 21 août 1794.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 204.
-
-[790] _Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III,
-138.
-
-[791] Léopold à Marie-Christine, 30 juillet 1791.—_Ibid._, III, 139,
-140.
-
-[792] Le même à la même, 5 septembre 1791.—_Ibid._, III, 141.
-
-[793] _Ibid._
-
-[794] Le même à la même, 26 août 1791.—_Ibid._, 206.
-
-[795] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 254.
-
-[796] Léopold à Marie-Christine, 1er septembre 1791.
-_Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III,
-141.—Le duc de Polignac, agent des Princes à Vienne, écrivait de son
-côté: «Spielmann s'est vanté d'avoir été plus fin que M. de Calonne,
-parce qu'il l'avait forcé de mettre ou de laisser mettre dans cette
-déclaration les mots: _Alors et dans ce cas_ qui, selon lui, l'annulent
-entièrement.»—Le duc de Polignac au comte d'Artois, 13 septembre
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 321.
-
-[797] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold, II_, 209.
-
-[798] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 210.
-
-[799] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III
-et la Cour de France_, II, 458.
-
-[800] Marie-Antoinette à Mercy, 21 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 204.
-
-[801] Mercy à Marie-Antoinette, 28 juillet 1791.—_Ibid._, 186.
-
-[802] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 197.
-
-[803] Fersen à Taube, 26 juillet 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 151.
-
-[804] Le même au même, 21 septembre 1791.—_Ibid._, I, 188.
-
-[805] _Journal de Fersen_, 3 sept. 1791.—_Ibid._, I, 23.
-
-[806] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 196.—Mallet du Pan rapporte que lui et Malouet
-avaient fait proposer au Roi, par Montmorin, un plan dans le sens
-indiqué ici par la Reine: Louis XVI serait allé à l'Assemblée, et
-là, montrant les dépêches des Puissances, aurait déclaré que, ces
-Puissances ne le croyant pas libre, il fallait constater sa liberté;
-qu'en conséquence il demandait à aller à Compiègne ou à Fontainebleau
-avec sa garde propre et à y choisir un nouveau ministère, qui n'eût
-coopéré en rien à la Constitution.
-
-«Ou l'Assemblée nationale eût refusé, et elle constatait la servitude
-du Roi; ou elle eût accepté, et le Roi se délivrait des traîtres de son
-Conseil; il s'en faisait un vigoureux et royaliste affectionné. M. de
-Montmorin a insisté à trois reprises; il s'est jeté aux genoux de la
-Reine; tout a été inutile. On s'est effrayé des conséquences et de la
-crainte d'une insurrection.»—_Mémoires et correspondance de Mallet du
-Pan_, I, 248.
-
-Quoi qu'en dise Mallet, il nous paraît probable que la Reine avait
-raison; l'Assemblée n'eût pas accepté et certainement la populace n'eût
-pas laissé exécuter ce plan; tout au moins eût-on gardé le Dauphin
-comme otage, ce à quoi sa mère ne pouvait consentir.
-
-[807] Réflexions de Burke, envoyées à la Reine de France, 20 août
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 246, 247.
-
-[808] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 196.
-
-[809] Mercy à Marie-Antoinette, 20 août 1791.—_Ibid._, II, 244.
-
-[810] Marie-Antoinette à Mercy, 26 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 205.
-
-[811] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Ibid._, 207.
-
-[812] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 51.
-
-[813] Staël à Gustave III, 28 août, 4 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 228, 231.
-
-[814] Le même au même, 28 août 1791.—_Ibid._, 228.
-
-[815] Le même au même, 4 septembre 1791.—_Ibid._, 231.
-
-[816] Le même au même, 28 septembre 1791.—_Ibid._, 228.
-
-[817] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III
-et la Cour de France_, II, 458.
-
-[818] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 228.
-
-[819] «Il se confirme dans les diverses conversations du Roi et de la
-Reine que, convaincus l'un et l'autre de l'impossibilité de mettre la
-Constitution en pratique et appréciés (?) dans cette opinion par ses
-fondateurs mêmes, ils semblent vouloir attendre le retour de l'opinion
-publique vers l'autorité royale et ne tenter aucun moyen violent, mais
-s'occuper uniquement à captiver l'affection du peuple.»—Staël à Gustave
-III, 1er septembre 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de
-Staël-Holstein_, 230.
-
-[820] _Mémoires de Malouet_, II, 161.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 381.
-
-[821] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 192.
-
-[822] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 383.
-
-[823] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, III, 509.
-
-[824] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234.
-
-[825] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[826] Staël à Gustave III, 15 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 235.
-
-[827] _Ibid._—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 390.—Mme
-Elisabeth à Mme de Raigecourt, 14 septembre 1791.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 338.
-
-[828] _Mémoires de Mme Campan_, 305.
-
-[829] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234.
-
-[830] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[831] _Mémoires de Mme Campan_, 306.
-
-[832] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[833] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 25 septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 339.
-
-[834] _Mémoires de Mme Campan_, 307.
-
-[835] Staël à Gustave III, 29 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 239.
-
-[836] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 octobre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 353.
-
-[837] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 200.
-
-[838] _Lettre de Monsieur et de M. le comte d'Artois au Roi, leur
-frère_, brochure imprimée à Pillnitz, 1791.
-
-[839] Staël à Gustave III, 22 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 236.
-
-[840] Louis XVI à ses frères, septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 335, 336.
-
-[841] _Mémoires du marquis de Ferrières_, III, 17.
-
-[842] _Papiers trouvés dans le secrétaire du Roi._
-
-[843] Dans le langage figuré de Mme Elisabeth, le Père veut dire le
-Roi; la Belle-mère la Reine; le Fils ou le Futur, le comte d'Artois.
-
-[844] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth._
-
-[845] Le marquis de Raigecourt au marquis de Bombelles, 16 novembre
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[846] Le comte d'Artois.
-
-[847] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 3 novembre
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[848] _Voir_ sur toute cette double politique de la Reine et de
-l'émigration la _Correspondance intime du comte de Vaudreuil
-et Coblentz_, par M. E. Daudet. _Voir_ aussi notre étude sur
-_Marie-Antoinette et l'Emigration_, publiée dans le _Correspondant_,
-en 1875. Les dissentiments avaient commencé dès la sortie de France du
-comte d'Artois.
-
-[849] Fersen à Taube, 21 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 190.
-
-[850] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 209.
-
-[851] Taube à Fersen, 21 octobre 1791.—_Ibid._, I, 201.
-
-[852] Fersen à Taube, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 191.
-
-[853] Léopold à Marie-Christine, 17 octobre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 37.
-
-[854] Le même à la même, 11 novembre 1791.—_Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III, 143.
-
-[855] _Gustave III et la Cour de France_, II, 200.
-
-[856] Fersen à Taube, 36 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 191.
-
-[857] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 192.
-
-[858] _Ibid._, I, 193.
-
-[859] Fersen à Marie-Antoinette, 10 octobre 1791.—_Ibid._, I, 195.
-
-[860] Marie-Antoinette à Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 199.
-
-[861] Le même au même, 2 et 7 novembre 1791.—_Ibid._, I, 213.
-
-[862] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 384.
-
-[863] «Le Roi (de France) persiste à croire que... l'action des émigrés
-ne ferait qu'irriter par l'imprudence qu'ils ont eue de présenter
-dans tous leurs écrits et déclarations le désir d'une vengeance sans
-bornes.»—Fersen à Gustave III, 4 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 195.—_Voir_ aussi une lettre de Fersen à Simolin
-du 28 mars 1792.—_Ibid._, II, 218.
-
-[864] Ce projet de Congrès, qui immobilisait les émigrés, exaspérait
-Calonne. Il écrivait au cardinal de Bernis: «Je ne suis pas étonné
-que l'intrigant Breteuil, qui ne s'occupe qu'à traverser les projets
-des Princes et à les réduire à l'inaction, ait enfanté le projet d'un
-Congrès; mais je m'étonne qu'il ait pu parvenir, comme on le prétend,
-à le faire adopter par le cabinet de Vienne et peut-être aussi par
-celui de Madrid.» Calonne à Bernis, 2, 6 septembre 1791. Archives de
-Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 518-519, note.
-
-[865] Fersen à Taube, 4 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 216, 217.
-
-[866] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 289.
-
-[867] _Ibid._
-
-[868] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 6.
-
-[869] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 290.
-
-[870] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 220.
-
-[871] Le même à la même, 26 octobre 1791.—_Ibid._, 219.
-
-[872] Marie-Antoinette à Catherine II, 3 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 281.
-
-[873] Fersen à Gustave III, 27 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 261.
-
-[874] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 232.—Fersen à Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 134, 135.
-
-[875] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 385.
-
-[876] Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 181.
-
-[877] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259.
-
-[878] Fersen à Marie-Antoinette, 2 juin 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 386.—«Il est certain, dit Malouet, que
-Louis XVI, non plus que M. de Bouillé, n'a jamais eu la pensée de
-terminer la Révolution autrement que par une constitution raisonnable
-et libre.»—_Mémoires de Malouet_, II, 122.—A Coblentz, on reprochait
-à la Reine d'avoir dit qu'elle aimait mieux être la mère d'un roi
-constitutionnel que la femme d'un roi pourvu d'une tutelle.—_Coblentz_,
-151.
-
-[879] «Il ne faut pas de guerre civile, dit encore la Reine; il ne
-faut point, s'il est possible, de guerre étrangère.» Marie-Antoinette
-à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, II, 309.—_Voir_ sur le plan de la Reine toute cette lettre
-du 8 septembre 1791.—_Ibid._, 289 et suite,—et Marie-Antoinette à
-Catherine II, 3 décembre 1791.—_Ibid._, V, 276 et suiv.
-
-[880] La Reine exposait son plan à l'impératrice de Russie, le 3
-décembre 1791; à la reine d'Espagne, le 4 janvier 1792; un peu plus
-tard à la reine de Portugal. Elle ne recevait guère que des réponses
-vagues. Catherine II, qui n'aimait pas Marie-Antoinette,—Stedingk au
-duc de Sudermanie, 26 avril 1793,—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 415,—lui envoyait une note peu bienveillante. _Voir_ cette
-note: _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 276.
-
-[881] Le Roi de son côté recommandait ce plan à Breteuil, le 25
-novembre 1791; au roi de Prusse, le 3 décembre 1791; au roi de Suède,
-le 10 décembre, et au roi d'Espagne vers la même époque.—_Voir_ ces
-lettres dans les papiers de Fersen et le recueil de M. Feuillet de
-Conches.
-
-[882] Mercy à Marie-Antoinette, 26 octobre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 218.
-
-[883] Fersen à Marie-Antoinette, 25 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 202.
-
-[884] Fersen à Gustave III, 19 décembre 1791.—_Ibid._, I, 277.
-
-[885] Journal de Fersen, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 33.
-
-[886] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Ibid._, II, 7.
-
-[887] Mounier à l'Empereur, 13 octobre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 196.
-
-[888] Staël à Gustave III, 6 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 240.—La garde nationale parisienne
-appelait ces députés nouveaux des _va-nus-pieds_. «Il est vrai, ajoute
-la Marck, qui raconte ce fait, que plus des dix-neuf vingtièmes des
-membres de cette Législature n'ont d'autre équipage que des galoches
-et des parapluies. On a calculé que tous ces nouveaux députés ensemble
-n'ont pas, en biens-fonds, trois cent mille livres de revenu.»—La Marck
-à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et
-le comte de la Marck_, III, 246.
-
-[889] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 241.
-
-[890] _Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris, député à l'Assemblée
-législative (Hua)_, p. 70.
-
-[891] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 247.
-
-[892] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 16.
-
-[893] _Mémoires de Mme Campan_, 309, 310.
-
-[894] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 209.
-
-[895] Journal de Fersen, 20 octobre 1791.—_Ibid._, I, 53.
-
-[896] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 octobre
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 36, 38.
-
-[897] La Reine avait dit que ce plan s'exécuterait du 15 au 20
-novembre, et c'est le 23 novembre que le bruit de l'évasion s'était
-répandu à Coblentz. _Voir_ à ce sujet une curieuse lettre du marquis de
-Raigecourt à la marquise de Bombelles, citée par nous dans notre étude
-sur _Marie-Antoinette et l'émigration_.—_Correspondant_ du 10 avril
-1875.—Le même bruit s'était répandu en Suisse.—_Voir_ aussi une lettre
-de Fersen à Marie-Antoinette, du 26 novembre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 258.
-
-[898] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 209.
-
-[899] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 220.
-
-[900] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791. _Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199.
-
-[901] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259.
