diff options
Diffstat (limited to 'old/53503-0.txt')
| -rw-r--r-- | old/53503-0.txt | 20726 |
1 files changed, 0 insertions, 20726 deletions
diff --git a/old/53503-0.txt b/old/53503-0.txt deleted file mode 100644 index df350bd..0000000 --- a/old/53503-0.txt +++ /dev/null @@ -1,20726 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of -2), by Maxime de La Rocheterie - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of 2) - -Author: Maxime de La Rocheterie - -Release Date: November 13, 2016 [EBook #53503] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 *** - - - - -Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Books project.) - - - - - - ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ - │ Note de transcription: │ - │ │ - │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │ - │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │ - │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │ - │ │ - │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │ - │ │ - │ Voir la note plus détaillée à la fin de ce livre. │ - │ │ - │ La Table des Matières se trouve en fin de livre. │ - └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘ - - - - - HISTOIRE - - DE - - MARIE-ANTOINETTE - - - - - HISTOIRE - - DE - - MARIE-ANTOINETTE - - PAR - - MAXIME DE LA ROCHETERIE - - TOME DEUXIÈME - - [Illustration] - - PARIS - - LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER - PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS - - 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35 - - 1890 - - Tous droits réservés - - - - -HISTOIRE - -DE - -MARIE-ANTOINETTE - - - - -CHAPITRE PREMIER - - Les États généraux.—Impopularité de la Reine au milieu de - l'enthousiasme général.—Ouverture des États - généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies qui - s'éteignent.—Mort du premier Dauphin. - - -Nous abordons maintenant la période militante de la vie de -Marie-Antoinette. Nous le ferons, comme pour le reste de cette -histoire, avec la plus complète impartialité, mais avec une impression -de mélancolie que nous ne ressentions pas au même degré dans la -première partie de ce travail. Jusqu'ici, malgré les nuages passagers -qui assombrissent son ciel bleu, malgré de noirs pressentiments et des -tristesses contenues, nous avons vu la Reine relativement heureuse: -elle a encore pour elle l'éblouissement de la jeunesse et la majesté -de la couronne. Si l'on marche à l'abîme, on y marche lentement, et -l'éclat du trône, le rayonnement de la maternité dissimulent à demi -le gouffre béant. Aujourd'hui, les voiles se déchirent; le danger -apparaît, pressant, inexorable, et, sur le front même de la mère, un -nouveau rayon va s'éteindre. La reine de Trianon a disparu; la reine -de Versailles va disparaître; voici venir la reine des Tuileries, en -attendant la reine du Temple et de la Conciergerie. La souveraine -se dépouille, mais la femme grandit; son caractère se retrempe, et -l'épreuve la transfigure. Toutes les qualités vigoureuses, contenues en -germe dans sa nature, et que la bonne fortune avait comme cachées sous -le vernis plus séduisant des qualités aimables, la dignité fière, la -vaillance intrépide, le mépris du danger, l'élan, l'indomptable fermeté -d'âme se développent et s'accusent en saillie; la femme élégante fait -place à la femme forte; le pastel de Boucher devient une peinture de -Rembrandt et, pour nous servir du mot de Mirabeau, à partir de 1789, -auprès du Roi, il n'y a plus qu'un homme, c'est la Reine. Si le génie -politique ne fut pas à la hauteur du caractère, si Marie-Antoinette, -malgré son viril courage, s'épuisa en efforts impuissants et souvent -mal conçus, c'est que, pour dominer des situations aussi difficiles -que la sienne, le courage ne suffit pas; il faut avoir été préparé à -la lutte par une éducation et une expérience qui lui manquèrent[1]; -c'est aussi peut-être que, dans les insondables desseins de sa justice, -Dieu se réserve parfois des victimes éclatantes et pures, dont la chute -commande le respect. - -Et cependant, au printemps de 1789, qui eût pu prévoir ces sanglantes -extrémités? Tout était à l'espérance; on rêvait de l'âge d'or. Il est -difficile aujourd'hui de se faire une idée du tressaillement qui -s'était emparé de la France, à l'approche des États généraux. A tout -prendre, quels qu'eussent été les désordres qui avaient précédé, quels -que fussent les germes de discorde contenus dans certains cahiers, ce -qui dominait dans cette émotion, c'était la confiance. La nation, qu'un -siècle de révolutions n'avait point encore rendue sceptique, avait foi -dans cette monarchie qui l'avait faite, dans cette dynastie sortie -de ses entrailles, qui lui avait donné, avec Henri IV, la paix; avec -Louis XIV, la gloire. Elle avait foi dans ce souverain, jeune encore, -qui n'avait jamais eu d'autre préoccupation que celle du bonheur de -son peuple et qui ne demandait qu'à lui faire l'abandon de son pouvoir -absolu, «le meilleur de tous les rois», disait un cahier[2], et dont -tous célébraient «la bonté paternelle»; dans «l'immortel Necker[3],» -ce ministre «si précieux à la France[4],» cet habile financier que -l'opinion publique non moins que le choix du monarque avait porté au -pouvoir; dans ce Tiers-État qui, sans être appelé pour la première -fois, comme on le répétait faussement, à la vie publique, semblait -destiné à prendre dans les affaires, grâce à sa double représentation -et avec l'assentiment de la royauté, une part prépondérante; dans -ces privilégiés même, qui paraissaient prêts à sacrifier tout au -moins leurs privilèges pécuniaires. De tous côtés on saluait avec -enthousiasme cette ère nouvelle qui s'ouvrait. Avec un Roi ferme, avec -un homme d'État sachant ce qu'il voulait et déterminé à l'accomplir, -cette confiance était une force incomparable. Avec un prince faible -comme Louis XVI, avec un ministre irrésolu comme Necker, elle était un -effroyable danger. L'opinion, surexcitée par l'anarchie des six mois -qui avaient précédé la réunion des États, disposée par son inexpérience -à accepter toutes les utopies, poussée par son caractère propre à en -vouloir la réalisation immédiate, devait avoir des exigences d'autant -plus grandes qu'on lui promettait davantage, des impatiences d'autant -plus irritables que ses espérances étaient plus vives et paraissaient -plus fondées. - -Au milieu de cette satisfaction générale, il y avait un point noir: -c'était la Reine. Les acclamations qui saluaient le Roi se taisaient -devant sa femme. La calomnie avait fait son œuvre, et tous ces nobles -de province, ces curés de campagne, ces bourgeois de petites villes, -qui composaient l'immense majorité des Etats, arrivaient des extrémités -de la France, imbus des plus détestables préjugés contre l'infortunée -princesse. Les pamphlets que la malignité avait vomis contre elle, ces -rumeurs vagues et mystérieuses qui circulent partout, colportées à -voix basse sans qu'on puisse saisir d'où elles émanent, d'autant plus -dangereuses qu'elles sont plus vagues, d'autant plus acceptées qu'elles -sont plus méchantes et plus absurdes, avaient si souvent répété que la -Reine était l'auteur de tout le mal, qu'on s'était habitué à voir en -elle, avec la cause du déficit, le seul obstacle sérieux à des réformes -efficaces. «La Reine pille de tous côtés, pour envoyer même, dit-on, à -son frère l'Empereur,» écrivait, en 1787, sur son registre paroissial, -un prêtre du Maine[5], et il attribuait à ces dilapidations prétendues -le motif de la réunion des Notables. Si, dès 1787, de pareils bruits -avaient pénétré jusqu'au fond des campagnes et trouvé créance près -d'hommes éclairés comme le curé Boucher, on juge de ce que cela devait -être deux ans plus tard, en 1789, lorsque la convocation des États -généraux eut surexcité les esprits. Qu'il se rencontrât sur la route de -ces Etats des obstacles inévitables, que des promesses imprudentes ne -pussent se réaliser, que les réformes annoncées échouassent, c'était à -Marie-Antoinette que les impatiences de l'opinion et la malveillance -toujours en éveil devaient s'en prendre: on lui imputerait tout le mal -qui se ferait, tout le bien qui ne se ferait pas. - -Les symptômes de cette méfiance éclatèrent dès le début. «Les députés -du Tiers, raconte Mme Campan, arrivaient à Versailles avec les -plus fortes préventions contre la Cour. Les méchants propos de Paris -ne manquaient jamais de se répandre dans les provinces; ils croyaient -que le Roi se permettait les plaisirs de la table jusqu'à des excès -honteux; ils étaient persuadés que la Reine épuisait les trésors de -l'Etat pour satisfaire au luxe le plus déraisonnable; presque tous -voulurent visiter le Petit Trianon. L'extrême simplicité de cette -maison de plaisance ne répondant pas à leurs idées, quelques-uns -insistèrent pour qu'on leur fît voir jusqu'aux moindres cabinets, -disant qu'on leur cachait les pièces richement meublées. Enfin ils en -indiquèrent une qui, selon eux, devait être partout ornée de diamants, -avec des colonnes torses mélangées de saphir et de rubis. La Reine -ne pouvait revenir de ces folles idées et en entretint le Roi qui, -à la description que ces députés avaient faites de cette chambre -aux gardiens de Trianon, jugea qu'ils cherchaient la décoration de -diamants de composition qui avait été faite, sous le règne de Louis XV, -pour le théâtre de Fontainebleau[6].» - -Le 4 mai, eut lieu à Versailles la procession solennelle qui devait -précéder l'ouverture des États généraux. On ne croyait pas alors qu'il -fût inutile d'appeler la bénédiction de Dieu sur les travaux d'une -grande Assemblée; la cérémonie religieuse préludait à la cérémonie -politique. Le temps, pluvieux la veille, s'était mis au beau[7]; une -foule énorme de peuple remplissait les rues; les fenêtres, louées à -prix d'or, étaient garnies de curieux, accourus de toutes parts. A dix -heures, le Roi quitta le Château, accompagné de la Reine, de la famille -royale et des principaux officiers de la couronne, pour se rendre en -grand équipage à l'église Notre-Dame. «Les chevaux, magnifiquement -harnachés, avaient la tête couverte de hauts plumets. Toute la Maison -du Roi, les écuyers, les pages à cheval, la fauconnerie, l'oiseau -sur le poing, précédaient le superbe cortège[8].» Dans l'église, les -députés attendaient: le Tiers, vêtu de noir, avec un petit manteau -de soie, cravate de mousseline blanche, cheveux flottants et chapeau -retroussé de trois côtés, sans ganse ni boutons, ce qu'on nommait -alors chapeau clabaud[9]; la Noblesse, en manteau à parements d'or -et chapeaux relevés à la Henri IV, avec plumes blanches; le Clergé, -en soutane et grand manteau, les cardinaux en chape rouge, les -évêques en rochet et camail, soutane violette et bonnet carré[10]. La -procession commença, le Tiers en tête, sur deux lignes parallèles, -puis la Noblesse, puis le bas Clergé; les évêques entouraient le -Saint-Sacrement[11], porté par l'archevêque de Paris, sous un dais -somptueux, dont Monsieur, le comte d'Artois, le duc d'Angoulême et le -duc de Berry tenaient les cordons. Derrière le dais, marchait le Roi, -en habit de drap d'or couvert de pierreries, un cierge à la main[12]. -Près de lui, la Reine, magnifiquement vêtue, la coiffure entrelacée -de fleurs de couronnes impériales[13]. «Son air triste, dit un témoin -oculaire, ajoutait encore à son maintien si noble et si digne[14].» - -Le cortège s'avançait à travers les rues garnies de riches tentures, -entre deux haies de troupes, formées par les gardes françaises et les -gardes suisses, au milieu d'une foule innombrable de spectateurs. Des -chœurs, disposés de distance en distance, faisaient retentir l'air -de leurs accords. «Les marches militaires, le bruit des tambours, le -son des trompettes, le chant noble des prêtres, tour à tour entendus -sans discordance, sans confusion, animaient cette marche triomphale de -l'Eternel[15].» - -Lorsque la députation du Dauphiné passa, des acclamations frénétiques -la saluèrent; elles reprirent avec plus de force à la vue du duc -d'Orléans, qui, dédaigneux de se ranger parmi les princes du sang, -avait affecté de prendre place parmi les députés de son bailliage[16]. -Démonstration menaçante qui renfermait au fond moins de sympathie que -de haine; ce n'était pas le prince qu'on applaudissait, c'était la -Reine qu'on voulait conspuer, et le ton même de ces cris en soulignait -l'intention. «Des femmes du peuple, raconte Mme Campan, en voyant -passer la Reine, crièrent: _Vive le duc d'Orléans!_ avec des accents -si factieux» que, devant ces applaudissements, qui étaient une -insulte, la pauvre femme faillit s'évanouir. On la soutint et ceux qui -l'environnaient craignirent un moment qu'on ne fût obligé d'arrêter la -marche de la procession. Elle se remit et eut, dit-on, un vif regret -de n'avoir pu éviter les effets de ce saisissement[17]. Mais elle fut -profondément blessée d'une manifestation dont elle sentait bien la -portée et dont l'inconvenance avait froissé le sentiment chevaleresque -d'un républicain. S'il faut en croire Gouverneur Morris, Mme -Adélaïde eut le triste courage de joindre à cette explosion populaire -l'ironie de ses sarcasmes[18]. - -De Notre-Dame, le cortège se rendit à l'église Saint-Louis: les -députés s'assirent sur des banquettes; le Roi et la Reine prirent -place sous un dais de velours violet, semé de fleurs de lys d'or[19]. -Le Saint-Sacrement fut porté à l'autel au son de «la plus expressive -musique[20]». L'archevêque de Paris célébra la messe; l'évêque de -Nancy, Mgr de la Fare, prononça le discours. Lorsque l'orateur, -au milieu de mouvements éloquents, vint à tracer le tableau des maux -occasionnés par la gabelle, des battements de mains éclatèrent de -toutes parts. Ce fait, inouï jusque-là, des applaudissements dans -une église, en présence du Saint-Sacrement exposé, impressionna -vivement les spectateurs qui en tirèrent des pronostics sinistres: -on se demandait avec inquiétude si ceux qui avaient si peu de respect -pour Dieu dans son temple en auraient plus pour la royauté dans son -palais[21]. - -Le lendemain, l'ouverture des États généraux se fit solennellement -dans la salle des Menus-Plaisirs, qui avait déjà servi à l'Assemblée -des Notables. La salle, magnifiquement décorée sur les dessins de -Pâris, dessinateur du cabinet du Roi, offrait un coup d'œil imposant. -Au fond, le trône garni de longues franges d'or; à gauche du trône, -un grand fauteuil pour la Reine et des tabourets pour les princesses; -à droite, des pliants pour les princes. Dans la longueur de la salle, -à droite, des banquettes pour le Clergé; à gauche, pour la Noblesse; -à l'extrémité, en face du trône, pour le Tiers-État. Tout autour, des -gradins et des tribunes, remplis de plus de deux mille spectateurs. -Entre neuf et dix heures, les députés commencèrent à arriver, puis les -secrétaires d'État et les ministres, les gouverneurs de provinces, les -lieutenants généraux, tous en grand costume. M. Necker seul, par une -singularité qui voulait être et qui fut remarquée, était en habit de -ville; il fut applaudi à son entrée. Comme lui, le duc d'Orléans et la -députation du Dauphiné, déjà acclamés la veille, le furent encore ce -jour-là. «Quelques mains, raconte Grimm, se disposaient à rendre le -même hommage à la députation de Provence; mais elles furent arrêtées -par un murmure désapprobateur dont l'application personnelle ne put -échapper à la sagacité de M. le comte de Mirabeau[22].» - -Quand le Roi fit son entrée, toute la salle se leva, et les cris de -_Vive le Roi!_ éclatèrent «avec l'effusion de cœur la plus touchante -et l'attendrissement le plus respectueux». La Reine l'accompagnait, -«mise à merveille, dit un témoin, un seul bandeau de diamants, avec la -belle plume de héron, l'habit violet et la jupe blanche en pailleté -d'argent[23].» Mais la même froideur menaçante, qui l'avait accueillie -pendant la procession, l'accueillait encore dans la salle des Menus, -malgré son émotion visible[24]. «Pas une voix ne s'élève pour elle, -raconte Gouverneur Morris. Si j'étais Français, j'aurais certainement -élevé la mienne; mais je n'ai pas le droit d'exprimer un sentiment et -je sollicite en vain ceux qui sont près de moi de le faire[25].» - -Louis XVI lut son discours d'une voix ferme et avec une grande -dignité[26]. Au moment de le commencer, il avait invité la Reine à -s'asseoir; elle le refusa par une profonde révérence, et écouta debout -comme toute l'assemblée[27]. Après ce discours, qui n'était qu'un -appel à la sagesse et à la modération, et qui en donnait l'exemple, le -garde des sceaux, M. de Barentin, rappela les sacrifices que le Roi -avait faits et ceux qu'il était disposé encore à faire «pour établir -la félicité générale sur la base sacrée de la liberté publique[28]». -Il indiqua en quelques mots les réformes à opérer et les questions à -résoudre, mais sans indiquer la solution et sans laisser pressentir que -le ministère eût un plan, sauf la répartition de l'impôt et l'abandon -des privilèges pécuniaires. Puis Necker, dans un rapport qui dura -près de trois heures, exposa la situation des finances et accusa un -déficit de cinquante-six millions. «Sa longue énumération de chiffres, -dit l'éminent historien de Louis XVI, éteignit l'enthousiasme qu'avait -produit le langage du Roi[29].» Des acclamations saluèrent pourtant -encore la sortie du monarque; aux cris de _Vive le Roi!_ se mêlèrent -même quelques cris de _Vive la Reine!_ Celle-ci y répondit par une -révérence qui redoubla les acclamations[30]; mais il était aisé de -remarquer, dit un témoin, que ces applaudissements étaient surtout un -hommage rendu au Roi[31]. - -Dès ce jour même, et à l'issue de la séance, les difficultés -commençaient. Imprévoyance ou ignorance du cœur humain, on avait -soulevé les passions, et mis les vanités aux prises, sans s'inquiéter -même de diriger le conflit. En accordant au Tiers une double -représentation, qui lui donnait ainsi un rôle prépondérant, on avait -comme à plaisir irrité sa fierté. En abandonnant ce qui semblait être -un des principes fondamentaux de l'ancienne constitution des Etats, on -en avait conservé les formes les plus surannées. Par une réglementation -puérile, par des différences de costume et d'étiquette, on froissait -au dernier point l'amour-propre du Tiers, au moment même où l'on -doublait son importance. Le mécontentement ne se fit pas attendre, et -les prétentions s'affichèrent en même temps. Au lieu de se retirer, -comme les deux autres Ordres, dans le local qui lui était réservé, le -Tiers, après la séance royale, resta dans la chambre des Menus, s'en -emparant en quelque sorte et semblant ainsi résumer et personnifier à -lui seul les États généraux tout entiers. Puis la grosse question de -la vérification des pouvoirs, de la délibération par ordre ou par tête -se posa immédiatement, jetant un brandon de discorde entre les trois -Ordres, soulevant les passions, aigrissant les esprits, amenant des -représailles, qu'entretenaient encore les excitations du dehors, sans -que le gouvernement, qui n'avait pas su prévenir ces tiraillements, -intervînt d'une façon efficace pour les faire cesser. Ainsi commençait -à se creuser, entre une royauté qui paraissait impuissante et une -Assemblée qui tendait manifestement à s'emparer du pouvoir, le gouffre -où devait sombrer la monarchie. - -Cette situation attristait profondément Marie-Antoinette. Vainement -s'était-elle efforcée de se concilier les sympathies des députés. -Vainement avait-elle ordonné que ses jardins de Trianon, ceux de -Versailles, le Château, leur fussent ouverts à toute heure. Vainement -avait-elle fait remettre à chacun d'eux une carte qui leur donnait -entrée gratuite aux spectacles de la ville et de la Cour[32]. Les rares -députés qui avaient cru pouvoir répondre à ces avances étaient signalés -aux vengeances populaires comme des séides de la Reine et des ennemis -de la nation. La pauvre souveraine était navrée et je ne sais quels -pressentiments sinistres agitaient son esprit. Une anecdote, rapportée -par Mme Campan, donne bien l'idée de ce douloureux état d'âme: - -«La Reine, dit-elle, se couchait très tard, ou plutôt cette infortunée -princesse commençait à ne plus goûter de repos. Vers la fin de mai, -un soir qu'elle était assise au milieu de la chambre, elle racontait -plusieurs choses remarquables, qui avaient eu lieu pendant le cours de -la journée. Quatre bougies étaient placées sur sa toilette; la première -s'éteignit d'elle-même; je la rallumai bientôt; la seconde, puis la -troisième s'éteignirent aussi; alors la Reine, me serrant la main avec -un mouvement d'effroi, me dit: «Le malheur peut rendre superstitieuse, -si cette quatrième bougie s'éteint comme les autres, rien ne pourra -m'empêcher de regarder cela comme un sinistre présage.»....... La -quatrième bougie s'éteignit.» - -«On fit observer à la Reine que les quatre bougies avaient été -probablement coulées dans le même moule, et qu'un défaut à la mèche -s'était naturellement trouvé au même endroit, puisque les bougies -s'étaient éteintes dans l'ordre où on les avait allumées[33].» - -La Reine ne voulut rien entendre, et avec cette impression -indéfinissable dont les cœurs les plus forts ne savent souvent pas -se défendre aux heures de crise, elle s'absorba dans ses lugubres -pressentiments. - -Les événements, hélas! semblaient donner raison à ces craintes -superstitieuses. Quelques jours à peine s'étaient écoulés et la -première de ces lumières qui paraissaient destinées à éclairer -l'horizon de la France, allait s'éteindre. Le Dauphin mourait à Meudon. - -Une enfance délicate, une constitution rachitique, et plus encore -peut-être cette précocité d'intelligence et ce développement du cœur, -par lesquels il semble que la Providence veuille compenser la brièveté -de la vie, faisaient depuis trop longtemps prévoir ce douloureux -événement. Malgré les soins dévoués de la duchesse de Polignac, malgré -l'existence au grand air et en toute liberté que la Reine avait voulue -pour ses enfants, sans les aises qui amollissent et l'étiquette qui -comprime, le jeune prince n'avait jamais pu acquérir la vigueur de -tempérament qui paraissait l'apanage de sa famille, et que son jeune -frère, le duc de Normandie, possédait au suprême degré. Etait-ce la -conséquence de sa nature trop frêle, comme le pensait sa mère, ou -la suite d'une inoculation mal réussie, dont l'éruption avait été -brusquement interrompue par une émotion trop forte, comme l'a écrit le -secrétaire de son gouverneur, le duc d'Harcourt[34]? Toujours est-il -que, lorsqu'au moment de son passage des mains des femmes dans celles -des hommes, le Dauphin, âgé de six ans, fut soumis, suivant la règle, à -l'examen de la Faculté, les témoins durent constater avec tristesse une -difficulté dans la marche, une tendance à la difformité, une faiblesse -dans la constitution tout entière, qui ne permettait guère les longs -espoirs[35]. Triste dès son lever, l'enfant ne reprenait un peu de vie -qu'après sa toilette terminée, mais jamais la vie d'un enfant bien -portant. - -«Mon fils aîné me donne bien de l'inquiétude, écrivait la Reine le -22 février 1788... Sa taille s'est dérangée, et pour une hanche qui -est plus haute que l'autre, et pour le dos dont les vertèbres sont un -peu déplacées et en saillie. Depuis quelque temps, il a toujours la -fièvre et est fort maigre et affaibli[36].» Mais, avec cette puissance -d'illusions que l'amour donne aux mères, elle se figurait que ce -n'était qu'un accident passager, dû à la dentition et à la croissance, -et que le grand air triompherait de ces mauvaises dispositions, de -même qu'il avait triomphé déjà de la faiblesse de Louis XVI, frêle -dans ses premières années, comme l'était son fils[37]. L'enfant fut en -effet établi à Meudon, au commencement d'avril. Sous l'influence du -changement, du printemps, de l'air, de l'espace, il parut un moment -se remettre; la gaîté, l'appétit revenaient; les forces augmentaient, -et la pauvre mère se sentait renaître à la confiance[38]. Confiance -bien fugitive, car, trois mois après, elle était réduite à écrire: -«Mon fils a des alternatives de mieux et de pire, qui, sans détruire -l'espérance, ne permettent pas d'y compter[39].» Le mal faisait des -progrès rapides; le dos se voûtait; la taille se déformait; les jambes -étaient si faibles que le jeune malade ne pouvait plus marcher sans -être soutenu[40], ni se promener sans être monté sur un âne[41]. Les -remèdes n'opéraient plus; la gangrène gagnait l'épine dorsale[42]; -la figure s'allongeait et prenait cette expression de douleur et -d'angoisse qui navre tant chez un enfant. L'intelligence était nette -encore; le goût de la lecture très vif; l'esprit semblait vivre aux -dépens du corps[43]. Mais, sous l'aiguillon de la souffrance, le -caractère s'était aigri, et s'il faut en croire Mme Campan, le -prince témoignait une véritable antipathie à son ancienne gouvernante, -Mme de Polignac[44]. Du moins restait-il d'une tendresse touchante -pour sa mère[45]. On eût dit qu'avant de la quitter, il voulait lui -donner tout ce qu'il avait d'affection dans le cœur. Il la suppliait de -demeurer près de lui, et pour lui faire plaisir, elle restait parfois à -dîner dans sa chambre. Hélas! la pauvre mère avalait plus de larmes que -de pain[46]. - -Le 4 mai 1789, ce ne fut que du haut d'un balcon de la petite écurie, -couché sur un monceau de coussins, que l'héritier du trône put assister -à la procession des États généraux[47]. Un mois après, il n'était plus. - -La veille de sa mort, vers quatre ou cinq heures du soir, comme son -père venait de Versailles pour le voir, le duc d'Harcourt envoya son -secrétaire supplier le prince de ne pas entrer. «Le Roi,» raconte un -témoin oculaire, s'arrêta de suite en s'écriant, en sanglotant: «Ah! -mon fils est mort!»—«Non, Sire, répondis-je, il n'est pas mort, mais -il est au plus mal.» Sa Majesté se laissa tomber sur le fauteuil près -de la porte. La Reine entra presqu'aussitôt, se précipita à genoux -entre ceux du Roi, qui, en pleurant, lui cria: «Ah! ma femme, notre -cher enfant est mort, puisqu'on ne veut pas que je le voie!» Je répétai -qu'il n'était pas mort. La Reine, en répandant un torrent de larmes -et toujours les deux bras appuyés sur les genoux du Roi, lui dit: -«Ayons du courage, mon ami; la Providence peut tout, et espérons encore -qu'elle nous conservera notre fils bien aimé.» Tous deux se levèrent et -reprirent la route de Versailles[48]. - -Et l'auteur de ce récit touchant, sans appareil et sans phrases, -ajoute: «Cette scène fut pour moi admirable, cruellement douloureuse, -et ne sortira jamais de ma mémoire.» - -Quelques heures plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin, l'objet de -tant de joie, devenu l'objet de tant de larmes, n'existait plus, et le -pauvre monarque écrivait sur son journal: «Jeudi 4, mort de mon fils à -une heure du matin. La messe en particulier à huit heures trois quarts. -Je n'ai vu que ma Maison et les princes à l'ordre.» Le 8, les honneurs -furent rendus au Dauphin à Meudon; douze archevêques et évêques, -accompagnés de douze curés, douze gentilshommes, vingt-huit membres -du Tiers-État représentèrent leurs Ordres respectifs à cette triste -cérémonie. Dès le 4, Bailly, doyen du Tiers-État, s'était présenté au -Château, au nom de son Ordre, pour «témoigner au Roi la sensibilité -des Communes sur la mort du Dauphin» et demander en même temps qu'une -députation du Tiers fût reçue par le prince pour lui remettre à -lui-même une adresse sur la situation des affaires, «les députés des -Communes ne pouvant reconnaître d'intermédiaire entre le Roi et son -peuple[49].» - -Il insista d'un ton si impérieux, dit Weber, et avec des paroles -si pressantes, que le Roi, tout absorbé qu'il fût dans sa douleur, -dut céder à ces exigences et recevoir dès le samedi 6 juin, avant -même les funérailles du Dauphin, les députés du Tiers[50]; mais -peu d'empiétements sur son autorité l'affectèrent autant que cette -violation du sanctuaire intime de ses regrets: «Il n'y a donc pas de -pères, dans l'assemblée du Tiers?» dit-il avec un amer serrement de -cœur[51]. - -Sept jours après, le 13 juin, le corps du Dauphin était transporté sans -pompe à Saint-Denys. Il ne devait pas y reposer longtemps. - - - - -CHAPITRE II - - Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu de Paume.—La séance - royale du 23 juin.—Prise de la Bastille.—Départ du comte d'Artois - et des Polignac.—Le Roi va à Paris, le 17 juillet.—La nuit du - 4 août.—Désordres en province.—Lettres de la Reine à Mme de - Polignac.—Menaces de Paris contre Versailles.—Malouet propose - vainement de transférer l'Assemblée à Compiègne. - - -Les tristesses du père ne pouvaient faire diversion aux préoccupations -du roi. Les difficultés, nées dès le début, s'aggravaient chaque -jour et les dissentiments s'accentuaient. Le Tiers, d'une part, la -Noblesse et le Clergé, de l'autre, étaient en lutte ouverte, et les -efforts de Louis XVI pour amener l'entente avaient échoué. Le débat -s'aigrissait de toutes les prétentions des uns, de toute la résistance -des autres. Les hommes étaient rares qui voulaient, comme Malouet, -travailler à la réunion des Ordres, sans l'imposer, par un accord -commun. Le 17 juin, sur une motion de Siéyès, le Tiers, à la majorité -de 491 voix contre 90, se déclarait _Assemblée nationale_. Devant -cet empiétement, qui, suivant le mot juste de Malouet, affichait -«une scission désastreuse[52]» le gouvernement ne pouvait pas garder -le silence; il annonça une séance royale pour le 22 juin et fit, en -conséquence, fermer jusqu'à ce jour la salle des Menus. Lorsque, le 20 -juin, le Tiers se présenta à la porte de la salle, des soldats lui en -interdirent l'entrée. Sur la proposition du docteur Guillotin[53], -les députés des Communes se réunirent dans la salle du Jeu de Paume. -Irrités des refus qu'ils avaient essuyés, exaspérés par les bruits -alarmants que la malveillance ne cessait de répandre sur les intentions -de la Cour[54], emportés par un de ces entraînements contagieux -auxquels résistent difficilement les assemblées nombreuses, ils firent -le serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné, _avec ou sans le -Roi_, sans s'inquiéter même de son assentiment, une constitution à -la France[55]. Prétention audacieuse[56], que n'autorisaient ni les -instructions de leurs mandants[57], ni les traditions du pays, ni les -principes constitutifs des États généraux; «serment fatal»—le mot est -de Mounier[58],—que ne tarda pas à regretter et à désavouer celui-là -même qui en avait été le promoteur. Le courant était si irrésistible -qu'un seul député, Martin, d'Auch, osa s'y opposer, et la populace, qui -commençait déjà à affirmer la puissance, bientôt prédominante, de la -rue, faillit lui faire payer cher cette courageuse et consciencieuse -résistance[59]. - -S'il faut en croire Malouet, il était temps encore, avec de l'énergie, -avec un plan arrêté[60], de mettre un terme à des empiétements dont -l'audace compromettait le succès des réformes sages et pacifiques, -réclamées par les cahiers. Necker ne sut prendre que des demi-mesures, -dont l'imprudente faiblesse était un encouragement pour les meneurs, -en leur assurant, comme on l'a dit justement, une impunité qu'ils -attribuaient à l'impuissance de punir[61]. La séance royale fut remise -d'un jour; elle eut lieu le 23 juin, avec l'appareil, plus irritant -qu'imposant, d'un lit de justice[62]. Des soldats et des gardes du -corps environnaient la salle des États, et la forme impérative, -employée par le Roi à plusieurs reprises, froissa les représentants du -Tiers, surexcités par leur exaltation même et rendus plus forts par -l'adhésion de 149 membres du Clergé, qui, la veille, étaient venus se -joindre à eux. - -Le texte du discours, rédigé par Necker, avait été modifié au dernier -moment dans un conseil[63], auquel avaient assisté Monsieur et le comte -d'Artois, suspects au parti populaire. Mécontent de ces changements, -qu'il désapprouvait, le ministre en profita pour s'abstenir d'assister -à la séance royale, sacrifiant ainsi son devoir à sa popularité -et paralysant le gouvernement, dont il était encore membre. Malgré -des lacunes regrettables, la déclaration du Roi constituait un très -réel progrès; elle réalisait une partie considérable des réformes -réclamées par les cahiers et posait des principes qui, régulièrement et -sagement développés, eussent conduit la France, lentement peut-être, -mais sûrement, à la possession de ce régime constitutionnel dont elle -poursuit vainement, depuis un siècle, l'établissement. Le consentement -de l'emprunt et de l'impôt par les États, la publication chaque année -du tableau des recettes et dépenses, la renonciation de la Noblesse -aux privilèges pécuniaires, la garantie de la liberté personnelle et -de la liberté de la presse, la suppression des douanes intérieures, -la réforme de l'administration et de la justice, l'abolition de la -taille et de la corvée, le remaniement de l'impôt du sel, la fondation -d'États provinciaux, où le Tiers devait avoir double représentation, où -les délibérations devaient avoir lieu en commun, étaient ou accordés -ou promis. «Qu'on relève les déclarations de Louis XVI à la séance -du 23 juin, a dit un écrivain distingué, on y verra le principe, -le développement même de toutes les réformes politiques qui ont -été écrites depuis dans les éditions si souvent renouvelées de nos -constitutions et de nos chartes[64].» Mais le prince conservait la -distinction des trois Ordres, et à un moment où la lutte entre ces -Ordres et l'irritation contre les deux premiers tenaient le premier -rang dans les préoccupations publiques, il se contentait d'inviter la -Noblesse et le Clergé à délibérer en commun avec le Tiers «dans les -affaires qui regardaient le bien général». Il restait dans le vague -sur la question si débattue de la constitution et de la périodicité -désirée des États généraux, maintenait les droits féodaux, gardait -le silence sur l'admissibilité de tous aux emplois publics. Enfin, -il laissait entendre que si, par des prétentions exagérées ou des -difficultés hors de propos, l'accord entre les États et la royauté -était rendu impossible, il était décidé à accomplir seul les réformes. -«Toute défiance de votre part, disait-il, serait une grande injustice. -C'est moi, jusqu'à présent, qui ai fait tout pour le bonheur de mes -peuples, et il est rare peut-être que l'unique ambition d'un souverain -soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses -bienfaits.» - -Ce ton personnel et quelque peu menaçant, malgré tout ce qu'il y avait, -au fond, de paternel dans la déclaration, irrita vivement des hommes -tout enivrés encore de leur puissance nouvelle, mis en méfiance -d'ailleurs par l'absence du ministre populaire. Le Roi fut écouté dans -un morne silence. Lorsqu'il sortit, après avoir ordonné à l'assemblée -de se séparer immédiatement, le Clergé et la Noblesse seuls le -suivirent; les membres du Tiers restèrent dans la salle. «Messieurs,» -s'écria Mirabeau, rendant ainsi un involontaire hommage aux généreuses -et patriotiques intentions du souverain, «Messieurs, j'avoue que ce -que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie, si les -présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux.» La défiance -était ainsi ranimée, les mécontentements réveillés, et lorsque le -grand-maître des cérémonies, le marquis de Brézé, vint rappeler les -ordres du Roi: «Nous sommes ici par le vœu de la nation, répondit -encore Mirabeau: la force matérielle seule pourrait nous faire -désemparer[65].» Et l'Assemblée, donnant raison au tribun qui, malgré -la répugnance qu'il avait inspirée tout d'abord, commençait à conquérir -sur elle une influence prépondérante, refusa de se séparer et se -proclama inviolable. - -Ainsi était manqué l'effet de cette journée, d'où eût pu dater, sans -secousses, l'ère de la liberté. Le soir, Necker donna sa démission. -La Reine manda le ministre et le conjura de reprendre sa place. -C'était elle qui l'avait fait rentrer au ministère; c'était elle qui -lui demandait d'y rester. Le Roi ajouta le poids de son autorité aux -instances de sa femme, et Necker donna un consentement qui s'accordait -peut-être avec ses désirs secrets et qui lui valut un triomphe -populaire[66]. - -Mais ce retour de Necker n'était que momentané. Louis XVI ne pouvait -guère reprendre en lui une confiance absolue, après son attitude au -23 juin, et d'ailleurs sa naturelle irrésolution l'empêchait lui-même -de suivre une ligne bien fixe. Les conseils contradictoires se -pressaient autour de lui; le malheureux prince flottait au milieu de -ces contradictions, penchant tantôt vers les concessions, tantôt vers -la résistance, et détruisant souvent le lendemain ce qu'il avait fait -la veille. Après avoir maintenu, le 23 juin, le droit pour les Ordres -de délibérer à part, il engageait la Noblesse à se réunir au Tiers. -Cette réunion eut lieu en effet le 28 juin, au milieu d'une explosion -de joie. Versailles prit un air de fête; des cris de _Vive le Roi!_ -furent poussés sous les fenêtres du Château; et la Reine elle-même eut, -ce jour-là, sa part des acclamations. L'enthousiasme était universel, -et l'on entendait des naïfs s'écrier que la révolution était finie. - -L'illusion ne dura pas longtemps, et cette réunion tardive ne rendit -la paix ni à l'Assemblée ni à la France. Bientôt, la fièvre qui -embrasait les têtes, l'agitation qui menaçait de descendre dans la rue, -les violences même dont quelques membres du Clergé et de la Noblesse -avaient failli être victimes pour avoir résisté aux injonctions -populaires, la récente insurrection des gardes françaises, avaient -fait sentir le besoin d'avoir à la disposition du gouvernement une -force suffisante. Le Roi réunit des troupes autour de Versailles, sous -le commandement d'un des héros de la guerre de Sept ans, le maréchal -de Broglie. Mais la désorganisation générale, qui avait envahi la -société tout entière, n'avait pas épargné l'armée: «On n'est pas sûr -des soldats,» écrivait, dès le 26 juin, le comte de Fersen[67]. Quoi -qu'il en soit, au lieu de calmer les têtes, cette concentration de -forces les exaspéra; l'Assemblée feignit de s'en alarmer et d'y voir -un attentat contre son indépendance[68]. Elle réclama, par l'organe -toujours enflammé de Mirabeau, le retrait des troupes. Le Roi, tout en -protestant contre le projet de coup d'Etat qu'on lui prêtait, proposa -de transférer les Etats à Soissons ou à Noyon. Peut-être y avait-il là -une solution. L'Assemblée, éloignée des excitations de Paris, se fût -montrée moins ardente, et le prince, qui ne demandait qu'un accord avec -elle, eût vraisemblablement conclu cet accord. «Mais, disait Gouverneur -Morris, en enregistrant cette nouvelle et en émettant cette hypothèse, -le mal est plus avancé que les conseillers du Roi ne se l'imaginent, et -il faut maintenant que les événements aient leur cours[69].» - -Quelle avait été, dans toutes ces mesures, la part de la Reine? En -l'absence de documents positifs, émanés d'elle ou de ses confidents, il -est assez difficile de l'établir d'une manière bien nette. En général, -il faut se méfier singulièrement, pendant cette période tourmentée, des -auteurs de mémoires ou de chroniques, qui supposent souvent sans raison -et affirment sans autorité. On affecte habituellement de confondre -dans un même parti, et les meneurs, à cette époque, confondaient dans -une même haine la Reine et le comte d'Artois. Il ne faudrait pas -oublier cependant qu'à l'occasion de la convocation des États généraux, -un dissentiment grave avait éclaté entre Marie-Antoinette et son -beau-frère. M. de Ségur raconte même que, dans la première entrevue -qu'il eut avec la Reine, à son retour de Russie, cette princesse, après -un long entretien où elle s'était exprimée avec une tristesse pleine de -dignité[70], mais «sans aigreur», contre ceux de ses amis qui étaient -alors à la tête du parti populaire, ajouta: «Je vois que, d'après ce -qu'on vous a dit, vous me croyez fort éloignée de votre opinion. Mais -demain vous aurez de mes nouvelles, et vous verrez que je ne suis pas -aussi déraisonnable qu'on le suppose.» Et le lendemain, en effet, elle -lui fit remettre par Mme Campan un paquet cacheté qui contenait un -écrit de Mounier, le chef incontesté des constitutionnels modérés[71]. -Toutefois, étant données la fierté du caractère de la Reine et la haute -opinion qu'elle se faisait du pouvoir royal, il est permis de penser -qu'elle fut plutôt pour la résistance que pour les concessions. Mais -il est probable aussi qu'absorbée alors dans la douleur causée par -la perte récente de son fils, elle songeait plus aux larmes qu'à la -politique, et que les chagrins de la mère entravèrent singulièrement, -s'ils n'empêchèrent pas complètement, l'activité de la souveraine. - -Le 11 juillet, Necker recevait, sous une forme d'ailleurs très -douce[72] l'ordre de donner sa démission, ou plutôt l'autorisation de -se retirer, et s'éloignait en silence, avec une incontestable noblesse. -Un nouveau ministère était constitué, sous la présidence du baron de -Breteuil, avec le maréchal de Broglie à la guerre et M. Foulon au -contrôle général. Cette nouvelle, promptement répandue, jette une -extrême effervescence dans Paris. La foule se réunit au Palais-Royal, -centre habituel des agitations. Camille Desmoulins s'élance sur une -table, un pistolet à la main, arrache une feuille à un arbre pour -s'en faire une cocarde, et tonne contre les ennemis de la nation. On -porte en triomphe les bustes de Necker et du duc d'Orléans; on couvre -d'imprécations les noms du comte d'Artois et de la Reine, auxquels -on attribue le renvoi du ministre populaire. On assaille à coups -de pierres les troupes réunies sur la place Louis XV. Le prince de -Lambesc, irrité de voir ses hommes lapidés sans défense et menacés -par la foule qui remplit les Tuileries, pénètre dans le jardin, avec -un détachement, pour le faire évacuer. La foule s'enfuit, redoublant -le désordre par sa précipitation et le tumulte par ses cris. Le bruit -se répand partout qu'on égorge les citoyens inoffensifs; à défaut -du cadavre qu'on trouve toujours dans les révolutions, on exhibe un -blessé, et les soldats, auxquels les ordres les plus pacifiques ont -été donnés, passent dans l'imagination populaire pour les massacreurs -de peuple[73]. La multitude se porte à l'Hôtel-de-Ville, réclamant -le tocsin et des armes; les gardes françaises prennent parti pour -l'émeute[74] et marchent contre les troupes royales, que leur -commandant, le baron de Besenval, irrésolu et sans ordres, fait replier -sur Versailles. - -Le lendemain l'agitation redouble. Tandis que les électeurs, réunis -à l'Hôtel-de-Ville, décrètent la formation d'une milice parisienne, -bientôt célèbre sous le nom de garde-nationale, l'émeute pille la -maison des Lazaristes, qu'elle accuse d'accaparements, relâche les -prisonniers de Sainte-Pélagie, saccage le garde-meuble, et dresse -des barricades dans les rues. En face de ce désordre permanent et -croissant, le gouvernement demeure dans une incroyable inertie. - -Enhardie par l'impunité, encouragée tacitement par l'Assemblée qui, -au milieu de la fermentation de la capitale, continue à réclamer le -renvoi des troupes, la foule ne se borne plus aux exploits faciles de -l'incendie des barrières et du pillage des couvents. Le 14 juillet, -au matin, elle se porte aux Invalides, pour y chercher les armes qui -lui manquent. Le gouverneur, Sombreuil, veut fermer les portes; les -invalides eux-mêmes les ouvrent et livrent les fusils. L'esprit de -révolte souffle partout. Les bandes, désormais armées, s'élancent sur -la Bastille. Après un siège, qui n'est qu'une misérable parodie, après -des négociations étranges qu'il serait trop long de rapporter ici, la -vieille forteresse, si terrible en apparence, si faible en réalité, -sans autre garnison que trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux -invalides qui ne veulent pas se battre, sans munitions, presque sans -canons, la vieille forteresse est prise, disons mieux, elle se rend -sans avoir été défendue. Sans ordres et sans secours, le gouverneur, -ou plutôt la garnison, capitule. La foule, qui s'est enfuie, au seul -coup de canon tiré de la Bastille, se précipite dans l'enceinte de -la forteresse, dès qu'il n'y a plus même l'apparence d'un danger -à craindre; elle égorge les principaux officiers, les invalides, -le gouverneur lui-même, de Launay, dont la tête, arborée au bout -d'une pique, sert de trophée aux vainqueurs de la journée, avec -celle du prévôt des marchands, Flesselles, qu'on est allé égorger à -l'Hôtel-de-Ville[75]. - -La Terreur était commencée: c'est un témoin oculaire, un des hommes les -plus modérés et les plus clairvoyants de ce temps, qui l'a dit[76]. -Le meurtre de de Launay et de Flesselles était le prélude; la bête -populaire était lâchée; enivrée par l'odeur du sang, elle s'apprêtait -à en verser d'autre. «Si la Cour avait été à Paris au lieu d'être à -Versailles, écrit Malouet, ce sont les ministres et les princes qu'on -aurait massacrés, au lieu de Foulon, de Berthier et de de Launay[77].» -Le Palais-Royal avait dressé la liste des victimes, les égorgeurs -étaient prêts. Le comte d'Artois, les Condé, les Polignac, le baron -de Breteuil, le maréchal de Broglie, Foulon, Berthier, bien d'autres -encore étaient inscrits sur la liste fatale. «Prince,» avait dit au -comte d'Artois le duc de Liancourt, qui revenait de Paris, «votre tête -est proscrite; j'ai lu l'affiche de cette terrible proscription[78].» -A Versailles même, le prince avait été insulté plusieurs fois[79] et -Mme Campan avait entendu un homme déguisé dire à une femme voilée: -«La duchesse est encore à Versailles; elle est comme les taupes, elle -travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer[80].» - -Devant ces menaces, qui pouvaient sitôt devenir de sanglantes réalités, -le Roi s'émut; il engagea son frère à chercher hors de France une -sécurité qu'il se sentait impuissant à lui assurer. La Reine en fit -autant pour son amie. Le 16 juillet, à huit heures du soir, elle envoya -chercher le duc et la duchesse de Polignac et les pria instamment de -partir dans la nuit même. Ils s'y refusèrent longtemps. Enfin la Reine, -ne sachant par quel moyen les déterminer et «frémissant de chaque -instant qui suspendait leur départ», dit à son amie en versant un -torrent de larmes: «Le Roi va demain à Paris; si on lui demandait..... -Je crains tout; au nom de notre amitié, partez. Il est encore temps de -vous soustraire à la fureur de mes ennemis; en vous attaquant, c'est -bien plus à moi qu'on en veut qu'à vous-mêmes; ne soyez pas la victime -de votre attachement et de mon amitié.» Le Roi entra dans cet instant, -et la Reine lui dit: «Venez, Monsieur, m'aider à persuader à ces -honnêtes gens, à ces fidèles sujets, qu'ils doivent nous quitter.» Le -Roi, s'approchant du duc et de la duchesse, les assura que ce conseil -de la Reine était le seul à suivre; il ajouta: «Mon cruel destin me -force d'éloigner de moi tous ceux que j'estime et que j'aime. Je viens -d'ordonner au comte d'Artois de partir; je vous donne le même ordre. -Plaignez-moi; mais ne perdez pas un seul moment; emmenez votre famille. -Comptez sur moi dans tous les temps; je vous conserve vos charges.» - -...... A minuit, la duchesse reçut ce petit mot de la Reine: «Adieu, la -plus tendre des amies! Que ce mot est affreux! Mais il est nécessaire. -Adieu! je n'ai que la force de vous embrasser[81].» - -Quels qu'eussent été les refroidissement des dernières années, -Marie-Antoinette ne pouvait voir, sans un déchirement de cœur, -s'éloigner cette amie à laquelle l'unissaient quinze ans d'affection -et tous les souvenirs de sa vie heureuse. C'était le premier lien qui -se brisait; c'était l'amitié qui devait fuir devant les préventions et -le meurtre: triste et trop intelligible présage du sort réservé à la -Reine elle-même. La veille, une femme, voilée de noir, n'avait-elle -pas dit à Mme Campan: «Dites à votre Reine qu'elle ne se mêle plus -de nous gouverner. Qu'elle laisse son mari et nos bons États généraux -faire le bonheur du peuple.»—«Oui,» avait repris un homme manifestement -travesti en fort de la Halle, «répétez-lui qu'il n'en sera pas de ces -États généraux comme des autres, qui n'ont rien produit de bon pour -le peuple...... Dites-lui bien cela, entendez-vous[82]?» Ainsi, la -malveillance populaire s'obstinait à voir en la Reine seule l'obstacle -aux réformes, et si le peuple ne trouvait pas ce bonheur, qu'on lui -promettait si bruyamment avec plus de témérité que de sagesse, c'était -elle qu'il en devait accuser. - -La duchesse de Polignac, en arrivant à Bâle, rencontra Necker, auquel -elle donna la première nouvelle de son rappel, bientôt confirmée par -l'arrivée d'un courrier royal[83]. Effrayé de cette révolte de Paris -qui, suivant le mot du duc de Liancourt, s'élevait à la hauteur d'une -révolution, déterminé à ne pas faire couler le sang pour sa querelle, -Louis XVI avait cédé. Le 15, il était allé à l'Assemblée à pied, sans -gardes, accompagné de ses deux frères, pour annoncer lui-même le -retrait des troupes. A son retour, les applaudissements de la foule -le saluèrent; les drapeaux flottaient dans les airs, les tambours -battaient; les troupes, rangées sur la Place d'Armes, partageaient -l'ivresse générale. La Reine parut au grand balcon, accompagnée de -sa famille, tenant le Dauphin dans ses bras et Madame par la main. -Peu après, les enfants du comte d'Artois furent amenés par leur -gouverneur. Ils baisèrent la main de la Reine, qui se pencha vers eux, -son fils dans les bras. Les deux jeunes princes embrassèrent leur -cousin; la petite Madame, émue, joignit ses caresses à celles du duc -d'Angoulême et du duc de Berry; et un moment toutes ces jeunes têtes -blondes furent confondues dans un commun embrassement, dominées par -la figure plus grave, mais souriante de la Reine. Ce fut un tableau -touchant et un moment d'enthousiasme indescriptible[84]. Mais, dans le -peuple qui se pressait au pied du balcon, cet enthousiasme se mêlait -d'imprécations contre le comte d'Artois et aussi de sourds murmures -contre la Reine. Louis XVI le vit et, ne voulant pas faire partager à -son frère les dangers qu'il affrontait lui-même, il lui donna, comme -nous l'avons dit, l'ordre de s'éloigner. Dans la nuit du 16 au 17, le -comte d'Artois et ses enfants, le prince de Condé, le duc de Bourbon -et le duc d'Enghien, prirent le chemin de la Belgique, où les derniers -n'arrivèrent qu'après avoir échappé à grand peine aux furieux qui -voulaient les jeter dans l'Oise[85]. Les ministres compromis dans le -cabinet du 11 juillet, MM. de Barentin, de Villedeuil, de la Vauguyon, -de Breteuil, l'abbé de Vermond[86], le prince de Lambesc, coupable -d'avoir commandé, le 12 juillet, la charge du Royal-Allemand dans le -jardin des Tuileries, suivirent cet exemple. Le maréchal de Broglie -se retira dans son gouvernement des Trois-Évêchés, d'où les clameurs -de la populace, ameutée contre lui, le forcèrent bientôt de fuir à -Luxembourg[87]. - -Quelques jours plus tard, l'horrible assassinat d'un des ministres du -11 juillet. Foulon, et de son gendre Berthier, ancien intendant de -l'Ile-de-France, ne justifiait que trop les sombres pressentiments du -Roi et de la Reine et la nécessité de cette première émigration. - -Un moment cependant, Louis XVI avait eu la pensée de tenir tête à -l'insurrection. Il avait voulu quitter Versailles et se retirer à Metz, -sous la protection des troupes auxquelles il venait de donner l'ordre -de s'éloigner. La Reine y poussait vivement; déjà même elle avait -fait ses préparatifs de départ, brûlé ses papiers, réuni ses diamants -dans un coffret facile à emporter et remis à Mme Campan un ordre -de l'accompagner pour servir d'institutrice à Madame. Un conseil eut -lieu où le Roi posa nettement la question; les débats furent longs et -animés; mais la majorité se prononça contre le départ[88]. Monsieur -supplia le Roi de rester, et le maréchal de Broglie, interrogé à son -tour, répondit: «Oui, nous pourrons aller à Metz; mais que ferons-nous, -quand nous y serons[89]?» Devant ces prières de son frère, devant ces -hésitations du commandant en chef de ses troupes, devant la perspective -de la guerre civile qui pouvait suivre, Louis XVI renonça à son plan -et la Reine, reprenant le papier qu'elle avait remis à Mme Campan, -le déchira, les larmes aux yeux, en disant: «Lorsque je l'écrivis, -j'espérais bien qu'il serait utile, mais le sort en a décidé autrement; -je crains bien que ce ne soit pour notre malheur à tous.» Elle ne se -trompait pas, et le Roi, plus tard, regretta le parti qu'il avait pris -ce jour-là. «J'ai manqué le moment, disait-il tristement à Fersen, -trois ans après, et depuis je ne l'ai plus retrouvé[90].» - -Au lieu de prendre la route de Metz, il fut décidé que le prince irait -à Paris pour essayer de calmer les esprits. De tristes appréhensions -agitaient son cœur et, avant de partir il tint à mettre en règle sa -conscience de chrétien et de roi. Le chrétien entendit la messe et -communia. Le roi remit confidentiellement à Monsieur un acte qui -l'instituait lieutenant général du royaume, dans le cas où l'on -attenterait à la vie ou à la liberté du souverain. Puis, le 17, à 9 -heures du matin, Louis XVI partit: s'il n'avait pas le courage de -l'initiative, il avait celui de la résignation. Douze gardes du corps -seulement le suivaient, avec les ducs de Villeroy et de Villequier, le -maréchal de Beauvau et le comte d'Estaing, sans princes du sang et sans -ministres. Le reste de l'escorte était fourni par la garde nationale de -Versailles, qui l'accompagna jusqu'à Paris. Là, on retrouva la garde -nationale parisienne, encore en habits bourgeois, sous le commandement -de Lafayette, à cheval. Une double file d'hommes armés, cent cinquante -mille, dit-on[91], s'étendait du Point-du-Jour à l'Hôtel-de-Ville. -Dans les rues, aux fenêtres, sur les toits même, une foule immense, -impatiente et houleuse, des jeunes gens portant des piques ou des -fusils de chasse, des moines même en armes, comme sous la Ligue[92], -des poissardes portant d'énormes bouquets, sautant, gambadant, à moitié -ivres, des musiciens jouant l'air: _Où peut-on être mieux qu'au sein -de sa famille?_ des canons couronnés de fleurs avec cette inscription: -«Votre présence nous a désarmés.» Partout, aux chapeaux, aux bonnets, -aux uniformes, à la statue même de Louis XV, la cocarde aux couleurs de -la capitale, rouge et bleue[93]. - -A la barrière, le maire de Paris, Bailly, présenta au Roi les clefs de -la ville sur un bassin de vermeil: «Sire, dit-il, j'apporte à Votre -Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui ont -été présentées à Henri IV. Il avait reconquis son peuple; ici c'est le -peuple qui a reconquis son roi.» - -Bailly avait raison. C'était bien un vaincu, «un grand captif», dit -le marquis de Ferrières, qui s'avançait lentement[94] à travers les -rues de la cité, sans gardes, entouré de deux ou trois cents membres -de l'Assemblée, «l'air triste et agité[95]», avec un cortège en -désordre et «une pompe qui, aux yeux de tous, avait quelque chose de -lugubre[96]». Les cris de _Vive la Nation!_ qui retentissaient de -toutes parts, à peu près seuls et sans le vieux cri français de _Vive -le Roi[97]!_ précisaient la situation. L'humiliation se consomma à -l'Hôtel-de-Ville, où le Roi, après avoir passé sous une voûte menaçante -d'épées entrelacées[98], confirma les pouvoirs décernés par l'émeute. -Bailly présenta à Louis XVI la nouvelle cocarde, qui remplaçait pour -les Parisiens l'antique cocarde royale. Le prince la prit, la mit à -son chapeau et parut au balcon. Des applaudissements frénétiques -éclatèrent, saluant le souverain désarmé et vaincu, et ce fut alors -seulement que reparut le cri de _Vive le Roi[99]!_ Ce n'était plus -l'ivresse du dévouement; c'était l'ivresse du triomphe. - -Le Roi le sentit; des larmes, qui n'étaient pas des larmes de joie, -coulèrent de ses yeux, et ce fut l'air morne et le cœur serré, qu'il -reprit la route de Versailles. - -L'alarme était grande au Château; la Reine, quoiqu'elle fît «paraître -un grand courage et une fermeté d'âme extraordinaire[100]», n'avait -pu envisager sans inquiétude ce voyage à Paris; elle avait tout fait -pour retenir son mari; elle l'avait supplié à genoux et en pleurant de -renoncer à un projet qui présentait en effet tant d'incertitude et de -dangers. N'essaierait-on pas de le garder prisonnier? Ne ferait-on pas -pis encore? Et de fait, ces craintes n'étaient pas vaines. Lafayette -ne se vantait-il pas, quelques jours plus tard, à Gouverneur Morris, -d'avoir été seul maître, le 17 juillet, d'avoir pu, s'il l'avait voulu, -retenir le Roi prisonnier, de l'avoir fait marcher dans les rues à sa -fantaisie et d'avoir prescrit lui-même le degré d'applaudissements -qu'il convenait de lui accorder[101]? Aux Champs-Élysées, n'avait-on -pas vu une femme frappée d'une balle tirée dans la direction de la -voiture du Roi, et ce fait, bien qu'il fût vraisemblablement l'effet du -hasard, n'avait-il pas paru, à Bailly même, «extraordinaire[102]?» - -La journée avait donc semblé bien longue à la pauvre Reine. Elle -l'avait passée dans les transes et les larmes, enfermée dans ses -cabinets, donnant l'ordre de tenir ses attelages prêts, s'essayant -même à tracer le discours qu'elle irait adresser à l'Assemblée, si des -factieux, dont on pouvait tout attendre, s'opposaient au retour du Roi -et répétant sans cesse ces mots entrecoupés: «Ils ne le laisseront pas -revenir[103]!» - -Il revint cependant. A six heures du soir, le premier page, M. de -Lastour, accourut à franc étrier, porteur de la bonne nouvelle. A -neuf heures[104], le Roi rentrait lui-même, brisé de fatigue, mais se -félicitant qu'aucun accident n'eût marqué ce voyage entrepris avec -tant de craintes. «Heureusement, disait-il, il n'a pas coulé de sang; -je jure qu'il n'y aura jamais une goutte de sang français versé par -mon ordre[105].» La Reine se précipita au-devant de son mari avec le -Dauphin[106] jusqu'au milieu de l'escalier[107]. En un instant, le -prince fut dans les bras de sa famille. Sa femme, sa sœur, ses enfants -l'entourèrent en pleurant de joie; les alarmes avaient été si vives -que ce retour remplissait tout le monde de bonheur. On oubliait les -inquiétudes de la journée; pouvait-on oublier celles du lendemain? - -«Votre Majesté, avait dit Bailly au Roi, vient jouir de la paix -qu'elle a rétablie dans sa capitale[108].» Cinq jours plus tard, le -meurtre de Foulon et de Berthier avait montré sur quelle base était -fondée cette paix et comment le peuple parisien comprenait le respect -des lois. Arrêtées toutes deux loin de la capitale, ramenées à Paris -par une populace furieuse, qui les abreuvait de mauvais traitements -et d'insultes, abandonnées par ceux qui devaient les défendre[109], -les deux malheureuses victimes étaient égorgées avec d'horribles -raffinements de barbarie. Leurs têtes, placées au bout des piques, -étaient promenées dans les rues, au milieu de chants et de danses de -cannibales, et le cœur sanglant de Berthier était porté sous les yeux -même des électeurs assemblés dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. -En province, l'agitation et les violences n'étaient pas moindres. Des -bruits vagues, mais trop concordants pour n'être pas l'effet d'un mot -d'ordre, jettent l'effroi dans les campagnes: des bandes de brigands, -assure-t-on, vont venir piller les récoltes et incendier les blés. «Une -terreur panique, dit un témoin non suspect, se répand le même jour dans -toutes les parties du royaume[110].» Les femmes s'enfuient, les hommes -prennent leurs armes; on court sus aux brigands imaginaires, et, ne les -trouvant pas, on se rue contre ceux qu'on accuse de les avoir soudoyés. -On démolit les châteaux; on pille les couvents; on brûle les registres -et les titres; on massacre les nobles et tous ceux qu'on soupçonne, à -tort ou à raison, d'être hostiles à la Révolution. L'autorité n'a plus -d'action et l'anarchie règne en maîtresse. «Les propriétés, de quelque -nature qu'elles soient, disait, le 3 août, le député Salomon au nom -du Comité des rapports, sont la proie du plus coupable brigandage. De -tous côtés, les châteaux sont brûlés, les couvents détruits, les fermes -abandonnées au pillage; les impôts, les redevances seigneuriales, tout -est anéanti; les lois sont sans force, les magistrats sans autorité, et -la justice n'est plus qu'un fantôme, qu'on cherche inutilement dans les -tribunaux.» - -Il semblait que les décrets du 4 août, en abolissant les droits -féodaux, eussent dû faire cesser des désordres qui n'avaient plus -de prétexte. Il n'en fut rien: de nouveaux incendies, de nouvelles -violences, de nouveaux massacres furent la seule réponse au généreux -élan des privilégiés. Contre de tels excès, il eût fallu agir; -l'Assemblée se contenta de parler. Mais ses proclamations, sans couleur -et sans énergie, restaient sans effet. Toute puissante pour détruire, -elle se trouvait sans force pour conserver. Et comment en aurait-elle -eu? N'était-ce pas de sa tribune que partaient les excitations les plus -violentes? N'avait-on pas entendu l'homme qui exerçait sur elle la -plus incontestable influence s'écrier un jour: «Il faut des victimes -aux nations; on doit s'endurcir aux malheurs publics et l'on n'est -citoyen qu'à ce prix.» - -Et au moment de l'assassinat de Foulon et de Berthier, Barnave -n'avait-il pas dit ce mot qu'il devait si cruellement regretter: «Le -sang qui coule est-il donc si pur?» - -«Ma santé se soutient encore, écrivait la malheureuse Reine à la -duchesse de Polignac; mais mon âme est accablée de peines, de chagrins -et d'inquiétudes. Tous les jours j'apprends de nouveaux malheurs; -un des plus grands pour moi est d'être séparée de tous mes amis; je -ne rencontre plus de cœurs qui m'entendent.»—«Soyez tranquille, lui -écrivait-elle une autre fois, l'adversité n'a pas diminué ma force et -mon courage et m'a donné la prudence[111].» - -En attendant des jours meilleurs, elle avait pris, disait son frère, -«le seul parti qui lui convenait, savoir: de vivre fort retirée et tout -occupée de ses enfants[112]». - -Necker était revenu le 28 juillet, au milieu des acclamations -populaires[113]. Mais son retour n'avait rétabli ni les finances ni -l'ordre; les dons patriotiques, l'envoi même de la vaisselle royale -à la Monnaie, l'annonce de réformes importantes dans les Maisons du -Roi et de la Reine n'avaient pas rempli le vide du trésor[114]. -Les contributions ne rentraient pas; depuis le 4 août, les paysans -se croyaient affranchis de tout impôt envers l'Etat, comme de toute -redevance féodale. En politique, Necker n'était pas plus heureux; au -mois de juillet comme au mois de mai, il n'avait aucun plan, et la -crainte de compromettre sa popularité l'entraînait à des compromis -qu'un homme d'Etat, même hostile, comme Mirabeau, n'eût pas voulu -accepter. C'est ainsi que dans la grande et capitale discussion sur -le _Veto_, on avait vu le tribun soutenir la prérogative royale -qu'abandonnait le ministre. Mais cette soumission même ne suffisait -pas. Le mot de _Veto_ incompris devenait la qualification injurieuse -et mortelle dont on affublait le Roi et la Reine. Le danger croissait -d'heure en heure. Des lettres anonymes dénonçaient non seulement les -députés favorables, mais tous ceux qui n'obéissaient pas aveuglément -aux volontés du Palais-Royal[115]. - -«Tous les liens sont rompus, écrivait, le 3 septembre, le comte de -Fersen; l'autorité du Roi est nulle; l'Assemblée nationale elle même -tremble devant Paris, et Paris tremble devant quarante ou cinquante -mille bandits ou gens sans aveu établis à Montmartre ou dans le -Palais-Royal, qu'on n'a pas pu en chasser et qui ne cessent d'y faire -des motions[116].» - -La situation était intolérable; l'Assemblée n'était plus libre. Les -vociférations des tribunes, les cris de la rue, les lettres anonymes -menaçaient ses membres les plus éminents et les plus sages. Les -rapports de police signalaient un projet d'invasion de Versailles -par les meneurs de Paris[117]. Il fallait sortir de là. La Cour s'en -préoccupait et les royalistes de l'Assemblée ne s'en préoccupaient pas -moins. Y eut-il alors un plan pour enlever le Roi par la Champagne -et Verdun et le transporter à Metz sous la protection de l'armée de -Bouillé? Le comte d'Estaing l'affirme dans une lettre à la Reine, -dont le brouillon fut retrouvé chez lui[118]. On le disait tout haut -à Paris, et Mme de Tourzel le confirme dans ses Mémoires; mais ce -plan paraît être resté toujours fort vague; le lieu de la retraite -même n'était pas décidé et l'on ne tarda pas à y renoncer[119]. Vers -la même époque, trois députés, au nom d'un certain nombre de leurs -collègues et se croyant sûrs d'entraîner la majorité de l'Assemblée, -qu'effrayait l'audace des factieux, Malouet, Redon et l'évêque de -Langres, proposèrent au ministère de transporter l'Assemblée à vingt -lieues de Paris, à Soissons ou à Compiègne. Plusieurs ministres, Necker -et Montmorin entre autres, avaient adhéré à ce projet: mais quand il -fut soumis au Roi, le Roi refusa. - -Quelle fut la raison de ce refus? Le prince n'avait-il pas confiance -dans le succès? Se souvint-il qu'il avait voulu, au 14 juillet, -prendre une résolution analogue et qu'il avait dû y renoncer devant -les représentations de ceux-là même sur lesquels il croyait pouvoir le -plus compter? Pensa-t-il qu'il fallait rester près de Paris pour le -mieux contenir? Ne crut-il pas à la réalité du danger? Eut-il honte de -sembler fuir devant l'émeute? Tout ce que l'histoire peut dire, c'est -que, ce jour-là comme plus tard, Louis XVI manifesta une répugnance -invincible à abandonner Versailles. Les députés se retirèrent -consternés[120]. - -C'était le 29 septembre[121] que cette démarche était faite et -repoussée. Quelques jours après, le Roi et l'Assemblée quittaient -Versailles, pour rentrer prisonniers dans Paris. - - - - -CHAPITRE III - - Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel de troupes à - Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs des journées - d'octobre. - - -Cependant, le plan d'envahir Versailles n'était plus un mystère; les -avis alarmants se multipliaient[122]. Déjà, le 30 août, l'un des chefs -les plus décriés et, par cela même, les plus influents de la démagogie -parisienne, le marquis de Saint-Huruge, avait essayé d'entraîner quinze -cents émeutiers contre Versailles. Sa tentative avait échoué[123]; mais -le projet n'avait pas été abandonné. Un peu plus tard, en septembre, -au Palais-Royal, Camille Desmoulins s'était écrié qu'il fallait -envoyer quinze mille hommes à Versailles pour en ramener le Roi et -faire enfermer la Reine[124]. Des bruits d'insurrection, d'invasion du -Château étaient dans l'air. «On annonçait, dit Mounier, d'horribles -desseins contre la Reine[125].» A Paris, en province, jusqu'à Toulouse, -on en parlait tout haut. Il s'agissait d'enlever l'Assemblée et le Roi -et de «traiter comme ils le méritaient les députés qui se seraient mal -montrés pour le peuple[126]». Mirabeau avait dit un jour au libraire -Blaisot «qu'il croyait apercevoir qu'il y aurait des événements -malheureux à Versailles, mais que les honnêtes gens n'avaient rien -à craindre[127]». Enfin, les gardes françaises qui, depuis leur -licenciement après la prise de la Bastille, formaient les compagnies -soldées de la garde nationale parisienne, se vantaient tout haut de -«venir reprendre au Château les postes qu'ils occupaient jadis, et -au besoin chercher le Roi[128]». Leur commandant général, Lafayette, -se préoccupait de ces dispositions, et, tout se croyant sûr de les -neutraliser par son autorité, il avait pensé, vers la mi-septembre, -devoir avertir de ces «mauvais desseins» le ministre de la Maison du -Roi, M. de Saint-Priest[129]. - -La Cour s'alarma; le service du Château n'était plus fait que par les -Suisses et les gardes du corps, tous dévoués, mais en somme assez peu -nombreux. Le service de la ville était livré à la garde nationale, -dont la majorité était suspecte, et qui d'ailleurs était harassée -par de continuelles expéditions pour assurer les approvisionnements. -Déjà au mois d'août, on avait dû faire venir pour l'aider deux cents -chasseurs des Trois-Evêchés et deux cents dragons de Lorraine. -Contre un envahissement possible et prévu, c'était trop peu. M. de -Saint-Priest s'en ouvrit au commandant général de la garde nationale, -le comte d'Estaing, et ce dernier, dont l'attachement aux idées -nouvelles n'était pas contestable, se chargea d'obtenir l'assentiment -de la municipalité, dont la réquisition était nécessaire, pour l'entrée -de troupes à Versailles. Sur sa proposition, et vu la délibération -des capitaines d'état-major de la garde nationale, constatant -l'insuffisance de leurs forces, «attendu les divers avis plus -alarmants les uns que les autres qui se succèdent continuellement,» -il fut décidé, le 18 septembre, «qu'il était indispensable, pour la -sûreté de la ville, pour celle de l'Assemblée nationale, et pour celle -du Roi, d'avoir le plus promptement possible un secours de mille hommes -de troupes réglées qui seront aux ordres du commandant général de -la garde nationale de Versailles[130]». On fit choix du régiment de -Flandre, dont le bon esprit et la discipline semblaient garantir la -fidélité, tandis que le nom de son colonel, le marquis de Lusignan, qui -siégeait à gauche de l'Assemblée, devait rassurer les patriotes contre -tout projet de contre-révolution. Le 23 septembre, le régiment de -Flandre arriva à Versailles, où il fut «fort bien reçu[131]»; le comte -d'Estaing, avec l'état-major et un détachement de la garde nationale, -le président de la municipalité avec les membres du corps municipal, -allèrent au-devant de lui jusqu'à la barrière. Le régiment fut conduit -à la Place d'Armes, où, en présence du maire, il prêta le serment de -fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi; il comptait onze cents hommes -et deux canons[132]. - -Le Roi avait été si satisfait de la milice versaillaise en cette -circonstance qu'il écrivit, pour la remercier, une lettre de sa main -au commandant général, le comte d'Estaing[133], et que la Reine -résolut d'offrir aux gardes nationaux un témoignage de gratitude; le -29, elle annonça elle-même à l'état-major qu'elle voulait donner un -drapeau à chaque division, et, le 30, ces deux[134] drapeaux furent -solennellement bénis dans l'église Notre-Dame par l'archevêque de -Paris, en présence du gouverneur de Versailles, de la municipalité, -d'un grand nombre de membres de l'Assemblée et de personnes notables -de la ville, et des officiers de tout le corps militaire. Après la -cérémonie, un banquet réunit les invités; la plus grande cordialité ne -cessa d'y régner et des toasts furent portés au Roi et à la prospérité -de la nation, «objets inséparables,» à la Reine, au Dauphin et à toute -la famille royale. - -Le lendemain, un nouveau banquet devait avoir lieu; c'est celui dont -le récit, indignement travesti, allait donner prétexte à d'effroyables -massacres. - -Il était alors d'usage dans l'armée française, comme il l'est encore -aujourd'hui, d'offrir un repas de corps au régiment qui arrive dans -une garnison nouvelle. Lors du voyage de Louis XVI à Cherbourg, les -gardes du corps avaient reçu de semblables politesses d'un grand nombre -de régiments d'infanterie; ils résolurent de les rendre au régiment -de Flandre et de cimenter ainsi les liens qui unissaient toutes les -troupes de Versailles[135]. Il fut décidé qu'ils lui offriraient un -banquet, et la date en fut fixée au jeudi, 1er octobre. - -La salle du Manège et la salle du Théâtre de la ville n'ayant pu -convenir, les organisateurs de la fête demandèrent au Roi, qui -l'accorda volontiers, la salle de l'Opéra du Château, dans laquelle, -quelques années auparavant, les gardes du corps avaient offert un bal -à la famille royale. La pièce fut décorée avec goût; une table de -deux cent dix couverts, en fer à cheval, fut dressée sur le théâtre; -quatre-vingts gardes du corps environ, tous les officiers du régiment -de Flandre, des chasseurs et des dragons de Lorraine, alors en garnison -à Meudon[136], plusieurs officiers des Suisses et de la Prévôté, une -vingtaine de gardes nationaux devaient s'y asseoir. - -Au jour dit, «à trois heures de l'après-midi, raconte l'historien de -Versailles, M. Le Roy, tout le monde se réunit à la grille du Château, -où était le rendez-vous. On se rend à la salle de l'Opéra, par le -corridor du palais. En entrant, on est charmé par l'aspect de la salle; -les convives se placent et le repas commence. Dans l'orchestre étaient -les trompettes des gardes et la musique du régiment de Flandre; le -parterre était réservé aux grenadiers du régiment et aux chasseurs et -dragons de Lorraine[137].» - -Aucun incident ne signala le premier service. Au second, le duc de -Villeroy, capitaine des gardes du corps, qui présidait le banquet, fit -entrer dans le fer à cheval les grenadiers de Flandre, les grenadiers -suisses, les chasseurs des Trois-Évêchés. Heureux de cet honneur, ces -braves gens demandèrent à porter la santé de la famille royale. On leur -versa à boire; ils burent à là santé du Roi, de la Reine et du Dauphin. -Les spectateurs, qu'avait attirés cette fête et qui s'étaient entassés -dans les loges, répondirent par les mêmes cris, alors encore familiers -au peuple de France. Quoi qu'en aient pu dire des écrivains intéressés -à travestir les faits, la santé de la nation ne fut ni proposée, ni par -conséquent rejetée[138]. - -A ce moment, au dessert, la famille royale parut dans une loge grillée. -La Reine, inquiète des bruits qui venaient de Paris et profondément -triste de la désaffection qui s'attachait à elle, s'était retirée -de bonne heure dans ses appartements. Plusieurs fois, ses dames lui -avaient vanté la gaîté de la fête, en l'engageant à s'y rendre; elle -avait résisté. On lui représenta que ce spectacle amuserait le Dauphin; -par amour maternel, elle consentit à y aller. Le Roi arrivait de la -chasse; elle l'entraîna avec elle. - -En les apercevant tous deux dans une loge, des cris de _Vive le Roi!_ -éclatent de toutes parts. On les supplie de descendre dans la salle; -vaincus par ces instances réitérées, ils descendent. Le vicomte -d'Agout, en signe de réjouissance, arbore un mouchoir au bout de son -bâton de commandement. La Reine prend son fils par la main et fait le -tour de la salle. Les convives se lèvent, tirent leurs épées, comme -pour défendre cette noble et malheureuse famille; on lui jure fidélité; -on lui jure amour et dévouement. Un des assistants, M. de Canecaude, -demande que l'on joue l'air: «_Où peut-on être mieux qu'au sein de sa -famille?_» Les musiciens, qui ne l'ont pas, y suppléent, en exécutant -le motif si connu et si entraînant d'un maître cher à la Reine: _O -Richard! ô mon Roi!_ Les acclamations redoublent; l'enthousiasme est -à son comble. Marie-Antoinette, touchée de ces applaudissements qui -s'adressent à son mari, à elle, à ses enfants, se sent heureuse comme -reine, comme épouse, et comme mère: elle se laisse aller à des pensées -plus douces et jouit sans mélange de ce retour de popularité. Pauvre -femme! C'était son dernier jour de bonheur! - -La famille royale se retire bientôt; un grand nombre de soldats -escaladent les loges et franchissent les barrières pour l'accompagner -dans le corridor de la chapelle, par où elle rentre dans ses -appartements. Puis, tout le monde, musiciens, convives, spectateurs, -se transporte dans la cour de Marbre au bas même des fenêtres du Roi. -Une foule d'habitants de Versailles étaient réunis là, dans les cours -et sur la Place d'Armes, pour assister à la fête. Echauffés par le vin, -enthousiasmés par la visite qu'ils viennent de recevoir, les convives -se livrent à des démonstrations bruyantes: on chante, on danse, et -un soldat, qui fut, cinq jours plus tard, «un des plus dangereux -insurgés[139],» parvient, en grimpant le long des colonnades, à -escalader le balcon du Roi, qui, malgré les acclamations, reste enfermé -chez lui et ne se montre pas. - -Ce fut tout. Qu'il y ait eu des manifestations contre-révolutionnaires, -que la cocarde tricolore ait été foulée aux pieds, le fait a été -allégué, mais il est faux. Les organisateurs du banquet, les gardes du -corps, s'en sont toujours défendus avec la plus fière énergie, et la -Reine elle-même a pris soin de réfuter cette calomnie. «Il n'est pas à -croire,» a-t-elle répondu au tribunal révolutionnaire, «que des êtres -aussi dévoués foulassent aux pieds et voulussent changer la marque que -leur Roi portait lui-même[140].» Qu'on ait vu au banquet des cocardes -blanches, cela est vrai et cela devait être. L'armée, à cette époque, -avait encore la cocarde blanche; le Roi seul et la garde nationale -portaient la cocarde tricolore. Et si, comme on le raconte, quelques -dames de la Cour, faisant avec du papier des cocardes blanches, les -ont données aux officiers qu'elles rencontraient, elles n'ont fait que -donner à ces officiers la cocarde légale, réglementaire, celle que -Mounier appelait encore «la cocarde française[141]». - -Le 3 octobre, la Reine reçut une députation de la garde nationale, -qui venait la remercier des drapeaux distribués le 30 septembre. Tout -émue encore des démonstrations sympathiques de l'avant-veille, elle -répondit: «Je suis fort aise d'avoir donné des drapeaux à la garde -nationale de Versailles. Je suis enchantée de la journée de jeudi; la -nation et l'armée doivent être attachées au Roi, comme nous leur sommes -nous-mêmes[142].» - -Le même jour, un nouveau banquet[143] a lieu dans l'Hôtel des gardes du -corps; quatre-vingts soldats des régiments de Flandre et de Lorraine, -un homme de chaque compagnie de la garde nationale de Versailles y -sont invités. Le repas est gai; on y porte la santé du Roi, de la -nation, de l'Assemblée, de la garde nationale; puis, vers la fin, les -têtes s'échauffent; on chante, on crie, on casse les bouteilles et les -verres; quel est le banquet de deux cents personnes, de deux cents -jeunes gens, où il ne se passe pas de scènes de ce genre? - -Le dimanche 4, c'est la municipalité de Versailles qui traite à son -tour le régiment de Flandre. La garde nationale prend part au festin; -on y boit, à la santé du Roi et de la Reine; tout s'y passe avec ordre. - -Telle est la série de fêtes et de banquets qui fut transformée en une -série d'attentats contre la souveraineté nationale. Rien—ce simple -exposé suffit à l'établir,—rien n'avait pu servir de base à cette -accusation. Il y avait eu sans doute des démonstrations enthousiastes -en l'honneur de la famille royale; mais ces démonstrations étaient -alors dans le cœur de la grande majorité des Français. Quant à des -attaques contres les réformes de l'Assemblée, il n'y en avait point -eu. Les gardes du corps, l'armée, la garde nationale s'étaient trouvés -réunis dans un parfait accord[144]. Il ne faut pas oublier d'ailleurs -que ces gardes du corps, si dévoués au Roi, n'étaient nullement -hostiles aux idées nouvelles;—ils en avaient donné tout récemment la -preuve[145],—vivaient très amicalement avec les députés et passaient -dans l'Assemblée pour d'_excellents patriotes_. C'est le témoignage que -leur rendit, dans l'enquête, un député qui n'est pas suspect[146]. - -Mais il fallait un prétexte; et celui-là fut choisi. Un homme qui -devait jouer un triste rôle à la Convention, et qui était dès lors un -des plus fougueux ennemis de la royauté, quoiqu'il se qualifiât «un des -plus fidèles sujets du Roi[147]», Laurent Lecointre, lieutenant-colonel -de la garde nationale du quartier Notre-Dame, donna le signal. -Mécontent de n'avoir point été invité à la fête du 1er octobre, -sa rancune personnelle s'ajoutait à son exaltation politique. A son -instigation, un de ses amis, rédacteur d'une feuille révolutionnaire, -le _Courrier de Versailles_, Gorsas[148], commença dans son journal -toute une série d'articles contre le banquet des gardes du corps; -le repas que nous avons raconté d'après les documents les plus -authentiques, était représenté comme une «orgie complète». Les convives -chancelants avaient donné un spectacle «dégoûtant et horrible» La -santé de la nation ayant été proposée, les gardes du corps l'avaient -rejetée. Et c'était d'un pareil scandale que la Reine s'était déclarée -«enchantée». Quelle meilleure preuve des plans contre-révolutionnaires -de la Cour et des projets de vengeance de l'Autrichienne contre le -peuple? - -On conçoit facilement quel effet devaient produire ces dénonciations -furibondes, en tombant, comme une semence haineuse, sur le terrain -si bien préparé de la populace parisienne. Le récit de Gorsas est lu -avidement, odieusement commenté. Marat, Camille Desmoulins, Loustalot, -tonnent dans leurs journaux contre la Cour et contre la Reine: on -dénonce la grande conspiration contre-révolutionnaire. On reprend un -vieux bruit jadis colporté, l'enlèvement du Roi pour le conduire à -Metz. On ne calcule pas que pour exécuter un pareil plan, s'il avait -été conçu, Louis XVI n'avait à sa disposition que six cents gardes du -corps «en général chauds partisans du Tiers[149]», deux cents dragons, -deux cents chasseurs, onze cents soldats du régiment de Flandre -commandés par un colonel patriote, et que ce n'est pas avec ce faible -corps de deux mille hommes qu'il pourrait se lancer dans une entreprise -aussi hasardeuse, en face d'une garde nationale qui n'y prêterait -certainement pas les mains. Mais les masses populaires, quand elles -sont surexcitées, sont aveugles, et les chefs ne leur laissaient pas le -temps de raisonner. - -L'occasion était bonne d'ailleurs. Une disette, à laquelle on peut -assigner des causes trop sérieuses, mais qui, à ce moment, eut -certainement quelque chose de factice, une «famine docile», comme -l'appelle Lally-Tollendal[150], régnait dans Paris. Il y avait là des -souffrances réelles, et, comme toujours, c'était au gouvernement, au -Roi, à la Cour, aux membres les plus impopulaires de la famille royale, -à la Reine, par conséquent, qu'on faisait remonter la responsabilité -de ces souffrances. Les calomnies de Gorsas jettent de l'huile sur ce -feu qui couve sous une cendre chaude. Au Palais-Royal, la populace -s'assemble; des attroupements se forment; les orateurs déclament. On -jure de tirer vengeance des gardes du corps, qui ont arboré, dit-on, -la cocarde noire. On tient contre la Reine les «propos les plus -affreux». On fait des motions contre les accapareurs. Une femme, «dont -la mise indique une femme au-dessus du médiocre,» s'écrie qu'elle -n'a pas de pain et qu'il faut aller à Versailles en demander au Roi, -et comme un des assistants se permet de rire, elle lui applique un -soufflet. Les autres femmes qui sont là applaudissent. «Demain, -disent-elles, les choses iront mieux; nous nous mettrons à la tête des -affaires.» Des gardes nationaux, attablés au café de Foy, font chorus -avec les femmes; la police reste inerte et n'essaie ni de dissiper les -groupes ni de rétablir l'ordre[151]. - -Rien n'avait été négligé pour organiser l'attaque et désorganiser la -résistance. «Des Machiavels de place publique et de mauvais lieu, -a dit M. Taine, ont remué les hommes du ruisseau et les femmes du -trottoir[152].» L'or avait été répandu à profusion dans le peuple -et dans l'armée; sept millions, assure-t-on, étaient venus de -Hollande[153]. Depuis l'arrivée du régiment de Flandre, tous les moyens -de corruption, même les plus honteux, le vin, l'argent, les femmes, -avaient été employés pour suborner les soldats, et au commencement -d'octobre, ce régiment, qui avait été appelé pour protéger l'ordre -et la monarchie, n'était plus qu'un danger. C'est avec ces faibles -ressources, avec ces soldats à demi gagnés et quelques gardes fidèles, -en face d'une garde nationale, en partie hostile, que Louis XVI allait -se défendre contre une conspiration ourdie de longue date, avec la plus -infernale habileté. - - - - -CHAPITRE IV - - Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris. - - -Ce furent les femmes qui donnèrent le signal. «Ceux qui dirigeaient -l'insurrection, dit Mounier, avaient jugé utile de la faire commencer -par les femmes; ils sentaient que leur présence inspirerait moins -d'inquiétudes, qu'on se déterminerait plus difficilement à les -repousser par la force des armes, qu'elles répandraient la confusion, -qu'alors les hommes qui suivraient auraient moins de dangers à -courir[154].» Ce calcul ne fut pas trompé. - -Le 5 octobre au matin, une émeute éclate à Paris. Une fille du quartier -des Halles entre dans un corps de garde, saisit un tambour, et parcourt -les rues en battant le rappel et «en poussant des cris contre la cherté -du pain». On sonne le tocsin. Les femmes s'assemblent; un certain -nombre d'hommes déguisés se réunissent à elles et la foule se porte -vers l'Hôtel-de-Ville qu'elle envahit vers neuf heures. On force les -magasins d'armes; on les pille; on s'empare de sept à huit mille -fusils. On insulte les membres du conseil municipal et les employés. -Des femmes, armées de torches, entrent dans les salles et s'apprêtent -à y mettre le feu[155]. Fait significatif et sur lequel on ne saurait -trop insister, la plupart de ces femmes étaient «vêtues de blanc, -coiffées et poudrées[156]» comme si elles allaient à une fête; très peu -semblaient appartenir à la «populace». Les unes riaient, chantaient et -dansaient dans la cour, tandis que les autres sonnaient le tocsin et -relâchaient les prisonniers. Presque toutes avaient les poches pleines -d'or. - -A onze heures et demie, une bande d'hommes, armés de haches et de -marteaux, force les portes de l'arcade Saint-Jean, envahit à son tour -l'Hôtel-de-Ville, se répand de tous côtés, enfonce les armoires, pille -et brise tout. - -Ici apparaît une des figures les plus sinistres de la Révolution, le -futur organisateur des massacres de l'Abbaye, l'huissier Maillard. -Une affaire de service l'avait appelé à l'Hôtel-de-Ville. Reconnu par -quelques femmes, qui saluent en lui un des vainqueurs de la Bastille, -il est proclamé ou se proclame leur chef. Il prend un tambour, se met à -leur tête et se dirige vers le Louvre. Les rangs se grossissent d'une -foule de femmes qu'on force à marcher avec la bande. Arrivées au jardin -des Tuileries, «ces dames», comme dit Maillard, veulent traverser le -jardin; le Suisse s'y oppose; elles le renversent, le frappent et -passent. La place Louis XV avait été assignée comme quartier général; -on va un peu plus loin, jusqu'aux Champs-Élysées; là se trouvent -des détachements de femmes, munies de piques, de bâtons, de fusils. -Maillard fait déposer les armes, harangue sa troupe, la range et part -à sa tête. Un certain nombre d'hommes armés, qui se sont réunis à la -bande, sont relégués à la queue; les femmes, suivant le mot d'ordre, -marchent les premières. - -Partout, sur leur passage, les boutiques se ferment, les maisons se -vident, les portes sont barricadées. Elles enfoncent les portes, -enlèvent les enseignes, arrêtent les courriers, forcent tous ceux -qu'elles rencontrent à les accompagner. A Sèvres, elles font halte; -elles ont faim, et d'ailleurs elles craignent que le pont de la Seine -ne soit gardé. Par une fatale négligence, le passage est libre. -Après s'être donné le plaisir populaire de briser les portes et les -enseignes des marchands de vin qui n'ont pu lui donner à manger, la -horde, traînant avec elle deux canons, s'élance dans la direction de -Versailles. - -Pendant ce temps-là, une nouvelle émeute éclatait à l'Hôtel-de-Ville. -Les gardes françaises licenciées qui, sous le nom de compagnies -soldées, formaient une partie notable de la garde nationale parisienne, -trouvaient l'occasion bonne pour aller reprendre à Versailles leurs -anciens postes, occupés par les gardes du corps. Réunis sur la place de -Grève, ils s'agitaient et criaient. - -Vers midi, cinq ou six grenadiers montèrent au Comité de police, où se -trouvait Lafayette. L'un d'eux, «qui joignait à la plus belle figure -un choix d'expressions qui étonnait tous ceux qui l'écoutaient et un -sang-froid qui les étonnait encore davantage[157]», prit la parole: -«Mon général, dit-il, nous sommes députés par les six compagnies de -grenadiers. Nous ne vous croyons pas un traître; nous croyons que -le gouvernement vous trahit; il est temps que tout ceci finisse. -Nous ne pouvons tourner nos armes contre des femmes qui demandent du -pain; le Comité des subsistances vous trompe, il faut le renvoyer. -Nous voulons aller à Versailles exterminer les gardes du corps et le -régiment de Flandre qui ont foulé aux pieds la cocarde nationale. Si -le Roi est trop faible pour porter la couronne, qu'il la dépose; nous -couronnerons son fils; on lui nommera un conseil de régence, et tout -ira mieux[158].» Les délégués étaient fiers de leur orateur: «Laissez -parler celui-là, disaient-ils; il parle bien[159].» En vain Lafayette -voulut-il les rappeler au devoir; leur décision était manifestement -arrêtée d'avance; le mot d'ordre était donné: «Il est inutile de nous -convaincre, s'écriaient-ils tous ensemble, car tous nos camarades -pensent ainsi, et quand vous nous convaincriez, vous ne les changeriez -pas[160].» - -Lafayette sortit sur la place; il harangua ses soldats, leur rappela -leur serment, fit appel aux sentiments d'affection et de confiance -qu'ils avaient pour lui, protesta de son amour pour la liberté. Paroles -et prières furent inutiles. Des cris tumultueux: «A Versailles! A -Versailles!—Si le général ne veut pas venir, il faut prendre un ancien -grenadier pour le mettre à notre tête.—Il est étonnant que M. de -Lafayette veuille commander au peuple, tandis que c'est au peuple à lui -commander!»—furent la seule réponse de cette troupe chez laquelle on -n'avait pas en vain ébranlé tous les liens de la discipline. Lafayette -rentra; il hésitait; il attendait l'ordre de la municipalité. La -municipalité, honnête comme Lafayette et faible comme lui, n'était pas -livrée à de moindres angoisses. Le flot tumultueux grossissait sur -la place de Grève; la troupe, travaillée par de mystérieux agents, -s'impatientait; des menaces, des cris de mort étaient proférés contre -Bailly et contre Lafayette. La municipalité céda, et, «vu les instances -du peuple et sur la représentation de M. le commandant général qu'il -était impossible de s'y refuser», donna au général l'ordre de partir -pour Versailles. Le pouvoir légal était encore une fois vaincu; -l'émeute triomphait. Des acclamations bruyantes saluèrent la victoire -de la populace et la défaillance de l'autorité. - -Il était six heures du soir. Lafayette monte à cheval, la tête basse, -l'âme triste, l'esprit plein de lugubres pressentiments, de remords -peut-être; il détache en avant trois compagnies de grenadiers, un -bataillon de fusiliers, trois pièces de canon. Sept à huit cents -hommes en guenilles, armés de piques, de fusils et de bâtons, bras -nus, voix avinées, têtes hideuses, brigands que le ruisseau vomit les -jours d'émeute, marchent derrière l'avant-garde, mélangés dans les -rangs[161]. Lafayette suit avec les compagnies, et, conduit par ses -soldats plutôt qu'il ne les conduit, trophée vivant de l'émeute, pour -ainsi dire, il prend la route de Versailles. - -Dans cette ville, une agitation sourde régnait. Les déclarations de -Lecointre et de ses amis, les calomnies de Gorsas avaient produit leur -effet, et la garde nationale, si sympathique aux gardes du corps le -1er et le 3 octobre, leur était devenue hostile. _On attendait les -Parisiens_, a dit un témoin non suspect[162]. Dès le 4, on connaissait -l'invasion projetée par les gardes françaises; on faisait des motions -incendiaires dans les cafés et l'on préparait des cartouches en -disant: «C'est pour assassiner demain les gardes du corps[163].» - -A l'Assemblée, les chefs de la gauche n'étaient pas moins instruits -du plan qui devait être exécuté contre la Cour. Le lundi 5 octobre, à -l'ouverture de la séance, il fut facile de voir «qu'il se préparait -quelque chose d'extraordinaire, par le ton qu'affectèrent de prendre -quelques membres de l'Assemblée[164]». Les tribunes paraissaient -aussi plus animées et la foule qui entourait la salle était en proie -à cette fièvre qui présage les orages populaires. Le président -Mounier annonce qu'il a reçu la réponse du Roi sur la Déclaration -des droits de l'homme et les derniers articles soumis à sa sanction. -Le Roi accepte, mais avec certaines réserves, et en faisant sur -ces articles des observations d'une incontestable sagesse[165]. La -discussion s'entame avec une extrême violence. Robespierre et Lapoule -dénoncent les réflexions si naturelles du Roi comme une censure de la -Constitution; Adrien Duport y voit tout un plan de contre-révolution -et il en prend occasion de tonner contre l'«orgie indécente» dont -Versailles a été témoin le 1er octobre. Vainement Virieu proteste -et le marquis de Monspey demande qu'on précise l'accusation. Mirabeau -se lève: «Que l'Assemblée, dit-il, décide que la personne du Roi -seule est inviolable, et je suis prêt, moi, à fournir les détails -et à les signer.» Et précisant lui-même son odieuse et transparente -insinuation: «C'est la Reine et le duc de Guiche que je dénoncerai,» -dit-il à mi-voix à ceux qui l'entourent[166]. Ces accusations excitent -un violent tumulte dans l'Assemblée; la gauche s'agite bruyamment; -la droite proteste avec vivacité; la fermentation redouble dans les -tribunes[167]. - -Cependant, le bruit de l'approche des Parisiens commence à se répandre. -Entre onze heures et midi, Mirabeau monte au bureau. «Monsieur le -Président, dit-il à Mounier, quarante mille hommes armés arrivent de -Paris; pressez la délibération; levez la séance; dites que vous allez -chez le Roi.»—«Je ne presse pas les délibérations,» répond Mounier; -«je trouve qu'on ne les presse que trop souvent.»—«Mais, Monsieur le -Président,» reprend Mirabeau, étonné de ce calme, «mais, Monsieur le -Président, ces quarante mille hommes.....—Eh bien,» réplique Mounier, -«tant mieux: ils n'ont qu'à nous tuer tous, mais tous, entendez-vous -bien, les affaires de la République en iront mieux.—Monsieur le -Président, le mot est joli,» ne peut s'empêcher de dire Mirabeau, en -regagnant sa place[168]. - -Seule, peut-être, parmi les habitants de Versailles, la famille royale -était calme, et, par un étrange aveuglement, les ministres, si souvent -cependant avertis des projets des Parisiens, partageaient cette -quiétude. Le Roi était parti de bonne heure pour la chasse; Madame -Elisabeth était à Montreuil; Mesdames à Bellevue; la Reine à Trianon, -dont elle parcourait les bosquets aimés pour la dernière fois. Elle -était assise dans la grotte, essayant de s'isoler des bruits du monde, -quand un courrier, envoyé par M. de Saint-Priest, vint précipitamment -la chercher. En même temps, M. de Cubières, écuyer cavalcadour, était -parti au galop pour prévenir le Roi. Il le rejoignit vers trois heures, -dans les tirés de Meudon, et lui remit un billet du ministre. Le Roi -prit le billet, le lut et ne put s'empêcher de dire tout haut: «Elles -demandent du pain; hélas! si j'en avais, je n'attendrais pas qu'elles -vinssent m'en demander[169].» Il fit amener son cheval, et, au moment -où il mettait le pied à l'étrier, un chevalier de Saint-Louis, que -personne n'avait vu, se jeta à ses genoux, en s'écriant: «Sire, on vous -trompe; j'arrive à l'instant de l'École militaire; je n'y ai vu que -des femmes assemblées qui disent venir à Versailles pour demander du -pain; je supplie Votre Majesté de n'avoir point peur.»—«Peur! Monsieur, -reprit vivement le Roi; je n'ai jamais eu peur de ma vie[170].» -Puis, descendant au galop une des pentes les plus raides du bois de -Meudon[171], il prit précipitamment la route de Versailles, et rentra -au Château, où il retrouva la Reine. - -A son arrivée le Conseil s'assemble; dans ce moment de crise, les -ministres sont faibles, hésitants, irrésolus. Necker, toujours -préoccupé de sa popularité, déjà pourtant bien compromise, Necker -est d'avis de céder. M. de Saint-Priest seul semble avoir la pleine -conscience du danger et l'intelligence du remède. D'accord avec un -énergique officier, M. de Narbonne-Fritzlar[172], il demande qu'on -mette le pont de Sèvres en état de défense et que le Roi aille, à la -tête des troupes fidèles, repousser les Parisiens au passage de la -Seine. Pendant ce temps, la famille royale se retirerait à Rambouillet. -Plusieurs ministres, parmi lesquels M. de la Luzerne[173] appuient ce -plan; d'autres, avec Necker, s'y opposent. Le Roi fut-il convaincu -par l'argumentation de ce dernier[174]? Se défia-t-il de ses troupes, -et craignit-il de ne pas rencontrer parmi elles des dévouements assez -solides? Fut-il déterminé par la répugnance de la Reine à se séparer de -lui[175]? Toujours est-il que l'avis de M. de Saint-Priest ne prévalut -pas, et que cette dernière chance de salut fut abandonnée. - -On se borna à d'insuffisantes mesures de défense. La municipalité de -Versailles avait requis le comte d'Estaing, «commandant de la milice -nationale, de prendre toutes les précautions et d'employer toutes les -forces qui étaient à sa disposition, pour garantir de toute insulte le -Roi, la famille royale, l'Assemblée nationale et la ville.» Les gardes -du corps et les troupes de ligne furent placés sous ses ordres[176]. -Vers trois heures et demie, le régiment de Flandre s'était rangé en -bataille sur la place du Château; mais, malgré les instances du major, -M. de Montmorain, il n'avait pu obtenir de cartouches. Les gardes du -corps, au nombre de trois cent vingt, s'étaient placés devant la grille -des Ministres; quelques chasseurs des Trois-Évêchés, quelques gardes -de Monsieur et du comte d'Artois étaient parmi eux. Un détachement -de dragons était posté sur l'avenue de Paris, en face de la porte de -l'Assemblée. Le comte d'Estaing, connaissant les mauvaises dispositions -de la garde nationale, que depuis deux jours on ne cessait d'exciter -contre les défenseurs du Roi, n'avait pas osé lui faire prendre les -armes. Mais Lecointre avait fait battre la générale et réuni un certain -nombre de compagnies du quartier Notre-Dame[177], à l'ancienne caserne -des gardes françaises, sur la droite des gardes du corps. - -Au Château, les délibérations continuaient.—Louis XVI, toujours -indécis, retenu d'ailleurs par une bonté qui, on l'a dit justement, -paraissait n'être qu'une des formes de la faiblesse, ne pouvait se -résoudre ni à résister, ni à se retirer. M. de Luxembourg, capitaine -des gardes du corps, lui ayant demandé des ordres: «Allons donc, -répondit-il, contre des femmes? Vous vous moquez.» Un peu plus tard, -M. de Saint-Priest proposa la retraite dans une province fidèle, la -Normandie, par exemple. Le Roi y répugnait extrêmement; il lui semblait -que fuir devant l'émeute, c'était abdiquer. «Un roi fugitif, un roi -fugitif!» répétait-il tristement. Cependant le danger pressait; «Sire, -s'écria vivement M. de Saint-Priest, si vous êtes conduit demain à -Paris, votre couronne est perdue[178].» On se décida à partir pour -Rambouillet. La municipalité de Versailles n'y mettait point obstacle; -elle avait même donné l'ordre à M. d'Estaing de protéger ce départ. -Déjà les voitures étaient commandées et la Reine avait fait dire à -ses dames: «Faites vos paquets; nous partons dans une demi-heure, -hâtez-vous!» Mais il semblait qu'on ne prît une résolution que pour -l'abandonner. Peu après, la Reine faisait dire à ces mêmes dames: «Tout -est changé; nous restons[179].» - -Les voitures furent décommandées. Lorsque, dans la soirée, on -voulut, par un nouveau revirement, reprendre le projet de retraite à -Rambouillet, il était trop tard; quand les voitures se présentèrent -pour sortir, à la grille de l'orangerie, le peuple, la garde nationale, -les gens même de l'écurie du Roi[180], les forcèrent à rentrer; et -peut-être alors la Reine n'eût-elle pu partir sans péril pour sa -vie[181]. Pendant toutes ces indécisions[182], en effet, la populace -parisienne était arrivée; tous les acteurs étaient en scène: le grand -drame allait commencer. - -La bande dirigée par Maillard avait quitté Sèvres, après s'y être -reposée un instant. Un individu sans col et qui, prétendait-il, avait -failli être pendu le matin pour avoir voulu sonner le tocsin, avait -pris le commandement des hommes, comme Maillard avait celui des -femmes. En route, on continuait à arrêter les courriers du Roi[183], -ne laissant passer que ceux du duc d'Orléans; on mettait la main sur -les voyageurs; on maltraitait ceux qui portaient des cocardes noires; -on les forçait à marcher au milieu de la troupe, avec un écriteau -insultant dans le dos. - -Le temps était affreux; l'eau tombait à torrents; la route détrempée -était devenue un cloaque. Le cortège de ces femmes en désordre, -mouillées par la pluie, souillées par la boue, hurlant, vociférant, -était hideux. «Voyez comme nous sommes arrangées, disaient-elles; nous -sommes comme des diables; mais la b... nous le paiera cher[184].» -D'autres chantaient et dansaient, en proférant d'infâmes outrages et -en jurant qu'elles mettraient la Reine en pièces et rapporteraient -les lambeaux de son corps pour s'en faire des cocardes[185]. «Nous -emmènerons la Reine morte ou vive, criaient-elles; les hommes se -chargeront du Roi[186].» - -En arrivant à la barrière, Maillard harangua sa troupe; il fit mettre -les femmes sur trois rangs, envoya les canons à la queue, commanda -d'entonner _Vive Henri IV!_ et ce fut au bruit des vieux couplets -royalistes, hurlés comme une ironie sanglante par ces mégères qui -allaient forcer dans son palais le petit-fils du bon Roi, que -l'effroyable bande fit son entrée à Versailles. - -Sa première visite fut pour la salle des Menus, où siégeait -l'Assemblée. Maillard y pénétra, suivi d'une partie de sa troupe, -il prit la parole: «Paris manque de pain, dit-il; le peuple est au -désespoir; il a le bras levé; qu'on y prenne garde; il se portera à -des excès. C'est à l'Assemblée à prévenir l'effusion du sang. Les -aristocrates veulent nous faire périr de faim.»—«Oui, nous voulons du -pain, reprirent les femmes;» et quelques-unes, tirant de leur poche -un morceau de pain moisi: «Nous le ferons avaler à l'Autrichienne, -crièrent-elles, et nous lui couperons le cou[187].» - -Le tumulte croissait; la délibération devenait impossible. Sur la -proposition d'un membre, il fut décidé qu'une députation irait -immédiatement chez le Roi pour l'entretenir de la situation de la ville -de Paris et solliciter en même temps l'acceptation pure et simple des -décrets constitutionnels. - -Le président Mounier se rendit au Palais, escorté d'un certain nombre -de femmes, auxquelles il avait dû promettre de les introduire près du -Roi. Parmi ces femmes, deux semblaient n'être point de la classe du -peuple, quoiqu'elles en affectassent le langage[188]. Louis XVI promit -de faire rassembler tout le pain qu'on pourrait trouver, et après -quelques hésitations il signa les décrets. Les femmes sortirent; elles -paraissaient contentes[189] et ne le dissimulaient pas, en sortant, -au point même d'exciter la colère de leurs compagnes, restées au -dehors[190]. Quelques-unes, croyant tout fini puisqu'on allait avoir du -pain, retournèrent à Paris dans les voitures de la Cour. Les autres, -celles qui étaient dans le secret, refusèrent de partir; elles avaient, -disaient-elles, ordre exprès de rester[191]. - -Au Château cependant, la plus grande confusion continuait à régner. Les -ministres étaient réunis, mais ne savaient à quoi se résoudre; les avis -les plus contradictoires étaient ouverts, adoptés, puis abandonnés. -Louis XVI, avec sa résignation passive, demeurait silencieux et -irrésolu. Seule, au milieu de ces inerties et de ces défaillances, -la Reine conservait sa fière attitude. «Sa contenance était noble et -digne; son visage calme, et quoiqu'elle ne pût se faire d'illusion -sur ce qu'elle avait à redouter, personne n'y put apercevoir la plus -légère trace d'inquiétude. Elle rassurait chacun, pensait à tout, et -s'occupait beaucoup plus de ce qui lui était cher que de sa propre -personne[192].» «Tout, excepté elle, m'a paru consterné,» dépose le -président de Frondeville, qui a passé la nuit du 5 au Palais[193]. «Je -sais qu'on vient de Paris demander ma tête, dit l'héroïque femme; mais -j'ai appris de ma mère à ne pas craindre la mort; je l'attendrai avec -fermeté[194].» On l'engage à se mettre en sûreté avec ses enfants. -«Non, répond-elle, ma place est ici, près du Roi; j'y resterai.» La -seule précaution qu'elle consente à prendre n'est pas pour elle, mais -pour ses enfants. Elle était convenue qu'au moindre bruit, on les -amènerait chez elle; instruite du péril qui la menace, elle donne -contre-ordre, et à onze heures du soir fait dire à Mme de Tourzel de -conduire, en cas d'alerte, son fils et sa fille non pas chez elle, mais -chez le Roi, où ils seront mieux à l'abri. Et comme on la presse de -s'y rendre elle-même et d'y passer la nuit, plutôt que dans son propre -appartement, que l'on sait désigné aux coups des assassins: «Non,» -répondit-elle, «j'aime mieux m'exposer à quelque danger, s'il y en a à -courir, et l'éloigner de la personne du Roi et de ses enfants[195].» - -Les nouvelles alarmantes se succèdent; sur la Place d'Armes, on -assaille les gardes du corps; les autres soldats lâchent pied. Seule, -la Reine «montre un front calme et serein, rassure ceux qui tremblent -pour elle, et fait admirer son courage à ceux-là même qui condamnaient -ses principes». C'est le _Moniteur_ qui parle ainsi, et le _Moniteur_ -n'est pas suspect. Un certain nombre de gentilshommes se réunissent -pour défendre la famille royale; ils demandent des ordres; ils -demandent des chevaux. Le président de Frondeville se fait leur organe -près de la Reine et sollicite la permission de prendre des chevaux dans -les écuries du Château. «Soit, répond-elle simplement; je consens à -vous donner cet ordre, mais à une condition: si les jours du Roi sont -en danger, vous en ferez le plus prompt usage; si moi seule je suis en -péril, vous n'en userez pas[196].» - -«Au milieu de tant de perfidies de tout genre, a écrit Rivarol, sur -ce théâtre où la peur et la lâcheté conduisaient la faiblesse à sa -perte, il s'est pourtant rencontré un grand caractère, et c'est une -femme, c'est la Reine qui l'a montré. Elle a figuré, par sa contenance -noble et ferme, parmi tant d'hommes éperdus et consternés, et par -une présence d'esprit extraordinaire, quand tout n'était qu'erreur -et vertige autour d'elle. On la vit, pendant cette soirée du 5 -octobre, recevoir un monde considérable dans son grand cabinet, parler -avec force et dignité à tout ce qui l'approchait et communiquer son -assurance à ceux qui ne pouvaient lui cacher leurs alarmes..... On la -verra bientôt, quand les périls l'exigeront, déployer la magnanimité de -sa mère; et si, avec le même courage, elle n'a pas eu de succès pareil, -c'est que Marie-Thérèse avait affaire à la noblesse de Hongrie et que -la Reine n'a parlé qu'à la bourgeoisie de Paris[197].» - -Pendant ce temps-là, Mounier revenait à l'Assemblée; il fit évacuer le -bureau, envahi par la populace[198], et convoquer les députés pour une -séance de nuit. Dans ces heures de crises, il jugeait utile de tenir -l'Assemblée réunie jusqu'au jour. Mais un peu plus tard, vers trois -heures du matin, rassuré par Lafayette, qui venait de parcourir les -différents postes et répondait de l'ordre public, il leva la séance. - -Arrivé à minuit, à la tête de son armée, Lafayette s'était rendu au -Palais; il y entra seul avec les députés de la municipalité de Paris. -Les appartements étaient pleins de monde. Quand le général parut: -«Voilà Cromwell,» murmura une voix.—«Monsieur,» répondit Lafayette, -«Cromwell ne serait pas entré seul.»—Les entraînements populaires -ne lui avaient pas fait perdre le sentiment des convenances et le -ton du monde dans lequel il était né. «Je viens, Sire, dit-il, vous -apporter ma tête pour sauver celle de Votre Majesté. Si mon sang doit -couler, que ce soit pour le service de mon Roi, plutôt qu'à l'ignoble -lueur des flambeaux de la Grève.» Il ajouta qu'il se faisait fort des -dispositions de son armée[199]. - -Naturellement disposé à la confiance, le Roi se sentit rassuré, et, -suivant le mot piquant de Rivarol, «se reposa de tout sur un général -qui n'était sûr de rien[200].» A deux heures du matin, la Reine, -rassurée aussi, du moins en apparence, alla se coucher dans ses -appartements[201]. Lafayette insista pour que la garde du Château -fût remise à son armée et que les gardes françaises reprissent leurs -anciens postes; Louis XVI y consentit. Dès huit heures, les gardes du -corps, en butte à la rage populaire, assaillis à coups de pierre et -à coups de fusil par la foule et par la milice versaillaise, avaient -reçu l'ordre d'évacuer la Place d'Armes, et de se retirer à leur hôtel, -d'où ils regagnèrent Trianon ou Rambouillet à travers champs[202]. Ceux -qui étaient de service au Château avaient quitté la cour de Marbre -et s'étaient repliés sur la terrasse, en face des appartements de -la Reine. Ils ne conservaient que les postes intérieurs; les postes -extérieurs étaient occupés par les gardes françaises. - -Lafayette, après avoir veillé à l'exécution de ses ordres, visite -la Place d'Armes, va à l'Assemblée, où il communique au président -«la contagion de sa sécurité[203],» traverse de nouveau les cours, -s'entretient un instant avec M. de Montmorin, puis, harassé de -fatigue, rassuré par les mesures qu'il a prises[204], confiant -d'ailleurs dans son prestige populaire et plein d'illusions sur -l'honnêteté des masses, il va lui-même se coucher à l'hôtel de Noailles. - -Il était alors quatre heures du matin: le réveil devait être terrible. - -Tout dort dans Versailles. Brisée par les émotions de cette rude -journée, tranquillisée d'ailleurs par les déclarations de Lafayette, -la famille royale repose pour la dernière fois dans ce palais de Louis -XIV, dont la majesté n'a pas encore était violée. Les gardes nationaux, -trempés par la pluie, fatigués par une marche à laquelle ils ne sont -point accoutumés, ont cherché des logements partout, dans les églises, -dans la caserne des gardes du corps, dans les maisons particulières. -Les hommes à piques et les femmes, au nombre de huit ou neuf cents, -sont étendus sur les bancs de l'Assemblée; d'autres, qui n'ont pas -trouvé d'asile, ont allumé de grands feux sur la place et, après avoir -dépecé et fait rôtir un cheval blessé, sont couchés autour de ce -bivouac improvisé. - -Le crime seul, on l'a dit éloquemment, le crime seul ne dort pas. -L'émeute n'a point accompli son œuvre; ces femmes, ces brigands -déguisés, qui demandent du pain et dont les poches sont pleines d'or, -n'ont pas encore gagné leur salaire. Ils se sont bien donné la veille -le plaisir de jeter des pierres aux défenseurs de la royauté et de -blesser grièvement un garde du corps. Mais il leur faut de plus -illustres victimes, et ce n'est pas pour rien qu'ils ont juré de tordre -le col de la Reine et de faire de sa peau des rubans de district[205]. - -A l'Assemblée, une femme, les yeux hagards, dégoûtante d'ivresse et de -sueur, s'était approchée du président de Frondeville, et, lui montrant -un poignard, lui avait demandé si les appartements de la Reine étaient -bien gardés[206]. Au Château, un député, le marquis de Digoine, avait -remarqué que la grille de la cour de l'Opéra, par laquelle venait de -sortir une troupe d'hommes déguenillés, était restée ouverte; il en -avait fait l'observation au portier qui avait répondu qu'il n'avait -pas les clefs pour le moment, mais qu'il la fermerait; le marquis -de Digoine avait repassé à minuit, puis à trois heures du matin: la -porte était toujours ouverte et gardée par un soldat de la milice de -Versailles[207]. Et un officier de cette garde nationale parisienne, -en laquelle Lafayette avait une si aveugle confiance, s'informait avec -soin «du chemin le plus court pour gagner les appartements de la Reine -et des passages dérobés qui pouvaient y conduire sans être aperçu[208].» - -Dès que le jour commence à paraître, les bandes s'éveillent. A cinq -heures et demie du matin, des groupes d'hommes et de femmes, armés -de piques, de lances, de sabres, de bâtons, se forment sur la Place -d'Armes et se ruent sur le Château. «Des tambours les appellent; des -étendards qui portent des flammes rouges et bleues les rallient[209].» -Une troupe pénètre dans la cour des Ministres, dont la grille est -restée ouverte, et, trouvant la porte Royale fermée, revient en -arrière, franchit la grille des Princes, gardée par deux miliciens qui -la laissent passer, et se répand dans le parc, sous les fenêtres de -la Reine. La Reine, réveillée par le bruit, sonne sa première femme, -Mme Thibaut, et lui demande ce que signifie ce tumulte. Mme -Thibaut lui répond que ce sont sans doute les femmes de Paris qui n'ont -pas trouvé à se coucher, et la Reine, tranquillisée, reste dans son -lit[210]. - -La foule grossit; de nouveaux flots arrivent à chaque instant. Le -major des gardes du corps, le marquis d'Aguesseau, place plusieurs -gardes pour défendre le passage des Colonnades, qui, de la cour des -Princes, donne accès dans la cour Royale. Mais que peuvent quelques -soldats contre cette marée humaine, sans cesse montante? Le passage -est forcé; la populace envahit en vociférant la cour Royale. Les -bandes se forment, chacune dirigée par les chefs qui semblent le -mieux connaître la disposition des lieux; l'une d'elles, conduite par -deux hommes déguisés en femmes, court à la grille de la cour Royale, -saisit un garde du corps, M. de Varicourt, qui vient d'y être mis en -faction, l'entraîne sur la Place d'Armes et le massacre. Un misérable -chiffonnier, vêtu d'une petite redingote à large plaque blanche[211], -porteur d'une longue barbe noire, les bras nus, la tête coiffée d'un -chapeau rond à forme très élevée[212], fend la foule, pose le pied sur -la poitrine de M. de Varicourt et lui tranche la tête d'un coup de -hache[213]. - -Presque au même moment, un autre garde, en faction à la voûte de la -chapelle, M. Deshuttes, est arraché de son poste par les bandits, -entraîné par la grille de la cour Royale, sans que les sentinelles qui -sont à cette grille fassent rien pour le protéger[214], et renversé à -coups de crosses de fusil. L'homme à la longue barbe lui tranche la -tête, et, les mains toutes sanglantes encore, va demander une prise -de tabac au Suisse de la vicomtesse de Talaru, en lui disant d'un air -triomphant: «En voilà un; ce ne sera pas le dernier[215].» - -Cela ne suffit pas en effet; il faut d'autres victimes; il en faut de -plus hautes: «Ce n'est pas assez, hurlent les mégères, il nous faut le -cœur de la Reine[216].»—«Prenons ses entrailles pour nous en faire des -cocardes[217].» - -Les chefs sonnent de nouveau le hideux hallali, et la meute, -haletante, enivrée par l'odeur du meurtre, se précipite à l'assaut -d'une plus chaude curée. «Tue! tue! point de quartier. Allons chez -la Reine[218],» s'écrie-t on de toutes parts. Une grande femme -rousse agite une faucille[219]; une autre aiguise son couteau[220]. -Un milicien de Versailles, petit et noir, qui semble bien connaître -les entrées du Château, se met à la tête d'une bande, qui s'élance par -l'escalier de marbre, en vociférant des cris de mort et en demandant -partout la chambre de la Reine. «C'est par là, c'est par là,» crient -quelques voix[221]. Deux gardes du corps, MM. de Miomandre et du -Repaire, cherchent en vain à s'opposer à ce flot furieux; ils sont -jetés par terre, frappés à coups de piques et de crosses de fusil; mais -avant de tomber baigné dans son sang, M. de Miomandre a eu le temps -d'ouvrir la porte de l'antichambre de la Reine et de crier à l'une des -femmes qui sont là: «Madame, sauvez la Reine! On en veut à sa vie[222]!» - -L'héroïque résistance des deux vaillants jeunes gens avait sauvé -Marie-Antoinette. Une de ses femmes, Mme Auguié, qui a entendu le -cri de détresse du garde du corps, ferme au verrou la porte de la -seconde antichambre, puis elle court chez la Reine, où elle trouve -Mme Thibaut. Toutes deux lui passent à la hâte un jupon et des bas, -lui jettent un mantelet sur les épaules et l'entraînent par le petit -couloir qui mène à l'Œil-de-Bœuf. La porte est fermée. On attend cinq -minutes[223]; cinq minutes, un siècle! Que d'angoisses dans ce court -moment de retard! On frappe; on se fait reconnaître; les valets du Roi -ouvrent[224]; la Reine est sauvée! Quand les brigands, après avoir -pillé la grande salle, parviennent à forcer les portes et à pénétrer -dans les appartements royaux, ils n'y trouvent plus leur victime et -ne peuvent assouvir leur rage que sur un lit vide[225]! «Le coup est -manqué,» murmure, assure-t-on, un des assassins désappointés[226]. - -Par une coïncidence touchante, au moment même où la Reine se réfugiait -chez le Roi, le Roi se précipitait chez la Reine, par un escalier -dérobé; ne l'y rencontrant pas et apprenant qu'elle était allée chez -lui, il se hâtait de retourner dans ses appartements, où il la trouvait -enfin, «le visage triste, mais calme[227].» Presque au même instant, -Mme de Tourzel amenait le Dauphin, et la Reine courait chercher sa -fille qu'elle ne tardait pas à ramener «avec une fierté et une dignité -remarquables dans un pareil moment[228]». - -Mais le danger n'est pas conjuré. La foule remplit le palais, -s'acharnant après les gardes du corps. Heureusement, Lafayette, enfin -averti, accourt à cheval, à la tête de ses grenadiers, prend les -malheureux gardes sous sa protection et chasse les bandits qui sont là, -occupés à briser et à piller. Il monte au Château; les appartements -y sont pleins de monde. Le Roi, avec ses ministres, se tient dans -la salle du Conseil; le duc d'Orléans y est aussi, causant d'un -air dégagé avec Duport[229]. Monsieur, Madame, Mesdames Tantes, le -reste de la famille est dans la chambre du Roi. La Reine, debout dans -l'encoignure d'une fenêtre, regarde tristement au dehors; près d'elle, -sa fille et Madame Elisabeth; devant elle, debout près d'une chaise, le -Dauphin joue avec les cheveux de sa sœur: «Maman, j'ai faim,» murmure -le pauvre enfant. Et la Reine ne peut que répondre, les larmes aux -yeux: «Prends patience, mon enfant; il faut que ce tumulte soit fini.» - -La foule gronde sous les fenêtres du Château, dans la cour de Marbre. -«Le Roi! le Roi! Nous voulons le voir.» Le Roi se présente; des cris -de _Vive le Roi! Vive la Nation!_ éclatent de toutes parts. Mais -bientôt à ces cris s'en mêle un autre: «La Reine! la Reine au balcon!» -On va prévenir la Reine; elle hésite un instant. «Madame, lui dit -Lafayette, cette démarche est nécessaire pour calmer le peuple.»—«En -ce cas, répond-elle, dussé-je aller au supplice, je n'hésite plus; j'y -vais.» Elle prend ses enfants par la main et paraît à la fenêtre[230]. -«Point d'enfants!» vocifère la foule. La «Reine sur le balcon, seule, -seule[231]!» La Reine, d'un geste sublime, repousse ses enfants -dans l'appartement, et seule, debout, les mains croisées sur sa -poitrine[232], mille fois plus belle dans sa modeste redingote de toile -rayée jaune[233] que dans la parure de ses jours de fête, elle reste -sur le balcon, pâle, les cheveux en désordre[234], la lèvre plissée, la -tête haute, imposant un respect involontaire et défiant les balles. -«Deux minutes, deux siècles, elle est là[235].» Un homme, vêtu d'un -costume de garde national, la met en joue, mais n'ose tirer[236]. - -Un mouvement se fait dans la foule: l'héroïsme de la Reine et son -imprudence sublime ont opéré une réaction en sa faveur, et ces mégères -qui, il n'y a qu'un instant, voulaient la mettre en pièces, maintenant -l'acclament: «_Vive la Reine!_» crient-elles[237]. «Son génie, a dit -Rivarol, redressa tout à coup l'instinct de la multitude égarée, et, -s'il fallut à ses ennemis des crimes, des conjurations et de longues -pratiques pour la faire assassiner, il ne lui fallut, à elle, qu'un -mouvement pour se faire admirer[238].» - -Chose étrange! Cette femme si impopulaire, si indignement calomniée -près du peuple, dès qu'elle se retrouve face à face avec ce peuple, -reconquiert son prestige et, par le seul ascendant de sa dignité et -de la vérité, force la foule hostile à s'incliner devant elle et à -l'applaudir[239]. - -Quelques femmes cependant, plus opiniâtres dans leur haine, continuent -à vomir contre elle d'infâmes injures[240]. - -Mais les enthousiasmes populaires passent vite et il y a des rancunes -plus mortelles et plus sûres que les balles. Marie-Antoinette le sait, -et, en quittant le balcon, elle s'approche de Mme Necker et lui dit -avec des sanglots étouffés: «Ils vont nous forcer, le Roi et moi, à -nous rendre à Paris, avec les têtes de nos gardes du corps, portées -au bout de leurs piques!» Et, serrant son fils dans ses bras, elle le -couvre de baisers et de larmes[241]. - -La Reine, hélas! ne se trompait pas; de nouveaux cris se font entendre: -«_Le Roi à Paris! le Roi à Paris!_» Le Roi hésite, consulte ses -ministres, consulte Lafayette. Mais comment pourrait-il résister? On se -décide à partir et, pour calmer la foule, on jette des petits papiers -qui annoncent la détermination, ou plutôt la capitulation du monarque. -Des acclamations effroyables éclatent dans la cour; en signe de joie, -les soldats déchargent leurs fusils; les canonniers, leurs pièces[242]. -Lafayette interroge la Reine: «Madame, dit-il, quelle est votre -intention personnelle?»—«Je sais le sort qui m'attend,» répond-elle; -«mais mon devoir est de mourir aux pieds du Roi et dans les bras de mes -enfants[243].» - -A une heure vingt-cinq minutes, la famille royale descendit l'escalier -de marbre, encore teint du sang de ses défenseurs[244], et monta en -voiture. Le peuple s'impatientait; à peine vainqueur, il avait toutes -les exigences de la souveraineté. Le nouveau maître de la France avait -failli attendre; il ne voulait pas même laisser à la vieille royauté -le temps de faire ses préparatifs de départ. Mais le passage était -tellement obstrué que les voitures ne purent se mettre en marche qu'à -deux heures. - -L'avenue de Paris était couverte de gens armés. En tête du cortège -s'avançaient deux hommes portant au bout de leurs piques les têtes -livides des malheureux Deshuttes et de Varicourt; plusieurs gardes du -Roi à pied, escortés de brigands à moitié ivres, marchaient derrière -ces hideux trophées. «Après eux venaient deux autres gardes, sans -armes, dont l'un était en bottes, ayant une blessure au col, sa chemise -et ses vêtements ensanglantés, et tenu au collet par deux hommes en -uniforme national, une épée nue à la main; plus loin, il y avait un -groupe de gardes du Roi à cheval, les uns en croupe, les autres sur -la selle, ayant presque tous un compagnon en uniforme national, qui -était monté avec eux; une partie de la populace et des femmes qui les -environnaient obligeaient les gardes du Roi à crier: _Vive la Nation!_ -et à boire et à manger avec eux[245].» Après cette étrange avant-garde, -une voiture dans laquelle étaient le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame -Royale, Monsieur, Mme Élisabeth, Mme de Tourzel; autour de la -voiture, et comme une lamentable escorte, des gardes désarmés, des -hommes déguenillés, des femmes avinées qui criaient: «_Nous ramenons le -boulanger, la boulangère et le petit mitron_[245].» Comme pour donner -raison à ces clameurs ignobles, une soixantaine de chariots de farine, -couronnés de feuillage et conduits par des forts de la halle; quelques -rares cris de _Vive le Roi!_ des cris plus fréquents de: _A bas la -calotte! Tous les évêques à la lanterne[246a]!_ Des femmes, des mégères, -Théroigne de Méricourt en tête, grimpées sur des canons, entassées dans -des fiacres, parées des dépouilles des gardes du corps, vomissant, de -temps à autre, des injures contre la Reine; puis, à la fin, pour clore -le défilé et consacrer en quelque sorte la défaite de la royauté et -sa propre servitude, une députation de l'Assemblée, traînée dans les -voitures de la Cour, à la portière desquelles des hommes à piques -venaient demander s'il n'y avait pas de calotins pour les mettre à la -lanterne[247]!...... Quel cortège pour le petit-fils de Louis XIV! - -La journée était splendide; par une de ces ironies poignantes dont -on devait avoir un nouvel exemple au 10 août, la nature semblait en -fête; tout était calme et gai. Dans les bois de Viroflay, les oiseaux -chantaient; les feuilles avaient ces belles teintes jaunes et rouges -dont elles se revêtent avant de tomber; «l'air agitait à peine les -arbres[248];» le ciel était sans nuage; un soleil radieux, un de ces -beaux soleils d'automne, éclairait le convoi funèbre de la monarchie. - -Pendant ce triste voyage, la Reine gardait son calme et sa majesté. -Elle parlait aux hommes et aux femmes qui entouraient sa voiture: «Le -Roi,» leur disait-elle, «n'a jamais voulu que le bonheur de son peuple. -On vous a dit bien du mal de nous; ce sont ceux qui veulent vous nuire. -Nous aimons tous les Français.» Et quelques-uns de ces gens, touchés -de tant de bonté, émerveillés de tant de sang-froid, murmuraient -naïvement: «Nous ne vous connaissions pas; on nous a bien trompés[249]!» - -«J'ai vu ce sinistre cortège, a écrit un témoin oculaire[250]. Au -milieu de ce tumulte, de ces clameurs, de ces fréquentes décharges de -mousqueterie, que la main d'un monstre ou d'un maladroit pouvait rendre -si funestes[251], je vis la Reine conservant la tranquillité d'âme la -plus courageuse, un air de noblesse et de dignité inexprimable, et mes -yeux se remplirent d'admiration et de douleur.» Burke avait raison de -dire, dans un élan de sombre enthousiasme: «On aime à savoir que des -êtres destinés à souffrir sachent bien souffrir[252].» - -Et plus tard, lorsque, dans l'enquête ouverte sur ce grand attentat des -journées d'octobre, une députation du Châtelet vint lui demander son -témoignage, elle ne sut faire que cette réponse sublime: «J'ai tout vu, -tout su, tout oublié!» - -Le trajet fut long; il dura sept heures. A la grille de Chaillot, -Bailly vint haranguer le Roi et lui présenter les clefs de la ville. -Avec un manque de tact incroyable chez un homme d'esprit: «Quel beau -jour, Sire, dit-il, que celui où les Parisiens vont posséder dans leur -ville Votre Majesté et sa famille!» A ce mot, le Roi ne put s'empêcher -de soupirer et de dire: «Je souhaite, Monsieur, que mon séjour y ramène -la paix, la concorde et la soumission aux lois[253].» - -Il fallut aller à l'Hôtel-de-Ville; le Roi y répugnait et -Marie-Antoinette eût voulu se soustraire à cette dernière -humiliation; mais Moreau de Saint-Merry, interrogé si elle pouvait -s'en dispenser, avait répondu: «J'espère que la Reine pourra revenir -de l'Hôtel-de-Ville; mais je doute qu'elle puisse aller seule aux -Tuileries.» Des cris: _A la lanterne!_ se faisaient entendre; c'est -ainsi que Paris accueillait la famille royale que, suivant le mot de -Bailly, il avait reconquise. - -Le Roi entra d'un pas tranquille dans l'assemblée des représentants de -la Commune; la Reine suivait, tenant ses enfants par la main. «C'est -toujours avec plaisir et confiance, dit le prince en entrant, que je me -vois au milieu des habitants de ma bonne ville de Paris.» Bailly répéta -ces paroles au peuple et oublia le mot confiance. La Reine le lui -rappela: «Messieurs, reprit galamment Bailly, vous êtes plus heureux -que si je ne m'étais pas trompé[254].» - -Le Roi et la Reine étaient montés sur un trône qu'on avait préparé à -la hâte. Mais le peuple voulait voir sa conquête; il fallut paraître -aux fenêtres de l'Hôtel-de-Ville, entre deux flambeaux, afin que les -traits mieux éclairés fussent plus reconnaissables. Sous ce dais -d'un nouveau genre, le Roi et la Reine saluèrent la foule. La foule, -toujours mobile, applaudit avec un enthousiasme irrésistible ceux -qu'elle insultait tout à l'heure: On criait sur la place de Grève: -«_Vive le Roi! Vive la Reine! Vive le Dauphin et nous tous[255]!_» On -se félicitait, on s'embrassait en pleurant d'attendrissement et de -joie; il semblait que la présence du Roi à Paris eût tout sauvé. - -A dix heures, le lugubre cortège rentra aux Tuileries. La famille -royale était prisonnière; l'Assemblée l'était aussi. Joseph II avait -raison d'écrire à son frère Léopold: «La racaille de Paris va être le -despote de toute la France[256].» - - - - -CHAPITRE V - - Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues de la Reine avec - la foule; bonne entente réciproque.—Visites officielles des corps - constitués.—Murmures dans le peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle - fait retirer des reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses - bijoux chez son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du - corps.—Pillage de la maison du boulanger François.—Représentation - de _Charles IX_.—Comment la famille royale est installée et vit - aux Tuileries.—Education des enfants.—Lettre de la Reine à Mme - de Tourzel.—Bienfaisance de Marie-Antoinette.—Traits charmants du - Dauphin.—Première communion de Madame Royale. - - -Le Palais des Tuileries était resté inhabité, presque sans -interruption, depuis 1665; rien n'y était préparé pour recevoir les -hôtes augustes que la volonté du nouveau souverain venait d'y interner. -Des ouvriers, prévenus à la dernière heure, s'efforçaient d'y faire -à la hâte quelques réparations indispensables; des échelles étaient -dressées de tous côtés[257]. Les meubles étaient vieux, les tentures -fanées; les appartements, mal éclairés[258]; les lits manquaient, les -portes ne fermaient pas; le Dauphin dut passer la nuit dans une chambre -ouverte de tous côtés et dans laquelle sa gouvernante se barricada -comme elle put. «Tout est bien laid ici, Maman,» dit l'enfant en y -entrant. «Mon fils,» répondit la Reine, «Louis XIV y logeait et s'y -trouvait bien; nous ne devons pas être plus difficiles que lui[259].» -Et se tournant vers les dames qui l'accompagnaient, comme pour -s'excuser du dénuement du Château: «Vous savez, leur dit-elle avec un -triste sourire, que je ne m'attendais pas à venir ici[260].» - -Le lendemain, dès l'aube, une foule immense se pressait dans le jardin; -cédant à l'orgueil du triomphe ou plutôt entraînée par un vieil -instinct royaliste, elle avait soif de voir cette famille royale dont -la présence lui avait si longtemps manqué[261]. La cour, la terrasse, -le parc étaient pleins de monde; on demandait à grands cris le Roi -et la Reine; Mme Elisabeth alla les chercher. «La Reine, dit la -princesse, parla avec toute la grâce que vous lui connaissez. Cette -matinée fut très bien pour elle. Toute la journée, il fallut se montrer -aux fenêtres; la cour et le jardin ne désemplissaient pas[262].» Quand -Marie-Antoinette parut, les bravos furent si vifs et si universels que, -d'après le récit d'un ardent patriote, la souveraine fut quelque temps -sans pouvoir parler[263]. - -Un certain nombre de femmes, venues avec des préjugés révolutionnaires, -repartaient royalistes. L'une d'elles accusait la Reine d'avoir voulu -faire bombarder Paris au 14 juillet et s'enfuir aux frontières le 6 -octobre. La Reine répliqua avec douceur que ses ennemis seuls avaient -fait courir ce bruit et que ces calomnies avaient fait son désespoir et -celui du meilleur des rois. La foule applaudit. Une autre lui adressa -la parole en allemand. Marie-Antoinette répondit qu'elle ne l'entendait -plus, qu'elle était devenue française, qu'elle avait oublié même sa -langue maternelle. Des bravos accueillirent cette déclaration. Quelques -femmes prièrent la Reine de faire un pacte avec elles: «Eh! comment, -reprit-elle, puis-je faire un pacte avec vous, puisque vous ne croyez -pas à celui que mes devoirs me dictent et que je dois respecter pour -mon propre bonheur?» Ces femmes lui demandèrent alors des fleurs de son -chapeau; elle les détacha elle-même et toute la troupe se les partagea -en criant: «_Vive Marie-Antoinette! Vive notre bonne Reine[264]!_» -L'enthousiasme fut général, et, à cette heure, il était sincère. - -«La même foule et le même empressement pour voir la famille royale, -raconte Mme de Tourzel, continuèrent plusieurs jours avec la même -indiscrétion et poussée à un tel point que plusieurs poissardes -sautèrent dans l'appartement de Mme Élisabeth, qui supplia le -Roi de la loger ailleurs[265].» Mais la Reine était touchée de ces -empressements, et, dans sa bonté confiante, elle excusait presque les -emportements de ce peuple, qui, vu de près, et laissé à lui-même, lui -apparaissait si bon. Un jour, elle était allée visiter, au faubourg -Saint-Antoine, la manufacture de glaces; elle fut accueillie avec -enthousiasme: «Que le peuple est bon, dit-elle, quand on vient le -chercher!»—«Il n'est pas si bon, riposta un courtisan, quand il va -chercher.»—«Oh! reprit-elle avec vivacité, c'est qu'alors il est mené -par des impulsions étrangères[266].» Au lendemain des jours d'octobre, -elle croyait encore à la bonté des Parisiens! Et cependant, au milieu -de ces angoisses, ses cheveux, d'un blond si beau, étaient subitement -devenus blancs et, au bas de son portrait, peint pour Mme de -Lamballe, elle avait de sa main écrit ces mots: «Ses malheurs l'ont -blanchie[267].» - -Aux visites populaires succédèrent les présentations officielles. La -Royauté vaincue conservait encore son prestige et le Roi occupait -toujours son trône. Le Parlement fut reçu le premier, le vendredi 9 -octobre; sa députation comptait trente membres, ayant à leur tête le -Premier Président. «Sa Majesté reçut la députation dans son cabinet, -ayant à sa droite le Dauphin debout, un ployant derrière lui, et -Madame, fille du Roi, à sa gauche, également debout, avec un ployant -derrière elle. La Reine après sa réponse voulut bien ajouter que, M. le -Dauphin et Madame ne pouvant recevoir dans leur appartement, elle les -avait fait venir près de sa personne pour que le Parlement ne fût pas -privé du bonheur de les voir[268].» - -Le même jour, à midi, ce fut la Commune de Paris, conduite par Bailly -et Lafayette. «Madame,» dit Bailly à la Reine, «je viens apporter à -Votre Majesté les hommages de la ville de Paris, avec les témoignages -de respect et d'amour de ses habitants. La ville s'applaudit de vous -voir dans le palais de nos rois; elle désire que le Roi et Votre -Majesté lui fassent la grâce d'y établir leur résidence habituelle; -et lorsque le Roi accorde cette grâce, lorsqu'il daigne lui en donner -l'assurance, elle est heureuse de penser que Votre Majesté a contribué -à la lui faire obtenir.» La Reine fit à Bailly cette courte réponse: -«Je reçois avec plaisir les hommages de la ville de Paris, je suivrai -le Roi avec satisfaction partout où il ira et surtout ici[269].» - -Le mois tout entier fut consacré à des cérémonies de ce genre. La -Cour des aides fut reçue le 11; l'Université, le même jour; le -Grand Conseil, le mercredi 14; la Chambre des comptes, la Cour des -monnaies et le Conseil privé, le lundi 19. Ce jour-là, la Reine était -incommodée et ne put voir personne. Enfin, le 20, à six heures et -demie du soir, l'Assemblée nationale, de retour à Paris, malgré les -sombres pressentiments de ses membres les plus sages, de Malouet en -particulier[270], et qui avait tenu la veille sa première séance à -l'Archevêché, se présenta inopinément au Château[271]. - -Pour la première fois, les députés n'avaient pas revêtu le costume de -cérémonie; les évêques même et les curés étaient en habit court. Le -Roi les reçut, assis et couvert, ayant seulement ôté son chapeau à -l'entrée et pendant les révérences du Président. De l'appartement du -Roi, l'Assemblée passa dans celui de la Reine, en traversant le cabinet -et la galerie. La Reine, dit le compte rendu officiel, n'étant pas -prévenue de l'hommage que l'Assemblée désirait rendre à Sa Majesté, -était en ce moment à sa toilette et se disposait à jouer en public. Le -désir de ne point faire attendre l'Assemblée engagea la Reine à donner -audience sur-le-champ, sans être en grand habit. Sa Majesté s'étant -donc placée dans son fauteuil dans le grand cabinet, les officiers des -cérémonies introduisirent l'Assemblée, comme ils avaient fait chez -le Roi. L'appartement fut rempli par les députés, dont un assez grand -nombre ne purent entrer. La Reine se leva pour recevoir l'Assemblée, -et M. Fréteau, dans son discours, ayant témoigné le désir qu'avaient -les représentants de la nation de voir M. le Dauphin entre les bras -de Sa Majesté[272], la Reine ordonna au maître des cérémonies de -l'aller chercher, et lorsqu'il fut arrivé, la Reine le prit dans ses -bras et le fit voir à tous les députés qui firent retentir la salle -d'applaudissements et des acclamations réitérées de _Vive le Roi! -Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Sa Majesté voulut bien faire ainsi -le tour du cabinet, pour que tous les députés pussent voir M. le -Dauphin, et dire en même temps des paroles pleines de bonté à ceux -d'entre eux qui se trouvaient près d'elle. La Reine rentra ensuite -dans son appartement, et l'Assemblée se retira, reconduite jusqu'au -bas de l'escalier par les officiers des cérémonies. Le maître des -cérémonies[273] croit devoir faire observer à cette occasion que la -Reine, «recevant toujours les Corps de la même manière que le Roi, -aurait pu ne pas se lever, à l'entrée de l'Assemblée nationale, et -que ce fut une marque particulière d'égards que Sa Majesté voulut lui -donner en se levant et en disant un mot sur ce qu'Elle n'était point en -grand habit[274].» - -Le maître des cérémonies a soin d'ajouter un peu plus loin que -toutes ces «irrégularités», comme il les appelle, ne tiennent qu'aux -circonstances et qu'elles ne sauraient tirer à conséquence pour -l'avenir. Etrange préoccupation dans un pareil moment! La monarchie -croulait, et M. de Nantouillet ne songeait qu'au renversement de -l'étiquette! - -A l'Assemblée succédèrent la municipalité de Paris, le Châtelet, le -bureau des Trésoriers de France, l'Amirauté et, en dernier lieu, le 16 -novembre, l'Académie française, qui harangua la Reine et le Dauphin par -la bouche de son directeur, le chevalier de Boufflers[275]. - -Dans toutes ces réceptions, officielles ou populaires, Marie-Antoinette -se retrouvait avec sa dignité simple et ce charme séducteur auquel ses -malheurs récents ajoutaient je ne sais quel attrait de plus. «Il est -impossible, écrivait Mme Élisabeth le 13 octobre, de mettre plus de -grâce et de courage que la Reine n'en a mis depuis huit jours[276].» -Mais ce courage était parfois nerveux et cette grâce se voilait de -mélancolie. Tout était tranquille en apparence. Le pain était revenu -en abondance; une certaine détente semblait se produire. Intimidé -par Lafayette, le duc d'Orléans était parti pour l'Angleterre, sous -prétexte d'une mission qui déguisait mal un exil. Mais que de passions -grondaient sous cette surface calme! Le petit Dauphin, avec la naïve -insouciance de son âge, pouvait écrire à Mme de Polignac: «Oh! -Madame, comme vous auriez été malheureuse les 5 et 6 octobre; mais à -présent nous sommes tous heureux[277].» La Reine ne pouvait avoir ni -cette gaîté enfantine, ni cette confiance; ses ennemis n'avaient pas -désarmé. - -Le surlendemain même de son retour à Paris, une émeute avait éclaté au -Mont-de-Piété. On avait fait courir le bruit,—dans quelle intention, on -le devine facilement,—on avait même annoncé dans les papiers publics -que la Reine retirerait tous les objets mis en gage, et la foule -s'était pressée, impatiente et houleuse, aux portes des bureaux[278]. -Déçue dans son attente, elle s'était portée aux Tuileries, appelant à -grand cris la Reine et réclamant l'exécution de sa prétendue promesse. -Quelques personnes engageaient Marie-Antoinette à céder à ce désir -tumultueux. Mesdames de Tourzel et de Chimay l'en dissuadèrent, et, -haranguant elles-mêmes la foule, l'engageant à s'en reposer sur la -bonté bien connue de la souveraine, finirent par la déterminer à se -retirer tranquillement. Quelques jours après, la Reine, toujours -prête à signaler son passage par des bienfaits, obtenait du Roi -l'autorisation de retirer du Mont-de-Piété tous les objets qui -n'excéderaient pas la valeur d'un louis. Il y en eut pour trois cent -mille livres. Un peu plus tard, elle faisait rendre la liberté à quatre -cents pères de famille, détenus pour dettes de mois de nourrice. - -Mais cette bonté même n'arrêtait pas la calomnie. Souvent une populace -soudoyée venait, jusque sous les fenêtres des Tuileries, vomir des -injures contre les malheureux souverains. On allait plus loin; sous le -titre de délégués et sous prétexte de haranguer le Roi, des individus, -sortis de la lie du peuple, pénétraient au Château et, en présence de -la famille royale, répétaient des outrages inspirés et payés. L'abus -était tel que les ministres proposèrent d'interdire à de telles gens -l'entrée du Palais. «Non,» répondirent le Roi et la Reine, «ils peuvent -venir, nous aurons le courage de les entendre.» - -Un jour, s'adressant à Louis XVI, un homme de cette trempe osa -inculper, dans les termes les plus offensants, Marie-Antoinette qui -assistait à l'entrevue: «Vous vous trompez,» reprit le Roi avec -douceur, «la Reine et moi n'avons pas les intentions qu'on nous prête; -nous agissons de concert pour votre bien commun.» Lorsque la députation -fut partie, ajoute Hue, à qui nous empruntons ce fait, la Reine fondit -en larmes[279]. - -Dans de telles conditions, la confiance ne pouvait renaître; et dès -le 10 octobre 1789, la Reine faisait transporter chez son bijoutier -Daguerre[280] la majeure partie de cette précieuse collection d'objets -d'art qu'elle avait réunie: laques du Japon, porcelaines de Chine, -bois pétrifiés, coffrets de jaspe, coupes d'agate orientale, vases -de sardoine brune, boîtes à parfiler, aiguières en cristal de roche: -objets charmants, dont le style exquis séduit aujourd'hui encore les -visiteurs du Musée du Louvre et dont les commissaires de la Convention -eux-mêmes seront forcés de reconnaître le «beau et riche travail». -C'était, disait le procès-verbal d'inventaire, «afin de les faire -monter, d'autres réparer, et y faire des étuis et coffres à l'effet -de pouvoir les transporter avec sûreté.» Ils devaient en effet être -transportés à Saint-Cloud; mais les événements ne le permirent pas et -c'est chez le successeur de Daguerre, Lignereux, que les commissaires -délégués, les citoyens Nitot et Besson, vinrent en faire le -récolement le 30 brumaire an II, et en demander le transfert au Musée -national[281]. - -A peine arrivée à Paris[282], la famille royale avait dû se résigner à -un douloureux sacrifice. Par mesure de prudence, Louis XVI avait cru -devoir éloigner de lui les gardes du corps. Il avait fallu se séparer -de ces fidèles serviteurs, dont le dévouement avait seul arraché -la Reine au poignard des assassins et qui eussent été une défense -sûre contre des attentats futurs, si leur dévouement même ne les -eût signalés à la fureur populaire: «Cela a été une peine bien vive -pour le Roi et la Reine,» mandait Mme Elisabeth à la duchesse de -Polignac[283]. - -Vers la même époque, la Reine désolée écrivait à son amie: «J'ai pleuré -d'attendrissement en lisant vos lettres. Vous parlez de mon courage; -il en faut bien moins pour soutenir les moments affreux où je me suis -trouvée que pour supporter notre position, ses peines à soi, celles de -ses amis et celles de tous ceux qui nous entourent. C'est un poids trop -fort à supporter, et si mon cœur ne tenait par des liens aussi forts à -mon mari, mes enfants, mes amis, je désirerais de succomber; mais vous -autres me soutenez; je dois encore ce sentiment à votre amitié. Mais, -ajoutait-elle tristement, je vous porte à tous malheur et vos peines -sont pour moi et par moi[284].» - -La garde nationale occupa les postes des Tuileries, comme, le 6 -octobre, elle avait occupé ceux de Versailles. Issue d'une émeute, -née d'une pensée de défiance contre la monarchie, formée de soldats -révoltés et de bourgeois naïfs et frondeurs, tiraillée entre les -différents partis, condamnée par son origine même à partager les -préjugés de la foule et les illusions de ses chefs, elle ne pouvait, -quoiqu'elle eût été très attentive au début[285], apporter à la -défense de la royauté ni le dévouement de serviteurs séculaires, ni la -solidité d'une troupe disciplinée[286]. L'agitation, un moment apaisée, -avait vite recommencé. «Nous vivons au milieu des alertes, écrivait -un attaché de la légation de Saxe; le peuple ne paraît pas encore -satisfait, malgré tout ce qu'il a obtenu[287].» Les portes cochères -des maisons un peu marquantes avaient été crayonnées de noir ou de -rouge; on redoutait une émeute[288]. Le 21 octobre, en effet[289], le -surlendemain du jour où l'Assemblée tenait à Paris sa première séance, -la populace assaillait la boutique d'un boulanger nommé François[290], -la pillait, pendait le boulanger en place de Grève, lui coupait la -tête et la promenait dans les rues au bout d'une pique[291]. La Reine -ne put que donner sur sa cassette une petite pension à la veuve de cet -infortuné; elle lui envoya six mille francs[292]. - -Le 4 novembre, le _Charles IX_, de Chénier, d'abord interdit, puis -autorisé par la faiblesse de Bailly, mettait en feu les spectateurs du -Théâtre-Français. Malgré les protestations de l'auteur et sa dédicace -enthousiaste au «prince magnanime» que trois ans plus tard il devait -condamner à mort, l'attaque contre le trône était transparente, et le -moment singulièrement choisi, comme le faisait justement remarquer -Beaumarchais[293], lorsque le Roi et sa famille venaient résider à -Paris. Chaque soir, les allusions étaient avidement saisies par un -public ardent, qui sortait de là, dit Ferrières, «ivre de vengeance -et tourmenté d'une soif de sang[294].» Les chefs de la révolution ne -s'y trompaient pas. «Cette pièce, écrivait Camille Desmoulins, avance -plus nos affaires que les journées d'octobre.» Et, le jour même de la -première représentation, Danton disait au parterre: «Si _Figaro_ a tué -la noblesse, _Charles IX_ tuera la royauté[295].» - -On conçoit que la Reine mît peu d'empressement à se montrer dans les -théâtres où se jouaient de telles pièces, et que, sollicitée par une -députation de la municipalité et de la garde nationale de paraître aux -spectacles, elle ait répondu «qu'elle aurait infiniment de plaisir à -se rendre à l'invitation de la ville de Paris, mais qu'il fallait du -temps pour perdre le souvenir des affligeantes journées qu'elle venait -de passer et dont son cœur avait trop souffert[296]». Tout émue des -épreuves qui l'avaient assaillie, des dangers qu'elle avait courus, -et qui l'attendaient encore, quoiqu'elle affectât de n'avoir point -d'inquiétude[297], alarmée des symptômes qu'elle découvrait chaque -jour, et mal rassurée contre les menaces de la rue par la protection de -Lafayette, et de sa milice parisienne, elle se renfermait au Château et -s'absorbait dans la vie de famille. - -Après quelques tâtonnements, inévitables dans le désarroi du premier -moment, on avait fini par s'organiser aux Tuileries. Les meubles -avaient été apportés de Versailles, et le Roi et la Reine avaient -marqué eux-mêmes leurs logements et ceux de leur suite. Le Roi, pour -avoir son fils près de lui, avait partagé ses appartements avec le -Dauphin; il occupait au rez-de-chaussée, sur le jardin, trois pièces -auxquelles on arrivait par la galerie de gauche. A l'entresol était son -cabinet de géographie; au premier, sa chambre à coucher; près de cette -pièce, la chambre du Conseil. - -Les appartements de la Reine étaient près de ceux du Roi. En bas, -son cabinet de toilette, sa chambre à coucher et le salon de -compagnie. A l'entresol, la bibliothèque, qu'elle avait fait venir de -Versailles[298]: bibliothèque grave et pieuse, «qui, dit un auteur, -annonce un esprit sérieux et cultivé[299]»; et où, parmi des ouvrages -d'apologétique chrétienne, de philosophie et d'histoire, on ne trouve -que de rares romans, les poètes classiques et quelques pièces de -théâtre[300]. Au-dessus de cette bibliothèque, l'appartement de Madame, -séparé de la chambre du Roi par celle du Dauphin. Mme de Tourzel -habitait le rez-de-chaussée[301]. Un petit escalier noir reliait -l'appartement du jeune prince à celui de sa gouvernante. Seules, la -Reine et Mme de Tourzel en avaient la clef[302]. D'autres escaliers -permettaient au Roi et à la Reine de communiquer librement entre eux -et avec leurs enfants. Mme de Lamballe occupait le rez-de-chaussée -du pavillon de Flore; Mme Elisabeth, le premier étage; Mesdames de -Mackau, de Grammont, d'Ossun, l'étage supérieur; Mesdames, le pavillon -de Marsan. Monsieur et Madame habitaient le Luxembourg[303]. - -Au bout de quelques jours, la Cour avait repris ses habitudes. Les -principales charges, les premiers gentilshommes de la chambre, les -ducs de Villequier et de Duras, le grand prévôt, marquis de Tourzel, -le grand maréchal-des-logis, marquis de Brézé, étaient revenus à -leur poste[304]. Il y avait jeu les dimanche et jeudi, et parfois -grand couvert le dimanche[305]. La princesse de Lamballe essaya, pour -distraire sa royale amie, d'organiser chez elle quelques soirées. Mais -Marie-Antoinette n'avait plus le cœur à la joie. Il y avait, par un -reste d'étiquette, quelques actes de représentation; mais, la plupart -du temps, la Reine restait chez elle avec son mari et ses enfants. -Elle déjeunait seule tous les jours, voyait ensuite son fils et sa -fille; pendant ce temps, le Roi venait lui rendre visite. Puis elle -allait à la messe; durant quelque temps, et jusqu'à ce qu'on ait eu -le temps d'élever une sorte de galerie en planches, elle traversait, -pour se rendre à la chapelle, la grande terrasse du Château en plein -air, au milieu des regards curieux ou hostiles[306]; après la messe, -elle revenait s'enfermer dans ses cabinets. Elle dînait à une heure, -avec le Roi, Madame Royale et Mme Elisabeth. Après le dîner, elle -faisait, dans la galerie de Diane[307], une partie de billard avec -Louis XVI, qui, ayant renoncé à sortir depuis le départ des gardes du -corps[308], avait besoin d'un peu d'exercice; elle travaillait à la -tapisserie et rentrait de nouveau chez elle jusqu'à huit heures, heure -à laquelle Monsieur et Madame arrivaient pour souper. A onze heures, on -se séparait[309]. - -Dans ses appartements, la vie de Marie-Antoinette se partageait entre -le travail manuel et l'éducation de ses enfants. Son esprit, soucieux -des affaires publiques, avait besoin d'une distraction qui occupât les -doigts sans absorber l'attention. Le travail manuel lui rendait ce -service; elle l'avait toujours aimé; elle s'y attacha plus encore. On -la vit entreprendre de grands ouvrages de tapisserie, besogne facile, -qui laissait à la pensée sa liberté, et Mme Campan assure qu'une -marchande de Paris, Mme Dubuquois, conserva longtemps dans son -magasin un tapis fait par la Reine et Mme Elisabeth pour le grand -appartement du rez-de-chaussée des Tuileries[310]. - -Mais le meilleur et le plus cher de son temps était réservé à ses -enfants. Dès le 12 août, elle avait écrit à la duchesse de Polignac: -«Mes enfants font mon unique ressource; je les ai le plus possible -avec moi[311].» Aux Tuileries, c'était plus encore. La matinée était -consacrée à l'éducation de Madame Royale, qui prenait toutes ses leçons -sous les yeux de sa mère. Quand le temps était beau, la Reine faisait -avec ses enfants une promenade dans le jardin des Tuileries[312], qui -n'était ouvert au public qu'à midi[313]. C'était une consolation pour -elle et une vraie joie pour le Dauphin, qui aimait passionnément le -grand air et l'exercice. Il eût bien voulu circuler dans Paris; mais, -au début, on ne l'osait pas, et à la fin de novembre ou au commencement -de décembre, le jeune prince écrivait à son ancienne gouvernante: -«Nous ne sommes pas encore sortis des Tuileries; nous allons souvent -nous promener avec maman dans le jardin[314].» Le dimanche, le curé -de Saint-Eustache venait faire le catéchisme à Madame Royale, qui -se préparait à sa première communion; le Dauphin assistait à ces -instructions[315]. - -C'était un charmant enfant que ce Dauphin, avec ses grands yeux bleus, -ses longs cheveux bouclés, ses joues fraîches et roses, sa franche et -communicative gaîté et cet entrain un peu étourdi que le malheur allait -si tôt changer en une gravité précoce. Nul ne le connaissait mieux -que sa mère; nul n'avait étudié avec une attention plus minutieuse et -une plus sévère clairvoyance les défauts comme les qualités de son -caractère. Quelques jours après le 14 juillet, appelant la marquise de -Tourzel à la place de gouvernante des Enfants de France, que laissait -vacante l'émigration de la duchesse de Polignac, et, comme elle le -disait elle-même, remettant à la vertu ce qu'elle avait confié à -l'amitié[316], Marie-Antoinette écrivait la lettre suivante: - - «24 juillet 1789. - -«Mon fils a quatre ans, quatre mois moins deux jours. Je ne parle ni -de sa taille, ni de son extérieur; il n'y a qu'à le voir. Sa santé a -toujours été bonne; mais, même au berceau, on s'est aperçu que ses -nerfs étaient très délicats et que le moindre bruit extraordinaire -faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses premières dents; -mais elles sont venues sans maladies ni accidents. Ce n'est qu'aux -dernières, et je crois que c'était à la sixième, qu'à Fontainebleau -il a eu une convulsion. Depuis, il en a eu deux, une dans l'hiver de -1787-1788, et l'autre à son inoculation; mais cette dernière a été -très petite. La délicatesse de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il -n'est pas accoutumé lui fait toujours peur; il a peur, par exemple, -des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l'ai -jamais forcé à en voir, parce que je crois qu'à mesure que sa raison -viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts -et bien portants, très léger et violent dans ses colères; mais il est -bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l'emporte -pas. Il a un amour-propre démesuré, qui, en le conduisant bien, peut -tourner un jour à son avantage. Jusqu'à ce qu'il soit bien à son aise -avec quelqu'un, il sait prendre sur lui et même dévorer ses impatiences -et colères pour paraître doux et aimable. Il est d'une grande fidélité -quand il a promis une chose; mais il est très indiscret; il répète -aisément ce qu'il a entendu dire et souvent, sans vouloir mentir, il -ajoute ce que son imagination lui a fait voir. C'est son plus grand -défaut et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète, -il est bon enfant, et avec de la sensibilité et en même temps de la -fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu'on -voudra. Mais la sévérité le révolterait, parce qu'il a beaucoup de -caractère pour son âge, et, pour en donner un exemple, dès sa plus -petite enfance, le mot pardon l'a toujours choqué. Il fera et dira -tout ce qu'on voudra, quand il a tort; mais le mot pardon, il ne le -prononcera qu'avec des larmes et des peines infinies. - -«On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi, -et, quand ils ont eu des torts, à me les dire eux-mêmes. Cela fait -qu'en les grondant j'ai l'air plus peinée et affligée de ce qu'ils -ont fait que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui ou non, -prononcé par moi, est irrévocable; mais je leur donne toujours une -raison à la portée de leur âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que -c'est humeur de ma part. - -«Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop -étourdi pour s'appliquer. Il n'a aucune idée de hauteur dans la tête, -et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours -assez tôt ce qu'ils sont. Il aime sa sœur beaucoup et a bon cœur. -Toutes les fois qu'une chose lui fait plaisir, soit d'aller quelque -part ou qu'on lui donne quelque chose, son premier mouvement est -toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai. Il a besoin, -pour sa santé, d'être beaucoup à l'air, et je crois qu'il vaut mieux, -pour sa santé, le laisser jouer et travailler à la terre sur les -terrasses que de le mener plus loin. L'exercice que les petits enfants -prennent en courant, en jouant à l'air, est plus sain que d'être forcés -de marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins. - -«Je vais maintenant parler de ce qui l'entoure. Trois -sous-gouvernantes: Mmes de Soucy, belle-mère et belle-fille, et -Mme de Villefort. - -«Mme de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte, -mais mauvais ton. La belle-fille, même ton. Point d'espoir. Il y a déjà -quelques années qu'elle n'est plus avec ma fille; mais avec le petit -garçon, il n'y a pas d'inconvénient. Du reste, elle est très fidèle et -même un peu sévère avec l'enfant. - -«Mme de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte; elle a au -moins aussi mauvais ton, et plus même, mais à l'extérieur. Toutes sont -bien ensemble. - -«Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l'enfant. Mais -Mme Lemoine, une caillette et bavarde, insoutenable, contant tout ce -qu'elle sait dans la chambre, devant l'enfant ou non, cela est égal. -Mme Neuville a un extérieur agréable, de l'esprit, de l'honnêteté; -mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante. - -«Brunier, le médecin, a ma grande confiance, toutes les fois que les -enfants sont malades; mais hors de là, il faut le tenir à sa place; il -est familier, humoriste et clabaudeur. - -«L'abbé d'Avaux peut être fort bon pour apprendre les lettres à mon -fils; mais du reste il n'a ni le ton, ni même ce qu'il faudrait pour -être auprès de mes enfants, c'est ce qui m'a décidée dans ce moment à -lui retirer ma fille; il faut bien prendre garde qu'il ne s'établisse -hors les heures de leçons chez mon fils. C'est une des choses qui a -donné le plus de peine à Mme de Polignac et encore n'en venait-elle -toujours à bout; c'était la société des sous-gouvernantes. Depuis dix -jours, j'ai appris des propos d'ingratitude de cet abbé, qui m'ont fort -déplu. - -«Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent avec zèle; mais -je ne puis pas compter beaucoup sur elles. Dans ces derniers temps, -il s'est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre; mais je ne -saurais dire exactement par qui; il y a cependant une Mme Belliard -qui ne se cache pas sur ses sentiments; sans soupçonner personne, on -peut s'en méfier. Tout son service en hommes est fidèle, attaché et -tranquille. - -«Ma fille a à elle deux premières femmes et sept femmes de chambre. -Mme Brunier, femme du médecin, est à elle depuis sa naissance, et la -sert avec zèle; mais, sans avoir rien de personnel à lui reprocher, je -ne la chargerais jamais que de son service. Elle tient du caractère de -son mari. De plus, elle est avare et avide des petits gains qu'il y a à -faire dans la chambre. - -«Sa fille, Mme Fréminville, est une personne d'un vrai mérite. -Quoique âgée seulement de vingt-sept ans, elle a toutes les qualités -d'un âge mûr. Elle est à ma fille depuis sa naissance et ne l'a jamais -perdue de vue. Je l'ai mariée, et le temps qu'elle ne passe pas avec -ma fille, elle l'occupe en entier à l'éducation de ses trois petites -filles. Elle a un caractère doux et liant, est fort instruite, et c'est -elle que je désire charger de continuer les leçons à la place de -l'abbé d'Avaux. Elle en est fort en état, et puisque j'ai le bonheur -d'en être sûre, je trouve que c'est préférable à tout. Au reste, ma -fille l'aime beaucoup et y a confiance. - -«Les sept autres femmes sont de bons sujets et cette chambre est bien -plus tranquille que l'autre. Il y a deux très jeunes personnes, mais -elles sont surveillées par leurs mères, l'une à ma fille, l'autre par -Mme Lemoine. - -«Les hommes sont à elle depuis sa naissance. Ce sont des êtres -absolument insignifiants; mais comme ils n'ont rien à faire que le -service, et qu'ils ne restent point dans sa chambre par delà, cela -m'est insignifiant[317].» - -Laissons de côté les appréciations sur les personnes, que les -événements ont pu et dû modifier par la suite[318]. Qui n'admirerait, -au milieu de tant de préoccupations de toute sorte, la surveillance de -cette mère, sa perspicacité et cet incessant souci de la santé et de -l'éducation morale de ses enfants? - -Un mois après, elle écrivait encore à Mme de Tourzel, à propos d'un -petit accès de colère du Dauphin: - -«Mon cher cœur, notre tendresse doit être sévère pour cet enfant; -il ne faut pas oublier que ce n'est pas pour nous que nous devons -l'élever, mais pour le pays. Les premières impressions sont si fortes -dans l'enfance qu'en vérité je suis effrayée, quand je pense que nous -élevons un Roi[319].» - -Le Dauphin s'élevait ainsi, s'instruisant aux leçons de l'abbé -d'Avaux, et plus encore à celles de sa mère; il développait, sous -cette chère influence, son esprit et son cœur. Sa mère, il l'adorait, -heureux de son sourire, souffrant de ses peines, s'ingéniant sans cesse -à lui faire plaisir. Il avait,—la lettre que nous venons de citer le -constate,—une assez vive répugnance pour l'étude; il en triompha par -amour filial. Un jour, Marie-Antoinette lui reprochait de ne pas savoir -lire à quatre ans et demi.—«Eh bien! répondit-il, je le saurai pour vos -étrennes.» «A la fin de novembre,» raconte Mme de Tourzel, il dit à -son précepteur: «Il faut pourtant que je sache combien j'ai de temps -jusqu'au jour de l'an, puisque j'ai promis à maman de savoir lire pour -ce jour-là.» En apprenant qu'il n'y avait plus qu'un mois, il regarda -l'abbé d'Avaux et lui dit avec un sang-froid inconcevable: «Donnez-moi, -je vous prie, mon bon abbé, deux leçons par jour, et je m'appliquerai -tout de bon.» Il tint parole, et, au jour fixé, entra triomphant chez -la Reine, tenant un livre à la main; il se jeta à son cou: «Voilà vos -étrennes,» lui dit cet aimable enfant; «j'ai tenu ma promesse; je sais -lire à présent[320].» - -Une autre fois, entendant une femme dire d'une de ses amies: «Elle est -heureuse comme une reine.»—«Heureuse comme une Reine! s'écria-t-il; -ce n'est pas de maman que vous voulez parler, alors; car elle pleure -toujours[321].» - -Les promenades officielles dans le jardin des Tuileries, sous l'escorte -dès gardes nationaux, étaient une contrainte. Mme de Tourzel -obtint qu'on arrangeât pour le Dauphin un petit jardin particulier, -à l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau[322]. Le jeune prince -s'y ébattait en toute liberté; il y élevait des lapins; il y soignait -des oiseaux dans une volière, des canards sur un bassin[323]. Il y -cultivait des fleurs, et les plus belles toujours étaient réservées à -sa mère. D'autres fois, on le conduisait chez une parente de Mme de -Tourzel, la marquise de Lède, qui possédait au faubourg Saint-Germain -un bel hôtel et un vaste parc. Plus souvent, il accompagnait sa mère -dans ses excursions charitables. Quand la Reine allait visiter les -hôpitaux ou les pauvres, elle emmenait son fils avec elle et elle -avait soin qu'il distribuât lui-même les aumônes qu'elle laissait -dans les mansardes. Tantôt c'était aux Gobelins, et le président du -district étant venu la complimenter, elle lui disait: «Monsieur, vous -avez bien des malheureux; mais les moments où nous les soulageons nous -sont bien précieux[324].» Tantôt à la Société de charité maternelle, -qu'elle avait fondée et dont elle autorisait les dames à distribuer -par mois seize cents livres pour la nourriture et le chauffage, douze -cents pour des couvertures et des vêtements, sans compter les layettes -qu'on donnait à trois cents mères[325]. Tantôt à l'école de dessin, -aussi fondée par elle et à laquelle elle envoyait un jour douze cents -livres, économisées à grand'peine, pour qu'on ne diminuât pas les -récompenses et que ses chers élèves n'eussent pas à souffrir de sa -propre détresse[326]. D'autres fois encore elle plaçait chez Mlle O. -Kennedy quatre filles d'invalides, orphelines, qui sont, disait-elle, -«l'objet de ma fondation[327].» - -Mais ce qui semblait attirer plus particulièrement le Dauphin, comme -par un mystérieux pressentiment, c'était l'hospice des Enfants-trouvés. -Marie-Antoinette l'y conduisait souvent, et la reconnaissance de ces -pauvres enfants se traduisait encore par des acclamations, qui lui -étaient bien douces; on y criait «beaucoup _Vive le Roi!_ et pas mal -_Vive la Reine[328]!_» Le jeune prince ne s'éloignait de là qu'à regret -et toutes ses petites économies étaient consacrées au soulagement de -ces infortunés. Un jour, son père le surprit au moment où il rangeait -des écus dans un joli coffret que lui avait donné sa tante, Mme -Élisabeth: «Comment! Charles, lui dit-il d'un air mécontent, vous -thésaurisez comme les avares?» L'enfant rougit, mais se remettant -bientôt: «Oui, mon père, répondit-il; je suis avare, mais c'est -pour les enfants trouvés. Ah! si vous les voyiez! Ils font vraiment -pitié!» Le Roi se pencha vers son fils et, l'embrassant avec une de -ces effusions de joie qu'il ne connaissait plus guère: «En ce cas, mon -enfant, dit-il, je t'aiderai à remplir ton coffret.» - -Plus âgée et plus grave que son frère, Madame Royale sentait plus -profondément les angoisses de la situation. Pour mettre un peu de gaîté -dans sa vie, la Reine avait organisé chez Mme de Tourzel de petites -réunions intimes, où elle allait de temps à autre prendre le thé et -où sa fille rencontrait des jeunes amies de son âge. On jouait à de -petits jeux; on courait à travers les appartements grands ouverts; -on faisait même des parties de cache-cache, que plus tard le Dauphin -se rappelait avec plaisir. Mais des soins plus sérieux occupaient -le temps et s'imposaient au cœur de la jeune princesse. Depuis son -arrivée à Paris, le curé de Saint-Eustache venait chaque dimanche lui -faire le catéchisme et la préparer à sa première communion. Ce fut -le mercredi saint 31 mars[329] qu'elle accomplit ce grand acte, à -Saint-Germain-l'Auxerrois. Dès le matin, la Reine conduisit sa fille -dans la chambre du Roi: «Ma fille, lui dit-elle, jetez-vous aux pieds -de votre père et demandez-lui sa bénédiction.» Madame se prosterna; -le Roi la bénit, la releva et lui adressa ces graves et religieuses -paroles: - -«C'est du fond de mon cœur, ma fille, que je vous bénis, en demandant -au Ciel qu'il vous fasse la grâce de bien apprécier la grande action -que vous allez faire. Votre cœur est innocent aux yeux de Dieu; vos -vœux doivent lui être agréables; offrez-les-lui pour votre mère et -pour moi. Demandez-lui qu'il m'accorde la grâce nécessaire pour faire -le bonheur de ceux sur lesquels il m'a donné l'empire et que je dois -considérer comme mes enfants. Demandez-lui qu'il daigne conserver dans -le royaume la pureté de la religion et souvenez-vous bien, ma fille, -que cette sainte religion est la source du bonheur et notre soutien -dans les adversités de la vie. Ne vous en croyez pas à l'abri. Vous -êtes bien jeune; mais vous avez déjà vu votre père affligé plus d'une -fois. - -«Vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous destine; si -vous resterez dans ce royaume ou si vous irez en habiter un autre. -Dans quelque lieu où la main de Dieu vous pose, souvenez-vous que vous -devez édifier par vos exemples, faire le bien toutes les fois que -vous en trouverez l'occasion; mais surtout, mon enfant, soulagez les -malheureux de tout votre pouvoir. Dieu ne nous a fait naître dans le -rang où nous sommes que pour travailler à leur bonheur et les consoler -dans leurs peines[330].» - -Tels étaient les enseignements que ce «tyran» donnait à ses enfants, -et les actes suivaient de près les paroles. Il était d'usage que les -filles de France reçussent une parure en diamants le jour de leur -première communion. Madame Royale n'eut pas ce brillant cadeau[331]. -La cérémonie s'accomplit avec la plus grande simplicité. La jeune -princesse arriva à l'église, conduite par sa gouvernante et sa -sous-gouvernante, Mme de Mackau; elle avait le maintien le plus -recueilli et s'approcha de la Sainte Table avec les marques de la -dévotion la plus sincère[332]. La Reine, qui avait fait ses Pâques la -surveille[333], n'assista à la cérémonie qu'incognito et sans suite, -«aussi simplement habillée qu'une bourgeoise,» raconte un témoin -oculaire, mais avec une piété extrême et les yeux toujours fixés sur -la jeune communiante[334]. Le jour même, d'abondantes aumônes furent -distribuées aux pauvres des diverses paroisses de Paris; c'était le -prix du collier de diamants que n'avait point reçu Madame Royale. - - - - -CHAPITRE VI - - Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé sont déclarés à la - disposition de la nation.—Suppression des Parlements.—Affaire de - Favras.—Sa mort héroïque.—Plan d'évasion d'Augeard.—Démarche du - Roi à l'Assemblée le 4 février 1790.—On présente à la Reine la - veuve et le fils de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du - Livre rouge.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à - Saint-Cloud.—Fédération du 14 juillet 1790.—La famille royale est - acclamée par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les - journées d'octobre. - - -Réinstallée à Paris, dans la salle du Manège, l'Assemblée avait -repris le cours de ses discussions. Pour combler le déficit, elle -s'en prenait au clergé. Le 2 novembre, sur la proposition du trop -fameux évêque d'Autun, elle déclarait que les biens ecclésiastiques -étaient à la disposition de la nation. C'était le premier pas dans la -voie de la spoliation. Le lendemain, à l'instigation d'Adrien Duport, -l'Assemblée ajournait la rentrée des Parlements, en attendant qu'elle -les supprimât. Ainsi ce grand corps, qui avait été le promoteur de -la réunion des États généraux, en était la première victime. Bientôt -après, les provinces étaient remplacées par les départements. Les -ministres acceptaient ces changements avec une facilité qui rendait -leur résignation suspecte. «Le pouvoir exécutif fait le mort,» -s'écriait Charles de Lameth[335], et les chefs de la Révolution se -défiaient de cette attitude passive, lorsque l'affaire du marquis de -Favras vint fournir un corps à leurs soupçons. - -Quel était au fond le plan du marquis de Favras? Voulait-il réellement -enlever le Roi et la famille royale, pour les conduire hors de Paris? -Préparait-il un plan de contre-révolution? Sous quelle inspiration? -Avec quels appuis? Un grand mystère plane sur tous ces points et -y planera probablement toujours, grâce à l'héroïque silence de -l'accusé. On a dit que la Reine redoutait ses aveux[336]. Monsieur, -dont les journaux avaient mêlé le nom à cette affaire, effrayé de ces -dénonciations, crut devoir se justifier publiquement et se rendit, -le lendemain de l'arrestation de Favras, à l'Hôtel-de-Ville, pour -protester de son attachement à la Révolution: démarche étrange et qui -fut jugée peu digne d'un fils de France[337]. - -Le procès fut rapidement instruit: arrêté le 25 décembre 1789, et -traduit devant le Châtelet, Favras répondit avec un calme admirable -aux allégations de ses dénonciateurs, deux individus de petit état et -de petite réputation. Mais l'arrêt était rendu d'avance: «Il fallait, -écrivait Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, il fallait effrayer -ceux qui voudraient servir le Roi; il fallait du sang au peuple et le -sang d'un homme à qui l'on pût donner le nom d'aristocrate[338].» Le -jour où le jugement fut rendu, la foule hurlait autour du prétoire, -réclamant à grands cris la mort de l'accusé et essayant d'intimider -les juges. Les juges cédèrent: la démonstration populaire suppléa aux -preuves qui n'existaient pas, et Favras fut condamné à être pendu. -«Votre vie, lui dit Quatremère, rapporteur du procès, est un sacrifice -que vous devez à la tranquillité publique.» Favras ne répondit que -par un regard de mépris à cette étrange théorie par laquelle, depuis -l'origine du christianisme, les peureux ont toujours tenté de légitimer -leurs défaillances. - -Le lendemain, vendredi 19 février, à la lueur des torches, au milieu -des cris d'une joie féroce et d'un appareil inusité, Favras fut pendu -en place de Grève. Jusqu'à la fin, il montra le même sang-froid, -n'opposant aux injures qu'un dédaigneux sourire et refusant noblement -de révéler son secret: «Citoyens,» dit-il, «je meurs innocent; priez -Dieu pour moi. Je meurs avec le calme que donne la tranquillité de -la conscience et je recommande ma mémoire à l'estime de tous les -citoyens vertueux, ainsi que ma femme et mes enfants, à qui j'étais -si nécessaire. Je demande la grâce des faux témoins, s'ils étaient -reconnus comme tels, et que personne n'appréhende les suites d'un -complot imaginaire[339].» Et se tournant vers le bourreau: «Allons, -mon ami, dit-il, fais ton devoir.» Incapable de comprendre cet -héroïsme, la foule insulta le mourant par des rires, des danses et des -applaudissements ironiques; quelques misérables eurent même le courage -de crier: _Bis!_ et l'on ne sauva le cadavre des derniers outrages -que par une inhumation précipitée[340]. Le Roi et la Reine furent -profondément affectés de cette condamnation et de cette mort. «Je fus -témoin de leur douleur, raconte Mme de Tourzel, et je ne puis encore -penser à l'état où je vis la Reine, quand elle apprit que M. de Favras -n'existait plus[341].» - -Un projet plus sérieux, ou du moins mieux connu que celui de -Favras,—car il a été raconté en détail par son auteur lui-même,—avait -été conçu par un secrétaire des commandements de la Reine, Augeard. -Frappé des dangers qui menaçaient la famille royale et surtout -Marie-Antoinette, Augeard avait proposé à cette princesse de -l'emmener avec ses enfants, un soir, dans une voiture de poste à deux -chevaux: elle eût pris le costume d'une gouvernante et le Dauphin -eût été habillé en fille. Le lendemain matin, on devait descendre -à Saint-Thierry, maison de campagne de l'archevêque de Reims, et, -repartant après un repas sommaire, en ayant soin d'éviter les villes, -on serait arrivé au château de Buzancy, appartenant à Augeard, d'où un -relai, préparé à l'avance, eût conduit les fugitifs à la frontière. Le -plus grand secret eût couvert ce plan, même à l'égard du Roi. La Reine -accepta d'abord; mais quand il fallut prendre une décision définitive, -elle ne put s'y résoudre, et aux instances pressantes d'Augeard ne -répondit que par ces mots: «Toute réflexion faite, je ne partirai pas; -mon devoir est de mourir aux pieds du Roi[342].» Quelques précautions -qu'eût prises Augeard, son projet transpira; il fut arrêté et -emprisonné; mais, plus heureux que Favras, il fut relâché après quatre -mois et demi[343] de détention. - -Ces diverses affaires, celle de Favras surtout, avaient donné lieu -à tant d'imputations contre la Cour, que les ministres, Necker -en particulier, conseillèrent à Louis XVI de faire une démarche -publique pour affirmer son attachement au nouveau régime. Docile aux -inspirations de ses ministres, le Roi y consentit. Le jeudi 4 février, -il prévint par un billet le président qu'il se rendrait à l'Assemblée -vers midi et voulait y être reçu sans cérémonie. La séance fut -aussitôt suspendue; une housse de velours rouge, fleurdelysée d'or, fut -jetée sur le fauteuil du président, et en attendant l'auguste visiteur, -«tout le monde,» raconte un témoin oculaire dans le style sentimental -alors à la mode, «se félicitait avec son voisin de la jouissance -délicieuse et anticipée de voir son père et son ami. C'est ainsi que, -dans l'effusion des âmes, on appelait le bon Louis XVI[344].» - -A une heure, le Roi parut, vêtu simplement et sans appareil, et -prononça un discours, rédigé en partie par Necker. Il protesta de son -adhésion à la Constitution, vanta les réformes opérées par l'Assemblée, -et désavoua toute entreprise qui tendrait à en ébranler les principes. -«Moi aussi,» dit-il en faisant allusion aux sacrifices que le nouveau -régime imposait à tant de gens; «moi aussi j'aurais bien des pertes à -compter, si, au milieu des plus grands intérêts, je m'arrêtais à des -calculs personnels; mais j'ai trouvé une compensation pleine et entière -dans l'accroissement du bonheur de la nation; c'est du fond de mon cœur -que j'exprime ici ce sentiment. Je défendrai donc, je maintiendrai -la liberté constitutionnelle, dont le vœu général, d'accord avec le -mien, a consacré le principe; je ferai davantage, et, de concert avec -la Reine, qui partage tous mes sentiments, je préparerai de bonne -heure l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que -les circonstances ont amené; je l'habituerai, dès ses premiers ans, à -être heureux du bonheur des Français et a reconnaître toujours, malgré -le langage des flatteurs, qu'une sage Constitution le préservera -des dangers de l'inexpérience et qu'une juste liberté ajoute un -nouveau prix aux sentiments d'amour et de fidélité, dont la nation -française, depuis tant de siècles, donne à ses Rois des preuves si -touchantes[345].» - -Des applaudissements enthousiastes saluèrent cette déclaration et -l'Assemblée, électrisée, jura d'oublier toutes ses divisons et d'être -fidèle à la Constitution, qui, à vrai dire, n'était pas encore faite. -Une députation reconduisit le Roi aux Tuileries. La Reine, avec ses -enfants, était descendue à la porte pour le recevoir. «Je partage tous -les sentiments du Roi, dit-elle à la députation; je m'unis de cœur et -d'affection à la démarche que sa tendresse pour ses peuples vient de -lui dicter.» Et, montrant le Dauphin: «Voici mon fils, ajouta-t-elle. -Je n'oublierai rien pour lui apprendre de bonne heure à imiter les -vertus du meilleur des pères[346], et je l'entretiendrai de l'amour -de la liberté publique, dont, je l'espère, il sera le plus ferme -appui[347].» - -Le soir, Paris illumina; sur la proposition de Clermont-Tonnerre, le -président de l'Assemblée, avec soixante membres, vint remercier le -Roi et la Reine: «Veillez, Madame, sur ce précieux rejeton,» dit-il à -Marie-Antoinette en lui montrant le Dauphin; «qu'il ait la sensibilité, -l'affabilité et le courage qui vous caractérisent; vos soins assureront -sa gloire, et la France, dont vous aurez procuré le bonheur, en sentira -le prix, en songeant qu'elle le doit aux vertus de Votre Majesté.» La -Reine répondit: «Je suis sensible, Messieurs, aux témoignages de votre -affection; vous avez reçu ce matin l'expression de mes sentiments; -ils n'ont jamais varié pour une nation que je me fais gloire d'avoir -adoptée en m'unissant au Roi; mon titre de mère en assure pour toujours -les liens[348].» - -Le lendemain, Bailly, avec une délégation de la Commune, vint à son -tour féliciter le Roi, et, le dimanche suivant, on chanta un _Te Deum_ -solennel à Notre-Dame. Mais ces accès d'enthousiasme duraient peu. -La démarche de Louis XVI ne désarma pas ses ennemis; elle mécontenta -un grand nombre de royalistes, et un patriote sincère, mais en même -temps ami de la monarchie française dont la cause était à ses yeux -inséparable de celle de la liberté, Gouverneur Morris, écrivait: -«Si cette démarche du Roi produit quelque effet sur les esprits -raisonnables, à coup sûr, c'est de prouver plus clairement que jamais -le peu de prévoyance de ses ministres[349].» - -Quinze jours plus tard, une démarche irréfléchie, à laquelle il fut -impossible de se soustraire, vint de nouveau compromettre la famille -royale, et ranimer les défiances. Le surlendemain de la mort de -Favras, un de ses amis, M. de la Villeurnoy, maître des requêtes, eut -la malheureuse pensée de présenter la femme et le fils en deuil de -l'héroïque supplicié au dîner public du Roi et de la Reine. La Reine, -malgré sa sympathie profonde, resta froide et insensible en apparence. -Mais qu'on juge de la douloureuse contrainte qu'elle dut s'imposer -pour ne rien laisser voir de ses sentiments aux spectateurs; la garde -nationale la surveillait, et le commandant du jour, debout derrière -le fauteuil royal pendant toute la durée du repas, était Santerre! -Le dîner fini, et dès qu'elle put s'échapper, elle courut chez Mme -Campan et, se jetant épuisée sur un fauteuil, après s'être assurée -qu'elles étaient seules. «Il faut périr, dit-elle, quand on est attaqué -par des gens qui réunissent tous les talents et tous les crimes, et -défendu par des gens fort estimables, mais qui n'ont aucune idée juste -de notre position. Ils m'ont compromise vis-à-vis des deux partis en -me présentant la veuve et le fils de Favras. Libre dans mes actions, -je devais prendre l'enfant d'un homme qui vient de se sacrifier pour -nous et le placer à table entre le Roi et moi; mais, environnée des -bourreaux qui viennent de faire périr son père, je n'ai pas même osé -jeter les yeux sur lui. Les royalistes me blâmeront de n'avoir pas paru -occupée de ce pauvre enfant; les révolutionnaires seront courroucés en -songeant qu'on a cru me plaire en me le présentant[350].» - -Pour montrer toutefois qu'elle sentait vivement le dévouement du -marquis de Favras et le malheur de sa famille, la Reine envoya à -l'infortunée veuve quelques rouleaux de cinquante louis et le Roi lui -assura une pension de quatre mille livres qui fut payée jusqu'à la -chute du trône[351]. Mais cet acte même de reconnaissance dut être -enveloppé de mystère. - -Quelques jours après, un deuil plus intime venait atteindre -Marie-Antoinette. Une lettre du 27 février, de son frère Léopold, lui -annonçait la mort de l'Empereur Joseph II, décédé le 20, à Vienne. -Malade depuis près de deux ans d'une hydropisie de poitrine, traînant -depuis dix-huit mois, comme il l'écrivait à Léopold[352], le malheureux -souverain succombait à la douleur que lui avait causée l'insurrection -victorieuse des provinces Belgiques. «C'est votre pays qui m'a tué,» -disait-il au prince de Ligne. Il laissait une lourde charge à son -successeur, un empire divisé, une guerre avec les Turcs, et l'une -des provinces les plus fidèles de l'Autriche, les Pays-Bas, soulevée -par ses imprudentes réformes philosophiques. Les embarras où il se -débattait ne lui eussent vraisemblablement pas permis d'intervenir -activement dans les affaires de France; mais il jouissait encore -d'un certain prestige; il aimait sincèrement sa sœur, malgré ses -représentations parfois injustes et son ton grondeur. Une de ses -dernières lettres à son frère avait été un suprême hommage à cette -sœur et une protestation contre les calomnies qui la poursuivaient, -protestation d'autant plus décisive qu'elle n'était point destinée à -la publicité: «J'ai été affligé comme vous, écrivait-il, le 8 octobre -1789, de toutes les horreurs qu'on répand contre la Reine de France; -mais que faire avec des insolents et des fous? On ne revient pas -non plus de l'idée que ma sœur m'a envoyé secrètement des millions, -pendant que je ne sais ni le pourquoi ni le comment j'aurais pu les -demander, ni elle me les faire tenir; _je n'ai jamais vu un sou de la -France_[353].» - -A défaut d'un appui réel, c'était du moins un conseil, et surtout -un ami dévoué que perdait Marie-Antoinette. Quelques jours avant de -mourir, Joseph lui avait écrit «la lettre la plus tendre et la plus -touchante, lui témoignant qu'un de ses plus vifs regrets en mourant -était de la laisser dans une position aussi cruelle et de ne pouvoir -lui donner des marques efficaces de l'affection qu'il avait toujours -conservée pour elle[354]». - -Quoi qu'en dise Mme Campan[355], la douleur de la Reine fut -profonde; mais elle dut la concentrer en elle-même[356] et ne -l'épancher que dans le cœur de quelques amies: «J'ai été bien -malheureuse par la perte que je viens de faire, écrivait-elle à la -duchesse de Polignac; mais au moins la force et le courage que celui -que je regrette a mis dans ses derniers moments forcent tout le monde à -lui rendre justice et à l'admirer, et j'ose dire, il est mort digne de -moi[357].» - -Ce fut l'une des dernières lettres que la Reine écrivit à son amie ou -du moins que son amie reçut d'elle[358]. Espionnée sans relâche, elle -dut, la plupart du temps, renoncer à une correspondance qui était une -consolation, mais qui pouvait devenir un danger. Le nom de Polignac -était un de ces mots d'ordre que, dans les jours troublés, les meneurs -de parti jettent en pâture aux passions de la rue pour les irriter -et les soulever. Quelques jours plus tard, la publication du _Livre -rouge_, faite par ordre de l'Assemblée, donnait un nouvel aliment aux -récriminations contre la Cour et contre les favoris de la Reine, contre -les Polignac en particulier, dont le nom y figurait pour des sommes -considérables, expliquées d'ailleurs par les grandes dépenses qu'ils -étaient obligés de faire pour soutenir l'éclat de leurs charges. Le -Comité des pensions, qui avait décidé cette publication, se faisait -lui-même, dans l'avertissement qui lui servait d'introduction, l'écho -de ces rumeurs malveillantes et, tout en affectant de mettre le Roi -hors de cause, laissait planer sur les familiers du souverain, sur -«l'avidité des gens en faveur», sur les «déprédations des ministres», -sur les prodigalités de la Reine et de la famille royale, représentées -comme les «véritables sources de la dette immense de l'Etat[359]», -des soupçons qui prenaient bientôt corps dans de violents et odieux -pamphlets[360] et ne tardaient pas à se traduire par des émeutes. La -Reine, tout en imposant le calme à son visage, ne pouvait l'imposer à -son cœur. «On ne sait pas jusqu'où iront les factieux,» disait-elle; -«le danger augmente de jour en jour[361].» Mais ce n'était pas pour -elle qu'elle craignait, c'était pour son mari, et surtout pour ses -enfants. Le 13 avril, la séance de l'Assemblée avait été orageuse; il -y avait eu de l'agitation dans la rue, et Lafayette lui-même redoutait -une attaque du Château. Pendant la nuit, des coups de fusil furent -tirés sur la terrasse des Tuileries. Réveillé en sursaut par ce bruit, -le Roi se leva et vola chez la Reine; il ne la rencontra pas. De plus -en plus alarmé, il courut chez le Dauphin et trouva l'enfant dans les -bras de sa mère, qui le serrait convulsivement sur son sein: «Madame, -lui dit-il, je vous cherchais; vous m'avez inquiété.»—«J'étais à mon -poste,» répondit simplement l'héroïque femme[362]. - -Cependant le printemps approchait. Habituée aux larges espaces et -aux vastes ombrages de Versailles, la famille royale étouffait dans -ce palais des Tuileries où elle était confinée depuis le 6 octobre. -Elle aspirait à respirer un air plus pur, elle aspirait surtout à -retrouver un peu de calme, à s'éloigner de cette foule curieuse et -souvent hostile, dont les familiarités ne respectaient pas son repos, -et dont les cris attaquaient son honneur. Il entrait d'ailleurs dans -le plan des chefs de la Révolution, qu'au moment de la fédération -qui allait avoir lieu le 14 juillet, la famille royale, que le bruit -public représentait comme captive à Paris, ne parût pas jouir de moins -de liberté que le reste de la France, et surtout de la première des -libertés: celle d'aller et venir où elle voudrait. Versailles était -trop loin; on voulait bien allonger la chaîne, on ne voulait pas la -rompre. Saint-Cloud fut proposé et adopté. Le 29 mai, la Reine écrivait -à son frère Léopold: «Notre santé à tous se soutient bonne, c'est un -miracle, au milieu des peines d'esprit et des scènes affreuses, dont -tous les jours nous avons le récit et dont souvent nous sommes les -témoins. Je crois qu'on va nous laisser profiter du beau temps en -allant quelques jours à Saint-Cloud, qui est aux portes de Paris. Il -est absolument nécessaire pour nos santés de respirer un air plus pur -et plus frais; mais nous reviendrons souvent ici. Il faut inspirer de -la confiance à ce malheureux peuple; on cherche tant à l'inquiéter et -à l'entretenir contre nous. Il n'y a que l'excès de la patience et la -pureté de nos intentions qui puissent le ramener à nous[363].» - -On partit en effet, le vendredi 4 juin[364], après avoir suivi -la veille la longue et fatigante procession de la Fête-Dieu à -Saint-Germain-l'Auxerrois[365]. Saint-Cloud! la campagne, le grand -air, la liberté, la solitude, tous ces biens dont on était privé -depuis huit longs mois, quelle joie, quel épanouissement pour la -famille royale! Rien n'étant préparé pour recevoir les augustes -hôtes, on s'était logé comme on avait pu; on admettait toutes les -personnes du voyage à la table royale; et cet imprévu, cette absence -d'étiquette ajoutait encore aux charmes du séjour[366]. Suivant le -mot spirituel de Mme Elisabeth, on trouvait Paris beau.... dans la -perspective[367]. Et du moins on n'entendait plus «tous ces vilains -curieux qui ne se contentent pas d'être à la porte des Tuileries mais -parcourent le jardin pour que personne ne puisse ignorer toutes ces -infamies[368]». Le temps était beau et le ciel pur. Le Roi reprenait -ses promenades à cheval, accompagné par un seul aide de camp de M. -de Lafayette[369]; après le repas, il jouait au billard avec sa -femme et sa sœur[370]. Mme Elisabeth allait à Saint-Cyr; quand -elle ne se promenait point au dehors, elle passait son temps dans un -petit jardin fermé qui faisait son bonheur: «Il n'est pas si joli -que Montreuil, écrivait-elle; mais au moins l'on y est libre et l'on -y respire un bon air frais qui fait un peu oublier tout ce qui est -autour de soi, et tu conviendras, ajoutait-elle, que l'on en a souvent -besoin[371].» Le Dauphin s'ébattait en toute insouciance dans le parc -et parfois même poussait jusqu'à Meudon. Sa santé, un peu altérée par -la réclusion des Tuileries, se fortifiait; son esprit se développait -d'une manière surprenante[372]. La Reine faisait quelques excursions -en calèche[373], promenant ses enfants, assistant à leurs études et -à leurs jeux, et, malgré la présence de la garde nationale de Paris, -envoyée là moins comme un honneur que comme une surveillance, pouvait, -à distance de la grande ville, recevoir plus facilement les personnes -dont la société lui était agréable, comme Mmes de Fitz-James et -de Tarente, ou même les hommes politiques qui voulaient l'entretenir -de leurs plans, comme Mirabeau. Le soir, il y avait cercle[374]; on -admettait quelques intimes; Monsieur venait avec Madame de la petite -maison de campagne qu'il avait louée près de Saint-Cloud[375]. Un jour, -on entendit du bruit dans la cour du Château sous les fenêtres de la -Reine; sur son ordre, Mme Campan souleva le rideau et aperçut une -cinquantaine de personnes, vieux chevaliers de Saint-Louis, chevaliers -de Malte, prêtres, femmes de la campagne. La Reine parut au balcon -et un certain nombre de femmes s'approchèrent d'elle: «Ayez courage, -Madame,» lui dirent-elles à demi-voix; «les bons Français souffrent -pour vous et avec vous; ils prient pour vous; le ciel les exaucera; -nous vous aimons, nous vous respectons; nous révérons notre vertueux -Roi.» Marie-Antoinette fondit en larmes; mais, dans la crainte de -compromettre ceux qui lui manifestaient un intérêt si touchant, elle -rentra dans sa chambre, les yeux humides et le cœur un peu dilaté. Il y -avait donc encore en France de l'amour pour elle[376]! - -Mais au milieu même de ce calme apparent et de ce soulagement relatif, -les angoisses du présent réveillaient avec plus d'amertume les -souvenirs des jours heureux de 1786. La date même de l'installation à -Saint-Cloud ne rappelait-elle pas l'anniversaire de la mort du pauvre -prince pour les ébats duquel le Château avait été acheté? La Reine -ne pouvait se défendre de ces retours vers le passé[377]. Un jour, -voyant autour d'elle la milice parisienne, composée en partie des -gardes françaises qui avaient déserté: «Que ma mère serait étonnée,» -ne put-elle s'empêcher de dire amèrement, si elle voyait sa fille, -fille, femme et mère «de rois ou du moins d'un enfant destiné à l'être, -entourée par une pareille garde[378]!» Et alors, évoquant les plus -mélancoliques souvenirs de son enfance, elle raconta à ses dames les -sombres pressentiments de son père, lorsqu'il l'avait quittée: «Je -ne m'en serais peut-être plus souvenue, reprit-elle, si ma position -actuelle, en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour -le reste de ma vie une suite de malheurs qu'il n'est que trop facile -de prévoir.» Pauvre femme! les prévoyait-elle tous? Et, s'arrêtant -au bout de la galerie d'où le regard embrassait le panorama de la -capitale, elle ajouta tristement: «Cette vue de Paris faisait jadis mon -bonheur; j'aspirais à l'habiter souvent. Qui m'aurait dit alors que ce -désir ne serait accompli que pour être abreuvée d'amertumes et voir le -Roi et sa famille captifs d'un peuple révolté[379]?» - -Le Roi lui-même, moins impressionnable que sa femme, ne pouvait -s'empêcher d'écrire à la duchesse de Polignac: «J'arrive de la -campagne. L'air nous a fait du bien; mais que ce séjour nous a paru -changé! Le salon du déjeuner, qu'il était triste! Aucun de vous n'y -était. Je ne perds pas l'espoir de nous y retrouver. Dans quel temps? -Je l'ignore. Que de choses nous aurions à nous dire! La santé de votre -amie se soutient malgré toutes les peines qui l'accablent[380]!» - -Ce séjour à Saint-Cloud se prolongea pendant tout l'été. De temps en -temps, on revenait à Paris; car Paris voulait voir son Roi, et la Reine -elle-même jugeait qu'il convenait de tenir compte de ces exigences: -«Il ne fallait pas, disait-elle, céder aux cris; mais il était bon de -prouver qu'on n'était pas éloigné d'y aller, quand il y avait quelque -chose à faire[381].» On allait donc presque tous les dimanches dîner -aux Tuileries[382]. On revenait pour les jours de fête[383], pour les -séances importantes; on y revint surtout pour la grande cérémonie de la -Fédération. - -L'Assemblée avait décidé, par un décret du 27 mai[384], que -l'anniversaire de la prise de la Bastille serait célébré avec une pompe -extraordinaire, par une fédération solennelle de tous les représentants -et de toutes les troupes du royaume. Le Champ-de-Mars avait été choisi -comme emplacement[385]; le Roi avec sa suite, les députés, la garde -nationale, les délégués de tous les départements devaient y prêter -serment de fidélité à la Nation, à la Loi et à la Constitution. La -nouvelle de cette cérémonie avait été accueillie avec enthousiasme. -C'était une véritable ivresse. Chacun avait tenu à honneur d'apporter -son concours aux préparatifs de la fête nationale. On avait vu des -femmes du monde, des prêtres, des religieux, des hommes politiques, -des tourières même de couvents[386], venir, une pioche ou une bêche -à la main, travailler à la transformation du Champ-de-Mars; les -rangs étaient confondus et souvent, le soir, ces ouvriers improvisés -revenaient en bande, au son des tambours et en chantant le _Ça ira!_ - -Malgré l'engouement de la foule, on ne voyait pas sans appréhension -approcher cette date du 14 juillet. Des deux côtés on avait ou l'on -affectait des craintes. Les partisans de la Révolution répandaient -le bruit que la Cour profiterait de l'enthousiasme des fédérés pour -dissoudre l'Assemblée et restaurer le pouvoir absolu. Les royalistes -redoutaient avec plus de raison quelque émeute populaire, toujours -facile à exciter dans une grande agglomération d'hommes, et à la -probabilité de laquelle le retour inopiné du duc d'Orléans, brusquement -arrivé d'Angleterre le 9 juillet, donnait quelque créance. La Reine -fit bonne mine au duc[387]; mais elle n'était nullement rassurée. «Il -est bien nécessaire, surtout au mois de juillet, d'avoir du monde à -nous, écrivait-elle dès le 12 juin. Je ne pense pas sans frémir à cette -époque; elle réunira pour nous tout ce qu'il y a de plus cruel et de -plus douloureux, et avec cela il faut y être. C'est un courage plus que -surnaturel qu'il faut avoir pour ce moment. Tout va de mal en pis; le -ministère et M. de Lafayette entraînent tous les jours dans de fausses -démarches; on va au devant de tout et, loin de contenter ces monstres, -ils deviennent à tous moments plus insolents, et vis-à-vis des honnêtes -gens on s'avilit d'autant[388].» - -Toutes ces craintes ne se réalisèrent pas. Il y eut, au contraire, -comme une lueur d'éclaircie dans un ciel assombri. «La veille de -la Fédération, raconte Mme de Tourzel, le Roi passa en revue -les fédérés des départements. On les faisait défiler devant lui et -la famille royale, au pied du grand escalier des Tuileries. Le Roi -demandait le nom de chaque députation, et parlait à chacun de ses -membres avec une bonté qui redoublait encore leur attachement. La Reine -leur présenta ses enfants et leur dit quelques mots avec cette grâce -qui ajoutait un nouveau prix à tout ce qu'elle disait. Transportés de -joie, ils entrèrent dans les Tuileries aux cris de _Vive le Roi, la -Reine, Monseigneur le Dauphin et la famille royale!_ Le Roi s'y promena -sans gardes, avec sa famille, au milieu d'un peuple immense et entouré -des fédérés qui continrent tellement les malveillants que pas un n'osa -s'écarter de son devoir[389].» - -Le lendemain, mercredi 14 juillet, malgré une pluie battante, les -fédérés de province, rangés sous quatre-vingt-trois bannières, -partirent de la Bastille; les délégués des troupes de ligne, de -l'armée de mer et de la milice parisienne les accompagnaient. Arrivés -au Champ-de-Mars, et en attendant le commencement de la cérémonie, -ils se mirent à former des rondes et à danser des farandoles: étrange -spectacle et qui ne donnait pas une bien haute idée de la discipline -de ces soldats improvisés. Trois cent mille spectateurs, dit-on, se -pressaient dans la vaste enceinte, assis sur des gradins de gazon et -s'efforçant en vain de se garantir, avec des parasols, des torrents -d'eau qui les inondaient. Un autel de forme antique avait été dressé au -milieu du Champ-de-Mars; l'évêque d'Autun y devait célébrer la messe, -assisté de trois cents prêtres, vêtus d'aubes blanches sur lesquelles -tranchaient de larges ceintures tricolores[390]. - -Une vaste estrade avait été dressée pour le Roi, les ambassadeurs -et les députés. Louis XVI avait désiré que sa famille l'entourât; -l'Assemblée ne le permit pas. Elle décida, le 9 juillet, que le Roi -serait seul, ayant à sa gauche le président. La famille royale devait -être aux fenêtres de l'Ecole militaire, où l'on avait disposé pour -elle un salon, voisin mais distinct de la tribune de l'Assemblée. -C'était une nouvelle marque de défiance contre la famille royale, -contre la Reine surtout qu'on affectait ainsi d'isoler de son mari et -des représentants de la nation: «Tu sais, écrivait gaiement Mme -Elisabeth à son amie, Mme de Bombelles, que j'ai le bonheur de -connaître un des membres de cette auguste famille du temps passé; -eh bien! je te fais part que cela lui est bien égal; elle n'en est -affligée que par rapport à la Reine, pour qui c'est un soufflet donné -à tour de bras, et d'autant mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin -et que jusqu'au dernier moment on avait dit au Roi que le contraire -passerait[391].» - -Louis XVI s'était rendu de bonne heure à l'Ecole militaire; en -attendant que tout fût prêt, il y resta avec sa famille, se faisant -voir de temps en temps à la fenêtre de la Reine, et salué, à chaque -apparition, des cris de _Vive le Roi!_ auxquels se mêlaient des cris -de _Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Marie-Antoinette, touchée, -montra son fils à la foule, et comme la pluie mouillait l'enfant, -elle l'enveloppa, dans son châle; les applaudissements redoublèrent, -acclamant la mère comme la reine[392]. - -Pendant ce temps, les députations arrivaient successivement[393]. -Lorsque le cortège fut entré tout entier dans l'enceinte, le Roi alla -se placer sur son trône, au milieu des députés, près du président[394]. -Après la messe, l'évêque d'Autun bénit les quatre-vingt-trois -bannières, et entonna le _Te Deum_ que chantèrent douze cents -musiciens. Lafayette monta à l'autel et, au nom de l'armée, jura -fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Le président de l'Assemblée, -le marquis de Bonnay, répéta le serment, et un immense cri de _je le -jure!_ s'échappa de trois cent mille poitrines, qui se pressaient -au Champ-de-Mars. Le canon gronde; les drapeaux sont agités; les -chapeaux, jetés en l'air; les bonnets des grenadiers, arborés au bout -des sabres et des baïonnettes. Le Roi se lève et d'une voix forte jure -de maintenir la Constitution. La Reine prend le Dauphin dans ses bras -et le présente au peuple en disant: «Voilà mon fils; il se réunit, -ainsi que moi, dans ces mêmes sentiments.»—«Ce mouvement inattendu, dit -Ferrières, fut payé de mille cris de _Vive le Roi! Vive la Reine! Vive -monseigneur le Dauphin[395]!_» - -Pendant plusieurs jours, ce fut un enchantement universel. Ces braves -délégués de province, tout remplis encore du respect séculaire -et de l'amour traditionnel des Français pour la royauté, étaient -ravis d'approcher de si près la famille royale. Dès le matin, ils -remplissaient la cour et le jardin des Tuileries, se pressant sous -les fenêtres et avides surtout de voir le Dauphin; le jeune prince se -montrait au balcon, leur faisait les honneurs de son petit parterre, -leur distribuait des fleurs et des feuilles de ses arbres. De -bruyantes acclamations le saluaient: «Venez dans votre province du -Dauphiné,» disaient les fédérés de Grenoble; «nous saurons bien vous -défendre.»—«N'oubliez pas, ripostaient les Normands, que vous avez -porté le nom de notre province et que les Normands ont toujours été et -seront toujours fidèles[396].» - -Quatre jours après, le Roi passa une revue de la garde nationale à la -porte de Chaillot. La Reine y alla dans une calèche découverte sans -armoiries avec ses enfants et Mme Elisabeth. Aussitôt sa voiture -fut entourée de fédérés avec lesquels elle s'entretint familièrement, -répondant à leurs questions et les provoquant même. Ils désirèrent -baiser la main du petit Dauphin; elle le leur présenta elle-même; ces -braves gens furent ravis. A ce moment, le bras de la Reine se trouva -appuyé à la portière; un des fédérés le saisit vivement et y appliqua -ses lèvres. L'exemple fut contagieux, et l'affection faisant taire le -respect, en un instant, trois cents bouches couvrirent de baisers le -bras que la Reine, émue, ne songeait pas à retirer. Touchée de cette -sympathie expressive, à laquelle elle n'était pas habituée, la pauvre -femme pleura d'attendrissement[397]. - -«Ce jour-là, a dit un témoin oculaire, fut véritablement un jour de -bonheur pour le Roi, pour la Reine et ceux qui leur étaient dévoués. -C'était une ivresse de sentiments; ce fut le dernier beau jour de la -Reine[398].» - -«Les députés des provinces ont été à merveille pour le Roi et la -Reine, écrivait un autre témoin; ils n'ont cessé de leur donner des -marques touchantes de respect, d'amour et de fidélité, et Leurs -Majestés les ont traités à merveille. Ils ont été enchantés de la -Reine qui a eu pour eux toute la grâce et l'obligeance dont elle est -susceptible[399].» Si Louis XVI eût voulu profiter de cet enthousiasme, -si, comme l'en suppliait le duc de Villequier, il fût monté à cheval -et eût déclaré que, se trouvant pour la première fois à la tête de -l'élite de la nation, il devait lui représenter qu'il ne pouvait sans -inconvénient jurer fidélité à une Constitution inachevée; si surtout, -comme le demandait Mme de Tourzel, il fût parti de là pour visiter -les provinces, où il eût vraisemblablement été accueilli par les mêmes -acclamations, il eût pu, appuyé sur la véritable majorité du pays, -arrêter les empiétements de l'Assemblée et reprendre le légitime -exercice du pouvoir royal. L'Assemblée le craignit; l'attitude des -fédérés la fit un moment douter de son succès et de l'assentiment du -pays, et Barnave en fit l'aveu à Mme Elisabeth dans une de ces -conversations du retour de Varennes, dont le jeune député sortit, -rallié à la cause qu'il avait si violemment attaquée. Comme la -princesse se plaignait des vues qu'avait eues l'Assemblée en décrétant -la fédération: «Ah, Madame!» reprit vivement Barnave, «ne vous plaignez -pas de cette époque; car si le Roi eût su en profiter, nous étions -perdus[400].» - -Mais le Roi ne sut pas; il recula devant la crainte d'un conflit. -L'occasion perdue ne se retrouva plus. Les fédérés reprirent le chemin -de leurs départements, enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu, -pénétrés pour toute l'auguste famille de sentiments d'amour et de -respect; mais sans direction, sans instructions, sans concert entre eux -et avec la Cour, livrés sans défense, dans leurs lointaines provinces, -à toutes les influences malsaines auxquelles ils n'avaient échappé -qu'un instant. Louis XVI et les siens retournèrent à Saint-Cloud, un -peu rassérénés et renaissant à une lueur d'espérance, mais, hélas! pour -combien de temps? A peine étaient-ils rentrés dans leur résidence d'été -qu'un misérable, du nom de Rotondo, s'y introduisait pour assassiner -la Reine. Il avait pénétré dans les jardins extérieurs; la pluie -seule, qui ce jour-là empêcha la princesse de sortir, la sauva du -poignard[401]. - -Presque en même temps, on découvrit un complot pour l'empoisonner. -Marie-Antoinette le sut et n'en parut point émue. Néanmoins, son -médecin, Vicq d'Azyr, et sa première femme, Mme Campan, convinrent -qu'on remplacerait plusieurs fois par jour, dans le sucrier de la -Reine, le sucre en poudre qu'elle avait l'habitude de prendre pour -mettre dans ses verres d'eau. Un jour la pauvre femme surprit Mme -Campan occupée à faire l'échange convenu. Elle sourit tristement et -la pria de ne plus se donner une peine inutile: «Souvenez-vous, lui -dit-elle, qu'on n'emploiera pas un grain de poison contre moi. Les -Brinvilliers ne sont pas de ce siècle-ci; on a la calomnie, qui vaut -beaucoup mieux pour tuer les gens, et c'est par elle qu'on me fera -périr[402].» - -Quelques jours après, l'attitude de l'Assemblée donnait raison à ces -pressentiments. Le Châtelet avait été chargé d'ouvrir une enquête sur -les journées d'octobre. Interrogée par les commissaires, la Reine -s'était renfermée dans un généreux silence: «Je ne serai jamais, -avait-elle répondu, la dénonciatrice de mes sujets. J'ai tout vu, -tout su, tout oublié[403].» L'enquête continua néanmoins et, le 7 -août 1790, le rapporteur, M. Boucher d'Argis, vint à l'Assemblée -donner connaissance de l'information. Son travail, écrit dans un -style maladroitement emphatique[404], concluait à des poursuites -contre Mirabeau et le duc d'Orléans, et fut l'objet d'un rapport -de Chabroud. Cette œuvre de Chabroud, monument d'hypocrisie et de -mensonge, remplie de malveillance contre les gardes du corps et -d'insinuations haineuses contre la Reine, semblait n'avoir qu'un but: -pallier les crimes, accuser les victimes, et innocenter les coupables. -Ce but fut atteint: le 2 octobre, malgré les protestations de l'abbé -Maury et de Montlosier, et après une vive sortie de Mirabeau, qui -déplaça habilement le terrain et d'accusé se posa en accusateur, les -conclusions de Chabroud furent adoptées; les attentats du 6 octobre ne -furent plus que des «malheurs» destinés à fournir une leçon aux rois. -Mirabeau et le duc d'Orléans, aussi bien que Théroigne de Méricourt, -et même Jourdan Coupe-tête, furent déchargés de toute accusation, et -les vrais coupables, désignés par le rapport aux fureurs des tribunes -et aux coups de la populace, furent les défenseurs de la royauté, -transformés en adversaires de la Constitution. - -La Reine fut indignée, moins peut-être de la décision qui innocentait -Mirabeau et le duc d'Orléans que de la glorification du crime et de -l'odieuse falsification des faits. «Je ne vous parle pas, écrivait-elle -à son frère, du jugement qui se fait à présent de l'affaire des 5 et -6 octobre de l'année dernière. On devait s'y attendre; mais je trouve -qu'il souille les âmes, comme le palais du Roi l'a été l'année dernière -par les faits. Au reste, c'est à l'Europe entière et à la postérité -à juger de ces événements, et à rendre justice à moi et à ces braves -et fidèles gardes du corps, avec lesquels je me fais gloire d'être -nommée[405].» - -Cependant, à cette heure même,—tant ses devoirs de reine l'emportaient -sur ses répugnances de femme,—elle était entrée en négociation avec un -des hommes que l'opinion publique avait le plus vivement incriminés -pour les journées d'octobre et qui, en toute circonstance, s'était -montré un de ses adversaires les plus violents, avec Mirabeau. - - - - -CHAPITRE VII - - Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses ouvertures au comte de la - Marck.—Première note de Mirabeau pour la Cour.—Son entrevue avec - la Reine.—Ses projets.—Le Roi et la Reine les écoutent sans les - suivre.—Eclats de Mirabeau.—La Reine est de nouveau - menacée.—Nouveaux plans de Mirabeau.—Quarante-septième - note.—Utilité mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau. - - -Jeté par l'orgueil, la rancune, l'ambition, les débordements de sa -vie privée, les nécessités d'une existence besoigneuse, dans le parti -de la Révolution; placé, non pas par son crédit,—il ne prit une -influence sérieuse que la seconde année[406],—mais par son talent et -la nature fougueuse de son éloquence, au premier rang de ses chefs, -Mirabeau n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'abîme où l'inexpérience -de ses amis et ses propres emportements allaient précipiter la -France[407]. La passion l'avait rendu révolutionnaire; la raison le -maintenait royaliste; son tempérament même le faisait autoritaire, -et il n'hésitait pas, dans le secret de l'intimité, à déplorer les -dangers de la royauté qu'il voulait bien attaquer, qu'il consentait -même à ébranler, mais qu'il n'entendait pas détruire. Dès la fin -du mois de mai, il avait fait proposer à Necker, par Malouet, son -concours pour sauver «la monarchie et le monarque de la tempête qui -se préparait»; c'étaient ses expressions même[408]. L'accueil plus -que froid de Necker, qui le détestait et ne le craignait pas encore, -l'avait replongé dans l'opposition: «Monsieur, lui avait dit sèchement -et dédaigneusement le ministre, M. Malouet m'a dit que vous aviez des -propositions à me faire; quelles sont-elles?»—«Ma proposition,» avait -répondu brusquement Mirabeau, «est de vous souhaiter le bonjour[409].» -Et il était parti, furieux, jurant de mettre au service de ce qu'on -appelait alors le «parti populaire» l'audace de son caractère et la -puissance de ses moyens[410]. Quoique, en certaines circonstances, -il eût montré des sentiments monarchiques et fait preuve d'homme -d'Etat éclairé, soucieux des véritables conditions de la monarchie -constitutionnelle et de la vraie liberté et grandeur de la France[411], -l'année 1789 l'avait vu parmi les plus violents détracteurs du -gouvernement, et il avait été véhémentement soupçonné, bien qu'à tort -suivant M. de la Marck, d'avoir été un des organisateurs des sanglantes -journées d'octobre. Mais, au milieu même de ses plus fougueuses -attaques, désavouant tout bas les excès de langage auxquels il se -laissait emporter en public, par passion et peut-être par calcul; -peu sympathique d'ailleurs aux chefs de la gauche, à Lafayette, dont -la présomptueuse nullité l'irritait, au duc d'Orléans, sur lequel il -s'exprimait dans les termes les plus durs[412], hostile aux ministres, -mais au fond attaché à la monarchie, aristocrate d'instinct et effrayé -des progrès de la démocratie qu'il voyait s'avancer menaçante, il -n'abandonnait pas la pensée de se rapprocher de la Cour: «Faites donc,» -disait-il à la fin de juin à son ami le comte de la Marck, l'un des -anciens habitués de Trianon, «faites donc qu'au Château on me sache -plus disposé pour eux que contre eux[413].» Il était épouvanté des -dangers dont son clairvoyant génie lui montrait l'imminence: «A quoi -pensent donc ces gens-là?» répétait-il sans cesse avec sa brutalité de -parole. «Ne voient-ils pas les abîmes qui se creusent sous leurs pas?» -Et un jour, vers la fin de septembre, plus alarmé que jamais et plus -exaspéré de l'incapacité des ministres, il s'écriait: «Tout est perdu; -le Roi et la Reine périront et, vous le verrez, la populace battra -leurs cadavres; vous ne comprenez pas assez le danger de la position; -il faudrait cependant le leur faire connaître[414].» - -Quinze jours plus tard, le lendemain même du funèbre retour à Paris, -il revenait à la charge: «Si vous avez quelque moyen de vous faire -entendre du Roi et de la Reine, dit-il à M. de la Marck, persuadez-leur -donc que la France et eux sont perdus, si la famille royale ne sort pas -de Paris. Je m'occupe d'un plan pour les en faire sortir.» Et ce plan -il le remettait le 15 octobre à son ami. - -Mais La Marck hésitait: il n'ignorait pas l'horreur que Mirabeau -inspirait à la Reine et il faut bien avouer que pour un homme qui -briguait l'honneur de devenir le conseil de la famille royale, -Mirabeau avait une étrange manière de défendre ses clients. Son -attitude à l'Assemblée pendant les journées d'octobre avait révolté -les plus sincères amis de la liberté, et, le 5, il avait lancé contre -l'infortunée Marie-Antoinette elle-même une de ces insinuations -perfides que la populace, le lendemain, devait traduire en un si -sanglant langage. M. de la Marck avait dû même s'excuser près de la -Reine de ses relations avec le fougueux tribun, sous prétexte qu'il -pourrait être utile un jour à la cause royaliste, et la Reine, qui -ne savait guère dissimuler ses antipathies, avait répondu: «Nous ne -serons pas assez malheureux, je pense, pour être réduits à la pénible -extrémité de recourir à Mirabeau[415].» N'osant donc s'adresser à -la souveraine, il se tourna vers Monsieur et lui remit le plan de -Mirabeau. Mais ce plan reposait avant tout sur la sortie de Paris et -la retraite dans une province fidèle, comme la Normandie, ou une ville -sûre comme Beauvais[416]. Il exigeait une certaine décision et Monsieur -ne croyait pas à la fermeté de son frère: «La faiblesse et l'indécision -du Roi, disait-il, sont au-delà de tout ce qu'on peut dire. Pour vous -faire une idée de son caractère, imaginez des boules d'ivoire huilées, -que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble.» L'énergie -même de la Reine ne saurait avoir raison des incertitudes de son -mari[417]. - -Malgré cette réponse désespérante, le projet ne fut pas abandonné. -Monsieur entretint quelques relations avec Mirabeau; la Reine en -fut instruite et il ne semble pas qu'elle l'ait désapprouvé[418], -quoiqu'elle affectât de ne se mêler de rien[419]. Mais bientôt -une mesure maladroite, prise par l'Assemblée le 7 novembre sur la -proposition de Lanjuinais et avec l'appui irréfléchi de la droite, -vint, en interdisant aux députés d'être ministres, enlever à Mirabeau -une partie de ses moyens. Ne pouvant plus faire partie lui-même du -cabinet, il voulut du moins en faire nommer chef Monsieur, qui, à -ce moment, acceptait ses conseils. Mais cette nouvelle combinaison -échoua, et il est certain que la Reine, qui n'aimait pas beaucoup son -beau-frère, ne lui fut pas favorable[420]. Bientôt d'ailleurs Mirabeau -en vint à se brouiller avec Monsieur[421], comme il l'était déjà avec -Necker, Lafayette et le duc d'Orléans. - -M. de la Marck, découragé, était, dès le 16 décembre, parti pour sa -terre de Raismes et de là il avait passé en Belgique, où l'appelaient -ses affaires et l'intérêt qu'il prenait à la situation des Pays-Bas -soulevés contre l'Autriche, lorsque, vers le milieu de mars, une -lettre du comte de Mercy le ramena à Paris. Les négociations avaient -été reprises et le Roi s'était enfin déterminé à entrer en rapport -avec Mirabeau. La Reine conservait encore quelques doutes sur la -participation du violent tribun aux journées d'octobre; ces doutes -furent levés, et après une première entrevue entre Mirabeau, Mercy et -la Marck et une longue conversation entre ce dernier et le Roi et la -Reine, il fut convenu que le puissant orateur rédigerait une note qui -serait remise par la Marck à Marie-Antoinette et par celle-ci à son -mari. Un secret absolu serait observé vis-à-vis des ministres jusqu'à -ce qu'on eût constitué un ministère meilleur, qu'on pût mettre en -relations avec le nouveau conseiller de la monarchie. - -Au point de vue des réformes, l'entente entre le Roi et le tribun -devait être facile: «Louis XVI était bien loin de songer à reconquérir -son ancienne autorité absolue; il était parfaitement résigné sur ce -que la Révolution lui avait fait perdre du pouvoir et des droits de -ses prédécesseurs. Je pourrais dire, ajoute la Marck, auquel nous -empruntons cette appréciation, que, sous ce rapport, Mirabeau était -moins résigné que lui[422].» - -Mirabeau acquiesça avec empressement au plan ainsi arrêté. Dès le 10 -mai, il écrivit une lettre, dans laquelle, protestant de ses sentiments -monarchiques, il promettait au Roi «loyauté, zèle, activité, énergie et -courage[423]». Le Roi et la Reine furent contents de cette déclaration, -et la Reine voulut en assurer elle-même le comte de la Marck. «Elle me -confirma ce que le comte de Mercy m'avait dit de la satisfaction que le -Roi avait éprouvée en lisant cette lettre de Mirabeau; elle me répéta -encore que le Roi n'avait nul désir de recouvrer son autorité dans -toute l'étendue qu'elle avait eue autrefois et qu'il était bien éloigné -de croire que cela fût nécessaire pour son bonheur personnel pas -plus que pour celui de ses peuples[424].» La pauvre femme paraissait -à ce moment pleine de confiance et presque joyeuse, et, pendant un -entretien de deux heures avec la Marck, elle se mit à évoquer les -souvenirs du passé, comme si, envisageant désormais l'avenir avec -plus de calme, elle secouait déjà les préoccupations du présent[425]. -Il fut convenu que le Roi paierait les dettes de Mirabeau—et elles -était nombreuses—et lui garantirait un traitement de six mille livres -par mois et un million à la fin de l'Assemblée. C'était le prix des -services qu'on attendait de lui. Mirabeau fut ravi et son bonheur de -sortir de la vie gênée et aventureuse, qu'il avait menée jusque-là, lui -inspira une exubérance d'enthousiasme pour la famille royale et pour la -Reine. - -«J'ai professé les principes monarchiques, dit-il au début de sa -première note, lorsque je ne voyais de la Cour que sa faiblesse et que, -ne connaissant ni l'âme ni la pensée de la fille de Marie-Thérèse, je -ne pouvais compter sur cette auguste auxiliaire. J'ai combattu pour -les droits du trône, lorsque je n'inspirais que de la méfiance, et -que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient -autant de pièges. J'ai servi le monarque, lorsque je savais bien que -je ne devais attendre d'un Roi juste, mais trompé, ni bienfaits, ni -récompenses. Que ferai-je, maintenant que la confiance a relevé mon -courage et que la reconnaissance a fait, de mes principes, mes devoirs? -Je serai ce que j'ai toujours été, le défenseur du pouvoir monarchique, -réglé par les lois, et l'apôtre de la liberté garantie par le pouvoir -monarchique. Mon cœur suivra la route que la raison seule m'avait -tracée[426].» - -Les négociations une fois entamées se poursuivirent activement par -l'intermédiaire du comte de la Marck, du comte de Mercy, de M. de -Fontanges, archevêque de Toulouse et ancien confesseur de la Reine, et -plus tard de M. de Montmorin. Les notes se succédaient avec rapidité. -Mirabeau insistait sur la nécessité de relever l'autorité royale, -d'abaisser l'influence dictatoriale de Lafayette, d'entretenir des -agents dans les provinces pour s'emparer de l'esprit des populations -et de resserrer les liens de la discipline dans l'armée, dont on -aurait besoin pour une restauration monarchique. «Le Roi, disait-il, -n'a qu'un homme, c'est sa femme. Il n'y a de sûreté pour elle que -dans le rétablissement de l'autorité royale. J'aime à croire qu'elle -ne voudrait pas de la vie sans la couronne; mais ce dont je suis bien -sûr, c'est qu'elle ne conservera pas sa vie, si elle ne conserve pas -sa couronne. Le moment viendra et bientôt, où il lui faudra essayer -ce que peuvent une femme et un enfant à cheval; c'est pour elle une -méthode de famille; mais, en attendant, il faut se mettre en mesure, -et ne pas croire pouvoir, soit à l'aide du hasard, soit à l'aide des -combinaisons, sortir d'une crise extraordinaire par des hommes et des -moyens ordinaires[427].» - -Sachant la faiblesse du Roi et l'énergie de la Reine, Mirabeau était -convaincu que cette princesse aurait seule assez d'influence sur son -mari pour triompher de ses indécisions. Cette haute opinion qu'il avait -du caractère de Marie-Antoinette lui faisait souhaiter une entrevue -avec elle, où il pourrait l'éclairer plus complètement sur les périls -de la situation, lui exposer en détails son système et, en gagnant -mieux sa confiance, la pénétrer en quelque sorte de son esprit. «Il -serait essentiel, écrivait-il le 26 juin à la Marck, que je visse -votre homme, et surtout _Elle_[428].» C'est par ce mot qu'il désignait -la Reine. Mais la Reine avait une répugnance extrême pour une telle -entrevue. Quelles que fussent les protestations de dévouement de -Mirabeau, elle ne pouvait oublier que, depuis plus d'un an, elle était -habituée à le considérer comme «un monstre», et qu'à cette heure même -le Châtelet le signalait comme un des fauteurs des journées d'octobre. -Pourtant, encouragée par le comte de Mercy[429] et l'archevêque de -Toulouse[430], et surmontant ses plus naturelles répulsions dans -l'intérêt du Roi, de ses enfants et du pays, elle finit par se résigner -à la conférence demandée. Il ne s'agit plus que de choisir le jour et -le lieu convenable. Saint-Cloud, où la Cour passait l'été, offrait plus -de facilités que Paris; mais même à Saint-Cloud, on était surveillé. -A force de recherches, Marie-Antoinette trouva un endroit «non -commode, mais suffisant pour le voir et pallier tous les inconvénients -du jardin et du Château[431]». L'audience, primitivement fixée au -vendredi[432], fut remise au samedi 3 juillet, à huit heures et demie -du matin[433]. Pour mieux couvrir sa démarche, Mirabeau partit la -veille de Paris et alla coucher à Auteuil, chez sa nièce, la marquise -d'Aragon[434]. Le lendemain matin, il en partit, dans un cabriolet à -deux chevaux[435], seul avec son neveu, le comte du Saillant, déguisé -en courrier et qui conduisait la voiture. Il descendit à la petite -porte du parc, et, avant d'entrer, mu par un sentiment de défiance, -dont il ne tarda pas à se repentir, il remit une lettre à son neveu en -lui disant: «Si dans trois quarts d'heure je ne suis pas de retour, -pars et remets sans perdre un instant ce billet au commandant de la -garde nationale[436].» Puis il frappa à la porte et fut introduit -dans le parc, d'où on le conduisit à l'appartement de la Reine[437]. -Quelqu'empire que Marie-Antoinette eût sur elle-même, elle ne sut se -défendre, en apercevant le «monstre», d'une émotion si profonde qu'elle -en ressentit le lendemain une légère indisposition[438]. Elle se remit -cependant et, s'avançant vers le fougueux tribun: «Auprès d'un ennemi -ordinaire, dit-elle avec sa grâce souveraine, auprès d'un homme qui -aurait juré la perte de la monarchie, sans apercevoir l'utilité dont -elle est pour un grand peuple, je ferais en ce moment la démarche la -plus déplacée. Mais quand on parle à un Mirabeau[439].....» Mirabeau -fut séduit: l'aspect seul de Marie-Antoinette l'avait ébloui. Sa -dignité sereine, l'incomparable attrait répandu dans toute sa personne, -le sourire mélancolique qui errait sur ses lèvres, son affabilité, -lorsqu'avec un attendrissement mêlé de remords il s'était accusé -lui-même d'avoir été une des principales causes de ses peines, tout -acheva de l'enthousiasmer[440]. «Madame, dit-il en se retirant, -lorsque votre auguste mère admettait un de ses sujets à l'honneur de -sa présence, jamais elle ne le congédiait sans lui donner sa main à -baiser[441].» La Reine tendit la main. Mirabeau la baisa en s'inclinant -respectueusement, et se relevant: «Madame, reprit-il, la monarchie est -sauvée[442].» - -Lorsqu'au bout de trois quarts d'heure, il franchit de nouveau le -seuil de la porte du parc, sa respiration était haletante, sa parole -entrecoupée. Il écouta comme à regret les derniers craquements du sable -sous les pieds des personnes qui s'éloignaient. Puis, s'approchant de -son neveu, il lui reprit vivement la lettre qu'il lui avait confiée et, -lui serrant le bras avec force: «Elle est bien grande, bien noble et -bien malheureuse, Victor, dit-il, mais je la sauverai.» - -«Jamais, ajoute M. du Saillant, la voix de mon oncle n'avait été -altérée par une émotion pareille, par une émotion aussi vraie[443].» - -Si bien gardé qu'eût été le secret sur cette entrevue, quelques -précautions que la Reine eût prises pour dérouter les soupçons, ou -tout au moins les égarer sur un autre, moins compromettant et moins -compromis, comme le comte de Ségur[444], je ne sais quelle rumeur -vague transpira dans le public et des lettres anonymes dénoncèrent au -Comité des recherches ce qu'on avait déjà nommé, dans une occasion -précédente[445], la _Grande trahison du comte de Mirabeau_. - -Mais ces criailleries n'intimidaient pas le puissant orateur, pas plus -qu'elles ne l'avaient intimidé au 22 mai. Illuminé par la bonté de la -Reine, touché de la calme résignation du Roi, et de la modération de -ses vues sur le rétablissement de l'autorité royale, il poursuivait -avec ardeur le but qu'il s'était proposé. «Rien ne m'arrêtera, dit-il, -je périrai plutôt que de manquer à mes promesses[446].» - -Malheureusement, l'accord complet que l'entrevue de Saint-Cloud -semblait avoir établi entre le tribun et la famille royale dura peu. -Le Roi, toujours indécis, hésitait à se confier entièrement à lui; -il demandait des conseils de tous côtés et finissait par n'en suivre -aucun. Ce partage de confiance exaspérait Mirabeau. S'étant une fois -dévoué, il eût voulu qu'on suivît exclusivement ses avis; il était -jaloux de tous ceux auxquels le Roi et la Reine semblaient accorder -quelque crédit, de Ségur, de Rivarol[447], de Bergasse[448]. Dès le -9 juillet, il se plaignait qu'on ne lui dît pas tout et que Louis -XVI n'exécutât pas les décisions arrêtées avec sa femme. «Il faut, -disait-il, que la Reine se détermine à toujours donner l'impulsion -au Roi;» et ce qu'il n'ajoutait pas, mais ce qui était le fond de sa -pensée, que la Reine accepte toujours la direction de Mirabeau. «Sans -cela, le Roi et la Reine ne seront que des personnes timides, toujours -obligées de composer avec leurs geôliers...., toujours à la merci des -insurrections, de l'ambition ou de la démagogie[449].» - -Mais Marie-Antoinette elle-même, si intrépide qu'elle fût, reculait -parfois devant les plans proposés par son nouvel allié. Le 13 août, -Mirabeau adressait la note bien connue dont le début a été si -souvent cité: «Quatre ennemis arrivent au pas redoublé: l'impôt, la -banqueroute, l'armée, l'hiver. Il faut prendre un parti; je veux dire -qu'il faut se préparer aux événements en les dirigeant. En deux mots, -la guerre civile est certaine et peut-être nécessaire[450].» Et il -concluait en demandant une nouvelle entrevue et en insistant sur la -nécessité de constituer dans l'armée un fort noyau de résistance. - -La Reine fut épouvantée. La perspective brutale du danger qu'elle -sentait bien, mais qu'elle aimait sans doute à croire moins pressant, -le ton même de la note, ce ton auquel ne l'avaient guère habituée -les phrases polies et obséquieuses de ses ministres, ce style -«extraordinaire»,—le mot est d'elle,—ce style haché, saccadé, qui -sentait la poudre et qui sonnait la charge, tout cela la jetait dans -le trouble et dans l'effroi; elle était presque tentée de croire «fou» -son audacieux correspondant. La guerre civile surtout lui inspirait -et devait lui inspirer jusqu'à la fin une insurmontable répugnance. -«Comment M. ou tout autre être pensant, écrivait-elle à Mercy, peut-il -croire que jamais, mais surtout dans cet instant, le moment soit venu -pour que nous, nous provoquions la guerre civile[451]?» Quant à une -nouvelle conférence avec Mirabeau, elle était impossible. On avait -soupçonné la première et ce simple soupçon avait failli tout gâter. Que -serait-ce, si l'on venait à découvrir la seconde? - -Mirabeau fut sans doute instruit par Mercy de l'impression produite -par son mémoire. Il en fut plus attristé qu'étonné, mais en même temps -découragé. Il eût voulu que le Roi prît un rôle actif, et le Roi ne -pouvait se résoudre qu'à un rôle passif. Il eût voulu qu'on surexcitât -par des agents habiles, qu'on fît naître, au besoin, le mécontentement -que devaient inévitablement soulever dans les provinces les réformes de -l'Assemblée, et le Roi attendait que ce mécontentement se produisît et -grandît tout seul; on ne comptait que sur le temps, et il n'y avait pas -un jour à perdre. La Reine elle-même, dans l'intrépidité de laquelle -il avait foi, reculait, comme éblouie de la lumière sinistre qu'il -avait brusquement projetée sur la situation. Elle aussi se réfugiait -dans un rôle passif: «Le temps et la patience sont les vrais remèdes à -nos maux, écrivait-elle un peu plus tard à son frère. Je crois qu'il -viendra pourtant un temps où il faudra aider l'opinion; mais nous n'y -sommes pas encore[452].» Plus le moment d'agir approchait, plus la -nécessité d'une action énergique s'imposait, plus elle cherchait à -l'éloigner, comme épouvantée des conséquences. Et Mirabeau de répéter -tristement: «Je continuerai à servir, autant que le permet la nature -des choses, même dans le rôle passif auquel on se condamne, quelque -répugnance que j'aie pour cet ordre de choses, et cette répugnance est -telle que, si je me suis abstenu ici d'en développer tous les dangers, -ce n'est que pour épargner à votre imagination ou à votre sensibilité -un tableau dont la difformité vous affligerait en pure perte, dès que -vous vous croyez hors de mesure de rien tenter pour la chose publique -et pour vous-mêmes..... Je gémirai qu'un si bon prince et une Reine si -bien douée par la nature aient été inutiles, même par le sacrifice de -leur considération et de leur sûreté à la restauration de leur pays.... -Je serai fidèle jusqu'au bout, parce que tel est mon caractère; je -me bornerai aux moyens temporaires et circonstanciels, puisqu'on ne -veut se prêter à aucuns autres..... Du reste, j'attendrai qu'un coup -de tonnerre brise la déplorable léthargie sur laquelle je ne puis que -gémir[453].» - -Un mois après, il écrivait encore: «Je l'avoue, non sans regret, je -suis très peu utile, mais on m'impose bien plus le devoir de servir -qu'on ne m'en donne le pouvoir. On m'écoute avec plus de bonté que -de confiance; on met plus d'intérêt à connaître mes conseils qu'à -les suivre, et surtout, on ne sent point assez que le rôle passif -de l'inaction, fût-il préférable à tous les autres, ne consiste pas -précisément ou à ne rien faire ou à ne laisser agir que ceux qui -nuisent.» - -Et, venant à la revision de la Constitution, décidée par l'Assemblée, -il ajoutait: - -«Je donnerai mes idées sur ce point, si on l'exige; je donnerai mon -avis sur d'autres plans, si on daigne me consulter; car, puisque -l'initiative qu'on m'a laissée n'a produit jusqu'à présent que de -l'hésitation et de l'embarras, il conviendrait peut-être d'essayer si -je ne suis pas plus utile en changeant de rôle[454].» - -Dans l'épanchement de l'intimité, ses plaintes étaient plus vives et -même brutales; il se laissait entraîner à des expressions grossières, -dont il demandait pardon plus tard[455]; il allait jusqu'à traiter ses -augustes clients de «couards[456]» et de «royal bétail[457]». «C'est -pitoyable, écrivait-il... On dirait que la maison où ils dorment peut -être réduite en cendres sans qu'ils en soient atteints ou seulement -réveillés[458].» Et alors, indisposé par les tergiversations de la -Cour, irrité par l'attitude malveillante et les interruptions du côté -droit, il se livrait, à la tribune de l'Assemblée, à des emportements -de langage, à des «par delà», comme disait la Marck[459], qui, en -inspirant des doutes sur sa fidélité, ne faisaient que redoubler les -indécisions du Roi et de la Reine. D'autres fois, faisant un retour sur -lui-même et comprenant, non sans remords, combien étaient légitimes -au fond les répugnances de la famille royale: «Ah, s'écriait-il avec -amertume, que l'immoralité de ma jeunesse fait maintenant de tort à la -chose publique[460]»! - -C'était bien là en effet le secret des incertitudes de la Reine et la -cause réelle de l'impuissance de Mirabeau. Vainement écrivait-il le 24 -octobre, trois jours après une de ses plus virulentes sorties[461]: -«Jamais mon zèle n'a été si pur, mon dévouement plus illimité, mon -désir d'être utile plus constant, j'ose dire plus opiniâtre. Ce n'est -pas pour moi-même, c'est pour obtenir plus de succès que j'ambitionnais -le prix de la confiance et ceux qui parviendront à me la ravir -n'arracheront de mon cœur ni la reconnaissance ni le serment que -j'ai fait de défendre l'autorité royale, dussé-je combattre seul et -succomber dans cette lutte éclatante, où j'aurai l'Europe pour témoin -et la postérité pour juge[462].» La Reine ne pouvait se persuader -que l'homme qui avait si rudement ébranlé le trône, qui se laissait -encore emporter à l'attaquer de temps en temps avec tant de passion -et de violence, fût sincèrement déterminé à le soutenir, et, tout en -acceptant la plupart du temps les idées de son correspondant, elle -se demandait avec angoisse quelle arrière-pensée elles pouvaient -cacher, si ce n'était pas plutôt ses intérêts personnels que ceux de -la monarchie que Mirabeau avait en vue, et s'il ne justifiait pas -cette dure parole de son père: «Faut-il être singe, loup ou renard, -tout lui est égal; rien ne lui coûte[463].» Ou cette autre non moins -dure: «La conversion de saint Paul même ferait un autre homme, mais ne -ressusciterait pas celui-là[464].» - -Justement irritée de son discours révolutionnaire du 2 octobre sur -la procédure du Châtelet, elle écrivait à Mercy: «Il m'a envoyé son -discours; si je le voyais, j'aurais plusieurs points sur lesquels je -lui demanderais explication, et, avec tout son esprit et astuce, je -crois qu'il aurait encore de la peine à prouver que c'est pour nous -servir qu'il l'a prononcé[465].» - -L'archevêque de Toulouse, si dévoué pourtant pendant toute cette -négociation et si disposé à soutenir Mirabeau, disait de son côté, -après une autre sortie non moins brutale[466]: «Comment voulez-vous -que la confiance, si nécessaire dans les circonstances où nous sommes, -puisse naître, après des écarts pareils à ceux d'avant-hier[467]?» - -La Reine se trompait: Mirabeau voulait franchement et sérieusement un -gouvernement monarchique, tempéré par la liberté, et depuis l'entrevue -de Saint-Cloud, son dévouement à Marie-Antoinette en particulier -s'inspirait d'un sentiment chevaleresque: ce n'était pas seulement la -Reine, c'était aussi la femme qu'il prétendait servir. Mais lui, qui se -plaignait tant des indécisions de la famille royale, méritait souvent -le même reproche. Tiraillé entre sa raison et sa passion, entre son -désir de ne pas compromettre sa popularité et sa volonté de sauver -la royauté, les efforts même qu'il faisait pour concilier ces choses -inconciliables rendaient sa marche oscillante et troublée et donnaient -à sa conduite une apparence de fausseté qui ranimait les soupçons et -réveillait les préventions endormies à grand'peine. Il était sincère, -il n'était pas droit; il était fidèle, il n'était pas constant et ne -paraissait pas logique. - -Le danger croissait d'heure en heure, et les ennemis de la royauté -qui sentaient, comme Mirabeau, que, de la famille royale, la Reine -seule était un obstacle sérieux à leurs désirs, ne mettaient pas -moins d'ardeur à l'attaquer que l'éloquent tribun à la servir. La -tactique contre elle avait été habile; on avait commencé, dans les -écrits inspirés par les meneurs, par faire un éloge emphatique du -Roi en gardant le silence sur la Reine; puis le silence s'était -transformé en insinuations hostiles, bientôt en agression ouverte, -qui concordait avec des bruits malveillants propagés dans le peuple, -avec des menées perfides tramées dans l'ombre, avec des plans odieux, -cyniquement avoués. «Une partie du public, dit la Marck, avait fini -par s'en laisser imposer à cet égard et croyait bêtement aux calomnies -atroces répandues contre cette princesse infortunée[468].» Toutes -les résolutions du côté droit, même celles qu'elle blâmait, tous -les actes des monarchistes, même ceux auxquels elle était le plus -étrangère, comme le duel du duc de Castries avec Charles de Lameth, -lui étaient imputés[469]. Le ministère avait fini par se dissoudre -dans l'impuissance. Necker était parti le 4 septembre, tombé sous -le coup de l'indifférence publique et n'ayant pas même à son départ -l'aumône d'un regret ni l'honneur d'une attaque. «Il n'est regretté -de personne, disait Fersen, pas même de sa société, et son départ ne -fera aucun effet[470].» Deux mois après, les autres membres du cabinet -donnaient leur démission. De nouveaux ministres avaient succédé aux -anciens[471]: créatures des Lameth pour la plupart et naturellement -pris hors de l'Assemblée. Seul, M. de Montmorin était resté, soutenu -par Mirabeau, auquel il devait servir d'intermédiaire avec la Cour, et -seul aussi osant soutenir la Reine, parfois même contre quelques-uns -de ses nouveaux collègues. Car c'était toujours la Reine qu'on -poursuivait, c'était elle qu'il fallait séparer du Roi, et faire -disparaître de gré ou de force. - -Une première fois,—un peu après le retour à Paris,—les Constitutionnels -lui avaient fait proposer par son amie, la duchesse de Luynes, de -s'éloigner pendant quelque temps de la France, afin de laisser -achever la Constitution, sans que les patriotes pussent l'accuser de -s'y opposer. La duchesse de Luynes, qui savait combien la personne -de Marie-Antoinette était menacée, avait consenti à lui porter ces -propositions. Mais il s'agissait de partir seule; la Reine répondit -«que jamais elle n'abandonnerait le Roi et ses enfants; que si elle se -croyait seule en butte à la haine publique, elle ferait à l'instant -même le sacrifice de sa vie; mais qu'on en voulait au trône et -qu'en abandonnant le Roi, elle ferait seulement un acte de lâcheté, -puisqu'elle n'y voyait que le seul avantage de sauver ses propres -jours[472].» - -A défaut de persuasion, on eut recours à la menace. On parla -d'assassinat; on parla de procès. Le bruit se répandit,—c'était vers -la fin de 1790,—qu'on allait reprendre le plan qui avait échoué le 6 -octobre. Emu de ces bruits, M. de Montmorin demanda à ses collègues -de prendre des mesures pour ne pas laisser se consommer un pareil -forfait. Le garde des sceaux, Duport du Tertre, prit la parole et -déclara froidement qu'il ne se prêterait pas à un assassinat, mais -qu'il n'en serait pas de même s'il s'agissait de faire le procès de -la Reine—«Quoi!» reprit M. de Montmorin indigné, «vous, ministre du -Roi, vous consentiriez à une pareille infamie!»—«Mais,» répondit -tranquillement Duport, «s'il n'y a pas d'autre moyen[473]?» - -A défaut d'assassinat, à défaut de procès, ou peut-être comme -corollaire et but du procès, on proposa le divorce, et M. de Lafayette, -dans une entrevue avec la Reine, eut l'outrageante impudeur de lui dire -que, pour en arriver là, on la rechercherait en adultère[474]. La Reine -n'opposa que sa dignité et son courage habituels à cette injurieuse -menace. Mais qu'il lui fallut d'empire sur elle-même pour ne pas faire -jeter à la porte son insolent interlocuteur, et ne trouve-t-on pas là, -dans cet affront de Lafayette la cause de l'insurmontable répulsion -que Marie-Antoinette conserva jusqu'à la fin contre le «héros des deux -mondes» et qui lui faisait dire qu'elle aimerait mieux périr que de lui -devoir son salut? - -En même temps, Mme de la Motte était à Paris, appelée par les chefs -de la Révolution, et prête à recommencer contre sa royale victime ses -infâmes et ténébreux «tripotages». Mirabeau bondit: «J'arracherai -cette Reine infortunée à ses bourreaux,» s'écria-t-il, ou «j'y -périrai[475].» Et prenant immédiatement la plume: «Il est impossible, -écrivit-il, de s'exagérer le sentiment du dévouement audacieux que -produit en moi la découverte de tant d'iniquités et de perfidies, et -si j'indique d'autres provocateurs,—il avait proposé que Fréteau ou -d'Ailly demandassent l'arrestation de l'intrigante,—c'est que le bruit -vague de mes liaisons plaiderait irrésistiblement contre moi parlant -le premier; mais on ferait tout à la fois la plus cruelle injure à -moi et le plus pitoyable mécompte dans cette affaire, si l'on doutait -que je périrais sur la brèche dans une telle affaire et dans tout ce -qui touchera l'auguste et intéressante victime que convoitent tant de -scélérats[476].» - -Ce n'était pas seulement la Reine qu'on visait, c'était le Roi à -travers sa femme. Mirabeau l'avait senti: «Dans ce projet, disait-il, -la Reine, dont ils connaissent le caractère, la justesse d'esprit et la -fermeté, serait le premier objet de leur attaque, et comme la première -et la plus forte barrière du trône, et comme la sentinelle qui veille -de plus près à la sûreté du monarque. Mais le grand art des ambitieux -serait de cacher leur but; ils voudraient paraître entraînés par les -événements et non les diriger. Après avoir fait du procès de la dame -la Motte un poison destructeur pour la Reine; après avoir changé les -calomnies les plus absurdes en preuves légales capables de tromper le -Roi, ils feraient naître tour à tour les questions du divorce, de la -régence, du mariage des rois, de l'éducation de l'héritier du trône... -Mais, ajoutait-il, ce pays périrait tout entier, que je serais encore -le défenseur de la Reine et du Roi[477].» - -Effrayés du bruit que faisait cette affaire et de la tournure qu'elle -prenait, ceux qui avaient fait venir Mme de la Motte jugèrent plus -prudent de la faire repartir, et, pour cette fois du moins, l'intrigue -avorta[478]. - -Malheureusement, le lendemain même du jour où le grand orateur -rédigeait ces notes si éloquentes et signait cette protestation de -dévouement inaltérable, il se laissait encore emporter, à l'Assemblée, -à des écarts de langage, à une apologie de l'insurrection[479], -qui désolait son ami la Marck et faisait évanouir la «confiance -nouvelle[480]» que les notes avaient inspirée à la Reine[481]. -Mirabeau s'excusait; mais il était incorrigible, et quinze jours -plus tard, dans la discussion sur la Constitution civile du clergé, -il revenait à ses premiers errements et prononçait un discours d'une -extraordinaire violence. Quelle était son intention vraie en agissant -ainsi? Voulait-il, par ses attaques véhémentes, mieux dissimuler son -véritable but? Espérait-il, comme il l'a prétendu, que l'exagération -même des mesures proposées les rendrait illusoires? Estimait-il ne -pouvoir mieux se faire écouter de ses collègues qu'en se mettant à leur -diapason, en renchérissant sur eux, en aggravant encore la rigueur -de leurs décrets[482]? Avait-il la pensée, comme il s'en est vanté -encore, d'«enferrer» l'Assemblée, et de la discréditer en la rendant -tyrannique[483]? Croyait-il à la bonté de cette théorie, si souvent -préconisée en temps de révolution, mais si rarement couronnée de -succès, qui prétend faire sortir le bien de l'excès du mal? Quelles -qu'aient été ses intentions réelles, l'effet produit fut déplorable. -En se livrant, contre le clergé et contre la religion catholique, -à de telles déclamations, ce n'était pas seulement les sentiments -politiques, les préjugés, si l'on veut, de la famille royale qu'il -blessait, c'était sa conscience même. Toutes les objections, jadis -émises contre lui, reparurent. Mirabeau multipliait vainement ses -notes, on n'en tenait plus compte; et la Marck lui-même osait à peine -aborder la Reine, tant il la savait découragée et refroidie à l'égard -de son ami[484]. Pour ramener une confiance qu'il sentait lui échapper, -l'éloquent et fantasque tribun se remit à l'œuvre et, le 23 décembre, -traça tout un projet de défense et de salut par la conciliation des -libertés publiques avec l'autorité royale. Ce n'était point un plan de -contre-révolution,—il ne regardait la chose ni comme possible ni comme -souhaitable,—c'était un plan de contre-Constitution. - -«Je regarde, disait-il, tous les effets de la Révolution et tout ce -qu'il faut conserver de la Constitution comme des conquêtes tellement -irrévocables, qu'aucun bouleversement, à moins que l'empire ne fût -démembré, ne pourrait plus les détruire[485].» - -Ces réformes d'ailleurs, suivant lui, ne sont pas aussi défavorables au -pouvoir royal que de vieux préjugés pourraient le faire craindre. - -«Cette surface parfaitement unie, qu'exige la liberté, rend aussi -l'exercice de l'autorité bien plus facile; cette égalité dans les -droits politiques, dont on fait tant de bruit, est aussi un instrument -de pouvoir.» - -Sans doute ces réformes ont été souvent excessives, prématurées, -maladroites; il importe de les corriger. Il faut admettre «la -Révolution dans son esprit», et «la Constitution dans la plupart de ses -bases».—«Tendre à une meilleure Constitution, voilà donc le seul but -que la prudence, l'honneur et le véritable intérêt du Roi, inséparable -de celui de la nation, permettent d'adopter[486].» - -Mais l'Assemblée actuelle est incapable d'accomplir les améliorations -nécessaires. Il faut donc la perdre dans l'opinion, et la forcer à se -dissoudre. Et dans ce but, il est essentiel de prendre de l'influence -sur l'esprit public et sur les futures assemblées électorales qu'il -faudrait décider à demander elles-mêmes la révision de certains -articles de la Constitution et—ceci est capital,—la fixation du lieu -de la future Constituante tout autre part qu'à Paris; car, disait-il, -«aucun corps délibérant, et je n'en excepte pas l'Assemblée nationale, -n'est libre aujourd'hui, à côté de la redoutable influence qu'on a -voulu donner au peuple[487].» - -Il faut s'emparer de l'esprit public, à Paris et dans les provinces; il -faut influencer l'Assemblée par une coalition de députés de la droite -et de la gauche, dont M. de Montmorin sera le correspondant attitré et -Mirabeau, l'inspirateur secret[488]. Il faut un ministère sûr et uni, à -la fois agréable à la multitude et dévoué à l'autorité royale[489]. - -Il faut aussi que le Roi et la Reine se rendent populaires. «Il faut -qu'on ne puisse pas douter de leur adhésion à tous les changements -utiles au peuple et à tous les principes qui peuvent assurer la -liberté..... Se montrer souvent en public, se promener quelquefois, -même à pied, dans les lieux les plus fréquentés, assister à des revues -de la garde nationale, paraître à quelques séances de l'Assemblée dans -la tribune du président, visiter les hôpitaux, les hospices publics, -les grands ateliers d'ouvriers et y répandre quelques bienfaits: ce -genre de représentation, également convenable à la Reine et au Roi, -leur serait sans doute plus utile qu'une impénétrable retraite[490].» - -Et Mirabeau terminait par ce pressant appel et ce dramatique tableau: - -«On peut tout espérer, si ce plan est suivi, et s'il ne l'est pas, si -cette dernière planche de salut nous échappe, il n'est aucun malheur, -depuis les assassinats individuels jusqu'au pillage, depuis la chute -du trône jusqu'à la dissolution de l'empire, auquel on ne doive -s'attendre. Hors ce plan, quelle ressource peut-il rester? La férocité -du peuple n'augmente-t-elle pas par degrés? N'attise-t-on pas de plus -en plus toutes les haines contre la famille royale? Ne parle-t-on pas -ouvertement d'un massacre général des nobles et du clergé? N'est-on -pas proscrit pour la seule différence d'opinion? Ne fait-on pas -espérer au peuple le partage des terres? Toutes les grandes villes du -royaume ne sont-elles pas dans une épouvantable confusion? Les gardes -nationales ne président-elles pas à toutes les vengeances populaires? -Tous les administrateurs ne tremblent-ils pas pour leur propre sûreté, -sans avoir aucun moyen de pourvoir à celle des autres? Enfin, dans -l'Assemblée nationale, le vertige et le fanatisme peuvent-ils être -poussés à un plus haut degré? Malheureuse nation! Voilà où quelques -hommes qui ont mis l'intrigue à la place du talent et les mouvements à -la place des conceptions t'ont conduite! Roi bon, mais faible; Reine -infortunée! Voilà l'abîme affreux où le flottement entre une confiance -trop aveugle et une méfiance trop exagérée vous ont conduits! Un effort -reste encore aux uns et aux autres; mais c'est le dernier. Soit qu'on -y renonce, soit qu'on échoue, un voile funèbre va couvrir cet empire. -Quelle sera la suite de sa destinée? Où sera porté ce vaisseau, frappé -de la foudre et battu par l'orage? Je l'ignore. Mais si j'échappe -moi-même au naufrage public, je dirai toujours avec fierté dans ma -retraite: «Je m'exposai à me perdre pour les sauver tous; ils ne le -voulurent pas[491]!» - -Jamais le puissant orateur n'avait été plus net, plus précis, plus -sagace. Jamais il n'avait tracé un tableau plus sombre et plus -vrai de la situation. Jamais il n'avait plus clairement indiqué le -remède. Jamais il n'avait dressé un plan plus étudié, embrassant plus -complètement toutes les parties de l'administration et du royaume. -Jamais il n'avait été plus éloquent, plus émouvant et plus ému. La -Reine, profondément impressionnée par la lecture de cette note, -entra avec ardeur dans les vues de son conseiller. Le Roi fut plus -difficile à ébranler; les dangers signalés lui paraissaient exagérés, -et l'énergie de l'action répugnait à son caractère. Il finit toutefois -par accepter le plan de Mirabeau et l'application en fut commencée. La -Reine, triomphant de ses propres répugnances, consentait à employer -comme intermédiaires Montmorin et Talon, contre lesquels elle -nourrissait de vives préventions[492]. Avec Talon, elle se montrait -pleine d'esprit et de tact, alliant toutefois à la grâce qui lui était -naturelle une réserve que commandait la situation[493]. Avec Montmorin, -elle manifestait plus d'ouverture et de confiance[494]. Le Roi faisait, -ou plutôt laissait organiser quelques-uns des rouages recommandés par -Mirabeau: on créait un atelier de police pour agir sur l'opinion[495]; -on gagnait plusieurs journalistes et déjà certains effets favorables -se faisaient sentir. Paris semblait mieux disposé pour le Roi: on y -parlait moins de la Reine[496]. Les provinces étaient encore bonnes, -en grande majorité; les calomnies contre Marie-Antoinette y avaient -moins cours, et il eût suffi de s'y montrer pour conquérir promptement -la confiance du peuple[497]. On l'avait bien vu à la Fédération. On -pouvait trouver là un point d'appui sérieux. La Marck partait pour -Metz, afin de concerter avec M. de Bouillé la sortie de la famille -royale de Paris, base essentielle de tout projet de restauration[498]. - -On essayait donc quelque chose; mais c'était encore bien peu, et il -fallait d'autres efforts. Ce plan de Mirabeau, d'ailleurs, n'était-il -pas trop vaste et trop compliqué pour réussir[499]? Les augustes -clients même pour le salut desquels il avait été combiné n'étaient -pas le moindre des obstacles à sa bonne et prompte exécution. Le Roi, -quand il laissait agir, restait inerte; il méditait chaque jour la -vie de Charles Ier[500], dont le portrait était suspendu dans sa -chambre; mais c'était plutôt pour apprendre à souffrir et à mourir que -pour apprendre à résister. Lorsqu'on lui parlait de ses affaires et -de sa position, il semblait, disait tristement un de ses plus dévoués -serviteurs, qu'on lui parlât de choses relatives à l'empereur de la -Chine[501]. Plus énergique et plus active, la Reine voyait son énergie -paralysée par l'inaction de son mari; elle luttait sans espoir contre -sa déplorable destinée. «Comme femme, écrivait la Marck, elle est -attachée à un être inerte; comme Reine, elle est assise sur un trône -bien chancelant[502].» - -Elle-même, d'ailleurs, mal préparée à la lutte, ne joignait pas à la -force du caractère l'habitude des affaires, et la persévérance dans -les idées. «La Reine, écrivait encore la Mark, a certainement l'esprit -et la fermeté qui peuvent suffire à de grandes choses, mais il faut -avouer que, soit dans les affaires, soit même dans la conversation, -elle n'apporte pas toujours ce degré d'attention et cette suite qui -sont indispensables pour apprendre à fond ce qu'on doit savoir pour -prévenir les erreurs et pour assurer le succès[503].» Il était du -reste un terrain sur lequel Mirabeau et ses amis se fussent bien -difficilement mis d'accord avec la famille royale: c'était la question -religieuse, que les premiers jugeaient d'après les principes de la -philosophie rationaliste, la seconde avec les lumières de la foi et -les délicatesses de la conscience, auxquelles chez Louis XVI, depuis -la fatale sanction donnée à la Constitution civile, s'ajoutaient les -saintes susceptibilités du remords. - -Quant aux agents de ce vaste plan, pouvait-on compter absolument sur -eux? Montmorin était faible et sans initiative; Talon et Sémonville, -suspects; plusieurs autres, d'une fidélité bien chancelante. Restaient -la Marck et Mirabeau lui-même. La Marck était actif, capable, -sincèrement dévoué. Mais Mirabeau, malgré ses protestations ardentes, -ne se livrait pas entièrement. C'est son ami intime, son répondant, la -Marck, qui l'observe lui-même. L'exécution chez lui était souvent fort -différente du projet, et la réalité, de la promesse[504]. «Il voulait -concilier la volonté apparente de servir avec l'inaction, pousser -les autres et se tenir en arrière, avoir le mérite du succès _et ne -pas mettre sa popularité à de trop fortes épreuves_[505].» De là des -indécisions, une inertie parfois et de temps à autre des bouffées de -démagogie qui gâtaient tout. - -Il faut en convenir, d'ailleurs, sa situation était singulièrement -critique. Comme l'écrivait justement Fersen, «il n'avait pas autant de -moyens pour faire le bien qu'il en avait pour faire le mal[506].» Le -mystère même dont il enveloppait sa conduite la rendait plus difficile -à soutenir. Le secret gardé le laissait en butte aux rancunes du côté -droit; découvert ou même soupçonné, il lui enlevait tout crédit sur la -gauche. - -Mais en tout cas, pour que le plan de Mirabeau pût aboutir, il fallait -que celui qui l'avait conçu fût là pour l'exécuter. Il fallait que -l'homme puissant qui avait disposé toutes les batteries, qui tenait -en main tous les ressorts, continuât à tout diriger. Or, à ce moment -même, les jours de Mirabeau étaient comptés; la vie, dont il avait -tant abusé, allait lui échapper à l'heure où il en consacrait les -restes à la défense, au salut peut-être de ce qu'il avait plus que -tout autre contribué à perdre. Dans ces derniers temps, du reste, son -attitude est correcte. Le 24 février, il demande qu'on ordonne à la -municipalité d'Arnay-le-Duc de laisser Mesdames continuer leur voyage, -illégalement interrompu. Le 28, il s'oppose, avec la plus brillante -éloquence, au vote d'une loi contre les émigrés et, malgré l'ardeur -de la gauche, parvient à la faire repousser. «Si l'on fait cette loi, -s'écrie-t-il, je jure de n'y point obéir[507].» Et c'est alors que, -violemment interrompu par les Lameth et leurs amis, il leur jette ce -cri dédaigneux: «Silence aux trente voix!» Le soir, il paraît encore -aux Jacobins pour combattre les chefs de la Révolution, irrités de ses -attaques et de ce qu'ils appellent sa défection. Le 23 mars, dans la -discussion sur la régence, il prend parti, avec les soutiens des vrais -principes monarchiques, pour la régence héréditaire. - -Ce fut le chant du cygne. Le 27 mars 1791, Mirabeau tombait malade; le -samedi 2 avril, il mourait, après avoir demandé à plusieurs reprises -son ami le comte de la Marck, le confident de ses derniers projets, et -en murmurant ces mots, devenus célèbres: «J'emporte avec moi le deuil -de la monarchie; après ma mort, les factieux s'en disputeront les -lambeaux[508].» - -Cette monarchie, l'aurait-il sauvée? Les conditions même dans -lesquelles il se dévouait à elle, et que nous avons exposées plus haut, -nous en font douter. Mme Elisabeth donnait de ce doute une raison -moins politique, mais plus conforme à ses idées religieuses un peu -exclusives, quand elle écrivait, le 3 avril, à Mme de Raigecourt: - -«Mirabeau a pris le parti d'aller voir, dans l'autre monde, si la -Révolution y était approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien!..... -Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le redoutent beaucoup. Depuis -trois mois il s'était montré pour le bon parti; on espérait en ses -talents. Pour moi, quoique très aristocrate, je ne puis m'empêcher de -regarder sa mort comme un trait de la Providence sur ce royaume. Je ne -crois pas que ce soit par des gens sans principes et sans mœurs que -Dieu veuille nous sauver[509].» - -Sous une forme mystique, la pensée de Mme Elisabeth était vraie; -dans ces temps troublés, il est rare que ceux qui ont pu ébranler -soient capables ensuite d'affermir et que ceux qui ont démoli sachent -reconstruire. C'est la logique des révolutions, et c'est aussi leur -justice. - - - - -CHAPITRE VIII - - Situation alarmante de Paris: l'émeute en permanence.—Démission de - Necker.—Départ de Mesdames.—Le 28 février.—Le 18 avril.—Projets de - fuite.—Le comte d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de - Saint-Cloud.—Plan de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au - marquis de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la - Reine, Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises, - est définitivement fixé au 20 juin. - - -Quelles que fussent les chances de succès du grand plan de Mirabeau, -il était évident que ce plan allait disparaître avec son auteur: la -clef de voûte tombant, tout l'édifice s'écroulait. Un certain nombre de -pygmées pouvaient bien se disputer l'héritage du géant: aucun n'était -de taille à le recueillir en entier. - -Cependant, la situation devenait chaque jour plus critique. L'émeute -était en quelque sorte à l'ordre du jour. Dès qu'une mesure prise par -l'Assemblée ou le gouvernement déplaisait aux Jacobins, le peuple, ou -plutôt la populace de Paris, se soulevait et formulait son opinion à -sa manière, en vociférant, pillant et pendant. L'Assemblée n'était pas -plus libre que la famille royale. La rue était souveraine maîtresse, et -c'est à ce titre que Malouet a pu écrire justement que la Terreur en -France datait du 14 juillet 1789[510]. Le mot fut bien plus vrai encore -lorsque le gouvernement et le Roi eurent été ramenés de force à Paris. -La liste serait longue à dresser des mouvements populaires, à partir -seulement du 6 octobre 1789. Nous n'essaierons pas de le faire; nous -nous contenterons des émeutes les plus mémorables. - -Le 2 septembre 1790, à la nouvelle de la répression de la révolte -de Nancy par le général de Bouillé, quarante mille hommes s'étaient -portés aux Tuileries et à l'Assemblée, en réclamant à grands cris -le renvoi des ministres. Un moment même, on avait craint que cette -foule ne marchât sur Saint-Cloud, où la famille royale était alors, -et n'y renouvelât les scènes de Versailles[511]. Le 4 septembre, -Necker, effrayé, avait quitté le ministère et la France. Deux mois -après, l'hôtel d'un membre de l'Assemblée, le duc de Castries, était -pillé, pour le punir d'avoir blessé dans un duel loyal l'un des -héros populaires, Charles de Lameth. Le 27 janvier 1791, des bandes -allaient huer Clermont-Tonnerre et l'assaillir dans sa maison et -fermaient de force, avec la complicité pusillanime de Bailly, le club -des Impartiaux, dont il était président[512]. «Nous n'avons pas eu -de tapage depuis huit jours,» écrivait le 5 février Mme Elisabeth -à Mme de Raigecourt[513]. Mais ce calme inaccoutumé ne devait pas -durer longtemps. Moins de deux semaines après, la nouvelle du départ -de Mesdames donnait un nouvel aliment à l'agitation populaire. Une -députation des sections se rendit aux Tuileries et prétendit forcer le -Roi à interdire à ses tantes de s'éloigner. Louis XVI refusa. Mesdames -partirent le 19 février. Arrêtées par la municipalité d'Arnay-le-Duc, -les deux princesses ne purent continuer leur voyage qu'en vertu d'un -décret de l'Assemblée, après une inconvenante plaisanterie de Menou, -pour qui les tantes du monarque n'étaient plus que deux vieilles -femmes, tant le respect de l'autorité et de la famille royale avait, en -moins de deux ans, disparu du langage et des mœurs! - -On répandit le bruit que ce départ de Mesdames n'était qu'un prélude, -que le Roi, la Reine et Monsieur ne tarderaient pas à suivre l'exemple -de Mme Adélaïde et Mme Victoire. Sept à huit cents personnes, -lie du peuple, filles de la rue Saint-Honoré et leurs souteneurs, se -portèrent tumulteusement au Luxembourg, forcèrent Monsieur et Madame à -aller aux Tuileries et ne les quittèrent qu'après s'être assurés qu'ils -y étaient entrés[514]. Le 24, un ramassis confus de filles publiques, -d'émissaires des Jacobins et d'hommes déguisés en femmes envahit le -jardin des Tuileries et demanda en hurlant que le Roi ordonnât à ses -tantes de revenir. Sur l'injonction de cette bande, les soldats ôtèrent -leur baïonnette et Bailly proposait qu'on ouvrît les portes et qu'on -introduisît dans le Château une vingtaine de délégués qui voulaient -voir le Dauphin, qu'on disait parti comme Mesdames[515]. Heureusement, -la garde fut plus ferme que le maire; la foule fut sommée de se -disperser, et au premier roulement de tambour, tout s'enfuit comme une -volée d'oiseaux[516]. - -Le 28 février, la chose était plus grave. La commune de Paris faisait -en ce moment réparer le château de Vincennes. Le bruit se répandit que -ces réparations n'étaient qu'un moyen de favoriser une évasion du Roi, -qui, par des conduits souterrains, irait des Tuileries à Vincennes, -et de là à la frontière. Des bandes d'ouvriers des faubourgs, armés -de pioches et de piques, se dirigèrent sur Vincennes pour démolir le -donjon. Lafayette et la garde nationale les suivirent et parvinrent -à les disperser. Mais la nouvelle de ce mouvement populaire s'était -répandue. Un certain nombre de gentilshommes, redoutant quelque attaque -des Tuileries en l'absence de la milice parisienne, s'y rendirent. -Ils étaient trois cents environ, la plupart avaient des armes pour -défendre la famille royale et au besoin se défendre eux-mêmes; le -motif même qui les avait conduits au Château l'exigeait. Une fois là, -y eut-il des imprudences de commises par quelques jeunes gens, comme -semble le croire Mme Elisabeth[517]? Affichèrent-ils une attitude -hostile ou tinrent-ils des propos blessants pour la garde de service? -Y eut-il, au contraire, comme le prétend Hue[518], de l'eau-de-vie -distribuée aux gardes nationaux pour échauffer les têtes? Ce qui est -certain, c'est qu'un conflit éclata, et le bruit se répandit que ces -amis de la royauté n'étaient venus que pour enlever le Roi et opérer -une contre-révolution. A peine de retour de Vincennes, Lafayette -accourut au Château, apostropha durement les gentilshommes et voulut -les désarmer. Ils résistèrent; mais le Roi, soucieux d'éviter à tout -prix une lutte, pria lui-même ses défenseurs de remettre leurs armes -dans son cabinet, leur promettant qu'elles leur seraient rendues le -lendemain. On obéit; une heure après, les gardes nationaux exigèrent -que les armes fussent portées chez M. de Gouvion, major général; au bas -de l'escalier, elles furent pillées[519]. - -Quant aux fidèles serviteurs, déjà victimes de cette humiliante -exigence, lorsqu'ils sortirent des Tuileries, à huit heures du soir, on -les fouilla, on les hua, on les maltraita; on en conduisit plusieurs -à l'Abbaye[520]. Des vieillards même, comme le maréchal de Mailly, ne -furent pas à l'abri des insultes et des coups[521]. - -Le lendemain, Lafayette fit afficher sur les murs de la capitale une -proclamation pour prévenir la garde nationale qu'il avait donné des -ordres aux «chefs de la domesticité»,—c'est ainsi qu'il nommait les -gentilshommes de la Chambre,—afin qu'on ne laissât plus entrer au -Château d'hommes armés et «d'un zèle très justement suspect[522]», -confirmant ainsi par ces paroles les faux bruits de complot et -autorisant de son prestige populaire l'absurde et mortelle légende des -_Chevaliers du poignard_. - -«Tout est fort tranquille depuis ce moment-là, écrivait, le 2 mars, -Mme Elisabeth, toujours prompte à se rassurer ou plutôt à rassurer -ses amies, et je crois que c'est fini, parce que les méchants ont -obtenu ce qu'ils voulaient et que nous autres, bonnes bêtes, nous ne -voyons pas plus loin que le bout de notre nez et donnons tête baissée -dans tous les pièges que l'on nous tend[523].» - -La princesse se trompait: rien n'était fini. La journée du 28 -février avait aggravé le dissentiment entre les monarchistes et les -Constitutionnels et fait descendre l'autorité du Roi de toute la -hauteur dont avait grandi celle de Lafayette. Mais ce n'était, en -somme, qu'un incident et un symptôme. Une question plus grave, sur -laquelle le Roi ne pouvait se mettre d'accord avec l'Assemblée, pas -plus qu'avec Mirabeau, c'était la question religieuse. Louis XVI était -profondément pénétré des principes du catholicisme. Il avait bien pu, -dans un moment de faiblesse, donner sa sanction à la Constitution -civile du clergé[524], et aux décrets qui exigeaient des évêques et -des prêtres un serment contraire à leur conscience[525]; mais le -remords même qu'il en éprouvait rendait plus inébranlable désormais son -attachement à sa foi, et nulle force humaine n'eût pu le contraindre à -se servir du ministère d'un prêtre assermenté, qui n'était à ses yeux -qu'un prêtre schismatique. Marie-Antoinette n'était pas moins ferme. -Vainement Montmorin et Mirabeau, qui ne comprenaient pas ces scrupules, -les pressaient-ils de se rendre à des cérémonies où officiaient -des membres du clergé constitutionnel et à donner un semblant de -satisfaction à l'opinion démocratique, en assistant le dimanche à la -messe de leur paroisse. Ni le Roi ni la Reine n'y voulaient consentir, -et le Roi avait nettement refusé d'admettre dans sa chapelle des -ecclésiastiques assermentés[526]. - -Cependant, Pâques approchait. Louis XVI, souffrant depuis les scènes -douloureuses du 28 février et privé de l'exercice auquel il était -accoutumé[527], avait besoin de respirer un air plus pur que celui -de Paris. Il résolut d'aller passer la semaine sainte à Saint-Cloud, -où il aurait en même temps plus de liberté pour remplir ses devoirs -religieux. Les préparatifs furent faits au grand jour. Mais les -meneurs répandirent le bruit que le voyage annoncé en dissimulait un -autre, que ce n'était pas à Saint-Cloud, mais à Metz que le Roi devait -aller, et qu'en tout cas il était poussé à ce voyage par des scrupules -indignes d'un monarque constitutionnel. Les ennemis du catholicisme -devenaient chaque jour plus intolérants. Le 3 avril, on avait installé -dans toutes les paroisses de Paris les curés assermentés. Les -fidèles, usant de leur droit de ne point assister à des cérémonies -célébrées par des schismatiques, avaient loué l'église des Théatins -pour y exercer leur culte. Mais lorsqu'ils s'y présentèrent, le jour -des Rameaux, 17 avril, une foule ameutée les maltraita; des femmes -furent insultées, des jeunes filles fustigées, et le soir le club des -Cordeliers avait engagé à faire, le lendemain, une démonstration au -Château, afin de forcer le Roi à renvoyer les prêtres de sa chapelle -et à faire ses Pâques à Saint-Germain-l'Auxerrois[528]. Déjà, ce même -jour, la garde nationale avait voulu empêcher les aumôniers royaux de -dire la messe aux Tuileries[529]. En présence de cette effervescence, -Louis XVI, désireux de ne pas donner prétexte à des troubles, avait, -assure-t-on, renoncé à son projet de départ; il ne l'avait repris que -sur les instances de Lafayette et de Bailly, qui se croyaient sûrs de -maintenir l'ordre[530]. L'événement ne tarda pas à leur prouver que le -vrai maître de Paris, ce n'était pas eux, mais le club des Cordeliers. - -Le lendemain matin, en effet, lundi saint, 18 avril, la foule se porta -en masse aux Tuileries. Lorsque, vers onze heures[531], le Roi et la -Reine parurent pour monter en voiture, ils furent assaillis par des -clameurs hostiles. Ils prirent place néanmoins dans une berline avec -leurs enfants, Mme Élisabeth et Mme de Tourzel[532]. Mais le -départ fut impossible. La garde nationale, d'accord avec les émeutiers, -obstruait les portes, entourait les voitures, croisait la baïonnette -sur le poitrail des chevaux[533], apostrophait le Roi et la Reine -de la manière la plus grossière[534]. «A bas les valets! A bas les -chevaux! criait-on. On ne doit pas sortir de Paris avant la fin de la -Constitution.» Vainement Lafayette harangua-t-il sa troupe; la troupe -désobéit. Vainement le Roi disait-il à Bailly: «Il serait étonnant -qu'après avoir donné la liberté à la nation, je ne fusse pas libre -moi-même[535]!» Pendant deux heures, la famille royale resta dans son -carrosse, exposée aux insultes de la populace[536]. Pendant deux -heures, Lafayette essaya vainement de rappeler enfin les perturbateurs -à l'ordre et les soldats à la discipline. Ni ordres, ni prières, ni -menaces ne furent écoutés. Le tumulte croissait d'heure en heure; le -maire refusait de proclamer la loi martiale[537]. Les serviteurs du -Roi étaient maltraités[538]; le grand aumônier, mis en joue[539]; M. -de Duras, frappé avec une telle violence que le Dauphin se prît à -pleurer[540]. Pour éviter de nouveaux excès, il fallut renoncer au -voyage. Satisfaite de sa victoire, la garde nationale protesta de son -dévouement: «Soyez tranquille, nous vous défendrons,» disaient les -soldats à la Reine, en se pressant autour d'elle.—«Oui,» répondit -ironiquement la princesse, «nous y comptons; mais vous avouerez à -présent que nous ne sommes pas libres[541].» Et prenant le Dauphin dans -ses bras, elle rentra fièrement aux Tuileries. Le soir, les gardes -nationaux prétendirent encore fouiller les appartements, même la -chambre du Roi, même les greniers, même les remises, sous prétexte d'y -trouver des prêtres réfractaires[542], et, à dix heures, un homme, sur -le Carrousel, lisait à haute voix un papier rempli d'horreurs contre -le Roi, exhortant le peuple à forcer le Château, à tout jeter par les -fenêtres et surtout à ne pas manquer l'occasion, comme on l'avait -manquée à Versailles, au 6 octobre[543]. - -Le lendemain, le Roi se rendit à l'Assemblée et protesta énergiquement -contre la violence qui lui avait été faite. Le président Chabroud se -contenta de répondre «qu'une inquiète agitation est inséparable des -progrès de la liberté[544].» Cette agitation croissant toujours, le -Roi engagea son premier aumônier, le cardinal de Montmorency, Mgr -de Roquelaure et Mgr de Sabran, ses aumôniers, les prêtres de sa -chapelle, les premiers gentilshommes de la Chambre, MM. de Duras et de -Villequier, à s'éloigner de lui; la Reine adressa la même invitation -à sa dame d'honneur, Mme de Chimay, à sa dame du palais, Mme de -Duras; et le jour de Pâques, 24 avril, Louis XVI et Marie-Antoinette -furent contraints d'aller à Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse des -Tuileries, assister à la messe solennelle chantée par l'intrus qui -avait remplacé le vénérable curé, démissionnaire pour refus de serment. -Seule, Mme Élisabeth, quoique menacée des derniers outrages, -put se dispenser d'une cérémonie qui froissait si légitimement sa -conscience[545]. C'était là sans doute ce que Chabroud entendait par -les progrès de la liberté! - -La semaine fut triste pour les prisonniers des Tuileries; le deuil -de l'église, pendant les jours saints, s'accordait trop bien avec le -deuil de leurs propres cœurs pour qu'ils n'en fussent pas émus. «La -solitude des Tuileries, dit Mme de Tourzel, la vue du Roi, privé -de ses grands officiers, et nous tous à la veille d'être forcés de -nous éloigner de sa personne, les offices de l'Eglise, auxquels nous -assistions régulièrement et qui offraient des analogies si frappantes -avec la situation, le tombeau du jeudi saint, espèce de cénotaphe -entouré de cyprès et sur lequel il y avait une couronne d'épines, -emblème si juste de celle que portait le Roi, tout contribuait à -augmenter la profonde tristesse dont nous étions pénétrés et qu'il -fallait renfermer en soi-même pour ne la pas faire partager à notre -pauvre petit Dauphin[546].» - -C'en était trop. L'homme avait pu généreusement pardonner les outrages -dont on n'avait cessé de l'abreuver; le Roi avait fait largement le -sacrifice de son autorité; mais, violenté dans sa conscience, le -chrétien se redressa. Louis XVI résolut de sortir de ce Paris, qui -n'était plus pour lui qu'une prison. - -Depuis longtemps déjà, les serviteurs les plus anciens de la monarchie, -comme les conseillers de la dernière heure, considéraient le départ -du Roi comme indispensable au salut de la royauté. Le lendemain même -du jour où l'émeute triomphante l'avait ramené dans la capitale, les -hommes d'Etat, vraiment dignes de ce nom, avaient jugé qu'il n'y -pouvait rester, parce qu'il n'y avait pas la liberté nécessaire. Les -projets d'évasion se succédaient sans relâche. De quelque mystère que -la mort de M. de Favras ait enveloppé ses projets, il est certain que -la base première en était le départ de la famille royale, volontaire -ou forcé. Un peu plus tard, en mars 1790, un député de la noblesse, -le comte d'Hinnisdal, avait organisé tout un plan pour enlever le -Roi; la garde nationale de service était gagnée; les hommes étaient -à leur poste; les relais étaient disposés; tout était prêt, sauf le -consentement de Louis XVI. M. Campan fut chargé de sonder le prince, -un soir, pendant qu'il jouait au whist avec la Reine et sa famille. -Le Roi fit d'abord la sourde oreille, puis, pressé de se prononcer: -«Dites à M. d'Hinnisdal, répondit-il, que «je ne puis consentir à me -laisser enlever.»—«Vous entendez bien, reprit la Reine, le Roi ne peut -consentir à ce qu'on l'enlève.» Espérait-elle qu'on ne tiendrait pas -compte de cette défense ambiguë, qui pouvait cacher un acquiescement -tacite? Toujours est-il que, suivant Mme Campan, elle resta jusqu'à -minuit à préparer sa cassette. Mais aucun bruit ne vint troubler le -silence de la nuit: M. d'Hinnisdal, mécontent de la réponse équivoque -du Roi et ne voulant pas agir sans l'assentiment positif de ceux pour -lesquels il se compromettait, avait renoncé à l'entreprise[547]. - -Si le départ était difficile à Paris, il était plus praticable à -Saint-Cloud, où la famille royale passa l'été de 1790. Le Roi y était -sans gardes, accompagné d'un seul aide-de-camp de Lafayette; la Reine -n'avait de même qu'un seul homme de service auprès d'elle. Souvent -tous deux sortaient de bonne heure et rentraient tard, sans qu'on -s'en inquiétât. On voyageait encore sans obstacle en France; il était -facile de quitter Saint-Cloud et de là de gagner une province sûre. -Mme Campan affirme qu'un plan d'évasion fut alors combiné: le Roi -se serait rendu seul à un bois distant de quatre lieues du Château, -où la famille royale l'aurait rejoint[548]. D'autre part, Mme de -Tourzel raconte—et cela semble bien être le même fait,—que M. de la -Tour du Pin, ministre de la guerre, avait supplié Louis XVI de profiter -de son séjour à la campagne pour partir, promettant de disposer des -régiments fidèles pour protéger la route et assurant—l'avenir ne lui -donna que trop raison—que cette occasion perdue ne se retrouverait -plus[549]. Les meilleurs serviteurs du monarque, sa famille elle-même, -souhaitaient vivement qu'il acceptât cette proposition. Mme -Elisabeth l'espérait: elle croyait voir à certains symptômes, suivant -son langage énigmatique, que «la guérison approchait[550]». Un moment -en effet, après la discussion sur les événements d'octobre, on crut que -le Roi, indigné des résolutions de l'Assemblée, céderait aux conseils -de M. de la Tour du Pin. - -Un jour, s'il faut en croire le comte Esterhazy, Louis XVI gagna les -hauteurs de Saint-Cloud et sortit par une porte du parc qui était -condamnée et qu'il fit enfoncer. Il était accompagné du duc de Brissac, -de MM. de la Suze, de Tourzel et Esterhazy. On descendit par la plaine -auprès de Rueil et, après avoir passé le pont de Chatou, on entra -dans la forêt du Vésinet. Là, le Roi tourna à droite et lança son -cheval sur la route de Maisons. La Reine, de son côté, était sortie -en voiture avec Mme Elisabeth et son fils. Tout faisait supposer -qu'on pousserait plus loin: on eût trouvé un bateau pour traverser la -Seine et de l'autre côté du fleuve des voitures pour gagner Chantilly -où les chevaux du prince de Condé, encore dans les écuries, auraient -servi de relais pour se rendre à l'armée. Tout à coup, le Roi s'arrêta -et l'on retourna à Saint-Cloud. Les espérances étaient encore une fois -déçues. A sa rentrée au Château, le comte Esterhazy ne put s'empêcher -de dire à la Reine son désappointement en insistant sur l'urgence -de se soustraire à la surveillance des geôliers. La Reine répondit -qu'elle pensait bien comme lui,—elle l'avait déjà déclaré à Mme -Campan[551].