-
-[902] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199.
-
-[903] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 249.
-
-[904] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259.
-
-[905] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 241. Marie-Antoinette au comte de
-Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_,
-I, 219. Le comte de Vaudreuil à l'empereur Léopold, 31 octobre
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 42.
-
-[906] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199, 200.
-
-[907] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 321.
-
-[908] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 17 novembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 366.
-
-[909] _Mémoires de Mme Campan._
-
-[910] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 317.
-
-[911] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791. _Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 209.
-
-[912] C'était la Reine qui avait empêché M. et Mme de Lescure, la
-future marquise de la Rochejacquelein, d'émigrer. «Les défenseurs du
-trône sont toujours bien, quand ils sont auprès du Roi,» avait-elle
-fait dire à Mme de Lescure.—_Voir_ le récit de cette scène dans les
-_Mémoires de la marquise de la Rochejacquelein_. Edition originale.
-Paris, Bourloton, 1889, p. 66 et suiv.
-
-[913] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 207.
-
-[914] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791, I, 269.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[915] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 207.
-
-[916] Le baron de Taube au comte de Fersen, 28 février 1792.—_Ibid._,
-II, 178.
-
-[917] Note autographe de l'impératrice sur la lettre de la Reine de
-France.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 282.
-
-[918] Le comte de Fersen au comte de Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 135.
-
-[919] Journal du comte de Fersen, 6 octobre 1791.—_Ibid._, I, 31.
-
-[920] Marie-Antoinette à Mercy, 25 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 226.
-
-[921] Mercy à Marie-Antoinette, 21 novembre 1791.—_Ibid._, 224.
-
-[922] Mercy à Marie-Antoinette, 30 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 227.
-
-[923] _Ibid._
-
-[924] Journal de Fersen, 2 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 33.
-
-[925] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 233 et suiv.
-
-[926] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 270.
-
-[927] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 107, 108.
-
-[928] Citée et donnée en fac-simile par Beauchesne.—_Louis XVII_, I,
-172.
-
-[929] _Réponse aux reproches qu'on nous a fait de n'avoir rien dit à
-Marie-Antoinette pour l'année 1792._—_Révolutions de Paris_, no 131,
-p. 52.
-
-[930] Marie-Antoinette au comte de Fersen. 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 208.
-
-[931] La même au même, 19 octobre 1791.—_Ibid._, I, 199.
-
-[932] La même au même, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 208.
-
-[933] Monsieur, le 3 décembre, le comte d'Artois, le 5 décembre.—_Louis
-XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 260, 261.
-
-[934] Fragments de mémoires de M. le baron de Goguelat.—_Mémoires de
-tous_, III, 398, 405.
-
-[935] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._
-
-[936] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 9 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 271.
-
-[937] Mercy à Marie-Antoinette, 2 janvier 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 239.
-
-[938] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 janvier 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 114.
-
-[939] Journal du comte de Fersen, 21 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3.
-
-[940] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 février 1792.—_Ibid._,
-II, 166.
-
-[941] Frédéric-Guillaume au Roi de France, 14 janvier 1792.—_Ibid._,
-II, 129.
-
-[942] Le comte de Fersen à Gustave III, 15 janvier 1792.—_Ibid._, II,
-131.
-
-[943] «On craint beaucoup ici que l'Empereur n'adopte l'idée d'un
-Congrès. Je crois qu'on aime mieux ici avoir la guerre.»—Staël
-à Gustave III, 8 janvier 1792.—_Corresp. diplom. du baron de
-Staël-Holstein_, 247.
-
-[944] Cependant Mme de Tourzel raconte que M. de Narbonne, ministre
-de la guerre, avait demandé à la Reine de le faire nommer premier
-ministre, promettant «d'occuper la nation d'une guerre, qu'on lui
-ferait regarder comme nationale, pour parvenir, par ce moyen, à rendre
-au Roi l'autorité nécessaire pour le bonheur de la France». La Reine
-n'avait fait que rire de cette proposition, n'ayant point confiance en
-M. de Narbonne, qu'elle savait fort ambitieux.—_Mémoires de la duchesse
-de Tourzel_, II, 30 et 31.
-
-[945] Le comte de Fersen au baron de Taube, 21 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 215.—_Voir_, sur toutes ces relations
-de la Reine avec les Constitutionnels, cette lettre de Fersen à Taube
-et une autre du même jour à Gustave III.
-
-[946] Marie-Antoinette à Léopold II, janvier 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 240.
-
-[947] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 266.
-
-[948] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—-_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 169.
-
-[949] Le même à la même, même date.—_Ibid._, V, 165 et suiv.
-
-[950] Journal du comte de Fersen, 9 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 4.
-
-[951] _Ibid._—Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 171.
-
-[952] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 170.
-
-[953] Marie-Antoinette au comte de Mercy, février
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 244, 245.
-
-[954] Le comte de Fersen au baron d'Ehrenswaerdt, 12 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 115.
-
-[955] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 24 janvier 1792.—_Ibid._,
-II, 145.
-
-[956] Mémoire du roi de Suède au Roi de France.—II, 288 et suiv.
-
-[957] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 décembre 1791.—_Ibid._,
-I, 275.
-
-[958] Une note du marquis de Bombelles est ainsi conçue: «De Compiègne
-on peut, par une suite non interrompue de forêts, se rendre à la
-frontière sans passer par un seul village; il n'y a qu'un moulin qu'il
-serait aisé de garnir à temps, et quant à un ou deux passages de
-rivières, on se servirait de nacelles de cuir, dont les contrebandiers
-font un usage aussi fréquent que sûr.»—Note du marquis de Bombelles à
-Catherine II.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V,
-191. Le comte de Vaudreuil parle aussi, dans sa correspondance, d'un
-inspecteur de chasses nommé Brou, «homme plein d'intelligence, de
-courage et de fidélité, qui, avec l'aide de gardes bien montés et aussi
-sûrs que braves» promettait, sur sa tête, de faire évader la famille
-Royale. Ce Brou était-il un des auteurs et futurs acteurs du plan
-d'évasion par les forêts?—Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 20
-octobre 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 32.
-
-[959] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 179, 180.
-
-[960] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 février 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 168. Les Princes avaient,
-à la même époque, un autre plan d'évasion de la famille royale tout
-entière. Ce plan avait une certaine analogie avec celui de Fersen, en
-ce qu'il passait par les forêts et évitait les villages; il aboutissait
-sur le territoire autrichien, à Marquenoise, à 47 ou 48 lieues de
-Paris.—En voir les détails dans _Coblentz_, par C. Daudet. _Pièces
-justificatives_, 357 et suiv.
-
-[961] _Mémorial de Gouverneur Morris_, note, I, 350.
-
-[962] Journal du comte de Fersen, 29 janvier 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 4.
-
-[963] Même journal, 20 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3.
-
-[964] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Extrait d'une dépêche
-de la Cour de Saint-Pétersbourg à M. de Zinowief.—_Ibid._, II, 174.
-
-[965] Journal de Fersen, 3 février 1792. Le comte de Fersen à Gustave
-III, 5 février 1792.—_Ibid._, 163.
-
-[966] Malgré l'avis de Fersen. Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8
-février 1792.—_Ibid._, II, 167.
-
-[967] Journal du comte de Fersen, 12 février 1792.—_Ibid._, II, 5.
-
-[968] Même journal, même date.—_Ibid._, II, 5.
-
-[969] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 177.
-
-[970] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-179.
-
-[971] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[972] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-179.
-
-[973] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[974] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6 et 7.
-
-[975] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6 et 7.
-
-[976] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-182.
-
-[977] Marie-Antoinette au comte de Fersen.
-
-[978] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 7.
-
-[979] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 182.
-
-[980] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[981] Le même au même, même date.—_Ibid._, II, 177.
-
-[982] _Mémoires de Mme Campan_, 308.
-
-[983] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 22 février
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 392.—_Voir_ aussi une
-lettre de la même date à la marquise de Raigecourt.
-
-[984] _Mémoires de Mme Campan_, 308.
-
-[985] Le comte de Fersen au baron de Taube, 27 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 177.
-
-[986] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259.
-
-[987] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 205.—_Voir_ aussi le comte de
-Vaudreuil au comte d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil_, II, 58, 59.
-
-[988] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette, e t Mme Elisabeth_, V, 263.
-
-[989] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 205.
-
-[990] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 313.
-
-[991] _Mémoires de Mme Campan_, 317. Le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-II, 62.
-
-[992] Dépêche du marquis de Noailles, du 6 mars 1792.
-
-[993] La marquise de Raigecourt au marquis de Raigecourt, 12 avril
-1792.—Papiers de famille à M. le marquis de Raigecourt.
-
-[994] Simolin à Catherine II, 17 mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 312.
-
-[995] Le comte de Fersen à Gustave III, 24 mars 1792.—_Ibid._, V, 362.
-
-[996] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255.
-
-[997] C'est l'opinion de l'éditeur des Papiers de Fersen. On voit
-également, dans les Papiers du marquis de Raigecourt, que la mort
-de Gustave était annoncée à Paris _quinze jours_ avant l'attentat
-d'Ankarstroëm. C'est ce que Prudhomme appelait cyniquement: «une
-épizootie de têtes couronnées.»—_Révolutions de Paris_, no 145, p. 108.
-
-[998] _Gustave III et la Cour de France_, II, 294.
-
-[999] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 5 et 7.
-
-[1000] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 6.
-
-[1001] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 75.
-
-[1002] _Ibid._, II, 73.
-
-[1003] Le 3 mars, Simonneau, maire d'Etampes, avait été assassiné dans
-une émeute causée par la cherté des grains.
-
-[1004] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255.
-
-[1005] _Mémoires de Mme Campan_, 328.
-
-[1006] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 46.
-
-[1007] _Mémoires de Mme Campan_, 328.
-
-[1008] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 219.
-
-[1009] _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 261.
-
-[1010] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 219.
-
-[1011] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 109.
-
-[1012] Le baron de Breteuil à François II, 20 mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 356.
-
-[1013] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 110.
-
-[1014] _Ibid._, II, 109.—Mme Campan avait même la précaution
-d'emporter chez elle une partie de ces papiers afin qu'il n'y eût pas
-chez la Reine trace d'un trop grand nombre de papiers brûlés.
-
-[1015] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt,—25 mars
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 401.
-
-[1016] _La Révolution_, par E. Quinet, II,38.
-
-[1017] _Mémoires de Dumouriez._—_Mémoires de Mme Campan_, 335.
-
-[1018] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 330, 331.
-
-[1019] _Etude sur Mme Roland et sur son temps_, par M. Dauban,
-Paris, Plon, 1863, p. LXXXIX. Mme Rolland écrivait encore le 1er
-juillet 1791, à Bancal des Issarts: «Le Roi est tombé au dernier degré
-de l'avilissement et il n'inspire que du mépris... Sa personne n'a plus
-d'autre dénomination que celle de Louis le Faux ou de gros cochon.»
-_Ibid._, CIII.
-
-[1020] _Mémoires de Mme Campan_, 325.
-
-[1021] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 avril
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 404.
-
-[1022] Numéros 120 et 123 du _Père Duchesne_.—Le 1er est intitulé:
-«_Les grands préparatifs du P. Duchesne pour recevoir les Suisses de
-Châteauvieux. La grande Ribotte qu'il leur prépare pour les consoler de
-tous les tourments qu'ils ont endurés pour la liberté. Sa grande joie
-de voir Madame Veto manger du fromage le jour où ces braves b... seront
-conduits en triomphe dans Paris. Invitations à tous les sans-culottes,
-à tous les bonnets de laine de l'armée des Piques, de profiter de cette
-occasion pour purifier le Champ-de-Mars._»
-
-Le second est intitulé: «_Contre les Valets et les Mouchards de Madame
-Veto qui veulent empêcher la fête que les bons citoyens préparent pour
-recevoir les Suisses de Châteauvieux. La grande consigne à tous les
-sans-culottes pour qu'ils aiguisent leurs piques, pour f... le tour aux
-Aristocrates qui veulent troubler cette fête._»
-
-[1023] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 257.
-
-[1024] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 270.
-
-[1025] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 372.—Mme de Tourzel
-dit encore: «Ce jeune prince était charmant pour la Reine et ne perdait
-pas une occasion de lui dire des choses tendres et aimables. Aussi
-l'aimait-elle passionnément, mais _d'une tendresse éclairée, ne le
-gâtant jamais, et le reprenant toutes les fois qu'elle le trouvait en
-faute_.»—_Ibid._, II, 17.
-
-[1026] _Louis XVII_, I, 161.