—Mais elle désespérait d'obtenir le consentement du Roi, -sinon lorsqu'il ne serait plus temps; quant à elle, elle était résolue -à ne jamais se séparer de son mari et à suivre le sort que la destinée -lui préparait[552]. - -A ce moment, pourtant, les négociations avec Mirabeau étaient en -plein cours et le plan de Mirabeau reposait avant tout sur la sortie -de Paris. Seulement,—et c'est là que le puissant orateur différait -d'avis avec la Tour du Pin et Esterhazy,—Mirabeau n'admettait pas -une évasion. «Un roi, qui est la seule sauvegarde de son peuple, -disait-il, ne fuit pas devant son peuple; il ne se met pas dans la -position de ne pouvoir rentrer au sein de ses États que les armes à -la main, ou d'être réduit à mendier des secours étrangers[553].» Et -il écrivait de même à la Marck: «Un roi ne s'en va qu'en plein jour, -quand c'est pour être roi[554].» C'était sa conviction au lendemain -même des journées d'octobre. Il voulait qu'on se retirât à Rouen, -au sein de la Normandie, province fidèle, à proximité de la Bretagne -et de l'Anjou, qui ne l'étaient pas moins[555], et où il serait -facile de s'entourer de troupes sûres. L'année suivante, c'était à -Fontainebleau qu'il demandait qu'on se transportât[556], mais toujours -en plein jour, après avoir prévenu officiellement l'Assemblée et sous -la protection de la garde nationale, à laquelle on associerait un -régiment d'infanterie, le Royal-Comtois, alors en garnison à Orléans -et animé d'un excellent esprit, et deux cents cavaliers du régiment de -Lorraine, qu'on ferait venir de Rambouillet[557]. Plus tard, lorsque -l'esprit révolutionnaire eût fait de nouveaux progrès, ce ne fut plus -de Fontainebleau, ville ouverte et à la merci d'un coup de main, qu'il -s'agit, mais d'une ville fortifiée et plus rapprochée de la frontière, -Compiègne ou Beauvais[558], d'où l'on pouvait aller plus loin, sous la -protection de l'armée de M. de Bouillé[559]. Mais le grand obstacle -à l'exécution de ce plan, c'était l'indécision du Roi. Louis XVI -manifestait pour un départ, sous quelque forme qu'il se présentât, -la même répugnance qu'il avait déjà si malheureusement montrée lors -des néfastes journées d'octobre, et sans s'y refuser positivement, il -opposait la plus fatale des résistances, la force d'inertie. La Reine -y était plus résolue: «Il faudra pourtant bien s'enfuir,» avait-elle -dit un jour à Mme Campan[560]. Mme Elisabeth l'était plus encore, -mais elle n'était guère appelée au conseil et ses lettres à ses amies -sont pleines de ses doléances sur cette funeste inaction de son frère. -Après tant d'alternatives d'espoir et de déceptions, le 24 octobre, -peu après la tentative avortée qu'a racontée le comte Esterhazy, elle -écrivait à Mme de Raigecourt, dans ce style figuré qui servait à sa -correspondance: - -«J'ai vu l'homme qui est si beau; il est un peu à la désespérade. -Mon malade a toujours des engourdissements dans les jambes, et il -craint que cela ne gagne tellement les jointures qu'il n'y ait pas de -remède[561].» - -La Reine négociait de divers côtés, dépêchait courriers sur courriers, -lettres sur lettres, à son frère et à M. de Mercy, demandait des -conseils, des secours, de l'argent. Le Roi restait à l'écart, comme -s'il se désintéressait des projets de sa femme et des espérances de -sa sœur. A la fin d'octobre 1790, cependant, il se décida à entrer -en relations avec le général qui commandait à Metz, le marquis de -Bouillé. Mirabeau lui-même l'avait indiqué; ses services et ses -talents le recommandaient plus encore. Connu jadis par de brillants -exploits aux Antilles, pendant la guerre d'Amérique, plus récemment -par la vigueur avec laquelle il avait réprimé l'insurrection de Nancy, -très estimé de l'armée, très aimé même des gardes nationales, très -royaliste et cependant très populaire, très énergique de caractère et -très modéré d'opinion, inclinant même, dit-on, vers une constitution -modelée sur celle de l'Angleterre[562], le marquis de Bouillé était -l'homme désigné pour être le défenseur suprême de la royauté aux -abois. Il commandait à Metz et cette situation, en plaçant sous ses -ordres les places fortes de la frontière, lui permettait d'y assurer -un refuge à la famille royale. Lui-même déjà avait étudié un plan de -départ du Roi, car c'était là la question capitale qui préoccupait à -juste titre tous les royalistes, comme la base indispensable de toute -restauration monarchique. Il ne fut donc nullement surpris lorsque, -à la fin d'octobre 1790, l'évêque de Pamiers, Mgr d'Agout, vint -lui exposer le dessein du Roi. Seulement, le dessein du Roi différait -essentiellement de celui du général. - -Comme Mirabeau, M. de Bouillé eût voulu un départ en plein jour, sur -la demande des départements et des troupes, auxquels il ne pensait -pas que l'Assemblée pût s'opposer[563]. Louis XVI, entraîné par sa -faiblesse naturelle, qui avait horreur de toute mesure énergique, -préférait une évasion. Au reste les détails de ce plan n'étaient point -encore arrêtés, et l'exécution n'en aurait lieu qu'au printemps[564]. -Le général fit quelques objections; elles tombèrent devant la volonté -royale, et il n'y eut plus qu'à désigner la ville qui semblerait offrir -la retraite la plus sûre. Après un long échange de lettres, le Roi se -décida pour Montmédy; l'époque du départ fut fixée à la fin de mars. - -Les choses en étaient là, et M. de Bouillé, tout en regrettant la -résolution de Louis XVI, en préparait l'exécution, lorsque, au mois de -février, il reçut la visite du comte de la Marck. Le prince s'était -enfin décidé à accepter le plan de Mirabeau, et M. de la Marck en -venait confier les détails au commandant de l'armée de Metz. - -Le Roi sortirait de Paris en plein jour et s'en irait à Compiègne, -où M. de Bouillé le recevrait et l'entourerait de troupes fidèles, -soit pour rester là, soit pour aller plus loin, si les circonstances -l'exigeaient. Une fois en liberté, il adresserait une proclamation -au pays et l'on ne doutait pas que le mécontentement général, venant -à l'appui de la protestation du souverain, ne forçât l'Assemblée -à modifier la Constitution ou ne permît au Roi de convoquer hors -de Paris une nouvelle Législature, qui accomplirait les réformes -demandées par l'opinion et rendrait à la royauté l'exercice légitime -de son autorité[565]. Mirabeau croyait pouvoir compter sur trente-six -départements; M. de Bouillé sur six, et d'ailleurs la plupart des -administrations départementales étaient royalistes[566]. M. de Bouillé -approuva ce plan, qu'il préférait beaucoup à la retraite sur Montmédy, -et supplia Louis XVI d'en poursuivre l'exécution, en continuant à se -servir de son habile et puissant conseiller[567]. Malheureusement -Mirabeau mourut et le Roi retomba plus que jamais dans ses indécisions. - -La situation d'ailleurs s'aggravait à chaque instant. Si, au début -de février, on pouvait sortir de Paris en plein jour, le pourrait-on -deux semaines plus tard, après l'aventure de Mesdames? Si les tantes -du Roi avaient eu tant de peine à passer, laisserait-on partir le -Roi lui-même? L'émeute, qui avait forcé Monsieur à venir coucher aux -Tuileries, n'était-elle pas un signe de ce que pouvait et voulait -la populace parisienne? Deux mois après, toute illusion à ce sujet, -s'il y en avait encore, devait cesser: la garde nationale qui, -malgré Lafayette et Bailly, ne permettait même pas à la famille -royale d'aller à Saint-Cloud, lui permettrait bien moins encore -d'aller à Compiègne. L'impossibilité d'un départ public apparaissait -manifestement, et cette atteinte à sa liberté, qui déterminait enfin -irrévocablement le Roi à sortir de Paris, ne lui laissait que les -chances d'une évasion. - -On revint au dessein primitif de Louis XVI, la fuite sur Montmédy. Le -20 avril, la Reine écrivait à Mercy: - -«L'événement qui vient de se passer nous confirme plus que jamais dans -nos projets. La garde qui est alentour de nous est celle qui nous -menace le plus. Notre vie même n'est pas en sûreté.., Notre position -est affreuse; il faut absolument en finir dans le mois prochain. Le Roi -le désire encore plus que moi[568].» - -Cette lettre et celles qui suivirent révèlent le plan de la famille -royale: jusqu'à ce que le départ fût possible, Louis XVI se -renfermerait dans une inertie absolue, accepterait sans résistance des -lois que le manque de liberté entacherait plus tard de nullité et, en -attendant, s'efforcerait de se procurer des ressources et de se ménager -des appuis. - -Il fallait trouver quinze millions[569]; on espérait les avoir en -Hollande[570]. L'Espagne et la Sardaigne, par des mouvements de troupes -sur la frontière, pouvaient exercer une pression morale qui aiderait à -l'explosion du mécontentement des provinces. La Prusse et l'Autriche, -si elles parvenaient à se mettre d'accord, prendraient en main les -réclamations des princes possessionnés d'Alsace et protesteraient, -«non pas, disait la Reine, s'associant à la pensée de Mirabeau, pour -faire une contre-révolution ou entrer en armes, mais comme garants de -tous les traités, de l'Alsace et de la Lorraine, et comme trouvant fort -mauvaise la manière dont on traite un roi[571].» Si la Prusse, dont la -conduite était suspecte et dont l'agent, le juif Ephraïm, fournissait -de l'argent aux révolutionnaires, si l'Angleterre, dont on cherchait, -avec peu de chances de succès, de s'assurer la neutralité[572], si la -Hollande voulaient s'opposer à la restauration de l'ordre en France, -les Puissances du Nord, la Russie et la Suède, pourraient faire -contrepoids et leur en imposer[573]. En attendant, les démonstrations -que l'Autriche ferait aux Pays-Bas permettraient à M. de Bouillé de -rassembler des troupes et des munitions à Montmédy[574]. - -Malheureusement plus on tardait, plus les difficultés augmentaient. -L'esprit des troupes, encore bon à la fin de 1790, s'était affreusement -gâté depuis le commencement de 1791, surtout depuis que du Portail, -créature des Lameth, avait remplacé au ministère de la guerre le loyal -la Tour du Pin. A sa demande, l'Assemblée avait autorisé les soldats -à aller dans les clubs, et cette fréquentation déplorable n'avait -pas tardé à désorganiser la discipline. Au commencement de mai, M. -de Bouillé ne pouvait plus compter que sur huit ou dix bataillons -allemands ou suisses et une trentaine d'escadrons de cavalerie; -l'infanterie presque tout entière, l'artillerie en entier avaient -passé à la Révolution[575]. - -L'esprit des populations civiles avait subi les mêmes influences que -celui de l'armée. Les menaces des émigrés, les bruits de complots -des aristocrates, de trahison des officiers, habilement répandus -et perfidement exploités, avaient à la fois effrayé et exaspéré -les habitants des frontières, et les avaient surexcités contre le -Roi qu'ils supposaient d'accord avec les Français du dehors[576]. -Une lutte était donc possible, et, dans cette prévision, Louis XVI -avait réclamé le secours des Cantons suisses[577], dont la cause -était liée à celle de la France par des Capitulations séculaires, -et, pour le premier moment, si besoin en était, un corps de huit à -dix mille Autrichiens[578]. Non pas qu'il voulût une intervention -directe des Puissances étrangères dans les affaires du pays,—la Reine -l'avait formellement répudiée dans sa lettre du 12 juin 1790, à M. de -Mercy[579].—Il ne demandait que leur appui moral, ou, s'il devait faire -appel aux dix mille hommes de son beau-frère, il ne les acceptait que -«comme auxiliaires[580]», entendant bien les faire marcher à côté des -troupes françaises, sous l'étendard royal, comme Henri IV, obligé, lui -aussi, de reconquérir son royaume, avait eu à ses ordres les soldats -d'Élisabeth et les reîtres de Schomberg, comme chaque jour encore des -régiments allemands ou suisses servaient dans l'armée française, -à côté des milices nationales. Cela même, il ne le ferait qu'à la -dernière extrémité; il espérait toujours éviter la lutte, quoique -Mirabeau, avant de mourir, en eût plus que jamais proclamé l'imminence -et la nécessité[581]. - -Mais il importait avant tout de calmer l'opinion publique et pour -cela d'arrêter les entreprises des émigrés. C'était le but auquel -tendaient les efforts de la Reine. Ses instructions à ses agents, -sa correspondance avec son frère et Mercy sont remplies des plus -pressantes instances pour que l'Empereur, par ses conseils et au besoin -par son autorité, s'oppose aux coups de tête du comte d'Artois: «Notre -sûreté et notre gloire, écrivait-elle, tiennent à nous tirer d'ici; -j'espère n'en pas laisser le mérite uniquement à d'autres[582].» - -Après la sortie de Paris, que ferait-on? Les lettres de -Marie-Antoinette, la correspondance du marquis et de la marquise de -Bombelles, les Mémoires récemment publiés de Mme de Tourzel, les -déclarations même de Louis XVI permettent de le reconstituer. Une fois -rendu à Montmédy, dans une place française, au milieu des troupes de -M. de Bouillé, le Roi appellerait à lui tous les sujets fidèles; il -donnerait l'ordre aux émigrés de rentrer en France, et, appuyé sur ces -forces, y joignant, si besoin en était, les dix mille hommes de son -beau-frère, soutenu plus encore par le mouvement qui ne manquerait -pas de se produire dans les provinces, lorsqu'elles sauraient le -souverain en liberté et trouveraient en lui un centre d'action et un -point d'appui, il adresserait un manifeste au pays. Il protesterait -hautement contre les agissements de l'Assemblée, qui, sur les points -les plus essentiels, avait outrepassé les instructions de ses mandants, -déclarerait nuls, «par défaut absolu de liberté,» les actes qu'on -lui avait arrachés depuis le 6 octobre 1789, et affirmerait qu'il ne -rentrerait à Paris que lorsque «une Constitution, qu'il aurait acceptée -librement, ferait que la religion serait respectée, que le gouvernement -serait rétabli sur un pied stable, et que, par son action, les biens et -l'état de chacun ne seraient plus troublés, que les lois ne seraient -plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté serait posée sur des -bases fixes et inébranlables[583].» - -Cette Constitution aurait-elle été un retour à l'ancien régime? -Assurément non: le mot même de _constitution_ en excluait la pensée. -Jamais Louis XVI,—le fait est banal à force d'être évident,—jamais -Louis XVI n'avait souhaité le pouvoir absolu et, en 1791, il le -souhaitait moins que jamais. «Le Roi, écrivait, le 13 juillet, la -marquise de Bombelles, bien au courant des intentions de la famille -royale, puisque son mari était, avec le baron de Breteuil, l'agent -accrédité de la Cour à l'étranger, le Roi voulait revenir à la -déclaration du 23 juin, par laquelle il remplissait le vœu que la -nation avait témoigné par ses mandats lors des États généraux; -il restreignait son pouvoir, mais en même temps il l'assurait et -rassurait les esprits; car jamais le despotisme ne pourra plus avoir -lieu en France et, il faut être juste, _il n'est pas désirable_. -Le Roi ne voulait donc pas conquérir son royaume, armé de forces -étrangères; il voulait en imposer à ses sujets et traiter avec -eux[584].» Pour satisfaire les intérêts en éloignant l'idée d'une -banqueroute imminente, il aurait garanti le paiement des rentes -viagères en entier, réduit l'agiotage et les emprunts onéreux à un -taux raisonnable, et, en rendant au clergé ses biens, l'aurait chargé -de rembourser les assignats. Cela était possible, disait Fersen, -et les biens du clergé réalisés par lui, comme il l'avait proposé, -auraient produit des résultats qu'on ne pouvait attendre avec la -confiscation par l'Assemblée. Ainsi, les capitalistes, qui avaient -tout fait pour la Révolution et que la Révolution menaçait maintenant -dans leurs intérêts, seraient rassurés et se seraient prononcés pour -un retour de l'autorité royale, qu'ils redoutaient moins encore que la -banqueroute[585]. - -Etait-ce suffisant? Il est permis d'en douter. - -Mais il importe de remarquer pourtant qu'après l'échec de Varennes, et -lorsqu'on se trouva en présence de la Constitution si défectueuse que -l'Assemblée avait substituée aux propositions du Roi, bien des gens de -ceux-là même qui avaient applaudi à l'arrestation de Louis XVI, qui y -avaient peut-être contribué, en vinrent,—c'est un témoin non suspect -qui l'affirme,—à regretter ce qu'on appelait _le plan de Montmédy_; -car, disait-on, il promettait à la France une constitution également -éloignée des deux extrêmes[586]. - -La Reine partageait la pensée de son mari. Elle avait déclaré, -dès le commencement de 1790, qu'elle ne voulait pas de -«contre-révolution[587];» elle l'avait redit le 12 juin[588] et, le -3 février 1791, elle écrivait encore à Mercy: «Nous sommes décidés à -prendre pour base de la Constitution la déclaration du 23 juin, avec -les modifications que les circonstances et les événements ont dû y -apporter[589].» - -Quelles eussent été ces modifications? Nous ne saurions le dire; mais -il est certain que Marie-Antoinette, comme Louis XVI, était décidée -à donner satisfaction aux vœux des cahiers de 1789, et à faire jouir -enfin la France d'une juste et bonne liberté, «telle, disait-elle, que -le Roi l'a toujours désirée lui-même pour le bonheur de son peuple, -loin de la licence et de l'anarchie qui précipitaient le plus beau -royaume dans tous les maux possibles[590].» - -En attendant la réalisation de ce plan, la Reine était plus surveillée -que jamais. Si quelque compatriote, un ami d'enfance, ou un envoyé de -son frère, comme le prince de Lichtenstein, venait la visiter dans sa -prison des Tuileries, elle était obligée de le congédier au plus vite -et de lui bien recommander de ne dire à personne qu'il l'avait vue en -particulier: «Quoique je ne l'aie vu,—le prince de Lichtenstein,—qu'une -fois chez moi pendant dix minutes, écrivait-elle à Léopold, je crois -que tout Autrichien un peu de marque me doit dans ce moment de n'être -point ici.» Et elle ajoutait tristement: «Notre santé continue à être -bonne, et elle le serait bien davantage, si nous pouvions seulement -apercevoir une idée de bonheur alentour de nous; car, pour nos -personnes, il est fini pour jamais, quelque chose qui arrive. _Je sais -que c'est le devoir d'un roi de souffrir pour les autres; mais aussi le -remplissons-nous bien[591]._» - - - - -CHAPITRE IX - - Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille royale et retour à - Paris. - - -Au commencement de juin 1791, tout était préparé pour le départ. Des -deux routes qui conduisaient de Paris à Montmédy, Louis XVI avait -préféré celle qui passait par Varennes, malgré les inconvénients -signalés par M. de Bouillé[592]; mais l'autre traversait Reims, la -ville du sacre, et le Roi craignait d'y être reconnu. Un corps de -troupes devait être réuni à Montmédy et des détachements disposés -le long de la route, à partir de Châlons, pour en assurer le libre -passage[593]; quant aux bataillons autrichiens, ils devaient être -rendus à Arlon le 12 juin. Un million en assignats avait été expédié -par Fersen sous le couvert du comte de Contades[594]. La Reine avait -fait envoyer à Arras un trousseau de linge pour elle et ses enfants, -à Bruxelles son nécessaire de voyage[595]; le coiffeur Léonard -devait emporter ses diamants[596]. Le départ, fixé d'abord à la -fin de mai[597], avait été, malgré les instances de M. de Bouillé, -qui suppliait de ne pas dépasser le 1er juin[598], reculé au 12 -juin[599], puis au 15[600], puis au 19[601], puis au 20, à cause d'une -femme de chambre du Dauphin, justement suspecte, qui ne devait quitter -son service que le 19 au matin[602]. Et ce dernier retard, décidé le 13 -seulement, fut fatal; car il fut en grande partie cause de l'échec du -plan. - -«Il n'y a que deux personnes dans la confidence: M. de Bouillé et M. -de Breteuil, écrivait la Reine à son frère, le 22 mai 1791, et une -troisième personne qui est chargée des préparatifs du départ[603].» - -Cette troisième personne était un Suédois, que nous avons déjà -rencontré dans cette histoire, le comte Axel de Fersen. Cœur plein de -chaleur, caractère plein de noblesse, le comte de Fersen, à l'heure de -l'adversité, avait senti redoubler son dévouement à l'auguste famille -qui l'avait accueilli aux jours de sa splendeur. «Je suis attaché au -Roi et à la Reine, écrivait-il lui-même à son père en février 1791, -et je le dois par la manière pleine de bonté dont ils m'ont toujours -traité lorsqu'ils le pouvaient; et je serais vil et ingrat, si je les -abandonnais, quand ils ne peuvent plus rien faire pour moi et que j'ai -l'espoir de pouvoir leur être utile. A toutes les bontés dont ils -m'ont toujours comblé, ils viennent d'ajouter encore une distinction -flatteuse, celle de la confiance: elle l'est d'autant plus qu'elle est -extrêmement bornée et concentrée entre trois ou quatre personnes, dont -je suis le plus jeune[604].» - -Louis XVI et Marie-Antoinette avaient compris qu'il y avait là, dans -ce jeune homme, un dévouement à toute épreuve sur lequel ils pouvaient -compter, un dévouement désintéressé et pur, qui ne leur demanderait -rien. Dégoûtés des services payés, des conseils ambitieux, des exaltés -et des incapables, ils s'ouvraient à Fersen en toute confiance, et -s'ils pouvaient souhaiter un conseiller plus habile politique et plus -rusé diplomate, plus ouvert aux idées modernes, ils ne pouvaient -pas rencontrer un serviteur plus chevaleresque et plus sûr. Dès le -commencement de 1791, Fersen était devenu leur confident attitré, -le dépositaire de leurs pensées et l'agent de leur correspondance. -Il chiffrait et expédiait leurs lettres; il recevait et déchiffrait -les dépêches adressées à la famille royale; il transmettait leurs -instructions au baron de Breteuil et au marquis de Bouillé; le premier, -l'agent diplomatique; le second, l'agent militaire du projet d'évasion. - -C'était M. de Fersen qui s'occupait des préparatifs de départ à Paris; -il demandait et obtenait, par l'intermédiaire du ministre de Russie, -M. de Simolin, un passeport au nom d'une grande dame russe, la baronne -de Korff; il surveillait, chez le carrossier Louis, la confection -de la spacieuse berline, destinée à abriter la famille royale tout -entière[605]. Cette berline, qui, par ses dimensions, devait exciter -les soupçons, avait alarmé la prudence de M. de Bouillé; il avait fait -faire des représentations par son fils Louis et proposé de substituer -à une voiture unique deux voitures plus légères: l'une eût renfermé -le Roi, Mme Elisabeth et Madame Royale; l'autre la Reine et le -Dauphin; mais la Reine refusa de se séparer de son mari et répondit -que si l'on voulait les sauver, il fallait que ce fût tous ensemble ou -point[606]. M. de Bouillé avait demandé aussi qu'on se fît accompagner -par le marquis d'Agout, ancien major des gardes du corps, homme de -tête et de cœur, dont le concours eût été précieux en cas d'accident -ou d'obstacle[607]. Le Roi avait songé à M. de Saint-Priest[608]; le -chevalier de Coigny avait proposé un commandant de gendarmerie, ancien -maître de postes retiré, M. Priol, très dévoué et qui connaissait -parfaitement toutes les routes du royaume[609]. Au dernier moment, on -ne prit personne, soit scrupule d'étiquette, soit pour ne pas mettre -de nouveaux confidents dans le secret; le Roi ne voulut même pas,—et -ce fut profondément regrettable,—être escorté par Fersen, qui était au -courant de tout[610]. - -Quoi qu'il en soit, après tous ces pourparlers et toutes ces -tergiversations, le 13 juin, le plan était définitivement arrêté. Le -Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Elisabeth, Mme de Tourzel et -deux femmes de chambre, Mmes de Neuville et Brunier, devaient -partir dans la nuit du 20 au 21, les six premiers dans la fameuse -berline, les deux autres dans un cabriolet qui précéderait la berline. -A défaut de M. d'Agout, trois gardes du corps, MM. de Valori, de -Moustiers et de Maldent devaient accompagner la voiture, en qualité et -sous le costume de courriers, deux sur le siège, le troisième galopant -en avant. A partir de Pont-Sommevesle jusqu'à Montmédy, des postes -devaient être échelonnés à tous les relais pour escorter les voyageurs -et les protéger au besoin. Fersen aurait préféré qu'on supprimât ces -détachements ou du moins qu'on ne les disposât qu'à partir de Varennes: -«Il n'y a pas de précautions à prendre d'ici Châlons, écrivait-il à -M. de Bouillé; la meilleure de toutes serait de n'en pas prendre. -Tout doit dépendre de la célérité et du secret, et si vous n'êtes pas -bien sûr de vos détachements, il vaudrait mieux n'en pas placer ou du -moins n'en placer que depuis Varennes, pour ne pas exciter quelque -attention dans le pays. Le Roi passerait tout simplement[611].» -L'événement a prouvé que Fersen avait vu juste. M. de Bouillé lui-même -avait objecté, dit-il, «le grand inconvénient qui résulterait de -placer une chaîne de postes sur la route[612].» Mais le Roi y tint -malheureusement, et il est bien certain que ce luxe de précautions, ces -apparences d'étiquette, ce souci de conserver, au milieu d'une fuite, -comme un reste de grandeur royale et de confortable princier, nuisirent -singulièrement au succès de l'entreprise. Tant de préparatifs ne -pouvaient se faire sans exciter les méfiances, toujours en éveil depuis -le départ de Mesdames. - -«Tout serait perdu, si l'on pouvait soupçonner le moindre projet,» -écrivait le clairvoyant Fersen au baron de Breteuil[613]. Malgré -cela, des indiscrétions, des imprudences, des dénonciations tenaient -l'opinion publique en suspens. Des bruits de tentative d'évasion du Roi -étaient dans l'air. On en dissertait dans les journaux, on en parlait -dans le peuple, on s'en entretenait dans les Comités. Les préparatifs -avaient été trop longs et trop importants pour être dissimulés -entièrement; les personnes qui y avaient été employées n'avaient pas -toujours été discrètes; dès le 21 mai, la femme de garde-robe, qu'on -soupçonnait justement et dont on avait eu le tort de continuer à -accepter les services, avait dénoncé un projet de départ. S'il faut en -croire le marquis de Raigecourt, l'entourage de M. de Bouillé manquait -de réserve, et le général, tout «prudent et boutonné qu'il était,» -s'oubliait lui-même quelquefois[614]. L'émigration, que la Reine avait -tant et si justement recommandé de tenir à l'écart, était instruite, -sinon de tout le plan, au moins de la pensée d'un départ prochain. A -Londres, devant le prince de Galles, l'ami intime du duc d'Orléans, on -en parlait tout haut chez lord Randon[615]. A Bruxelles, on en jasait -chez M. de la Queuille, sur un mot de Monsieur, qui avait engagé Mme -de Balbi à rester en Belgique, au lieu de rentrer en France[616]. A -Paris, l'un des gardes du corps, M. de Maldent, avait l'imprudence d'en -faire l'aveu à sa maîtresse, et celle-ci n'avait rien de plus pressé -que de le raconter à sa sœur et à sa domestique[617]. L'attention était -tellement éveillée que, dès le 11 juin, Lafayette voulait doubler les -sentinelles et faire visiter toutes les voitures au Château[618]. - -Tout cela cependant, il faut bien le dire, se bornait à des inquiétudes -vagues. On avait des soupçons, parce que le désir du Roi était trop -naturel, pour qu'un projet de départ ne fût pas dans l'ordre même des -choses; mais on ne savait rien de positif. - -Le jour désigné se leva enfin. Tout se passa au Château, comme à -l'ordinaire. Le Dauphin sortit à dix heures et demie pour aller à -son jardin; à onze heures, la Reine se rendit à la chapelle avec -sa suite; au sortir de la messe, elle commanda sa voiture pour cinq -heures du soir, afin de conduire ses enfants à la promenade. Pendant -ce temps, Mme Elisabeth avait été à Bellevue; elle en revint à une -heure; à une heure et demie, le dîner de famille eut lieu[619]. Dans la -journée, Fersen vint, s'entretint avec le Roi et la Reine des derniers -préparatifs et arrêta la conduite à tenir en cas d'arrestation: -«Monsieur de Fersen, lui dit le Roi, quoi qu'il puisse m'arriver, je -n'oublierai pas ce que vous faites pour moi.» La Reine pleura beaucoup; -à l'approche du danger, son cœur, sans faiblir, s'attendrissait[620]. A -six heures, Fersen partit, et Marie-Antoinette, suivant l'ordre donné -le matin, monta en voiture avec ses enfants pour aller au jardin de M. -Boutin, à Tivoli, où les enfants goûtèrent[621]. Pendant ce temps, elle -chercha à préparer l'esprit de sa fille aux événements qui allaient se -passer[622]. Au retour de la promenade, vers sept ou huit heures[623], -le Dauphin fut conduit chez sa gouvernante, puis à son appartement et -prit son repas du soir, servi par son valet de chambre, Cléry, qui ne -le quitta qu'à neuf heures, lorsqu'il fut au lit[624]. Madame Royale -se coucha à dix heures, comme d'habitude. - -La Reine se fit coiffer; elle entra ensuite dans le salon et y trouva -Monsieur, qui demeura avec elle jusqu'à neuf heures. A ce moment, le -Roi, la Reine et Mme Elisabeth passèrent dans la salle à manger. -Tout se fit avec le cérémonial accoutumé et, vers dix heures, la -famille royale se retira dans ses appartements. Le coucher de la -Reine dura peu; lorsqu'elle fut au lit, les portes du corridor furent -fermées et les ordres donnés, suivant l'usage, au valet de chambre et -au commandant de service pour le lendemain matin. Le coucher du Roi se -fit avec le cérémonial ordinaire; Lafayette et Bailly y assistèrent -et y causèrent quelque temps[625]. Malgré le secret gardé par les -augustes voyageurs vis-à-vis de leurs plus fidèles serviteurs et des -membres même de leur famille,—ce fut le jour même, à midi, que Mme -Elisabeth fut avertie; Mmes Brunier et de Neuville le furent avant -le coucher seulement,—des rumeurs vagues, nous l'avons dit, avaient -transpiré; depuis quelques jours, la surveillance était plus active; -la garde avait été augmentée; dans l'après-dîner du 20, elle avait -même été triplée[626] et le soir un grenadier couchait en travers de -la porte de Mme Elisabeth[627]. Mais, depuis longtemps aussi, le -Roi avait adopté des mesures pour s'assurer des facilités de sortir -du Château. Dès le mois de janvier, des communications secrètes entre -les divers appartements de la famille royale avaient été ménagées, et -des portes pratiquées dans la boiserie avec un art si subtil qu'il -était impossible de les découvrir[628]. En outre, le Roi avait pris -la précaution, depuis une quinzaine de jours, de faire sortir, par -la grande porte du Château, le chevalier de Coigny, dont la tournure -ressemblait à la sienne[629]. Vers dix heures et quart ou dix heures -et demie[630], la Reine se leva, alla chez le Dauphin, l'éveilla et le -fit descendre à l'entresol avec sa sœur[631]. Mmes Brunier et de -Neuville habillèrent les enfants. Madame Royale fut vêtue d'une robe -d'indienne mordorée à fleurs bleues et blanches; le Dauphin costumé -en petite fille. «Il était charmant, raconte Madame Royale; comme il -tombait de sommeil, il ne savait pas ce qu'il faisait. Je lui demandai -ce qu'il croyait qu'on allait faire; il me dit qu'il croyait que -nous allions jouer la comédie, puisque nous étions déguisés[632].» -On passa dans le cabinet de la Reine, puis de là, par les issues -secrètes dont nous avons parlé, dans l'appartement inoccupé du duc de -Villequier[633], d'où l'on gagna une porte non gardée de la cour des -Princes. Il était onze heures et quart[634]. - -Dans la cour, une voiture attendait depuis une heure; c'était M. de -Fersen qui, après avoir réglé dans la soirée les derniers détails du -départ[635], s'était déguisé en cocher pour conduire en personne les -augustes fugitifs au début de leur voyage. La Reine amena elle-même -les enfants et Mme de Tourzel[636], et les installa dans la -voiture; puis M. de Fersen partit, fit plusieurs tours sur les quais -pour dérouter la surveillance, et revint se ranger près du petit -Carrousel[637]. Lafayette passa deux fois[638], mais ne remarqua rien. -Au bout d'une demi-heure, dit M. de Fersen[639], de trois quarts -d'heure, dit Mme de Tourzel[640], d'une grande heure, dit Madame -Royale, dont l'attente anxieuse trouvait le temps long[641], Mme -Elisabeth arriva, conduite par un garçon de sa chambre, puis le Roi -vers minuit, et enfin la Reine. Elle avait voulu sortir la dernière, -et ayant aperçu la voiture de Lafayette, craignant d'être reconnue, -elle s'était jetée dans le labyrinthe des ruelles qui environnaient les -Tuileries, et s'y était perdue quelque temps avec le garde du corps qui -l'accompagnait. Dès qu'elle fut montée dans la voiture, le Roi, que ce -retard avait inquiété, la serra tendrement dans ses bras, en répétant: -«Que je suis content de vous voir arrivée[642]!» La Reine était en -robe du matin, avec un chapeau et un mantelet noir; le Roi portait -un chapeau rond, une perruque, une redingote brune et une canne à la -main. C'était Mme de Tourzel qui devait jouer le rôle de la baronne -de Korff; la Reine était la gouvernante des enfants et s'appelait -Mme Rochet; le Roi, le valet de chambre Durand; Mme Elisabeth, -la demoiselle de compagnie, Rosalie; le Dauphin et Madame Royale, les -deux enfants de Mme de Korff, sous le nom d'Amélie et d'Aglaé[643]. - -A la barrière Saint-Martin, on rejoignit la berline qu'y avaient amenée -M. de Moustier et le cocher de M. de Fersen, Balthazar Sapel. Les deux -voitures furent approchées côte à côte, afin que la famille royale pût -passer de l'une dans l'autre sans mettre pied à terre. Fersen monta sur -le siège, à côté de M. de Moustier. «Allons, hardi; menez vite,» dit-il -à son cocher qui conduisait en postillon. On partit, et les quatre -chevaux, vivement enlevés, arrivèrent en une demi-heure à Bondy[644]. -M. de Valori y avait fait préparer à l'avance un relais de six chevaux; -on attela à la hâte; Fersen prit congé des voyageurs en leur jetant ces -mots, destinés à tromper les postillons: «Adieu, Madame de Korff[645],» -et la voiture, précédée des gardes du corps en courriers, s'élança sur -la route de Claye, où elle retrouva Mmes de Neuville et Brunier. -Pendant ce temps-là, Fersen, à cheval, retournait à Paris par des -chemins de traverse[646] et, le jour même, partait pour la Belgique. -Le 22, à six heures du matin, il arrivait à Mons, et le lendemain, à -Arlon, il apprenait de la bouche de M. de Bouillé le triste résultat de -l'évasion. - -La famille royale restait seule, livrée à ses propres inspirations -et n'ayant d'autres guides que trois jeunes gens assurément très -dévoués, mais sans autorité et sans expérience. On avait perdu un -temps précieux à la sortie de Paris; on en perdit encore à diverses -reprises, et malheureusement on ne songeait pas à la nécessité de le -regagner. «Quand on eût passé la barrière, le Roi, raconte Mme de -Tourzel, commençant à bien augurer de son voyage, se mit à causer sur -ses projets. Il commençait par aller à Montmédy, pour aviser au parti -qu'il croirait convenable, bien résolu de ne sortir du royaume que -dans le cas où les circonstances exigeraient qu'il traversât quelque -ville frontière pour arriver plus promptement à celle de France, où il -voudrait fixer son séjour, ne voulant pas même s'arrêter un instant en -pays étranger.» - -«Me voilà donc, disait ce bon prince, hors de cette ville de Paris, où -j'ai été abreuvé de tant d'amertumes. Soyez bien persuadés qu'une fois -le cul sur la selle, je serai bien différent de ce que vous m'avez vu -jusqu'à présent.»—«Lafayette, ajouta-t-il en regardant sa montre, est -présentement bien embarrassé de sa personne[647].» - -Tout à la joie de se sentir libres, les augustes fugitifs se -relâchèrent des précautions minutieuses dont la stricte observation -était indispensable et que Fersen ou M. d'Agout n'eussent pas manqué -de leur rappeler. Les nuits sont courtes à cette époque de l'année et, -grâce aux retards du début, le trajet de Paris à Châlons, qui eût dû -se faire dans l'obscurité ou au moins au commencement de la journée, -se faisait au grand jour[648]. Sans s'en inquiéter, le Roi descendait -aux relais et parlait aux gens qui entouraient la voiture, paysans -ou employés de la poste[649], au risque de se faire reconnaître. Il -faillit l'être à Etoges[650]. A Châlons, il le fut. Un homme en avertit -le maire qui, fort peu révolutionnaire, prit le parti de répondre au -dénonciateur que, s'il était bien sûr de sa découverte, il n'avait -qu'à la publier, mais qu'il serait responsable des suites. L'homme, -effrayé, ne dit rien[651] et, s'il faut en croire Madame Royale et M. -de Bouillé, «beaucoup de monde louait Dieu de voir le Roi et faisait -des vœux pour sa fuite[652].» - -A partir de Châlons, on entrait dans le commandement militaire -de M. de Bouillé et l'on devait rencontrer, à chaque relais, les -escortes échelonnées par le général, sous le prétexte de protéger -un convoi d'argent adressé à ses troupes. Le premier détachement -était à Pont-Sommevesle, sous le commandement du duc de Choiseul, -qu'accompagnait M. de Goguelat. Mais les retards apportés au départ, -aggravés encore par la lenteur de la marche, déroutaient le plan -arrêté: on attendait la voiture royale à trois heures; à cinq heures -et demie, elle n'était point arrivée, non plus que le courrier qui -la précédait. Le stationnement prolongé des troupes en ce lieu, où -rien ne semblait motiver leur présence, jetait l'alarme parmi les -habitants. Effrayé des dispositions hostiles de la foule, M. de -Choiseul donna l'ordre de la retraite: quand les augustes voyageurs -arrivèrent enfin à Pont Sommevesle, il y avait une heure que les -troupes en étaient parties. Le Roi fut surpris, mais continua néanmoins -sa route; il espérait rencontrer l'escorte promise à l'étape suivante. -A Orbeval, il n'y avait rien. «Même silence, dit Mme de Tourzel, -même inquiétude[653].» A Sainte-Menehould, on trouva trente dragons -sous les ordres de M. d'Andoins, mais aussi une population nerveuse, -surexcitée par la présence des soldats. M. d'Andoins, s'approchant de -la berline, dit tout bas à la fausse baronne de Korff: «Les mesures -sont mal prises; je m'éloigne pour ne donner aucun soupçon[654].»—«Ce -peu de paroles, ajoute Mme de Tourzel, nous perça le cœur; mais il -n'y avait pas autre chose à faire que de continuer notre route, et l'on -ne se permit pas même la plus légère incertitude[655].» La méfiance -était éveillée; le maître de poste, Drouet, avait cru reconnaître la -Reine, qu'il avait vue quand il servait dans les dragons de Condé. Ses -soupçons furent confirmés lorsqu'il compara, avec le portrait du Roi -gravé sur un assignat, la figure du prétendu valet de chambre. Fier de -cette découverte, et de l'importance qu'elle lui donnait, il se hâta de -prévenir la municipalité qui le chargea, avec un ancien dragon de la -Reine, nommé Guillaume, de «courir après les voitures et de les faire -arrêter, s'il pouvait les joindre.» En attendant, et pour faciliter son -entreprise, il avait recommandé à ses postillons qui partaient de ne -point trop se presser[656]. - -Cependant, la famille royale, qui ne s'était point aperçue de ce -mouvement, poursuivait son voyage avec la même sécurité et, hélas! la -même lenteur. Le retard du début se maintenait et s'aggravait à chaque -étape. A Clermont, comme à Sainte-Menehould, on arrivait quatre ou cinq -heures après l'heure fixée. M. de Damas, chef du détachement, était -inquiet, la population émue, et la fidélité des dragons singulièrement -ébranlée par le contact avec les habitants. Le relais cependant se fit -sans obstacle. Mais quand M. de Damas voulut commander aux troupes -de se mettre en marche, la garde nationale s'y opposa et les dragons -refusèrent de monter à cheval[657]. - -Drouet et Guillaume étaient partis à bride abattue. Ayant appris par -le postillon de Sainte-Menehould que la famille royale avait pris la -direction de Varennes, ils s'étaient jetés dans des chemins de traverse -pour y arriver avant elle. Ils y arrivèrent en effet les premiers, -trouvèrent, malgré l'heure avancée, quelques jeunes gens réunis dans -une auberge, donnèrent l'alarme et coururent avertir les autorités. -En l'absence du maire, retenu à Paris par sa charge de député, le -procureur de la commune, Sauce, prit la direction du mouvement. On -sonna le tocsin, on réveilla les habitants en faisant parcourir les -rues par des enfants qui criaient au feu; on barricada le pont qui -réunissait les deux parties de la ville de Varennes et que les voitures -devaient forcément traverser, et un poste d'hommes déterminés, armés -de fusils, s'y installa, prêt à en disputer le passage par la force. - -Tout était prêt de la part des ennemis du Roi; de la part de ses -amis, rien ne l'était; les malheureux retards apportés au voyage, les -malentendus qui en avaient été la suite avaient troublé les esprits -et dérangé les mesures prises. A l'entrée de Varennes, on ne trouva -pas de relais; les postillons, les gardes du corps, le Roi et la Reine -elle-même perdirent un temps précieux à le chercher; les conducteurs -refusaient d'aller plus loin avec les mêmes chevaux; on discuta; on -parlementa; quand on les détermina à passer au moins la ville, il était -trop tard. Sous la petite voûte qui joignait la ville haute à la ville -basse[658], Sauce, Drouet et leurs amis attendaient. Le cabriolet où -étaient les femmes de chambre se présenta le premier, on l'arrêta; on -demanda les passeports; une des voyageuses répondit qu'ils étaient -dans la seconde voiture. Sauce se porta à la berline et renouvela sa -réquisition. Le Roi tendit le passeport; le procureur fit observer -qu'il était bien tard pour le viser,—il était onze heures et demie du -soir[659]—«qu'il fallait descendre et qu'au jour on verrait[660]». La -baronne de Korff se récria, tenta de forcer le passage; mais les gardes -nationaux menacèrent de faire usage de leurs armes[661]; il fallut se -résigner à descendre. - -On gagna la maison de Sauce, située à vingt pas de là, et pendant qu'on -préparait au premier étage deux chambres plus convenables pour recevoir -ces hôtes improvisés dont on soupçonnait la grandeur, on introduisit -les voyageurs dans une salle basse où Sauce leur fit servir un frugal -repas. Les enfants, le Dauphin surtout, mouraient de sommeil; on les -coucha sur un lit; la Reine s'était retirée dans un coin obscur de la -pièce, son voile abaissé sur ses yeux[662]. Malgré les objurgations des -municipaux, malgré les affirmations de Drouet, et d'un médecin du pays -nommé Mangin, qui prétendait connaître la famille royale, Louis XVI -continuait à nier obstinément. Un moment la Reine faillit se trahir: -choquée du ton blessant de Drouet dans sa discussion avec le Roi, elle -releva son voile: «Si vous le reconnaissez pour votre Roi, dit-elle -vivement, respectez-le[663].» Mais les preuves décisives manquaient -encore. Incertain, indécis, redoutant à la fois de laisser échapper ses -prisonniers, si c'étaient bien ceux qu'il supposait, et de se rendre -ridicule par une arrestation arbitraire et vexatoire, si ses soupçons -n'étaient pas fondés, le procureur, après avoir «déposé,»—c'est son -mot,—ces étrangers dans une chambre de derrière, courut chez un juge -du tribunal, M. Detez, qui avait vu plusieurs fois le Roi et la Reine -pendant un séjour qu'il avait fait à Paris. M. Detez revint avec Sauce -et reconnut la famille royale. Devant cette déclaration formelle, toute -dénégation devenait inutile. «Oui,» dit Louis XVI, d'une voix forte, -«je suis votre Roi; voici la Reine et la famille royale. Placé dans la -capitale au milieu des poignards et des baïonnettes, je viens chercher -en province, au milieu de mes fidèles sujets, la liberté et la paix, -dont vous jouissez tous: je ne puis vivre à Paris sans y mourir, ma -famille et moi. Je viens vivre parmi vous, dans le sein de mes enfants, -que je n'abandonne pas[664].» Le prince était ému; ses auditeurs ne -l'étaient pas moins. «L'attendrissement, l'émotion de toutes les -personnes présentes, raconte le premier procès-verbal dressé par la -municipalité, se joignant à celui du Roi, le monarque et son auguste -famille daignèrent presser dans leurs bras tous les citoyens qui se -trouvaient dans l'appartement et recevoir d'eux la même marque de leur -sensibilité vive et familière[665].» - -Cet attendrissement dura peu; la municipalité renouvela ses instances -pour que les voyageurs retournassent à Paris; le Roi s'y refusa; -il opposa le tableau des humiliations auxquelles il avait été en -butte dans la capitale, des périls auxquels son retour exposerait sa -famille. «La Reine, qui partageait ses inquiétudes, les exprimait par -une extrême agitation[666].» Le prince, avec sa bonhomie habituelle, -exposait ses plans, jurant qu'il ne passerait pas la frontière et se -rendrait à Montmédy, offrant même de se confier à la garde nationale -pour l'y conduire. «Le spectacle était touchant, mais il n'ébranlait -point la commune dans sa résolution et son courage pour conserver son -Roi.» Brave homme, au fond, mais grisé par le rôle inattendu que les -événements lui donnaient; impressionné par le touchant tableau qu'il -avait sous les yeux, mais effrayé par les grands mots et les grands -cris des patriotes; désireux de satisfaire le Roi, mais ne voulant pas -déplaire au peuple, Sauce était tiraillé entre son vieux respect pour -la monarchie et sa vanité doublée de sa peur. La peur devait l'emporter -chez lui, comme chez sa femme, dont la Reine avait bien pu faire -couler les larmes, sans réussir à vaincre son naïf égoïsme: «Bon Dieu, -Madame,» avait-elle répondu, «ils feraient périr M. Sauce; j'aime bien -mon Roi; mais, dame, écoutez, j'aime bien mon mari. Il est responsable, -voyez-vous[667].» La grand'mère du procureur, vénérable octogénaire, -demanda à voir les hôtes inattendus que le hasard des révolutions -amenait dans sa famille. Toute pleine encore du respect et de l'amour -traditionnel des Français pour la dynastie, elle s'approcha du lit où -dormaient les enfants et, se jetant à genoux, elle sollicita la faveur -de leur baiser la main. Puis elle bénit ces infortunés que la faiblesse -de son petit-fils allait livrer à la captivité et à la mort et se -retira, profondément émue. - -Cependant, MM. de Choiseul et de Goguelat étaient arrivés, avec les -hussards de Pont-Sommevesle. Peut-être, à ce moment, où la foule -n'était pas encore très considérable, où les gardes nationales des -communes voisines n'étaient point rassemblées, eût-il été possible, -avec un peu d'énergie, de forcer le passage. «Eh bien! quand -partons-nous?» demanda le Roi à Goguelat, quand il le vit entrer dans -la chambre.—«Sire, nous attendons vos ordres,» répondit l'aide-de-camp. -Mais demander des ordres à un prince d'un caractère aussi indécis que -Louis XVI, c'était le replonger dans ses hésitations habituelles. M. -de Damas, qui venait d'arriver à son tour, ouvrit un avis énergique: -c'était de démonter sept hussards, de faire monter sur les chevaux le -Roi, la Reine et leurs compagnons, et, avec les soldats restants, de se -faire jour à travers la foule. Marie-Antoinette n'eût pas reculé devant -cette résolution aventureuse. «Mais, dit le Roi, répondez-vous que, -dans cette lutte inégale, une balle ne viendra pas frapper la Reine, ou -ma sœur, ou mes enfants?» Comme à l'appui de cette crainte, sous les -fenêtres de la petite maison, la populace grondait; on renonça à ce -parti trop périlleux. Lorsque, plus tard, vers deux heures du matin, -Goguelat essaya de pousser une reconnaissance dans la direction de -Dun, les gardes nationales des environs étaient réunies: la résistance -était organisée par les soins de M. de Signémont, commandant de la -milice de Neuvilly; des barricades étaient dressées; des canons rangés; -l'aide-de-camp, ayant voulu dégager la voiture royale pour la tenir -prête à toute occasion, fut jeté bas d'un coup de pistolet par le major -de la garde nationale de Varennes, et les hussards, déjà hésitants, -ébranlés par les caresses des patriotes, effrayés par la chute de leur -chef, se mirent à fraterniser et à boire avec les gardes nationaux. - -A cinq heures du matin, lorsque le commandant du détachement de Dun, -M. Deslon, accouru à bride abattue avec soixante cavaliers, pénétra -dans la maison de Sauce, et demanda les ordres du Roi: «Mes ordres!» -répondit avec amertume le malheureux monarque, «je suis prisonnier et -n'en ai point à donner.» - -Une seule chose restait à faire: gagner du temps et attendre que M. de -Bouillé, prévenu par son fils, se portât sur Varennes avec ses troupes. - -Mais, avant M. de Bouillé, deux nouveaux acteurs entraient en scène, -qui allaient aggraver l'état des choses, et détruire les dernières -espérances de la famille royale: c'étaient les émissaires de -l'Assemblée. - -Lorsque, le 21 au matin, on s'était aperçu, à Paris, de la disparition -du Roi et de sa famille, le premier mouvement avait été de la -stupeur; puis, à la stupeur succéda rapidement une vive irritation, -et l'Assemblée, partageant la colère populaire, rendit un décret pour -ordonner l'arrestation du Roi. Un aide-de-camp de Lafayette, M. de -Romeuf, spécialement attaché au service de la Reine, qui, en maintes -circonstances, l'avait comblé de bontés, partit pour signifier le -décret de l'Assemblée. A Châlons, il rencontra un chef de bataillon -de la garde nationale, nommé Bayon, qui, avec Palloy, avait pris -les devants, porteur d'ordres analogues du maire de Paris. Tous -deux continuèrent leur route, Bayon réveillant le zèle de Romeuf -à qui ses relations personnelles avec la famille royale rendaient -particulièrement pénible l'accomplissement de sa mission. A six heures -du matin, ils entraient à Varennes, et Bayon, montant le premier chez -Sauce: «Sire,» dit-il d'une voix entrecoupée par l'essoufflement du -voyage, «Paris s'égorge..... Nos femmes, nos enfants...., l'intérêt de -l'Etat.....» Romeuf s'approcha ensuite et, les larmes aux yeux, remit -au Roi le décret de l'Assemblée. «Il n'y a plus de Roi de France,» dit -tristement le malheureux prince. La Reine prit le décret, le lut: «Les -insolents!» s'écria-t-elle, et elle rejeta brusquement le papier qui -alla tomber sur le lit où reposait le Dauphin; elle le lança violemment -à terre: «Je ne veux pas, dit-elle, qu'il souille le lit de mon fils.» - -Au dehors, la foule ameutée grondait: «A Paris! à Paris! criait-elle. -Faisons-les partir de force.—Nous les traînerons plutôt par les -pieds.»—Vainement l'infortuné monarque épuisait-il tous les moyens -dilatoires. Le Dauphin et Madame Royale dormaient; il fallait respecter -leur repos. Une des femmes de chambre, Mme de Neuville, entrant -dans la pensée de ses maîtres, se roulait sur un lit, en proie à une -crise violente; la Reine déclarait qu'elle ne la quitterait pas sans -secours. Mais la populace, excitée sous main par Bayon[668], tout haut -par Palloy, ne s'inquiétait ni du sommeil des enfants, ni des maladies, -vraies ou fausses, des voyageurs. Les cris redoublaient avec plus de -fureur. Le Roi se consulta un moment avec sa famille et, reconnaissant -sans doute l'impossibilité d'une plus longue résistance, il se résigna -douloureusement. - -Les voitures étaient déjà au pied de la maison de Sauce; les chevaux -furent amenés et rapidement attelés; les gardes nationaux formèrent -l'escorte. Les malheureux captifs descendirent tristement l'étroit et -sombre escalier qui, du premier étage, conduisait au rez-de-chaussée; -la Reine donnait le bras au duc de Choiseul; Mme Elisabeth à M. de -Damas. Quand ils parurent à la porte de la maison, la rue retentit des -cris de: _Vive le Roi! Vive la nation!_ Pas un cri de _Vive la Reine!_ -Pour les habitants de Varennes, comme pour ceux de Paris, c'était -toujours l'_Autrichienne_! - -On monta en voiture; M. de Choiseul ferma la portière, et les chevaux -s'élancèrent sur la route de Clermont. Il était environ sept heures et -demie du matin. - -Lorsque M. de Bouillé, retardé dans son départ par l'incroyable -lenteur du commandant du Royal-Allemand, parut enfin en vue de -Varennes, à la tête de ce régiment sur lequel il comptait, il y avait -près de deux heures que le funèbre cortège en était parti. Il avait -trop d'avance pour qu'on pût le rejoindre avec des chevaux harassés -par une course forcée de neuf lieues. Le général donna l'ordre de la -retraite et, l'air morne, le cœur déchiré, il regagna Stenay, d'où il -passa immédiatement la frontière. - -Cependant, le triste convoi poursuivait sa marche sur Paris, sous -l'escorte de cinq à six mille gardes nationaux et au milieu d'un -concours immense de peuple. A Clermont, les officiers municipaux de -Varennes se détachèrent pour regagner leur ville. Drouet resta avec -Bayon; quant à Romeuf, il était demeuré à Varennes pour protéger MM. de -Choiseul et Goguelat et avait été lui-même emprisonné. - -La voiture avançait lentement, au milieu de nuages de poussière et -sous un soleil torride; la chaleur était écrasante, l'air embrasé. -Les enfants tombaient épuisés de fatigue; la Reine les regardait -tristement, songeant à ses espérances évanouies, et aux sombres -réalités du retour. A Sainte-Menehould, il fallut subir un discours -insultant de la municipalité et se montrer à la foule du haut des -fenêtres de l'hôtel de ville; la Reine, tenant le Dauphin dans ses -bras, fut saluée des cris évidemment malveillants de _Vive la nation!_ -Mais, si déchue qu'elle fût de son pouvoir, la malheureuse souveraine -conservait encore le plus doux et le plus cher de ses privilèges, celui -de la charité. Avant de quitter cette petite ville, qui lui avait été -si hostile, prisonnière elle-même, elle fit distribuer cinq louis aux -prisonniers[669]. - -Une horrible tragédie marqua le trajet de Sainte-Menehould à Châlons; -un gentilhomme du pays, le comte de Dampierre, s'étant joint au -cortège, fut reconnu, dénoncé comme aristocrate, assailli par la -garde nationale, jeté à bas de son cheval et tué d'un coup de -fusil: «Qu'y a-t-il donc?» demanda le Roi, ému par le bruit de la -détonation,—«Rien, répondit-on; c'est un fou que l'on tue[670].» Et les -assassins revinrent à la voiture «les mains ensanglantées et portant la -tête[671]». - -Vers onze heures et demie du soir, on entra à Châlons. La ville était -royaliste, l'accueil contrasta avec celui qui avait été fait jusque -là aux prisonniers. «Les corps administratifs, dit le procès-verbal -officiel, mettaient au rang de leurs principaux devoirs de veiller à -ce que le respect dû à la majesté royale fût maintenu[672].» Le Roi -fut reçu à la porte de la ville par la municipalité et conduit, entre -deux haies de gardes nationaux à l'hôtel de l'Intendance, qui avait -été préparé pour le recevoir. C'était le même hôtel où, vingt et un -ans auparavant, la Dauphine s'était arrêtée radieuse, au bruit des -acclamations et au milieu des fêtes populaires, quand elle venait -ceindre, en France, la couronne royale[673]. Du moins à Châlons, la -population fit-elle tout ce qu'elle put pour adoucir aux visiteurs -involontaires l'amertume de leur situation. Comme en 1770, des jeunes -filles offrirent des fleurs à Marie-Antoinette[674]; plusieurs d'entre -elles s'empressèrent à la servir, et lorsque, après un souper fait en -public, la famille royale se fut retirée dans ses appartements, le -procureur du département, Roze, proposa même au Roi de l'aider à fuir -par un escalier dérobé, inconnu du public. Louis XVI refusa, parce -qu'on ne pouvait sauver que lui seul. - -Ce dévouement si rare, ces sympathies, manifestées par une ville -presque entière, avaient profondément ému les prisonniers; ils ne -devaient plus en retrouver d'autre exemple sur leur route. Le lendemain -23, jour de la Fête-Dieu, vers dix heures, tandis qu'ils entendaient la -messe dans la chapelle de l'Intendance, des volontaires rémois, arrivés -dans la nuit, envahirent la cour et se précipitèrent vers la chapelle; -la messe n'était pas achevée[675]; le Roi et sa famille durent -néanmoins sortir et se montrer au balcon. Il fallut hâter le départ, -dans la crainte que ces volontaires, composés de la lie du peuple de -Reims, n'excitassent quelque tumulte. La Reine, toujours gracieuse et -véritablement touchée, répondit «qu'elle était fâchée des circonstances -qui la privaient et le Roi de quelques instants de plus à passer au -milieu de bons citoyens[676]». Un dîner avait été préparé à la hâte -pour les voyageurs; mais «l'émotion dans laquelle ils se trouvaient, -dit le procès-verbal, ne leur a permis de rien prendre[677]». A midi, -l'on se mit en marche avec une telle précipitation que le Roi oublia à -Châlons un petit coffret qui contenait treize cents louis[678]. - -A mesure qu'on avançait vers Paris, l'attitude des populations -devenait plus hostile. A Epernay, où l'on arriva à quatre heures de -l'après-midi[679], l'accueil fut mauvais. Le président du district -prononça une harangue pleine de reproches; de grossières injures furent -lancées, et, sans le dévouement du jeune Cazotte, accouru à la tête -d'une troupe de paysans et qui se tint à la portière de la voiture pour -contenir la foule, la vie même des augustes captifs n'eût peut-être -pas été respectée. On avait entendu un misérable dire à son voisin: -«Cache-moi bien pour que je tire sur la Reine, sans qu'on sache d'où le -coup est parti[680].» - -La foule s'était tellement pressée autour des fugitifs, que la robe -de Marie-Antoinette fut déchirée par les pieds; il fallut la réparer -sur place; la fille de l'hôte chez lequel on était descendu rendit -ce léger service à la malheureuse souveraine, avec un respect et une -affection qui firent du bien à son triste cœur. Pendant ce temps, les -officiers municipaux adressaient au Roi d'insultants discours: «Malgré -vos fautes,» lui disaient-ils, «nous vous protégerons, n'ayez pas -peur.»—«Peur?» dit le prince d'un ton surpris. Et il se mit à expliquer -à ses interlocuteurs qu'il n'avait point l'intention de quitter la -France, mais qu'il ne pouvait rester à Paris, où sa famille était en -danger. «Oh! que si fait, vous le pouviez,» riposta un des assistants. - -On repartit vers cinq heures, au milieu d'une multitude soulevée. -«Allez, ma petite belle, on vous en fera voir bien d'autres,» tel fut -l'adieu cynique, jeté à Marie-Antoinette par une des mégères d'Epernay. -La Reine, ayant voulu donner à un garde national, qui se plaignait de -la faim, un morceau de bœuf à la mode qui était dans la voiture: «N'y -touche pas, cria un autre, ne vois-tu pas qu'on veut t'empoisonner?» La -Reine en mangea sur-le-champ et en fit manger à son fils[681]. Mais ce -cri d'injurieuse méfiance lui alla au cœur et, parmi tant d'outrages, -celui-là la blessa le plus. - -A peu de distance d'Épernay, la famille royale fut rejointe par les -trois commissaires que l'Assemblée avait délégués pour «ramener le Roi -à Paris, veiller à sa sûreté et à ce que le respect dû à Sa Majesté -fût maintenu[682].» C'étaient Barnave, Pétion et la Tour-Maubourg. Ce -dernier ne voulut pas prendre place dans la voiture royale; alléguant -que les augustes voyageurs pouvaient être sûrs de lui, mais qu'il -fallait gagner les deux autres[683], il monta avec les femmes de -chambre. Pétion et Barnave s'installèrent dans la berline, où dès lors -huit personnes furent entassées, par ces tourbillons de poussière et -cette chaleur suffocante; on prit les enfants sur les genoux. Barnave -se montra plein de convenance et de respect; le spectacle de cette -grande infortune, le charme de la Reine firent sur ce jeune homme, à -la tête ardente mais au cœur honnête, une impression profonde; entré -dans la voiture révolutionnaire et presque républicain, il en sortit -royaliste[684]. Quant à Pétion, le récit qu'il a écrit de son voyage -est le plus insigne monument de grossièreté et de prétention que puisse -enfanter le cerveau d'un fat sans éducation et sans tact[685]; il -donne la mesure de l'homme devant lequel ne trouva pas même grâce la -pureté de Mme Elisabeth, du personnage vaniteux et impertinent, dont -la Révolution fit un héros et qui n'était qu'un sot. - -En montant en voiture, il assura qu'il savait bien que les fugitifs -avaient pris près du Château une voiture de remise, conduite par un -Suédois, et, affectant de n'en pas savoir le nom, il le demanda à la -Reine: «Je ne suis pas dans l'usage de savoir le nom des cochers de -remise,» répliqua sèchement la princesse[686]. Un peu plus tard, le -Roi, s'étant mêlé à la conversation et ayant dit que sa fuite n'avait -d'autre but que de donner au pouvoir exécutif la force nécessaire -dans un régime constitutionnel, puisque la France ne pouvait être une -république: «Pas encore,» répondit insolemment Pétion, «parce que les -Français ne sont pas encore assez mûrs pour cela, et je ne serai pas -assez heureux pour la voir établir de mon vivant[687].» - -A Dormans, il fallut s'arrêter dans une simple auberge: «Je n'étais -pas fâché, dit Pétion avec son envieuse affectation d'austérité, que -la Cour sût ce que c'était qu'une auberge ordinaire[688].» Pendant la -nuit, les gardes nationaux et les habitants du pays, accourus en foule, -chantaient, buvaient et dansaient sous les fenêtres de l'auberge; -et c'est au milieu de ces bruits et de ces cris, que les voyageurs -épuisés durent prendre un instant de repos[689]. Le pauvre petit -Dauphin fit des rêves horribles et se mit à sangloter; on ne put le -calmer qu'en le conduisant à sa mère[690]. - -On repartit à cinq heures; Pétion se plaça dans le fond, entre le -Roi et la Reine et prit le Dauphin sur ses genoux. La conversation -s'engagea; le Roi était embarrassé, au dire de Pétion, qui consent -pourtant à convenir «qu'il est très rare qu'il lui échappe des choses -déplacées et qu'il ne lui a pas entendu dire une sottise[691]». La -Reine était plus libre; elle parla de l'éducation de ses enfants. «Elle -en parla en mère de famille et en femme assez instruite. Elle exposa -des principes très justes en éducation.» Mais, ajoute aussitôt le -grotesque narrateur, comme pour s'excuser de cet hommage involontaire -rendu à une Reine, «je sus depuis que c'était le jargon de mode dans -toutes les Cours de l'Europe[692].» - -A la Ferté-sous-Jouarre, la réception sympathique et respectueuse du -maire, M. Regnard, vint faire un moment diversion aux insultes de la -foule. On trouva chez lui un appartement frais et un dîner simple, -mais bien fait. La femme du maire, ne voulant point par délicatesse -manger avec la famille royale, s'était habillée en cuisinière pour la -servir. La Reine la reconnut cependant: «Vous êtes sans doute, Madame, -lui dit-elle, la maîtresse de la maison?»—«Je l'étais un moment avant -que Votre Majesté y entrât,» répondit en s'inclinant l'excellente -femme[693]. - -En sortant de la petite ville, un certain tumulte se fit. C'était -un député, Kervelégan, qui se disputait avec les gardes nationaux -et cherchait à arriver jusqu'aux prisonniers, qu'il insultait -grossièrement. «Voilà un homme bien malhonnête,» ne put s'empêcher de -dire la Reine[694]. - -Comme on approchait de Meaux, un prêtre s'efforça de pénétrer près de -la voiture; la foule éclata en menaces et s'apprêtait à le massacrer, -comme M. de Dampierre. La Reine le vit et poussa un cri; Barnave -s'élança à demi hors de la portière: «Français, nation de braves, -s'écria-t-il, voulez-vous donc devenir un peuple d'assassins?» -Cet accent indigné et cette intervention puissante arrachèrent le -malheureux prêtre à la mort. - -On entra à Meaux d'assez bonne heure et l'on coucha chez l'évêque -constitutionnel. Le Roi mangea peu et se retira promptement dans son -appartement. Le petit-fils de Louis XIV n'avait plus de linge et fut -obligé d'emprunter une chemise à un huissier! Le soir, Barnave eut un -long entretien avec Louis XVI et Marie-Antoinette. Il parla avec force; -on l'écouta avec attention et bienveillance. «Evidemment, dit la Reine, -nous avons été trompés sur l'état réel de l'esprit public en France.» -Barnave sortit de là, dit M. de Beauchesne, «en se promettant de mourir -fidèle au trône et dévoué à la liberté[695].» - -On repartit à six heures du matin; c'était la dernière étape jusqu'à -Paris: longue étape de treize lieues. La chaleur était excessive. Plus -on approchait de la capitale, plus la foule se montrait hostile; plus -les exigences des gardiens étaient odieuses: malgré un soleil ardent et -une poussière atroce, on ne put baisser ni stores ni jalousies[696]. -Les injures les plus grossières étaient proférées contre la Reine et -il y eut lieu de craindre, à deux ou trois reprises, qu'on ne voulût -attenter à ses jours[697]. La pauvre femme ne put retenir ses larmes, -ni le Dauphin, un cri d'effroi. - -Au lieu d'entrer par la porte Saint-Denys, on fit le tour des murs, -pour gagner la porte de la Conférence. Les Champs-Élysées étaient -remplis de monde; les barrières, les arbres, les toits des maisons -étaient couverts d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous gardaient leur -chapeau sur la tête; seul le député Guilhermy eut le courage de saluer -les prisonniers. Le mot d'ordre était donné; on avait affiché partout -des placards portant ces mots: «Quiconque applaudira le Roi aura des -coups de bâton; quiconque l'insultera sera pendu.» Le cri de _Vive la -nation!_ retentissait seul, comme un outrage et une menace. - -Dès que la voiture fut entrée dans le jardin des Tuileries, on ferma le -pont tournant. Le jardin, néanmoins, comme les Champs-Élysées, était -plein de gardes nationaux; un certain nombre de députés sortirent de la -salle de l'Assemblée pour jouir du spectacle. Au moment où la berline -arriva à la grille du Château, un mouvement se fit dans la foule: -on voulait écharper les gardes du corps; il fallut une intervention -énergique des députés pour soustraire ces malheureux à la fureur -populaire. Quand le Roi descendit de voiture, on garda le silence; -quand ce fut le tour de la Reine, les murmures éclatèrent de toutes -parts et c'est au bruit des injures que l'infortunée souveraine, la -tête haute, l'air fier, mais le désespoir dans l'âme[698], put, sous -la protection du vicomte de Noailles et du duc d'Aiguillon[699], -rentrer dans ce palais qu'elle avait quitté cinq jours auparavant, -pleine d'espérance. - -Au milieu de cette scène, le Roi conservait son sang-froid et son -calme apparent. «Il était tout aussi flegme, dit Pétion, tout aussi -tranquille que si rien n'eût été.... Il semblait qu'il revenait d'une -partie de chasse[700].» - -Mais la Reine, plus vive, épuisée par tant de secousses[701], brisée -par la fatigue, la douleur, l'humiliation, la colère, n'avait que la -force d'adresser au chevaleresque Fersen ce simple mot qu'elle avait dû -se cacher pour écrire: - -«Rassurez-vous sur nous: nous vivons[702].» - - - - -CHAPITRE X - - La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa vie - captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de - l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge déployé au - Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour. - - -La France avait _reconquis_ son Roi; telle était la formule officielle -des adresses de félicitations envoyées à l'Assemblée nationale de -toutes les parties du pays. C'était bien une conquête, en effet, et -le prince, qui rentrait à Paris le 25 juin 1791, au milieu de ce -silence qu'interrompaient seulement des cris de haine, n'était plus -qu'un captif, humilié et détrôné. L'arrêté de l'Assemblée, pris sur la -proposition de Thouret, équivalait à un décret de déchéance. Le Roi, -la Reine, le Dauphin devaient être entourés d'une garde qui répondait -de leurs personnes; «le ministre de la justice continuait à apposer le -sceau de l'Etat aux décrets de l'Assemblée, sans qu'il fût besoin de la -sanction royale, et les ministres étaient autorisés à remplir, chacun -dans son département, les fonctions de pouvoir exécutif[703].» - -Cette décision fut exécutée à la lettre; la famille royale, réintégrée -aux Tuileries, était gardée à vue. Ses membres ne pouvaient communiquer -que sous le regard de leurs geôliers, et il y avait toujours avec -eux plusieurs officiers de la milice parisienne[704]. Une troupe -considérable était installée dans les cours, un véritable camp,—c'est -le mot dont se sert Mme Elisabeth[705],—camp nombreux et -bruyant[706], établi sous les fenêtres du Roi et de la Reine, de peur, -ajoute ironiquement la princesse qui, même dans les plus douloureuses -circonstances, n'abdiquait jamais sa gaîté, «de peur qu'ils ne sautent -dans le jardin, qui est hermétiquement fermé et rempli de sentinelles, -entre autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres[707].» - -Des sentinelles, il y en avait à chaque escalier de l'intérieur[708], -jusque sur les toits. Personne n'entrait au Château sans un billet -de Lafayette ou de Bailly[709]; on en avait même refusé l'accès à -des membres de l'Assemblée[710]. Tous les appartements de la famille -royale avaient été visités avec le plus grand soin; les officiers de -la garde nationale en conservaient les clefs dans leur poche, et, s'il -faut en croire Mme de Tourzel, Lafayette avait poussé si loin les -précautions, qu'il avait envoyé des ramoneurs examiner si les captifs -ne pouvaient pas s'enfuir par les cheminées[711]. Toutes les pièces -extérieures de l'appartement de la Reine avaient été transformées en -corps de garde; dans sa chambre, deux gardes nationaux se tenaient en -permanence, avec ordre de ne la perdre de vue ni jour ni nuit[712], -même dans les détails les plus intimes de la vie[713]. Pendant les -premiers jours, l'infortunée souveraine était obligée de se lever, -de s'habiller, de se coucher devant ses geôliers; il avait fallu de -longues négociations pour obtenir qu'ils ne logeassent pas dans sa -chambre même[714]; mais ils restaient la nuit près de son lit et l'un -d'eux, s'accoudant sur son oreiller, avait voulu renvoyer sa première -femme, Mme de Jarjayes[715]. La chapelle paraissant trop éloignée de -l'appartement des prisonniers, on avait dressé un autel de bois dans -une pièce du rez-de-chaussée. C'est là que la famille royale entendait -la messe. Quand la Reine allait chez le Dauphin, elle était escortée -de deux officiers; elle trouvait la porte fermée; un des officiers -grattait en disant: la Reine! et ce n'est qu'à ce signe que les -gardiens du jeune prince et de sa gouvernante consentaient à ouvrir à -cette mère qui venait voir son fils[716]. - -Au bout de quelque temps, cependant, soit que Lafayette eût fini par -sentir l'indécence de ces ordres, soit que la Reine se fût plainte, -certains ménagements furent apportés. Les gardiens restaient dans la -chambre de la Reine, tant qu'elle était levée; ils se retiraient quand -elle se couchait; mais, pendant la nuit, l'un d'eux s'établissait dans -l'espèce de tambour formé par l'épaisseur du mur entre les deux portes, -de manière à ce que, la porte de la chambre restant entr'ouverte, il -pût voir tout ce qu'y s'y passait. Weber raconte même à ce sujet une -anecdote qui peint bien l'état des esprits et la confusion des idées à -cette époque. Une nuit, que Marie-Antoinette ne pouvait reposer, elle -alluma une bougie et se mit à lire. Le garde qui la surveillait s'en -aperçut et, entrant dans la chambre, il ouvrit les rideaux et s'assit -familièrement sur le lit, en disant: «Je vois que vous ne pouvez -dormir; causons ensemble; cela vaudra mieux que lire.» La Reine, ajoute -le narrateur, «contint son indignation et lui fit comprendre avec -douceur qu'il devait la laisser tranquille[717]». - -En apparence, on avait repris la régularité de la vie habituelle; la -«vie végétale», écrivait le cardinal de Bernis[718]; le service se -faisait comme à l'ordinaire; les personnes attachées à la Cour étaient -restées à leur poste. On allait à la messe à midi; on dînait à une -heure et demie; à neuf heures et demie on soupait. Comme le Roi, qui -avait été habitué à une vie active, ne pouvait plus ni marcher ni -monter à cheval, on jouait au billard après dîner et après souper, afin -qu'il prît un peu d'exercice. Le reste du temps, le prince demeurait -enfermé dans son cabinet, lisant et étudiant: ni lui, ni sa femme ne -sortaient de leur appartement; ne voulant pas s'exposer en captifs aux -regards de la foule, ils n'allaient même pas prendre l'air dans le -petit jardin du Dauphin. La Reine s'occupait de ses enfants,—c'était -son seul moment de distraction et de soulagement,—et passait ses -journées à lire, à écrire et à travailler. A sept heures, elle recevait -les dames du palais. A onze heures, chacun rentrait chez soi[719]. - -Mais que de tristesses dans cette existence! Que d'ennuis dans cette -régularité, et, malgré le calme apparent, que de révoltes intimes -contre cette monotonie forcée! Avec quelle émotion contenue on -accueillait les visages sympathiques, les députés qui passaient sous -les fenêtres du Château, afin de saluer au passage les prisonniers[720] -et les rares amis qui osaient franchir le seuil de ce palais suspect! -Un jour, peu après le retour de Varennes, Malouet eut ce courage: «Je -trouvai, dit-il, le Roi, la Reine et Mme Elisabeth plus tranquilles -que je ne m'y attendais..... Lorsque j'entrai, la Reine dit au jeune -Dauphin: «Mon fils, connaissez-vous Monsieur?—Non, ma mère,» répondit -l'enfant.—«C'est M. Malouet,» reprit la Reine, «n'oubliez jamais son -nom.» C'était l'heure de la messe; le service entra; le Roi ne me dit -qu'un mot: «Nous avons été très contents de Barnave[721].» - -Dès le 26 juin, l'Assemblée avait désigné trois de ses membres, -Adrien Duport, d'André et Tronchet, pour recevoir les déclarations -du Roi et de sa famille. Le soir même, les trois commissaires se -transportèrent aux Tuileries et furent introduits dans la chambre du -Roi. Le prince protesta contre toute idée d'interrogatoire. Il déclara -que les outrages faits à sa famille et restés impunis l'avaient seuls -déterminé à quitter Paris, mais qu'il n'avait jamais eu l'intention -de sortir du royaume. De là, les commissaires se rendirent chez la -Reine; mais comme elle venait de se mettre au bain, ils revinrent le -lendemain à onze heures. Marie-Antoinette les reçut seule et confirma -par ses affirmations celles de Louis XVI: «Je déclare,» dit-elle, -«que, le Roi désirant partir avec ses enfants, rien dans la nature -n'eût pu m'empêcher de le suivre. J'ai assez prouvé depuis deux -ans, dans plusieurs circonstances, que je ne le quitterais jamais, -et j'ai été surtout déterminée à le suivre par la confiance et la -persuasion que j'avais qu'il ne quitterait jamais le royaume. S'il eût -voulu en sortir, toutes mes forces auraient été employées pour l'en -empêcher[722].» Au reste, le Roi et la Reine prenaient sur eux seuls -la responsabilité du voyage et en déchargeaient tous ceux qui avaient -été mêlés au projet ou à son exécution. L'Assemblée n'accepta pas ce -système, et, refusant de mettre en cause le Roi et la Reine, affectant -de voir là plutôt un enlèvement qu'un départ volontaire, elle renvoya -devant la Haute-Cour d'Orléans M. de Bouillé et ses complices. - -Mais les Jacobins allaient plus loin que l'Assemblée; c'était au Roi -qu'on en voulait; c'était lui qu'on injuriait dans les discours des -clubs et dans les articles des journaux. Grâce à d'habiles menées et à -des distributions d'argent[723], la fermentation populaire ne diminuait -pas; les rues étaient tapissées de caricatures grossières; des chansons -infâmes, des satires sanglantes contre le Roi et surtout contre la -Reine se vendaient sur toutes les places; les orateurs débitaient dans -les lieux publics les plus odieuses calomnies[724]. Les adresses venues -des départements,—c'est un observateur impartial qui l'affirme,—étaient -«véritablement atroces[725]». Un ancien militaire, Achille Duchatelet, -prit l'initiative d'une adresse insolente par laquelle il réclamait -la déchéance, et le dimanche 17 juillet, le peuple fut convoqué au -Champ-de-Mars pour signer cette adresse. Dès le matin, une foule -désordonnée se réunit au lieu indiqué; des motions incendiaires furent -faites; on parlait de se porter en masse à l'Assemblée. La garde -nationale intervint; on lui lança des pierres. Le maire, Bailly, fit -alors déployer le drapeau rouge et proclama la loi martiale. Une -première décharge à poudre dissipa la populace; mais bientôt, voyant -qu'il n'y avait ni morts ni blessés, les fuyards se rallièrent et -recommencèrent à assaillir les gardes nationaux. Une seconde décharge -en jeta une trentaine par terre, «une douzaine ou deux de héros en -guenilles,» dit Gouverneur Morris[726]. Le reste prit la fuite à toutes -jambes. Quant aux meneurs, ceux qui ne s'étaient pas cachés dès la -veille s'empressèrent de le faire ou de quitter Paris[727]; mais ils -ne pardonnèrent pas à Bailly cet acte de vigueur et le lui firent -cruellement expier plus tard. - -L'énergie inattendue déployée par la municipalité et la garde nationale -avait rétabli le calme à Paris et momentanément effrayé les factieux. -Peut-être eût-on pu en faire le point de départ d'une ère nouvelle, si -l'on eût persévéré dans cette attitude; mais c'eût été trop demander à -l'Assemblée; la mollesse dont elle fit preuve quelques jours après dans -la discussion de la loi sur les clubs rendit le courage aux meneurs. - -Mais l'échauffourée du Champs-de-Mars avait éclairé les chefs des -Constitutionnels sur les projets des Jacobins. Se séparant brusquement -de ces derniers, ils fondèrent le club des Feuillants, et les -principaux d'entre eux cherchèrent à se rapprocher du Roi et de la -Reine. Le retour de Varennes avait été le trait d'union entre Barnave -et Marie-Antoinette: l'attitude réservée et respectueuse, l'esprit -élevé, les sentiments généreux, les manières distinguées du jeune -député du Dauphiné, qui faisaient contraste avec la grossièreté et le -mauvais ton de Pétion, avaient inspiré confiance à la Reine, comme la -dignité et la bonté de la Reine avaient séduit le jeune député. Les -relations nouées dans cette triste voiture se continuèrent à Paris, et -l'on attribuait même à Barnave la réponse faite par le Roi aux délégués -de l'Assemblée. Des raisons moins personnelles, mais non moins fortes, -la crainte des Jacobins, la peur de l'anarchie, peut-être aussi la -parole de Barnave, déterminèrent ses amis, jusque-là si hostiles au -Roi et surtout à la Reine, à s'efforcer de consolider ce trône qu'ils -avaient tant contribué à ébranler. Une sorte de triumvirat se forma -et se mit en relations avec les Tuileries et particulièrement avec -Marie-Antoinette, par l'intermédiaire de M. de Jarjayes[728], qui déjà, -en diverses circonstances, avait rempli des missions de confiance de la -famille royale. Barnave, Alexandre de Lameth et Duport composaient ce -triumvirat. La Reine écouta leurs conseils, se conforma en apparence à -leurs idées, mais refusa de se fier complètement à des hommes dont les -uns, d'après leur propre aveu, n'avaient pas de plan arrêté et vivaient -au jour le jour, dont les autres semblaient n'avoir d'autre but que -de conserver le pouvoir[729]. Dès lors commence une double politique -secrète, dont les agents se contrarient et se désavouent sans cesse, au -milieu de complications où les diplomates du temps durent avoir bien -de la peine à se reconnaître et que l'historien de nos jours n'arrive -pas toujours à démêler: politique qui resta longtemps ignorée, quoique -soupçonnée, et sur laquelle la publication récente des papiers de M. de -Fersen a jeté enfin un jour nouveau. - -Nous allons essayer de l'esquisser. - - - - -CHAPITRE XI - - Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets - de l'Empereur.—Projets du roi de Suède.—Projets des - émigrés.—Accroissement du nombre et de l'importance de ces - derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour et avec le baron - de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre du 30 juillet, - écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous l'influence des - Constitutionnels.—Missions du chevalier de Coigny et de l'abbé - Louis.—La Reine dément par ses lettres secrètes ses lettres - officielles.—Pourquoi elle se méfie des Constitutionnels. - - -De tous les princes étrangers, c'était vers l'Empereur qu'étaient le -plus naturellement tournés les regards de la Reine et de ses nouveaux -alliés, les Constitutionnels. Nous avons dit plus haut quel genre -de secours Marie-Antoinette attendait de son frère: des mouvements -de troupes sur la frontière pour expliquer les agissements de M. de -Bouillé, la concentration de dix mille hommes environ à Luxembourg; -puis, au premier moment, si cela était nécessaire, l'appui passager -de ce corps. Le 20 juin, Léopold n'était pas en Allemagne, mais en -Italie, à Padoue; il avait cru d'abord au succès de l'évasion. On lui -avait bien dit que la famille royale avait été arrêtée dans sa fuite; -mais on avait ajouté que M. de Bouillé, étant survenu à la tête de -son armée, avait délivré les prisonniers et conduit le Roi à Metz, -sous la protection de ses troupes, tandis que la Reine avait gagné -Luxembourg[730]. Le 5 juillet, l'Empereur écrivait à sa sœur: - -«Si je n'avais consulté que mon cœur, je serais parti d'ici tout de -suite, pour venir vous rejoindre et embrasser; mais les circonstances -m'en ont empêché. J'envie bien le sort de ma sœur Marie, qui aura cette -satisfaction; je la charge, ainsi que le comte de Mercy, d'arranger -tout ce qui pourra vous être agréable en ce moment. Je me flatte que -vous serez convaincue qu'étant chez moi vous êtes comme chez vous, et -que vous ne ferez pas le moindre compliment avec un frère qui vous est -aussi tendrement et sincèrement attaché que moi.» - -«Quant à vos affaires, je ne puis que vous répéter, ainsi que je -l'ai fait au Roi, que tout ce qui est à moi est à vous, argent, -troupes, enfin tout. Ma sœur et le comte de Mercy ont tous les ordres -nécessaires pour faire quelconque manifeste, déclaration, mouvement ou -marche de troupes que vous pourrez ordonner; trop heureux, si je puis -vous être bon à quelque chose[731].» - -Et à cette même date, il mandait à sa sœur, Marie-Christine, -gouvernante des Pays-Bas: - -«En ce moment, le Roi est libre; le Roi a protesté contre tout ce qui -a été fait. Je ne connais donc plus que le Roi; je suis son parent, -ami et allié, et veux le secourir et seconder de toutes mes forces et -pouvoir[732].» - -Malheureusement, le jour même, il apprenait par l'électeur de Trèves -l'arrestation définitive de la famille royale; il en fut très ému et -dès le lendemain, déployant, disait Vaudreuil, «toute la tendresse -d'un frère, la grandeur d'âme d'un vrai monarque et la décision des -grands hommes dans les grandes circonstances[733]», il adressa une -circulaire aux principales Puissances:—Espagne, Russie, Angleterre, -Prusse, Sardaigne, Naples[734],—pour organiser une intervention -commune en faveur dos prisonniers. Il fallait, disait-il, rédiger un -manifeste énergique, qui pût imposer aux révolutionnaires français. -On y revendiquerait hautement, au nom du droit public européen, la -liberté du Roi de France, «tout en laissant les voies ouvertes à une -résipiscence honnête et à l'établissement pacifique d'un état de -choses, en France, qui sauve du moins la dignité de la couronne et -les considérations essentielles de la tranquillité générale[735].» -On s'engagerait à ne reconnaître comme lois constitutionnelles, -légalement établies en France, que celles qui seraient «munies -du consentement volontaire du souverain[736]». Le manifeste des -Puissances serait soutenu par des «moyens suffisamment respectables» -et l'on ne reculerait pas devant les mesures les plus rigoureuses. -«Je me flatte de les prévenir,—les révolutionnaires,—écrivait Léopold -à Marie-Christine; mais si je n'y réussis point, je les vengerai -exemplairement[737].» - -Plus ardent que l'Empereur, le roi de Suède, souverain militaire et -aspirant à jouer un rôle militaire dans la coalition, avait, dès le 27 -juin, rompu avec l'Assemblée[738]; le 30, il avait fait assurer Louis -XVI et Marie-Antoinette de ses sympathies et de son concours[739]. Il -négociait, en même temps, et cherchait, comme Léopold, mais avec plus -de vivacité et moins de prudence, à réunir toutes les Puissances dans -une ligue dont il aurait été le bras armé[740]. Redoutant la froideur -et les idées temporisatrices de l'Empereur, il s'adressait, dès le 9 -juillet, à Catherine II; quelques jours après, le 16 juillet, au roi -d'Espagne, pour leur exposer son plan et solliciter leur concours. -Suivant lui, les troupes impériales, fortes de trente-cinq mille -hommes, devaient entrer en France par la Flandre, tandis que douze -mille Suisses envahiraient la Franche-Comté, quinze mille Sardes le -Dauphiné; les princes de l'Empire, l'Alsace et le Brisgau, et que -vingt mille Espagnols franchiraient les Pyrénées. On espérait avoir le -concours du Hanovre et de la Prusse, et la neutralité de l'Angleterre. - -«Dès que les Princes émigrés se trouveront sur la terre française, -disait Gustave, ils assembleront autour d'eux les pairs, grands -officiers de la couronne, archevêques, évêques, magistrats du -Parlement, et là, après avoir fait déclarer la régence, Monsieur -donnera une assurance de conserver les anciennes lois du royaume et -les droits des différents Ordres et réintégrer le Parlement. Il n'est -pas douteux que la terreur et la confusion, la dissension et le -désordre, joints aux lenteurs et au peu de secret qu'il est impossible -de conserver dans les délibérations d'un corps, ne favorisent -l'attaque des princes, et il est à croire que les succès suivent leur -entreprise[741].» - -Lui-même se mettrait à la tête de seize mille Suédois, auxquels -l'Impératrice était suppliée de joindre six, sept ou huit mille -Russes. Ces troupes, transportées par les flottes réunies de Russie et -de Suède, débarqueraient à Ostende et se porteraient sur Liège pour -former, avec les Hessois et les Palatins, «le centre de cette ligne, -dont la droite serait vers Dunkerque et la gauche vers Strasbourg»; -ou, suivant un plan ultérieur, s'embarqueraient à Ostende et iraient -débarquer en Normandie pour marcher sur Paris. - -Le Nord aurait ainsi, dans cette grande entreprise, une influence -prépondérante, et au besoin il serait là pour s'opposer aux convoitises -des autres Puissances, qui pourraient être tentées de profiter des -malheurs de la France pour la démembrer. Gustave ajoutait que les -secours pécuniaires de la Russie ne seraient point inutiles pour mettre -en mouvement l'armée suédoise. Catherine était «bien assez riche pour -payer sa gloire et celle de ses alliés». - -En même temps, l'impétueux souverain engageait Monsieur à se proclamer -régent et à créer autour de lui un gouvernement qui serait le vrai -gouvernement de la France, le Roi devant être considéré comme -prisonnier de ses sujets rebelles. «Ce nom de régent, disait-il, -sauvera Monsieur et tous les Français attachés à leur devoir, de -l'imputation de révolte, dont l'Assemblée ne manquera pas de vouloir -les entacher. Ce ne sera pas des Français qui combattront contre la -France, mais des sujet fidèles qui attaqueront des révoltés pour -délivrer leur souverain opprimé[742].» - -Cette impatience du roi de Suède s'accordait bien avec celle des -émigrés, dont le parti, depuis le 21 juin, s'était considérablement -accru en importance et en nombre. L'échec de la tentative de fuite, -combinée par le Roi et la Reine en dehors des princes et de leurs -amis, semblait assurer à ceux-ci une prédominance incontestée. Entouré -d'espions et manifestement captif dans son propre palais, quelle -pouvait être désormais l'autorité de Louis XVI? Partant, quelle pouvait -être, dans les conseils de l'émigration, celle de son agent, le baron -de Breteuil, l'un des auteurs du plan qui avait si misérablement -échoué? N'était-ce pas à ceux qu'on avait systématiquement tenus -dans l'ignorance des projets dont on venait de voir la triste issue, -n'était-ce pas au comte d'Artois et à Calonne à prendre dorénavant la -direction des affaires? Leurs partisans augmentaient chaque jour. Une -foule de gentilshommes, qui n'étaient demeurés en France que pour se -mettre à la disposition du Roi, dans le cas où il eût voulu tenter -quelque entreprise, jugèrent que tout effort était rendu inutile par -la situation nouvelle que venait de créer à la famille royale sa -déplorable aventure. Il leur en coûtait beaucoup sans doute, comme -l'écrivait l'un d'eux, de «laisser le Roi derrière eux»; mais «aucun -point de ralliement n'étant plus possible en France, celui que les -princes présentaient à Coblentz était le seul que l'honneur et le -devoir semblaient leur indiquer[743]». Quel moyen restait-il au Roi -de s'opposer aux tyranniques résolutions de l'Assemblée et des clubs? -Si, avant Varennes, il n'avait pu épargner à ses fidèles serviteurs -les humiliations du 28 février, après Varennes, que pouvait-il faire? -La seule manière de lui venir en aide n'était-elle pas d'aller là -où l'on pouvait organiser la résistance? M. de Bouillé l'avait bien -compris ainsi, puisqu'il s'était réfugié à Luxembourg avec tout -son état-major, et M. de Bouillé n'était point un cerveau brûlé, -un contre-révolutionnaire intransigeant; c'était un esprit sage, -patriotique, partisan, dans une assez large mesure, des réformes -réclamées par l'opinion. A peine sorti de France, après avoir écrit à -l'Assemblée une lettre menaçante où il revendiquait pour lui seul toute -la responsabilité de la fuite du Roi, et jurait de tirer vengeance de -son arrestation, l'ancien commandant de l'armée de Metz avait adressé -aux officiers fidèles un chaleureux appel, et beaucoup avaient répondu -à cet appel, apportant aux émigrés leur dévouement, leur épée, leur -drapeau, parfois aussi leur caisse: des régiments entiers, comme les -hussards de Berchiny, le régiment de Berwick, la plus grande partie -du Royal-Allemand, avaient fait comme leurs officiers. C'étaient de -puissants renforts pour ce noyau d'armée, qui se formait sous les -ordres du maréchal de Broglie et du prince de Condé. - -Enfin, la journée du 21 juin avait donné à l'émigration ce qui -lui avait manqué jusque-là, un chef incontesté. Monsieur, comte de -Provence, avait réussi là où l'infortuné Louis XVI avait échoué; il -ne s'était point entouré du luxe de relais et de détachements qui -partout avait éveillé l'attention sur le passage du Roi, et était -parvenu ainsi à gagner sans encombre Mons et Bruxelles[744]. L'autorité -du comte d'Artois, le dernier né de la famille royale, pouvait être -discutée; celle de Monsieur, le premier prince du sang, le régent de -France, en cas de minorité ou de prison du souverain, ne pouvait pas -l'être, et, s'il consentait à ne pas afficher un titre que l'évidente -captivité du Roi semblait lui donner et que Gustave III le pressait -de revendiquer[745], du moins était-ce à lui à prendre résolûment la -direction des affaires. A vrai dire, il y avait là pour l'émigration, -enfin appelée à jouer un rôle, une singulière bonne fortune. Esprit fin -et cultivé, instruit et disert, le comte de Provence, s'il n'avait pas -les séductions et le brillant du comte d'Artois, n'avait pas non plus -sa légèreté et son imprévoyance; on le considérait même comme un habile -politique. Malheureusement, il n'avait point encore acquis la maturité -et la sagesse qui, vingt-cinq ans plus tard, firent de son règne un des -règnes les plus réparateurs de la France. Quoique passant pour libéral -et en affectant les dehors, il partageait sur bien des points et devait -partager longtemps encore les préjugés et les illusions des émigrés. -Il partageait surtout l'hostilité de quelques-uns d'entre eux, et -particulièrement de Calonne, contre la Reine dont la maternité tardive -avait fait évanouir ses rêves de grandeur. La Reine le lui rendait -bien; elle avait fait plus d'une fois assaut avec lui d'épigrammes et -de mots aigres-doux. Le malheur n'avait pu faire cesser cette rivalité -sourde, et Marie-Antoinette conservait contre son beau-frère, plus -heureux qu'elle dans sa fuite, une méfiance qui se traduisait dans la -lettre suivante à Mme de Lamballe: - -«Soyez sûre qu'il y a dans ce cœur-là plus d'ambition personnelle que -d'affection pour son frère et certainement pour moi. Sa douleur a été -toute sa vie de n'être pas né le maître et cette fureur de se mettre -à la place de tout n'a fait que croître depuis nos malheurs, qui lui -donnent l'occasion de se mettre en avant[746].» - -Toutefois, au début, il semble que Monsieur, tout en se réservant -le premier rang, ait volontiers abandonné le premier rôle au comte -d'Artois, son cadet par l'âge, son aîné en émigration, et qui, par -là même, connaissait mieux les ressources et les aspirations des -émigrés, qui d'ailleurs avait été déjà mêlé à toutes les négociations -avec les Puissances. Le comte d'Artois, ardent, léger et fougueux, -«parlant toujours, n'écoutant jamais, étant sûr de tout[747],» ne se -laissait arrêter par rien et voulait une action immédiate: pas de -négociations avec les membres de l'Assemblée; la force seule: tout -au plus pouvait-on chercher à travailler Paris avec de l'argent et -garantir à Lafayette et à ses compagnons sûreté et oubli du passé[748]. -Plus prudent que son frère, mais alors «entièrement subjugué par -lui», dit Fersen[749], Monsieur se prêtait à ces combinaisons et -acceptait presque la direction de l'homme du comte d'Artois, le fatal -Calonne. On organisait les émigrés de Belgique sous six chefs: MM. de -Frondeville, de Robin, de Jaucourt, le marquis de la Queuille, les -ducs d'Uzès et de Villequier. A Coblentz, on formait un véritable -gouvernement; on instituait un Conseil d'État composé du prince de -Condé, de M. de Vaudreuil, de l'évêque d'Arras, «prélat plus politique -que religieux[750],» chancelier, et de Calonne, premier ministre. Quant -à Breteuil, l'homme de la Reine, il était laissé de côté[751]. En même -temps, on envoyait le baron de Roll à Berlin, le baron de Flachslanden -à Vienne, le baron de Bombelles[752] à Saint-Pétersbourg, et Calonne -lui-même à Londres[753]. - -C'était cette double action des Princes et de Gustave III d'une part, -de l'Empereur de l'autre, que les chefs du parti constitutionnel -voulaient s'efforcer de neutraliser. Déjà ils avaient essayé, mais sans -succès, d'entrer, par l'intermédiaire de M. de la Borde, en rapports -avec le comte de Mercy[754]; repoussés de ce côté, ils s'adressèrent à -la Reine, avec laquelle leurs relations étaient fréquentes, et la Reine -consentit à écrire, sous leur inspiration et presque sous leur dictée, -la lettre suivante à l'Empereur: - - «Le 30 juillet 1791. - -«On désire, mon cher frère, que je vous écrive, et l'on se charge -de vous faire passer ma lettre, car pour moi je n'ai aucun moyen de -vous donner des nouvelles de ma santé[755]. Je n'entrerai point en -détails dans ce qui a précédé notre départ; vous en avez connu tous -les motifs. Pendant les événements qui ont accompagné notre voyage, et -dans la situation qui a suivi notre retour à Paris, j'ai été livrée à -de profondes impressions. Revenue de la première agitation qu'elles -avaient produite, je me suis mise à réfléchir sur ce que j'avais -vu et j'ai cherché à démêler quels étaient, dans l'état actuel des -choses, les intérêts du Roi et la conduite qu'ils me prescrivaient. -Mes idées se sont fixées par une réunion de motifs, que je vais vous -exposer...... La situation des affaires a extrêmement changé ici depuis -les événements occasionnés par notre voyage. L'Assemblée nationale -était divisée en une multitude de partis. Bien loin que l'ordre parût -se rétablir, chaque jour voyait diminuer la force des lois. Le Roi, -privé de toute autorité, n'apercevait pas même la possibilité d'en -reprendre à la fin de la Constituante, par l'influence de l'Assemblée, -puisque chaque jour l'Assemblée perdait elle-même le respect du peuple. -Enfin, il était impossible d'apercevoir un terme à tant de désordre. - -«Aujourd'hui, les circonstances donnent beaucoup plus d'espoir. Les -hommes qui ont le plus d'influence sur les affaires se sont réunis et -se sont prononcés ouvertement pour la conservation de la monarchie et -du Roi et pour le rétablissement de l'ordre. Depuis leur rapprochement, -les efforts des séditieux ont été repoussés avec une grande supériorité -de force. L'Assemblée a acquis dans tout le royaume une consistance et -une autorité dont elle paraît vouloir user pour établir l'exécution des -lois et finir la Révolution. Les hommes les plus modérés, qui n'ont -cessé d'être opposés à ses opérations, s'y réunissent en ce moment, -parce qu'ils y voient le seul moyen de jouir en sûreté de ce que la -Révolution leur a laissé et de mettre un terme à des troubles dont ils -redoutent la continuation. Enfin, tout paraît se réunir pour assurer -la fin des agitations et des mouvements auxquels la France est livrée -depuis deux ans. Cette terminaison naturelle et possible ne donnera pas -au gouvernement le degré de force et d'autorité que je crois qui lui -serait nécessaire; mais elle nous préservera des plus grands malheurs; -elle nous placera dans une situation plus tranquille, et lorsque -les esprits seront revenus de cette ivresse, dans laquelle ils sont -actuellement plongés, peut-être sentira-t-on l'utilité de donner à -l'autorité royale une plus grande étendue. - -«Voilà, dans la marche que les choses prennent d'elles-mêmes, ce que -l'on peut apercevoir de l'avenir. Je compare ce résultat avec ce que -pourrait promettre une conduite opposée au vœu que la nation manifeste. -Je vois une impossibilité absolue à rien obtenir autrement que par -l'emploi d'une force supérieure. Dans cette dernière supposition, je -ne parlerai pas des dangers personnels que pourraient courir le Roi, -son fils et moi; mais quelle entreprise que celle dont l'issue est -incertaine et dont les résultats, quels qu'ils fussent, présentent de -tels malheurs qu'il est impossible d'y attacher ses regards! On est -ici déterminé à se défendre. L'armée est en mauvais état par le défaut -de chefs et de subordination; mais le royaume est couvert d'hommes -armés, et leur imagination est tellement exaltée qu'il est impossible -de prévoir ce qu'ils pourraient faire et le nombre des victimes qu'il -faudrait immoler pour pénétrer au sein de la France. On ne saurait -calculer, d'ailleurs, quand on voit ce qui se passe ici, quels seraient -les effets de leur désespoir. Je ne vois, dans les événements que -présente une telle tentative, que des succès douteux, et la certitude -de grands maux pour tout le monde. Quant à la part que vous, mon cher -frère, pourriez y prendre, ce seraient des grands sacrifices que vous -feriez à nos intérêts, et cependant ils présenteraient d'autant plus de -danger pour nous qu'on pourrait nous y supposer plus d'influence.» - -Que devait donc faire l'Empereur? Cesser toute protestation, toute -menace, être le premier à reconnaître la Constitution, lorsqu'elle -aurait été acceptée par le Roi, et se lier ainsi intimement à la France -régénérée. Par là il ferait disparaître «des inquiétudes d'autant plus -fâcheuses pour tout le monde qu'elles sont un des principaux obstacles -au rétablissement de la tranquillité publique». Une telle attitude -ne pourrait que ramener les esprits au Roi, auquel on ne manquerait -pas d'attribuer une part prépondérante dans cette résolution de son -beau-frère; les chefs de la Révolution «qui ont soutenu le Roi dans la -dernière circonstance et qui veulent lui assurer la considération et -le respect nécessaires à l'exercice de son autorité», trouveraient là -«un moyen de concilier la dignité du souverain avec les intérêts de la -nation et par là de consolider et d'affermir une Constitution, dont ils -conviennent tous que la majesté royale est une chose essentielle». - -«Je ne sais, ajoutait la Reine en terminant, si le Roi ne trouvera pas -là et dans les dispositions de la nation, dès qu'elle sera plus calmée, -plus de déférence et des dispositions plus favorables que celles qu'il -pourrait attendre de la plupart des Français, qui sont actuellement -hors du royaume[756].» Quant à ces derniers, les émigrés, dont les -menaces exaspéraient la nation et compromettaient la pacification -intérieure, l'essentiel était de les contenir, et pour les contenir, le -plus simple était de les faire rentrer en France. - -Pour confirmer la pensée contenue dans cette lettre et lui donner -plus de poids par des explications verbales, quelques jours après, au -commencement d'août, les chefs des Constitutionnels, avec l'assentiment -officiel du Roi et de la Reine, firent partir deux émissaires, l'un, le -chevalier de Coigny, pour Coblentz, où il devait remettre des dépêches -aux princes; l'autre, l'abbé Louis, pour Bruxelles, où il devait -rencontrer un ministre de Léopold, longtemps confident de la Reine, et -qui ne s'était pas désintéressé des affaires de France, le comte de -Mercy. - -Ancien familier de Trianon, habitué fidèle des Tuileries, depuis le -retour à Paris, et l'un des confidents, dit-on, du voyage de Varennes, -le chevalier de Coigny était l'homme de la famille royale, et devait, -pensait-on, inspirer confiance aux frères du Roi. Ami intime de -Duport, l'abbé Louis était plutôt l'homme des Constitutionnels. -Tous deux eurent, avant leur départ, une entrevue avec Louis XVI et -Marie-Antoinette; mais M. de Coigny ne les vit qu'en présence des -ministres, et c'est devant ces derniers que la lettre pour le comte -d'Artois lui fut remise et lue. Le Roi y ajouta une lettre cachetée -pour Monsieur, et M. de Montmorin, un mémoire qui ne devait être -communiqué qu'autant que les Princes paraîtraient bien disposés[757]. -Dans sa dépêche ostensible, Louis XVI engageait ses frères à rentrer en -France avec tous les émigrés; la Constitution avait les sympathies de -la nation; il était donc impossible de s'y opposer: mieux valait s'y -soumettre. Dans la lettre à Monsieur, le Roi ajoutait que les Princes -ne devaient point avoir égard à ce qui lui était personnel, à lui et à -sa famille, mais ne consulter que le bonheur et les avantages du pays; -qu'au surplus, ils pouvaient avoir toute confiance dans le chevalier de -Coigny[758]. Lorsque ce dernier arriva à Coblentz[759], les Princes, -après avoir pris connaissance des deux lettres, demandèrent s'il ne -fallait pas agir du tout et si telle était bien l'intention du Roi. Le -chevalier répondit qu'il ne le croyait pas, mais que le Roi désirait -que, si l'on agissait, on prît toutes les précautions nécessaires pour -sa sûreté, celle de sa famille et des gens qui lui étaient attachés -dans le royaume[760]. Cette réponse de M. de Coigny, interprète ou non -de la pensée de Louis XVI, s'accordait trop bien avec les sentiments -intimes des Princes, pour qu'ils ne se fussent pas empressés d'y -conformer leur conduite. Excités par le roi de Suède, flattés par -l'Impératrice de Russie, possesseurs, depuis le 7 juillet, d'un plein -pouvoir en blanc, envoyé par le Roi, débarrassés ainsi du contrôle du -baron de Breteuil, l'homme de la Reine[761], ils étaient moins que -jamais résignés à rentrer, et, plus que jamais, décidés à agir. - -Quant à l'abbé Louis, il avait eu, avant de partir, une assez longue -conférence avec Marie-Antoinette. Il lui avait exposé que trois partis -s'offraient à elle: ou favoriser les entreprises des Princes, ou -se jeter dans le parti démocratique, ou attendre du temps et d'une -conduite adroite et sage le retour du peuple à des idées modérées, dont -les malheurs de l'anarchie devaient lui faire sentir la nécessité. - -«La Reine, raconte Staël, très lié avec les chefs de l'Assemblée et -qui, manifestement, tenait d'eux ses renseignements, la Reine a rejeté -avec une grande force le premier parti, répétant souvent que les -princes voulaient faire les héros aux dépens de la France et de la -sûreté du Roi et de la sienne; qu'elle avait toujours détesté leurs -intentions, et qu'elle n'avait conçu le plan de Montmédy que pour ne -devoir rien qu'à l'opinion qui se serait formée et montrée en France en -faveur de la monarchie, et non aux secours étrangers. Elle a témoigné -aussi beaucoup d'éloignement pour les exagérations démocratiques, et -le parti qui permettait au Roi de profiter de toutes les occasions -pour regagner l'affection du peuple lui a paru préférable. L'abbé -Louis lui a proposé qu'un moyen d'inspirer la confiance au peuple -serait la conduite de l'Empereur; que, s'il était le premier souverain -qui ménageât son alliance avec la France et éloignât de chez lui les -émigrés français, connus par leurs projets hostiles, on croirait que -la Reine est franchement déterminée à ne point vouloir de réforme en -France que dans le temps et l'expérience faite[762].» - -La Reine, paraissant entrer dans les vues de l'abbé, lui donna une -lettre pour l'accréditer près de Mercy, et engager ce dernier, ainsi -que c'était le désir des Constitutionnels, à revenir à Paris, ajoutant -qu'elle craignait de s'être trompée sur la route qu'elle aurait dû -suivre, et qu'elle avait grand besoin de ses lumières et de ses -conseils[763]. - -Mais la Reine ne se prêtait qu'en apparence aux plans de ses nouveaux -alliés; et tout en écoutant leurs projets, et en transmettant leurs -mémoires à son frère, en rendant même justice à leur bonne volonté, -elle n'acceptait point leur politique. - -«Je suis assez contente de ce côté-là, écrivait-elle, c'est-à-dire -de Duport, de Lameth et de Barnave,—les trois seuls, disait-elle une -autre fois, avec lesquels on puisse tenter quelque chose[764].—Il faut -leur rendre justice, quoiqu'ils tiennent toujours à leurs opinions, -je n'ai jamais vu en eux que grande franchise, de la force et une -grande envie de remettre de l'ordre, et par conséquent l'autorité -royale[765].»—«Mais, reprenait-elle presque aussitôt, quelques bonnes -intentions qu'ils montrent, leurs idées sont exagérées et ne peuvent -jamais nous convenir[766].» - -Cette méfiance instinctive ne s'expliquait que trop. Ces hommes, qui -prétendaient sauver la monarchie, n'étaient-ils pas les mêmes qui lui -avaient porté les premiers et les plus rudes coups? Ce peuple, en la -sagesse duquel on l'engageait à se fier, n'était-il pas le peuple du 14 -juillet, du 6 octobre, du 18 avril, qui, chaque jour encore, outrageait -la famille royale sous les fenêtres de son palais et menaçait ses plus -fidèles serviteurs? La Reine ne savait-elle pas qu'il est plus facile -de déchaîner le torrent que de l'arrêter, et que ceux qui ont été -habiles à détruire sont rarement capables de réédifier? Les intentions -de Barnave et de ses amis étaient pures; la Reine le croyait; mais la -politique n'est-elle pas pavée de bonnes intentions? La clairvoyance -des Constitutionnels, si souvent en défaut, serait-elle plus heureuse -aujourd'hui, et leur pouvoir d'ailleurs serait-il à la hauteur de leur -bonne volonté? Cette Assemblée, dont ils se croyaient les maîtres -et qu'ils représentaient comme si désireuse de restaurer l'autorité -royale, ne venait-elle pas d'infliger à la majesté du Roi un sanglant -outrage en votant publiquement une récompense à ceux qui l'avaient -arrêté, de porter un coup mortel à sa puissance et à sa sûreté en -éloignant de sa personne les Suisses et les plus dévoués défenseurs de -la monarchie[767]? Qu'avaient donc fait Barnave et les Lameth pour -épargner au Roi ces insultantes mesures, ou, s'ils avaient voulu faire -quelque chose, quelle était leur influence? Et quelle était alors la -valeur de leur concours et des idées qu'ils prétendaient imposer? - -Aussi, dès le lendemain du jour où elle avait écrit la lettre inspirée -par les chefs de la gauche, le lendemain de sa conférence avec l'abbé -Louis, la Reine s'empressait-elle de renier ses paroles et de désavouer -ses agents: - -«Je vous ai écrit, le 29, une lettre que vous jugerez aisément n'être -pas de mon style, écrivait-elle à Mercy le 31. J'ai cru devoir céder -aux désirs des chefs du parti ici, qui m'ont donné eux-mêmes le projet -de lettre. J'en ai écrit une autre à l'Empereur hier, 30; j'en serais -humiliée, si je n'espérais pas que mon frère jugera que, dans ma -position, je suis obligée de faire et d'écrire tout ce qu'on exige de -moi[768].» - -Le jour suivant, elle revenait à la charge: - -«L'abbé Louis doit aller vous joindre bientôt; il se dira accrédité par -moi pour vous parler. Il est essentiel que vous ayez l'air de l'écouter -et d'être prévenu, mais de ne pas vous laisser aller à ses idées[769].» - -Mercy, plus dur que la Reine, dur jusqu'à l'injustice, il faut le dire, -était plein de mépris pour ces anciens ennemis repentants. A ses yeux, -Barnave et les Lameth n'étaient que des «scélérats dangereux»; Duport, -«le plus déterminé antiroyaliste et le factieux le plus intrépide[770]». - -Marie-Antoinette elle-même était convaincue que les Constitutionnels -ne se rapprochaient d'elle que par ambition et par dépit; que -l'attachement qu'ils affichaient pour la royauté n'était qu'un moyen -de reprendre un pouvoir qui leur échappait et que si, grâce à leur -coalition avec les royalistes, ils redevenaient les maîtres, ils ne -vaudraient pas mieux que leurs adversaires plus avancés. Si elle -feignait de les écouter et de les suivre, c'était pour les endormir, -pour les empêcher de se réunir aux Jacobins et de fonder avec eux la -république[771]; c'était aussi dans l'espoir, par cette division, -d'amener le discrédit du nouveau gouvernement, de le rendre en quelque -sorte impossible, et de préparer par là les esprits à un mécontentement -d'où sortirait le rétablissement du trône; mais elle n'avait pleine -confiance ni dans la franchise ni dans le désintéressement de ses -nouveaux alliés[772]. C'est le malheur des révolutionnaires qui veulent -revenir à des idées plus saines, qu'on ne croit pas à la sincérité de -leur conversion. - -C'est aussi leur châtiment. - - - - -CHAPITRE XII - - La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste; pas d'action - immédiate; des négociations seulement.—Lettre du 8 juillet à - Fersen.—Hostilité de la Reine contre les émigrés.—Mauvaise - attitude d'un certain nombre de ces derniers contre - Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard des - Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment elle - est jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre à Mercy.—Cruelle - situation de Marie-Antoinette. - - -Mais si Marie-Antoinette n'adoptait pas les idées des Constitutionnels, -si elle n'acceptait pas non plus celles des émigrés, que -prétendait-elle donc, et quel était son plan? Ce plan, à la date où -nous sommes arrivés, n'était et ne pouvait être encore qu'ébauché. -Après l'échec de Varennes, qui avait dérouté si complètement des -projets arrêtés et mûris, il fallait un certain temps à la Reine, -prisonnière et isolée de ses amis, pour recueillir ses esprits, -étudier une ligne de conduite et combiner les débris de l'organisation -précédemment élaborée avec les exigences nouvelles de la situation. -Une lettre du 8 juillet, à Fersen, donne cependant la première pensée -et comme les premiers traits de ce plan qui a été longtemps ignoré, -mais que des publications récentes permettent de reconstituer avec une -certaine précision. Ce à quoi le Roi et la Reine tenaient avant tout, -ce qu'ils recommandaient avec la dernière énergie, c'est qu'on n'eût -pas recours à la force. - -«Le Roi pense, écrivait Marie-Antoinette, le 8 juillet, que c'est par -la voie des négociations seules que leur secours,—des Puissances -étrangères,—pourrait être utile à lui et à son royaume; que la -démonstration de forces ne doit être que secondaire, et si l'on se -refusait ici à toute voie de négociation. - -«Le Roi pense que la force ouverte, même après une première -déclaration, serait d'un danger incalculable, non seulement pour lui -et sa famille, mais pour tous les Français qui, dans l'intérieur du -royaume, ne pensent pas dans le sens de la Révolution. Il n'y a pas de -doute qu'une force étrangère ne parvienne à rentrer en France; mais le -peuple, armé comme il l'est, en fuyant les frontières et les troupes du -dehors, se servirait dans l'instant de leurs armes contre ceux de leurs -concitoyens que, depuis deux ans, on ne cesse de leur faire regarder -comme leurs ennemis. - -«..... On doit regarder tout ce qui s'est fait depuis deux ans comme -nul quant à la volonté du Roi, mais impossible à changer, tant que la -grande majorité de la nation sera pour les nouveautés. C'est à faire -changer cet esprit qu'il faut faire tourner toute notre application. - -«Résumé: Il désire que la captivité du Roi soit bien constatée et bien -connue des Puissances étrangères; il désire que la bonne volonté de -ses parents, amis et alliés et des autres souverains qui voudraient y -concourir, se manifestât par une manière de Congrès où on employât la -voie des négociations; bien entendu qu'il y eût une force imposante -pour les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne pas provoquer -au crime et au massacre[773].» - -Il est facile de voir, par ce simple aperçu, combien ce plan différait -de celui des Constitutionnels, qui voulaient l'inaction des Puissances; -combien plus encore il différait de celui des émigrés, qui, eux, -voulaient une entrée en campagne immédiate. C'était à ce dernier -projet surtout que la Reine était le plus énergiquement opposée. -Toutes ses lettres à l'Empereur, à Mercy, à Fersen, lettres intimes -et lettres officieuses, sinon officielles, sont remplies d'instances -pour qu'on retienne les émigrés, pour qu'on les réduise à l'inaction, -sinon à l'impuissance. Sa méfiance contre les chefs des émigrés, -son antipathie surtout contre Calonne, dont l'appel près du comte -d'Artois lui avait semblé une sorte d'insulte personnelle[774], et -quelle voyait triomphant et plus actif que jamais, semblait s'être -accrue de l'humiliation de son échec. Elle s'était accrue surtout -des nouvelles qu'elle recevait de Coblentz, du peu de cas que les -meneurs de l'émigration faisaient de l'autorité du Roi, et du peu -de respect qu'ils avaient pour sa personne. Elle ne pouvait guère -ignorer en effet qu'à Bruxelles et à Coblentz on traitait mal ses -plus dévoués serviteurs, comme Breteuil, le maréchal de Castries, M. -d'Agoût[775], qu'on ne la traitait guère mieux elle-même, et qu'il -avait fallu un certain courage à M. de Vaudreuil pour la défendre -contre des récriminations ardentes[776]; qu'on opposait hautement le -parti du comte d'Artois à celui de la Reine[777], et que certains -émigrés avaient poussé l'inconvenance jusqu'à se réjouir publiquement -de son arrestation[778]. N'avait-on pas été jusqu'à dire à Coblentz -que «le Roi, lorsque ses frères lui auraient _rendu_ la couronne, ne -pourrait jamais, sous aucun prétexte et dans aucun cas, renvoyer un -des ministres qui faisaient partie du Conseil nommé par les Princes, -sans l'aveu et le consentement des autres membres de ce Conseil[779]?» -Non pas assurément que ces reproches d'ambition personnelle doivent -s'étendre à tous les émigrés; le plus grand nombre n'avait été poussé à -s'engager dans l'armée des Princes que par dévouement pour la famille -royale et parce que, après Varennes, ils n'apercevaient pas d'autre -moyen de la servir que là. Beaucoup de braves gentilshommes de province -étaient accourus du fond de leurs campagnes, prêts à verser leur sang -simplement, sans prétention, comme à Fontenoy, comme à Clostercamps, -parce qu'ils voyaient là un devoir à remplir, et que, dans leur loyal -enthousiasme, combattre pour le Roi, c'était toujours combattre pour la -France: politiques à courtes vues peut-être, mais serviteurs au cœur -large et au dévouement sans bornes. Pour eux, suivant le mot heureux de -Mme Swetchine, «le royalisme, c'était le patriotisme simplifié[780].» - -Mais il faut malheureusement convenir que certains chefs de -l'émigration, les meneurs, ceux qui donnaient le ton à Coblentz, -«ces talons-rouges et ces têtes folles,» comme les appelait, avec un -certain dédain, le cardinal de Bernis[781], n'avaient pas des vues si -désintéressées, ni de si naïfs calculs. C'était leur cause autant que -celle du Roi qu'ils soutenaient; c'était leur pouvoir, plus encore -que celui du Roi, qu'ils prétendaient défendre et perpétuer, quel que -fût d'ailleurs le souverain régnant, que ce fût, comme l'avait écrit -Gustave III à Stedingk, Louis XVI, Louis XVII ou Charles X[782]. Dès -1790, un émigré, le baron de Castelnau, «un des plus instruits et des -plus loyaux,» suivant Mounier[783], n'avait-il pas dit, à Vienne, -que «quand même, au milieu d'une contre-révolution, le Roi, la Reine -et leurs enfants seraient sacrifiés, le comte d'Artois resterait, et -que la monarchie serait sauvée[784]?» Cela n'était-il pas plus vrai -maintenant que, outre le comte d'Artois, il y avait, hors de France, -Monsieur, héritier présomptif de la couronne après le Dauphin? - -Qui pourrait dire que cette perspective d'un changement dans la -personne royale ne fût pas entrée dans les visées de quelque -personnage, non pas sans doute des frères du Roi, malgré les méfiances -de Marie-Antoinette contre le comte de Provence, mais du moins de -certains de leurs conseillers, qui espéraient avoir près des Princes -plus d'influence qu'ils n'en auraient jamais auprès du Roi et en face -de la Reine? - -Mme de Bombelles avait donc raison d'écrire que «le peu d'égards -qu'ils,—les Princes,—ont eu pour la Reine ferait toujours redouter -leur empire à cette dernière[785]». Et l'on conçoit que la malheureuse -princesse, instruite de cette attitude, se soit écriée un jour avec -colère: «Ils se croient des héros! Que feront ces héros, même avec -leur roi de Suède?» Et qu'une autre fois, dans un moment d'amertume -et d'abandon, elle se soit laissée aller à dire: «Si mes frères -parvenaient à nous rendre quelques services, la reconnaissance en -serait bien pesante, et nous aurions ces maîtres-là de plus, qui -seraient les plus gênants et les plus impérieux[786].» - -La raison politique était donc d'accord avec le ressentiment de la -souveraine outragée et de la femme offensée, pour lui faire repousser -le concours armé des émigrés. - -«Il est essentiel, écrivait-elle à Mercy, le 7 août, il est essentiel -qu'on contienne les Princes et les Français qui sont au dehors. Je -crains tout de la tête de Calonne, et une seule fausse démarche -perdrait tout[787].» - -Le 16 août, elle est plus pressante encore. Pourquoi se fierait-elle -aux Princes? Ils n'ont aucun moyen sérieux, ils ne feront rien de bon; -ils ne peuvent que nuire. - -«Et si même, ce qui n'est pas à présumer, ils ont un avantage réel, -nous retomberions sous leurs agents dans un esclavage nouveau et pis -que le premier, puisque, ayant l'air de leur devoir quelque chose, nous -ne pourrions pas nous en tirer. Ils nous le prouvent déjà en refusant -de s'entendre avec les personnes qui ont notre confiance, sous le -prétexte qu'ils n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer à -nous livrer à M. de Calonne qui, sous tous les rapports, ne peut pas -nous convenir, et qui, je le crains bien, ne suit en tout ceci que son -ambition, ses haines particulières et sa légèreté ordinaire, en croyant -toujours possible et fait tout ce qu'il désire. Je crois même qu'il ne -peut que faire tort à mes frères, qui, s'ils n'agissaient que d'après -leur cœur seul, seraient sûrement parfaits pour nous[788].» - -Mais quoi! Ignore-t-elle les mauvais propos qui se tiennent contre -elle à Coblentz? Ne songe-t-on pas à proclamer Monsieur régent, le -comte d'Artois, lieutenant général du royaume? On veut annihiler le -Roi, après l'avoir privé de ses défenseurs. Car ne sont-ce pas ces -perpétuels appels à l'émigration qui ont créé autour des souverains -captifs un isolement sous lequel ils succombent, et qui la force elle, -à s'abaisser et à dissimuler? Et, se révoltant à cette pensée, sentant -son courroux grandir, et sa tête bouillonner, la Reine rouvre sa lettre -le 21 août, pour y revenir encore dans les termes les plus formels et -les plus durs sur la nécessité de repousser le concours des émigrés: - -«Il est essentiel que les Français, mais surtout les frères du Roi, -restent en arrière, et que les Puissances réunies agissent seules. -Aucune prière, aucun raisonnement de notre part ne l'obtiendra d'eux; -il faut que l'Empereur l'exige; c'est la seule manière dont il puisse, -mais surtout à moi, me rendre service. Vous connaissez par vous-même -les mauvais propos et les mauvaises intentions des émigrants. _Les -lâches!_ Après nous avoir abandonnés, ils veulent exiger que seuls -nous nous exposions et que seuls nous servions tous leurs intérêts. -Je n'accuse pas les frères du Roi, je crois leurs cœurs et leurs -intentions purs; mais ils sont entourés et menés par des ambitieux, qui -les perdront, après nous avoir perdus les premiers[789].» - -Le 26, avant le départ de cette lettre, nouvelles instances: «Il est -essentiel que, pour conditions, il—l'Empereur—exige que les frères du -Roi et tous les Français, mais surtout ces premiers, restent en arrière -et ne se montrent pas[790].» - -L'Empereur d'ailleurs était très naturellement porté à donner -satisfaction à ces désirs de sa sœur. Il n'avait pour les émigrés ni -confiance, ni sympathie. Dès le 6 juillet, il s'était adressé aux -Électeurs de Trèves et de Cologne, pour les engager à empêcher les -Français réfugiés de faire un coup de tête[791], et le 30 du même mois, -il écrivait à sa sœur Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas: - -«Ne vous laissez induire à rien, et ne faites rien de ce que les -Français et les Princes vous demanderont, hors des politesses et -dîners, mais ni troupes ni argent. Je plains bien leur situation, -et celle de tous les Français qui ont dû s'expatrier; mais ils ne -pensent qu'à leurs idées romanesques et à leurs vengeances et intérêts -personnels, croient que tout le monde doit se sacrifier pour eux et -sont bien mal entourés[792].» «Dans toute cette affaire, écrivait-il un -peu plus tard, je n'ai vu que la Reine et M. de Fersen et Bouillé qui -parlent et entendent raison[793].» Lui-même ne voulait agir qu'avec «le -parfait concours de toutes les Puissances[794]». - -C'est dans ce but qu'il s'était ménagé une entrevue avec le Roi de -Prusse. L'entrevue eut lieu en Saxe, à Pillnitz, le 25 août; le -comte d'Artois s'y était rendu avec Calonne, au grand mécontentement -de Léopold. La déclaration qui sortit de ces longues conférences -entre l'Empereur, le Roi, leurs ministres, le Prince français et ses -conseillers, est connue; il n'est pas inutile pourtant d'en reproduire -le texte ici: - -«Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté le Roi de Prusse, ayant entendu -les désirs et les représentations de Monsieur et de M. le comte -d'Artois, se déclarent conjointement qu'Elles regardent la situation -où se trouve actuellement Sa Majesté le Roi de France comme un objet -d'un intérêt commun à tous les souverains de l'Europe. Elles espèrent -que cet intérêt ne peut manquer d'être reconnu par les Puissances dont -le secours est réclamé; qu'en conséquence, Elles ne refuseront pas -d'employer, avec leurs dites Majestés, les moyens les plus efficaces, -relativement à leurs forces, pour mettre le Roi de France en état -d'affermir dans la plus parfaite liberté les bases d'un gouvernement -monarchique, également convenable aux droits des souverains et au -bien-être de la nation française. Alors, et dans ce cas, leurs dites -Majestés, l'Empereur et le Roi de Prusse, sont résolues d'agir -promptement, d'un mutuel accord, avec les forces nécessaires pour -obtenir le bien propre et commun. En attendant, Elles donneront à leurs -troupes les ordres convenables, pour qu'elles soient à portée de se -mettre en activité.» - - A Pillnitz, le 27 août 1791. - - LÉOPOLD, FRÉDÉRIC-GUILLAUME. - -Si menaçante que parût être cette déclaration, elle n'était, au fond, -suivant l'expression de Mallet du Pan qu'«une comédie auguste[795]». -Les cinq mots: _Alors et dans ce cas_, introduits par un des -négociateurs autrichiens, Spielmann, dans la rédaction de l'acte, en -avaient annulé toute la portée. Les souverains ne devaient agir que -dans le cas d'un concours général des Puissances, et Léopold lui-même -déclarait ce concours «bien difficile», sinon impossible[796]. Mais -c'était une comédie singulièrement dangereuse. Tôt ou tard connu -du public qui ne savait point les arrière-pensées et les dessous -de cartes, le manifeste ne pouvait manquer de produire un double -effet: exalter les espérances des émigrés, qui se croyaient soutenus, -surexciter les passions des révolutionnaires, qui se supposaient -menacés: de toutes façons donc, compromettre la sécurité de ceux qu'on -prétendait sauver. - -La Reine ne s'y trompa point: elle fut très mécontente de la -déclaration de Pillnitz: - -«On dit ici, écrivait-elle à Mercy, le 12 septembre, que, dans l'accord -signé à Pillnitz, les deux Puissances s'engagent à ne jamais souffrir -que la nouvelle Constitution française s'établisse. Il y a sûrement -des points auxquels les Puissances ont le droit de s'opposer; mais, -_pour ce qui regarde les lois intérieures d'un pays, chacun est maître -d'adopter dans le sien ce qui lui convient_. Ils auraient donc tort de -l'exiger, et tout le monde y reconnaîtrait l'intrigue des émigrants, ce -qui ferait perdre tous les droits de leur bonne cause[797].» - -On nous objectera peut-être qu'il y a là une contradiction étrange -et que la Reine, en sollicitant l'appui des Puissances, demandait, -au fond, ce qu'elle repoussait par cette lettre, une intervention -étrangère dans la Constitution intérieure du pays. Nous croyons que -ce serait mal interpréter sa pensée. La Reine voulait que, grâce à -l'attitude menaçante, à la pression même, si l'on veut, des Puissances, -le Roi fût remis en liberté; c'était tout. Le Roi, une fois redevenu -maître de ses actes, aurait seul décidé, avec les représentants de la -nation, ce qu'il devait conserver, et ce qu'il devait rejeter d'une -Constitution, dont les défauts étaient évidents, mais que, prisonnier -dans Paris, il ne pouvait se refuser à sanctionner. - -Et qu'on ne croie pas que ce fût sous l'influence de Barnave et des -Lameth que Marie-Antoinette avait tracé les lignes si sages et si -fermes que nous venons de citer. Non; cette lettre du 12 septembre -est une lettre tout intime; c'est la protestation de son patriotisme, -le cri de son cœur, le sentiment profond de sa dignité de Reine et de -Française. Si l'on veut voir à quel point elle y ouvre son âme tout -entière, qu'on continue la lettre jusqu'au bout, et qu'on lise ceci: - -«Enfin, le sort en est jeté; il s'agit à présent de régler sa marche -et sa conduite d'après les circonstances. Je voudrais bien que tout -le monde réglât sa conduite d'après la mienne; mais, même dans notre -intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à -livrer. Plaignez-moi; je vous assure qu'il faut plus de courage à -supporter mon état que si on se trouvait au milieu d'un combat; -d'autant que je ne me suis guère trompée et que je ne vois que malheur -dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise volonté des autres. -Mon Dieu! Est-il possible que, née avec du caractère et sentant si -bien le sang qui coule dans mes veines, je sois destinée à passer mes -jours dans un tel siècle et avec de tels hommes! Mais ne croyez pas -pour cela que mon courage m'abandonne. Non pour moi, mais pour mon -enfant, je me soutiendrai, et je remplirai jusqu'au bout ma longue et -pénible carrière. _Je ne vois plus ce que j'écris. Adieu!_[798]» - -Et elle écrivait, quelques jours après à Esterhazy, «qu'il ne fallait -pas s'occuper de sa sûreté personnelle, mais seulement du salut de la -France[799].» - -La France et son fils, c'était la double pensée qui la soutenait -pendant ses jours d'accablement, et qui lui inspirait, suivant le mot -du comte de Stedingk, «un courage égal à son infortune.» - - - - -CHAPITRE XIII - - Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et - Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de - moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané de - l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à - Paris.—Enthousiasme populaire. - - -Pendant toutes ces négociations et ces échanges de correspondances, -l'Assemblée nationale avait atteint le terme de sa carrière. La -Constitution était achevée le 3 septembre, et, le 4, présentée à -l'acceptation du Roi, sans que les Constitutionnels convertis, -abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune inintelligente -de la Droite, eussent pu y faire introduire les modifications qu'ils -jugeaient indispensables à la dignité de l'autorité royale. Qu'allait -faire Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des libéraux éprouvés, -comme Gouverneur Morris, proclamaient «inexécutable», que ses auteurs -eux-mêmes, les Lameth, Barnave, Duport, trouvaient pleine d'erreurs -dangereuses, et contre laquelle lui n'avait cessé de protester, soit -secrètement, près des autres souverains, soit publiquement, avant de -partir pour Varennes, par le message du 20 juin 1791? Refuserait-il sa -sanction? Mais quelles en seraient les conséquences? - -Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette grave question et -ne cessait d'interroger Mercy et ses plus fidèles amis. «C'est à la -fin de la semaine qu'on présentera la charte au Roi, écrivait-elle le -21 août; ce moment est affreux[800].» Mais Mercy, mais Léopold, mais -les conseillers du dehors se rendaient-ils exactement compte de la -situation? - -«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès le 28 juillet; il -faudrait que le Roi eût la fermeté de dire qu'il ne consentira jamais -à rien qu'en pleine liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce -n'est que par le plus grand courage que l'on en imposera. ..... Il ne -faudrait pas rejeter des conditions raisonnables; cela serait désarmer -la nation, pouvoir du Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la -guerre et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature -hors de Paris[801].» - -Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour la plupart, -avaient-elles chance d'être acceptées par un peuple aussi ardent et -aussi enclin aux préjugés que le peuple français? Qui eût pu, alors, -sans une lutte violente, enlever aux gardes nationales ces armes qui -leur semblaient le palladium de la liberté? L'expérience de Varennes ne -venait-elle pas de prouver que Paris ne se croyait réellement capitale -qu'autant qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on pu exécuter, -en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que quatre-vingts ans plus tard, -après la plus sanglante révolte, et qui, même alors, n'a pas duré? La -Reine ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le voulait Mercy, il -eût fallu disposer d'une force sérieuse, et, au besoin, appuyer les -paroles par des actes énergiques. Cette force, elle ne l'avait pas. - -«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle, est juste, -mais impraticable pour nous. Nous n'avons ni force, ni moyens; nous ne -pouvons que temporiser.....» - -Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible espoir, elle ajoutait: - -«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je crois encore qu'on pourra -préparer à nos enfants un avenir plus heureux[802].» - -Un avenir plus heureux, quelle ironie! - -De même que Mercy, Léopold posait comme première condition la sortie du -Roi de Paris et sa retraite dans une province, où, en pleine liberté et -sous la protection de défenseurs dévoués, il eût pu examiner à son aise -la Constitution qu'on lui soumettait. On désignait même le lieu de sa -retraite: un château de M. de Crouy[803], du nom de l'Hermitage, situé -près de Condé, ou encore Montmédy[804], et là, le Roi serait entouré de -ses gardes du corps[805]. - -Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien peu probable, car on -eût replacé le Roi précisément dans la position où il avait voulu se -mettre le 20 juin, et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on -l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à vue aux Tuileries. - -Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou à Montmédy, -c'est-à-dire à une lieue de la frontière et à proximité des troupes -étrangères, mais à une petite distance de la capitale, à Fontainebleau, -Rambouillet ou Compiègne, par exemple? Malgré l'avis de Malouet et de -Mallet du Pan, la Reine ne le croyait pas davantage. - -«On désire que nous allions soit à Rambouillet, soit à Fontainebleau; -mais, d'un côté, comment et par qui serons-nous gardés? Et de l'autre, -jamais ce peuple ne laissera sortir mon fils. On l'a accoutumé à le -regarder comme son bien. Rien ne les fera céder, et,—ajoutait-elle avec -le touchant exclusivisme et les légitimes appréhensions de l'amour -maternel,—et nous ne pouvons pas le laisser seul[806]!» - -Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre: «Si le Roi accepte -la Constitution, vous êtes tous deux perdus...... Ce n'est pas -l'adresse, c'est la fermeté seule qui peut vous sauver...... Votre -salut consiste dans la patience, le silence et le refus[807].» - -La patience, la Reine en avait depuis longtemps; mais le silence, -comment le garder? Comment refuser la sanction demandée et en quelque -sorte exigée? N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous les -fenêtres des Tuileries, gronder des menaces incessantes d'insurrection? -Le peuple, non seulement dans la capitale, mais dans les provinces -même—on l'avait bien vu au retour de Varennes,—n'était-il pas -emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais irrésistible, pour cette -Constitution qu'il ne connaissait pas, mais que, dans sa crédulité -naïve, avec ce besoin inné en France de chercher toujours un sauveur, -et en dépit des sinistres prophéties de Malouet, il regardait comme -l'aurore de jours sans nuages? Résister à cet entraînement universel, -mais avec quoi? Quelle armée, quelle autorité avait-on? - -«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la Reine. Tout ce que nous -pouvons pour notre honneur et pour l'avenir, ce sont des observations à -faire, qui ne seront sûrement pas écoutées, mais qui, au moins avec la -protestation que le Roi a faite, il y a six semaines, et calquées sur -elle, serviront de base pour le moment où l'ennemi, le malheur et le -désenivrement pourront laisser passer la raison[808].» - -Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude énergique, revenait -à des opinions tout autres, et en envoyant à la Reine les conseils -de Burke, dont nous avons parlé plus haut, et qui poussaient à la -résistance, il avait soin d'ajouter: - -«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la Reine; mais cette -idée, vraie dans le principe, est dangereuse dans le fait..... Il -faudrait donc ne rien brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de -temporiser[809].» - -Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité de -l'acceptation de la Constitution s'imposait à Marie-Antoinette, quelque -dur que cela pût être à sa fierté. Le 26 août, elle écrivait encore à -Mercy: - -«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi refuse son -acceptation. _Croyez que la chose doit être bien vraie, puisque je -le dis._ Vous connaissez assez mon caractère pour croire qu'il se -porterait plutôt à une chose noble et pleine de courage; mais il n'en -existe point à courir un danger plus que certain[810].» - -En présence de cette évidente nécessité, la Reine ne cherchait -qu'à temporiser, comme disait Mercy, afin d'attendre l'occasion -favorable de corriger l'œuvre, plus qu'imparfaite, qu'on allait être -contraint d'accepter. Pour cela, il fallait avant tout inspirer la -confiance; il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors, ne vînt -entraver le retour de l'opinion et fournir un aliment aux passions -révolutionnaires: «C'est le seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur, -pour que le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur qu'il -éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à -nous, en désertant les auteurs de ses maux[811].» - -Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est vrai, des -Constitutionnels, un certain revirement se manifestait dans le public. -Une foule plus sympathique se portait aux Tuileries; la Reine, prenant -son fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était acclamée. -Le 4 septembre, la messe au Château était des plus brillantes; Louis -XVI et sa famille, en s'y rendant,—c'est un témoin bien peu suspect qui -le rapporte,—étaient salués par des applaudissements[812]. L'opinion -royaliste faisait des progrès sensibles; on commençait à oser la -soutenir dans les cafés, même au Palais-Royal, ce palladium de la -Révolution[813], et les chefs des partis populaires la professaient -entre eux[814]. La plupart étaient convaincus que la Constitution, -telle qu'ils l'avaient ébauchée, était inapplicable; Barnave allait -jusqu'à dire qu'il fallait que les assemblées futures n'eussent que -l'influence d'un Conseil de notables et que toute la force devait -résider dans le gouvernement[815]. Bien plus, nombre de gens, de ceux -même qui avaient applaudi et peut-être participé à l'arrestation -du Roi, en étaient venus à déplorer publiquement qu'il eût échoué -dans son entreprise; ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de -Montmédy», car, disaient-ils, ce plan promettait à la France «une bonne -Constitution également éloignée des deux extrêmes[816]». La Reine -elle-même, si calomniée, avait sa part dans ce retour de la faveur -populaire, et seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient des -anneaux avec cette devise: _Domine, salvum fac Regem et Reginam_[817]. -Il fallait donc profiter de ce revirement inattendu, et dussent les -aristocrates l'accuser,—comme ils le faisaient pour la punir de ses -répugnances contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier à sa fierté -le salut de la France[818], ne valait-il pas mieux se résigner, en -apparence du moins, à une Constitution dont les défauts étaient si -criants, qu'ils sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait -seulement de la mettre en pratique[819]? - -Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais comment, et -dans quels termes? Ici encore les avis étaient partagés. Malouet, -comme la Marck, comme Gouverneur Morris, demandaient que le Roi fît -des réserves, et c'était le parti auquel inclinaient manifestement -d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette[820]. Mais les Constitutionnels -insistaient pour une acceptation pure et simple, et le Roi, désireux de -ne pas s'aliéner ces conseillers de la dernière heure, et de n'inspirer -aucune méfiance sur la sincérité de son adhésion, se détermina à suivre -leur avis. - -«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à Fersen, mais cela -était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais voulu -que l'acceptation fût simple et plus courte; mais c'est le malheur -de n'être entourés que de scélérats; encore je vous assure que c'est -le moins mauvais projet qui a passé. Les folies des Princes et des -émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches; il était essentiel, -en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de bonne foi[821].» - -Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière main à son œuvre, et -afin d'enlever à la délibération et à l'acceptation du Roi l'apparence -de la contrainte, Lafayette était venu lever la garde placée autour -de la famille royale. Le Château redevint libre, les jardins furent -rouverts au public. Le dimanche suivant, la messe fut célébrée dans la -chapelle. Le peuple s'y rendit en masse et témoigna une grande joie de -revoir les augustes prisonniers. - -On cria de toutes parts: _Vive le Roi!_ Mais une voix, partie de -la foule, se chargea de dire à quel prix étaient les acclamations -populaires: «Oui, reprit-elle, s'il accepte la Constitution[822].» - -Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret, vint en grande -pompe apporter au Roi l'acte constitutionnel; le Roi le prit des mains -du président et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit à -l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain en jurer -solennellement le maintien; il demandait en même temps, que «les -accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements -de la Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale». La -lecture de cette lettre rédigée par Duport du Tertre[823], mais -écrite tout entière de la main du Roi[824], souleva de frénétiques -applaudissements. L'amnistie fut votée séance tenante; on en était -aux politesses et aux échanges de bons procédés. Une nombreuse -députation alla porter le décret aux Tuileries. Le prince était avec sa -famille: «Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent -mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit: «Voici mes enfants, nous -accourons tous et nous partageons les sentiments du Roi.» - -Le Roi était sincère dans son acceptation de la Constitution; il -espérait encore, à force de sagesse et de patience, la faire marcher -tant bien que mal, tout en éclairant la nation sur les défauts de cette -œuvre mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il demanda à -la Reine et à tous ceux qui l'entouraient, dit Mme de Tourzel, de -s'interdire toute réflexion sur les démarches que les circonstances -venaient d'exiger de lui, de ne se permettre rien de contradictoire -à la Constitution, et, conformément à un de ses articles de ne plus -nommer à l'avenir Mgr le Dauphin que du nom de Prince Royal[825].» -La Reine n'avait pas la même confiance que son mari dans l'issue de -l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du peuple; elle -se résignait moins facilement aux sacrifices que le régime nouveau -imposait à la royauté. - -Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à être soumise à une -rude épreuve. Le 14 à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée, entouré de -tous ses ministres. Il alla prendre place sur un fauteuil à côté du -président et prononça d'une voix ferme la formule du serment. Par un -étrange oubli de toutes les traditions et de toutes les convenances, -le président Thouret avait fait décréter que l'Assemblée resterait -assise pendant que le Roi parlerait; le prince, qui était demeuré -debout en prêtant serment, s'en aperçut et en fut vivement ému[826]. -La Reine, qui s'était jointe spontanément à son mari et assistait à la -séance dans une tribune avec son fils, sa fille et Mme Elisabeth, -en fut plus émue encore[827]. Mais l'enthousiasme était si général -que le public n'avait fait attention ni à cette étrange inauguration -du nouveau régime, qui débutait par une humiliation officielle de -la royauté, ni à cette légitime indignation du souverain; la salle -et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes et unanimes -acclamations. Après la séance, l'Assemblée entière accompagna la -famille royale revenant aux Tuileries. Arrivée au Palais, la Reine se -hâta de saluer les dames de sa suite et rentra dans ses appartements; -le Roi l'y suivit, pâle, les traits altérés, et, se jetant dans un -fauteuil, un mouchoir sur les yeux: «Tout est perdu, s'écria-t-il. Ah! -Madame, vous avez été témoin de cette humiliation. Quoi! vous êtes -venue en France pour voir....» Sa voix était coupée par les sanglots. -La Reine se jeta à genoux devant lui et le serra dans ses bras. Mme -Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe de sortir, et les deux -époux restèrent l'un près de l'autre, confondant leurs larmes et leurs -tristes pressentiments[828]. - -Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas moins vif qu'à -l'Assemblée: on croyait la Révolution finie, la paix et l'ordre -désormais assurés; plus de dangers dans le présent, plus de menaces -pour l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse. «Les esprits -sages, disait l'ambassadeur de Suède, ne partageaient pas cette -joie[829].» Mais qu'importait à la foule? - -Quelques jours après, la Constitution fut proclamée au Champ-de-Mars; -la municipalité, le département, les fonctionnaires publics, la foule -s'y pressaient, et lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du haut -de l'autel de la patrie, un immense cri de _Vive la Nation!_ s'échappa -de la poitrine de trois cent mille hommes qui s'étouffaient dans cette -enceinte. On riait, on s'embrassait, on se félicitait; des aérostats -s'élevaient dans les airs, couverts d'inscriptions patriotiques; il y -avait jeux populaires et distributions de vivres sur les places et dans -les carrefours[830]. Le soir, tout Paris illumina; les boulevards, le -Louvre, les Tuileries, la place Louis XV, les Champs-Élysées surtout -étincelaient; des guirlandes de feu couraient d'arbre en arbre jusqu'à -la porte de l'Etoile. Le Roi, la Reine et le Dauphin se promenèrent en -voiture jusqu'à onze heures du soir, escortés par la garde nationale -et acclamés par la foule; des cris de _Vive le Roi!_ retentissaient -de toutes parts. Mais un homme s'était attaché à la voiture royale, -et chaque fois qu'éclatait le cri de _Vive le Roi!_ d'une voix de -Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les croyez pas. -_Vive la Nation!_» C'était la voix brutale de la Révolution proclamant -qu'elle n'abdiquait pas, même devant l'enthousiasme populaire. «La -Reine, rapporte Mme Campan, en fut frappée de terreur[831], et -quand elle rentra au Château: «Qu'il est triste,» dit-elle à Mme de -Tourzel, «que quelque chose d'aussi beau ne laisse dans nos cœurs qu'un -sentiment de tristesse et d'inquiétude[832]!» - -Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses et fêtes profanes; -on chantait un _Te Deum_ aux Tuileries; on jouait aux théâtres des -pièces royalistes. Le dimanche 25, il y eut réjouissances populaires -offertes par le Roi, dans le jardin du Château. «Nous avons été à -l'Opéra, écrivait ce jour-là Mme Elisabeth à son amie Mme de -Raigecourt; nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de plaisirs! -J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons eu pendant la messe -le _Te Deum_. Il y en avait un à Notre-Dame. M. l'intrus avait bonne -envie que l'on y allât; mais quand on en chante un chez soi, on -est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras. Nous -nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une -illumination; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites -machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut nommer sans -horreur[833].» - -Le mardi 20, à l'Opéra[834], et le lundi 26, à la Comédie-Française, -l'accueil fut excellent; il y eut des applaudissements -«inexprimables[835]». Aux Italiens, quelques jours plus tard, -l'enthousiasme ne fut pas moins bruyant. «Tu ne peux te faire une -idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,» écrivait -encore Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt. «Mais,» ajoutait -mélancoliquement la princesse, «il faut voir combien cet enthousiasme -durera[836].» - -Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée pour en faire la -clôture. Le président Thouret déclarait que l'Assemblée nationale avait -terminé sa mission[837], et Lafayette radieux partait pour l'Auvergne, -en annonçant béatement que la Révolution était finie. - - - - -CHAPITRE XIV - - Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation des - Princes.—Lettre de Louis XVI à ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth - à la marquise de Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries - et Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de - Marie-Antoinette.—Le congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine - est inexécutable. - - -Quelle avait été l'impression produite à l'étranger par l'acte solennel -du 14 septembre? Avant même de le connaître officiellement, le 10, les -Princes avaient protesté, en déclarant que l'acceptation du Roi ne -pouvant être libre, et lui étant d'ailleurs interdite par son devoir -et par le serment prêté lors de son avènement au trône, était nulle et -non avenue. Ils ajoutaient qu'aucun ordre ne les empêcherait de suivre -la ligne que leur traçait leur conscience et «qu'ils obéissaient au -véritable commandement de leur souverain, en résistant à ses défenses -extorquées[838]». Le 11 septembre, le prince de Condé, le duc de -Bourbon et le duc d'Enghien adhéraient à cette déclaration. - -Vainement Louis XVI, dès le milieu de septembre et avant même d'avoir -reçu cette protestation que lui apporta le duc de la Force[839], -avait-il écrit à ses frères la lettre la plus touchante et la plus -sage, pour les conjurer de rentrer en France et de ne pas compliquer -les difficultés qui l'assaillaient: «Je sais, disait-il, combien la -Noblesse et le Clergé souffrent de la Révolution; tous les sacrifices -qu'ils avaient si généreusement proposés n'ont été payés que par la -destruction de leur fortune et de leur existence. Sans doute, on ne -peut être plus malheureux et l'avoir moins mérité; mais, pour des -crimes commis, faut-il en commettre d'autres? Moi aussi j'ai souffert; -mais je me sens le courage de souffrir encore, plutôt que de faire -partager mes malheurs à mon peuple..... - -«Je sais, disait-il plus loin, qu'on se flatte, parmi mes sujets -émigrés, d'un grand changement dans les esprits. J'ai cru longtemps -qu'il se préparait, mais je suis détrompé aujourd'hui. La nation aime -la Constitution, parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure -du peuple que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe -au-dessus, l'égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en -particulier; mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la Constitution. -Le bas peuple voit que l'on compte avec lui; le bourgeois ne voit rien -au-dessus. L'amour-propre est satisfait. Cette nouvelle jouissance -a fait oublier toutes les autres..... Le temps seul leur apprendra -combien ils se sont trompés. - -«Il faut donc attendre, et surtout se garder avec soin de tout -ce qui pourrait faire croire au peuple qu'on veut détruire cette -Constitution, qu'il regarde comme la charte de sa liberté; il faut,—et -cela ne saurait tarder,—que l'usage lui en démontre à lui-même les -inconvénients.....» - -Et le Roi terminait par ces lignes, où il ne pouvait déguiser -l'amertume de son âme: - -«Je finissais cette lettre, dans le moment où j'ai reçu celle que vous -m'avez envoyée. Je l'avais vue imprimée avant de la recevoir, et elle -est répandue partout en même temps. Vous ne sauriez croire combien -cette marche m'a peiné!..... Je ne vous ferai aucun reproche; mon -cœur ne peut se décider à vous en faire...... Je vous ferai seulement -remarquer qu'en agissant sans moi, il,—le comte d'Artois,—contrarie mes -démarches, comme je déconcerte les siennes. Vous me dites que l'esprit -public est revenu et vous voulez en juger mieux que moi qui en éprouve -tous les malheurs. Je vous ai déjà dit que le peuple supportait toutes -ses privations, parce qu'on l'avait toujours flatté qu'elles finiraient -avec la Constitution. Il n'y a que deux jours qu'elle est achevée, et -vous voulez que son esprit soit changé! J'ai le courage de l'accepter -pour donner à la nation le temps de connaître ce bonheur dont on la -flatte, et vous voulez que je renonce à cette utile expérience!... Vous -vous flattez de donner le change, en déclarant que vous marchez malgré -moi; mais comment le persuader, lorsque cette déclaration de l'Empereur -et du Roi de Prusse est motivée sur votre demande? Pourra-t-on jamais -croire que mes frères n'exécutent pas mes ordres? Ainsi, vous allez me -montrer à la nation, acceptant d'une main et suscitant les Puissances -étrangères de l'autre?...... - -«Je ne vous parle pas de ma position personnelle; on peut en être -peu occupé hors de France; mais moi je suis occupé de celles de mes -frères..... Je conçois qu'on ne compte plus ni mes peines, ni mes -embarras; mais vous devez m'éviter ceux qui vous touchent[840].» - -Vainement, quelques jours après, craignant que cette lettre ne parût -un message officiel et imposé, Louis XVI adressait-il à ses frères un -nouveau billet tout confidentiel, où il renouvelait ses instances et -les suppliait de conformer leur conduite à la sienne, et de ne pas le -priver, par leurs incessants appels, de ses derniers défenseurs; car, -disait-il, «il m'est bien essentiel d'en avoir près de moi.» Toutes -ces prières restaient sans effet. Pour toute réponse, les Princes -répandaient à profusion, à Paris et dans les départements, une nouvelle -protestation contre la Constitution[841], et ils écrivaient à leur -frère ce billet qui fut retrouvé, après le 10 août, dans le secrétaire -du Roi. - -«Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous n'écouterons -rien; si c'est de la vôtre, nous écouterons, mais nous irons notre -chemin[842].» - -Vainement Mme Elisabeth, qu'un admirable dévouement retenait à -Paris, mais que son cœur portait souvent à Coblentz, essayait-elle, par -l'intermédiaire de ses fidèles amies, Mme de Bombelles, et surtout -Mme de Raigecourt, d'aplanir les dissentiments qui divisaient -la famille royale. Vainement leur écrivait-elle, dans ce style -énigmatique, qui servait à leur correspondance: - -«On perdrait tout, si l'on pouvait avoir d'autre vue pour le Futur que -celle de la confiance et de la soumission aux ordres du Père[843]. -Toute vue, toute idée, tout sentiment doit céder à celui-là..... Vous -me direz que cela est difficile, quoique cela soit dans le cœur; mais -plus je le sens difficile, plus je le désire..... Le Père est presque -guéri; ses affaires sont remontées; mais comme sa tête est revenue, -dans peu il voudra reprendre la gestion de ses biens, et c'est là le -moment que je crains. Le Fils, qui voit des avantages à les laisser -dans les mains où elles sont, y tiendra; la Belle-mère ne le souffrira -pas et c'est là ce qu'il faudrait éviter, en faisant sentir au jeune -homme que, même pour son intérêt personnel, il ne doit pas prononcer -son opinion sur cela..... Il faudrait aussi qu'on persuadât au jeune -homme de mettre un peu plus de grâce vis-à-vis de sa Belle-mère, -seulement de ce charme qu'un homme sait employer, quand il veut, et -avec lequel il lui persuadera qu'il a le désir de la voir ce qu'elle -a toujours été..... On te dira du mal de la Belle-mère; je le crois -exagéré[844].» - -Pas plus que les prières de Louis XVI, les objurgations de Mme -Elisabeth n'étaient écoutées. On a vu, par le billet que nous avons -cité plus haut, quel cas les Princes faisaient de l'autorité du Roi; -leurs entours étaient plus violents. La Reine était quotidiennement -traité à Coblentz de «démocrate»; le Roi, de «pauvre homme» et de -«soliveau». Le _Journal des Princes_, publié par Suleau, était -tellement rempli d'injures contre Léopold et Marie-Antoinette, qu'on -était obligé de supprimer le journal, de renvoyer Suleau, et de -destituer le censeur, Christin, secrétaire de Calonne[845]. Mme -de Bombelles, écho de ces bruits, et indignée de ces outrages, était -réduite à écrire à Mme de Raigecourt, le 3 novembre: - -«Comment la Reine se fierait-elle jamais à M. le C. D.[846], elle -qui sait les propos infâmes que tous ses entours ont tenus et -tiennent encore sur elle et sur le Roi? Je n'ai pas, grâce à Dieu, -à me reprocher de lui avoir fait parvenir _tout ce que j'ai entendu -moi-même_ mais j'en sais assez pour sentir que, si elle est aussi -instruite que moi, elle ne risquera jamais de faire dépendre son -sort de gens _qui lui doivent beaucoup et qui sont ses plus mortels -ennemis_. J'excepte M. le comte d'Artois des traits dont je vous -parle; son âme est droite, noble et franche, et je suis intimement -convaincue de la pureté de ses intentions; mais, faible comme la -plupart des princes de son sang, il se laisse diriger aveuglément par -sa société[847].» - -Le dissentiment s'aggravait donc chaque jour entre les Tuileries -et Coblentz[848]. Indépendamment de la rivalité entre Breteuil et -Calonne, le premier, agent attitré, le second, ennemi personnel de -Marie-Antoinette, les divergences de vues s'accentuaient entre les -Princes et le Roi, et surtout la Reine, chacun entendant diriger le -mouvement: les Princes voulant se lancer en avant et détruire la -Constitution, l'épée à la main; le Roi s'efforçant de temporiser et -d'améliorer, et la Reine repoussant avant tout une action des Princes -qui, pensait-elle avec raison, n'aurait d'autre résultat que d'«irriter -les factieux sans les effrayer[849]», et par là compromettrait le -succès d'un plan qu'elle étudiait depuis le retour de Varennes et qui, -chaque jour, se formulait avec plus de netteté. - -Comme la famille royale, les Puissances étaient divisées; suivant -leurs intérêts particuliers, elles penchaient vers les Princes ou -vers le Roi. Tandis que Gustave III rompait avec l'Assemblée, -renvoyait à Louis XVI sans le lire le billet où il lui notifiait son -acceptation de la Constitution[850], accréditait, près de Monsieur, -le comte d'Oxenstiern; tandis que l'Impératrice de Russie déclarait -que l'acceptation du Roi devait être considérée comme non avenue parce -qu'elle avait été forcée, et que si Louis XVI et Marie-Antoinette -avaient été de bonne foi en acceptant, c'était tant pis pour eux, -et que «dans ce cas, il faudrait regarder le Roi de France comme -un nonens (_sic_)[851]»; tandis que le roi d'Espagne donnait à son -ministre à Paris l'ordre de faire un voyage à Nice[852], Léopold, -heureux d'un événement qui s'accordait avec ses goûts de temporisateur, -proclamait que dorénavant toute idée de contre-révolution était -inutile et dangereuse[853], et que, Louis XVI ayant adhéré à l'acte -constitutionnel, il n'y avait plus qu'à attendre et à observer -la tournure que prendraient les événements. «Le Roi et la Reine, -disait-il, n'ont d'autre ressource que de laisser à l'Assemblée -législative le temps de se discréditer; ils doivent en outre se -conformer exactement aux lois, se composer un parti, et profiter des -circonstances. Cet essaim d'abeilles françaises, ajoutait-il en parlant -des émigrés, devrait enfin songer à se retirer; elles seront bien -à charge au pays[854].» Et le roi de Prusse s'écriait de son côté: -«Enfin, je vois la paix de l'Europe assurée[855].» - -Et Fersen, l'ardent Fersen, revenu de Vienne, où l'avait envoyé son -maître, à Bruxelles, où il s'installait pour entretenir, au nom de la -Suède, une correspondance avec le Roi de France[856], Fersen, resté -pendant deux mois sans nouvelles directes des Tuileries[857], et déjà -dérouté par le langage de Louis XVI, l'était plus encore en recevant -cette lettre de Marie-Antoinette: - -«Je crois que la meilleure manière de dégoûter de tout ceci est d'avoir -l'air d'y être en entier; cela fera bientôt voir que rien ne peut -aller. Au reste, malgré la lettre que mes frères ont écrite au Roi, -et qui, par parenthèse, ne fait point du tout ici l'effet qu'ils en -espéraient, je ne vois point, surtout par la déclaration de Pillnitz, -que les secours étrangers soient si prompts. C'est peut-être un -bonheur, car plus nous avancerons, et plus ces gueux-ci sentiront leurs -malheurs; peut-être viendront-ils à désirer eux-mêmes l'étranger[858].» - -Stupéfait de cette résignation inattendue de sa royale correspondante, -Fersen lui posait aussitôt catégoriquement les trois questions -suivantes: - -«1o Comptez-vous vous mettre sincèrement dans la Révolution et -croyez-vous qu'il n'y a aucun autre moyen?» - -«2o Voulez-vous être aidés, ou voulez-vous qu'on cesse toute -négociation avec les Cours?» - -«3o Avez-vous un plan et quel est-il[859]?» - -Mais la Reine se hâtait de détromper son chevaleresque serviteur: - -«Rassurez-vous; je ne me laisse pas aller aux _enragés_, et si j'en -voie ou que j'aie des relations avec quelques-uns d'entre eux, ce -n'est que pour m'en servir, et ils me font trop horreur pour jamais me -laisser aller à eux[860].» - -«Soyez bien tranquille, jamais je ne me laisserai aller aux _enragés_; -il faut s'en servir pour empêcher de plus grands maux; mais pour le -bien, je sais bien qu'ils ne sont pas capables de le faire[861].» - -Il fallait dissimuler, il fallait gagner la confiance du peuple; -c'était le seul moyen d'arrêter, ou tout au moins d'ajourner le mal -et de préparer le mieux. Car, disait la Reine: «Si l'esprit public ne -change pas, aucune force humaine ne saurait gouverner dans un sens -contraire[862].» Or, pour faire changer cet esprit, mieux valait -faire semblant d'y céder d'abord pour le redresser, et cette attitude -effacée faisait ainsi partie du plan dont Marie-Antoinette poursuivait -l'exécution, par l'intermédiaire de son ancien conseiller Mercy et du -fidèle Fersen. - -Convaincue qu'il n'y avait pour le moment rien à attendre du dedans, -que le mécontentement que ne pourrait manquer de produire l'application -de la Constitution serait stérile et inerte, si les mécontents ne -se sentaient appuyés et au besoin excités par une force sérieuse -au dehors; convaincue d'autre part que les émigrés ne pouvaient -pas être cette force, parce que leurs menaces ne serviraient qu'à -exaspérer la France[863]; froissée d'ailleurs elle-même de leur -attitude et du peu de cas qu'ils faisaient de la volonté du Roi, -même la plus formelle et la plus nettement exprimée, elle demandait -que l'Empereur prît l'initiative de ce qu'elle nommait un _Congrès -armé_[864]. Les Puissances auraient réuni à Aix-la-Chapelle leurs -ambassadeurs à Paris ou tous autres plénipotentiaires. Là, prenant en -main les intérêts de l'équilibre européen menacé, invoquant notamment -l'occupation d'Avignon, les droits lésés des princes allemands en -Alsace, la garantie des traités passés avec la France et compromis -par le changement de régime; appuyant au besoin leurs revendications -par la présence à la frontière de têtes d'armées, capables à la -fois d'en imposer «à la partie la plus enragée des factieux» et de -«donner aux plus raisonnables le moyen de faire le bien»; mais évitant -soigneusement de parler de la Constitution[865], annonçant même bien -haut qu'elles ne voulaient nullement «s'ingérer dans le gouvernement -intérieur de la France[866]», elles adresseraient, «dans un langage -raisonnable[867],» une sommation au gouvernement français, sommation -dont le premier article serait la faculté pour Louis XVI de sortir de -la capitale et d'aller où il voudrait[868]. En attendant,—car ce ne -pouvait être là l'œuvre d'un jour, et il fallait «laisser respirer la -nation après tant de secousses» et lui donner le temps de «reprendre -ses habitudes et ses mœurs avant de juger ce que les circonstances -peuvent exiger et souffrir[869]»,—en attendant, le Roi s'efforcerait -de gagner la confiance du peuple, combattrait par-dessous l'Assemblée -en cherchant à la déconsidérer[870], mais ferait appliquer strictement -la Constitution[871], afin que la nation, sentant à l'usage les -inconvénients de cette œuvre bâtarde, fût amenée elle-même à en -souhaiter le changement. La déclaration des Puissances, survenant -alors, rendrait courage aux honnêtes gens en leur donnant un moyen -de force et un point de réunion[872], terrifierait les factieux, -et le Roi, redevenu ainsi libre, pourrait se joindre au Congrès et -s'interposer comme médiateur entre ses sujets et les coalisés[873]. -«Seul rôle qui lui convienne, disait la Reine, dans une lettre qu'elle -a reconnue comme l'expression exacte de sa pensée[874], tant par -l'amour qu'il a pour ses sujets que pour en imposer aux factions des -émigrants, qui, par le ton qu'ils ont et qui s'élèverait encore s'ils -contribuaient à un autre ordre de choses, replongeraient le Roi dans un -nouvel esclavage[875].» Rentré dans la plénitude de son autorité[876], -mais sans vouloir aucunement rétablir l'ancien régime[877], «libre de -faire telle Constitution qu'il voudrait[878],» il accomplirait,—comme -il comptait le faire, s'il avait gagné Montmédy le 20 juin,—d'accord -avec les représentants du pays, les réformes nécessaires. Toute -la partie saine de la nation viendrait en aide au souverain pour -l'exécution de ces réformes, et les révolutionnaires, ayant tout à -craindre de l'attitude énergique des Puissances, seraient trop heureux -de céder à la justice tempérée par la clémence. Ainsi, l'ordre serait -rétabli sans effusion de sang, par le simple accord des Puissances et -par l'initiative du Roi. «La Révolution se ferait dans l'intérieur de -chaque ville; elle se ferait par l'approche de la guerre, et non par la -guerre même[879].» - -Tel était, autant qu'on peut le retrouver au milieu des innombrables -dépêches échangées entre Paris, Vienne, Bruxelles, Stockholm, -Saint-Pétersbourg, tel était le plan auquel s'était arrêtée la Reine; -plan dont elle poursuivit la réalisation avec une persévérance -infatigable, jusqu'à ce que la déclaration de guerre eût rendu une -solution pacifique impossible, et pour lequel elle se condamnait à une -incessante correspondance, écrivant lettres sur lettres, mémoires sur -mémoires, elle qui, disait-elle, «n'en savait pas faire[880]»; plan que -Mercy, après quelques hésitations, avait fini par adopter et auquel -le Roi avait pu se rallier[881], sans être accusé de duplicité; car, -en acceptant la Constitution, il savait qu'elle était impraticable, -et tout en l'observant scrupuleusement lui-même, il ne pouvait pas -rendre possible ce qui ne l'était pas par sa nature[882]; plan enfin, -auquel le chevaleresque Fersen, resté le confident des Tuileries, se -consacrait tout entier. Voici les lignes touchantes par lesquelles il -protestait de son dévouement absolu et désintéressé; car, la calomnie -ne l'avait pas épargné; les ambassadeurs de Suède et d'Espagne avaient -osé l'accuser d'ambition: - -«Ils ont raison, écrivait-il à la Reine; j'avais l'ambition de vous -servir, et j'aurai toute ma vie le regret de n'avoir pas réussi; je -voulais m'acquitter envers vous d'une partie des obligations qu'il -m'est si doux de vous avoir et je voulais leur montrer qu'on peut être -attaché à des gens comme vous sans aucun autre intérêt. Le reste de ma -conduite leur aurait prouvé que c'était là ma seule ambition et que la -gloire de vous avoir servis était ma plus chère récompense[883].» - -Mais ce plan était-il exécutable et ne reposait-il pas sur une -illusion? L'accord des Puissances, qui en était la base essentielle, -comment l'obtenir d'anciens adversaires qui se jalousaient l'un -l'autre, et qui au fond n'avaient qu'un but commun: l'affaiblissement -de la France, suite naturelle de l'anarchie à laquelle le pays semblait -condamné? Cette alliance universelle, rêvée par la Reine au nom du -principe monarchique attaqué en France, n'était qu'une «attrape», -disait le comte de Metternich au baron de Breteuil[884]. La Prusse -regardait l'Autriche avec méfiance[885]; l'Autriche n'avait pas plus -de confiance dans la Prusse, et se tournait parfois vers l'Angleterre; -en attendant, elle se renfermait dans son égoïsme; l'Espagne, dans sa -faiblesse; l'Angleterre voyait avec joie, fomentait peut-être sous -main une révolution, qui paraissait devoir réduire pour longtemps son -éternelle rivale à l'impuissance; la Russie poussait les autres à se -jeter dans la mêlée, à la condition de ne rien faire elle-même et pour -avoir les mains libres en Pologne. La Suède seule voulait franchement -agir. Mais que pouvait-elle toute seule, et l'infortuné Louis XVI -n'avait-il pas le droit de dire, quelques mois plus tard, à Fersen: -«J'ai été abandonné de tout le monde[886]?» - -Mais quand bien même on serait arrivé à réaliser cet irréalisable -accord, quand bien même cette «médiation armée», que l'honnête -et sage Mounier souhaitait comme la Reine et dans laquelle les -Constitutionnels eux-mêmes finissaient par apercevoir le remède[887], -se serait produite, eût-elle réussi? Bien des esprits vraiment -libéraux,—nous venons d'en donner des exemples,—le pensaient. Ils -avaient vu si souvent une poignée de factieux terroriser la foule -honnête, qu'ils croyaient que la crainte serait un moyen efficace qui -pourrait tout rétablir, comme il avait pu tout détruire. C'était une -erreur. Ils comptaient sans cette susceptibilité du sentiment national -qui se soulevait contre toute apparence d'intervention étrangère et -qui, à des menaces de pression, devait répondre par une prise d'armes. -Le Roi et la Reine étaient sincères dans leur désir d'éviter la guerre -et dans leur conviction qu'ils l'éviteraient; mais, sans le vouloir, -ils y allaient infailliblement. - - - - -CHAPITRE XV - - L'Assemblée législative.—Son hostilité contre le Roi s'affirme - dès le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La députation de - Saint-Domingue est présentée à la Reine.—Le Roi ne veut pas former - sa Maison civile.—Projet d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction - du Roi et de la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation - de la famille royale.—Tiraillements à l'intérieur.—La Reine - continue à réclamer un Congrès.—Hésitation de l'Empereur et - mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de - Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_. - - -Cependant, en France, une seconde Législature avait succédé à la -première. Par une résolution fatale, où les rancunes de la droite -s'étaient malheureusement unies aux rancunes de l'extrême gauche, -la Constituante, avant de se séparer, avait décidé qu'aucun de ses -membres ne pourrait être réélu. C'était livrer les destinées du pays à -tous les tâtonnements de l'inexpérience et à tous les emportements de -l'étourderie. Quelles qu'eussent été ses fautes, l'ancienne Assemblée -renfermait dans son sein de grands talents, de grandes fortunes, -de grands noms; trois ans de pratique des affaires avaient tempéré -chez elle bien des ardeurs et modifié bien des préjugés. L'Assemblée -nouvelle se composait, pour la majeure partie, d'inconnus, sans -situation personnelle et sans éclat: petits gentilshommes de province, -petits avocats de bailliages, petits officiers municipaux et procureurs -de districts, enivrés de théories vagues, nourris de phrases creuses, -sans connaissances politiques et sans idées de gouvernement. «Elle -n'est guère, disait plaisamment Staël, que le conseil des avocats de -toutes les villes et de tous les villages de France[888].» - -«On croit, ajoutait l'ambassadeur, que la majorité sera sage[889].» -Staël se trompait, et un des nouveaux députés, Hua, avocat au Parlement -de Paris, voyait plus juste quand il écrivait: «Le côté droit se -compose de cent cinquante Constitutionnels; le côté gauche compte cent -cinquante Jacobins, et le centre présente une masse de plus de quatre -cents députés qu'on appelle les _impartiaux_: phalange immobile pour -le bien et qui ne se remue que par la peur; c'est elle qui donnera la -majorité, et elle la donnera, non au côté droit qu'elle estime, mais au -côté gauche qu'elle craint[890].» - -Dès le début, l'Assemblée manifesta l'esprit qui devait la diriger. -Le Roi ayant annoncé qu'il viendrait en personne prêter serment à la -Constitution, la question du cérémonial à observer pour le recevoir -fut immédiatement soulevée. Les Jacobins s'élevèrent bruyamment contre -toute forme, non pas même qui rappellerait l'ancien régime, mais -qui marquerait simplement une déférence du pouvoir législatif pour -l'autorité monarchique. Cédant à leurs déclamations, et la domination -passant déjà aux plus violents, l'Assemblée décida qu'on ne donnerait -plus au Roi le titre de _Sire_ ni de _Majesté_, que le fauteuil du -prince serait placé sur la même ligne que celui du président et que, -le monarque une fois arrivé, les députés pourraient s'asseoir et se -couvrir. Le lendemain, il est vrai, le décret fut rapporté; mais la -gauche avait montré sa force, et l'Assemblée sa faiblesse. - -Elle avait dû céder cependant à un mouvement incontestable de l'opinion -de la capitale. La bourgeoisie parisienne, sincèrement attachée à -la Constitution, s'était indignée des attaques de cette nouvelle -Législature; la garde nationale avait protesté vivement[891]; de là -le rappel du décret. La famille royale trouvait là comme un dernier -regain de popularité. Le samedi 8 octobre, elle était allée à la -Comédie-Italienne. Lorsqu'elle parut, des acclamations la saluèrent; -des applaudissements mêlés de sanglots se firent entendre, et le cri de -_Vive la Reine!_ fut encore une fois associé au cri de _Vive le Roi!_ - -Quelques jours plus tard, le 2 novembre, une députation de -Saint-Domingue venait réclamer la protection de Louis XVI contre les -désordres qui désolaient l'île. Les colonies expirantes saluaient la -royauté qui allait mourir. - -«Madame, dit à la Reine le chef de la délégation, dans une grande -infortune, nous avions besoin de voir Votre Majesté pour trouver tout à -la fois des consolations et un grand exemple de courage.» - -Suffoquée par l'émotion, Marie-Antoinette ne put répondre sur le -moment. Elle retrouva les délégués au sortir de la messe. «Messieurs, -leur dit-elle, il m'a été impossible de vous répondre; mon silence -vous en dira plus que tout le reste[892].» - -La mise en pratique de la Constitution avait jeté du trouble à la -Cour; ce qu'on appelait les _honneurs_ et les prérogatives qui y -étaient attachées avaient été supprimés. Plusieurs des dames du palais -quittèrent leur service; on ne les remplaça pas, et l'on ne forma pas -de Maison civile. Le Roi et la Reine ne pouvaient s'y décider; il leur -répugnait de consacrer ainsi officiellement, par la nomination aux -charges nouvelles, l'anéantissement des anciennes; il leur semblait -que ce serait un triste entourage que cette Maison sans chevaliers -et sans dames d'honneur. D'ailleurs, qui consentirait à entrer dans -une organisation ainsi modifiée et comme humiliée? «Si cette Maison -constitutionnelle était formée, disait la Reine, il ne resterait pas -un noble près de nous, et quand les choses changeraient il faudrait -congédier les gens que nous aurions mis à leur place[893].» - -On s'occupa seulement de la Maison militaire qui fut constituée un peu -plus tard, sous le commandement du duc de Brissac, mais pour bien peu -de temps. - -Dans cette situation critique, les donneurs de conseils affluaient. -L'Espagne acceptait la pensée d'un Congrès; mais elle voulait -auparavant que le Roi fût libre et le prouvât en sortant publiquement -de Paris. Sortir de Paris! Nul ne le souhaitait plus que -Marie-Antoinette; mais était-ce possible dans les conditions indiquées -par le Roi d'Espagne? Evidemment non. «On dira toujours ici, répondait -la Reine qu'il,—le Roi,—est le maître d'aller où bon lui semblera; -mais il ne le peut pas de fait, parce que, outre sa sortie d'ici, qui -serait dangereuse et où il serait peut-être obligé de laisser sa femme -et son fils, sa sûreté personnelle ne serait nulle part plus qu'ici, -puisqu'_il n'y a pas une ville, pas une troupe sur laquelle on puisse -compter_[894].» - -On avait bien formé, dans les premiers jours d'octobre, un projet -d'évasion; on devait renouveler, vers la moitié de novembre, et dans -des conditions à peu près analogues, paraît-il, la tentative qui avait -si mal réussi au mois de juin. Quels étaient les auteurs de ce plan? -Quels en étaient les détails? Avec quel concours devait-il se réaliser? -La Reine ne le dit pas et nous n'en trouvons pas trace ailleurs. -Pourquoi y renonça-t-on? Est-ce par le souvenir de l'échec de Varennes? -ou par suite de cette triste constatation qu'on ne pouvait compter ni -sur une ville, ni sur une troupe? Cette dernière raison nous paraît la -plus probable. Ce qui est certain, c'est que l'idée, annoncée dans une -lettre du 19 octobre, semble abandonnée douze jours après, le 31. Mais -le bruit en avait transpiré dans le public, semant l'inquiétude et la -méfiance contre la famille royale. On en parlait à Paris; on le savait -à Coblentz dès le mois d'octobre[895], on fixait même la date, le 27 du -mois[896], et par une étrange coïncidence, à l'époque même indiquée par -Marie-Antoinette pour l'exécution du projet, la nouvelle se répandit -tout d'un coup parmi les émigrés que le Roi avait réussi à quitter -heureusement la capitale, et était arrivé à Raisme, près Valenciennes, -chez M. de la Marck; tant les secrets de la Cour, même ceux qui avaient -le moins de confidents, étaient mal gardés[897]! - -Déçue dans ses espérances d'évasion, la Reine en revint à son plan -primitif: s'effacer le plus possible et laisser agir les Puissances -réunies en Congrès. Alors seulement, le Roi pourrait utilement -recouvrer sa liberté, afin d'aller défendre devant cette Assemblée -européenne les intérêts de la France. «Si nous gagnons jamais ce point, -écrivait Marie-Antoinette, c'est tout, et c'est à ce seul but que nous -devons tendre[898].» Pour cela, il était essentiel d'endormir les -méfiances et de ramener à soi l'opinion. Là-dessus, tout le monde était -d'accord, Mercy et la Marck comme Fersen; mais fallait-il s'abandonner -complètement au parti révolutionnaire, adopter sans observations ses -idées et ses mesures, se désintéresser même du choix des ministres? -Ni la Marck, ni Mercy ne le pensaient; ils eussent voulu un ministère -homogène et habile, éclairé et fidèle, très constitutionnel, mais -très royaliste et très ferme, résolu à se créer dans l'Assemblée une -majorité de gouvernement[899]. - -On ne l'essaya même pas. La Reine était convaincue qu'on ne pourrait -trouver ni bons ministres, ni députés dévoués; elle empêcha M. de -Moustier d'entrer dans le cabinet[900] et regrettait même d'y avoir -appelé Bertrand de Molleville[901]; elle voulait réserver ces hommes -pour des temps meilleurs[902]. En attendant, tout allait à la dérive, -et le ministère qui, bien composé, eût pu, en face d'une Assemblée -discréditée au début, s'assurer une situation prépondérante, se fit -l'humble serviteur de la Législative. - -Cette sorte d'abdication désolait la Marck, qui n'y comprenait rien. - -«La Reine, écrivait-il à Mercy, la Reine, avec de l'esprit et un -courage éprouvé, laisse cependant échapper toutes les occasions qui se -présentent de s'emparer des rênes du gouvernement et d'entourer le Roi -de gens fidèles, dévoués à le servir et à sauver l'Etat avec elle et -par elle. - -«Si l'on cherche à pénétrer les causes de l'indécision et du -_laisser-aller_ qui dominent aux Tuileries, on découvre que, par -paresse d'esprit et de caractère, et peut-être aussi par l'abattement -qui suit assez souvent de longs malheurs le Roi et la Reine n'ont -d'espérance que dans les hasards de l'avenir et dans l'intervention -étrangère que laisse entrevoir le Congrès annoncé, et qu'ils pensent -qu'en attendant il suffit de quelques démarches privées de leur part -pour assurer leur sûreté personnelle. - -«En combinant cette conduite avec l'agitation démoniaque de -vingt-quatre millions de fous, comment prévoir d'autre résultat que -l'avenir le plus déplorable[903]?» - -Découragés comme la Marck, deux des conseillers habituels de la Cour, -Malouet et l'abbé de Montesquiou, quittaient Paris, le premier pour -aller en Angleterre, le second pour se retirer à la campagne, chez M. -du Châtelet[904]. - -Réussissait-on du moins par cette attitude effacée à conquérir la -faveur populaire? On le crut au commencement. Soit fatigue des -agitations passées, soit confiance dans l'avenir, il y eut, dans -le public parisien, une sorte de temps d'arrêt, sinon de retour en -arrière: on était altéré d'ordre et de paix; on ne sentait pas le -besoin de destructions nouvelles, puisque les têtes principales étaient -renversées[905], et que le Roi semblait se résigner à son rôle de -monarque constitutionnel. Pour beaucoup de politiques de l'école de -Lafayette, le but était atteint; on voulait s'y tenir. Mais on ne -s'arrête pas facilement dans la voie révolutionnaire: derrière les -satisfaits, il y a les affamés, et, comme dans une mer agitée, un flot -pousse l'autre. La Reine le sentait, et quelque rassurantes que fussent -les apparences, avec la douloureuse expérience qu'elle avait puisée -dans dix ans de calomnies et trois ans de révolution, elle voyait bien -que ce n'était qu'une halte entre deux orages, et que l'abominable -meute qui s'acharnait après elle n'abandonnerait pas sa poursuite. - -«Tout est assez tranquille pour le moment en apparence, écrivait-elle -le 19 octobre; mais cette tranquillité ne tient qu'à un fil et le -peuple est toujours comme il était, prêt à faire des horreurs; on nous -dit qu'il est pour nous; je n'en crois rien, au moins pour moi. Je -sais le prix qu'il faut mettre à tout cela; la plupart du temps, cela -est payé, et il ne nous aime qu'autant que nous faisons ce qu'il veut. -Il est impossible d'aller longtemps comme cela; il n'y a pas plus de -sûreté dans Paris qu'auparavant, et peut-être encore moins, car on -s'accoutume à nous voir avilis[906].» - -Ce respect d'ailleurs, dont on affectait d'entourer Louis XVI et sa -famille, n'était qu'apparent; au fond, on les traitait en suspects. -Chaque nuit, un homme de garde couchait en travers de la porte de -leurs appartements[907]. Une fois même, un caporal s'était permis de -consigner le Roi et la Reine dans leurs chambres, de neuf heures du -soir à neuf heures du matin, et cela avait duré deux jours[908]. - -Des affidés du club des Jacobins se glissaient jusque dans le service -du palais, et le malheureux prince, averti qu'on voulait l'empoisonner, -n'osait pas toucher aux plats de sa table; il fallait qu'un serviteur -fidèle, l'intendant des petits appartements, Thierry de Ville-d'Avray, -lui apportât lui-même le pain et le vin[909]. Le dénuement des augustes -prisonniers était extrême; il leur était arrivé de rester pendant neuf -jours sans un sou et la Reine avait été sur le point d'être forcée -d'emprunter à un dépôt que le prince de Nassau avait fait pour elle; -la persuasion où elle était qu'elle ne tarderait pas à être massacrée -l'avait seule retenue. «N'étant pas sûre de pouvoir le rendre, -avait-elle dit, je ne veux pas nuire à ceux qui nous sont dévoués.» -Et l'archevêque d'Aix, qui venait de passer quelques jours à Paris, -disait à ce même prince de Nassau: - -«Quelque idée qu'on puisse se former des malheurs du Roi et de la -Reine, l'imagination ne peut les atteindre. Il faut avoir eu le -tourment d'en être témoin pour en concevoir toute l'horreur. Et ceux -que les Jacobins et les républicains leur préparent les surpassent. -Cependant il n'est que trop vraisemblable que leur dessein est de ne -les terminer qu'avec leur vie[910].» - -Mais qu'étaient ces privations physiques à côté des tortures morales? -La Reine se voyait seule pour la lutte, pour essayer tout ce qu'elle -sentait «si nécessaire au bien général[911]». L'émigration l'avait -privée de ses appuis les plus sûrs; vainement avait-elle tenté -d'arrêter le courant[912] qui emportait les gentilshommes au delà de -la frontière: on ne tenait compte ni de ses avis, ni de ses prières. -Au dehors, les Princes armaient, malgré elle et presque contre elle, -donnant ainsi un nouveau prétexte aux méfiances de l'Assemblée et -un nouvel aliment aux passions populaires. Et, pour endormir ces -méfiances, elle était forcée, elle, la femme ardente et fière, de -s'abaisser jusqu'à la duplicité, de mendier en quelque sorte les -suffrages d'une Assemblée pour laquelle elle n'éprouvait que du dédain, -«d'un amas de scélérats, de fous et de bêtes[913],» de parler contre sa -pensée, de flatter des gens qu'elle méprisait, de décourager ceux qui -jouissaient de sa confiance. «Comprenez-vous, écrivait-elle à Fersen, -comprenez-vous ma position et le rôle que je suis obligée de jouer -toute la journée? Quelquefois je ne m'entends pas moi-même et je suis -obligée de réfléchir pour voir si c'est bien moi qui parle[914].» - -Dans son intérieur même,—et c'était l'explication de cette apathie -apparente que la Marck traitait de paresse de caractère et qui -n'était qu'une inaction forcée,—dans son intérieur même, elle se -sentait isolée. Ni son mari, ni sa belle-sœur ne partageaient sa -manière de voir. Louis XVI sentait les maux qui l'accablaient et les -dangers qui menaçaient sa famille; mais il se résignait aux uns et -cherchait peu à combattre les autres. Insensible aux objurgations de -sa femme, dédaigneux de la mort, mais trop insouciant de la vie, d'un -courage réel, mais purement passif, sans vigueur et sans initiative, -il n'avait de force que pour souffrir. Plus ardente que son frère, -Mme Elisabeth eût été pour une action énergique; elle n'eût pas -reculé devant la guerre civile; elle fût volontiers montée à cheval, -et ce qui la séduisait, ce n'était pas le plan diplomatique de la -Reine, c'était l'attitude des émigrés, du comte d'Artois et du prince -de Condé surtout, ralliant autour de leur panache blanc les soldats -de la monarchie. Un devoir, héroïquement accepté, la retenait aux -Tuileries; mais sa pensée et son cœur étaient à Coblentz. Il y avait, -sur cette question de l'émigration, entre les deux belles-sœurs un -dissentiment trop profond pour que l'intimité ne fût pas parfois -troublée, et je ne m'étonne pas que, dans un moment de découragement, -entre l'inertie du Roi et les sympathies de Mme Elisabeth pour les -Princes, la malheureuse Reine se soit écriée: «C'est un enfer que notre -intérieur[915].» - -A l'extérieur, elle n'était pas plus heureuse; ses intentions étaient -calomniées; la diplomatie des émigrés combattait la sienne et, pour -mieux la combattre, affectait de la représenter comme démocrate. -Vainement la Reine écrivait-elle à Catherine II pour lui expliquer -sa conduite, lui montrer la nécessité qui la forçait à accepter en -apparence ce qu'elle désavouait en secret, et invoquer l'appui de la -Russie pour ce Congrès dans lequel elle mettait sa dernière espérance; -elle n'obtenait que des larmes stériles[916], et cette note dédaigneuse -où je ne sais quelle satisfaction inavouée de jalousie féminine -pourrait bien inspirer l'ironie de l'autocrate toute puissante: «Qu'on -est malheureux, quand on est réduit à avoir pour tout espoir un -roseau pour s'accrocher! Mais qu'attendre de gens, qui agissent sans -discontinuer avec deux avis divers parfaitement contradictoires[917]?» - -L'Empereur lui-même ne montrait guère plus de bonne volonté. La -Reine avait beau presser son frère de faire quelque chose, Léopold -tergiversait toujours, entassait prétextes sur prétextes pour ne pas -bouger, et ne semblait pas même se préoccuper des dangers terribles -auxquels étaient exposés sa sœur, son beau-frère et son neveu. Depuis -l'acceptation de la Constitution, qu'il avait conseillée, il devenait -de plus en plus froid. Sur le terrain même du Congrès armé, qui -cependant semblait l'engager si peu, il se dérobait, tirait occasion -de tout pour ne pas intervenir, ce qui revenait à tout empêcher; car -on savait bien que, sans lui, rien ne pouvait se faire. Au fond, il ne -pensait qu'à ses intérêts et redoutait, dans le cas d'un conflit avec -la France, le soulèvement des Pays-Bas, mal pacifiés depuis Joseph II, -et surexcités par le voisinage et les émissaires des révolutionnaires -de Paris[918]. Mercy lui-même, ce vieux conseiller de Marie-Antoinette, -mais qui n'avait jamais été partisan bien chaud d'un Congrès[919], -Mercy, fidèle interprète de la volonté de son maître, désolait la Reine -par ses théories: - -«Notre position est tous les jours plus embarrassante, écrivait le -25 novembre la malheureuse souveraine. Avec cela l'Assemblée est si -mauvaise, tous les honnêtes gens si las de tous les troubles, qu'avec -de la sagesse, je crois, l'on pourra s'en tirer; mais, pour cela -j'insiste toujours pour le Congrès armé, comme j'en ai déjà parlé. Il -n'y a que lui qui puisse arrêter les folies des Princes ou des émigrés, -et je vois de tous les côtés qu'il viendra, peut-être avant peu, un tel -degré de désordre ici, que, hors les républicains, tout le monde sera -charmé de trouver une force supérieure pour arriver à une composition -générale[920].» - -A toutes ces instances, Mercy se contentait de répondre: «On croit un -Congrès inutile et impossible[921]. On a rendu compte des raisons qui -s'opposaient à un Congrès.—Bien d'autres raisons politiques rendraient -ce Congrès plus nuisible qu'utile à la France[922].» - -Et s'élevant contre ceux qui voulaient entraîner l'Empereur dans les -hasards, en restant eux-mêmes à l'abri, il énumérait les dépenses -déjà faites par l'Autriche pour le Roi de France[923]. C'était assez. -Léopold n'était pas d'humeur à prolonger des sacrifices dont il était -si mal payé[924], et les ordres de marche donnés aux troupes étaient -contremandés. - -Ainsi, toutes les espérances de Marie-Antoinette s'évanouissaient; tout -conspirait contre elle: la faiblesse de son mari et la froideur de son -frère; le Congrès armé, sa dernière ressource, la clef de voûte sur -laquelle reposait son système de défense, s'écroulait comme le reste, -par la faute de sa propre famille; elle n'y put tenir, et, de quelque -silence qu'elle eût jadis voilé ses tristesses intimes, elle ne put -empêcher l'amertume de son cœur de déborder dans ses lettres: - -«Je ne récriminerai pas sur le passé, écrivait-elle, le 16 décembre; -je ne dirai pas que, si l'Empereur avait exécuté ce que je lui avais -demandé dès le mois de juillet et depuis, le Congrès aurait eu lieu, ou -du moins serait annoncé, et nous serions dans une autre position..... -C'est dans ce moment où le Congrès armé pourrait encore être de la plus -grande utilité..... Mais on ne peut pas différer. Voilà le moment de -nous servir; si on le manque, tout est dit, et l'Empereur n'aura que la -honte et le reproche à se faire, aux yeux de l'univers entier, d'avoir -laissé traîner dans l'avilissement, pouvant les en tirer, sa sœur, son -neveu et son allié. Je vois peut-être bien vivement; mais le moyen -qu'il en soit autrement, quand tous mes intérêts sont réunis[925]?» - -Avec Fersen, son confident le plus dévoué et le plus intime, elle était -plus explicite et plus sévère encore: «Quel malheur, lui disait-elle, -que l'Empereur nous ait _trahis_! S'il nous avait bien servis, -seulement depuis le mois de septembre, que je lui ai écrit en détail, -le Congrès aurait pu être établi le mois prochain, et cela aurait -été trop heureux; car la crise marche à grands pas ici et peut-être -devancera-t-elle le Congrès: alors, quel abri aurons nous[926]?» - -Elle ne savait plus à qui se fier, et un jour qu'elle était allée à -Saint Cloud pour faire respirer à ses enfants un air plus pur, elle -prenait à part Mme de Tourzel et de Tarente: «J'ai besoin, leur -disait-elle, d'épancher mon cœur devant des personnes aussi sûres que -vous et sur l'attachement desquelles je puis compter. Je suis blessée -au vif par les endroits les plus sensibles. J'avais mis, en arrivant -en France, ma confiance dans M. de Mercy... Je le regardais comme un -père et j'ai la douleur de voir combien j'ai été trompée par le peu de -part qu'il prend aujourd'hui à ma triste situation. M. de Breteuil, de -son côté, calcule toujours ses intérêts et ne peut nous inspirer une -entière confiance. Le Roi est très mécontent de M. de la Queuille, qui -écrit des lettres du style le plus singulier[927].» - -«Nous sommes surveillés comme des criminels, écrivait la malheureuse -femme à l'amie de son cœur, la duchesse de Polignac, et en vérité cette -contrainte est horrible à supporter. Avoir sans cesse à craindre -pour les siens, ne pas s'approcher d'une fenêtre sans être abreuvés -d'insultes, ne pouvoir conduire à l'air de pauvres enfants sans exposer -ces chers innocents aux vociférations, quelle position, mon cher cœur! -Encore, si on n'avait que ses peines! Mais trembler pour le Roi, pour -tout ce qu'on a de plus cher au monde, pour les amis présents, pour les -amies absentes, c'est un poids trop fort à endurer; mais, je vous l'ai -dit, vous autres me soutenez. Espérons en Dieu qui voit nos consciences -et qui sait si nous ne sommes pas animés de l'amour le plus vrai pour -le pays[928].» - -Mais cet amour vrai, qui lui en tenait compte? Les journaux ne -cessaient de déblatérer contre elle, et Prudhomme imprimait, dans les -_Révolutions de Paris_, ces lignes menaçantes: - -«Antoinette, nous ne te demandons pas des vertus civiques, tu n'es -pas née pour en avoir! Mais seulement abstiens-toi de nuire, et -enveloppe-toi dans ton manteau de pourpre. Tant que l'hyène des -montagnes reste dans son repaire, on ne va point à elle; mais du moment -qu'elle descend dans la plaine pour l'ensanglanter, la couronne civique -attend le héros de l'humanité qui, au péril de ses jours, aura délivré -son pays de cette bête féroce[929].» - -L'allusion était transparente, et ni la Reine ni les assassins ne -pouvaient s'y tromper. - -C'est dans cette douloureuse situation que s'achevait l'année 1791 et -que s'ouvrait l'année 1792. - - - - -CHAPITRE XVI - - Premières mesures de l'Assemblée contre les émigrés et les - prêtres.—Le Roi demande la dispersion des rassemblements - d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire envoyé à l'Empereur par - les Constitutionnels.—Mission de M. de Simolin.—Lettre de la Reine - à Mercy.—Voyage de Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, - mais le reconnaît impossible.—Représentation du 20 février aux - Italiens. - - -La Reine avait raison de le dire, la crise devenait chaque jour plus -aiguë. La Législative menait vivement l'assaut du trône et de la -Constitution. Une minorité violente dominait l'Assemblée et inaugurait -son règne par des mesures agressives dont, par un juste retour des -choses, elle devait être plus tard la victime. Le 9 novembre, un -décret déclarait suspects les émigrés, prononçait la séquestration de -leurs biens et décidait que ceux qui ne seraient pas rentrés avant le -1er janvier 1792 seraient passibles de mort. Le 29, un autre décret -édictait des peines sévères contre les prêtres qui n'auraient pas prêté -le serment prescrit par la Constitution civile. Le Roi, se renfermant -dans ses droits de monarque constitutionnel, sollicité d'ailleurs -officiellement par le Directoire du département de la Seine, opposa son -veto à ces deux décrets. Mais en même temps, pour donner satisfaction -à l'opinion soulevée par les armements des Princes, il écrivit à ses -frères pour les engager à rentrer en France. - -Jamais Louis XVI ni Marie-Antoinette n'avaient approuvé -l'émigration[930]; ils avaient essayé d'en détourner leurs plus fidèles -serviteurs; ils eussent voulu retenir, ou tout au moins rappeler les -gardes du corps[931]. Ils dépêchaient lettres sur lettres, agents -sur agents, Viomesnil après Coigny, Goguelat après Viomesnil; ils -n'obtenaient rien, sous prétexte que, le souverain étant prisonnier, -il fallait agir à l'inverse de ses instructions[932]. Aux lettres -officielles, les Princes répliquaient qu'ils refusaient d'obéir à «des -ordres évidemment arrachés par la violence[933]». Aux agents, comme -Goguelat, on répondait par un persiflage et par l'injonction d'avoir -à quitter immédiatement Coblentz, non sans avoir été témoin du peu de -respect avec lequel les familiers de la petite cour de Schonburnlust -parlaient du Roi et de la Reine, traitant le Roi de «soliveau» et la -Reine de «démocrate[934]». - -Douloureuse situation que celle de Louis XVI! Il voyait autour de lui -l'effervescence populaire grandir; il sentait que rien n'excitait -plus les passions en France que l'attitude des émigrés au dehors, -et que, comme l'écrivait judicieusement Pellenc, «si la haine des -abus avait été le principe de la Révolution, presque aussitôt la -haine des personnes avait pris la place de la haine des abus[935]». -Il savait que la populace avait applaudi hautement au décret contre -les émigrés, qui donnait satisfaction à ses rancunes, et que, en y -opposant son _veto_, il avait fourni une arme toute puissante à -ses ennemis. Et pendant ce temps, à ses lettres intimes comme à ses -lettres officielles, ses frères refusaient d'obtempérer! Il avait beau -faire, il se débattait dans le vide: ni d'un côté, ni de l'autre, on -ne croyait à sa sincérité. L'Assemblée le soupçonnait de connivence -avec les émigrés; les Princes l'accusaient de complicité avec les -révolutionnaires. Isolé dans son royaume, sans parti, sans défense, il -n'attendait quelque amélioration que de l'apaisement des esprits, et -les esprits s'aigrissaient chaque jour davantage. Les armements des -émigrés provoquaient les décrets de l'Assemblée, comme les menaces de -l'Assemblée provoquaient les attaques des émigrés; et le Roi restait -entre les deux, spectateur affligé mais impuissant d'un duel à mort, -dont sa couronne et sa tête étaient le prix. - -Dès le 29 novembre, la Législative mettait Louis XVI en demeure -d'exiger, des princes de l'Empire, la dispersion des rassemblements de -Français armés près de la frontière. Le 14 décembre, un ultimatum fut -adressé aux Électeurs de Trèves et de Mayence pour les sommer d'avoir -à dissoudre les corps d'émigrés; une armée de cent mille hommes, -sous la conduite de Lafayette, Rochambeau et Luckner, devait appuyer -la sommation. Les Électeurs, menacés, invoquèrent l'assistance de -l'Empereur, et, le 21 décembre, Léopold répondit à la dépêche française -par une note assez ferme, où il déclarait que, comme chef de l'Empire, -il ne tolérerait aucune violation du territoire impérial. Et pour -mieux soutenir ses paroles, il commanda au maréchal Bender, alors à -Luxembourg, de protéger, au besoin, l'Électorat de Trèves contre toute -agression. - -Ce n'était point encore la guerre; mais c'en étaient les prémisses: -l'Empereur, quoi qu'il en eût, se trouvait forcé d'agir. Les émigrés -s'en réjouissaient, malgré la dispersion momentanée que leur imposait -Léopold, parce qu'ils voyaient là le début d'un conflit où ils -comptaient bien jouer un rôle, et les conseillers de la Reine s'en -réjouissaient aussi, parce qu'ils pensaient que l'Empereur, une fois -engagé, ne pourrait plus reculer et qu'il devrait en venir forcément -au Congrès armé, que son inaction seule avait empêché jusque-là[936]. -Mercy lui-même, le temporisateur et prudent Mercy, commençait à -croire qu'on ne finirait pas sans une guerre, guerre civile ou guerre -étrangère, peut-être les deux à la fois[937]. Rien n'était prêt -encore[938]; mais on faisait des préparatifs. Léopold le pacifique -devenait belliqueux: «Les Français veulent la guerre, avait-il dit; -ils l'auront, mais ils en paieront la dépense[939].» Déjà, l'effectif -des troupes autrichiennes en Belgique était augmenté et des ordres -donnés pour que tout fût en état au 1er mars[940]. Le roi de Prusse -s'était, dès le 14 janvier, déclaré résolu à prendre part au Congrès -armé[941]; Catherine II s'y était ralliée elle-même; quant au roi de -Suède, il était tout feu[942]. - -Cette guerre, les Jacobins y poussaient de tout leur pouvoir, parce -qu'ils appréhendaient avant tout le Congrès[943]. En revanche, les -Constitutionnels la redoutaient, parce qu'ils sentaient bien que, -au milieu du choc des armées et du tumulte des passions, le frêle -édifice qu'ils avaient échafaudé sombrerait dans la tempête[944]. Ils -rédigèrent donc un mémoire pour tâcher d'en détourner l'Empereur, lui -représentant les conséquences fatales qu'un conflit pourrait avoir -pour la France et pour la sûreté de la famille royale, et alléguant -le fâcheux effet qu'avait déjà produit, suivant eux, l'ordre donné au -maréchal Bender. Fidèle à son principe de tout accepter sans objection, -la Reine consentit à envoyer ce mémoire à Vienne par un émissaire -secret, mais, en traînant en longueur, sous prétexte qu'elle n'avait -pas de moyen de correspondre sûrement avec son frère[945]. Et elle -eut bien soin de lui faire savoir que c'était l'œuvre exclusive de -ses conseillers d'occasion, qu'ils n'avaient en aucune façon traduit -sa propre pensée, et qu'il était de la dernière importance de bien -distinguer son intérêt véritable de tout ce qu'elle était obligée de -faire et de dire pour sa sûreté personnelle et celle du Roi[946]. Elle -s'applaudissait au contraire du ferme langage que, pour la première -fois, avait tenu Léopold et de la crainte qu'il avait inspirée aux -Constitutionnels, crainte attestée par la démarche qu'ils faisaient à -Vienne; et elle en concluait qu'une déclaration des Puissances, appuyée -par des forces imposantes, produirait le même effet sur le pays entier -et forcerait l'Assemblée à composer enfin avec le Souverain. - -Cette diplomatie en partie double, cette contradiction entre les -démarches officielles et les sentiments secrets forçaient le Roi et la -Reine d'avoir hors de France des agents autorisés, chargés de faire -connaître aux Cours étrangères leurs véritables intentions. C'étaient, -à Berlin, le vicomte de Caraman; à Saint-Pétersbourg, le marquis de -Bombelles; à Londres, l'évêque de Pamiers et M. Crawford; c'étaient -avant tout le baron de Breteuil, qui avait les pouvoirs du Roi, et -aussi le correspondant de la Reine, le comte de Fersen. Puis, en dehors -de ces agents, il y avait les émissaires, tantôt français, tantôt -étrangers, parce que ceux-ci, par leur nationalité même, éveillaient -moins l'attention des espions de toutes sortes attachés aux Tuileries. -Et lorsque, parmi ces étrangers, la Reine rencontrait un homme d'un -caractère sûr, d'un dévouement éprouvé, en même temps que d'une -autorité reconnue, qui, ayant vu les choses de près, pût les montrer -telles qu'elles étaient réellement, elle n'hésitait pas à lui confier -la délicate mission de peindre à ses amis et à ses alliés la situation -vraie de la France et les sentiments intimes des souverains. - -Cet homme, au commencement de 1792, fut Jean de Simolin, ministre de -Russie à Paris depuis 1784, et qui, après le départ du comte de Mercy, -l'avait en partie remplacé dans la confiance de Marie-Antoinette[947]. -Simolin devait prendre un congé de quelques semaines. La Reine le -fit prier de passer chez elle, le reçut sans cérémonial, en frac et -en surtout, dans sa chambre, où bientôt le Roi vint la rejoindre; et -là, après avoir soigneusement poussé le verrou de la porte, lui ouvrit -son âme tout entière, se répandit en témoignages de reconnaissance -pour la Czarine, mais ne dissimula pas son mécontentement de la -conduite de l'Empereur qui, dit-elle, «conservait sur le trône la -façon de penser d'un petit duc de Toscane, ne prenait aucun intérêt à -ses parents[948],» et ne répondait pas même à ses lettres. L'émotion -la gagnait; ses yeux étaient humides. Mais, refoulant ses pleurs, -elle déroula au ministre russe tout son système, lui expliqua -les motifs de sa conduite, lui dépeignit en termes très vifs la -situation, et le chargea de la représenter dans toute son exactitude -et toute son horreur à Léopold et à Catherine[949]; et comme Simolin, -touché lui-même jusqu'aux larmes[950], objectait les dangers qu'une -intervention des Puissances pourrait faire courir à la famille royale: - -«Dites à l'Empereur, répondit-elle, que la nation a trop besoin du Roi -et de son fils, pour qu'ils aient rien à craindre; c'est eux qu'il -est intéressant de sauver. Quant à moi, je ne crains rien; pourvu -qu'ils soient sauvés, tout m'est indifférent, et j'aime mieux courir -tous les dangers possibles que de vivre plus longtemps dans l'état -d'avilissement et de malheur où je suis[951].» - -La lettre de la Reine à l'Empereur n'entrait dans aucun détail, se -contentant d'accréditer près de lui Simolin, dont elle vantait la -sagesse et les manières franches et loyales, et laissant au ministre -russe le soin de développer la pensée des prisonniers des Tuileries. -Avec Mercy, quoiqu'il fût recommandé à Simolin de ne s'ouvrir à lui -qu'avec «quelque réserve[952]», Marie-Antoinette était plus explicite; -la lettre qu'elle lui écrivit à cette occasion est trop importante et -exprime trop bien les vrais sentiments de la malheureuse princesse pour -que nous ne croyions pas devoir la transcrire ici tout entière; - - Février 1792. - -«M. de S., qui vous joindra, Monsieur, veut bien se charger de mes -commissions. Il compte faire une course pour aller voir le prince -Galitzin, et, d'après votre conseil, je l'ai prié de porter directement -une lettre de moi à mon frère. L'ignorance totale où je suis des -dispositions du cabinet de Vienne rend tous les jours ma position plus -affligeante et plus critique. Je ne sais quelle contenance faire ni -quel ton prendre; tout le monde m'accuse de dissimulation, de fausseté, -et personne ne peut croire,—avec raison,—que mon frère s'intéresse -assez peu à l'affreuse position de sa sœur pour l'exposer sans cesse, -sans lui rien dire. Oui, il m'expose, et mille fois plus que s'il -agissait; la haine, la méfiance, l'insolence sont les trois mobiles -qui font agir dans ce moment ce pays-ci. _Ils sont insolents par excès -de peur_, et parce que, en même temps, ils croient qu'on ne fera rien -au dehors. Cela est clair; il n'y a qu'à voir les moments où ils ont -cru que réellement les Puissances allaient prendre le ton qui leur -convient; nommément à l'office du 21 décembre de l'Empereur, personne -n'a osé parler ni remuer, jusqu'à ce qu'ils fussent rassurés. Que -l'Empereur sente donc une fois ses propres injures; qu'il se montre à -la tête des autres Puissances avec une force, mais une force imposante, -et je vous assure que tout tremblera ici. Il n'y a plus à s'inquiéter -pour notre sûreté; c'est ce pays-ci qui provoque à la guerre; c'est -l'Assemblée qui la veut. La marche constitutionnelle que le Roi a prise -le met à l'abri, d'un côté, et, de l'autre, son existence et celle de -son fils sont si nécessaires à tous les scélérats qui nous entourent -que cela fait notre sûreté; et, je le dis, il n'y a rien de pis que de -rester comme nous sommes; il n'y a plus aucun secours à attendre du -temps et de l'intérieur. Le premier moment sera difficile à passer ici; -mais il faudra une grande prudence et circonspection. Je pense, comme -vous, qu'il faudrait des gens habiles et sûrs pour être informé de -tout; mais où les trouver[953]?» - -Porteur de ces lettres et de ces instructions, M. de Simolin partit -de Paris le 7 février, arriva le 9 à Bruxelles, s'aboucha avec MM. de -Breteuil, Fersen et de Mercy, et poursuivit sa route sur Vienne. - -Deux jours après, le 11 février, le comte de Fersen s'acheminait de son -côté vers Paris. - -De tous les souverains que préoccupait la situation du Roi de France, -Gustave III était assurément le plus sincère et le plus désintéressé. -Il avait accepté le Congrès; il était même disposé à aller plus loin; -mais il s'inquiétait avec raison de l'effervescence que ne pouvaient -manquer de soulever à Paris les premières menaces des Puissances et -du danger qu'aurait alors à courir la famille royale. Déjà même le -bruit s'était répandu que, en cas de guerre, le Roi, la Reine et -leurs enfants seraient emmenés dans le Midi, probablement dans les -Cévennes, sous la garde d'une armée de protestants[954]. Pour éviter -ce double péril, d'une insurrection populaire ou d'un enlèvement, -et quels que fussent d'ailleurs les risques d'une évasion nouvelle, -Gustave jugeait «indispensable»,—et il était en cela d'accord avec -l'Impératrice de Russie[955],—que Louis XVI fît tout pour se soustraire -aux mains de ses geôliers[956]. Deux moyens étaient ouverts: ou gagner -la mer et s'échapper sur un petit bateau anglais qui irait débarquer -à Ostende[957], ou prendre la voie de terre, traverser les «forêts -de chasse» en évitant les villages[958] et se faire conduire par -des contrebandiers jusqu'à une dizaine de lieues de la frontière, -où un détachement de troupes légères rencontrerait les fugitifs -et protégerait leur sortie[959]. Le Roi, la Reine et le Dauphin -partiraient seuls, pour ne pas compliquer les préparatifs; Mme -Elisabeth et Madame Royale resteraient à Paris, où il semblait qu'elles -ne devaient avoir rien à craindre[960]. Quel que fût d'ailleurs le -plan adopté, comme il était urgent qu'il restât secret et qu'il eût -été imprudent de le confier à la poste, Fersen fut chargé d'aller le -proposer aux prisonniers et l'étudier sur place avec eux. - -Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que des projets de ce -genre étaient présentés à la famille royale. Déjà, un autre fidèle -du malheur, un Anglais, M. Crawford, qui put séjourner incognito à -Paris de décembre 1791 jusqu'en avril 1792, avait, d'accord avec le -roi d'Angleterre, proposé à la Reine de quitter la France avec le -Dauphin, et tout arrangé pour la fuite[961]. La Reine avait refusé: -son devoir était de rester aux côtés de son mari; elle ne voulait pas -l'abandonner[962]. - -Mais, par une coïncidence étrange, au moment même où les conseillers -du roi de Suède élaboraient un plan d'évasion, le bruit d'une fuite -nouvelle de la famille royale courait dans Paris. Le public en -jasait; les journaux en parlaient; on entrait dans le détail: le -départ devait s'effectuer par Calais[963]; on fixait même la date, -c'était la nuit du 12 au 13 janvier. L'Assemblée et la municipalité -s'émurent; le nouveau maire de Paris, Pétion, fit doubler les postes -du Château[964], et l'Assemblée, après avoir, le 11 janvier, déclaré -infâme tout Français qui prendrait part à un Congrès, destiné à changer -la Constitution[965], décréta que nul ne pourrait voyager en France -sans un passeport individuel. La Reine, instruite des projets de son -confident, et alarmée des dangers qu'aurait à courir, s'il était -reconnu, l'organisateur du voyage de Varennes, la Reine lui écrivit -d'ajourner, et ce ne fut que lorsque le Roi eut refusé sa sanction au -décret sur les passeports[966], qu'elle lui permit de venir. - -Fersen quitta donc Bruxelles le 11 février, à neuf heures et demie du -matin, en chaise de poste, sans domestique, accompagné seulement d'un -officier suédois du nom de Reuterswaerd; tous deux avaient un passeport -de courrier pour le Portugal, sous des noms supposés, et Fersen, pour -mieux se déguiser, portait une perruque[967]. Malgré leur crainte des -vexations qu'on faisait alors subir aux voyageurs, ils ne rencontrèrent -aucun obstacle. Partout on fut poli; à Péronne même, où un accident de -voiture les retint quatre heures, ils n'eurent qu'à se louer des bons -procédés de la municipalité et de la garde nationale[968]. Le lundi 13 -février, à cinq heures et demie du soir, ils entrèrent sans encombre -à Paris. Fersen laissa son compagnon de route, et le soir même, après -s'être entendu avec Goguelat, qu'il avait prévenu de son arrivée, il -se rendit aux Tuileries par des chemins détournés, ne put voir qu'un -instant la Reine, mais y revint le 14, à minuit[969], et trouva la -Reine et le Roi. - -Quelles furent les émotions de ce premier revoir, après huit mois de -séparation, on le devine sans peine. Que de confidences échangées -entre les prisonniers et le défenseur qui leur avait dévoué sans -arrière-pensée sa fortune et sa vie! Que de souvenirs évoqués, que -de larmes versées! Ce furent d'abord les ineffaçables souvenirs de -Varennes, les angoisses et les avanies de ce douloureux retour; -puis les misères du présent, la perspective meilleure peut-être de -l'avenir. On parla du projet de fuite; on convint qu'il offrirait de -grands avantages, en donnant une impulsion plus vive aux affaires, -en facilitant la bonne volonté des alliés[970]. La Reine le sentait -bien, et ce n'était pas l'insuccès d'une première tentative qui la -décourageait d'une seconde. Mais les difficultés étaient extrêmes: -Fersen lui même, qui avait tant à cœur une évasion, dut la déclarer -impossible. La famille royale était gardée à vue; tous les bâtiments -en partance étaient rigoureusement visités[971]; et, d'autre part, un -grand nombre de municipalités, celles de campagne surtout, ne tenant -pas compte du _veto_ du Roi, appliquaient le décret sur les passeports, -comme s'il avait été sanctionné[972]. La fuite était «physiquement -impossible», tant la surveillance était minutieuse[973]. - -Aux obstacles matériels s'ajoutait un obstacle moral, plus -insurmontable peut-être: la conscience du Roi; ayant si souvent promis -de rester, il se faisait scrupule de partir. Mais il acceptait, il -demandait même qu'un des premiers actes du Congrès fût d'exiger sa -sortie de Paris, pour donner, en pleine liberté, son assentiment aux -mesures à adopter et ratifier les engagements pris avec les Puissances. -Si cette liberté lui était refusée, alors il pourrait tenter de fuir à -travers les bois, par l'itinéraire que Fersen conseillait et déclarait -possible, et si cette tentative échouait, il consentait pleinement à ce -que les Puissances agissent, sans s'occuper de lui. «Il faut, dit-il, -qu'on me mette tout à fait de côté et qu'on me laisse faire[974].» -C'était la confirmation de ce que la Reine avait déclaré à Simolin. - -Quant aux démarches qu'il accomplissait, à l'approbation qu'il semblait -donner aux actes de l'Assemblée, il ne fallait ni s'en étonner, ni s'y -laisser tromper. Une telle conduite de sa part était rendue nécessaire -par la situation précaire où il se trouvait et par le désir d'éviter de -plus grands maux. Il n'avait sanctionné le décret sur la séquestration -des biens des émigrés, que pour empêcher qu'ils ne fussent pillés et -brûlés; mais il ne consentirait jamais à ce qu'ils fussent vendus. - -«Ah çà, dit-il avec sa brusque bonhomie, nous sommes entre nous et nous -pouvons parler. Je sais qu'on me taxe de faiblesse et d'irrésolution; -mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma position. Je sais que -j'ai manqué le moment; c'était le 14 juillet; il fallait alors s'en -aller et je le voulais; mais comment faire, quand Monsieur lui-même me -priait de ne pas partir et que le maréchal de Broglie, qui commandait, -me répondait: «Oui, nous pouvons aller à Metz; mais que ferons-nous, -quand nous y serons?» «J'ai manqué le moment, et depuis je ne l'ai pas -retrouvé. J'ai été abandonné de tout le monde[975].» - -Le Roi et la Reine se mirent à entrer, sans récriminations, mais -avec une émotion qui gagna Fersen, dans le détail de toutes les -ingratitudes, de tous les abandons dont ils avaient été, dont ils -étaient tous les jours victimes, n'ayant dans le ministère qu'un seul -homme, Bertrand de Molleville, qui leur fût vraiment dévoué, trahis -par ceux qui leur devaient le plus, et ne pouvant rien attendre que de -l'attachement de ceux qui ne leur devaient rien[976]. Dans l'extrémité -où ils étaient réduits, avec les progrès de l'esprit révolutionnaire, -entre les attaques de l'Assemblée et les insultes de la rue, il ne -fallait plus rien espérer de l'intérieur, pas même de l'excès du mal, -qui, disait la Reine, «ne saurait enfanter le bien[977]»; il n'y aurait -pas de retour sérieux et solide de l'opinion; on ne pouvait compter -que sur l'intervention des Puissances. Ce n'était pas seulement le -sentiment du Roi et de la Reine, mais celui de leurs conseillers -constitutionnels, d'Alexandre de Lameth et de Duport, qui leur -répétaient sans cesse qu'un tel état ne pouvait durer, qu'il n'y avait -de remède que dans les troupes étrangères, et que, sans elles, tout -était perdu[978]. - -«En tout, écrivait Fersen, résumant à Gustave III ses entretiens -avec la famille royale, j'ai trouvé le Roi et la Reine très décidés -à supporter tout plutôt que l'état où ils sont, et, d'après la -conversation que j'ai eue avec Leurs Majestés, je crois pouvoir vous -assurer, Sire, qu'elles sentent fortement que toute composition avec -les rebelles est inutile et impossible, et qu'il n'y a de moyen -pour le rétablissement de leur autorité que la force et des secours -étrangers[979]». - -Quelque douce qu'eût été, malgré ses tristesses, cette entrevue, -Fersen ne crut pas pouvoir la renouveler. La surveillance était si -active, et il eût été si fâcheux, pour eux plus encore que pour lui, -qu'il fût reconnu! C'était beaucoup déjà d'avoir pu pénétrer deux fois -au Château, malgré la vigilance des geôliers. Il repartit donc le -15, et, pour dérouter les soupçons, alla jusqu'à Tours et revint par -Fontainebleau. Le 19, à six heures du soir, il était rentré à Paris; -mais il n'osa pas retourner aux Tuileries; il se contenta d'écrire pour -savoir si l'on n'avait pas d'ordre nouveau à lui donner et resta caché -pendant deux jours[980]. Le 21, à une heure du matin, après s'être -muni, pour plus de précaution, d'un passeport de courrier[981], il -repartait avec son ami Reuterswaerd et, après quelques difficultés dans -un petit village, près de Marchiennes, arrivait le 24 à Bruxelles. - -Si Fersen n'avait pas été tenu à tant de prudence et s'il avait pu -se montrer dans Paris, il aurait eu, avant de quitter la France, une -fugitive consolation. - -Le 20 février, la Reine, avec ses enfants, était allée au -Théâtre-Italien. On représentait _les Événements imprévus_, de Grétry. -Quand on arriva au duo du valet et de la femme de chambre, Mme -Dugazon, aussi royaliste que son mari était démocrate, s'inclina -devant Marie-Antoinette, en chantant: - - Ah! comme j'aime ma maîtresse! - -Ce fut le signal d'un effroyable tumulte. _Pas de maître! Pas de -maîtresse! Vive la liberté!_ criaient les Jacobins du parterre.—_Vive -le Roi! Vive la Reine!_ ripostait-on des loges. Le public se divisa. -Jacobins et royalistes se prirent aux cheveux; mais les royalistes -furent les plus forts, et, comme dit Mme Elisabeth, «les Jacobins -furent bien battus.» Les touffes de cheveux noirs volaient dans salle. -La garde intervint et rétablit l'ordre[982]. On fit répéter le duo -jusqu'à quatre fois, et quand Mme Dugazon en vint à ce vers: - - Il faut les rendre heureux, - -«Oui! oui!» cria-t-on de toutes parts. Au milieu de toute cette -bagarre, la Reine avait conservé le maintien le plus noble et le plus -grand calme. Quand elle sortit, elle fut couverte d'acclamations. - -«C'est une drôle de nation que la nôtre, écrivait Mme Elisabeth à -son amie, Mme de Bombelles, en lui racontant cet incident; il faut -convenir qu'elle a de charmants moments[983].» Hélas! ces moments -étaient rares et ces acclamations bien passagères. Quatre jours après, -deux pages de la Reine, reconnus au Vaudeville, étaient maltraités -et traînés dans la boue. Quant à la Reine elle-même, elle ne voulut -pas s'exposer à être le prétexte de luttes où ses amis n'auraient -probablement pas toujours le dessus, et le 20 février fut le dernier -jour où elle alla au théâtre[984]. - - - - -CHAPITRE XVII - - Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie insultante des - Jacobins.—Nouveaux outrages contre la Reine.—Attaque violente de - Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre des affaires étrangères.—Il - offre à Marie-Antoinette son concours qui est repoussé.—Le - ministère Girondin.—Pâques 1792.—La seule consolation de la Reine, - ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son - gouverneur. - - -Malgré l'insuccès de son plan d'évasion, Fersen revenait de Paris -«assez content de sa course[985]». Il connaissait maintenant les -intentions vraies de Louis XVI et de Marie-Antoinette; il savait le but -à poursuivre, et ce but semblait en grande partie atteint. L'accord -s'était établi entre le Roi et les Puissances. Le Roi consentait à -les laisser agir; les Puissances paraissaient décidées à agir. Le roi -de Prusse et le roi d'Espagne, comme le roi de Suède et l'Impératrice -de Russie en proclamaient la nécessité: la Suisse républicaine -s'alliait pour cela à l'Europe monarchique; l'Empereur lui-même, ce -«Florentin» dont la lenteur et le silence avaient si souvent désolé -sa sœur, l'Empereur, malgré les conseils de Kaunitz, qui traitait de -«lieux communs[986]» les plaintes de la Reine, l'Empereur avait l'air -disposé à ne plus s'en tenir aux «déclarations[987]». «Jamais, disait -Colloredo à Simolin, je ne l'ai trouvé si animé[988].» Et Mercy, devenu -belliqueux, portait la main à son épée en s'écriant: «Il ne reste plus -d'autre moyen pour sauver la France et toute l'Europe[989].» - -Mais un coup imprévu allait renverser tout cet échafaudage si -laborieusement élevé. Le 1er mars 1792, Léopold mourait presque -subitement, emporté par une violente maladie d'entrailles qui n'avait -duré que deux jours[990]. Malgré ses griefs contre l'Empereur, -Marie-Antoinette fut vivement émue de cette mort, et dans le premier -moment de sa douleur, elle s'écria que son frère,—le bruit d'ailleurs -en courut,—avait été empoisonné par les Jacobins[991]. Mais elle -n'avait pas le loisir de pleurer; il fallait aviser aux changements que -cette perte inattendue allait amener dans l'échiquier politique. - -Le successeur de Léopold était un adolescent de vingt-quatre ans, -faible et maladif; l'Empire demeurait momentanément sans chef, et le -principal lieu de la scène politique allait se trouver transporté de -Vienne à Berlin[992]. Sans doute, le jeune roi de Hongrie assurait -que ses dispositions étaient les mêmes que celles de son père; sans -doute, le grand chancelier, prince de Rosemberg, écrivait à la sœur -du marquis de Raigecourt: «J'espère que mon nouveau maître restera -fidèle à tous les engagements contractés par feu son père et qu'il sera -le restaurateur du trône et de l'autorité royale en France[993].» -Mais le temporisateur Kaunitz affirmait, à la même heure, «qu'on ne -pouvait dire que des choses vagues et que, si l'on travaillait à un -concert des Puissances, il était impossible de savoir quand et comment -ce concert se pourrait établir[994].» La Reine, inquiète de toutes -ces incertitudes et de tous ces retards, se hâta d'envoyer à Vienne -Goguelat, sous le nom de Daumartin, afin de demander une réponse -positive[995]. «Il n'y a pas de temps à perdre, disait tristement la -pauvre femme, car on n'en perd pas contre nous[996].» - -Il semblait que le malheur s'attachât aux infortunés, pour déconcerter -tous leurs plans. Le 16 mars, le chef le plus ardent et le plus dévoué -de la coalition, Gustave III, était frappé, dans un bal masqué, d'un -coup de pistolet tiré à Stockholm, mais peut-être parti de Paris[997]. - -«Voilà, disait le blessé au baron des Cars, un coup qui va réjouir vos -Jacobins[998].» L'émotion fut grande en effet en France, lorsqu'on -apprit que le prince avait succombé, le 29 mars, à sa blessure. Chez -les Jacobins ce fut un cri de triomphe: Ankarstroëm et ses complices -furent qualifiés de Brutus et de Mutius Scévola[999] et l'on proclama -que le poignard est la dernière raison du peuple[1000]. A la Cour, -ce fut un cri de stupeur: le Roi et la Reine furent consternés: ils -perdaient leur meilleur appui. La veille même de sa mort, Gustave leur -avait fait dire «qu'un de ses regrets, en quittant la vie, était de -sentir que sa perte pouvait nuire à leurs intérêts[1001]». Lorsque -Mme de Tourzel, qui venait d'être instruite du fatal événement chez -le Dauphin, descendit chez la Reine, les traits bouleversés: «Je vois -à votre visage, lui dit l'infortunée souveraine, que vous savez la -cruelle nouvelle que nous venons d'apprendre. Il est impossible de ne -pas être pénétrée de douleur; mais il faut s'armer de courage, car, qui -peut répondre de ne pas éprouver un pareil sort[1002]?» Et la jeune -Madame se jeta dans les bras de sa mère en fondant en larmes. - -Elles avaient bien raison de pleurer, les malheureuses victimes; -leur situation devenait chaque jour plus critique. Toutes les -misères qu'entraîne toujours une révolution, l'anarchie qui -naît de l'absence de gouvernement et qu'attestent trop tous les -écrits du temps, l'anarchie spontanée, comme l'a nommée un grand -historien, l'amoindrissement ou la perte des fortunes particulières, -l'avilissement de la fortune publique, la banqueroute imminente, la -cherté des grains, l'impossibilité de les transporter d'un département -à un autre[1003], la famine en perspective, le manque total de -numéraire, le peu de confiance dans le papier[1004], les attaques des -orateurs à l'Assemblée ou dans les clubs contre la famille royale, les -excitations des journaux, les calomnies des gazettiers, tout cela -entretenait la population parisienne dans un état de fièvre permanent. -Les Jacobins étaient tout à la haine; les républicains ne dissimulaient -plus leur espoir. Le Roi lui-même tombait dans un découragement qui -allait jusqu'à l'abattement physique. Il restait des jours entiers sans -articuler un mot, et il fallut que sa femme se jetât à ses pieds et -fît à sa tendresse et à son courage l'appel le plus déchirant, allant -jusqu'à lui dire «que, s'il fallait périr, ce devait être du moins -avec honneur, et sans attendre qu'on vînt les étouffer l'un et l'autre -sur le parquet de leur appartement», pour qu'il sortît enfin de cette -torpeur[1005]. - -On préparait au grand jour, au milieu d'un débordement d'ignobles -injures, la déchéance de la royauté. On fabriquait des piques à -crochets pour arracher, disait-on, les entrailles des aristocrates, et -l'Assemblée accordait aux porteurs les honneurs de la séance[1006]. -On en armait des régiments de femmes et l'on projetait de les faire -défiler devant la Reine. Le bonnet rouge, ce hideux emblème, faisait -son apparition sous les fenêtres du Roi; des motions menaçantes étaient -proposées dans le jardin des Tuileries et les insultes de la populace -prenaient le caractère le plus grossier et le plus dégoûtant[1007]. -Le plan des conjurés s'élaborait à un souper chez Condorcet. Il -s'agissait de suspendre le Roi, de s'emparer de l'éducation du Dauphin -et de lui donner Condorcet comme précepteur[1008]. Quant à la Reine, -on hésitait si on la renverrait purement et simplement en Autriche, -comme le voulait Siéyès[1009], si on l'enfermait dans un couvent[1010] -ou au Val-de-Grâce[1011], ou si on la traduisait devant la Haute-Cour -d'Orléans, sous dix-neuf chefs d'accusation[1012]. La Reine le savait: -elle s'attendait _à tout_, et comme un jour elle s'en ouvrait à -Mme de Tourzel: «Mais, dit la gouvernante, le Roi ne souffrira -jamais l'accomplissement d'un projet si atroce.»—«Je le préférerais,» -répondit la vaillante femme, «plutôt que d'exposer ses jours, si son -refus devait produire cet effet[1013].» Mais tenant, avant tout, à -ne compromettre personne, elle passa plusieurs nuits avec Mme -Campan à trier ses papiers et à brûler tous ceux qui pouvaient être -dangereux[1014]. - -On outrageait ses sentiments intimes, on ne respectait même pas sa -douleur. A la mort de son frère, on ne permit pas d'en porter le deuil -en public. Un officier, qui avait paru avec un crêpe au bras dans le -jardin des Tuileries, fut insulté et maltraité[1015], et une tête -représentant Léopold fut plantée au bout d'une pique sous le balcon du -Château. - -«Elle,—la mort de l'Empereur,—a fait son effet, disaient les journaux -patriotes. Elisabeth s'est confessée le soir même, et Marie-Antoinette, -malgré sa réputation de femme forte, en a reçu une atteinte au cerveau. -Léopold est mort; mais le plus redoutable de nos ennemis est plein de -vie et habite au milieu de nous. Le défunt est entré seul dans la -tombe; il nous laisse une sœur!» - -A l'Assemblée, les orateurs se faisaient les échos des calomnies et des -menaces de la presse. Le 10 mars, au moment où la Reine pleurait la -mort de son frère, dans la mémorable et orageuse discussion qui aboutit -au renvoi de Lessart devant la Cour d'Orléans, Vergniaud s'écriait: - -«De cette tribune, où je vous parle, on aperçoit le palais où des -conseillers pervers égarent et trompent le Roi que la Constitution nous -a donné, forgent les fers dont ils veulent nous enchaîner et préparent -les manœuvres qui doivent nous livrer à la Maison d'Autriche. Je vois -les fenêtres du palais où l'on trame la contre-révolution, où l'on -combine les moyens de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage, -après nous avoir fait passer par tous les désordres de l'anarchie, par -toutes les fureurs de la guerre civile. - -«Le jour est arrivé où vous pouvez mettre un terme à tant d'audace, à -tant d'insolence et confondre enfin les conspirateurs. L'épouvante et -la terreur sont souvent sortis, dans les temps antiques, de ce palais -fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi; qu'elles y -pénètrent tous les cœurs; que tous ceux qui l'habitent sachent que -notre Constitution n'accorde l'inviolabilité _qu'au Roi_. Qu'ils -sachent que la loi y atteindra sans distinction les coupables, et qu'il -n'y aura pas une seule tête, convaincue d'être criminelle, qui puisse -échapper au glaive.» - -L'allusion était transparente; dans la situation des esprits, dénoncer -ainsi la Reine, c'était la désigner aux vengeances populaires et -aux poignards des assassins; les menaces sanguinaires du 20 juin et -l'échafaud du 16 octobre sont en germe dans ces venimeuses paroles de -l'orateur girondin. - -Au récit de cette affreuse séance, Marie-Antoinette versa, dit-on, -des torrents de larmes. «Larmes de haine,» dit M. E. Quinet[1016]. -Vouliez-vous donc que ce fussent des larmes d'amour? - -Qui s'étonnera ensuite que la Reine, ainsi réduite à sauver sa tête -et celle de son mari et de ses enfants, placée par les violences dont -elle était l'objet en légitime défense, ait cherché au dehors l'appui -qu'elle ne trouvait plus au dedans et demandé aux Puissances, à ses -parents, à ses alliés, un secours que des hommes politiques de tous -les partis, des Constitutionnels comme Duport et les Lameth, des -monarchistes comme Mounier et Mallet du Pan, des royalistes comme -Breteuil et Bombelles, déclaraient seul capable d'arracher la famille -royale aux assassins et la France à l'anarchie? - -Le 16 mars, Dumouriez fut nommé ministre des affaires étrangères en -remplacement de Lessart. Ancien agent de la diplomatie secrète de -Louis XV, homme de plume et homme d'épée, souple et insinuant sous -des apparences de franchise et de brusquerie, Dumouriez ne tarda pas -à prendre une influence sérieuse sur Louis XVI; il ne put gagner -la confiance de Marie-Antoinette. Vainement lui fit-il les plus -chaleureuses protestations de dévouement; vainement se jeta-t-il à -ses pieds en lui affirmant qu'il n'était et ne pouvait être Jacobin; -vainement lui saisit-il un jour la main, en la baisant avec transport -et en lui disant: «Madame, laissez-vous sauver[1017].» Il crut l'avoir -convaincue: il ne l'avait pas ébranlée. On a fait un reproche à la -Reine de cette méfiance obstinée; on a dit: Dumouriez, avec son -adresse politique et ses talents militaires, eût rétabli la monarchie. -Peut-être; il est facile de raisonner et de critiquer après coup. -Mais, étant donnés le caractère et l'attitude du personnage, le refus -de Marie-Antoinette ne s'explique que trop. Des protestations de -fidélité à la royauté, ou des protestations de dévouement aux Jacobins, -lesquelles devait-elle croire sincères? Et lui était-il possible -d'accepter aveuglément un concours dont, quelques jours auparavant, -Dumouriez avait fait hommage à Robespierre et à Collot d'Herbois[1018]? - -Le 24 mars, Roland et Clavière entraient à leur tour au ministère, -qui, un mois après, se complétait par la nomination de Servan. C'était -la Gironde qui prenait enfin le pouvoir qu'elle avait si longtemps -ambitionné: la Gironde, le parti qui s'était montré le plus acharné -contre Marie-Antoinette, celui dont le plus éloquent orateur avait -lancé contre elle l'odieuse dénonciation que nous avons dite, et dont -l'inspiratrice attitrée, Mme Roland, intelligence élevée, caractère -ferme, mais nature envieuse et cœur plein de fiel, poursuivait la Reine -d'une haine de femme et avait écrit à Bosc, dès le 26 juillet 1789: - -«Vous n'êtes que des enfants; votre enthousiasme est un feu de paille; -et, si l'Assemblée nationale ne fait pas en règle le procès de deux -têtes illustres, ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes -tous f.....[1019].» - -Pâques approchait. Depuis que son directeur, le curé de Saint-Eustache, -avait prêté serment à la Constitution civile, la Reine avait choisi un -autre confesseur; mais il lui était interdit de remplir publiquement -ses devoirs religieux. Pour donner satisfaction à sa conscience -et accomplir la grande loi chrétienne, elle demanda à l'un de ses -chapelains de lui dire le jour de Pâques, à cinq heures du matin, une -messe qu'elle pût entendre en secret. C'était le 8 avril. La nuit était -noire encore; Mme Campan, un bougeoir à la main, accompagna sa -maîtresse jusqu'à la chapelle et l'y laissa seule. La princesse resta -longtemps absorbée dans ses prières et ses tristes méditations; il -faisait déjà petit jour lorsqu'elle rentra chez elle[1020]. - -Huit jours après, le 15 avril, malgré une protestation indignée de -Gouvion et les strophes enflammées d'André Chénier, Paris célébrait une -fête en l'honneur des Suisses du régiment de Châteauvieux, condamnés -aux galères pour avoir, lors de l'insurrection de Nancy, en 1790, pillé -la caisse de leur régiment et tiré sur les gardes nationales et les -troupes françaises. C'était la fête de l'indiscipline, du vol et de -l'assassinat. On porta en triomphe les forçats libérés; l'Assemblée -leur décerna les honneurs de la séance et, le soir, la ville illumina. -Mme Elisabeth, dans sa correspondance, plaisanta de ce grotesque -défilé, des trois ou quatre cents patriotes avinés, hurlant: _Vive la -Nation!_ et _A bas Lafayette!_ et de «Dame Liberté, tremblotante sur -son char[1021]». Mais cette cérémonie, qui rappelait le souvenir de M. -de Bouillé, fut pour la Reine l'occasion d'un redoublement d'outrages. -Le _P. Duchesne_, naturellement, s e distingua dans ce débordement -d'infamies; nous en citerons quelques lignes seulement, pour montrer à -quel degré était descendue la rage des pamphlétaires: - -«Ah! f..., quelle joie, quel bonheur, de la voir manger du fromage dans -ce beau jour! Je crois l'apercevoir au travers de sa jalousie, comme le -jour de la fête de Voltaire; c'est alors, f..., qu'elle rugissait comme -un tigre enchaîné de ne pouvoir s'abreuver de notre sang.» - -«...... Aux piques! f..., braves sans-culottes; aiguisez-les pour -exterminer les aristocrates, s'ils osent broncher. Que ce beau jour -soit le dernier de leur règne! Nous n'aurons de repos que quand la -dernière tête d'aristocrate sera abattue[1022].» - -Au milieu de ces tristesses et de ces fatigues,—car c'était sur -elle seule que reposaient le souci et la peine de la volumineuse -correspondance qu'elle entretenait de tous côtés, et de ces mémoires -«bien longs» pour elle «qui n'en savait pas faire[1023]»,—une suprême -consolation restait à Marie-Antoinette: c'étaient ses enfants; et elle -écrivait à Fersen: - -«Pour moi, je me soutiens mieux que je ne devrais, par la prodigieuse -fatigue d'esprit que j'ai sans cesse, en sortant peu de chez moi; je -n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les -écritures et le temps que je suis avec mes enfants. Cette dernière -occupation, qui n'est pas la moindre, fait mon seul bonheur, et quand -je suis bien triste, je prends mon petit garçon dans mes bras, je -l'embrasse de tout mon cœur, et cela me console de tout dans le moment. -Adieu[1024].» - -C'était en effet un bien joli et bien séduisant enfant que le jeune -Dauphin, avec ses longs cheveux bouclés, ses grands yeux bleus, son -intelligence précoce, déjà mûrie par le malheur, et son cœur plein de -tendresse. «Il était impossible, dit Mme de Tourzel, de voir un -enfant plus attachant, rempli de plus d'intelligence, et s'exprimant -avec autant de grâce. Il saisissait les occasions de dire des choses -agréables à ceux qui l'entouraient. Il était très attaché au Roi; -mais, comme il lui en imposait, il n'était pas aussi à son aise avec -lui qu'avec la Reine, qu'il adorait et à laquelle il exprimait ses -sentiments de la manière la plus touchante, trouvant toujours à lui -dire quelque chose de tendre et d'aimable. Sa gaîté et son amabilité -étaient la seule diversion aux peines journalières dont la Reine était -accablée. Elle l'élevait parfaitement, et quoiqu'elle eût pour lui la -tendresse la plus vive, je lui dois la justice de dire qu'elle ne l'a -jamais gâté, et qu'elle a toujours appuyé les justes représentations -qu'on faisait à ce jeune prince[1025].» Lui, de son côté, avait pour sa -mère des câlineries charmantes, des délicatesses de sentiments, des -effusions de tendresse adorables. Il la parfumait des fleurs de son -jardin: il la dévorait de caresses. - -Un jour,—c'était peu de temps après le retour de Varennes, et les -leçons, interrompues par la surveillance sévère à laquelle la famille -royale avait été soumise, venaient seulement de reprendre,—la Reine y -assistait. - -«S'il m'en souvient bien, dit le précepteur du Dauphin, l'abbé d'Avaux, -à son élève, la dernière leçon avait eu pour objet les trois degrés -de comparaison, le positif, le comparatif et le superlatif; mais vous -aurez tout oublié?»—«Vous vous trompez, reprit l'enfant; pour preuve, -écoutez-moi: le positif, c'est quand je dis: mon abbé est un bon abbé; -le comparatif, quand je dis: mon abbé est meilleur qu'un autre abbé; -le superlatif,» continua-t-il en regardant sa mère, «c'est quand je -dis: Maman est la plus aimable de toutes les mamans.» La Reine prit son -fils dans ses bras, le pressa contre son cœur, et ne put retenir ses -larmes[1026]. - -Elle était fière de son enfant, la pauvre mère, et elle le montrait -volontiers à ceux qui l'approchaient. - -«Tandis que la Reine me parlait, raconte Bertrand de Molleville, le -petit Dauphin, beau comme un ange, s'amusait à chanter et à sauter dans -l'appartement, avec un petit sabre de bois et un bouclier qu'il tenait -dans ses mains. On vint le chercher pour souper, et en deux bonds il -fut à la porte. «Comment, mon fils,» lui dit la Reine, «vous sortez -sans faire la révérence à M. Bertrand?»—«Oh! maman, dit ce charmant -enfant en continuant de sauter, M. Bertrand est de nos amis. Bonsoir, -Monsieur Bertrand[1027].» Et il s'élança hors de la chambre. «N'est il -pas gentil?» me dit la Reine, quand il fut sorti. Il est bien heureux -d'être si jeune; il ne sent point nos chagrins, et sa gaîté nous fait -du bien.» - -Mais cette dernière joie même, la malheureuse Reine ne pouvait en jouir -tranquillement: on lui disputait son fils. Le Dauphin allait avoir -sept ans, l'âge où, d'après la tradition monarchique, il devait sortir -des mains des femmes pour passer dans celles des hommes. L'Assemblée -ne l'oubliait pas, et, avide d'empiéter sur les droits du père, comme -elle avait empiété sur ceux du souverain, elle avait la prétention -d'imposer à Louis XVI le choix d'un précepteur. Déjà elle avait dressé -des listes sur lesquelles le Roi devait prendre le gouverneur de son -fils; on y lisait le nom des principaux meneurs de la gauche: Pétion, -Siéyès, Condorcet; on avait même mis en avant Robespierre. C'était à -ces philosophes sans foi qu'on voulait que le Roi très chrétien livrât -l'âme de son enfant. La Reine en était tourmentée plus qu'elle ne -pouvait le dire[1028]. Une motion fut même faite pour que l'Assemblée -nommât elle-même le gouverneur du prince royal; mais un dernier -sentiment de pudeur retint les députés: la motion fut rejetée. Le Roi -en profita pour écrire au président la lettre suivante: - - 18 avril 1792. - -«Je vous prie, Monsieur le Président, de prévenir l'Assemblée nationale -que, mon fils ayant atteint l'âge de sept ans, j'ai nommé pour son -gouverneur M. de Fleurieu: sa probité et ses lumières généralement -reconnues, ainsi que son attachement à la Constitution, ont déterminé -mon choix.» - -Cette décision, qui déconcertait les plans de la Gironde, n'eut pas de -suites. - -En fait, M. de Fleurieu ne prit jamais possession du poste auquel -l'avait appelé une confiance auguste. Le Roi et la Reine continuèrent, -comme par le passé, à diriger l'éducation de leur fils. L'initiative de -Louis XVI avait écarté ce danger. Que ne sût-elle conjurer de même ceux -qui menaçaient sa couronne, sa famille et sa vie! - - - - -CHAPITRE XVIII - - Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre de la Reine à Mercy, - du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du Pan.—Premiers échecs des - troupes françaises.—Lafayette propose au Roi de se retirer à son - armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation du Comité - autrichien.—Réapparition des mémoires de Mme de la Motte.—Ils - sont brûlés à Sèvres.—Licenciement de la garde - constitutionnelle.—M. d'Hervilly offre au Roi de chasser - l'Assemblée.—Le Roi refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai - sur la déportation des prêtres insermentés, du 8 juin sur la - formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des - ministres girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose - son _veto_ aux décrets. - - -Le 20 avril, Louis XVI déclarait la guerre au roi de Hongrie; il ne -s'était décidé à cette résolution qu'à la dernière extrémité, et, en -l'annonçant à l'Assemblée, il avait les larmes aux yeux; mais il avait -dû céder aux déclamations de la Gironde, à la pression de l'opinion, à -l'avis unanime et écrit de ses ministres[1029]. La Reine n'y répugnait -pas, comme le Roi; depuis l'échec de toutes ses espérances, elle voyait -dans la guerre une suprême ressource[1030], et elle lui semblait moins -dangereuse, si c'était l'Assemblée qui en prenait l'initiative[1031]; -on ne pourrait pas du moins accuser la famille royale d'avoir poussé -en avant les Puissances. Ce pouvait être l'occasion d'un retour de -l'opinion; mais cette opinion, il était essentiel qu'on ne fît rien -pour l'exaspérer. Aussi, dès le 30 avril, la Reine écrivait-elle à -Mercy: - -«La guerre est déclarée. La Cour de Vienne doit tâcher d'éloigner sa -cause le plus possible de celle des émigrés[1032], l'annoncer dans -son manifeste, en même temps que l'on pense qu'elle pourrait employer -l'ascendant naturel qu'elle a sur les émigrés pour tempérer leurs -prétentions, les amener à des idées raisonnables et à se rallier enfin -à tous ceux qui défendront la cause du Roi. Il est facile d'imaginer -les idées qui doivent faire le fond du manifeste de Vienne; mais, en -appelant l'univers à témoin des intentions de cette Puissance, de -ses efforts pour conserver la paix, de ses dispositions constantes -encore à tout terminer à l'amiable, de son éloignement de soutenir des -prétentions particulières ou quelques individus contre la nation, on -doit éviter de parler trop du Roi, de trop faire sentir que c'est lui -qu'on soutient et qu'on veut défendre. Ce langage l'embarrasserait, -le compromettrait, et, pour ne pas paraître conniver avec son neveu, -il serait forcé d'exagérer ses démarches et par là de s'avilir, ou de -donner un mouvement faux à l'opinion publique. C'est la nation dont il -faut parler pour dire que l'on n'a jamais eu le désir de lui faire la -guerre. Une observation également importante, c'est d'éviter de vouloir -paraître d'abord se mêler des affaires intérieures, ou même de vouloir -amener à composition. On a déjà cherché à déjouer les bonnes intentions -de Léopold, en faisant répandre qu'il voulait faire une transaction -entre tous nos partis. Il est à désirer sans doute que la marche que -prendra la Cour de Vienne y amène les Français; mais ce dessein doit -être très caché; car ce serait le rendre impossible à exécuter que -de le manifester d'abord. Les Français repousseraient toujours toute -intervention politique des étrangers dans leurs affaires, et l'orgueil -national est tellement attaché à cette idée qu'il est impossible au Roi -de s'en écarter, s'il veut rétablir son royaume[1033].» - -Trois semaines après, un ami de Malouet, un des esprits les plus sages -et les plus clairvoyants de cette époque, un écrivain qui n'avait -cessé de défendre avec énergie et modération la cause de la monarchie, -Mallet du Pan, était chargé d'aller appuyer près des Puissances le -plan tracé dans cette lettre et en développer les détails. Avant tout, -il insistait sur la nécessité d'engager les Princes et les Français -émigrés à ne «point faire perdre à la guerre actuelle, par un concours -hostile et offensif de leur part, le caractère de guerre étrangère -faite de Puissance à Puissance». Il n'était pas moins urgent que les -coalisés, dans le manifeste qu'ils devaient adresser à la France, -s'attachassent à «séparer les Jacobins et les factieux de toutes les -classes du reste de la nation, à rassurer tout ce qui est susceptible -de revenir de son égarement, tous ceux qui, sans vouloir de la -Constitution actuelle, craignent le retour des grands abus, tous ceux -que le délire de l'esprit, la contagion de l'exemple et la première -ivresse de la Révolution ont engagés dans cette cause criminelle, -mais qui, n'ayant à se reprocher que des erreurs, de l'exaltation et -de la faiblesse, se montreront désarmés et repentants, du moment où on -leur présentera une issue sans ignominie et sans dangers personnels». -Les Puissances devaient encore «faire entrer dans leur manifeste la -vérité fondamentale qu'on n'entend point toucher à l'intégrité du -royaume[1034], et que la crainte d'un démembrement est un indigne -artifice par lequel les usurpateurs cherchent à donner le change sur -le véritable et unique but des Puissances; qu'on fait la guerre à une -faction antisociale et non à la nation française». - -Enfin, il était essentiel «de n'imposer ni de proposer aucun système de -gouvernement, mais déclarer qu'on s'arme pour le rétablissement de la -monarchie et de l'autorité royale légitime, telle que Sa Majesté entend -elle-même la circonscrire[1035]». - -Tels étaient le but de la mission de Mallet du Pan, le genre de -concours que le Roi et Reine réclamaient des Puissances, le programme -qu'ils entendaient leur fixer et se fixer à eux-mêmes, et le résultat -qu'ils attendaient de la lutte qui allait commencer. - -Chose étrange! la guerre était déclarée; l'Assemblée la voulait depuis -plusieurs mois; les Puissances le savaient; la Reine elle-même les en -avait averties[1036]; et ni d'un côté, ni de l'autre on n'était prêt. -Les troupes autrichiennes en Belgique étaient dispersées et hors d'état -de se défendre; elles étaient d'ailleurs travaillées par des émissaires -jacobins et l'on se méfiait de leur fidélité[1037]. Il fallait encore -six semaines au moins pour que des renforts sérieux pussent arriver, et -si les généraux français avaient poussé vigoureusement les choses, ils -eussent pu arriver, presque sans coup férir, jusqu'à Bruxelles[1038]. -Mais eux non plus n'étaient point en mesure de marcher. Privée de -ses chefs les plus illustres, qui avaient émigré, et d'une partie de -ses régiments, qui avaient passé la frontière à la suite de leurs -chefs[1039], l'armée française était désorganisée; on le vit aux -premières affaires, où elle se débanda sans résistance. Le corps de -Théobald Dillon assassinait son général; le corps de Biron fuyait -honteusement devant une charge de uhlans; Lafayette était obligé de se -replier, et Rochambeau donnait sa démission. - -Il y eut un moment de terreur à Paris; les uns s'en prenaient au Roi, -les autres au ministre, un plus grand nombre à la Reine. L'émotion fut -vive dans la bourgeoisie parisienne, et M. de Vaublanc prétend que si, -à cette heure, un chef résolu se fût présenté, elle se fût ralliée à -lui spontanément pour restaurer l'autorité royale[1040]. Est-ce cette -pensée qui détermina Lafayette à venir dans la capitale au mois de -mai? Craignit-il que l'Assemblée, dans sa frayeur et dans sa haine, -voulût enlever la famille royale? Toujours est-il qu'il fit proposer -au Roi, par Malouet, et à la Reine, par M. de Gouvernet, de se retirer -au milieu de son armée, dont il répondait. Une division de cette armée -eût été postée à Compiègne, et de là, des détachements eussent facilité -le départ de la famille royale en s'aidant des gardes suisses et de la -partie dévouée des gardes nationaux. Le Roi et la Reine refusèrent: -le Roi avec des paroles bienveillantes pour le général, la Reine avec -une certaine aigreur[1041]. Ni l'un ni l'autre ne voulaient échanger -la tyrannie de l'Assemblée pour la tutelle de Lafayette. Peut-être se -souvenaient-ils qu'au moment du renvoi de M. de Narbonne le général -s'était emporté jusqu'à dire au garde des sceaux: «Nous verrons lequel, -du Roi ou de moi, aura la majorité dans le royaume[1042].» Peut-être -aussi avaient-ils encore présent à la mémoire cet avis suprême du -puissant tribun, dont le génie leur manquait tant à cette heure: «En -cas de guerre, M. de Lafayette voudrait tenir le Roi prisonnier dans sa -tente[1043].» - -Mais pour les révolutionnaires à l'Assemblée et dans la presse, ces -premiers échecs militaires servirent de prétexte à de nouvelles -diatribes contre la Reine. On l'accusa d'être la cause de la déroute -et d'avoir donné des ordres secrets pour occasionner la panique[1044]. -La populace fut ameutée, et dès le 1er mai, un Grec, qui habitait -la France, et qui avait salué avec enthousiasme les débuts de la -Révolution, mandait à ses amis: «Ne vous étonnez pas, si je vous -écris quelque jour pour vous apprendre l'assassinat du malheureux -Roi et de sa femme[1045].» Quinze jours après, un ami des Girondins, -Carra, dénonçait, dans les _Annales patriotiques_, un prétendu -Comité autrichien qui, disait-il, se tenait chez la princesse de -Lamballe[1046] et préparait, avec la Reine, une Saint-Barthélemy des -patriotes, tandis que le Roi, prenant la fuite, livrerait les places -fortes et l'armée à l'émigration. Carra fut poursuivi, et, dans le -débat qui s'éleva, déclara tenir ses informations de trois députés de -la gauche: Merlin de Thionville, Bazire et Chabot. Le juge de paix, -Etienne Larivière, qui avait instruit l'affaire, lança un mandat -d'amener contre les trois députés, sans se souvenir qu'ils étaient -inviolables. L'Assemblée le lui rappela durement en l'envoyant lui-même -à la Haute-Cour d'Orléans, antichambre de l'échafaud. - -Le Roi s'émut; peut-être craignit-il que, dans ces allégations -haineuses, on cherchât un prétexte pour réaliser le plan, si souvent -prêté aux Jacobins, d'emmener la famille royale dans le Midi pour la -livrer aux mains des émeutiers de Marseille et des assassins de la -Glacière[1047]. Il jugea que «l'intérêt de l'Etat et sa tranquillité au -dedans ne permettaient pas de laisser passer de telles calomnies sous -silence», et prescrivit au garde des sceaux d'en traduire les auteurs -devant les tribunaux afin que «toute cette affaire fût parfaitement -éclaircie[1048]». Les Girondins répondirent à cette lettre du Roi en -reproduisant, en pleine Assemblée, les accusations odieuses lancées -par leur ami Carra. Brissot, le grand dénonciateur, attaqua en termes -violents M. de Montmorin; mais cette fois il dépassa le but et, malgré -l'appui de Gensonné, la tentative avorta. En même temps, Pétion, que -la Reine, mal inspirée, avait contribué à faire nommer maire de Paris -contre Lafayette, et qui ne se servait de sa position que pour mieux -battre en brèche la royauté, Pétion signalait au commandant de la garde -nationale, dans une lettre rendue publique, de prétendues inquiétudes -sur un prochain départ du Roi pendant la nuit, inquiétudes, disait-il, -fondées sur des probabilités et des indices, et donnait l'ordre -de multiplier les patrouilles, tenant ainsi la population dans de -perpétuelles alarmes[1049]. - -Quelques jours après, le 29 mai, nouvelle alerte, nouveau rassemblement -des gardes nationaux, nouvelle promenade armée autour du Château pour -surveiller le Roi[1050]. - -Mais un bruit plus sérieux vint émouvoir les esprits et aggraver la -situation. Vers le commencement de 1792, Mme Campan avait été -prévenue que Mme de la Motte avait composé un nouveau libelle contre -la Reine et l'avait fait passer en France. On ajoutait que c'était -avant tout une affaire de chantage et que vraisemblablement le porteur -du manuscrit le livrerait pour mille louis. Mme Campan fit part -de cette ouverture à Marie-Antoinette; mais la Reine la repoussa, en -disant qu'elle avait toujours dédaigné de pareils libelles et que, en -outre, si elle avait la faiblesse d'en acheter un pour l'empêcher de -paraître, elle n'échapperait pas à l'actif espionnage des Jacobins et -leur fournirait par là de nouvelles armes et de nouveaux prétextes. - -Le raisonnement était sage, et d'ailleurs tant de calomnies -immondes inondaient la rue qu'une de plus ou de moins n'avait guère -d'importance. Mais Louis XVI n'eut pas la même impassibilité que sa -femme: il redouta pour elle le douloureux souvenir que réveillait le -nom de Mme de la Motte, et fit acheter par M. de la Porte l'édition -entière des _Mémoires_. Au lieu de la détruire sur-le-champ, et en -secret, M. de la Porte se contenta d'en enfermer les exemplaires -dans un cabinet de son hôtel. Mais les événements marchaient; la -violence de l'Assemblée et de la populace croissait d'heure en heure; -dénoncé lui-même, M. de la Porte craignit qu'une perquisition, faite -chez lui à l'improviste, ne fît découvrir les brochures et ne leur -donnât ainsi la publicité redoutée; il résolut de s'en défaire; -mais, par une maladresse ou un aveuglement inexplicable, il les fit -transporter en plein jour, sur une charrette, à la manufacture de -Sèvres, où elles furent brûlées, dans un grand feu allumé tout exprès, -en présence de deux cents ouvriers, auxquels il était expressément -défendu d'en approcher. Cet excès de précaution et d'imprudence ne -fit qu'alimenter les soupçons, en excitant la curiosité sans la -satisfaire. Une dénonciation fut faite par les ouvriers, et, malgré -les explications du directeur de Sèvres et de M. de la Porte, mandés à -la barre de l'Assemblée, on persista à voir dans les pamphlets brûlés -les papiers du fameux et imaginaire Comité autrichien. Girondins et -Jacobins s'unirent pour dénoncer le complot, et, fidèles à leur système -d'abattre un à un les derniers appuis de la monarchie, afin de la -renverser plus facilement, ils profitèrent de l'émotion produite pour -priver le Roi de sa garde constitutionnelle. - -Formée, le 16 mars, d'un tiers de troupes de ligne et de deux tiers de -gardes nationaux, sous le commandement suprême du duc de Brissac, qui -avait sous ses ordres MM. d'Hervilly et de Pont-l'Abbé, cette garde -était sincèrement dévouée au Roi; elle eût été, en cas d'émeute, avec -les Suisses et la partie saine de la garde nationale, un centre sérieux -de résistance[1051]. Elle était en même temps sans hostilité contre les -institutions nouvelles et pleine de déférence pour la milice citoyenne; -elle en avait donné des preuves en mainte occasion. Il y avait entre -les deux corps un désir ardent de vivre en bonne harmonie[1052]. -«Tenons-nous bien unis, disaient les gardes du Roi, c'est le moyen -d'être forts[1053].» Mais cet accord même excitait la méfiance et -la haine des ennemis de la royauté. Des rassemblements menaçants se -formaient aux Tuileries; on entourait les gardes; on insultait les -officiers; on les accusait de conserver dans la caserne de l'Ecole -militaire un drapeau blanc; on les dénonçait à l'Assemblée, qui se -déclarait aussitôt en permanence, comme si elle eût été en face d'un -immense danger. Bazire, allant droit au but, demanda qu'on licenciât la -garde constitutionnelle composée, disait-il, «de prêtres réfractaires, -d'émigrés et d'Arlésiens aristocrates.» Et après une longue séance, au -milieu de la nuit, la proposition de Bazire, appuyée par Brissot, fut -adoptée: la garde constitutionnelle fut dissoute et son commandant, -le duc de Brissac, envoyé dans les prisons d'Orléans; il ne devait en -sortir que pour être massacré à Versailles, le 9 septembre. - -Pendant qu'on délibérait ainsi, le commandant en second de la garde, -M. d'Hervilly, vint dire à Malouet et à Montmorin: «Quel que soit le -décret, je suis sûr de mon corps, et si le Roi le permet, avec dix-huit -cents hommes[1054], je chasserai l'Assemblée demain.» Mais le Roi ne -le permit pas. Vainement Malouet et Montmorin le supplièrent-ils de -ne pas sanctionner le décret de suppression. Vainement M. d'Hervilly -lui renouvela-t-il, avec les plus vives instances, la proposition de -fondre sur les Jacobins et les factieux de l'Assemblée. «Les scélérats, -dit-il, sont faibles, quand on leur résiste, et ce jour peut être un -jour bien précieux pour défendre la cause royale. Si nous réussissons, -nous ferons le bonheur de la France; si nous succombons, désavouez-moi, -accusez-moi et faites tomber sur moi la colère de l'Assemblée.» -Vainement fit-on remarquer au Roi que cette avant-garde de M. -d'Hervilly pourrait être appuyée par six mille royalistes, enrôlés -à Paris par M. de Clermont-Tonnerre. Le Roi, toujours effrayé de la -perspective d'un conflit, refusa, et la Reine, à qui souriait toute -résolution énergique, mais qui devait s'incliner devant la volonté de -son époux, ne put que dire à Mme de Tourzel: «La proposition de M. -d'Hervilly est grande et honorable; mais le Roi ne peut se déterminer à -l'accepter; et dans cette position, je me reprocherais d'influencer sa -décision[1055].» - -Louis XVI était désarmé; tout lui manquait à la fois; sa garde était -licencée, et les Constitutionnels, impuissants et mal écoutés, -l'abandonnaient. Barnave, à son tour, s'éloigna, après avoir demandé à -la Reine, comme une faveur suprême, l'honneur de lui baiser la main. -La Reine lui accorda cette grâce et vit partir les larmes aux yeux, -profondément émue elle-même, ce conseiller de la dernière heure, dont -elle avait apprécié les nobles sentiments, sans en accepter les idées, -et qui devait payer de sa vie son tardif dévouement[1056]. - -Mais l'Assemblée ne désarmait pas. Le 26 mai, elle avait, par un -décret, condamné à la déportation tout prêtre insermenté qui serait -dénoncé par vingt citoyens actifs. Le 8 juin, elle décida qu'un camp -de vingt mille hommes, composé de cinq hommes par canton, serait formé -sous Paris pour le 14 juillet suivant, afin de renouveler la fête de -la Fédération et de resserrer ainsi les liens de fraternité entre les -départements et la capitale. En réalité, c'était amener sous les murs -de Paris une force de vingt mille révolutionnaires, à la disposition -des clubs, préparer des soldats pour toutes les émeutes, et constituer -à l'Assemblée la garde qu'on avait refusée au Roi. Le projet avait -été arrêté aux Jacobins, et le ministre de la guerre, Servan, l'avait -présenté à l'Assemblée, sans en avoir parlé au Conseil, ni même en -avoir prévenu le prince. Les deux décrets insultaient à la fois Louis -XVI dans sa dignité, le menaçaient dans son pouvoir, le froissaient -dans sa conscience; il refusa, ou tout au moins ajourna sa sanction. -Les trois ministres girondins, Roland, Clavière et Servan, qui, -depuis leur entrée aux affaires, n'avaient cessé d'intriguer presque -publiquement contre celui qu'ils devaient conseiller et défendre, -achevaient de rendre le ministère impossible. Le 10 juin, Roland mit -le comble à ces attaques en écrivant au Roi, sous l'inspiration et -par la plume de sa femme, une lettre insolente dont, par une suprême -inconvenance, il donna lecture en plein Conseil, après avoir juré de la -tenir secrète. Dans cette lettre que Dumouriez a traitée «d'impudente -diatribe[1057]» et que le dernier éditeur des Mémoires de Mme Roland -a qualifiée de «violence inutile et de vilaine action[1058]», Roland -censurait brutalement la conduite de Louis XVI et de Marie-Antoinette, -intimait au monarque l'ordre de changer de confesseur, et s'emportait -jusqu'à l'appeler parjure[1059]. Il le sommait d'exécuter les volontés -de la Gironde et l'avertissait que, s'il refusait de sanctionner les -décrets, il susciterait contre lui «l'implacable défiance d'un peuple -contristé qui ne verrait plus dans son Roi que l'ami et le complice -des conspirateurs[1060]». C'en était trop; le 13 juin, Louis XVI -renvoya les trois ministres et chargea Dumouriez de leur donner des -successeurs. L'Assemblée répondit à cet acte de vigueur, en déclarant -que les ministres congédiés emportaient sa confiance, et décrétant -l'impression de la lettre de Roland et son envoi aux quatre-vingt-trois -départements. - -Dumouriez demeurait chef du cabinet et Louis XVI se sentait attiré -vers cette nature complexe qui ne ressemblait en rien aux ministres -qu'il avait destitués; mais Dumouriez déclara qu'il ne pouvait rester -d'une manière utile, si la sanction royale n'était donnée aux deux -décrets, s'engageant d'ailleurs à transporter à Soissons le camp que -Servan voulait former près de Paris. Malgré sa répugnance à réunir -ainsi, comme disait la Reine, «vingt mille coquins qui pouvaient le -massacrer,» le Roi avait fini par consentir à ce que demandait son -ministre, au moins pour le décret du 8 juin; mais, sur le décret contre -les prêtres, après un moment d'hésitation et malgré les pressantes -instances du général, il demeura inflexible. - -Le 15 juin, Dumouriez donna sa démission, résolu à quitter Paris et à -se rendre à l'armée. Mais, avant de partir, le 18 juin, il alla prendre -congé du Roi; l'entrevue fut émouvante. Dumouriez fit une dernière -tentative pour vaincre ce qu'il appelait les «scrupules» du souverain; -il lui représenta avec force les dangers d'un refus, l'impopularité -du clergé; il lui peignit, avec des accents pathétiques, les prêtres -massacrés, sa couronne menacée, lui-même, sa femme, ses enfants en -proie aux fureurs populaires. «Je m'attends à la mort, répondit le -prince simplement, et je leur pardonne d'avance.» Mais il persista -dans sa résolution, ne voulant pas ajouter à toutes les peines qu'il -endurait la peine plus cuisante d'un remords[1061]. - -«Dumouriez se retira, a dit un éminent historien, sans avoir compris la -grandeur de cette scène, ni la portée du rôle qu'il y avait joué; sans -avoir senti qu'il était là pour démontrer à quel point la majesté du -devoir est supérieure aux considérations de la politique[1062].» - -Quelques jours après, il partait pour l'armée de Lukner, dont il allait -prendre le commandement. - -Le 19 juin, usant de son droit constitutionnel, et sollicité d'ailleurs -par le Directoire du département de la Seine et par une pétition -couverte de huit mille signatures, le Roi opposait formellement son -_veto_ aux deux décrets, dont l'un était la plus grave des atteintes à -la liberté de conscience proclamée par la Constitution, dont l'autre -était une menace perpétuelle pour l'ordre et la liberté du gouvernement. - -C'était, par un acte parfaitement légal et légitime, jeter le gant à -l'Assemblée qui avait voté ces décrets, à la Gironde qui les avait -présentés, aux Jacobins qui les avaient conçus, à la populace qui -s'agitait dans les faubourgs. Le gant ne devait pas tarder à être -relevé. Le Roi ne l'ignorait pas, et, le jour même où il refusait -sa sanction aux décrets, il écrivait à son confesseur, M. Hébert, -supérieur des Eudistes[1063]: - -«Venez me voir; je n'eus jamais autant besoin de vos consolations. J'ai -fini avec les hommes; c'est vers le ciel que se portent mes regards. On -annonce pour demain de grands malheurs; j'aurai du courage[1064].» - - - - -CHAPITRE XIX - - Le 20 juin. - - -Depuis longtemps déjà tout se préparait pour un soulèvement; la date -avait été choisie: c'était le 20 juin, le double anniversaire du -serment du Jeu de Paume et de la fuite de Varennes. Des conciliabules -se tenaient au faubourg Saint-Antoine, chez le brasseur Santerre, -où, sous l'impulsion de Danton, et avec la connivence du maire de -Paris, Pétion, se réunissaient les meneurs habituels de la populace -parisienne: Fournier l'Américain, le marquis de Saint-Huruge, le -boucher Legendre, le Polonais Lazouski, Alexandre, le chef de bataillon -du faubourg Saint-Marcel. Le refus de sanction des décrets, s'ajoutant -au renvoi des ministres girondins, vint fournir le prétexte. - -Dès le 19 au soir, Paris s'agitait; le charme d'une belle soirée -attirait les habitants au dehors; dans les rues, sur les places, des -groupes se formaient, s'entretenant de la manifestation projetée -pour le lendemain. «Aux Tuileries, dit un témoin, il y avait plus -de personnes que de grains de sable[1065].» Des journaux, comme les -_Révolutions de Paris_, prêchaient ouvertement le renversement de la -Constitution et la révolte contre «l'individu royal[1066]». - -Prévenu de ce qui se passait par le nouveau ministre de l'intérieur, -Terrier de Montciel, le Directoire du département, composé de -Constitutionnels convaincus et résolus, manda près de lui le maire et -les administrateurs de police et les força de donner au commandant -général de la garde nationale, Ramainvilliers, l'ordre écrit de «tenir -les postes au complet, de doubler ceux de l'Assemblée et des Tuileries, -d'avoir des réserves d'infanterie et de cavalerie, et, au besoin, de -requérir les troupes de ligne». En même temps, il les avertissait -eux-mêmes d'avoir à prendre _sans délai_ toutes les mesures nécessaires -pour empêcher les rassemblements contraires à la loi. - -Malgré ces injonctions si nettes et les dispositions formelles de la -loi, rien ne fut fait pour empêcher l'insurrection. La municipalité, -au contraire, «informée, dit-elle, qu'un grand nombre de citoyens se -proposent de se présenter à l'Assemblée et chez le Roi pour remettre -une adresse,» prit un arrêté pour ordonner au commandant général de -«rassembler sous les drapeaux les citoyens de tous uniformes et de -toutes armes, lesquels marcheront ainsi sous le commandement des -officiers du bataillon». C'était légitimer la violation de la loi et -rendre la répression impossible en désarmant l'autorité et en donnant -en quelque sorte à l'émeute la consécration de la légalité. - -Tiraillé entre ces prescriptions contraires, Ramainvilliers hésita, se -troubla, et finalement s'abstint. Pendant toute la journée du 20, on le -chercha partout, sans le trouver. - -Dès cinq heures du matin, le rappel avait battu; à huit heures, les -«faubourgs» se mettaient en marche; vers midi, ils arrivaient à la rue -Saint-Honoré. Partis des deux rives de la Seine, ils n'avaient pas -tardé à se réunir pour former un groupe compacte, qui se grossissait -en marchant de tous les oisifs et de tous les badauds. Les quinze -cents hommes de Santerre étaient ainsi devenus vingt mille. Des -sapeurs étaient en tête; puis venaient les canons et une voiture -portant l'arbre de la liberté qu'on devait planter sur la terrasse des -Feuillants. - -A la porte de l'Assemblée, la colonne s'arrête, et Santerre fait -parvenir une lettre au président. - -L'Assemblée délibérait précisément sur l'accueil qu'elle devait faire -aux pétitionnaires. Le président, Français, de Nantes, donne lecture -de la lettre qui réclame pour eux l'admission à la barre. Les tribunes -applaudissent. «Qu'on les fasse entrer,» crie la gauche.—«Non, non,» -riposte la droite. Les interpellations se croisent d'un côté à l'autre -de la salle. Quelques individus parviennent à s'introduire; on les fait -sortir. - -Le Manège, qui, depuis le retour du Roi à Paris, servait de lieu de -réunion à l'Assemblée, était un grand bâtiment de cent cinquante pieds -de long environ, parallèle à la terrasse des Feuillants[1067]. Entre -la salle et cette terrasse régnait une longue cour étroite, séparée -du jardin des Tuileries par un mur élevé; une petite porte, pratiquée -dans le mur, donnait accès dans le jardin. La foule, ne voulant pas -s'entasser dans cette cour, où elle eût pu être facilement cernée, -s'était massée à l'autre extrémité des bâtiments. La tête de la -colonne se pressait au pied de l'escalier qui conduisait à la salle -des séances, et, poussée par les flots nouveaux qui survenaient sans -cesse, ne pouvant ni avancer ni reculer, elle s'était échappée de -côté et répandue dans un jardin voisin, dépendant d'un ancien couvent -de Capucins. Ne sachant que faire pendant que l'Assemblée délibérait, -les sapeurs plantèrent dans ce jardin l'arbre de la liberté qu'ils -traînaient sur un char. - -D'autres bandes, cependant, cherchant une issue et trouvant partout la -place prise, avaient envahi la cour du Manège. Pressées, elles aussi, -par les nouvelles couches qui arrivent de minute en minute, étouffant -dans cet étroit espace, elles se précipitent vers la porte qui donne -dans le jardin des Tuileries. La porte est gardée par un détachement -de grenadiers, et des canons sont braqués pour en interdire le -passage. Vainement trois officiers municipaux, Boucher René, Bouclier -Saint-Sauveur et Mouchet, qui sont allés au devant du rassemblement -et se trouvent ainsi en tête de la colonne, réclament l'ouverture de -la porte; le commandant du poste les renvoie au commandant général. -Les officiers municipaux se rendent au Château et, ne rencontrant pas -Ramainvilliers, ils s'adressent au Roi. L'un d'eux, petit homme noir -et bancroche, qui joua dans cette journée le triste rôle de mouche -du coche révolutionnaire, Mouchet, interpelle Louis XVI et demande -qu'on laisse l'entrée du jardin libre pour des citoyens qui, marchant -_légalement_, ne peuvent qu'être blessés de se sentir soupçonnés: -«Nous-mêmes, ajoute-t-il, avons été affectés de voir des canons pointés -sur le peuple. De telles mesures sont plus propres à l'irriter qu'à -le contenter.»—«Votre devoir, répond le Roi, est de faire exécuter la -loi.»—«Si la porte n'est pas ouverte,» riposte Mouchet, «elle sera -enfoncée.»—«Eh bien,» reprend le Roi, «si vous le jugez utile, faites -ouvrir la porte des Feuillants. Qu'on défile le long de la terrasse, -pour sortir par la porte des écuries; mais faites en sorte que la -tranquillité publique ne soit pas troublée. Votre devoir est d'y -veiller.» - -Les officiers municipaux sortent pour transmettre la réponse du Roi; -il était trop tard. La porte avait été enfoncée et la foule s'était -répandue dans le jardin, d'où il eût été facile alors, avec un peu de -bonne volonté et d'énergie, de la faire écouler. L'autre partie de la -colonne, ainsi coupée en deux, celle qui se pressait dans la cour des -Feuillants, avait fini par être admise dans l'Assemblée. L'orateur de -la bande, Huguenin[1068], se présente à la barre et lit une longue -et violente diatribe contre le Roi: «Pourquoi faut-il que des hommes -libres se voient réduits à la cruelle nécessité de tremper leurs mains -dans le sang des conspirateurs? Il n'est plus temps de dissimuler; la -trame est découverte; l'heure est arrivée; le sang coulera, et l'arbre -de la liberté, que nous venons de planter, fleurira en paix..... Un -seul homme ne doit point influencer la volonté de vingt-cinq millions -d'hommes.» - -La gauche applaudit; la droite s'indigne; Mathieu Dumas demande la -question préalable sur la pétition. Mais, au milieu des vociférations -des tribunes et des menaces de ces bandes qui grondent au dehors, la -délibération n'est pas libre. La question préalable est repoussée, et -l'Assemblée décide que les citoyens des faubourgs Saint-Antoine et -Saint-Marcel seront admis à défiler devant elle. - -Un roulement rappelle la foule dispersée dans le jardin des Tuileries, -et le défilé commence, au son des tambours et de la musique. Santerre -et Saint-Huruge sont à la tête; ils se placent au pied de la tribune -et passent en revue leur armée. Puis vient un mélange confus de femmes, -d'enfants, de gardes nationaux et de sans-culottes, les uns sans -armes, les autres armés de sabres, de piques, de faulx, de haches, de -couteaux et même de scies. Deux hommes portent, au bout d'une pique, -l'un une vieille culotte, avec ces mots: _Vivent les sans-culottes!_ -l'autre, un cœur de veau tout saignant, sous lequel est écrit: _Cœur -d'aristocrate!_ De grossiers emblèmes, des enseignes insultantes, des -inscriptions menaçantes flottent au-dessus des têtes: _A bas le Veto!_ -_Avis à Louis XVI!_ _Le peuple est las de souffrir!_ _La liberté ou -la mort!_ La musique joue le _Ça ira_, et la foule tantôt répète les -paroles de la chanson populaire, tantôt crie en guise de refrain: _A -bas le Veto!_ Parfois, le cortège s'arrête et se livre, au milieu de -la salle, à des danses patriotiques. Et l'Assemblée assiste, avec une -résignation humiliée, à ce honteux avilissement de la représentation -nationale. - -Le défilé dure près de deux heures. Quand il est terminé, Santerre -remercie les députés de l'amitié qu'ils ont bien voulu témoigner aux -pétitionnaires, remet au Président, en signe de reconnaissance, un -«superbe drapeau[1069]» et court sur la place du Carrousel reprendre le -commandement de son armée. Il est trois heures et demie. L'Assemblée -lève la séance. - -En sortant de la salle par la cour du Manège, la colonne, au lieu -de regagner la rue Saint-Honoré, avait pénétré dans le jardin des -Tuileries, et de là, longeant la façade du Château, elle sortait -par le guichet du Pont-Royal. En passant sous les fenêtres elle -répétait bruyamment ses cris favoris: _Vivent les sans-culottes!_ _A -bas Monsieur et Madame Veto!_ Dix bataillons de la garde nationale -étaient là, formant un front de bandière, devant lequel défilaient les -faubourgs. Arrivé au Pont-Royal, le cortège sembla prendre la ligne -des quais, et l'on put croire un moment que tout se bornerait aux -déclamations violentes dont avait retenti l'Assemblée. Il n'en devait -pas être ainsi, et tel n'était pas le plan des chefs de l'émeute. -L'envahissement du Château faisait partie du programme, en attendant -mieux peut-être et en laissant au hasard le soin d'achever. Arrivée -en face du Carrousel, la bande, au lieu de continuer sa marche, se -détourne et franchit le guichet. - -La cour du Conseil est envahie; là, le cortège s'arrête et frappe à -la porte de la cour Royale. «Nous voulons entrer, crie-t-on, nous ne -voulons pas de mal au Roi.» Pour toute réponse, les deux gendarmes -qui sont de garde croisent la baïonnette. La foule recule un moment. -Mais les gendarmes et les gardes nationaux n'ont pas d'instructions; -les uns veulent défendre la porte à outrance, les autres hésitent. -«Qu'avons-nous à faire?» demande un capitaine au colonel Rulhière.—«Je -n'ai pas d'ordres,» répond Rulhière, «mais je crois que la troupe -est ici pour soutenir la garde nationale.» Le commandant général, -Ramainvilliers, vient à passer; un lieutenant-colonel de gendarmerie, -Carle, court à lui et l'interroge: «Otez les baïonnettes,» répond -Ramainvilliers.—«Pourquoi,» riposte Carle indigné, «pourquoi ne -m'ordonne-t-on pas tout de suite de rendre mon épée et d'ôter ma -culotte?» Ramainvilliers ne réplique rien et disparaît. - -Pour tout concilier, un des officiers les plus dévoués à la famille -royale, Aclocque, engage les chefs de la colonne à choisir vingt -pétitionnaires, qu'il promet de conduire au Roi. Une trentaine d'hommes -se présentent; on les laisse entrer et le guichet se referme. - -La foule gronde au dehors. Les bruits les plus propres à irriter -les passions populaires circulent, habilement semés et commentés. -On raconte «qu'on a vu le matin, au Château, douze ou quinze cents -chevaliers de Saint-Louis; qu'on a reconnu dans la cour d'anciens -membres de la Maison du Roi supprimée; que les appartements sont -remplis de personnes vêtues de noir, animées des intentions les -plus contre-révolutionnaires; que ce jour est destiné à renouveler -la journée des poignards, etc.». Toutes ces rumeurs se répandent et -exaspèrent la populace, déjà surexcitée. Les canonniers des faubourgs, -qui sont rangés avec leurs pièces sur la place du Carrousel, font -chorus avec la foule. Le commandant du bataillon du Val-de-Grâce, -Saint-Prix, essaie vainement de faire rentrer ses hommes, qu'il sait -mal disposés, dans leur quartier; les hommes refusent, et, malgré -leur chef, chargent leurs canons: «Nous ne partirons pas,» dit un -lieutenant... «Nous ne sommes pas venus pour rien; le Carrousel est -forcé; il faut que le Château le soit. Voilà la première fois que les -canonniers du Val-de-Grâce marchent; ce ne sont pas des j..-f...; nous -allons voir.» Et montrant le Château de la main: «A moi, canonniers! -Droit à l'ennemi!» Les canonniers s'ébranlent et tournent leurs pièces -contre la porte royale. «Si on refuse l'ouverture de la porte,» dit -Santerre qui vient d'arriver, «on la brisera à coups de boulets.» - -Mais il n'en est pas besoin: deux municipaux, Boucher René et un -autre, dont le nom est resté inconnu, donnent l'ordre d'ouvrir. Le flot -humain se précipite dans la cour des Tuileries; tout entre à la fois: -peuple, gardes nationaux, gendarmes. «Je verrai longtemps, a dit un -témoin oculaire, seize mille hommes armés, faisant bonne contenance, -se croyant obligés de céder à deux municipaux qui leur ordonnent, -par la loi, d'en laisser passer vingt mille avec des piques, haches, -escaladant avec une vitesse terrible les marches du palais. Jamais -les vagues furieuses de la mer ne m'ont semblé si dangereuses[1070].» -Quelques officiers dévoués s'efforcent de fermer la porte qui sépare -la cour du grand escalier. Les gardes nationaux, découragés par -l'attitude de la municipalité, refusent de défendre l'entrée, et comme -un des commandants leur dit: «Êtes-vous sûrs qu'il ne se mêlera point, -parmi ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter à la vie -du Roi?»