-
-[1027] _Mémoires de Bertrand de Molleville_, II, 97.
-
-[1028] «Je suis bien tourmentée dans ce moment pour le gouverneur de
-mon fils. Nous nous sommes décidés pour M. de Fleurieu, mais nous
-ne savons pas encore le moment où nous le dirons.» Marie-Antoinette
-au comte de Fersen, 30 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 220.
-
-[1029] Le Roi, pour couvrir sa responsabilité dans une mesure si
-grave et à laquelle il répugnait extrêmement, avait tenu à se faire
-remettre par chaque ministre son avis motivé et signé. Ces avis ne se
-retrouvèrent pas dans l'armoire de fer. Servan accuse Roland de les
-avoir fait disparaître.—Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires
-de Malouet_, II, 429.
-
-[1030] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 15 avril 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 230.
-
-[1031] La même au même, 30 mars 1792.—_Ibid._, II, 221.
-
-[1032] La répugnance de la Reine pour les émigrés était plus vive que
-jamais. Lorsque le marquis de Jaucourt fut nommé à la Législative,
-il se fit excuser par sa sœur, la comtesse du Cayla, d'avoir cessé
-de paraître à la Cour. «Mon frère craint de déplaire à Votre
-Majesté,» disait Mme du Cayla à Marie-Antoinette.—«Dites bien à
-M. de Jaucourt, répondit la Reine, que je l'aime infiniment mieux à
-l'Assemblée qu'à Coblentz.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, V, 428, note.
-
-[1033] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 30 avril
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 263, 264.
-
-[1034] Sur ces deux derniers points, Mallet réussit pleinement: «On me
-déclare positivement, dit-il dans ses notes sur les conférences qu'il
-avait eues avec les ministres de Prusse et d'Autriche, qu'aucune vue
-d'ambition, d'intérêt personnel, de démembrement n'entre dans le but
-de la guerre. On m'en donne la certitude, ainsi que, loin d'imposer un
-gouvernement, on laissera le _Roi absolument maître de se concerter
-là-dessus avec son peuple_.» _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 308.—La
-Reine de Naples écrivait un peu plus tard de son côté que son frère
-Léopold «avait fait le vœu de ne pas faire de conquêtes et l'aurait
-tenu.» Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 91.
-
-[1035] _Voir_ sur toute cette mission de Mallet du Pan ses _Mémoires_,
-I, 280 et suiv.
-
-[1036] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 26 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 259.
-
-[1037] Le comte de Fersen à Gustave III, 8 mars 1792. Le comte de
-Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 210, 242.
-
-[1038] Le comte de Fersen au roi de Suède, 29 avril 1790.—_Ibid._, II,
-252.
-
-[1039] Après la déclaration de guerre même, Royal-Allemand déserta le 6
-mai, les hussards de Berchiny, le 12.—_Répertoire de la Révolution._
-
-[1040] _Mémoires du comte de Vaublanc._
-
-[1041] _Mémoires de Malouet_, II, 216 et suiv.
-
-[1042] Pellenc à la Marck, 11 mars 1792.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 297.
-
-[1043] _Mémoires de Lafayette_, III, 346.
-
-[1044] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne, Dimitrios Lotos, sur
-les événements de la Révolution française_, 145.
-
-[1045] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 145.
-
-[1046] La Reine craignant, si Mme de Lamballe ne rentrait pas en
-France, d'être contrainte de lui enlever sa place de surintendante,
-l'avait rappelée. La princesse était revenue; son appartement n'était
-séparé de celui de la Reine que par un palier d'escalier.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 105.
-
-[1047] Le comte de Fersen au roi de Suède, 13 juin 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 299.
-
-[1048] Louis XVI au Président de l'Assemblée, 20 mai 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 56.
-
-[1049] Louis XVI à la municipalité, 23 mai 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 62.
-
-[1050] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 146.
-
-[1051] Malouet prétend qu'on aurait pu réunir en ce moment, pour la
-défense de la famille royale, un corps de six mille hommes.
-
-[1052] _Voir_ sur les bonnes dispositions de la garde
-constitutionnelle, son dévouement au Roi et son désir d'éviter les
-conflits avec la garde nationale, les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 49 et suiv.
-
-[1053] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 juin
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 410.
-
-[1054] Malouet dit douze cents; mais le chiffre exact, donné aussi
-d'ailleurs par Mme de Tourzel, est de dix-huit cents.
-
-[1055] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 118, 119.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 211, 212.
-
-[1056] _Mémoires de Mme Campan_, 327.
-
-[1057] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459.
-
-[1058] _Etude sur Mme Roland_, par M. Dauban, 356, note.
-
-[1059] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459.
-
-[1060] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, I, 125.
-
-[1061] _Mémoires de Dumouriez_, I, 450-476.
-
-[1062] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 268.
-
-[1063] _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, par Hue,
-282.
-
-[1064] Malouet à Mallet du Pan, 29 juin 1792.—_Mémoires de Malouet_,
-II, 351.
-
-[1065] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, p. 133.
-
-[1066] _Ibid._, 132.
-
-[1067] La salle du Manège occupait remplacement d'une partie de la rue
-de Rivoli, à l'endroit où elle se croise avec la rue de Castiglione.
-
-[1068] _Le Journal d'une bourgeoise de Paris_, avec son emphase
-révolutionnaire, l'appelle «un nouveau Cicéron».—_Journal d'une
-bourgeoise de Paris_, 137.
-
-[1069] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 138.
-
-[1070] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries, le 20 juin
-1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 307.
-
-[1071] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 139.
-
-[1072] _Ibid._, II, 140.
-
-[1073] Bulletin avec détails sur ce qui s'est passé aux Tuileries le
-20 juin 1792, par Bergstedt, chargé d'affaires de Suède.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1074] _Ibid._, II, 303.
-
-[1075] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20
-juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1076] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 151.
-
-[1077] Certains témoins disent 5 heures; les autres disent 6 heures.
-
-[1078] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20
-juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1079] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 307.
-
-[1080] _Ibid._, II, 304.—_Les dernières années du règne de Louis XVI_,
-par Hue, 272.
-
-[1081] _Ibid._, 273, 274.—Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt,
-3 juillet 1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 419.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 143.
-
-[1082] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 146.
-
-[1083] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32.
-
-[1084] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1085] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 147.
-
-[1086] _Mémoires de Mme Campan_, 331.
-
-[1087] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33.
-
-[1088] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33.
-
-[1089] _Mémoires de Mme Campan_, 332.
-
-[1090] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, p.
-
-[1091] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32.
-
-[1092] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue,
-275.—_Mémoires de Weber_, 292.
-
-[1093] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 149.—Les appartements
-du Roi, du Dauphin et de Madame Royale étaient ravagés; les portes et
-les panneaux brisés; les serrures emportées. L'appartement seul de
-la Reine avait été épargné, parce que les bandes n'y étaient point
-entrées. La Reine tint à montrer ces dégâts aux députés avant leur
-départ.
-
-[1094] Billet sans date, mais sur lequel Fersen a écrit: reçu le 9
-juillet.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 319.
-
-[1095] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 154.
-
-[1096] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 155.
-
-[1097] _Mémoires de Malouet_, II, 113.
-
-[1098] Lettre de Lafayette à l'Assemblée.—_Mémoires de Lafayette_, III,
-339.
-
-[1099] Lafayette, dans ses _Mémoires_, fort hostiles à
-Marie-Antoinette, accuse la Cour et en particulier la Reine de lui
-avoir fait mauvais accueil et d'avoir fait échouer ses projets. Ceci
-est démenti formellement par Mme de Tourzel. «M. de Lafayette,
-dit-elle, s'était présenté au Roi comme défenseur de l'autorité
-royale, n'ayant d'autre but que de chasser les Jacobins et d'employer
-pour y parvenir l'ascendant qu'il croyait avoir conservé sur la garde
-nationale. _On demanda à tout ce qui était attaché au Roi d'avoir pour
-lui beaucoup d'égards_, et comme son expédition devait avoir lieu le
-jour même, on avait établi une grande surveillance dans le Château et
-engagé tous ceux qui l'habitaient à n'en pas sortir ou à être rentrés
-à huit heures du soir. M. de Lafayette fit la triste expérience du
-peu de crédit qu'il avait conservé; il ne put retenir qu'une douzaine
-de gardes nationaux et vit évanouir en quelques heures les espérances
-qu'il avait fait concevoir sur le succès de sa démarche.»—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 161.
-
-[1100] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 4 juillet
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 265.
-
-[1101] Cité par Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth_, I, 450.
-
-[1102] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 340.
-
-[1103] Le _Journal d'une bourgeoise de Paris_ (p. 210) attribue ce fait
-à une dame.
-
-[1104] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 330.
-
-[1105] Hue, 300-302.—_Mémoires de Mme Campan_, 341,
-342.—La dernière fois que la Reine parut dans le jardin, sur
-la terrasse, elle fut brutalement insultée par les fédérés.
-Cette fois la garde nationale,—c'était le brave bataillon des
-Filles-Saint-Thomas,—intervint et força les fédérés à se taire. Comme
-la Reine rentrait au Château, un violent orage éclata; le tonnerre
-tomba à plusieurs reprises aux environs des Tuileries. Peu de jours
-après, d'Eprémesnil, s'étant hasardé sur la terrasse des Feuillants,
-fut reconnu, frappé et eût été massacré sans l'arrivée de la garde
-nationale.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 188-190.
-
-[1106] Hue, _Dernières années du règne de Louis XVI_, 284.
-
-[1107] G. Morris à Jefferson, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_,
-II, 155.
-
-[1108] Le même au même, 1er août 1792.—_Ibid._, II, 159.
-
-[1109] _Mémoires de Mme Campan_, 337.
-
-[1110] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 199.
-
-[1111] _Souvenirs de quarante ans_, 117.
-
-[1112] _Mémoires de Mme Campan_, 140.
-
-[1113] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195.
-
-[1114] _Mémoires de la duchesse de Tourzel._
-
-[1115] _Mémoires de Mme Campan_, 333, 384.
-
-[1116] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425.
-
-[1117] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 324.
-
-[1118] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 et 15 juillet 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 326, 327.
-
-[1119] La même au même, 6 juillet 1792.—_Ibid._, II, 318.
-
-[1120] Elle y consentit cependant un peu plus tard, s'il faut en
-croire Mme de Tourzel: «M. de Paroy, craignant pour les jours de
-Leurs Majestés et ceux de monseigneur le Dauphin, me pria d'offrir
-de sa part à la Reine trois cuirasses de douze doubles de taffetas,
-impénétrables à la balle et au poignard, qu'il avait fait faire pour
-elle, pour le Roi et pour monseigneur le Dauphin, et me remit un
-poignard pour en faire l'essai. Je les portai chez la Reine qui essaya
-sur-le-champ celle qui lui était destinée et, me voyant le poignard
-entre les mains, elle me dit du plus grand sans-froid: «Frappez-moi
-pour en faire l'essai.» Je ne pus soutenir une pareille idée qui me
-fit frémir et je lui déclarai que rien ne me déterminerait à un pareil
-geste. Elle ôta sa cuirasse dont je me saisis, je la mis sur ma robe et
-la frappai du poignard, qui, comme l'avait dit M. de Paroy, la trouva
-impénétrable à ses coups. La Reine convint alors avec le Roi que chacun
-d'eux s'en revêtirait, à la première apparence de danger, ce qui fut
-exécuté.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 204, 205.
-
-[1121] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 371.—_Mémoires de
-Mme Campan_, 334.
-
-[1122] Marie-Antoinette à la landgrave de Hesse-Darmstadt, juillet
-1792.—_Lettres de la Reine Marie-Antoinette à la landgrave Louise de
-Hesse-Darmstadt_, 47.
-
-[1123] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 108, 109.
-
-[1124] _Mémoires de Malouet_, II, 221-223.
-
-[1125] _Mémoires de Malouet_, II, 224-226.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 178, 179.
-
-[1126] Lettre de Lally-Tolendal au Roi, 9 juillet 1792.—_Histoire de la
-Révolution_, par Thiers, II, 440, note.
-
-[1127] _Un ministre de Louis XVI, Terrier de Montciel_ par Pingaud,
-_Correspondant_ du 25 août 1879, p. 590.
-
-[1128] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 43.
-
-[1129] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 179.
-
-[1130] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345.
-
-[1131] Note de Lally-Tolendal, citée par Malouet.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 232, note.
-
-[1132] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 326.
-
-[1133] _Mémoires de Mme Campan_, 336.
-
-[1134] Le comte de la Marck au comte de Mercy, 9 novembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 300.