—«Il vaut mieux,» répondent-ils, «qu'un homme soit égorgé -que nous.» C'est avec ce mot, qui justifie toutes les lâchetés et -qui autorise tous les crimes, que la dernière porte est franchie, et -l'accès de la demeure royale livré à l'invasion. - -La foule, ne rencontrant plus de résistance, se rue dans l'escalier; -elle s'y élance en masses si compactes et avec une telle impétuosité, -qu'un des canons du Val-de-Grâce est porté à bras, jusqu'à la troisième -salle du Château, la salle des Suisses; là, ses roues s'accrochent dans -le tambour d'une porte; cet obstacle inattendu arrête un instant les -envahisseurs et redouble les colères. Le bruit court que c'est un canon -braqué par les défenseurs de la royauté pour mitrailler le peuple; -il n'en faut pas plus pour faire massacrer tous les habitants des -Tuileries. Heureusement, sur l'ordre de Mouchet, les sapeurs dégagent -le canon et le descendent au pied du grand escalier, où il reste -jusqu'à la fin de la journée. - -Le Roi était dans sa chambre avec sa famille, quand tout à coup il -entend frapper à la porte. On ouvre; c'est un de ses fidèles, le chef -de bataillon Aclocque, qui vient le supplier de se montrer au peuple. -Louis XVI y consent; il passe dans la salle du lit et de là dans -celle de l'Œil-de-Bœuf. La Reine veut le suivre; le Roi l'en empêche; -on l'entraîne et elle n'a que le temps de dire aux grenadiers: «Mes -amis, sauvez le Roi[1071]!» «Plus heureuse qu'elle,»—c'est elle-même -qui le dit,—Mme Elisabeth accompagne son frère, et avec elle -quelques ministres et quelques gentilshommes: Terrier de Montciel, de -Lajard, Beaulieu, l'amiral Bougainville, les maréchaux de Beauvau, -de Mouchy, et de Mailly; MM. de Tourzel, d'Hervilly, etc.... «A moi, -grenadiers!» dit le Roi. Un certain nombre de gardes nationaux, la -plupart du bataillon Sainte-Opportune, accourent avec la Chesnaye, -commandant de la 6me légion. «Messieurs, sauvez le Roi!» leur dit -Mme Elisabeth, les larmes aux yeux. Tous entourent Louis XVI et -tirent leurs sabres. Mais, sur un mot d'Aclocque, qui fait observer -que cette attitude menaçante pourrait exposer le prince qu'ils veulent -défendre[1072], ils remettent le sabre au fourreau. - -Une simple porte sépare Louis XVI des envahisseurs; la foule rugit au -dehors et ébranle la porte à coups de hache; déjà les deux panneaux -du bas ont été brisés, lorsque Aclocque engage le Roi à la faire -ouvrir plutôt que de la laisser enfoncer. «Je le veux bien,» répond le -prince, «je ne crains rien au milieu des personnes qui m'entourent.» -Un huissier ouvre la porte; les masses font irruption: «Citoyens,» dit -Aclocque, «reconnaissez votre Roi; respectez-le; la loi vous l'ordonne. -Nous périrons tous plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la -moindre atteinte.» Ces paroles, prononcées d'une voix haute et ferme, -amènent un léger temps d'arrêt dans l'invasion; les gardes nationaux -en profitent pour entraîner le Roi dans l'embrasure d'une fenêtre, du -côté de la cour; il monte sur une banquette; les grenadiers se placent -devant lui. «Sire,» dit l'un d'eux, «n'ayez pas peur.»—«Mon ami,» -répond l'intrépide monarque, en prenant la main du grenadier et en -l'appuyant sur sa poitrine, «mon ami, mettez la main sur mon cœur et -voyez s'il bat plus vite[1073].» - -Les vagues populaires montent toujours; la foule, un instant hésitante, -se précipite en avant et remplit la salle avec des cris de haine -et des menaces de mort: _A bas Monsieur Veto, Madame Veto et toute -leur sequelle[1074]!_—_Au diable le Veto!_—_Le rappel des ministres -patriotes!_—_Il faut qu'il signe; nous ne sortirons point qu'il ne -l'ait fait._—Un misérable, un des premiers entrés, armé d'un long -bâton, au bout duquel est une lame d'épée très pointue, cherche à -foncer sur le Roi; on l'écarte à coups de baïonnettes. Un autre, brun -et grêlé de petite vérole, vêtu d'une redingote verdâtre et d'un -pantalon de toile, un sabre de la main gauche, un pistolet de la main -droite, essaie de percer la foule: «Ousqu'il est, que je le tue?» -hurle-t-il.—«Malheureux! le voilà, ton Roi,» lui dit un huissier de -l'appartement, «oses-tu le regarder?» Le brigand recule, comme saisi -d'une espèce de terreur. Il se fait un moment de silence. Le Roi veut -en profiter pour parler; mais une «inondation» nouvelle survient «avec -de si horribles cris, dit un rapport, que Dieu tonnant n'eût pas été -entendu[1075]». Au premier rang des envahisseurs paraît un brigand du -nom de Soudin, soi-disant vainqueur de la Bastille, dont le principal -exploit est d'avoir jadis lavé et porté au bout d'une pique les têtes -sanglantes de Foulon et de Berthier. Plus loin, gesticule un individu, -vêtu d'un habit vert, qui, suivant le mot énergique d'un témoin, passe -pour avoir été un _coupe-tête_ en 1789. Toute cette tourbe remplit -l'Œil-de-Bœuf, criant, vociférant, ajoutant la menace à l'insulte, -brisant les meubles, cassant les glaces, arrachant les serrures, volant -les objets précieux, se conduisant, en un mot, dit le rapport du -Directoire, «comme s'il s'agissait de faire le siège et le pillage des -Tuileries.» - -«Que voulez-vous? demande tranquillement Louis XVI. Je suis votre Roi; -je ne me suis pas écarté de la Constitution.» - -Sa voix se perd dans le tumulte. Le boucher Legendre s'approche de -l'embrasure. «Monsieur...» dit-il. A cette appellation inattendue, -Louis XVI fait un mouvement. «Oui, Monsieur, reprend Legendre, -écoutez-nous; vous êtes fait pour nous écouter... Vous êtes un perfide; -vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore. Mais prenez -garde à vous! La mesure est à son comble; le peuple est las d'être -votre jouet.» Et il lit une prétendue pétition, qui, dit Rœderer, -«n'était qu'un tissu de reproches, d'injures et de menaces.» - -«Je ferai ce que la Constitution et les décrets m'ordonnent de faire,» -répond simplement le Roi. - -_A bas le Veto!_ _Le rappel des ministres!_ riposte la foule. Et dans -ce ramassis de sans-culottes et de mégères, qui remplit l'Œil-de-Bœuf, -les outrages redoublent. Quelques misérables, armés de sabres, -cherchent à rompre la ligne de gardes nationaux, pour atteindre le -Roi; les grenadiers les repoussent. Louis XVI reste impassible; ni les -vociférations, ni les violences ne peuvent altérer son incomparable -sérénité. - -«Dans une circonstance aussi terrible, a dit un témoin non suspect, -Louis se conduisit avec une fermeté extrême et une prudence vraiment -royale, unies à un calme et à une bonté extraordinaires[1076].» - -Cependant un individu, qui porte au bout d'un bâton un bonnet rouge, -s'approche du Roi et incline vers lui son bâton. Le municipal Mouchet -comprend le signe; il prend le bonnet et le donne à Louis XVI qui -le pose sur sa tête. La foule applaudit. _Vive la nation! Vive la -liberté!_ s'écrie-t-elle. Quelques acclamations de _Vive le Roi!_ -se font entendre; mais elles ne rencontrent pas d'écho. Et le brave -grenadier Bidaut entend quelques misérables murmurer à mi-voix: «Il -a f..... bien fait de le mettre; car nous aurions vu ce qui serait -arrivé...., et f....., s'il ne sanctionne pas les décrets, nous -reviendrons tous les jours.» - -Au milieu du rassemblement, une femme porte une épée entourée de fleurs -et surmontée d'une cocarde. Le Roi l'aperçoit; il fait un signe. -Mouchet, qu'on retrouve toujours partout, prend l'épée et la tend au -prince qui la brandit et fait attacher la cocarde à son bonnet. _Vive -la nation!_ crie la foule; et le Roi reprend avec elle: _Vive la -nation!_ - -Mouchet lui propose alors de sortir sur la terrasse. Louis XVI refuse. -«Je suis bien ici,» dit-il. La chaleur cependant est étouffante. Un -garde national, auquel on a fait passer une bouteille de vin et un -verre, offre à boire au Roi. «Sire,» dit-il avec une familiarité -naïve, «vous devez avoir bien soif; car moi, je meurs..... Si j'osais -vous offrir..... Ne craignez rien; je suis un honnête homme, et -pour que vous buviez sans crainte, je boirai le premier, si vous le -permettez.»—«Oui, mon ami, je boirai dans votre verre,» répond le -prince, et élevant le verre: «Peuple de Paris,» dit-il, «je bois à ta -santé et à celle de la nation française.» - -Dans l'embrasure d'une autre fenêtre se tenait Mme Elisabeth. On -l'aperçoit: «Ah! crie-t-on, voilà l'Autrichienne! Il nous faut la -tête de l'Autrichienne!»—«Ce n'est pas la Reine,» dit l'écuyer de la -princesse, M. de Saint-Pardoux.—«Pourquoi les détromper?» reprend -vivement la généreuse femme. «Leur erreur pouvait sauver la Reine.» -Et apercevant près d'elle, dans cette horde qui l'entoure, menaçante, -un jeune homme dont la baïonnette effleure presque sa poitrine, elle -écarte doucement l'arme de la main: «Prenez garde, Monsieur,» dit-elle -avec un angélique sourire, «vous pourriez blesser quelqu'un, et je suis -sûre que vous en seriez fâché.» - -Cependant, quelques députés, instruits de l'envahissement du Château, y -sont accourus de leur propre mouvement. Vergniaud et Isnard haranguent -la foule et cherchent à la rappeler au respect de l'autorité; ils ne -parviennent pas à se faire écouter. _A bas le Veto!_ _La sanction!_ _Le -rappel!_ sont les seules réponses qu'obtiennent leurs exhortations. - -Enfin, le maire de Paris, Pétion, arrive. Après la séance du conseil -où avait été adopté l'arrêté qui légitimait l'insurrection, il s'était -retiré avec quelques intimes dans une salle de la maison commune. Il -était là, _plein de calme et de sérénité_, dit-il, car les nouvelles -qu'il recevait étaient _excellentes_, et le spectacle était beau, tout -à la joie et à la gaîté. Vainement le Directoire avait-il, à plusieurs -reprises, fait appel à sa vigilance; il ne s'était pas ému. Vers -quatre heures et demie pourtant, il avait donné l'ordre d'atteler sa -voiture, et, faisant à son devoir le sacrifice de son dîner,—il a pris -soin de le remarquer dans son rapport,—il s'était rendu aux Tuileries. -Il y arrive vers cinq ou six heures[1077]. Accompagné de Sergent, il -traverse la foule qui le salue des cris de _Vive Pétion!_ et s'approche -du Roi, qu'il voit avec admiration, dit-il, «couronné du signe de la -liberté.» C'est par cette expression qu'il désigne le bonnet rouge. -«Sire,» dit-il, «je viens d'apprendre à l'instant la situation dans -laquelle vous êtes.»—«Cela est bien étonnant,» riposte sèchement le -Roi; «il y a deux heures que cela dure.» Deux grenadiers hissent le -maire sur leurs épaules. Il parle au peuple et lui prêche le respect de -la loi. Mais il le fait si froidement, suivant le municipal Champion, -que les cris redoublent. Un grand jeune homme blond de vingt ou -vingt-cinq ans perce là foule et, interpellant le Roi avec des gestes -menaçants: «Sire,» dit-il, «je vous demande, au nom des cent mille -hommes qui m'entourent, le rappel des ministres patriotes, la sanction -des décrets, leur exécution,...... ou vous périrez...» - -Pétion, qui est là, n'essaie pas un seul instant d'imposer silence à ce -forcené. Champion s'indigne de cette lâcheté ou de cette connivence: - -«Monsieur le maire, dit-il, vous êtes responsable de ce qui peut -advenir.» Pétion se décide à haranguer une seconde fois la foule. -En face de cette violation de toutes les lois, de ces bandes de -brigands qui traitent les Tuileries comme une ville prise d'assaut, -de ces outrages persistants à la majesté du Chef de l'État, il parle -de la dignité du peuple: «Citoyens, dit-il, vous venez de présenter -légalement votre vœu au représentant héréditaire de la nation; vous -l'avez fait avec la _dignité_, avec la _majesté_ d'un peuple libre. -Retournez chacun dans vos foyers et ne donnez pas occasion d'incriminer -vos _intentions respectables_.» - -Intentions respectables! Et quelques années plus tard, Legendre avouait -à Boissy d'Anglas qu'un des buts secrets des chefs du mouvement avait -été l'assassinat du Roi! - -«Les portes de la galerie sont-elles ouvertes?» demande Sergent.—«Oui,» -répond le Roi. «J'ai fait ouvrir les appartements; le peuple, en -défilant du côté de la galerie, aura le plaisir de les voir.» - -A ces mots, un mouvement se fait; la curiosité pour les uns, la -lassitude pour les autres, déterminent enfin les émeutiers à sortir. -Sergent, son écharpe à la main, cherche à régulariser le mouvement, -et le défilé commence au bruit des cris, mille fois répétés, de _Vive -Pétion!_ _A bas le Veto!_ On voit reparaître, au milieu des bandes en -marche, le misérable qui porte au bout d'une pique un cœur de veau -sanglant avec ces mots: _Cœur d'aristocrate!_ «Cet homme, rapporte un -témoin, affectait de mettre cet horrible emblème sans les yeux du Roi.» - -L'Œil-de-Bœuf était à demi évacué. Aclocque en profite pour proposer à -Louis XVI de se retirer. Ce que le monarque n'a pas accepté de Mouchet, -qui est suspect, il l'accepte du fidèle Aclocque; entouré de municipaux -et de gardes nationaux qui lui fraient un passage, il se dirige vers -une porte dérobée par laquelle il s'échappe, et la foule, privée de sa -victime, s'écoule en grondant à travers les appartements. En passant -dans la chambre royale: «_Est-ce là_, hurle-t-elle, _le lit du Gros -Veto? Ah! il a un plus beau lit que nous, le Gros Veto! Où est-il donc, -M. Veto?_» C'est au milieu de ces plaisanteries grossières et de ces -sarcasmes que le défilé continue. - -Tandis que ces tristes scènes se passent à l'Œil-de-Bœuf, une autre -bande, conduite par un homme qui devait avoir une connaissance -approfondie du palais,—car il l'avait fait passer par une porte dont -les gens du service intérieur savaient seuls l'existence,—était -montée à la chambre du Dauphin, où l'on espérait trouver -Marie-Antoinette[1078]. La Reine venait de la quitter; les bandits, -désappointés, brisent les portes à coups de hache, sondent les lits -et les armoires, fouillent partout. De hideuses mégères vomissent -d'ignobles injures contre la malheureuse princesse, en jurant qu'elles -veulent la tenir entre leurs mains, morte ou vive. Un brigand, la -hache au poing, l'outrage à la bouche, s'écrie qu'il a enfoncé déjà -bien des portes, mais qu'il en enfoncera bien d'autres, pour avoir -l'Autrichienne! - -La Reine avait fait de vains efforts pour accompagner le Roi; -quand il avait passé dans la salle de l'Œil-de-Bœuf, elle s'était -précipitée pour l'accompagner. On lui avait vivement fermé le passage. -Se retournant alors vers ses enfants:—«Sauvez mon fils,» avait-elle -dit. Le Dauphin, effrayé en entendant tout ce bruit, poussait des -cris lamentables[1079]. Hue le saisit et l'emporte dans l'appartement -de Madame Royale, plus éloigné du tumulte. La Reine, le sachant en -sûreté, s'élance de nouveau pour retrouver son mari; on la retient. -«Laissez-moi, dit-elle, ma place est auprès du Roi; je veux aller -mourir à ses pieds[1080].» Des serviteurs fidèles, MM. d'Aubier et de -Rougeville, l'arrêtent avec une respectueuse fermeté, et le ministre -des affaires étrangères, Chambonnas, lui représente que, loin de sauver -le Roi, elle l'exposerait peut-être davantage, que sa place est près de -ses enfants. Persuadée par ces raisons, elle se laisse conduire, non -sans regret, dans la chambre du Dauphin, où son fils lui est ramené. -Mais bientôt l'émeute gronde à la porte; on entraîne la Reine par un -passage secret dans la chambre du Roi[1081], puis dans la chambre du -Conseil. Elle est là, dans cette dernière pièce, assise[1082], pâle, -les jambes agitées par un tremblement involontaire que dissimule la -table[1083], entourée de ses enfants, et de Mmes de Lamballe, de la -Roche-Aymon, de Tourzel, de Maillé, de Mackau, du ministre Chambonnas, -du lieutenant général Wittinghof, et de quelques grenadiers, lorsque -commence le défilé à travers les appartements. - -En entendant le tumulte grandir et les vagues populaires approcher, on -entraîne à la hâte Marie-Antoinette dans l'embrasure d'une croisée; on -roule devant elle la table du Conseil, et deux cents gardes nationaux -environ[1084] se placent sur trois rangs devant cette barricade -improvisée, sous le commandement de Mandat. - -Bientôt l'émeute envahit la salle. Santerre entre le premier et, -interpellant les grenadiers: «Faites place, dit-il, pour que le peuple -voie la Reine.» Puis se tournant vers Marie-Antoinette: «Madame, -reprend-il, vous êtes trompée; le peuple ne vous veut pas de mal. Si -vous vouliez, il n'y aurait pas un d'eux qui ne vous aimât autant -que cet enfant,» ajoute-t-il, en désignant le Dauphin. «Au reste, -n'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal.»—«Je ne suis ni égarée, -ni trompée[1085], répond la Reine, et je n'ai pas peur; on ne craint -jamais rien, lorsqu'on est avec de braves gens.» Et elle tend la main -aux gardes nationaux, qui la saisissent avec transport et la baisent -respectueusement. - -Le hideux défilé commence. Un misérable porte un paquet de verges -avec cette inscription: _Pour Marie-Antoinette_; un autre élève une -petite potence à laquelle est suspendue une poupée[1086] avec ces mots: -_Marie-Antoinette à la lanterne_; un troisième promène une guillotine -au bas de laquelle on lit cette phrase sinistrement prophétique: -_Justice nationale pour les tyrans. A bas Veto et sa femme!_ Santerre -se tient près de Mandat, dirigeant le mouvement et faisant à sa -bande, si je puis ainsi parler, l'_exhibition_ de la famille royale: -«Regardez, dit-il, voilà la Reine; voilà le Prince royal.» Le pauvre -petit Dauphin est là, assis sur la table; un brigand apostrophe -Marie-Antoinette: «Si tu aimes la nation,»dit-il d'une voix rauque, -«mets ce bonnet sur la tête de ton fils.» Et il lui tend un bonnet -rouge. La Reine prend le bonnet et le pose sur la tête du Dauphin. La -chaleur est affreuse. Le petit prince étouffe sous cette immonde et -épaisse coiffure. Santerre lui-même est ému de pitié: «Otez le bonnet à -cet enfant, dit-il, il a trop chaud.» - -Malgré son calme, la Reine se retourne vers ses amis: «C'est trop fort -aussi, murmure-t-elle; cela va au delà de toute patience humaine[1087].» - -Le mouvement se ralentit un instant; une femme, l'œil en feu, le -poing fermé, s'arrête devant Marie-Antoinette: «Tu es une infâme,» -vocifère-t-elle, «nous te pendrons.»—«Vous ai-je jamais fait aucun -mal?» répond douloureusement la Reine.—«Non, mais tu fais le malheur -de la nation.»—«On vous trompe; j'ai épousé le Roi de France; je suis -la mère du Dauphin, je suis Française; jamais je ne reverrai mon -pays; je ne puis être heureuse ou malheureuse qu'en France; j'étais -heureuse, quand vous m'aimiez.» Malgré elle, la femme est touchée de -cette douleur et de cette tristesse; elle s'attendrit: «Pardonnez-moi,» -murmure t-elle; «je ne vous connaissais pas; je vois que vous êtes -bonne.»—«Cette femme est soûle,» dit Santerre, dont cette émotion -dérange les plans; et la poussant rudement, il fait continuer le défilé. - -«Si un de ces scélérats avait osé frapper la Reine dans ce moment, -ont raconté des témoins de ces horribles scènes, tous eussent suivi -son exemple, et tout ce qui était dans la chambre eût été massacré. -Heureusement la majesté de la Reine, peut-être sa beauté, son maintien -si noble et si fier, son air d'assurance leur imposa à tous[1088].» - -A huit heures et demie, les appartements étaient enfin évacués, et -la Reine, rassurée par Mme Élisabeth sur le sort de son époux, -put aller rejoindre le Roi. Dès qu'elle l'aperçut, elle se jeta dans -ses bras en fondant en larmes. Impassible et debout devant l'émeute, -elle succombait à l'émotion du revoir. Les députés, présents à cette -entrevue, se sentaient eux-mêmes attendris, et l'un d'eux, Merlin de -Thionville, ne pouvait s'empêcher de pleurer. La Reine s'en aperçut: -«Vous pleurez, Monsieur Merlin, lui dit-elle, vous pleurez de voir le -Roi et sa famille traités si cruellement par un peuple qu'il a toujours -voulu rendre heureux.»—«Oui, je pleure,» répondit brutalement Merlin; -«je pleure sur le malheur d'une femme belle, sensible et mère de -famille; mais ne vous y méprenez point; il n'y a pas une de mes larmes -pour le Roi ni pour la Reine. Je hais les rois et les reines; c'est -le seul sentiment qu'ils m'inspirent; c'est ma religion[1089].» Et le -futur régicide, qui se croyait un grand citoyen parce qu'il venait de -se montrer grossier, essuya ses larmes. - -Un autre député, dont le nom n'a pas été conservé, aborda la Reine -et, d'un ton familier: «Vous avez eu bien peur,» Madame, lui dit-il, -«convenez-en.»—«Non, Monsieur, je n'ai pas eu peur; mais j'ai beaucoup -souffert d'être séparée du Roi, dans un moment où ses jours étaient -en danger; mais j'avais la consolation d'être avec mes enfants et de -remplir un de mes devoirs.»—«Sans prétendre excuser tout,» reprit le -député, «convenez, Madame, que le peuple s'est montré bien bon.»—«Le -Roi et moi, Monsieur, sommes persuadés de la bonté naturelle du peuple, -qui n'est méchant que lorsqu'on l'égare.»—«Quel âge a Mademoiselle?» -continua le sot personnage en montrant Madame Royale.—«Ma fille, -riposta sèchement la Reine, a l'âge où l'on ne sent que trop l'horreur -de pareilles scènes[1090].» Et elle se contenta de tourner le dos. - -Plus respectueux et mieux inspirés, d'autres représentants félicitaient -Louis XVI du courage qu'il avait déployé dans cette journée: «Je n'ai -fait que mon devoir,» répondit simplement le Roi. - -Le marquis de Clermont-Gallerande disait à Mme Élisabeth: «Ah! -Madame, le ciel vengera tant de crimes!»—«Ne parlons pas de vengeance,» -répondit l'angélique princesse. «Espérons plutôt que Dieu leur -pardonnera et les changera[1091].» - -Cependant Pétion, d'une part, les chefs de la garde nationale, de -l'autre, achevaient de faire évacuer le Château. Les émeutiers, privés -de direction, se dispersaient sans résistance, mais en se plaignant -hautement du résultat de la manifestation. «On nous a amenés pour rien, -s'écriaient-ils, mais nous reviendrons et nous aurons ce que nous -voudrons.»—«Le coup est manqué, disait de son côté Santerre; le Roi a -été difficile à émouvoir aujourd'hui; nous reviendrons demain; nous le -ferons évacuer[1092].» - -A dix heures et demie, tout était terminé; le Château était vide, -et la famille royale, rentrant dans ses appartements dévastés[1093], -allait enfin prendre un repos, acheté par de terribles angoisses. -Quelques jours après, la Reine écrivait ce simple mot à Fersen: -«J'existe encore, mais c'est un miracle! La journée du 20 a été -affreuse[1094].» - - - - -CHAPITRE XX - - Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation de - Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre de la Reine à - Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion suspendu, puis - rétabli.—Insultes à la famille royale dans le jardin des Tuileries - et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux - Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un - plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers - de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Mme de Staël.—Le duc de - Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie - contre Lafayette.—Pourquoi?—Surveillance incessante autour des - Tuileries.—La Fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles: - le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des - Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des - Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche - des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet - déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins - redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté - de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de la - Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale aux - Tuileries. - - -Le lendemain de cette déplorable journée, le jeudi 21 juin, de nouveaux -attroupements se formèrent; l'alarme se répandit au Château, et le -petit Dauphin, se pressant contre sa mère, s'écria en pleurant: «Maman, -est-ce que hier n'est pas encore fini[1095]?» - -Ce même jour, Pétion, le Pilate de la royauté, comme on l'a justement -appelé, eut l'audace de reparaître aux Tuileries; il y trouva réunis le -Roi et la Reine, avec le procureur du département, Rœderer, et quelques -amis: «Sire, dit-il, nous avons appris que vous aviez été prévenu qu'un -rassemblement se portait sur le Château. Nous venons vous informer que -ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter -un mai. Je sais, Sire, que la municipalité a été calomniée; mais sa -conduite sera connue de vous.» - -«Elle doit l'être de la France entière,» répondit sèchement le Roi; «je -n'accuse personne en particulier; j'ai tout vu.» - -Pétion chercha à se justifier et à justifier l'émeute: «Sans les -précautions prises par la municipalité,» reprit-il, «il serait -peut-être arrivé des événements beaucoup plus fâcheux, non pas contre -votre personne.» Et fixant la Reine qui était à côté de son mari: «Vous -devez savoir, Sire, que votre personne sera toujours respectée.» - -Son air était provocant. Louis XVI perdit patience: - -«Taisez-vous,» dit-il d'un ton absolu et d'une voix forte. «Est-ce -respecter ma personne, que d'entrer chez moi en armes, de briser mes -portes et de forcer ma garde?» - -«Sire, répondit le maire, je connais l'étendue de mes devoirs et ma -responsabilité.» - -«Faites votre devoir», riposta impérieusement le Roi. «Vous répondez de -la tranquillité de Paris. Adieu.» - -Le surlendemain, 23, le monarque adressait aux Français une -proclamation pleine de noblesse, où, après avoir dénoncé au pays les -attentats dont il avait été l'objet et dont il avait failli être la -victime, il ajoutait ces belles paroles: - -«Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa -conscience et son amour du bien public. Le Roi ignore quel sera le -terme auquel ils voudront s'arrêter; mais il a besoin de dire à la -nation française que la violence, à quelque accès qu'on veuille la -porter, ne lui arrachera jamais son consentement à tout ce qu'il croira -contraire à l'intérêt public..... Comme représentant héréditaire de -la nation française, il a des devoirs sévères à remplir, et s'il peut -faire le sacrifice de son repos, il ne fera jamais le sacrifice de ses -devoirs.» - -Un grand mouvement répondit à ce noble langage. «Je ne puis vous dire -combien Louis a gagné dans le respect et l'affection de tous, depuis -le 20 de ce mois,» écrivait le 24 juin un témoin peu suspect[1096]. -L'audace des factieux, le danger couru par la famille royale, -l'héroïsme de son attitude, un dernier reste peut-être de cet amour -traditionnel que la France avait si longtemps porté au sang de ses -rois, amenèrent une réaction de l'opinion. Des adresses indignées -arrivèrent de soixante-dix départements[1097]. Vingt mille signataires, -tant de Paris que de la province, protestèrent contre ce «crime de -lèse-nation[1098]» et réclamèrent énergiquement la répression de -l'émeute. Le Directoire du département de la Seine, justement indigné -de la conduite de Pétion et du procureur de la Commune, Manuel, leur -demanda un compte sévère de l'emploi de leur temps, et les juges de -paix de la capitale ouvrirent une enquête. - -Dès le 28, Lafayette était arrivé à Paris et, au nom de l'armée, avait -exigé de l'Assemblée la punition des émeutiers, la suppression du club -des Jacobins et l'adoption de mesures vigoureuses pour la défense de -l'autorité et du Roi en particulier. La droite l'accueillit par des -applaudissements; la gauche par un morne silence et bientôt par des -murmures. Au sortir de la séance, la garde nationale l'acclama, et il -put croire un moment qu'il avait retrouvé son ancienne popularité. S'il -eut cette illusion, elle dura peu. Lorsqu'il fallut passer des paroles -aux actes, lorsque le général voulut profiter de la terreur causée -par sa brusque arrivée pour dissoudre le club des Jacobins, il ne -rencontra partout que froideur et inertie, et il dut renoncer à toute -intervention énergique. Le 30, il repartit pour son camp sans avoir -osé prendre l'initiative d'aucune mesure et sans avoir laissé d'autre -trace d'une démarche qui l'honore qu'une lettre hautaine qui irrita les -passions, sans relever les courages[1099]. - -Le lendemain, 1er juillet, après une discussion orageuse et une -longue séance de nuit, l'Assemblée décida le licenciement immédiat de -l'état-major de la garde nationale; c'était la réponse de la Gironde à -l'impérieuse sommation de Lafayette. - -Le 4 juillet, la Reine écrivait à M. de Mercy la lettre suivante, la -dernière qui lui soit parvenue: - -«Vous connaissez déjà les événements du 20 juin; notre position devient -tous les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté, -faiblesse et inertie de l'autre. L'on ne peut compter sur la garde -nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se -jeter ailleurs. - -«Il est plus que temps que les Puissances parlent fortement. Le 14 -juillet et jours suivants peuvent être l'époque d'un deuil général pour -la France et de regrets pour les Puissances qui auront été trop lentes -pour s'expliquer. - -«Tout est perdu, si l'on n'arrête pas les factieux par la crainte d'une -punition prochaine. Ils veulent à tout prix la république; pour y -arriver, ils ont résolu d'assassiner le Roi. Il serait nécessaire qu'un -manifeste rendît l'Assemblée nationale et Paris responsables de ses -jours et de ceux de sa famille. - -«Malgré tous ces dangers, nous ne changerons pas de résolution; vous -devez y compter, autant que je compte sur votre attachement. Je me -plais à croire que je partage les sentiments qui vous attachaient à ma -mère. Voilà le moment de m'en donner une grande preuve, en sauvant moi -et les miens, moi, s'il en est temps[1100].» - -La Reine n'avait que trop raison; la situation devenait de jour en -jour plus épouvantable: les attaques de l'Assemblée se joignaient aux -insultes de la rue et aux vociférations des clubs. Le jour même où -Marie-Antoinette écrivait cette lettre, Vergniaud s'élevait violemment -contre les prétendues trahisons de la Cour, et dans un mouvement d'une -fougueuse éloquence demandait si le sombre génie de Médicis errait -toujours sous les voûtes du Palais et si l'on allait voir se renouveler -la Saint-Barthélemy et les dragonnades. Quelques jours après, Brissot, -non moins violent, s'écriait que frapper la Cour des Tuileries, c'était -frapper tous les traîtres d'un seul coup. Marat tonnait contre le -palais où «une reine perverse» fanatise « un roi imbécile» et «élève -les louveteaux de la tyrannie[1101]». Et comme pour donner raison à ces -déclamations, et encourager l'émeute, Pétion, le complice du 20 juin, -suspendu le 6 juillet par le Directoire, était rétabli le 13 dans ses -fonctions. - -Aux appels à la violence et à l'assassinat, les violences de la -populace répondaient. Des écrits incendiaires étaient répandus à -profusion dans la capitale, dans les provinces, dans l'armée. Sur -les places de Paris, dans les rues, dans tous les lieux publics, -on prêchait hautement l'insurrection. Aux discours se mêlaient les -chansons; aux journaux, les pamphlets et les caricatures immondes -contre le Roi et la Reine. Le jardin des Tuileries, un moment fermé -après le 20 juin, puis rouvert, était sans cesse rempli de femmes qui -insultaient tout ce qui tenait à la Cour; on y criait jusque sous -les fenêtres un infâme libelle intitulé: _Vie de Marie-Antoinette_, -accompagné d'estampes dégoûtantes que les colporteurs montraient au -milieu d'éclats de rire outrageants[1101a]. On y chantait aux oreilles -de la Reine cet odieux couplet: - - Madame Veto avait promis - De faire égorger tout Paris. - -Les gardiens avaient voulu imposer silence aux chanteurs; une rixe -s'en était suivie, et une des personnes qui accompagnaient la Reine -ayant frappé ces misérables à coups de plat de sabre, ils étaient -allés se plaindre à l'Assemblée, et l'Assemblée leur avait accordé les -honneurs de la séance. Une autre fois, la foule tenta de briser les -fenêtres à coups de pierres; on dut fermer de nouveau le jardin, qui -ne fut rouvert qu'à la fin de juillet[1102]. Le 21 juillet, un décret -avait décidé que la terrasse des Feuillants serait regardée comme -une annexe de la salle des délibérations et, à ce titre, resterait -ouverte au public. Aussitôt on la sépara du reste du parc par un ruban -tricolore, et sur les arbres dont elle était bordée on traça cette -inscription: «Citoyens, respectez-vous; donnez à cette faible barrière -la force des baïonnettes.» La terrasse des Feuillants fut baptisée: -_Terre de la Liberté_; le jardin des Tuileries, c'était la _Terre de -Coblentz_. Quiconque osait franchir cette démarcation était hué et -traité d'aristocrate. Un jour, un jeune homme, sans faire attention -à la consigne, était descendu dans le jardin; des vociférations -l'assaillirent; on cria _à la lanterne!_ Immédiatement, le jeune homme -ôta ses souliers et essuya avec son mouchoir le sable qui s'était -attaché aux semelles. On applaudit et on le porta en triomphe[1103]. -Malgré la clôture du jardin, où on ne laissait pénétrer que les -personnes munies de cartes[1104], la Reine et ses enfants, dès qu'ils -y paraissaient, étaient assaillis par des vociférations tellement -épouvantables, partant de la terrasse, qu'ils étaient obligés de -rentrer; à partir de la fin de juillet même, ils durent renoncer à s'y -promener[1105]. - -Cependant, lorsque l'enquête sur le 20 juin avait été ordonnée, -Marie-Antoinette, apprenant que Hue y serait entendu, l'avait fait -venir et lui avait dit: «Mettez dans votre déposition toute la réserve -que permet la vérité..... Il faut écarter tout soupçon que le Roi ou -moi gardions le moindre ressentiment de ce qui s'est passé. Ce n'est -pas le peuple qui est coupable, et, quand il le serait, il trouverait -toujours auprès de nous le pardon et l'oubli de ses erreurs[1106].» - -Et le Roi, au dire de l'ambassadeur des États-Unis, ne songeait encore, -au milieu de cette crise, qu'à assurer à la France la liberté[1107] et -un bonheur stable. - -C'est ainsi que le peuple les en récompensait[1108]. - -Une nuit, vers une heure du matin, la Reine ne dormait pas,—elle -s'entretenait avec Mme Campan;—toutes deux entendirent des pas -étouffés dans le corridor qui régnait le long de l'appartement. C'était -un garçon de salle qui s'était introduit là dans une intention trop -facile à deviner. Un valet de chambre, averti par Mme Campan, se -jeta sur cet homme et le terrassa. «Madame, dit-il, c'est un scélérat; -je le connais, je le tiens.»—«Lâchez-le, répondit la Reine, il venait -pour m'assassiner; demain, les Jacobins le porteraient en triomphe.» -Et se tournant vers Mme Campan: «Quelle position! dit-elle, des -outrages le jour, des assassins la nuit[1109]!» - -Le lendemain, M. de Septeuil ordonna de changer toutes les serrures. -Louis XVI fit plus; il exigea que sa femme quittât le rez-de-chaussée, -où elle logeait seule, et où elle était insultée à chaque -instant[1110], et montât au premier, dans une chambre de l'appartement -du Dauphin. Mme de Tourzel, qui occupait cette chambre, céda sa -place à la Reine et s'installa sur un lit de veille qu'on dressait tous -les soirs[1111]. On laissait les persiennes et les volets ouverts, afin -que l'infortunée souveraine vît poindre le jour, et que ses nuits sans -sommeil fussent moins pénibles[1112]. - -La Reine eut une peine extrême à se décider à ce changement de -logement. Il lui répugnait de laisser paraître de l'inquiétude; il ne -lui répugnait pas moins de déranger de fidèles serviteurs. Le malheur -avait resserré les liens qui l'unissaient à eux et la rendait plus -soucieuse encore de leur bien-être: «Cette princesse était si bonne et -si occupée de tous ceux qui lui étaient attachés, dit Mme de Tourzel -en racontant ce fait, qu'elle comptait pour beaucoup de leur causer -la moindre petite gêne. Jamais princesse ne fut plus attachante, ne -marqua plus de sensibilité pour le dévouement qu'on lui témoignait, et -ne fut plus occupée de ce qui pouvait être agréable aux personnes qui -l'approchaient. Croirait-on qu'une Reine de France en était réduite à -avoir un petit chien dans sa chambre, pour l'avertir au moindre bruit -que l'on ferait entendre dans son appartement[1113]?» - -Mais le Dauphin, qui aimait passionnément sa mère, était ravi de ce -nouvel arrangement. Dès que la Reine était éveillée, il courait à son -lit, «la serrait dans ses petits bras, en lui disant les choses les -plus tendres et les plus aimables. C'était le seul moment de la journée -où cette princesse éprouvât quelque consolation; son seul courage la -soutenait[1114].» - -Au milieu de toutes ces alertes et de toutes ces angoisses, de ces -nuits sans sommeil et de ces jours sans repos, de ces fatigues -physiques et de ces souffrances morales, la santé de la Reine se -soutenait; mieux encore, elle s'était affermie. Dans les temps -prospères, elle avait été sujette à des crises nerveuses; à l'heure -de la douleur, ces crises avaient disparu. «Les maux de nerfs,» -disait-elle avec un mélancolique sourire, «c'était bon pour les femmes -heureuses[1115].» - -Le 14 juillet approchait; l'Assemblée avait décidé qu'on -renouvellerait, ce jour-là, la fête de la Fédération de 1790; c'était -un moyen détourné de former le rassemblement de vingt mille hommes -auquel le Roi s'était opposé. Les fédérés arrivaient de tous côtés; -ils avaient été soigneusement choisis parmi les révolutionnaires les -plus exaltés et les plus fanatiques. Ceux de Marseille et de Brest -se distinguaient par leur violence et leur audace. Accueillis avec -transport par les Jacobins, logés gratuitement par la municipalité, -défrayés de toutes leurs dépenses sur le trésor public, grisés de vin -et de déclamations, fournis de poudre et de cartouches, ces hommes -constituaient une force armée toute prête aux mains des factieux. Les -plus honnêtes d'entre eux partirent pour le camp de Soissons, où se -formait l'armée de réserve, chargée d'appuyer celle de Lafayette et -de Luckner; mais ils étaient rares: quinze cents environ[1116], et, -malgré le décret de l'Assemblée qui, le 11 juillet, avait déclaré la -patrie en danger, les autres restaient à Paris, pour donner le dernier -assaut à la monarchie, insultant la famille royale, maltraitant ses -amis et se prenant de querelle avec les gardes nationaux des compagnies -fidèles. «Il n'est pas de jour, écrivait Montmorin à la Marck, où je -ne tremble pour la vie du Roi et de la Reine, et lorsque le soir est -arrivé, je remercie la Providence de ce qu'ils existent encore, et, à -la vérité, il n'y a qu'elle seule à en remercier[1117].» - -C'était avec une véritable terreur qu'on voyait arriver cette date du -14 juillet. - -Louis XVI et Marie-Antoinette devaient assister à la Fédération, et -l'on ne doutait pas que le plan qui avait échoué le 20 juin ne fût -repris ce jour-là, et que, dans cette foule tumultueuse et hostile, -il ne se trouvât des assassins[1118]. On prêchait publiquement le -régicide, et il n'y avait guère de jour que quelque officieux ne vînt -avertir la Reine de se tenir sur ses gardes[1119]. La pauvre femme -n'avait pas un instant de tranquillité. Pour se rassurer un peu, elle -insista pour que le Roi se fit faire un plastron qui, en parant les -premiers coups, donnât au moins à ses amis le temps d'arriver pour -le défendre. Le plastron fut fait, et le prince, afin de calmer les -craintes de sa femme, consentit à le porter. «C'est pour la satisfaire, -dit-il; mais ils ne m'assassineront pas; leur plan est changé; ils -me feront mourir autrement.»—«C'est vrai», reprit la Reine quand -Mme Campan lui rapporta ces paroles de Louis XVI; «je commence à -redouter un procès pour le Roi. Quant à moi, je suis étrangère; ils -m'assassineront. Que deviendront nos pauvres enfants?» Et elle se mit à -répandre un torrent de larmes. Mais ce fut en vain que Mme Campan la -pressa de porter un corset de même tissu que le gilet du Roi. «Si les -factieux m'assassinent,» répondit la pauvre femme, «ce sera un bonheur -pour moi; ils me délivreront de l'existence la plus douloureuse[1120].» - -Depuis longtemps déjà, résignée à mourir, mais ne voulant pas entraîner -dans sa perte ceux qui lui demeuraient attachés, elle ne se couchait -jamais sans avoir brûlé tous les papiers capables de compromettre ses -amis[1121]. - -Dans cette situation si critique et presque désespérée, les offres -de services affluaient; il semblait que le péril multipliât les -dévouements. La préoccupation constante de tous ces fidèles de la -dernière heure était d'arracher la famille royale à cette prison de -Paris, qui était pour elle l'émeute et le danger de mort en permanence. -Épouvantée des horreurs du 20 juin, une des amies d'enfance de la -Reine, la landgrave Louise de Hesse-Darmstadt, avait envoyé son frère, -le prince Georges de Hesse, en France, tout exprès pour tâcher de la -sauver. Quel était le plan du prince? Quels étaient ses moyens? Nous -l'ignorons; mais il est probable que ce plan ne visait qu'à sauver la -Reine seule. L'amie n'avait songé qu'à son amie, elle avait compté sans -l'épouse et sans la mère. Malgré toutes les instances, Marie-Antoinette -refusa; mais quand le prince Georges repartit, elle lui donna pour la -landgrave la lettre suivante, toute pleine d'affectueuse reconnaissance -et de douloureuse résignation: - -«Votre amitié, vos soins, Madame, m'ont touchée jusqu'au fond de l'âme. -La personne qui repart pourra vous dire les raisons qui l'ont retenue -si longtemps; il vous dira aussi que, même à présent, je n'ose pas -le voir chez moi; il m'aurait pourtant été bien doux de parler avec -lui de vous, à qui je suis tendrement attachée. Non, ma Princesse, en -sentant tout le prix de vos offres, je ne puis les accepter. Je suis -vouée pour la vie à mes devoirs et aux personnes chères dont je partage -les malheurs, et qui, quoi qu'on en dise, méritent tout intérêt par -le courage avec lequel elles soutiennent leur position. Le porteur de -cette lettre pourra vous donner des détails sur ce moment-ci et sur -l'esprit du lieu que nous habitons. On dit qu'il a beaucoup vu et voit -juste. Puisse un jour tout ce que nous faisons et souffrons rendre -heureux nos enfants! c'est le seul vœu que je me permette. Adieu, ma -Princesse. Ils m'ont tout ôté, hors mon cœur qui me restera toujours -pour vous aimer. N'en doutez jamais; c'est le seul malheur que je ne -pourrais supporter[1122].» - -Et s'ouvrant de ce projet à la confidente de ses jours de tristesse, -Mme de Tourzel, la Reine lui disait: «Mon parti est pris; je -regarderais comme la plus insigne lâcheté d'abandonner dans le danger -le Roi et mes enfants. Que serait d'ailleurs la vie pour moi sans des -objets aussi chers et qui peuvent seuls m'attacher à une vie aussi -malheureuse que la mienne? Convenez qu'à ma place vous prendriez le -même parti[1123].» - -Le projet de Mme de Staël était plus vaste et plus complet que celui -du prince de Hesse, car il embrassait toute la famille royale. Une -terre, la terre de Lamotte, était à vendre, près de Dieppe. Mme de -Staël proposait de l'acheter, d'y mener avec elle un homme sûr, ayant -à peu près la taille et la figure du Roi, une femme de l'âge et de la -tournure de la Reine, et son fils, qui était de l'âge du Dauphin. Au -bout de deux ou trois voyages, ces personnes eussent cédé la place -à la famille royale, et, grâce à la faveur que la fille de Necker -rencontrait parmi les patriotes, dont elle avait partagé les opinions, -mais dont, à cette heure, elle ne partageait plus les illusions, on -eût pu sortir de Paris et gagner le château de Lamotte, où l'on eût -été en sûreté. Malouet fut chargé de communiquer ce plan au Roi et -à la Reine, il n'en reçut que cette réponse décourageante: «que les -augustes prisonniers étaient très sensibles à ce que Mme de Staël -voulait faire pour eux, mais qu'ils n'accepteraient jamais d'elle aucun -service[1124].» - -Malouet ne se découragea pas cependant. Toujours en quête, avec -Montmorin, Lally-Tolendal, Malesherbes, Bertrand de Moleville, des -moyens de salut pour la famille royale, il s'était adressé au duc -de Liancourt, qui, depuis 1790, commandait à Rouen, et le duc, qui -avait quatre régiments sous ses ordres, avait promis de les porter -à Pontoise, où les Suisses auraient pu conduire Louis XVI. De là, -la famille royale eût gagné Rouen; un yacht, préparé par les soins -d'un ordonnateur de la marine, M. de Mistral, l'eût reçue pour la -transporter au Havre, et, à la dernière extrémité, en Angleterre. -Malouet fit remettre à Louis XVI, par M. de la Porte, une lettre où -il développait ce plan, en insistant vivement sur le danger qu'il y -avait à rester à Paris. Le Roi lut la lettre sans rien dire et sans -en rien communiquer à personne; mais il ne put dissimuler son extrême -agitation, et quand la Reine lui en demanda la cause: «C'est, dit-il, -une lettre de M. Malouet; mais il y a des exagérations dans ses -inquiétudes, et peu de sûreté dans ses moyens..... Nous verrons; rien -ne m'oblige encore à prendre un parti si hasardeux..... L'affaire de -Varennes est une leçon.» - -La Reine ne dit rien, et M. de la Porte se retira; mais Montmorin, -quand il connut cette réponse, ne put s'empêcher de s'écrier: «Il faut -en prendre son parti; nous serons tous massacrés, et cela ne sera pas -long[1125].» - -Le danger en effet devenait si imminent qu'il frappait les moins -clairvoyants. Lafayette offrit encore une fois son concours, et, -d'accord avec M. de Montciel, ministre de l'intérieur, Lally-Tolendal -et l'ambassadeur des États-Unis, le sage et dévoué Gouverneur Morris, -il ébaucha un nouveau plan. On eût profité de la fête de la Fédération. -Lafayette et le vieux maréchal Luckner, complètement gagné à sa -cause, avaient demandé à y assister, au nom de l'armée. Le 15, placés -entre eux deux et escortés par cent cavaliers dévoués, le Roi et la -famille royale sortiraient de Paris en plein jour; la garde nationale -protégerait leur départ, et les Suisses, échelonnés entre la capitale -et Compiègne, appuieraient leur marche. Une fois à Compiègne, où quinze -escadrons et huit pièces de canon assureraient sa liberté, le Roi, -délivré des empiétements de l'Assemblée et de la pression des clubs, se -porterait médiateur entre les Puissances et la France, et reprendrait -son pouvoir en révisant la Constitution. Si l'Assemblée et les Jacobins -s'opposaient à sa sortie légale, les deux généraux se croiraient -autorisés par cette mesure inconstitutionnelle à marcher sur Paris à la -tête de leurs troupes[1126]. - -Le projet fut examiné au Conseil des ministres; il fut approuvé à -l'unanimité[1127]. Louis XVI, malgré sa répugnance à quitter la -capitale[1128], et à se mettre entre les mains des Constitutionnels, -auxquels il attribuait la responsabilité de sa déplorable -situation[1129], semblait disposé à se prêter à ce plan. Déjà -les préparatifs étaient commencés: les Suisses avaient reçu des -ordres[1130], lorsque, tout à coup, le prince déclara qu'il était -décidé à ne pas partir, qu'il aimait mieux s'exposer à tous les -dangers que de donner le signal de la guerre civile[1131]. C'étaient, -assure-t-on, les conseils de la Reine, qui, au dernier moment, avaient -ainsi modifié la résolution du Roi[1132]. Elle avait pour Lafayette une -insurmontable antipathie, et elle disait à Mme Campan qu'il valait -mieux périr que de devoir son salut à l'homme qui leur avait fait le -plus de mal et de se mettre dans la nécessité de traiter avec lui[1133]. - -On a vivement reproché à Marie-Antoinette son opposition acharnée à ce -projet. On l'a accusée d'avoir sacrifié la monarchie et l'existence -même des siens à d'aveugles préventions. Sans doute, il eût été plus -politique d'oublier les griefs du passé et de ne plus voir que le -dévouement de l'heure présente; mais ce dévouement, la Reine ne croyait -pas à son désintéressement et à sa sincérité. Lafayette était toujours -à ses yeux l'homme qui avait porté à l'autorité royale les coups les -plus sensibles, qui lui avait infligé à elle-même l'injure la plus -sanglante, une de ces injures qu'une femme ne pardonne pas[1134]. Le -grand orateur dont elle regrettait peut-être alors de n'avoir pas mieux -suivi les avis, Mirabeau, l'avait toujours prévenue contre l'ambition -brouillonne et la présomptueuse incapacité de celui qu'il appelait -dédaigneusement _Gilles-César_, et à ce moment même, ses confidents -les plus intimes, Mercy, Fersen, ne lui recommandaient-ils pas, dans -leurs lettres, si la nécessité ou des circonstances favorables la -déterminaient à quitter Paris, de ne jamais appeler Lafayette, mais de -réclamer le concours de provinces fidèles, comme la Picardie[1135]? - -Ce plan, d'ailleurs, était-on aussi sûr de sa réussite qu'on le -prétendait[1136]? La garde nationale s'y fût-elle prêtée? Un exemple -tout récent permettait d'en douter. Dans la nuit du mercredi 11 au -jeudi 12 juillet, le bruit s'était répandu, dans la garde de service -au Château, que la Reine était partie. Le commandant ne put calmer -ses hommes qu'en éveillant le Roi à deux heures du matin et en le -priant de lui faire voir la Reine. Étaient-ce là des dispositions -favorables, soit à une évasion, soit à un départ public? Montmorin, -qui transmettait ces détails à son ami la Marck, en arrivait à ce -douloureux dilemme: «Depuis que le Roi a licencié sa garde, je crois -impossible qu'il sorte de Paris, et très dangereux qu'il y reste.» -Et il concluait ainsi: «Le Roi, et surtout la Reine, se sont refusés -absolument à toute proposition de sortir de Paris, et, quelque -danger que je voie au séjour qu'ils y font, je crois qu'ils ont bien -fait[1137].» - -Malgré ces sombres pronostics, la Fédération se passa tranquillement; -mais les alarmes furent vives. Le Roi était, avec toute sa famille, -à l'École militaire, attendant le cortège qui était allé poser la -première pierre d'une colonne sur l'emplacement de la Bastille. Quand -le cortège parut et défila sous le balcon où se tenait la famille -royale, des cris formidables de _Vive Pétion!_ éclatèrent de toutes -parts; quelques rares cris de _Vive le Roi!_ y répondirent. Louis -XVI descendit et se rendit à pied, du pavillon de l'École militaire, -à l'autel dressé à l'extrémité du Champ-de-Mars. Sa tête poudrée -ressortait au milieu des cheveux noirs des députés et ses vêtements -brodés d'or tranchaient sur le costume sombre des gens du peuple qui -l'entouraient. «Quand il monta les degrés de l'autel, on crut voir la -victime sainte s'offrant volontairement au sacrifice[1138].» La Reine -ne l'avait pas perdu de vue pendant ce long et douloureux trajet, au -milieu de ces hommes qui, dit un témoin oculaire, «avaient plus l'air -d'être réunis pour une émeute que pour une fête[1139].» Un instant, -elle l'avait vu disparaître dans la foule[1140]; elle avait poussé un -cri; mais ce n'était qu'une fausse alerte; peu après, le Roi reprit -sa place près de sa famille. «L'expression du visage de la Reine, -dit Mme de Staël, ne s'effacera jamais de mon souvenir; ses yeux -étaient abîmés de pleurs; la splendeur de sa toilette, la dignité de -son maintien contrastaient avec le cortège dont elle était entourée; -quelques gardes nationaux la séparaient seuls de la populace[1141].» -Quand le Roi revint à l'École militaire, elle descendit à sa rencontre; -le prince la serra dans ses bras avec une affectueuse émotion, et ses -enfants l'embrassèrent en pleurant[1142]. - -La cérémonie terminée, la famille royale remonta en voiture et retourna -aux Tuileries. Heureux de la voir vivante, après les inquiétudes -qu'avait excitées cette journée, les grenadiers qui entouraient le -carrosse ne cessaient de crier: _Vive le Roi! Vive la Reine!_ «Ils -étaient tout cœur et tout âme, écrit Mme Élisabeth; cela faisait du -bien[1143].» Mais qu'étaient ces cris isolés à côté des acclamations -immenses qui avaient accueilli le maire de Paris, le vrai triomphateur -du jour, ce fat et misérable Pétion, qui avait abandonné la royauté au -20 juin, qui devait la livrer au 10 août? - -L'agitation continuait dans Paris. Le bruit courait plus que jamais -que l'Assemblée voulait enlever la famille royale, et l'emmener dans -le Midi[1144]; pour faciliter l'exécution de ce projet et isoler -le Roi de plus en plus, on faisait partir pour le camp de Soissons -les trois régiments de ligne qui restaient dans la capitale et deux -bataillons de Suisses[1145]. Au Château, on n'avait plus un instant -de tranquillité. Les rumeurs les plus absurdes prenaient créance, dès -qu'elles étaient hostiles à la famille royale, et donnaient lieu à des -mouvements populaires. Le 20 juillet, les fédérés avaient passé la nuit -en orgies sur la place de la Bastille; quelques meneurs vinrent leur -raconter que la Cour avait fait assassiner les députés patriotes et -conservait dix-huit mille fusils au Château. Aussitôt ils prennent les -armes «pour exterminer les traîtres». A cinq heures du matin le rappel -est battu; quatre mille gardes nationaux se portent aux Tuileries. Pour -cette fois, du moins, le danger fut conjuré: Pétion lui-même calma -l'effervescence. Mais cette journée néanmoins exerça une influence -néfaste sur l'avenir; pendant que la famille royale était réunie avec -les ministres dans le cabinet du Roi, attendant l'insurrection et -délibérant sur la conduite à tenir, on avait décidé que si les factieux -approchaient, le prince et sa famille, n'ayant pas de moyens de se -défendre, se retireraient à l'Assemblée: résolution fatale qui ne fut -que trop mise à exécution le 10 août[1146]. - -Quelques jours après, dans la nuit du 24 au 25 juillet, Mme -Campan fut avertie que les faubourgs s'apprêtaient à marcher sur -les Tuileries; on avait résolu, disait-on, d'enlever le Roi et de -l'enfermer à Vincennes. Déjà le tocsin sonnait à Saint-Roch; Mme -Campan courut à l'appartement de la Reine; brisée de fatigue, après -tant d'insomnies, la malheureuse femme dormait. Le Roi, qui survint, ne -voulut pas qu'on la réveillât; on venait d'apprendre d'ailleurs que le -mouvement annoncé avait avorté; Pétion, ne se trouvant pas suffisamment -prêt, s'y était opposé. Mais la Reine, quand elle s'éveilla, reprocha -vivement à sa première femme de chambre d'avoir respecté son sommeil, -et comme Mme Campan lui représentait qu'elle avait besoin de réparer -ses forces abattues: «Elles ne le sont pas, dit-elle; le malheur en -donne de grandes. Élisabeth était auprès du Roi, et je dormais, moi qui -voudrais périr à ses côtés! Je suis sa femme et je ne veux pas qu'il -courre le moindre péril sans moi[1147].» - -C'est à ce rôle passif qu'elle était réduite. Si elle n'avait écouté -que son courage, elle ne se fût pas si facilement résignée; elle se -fût souvenue du mot de Mirabeau, de ce que pouvaient une femme et un -enfant à cheval. Périr pour périr, elle eût mieux aimé succomber les -armes à la main que d'attendre patiemment la mort par le poignard ou -l'échafaud. Mais elle était paralysée par l'inertie de son mari: «Le -Roi, disait-elle, a peur de commander et craint plus que toute autre -chose de parler aux hommes réunis. Quelques paroles bien accentuées, -adressées aux Parisiens, centupleraient les forces de notre parti; il -ne les dira pas.... Pour moi, je pourrais bien agir et monter à cheval, -s'il le fallait; mais si j'agissais, ce serait donner des armes aux -ennemis du Roi. Le cri contre l'_Autrichienne_, contre la domination -d'une femme, serait général en France, et d'ailleurs j'anéantirais le -Roi en me montrant. Une Reine qui n'est pas régente doit, dans ces -circonstances, rester dans l'inaction et se préparer à mourir[1148].» - -Un jour que l'abbé de Montesquiou lui avait soumis un plan qui -demandait beaucoup de conduite et de fermeté: «C'est inutile, -répondit-elle tristement, la conduite que vous me proposez ne peut pas -se conseiller; celui qui n'a pas en lui le caractère nécessaire pour -l'imaginer ne saurait en suivre le conseil[1149].» - -Ainsi réduite à l'inaction en France, la Reine n'espérait plus guère -que de l'étranger. Sa correspondance avec Fersen se multipliait: -Fersen, que son père avait voulu rappeler en Suède après l'assassinat -de Gustave III, et qui avait noblement refusé, dût-il être réduit à la -misère, d'abandonner ses augustes clients[1150]. Elle avait recours -aux procédés les plus ingénieux pour dissimuler ces relations. Les -lettres étaient presque toujours écrites en chiffres, ou du moins -dans un style de convention; elles étaient envoyées, tantôt par des -gens sûrs, tantôt, et surtout à l'époque où nous sommes, dans des -boîtes de biscottes, dans des paquets de thé ou de chocolat, dans la -doublure d'un chapeau ou d'un vêtement, sous forme d'annonce dans un -journal[1151]. Les billets succédaient aux billets avec une rapidité -et une fréquence extraordinaires; chaque semaine, il y en avait au -moins deux, soit de Marie-Antoinette, soit du fidèle Goguelat. A la fin -de juillet, ce ne sont plus guère que des cris d'alarme, des appels -désespérés. La Reine écrit le 24 juillet: - -«Dans le courant de la semaine, l'Assemblée doit décréter sa -translation à Blois et la suspension du Roi. Chaque jour produit une -scène nouvelle, mais tend toujours à la destruction du Roi et de -sa famille; des pétitionnaires ont dit, à la barre de l'Assemblée, -que, si on ne le destituait pas, ils le massacreraient. Ils ont eu -les honneurs de la séance. Dites donc à M. de Mercy que les jours du -Roi et de la Reine sont dans le plus grand danger, qu'un délai d'un -jour peut produire des malheurs incalculables, qu'il faut envoyer le -manifeste sur-le-champ, qu'on l'attend avec une extrême impatience, -que nécessairement il ralliera beaucoup de monde autour du Roi et le -mettra en sûreté; qu'autrement personne ne peut en répondre pendant -vingt-quatre heures: la troupe des assassins grossit sans cesse[1152].» - -Huit jours après, nouvel appel plus pressant encore. Le 28 juillet, -d'Éprémesnil avait été à moitié assommé sur la terrasse des -Feuillants[1153]. Le 29, les Marseillais avaient fait leur entrée à -Paris. Ramassis de brigands et de gens sans aveu, tourbe cosmopolite, -échappée des bagnes de Gênes, d'Espagne et de Toulon[1154], ils -apportaient à la populace parisienne un appoint puissant, moins par le -nombre,—ils n'étaient guère que six cents,—que par leur audace et leur -expérience en fait d'émeutes et de crimes. C'était pour les attendre -que Pétion avait ajourné l'émeute du 27 juillet. Le lendemain même de -leur arrivée, le 30, ils rencontrent aux Champs-Élysées des grenadiers -du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui faisaient un repas de corps -chez le restaurateur Dubertier, leur cherchent querelle sans motif, en -massacrent un, en blessent une quinzaine, et les autres n'échappent au -même sort qu'en se réfugiant dans le jardin des Tuileries, et de là -au Château, où on leur prodigue des secours. Vainement les camarades -des victimes viennent-ils demander justice à l'Assemblée; la gauche -les accueille par des murmures, les tribunes par des vociférations. -Ce sont eux qu'on transforme en coupables, et l'on dénonce à la -vengeance populaire la Reine et les dames qui ont donné leurs soins aux -_assassins_ des braves fédérés. - -Le 1er août, Marie-Antoinette faisait écrire par Goguelat à -Fersen cette lettre désespérée, la dernière qu'ait reçue d'elle son -chevaleresque correspondant; l'angoisse l'y rendait même parfois -injuste pour les fidèles grenadiers des Filles-Saint-Thomas. - -«La vie du Roi est évidemment menacée depuis longtemps, ainsi que -celle de la Reine. L'arrivée d'environ six cents Marseillais et d'une -quantité d'autres députés de tous les clubs des Jacobins augmente bien -nos inquiétudes, malheureusement trop fondées. On prend des précautions -de toute espèce pour la sûreté de Leurs Majestés; mais les assassins -rôdent continuellement autour du Château; on excite le peuple; dans -une partie de la garde nationale, il y a mauvaise volonté, et dans -l'autre, faiblesse et lâcheté. La résistance qu'on peut opposer aux -entreprises des scélérats n'est que dans quelques personnes décidées -à faire un rempart de leurs corps à la famille royale, et dans le -régiment des gardes-suisses. L'affaire qui a eu lieu le 30, à la suite -d'un dîner aux Champs-Élysées, entre 180 grenadiers[1155] d'élite de -la garde nationale et des fédérés marseillais, a démontré clairement -la lâcheté de la garde nationale et le peu de fond qu'il faut faire -sur cette troupe, qui ne peut en imposer que par sa masse. Les 180 -grenadiers ont pris la fuite; il y en a eu deux ou trois de tués et une -vingtaine de blessés. Les Marseillais font la police du Palais-Royal et -du jardin des Tuileries, que l'Assemblée nationale a fait ouvrir..... -Pour le moment, il faut songer à éviter les poignards et à déjouer -les conspirateurs qui fourmillent autour du trône prêt à disparaître. -Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la peine de cacher le -projet d'anéantir la famille royale. Dans les deux dernières assemblées -nocturnes, on ne différait que sur le moyen à employer. Vous avez pu -juger par ma précédente lettre combien il est intéressant de gagner -vingt-quatre heures; je ne ferai que vous le rappeler aujourd'hui, en -ajoutant que, si l'on n'arrive pas, il n'y a que la Providence qui -puisse sauver le Roi et sa famille[1156].» - -A cette date du 1er août, les armées coalisées étaient en marche. -Le duc de Brunswick s'était mis en mouvement le 28 juillet[1157]; il -comptait être, au bout de huit ou dix jours, à la frontière[1158], -y laisser des corps suffisants pour masquer les places et empêcher -leurs garnisons de s'opposer à ses opérations, et se porter lui-même -directement sur Paris[1159]. Au moment d'entrer en campagne, le 25, -cédant aux vives instances des émigrés, il avait lancé, de Coblentz, un -manifeste menaçant. Après avoir exposé les réclamations de l'Empereur -et du roi de Prusse pour les princes allemands possessionnés en -Alsace et leur intérêt à voir cesser l'anarchie en France, sans -vouloir s'enrichir par des conquêtes, ni prétendre «s'immiscer dans le -gouvernement de la France», il invitait la partie saine de la nation à -rentrer dans les voies de la justice, et s'engageait à protéger ceux -qui se soumettraient au Roi. Mais il menaçait d'une punition exemplaire -tous ceux qui se défendraient contre ses armes, déclarant que, si la -moindre insulte, la moindre violence était faite au Roi ou à la Reine, -la ville de Paris serait livrée à une exécution militaire et à une -subversion totale. - -Par quelle déplorable habileté Fersen réussit-il à substituer ce -manifeste, dû à la plume d'un émigré, M. de Limon[1160], au texte, -modéré et sage, proposé par l'agent accrédité du Roi et de la -Reine, Mallet du Pan, et primitivement adopté par les Puissances? -Par quel aveuglement surtout, lui qui connaissait la France, qui -venait de la traverser tout récemment encore, et qui écrivait «qu'on -ne peut compter sur les gardes nationaux, ni sur les gens de bien -de Paris, qui craignent de se mettre en avant de peur de recevoir -une égratignure, tandis que les scélérats agissent[1161]», ajoutant: -«Mon inquiétude pour vous est extrême; je n'ai pas un seul moment de -tranquillité[1162]»; par quel aveuglement put-il croire que cette -déclaration hautaine et provocante relèverait le courage des amis de -la royauté et terrifierait ses adversaires? Comment ne vit-il pas -qu'édicter ainsi les derniers supplices contre tous les partisans de -la Révolution, c'était en grossir le nombre, les réduire au désespoir, -et que les premières victimes de ce désespoir seraient précisément les -malheureux souverains qu'on avait la prétention de sauver? Lui-même -cependant avait écrit à son ami Taube, en lui envoyant le manifeste: -«Voici un moment critique pour eux, Dieu les conserve[1163]!» Et à -sa demande, le baron de Breteuil avait envoyé l'évêque de Pamiers à -Londres pour obtenir de Pitt une intervention de l'Angleterre en faveur -des malheureux otages que d'imprudentes menaces allaient livrer à -toutes les colères[1164]. - -Mais on se faisait, de l'autre côté du Rhin, même parmi les plus sages, -d'étranges illusions. Les émigrés avaient si souvent répété que la -guerre ne serait qu'une promenade militaire à travers la France, que -le duc de Brunswick s'imaginait ne pas rencontrer de résistance[1165], -et que Mercy lui-même, si peu disposé, par son âge et son expérience, -aux espérances exagérées, écrivait, le 9 juillet, à Marie-Antoinette: -«En un mois, on sera sauvé[1166].» On indiquait déjà les étapes de -la marche des coalisés: on devait être tel jour à Verdun, tel autre -à Châlons[1167]. La Reine elle-même, momentanément rassurée par la -parole de Mercy, confiait à Mme Campan, pendant une de ses nuits -d'insomnie, que, dans un mois, «elle ne verrait plus cette lune sans -être dégagée de ses chaînes[1168].» Et le baron de Breteuil formait -déjà le cabinet qui devait prendre la direction des affaires, à la -rentrée à Paris[1169]. - -Quoi qu'il en soit, le résultat de ce manifeste ne fut pas celui -qu'en attendaient ses auteurs: «Il ne rallia personne, parce qu'il -ne présentait aucun point de ralliement; n'effraya personne, parce -qu'il annonçait des prétentions extravagantes, et enfin n'obtint rien, -parce qu'il demandait l'impossible. Une partie de la France resta -muette à cet appel; l'autre y répondit par des cris de fureur et de -vengeance[1170].» - -A ce moment suprême, pourtant, les Girondins ne voulaient pas encore -la république; ils sentaient qu'ils n'auraient point pour eux l'appui -de l'armée, même de l'armée du Midi, sur laquelle ils comptaient le -plus[1171]. Il y eut un moment d'hésitation dans la marche des ennemis -de la royauté. La garde nationale voulait conserver le Roi, comme -une sauvegarde contre les représailles des coalisés, et certains -chefs de la Révolution s'étaient déjà ménagé les moyens de fuir en -Amérique[1172]. Le plan qui souriait le plus à Brissot et à ses amis, -c'était de proclamer la déchéance de Louis XVI et de mettre le Dauphin -sur le trône, avec Condorcet comme gouverneur et Pétion comme régent. -Mais déjà les Girondins étaient débordés et, pour ne pas être laissés -de côté, ils étaient obligés de se mettre à la remorque des Jacobins. - -Le 3 août, Pétion se présente à la barre de l'Assemblée et, au nom -de 46 sections de Paris sur 48, demande la déchéance. L'Assemblée, -sans discussion, renvoie une pétition à une commission extraordinaire -pour faire son rapport le 9 août[1173]. En attendant, tout se prépare -pour le dernier assaut qui doit être livré à la royauté. Le Comité -insurrectionnel siège en permanence au cabaret du _Cadran-bleu_. La -section Mauconseil, sans attendre la décision de l'Assemblée, vote -la déchéance; la section du Théâtre-Français, sous la présidence de -Danton, se déclare en état d'insurrection[1174]. Les Marseillais, -quittant leurs casernes trop éloignées, se transportent au centre de la -capitale, dans les sections Poissonnière et du Théâtre-Français[1175], -où on les incorpore dans les bataillons révolutionnaires[1176]; on leur -donne à profusion du vin et de l'argent[1177]. Westermann est désigné -pour prendre le commandement des bandes, à la place de Santerre, dont -l'incapacité est trop manifeste, et Panis et Sergent font distribuer -aux fédérés les cartouches qu'ils refusent aux gardes nationaux. On -fait venir de tous côtés des recrues sur lesquelles on peut compter. -Jourdan et les massacreurs de la Glacière sont à Paris[1178]. «Jourdan -et ses compagnons sont réunis à Santerre, mandait Malouet à Mallet du -Pan; les promenades dans les rues, les hurlements sont horribles. Les -affiches, les placards ont la même couleur de sang. Jamais cette ville -de boue n'a été aussi infecte, aussi pestilentielle[1179].» - -En même temps, on éloigne de la capitale les derniers défenseurs de la -royauté. Dès la fin de juillet, un officier suisse écrivait: «Ils sont -parvenus à faire sortir de Paris toute la force armée. Voilà les cinq -régiments de ligne et les deux tiers des régiments des gardes-suisses, -que l'on craignait, hors d'état de nuire aux factieux. Bientôt nous -allons voir commencer la tragédie[1180].» Les troupes de ligne, en -effet, dont l'Assemblée redoutait le bon esprit, avaient été envoyées -à l'armée[1181]; trois cents Suisses avaient été dirigés sur la -Normandie, sous prétexte de protéger la circulation des grains et l'on -avait enlevé à ceux qui restaient à Paris leurs douze canons[1182]. - -Pour achever de désorganiser la résistance, la municipalité arrête que -la garde de service au Château sera chaque jour composée de citoyens -de toutes les sections. Tout est prêt pour se porter en armes aux -Tuileries et y déposer le Roi. Le jour seul est encore incertain. -Successivement fixé au 4, puis au 6, il est enfin arrêté pour le 9 au -soir, lorsque l'Assemblée aura délibéré sur la pétition des sections -de Paris; ce jour-là, si, à onze heures, justice n'est pas rendue -au peuple par le Corps législatif, «à minuit le tocsin sonnera, la -générale sera battue et tout se lèvera à la fois[1183]». En attendant, -la terreur règne dans la capitale; les députés qui osent encore, -nous ne dirons pas se montrer favorables au Roi, mais simplement ne -pas exécuter servilement les volontés des clubs, sont insultés et -maltraités[1184]. On répand les bruits les plus lugubres. On annonce -qu'on promènera la Reine dans une cage de fer avant de la conduire à la -Force, qu'on enfermera le Roi à l'Hôtel-de-Ville, puis au Temple[1185]. -Dès le 2 août, on vend dans les rues un imprimé qui n'est que le -programme de la journée qu'on prédit, et le médecin Brunier peut le -remettre à Mme de Tourzel[1186]. Une agitation effrayante régnait -dans le peuple, et une femme, très liée avec les révolutionnaires, -écrivait cette phrase sinistre: «Il pleuvra du sang; je n'exagère -point[1187].» - -A ces menaces directes et publiques, qu'avait à opposer la royauté? -Rien que des promesses vagues, des espérances fragiles, et, hélas! des -illusions obstinées: la marche lointaine encore du duc de Brunswick, -l'argent donné aux chefs des factieux, Pétion, Danton[1188], Santerre, -pour empêcher l'insurrection et qui ne sert qu'à la payer; et, au -Château, neuf cents Suisses, quelques rares gardes nationaux fidèles, -et une centaine de gentilshommes. Qu'était-ce contre les bandes -dirigées par Barbaroux et Westermann? - -Vainement les fidèles de la dernière heure, les Malouet, les -Malesherbes, les Morris, les Lally-Tolendal, présentèrent-ils, le 7 -août, un suprême projet d'évasion. Vainement offrirent-ils de conduire -la famille royale à Pontoise ou à Compiègne[1189], sous la protection -des grenadiers d'Aclocque et des Suisses de Courbevoie, en partant en -plein jour, à huit heures du matin, du Pont-Tournant, et en avertissant -le président de l'Assemblée qu'on allait à Compiègne, en vertu de la -Constitution[1190]. Le Roi refusa, et Mme Élisabeth se contenta -de répondre que l'insurrection annoncée n'aurait pas lieu, qu'on en -avait pour garant la parole de Pétion et de Santerre, qui, moyennant -sept cent cinquante mille livres, s'étaient engagés à ramener les -Marseillais dans le parti de Sa Majesté[1191]. - -Malgré cette confiance apparente et étrange, l'alarme régnait en -permanence au Château. Si l'on avait pu croire, pendant quelque temps, -comme le disait Morris, que les gardes nationaux et les Parisiens -voudraient conserver Louis XVI «comme la protection la plus efficace -contre le pillage et les insultes des ennemis[1192]», depuis le 20 juin -on ne pouvait plus guère avoir cette confiance: on ne cherchait qu'à -gagner du temps; mais on était gardé à vue. Pour prévenir une fuite, -dont le bruit s'était encore une fois répandu, les fédérés faisaient -chaque jour et chaque nuit des patrouilles autour des Tuileries[1193]. -Les hommes à pique, avant d'aller, le bonnet rouge sur la tête, faire -à l'Assemblée des motions incendiaires, défilaient près du Château, en -chantant d'injurieux couplets; «on eût dit qu'ils venaient reconnaître -les lieux, avant de l'attaquer[1194].» On insultait la Reine jusque -sous les fenêtres de ses petits cabinets qui donnaient sur la cour, et -Mme de Tourzel, dont les appartements étaient au rez-de-chaussée, -n'osait plus y conduire le Dauphin[1195]. Un Marseillais, le sabre -au poing, criait aux Suisses en faction à la porte du Carrousel: -«Misérables, c'est la dernière garde que vous montez; nous allons vous -exterminer tous[1196].» - -Chaque jour, chaque nuit, ce sont des alertes nouvelles[1197]. Le Roi -brûle ses correspondances[1198]; la Reine ne se couche qu'une fois sur -deux[1199], et elle en est réduite, nous l'avons vu, à avoir un petit -chien dans sa chambre pour l'avertir en cas de danger[1200]. Toute la -nuit du 4 au 5 août, l'on s'attend à être égorgé[1201]. Louis XVI est -debout: «Ah! qu'ils viennent!» dit le malheureux prince, résigné à -son sort; «dès longtemps je suis préparé; mais,» ajoute-t-il avec une -sollicitude touchante, «qu'on n'éveille pas la Reine[1202].» - -Le dimanche 5 août, la famille royale allait à la chapelle des -Tuileries entendre la messe pour la dernière fois. Pendant qu'elle -traversait la galerie pour s'y rendre, un certain nombre de gardes -nationaux la saluèrent des cris de _Vive le Roi!_ Mais aussitôt -les autres répondirent par de formidables huées: «_Pas de Roi! A -bas le Veto!_» Et le soir, aux vêpres, les musiciens, chantant le -_Magnificat_, se donnèrent le mot pour «tripler le son de leurs voix -d'une manière effrayante», en psalmodiant: _Deposuit potentes de -sede[1203]!_ - -C'était le dernier outrage. Cinq jours après, la sinistre prédiction -des musiciens de la chapelle allait être accomplie. - - - - -CHAPITRE XXI - - Le 10 août. - - -La journée du jeudi 9 août avait été relativement tranquille, malgré -les bruits alarmants qui circulaient. Le Roi, après le dîner, avait -joué au billard avec Mme Élisabeth[1204] et la pieuse princesse -avait écrit à son amie Mme de Bombelles: «Cette journée, qui devait -être si vive, si terrible, est le plus calme possible[1205].» Le -soir, tout change; je ne sais quelle agitation sinistre règne dans la -capitale; les dames du palais n'osent pas venir à la Cour, de peur -d'être insultées. - -A minuit, le tocsin sonne au clocher des églises; bientôt au bruit du -tocsin se mêle celui des tambours qui battent, les uns la générale, -les autres le rappel; les sections s'arment; les faubourgs s'ébranlent -et se mettent en marche. Aux Tuileries, il y a environ neuf cents -Suisses, deux cents gentilshommes et quelques compagnies de gardes -nationaux fidèles. C'est peu; mais cette petite troupe est sous les -ordres d'un chef résolu et dévoué, Galiot de Mandat, ancien capitaine -aux gardes françaises. Dès le matin, il a pris des dispositions -énergiques pour la défense: les ponts sont gardés et il sera facile -d'empêcher les faubourgs de se réunir en coupant la communication -et en chargeant les colonnes pour les disperser[1206]. Les Suisses -occupent la cour du Château, la chapelle et la porte royale, le bas du -grand escalier du Roi et de la Reine[1207], tandis que les grenadiers -des Filles-Saint-Thomas sont rangés en bataille vis-à-vis de la grande -porte[1208]. Malheureusement les soldats n'ont pas de cartouches: à -peine trois coups par homme[1209]. Les Suisses eux-mêmes n'en ont pas -trente[1210], et le commandant est sans ordres. - -Vers onze heures, Pétion, cédant aux instances réitérées de Mandat, -vient au Château. Le Roi l'interpelle brusquement: «Monsieur, dit-il, -vous êtes maire de Paris; il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement; -veut-on recommencer le 20 juin?»—«Sire, la fermentation est grande, -mais je cours à l'Hôtel-de-Ville rétablir la tranquillité.»—«Non, -Monsieur,» reprend la Reine qui devine les projets de Pétion; «c'est -sous vos yeux que tout a été organisé; vous allez, comme maire, signer -l'ordre de repousser la force par la force; vous resterez près de la -personne du Roi.» Pétion, déconcerté, signe l'ordre, puis il s'esquive, -et, après une courte apparition à l'Assemblée, retourne dans sa maison, -où, suivant le plan arrêté avec ses amis, il se fait consigner pour le -reste de la journée. - -Au Château, on avait été assez rassuré pendant les premières heures: on -avait confiance dans les forces dont on disposait et que Mandat avait -habilement placées aux point les plus importants, dans la cour, dans -le jardin, aux guichets. Des avis, qu'on croyait sûrs, représentaient -d'ailleurs le rassemblement comme n'ayant pas la gravité qu'on lui -supposait d'abord[1211]. La Reine avait même envoyé son fils se coucher -sous la garde de la fidèle Mme de Tourzel; mais, en l'embrassant, -elle n'avait pu retenir ses larmes: «Maman,» disait l'enfant, comme -s'il devinait le danger, «pourquoi pleurez-vous? Je voudrais bien ne -pas vous quitter cette nuit.»—«Soyez tranquille, mon fils, je ne serai -pas loin de vous[1212].» - -Mais l'anxiété n'avait pas tardé à renaître; les mauvaises nouvelles -parvenaient, pressantes et précises. La famille royale était réunie -dans la chambre du Conseil; la princesse de Lamballe, la princesse de -Tarente, Mme de Tourzel et sa fille, les ministres, deux municipaux, -Borie et Leroux, le procureur général syndic du département, Rœderer, -quelques serviteurs zélés, l'entouraient. Au milieu des angoisses -croissantes, l'étiquette traditionnelle avait été levée: il n'y avait -pas eu de coucher du Roi; la Reine et Mme Elisabeth étaient assises -sur de simples tabourets[1213]. Quelques amis dévoués arrivaient de -moment en moment, s'asseyant partout, sur les tables, sur les consoles, -par terre. - -La Reine parle à chacun de la manière la plus affectueuse, réchauffant -le zèle et soutenant les courages: «Messieurs, dit-elle aux gardes -nationaux qui sont dans la chambre du Conseil, tout ce que vous avez de -plus cher, vos femmes, vos enfants, dépend de notre existence; notre -intérêt est commun[1214].» Mais parmi ces défenseurs de la dernière -heure, l'harmonie ne règne pas; les préventions de certains gardes -nationaux contre les gentilshommes persistent. Le chef de légion la -Chesnaye veut faire éloigner les volontaires royalistes. La Reine s'y -oppose vivement: «Vous ne devez pas, dit-elle, avoir de défiance de -ces braves gens qui partageront vos dangers et vous défendront jusqu'à -leur dernier soupir[1215]. Je réponds de tous ceux qui sont ici; ils -marcheront devant, derrière, dans le rang, comme vous voudrez; ils -sont prêts à tout ce qui pourra être nécessaire: ce sont des hommes -sûrs[1216].» - -Personne ne s'était couché au Château; seul le Dauphin dormait[1217]. -Vers trois heures du matin, on entend dans le lointain comme le bruit -houleux des vagues qui approchent. Un coup de fusil retentit dans la -cour même des Tuileries[1218]: «Hélas! dit la Reine, ce ne sera pas le -dernier!» Elle fait lever et habiller son fils; elle ne veut pas que -les factieux trouvent au lit l'hériter du trône, et depuis ce moment -elle le garde toujours près d'elle. «Maman,» dit le pauvre enfant, -ému à la vue du trouble qu'il voit autour de lui et déjà familiarisé -avec les journées, «maman, pourquoi ferait-on du mal à papa? Il est si -bon[1219]!» - -La nuit était admirable, le ciel pur, l'air calme; la tranquillité -de la nature contrastait avec l'agitation de la rue et l'anxiété des -âmes. Par les croisées ouvertes, on entendait tous les bruits de la -grande ville. L'aube paraît; Mme Élisabeth court à la fenêtre. «Ma -sœur, dit-elle, venez donc voir lever l'aurore.» Le disque du soleil -commençait à se dégager, rouge de sang[1220]. - -Cependant un ordre impérieux de la municipalité appelle Mandat à -l'Hôtel-de-Ville. Déjà le commandant n'a pas répondu à une première -dépêche. Pressé par Rœderer[1221], il n'ose résister à une seconde et -part entre quatre et cinq heures du matin[1222]; mais un pressentiment -sinistre l'a saisi: «Je ne reviendrai pas,» dit-il[1223]. - -Il ne se trompait pas. A peine arrivé à l'Hôtel-de-Ville, il trouve la -Commune insurrectionnelle installée à la place de la Commune légale. -Huguenin, qui la préside, lui reproche avec violence les mesures qu'il -a prises contre le peuple, le somme de les révoquer, et, sur le refus -de Mandat[1224], ordonne de le transférer à l'Abbaye. C'est le signal -de la mort. Au sortir de la salle du Conseil, on casse, d'un coup de -pistolet, la tête du malheureux commandant et son corps est jeté à la -Seine. Dès lors, la petite garnison des Tuileries n'a plus de chef, et -la résistance est désorganisée. - -Le bruit devient plus distinct; les vagues se rapprochent. La Reine -supplie le Roi de se montrer à ses défenseurs et de les échauffer -par sa présence, par son exemple, par un mot d'encouragement. Louis -XVI cède aux instances de sa femme[1225]; il paraît au balcon, vêtu -d'un habit violet, la coiffure dérangée, le teint animé, les yeux -rougis par l'insomnie[1226]. De chaleureux vivats l'accueillent. Il -traverse les appartements pour gagner la cour. La Reine, ses enfants, -Mme Élisabeth, la princesse de Lamballe l'accompagnent. Quand -il passe dans la grande galerie, un vif enthousiasme se manifeste: -ces vieux gentilshommes, volontaires de la dernière heure, prêts à -se faire massacrer eux-mêmes, acclament la royauté qui va mourir; -l'émotion gonfle les poitrines, les pleurs baignent les yeux; des cris -de _Vive le Roi!_ éclatent de toutes parts[1227]. Le bataillon des -Filles-Saint-Thomas occupe la galerie de Diane. La Reine lui parle -avec cette grâce et ce cœur qu'elle met à tout ce qu'elle dit, et -ces braves gens sont tout transportés[1228]. «Ils semblent, a dit un -historien contemporain, renouveler la scène sublime de _Moriamur pro -rege nostro_[1229].» - -On était moins sûr des postes extérieurs, où Pétion avait fait placer -des bataillons hostiles[1230]. Le Roi ne veut pas exposer sa famille à -un accueil douteux, malveillant peut-être. Parvenu dans le vestibule -du grand escalier, il fait remonter sa femme, sa sœur et ses enfants -et continue seul cette suprême revue. Ce fut un tort peut-être: ce -que la bonté un peu molle et le courage résigné du Roi ne firent pas, -l'attitude plus déterminée de la Reine et la beauté touchante du -Dauphin eussent pu l'obtenir. - -Il était six heures environ, lorsque Louis XVI descendit dans la -cour. Inquiet et troublé, malgré sa contenance sereine, il ne sut -pas dire un mot aux gardes nationaux qui se pressaient autour de -lui. On crie cependant encore _Vive le Roi! Vive Louis XVI! Nous le -défendrons jusqu'à la mort! Qu'il se mette à notre tête! A bas les -Jacobins[1231]!_ Mais le Roi reste muet. A mesure qu'on s'éloigne -du Château, autour duquel sont groupées les troupes fidèles, -l'accueil devient plus froid. A la terrasse du bord de l'eau, il -devient hostile. On crie: _Vive la Nation! A bas le Veto! A bas le -gros cochon!_[1232] Quelques canonniers—la plus mauvaise partie de -la garde nationale—s'attachent au prince, en lui répétant ces cris -outrageants, «comme les mouches, dit un témoin oculaire, poursuivent -l'animal qu'elles se sont acharnées à tourmenter[1233].» A la -terrasse des Feuillants, des brigands armés de piques joignent leurs -vociférations menaçantes à ces clameurs hostiles; quelques-uns même -descendent dans le jardin et les serviteurs fidèles qui accompagnent -l'infortuné monarque sont obligés de l'entourer d'une double ligne -pour le protéger[1234]. «Grand Dieu! c'est le Roi qu'on hue!» s'écrie -le ministre de la marine, M. Dubouchage[1235]. Louis XVI rentre au -Château, le cœur désespéré, et la Reine, qui de loin a suivi du regard -toute cette scène et prêté une oreille douloureusement attentive à tous -ces cris, dit à Mme Campan: «Tout est perdu; cette revue a fait plus -de mal que de bien[1236].» - -Il est certain cependant,—les documents les plus sûrs, les actes les -plus dignes de foi l'attestent,—il est certain que si, à ce moment -même, le Roi fût hardiment monté à cheval et se fût mis résolûment à -la tête de ses troupes, comme Marie-Antoinette l'en suppliait, il eût -eu facilement raison des assaillants, et, suivant le mot énergique de -Napoléon, eût balayé toute cette canaille[1237]. - -Mais le Roi hésite; le Roi a peur de verser le sang; et les municipaux -qui sont là ont l'air de n'avoir d'autre but que de désorganiser la -défense. Ils circulent dans la cour du Carrousel, disant bien haut que -ce serait folie de vouloir s'opposer à un rassemblement aussi nombreux -et aussi bien armé; ce n'est qu'à regret qu'ils lisent aux troupes la -loi martiale; encore ont-ils bien soin d'ajouter: «Vous ne tirerez -qu'autant qu'on tirerait sur vous[1238].» Ces étranges instructions -jettent le trouble parmi les gardes nationaux; quelques compagnies font -demi-tour; les canonniers, mal disposés pour la plupart, braquent leurs -pièces contre le Château, et la gendarmerie à cheval qui occupe la cour -du Louvre, se replie sur le Palais-Royal, laissant ainsi la route libre -aux insurgés[1239]. - -Vers sept heures[1240], une foule compacte et houleuse remplit la -place Vendôme et la terrasse des Feuillants[1241]. L'avant-garde de -l'émeute débouche sur la place du Carrousel; déjà quelques bandits -sont à cheval sur la crête des murs, observant tout et appelant leurs -camarades[1242]. Les municipaux vont parlementer avec eux; un grand -cri répond: «_La déchéance ou la mort!_» Municipaux, commandant en -chef, procureur général sont démoralisés; ils remontent près du Roi. -Déjà, dans la nuit, Rœderer avait ouvert l'avis d'aller à l'Assemblée. -«Monsieur,» avait répondu fièrement la Reine, «il y a des forces -ici; il est temps enfin de savoir qui l'emportera, du Roi et de la -Constitution, ou de la faction[1243].» Le procureur général s'était -incliné; mais il n'avait pas changé d'opinion[1244]. Cette fois, ce -sont les municipaux qui prennent la parole: - -«Sire, dit Leroux, le seul parti à suivre, est de se réfugier dans -le sein de l'Assemblée nationale; c'est à l'instant même qu'il faut -partir.» - -—«Vous le croyez?» répond Louis XVI. - -—«Oui, Sire; dire le contraire à Votre Majesté serait la trahir.» - -La Reine bondit. Demander asile à l'Assemblée, à cette Assemblée qui -n'a rien fait pour prévenir l'émeute et qui, pendant qu'agonise la -monarchie, a le triste courage de délibérer tranquillement sur la -traite des noirs, abandonner le Château, renoncer à la lutte, mais -c'est signer sa déchéance, c'est abdiquer! «Nous retirer à l'Assemblée -nationale,» dit-elle d'une voix vibrante, «y pensez-vous?»—«Oui, -Madame, l'Assemblée est la seule chose qu'en ce moment le peuple -respectera.» - -Vers sept heures et demie[1245] Rœderer survient, revêtu de son -écharpe[1246] et à la tête du Directoire: «Sire, dit-il, Votre Majesté -n'a pas cinq minutes à perdre; il n'y a de sûreté pour elle que dans -l'Assemblée nationale.»—«Mais, dit le Roi, je n'ai pas vu grand monde -au Carrousel.»—«Sire, il y a douze pièces de canon et il arrive un -monde énorme des faubourgs[1247].» - -Le sang de la Reine bouillonne dans ses veines. Se tournant vers ses -fidèles serviteurs: «Clouez-moi sur ces murs,» s'écrie-t-elle, «avant -que je consente à les quitter[1248]!» Un membre du département qu'elle -connaît bien, car il est son marchand de dentelles, M. Gendret, veut -appuyer l'opinion de Rœderer: «Taisez-vous, Monsieur,» lui dit vivement -la Reine, «laissez parler le procureur général; vous êtes le seul qui -ne devez point parler ici; quand on a fait le mal, on ne doit pas -avoir l'air de le réparer[1249].» Et se tournant vers Rœderer: «Mais, -Monsieur, nous avons des forces.»—«Madame, tout Paris marche, l'action -est inutile; la résistance, impossible[1250]. Voulez-vous vous rendre -responsable du massacre du Roi, de vos enfants, de vous-même, en un -mot des fidèles serviteurs qui vous environnent?»—«A Dieu ne plaise! -répond la vaillante femme. Que ne puis-je au contraire être la seule -victime[1251]!» Mais son émotion est si violente que, rapporte un -témoin oculaire, «sa poitrine et son visage deviennent en un instant -tout vergetés[1252].» - -«Sire, reprend le procureur général, le temps presse; ce n'est plus -une prière que nous venons vous faire, ce n'est plus un conseil que -nous prenons la liberté de vous donner; nous n'avons qu'un parti -à prendre en ce moment: nous vous demandons la permission de vous -entraîner[1253].» Le Roi relève la tête, regarde un instant Rœderer, -comme pour interroger sa pensée secrète, et, se déterminant enfin: - -«Allons, dit-il, donnons, puisqu'il le faut, cette dernière marque de -dévouement[1254].» - -«Oui, répond la Reine, c'est un dernier sacrifice; mais,» -ajoute-t-elle, en montrant son mari et son fils, «vous en voyez -l'objet[1255].» Et interpellant Rœderer: - -«Monsieur, dit-elle, vous répondez de la personne du Roi; vous répondez -de celle de mon fils.» - -«Madame, réplique Rœderer, nous répondons de mourir à vos côtés; voilà -tout ce que nous pouvons garantir[1256].» - -Vers huit heures et demie[1257], le funèbre cortège se forme. Des -grenadiers des Filles Saint-Thomas et des gardes-suisses composent -l'escorte. Le Roi marche seul en avant, ayant à ses côtés le -ministre des affaires étrangères[1258]. La Reine donne le bras au -ministre de la marine[1259] et tient le Dauphin par la main; puis -viennent Mme Elisabeth et Madame Royale, Mmes de Lamballe et -de Tourzel, quelques serviteurs fidèles comme le prince de Poix et -le comte de la Rochefoucauld[1260], les ministres, les membres du -département[1261]. Tous les assistants pleurent[1262]; la consternation -est générale.—«Nous reviendrons,» dit le Roi.—«Nous reviendrons,» -répète la Reine. Mais ni le Roi ni la Reine n'ont d'espoir[1263] et -les spectateurs sentent bien, comme eux, suivant le mot de Mlle -de Tourzel, que ce qu'ils voient passer, c'est le «convoi de la -royauté[1264]». - -Le Roi s'avance droit, le cœur déchiré, les traits défaits, mais la -contenance ferme. La Reine est tout en larmes; elle essuie ses yeux de -temps en temps et essaie de prendre un air confiant; mais elle ne peut -le conserver que quelques minutes[1265]. Un garde national se méprend -sur la cause de ces larmes: «Que Votre Majesté ne craigne rien, dit-il. -Elle est entourée de bons citoyens.»—«Je ne crains rien,» répond la -Reine, en appuyant la main sur sa poitrine[1266]. - -Le cortège traverse les salles, descend le grand escalier[1267], sort -par la grille du milieu[1268] et s'engage dans le jardin. Les gardes -nationaux tiennent la droite; les gardes-suisses, la gauche. La foule, -qui se presse sur la terrasse des Feuillants, salue de ses huées -les victimes qui s'avancent. Le Roi conserve néanmoins son attitude -impassible. La Reine s'appuie un moment sur le bras de M. de la -Rochefoucauld: son cœur bat, sa main tremble. Le petit Dauphin, avec -l'insouciance de son âge, s'amuse à pousser du pied les feuilles mortes -qui encombrent le jardin. «Voilà bien des feuilles, dit le Roi; elles -tombent de bonne heure, cette année.» Quelques jours auparavant, Manuel -avait écrit dans un journal que la monarchie ne survivrait pas à la -chute des feuilles[1269]. Sa prédiction se réalisait. - -Quand on approche de la terrasse des Feuillants, la foule devient -plus houleuse; le chemin est obstrué; pendant dix minutes, le cortège -se trouve arrêté au pied de l'escalier du passage des Feuillants. -Des cris furieux éclatent dans la populace: «_A bas! A bas! Point de -veto! Qu'ils n'entrent pas à l'Assemblée!_» On aperçoit la Reine; les -clameurs redoublent: «_Point de femmes! Nous ne voulons que le Roi, le -Roi seul[1270]!_» Un grenadier s'empare du Prince royal et le prend -dans ses bras. La Reine croit qu'on veut lui enlever son fils; elle -jette un cri terrible; le garde national élève le Dauphin au-dessus de -sa tête, rassure l'enfant, rassure la mère. - -Cependant, l'Assemblée, prévenue par le président du Directoire du -département de l'arrivée de la famille royale, a envoyé au-devant -d'elle une délégation de vingt-quatre membres. «Sire, dit le député -qui la conduit, l'Assemblée vous offre, ainsi qu'à votre famille, -un asile dans son sein.» Le funèbre cortège reprend sa marche; les -membres de l'Assemblée ont remplacé ceux du Directoire. Mais, sur la -terrasse des Feuillants, les cris redoublent; la foule se presse; il -faut s'arrêter. Un misérable brandit une perche et en menace la famille -royale, en criant: «_A bas! A bas[1271]!_» Un homme se détache du -groupe et, s'adressant au Roi: «Donnez-moi la main, lui dit-il, je -vais vous conduire à l'Assemblée; mais pour votre femme, elle n'y -entrera pas; c'est elle qui a fait le malheur de la France.» Rœderer -s'élance; avec l'autorisation des députés, il fait gravir l'escalier -aux gardes nationaux; il le franchit lui-même et harangue la foule qui -rugit autour de lui. Un mouvement se fait: il en profite pour frayer -un passage à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Au milieu de ces bandes -furieuses, qui vomissent des injures et que leur escorte contient à -grand'peine, les malheureux souverains entrent à l'Assemblée. Le Roi -prend place à côté du président; la Reine et sa famille, derrière -lui, sur les bancs des ministres. Le grenadier qui porte le Dauphin -le dépose sur le bureau des secrétaires, aux applaudissements des -tribunes. L'enfant court à sa mère: «Non, non,» crie une voix; «il -appartient à la nation; l'Autrichienne est indigne de la confiance du -peuple[1272].» - -Le calme se rétablit; le Roi prend la parole: «Je suis venu, dit-il, -pour éviter un grand crime; je ne saurais être mieux qu'au milieu de -vous.» - -Vergniaud, qui préside, répond: «Vous pouvez compter, Sire, sur la -fermeté de l'Assemblée nationale. Ses membres ont juré de mourir en -défendant les droits du peuple et les autorités constituées[1273].» - -Mais la Constitution interdit à l'Assemblée de délibérer en présence -du Roi; l'Assemblée décide que Louis XVI et sa famille seront conduits -dans la tribune du _Logographe_. - -C'était un petit réduit grillé, de dix pieds carrés[1274], exposé à -l'ardeur d'un soleil brûlant[1275], si étroit qu'à peine pouvait-il -contenir quelques journalistes, si bas qu'on n'y pouvait rester -debout. Le Roi s'assied sur le devant; la Reine dans un coin; les -enfants, Mme Elisabeth et Mme de Lamballe, sur une banquette, -derrière laquelle se tiennent quelques amis dévoués[1276]. On arrache -les grilles de fer qui séparent la loge de la salle[1277]. Il est dix -heures du matin, et c'est là, dans cette misérable hutte, que, pendant -dix-huit heures, les prisonniers vont assister à l'agonie de la royauté. - -Soudain une vive fusillade éclate: on se bat aux Tuileries. Après -le départ de la famille royale, la plupart des gardes nationaux -étaient retournés chez eux; les Suisses avaient évacué la cour et -s'étaient concentrés dans le Château. «Ne vous laissez pas forcer,» -avait dit le maréchal de Mailly au capitaine de Durler. Les colonnes -insurrectionnelles arrivent et les somment de se rendre; ils refusent -héroïquement; semblables à ce grand lion blessé qui a symbolisé -leur vaillance dans le rocher de Lucerne, ils gardent fièrement et -fidèlement le vieil écusson de France à demi brisé. On cherche à les -surprendre; des individus, armés de crocs, s'efforcent de les entraîner -par leur fourniment: vains efforts. Puis, subitement, sans qu'on sache -qui l'a tiré, un coup de pistolet retentit. Les Suisses font une -décharge. Les assaillants, sans essayer de riposter, se dispersent -de tous les côtés en désordre, abandonnant leurs canons, évacuant la -cour, dégageant le Château, ne se croyant en sûreté que lorsqu'ils sont -rendus dans leurs quartiers et montrant, par cette fuite précipitée, -ce que valait leur courage, et ce qu'on eût pu faire, si l'on avait -tenté de résister. - -Mais le Roi ne veut pas continuer la lutte: il a horreur de répandre -le sang. De sa prison du _Logographe_, il envoie M. d'Hervilly, avec -l'ordre de suspendre le feu et d'évacuer le Château. Dociles à ces -instructions, les Suisses se replient en bon ordre à travers le jardin. -Un nouveau message du Roi leur fait déposer les armes[1278]. - -Braves contre des adversaires qui ne se défendent pas, les Marseillais -reviennent à la charge, se ruent dans le Château, pillent tout, cassent -tout[1279], s'acharnent principalement contre ce qui a appartenu à la -Reine[1280], brisent les glaces «dans lesquelles Médicis-Antoinette -a étudié trop longtemps l'air hypocrite qu'elle montrait au -public[1281]», achèvent les blessés, tuent à coups de piques et de -sabres les serviteurs du palais et jusqu'au dernier marmiton[1282], -incendient les casernes des Suisses[1283] et les écuries du Roi[1284], -enfoncent les caves, se grisent de vin et de sang. Les massacres du -jardin et de la rue répondent aux massacres du Château: les malheureux -Suisses désarmés sont assaillis, mutilés, égorgés; Clermont-Tonnerre -est assassiné, et la tête de Suleau est portée au bout d'une pique par -Théroigne de Méricourt! - -Couverts de sang, ivres d'orgies, les vainqueurs d'une royauté qui -n'a pas voulu se défendre paraissent à la barre de l'Assemblée et -demandent ou plutôt exigent la déchéance. L'Assemblée s'incline devant -la volonté des nouveaux maîtres de la France; le président Vergniaud -donne lecture d'un décret qui suspend le Roi de ses fonctions jusqu'à -la réunion d'une Convention nationale et décide que la famille royale -sera transférée au Luxembourg, sous la sauvegarde des citoyens et des -lois, et qu'on nommera un gouverneur au Prince royal. - -En attendant, le Roi ne devant plus être entouré que de gardes -nationaux, on intime aux fidèles, qui l'accompagnent et le protègent -encore, l'ordre de se retirer. Les dévoués serviteurs s'éloignent -tristement; mais le comte de Chabot, qui fait partie de la garde -nationale, court revêtir son uniforme et revient se mettre en faction à -la porte de la tribune du _Logographe_[1285]. - -Du fond de sa prison, le Roi voit les pétitionnaires se succéder à -la barre, les mains ensanglantées, l'injure à la bouche; il voit -déposer sur le bureau les dépouilles des Tuileries; il entend discuter -et proclamer sa déchéance; il reste impassible et résigné. La Reine -conserve sa fière attitude; sa lèvre se plisse avec un sourire de -dédain pour tous ces misérables qui l'outragent avant de la tuer. Une -seule disposition du décret l'émeut: c'est celle qui décide qu'on -nommera un gouverneur au prince royal; elle prie plusieurs députés de -chercher à parer ce coup qui lui est si sensible; ils y réussissent -d'autant plus facilement, dit Mme de Tourzel, que «l'Assemblée qui -projette l'établissement de la république s'embarrasse peu de donner -un gouverneur à Monseigneur le Dauphin[1286]». Mme Élisabeth baisse -la tête; Madame Royale pleure; le Dauphin, brisé de fatigue, s'est -endormi sur les genoux de sa mère. La chaleur est suffocante; on -étouffe dans ce réduit sans espace et sans air. Le visage du pauvre -enfant est inondé de sueur; la Reine veut l'essuyer; mais son mouchoir -est lui-même trop trempé; elle demande celui de M. de la Rochefoucauld -qui se trouve près d'elle; ce mouchoir est teint du sang de ses -défenseurs[1287]! - -Vers deux heures du matin[1288], la famille royale est transférée au -couvent des Feuillants, situé près de la salle de l'Assemblée. On se -met en marche à travers le jardin, au milieu des brigands dont les -piques dégouttent de sang, à la lueur des chandelles fumeuses qui, -plantées dans le canon des fusils, projettent sur toute cette scène -une lueur sinistre. Un instant, la Reine a peur pour son fils; elle -le prend vivement des mains de M. d'Aubier qui le porte, et le serre -convulsivement sur son cœur. L'enfant, rassuré, dit gaiement: «Maman -m'a promis de me coucher dans sa chambre parce que j'ai été bien sage -avec ces vilains hommes[1289].» - -Quatre chambres, ou plutôt quatre cellules, inhabitées depuis plus -de deux ans, avec un carrelage en briques à demi détruit et des murs -blanchis à la chaux, tel était le nouveau palais du Roi et de la Reine -de France. L'architecte de l'Assemblée y avait fait à la hâte porter -quelques meubles. Les cellules s'ouvraient toutes sur un long corridor, -dont les issues étaient strictement gardées. Le Roi s'établit dans -la seconde cellule; la Reine et Madame Royale, dans la troisième; le -Dauphin et Mme de Tourzel, dans la quatrième. La première servait -d'antichambre; quelques vaillants serviteurs y veillaient sur la -royauté déchue. Un souper improvisé fut servi; les enfants seuls y -touchèrent. Au dehors, la foule grondait; on réclamait la tête de la -Reine. «Que leur a-t-elle donc fait?» demanda tristement le Roi[1290]. - -Des misérables avaient pénétré jusque dans le corridor qui précédait -la chambre du prince, en criant qu'ils l'égorgeraient s'il y avait -dans Paris le moindre mouvement en sa faveur. D'autres essayaient -d'escalader les fenêtres basses, sans volets ni grilles; ils montaient -sur les épaules les uns des autres, pour «raccourcir le gros -Veto[1291]». La Reine vint un moment dans la cellule de son mari; à -cette heure encore, elle ne pouvait se consoler d'avoir quitté le -Château sans essayer de résister: «Peut-être, dit-elle, cela aurait-il -tourné autrement, si l'on avait fait attaquer de bonne heure les -Marseillais.»—«Par qui» répondit Louis XVI avec un peu d'humeur. -La malheureuse femme n'insista pas; au bout de quelques instants, -elle retourna dans sa chambre, triste réduit tendu d'un papier vert -défraîchi, et se jeta sur son lit, une dure couchette de moine[1292]. -Mais, hélas! le sommeil ne visitait guère ses paupières. Ce ne fut -que le matin, vers six heures, qu'elle put s'endormir un moment de ce -sommeil lourd et si peu réparateur qui suit les grands brisements. Pour -ne pas l'éveiller, Mme Élisabeth habilla elle-même les enfants; -quand ils furent prêts, elle les amena à leur mère: «Pauvres enfants,» -soupira l'infortunée souveraine, «qu'il est cruel de leur avoir promis -un si bel héritage et de dire: Voilà ce que nous leur laissons. Tout -finit avec nous[1293]!» - -Dans la précipitation du départ, on n'avait rien pu emporter des -Tuileries, et depuis, les appartements avaient été pillés; la -malheureuse famille royale n'avait plus rien, ni habits ni argent. On -avait volé à Marie-Antoinette sa montre et sa bourse dans le trajet de -l'Assemblée aux Feuillants[1294]. Un officier suisse, à peu près de -la même taille que Louis XVI, envoya quelques objets pour servir au -Roi; la duchesse de Gramont fit parvenir un peu de linge à la Reine; -l'ambassadrice d'Angleterre, la duchesse de Sutherland, dont le fils -avait le même âge que le Dauphin, donna des vêtements pour le jeune -prince[1295], et la fille de Marie-Thérèse, n'ayant plus rien, dut -accepter vingt-cinq louis d'une de ses femmes, Mme Auguié[1296]. - -Le matin, un certain nombre de femmes de la Reine, Mme Campan et -sa sœur entre autres, purent la rejoindre. Elle leur tendit les bras -en pleurant: «Venez, leur dit-elle, venez, malheureuses femmes, voir -une femme plus malheureuse que vous, puisque c'est elle qui fait votre -malheur.»—«Nous sommes perdus, ajouta-t-elle; nous voilà arrivés où -l'on nous a menés, depuis trois ans, par tous les outrages possibles; -nous succomberons sous cette terrible Révolution. Tout le monde a -contribué à notre perte[1297].» - -Pendant trois jours, la famille royale demeura dans le couvent des -Feuillants. Pendant trois jours, chaque matin, à dix heures, on la -conduisit dans la misérable loge qui l'avait abritée au sortir -du Château. Pendant trois jours, le Roi vit les pétitionnaires se -succéder à la barre, demander la tête des Suisses qui avaient échappé -au massacre ou exiger impérieusement sa propre déchéance. Il entendit -l'Assemblée accorder une solde aux héros du 10 août, tandis quelle -mettait en accusation le ministre de la guerre, d'Abancourt, et -préluder à l'abolition de la royauté, qui légalement existait encore, -en ordonnant le renversement des statues des Rois. Pendant trois jours, -le monarque fut soumis à cette effroyable torture. Pendant trois -jours, chaque soir, les prisonniers furent reconduits à leur cachot, -sous l'escorte d'une garde nombreuse qui les défendait à peine de -l'assassinat, mais qui ne les défendait pas des outrages. Un jour, dans -le jardin du couvent, un jeune homme bien vêtu s'approcha de la Reine -et, lui mettant le poing sous le nez: «Infâme Antoinette, dit-il, tu -voulais faire baigner les Autrichiens dans notre sang; tu le paieras -de ta tête!» A cette atroce insulte, la Reine ne répondit que par le -silence du mépris[1298]. - -L'Assemblée avait décidé que la famille royale serait transférée au -Luxembourg; mais le palais de Marie de Médicis ne parut pas assez sûr -pour conserver de pareils otages: le Luxembourg, dit-on, offrait des -moyens d'évasion par les souterrains qu'il renfermait. La Commune de -Paris voulait les prisonniers plus près et plus dépendants d'elle. -On proposa l'hôtel du Chancelier, place Vendôme; la proposition fut -repoussée. Manuel, au nom de la Commune, vint signifier qu'elle avait -fait choix du Temple; et l'Assemblée, s'inclinant devant le pouvoir -nouveau que l'émeute avait élevé sur les ruines de la monarchie, -s'empressa de déclarer que la famille royale serait enfermée au -Temple. Quand la Reine entendit ce nom, elle frémit; je ne sais quel -pressentiment sinistre l'agitait et, se penchant vers Mme de -Tourzel: «Vous verrez, dit-elle, qu'ils nous mettront à la Tour et -qu'ils en feront une véritable prison... J'ai toujours eu une telle -horreur pour cette tour que j'ai prié mille fois le comte d'Artois de -la faire abattre; c'était sûrement un pressentiment de tout ce que nous -y aurons à souffrir..... Vous verrez si je me trompe[1299].» - -Hélas! elle ne se trompait pas. - -L'Assemblée décida en même temps que toutes les personnes étrangères -à la domesticité du Roi seraient éloignées de lui. «Ah!» s'écria -l'infortuné prince, «je suis donc prisonnier! Charles Ier fut plus -heureux que moi: on lui laissa ses amis jusque sur l'échafaud[1300]!» -Et se tournant vers ceux qui l'entouraient, il leur ordonna de se -retirer: «Messieurs,» leur dit la Reine, les larmes aux yeux, «ce n'est -que dans ce moment que nous sentons toute l'horreur de notre position; -vous l'adoucissiez par votre présence et votre dévouement, et l'on nous -prive de cette dernière consolation[1301].» - -Avant de partir, les dévoués serviteurs déposèrent sur une table l'or -et les assignats qu'ils avaient dans leurs poches: ils savaient que la -famille royale manquait de tout. Le Roi s'en aperçut et, repoussant -doucement de la main ce suprême hommage de la fidélité: «Messieurs, -dit-il, gardez vos portefeuilles; vous avez, j'espère, plus longtemps -à vivre[1302].» - -Le 13 août, à six heures du soir[1303], deux grandes voitures de la -Cour, attelées chacune de deux chevaux, s'arrêtent à la porte du -couvent des Feuillants; les cochers et les valets de pied sont vêtus de -gris; c'est la dernière fois qu'ils vont servir leurs maîtres déchus. -Le Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Élisabeth, la princesse de -Lamballe, Mme de Tourzel et sa fille, le maire, le procureur de la -Commune et un officier municipal montent dans la première voiture. Le -Roi, la Reine, le Dauphin et Madame sont dans le fond[1304]; Mme -Élisabeth, Mme de Lamballe et Pétion, sur le devant; Mme de -Tourzel et sa fille, à l'une des portières; Manuel et le municipal -Collonge, sur la banquette en face[1305]. Oublieux des plus vulgaires -égards, ces deux hommes et Pétion gardent leur chapeau sur la tête. -Dans le second carrosse s'installent deux officiers municipaux et la -suite de la famille royale. Le Roi conserve un visage impassible; la -Reine est sombre; le Dauphin, avec l'insouciance de son âge, tourne les -yeux de tous côtés pour voir la foule[1306]. - -Le cortège se met en mouvement. Des gardes nationaux, à pied, l'arme -renversée, entourent les voitures; mais des milliers de brigands[1307], -armés de piques, se mêlent à l'escorte, vomissant des injures et des -blasphèmes; parfois l'encombrement est si grand que les chevaux ne -peuvent avancer. Alors Pétion et Manuel mettent la tête à la portière, -pour réclamer le passage, mais ne font rien pour empêcher les insultes. - -Sur la place Vendôme, le carrosse du Roi s'arrête; on veut que le -monarque déchu contemple à loisir la statue de Louis XIV qu'une -populace en délire a renversée de son piédestal. «Voilà, Sire, comme -le peuple traite les rois,» dit Manuel.—«Il est heureux, Monsieur,» -réplique Louis XVI, rouge d'indignation, «que sa fureur ne s'exerce que -sur des objets inanimés[1308].» - -Le cortège reprend par les boulevards[1309] sa marche lente et sans -cesse embarrassée par des obstacles. Ce long martyre va durer près de -deux heures et demie[1310]. Les voitures avancent au pas, au milieu -des masses compactes et hostiles qui crient: _Vive la nation! A bas le -Roi!_ Les officiers municipaux, chargés d'escorter les prisonniers, -affectent de s'associer à ces cris et même de les provoquer. «Il est -impossible, dit un témoin oculaire non suspect, de décrire cette -ignominie[1311].» - -La nuit se fait déjà lorsqu'on arrive au Temple. Par une odieuse -ironie, les fenêtres sont illuminées comme pour une fête; le salon est -éclairé par une infinité de bougies[1312], et c'est à la lueur sinistre -des lampions qui insultent à sa déchéance que la famille royale fait -son entrée dans la cour du Palais. Santerre le premier vient au devant -d'elle et fait signe aux voitures d'avancer jusqu'au perron; mais un -geste des municipaux contremande l'ordre de Santerre et les augustes -prisonniers doivent descendre au milieu de la cour. Les membres de -la Commune se tiennent près du Roi, le chapeau sur la tête, et ne -lui donnant d'autre titre que celui de _Monsieur_; un homme à longue -barbe, nommé Truchon, affecte même de répéter à tous propos cette -qualification. - -La foule hurle aux abords du Palais; pour éclairer sa joie bruyante -et mieux mettre en lumière la défaite de la royauté, on a placé des -lampions sur les parties saillantes des murs extérieurs[1313]. - -Il est huit heures et demie du soir; les portes se referment avec un -bruit lugubre, et dans ce palais, transformé pour elle en cachot, la -famille royale ne va pas tarder à voir se réaliser cette prophétique -parole d'un de ses plus fidèles amis: - -«L'histoire nous apprend combien est court, pour les monarques -détrônés, le passage de la prison à la tombe[1314]!» - - - - -CHAPITRE XXII - - Le Temple.—Description.—Le palais du grand prieur.—La Tour du - Temple.—La grosse et la petite Tour.—La famille royale est - enfermée provisoirement dans la petite Tour.—Le 19 août, on la - sépare de ceux qui l'ont accompagnée.—Vie des - prisonniers.—Sentiments de la Reine sur l'invasion.—Cléry entre à - la Tour.—Les journées de septembre.—On apporte sous les fenêtres - du Temple la tête de la princesse de Lamballe.—Outrages aux - prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est - transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est transférée - à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et remis à son père. - - -Le Temple! Quelle somme d'inénarrables douleurs rappelle ce nom! Tout -ce que la haine peut inventer de tortures, tout ce que la brutalité -peut imaginer d'insultes, la famille royale l'a souffert. Toutes les -amertumes qui peuvent abreuver le cœur d'un homme ou d'un roi, Louis -XVI les a ressenties. Toutes les larmes que peuvent contenir les yeux -d'une femme et d'une reine, Marie-Antoinette les a versées. Des cinq -prisonniers, sur lesquels se fermaient, le 13 août au soir, les portes -du Temple, trois ne devaient en franchir le seuil que pour monter à -l'échafaud. Le quatrième, un enfant, ah! la mort prompte eût été plus -douce que le long et abominable supplice auquel allait le condamner -l'infamie de ses bourreaux! - -L'enclos du Temple, dans lequel venaient d'être introduits les -prisonniers, renfermait deux bâtiments bien différents: l'un, vaste -hôtel sans style, appelé palais du grand Prieur, ancienne résidence des -Vendôme et des Conti, et en dernier lieu du comte d'Artois; l'autre, -tour carrée à quatre étages, surmontée d'un toit pointu et flanquée -aux quatre angles de tourelles rondes aux toits aigus. A la grande -Tour, était adhérente une tour plus petite et plus basse, ornée de -deux tourelles en poivrière, et sans communication directe avec le -bâtiment principal. La petite porte qui y donnait accès ressemblait -au guichet d'une prison[1315]. Les étages, beaucoup plus bas que ceux -de la grosse Tour, ne contenaient guère chacun que deux pièces et un -cabinet placé dans une des tourelles; l'autre tourelle renfermait un -escalier en colimaçon, qui montait jusqu'à la plate-forme. Un escalier -plus large, mais se rétrécissant à mesure qu'il s'élevait, partait du -rez-de-chaussée et reliait les étages entre eux. - -C'est dans ce bâtiment, qui avait servi de logement au conservateur -des archives du Temple, M. Barthélemy, que fut conduite la famille -royale. Elle devait y rester jusqu'à ce que les appartements qu'on lui -destinait dans la grosse Tour fussent prêts. - -Le souper était à peine fini, triste souper, auquel, dit Mme de -Tourzel, «personne n'était tenté de toucher[1316],» qu'un municipal -s'empara du Dauphin, qui tombait de sommeil, et, lui faisant traverser -un souterrain, l'emporta rapidement dans sa chambre. Mme de Tourzel -le suivit aussi vite qu'elle put, coucha l'enfant et s'assit sur une -chaise, plongée dans de mornes réflexions. Bientôt la Reine vint la -rejoindre, lui serra la main, en murmurant: «Ne vous l'avais-je pas -bien dit?»—«Et, s'approchant du lit de cet aimable enfant, qui dormait -profondément, les larmes lui vinrent aux yeux en le regardant. Mais -loin de se laisser abattre, elle reprit sur-le-champ ce grand courage -qui ne l'abandonna jamais, et elle s'occupa de l'arrangement des -chambres de ce triste séjour[1317].» - -La Reine fut installée au deuxième étage, dans l'ancien salon de -M. Barthélemy. Le mobilier, dont une main pieuse nous a laissé la -description, conservait les restes d'un certain luxe: il était en -lampas bleu et blanc[1318]. Madame Royale avait un petit lit dans la -chambre de sa mère. Mmes de Tourzel et Saint-Brice couchaient dans -la chambre du Dauphin; Mme de Lamballe, dans une antichambre obscure -qui réunissait les deux pièces. Dans la tourelle attenant à la chambre -du jeune prince, était la garde-robe, commune à la famille royale, aux -municipaux et aux soldats; il fallait, pour s'y rendre, traverser la -chambre du Dauphin. - -Le Roi occupait le troisième étage; son appartement avait été meublé -à la hâte; sur les murs pendaient des gravures peu décentes; il les -enleva lui-même: «Je ne veux pas, dit-il vivement, laisser cela sous -les yeux de ma fille.» La petite tourelle lui servait de cabinet de -lecture. Dans un tout petit réduit à côté logeaient Hue et Chamilly. -Mme Élisabeth avait été établie dans une ancienne cuisine, -horriblement sale; elle avait fait mettre un lit de sangle près d'elle -pour Mlle de Tourzel; mais il était difficile de dormir. La pièce -qui précédait cette cuisine servait de corps de garde, et l'on peut -juger du bruit qui s'y faisait[1319]. - -La chambre de la Reine étant plus grande, puisqu'elle avait servi de -salon, c'était là qu'on se réunissait dans la journée; le Roi lui -même y descendait dès le matin. Mais les prisonniers n'avaient pas -la consolation d'être seuls: un municipal, qui changeait d'heure en -heure, était toujours dans la pièce où ils se tenaient. «La famille -royale leur parlait à tous avec une telle bonté, dit Mme de Tourzel, -qu'elle parvint à en adoucir plusieurs[1320].» - -Au moment du repas, on descendait au premier étage où se trouvait -la salle à manger[1321]; à côté de la salle à manger était une -bibliothèque, qui contenait de douze à quinze cents volumes. Vers -cinq heures du soir, on se promenait au jardin, promenade pénible où -l'on était exposé à toutes les insultes, mais dont le Roi et la Reine -n'hésitaient pas à affronter les ennuis pour procurer un peu d'air à -leurs enfants[1322]. De là ils voyaient travailler à leur prison. - -Les travaux de défense, décidés par la Commune le 13 août, et confiés -à Palloy, le démolisseur de la Bastille, se poursuivaient avec ardeur, -quoique avec une certaine indécision. On creusait un large fossé; on -exhaussait les murs; on abattait les arbres voisins de la Tour; on -masquait les fenêtres par où l'on pouvait voir en dehors de l'enceinte. -La captivité se resserrait; elle allait devenir encore plus dure par -l'isolement. - -Dans la nuit du 19 au 20 août[1323], deux municipaux se présentèrent -au Temple, chargés, disaient-ils, d'emmener «toutes les personnes qui -n'étaient pas de la famille Capet». La Reine voulut en vain retenir -Mme de Lamballe, alléguant qu'elle était sa parente[1324]; on refusa -d'écouter ses réclamations. «Dans la position où nous étions, dit -Mme de Tourzel, il n'y avait qu'à obéir[1325].» Madame Royale était -«tout interdite»; la Reine manifestait la plus vive douleur, surtout de -se séparer de son amie; elle ne pouvait s'arracher de ses bras[1326]. -«Soignez bien Mme de Lamballe, dit-elle à Mme de Tourzel et à -sa fille. Dans toutes les occasions essentielles, prenez la parole, -et évitez-lui autant que possible d'avoir à répondre à des questions -captieuses et embarrassantes[1327].» Mme Élisabeth descendit à son -tour, encourageant ses malheureuses amies. - -«Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes princesses, -raconte Mme de Tourzel, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, -d'un lieu qui nous rendait si chère la pensée de pouvoir être de -quelque consolation à nos malheureux souverains[1328].» - -Les municipaux avaient promis que les prisonniers reviendraient au -Temple après avoir été interrogés par la Commune[1329]. Hue revint seul -le lendemain. Mmes de Tourzel et de Lamballe furent enfermées à la -Force. On sait comment elles en sortirent et sous quel sanglant aspect -la belle tête bouclée de Mme de Lamballe reparut sous les murs du -Temple. - -L'isolement était complet et les infortunés princes durent se faire à -la vie nouvelle et désormais solitaire que leur infligeait la Commune. -Mme Élisabeth descendit du troisième étage au second et prit la -place du Dauphin, dont le lit avait été transporté dans la chambre -de sa mère; Madame Royale fut réunie à sa tante. Dès lors, réduits -à eux-mêmes, les captifs tracèrent le programme de leur journée, -programme qui resta le même, avec peu de variations, jusqu'à la -translation dans la grosse Tour, le 26 octobre. - -Le Roi se levait entre six[1330] et sept[1331] heures, se rasait, -s'habillait, et passait dans la tourelle, où il restait à prier et -à lire jusqu'à neuf heures. La Reine et le Dauphin se levaient plus -tôt encore; car en descendant chez eux, à huit heures, Hue d'abord, -Cléry ensuite, les trouvaient toujours debout. Ces premières heures -de la journée étaient les seules où la malheureuse femme fût libre; -les municipaux entraient avec le valet de chambre et ne la quittaient -plus. A neuf heures, Marie-Antoinette, Mme Élisabeth et les enfants -montaient chez le Roi pour déjeuner. A dix heures, l'on redescendait -dans la chambre de la Reine, où l'on passait la journée. Le Roi -continuait alors l'éducation de son fils; il lui enseignait le latin, -lui faisait réciter des passages de Corneille et de Racine, lui -donnait des leçons de géographie et l'exerçait à lever des cartes. -L'intelligence précoce du jeune prince répondait aux soins de son -père. La Reine, de son côté, s'occupait de sa fille, l'instruisait des -principes de la religion et faisait succéder à ces graves enseignements -des leçons de musique et de dessin. Le reste de la journée se passait -pour elle à coudre, à tricoter et à faire de la tapisserie, quand il -ne fallait pas réparer les vêtements du Roi[1332]. A midi, les trois -princesses passaient dans la chambre de Mme Élisabeth, pour quitter -leur costume du matin[1333], une robe de basin blanc et un simple -bonnet de linon, et prendre un vêtement de toile fond brun à petites -fleurs[1334]. - -A une heure, quand le temps était beau, la famille royale descendait au -jardin; quatre municipaux et un chef de bataillon de la garde nationale -l'accompagnaient. On se promenait dans la grande allée de marronniers, -et le jeune prince jouait au palet, à la balle ou à la course. Mais -quel supplice que ces promenades, au milieu de visages hostiles, de -cris injurieux, de chansons insultantes[1335], de misérables qui -affectaient de se couvrir devant les royaux prisonniers! Et lorsqu'on -traversait le guichet, si bas qu'on était obligé de se courber pour -passer dessous, il fallait recevoir les bouffées de tabac et les rires -outrageants des geôliers Rocher et Risbey. Rocher, de sellier devenu -municipal, se vantait de son insolence. «Marie-Antoinette faisait la -fière, disait-il en ricanant; mais je l'ai forcée de s'humaniser. Sa -fille et Élisabeth me font, malgré elles, la révérence; le guichet est -si bas que, pour passer, il faut bien qu'elles se baissent devant moi. -Chaque fois, je flanque à cette Élisabeth une bouffée de la fumée de -ma pipe. Ne dit-elle pas l'autre jour à nos commissaires: «Pourquoi -donc Rocher fume-t-il toujours?»—«Apparemment que cela lui plaît,» -répondirent-ils[1336].» - -A deux heures, on remontait dans la Tour; c'était l'heure du dîner. -Santerre venait fréquemment y assister; le Roi lui adressait parfois la -parole; la Reine, jamais. Après le repas on se rendait dans la chambre -de la Reine pour jouer au piquet ou au trictrac. A quatre heures, le -Roi se reposait un moment pendant que les princesses lisaient; à son -réveil, on reprenait la conversation; le jeune prince travaillait -ou jouait. A la fin du jour[1337], la famille royale se réunissait -autour d'une table; la Reine ou Mme Élisabeth faisait à haute -voix une lecture instructive ou amusante, mais pendant laquelle des -rapprochements imprévus et douloureux se présentèrent plus d'une fois. -Le Roi y ajoutait des énigmes à deviner, puisées dans une collection du -_Mercure de France_, qu'il avait trouvée dans la bibliothèque. A huit -heures, le Dauphin soupait et se couchait; c'était toujours sa mère qui -lui faisait réciter sa prière. L'enfant ne manquait jamais d'y ajouter -une prière spéciale pour Mme de Tourzel et Mme de Lamballe; -quand les municipaux étaient là, il faisait ces deux prières à voix -basse[1338]. - -A neuf heures, le Roi soupait à son tour; pendant ce temps-là, -Marie-Antoinette ou Mme Élisabeth se relayaient auprès du Dauphin. -Après le souper, Louis XVI serrait à la dérobée la main de sa femme -et de sa sœur, recevait les caresses de Madame Royale et remontait -au troisième étage. La Reine et les princesses se renfermaient chez -elles; un municipal restait dans la petite pièce qui séparait les deux -chambres et y passait la nuit[1339]. - -Telle était la vie que menaient les augustes prisonniers: vie si calme -et si régulière en apparence, si tourmentée et si sombre en réalité, -partagée entre des travaux manuels et l'éducation des enfants; vie de -devoir et de souffrance, où il n'y avait qu'une force: la satisfaction -de la conscience; qu'un sourire: les ébats joyeux du Dauphin. - -Les jours s'écoulaient, ramenant leur cortège d'anniversaires -douloureux et d'incessantes vexations. Vêtements, linge, couverts -étaient en si petite quantité que cela suffisait à peine pour le -service journalier. Le Roi n'avait qu'un habit, que Mme Élisabeth -était obligée de raccommoder la nuit[1340]; le Dauphin couchait dans -des draps troués. L'Assemblée avait décrété que Louis XVI recevrait -pour ses dépenses personnelles cinq cent mille livres. Mais le décret -n'était pas exécuté et le malheureux monarque était tellement dépourvu -d'argent qu'un jour il dut emprunter six cents francs à son valet de -chambre pour solder une note de cinq cent vingt-six livres[1341]. -On lui refusait des journaux, et le fidèle Hue ne pouvait avoir de -nouvelles et en donner à son maître qu'en se hissant jusqu'à une -fenêtre à demi bouchée et en écoutant les crieurs de la rue. Un jour, -cependant, on avait laissé une gazette en vue dans la chambre du -prisonnier; c'est parce qu'on avait inscrit dessus ces mots menaçants -que les factionnaires, de leur côté, se plaisaient à graver sur les -murs: «Tremble, tyran; la guillotine est en permanence[1342].» On -n'était large que pour les frais des travaux destinés à la garde des -prisonniers; pour ceux-là, on dépensait sans compter[1343]. - -Les geôliers espionnaient tout, même l'éducation des enfants. Pendant -que la Reine donnait ses leçons à Madame Royale et lui préparait des -extraits, un municipal regardait par-dessus l'épaule de la jeune fille, -pour s'assurer que ce n'étaient pas des conspirations[1344]. Un jour, -on avait failli ne pas laisser entrer des modèles de dessin envoyés par -le professeur de la princesse, Van Blaremberg, parce qu'on avait vu, -dans ces têtes casquées et laurées, l'image des tyrans coalisés. On -dut renoncer à apprendre au Dauphin l'arithmétique: c'était un langage -hiéroglyphique, qui devait servir à une correspondance chiffrée[1345]! - -Tout ce qui entrait à la Tour était rigoureusement visité; le -pain était coupé en deux; les plats étaient goûtés; les carafes -et cafetières ne pouvaient être remplies qu'en présence des -commissaires[1346]. Un jour, on avait fait venir pour le Dauphin un -damier; un municipal, du nom de Molinon, fit décoller toutes les -cases pour s'assurer qu'il n'y avait rien de caché dessous. Le Roi -lui-même n'était pas à l'abri de ces investigations; on fouillait -jusque dans ses poches[1347]. Dans la nuit du 24 au 25 août,—jour de -sa fête!—on lui enleva son épée. La nuit suivante, un municipal, nommé -Venineux, vint, un gourdin noueux à la main, faire une perquisition -dans l'appartement du prince, sous prétexte qu'il aurait pu s'évader. -D'autres s'opiniâtraient à rester le soir dans la chambre de la Reine -jusqu'à l'heure de son coucher et l'on avait une peine infinie à les -faire sortir[1348]. La plupart de ces hommes affectaient vis-à-vis -des captifs l'attitude la plus insolente et les propos les plus -grossiers, chantant la _carmagnole_ et des chansons obscènes[1349]. -«Si le bourreau ne guillotinait pas cette sacrée famille, disait le -municipal Turlot, je la guillotinerais moi-même[1350].»—«Quel quartier -habitez-vous?» demanda un jour la Reine à un autre municipal qui -assistait au dîner—«La Patrie», répondit-il brutalement—«La Patrie!» -reprit tristement la Reine, «ah! c'est la France[1351].» - -C'était le moment où les armées coalisées s'avançaient, presque sans -résistance, sous le commandement du duc de Brunswick. Marie-Antoinette, -qui l'avait appris par Hue, n'ignorait pas non plus la surexcitation -que la nouvelle des succès des Prussiens avait causée parmi les -Jacobins et le redoublement de colère qui en était résulté contre -elle et contre le Roi. Et voici ce que cette femme, accusée d'avoir -préparé la ruine et le démembrement de la France, disait à son dévoué -confident: «Tout m'annonce que je vais être séparée du Roi. J'espère -que vous resterez avec lui. Comme Français, comme l'un de ses plus -fidèles serviteurs, pénétrez-vous bien des sentiments que vous devez -toujours lui exprimer et que je lui ai souvent manifestés. Rappelez -au Roi, quand vous pourrez lui parler seul, que jamais l'impatience -de briser nos fers ne peut arracher de lui aucun sacrifice indigne de -sa gloire. _Surtout point de démembrement de la France._ Que, sur ce -point, aucune considération ne l'égare; qu'il ne s'effraye ni pour sa -sœur, ni pour moi. Représentez-lui que toutes deux nous préférons voir -plutôt notre captivité indéfiniment prolongée que d'en devoir la fin à -l'abandon de la moindre place forte. Si la divine Providence nous fait -recouvrer notre liberté, le Roi a résolu d'aller établir momentanément -sa résidence à Strasbourg. C'est également mon désir. Il se pourrait -que cette ville importante fût tentée de reprendre sa place dans le -corps germanique. Il faut l'en empêcher et la conserver à la France... -_L'intérêt de la France avant tout[1352]._» On sait quelle fut à ces -patriotiques sentiments la réponse de la Convention. - -Hue ne pouvant suffire au service de la famille royale tout entière, -Louis XVI avait demandé qu'on lui adjoignît un homme de peine. On fit -droit à cette demande, mais ce fut pour envoyer un ancien employé aux -barrières, nommé Tison, vendu à la Commune. Cet homme et sa femme -vinrent s'installer au Temple, moins comme domestiques que comme -espions. Quelques jours après, le 26 août, un nouvel auxiliaire fut -donné à Hue, mais celui-là, quelles qu'eussent été au début les -préventions contre lui, se montra fidèle et dévoué jusqu'au bout: -c'était Cléry, ancien valet de chambre du Dauphin. - -Le 2 septembre, une animation inaccoutumée se produisit autour du -Temple. Le Roi et sa famille étaient descendus, comme d'habitude, -au jardin; on les fit rentrer précipitamment pour les soustraire -aux pierres qu'on leur jetait des fenêtres[1353]. Vers cinq heures, -un municipal ex-capucin, nommé Mathieu, entra comme un furieux dans -la chambre de la Reine, où toute la famille royale était réunie, et -s'adressant au Roi: «Monsieur, dit-il, vous ignorez ce qui se passe. La -générale a battu; le tocsin a sonné; le canon d'alarme a été tiré; les -émigrés sont à Verdun. S'ils viennent, nous périrons tous, mais vous -périrez le premier[1354].»—«J'ai tout fait pour le bonheur du peuple, -répondit le prince, il ne me reste plus rien à faire[1355].» Le Dauphin -effrayé s'enfuit en pleurant. Mathieu se retourna vers Hue: «Je vous -arrête,» dit-il; et, lui laissant à peine le temps de faire un paquet -de ses vêtements, il l'emmena à l'Hôtel-de-Ville. - -Après cette scène violente, la Reine ne put dormir de la nuit. -L'agitation croissait dans Paris; la générale battait[1356]. Le 3, à -huit heures du matin, Manuel vint à la Tour et assura le Roi que Mme -de Lamballe et toutes les personnes enlevées du Temple se portaient -bien et étaient tranquilles à la Force[1357]. A une heure, Louis XVI -voulut descendre au jardin; les municipaux s'y opposèrent[1358]. Vers -trois heures, on entendit des cris affreux. Une foule composée d'hommes -déguenillés, de femmes ivres, d'enfants en haillons, entourait le -Temple, hurlant des chansons révolutionnaires et des menaces de mort; -on distinguait les cris: _la Lamballe, l'Autrichienne_. C'étaient les -assassins de l'infortunée princesse de Lamballe, qui avaient traîné -jusque-là son corps défiguré et le lavaient dans la fontaine du Temple, -pour le montrer à sa royale amie. Sa chemise, souillée de boue et de -sang, était arborée au bout d'une pique comme un hideux trophée. Au -bout d'une autre pique était fixée la tête de la malheureuse victime: -ses longs cheveux bouclés, que, par un raffinement horrible, on avait -pris soin de poudrer et de friser, flottaient autour du sanglant -instrument. - -Incertains de ce qu'ils devaient faire, n'osant tenter une résistance -«impolitique, dangereuse et _peut-être injuste_[1359]», les -commissaires s'étaient contentés de tendre au travers de la porte -une écharpe tricolore. La bande, un moment arrêtée, grondait devant -cette barrière improvisée. On lui refusa l'entrée de la Tour, mais -on lui permit celle du jardin. Le municipal Danjou la harangue, et -la foule mobile, convaincue peut-être par le sinistre argument de -l'orateur[1360], renonce à pénétrer dans la prison. Laissant dans -la rue le cadavre de la princesse, mais emportant la tête, à la -grande joie du guichetier Rocher, elle se répand sous les fenêtres, -vociférant et hurlant; les ouvriers qui travaillent à la Tour et Rocher -lui-même se joignent à elle, et tous ensemble, résolus à se donner -au moins le plaisir de la douleur et des «grimaces» des prisonniers, -appellent à grands cris la famille royale; quelques-uns ajoutent: «Si -l'Autrichienne ne se montre pas, il faut monter jusqu'à elle et lui -faire baiser la tête de la Lamballe[1361].» - -Le Roi sortait de table; il faisait une partie de trictrac avec la -Reine[1362]. Cléry était descendu pour dîner avec Tison et sa femme, -lorsque celle-ci pousse un cri et s'évanouit: elle avait vu la tête de -la princesse. Cléry remonte précipitamment; sa figure est tellement -bouleversée que la Reine s'en aperçoit: «Pourquoi n'allez-vous pas -dîner?» demande-t-elle—«Madame, je suis indisposé.»—Le municipal de -service ferme la porte et, s'approchant de la fenêtre, en fait tirer -les rideaux[1363]. Plusieurs municipaux et officiers de la garde -arrivent. Le Roi leur demande si sa famille est en sûreté. «On fait -courir le bruit, répondent-ils, que vous et votre famille n'êtes plus -dans la Tour; on demande que vous paraissiez à la croisée; mais nous ne -le souffrirons pas. Le peuple doit montrer plus de confiance en ses -magistrats.» Les cris redoublent au dehors; on entend distinctement -les injures vomies contre la Reine. Le bandit qui tient la tête de -Mme de Lamballe est monté sur les décombres des maisons qu'on a -abattues pour isoler la Tour, afin de rapprocher davantage du mur son -hideux trophée; un autre porte au bout d'un sabre le cœur sanglant de -l'infortunée princesse. - -Un nouveau municipal survient, escorté de quatre hommes députés par -le peuple, pour s'assurer que les captifs sont bien encore au Temple. -L'un de ces hommes, en habit de garde national, ayant deux épaulettes -et armé d'un grand sabre[1364], insiste pour que les prisonniers se -mettent aux fenêtres. Les municipaux s'y opposent. «Non, n'y allez -pas, quelle horreur!» s'écrie l'un d'eux?, nommé Menessier[1365]. Une -altercation s'engage; le Roi en demande la cause: «Eh bien! Monsieur, -réplique brutalement le garde national, puisque vous voulez le savoir, -c'est la tête de Mme de Lamballe qu'on veut vous montrer[1366]. Je -vous conseille de paraître si vous ne voulez pas que le peuple monte -ici[1367].» - -A cette atroce révélation, la Reine tombe évanouie; «c'est le seul -moment, dit Madame Royale, où sa fermeté l'ait abandonnée[1368].» -Mme Elisabeth et Cléry la relèvent et la placent dans un fauteuil; -ses enfants fondent en larmes; l'homme reste là, insensible à cette -douleur. «Monsieur,» ne peut s'empêcher de dire le Roi, «nous nous -attendons à tout; mais vous auriez pu vous dispenser d'apprendre à la -Reine ce malheur affreux.» - -Ce fut sa seule vengeance. Quand, un peu plus tard, Malesherbes lui -demanda le nom de ce misérable: «Celui-là, dit-il, je n'avais pas -besoin de le connaître.» - -L'homme sortit avec ses camarades; «leur but était rempli[1369].» - -La Reine, revenue à elle, mêla ses larmes à celles de ses enfants et -passa, avec sa famille, dans la chambre de Mme Élisabeth, d'où -l'on entendait moins les clameurs de la foule. Les assassins étaient -toujours là, avec leur abominable trophée. Ce ne fut qu'après de -nouveaux et longs pourparlers qu'on put les décider à s'éloigner. -Il était huit heures du soir, lorsque le calme se rétablit autour -du Temple. Est-il besoin d'ajouter qu'après cette horrible scène la -malheureuse Marie-Antoinette ne dormit pas? «Elle passa la nuit à prier -et à sangloter[1370].» - -Mais l'ingénieuse cruauté des persécuteurs n'était pas épuisée. Chaque -jour, c'était quelque vexation nouvelle, quelque nouvelle insulte des -geôliers. Quand la Reine remontait du jardin à sa chambre, une parodie -des couplets de _Marlborough_: - - Madame à sa tour monte; - Ne sait quand descendra, - -hurlée par des voix avinées, la saluait méchamment au passage[1371]. -On plaçait, sous les yeux du Roi et de sa famille, les numéros les -plus ignobles du _Père Duchesne_, ou des caricatures infâmes, des -inscriptions haineuses: _Madame Veto la dansera..... Nous saurons -mettre le gros cochon au régime..... Il faut étrangler les petits -louveteaux._ Tantôt c'était une potence à laquelle pendait un cadavre, -crayonnée avec ces mots: _Louis prenant un bain d'air_; tantôt une -guillotine, au bas de laquelle on lisait: _Louis crachant dans le sac_. - -Un jour, que je ne sais quelle panique s'était répandue dans Paris, -annonçant la marche victorieuse et l'entrée prochaine des armées -coalisées, Rocher, l'injure à la bouche, la rage dans les yeux, gravit -précipitamment l'escalier et, mettant le poing sous la figure du Roi: -«S'ils arrivent, hurla-t-il, je te tue[1372].» - -«Un soir, raconte Madame Royale, un municipal, en arrivant, dit mille -injures et menaces, et répéta ce qui nous avait déjà été dit, que -nous péririons tous, si les ennemis approchaient. Il ajouta que mon -frère seul lui faisait pitié, mais qu'étant fils d'un tyran, il devait -mourir. Voilà les scènes que ma famille avait à supporter tous les -jours[1373].» - -Le 21 septembre, la Convention succédait à la Législative; le même -jour, sur la proposition d'un histrion de bas étage, Collot-d'Herbois, -elle décrétait l'abolition de la royauté. Le soir, à quatre heures, -le municipal Lubin, escorté de quatre gendarmes à cheval et d'une -nombreuse populace, vint proclamer cette décision sous les fenêtres -du Temple. Lubin avait une voix de Stentor. La famille royale put -entendre distinctement les termes du décret qui rompait ainsi -solennellement avec les séculaires traditions de la France. Hébert, -le trop fameux _Père Duchesne_, et Destournelles, qui fut depuis -ministre des contributions publiques, étaient à ce moment de garde au -Temple; pendant la lecture de Lubin, ils regardaient le Roi avec une -curiosité méchante. Le Roi s'en aperçut; sans manifester d'émotion, il -continua de lire un livre qu'il avait à la main. La Reine montra la -même fermeté; pas un signe qui pût donner à ces misérables la basse -jouissance qu'ils cherchaient[1374]. - -Le même soir, Cléry, ayant à demander pour le jeune prince des rideaux -et des couvertures, formula ainsi sa requête: «Le Roi demande pour -son fils...»