-
-[1135] Journal du comte de Fersen, 9 juillet 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 21.—Le comte de Fersen à Marie-Antoinette,
-10 juillet, 26 juillet 1791.—_Ibid._, II, 323,336.—Le comte de Mercy
-à Marie-Antoinette, 9 juillet 1772.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 266.
-
-[1136] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345.
-
-[1137] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 325.
-
-[1138] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 382.
-
-[1139] _Ibid._, I, 381.
-
-[1140] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 177, 178.
-
-[1141] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 381.
-
-[1142] _Mémoires de Weber_, 413.
-
-[1143] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425.
-
-[1144] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 330.
-
-[1145] La même au même, 15 juillet 1792.—_Ibid._, II, 228.—Mme
-Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1772.—_Correspondance
-de Mme Elisabeth_, 42.
-
-[1146] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 187, 188.
-
-[1147] _Mémoires de Mme Campan_, 337, 338.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 231, 232.
-
-[1148] _Mémoires de Mme Campan_, 340, 341.
-
-[1149] _Souvenirs d'émigration_, de la marquise de Lâge, 40.—La
-marquise de Lâge prétend, sur la foi de l'abbé de Montesquiou, qu'à un
-certain moment le Roi, convaincu par la Reine et Mme Elisabeth que
-sa faiblesse avait singulièrement favorisé les factieux, s'était tracé
-à lui-même un plan de conduite, rempli de sagesse et d'énergie. Quel
-était ce plan et pourquoi le Roi, après l'avoir arrêté, ne le suivit-il
-pas? La marquise de Lâge ne le dit pas.
-
-[1150] «Mon père me presse de revenir et de tout abandonner; c'est ce
-que je ne ferai jamais, _dussé-je être réduit à la misère_.»—Le comte
-de Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 242, 243.
-
-[1151] _Ibid._ Introduction, I, LXVI.
-
-[1152] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 24 juillet 1792.—II, 332,
-333.
-
-[1153] Rœderer. _Chronique de cinquante jours_, 265, 266.
-
-[1154] _Le réveil d'alarme_, par Blanc Gilly, cité par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 143.
-
-[1155] Ils n'étaient que 166.
-
-[1156] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 340, 341.
-
-[1157] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28 juillet 1792.—_Ibid._,
-II, 338.
-
-[1158] _Ibid._
-
-[1159] Le même à la même, 30 juin 1792.—_Ibid._, II, 315.
-
-[1160] Journal du comte de Fersen, 29 juillet 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 25, note.—Le comte de Fersen à
-Marie-Antoinette, 7 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 343, 345.
-
-[1161] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 7 août 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 343.
-
-[1162] Le même à la même, 10 août 1792.—_Ibid._, II, 345.
-
-[1163] Le comte de Fersen au baron de Taube, 29 juillet 1792. _Ibid._,
-II, 339.—_Voir_ également le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28
-juillet, 8 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 337, 343, 345.
-
-[1164] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 10 août 1792.—_Ibid._,
-II, 345.
-
-[1165] Il faut dire qu'à Paris, même parmi des hommes éclairés,
-cette même croyance avait cours: «Comme l'opinion générale parmi les
-citoyens, écrivait G. Morris à la date du 10 juin, est qu'aucune
-opposition sérieuse ne sera faite aux troupes autrichiennes
-et prussiennes, s'approchant de la capitale, ils,—les gardes
-nationaux,—regardent la personne de Louis XVI comme la protection
-la plus efficace qu'ils puissent garder contre le pillage et les
-insultes.» G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792. _Voir_ aussi le même au
-même, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_, II, 145, 146.
-
-[1166] Mercy à Marie-Antoinette, 9 juillet 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 266.
-
-[1167] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1793.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336.
-
-[1168] _Mémoires de Mme Campan_, 340.
-
-[1169] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336.
-
-[1170] Dépêche du comte de Mercy au cabinet de Vienne, 3 octobre
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 349.—Mercy avait été si mécontent du manifeste, qu'il
-aurait voulu que le cabinet de Vienne en fit un autre pour détruire le
-mauvais effet du premier. G. Morris avait la même impression que Mercy:
-«La déclaration du duc de Brunswick, écrivait-il, peut se traduire
-ainsi en peu de mots: soyez tous contre moi, car je suis contre vous
-tous, et faites bonne résistance, car vous n'avez pas d'espoir.»—G.
-Morris à Mme Dubourg, 7 août 1792. _Mémorial de G. Morris_, II, 174.
-Le manifeste avait été connu à Paris le 31 juillet.—_Lettres de Coray
-au Protopsalte de Smyrne_, 160.
-
-[1171] G. Morris à Jefferson, 1er août 1792.—_Mémorial de G.
-Morris_, II, 160.
-
-[1172] _Ibid._
-
-[1173] _Histoire de la Terreur_, par Mortimner-Ternaux, II,
-173.—_Histoire de la Révolution française_, par Thiers, II, 222.
-
-[1174] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 310.
-
-[1175] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 16.
-
-[1176] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 196.
-
-[1177] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, III, 206.
-
-[1178] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 305.
-
-[1179] Malouet à Mallet du Pan, 28 juillet 1792.—_Mémoires de Malouet_,
-II, 357.
-
-[1180] Lettre de M. de Forestier, publiée par Nettement. _Critique
-des Girondins_, citée par Beauchesne.—_Louis XVII_, 211.—Détails
-particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois de Paris.
-_Mémoires de Weber._ Pièces justificatives, 486.
-
-[1181] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 170.
-
-[1182] Détails particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois
-de Paris et Récit de la conduite du régiment des gardes suisses à la
-journée du 10 août. _Mémoires de Weber_, 485, 496.
-
-[1183] Arrêté de la section des Quinze-Vingts.—_Histoire de la
-Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 182.
-
-[1184] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 154.
-
-[1185] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 20, 21.
-
-[1186] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 201.
-
-[1187] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 213.
-
-[1188] _Mémoires de Lafayette_, III, 376.
-
-[1189] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 43.
-
-[1190] _Ibid._
-
-[1191] _Mémoires de Malouet_, 231-233.—_Mémoires de Mme Campan_,
-242. _Voir_ sur toutes ces négociations les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 201-204.—Mme de Tourzel dit que les huit cent mille
-livres étaient pour Pétion et ses amis.
-
-[1192] G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792.—_Mémorial de G. Morris_,
-II, 145.
-
-[1193] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 192.
-
-[1194] _Souvenirs de quarante ans_, 126.
-
-[1195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 193.
-
-[1196] G. Duval. _Souvenirs de la Terreur_, II, 115, cité par Feuillet
-de Conches, VI, 255.
-
-[1197] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 307.
-
-[1198] _Mémoires de Malouet_, II, 235.
-
-[1199] Journal du comte de Fersen, 10 août 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 29.
-
-[1200] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195.
-
-[1201] _Mémorial de G. Morris_, 5 août 1792, I, 343.—_Dernières années
-du règne de Louis XVI_, par Hue, 307.
-
-[1202] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 15.
-
-[1203] _Mémoires de Mme Campan_, 345.
-
-[1204] _Mme Elisabeth_, par la comtesse d'Armaillé, 299.
-
-[1205] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 432.—Par une singulière distraction, cette lettre
-est datée du 10 août.
-
-[1206] _Histoire de la Terreur_, par M. Mortimer-Ternaux. Le récit de
-M. Mortimer-Ternaux est l'un des plus complets et des plus exacts; nous
-l'avons suivi la plupart du temps.
-
-[1207] _Mémoires de Weber_, 415.—_Récit de la conduite des Suisses au
-10 août._—_Ibid._, 498.
-
-[1208] _Mémoires de Weber_, 415.
-
-[1209] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 352.
-
-[1210] _Récit de la conduite des Suisses._—_Mémoires de Weber_, 498.
-
-[1211] Lettre du ministre de la marine Dubouchage, citée par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 265, notes.
-
-[1212] _Louis XVII_, I, 214.
-
-[1213] _Histoire de la Terreur_, II, 265.
-
-[1214] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211, 212.
-
-[1215] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211.
-
-[1216] _Histoire de la Terreur_, II, 266.
-
-[1217] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, II, 214.
-
-[1218] Journal du comte de Fersen, 30 août 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 44.
-
-[1219] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 322.
-
-[1220] _Histoire de la Terreur_, II, 267.
-
-[1221] Lettre de Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 433.—_Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 360.
-
-[1222] _Mémoires de Melle de Clermont-Gallerande_, note sur la
-journée du 10 août, III, 521.
-
-[1223] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 213.
-
-[1224] _Histoire de la Terreur_, II, 275.
-
-[1225] Vers 5 heures.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210.
-
-[1226] Détails sur le 10 août, par un témoin oculaire.—_Mémoires de
-Weber_, 416, note.
-
-[1227] _Louis XVII_, 216.
-
-[1228] _Souvenirs de quarante ans_, 129.
-
-[1229] Peltier, _Dernier tableau de Paris_.
-
-[1230] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210.
-
-[1231] Rapport de Leroux, cité par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la
-Terreur_, II, 464, note.
-
-[1232] Procès-verbal de Leroux, cité par Taine.—_La Révolution_, II,
-140.
-
-[1233] _Ibid._
-
-[1234] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 217.
-
-[1235] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 362.
-
-[1236] _Mémoires de Mme Campan_, 347.
-
-[1237] Taine, _la Révolution_, II, 240, 241.
-
-[1238] Procès-verbal de Leroux.—_Ibid._, II, 242, et _Histoire de la
-Terreur_, II, 469.
-
-[1239] Récit de la conduite des Suisses.—_Mémoires de Weber_, 498.
-
-[1240] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 326.
-
-[1241] _Ibid._
-
-[1242] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 268.
-
-[1243] _Chronique de cinquante jours_, 361.
-
-[1244] Rœderer a prétendu plus tard qu'en donnant ce conseil il avait
-voulu servir une insurrection «légitime et conserver au pays d'utiles
-otages».—_Moniteur_ du vendredi 24 août 1792, p. 297. Lettre de
-Servant à Mallet du Pan.—_Mémoires de Malouet_, II, 435.—Rœderer s'est
-calomnié; le 10 août il fut faible, il ne fut pas traître.
-
-[1245] _Mémoires de Weber_, 420.
-
-[1246] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 327.
-
-[1247] _Chronique de cinquante jours_, 368.
-
-[1248] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 28.—Rœderer dément ces paroles de la Reine en disant
-qu'il ne les a pas entendues.—_Chronique de cinquante jours_, 362,
-note.—Mais Bigot de Sainte-Croix et Hue, qui étaient le 10 août
-aux Tuileries, comme Rœderer; Fersen, qui recueillait avidement
-tous les témoignages sur les derniers actes de ses augustes
-clients, les affirment. Hue cite même comme les ayant entendues
-MM. de Briges et de Saint-Priest; Fersen, MM. de Viomesnil et de
-Clermont-Gallerande.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, par
-Bigot de Sainte-Croix, 228.—_Dernières années du règne de Louis XVI_,
-par Hue, 328.—_Journal de Fersen_, 11 octobre 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 45.—L'opuscule de Bigot de Sainte-Croix a
-été publié à l'époque même, en 1793; le journal de Fersen est de la
-même année; les notes de Hue ont été publiées en 1806. Le livre de
-Rœderer ne l'a été qu'en 1832.
-
-[1249] _Chronique de cinquante jours_, 369.—_Récit de Dejoly, ministre
-de la justice_, cité par Montjoye.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 390.
-
-[1250] _Récit de Dejoly_, 389.
-
-[1251] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 328.
-
-[1252] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214.
-
-[1253] _Chronique de cinquante jours_, 369.
-
-[1254] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1255] _Histoire de la conspiration du 10 août_, 30.
-
-[1256] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1257] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 270.
-
-[1258] Bigot de Sainte-Croix.
-
-[1259] Dubouchage.
-
-[1260] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 220.
-
-[1261] _Récit de Dejoly_, 391.
-
-[1262] Récit de Leroux.—_Histoire de la Terreur_, II, 470.
-
-[1263] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214.
-
-[1264] _Souvenirs de quarante ans_, 131.
-
-[1265] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220.
-
-[1266] Déclaration de de Brie, citée par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de
-la Terreur_, II, 293.
-
-[1267] _Récit de Dejoly_, 391.
-
-[1268] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220.
-
-[1269] _Chronique de cinquante jours_, 371.
-
-[1270] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1271] _Chronique de cinquante jours_, 372.
-
-[1272] _Louis XVII_, I, 223.
-
-[1273] _Histoire de la Terreur_, II, 303.