—«Vous êtes bien hardi, lui dit Destournelles, de vous -servir d'un titre aboli par la volonté du peuple. Vous pouvez dire -à _Monsieur_, dit-il en montrant Louis XVI, de cesser de prendre un -titre que le peuple ne reconnaît plus.» Le Roi ne sourcilla pas. Le -lendemain, Mme Élisabeth recommanda à Cléry d'écrire désormais: «Il -est nécessaire pour le service de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de -Louis-Charles, etc[1375].» - -Le 29, cinq ou six municipaux se présentèrent dans la chambre de la -Reine, où toute la famille était réunie. L'un d'eux, nommé Charbonnier, -fit lecture d'un arrêté de la Commune qui ordonnait d'«enlever papier, -encre, plumes, crayons et même les papiers écrits, tant sur la personne -des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de chambre et -autres personnes de service à la Tour; de ne leur laisser aucune arme -quelconque, offensive ou défensive; en un mot de prendre toutes les -précautions nécessaires pour ôter tout commerce de _Louis le Dernier_ -avec autre personne que les officiers municipaux[1376]». Le Roi et -les princesses durent remettre ce qu'ils avaient; les commissaires -fouillèrent dans les chambres, dans les armoires, cherchant partout, -«même avec dureté[1377],» et emportant les objets désignés dans -l'arrêté. Néanmoins, la Reine et Madame Royale réussirent à cacher et à -conserver leur crayon[1378]. - -Le soir du même jour, comme le Roi venait de souper et s'apprêtait à -remonter dans sa chambre, un municipal lui dit d'attendre. Un quart -d'heure après, les six municipaux qui étaient déjà venus le matin, -Hébert en tête[1379], reparurent et lurent un nouvel arrêté, ordonnant -la séparation des prisonniers[1380] et la translation immédiate du Roi -dans la grosse Tour. Quoique prévenu de cette résolution, le Roi en fut -vivement affecté; la Reine fondit en larmes. Mais Hébert ne se laissait -pas attendrir. Il fallut se quitter. Cléry accompagna son maître dans -sa nouvelle prison. - -Malgré les instances de Santerre, et quoiqu'on eût appliqué à ces -travaux une partie des cinq cent mille francs destinés à l'entretien -de la famille royale, l'appartement du monarque déchu était à peine -achevé; pas de meubles dans la chambre: un lit seulement; les peintres -et les colleurs travaillaient encore, et l'odeur était insupportable. -Cléry passa la première nuit sur une chaise, dans la chambre du Roi; le -lendemain, le prince obtint que son valet de chambre occupât une petite -pièce près de lui. - -A l'heure habituelle, à neuf heures, le Roi voulut se rendre chez -sa femme pour déjeuner; on ne le lui permit pas. La Reine, Mme -Élisabeth et les enfants furent servis à part; la Reine ne voulut rien -prendre. Sa douleur était sombre et morne[1381]. A dix heures, Cléry -entra, avec des municipaux; il venait chercher des livres pour le Roi. -A sa vue, la douleur des prisonnières redoubla; elles fondaient en -larmes et firent au fidèle serviteur mille questions, auxquelles il ne -put répondre qu'avec réserve, à cause de la présence des municipaux. La -Reine, s'adressant à ces derniers, renouvela vivement sa demande d'être -réunie à son mari, au moins quelques instants et à l'heure des repas. -«Ce n'étaient plus des plaintes ni des larmes, dit Cléry,c'étaient -des cris de douleur.»—«Eh bien! dit un municipal effrayé ou touché -par cette explosion, ils dîneront ensemble aujourd'hui; nous ferons -demain ce que la Commune prescrira.» Ses collègues y consentirent, -mais intimèrent la défense de parler bas et en langue étrangère; il -fallait parler haut et _en bon français_[1382]. Quoique la faveur fût -bien mince, la joie fut immense. La Reine, ses enfants dans les bras, -Mme Élisabeth, les mains levées au ciel, remerciaient Dieu de ce -bonheur inattendu. Les municipaux eux-mêmes se sentirent attendris; -quelques-uns ne purent retenir leurs larmes. L'un d'eux, l'un des plus -atroces, le savetier Simon, cette hideuse figure qu'on commence à voir -apparaître dans l'histoire du Temple, dit assez haut: «Je crois que ces -b... de femmes me feraient pleurer.» Et s'adressant à Marie-Antoinette: -«Lorsque vous assassiniez le peuple, au 10 août, vous ne pleuriez -point.»—«Le peuple est bien trompé sur nos sentiments,» répliqua -doucement la pauvre femme[1383]. - -Le dîner fut servi dans la chambre du Roi, où toute la famille se -rendit; si douloureux que fût ce revoir, on avait tant souffert de -la séparation que la réunion fut presque joyeuse. On n'entendit plus -parler de l'arrêté de la Commune et les prisonniers purent se retrouver -chaque jour à l'heure des repas, ainsi qu'à la promenade, vers midi. -«Le matin, dit Madame Royale, nous restions le temps nécessaire pour -que Cléry pût nous peigner, parce qu'il ne pouvait plus venir chez ma -mère, et que c'était gagner quelques moments pour rester plus longtemps -avec mon père[1384].» - -Le malheur rend ingénieux. Grâce à d'habiles combinaisons, grâce à la -complicité dévouée d'un ancien officier de la bouche du Roi, nommé -Turgy, qui avait trouvé moyen de se faire attacher au service de la -Tour avec deux de ses camarades, Marchand et Chrétien, grâce parfois -à la bonne volonté de certains municipaux, meilleurs que les autres, -Cléry réussissait à se procurer quelques nouvelles et à les communiquer -aux captifs. Soupçonna-t-on ce pieux complot? Le 26 octobre, Cléry -fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. L'interrogatoire -heureusement fut favorable, et le soir, à minuit, le valet de chambre -vint reprendre son service au Temple. - -Pendant sa courte absence, un grand changement s'était opéré dans -l'existence des prisonniers. La Reine, ses enfants et Mme Élisabeth, -avaient été transférés dans la grosse Tour. Depuis un mois, les pauvres -femmes soupiraient après ce transfert qui les réunissait du moins sous -le même toit que Louis XVI; mais on se tromperait, si l'on attribuait à -un sentiment de compassion ou de justice cette décision de la Commune. -La haine des bourreaux contre la Reine n'était point assouvie et elle -était habile à tourmenter la royale victime: le jour même où on la -rapprochait de son mari, on la séparait de son fils. Les soins qu'elle -prodiguait à cet enfant, la reconnaissance qu'il lui témoignait, les -caresses affectueuses dont il la comblait, étaient sa seule consolation -depuis son entrée au Temple: on lui enviait même cette suprême et amère -jouissance. - -«Sur les observations faites par l'un des membres de service au -Temple, dit l'arrêté du Conseil de service, ratifié le jour même par -le Conseil général, que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous -la direction des femmes, mère et tante; considérant que cet enfant est -dans l'âge où il doit être sous la direction des hommes, le Conseil -arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera retiré des mains des -femmes pour être remis et rester entre celles de son père, les jours et -nuits.» On tolérait seulement que chaque jour, à l'heure du dîner, il -montât «dans l'appartement de ses mère et tante, pendant le temps que -son père repose, pour en descendre sur les quatre ou cinq heures». - -_A l'instant_, suivant le mot cruel des commissaires, l'arrêté fut -exécuté, sans qu'on en eût même prévenu la malheureuse mère. L'enfant -fut conduit chez son père, et il n'en revint pas. - - - - -CHAPITRE XXIII - - La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie des - prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux compatissants.—Drouet - au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin tombent malades.—Installation - d'une nouvelle municipalité.—Le bouillon de la Reine.—On enlève à - la famille royale tous les instruments tranchants.—Procès du - Roi.—Louis XVI traduit à la Convention.—Il est séparé de sa - famille.—Ses entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est condamné à - mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution du - Roi. - - -Dernier reste d'une importante maison de Templiers, transformée depuis -en dépôt des archives de l'ordre de Malte, la grosse Tour formait une -masse imposante de cent cinquante pieds de haut, avec des murs d'une -épaisseur moyenne de neuf pieds. Elle avait quatre étages voûtés, -soutenus au milieu par un gros pilier, depuis le bas jusqu'à la flèche. -L'intérieur, d'une trentaine de pieds carrés, ne formait qu'une seule -pièce à chaque étage; mais pour pouvoir y loger les royaux captifs, on -avait divisé le second et le troisième, chacun en quatre pièces, par -des cloisons en planches. Le rez-de-chaussée, sous le nom de Chambre -du Conseil, fut affecté à l'usage des municipaux; le premier servit -de corps de garde. Une des quatre tourelles placées aux quatre angles -de la Tour contenait l'escalier, qui menait jusqu'aux créneaux; on y -avait placé des guichets de distance en distance, au nombre de sept. -Pour aller de l'escalier dans chaque étage, il fallait franchir deux -portes: l'une était en chêne garni de clous, l'autre en fer[1385]. - -Au second étage, destiné au Roi, la première pièce était une -antichambre, qui donnait accès à toutes les autres. Sur les murs, -recouverts d'un papier qui figurait des pierres de taille, on avait -placardé la Déclaration des droits de l'homme, imprimée en gros -caractères, et encadrée d'une bordure tricolore. En face de la porte -d'entrée, était la chambre du Roi; la tourelle qui y était annexée -faisait un cabinet de travail et un oratoire; la chambre de Cléry -était à gauche, ainsi qu'une quatrième pièce qui servait de salle à -manger et était séparée de l'antichambre par une cloison vitrée. Chaque -pièce était éclairée par une croisée; mais on avait mis au dehors de -gros barreaux de fer et des abat-jour qui interceptaient l'air et la -lumière; les embrasures avaient une épaisseur de neuf pieds. - -La chambre du Roi seule avait une cheminée; le reste de l'appartement -était chauffé par un gros poêle placé au centre. - -Le mobilier était bien simple: un grand lit de damas vert pour le -Roi, un petit lit de sangle pour le Dauphin, une commode d'acajou, un -secrétaire en bois de rose et quelques sièges; deux baromètres le long -des murs; sur la cheminée, une glace et une pendule qu'on ne tarda pas -à enlever, parce que le cadran portait: Lepaute, horloger _du Roi_. -L'oratoire ne contenait qu'un petit poêle, une chaise de paille, une -chaise de canne et un tabouret de crin. Dans la salle à manger, une -table d'acajou, une servante, deux encoignures en bois de rose et des -chaises. - -Le troisième étage, réservé aux princesses, était distribué comme -le second. La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi; -Madame Royale logeait dans la chambre de sa mère; la tourelle servait -de cabinet. Le papier était de couleur tendre, à bandes vertes et -bleues; le lit était de damas vert. Le mobilier se réduisait à une -commode d'acajou, un grand canapé et quelques sièges. Sur la cheminée, -qui fumait beaucoup[1386], la pendule, par une ironie inconsciente -ou voulue, représentait la Fortune faisant tourner sa roue. Dans la -chambre à côté couchait Mme Élisabeth, sur un misérable lit de fer, -revêtu d'une housse en toile de Jouy. Tison et sa femme, les deux -espions, occupaient la troisième pièce; l'antichambre servait aux -municipaux, qui y demeuraient jour et nuit. Le quatrième étage était -vide. Enfin, entre le toit pointu de la Tour et les créneaux régnait -une galerie, où la famille royale allait parfois se promener; mais on -avait eu soin de placer des jalousies entre les créneaux, pour empêcher -les prisonniers de voir et d'être vus. - -Les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour la -garde des captifs. A la grande porte de la rue était un portier, -nommé Darque, ancien bedeau du Grand Prieur; à la porte de la Tour, -le concierge Mathey, et les deux guichetiers, Rocher et Risbey, ces -deux misérables dont nous avons déjà parlé. Huit commissaires dont -le service durait quarante-huit heures, et qui se renouvelaient -chaque jour par moitié, étaient chargés de la surveillance[1387]. -Le jour, l'un d'eux était constamment près de Louis XVI, un autre -près de Marie-Antoinette; les six autres se tenaient dans la chambre -du Conseil. Un effectif de 287 hommes,—réduit, après la mort du -Roi, à 240—sous les ordres d'un commandant général et d'un chef de -légion, avec deux canons et vingt artilleurs, assurait la garde du -Temple[1388]. Un chef de cuisine, nommé Gagnié, avec deux chefs -d'office, un pâtissier, un rôtisseur, et les trois officiers de bouche -que nous avons déjà nommés, Turgy, Chrétien et Marchand, étaient -chargés du service de table; le service intérieur était confié à Cléry -et au ménage Tison. - -Le Roi se levait à sept heures et priait jusqu'à huit[1389]; il -lisait l'Office des chevaliers du Saint-Esprit, et, comme on avait -refusé de laisser dire la messe au Temple, même les jours de fête, -il s'était fait acheter un bréviaire à l'usage du diocèse de Paris. -A neuf heures, il allait déjeuner chez la Reine. Cléry montait en -même temps, accommodait les cheveux des princesses, et, par ordre de -Marie-Antoinette, apprenait à Madame Royale à se coiffer: prévoyant -trop bien l'avenir, la malheureuse Reine voulait que sa fille pût se -passer de tout service. Après le déjeuner, le Roi donnait quelques -leçons au Dauphin jusqu'à onze heures; le jeune prince jouait ensuite -jusqu'à midi. C'était l'heure de la promenade, et la famille royale -tout entière descendait, quelque temps qu'il fît, parce que la garde, -qu'on relevait à ce moment-là, voulait s'assurer par ses yeux de la -présence des prisonniers. La promenade durait jusqu'à deux heures, où -l'on remontait pour dîner[1390]. - -Après le dîner, le Roi et la Reine jouaient au trictrac ou au piquet, -ou plutôt faisaient semblant de jouer, afin de pouvoir se dire -quelques mots[1391]. Pendant ce temps, le Dauphin et Madame Royale -jouaient dans l'antichambre au volant ou au siam, ou à d'autres -jeux: Mme Élisabeth présidait à ces amusements. C'était l'instant -qu'elle choisissait pour faire des questions à Cléry ou lui donner des -instructions; le jeune prince et sa sœur, par leurs jeux bruyants, -facilitaient ces entretiens de leur tante et du fidèle serviteur, et -les avertissaient par un signe, si quelques municipaux, ou ce qui était -pire, si Tison ou sa femme, que les bons procédés de la famille royale -n'avaient pu désarmer, s'approchaient[1392]. A quatre heures, la Reine -montait avec ses enfants: conformément à l'arrêté des commissaires, -elle pouvait emmener son fils, pendant que le Roi sommeillait un -moment. A six heures l'enfant redescendait chez son père qui le faisait -travailler ou jouer jusqu'à l'heure du souper[1393]. Pour s'occuper -plus utilement de l'éducation de son fils, le monarque étudiait chaque -jour pendant quatre heures, dit Cléry[1394], des auteurs latins ou -lisait des livres de voyages et d'histoire naturelle. - -A neuf heures, après le souper, la Reine déshabillait promptement son -fils et le mettait au lit. Les princesses remontaient ensuite et le Roi -ne se couchait qu'à onze heures. La Reine, dans la journée, travaillait -beaucoup à la tapisserie ou s'occupait de l'éducation de sa fille; -elle la faisait étudier et lire à haute voix. Mme Élisabeth passait -une partie de son temps à prier à genoux près de son lit[1395]; chaque -jour, elle récitait son office et lisait des livres de piété[1396], -qu'elle avait fait acheter par Cléry[1397]. Souvent, la Reine lui -demandait de les lire tout haut[1398]. - -Pas plus dans la grosse Tour que dans la petite, les vexations et les -insultes n'étaient épargnées aux prisonniers. Dès le 7 octobre, au nom -de l'égalité, le Roi avait été dépouillé des insignes de ses ordres. -Tout était arbitraire et dépendait de l'humeur ou des caprices des -gardiens. Un jour, un municipal défendit à Cléry de monter chez la -Reine pour la coiffer; il fallut que la malheureuse femme descendît -chez son mari, apportant elle-même tout ce qui était nécessaire à sa -toilette. Un autre voulut la suivre, lorsque, à midi, suivant l'usage, -elle entrait chez Mme Élisabeth pour quitter sa robe du matin; -devant l'inconvenante importunité de cet homme, la Reine dut renoncer -à s'habiller. Certains commissaires avaient les exigences les plus -bizarres: l'un faisait rompre des macarons ou fendre des noyaux de -pêche, pour s'assurer qu'on n'y avait pas caché de billet; un autre -forçait Cléry à boire de l'essence de savon, destinée à la barbe du -Roi, sous prétexte que ce pouvait être du poison. Un autre encore -coupait les marges d'un livre, que Mme Élisabeth renvoyait à la -duchesse de Sérent, dans la crainte qu'on n'eût écrit quelque chose -dessus avec de l'encre sympathique[1399]. - -Un autre jour, la Reine avait cassé son peigne; elle priait Turgy de -lui en acheter un autre. «Achetez-en un en corne, dit le municipal -Dorat-Cubières; le buis serait trop bon pour elle.» La Reine fit -semblant de ne pas entendre. Dorat-Cubières était un poète qui avait -jadis encensé, dans ses fades petits vers, la famille royale; nul alors -n'avait été flatteur plus obséquieux que lui[1400]. - -On continuait d'interdire l'entrée des journaux au Temple; on ne -permettait de les y introduire que lorsqu'ils contenaient quelque -infamie contre les souverains déchus, comme cette lettre d'un canonnier -qui demandait la tête du tyran Louis XVI pour en charger sa pièce et -l'envoyer à l'ennemi, ou cet article odieux dans lequel on déclarait -qu'il fallait étouffer les petits louveteaux enfermés à la Tour[1401]. - -Un jour, un municipal s'approcha de la Reine et des princesses: -«Mesdames, leur dit-il, je vous annonce une bonne nouvelle; beaucoup -de traîtres émigrés ont été pris; si vous êtes patriotes, vous devez -vous en réjouir.»—«Ma mère, raconte Madame Royale, comme à l'ordinaire, -ne dit mot, et n'eut pas même l'air d'entendre. Souvent son calme si -méprisant et son maintien si digne en imposaient; c'était rarement à -elle qu'on osait adresser la parole[1402].» - -Au milieu de tous ces outrages, parmi ces âmes basses, qui se faisaient -un jeu d'insulter au malheur, l'histoire salue avec émotion quelques -hommes qui tinrent à honneur de se séparer de ces misérables et -d'entourer de leur respect ces grandeurs déchues. C'était l'instituteur -Lepître; c'était l'épicier Cortey; c'était Moëlle; c'était Lebœuf; -c'était Jobert[1403]; c'était surtout Toulan, ancien membre de -la Commune du 10 août, devenu royaliste au contact journalier de -ces saintes victimes de la Révolution, Toulan, que les princesses -désignaient par le beau nom de _Fidèle_; c'était enfin Michonis, -d'abord révolutionnaire fougueux, comme Toulan, mais qui, comme lui, -touché par le spectacle de tant d'infortune si héroïquement supportée, -devint un des plus zélés serviteurs de ceux dont il avait demandé -d'abord à être le geôlier, et, comme Toulan encore, leur sacrifia -sa vie. Nous les retrouverons dans le cours de ce récit et nous -raconterons les ingénieuses combinaisons de ces dévouements obscurs et -courageux, que la fortune ne favorisa pas, mais qui du moins, pendant -ces tristes jours, vengèrent l'honneur de l'humanité et, comme les -héros des Livres saints, délivrèrent l'âme de la France. - -Le 1er novembre, une députation de la Convention vint vérifier par -elle-même «l'état de situation de la personne de Louis Capet et de -sa famille, et prendre connaissance des mesures de sûreté adoptées -par le Conseil général de la Commune et le commandant général de la -garde nationale de Paris pour la conservation des otages confiés à -leur garde[1404]». La députation se composait de l'ex-capucin Chabot, -de du Prat, de Drouet, l'homme de Varennes; elle était accompagnée -de Santerre et des commissaires de service. Arrivés au Temple vers -dix heures du matin, les députés montèrent au second étage, où ils -trouvèrent la famille royale réunie. La Reine frémit à l'aspect de -Drouet. Cet homme s'assit insolemment près d'elle et, à son exemple, -Chabot prit un siège. «Nous venons, dit Drouet, vous demander si vous -vous trouvez bien, si vous ne manquez de rien, si vous n'avez pas -de plaintes à former.»—«Je ne me plains de rien, répondit le Roi; -je ne veux pas me plaindre, lorsque je suis avec ma famille.» Cléry -fit observer qu'on ne payait pas exactement les fournisseurs. «La -nation n'est pas à un écu près,» répondit Chabot[1405]. Les députés -inspectèrent l'appartement en détail, s'assurèrent qu'on n'avait -laissé à la disposition des prisonniers ni plumes, ni encre, ni -crayons, ni papier; puis ils se transportèrent au troisième, où ils -firent les mêmes constatations[1406]. - -Après le dîner, ils revinrent chez le Roi, posèrent les mêmes questions -et obtinrent les mêmes réponses. Drouet monta chez la Reine. Il était -pâle; sa voix était faible; il demanda à la Reine d'un ton mélancolique -si elle n'avait pas de plainte à former; la Reine ne lui répondit pas. -Il renouvela deux fois la question. «Il importe cependant de savoir -si vous avez à vous plaindre de quelque chose ou de quelqu'un.» La -Reine le regarda d'un œil fier et, sans répondre un mot, elle alla -s'asseoir avec sa fille sur son canapé. Drouet, ouvrant et étendant les -bras comme un homme étonné, mais qui a plus de dépit peut-être que de -regret, s'inclina et sortit. Voyant l'émotion de sa mère, Marie-Thérèse -la pressait dans ses bras et lui baisait les mains, lorsqu'elle -l'entendit adresser ces paroles à Mme Elisabeth: «Pourquoi, ma sœur, -l'homme de Varennes est-il remonté? Est-ce parce que c'est demain le -jour des Morts[1407]?» - -Oui, c'était le lendemain le jour des Morts, et c'était aussi -l'anniversaire de la naissance de Marie-Antoinette. Mais cet -anniversaire, si joyeusement fêté jadis, comment le célébrait-on -aujourd'hui et quels souhaits adressait le peuple de Paris à cette -souveraine dont il avait été autrefois amoureux? - -«Nous entendîmes, raconte Madame Royale, un grand bruit de gens qui -demandaient la tête de mon père et de ma mère, ayant la cruauté de -venir crier cela sous nos fenêtres[1408].» - -Le 14 novembre, le Roi tomba malade d'une assez forte fluxion; on -demanda son dentiste; la Commune délibéra pendant trois jours et -refusa. Le 22, la fièvre survint; cette fois la Commune fut inquiète -et permit au premier médecin de Louis XVI, M. Le Monnier, de se rendre -à la Tour; mais il n'y entrait jamais sans avoir été fouillé et il ne -pouvait parler qu'à haute voix. La Reine et les princesses passaient -leurs journées au chevet du Roi, partageant avec Cléry le soin de le -servir; mais, la nuit, il fallait remonter en laissant l'auguste malade -seul avec son valet de chambre. La Reine avait inutilement demandé que -son fils ne restât pas dans cet air vicié par la fièvre et vînt coucher -dans sa chambre: les municipaux ne le permirent pas. - -Sous cette influence malsaine, l'enfant tomba malade à son tour; -la coqueluche se déclara. Mais vainement la malheureuse mère -sollicita-t-elle la faveur de passer les nuits près de son fils; les -municipaux la repoussèrent brutalement, et la pauvre femme dut remonter -chez elle, rongée par l'inquiétude et dévorée par l'insomnie. - -Le jour seulement elle eut l'autorisation de s'asseoir près du lit -de son enfant et de lui prodiguer ses soins. Sous le coup de cette -tristesse et de ces angoisses, la famille entière, la Reine, Mme -Élisabeth, Madame Royale furent prises par la maladie. Cléry lui-même -s'alita à son tour et ce fut le jeune prince, à peine remis de sa toux, -qui portait les remèdes au serviteur dévoué. - -A l'école du malheur, l'enfant avait développé et mûri ses qualités -naturelles. Il avait pour tous, mais pour sa mère en particulier, des -attentions, charmantes. Jamais il ne disait un mot qui pût éveiller -chez elle un souvenir douloureux; il l'entourait des plus délicates -prévenances. Voyait-il arriver un municipal plus honnête ou moins -haineux que les autres; il courait à la Reine: «Maman,» disait-il, -«c'est aujourd'hui M. un tel.» Si c'était, au contraire, quelque -figure sinistre qui rappelait de tristes événements, il se taisait -ou ne prononçait le nom qu'à voix basse. Un jour, comme il fixait -attentivement un commissaire qu'il semblait reconnaître, celui-ci lui -demanda où il l'avait vu. Le jeune prince refusa de répondre, puis, se -penchant vers sa sœur: «C'est, lui dit-il à voix basse, lors de notre -voyage de Varennes[1409].» - -Le 2 décembre, une nouvelle Commune succéda à la Commune -révolutionnaire du 10 août. Dès le soir même, à dix heures, les membres -inaugurèrent leur entrée en fonctions en venant au Temple reconnaître -les prisonniers[1410]. Mais si ceux-ci attendirent quelque amélioration -de ce changement, ils se trompèrent. Les nouveaux commissaires, moins -grossiers peut-être que les anciens, étaient d'une méchanceté plus -réfléchie et d'une surveillance plus tyrannique. Au lieu d'un municipal -près du Roi et de la Reine, il y en eut deux, et il devint dès lors -bien plus difficile à Cléry de leur faire passer des avis ou d'obtenir -le moindre adoucissement. - -Le 3, la Reine, malade, n'avait pu prendre aucune espèce d'aliment; -elle demanda à Turgy un bouillon pour souper. Turgy l'apporta; mais -la Reine, sachant que la femme Tison était aussi indisposée, lui -fit donner le bouillon. Turgy pria les municipaux de l'accompagner -pour qu'il pût aller en chercher un autre; aucun n'y consentit, et -Marie-Antoinette fut obligée de se passer de souper[1411]. - -Le 7, un municipal,—c'était Moëlle,—vint lire d'une voix altérée -un arrêté qui ordonnait d'enlever aux détenus «couteaux, rasoirs, -ciseaux, canifs et tous autres instruments tranchants dont on prive -les prisonniers réputés criminels et d'en faire la plus exacte -recherche tant sur les prisonniers que dans leurs appartements». -Le Roi dut livrer tout ce qu'il avait dans ses poches ou ce qui se -trouvait dans sa chambre: un couteau qui lui venait de son père, un -canif, un petit nécessaire en maroquin rouge, ses rasoirs, un compas -à rouler les cheveux, jusqu'à un instrument pour nettoyer les dents; -les princesses, leurs couteaux, leurs ciseaux et tout ce qui pouvait -servir à leur travail[1412]. «Faut-il donner aussi les aiguilles, -car elles piquent bien fort?» dit ironiquement la Reine. Les pauvres -femmes durent renoncer dès lors à certains ouvrages qui leur avaient -été une distraction pendant les longues heures de la captivité. Un -jour, Mme Élisabeth raccommodait les habits du Roi et, n'ayant plus -de ciseaux, elle rompait le fil avec ses dents. «Quel contraste!» lui -dit le prince; «il ne vous manquait rien dans votre jolie maison de -Montreuil.»—«Ah! mon frère, répondit-elle, puis-je avoir des regrets, -quand je partage vos malheurs[1413].» - -Le soir, au dîner, on agita la question de savoir si l'on devait -laisser les fourchettes et les couteaux aux prisonniers. Quelques -commissaires voulaient les enlever; sur les instances de Moëlle[1414], -l'avis le moins vexatoire prévalut pourtant, et il fut décidé que la -famille royale conserverait ses couteaux et fourchettes, mais qu'on les -enlèverait à la fin de chaque repas[1415]. - -Fût-ce comme compensation à ces vexations nouvelles que, le 9, le -municipal Lepître fit accorder un clavecin qui se trouvait à l'entrée -de la chambre de Mme Élisabeth, ce qui permit à la Reine d'en donner -des leçons à sa fille? Le premier morceau qui lui tomba sous la main -portait pour titre: _La Reine de France[1416]!_ - -Le 11 décembre, à cinq heures du matin, la générale fut battue dans -les rues de Paris: la cavalerie et les canons occupèrent le jardin du -Temple. Grâce à Turgy et à Cléry, la famille royale connaissait, depuis -plusieurs jours déjà, la cause de ce déploiement de forces inusité. Le -3 décembre, la Convention avait décidé que Louis Capet serait traduit à -sa barre; c'était ce décret qu'on venait exécuter. - -A neuf heures, le Roi monta, comme de coutume, pour déjeuner dans -l'appartement de la Reine. Il y resta une heure: mais quelles que -fussent leurs angoisses, sous l'œil inquisiteur des municipaux, les -prisonniers ne pouvaient rien se dire; les regards suppléaient aux -paroles. Il fallut enfin se séparer. Le Roi redescendit à sa chambre; -le Dauphin, comme d'habitude, l'accompagna. Insouciant du danger et -ignorant des événements, le jeune prince insista pour faire une partie -de siam. Il n'y fut pas heureux, et par deux fois il ne put dépasser -le nombre seize. «Toutes les fois que j'ai ce point de seize, dit-il -avec un léger dépit, je ne puis gagner.» Le Roi ne dit rien; mais -un tressaillement involontaire agita son visage à ce rapprochement, -naïvement cruel. - -A onze heures, le Dauphin avait quitté le jeu et prenait une leçon de -lecture, lorsque deux municipaux vinrent le chercher pour le conduire -à sa mère. Louis XVI demanda la cause de ce brusque enlèvement; on se -contenta de lui répondre que c'était l'ordre de la Commune: l'accusé -devait être séparé de sa famille. L'infortuné père embrassa tendrement -son fils et Cléry conduisit l'enfant à sa mère. - -A une heure, le Roi partit pour la Convention, escorté du maire -de Paris, Chambon, du procureur de la Commune, Chaumette, du -secrétaire-greffier, Coulombeau, et de Santerre. Le soir, à six -heures, il rentra au Temple; son premier soin fut de demander qu'on le -conduisît près de sa famille; on refusa, sous prétexte qu'on n'avait -point d'ordres. «Mais au moins, dit-il, mon fils passera la nuit avec -moi; son lit et ses effets sont ici.» Même silence. Après le dîner -le prince insista de nouveau; on répondit simplement qu'il fallait -attendre les instructions de la Convention. - -La Reine et les princesses avaient passé la journée dans de mortelles -inquiétudes. La Reine avait tout tenté pour apprendre quelque chose -des municipaux qui la gardaient; c'était la première fois qu'elle -consentait à les questionner. Les municipaux refusèrent de rien dire. -Au retour du Roi, Marie-Antoinette demanda instamment à le voir; -elle le fit demander au maire Chambon; le maire ne daigna même pas -répondre[1417]. - -Épuisée par le chagrin, la malheureuse femme n'avait plus la force de -pleurer; il semblait presque que la vue même de son fils la laissât -insensible. «Mon frère passa la nuit chez elle, raconte Madame Royale; -il n'avait pas de lit; elle lui donna le sien et resta toute la nuit -debout, dans une douleur si morne que nous ne voulions pas la quitter; -mais elle nous força à nous coucher, ma tante et moi[1418].» - -Le lendemain, la Reine renouvela ses sollicitations; elle redemanda à -voir son mari et à lire les journaux qui rendaient compte du procès; -elle insista du moins pour que, si la faveur de voir le Roi lui était -refusée à elle-même, on l'accordât à ses enfants. Les journaux furent -interdits. Quant à la demande de réunion des enfants à leur père, elle -fut portée à la Convention. Après une longue délibération, l'Assemblée -décida, le 15 décembre, par un faux semblant de pitié que démentaient -les termes mêmes de l'arrêté, que «Louis Capet pourrait voir ses -enfants, lesquels ne pourraient, jusqu'à son jugement définitif, -communiquer avec leur mère et avec leur tante.» - -C'était accorder et refuser en même temps. Le malheureux prince ne -voulut pas d'une faveur qui fût devenue un supplice pour sa femme; -il aima mieux s'imposer à lui-même un nouveau sacrifice et laisser à -la Reine la douceur de la société de ses enfants. Le soir même, il -fit monter dans l'appartement des princesses le lit du Dauphin. Cléry -garda le linge et les habits; il fut convenu que tous les deux jours il -enverrait ce qui serait nécessaire. - -Pendant six longues semaines, le Roi demeura ainsi séparé de sa -famille; la Reine et les princesses n'eurent de ses nouvelles que -grâce au dévouement de Turgy et de Cléry, qui cachaient des billets -dans des pelotons de fil ou de laine qu'ils jetaient sous les lits -ou descendaient dans l'abat-jour des fenêtres au moyen de ficelles -conservées avec soin[1419], grâce aussi à la sensibilité de quelques -municipaux, plus humains que leurs collègues. Quelques-uns assuraient à -la Reine que le Roi ne périrait pas et que son affaire serait renvoyée -aux Assemblées primaires, qui le sauveraient certainement[1420]. -Illusions généreuses ou mensonges charitables, qui n'abusaient guère -les prisonnières. - -Le sinistre procès suivait son cours. Le 12 décembre, Louis XVI avait -choisi pour défenseur Tronchet, auquel il adjoignit le lendemain -Malesherbes, et un peu plus tard de Sèze. Le 15, une députation de la -Convention vint lui communiquer les pièces à sa charge. Chaque jour -ensuite, les trois défenseurs se rendirent au Temple, où, après de -minutieuses investigations des municipaux, ils étaient admis à conférer -avec leur client. Le 25 décembre, jour de Noël, le Roi, seul avec -lui-même et avec Dieu, écrivit tout entier de sa main son testament, ce -monument admirable de sa résignation chrétienne et de son amour pour -son peuple. - -Le 26, l'accusé fut conduit pour la seconde fois à la Convention; dans -la crainte que le bruit des tambours et du cortège qui devait venir le -prendre n'effrayât la Reine, il la fit prévenir dès le matin. - -Nous n'avons pas à tracer ici le récit détaillé de cette mémorable -et lugubre séance. C'est le jour où de Sèze prononça cet éloquent -plaidoyer qui fit plus d'une fois passer un frisson d'émotion dans le -cœur des juges les plus prévenus. C'est le jour aussi où Malesherbes, -interpellé par le conventionnel Treilhard qui lui demandait: - -«Qui vous rend si hardi de prononcer ici des noms que la Convention a -proscrits?» lui fit cette simple et héroïque réponse: - -«Mépris de vous-même et mépris de la vie.» - -Lorsque de Sèze eut achevé son discours, le Roi se leva et prononça -d'un ton ferme ces paroles: - -«Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens de défense; je ne vous -les renouvellerai point. En vous parlant peut-être pour la dernière -fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien et que mes -défenseurs ne vous ont dit que la vérité.» - -Mais est-ce que les Conventionnels avaient souci de la conscience, et -ne pouvaient-ils pas répondre comme Pilate: «Qu'est-ce que la vérité?» - -Le lendemain, de Sèze remit au Roi plusieurs exemplaires de son -plaidoyer. Un municipal, nommé Vincent, se chargea d'en porter -secrètement un exemplaire à la Reine. La malheureuse femme le lut avec -une attention haletante; mais elle ne se leurrait d'aucun espoir et -d'une main fiévreuse, mais ferme, elle traça sur le premier feuillet -ces lignes: «_Oportet unum mori pro populo_[1421].» - -Le mardi, 1er janvier 1793, fut triste à la Tour. Le matin -Cléry s'approcha du lit du Roi et lui demanda la permission de lui -offrir ses vœux. «Je reçois vos souhaits,» répondit le prince, en -lui tendant une main que le fidèle serviteur arrosa de larmes. Dès -qu'il fut levé, il pria un municipal d'aller savoir des nouvelles de -sa famille et lui présenter ses vœux pour la nouvelle année. Son -ton était si déchirant, qu'un des commissaires, ému, dit à Cléry: -«Pourquoi le Roi ne demande-t-il pas à voir sa famille? Maintenant que -l'interrogatoire est terminé, cela ne souffrirait aucune difficulté.» -Sur ces entrefaites, le municipal qui était allé chez la Reine rentra -et annonça au prisonnier que sa famille le remerciait de ses souhaits -et lui adressait les siens. Le Roi fut attendri: «Quel jour de nouvelle -année!» dit-il tristement. - -Le soir, Cléry lui fit part de sa conversation avec le commissaire -et l'assura que la Convention l'autoriserait certainement à voir les -siens. «Dans quelques jours, répondit le prince, ils ne me refuseront -pas cette consolation; il faut attendre[1422].» - -Et cependant, la pensée du malheureux souverain se reportait -constamment sur sa famille; il y revenait sans cesse dans ses -entretiens avec ses défenseurs et sa voix s'attendrissait, ses yeux -se baignaient de larmes, quand il parlait de sa sœur dont la vie -n'avait été «qu'affection, dévouement et courage», de ses enfants «si -malheureux déjà à leur âge», de la Reine, si insultée, si calomniée, si -méconnue: «S'ils,—les Français,—savaient ce qu'elle vaut, disait-il, -s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis -nos infortunes, ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès -longtemps, ses ennemis et les miens ont eu l'art, en semant des -calomnies parmi le peuple, de changer en haine cet amour dont elle fut -si longtemps l'objet.» - -Et passant rapidement en revue la conduite de la Reine et les -imputations dont on avait voulu la noircir: - -«Les factieux ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir la -Reine, ajoutait-il, que pour préparer le peuple à la voir périr. -Oui, mes amis, sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on -craindrait qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse, mon mariage lui -promit un trône; aujourd'hui quelle perspective lui offre-t-il?» En -prononçant ces mots, il serrait la main de Malesherbes, et ses yeux se -remplissaient de pleurs[1423]. - -Le 15 janvier, la Convention déclara Louis Capet coupable; le 17, après -une séance de vingt-deux heures, une majorité factice de _cinq_ voix -prononça contre lui la peine de mort; le même soir, Malesherbes, tout -tremblant, vint l'annoncer au captif. Le lendemain, un arrêté de la -Commune décida que toute communication serait interrompue entre Louis -XVI et ses conseils et que le condamné serait gardé à vue jour et -nuit. Le Roi protesta vainement contre ce redoublement de rigueur: sa -protestation ne fut pas écoutée. - -Le 20, la Convention, par 380 voix contre 310, repoussa tout sursis à -l'exécution. Le même jour, à deux heures de l'après-midi, le Comité -exécutif se transporta au Temple, et le ministre de la justice -Garat, le chapeau sur la tête, fit donner lecture, par le secrétaire -Grouvelle, du décret de l'Assemblée. Quand ce fut fini, Louis XVI -prit simplement le décret, le serra dans son portefeuille, puis, en -tirant un papier: «Monsieur le Ministre, dit-il, veuillez communiquer -cette pièce à la Convention.» C'était une lettre où le condamné -demandait un délai de trois jours pour «se préparer à paraître devant -Dieu» et la faculté de voir librement un prêtre qu'il indiquait. Il -y joignait l'adresse de ce prêtre que sa sœur lui avait recommandé, -l'abbé Edgeworth de Firmont, et insistait pour qu'il lui fût permis -d'entretenir sa famille sans témoins. - -Pendant cette scène cruelle, la contenance du Roi avait été si ferme, -sa majesté si haute, qu'Hébert lui-même en avait été touché. «La -noblesse et la dignité de son maintien et de son langage, dit-il, -m'arrachèrent des pleurs de rage,» et, ne voulant pas laisser paraître -son émotion, il s'était retiré. - -Le sursis fut refusé: la Convention avait hâte d'en finir; les autres -demandes furent accordées. On fit chercher l'abbé Edgeworth et Garat le -conduisit lui-même au Temple dans sa voiture. Il assura le Roi qu'il -n'y avait aucune charge contre sa famille et qu'on la renverrait hors -de France[1424]. - -Les malheureuses prisonnières n'avaient appris la condamnation de Louis -XVI que le dimanche 20 au matin, par les colporteurs de journaux qui -venaient la crier sous leurs fenêtres. Le même jour, à huit heures du -soir, elles apprirent qu'un décret de la Convention leur permettait de -descendre chez le Roi. Elles y coururent[1425]. Le prince avait fait -passer l'abbé Edgeworth dans la tourelle, de peur que la vue du prêtre -ne fît trop de mal aux princesses; il attendait dans la salle à manger. -La Convention avait décidé qu'il serait seul avec sa famille; mais la -Commune, toujours ingénieuse à tourmenter sa victime, avait exigé que -les municipaux assistassent à l'entrevue derrière une porte vitrée. Une -misérable lampe-quinquet éclairait la salle[1426]; la table avait été -rangée de côté; des chaises, disposées dans le fond, afin de donner -plus d'espace; sur la table, une carafe d'eau et un verre. «Apportez -de l'eau qui ne soit pas frappée,» avait dit le Roi qui, dans ce cruel -déchirement, conservait toute sa présence d'esprit; «si la Reine en -buvait, elle pourrait être incommodée.» - -A huit heures et demie, la porte s'ouvrit; la Reine entra la première, -tenant son fils par la main; ensuite Madame Royale et Mme Élisabeth. -Tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna -pendant quelques minutes et ne fut interrompu que par des sanglots. -«Le Roi s'assit; la Reine à sa gauche, Mme Élisabeth à sa droite, -Madame Royale presque en face; le jeune prince resta debout entre les -jambes du Roi; tous étaient penchés vers lui et le tenaient souvent -embrassé[1427].»—«Nous le trouvâmes,—le Roi,—bien changé, raconte -Madame Royale. Il pleura de douleur sur nous, et non de la crainte de -sa mort; il raconta son procès à ma mère, excusant les scélérats qui -le faisaient mourir..... Il donna ensuite des instructions religieuses -à mon frère, lui recommandant surtout de pardonner à ceux qui le -faisaient mourir, et lui donnant sa bénédiction ainsi qu'à moi[1428].» -Et pour produire sur le jeune Dauphin une impression plus forte, il -le prit sur ses genoux et lui dit: «Mon fils, vous avez entendu ce -que je viens de vous dire; mais comme le serment est quelque chose -d'encore plus sacré que les paroles, jurez en levant la main, que vous -accomplirez les dernières volontés de votre père.» Mon frère lui obéit -en fondant en larmes, et cette bonté si touchante fit encore redoubler -les nôtres[1429].» - -La Reine aurait voulu passer la nuit près du Roi avec sa famille. Le -malheureux prince refusa: il avait besoin de calme pour se préparer à -la mort. La Reine insista du moins pour le voir un moment le lendemain -matin; il y consentit; mais, «quand nous fûmes partis, rapporte Madame -Royale, il dit aux gardes de ne pas nous laisser redescendre, parce que -notre présence lui ferait trop de peine[1430].» - -Cette touchante entrevue dura sept quarts d'heure, au milieu des -sanglots et des larmes. Pendant ce temps, quatre municipaux, mal vêtus -et le chapeau sur la tête, se tenaient dans l'embrasure de la croisée, -se chauffant au poêle et surveillant par la cloison vitrée[1431]. A -dix heures et quart, le Roi se leva le premier et tous le suivirent. -La Reine le tenait par la main droite, s'appuyant sur son épaule, et -pouvant à peine se soutenir; le Dauphin, du même côté, était enlacé -dans le bras droit de sa mère qui le pressait sur son cœur, et lui-même -serrait de sa petite main la main droite du Roi et la main gauche de la -Reine, les baisant et les arrosant de ses larmes[1432]; Madame Royale, -à gauche, tenait le Roi embrassé par le milieu du corps[1433]; Mme -Élisabeth, un peu plus en arrière que sa nièce, avait saisi de ses -deux mains le haut du bras gauche de son frère et levait au ciel ses -yeux baignés de pleurs[1434]. Louis XVI s'efforçait de conserver son -calme; mais il luttait péniblement pour ne pas faiblir[1435]. «Je vous -assure, dit-il, que je vous verrai demain matin à huit heures.»—«Vous -nous le promettez?» répétèrent-ils tous ensemble.—«Oui, je vous le -promets.»—«Pourquoi pas à sept heures?» dit la Reine.—«Eh bien! oui, -à sept heures, répondit-il; adieu!» Il prononça cet adieu avec une -expression si navrante que les sanglots redoublèrent. Madame Royale -tomba évanouie; Cléry la releva et Mme Élisabeth la soutint. Le Roi, -voulant mettre fin à cette scène déchirante, serra une dernière fois -sur sa poitrine ces chers objets de son affection et, se dégageant -doucement de cette émouvante étreinte: «Adieu! Adieu!» murmura-t-il, -et il rentra lentement dans sa chambre[1436]. «Ah! Monsieur, dit-il à -l'abbé Edgeworth, quelle entrevue! Faut-il donc que j'aime et que je -sois si tendrement aimé! Mais c'en est fait; oublions tout le reste -pour ne penser qu'à l'unique affaire. Elle seule doit concentrer dans -ce moment toutes mes affections et toutes mes pensées.» - -Pendant ce temps, les princesses remontaient chez elles, et, quoique -les portes fussent fermées, on entendait encore, de l'appartement du -Roi, leurs gémissements et leurs sanglots[1437]. «Les bourreaux!» -s'écriait la Reine, et se tournant vers le Dauphin: «Mon fils, lui -dit-elle, promettez-moi que vous ne songerez jamais à venger la mort de -votre père[1438].» Puis, déposant sur les cheveux blonds de l'enfant -un long et amer baiser, elle le déshabilla et le coucha. Quant à elle, -elle se jeta tout habillée sur son lit, «où, dit Madame Royale, nous -l'entendîmes toute la nuit trembler de froid et de douleur[1439].» - -Le lendemain, à six heures et quart, un municipal entra. La Reine était -debout; elle crut qu'on venait la chercher pour cette entrevue suprême -que son mari lui avait promise la veille. Vain espoir: le municipal -venait chercher un livre de prières pour la messe du Roi[1440]. La -malheureuse femme espérait encore, espérait toujours, écoutant avec -une anxiété navrante le bruit des pas qui gravissaient l'escalier... -Attente inutile; personne ne vint. - -Le Roi s'était couché à minuit et demi; à peine au lit, il s'était -endormi profondément. A cinq heures il se leva, fit sa toilette comme -à l'ordinaire, entendit la messe à genoux et communia. Quand il eut -achevé son action de grâces, il appela Cléry et lui donna divers -objets: «Vous remettrez, lui dit-il d'une voix brisée, ce cachet à mon -fils...., cet anneau à la Reine; dites-lui bien que je le quitte avec -peine;—c'était son anneau de mariage.—... Ce petit paquet renferme des -cheveux de toute ma famille; vous le lui remettrez aussi.... Dites à -la Reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis -de les voir ce matin; mais j'ai voulu leur épargner la douleur d'une -séparation si cruelle. Combien il m'en coûte de partir sans recevoir -leurs derniers embrassements!» Il essuya quelques larmes et ajouta, -avec l'accent le plus douloureux: «Je vous charge de leur faire mes -adieux[1441].» - -A neuf heures, Santerre parut, escorté de municipaux et de gendarmes. -Le Roi sortit de son cabinet, où il s'entretenait avec l'abbé -Edgeworth: «Vous venez me chercher?» demanda-t-il.—«Oui,» répondit -Santerre.—«Je suis en affaires,» reprit le prince avec un accent -d'autorité; «attendez-moi ici.» - -Il rentra dans le cabinet, reçut une dernière bénédiction de son -confesseur, sortit de nouveau et, s'adressant à un municipal, Jacques -Roux, prêtre apostat, qui se trouvait le plus près de lui: «Je vous -prie, dit-il, de remettre ce papier à la Reine, à ma femme.»—C'était -son testament.—«Cela ne me regarde pas,» riposta brutalement Jacques -Roux; «je ne suis ici que pour vous conduire à l'échafaud.»—«C'est -juste,» répliqua le Roi; et se tournant vers un autre municipal, il lui -remit le papier. Puis, prenant son chapeau des mains de Cléry, il dit à -Santerre d'un ton de commandement: «Marchons.» - -Une heure après, à dix heures vingt minutes, la tête de Louis XVI -tombait sur l'échafaud de la place de la Révolution, et tandis que, -autour de la guillotine, une foule en délire accueillait avec des -clameurs sauvages le sang royal qui coulait sur elle, au troisième -étage de la Tour, deux femmes et deux enfants en larmes, enlacés dans -les bras les uns des autres, priaient pour la victime et pour les -bourreaux. - - - - -CHAPITRE XXIV - - La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie de Madame Royale.—On - apporte aux prisonnières des vêtements de deuil.—Toulan et - Lepitre.—Plan d'évasion préparé par ces deux municipaux et M. de - Jarjayes.—Modifications dans le plan.—Nouveau projet; il échoue - comme le premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan - sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine les envoie à Monsieur - et au comte d'Artois.—Dénonciation de Tison.—Perquisitions - nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection de - Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout échoue.—Louis - XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la - Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La défiance de - Simon le fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis XVII est - enlevé à sa mère.—Il est livré au savetier Simon.—Nouvelle visite - de Drouet au Temple.—Le jeune prince brutalisé par - Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle est transférée à la - Conciergerie. - - -La Reine est veuve; elle a appris par les cris de joie d'une populace -effrénée que le régicide est consommé. Ses yeux sont secs; elle n'a -plus de larmes; elle étouffe[1442]; une violente secousse seule peut -la sortir de sa morne torpeur. Avide de se nourrir de son malheur et -d'en recueillir les tristes détails, elle espère que Cléry, le dernier -fidèle qui soit demeuré avec l'infortuné monarque, pourra venir lui -parler encore de celui qui n'est plus; elle en exprime le désir aux -municipaux; les municipaux refusent. Elle fait demander des vêtements -de deuil très simples pour elle et pour sa famille; on lui répond que -la Commune en délibérera. - -Qu'elle fut longue, cette journée du 21 janvier, au milieu de la -brume épaisse qui enveloppait la capitale comme d'un linceul funèbre. -Le soir, le Dauphin et sa sœur se couchèrent; mais Madame Royale ne -pouvait dormir; la Reine et Mme Élisabeth veillaient auprès du lit -du jeune prince, qui, seul au troisième étage de la Tour, sommeillait -paisiblement. «Il a maintenant, dit Marie-Antoinette, l'âge qu'avait -son frère, lorsqu'il mourut à Meudon; heureux ceux de notre maison qui -sont partis les premiers: ils n'ont point assisté à la ruine de notre -famille[1443]!» - -Il était deux heures et demie du matin, mais Tison et sa femme étaient -éveillés; étonnés d'entendre parler à cette heure, ils vinrent à la -porte pour surveiller les prisonnières: «De grâce, leur dit Mme -Élisabeth avec douceur, laissez-nous pleurer en paix.» «L'inquisition, -dit M. de Beauchesne, s'arrêta, désarmée par cette voix angélique, et -la conspiration des larmes ne fut pas dénoncée[1444].» - -Le lendemain, quand le Dauphin s'éveilla, la Reine le prit dans ses -bras: «Mon enfant, dit-elle, il faut penser au bon Dieu.»—«Maman, -répondit-il, moi aussi j'ai bien pensé au bon Dieu; mais quand je -l'appelle, c'est toujours mon père qui descend devant moi[1445].» - -Le 23 janvier, après deux jours d'attente, la Commune, généreuse, -accorda les vêtements de deuil réclamés par la veuve et les orphelins; -mais elle s'opposa à ce que Cléry, comme le demandait la Reine, -continuât près du fils le service qu'il avait fait près du père. Ce -fut un nouveau coup pour la Reine. «Rien, dit Madame Royale, n'était -capable de calmer ses angoisses; on ne pouvait faire entrer aucune -espérance dans son cœur; il lui était devenu indifférent de vivre ou -de mourir. Elle nous regardait quelquefois avec une pitié qui nous -faisait tressaillir[1446].» Cette pitié la sauva et son amour maternel -la tira de ce morne abattement. Madame Royale souffrait depuis quelque -temps d'un mal à la jambe; l'inquiétude et la douleur lui avaient -aigri le sang. «Heureusement, raconte-t-elle, peu de jours après le 21 -janvier, le chagrin augmenta mon mal, ce qui occupa la Reine.» Le bruit -s'en répandit même dans Paris et l'ancienne nourrice de la princesse -sollicita la faveur de venir la soigner; on repoussa dédaigneusement sa -demande, mais on toléra l'intervention de l'ancien médecin des Enfants -de France, Brunier. Brunier vint au Temple et l'on devine son émotion, -quand il retrouva ses augustes maîtres dans un dénuement tel qu'ils -manquaient même de linge pour panser la jambe de la jeune malade; il -dut en apporter de chez lui[1447]. Grâce à ses bons soins et à ceux du -chirurgien Lacaze, la princesse se rétablit en un mois[1448]. - -Le 27 et le 30, les habits de deuil furent apportés. En voyant pour la -première fois ses enfants en noir, la Reine ne put s'empêcher de dire -en soupirant: «Mes pauvres enfants, vous, c'est pour longtemps; moi, -c'est pour toujours[1449].» - -Les vêtements allaient mal; ce fut un bonheur; on laissa entrer au -Temple, pour les ajuster, une ancienne femme d'atours de Madame Royale, -Mlle Pion. La vue de cette figure amie fit un peu de bien aux -captives. «Leurs regards, a raconté Mlle Pion, m'en disaient plus -que n'auraient pu faire leurs paroles, et Mgr le Dauphin, dont l'âge -excusait les espiègleries, en profitait pour me faire, sous l'apparence -d'un jeu, toutes les questions que pouvait désirer la famille -royale[1450].» - -Il semblait d'ailleurs que la surveillance se relâchât un peu. «Les -gardes, dit Madame Royale, croyaient qu'on allait nous renvoyer[1451].» -Des municipaux compatissants pénétraient à la Tour. Toulan et Lepître, -deux héros modestes, trouvaient le moyen, grâce à une ruse ingénieuse, -d'être ensemble de service et souvent le dimanche. La première fois -qu'ils revinrent après le 21 janvier, «nous trouvâmes, dit l'un d'eux, -la famille royale plongée dans l'affliction la plus profonde. En nous -apercevant, la Reine, sa sœur et les enfants fondirent en larmes; -nous n'osions nous avancer. La Reine nous fit signe d'entrer dans sa -chambre. «Vous ne m'avez pas trompée, nous dit-elle; ils ont laissé -périr le meilleur des Rois[1452].» Les deux municipaux purent remettre -aux captives quelques journaux, et c'est ainsi que les malheureuses -femmes apprirent les détails du régicide. - -Quelques jours après, le 7 février, Lepître apporta un chant qu'il -avait composé sur la mort de Louis XVI, et que Mme Cléry avait mis -en musique. Lorsque, trois semaines plus tard, le 1er mars, il -revint au Temple, la Reine le fit entrer dans la chambre de Mme -Élisabeth, où le Dauphin chanta la romance, que sa sœur accompagnait. -«Nos larmes coulèrent, raconte Lepître, et nous gardâmes un morne -silence. Mais qui pourrait peindre le spectacle que j'avais sous les -yeux: la fille de Louis XVI à son clavecin, sa mère assise auprès -d'elle, tenant son fils dans ses bras et, les yeux mouillés de -pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses enfants; Mme -Élisabeth, debout à côté de sa sœur et mêlant ses soupirs aux tristes -accents de son neveu[1453].» - -Mais ce n'était pas seulement pour offrir à la famille royale ces -platoniques consolations que Toulan et Lepître venaient au Temple; ils -avaient conçu un projet plus décisif et plus audacieux. Dans Paris, -perdus au milieu de la foule, on rencontrait encore des royalistes -dévoués: d'anciens serviteurs de la Cour, d'anciens agents de la -famille royale rôdaient autour du Temple, cherchant le moyen de s'y -introduire et plus encore d'en faire sortir les prisonniers. C'était -avant tout le baron de Batz, mal vu de l'émigration, suspect même à -Fersen, nous ne savons pourquoi[1454], mais fidèle autant que qui que -ce soit, soldat intrépide, conspirateur fécond en ressources, «l'infâme -Batz» comme l'appelait Barère, qui avait cherché à enlever Louis XVI, -au 21 janvier, et qui, n'ayant pu réussir à sauver le Roi, risquait -tout pour sauver sa famille. C'était aussi le chevalier de Jarjayes, -maréchal de camp, mari d'une des femmes les plus dévouées de la Reine, -ancien agent du Roi à l'étranger, et qui, depuis l'incarcération de -ses maîtres, n'avait pas voulu quitter la capitale, afin d'étudier -les moyens de leur être encore utile. Ce relâchement momentané de -surveillance, dont parle Madame Royale, leur avait peut-être suggéré la -pensée qu'une évasion serait possible. Au commencement de mars, un plan -fut arrêté entre Jarjayes, Toulan et Lepître. Le premier se chargeait -de préparer la fuite au dehors, les deux autres de la rendre possible -au dedans. Jarjayes fit faire pour la Reine et Mme Élisabeth des -habits d'hommes, que Toulan et Lepître introduisirent à la Tour. -Revêtues de ces costumes, ceintes d'écharpes tricolores et munies de -cartes semblables à celles des municipaux, les princesses seraient -sorties sous ce travestissement. Il était plus difficile d'enlever les -enfants, le jeune Roi surtout, plus particulièrement surveillé. Comment -déjouer cette surveillance? On en trouva cependant le moyen. Chaque -soir, l'homme chargé de nettoyer les réverbères venait les allumer; il -était accompagné, pour cette besogne, de deux enfants, à peu près de -la taille de Madame Royale et de Louis XVII, et sortait habituellement -avant sept heures, heure à laquelle on relevait les sentinelles. Un -royaliste dévoué, M. Ricard, inspecteur des domaines nationaux[1455], -aurait pris la place de cet homme, et, venant le soir, lorsque la -garde aurait été relevée, il aurait, sa boîte de fer blanc à la main, -pénétré jusqu'à l'appartement de la Reine. Là, il aurait reçu des mains -de Toulan, qui l'aurait vivement et à haute voix gourmandé de n'être -pas venu lui-même et d'avoir fait faire la besogne par ses enfants, -les deux jeunes princes, accoutrés en petits lampistes, qui seraient -ainsi allés retrouver leur mère, sortie avant eux. A l'heure dite et -au lieu convenu, trois cabriolets auraient été préparés à l'avance. La -Reine et son fils seraient montés dans le premier avec M. de Jarjayes; -Madame Royale, dans le second, avec Lepître; Mme Elisabeth, dans -le troisième, avec Toulan. Des passeports, bien en règle[1456], ne -laissaient pas d'inquiétude pour la route. Le plan avait été concerté -de telle sorte qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des fugitifs -que cinq ou six heures après leur départ. C'était assez d'avance pour -qu'ils pussent gagner les côtes de Normandie, où un bateau attendait -près du Havre et les transporterait en Angleterre[1457]. - -Tout était convenu et la Reine approuvait le projet qui devait être -mis à exécution le 8 mars. Malheureusement, le 7, une assez vive -agitation se manifesta dans Paris, causée à la fois par la rareté des -subsistances et par les mauvaises nouvelles qui arrivaient des armées; -les Français avaient dû évacuer Aix-la-Chapelle et lever le siège de -Maëstricht; les Autrichiens étaient rentrés à Liège. Sous le coup de -ces nouvelles, les sections réclamaient la clôture des barrières pour -empêcher la sortie des suspects. Le Conseil se contenta de suspendre -la délivrance des passeports pour l'étranger. Mais il n'eût pas été -prudent, au milieu de cette agitation et de cette méfiance, de tenter -une évasion toujours difficile, plus difficile encore à un moment où -l'attention était plus particulièrement en éveil. Il fallut ajourner, -puis abandonner le projet. - -Mais si la fuite de la famille royale était devenue impossible, si -celle du jeune Roi, entre autres, tout spécialement surveillé, se -heurtait à des obstacles presque insurmontables, ne serait-il pas -possible au moins de sauver la Reine, la plus exposée de tous aux -haines populaires? Les deux intrépides alliés, Toulan et Jarjayes, -étudièrent un nouveau plan. Dans ce plan, c'était encore Toulan, seul, -cette fois, qui se chargeait de faire sortir Marie-Antoinette et de la -mener dans un lieu déterminé, où elle eût retrouvé Jarjayes. Celui-ci, -de son côté, s'était ménagé les moyens de la conduire en sûreté. -Mais la Reine accepterait-elle cette combinaison? Consentirait-elle -à fuir seule, laissant sa belle-sœur, ses enfants surtout, entre -les mains de leurs bourreaux? Les prières de Toulan et de Jarjayes, -les supplications de Mme Élisabeth, la certitude que cette tante -admirable serait une admirable seconde mère pour les orphelins, avaient -fini par triompher des répugnances de Marie-Antoinette. Elle s'était -résignée, non sans des retours terribles, et des velléités incessantes -de refus, à se prêter au désir de ses sauveurs. Le jour de l'évasion -approchait; on était à la veille, au soir; les enfants étaient couchés; -mais Madame Royale ne dormait pas; la Reine et Mme Élisabeth -causaient ensemble, avec quelle angoisse, avec quelle souffrance de -cette imminente séparation, on le devine. «Résolue au sacrifice qu'on -lui demandait, raconte M. de Beauchesne, qui a recueilli, sur cette -scène émouvante, les précieux souvenirs de la duchesse d'Angoulême, la -Reine était assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille que cet -enfant soit heureux!» dit-elle.—«Il le sera, ma sœur,» répondit Mme -Élisabeth en montrant à la Reine la figure naïve, ouverte, douce et -fière du Dauphin.—«Toute jeunesse est courte comme toute joie,» murmura -Marie-Antoinette, avec un serrement de cœur indicible; «on en finit -avec le bonheur, comme avec toute autre chose!» Puis, se levant, elle -marcha quelque temps dans sa chambre en disant: «Et vous-même, ma -bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je? C'est impossible! C'est -impossible[1458]!» - -Et lorsque, le lendemain, Toulan vint, prêt au départ, et tout heureux -à la pensée qu'il allait sauver la veuve de son Roi, la Reine s'avança -vers lui: «Vous allez m'en vouloir, lui dit-elle, mais j'ai réfléchi. -Il n'y a ici que danger; mieux vaut mort que remords.» - -Et elle le chargea pour Jarjayes du billet suivant, qui a été révélé -pour la première fois par Chauveau-Lagarde: - -«Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. _Mais nous y avons beaucoup -gagné_, en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre -entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous -trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt de -mon fils est le seul qui me guide. _Quelque bonheur que j'eusse éprouvé -à être hors d'ici_, je ne peux consentir à me séparer de lui. Je ne -pourrais jouir de rien sans mes enfants, _et cette idée ne me laisse -pas même un regret_[1459].» - -«Je mourrai malheureuse, avait encore dit la Reine à Toulan, si je n'ai -pu vous prouver ma gratitude.»—«Et moi, Madame, avait répondu Toulan, -si je ne puis vous montrer mon dévouement.» Ce dévouement, le fidèle -municipal ne tarda pas en à donner une nouvelle preuve. Il savait -avec quelle ardeur la Reine et les princesses désiraient posséder -les derniers souvenirs du Roi, ces objets précieux que l'infortuné -monarque avait remis à Cléry pour Marie-Antoinette et que la Commune -n'avait pas permis à Cléry de porter à la royale destinataire. -L'anneau, le cachet de Louis XVI, le petit paquet de cheveux, repris -au fidèle serviteur à la sortie du Temple, le 1er mars[1460], tout -cela était placé sous les scellés et conservé dans l'appartement du -condamné. Avec une rare habileté, Toulan trouva moyen de les enlever -et d'apporter à la Reine ces chères reliques du martyr. La Reine les -reçut en pleurant d'attendrissement et de joie; mais elle craignit que -quelque dénonciation de Tison, que quelque perquisition minutieuse ne -fît découvrir ces précieux gages de l'affection de son mari, et, pour -les mettre en sûreté, elle se décida à les envoyer à l'étranger. Ce -fut encore aux deux vaillants complices, Toulan et Jarjayes, qu'elle -s'adressa: Toulan reçut les objets, et Jarjayes se chargea de les -porter à Monsieur et au comte d'Artois, avec des lettres des royales -prisonnières. - -«Ayant un être fidèle, sur lequel nous pouvons compter, écrivait la -Reine à Monsieur, j'en profite pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt -qui ne peut être confié qu'en ses mains. Le porteur vous dira par quel -miracle nous avons pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous -dire moi-même le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où -nous avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles -et l'excès de nos malheurs nous font sentir encore plus vivement notre -cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse, -en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon -cœur[1461].» - -Et elle écrivait au comte d'Artois: - -«Ayant trouvé enfin un moyen de confier à notre frère un des seuls -gages qui nous restent de l'être que nous chérissons et pleurons tous, -j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui vienne de -lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre avec laquelle je -vous embrasse de tout cœur[1462].» - -La mission fut remplie. Jarjayes pourtant ne partit pas tout de suite: -il espérait toujours. Mais lorsque Barnave fut arrêté, le général, qui -plus d'une fois avait servi d'intermédiaire dans les relations des -Constitutionnels avec la Cour, craignit d'être arrêté lui-même, et, -redoutant avec l'éloquent député une confrontation qui aurait pu être -compromettante pour tous deux et surtout pour la Reine, il se décida -à se réfugier à Turin[1463]. C'est de là que, par l'entremise du roi -de Sardaigne, il fit parvenir à Monsieur et au comte d'Artois les -souvenirs de Louis XVI et les lettres de Marie-Antoinette. Mais, avant -de partir, il avait reçu de la «grande et infortunée souveraine» le -billet suivant: - -«Adieu, je crois que, si vous êtes bien décidé à partir, il vaut mieux -que ce soit promptement. Mon Dieu que je plains votre pauvre femme! T. -vous dira l'engagement formel que je prends de vous la rendre, si cela -m'est possible. - -«Que je serai heureuse, si nous pouvons être bientôt réunis! Jamais je -ne pourrai assez reconnaître ce que vous avez fait pour nous. - -«Adieu! Ce mot est cruel[1464].» - -Ainsi l'isolement se faisait chaque jour davantage; le cercle de fer -se resserrait autour des prisonnières; elles conservaient pourtant -encore,—ce billet le prouve,—l'espoir d'une délivrance possible -et peut-être prochaine. Illusion trop tôt démentie. Le 27 mars, -Robespierre demandait le bannissement des Bourbons, à l'exception -de Marie-Antoinette, qui devait être traduite devant le Tribunal -révolutionnaire, et du fils de Capet, qui resterait détenu à la Tour -du Temple. La Convention, pour cette fois, passa à l'ordre du jour; -mais la Commune avait-elle eu vent des généreux desseins de Toulan et -de Jarjayes? Sa méfiance devenait plus soupçonneuse; sa haine, plus -persécutrice. - -Un jour, le 25 mars, le feu avait pris à la cheminée de la Reine. «Le -soir, dit Madame Royale, Chaumette, procureur de la Commune, vint -pour la première fois reconnaître ma mère et lui demander si elle ne -désirait rien. Ma mère demanda seulement une porte de communication -avec la chambre de ma tante; les deux terribles nuits que nous avions -passées chez elle, nous avions couché, ma tante et moi, sur un des -matelas par terre. Les municipaux s'opposèrent à cette demande; mais -Chaumette dit que, dans l'état de dépérissement où était ma mère, -cela pourrait être nécessaire à sa santé et qu'il en parlerait au -Conseil général. Le lendemain, il revint à dix heures du matin avec -Pache, le maire, et cet affreux Santerre, commandant général de la -garde nationale. Chaumette dit à ma mère qu'il avait parlé au Conseil -général de sa demande pour la porte et qu'elle avait été refusée. -Elle ne répondit rien. Pache lui demanda si elle n'avait point de -plainte à porter. Ma mère dit non, et ne fit pas d'attention à ce qu'il -disait[1465].» - -Des précautions nouvelles étaient prises; on élevait un mur dans le -jardin; on mettait des jalousies au haut de la Tour; on bouchait -tous les trous avec soin[1466]. Le 1er août, la Commune décida -«qu'aucune personne de garde au Temple n'y pourrait dessiner quoi que -ce soit, que les commissaires de service ne devraient avoir aucune -communication avec les personnes détenues ni se charger d'aucune -commission pour elles, que Tison et sa femme ne pourraient sortir de -la Tour ni communiquer avec qui que ce soit au dehors[1467]». Mais -cette prohibition nouvelle, si dure pour les captives, l'était aussi -pour les Tison: ils n'avaient plus le droit de voir personne, pas même -leurs parents. Un jour qu'on leur avait refusé de laisser monter leur -fille,—c'était le 19 avril,—Tison entra dans une violente colère et, ne -sachant sur qui faire retomber sa rage, il s'en prit naturellement aux -prisonnières et à ceux qui semblaient leur témoigner quelque intérêt. -Il déclara à Pache, qui se trouvait à la Tour, que certains municipaux -parlaient bas à la Reine et à Mme Élisabeth. Sommé de donner -leurs noms, il dénonça Toulan, Lepître, Brunot, Moëlle, Vincent et le -médecin Brunier, et ajouta que les captives avaient des correspondances -avec le dehors. Comme preuve, il raconta qu'un jour, après souper, la -Reine, en tirant son mouchoir, avait laissé tomber un crayon et que -chez Mme Élisabeth il y avait des pains à cacheter, de la cire et -des plumes dans une boîte. Sa femme, mandée, répéta la même chose; la -dénonciation, signée des deux espions, fut envoyée à la Commune qui, -après avoir fait apposer les scellés chez les municipaux suspects, -décida qu'une perquisition minutieuse serait faite au Temple. - -Le 20, à dix heures trois quarts du soir[1468], les princesses venaient -de se coucher, lorsque Hébert arriva, escorté de plusieurs municipaux; -à l'odieux de l'inquisition il avait voulu ajouter la terreur de la -surprise, en pleine nuit. Les prisonnières se levèrent précipitamment. -Hébert leur lut un arrêté de la Commune, qui ordonnait de les fouiller -«à discrétion[1469]». On chercha dans tous les meubles, partout, même -sous les matelas. Le jeune prince dormait; on l'arracha durement de son -lit pour fouiller dedans: sa mère le prit dans ses bras, tout transi de -froid. La visite dura cinq heures jusqu'à quatre heures du matin: on -ne trouva rien, sauf, sur la Reine, un portefeuille de maroquin rouge -qui contenait quelques adresses et un porte-crayon d'acier sans mine, -et chez Mme Elisabeth un bâton de cire rouge ayant déjà servi et un -peu de poudre de buis. A Marie-Thérèse on enleva un sacré-cœur et une -prière pour la France. Furieux de n'avoir saisi que ces bagatelles, -Hébert et ses acolytes forcèrent la Reine et Mme Élisabeth à signer -le procès-verbal de perquisition, les menaçant, en cas de refus, de -leur enlever Louis XVII et Marie-Thérèse[1470]. Trois jours après, -ils revinrent, et cette fois ils découvrirent, sous le lit de Mme -Élisabeth, un chapeau d'homme, renfermé dans une cassette; c'était -un chapeau que Louis XVI avait porté au commencement de sa captivité -au Temple et que sa sœur lui avait demandé, afin de le conserver -en souvenir de lui[1471]. Une pareille relique était suspecte; les -commissaires emportèrent le chapeau, malgré les supplications de -Mme Élisabeth; mais ils durent avouer dans le procès-verbal qu'ils -n'avaient trouvé «aucun vestige de correspondance avec le dehors, ni -de connivence entre elles,—les prisonnières,—et les six membres du -Conseil, inculpés dans le rapport de Tison[1472]». Les six municipaux -n'en furent pas moins suspendus de leurs fonctions, et les deux plus -compromis, Toulan et Lepître, rayés de la liste des commissaires -chargés de la surveillance du Temple. - -Cependant, à l'étranger, les amis de la famille royale ne restaient pas -inactifs; Fersen redoublait ses démarches près de toutes les Cours. - -Mais comment amener un accord, quand les Cours, quand les fidèles -même de la monarchie étaient divisés? Catherine II n'aimait pas -Marie-Antoinette[1473]; l'Autriche se méfiait de la Prusse[1474]; -la Russie était mécontente de l'Autriche[1475]; Fersen lui-même -était rempli de préventions contre la Marck et Mercy[1476]. Il ne se -décourageait pas cependant. Dès le mois de septembre 1792, il avait -voulu faire agir l'Angleterre, qui, n'étant pas alors en guerre avec -la France, aurait peut-être été écoutée à Paris; mais Pitt était resté -froid et s'était borné à des protestations d'intérêt platonique. -L'Espagne seule avait fait faire des observations par l'organe de -son ambassadeur. L'assassinat du 21 janvier avait été la réponse -de la Convention aux déclarations de l'Angleterre et de l'Espagne. -Après la mort de Louis XVI, l'Autriche avait songé à réclamer la -Reine. «Faute de n'avoir pas cru possible l'assassinat du Roi de -France, écrivait Mercy à la Marck devenu prince d'Arenberg, peut-être -n'a-t-on pas fait tout ce qui était faisable pour prévenir cette -horreur. Tâchons du moins qu'il n'en soit pas de même à l'égard de -cette infortunée Reine, qui doit devenir maintenant le constant objet -de notre sollicitude[1477].» Mais on ne tarda pas à renoncer à ces -démarches, dans la crainte qu'elles fussent tout au moins inutiles, -et peut-être nuisibles. «L'intérêt que l'Empereur manifestera pour sa -tante, disait Fersen, ne sera-t-il pas une raison pour les factieux -et un moyen dont ils se serviront pour la perdre, en réveillant les -haines contre les Autrichiens et montrant la Reine comme étrangère et -complice des crimes qu'ils ont imputés au Roi[1478]?» Ne valait-il -pas mieux, à force d'argent et de promesses, gagner quelques meneurs -influents, comme Laclos, Santerre, Dumouriez[1479]? Dumouriez surtout, -alors à la tête d'une armée victorieuse, et qui, ancien serviteur -de la monarchie, pouvait avoir la pensée de la restaurer avec Louis -XVII. Quelque temps après, en effet, comme pour donner raison aux -prévisions du dévoué Suédois, les Constitutionnels,—c'est le mot dont -il se sert,—proposaient au baron de Breteuil d'obtenir un décret de -bannissement pour la Reine et ses enfants; ils exigeaient pour cela six -millions, payables lorsque les prisonniers eussent été en sûreté sur -la terre étrangère; le baron demanda les six millions à Pitt, qui fit -des objections, et l'affaire n'eut pas de suite[1480]. Mais un peu plus -tard, un homme de confiance de Dumouriez vint à son tour s'aboucher -avec M. de Breteuil[1481]: le général était las du despotisme de -la Convention, indigné de la mort du Roi et des atrocités qui se -commettaient à Paris. Le baron s'adressa de nouveau à l'Angleterre, -qui, cette fois encore, traîna en longueur. Mais, avec ou sans les -émigrés, Dumouriez poursuivait son plan. Le 12 mars, il avait avec les -commissaires de la Convention une vive altercation. Le 25, il recevait -à son quartier général le colonel autrichien Mack, envoyé du prince de -Cobourg, et, après avoir exhalé devant lui tous ses griefs contre le -gouvernement révolutionnaire, il s'écriait: «Il nous est impossible -de rester plus longtemps spectateurs tranquilles de tant d'horreurs. -Je veux disperser cette criminelle Convention, rétablir la royauté -constitutionnelle, proclamer le Dauphin roi de France, sauver les -jours de la Reine.» Quelques jours après, l'accord était fait entre -le prince allemand et le général français. Cobourg s'engageait à ne -pas inquiéter Dumouriez, et celui-ci, à la tête de son armée, devait -marcher sur Paris, dissoudre la Convention et restaurer la monarchie. - -«Un exprès, envoyé par le vicomte de Caraman au baron de Breteuil, -écrivait Fersen tout joyeux sur son _Journal_, a apporté l'arrangement -fait par Dumouriez avec le prince de Cobourg. J'en envoyai une -estafette en porter la nouvelle en Suède. La joie fut très vive. J'en -eus d'autant plus que je ne craignais plus rien pour la Reine[1482].» - -Mais déjà les intrigues renaissaient. En cas de rétablissement de la -monarchie, qui aurait la régence? L'entourage de Monsieur la demandait -pour lui[1483]; les amis de la Reine, s'appuyant sur les précédents, -la revendiquaient pour elle, et il n'était pas bien sûr que Dumouriez -vainqueur ne réclamât un titre auquel la grandeur du service rendu -semblerait lui donner quelque droit. Pour prévenir ces conflits et -régler l'attitude à prendre, Fersen voulait envoyer d'une part à Vienne -et à Hamm le marquis de Limon, afin de décider Monsieur à renoncer à -ses prétentions; d'autre part, à Paris, l'évêque de Pamiers, Mgr -d'Agout, afin de «voir la Reine au moment de sa délivrance, pour -l'instruire de sa position et lui donner des conseils sur ce qu'elle -aurait à faire[1484].» Et lui-même rédigeait une longue lettre à -Marie-Antoinette pour lui expliquer toute sa politique. Il fallait se -servir de Dumouriez, sans se livrer à lui; car c'était un «gueux qui -dans le fait n'a cédé qu'à la nécessité et n'a voulu se bien conduire -que lorsqu'il voyait l'impossibilité de résister plus longtemps[1485]». -C'était néanmoins un auxiliaire utile pour le rétablissement de la -monarchie en son entier, telle que la Reine la voulait et que les -circonstances le permettaient. Car il saurait d'une part neutraliser -l'influence des émigrés; de l'autre résister aux Puissances, comme -l'Angleterre et l'Autriche, qui avaient intérêt à «donner à la France -un gouvernement qui la tienne dans un état de faiblesse». On formerait -un Conseil de régence où l'on aurait soin de contrebalancer les -influences diverses, les Princes par Dumouriez, Monsieur par le baron -de Breteuil. «Il faudra écrire à l'Empereur, aux rois de Prusse et -d'Angleterre. Ils ont été parfaits pour vous, surtout le roi de Prusse. -Il faudrait aussi écrire à l'Impératrice, mais une lettre simple et -digne; car je ne suis pas content de sa conduite; elle n'a jamais -répondu à votre lettre.» En tout cas, «jusqu'au moment où vous serez -reconnue régente et où vous aurez formé votre Conseil, il faut faire le -moins possible et payer tout le monde en politesses[1486].» - -Ainsi l'on réglait tout, on partageait les places, on distribuait les -honneurs, comme si l'entreprise, qui n'était pas encore commencée, -avait déjà abouti. Le cœur se serre en lisant dans tous ses détails ce -plan d'une restauration qui ne devait pas se faire et en songeant que -celle sur la tête de laquelle l'ardente imagination de Fersen voyait -déjà rétablie la couronne de France, ne devait plus avoir d'autre -couronne que celle du martyre. Mais à ce moment, qui doutait du succès? -Quand les généraux de la République abandonnaient la République, -comment ne pas croire au rétablissement de la monarchie? L'illusion fut -de courte durée; le jour même où Fersen traçait à la Reine ce plan de -conduite, il apprenait la ruine complète de ses rêves: depuis quatre -jours déjà, Dumouriez était en fuite; abandonné par son armée, fusillé -par les volontaires, il avait dû se réfugier à Mons avec tout son -état-major[1487]. - -Un dernier espoir restait: l'échange des prisonniers du Temple contre -les commissaires de la Convention, livrés par Dumouriez et détenus à -Maëstricht. Des négociations furent entamées; elles échouèrent[1488], -et cette chance suprême s'évanouit. - -Au lieu de la délivrance ce fut la maladie qui entra à la Tour. Tant -de souffrances morales et physiques avaient altéré la santé des -prisonniers. Madame Royale était venue coucher dans la chambre de sa -mère, dans la crainte que la Reine ou le Dauphin ne se trouvassent mal -la nuit et ne restassent ainsi sans secours[1489]. La santé du jeune -prince déclinait aussi: pauvre enfant qui, habitué à la vie active, ne -prenait presque plus d'exercice et qui, à huit ans, à l'âge où l'on a -besoin de bonheur et d'expansion, vivait «toujours au milieu des larmes -et des secousses, des saisissements et des terreurs continuelles[1490]». - -Après le 21 janvier, la Reine avait refusé de descendre au jardin: -elle ne pouvait se résoudre à passer devant la chambre vide de -son époux. Mais, craignant que le défaut d'air ne fît du mal à ses -enfants, elle avait demandé, à la fin de février, l'autorisation de -monter avec eux sur la plate-forme de la Tour; humaine ce jour-là, par -hasard, la Commune l'avait permis[1491]. C'était l'air du moins et un -peu de liberté, lorsque Mme Élisabeth réussissait à entraîner les -surveillants derrière le toit de la Tour, afin de laisser la Reine hors -de la vue, ou qu'on avait affaire à quelque municipal compatissant, -comme Moëlle[1492]. Mais qu'était-ce que cette promenade circonscrite à -un espace de quelques pieds carrés, car la flèche aiguë qui surmontait -la Tour occupait le milieu de la plate-forme[1493], et il fallait se -réduire à faire le tour du parapet. Plus de jeux, plus d'exercices, -plus de courses, comme dans le jardin. Sans doute, la vue était belle; -l'air était vif; mais le vent aussi était violent à cette hauteur et -l'ombre des murs souvent perfide. - -Un jour, au commencement de mai, au retour de cette triste promenade, -le jeune Roi se plaignit d'un point de côté; le 9, à sept heures du -soir, il fut pris d'une fièvre violente, accompagnée de mal de tête. Il -ne pouvait rester couché, parce qu'il étouffait. La Reine, inquiète, -demanda qu'on fît venir le médecin habituel de ses enfants, Brunier. Le -Conseil ne fit que rire des alarmes de la pauvre mère; les municipaux -dirent qu'elle s'inquiétait pour rien[1494]. Hébert avait vu à cinq -heures l'enfant sans fièvre, et d'ailleurs Brunier était suspect: il -s'était découvert respectueusement devant ses anciens maîtres et avait -été dénoncé par Tison avec Toulan et Lepître. La fièvre redoubla. Pour -ne pas rester dans cet air malsain, Madame Royale quitta la chambre de -sa mère et Mme Élisabeth vint la nuit y prendre sa place. La maladie -ne cédait pas aux soins maternels: la Reine redemanda un médecin. -Cette fois, la Commune se détermina à en accorder un; mais ce ne fut -pas Brunier, ce fut Thierry, médecin ordinaire des prisons, «attendu -que ce serait blesser l'égalité de lui en envoyer un autre.» Thierry -vint le matin et trouva un peu de fièvre à l'enfant; il revint dans -la journée et constata que la fièvre était plus forte. Heureusement -c'était un brave cœur, estimé comme homme et comme praticien. Il soigna -le jeune malade avec dévouement et eut l'attention et le courage -d'aller conférer du traitement à suivre avec Brunier qui, connaissant -de longue date le tempérament du prince, pouvait mieux indiquer le -remède. Le remède en effet,—c'était une médecine,—fit du bien; mais la -Reine ne dormit pas de la nuit, parce que la dernière fois que son fils -avait été purgé, il avait eu des convulsions affreuses. Le mal céda -cependant; mais la fièvre et le point de côté revinrent de temps en -temps. La santé du malheureux enfant commençait à s'altérer; elle ne se -remit jamais complètement[1495]. Pendant les mois de mai, de juin et de -juillet, on trouve, sur les mémoires du citoyen Robert, apothicaire, de -nombreux médicaments fournis pour lui[1496]. Le il juin, on s'aperçut -même que le jeune prince s'était blessé en jouant sur un bâton[1497], -et le bandagiste de la prison dut venir le visiter[1498]. Pour le -distraire, pendant qu'il était au lit, la Reine lui lisait _Gil-Blas_. - -Le contrecoup des agitations de Paris se faisait toujours sentir au -Temple. Le 31 mai, on défendit aux prisonniers de monter à la Tour -pour prendre l'air. Quelques jours après, à six heures du soir, -Chaumette vint avec Hébert; tous deux étaient ivres. Chaumette demanda -à la Reine si elle avait des désirs à exprimer ou des plaintes à -formuler; la Reine répondit négativement et ne fit plus attention -à ses sinistres visiteurs; mais leur présence prolongée lui était -odieuse. Mme Élisabeth, pour délivrer sa belle-sœur de ce supplice, -demanda à Chaumette pourquoi il était venu et pourquoi il restait. -«C'est,» répondit le Procureur de la commune, «que je fais la visite -des prisons, et toutes les prisons étant égales, je suis venu au -Temple comme ailleurs.» La nuit suivante, Louis XVII se trouva mal; -ces accidents arrivaient fréquemment au pauvre enfant, privé d'air et -d'exercice; Thierry vint le voir et, pour cette fois, l'indisposition -n'eut pas de suite[1499]. - -Autour du Temple cependant les amis de la Reine veillaient encore. -Grâce à la connivence de municipaux compatissants, quelques-uns -réussissaient à s'introduire dans la prison, comme ce La Caze, dont -parle Fersen, qui trouva Marie-Antoinette peu changée, mais Mme -Élisabeth tellement méconnaissable qu'il ne la reconnut que lorsque -la Reine l'appela _ma sœur_[1500]. Une autre fois, c'était une -Anglaise, Mme Atkyns, qui pénétrait près de la Reine et lui offrait -de changer de vêtements avec elle pour faciliter son évasion. Mais il -fallait partir seule; cette fois encore Marie-Antoinette refusa[1501]. -C'était surtout l'intrépide et infatigable baron de Batz, toujours -aux aguets pour saisir une occasion favorable, toujours prêt à jouer -sa tête pour sauver les débris de la famille royale. Ancien membre -de la Constituante, possesseur d'une grande fortune, qu'il avait -généreusement mise à la disposition du Roi[1502], Batz avait trouvé -moyen d'acheter ou de gagner plusieurs membres de la Convention et -plusieurs municipaux; caché dans Paris, tantôt dans une maison, tantôt -dans une autre, il déroutait la police et seul jetait la terreur chez -ceux qui terrorisaient la France. Sa principale retraite était rue -Richelieu, chez un épicier nommé Cortey, royaliste caché, qui, par ses -relations avec Chrétien, juré du Tribunal révolutionnaire et principal -agent du Comité de la section—Lepelletier, avait réussi à se faire -inscrire parmi les commandants chargés de la garde de la Tour. Grâce -à lui, Batz, sous le nom de Forget, fut compris parmi les hommes de -service au Temple et put ainsi étudier les lieux pour l'entreprise -qu'il méditait. Quand il eut tout examiné, il s'ouvrit à un municipal, -jadis révolutionnaire ardent, mais qui, converti, lui aussi, par le -spectacle des vertus des prisonniers, dissimulait, sous les apparences -d'un civisme bruyant, un dévouement à toute épreuve pour la famille -royale, dévouement qu'il devait payer de sa vie. Homme de tête et de -sang-froid, Michonis était bien le complice qui convenait à Batz; il -se chargea de tout organiser à l'intérieur. En même temps, le baron -s'assura, dans sa section, de la coopération active d'une trentaine de -fidèles, dont il connaissait le courage et la discrétion[1503]. Mais, -pour réussir, il fallait que Michonis et Cortey fussent de service -ensemble. - -Le jour désiré arriva enfin[1504]. Cortey entre au Temple avec son -détachement dans lequel Batz figure sous son nom d'emprunt; il -distribue le service de manière à mettre ses trente hommes dévoués aux -postes de la Tour et de l'escalier ou dans des patrouilles entre minuit -et deux heures du matin. A la même heure, Michonis sera de garde dans -l'appartement des princesses, tandis que ses collègues resteront dans -la chambre du Conseil. - -C'est lui qui ouvrira la porte aux prisonniers; il les revêtira -d'amples redingotes d'uniforme, dont quelques-uns des hommes de Cortey -ont pris la précaution de se munir. Les princesses, sous ce déguisement -et l'arme au bras, seront placées dans une patrouille au milieu de -laquelle on cachera le jeune Roi. La patrouille sera conduite par -Cortey, qui, seul, en sa qualité de commandant général, a le pouvoir -de faire ouvrir les grandes portes pendant la nuit. Au dehors, dans la -rue Charlot[1505], tout est préparé pour une fuite rapide; les mesures -ont été bien prises: «elles sont, dit Sénar qui les a connues, aussi -hardies que bien menées.» - -L'heure approche; il est onze heures. Tout à coup Simon arrive -essoufflé; un gendarme lui a remis ce billet: «Michonis vous trahira -cette nuit; veillez.» En lisant cette dénonciation, Simon a bondi; il a -prévenu ses collègues qui l'ont chargé de veiller. «Si je ne te voyais -pas ici, dit-il à Cortey, je ne serais pas tranquille.» A ces mots, -prononcés d'une voix brusque, à l'attitude de Simon, Batz reconnaît -qu'il est trahi; un moment il songe à casser d'un coup de pistolet -la tête de l'espion; mais il réfléchit que le bruit de la détonation -causera un mouvement général qui compromettra ceux qu'il veut sauver. -Simon monte à la Tour et enjoint à Michonis de cesser ses fonctions -et de le suivre. Michonis obéit avec un imperturbable sang-froid; en -sortant, il glisse un mot à Cortey; mais déjà celui-ci a pris son -parti; sous prétexte de quelque bruit entendu au dehors, il fait sortir -une patrouille dans laquelle il a placé le baron de Batz. L'entreprise -a échoué; mais les conspirateurs sont sauvés. Michonis, conduit à la -Commune, y subit un interrogatoire sévère; mais il répond avec une -telle présence d'esprit qu'il déconcerte ses juges, et Simon est traité -de visionnaire et de calomniateur[1506]. - -Cependant le remords, lui aussi, faisait son apparition à la Tour. -Depuis quelque temps déjà, la femme Tison donnait des marques de -dérangement d'esprit; elle ne voulait plus sortir; elle riait, criait, -pleurait toute seule; elle parlait de ses fautes, de ses dénonciations, -de prison, d'échafaud, de la famille royale, se reconnaissant indigne -de l'approcher. La nuit, elle faisait des rêves affreux, poussait des -hurlements horribles, qui troublaient le sommeil des captifs. On fit -venir sa fille un soir, à dix heures, pour la calmer; l'heure tardive -l'effraya encore davantage; elle ne voulait pas descendre; elle criait: -«On va nous mettre en prison;» elle se roulait dans l'escalier[1507]. -Elle aperçut la Reine et se précipita à ses pieds: «Madame, dit-elle, -je demande pardon à Votre Majesté; je suis une malheureuse; je suis -la cause de votre mort et de celle de Mme Élisabeth.» Turgy entra; -elle courut à lui, se jeta à ses genoux, en répétant sans cesse: «Je -suis une malheureuse; je suis cause de la mort de la Reine et de -Mme Élisabeth[1508].» Les princesses la relevèrent, cherchèrent à -la calmer, la soignèrent avec une pitié, une charité que n'autorisait -guère la conduite de cette femme. Elles l'assurèrent qu'elles lui -pardonnaient. Mais rien ne pouvait apaiser cette folie, fille du -remords; la malheureuse se tordait toujours dans les cris et dans les -convulsions. Il fallut appeler huit hommes pour la contenir; le 29 -juin[1509], on la transporta dans le château; huit jours après, le 6 -juillet, on dut la transférer à l'Hôtel-Dieu, où l'on mit près d'elle -une femme, chargée de l'espionner à son tour[1510]. - -Et la Reine, opiniâtre dans sa miséricorde, écrivait à Toulan, dans -un de ces billets que le fidèle Turgy parvenait à soustraire aux -recherches des municipaux: «La femme Tison est-elle bien soignée[1511]?» - -La méchanceté de Tison ne tint pas contre cet admirable pardon des -injures. Pris de remords, lui aussi, il s'efforça de faire oublier sa -conduite passée en se dévouant, comme Turgy, au service de celles qu'il -avait espionnées si longtemps[1512]. - -Mais la Convention et la Commune n'avaient point de ces repentirs; -elles étaient impitoyables dans leur haine; elles persécutaient, parce -qu'elles avaient peur. L'image de la royauté, qu'elles avaient cru -détruire le 21 janvier, les poursuivait, comme un menaçant fantôme. -Louis XVI était mort, mais Louis XVII vivait. Le nom de l'enfant roi -revenait sans cesse dans les espérances de ses partisans, dans les -préoccupations des bourreaux de son père. Le 30 juin, des membres -de la section du Pont-Neuf se rendirent au Comité de Salut public -et annoncèrent qu'un complot s'était formé, sous la conduite du -général Dillon, pour renverser la Convention, enlever Louis XVII et -le proclamer Roi, sous la régence de Marie-Antoinette. Le lendemain, -1er juillet, le Comité de Salut public répondit à cette dénonciation -en arrêtant que le jeune Louis Capet serait séparé de sa mère, placé -dans un appartement à part, «le mieux défendu de tout le local -du Temple,» et remis à un instituteur du choix de la Commune. La -Convention s'empressa de sanctionner la résolution de son Comité; dès -le 3 juillet, l'arrêté fut mis à exécution. - -A neuf heures et demie du soir, six municipaux se rendirent au Temple -pour ravir l'enfant royal. Le jeune prince dormait; un châle, tendu -autour de son lit, à défaut de rideaux, l'abritait contre l'air et -la lumière. Assises près de sa couche, la Reine et Mme Elisabeth -réparaient, de leurs mains, ses vêtements troués; Madame Royale faisait -la lecture à haute voix dans une _Semaine sainte_, que Turgy avait -trouvé moyen de faire parvenir à Mme Elisabeth au mois de mars. -La religion présidait ainsi à ces tristes veilles; sa voix austère -sanctifiait ces travaux et affermissait ces cœurs si tendres contre les -sacrifices déjà consommés et ceux qui les attendaient encore. - -Tout à coup, la porte s'ouvre; les municipaux entrent. «Nous venons, -dit l'un d'eux, vous notifier l'ordre du Comité portant que le fils -de Capet sera séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine se lève, -pâle et frémissante. «M'enlever mon enfant!» s'écrie-elle, «cela n'est -pas possible! On ne peut pas songer à me séparer de mon fils. Mes -soins lui sont nécessaires.»—«Le Comité a pris cet arrêté,» riposte -le municipal; «la Convention l'a ratifié; nous devons en assurer -l'exécution immédiate.»—«Non, reprend la malheureuse mère, n'exigez -pas de moi cette séparation.» Et les mains jointes, les yeux humides, -la poitrine haletante, elle se place près du lit avec sa belle-sœur et -sa fille, comme une lionne qui défend ses petits. Dans ces mouvements, -le châle tombe; l'enfant s'éveille; entendant ce tumulte, voyant sa -mère en pleurs, ces hommes menaçants: «Maman, maman,» dit-il, en lui -tendant les bras, «ne me quittez pas.» Et la mère saisit son fils, -le couvre de baisers, le serre sur son cœur, se cramponne en quelque -sorte aux pieds du lit, pour qu'on ne puisse l'en détacher. «Vous -me tuerez,» dit-elle, «avant de me l'arracher.» Puis, abdiquant sa -fierté pour s'abaisser à la prière, oubliant qu'elle est reine, pour -se souvenir seulement qu'elle est mère, elle adjure les ravisseurs -d'avoir pitié d'elle et de son enfant; elle se répand en larmes, en -sanglots, en supplications. A côté d'elle, Mme Elisabeth et Madame -Royale pleurent et prient; elles s'efforcent, mais en vain, d'attendrir -le cœur des geôliers; ces hommes n'ont pas de cœur. «A quoi bon toutes -ces criailleries? riposte brutalement un des municipaux; on ne le tuera -pas, ton fils. Livre-le nous de bonne grâce, ou nous saurons bien nous -en rendre maîtres.» Et un autre propose de faire monter la garde pour -enlever de force l'enfant[1513]. - -«Une heure, raconte Madame Royale, se passa ainsi en résistance de -sa part,—de la part de la Reine,—en injures, en menaces de la part -des municipaux, en pleurs et en défenses de nous tous. Enfin, ils la -menacèrent si positivement de le tuer, ainsi que moi, qu'il fallut -qu'elle cédât encore, par amour pour nous[1514].» - -Oui, pour arracher un fils à sa mère, on eut l'odieux courage de -menacer cette mère de tuer ses enfants. La plume tombe, en présence -d'une telle infamie. - -Mme Élisabeth et Madame Royale levèrent le jeune prince: la pauvre -mère n'avait plus la force de le faire[1515]. On l'habilla longuement, -avec quels regards, quels déchirements, quelles lenteurs calculées, -Dieu le sait! Quand la toilette fut achevée, la Reine plaça son fils -devant elle, et puisant dans sa foi de chrétienne la force de lui -parler, elle posa ses deux mains sur la tête de l'enfant: «Mon fils,» -lui dit-elle d'une voix grave, «nous allons nous quitter. Souvenez-vous -de vos devoirs, quand je ne serai plus auprès de vous pour vous les -rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve et votre mère -qui vous aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père vous -bénira du haut des cieux.» Puis, déposant sur le front du pauvre petit -une dernière bénédiction dans un dernier baiser, elle le remit aux -mains de ses gardiens. L'enfant s'en échappa et s'attacha à la robe de -sa mère. «Il faut obéir,» dit-elle tristement, «il le faut.»—«Allons,» -dit brusquement un des municipaux, «tu n'a plus, j'espère, de doctrine -à lui faire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre -patience.»—«Tu pourrais te dispenser de lui faire la leçon,» riposta -un second.—«Ne t'en inquiète pas,» reprit un troisième; «la Nation, -toujours grande et généreuse, pourvoira à son éducation.» Et les six -municipaux, entraînant violemment le jeune prince, sortirent de la -chambre[1516]. - -Pendant quelques instants encore, on entendit les pas des geôliers qui -s'éloignaient et les cris de l'enfant qui se débattait. Puis le silence -se fit, et les trois femmes restèrent seules à pleurer auprès d'une -couchette vide. - -La Commune du moins leur épargnait le supplice d'avoir des témoins -de leur douleur; à partir de ce jour, les municipaux ne restèrent -plus dans la chambre des prisonnières; elles furent toutes les nuits -renfermées sous les verroux[1517]. Les gardes ne venaient plus que -trois fois par jour, pour apporter les repas et s'assurer que les -barreaux des fenêtres n'étaient pas dérangés. Il n'y eut plus personne -pour le service; Mme Élisabeth et Madame Royale faisaient les lits -et servaient la Reine. Les pauvres femmes aimaient mieux cela; elles -pouvaient du moins prier et pleurer en paix. - -La Convention avait déclaré qu'elle pourvoirait à l'éducation du fils -de Capet. On sait comment elle y pourvut. Le précepteur qu'elle donna -à Louis XVII fut le savetier Simon, un des plus grossiers et des plus -haineux parmi les municipaux auxquels avait été confiée la garde des -prisonniers du Temple. Quelques mois après, ce bel et charmant enfant -aux joues roses, aux cheveux bouclés, à l'esprit vif, au cœur ardent et -tendre, n'était plus qu'un pauvre petit être souffreteux et rachitique, -dont on tuait le corps à coups de fouet, dont, ne pouvant tuer l'âme, -on tuait l'intelligence à coups de jurons et de chansons obscènes. -«Citoyens,» avait demandé Simon aux Comités lorsqu'on l'avait chargé -de la garde du jeune roi, «citoyens, que décidez-vous du louveteau? -Il était appris pour être insolent; je saurai le mater. Tant pis -s'il en crève! Je n'en réponds pas. Après tout, que veut-on? Le -déporter?»—«Non.»—«Le tuer?»—«Non.»—«L'empoisonner?»—«Non.»—«Mais, quoi -donc?»—«S'en défaire[1518]!» - -Tel était le programme que la Convention avait tracé à Simon, et que -celui-ci devait remplir avec une singulière conscience, si l'on peut se -servir du mot de conscience en parlant d'un tel homme! - -Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ce long et douloureux martyre; -le récit, tracé de main de maître par MM. de Beauchesne et Chantelauze, -a fait pleurer toutes les mères. - -Depuis que Louis XVII avait été confié à cet étrange précepteur, il -n'était pas sorti de sa chambre; les gardes du Temple ne l'avaient pas -vu. Le bruit s'était répandu dans Paris qu'il avait été enlevé de son -cachot et conduit en triomphe à Saint-Cloud. Pour mettre fin à ces -rumeurs, qui amenaient une certaine agitation, le Comité de sûreté -générale décida, le 7 juillet, que quatre commissaires, Dumont, Maure, -Chabot et Drouet, se transporteraient à la Tour. Le premier acte des -commissaires fut de faire descendre l'enfant au jardin, afin qu'il fût -vu par la garde montante. A peine là, le jeune prince se mit à appeler -sa mère à grands cris et à se plaindre d'être séparé d'elle. «Qu'on -me montre,» s'écria-t-il, «la loi qui ordonne de me séparer de ma -mère.» Ces cris importunèrent les commissaires. «On le fit taire,» dit -laconiquement Madame Royale[1519]. Comment? Elle ne le dit pas; mais on -le devine; on le fit monter précipitamment dans sa chambre, où Simon -fut chargé de le travailler[1520] et de le dresser. - -En quittant le fils, les quatre députés entrèrent chez la mère. A -l'aspect de Drouet, la Reine ne put retenir un mouvement de répulsion; -quand elle l'eut surmonté, «elle se plaignit, dans les termes les -plus touchants, de la cruauté que l'on avait eue de lui ôter son -fils»[1521]; elle supplia qu'on le lui rendît, qu'on lui permît au -moins de le voir aux heures des repas[1522]. Ni prières, ni raisons -ne purent fléchir la dureté des commissaires; ils se contentèrent de -répondre qu'on croyait nécessaire de prendre cette mesure. - -Ces hommes ne sentaient rien: «Nous nous sommes transportés au Temple, -dit froidement Drouet à la Convention. Dans le premier appartement, -nous avons trouvé le fils de Capet jouant tranquillement aux dames avec -son mentor. - -«Nous sommes montés à l'appartement des femmes; nous y avons trouvé -Marie-Antoinette, sa fille et sa sœur jouissant d'une parfaite santé. -On se plaît encore à répandre chez les nations étrangères qu'elles sont -maltraitées; et, de leur aveu, fait en présence des commissaires de la -Convention, rien ne manque à leur commodité.» - -De la scène dramatique du jardin, des réclamations touchantes de la -Reine, pas un mot. - -Non, pour que la pauvre mère pût apercevoir son fils ou avoir de ses -nouvelles, ce n'était pas sur la compassion officielle qu'il fallait -compter, c'était sur le dévouement de quelques amis, c'était sur -elle-même. Le jeune prince allait, de temps à autre, prendre l'air -sur la plate-forme de la Tour; la Reine découvrit que, par une petite -fenêtre de son appartement, on pouvait voir l'enfant passer dans -l'escalier. «Dites à Fidèle,—Toulan,—écrivait Mme Elisabeth,—ma -sœur a voulu que vous le sachiez,—que nous voyons tous les jours -le petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe[1523].» La -malheureuse femme restait des heures entières à guetter le passage de -son fils; quand il était passé, on montait sur la plate-forme, qui -avait été divisée en deux par une cloison, et là, par une petite -fente, on apercevait encore le jeune Roi. «Nous montions sur la Tour -bien souvent, raconte Madame Royale, parce que mon frère y allait de -son côté et que le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de -loin, par une petite fente. Elle y restait des heures entières pour -y guetter l'instant de voir cet enfant; c'était sa seule attente, sa -seule occupation[1524].» Parfois aussi, on avait des nouvelles du -petit prisonnier, soit par les municipaux, soit par Turgy, soit par -Tison, qui semblait vouloir faire oublier, par un redoublement de zèle, -l'indignité de sa conduite première. Ces nouvelles étaient navrantes: -Simon maltraitait son royal élève «au delà de tout ce qu'on peut -imaginer[1525]», et Mme Elisabeth dut supplier Tison de cacher, -par pitié, toutes ces horreurs à la pauvre mère; elle en savait ou en -soupçonnait bien assez[1526]. Mais un jour,—c'était le jour où l'on -venait d'apprendre la marche victorieuse des coalisés,—la Reine était -sur la Tour, attentive, à son poste d'observation; elle voit monter -l'enfant et son geôlier; l'enfant est pâle, l'air souffreteux, la tête -baissée; il a quitté le deuil de son père; il porte la carmagnole -et est coiffé du bonnet rouge. Et le geôlier est là, le juron et le -blasphème à la bouche, injuriant, brutalisant, frappant le pauvre -petit. Ce jour-là, la Reine en a trop vu, elle se jette en pleurant -dans les bras de Mme Élisabeth, écarte la jeune Marie-Thérèse qui -veut à son tour s'approcher de la fente et redescend foudroyée dans sa -chambre. «Mes pressentiments ne me trompaient pas,» dit-elle à Mme -Élisabeth en fondant en larmes; «je savais bien qu'il souffrait; il -serait malheureux à cent lieues de moi que mon cœur me le dirait. -Depuis deux jours, je souffrais, je m'agitais, je tremblais; c'est -que les larmes que mon pauvre enfant répand loin de moi, je les sens -tomber sur mon cœur. Je n'ai plus de goût à rien; Dieu s'est retiré de -moi; je n'ose plus prier.» Puis, tout à coup, se repentant de cette -dernière parole: «Pardon, mon Dieu, et vous, ma sœur, pardon, je -crois en vous comme en moi-même; mais je suis trop tourmentée pour ne -pas être menacée de quelque nouveau malheur. Mon enfant! mon pauvre -enfant! Je sens, au déchirement de mon cœur, les défaillances du sien.» -Marie-Thérèse était à côté; Mme Élisabeth, craignant qu'elle n'eût -entendu ces paroles désespérées, alla la consoler; la jeune fille fit -sa prière et s'endormit[1527]. - -Ce nouveau malheur, que redoutait la Reine, n'allait pas tarder -à fondre sur elle. Le 1er août, sur un rapport de Barrère, la -Convention décida que Marie-Antoinette serait envoyée au Tribunal -révolutionnaire et transférée sur-le-champ à la Conciergerie. - -«Le 2 août, à deux heures du matin, raconte Madame Royale, on vint -nous éveiller pour lire à ma mère le décret de la Convention, qui -ordonnait que, sur la réquisition du procureur de la Commune, elle -serait conduite à la Conciergerie pour qu'on lui fît son procès. Elle -entendit la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans leur dire une -seule parole; ma tante et moi, nous demandâmes de suite à suivre ma -mère; mais on ne nous accorda pas cette grâce. Pendant qu'elle fit le -paquet de ses vêtements, les municipaux ne la quittèrent point; elle -fut même obligée de s'habiller devant eux. Ils lui demandèrent ses -poches qu'elle donna; ils les fouillèrent et prirent tout ce qu'il y -avait dedans, quoique ce ne fût pas du tout important. Ils en firent un -paquet qu'ils dirent qu'ils enverraient au Tribunal révolutionnaire, où -il serait ouvert devant elle. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et -un flacon, dans la crainte qu'elle ne se trouvât mal. Ma mère, après -m'avoir tendrement embrassée, me recommanda de prendre courage, d'avoir -bien soin de ma tante et de lui obéir comme à une seconde mère, me -renouvela les mêmes instructions que mon père; puis, se jetant dans les -bras de ma tante, elle lui recommanda ses enfants. Je ne lui répondis -rien, tant j'étais effrayée de l'idée de la voir pour la dernière -fois; ma tante lui dit quelques mots bien bas. Alors ma mère partit, -sans jeter les yeux sur nous, de peur sans doute que sa fermeté ne -l'abandonnât. Elle s'arrêta encore au bas de la Tour, parce que les -municipaux y firent un procès-verbal pour décharger le concierge de sa -personne. En sortant, elle se frappa la tête à un guichet, ne pensant -pas à se baisser; on lui demanda si elle s'était fait du mal. «Oh non! -dit-elle, rien à présent ne peut me faire du mal[1528].» - -Et montant dans une voiture avec un municipal et deux gendarmes, elle -partit pour la Conciergerie. - - - - -CHAPITRE XXV - - La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les - Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—Affaire de - l'œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge Bault et sa - famille.—Nouvelles tentatives d'évasion.—Le complot - Basset.—Inaction de l'Autriche. - - -Nous sommes arrivés à la dernière étape: après la Conciergerie, il n'y -a plus que l'échafaud. - -Il était trois heures du matin, quand la Reine arriva dans sa nouvelle -prison; au lieu de l'écrouer au greffe, on la conduisit directement -à la chambre qui lui était destinée. C'était une petite pièce du -rez-de-chaussée, basse, humide et froide[1529], à laquelle menait un -grand corridor sombre et que fermait une porte massive, garnie de deux -énormes verrous. Le sol, situé au-dessous du niveau de la cour, était -carrelé en briques sur champ; sur les murs, le long desquels l'eau -ruisselait, quand la Seine était haute[1530], on apercevait encore les -lambeaux d'un vieux papier fleurdelysé, rongé par le salpêtre. Cette -chambre, appelée chambre du Conseil, parce que c'était là qu'avant la -Révolution les magistrats du Parlement de Paris venaient, à certaines -époques, écouter les réclamations des prisonniers, était occupée par -le général Custine, qui avait dû l'évacuer précipitamment pour faire -place à la Reine[1531]. Une fenêtre basse, soigneusement grillée -et donnant sur la cour intérieure de la prison, éclairait seule ce -sombre réduit; un lit de sangle, une table, deux chaises de paille, un -fauteuil de canne[1532], en composaient le misérable ameublement[1533]; -sur le lit, des sangles renouées en plusieurs endroits avec des cordes, -une paillasse à demi pourrie, un matelas déchiré, une couverture de -laine trouée, des draps de toile grossière et grise; pas de rideaux, un -vieux paravent[1534]. Les gendarmes, qui couchaient sur un lit pareil -à celui de la Reine, le trouvaient trop dur et s'en plaignaient. Il y -avait encore une corbeille d'osier pour l'ouvrage, une boîte de bois -pour la poudre et une de fer-blanc pour la pommade[1535]. - -En entrant, la Reine ne put s'empêcher de jeter un regard sur la nudité -de ces murs. Le jour grandissait déjà. Elle accrocha sa montre à un -clou et s'étendit sur son lit[1536]. - -Mais la haine de ses bourreaux ne pouvait pas même lui laisser la -consolation de la solitude. Dès le matin, deux gendarmes vinrent -s'installer dans la chambre de la prisonnière pour la surveiller; on -y ajouta une femme pour le service; c'était une vieille personne de -quatre-vingts ans, nommée Larivière, ancienne concierge de l'Amirauté, -et dont le fils était le porte-clefs de la prison. Mais bientôt cette -femme, dont l'attitude avait inspiré une certaine confiance à la -Reine, fut changée; on la remplaça par une jeune femme de trente-six -ans, la femme Harel, «véritable poissarde,» a dit Rougeville[1537], -dont le mari était employé aux bureaux secrets de la police et qui -n'avait d'autre mission que d'espionner la captive. La Reine s'en méfia -instinctivement et ne lui adressa presque jamais la parole[1538]. - -Deux nouveaux lits furent apportés en même temps; l'un était destiné à -la femme de service; l'autre aux gendarmes, qui ne perdaient jamais de -vue leur prisonnière, même, a dit Rougeville, «lorsqu'elle avait des -soins naturels à se donner[1539].» - -Un voleur de la dernière catégorie, nommé Barassin, forçat, -espion[1540], à figure de brute et à cœur d'hyène, qui était chargé, -dans les prisons, des besognes les plus dégoûtantes et les plus -pénibles, pénétrait parfois dans le cachot royal, pour y remplir -ses répugnantes fonctions[1541]. Un jour, Beaulieu, alors détenu à -la Conciergerie, l'interrogea sur la manière dont y était traitée -Marie-Antoinette. - -—«Comme les autres,» répondit-il. - -—«Comment? Comme les autres?» - -—«Oui, comme les autres; cela ne peut surprendre que les aristocrates.» - -—«Et que faisait la Reine, dans sa triste chambre?» - -—«La Capet! Va, elle était bien penaude; elle raccommodait ses chausses -pour ne pas marcher sur sa chrétienté.» - -—«Comment était-elle couchée?» - -—«Sur un lit de sangle, comme toi.» - -—«Comment était-elle vêtue?» - -—«Elle avait une robe noire, qui était toute déchirée; elle avait l'air -d'une margot[1542].» - -Quel saisissant tableau dans sa brutalité réaliste! - -Arrachée à la hâte de la Tour, Marie-Antoinette n'avait pu emporter -que bien peu de vêtements. Dès le lendemain, elle en fit demander, et -les municipaux du Temple transmirent à ceux de la Conciergerie une -redingote et une jupe, deux paires de bas de filoselle, une paire -de chaussettes, et un bas à tricoter, renfermé dans une corbeille -et que la pauvre mère avait commencé pour son fils[1543]. Mme -Élisabeth et sa nièce mirent dans le paquet tout ce qu'elles purent -trouver de laine et de soie; elles savaient combien la Reine avait -toujours aimé à s'occuper. Au temps de sa prospérité même, elle avait -l'habitude de travailler sans cesse; à la Conciergerie ce devait être -sa seule distraction. Mais cette distraction même lui fut refusée; -l'espoir de la prisonnière et l'ingénieuse affection de sa belle-sœur -furent trompées. On ne voulut pas remettre à la Reine les aiguilles -à tricoter, dans la crainte, dirent les municipaux, qu'elle ne s'en -servît pour attenter à ses jours[1544]. La pauvre femme fut réduite à -ne rien faire, dans sa prison, que prier, méditer, songer au triste -passé et au triste avenir. Son seul passe-temps était de regarder ses -geôliers jouer aux cartes ou de lire quelques volumes que la compassion -d'un garde plus humain ou le dévouement d'un serviteur fidèle, comme -Hue ou Montjoye, réussissait à lui procurer, les voyages de Cook entre -autres, et lorsqu'on lui demandait quels livres elle désirait: «Les -aventures les plus épouvantables,» répondait-elle[1545]. - -En même temps qu'on refusait à la détenue de la Conciergerie des -aiguilles, on enlevait aux prisonnières du Temple les tapisseries -faites par la Reine et celles auxquelles elles travaillaient -elles-mêmes, sous prétexte qu'il pouvait y avoir dans ces ouvrages des -signes mystérieux et des moyens de correspondance[1546]. - -Marie-Antoinette n'avait jamais bu de vin, et elle ne pouvait supporter -l'eau de la Seine. La seule boisson qui ne lui fît pas mal était l'eau -de Ville-d'Avray; pendant sa captivité au Temple, on n'avait cessé -d'y apporter une provision de cette eau. Mme Élisabeth supplia les -municipaux d'en faire porter un peu à la Conciergerie, et le 5 août les -administrateurs de police y consentirent; chaque jour, deux bouteilles -d'eau de Ville-d'Avray furent prélevées sur la provision du Temple pour -l'usage de la veuve de Louis XVI. - -A côté des persécuteurs, il y avait encore des cœurs amis. La Terreur, -qui pesait sur la France, n'avait pu comprimer les saintes ardeurs du -dévouement et de la pitié. Michonis était toujours là; c'était lui -qui veillait sur la Reine et qui, nommé administrateur de police, -avait obtenu l'inspection de son cachot. C'était lui qui servait -d'intermédiaire entre le Temple et la Conciergerie, et, le 19 août par -exemple, allait réclamer les quatre chemises et la paire de souliers -non numérotés dont la prisonnière avait «le plus pressant besoin». De -leur côté, Turgy et Toulan continuaient leur correspondance par signes, -et c'est par eux que, jusqu'à la fin, Mme Élisabeth et Madame Royale -purent avoir des nouvelles de la «personne», ainsi qu'elles désignaient -Marie-Antoinette[1547]. Mais les précautions les plus minutieuses -étaient nécessaires. Le bruit de ces intelligences avait fini par -transpirer; aussitôt les princesses, redoutant une perquisition, -jetèrent tout ce qu'elles conservaient encore, dissimulé sous leurs -vêtements, papier, encre, crayon[1548]; elles n'eurent plus, pour -leur correspondance avec Toulan, que de la noix de galle et du lait -d'amandes[1549]. - -Hue avait fait mieux encore: il s'était introduit à la Conciergerie et -avait réussi,—sans grande peine d'ailleurs, car le terrain était bien -préparé,—à gagner le concierge Richard et sa femme, celle que Mm -Élisabeth, dans ses billets, désignait sous le nom de _Sensible_[1550]. -C'est par eux qu'il avait des nouvelles de la prisonnière qu'il -transmettait à Toulan, que celui-ci, à son tour, au moyen de signaux -sur le cor, communiquait à Turgy, et qui allaient jeter un peu de -baume sur le cœur des captives du Temple. Faire passer à la Reine des -nouvelles de ses enfants, informer Madame Royale et Mme Élisabeth -de l'état où se trouvait la Reine, tel était le double but que se -proposait Hue,—le _Constant_ de la correspondance,—et que ce généreux -quatuor de complices, Turgy et Toulan, Richard et sa femme, l'aidaient -fidèlement à remplir. - -C'étaient des cœurs compatissants que ces Richard. Tout ce qu'ils -pouvaient faire pour adoucir la dure captivité de Marie-Antoinette, -ils le firent, et ils trouvaient facilement des aides pour ces pieux -complots. Un jour la prisonnière avait le désir de manger du melon; -Mme Richard courut au marché le plus voisin: «Il me faut un -excellent melon,» dit-elle à une marchande qu'elle connaissait.—«Je -devine pour qui, répondit la marchande; c'est pour notre malheureuse -Reine; choisis, prends ce qu'il y a de plus beau.» Elle-même bouscula -tout le tas de melons pour trouver le meilleur. Mme Richard voulut -payer: «Garde ton argent,» reprit la brave femme, «et dis à la Reine -qu'il y en a parmi nous qui gémissent[1551].» - -Il n'était pas jusqu'à des chefs révolutionnaires, et des plus en -vue, qui ne se laissassent toucher par les malheurs de leur victime -ou séduire par l'appât d'une somme d'argent. Manuel avait été un -des premiers convertis; Camille Desmoulins s'était pris de pitié; -il voulait à toute force sauver la prisonnière[1552]; il ne réussit -qu'à se perdre après elle. Hébert lui-même, l'infâme _Père Duchesne_, -Hébert se laissait gagner; mais on le soupçonna et, pour détourner les -soupçons, il se montra plus violent que jamais[1553]. L'ex-capucin -Chabot était tenté par l'appât d'un million que lui offrait la marquise -de Janson[1554], et Fersen, toujours intrépide et infatigable, -concertait, avec la Marck et Mercy, l'envoi à Paris du maître de -ballet Noverre et du financier Ribbes pour gagner Danton, en lui -offrant de l'argent et les diamants pris sur Sémonville[1555]. D'un -autre côté, le prince de Cobourg renouvelait ses offres pour l'échange -de la Reine contre les commissaires arrêtés par Dumouriez[1556]. - -Le bruit de ces dispositions meilleures chez certains chefs du -gouvernement se répandit dans Paris, et un jour la femme de Richard -entretint la Reine de la possibilité d'une délivrance; mais la Reine, -rendue plus clairvoyante par le malheur, se contenta de secouer la -tête: «Ils ont immolé le Roi, dit-elle, ils me feront périr comme -lui. Non, je ne reverrai plus mes malheureux enfants ni ma tendre et -vertueuse sœur.» Et en disant ces mots elle fondit en larmes. - -Quoi qu'il en soit, cette compassion des gardiens amenait une sorte -de relâchement dans la surveillance. Certains gendarmes avaient -des égards pour la prisonnière. L'un d'eux brisait sa pipe, parce -qu'il s'apercevait que la fumée de tabac incommodait la Reine et -l'empêchait de dormir la nuit[1557]. D'autres, connaissant son goût -pour les fleurs, lui apportaient des œillets, des tubéreuses, des -juliennes[1558]. La femme Harel s'attendrissait[1559]. Grâce à la -complicité des administrateurs de police et des concierges, diverses -personnes, des prêtres même[1560], s'introduisaient à la Conciergerie -et jusque dans le cachot de la Reine[1561]. L'abbé Émery, détenu lui -aussi, pouvait de l'intérieur de la prison, il est vrai, la confesser -et s'entretenir quelques instants avec elle[1562]. Et Fouquier-Tinville -avouait qu'il y avait à la Conciergerie «beaucoup plus de facilités» -qu'au Temple pour avoir des intelligences avec le dehors[1563]. - -Ce furent ces facilités sans doute qui entretinrent chez quelques -serviteurs dévoués la pensée d'enlever la prisonnière et d'épargner -ainsi un nouveau crime à la France. «Beaucoup de monde s'intéressa à -ma mère, raconte Madame Royale. J'ai appris, depuis sa mort, qu'on -avait voulu la sauver de la Conciergerie et que par malheur le projet -n'avait pas réussi. On m'a assuré que les gendarmes qui la gardaient -et la femme du concierge avaient été gagnés par quelqu'un de nos amis, -qu'elle avait vu plusieurs personnes bien dévouées dans sa prison, -entre autres un prêtre qui lui avait administré les sacrements qu'elle -avait reçus avec une grande piété. L'occasion de se sauver manqua une -fois parce qu'on lui avait recommandé de parler à la seconde garde et -que par erreur elle parla à la première. Une autre fois, elle était -hors de sa chambre et avait passé le corridor, quand un gendarme -s'opposa à son départ, quoiqu'il fût gagné, et l'obligea de rentrer -chez elle, ce qui fit échouer l'entreprise[1564].» Du premier de ces -projets, nous savons peu de chose. Il est probable cependant qu'il -avait été conçu par le baron de Batz, «cet infâme, ce monstre,» dont -la Convention mettait la tête à prix[1565]; que les gendarmes étaient -gagnés et que le plan échoua parce que la Reine manqua de parler à -celui de ses gardiens qui, ayant deux redingotes l'une sur l'autre, -devait lui en donner une pour la faire sortir de la Conciergerie, d'où -un jeune homme appelé Rousset devait la conduire en lieu sûr[1566]. - -Le second projet, mieux connu, paraît être le complot désigné dans -l'histoire sous le nom d'_Affaire de l'œillet_. - -Parmi les fidèles qui rôdaient autour de la Conciergerie, prêts à -sacrifier leur vie pour sauver celle de Marie-Antoinette, était -un chevalier de Saint-Louis, nommé Rougeville, l'un de ceux qui -avaient été aux côtés de Louis XVI au 20 juin et au 10 août. Par -l'intermédiaire d'une Américaine, la veuve Dutilleul, et d'un marchand -de bois, nommé Fontaine, Rougeville avait fait connaissance avec -Michonis. Tous deux étaient faits pour s'entendre; l'accord fut vite -conclu, et un jour, le mercredi 28 août, Rougeville accompagna Michonis -à la Conciergerie. La prisonnière était vêtue d'un caraco noir; ses -cheveux gris étaient coupés par derrière et sur le front; elle était -tellement maigrie que Rougeville ne la reconnut pas sans difficulté, -et si faible qu'elle avait de la peine à se tenir debout; aux doigts -elle portait trois pauvres anneaux[1567]. «Ah! c'est vous, Monsieur -Michonis,» dit-elle; et, s'approchant de lui, elle lui demanda, comme -d'habitude, des nouvelles de ses enfants[1568]. Puis, apercevant -Rougeville, elle fut saisie d'une telle émotion qu'elle se laissa choir -dans un fauteuil[1569]. Un grand feu lui monta au visage[1570]; ses -membres tremblaient[1571] et des larmes coulaient de ses yeux[1572]. -Rougeville chercha à la rassurer et, s'approchant d'elle, lui fit -signe de prendre des œillets où il avait caché un papier[1573]. Mais -la Reine était si émue encore qu'elle ne comprit pas tout d'abord, et -Rougeville laissa tomber les œillets derrière le poêle[1574]. Puis il -sortit avec Michonis[1575]. Ils ne tardèrent pas à rentrer tous deux, -rappelés par les gendarmes[1576], et tandis que Michonis occupait -ces derniers[1577], la Reine, retirée derrière un paravent[1578], -entretenait Rougeville et le suppliait de ne pas s'exposer ainsi. «J'ai -des armes et de l'argent,» répondit Rougeville, «prenez courage.» Et -il lui promit qu'on la secourrait, qu'il lui apporterait de l'argent -pour gagner les gendarmes, etc.[1579]. «Le cœur vous manque-t-il -donc?» demanda-t-il.—«Il ne me manque jamais,» répondit la Reine, -«mais il est profondément affligé[1580].» Et mettant la main sur -son cœur, elle ajouta: «Si je suis faible et abattue, ceci ne l'est -pas[1581].» Michonis, craignant que cette scène, en se prolongeant, -n'éveillât l'attention des gendarmes, fit un signe à Rougeville et -tous deux sortirent: «Je vous fais donc un adieu éternel?» dit la -Reine à Michonis, qui lui avait annoncé qu'il n'était pas réélu -administrateur de police.—«Non, Madame, répondit-il, si je ne suis plus -administrateur, étant encore officier municipal, j'aurai le droit de -venir et de vous faire visite, tant que cela vous sera agréable[1582].» - -Dans cette seconde entrevue, Rougeville avait pu avertir sa royale -interlocutrice de la présence des œillets[1583]. Dès qu'il fut parti, -profitant de ce que la femme Harel jouait aux cartes avec les -gendarmes, la Reine ramassa vivement les fleurs et lut les billets -qu'elles renfermaient. Ils contenaient une offre d'argent[1584] et des -phrases vagues comme celles-ci: «Que comptez-vous faire? J'ai été en -prison; je m'en suis tiré par un miracle; je viendrai vendredi[1585].» -La Reine s'empressa de détruire les billets en les déchirant en mille -morceaux, puis elle s'efforça d'y répondre et, n'ayant ni papier ni -plume, fut réduite à essayer de piquer avec une épingle quelques mots -sur un petit morceau de papier: «Je suis gardée à vue; je ne parle ni -n'écris; je me fie à vous; je viendrai[1586].» - -Connaissait-elle dès lors le plan des conjurés? Crut-elle que les -gendarmes avaient été déjà gagnés? Quelque invraisemblable que -cela puisse sembler, il paraît certain que ce fut elle-même qui, -tandis que la femme Harel était sortie pour aller chercher de l'eau, -remit ce petit papier au gendarme Gilbert pour le faire passer à -Rougeville[1587]. Gilbert prit le billet, le plaça dans sa veste et le -transmit à la femme Richard, qui s'empressa de le donner à Michonis, -lorsqu'il revint le lendemain 29[1588]. Rougeville revint aussi le 30, -comme il l'avait promis, sous un nouveau déguisement, et, s'il faut -l'en croire, en profita pour remettre à la prisonnière une certaine -somme en louis et en assignats[1589]. - -L'exécution du projet avait été fixée à la nuit du 2 au 3 septembre. -Le concierge et sa femme étaient gagnés. Deux administrateurs avaient -reçu de l'argent. Michonis devait aller, à dix heures du soir, -prendre la Reine, sous prétexte de la mener au Temple, par ordre -de la municipalité et, une fois dehors, il devait la faire évader; -Rougeville l'aurait reçue alors et l'aurait conduite en lieu de -sûreté, au château de Livry, dit une version[1590], et de là sur les -terres de l'Empire. Pour ne pas compromettre le concierge, son livre -d'écrou aurait été déchargé. Les conjurés vinrent en effet au jour dit; -moyennant cinquante louis, les gendarmes avaient promis de se taire; -mais au dernier moment, l'un d'eux, quoique ayant reçu la somme, se -ravisa; malgré les instances de Michonis qui arguait des ordres de -la municipalité, il déclara que, si l'on faisait sortir la Reine, il -appellerait la garde[1591]. Le coup était manqué, et, le 3 septembre, -le gendarme Gilbert dénonça le complot. Rougeville put s'échapper; -mais Michonis fut arrêté le 4; Richard et sa femme furent incarcérés, -et deux députés de la Convention, Amar et Sevestre, accompagnés -d'un membre de la municipalité, se transportèrent à la Conciergerie -pour faire une enquête. Marie-Antoinette fut interrogée à deux -reprises[1592]; avec une admirable présence d'esprit, elle s'efforça -d'éloigner toutes les charges qui pouvaient peser sur Michonis et -Rougeville. Les enquêteurs ne découvrirent rien, et sans le récit que, -deux mois après, Rougeville fit à Fersen, sans le mémoire qu'il envoya, -un peu plus tard, au comte de Metternich, et plus tard encore aux -Cinq-Cents, nous ne connaîtrions pas aujourd'hui encore les détails du -plan élaboré entre les deux fidèles serviteurs de la monarchie[1593]. - -Mais la Convention avait frémi du danger qu'elle avait couru de perdre -sa proie. Le 10 septembre, des administrateurs de police vinrent -enlever à la Reine ses derniers bijoux, suspects sans doute de pouvoir -servir à corrompre les gardiens: les petits anneaux que Rougeville -avait vus à ses doigts[1594] et qui ne contenaient que des cheveux, une -montre d'or de Bréguet, cette dernière amie des prisonniers dont elle -compte les heures, des cachets, un médaillon renfermant des cheveux -aussi, les cheveux du Dauphin, dit-on[1595]. En même temps, la captive -était mise au secret, les gendarmes et la femme Harel renvoyés de sa -chambre, un factionnaire placé à sa porte, avec ordre de ne la laisser -communiquer avec personne que le concierge et sa femme et un autre -factionnaire posté dans la cour, avec consigne de ne permettre à qui -que ce fût d'approcher de la fenêtre à la distance de dix pas, sous -quelque prétexte que ce pût être[1596]. - -Ce n'est pas tout. Le cachot où un chevalier de Saint-Louis avait -pu s'introduire et d'où la Reine avait failli s'échapper n'était -évidemment pas assez sûr pour la renfermer désormais. Le 11 septembre, -les administrateurs de police revinrent à la Conciergerie «à l'effet -d'y choisir un local pour la détention de la veuve Capet, autre que -celui où elle est maintenant détenue». Ils visitèrent avec soin les -diverses pièces de la prison et finirent par s'arrêter à celle qui -servait de pharmacie. Il fut décidé que le pharmacien, Jacques-Antoine -Lacour, la débarrasserait le jour même, afin de permettre au citoyen -Godard d'exécuter, «dans le plus bref délai possible,» les travaux -nécessaires pour la transformer en cachot. La grande croisée qui -donnait sur la cour des femmes devait être bouchée au moyen d'une tôle -d'une ligne d'épaisseur, jusqu'au cinquième barreau de traverse, et -le surplus grillé en fil de fer à mailles très serrées; la seconde -croisée, ayant vue sur l'infirmerie, devait être totalement condamnée -par le moyen d'une tôle de même épaisseur[1597], et la petite croisée, -qui donnait sur le corridor, entièrement supprimée. La porte qui -existait serait munie extérieurement de deux verrous, et l'on en -ajouterait une seconde, de forte épaisseur, ouvrant à l'intérieur et -fermée à l'aide d'une serrure de sûreté. Il existait une gargouille -pour l'écoulement des eaux; on décida de la boucher[1598]. - -Dès que les travaux d'appropriation furent terminés, la Reine fut -transférée dans ce cachot; elle n'en devait plus sortir que pour aller -au Tribunal révolutionnaire. - -La surveillance fut rendue plus minutieuse encore. Plus de femmes -pour servir la prisonnière; la femme Harel avait été renvoyée après -l'affaire de l'œillet; c'était le concierge qui, chaque matin, soignait -les cheveux de la Reine[1599]. Les gendarmes jour et nuit dans la -chambre, séparés par un simple paravent[1600]; deux sentinelles sous -les fenêtres de la cour[1601]; des perquisitions incessantes dans le -cachot par des administrateurs de police ou des membres du Comité de -Sûreté générale[1602]. Pas de lumière le soir[1603]. Plus de travail -le jour, puisque, dès son entrée à la Conciergerie, on lui avait -retiré même les aiguilles à tricoter. La Reine lisait et priait; «la -plus grande partie de son temps, a dit un témoin oculaire, était -consacrée à la prière[1604].» Le malheur avait développé et affermi -les sentiments religieux qu'elle devait à son éducation chrétienne et -que le tourbillon du monde n'avait pu lui faire oublier; «sa prison, -dit Madame Royale, lui avait donné beaucoup de religion[1605].» Plus -d'encre ni de crayon; on les avait retirés depuis longtemps; la Reine -était contrainte d'écrire avec une pointe, sur la muraille, l'état de -son linge. Ses vêtements tombaient en lambeaux; elle n'avait que deux -robes, une noire et une blanche, toutes deux également usées; elle -n'avait que trois chemises, qu'on lui donnait alternativement tous -les dix jours[1606]. La fille du concierge était sans cesse occupée -à raccommoder son linge, ses vêtements, ses souliers; elle remit une -bordure à sa robe noire[1607]. Brisée par l'émotion, accablée par -les privations, le mauvais air, le défaut d'exercice, la santé de la -captive s'était altérée, et d'horribles hémorragies venaient encore -ajouter à ses souffrances et à sa faiblesse[1608]. - -Par bonheur, Hue, qui avait toujours des relations avec la -Conciergerie, avait réussi, par l'intermédiaire de l'administrateur de -police, Dangé, à faire donner à Richard un successeur qui ne lui cédait -pas en humanité; c'était Bault, concierge à la Force[1609]. Sous un air -rude et sévère[1610], sous le costume d'un Jacobin[1611], Bault cachait -un cœur compatissant et, secondé par sa femme et sa fille, il chercha à -procurer à son auguste prisonnière les adoucissements compatibles avec -la surveillance dont il était lui-même l'objet. Sous prétexte qu'il -avait seul la responsabilité des détenus qui lui étaient confiés, il -fit sortir les gendarmes de la chambre royale, mit la clef dans sa -poche, et la Reine n'eut plus à subir désormais cette odieuse présence -que rendaient plus odieuse encore la conversation de ces hommes, -leurs blasphèmes, le bruit des verres et la fumée de tabac[1612]. Les -gendarmes, consignés à la porte extérieure, accompagnaient bien le -concierge, toutes les fois qu'il entrait dans le cachot, mais ils n'y -restaient plus seuls. La nourriture de la Reine, sans être luxueuse, -fut apprêtée avec soin; elle se composait de café le matin, et, à -dîner, de bouilli, de volaille rôtie, de légumes et de dessert[1613]; -mais la pauvre femme n'avait guère d'appétit et il lui arrivait souvent -de ne pas manger[1614]. - -Ce modeste menu froissa cependant les sentiments égalitaires de -certains municipaux; ils signifièrent au concierge que l'accusée devait -être nourrie comme les autres, de l'ordinaire le plus grossier de la -prison. «Je n'entends pas cela, répondit Bault, c'est ma prisonnière; -j'en réponds sur ma tête. On pourrait tenter de l'empoisonner, il -faut que ce soit moi qui veille à ses aliments; pas une goutte d'eau -n'entrera ici sans ma permission.» Les municipaux cédèrent; le -concierge continua à être chargé de la nourriture de la Reine; il la -lui donna du moins saine et convenable, et l'eau fut toujours bien -claire et bien limpide[1615]. - -Mais, pour faire acte d'humanité, il fallait se dissimuler sous le -masque de la rigueur et de la persécution. L'automne approchait; le -mois d'octobre était froid et pluvieux; dans cette chambre sans feu, -où l'eau ruisselait sur le pavé et le long des parois, Bault songea à -protéger sa prisonnière contre l'humidité, en tendant autour de son lit -une vieille tapisserie. Les administrateurs virent cela et ne cachèrent -pas leur mécontentement. «Ne voyez-vous pas, leur dit le concierge, que -c'est afin de rompre le bruit et d'empêcher qu'on n'entende rien de la -chambre voisine?»—«C'est juste, répondirent les commissaires; tu as -bien fait[1616].» Ils eussent blâmé une mesure de pitié; ils devaient -approuver une pensée de méfiance. - -Une autre fois, cependant, Bault était moins heureux; il avait demandé -une couverture de coton anglaise pour ajouter à la chétive couverture -qui ne mettait guère la captive à l'abri du froid et de l'humidité. -Fouquier-Tinville s'emporta: «Tu mériterais d'être envoyé à la -guillotine,» répondit-il brutalement. Mais le concierge ne se tint -pas pour battu et, ne pouvant obtenir une couverture, il la remplaça -par un matelas[1617]. De son côté, Mme Bault, qui avait un jardin -à Charenton, en réservait pour la Reine les meilleurs produits, les -fruits les plus délicats, et parfois les marchands de la Halle y -ajoutaient, comme du temps de Richard, des pêches et des melons[1618]. - -Au milieu de sa douloureuse solitude, la malheureuse souveraine pensait -sans cesse à ses enfants, à son fils surtout. Un jour que Bault entrait -dans la prison, elle s'approcha de lui et chercha à lui glisser dans la -main une paire de gants et une boucle de cheveux. Mais Bault n'était -pas seul; les gendarmes l'accompagnaient comme d'habitude; ils virent -le mouvement, et, s'élançant sur le concierge: «Qu'est-ce qu'on vient -de te remettre?» dirent-ils. Bault dut ouvrir la main; les gants et les -cheveux furent saisis et portés à Fouquier-Tinville. Plus heureuse, -quelques jours après, la Reine laissa tomber à ses pieds une pauvre -petite jarretière, qu'elle avait tressée, au moyen de deux cure-dents, -avec les fils arrachés à la couverture de son lit. Cette fois, elle ne -fut pas vue. Bault ramassa le triste et précieux souvenir que, par la -suite, Hue réussit à faire passer à la duchesse d'Angoulême, seul reste -de cette grande famille, décimée au Temple et à la Conciergerie[1619]. - -Une dernière et plus imprévue consolation était réservée â la -malheureuse femme: grâce à la complicité des geôliers, un prêtre fidèle -put pendant Une nuit pénétrer dans le cachot, y dire la messe et lui -donner même la communion[1620]. Cette nuit-là, il y eut un peu plus de -calme et peut-être un rayon d'espérance dans le cœur de la prisonnière. -Les hommes semblaient l'abandonner; Dieu ne l'abandonnait pas. - -Les dévouements d'ailleurs étaient obstinés. En octobre, un complot -s'ébauchait encore pour arracher la victime à ses bourreaux. Quel en -était le chef? Était-ce Rougeville? Était-ce Batz? On l'ignore. Les -agents subalternes seuls sont connus: le perruquier Basset, une femme -bossue, la femme Fournier, le ménage Lemille. On avait gagné un certain -nombre de soldats à Paris, à Courbevoie et à Vincennes; on devait -exciter une émeute, s'emparer de la Convention et des Jacobins, et, -à la faveur du tumulte, délivrer la Reine. Le complot était vaste; -comme tous les autres, il échoua. Dénoncés par des espions auxquels -ils s'étaient imprudemment confiés, les conjurés furent arrêtés le 12 -octobre et payèrent de leur tête leur généreux dessein[1621]. - -Tandis que ces vaillants luttaient pour disputer à l'échafaud la fille -des Césars et que ses geôliers s'efforçaient d'adoucir ses derniers -moments, que faisait sa famille pour la délivrer? Dès qu'elle avait -été transférée à la Conciergerie, Mercy s'était empressé d'écrire au -prince de Cobourg, général en chef de l'armée autrichienne, qui venait -d'entrer dans Valenciennes, pour le supplier de porter rapidement un -corps de cavalerie sur Paris, afin d'empêcher le crime qui se préparait -trop visiblement. «La postérité pourrait-elle croire, s'écriait-il, -qu'un si grand attentat a pu être consommé à quelques marches des -armées victorieuses de l'Autriche et de l'Angleterre, _sans que ces -armées aient tenté quelques efforts pour l'empêcher_[1622]?» - -Mais Cobourg n'était pas l'homme des coups de main hardis. Soit -routine, soit calcul, soit impuissance[1623], il préféra prendre ses -quartiers d'hiver[1624], et Mercy fut réduit à écrire, deux mois plus -tard: - -«Je tremble pour la Reine. En lisant les journaux, peut-on se défendre -d'un mouvement de terreur[1625]?» - -Quand Mercy jetait ce cri d'alarme, il était trop tard; le dernier -acte du grand drame était commencé, et, suivant le mot de la Marck, -la «tache ineffaçable» restait sur le gouvernement autrichien qui, à -quarante lieues de Paris, n'avait rien fait pour sauver la tante de son -Empereur! - - - - -CHAPITRE XXVI - - Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier - interrogatoire de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et - Tronçon-Ducoudray sont désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les - jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les - témoins.—Déposition d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et - Bailly.—L'officier de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 - octobre.—Interrogatoire du président.—Tisset et - Garnerin.—Réquisitoire de Fouquier-Tinville.—Discours des - défenseurs.—Condamnation.—La Reine est ramenée à la Conciergerie. - - -Il y avait deux mois déjà que la Reine avait été transférée à la -Conciergerie pour être traduite au Tribunal révolutionnaire, et -la haine de ses ennemis n'avait pu encore dresser contre elle un -acte d'accusation. Vainement Hébert, jaloux de faire oublier par -un redoublement de violence un instant de pitié, vainement Hébert, -impatient de voir «raccourcir la louve autrichienne», s'écriait-il: -«On cherche midi à quatorze heures pour juger la tigresse d'Autriche, -et l'on demande des preuves pour la condamner, tandis que, si on lui -rendait justice, elle devrait être hachée comme chair à pâté[1626].» -Vainement l'imagination atroce des pourvoyeurs habituels de la -guillotine se mettait-elle en campagne, forgeant des prétextes et -inventant des crimes. L'œuvre de Héron, même revue et corrigée -par Marat, était si absurde, que le Comité de Sûreté générale -renonçait à s'en servir[1627]. Le 3 octobre, Billaud-Varennes -montait à la tribune: «La femme Capet, dit-il, n'est pas punie... -Je demande que la Convention décrète expressément que le Tribunal -révolutionnaire s'occupera immédiatement du procès et du jugement -de la femme Capet.» Le décret fut rendu; mais, deux jours après, le -5 octobre, Fouquier-Tinville se plaignait qu'en le lui transmettant -on ne lui eût transmis en même temps «aucunes pièces relatives à -Marie-Antoinette[1628]». Le Tribunal ne savait que faire et Fouquier -avait des scrupules. Le Comité de Salut public lui ouvrit les Archives -nationales, lui fit communiquer le dossier du procès de Louis XVI; -peine inutile: on n'y trouva rien. A bout de ressources, Pache, -Chaumette et Hébert se transportèrent au Temple, le lundi 7 octobre, -torturèrent longuement par d'infâmes questions Madame Royale et -Mme Élisabeth[1629]; ils ne purent tirer de leurs réponses aucune -dénonciation contre la Reine. Mais, plus heureux, la veille, avec Louis -XVII, ils avaient arraché à l'innocence d'un enfant de huit ans, gorgé -d'eau-de-vie et terrorisé par les brutalités de Simon, une odieuse -calomnie contre sa mère. - -Fouquier-Tinville pouvait désormais poser les bases de son «œuvre -d'enfer»; son imagination et la haine populaire feraient le reste. - -Le 12 octobre, à six heures du soir. Marie-Antoinette fut appelée -au Palais de justice dans la grande salle d'audience. Vêtue d'une -misérable robe noire, elle alla s'asseoir en face de l'accusateur -public, sur une banquette, entre deux gendarmes. La salle était -sombre. Deux maigres bougies, placées devant le greffier Fabricius, -projetaient seules une lueur insuffisante et la Reine ne pouvait -distinguer, dans l'ombre où ils se cachaient, les puissants du jour, -qui venaient assister, avec une curiosité fiévreuse et méchante, à -l'agonie de la veuve du dernier roi de France. - -Le président Herman commence l'interrogatoire; il passe en revue -tout l'édifice laborieusement élevé par Fouquier, tous les griefs -des révolutionnaires contre cette femme qui seule a tenu tête à la -Révolution: les prétendus millions envoyés à son frère, les relations -avec les Princes, le soi-disant Comité autrichien, le _veto_ opposé aux -décrets contre les émigrés et contre les prêtres, les complots contre -le peuple. - -D—«C'est vous qui avez appris à Louis Capet cet art d'une profonde -dissimulation avec laquelle il a trompé trop longtemps le peuple -français, qui ne se doutait pas qu'on pût porter à un tel point la -scélératesse et la perfidie?» - -R—«Oui, le peuple a été trompé; il l'a été cruellement; mais ce n'est -ni par mon mari ni par moi.» - -On arrive à la fuite de Varennes. - -D—«Vous avez été l'instigatrice principale de la trahison de Louis -Capet; c'est par vos conseils, et peut-être par vos persécutions, -qu'il a voulu fuir la France, pour se mettre à la tête des furieux qui -voulaient déchirer leur patrie?» - -R—«Mon époux n'avait jamais voulu fuir la France; je l'ai suivi -partout; mais, s'il avait voulu sortir de son pays, j'aurais employé -tous les moyens pour l'en dissuader; mais ce n'était pas son -intention.» - -On presse la Reine de questions sur ce sujet, comme on l'en avait -pressée lors de l'affaire de l'œillet. Comme au 4 septembre, elle -répond avec un sang-froid et une présence d'esprit qui ne se démentent -pas et qui confondent Herman. - -D—«Vous n'avez jamais cessé un moment de vouloir détruire la liberté; -vous vouliez régner à quelque prix que ce fût, et remonter au trône sur -les cadavres des patriotes?» - -R—«Nous n'avions pas besoin de remonter sur le trône, puisque nous y -étions; nous n'avons jamais désiré que le bonheur de la France, qu'elle -fût heureuse; mais _qu'elle le soit_, nous serons toujours contents.» - -..... D—«Quel intérêt mettez-vous aux armes de la République?» - -R—«Le bonheur de la France est celui que je désire par-dessus tout.» - -D—«Vous regrettez sans doute que votre fils ait perdu un trône sur -lequel il eût pût monter, si le peuple, enfin éclairé sur ses droits, -n'eût pas brisé ce trône?» - -R—«Je ne regretterai rien pour mon fils, quand mon pays sera heureux.» - -Herman revient sur le banquet des gardes du corps, les journées -d'octobre, les relations de la Reine au Temple et à la Conciergerie -avec les administrateurs de police et les officiers municipaux, le -complot de l'œillet, etc., épiant les réponses de l'auguste accusée, -cherchant à en faire sortir quelque aveu qui puisse étayer le -monstrueux et fragile échafaudage de Fouquier, la guettant, pour ainsi -dire, dans cette pénombre, comme le tigre guette sa proie..... La Reine -lui répond avec une rare aisance et une dignité simple, sans morgue et -sans faiblesse; dans cet enchevêtrement de questions embrouillées et -confondues à dessein, elle démêle les pièges, elle déjoue les ruses, -et, avec un tact étonnant, elle sait à la fois se défendre et ne -compromettre personne. - -Herman, vaincu dans la lutte, lui nomme d'office deux défenseurs, -Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray, et donne l'ordre de la -reconduire à la Conciergerie. La Reine rentre dans son cachot, où, à -partir de ce jour, on la replace sous la surveillance spéciale d'un -officier de gendarmerie, qui ne la quitte plus[1630]. - -Chauveau-Lagarde était à la campagne, lorsqu'on vint lui annoncer la -grande et douloureuse mission qui lui était confiée[1631]. Il partit -aussitôt pour Paris, et, le 13 au soir, se rendit à la Conciergerie, -avec son collègue Tronçon-Ducoudray. La veille, Fouquier-Tinville -avait déposé au greffe du Tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation -qu'il avait réussi à dresser. La Reine en prit connaissance avec -une dédaigneuse fermeté et se contenta de faire froidement diverses -observations, sans s'inquiéter de la présence du gendarme qui pouvait -l'entendre. Plus ému qu'elle et effrayé du volumineux et informe amas -de pièces qui constituait le dossier, l'avocat la pria de réclamer -un délai indispensable pour l'examen de ces pièces. «A qui faut-il -s'adresser?» demanda-t-elle.—«A la Convention nationale,» murmura -à mi-voix le défenseur.—«Non,» reprit-elle vivement, en détournant -la tête; «non jamais!» Sa fierté de reine et sa dignité de veuve se -refusaient à reconnaître l'autorité des assassins de son mari. - -Chauveau-Lagarde insista, fit valoir l'intérêt de la mémoire de Louis -XVI, celui de ses enfants, celui de Mme Élisabeth et, dit-il, «à -ces mots de sœur, d'épouse et de mère, la nature l'emporta sur la -souveraine, et la Reine, sans proférer une parole, mais laissant -échapper un soupir, prit la plume, et écrivit à l'Assemblée, en notre -nom, deux mots pleins de noblesse et de dignité, par lesquels en -effet elle se plaignait de ce qu'on ne nous avait pas laissé le temps -d'examiner les pièces du procès et réclamait pour nous les délais -nécessaires[1632].» - -La demande, transmise à l'accusateur public, demeura sans réponse. -Le lendemain, lundi 14 octobre, à huit heures du matin, les débats -commençaient. - -Les juges et les jurés sont à leur poste. Les juges, ce sont: Herman, -président, Coffinhal, l'âme damnée de Robespierre, son séide le -plus énergique, Deliège, Maire, Donzé-Verteuil. Les jurés, ce sont: -l'ex-marquis Antonelle, Renaudin, l'un des plus atroces parmi cette -bande d'hommes atroces ou lâches[1633], Fiévée, Besnard, Thoumain, -Desboisseaux, Baron, Sambat, Devèze, le chirurgien Souberbielle, qui -veut se récuser et auquel le président impose silence en ces termes: -«Si quelqu'un avait à te récuser, ce serait l'accusation; car tu -as donné des soins à l'accusée, et tu aurais pu être touché de la -grandeur de son infortune[1634];» le limonadier Chrétien, le musicien -Lumière, l'imprimeur Nicolas, le perruquier Ganney, le menuisier -Trinchard, joyeux d'avoir à juger «la bête féroce qui a dévoré une -partie de la République[1635]». - -La Reine est introduite; par un reste de coquetterie féminine, suivant -Mercier, ou plutôt par un impérissable sentiment de dignité, elle a -donné plus de soins à sa toilette de veuve; ses cheveux, blanchis par -la douleur, sont arrangés avec plus d'art; elle a ajouté à son bonnet -de linon ordinaire deux barbes volantes, et, sous ces barbes, ajusté un -crêpe noir. Elle se tient là, majestueuse et fière, devant ces hommes -qui se disent ses juges. Interpellée par le président, elle déclare se -nommer _Marie-Antoinette d'Autriche, âgée d'environ trente-huit ans, -veuve du Roi de France, se trouvant, lors de son arrestation, dans le -lieu des séances de l'Assemblée nationale_. - -La salle est comble. Plusieurs membres du Comité de Sûreté -générale, Vadier, Amar, Vouland, Moïse Bayle, sont assis à côté -de l'accusateur public, surveillant les jurés et l'auditoire, -encourageant les hésitants, soutenant les faibles, épiant l'agonie de -leur victime[1636]. Les tricoteuses aussi sont à leur poste; depuis -l'institution du Tribunal révolutionnaire, elles n'ont point eu -encore une pareille bonne fortune, et elles viennent se repaître des -souffrances de celle qui fut une reine, et une reine adorée. - -Herman recommande aux jurés la fermeté et l'impartialité! Puis, -s'adressant à l'accusée, il l'engage à être attentif (_sic_) à ce -qu'elle va entendre. On fait l'appel des témoins et le greffier -Fabricius donne lecture de l'acte d'accusation. - -Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public près le Tribunal -révolutionnaire, - -«Expose...... qu'examen fait de toutes les pièces transmises à -l'accusateur public, il en résulte qu'à l'instar des Messaline, -Brunehaut, Frédégonde et Médicis, que l'on qualifiait autrefois de -reines de France, et dont les noms, à jamais odieux, ne s'effaceront -pas des fastes de l'histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a -été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français; -qu'avant l'heureuse révolution qui a rendu au peuple français la -souveraineté, elle avait des rapports politiques avec l'homme qualifié -de roi de Bohême et de Hongrie; que ces rapports étaient contraires aux -intérêts de la France; que non contente, de concert avec les frères -de Louis Capet et l'infâme et exécrable Calonne, lors ministre des -finances, d'avoir dilapidé d'une manière effroyable les finances de la -France (fruit des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisirs -désordonnés et payer les agents de ses intrigues criminelles; il est -notoire qu'elle a fait passer, à différentes époques, à l'Empereur, -des millions qui lui ont servi et servent encore à soutenir la guerre -contre la République, et que c'est par ses dilapidations excessives -qu'elle est parvenue à épuiser le Trésor national.» - -Fouquier énumère ensuite tous les griefs accumulés par Herman dans -le premier interrogatoire. Il accuse la Reine d'avoir ménagé, le -1er octobre 1789, entre les officiers des gardes du corps et ceux -du régiment de Flandre «un repas qui avait dégénéré en une véritable -orgie, ainsi qu'elle le désirait», d'avoir amené les convives «à -chanter, dans l'épanchement de l'ivresse, des chansons exprimant le -plus entier dévouement pour le trône et l'aversion la plus caractérisée -pour le peuple, à arborer la cocarde blanche et à fouler aux pieds la -cocarde nationale»; - -D'avoir, «par ses agents, occasionné dans Paris et aux environs une -disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection, à la suite de -laquelle une foule innombrable de citoyens et de citoyennes se sont -portés à Versailles, le 5 du même mois»; - -D'avoir «tenu, dans son palais, des conciliabules où a été décidée, -avec Lafayette et Bailly, la fuite de Varennes; d'avoir elle-même -tout ménagé et tout préparé pour cette évasion, ainsi qu'elle en est -convenue elle-même dans son interrogatoire[1637]»; - -D'avoir «voulu l'horrible massacre, qui a eu lieu le 17 juillet 1791, -des plus zélés patriotes qui se sont trouvés au Champ-de-Mars»; d'avoir -«imaginé de faire discuter, dans ces conciliabules ténébreux, qualifiés -depuis longtemps avec raison de _Cabinet autrichien_, contre (_sic_) -les lois qui étaient portées par l'Assemblée législative». - -Il expose encore: - -«Que la veuve Capet a médité et combiné avec ses perfides agents -l'horrible conspiration qui a éclaté dans la journée du 10 août, -laquelle n'a échoué que par les efforts courageux et incroyables -des patriotes; qu'à cette fin elle a réuni dans son habitation, aux -Tuileries, jusque dans les souterrains, les Suisses qui, aux termes des -décrets, ne devaient plus composer la garde de Louis Capet; qu'elle les -a entretenus dans un état d'ivresse, depuis le 9 jusqu'au 10 au matin, -jour convenu pour l'exécution de cette horrible conspiration; qu'elle a -réuni également, et dans le même dessein, dès le 9, une foule de ces -êtres qualifiés de _Chevaliers du poignard_, qui avaient figuré déjà -dans le même lieu, le 28 février 1791, et depuis, à l'époque du 20 juin -1792; - -«Que la veuve Capet, craignant sans doute que cette conspiration -n'eût pas tout l'effet qu'elle s'en était promise (_sic_), a été, -dans la soirée du 9 août, vers les neuf heures et demie du soir, dans -la salle où les Suisses ou autres, à elle dévoués, travaillaient à -des cartouches; qu'en même temps qu'elle les encourageait à hâter -la confection de ces cartouches, pour les exciter de plus en plus, -elle a pris des cartouches et a mordu les balles,—les expressions me -manquent pour rendre un trait aussi atroce...;—» qu'on ne peut douter -«qu'il n'ait été convenu, dans le conciliabule qui a eu lieu toute -la nuit, qu'il fallait tirer sur le peuple, et que Louis Capet et -Marie-Antoinette, qui était la grande directrice de cette conspiration, -n'ait elle-même donné l'ordre de tirer.» - -Fouquier relevait ensuite, mais à la fin de son réquisitoire, en -quelques phrases rapides, et comme si lui-même en avait eu honte, -l'infâme calomnie qui n'avait pu naître que dans l'imagination -dévergondée du _Père Duchesne_, et il résumait toute son œuvre en trois -chefs principaux. La Reine était accusée: - -«1o D'avoir méchamment et à dessein, de concert avec les frères -de Louis Capet et l'ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière -effroyable les finances de la France, et d'avoir fait passer des sommes -incalculables à l'Empereur et d'avoir ainsi épuisé le trésor national;» - -«2o D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires, -entretenu des intelligences et des correspondances avec les ennemis de -la République, d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis des -plans d'attaque et de campagne, convenus et arrêtés dans le Conseil;» - -«3o D'avoir, par ses intrigues et ses manœuvres, et celles de ses -agents, tramé des conspirations et des complots contre la sûreté -intérieure et extérieure de la France, et d'avoir, à cet effet, allumé -la guerre civile dans divers points de la République et armé les -citoyens les uns contre les autres, et d'avoir, par ce moyen, fait -couler le sang d'un nombre incalculable de citoyens.» - -Voilà l'accusation; mais où sont les preuves? Quelles pièces Fouquier -a-t-il produites à l'appui de son dire? - -Les pièces, on n'a même pas laissé aux défenseurs le temps de les -vérifier. Les preuves, il n'y en a pas. Ce sera aux témoins à les -fournir, s'ils le peuvent. - -La Reine a écouté en silence la longue lecture du greffier; elle n'a -laissé paraître aucun signe d'émotion. A peine, lorsque Fouquier a -repris la calomnie d'Hébert, un imperceptible mouvement de dédain -a-t-il plissé ses lèvres; mais sa contenance est restée calme -et assurée. Le reste du temps, elle a laissé ses doigts errer -insoucieusement sur la barre du fauteuil où elle est assise, comme sur -un _forté piano_[1638]. - -L'audition des témoins commence. Le premier introduit, c'est Lecointre, -de Versailles; Lecointre, qui jadis se proclamait «un des sujets les -plus fidèles» du Roi et de la Reine[1639], aujourd'hui et depuis -quatre ans un de leurs ennemis les plus acharnés; Lecointre, un de -ceux sur qui a pesé le plus lourdement la responsabilité des journées -d'octobre 1789. C'est sur ces journées qu'il est appelé à s'expliquer. -Il renouvelle toutes les diatribes qu'il a jadis inspirées au journal -de Gorsas; il s'étudie à charger Marie-Antoinette. Marie-Antoinette ne -répond que par des dénégations nettes et précises aux allégations de -Lecointre et aux questions du président. - -L'adjudant général Lapierre et le canonnier Roussillon déposent, le -premier sur la fuite de Varennes, le second sur la journée du 10 -août. Roussillon a vu, prétend-il, lors du pillage des Tuileries, des -bouteilles sous le lit de l'accusée, preuve évidente qu'elle avait fait -boire les Suisses pour les enivrer. Ici encore la Reine n'oppose qu'un -fier démenti aux insinuations grotesques de cet aboyeur subalterne. Il -semble d'ailleurs que, dans les récits des témoins, on cherche moins -des preuves contre elle qui est perdue d'avance, que contre certains -personnages qu'on veut perdre, contre Lafayette, Bailly, Pétion, ou -des administrateurs de police, tels que Michonis, Marino, Jobert, etc. -L'accusation n'avance pas, quand on introduit Hébert. - -Hébert raconte des choses vagues: il a trouvé dans un livre de -l'accusée des signes contre-révolutionnaires, un cœur percé d'une -flèche; il soupçonne Toulan de s'être découvert devant les membres de -l'ex-famille royale. Puis ce misérable qui a toutes les bassesses, cet -homme qui a vécu comme un infâme et qui mourra comme un lâche, reprend -dans le détail l'immonde calomnie qui a fourni à Fouquier le dernier -paragraphe de son acte d'accusation. - -Chose étrange! l'auditoire reste silencieux; les applaudissements sur -lesquels Hébert a compté lui manquent; les tricoteuses ont elles-donc -plus de pudeur que lui? Le président lui-même, dans les questions -qu'il pose à l'accusée, semble oublier la déclaration du substitut du -procureur de la Commune; il l'interroge sur Michonis, sur l'affaire -de l'œillet, et il laisse dans l'ombre, par un reste de vergogne -peut-être, les récits odieux du _Père Duchesne_. - -Mais il se rencontre un homme qui n'a pas moins d'impudeur qu'Hébert. -Un juré,—pourquoi n'a-t-on pas imprimé son nom? a-t-il rougi, plus -tard, ou l'éditeur du _Bulletin du Tribunal révolutionnaire_ a-t-il -rougi pour lui?—un juré anonyme interpelle Herman: - -«Citoyen président, dit-il, je vous invite à vouloir bien faire -observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé -le citoyen Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son -fils.» - -Cet homme doit être content; son infamie est couronnée de succès. La -Reine jusqu'ici n'a opposé qu'un front d'airain et un cœur impassible -aux allégations des témoins comme aux déclamations de l'accusateur -public. A la question du juré, son front rougit et son cœur s'émeut; -elle se soulève à demi sur son fauteuil, et, d'un geste indigné, d'une -voix vibrante: - -«Si je n'ai pas répondu, dit-elle, c'est que la nature se refuse à -répondre à une pareille inculpation faite à une mère.» - -Et jetant un regard sur l'auditoire: - -«_J'en appelle_, continue-t-elle, _à toutes celles qui peuvent se -trouver ici!_» - -Devant ce cri sublime du cœur d'une mère, je ne sais quel courant -magnétique passe dans l'assistance; les tricoteuses se sentent remuées -malgré elles; peu s'en faut qu'elles n'applaudissent, comme elles ont -applaudi au 6 octobre. On entend des cris déchirants; des femmes, -dit-on, sont emportées évanouies, et le tribunal est réduit à menacer -les perturbateurs de l'ordre[1640]. Hébert frémit et baisse la tête: le -cri de la Reine l'a frappé à mort[1641]. - -Pour couper court aux impressions trop favorables à l'accusée, au gré -des juges, on reprend l'audition des témoins. Mais le notaire Silly -essaie en vain de réveiller les haines, en déposant, sur la fuite du 20 -juin 1791. L'attention n'est plus là; il faut donner à l'émotion des -assistants le temps de se calmer, et, à trois heures[1642], l'audience -est suspendue. - -Tant de secousses n'ont point abattu la Reine; sa conscience la -soutient. «Vois-tu comme elle est fière?» murmure une femme, en la -voyant quitter la salle d'un pas assuré. La Reine entend ce mot; -elle s'en émeut; elle a peur d'avoir mis trop de dignité dans ses -réponses[1643]. Puis se tournant vers ses défenseurs, elle leur demande -ce qu'ils pensent des déclarations des témoins, et sur l'assurance -qu'ils lui donnent qu'il ne résulte encore rien de positif des débats: -«Je ne crains que Manuel,» dit-elle. - -A cinq heures, l'audience est reprise. Les dépositions continuent; -mais, comme le matin, pas un fait précis, pas une articulation appuyée -sur des preuves; des récriminations, des insinuations vagues, des -suppositions. - -Terrasson a vu l'accusée, au retour de Varennes, jeter sur les -gardes nationaux «le coup d'œil le plus vindicatif». Reine Millot, -«fille domestique,» a entendu dire, en 1788, au duc de Coigny, que -Marie-Antoinette avait fait passer à son frère au moins vingt millions, -comme s'il était vraisemblable que M. de Coigny, dont elle ne sait -même pas le titre, puisqu'elle le qualifie de comte, eût été faire -des confidences de ce genre à une servante de bas étage. Elle sait -encore qu'un jour la Reine avait sur elle deux pistolets pour tuer le -duc d'Orléans et que le Roi a dû la mettre quinze jours aux arrêts -dans sa chambre. Comment le sait-elle? Elle ne le dit pas. Labenette, -le rédacteur du _Journal du diable_, l'émule subalterne de Marat, -déclare que la Reine a envoyé trois hommes pour l'assassiner. Et en -dehors de ces affirmations ridicules ou odieuses, pas une preuve, rien, -absolument rien. - -Manuel lui-même, le seul témoin que Marie-Antoinette semble redouter, -Manuel ne l'accuse pas. Il se contente de protester qu'il n'a jamais -eu de relations avec la Cour ni avec la femme du ci-devant Roi. Et, à -vrai dire, dans ce procès, Manuel, comme Bailly qui lui succède, tous -deux exemples mémorables de l'inconstance des enthousiasmes populaires, -Manuel est plutôt accusé que témoin. En vain fait-on comparaître -toute une nouvelle série de témoins; en vain relève-t-on l'affaire de -l'œillet; en vain Dufraisne Gilbert, les Richard, la femme Harel, -sont-ils pressés de questions sur la visite de Rougeville à la -Conciergerie. Rien encore. A onze heures du soir, la séance est levée: -juges, jurés et témoins ont besoin de repos. - -La Reine, accablée de fatigue, torturée par ces longs débats de quinze -heures, épuisée de chaleur, d'indignation, de dédain, la Reine a soif; -elle demande à boire. Les huissiers sont absents; dans cette foule où -chacun, dix ans auparavant, eût brigué l'honneur d'aller lui chercher -un verre d'eau et le lui eût présenté à genoux, nul n'a le courage -de lui rendre un service que réclame la plus simple humanité. Seul, -l'officier de gendarmerie qui l'accompagne, de Busne, ose se dévouer: -il lui donne à boire[1644]. La Reine se sent défaillir; sa vue se -trouble; en retournant à son cachot, elle se trouve presque mal: -«Je n'y vois plus, murmure-t-elle; je n'en peux plus; je ne saurais -marcher.» Respectueux, ému de compassion, de Busne lui offre le bras -et l'aide à descendre les trois marches glissantes qui conduisent à sa -chambre. Le lendemain matin, de Busne, suspect d'humanité et convaincu -de pitié contre-révolutionnaire, est jeté en prison à son tour[1645]. - -Le 15, à neuf heures du matin, l'audience est reprise. C'est le dernier -jour de cette horrible agonie; le lendemain, ce sera le jour de la mort. - -Le premier témoin qui paraît, c'est le vainqueur des Antilles, -d'Estaing, «matelot et soldat,» comme il s'intitule; d'Estaing, qui a -l'intelligence et la valeur leur militaires, mais auquel manque un -sens, le sens du respect de soi-même et des autres. D'Estaing commence -par dire qu'il a à se plaindre de l'accusée, qui l'a empêché d'être -maréchal de France: mais il n'apporte aucune charge contre elle, et -sa déposition même est un hommage au grand cœur de la Reine: «Si les -Parisiens viennent ici pour m'assassiner,» lui a-t-il entendu dire le -5 octobre, «c'est aux pieds de mon mari que je le serai; mais je ne -fuirai pas.» - -A d'Estaing succèdent les deux la Tour du Pin, ses anciens compagnons -d'armes, bientôt ses compagnons d'échafaud,—tous trois seront -guillotinés le 28 avril 1794,—ses égaux en grade, ses supérieurs en -grandeur morale. Pas plus que celle de d'Estaing, leurs dépositions ne -chargent la Reine. L'ancien ministre de la guerre la salue avec le même -respect que jadis dans les galeries de Versailles. On lui demande s'il -connaît l'accusée. «Ah! oui, répond-il en s'inclinant, j'ai l'honneur -de connaître Madame.» Inculpé comme elle, il se défend et la défend -avec une aisance et un courage qui déconcertent les juges. On cherchait -des accusateurs, on ne trouve que des apologistes. - -Et pourtant la passion d'Herman est ingénieuse à harceler -Marie-Antoinette. Il revient sans cesse sur les anciens griefs allégués -contre elle; il met à nu toute sa vie; il ramasse dans les pamphlets -des courtisans et dans ceux des démagogues les vieilles calomnies, -enfantées par les haines d'antichambre et les haines de la rue; les -dépenses de Trianon, le procès du Collier, la nomination de ministres -liberticides, les prétendus millions envoyés à l'Empereur. - -D.—«Où avez-vous pris l'argent avec lequel vous avez fait construire -et meubler le Petit Trianon, dans lequel vous donniez des fêtes dont -vous étiez toujours la déesse?» - -R.—«C'était un fonds que l'on avait destiné à cet effet.» - -D.—«Il fallait que ce fonds fut _conséquent_; car le Petit Trianon doit -avoir coûté des sommes énormes.» - -R.—«Il est possible que le Petit Trianon ait coûté des sommes immenses, -peut-être plus que je ne l'aurais désiré; on avait été entraîné dans -les dépenses peu à peu. Du reste, je désire plus que personne que l'on -soit instruit de ce qui s'y est passé[1646].» - -D.—«N'est-ce pas au Petit Trianon que vous avez connu pour la première -fois la femme la Motte?» - -R.—«Je ne l'ai jamais vue.» - -D.—«N'a-t-elle pas été votre victime dans l'affaire du fameux collier?» - -R.—«Elle n'a pas pu l'être, puisque je ne la connaissais pas.» - -D.—«Vous persistez donc à nier que vous l'avez connue?» - -R.—«Mon plan n'est pas la dénégation; c'est la vérité que j'ai dite et -que je continuerai à dire.» - -D.—«N'avez-vous pas forcé les ministres des finances de vous délivrer -des fonds, et, sur ce que quelques-uns d'entre eux s'y sont refusés, ne -les avez-vous pas menacés de votre indignation?» - -R.—«Jamais!» - -D.—«N'avez-vous pas sollicité Vergennes à faire passer six millions au -Roi de Bohême et de Hongrie?» - -R.—«Non.» - -On ouvre un paquet, scellé du cachet de la Commune et renfermant les -objets trouvés sur la Reine, le 2 août, au moment où elle a été écrouée -à la Conciergerie. Il y a là des portefeuilles, des portraits, des -cheveux[1647]. L'accusation n'y pourrait-elle découvrir quelque pièce -de conviction contre l'accusée? Ne seraient-ce point par hasard des -insignes contre-révolutionnaires? Et ce portefeuille de maroquin rouge -ou ce livret de moire verte n'auraient-ils pas reçu la confidence de -quelque complot contre la liberté? Non, ces portraits sont ceux de -la princesse de Lamballe et de deux amies d'enfance, les «Dames de -Mecklembourg et de Hesse». Ce portefeuille ne contient que l'adresse du -médecin de la Reine ou des femmes chargées de son linge. Ces cheveux -sont ceux de son mari et de ses enfants. - -A défaut d'accusateurs parmi les serviteurs de l'ancien régime et de -l'ancienne Cour, ou parmi les hommes de 89, va-t-on au moins en trouver -chez les serviteurs de la Révolution, chez les hommes de 93, chez les -séides de Robespierre et d'Hébert? Les voici qui défilent devant le -Tribunal. Voici Simon, le «gouverneur du fils Capet». Voici Mathey, -le concierge de la Tour du Temple. Ont-ils quelque chose de sérieux à -alléguer? Contre les administrateurs de police, des accusations vagues, -des propos insignifiants, des hypothèses; contre la Reine, rien. - -En voici un, cependant, un espion de police, Tisset, l'auteur d'un -recueil infâme, _le Compte rendu aux sans-culottes de la République -française par très haute, très puissante et très expéditive dame -Guillotine_, qui, plus heureux ou plus habile que les autres, arrive -les mains pleines de faits. Tisset a découvert, chez le trésorier de -la liste civile, Septeuil, de nombreuses notes de paiements faits à -Favras, Bouillé et autres conspirateurs. Il a vu, il a tenu dans ses -doigts _deux_ bons de quatre-vingt mille livres, signés _Antoinette_. -Ces bons ont été déposés à la commission des Vingt-Quatre qui, depuis, -a été dissoute. - -Et voici le ci-devant secrétaire de la commission des Vingt-Quatre, -Garnerin, qui déclare avoir vu _le_ bon de quatre-vingt mille livres, -signé _Antoinette_, au profit de la ci-devant Polignac. Ce bon, comme -les autres pièces, a été remis à Valazé, membre de la commission. -Garnerin en sait même plus long: il sait que la Cour a fait faire des -accaparements, pour «procurer un surhaussement dans le prix des denrées -et par là dégoûter le peuple de la Révolution et de la liberté». -La Reine, interpellée, déclare n'avoir aucune connaissance de ces -accaparements; mais elle interroge à son tour; elle demande de quelle -date sont ces deux bons qui, pour Garnerin, se réduisent déjà à un -seul, et Tisset, troublé, répond que l'un d'eux est du 10 août 1792, -comme si, ce jour-là, pendant l'attaque des Tuileries ou dans la loge -du _Logographe_, la Reine avait pu envoyer un bon de quatre-vingt -mille livres à Septeuil. L'accusation tombe sous le ridicule, et Valazé -lui porte le dernier coup, en transformant le bon de quatre-vingt mille -livres en une quittance de quinze ou vingt mille livres, dont il ne -se rappelle plus le destinataire. Et cette quittance même, on ne la -produit pas. - -C'est sur cet échec de l'accusation qu'à trois heures de l'après midi -l'audience est suspendue. La Reine n'est pas reconduite dans son -cachot; on lui apporte un potage qu'elle prend à la hâte: elle a besoin -de forces pour cette dernière et mortelle séance qui ne finira que bien -avant dans la nuit. - -A cinq heures, le Tribunal rentre dans la salle. Cette fois ce sont les -officiers municipaux et les administrateurs de police, Lebœuf, Jobert, -Moëlle, Vincent, Bugnot, Dangé, Michonis, etc., qui sont appelés à -déposer; mais ces hommes, dont la plupart se sont conduits envers la -captive avec une déférence et un dévouement que plusieurs paieront de -leur tête, n'ont rien à alléguer contre elle. Brunier, médecin des -Enfants de France, qui a été mandé à diverses reprises au Temple pour -leur donner ses soins, n'a rien à dire non plus. On lui reproche de ne -s'être approché des enfants de l'accusée qu'avec toutes les bassesses -de l'ancien régime. «C'était bienséance et non bassesse,» répond -courageusement Brunier. - -Didier-Jourdeuil déclare avoir vu une lettre adressée par l'accusée -au commandant des Suisses, le comte d'Affry, dans laquelle elle lui -disait: «Peut-on compter sur vos Suisses? Feront-ils bonne contenance -quand il sera temps?» Mais cette lettre, Marie-Antoinette la nie, et -Jourdeuil ne peut la représenter. - -De cette séance comme de celles qui l'ont précédée, que reste-t-il -donc? La ridicule déposition de Michel Gointre, qui soupçonne la Reine -d'avoir fondé une fabrique de faux assignats à Passy, ou l'absurde -question d'Herman, qui lui demande si elle n'a pas conçu le projet de -réunir la Lorraine à l'Autriche. Mais d'allégations sérieuses, pas une -seule; de pièces authentiques, pas une seule; de bases pour l'œuvre -monstrueuse de l'accusateur public, pas une seule. «La Reine, a dit -éloquemment un de ses historiens, ne consentit à se justifier que pour -justifier les autres et, dans ces longs débats, pas une parole ne lui -échappa qui pût mettre un dévouement en péril ou la conscience des -juges en repos[1648].» - -La liste des témoins est épuisée; les angoisses de l'interrogatoire -sont finies. Le président demande à l'accusée si elle n'a rien à -ajouter à sa défense. - -«Hier,» répond-elle simplement, devançant le jugement de l'histoire, -«hier je ne connaissais pas les témoins; j'ignorais ce qu'ils allaient -déposer contre moi. Eh bien! personne n'a articulé contre moi un fait -positif. Je finis en observant que je n'étais que la femme de Louis -XVI, et qu'il fallait bien que je me conformasse à ses volontés.» - -Herman déclare les débats terminés et Fouquier-Tinville prend -la parole. On n'attend pas de nous que nous analysions ce long -réquisitoire, qui n'est que la reproduction de l'acte d'accusation, que -l'on connaît. Il y a un point, cependant, sur lequel Fouquier n'ose pas -revenir: c'est la déposition d'Hébert. - -Les défenseurs se lèvent. A minuit, le président les a prévenus que -les débats allaient être clos, et qu'ils avaient _un quart d'heure_ -pour se préparer. Chauveau-Lagarde parle le premier; il s'est chargé de -répondre à l'accusation d'intelligence avec les ennemis de l'extérieur, -tandis que son collègue défendra fendra la Reine contre l'accusation -d'intelligence avec les ennemis de l'intérieur. «Je ne suis dans -cette affaire, dit-il, embarrassé que d'une seule chose, ce n'est -pas de trouver des réponses, c'est de trouver des objections[1649].» -Et les deux avocats, «avec autant de zèle que d'éloquence», dit le -_Bulletin du Tribunal révolutionnaire_, réduisent à néant l'échafaudage -laborieusement élevé par Fouquier. - -«Comme vous devez être fatigué, Monsieur Chauveau-Lagarde,» murmure -la Reine à l'oreille de son défenseur, «je suis bien sensible à -toutes vos peines[1650].» Ces mots sont entendus, et, séance tenante, -sous les yeux même de leur auguste cliente, Chauveau-Lagarde et -Tronçon-Ducoudray sont arrêtés. - -Herman résume les débats, ou plutôt il prononce un nouveau et violent -réquisitoire, destiné à montrer aux jurés quelle est la besogne que -l'on attend d'eux. «C'est le peuple français, dit-il, qui accuse -Marie-Antoinette,» et, retraçant en quelques mots haineux la vie -publique de l'accusée, rappelant les événements politiques qui se sont -succédé depuis cinq années, évoquant «les mânes de nos frères égorgés -par suite des machinations infernales de cette moderne Médicis», il -pose les quatre questions suivantes: - -«1o Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences -avec les Puissances étrangères et ennemis extérieurs de la République, -lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours -en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y -faciliter les progrès de leurs armes? - -«2o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle -convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres et d'avoir eu ces -intelligences? - -«3o Est-il constant qu'il a existé un complot et conspiration tendant -à allumer la guerre civile dans l'intérieur de la République, en armant -les citoyens les uns contre les autres? - -«4o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle -convaincue d'avoir participé à ce complot et conspiration?» - -Les jurés se retirent dans la chambre des délibérations, et l'accusée -est emmenée[1651]. Au bout d'une heure environ, les jurés rentrent et, -à l'unanimité, répondent affirmativement sur toutes les questions. - -Par une dernière hypocrisie, Herman exhorte l'assistance à s'interdire -toute marque d'approbation, et, faisant ramener Marie-Antoinette, il -lui donne lecture de la déclaration du jury. - -Fouquier prend la parole, et, conformément à l'article 1er de la -1re section du titre I de la IIe partie du Code pénal, requiert -contre l'accusée la peine de mort. Le président demande à la Reine si -elle a quelques réclamations à faire sur l'application de la peine. La -Reine secoue la tête, sans dire un mot. - -Le président consulte ses collègues; le Tribunal opine à haute voix et -Herman déclare que Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, veuve de -Louis Capet, est condamnée à la peine de mort. - -La Reine reste impassible. Pas une contraction sur son visage; pas une -larme dans ses yeux[1652]. Brisée de fatigue, épuisée par la perte de -son sang, affaiblie par le manque de nourriture,—elle n'a presque rien -pris depuis douze heures,—son incomparable énergie la soutient. Elle -ne dit pas un mot, elle ne fait pas un geste; sereine et fière, elle -quitte la salle d'audience, la tête haute, et rentre à la Conciergerie, -où les gendarmes la conduisent dans le cachot des condamnés à -mort[1653]. - - - - -CHAPITRE XXVII - - La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette à Mme - Élisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques instants sur - son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans - Paris.—La Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet - de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien - Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion. - - -Il est quatre heures et demie du matin; dans quelques heures, le -bourreau viendra réclamer sa victime. La Reine demande de l'encre; -avant de mourir, elle a besoin d'épancher son âme et d'envoyer à ses -enfants et à sa belle-sœur ses dernières pensées avec ses dernières -larmes. C'est à Mme Élisabeth qu'elle écrit: - - «Ce 16 octobre, à 4 h. ½ du matin. - -«C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens -d'être condamnée, non pas à une mort honteuse,—elle ne l'est que pour -les criminels,—mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, -j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. -Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. -J'ai un profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez que je -n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui -avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle -position je vous laisse!» - -«J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille -était séparée de vous; hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui -écrire[1654]; elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais pas même si -celle-ci vous parviendra[1655]. Recevez pour eux deux ma bénédiction; -j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se -réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils -pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les -principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de -la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur. -Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son -frère, par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que -lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour, -rende à sa sœur tous les soins, tous les services que l'amitié peut -inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où -ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur -union. Qu'ils prennent exemple de nous: combien, dans nos malheurs, -notre amitié nous a donné de consolation, et, dans le bonheur, on jouit -doublement, quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de -plus tendre et de plus uni que dans sa famille? Que mon fils n'oublie -jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément: -«qu'il ne cherche jamais à venger notre mort!» - -«J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais -combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma -chère sœur; pensez, à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire -dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un -jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos -bontés et de vos tendresses pour tous deux.» - -«Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais -voulu vous les écrire dès le commencement du procès; mais, outre qu'on -ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais -réellement pas eu le temps.» - -«Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans -celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours -professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre; ne -sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion,—et -même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une -fois,—je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que -j'ai pu commettre, depuis que j'existe; j'espère que, dans sa bonté, -il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais -depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa -miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, -et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le -vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le -mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et à tous mes frères -et sœurs. J'avais des amis: l'idée d'en être séparée pour jamais et -leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant: -qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes derniers moments j'ai pensé à -eux.» - -«Adieu, ma bonne et tendre sœur: puisse cette lettre vous arriver! -Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que -ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu! qu'il est déchirant de les -quitter pour toujours! Adieu! Adieu! Je ne vais plus m'occuper que de -mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on -m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai -pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger.» - -La Reine a pleuré en écrivant cette lettre, non pas sur elle-même, mais -sur ses enfants. Elle a pleuré, en songeant aux mains indignes entre -lesquelles elle laisse son fils, à ce qu'on lui a déjà fait dire et -faire, à ce qu'on le forcera peut-être de dire et de faire encore. Mais -il ne faut pas que ces pensées l'amollissent; elle a besoin de tout son -courage et de toutes ses forces pour mourir. Elle refoule ses larmes, -donne sa lettre au concierge Bault[1656] et se met à genoux, répandant -longuement devant Dieu son âme tout entière[1657]. Elle se relève, -mange à la hâte une aile de poulet et un petit pain[1658], quitte sa -pauvre chemise, toute tachée par les hémorrhagies qui l'épuisent depuis -un mois, en met une autre que lui procure la femme du concierge[1659], -et, brisée par tant d'émotions, se jette tout habillée sur son lit, -enveloppe ses pieds dans une couverture et s'endort[1660]. - -A six heures, on la réveille: «Voilà, lui dit-on, un curé de Paris, -qui demande si vous voulez vous confesser.»—«Un curé de Paris,» -murmure-t-elle, il n'y en a guère[1661].» Le prêtre s'avance; il est -vêtu en laïque[1662]; c'est un abbé Girard, curé de Saint-Landry, dans -la Cité. La Reine le remercie; mais, fidèle à l'engagement qu'elle -a pris dans sa lettre, elle refuse de se servir du ministère d'un -schismatique. Ce ministère, d'ailleurs, elle n'en a pas besoin. Dieu -lui a fait la grâce de lui envoyer, quelques jours auparavant, un -prêtre fidèle[1663]; et, s'il faut en croire Madame Royale, ce matin -même, agenouillée devant sa fenêtre, elle aurait reçu l'absolution -et la bénédiction du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face -d'elle[1664]. - -La Reine a froid; l'atmosphère déjà fraîche des premières nuits -d'automne, les brouillards du fleuve, l'humidité de la prison glacent -son sang dans ses veines. Sur le conseil de l'abbé Girard, elle place -un oreiller sur ses pieds et s'absorbe dans le recueillement de ses -pensées et de ses muettes prières[1665]. - -A sept heures, un nouveau personnage entre dans la prison; c'est le -dernier acteur de ce drame lugubre, le bourreau. «Vous venez de bonne -heure, Monsieur,» lui dit Marie-Antoinette, «ne pourriez-vous pas -retarder?»—«Non, Madame, j'ai ordre de venir[1666].» La Reine coupe -elle-même ses cheveux[1667] et Samson procède rapidement à la fatale -toilette. Puis on attend. Le prêtre essaie quelques exhortations, -la Reine ne les écoute que d'une oreille distraite. Sa pensée n'est -plus là. Mais l'abbé Girard s'étant hasardé à dire: «Votre mort va -expier...»—«Ah!» interrompt-elle vivement, «des fautes, mais pas un -crime[1668].» - -Dès cinq heures du matin, le rappel a été battu dans les quarante-huit -sections de Paris. A sept heures, toute la force armée est sur -pied; des canons ont été rangés aux extrémités des ponts, places -et carrefours, depuis le Palais jusqu'à la place de la Révolution. -A dix heures du matin, de nombreuses patrouilles circulent dans -les rues[1669]. La foule se presse aux portes de la Conciergerie, -impatiente et houleuse; des milliers de sans-culottes[1670] sont là, -injuriant leur victime, et attendant leur proie. - -A onze heures, un mouvement se fait. La porte de la prison s'ouvre; -la Reine paraît, majestueuse et fière, comme à Versailles; vêtue d'un -déshabillé de piqué blanc[1671], comme pour un jour de triomphe, a dit -un témoin oculaire[1672]; chaussée de souliers de prunelle noire, avec -des talons très haut, à la Saint-Huberty[1673]; un fichu de mousseline -blanche autour du cou; sur la tête un bonnet de linon sans barbes,—elle -n'a pu obtenir d'aller nu-tête à l'échafaud[1674];—les coudes retirés -en arrière par une grosse ficelle, dont le bourreau tient l'extrémité; -le teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang, -les cils immobiles et raidis[1675]; la lèvre plissée par un ineffable -dédain[1676]. Autour d'elle des gendarmes; près d'elle, le curé de -Saint-Landry: «Voulez-vous que je vous accompagne?» a dit le prêtre -constitutionnel.—«Comme vous voudrez,» a répondu insoucieusement la -Reine[1677]. - -Trente mille hommes forment la haie, depuis la Conciergerie jusqu'à la -place de la Révolution[1678]. Cet appareil militaire, cette crainte -d'une évasion possible, d'un complot pour enlever la condamnée pendant -le trajet[1679], cette foule immense qui roule comme la vague, -c'est le suprême et involontaire hommage rendu à la grandeur de -Marie-Antoinette; car on n'a pas eu pour cette majesté déchue les mêmes -égards que pour son mari. La voiture qui l'attend, acculée à quelques -pas de la porte, n'est point un carrosse, comme pour Louis XVI, c'est -l'ignoble charrette des condamnés vulgaires, avec ses roues pleines de -boue, une planche pour banquette, sans paille ni foin sur le plancher; -pour la traîner, un grossier cheval blanc; pour la conduire, un homme -en blouse, à figure sévère et sinistre. La Reine ne peut retenir un -mouvement de surprise, à la vue de cet étrange véhicule[1680]; mais -elle ne tarde pas à dominer cette émotion passagère. - -Au marche-pied, placé derrière la charrette, on ajoute une petite -échelle assez large, de quatre ou cinq échelons. Samson offre la -main à la condamnée, pour l'aider à franchir les degrés; la Reine -refuse d'un geste et monte seule, sans appui. Elle se place sur la -banquette, le dos tourné au cheval; le prêtre s'assied près d'elle. -«Voici, Madame, lui dit-il, l'instant de vous armer de courage.»—«Du -courage,» reprend-elle vivement, il y a «si longtemps que j'en -fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en manque -aujourd'hui[1681].» Le prêtre insiste; elle lui impose silence, en lui -répétant avec fermeté «qu'elle n'est point de sa religion, qu'elle -meurt en professant celle de son époux et qu'elle n'oubliera pas les -principes qu'il lui a répétés tant de fois[1682]». Le bourreau et son -aide sont debout, derrière la Reine, le tricorne à la main, appuyés -aux parois de la voiture et mettant «un soin visible à laisser flotter -à leur gré les cordes» qui lient les mains de la victime et dont ils -tiennent les extrémités. - -Un pâle soleil d'automne éclaire cette scène. La charrette s'ébranle; -les gendarmes ont peine à lui frayer un passage, au milieu de cette -masse compacte de sans-culottes et de tricoteuses qui vont bien gagner -leur journée. Un silence étrange règne dans cette foule; mais, à -l'entrée de la rue Saint-Honoré, les clameurs commencent. Des lazzis -grossiers, des plaisanteries sinistres, des injures infâmes, des cris -de mort sortent, comme des émanations malfaisantes, des profondeurs -de cette populace en délire et se croisent avec des cris de _Vive la -République_! _A bas les tyrans[1683]!_ Quelques misérables battent des -mains[1684]; le comédien Grammont, à cheval, caracole autour de la -charrette, donnant le signal des outrages. Impassible et sereine, «sans -abattement ni fierté[1685],» la Reine plane au-dessus de cette tourbe; -ses regards se posent sur cette foule haineuse, presque sans la voir, -et ses oreilles sont frappées de ces bruits, sans les entendre. A peine -si, de temps à autre, quelque insulte, plus odieuse que les autres, -réussit à parvenir jusqu'à elle et à ramener un instant sur la terre -cette pensée, qui monte, obstinément vers le ciel. - -Personne aux fenêtres; il ne faut rien au-dessus du niveau brutal de -la rue[1686]. Toute sympathie doit se taire; la haine seule a droit de -se montrer. Quelques spectateurs, dit-on, pourtant, s'évanouissent de -douleur[1687]. - -La charrette s'avance lentement: il faut, a écrit un journaliste, -que la Reine «boive longtemps la mort[1688]». Devant Saint-Roch, le -cortège s'arrête; c'est une des stations que l'acharnement ingénieux -des bourreaux a ménagées à la victime sur le long chemin de son -Calvaire. Sur le perron de l'église est entassée la fine fleur des -furies révolutionnaires, le bataillon de la citoyenne Lacombe. Grammont -se dresse sur ses étriers, en brandissant son sabre: «La voilà, -l'infâme Antoinette, crie-t-il; elle est f....., mes amis!» C'est le -signal; un long murmure s'élève de cette foule; les vociférations, les -imprécations, les injures viennent se fondre en un immense hurlement -de haine et d'insulte. Quelle jouissance pour ces femmes, pour ces -_lécheuses de guillotine_, comme les appelait énergiquement la -Commune, si elles pouvaient saisir sur le visage de la condamnée un -tressaillement, ou dans ses yeux une larme! Mais cette volupté ne leur -est pas donnée; sous le coup de l'outrage, la Reine demeure impassible; -elle ne voit rien, elle n'entend rien. - -Cent pas plus loin, en face des Jacobins, il semble qu'elle veuille -déchiffrer l'inscription qui surmonte l'arcade du passage[1689]. Elle -se penche vers le prêtre constitutionnel et paraît l'interroger. Pour -toute réponse, le prêtre élève un petit Christ d'ivoire, et la Reine -rentre dans son silence et sa sérénité[1690]. - -A midi, le funèbre cortège débouche sur la place de la Révolution. -Par une dernière et sanglante ironie, l'échafaud est dressé près du -Pont-Tournant, au pied de la statue de la Liberté. La Reine jette un -long regard sur ces Tuileries, où elle est entrée pour la première -fois le 8 juin 1773, radieuse Dauphine, saluée par les acclamations -enthousiastes du peuple de Paris; d'où elle est sortie le 10 août -1792, aux cris de rage de ce même peuple, si cruellement mobile; sur -ces grands arbres, à l'ombre desquels son fils a joué tant de fois, -et dont les feuilles, jaunies par le soleil d'automne, tombent à -terre; sur ce palais où elle a vécu trois mortelles années, depuis -les journées d'octobre 1789, et en face duquel elle va mourir. Sous -le poids de ces souvenirs et de ces pensées, sa tête s'incline et son -visage pâlit[1691]. Elle fléchit un moment, oppressée par d'insondables -douleurs; mais aussitôt elle se redresse, descend de la charrette «avec -légèreté et promptitude» et, «quoique ses mains soient toujours liées,» -gravit, sans aide, les degrés de l'échafaud, «avec un air plus calme et -plus tranquille encore qu'en sortant de la prison[1692].» - -En montant l'escalier, elle met par mégarde son pied sur celui du -bourreau. Samson laisse échapper un cri de douleur. La Reine se -retourne: «Monsieur,» dit-elle, avec une liberté d'esprit et une -dignité inouïes dans un pareil moment, «Monsieur, je vous demande -pardon[1693]!» Puis elle lève les yeux au ciel et murmure une dernière -prière. - -Quatre minutes après[1694], le couperet national avait accompli son -œuvre. L'exécuteur montrait longuement au peuple cette tête sanglante, -dont un mouvement convulsif agitait les paupières, et dont un vif -incarnat teignait encore les joues. «_Vive la République!_» répondait -le peuple. Il était midi et quart. - -Tout était fini: la fille des Césars était allée rejoindre au ciel -le fils de saint Louis. La foule s'écoulait, silencieuse et comme -consternée, en proie à ce saisissement involontaire qui oppresse les -consciences même les plus endurcies, après l'accomplissement d'un grand -crime. - -Cependant, de cette populace haineuse et assouvie, un homme sortait, se -glissait sous la guillotine et trempait son mouchoir dans le sang qui -découlait de l'échafaud, comme dans le sang d'une martyre[1695]. - -Ce sang de la victime, l'histoire l'a recueilli, comme le gendarme -Maingot. Elle l'a recueilli, pour en marquer au front les assassins -de Marie-Antoinette. «Le premier crime de la Révolution, dit -Chateaubriand, fut la mort du Roi; mais le plus affreux fut la mort -de la Reine[1696].» «Paris n'a plus un crime à commettre, écrivait le -cardinal de Bernis en apprenant l'attentat du 16 octobre. Le dernier -ajoute à tous les autres un degré d'horreur et d'infamie inconnu -jusqu'à aujourd'hui[1697].» Et Napoléon a dit de son côté: «La mort -de la Reine fut un crime pire que le régicide[1698];» crime purement -gratuit, puisqu'il n'y avait aucun prétexte à alléguer comme excuse; -crime éminemment impolitique, puisqu'il frappait «une princesse -étrangère, le plus sacré des otages»; crime souverainement lâche, -puisque la victime était une femme «qui n'avait eu que des honneurs -sans pouvoir». - -Quinze jours après[1699], le fossoyeur Joly enfouissait, dans un coin -obscur du cimetière de la Madeleine, les restes mutilés de la grande -suppliciée et soumettait à l'approbation du président du Tribunal -révolutionnaire, Herman, une note ainsi conçue: - - La Veuve Capet, pour la bière 6 livres - Pour la fosse et les fossoyeurs. 25 —[1700] - -C'était le dernier _Mémoire des fournitures faites pour le service de -la Reine de France_! - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - CHAPITRE PREMIER—Les États généraux.—Impopularité de la - Reine au milieu de l'enthousiasme général.—Ouverture des - États généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies - qui s'éteignent.—Mort du premier Dauphin. 1 - - CHAPITRE II.—Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu - de Paume.—La séance royale du 23 juin.—Prise de la - Bastille.—Départ du comte d'Artois et des Polignac.—Le - Roi va à Paris le 17 juillet.—La nuit du 4 août.—Désordres - en province.—Lettres de la Reine à Mme de Polignac.—Menaces - de Paris contre Versailles.—Malouet propose vainement - de transférer l'Assemblée à Compiègne. 19 - - CHAPITRE III.—Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel - de troupes à Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs - des journées d'octobre. 46 - - CHAPITRE IV.—Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris. 58 - - CHAPITRE V.—Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues - de la Reine avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites - officielles des Corps constitués.—Murmures dans le - peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle fait retirer des - reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses bijoux chez - son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du - corps.—Pillage de la maison du boulanger - François.—Représentation de _Charles IX_.—Comment la famille - royale est installée et vit aux Tuileries.—Education des - enfants.—Lettre de la Reine à Mme de Tourzel.—Bienfaisance de - Marie-Antoinette.—Traits charmants du Dauphin.—Première - communion de Madame Royale. 88 - - CHAPITRE VI.—Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé - sont déclarés à la disposition de la nation.—Suppression des - Parlements.—Affaire de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan - d'évasion d'Augeard.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le - 4 février 1790.—On présente à la Reine la veuve et le fils - de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du _Livre - rouge_.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à Saint-Cloud.—Fédération - du 14 juillet 1790.—La famille royale est acclamée - par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les - journées d'octobre. 115 - - CHAPITRE VII.—Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses - ouvertures au comte de la Marck.—Première note de Mirabeau - pour la Cour.—Son entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le - Roi et la Reine les écoutent sans les suivre.—Eclats - de Mirabeau.—La Reine est de nouveau menacée.—Nouveaux - plans de Mirabeau.—Quarante-septième note.—Utilité, - mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau. 140 - - CHAPITRE VIII.—Situation alarmante de Paris: l'émeute en - permanence.—Démission de Necker.—Départ de Mesdames.—Le - 28 février.—Le 18 avril.—Projets de fuite.—Le comte - d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de Saint-Cloud.—Plan - de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au marquis - de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la Reine, - Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises, - est définitivement fixé au 20 juin. 172 - - CHAPITRE IX.—Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille - royale et retour à Paris. 198 - - CHAPITRE X.—La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa - vie captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de - l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge est déployé au - Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour. 231 - - CHAPITRE XI.—Négociations de la Reine avec les - Puissances.—Projets de l'Empereur.—Projets du roi de - Suède.—Projets des émigrés.—Accroissement du nombre et de - l'importance de ces derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour - et avec le baron de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre - du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous - l'influence des Constitutionnels.—Missions du chevalier de - Coigny et de l'abbé Louis.—La Reine dément par ses lettres - secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie des - Constitutionnels. 240 - - CHAPITRE XII.—La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste: - pas d'action immédiate; des négociations seulement.—Lettre - du 8 juillet à Fersen.—Hostilité de la Reine contre les - émigrés.—Mauvaise attitude d'un certain nombre de ces derniers - contre Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard - des Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment - est-elle jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre - à Mercy.—Cruelle situation de Marie-Antoinette. 260 - - CHAPITRE XIII.—Achèvement de la Constitution.—La Reine - consulte Mercy et Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner; - car on n'a pas de moyens de résistance.—Conseils - divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte - la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire. 273 - - CHAPITRE XIV.—Suites de l'acceptation de la - Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre de Louis XVI à - ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth à la marquise de - Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries et - Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de - Marie-Antoinette.—Le Congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine - est inexécutable. 286 - - CHAPITRE XV.—L'Assemblée législative.—Son hostilité contre - le Roi s'affirme dès le début.—Mécontentement de la - bourgeoisie.—La députation de Saint-Domingue est présentée à la - Reine.—Le Roi ne veut pas former de Maison civile.—Projet - d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction du Roi et de - la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation de la - famille royale.—Tiraillements intérieurs.—La Reine continue - à réclamer un Congrès.—Hésitations de l'Empereur et - mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de - Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_. 301 - - CHAPITRE XVI.—Premières mesures de l'Assemblée contre les - émigrés et les prêtres.—Le Roi demande la dispersion des - rassemblements d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire - envoyé à l'Empereur par les Constitutionnels.—Mission - de M. de Simolin.—Lettre de la Reine à Mercy.—Voyage de - Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, mais le reconnaît - impossible.—Représentation du 20 février aux Italiens. 317 - - CHAPITRE XVII.—Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie - insultante des Jacobins.—Nouveaux outrages contre la - Reine.—Attaque violente de Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre - des affaires étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette son - concours, qui est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques - 1792.—La seule consolation de la Reine, ce sont ses enfants.—Le - Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son gouverneur. 334 - - CHAPITRE XVIII.—Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre - de la Reine à Mercy, du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du - Pan.—Premiers échecs des troupes françaises.—Lafayette - propose au Roi de se retirer à son armée.—Emotion de - Paris.—Dénonciation du Comité autrichien.—Réapparition des - Mémoires de Mme de la Motte.—Ils sont brûlés à - Sèvres.—Licenciement de la garde constitutionnelle.—M. - d'Hervilly offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le Roi - refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation - des prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un camp de - vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres - Girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose son veto - aux décrets. 349 - - CHAPITRE XIX.—Le 20 juin. 364 - - CHAPITRE XX.—Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec - Pétion.—Proclamation de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à - Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins - contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes à la - famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse - des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée - des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un - plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers - de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Madame de Staël.—Le duc de - Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son - antipathie contre Lafayette.—Pourquoi.—Surveillance incessante - autour des Tuileries.—La fédération du 14 juillet 1792.—Alertes - continuelles: le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée - des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des - Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche - des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet - déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins - redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté - de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de - la Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale - aux Tuileries. 387 - - CHAPITRE XXI.—Le 10 août. 421 - - CHAPITRE XXII.—Le Temple.—Description.—Le palais du grand - prieur.—La Tour du Temple.—La grosse et la petite Tour.—La - famille royale est enfermée provisoirement dans la petite - Tour.—Le 19 août, on la sépare de ceux qui l'ont - accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments de la Reine sur - l'invasion.—Cléry à la Tour.—Les journées de septembre.—On - apporte sous les fenêtres du Temple la tête de la princesse de - Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition - de la royauté.—Le Roi est transféré dans la grosse Tour.—La - famille royale y est transférée à son tour.—Le Dauphin est - séparé de sa mère et remis à son père. 446 - - CHAPITRE XXIII.—La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie - des prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux - compatissants.—Drouet au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin - tombent malades.—Installation d'une nouvelle municipalité.—Le - bouillon de la Reine.—On enlève à la famille royale tous les - instruments tranchants.—Procès du Roi.—Louis XVI traduit à la - Convention.—Il est séparé de sa famille.—Ses entretiens avec - Malesherbes.—Le Roi est condamné à mort.—Dernière entrevue avec - la Reine et ses enfants.—Exécution du Roi. 468 - - CHAPITRE XXIV.—La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie - de Madame Royale.—On apporte aux prisonniers des vêtements de - deuil.—Toulan et Lepître.—Plan d'évasion préparé par ces deux - municipaux et M. de Jarjayes.—Modifications dans le - plan.—Nouveau projet; il échoue comme le premier.—Lettre de la - Reine à M. de Jarjayes.—Toulan sauve l'anneau et le cachet du - Roi.—La Reine les envoie à Monsieur et au comte - d'Artois.—Dénonciations de Tison.—Perquisitions - nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection - de Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout - échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert - viennent à la Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan - d'évasion.—La méfiance de Simon le fait manquer.—La Tison - devient folle.—Louis XVII est enlevé à sa mère.—Il est livré au - savetier Simon.—Nouvelle visite de Drouet au Temple.—Le jeune - prince brutalisé par Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle - est transférée à la Conciergerie. 493 - - CHAPITRE XXV.—La Conciergerie.—Le cachot de la - Reine.—Michonis.—Les Richard.—Tentatives pour sauver la - Reine.—L'affaire de l'Œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge - Bault et sa famille.—Nouvelle tentative d'évasion.—Le complot - Basset.—Inaction de l'Autriche. 530 - - CHAPITRE XXVI.—Procès de la Reine.—Décret de la - Convention.—Premier interrogatoire de - Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray sont - désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les jurés.—Audience du - 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les témoins.—Déposition - d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et Bailly.—L'officier - de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 octobre.—Interrogatoire - du président.—Tisset et Garnerin.—Réquisitoire - de Fouquier-Tinville.—Discours des défenseurs.—Condamnation.—La - Reine est ramenée à la Conciergerie. 553 - - CHAPITRE XXVII.—La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette - à Mme Elisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques - instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau - Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la - charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la - place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne - Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion. 578 - - - - -FIN DU TOME SECOND ET DERNIER - - - - -7121.—POITIERS, IMPRIMERIE BLAIS, ROY ET Cie, 7, rue Victor-Hugo. - - - - -NOTES: - -[1] «Elle avait cette dignité, ce courage, cette vigueur d'élan dans -des occasions dangereuses, qui prouvait une âme née forte; mais il -manquait à cette âme de s'être exercée à l'usage de sa force.»—Lettre -inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, communiquée par M. -Gustave Bord. - -[2] Mémoire en forme de doléances des habitants de la paroisse de -Dry, universellement accepté par le bailliage de Beaugency, présenté -par les députés de ce bailliage à l'Assemblée des trois Etats à -Orléans.—_Archives nationales_, B. III. 99. - -[3] _Ibid._ - -[4] _Ibid._ - -[5] Cité par M. Th. Meignan, dans son très curieux article sur -_Les registres paroissiaux de l'état civil_.—_Revue des questions -historiques_, janvier 1879, p. 149. - -[6] _Mémoires de Mme Campan_, 228, 229. - -[7] _Souvenirs d'un page_, 287. - -[8] _Ibid._ 288. - -[9] _Mémoires de Weber_, 203. - -[10] _Ibid._ 204, note. - -[11] Le Roy, _Histoire de Versailles_, I, 227. - -[12] On avait voulu lui donner un dais; il l'avait refusé, ne -voulant pas, disait-il, d'un honneur réservé au Saint-Sacrement -seul.—_Souvenirs d'un page_, 289. - -[13] _Ibid._ 290. - -[14] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVII. - -[15] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 19. - -[16] _Souvenirs d'un page_, 288. - -[17] _Mémoires de Mme Campan_, 227. - -[18] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 242. - -[19] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 20. - -[20] _Ibid._, 21. - -[21] _Souvenirs d'un page_, 290.—_Mémoires du marquis de Ferrières_, I, -21, note. - -[22] _Correspondance littéraire de Grimm._ - -[23] _Souvenirs d'émigration_ par la marquise de Lâge. - -[24] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 243. - -[25] _Ibid._ - -[26] «Il règne dans son ton et dans ses manières toute la _fierté_ que -l'on doit attendre des Bourbons.» _Ibid._ - -[27] _Souvenirs d'un page_, 291. - -[28] _Correspondance littéraire de Grimm._ - -[29] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 143. - -[30] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 244. - -[31] _Mémoires de Mme Campan_, 227. - -[32] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 219, 220. - -[33] _Mémoires de Mme Campan_, 228. - -[34] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 384. - -[35] _Voir_ les détails de cette remise du Dauphin au duc d'Harcourt -dans le _Gouvernement de Normandie_, IV, 384 et suiv. - -[36] Marie-Antoinette à Joseph II, 25 février 1788.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 112. - -[37] Marie-Antoinette à Joseph II, 27 février 1788.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 112. - -[38] La même au même, 24 avril 1788.—_Ibid._, 116. - -[39] La même au même, 16 juillet 1788.—_Ibid._, 118. - -[40] _Mémoires de Mme Campan_, 230. - -[41] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 385. - -[42] _Ibid._, 386. - -[43] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVIII. - -[44] _Mémoires de Mme Campan_, 231. - -[45] Mme Campan prétend que le Dauphin avait pris en grippe même sa -mère. Mais la marquise de Lâge affirme positivement le contraire, et la -marquise de Lâge, qui écrit à sa mère le 17 mai 1789, est plus croyable -sur ce point que Mme Campan, qui n'a écrit que de souvenir. - -[46] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXIX. - -[47] _Souvenirs d'un page_, 290. - -[48] Récit de M. Lefèvre, secrétaire du duc d'Harcourt, gouverneur du -Dauphin.—_Le Gouvernement de Normandie_, IV, 387. - -[49] Lettres de Boullé, député de Nantes, à ses commettants sur -l'ouverture des États généraux.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, p. -8 et 11. - -[50] _Ibid._, p. 34 et 35.—«A midi, raconte Boullé, la députation des -Communes a été reçue; le doyen, accompagné de vingt députés choisis au -sort parmi les commissaires et les adjoints, a prononcé à Sa Majesté -le discours qui avait eu l'approbation de l'Assemblée, _en y ajoutant -seulement quelques expressions de regret et de douleur_ sur la perte -qui vient d'affliger la France et son monarque.» - -[51] _Mémoires de Weber_, 209, 210.—Weber se trompe en plaçant cette -scène le 8, au retour de Meudon. C'est le 6 que la députation du Tiers -fut reçue par le Roi «quoique Sa Majesté, encore dans les premiers -instants d'une douleur trop juste, se fût refusé jusqu'ici à voir -personne».—Lettres de Boullé.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, 36. - -[52] _Mémoires de Malouet_, 2e édition, I, 283, note. - -[53] _Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles_, -par Ch. Vatel, p. 13. - -[54] «On fit accroire au peuple qu'il se tramait mille conspirations -dangereuses contre ses libertés; les meneurs de la foule virent bientôt -que le moment était venu de mettre en branle les masses.» M. de -Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789.—_Revue d'Alsace_, avril, -mai, juin 1880, 202. - -[55] _Mémoires de Malouet_, I, 285.—Malouet avait demandé qu'on -plaçât dans l'arrêté ou la formule du serment un membre de phrase -attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à «faire la -Constitution de concert avec le Roi». Plusieurs députés se joignirent -à lui pour réclamer un amendement analogue. «Cela est juste, leur -répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre aux voix votre -proposition, _pour qu'elle ne soit pas rejetée_.»—_La chute de l'ancien -Régime_, par Aimé Chérest, III, 204. M. Chérest ajoute que Mirabeau -«partageait les sentiments de Malouet», mais que «désespérant de les -faire prévaloir ce jour-là», il «n'essaya même pas de les exprimer -séance tenante.»—_Ibid._, 203. - -[56] «La démarche des Communes, en se déclarant Assemblée nationale, -indépendante des autres Ordres et du Roi lui-même, et en déclarant -qu'aucun pouvoir ne la dissoudrait, est, dans le fait, s'emparer de -toute l'autorité du royaume. Elles se sont, par un seul décret, rendues -semblables au Long Parlement de Charles Ier... Une démarche aussi -hardie et aussi désespérée, contraire à tous les autres intérêts -du royaume, également funeste à l'autorité royale, au Parlement, à -l'armée, ne peut être accordée.»—_Voyages d'A. Young_, I, 342. - -[57] _Mémoires de Malouet_, I, 284. - -[58] Mounier, _Recherches sur les causes qui ont empêché les Français -de devenir libres_, Genève, 1792, I, 296. - -[59] _Mémoires de Weber_, 213. - -[60] _Mémoires de Malouet_, I, 283, 284. - -[61] _Louis XVI_, par le comte de Falloux. - -[62] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 57. - -[63] Un premier conseil avait été tenu le 19 à Marly, où la Cour -s'était transportée après la mort du Dauphin. Le second conseil se tint -le 21 à Versailles, où la Cour était revenue dans l'intervalle. - -[64] De Larcy. _Des vicissitudes de la France_, 11.—Les députés de -la commune de Strasbourg, très désappointés de l'évanouissement de -leurs espérances et très froissés du maintien de la distinction des -Ordres, avouaient cependant qu'il y avait dans la déclaration du Roi -des «adoucissements réels», et ils écrivaient le soir même du 23 juin -aux commissaires de la Bourgeoisie de Strasbourg: «Nous vous observons -que si tous les objets annoncés par Sa Majesté, comme soulagement, -sont accordés aux peuples, ceux-ci y trouveront des _consolations -puissantes_ pour le degré de liberté politique, dont ils attendaient -le bienfait de la justice du monarque et des lumières du siècle et qui -paraît leur échapper.»—_L'Alsace pendant_ _la Révolution française_, -par Rod. Reuss.—_Revue d'Alsace_, juillet, août, septembre 1879, -344.—L'un de ces députés, M. de Turckheim, écrivait plus tard, dans le -rapport qu'il adressait à ses commettants, le 23 novembre 1789: «La -séance royale du 23 juin, où nous entendîmes pour la dernière fois la -voix du monarque, avait manifesté les meilleurs sentiments à l'égard du -bonheur de son peuple. Tout ce que réclamaient nos cahiers de doléances -était accordé, et si les paysans, si remuants aujourd'hui qu'ils ont -été excités par l'artifice, avaient été consultés alors, ils auraient -éclaté en protestations de joie et de reconnaissance.»—_Ibid._, avril, -mai, juin 1780, p. 201.—A. Young écrivait de même: «Tout le monde -connaît les propositions faites par le Roi; le plan était bon; on -accordait beaucoup au peuple sur des points essentiels.»—_Voyage en -France_, I, 349. «Les Communes, en refusant opiniâtrement ce qu'on leur -propose, abandonnent au hasard des avantages certains et inconnus, à -ce hasard qui fera peut-être que la postérité les maudira, au lieu de -bénir leur mémoire comme celle de vrais patriotes.»—_Ibid._, 355. - -[65] Paroles textuelles de Mirabeau, données par le marquis de -Dreux-Brézé dans les séances de la Chambre des Pairs, des 9 et 15 mars -1833. Cité par le comte de Falloux.—_Louis XVI. Pièces justificatives_, -371. - -[66] Lally-Tollendal. _Biographie universelle_, article Necker; cité -dans les _Mémoires de Malouet_, I, 287. - -[67] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Introduction, XLVII. - -[68] «On fit venir des troupes de la province pour inspirer quelque -peur aux conciliabules de l'émeute; mais ce n'était qu'un moyen -d'intimidation; car la douceur extrême du Roi et son amour pour ses -sujets ne lui permirent jamais de songer seulement à verser le sang, -pour maintenir son autorité suprême.»—_Mémoires de M. de Turckheim_ à -ses commettants, 23 novembre 1789. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin -1880, 202. - -[69] _Mémoires de Gouverneur Morris_, I, 255. - -[70] Ferrières raconte qu'à la suite de la séance royale du 23 juin, -les députes de la Noblesse, après avoir été chez le comte d'Artois, -se présentèrent chez la Reine. «Ce n'était pas à elle, dit-il, qu'on -avait le moins d'obligations. La Reine sortit dans le salon de jeu; -elle tenait Madame par la main, elle portait le jeune Dauphin sur son -bras. Tableau délicieux d'une mère: douce expression de la nature! La -Reine présenta M. le Dauphin aux députés, leur disant, avec beaucoup de -grâce, qu'elle le donnait à la Noblesse, qu'elle lui apprendrait à la -chérir, à la regarder comme le plus ferme appui du trône.»—_Mémoires du -marquis de Ferrières_, I, 59-60. Mais Ferrières ajoute plus loin que ce -fut la Reine qui prit l'initiative des instances pour décider Necker à -rester.—La démarche de la Noblesse près de la Reine et les paroles de -celle-ci nous paraissent surtout dictées par la courtoisie. Si la Reine -avait été le principal appui de la réaction aristocratique, les députés -de la Noblesse n'auraient-ils pas été chez elle tout d'abord, au lieu -de commencer par le comte d'Artois et Monsieur? - -[71] _Mémoires du comte de Ségur_, II, 208. «Jamais je ne vis plus de -dignité dans la douleur, plus de douceur dans l'affliction.» - -[72] «Le Roi rappelait à M. Necker qu'il l'avait, à quatre reprises -différentes, supplié de lui accorder l'autorisation de se retirer, et -il disait que l'état actuel des circonstances lui permettait de lui -accorder maintenant cette faveur; il l'autorisait donc à s'éloigner, -sans retard et sans bruit, et il se réservait de lui donner plus -tard des marques de sa faveur royale et de sa satisfaction.»—Mercy -à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise de la -Bastille_, publiées par J. Flammermont. - -[73] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, II, 304, p. 23. - -[74] S'il faut en croire Mercy, les gardes suisses même auraient -refusé de servir contre le peuple. Mercy à Kaunitz, 23 juillet, -1789.—_Relations inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J. -Flammermont, p. 23. - -[75] Voir pour plus de détails la _Prise de la Bastille_, par M. de -Poncins (_Brochures sur la Révolution française publiées par la Société -biographique_), et la _Prise de la Bastille_, par M. Gustave Bord, -directeur de la _Revue de la Révolution_. - -[76] _Mémoires de Malouet_, II, 9. - -[77] _Ibid._, I, 290. - -[78] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 136. - -[79] _Mémoires de Mme Campan_, 233. - -[80] _Ibid._, 234. - -[81] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de -Polignac_, par la comtesse Diane de Polignac. Hambourg, 1796, 27, 28. - -[82] _Mémoires de Mme Campan_, 234. - -[83] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de -Polignac_, 31, 33.—Il avait été question d'abord de rappeler Necker -seul, sans les autres ministres, en particulier sans le comte de -Montmorin et le comte de Saint-Priest contre lesquels on avait inspiré -au Roi de vives préventions. La Reine, persuadée par Mercy que cette -exclusion de deux ministres populaires aurait de graves inconvénients -dans l'état de surexcitation de la foule, finit par déterminer le Roi -à rappeler le ministère tout entier et à faire bon accueil à tous les -ministres.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la -prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 25 et 28, 29, 30. - -[84] _Voir_ le récit de cette scène touchante dans les _Mémoires du -marquis de Ferrières_, I, 141. - -[85] _Mémoires du comte Valentin Esterhazy, fragments._—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 35. - -[86] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise -de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27. - -[87] _Evénements mémorables arrivés à Verdun au sujet du maréchal de -Broglie et son arrivée à Metz._ Paris, Lefèvre. 1789. - -[88] _Mémoires de Mme Campan_, 236. - -[89] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 6. - -[90] _Ibid._—_Voir_ aussi Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations -inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. -27. - -[91] _Quinzaine mémorable_, 87. - -[92] _Ibid._, 93. - -[93] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 263.—_Voir_ également, sur ce -voyage du Roi à Paris, une lettre du 18 juillet 1789, écrite par un -député de Marseille à la marquise de Créquy. Ce député, dont le nom est -inconnu, fait remarquer avec raison combien la vérité est difficile -à établir, même pour les contemporains. «Les faits opposés, dit-il, -sont attestés par des gens qui disent: «_J'y étais_».—_Revue de la -Révolution_, septembre 1783, p. 73. - -[94] «La voiture allait à tour de roue; en conséquence, il fut -longtemps en présence de ces bons habitants de Paris.»—_Souvenirs d'un -basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79. - -[95] _Histoire de la Révolution_, par deux amis de la liberté. - -«Je constate qu'il avait la figure bouleversée, attérée.»—_Souvenirs -d'un basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79. - -[96] _Ibid._ - -[97] _Histoire de France pendant trois mois_, par le cousin Jacques, -I, 116.—«Au lieu de _Vive le Roi!_ on criait _Vive la nation!_ Ce à -quoi on ajoutait que le Roi serait acclamé plus tard, à son départ, -si l'on était content de lui.» Rapport de M. de Simolin au comte -Ostermann.—_Revue de la Révolution_, janvier 1886, p. 7. - -[98] _Mémoires de Bailly_, II, 65. - -[99] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 116. - -[100] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise -de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27. - -[101] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 205.—«M. le marquis de -Lafayette défendit toute manifestation de joie et donna l'ordre que -les arrondissements s'assemblassent comme à l'ordinaire pour organiser -les rondes.»—Rapport de M. de Simolin au comte Osterman. _Revue de la -Révolution_, janvier 1886, p. 7. - -[102] _Mémoires de Bailly_, II, 61. - -[103] _Mémoires de Mme Campan_, 239, 240.—Mme Campan donne le -commencement du discours que, suivant elle, la Reine devait adresser -à l'Assemblée: «Messieurs, je viens remettre entre vos mains l'épouse -et la famille de votre souverain. Ne souffrez pas que l'on désunisse -sur la terre ce qui a été uni dans le ciel.» Accompagnée de Monsieur, -elle devait en même temps demander à l'Assemblée de transporter à -quelque distance de Versailles le lieu de ses réunions. Mercy, qui -donne ces détails, croit que l'Assemblée, qui commençait à s'effrayer -de l'effervescence et de la prédominance de Paris, aurait accepté cette -proposition.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de -la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29.—La Reine -avait projeté d'abord, dans le cas où le Roi eût été retenu prisonnier -à Paris, de se retirer avec le Dauphin soit à Valenciennes, soit dans -les Pays-Bas. Sur l'observation de Mercy que ce départ serait considéré -par le pays, fortement surexcité, comme un enlèvement du Dauphin, elle -avait renoncé à cette idée.—_Ibid._, 28. - -[104] _Souvenirs d'un page_, 302. - -[105] _Mémoires de Mme Campan_, 241. - -[106] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 118, 119. - -[107] _Journal de Versailles_ du 22 juillet, no 14, cité dans les -_Mémoires de Bailly_, II, 69. - -[108] _Quinzaine mémorable_, 134. - -[109] Nous en exceptons l'électeur Etienne Larivière, qui, plus d'une -fois, fit à Berthier un rempart de son corps. - -[110] Vergniaud, plaidoyer pour Durieux.—_Vergniaud, monuments, -lettres et papiers_, par Ch. Vatel, II, 68.—_Voir_, sur cette anarchie -spontanée dans les provinces, le curieux volume de M. G. Bord: _La -prise de la Bastille_, et les magistrales études de M. Taine sur la -_Révolution_. - -[111] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac._ - -[112] Joseph II à Léopold, 3 août 1789.—_Joseph II und Léopold von -Toscana_, II, 265. - -[113] Necker étant resté quelques jours sans revenir, et les courriers -qui lui portaient son rappel ayant eu de la peine à le trouver, on -avait fait courir le bruit que la Reine, par répulsion contre lui, -l'avait fait partir pour Bruxelles, afin de «l'éloigner encore plus de -la France».—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la -prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29. - -[114] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, -la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, 25 septembre 1789, II, 387. - -[115] _Procédure du Châtelet_, Malouet, 3e témoin.—Lally-Tollendal, -_Lettre à ses commettants_, 85.—On peut lire aussi dans la _Revue -d'Alsace_,—octobre, novembre, décembre 1879—les lettres découragées -d'un député de Strasbourg, le baron de Turckheim, à cette même époque. -M. de Turckheim, très libéral mais très royaliste, ne tarda pas à -donner sa démission et à se retirer en Alsace. Dans le rapport qu'il -adressa à ses commettants sur sa conduite, le 23 novembre 1789, il -écrivait: «Nous ne voulûmes pas au début prendre la parole sans -nécessité en présence de quelques centaines d'avocats bavards qui -répandaient plus de désordre que de lumières, en présence aussi du -_manque complet de liberté_ qui nous empêchait de le faire, depuis -qu'une foule sans frein avait été introduite dans la salle de nos -séances et que les clubs insolents qui siégeaient dans les cafés du -Palais-Royal s'étaient érigés en juges et en vengeurs des affaires de -la nation. Nous avons acquis la triste conviction que la voix de la -modération ne serait point écoutée.» _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin -1880, p. 200.—M. de Turckheim concluait ainsi: «Qui donc entrava la -marche des affaires? Je le dis en toute franchise devant Dieu et mes -concitoyens: ce ne fut pas la Noblesse qui expia d'une façon cruelle -d'antiques et injustes abus; ce ne fut pas le Clergé qui s'offrit à -supporter volontairement sa part proportionnelle des impôts, mais qu'on -voulut dépouiller de toute propriété. Non, ce fut un petit nombre -d'hommes qui s'étaient mis d'accord entre eux pour tout renverser -et, sans souci de leurs mandats catégoriques, voulaient pousser à la -révolte vingt-cinq millions d'hommes qui auraient pu suivre en repos -nos travaux en les bénissant.»—_Ibid._, 203. - -[116] Le comte de Fersen à son père, 3 septembre 1789. _Le comte de -Fersen et la Cour de France_, I, XLIX. Introduction. - -[117] _Mémoires de Malouet_, I, 303. - -[118] Brouillon de lettre de M. le comte d'Estaing à la Reine.—_Rapport -de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et 6 octobre, fait à -l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du Comité des -rapports._ Paris, Imprimerie Nationale, 1790.—Pièces justificatives. La -lettre est du 14 septembre. _Rapport de Chabroud_, 49. - -[119] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 3 et 4. - -[120] _Voir_ tous les détails de ce plan dans les _Mémoires de -Malouet_, I, 393 et suiv. - -[121] Droz, citant Molleville, II, 470, dit que cette démarche fut -faite le 15 septembre. Mais Mallet du Pan, qui était en relations -intimes avec Malouet et ses amis, donne la date du 29.—_Mémoires et -correspondance de Mallet du Pan_, II, 485. - -[122] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 55. - -[123] _Mémoires de Weber_, 254.—_Exposé de la conduite de M. Mounier_, -66. - -[124] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 95. - -[125] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 66. - -[126] _Procédure du Châtelet._ Besson, 117e témoin. - -[127] _Procédure du Châtelet._—Blaisot, 24e témoin. - -[128] _Ibid._—Faydel, député, 148e témoin. - -[129] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 27. - -[130] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 29. - -[131] Lettre des députés de Strasbourg au magistrat de la ville, 25 -septembre 1789.—_L'Alsace pendant la Révolution française_, par Rod. -Reuss.—_Revue d'Alsace_, octobre, novembre et décembre 1879, p. 480. - -[132] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 32, 33. - -[133] Lettre du Roi écrite de la propre main de Sa Majesté à M. -le comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de -Versailles, par lui lue à l'Assemblée de l'Etat-major et des capitaines -de la dite garde, le 24 septembre 1789 et qu'elle a consignée dans ses -registres.—A Versailles, de l'Imprimerie Royale, 1789. - -[134] Affaire Marie-Antoinette.—Déposition de Lecointre.—_Armoire de -fer_, carton 13. - -[135] «Ils résolurent, dit Mme de Tourzel, d'employer tous les -moyens possibles pour empêcher la corruption du régiment de Flandre, -le conserver fidèle au Roi, et ils se flattaient d'y réussir, en lui -inspirant estime et confiance.» _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, -I, 5. - -[136] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 4. - -[137] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 37. - -[138] Voir notamment Mounier. _Appel à la nation_, p. 113. - -[139] _Mémoires de Mme Campan_, 268. - -[140] Premier interrogatoire de la Reine.—_Marie-Antoinette à la -Conciergerie_, 217. - -[141] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 90.—Mounier -ajoute: «Beaucoup d'étrangers, et les militaires, lorsqu'ils n'étaient -pas en uniforme, avaient conservé l'usage d'une cocarde noire.» - -[142] _Réponse de la Reine._ A Versailles, de l'Imprimerie royale, -1789.—_Archives nationales._ _Armoire de fer_, carton 13, coté 89. - -[143] Il était resté environ quatre cents bouteilles de vin du banquet -du 1er; c'est pour épuiser cette réserve qu'eut lieu le déjeuner du -3.—_Exposé de la conduite des gardes du corps, à la suite des forfaits -d'octobre_, II, 235. - -[144] Les pauvres n'avaient pas été oubliés dans ces réjouissances; il -avait été décidé que chaque compagnie des gardes du corps fournirait -une somme de 1500 livres et que les deux mille écus ainsi réunis -seraient remis aux curés de Versailles pour être distribués aux -indigents; la distribution devait commencer le 6 octobre.—_Exposé -fidèle de la conduite des gardes du corps_, 236, 237. - -[145] Au mois de juin, «un maréchal-des-logis, bas officier avec rang -de lieutenant-colonel, est venu dire, au nom de la troupe, au duc de -Guiche, capitaine du quartier, que leur devoir était de garder et -de protéger la personne du Roi, mais non de monter à cheval pour se -battre avec la canaille; qu'en conséquence ils ne feraient pas de -patrouilles.»—_Lettres d'un attaché de la légation de Saxe._—_Revue de -la Révolution_, août 1884, 36.—_Voir_ aussi _Mémorial de Gouverneur -Morris_, II, 16, 28. - -[146] _Procédure du Châtelet._ Antoine, député, 220e témoin. - -[147] Lettre de Lecointre au Roi, 5 novembre 1789.—_Archives -nationales, Armoire de fer_, carton 13. - -[148] Gorsas était maître de pension à Versailles.—Le Roy. _Histoire de -Versailles_, II, 33. - -[149] Gouverneur Morris à John Jay, 1er juillet 1789.—Le même à -Washington, 31 juillet 1789.—_Mémorial de Gouverneur Morris_, II, 16, -28. - -[150] Lally-Tollendal.—_Lettre à ses commettants_, 94. Les députés de -Strasbourg écrivaient au magistrat de la ville, le 7 octobre 1789, -cette phrase significative: «Depuis plusieurs jours la capitale était -dans les plus vives inquiétudes sur ses approvisionnements; à peine -pouvait-on y avoir du pain, _quoique le jour même de l'insurrection il -ait reparu en abondance_.»—_L'Alsace pendant la Révolution française_, -par Rod. Reuss. _Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880. - -[151] _Procédure du Châtelet._ Lefebvre, 62e témoin—de Foucault, 119e -témoin—Tailhardat. 126e témoin. - -[152] Taine. _Origines de la France moderne; la Révolution_, I, 128. - -[153] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35e témoin. - -[154] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 123. - -[155] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin. - -[156] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin. - -[157] _Procédure du Châtelet._ Brousse des Faucherets, avocat au -Parlement, 30e témoin. - -[158] _Procédure du Châtelet._ Fissour, représentant de la Commune, -30me témoin—Jean Pelletier, négociant. 1er témoin. - -[159] _Ibid._ Brousse des Faucherets, 30e témoin. - -[160] _Ibid._ Le même. - -[161] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Fournès, député, 185e témoin. - -[162] _Ibid._ Maillard, 81e témoin. - -[163] _Procédure du Châtelet._ Du Granger, garde du corps, 10me -témoin;—Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e témoin. - -[164] _Ibid._ De Longuève, député, 15e témoin;—marquis de Virieu, -député, 148e témoin;—Feydel, député, 148e témoin. - -[165] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 292. - -[166] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin. - -[167] _Ibid._ Marquis de Raigecourt, député suppléant, 204e témoin. - -[168] _Ibid._ Déposition de Mounier: information faite à Genève. - -[169] _Procéd. du Châtelet._ De Cubières, cavalcadour du Roi, 269e -témoin. - -[170] _Ibid._ Basire, porte-manteau du Roi, 233e témoin. - -[171] _Souvenirs d'un page_, 307. - -[172] M. de Narbonne demandait qu'on lui donnât des troupes et des -canons pour aller garder les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud, -assurant qu'il mettrait toutes ces bandes en fuite.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 7.—M. de Saint-Priest proposait que le Roi se -mît lui-même à la tête de ces troupes. - -[173] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de -Paroy.—_Revue de le Révolution_, 5 janvier 1883. - -[174] Mme de Tourzel prétend que Necker profita d'une absence -momentanée de M. de Saint-Priest, qui était allé conduire à Saint-Cyr -sa femme prête d'accoucher, pour peser sur la détermination du Roi, un -instant ébranlée par MM. de Saint-Priest et de Narbonne.—_Mémoires de -la duchesse de Tourzel_, I, 8. - -[175] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes -historiques et biographiques_, I, 234. M. de Saint-Priest avait été -fortement appuyé par le président de l'Assemblée, Mounier, qui, ce -soir là, comme on le verra plus loin, passa cinq heures au Château -et demanda instamment le départ de la famille royale.—_Mémoires et -correspondance de Mallet du Pan_, I, 181, note. - -[176] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes -historiques et biographiques_, I, 234. - -[177] Il y avait deux quartiers à Versailles, le quartier Saint-Louis -royaliste, le quartier Notre-Dame, révolutionnaire. - -[178] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._ - -[179] _Mémoires de Weber_, 267. - -[180] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 9. - -[181] «Quelques personnes instruites, dit Rivarol, prétendent que si -cette princesse,—la Reine,—était partie, elle n'eût jamais échappé aux -assassins, dont toutes les rues qui aboutissent au Château étaient -suffisamment garnies.»—_Journal politique national_, 2e série, no -XIX.—_Œuvres choisies de Rivarol_, publiées avec une préface par M. de -Lescure. Paris, Jouaust, 1880, II, 311. - -[182] _Voir_, sur toutes ces indécisions, M. de Barante. _Notice sur le -comte de Saint-Priest._—_Etudes historiques et biographiques_, I, 33 et -suiv. - -[183] _Evénements de Paris et de Versailles, par une des dames qui a eu -l'honneur d'être de la députation à l'Assemblée générale._ Chez Garnery -et Volland, p. 4. - -[184] _Procédure du Châtelet._ Cavalier, chirurgien major du régiment -de Flandre, 71e témoin. - -[185] _Ibid._ Périer, avocat, 243e témoin—Galland, commis de la -mairie, 272e témoin. - -[186] _Ibid._ Girin de la Morte, capitaine d'infanterie, 48e témoin. - -[187] _Procédure du Châtelet._ De Longuève, député, 155e témoin. - -[188] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de -Paroy.—_Revue de la Révolution_, 5 janvier 1883. - -[189] _Ibid._ - -[190] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard, citée dans -_Un homme d'autrefois_ par le marquis Costa de Beauregard, Paris, Plon, -1877, p. 89. M. de Maistre ajoute que les femmes qui avaient laissé -voir qu'elles étaient touchées des bontés du Roi, furent maltraitées -par leurs compagnes et fouettées en plein palais de Versailles. - -[191] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin. - -[192] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 11 et 12. - -[193] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin. - -[194] Rivarol, _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres -choisies de Rivarol_, II, 328. - -[195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12. - -[196] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin. - -[197] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies -de Rivarol_, II, 327, 328. - -[198] «Je vis les banquettes où devaient siéger les députés du pays -occupées par des femmes ivres et repoussantes.»—Rapport de M. de -Turckheim à ses commettants. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin 1880, -210. - -[199] De Larcy. _Louis XVI et les États généraux._—_Correspondant_, 25 -août 1868. - -[200] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies -de Rivarol_, II, 324. - -[201] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12. - -[202] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de -Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883. - -[203] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies -de Rivarol_, II, 325. - -[204] «Sur les une heure après minuit, M. de Lafayette sortit du -cabinet du Roi et dit que le Roi et la Reine allaient se coucher, qu'il -allait en faire autant et qu'il conseillait à tout le monde de se -retirer chez soi et de dormir tranquille, que personne n'avait rien à -craindre.»—Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma -femme le 5 octobre au soir après le départ du Roi pour Paris._—_Revue -de la Révolution_, janvier 1883. - -[205] _Procédure du Châtelet._ Bernardy, 225e témoin.—Mme de -Tourzel raconte un fait étrange. D'après elle, les brigands auraient -fait dire une messe au curé de Saint-Louis, probablement pour le succès -de leur entreprise, y auraient assisté, et ce ne serait qu'après avoir -entendu cette messe qu'ils se seraient rués sur le Château.—_Mémoires -de la duchesse de Tourzel_, I, 13. - -[206] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin. - -[207] _Ibid._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin. - -[208] _Ibid._ Gallemand, secrétaire du Comité de Constitution, 373e -témoin. - -[209] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 173. - -[210] _Procédure du Châtelet._ Mme Thibaut, première femme de la -Reine, 86e témoin. - -[211] _Ibid._ Veytard, 91e témoin. - -[212] _Procédure du Châtelet._ Comte de la Châtre, député, 139e témoin. - -[213] M. de Varicourt fut égorgé avec des raffinements de cruauté -horribles. Nous nous permettons de renvoyer pour ces détails à l'étude -plus complète publiée par nous sous ce titre: _Les journées des 5 et 6 -octobre 1789_.—_Revue des questions historiques_, octobre 1873. - -[214] _Procédure du Châtelet._ Chauchard, 101e témoin. - -[215] _Ibid._ François Dupont, suisse de la vicomtesse de Talaru, -131e témoin.—Ce misérable assassin était modèle dans les ateliers de -peintres et s'appelait Jourdan. Il fut désigné dans la suite par le -surnom de Coupe-tête.—M. de Maistre affirme que Mounier a vu des femmes -qui venaient prendre du pain dans les cuisines du Roi, le tremper dans -le sang des gardes du corps et le manger ensuite.—Lettre du comte de -Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme d'autrefois_, 89. - -[216] _Procédure du Châtelet._ Borg, 346e témoin. - -[217] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme -d'autrefois_, 88. - -[218] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Paroy, député, 246e témoin. - -[219] _Ibid._ Marguerite Andelle, 236e témoin. - -[220] _Ibid._ De Forget, capitaine de cavalerie, 370e témoin. - -[221] _Ibid._ Bercy, valet de chambre de la Reine, 100e témoin. - -[222] _Ibid._ De Miomandre, 18e témoin. - -[223] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres -choisies de Rivarol_, II, 332. - -[224] _Procédure du Châtelet._ Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e -témoin. - -[225] Mme Campan dit qu'il est faux que les brigands aient percé le -lit de la Reine à coups de piques, comme le bruit s'en est accrédité; -le comte d'Hésecques, dans ses _Souvenirs d'un page_, dit la même -chose. Mais le comte de La Châtre, 139e témoin, affirme avoir vu, dans -la matinée du 6, le lit de la Reine «bouleversé» par les envahisseurs. -Mme de Tourzel le raconte également.—_Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, I, 14. - -[226] _L'Espion de la Révolution_, I, 90. - -[227] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 14. - -[228] _Ibid._, I, 15. - -[229] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin. - -[230] _Ibid._ Marquis de Digoine, 168e témoin. - -[231] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de -Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5. - -[232] _Mémoires de Weber._ - -[233] _Procédure du Châtelet._ De Saint-Aulaire, 158e témoin. - -[234] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I, -272. - -[235] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma -femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5. - -[236] _Procédure du Châtelet._ Jeanne Bessons, femme Tillet, 365e -témoin. - -[237] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres -choisies de Rivarol_, II, 339. - -[238] Il en sera de même au 20 juin et jusqu'au tribunal -révolutionnaire. - -[239] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I, -272. - -[240] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma -femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6. - -[241] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma -femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6. - -[242] _Mémoires de Lafayette._ - -[243] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin. - -[244] _Souvenirs d'un page_, 314. - -[245] _Procédure du Châtelet._ Madier de Montjau, député, 170e témoin. - -[246] _Ibid._ De Montmorin, 182e témoin;—de Montardat, garde du corps -de M. le comte d'Artois, 349e témoin. - -[247] _Procédure du Châtelet._ Dufraisse-Duché, député, 120e témoin. - -[248] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I, -272. - -[249] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 20. Avec un incroyable -sang-froid, la Reine, reconnaissant, dans la foule qui entourait la -voiture, un officier des gardes de corps déguisé, le baron de Ros, -lui dit tout haut: «Vous irez savoir de ma part des nouvelles de -M. de Savonnières et lui direz toute la part que je prends à son -état.»—_Mémoires de la marquise de La Rochejacquelein_, édition -originale, Paris, Bourloton, 1889, p. 57. - -[250] Bertrand de Molleville. - -[251] Lally-Tollendal prétend qu'un coup de feu fut tiré dans le -carrosse de la Reine.—_Seconde lettre de Lally-Tollendal à ses amis._ - -[252] Burke. _Réflexions sur la Révolution de France_, 155. - -[253] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 21, 22. - -[254] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 13 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121. - -[255] _Ibid._ - -[256] Joseph II à Léopold II, 19 octobre 1789.—_Joseph II und Leopold -von Toscana_, II, 281. - -[257] _Souvenirs de quarante ans_, 47. - -[258] _Ibid._ - -[259] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 23. - -[260] _Mémoires de Weber_, 282. - -[261] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I, -274. - -[262] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_. 121.—Lettres d'un attaché -de la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, p. 67. - -[263] _Projet de fête nationale_, par Gonchon, le futur orateur -révolutionnaire du faubourg Saint-Antoine.—_Fourcade et Gonchon, les -orateurs du faubourg Saint-Antoine, d'après des documents inédits_, par -V. Fournel.—_Revue de la Révolution_, août 1887, p. 83, 84. - -[264] _Mémoires de Mme Campan_, 257. - -[265] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 26. - -[266] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 252. Weber donne -une autre version de cette anecdote. Selon lui, ce serait Lafayette qui -aurait dit à la Reine: «Voyez, Madame, comme le peuple est bon quand -on va au-devant de lui.»—«Oui, Monsieur, aurait répondu la Reine; mais -vous savez bien qu'il n'en est pas tout à fait de même quand il vient -au devant de vous.» Weber ajoute: «M. de Lafayette sentit l'application -et ne répliqua rien.»—_Mémoires de Weber_, 290. - -[267] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 255, 256. - -[268] Registre des cérémonies de l'année 1789, cité par M. de -Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth, pièces justificatives_, I, 354. - -[269] _Mémoires de Weber_, 282. - -[270] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 339. - -[271] _Souvenirs de quarante ans_, 51. - -[272] Voici les paroles de Fréteau: «Madame, le premier désir de -l'Assemblée nationale, à son arrivée dans la capitale, a été de -présenter au Roi le tribut de son respect et de son amour; elle n'a pu -résister à l'occasion si naturelle de vous offrir ses sentiments et ses -vœux. Recevez-les, Madame, tels que nous les formons, vifs, empressés, -sincères. Ce serait avec une véritable satisfaction que l'Assemblée -nationale contemplerait dans vos bras cet illustre enfant, le rejeton -de tant de Rois tendrement chéris de leur peuple, l'héritier de Louis -IX, de Henri IV, de celui dont les vertus sont l'espoir de la France. -Jamais ni lui ni les auteurs de ses jours ne jouiront d'autant de -prospérité que nous leur en souhaitons.» - -La Reine répondit: «Je suis touchée, comme je dois l'être, des -sentiments que m'exprime l'Assemblée nationale. Si j'avais été -prévenue de ses intentions je l'aurais reçue d'une manière plus digne -d'elle.»—Cité par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 54, 55. - -[273] Le marquis de Nantouillet. - -[274] Registre des cérémonies de l'année 1789.—_Vie de Mme -Elisabeth_, I, 558. - -[275] _Voir_ sur toutes ces réceptions le _Registre dès cérémonies de -l'année 1789_.—_Ibid._, 554, 561. - -[276] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121. Elle écrivait encore â -l'abbé de Lubersac: «La Reine, qui a eu un courage incroyable, commence -à être mieux vue par le peuple. J'espère donc qu'avec le temps, une -conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des Parisiens, qui -n'ont été que trompés.» Mme Elisabeth à l'abbé Lubersac, 16 octobre -1789.—_Ibid._, 123. - -[277] Lettre inédite du Dauphin; vente Polignac. - -[278] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121.—Lettres d'un attaché de -la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, 67. - -[279] _Dernières années de la vie et du règne de Louis XVI_, par -François Hue. 3e édition, 178. - -[280] Rue Saint-Honoré, 85. - -[281] Ce transfert ne fut effectué que sous le Consulat. Un certain -nombre d'objets avaient été vendus, le reste est aujourd'hui au Musée -du Louvre, soit dans la galerie d'Apollon,—matières dures,—soit -dans des armoires vitrées de l'ancien Musée des souverains,—laques -japonaises et porcelaines de Chine.—_Voir_ sur ce sujet un curieux -article de M. Charles Ephrussi, contenant reproduction de l'inventaire -des citoyens Nitot et Besson et le dessin de quelques objets de cette -collection. L'article a été publié dans la _Gazette des beaux-arts_ du -1er novembre 1879 sous ce titre: _Inventaire de la collection de la -Reine Marie-Antoinette_, 389-408. - -[282] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 120. - -[283] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente -Polignac. - -[284] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_, -40. - -[285] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente -Polignac. - -[286] Quelques gardes nationaux, tout étonnés de leur nouveau rôle, -se familiarisaient avec les souverains. Un capitaine, nommé Gendret, -marchand de dentelles de la Reine, vint un jour proposer à cette -princesse de lui faire donner un concert par la musique de son -bataillon. La Reine refusa cette proposition insolite.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 30. - -[287] Lettres d'un attaché à la légation de Saxe.—_Revue de la -Révolution_, septembre 1884, 67. - -[288] _Ibid._ - -[289] Lettre de M. Schwendt, député, au Magistrat de Strasbourg, 21 -octobre 1789.—_Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880, p. 71.—M. -Schwendt écrit: «Ce matin, en sortant de chez moi, j'ai vu porter sur -une pique la tête d'un boulanger.»—_Voir_ aussi, même _Revue_, même -numéro, la lettre de M. Levrault, délégué de la garde nationale de -Strasbourg, du 22 octobre 1789, et une lettre de Boullé, député de -Nantes, du 23 octobre 1789.—_Revue de la Révolution_, décembre 1889, -72, 73. - -[290] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 341, 342. - -[291] _Mémoires de Weber._ - -[292] _L'Espion de la Révolution_, par M. C., membre de plusieurs -Académies, Paris, Huit, 1797, I, 106. - -[293] Beaumarchais au semainier du Théâtre-Français.—_Beaumarchais -et son temps_, par Loménie, II, 346, 347.—_Voir_ aussi, sur cette -représentation de Charles IX, _Le Théâtre révolutionnaire_, par -Jauffret, Paris, Furne, 1869, p. 41 et suiv.—_Le Théâtre de la -Révolution_, 1789-1799, avec des documents inédits par Henri -Welschinger, 2me édition. Paris, Charavay, 1881, p. 47-48 -et 195-197.—_La comédie satirique au_ XVIIIe _siècle_, par G. -Desnoiresterres. Paris, Perrin, 1885, 308, 311. - -[294] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 351. - -[295] _Le Théâtre de la Révolution_, par H. Welschinger, 197. - -[296] _Mémoires de Mme Campan_, 257. - -[297] On avait prétendu qu'un complot contre la famille royale devait -recevoir son exécution pendant la messe de minuit de Noël 1789, et on -avait pressé le Roi et la Reine de n'y point aller, quoiqu'elle dût -être dite dans la chapelle du Château; mais ils refusèrent d'écouter ce -conseil de prudence, «trouvant que cet air d'inquiétude ne pouvait que -produire un mauvais effet.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 43. - -[298] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E. (Roussel), I, -51. - -[299] Millin. _Magasin encyclopédique_, année 1792, p. 169, cité dans -la _Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries_, et aussi dans la -_Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette au Petit-Trianon_, par Paul -Lacroix, XVIII. Le publiciste ajoute: «Ce qui nous a étonnés, ça été de -n'y voir que très peu de livres écrits en allemand, langue du pays de -Marie-Antoinette.» - -[300] _Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette aux Tuileries; -catalogue authentique publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque -nationale_, par L. Q. B. Paris, Morgand, 1884. La plupart des -livres de cette bibliothèque sont aujourd'hui à la Bibliothèque -Nationale, dans la Réserve. C'est le Roi lui-même qui en avait fait le -classement.—_Ibid._ Avertissement, V. - -[301] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E., I, 51-53. - -[302] _Souvenirs de quarante ans_, 49-50. - -[303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 27-28. - -[304] _Ibid._, I, 30, 31. - -[305] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 18 octobre -1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 421. - -[306] _Souvenirs d'un page_, 322. - -[307] _Souvenirs d'un page_, 321. - -[308] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 34. - -[309] _Ibid._, I, 38. - -[310] _Mémoires de Mme Campan_, 260.—M. le comte de Reiset raconte -de son côté avoir vu chez un de ses amis, M. le marquis de Besplat, au -château de la Garenne-Randon près Meulan, une des dernières tapisseries -faites par la Reine à Versailles. Cette tapisserie, qui portait encore -l'aiguille de la Reine passée entre les fils du canevas, représentait -«des attributs de chasse, de guerre, de jardinage dans des médaillons -de fil blanc entourés de guirlandes de roses sur un fond de soie -amarante». Elle se composait d'un immense canapé, de six grands -fauteuils et de deux causeuses.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette -et de Marie Clotilde de France_, publiées par le comte de Reiset. -Appendice, 148.—Après les journées d'octobre le dessin devient plus -simple. M. le comte de Reiset a reproduit dans son grand et bel ouvrage -sur le _Livre-journal de Mme Eloffe_ le fac-simile d'un morceau de -tapisserie fait par la Reine et Mme Elisabeth aux Tuileries et au -Temple. Ce sont des fleurs de diverses couleurs, roses et liserons, -jetées sur un fond vert olive, très facile à exécuter. _Livre-journal -de Mme Eloffe_, II, 395, 397. - -[311] Marie-Antoinette à la duchesse de Polignac, 12 août 1789.—_Louis -XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 186. - -[312] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac. - -[313] _Souvenirs d'un page_, 323. - -[314] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac. - -[315] _Ibid._ - -[316] _Mémoires historiques_, par Eckard, 11. - -[317] Cette admirable instruction a été publiée pour la première fois -par MM. de Goncourt dans leur belle _Histoire de Marie-Antoinette_. 2e -édition, 1860. - -[318] Notamment pour Brunier.—_Voir_ les _Mémoires de la duchesse de -Tourzel_. - -[319] _Histoire de Marie-Antoinette_, par MM. de Goncourt. Nouvelle -édition, 293, 294. - -[320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37. - -[321] _Mémoires de Weber_, 284, 285. - -[322] _Souvenirs de quarante ans_, 53, 54. - -[323] _Le château des Tuileries_, I, 54. - -[324] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 252, 253. - -[325] _Etrennes de la vertu pour l'année 1792._ Paris, Savoye, cité par -MM. de Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette._ Nouvelle édition, 297. - -[326] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 254. - -[327] Lettre inédite de Marie-Antoinette du 20 mars 1790.—_Catalogue -des lettres autographes_, etc., composant le cabinet de M. le baron de -Girardot. Paris, Charavay, 1879. - -[328] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 31 janvier -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 145. - -[329] _Journal d'un prêtre parisien_, 1789-1792, publié par la _Revue -de la Révolution_, juin 1883, p. 166.—Ce prêtre était l'abbé Rudemare, -qui mourut sous la Restauration, curé des Blancs-Manteaux. - -[330] _Souvenirs de quarante ans_, 56, 57. - -[331] _Ibid._ - -[332] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 84. - -[333] _Journal d'un prêtre parisien._—_Revue de la Révolution_, -juin 1883, p. 166.—L'abbé Rudemare était alors vicaire de -Saint-Germain-l'Auxerrois. - -[334] _Ibid._ - -[335] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 398. - -[336] _Mémoires de Mme Campan_, 264. - -[337] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 378. - -[338] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 23 février -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 150. - -[339] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72. - -[340] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 382, 385. - -[341] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72. - -[342] _Mémoires d'Augeard_, 197 et suiv. - -[343] _Ibid._, 230. - -[344] _Discours prononcé par le Roi et la Reine, assistés de -Monseigneur le Dauphin, à la séance mémorable du jeudi 4 février -1790._—Marseille, imprimerie Favet. - -[345] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 387.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 53, 56. - -[346] _Discours prononcé par le Roi et la Reine_, etc., p. 5. - -[347] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37. - -[348] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 58, 59. - -[349] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 289. - -[350] _Mémoires de Mme Campan_, 266. - -[351] De Beauchesne: _Vie de Mme Elisabeth_, I, 322, note. - -[352] Joseph II à Léopold II, 10 décembre 1789.—_Joseph II und Léopold -von Toscana_, II, 296. - -[353] Joseph II à Léopold, 8 octobre 1789.—_Joseph II und Léopold von -Toscana_, II, 218. - -[354] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 81. - -[355] _Mémoires de Mme Campan_, 272. - -[356] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 80. L'Assemblée envoya -néanmoins une députation faire ses compliments de condoléance à la -Reine. L'abbé de Montesquiou, qui la présidait, «profita de cette -occasion pour rendre au caractère de la Reine l'hommage qui lui était -dû, et termina son discours par cette phrase remarquable: «L'Assemblée -place son espoir, Madame, dans cette force de caractère qui élève Votre -Majesté au-dessus de tous les revers.»—_Ibid._ - -[357] Lettre de la Reine à la duchesse de Polignac; texte exact, -vérifié à la vente Polignac. Il y a quelques erreurs dans le texte -donné par les _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de -Polignac_, p. 40. - -[358] _Ibid._ - -[359] _Le Livre rouge._ Paris, Beaudouin, imprimeur de l'Assemblée -nationale, rue du Four-Saint-Jacques, no 31, 1790. L'avertissement, -signé par les membres du Comité des pensions, est daté du 1er avril -1790. - -[360] _Voir_ notamment, _Le Livre rouge, ou Liste des pensions secrètes -sur le trésor royal, contenant les noms et qualités des pensionnaires, -l'état de leurs services et des observations sur les motifs qui leur -ont mérité ces traitements._ De l'Imprimerie Royale, 1790. Imprimé en -rouge. - -[361] _Mémoires de Mme Campan_, 268. - -[362] _Anecdotes du règne de Louis XVI_; cité en note dans les -_Mémoires de Mme Campan_, 269. - -[363] Marie-Antoinette à Léopold II, 29 mai 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 126, 127. - -[364] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er juin -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 164. Mme de Tourzel -dit que la Cour partit pour Saint-Cloud le 24 mai, le lendemain de -la Fête-Dieu.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 108. C'est -évidemment une erreur; la Fête-Dieu était le 3 juin; d'ailleurs les -lettres de la Reine et de Mme Elisabeth sont formelles. - -[365] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 166. - -[366] _Souvenirs de quarante ans_, 61. - -[367] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août -1799.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178. - -[368] _Ibid._ - -[369] _Mémoires de Mme Campan_, 273. - -[370] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 109. - -[371] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 165. - -[372] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110. - -[373] _Souvenirs de quarante ans_, 64. - -[374] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 2 août -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 173. - -[375] _Souvenirs de quarante ans_, 60. - -[376] _Mémoires de Mme Campan_, 277. - -[377] Le premier Dauphin, mort à Meudon le 4 juin 1789. - -[378] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110. - -[379] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 111. - -[380] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_, -43. - -[381] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 139. - -[382] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth._ - -[383] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 139. - -[384] _Mémoires de Weber_, 294. - -[385] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 45. - -[386] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 139. - -[387] La Marck à Mirabeau, 10 juillet 1790. _Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 99.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 138. - -[388] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 130, 131. - -[389] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 142. - -[390] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 94. - -[391] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 170. - -[392] _Souvenirs d'un page_, 336. - -[393] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars, à la -cérémonie de la Fédération, le 14 juillet 1790._ Brochure in-8 de huit -pages. - -[394] _Ibid._ - -[395] _Mémoires du marquis de Ferrières._ - -[396] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 148. - -[397] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars_, etc. - -[398] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 156. - -[399] Le comte de Fersen au baron de Taube, 22 juillet 1790.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 78. - -[400] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 150, 151. - -[401] _Mémoires de Mme Campan_, 276. - -[402] _Mémoires de Mme Campan_, 276. - -[403] _Mémoires de Weber_, 296. - -[404] _Rapport de Chabroud_, 117. - -[405] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 137. - -[406] _Mémoires de Malouet_, I, 264. - -[407] «Il est peut être le seul dans l'Assemblée qui ait vu, dès le -commencement, la révolution dans son véritable esprit, celui d'une -submersion totale, et comme il était loin de la désirer, on ne peut -expliquer que par une éclipse de sens moral qu'il ait concouru à des -mesures violentes dont il sentait le péril et l'iniquité.»—_Ibid._ - -[408] _Mémoires de Malouet_, I, 277. - -[409] _Ibid._, I, 282. - -[410] _Ibid._, I, 364. - -[411] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 103, 104. - -[412] _Ibid._, I, 127. - -[413] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 94. - -[414] _Ibid._, I, 112. - -[415] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 107. - -[416] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 32. - -[417] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 124, 125. - -[418] La Marck à Mirabeau, 13 octobre 1789.—_Ibid._, I, 361. - -[419] Mirabeau à la Marck, 23 décembre 1789.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 436. - -[420] «La Reine traite Monsieur comme un petit poulet qu'on aime -bien à caresser à travers les barreaux d'une mue, mais que l'on se -garde d'en laisser sortir, et le duc de Lévis, qui a voulu brusquer -l'aventure, s'est fait refuser une audience. On lui a répondu qu'on -l'avertirait.»—Mirabeau à la Marck, 31 décembre 1789.—_Ibid._, I, 442. - -[421] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Ibid._, I, 460. - -[422] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck._ Introduction, 150. - -[423] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, II, 13. - -[424] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, I, 156, 157. - -[425] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, 157. - -[426] Première note de Mirabeau, 1er juin 1790.—_Ibid._, II, 25. - -[427] Seconde note de Mirabeau, 20 juin 1790.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 41. - -[428] Mirabeau à la Marck, 26 juin 1790.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 55. - -[429] _Ibid._, I, 189. - -[430] La Marck à Mirabeau, 27 juin 1790.—_Ibid._, II, 61. - -[431] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold_, II, 133. - -[432] _Ibid._ - -[433] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet -1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, II, 72. - -[434] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet -1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 188. - -[435] _Ibid._, II, 80, note. - -[436] Récit du comte de Saillant, neveu de Mirabeau.—_Marie-Antoinette -et la Révolution française_, par le comte de Viel-Castel, Paris, -Techener, 1859, p. 296. - -[437] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 189. - -[438] _Ibid._, I, 191. - -[439] _Mémoires de Mme Campan_, 289. - -[440] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._, Introduction, I. - -[441] _Mémoires de Weber_, 302, note de Barrière.—_Mirabeau et la -Constituante_, par H. Raynald, 348. - -[442] _Mémoires de Mme Campan_, 280. - -[443] _Marie-Antoinette et la Révolution française_, 299. - -[444] La Marck à Mirabeau, 29 juin 1790.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 62. - -[445] Le 22 mai, lors de la discussion sur le droit de paix et de -guerre.—_Voir_ les _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 33. - -[446] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, I, 190. - -[447] Mirabeau à la Marck, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 113. - -[448] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237. - -[449] Dixième note, 9 juillet 1790.—_Correspondance entre le comte de -Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 95, 96. - -[450] Seizième note, vendredi 13 août 1790.—_Ibid._, II, 126 et suiv. - -[451] Marie-Antoinette à Mercy, 15 août 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 134. Mme Elisabeth était plus résolue, elle -acceptait franchement la guerre civile: «Tu es bien plus parfaite que -moi, écrivait-elle à son amie Mme de Bombelles, tu crains la guerre -civile; moi je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement -je crois qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est -divisé en deux partis et que le parti le plus faible n'obtient la vie -sauve qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas -appeler cela une guerre civile. De plus jamais l'anarchie ne pourra -finir sans cela, et je crois que plus on retardera, plus il y aura de -sang répandu. Voilà mon principe, il peut être faux; cependant, si -j'étais roi, il serait mon guide et peut-être éviterait-il de grands -malheurs.» Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er mai -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 159. La Reine n'avait point -cette même détermination et peut-être sentait-elle l'impossibilité -d'une pareille résolution, étant donné le caractère du Roi. - -[452] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 137. - -[453] Dix-huitième note de Mirabeau, 17 août 1790.—_Correspondance -entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 136, 139. - -[454] Vingt-huitième note, 28 septembre 1790.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 196, 197. - -[455] _Ibid._, I, 211. Introduction. - -[456] Mirabeau à la Marck, 1er septembre 1790.—_Ibid._, II, 158. - -[457] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237. - -[458] Le même au même, 29 septembre 1790.—_Ibid._, II, 198, 199. - -[459] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 23 octobre 1790.—_Ibid._, -II, 252. - -[460] _Ibid._ Introduction, I, 132. - -[461] Le 21 octobre, dans l'affaire du pavillon de la marine. - -[462] Trente-sixième note de Mirabeau, 24 octobre 1790.—_Correspondance -entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 266. - -[463] _Les Mirabeau_, par M. de Loménie, II, 374. - -[464] _Ibid._, II, 625. - -[465] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 139. - -[466] A propos du duel du duc de Castries avec Charles de Lameth. - -[467] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre -1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, II, 323. - -[468] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, Introduction, I, 229. - -[469] Mirabeau à la Marck, 13 novembre 1790.—_Ibid._, II, 317. - -[470] Fersen à Gustave III, 5 septembre 1790.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 79. - -[471] Duport du Tertre aux sceaux le 22 septembre; Fleurieu à la -marine, le 27 octobre; du Portail à la guerre, le 16 novembre; de -Lessart aux finances, le 30 novembre. - -[472] _Mémoires de Mme Campan_, 259, 260. - -[473] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 229, 230.—La Marck à Mercy, 30 décembre -1790.—_Ibid._, II, 525.—Ce bruit s'était répandu aussi à l'étranger. -Voir la lettre du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, du 21 octobre -1790.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 350. - -[474] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Correspondance du comte de -Mirabeau et du comte de la Marck_, II, 300.—Mirabeau fait allusion dans -sa 40e note à ce qu'il appelle «l'inconcevable insolence de M. de -Lafayette à Saint-Cloud».—_Ibid._, II, 307. - -[475] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Ibid.,_ Introduction, I, 231. - -[476] Quarantième note de Mirabeau, 11 novembre 1790.—_Correspondance -entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 311. - -[477] Quarante et unième note de Mirabeau, 12 novembre 1790.—_Ibid._, -II, 320, 326. - -[478] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 231. - -[479] A propos du pillage de l'hôtel de Castries après le duel du duc -avec Ch. de Lameth. - -[480] La Marck à Mercy, 12 novembre 1790.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 313. - -[481] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre 1790.—_Ibid._, -II, 333. - -[482] Mirabeau à la Marck, 26 novembre 1790.—_Ibid._, II, 361. - -[483] Le même au même, 5 janvier 1791.—_Ibid._, II, 364. - -[484] La Marck à Mercy, 6 décembre 1790.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 395. - -[485] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._, -II, 434. - -[486] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, II, 429. - -[487] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._, -II, 475. - -[488] _Ibid._, 468 et suiv. - -[489] _Ibid._, 477. - -[490] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, 462, 463. - -[491] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre -1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, II, 485, 486. - -[492] La Marck à Marie-Antoinette, décembre 1790.—_Correspondance entre -le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 513. - -[493] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 24. - -[494] _Ibid._, III, 30. - -[495] _Ibid._, 24. - -[496] La Marck à Mercy, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 68. - -[497] La Marck à Marie-Antoinette, 19 février 1791.—_Ibid._, III, 62. - -[498] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 31. - -[499] Mercy à la Marck, 14 janvier 1791.—_Ibid._, III, 6 et 7. - -[500] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, Introduction, I, 236. - -[501] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 30. - -[502] _Ibid._ - -[503] Le même au même, 30 décembre 1790.—_Ibid._, II, 532. - -[504] La Marck à Mercy, 30 décembre 1790.—_Correspondance entre le -comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 524. - -[505] Le même au même, 26 janvier, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 27, -28, 70. - -[506] Fersen à Gustave III, 8 mars 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 86. - -[507] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 233. - -[508] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 251.—Ces paroles, contestées par Cabanis, sont -affirmées par la Marck. - -[509] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 avril -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 264. - -[510] _Mémoires de Malouet_, II, 9. - -[511] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 143. - -[512] _Ibid._, II, 222, 223. - -[513] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 5 février -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 232. - -[514] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 février 1791.—La -même à la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de -Mme Elisabeth_, 240, 241. - -[515] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 242. - -[516] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 235.—Mme Elisabeth à -la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de Mme -Elisabeth_, 241. - -[517] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244. - -[518] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 210. - -[519] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244. - -[520] _Ibid._ - -[521] _Souvenirs d'un page_, 347. - -[522] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 253.—_Voir_ dans ces -Mémoires la réponse des ducs de Villequier et de Duras à l'ordre du -jour de Lafayette.—_Ibid._, I, 254 et suiv. - -[523] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 245. - -[524] Le 24 août 1790. - -[525] Le 26 décembre 1790. - -[526] Montmorin à la Marck, 18 et 20 mars 1791.—_Correspondance entre -le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 88 et 97. - -[527] _Mémoires de Weber_, 309. - -[528] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 19 avril -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 266. - -[529] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 102. - -[530] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214. - -[531] _Ibid._ - -[532] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 103. - -[533] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214. - -[534] On traitait le Roi de b... d'aristocrate et de gros cochon. M. de -Gougenot, maître d'hôtel, s'étant approché de la voiture pour prendre -les ordres de la Reine, les gardes nationaux l'en arrachèrent. La Reine -s'avança pour dire de le laisser: «Voilà une plaisante b... pour donner -des ordres,» répondirent les gardes nationaux. Fersen à Taube, 18 avril -1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 404. - -[535] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 266.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 273. - -[536] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 21 avril -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 267. - -[537] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 104. - -[538] _Mémoires de Mme Campan_, 286.—_Mémoires de Weber_, 311. - -[539] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 104. - -[540] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 273, 274. - -[541] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 105. - -[542] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 215. - -[543] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 105. - -[544] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 217. - -[545] _Ibid._, 219. - -[546] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 283. - -[547] _Mémoires de Mme Campan_, 267, 268. - -[548] _Ibid._, 273, 274. - -[549] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 203. - -[550] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178. Est-ce à la suite -de cette proposition que le bruit se répandit à cette époque chez -les émigrés que le Roi devait aller en Flandre? M. de Vaudreuil, qui -s'était fait l'écho de ces bruits, n'y croyait pas. «J'ai de la peine à -croire, écrivait-il à M. le comte d'Artois, qu'on puisse décider le Roi -à sortir de Paris, à moins qu'on ne l'enlève par force.» Le comte de -Vaudreuil au comte d'Artois, 9 septembre 1790.—_Correspondance intime -du comte de Vaudreuil_, I, 287. - -[551] _Mémoires de Mme Campan_, 269. - -[552] Fragments de Mémoires du comte Valentin Esterhazy.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 47, 48. - -[553] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de -Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 369.—Mirabeau ne reculait -pas cependant devant une intervention diplomatique des Puissances -étrangères: «Il me semble qu'un autre point des plus raisonnables -du plan de M..., est, si la paix entre la Prusse et l'Autriche se -contient, d'engager ces deux Puissances, sous prétexte des dangers -qu'elles peuvent courir elles-mêmes, si jamais ceci se consolide, -à paraître non plus pour faire une contre-révolution ou entrer en -armes ici, mais comme garants de tous les traités, de l'Alsace, de la -Lorraine et comme trouvant fort mauvais la manière dont on traite un -Roi. Elles pourraient alors parler le ton qu'on a, quand on se sent le -plus fort, en bonne cause et en troupes.»—Marie-Antoinette à Mercy, -juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 130. - -[554] Mirabeau à la Marck, 4 juin 1790.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 34. - -[555] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de -Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 743. - -[556] Douzième note, 17 juillet 1790.—_Ibid._, II, 104 et suiv. - -[557] Treizième note, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 114. - -[558] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, 1, 32. - -[559] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 245. - -[560] _Mémoires de Mme Campan_, 268. - -[561] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 octobre -1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 199. - -[562] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction. I, 238. - -[563] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 214. - -[564] _Ibid._, 215 et suiv. - -[565] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 244, 245.—_Mémoires du marquis de Bouillé_, -228. - -[566] _Ibid._ - -[567] _Ibid._, 229. - -[568] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 156, 157. - -[569] Le baron de Breteuil à l'Empereur, 3 mai 1791.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, I, 114.—Le baron de Breteuil était, à -l'étranger, l'agent accrédité du Roi et de la Reine. - -[570] A la mi-mai, on n'avait encore que quatre millions.—Fersen à -Breteuil, 16 mai 1791.—_Ibid._, I, 123. - -[571] Marie-Antoinette à Mercy, 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und -Léopold II_, 130. - -[572] Fersen à Taube, 1er avril 1791.—Le même à Breteuil, 2 avril -1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 90, 97. - -[573] Fersen à Taube, 7 mars 1791.—_Ibid._, I, 93. - -[574] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 156. - -[575] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 243, 244. - -[576] _Ibid._, 245. - -[577] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 123.—On leur demandait vingt ou trente mille hommes environ. - -[578] Marie-Antoinette à Léopold, 1er juin 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 167. - -[579] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Ibid._, 130. - -[580] Bouillé à Fersen, 18 avril 1791.—Le même au même, 9 mai 1791.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France._ - -[581] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ Introduction, I, 244. - -[582] Marie-Antoinette à Mercy, 5 juin 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 172. - -[583] Manifeste du Roi, 20 juin 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et -Mme Elisabeth_, II, 25, 119. - -[584] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 12 juillet -1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.—Plusieurs émigrés des -plus notables pensaient comme le marquis de Bombelles: «Croyez-vous -qu'on soit revenu à désirer absolument l'ancien régime?—Non», -écrivait, le 9 octobre 1790, le comte de Vaudreuil au comte -d'Artois.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 327, 328. - -[585] Journal de Fersen, 13 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 27. - -[586] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël_, 228. - -[587] Le prince de Condé écrivait le 27 février: «Le comte d'Artois a -reçu par une occasion une lettre du Roi et de la Reine.... celle de -la Reine est encore plus forte en faiblesse—que celle du Roi.—Après -toutes les mauvaises raisons que vous pouvez imaginer, elle lui -demande le _sacrifice de toute idée de contre-révolution_. Voilà la -femme que la Queuille et tant d'autres présentent comme un modèle -d'énergie.»—_Histoire de l'Emigration: Coblentz_, par Ernest Daudet. -Paris, Kolb, 1889, p. 23. - -[588] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 130. - -[589] La même au même, 13 février 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et -Mme Elisabeth_, I, 467. - -[590] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 141. - -[591] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 140, 141. - -[592] Entre autres l'absence d'un relais de poste dans la -ville.