-
-[1274] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339.
-
-[1275] _Derniers années de règne de Louis XVI_, par Hue.
-
-[1276] _Louis XVII_, I, 224.
-
-[1277] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue,
-339.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, 43.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, II, 216.
-
-[1278] _Histoire de la Terreur_, II, 327.
-
-[1279] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 222.
-
-[1280] Sainte-Foix au baron de Breteuil, 11 août 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 348.
-
-[1281] Prudhomme, _les Révolutions de Paris_, XIII, 236, 237, cité par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 331.
-
-[1282] _Histoire de la Terreur_, II, 331.
-
-[1283] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 228.
-
-[1284] _Lettres de Constantin Stamaly sur la Révolution française_, 100.
-
-[1285] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 221, 222.
-
-[1286] _Ibid._, II, 223.
-
-[1287] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 230.
-
-[1288] _Ibid._
-
-[1289] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.—_Ibid._,
-I, 236.
-
-[1290] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 338.
-
-[1291] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.
-
-[1292] _Mémoires de Mme Campan_, 356.
-
-[1293] _Mémoires de Mme Campan_, 355.
-
-[1294] _Histoire de la Terreur_, III, 18, note.
-
-[1295] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339.
-
-[1296] _Mémoires de Mme Campan_, 359.
-
-[1297] _Ibid._, 355.
-
-[1298] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 340.
-
-[1299] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 232, 233.
-
-[1300] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, note sur la
-journée du 10 août, III, 525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II,
-23.
-
-[1301] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230.
-
-[1302] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, III,
-525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230.
-
-[1303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 238.
-
-[1304] _Ibid._, 239.
-
-[1305] _Souvenirs de quarante ans_, 147.
-
-[1306] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 165.
-
-[1307] Coray dit de quatre à cinq mille.—_Ibid._, 164.
-
-[1308] _Souvenirs de quarante ans_, 147.
-
-[1309] _Ibid._, 148.
-
-[1310] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240.
-
-[1311] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 164.—Le grec Coray
-avait été, au début, un partisan enthousiaste de la Révolution.
-
-[1312] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240.
-
-[1313] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 345, 346.
-
-[1314] G. Morris à G. Washington, 23 octobre 1792.—_Mémorial de G.
-Morris_, II, 204.
-
-[1315] _Souvenirs de quarante ans_, 149.
-
-[1316] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 241.
-
-[1317] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 242.
-
-[1318] _Louis XVII_, II, 249.
-
-[1319] _Souvenirs de quarante ans_, 150.
-
-[1320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 243.
-
-[1321] _Ibid._
-
-[1322] _Ibid._
-
-[1323] _Souvenirs de quarante ans_, 152.—_Récit des événements arrivés
-au Temple_, par Madame Royale, 7. Mme de Tourzel,—_Mémoires_, II,
-246,—dit le 18; mais Madame Royale dit très positivement dans la nuit
-du 19 au 20.
-
-[1324] _Récits des événements arrivés au Temple_, 8.
-
-[1325] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 246.
-
-[1326] _Récit des événements arrivés au Temple_, 8.
-
-[1327] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 247.
-
-[1328] _Ibid._
-
-[1329] _Souvenirs de quarante ans_, 153.
-
-[1330] _Journal de Cléry_, 30.
-
-[1331] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 360.
-
-[1332] _Ibid._
-
-[1333] _Ibid._, 360 et suiv.—_Journal de Cléry_, 31 et suiv.
-
-[1334] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle.
-
-[1335] _Fragments historiques sur la captivité de la famille royale à
-la Tour du Temple_, recueillis par M. de Turgy, publiés par M. Eckard
-dans ses _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 344.
-
-[1336] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 351, note.
-
-[1337] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 83.
-
-[1338] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 363.
-
-[1339] _Journal de Cléry_, 34.
-
-[1340] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 360.
-
-[1341] _Ibid._, 369.
-
-[1342] _Ibid._, 365, 366.
-
-[1343] _Voir_ Etat des dépenses faites au Temple depuis le
-13 août jusqu'au 30 novembre de l'an Ier de la République
-française.—_Journal de Cléry._ Eclaircissements historiques, 201-211.
-
-[1344] _Récit des événements arrivés au Temple_, 16.
-
-[1345] _Journal de Cléry_, 37.
-
-[1346] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 346.
-
-[1347] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 367.
-
-[1348] _Ibid._, 370.
-
-[1349] _Récit des événements arrivés au Temple_, 10.
-
-[1350] _Journal de Cléry_, 37.
-
-[1351] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 370.
-
-[1352] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 376, 377.
-
-[1353] _Récit des événements arrivés au Temple_, 11.
-
-[1354] _Ibid._
-
-[1355] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 379.
-
-[1356] _Récit des événements arrivés au Temple_, 12.
-
-[1357] _Ibid._, 13.
-
-[1358] _Journal de Cléry_, 27.
-
-[1359] Lettre du commissaire de service à l'Assemblée, citée par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, III, 271.
-
-[1360] Danjou avait dit, suivant Cléry: «La tête d'Antoinette ne vous
-appartient pas, les départements y ont des droits.—_Journal de Cléry_,
-29.—Le récit de Danjou, reproduit par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 294,
-ne dément pas cet horrible propos.
-
-[1361] Récit de Danjou.—_Louis XVII_, I, 295.
-
-[1362] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1363] _Ibid._
-
-[1364] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1365] _Louis XVII_, I, 298.
-
-[1366] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1367] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1368] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1369] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1370] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15.
-
-[1371] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 344.
-
-[1372] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15.
-
-[1373] _Ibid._, 17.
-
-[1374] _Journal de Cléry_, 41.
-
-[1375] _Ibid._, 41, 42.
-
-[1376] Archives nationales.—_Louis XVII_, I, 316.
-
-[1377] _Récit des événements arrivés au Temple_, 17.
-
-[1378] _Ibid._
-
-[1379] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 317.
-
-[1380] _Ibid._
-
-[1381] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18.
-
-[1382] _Ibid._
-
-[1383] _Journal de Cléry_, 45.
-
-[1384] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18.
-
-[1385] _Journal de Cléry_, 50.
-
-[1386] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19.
-
-[1387] Rapport du 1er novembre 1792, de la Commission nommée par le
-Comité de sûreté générale et la Convention nationale pour surveiller
-la garde des prisonniers du Temple. Archives nationales.—_Louis XVII.
-Pièces justificatives_, I, 570.
-
-[1388] _Louis XVII. Pièces justificatives_, I, 571.
-
-[1389] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19.
-
-[1390] _Ibid._, 19.
-
-[1391] _Ibid._, 20.
-
-[1392] _Journal de Cléry_, 53.
-
-[1393] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1394] _Journal de Cléry_, 52, 53.
-
-[1395] _Ibid._, 53.
-
-[1396] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1397] _Journal de Cléry_, 53.
-
-[1398] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1399] _Journal de Cléry_, 58, 59.
-
-[1400] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 356.—On peut
-consulter sur Dorat-Cubières, jadis connu sous le nom de Palmezeau, un
-curieux volume de M. G. Desnoiresterres.—_Le chevalier Dorat et les
-poètes légers du_ XVIIIe _siècle_, Paris, Perrin, 1887.
-
-[1401] _Journal de Cléry_, 56.
-
-[1402] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21.
-
-[1403] _Voir_ sur Jobert les _Mémoires et souvenirs du baron Hyde de
-Neuville_. Paris, Plon, 1888, p. 72 et suiv.
-
-[1404] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis
-XVII_, I, 570.
-
-[1405] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21.
-
-[1406] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis
-XVII_, I, 571.
-
-[1407] _Louis XVII_, I, 350, 351.
-
-[1408] _Récit des événements arrivés au Temple_, 22.
-
-[1409] _Journal de Cléry_, 63.
-
-[1410] _Récit des événements arrivés au Temple_, 23.
-
-[1411] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 357.
-
-[1412] Etat des instruments tranchants et armes offensives et
-défensives, remises par le citoyen Cléry à Tison, étant de service
-auprès des prisonniers du Temple.—Archives nationales.—_Louis XVII_, I,
-575, 576.—_Journal de Cléry_, 65.
-
-[1413] _Journal de Cléry_, 66.
-
-[1414] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 19.
-
-[1415] _Journal de Cléry_, 66.
-
-[1416] _Souvenirs de Lepitre._
-
-[1417] _Récit des événements arrivés au Temple_, 24, 25.
-
-[1418] _Récit des événements arrivés au Temple_, 25.
-
-[1419] _Voir_ sur ces ingénieux procédés le _Journal de Cléry_ et les
-_Fragments historiques_ de Turgy.
-
-[1420] _Récit des événements arrivés au Temple_, 26.
-
-[1421] Cet exemplaire est conservé, avec l'autographe de la Reine, à la
-bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye.
-
-[1422] _Journal de Cléry_, 88.
-
-[1423] Entretien de Louis XVI avec Malesherbes.—_Dernières années du
-règne de Louis XVI_, par Hue, 435-438.
-
-[1424] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28.
-
-[1425] _Ibid._, 28.
-
-[1426] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8.
-
-[1427] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1428] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28.
-
-[1429] Récit de Madame Royale à Mme la duchesse de
-Tourzel.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 316.
-
-[1430] _Récit des événements arrivés au Temple_, 29.
-
-[1431] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9. Mme Vigée-Lebrun,
-fort attachée à la famille royale, avait eu la pensée de retracer dans
-un tableau cette scène suprême. Elle demanda quelques renseignements
-à Cléry qui lui écrivit une longue lettre, reproduite dans ses
-_Souvenirs_. Nous en extrayons le passage suivant, relatif aux costumes
-de la famille royale: «Le Roi était vêtu d'un habit brun mélangé, avec
-un collet de même, une veste blanche de piqué de Marseille, une culotte
-de casimir gris et des bas de soie gris, des boucles d'or, mais très
-simples, à ses souliers, un col de mousseline, les cheveux un peu
-poudrés, une boucle séparée en deux ou trois, le toupet en vergette
-un peu longue, les cheveux de derrière noués en catogan. La Reine,
-Madame Royale et Mme Elisabeth étaient vêtues d'une robe blanche
-de mousseline, de fichus très simples en linon, de bonnets absolument
-pareils, faits en forme de baigneuses, garnis d'une petite dentelle,
-un mouchoir garni aussi de dentelle, noué dessus le bonnet en forme de
-marmotte. Le jeune prince avait un habit de casimir d'un gris verdâtre,
-une culotte ou pantalon pareil, un petit gilet de basin bleu rayé,
-l'habit décolleté et à revers, le col de la chemise uni et retombant
-dessus le collet de l'habit, le jabot de baptiste plissé, des souliers
-noirs noués avec un ruban, les cheveux blonds sans poudre, tombant
-négligemment et bouclés sur le front et sur les épaules, relevés en
-nattes derrière, et ceux de devant tombant naturellement sans poudre.
-Les cheveux de la Reine étaient presque tous blancs, ceux de Madame
-d'un beau blond clair et ceux de Mme Elisabeth aussi blonds, mais de
-nuance plus foncée.»—_Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9 et 10.
-
-[1432] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8.
-
-[1433] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1434] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9.
-
-[1435] _Ibid._, II, 9.
-
-[1436] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1437] _Journal de Cléry_, 102.
-
-[1438] _Procès des Bourbons_, II, 153.
-
-[1439] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31.
-
-[1440] _Ibid._
-
-[1441] _Journal de Cléry._
-
-[1442] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31.
-
-[1443] _Louis XVII_, II, 9.
-
-[1444] _Ibid._, II, 10.
-
-[1445] _Ibid._
-
-[1446] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.
-
-[1447] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306.
-
-[1448] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.—_Quelques
-souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, par Lepître, 34,
-35.
-
-[1449] _Louis XVII_, II, 11.
-
-[1450] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306.
-
-[1451] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.
-
-[1452] _Quelques souvenirs et notes fidèles_, par Lepître, 33.
-
-[1453] _Quelques souvenirs etc._, par Lepître, 43.—On raconte que
-le lendemain, le commissaire qui remplaçait Lepître dit à la Reine:
-«Vous avez chanté hier; vous avez fait chanter vos enfants; sans
-doute ce n'étaient que des romances, car vous n'avez pas de chansons
-patriotiques. Je pense même que vous seriez incapable d'exécuter
-l'hymne des Marseillais.» La Reine, sans répondre, se serait levée
-et aurait joué la _Marseillaise_.—Malgré l'autorité de Beauchesne et
-le témoignage de Gomin qu'il invoque, nous avons peine à croire à
-l'authenticité de cette petite scène.
-
-[1454] Le comte de Fersen au baron de Breteuil, le 6 septembre
-1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 360.
-
-[1455] Eckard, _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 147.—Lepître
-désigne ce quatrième complice seulement par les premières lettres
-de son nom Guy... et le donne comme un commis du bureau de
-Toulan.—_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
-Temple_, 35.
-
-[1456] Lepître, président du Comité, eût fait lui-même les
-passeports.—_Quelques souvenirs etc._, 40.
-
-[1457] _Voir_ sur toute cette affaire la brochure de Lepître:
-_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, 35 et
-suiv.—_Voir_ aussi _Un complot sous la Terreur_, par M. Paul Gaulot,
-Paris, Ollendorff, 1889.
-
-[1458] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à M. de
-Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 27.
-
-[1459] Chauveau-Lagarde. _Note historique sur le procès de
-Marie-Antoinette et de Mme Elisabeth_, 20.
-
-[1460] Paul Gaulot. _Un épisode de la captivité du Temple._—_Revue des
-questions historiques_, janvier 1889.
-
-[1461] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard, 478.
-
-[1462] _Ibid._—Mme Elisabeth avait joint à ces lettres de la Reine
-les deux billets suivants: A Monsieur: «Je jouis d'avance du plaisir
-que vous éprouverez en recevant ce gage de l'amitié et de la confiance;
-être réunie avec vous et vous voir heureux est tout ce que je désire;
-vous savez si je vous aime, je vous embrasse de tout mon cœur.»
-
-Et au comte d'Artois: «Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère,
-de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler de tous mes
-sentiments! Que j'ai souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère,
-où je pourrai vous embrasser et vous dire que jamais vous ne trouverez
-une amie plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas,
-j'espère.»—_Ibid._, 478 et 479.
-
-[1463] Le baron de Jarjayes au comte de Fersen, 18 février 1794.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 431.
-
-[1464] La Reine à M. de Jarjayes, sans date, mais avec cette
-inscription de la main de Jarjayes: «_Copie du billet que j'ai reçu
-le 2, au moment de mon départ._»—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 408.—On peut consulter, sur toute cette affaire, le récent
-travail de M. Paul Gaulot dans la _Revue des questions historiques_ de
-janvier 1889 _Un épisode de la captivité du Temple_, publié depuis en
-volume sous ce titre: _Un complot sous la Terreur_.
-
-[1465] _Récit des événements arrivés au Temple_, 34, 35.
-
-[1466] _Ibid._, 34.
-
-[1467] Municipalité de Paris, extrait du registre des délibérations du
-Conseil général du 1er avril 1793.—_Louis XVII_, II, 30, 31, note.
-
-[1468] Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
-l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers détenus à
-la Tour du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 40, note.
-
-[1469] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37.
-
-[1470] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37.
-
-[1471] _Ibid._
-
-[1472] Procès-verbal des commissaires, le 23 avril 1792.—_Louis XVII_,
-II, 42, note.
-
-[1473] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1793.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 415.
-
-[1474] _Ibid._
-
-[1475] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[1476] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8 avril 1793.—_Ibid._,
-II, 409.
-
-[1477] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 29 janvier
-1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 369.
-
-[1478] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 403.
-
-[1479] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 403.
-
-[1480] Journal de Fersen, 10 mars 1793.—_Ibid._, II, 65.
-
-[1481] _Ibid._
-
-[1482] Journal du comte de Fersen, 5 avril 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 67.
-
-[1483] _Ibid._, 10 avril 1793, II, 69.—Le secrétaire intime de
-Catherine II, Krapowitzki, écrivait sur son _Journal_ que «le comte
-d'Artois fut très mécontent de la nouvelle de l'arrangement de
-Dumouriez avec Cobourg dans la crainte que «la régence ne tombât entre
-les mains de la Reine».—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-II, 137, note.
-
-[1484] Journal du comte de Fersen, 7 avril 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 67.
-
-[1485] Le comte de Fersen à la Reine, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 408.
-
-[1486] _Ibid._
-
-[1487] Journal de Fersen, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, II, 68.
-
-[1488] Fersen au duc de Sudermanie, 29 avril 1793.—_Ibid._, II, 417.
-
-[1489] _Récit des événements arrivés au Temple_, 40.
-
-[1490] _Ibid._
-
-[1491] _Récit des événements arrivés au Temple_, 33.
-
-[1492] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 51.
-
-[1493] _Ibid._, 46, 50, 51.
-
-[1494] _Récit des événements arrivés au Temple_, 38.
-
-[1495] _Récit des événements arrivés au Temple_, 41.
-
-[1496] Mémoires des médicaments fournis au Temple, pendant les mois de
-mai, juin et juillet pour Marie-Antoinette, ses enfants et sa sœure
-(_sic_), par le citoyen Robert, apothicaire, autorisé par la Commune et
-sur les ordonnances du citoyen docteur Thierry. Archives nationales, E,
-629.—_Louis XVII_, 496-499.
-
-[1497] Rapport au duc Decaze, cité par Chantelauze.—_Louis XVII_, 171.
-
-[1498] Registre des délibérations du conseil général de la Commune, 11
-juin 1793.—_Louis XVII_, II, 40, note.
-
-[1499] _Récit des événements arrivés au temple_, 41-42.
-
-[1500] Journal du comte de Fersen, 22 mai 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 73.
-
-[1501] Manuscrit inédit du comte de Frotté, cité par M. de la
-Sicotière: dans son beau livre, _Frotté et les insurrections
-normandes_. Paris, Plon, t. Ier, p. 46, 47.—Mme Atkyns fut,
-pendant la Révolution, la correspondante de Frotté, auquel, après la
-mort de la Reine, elle offrit sa fortune pour sauver Louis XVII et sa
-sœur.
-
-[1502] On lit dans le Journal de Louis XVI, à la date du 1er juillet
-1792: «Retour et parfaite conduite de M. de Batz, à qui je redois cinq
-cent douze mille livres.»
-
-[1503] Parmi les fidèles qui se dévouaient alors avec Batz pour sauver
-la Reine, il faut citer la comtesse de Rochechouart, qui avait avancé
-une partie de la somme nécessaire pour acheter des auxiliaires.—_Voir_
-les _Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration, par
-le général comte de Rochechouart, aide-de-camp du duc de Richelieu,
-aide-de-camp de l'Empereur Alexandre Ier, commandant la place de
-Paris, sous Louis XVIII_.—_Mémoires inédits publiés par son fils_,
-Paris, Plon, 1889, p. 2.
-
-[1504] C'était au mois de juin, d'après le baron Hyde de
-Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de Neuville_, p. 72 et
-suiv.
-
-[1505] Parmi ceux qui attendaient dans la rue Charlot se trouvait
-le jeune Hyde de Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de
-Neuville_, p. 72 et suiv.
-
-[1506] Eckard. _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 169-176.
-
-[1507] _Récit des événements arrivés au Temple_, 43.
-
-[1508] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 367-368.
-
-[1509] _Louis XVII_, II, 90.
-
-[1510] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44.
-
-[1511] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 370.
-
-[1512] _Ibid._, 371, 372.
-
-[1513] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44.
-
-[1514] _Ibid._, 44, 45.
-
-[1515] _Ibid._, 45.
-
-[1516] Il est bon de conserver les noms de ces six municipaux; ils
-s'appelaient: Eudes, Gagnant, Armand, Véron, Cellier et Devèze. Les
-trois premiers furent guillotinés, Eudes et Armand le 10 thermidor,
-avec Robespierre, Gagnant, après l'affaire de Grenelle. Ils eurent le
-triste courage de terminer ainsi leur procès-verbal: «La séparation
-s'est faite avec toute la sensibilité que l'on devait attendre dans
-cette circonstance, où les magistrats du peuple ont eu tous les égards
-compatibles avec la sévérité de leurs fonctions.» Registre du conseil
-du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 64, note.
-
-[1517] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1518] _Révélations de Sénar._
-
-[1519] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47.
-
-[1520] «Silence, Capet, ou je vais montrer aux citoyens comme je te
-travaille, quand tu le mérites,» disait Simon au jeune prince.—_Louis
-XVII_, II, 78.
-
-[1521] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1522] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1523] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374.
-
-[1524] _Récit des événements arrivés au Temple_, 46.
-
-[1525] _Ibid._
-
-[1526] _Ibid._, 46, 47.
-
-[1527] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à Mme la marquise de
-Saint-Maure.—_Louis XVII_, 95, 96.
-
-[1528] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47, 49.
-
-[1529] Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 102.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, par
-Hue, 446.
-
-[1530] Beaulieu. _Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française._
-
-[1531] Récit de Rosalie Lamorlière.—Campardon. _Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 183.
-
-[1532] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie.—_Ibid._, 58.
-
-[1533] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Ibid._, 183.
-
-[1534] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1535] _Ibid._
-
-[1536] Archives nationales.—De Goncourt. _Histoire de
-Marie-Antoinette_, 436.
-
-[1537] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1538] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 185.
-
-[1539] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de
-Fersen à la Cour de France_, II, 102.
-
-[1540] Archives nationales.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 191.
-
-[1541] _Ibid._
-
-[1542] Beaulieu.—_Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française._
-
-[1543] _Récit des événements arrivés au Temple_, 50.
-
-[1544] _Ibid._, 50, 51.
-
-[1545] On trouve dans les _Mémoires des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie_:
-
-Pour loyer de livres, seize livres, soit 16.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 59.
-
-[1546] _Récit des événements arrivés au Temple_, 53.
-
-[1547] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1548] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 119, note.
-
-[1549] _Récit des événements arrivés au Temple_, 52.
-
-[1550] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374, 375.
-
-[1551] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 446, note.
-
-[1552] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 497.
-
-[1553] _Ibid._
-
-[1554] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces
-justificatives, 483, note. On lit aussi dans une note adressée par
-le Comité de Salut public à Fouquier-Tinville cette phrase: «Ne pas
-parler de la femme Janson qui avait gagné Chabot.»—Archives nationales,
-W. 389, dossier 904, 2me partie, pièce 91: citée par M. Léon
-Lecestre dans son remarquable article: _Les tentatives d'évasion de
-Marie-Antoinette au Temple et à la Conciergerie_.—_Revue des questions
-historiques_, avril 1886, p. 551, note.
-
-[1555] Journal du comte de Fersen, fin août 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 86-91.
-
-[1556] _Ibid._, 87.
-
-[1557] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye.
-
-[1558] Interrogatoire de la femme Harel.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 15 et 16.
-
-[1559] _Voir_ sa déposition dans l'affaire de l'œillet.—_Ibid._
-
-[1560] Nous nous permettons de renvoyer à un travail publié par
-nous dans la _Revue des questions historiques_ de janvier 1870,
-sous ce titre: _La communion de la Reine à la Conciergerie_. Nous
-croyons y avoir prouvé que des prêtres purent s'introduire dans
-le cachot de la Reine, notamment l'abbé Magnin, plus tard curé de
-Saint-Germain-l'Auxerrois.
-
-[1561] Premier et second interrogatoires de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie._
-
-[1562] _Vie de l'abbé Emery_, I, 362, 363.
-
-[1563] Réquisitoire de Fouquier-Tinville contre Michonis, Dangé,
-etc.—Archives nationales, section judiciaire. W. 297, no 261.
-
-[1564] _Récit des événements arrivés au Temple_, 55.
-
-[1565] Procès instruit à la requête de l'accusateur public contre
-les complices de Batz et de la conspiration de l'étranger.—_Mémoires
-historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces justificatives, 479,
-481.
-
-[1566] _Ibid._, 197.
-
-[1567] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 101.
-
-[1568] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 101.
-
-[1569] _Ibid._
-
-[1570] Interrogatoire de Defraisne.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 33.
-
-[1571] Interrogatoire de Gilbert.—_Ibid._, 23.
-
-[1572] Interrogatoire de Defraisne.—_Ibid._, 33.
-
-[1573] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.—Le gendarme Gilbert dit _un_
-œillet; Rougeville et Fersen, d'après lui, disent _des_ œillets.
-
-[1574] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet,—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23.
-
-[1575] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1576] _Ibid._—Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44.—Interrogatoire de
-Michonis, 26 brumaire an II.—Affaire Michonis. Dangé, etc.—Archives,
-nationales, W, 297, no 261. Cette sortie et cette rentrée de Michonis
-et Rougeville sont attestées par le récit de Fersen qui le tenait de
-Rougeville, par le second interrogatoire de la Reine et par celui de
-Michonis dans l'affaire où il fut condamné à mort. (Affaire Michonis,
-Dangé, etc.) «Avons observé au répondant que non seulement il a mené
-une fois le particulier qu'il a déclaré ne pas connaître dans la
-chambre occupée par la veuve Capet, mais au moins deux fois, ce qui
-est constaté au procès, et que c'est au moins à la seconde fois que
-la veuve Capet a pris et ramassé un billet et un œillet.» «R.—Qu'il
-ne l'y avait mené qu'une seule fois, mais observe qu'étant ressorti
-avec lui, il fut rappelé par l'un des gendarmes, que lui, répondant,
-rentra dans la chambre d'Antoinette, que le particulier y rentra
-également.»—_L'accusée_: «Il est venu (Rougeville) deux fois en
-l'espace d'un quart d'heure.»—Procès de la Reine.—_Marie-Antoinette
-à la Conciergerie_, 301. Gilbert dépose de même «que l'accusée se
-plaignait aux gendarmes de la nourriture qu'on lui donnait, mais
-qu'elle ne voulait pas s'en plaindre aux administrateurs; qu'à cet
-égard, il appela Michonis qui se trouvait dans la cour des Princes
-avec le particulier porteur de l'œillet, et que Michonis est
-remonté.»—_Ibid._, 202.
-
-[1577] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la cour de France_, II, 101.
-
-[1578] Interrogatoire Defraisne.—Affaire de l'œillet.—_Marie-Antoinette
-à la Conciergerie_, 33.
-
-[1579] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1580] Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 47.
-
-[1581] _Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1582] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 24.
-
-[1583] D. Nous vous avons demandé si le même homme ne vous avait pas
-fait tenir un billet; vous avez répondu non; le contraire a déposé oui.
-R.—Je réponds que _la seconde fois qu'il est entré dans ma chambre_,
-j'ai appris qu'il y avait un œillet; je n'y avais pas fait assez
-attention pour m'en être aperçue.»
-
-Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—_Ibid._, 44.
-
-[1584] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44.
-
-[1585] _Ibid._, 43, 44.
-
-[1586] _Ibid._, 46.—Ce petit billet, presque illisible, a été déchiffré
-en 1876 par M. Pilinski, paléographe, pour le livre de M. le comte de
-Reiset.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de
-France_, 170.—C'est lui qui a déchiffré les deux derniers membres de
-phrase.
-
-[1587] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23.—Rapport fait par le
-citoyen Gilbert au citoyen Dumesnil.—_Ibid._, 2.
-
-[1588] Interrogatoire de Michonis, Dangé, Lebœuf, etc.—Archives
-nationales, section judiciaire W, 297, no 261.
-
-[1589] Mémoire de Rougeville au comte de Metternich, cité par M.
-Lecestre. _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette._—_Revue des
-questions historiques_, avril 1886, p. 552.
-
-[1590] _Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de
-France_, par le comte de Reiset, 167.
-
-[1591] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101, 102.
-
-[1592] Citons seulement un passage de son premier interrogatoire.
-D.—Comment, ayant avoué que vous ne désirez que la prospérité et la
-grandeur de la nation française, avez-vous pu manifester un désir aussi
-vif d'employer tous les moyens pour vous réunir à votre famille en
-guerre avec la nation française?
-
-R.—Ma famille, c'est mes enfants; je ne puis être bien qu'avec eux, et
-sans eux, nulle part.
-
-D.—Vous regardez donc comme vos ennemis ceux qui font la guerre à la
-France?
-
-R.—Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire du
-tort à mes enfants.—Premier interrogatoire de la Reine. Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 12.
-
-[1593] On a de Rougeville trois versions de l'affaire de l'œillet.
-Une première fois, le 18 novembre 1793, arrêté comme espion par les
-Autrichiens, il fut interrogé par Fersen qui a consigné dans son
-journal les réponses du prisonnier. Cinq mois plus tard, en avril
-1794, il envoya un mémoire justificatif au comte de Metternich. Enfin,
-en l'an V, il en adressa un autre aux Cinq-Cents. M. Lecestre, dans
-son travail sur _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette_, s'est
-appuyé sur les deux dernières versions. Nous nous sommes surtout guidés
-d'après la première, qui, étant la plus rapprochée de l'événement,
-nous a paru devoir être la plus exacte et que corroborent d'ailleurs
-les documents officiels. Rougeville, comme le remarque justement M.
-Lecestre, est un peu hâbleur; il aime à poser et il faut se défier
-de certains développements emphatiques de ses mémoires. Fersen le
-jugeait de même et, après l'avoir vu, il écrivait sur son _Journal_:
-«Je trouvai un homme un peu fou, très entiché de lui, de ce qu'il
-fait, se donnant une grande importance, mais pensant bien et nullement
-espion.»—Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 160.
-
-[1594] _Ibid._, II, 102.
-
-[1595] Procès-verbal du département de la police, cité par M. de
-Beauchesne.—_Histoire de Mme Elisabeth_, II, 153, 154, note.
-
-[1596] _Ibid._, II, 154.
-
-[1597] Cette seconde croisée ne fut probablement pas bouchée
-entièrement: Chauveau-Lagarde dit que la lumière pénétrait dans le
-cachot de la Reine par _deux_ petites croisées, garnies de barreaux de
-fer.
-
-[1598] Archives nationales, W, 297, dossier 261, cote
-3ème.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 55-57.
-
-[1599] _Récit exact_, par la veuve Bault, 10.
-
-[1600] _Ibid._, 14.
-
-[1601] _Ibid._, 15.
-
-[1602] _Ibid._, 6.
-
-[1603] _Ibid._, 14.
-
-[1604] _Ibid._, 14.
-
-[1605] _Récit des événements arrivés au Temple._
-
-[1606] _Récit exact_, 7.
-
-[1607] _Ibid._, 7.
-
-[1608] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 102.—Récit de Rosalie
-Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 195.
-
-[1609] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 186.
-
-[1610] _Ibid._, 187.
-
-[1611] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13, 14.
-
-[1612] _Récit exact_, 6.
-
-[1613] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 58.
-
-[1614] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1615] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5.
-
-[1616] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5.
-
-[1617] _Ibid._, 9.
-
-[1618] _Ibid._, 5.
-
-[1619] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13.
-
-[1620] Nous avons jadis étudié cette question dans un article publié
-par la _Revue des questions historiques_ (janvier 1870) sous ce
-titre: _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_. Quelque
-invraisemblable que paraisse le fait, il nous a semblé appuyé sur des
-témoignages trop formels et trop sérieux pour qu'il ne faille pas
-l'admettre. Le prêtre qui put ainsi, au péril de ses jours, pénétrer
-à la Conciergerie, s'appelait l'abbé Charles Magnin et devint, à la
-Restauration, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois. M. Hyde de Neuville,
-dans ses _Souvenirs_, confirme le fait, et M. F. de Vyré, dans son
-étude sur _Marie-Antoinette_ (Paris, Plon, 1889) en apporte de
-nouvelles preuves.
-
-[1621] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 139-159.—Il semble que le
-complot ait reçu un commencement d'exécution. Basset déclare avoir à sa
-disposition _cinquante-deux_ hommes, casernés à Courbevoie, p. 156.—Or,
-un citoyen Maire dénonce cinquante-deux volontaires qui se sont
-absentés de la caserne de Vanves «la veille de l'exécution de la veuve
-Capet», pour «aider à l'exécution de l'infâme projet de la conspiration
-contre la République».—Extrait d'une lettre de Juille la Roche (le
-dénonciateur) à Leblanc.—_Ibid._, 151.—Il en résulte que le plan fut
-d'enlever la Reine dans le trajet de la Conciergerie à l'échafaud.
-Basset disait avoir gagné quinze cents hommes.
-
-[1622] Le comte de Mercy au prince de Cobourg, 10, 17 et 18
-août.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 403, 406, 407.—La Marck écrivait de même à Mercy: «Il faut
-qu'on comprenne à Vienne ce qu'il y aurait de pénible, j'oserai dire
-de fâcheux pour le gouvernement impérial, si l'histoire pouvait dire
-un jour qu'à quarante lieues d'armées autrichiennes formidables et
-victorieuses, l'auguste fille de Marie-Thérèse a péri sur l'échafaud,
-sans qu'on ait fait aucune tentative pour la sauver. Ce serait une
-tache ineffaçable pour notre empereur.» La Marck à Mercy, 14 septembre
-1793.—_Ibid._, 419.—_Voir_ aussi le journal de Fersen pendant cette
-même période.
-
-[1623] Lire dans Sybel: _Histoire de l'Europe pendant la Révolution
-française_, II, 369 et suiv., le chapitre intitulé: Motifs de Cobourg
-pour ne pas marcher sur Paris. D'après la correspondance de Mercy
-et de Starhemberg, l'inaction de Cobourg aurait été causée par la
-désertion des troupes anglaises, hollandaises et hanovriennes qui
-le quittèrent après la prise de Valenciennes, pour aller faire le
-siège de Dunkerque.—_L'invasion française en Belgique._—_Revue de la
-Révolution_, janvier, février 1886.
-
-[1624] Le comte de Mercy au baron de Thugut, 15 septembre
-1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 431.
-
-[1625] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 13 octobre
-1793.—_Ibid._, III, 437, 438.
-
-[1626] _Le Père Duchesne_, no 296.—Aux Jacobins on avait nommé une
-commission pour dresser l'acte d'accusation.
-
-[1627] _Voir_ les détails dans Montjoye. _Histoire de
-Marie-Antoinette_, 477-481.
-
-[1628] Lettre de Fouquier-Tinville au président de la Convention
-nationale, 5 octobre 1793.—Archives nationales, Armoire de fer, dossier
-de Marie-Antoinette.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 63.
-
-[1629] «Chaumette m'interrogea ensuite sur mille vilaines choses dont
-on accusait ma mère. Je répondis avec vérité: cela n'était pas, mais
-une fausse calomnie. Ils insistèrent beaucoup, mais je me tins sur
-la négative, qui était la vérité.»—_Récit des événements arrivés au
-Temple_, 59.
-
-[1630] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-8.
-
-[1631] Chauveau-Lagarde dit qu'il a été prévenu le 14 octobre; c'est
-évidemment une erreur, puisque les débats ont commencé le 14 _au matin_.
-
-[1632] Voici le texte de ce billet, retrouvé dans les papiers de
-Courtois: «Citoyen président, les citoyens Tronçon et Chauveau, que
-le tribunal m'a donnés pour défenseurs, m'observent qu'ils n'ont été
-instruits qu'aujourd'hui de leur mission; je dois être jugée demain
-et il leur est impossible de s'instruire, dans un si court délai, des
-pièces du procès et même d'en prendre lecture. Je dois à mes enfants de
-n'omettre aucun moyen nécessaire pour l'entière justification de leur
-mère. Mes défenseurs demandent trois jours de délai; j'espère que la
-Convention les leur accordera.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, VI, 530.
-
-[1633] _Voir_, sur Renaudin, une anecdote épouvantable dans les
-_Révélations de Sénar_, 245.
-
-[1634] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 98.
-
-[1635] Lettre de Trinchard à son frère. _Ibid._, 99.
-
-[1636] _Révélations de Sénar_, 247.
-
-[1637] Elle y avait dit tout le contraire.
-
-[1638] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1639] Dans une adresse au Roi en date du 9 novembre 1789, adresse
-imprimée par Grangé, rue de la Parcheminerie, et conservée aux Archives
-nationales, Armoire de fer, carton 13, Lecointre commence ainsi:—«Sire,
-_un de vos sujets les plus fidèles_ vient avec confiance déposer aux
-pieds de Votre Majesté l'hommage de son respect. Et il termine en
-demandant à prouver que les habitants de Versailles, dont _il fait
-partie_, sont «_incapables de déplaire au meilleur des Rois_».
-
-[1640] Mme Simon Viennot. _Marie-Antoinette devant le XIXe siècle_,
-Paris, Augé, 1838, II, 351.—Renseignement communiqué par les frères
-Humbert, témoins oculaires.
-
-[1641] Un juré du tribunal révolutionnaire, Vilate, a raconté, dans son
-livre sur les _Causes du 9 thermidor_, que le soir même du supplice
-de la Reine, Robespierre, dînant avec Saint-Just et Barrère, aurait
-manifesté un très vif mécontentement contre «cet imbécile d'Hébert»,
-dont la déposition avait donné à Marie-Antoinette, à son dernier
-moment, «ce triomphe d'intérêt public». Robespierre aurait dès lors
-pris la résolution de se défaire d'un complice si compromettant.
-
-[1642] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-11.
-
-[1643] _Ibid._, 25.
-
-[1644] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-8, note.
-
-[1645] _Ibid._—_Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye,
-512.—_Exposé_ par de Busne.—_Ibid._, 534.
-
-[1646] _Voir_ sur les dépenses du Trianon, le chapitre XVI, tome Ier.
-
-[1647] Voici la liste exacte des objets saisis sur la Reine le 2 août,
-telle qu'elle résulte du procès-verbal d'audience: «Un petit livret
-couvert de moire verte, contenant huit feuillets, dont quatre gommés,
-sur le premier desquels sont écrits au crayon les adresses suivantes:
-_Bréguet, quai de l'Horloge du Palais, no 65_; _Madame Salantin, chez
-Madame Lapassade, rue de Grenelle-Saint-Germain, no 14_; _Mademoiselle
-Vion, rue Saint-Nicaise, chez Mademoiselle Augié, no 22_; _Madame
-Chaumette, rue de Bourgogne, faubourg Saint-Germain, no 44_; _Brunier,
-rue Sainte-Avoye, hôtel Caumartin, no 90_.—Plus un petit portefeuille
-de maroquin rouge, une servante de maroquin vert avec un nécessaire à
-charnières d'acier; une petite boîte en façon de chagrin, contenant
-deux portraits de femme sous verre; une autre petite boîte pareille
-dans laquelle un portrait de femme, qu'elle a déclaré être la Lamballe;
-plus un rouleau de vingt-cinq louis simples en or, une petite boîte
-d'ivoire contenant miroir et quelques papiers sur lesquels il n'y avait
-rien d'écrit, ainsi que quelques petits paquets renfermant des cheveux
-que l'accusé (_sic_) a déclaré être de son époux et de ses enfants.»
-
-[1648] De Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette_, p. 466.
-
-[1649] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 508.
-
-[1650] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-45.—Mme de Staël avait envoyé de Londres d'éloquentes et courageuses
-_Réflexions sur le procès de la Reine_; elles n'eurent malheureusement
-pas plus de succès que la défense de Chauveau-Lagarde.
-
-[1651] Procès-verbal d'audience.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_,
-118.
-
-[1652] Chauveau-Lagarde croit que la Reine a été «anéantie par la
-surprise» et que «jusqu'au dernier moment elle avait conservé de
-l'espoir».—_Notes sur le procès-verbal de Marie-Antoinette_, 46.—Malgré
-l'autorité d'un tel témoignage, nous avons peine à nous rallier à
-l'opinion du défenseur; il nous semble que depuis longtemps la Reine
-avait perdu toute illusion. En tout cas, si elle a été un moment
-«anéantie par la surprise», le moment de défaillance a été bien court
-et cet étonnement peu visible. Le _Moniteur universel_ et le _Bulletin
-du Tribunal révolutionnaire_ sont d'accord pour dire qu'on ne remarqua
-nulle altération sur le visage de la condamnée, et Chauveau-Lagarde
-lui-même écrit qu'«elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni
-d'indignation, ni de faiblesse».
-
-[1653] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 67, 78.
-
-[1654] A la dernière page d'un exemplaire de l'_Histoire de
-Marie-Antoinette_ par Montjoye, acheté par nous à la vente de M. de
-Beauchesne, se trouve une note manuscrite de M. de Montmerqué, ainsi
-conçue: «Il y avait une lettre de la Reine adressée à Madame, que Louis
-XVIII lui a remise et que vraisemblablement on connaîtra un jour.» Nous
-ne savons sur quoi se basait cette opinion de M. de Montmerqué; mais
-elle nous semble complètement réfutée par les termes même de la lettre
-de la Reine à Mme Elisabeth.
-
-[1655] Cette lettre en effet ne parvint jamais à Mme Elisabeth.
-Remise par le concierge à Fouquier, elle fut saisie chez ce dernier par
-les commissaires de la Convention chargés de visiter ses papiers et
-jointe aux pièces de son procès.—Ce fut là sans doute qu'elle fut prise
-par le Conventionnel Courtois, qui, en 1816, la fit transmettre par une
-personne sûre à Louis XVIII.
-
-[1656] _Récit exact_, par la veuve Bault, 15.
-
-[1657] _Récit des événements arrivés au Temple_, 62.
-
-[1658] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 68.
-
-[1659] _Ibid._, Nous passons à dessein sous silence une scène
-dramatique et poignante, racontée par Rosalie Lamorlière, servante à
-la Conciergerie, dans les _Mémoires secrets et universels des malheurs
-et de la mort de la Reine de France_: la Reine ne pouvant, même à
-cet instant suprême, obtenir du gendarme qui la garde la permission
-de changer de linge sans témoin. Le récit de Rosalie Lamorlière a
-pour auteur ou tout au moins pour rédacteur Lafont d'Aussonne, qui
-nous est justement suspect, nous avons dit ailleurs pourquoi.—_La
-communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_, _Revue des questions
-historiques_, 1er janvier 1870. Du reste, si ce récit peut être
-vrai dans sa première partie, jusqu'à l'affaire de l'œillet, il est
-certainement faux en ce qui touche les derniers moments de la Reine.
-Rosalie Lamorlière n'a pu assister cette malheureuse princesse dans
-la douloureuse matinée du 16 octobre, attendu que, depuis que Bault
-avait remplacé Richard, nulle autre femme que la fille de Bault ne
-fut chargée du service de Marie-Antoinette.—_Récit exact_, par la
-veuve Bault, 7. En outre, la Reine ne fut pas ramenée ce jour là dans
-son cachot, mais dans la cellule des condamnés à mort.—_Six journées
-passées au Temple_, par Moëlle, 68. Ajoutons enfin que le récit du
-gendarme Léger, rapporté par Moëlle (_Ibid._), dément formellement
-celui de Rosalie.
-
-[1660] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513.
-
-[1661] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1662] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1663] _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Revue
-des questions historiques_, janvier 1870.—_Voir_ aussi, sur ce
-sujet, l'étude concluante que M. Victor Pierre vient de publier dans
-la _Revue des questions historiques_, janvier 1890, sous ce titre:
-_Marie-Antoinette à la Conciergerie_.
-
-[1664] _Récit des événements passés au Temple_, 62, 63.
-
-[1665] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513.
-
-[1666] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1667] _Ibid._
-
-[1668] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 514.
-
-[1669] _Révolutions de Paris_, no 214.
-
-[1670] Le _Père Duchesne_ dit deux à trois cent mille, no 299.
-
-[1671] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.—_Révolutions de Paris_, no 214.
-
-[1672] Lettre de Barthélémy Bimbenet de la Roche, citée par A. de
-Ségur: _Un épisode de la Terreur_. Bimbenet de la Roche était un jeune
-soldat de l'armée de Condé, détenu à la Conciergerie, et qui de son
-cachot vit plusieurs fois passer la Reine pendant ces tristes jours.
-Ses lettres à sa famille ont été publiées par M. de Ségur dans le
-volume cité plus haut. Il mourut lui-même sur l'échafaud avec la foi
-d'un martyr, le 25 février 1794.
-
-[1673] La Reine aurait perdu un de ses souliers en montant à
-l'échafaud; le soulier, ramassé par un homme du peuple, aurait
-été acheté par M. de Guernon-Ranville, père du ministre de
-la Restauration.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de
-Marie-Clotilde de France_, par le comte de Reiset, 190, 191.
-D'autre part M. Gustave Bord, l'érudit directeur de la _Revue de la
-Révolution_, possède un fragment de la boucle d'un soulier de la Reine:
-la boucle est en soie noire, un peu jaunie par le temps et l'usage;
-ce fragment appartiendrait aussi à un des souliers que la malheureuse
-princesse portait en allant à l'échafaud; il avait été envoyé par le
-baron d'Aubier, valet de chambre de Louis XVI et l'un de ceux qui
-restèrent dévoués à la famille Royale jusqu'à la fin, au baron de
-Breteuil. M. de Reiset, d'ailleurs, comme le baron d'Aubier, s'accorde
-à dire que la Reine avait le pied extrêmement petit.
-
-[1674] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 97.
-
-[1675] Récit d'un témoin oculaire, le vicomte Charles Desfossés, cité
-par Beauchesne dans _Louis XVII_. Le vicomte Desfossés termine sa
-description par ces mots: «Ce portrait fut tracé en rentrant chez moi.»
-
-[1676] _Voir_ le portrait tracé au trait par David.
-
-[1677] _Révolutions de Paris_, no 212.
-
-[1678] _Ibid._, no 214.
-
-[1679] Il n'y eut aucune tentative de ce genre; il y eut probablement
-des espérances, comme cela semble résulter du récit du vicomte
-Desfossés et de la présence à Paris de ces cinquante-deux soldats
-qui avaient quitté la caserne de Vanves la veille de l'exécution.
-En tout cas, il y eut des dévouements qui s'offrirent comme otages
-pour la royale victime. On conserve aux Archives nationales,—section
-judiciaire, Armoire de fer, carton 17, no 179,—la lettre d'un comte de
-Linange qui, le 15 octobre, propose à la Convention d'aller à Vienne
-négocier de la paix avec l'Empereur sur la base de la mise en liberté
-de la Reine.
-
-[1680] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1681] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 515.
-
-[1682] Lettre de Bimbenet de la Roche, citée dans _Un épisode de la
-Terreur_, par A. de Ségur, 68.—Bimbenet ajoute: «Savez-vous de qui nous
-tenons ce trait? De ce prêtre lui-même qui le soir se trouva dans une
-société où tout le monde ne partageait pas ses sentiments, et il fit de
-la Reine le plus pompeux éloge.»—_Ibid._, 69.—L'abbé Girard d'ailleurs
-abjura plus tard ses erreurs et revint au catholicisme.
-
-[1683] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1684] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1685] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1686] _Rougyff_, ou _la France en vedette_, no 35.
-
-[1687] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 516.
-
-[1688] Audouin, _Journal universel_, no 1423.
-
-[1689] Cette inscription était ainsi conçue: _Atelier d'armes
-républicaines pour foudroyer les tyrans_.
-
-[1690] Récit du vicomte Desfossés, _Louis XVII_, II, 147.
-
-[1691] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La
-démagogie à Paris en 1793_, 461.
-
-[1692] _Ibid._
-
-[1693] _Révolutions de Paris_, no 212.
-
-[1694] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La
-démagogie à Paris en 1793_, 461.
-
-[1695] Cet homme était un ancien gendarme, nommé Maingot, il fut
-arrêté.—_Voir_ sur l'instruction de cette affaire le beau livre de M.
-Campardon, _Marie-Antoinette à la Conciergerie_.
-
-[1696] Discours à la Chambre des Pairs, séance du jeudi 23 février 1816.
-
-[1697] Bernis à Limon, 6 novembre 1793.—_Le cardinal de Bernis depuis
-son ministère_, 539.
-
-[1698] _Mémoires d'un ministre du trésor public_, III, 123.
-
-[1699] Le 11 brumaire an II, 1er novembre 1793.
-
-[1700] Mémoire possédé par M. Fossé d'Arconne, cité par MM. de
-Goncourt.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 488.
-
-
-
-
- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ La page titre du premier volume donne 1892 comme date de │
- │ publication. │
- │ │
- │ Corrections: │
- │ p. 73: La fayette ⟶ Lafayette. │
- │ p. 190: 20 avril 1771 ⟶ 20 avril 1771. │
- │ pp. 192 et 194: juin 1701 ⟶ juin 1791. │
- │ p. 339: si on l'enfermerait... ⟶ si on l'enfermait.... │
- │ p. 339: si on la traduirait... ⟶ si on la traduisait.... │
- │ │
- │ Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été │
- │ rajoutés: p. 91 note 268, p. 198 note 596. │
- │ │
- │ Page 84 a trois numéros de notes (1, 2, 2, renumérotés 245, 246, │
- │ 246a) mais seulement deux notes. │
- │ │
- │ Page 392 a deux numéros de notes (1, 2, renumérotés 1101, 1101a) │
- │ mais seulement une note. │
- │ │
- │ Erreurs non-corrigées: │
- │ p. 380: ... sans les yeux du Roi.... Sous les yeux? Dans les yeux? │
- │ p. 505: ... Le 1er août.... Ou ... le 1er avril.... Les deux dates │
- │ apparaissent dans des éditions différentes. │
- │ Note 856, p. 293: 36 septembre 1791. Devrait possiblement être 26? │
- │ Note 1090, p. 385: Le numéro de page manque. │
- │ Note 1281, p. 436: Le numéro de page est illisible. Peut-être 331? │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2
-(of 2), by Maxime de La Rocheterie
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
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