—_Mémoires du marquis de Bouillé_, 222, 228. - -[593] _Ibid._, 251. - -[594] Fersen à Bouillé, 26 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 130. - -[595] _Mémoires de Mme Campan_, 287 et suiv. - -[596] _Ibid._, 289. - -[597] Fersen à Breteuil, 2 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 96. - -[598] «Il ne faudrait pas passer le 1er juin,» écrivait M. de -Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 122. Il avait déjà écrit le 18 avril: «Tout est impossible -si l'on passe l'époque du mois de mai.»—Le même au même, 18 avril -1791.—_Ibid._, I, 107. - -[599] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Ibid._, 132. - -[600] Fersen à Breteuil, 30 mai 1791.—_Ibid._, 132. - -[601] Le même au même, 10 juin 1791.—_Ibid._, I, 137. - -[602] Fersen à Bouillé, 13 juin 1791.—_Ibid._, I, 137. - -[603] Marie-Antoinette à Léopold, 22 mai 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 165. Mme de Tourzel prétend qu'il y -avait une quatrième personne dans la confidence, le chevalier de -Coigny.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel._ - -[604] Fersen à son père, février 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France._ Introduction, LIX. - -[605] La berline avait été commandée par la baronne de Korff.—_Fuite -de Louis XVI à Varennes_, par M. Bimbenet. Pièces justificatives, -déposition du carrossier Louis, p. 51. - -[606] _Mémoires du comte Louis de Bouillé_, 39. - -[607] M. de Bouillé aurait voulu d'abord que M. d'Agout allât -s'installer à Châlons avec trente gardes du corps déterminés, sous -un prétexte quelconque, en réalité pour escorter le Roi de Châlons à -Sainte-Ménehould.—Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, I, 122.—Le Roi ne le voulut pas, dans la crainte -d'exciter les méfiances et de faire du mouvement.—Fersen à Bouillé, 26 -mai 1791.—_Ibid._, I, 130. - -[608] Breteuil à Fersen, 24 mai 1791.—_Ibid._, I, 128. M. de Breteuil -ne se souciait pas de M. de Saint-Priest, en qui il voyait un -rival.—Ibid., et Breteuil à Fersen, 29 mai 1791.—_Ibid._, I, 131. - -[609] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 308. - -[610] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 132. On avait prétendu que c'était Mme de Tourzel, -qui par entêtement de ses prérogatives de gouvernante des Enfants de -France avait refusé de céder sa place dans la voiture royale et empêché -par là d'emmener M. d'Agout. Mme de Tourzel s'en défend vivement -dans ses _Mémoires_: «La Reine, dit-elle, qui fut la seule qui me fit -part de ce voyage, ne m'a jamais dit qu'il en fût question et ne parla -que de l'obstacle de ma santé,—elle venait d'être fort souffrante;—je -n'aurais certainement pas insisté, si elle m'eût témoigné un pareil -désir. J'avais d'ailleurs la ressource de prendre la place d'une des -deux femmes qui accompagnaient la famille royale dans la voiture de -suite. En pareil cas, l'attachement ne consulte ni la convenance ni -les droits, et j'aurais alors concilié le devoir, que m'imposait ma -place, de ne jamais quitter Monseigneur le Dauphin, avec le désir que -Leurs Majestés auraient manifesté de se faire accompagner par une -personne dont les services eussent pu leur être plus utiles que les -miens.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 302, note. - -[611] Fersen à Bouillé, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 130. - -[612] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, I, 123. - -[613] _Mémoires de Mme Campan_, 288. - -[614] «Le major du Royal-Allemand était venu le voir pour prendre -ses instructions sur la nouvelle formation. M. de Bouillé lui parla -de l'esprit du régiment, et le major ne lui cacha pas que dans le -cas où l'on viendrait au secours de notre malheureuse patrie, le -régiment serait plutôt disposé à s'y joindre qu'à marcher contre. «Tant -mieux, lui répondit M. de Bouillé, tant mieux, Monsieur; j'espère -qu'il ne sera pas le seul... Malgré ces bonnes dispositions, il ne -faudrait pourtant pas compter sur lui—Bouillé,—dans le cas où l'on ne -ferait qu'un simple coup de tête, et l'on craint ici et à Metz que -M. le prince de Condé ne veuille agir seul; il ferait une mauvaise -besogne.»—Le marquis de Raigecourt au marquis de Gain-Montagnac, 21 -avril 1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt. - -[615] Lettre saisie chez M. de Fersen, du 17 juin 1791. Bimbenet, _La -fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces justificatives, 137. - -[616] Fragments de mémoires du comte Valentin Esterhazy, _Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 55.—_Voir_ aussi, sur tous -ces bruits du départ de la famille royale répandus chez les émigrés, la -_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_. Paris, Plon, 1889. - -[617] Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces -justificatives, 38. - -[618] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -1. - -[619] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 40, 41. - -[620] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -2. - -[621] Récit de Madame Royale, dans les _Mémoires de Weber_, -314.—Déclaration de Raffy, commissaire du Comité civil de la section -Lepelletier, citée par A. Vitu dans son livre sur la _Maison mortuaire -de Molière_. _Figaro_ du 11 novembre 1882, supplément.—«La ci-devant -Reine, la veille de son départ pour Varennes, a été goûter dans son -beau jardin (de Boutin) à la barrière Blanche, avec ses enfants, pour -faire voir qu'elle n'avait point envie de partir.»—Raffy ne se trompe -que sur un point: ce n'est pas la veille, mais le jour même de son -départ que la Reine alla à Tivoli. - -[622] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 303. - -[623] Madame Royale dit sept heures (Weber, 314); Desclaux, garçon de -chambre de la Reine, dit huit heures.—Bimbenet.—Pièces justificatives, -45. - -[624] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 41. - -[625] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.—Récit de Madame -Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[626] Journal du comte de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, II, 308. - -[627] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 25. Pièces -justificatives, 33, 35. - -[628] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 56 et suiv. - -[629] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307. - -[630] _Ibid._, I, 303.—Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[631] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 304.—Récit de Madame -Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[632] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[633] Le duc de Villequier avait émigré. - -[634] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -2. - -[635] Journal de Fersen.—_Ibid._, I, 3. - -[636] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 415. - -[637] «M. de Fersen, dit Mme de Tourzel, jouait parfaitement -le rôle de cocher de fiacre, sifflant, causant avec un soi-disant -camarade qui se trouvait là par hasard et prenant du tabac dans sa -tabatière.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306. - -[638] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -2. - -[639] _Ibid._ - -[640] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306. - -[641] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[642] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307. - -[643] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315. - -[644] Déposition de Balthazar Sapel.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à -Varennes._ Pièces justificatives, 60.—Fersen dit qu'on arriva à Bondy à -une heure et demi, Sapel dit à trois heures. - -[645] _Ibid._, 62. - -[646] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -2. - -[647] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 312. - -[648] On arriva à Châlons à quatre heures de -l'après-midi.—_Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons, -relativement au départ du Roi vers la frontière, à son arrestation à -Varennes, à son retour à Paris et à son séjour à Châlons._ Châlons, Le -Roy, 1876, p. 5. - -[649] Mme de Tourzel affirme que le Roi ne descendit qu'une seule -fois dans la route, entra dans une écurie où il n'y avait personne -et remonta sur-le-champ dans la voiture. Les enfants descendirent -seulement deux fois, dans les moments où les postillons montaient au -pas de grandes côtes; «mais cette petite promenade ne causa aucun -retard.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, 219.—Mais ce témoignage -de Mme de Tourzel, si formel qu'il soit, ne nous semble pas pouvoir -détruire les témoignages non moins formels des trois gardes du corps -et de Mme Brunier.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes._ -Pièces justificatives, interrogatoires de MM. de Maldent, de Moustier -et de Valori et de Mme Brunier, p. 79, 100, 111, 121.—On donnait -d'ailleurs aux postillons des pourboires dont la générosité excitait -les soupçons. - -[650] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116. - -[651] Récit fait par la Reine à Fersen.—Journal de Fersen.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 8. - -[652] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116.—_Mémoires du -marquis de Bouillé_, 262. - -[653] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 316. - -[654] _Ibid._ - -[655] Lettre de la municipalité de Sainte Menehould à l'Assemblée. - -[656] Louis Bonneville de Marsangy.—_Journal d'un volontaire de 1791_, -Paris, Perrin, 1888, p. 19. - -[657] M. de Damas avait aussitôt envoyé un officier à toute bride pour -avertir de ce contre-temps MM. de Bouillé et de Raigecourt qui étaient -à Varennes. Malheureusement, l'officier ne connaissait pas le pays; -il prit la route de Verdun au lieu de celle de Varennes où, par suite -de cette erreur, il arriva trop tard.—_Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, I, 317. - -[658] Le _Journal d'un volontaire de 1791_ décrit ainsi ce passage: -«Varennes est à trois lieues de Clermont. Je n'y ai rien remarqué que -l'endroit où le Roi fut arrêté. Il semble qu'il ait été fait exprès, -par l'impossibilité qu'il y a de passer deux voitures à la fois. C'est -une espèce de porte ou d'arcade fort basse, et très étroite. Le pont -vient ensuite.» Page 21. - -[659] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 318. - -[660] _Second procès-verbal de la municipalité de Varennes._—La -municipalité de Varennes, après l'arrestation du Roi, rédigea deux -procès-verbaux, fort différents de ton; le premier est respectueux -encore de l'autorité royale; le second ne l'est plus.—_Voir_ ces -procès-verbaux dans Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_; -Pièces justificatives; et dans l'abbé Gabriel, _Louis XVI, le marquis -de Bouillé et Varennes_. - -[661] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 319. - -[662] _Ibid._, I, 320. - -[663] _La fuite de Louis XVI_, par V. Fournel.—_Revue des questions -historiques_, octobre 1868.—M. Fournel a publié dans la _Revue des -questions historiques_, juillet et octobre 1868, deux articles très -étudiés et très remarquables qui semblent donner le récit le plus exact -de ce grave événement. - -[664] _Premier et second procès-verbaux de la commune de Varennes._ - -[665] _Premier procès-verbal._ - -[666] _Second procès-verbal._ - -[667] _Mémoires de Mme Campan_, 475. - -[668] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 325. - -[669] Lettre de la municipalité de Sainte-Menehould au président de -l'Assemblée nationale, citée dans Gabriel, 313. - -[670] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 327.—Mme de Tourzel -place par erreur cette scène entre Clermont et Sainte-Menehould. - -[671] Ce dernier détail a été contesté, mais il a été raconté par la -Reine elle-même à Fersen. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 8. - -[672] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 16. - -[673] Il existait encore, suivant Mme de Tourzel, des personnes -qui avaient été témoins de la première réception et qui fondaient en -larmes, en songeant au chemin parcouru depuis lors.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 329. - -[674] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 329. - -[675] On en était au _Sanctus_. - -[676] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, p. 23. - -[677] _Ibid._, 24.—Après le départ du Roi, il y eut des troubles à -Châlons; la vie du maire, M. Chorez, fut menacée.—_Ibid._, 25, 26. - -[678] Gabriel. _Louis XVI, le marquis de Bouillé à Varennes_, 315. - -[679] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 36. - -[680] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 332. - -[681] Récit de la Reine. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 8. - -[682] _Procès-verbal de tout ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 37. - -[683] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, -8. - -[684] Barnave eut de longues conversations avec la Reine et avec Mme -Elisabeth. Ces conversations sont relatées dans les _Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 335 et suiv. - -[685] Ce récit a été publié par M. Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la -Terreur._ Pièces justificatives, I, 353 et suiv. - -[686] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, -8. - -[687] _Mémoires de Mme Campan_, 295.—_Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, I, 339. - -[688] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 361. - -[689] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 361. - -[690] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 334. - -[691] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 362. - -[692] _Ibid._ - -[693] _Louis XVII_, I, 131. - -[694] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 365. - -[695] _Louis XVII_, I, 135. - -[696] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 340.—Journal de -Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France,_ II, 8. - -[697] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 368. - -[698] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 367. - -[699] _Mémoires de Weber_, 367. - -[700] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives, -I, 370. - -[701] Staël à Gustave III, 25 juin 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 211. - -[702] Marie-Antoinette à Fersen, 28 juin 1791.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, I, 142.—Mme Campan prétend (_Mémoires_, 293, -294) que les cheveux de la Reine avaient blanchi subitement pendant -les angoisses du voyage de Varennes. Montjoye, dans son _Histoire de -Marie-Antoinette_, rapporte le même fait aux journées d'octobre. Nous -adoptons plutôt cette dernière version, d'abord parce que Montjoye a -écrit son _Histoire_ à une date plus rapprochée des événements que -celle où Mme Campan a rédigé ses _Mémoires_, ensuite et surtout -parce que Fersen, qui revit la famille royale en février 1792 et qui -a laissé le journal de son voyage a gardé le silence sur ce fait qui -n'aurait pu manquer de le frapper vivement et qu'il aurait certainement -consigné. Ajoutons que Staël, dans sa correspondance écrite au moment -même, n'en parle pas non plus. - -[703] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 360, 361. - -[704] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 213. - -[705] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 10 juillet -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307. - -[706] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, -8. - -[707] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307. - -[708] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348. - -[709] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, -5. - -[710] _Mémoires de Malouet_, II, 149. - -[711] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348. - -[712] _Mémoires de Weber_, 367. - -[713] _Mémoires de Mme Campan_, 293.—Mme Campan rapporte que -l'acteur Saint-Prix avait par dévouement demandé à monter la garde dans -le corridor qui séparait l'appartement du Roi de celui de la Reine, -afin de permettre aux malheureux époux de communiquer entre eux. - -[714] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, -8. - -[715] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 347. - -[716] _Souvenirs de quarante ans._ - -[717] _Mémoires de Weber_, 370. - -[718] «On ne laisse au Roi que la vie végétale, on admire qu'il s'en -contente.» Lettre de Bernis à M. de Flavigny, 22 juin 1791.—Archives de -Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 516. - -[719] Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt, septembre -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 446.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, I, 359, 360. - -[720] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 360. - -[721] _Mémoires de Malouet_, II, 159. - -[722] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 140, 141. - -[723] Staël à Gustave III, 17 juillet 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein._ - -[724] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 358. - -[725] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 213. - -[726] Gouverneur Morris à Robert Morris, 20 juillet 1791.—_Mémorial de -Gouverneur Morris_, II, 83. - -[727] Droz. _Histoire de Louis XVI_, III, 466. - -[728] _Mémoires de Mme Campan_, 294. - -[729] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 487, 488. -Mallet range parmi les premiers d'André, Chapelier, Baumetz, Lafayette; -parmi les seconds, Barnave, Duport et les Lameth. Mallet nous semble -sévère et même injuste pour Barnave. - -[730] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 182. Le même bruit avait été accrédité -à Rome.—Voir _Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 506 et -suiv.—_Voir_, sur la joie de l'Empereur, à la nouvelle fausse du succès -de l'évasion de la famille Royale, les lettres du comte de Vaudreuil -des 29 juin et 3 juillet 1791. Vaudreuil était alors avec les Polignac -à Padoue où se trouvait l'Empereur.—_Correspondance intime du comte de -Vaudreuil_, II, 4 et suiv. - -[731] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 183. - -[732] Léopold à Marie-Christine, 5 juillet 1791.—_Marie-Christine, -archiduchesse d'Autriche_, par Adam Wolf, traduit par L. V. III, 136. - -[733] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, sans date, juillet -1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 13. - -[734] L'Empereur ne s'était point adressé à la Suède; Gustave III en -fut très froissé. - -[735] Projet de circulaire de l'Empereur, 6 juillet 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 389. - -[736] Rambaud. _Les Français sur le Rhin_, 147. - -[737] Léopold à Marie-Christine, 6 juillet 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 387. - -[738] Staël à Gustave III, 14 août 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 223. - -[739] Gustave III à Louis XVI, 30 juin 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 143. - -[740] Fersen à Marie-Antoinette, 27 juin 1791.—_Ibid._, 141.—Staël à -Gustave III, 8 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de -Staël-Holstein_, 214. - -[741] Mémoire adressé à l'Impératrice de Russie par le roi de Suède, 9 -juillet 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, -391 et suiv. - -[742] Mémoire lu par le roi de Suède, à la conférence tenue à -Aix-la-Chapelle, dans sa chambre, entre Sa Majesté, Monsieur, le -comte d'Artois et l'évêque d'Arras, 5 juillet 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382. - -[743] _Journal de mon émigration_, par un garde du corps de la -compagnie de Luxembourg.—«Le Roi, arrêté à six lieues des frontières, -écrivait Vaudreuil, a dit à l'univers: «J'étais prisonnier: j'ai voulu -rompre mes fers;» à tous les bons Français: «Délivrez-moi;» à tous -les rois: «Vengez-moi.» On ne peut rien opposer à cela et la force de -ces motifs doit retentir dans toutes les âmes.»—Le comte de Vaudreuil -au comte d'Artois, sans date, juillet 1791.—_Correspondance intime du -comte de Vaudreuil_, II, 4. - -[744] _Voir_, sur l'évasion de Monsieur, la _Relation d'un voyage de -Paris à Bruxelles et à Coblentz, en 1791_. Paris, 1823, Urbain Canel. - -[745] Gustave III à Monsieur, 5 juillet 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382. - -[746] Marie-Antoinette à Mme de Lamballe, commencement de juillet -1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 148. - -[747] Journal de Fersen, 24 juillet 1799.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 7. - -[748] _Ibid._ - -[749] «Monsieur ferait mieux seul, mais est entièrement subjugué par -l'autre». _Ibid._ - -[750] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 371. - -[751] Journal de Fersen, 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 6. - -[752] Il ne faut pas confondre le baron de Bombelles, agent des -Princes, avec son frère, le _marquis_ de Bombelles, mari de l'amie de -Mme Elisabeth et agent de Breteuil et de la Reine. - -[753] Le cardinal de Bernis, qui de Rome observait tous ces mouvements -et était au courant des plans des émigrés, ne croyait pas à cette -coalition effective des Puissances, rêvée par Calonne et son parti: -«J'ai toujours cru, écrivait-il à un ami, que la France pouvait -seule rompre ses chaînes et reprendre son niveau. Les Puissances -étrangères ont leurs embarras et leurs vues; le plus court pour elles, -c'est d'envoyer à nos princes quelques belles lettres et des secours -insuffisants; elles nous laisseront bientôt nous déchirer et nous -dévorer nous-mêmes, et quand la Pologne, la Bavière seront arrangées -selon leurs convenances, alors elles se partageront nos lambeaux. -Je souhaite de me tromper.» Bernis à Flavigny, 4 janvier 1792.—_Le -cardinal de Bernis depuis son ministère_, 520, note. - -[754] Journal de Fersen, 14 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 5. - -[755] La Reine avait et eut jusqu'à la fin des moyens secrets de -correspondance avec l'Empereur; si elle écrivait cette phrase, c'était -pour que les Constitutionnels ne soupçonnassent pas ces moyens, et ne -les contrecarrassent pas. - -[756] Marie-Antoinette à Léopold, 30 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 118 et suiv. - -[757] Ce mémoire ne fut montré qu'à M. de Vaudreuil. «Dans ce mémoire, -il (Montmorin) prouve que le comte d'Artois n'a rien fait contre la -Constitution, qu'il est encore tout entier, qu'il est encore sans -danger; fait un tableau charmant de ce moment et du bonheur de la -France, quand toute la famille sera réunie; ajoute que, si le comte -d'Artois ne revient pas, il sera déclaré traître à la patrie et -encourra toutes les peines de la proscription.» Journal de Fersen, 19 -août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 18. - -[758] Journal de Fersen, 19 août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 13. - -[759] Il était parti de Paris le 2 août. Staël à Gustave III, 4 août -1791.—_Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein._ - -[760] Fersen à Gustave III, 20 août 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 162. - -[761] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et -Mme Elisabeth_, II, 208. - -[762] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 226, 227. - -[763] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 187. - -[764] La même au même, 7 août 1791.—_Ibid._, 197. - -[765] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 194. - -[766] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194. - -[767] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 226. Staël jugeait très sévèrement ces -diverses mesures: «Ce manque de respect, écrivait-il, est d'autant plus -répréhensible, qu'ayant beaucoup à réparer avec le Roi, l'Assemblée -aurait dû sentir que ce n'est pas en outrageant qu'elle peut ramener la -confiance et l'union.» - -[768] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 193. - -[769] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194. - -[770] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et -Mme Elisabeth_, II, 208. - -[771] Fersen au baron de Taube, 17 juin 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 300. - -[772] Le même au même, 21 mars 1792.—Fersen à Gustave III, même -date.—_Ibid._, 215, 216. - -[773] Marie-Antoinette à Fersen, 8 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, I, 147, 148. - -[774] Les meilleurs amis du comte d'Artois, comme le comte de -Vaudreuil, avaient tout fait pour l'empêcher d'appeler Calonne près -de lui: «Un objet sur lequel je n'ai pas varié, écrivait Vaudreuil -au prince, et sur lequel vous avez pris un parti contraire à mon -avis, c'est relativement à M. de Calonne. Personne au monde ne l'aime -plus que moi, personne n'est plus convaincu de la supériorité de ses -talents, de ses ressources, de son génie et de sa loyauté; mais ici il -faut considérer que l'opinion a tout fait et qu'on ne peut avoir de -succès qu'en ramenant l'opinion et les esprits égarés, en suivant un -plan sage mais lent. Est-ce donc l'homme que la calomnie a attaqué, -ainsi que vous, qu'il faut mettre en avant lorsqu'il s'agit de parler à -l'opinion? Les préventions du Roi et de la Reine ne seraient-elle pas -un obstacle éternel à ce qu'ils approuvent tout ce qui viendrait de -lui?» Et Vaudreuil ajoute: «Prendre précisément pour guide celui que la -Reine hait, que le Roi a sacrifié, n'est-ce pas donner l'occasion à vos -ennemis de publier, d'accréditer que vous prenez parti contre le Roi?» -Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 nov. 1789.—_Correspondance -intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois pendant l'émigration_ -(1789-1815), publiée avec introduction, notes et appendices, par M. -Léonce Pingaud. Paris, Plon, 1889, I, 39, 40. _Voir_ encore lettre du -9 septembre 1790 du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, _Ibid._, -I, 286, et lettre du 7 juillet 1792 du comte de Vaudreuil au comte -d'Entraigues, où se trouve cette phrase: «La haine de la Reine—contre -Calonne—est implacable.»—_Ibid._, II, 104. - -[775] Journal de Fersen, 26 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 8. - -[776] «Si la Reine a l'air d'écarter les enragés, c'est à coup sûr -pour les endormir. Elle est mère et elle est femme; serons-nous assez -barbares pour ne pas lui pardonner des erreurs que ses ennemis n'ont -que trop justifiées?... D'ailleurs, c'est Louis XVI et Marie-Antoinette -que nous voulons replacer sur le trône; il faut donc dissimuler leurs -torts, et nous les exagérons.» M. de Vaudreuil au comte d'Entraigues, -22 août 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 22. -Vaudreuil avait eu plus d'une fois à défendre la Reine contre les -préventions du comte d'Artois lui-même.—_Voir_ notamment les lettres du -13 février et des 14 et 21 août 1790.—_Correspondance intime du comte -de Vaudreuil_, I, 101, 102, 265, 270, 273. _Voir_ aussi _Coblentz_, par -Ernest Daudet, _passim_. - -[777] Journal de Fersen, 10 et 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, I, 4, 6. - -[778] _Ibid._, I, 4.—_Mémoires secrets d'Augeard_, 270. Il y avait -eu en revanche de sincères accès de joie à la nouvelle prématurée du -succès de l'évasion royale. Voir les lettres de Vaudreuil des 29 juin -et 3 juillet 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 4 -et suiv. - -[779] _Mémoires secrets d'Augeard_, 278. - -[780] _Madame Swetchine, sa vie et ses œuvres_, publiées par le comte -de Falloux, II, 82. - -[781] Bernis à Flavigny.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, -520. - -[782] Gustave III à Stedingk, 6 juillet 1791, cité par M. -Geffroy.—_Gustave III et la Cour de France_, II, 174. - -[783] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 356. - -[784] Note du marquis de Bombelles au comte Ostermann, 31 janvier -1792.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 182. Un -peu plus tard, la veille même du départ pour Varennes, Vaudreuil, -habituellement sage pourtant à cette époque, engageait le comte -d'Artois à agir sur le Roi par intimidation et à le menacer d'un -abandon total de la noblesse, s'il ne voulait pas lui donner le plein -pouvoir qu'il avait confié à Breteuil.—Le comte de Vaudreuil au comte -d'Artois, 19 juin 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, -I, 398, 399. - -[785] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 26 juillet -1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt. - -[786] M. de Simolin au comte Ostermann, 19 août 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 233. Mme Campan -raconte de son côté que la Reine lui disait souvent: «Si les émigrés -réussissent, ils feront longtemps la loi; il sera impossible de leur -rien refuser. C'est contracter avec eux une trop grande obligation que -de leur devoir la couronne.»—_Mémoires de Mme Campan_, 270. - -[787] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 197. - -[788] Marie-Antoinette à Mercy, 16 août 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 223. - -[789] La même au même, 21 août 1794.—_Marie-Antoinette, Joseph II und -Léopold II_, 204. - -[790] _Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III, -138. - -[791] Léopold à Marie-Christine, 30 juillet 1791.—_Ibid._, III, 139, -140. - -[792] Le même à la même, 5 septembre 1791.—_Ibid._, III, 141. - -[793] _Ibid._ - -[794] Le même à la même, 26 août 1791.—_Ibid._, 206. - -[795] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 254. - -[796] Léopold à Marie-Christine, 1er septembre 1791. -_Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III, -141.—Le duc de Polignac, agent des Princes à Vienne, écrivait de son -côté: «Spielmann s'est vanté d'avoir été plus fin que M. de Calonne, -parce qu'il l'avait forcé de mettre ou de laisser mettre dans cette -déclaration les mots: _Alors et dans ce cas_ qui, selon lui, l'annulent -entièrement.»—Le duc de Polignac au comte d'Artois, 13 septembre -1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 321. - -[797] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold, II_, 209. - -[798] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 210. - -[799] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III -et la Cour de France_, II, 458. - -[800] Marie-Antoinette à Mercy, 21 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 204. - -[801] Mercy à Marie-Antoinette, 28 juillet 1791.—_Ibid._, 186. - -[802] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 197. - -[803] Fersen à Taube, 26 juillet 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 151. - -[804] Le même au même, 21 septembre 1791.—_Ibid._, I, 188. - -[805] _Journal de Fersen_, 3 sept. 1791.—_Ibid._, I, 23. - -[806] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 196.—Mallet du Pan rapporte que lui et Malouet -avaient fait proposer au Roi, par Montmorin, un plan dans le sens -indiqué ici par la Reine: Louis XVI serait allé à l'Assemblée, et -là, montrant les dépêches des Puissances, aurait déclaré que, ces -Puissances ne le croyant pas libre, il fallait constater sa liberté; -qu'en conséquence il demandait à aller à Compiègne ou à Fontainebleau -avec sa garde propre et à y choisir un nouveau ministère, qui n'eût -coopéré en rien à la Constitution. - -«Ou l'Assemblée nationale eût refusé, et elle constatait la servitude -du Roi; ou elle eût accepté, et le Roi se délivrait des traîtres de son -Conseil; il s'en faisait un vigoureux et royaliste affectionné. M. de -Montmorin a insisté à trois reprises; il s'est jeté aux genoux de la -Reine; tout a été inutile. On s'est effrayé des conséquences et de la -crainte d'une insurrection.»—_Mémoires et correspondance de Mallet du -Pan_, I, 248. - -Quoi qu'en dise Mallet, il nous paraît probable que la Reine avait -raison; l'Assemblée n'eût pas accepté et certainement la populace n'eût -pas laissé exécuter ce plan; tout au moins eût-on gardé le Dauphin -comme otage, ce à quoi sa mère ne pouvait consentir. - -[807] Réflexions de Burke, envoyées à la Reine de France, 20 août -1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 246, 247. - -[808] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 196. - -[809] Mercy à Marie-Antoinette, 20 août 1791.—_Ibid._, II, 244. - -[810] Marie-Antoinette à Mercy, 26 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph -II und Léopold II_, 205. - -[811] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Ibid._, 207. - -[812] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 51. - -[813] Staël à Gustave III, 28 août, 4 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 228, 231. - -[814] Le même au même, 28 août 1791.—_Ibid._, 228. - -[815] Le même au même, 4 septembre 1791.—_Ibid._, 231. - -[816] Le même au même, 28 septembre 1791.—_Ibid._, 228. - -[817] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III -et la Cour de France_, II, 458. - -[818] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 228. - -[819] «Il se confirme dans les diverses conversations du Roi et de la -Reine que, convaincus l'un et l'autre de l'impossibilité de mettre la -Constitution en pratique et appréciés (?) dans cette opinion par ses -fondateurs mêmes, ils semblent vouloir attendre le retour de l'opinion -publique vers l'autorité royale et ne tenter aucun moyen violent, mais -s'occuper uniquement à captiver l'affection du peuple.»—Staël à Gustave -III, 1er septembre 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de -Staël-Holstein_, 230. - -[820] _Mémoires de Malouet_, II, 161.—_Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, I, 381. - -[821] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 192. - -[822] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 383. - -[823] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, III, 509. - -[824] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234. - -[825] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392. - -[826] Staël à Gustave III, 15 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 235. - -[827] _Ibid._—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 390.—Mme -Elisabeth à Mme de Raigecourt, 14 septembre 1791.—_Correspondance de -Mme Elisabeth_, 338. - -[828] _Mémoires de Mme Campan_, 305. - -[829] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234. - -[830] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392. - -[831] _Mémoires de Mme Campan_, 306. - -[832] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392. - -[833] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 25 septembre -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 339. - -[834] _Mémoires de Mme Campan_, 307. - -[835] Staël à Gustave III, 29 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 239. - -[836] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 octobre -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 353. - -[837] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 200. - -[838] _Lettre de Monsieur et de M. le comte d'Artois au Roi, leur -frère_, brochure imprimée à Pillnitz, 1791. - -[839] Staël à Gustave III, 22 septembre 1791.—_Correspondance -diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 236. - -[840] Louis XVI à ses frères, septembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 335, 336. - -[841] _Mémoires du marquis de Ferrières_, III, 17. - -[842] _Papiers trouvés dans le secrétaire du Roi._ - -[843] Dans le langage figuré de Mme Elisabeth, le Père veut dire le -Roi; la Belle-mère la Reine; le Fils ou le Futur, le comte d'Artois. - -[844] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 septembre -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth._ - -[845] Le marquis de Raigecourt au marquis de Bombelles, 16 novembre -1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt. - -[846] Le comte d'Artois. - -[847] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 3 novembre -1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt. - -[848] _Voir_ sur toute cette double politique de la Reine et de -l'émigration la _Correspondance intime du comte de Vaudreuil -et Coblentz_, par M. E. Daudet. _Voir_ aussi notre étude sur -_Marie-Antoinette et l'Emigration_, publiée dans le _Correspondant_, -en 1875. Les dissentiments avaient commencé dès la sortie de France du -comte d'Artois. - -[849] Fersen à Taube, 21 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 190. - -[850] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 209. - -[851] Taube à Fersen, 21 octobre 1791.—_Ibid._, I, 201. - -[852] Fersen à Taube, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 191. - -[853] Léopold à Marie-Christine, 17 octobre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 37. - -[854] Le même à la même, 11 novembre 1791.—_Marie-Christine, -archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III, 143. - -[855] _Gustave III et la Cour de France_, II, 200. - -[856] Fersen à Taube, 36 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 191. - -[857] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 192. - -[858] _Ibid._, I, 193. - -[859] Fersen à Marie-Antoinette, 10 octobre 1791.—_Ibid._, I, 195. - -[860] Marie-Antoinette à Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 199. - -[861] Le même au même, 2 et 7 novembre 1791.—_Ibid._, I, 213. - -[862] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 384. - -[863] «Le Roi (de France) persiste à croire que... l'action des émigrés -ne ferait qu'irriter par l'imprudence qu'ils ont eue de présenter -dans tous leurs écrits et déclarations le désir d'une vengeance sans -bornes.»—Fersen à Gustave III, 4 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 195.—_Voir_ aussi une lettre de Fersen à Simolin -du 28 mars 1792.—_Ibid._, II, 218. - -[864] Ce projet de Congrès, qui immobilisait les émigrés, exaspérait -Calonne. Il écrivait au cardinal de Bernis: «Je ne suis pas étonné -que l'intrigant Breteuil, qui ne s'occupe qu'à traverser les projets -des Princes et à les réduire à l'inaction, ait enfanté le projet d'un -Congrès; mais je m'étonne qu'il ait pu parvenir, comme on le prétend, -à le faire adopter par le cabinet de Vienne et peut-être aussi par -celui de Madrid.» Calonne à Bernis, 2, 6 septembre 1791. Archives de -Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 518-519, note. - -[865] Fersen à Taube, 4 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, I, 216, 217. - -[866] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 289. - -[867] _Ibid._ - -[868] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 6. - -[869] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 290. - -[870] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 220. - -[871] Le même à la même, 26 octobre 1791.—_Ibid._, 219. - -[872] Marie-Antoinette à Catherine II, 3 décembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 281. - -[873] Fersen à Gustave III, 27 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 261. - -[874] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 232.—Fersen à Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 134, 135. - -[875] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 385. - -[876] Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 181. - -[877] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259. - -[878] Fersen à Marie-Antoinette, 2 juin 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 386.—«Il est certain, dit Malouet, que -Louis XVI, non plus que M. de Bouillé, n'a jamais eu la pensée de -terminer la Révolution autrement que par une constitution raisonnable -et libre.»—_Mémoires de Malouet_, II, 122.—A Coblentz, on reprochait -à la Reine d'avoir dit qu'elle aimait mieux être la mère d'un roi -constitutionnel que la femme d'un roi pourvu d'une tutelle.—_Coblentz_, -151. - -[879] «Il ne faut pas de guerre civile, dit encore la Reine; il ne -faut point, s'il est possible, de guerre étrangère.» Marie-Antoinette -à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme -Elisabeth_, II, 309.—_Voir_ sur le plan de la Reine toute cette lettre -du 8 septembre 1791.—_Ibid._, 289 et suite,—et Marie-Antoinette à -Catherine II, 3 décembre 1791.—_Ibid._, V, 276 et suiv. - -[880] La Reine exposait son plan à l'impératrice de Russie, le 3 -décembre 1791; à la reine d'Espagne, le 4 janvier 1792; un peu plus -tard à la reine de Portugal. Elle ne recevait guère que des réponses -vagues. Catherine II, qui n'aimait pas Marie-Antoinette,—Stedingk au -duc de Sudermanie, 26 avril 1793,—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, II, 415,—lui envoyait une note peu bienveillante. _Voir_ cette -note: _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 276. - -[881] Le Roi de son côté recommandait ce plan à Breteuil, le 25 -novembre 1791; au roi de Prusse, le 3 décembre 1791; au roi de Suède, -le 10 décembre, et au roi d'Espagne vers la même époque.—_Voir_ ces -lettres dans les papiers de Fersen et le recueil de M. Feuillet de -Conches. - -[882] Mercy à Marie-Antoinette, 26 octobre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 218. - -[883] Fersen à Marie-Antoinette, 25 octobre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 202. - -[884] Fersen à Gustave III, 19 décembre 1791.—_Ibid._, I, 277. - -[885] Journal de Fersen, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 33. - -[886] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Ibid._, II, 7. - -[887] Mounier à l'Empereur, 13 octobre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 196. - -[888] Staël à Gustave III, 6 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 240.—La garde nationale parisienne -appelait ces députés nouveaux des _va-nus-pieds_. «Il est vrai, ajoute -la Marck, qui raconte ce fait, que plus des dix-neuf vingtièmes des -membres de cette Législature n'ont d'autre équipage que des galoches -et des parapluies. On a calculé que tous ces nouveaux députés ensemble -n'ont pas, en biens-fonds, trois cent mille livres de revenu.»—La Marck -à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et -le comte de la Marck_, III, 246. - -[889] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 241. - -[890] _Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris, député à l'Assemblée -législative (Hua)_, p. 70. - -[891] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 247. - -[892] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 16. - -[893] _Mémoires de Mme Campan_, 309, 310. - -[894] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 209. - -[895] Journal de Fersen, 20 octobre 1791.—_Ibid._, I, 53. - -[896] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 octobre -1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 36, 38. - -[897] La Reine avait dit que ce plan s'exécuterait du 15 au 20 -novembre, et c'est le 23 novembre que le bruit de l'évasion s'était -répandu à Coblentz. _Voir_ à ce sujet une curieuse lettre du marquis de -Raigecourt à la marquise de Bombelles, citée par nous dans notre étude -sur _Marie-Antoinette et l'émigration_.—_Correspondant_ du 10 avril -1875.—Le même bruit s'était répandu en Suisse.—_Voir_ aussi une lettre -de Fersen à Marie-Antoinette, du 26 novembre 1791.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, I, 258. - -[898] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 209. - -[899] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 220. - -[900] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791. _Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 199. - -[901] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259. - -[902] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 199. - -[903] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 249. - -[904] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259. - -[905] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique -du baron de Staël-Holstein_, 241. Marie-Antoinette au comte de -Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, -I, 219. Le comte de Vaudreuil à l'empereur Léopold, 31 octobre -1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 42. - -[906] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 199, 200. - -[907] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 321. - -[908] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 17 novembre -1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 366. - -[909] _Mémoires de Mme Campan._ - -[910] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 317. - -[911] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791. _Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 209. - -[912] C'était la Reine qui avait empêché M. et Mme de Lescure, la -future marquise de la Rochejacquelein, d'émigrer. «Les défenseurs du -trône sont toujours bien, quand ils sont auprès du Roi,» avait-elle -fait dire à Mme de Lescure.—_Voir_ le récit de cette scène dans les -_Mémoires de la marquise de la Rochejacquelein_. Edition originale. -Paris, Bourloton, 1889, p. 66 et suiv. - -[913] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 207. - -[914] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791, I, 269.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France._ - -[915] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 207. - -[916] Le baron de Taube au comte de Fersen, 28 février 1792.—_Ibid._, -II, 178. - -[917] Note autographe de l'impératrice sur la lettre de la Reine de -France.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 282. - -[918] Le comte de Fersen au comte de Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 135. - -[919] Journal du comte de Fersen, 6 octobre 1791.—_Ibid._, I, 31. - -[920] Marie-Antoinette à Mercy, 25 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 226. - -[921] Mercy à Marie-Antoinette, 21 novembre 1791.—_Ibid._, 224. - -[922] Mercy à Marie-Antoinette, 30 novembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 227. - -[923] _Ibid._ - -[924] Journal de Fersen, 2 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, I, 33. - -[925] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 233 et suiv. - -[926] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 270. - -[927] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 107, 108. - -[928] Citée et donnée en fac-simile par Beauchesne.—_Louis XVII_, I, -172. - -[929] _Réponse aux reproches qu'on nous a fait de n'avoir rien dit à -Marie-Antoinette pour l'année 1792._—_Révolutions de Paris_, no 131, -p. 52. - -[930] Marie-Antoinette au comte de Fersen. 31 octobre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 208. - -[931] La même au même, 19 octobre 1791.—_Ibid._, I, 199. - -[932] La même au même, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 208. - -[933] Monsieur, le 3 décembre, le comte d'Artois, le 5 décembre.—_Louis -XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 260, 261. - -[934] Fragments de mémoires de M. le baron de Goguelat.—_Mémoires de -tous_, III, 398, 405. - -[935] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck._ - -[936] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 9 décembre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 271. - -[937] Mercy à Marie-Antoinette, 2 janvier 1792.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 239. - -[938] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 janvier 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 114. - -[939] Journal du comte de Fersen, 21 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3. - -[940] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 février 1792.—_Ibid._, -II, 166. - -[941] Frédéric-Guillaume au Roi de France, 14 janvier 1792.—_Ibid._, -II, 129. - -[942] Le comte de Fersen à Gustave III, 15 janvier 1792.—_Ibid._, II, -131. - -[943] «On craint beaucoup ici que l'Empereur n'adopte l'idée d'un -Congrès. Je crois qu'on aime mieux ici avoir la guerre.»—Staël -à Gustave III, 8 janvier 1792.—_Corresp. diplom. du baron de -Staël-Holstein_, 247. - -[944] Cependant Mme de Tourzel raconte que M. de Narbonne, ministre -de la guerre, avait demandé à la Reine de le faire nommer premier -ministre, promettant «d'occuper la nation d'une guerre, qu'on lui -ferait regarder comme nationale, pour parvenir, par ce moyen, à rendre -au Roi l'autorité nécessaire pour le bonheur de la France». La Reine -n'avait fait que rire de cette proposition, n'ayant point confiance en -M. de Narbonne, qu'elle savait fort ambitieux.—_Mémoires de la duchesse -de Tourzel_, II, 30 et 31. - -[945] Le comte de Fersen au baron de Taube, 21 mars 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 215.—_Voir_, sur toutes ces relations -de la Reine avec les Constitutionnels, cette lettre de Fersen à Taube -et une autre du même jour à Gustave III. - -[946] Marie-Antoinette à Léopold II, janvier 1792.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 240. - -[947] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 266. - -[948] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—-_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 169. - -[949] Le même à la même, même date.—_Ibid._, V, 165 et suiv. - -[950] Journal du comte de Fersen, 9 février 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 4. - -[951] _Ibid._—Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 171. - -[952] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 170. - -[953] Marie-Antoinette au comte de Mercy, février -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 244, 245. - -[954] Le comte de Fersen au baron d'Ehrenswaerdt, 12 janvier 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 115. - -[955] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 24 janvier 1792.—_Ibid._, -II, 145. - -[956] Mémoire du roi de Suède au Roi de France.—II, 288 et suiv. - -[957] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 décembre 1791.—_Ibid._, -I, 275. - -[958] Une note du marquis de Bombelles est ainsi conçue: «De Compiègne -on peut, par une suite non interrompue de forêts, se rendre à la -frontière sans passer par un seul village; il n'y a qu'un moulin qu'il -serait aisé de garnir à temps, et quant à un ou deux passages de -rivières, on se servirait de nacelles de cuir, dont les contrebandiers -font un usage aussi fréquent que sûr.»—Note du marquis de Bombelles à -Catherine II.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, -191. Le comte de Vaudreuil parle aussi, dans sa correspondance, d'un -inspecteur de chasses nommé Brou, «homme plein d'intelligence, de -courage et de fidélité, qui, avec l'aide de gardes bien montés et aussi -sûrs que braves» promettait, sur sa tête, de faire évader la famille -Royale. Ce Brou était-il un des auteurs et futurs acteurs du plan -d'évasion par les forêts?—Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 20 -octobre 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 32. - -[959] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 179, 180. - -[960] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 février 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 168. Les Princes avaient, -à la même époque, un autre plan d'évasion de la famille royale tout -entière. Ce plan avait une certaine analogie avec celui de Fersen, en -ce qu'il passait par les forêts et évitait les villages; il aboutissait -sur le territoire autrichien, à Marquenoise, à 47 ou 48 lieues de -Paris.—En voir les détails dans _Coblentz_, par C. Daudet. _Pièces -justificatives_, 357 et suiv. - -[961] _Mémorial de Gouverneur Morris_, note, I, 350. - -[962] Journal du comte de Fersen, 29 janvier 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 4. - -[963] Même journal, 20 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3. - -[964] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Extrait d'une dépêche -de la Cour de Saint-Pétersbourg à M. de Zinowief.—_Ibid._, II, 174. - -[965] Journal de Fersen, 3 février 1792. Le comte de Fersen à Gustave -III, 5 février 1792.—_Ibid._, 163. - -[966] Malgré l'avis de Fersen. Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8 -février 1792.—_Ibid._, II, 167. - -[967] Journal du comte de Fersen, 12 février 1792.—_Ibid._, II, 5. - -[968] Même journal, même date.—_Ibid._, II, 5. - -[969] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 177. - -[970] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II, -179. - -[971] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._, -II, 177. - -[972] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II, -179. - -[973] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._, -II, 177. - -[974] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 6 et 7. - -[975] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 6 et 7. - -[976] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II, -182. - -[977] Marie-Antoinette au comte de Fersen. - -[978] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 7. - -[979] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 182. - -[980] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._, -II, 177. - -[981] Le même au même, même date.—_Ibid._, II, 177. - -[982] _Mémoires de Mme Campan_, 308. - -[983] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 22 février -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 392.—_Voir_ aussi une -lettre de la même date à la marquise de Raigecourt. - -[984] _Mémoires de Mme Campan_, 308. - -[985] Le comte de Fersen au baron de Taube, 27 février 1793.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 177. - -[986] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259. - -[987] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 205.—_Voir_ aussi le comte de -Vaudreuil au comte d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du -comte de Vaudreuil_, II, 58, 59. - -[988] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette, e t Mme Elisabeth_, V, 263. - -[989] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 205. - -[990] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 313. - -[991] _Mémoires de Mme Campan_, 317. Le comte de Vaudreuil au comte -d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, -II, 62. - -[992] Dépêche du marquis de Noailles, du 6 mars 1792. - -[993] La marquise de Raigecourt au marquis de Raigecourt, 12 avril -1792.—Papiers de famille à M. le marquis de Raigecourt. - -[994] Simolin à Catherine II, 17 mars 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 312. - -[995] Le comte de Fersen à Gustave III, 24 mars 1792.—_Ibid._, V, 362. - -[996] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255. - -[997] C'est l'opinion de l'éditeur des Papiers de Fersen. On voit -également, dans les Papiers du marquis de Raigecourt, que la mort -de Gustave était annoncée à Paris _quinze jours_ avant l'attentat -d'Ankarstroëm. C'est ce que Prudhomme appelait cyniquement: «une -épizootie de têtes couronnées.»—_Révolutions de Paris_, no 145, p. 108. - -[998] _Gustave III et la Cour de France_, II, 294. - -[999] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 5 et 7. - -[1000] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 6. - -[1001] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 75. - -[1002] _Ibid._, II, 73. - -[1003] Le 3 mars, Simonneau, maire d'Etampes, avait été assassiné dans -une émeute causée par la cherté des grains. - -[1004] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255. - -[1005] _Mémoires de Mme Campan_, 328. - -[1006] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 46. - -[1007] _Mémoires de Mme Campan_, 328. - -[1008] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 219. - -[1009] _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 261. - -[1010] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 219. - -[1011] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 109. - -[1012] Le baron de Breteuil à François II, 20 mars 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 356. - -[1013] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 110. - -[1014] _Ibid._, II, 109.—Mme Campan avait même la précaution -d'emporter chez elle une partie de ces papiers afin qu'il n'y eût pas -chez la Reine trace d'un trop grand nombre de papiers brûlés. - -[1015] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt,—25 mars -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 401. - -[1016] _La Révolution_, par E. Quinet, II,38. - -[1017] _Mémoires de Dumouriez._—_Mémoires de Mme Campan_, 335. - -[1018] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 330, 331. - -[1019] _Etude sur Mme Roland et sur son temps_, par M. Dauban, -Paris, Plon, 1863, p. LXXXIX. Mme Rolland écrivait encore le 1er -juillet 1791, à Bancal des Issarts: «Le Roi est tombé au dernier degré -de l'avilissement et il n'inspire que du mépris... Sa personne n'a plus -d'autre dénomination que celle de Louis le Faux ou de gros cochon.» -_Ibid._, CIII. - -[1020] _Mémoires de Mme Campan_, 325. - -[1021] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 avril -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 404. - -[1022] Numéros 120 et 123 du _Père Duchesne_.—Le 1er est intitulé: -«_Les grands préparatifs du P. Duchesne pour recevoir les Suisses de -Châteauvieux. La grande Ribotte qu'il leur prépare pour les consoler de -tous les tourments qu'ils ont endurés pour la liberté. Sa grande joie -de voir Madame Veto manger du fromage le jour où ces braves b... seront -conduits en triomphe dans Paris. Invitations à tous les sans-culottes, -à tous les bonnets de laine de l'armée des Piques, de profiter de cette -occasion pour purifier le Champ-de-Mars._» - -Le second est intitulé: «_Contre les Valets et les Mouchards de Madame -Veto qui veulent empêcher la fête que les bons citoyens préparent pour -recevoir les Suisses de Châteauvieux. La grande consigne à tous les -sans-culottes pour qu'ils aiguisent leurs piques, pour f... le tour aux -Aristocrates qui veulent troubler cette fête._» - -[1023] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 257. - -[1024] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, I, 270. - -[1025] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 372.—Mme de Tourzel -dit encore: «Ce jeune prince était charmant pour la Reine et ne perdait -pas une occasion de lui dire des choses tendres et aimables. Aussi -l'aimait-elle passionnément, mais _d'une tendresse éclairée, ne le -gâtant jamais, et le reprenant toutes les fois qu'elle le trouvait en -faute_.»—_Ibid._, II, 17. - -[1026] _Louis XVII_, I, 161. - -[1027] _Mémoires de Bertrand de Molleville_, II, 97. - -[1028] «Je suis bien tourmentée dans ce moment pour le gouverneur de -mon fils. Nous nous sommes décidés pour M. de Fleurieu, mais nous -ne savons pas encore le moment où nous le dirons.» Marie-Antoinette -au comte de Fersen, 30 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, II, 220. - -[1029] Le Roi, pour couvrir sa responsabilité dans une mesure si -grave et à laquelle il répugnait extrêmement, avait tenu à se faire -remettre par chaque ministre son avis motivé et signé. Ces avis ne se -retrouvèrent pas dans l'armoire de fer. Servan accuse Roland de les -avoir fait disparaître.—Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires -de Malouet_, II, 429. - -[1030] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 15 avril 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 230. - -[1031] La même au même, 30 mars 1792.—_Ibid._, II, 221. - -[1032] La répugnance de la Reine pour les émigrés était plus vive que -jamais. Lorsque le marquis de Jaucourt fut nommé à la Législative, -il se fit excuser par sa sœur, la comtesse du Cayla, d'avoir cessé -de paraître à la Cour. «Mon frère craint de déplaire à Votre -Majesté,» disait Mme du Cayla à Marie-Antoinette.—«Dites bien à -M. de Jaucourt, répondit la Reine, que je l'aime infiniment mieux à -l'Assemblée qu'à Coblentz.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme -Elisabeth_, V, 428, note. - -[1033] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 30 avril -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 263, 264. - -[1034] Sur ces deux derniers points, Mallet réussit pleinement: «On me -déclare positivement, dit-il dans ses notes sur les conférences qu'il -avait eues avec les ministres de Prusse et d'Autriche, qu'aucune vue -d'ambition, d'intérêt personnel, de démembrement n'entre dans le but -de la guerre. On m'en donne la certitude, ainsi que, loin d'imposer un -gouvernement, on laissera le _Roi absolument maître de se concerter -là-dessus avec son peuple_.» _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 308.—La -Reine de Naples écrivait un peu plus tard de son côté que son frère -Léopold «avait fait le vœu de ne pas faire de conquêtes et l'aurait -tenu.» Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 91. - -[1035] _Voir_ sur toute cette mission de Mallet du Pan ses _Mémoires_, -I, 280 et suiv. - -[1036] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 26 mars -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 259. - -[1037] Le comte de Fersen à Gustave III, 8 mars 1792. Le comte de -Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 210, 242. - -[1038] Le comte de Fersen au roi de Suède, 29 avril 1790.—_Ibid._, II, -252. - -[1039] Après la déclaration de guerre même, Royal-Allemand déserta le 6 -mai, les hussards de Berchiny, le 12.—_Répertoire de la Révolution._ - -[1040] _Mémoires du comte de Vaublanc._ - -[1041] _Mémoires de Malouet_, II, 216 et suiv. - -[1042] Pellenc à la Marck, 11 mars 1792.—_Correspondance entre le comte -de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 297. - -[1043] _Mémoires de Lafayette_, III, 346. - -[1044] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne, Dimitrios Lotos, sur -les événements de la Révolution française_, 145. - -[1045] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 145. - -[1046] La Reine craignant, si Mme de Lamballe ne rentrait pas en -France, d'être contrainte de lui enlever sa place de surintendante, -l'avait rappelée. La princesse était revenue; son appartement n'était -séparé de celui de la Reine que par un palier d'escalier.—_Mémoires de -la duchesse de Tourzel_, II, 105. - -[1047] Le comte de Fersen au roi de Suède, 13 juin 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 299. - -[1048] Louis XVI au Président de l'Assemblée, 20 mai 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 56. - -[1049] Louis XVI à la municipalité, 23 mai 1792.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 62. - -[1050] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 146. - -[1051] Malouet prétend qu'on aurait pu réunir en ce moment, pour la -défense de la famille royale, un corps de six mille hommes. - -[1052] _Voir_ sur les bonnes dispositions de la garde -constitutionnelle, son dévouement au Roi et son désir d'éviter les -conflits avec la garde nationale, les _Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, II, 49 et suiv. - -[1053] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 juin -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 410. - -[1054] Malouet dit douze cents; mais le chiffre exact, donné aussi -d'ailleurs par Mme de Tourzel, est de dix-huit cents. - -[1055] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 118, 119.—_Mémoires de -Malouet_, II, 211, 212. - -[1056] _Mémoires de Mme Campan_, 327. - -[1057] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459. - -[1058] _Etude sur Mme Roland_, par M. Dauban, 356, note. - -[1059] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459. - -[1060] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, I, 125. - -[1061] _Mémoires de Dumouriez_, I, 450-476. - -[1062] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 268. - -[1063] _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, par Hue, -282. - -[1064] Malouet à Mallet du Pan, 29 juin 1792.—_Mémoires de Malouet_, -II, 351. - -[1065] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, p. 133. - -[1066] _Ibid._, 132. - -[1067] La salle du Manège occupait remplacement d'une partie de la rue -de Rivoli, à l'endroit où elle se croise avec la rue de Castiglione. - -[1068] _Le Journal d'une bourgeoise de Paris_, avec son emphase -révolutionnaire, l'appelle «un nouveau Cicéron».—_Journal d'une -bourgeoise de Paris_, 137. - -[1069] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 138. - -[1070] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries, le 20 juin -1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 307. - -[1071] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 139. - -[1072] _Ibid._, II, 140. - -[1073] Bulletin avec détails sur ce qui s'est passé aux Tuileries le -20 juin 1792, par Bergstedt, chargé d'affaires de Suède.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 304. - -[1074] _Ibid._, II, 303. - -[1075] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20 -juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304. - -[1076] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 151. - -[1077] Certains témoins disent 5 heures; les autres disent 6 heures. - -[1078] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20 -juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304. - -[1079] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 307. - -[1080] _Ibid._, II, 304.—_Les dernières années du règne de Louis XVI_, -par Hue, 272. - -[1081] _Ibid._, 273, 274.—Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, -3 juillet 1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 419.—_Mémoires de -la duchesse de Tourzel_, II, 143. - -[1082] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 146. - -[1083] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32. - -[1084] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 304. - -[1085] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 147. - -[1086] _Mémoires de Mme Campan_, 331. - -[1087] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33. - -[1088] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33. - -[1089] _Mémoires de Mme Campan_, 332. - -[1090] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, p. - -[1091] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32. - -[1092] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, -275.—_Mémoires de Weber_, 292. - -[1093] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 149.—Les appartements -du Roi, du Dauphin et de Madame Royale étaient ravagés; les portes et -les panneaux brisés; les serrures emportées. L'appartement seul de -la Reine avait été épargné, parce que les bandes n'y étaient point -entrées. La Reine tint à montrer ces dégâts aux députés avant leur -départ. - -[1094] Billet sans date, mais sur lequel Fersen a écrit: reçu le 9 -juillet.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 319. - -[1095] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 154. - -[1096] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 155. - -[1097] _Mémoires de Malouet_, II, 113. - -[1098] Lettre de Lafayette à l'Assemblée.—_Mémoires de Lafayette_, III, -339. - -[1099] Lafayette, dans ses _Mémoires_, fort hostiles à -Marie-Antoinette, accuse la Cour et en particulier la Reine de lui -avoir fait mauvais accueil et d'avoir fait échouer ses projets. Ceci -est démenti formellement par Mme de Tourzel. «M. de Lafayette, -dit-elle, s'était présenté au Roi comme défenseur de l'autorité -royale, n'ayant d'autre but que de chasser les Jacobins et d'employer -pour y parvenir l'ascendant qu'il croyait avoir conservé sur la garde -nationale. _On demanda à tout ce qui était attaché au Roi d'avoir pour -lui beaucoup d'égards_, et comme son expédition devait avoir lieu le -jour même, on avait établi une grande surveillance dans le Château et -engagé tous ceux qui l'habitaient à n'en pas sortir ou à être rentrés -à huit heures du soir. M. de Lafayette fit la triste expérience du -peu de crédit qu'il avait conservé; il ne put retenir qu'une douzaine -de gardes nationaux et vit évanouir en quelques heures les espérances -qu'il avait fait concevoir sur le succès de sa démarche.»—_Mémoires de -la duchesse de Tourzel_, II, 161. - -[1100] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 4 juillet -1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 265. - -[1101] Cité par Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth_, I, 450. - -[1102] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 340. - -[1103] Le _Journal d'une bourgeoise de Paris_ (p. 210) attribue ce fait -à une dame. - -[1104] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 330. - -[1105] Hue, 300-302.—_Mémoires de Mme Campan_, 341, -342.—La dernière fois que la Reine parut dans le jardin, sur -la terrasse, elle fut brutalement insultée par les fédérés. -Cette fois la garde nationale,—c'était le brave bataillon des -Filles-Saint-Thomas,—intervint et força les fédérés à se taire. Comme -la Reine rentrait au Château, un violent orage éclata; le tonnerre -tomba à plusieurs reprises aux environs des Tuileries. Peu de jours -après, d'Eprémesnil, s'étant hasardé sur la terrasse des Feuillants, -fut reconnu, frappé et eût été massacré sans l'arrivée de la garde -nationale.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 188-190. - -[1106] Hue, _Dernières années du règne de Louis XVI_, 284. - -[1107] G. Morris à Jefferson, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_, -II, 155. - -[1108] Le même au même, 1er août 1792.—_Ibid._, II, 159. - -[1109] _Mémoires de Mme Campan_, 337. - -[1110] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 199. - -[1111] _Souvenirs de quarante ans_, 117. - -[1112] _Mémoires de Mme Campan_, 140. - -[1113] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195. - -[1114] _Mémoires de la duchesse de Tourzel._ - -[1115] _Mémoires de Mme Campan_, 333, 384. - -[1116] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425. - -[1117] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet -1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 324. - -[1118] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 et 15 juillet 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 326, 327. - -[1119] La même au même, 6 juillet 1792.—_Ibid._, II, 318. - -[1120] Elle y consentit cependant un peu plus tard, s'il faut en -croire Mme de Tourzel: «M. de Paroy, craignant pour les jours de -Leurs Majestés et ceux de monseigneur le Dauphin, me pria d'offrir -de sa part à la Reine trois cuirasses de douze doubles de taffetas, -impénétrables à la balle et au poignard, qu'il avait fait faire pour -elle, pour le Roi et pour monseigneur le Dauphin, et me remit un -poignard pour en faire l'essai. Je les portai chez la Reine qui essaya -sur-le-champ celle qui lui était destinée et, me voyant le poignard -entre les mains, elle me dit du plus grand sans-froid: «Frappez-moi -pour en faire l'essai.» Je ne pus soutenir une pareille idée qui me -fit frémir et je lui déclarai que rien ne me déterminerait à un pareil -geste. Elle ôta sa cuirasse dont je me saisis, je la mis sur ma robe et -la frappai du poignard, qui, comme l'avait dit M. de Paroy, la trouva -impénétrable à ses coups. La Reine convint alors avec le Roi que chacun -d'eux s'en revêtirait, à la première apparence de danger, ce qui fut -exécuté.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 204, 205. - -[1121] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 371.—_Mémoires de -Mme Campan_, 334. - -[1122] Marie-Antoinette à la landgrave de Hesse-Darmstadt, juillet -1792.—_Lettres de la Reine Marie-Antoinette à la landgrave Louise de -Hesse-Darmstadt_, 47. - -[1123] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 108, 109. - -[1124] _Mémoires de Malouet_, II, 221-223. - -[1125] _Mémoires de Malouet_, II, 224-226.—_Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, II, 178, 179. - -[1126] Lettre de Lally-Tolendal au Roi, 9 juillet 1792.—_Histoire de la -Révolution_, par Thiers, II, 440, note. - -[1127] _Un ministre de Louis XVI, Terrier de Montciel_ par Pingaud, -_Correspondant_ du 25 août 1879, p. 590. - -[1128] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 43. - -[1129] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 179. - -[1130] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345. - -[1131] Note de Lally-Tolendal, citée par Malouet.—_Mémoires de -Malouet_, II, 232, note. - -[1132] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 juillet 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 326. - -[1133] _Mémoires de Mme Campan_, 336. - -[1134] Le comte de la Marck au comte de Mercy, 9 novembre -1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, II, 300. - -[1135] Journal du comte de Fersen, 9 juillet 1792.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 21.—Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, -10 juillet, 26 juillet 1791.—_Ibid._, II, 323,336.—Le comte de Mercy -à Marie-Antoinette, 9 juillet 1772.—_Marie-Antoinette, Joseph II und -Léopold II_, 266. - -[1136] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345. - -[1137] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet -1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 325. - -[1138] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 382. - -[1139] _Ibid._, I, 381. - -[1140] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 177, 178. - -[1141] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 381. - -[1142] _Mémoires de Weber_, 413. - -[1143] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet -1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425. - -[1144] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 330. - -[1145] La même au même, 15 juillet 1792.—_Ibid._, II, 228.—Mme -Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1772.—_Correspondance -de Mme Elisabeth_, 42. - -[1146] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 187, 188. - -[1147] _Mémoires de Mme Campan_, 337, 338.—_Louis XVI, -Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 231, 232. - -[1148] _Mémoires de Mme Campan_, 340, 341. - -[1149] _Souvenirs d'émigration_, de la marquise de Lâge, 40.—La -marquise de Lâge prétend, sur la foi de l'abbé de Montesquiou, qu'à un -certain moment le Roi, convaincu par la Reine et Mme Elisabeth que -sa faiblesse avait singulièrement favorisé les factieux, s'était tracé -à lui-même un plan de conduite, rempli de sagesse et d'énergie. Quel -était ce plan et pourquoi le Roi, après l'avoir arrêté, ne le suivit-il -pas? La marquise de Lâge ne le dit pas. - -[1150] «Mon père me presse de revenir et de tout abandonner; c'est ce -que je ne ferai jamais, _dussé-je être réduit à la misère_.»—Le comte -de Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 242, 243. - -[1151] _Ibid._ Introduction, I, LXVI. - -[1152] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 24 juillet 1792.—II, 332, -333. - -[1153] Rœderer. _Chronique de cinquante jours_, 265, 266. - -[1154] _Le réveil d'alarme_, par Blanc Gilly, cité par -Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 143. - -[1155] Ils n'étaient que 166. - -[1156] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 340, 341. - -[1157] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28 juillet 1792.—_Ibid._, -II, 338. - -[1158] _Ibid._ - -[1159] Le même à la même, 30 juin 1792.—_Ibid._, II, 315. - -[1160] Journal du comte de Fersen, 29 juillet 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 25, note.—Le comte de Fersen à -Marie-Antoinette, 7 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 343, 345. - -[1161] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 7 août 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 343. - -[1162] Le même à la même, 10 août 1792.—_Ibid._, II, 345. - -[1163] Le comte de Fersen au baron de Taube, 29 juillet 1792. _Ibid._, -II, 339.—_Voir_ également le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28 -juillet, 8 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 337, 343, 345. - -[1164] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 10 août 1792.—_Ibid._, -II, 345. - -[1165] Il faut dire qu'à Paris, même parmi des hommes éclairés, -cette même croyance avait cours: «Comme l'opinion générale parmi les -citoyens, écrivait G. Morris à la date du 10 juin, est qu'aucune -opposition sérieuse ne sera faite aux troupes autrichiennes -et prussiennes, s'approchant de la capitale, ils,—les gardes -nationaux,—regardent la personne de Louis XVI comme la protection -la plus efficace qu'ils puissent garder contre le pillage et les -insultes.» G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792. _Voir_ aussi le même au -même, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_, II, 145, 146. - -[1166] Mercy à Marie-Antoinette, 9 juillet 1792.—_Marie-Antoinette, -Joseph II und Léopold II_, 266. - -[1167] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1793.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336. - -[1168] _Mémoires de Mme Campan_, 340. - -[1169] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336. - -[1170] Dépêche du comte de Mercy au cabinet de Vienne, 3 octobre -1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 349.—Mercy avait été si mécontent du manifeste, qu'il -aurait voulu que le cabinet de Vienne en fit un autre pour détruire le -mauvais effet du premier. G. Morris avait la même impression que Mercy: -«La déclaration du duc de Brunswick, écrivait-il, peut se traduire -ainsi en peu de mots: soyez tous contre moi, car je suis contre vous -tous, et faites bonne résistance, car vous n'avez pas d'espoir.»—G. -Morris à Mme Dubourg, 7 août 1792. _Mémorial de G. Morris_, II, 174. -Le manifeste avait été connu à Paris le 31 juillet.—_Lettres de Coray -au Protopsalte de Smyrne_, 160. - -[1171] G. Morris à Jefferson, 1er août 1792.—_Mémorial de G. -Morris_, II, 160. - -[1172] _Ibid._ - -[1173] _Histoire de la Terreur_, par Mortimner-Ternaux, II, -173.—_Histoire de la Révolution française_, par Thiers, II, 222. - -[1174] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 310. - -[1175] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de -Sainte-Croix, 16. - -[1176] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 196. - -[1177] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, III, 206. - -[1178] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 305. - -[1179] Malouet à Mallet du Pan, 28 juillet 1792.—_Mémoires de Malouet_, -II, 357. - -[1180] Lettre de M. de Forestier, publiée par Nettement. _Critique -des Girondins_, citée par Beauchesne.—_Louis XVII_, 211.—Détails -particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois de Paris. -_Mémoires de Weber._ Pièces justificatives, 486. - -[1181] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 170. - -[1182] Détails particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois -de Paris et Récit de la conduite du régiment des gardes suisses à la -journée du 10 août. _Mémoires de Weber_, 485, 496. - -[1183] Arrêté de la section des Quinze-Vingts.—_Histoire de la -Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 182. - -[1184] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 154. - -[1185] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de -Sainte-Croix, 20, 21. - -[1186] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 201. - -[1187] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 213. - -[1188] _Mémoires de Lafayette_, III, 376. - -[1189] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 43. - -[1190] _Ibid._ - -[1191] _Mémoires de Malouet_, 231-233.—_Mémoires de Mme Campan_, -242. _Voir_ sur toutes ces négociations les _Mémoires de la duchesse de -Tourzel_, II, 201-204.—Mme de Tourzel dit que les huit cent mille -livres étaient pour Pétion et ses amis. - -[1192] G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792.—_Mémorial de G. Morris_, -II, 145. - -[1193] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 192. - -[1194] _Souvenirs de quarante ans_, 126. - -[1195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 193. - -[1196] G. Duval. _Souvenirs de la Terreur_, II, 115, cité par Feuillet -de Conches, VI, 255. - -[1197] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 307. - -[1198] _Mémoires de Malouet_, II, 235. - -[1199] Journal du comte de Fersen, 10 août 1792.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 29. - -[1200] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195. - -[1201] _Mémorial de G. Morris_, 5 août 1792, I, 343.—_Dernières années -du règne de Louis XVI_, par Hue, 307. - -[1202] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de -Sainte-Croix, 15. - -[1203] _Mémoires de Mme Campan_, 345. - -[1204] _Mme Elisabeth_, par la comtesse d'Armaillé, 299. - -[1205] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles.—_Correspondance de -Mme Elisabeth_, 432.—Par une singulière distraction, cette lettre -est datée du 10 août. - -[1206] _Histoire de la Terreur_, par M. Mortimer-Ternaux. Le récit de -M. Mortimer-Ternaux est l'un des plus complets et des plus exacts; nous -l'avons suivi la plupart du temps. - -[1207] _Mémoires de Weber_, 415.—_Récit de la conduite des Suisses au -10 août._—_Ibid._, 498. - -[1208] _Mémoires de Weber_, 415. - -[1209] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 352. - -[1210] _Récit de la conduite des Suisses._—_Mémoires de Weber_, 498. - -[1211] Lettre du ministre de la marine Dubouchage, citée par -Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 265, notes. - -[1212] _Louis XVII_, I, 214. - -[1213] _Histoire de la Terreur_, II, 265. - -[1214] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211, 212. - -[1215] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211. - -[1216] _Histoire de la Terreur_, II, 266. - -[1217] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, II, 214. - -[1218] Journal du comte de Fersen, 30 août 1792.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 44. - -[1219] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 322. - -[1220] _Histoire de la Terreur_, II, 267. - -[1221] Lettre de Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires de -Malouet_, II, 433.—_Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 360. - -[1222] _Mémoires de Melle de Clermont-Gallerande_, note sur la -journée du 10 août, III, 521. - -[1223] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 213. - -[1224] _Histoire de la Terreur_, II, 275. - -[1225] Vers 5 heures.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210. - -[1226] Détails sur le 10 août, par un témoin oculaire.—_Mémoires de -Weber_, 416, note. - -[1227] _Louis XVII_, 216. - -[1228] _Souvenirs de quarante ans_, 129. - -[1229] Peltier, _Dernier tableau de Paris_. - -[1230] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210. - -[1231] Rapport de Leroux, cité par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la -Terreur_, II, 464, note. - -[1232] Procès-verbal de Leroux, cité par Taine.—_La Révolution_, II, -140. - -[1233] _Ibid._ - -[1234] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 217. - -[1235] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 362. - -[1236] _Mémoires de Mme Campan_, 347. - -[1237] Taine, _la Révolution_, II, 240, 241. - -[1238] Procès-verbal de Leroux.—_Ibid._, II, 242, et _Histoire de la -Terreur_, II, 469. - -[1239] Récit de la conduite des Suisses.—_Mémoires de Weber_, 498. - -[1240] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 326. - -[1241] _Ibid._ - -[1242] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 268. - -[1243] _Chronique de cinquante jours_, 361. - -[1244] Rœderer a prétendu plus tard qu'en donnant ce conseil il avait -voulu servir une insurrection «légitime et conserver au pays d'utiles -otages».—_Moniteur_ du vendredi 24 août 1792, p. 297. Lettre de -Servant à Mallet du Pan.—_Mémoires de Malouet_, II, 435.—Rœderer s'est -calomnié; le 10 août il fut faible, il ne fut pas traître. - -[1245] _Mémoires de Weber_, 420. - -[1246] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 327. - -[1247] _Chronique de cinquante jours_, 368. - -[1248] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de -Sainte-Croix, 28.—Rœderer dément ces paroles de la Reine en disant -qu'il ne les a pas entendues.—_Chronique de cinquante jours_, 362, -note.—Mais Bigot de Sainte-Croix et Hue, qui étaient le 10 août -aux Tuileries, comme Rœderer; Fersen, qui recueillait avidement -tous les témoignages sur les derniers actes de ses augustes -clients, les affirment. Hue cite même comme les ayant entendues -MM. de Briges et de Saint-Priest; Fersen, MM. de Viomesnil et de -Clermont-Gallerande.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, par -Bigot de Sainte-Croix, 228.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, -par Hue, 328.—_Journal de Fersen_, 11 octobre 1793.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 45.—L'opuscule de Bigot de Sainte-Croix a -été publié à l'époque même, en 1793; le journal de Fersen est de la -même année; les notes de Hue ont été publiées en 1806. Le livre de -Rœderer ne l'a été qu'en 1832. - -[1249] _Chronique de cinquante jours_, 369.—_Récit de Dejoly, ministre -de la justice_, cité par Montjoye.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 390. - -[1250] _Récit de Dejoly_, 389. - -[1251] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 328. - -[1252] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214. - -[1253] _Chronique de cinquante jours_, 369. - -[1254] _Récit de Dejoly_, 390. - -[1255] _Histoire de la conspiration du 10 août_, 30. - -[1256] _Récit de Dejoly_, 390. - -[1257] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 270. - -[1258] Bigot de Sainte-Croix. - -[1259] Dubouchage. - -[1260] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 220. - -[1261] _Récit de Dejoly_, 391. - -[1262] Récit de Leroux.—_Histoire de la Terreur_, II, 470. - -[1263] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214. - -[1264] _Souvenirs de quarante ans_, 131. - -[1265] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220. - -[1266] Déclaration de de Brie, citée par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de -la Terreur_, II, 293. - -[1267] _Récit de Dejoly_, 391. - -[1268] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220. - -[1269] _Chronique de cinquante jours_, 371. - -[1270] _Récit de Dejoly_, 390. - -[1271] _Chronique de cinquante jours_, 372. - -[1272] _Louis XVII_, I, 223. - -[1273] _Histoire de la Terreur_, II, 303. - -[1274] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339. - -[1275] _Derniers années de règne de Louis XVI_, par Hue. - -[1276] _Louis XVII_, I, 224. - -[1277] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, -339.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, 43.—_Mémoires de la -duchesse de Tourzel_, II, 216. - -[1278] _Histoire de la Terreur_, II, 327. - -[1279] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 222. - -[1280] Sainte-Foix au baron de Breteuil, 11 août 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 348. - -[1281] Prudhomme, _les Révolutions de Paris_, XIII, 236, 237, cité par -Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 331. - -[1282] _Histoire de la Terreur_, II, 331. - -[1283] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 228. - -[1284] _Lettres de Constantin Stamaly sur la Révolution française_, 100. - -[1285] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 221, 222. - -[1286] _Ibid._, II, 223. - -[1287] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 230. - -[1288] _Ibid._ - -[1289] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.—_Ibid._, -I, 236. - -[1290] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 338. - -[1291] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792. - -[1292] _Mémoires de Mme Campan_, 356. - -[1293] _Mémoires de Mme Campan_, 355. - -[1294] _Histoire de la Terreur_, III, 18, note. - -[1295] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339. - -[1296] _Mémoires de Mme Campan_, 359. - -[1297] _Ibid._, 355. - -[1298] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 340. - -[1299] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 232, 233. - -[1300] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, note sur la -journée du 10 août, III, 525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, -23. - -[1301] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230. - -[1302] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, III, -525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230. - -[1303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 238. - -[1304] _Ibid._, 239. - -[1305] _Souvenirs de quarante ans_, 147. - -[1306] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 165. - -[1307] Coray dit de quatre à cinq mille.—_Ibid._, 164. - -[1308] _Souvenirs de quarante ans_, 147. - -[1309] _Ibid._, 148. - -[1310] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240. - -[1311] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 164.—Le grec Coray -avait été, au début, un partisan enthousiaste de la Révolution. - -[1312] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240. - -[1313] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 345, 346. - -[1314] G. Morris à G. Washington, 23 octobre 1792.—_Mémorial de G. -Morris_, II, 204. - -[1315] _Souvenirs de quarante ans_, 149. - -[1316] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 241. - -[1317] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 242. - -[1318] _Louis XVII_, II, 249. - -[1319] _Souvenirs de quarante ans_, 150. - -[1320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 243. - -[1321] _Ibid._ - -[1322] _Ibid._ - -[1323] _Souvenirs de quarante ans_, 152.—_Récit des événements arrivés -au Temple_, par Madame Royale, 7. Mme de Tourzel,—_Mémoires_, II, -246,—dit le 18; mais Madame Royale dit très positivement dans la nuit -du 19 au 20. - -[1324] _Récits des événements arrivés au Temple_, 8. - -[1325] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 246. - -[1326] _Récit des événements arrivés au Temple_, 8. - -[1327] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 247. - -[1328] _Ibid._ - -[1329] _Souvenirs de quarante ans_, 153. - -[1330] _Journal de Cléry_, 30. - -[1331] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 360. - -[1332] _Ibid._ - -[1333] _Ibid._, 360 et suiv.—_Journal de Cléry_, 31 et suiv. - -[1334] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle. - -[1335] _Fragments historiques sur la captivité de la famille royale à -la Tour du Temple_, recueillis par M. de Turgy, publiés par M. Eckard -dans ses _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 344. - -[1336] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 351, note. - -[1337] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 83. - -[1338] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 363. - -[1339] _Journal de Cléry_, 34. - -[1340] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 360. - -[1341] _Ibid._, 369. - -[1342] _Ibid._, 365, 366. - -[1343] _Voir_ Etat des dépenses faites au Temple depuis le -13 août jusqu'au 30 novembre de l'an Ier de la République -française.—_Journal de Cléry._ Eclaircissements historiques, 201-211. - -[1344] _Récit des événements arrivés au Temple_, 16. - -[1345] _Journal de Cléry_, 37. - -[1346] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 346. - -[1347] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 367. - -[1348] _Ibid._, 370. - -[1349] _Récit des événements arrivés au Temple_, 10. - -[1350] _Journal de Cléry_, 37. - -[1351] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 370. - -[1352] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 376, 377. - -[1353] _Récit des événements arrivés au Temple_, 11. - -[1354] _Ibid._ - -[1355] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 379. - -[1356] _Récit des événements arrivés au Temple_, 12. - -[1357] _Ibid._, 13. - -[1358] _Journal de Cléry_, 27. - -[1359] Lettre du commissaire de service à l'Assemblée, citée par -Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, III, 271. - -[1360] Danjou avait dit, suivant Cléry: «La tête d'Antoinette ne vous -appartient pas, les départements y ont des droits.—_Journal de Cléry_, -29.—Le récit de Danjou, reproduit par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 294, -ne dément pas cet horrible propos. - -[1361] Récit de Danjou.—_Louis XVII_, I, 295. - -[1362] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13. - -[1363] _Ibid._ - -[1364] _Journal de Cléry_, 28. - -[1365] _Louis XVII_, I, 298. - -[1366] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13. - -[1367] _Journal de Cléry_, 28. - -[1368] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13. - -[1369] _Journal de Cléry_, 28. - -[1370] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15. - -[1371] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 344. - -[1372] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15. - -[1373] _Ibid._, 17. - -[1374] _Journal de Cléry_, 41. - -[1375] _Ibid._, 41, 42. - -[1376] Archives nationales.—_Louis XVII_, I, 316. - -[1377] _Récit des événements arrivés au Temple_, 17. - -[1378] _Ibid._ - -[1379] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 317. - -[1380] _Ibid._ - -[1381] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18. - -[1382] _Ibid._ - -[1383] _Journal de Cléry_, 45. - -[1384] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18. - -[1385] _Journal de Cléry_, 50. - -[1386] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19. - -[1387] Rapport du 1er novembre 1792, de la Commission nommée par le -Comité de sûreté générale et la Convention nationale pour surveiller -la garde des prisonniers du Temple. Archives nationales.—_Louis XVII. -Pièces justificatives_, I, 570. - -[1388] _Louis XVII. Pièces justificatives_, I, 571. - -[1389] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19. - -[1390] _Ibid._, 19. - -[1391] _Ibid._, 20. - -[1392] _Journal de Cléry_, 53. - -[1393] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20. - -[1394] _Journal de Cléry_, 52, 53. - -[1395] _Ibid._, 53. - -[1396] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20. - -[1397] _Journal de Cléry_, 53. - -[1398] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20. - -[1399] _Journal de Cléry_, 58, 59. - -[1400] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 356.—On peut -consulter sur Dorat-Cubières, jadis connu sous le nom de Palmezeau, un -curieux volume de M. G. Desnoiresterres.—_Le chevalier Dorat et les -poètes légers du_ XVIIIe _siècle_, Paris, Perrin, 1887. - -[1401] _Journal de Cléry_, 56. - -[1402] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21. - -[1403] _Voir_ sur Jobert les _Mémoires et souvenirs du baron Hyde de -Neuville_. Paris, Plon, 1888, p. 72 et suiv. - -[1404] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis -XVII_, I, 570. - -[1405] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21. - -[1406] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis -XVII_, I, 571. - -[1407] _Louis XVII_, I, 350, 351. - -[1408] _Récit des événements arrivés au Temple_, 22. - -[1409] _Journal de Cléry_, 63. - -[1410] _Récit des événements arrivés au Temple_, 23. - -[1411] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 357. - -[1412] Etat des instruments tranchants et armes offensives et -défensives, remises par le citoyen Cléry à Tison, étant de service -auprès des prisonniers du Temple.—Archives nationales.—_Louis XVII_, I, -575, 576.—_Journal de Cléry_, 65. - -[1413] _Journal de Cléry_, 66. - -[1414] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 19. - -[1415] _Journal de Cléry_, 66. - -[1416] _Souvenirs de Lepitre._ - -[1417] _Récit des événements arrivés au Temple_, 24, 25. - -[1418] _Récit des événements arrivés au Temple_, 25. - -[1419] _Voir_ sur ces ingénieux procédés le _Journal de Cléry_ et les -_Fragments historiques_ de Turgy. - -[1420] _Récit des événements arrivés au Temple_, 26. - -[1421] Cet exemplaire est conservé, avec l'autographe de la Reine, à la -bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye. - -[1422] _Journal de Cléry_, 88. - -[1423] Entretien de Louis XVI avec Malesherbes.—_Dernières années du -règne de Louis XVI_, par Hue, 435-438. - -[1424] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28. - -[1425] _Ibid._, 28. - -[1426] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8. - -[1427] _Journal de Cléry_, 101. - -[1428] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28. - -[1429] Récit de Madame Royale à Mme la duchesse de -Tourzel.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 316. - -[1430] _Récit des événements arrivés au Temple_, 29. - -[1431] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9. Mme Vigée-Lebrun, -fort attachée à la famille royale, avait eu la pensée de retracer dans -un tableau cette scène suprême. Elle demanda quelques renseignements -à Cléry qui lui écrivit une longue lettre, reproduite dans ses -_Souvenirs_. Nous en extrayons le passage suivant, relatif aux costumes -de la famille royale: «Le Roi était vêtu d'un habit brun mélangé, avec -un collet de même, une veste blanche de piqué de Marseille, une culotte -de casimir gris et des bas de soie gris, des boucles d'or, mais très -simples, à ses souliers, un col de mousseline, les cheveux un peu -poudrés, une boucle séparée en deux ou trois, le toupet en vergette -un peu longue, les cheveux de derrière noués en catogan. La Reine, -Madame Royale et Mme Elisabeth étaient vêtues d'une robe blanche -de mousseline, de fichus très simples en linon, de bonnets absolument -pareils, faits en forme de baigneuses, garnis d'une petite dentelle, -un mouchoir garni aussi de dentelle, noué dessus le bonnet en forme de -marmotte. Le jeune prince avait un habit de casimir d'un gris verdâtre, -une culotte ou pantalon pareil, un petit gilet de basin bleu rayé, -l'habit décolleté et à revers, le col de la chemise uni et retombant -dessus le collet de l'habit, le jabot de baptiste plissé, des souliers -noirs noués avec un ruban, les cheveux blonds sans poudre, tombant -négligemment et bouclés sur le front et sur les épaules, relevés en -nattes derrière, et ceux de devant tombant naturellement sans poudre. -Les cheveux de la Reine étaient presque tous blancs, ceux de Madame -d'un beau blond clair et ceux de Mme Elisabeth aussi blonds, mais de -nuance plus foncée.»—_Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9 et 10. - -[1432] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8. - -[1433] _Journal de Cléry_, 101. - -[1434] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9. - -[1435] _Ibid._, II, 9. - -[1436] _Journal de Cléry_, 101. - -[1437] _Journal de Cléry_, 102. - -[1438] _Procès des Bourbons_, II, 153. - -[1439] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31. - -[1440] _Ibid._ - -[1441] _Journal de Cléry._ - -[1442] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31. - -[1443] _Louis XVII_, II, 9. - -[1444] _Ibid._, II, 10. - -[1445] _Ibid._ - -[1446] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32. - -[1447] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306. - -[1448] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.—_Quelques -souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, par Lepître, 34, -35. - -[1449] _Louis XVII_, II, 11. - -[1450] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306. - -[1451] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32. - -[1452] _Quelques souvenirs et notes fidèles_, par Lepître, 33. - -[1453] _Quelques souvenirs etc._, par Lepître, 43.—On raconte que -le lendemain, le commissaire qui remplaçait Lepître dit à la Reine: -«Vous avez chanté hier; vous avez fait chanter vos enfants; sans -doute ce n'étaient que des romances, car vous n'avez pas de chansons -patriotiques. Je pense même que vous seriez incapable d'exécuter -l'hymne des Marseillais.» La Reine, sans répondre, se serait levée -et aurait joué la _Marseillaise_.—Malgré l'autorité de Beauchesne et -le témoignage de Gomin qu'il invoque, nous avons peine à croire à -l'authenticité de cette petite scène. - -[1454] Le comte de Fersen au baron de Breteuil, le 6 septembre -1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 360. - -[1455] Eckard, _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 147.—Lepître -désigne ce quatrième complice seulement par les premières lettres -de son nom Guy... et le donne comme un commis du bureau de -Toulan.—_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au -Temple_, 35. - -[1456] Lepître, président du Comité, eût fait lui-même les -passeports.—_Quelques souvenirs etc._, 40. - -[1457] _Voir_ sur toute cette affaire la brochure de Lepître: -_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, 35 et -suiv.—_Voir_ aussi _Un complot sous la Terreur_, par M. Paul Gaulot, -Paris, Ollendorff, 1889. - -[1458] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à M. de -Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 27. - -[1459] Chauveau-Lagarde. _Note historique sur le procès de -Marie-Antoinette et de Mme Elisabeth_, 20. - -[1460] Paul Gaulot. _Un épisode de la captivité du Temple._—_Revue des -questions historiques_, janvier 1889. - -[1461] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard, 478. - -[1462] _Ibid._—Mme Elisabeth avait joint à ces lettres de la Reine -les deux billets suivants: A Monsieur: «Je jouis d'avance du plaisir -que vous éprouverez en recevant ce gage de l'amitié et de la confiance; -être réunie avec vous et vous voir heureux est tout ce que je désire; -vous savez si je vous aime, je vous embrasse de tout mon cœur.» - -Et au comte d'Artois: «Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, -de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler de tous mes -sentiments! Que j'ai souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère, -où je pourrai vous embrasser et vous dire que jamais vous ne trouverez -une amie plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, -j'espère.»—_Ibid._, 478 et 479. - -[1463] Le baron de Jarjayes au comte de Fersen, 18 février 1794.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 431. - -[1464] La Reine à M. de Jarjayes, sans date, mais avec cette -inscription de la main de Jarjayes: «_Copie du billet que j'ai reçu -le 2, au moment de mon départ._»—_Le comte de Fersen et la Cour de -France_, II, 408.—On peut consulter, sur toute cette affaire, le récent -travail de M. Paul Gaulot dans la _Revue des questions historiques_ de -janvier 1889 _Un épisode de la captivité du Temple_, publié depuis en -volume sous ce titre: _Un complot sous la Terreur_. - -[1465] _Récit des événements arrivés au Temple_, 34, 35. - -[1466] _Ibid._, 34. - -[1467] Municipalité de Paris, extrait du registre des délibérations du -Conseil général du 1er avril 1793.—_Louis XVII_, II, 30, 31, note. - -[1468] Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à -l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers détenus à -la Tour du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 40, note. - -[1469] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37. - -[1470] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37. - -[1471] _Ibid._ - -[1472] Procès-verbal des commissaires, le 23 avril 1792.—_Louis XVII_, -II, 42, note. - -[1473] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1793.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France_, II, 415. - -[1474] _Ibid._ - -[1475] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1792.—_Le -comte de Fersen et la Cour de France._ - -[1476] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8 avril 1793.—_Ibid._, -II, 409. - -[1477] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 29 janvier -1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 369. - -[1478] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 403. - -[1479] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 403. - -[1480] Journal de Fersen, 10 mars 1793.—_Ibid._, II, 65. - -[1481] _Ibid._ - -[1482] Journal du comte de Fersen, 5 avril 1793.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 67. - -[1483] _Ibid._, 10 avril 1793, II, 69.—Le secrétaire intime de -Catherine II, Krapowitzki, écrivait sur son _Journal_ que «le comte -d'Artois fut très mécontent de la nouvelle de l'arrangement de -Dumouriez avec Cobourg dans la crainte que «la régence ne tombât entre -les mains de la Reine».—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, -II, 137, note. - -[1484] Journal du comte de Fersen, 7 avril 1793.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 67. - -[1485] Le comte de Fersen à la Reine, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 408. - -[1486] _Ibid._ - -[1487] Journal de Fersen, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen et la Cour -de France_, II, 68. - -[1488] Fersen au duc de Sudermanie, 29 avril 1793.—_Ibid._, II, 417. - -[1489] _Récit des événements arrivés au Temple_, 40. - -[1490] _Ibid._ - -[1491] _Récit des événements arrivés au Temple_, 33. - -[1492] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 51. - -[1493] _Ibid._, 46, 50, 51. - -[1494] _Récit des événements arrivés au Temple_, 38. - -[1495] _Récit des événements arrivés au Temple_, 41. - -[1496] Mémoires des médicaments fournis au Temple, pendant les mois de -mai, juin et juillet pour Marie-Antoinette, ses enfants et sa sœure -(_sic_), par le citoyen Robert, apothicaire, autorisé par la Commune et -sur les ordonnances du citoyen docteur Thierry. Archives nationales, E, -629.—_Louis XVII_, 496-499. - -[1497] Rapport au duc Decaze, cité par Chantelauze.—_Louis XVII_, 171. - -[1498] Registre des délibérations du conseil général de la Commune, 11 -juin 1793.—_Louis XVII_, II, 40, note. - -[1499] _Récit des événements arrivés au temple_, 41-42. - -[1500] Journal du comte de Fersen, 22 mai 1792.—_Le comte de Fersen et -la Cour de France_, II, 73. - -[1501] Manuscrit inédit du comte de Frotté, cité par M. de la -Sicotière: dans son beau livre, _Frotté et les insurrections -normandes_. Paris, Plon, t. Ier, p. 46, 47.—Mme Atkyns fut, -pendant la Révolution, la correspondante de Frotté, auquel, après la -mort de la Reine, elle offrit sa fortune pour sauver Louis XVII et sa -sœur. - -[1502] On lit dans le Journal de Louis XVI, à la date du 1er juillet -1792: «Retour et parfaite conduite de M. de Batz, à qui je redois cinq -cent douze mille livres.» - -[1503] Parmi les fidèles qui se dévouaient alors avec Batz pour sauver -la Reine, il faut citer la comtesse de Rochechouart, qui avait avancé -une partie de la somme nécessaire pour acheter des auxiliaires.—_Voir_ -les _Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration, par -le général comte de Rochechouart, aide-de-camp du duc de Richelieu, -aide-de-camp de l'Empereur Alexandre Ier, commandant la place de -Paris, sous Louis XVIII_.—_Mémoires inédits publiés par son fils_, -Paris, Plon, 1889, p. 2. - -[1504] C'était au mois de juin, d'après le baron Hyde de -Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de Neuville_, p. 72 et -suiv. - -[1505] Parmi ceux qui attendaient dans la rue Charlot se trouvait -le jeune Hyde de Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de -Neuville_, p. 72 et suiv. - -[1506] Eckard. _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 169-176. - -[1507] _Récit des événements arrivés au Temple_, 43. - -[1508] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 367-368. - -[1509] _Louis XVII_, II, 90. - -[1510] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44. - -[1511] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 370. - -[1512] _Ibid._, 371, 372. - -[1513] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44. - -[1514] _Ibid._, 44, 45. - -[1515] _Ibid._, 45. - -[1516] Il est bon de conserver les noms de ces six municipaux; ils -s'appelaient: Eudes, Gagnant, Armand, Véron, Cellier et Devèze. Les -trois premiers furent guillotinés, Eudes et Armand le 10 thermidor, -avec Robespierre, Gagnant, après l'affaire de Grenelle. Ils eurent le -triste courage de terminer ainsi leur procès-verbal: «La séparation -s'est faite avec toute la sensibilité que l'on devait attendre dans -cette circonstance, où les magistrats du peuple ont eu tous les égards -compatibles avec la sévérité de leurs fonctions.» Registre du conseil -du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 64, note. - -[1517] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45. - -[1518] _Révélations de Sénar._ - -[1519] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47. - -[1520] «Silence, Capet, ou je vais montrer aux citoyens comme je te -travaille, quand tu le mérites,» disait Simon au jeune prince.—_Louis -XVII_, II, 78. - -[1521] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45. - -[1522] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45. - -[1523] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374. - -[1524] _Récit des événements arrivés au Temple_, 46. - -[1525] _Ibid._ - -[1526] _Ibid._, 46, 47. - -[1527] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à Mme la marquise de -Saint-Maure.—_Louis XVII_, 95, 96. - -[1528] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47, 49. - -[1529] Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 102.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, par -Hue, 446. - -[1530] Beaulieu. _Essais historiques sur les causes et les effets de la -Révolution française._ - -[1531] Récit de Rosalie Lamorlière.—Campardon. _Marie-Antoinette à la -Conciergerie_, 183. - -[1532] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la -Conciergerie.—_Ibid._, 58. - -[1533] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Ibid._, 183. - -[1534] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 102. - -[1535] _Ibid._ - -[1536] Archives nationales.—De Goncourt. _Histoire de -Marie-Antoinette_, 436. - -[1537] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 102. - -[1538] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la -Conciergerie_, 185. - -[1539] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de -Fersen à la Cour de France_, II, 102. - -[1540] Archives nationales.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 191. - -[1541] _Ibid._ - -[1542] Beaulieu.—_Essais historiques sur les causes et les effets de la -Révolution française._ - -[1543] _Récit des événements arrivés au Temple_, 50. - -[1544] _Ibid._, 50, 51. - -[1545] On trouve dans les _Mémoires des dépenses de la veuve Capet à la -Conciergerie_: - -Pour loyer de livres, seize livres, soit 16.—_Marie-Antoinette à la -Conciergerie_, 59. - -[1546] _Récit des événements arrivés au Temple_, 53. - -[1547] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 102. - -[1548] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 119, note. - -[1549] _Récit des événements arrivés au Temple_, 52. - -[1550] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374, 375. - -[1551] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 446, note. - -[1552] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 497. - -[1553] _Ibid._ - -[1554] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces -justificatives, 483, note. On lit aussi dans une note adressée par -le Comité de Salut public à Fouquier-Tinville cette phrase: «Ne pas -parler de la femme Janson qui avait gagné Chabot.»—Archives nationales, -W. 389, dossier 904, 2me partie, pièce 91: citée par M. Léon -Lecestre dans son remarquable article: _Les tentatives d'évasion de -Marie-Antoinette au Temple et à la Conciergerie_.—_Revue des questions -historiques_, avril 1886, p. 551, note. - -[1555] Journal du comte de Fersen, fin août 1793.—_Le comte de Fersen -et la Cour de France_, II, 86-91. - -[1556] _Ibid._, 87. - -[1557] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye. - -[1558] Interrogatoire de la femme Harel.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 15 et 16. - -[1559] _Voir_ sa déposition dans l'affaire de l'œillet.—_Ibid._ - -[1560] Nous nous permettons de renvoyer à un travail publié par -nous dans la _Revue des questions historiques_ de janvier 1870, -sous ce titre: _La communion de la Reine à la Conciergerie_. Nous -croyons y avoir prouvé que des prêtres purent s'introduire dans -le cachot de la Reine, notamment l'abbé Magnin, plus tard curé de -Saint-Germain-l'Auxerrois. - -[1561] Premier et second interrogatoires de la Reine.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie._ - -[1562] _Vie de l'abbé Emery_, I, 362, 363. - -[1563] Réquisitoire de Fouquier-Tinville contre Michonis, Dangé, -etc.—Archives nationales, section judiciaire. W. 297, no 261. - -[1564] _Récit des événements arrivés au Temple_, 55. - -[1565] Procès instruit à la requête de l'accusateur public contre -les complices de Batz et de la conspiration de l'étranger.—_Mémoires -historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces justificatives, 479, -481. - -[1566] _Ibid._, 197. - -[1567] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 101. - -[1568] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 101. - -[1569] _Ibid._ - -[1570] Interrogatoire de Defraisne.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 33. - -[1571] Interrogatoire de Gilbert.—_Ibid._, 23. - -[1572] Interrogatoire de Defraisne.—_Ibid._, 33. - -[1573] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 101.—Le gendarme Gilbert dit _un_ -œillet; Rougeville et Fersen, d'après lui, disent _des_ œillets. - -[1574] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de -l'œillet,—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23. - -[1575] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 101. - -[1576] _Ibid._—Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44.—Interrogatoire de -Michonis, 26 brumaire an II.—Affaire Michonis. Dangé, etc.—Archives, -nationales, W, 297, no 261. Cette sortie et cette rentrée de Michonis -et Rougeville sont attestées par le récit de Fersen qui le tenait de -Rougeville, par le second interrogatoire de la Reine et par celui de -Michonis dans l'affaire où il fut condamné à mort. (Affaire Michonis, -Dangé, etc.) «Avons observé au répondant que non seulement il a mené -une fois le particulier qu'il a déclaré ne pas connaître dans la -chambre occupée par la veuve Capet, mais au moins deux fois, ce qui -est constaté au procès, et que c'est au moins à la seconde fois que -la veuve Capet a pris et ramassé un billet et un œillet.» «R.—Qu'il -ne l'y avait mené qu'une seule fois, mais observe qu'étant ressorti -avec lui, il fut rappelé par l'un des gendarmes, que lui, répondant, -rentra dans la chambre d'Antoinette, que le particulier y rentra -également.»—_L'accusée_: «Il est venu (Rougeville) deux fois en -l'espace d'un quart d'heure.»—Procès de la Reine.—_Marie-Antoinette -à la Conciergerie_, 301. Gilbert dépose de même «que l'accusée se -plaignait aux gendarmes de la nourriture qu'on lui donnait, mais -qu'elle ne voulait pas s'en plaindre aux administrateurs; qu'à cet -égard, il appela Michonis qui se trouvait dans la cour des Princes -avec le particulier porteur de l'œillet, et que Michonis est -remonté.»—_Ibid._, 202. - -[1577] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la cour de France_, II, 101. - -[1578] Interrogatoire Defraisne.—Affaire de l'œillet.—_Marie-Antoinette -à la Conciergerie_, 33. - -[1579] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 101. - -[1580] Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 47. - -[1581] _Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 101. - -[1582] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 24. - -[1583] D. Nous vous avons demandé si le même homme ne vous avait pas -fait tenir un billet; vous avez répondu non; le contraire a déposé oui. -R.—Je réponds que _la seconde fois qu'il est entré dans ma chambre_, -j'ai appris qu'il y avait un œillet; je n'y avais pas fait assez -attention pour m'en être aperçue.» - -Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—_Ibid._, 44. - -[1584] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44. - -[1585] _Ibid._, 43, 44. - -[1586] _Ibid._, 46.—Ce petit billet, presque illisible, a été déchiffré -en 1876 par M. Pilinski, paléographe, pour le livre de M. le comte de -Reiset.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de -France_, 170.—C'est lui qui a déchiffré les deux derniers membres de -phrase. - -[1587] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23.—Rapport fait par le -citoyen Gilbert au citoyen Dumesnil.—_Ibid._, 2. - -[1588] Interrogatoire de Michonis, Dangé, Lebœuf, etc.—Archives -nationales, section judiciaire W, 297, no 261. - -[1589] Mémoire de Rougeville au comte de Metternich, cité par M. -Lecestre. _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette._—_Revue des -questions historiques_, avril 1886, p. 552. - -[1590] _Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de -France_, par le comte de Reiset, 167. - -[1591] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 101, 102. - -[1592] Citons seulement un passage de son premier interrogatoire. -D.—Comment, ayant avoué que vous ne désirez que la prospérité et la -grandeur de la nation française, avez-vous pu manifester un désir aussi -vif d'employer tous les moyens pour vous réunir à votre famille en -guerre avec la nation française? - -R.—Ma famille, c'est mes enfants; je ne puis être bien qu'avec eux, et -sans eux, nulle part. - -D.—Vous regardez donc comme vos ennemis ceux qui font la guerre à la -France? - -R.—Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire du -tort à mes enfants.—Premier interrogatoire de la Reine. Affaire de -l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 12. - -[1593] On a de Rougeville trois versions de l'affaire de l'œillet. -Une première fois, le 18 novembre 1793, arrêté comme espion par les -Autrichiens, il fut interrogé par Fersen qui a consigné dans son -journal les réponses du prisonnier. Cinq mois plus tard, en avril -1794, il envoya un mémoire justificatif au comte de Metternich. Enfin, -en l'an V, il en adressa un autre aux Cinq-Cents. M. Lecestre, dans -son travail sur _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette_, s'est -appuyé sur les deux dernières versions. Nous nous sommes surtout guidés -d'après la première, qui, étant la plus rapprochée de l'événement, -nous a paru devoir être la plus exacte et que corroborent d'ailleurs -les documents officiels. Rougeville, comme le remarque justement M. -Lecestre, est un peu hâbleur; il aime à poser et il faut se défier -de certains développements emphatiques de ses mémoires. Fersen le -jugeait de même et, après l'avoir vu, il écrivait sur son _Journal_: -«Je trouvai un homme un peu fou, très entiché de lui, de ce qu'il -fait, se donnant une grande importance, mais pensant bien et nullement -espion.»—Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la -Cour de France_, II, 160. - -[1594] _Ibid._, II, 102. - -[1595] Procès-verbal du département de la police, cité par M. de -Beauchesne.—_Histoire de Mme Elisabeth_, II, 153, 154, note. - -[1596] _Ibid._, II, 154. - -[1597] Cette seconde croisée ne fut probablement pas bouchée -entièrement: Chauveau-Lagarde dit que la lumière pénétrait dans le -cachot de la Reine par _deux_ petites croisées, garnies de barreaux de -fer. - -[1598] Archives nationales, W, 297, dossier 261, cote -3ème.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 55-57. - -[1599] _Récit exact_, par la veuve Bault, 10. - -[1600] _Ibid._, 14. - -[1601] _Ibid._, 15. - -[1602] _Ibid._, 6. - -[1603] _Ibid._, 14. - -[1604] _Ibid._, 14. - -[1605] _Récit des événements arrivés au Temple._ - -[1606] _Récit exact_, 7. - -[1607] _Ibid._, 7. - -[1608] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte -de Fersen et la Cour de France_, II, 102.—Récit de Rosalie -Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 195. - -[1609] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la -Conciergerie_, 186. - -[1610] _Ibid._, 187. - -[1611] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13, 14. - -[1612] _Récit exact_, 6. - -[1613] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la -Conciergerie.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 58. - -[1614] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de -Fersen et la Cour de France_, II, 102. - -[1615] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5. - -[1616] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5. - -[1617] _Ibid._, 9. - -[1618] _Ibid._, 5. - -[1619] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13. - -[1620] Nous avons jadis étudié cette question dans un article publié -par la _Revue des questions historiques_ (janvier 1870) sous ce -titre: _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_. Quelque -invraisemblable que paraisse le fait, il nous a semblé appuyé sur des -témoignages trop formels et trop sérieux pour qu'il ne faille pas -l'admettre. Le prêtre qui put ainsi, au péril de ses jours, pénétrer -à la Conciergerie, s'appelait l'abbé Charles Magnin et devint, à la -Restauration, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois. M. Hyde de Neuville, -dans ses _Souvenirs_, confirme le fait, et M. F. de Vyré, dans son -étude sur _Marie-Antoinette_ (Paris, Plon, 1889) en apporte de -nouvelles preuves. - -[1621] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 139-159.—Il semble que le -complot ait reçu un commencement d'exécution. Basset déclare avoir à sa -disposition _cinquante-deux_ hommes, casernés à Courbevoie, p. 156.—Or, -un citoyen Maire dénonce cinquante-deux volontaires qui se sont -absentés de la caserne de Vanves «la veille de l'exécution de la veuve -Capet», pour «aider à l'exécution de l'infâme projet de la conspiration -contre la République».—Extrait d'une lettre de Juille la Roche (le -dénonciateur) à Leblanc.—_Ibid._, 151.—Il en résulte que le plan fut -d'enlever la Reine dans le trajet de la Conciergerie à l'échafaud. -Basset disait avoir gagné quinze cents hommes. - -[1622] Le comte de Mercy au prince de Cobourg, 10, 17 et 18 -août.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 403, 406, 407.—La Marck écrivait de même à Mercy: «Il faut -qu'on comprenne à Vienne ce qu'il y aurait de pénible, j'oserai dire -de fâcheux pour le gouvernement impérial, si l'histoire pouvait dire -un jour qu'à quarante lieues d'armées autrichiennes formidables et -victorieuses, l'auguste fille de Marie-Thérèse a péri sur l'échafaud, -sans qu'on ait fait aucune tentative pour la sauver. Ce serait une -tache ineffaçable pour notre empereur.» La Marck à Mercy, 14 septembre -1793.—_Ibid._, 419.—_Voir_ aussi le journal de Fersen pendant cette -même période. - -[1623] Lire dans Sybel: _Histoire de l'Europe pendant la Révolution -française_, II, 369 et suiv., le chapitre intitulé: Motifs de Cobourg -pour ne pas marcher sur Paris. D'après la correspondance de Mercy -et de Starhemberg, l'inaction de Cobourg aurait été causée par la -désertion des troupes anglaises, hollandaises et hanovriennes qui -le quittèrent après la prise de Valenciennes, pour aller faire le -siège de Dunkerque.—_L'invasion française en Belgique._—_Revue de la -Révolution_, janvier, février 1886. - -[1624] Le comte de Mercy au baron de Thugut, 15 septembre -1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la -Marck_, III, 431. - -[1625] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 13 octobre -1793.—_Ibid._, III, 437, 438. - -[1626] _Le Père Duchesne_, no 296.—Aux Jacobins on avait nommé une -commission pour dresser l'acte d'accusation. - -[1627] _Voir_ les détails dans Montjoye. _Histoire de -Marie-Antoinette_, 477-481. - -[1628] Lettre de Fouquier-Tinville au président de la Convention -nationale, 5 octobre 1793.—Archives nationales, Armoire de fer, dossier -de Marie-Antoinette.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 63. - -[1629] «Chaumette m'interrogea ensuite sur mille vilaines choses dont -on accusait ma mère. Je répondis avec vérité: cela n'était pas, mais -une fausse calomnie. Ils insistèrent beaucoup, mais je me tins sur -la négative, qui était la vérité.»—_Récit des événements arrivés au -Temple_, 59. - -[1630] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde, -8. - -[1631] Chauveau-Lagarde dit qu'il a été prévenu le 14 octobre; c'est -évidemment une erreur, puisque les débats ont commencé le 14 _au matin_. - -[1632] Voici le texte de ce billet, retrouvé dans les papiers de -Courtois: «Citoyen président, les citoyens Tronçon et Chauveau, que -le tribunal m'a donnés pour défenseurs, m'observent qu'ils n'ont été -instruits qu'aujourd'hui de leur mission; je dois être jugée demain -et il leur est impossible de s'instruire, dans un si court délai, des -pièces du procès et même d'en prendre lecture. Je dois à mes enfants de -n'omettre aucun moyen nécessaire pour l'entière justification de leur -mère. Mes défenseurs demandent trois jours de délai; j'espère que la -Convention les leur accordera.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme -Elisabeth_, VI, 530. - -[1633] _Voir_, sur Renaudin, une anecdote épouvantable dans les -_Révélations de Sénar_, 245. - -[1634] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 98. - -[1635] Lettre de Trinchard à son frère. _Ibid._, 99. - -[1636] _Révélations de Sénar_, 247. - -[1637] Elle y avait dit tout le contraire. - -[1638] _Moniteur_ du 27 octobre 1793. - -[1639] Dans une adresse au Roi en date du 9 novembre 1789, adresse -imprimée par Grangé, rue de la Parcheminerie, et conservée aux Archives -nationales, Armoire de fer, carton 13, Lecointre commence ainsi:—«Sire, -_un de vos sujets les plus fidèles_ vient avec confiance déposer aux -pieds de Votre Majesté l'hommage de son respect. Et il termine en -demandant à prouver que les habitants de Versailles, dont _il fait -partie_, sont «_incapables de déplaire au meilleur des Rois_». - -[1640] Mme Simon Viennot. _Marie-Antoinette devant le XIXe siècle_, -Paris, Augé, 1838, II, 351.—Renseignement communiqué par les frères -Humbert, témoins oculaires. - -[1641] Un juré du tribunal révolutionnaire, Vilate, a raconté, dans son -livre sur les _Causes du 9 thermidor_, que le soir même du supplice -de la Reine, Robespierre, dînant avec Saint-Just et Barrère, aurait -manifesté un très vif mécontentement contre «cet imbécile d'Hébert», -dont la déposition avait donné à Marie-Antoinette, à son dernier -moment, «ce triomphe d'intérêt public». Robespierre aurait dès lors -pris la résolution de se défaire d'un complice si compromettant. - -[1642] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde, -11. - -[1643] _Ibid._, 25. - -[1644] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde, -8, note. - -[1645] _Ibid._—_Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, -512.—_Exposé_ par de Busne.—_Ibid._, 534. - -[1646] _Voir_ sur les dépenses du Trianon, le chapitre XVI, tome Ier. - -[1647] Voici la liste exacte des objets saisis sur la Reine le 2 août, -telle qu'elle résulte du procès-verbal d'audience: «Un petit livret -couvert de moire verte, contenant huit feuillets, dont quatre gommés, -sur le premier desquels sont écrits au crayon les adresses suivantes: -_Bréguet, quai de l'Horloge du Palais, no 65_; _Madame Salantin, chez -Madame Lapassade, rue de Grenelle-Saint-Germain, no 14_; _Mademoiselle -Vion, rue Saint-Nicaise, chez Mademoiselle Augié, no 22_; _Madame -Chaumette, rue de Bourgogne, faubourg Saint-Germain, no 44_; _Brunier, -rue Sainte-Avoye, hôtel Caumartin, no 90_.—Plus un petit portefeuille -de maroquin rouge, une servante de maroquin vert avec un nécessaire à -charnières d'acier; une petite boîte en façon de chagrin, contenant -deux portraits de femme sous verre; une autre petite boîte pareille -dans laquelle un portrait de femme, qu'elle a déclaré être la Lamballe; -plus un rouleau de vingt-cinq louis simples en or, une petite boîte -d'ivoire contenant miroir et quelques papiers sur lesquels il n'y avait -rien d'écrit, ainsi que quelques petits paquets renfermant des cheveux -que l'accusé (_sic_) a déclaré être de son époux et de ses enfants.» - -[1648] De Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette_, p. 466. - -[1649] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 508. - -[1650] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde, -45.—Mme de Staël avait envoyé de Londres d'éloquentes et courageuses -_Réflexions sur le procès de la Reine_; elles n'eurent malheureusement -pas plus de succès que la défense de Chauveau-Lagarde. - -[1651] Procès-verbal d'audience.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, -118. - -[1652] Chauveau-Lagarde croit que la Reine a été «anéantie par la -surprise» et que «jusqu'au dernier moment elle avait conservé de -l'espoir».—_Notes sur le procès-verbal de Marie-Antoinette_, 46.—Malgré -l'autorité d'un tel témoignage, nous avons peine à nous rallier à -l'opinion du défenseur; il nous semble que depuis longtemps la Reine -avait perdu toute illusion. En tout cas, si elle a été un moment -«anéantie par la surprise», le moment de défaillance a été bien court -et cet étonnement peu visible. Le _Moniteur universel_ et le _Bulletin -du Tribunal révolutionnaire_ sont d'accord pour dire qu'on ne remarqua -nulle altération sur le visage de la condamnée, et Chauveau-Lagarde -lui-même écrit qu'«elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni -d'indignation, ni de faiblesse». - -[1653] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 67, 78. - -[1654] A la dernière page d'un exemplaire de l'_Histoire de -Marie-Antoinette_ par Montjoye, acheté par nous à la vente de M. de -Beauchesne, se trouve une note manuscrite de M. de Montmerqué, ainsi -conçue: «Il y avait une lettre de la Reine adressée à Madame, que Louis -XVIII lui a remise et que vraisemblablement on connaîtra un jour.» Nous -ne savons sur quoi se basait cette opinion de M. de Montmerqué; mais -elle nous semble complètement réfutée par les termes même de la lettre -de la Reine à Mme Elisabeth. - -[1655] Cette lettre en effet ne parvint jamais à Mme Elisabeth. -Remise par le concierge à Fouquier, elle fut saisie chez ce dernier par -les commissaires de la Convention chargés de visiter ses papiers et -jointe aux pièces de son procès.—Ce fut là sans doute qu'elle fut prise -par le Conventionnel Courtois, qui, en 1816, la fit transmettre par une -personne sûre à Louis XVIII. - -[1656] _Récit exact_, par la veuve Bault, 15. - -[1657] _Récit des événements arrivés au Temple_, 62. - -[1658] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 68. - -[1659] _Ibid._, Nous passons à dessein sous silence une scène -dramatique et poignante, racontée par Rosalie Lamorlière, servante à -la Conciergerie, dans les _Mémoires secrets et universels des malheurs -et de la mort de la Reine de France_: la Reine ne pouvant, même à -cet instant suprême, obtenir du gendarme qui la garde la permission -de changer de linge sans témoin. Le récit de Rosalie Lamorlière a -pour auteur ou tout au moins pour rédacteur Lafont d'Aussonne, qui -nous est justement suspect, nous avons dit ailleurs pourquoi.—_La -communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_, _Revue des questions -historiques_, 1er janvier 1870. Du reste, si ce récit peut être -vrai dans sa première partie, jusqu'à l'affaire de l'œillet, il est -certainement faux en ce qui touche les derniers moments de la Reine. -Rosalie Lamorlière n'a pu assister cette malheureuse princesse dans -la douloureuse matinée du 16 octobre, attendu que, depuis que Bault -avait remplacé Richard, nulle autre femme que la fille de Bault ne -fut chargée du service de Marie-Antoinette.—_Récit exact_, par la -veuve Bault, 7. En outre, la Reine ne fut pas ramenée ce jour là dans -son cachot, mais dans la cellule des condamnés à mort.—_Six journées -passées au Temple_, par Moëlle, 68. Ajoutons enfin que le récit du -gendarme Léger, rapporté par Moëlle (_Ibid._), dément formellement -celui de Rosalie. - -[1660] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513. - -[1661] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96. - -[1662] _Moniteur_ du 27 octobre 1793. - -[1663] _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Revue -des questions historiques_, janvier 1870.—_Voir_ aussi, sur ce -sujet, l'étude concluante que M. Victor Pierre vient de publier dans -la _Revue des questions historiques_, janvier 1890, sous ce titre: -_Marie-Antoinette à la Conciergerie_. - -[1664] _Récit des événements passés au Temple_, 62, 63. - -[1665] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513. - -[1666] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96. - -[1667] _Ibid._ - -[1668] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 514. - -[1669] _Révolutions de Paris_, no 214. - -[1670] Le _Père Duchesne_ dit deux à trois cent mille, no 299. - -[1671] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.—_Révolutions de Paris_, no 214. - -[1672] Lettre de Barthélémy Bimbenet de la Roche, citée par A. de -Ségur: _Un épisode de la Terreur_. Bimbenet de la Roche était un jeune -soldat de l'armée de Condé, détenu à la Conciergerie, et qui de son -cachot vit plusieurs fois passer la Reine pendant ces tristes jours. -Ses lettres à sa famille ont été publiées par M. de Ségur dans le -volume cité plus haut. Il mourut lui-même sur l'échafaud avec la foi -d'un martyr, le 25 février 1794. - -[1673] La Reine aurait perdu un de ses souliers en montant à -l'échafaud; le soulier, ramassé par un homme du peuple, aurait -été acheté par M. de Guernon-Ranville, père du ministre de -la Restauration.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de -Marie-Clotilde de France_, par le comte de Reiset, 190, 191. -D'autre part M. Gustave Bord, l'érudit directeur de la _Revue de la -Révolution_, possède un fragment de la boucle d'un soulier de la Reine: -la boucle est en soie noire, un peu jaunie par le temps et l'usage; -ce fragment appartiendrait aussi à un des souliers que la malheureuse -princesse portait en allant à l'échafaud; il avait été envoyé par le -baron d'Aubier, valet de chambre de Louis XVI et l'un de ceux qui -restèrent dévoués à la famille Royale jusqu'à la fin, au baron de -Breteuil. M. de Reiset, d'ailleurs, comme le baron d'Aubier, s'accorde -à dire que la Reine avait le pied extrêmement petit. - -[1674] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 97. - -[1675] Récit d'un témoin oculaire, le vicomte Charles Desfossés, cité -par Beauchesne dans _Louis XVII_. Le vicomte Desfossés termine sa -description par ces mots: «Ce portrait fut tracé en rentrant chez moi.» - -[1676] _Voir_ le portrait tracé au trait par David. - -[1677] _Révolutions de Paris_, no 212. - -[1678] _Ibid._, no 214. - -[1679] Il n'y eut aucune tentative de ce genre; il y eut probablement -des espérances, comme cela semble résulter du récit du vicomte -Desfossés et de la présence à Paris de ces cinquante-deux soldats -qui avaient quitté la caserne de Vanves la veille de l'exécution. -En tout cas, il y eut des dévouements qui s'offrirent comme otages -pour la royale victime. On conserve aux Archives nationales,—section -judiciaire, Armoire de fer, carton 17, no 179,—la lettre d'un comte de -Linange qui, le 15 octobre, propose à la Convention d'aller à Vienne -négocier de la paix avec l'Empereur sur la base de la mise en liberté -de la Reine. - -[1680] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96. - -[1681] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 515. - -[1682] Lettre de Bimbenet de la Roche, citée dans _Un épisode de la -Terreur_, par A. de Ségur, 68.—Bimbenet ajoute: «Savez-vous de qui nous -tenons ce trait? De ce prêtre lui-même qui le soir se trouva dans une -société où tout le monde ne partageait pas ses sentiments, et il fit de -la Reine le plus pompeux éloge.»—_Ibid._, 69.—L'abbé Girard d'ailleurs -abjura plus tard ses erreurs et revint au catholicisme. - -[1683] _Moniteur_ du 27 octobre 1793. - -[1684] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96. - -[1685] _Moniteur_ du 27 octobre 1793. - -[1686] _Rougyff_, ou _la France en vedette_, no 35. - -[1687] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 516. - -[1688] Audouin, _Journal universel_, no 1423. - -[1689] Cette inscription était ainsi conçue: _Atelier d'armes -républicaines pour foudroyer les tyrans_. - -[1690] Récit du vicomte Desfossés, _Louis XVII_, II, 147. - -[1691] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La -démagogie à Paris en 1793_, 461. - -[1692] _Ibid._ - -[1693] _Révolutions de Paris_, no 212. - -[1694] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La -démagogie à Paris en 1793_, 461. - -[1695] Cet homme était un ancien gendarme, nommé Maingot, il fut -arrêté.—_Voir_ sur l'instruction de cette affaire le beau livre de M. -Campardon, _Marie-Antoinette à la Conciergerie_. - -[1696] Discours à la Chambre des Pairs, séance du jeudi 23 février 1816. - -[1697] Bernis à Limon, 6 novembre 1793.—_Le cardinal de Bernis depuis -son ministère_, 539. - -[1698] _Mémoires d'un ministre du trésor public_, III, 123. - -[1699] Le 11 brumaire an II, 1er novembre 1793. - -[1700] Mémoire possédé par M. Fossé d'Arconne, cité par MM. de -Goncourt.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 488. - - - - - ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ - │ Note de transcription: │ - │ │ - │ La page titre du premier volume donne 1892 comme date de │ - │ publication. │ - │ │ - │ Corrections: │ - │ p. 73: La fayette ⟶ Lafayette. │ - │ p. 190: 20 avril 1771 ⟶ 20 avril 1771. │ - │ pp. 192 et 194: juin 1701 ⟶ juin 1791. │ - │ p. 339: si on l'enfermerait... ⟶ si on l'enfermait.... │ - │ p. 339: si on la traduirait... ⟶ si on la traduisait.... │ - │ │ - │ Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été │ - │ rajoutés: p. 91 note 268, p. 198 note 596. │ - │ │ - │ Page 84 a trois numéros de notes (1, 2, 2, renumérotés 245, 246, │ - │ 246a) mais seulement deux notes. │ - │ │ - │ Page 392 a deux numéros de notes (1, 2, renumérotés 1101, 1101a) │ - │ mais seulement une note. │ - │ │ - │ Erreurs non-corrigées: │ - │ p. 380: ... sans les yeux du Roi.... Sous les yeux? Dans les yeux? │ - │ p. 505: ... Le 1er août.... Ou ... le 1er avril.... Les deux dates │ - │ apparaissent dans des éditions différentes. │ - │ Note 856, p. 293: 36 septembre 1791. Devrait possiblement être 26? │ - │ Note 1090, p. 385: Le numéro de page manque. │ - │ Note 1281, p. 436: Le numéro de page est illisible. Peut-être 331? │ - └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘ - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 -(of 2), by Maxime de La Rocheterie - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 *** - -***** This file should be named 53503-0.txt or 53503-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/5/0/53503/ - -Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Books project.) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country outside the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you'll have to check the laws of the country where you - are located before using this ebook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm web site -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The -Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm -trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - |
