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-The Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of
-2), by Maxime de La Rocheterie
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of 2)
-
-Author: Maxime de La Rocheterie
-
-Release Date: November 13, 2016 [EBook #53503]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
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- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │
- │ corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été │
- │ conservées et n'ont pas été harmonisées. │
- │ │
- │ Les mots en italiques sont _soulignés_. │
- │ │
- │ Voir la note plus détaillée à la fin de ce livre. │
- │ │
- │ La Table des Matières se trouve en fin de livre. │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE
-
- MARIE-ANTOINETTE
-
- PAR
-
- MAXIME DE LA ROCHETERIE
-
- TOME DEUXIÈME
-
- [Illustration]
-
- PARIS
-
- LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER
- PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
-
- 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35
-
- 1890
-
- Tous droits réservés
-
-
-
-
-HISTOIRE
-
-DE
-
-MARIE-ANTOINETTE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
- Les États généraux.—Impopularité de la Reine au milieu de
- l'enthousiasme général.—Ouverture des États
- généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies qui
- s'éteignent.—Mort du premier Dauphin.
-
-
-Nous abordons maintenant la période militante de la vie de
-Marie-Antoinette. Nous le ferons, comme pour le reste de cette
-histoire, avec la plus complète impartialité, mais avec une impression
-de mélancolie que nous ne ressentions pas au même degré dans la
-première partie de ce travail. Jusqu'ici, malgré les nuages passagers
-qui assombrissent son ciel bleu, malgré de noirs pressentiments et des
-tristesses contenues, nous avons vu la Reine relativement heureuse:
-elle a encore pour elle l'éblouissement de la jeunesse et la majesté
-de la couronne. Si l'on marche à l'abîme, on y marche lentement, et
-l'éclat du trône, le rayonnement de la maternité dissimulent à demi
-le gouffre béant. Aujourd'hui, les voiles se déchirent; le danger
-apparaît, pressant, inexorable, et, sur le front même de la mère, un
-nouveau rayon va s'éteindre. La reine de Trianon a disparu; la reine
-de Versailles va disparaître; voici venir la reine des Tuileries, en
-attendant la reine du Temple et de la Conciergerie. La souveraine
-se dépouille, mais la femme grandit; son caractère se retrempe, et
-l'épreuve la transfigure. Toutes les qualités vigoureuses, contenues en
-germe dans sa nature, et que la bonne fortune avait comme cachées sous
-le vernis plus séduisant des qualités aimables, la dignité fière, la
-vaillance intrépide, le mépris du danger, l'élan, l'indomptable fermeté
-d'âme se développent et s'accusent en saillie; la femme élégante fait
-place à la femme forte; le pastel de Boucher devient une peinture de
-Rembrandt et, pour nous servir du mot de Mirabeau, à partir de 1789,
-auprès du Roi, il n'y a plus qu'un homme, c'est la Reine. Si le génie
-politique ne fut pas à la hauteur du caractère, si Marie-Antoinette,
-malgré son viril courage, s'épuisa en efforts impuissants et souvent
-mal conçus, c'est que, pour dominer des situations aussi difficiles
-que la sienne, le courage ne suffit pas; il faut avoir été préparé à
-la lutte par une éducation et une expérience qui lui manquèrent[1];
-c'est aussi peut-être que, dans les insondables desseins de sa justice,
-Dieu se réserve parfois des victimes éclatantes et pures, dont la chute
-commande le respect.
-
-Et cependant, au printemps de 1789, qui eût pu prévoir ces sanglantes
-extrémités? Tout était à l'espérance; on rêvait de l'âge d'or. Il est
-difficile aujourd'hui de se faire une idée du tressaillement qui
-s'était emparé de la France, à l'approche des États généraux. A tout
-prendre, quels qu'eussent été les désordres qui avaient précédé, quels
-que fussent les germes de discorde contenus dans certains cahiers, ce
-qui dominait dans cette émotion, c'était la confiance. La nation, qu'un
-siècle de révolutions n'avait point encore rendue sceptique, avait foi
-dans cette monarchie qui l'avait faite, dans cette dynastie sortie
-de ses entrailles, qui lui avait donné, avec Henri IV, la paix; avec
-Louis XIV, la gloire. Elle avait foi dans ce souverain, jeune encore,
-qui n'avait jamais eu d'autre préoccupation que celle du bonheur de
-son peuple et qui ne demandait qu'à lui faire l'abandon de son pouvoir
-absolu, «le meilleur de tous les rois», disait un cahier[2], et dont
-tous célébraient «la bonté paternelle»; dans «l'immortel Necker[3],»
-ce ministre «si précieux à la France[4],» cet habile financier que
-l'opinion publique non moins que le choix du monarque avait porté au
-pouvoir; dans ce Tiers-État qui, sans être appelé pour la première
-fois, comme on le répétait faussement, à la vie publique, semblait
-destiné à prendre dans les affaires, grâce à sa double représentation
-et avec l'assentiment de la royauté, une part prépondérante; dans
-ces privilégiés même, qui paraissaient prêts à sacrifier tout au
-moins leurs privilèges pécuniaires. De tous côtés on saluait avec
-enthousiasme cette ère nouvelle qui s'ouvrait. Avec un Roi ferme, avec
-un homme d'État sachant ce qu'il voulait et déterminé à l'accomplir,
-cette confiance était une force incomparable. Avec un prince faible
-comme Louis XVI, avec un ministre irrésolu comme Necker, elle était un
-effroyable danger. L'opinion, surexcitée par l'anarchie des six mois
-qui avaient précédé la réunion des États, disposée par son inexpérience
-à accepter toutes les utopies, poussée par son caractère propre à en
-vouloir la réalisation immédiate, devait avoir des exigences d'autant
-plus grandes qu'on lui promettait davantage, des impatiences d'autant
-plus irritables que ses espérances étaient plus vives et paraissaient
-plus fondées.
-
-Au milieu de cette satisfaction générale, il y avait un point noir:
-c'était la Reine. Les acclamations qui saluaient le Roi se taisaient
-devant sa femme. La calomnie avait fait son œuvre, et tous ces nobles
-de province, ces curés de campagne, ces bourgeois de petites villes,
-qui composaient l'immense majorité des Etats, arrivaient des extrémités
-de la France, imbus des plus détestables préjugés contre l'infortunée
-princesse. Les pamphlets que la malignité avait vomis contre elle, ces
-rumeurs vagues et mystérieuses qui circulent partout, colportées à
-voix basse sans qu'on puisse saisir d'où elles émanent, d'autant plus
-dangereuses qu'elles sont plus vagues, d'autant plus acceptées qu'elles
-sont plus méchantes et plus absurdes, avaient si souvent répété que la
-Reine était l'auteur de tout le mal, qu'on s'était habitué à voir en
-elle, avec la cause du déficit, le seul obstacle sérieux à des réformes
-efficaces. «La Reine pille de tous côtés, pour envoyer même, dit-on, à
-son frère l'Empereur,» écrivait, en 1787, sur son registre paroissial,
-un prêtre du Maine[5], et il attribuait à ces dilapidations prétendues
-le motif de la réunion des Notables. Si, dès 1787, de pareils bruits
-avaient pénétré jusqu'au fond des campagnes et trouvé créance près
-d'hommes éclairés comme le curé Boucher, on juge de ce que cela devait
-être deux ans plus tard, en 1789, lorsque la convocation des États
-généraux eut surexcité les esprits. Qu'il se rencontrât sur la route de
-ces Etats des obstacles inévitables, que des promesses imprudentes ne
-pussent se réaliser, que les réformes annoncées échouassent, c'était à
-Marie-Antoinette que les impatiences de l'opinion et la malveillance
-toujours en éveil devaient s'en prendre: on lui imputerait tout le mal
-qui se ferait, tout le bien qui ne se ferait pas.
-
-Les symptômes de cette méfiance éclatèrent dès le début. «Les députés
-du Tiers, raconte Mme Campan, arrivaient à Versailles avec les
-plus fortes préventions contre la Cour. Les méchants propos de Paris
-ne manquaient jamais de se répandre dans les provinces; ils croyaient
-que le Roi se permettait les plaisirs de la table jusqu'à des excès
-honteux; ils étaient persuadés que la Reine épuisait les trésors de
-l'Etat pour satisfaire au luxe le plus déraisonnable; presque tous
-voulurent visiter le Petit Trianon. L'extrême simplicité de cette
-maison de plaisance ne répondant pas à leurs idées, quelques-uns
-insistèrent pour qu'on leur fît voir jusqu'aux moindres cabinets,
-disant qu'on leur cachait les pièces richement meublées. Enfin ils en
-indiquèrent une qui, selon eux, devait être partout ornée de diamants,
-avec des colonnes torses mélangées de saphir et de rubis. La Reine
-ne pouvait revenir de ces folles idées et en entretint le Roi qui,
-à la description que ces députés avaient faites de cette chambre
-aux gardiens de Trianon, jugea qu'ils cherchaient la décoration de
-diamants de composition qui avait été faite, sous le règne de Louis XV,
-pour le théâtre de Fontainebleau[6].»
-
-Le 4 mai, eut lieu à Versailles la procession solennelle qui devait
-précéder l'ouverture des États généraux. On ne croyait pas alors qu'il
-fût inutile d'appeler la bénédiction de Dieu sur les travaux d'une
-grande Assemblée; la cérémonie religieuse préludait à la cérémonie
-politique. Le temps, pluvieux la veille, s'était mis au beau[7]; une
-foule énorme de peuple remplissait les rues; les fenêtres, louées à
-prix d'or, étaient garnies de curieux, accourus de toutes parts. A dix
-heures, le Roi quitta le Château, accompagné de la Reine, de la famille
-royale et des principaux officiers de la couronne, pour se rendre en
-grand équipage à l'église Notre-Dame. «Les chevaux, magnifiquement
-harnachés, avaient la tête couverte de hauts plumets. Toute la Maison
-du Roi, les écuyers, les pages à cheval, la fauconnerie, l'oiseau
-sur le poing, précédaient le superbe cortège[8].» Dans l'église, les
-députés attendaient: le Tiers, vêtu de noir, avec un petit manteau
-de soie, cravate de mousseline blanche, cheveux flottants et chapeau
-retroussé de trois côtés, sans ganse ni boutons, ce qu'on nommait
-alors chapeau clabaud[9]; la Noblesse, en manteau à parements d'or
-et chapeaux relevés à la Henri IV, avec plumes blanches; le Clergé,
-en soutane et grand manteau, les cardinaux en chape rouge, les
-évêques en rochet et camail, soutane violette et bonnet carré[10]. La
-procession commença, le Tiers en tête, sur deux lignes parallèles,
-puis la Noblesse, puis le bas Clergé; les évêques entouraient le
-Saint-Sacrement[11], porté par l'archevêque de Paris, sous un dais
-somptueux, dont Monsieur, le comte d'Artois, le duc d'Angoulême et le
-duc de Berry tenaient les cordons. Derrière le dais, marchait le Roi,
-en habit de drap d'or couvert de pierreries, un cierge à la main[12].
-Près de lui, la Reine, magnifiquement vêtue, la coiffure entrelacée
-de fleurs de couronnes impériales[13]. «Son air triste, dit un témoin
-oculaire, ajoutait encore à son maintien si noble et si digne[14].»
-
-Le cortège s'avançait à travers les rues garnies de riches tentures,
-entre deux haies de troupes, formées par les gardes françaises et les
-gardes suisses, au milieu d'une foule innombrable de spectateurs. Des
-chœurs, disposés de distance en distance, faisaient retentir l'air
-de leurs accords. «Les marches militaires, le bruit des tambours, le
-son des trompettes, le chant noble des prêtres, tour à tour entendus
-sans discordance, sans confusion, animaient cette marche triomphale de
-l'Eternel[15].»
-
-Lorsque la députation du Dauphiné passa, des acclamations frénétiques
-la saluèrent; elles reprirent avec plus de force à la vue du duc
-d'Orléans, qui, dédaigneux de se ranger parmi les princes du sang,
-avait affecté de prendre place parmi les députés de son bailliage[16].
-Démonstration menaçante qui renfermait au fond moins de sympathie que
-de haine; ce n'était pas le prince qu'on applaudissait, c'était la
-Reine qu'on voulait conspuer, et le ton même de ces cris en soulignait
-l'intention. «Des femmes du peuple, raconte Mme Campan, en voyant
-passer la Reine, crièrent: _Vive le duc d'Orléans!_ avec des accents
-si factieux» que, devant ces applaudissements, qui étaient une
-insulte, la pauvre femme faillit s'évanouir. On la soutint et ceux qui
-l'environnaient craignirent un moment qu'on ne fût obligé d'arrêter la
-marche de la procession. Elle se remit et eut, dit-on, un vif regret
-de n'avoir pu éviter les effets de ce saisissement[17]. Mais elle fut
-profondément blessée d'une manifestation dont elle sentait bien la
-portée et dont l'inconvenance avait froissé le sentiment chevaleresque
-d'un républicain. S'il faut en croire Gouverneur Morris, Mme
-Adélaïde eut le triste courage de joindre à cette explosion populaire
-l'ironie de ses sarcasmes[18].
-
-De Notre-Dame, le cortège se rendit à l'église Saint-Louis: les
-députés s'assirent sur des banquettes; le Roi et la Reine prirent
-place sous un dais de velours violet, semé de fleurs de lys d'or[19].
-Le Saint-Sacrement fut porté à l'autel au son de «la plus expressive
-musique[20]». L'archevêque de Paris célébra la messe; l'évêque de
-Nancy, Mgr de la Fare, prononça le discours. Lorsque l'orateur,
-au milieu de mouvements éloquents, vint à tracer le tableau des maux
-occasionnés par la gabelle, des battements de mains éclatèrent de
-toutes parts. Ce fait, inouï jusque-là, des applaudissements dans
-une église, en présence du Saint-Sacrement exposé, impressionna
-vivement les spectateurs qui en tirèrent des pronostics sinistres:
-on se demandait avec inquiétude si ceux qui avaient si peu de respect
-pour Dieu dans son temple en auraient plus pour la royauté dans son
-palais[21].
-
-Le lendemain, l'ouverture des États généraux se fit solennellement
-dans la salle des Menus-Plaisirs, qui avait déjà servi à l'Assemblée
-des Notables. La salle, magnifiquement décorée sur les dessins de
-Pâris, dessinateur du cabinet du Roi, offrait un coup d'œil imposant.
-Au fond, le trône garni de longues franges d'or; à gauche du trône,
-un grand fauteuil pour la Reine et des tabourets pour les princesses;
-à droite, des pliants pour les princes. Dans la longueur de la salle,
-à droite, des banquettes pour le Clergé; à gauche, pour la Noblesse;
-à l'extrémité, en face du trône, pour le Tiers-État. Tout autour, des
-gradins et des tribunes, remplis de plus de deux mille spectateurs.
-Entre neuf et dix heures, les députés commencèrent à arriver, puis les
-secrétaires d'État et les ministres, les gouverneurs de provinces, les
-lieutenants généraux, tous en grand costume. M. Necker seul, par une
-singularité qui voulait être et qui fut remarquée, était en habit de
-ville; il fut applaudi à son entrée. Comme lui, le duc d'Orléans et la
-députation du Dauphiné, déjà acclamés la veille, le furent encore ce
-jour-là. «Quelques mains, raconte Grimm, se disposaient à rendre le
-même hommage à la députation de Provence; mais elles furent arrêtées
-par un murmure désapprobateur dont l'application personnelle ne put
-échapper à la sagacité de M. le comte de Mirabeau[22].»
-
-Quand le Roi fit son entrée, toute la salle se leva, et les cris de
-_Vive le Roi!_ éclatèrent «avec l'effusion de cœur la plus touchante
-et l'attendrissement le plus respectueux». La Reine l'accompagnait,
-«mise à merveille, dit un témoin, un seul bandeau de diamants, avec la
-belle plume de héron, l'habit violet et la jupe blanche en pailleté
-d'argent[23].» Mais la même froideur menaçante, qui l'avait accueillie
-pendant la procession, l'accueillait encore dans la salle des Menus,
-malgré son émotion visible[24]. «Pas une voix ne s'élève pour elle,
-raconte Gouverneur Morris. Si j'étais Français, j'aurais certainement
-élevé la mienne; mais je n'ai pas le droit d'exprimer un sentiment et
-je sollicite en vain ceux qui sont près de moi de le faire[25].»
-
-Louis XVI lut son discours d'une voix ferme et avec une grande
-dignité[26]. Au moment de le commencer, il avait invité la Reine à
-s'asseoir; elle le refusa par une profonde révérence, et écouta debout
-comme toute l'assemblée[27]. Après ce discours, qui n'était qu'un
-appel à la sagesse et à la modération, et qui en donnait l'exemple, le
-garde des sceaux, M. de Barentin, rappela les sacrifices que le Roi
-avait faits et ceux qu'il était disposé encore à faire «pour établir
-la félicité générale sur la base sacrée de la liberté publique[28]».
-Il indiqua en quelques mots les réformes à opérer et les questions à
-résoudre, mais sans indiquer la solution et sans laisser pressentir que
-le ministère eût un plan, sauf la répartition de l'impôt et l'abandon
-des privilèges pécuniaires. Puis Necker, dans un rapport qui dura
-près de trois heures, exposa la situation des finances et accusa un
-déficit de cinquante-six millions. «Sa longue énumération de chiffres,
-dit l'éminent historien de Louis XVI, éteignit l'enthousiasme qu'avait
-produit le langage du Roi[29].» Des acclamations saluèrent pourtant
-encore la sortie du monarque; aux cris de _Vive le Roi!_ se mêlèrent
-même quelques cris de _Vive la Reine!_ Celle-ci y répondit par une
-révérence qui redoubla les acclamations[30]; mais il était aisé de
-remarquer, dit un témoin, que ces applaudissements étaient surtout un
-hommage rendu au Roi[31].
-
-Dès ce jour même, et à l'issue de la séance, les difficultés
-commençaient. Imprévoyance ou ignorance du cœur humain, on avait
-soulevé les passions, et mis les vanités aux prises, sans s'inquiéter
-même de diriger le conflit. En accordant au Tiers une double
-représentation, qui lui donnait ainsi un rôle prépondérant, on avait
-comme à plaisir irrité sa fierté. En abandonnant ce qui semblait être
-un des principes fondamentaux de l'ancienne constitution des Etats, on
-en avait conservé les formes les plus surannées. Par une réglementation
-puérile, par des différences de costume et d'étiquette, on froissait
-au dernier point l'amour-propre du Tiers, au moment même où l'on
-doublait son importance. Le mécontentement ne se fit pas attendre, et
-les prétentions s'affichèrent en même temps. Au lieu de se retirer,
-comme les deux autres Ordres, dans le local qui lui était réservé, le
-Tiers, après la séance royale, resta dans la chambre des Menus, s'en
-emparant en quelque sorte et semblant ainsi résumer et personnifier à
-lui seul les États généraux tout entiers. Puis la grosse question de
-la vérification des pouvoirs, de la délibération par ordre ou par tête
-se posa immédiatement, jetant un brandon de discorde entre les trois
-Ordres, soulevant les passions, aigrissant les esprits, amenant des
-représailles, qu'entretenaient encore les excitations du dehors, sans
-que le gouvernement, qui n'avait pas su prévenir ces tiraillements,
-intervînt d'une façon efficace pour les faire cesser. Ainsi commençait
-à se creuser, entre une royauté qui paraissait impuissante et une
-Assemblée qui tendait manifestement à s'emparer du pouvoir, le gouffre
-où devait sombrer la monarchie.
-
-Cette situation attristait profondément Marie-Antoinette. Vainement
-s'était-elle efforcée de se concilier les sympathies des députés.
-Vainement avait-elle ordonné que ses jardins de Trianon, ceux de
-Versailles, le Château, leur fussent ouverts à toute heure. Vainement
-avait-elle fait remettre à chacun d'eux une carte qui leur donnait
-entrée gratuite aux spectacles de la ville et de la Cour[32]. Les rares
-députés qui avaient cru pouvoir répondre à ces avances étaient signalés
-aux vengeances populaires comme des séides de la Reine et des ennemis
-de la nation. La pauvre souveraine était navrée et je ne sais quels
-pressentiments sinistres agitaient son esprit. Une anecdote, rapportée
-par Mme Campan, donne bien l'idée de ce douloureux état d'âme:
-
-«La Reine, dit-elle, se couchait très tard, ou plutôt cette infortunée
-princesse commençait à ne plus goûter de repos. Vers la fin de mai,
-un soir qu'elle était assise au milieu de la chambre, elle racontait
-plusieurs choses remarquables, qui avaient eu lieu pendant le cours de
-la journée. Quatre bougies étaient placées sur sa toilette; la première
-s'éteignit d'elle-même; je la rallumai bientôt; la seconde, puis la
-troisième s'éteignirent aussi; alors la Reine, me serrant la main avec
-un mouvement d'effroi, me dit: «Le malheur peut rendre superstitieuse,
-si cette quatrième bougie s'éteint comme les autres, rien ne pourra
-m'empêcher de regarder cela comme un sinistre présage.»....... La
-quatrième bougie s'éteignit.»
-
-«On fit observer à la Reine que les quatre bougies avaient été
-probablement coulées dans le même moule, et qu'un défaut à la mèche
-s'était naturellement trouvé au même endroit, puisque les bougies
-s'étaient éteintes dans l'ordre où on les avait allumées[33].»
-
-La Reine ne voulut rien entendre, et avec cette impression
-indéfinissable dont les cœurs les plus forts ne savent souvent pas
-se défendre aux heures de crise, elle s'absorba dans ses lugubres
-pressentiments.
-
-Les événements, hélas! semblaient donner raison à ces craintes
-superstitieuses. Quelques jours à peine s'étaient écoulés et la
-première de ces lumières qui paraissaient destinées à éclairer
-l'horizon de la France, allait s'éteindre. Le Dauphin mourait à Meudon.
-
-Une enfance délicate, une constitution rachitique, et plus encore
-peut-être cette précocité d'intelligence et ce développement du cœur,
-par lesquels il semble que la Providence veuille compenser la brièveté
-de la vie, faisaient depuis trop longtemps prévoir ce douloureux
-événement. Malgré les soins dévoués de la duchesse de Polignac, malgré
-l'existence au grand air et en toute liberté que la Reine avait voulue
-pour ses enfants, sans les aises qui amollissent et l'étiquette qui
-comprime, le jeune prince n'avait jamais pu acquérir la vigueur de
-tempérament qui paraissait l'apanage de sa famille, et que son jeune
-frère, le duc de Normandie, possédait au suprême degré. Etait-ce la
-conséquence de sa nature trop frêle, comme le pensait sa mère, ou
-la suite d'une inoculation mal réussie, dont l'éruption avait été
-brusquement interrompue par une émotion trop forte, comme l'a écrit le
-secrétaire de son gouverneur, le duc d'Harcourt[34]? Toujours est-il
-que, lorsqu'au moment de son passage des mains des femmes dans celles
-des hommes, le Dauphin, âgé de six ans, fut soumis, suivant la règle, à
-l'examen de la Faculté, les témoins durent constater avec tristesse une
-difficulté dans la marche, une tendance à la difformité, une faiblesse
-dans la constitution tout entière, qui ne permettait guère les longs
-espoirs[35]. Triste dès son lever, l'enfant ne reprenait un peu de vie
-qu'après sa toilette terminée, mais jamais la vie d'un enfant bien
-portant.
-
-«Mon fils aîné me donne bien de l'inquiétude, écrivait la Reine le
-22 février 1788... Sa taille s'est dérangée, et pour une hanche qui
-est plus haute que l'autre, et pour le dos dont les vertèbres sont un
-peu déplacées et en saillie. Depuis quelque temps, il a toujours la
-fièvre et est fort maigre et affaibli[36].» Mais, avec cette puissance
-d'illusions que l'amour donne aux mères, elle se figurait que ce
-n'était qu'un accident passager, dû à la dentition et à la croissance,
-et que le grand air triompherait de ces mauvaises dispositions, de
-même qu'il avait triomphé déjà de la faiblesse de Louis XVI, frêle
-dans ses premières années, comme l'était son fils[37]. L'enfant fut en
-effet établi à Meudon, au commencement d'avril. Sous l'influence du
-changement, du printemps, de l'air, de l'espace, il parut un moment
-se remettre; la gaîté, l'appétit revenaient; les forces augmentaient,
-et la pauvre mère se sentait renaître à la confiance[38]. Confiance
-bien fugitive, car, trois mois après, elle était réduite à écrire:
-«Mon fils a des alternatives de mieux et de pire, qui, sans détruire
-l'espérance, ne permettent pas d'y compter[39].» Le mal faisait des
-progrès rapides; le dos se voûtait; la taille se déformait; les jambes
-étaient si faibles que le jeune malade ne pouvait plus marcher sans
-être soutenu[40], ni se promener sans être monté sur un âne[41]. Les
-remèdes n'opéraient plus; la gangrène gagnait l'épine dorsale[42];
-la figure s'allongeait et prenait cette expression de douleur et
-d'angoisse qui navre tant chez un enfant. L'intelligence était nette
-encore; le goût de la lecture très vif; l'esprit semblait vivre aux
-dépens du corps[43]. Mais, sous l'aiguillon de la souffrance, le
-caractère s'était aigri, et s'il faut en croire Mme Campan, le
-prince témoignait une véritable antipathie à son ancienne gouvernante,
-Mme de Polignac[44]. Du moins restait-il d'une tendresse touchante
-pour sa mère[45]. On eût dit qu'avant de la quitter, il voulait lui
-donner tout ce qu'il avait d'affection dans le cœur. Il la suppliait de
-demeurer près de lui, et pour lui faire plaisir, elle restait parfois à
-dîner dans sa chambre. Hélas! la pauvre mère avalait plus de larmes que
-de pain[46].
-
-Le 4 mai 1789, ce ne fut que du haut d'un balcon de la petite écurie,
-couché sur un monceau de coussins, que l'héritier du trône put assister
-à la procession des États généraux[47]. Un mois après, il n'était plus.
-
-La veille de sa mort, vers quatre ou cinq heures du soir, comme son
-père venait de Versailles pour le voir, le duc d'Harcourt envoya son
-secrétaire supplier le prince de ne pas entrer. «Le Roi,» raconte un
-témoin oculaire, s'arrêta de suite en s'écriant, en sanglotant: «Ah!
-mon fils est mort!»—«Non, Sire, répondis-je, il n'est pas mort, mais
-il est au plus mal.» Sa Majesté se laissa tomber sur le fauteuil près
-de la porte. La Reine entra presqu'aussitôt, se précipita à genoux
-entre ceux du Roi, qui, en pleurant, lui cria: «Ah! ma femme, notre
-cher enfant est mort, puisqu'on ne veut pas que je le voie!» Je répétai
-qu'il n'était pas mort. La Reine, en répandant un torrent de larmes
-et toujours les deux bras appuyés sur les genoux du Roi, lui dit:
-«Ayons du courage, mon ami; la Providence peut tout, et espérons encore
-qu'elle nous conservera notre fils bien aimé.» Tous deux se levèrent et
-reprirent la route de Versailles[48].
-
-Et l'auteur de ce récit touchant, sans appareil et sans phrases,
-ajoute: «Cette scène fut pour moi admirable, cruellement douloureuse,
-et ne sortira jamais de ma mémoire.»
-
-Quelques heures plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin, l'objet de
-tant de joie, devenu l'objet de tant de larmes, n'existait plus, et le
-pauvre monarque écrivait sur son journal: «Jeudi 4, mort de mon fils à
-une heure du matin. La messe en particulier à huit heures trois quarts.
-Je n'ai vu que ma Maison et les princes à l'ordre.» Le 8, les honneurs
-furent rendus au Dauphin à Meudon; douze archevêques et évêques,
-accompagnés de douze curés, douze gentilshommes, vingt-huit membres
-du Tiers-État représentèrent leurs Ordres respectifs à cette triste
-cérémonie. Dès le 4, Bailly, doyen du Tiers-État, s'était présenté au
-Château, au nom de son Ordre, pour «témoigner au Roi la sensibilité
-des Communes sur la mort du Dauphin» et demander en même temps qu'une
-députation du Tiers fût reçue par le prince pour lui remettre à
-lui-même une adresse sur la situation des affaires, «les députés des
-Communes ne pouvant reconnaître d'intermédiaire entre le Roi et son
-peuple[49].»
-
-Il insista d'un ton si impérieux, dit Weber, et avec des paroles
-si pressantes, que le Roi, tout absorbé qu'il fût dans sa douleur,
-dut céder à ces exigences et recevoir dès le samedi 6 juin, avant
-même les funérailles du Dauphin, les députés du Tiers[50]; mais
-peu d'empiétements sur son autorité l'affectèrent autant que cette
-violation du sanctuaire intime de ses regrets: «Il n'y a donc pas de
-pères, dans l'assemblée du Tiers?» dit-il avec un amer serrement de
-cœur[51].
-
-Sept jours après, le 13 juin, le corps du Dauphin était transporté sans
-pompe à Saint-Denys. Il ne devait pas y reposer longtemps.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
- Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu de Paume.—La séance
- royale du 23 juin.—Prise de la Bastille.—Départ du comte d'Artois
- et des Polignac.—Le Roi va à Paris, le 17 juillet.—La nuit du
- 4 août.—Désordres en province.—Lettres de la Reine à Mme de
- Polignac.—Menaces de Paris contre Versailles.—Malouet propose
- vainement de transférer l'Assemblée à Compiègne.
-
-
-Les tristesses du père ne pouvaient faire diversion aux préoccupations
-du roi. Les difficultés, nées dès le début, s'aggravaient chaque
-jour et les dissentiments s'accentuaient. Le Tiers, d'une part, la
-Noblesse et le Clergé, de l'autre, étaient en lutte ouverte, et les
-efforts de Louis XVI pour amener l'entente avaient échoué. Le débat
-s'aigrissait de toutes les prétentions des uns, de toute la résistance
-des autres. Les hommes étaient rares qui voulaient, comme Malouet,
-travailler à la réunion des Ordres, sans l'imposer, par un accord
-commun. Le 17 juin, sur une motion de Siéyès, le Tiers, à la majorité
-de 491 voix contre 90, se déclarait _Assemblée nationale_. Devant
-cet empiétement, qui, suivant le mot juste de Malouet, affichait
-«une scission désastreuse[52]» le gouvernement ne pouvait pas garder
-le silence; il annonça une séance royale pour le 22 juin et fit, en
-conséquence, fermer jusqu'à ce jour la salle des Menus. Lorsque, le 20
-juin, le Tiers se présenta à la porte de la salle, des soldats lui en
-interdirent l'entrée. Sur la proposition du docteur Guillotin[53],
-les députés des Communes se réunirent dans la salle du Jeu de Paume.
-Irrités des refus qu'ils avaient essuyés, exaspérés par les bruits
-alarmants que la malveillance ne cessait de répandre sur les intentions
-de la Cour[54], emportés par un de ces entraînements contagieux
-auxquels résistent difficilement les assemblées nombreuses, ils firent
-le serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné, _avec ou sans le
-Roi_, sans s'inquiéter même de son assentiment, une constitution à
-la France[55]. Prétention audacieuse[56], que n'autorisaient ni les
-instructions de leurs mandants[57], ni les traditions du pays, ni les
-principes constitutifs des États généraux; «serment fatal»—le mot est
-de Mounier[58],—que ne tarda pas à regretter et à désavouer celui-là
-même qui en avait été le promoteur. Le courant était si irrésistible
-qu'un seul député, Martin, d'Auch, osa s'y opposer, et la populace, qui
-commençait déjà à affirmer la puissance, bientôt prédominante, de la
-rue, faillit lui faire payer cher cette courageuse et consciencieuse
-résistance[59].
-
-S'il faut en croire Malouet, il était temps encore, avec de l'énergie,
-avec un plan arrêté[60], de mettre un terme à des empiétements dont
-l'audace compromettait le succès des réformes sages et pacifiques,
-réclamées par les cahiers. Necker ne sut prendre que des demi-mesures,
-dont l'imprudente faiblesse était un encouragement pour les meneurs,
-en leur assurant, comme on l'a dit justement, une impunité qu'ils
-attribuaient à l'impuissance de punir[61]. La séance royale fut remise
-d'un jour; elle eut lieu le 23 juin, avec l'appareil, plus irritant
-qu'imposant, d'un lit de justice[62]. Des soldats et des gardes du
-corps environnaient la salle des États, et la forme impérative,
-employée par le Roi à plusieurs reprises, froissa les représentants du
-Tiers, surexcités par leur exaltation même et rendus plus forts par
-l'adhésion de 149 membres du Clergé, qui, la veille, étaient venus se
-joindre à eux.
-
-Le texte du discours, rédigé par Necker, avait été modifié au dernier
-moment dans un conseil[63], auquel avaient assisté Monsieur et le comte
-d'Artois, suspects au parti populaire. Mécontent de ces changements,
-qu'il désapprouvait, le ministre en profita pour s'abstenir d'assister
-à la séance royale, sacrifiant ainsi son devoir à sa popularité
-et paralysant le gouvernement, dont il était encore membre. Malgré
-des lacunes regrettables, la déclaration du Roi constituait un très
-réel progrès; elle réalisait une partie considérable des réformes
-réclamées par les cahiers et posait des principes qui, régulièrement et
-sagement développés, eussent conduit la France, lentement peut-être,
-mais sûrement, à la possession de ce régime constitutionnel dont elle
-poursuit vainement, depuis un siècle, l'établissement. Le consentement
-de l'emprunt et de l'impôt par les États, la publication chaque année
-du tableau des recettes et dépenses, la renonciation de la Noblesse
-aux privilèges pécuniaires, la garantie de la liberté personnelle et
-de la liberté de la presse, la suppression des douanes intérieures,
-la réforme de l'administration et de la justice, l'abolition de la
-taille et de la corvée, le remaniement de l'impôt du sel, la fondation
-d'États provinciaux, où le Tiers devait avoir double représentation, où
-les délibérations devaient avoir lieu en commun, étaient ou accordés
-ou promis. «Qu'on relève les déclarations de Louis XVI à la séance
-du 23 juin, a dit un écrivain distingué, on y verra le principe,
-le développement même de toutes les réformes politiques qui ont
-été écrites depuis dans les éditions si souvent renouvelées de nos
-constitutions et de nos chartes[64].» Mais le prince conservait la
-distinction des trois Ordres, et à un moment où la lutte entre ces
-Ordres et l'irritation contre les deux premiers tenaient le premier
-rang dans les préoccupations publiques, il se contentait d'inviter la
-Noblesse et le Clergé à délibérer en commun avec le Tiers «dans les
-affaires qui regardaient le bien général». Il restait dans le vague
-sur la question si débattue de la constitution et de la périodicité
-désirée des États généraux, maintenait les droits féodaux, gardait
-le silence sur l'admissibilité de tous aux emplois publics. Enfin,
-il laissait entendre que si, par des prétentions exagérées ou des
-difficultés hors de propos, l'accord entre les États et la royauté
-était rendu impossible, il était décidé à accomplir seul les réformes.
-«Toute défiance de votre part, disait-il, serait une grande injustice.
-C'est moi, jusqu'à présent, qui ai fait tout pour le bonheur de mes
-peuples, et il est rare peut-être que l'unique ambition d'un souverain
-soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses
-bienfaits.»
-
-Ce ton personnel et quelque peu menaçant, malgré tout ce qu'il y avait,
-au fond, de paternel dans la déclaration, irrita vivement des hommes
-tout enivrés encore de leur puissance nouvelle, mis en méfiance
-d'ailleurs par l'absence du ministre populaire. Le Roi fut écouté dans
-un morne silence. Lorsqu'il sortit, après avoir ordonné à l'assemblée
-de se séparer immédiatement, le Clergé et la Noblesse seuls le
-suivirent; les membres du Tiers restèrent dans la salle. «Messieurs,»
-s'écria Mirabeau, rendant ainsi un involontaire hommage aux généreuses
-et patriotiques intentions du souverain, «Messieurs, j'avoue que ce
-que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie, si les
-présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux.» La défiance
-était ainsi ranimée, les mécontentements réveillés, et lorsque le
-grand-maître des cérémonies, le marquis de Brézé, vint rappeler les
-ordres du Roi: «Nous sommes ici par le vœu de la nation, répondit
-encore Mirabeau: la force matérielle seule pourrait nous faire
-désemparer[65].» Et l'Assemblée, donnant raison au tribun qui, malgré
-la répugnance qu'il avait inspirée tout d'abord, commençait à conquérir
-sur elle une influence prépondérante, refusa de se séparer et se
-proclama inviolable.
-
-Ainsi était manqué l'effet de cette journée, d'où eût pu dater, sans
-secousses, l'ère de la liberté. Le soir, Necker donna sa démission.
-La Reine manda le ministre et le conjura de reprendre sa place.
-C'était elle qui l'avait fait rentrer au ministère; c'était elle qui
-lui demandait d'y rester. Le Roi ajouta le poids de son autorité aux
-instances de sa femme, et Necker donna un consentement qui s'accordait
-peut-être avec ses désirs secrets et qui lui valut un triomphe
-populaire[66].
-
-Mais ce retour de Necker n'était que momentané. Louis XVI ne pouvait
-guère reprendre en lui une confiance absolue, après son attitude au
-23 juin, et d'ailleurs sa naturelle irrésolution l'empêchait lui-même
-de suivre une ligne bien fixe. Les conseils contradictoires se
-pressaient autour de lui; le malheureux prince flottait au milieu de
-ces contradictions, penchant tantôt vers les concessions, tantôt vers
-la résistance, et détruisant souvent le lendemain ce qu'il avait fait
-la veille. Après avoir maintenu, le 23 juin, le droit pour les Ordres
-de délibérer à part, il engageait la Noblesse à se réunir au Tiers.
-Cette réunion eut lieu en effet le 28 juin, au milieu d'une explosion
-de joie. Versailles prit un air de fête; des cris de _Vive le Roi!_
-furent poussés sous les fenêtres du Château; et la Reine elle-même eut,
-ce jour-là, sa part des acclamations. L'enthousiasme était universel,
-et l'on entendait des naïfs s'écrier que la révolution était finie.
-
-L'illusion ne dura pas longtemps, et cette réunion tardive ne rendit
-la paix ni à l'Assemblée ni à la France. Bientôt, la fièvre qui
-embrasait les têtes, l'agitation qui menaçait de descendre dans la rue,
-les violences même dont quelques membres du Clergé et de la Noblesse
-avaient failli être victimes pour avoir résisté aux injonctions
-populaires, la récente insurrection des gardes françaises, avaient
-fait sentir le besoin d'avoir à la disposition du gouvernement une
-force suffisante. Le Roi réunit des troupes autour de Versailles, sous
-le commandement d'un des héros de la guerre de Sept ans, le maréchal
-de Broglie. Mais la désorganisation générale, qui avait envahi la
-société tout entière, n'avait pas épargné l'armée: «On n'est pas sûr
-des soldats,» écrivait, dès le 26 juin, le comte de Fersen[67]. Quoi
-qu'il en soit, au lieu de calmer les têtes, cette concentration de
-forces les exaspéra; l'Assemblée feignit de s'en alarmer et d'y voir
-un attentat contre son indépendance[68]. Elle réclama, par l'organe
-toujours enflammé de Mirabeau, le retrait des troupes. Le Roi, tout en
-protestant contre le projet de coup d'Etat qu'on lui prêtait, proposa
-de transférer les Etats à Soissons ou à Noyon. Peut-être y avait-il là
-une solution. L'Assemblée, éloignée des excitations de Paris, se fût
-montrée moins ardente, et le prince, qui ne demandait qu'un accord avec
-elle, eût vraisemblablement conclu cet accord. «Mais, disait Gouverneur
-Morris, en enregistrant cette nouvelle et en émettant cette hypothèse,
-le mal est plus avancé que les conseillers du Roi ne se l'imaginent, et
-il faut maintenant que les événements aient leur cours[69].»
-
-Quelle avait été, dans toutes ces mesures, la part de la Reine? En
-l'absence de documents positifs, émanés d'elle ou de ses confidents, il
-est assez difficile de l'établir d'une manière bien nette. En général,
-il faut se méfier singulièrement, pendant cette période tourmentée, des
-auteurs de mémoires ou de chroniques, qui supposent souvent sans raison
-et affirment sans autorité. On affecte habituellement de confondre
-dans un même parti, et les meneurs, à cette époque, confondaient dans
-une même haine la Reine et le comte d'Artois. Il ne faudrait pas
-oublier cependant qu'à l'occasion de la convocation des États généraux,
-un dissentiment grave avait éclaté entre Marie-Antoinette et son
-beau-frère. M. de Ségur raconte même que, dans la première entrevue
-qu'il eut avec la Reine, à son retour de Russie, cette princesse, après
-un long entretien où elle s'était exprimée avec une tristesse pleine de
-dignité[70], mais «sans aigreur», contre ceux de ses amis qui étaient
-alors à la tête du parti populaire, ajouta: «Je vois que, d'après ce
-qu'on vous a dit, vous me croyez fort éloignée de votre opinion. Mais
-demain vous aurez de mes nouvelles, et vous verrez que je ne suis pas
-aussi déraisonnable qu'on le suppose.» Et le lendemain, en effet, elle
-lui fit remettre par Mme Campan un paquet cacheté qui contenait un
-écrit de Mounier, le chef incontesté des constitutionnels modérés[71].
-Toutefois, étant données la fierté du caractère de la Reine et la haute
-opinion qu'elle se faisait du pouvoir royal, il est permis de penser
-qu'elle fut plutôt pour la résistance que pour les concessions. Mais
-il est probable aussi qu'absorbée alors dans la douleur causée par
-la perte récente de son fils, elle songeait plus aux larmes qu'à la
-politique, et que les chagrins de la mère entravèrent singulièrement,
-s'ils n'empêchèrent pas complètement, l'activité de la souveraine.
-
-Le 11 juillet, Necker recevait, sous une forme d'ailleurs très
-douce[72] l'ordre de donner sa démission, ou plutôt l'autorisation de
-se retirer, et s'éloignait en silence, avec une incontestable noblesse.
-Un nouveau ministère était constitué, sous la présidence du baron de
-Breteuil, avec le maréchal de Broglie à la guerre et M. Foulon au
-contrôle général. Cette nouvelle, promptement répandue, jette une
-extrême effervescence dans Paris. La foule se réunit au Palais-Royal,
-centre habituel des agitations. Camille Desmoulins s'élance sur une
-table, un pistolet à la main, arrache une feuille à un arbre pour
-s'en faire une cocarde, et tonne contre les ennemis de la nation. On
-porte en triomphe les bustes de Necker et du duc d'Orléans; on couvre
-d'imprécations les noms du comte d'Artois et de la Reine, auxquels
-on attribue le renvoi du ministre populaire. On assaille à coups
-de pierres les troupes réunies sur la place Louis XV. Le prince de
-Lambesc, irrité de voir ses hommes lapidés sans défense et menacés
-par la foule qui remplit les Tuileries, pénètre dans le jardin, avec
-un détachement, pour le faire évacuer. La foule s'enfuit, redoublant
-le désordre par sa précipitation et le tumulte par ses cris. Le bruit
-se répand partout qu'on égorge les citoyens inoffensifs; à défaut
-du cadavre qu'on trouve toujours dans les révolutions, on exhibe un
-blessé, et les soldats, auxquels les ordres les plus pacifiques ont
-été donnés, passent dans l'imagination populaire pour les massacreurs
-de peuple[73]. La multitude se porte à l'Hôtel-de-Ville, réclamant
-le tocsin et des armes; les gardes françaises prennent parti pour
-l'émeute[74] et marchent contre les troupes royales, que leur
-commandant, le baron de Besenval, irrésolu et sans ordres, fait replier
-sur Versailles.
-
-Le lendemain l'agitation redouble. Tandis que les électeurs, réunis
-à l'Hôtel-de-Ville, décrètent la formation d'une milice parisienne,
-bientôt célèbre sous le nom de garde-nationale, l'émeute pille la
-maison des Lazaristes, qu'elle accuse d'accaparements, relâche les
-prisonniers de Sainte-Pélagie, saccage le garde-meuble, et dresse
-des barricades dans les rues. En face de ce désordre permanent et
-croissant, le gouvernement demeure dans une incroyable inertie.
-
-Enhardie par l'impunité, encouragée tacitement par l'Assemblée qui,
-au milieu de la fermentation de la capitale, continue à réclamer le
-renvoi des troupes, la foule ne se borne plus aux exploits faciles de
-l'incendie des barrières et du pillage des couvents. Le 14 juillet,
-au matin, elle se porte aux Invalides, pour y chercher les armes qui
-lui manquent. Le gouverneur, Sombreuil, veut fermer les portes; les
-invalides eux-mêmes les ouvrent et livrent les fusils. L'esprit de
-révolte souffle partout. Les bandes, désormais armées, s'élancent sur
-la Bastille. Après un siège, qui n'est qu'une misérable parodie, après
-des négociations étranges qu'il serait trop long de rapporter ici, la
-vieille forteresse, si terrible en apparence, si faible en réalité,
-sans autre garnison que trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux
-invalides qui ne veulent pas se battre, sans munitions, presque sans
-canons, la vieille forteresse est prise, disons mieux, elle se rend
-sans avoir été défendue. Sans ordres et sans secours, le gouverneur,
-ou plutôt la garnison, capitule. La foule, qui s'est enfuie, au seul
-coup de canon tiré de la Bastille, se précipite dans l'enceinte de
-la forteresse, dès qu'il n'y a plus même l'apparence d'un danger
-à craindre; elle égorge les principaux officiers, les invalides,
-le gouverneur lui-même, de Launay, dont la tête, arborée au bout
-d'une pique, sert de trophée aux vainqueurs de la journée, avec
-celle du prévôt des marchands, Flesselles, qu'on est allé égorger à
-l'Hôtel-de-Ville[75].
-
-La Terreur était commencée: c'est un témoin oculaire, un des hommes les
-plus modérés et les plus clairvoyants de ce temps, qui l'a dit[76].
-Le meurtre de de Launay et de Flesselles était le prélude; la bête
-populaire était lâchée; enivrée par l'odeur du sang, elle s'apprêtait
-à en verser d'autre. «Si la Cour avait été à Paris au lieu d'être à
-Versailles, écrit Malouet, ce sont les ministres et les princes qu'on
-aurait massacrés, au lieu de Foulon, de Berthier et de de Launay[77].»
-Le Palais-Royal avait dressé la liste des victimes, les égorgeurs
-étaient prêts. Le comte d'Artois, les Condé, les Polignac, le baron
-de Breteuil, le maréchal de Broglie, Foulon, Berthier, bien d'autres
-encore étaient inscrits sur la liste fatale. «Prince,» avait dit au
-comte d'Artois le duc de Liancourt, qui revenait de Paris, «votre tête
-est proscrite; j'ai lu l'affiche de cette terrible proscription[78].»
-A Versailles même, le prince avait été insulté plusieurs fois[79] et
-Mme Campan avait entendu un homme déguisé dire à une femme voilée:
-«La duchesse est encore à Versailles; elle est comme les taupes, elle
-travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer[80].»
-
-Devant ces menaces, qui pouvaient sitôt devenir de sanglantes réalités,
-le Roi s'émut; il engagea son frère à chercher hors de France une
-sécurité qu'il se sentait impuissant à lui assurer. La Reine en fit
-autant pour son amie. Le 16 juillet, à huit heures du soir, elle envoya
-chercher le duc et la duchesse de Polignac et les pria instamment de
-partir dans la nuit même. Ils s'y refusèrent longtemps. Enfin la Reine,
-ne sachant par quel moyen les déterminer et «frémissant de chaque
-instant qui suspendait leur départ», dit à son amie en versant un
-torrent de larmes: «Le Roi va demain à Paris; si on lui demandait.....
-Je crains tout; au nom de notre amitié, partez. Il est encore temps de
-vous soustraire à la fureur de mes ennemis; en vous attaquant, c'est
-bien plus à moi qu'on en veut qu'à vous-mêmes; ne soyez pas la victime
-de votre attachement et de mon amitié.» Le Roi entra dans cet instant,
-et la Reine lui dit: «Venez, Monsieur, m'aider à persuader à ces
-honnêtes gens, à ces fidèles sujets, qu'ils doivent nous quitter.» Le
-Roi, s'approchant du duc et de la duchesse, les assura que ce conseil
-de la Reine était le seul à suivre; il ajouta: «Mon cruel destin me
-force d'éloigner de moi tous ceux que j'estime et que j'aime. Je viens
-d'ordonner au comte d'Artois de partir; je vous donne le même ordre.
-Plaignez-moi; mais ne perdez pas un seul moment; emmenez votre famille.
-Comptez sur moi dans tous les temps; je vous conserve vos charges.»
-
-...... A minuit, la duchesse reçut ce petit mot de la Reine: «Adieu, la
-plus tendre des amies! Que ce mot est affreux! Mais il est nécessaire.
-Adieu! je n'ai que la force de vous embrasser[81].»
-
-Quels qu'eussent été les refroidissement des dernières années,
-Marie-Antoinette ne pouvait voir, sans un déchirement de cœur,
-s'éloigner cette amie à laquelle l'unissaient quinze ans d'affection
-et tous les souvenirs de sa vie heureuse. C'était le premier lien qui
-se brisait; c'était l'amitié qui devait fuir devant les préventions et
-le meurtre: triste et trop intelligible présage du sort réservé à la
-Reine elle-même. La veille, une femme, voilée de noir, n'avait-elle
-pas dit à Mme Campan: «Dites à votre Reine qu'elle ne se mêle plus
-de nous gouverner. Qu'elle laisse son mari et nos bons États généraux
-faire le bonheur du peuple.»—«Oui,» avait repris un homme manifestement
-travesti en fort de la Halle, «répétez-lui qu'il n'en sera pas de ces
-États généraux comme des autres, qui n'ont rien produit de bon pour
-le peuple...... Dites-lui bien cela, entendez-vous[82]?» Ainsi, la
-malveillance populaire s'obstinait à voir en la Reine seule l'obstacle
-aux réformes, et si le peuple ne trouvait pas ce bonheur, qu'on lui
-promettait si bruyamment avec plus de témérité que de sagesse, c'était
-elle qu'il en devait accuser.
-
-La duchesse de Polignac, en arrivant à Bâle, rencontra Necker, auquel
-elle donna la première nouvelle de son rappel, bientôt confirmée par
-l'arrivée d'un courrier royal[83]. Effrayé de cette révolte de Paris
-qui, suivant le mot du duc de Liancourt, s'élevait à la hauteur d'une
-révolution, déterminé à ne pas faire couler le sang pour sa querelle,
-Louis XVI avait cédé. Le 15, il était allé à l'Assemblée à pied, sans
-gardes, accompagné de ses deux frères, pour annoncer lui-même le
-retrait des troupes. A son retour, les applaudissements de la foule
-le saluèrent; les drapeaux flottaient dans les airs, les tambours
-battaient; les troupes, rangées sur la Place d'Armes, partageaient
-l'ivresse générale. La Reine parut au grand balcon, accompagnée de
-sa famille, tenant le Dauphin dans ses bras et Madame par la main.
-Peu après, les enfants du comte d'Artois furent amenés par leur
-gouverneur. Ils baisèrent la main de la Reine, qui se pencha vers eux,
-son fils dans les bras. Les deux jeunes princes embrassèrent leur
-cousin; la petite Madame, émue, joignit ses caresses à celles du duc
-d'Angoulême et du duc de Berry; et un moment toutes ces jeunes têtes
-blondes furent confondues dans un commun embrassement, dominées par
-la figure plus grave, mais souriante de la Reine. Ce fut un tableau
-touchant et un moment d'enthousiasme indescriptible[84]. Mais, dans le
-peuple qui se pressait au pied du balcon, cet enthousiasme se mêlait
-d'imprécations contre le comte d'Artois et aussi de sourds murmures
-contre la Reine. Louis XVI le vit et, ne voulant pas faire partager à
-son frère les dangers qu'il affrontait lui-même, il lui donna, comme
-nous l'avons dit, l'ordre de s'éloigner. Dans la nuit du 16 au 17, le
-comte d'Artois et ses enfants, le prince de Condé, le duc de Bourbon
-et le duc d'Enghien, prirent le chemin de la Belgique, où les derniers
-n'arrivèrent qu'après avoir échappé à grand peine aux furieux qui
-voulaient les jeter dans l'Oise[85]. Les ministres compromis dans le
-cabinet du 11 juillet, MM. de Barentin, de Villedeuil, de la Vauguyon,
-de Breteuil, l'abbé de Vermond[86], le prince de Lambesc, coupable
-d'avoir commandé, le 12 juillet, la charge du Royal-Allemand dans le
-jardin des Tuileries, suivirent cet exemple. Le maréchal de Broglie
-se retira dans son gouvernement des Trois-Évêchés, d'où les clameurs
-de la populace, ameutée contre lui, le forcèrent bientôt de fuir à
-Luxembourg[87].
-
-Quelques jours plus tard, l'horrible assassinat d'un des ministres du
-11 juillet. Foulon, et de son gendre Berthier, ancien intendant de
-l'Ile-de-France, ne justifiait que trop les sombres pressentiments du
-Roi et de la Reine et la nécessité de cette première émigration.
-
-Un moment cependant, Louis XVI avait eu la pensée de tenir tête à
-l'insurrection. Il avait voulu quitter Versailles et se retirer à Metz,
-sous la protection des troupes auxquelles il venait de donner l'ordre
-de s'éloigner. La Reine y poussait vivement; déjà même elle avait
-fait ses préparatifs de départ, brûlé ses papiers, réuni ses diamants
-dans un coffret facile à emporter et remis à Mme Campan un ordre
-de l'accompagner pour servir d'institutrice à Madame. Un conseil eut
-lieu où le Roi posa nettement la question; les débats furent longs et
-animés; mais la majorité se prononça contre le départ[88]. Monsieur
-supplia le Roi de rester, et le maréchal de Broglie, interrogé à son
-tour, répondit: «Oui, nous pourrons aller à Metz; mais que ferons-nous,
-quand nous y serons[89]?» Devant ces prières de son frère, devant ces
-hésitations du commandant en chef de ses troupes, devant la perspective
-de la guerre civile qui pouvait suivre, Louis XVI renonça à son plan
-et la Reine, reprenant le papier qu'elle avait remis à Mme Campan,
-le déchira, les larmes aux yeux, en disant: «Lorsque je l'écrivis,
-j'espérais bien qu'il serait utile, mais le sort en a décidé autrement;
-je crains bien que ce ne soit pour notre malheur à tous.» Elle ne se
-trompait pas, et le Roi, plus tard, regretta le parti qu'il avait pris
-ce jour-là. «J'ai manqué le moment, disait-il tristement à Fersen,
-trois ans après, et depuis je ne l'ai plus retrouvé[90].»
-
-Au lieu de prendre la route de Metz, il fut décidé que le prince irait
-à Paris pour essayer de calmer les esprits. De tristes appréhensions
-agitaient son cœur et, avant de partir il tint à mettre en règle sa
-conscience de chrétien et de roi. Le chrétien entendit la messe et
-communia. Le roi remit confidentiellement à Monsieur un acte qui
-l'instituait lieutenant général du royaume, dans le cas où l'on
-attenterait à la vie ou à la liberté du souverain. Puis, le 17, à 9
-heures du matin, Louis XVI partit: s'il n'avait pas le courage de
-l'initiative, il avait celui de la résignation. Douze gardes du corps
-seulement le suivaient, avec les ducs de Villeroy et de Villequier, le
-maréchal de Beauvau et le comte d'Estaing, sans princes du sang et sans
-ministres. Le reste de l'escorte était fourni par la garde nationale de
-Versailles, qui l'accompagna jusqu'à Paris. Là, on retrouva la garde
-nationale parisienne, encore en habits bourgeois, sous le commandement
-de Lafayette, à cheval. Une double file d'hommes armés, cent cinquante
-mille, dit-on[91], s'étendait du Point-du-Jour à l'Hôtel-de-Ville.
-Dans les rues, aux fenêtres, sur les toits même, une foule immense,
-impatiente et houleuse, des jeunes gens portant des piques ou des
-fusils de chasse, des moines même en armes, comme sous la Ligue[92],
-des poissardes portant d'énormes bouquets, sautant, gambadant, à moitié
-ivres, des musiciens jouant l'air: _Où peut-on être mieux qu'au sein
-de sa famille?_ des canons couronnés de fleurs avec cette inscription:
-«Votre présence nous a désarmés.» Partout, aux chapeaux, aux bonnets,
-aux uniformes, à la statue même de Louis XV, la cocarde aux couleurs de
-la capitale, rouge et bleue[93].
-
-A la barrière, le maire de Paris, Bailly, présenta au Roi les clefs de
-la ville sur un bassin de vermeil: «Sire, dit-il, j'apporte à Votre
-Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui ont
-été présentées à Henri IV. Il avait reconquis son peuple; ici c'est le
-peuple qui a reconquis son roi.»
-
-Bailly avait raison. C'était bien un vaincu, «un grand captif», dit
-le marquis de Ferrières, qui s'avançait lentement[94] à travers les
-rues de la cité, sans gardes, entouré de deux ou trois cents membres
-de l'Assemblée, «l'air triste et agité[95]», avec un cortège en
-désordre et «une pompe qui, aux yeux de tous, avait quelque chose de
-lugubre[96]». Les cris de _Vive la Nation!_ qui retentissaient de
-toutes parts, à peu près seuls et sans le vieux cri français de _Vive
-le Roi[97]!_ précisaient la situation. L'humiliation se consomma à
-l'Hôtel-de-Ville, où le Roi, après avoir passé sous une voûte menaçante
-d'épées entrelacées[98], confirma les pouvoirs décernés par l'émeute.
-Bailly présenta à Louis XVI la nouvelle cocarde, qui remplaçait pour
-les Parisiens l'antique cocarde royale. Le prince la prit, la mit à
-son chapeau et parut au balcon. Des applaudissements frénétiques
-éclatèrent, saluant le souverain désarmé et vaincu, et ce fut alors
-seulement que reparut le cri de _Vive le Roi[99]!_ Ce n'était plus
-l'ivresse du dévouement; c'était l'ivresse du triomphe.
-
-Le Roi le sentit; des larmes, qui n'étaient pas des larmes de joie,
-coulèrent de ses yeux, et ce fut l'air morne et le cœur serré, qu'il
-reprit la route de Versailles.
-
-L'alarme était grande au Château; la Reine, quoiqu'elle fît «paraître
-un grand courage et une fermeté d'âme extraordinaire[100]», n'avait
-pu envisager sans inquiétude ce voyage à Paris; elle avait tout fait
-pour retenir son mari; elle l'avait supplié à genoux et en pleurant de
-renoncer à un projet qui présentait en effet tant d'incertitude et de
-dangers. N'essaierait-on pas de le garder prisonnier? Ne ferait-on pas
-pis encore? Et de fait, ces craintes n'étaient pas vaines. Lafayette
-ne se vantait-il pas, quelques jours plus tard, à Gouverneur Morris,
-d'avoir été seul maître, le 17 juillet, d'avoir pu, s'il l'avait voulu,
-retenir le Roi prisonnier, de l'avoir fait marcher dans les rues à sa
-fantaisie et d'avoir prescrit lui-même le degré d'applaudissements
-qu'il convenait de lui accorder[101]? Aux Champs-Élysées, n'avait-on
-pas vu une femme frappée d'une balle tirée dans la direction de la
-voiture du Roi, et ce fait, bien qu'il fût vraisemblablement l'effet du
-hasard, n'avait-il pas paru, à Bailly même, «extraordinaire[102]?»
-
-La journée avait donc semblé bien longue à la pauvre Reine. Elle
-l'avait passée dans les transes et les larmes, enfermée dans ses
-cabinets, donnant l'ordre de tenir ses attelages prêts, s'essayant
-même à tracer le discours qu'elle irait adresser à l'Assemblée, si des
-factieux, dont on pouvait tout attendre, s'opposaient au retour du Roi
-et répétant sans cesse ces mots entrecoupés: «Ils ne le laisseront pas
-revenir[103]!»
-
-Il revint cependant. A six heures du soir, le premier page, M. de
-Lastour, accourut à franc étrier, porteur de la bonne nouvelle. A
-neuf heures[104], le Roi rentrait lui-même, brisé de fatigue, mais se
-félicitant qu'aucun accident n'eût marqué ce voyage entrepris avec
-tant de craintes. «Heureusement, disait-il, il n'a pas coulé de sang;
-je jure qu'il n'y aura jamais une goutte de sang français versé par
-mon ordre[105].» La Reine se précipita au-devant de son mari avec le
-Dauphin[106] jusqu'au milieu de l'escalier[107]. En un instant, le
-prince fut dans les bras de sa famille. Sa femme, sa sœur, ses enfants
-l'entourèrent en pleurant de joie; les alarmes avaient été si vives
-que ce retour remplissait tout le monde de bonheur. On oubliait les
-inquiétudes de la journée; pouvait-on oublier celles du lendemain?
-
-«Votre Majesté, avait dit Bailly au Roi, vient jouir de la paix
-qu'elle a rétablie dans sa capitale[108].» Cinq jours plus tard, le
-meurtre de Foulon et de Berthier avait montré sur quelle base était
-fondée cette paix et comment le peuple parisien comprenait le respect
-des lois. Arrêtées toutes deux loin de la capitale, ramenées à Paris
-par une populace furieuse, qui les abreuvait de mauvais traitements
-et d'insultes, abandonnées par ceux qui devaient les défendre[109],
-les deux malheureuses victimes étaient égorgées avec d'horribles
-raffinements de barbarie. Leurs têtes, placées au bout des piques,
-étaient promenées dans les rues, au milieu de chants et de danses de
-cannibales, et le cœur sanglant de Berthier était porté sous les yeux
-même des électeurs assemblés dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville.
-En province, l'agitation et les violences n'étaient pas moindres. Des
-bruits vagues, mais trop concordants pour n'être pas l'effet d'un mot
-d'ordre, jettent l'effroi dans les campagnes: des bandes de brigands,
-assure-t-on, vont venir piller les récoltes et incendier les blés. «Une
-terreur panique, dit un témoin non suspect, se répand le même jour dans
-toutes les parties du royaume[110].» Les femmes s'enfuient, les hommes
-prennent leurs armes; on court sus aux brigands imaginaires, et, ne les
-trouvant pas, on se rue contre ceux qu'on accuse de les avoir soudoyés.
-On démolit les châteaux; on pille les couvents; on brûle les registres
-et les titres; on massacre les nobles et tous ceux qu'on soupçonne, à
-tort ou à raison, d'être hostiles à la Révolution. L'autorité n'a plus
-d'action et l'anarchie règne en maîtresse. «Les propriétés, de quelque
-nature qu'elles soient, disait, le 3 août, le député Salomon au nom
-du Comité des rapports, sont la proie du plus coupable brigandage. De
-tous côtés, les châteaux sont brûlés, les couvents détruits, les fermes
-abandonnées au pillage; les impôts, les redevances seigneuriales, tout
-est anéanti; les lois sont sans force, les magistrats sans autorité, et
-la justice n'est plus qu'un fantôme, qu'on cherche inutilement dans les
-tribunaux.»
-
-Il semblait que les décrets du 4 août, en abolissant les droits
-féodaux, eussent dû faire cesser des désordres qui n'avaient plus
-de prétexte. Il n'en fut rien: de nouveaux incendies, de nouvelles
-violences, de nouveaux massacres furent la seule réponse au généreux
-élan des privilégiés. Contre de tels excès, il eût fallu agir;
-l'Assemblée se contenta de parler. Mais ses proclamations, sans couleur
-et sans énergie, restaient sans effet. Toute puissante pour détruire,
-elle se trouvait sans force pour conserver. Et comment en aurait-elle
-eu? N'était-ce pas de sa tribune que partaient les excitations les plus
-violentes? N'avait-on pas entendu l'homme qui exerçait sur elle la
-plus incontestable influence s'écrier un jour: «Il faut des victimes
-aux nations; on doit s'endurcir aux malheurs publics et l'on n'est
-citoyen qu'à ce prix.»
-
-Et au moment de l'assassinat de Foulon et de Berthier, Barnave
-n'avait-il pas dit ce mot qu'il devait si cruellement regretter: «Le
-sang qui coule est-il donc si pur?»
-
-«Ma santé se soutient encore, écrivait la malheureuse Reine à la
-duchesse de Polignac; mais mon âme est accablée de peines, de chagrins
-et d'inquiétudes. Tous les jours j'apprends de nouveaux malheurs;
-un des plus grands pour moi est d'être séparée de tous mes amis; je
-ne rencontre plus de cœurs qui m'entendent.»—«Soyez tranquille, lui
-écrivait-elle une autre fois, l'adversité n'a pas diminué ma force et
-mon courage et m'a donné la prudence[111].»
-
-En attendant des jours meilleurs, elle avait pris, disait son frère,
-«le seul parti qui lui convenait, savoir: de vivre fort retirée et tout
-occupée de ses enfants[112]».
-
-Necker était revenu le 28 juillet, au milieu des acclamations
-populaires[113]. Mais son retour n'avait rétabli ni les finances ni
-l'ordre; les dons patriotiques, l'envoi même de la vaisselle royale
-à la Monnaie, l'annonce de réformes importantes dans les Maisons du
-Roi et de la Reine n'avaient pas rempli le vide du trésor[114].
-Les contributions ne rentraient pas; depuis le 4 août, les paysans
-se croyaient affranchis de tout impôt envers l'Etat, comme de toute
-redevance féodale. En politique, Necker n'était pas plus heureux; au
-mois de juillet comme au mois de mai, il n'avait aucun plan, et la
-crainte de compromettre sa popularité l'entraînait à des compromis
-qu'un homme d'Etat, même hostile, comme Mirabeau, n'eût pas voulu
-accepter. C'est ainsi que dans la grande et capitale discussion sur
-le _Veto_, on avait vu le tribun soutenir la prérogative royale
-qu'abandonnait le ministre. Mais cette soumission même ne suffisait
-pas. Le mot de _Veto_ incompris devenait la qualification injurieuse
-et mortelle dont on affublait le Roi et la Reine. Le danger croissait
-d'heure en heure. Des lettres anonymes dénonçaient non seulement les
-députés favorables, mais tous ceux qui n'obéissaient pas aveuglément
-aux volontés du Palais-Royal[115].
-
-«Tous les liens sont rompus, écrivait, le 3 septembre, le comte de
-Fersen; l'autorité du Roi est nulle; l'Assemblée nationale elle même
-tremble devant Paris, et Paris tremble devant quarante ou cinquante
-mille bandits ou gens sans aveu établis à Montmartre ou dans le
-Palais-Royal, qu'on n'a pas pu en chasser et qui ne cessent d'y faire
-des motions[116].»
-
-La situation était intolérable; l'Assemblée n'était plus libre. Les
-vociférations des tribunes, les cris de la rue, les lettres anonymes
-menaçaient ses membres les plus éminents et les plus sages. Les
-rapports de police signalaient un projet d'invasion de Versailles
-par les meneurs de Paris[117]. Il fallait sortir de là. La Cour s'en
-préoccupait et les royalistes de l'Assemblée ne s'en préoccupaient pas
-moins. Y eut-il alors un plan pour enlever le Roi par la Champagne
-et Verdun et le transporter à Metz sous la protection de l'armée de
-Bouillé? Le comte d'Estaing l'affirme dans une lettre à la Reine,
-dont le brouillon fut retrouvé chez lui[118]. On le disait tout haut
-à Paris, et Mme de Tourzel le confirme dans ses Mémoires; mais ce
-plan paraît être resté toujours fort vague; le lieu de la retraite
-même n'était pas décidé et l'on ne tarda pas à y renoncer[119]. Vers
-la même époque, trois députés, au nom d'un certain nombre de leurs
-collègues et se croyant sûrs d'entraîner la majorité de l'Assemblée,
-qu'effrayait l'audace des factieux, Malouet, Redon et l'évêque de
-Langres, proposèrent au ministère de transporter l'Assemblée à vingt
-lieues de Paris, à Soissons ou à Compiègne. Plusieurs ministres, Necker
-et Montmorin entre autres, avaient adhéré à ce projet: mais quand il
-fut soumis au Roi, le Roi refusa.
-
-Quelle fut la raison de ce refus? Le prince n'avait-il pas confiance
-dans le succès? Se souvint-il qu'il avait voulu, au 14 juillet,
-prendre une résolution analogue et qu'il avait dû y renoncer devant
-les représentations de ceux-là même sur lesquels il croyait pouvoir le
-plus compter? Pensa-t-il qu'il fallait rester près de Paris pour le
-mieux contenir? Ne crut-il pas à la réalité du danger? Eut-il honte de
-sembler fuir devant l'émeute? Tout ce que l'histoire peut dire, c'est
-que, ce jour-là comme plus tard, Louis XVI manifesta une répugnance
-invincible à abandonner Versailles. Les députés se retirèrent
-consternés[120].
-
-C'était le 29 septembre[121] que cette démarche était faite et
-repoussée. Quelques jours après, le Roi et l'Assemblée quittaient
-Versailles, pour rentrer prisonniers dans Paris.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
- Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel de troupes à
- Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs des journées
- d'octobre.
-
-
-Cependant, le plan d'envahir Versailles n'était plus un mystère; les
-avis alarmants se multipliaient[122]. Déjà, le 30 août, l'un des chefs
-les plus décriés et, par cela même, les plus influents de la démagogie
-parisienne, le marquis de Saint-Huruge, avait essayé d'entraîner quinze
-cents émeutiers contre Versailles. Sa tentative avait échoué[123]; mais
-le projet n'avait pas été abandonné. Un peu plus tard, en septembre,
-au Palais-Royal, Camille Desmoulins s'était écrié qu'il fallait
-envoyer quinze mille hommes à Versailles pour en ramener le Roi et
-faire enfermer la Reine[124]. Des bruits d'insurrection, d'invasion du
-Château étaient dans l'air. «On annonçait, dit Mounier, d'horribles
-desseins contre la Reine[125].» A Paris, en province, jusqu'à Toulouse,
-on en parlait tout haut. Il s'agissait d'enlever l'Assemblée et le Roi
-et de «traiter comme ils le méritaient les députés qui se seraient mal
-montrés pour le peuple[126]». Mirabeau avait dit un jour au libraire
-Blaisot «qu'il croyait apercevoir qu'il y aurait des événements
-malheureux à Versailles, mais que les honnêtes gens n'avaient rien
-à craindre[127]». Enfin, les gardes françaises qui, depuis leur
-licenciement après la prise de la Bastille, formaient les compagnies
-soldées de la garde nationale parisienne, se vantaient tout haut de
-«venir reprendre au Château les postes qu'ils occupaient jadis, et
-au besoin chercher le Roi[128]». Leur commandant général, Lafayette,
-se préoccupait de ces dispositions, et, tout se croyant sûr de les
-neutraliser par son autorité, il avait pensé, vers la mi-septembre,
-devoir avertir de ces «mauvais desseins» le ministre de la Maison du
-Roi, M. de Saint-Priest[129].
-
-La Cour s'alarma; le service du Château n'était plus fait que par les
-Suisses et les gardes du corps, tous dévoués, mais en somme assez peu
-nombreux. Le service de la ville était livré à la garde nationale,
-dont la majorité était suspecte, et qui d'ailleurs était harassée
-par de continuelles expéditions pour assurer les approvisionnements.
-Déjà au mois d'août, on avait dû faire venir pour l'aider deux cents
-chasseurs des Trois-Evêchés et deux cents dragons de Lorraine.
-Contre un envahissement possible et prévu, c'était trop peu. M. de
-Saint-Priest s'en ouvrit au commandant général de la garde nationale,
-le comte d'Estaing, et ce dernier, dont l'attachement aux idées
-nouvelles n'était pas contestable, se chargea d'obtenir l'assentiment
-de la municipalité, dont la réquisition était nécessaire, pour l'entrée
-de troupes à Versailles. Sur sa proposition, et vu la délibération
-des capitaines d'état-major de la garde nationale, constatant
-l'insuffisance de leurs forces, «attendu les divers avis plus
-alarmants les uns que les autres qui se succèdent continuellement,»
-il fut décidé, le 18 septembre, «qu'il était indispensable, pour la
-sûreté de la ville, pour celle de l'Assemblée nationale, et pour celle
-du Roi, d'avoir le plus promptement possible un secours de mille hommes
-de troupes réglées qui seront aux ordres du commandant général de
-la garde nationale de Versailles[130]». On fit choix du régiment de
-Flandre, dont le bon esprit et la discipline semblaient garantir la
-fidélité, tandis que le nom de son colonel, le marquis de Lusignan, qui
-siégeait à gauche de l'Assemblée, devait rassurer les patriotes contre
-tout projet de contre-révolution. Le 23 septembre, le régiment de
-Flandre arriva à Versailles, où il fut «fort bien reçu[131]»; le comte
-d'Estaing, avec l'état-major et un détachement de la garde nationale,
-le président de la municipalité avec les membres du corps municipal,
-allèrent au-devant de lui jusqu'à la barrière. Le régiment fut conduit
-à la Place d'Armes, où, en présence du maire, il prêta le serment de
-fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi; il comptait onze cents hommes
-et deux canons[132].
-
-Le Roi avait été si satisfait de la milice versaillaise en cette
-circonstance qu'il écrivit, pour la remercier, une lettre de sa main
-au commandant général, le comte d'Estaing[133], et que la Reine
-résolut d'offrir aux gardes nationaux un témoignage de gratitude; le
-29, elle annonça elle-même à l'état-major qu'elle voulait donner un
-drapeau à chaque division, et, le 30, ces deux[134] drapeaux furent
-solennellement bénis dans l'église Notre-Dame par l'archevêque de
-Paris, en présence du gouverneur de Versailles, de la municipalité,
-d'un grand nombre de membres de l'Assemblée et de personnes notables
-de la ville, et des officiers de tout le corps militaire. Après la
-cérémonie, un banquet réunit les invités; la plus grande cordialité ne
-cessa d'y régner et des toasts furent portés au Roi et à la prospérité
-de la nation, «objets inséparables,» à la Reine, au Dauphin et à toute
-la famille royale.
-
-Le lendemain, un nouveau banquet devait avoir lieu; c'est celui dont
-le récit, indignement travesti, allait donner prétexte à d'effroyables
-massacres.
-
-Il était alors d'usage dans l'armée française, comme il l'est encore
-aujourd'hui, d'offrir un repas de corps au régiment qui arrive dans
-une garnison nouvelle. Lors du voyage de Louis XVI à Cherbourg, les
-gardes du corps avaient reçu de semblables politesses d'un grand nombre
-de régiments d'infanterie; ils résolurent de les rendre au régiment
-de Flandre et de cimenter ainsi les liens qui unissaient toutes les
-troupes de Versailles[135]. Il fut décidé qu'ils lui offriraient un
-banquet, et la date en fut fixée au jeudi, 1er octobre.
-
-La salle du Manège et la salle du Théâtre de la ville n'ayant pu
-convenir, les organisateurs de la fête demandèrent au Roi, qui
-l'accorda volontiers, la salle de l'Opéra du Château, dans laquelle,
-quelques années auparavant, les gardes du corps avaient offert un bal
-à la famille royale. La pièce fut décorée avec goût; une table de
-deux cent dix couverts, en fer à cheval, fut dressée sur le théâtre;
-quatre-vingts gardes du corps environ, tous les officiers du régiment
-de Flandre, des chasseurs et des dragons de Lorraine, alors en garnison
-à Meudon[136], plusieurs officiers des Suisses et de la Prévôté, une
-vingtaine de gardes nationaux devaient s'y asseoir.
-
-Au jour dit, «à trois heures de l'après-midi, raconte l'historien de
-Versailles, M. Le Roy, tout le monde se réunit à la grille du Château,
-où était le rendez-vous. On se rend à la salle de l'Opéra, par le
-corridor du palais. En entrant, on est charmé par l'aspect de la salle;
-les convives se placent et le repas commence. Dans l'orchestre étaient
-les trompettes des gardes et la musique du régiment de Flandre; le
-parterre était réservé aux grenadiers du régiment et aux chasseurs et
-dragons de Lorraine[137].»
-
-Aucun incident ne signala le premier service. Au second, le duc de
-Villeroy, capitaine des gardes du corps, qui présidait le banquet, fit
-entrer dans le fer à cheval les grenadiers de Flandre, les grenadiers
-suisses, les chasseurs des Trois-Évêchés. Heureux de cet honneur, ces
-braves gens demandèrent à porter la santé de la famille royale. On leur
-versa à boire; ils burent à là santé du Roi, de la Reine et du Dauphin.
-Les spectateurs, qu'avait attirés cette fête et qui s'étaient entassés
-dans les loges, répondirent par les mêmes cris, alors encore familiers
-au peuple de France. Quoi qu'en aient pu dire des écrivains intéressés
-à travestir les faits, la santé de la nation ne fut ni proposée, ni par
-conséquent rejetée[138].
-
-A ce moment, au dessert, la famille royale parut dans une loge grillée.
-La Reine, inquiète des bruits qui venaient de Paris et profondément
-triste de la désaffection qui s'attachait à elle, s'était retirée
-de bonne heure dans ses appartements. Plusieurs fois, ses dames lui
-avaient vanté la gaîté de la fête, en l'engageant à s'y rendre; elle
-avait résisté. On lui représenta que ce spectacle amuserait le Dauphin;
-par amour maternel, elle consentit à y aller. Le Roi arrivait de la
-chasse; elle l'entraîna avec elle.
-
-En les apercevant tous deux dans une loge, des cris de _Vive le Roi!_
-éclatent de toutes parts. On les supplie de descendre dans la salle;
-vaincus par ces instances réitérées, ils descendent. Le vicomte
-d'Agout, en signe de réjouissance, arbore un mouchoir au bout de son
-bâton de commandement. La Reine prend son fils par la main et fait le
-tour de la salle. Les convives se lèvent, tirent leurs épées, comme
-pour défendre cette noble et malheureuse famille; on lui jure fidélité;
-on lui jure amour et dévouement. Un des assistants, M. de Canecaude,
-demande que l'on joue l'air: «_Où peut-on être mieux qu'au sein de sa
-famille?_» Les musiciens, qui ne l'ont pas, y suppléent, en exécutant
-le motif si connu et si entraînant d'un maître cher à la Reine: _O
-Richard! ô mon Roi!_ Les acclamations redoublent; l'enthousiasme est
-à son comble. Marie-Antoinette, touchée de ces applaudissements qui
-s'adressent à son mari, à elle, à ses enfants, se sent heureuse comme
-reine, comme épouse, et comme mère: elle se laisse aller à des pensées
-plus douces et jouit sans mélange de ce retour de popularité. Pauvre
-femme! C'était son dernier jour de bonheur!
-
-La famille royale se retire bientôt; un grand nombre de soldats
-escaladent les loges et franchissent les barrières pour l'accompagner
-dans le corridor de la chapelle, par où elle rentre dans ses
-appartements. Puis, tout le monde, musiciens, convives, spectateurs,
-se transporte dans la cour de Marbre au bas même des fenêtres du Roi.
-Une foule d'habitants de Versailles étaient réunis là, dans les cours
-et sur la Place d'Armes, pour assister à la fête. Echauffés par le vin,
-enthousiasmés par la visite qu'ils viennent de recevoir, les convives
-se livrent à des démonstrations bruyantes: on chante, on danse, et
-un soldat, qui fut, cinq jours plus tard, «un des plus dangereux
-insurgés[139],» parvient, en grimpant le long des colonnades, à
-escalader le balcon du Roi, qui, malgré les acclamations, reste enfermé
-chez lui et ne se montre pas.
-
-Ce fut tout. Qu'il y ait eu des manifestations contre-révolutionnaires,
-que la cocarde tricolore ait été foulée aux pieds, le fait a été
-allégué, mais il est faux. Les organisateurs du banquet, les gardes du
-corps, s'en sont toujours défendus avec la plus fière énergie, et la
-Reine elle-même a pris soin de réfuter cette calomnie. «Il n'est pas à
-croire,» a-t-elle répondu au tribunal révolutionnaire, «que des êtres
-aussi dévoués foulassent aux pieds et voulussent changer la marque que
-leur Roi portait lui-même[140].» Qu'on ait vu au banquet des cocardes
-blanches, cela est vrai et cela devait être. L'armée, à cette époque,
-avait encore la cocarde blanche; le Roi seul et la garde nationale
-portaient la cocarde tricolore. Et si, comme on le raconte, quelques
-dames de la Cour, faisant avec du papier des cocardes blanches, les
-ont données aux officiers qu'elles rencontraient, elles n'ont fait que
-donner à ces officiers la cocarde légale, réglementaire, celle que
-Mounier appelait encore «la cocarde française[141]».
-
-Le 3 octobre, la Reine reçut une députation de la garde nationale,
-qui venait la remercier des drapeaux distribués le 30 septembre. Tout
-émue encore des démonstrations sympathiques de l'avant-veille, elle
-répondit: «Je suis fort aise d'avoir donné des drapeaux à la garde
-nationale de Versailles. Je suis enchantée de la journée de jeudi; la
-nation et l'armée doivent être attachées au Roi, comme nous leur sommes
-nous-mêmes[142].»
-
-Le même jour, un nouveau banquet[143] a lieu dans l'Hôtel des gardes du
-corps; quatre-vingts soldats des régiments de Flandre et de Lorraine,
-un homme de chaque compagnie de la garde nationale de Versailles y
-sont invités. Le repas est gai; on y porte la santé du Roi, de la
-nation, de l'Assemblée, de la garde nationale; puis, vers la fin, les
-têtes s'échauffent; on chante, on crie, on casse les bouteilles et les
-verres; quel est le banquet de deux cents personnes, de deux cents
-jeunes gens, où il ne se passe pas de scènes de ce genre?
-
-Le dimanche 4, c'est la municipalité de Versailles qui traite à son
-tour le régiment de Flandre. La garde nationale prend part au festin;
-on y boit, à la santé du Roi et de la Reine; tout s'y passe avec ordre.
-
-Telle est la série de fêtes et de banquets qui fut transformée en une
-série d'attentats contre la souveraineté nationale. Rien—ce simple
-exposé suffit à l'établir,—rien n'avait pu servir de base à cette
-accusation. Il y avait eu sans doute des démonstrations enthousiastes
-en l'honneur de la famille royale; mais ces démonstrations étaient
-alors dans le cœur de la grande majorité des Français. Quant à des
-attaques contres les réformes de l'Assemblée, il n'y en avait point
-eu. Les gardes du corps, l'armée, la garde nationale s'étaient trouvés
-réunis dans un parfait accord[144]. Il ne faut pas oublier d'ailleurs
-que ces gardes du corps, si dévoués au Roi, n'étaient nullement
-hostiles aux idées nouvelles;—ils en avaient donné tout récemment la
-preuve[145],—vivaient très amicalement avec les députés et passaient
-dans l'Assemblée pour d'_excellents patriotes_. C'est le témoignage que
-leur rendit, dans l'enquête, un député qui n'est pas suspect[146].
-
-Mais il fallait un prétexte; et celui-là fut choisi. Un homme qui
-devait jouer un triste rôle à la Convention, et qui était dès lors un
-des plus fougueux ennemis de la royauté, quoiqu'il se qualifiât «un des
-plus fidèles sujets du Roi[147]», Laurent Lecointre, lieutenant-colonel
-de la garde nationale du quartier Notre-Dame, donna le signal.
-Mécontent de n'avoir point été invité à la fête du 1er octobre,
-sa rancune personnelle s'ajoutait à son exaltation politique. A son
-instigation, un de ses amis, rédacteur d'une feuille révolutionnaire,
-le _Courrier de Versailles_, Gorsas[148], commença dans son journal
-toute une série d'articles contre le banquet des gardes du corps;
-le repas que nous avons raconté d'après les documents les plus
-authentiques, était représenté comme une «orgie complète». Les convives
-chancelants avaient donné un spectacle «dégoûtant et horrible» La
-santé de la nation ayant été proposée, les gardes du corps l'avaient
-rejetée. Et c'était d'un pareil scandale que la Reine s'était déclarée
-«enchantée». Quelle meilleure preuve des plans contre-révolutionnaires
-de la Cour et des projets de vengeance de l'Autrichienne contre le
-peuple?
-
-On conçoit facilement quel effet devaient produire ces dénonciations
-furibondes, en tombant, comme une semence haineuse, sur le terrain
-si bien préparé de la populace parisienne. Le récit de Gorsas est lu
-avidement, odieusement commenté. Marat, Camille Desmoulins, Loustalot,
-tonnent dans leurs journaux contre la Cour et contre la Reine: on
-dénonce la grande conspiration contre-révolutionnaire. On reprend un
-vieux bruit jadis colporté, l'enlèvement du Roi pour le conduire à
-Metz. On ne calcule pas que pour exécuter un pareil plan, s'il avait
-été conçu, Louis XVI n'avait à sa disposition que six cents gardes du
-corps «en général chauds partisans du Tiers[149]», deux cents dragons,
-deux cents chasseurs, onze cents soldats du régiment de Flandre
-commandés par un colonel patriote, et que ce n'est pas avec ce faible
-corps de deux mille hommes qu'il pourrait se lancer dans une entreprise
-aussi hasardeuse, en face d'une garde nationale qui n'y prêterait
-certainement pas les mains. Mais les masses populaires, quand elles
-sont surexcitées, sont aveugles, et les chefs ne leur laissaient pas le
-temps de raisonner.
-
-L'occasion était bonne d'ailleurs. Une disette, à laquelle on peut
-assigner des causes trop sérieuses, mais qui, à ce moment, eut
-certainement quelque chose de factice, une «famine docile», comme
-l'appelle Lally-Tollendal[150], régnait dans Paris. Il y avait là des
-souffrances réelles, et, comme toujours, c'était au gouvernement, au
-Roi, à la Cour, aux membres les plus impopulaires de la famille royale,
-à la Reine, par conséquent, qu'on faisait remonter la responsabilité
-de ces souffrances. Les calomnies de Gorsas jettent de l'huile sur ce
-feu qui couve sous une cendre chaude. Au Palais-Royal, la populace
-s'assemble; des attroupements se forment; les orateurs déclament. On
-jure de tirer vengeance des gardes du corps, qui ont arboré, dit-on,
-la cocarde noire. On tient contre la Reine les «propos les plus
-affreux». On fait des motions contre les accapareurs. Une femme, «dont
-la mise indique une femme au-dessus du médiocre,» s'écrie qu'elle
-n'a pas de pain et qu'il faut aller à Versailles en demander au Roi,
-et comme un des assistants se permet de rire, elle lui applique un
-soufflet. Les autres femmes qui sont là applaudissent. «Demain,
-disent-elles, les choses iront mieux; nous nous mettrons à la tête des
-affaires.» Des gardes nationaux, attablés au café de Foy, font chorus
-avec les femmes; la police reste inerte et n'essaie ni de dissiper les
-groupes ni de rétablir l'ordre[151].
-
-Rien n'avait été négligé pour organiser l'attaque et désorganiser la
-résistance. «Des Machiavels de place publique et de mauvais lieu,
-a dit M. Taine, ont remué les hommes du ruisseau et les femmes du
-trottoir[152].» L'or avait été répandu à profusion dans le peuple
-et dans l'armée; sept millions, assure-t-on, étaient venus de
-Hollande[153]. Depuis l'arrivée du régiment de Flandre, tous les moyens
-de corruption, même les plus honteux, le vin, l'argent, les femmes,
-avaient été employés pour suborner les soldats, et au commencement
-d'octobre, ce régiment, qui avait été appelé pour protéger l'ordre
-et la monarchie, n'était plus qu'un danger. C'est avec ces faibles
-ressources, avec ces soldats à demi gagnés et quelques gardes fidèles,
-en face d'une garde nationale, en partie hostile, que Louis XVI allait
-se défendre contre une conspiration ourdie de longue date, avec la plus
-infernale habileté.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
- Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris.
-
-
-Ce furent les femmes qui donnèrent le signal. «Ceux qui dirigeaient
-l'insurrection, dit Mounier, avaient jugé utile de la faire commencer
-par les femmes; ils sentaient que leur présence inspirerait moins
-d'inquiétudes, qu'on se déterminerait plus difficilement à les
-repousser par la force des armes, qu'elles répandraient la confusion,
-qu'alors les hommes qui suivraient auraient moins de dangers à
-courir[154].» Ce calcul ne fut pas trompé.
-
-Le 5 octobre au matin, une émeute éclate à Paris. Une fille du quartier
-des Halles entre dans un corps de garde, saisit un tambour, et parcourt
-les rues en battant le rappel et «en poussant des cris contre la cherté
-du pain». On sonne le tocsin. Les femmes s'assemblent; un certain
-nombre d'hommes déguisés se réunissent à elles et la foule se porte
-vers l'Hôtel-de-Ville qu'elle envahit vers neuf heures. On force les
-magasins d'armes; on les pille; on s'empare de sept à huit mille
-fusils. On insulte les membres du conseil municipal et les employés.
-Des femmes, armées de torches, entrent dans les salles et s'apprêtent
-à y mettre le feu[155]. Fait significatif et sur lequel on ne saurait
-trop insister, la plupart de ces femmes étaient «vêtues de blanc,
-coiffées et poudrées[156]» comme si elles allaient à une fête; très peu
-semblaient appartenir à la «populace». Les unes riaient, chantaient et
-dansaient dans la cour, tandis que les autres sonnaient le tocsin et
-relâchaient les prisonniers. Presque toutes avaient les poches pleines
-d'or.
-
-A onze heures et demie, une bande d'hommes, armés de haches et de
-marteaux, force les portes de l'arcade Saint-Jean, envahit à son tour
-l'Hôtel-de-Ville, se répand de tous côtés, enfonce les armoires, pille
-et brise tout.
-
-Ici apparaît une des figures les plus sinistres de la Révolution, le
-futur organisateur des massacres de l'Abbaye, l'huissier Maillard.
-Une affaire de service l'avait appelé à l'Hôtel-de-Ville. Reconnu par
-quelques femmes, qui saluent en lui un des vainqueurs de la Bastille,
-il est proclamé ou se proclame leur chef. Il prend un tambour, se met à
-leur tête et se dirige vers le Louvre. Les rangs se grossissent d'une
-foule de femmes qu'on force à marcher avec la bande. Arrivées au jardin
-des Tuileries, «ces dames», comme dit Maillard, veulent traverser le
-jardin; le Suisse s'y oppose; elles le renversent, le frappent et
-passent. La place Louis XV avait été assignée comme quartier général;
-on va un peu plus loin, jusqu'aux Champs-Élysées; là se trouvent
-des détachements de femmes, munies de piques, de bâtons, de fusils.
-Maillard fait déposer les armes, harangue sa troupe, la range et part
-à sa tête. Un certain nombre d'hommes armés, qui se sont réunis à la
-bande, sont relégués à la queue; les femmes, suivant le mot d'ordre,
-marchent les premières.
-
-Partout, sur leur passage, les boutiques se ferment, les maisons se
-vident, les portes sont barricadées. Elles enfoncent les portes,
-enlèvent les enseignes, arrêtent les courriers, forcent tous ceux
-qu'elles rencontrent à les accompagner. A Sèvres, elles font halte;
-elles ont faim, et d'ailleurs elles craignent que le pont de la Seine
-ne soit gardé. Par une fatale négligence, le passage est libre.
-Après s'être donné le plaisir populaire de briser les portes et les
-enseignes des marchands de vin qui n'ont pu lui donner à manger, la
-horde, traînant avec elle deux canons, s'élance dans la direction de
-Versailles.
-
-Pendant ce temps-là, une nouvelle émeute éclatait à l'Hôtel-de-Ville.
-Les gardes françaises licenciées qui, sous le nom de compagnies
-soldées, formaient une partie notable de la garde nationale parisienne,
-trouvaient l'occasion bonne pour aller reprendre à Versailles leurs
-anciens postes, occupés par les gardes du corps. Réunis sur la place de
-Grève, ils s'agitaient et criaient.
-
-Vers midi, cinq ou six grenadiers montèrent au Comité de police, où se
-trouvait Lafayette. L'un d'eux, «qui joignait à la plus belle figure
-un choix d'expressions qui étonnait tous ceux qui l'écoutaient et un
-sang-froid qui les étonnait encore davantage[157]», prit la parole:
-«Mon général, dit-il, nous sommes députés par les six compagnies de
-grenadiers. Nous ne vous croyons pas un traître; nous croyons que
-le gouvernement vous trahit; il est temps que tout ceci finisse.
-Nous ne pouvons tourner nos armes contre des femmes qui demandent du
-pain; le Comité des subsistances vous trompe, il faut le renvoyer.
-Nous voulons aller à Versailles exterminer les gardes du corps et le
-régiment de Flandre qui ont foulé aux pieds la cocarde nationale. Si
-le Roi est trop faible pour porter la couronne, qu'il la dépose; nous
-couronnerons son fils; on lui nommera un conseil de régence, et tout
-ira mieux[158].» Les délégués étaient fiers de leur orateur: «Laissez
-parler celui-là, disaient-ils; il parle bien[159].» En vain Lafayette
-voulut-il les rappeler au devoir; leur décision était manifestement
-arrêtée d'avance; le mot d'ordre était donné: «Il est inutile de nous
-convaincre, s'écriaient-ils tous ensemble, car tous nos camarades
-pensent ainsi, et quand vous nous convaincriez, vous ne les changeriez
-pas[160].»
-
-Lafayette sortit sur la place; il harangua ses soldats, leur rappela
-leur serment, fit appel aux sentiments d'affection et de confiance
-qu'ils avaient pour lui, protesta de son amour pour la liberté. Paroles
-et prières furent inutiles. Des cris tumultueux: «A Versailles! A
-Versailles!—Si le général ne veut pas venir, il faut prendre un ancien
-grenadier pour le mettre à notre tête.—Il est étonnant que M. de
-Lafayette veuille commander au peuple, tandis que c'est au peuple à lui
-commander!»—furent la seule réponse de cette troupe chez laquelle on
-n'avait pas en vain ébranlé tous les liens de la discipline. Lafayette
-rentra; il hésitait; il attendait l'ordre de la municipalité. La
-municipalité, honnête comme Lafayette et faible comme lui, n'était pas
-livrée à de moindres angoisses. Le flot tumultueux grossissait sur
-la place de Grève; la troupe, travaillée par de mystérieux agents,
-s'impatientait; des menaces, des cris de mort étaient proférés contre
-Bailly et contre Lafayette. La municipalité céda, et, «vu les instances
-du peuple et sur la représentation de M. le commandant général qu'il
-était impossible de s'y refuser», donna au général l'ordre de partir
-pour Versailles. Le pouvoir légal était encore une fois vaincu;
-l'émeute triomphait. Des acclamations bruyantes saluèrent la victoire
-de la populace et la défaillance de l'autorité.
-
-Il était six heures du soir. Lafayette monte à cheval, la tête basse,
-l'âme triste, l'esprit plein de lugubres pressentiments, de remords
-peut-être; il détache en avant trois compagnies de grenadiers, un
-bataillon de fusiliers, trois pièces de canon. Sept à huit cents
-hommes en guenilles, armés de piques, de fusils et de bâtons, bras
-nus, voix avinées, têtes hideuses, brigands que le ruisseau vomit les
-jours d'émeute, marchent derrière l'avant-garde, mélangés dans les
-rangs[161]. Lafayette suit avec les compagnies, et, conduit par ses
-soldats plutôt qu'il ne les conduit, trophée vivant de l'émeute, pour
-ainsi dire, il prend la route de Versailles.
-
-Dans cette ville, une agitation sourde régnait. Les déclarations de
-Lecointre et de ses amis, les calomnies de Gorsas avaient produit leur
-effet, et la garde nationale, si sympathique aux gardes du corps le
-1er et le 3 octobre, leur était devenue hostile. _On attendait les
-Parisiens_, a dit un témoin non suspect[162]. Dès le 4, on connaissait
-l'invasion projetée par les gardes françaises; on faisait des motions
-incendiaires dans les cafés et l'on préparait des cartouches en
-disant: «C'est pour assassiner demain les gardes du corps[163].»
-
-A l'Assemblée, les chefs de la gauche n'étaient pas moins instruits
-du plan qui devait être exécuté contre la Cour. Le lundi 5 octobre, à
-l'ouverture de la séance, il fut facile de voir «qu'il se préparait
-quelque chose d'extraordinaire, par le ton qu'affectèrent de prendre
-quelques membres de l'Assemblée[164]». Les tribunes paraissaient
-aussi plus animées et la foule qui entourait la salle était en proie
-à cette fièvre qui présage les orages populaires. Le président
-Mounier annonce qu'il a reçu la réponse du Roi sur la Déclaration
-des droits de l'homme et les derniers articles soumis à sa sanction.
-Le Roi accepte, mais avec certaines réserves, et en faisant sur
-ces articles des observations d'une incontestable sagesse[165]. La
-discussion s'entame avec une extrême violence. Robespierre et Lapoule
-dénoncent les réflexions si naturelles du Roi comme une censure de la
-Constitution; Adrien Duport y voit tout un plan de contre-révolution
-et il en prend occasion de tonner contre l'«orgie indécente» dont
-Versailles a été témoin le 1er octobre. Vainement Virieu proteste
-et le marquis de Monspey demande qu'on précise l'accusation. Mirabeau
-se lève: «Que l'Assemblée, dit-il, décide que la personne du Roi
-seule est inviolable, et je suis prêt, moi, à fournir les détails
-et à les signer.» Et précisant lui-même son odieuse et transparente
-insinuation: «C'est la Reine et le duc de Guiche que je dénoncerai,»
-dit-il à mi-voix à ceux qui l'entourent[166]. Ces accusations excitent
-un violent tumulte dans l'Assemblée; la gauche s'agite bruyamment;
-la droite proteste avec vivacité; la fermentation redouble dans les
-tribunes[167].
-
-Cependant, le bruit de l'approche des Parisiens commence à se répandre.
-Entre onze heures et midi, Mirabeau monte au bureau. «Monsieur le
-Président, dit-il à Mounier, quarante mille hommes armés arrivent de
-Paris; pressez la délibération; levez la séance; dites que vous allez
-chez le Roi.»—«Je ne presse pas les délibérations,» répond Mounier;
-«je trouve qu'on ne les presse que trop souvent.»—«Mais, Monsieur le
-Président,» reprend Mirabeau, étonné de ce calme, «mais, Monsieur le
-Président, ces quarante mille hommes.....—Eh bien,» réplique Mounier,
-«tant mieux: ils n'ont qu'à nous tuer tous, mais tous, entendez-vous
-bien, les affaires de la République en iront mieux.—Monsieur le
-Président, le mot est joli,» ne peut s'empêcher de dire Mirabeau, en
-regagnant sa place[168].
-
-Seule, peut-être, parmi les habitants de Versailles, la famille royale
-était calme, et, par un étrange aveuglement, les ministres, si souvent
-cependant avertis des projets des Parisiens, partageaient cette
-quiétude. Le Roi était parti de bonne heure pour la chasse; Madame
-Elisabeth était à Montreuil; Mesdames à Bellevue; la Reine à Trianon,
-dont elle parcourait les bosquets aimés pour la dernière fois. Elle
-était assise dans la grotte, essayant de s'isoler des bruits du monde,
-quand un courrier, envoyé par M. de Saint-Priest, vint précipitamment
-la chercher. En même temps, M. de Cubières, écuyer cavalcadour, était
-parti au galop pour prévenir le Roi. Il le rejoignit vers trois heures,
-dans les tirés de Meudon, et lui remit un billet du ministre. Le Roi
-prit le billet, le lut et ne put s'empêcher de dire tout haut: «Elles
-demandent du pain; hélas! si j'en avais, je n'attendrais pas qu'elles
-vinssent m'en demander[169].» Il fit amener son cheval, et, au moment
-où il mettait le pied à l'étrier, un chevalier de Saint-Louis, que
-personne n'avait vu, se jeta à ses genoux, en s'écriant: «Sire, on vous
-trompe; j'arrive à l'instant de l'École militaire; je n'y ai vu que
-des femmes assemblées qui disent venir à Versailles pour demander du
-pain; je supplie Votre Majesté de n'avoir point peur.»—«Peur! Monsieur,
-reprit vivement le Roi; je n'ai jamais eu peur de ma vie[170].»
-Puis, descendant au galop une des pentes les plus raides du bois de
-Meudon[171], il prit précipitamment la route de Versailles, et rentra
-au Château, où il retrouva la Reine.
-
-A son arrivée le Conseil s'assemble; dans ce moment de crise, les
-ministres sont faibles, hésitants, irrésolus. Necker, toujours
-préoccupé de sa popularité, déjà pourtant bien compromise, Necker
-est d'avis de céder. M. de Saint-Priest seul semble avoir la pleine
-conscience du danger et l'intelligence du remède. D'accord avec un
-énergique officier, M. de Narbonne-Fritzlar[172], il demande qu'on
-mette le pont de Sèvres en état de défense et que le Roi aille, à la
-tête des troupes fidèles, repousser les Parisiens au passage de la
-Seine. Pendant ce temps, la famille royale se retirerait à Rambouillet.
-Plusieurs ministres, parmi lesquels M. de la Luzerne[173] appuient ce
-plan; d'autres, avec Necker, s'y opposent. Le Roi fut-il convaincu
-par l'argumentation de ce dernier[174]? Se défia-t-il de ses troupes,
-et craignit-il de ne pas rencontrer parmi elles des dévouements assez
-solides? Fut-il déterminé par la répugnance de la Reine à se séparer de
-lui[175]? Toujours est-il que l'avis de M. de Saint-Priest ne prévalut
-pas, et que cette dernière chance de salut fut abandonnée.
-
-On se borna à d'insuffisantes mesures de défense. La municipalité de
-Versailles avait requis le comte d'Estaing, «commandant de la milice
-nationale, de prendre toutes les précautions et d'employer toutes les
-forces qui étaient à sa disposition, pour garantir de toute insulte le
-Roi, la famille royale, l'Assemblée nationale et la ville.» Les gardes
-du corps et les troupes de ligne furent placés sous ses ordres[176].
-Vers trois heures et demie, le régiment de Flandre s'était rangé en
-bataille sur la place du Château; mais, malgré les instances du major,
-M. de Montmorain, il n'avait pu obtenir de cartouches. Les gardes du
-corps, au nombre de trois cent vingt, s'étaient placés devant la grille
-des Ministres; quelques chasseurs des Trois-Évêchés, quelques gardes
-de Monsieur et du comte d'Artois étaient parmi eux. Un détachement
-de dragons était posté sur l'avenue de Paris, en face de la porte de
-l'Assemblée. Le comte d'Estaing, connaissant les mauvaises dispositions
-de la garde nationale, que depuis deux jours on ne cessait d'exciter
-contre les défenseurs du Roi, n'avait pas osé lui faire prendre les
-armes. Mais Lecointre avait fait battre la générale et réuni un certain
-nombre de compagnies du quartier Notre-Dame[177], à l'ancienne caserne
-des gardes françaises, sur la droite des gardes du corps.
-
-Au Château, les délibérations continuaient.—Louis XVI, toujours
-indécis, retenu d'ailleurs par une bonté qui, on l'a dit justement,
-paraissait n'être qu'une des formes de la faiblesse, ne pouvait se
-résoudre ni à résister, ni à se retirer. M. de Luxembourg, capitaine
-des gardes du corps, lui ayant demandé des ordres: «Allons donc,
-répondit-il, contre des femmes? Vous vous moquez.» Un peu plus tard,
-M. de Saint-Priest proposa la retraite dans une province fidèle, la
-Normandie, par exemple. Le Roi y répugnait extrêmement; il lui semblait
-que fuir devant l'émeute, c'était abdiquer. «Un roi fugitif, un roi
-fugitif!» répétait-il tristement. Cependant le danger pressait; «Sire,
-s'écria vivement M. de Saint-Priest, si vous êtes conduit demain à
-Paris, votre couronne est perdue[178].» On se décida à partir pour
-Rambouillet. La municipalité de Versailles n'y mettait point obstacle;
-elle avait même donné l'ordre à M. d'Estaing de protéger ce départ.
-Déjà les voitures étaient commandées et la Reine avait fait dire à
-ses dames: «Faites vos paquets; nous partons dans une demi-heure,
-hâtez-vous!» Mais il semblait qu'on ne prît une résolution que pour
-l'abandonner. Peu après, la Reine faisait dire à ces mêmes dames: «Tout
-est changé; nous restons[179].»
-
-Les voitures furent décommandées. Lorsque, dans la soirée, on
-voulut, par un nouveau revirement, reprendre le projet de retraite à
-Rambouillet, il était trop tard; quand les voitures se présentèrent
-pour sortir, à la grille de l'orangerie, le peuple, la garde nationale,
-les gens même de l'écurie du Roi[180], les forcèrent à rentrer; et
-peut-être alors la Reine n'eût-elle pu partir sans péril pour sa
-vie[181]. Pendant toutes ces indécisions[182], en effet, la populace
-parisienne était arrivée; tous les acteurs étaient en scène: le grand
-drame allait commencer.
-
-La bande dirigée par Maillard avait quitté Sèvres, après s'y être
-reposée un instant. Un individu sans col et qui, prétendait-il, avait
-failli être pendu le matin pour avoir voulu sonner le tocsin, avait
-pris le commandement des hommes, comme Maillard avait celui des
-femmes. En route, on continuait à arrêter les courriers du Roi[183],
-ne laissant passer que ceux du duc d'Orléans; on mettait la main sur
-les voyageurs; on maltraitait ceux qui portaient des cocardes noires;
-on les forçait à marcher au milieu de la troupe, avec un écriteau
-insultant dans le dos.
-
-Le temps était affreux; l'eau tombait à torrents; la route détrempée
-était devenue un cloaque. Le cortège de ces femmes en désordre,
-mouillées par la pluie, souillées par la boue, hurlant, vociférant,
-était hideux. «Voyez comme nous sommes arrangées, disaient-elles; nous
-sommes comme des diables; mais la b... nous le paiera cher[184].»
-D'autres chantaient et dansaient, en proférant d'infâmes outrages et
-en jurant qu'elles mettraient la Reine en pièces et rapporteraient
-les lambeaux de son corps pour s'en faire des cocardes[185]. «Nous
-emmènerons la Reine morte ou vive, criaient-elles; les hommes se
-chargeront du Roi[186].»
-
-En arrivant à la barrière, Maillard harangua sa troupe; il fit mettre
-les femmes sur trois rangs, envoya les canons à la queue, commanda
-d'entonner _Vive Henri IV!_ et ce fut au bruit des vieux couplets
-royalistes, hurlés comme une ironie sanglante par ces mégères qui
-allaient forcer dans son palais le petit-fils du bon Roi, que
-l'effroyable bande fit son entrée à Versailles.
-
-Sa première visite fut pour la salle des Menus, où siégeait
-l'Assemblée. Maillard y pénétra, suivi d'une partie de sa troupe,
-il prit la parole: «Paris manque de pain, dit-il; le peuple est au
-désespoir; il a le bras levé; qu'on y prenne garde; il se portera à
-des excès. C'est à l'Assemblée à prévenir l'effusion du sang. Les
-aristocrates veulent nous faire périr de faim.»—«Oui, nous voulons du
-pain, reprirent les femmes;» et quelques-unes, tirant de leur poche
-un morceau de pain moisi: «Nous le ferons avaler à l'Autrichienne,
-crièrent-elles, et nous lui couperons le cou[187].»
-
-Le tumulte croissait; la délibération devenait impossible. Sur la
-proposition d'un membre, il fut décidé qu'une députation irait
-immédiatement chez le Roi pour l'entretenir de la situation de la ville
-de Paris et solliciter en même temps l'acceptation pure et simple des
-décrets constitutionnels.
-
-Le président Mounier se rendit au Palais, escorté d'un certain nombre
-de femmes, auxquelles il avait dû promettre de les introduire près du
-Roi. Parmi ces femmes, deux semblaient n'être point de la classe du
-peuple, quoiqu'elles en affectassent le langage[188]. Louis XVI promit
-de faire rassembler tout le pain qu'on pourrait trouver, et après
-quelques hésitations il signa les décrets. Les femmes sortirent; elles
-paraissaient contentes[189] et ne le dissimulaient pas, en sortant,
-au point même d'exciter la colère de leurs compagnes, restées au
-dehors[190]. Quelques-unes, croyant tout fini puisqu'on allait avoir du
-pain, retournèrent à Paris dans les voitures de la Cour. Les autres,
-celles qui étaient dans le secret, refusèrent de partir; elles avaient,
-disaient-elles, ordre exprès de rester[191].
-
-Au Château cependant, la plus grande confusion continuait à régner. Les
-ministres étaient réunis, mais ne savaient à quoi se résoudre; les avis
-les plus contradictoires étaient ouverts, adoptés, puis abandonnés.
-Louis XVI, avec sa résignation passive, demeurait silencieux et
-irrésolu. Seule, au milieu de ces inerties et de ces défaillances,
-la Reine conservait sa fière attitude. «Sa contenance était noble et
-digne; son visage calme, et quoiqu'elle ne pût se faire d'illusion
-sur ce qu'elle avait à redouter, personne n'y put apercevoir la plus
-légère trace d'inquiétude. Elle rassurait chacun, pensait à tout, et
-s'occupait beaucoup plus de ce qui lui était cher que de sa propre
-personne[192].» «Tout, excepté elle, m'a paru consterné,» dépose le
-président de Frondeville, qui a passé la nuit du 5 au Palais[193]. «Je
-sais qu'on vient de Paris demander ma tête, dit l'héroïque femme; mais
-j'ai appris de ma mère à ne pas craindre la mort; je l'attendrai avec
-fermeté[194].» On l'engage à se mettre en sûreté avec ses enfants.
-«Non, répond-elle, ma place est ici, près du Roi; j'y resterai.» La
-seule précaution qu'elle consente à prendre n'est pas pour elle, mais
-pour ses enfants. Elle était convenue qu'au moindre bruit, on les
-amènerait chez elle; instruite du péril qui la menace, elle donne
-contre-ordre, et à onze heures du soir fait dire à Mme de Tourzel de
-conduire, en cas d'alerte, son fils et sa fille non pas chez elle, mais
-chez le Roi, où ils seront mieux à l'abri. Et comme on la presse de
-s'y rendre elle-même et d'y passer la nuit, plutôt que dans son propre
-appartement, que l'on sait désigné aux coups des assassins: «Non,»
-répondit-elle, «j'aime mieux m'exposer à quelque danger, s'il y en a à
-courir, et l'éloigner de la personne du Roi et de ses enfants[195].»
-
-Les nouvelles alarmantes se succèdent; sur la Place d'Armes, on
-assaille les gardes du corps; les autres soldats lâchent pied. Seule,
-la Reine «montre un front calme et serein, rassure ceux qui tremblent
-pour elle, et fait admirer son courage à ceux-là même qui condamnaient
-ses principes». C'est le _Moniteur_ qui parle ainsi, et le _Moniteur_
-n'est pas suspect. Un certain nombre de gentilshommes se réunissent
-pour défendre la famille royale; ils demandent des ordres; ils
-demandent des chevaux. Le président de Frondeville se fait leur organe
-près de la Reine et sollicite la permission de prendre des chevaux dans
-les écuries du Château. «Soit, répond-elle simplement; je consens à
-vous donner cet ordre, mais à une condition: si les jours du Roi sont
-en danger, vous en ferez le plus prompt usage; si moi seule je suis en
-péril, vous n'en userez pas[196].»
-
-«Au milieu de tant de perfidies de tout genre, a écrit Rivarol, sur
-ce théâtre où la peur et la lâcheté conduisaient la faiblesse à sa
-perte, il s'est pourtant rencontré un grand caractère, et c'est une
-femme, c'est la Reine qui l'a montré. Elle a figuré, par sa contenance
-noble et ferme, parmi tant d'hommes éperdus et consternés, et par
-une présence d'esprit extraordinaire, quand tout n'était qu'erreur
-et vertige autour d'elle. On la vit, pendant cette soirée du 5
-octobre, recevoir un monde considérable dans son grand cabinet, parler
-avec force et dignité à tout ce qui l'approchait et communiquer son
-assurance à ceux qui ne pouvaient lui cacher leurs alarmes..... On la
-verra bientôt, quand les périls l'exigeront, déployer la magnanimité de
-sa mère; et si, avec le même courage, elle n'a pas eu de succès pareil,
-c'est que Marie-Thérèse avait affaire à la noblesse de Hongrie et que
-la Reine n'a parlé qu'à la bourgeoisie de Paris[197].»
-
-Pendant ce temps-là, Mounier revenait à l'Assemblée; il fit évacuer le
-bureau, envahi par la populace[198], et convoquer les députés pour une
-séance de nuit. Dans ces heures de crises, il jugeait utile de tenir
-l'Assemblée réunie jusqu'au jour. Mais un peu plus tard, vers trois
-heures du matin, rassuré par Lafayette, qui venait de parcourir les
-différents postes et répondait de l'ordre public, il leva la séance.
-
-Arrivé à minuit, à la tête de son armée, Lafayette s'était rendu au
-Palais; il y entra seul avec les députés de la municipalité de Paris.
-Les appartements étaient pleins de monde. Quand le général parut:
-«Voilà Cromwell,» murmura une voix.—«Monsieur,» répondit Lafayette,
-«Cromwell ne serait pas entré seul.»—Les entraînements populaires
-ne lui avaient pas fait perdre le sentiment des convenances et le
-ton du monde dans lequel il était né. «Je viens, Sire, dit-il, vous
-apporter ma tête pour sauver celle de Votre Majesté. Si mon sang doit
-couler, que ce soit pour le service de mon Roi, plutôt qu'à l'ignoble
-lueur des flambeaux de la Grève.» Il ajouta qu'il se faisait fort des
-dispositions de son armée[199].
-
-Naturellement disposé à la confiance, le Roi se sentit rassuré, et,
-suivant le mot piquant de Rivarol, «se reposa de tout sur un général
-qui n'était sûr de rien[200].» A deux heures du matin, la Reine,
-rassurée aussi, du moins en apparence, alla se coucher dans ses
-appartements[201]. Lafayette insista pour que la garde du Château
-fût remise à son armée et que les gardes françaises reprissent leurs
-anciens postes; Louis XVI y consentit. Dès huit heures, les gardes du
-corps, en butte à la rage populaire, assaillis à coups de pierre et
-à coups de fusil par la foule et par la milice versaillaise, avaient
-reçu l'ordre d'évacuer la Place d'Armes, et de se retirer à leur hôtel,
-d'où ils regagnèrent Trianon ou Rambouillet à travers champs[202]. Ceux
-qui étaient de service au Château avaient quitté la cour de Marbre
-et s'étaient repliés sur la terrasse, en face des appartements de
-la Reine. Ils ne conservaient que les postes intérieurs; les postes
-extérieurs étaient occupés par les gardes françaises.
-
-Lafayette, après avoir veillé à l'exécution de ses ordres, visite
-la Place d'Armes, va à l'Assemblée, où il communique au président
-«la contagion de sa sécurité[203],» traverse de nouveau les cours,
-s'entretient un instant avec M. de Montmorin, puis, harassé de
-fatigue, rassuré par les mesures qu'il a prises[204], confiant
-d'ailleurs dans son prestige populaire et plein d'illusions sur
-l'honnêteté des masses, il va lui-même se coucher à l'hôtel de Noailles.
-
-Il était alors quatre heures du matin: le réveil devait être terrible.
-
-Tout dort dans Versailles. Brisée par les émotions de cette rude
-journée, tranquillisée d'ailleurs par les déclarations de Lafayette,
-la famille royale repose pour la dernière fois dans ce palais de Louis
-XIV, dont la majesté n'a pas encore était violée. Les gardes nationaux,
-trempés par la pluie, fatigués par une marche à laquelle ils ne sont
-point accoutumés, ont cherché des logements partout, dans les églises,
-dans la caserne des gardes du corps, dans les maisons particulières.
-Les hommes à piques et les femmes, au nombre de huit ou neuf cents,
-sont étendus sur les bancs de l'Assemblée; d'autres, qui n'ont pas
-trouvé d'asile, ont allumé de grands feux sur la place et, après avoir
-dépecé et fait rôtir un cheval blessé, sont couchés autour de ce
-bivouac improvisé.
-
-Le crime seul, on l'a dit éloquemment, le crime seul ne dort pas.
-L'émeute n'a point accompli son œuvre; ces femmes, ces brigands
-déguisés, qui demandent du pain et dont les poches sont pleines d'or,
-n'ont pas encore gagné leur salaire. Ils se sont bien donné la veille
-le plaisir de jeter des pierres aux défenseurs de la royauté et de
-blesser grièvement un garde du corps. Mais il leur faut de plus
-illustres victimes, et ce n'est pas pour rien qu'ils ont juré de tordre
-le col de la Reine et de faire de sa peau des rubans de district[205].
-
-A l'Assemblée, une femme, les yeux hagards, dégoûtante d'ivresse et de
-sueur, s'était approchée du président de Frondeville, et, lui montrant
-un poignard, lui avait demandé si les appartements de la Reine étaient
-bien gardés[206]. Au Château, un député, le marquis de Digoine, avait
-remarqué que la grille de la cour de l'Opéra, par laquelle venait de
-sortir une troupe d'hommes déguenillés, était restée ouverte; il en
-avait fait l'observation au portier qui avait répondu qu'il n'avait
-pas les clefs pour le moment, mais qu'il la fermerait; le marquis
-de Digoine avait repassé à minuit, puis à trois heures du matin: la
-porte était toujours ouverte et gardée par un soldat de la milice de
-Versailles[207]. Et un officier de cette garde nationale parisienne,
-en laquelle Lafayette avait une si aveugle confiance, s'informait avec
-soin «du chemin le plus court pour gagner les appartements de la Reine
-et des passages dérobés qui pouvaient y conduire sans être aperçu[208].»
-
-Dès que le jour commence à paraître, les bandes s'éveillent. A cinq
-heures et demie du matin, des groupes d'hommes et de femmes, armés
-de piques, de lances, de sabres, de bâtons, se forment sur la Place
-d'Armes et se ruent sur le Château. «Des tambours les appellent; des
-étendards qui portent des flammes rouges et bleues les rallient[209].»
-Une troupe pénètre dans la cour des Ministres, dont la grille est
-restée ouverte, et, trouvant la porte Royale fermée, revient en
-arrière, franchit la grille des Princes, gardée par deux miliciens qui
-la laissent passer, et se répand dans le parc, sous les fenêtres de
-la Reine. La Reine, réveillée par le bruit, sonne sa première femme,
-Mme Thibaut, et lui demande ce que signifie ce tumulte. Mme
-Thibaut lui répond que ce sont sans doute les femmes de Paris qui n'ont
-pas trouvé à se coucher, et la Reine, tranquillisée, reste dans son
-lit[210].
-
-La foule grossit; de nouveaux flots arrivent à chaque instant. Le
-major des gardes du corps, le marquis d'Aguesseau, place plusieurs
-gardes pour défendre le passage des Colonnades, qui, de la cour des
-Princes, donne accès dans la cour Royale. Mais que peuvent quelques
-soldats contre cette marée humaine, sans cesse montante? Le passage
-est forcé; la populace envahit en vociférant la cour Royale. Les
-bandes se forment, chacune dirigée par les chefs qui semblent le
-mieux connaître la disposition des lieux; l'une d'elles, conduite par
-deux hommes déguisés en femmes, court à la grille de la cour Royale,
-saisit un garde du corps, M. de Varicourt, qui vient d'y être mis en
-faction, l'entraîne sur la Place d'Armes et le massacre. Un misérable
-chiffonnier, vêtu d'une petite redingote à large plaque blanche[211],
-porteur d'une longue barbe noire, les bras nus, la tête coiffée d'un
-chapeau rond à forme très élevée[212], fend la foule, pose le pied sur
-la poitrine de M. de Varicourt et lui tranche la tête d'un coup de
-hache[213].
-
-Presque au même moment, un autre garde, en faction à la voûte de la
-chapelle, M. Deshuttes, est arraché de son poste par les bandits,
-entraîné par la grille de la cour Royale, sans que les sentinelles qui
-sont à cette grille fassent rien pour le protéger[214], et renversé à
-coups de crosses de fusil. L'homme à la longue barbe lui tranche la
-tête, et, les mains toutes sanglantes encore, va demander une prise
-de tabac au Suisse de la vicomtesse de Talaru, en lui disant d'un air
-triomphant: «En voilà un; ce ne sera pas le dernier[215].»
-
-Cela ne suffit pas en effet; il faut d'autres victimes; il en faut de
-plus hautes: «Ce n'est pas assez, hurlent les mégères, il nous faut le
-cœur de la Reine[216].»—«Prenons ses entrailles pour nous en faire des
-cocardes[217].»
-
-Les chefs sonnent de nouveau le hideux hallali, et la meute,
-haletante, enivrée par l'odeur du meurtre, se précipite à l'assaut
-d'une plus chaude curée. «Tue! tue! point de quartier. Allons chez
-la Reine[218],» s'écrie-t on de toutes parts. Une grande femme
-rousse agite une faucille[219]; une autre aiguise son couteau[220].
-Un milicien de Versailles, petit et noir, qui semble bien connaître
-les entrées du Château, se met à la tête d'une bande, qui s'élance par
-l'escalier de marbre, en vociférant des cris de mort et en demandant
-partout la chambre de la Reine. «C'est par là, c'est par là,» crient
-quelques voix[221]. Deux gardes du corps, MM. de Miomandre et du
-Repaire, cherchent en vain à s'opposer à ce flot furieux; ils sont
-jetés par terre, frappés à coups de piques et de crosses de fusil; mais
-avant de tomber baigné dans son sang, M. de Miomandre a eu le temps
-d'ouvrir la porte de l'antichambre de la Reine et de crier à l'une des
-femmes qui sont là: «Madame, sauvez la Reine! On en veut à sa vie[222]!»
-
-L'héroïque résistance des deux vaillants jeunes gens avait sauvé
-Marie-Antoinette. Une de ses femmes, Mme Auguié, qui a entendu le
-cri de détresse du garde du corps, ferme au verrou la porte de la
-seconde antichambre, puis elle court chez la Reine, où elle trouve
-Mme Thibaut. Toutes deux lui passent à la hâte un jupon et des bas,
-lui jettent un mantelet sur les épaules et l'entraînent par le petit
-couloir qui mène à l'Œil-de-Bœuf. La porte est fermée. On attend cinq
-minutes[223]; cinq minutes, un siècle! Que d'angoisses dans ce court
-moment de retard! On frappe; on se fait reconnaître; les valets du Roi
-ouvrent[224]; la Reine est sauvée! Quand les brigands, après avoir
-pillé la grande salle, parviennent à forcer les portes et à pénétrer
-dans les appartements royaux, ils n'y trouvent plus leur victime et
-ne peuvent assouvir leur rage que sur un lit vide[225]! «Le coup est
-manqué,» murmure, assure-t-on, un des assassins désappointés[226].
-
-Par une coïncidence touchante, au moment même où la Reine se réfugiait
-chez le Roi, le Roi se précipitait chez la Reine, par un escalier
-dérobé; ne l'y rencontrant pas et apprenant qu'elle était allée chez
-lui, il se hâtait de retourner dans ses appartements, où il la trouvait
-enfin, «le visage triste, mais calme[227].» Presque au même instant,
-Mme de Tourzel amenait le Dauphin, et la Reine courait chercher sa
-fille qu'elle ne tardait pas à ramener «avec une fierté et une dignité
-remarquables dans un pareil moment[228]».
-
-Mais le danger n'est pas conjuré. La foule remplit le palais,
-s'acharnant après les gardes du corps. Heureusement, Lafayette, enfin
-averti, accourt à cheval, à la tête de ses grenadiers, prend les
-malheureux gardes sous sa protection et chasse les bandits qui sont là,
-occupés à briser et à piller. Il monte au Château; les appartements
-y sont pleins de monde. Le Roi, avec ses ministres, se tient dans
-la salle du Conseil; le duc d'Orléans y est aussi, causant d'un
-air dégagé avec Duport[229]. Monsieur, Madame, Mesdames Tantes, le
-reste de la famille est dans la chambre du Roi. La Reine, debout dans
-l'encoignure d'une fenêtre, regarde tristement au dehors; près d'elle,
-sa fille et Madame Elisabeth; devant elle, debout près d'une chaise, le
-Dauphin joue avec les cheveux de sa sœur: «Maman, j'ai faim,» murmure
-le pauvre enfant. Et la Reine ne peut que répondre, les larmes aux
-yeux: «Prends patience, mon enfant; il faut que ce tumulte soit fini.»
-
-La foule gronde sous les fenêtres du Château, dans la cour de Marbre.
-«Le Roi! le Roi! Nous voulons le voir.» Le Roi se présente; des cris
-de _Vive le Roi! Vive la Nation!_ éclatent de toutes parts. Mais
-bientôt à ces cris s'en mêle un autre: «La Reine! la Reine au balcon!»
-On va prévenir la Reine; elle hésite un instant. «Madame, lui dit
-Lafayette, cette démarche est nécessaire pour calmer le peuple.»—«En
-ce cas, répond-elle, dussé-je aller au supplice, je n'hésite plus; j'y
-vais.» Elle prend ses enfants par la main et paraît à la fenêtre[230].
-«Point d'enfants!» vocifère la foule. La «Reine sur le balcon, seule,
-seule[231]!» La Reine, d'un geste sublime, repousse ses enfants
-dans l'appartement, et seule, debout, les mains croisées sur sa
-poitrine[232], mille fois plus belle dans sa modeste redingote de toile
-rayée jaune[233] que dans la parure de ses jours de fête, elle reste
-sur le balcon, pâle, les cheveux en désordre[234], la lèvre plissée, la
-tête haute, imposant un respect involontaire et défiant les balles.
-«Deux minutes, deux siècles, elle est là[235].» Un homme, vêtu d'un
-costume de garde national, la met en joue, mais n'ose tirer[236].
-
-Un mouvement se fait dans la foule: l'héroïsme de la Reine et son
-imprudence sublime ont opéré une réaction en sa faveur, et ces mégères
-qui, il n'y a qu'un instant, voulaient la mettre en pièces, maintenant
-l'acclament: «_Vive la Reine!_» crient-elles[237]. «Son génie, a dit
-Rivarol, redressa tout à coup l'instinct de la multitude égarée, et,
-s'il fallut à ses ennemis des crimes, des conjurations et de longues
-pratiques pour la faire assassiner, il ne lui fallut, à elle, qu'un
-mouvement pour se faire admirer[238].»
-
-Chose étrange! Cette femme si impopulaire, si indignement calomniée
-près du peuple, dès qu'elle se retrouve face à face avec ce peuple,
-reconquiert son prestige et, par le seul ascendant de sa dignité et
-de la vérité, force la foule hostile à s'incliner devant elle et à
-l'applaudir[239].
-
-Quelques femmes cependant, plus opiniâtres dans leur haine, continuent
-à vomir contre elle d'infâmes injures[240].
-
-Mais les enthousiasmes populaires passent vite et il y a des rancunes
-plus mortelles et plus sûres que les balles. Marie-Antoinette le sait,
-et, en quittant le balcon, elle s'approche de Mme Necker et lui dit
-avec des sanglots étouffés: «Ils vont nous forcer, le Roi et moi, à
-nous rendre à Paris, avec les têtes de nos gardes du corps, portées
-au bout de leurs piques!» Et, serrant son fils dans ses bras, elle le
-couvre de baisers et de larmes[241].
-
-La Reine, hélas! ne se trompait pas; de nouveaux cris se font entendre:
-«_Le Roi à Paris! le Roi à Paris!_» Le Roi hésite, consulte ses
-ministres, consulte Lafayette. Mais comment pourrait-il résister? On se
-décide à partir et, pour calmer la foule, on jette des petits papiers
-qui annoncent la détermination, ou plutôt la capitulation du monarque.
-Des acclamations effroyables éclatent dans la cour; en signe de joie,
-les soldats déchargent leurs fusils; les canonniers, leurs pièces[242].
-Lafayette interroge la Reine: «Madame, dit-il, quelle est votre
-intention personnelle?»—«Je sais le sort qui m'attend,» répond-elle;
-«mais mon devoir est de mourir aux pieds du Roi et dans les bras de mes
-enfants[243].»
-
-A une heure vingt-cinq minutes, la famille royale descendit l'escalier
-de marbre, encore teint du sang de ses défenseurs[244], et monta en
-voiture. Le peuple s'impatientait; à peine vainqueur, il avait toutes
-les exigences de la souveraineté. Le nouveau maître de la France avait
-failli attendre; il ne voulait pas même laisser à la vieille royauté
-le temps de faire ses préparatifs de départ. Mais le passage était
-tellement obstrué que les voitures ne purent se mettre en marche qu'à
-deux heures.
-
-L'avenue de Paris était couverte de gens armés. En tête du cortège
-s'avançaient deux hommes portant au bout de leurs piques les têtes
-livides des malheureux Deshuttes et de Varicourt; plusieurs gardes du
-Roi à pied, escortés de brigands à moitié ivres, marchaient derrière
-ces hideux trophées. «Après eux venaient deux autres gardes, sans
-armes, dont l'un était en bottes, ayant une blessure au col, sa chemise
-et ses vêtements ensanglantés, et tenu au collet par deux hommes en
-uniforme national, une épée nue à la main; plus loin, il y avait un
-groupe de gardes du Roi à cheval, les uns en croupe, les autres sur
-la selle, ayant presque tous un compagnon en uniforme national, qui
-était monté avec eux; une partie de la populace et des femmes qui les
-environnaient obligeaient les gardes du Roi à crier: _Vive la Nation!_
-et à boire et à manger avec eux[245].» Après cette étrange avant-garde,
-une voiture dans laquelle étaient le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame
-Royale, Monsieur, Mme Élisabeth, Mme de Tourzel; autour de la
-voiture, et comme une lamentable escorte, des gardes désarmés, des
-hommes déguenillés, des femmes avinées qui criaient: «_Nous ramenons le
-boulanger, la boulangère et le petit mitron_[245].» Comme pour donner
-raison à ces clameurs ignobles, une soixantaine de chariots de farine,
-couronnés de feuillage et conduits par des forts de la halle; quelques
-rares cris de _Vive le Roi!_ des cris plus fréquents de: _A bas la
-calotte! Tous les évêques à la lanterne[246a]!_ Des femmes, des mégères,
-Théroigne de Méricourt en tête, grimpées sur des canons, entassées dans
-des fiacres, parées des dépouilles des gardes du corps, vomissant, de
-temps à autre, des injures contre la Reine; puis, à la fin, pour clore
-le défilé et consacrer en quelque sorte la défaite de la royauté et
-sa propre servitude, une députation de l'Assemblée, traînée dans les
-voitures de la Cour, à la portière desquelles des hommes à piques
-venaient demander s'il n'y avait pas de calotins pour les mettre à la
-lanterne[247]!...... Quel cortège pour le petit-fils de Louis XIV!
-
-La journée était splendide; par une de ces ironies poignantes dont
-on devait avoir un nouvel exemple au 10 août, la nature semblait en
-fête; tout était calme et gai. Dans les bois de Viroflay, les oiseaux
-chantaient; les feuilles avaient ces belles teintes jaunes et rouges
-dont elles se revêtent avant de tomber; «l'air agitait à peine les
-arbres[248];» le ciel était sans nuage; un soleil radieux, un de ces
-beaux soleils d'automne, éclairait le convoi funèbre de la monarchie.
-
-Pendant ce triste voyage, la Reine gardait son calme et sa majesté.
-Elle parlait aux hommes et aux femmes qui entouraient sa voiture: «Le
-Roi,» leur disait-elle, «n'a jamais voulu que le bonheur de son peuple.
-On vous a dit bien du mal de nous; ce sont ceux qui veulent vous nuire.
-Nous aimons tous les Français.» Et quelques-uns de ces gens, touchés
-de tant de bonté, émerveillés de tant de sang-froid, murmuraient
-naïvement: «Nous ne vous connaissions pas; on nous a bien trompés[249]!»
-
-«J'ai vu ce sinistre cortège, a écrit un témoin oculaire[250]. Au
-milieu de ce tumulte, de ces clameurs, de ces fréquentes décharges de
-mousqueterie, que la main d'un monstre ou d'un maladroit pouvait rendre
-si funestes[251], je vis la Reine conservant la tranquillité d'âme la
-plus courageuse, un air de noblesse et de dignité inexprimable, et mes
-yeux se remplirent d'admiration et de douleur.» Burke avait raison de
-dire, dans un élan de sombre enthousiasme: «On aime à savoir que des
-êtres destinés à souffrir sachent bien souffrir[252].»
-
-Et plus tard, lorsque, dans l'enquête ouverte sur ce grand attentat des
-journées d'octobre, une députation du Châtelet vint lui demander son
-témoignage, elle ne sut faire que cette réponse sublime: «J'ai tout vu,
-tout su, tout oublié!»
-
-Le trajet fut long; il dura sept heures. A la grille de Chaillot,
-Bailly vint haranguer le Roi et lui présenter les clefs de la ville.
-Avec un manque de tact incroyable chez un homme d'esprit: «Quel beau
-jour, Sire, dit-il, que celui où les Parisiens vont posséder dans leur
-ville Votre Majesté et sa famille!» A ce mot, le Roi ne put s'empêcher
-de soupirer et de dire: «Je souhaite, Monsieur, que mon séjour y ramène
-la paix, la concorde et la soumission aux lois[253].»
-
-Il fallut aller à l'Hôtel-de-Ville; le Roi y répugnait et
-Marie-Antoinette eût voulu se soustraire à cette dernière
-humiliation; mais Moreau de Saint-Merry, interrogé si elle pouvait
-s'en dispenser, avait répondu: «J'espère que la Reine pourra revenir
-de l'Hôtel-de-Ville; mais je doute qu'elle puisse aller seule aux
-Tuileries.» Des cris: _A la lanterne!_ se faisaient entendre; c'est
-ainsi que Paris accueillait la famille royale que, suivant le mot de
-Bailly, il avait reconquise.
-
-Le Roi entra d'un pas tranquille dans l'assemblée des représentants de
-la Commune; la Reine suivait, tenant ses enfants par la main. «C'est
-toujours avec plaisir et confiance, dit le prince en entrant, que je me
-vois au milieu des habitants de ma bonne ville de Paris.» Bailly répéta
-ces paroles au peuple et oublia le mot confiance. La Reine le lui
-rappela: «Messieurs, reprit galamment Bailly, vous êtes plus heureux
-que si je ne m'étais pas trompé[254].»
-
-Le Roi et la Reine étaient montés sur un trône qu'on avait préparé à
-la hâte. Mais le peuple voulait voir sa conquête; il fallut paraître
-aux fenêtres de l'Hôtel-de-Ville, entre deux flambeaux, afin que les
-traits mieux éclairés fussent plus reconnaissables. Sous ce dais
-d'un nouveau genre, le Roi et la Reine saluèrent la foule. La foule,
-toujours mobile, applaudit avec un enthousiasme irrésistible ceux
-qu'elle insultait tout à l'heure: On criait sur la place de Grève:
-«_Vive le Roi! Vive la Reine! Vive le Dauphin et nous tous[255]!_» On
-se félicitait, on s'embrassait en pleurant d'attendrissement et de
-joie; il semblait que la présence du Roi à Paris eût tout sauvé.
-
-A dix heures, le lugubre cortège rentra aux Tuileries. La famille
-royale était prisonnière; l'Assemblée l'était aussi. Joseph II avait
-raison d'écrire à son frère Léopold: «La racaille de Paris va être le
-despote de toute la France[256].»
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
- Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues de la Reine avec
- la foule; bonne entente réciproque.—Visites officielles des corps
- constitués.—Murmures dans le peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle
- fait retirer des reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses
- bijoux chez son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du
- corps.—Pillage de la maison du boulanger François.—Représentation
- de _Charles IX_.—Comment la famille royale est installée et vit
- aux Tuileries.—Education des enfants.—Lettre de la Reine à Mme
- de Tourzel.—Bienfaisance de Marie-Antoinette.—Traits charmants du
- Dauphin.—Première communion de Madame Royale.
-
-
-Le Palais des Tuileries était resté inhabité, presque sans
-interruption, depuis 1665; rien n'y était préparé pour recevoir les
-hôtes augustes que la volonté du nouveau souverain venait d'y interner.
-Des ouvriers, prévenus à la dernière heure, s'efforçaient d'y faire
-à la hâte quelques réparations indispensables; des échelles étaient
-dressées de tous côtés[257]. Les meubles étaient vieux, les tentures
-fanées; les appartements, mal éclairés[258]; les lits manquaient, les
-portes ne fermaient pas; le Dauphin dut passer la nuit dans une chambre
-ouverte de tous côtés et dans laquelle sa gouvernante se barricada
-comme elle put. «Tout est bien laid ici, Maman,» dit l'enfant en y
-entrant. «Mon fils,» répondit la Reine, «Louis XIV y logeait et s'y
-trouvait bien; nous ne devons pas être plus difficiles que lui[259].»
-Et se tournant vers les dames qui l'accompagnaient, comme pour
-s'excuser du dénuement du Château: «Vous savez, leur dit-elle avec un
-triste sourire, que je ne m'attendais pas à venir ici[260].»
-
-Le lendemain, dès l'aube, une foule immense se pressait dans le jardin;
-cédant à l'orgueil du triomphe ou plutôt entraînée par un vieil
-instinct royaliste, elle avait soif de voir cette famille royale dont
-la présence lui avait si longtemps manqué[261]. La cour, la terrasse,
-le parc étaient pleins de monde; on demandait à grands cris le Roi
-et la Reine; Mme Elisabeth alla les chercher. «La Reine, dit la
-princesse, parla avec toute la grâce que vous lui connaissez. Cette
-matinée fut très bien pour elle. Toute la journée, il fallut se montrer
-aux fenêtres; la cour et le jardin ne désemplissaient pas[262].» Quand
-Marie-Antoinette parut, les bravos furent si vifs et si universels que,
-d'après le récit d'un ardent patriote, la souveraine fut quelque temps
-sans pouvoir parler[263].
-
-Un certain nombre de femmes, venues avec des préjugés révolutionnaires,
-repartaient royalistes. L'une d'elles accusait la Reine d'avoir voulu
-faire bombarder Paris au 14 juillet et s'enfuir aux frontières le 6
-octobre. La Reine répliqua avec douceur que ses ennemis seuls avaient
-fait courir ce bruit et que ces calomnies avaient fait son désespoir et
-celui du meilleur des rois. La foule applaudit. Une autre lui adressa
-la parole en allemand. Marie-Antoinette répondit qu'elle ne l'entendait
-plus, qu'elle était devenue française, qu'elle avait oublié même sa
-langue maternelle. Des bravos accueillirent cette déclaration. Quelques
-femmes prièrent la Reine de faire un pacte avec elles: «Eh! comment,
-reprit-elle, puis-je faire un pacte avec vous, puisque vous ne croyez
-pas à celui que mes devoirs me dictent et que je dois respecter pour
-mon propre bonheur?» Ces femmes lui demandèrent alors des fleurs de son
-chapeau; elle les détacha elle-même et toute la troupe se les partagea
-en criant: «_Vive Marie-Antoinette! Vive notre bonne Reine[264]!_»
-L'enthousiasme fut général, et, à cette heure, il était sincère.
-
-«La même foule et le même empressement pour voir la famille royale,
-raconte Mme de Tourzel, continuèrent plusieurs jours avec la même
-indiscrétion et poussée à un tel point que plusieurs poissardes
-sautèrent dans l'appartement de Mme Élisabeth, qui supplia le
-Roi de la loger ailleurs[265].» Mais la Reine était touchée de ces
-empressements, et, dans sa bonté confiante, elle excusait presque les
-emportements de ce peuple, qui, vu de près, et laissé à lui-même, lui
-apparaissait si bon. Un jour, elle était allée visiter, au faubourg
-Saint-Antoine, la manufacture de glaces; elle fut accueillie avec
-enthousiasme: «Que le peuple est bon, dit-elle, quand on vient le
-chercher!»—«Il n'est pas si bon, riposta un courtisan, quand il va
-chercher.»—«Oh! reprit-elle avec vivacité, c'est qu'alors il est mené
-par des impulsions étrangères[266].» Au lendemain des jours d'octobre,
-elle croyait encore à la bonté des Parisiens! Et cependant, au milieu
-de ces angoisses, ses cheveux, d'un blond si beau, étaient subitement
-devenus blancs et, au bas de son portrait, peint pour Mme de
-Lamballe, elle avait de sa main écrit ces mots: «Ses malheurs l'ont
-blanchie[267].»
-
-Aux visites populaires succédèrent les présentations officielles. La
-Royauté vaincue conservait encore son prestige et le Roi occupait
-toujours son trône. Le Parlement fut reçu le premier, le vendredi 9
-octobre; sa députation comptait trente membres, ayant à leur tête le
-Premier Président. «Sa Majesté reçut la députation dans son cabinet,
-ayant à sa droite le Dauphin debout, un ployant derrière lui, et
-Madame, fille du Roi, à sa gauche, également debout, avec un ployant
-derrière elle. La Reine après sa réponse voulut bien ajouter que, M. le
-Dauphin et Madame ne pouvant recevoir dans leur appartement, elle les
-avait fait venir près de sa personne pour que le Parlement ne fût pas
-privé du bonheur de les voir[268].»
-
-Le même jour, à midi, ce fut la Commune de Paris, conduite par Bailly
-et Lafayette. «Madame,» dit Bailly à la Reine, «je viens apporter à
-Votre Majesté les hommages de la ville de Paris, avec les témoignages
-de respect et d'amour de ses habitants. La ville s'applaudit de vous
-voir dans le palais de nos rois; elle désire que le Roi et Votre
-Majesté lui fassent la grâce d'y établir leur résidence habituelle;
-et lorsque le Roi accorde cette grâce, lorsqu'il daigne lui en donner
-l'assurance, elle est heureuse de penser que Votre Majesté a contribué
-à la lui faire obtenir.» La Reine fit à Bailly cette courte réponse:
-«Je reçois avec plaisir les hommages de la ville de Paris, je suivrai
-le Roi avec satisfaction partout où il ira et surtout ici[269].»
-
-Le mois tout entier fut consacré à des cérémonies de ce genre. La
-Cour des aides fut reçue le 11; l'Université, le même jour; le
-Grand Conseil, le mercredi 14; la Chambre des comptes, la Cour des
-monnaies et le Conseil privé, le lundi 19. Ce jour-là, la Reine était
-incommodée et ne put voir personne. Enfin, le 20, à six heures et
-demie du soir, l'Assemblée nationale, de retour à Paris, malgré les
-sombres pressentiments de ses membres les plus sages, de Malouet en
-particulier[270], et qui avait tenu la veille sa première séance à
-l'Archevêché, se présenta inopinément au Château[271].
-
-Pour la première fois, les députés n'avaient pas revêtu le costume de
-cérémonie; les évêques même et les curés étaient en habit court. Le
-Roi les reçut, assis et couvert, ayant seulement ôté son chapeau à
-l'entrée et pendant les révérences du Président. De l'appartement du
-Roi, l'Assemblée passa dans celui de la Reine, en traversant le cabinet
-et la galerie. La Reine, dit le compte rendu officiel, n'étant pas
-prévenue de l'hommage que l'Assemblée désirait rendre à Sa Majesté,
-était en ce moment à sa toilette et se disposait à jouer en public. Le
-désir de ne point faire attendre l'Assemblée engagea la Reine à donner
-audience sur-le-champ, sans être en grand habit. Sa Majesté s'étant
-donc placée dans son fauteuil dans le grand cabinet, les officiers des
-cérémonies introduisirent l'Assemblée, comme ils avaient fait chez
-le Roi. L'appartement fut rempli par les députés, dont un assez grand
-nombre ne purent entrer. La Reine se leva pour recevoir l'Assemblée,
-et M. Fréteau, dans son discours, ayant témoigné le désir qu'avaient
-les représentants de la nation de voir M. le Dauphin entre les bras
-de Sa Majesté[272], la Reine ordonna au maître des cérémonies de
-l'aller chercher, et lorsqu'il fut arrivé, la Reine le prit dans ses
-bras et le fit voir à tous les députés qui firent retentir la salle
-d'applaudissements et des acclamations réitérées de _Vive le Roi!
-Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Sa Majesté voulut bien faire ainsi
-le tour du cabinet, pour que tous les députés pussent voir M. le
-Dauphin, et dire en même temps des paroles pleines de bonté à ceux
-d'entre eux qui se trouvaient près d'elle. La Reine rentra ensuite
-dans son appartement, et l'Assemblée se retira, reconduite jusqu'au
-bas de l'escalier par les officiers des cérémonies. Le maître des
-cérémonies[273] croit devoir faire observer à cette occasion que la
-Reine, «recevant toujours les Corps de la même manière que le Roi,
-aurait pu ne pas se lever, à l'entrée de l'Assemblée nationale, et
-que ce fut une marque particulière d'égards que Sa Majesté voulut lui
-donner en se levant et en disant un mot sur ce qu'Elle n'était point en
-grand habit[274].»
-
-Le maître des cérémonies a soin d'ajouter un peu plus loin que
-toutes ces «irrégularités», comme il les appelle, ne tiennent qu'aux
-circonstances et qu'elles ne sauraient tirer à conséquence pour
-l'avenir. Etrange préoccupation dans un pareil moment! La monarchie
-croulait, et M. de Nantouillet ne songeait qu'au renversement de
-l'étiquette!
-
-A l'Assemblée succédèrent la municipalité de Paris, le Châtelet, le
-bureau des Trésoriers de France, l'Amirauté et, en dernier lieu, le 16
-novembre, l'Académie française, qui harangua la Reine et le Dauphin par
-la bouche de son directeur, le chevalier de Boufflers[275].
-
-Dans toutes ces réceptions, officielles ou populaires, Marie-Antoinette
-se retrouvait avec sa dignité simple et ce charme séducteur auquel ses
-malheurs récents ajoutaient je ne sais quel attrait de plus. «Il est
-impossible, écrivait Mme Élisabeth le 13 octobre, de mettre plus de
-grâce et de courage que la Reine n'en a mis depuis huit jours[276].»
-Mais ce courage était parfois nerveux et cette grâce se voilait de
-mélancolie. Tout était tranquille en apparence. Le pain était revenu
-en abondance; une certaine détente semblait se produire. Intimidé
-par Lafayette, le duc d'Orléans était parti pour l'Angleterre, sous
-prétexte d'une mission qui déguisait mal un exil. Mais que de passions
-grondaient sous cette surface calme! Le petit Dauphin, avec la naïve
-insouciance de son âge, pouvait écrire à Mme de Polignac: «Oh!
-Madame, comme vous auriez été malheureuse les 5 et 6 octobre; mais à
-présent nous sommes tous heureux[277].» La Reine ne pouvait avoir ni
-cette gaîté enfantine, ni cette confiance; ses ennemis n'avaient pas
-désarmé.
-
-Le surlendemain même de son retour à Paris, une émeute avait éclaté au
-Mont-de-Piété. On avait fait courir le bruit,—dans quelle intention, on
-le devine facilement,—on avait même annoncé dans les papiers publics
-que la Reine retirerait tous les objets mis en gage, et la foule
-s'était pressée, impatiente et houleuse, aux portes des bureaux[278].
-Déçue dans son attente, elle s'était portée aux Tuileries, appelant à
-grand cris la Reine et réclamant l'exécution de sa prétendue promesse.
-Quelques personnes engageaient Marie-Antoinette à céder à ce désir
-tumultueux. Mesdames de Tourzel et de Chimay l'en dissuadèrent, et,
-haranguant elles-mêmes la foule, l'engageant à s'en reposer sur la
-bonté bien connue de la souveraine, finirent par la déterminer à se
-retirer tranquillement. Quelques jours après, la Reine, toujours
-prête à signaler son passage par des bienfaits, obtenait du Roi
-l'autorisation de retirer du Mont-de-Piété tous les objets qui
-n'excéderaient pas la valeur d'un louis. Il y en eut pour trois cent
-mille livres. Un peu plus tard, elle faisait rendre la liberté à quatre
-cents pères de famille, détenus pour dettes de mois de nourrice.
-
-Mais cette bonté même n'arrêtait pas la calomnie. Souvent une populace
-soudoyée venait, jusque sous les fenêtres des Tuileries, vomir des
-injures contre les malheureux souverains. On allait plus loin; sous le
-titre de délégués et sous prétexte de haranguer le Roi, des individus,
-sortis de la lie du peuple, pénétraient au Château et, en présence de
-la famille royale, répétaient des outrages inspirés et payés. L'abus
-était tel que les ministres proposèrent d'interdire à de telles gens
-l'entrée du Palais. «Non,» répondirent le Roi et la Reine, «ils peuvent
-venir, nous aurons le courage de les entendre.»
-
-Un jour, s'adressant à Louis XVI, un homme de cette trempe osa
-inculper, dans les termes les plus offensants, Marie-Antoinette qui
-assistait à l'entrevue: «Vous vous trompez,» reprit le Roi avec
-douceur, «la Reine et moi n'avons pas les intentions qu'on nous prête;
-nous agissons de concert pour votre bien commun.» Lorsque la députation
-fut partie, ajoute Hue, à qui nous empruntons ce fait, la Reine fondit
-en larmes[279].
-
-Dans de telles conditions, la confiance ne pouvait renaître; et dès
-le 10 octobre 1789, la Reine faisait transporter chez son bijoutier
-Daguerre[280] la majeure partie de cette précieuse collection d'objets
-d'art qu'elle avait réunie: laques du Japon, porcelaines de Chine,
-bois pétrifiés, coffrets de jaspe, coupes d'agate orientale, vases
-de sardoine brune, boîtes à parfiler, aiguières en cristal de roche:
-objets charmants, dont le style exquis séduit aujourd'hui encore les
-visiteurs du Musée du Louvre et dont les commissaires de la Convention
-eux-mêmes seront forcés de reconnaître le «beau et riche travail».
-C'était, disait le procès-verbal d'inventaire, «afin de les faire
-monter, d'autres réparer, et y faire des étuis et coffres à l'effet
-de pouvoir les transporter avec sûreté.» Ils devaient en effet être
-transportés à Saint-Cloud; mais les événements ne le permirent pas et
-c'est chez le successeur de Daguerre, Lignereux, que les commissaires
-délégués, les citoyens Nitot et Besson, vinrent en faire le
-récolement le 30 brumaire an II, et en demander le transfert au Musée
-national[281].
-
-A peine arrivée à Paris[282], la famille royale avait dû se résigner à
-un douloureux sacrifice. Par mesure de prudence, Louis XVI avait cru
-devoir éloigner de lui les gardes du corps. Il avait fallu se séparer
-de ces fidèles serviteurs, dont le dévouement avait seul arraché
-la Reine au poignard des assassins et qui eussent été une défense
-sûre contre des attentats futurs, si leur dévouement même ne les
-eût signalés à la fureur populaire: «Cela a été une peine bien vive
-pour le Roi et la Reine,» mandait Mme Elisabeth à la duchesse de
-Polignac[283].
-
-Vers la même époque, la Reine désolée écrivait à son amie: «J'ai pleuré
-d'attendrissement en lisant vos lettres. Vous parlez de mon courage;
-il en faut bien moins pour soutenir les moments affreux où je me suis
-trouvée que pour supporter notre position, ses peines à soi, celles de
-ses amis et celles de tous ceux qui nous entourent. C'est un poids trop
-fort à supporter, et si mon cœur ne tenait par des liens aussi forts à
-mon mari, mes enfants, mes amis, je désirerais de succomber; mais vous
-autres me soutenez; je dois encore ce sentiment à votre amitié. Mais,
-ajoutait-elle tristement, je vous porte à tous malheur et vos peines
-sont pour moi et par moi[284].»
-
-La garde nationale occupa les postes des Tuileries, comme, le 6
-octobre, elle avait occupé ceux de Versailles. Issue d'une émeute,
-née d'une pensée de défiance contre la monarchie, formée de soldats
-révoltés et de bourgeois naïfs et frondeurs, tiraillée entre les
-différents partis, condamnée par son origine même à partager les
-préjugés de la foule et les illusions de ses chefs, elle ne pouvait,
-quoiqu'elle eût été très attentive au début[285], apporter à la
-défense de la royauté ni le dévouement de serviteurs séculaires, ni la
-solidité d'une troupe disciplinée[286]. L'agitation, un moment apaisée,
-avait vite recommencé. «Nous vivons au milieu des alertes, écrivait
-un attaché de la légation de Saxe; le peuple ne paraît pas encore
-satisfait, malgré tout ce qu'il a obtenu[287].» Les portes cochères
-des maisons un peu marquantes avaient été crayonnées de noir ou de
-rouge; on redoutait une émeute[288]. Le 21 octobre, en effet[289], le
-surlendemain du jour où l'Assemblée tenait à Paris sa première séance,
-la populace assaillait la boutique d'un boulanger nommé François[290],
-la pillait, pendait le boulanger en place de Grève, lui coupait la
-tête et la promenait dans les rues au bout d'une pique[291]. La Reine
-ne put que donner sur sa cassette une petite pension à la veuve de cet
-infortuné; elle lui envoya six mille francs[292].
-
-Le 4 novembre, le _Charles IX_, de Chénier, d'abord interdit, puis
-autorisé par la faiblesse de Bailly, mettait en feu les spectateurs du
-Théâtre-Français. Malgré les protestations de l'auteur et sa dédicace
-enthousiaste au «prince magnanime» que trois ans plus tard il devait
-condamner à mort, l'attaque contre le trône était transparente, et le
-moment singulièrement choisi, comme le faisait justement remarquer
-Beaumarchais[293], lorsque le Roi et sa famille venaient résider à
-Paris. Chaque soir, les allusions étaient avidement saisies par un
-public ardent, qui sortait de là, dit Ferrières, «ivre de vengeance
-et tourmenté d'une soif de sang[294].» Les chefs de la révolution ne
-s'y trompaient pas. «Cette pièce, écrivait Camille Desmoulins, avance
-plus nos affaires que les journées d'octobre.» Et, le jour même de la
-première représentation, Danton disait au parterre: «Si _Figaro_ a tué
-la noblesse, _Charles IX_ tuera la royauté[295].»
-
-On conçoit que la Reine mît peu d'empressement à se montrer dans les
-théâtres où se jouaient de telles pièces, et que, sollicitée par une
-députation de la municipalité et de la garde nationale de paraître aux
-spectacles, elle ait répondu «qu'elle aurait infiniment de plaisir à
-se rendre à l'invitation de la ville de Paris, mais qu'il fallait du
-temps pour perdre le souvenir des affligeantes journées qu'elle venait
-de passer et dont son cœur avait trop souffert[296]». Tout émue des
-épreuves qui l'avaient assaillie, des dangers qu'elle avait courus,
-et qui l'attendaient encore, quoiqu'elle affectât de n'avoir point
-d'inquiétude[297], alarmée des symptômes qu'elle découvrait chaque
-jour, et mal rassurée contre les menaces de la rue par la protection de
-Lafayette, et de sa milice parisienne, elle se renfermait au Château et
-s'absorbait dans la vie de famille.
-
-Après quelques tâtonnements, inévitables dans le désarroi du premier
-moment, on avait fini par s'organiser aux Tuileries. Les meubles
-avaient été apportés de Versailles, et le Roi et la Reine avaient
-marqué eux-mêmes leurs logements et ceux de leur suite. Le Roi, pour
-avoir son fils près de lui, avait partagé ses appartements avec le
-Dauphin; il occupait au rez-de-chaussée, sur le jardin, trois pièces
-auxquelles on arrivait par la galerie de gauche. A l'entresol était son
-cabinet de géographie; au premier, sa chambre à coucher; près de cette
-pièce, la chambre du Conseil.
-
-Les appartements de la Reine étaient près de ceux du Roi. En bas,
-son cabinet de toilette, sa chambre à coucher et le salon de
-compagnie. A l'entresol, la bibliothèque, qu'elle avait fait venir de
-Versailles[298]: bibliothèque grave et pieuse, «qui, dit un auteur,
-annonce un esprit sérieux et cultivé[299]»; et où, parmi des ouvrages
-d'apologétique chrétienne, de philosophie et d'histoire, on ne trouve
-que de rares romans, les poètes classiques et quelques pièces de
-théâtre[300]. Au-dessus de cette bibliothèque, l'appartement de Madame,
-séparé de la chambre du Roi par celle du Dauphin. Mme de Tourzel
-habitait le rez-de-chaussée[301]. Un petit escalier noir reliait
-l'appartement du jeune prince à celui de sa gouvernante. Seules, la
-Reine et Mme de Tourzel en avaient la clef[302]. D'autres escaliers
-permettaient au Roi et à la Reine de communiquer librement entre eux
-et avec leurs enfants. Mme de Lamballe occupait le rez-de-chaussée
-du pavillon de Flore; Mme Elisabeth, le premier étage; Mesdames de
-Mackau, de Grammont, d'Ossun, l'étage supérieur; Mesdames, le pavillon
-de Marsan. Monsieur et Madame habitaient le Luxembourg[303].
-
-Au bout de quelques jours, la Cour avait repris ses habitudes. Les
-principales charges, les premiers gentilshommes de la chambre, les
-ducs de Villequier et de Duras, le grand prévôt, marquis de Tourzel,
-le grand maréchal-des-logis, marquis de Brézé, étaient revenus à
-leur poste[304]. Il y avait jeu les dimanche et jeudi, et parfois
-grand couvert le dimanche[305]. La princesse de Lamballe essaya, pour
-distraire sa royale amie, d'organiser chez elle quelques soirées. Mais
-Marie-Antoinette n'avait plus le cœur à la joie. Il y avait, par un
-reste d'étiquette, quelques actes de représentation; mais, la plupart
-du temps, la Reine restait chez elle avec son mari et ses enfants.
-Elle déjeunait seule tous les jours, voyait ensuite son fils et sa
-fille; pendant ce temps, le Roi venait lui rendre visite. Puis elle
-allait à la messe; durant quelque temps, et jusqu'à ce qu'on ait eu
-le temps d'élever une sorte de galerie en planches, elle traversait,
-pour se rendre à la chapelle, la grande terrasse du Château en plein
-air, au milieu des regards curieux ou hostiles[306]; après la messe,
-elle revenait s'enfermer dans ses cabinets. Elle dînait à une heure,
-avec le Roi, Madame Royale et Mme Elisabeth. Après le dîner, elle
-faisait, dans la galerie de Diane[307], une partie de billard avec
-Louis XVI, qui, ayant renoncé à sortir depuis le départ des gardes du
-corps[308], avait besoin d'un peu d'exercice; elle travaillait à la
-tapisserie et rentrait de nouveau chez elle jusqu'à huit heures, heure
-à laquelle Monsieur et Madame arrivaient pour souper. A onze heures, on
-se séparait[309].
-
-Dans ses appartements, la vie de Marie-Antoinette se partageait entre
-le travail manuel et l'éducation de ses enfants. Son esprit, soucieux
-des affaires publiques, avait besoin d'une distraction qui occupât les
-doigts sans absorber l'attention. Le travail manuel lui rendait ce
-service; elle l'avait toujours aimé; elle s'y attacha plus encore. On
-la vit entreprendre de grands ouvrages de tapisserie, besogne facile,
-qui laissait à la pensée sa liberté, et Mme Campan assure qu'une
-marchande de Paris, Mme Dubuquois, conserva longtemps dans son
-magasin un tapis fait par la Reine et Mme Elisabeth pour le grand
-appartement du rez-de-chaussée des Tuileries[310].
-
-Mais le meilleur et le plus cher de son temps était réservé à ses
-enfants. Dès le 12 août, elle avait écrit à la duchesse de Polignac:
-«Mes enfants font mon unique ressource; je les ai le plus possible
-avec moi[311].» Aux Tuileries, c'était plus encore. La matinée était
-consacrée à l'éducation de Madame Royale, qui prenait toutes ses leçons
-sous les yeux de sa mère. Quand le temps était beau, la Reine faisait
-avec ses enfants une promenade dans le jardin des Tuileries[312], qui
-n'était ouvert au public qu'à midi[313]. C'était une consolation pour
-elle et une vraie joie pour le Dauphin, qui aimait passionnément le
-grand air et l'exercice. Il eût bien voulu circuler dans Paris; mais,
-au début, on ne l'osait pas, et à la fin de novembre ou au commencement
-de décembre, le jeune prince écrivait à son ancienne gouvernante:
-«Nous ne sommes pas encore sortis des Tuileries; nous allons souvent
-nous promener avec maman dans le jardin[314].» Le dimanche, le curé
-de Saint-Eustache venait faire le catéchisme à Madame Royale, qui
-se préparait à sa première communion; le Dauphin assistait à ces
-instructions[315].
-
-C'était un charmant enfant que ce Dauphin, avec ses grands yeux bleus,
-ses longs cheveux bouclés, ses joues fraîches et roses, sa franche et
-communicative gaîté et cet entrain un peu étourdi que le malheur allait
-si tôt changer en une gravité précoce. Nul ne le connaissait mieux
-que sa mère; nul n'avait étudié avec une attention plus minutieuse et
-une plus sévère clairvoyance les défauts comme les qualités de son
-caractère. Quelques jours après le 14 juillet, appelant la marquise de
-Tourzel à la place de gouvernante des Enfants de France, que laissait
-vacante l'émigration de la duchesse de Polignac, et, comme elle le
-disait elle-même, remettant à la vertu ce qu'elle avait confié à
-l'amitié[316], Marie-Antoinette écrivait la lettre suivante:
-
- «24 juillet 1789.
-
-«Mon fils a quatre ans, quatre mois moins deux jours. Je ne parle ni
-de sa taille, ni de son extérieur; il n'y a qu'à le voir. Sa santé a
-toujours été bonne; mais, même au berceau, on s'est aperçu que ses
-nerfs étaient très délicats et que le moindre bruit extraordinaire
-faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses premières dents;
-mais elles sont venues sans maladies ni accidents. Ce n'est qu'aux
-dernières, et je crois que c'était à la sixième, qu'à Fontainebleau
-il a eu une convulsion. Depuis, il en a eu deux, une dans l'hiver de
-1787-1788, et l'autre à son inoculation; mais cette dernière a été
-très petite. La délicatesse de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il
-n'est pas accoutumé lui fait toujours peur; il a peur, par exemple,
-des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l'ai
-jamais forcé à en voir, parce que je crois qu'à mesure que sa raison
-viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts
-et bien portants, très léger et violent dans ses colères; mais il est
-bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l'emporte
-pas. Il a un amour-propre démesuré, qui, en le conduisant bien, peut
-tourner un jour à son avantage. Jusqu'à ce qu'il soit bien à son aise
-avec quelqu'un, il sait prendre sur lui et même dévorer ses impatiences
-et colères pour paraître doux et aimable. Il est d'une grande fidélité
-quand il a promis une chose; mais il est très indiscret; il répète
-aisément ce qu'il a entendu dire et souvent, sans vouloir mentir, il
-ajoute ce que son imagination lui a fait voir. C'est son plus grand
-défaut et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète,
-il est bon enfant, et avec de la sensibilité et en même temps de la
-fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu'on
-voudra. Mais la sévérité le révolterait, parce qu'il a beaucoup de
-caractère pour son âge, et, pour en donner un exemple, dès sa plus
-petite enfance, le mot pardon l'a toujours choqué. Il fera et dira
-tout ce qu'on voudra, quand il a tort; mais le mot pardon, il ne le
-prononcera qu'avec des larmes et des peines infinies.
-
-«On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi,
-et, quand ils ont eu des torts, à me les dire eux-mêmes. Cela fait
-qu'en les grondant j'ai l'air plus peinée et affligée de ce qu'ils
-ont fait que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui ou non,
-prononcé par moi, est irrévocable; mais je leur donne toujours une
-raison à la portée de leur âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que
-c'est humeur de ma part.
-
-«Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop
-étourdi pour s'appliquer. Il n'a aucune idée de hauteur dans la tête,
-et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours
-assez tôt ce qu'ils sont. Il aime sa sœur beaucoup et a bon cœur.
-Toutes les fois qu'une chose lui fait plaisir, soit d'aller quelque
-part ou qu'on lui donne quelque chose, son premier mouvement est
-toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai. Il a besoin,
-pour sa santé, d'être beaucoup à l'air, et je crois qu'il vaut mieux,
-pour sa santé, le laisser jouer et travailler à la terre sur les
-terrasses que de le mener plus loin. L'exercice que les petits enfants
-prennent en courant, en jouant à l'air, est plus sain que d'être forcés
-de marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins.
-
-«Je vais maintenant parler de ce qui l'entoure. Trois
-sous-gouvernantes: Mmes de Soucy, belle-mère et belle-fille, et
-Mme de Villefort.
-
-«Mme de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte,
-mais mauvais ton. La belle-fille, même ton. Point d'espoir. Il y a déjà
-quelques années qu'elle n'est plus avec ma fille; mais avec le petit
-garçon, il n'y a pas d'inconvénient. Du reste, elle est très fidèle et
-même un peu sévère avec l'enfant.
-
-«Mme de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte; elle a au
-moins aussi mauvais ton, et plus même, mais à l'extérieur. Toutes sont
-bien ensemble.
-
-«Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l'enfant. Mais
-Mme Lemoine, une caillette et bavarde, insoutenable, contant tout ce
-qu'elle sait dans la chambre, devant l'enfant ou non, cela est égal.
-Mme Neuville a un extérieur agréable, de l'esprit, de l'honnêteté;
-mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante.
-
-«Brunier, le médecin, a ma grande confiance, toutes les fois que les
-enfants sont malades; mais hors de là, il faut le tenir à sa place; il
-est familier, humoriste et clabaudeur.
-
-«L'abbé d'Avaux peut être fort bon pour apprendre les lettres à mon
-fils; mais du reste il n'a ni le ton, ni même ce qu'il faudrait pour
-être auprès de mes enfants, c'est ce qui m'a décidée dans ce moment à
-lui retirer ma fille; il faut bien prendre garde qu'il ne s'établisse
-hors les heures de leçons chez mon fils. C'est une des choses qui a
-donné le plus de peine à Mme de Polignac et encore n'en venait-elle
-toujours à bout; c'était la société des sous-gouvernantes. Depuis dix
-jours, j'ai appris des propos d'ingratitude de cet abbé, qui m'ont fort
-déplu.
-
-«Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent avec zèle; mais
-je ne puis pas compter beaucoup sur elles. Dans ces derniers temps,
-il s'est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre; mais je ne
-saurais dire exactement par qui; il y a cependant une Mme Belliard
-qui ne se cache pas sur ses sentiments; sans soupçonner personne, on
-peut s'en méfier. Tout son service en hommes est fidèle, attaché et
-tranquille.
-
-«Ma fille a à elle deux premières femmes et sept femmes de chambre.
-Mme Brunier, femme du médecin, est à elle depuis sa naissance, et la
-sert avec zèle; mais, sans avoir rien de personnel à lui reprocher, je
-ne la chargerais jamais que de son service. Elle tient du caractère de
-son mari. De plus, elle est avare et avide des petits gains qu'il y a à
-faire dans la chambre.
-
-«Sa fille, Mme Fréminville, est une personne d'un vrai mérite.
-Quoique âgée seulement de vingt-sept ans, elle a toutes les qualités
-d'un âge mûr. Elle est à ma fille depuis sa naissance et ne l'a jamais
-perdue de vue. Je l'ai mariée, et le temps qu'elle ne passe pas avec
-ma fille, elle l'occupe en entier à l'éducation de ses trois petites
-filles. Elle a un caractère doux et liant, est fort instruite, et c'est
-elle que je désire charger de continuer les leçons à la place de
-l'abbé d'Avaux. Elle en est fort en état, et puisque j'ai le bonheur
-d'en être sûre, je trouve que c'est préférable à tout. Au reste, ma
-fille l'aime beaucoup et y a confiance.
-
-«Les sept autres femmes sont de bons sujets et cette chambre est bien
-plus tranquille que l'autre. Il y a deux très jeunes personnes, mais
-elles sont surveillées par leurs mères, l'une à ma fille, l'autre par
-Mme Lemoine.
-
-«Les hommes sont à elle depuis sa naissance. Ce sont des êtres
-absolument insignifiants; mais comme ils n'ont rien à faire que le
-service, et qu'ils ne restent point dans sa chambre par delà, cela
-m'est insignifiant[317].»
-
-Laissons de côté les appréciations sur les personnes, que les
-événements ont pu et dû modifier par la suite[318]. Qui n'admirerait,
-au milieu de tant de préoccupations de toute sorte, la surveillance de
-cette mère, sa perspicacité et cet incessant souci de la santé et de
-l'éducation morale de ses enfants?
-
-Un mois après, elle écrivait encore à Mme de Tourzel, à propos d'un
-petit accès de colère du Dauphin:
-
-«Mon cher cœur, notre tendresse doit être sévère pour cet enfant;
-il ne faut pas oublier que ce n'est pas pour nous que nous devons
-l'élever, mais pour le pays. Les premières impressions sont si fortes
-dans l'enfance qu'en vérité je suis effrayée, quand je pense que nous
-élevons un Roi[319].»
-
-Le Dauphin s'élevait ainsi, s'instruisant aux leçons de l'abbé
-d'Avaux, et plus encore à celles de sa mère; il développait, sous
-cette chère influence, son esprit et son cœur. Sa mère, il l'adorait,
-heureux de son sourire, souffrant de ses peines, s'ingéniant sans cesse
-à lui faire plaisir. Il avait,—la lettre que nous venons de citer le
-constate,—une assez vive répugnance pour l'étude; il en triompha par
-amour filial. Un jour, Marie-Antoinette lui reprochait de ne pas savoir
-lire à quatre ans et demi.—«Eh bien! répondit-il, je le saurai pour vos
-étrennes.» «A la fin de novembre,» raconte Mme de Tourzel, il dit à
-son précepteur: «Il faut pourtant que je sache combien j'ai de temps
-jusqu'au jour de l'an, puisque j'ai promis à maman de savoir lire pour
-ce jour-là.» En apprenant qu'il n'y avait plus qu'un mois, il regarda
-l'abbé d'Avaux et lui dit avec un sang-froid inconcevable: «Donnez-moi,
-je vous prie, mon bon abbé, deux leçons par jour, et je m'appliquerai
-tout de bon.» Il tint parole, et, au jour fixé, entra triomphant chez
-la Reine, tenant un livre à la main; il se jeta à son cou: «Voilà vos
-étrennes,» lui dit cet aimable enfant; «j'ai tenu ma promesse; je sais
-lire à présent[320].»
-
-Une autre fois, entendant une femme dire d'une de ses amies: «Elle est
-heureuse comme une reine.»—«Heureuse comme une Reine! s'écria-t-il;
-ce n'est pas de maman que vous voulez parler, alors; car elle pleure
-toujours[321].»
-
-Les promenades officielles dans le jardin des Tuileries, sous l'escorte
-dès gardes nationaux, étaient une contrainte. Mme de Tourzel
-obtint qu'on arrangeât pour le Dauphin un petit jardin particulier,
-à l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau[322]. Le jeune prince
-s'y ébattait en toute liberté; il y élevait des lapins; il y soignait
-des oiseaux dans une volière, des canards sur un bassin[323]. Il y
-cultivait des fleurs, et les plus belles toujours étaient réservées à
-sa mère. D'autres fois, on le conduisait chez une parente de Mme de
-Tourzel, la marquise de Lède, qui possédait au faubourg Saint-Germain
-un bel hôtel et un vaste parc. Plus souvent, il accompagnait sa mère
-dans ses excursions charitables. Quand la Reine allait visiter les
-hôpitaux ou les pauvres, elle emmenait son fils avec elle et elle
-avait soin qu'il distribuât lui-même les aumônes qu'elle laissait
-dans les mansardes. Tantôt c'était aux Gobelins, et le président du
-district étant venu la complimenter, elle lui disait: «Monsieur, vous
-avez bien des malheureux; mais les moments où nous les soulageons nous
-sont bien précieux[324].» Tantôt à la Société de charité maternelle,
-qu'elle avait fondée et dont elle autorisait les dames à distribuer
-par mois seize cents livres pour la nourriture et le chauffage, douze
-cents pour des couvertures et des vêtements, sans compter les layettes
-qu'on donnait à trois cents mères[325]. Tantôt à l'école de dessin,
-aussi fondée par elle et à laquelle elle envoyait un jour douze cents
-livres, économisées à grand'peine, pour qu'on ne diminuât pas les
-récompenses et que ses chers élèves n'eussent pas à souffrir de sa
-propre détresse[326]. D'autres fois encore elle plaçait chez Mlle O.
-Kennedy quatre filles d'invalides, orphelines, qui sont, disait-elle,
-«l'objet de ma fondation[327].»
-
-Mais ce qui semblait attirer plus particulièrement le Dauphin, comme
-par un mystérieux pressentiment, c'était l'hospice des Enfants-trouvés.
-Marie-Antoinette l'y conduisait souvent, et la reconnaissance de ces
-pauvres enfants se traduisait encore par des acclamations, qui lui
-étaient bien douces; on y criait «beaucoup _Vive le Roi!_ et pas mal
-_Vive la Reine[328]!_» Le jeune prince ne s'éloignait de là qu'à regret
-et toutes ses petites économies étaient consacrées au soulagement de
-ces infortunés. Un jour, son père le surprit au moment où il rangeait
-des écus dans un joli coffret que lui avait donné sa tante, Mme
-Élisabeth: «Comment! Charles, lui dit-il d'un air mécontent, vous
-thésaurisez comme les avares?» L'enfant rougit, mais se remettant
-bientôt: «Oui, mon père, répondit-il; je suis avare, mais c'est
-pour les enfants trouvés. Ah! si vous les voyiez! Ils font vraiment
-pitié!» Le Roi se pencha vers son fils et, l'embrassant avec une de
-ces effusions de joie qu'il ne connaissait plus guère: «En ce cas, mon
-enfant, dit-il, je t'aiderai à remplir ton coffret.»
-
-Plus âgée et plus grave que son frère, Madame Royale sentait plus
-profondément les angoisses de la situation. Pour mettre un peu de gaîté
-dans sa vie, la Reine avait organisé chez Mme de Tourzel de petites
-réunions intimes, où elle allait de temps à autre prendre le thé et
-où sa fille rencontrait des jeunes amies de son âge. On jouait à de
-petits jeux; on courait à travers les appartements grands ouverts;
-on faisait même des parties de cache-cache, que plus tard le Dauphin
-se rappelait avec plaisir. Mais des soins plus sérieux occupaient
-le temps et s'imposaient au cœur de la jeune princesse. Depuis son
-arrivée à Paris, le curé de Saint-Eustache venait chaque dimanche lui
-faire le catéchisme et la préparer à sa première communion. Ce fut
-le mercredi saint 31 mars[329] qu'elle accomplit ce grand acte, à
-Saint-Germain-l'Auxerrois. Dès le matin, la Reine conduisit sa fille
-dans la chambre du Roi: «Ma fille, lui dit-elle, jetez-vous aux pieds
-de votre père et demandez-lui sa bénédiction.» Madame se prosterna;
-le Roi la bénit, la releva et lui adressa ces graves et religieuses
-paroles:
-
-«C'est du fond de mon cœur, ma fille, que je vous bénis, en demandant
-au Ciel qu'il vous fasse la grâce de bien apprécier la grande action
-que vous allez faire. Votre cœur est innocent aux yeux de Dieu; vos
-vœux doivent lui être agréables; offrez-les-lui pour votre mère et
-pour moi. Demandez-lui qu'il m'accorde la grâce nécessaire pour faire
-le bonheur de ceux sur lesquels il m'a donné l'empire et que je dois
-considérer comme mes enfants. Demandez-lui qu'il daigne conserver dans
-le royaume la pureté de la religion et souvenez-vous bien, ma fille,
-que cette sainte religion est la source du bonheur et notre soutien
-dans les adversités de la vie. Ne vous en croyez pas à l'abri. Vous
-êtes bien jeune; mais vous avez déjà vu votre père affligé plus d'une
-fois.
-
-«Vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous destine; si
-vous resterez dans ce royaume ou si vous irez en habiter un autre.
-Dans quelque lieu où la main de Dieu vous pose, souvenez-vous que vous
-devez édifier par vos exemples, faire le bien toutes les fois que
-vous en trouverez l'occasion; mais surtout, mon enfant, soulagez les
-malheureux de tout votre pouvoir. Dieu ne nous a fait naître dans le
-rang où nous sommes que pour travailler à leur bonheur et les consoler
-dans leurs peines[330].»
-
-Tels étaient les enseignements que ce «tyran» donnait à ses enfants,
-et les actes suivaient de près les paroles. Il était d'usage que les
-filles de France reçussent une parure en diamants le jour de leur
-première communion. Madame Royale n'eut pas ce brillant cadeau[331].
-La cérémonie s'accomplit avec la plus grande simplicité. La jeune
-princesse arriva à l'église, conduite par sa gouvernante et sa
-sous-gouvernante, Mme de Mackau; elle avait le maintien le plus
-recueilli et s'approcha de la Sainte Table avec les marques de la
-dévotion la plus sincère[332]. La Reine, qui avait fait ses Pâques la
-surveille[333], n'assista à la cérémonie qu'incognito et sans suite,
-«aussi simplement habillée qu'une bourgeoise,» raconte un témoin
-oculaire, mais avec une piété extrême et les yeux toujours fixés sur
-la jeune communiante[334]. Le jour même, d'abondantes aumônes furent
-distribuées aux pauvres des diverses paroisses de Paris; c'était le
-prix du collier de diamants que n'avait point reçu Madame Royale.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
- Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé sont déclarés à la
- disposition de la nation.—Suppression des Parlements.—Affaire de
- Favras.—Sa mort héroïque.—Plan d'évasion d'Augeard.—Démarche du
- Roi à l'Assemblée le 4 février 1790.—On présente à la Reine la
- veuve et le fils de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du
- Livre rouge.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à
- Saint-Cloud.—Fédération du 14 juillet 1790.—La famille royale est
- acclamée par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les
- journées d'octobre.
-
-
-Réinstallée à Paris, dans la salle du Manège, l'Assemblée avait
-repris le cours de ses discussions. Pour combler le déficit, elle
-s'en prenait au clergé. Le 2 novembre, sur la proposition du trop
-fameux évêque d'Autun, elle déclarait que les biens ecclésiastiques
-étaient à la disposition de la nation. C'était le premier pas dans la
-voie de la spoliation. Le lendemain, à l'instigation d'Adrien Duport,
-l'Assemblée ajournait la rentrée des Parlements, en attendant qu'elle
-les supprimât. Ainsi ce grand corps, qui avait été le promoteur de
-la réunion des États généraux, en était la première victime. Bientôt
-après, les provinces étaient remplacées par les départements. Les
-ministres acceptaient ces changements avec une facilité qui rendait
-leur résignation suspecte. «Le pouvoir exécutif fait le mort,»
-s'écriait Charles de Lameth[335], et les chefs de la Révolution se
-défiaient de cette attitude passive, lorsque l'affaire du marquis de
-Favras vint fournir un corps à leurs soupçons.
-
-Quel était au fond le plan du marquis de Favras? Voulait-il réellement
-enlever le Roi et la famille royale, pour les conduire hors de Paris?
-Préparait-il un plan de contre-révolution? Sous quelle inspiration?
-Avec quels appuis? Un grand mystère plane sur tous ces points et
-y planera probablement toujours, grâce à l'héroïque silence de
-l'accusé. On a dit que la Reine redoutait ses aveux[336]. Monsieur,
-dont les journaux avaient mêlé le nom à cette affaire, effrayé de ces
-dénonciations, crut devoir se justifier publiquement et se rendit,
-le lendemain de l'arrestation de Favras, à l'Hôtel-de-Ville, pour
-protester de son attachement à la Révolution: démarche étrange et qui
-fut jugée peu digne d'un fils de France[337].
-
-Le procès fut rapidement instruit: arrêté le 25 décembre 1789, et
-traduit devant le Châtelet, Favras répondit avec un calme admirable
-aux allégations de ses dénonciateurs, deux individus de petit état et
-de petite réputation. Mais l'arrêt était rendu d'avance: «Il fallait,
-écrivait Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, il fallait effrayer
-ceux qui voudraient servir le Roi; il fallait du sang au peuple et le
-sang d'un homme à qui l'on pût donner le nom d'aristocrate[338].» Le
-jour où le jugement fut rendu, la foule hurlait autour du prétoire,
-réclamant à grands cris la mort de l'accusé et essayant d'intimider
-les juges. Les juges cédèrent: la démonstration populaire suppléa aux
-preuves qui n'existaient pas, et Favras fut condamné à être pendu.
-«Votre vie, lui dit Quatremère, rapporteur du procès, est un sacrifice
-que vous devez à la tranquillité publique.» Favras ne répondit que
-par un regard de mépris à cette étrange théorie par laquelle, depuis
-l'origine du christianisme, les peureux ont toujours tenté de légitimer
-leurs défaillances.
-
-Le lendemain, vendredi 19 février, à la lueur des torches, au milieu
-des cris d'une joie féroce et d'un appareil inusité, Favras fut pendu
-en place de Grève. Jusqu'à la fin, il montra le même sang-froid,
-n'opposant aux injures qu'un dédaigneux sourire et refusant noblement
-de révéler son secret: «Citoyens,» dit-il, «je meurs innocent; priez
-Dieu pour moi. Je meurs avec le calme que donne la tranquillité de
-la conscience et je recommande ma mémoire à l'estime de tous les
-citoyens vertueux, ainsi que ma femme et mes enfants, à qui j'étais
-si nécessaire. Je demande la grâce des faux témoins, s'ils étaient
-reconnus comme tels, et que personne n'appréhende les suites d'un
-complot imaginaire[339].» Et se tournant vers le bourreau: «Allons,
-mon ami, dit-il, fais ton devoir.» Incapable de comprendre cet
-héroïsme, la foule insulta le mourant par des rires, des danses et des
-applaudissements ironiques; quelques misérables eurent même le courage
-de crier: _Bis!_ et l'on ne sauva le cadavre des derniers outrages
-que par une inhumation précipitée[340]. Le Roi et la Reine furent
-profondément affectés de cette condamnation et de cette mort. «Je fus
-témoin de leur douleur, raconte Mme de Tourzel, et je ne puis encore
-penser à l'état où je vis la Reine, quand elle apprit que M. de Favras
-n'existait plus[341].»
-
-Un projet plus sérieux, ou du moins mieux connu que celui de
-Favras,—car il a été raconté en détail par son auteur lui-même,—avait
-été conçu par un secrétaire des commandements de la Reine, Augeard.
-Frappé des dangers qui menaçaient la famille royale et surtout
-Marie-Antoinette, Augeard avait proposé à cette princesse de
-l'emmener avec ses enfants, un soir, dans une voiture de poste à deux
-chevaux: elle eût pris le costume d'une gouvernante et le Dauphin
-eût été habillé en fille. Le lendemain matin, on devait descendre
-à Saint-Thierry, maison de campagne de l'archevêque de Reims, et,
-repartant après un repas sommaire, en ayant soin d'éviter les villes,
-on serait arrivé au château de Buzancy, appartenant à Augeard, d'où un
-relai, préparé à l'avance, eût conduit les fugitifs à la frontière. Le
-plus grand secret eût couvert ce plan, même à l'égard du Roi. La Reine
-accepta d'abord; mais quand il fallut prendre une décision définitive,
-elle ne put s'y résoudre, et aux instances pressantes d'Augeard ne
-répondit que par ces mots: «Toute réflexion faite, je ne partirai pas;
-mon devoir est de mourir aux pieds du Roi[342].» Quelques précautions
-qu'eût prises Augeard, son projet transpira; il fut arrêté et
-emprisonné; mais, plus heureux que Favras, il fut relâché après quatre
-mois et demi[343] de détention.
-
-Ces diverses affaires, celle de Favras surtout, avaient donné lieu
-à tant d'imputations contre la Cour, que les ministres, Necker
-en particulier, conseillèrent à Louis XVI de faire une démarche
-publique pour affirmer son attachement au nouveau régime. Docile aux
-inspirations de ses ministres, le Roi y consentit. Le jeudi 4 février,
-il prévint par un billet le président qu'il se rendrait à l'Assemblée
-vers midi et voulait y être reçu sans cérémonie. La séance fut
-aussitôt suspendue; une housse de velours rouge, fleurdelysée d'or, fut
-jetée sur le fauteuil du président, et en attendant l'auguste visiteur,
-«tout le monde,» raconte un témoin oculaire dans le style sentimental
-alors à la mode, «se félicitait avec son voisin de la jouissance
-délicieuse et anticipée de voir son père et son ami. C'est ainsi que,
-dans l'effusion des âmes, on appelait le bon Louis XVI[344].»
-
-A une heure, le Roi parut, vêtu simplement et sans appareil, et
-prononça un discours, rédigé en partie par Necker. Il protesta de son
-adhésion à la Constitution, vanta les réformes opérées par l'Assemblée,
-et désavoua toute entreprise qui tendrait à en ébranler les principes.
-«Moi aussi,» dit-il en faisant allusion aux sacrifices que le nouveau
-régime imposait à tant de gens; «moi aussi j'aurais bien des pertes à
-compter, si, au milieu des plus grands intérêts, je m'arrêtais à des
-calculs personnels; mais j'ai trouvé une compensation pleine et entière
-dans l'accroissement du bonheur de la nation; c'est du fond de mon cœur
-que j'exprime ici ce sentiment. Je défendrai donc, je maintiendrai
-la liberté constitutionnelle, dont le vœu général, d'accord avec le
-mien, a consacré le principe; je ferai davantage, et, de concert avec
-la Reine, qui partage tous mes sentiments, je préparerai de bonne
-heure l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que
-les circonstances ont amené; je l'habituerai, dès ses premiers ans, à
-être heureux du bonheur des Français et a reconnaître toujours, malgré
-le langage des flatteurs, qu'une sage Constitution le préservera
-des dangers de l'inexpérience et qu'une juste liberté ajoute un
-nouveau prix aux sentiments d'amour et de fidélité, dont la nation
-française, depuis tant de siècles, donne à ses Rois des preuves si
-touchantes[345].»
-
-Des applaudissements enthousiastes saluèrent cette déclaration et
-l'Assemblée, électrisée, jura d'oublier toutes ses divisons et d'être
-fidèle à la Constitution, qui, à vrai dire, n'était pas encore faite.
-Une députation reconduisit le Roi aux Tuileries. La Reine, avec ses
-enfants, était descendue à la porte pour le recevoir. «Je partage tous
-les sentiments du Roi, dit-elle à la députation; je m'unis de cœur et
-d'affection à la démarche que sa tendresse pour ses peuples vient de
-lui dicter.» Et, montrant le Dauphin: «Voici mon fils, ajouta-t-elle.
-Je n'oublierai rien pour lui apprendre de bonne heure à imiter les
-vertus du meilleur des pères[346], et je l'entretiendrai de l'amour
-de la liberté publique, dont, je l'espère, il sera le plus ferme
-appui[347].»
-
-Le soir, Paris illumina; sur la proposition de Clermont-Tonnerre, le
-président de l'Assemblée, avec soixante membres, vint remercier le
-Roi et la Reine: «Veillez, Madame, sur ce précieux rejeton,» dit-il à
-Marie-Antoinette en lui montrant le Dauphin; «qu'il ait la sensibilité,
-l'affabilité et le courage qui vous caractérisent; vos soins assureront
-sa gloire, et la France, dont vous aurez procuré le bonheur, en sentira
-le prix, en songeant qu'elle le doit aux vertus de Votre Majesté.» La
-Reine répondit: «Je suis sensible, Messieurs, aux témoignages de votre
-affection; vous avez reçu ce matin l'expression de mes sentiments;
-ils n'ont jamais varié pour une nation que je me fais gloire d'avoir
-adoptée en m'unissant au Roi; mon titre de mère en assure pour toujours
-les liens[348].»
-
-Le lendemain, Bailly, avec une délégation de la Commune, vint à son
-tour féliciter le Roi, et, le dimanche suivant, on chanta un _Te Deum_
-solennel à Notre-Dame. Mais ces accès d'enthousiasme duraient peu.
-La démarche de Louis XVI ne désarma pas ses ennemis; elle mécontenta
-un grand nombre de royalistes, et un patriote sincère, mais en même
-temps ami de la monarchie française dont la cause était à ses yeux
-inséparable de celle de la liberté, Gouverneur Morris, écrivait:
-«Si cette démarche du Roi produit quelque effet sur les esprits
-raisonnables, à coup sûr, c'est de prouver plus clairement que jamais
-le peu de prévoyance de ses ministres[349].»
-
-Quinze jours plus tard, une démarche irréfléchie, à laquelle il fut
-impossible de se soustraire, vint de nouveau compromettre la famille
-royale, et ranimer les défiances. Le surlendemain de la mort de
-Favras, un de ses amis, M. de la Villeurnoy, maître des requêtes, eut
-la malheureuse pensée de présenter la femme et le fils en deuil de
-l'héroïque supplicié au dîner public du Roi et de la Reine. La Reine,
-malgré sa sympathie profonde, resta froide et insensible en apparence.
-Mais qu'on juge de la douloureuse contrainte qu'elle dut s'imposer
-pour ne rien laisser voir de ses sentiments aux spectateurs; la garde
-nationale la surveillait, et le commandant du jour, debout derrière
-le fauteuil royal pendant toute la durée du repas, était Santerre!
-Le dîner fini, et dès qu'elle put s'échapper, elle courut chez Mme
-Campan et, se jetant épuisée sur un fauteuil, après s'être assurée
-qu'elles étaient seules. «Il faut périr, dit-elle, quand on est attaqué
-par des gens qui réunissent tous les talents et tous les crimes, et
-défendu par des gens fort estimables, mais qui n'ont aucune idée juste
-de notre position. Ils m'ont compromise vis-à-vis des deux partis en
-me présentant la veuve et le fils de Favras. Libre dans mes actions,
-je devais prendre l'enfant d'un homme qui vient de se sacrifier pour
-nous et le placer à table entre le Roi et moi; mais, environnée des
-bourreaux qui viennent de faire périr son père, je n'ai pas même osé
-jeter les yeux sur lui. Les royalistes me blâmeront de n'avoir pas paru
-occupée de ce pauvre enfant; les révolutionnaires seront courroucés en
-songeant qu'on a cru me plaire en me le présentant[350].»
-
-Pour montrer toutefois qu'elle sentait vivement le dévouement du
-marquis de Favras et le malheur de sa famille, la Reine envoya à
-l'infortunée veuve quelques rouleaux de cinquante louis et le Roi lui
-assura une pension de quatre mille livres qui fut payée jusqu'à la
-chute du trône[351]. Mais cet acte même de reconnaissance dut être
-enveloppé de mystère.
-
-Quelques jours après, un deuil plus intime venait atteindre
-Marie-Antoinette. Une lettre du 27 février, de son frère Léopold, lui
-annonçait la mort de l'Empereur Joseph II, décédé le 20, à Vienne.
-Malade depuis près de deux ans d'une hydropisie de poitrine, traînant
-depuis dix-huit mois, comme il l'écrivait à Léopold[352], le malheureux
-souverain succombait à la douleur que lui avait causée l'insurrection
-victorieuse des provinces Belgiques. «C'est votre pays qui m'a tué,»
-disait-il au prince de Ligne. Il laissait une lourde charge à son
-successeur, un empire divisé, une guerre avec les Turcs, et l'une
-des provinces les plus fidèles de l'Autriche, les Pays-Bas, soulevée
-par ses imprudentes réformes philosophiques. Les embarras où il se
-débattait ne lui eussent vraisemblablement pas permis d'intervenir
-activement dans les affaires de France; mais il jouissait encore
-d'un certain prestige; il aimait sincèrement sa sœur, malgré ses
-représentations parfois injustes et son ton grondeur. Une de ses
-dernières lettres à son frère avait été un suprême hommage à cette
-sœur et une protestation contre les calomnies qui la poursuivaient,
-protestation d'autant plus décisive qu'elle n'était point destinée à
-la publicité: «J'ai été affligé comme vous, écrivait-il, le 8 octobre
-1789, de toutes les horreurs qu'on répand contre la Reine de France;
-mais que faire avec des insolents et des fous? On ne revient pas
-non plus de l'idée que ma sœur m'a envoyé secrètement des millions,
-pendant que je ne sais ni le pourquoi ni le comment j'aurais pu les
-demander, ni elle me les faire tenir; _je n'ai jamais vu un sou de la
-France_[353].»
-
-A défaut d'un appui réel, c'était du moins un conseil, et surtout
-un ami dévoué que perdait Marie-Antoinette. Quelques jours avant de
-mourir, Joseph lui avait écrit «la lettre la plus tendre et la plus
-touchante, lui témoignant qu'un de ses plus vifs regrets en mourant
-était de la laisser dans une position aussi cruelle et de ne pouvoir
-lui donner des marques efficaces de l'affection qu'il avait toujours
-conservée pour elle[354]».
-
-Quoi qu'en dise Mme Campan[355], la douleur de la Reine fut
-profonde; mais elle dut la concentrer en elle-même[356] et ne
-l'épancher que dans le cœur de quelques amies: «J'ai été bien
-malheureuse par la perte que je viens de faire, écrivait-elle à la
-duchesse de Polignac; mais au moins la force et le courage que celui
-que je regrette a mis dans ses derniers moments forcent tout le monde à
-lui rendre justice et à l'admirer, et j'ose dire, il est mort digne de
-moi[357].»
-
-Ce fut l'une des dernières lettres que la Reine écrivit à son amie ou
-du moins que son amie reçut d'elle[358]. Espionnée sans relâche, elle
-dut, la plupart du temps, renoncer à une correspondance qui était une
-consolation, mais qui pouvait devenir un danger. Le nom de Polignac
-était un de ces mots d'ordre que, dans les jours troublés, les meneurs
-de parti jettent en pâture aux passions de la rue pour les irriter
-et les soulever. Quelques jours plus tard, la publication du _Livre
-rouge_, faite par ordre de l'Assemblée, donnait un nouvel aliment aux
-récriminations contre la Cour et contre les favoris de la Reine, contre
-les Polignac en particulier, dont le nom y figurait pour des sommes
-considérables, expliquées d'ailleurs par les grandes dépenses qu'ils
-étaient obligés de faire pour soutenir l'éclat de leurs charges. Le
-Comité des pensions, qui avait décidé cette publication, se faisait
-lui-même, dans l'avertissement qui lui servait d'introduction, l'écho
-de ces rumeurs malveillantes et, tout en affectant de mettre le Roi
-hors de cause, laissait planer sur les familiers du souverain, sur
-«l'avidité des gens en faveur», sur les «déprédations des ministres»,
-sur les prodigalités de la Reine et de la famille royale, représentées
-comme les «véritables sources de la dette immense de l'Etat[359]»,
-des soupçons qui prenaient bientôt corps dans de violents et odieux
-pamphlets[360] et ne tardaient pas à se traduire par des émeutes. La
-Reine, tout en imposant le calme à son visage, ne pouvait l'imposer à
-son cœur. «On ne sait pas jusqu'où iront les factieux,» disait-elle;
-«le danger augmente de jour en jour[361].» Mais ce n'était pas pour
-elle qu'elle craignait, c'était pour son mari, et surtout pour ses
-enfants. Le 13 avril, la séance de l'Assemblée avait été orageuse; il
-y avait eu de l'agitation dans la rue, et Lafayette lui-même redoutait
-une attaque du Château. Pendant la nuit, des coups de fusil furent
-tirés sur la terrasse des Tuileries. Réveillé en sursaut par ce bruit,
-le Roi se leva et vola chez la Reine; il ne la rencontra pas. De plus
-en plus alarmé, il courut chez le Dauphin et trouva l'enfant dans les
-bras de sa mère, qui le serrait convulsivement sur son sein: «Madame,
-lui dit-il, je vous cherchais; vous m'avez inquiété.»—«J'étais à mon
-poste,» répondit simplement l'héroïque femme[362].
-
-Cependant le printemps approchait. Habituée aux larges espaces et
-aux vastes ombrages de Versailles, la famille royale étouffait dans
-ce palais des Tuileries où elle était confinée depuis le 6 octobre.
-Elle aspirait à respirer un air plus pur, elle aspirait surtout à
-retrouver un peu de calme, à s'éloigner de cette foule curieuse et
-souvent hostile, dont les familiarités ne respectaient pas son repos,
-et dont les cris attaquaient son honneur. Il entrait d'ailleurs dans
-le plan des chefs de la Révolution, qu'au moment de la fédération
-qui allait avoir lieu le 14 juillet, la famille royale, que le bruit
-public représentait comme captive à Paris, ne parût pas jouir de moins
-de liberté que le reste de la France, et surtout de la première des
-libertés: celle d'aller et venir où elle voudrait. Versailles était
-trop loin; on voulait bien allonger la chaîne, on ne voulait pas la
-rompre. Saint-Cloud fut proposé et adopté. Le 29 mai, la Reine écrivait
-à son frère Léopold: «Notre santé à tous se soutient bonne, c'est un
-miracle, au milieu des peines d'esprit et des scènes affreuses, dont
-tous les jours nous avons le récit et dont souvent nous sommes les
-témoins. Je crois qu'on va nous laisser profiter du beau temps en
-allant quelques jours à Saint-Cloud, qui est aux portes de Paris. Il
-est absolument nécessaire pour nos santés de respirer un air plus pur
-et plus frais; mais nous reviendrons souvent ici. Il faut inspirer de
-la confiance à ce malheureux peuple; on cherche tant à l'inquiéter et
-à l'entretenir contre nous. Il n'y a que l'excès de la patience et la
-pureté de nos intentions qui puissent le ramener à nous[363].»
-
-On partit en effet, le vendredi 4 juin[364], après avoir suivi
-la veille la longue et fatigante procession de la Fête-Dieu à
-Saint-Germain-l'Auxerrois[365]. Saint-Cloud! la campagne, le grand
-air, la liberté, la solitude, tous ces biens dont on était privé
-depuis huit longs mois, quelle joie, quel épanouissement pour la
-famille royale! Rien n'étant préparé pour recevoir les augustes
-hôtes, on s'était logé comme on avait pu; on admettait toutes les
-personnes du voyage à la table royale; et cet imprévu, cette absence
-d'étiquette ajoutait encore aux charmes du séjour[366]. Suivant le
-mot spirituel de Mme Elisabeth, on trouvait Paris beau.... dans la
-perspective[367]. Et du moins on n'entendait plus «tous ces vilains
-curieux qui ne se contentent pas d'être à la porte des Tuileries mais
-parcourent le jardin pour que personne ne puisse ignorer toutes ces
-infamies[368]». Le temps était beau et le ciel pur. Le Roi reprenait
-ses promenades à cheval, accompagné par un seul aide de camp de M.
-de Lafayette[369]; après le repas, il jouait au billard avec sa
-femme et sa sœur[370]. Mme Elisabeth allait à Saint-Cyr; quand
-elle ne se promenait point au dehors, elle passait son temps dans un
-petit jardin fermé qui faisait son bonheur: «Il n'est pas si joli
-que Montreuil, écrivait-elle; mais au moins l'on y est libre et l'on
-y respire un bon air frais qui fait un peu oublier tout ce qui est
-autour de soi, et tu conviendras, ajoutait-elle, que l'on en a souvent
-besoin[371].» Le Dauphin s'ébattait en toute insouciance dans le parc
-et parfois même poussait jusqu'à Meudon. Sa santé, un peu altérée par
-la réclusion des Tuileries, se fortifiait; son esprit se développait
-d'une manière surprenante[372]. La Reine faisait quelques excursions
-en calèche[373], promenant ses enfants, assistant à leurs études et
-à leurs jeux, et, malgré la présence de la garde nationale de Paris,
-envoyée là moins comme un honneur que comme une surveillance, pouvait,
-à distance de la grande ville, recevoir plus facilement les personnes
-dont la société lui était agréable, comme Mmes de Fitz-James et
-de Tarente, ou même les hommes politiques qui voulaient l'entretenir
-de leurs plans, comme Mirabeau. Le soir, il y avait cercle[374]; on
-admettait quelques intimes; Monsieur venait avec Madame de la petite
-maison de campagne qu'il avait louée près de Saint-Cloud[375]. Un jour,
-on entendit du bruit dans la cour du Château sous les fenêtres de la
-Reine; sur son ordre, Mme Campan souleva le rideau et aperçut une
-cinquantaine de personnes, vieux chevaliers de Saint-Louis, chevaliers
-de Malte, prêtres, femmes de la campagne. La Reine parut au balcon
-et un certain nombre de femmes s'approchèrent d'elle: «Ayez courage,
-Madame,» lui dirent-elles à demi-voix; «les bons Français souffrent
-pour vous et avec vous; ils prient pour vous; le ciel les exaucera;
-nous vous aimons, nous vous respectons; nous révérons notre vertueux
-Roi.» Marie-Antoinette fondit en larmes; mais, dans la crainte de
-compromettre ceux qui lui manifestaient un intérêt si touchant, elle
-rentra dans sa chambre, les yeux humides et le cœur un peu dilaté. Il y
-avait donc encore en France de l'amour pour elle[376]!
-
-Mais au milieu même de ce calme apparent et de ce soulagement relatif,
-les angoisses du présent réveillaient avec plus d'amertume les
-souvenirs des jours heureux de 1786. La date même de l'installation à
-Saint-Cloud ne rappelait-elle pas l'anniversaire de la mort du pauvre
-prince pour les ébats duquel le Château avait été acheté? La Reine
-ne pouvait se défendre de ces retours vers le passé[377]. Un jour,
-voyant autour d'elle la milice parisienne, composée en partie des
-gardes françaises qui avaient déserté: «Que ma mère serait étonnée,»
-ne put-elle s'empêcher de dire amèrement, si elle voyait sa fille,
-fille, femme et mère «de rois ou du moins d'un enfant destiné à l'être,
-entourée par une pareille garde[378]!» Et alors, évoquant les plus
-mélancoliques souvenirs de son enfance, elle raconta à ses dames les
-sombres pressentiments de son père, lorsqu'il l'avait quittée: «Je
-ne m'en serais peut-être plus souvenue, reprit-elle, si ma position
-actuelle, en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour
-le reste de ma vie une suite de malheurs qu'il n'est que trop facile
-de prévoir.» Pauvre femme! les prévoyait-elle tous? Et, s'arrêtant
-au bout de la galerie d'où le regard embrassait le panorama de la
-capitale, elle ajouta tristement: «Cette vue de Paris faisait jadis mon
-bonheur; j'aspirais à l'habiter souvent. Qui m'aurait dit alors que ce
-désir ne serait accompli que pour être abreuvée d'amertumes et voir le
-Roi et sa famille captifs d'un peuple révolté[379]?»
-
-Le Roi lui-même, moins impressionnable que sa femme, ne pouvait
-s'empêcher d'écrire à la duchesse de Polignac: «J'arrive de la
-campagne. L'air nous a fait du bien; mais que ce séjour nous a paru
-changé! Le salon du déjeuner, qu'il était triste! Aucun de vous n'y
-était. Je ne perds pas l'espoir de nous y retrouver. Dans quel temps?
-Je l'ignore. Que de choses nous aurions à nous dire! La santé de votre
-amie se soutient malgré toutes les peines qui l'accablent[380]!»
-
-Ce séjour à Saint-Cloud se prolongea pendant tout l'été. De temps en
-temps, on revenait à Paris; car Paris voulait voir son Roi, et la Reine
-elle-même jugeait qu'il convenait de tenir compte de ces exigences:
-«Il ne fallait pas, disait-elle, céder aux cris; mais il était bon de
-prouver qu'on n'était pas éloigné d'y aller, quand il y avait quelque
-chose à faire[381].» On allait donc presque tous les dimanches dîner
-aux Tuileries[382]. On revenait pour les jours de fête[383], pour les
-séances importantes; on y revint surtout pour la grande cérémonie de la
-Fédération.
-
-L'Assemblée avait décidé, par un décret du 27 mai[384], que
-l'anniversaire de la prise de la Bastille serait célébré avec une pompe
-extraordinaire, par une fédération solennelle de tous les représentants
-et de toutes les troupes du royaume. Le Champ-de-Mars avait été choisi
-comme emplacement[385]; le Roi avec sa suite, les députés, la garde
-nationale, les délégués de tous les départements devaient y prêter
-serment de fidélité à la Nation, à la Loi et à la Constitution. La
-nouvelle de cette cérémonie avait été accueillie avec enthousiasme.
-C'était une véritable ivresse. Chacun avait tenu à honneur d'apporter
-son concours aux préparatifs de la fête nationale. On avait vu des
-femmes du monde, des prêtres, des religieux, des hommes politiques,
-des tourières même de couvents[386], venir, une pioche ou une bêche
-à la main, travailler à la transformation du Champ-de-Mars; les
-rangs étaient confondus et souvent, le soir, ces ouvriers improvisés
-revenaient en bande, au son des tambours et en chantant le _Ça ira!_
-
-Malgré l'engouement de la foule, on ne voyait pas sans appréhension
-approcher cette date du 14 juillet. Des deux côtés on avait ou l'on
-affectait des craintes. Les partisans de la Révolution répandaient
-le bruit que la Cour profiterait de l'enthousiasme des fédérés pour
-dissoudre l'Assemblée et restaurer le pouvoir absolu. Les royalistes
-redoutaient avec plus de raison quelque émeute populaire, toujours
-facile à exciter dans une grande agglomération d'hommes, et à la
-probabilité de laquelle le retour inopiné du duc d'Orléans, brusquement
-arrivé d'Angleterre le 9 juillet, donnait quelque créance. La Reine
-fit bonne mine au duc[387]; mais elle n'était nullement rassurée. «Il
-est bien nécessaire, surtout au mois de juillet, d'avoir du monde à
-nous, écrivait-elle dès le 12 juin. Je ne pense pas sans frémir à cette
-époque; elle réunira pour nous tout ce qu'il y a de plus cruel et de
-plus douloureux, et avec cela il faut y être. C'est un courage plus que
-surnaturel qu'il faut avoir pour ce moment. Tout va de mal en pis; le
-ministère et M. de Lafayette entraînent tous les jours dans de fausses
-démarches; on va au devant de tout et, loin de contenter ces monstres,
-ils deviennent à tous moments plus insolents, et vis-à-vis des honnêtes
-gens on s'avilit d'autant[388].»
-
-Toutes ces craintes ne se réalisèrent pas. Il y eut, au contraire,
-comme une lueur d'éclaircie dans un ciel assombri. «La veille de
-la Fédération, raconte Mme de Tourzel, le Roi passa en revue
-les fédérés des départements. On les faisait défiler devant lui et
-la famille royale, au pied du grand escalier des Tuileries. Le Roi
-demandait le nom de chaque députation, et parlait à chacun de ses
-membres avec une bonté qui redoublait encore leur attachement. La Reine
-leur présenta ses enfants et leur dit quelques mots avec cette grâce
-qui ajoutait un nouveau prix à tout ce qu'elle disait. Transportés de
-joie, ils entrèrent dans les Tuileries aux cris de _Vive le Roi, la
-Reine, Monseigneur le Dauphin et la famille royale!_ Le Roi s'y promena
-sans gardes, avec sa famille, au milieu d'un peuple immense et entouré
-des fédérés qui continrent tellement les malveillants que pas un n'osa
-s'écarter de son devoir[389].»
-
-Le lendemain, mercredi 14 juillet, malgré une pluie battante, les
-fédérés de province, rangés sous quatre-vingt-trois bannières,
-partirent de la Bastille; les délégués des troupes de ligne, de
-l'armée de mer et de la milice parisienne les accompagnaient. Arrivés
-au Champ-de-Mars, et en attendant le commencement de la cérémonie,
-ils se mirent à former des rondes et à danser des farandoles: étrange
-spectacle et qui ne donnait pas une bien haute idée de la discipline
-de ces soldats improvisés. Trois cent mille spectateurs, dit-on, se
-pressaient dans la vaste enceinte, assis sur des gradins de gazon et
-s'efforçant en vain de se garantir, avec des parasols, des torrents
-d'eau qui les inondaient. Un autel de forme antique avait été dressé au
-milieu du Champ-de-Mars; l'évêque d'Autun y devait célébrer la messe,
-assisté de trois cents prêtres, vêtus d'aubes blanches sur lesquelles
-tranchaient de larges ceintures tricolores[390].
-
-Une vaste estrade avait été dressée pour le Roi, les ambassadeurs
-et les députés. Louis XVI avait désiré que sa famille l'entourât;
-l'Assemblée ne le permit pas. Elle décida, le 9 juillet, que le Roi
-serait seul, ayant à sa gauche le président. La famille royale devait
-être aux fenêtres de l'Ecole militaire, où l'on avait disposé pour
-elle un salon, voisin mais distinct de la tribune de l'Assemblée.
-C'était une nouvelle marque de défiance contre la famille royale,
-contre la Reine surtout qu'on affectait ainsi d'isoler de son mari et
-des représentants de la nation: «Tu sais, écrivait gaiement Mme
-Elisabeth à son amie, Mme de Bombelles, que j'ai le bonheur de
-connaître un des membres de cette auguste famille du temps passé;
-eh bien! je te fais part que cela lui est bien égal; elle n'en est
-affligée que par rapport à la Reine, pour qui c'est un soufflet donné
-à tour de bras, et d'autant mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin
-et que jusqu'au dernier moment on avait dit au Roi que le contraire
-passerait[391].»
-
-Louis XVI s'était rendu de bonne heure à l'Ecole militaire; en
-attendant que tout fût prêt, il y resta avec sa famille, se faisant
-voir de temps en temps à la fenêtre de la Reine, et salué, à chaque
-apparition, des cris de _Vive le Roi!_ auxquels se mêlaient des cris
-de _Vive la Reine! Vive le Dauphin!_ Marie-Antoinette, touchée,
-montra son fils à la foule, et comme la pluie mouillait l'enfant,
-elle l'enveloppa, dans son châle; les applaudissements redoublèrent,
-acclamant la mère comme la reine[392].
-
-Pendant ce temps, les députations arrivaient successivement[393].
-Lorsque le cortège fut entré tout entier dans l'enceinte, le Roi alla
-se placer sur son trône, au milieu des députés, près du président[394].
-Après la messe, l'évêque d'Autun bénit les quatre-vingt-trois
-bannières, et entonna le _Te Deum_ que chantèrent douze cents
-musiciens. Lafayette monta à l'autel et, au nom de l'armée, jura
-fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Le président de l'Assemblée,
-le marquis de Bonnay, répéta le serment, et un immense cri de _je le
-jure!_ s'échappa de trois cent mille poitrines, qui se pressaient
-au Champ-de-Mars. Le canon gronde; les drapeaux sont agités; les
-chapeaux, jetés en l'air; les bonnets des grenadiers, arborés au bout
-des sabres et des baïonnettes. Le Roi se lève et d'une voix forte jure
-de maintenir la Constitution. La Reine prend le Dauphin dans ses bras
-et le présente au peuple en disant: «Voilà mon fils; il se réunit,
-ainsi que moi, dans ces mêmes sentiments.»—«Ce mouvement inattendu, dit
-Ferrières, fut payé de mille cris de _Vive le Roi! Vive la Reine! Vive
-monseigneur le Dauphin[395]!_»
-
-Pendant plusieurs jours, ce fut un enchantement universel. Ces braves
-délégués de province, tout remplis encore du respect séculaire
-et de l'amour traditionnel des Français pour la royauté, étaient
-ravis d'approcher de si près la famille royale. Dès le matin, ils
-remplissaient la cour et le jardin des Tuileries, se pressant sous
-les fenêtres et avides surtout de voir le Dauphin; le jeune prince se
-montrait au balcon, leur faisait les honneurs de son petit parterre,
-leur distribuait des fleurs et des feuilles de ses arbres. De
-bruyantes acclamations le saluaient: «Venez dans votre province du
-Dauphiné,» disaient les fédérés de Grenoble; «nous saurons bien vous
-défendre.»—«N'oubliez pas, ripostaient les Normands, que vous avez
-porté le nom de notre province et que les Normands ont toujours été et
-seront toujours fidèles[396].»
-
-Quatre jours après, le Roi passa une revue de la garde nationale à la
-porte de Chaillot. La Reine y alla dans une calèche découverte sans
-armoiries avec ses enfants et Mme Elisabeth. Aussitôt sa voiture
-fut entourée de fédérés avec lesquels elle s'entretint familièrement,
-répondant à leurs questions et les provoquant même. Ils désirèrent
-baiser la main du petit Dauphin; elle le leur présenta elle-même; ces
-braves gens furent ravis. A ce moment, le bras de la Reine se trouva
-appuyé à la portière; un des fédérés le saisit vivement et y appliqua
-ses lèvres. L'exemple fut contagieux, et l'affection faisant taire le
-respect, en un instant, trois cents bouches couvrirent de baisers le
-bras que la Reine, émue, ne songeait pas à retirer. Touchée de cette
-sympathie expressive, à laquelle elle n'était pas habituée, la pauvre
-femme pleura d'attendrissement[397].
-
-«Ce jour-là, a dit un témoin oculaire, fut véritablement un jour de
-bonheur pour le Roi, pour la Reine et ceux qui leur étaient dévoués.
-C'était une ivresse de sentiments; ce fut le dernier beau jour de la
-Reine[398].»
-
-«Les députés des provinces ont été à merveille pour le Roi et la
-Reine, écrivait un autre témoin; ils n'ont cessé de leur donner des
-marques touchantes de respect, d'amour et de fidélité, et Leurs
-Majestés les ont traités à merveille. Ils ont été enchantés de la
-Reine qui a eu pour eux toute la grâce et l'obligeance dont elle est
-susceptible[399].» Si Louis XVI eût voulu profiter de cet enthousiasme,
-si, comme l'en suppliait le duc de Villequier, il fût monté à cheval
-et eût déclaré que, se trouvant pour la première fois à la tête de
-l'élite de la nation, il devait lui représenter qu'il ne pouvait sans
-inconvénient jurer fidélité à une Constitution inachevée; si surtout,
-comme le demandait Mme de Tourzel, il fût parti de là pour visiter
-les provinces, où il eût vraisemblablement été accueilli par les mêmes
-acclamations, il eût pu, appuyé sur la véritable majorité du pays,
-arrêter les empiétements de l'Assemblée et reprendre le légitime
-exercice du pouvoir royal. L'Assemblée le craignit; l'attitude des
-fédérés la fit un moment douter de son succès et de l'assentiment du
-pays, et Barnave en fit l'aveu à Mme Elisabeth dans une de ces
-conversations du retour de Varennes, dont le jeune député sortit,
-rallié à la cause qu'il avait si violemment attaquée. Comme la
-princesse se plaignait des vues qu'avait eues l'Assemblée en décrétant
-la fédération: «Ah, Madame!» reprit vivement Barnave, «ne vous plaignez
-pas de cette époque; car si le Roi eût su en profiter, nous étions
-perdus[400].»
-
-Mais le Roi ne sut pas; il recula devant la crainte d'un conflit.
-L'occasion perdue ne se retrouva plus. Les fédérés reprirent le chemin
-de leurs départements, enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu,
-pénétrés pour toute l'auguste famille de sentiments d'amour et de
-respect; mais sans direction, sans instructions, sans concert entre eux
-et avec la Cour, livrés sans défense, dans leurs lointaines provinces,
-à toutes les influences malsaines auxquelles ils n'avaient échappé
-qu'un instant. Louis XVI et les siens retournèrent à Saint-Cloud, un
-peu rassérénés et renaissant à une lueur d'espérance, mais, hélas! pour
-combien de temps? A peine étaient-ils rentrés dans leur résidence d'été
-qu'un misérable, du nom de Rotondo, s'y introduisait pour assassiner
-la Reine. Il avait pénétré dans les jardins extérieurs; la pluie
-seule, qui ce jour-là empêcha la princesse de sortir, la sauva du
-poignard[401].
-
-Presque en même temps, on découvrit un complot pour l'empoisonner.
-Marie-Antoinette le sut et n'en parut point émue. Néanmoins, son
-médecin, Vicq d'Azyr, et sa première femme, Mme Campan, convinrent
-qu'on remplacerait plusieurs fois par jour, dans le sucrier de la
-Reine, le sucre en poudre qu'elle avait l'habitude de prendre pour
-mettre dans ses verres d'eau. Un jour la pauvre femme surprit Mme
-Campan occupée à faire l'échange convenu. Elle sourit tristement et
-la pria de ne plus se donner une peine inutile: «Souvenez-vous, lui
-dit-elle, qu'on n'emploiera pas un grain de poison contre moi. Les
-Brinvilliers ne sont pas de ce siècle-ci; on a la calomnie, qui vaut
-beaucoup mieux pour tuer les gens, et c'est par elle qu'on me fera
-périr[402].»
-
-Quelques jours après, l'attitude de l'Assemblée donnait raison à ces
-pressentiments. Le Châtelet avait été chargé d'ouvrir une enquête sur
-les journées d'octobre. Interrogée par les commissaires, la Reine
-s'était renfermée dans un généreux silence: «Je ne serai jamais,
-avait-elle répondu, la dénonciatrice de mes sujets. J'ai tout vu,
-tout su, tout oublié[403].» L'enquête continua néanmoins et, le 7
-août 1790, le rapporteur, M. Boucher d'Argis, vint à l'Assemblée
-donner connaissance de l'information. Son travail, écrit dans un
-style maladroitement emphatique[404], concluait à des poursuites
-contre Mirabeau et le duc d'Orléans, et fut l'objet d'un rapport
-de Chabroud. Cette œuvre de Chabroud, monument d'hypocrisie et de
-mensonge, remplie de malveillance contre les gardes du corps et
-d'insinuations haineuses contre la Reine, semblait n'avoir qu'un but:
-pallier les crimes, accuser les victimes, et innocenter les coupables.
-Ce but fut atteint: le 2 octobre, malgré les protestations de l'abbé
-Maury et de Montlosier, et après une vive sortie de Mirabeau, qui
-déplaça habilement le terrain et d'accusé se posa en accusateur, les
-conclusions de Chabroud furent adoptées; les attentats du 6 octobre ne
-furent plus que des «malheurs» destinés à fournir une leçon aux rois.
-Mirabeau et le duc d'Orléans, aussi bien que Théroigne de Méricourt,
-et même Jourdan Coupe-tête, furent déchargés de toute accusation, et
-les vrais coupables, désignés par le rapport aux fureurs des tribunes
-et aux coups de la populace, furent les défenseurs de la royauté,
-transformés en adversaires de la Constitution.
-
-La Reine fut indignée, moins peut-être de la décision qui innocentait
-Mirabeau et le duc d'Orléans que de la glorification du crime et de
-l'odieuse falsification des faits. «Je ne vous parle pas, écrivait-elle
-à son frère, du jugement qui se fait à présent de l'affaire des 5 et
-6 octobre de l'année dernière. On devait s'y attendre; mais je trouve
-qu'il souille les âmes, comme le palais du Roi l'a été l'année dernière
-par les faits. Au reste, c'est à l'Europe entière et à la postérité
-à juger de ces événements, et à rendre justice à moi et à ces braves
-et fidèles gardes du corps, avec lesquels je me fais gloire d'être
-nommée[405].»
-
-Cependant, à cette heure même,—tant ses devoirs de reine l'emportaient
-sur ses répugnances de femme,—elle était entrée en négociation avec un
-des hommes que l'opinion publique avait le plus vivement incriminés
-pour les journées d'octobre et qui, en toute circonstance, s'était
-montré un de ses adversaires les plus violents, avec Mirabeau.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
- Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses ouvertures au comte de la
- Marck.—Première note de Mirabeau pour la Cour.—Son entrevue avec
- la Reine.—Ses projets.—Le Roi et la Reine les écoutent sans les
- suivre.—Eclats de Mirabeau.—La Reine est de nouveau
- menacée.—Nouveaux plans de Mirabeau.—Quarante-septième
- note.—Utilité mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau.
-
-
-Jeté par l'orgueil, la rancune, l'ambition, les débordements de sa
-vie privée, les nécessités d'une existence besoigneuse, dans le parti
-de la Révolution; placé, non pas par son crédit,—il ne prit une
-influence sérieuse que la seconde année[406],—mais par son talent et
-la nature fougueuse de son éloquence, au premier rang de ses chefs,
-Mirabeau n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'abîme où l'inexpérience
-de ses amis et ses propres emportements allaient précipiter la
-France[407]. La passion l'avait rendu révolutionnaire; la raison le
-maintenait royaliste; son tempérament même le faisait autoritaire,
-et il n'hésitait pas, dans le secret de l'intimité, à déplorer les
-dangers de la royauté qu'il voulait bien attaquer, qu'il consentait
-même à ébranler, mais qu'il n'entendait pas détruire. Dès la fin
-du mois de mai, il avait fait proposer à Necker, par Malouet, son
-concours pour sauver «la monarchie et le monarque de la tempête qui
-se préparait»; c'étaient ses expressions même[408]. L'accueil plus
-que froid de Necker, qui le détestait et ne le craignait pas encore,
-l'avait replongé dans l'opposition: «Monsieur, lui avait dit sèchement
-et dédaigneusement le ministre, M. Malouet m'a dit que vous aviez des
-propositions à me faire; quelles sont-elles?»—«Ma proposition,» avait
-répondu brusquement Mirabeau, «est de vous souhaiter le bonjour[409].»
-Et il était parti, furieux, jurant de mettre au service de ce qu'on
-appelait alors le «parti populaire» l'audace de son caractère et la
-puissance de ses moyens[410]. Quoique, en certaines circonstances,
-il eût montré des sentiments monarchiques et fait preuve d'homme
-d'Etat éclairé, soucieux des véritables conditions de la monarchie
-constitutionnelle et de la vraie liberté et grandeur de la France[411],
-l'année 1789 l'avait vu parmi les plus violents détracteurs du
-gouvernement, et il avait été véhémentement soupçonné, bien qu'à tort
-suivant M. de la Marck, d'avoir été un des organisateurs des sanglantes
-journées d'octobre. Mais, au milieu même de ses plus fougueuses
-attaques, désavouant tout bas les excès de langage auxquels il se
-laissait emporter en public, par passion et peut-être par calcul;
-peu sympathique d'ailleurs aux chefs de la gauche, à Lafayette, dont
-la présomptueuse nullité l'irritait, au duc d'Orléans, sur lequel il
-s'exprimait dans les termes les plus durs[412], hostile aux ministres,
-mais au fond attaché à la monarchie, aristocrate d'instinct et effrayé
-des progrès de la démocratie qu'il voyait s'avancer menaçante, il
-n'abandonnait pas la pensée de se rapprocher de la Cour: «Faites donc,»
-disait-il à la fin de juin à son ami le comte de la Marck, l'un des
-anciens habitués de Trianon, «faites donc qu'au Château on me sache
-plus disposé pour eux que contre eux[413].» Il était épouvanté des
-dangers dont son clairvoyant génie lui montrait l'imminence: «A quoi
-pensent donc ces gens-là?» répétait-il sans cesse avec sa brutalité de
-parole. «Ne voient-ils pas les abîmes qui se creusent sous leurs pas?»
-Et un jour, vers la fin de septembre, plus alarmé que jamais et plus
-exaspéré de l'incapacité des ministres, il s'écriait: «Tout est perdu;
-le Roi et la Reine périront et, vous le verrez, la populace battra
-leurs cadavres; vous ne comprenez pas assez le danger de la position;
-il faudrait cependant le leur faire connaître[414].»
-
-Quinze jours plus tard, le lendemain même du funèbre retour à Paris,
-il revenait à la charge: «Si vous avez quelque moyen de vous faire
-entendre du Roi et de la Reine, dit-il à M. de la Marck, persuadez-leur
-donc que la France et eux sont perdus, si la famille royale ne sort pas
-de Paris. Je m'occupe d'un plan pour les en faire sortir.» Et ce plan
-il le remettait le 15 octobre à son ami.
-
-Mais La Marck hésitait: il n'ignorait pas l'horreur que Mirabeau
-inspirait à la Reine et il faut bien avouer que pour un homme qui
-briguait l'honneur de devenir le conseil de la famille royale,
-Mirabeau avait une étrange manière de défendre ses clients. Son
-attitude à l'Assemblée pendant les journées d'octobre avait révolté
-les plus sincères amis de la liberté, et, le 5, il avait lancé contre
-l'infortunée Marie-Antoinette elle-même une de ces insinuations
-perfides que la populace, le lendemain, devait traduire en un si
-sanglant langage. M. de la Marck avait dû même s'excuser près de la
-Reine de ses relations avec le fougueux tribun, sous prétexte qu'il
-pourrait être utile un jour à la cause royaliste, et la Reine, qui
-ne savait guère dissimuler ses antipathies, avait répondu: «Nous ne
-serons pas assez malheureux, je pense, pour être réduits à la pénible
-extrémité de recourir à Mirabeau[415].» N'osant donc s'adresser à
-la souveraine, il se tourna vers Monsieur et lui remit le plan de
-Mirabeau. Mais ce plan reposait avant tout sur la sortie de Paris et
-la retraite dans une province fidèle, comme la Normandie, ou une ville
-sûre comme Beauvais[416]. Il exigeait une certaine décision et Monsieur
-ne croyait pas à la fermeté de son frère: «La faiblesse et l'indécision
-du Roi, disait-il, sont au-delà de tout ce qu'on peut dire. Pour vous
-faire une idée de son caractère, imaginez des boules d'ivoire huilées,
-que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble.» L'énergie
-même de la Reine ne saurait avoir raison des incertitudes de son
-mari[417].
-
-Malgré cette réponse désespérante, le projet ne fut pas abandonné.
-Monsieur entretint quelques relations avec Mirabeau; la Reine en
-fut instruite et il ne semble pas qu'elle l'ait désapprouvé[418],
-quoiqu'elle affectât de ne se mêler de rien[419]. Mais bientôt
-une mesure maladroite, prise par l'Assemblée le 7 novembre sur la
-proposition de Lanjuinais et avec l'appui irréfléchi de la droite,
-vint, en interdisant aux députés d'être ministres, enlever à Mirabeau
-une partie de ses moyens. Ne pouvant plus faire partie lui-même du
-cabinet, il voulut du moins en faire nommer chef Monsieur, qui, à
-ce moment, acceptait ses conseils. Mais cette nouvelle combinaison
-échoua, et il est certain que la Reine, qui n'aimait pas beaucoup son
-beau-frère, ne lui fut pas favorable[420]. Bientôt d'ailleurs Mirabeau
-en vint à se brouiller avec Monsieur[421], comme il l'était déjà avec
-Necker, Lafayette et le duc d'Orléans.
-
-M. de la Marck, découragé, était, dès le 16 décembre, parti pour sa
-terre de Raismes et de là il avait passé en Belgique, où l'appelaient
-ses affaires et l'intérêt qu'il prenait à la situation des Pays-Bas
-soulevés contre l'Autriche, lorsque, vers le milieu de mars, une
-lettre du comte de Mercy le ramena à Paris. Les négociations avaient
-été reprises et le Roi s'était enfin déterminé à entrer en rapport
-avec Mirabeau. La Reine conservait encore quelques doutes sur la
-participation du violent tribun aux journées d'octobre; ces doutes
-furent levés, et après une première entrevue entre Mirabeau, Mercy et
-la Marck et une longue conversation entre ce dernier et le Roi et la
-Reine, il fut convenu que le puissant orateur rédigerait une note qui
-serait remise par la Marck à Marie-Antoinette et par celle-ci à son
-mari. Un secret absolu serait observé vis-à-vis des ministres jusqu'à
-ce qu'on eût constitué un ministère meilleur, qu'on pût mettre en
-relations avec le nouveau conseiller de la monarchie.
-
-Au point de vue des réformes, l'entente entre le Roi et le tribun
-devait être facile: «Louis XVI était bien loin de songer à reconquérir
-son ancienne autorité absolue; il était parfaitement résigné sur ce
-que la Révolution lui avait fait perdre du pouvoir et des droits de
-ses prédécesseurs. Je pourrais dire, ajoute la Marck, auquel nous
-empruntons cette appréciation, que, sous ce rapport, Mirabeau était
-moins résigné que lui[422].»
-
-Mirabeau acquiesça avec empressement au plan ainsi arrêté. Dès le 10
-mai, il écrivit une lettre, dans laquelle, protestant de ses sentiments
-monarchiques, il promettait au Roi «loyauté, zèle, activité, énergie et
-courage[423]». Le Roi et la Reine furent contents de cette déclaration,
-et la Reine voulut en assurer elle-même le comte de la Marck. «Elle me
-confirma ce que le comte de Mercy m'avait dit de la satisfaction que le
-Roi avait éprouvée en lisant cette lettre de Mirabeau; elle me répéta
-encore que le Roi n'avait nul désir de recouvrer son autorité dans
-toute l'étendue qu'elle avait eue autrefois et qu'il était bien éloigné
-de croire que cela fût nécessaire pour son bonheur personnel pas
-plus que pour celui de ses peuples[424].» La pauvre femme paraissait
-à ce moment pleine de confiance et presque joyeuse, et, pendant un
-entretien de deux heures avec la Marck, elle se mit à évoquer les
-souvenirs du passé, comme si, envisageant désormais l'avenir avec
-plus de calme, elle secouait déjà les préoccupations du présent[425].
-Il fut convenu que le Roi paierait les dettes de Mirabeau—et elles
-était nombreuses—et lui garantirait un traitement de six mille livres
-par mois et un million à la fin de l'Assemblée. C'était le prix des
-services qu'on attendait de lui. Mirabeau fut ravi et son bonheur de
-sortir de la vie gênée et aventureuse, qu'il avait menée jusque-là, lui
-inspira une exubérance d'enthousiasme pour la famille royale et pour la
-Reine.
-
-«J'ai professé les principes monarchiques, dit-il au début de sa
-première note, lorsque je ne voyais de la Cour que sa faiblesse et que,
-ne connaissant ni l'âme ni la pensée de la fille de Marie-Thérèse, je
-ne pouvais compter sur cette auguste auxiliaire. J'ai combattu pour
-les droits du trône, lorsque je n'inspirais que de la méfiance, et
-que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient
-autant de pièges. J'ai servi le monarque, lorsque je savais bien que
-je ne devais attendre d'un Roi juste, mais trompé, ni bienfaits, ni
-récompenses. Que ferai-je, maintenant que la confiance a relevé mon
-courage et que la reconnaissance a fait, de mes principes, mes devoirs?
-Je serai ce que j'ai toujours été, le défenseur du pouvoir monarchique,
-réglé par les lois, et l'apôtre de la liberté garantie par le pouvoir
-monarchique. Mon cœur suivra la route que la raison seule m'avait
-tracée[426].»
-
-Les négociations une fois entamées se poursuivirent activement par
-l'intermédiaire du comte de la Marck, du comte de Mercy, de M. de
-Fontanges, archevêque de Toulouse et ancien confesseur de la Reine, et
-plus tard de M. de Montmorin. Les notes se succédaient avec rapidité.
-Mirabeau insistait sur la nécessité de relever l'autorité royale,
-d'abaisser l'influence dictatoriale de Lafayette, d'entretenir des
-agents dans les provinces pour s'emparer de l'esprit des populations
-et de resserrer les liens de la discipline dans l'armée, dont on
-aurait besoin pour une restauration monarchique. «Le Roi, disait-il,
-n'a qu'un homme, c'est sa femme. Il n'y a de sûreté pour elle que
-dans le rétablissement de l'autorité royale. J'aime à croire qu'elle
-ne voudrait pas de la vie sans la couronne; mais ce dont je suis bien
-sûr, c'est qu'elle ne conservera pas sa vie, si elle ne conserve pas
-sa couronne. Le moment viendra et bientôt, où il lui faudra essayer
-ce que peuvent une femme et un enfant à cheval; c'est pour elle une
-méthode de famille; mais, en attendant, il faut se mettre en mesure,
-et ne pas croire pouvoir, soit à l'aide du hasard, soit à l'aide des
-combinaisons, sortir d'une crise extraordinaire par des hommes et des
-moyens ordinaires[427].»
-
-Sachant la faiblesse du Roi et l'énergie de la Reine, Mirabeau était
-convaincu que cette princesse aurait seule assez d'influence sur son
-mari pour triompher de ses indécisions. Cette haute opinion qu'il avait
-du caractère de Marie-Antoinette lui faisait souhaiter une entrevue
-avec elle, où il pourrait l'éclairer plus complètement sur les périls
-de la situation, lui exposer en détails son système et, en gagnant
-mieux sa confiance, la pénétrer en quelque sorte de son esprit. «Il
-serait essentiel, écrivait-il le 26 juin à la Marck, que je visse
-votre homme, et surtout _Elle_[428].» C'est par ce mot qu'il désignait
-la Reine. Mais la Reine avait une répugnance extrême pour une telle
-entrevue. Quelles que fussent les protestations de dévouement de
-Mirabeau, elle ne pouvait oublier que, depuis plus d'un an, elle était
-habituée à le considérer comme «un monstre», et qu'à cette heure même
-le Châtelet le signalait comme un des fauteurs des journées d'octobre.
-Pourtant, encouragée par le comte de Mercy[429] et l'archevêque de
-Toulouse[430], et surmontant ses plus naturelles répulsions dans
-l'intérêt du Roi, de ses enfants et du pays, elle finit par se résigner
-à la conférence demandée. Il ne s'agit plus que de choisir le jour et
-le lieu convenable. Saint-Cloud, où la Cour passait l'été, offrait plus
-de facilités que Paris; mais même à Saint-Cloud, on était surveillé.
-A force de recherches, Marie-Antoinette trouva un endroit «non
-commode, mais suffisant pour le voir et pallier tous les inconvénients
-du jardin et du Château[431]». L'audience, primitivement fixée au
-vendredi[432], fut remise au samedi 3 juillet, à huit heures et demie
-du matin[433]. Pour mieux couvrir sa démarche, Mirabeau partit la
-veille de Paris et alla coucher à Auteuil, chez sa nièce, la marquise
-d'Aragon[434]. Le lendemain matin, il en partit, dans un cabriolet à
-deux chevaux[435], seul avec son neveu, le comte du Saillant, déguisé
-en courrier et qui conduisait la voiture. Il descendit à la petite
-porte du parc, et, avant d'entrer, mu par un sentiment de défiance,
-dont il ne tarda pas à se repentir, il remit une lettre à son neveu en
-lui disant: «Si dans trois quarts d'heure je ne suis pas de retour,
-pars et remets sans perdre un instant ce billet au commandant de la
-garde nationale[436].» Puis il frappa à la porte et fut introduit
-dans le parc, d'où on le conduisit à l'appartement de la Reine[437].
-Quelqu'empire que Marie-Antoinette eût sur elle-même, elle ne sut se
-défendre, en apercevant le «monstre», d'une émotion si profonde qu'elle
-en ressentit le lendemain une légère indisposition[438]. Elle se remit
-cependant et, s'avançant vers le fougueux tribun: «Auprès d'un ennemi
-ordinaire, dit-elle avec sa grâce souveraine, auprès d'un homme qui
-aurait juré la perte de la monarchie, sans apercevoir l'utilité dont
-elle est pour un grand peuple, je ferais en ce moment la démarche la
-plus déplacée. Mais quand on parle à un Mirabeau[439].....» Mirabeau
-fut séduit: l'aspect seul de Marie-Antoinette l'avait ébloui. Sa
-dignité sereine, l'incomparable attrait répandu dans toute sa personne,
-le sourire mélancolique qui errait sur ses lèvres, son affabilité,
-lorsqu'avec un attendrissement mêlé de remords il s'était accusé
-lui-même d'avoir été une des principales causes de ses peines, tout
-acheva de l'enthousiasmer[440]. «Madame, dit-il en se retirant,
-lorsque votre auguste mère admettait un de ses sujets à l'honneur de
-sa présence, jamais elle ne le congédiait sans lui donner sa main à
-baiser[441].» La Reine tendit la main. Mirabeau la baisa en s'inclinant
-respectueusement, et se relevant: «Madame, reprit-il, la monarchie est
-sauvée[442].»
-
-Lorsqu'au bout de trois quarts d'heure, il franchit de nouveau le
-seuil de la porte du parc, sa respiration était haletante, sa parole
-entrecoupée. Il écouta comme à regret les derniers craquements du sable
-sous les pieds des personnes qui s'éloignaient. Puis, s'approchant de
-son neveu, il lui reprit vivement la lettre qu'il lui avait confiée et,
-lui serrant le bras avec force: «Elle est bien grande, bien noble et
-bien malheureuse, Victor, dit-il, mais je la sauverai.»
-
-«Jamais, ajoute M. du Saillant, la voix de mon oncle n'avait été
-altérée par une émotion pareille, par une émotion aussi vraie[443].»
-
-Si bien gardé qu'eût été le secret sur cette entrevue, quelques
-précautions que la Reine eût prises pour dérouter les soupçons, ou
-tout au moins les égarer sur un autre, moins compromettant et moins
-compromis, comme le comte de Ségur[444], je ne sais quelle rumeur
-vague transpira dans le public et des lettres anonymes dénoncèrent au
-Comité des recherches ce qu'on avait déjà nommé, dans une occasion
-précédente[445], la _Grande trahison du comte de Mirabeau_.
-
-Mais ces criailleries n'intimidaient pas le puissant orateur, pas plus
-qu'elles ne l'avaient intimidé au 22 mai. Illuminé par la bonté de la
-Reine, touché de la calme résignation du Roi, et de la modération de
-ses vues sur le rétablissement de l'autorité royale, il poursuivait
-avec ardeur le but qu'il s'était proposé. «Rien ne m'arrêtera, dit-il,
-je périrai plutôt que de manquer à mes promesses[446].»
-
-Malheureusement, l'accord complet que l'entrevue de Saint-Cloud
-semblait avoir établi entre le tribun et la famille royale dura peu.
-Le Roi, toujours indécis, hésitait à se confier entièrement à lui;
-il demandait des conseils de tous côtés et finissait par n'en suivre
-aucun. Ce partage de confiance exaspérait Mirabeau. S'étant une fois
-dévoué, il eût voulu qu'on suivît exclusivement ses avis; il était
-jaloux de tous ceux auxquels le Roi et la Reine semblaient accorder
-quelque crédit, de Ségur, de Rivarol[447], de Bergasse[448]. Dès le
-9 juillet, il se plaignait qu'on ne lui dît pas tout et que Louis
-XVI n'exécutât pas les décisions arrêtées avec sa femme. «Il faut,
-disait-il, que la Reine se détermine à toujours donner l'impulsion
-au Roi;» et ce qu'il n'ajoutait pas, mais ce qui était le fond de sa
-pensée, que la Reine accepte toujours la direction de Mirabeau. «Sans
-cela, le Roi et la Reine ne seront que des personnes timides, toujours
-obligées de composer avec leurs geôliers...., toujours à la merci des
-insurrections, de l'ambition ou de la démagogie[449].»
-
-Mais Marie-Antoinette elle-même, si intrépide qu'elle fût, reculait
-parfois devant les plans proposés par son nouvel allié. Le 13 août,
-Mirabeau adressait la note bien connue dont le début a été si
-souvent cité: «Quatre ennemis arrivent au pas redoublé: l'impôt, la
-banqueroute, l'armée, l'hiver. Il faut prendre un parti; je veux dire
-qu'il faut se préparer aux événements en les dirigeant. En deux mots,
-la guerre civile est certaine et peut-être nécessaire[450].» Et il
-concluait en demandant une nouvelle entrevue et en insistant sur la
-nécessité de constituer dans l'armée un fort noyau de résistance.
-
-La Reine fut épouvantée. La perspective brutale du danger qu'elle
-sentait bien, mais qu'elle aimait sans doute à croire moins pressant,
-le ton même de la note, ce ton auquel ne l'avaient guère habituée
-les phrases polies et obséquieuses de ses ministres, ce style
-«extraordinaire»,—le mot est d'elle,—ce style haché, saccadé, qui
-sentait la poudre et qui sonnait la charge, tout cela la jetait dans
-le trouble et dans l'effroi; elle était presque tentée de croire «fou»
-son audacieux correspondant. La guerre civile surtout lui inspirait
-et devait lui inspirer jusqu'à la fin une insurmontable répugnance.
-«Comment M. ou tout autre être pensant, écrivait-elle à Mercy, peut-il
-croire que jamais, mais surtout dans cet instant, le moment soit venu
-pour que nous, nous provoquions la guerre civile[451]?» Quant à une
-nouvelle conférence avec Mirabeau, elle était impossible. On avait
-soupçonné la première et ce simple soupçon avait failli tout gâter. Que
-serait-ce, si l'on venait à découvrir la seconde?
-
-Mirabeau fut sans doute instruit par Mercy de l'impression produite
-par son mémoire. Il en fut plus attristé qu'étonné, mais en même temps
-découragé. Il eût voulu que le Roi prît un rôle actif, et le Roi ne
-pouvait se résoudre qu'à un rôle passif. Il eût voulu qu'on surexcitât
-par des agents habiles, qu'on fît naître, au besoin, le mécontentement
-que devaient inévitablement soulever dans les provinces les réformes de
-l'Assemblée, et le Roi attendait que ce mécontentement se produisît et
-grandît tout seul; on ne comptait que sur le temps, et il n'y avait pas
-un jour à perdre. La Reine elle-même, dans l'intrépidité de laquelle
-il avait foi, reculait, comme éblouie de la lumière sinistre qu'il
-avait brusquement projetée sur la situation. Elle aussi se réfugiait
-dans un rôle passif: «Le temps et la patience sont les vrais remèdes à
-nos maux, écrivait-elle un peu plus tard à son frère. Je crois qu'il
-viendra pourtant un temps où il faudra aider l'opinion; mais nous n'y
-sommes pas encore[452].» Plus le moment d'agir approchait, plus la
-nécessité d'une action énergique s'imposait, plus elle cherchait à
-l'éloigner, comme épouvantée des conséquences. Et Mirabeau de répéter
-tristement: «Je continuerai à servir, autant que le permet la nature
-des choses, même dans le rôle passif auquel on se condamne, quelque
-répugnance que j'aie pour cet ordre de choses, et cette répugnance est
-telle que, si je me suis abstenu ici d'en développer tous les dangers,
-ce n'est que pour épargner à votre imagination ou à votre sensibilité
-un tableau dont la difformité vous affligerait en pure perte, dès que
-vous vous croyez hors de mesure de rien tenter pour la chose publique
-et pour vous-mêmes..... Je gémirai qu'un si bon prince et une Reine si
-bien douée par la nature aient été inutiles, même par le sacrifice de
-leur considération et de leur sûreté à la restauration de leur pays....
-Je serai fidèle jusqu'au bout, parce que tel est mon caractère; je
-me bornerai aux moyens temporaires et circonstanciels, puisqu'on ne
-veut se prêter à aucuns autres..... Du reste, j'attendrai qu'un coup
-de tonnerre brise la déplorable léthargie sur laquelle je ne puis que
-gémir[453].»
-
-Un mois après, il écrivait encore: «Je l'avoue, non sans regret, je
-suis très peu utile, mais on m'impose bien plus le devoir de servir
-qu'on ne m'en donne le pouvoir. On m'écoute avec plus de bonté que
-de confiance; on met plus d'intérêt à connaître mes conseils qu'à
-les suivre, et surtout, on ne sent point assez que le rôle passif
-de l'inaction, fût-il préférable à tous les autres, ne consiste pas
-précisément ou à ne rien faire ou à ne laisser agir que ceux qui
-nuisent.»
-
-Et, venant à la revision de la Constitution, décidée par l'Assemblée,
-il ajoutait:
-
-«Je donnerai mes idées sur ce point, si on l'exige; je donnerai mon
-avis sur d'autres plans, si on daigne me consulter; car, puisque
-l'initiative qu'on m'a laissée n'a produit jusqu'à présent que de
-l'hésitation et de l'embarras, il conviendrait peut-être d'essayer si
-je ne suis pas plus utile en changeant de rôle[454].»
-
-Dans l'épanchement de l'intimité, ses plaintes étaient plus vives et
-même brutales; il se laissait entraîner à des expressions grossières,
-dont il demandait pardon plus tard[455]; il allait jusqu'à traiter ses
-augustes clients de «couards[456]» et de «royal bétail[457]». «C'est
-pitoyable, écrivait-il... On dirait que la maison où ils dorment peut
-être réduite en cendres sans qu'ils en soient atteints ou seulement
-réveillés[458].» Et alors, indisposé par les tergiversations de la
-Cour, irrité par l'attitude malveillante et les interruptions du côté
-droit, il se livrait, à la tribune de l'Assemblée, à des emportements
-de langage, à des «par delà», comme disait la Marck[459], qui, en
-inspirant des doutes sur sa fidélité, ne faisaient que redoubler les
-indécisions du Roi et de la Reine. D'autres fois, faisant un retour sur
-lui-même et comprenant, non sans remords, combien étaient légitimes
-au fond les répugnances de la famille royale: «Ah, s'écriait-il avec
-amertume, que l'immoralité de ma jeunesse fait maintenant de tort à la
-chose publique[460]»!
-
-C'était bien là en effet le secret des incertitudes de la Reine et la
-cause réelle de l'impuissance de Mirabeau. Vainement écrivait-il le 24
-octobre, trois jours après une de ses plus virulentes sorties[461]:
-«Jamais mon zèle n'a été si pur, mon dévouement plus illimité, mon
-désir d'être utile plus constant, j'ose dire plus opiniâtre. Ce n'est
-pas pour moi-même, c'est pour obtenir plus de succès que j'ambitionnais
-le prix de la confiance et ceux qui parviendront à me la ravir
-n'arracheront de mon cœur ni la reconnaissance ni le serment que
-j'ai fait de défendre l'autorité royale, dussé-je combattre seul et
-succomber dans cette lutte éclatante, où j'aurai l'Europe pour témoin
-et la postérité pour juge[462].» La Reine ne pouvait se persuader
-que l'homme qui avait si rudement ébranlé le trône, qui se laissait
-encore emporter à l'attaquer de temps en temps avec tant de passion
-et de violence, fût sincèrement déterminé à le soutenir, et, tout en
-acceptant la plupart du temps les idées de son correspondant, elle
-se demandait avec angoisse quelle arrière-pensée elles pouvaient
-cacher, si ce n'était pas plutôt ses intérêts personnels que ceux de
-la monarchie que Mirabeau avait en vue, et s'il ne justifiait pas
-cette dure parole de son père: «Faut-il être singe, loup ou renard,
-tout lui est égal; rien ne lui coûte[463].» Ou cette autre non moins
-dure: «La conversion de saint Paul même ferait un autre homme, mais ne
-ressusciterait pas celui-là[464].»
-
-Justement irritée de son discours révolutionnaire du 2 octobre sur
-la procédure du Châtelet, elle écrivait à Mercy: «Il m'a envoyé son
-discours; si je le voyais, j'aurais plusieurs points sur lesquels je
-lui demanderais explication, et, avec tout son esprit et astuce, je
-crois qu'il aurait encore de la peine à prouver que c'est pour nous
-servir qu'il l'a prononcé[465].»
-
-L'archevêque de Toulouse, si dévoué pourtant pendant toute cette
-négociation et si disposé à soutenir Mirabeau, disait de son côté,
-après une autre sortie non moins brutale[466]: «Comment voulez-vous
-que la confiance, si nécessaire dans les circonstances où nous sommes,
-puisse naître, après des écarts pareils à ceux d'avant-hier[467]?»
-
-La Reine se trompait: Mirabeau voulait franchement et sérieusement un
-gouvernement monarchique, tempéré par la liberté, et depuis l'entrevue
-de Saint-Cloud, son dévouement à Marie-Antoinette en particulier
-s'inspirait d'un sentiment chevaleresque: ce n'était pas seulement la
-Reine, c'était aussi la femme qu'il prétendait servir. Mais lui, qui se
-plaignait tant des indécisions de la famille royale, méritait souvent
-le même reproche. Tiraillé entre sa raison et sa passion, entre son
-désir de ne pas compromettre sa popularité et sa volonté de sauver
-la royauté, les efforts même qu'il faisait pour concilier ces choses
-inconciliables rendaient sa marche oscillante et troublée et donnaient
-à sa conduite une apparence de fausseté qui ranimait les soupçons et
-réveillait les préventions endormies à grand'peine. Il était sincère,
-il n'était pas droit; il était fidèle, il n'était pas constant et ne
-paraissait pas logique.
-
-Le danger croissait d'heure en heure, et les ennemis de la royauté
-qui sentaient, comme Mirabeau, que, de la famille royale, la Reine
-seule était un obstacle sérieux à leurs désirs, ne mettaient pas
-moins d'ardeur à l'attaquer que l'éloquent tribun à la servir. La
-tactique contre elle avait été habile; on avait commencé, dans les
-écrits inspirés par les meneurs, par faire un éloge emphatique du
-Roi en gardant le silence sur la Reine; puis le silence s'était
-transformé en insinuations hostiles, bientôt en agression ouverte,
-qui concordait avec des bruits malveillants propagés dans le peuple,
-avec des menées perfides tramées dans l'ombre, avec des plans odieux,
-cyniquement avoués. «Une partie du public, dit la Marck, avait fini
-par s'en laisser imposer à cet égard et croyait bêtement aux calomnies
-atroces répandues contre cette princesse infortunée[468].» Toutes
-les résolutions du côté droit, même celles qu'elle blâmait, tous
-les actes des monarchistes, même ceux auxquels elle était le plus
-étrangère, comme le duel du duc de Castries avec Charles de Lameth,
-lui étaient imputés[469]. Le ministère avait fini par se dissoudre
-dans l'impuissance. Necker était parti le 4 septembre, tombé sous
-le coup de l'indifférence publique et n'ayant pas même à son départ
-l'aumône d'un regret ni l'honneur d'une attaque. «Il n'est regretté
-de personne, disait Fersen, pas même de sa société, et son départ ne
-fera aucun effet[470].» Deux mois après, les autres membres du cabinet
-donnaient leur démission. De nouveaux ministres avaient succédé aux
-anciens[471]: créatures des Lameth pour la plupart et naturellement
-pris hors de l'Assemblée. Seul, M. de Montmorin était resté, soutenu
-par Mirabeau, auquel il devait servir d'intermédiaire avec la Cour, et
-seul aussi osant soutenir la Reine, parfois même contre quelques-uns
-de ses nouveaux collègues. Car c'était toujours la Reine qu'on
-poursuivait, c'était elle qu'il fallait séparer du Roi, et faire
-disparaître de gré ou de force.
-
-Une première fois,—un peu après le retour à Paris,—les Constitutionnels
-lui avaient fait proposer par son amie, la duchesse de Luynes, de
-s'éloigner pendant quelque temps de la France, afin de laisser
-achever la Constitution, sans que les patriotes pussent l'accuser de
-s'y opposer. La duchesse de Luynes, qui savait combien la personne
-de Marie-Antoinette était menacée, avait consenti à lui porter ces
-propositions. Mais il s'agissait de partir seule; la Reine répondit
-«que jamais elle n'abandonnerait le Roi et ses enfants; que si elle se
-croyait seule en butte à la haine publique, elle ferait à l'instant
-même le sacrifice de sa vie; mais qu'on en voulait au trône et
-qu'en abandonnant le Roi, elle ferait seulement un acte de lâcheté,
-puisqu'elle n'y voyait que le seul avantage de sauver ses propres
-jours[472].»
-
-A défaut de persuasion, on eut recours à la menace. On parla
-d'assassinat; on parla de procès. Le bruit se répandit,—c'était vers
-la fin de 1790,—qu'on allait reprendre le plan qui avait échoué le 6
-octobre. Emu de ces bruits, M. de Montmorin demanda à ses collègues
-de prendre des mesures pour ne pas laisser se consommer un pareil
-forfait. Le garde des sceaux, Duport du Tertre, prit la parole et
-déclara froidement qu'il ne se prêterait pas à un assassinat, mais
-qu'il n'en serait pas de même s'il s'agissait de faire le procès de
-la Reine—«Quoi!» reprit M. de Montmorin indigné, «vous, ministre du
-Roi, vous consentiriez à une pareille infamie!»—«Mais,» répondit
-tranquillement Duport, «s'il n'y a pas d'autre moyen[473]?»
-
-A défaut d'assassinat, à défaut de procès, ou peut-être comme
-corollaire et but du procès, on proposa le divorce, et M. de Lafayette,
-dans une entrevue avec la Reine, eut l'outrageante impudeur de lui dire
-que, pour en arriver là, on la rechercherait en adultère[474]. La Reine
-n'opposa que sa dignité et son courage habituels à cette injurieuse
-menace. Mais qu'il lui fallut d'empire sur elle-même pour ne pas faire
-jeter à la porte son insolent interlocuteur, et ne trouve-t-on pas là,
-dans cet affront de Lafayette la cause de l'insurmontable répulsion
-que Marie-Antoinette conserva jusqu'à la fin contre le «héros des deux
-mondes» et qui lui faisait dire qu'elle aimerait mieux périr que de lui
-devoir son salut?
-
-En même temps, Mme de la Motte était à Paris, appelée par les chefs
-de la Révolution, et prête à recommencer contre sa royale victime ses
-infâmes et ténébreux «tripotages». Mirabeau bondit: «J'arracherai
-cette Reine infortunée à ses bourreaux,» s'écria-t-il, ou «j'y
-périrai[475].» Et prenant immédiatement la plume: «Il est impossible,
-écrivit-il, de s'exagérer le sentiment du dévouement audacieux que
-produit en moi la découverte de tant d'iniquités et de perfidies, et
-si j'indique d'autres provocateurs,—il avait proposé que Fréteau ou
-d'Ailly demandassent l'arrestation de l'intrigante,—c'est que le bruit
-vague de mes liaisons plaiderait irrésistiblement contre moi parlant
-le premier; mais on ferait tout à la fois la plus cruelle injure à
-moi et le plus pitoyable mécompte dans cette affaire, si l'on doutait
-que je périrais sur la brèche dans une telle affaire et dans tout ce
-qui touchera l'auguste et intéressante victime que convoitent tant de
-scélérats[476].»
-
-Ce n'était pas seulement la Reine qu'on visait, c'était le Roi à
-travers sa femme. Mirabeau l'avait senti: «Dans ce projet, disait-il,
-la Reine, dont ils connaissent le caractère, la justesse d'esprit et la
-fermeté, serait le premier objet de leur attaque, et comme la première
-et la plus forte barrière du trône, et comme la sentinelle qui veille
-de plus près à la sûreté du monarque. Mais le grand art des ambitieux
-serait de cacher leur but; ils voudraient paraître entraînés par les
-événements et non les diriger. Après avoir fait du procès de la dame
-la Motte un poison destructeur pour la Reine; après avoir changé les
-calomnies les plus absurdes en preuves légales capables de tromper le
-Roi, ils feraient naître tour à tour les questions du divorce, de la
-régence, du mariage des rois, de l'éducation de l'héritier du trône...
-Mais, ajoutait-il, ce pays périrait tout entier, que je serais encore
-le défenseur de la Reine et du Roi[477].»
-
-Effrayés du bruit que faisait cette affaire et de la tournure qu'elle
-prenait, ceux qui avaient fait venir Mme de la Motte jugèrent plus
-prudent de la faire repartir, et, pour cette fois du moins, l'intrigue
-avorta[478].
-
-Malheureusement, le lendemain même du jour où le grand orateur
-rédigeait ces notes si éloquentes et signait cette protestation de
-dévouement inaltérable, il se laissait encore emporter, à l'Assemblée,
-à des écarts de langage, à une apologie de l'insurrection[479],
-qui désolait son ami la Marck et faisait évanouir la «confiance
-nouvelle[480]» que les notes avaient inspirée à la Reine[481].
-Mirabeau s'excusait; mais il était incorrigible, et quinze jours
-plus tard, dans la discussion sur la Constitution civile du clergé,
-il revenait à ses premiers errements et prononçait un discours d'une
-extraordinaire violence. Quelle était son intention vraie en agissant
-ainsi? Voulait-il, par ses attaques véhémentes, mieux dissimuler son
-véritable but? Espérait-il, comme il l'a prétendu, que l'exagération
-même des mesures proposées les rendrait illusoires? Estimait-il ne
-pouvoir mieux se faire écouter de ses collègues qu'en se mettant à leur
-diapason, en renchérissant sur eux, en aggravant encore la rigueur
-de leurs décrets[482]? Avait-il la pensée, comme il s'en est vanté
-encore, d'«enferrer» l'Assemblée, et de la discréditer en la rendant
-tyrannique[483]? Croyait-il à la bonté de cette théorie, si souvent
-préconisée en temps de révolution, mais si rarement couronnée de
-succès, qui prétend faire sortir le bien de l'excès du mal? Quelles
-qu'aient été ses intentions réelles, l'effet produit fut déplorable.
-En se livrant, contre le clergé et contre la religion catholique,
-à de telles déclamations, ce n'était pas seulement les sentiments
-politiques, les préjugés, si l'on veut, de la famille royale qu'il
-blessait, c'était sa conscience même. Toutes les objections, jadis
-émises contre lui, reparurent. Mirabeau multipliait vainement ses
-notes, on n'en tenait plus compte; et la Marck lui-même osait à peine
-aborder la Reine, tant il la savait découragée et refroidie à l'égard
-de son ami[484]. Pour ramener une confiance qu'il sentait lui échapper,
-l'éloquent et fantasque tribun se remit à l'œuvre et, le 23 décembre,
-traça tout un projet de défense et de salut par la conciliation des
-libertés publiques avec l'autorité royale. Ce n'était point un plan de
-contre-révolution,—il ne regardait la chose ni comme possible ni comme
-souhaitable,—c'était un plan de contre-Constitution.
-
-«Je regarde, disait-il, tous les effets de la Révolution et tout ce
-qu'il faut conserver de la Constitution comme des conquêtes tellement
-irrévocables, qu'aucun bouleversement, à moins que l'empire ne fût
-démembré, ne pourrait plus les détruire[485].»
-
-Ces réformes d'ailleurs, suivant lui, ne sont pas aussi défavorables au
-pouvoir royal que de vieux préjugés pourraient le faire craindre.
-
-«Cette surface parfaitement unie, qu'exige la liberté, rend aussi
-l'exercice de l'autorité bien plus facile; cette égalité dans les
-droits politiques, dont on fait tant de bruit, est aussi un instrument
-de pouvoir.»
-
-Sans doute ces réformes ont été souvent excessives, prématurées,
-maladroites; il importe de les corriger. Il faut admettre «la
-Révolution dans son esprit», et «la Constitution dans la plupart de ses
-bases».—«Tendre à une meilleure Constitution, voilà donc le seul but
-que la prudence, l'honneur et le véritable intérêt du Roi, inséparable
-de celui de la nation, permettent d'adopter[486].»
-
-Mais l'Assemblée actuelle est incapable d'accomplir les améliorations
-nécessaires. Il faut donc la perdre dans l'opinion, et la forcer à se
-dissoudre. Et dans ce but, il est essentiel de prendre de l'influence
-sur l'esprit public et sur les futures assemblées électorales qu'il
-faudrait décider à demander elles-mêmes la révision de certains
-articles de la Constitution et—ceci est capital,—la fixation du lieu
-de la future Constituante tout autre part qu'à Paris; car, disait-il,
-«aucun corps délibérant, et je n'en excepte pas l'Assemblée nationale,
-n'est libre aujourd'hui, à côté de la redoutable influence qu'on a
-voulu donner au peuple[487].»
-
-Il faut s'emparer de l'esprit public, à Paris et dans les provinces; il
-faut influencer l'Assemblée par une coalition de députés de la droite
-et de la gauche, dont M. de Montmorin sera le correspondant attitré et
-Mirabeau, l'inspirateur secret[488]. Il faut un ministère sûr et uni, à
-la fois agréable à la multitude et dévoué à l'autorité royale[489].
-
-Il faut aussi que le Roi et la Reine se rendent populaires. «Il faut
-qu'on ne puisse pas douter de leur adhésion à tous les changements
-utiles au peuple et à tous les principes qui peuvent assurer la
-liberté..... Se montrer souvent en public, se promener quelquefois,
-même à pied, dans les lieux les plus fréquentés, assister à des revues
-de la garde nationale, paraître à quelques séances de l'Assemblée dans
-la tribune du président, visiter les hôpitaux, les hospices publics,
-les grands ateliers d'ouvriers et y répandre quelques bienfaits: ce
-genre de représentation, également convenable à la Reine et au Roi,
-leur serait sans doute plus utile qu'une impénétrable retraite[490].»
-
-Et Mirabeau terminait par ce pressant appel et ce dramatique tableau:
-
-«On peut tout espérer, si ce plan est suivi, et s'il ne l'est pas, si
-cette dernière planche de salut nous échappe, il n'est aucun malheur,
-depuis les assassinats individuels jusqu'au pillage, depuis la chute
-du trône jusqu'à la dissolution de l'empire, auquel on ne doive
-s'attendre. Hors ce plan, quelle ressource peut-il rester? La férocité
-du peuple n'augmente-t-elle pas par degrés? N'attise-t-on pas de plus
-en plus toutes les haines contre la famille royale? Ne parle-t-on pas
-ouvertement d'un massacre général des nobles et du clergé? N'est-on
-pas proscrit pour la seule différence d'opinion? Ne fait-on pas
-espérer au peuple le partage des terres? Toutes les grandes villes du
-royaume ne sont-elles pas dans une épouvantable confusion? Les gardes
-nationales ne président-elles pas à toutes les vengeances populaires?
-Tous les administrateurs ne tremblent-ils pas pour leur propre sûreté,
-sans avoir aucun moyen de pourvoir à celle des autres? Enfin, dans
-l'Assemblée nationale, le vertige et le fanatisme peuvent-ils être
-poussés à un plus haut degré? Malheureuse nation! Voilà où quelques
-hommes qui ont mis l'intrigue à la place du talent et les mouvements à
-la place des conceptions t'ont conduite! Roi bon, mais faible; Reine
-infortunée! Voilà l'abîme affreux où le flottement entre une confiance
-trop aveugle et une méfiance trop exagérée vous ont conduits! Un effort
-reste encore aux uns et aux autres; mais c'est le dernier. Soit qu'on
-y renonce, soit qu'on échoue, un voile funèbre va couvrir cet empire.
-Quelle sera la suite de sa destinée? Où sera porté ce vaisseau, frappé
-de la foudre et battu par l'orage? Je l'ignore. Mais si j'échappe
-moi-même au naufrage public, je dirai toujours avec fierté dans ma
-retraite: «Je m'exposai à me perdre pour les sauver tous; ils ne le
-voulurent pas[491]!»
-
-Jamais le puissant orateur n'avait été plus net, plus précis, plus
-sagace. Jamais il n'avait tracé un tableau plus sombre et plus
-vrai de la situation. Jamais il n'avait plus clairement indiqué le
-remède. Jamais il n'avait dressé un plan plus étudié, embrassant plus
-complètement toutes les parties de l'administration et du royaume.
-Jamais il n'avait été plus éloquent, plus émouvant et plus ému. La
-Reine, profondément impressionnée par la lecture de cette note,
-entra avec ardeur dans les vues de son conseiller. Le Roi fut plus
-difficile à ébranler; les dangers signalés lui paraissaient exagérés,
-et l'énergie de l'action répugnait à son caractère. Il finit toutefois
-par accepter le plan de Mirabeau et l'application en fut commencée. La
-Reine, triomphant de ses propres répugnances, consentait à employer
-comme intermédiaires Montmorin et Talon, contre lesquels elle
-nourrissait de vives préventions[492]. Avec Talon, elle se montrait
-pleine d'esprit et de tact, alliant toutefois à la grâce qui lui était
-naturelle une réserve que commandait la situation[493]. Avec Montmorin,
-elle manifestait plus d'ouverture et de confiance[494]. Le Roi faisait,
-ou plutôt laissait organiser quelques-uns des rouages recommandés par
-Mirabeau: on créait un atelier de police pour agir sur l'opinion[495];
-on gagnait plusieurs journalistes et déjà certains effets favorables
-se faisaient sentir. Paris semblait mieux disposé pour le Roi: on y
-parlait moins de la Reine[496]. Les provinces étaient encore bonnes,
-en grande majorité; les calomnies contre Marie-Antoinette y avaient
-moins cours, et il eût suffi de s'y montrer pour conquérir promptement
-la confiance du peuple[497]. On l'avait bien vu à la Fédération. On
-pouvait trouver là un point d'appui sérieux. La Marck partait pour
-Metz, afin de concerter avec M. de Bouillé la sortie de la famille
-royale de Paris, base essentielle de tout projet de restauration[498].
-
-On essayait donc quelque chose; mais c'était encore bien peu, et il
-fallait d'autres efforts. Ce plan de Mirabeau, d'ailleurs, n'était-il
-pas trop vaste et trop compliqué pour réussir[499]? Les augustes
-clients même pour le salut desquels il avait été combiné n'étaient
-pas le moindre des obstacles à sa bonne et prompte exécution. Le Roi,
-quand il laissait agir, restait inerte; il méditait chaque jour la
-vie de Charles Ier[500], dont le portrait était suspendu dans sa
-chambre; mais c'était plutôt pour apprendre à souffrir et à mourir que
-pour apprendre à résister. Lorsqu'on lui parlait de ses affaires et
-de sa position, il semblait, disait tristement un de ses plus dévoués
-serviteurs, qu'on lui parlât de choses relatives à l'empereur de la
-Chine[501]. Plus énergique et plus active, la Reine voyait son énergie
-paralysée par l'inaction de son mari; elle luttait sans espoir contre
-sa déplorable destinée. «Comme femme, écrivait la Marck, elle est
-attachée à un être inerte; comme Reine, elle est assise sur un trône
-bien chancelant[502].»
-
-Elle-même, d'ailleurs, mal préparée à la lutte, ne joignait pas à la
-force du caractère l'habitude des affaires, et la persévérance dans
-les idées. «La Reine, écrivait encore la Mark, a certainement l'esprit
-et la fermeté qui peuvent suffire à de grandes choses, mais il faut
-avouer que, soit dans les affaires, soit même dans la conversation,
-elle n'apporte pas toujours ce degré d'attention et cette suite qui
-sont indispensables pour apprendre à fond ce qu'on doit savoir pour
-prévenir les erreurs et pour assurer le succès[503].» Il était du
-reste un terrain sur lequel Mirabeau et ses amis se fussent bien
-difficilement mis d'accord avec la famille royale: c'était la question
-religieuse, que les premiers jugeaient d'après les principes de la
-philosophie rationaliste, la seconde avec les lumières de la foi et
-les délicatesses de la conscience, auxquelles chez Louis XVI, depuis
-la fatale sanction donnée à la Constitution civile, s'ajoutaient les
-saintes susceptibilités du remords.
-
-Quant aux agents de ce vaste plan, pouvait-on compter absolument sur
-eux? Montmorin était faible et sans initiative; Talon et Sémonville,
-suspects; plusieurs autres, d'une fidélité bien chancelante. Restaient
-la Marck et Mirabeau lui-même. La Marck était actif, capable,
-sincèrement dévoué. Mais Mirabeau, malgré ses protestations ardentes,
-ne se livrait pas entièrement. C'est son ami intime, son répondant, la
-Marck, qui l'observe lui-même. L'exécution chez lui était souvent fort
-différente du projet, et la réalité, de la promesse[504]. «Il voulait
-concilier la volonté apparente de servir avec l'inaction, pousser
-les autres et se tenir en arrière, avoir le mérite du succès _et ne
-pas mettre sa popularité à de trop fortes épreuves_[505].» De là des
-indécisions, une inertie parfois et de temps à autre des bouffées de
-démagogie qui gâtaient tout.
-
-Il faut en convenir, d'ailleurs, sa situation était singulièrement
-critique. Comme l'écrivait justement Fersen, «il n'avait pas autant de
-moyens pour faire le bien qu'il en avait pour faire le mal[506].» Le
-mystère même dont il enveloppait sa conduite la rendait plus difficile
-à soutenir. Le secret gardé le laissait en butte aux rancunes du côté
-droit; découvert ou même soupçonné, il lui enlevait tout crédit sur la
-gauche.
-
-Mais en tout cas, pour que le plan de Mirabeau pût aboutir, il fallait
-que celui qui l'avait conçu fût là pour l'exécuter. Il fallait que
-l'homme puissant qui avait disposé toutes les batteries, qui tenait
-en main tous les ressorts, continuât à tout diriger. Or, à ce moment
-même, les jours de Mirabeau étaient comptés; la vie, dont il avait
-tant abusé, allait lui échapper à l'heure où il en consacrait les
-restes à la défense, au salut peut-être de ce qu'il avait plus que
-tout autre contribué à perdre. Dans ces derniers temps, du reste, son
-attitude est correcte. Le 24 février, il demande qu'on ordonne à la
-municipalité d'Arnay-le-Duc de laisser Mesdames continuer leur voyage,
-illégalement interrompu. Le 28, il s'oppose, avec la plus brillante
-éloquence, au vote d'une loi contre les émigrés et, malgré l'ardeur
-de la gauche, parvient à la faire repousser. «Si l'on fait cette loi,
-s'écrie-t-il, je jure de n'y point obéir[507].» Et c'est alors que,
-violemment interrompu par les Lameth et leurs amis, il leur jette ce
-cri dédaigneux: «Silence aux trente voix!» Le soir, il paraît encore
-aux Jacobins pour combattre les chefs de la Révolution, irrités de ses
-attaques et de ce qu'ils appellent sa défection. Le 23 mars, dans la
-discussion sur la régence, il prend parti, avec les soutiens des vrais
-principes monarchiques, pour la régence héréditaire.
-
-Ce fut le chant du cygne. Le 27 mars 1791, Mirabeau tombait malade; le
-samedi 2 avril, il mourait, après avoir demandé à plusieurs reprises
-son ami le comte de la Marck, le confident de ses derniers projets, et
-en murmurant ces mots, devenus célèbres: «J'emporte avec moi le deuil
-de la monarchie; après ma mort, les factieux s'en disputeront les
-lambeaux[508].»
-
-Cette monarchie, l'aurait-il sauvée? Les conditions même dans
-lesquelles il se dévouait à elle, et que nous avons exposées plus haut,
-nous en font douter. Mme Elisabeth donnait de ce doute une raison
-moins politique, mais plus conforme à ses idées religieuses un peu
-exclusives, quand elle écrivait, le 3 avril, à Mme de Raigecourt:
-
-«Mirabeau a pris le parti d'aller voir, dans l'autre monde, si la
-Révolution y était approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien!.....
-Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le redoutent beaucoup. Depuis
-trois mois il s'était montré pour le bon parti; on espérait en ses
-talents. Pour moi, quoique très aristocrate, je ne puis m'empêcher de
-regarder sa mort comme un trait de la Providence sur ce royaume. Je ne
-crois pas que ce soit par des gens sans principes et sans mœurs que
-Dieu veuille nous sauver[509].»
-
-Sous une forme mystique, la pensée de Mme Elisabeth était vraie;
-dans ces temps troublés, il est rare que ceux qui ont pu ébranler
-soient capables ensuite d'affermir et que ceux qui ont démoli sachent
-reconstruire. C'est la logique des révolutions, et c'est aussi leur
-justice.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
- Situation alarmante de Paris: l'émeute en permanence.—Démission de
- Necker.—Départ de Mesdames.—Le 28 février.—Le 18 avril.—Projets de
- fuite.—Le comte d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de
- Saint-Cloud.—Plan de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au
- marquis de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la
- Reine, Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises,
- est définitivement fixé au 20 juin.
-
-
-Quelles que fussent les chances de succès du grand plan de Mirabeau,
-il était évident que ce plan allait disparaître avec son auteur: la
-clef de voûte tombant, tout l'édifice s'écroulait. Un certain nombre de
-pygmées pouvaient bien se disputer l'héritage du géant: aucun n'était
-de taille à le recueillir en entier.
-
-Cependant, la situation devenait chaque jour plus critique. L'émeute
-était en quelque sorte à l'ordre du jour. Dès qu'une mesure prise par
-l'Assemblée ou le gouvernement déplaisait aux Jacobins, le peuple, ou
-plutôt la populace de Paris, se soulevait et formulait son opinion à
-sa manière, en vociférant, pillant et pendant. L'Assemblée n'était pas
-plus libre que la famille royale. La rue était souveraine maîtresse, et
-c'est à ce titre que Malouet a pu écrire justement que la Terreur en
-France datait du 14 juillet 1789[510]. Le mot fut bien plus vrai encore
-lorsque le gouvernement et le Roi eurent été ramenés de force à Paris.
-La liste serait longue à dresser des mouvements populaires, à partir
-seulement du 6 octobre 1789. Nous n'essaierons pas de le faire; nous
-nous contenterons des émeutes les plus mémorables.
-
-Le 2 septembre 1790, à la nouvelle de la répression de la révolte
-de Nancy par le général de Bouillé, quarante mille hommes s'étaient
-portés aux Tuileries et à l'Assemblée, en réclamant à grands cris
-le renvoi des ministres. Un moment même, on avait craint que cette
-foule ne marchât sur Saint-Cloud, où la famille royale était alors,
-et n'y renouvelât les scènes de Versailles[511]. Le 4 septembre,
-Necker, effrayé, avait quitté le ministère et la France. Deux mois
-après, l'hôtel d'un membre de l'Assemblée, le duc de Castries, était
-pillé, pour le punir d'avoir blessé dans un duel loyal l'un des
-héros populaires, Charles de Lameth. Le 27 janvier 1791, des bandes
-allaient huer Clermont-Tonnerre et l'assaillir dans sa maison et
-fermaient de force, avec la complicité pusillanime de Bailly, le club
-des Impartiaux, dont il était président[512]. «Nous n'avons pas eu
-de tapage depuis huit jours,» écrivait le 5 février Mme Elisabeth
-à Mme de Raigecourt[513]. Mais ce calme inaccoutumé ne devait pas
-durer longtemps. Moins de deux semaines après, la nouvelle du départ
-de Mesdames donnait un nouvel aliment à l'agitation populaire. Une
-députation des sections se rendit aux Tuileries et prétendit forcer le
-Roi à interdire à ses tantes de s'éloigner. Louis XVI refusa. Mesdames
-partirent le 19 février. Arrêtées par la municipalité d'Arnay-le-Duc,
-les deux princesses ne purent continuer leur voyage qu'en vertu d'un
-décret de l'Assemblée, après une inconvenante plaisanterie de Menou,
-pour qui les tantes du monarque n'étaient plus que deux vieilles
-femmes, tant le respect de l'autorité et de la famille royale avait, en
-moins de deux ans, disparu du langage et des mœurs!
-
-On répandit le bruit que ce départ de Mesdames n'était qu'un prélude,
-que le Roi, la Reine et Monsieur ne tarderaient pas à suivre l'exemple
-de Mme Adélaïde et Mme Victoire. Sept à huit cents personnes,
-lie du peuple, filles de la rue Saint-Honoré et leurs souteneurs, se
-portèrent tumulteusement au Luxembourg, forcèrent Monsieur et Madame à
-aller aux Tuileries et ne les quittèrent qu'après s'être assurés qu'ils
-y étaient entrés[514]. Le 24, un ramassis confus de filles publiques,
-d'émissaires des Jacobins et d'hommes déguisés en femmes envahit le
-jardin des Tuileries et demanda en hurlant que le Roi ordonnât à ses
-tantes de revenir. Sur l'injonction de cette bande, les soldats ôtèrent
-leur baïonnette et Bailly proposait qu'on ouvrît les portes et qu'on
-introduisît dans le Château une vingtaine de délégués qui voulaient
-voir le Dauphin, qu'on disait parti comme Mesdames[515]. Heureusement,
-la garde fut plus ferme que le maire; la foule fut sommée de se
-disperser, et au premier roulement de tambour, tout s'enfuit comme une
-volée d'oiseaux[516].
-
-Le 28 février, la chose était plus grave. La commune de Paris faisait
-en ce moment réparer le château de Vincennes. Le bruit se répandit que
-ces réparations n'étaient qu'un moyen de favoriser une évasion du Roi,
-qui, par des conduits souterrains, irait des Tuileries à Vincennes,
-et de là à la frontière. Des bandes d'ouvriers des faubourgs, armés
-de pioches et de piques, se dirigèrent sur Vincennes pour démolir le
-donjon. Lafayette et la garde nationale les suivirent et parvinrent
-à les disperser. Mais la nouvelle de ce mouvement populaire s'était
-répandue. Un certain nombre de gentilshommes, redoutant quelque attaque
-des Tuileries en l'absence de la milice parisienne, s'y rendirent.
-Ils étaient trois cents environ, la plupart avaient des armes pour
-défendre la famille royale et au besoin se défendre eux-mêmes; le
-motif même qui les avait conduits au Château l'exigeait. Une fois là,
-y eut-il des imprudences de commises par quelques jeunes gens, comme
-semble le croire Mme Elisabeth[517]? Affichèrent-ils une attitude
-hostile ou tinrent-ils des propos blessants pour la garde de service?
-Y eut-il, au contraire, comme le prétend Hue[518], de l'eau-de-vie
-distribuée aux gardes nationaux pour échauffer les têtes? Ce qui est
-certain, c'est qu'un conflit éclata, et le bruit se répandit que ces
-amis de la royauté n'étaient venus que pour enlever le Roi et opérer
-une contre-révolution. A peine de retour de Vincennes, Lafayette
-accourut au Château, apostropha durement les gentilshommes et voulut
-les désarmer. Ils résistèrent; mais le Roi, soucieux d'éviter à tout
-prix une lutte, pria lui-même ses défenseurs de remettre leurs armes
-dans son cabinet, leur promettant qu'elles leur seraient rendues le
-lendemain. On obéit; une heure après, les gardes nationaux exigèrent
-que les armes fussent portées chez M. de Gouvion, major général; au bas
-de l'escalier, elles furent pillées[519].
-
-Quant aux fidèles serviteurs, déjà victimes de cette humiliante
-exigence, lorsqu'ils sortirent des Tuileries, à huit heures du soir, on
-les fouilla, on les hua, on les maltraita; on en conduisit plusieurs
-à l'Abbaye[520]. Des vieillards même, comme le maréchal de Mailly, ne
-furent pas à l'abri des insultes et des coups[521].
-
-Le lendemain, Lafayette fit afficher sur les murs de la capitale une
-proclamation pour prévenir la garde nationale qu'il avait donné des
-ordres aux «chefs de la domesticité»,—c'est ainsi qu'il nommait les
-gentilshommes de la Chambre,—afin qu'on ne laissât plus entrer au
-Château d'hommes armés et «d'un zèle très justement suspect[522]»,
-confirmant ainsi par ces paroles les faux bruits de complot et
-autorisant de son prestige populaire l'absurde et mortelle légende des
-_Chevaliers du poignard_.
-
-«Tout est fort tranquille depuis ce moment-là, écrivait, le 2 mars,
-Mme Elisabeth, toujours prompte à se rassurer ou plutôt à rassurer
-ses amies, et je crois que c'est fini, parce que les méchants ont
-obtenu ce qu'ils voulaient et que nous autres, bonnes bêtes, nous ne
-voyons pas plus loin que le bout de notre nez et donnons tête baissée
-dans tous les pièges que l'on nous tend[523].»
-
-La princesse se trompait: rien n'était fini. La journée du 28
-février avait aggravé le dissentiment entre les monarchistes et les
-Constitutionnels et fait descendre l'autorité du Roi de toute la
-hauteur dont avait grandi celle de Lafayette. Mais ce n'était, en
-somme, qu'un incident et un symptôme. Une question plus grave, sur
-laquelle le Roi ne pouvait se mettre d'accord avec l'Assemblée, pas
-plus qu'avec Mirabeau, c'était la question religieuse. Louis XVI était
-profondément pénétré des principes du catholicisme. Il avait bien pu,
-dans un moment de faiblesse, donner sa sanction à la Constitution
-civile du clergé[524], et aux décrets qui exigeaient des évêques et
-des prêtres un serment contraire à leur conscience[525]; mais le
-remords même qu'il en éprouvait rendait plus inébranlable désormais son
-attachement à sa foi, et nulle force humaine n'eût pu le contraindre à
-se servir du ministère d'un prêtre assermenté, qui n'était à ses yeux
-qu'un prêtre schismatique. Marie-Antoinette n'était pas moins ferme.
-Vainement Montmorin et Mirabeau, qui ne comprenaient pas ces scrupules,
-les pressaient-ils de se rendre à des cérémonies où officiaient
-des membres du clergé constitutionnel et à donner un semblant de
-satisfaction à l'opinion démocratique, en assistant le dimanche à la
-messe de leur paroisse. Ni le Roi ni la Reine n'y voulaient consentir,
-et le Roi avait nettement refusé d'admettre dans sa chapelle des
-ecclésiastiques assermentés[526].
-
-Cependant, Pâques approchait. Louis XVI, souffrant depuis les scènes
-douloureuses du 28 février et privé de l'exercice auquel il était
-accoutumé[527], avait besoin de respirer un air plus pur que celui
-de Paris. Il résolut d'aller passer la semaine sainte à Saint-Cloud,
-où il aurait en même temps plus de liberté pour remplir ses devoirs
-religieux. Les préparatifs furent faits au grand jour. Mais les
-meneurs répandirent le bruit que le voyage annoncé en dissimulait un
-autre, que ce n'était pas à Saint-Cloud, mais à Metz que le Roi devait
-aller, et qu'en tout cas il était poussé à ce voyage par des scrupules
-indignes d'un monarque constitutionnel. Les ennemis du catholicisme
-devenaient chaque jour plus intolérants. Le 3 avril, on avait installé
-dans toutes les paroisses de Paris les curés assermentés. Les
-fidèles, usant de leur droit de ne point assister à des cérémonies
-célébrées par des schismatiques, avaient loué l'église des Théatins
-pour y exercer leur culte. Mais lorsqu'ils s'y présentèrent, le jour
-des Rameaux, 17 avril, une foule ameutée les maltraita; des femmes
-furent insultées, des jeunes filles fustigées, et le soir le club des
-Cordeliers avait engagé à faire, le lendemain, une démonstration au
-Château, afin de forcer le Roi à renvoyer les prêtres de sa chapelle
-et à faire ses Pâques à Saint-Germain-l'Auxerrois[528]. Déjà, ce même
-jour, la garde nationale avait voulu empêcher les aumôniers royaux de
-dire la messe aux Tuileries[529]. En présence de cette effervescence,
-Louis XVI, désireux de ne pas donner prétexte à des troubles, avait,
-assure-t-on, renoncé à son projet de départ; il ne l'avait repris que
-sur les instances de Lafayette et de Bailly, qui se croyaient sûrs de
-maintenir l'ordre[530]. L'événement ne tarda pas à leur prouver que le
-vrai maître de Paris, ce n'était pas eux, mais le club des Cordeliers.
-
-Le lendemain matin, en effet, lundi saint, 18 avril, la foule se porta
-en masse aux Tuileries. Lorsque, vers onze heures[531], le Roi et la
-Reine parurent pour monter en voiture, ils furent assaillis par des
-clameurs hostiles. Ils prirent place néanmoins dans une berline avec
-leurs enfants, Mme Élisabeth et Mme de Tourzel[532]. Mais le
-départ fut impossible. La garde nationale, d'accord avec les émeutiers,
-obstruait les portes, entourait les voitures, croisait la baïonnette
-sur le poitrail des chevaux[533], apostrophait le Roi et la Reine
-de la manière la plus grossière[534]. «A bas les valets! A bas les
-chevaux! criait-on. On ne doit pas sortir de Paris avant la fin de la
-Constitution.» Vainement Lafayette harangua-t-il sa troupe; la troupe
-désobéit. Vainement le Roi disait-il à Bailly: «Il serait étonnant
-qu'après avoir donné la liberté à la nation, je ne fusse pas libre
-moi-même[535]!» Pendant deux heures, la famille royale resta dans son
-carrosse, exposée aux insultes de la populace[536]. Pendant deux
-heures, Lafayette essaya vainement de rappeler enfin les perturbateurs
-à l'ordre et les soldats à la discipline. Ni ordres, ni prières, ni
-menaces ne furent écoutés. Le tumulte croissait d'heure en heure; le
-maire refusait de proclamer la loi martiale[537]. Les serviteurs du
-Roi étaient maltraités[538]; le grand aumônier, mis en joue[539]; M.
-de Duras, frappé avec une telle violence que le Dauphin se prît à
-pleurer[540]. Pour éviter de nouveaux excès, il fallut renoncer au
-voyage. Satisfaite de sa victoire, la garde nationale protesta de son
-dévouement: «Soyez tranquille, nous vous défendrons,» disaient les
-soldats à la Reine, en se pressant autour d'elle.—«Oui,» répondit
-ironiquement la princesse, «nous y comptons; mais vous avouerez à
-présent que nous ne sommes pas libres[541].» Et prenant le Dauphin dans
-ses bras, elle rentra fièrement aux Tuileries. Le soir, les gardes
-nationaux prétendirent encore fouiller les appartements, même la
-chambre du Roi, même les greniers, même les remises, sous prétexte d'y
-trouver des prêtres réfractaires[542], et, à dix heures, un homme, sur
-le Carrousel, lisait à haute voix un papier rempli d'horreurs contre
-le Roi, exhortant le peuple à forcer le Château, à tout jeter par les
-fenêtres et surtout à ne pas manquer l'occasion, comme on l'avait
-manquée à Versailles, au 6 octobre[543].
-
-Le lendemain, le Roi se rendit à l'Assemblée et protesta énergiquement
-contre la violence qui lui avait été faite. Le président Chabroud se
-contenta de répondre «qu'une inquiète agitation est inséparable des
-progrès de la liberté[544].» Cette agitation croissant toujours, le
-Roi engagea son premier aumônier, le cardinal de Montmorency, Mgr
-de Roquelaure et Mgr de Sabran, ses aumôniers, les prêtres de sa
-chapelle, les premiers gentilshommes de la Chambre, MM. de Duras et de
-Villequier, à s'éloigner de lui; la Reine adressa la même invitation
-à sa dame d'honneur, Mme de Chimay, à sa dame du palais, Mme de
-Duras; et le jour de Pâques, 24 avril, Louis XVI et Marie-Antoinette
-furent contraints d'aller à Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse des
-Tuileries, assister à la messe solennelle chantée par l'intrus qui
-avait remplacé le vénérable curé, démissionnaire pour refus de serment.
-Seule, Mme Élisabeth, quoique menacée des derniers outrages,
-put se dispenser d'une cérémonie qui froissait si légitimement sa
-conscience[545]. C'était là sans doute ce que Chabroud entendait par
-les progrès de la liberté!
-
-La semaine fut triste pour les prisonniers des Tuileries; le deuil
-de l'église, pendant les jours saints, s'accordait trop bien avec le
-deuil de leurs propres cœurs pour qu'ils n'en fussent pas émus. «La
-solitude des Tuileries, dit Mme de Tourzel, la vue du Roi, privé
-de ses grands officiers, et nous tous à la veille d'être forcés de
-nous éloigner de sa personne, les offices de l'Eglise, auxquels nous
-assistions régulièrement et qui offraient des analogies si frappantes
-avec la situation, le tombeau du jeudi saint, espèce de cénotaphe
-entouré de cyprès et sur lequel il y avait une couronne d'épines,
-emblème si juste de celle que portait le Roi, tout contribuait à
-augmenter la profonde tristesse dont nous étions pénétrés et qu'il
-fallait renfermer en soi-même pour ne la pas faire partager à notre
-pauvre petit Dauphin[546].»
-
-C'en était trop. L'homme avait pu généreusement pardonner les outrages
-dont on n'avait cessé de l'abreuver; le Roi avait fait largement le
-sacrifice de son autorité; mais, violenté dans sa conscience, le
-chrétien se redressa. Louis XVI résolut de sortir de ce Paris, qui
-n'était plus pour lui qu'une prison.
-
-Depuis longtemps déjà, les serviteurs les plus anciens de la monarchie,
-comme les conseillers de la dernière heure, considéraient le départ
-du Roi comme indispensable au salut de la royauté. Le lendemain même
-du jour où l'émeute triomphante l'avait ramené dans la capitale, les
-hommes d'Etat, vraiment dignes de ce nom, avaient jugé qu'il n'y
-pouvait rester, parce qu'il n'y avait pas la liberté nécessaire. Les
-projets d'évasion se succédaient sans relâche. De quelque mystère que
-la mort de M. de Favras ait enveloppé ses projets, il est certain que
-la base première en était le départ de la famille royale, volontaire
-ou forcé. Un peu plus tard, en mars 1790, un député de la noblesse,
-le comte d'Hinnisdal, avait organisé tout un plan pour enlever le
-Roi; la garde nationale de service était gagnée; les hommes étaient
-à leur poste; les relais étaient disposés; tout était prêt, sauf le
-consentement de Louis XVI. M. Campan fut chargé de sonder le prince,
-un soir, pendant qu'il jouait au whist avec la Reine et sa famille.
-Le Roi fit d'abord la sourde oreille, puis, pressé de se prononcer:
-«Dites à M. d'Hinnisdal, répondit-il, que «je ne puis consentir à me
-laisser enlever.»—«Vous entendez bien, reprit la Reine, le Roi ne peut
-consentir à ce qu'on l'enlève.» Espérait-elle qu'on ne tiendrait pas
-compte de cette défense ambiguë, qui pouvait cacher un acquiescement
-tacite? Toujours est-il que, suivant Mme Campan, elle resta jusqu'à
-minuit à préparer sa cassette. Mais aucun bruit ne vint troubler le
-silence de la nuit: M. d'Hinnisdal, mécontent de la réponse équivoque
-du Roi et ne voulant pas agir sans l'assentiment positif de ceux pour
-lesquels il se compromettait, avait renoncé à l'entreprise[547].
-
-Si le départ était difficile à Paris, il était plus praticable à
-Saint-Cloud, où la famille royale passa l'été de 1790. Le Roi y était
-sans gardes, accompagné d'un seul aide-de-camp de Lafayette; la Reine
-n'avait de même qu'un seul homme de service auprès d'elle. Souvent
-tous deux sortaient de bonne heure et rentraient tard, sans qu'on
-s'en inquiétât. On voyageait encore sans obstacle en France; il était
-facile de quitter Saint-Cloud et de là de gagner une province sûre.
-Mme Campan affirme qu'un plan d'évasion fut alors combiné: le Roi
-se serait rendu seul à un bois distant de quatre lieues du Château,
-où la famille royale l'aurait rejoint[548]. D'autre part, Mme de
-Tourzel raconte—et cela semble bien être le même fait,—que M. de la
-Tour du Pin, ministre de la guerre, avait supplié Louis XVI de profiter
-de son séjour à la campagne pour partir, promettant de disposer des
-régiments fidèles pour protéger la route et assurant—l'avenir ne lui
-donna que trop raison—que cette occasion perdue ne se retrouverait
-plus[549]. Les meilleurs serviteurs du monarque, sa famille elle-même,
-souhaitaient vivement qu'il acceptât cette proposition. Mme
-Elisabeth l'espérait: elle croyait voir à certains symptômes, suivant
-son langage énigmatique, que «la guérison approchait[550]». Un moment
-en effet, après la discussion sur les événements d'octobre, on crut que
-le Roi, indigné des résolutions de l'Assemblée, céderait aux conseils
-de M. de la Tour du Pin.
-
-Un jour, s'il faut en croire le comte Esterhazy, Louis XVI gagna les
-hauteurs de Saint-Cloud et sortit par une porte du parc qui était
-condamnée et qu'il fit enfoncer. Il était accompagné du duc de Brissac,
-de MM. de la Suze, de Tourzel et Esterhazy. On descendit par la plaine
-auprès de Rueil et, après avoir passé le pont de Chatou, on entra
-dans la forêt du Vésinet. Là, le Roi tourna à droite et lança son
-cheval sur la route de Maisons. La Reine, de son côté, était sortie
-en voiture avec Mme Elisabeth et son fils. Tout faisait supposer
-qu'on pousserait plus loin: on eût trouvé un bateau pour traverser la
-Seine et de l'autre côté du fleuve des voitures pour gagner Chantilly
-où les chevaux du prince de Condé, encore dans les écuries, auraient
-servi de relais pour se rendre à l'armée. Tout à coup, le Roi s'arrêta
-et l'on retourna à Saint-Cloud. Les espérances étaient encore une fois
-déçues. A sa rentrée au Château, le comte Esterhazy ne put s'empêcher
-de dire à la Reine son désappointement en insistant sur l'urgence
-de se soustraire à la surveillance des geôliers. La Reine répondit
-qu'elle pensait bien comme lui,—elle l'avait déjà déclaré à Mme
-Campan[551].—Mais elle désespérait d'obtenir le consentement du Roi,
-sinon lorsqu'il ne serait plus temps; quant à elle, elle était résolue
-à ne jamais se séparer de son mari et à suivre le sort que la destinée
-lui préparait[552].
-
-A ce moment, pourtant, les négociations avec Mirabeau étaient en
-plein cours et le plan de Mirabeau reposait avant tout sur la sortie
-de Paris. Seulement,—et c'est là que le puissant orateur différait
-d'avis avec la Tour du Pin et Esterhazy,—Mirabeau n'admettait pas
-une évasion. «Un roi, qui est la seule sauvegarde de son peuple,
-disait-il, ne fuit pas devant son peuple; il ne se met pas dans la
-position de ne pouvoir rentrer au sein de ses États que les armes à
-la main, ou d'être réduit à mendier des secours étrangers[553].» Et
-il écrivait de même à la Marck: «Un roi ne s'en va qu'en plein jour,
-quand c'est pour être roi[554].» C'était sa conviction au lendemain
-même des journées d'octobre. Il voulait qu'on se retirât à Rouen,
-au sein de la Normandie, province fidèle, à proximité de la Bretagne
-et de l'Anjou, qui ne l'étaient pas moins[555], et où il serait
-facile de s'entourer de troupes sûres. L'année suivante, c'était à
-Fontainebleau qu'il demandait qu'on se transportât[556], mais toujours
-en plein jour, après avoir prévenu officiellement l'Assemblée et sous
-la protection de la garde nationale, à laquelle on associerait un
-régiment d'infanterie, le Royal-Comtois, alors en garnison à Orléans
-et animé d'un excellent esprit, et deux cents cavaliers du régiment de
-Lorraine, qu'on ferait venir de Rambouillet[557]. Plus tard, lorsque
-l'esprit révolutionnaire eût fait de nouveaux progrès, ce ne fut plus
-de Fontainebleau, ville ouverte et à la merci d'un coup de main, qu'il
-s'agit, mais d'une ville fortifiée et plus rapprochée de la frontière,
-Compiègne ou Beauvais[558], d'où l'on pouvait aller plus loin, sous la
-protection de l'armée de M. de Bouillé[559]. Mais le grand obstacle
-à l'exécution de ce plan, c'était l'indécision du Roi. Louis XVI
-manifestait pour un départ, sous quelque forme qu'il se présentât,
-la même répugnance qu'il avait déjà si malheureusement montrée lors
-des néfastes journées d'octobre, et sans s'y refuser positivement, il
-opposait la plus fatale des résistances, la force d'inertie. La Reine
-y était plus résolue: «Il faudra pourtant bien s'enfuir,» avait-elle
-dit un jour à Mme Campan[560]. Mme Elisabeth l'était plus encore,
-mais elle n'était guère appelée au conseil et ses lettres à ses amies
-sont pleines de ses doléances sur cette funeste inaction de son frère.
-Après tant d'alternatives d'espoir et de déceptions, le 24 octobre,
-peu après la tentative avortée qu'a racontée le comte Esterhazy, elle
-écrivait à Mme de Raigecourt, dans ce style figuré qui servait à sa
-correspondance:
-
-«J'ai vu l'homme qui est si beau; il est un peu à la désespérade.
-Mon malade a toujours des engourdissements dans les jambes, et il
-craint que cela ne gagne tellement les jointures qu'il n'y ait pas de
-remède[561].»
-
-La Reine négociait de divers côtés, dépêchait courriers sur courriers,
-lettres sur lettres, à son frère et à M. de Mercy, demandait des
-conseils, des secours, de l'argent. Le Roi restait à l'écart, comme
-s'il se désintéressait des projets de sa femme et des espérances de
-sa sœur. A la fin d'octobre 1790, cependant, il se décida à entrer
-en relations avec le général qui commandait à Metz, le marquis de
-Bouillé. Mirabeau lui-même l'avait indiqué; ses services et ses
-talents le recommandaient plus encore. Connu jadis par de brillants
-exploits aux Antilles, pendant la guerre d'Amérique, plus récemment
-par la vigueur avec laquelle il avait réprimé l'insurrection de Nancy,
-très estimé de l'armée, très aimé même des gardes nationales, très
-royaliste et cependant très populaire, très énergique de caractère et
-très modéré d'opinion, inclinant même, dit-on, vers une constitution
-modelée sur celle de l'Angleterre[562], le marquis de Bouillé était
-l'homme désigné pour être le défenseur suprême de la royauté aux
-abois. Il commandait à Metz et cette situation, en plaçant sous ses
-ordres les places fortes de la frontière, lui permettait d'y assurer
-un refuge à la famille royale. Lui-même déjà avait étudié un plan de
-départ du Roi, car c'était là la question capitale qui préoccupait à
-juste titre tous les royalistes, comme la base indispensable de toute
-restauration monarchique. Il ne fut donc nullement surpris lorsque,
-à la fin d'octobre 1790, l'évêque de Pamiers, Mgr d'Agout, vint
-lui exposer le dessein du Roi. Seulement, le dessein du Roi différait
-essentiellement de celui du général.
-
-Comme Mirabeau, M. de Bouillé eût voulu un départ en plein jour, sur
-la demande des départements et des troupes, auxquels il ne pensait
-pas que l'Assemblée pût s'opposer[563]. Louis XVI, entraîné par sa
-faiblesse naturelle, qui avait horreur de toute mesure énergique,
-préférait une évasion. Au reste les détails de ce plan n'étaient point
-encore arrêtés, et l'exécution n'en aurait lieu qu'au printemps[564].
-Le général fit quelques objections; elles tombèrent devant la volonté
-royale, et il n'y eut plus qu'à désigner la ville qui semblerait offrir
-la retraite la plus sûre. Après un long échange de lettres, le Roi se
-décida pour Montmédy; l'époque du départ fut fixée à la fin de mars.
-
-Les choses en étaient là, et M. de Bouillé, tout en regrettant la
-résolution de Louis XVI, en préparait l'exécution, lorsque, au mois de
-février, il reçut la visite du comte de la Marck. Le prince s'était
-enfin décidé à accepter le plan de Mirabeau, et M. de la Marck en
-venait confier les détails au commandant de l'armée de Metz.
-
-Le Roi sortirait de Paris en plein jour et s'en irait à Compiègne,
-où M. de Bouillé le recevrait et l'entourerait de troupes fidèles,
-soit pour rester là, soit pour aller plus loin, si les circonstances
-l'exigeaient. Une fois en liberté, il adresserait une proclamation
-au pays et l'on ne doutait pas que le mécontentement général, venant
-à l'appui de la protestation du souverain, ne forçât l'Assemblée
-à modifier la Constitution ou ne permît au Roi de convoquer hors
-de Paris une nouvelle Législature, qui accomplirait les réformes
-demandées par l'opinion et rendrait à la royauté l'exercice légitime
-de son autorité[565]. Mirabeau croyait pouvoir compter sur trente-six
-départements; M. de Bouillé sur six, et d'ailleurs la plupart des
-administrations départementales étaient royalistes[566]. M. de Bouillé
-approuva ce plan, qu'il préférait beaucoup à la retraite sur Montmédy,
-et supplia Louis XVI d'en poursuivre l'exécution, en continuant à se
-servir de son habile et puissant conseiller[567]. Malheureusement
-Mirabeau mourut et le Roi retomba plus que jamais dans ses indécisions.
-
-La situation d'ailleurs s'aggravait à chaque instant. Si, au début
-de février, on pouvait sortir de Paris en plein jour, le pourrait-on
-deux semaines plus tard, après l'aventure de Mesdames? Si les tantes
-du Roi avaient eu tant de peine à passer, laisserait-on partir le
-Roi lui-même? L'émeute, qui avait forcé Monsieur à venir coucher aux
-Tuileries, n'était-elle pas un signe de ce que pouvait et voulait
-la populace parisienne? Deux mois après, toute illusion à ce sujet,
-s'il y en avait encore, devait cesser: la garde nationale qui,
-malgré Lafayette et Bailly, ne permettait même pas à la famille
-royale d'aller à Saint-Cloud, lui permettrait bien moins encore
-d'aller à Compiègne. L'impossibilité d'un départ public apparaissait
-manifestement, et cette atteinte à sa liberté, qui déterminait enfin
-irrévocablement le Roi à sortir de Paris, ne lui laissait que les
-chances d'une évasion.
-
-On revint au dessein primitif de Louis XVI, la fuite sur Montmédy. Le
-20 avril, la Reine écrivait à Mercy:
-
-«L'événement qui vient de se passer nous confirme plus que jamais dans
-nos projets. La garde qui est alentour de nous est celle qui nous
-menace le plus. Notre vie même n'est pas en sûreté.., Notre position
-est affreuse; il faut absolument en finir dans le mois prochain. Le Roi
-le désire encore plus que moi[568].»
-
-Cette lettre et celles qui suivirent révèlent le plan de la famille
-royale: jusqu'à ce que le départ fût possible, Louis XVI se
-renfermerait dans une inertie absolue, accepterait sans résistance des
-lois que le manque de liberté entacherait plus tard de nullité et, en
-attendant, s'efforcerait de se procurer des ressources et de se ménager
-des appuis.
-
-Il fallait trouver quinze millions[569]; on espérait les avoir en
-Hollande[570]. L'Espagne et la Sardaigne, par des mouvements de troupes
-sur la frontière, pouvaient exercer une pression morale qui aiderait à
-l'explosion du mécontentement des provinces. La Prusse et l'Autriche,
-si elles parvenaient à se mettre d'accord, prendraient en main les
-réclamations des princes possessionnés d'Alsace et protesteraient,
-«non pas, disait la Reine, s'associant à la pensée de Mirabeau, pour
-faire une contre-révolution ou entrer en armes, mais comme garants de
-tous les traités, de l'Alsace et de la Lorraine, et comme trouvant fort
-mauvaise la manière dont on traite un roi[571].» Si la Prusse, dont la
-conduite était suspecte et dont l'agent, le juif Ephraïm, fournissait
-de l'argent aux révolutionnaires, si l'Angleterre, dont on cherchait,
-avec peu de chances de succès, de s'assurer la neutralité[572], si la
-Hollande voulaient s'opposer à la restauration de l'ordre en France,
-les Puissances du Nord, la Russie et la Suède, pourraient faire
-contrepoids et leur en imposer[573]. En attendant, les démonstrations
-que l'Autriche ferait aux Pays-Bas permettraient à M. de Bouillé de
-rassembler des troupes et des munitions à Montmédy[574].
-
-Malheureusement plus on tardait, plus les difficultés augmentaient.
-L'esprit des troupes, encore bon à la fin de 1790, s'était affreusement
-gâté depuis le commencement de 1791, surtout depuis que du Portail,
-créature des Lameth, avait remplacé au ministère de la guerre le loyal
-la Tour du Pin. A sa demande, l'Assemblée avait autorisé les soldats
-à aller dans les clubs, et cette fréquentation déplorable n'avait
-pas tardé à désorganiser la discipline. Au commencement de mai, M.
-de Bouillé ne pouvait plus compter que sur huit ou dix bataillons
-allemands ou suisses et une trentaine d'escadrons de cavalerie;
-l'infanterie presque tout entière, l'artillerie en entier avaient
-passé à la Révolution[575].
-
-L'esprit des populations civiles avait subi les mêmes influences que
-celui de l'armée. Les menaces des émigrés, les bruits de complots
-des aristocrates, de trahison des officiers, habilement répandus
-et perfidement exploités, avaient à la fois effrayé et exaspéré
-les habitants des frontières, et les avaient surexcités contre le
-Roi qu'ils supposaient d'accord avec les Français du dehors[576].
-Une lutte était donc possible, et, dans cette prévision, Louis XVI
-avait réclamé le secours des Cantons suisses[577], dont la cause
-était liée à celle de la France par des Capitulations séculaires,
-et, pour le premier moment, si besoin en était, un corps de huit à
-dix mille Autrichiens[578]. Non pas qu'il voulût une intervention
-directe des Puissances étrangères dans les affaires du pays,—la Reine
-l'avait formellement répudiée dans sa lettre du 12 juin 1790, à M. de
-Mercy[579].—Il ne demandait que leur appui moral, ou, s'il devait faire
-appel aux dix mille hommes de son beau-frère, il ne les acceptait que
-«comme auxiliaires[580]», entendant bien les faire marcher à côté des
-troupes françaises, sous l'étendard royal, comme Henri IV, obligé, lui
-aussi, de reconquérir son royaume, avait eu à ses ordres les soldats
-d'Élisabeth et les reîtres de Schomberg, comme chaque jour encore des
-régiments allemands ou suisses servaient dans l'armée française,
-à côté des milices nationales. Cela même, il ne le ferait qu'à la
-dernière extrémité; il espérait toujours éviter la lutte, quoique
-Mirabeau, avant de mourir, en eût plus que jamais proclamé l'imminence
-et la nécessité[581].
-
-Mais il importait avant tout de calmer l'opinion publique et pour
-cela d'arrêter les entreprises des émigrés. C'était le but auquel
-tendaient les efforts de la Reine. Ses instructions à ses agents,
-sa correspondance avec son frère et Mercy sont remplies des plus
-pressantes instances pour que l'Empereur, par ses conseils et au besoin
-par son autorité, s'oppose aux coups de tête du comte d'Artois: «Notre
-sûreté et notre gloire, écrivait-elle, tiennent à nous tirer d'ici;
-j'espère n'en pas laisser le mérite uniquement à d'autres[582].»
-
-Après la sortie de Paris, que ferait-on? Les lettres de
-Marie-Antoinette, la correspondance du marquis et de la marquise de
-Bombelles, les Mémoires récemment publiés de Mme de Tourzel, les
-déclarations même de Louis XVI permettent de le reconstituer. Une fois
-rendu à Montmédy, dans une place française, au milieu des troupes de
-M. de Bouillé, le Roi appellerait à lui tous les sujets fidèles; il
-donnerait l'ordre aux émigrés de rentrer en France, et, appuyé sur ces
-forces, y joignant, si besoin en était, les dix mille hommes de son
-beau-frère, soutenu plus encore par le mouvement qui ne manquerait
-pas de se produire dans les provinces, lorsqu'elles sauraient le
-souverain en liberté et trouveraient en lui un centre d'action et un
-point d'appui, il adresserait un manifeste au pays. Il protesterait
-hautement contre les agissements de l'Assemblée, qui, sur les points
-les plus essentiels, avait outrepassé les instructions de ses mandants,
-déclarerait nuls, «par défaut absolu de liberté,» les actes qu'on
-lui avait arrachés depuis le 6 octobre 1789, et affirmerait qu'il ne
-rentrerait à Paris que lorsque «une Constitution, qu'il aurait acceptée
-librement, ferait que la religion serait respectée, que le gouvernement
-serait rétabli sur un pied stable, et que, par son action, les biens et
-l'état de chacun ne seraient plus troublés, que les lois ne seraient
-plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté serait posée sur des
-bases fixes et inébranlables[583].»
-
-Cette Constitution aurait-elle été un retour à l'ancien régime?
-Assurément non: le mot même de _constitution_ en excluait la pensée.
-Jamais Louis XVI,—le fait est banal à force d'être évident,—jamais
-Louis XVI n'avait souhaité le pouvoir absolu et, en 1791, il le
-souhaitait moins que jamais. «Le Roi, écrivait, le 13 juillet, la
-marquise de Bombelles, bien au courant des intentions de la famille
-royale, puisque son mari était, avec le baron de Breteuil, l'agent
-accrédité de la Cour à l'étranger, le Roi voulait revenir à la
-déclaration du 23 juin, par laquelle il remplissait le vœu que la
-nation avait témoigné par ses mandats lors des États généraux;
-il restreignait son pouvoir, mais en même temps il l'assurait et
-rassurait les esprits; car jamais le despotisme ne pourra plus avoir
-lieu en France et, il faut être juste, _il n'est pas désirable_.
-Le Roi ne voulait donc pas conquérir son royaume, armé de forces
-étrangères; il voulait en imposer à ses sujets et traiter avec
-eux[584].» Pour satisfaire les intérêts en éloignant l'idée d'une
-banqueroute imminente, il aurait garanti le paiement des rentes
-viagères en entier, réduit l'agiotage et les emprunts onéreux à un
-taux raisonnable, et, en rendant au clergé ses biens, l'aurait chargé
-de rembourser les assignats. Cela était possible, disait Fersen,
-et les biens du clergé réalisés par lui, comme il l'avait proposé,
-auraient produit des résultats qu'on ne pouvait attendre avec la
-confiscation par l'Assemblée. Ainsi, les capitalistes, qui avaient
-tout fait pour la Révolution et que la Révolution menaçait maintenant
-dans leurs intérêts, seraient rassurés et se seraient prononcés pour
-un retour de l'autorité royale, qu'ils redoutaient moins encore que la
-banqueroute[585].
-
-Etait-ce suffisant? Il est permis d'en douter.
-
-Mais il importe de remarquer pourtant qu'après l'échec de Varennes, et
-lorsqu'on se trouva en présence de la Constitution si défectueuse que
-l'Assemblée avait substituée aux propositions du Roi, bien des gens de
-ceux-là même qui avaient applaudi à l'arrestation de Louis XVI, qui y
-avaient peut-être contribué, en vinrent,—c'est un témoin non suspect
-qui l'affirme,—à regretter ce qu'on appelait _le plan de Montmédy_;
-car, disait-on, il promettait à la France une constitution également
-éloignée des deux extrêmes[586].
-
-La Reine partageait la pensée de son mari. Elle avait déclaré,
-dès le commencement de 1790, qu'elle ne voulait pas de
-«contre-révolution[587];» elle l'avait redit le 12 juin[588] et, le
-3 février 1791, elle écrivait encore à Mercy: «Nous sommes décidés à
-prendre pour base de la Constitution la déclaration du 23 juin, avec
-les modifications que les circonstances et les événements ont dû y
-apporter[589].»
-
-Quelles eussent été ces modifications? Nous ne saurions le dire; mais
-il est certain que Marie-Antoinette, comme Louis XVI, était décidée
-à donner satisfaction aux vœux des cahiers de 1789, et à faire jouir
-enfin la France d'une juste et bonne liberté, «telle, disait-elle, que
-le Roi l'a toujours désirée lui-même pour le bonheur de son peuple,
-loin de la licence et de l'anarchie qui précipitaient le plus beau
-royaume dans tous les maux possibles[590].»
-
-En attendant la réalisation de ce plan, la Reine était plus surveillée
-que jamais. Si quelque compatriote, un ami d'enfance, ou un envoyé de
-son frère, comme le prince de Lichtenstein, venait la visiter dans sa
-prison des Tuileries, elle était obligée de le congédier au plus vite
-et de lui bien recommander de ne dire à personne qu'il l'avait vue en
-particulier: «Quoique je ne l'aie vu,—le prince de Lichtenstein,—qu'une
-fois chez moi pendant dix minutes, écrivait-elle à Léopold, je crois
-que tout Autrichien un peu de marque me doit dans ce moment de n'être
-point ici.» Et elle ajoutait tristement: «Notre santé continue à être
-bonne, et elle le serait bien davantage, si nous pouvions seulement
-apercevoir une idée de bonheur alentour de nous; car, pour nos
-personnes, il est fini pour jamais, quelque chose qui arrive. _Je sais
-que c'est le devoir d'un roi de souffrir pour les autres; mais aussi le
-remplissons-nous bien[591]._»
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille royale et retour à
- Paris.
-
-
-Au commencement de juin 1791, tout était préparé pour le départ. Des
-deux routes qui conduisaient de Paris à Montmédy, Louis XVI avait
-préféré celle qui passait par Varennes, malgré les inconvénients
-signalés par M. de Bouillé[592]; mais l'autre traversait Reims, la
-ville du sacre, et le Roi craignait d'y être reconnu. Un corps de
-troupes devait être réuni à Montmédy et des détachements disposés
-le long de la route, à partir de Châlons, pour en assurer le libre
-passage[593]; quant aux bataillons autrichiens, ils devaient être
-rendus à Arlon le 12 juin. Un million en assignats avait été expédié
-par Fersen sous le couvert du comte de Contades[594]. La Reine avait
-fait envoyer à Arras un trousseau de linge pour elle et ses enfants,
-à Bruxelles son nécessaire de voyage[595]; le coiffeur Léonard
-devait emporter ses diamants[596]. Le départ, fixé d'abord à la
-fin de mai[597], avait été, malgré les instances de M. de Bouillé,
-qui suppliait de ne pas dépasser le 1er juin[598], reculé au 12
-juin[599], puis au 15[600], puis au 19[601], puis au 20, à cause d'une
-femme de chambre du Dauphin, justement suspecte, qui ne devait quitter
-son service que le 19 au matin[602]. Et ce dernier retard, décidé le 13
-seulement, fut fatal; car il fut en grande partie cause de l'échec du
-plan.
-
-«Il n'y a que deux personnes dans la confidence: M. de Bouillé et M.
-de Breteuil, écrivait la Reine à son frère, le 22 mai 1791, et une
-troisième personne qui est chargée des préparatifs du départ[603].»
-
-Cette troisième personne était un Suédois, que nous avons déjà
-rencontré dans cette histoire, le comte Axel de Fersen. Cœur plein de
-chaleur, caractère plein de noblesse, le comte de Fersen, à l'heure de
-l'adversité, avait senti redoubler son dévouement à l'auguste famille
-qui l'avait accueilli aux jours de sa splendeur. «Je suis attaché au
-Roi et à la Reine, écrivait-il lui-même à son père en février 1791,
-et je le dois par la manière pleine de bonté dont ils m'ont toujours
-traité lorsqu'ils le pouvaient; et je serais vil et ingrat, si je les
-abandonnais, quand ils ne peuvent plus rien faire pour moi et que j'ai
-l'espoir de pouvoir leur être utile. A toutes les bontés dont ils
-m'ont toujours comblé, ils viennent d'ajouter encore une distinction
-flatteuse, celle de la confiance: elle l'est d'autant plus qu'elle est
-extrêmement bornée et concentrée entre trois ou quatre personnes, dont
-je suis le plus jeune[604].»
-
-Louis XVI et Marie-Antoinette avaient compris qu'il y avait là, dans
-ce jeune homme, un dévouement à toute épreuve sur lequel ils pouvaient
-compter, un dévouement désintéressé et pur, qui ne leur demanderait
-rien. Dégoûtés des services payés, des conseils ambitieux, des exaltés
-et des incapables, ils s'ouvraient à Fersen en toute confiance, et
-s'ils pouvaient souhaiter un conseiller plus habile politique et plus
-rusé diplomate, plus ouvert aux idées modernes, ils ne pouvaient
-pas rencontrer un serviteur plus chevaleresque et plus sûr. Dès le
-commencement de 1791, Fersen était devenu leur confident attitré,
-le dépositaire de leurs pensées et l'agent de leur correspondance.
-Il chiffrait et expédiait leurs lettres; il recevait et déchiffrait
-les dépêches adressées à la famille royale; il transmettait leurs
-instructions au baron de Breteuil et au marquis de Bouillé; le premier,
-l'agent diplomatique; le second, l'agent militaire du projet d'évasion.
-
-C'était M. de Fersen qui s'occupait des préparatifs de départ à Paris;
-il demandait et obtenait, par l'intermédiaire du ministre de Russie,
-M. de Simolin, un passeport au nom d'une grande dame russe, la baronne
-de Korff; il surveillait, chez le carrossier Louis, la confection
-de la spacieuse berline, destinée à abriter la famille royale tout
-entière[605]. Cette berline, qui, par ses dimensions, devait exciter
-les soupçons, avait alarmé la prudence de M. de Bouillé; il avait fait
-faire des représentations par son fils Louis et proposé de substituer
-à une voiture unique deux voitures plus légères: l'une eût renfermé
-le Roi, Mme Elisabeth et Madame Royale; l'autre la Reine et le
-Dauphin; mais la Reine refusa de se séparer de son mari et répondit
-que si l'on voulait les sauver, il fallait que ce fût tous ensemble ou
-point[606]. M. de Bouillé avait demandé aussi qu'on se fît accompagner
-par le marquis d'Agout, ancien major des gardes du corps, homme de
-tête et de cœur, dont le concours eût été précieux en cas d'accident
-ou d'obstacle[607]. Le Roi avait songé à M. de Saint-Priest[608]; le
-chevalier de Coigny avait proposé un commandant de gendarmerie, ancien
-maître de postes retiré, M. Priol, très dévoué et qui connaissait
-parfaitement toutes les routes du royaume[609]. Au dernier moment, on
-ne prit personne, soit scrupule d'étiquette, soit pour ne pas mettre
-de nouveaux confidents dans le secret; le Roi ne voulut même pas,—et
-ce fut profondément regrettable,—être escorté par Fersen, qui était au
-courant de tout[610].
-
-Quoi qu'il en soit, après tous ces pourparlers et toutes ces
-tergiversations, le 13 juin, le plan était définitivement arrêté. Le
-Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Elisabeth, Mme de Tourzel et
-deux femmes de chambre, Mmes de Neuville et Brunier, devaient
-partir dans la nuit du 20 au 21, les six premiers dans la fameuse
-berline, les deux autres dans un cabriolet qui précéderait la berline.
-A défaut de M. d'Agout, trois gardes du corps, MM. de Valori, de
-Moustiers et de Maldent devaient accompagner la voiture, en qualité et
-sous le costume de courriers, deux sur le siège, le troisième galopant
-en avant. A partir de Pont-Sommevesle jusqu'à Montmédy, des postes
-devaient être échelonnés à tous les relais pour escorter les voyageurs
-et les protéger au besoin. Fersen aurait préféré qu'on supprimât ces
-détachements ou du moins qu'on ne les disposât qu'à partir de Varennes:
-«Il n'y a pas de précautions à prendre d'ici Châlons, écrivait-il à
-M. de Bouillé; la meilleure de toutes serait de n'en pas prendre.
-Tout doit dépendre de la célérité et du secret, et si vous n'êtes pas
-bien sûr de vos détachements, il vaudrait mieux n'en pas placer ou du
-moins n'en placer que depuis Varennes, pour ne pas exciter quelque
-attention dans le pays. Le Roi passerait tout simplement[611].»
-L'événement a prouvé que Fersen avait vu juste. M. de Bouillé lui-même
-avait objecté, dit-il, «le grand inconvénient qui résulterait de
-placer une chaîne de postes sur la route[612].» Mais le Roi y tint
-malheureusement, et il est bien certain que ce luxe de précautions, ces
-apparences d'étiquette, ce souci de conserver, au milieu d'une fuite,
-comme un reste de grandeur royale et de confortable princier, nuisirent
-singulièrement au succès de l'entreprise. Tant de préparatifs ne
-pouvaient se faire sans exciter les méfiances, toujours en éveil depuis
-le départ de Mesdames.
-
-«Tout serait perdu, si l'on pouvait soupçonner le moindre projet,»
-écrivait le clairvoyant Fersen au baron de Breteuil[613]. Malgré
-cela, des indiscrétions, des imprudences, des dénonciations tenaient
-l'opinion publique en suspens. Des bruits de tentative d'évasion du Roi
-étaient dans l'air. On en dissertait dans les journaux, on en parlait
-dans le peuple, on s'en entretenait dans les Comités. Les préparatifs
-avaient été trop longs et trop importants pour être dissimulés
-entièrement; les personnes qui y avaient été employées n'avaient pas
-toujours été discrètes; dès le 21 mai, la femme de garde-robe, qu'on
-soupçonnait justement et dont on avait eu le tort de continuer à
-accepter les services, avait dénoncé un projet de départ. S'il faut en
-croire le marquis de Raigecourt, l'entourage de M. de Bouillé manquait
-de réserve, et le général, tout «prudent et boutonné qu'il était,»
-s'oubliait lui-même quelquefois[614]. L'émigration, que la Reine avait
-tant et si justement recommandé de tenir à l'écart, était instruite,
-sinon de tout le plan, au moins de la pensée d'un départ prochain. A
-Londres, devant le prince de Galles, l'ami intime du duc d'Orléans, on
-en parlait tout haut chez lord Randon[615]. A Bruxelles, on en jasait
-chez M. de la Queuille, sur un mot de Monsieur, qui avait engagé Mme
-de Balbi à rester en Belgique, au lieu de rentrer en France[616]. A
-Paris, l'un des gardes du corps, M. de Maldent, avait l'imprudence d'en
-faire l'aveu à sa maîtresse, et celle-ci n'avait rien de plus pressé
-que de le raconter à sa sœur et à sa domestique[617]. L'attention était
-tellement éveillée que, dès le 11 juin, Lafayette voulait doubler les
-sentinelles et faire visiter toutes les voitures au Château[618].
-
-Tout cela cependant, il faut bien le dire, se bornait à des inquiétudes
-vagues. On avait des soupçons, parce que le désir du Roi était trop
-naturel, pour qu'un projet de départ ne fût pas dans l'ordre même des
-choses; mais on ne savait rien de positif.
-
-Le jour désigné se leva enfin. Tout se passa au Château, comme à
-l'ordinaire. Le Dauphin sortit à dix heures et demie pour aller à
-son jardin; à onze heures, la Reine se rendit à la chapelle avec
-sa suite; au sortir de la messe, elle commanda sa voiture pour cinq
-heures du soir, afin de conduire ses enfants à la promenade. Pendant
-ce temps, Mme Elisabeth avait été à Bellevue; elle en revint à une
-heure; à une heure et demie, le dîner de famille eut lieu[619]. Dans la
-journée, Fersen vint, s'entretint avec le Roi et la Reine des derniers
-préparatifs et arrêta la conduite à tenir en cas d'arrestation:
-«Monsieur de Fersen, lui dit le Roi, quoi qu'il puisse m'arriver, je
-n'oublierai pas ce que vous faites pour moi.» La Reine pleura beaucoup;
-à l'approche du danger, son cœur, sans faiblir, s'attendrissait[620]. A
-six heures, Fersen partit, et Marie-Antoinette, suivant l'ordre donné
-le matin, monta en voiture avec ses enfants pour aller au jardin de M.
-Boutin, à Tivoli, où les enfants goûtèrent[621]. Pendant ce temps, elle
-chercha à préparer l'esprit de sa fille aux événements qui allaient se
-passer[622]. Au retour de la promenade, vers sept ou huit heures[623],
-le Dauphin fut conduit chez sa gouvernante, puis à son appartement et
-prit son repas du soir, servi par son valet de chambre, Cléry, qui ne
-le quitta qu'à neuf heures, lorsqu'il fut au lit[624]. Madame Royale
-se coucha à dix heures, comme d'habitude.
-
-La Reine se fit coiffer; elle entra ensuite dans le salon et y trouva
-Monsieur, qui demeura avec elle jusqu'à neuf heures. A ce moment, le
-Roi, la Reine et Mme Elisabeth passèrent dans la salle à manger.
-Tout se fit avec le cérémonial accoutumé et, vers dix heures, la
-famille royale se retira dans ses appartements. Le coucher de la
-Reine dura peu; lorsqu'elle fut au lit, les portes du corridor furent
-fermées et les ordres donnés, suivant l'usage, au valet de chambre et
-au commandant de service pour le lendemain matin. Le coucher du Roi se
-fit avec le cérémonial ordinaire; Lafayette et Bailly y assistèrent
-et y causèrent quelque temps[625]. Malgré le secret gardé par les
-augustes voyageurs vis-à-vis de leurs plus fidèles serviteurs et des
-membres même de leur famille,—ce fut le jour même, à midi, que Mme
-Elisabeth fut avertie; Mmes Brunier et de Neuville le furent avant
-le coucher seulement,—des rumeurs vagues, nous l'avons dit, avaient
-transpiré; depuis quelques jours, la surveillance était plus active;
-la garde avait été augmentée; dans l'après-dîner du 20, elle avait
-même été triplée[626] et le soir un grenadier couchait en travers de
-la porte de Mme Elisabeth[627]. Mais, depuis longtemps aussi, le
-Roi avait adopté des mesures pour s'assurer des facilités de sortir
-du Château. Dès le mois de janvier, des communications secrètes entre
-les divers appartements de la famille royale avaient été ménagées, et
-des portes pratiquées dans la boiserie avec un art si subtil qu'il
-était impossible de les découvrir[628]. En outre, le Roi avait pris
-la précaution, depuis une quinzaine de jours, de faire sortir, par
-la grande porte du Château, le chevalier de Coigny, dont la tournure
-ressemblait à la sienne[629]. Vers dix heures et quart ou dix heures
-et demie[630], la Reine se leva, alla chez le Dauphin, l'éveilla et le
-fit descendre à l'entresol avec sa sœur[631]. Mmes Brunier et de
-Neuville habillèrent les enfants. Madame Royale fut vêtue d'une robe
-d'indienne mordorée à fleurs bleues et blanches; le Dauphin costumé
-en petite fille. «Il était charmant, raconte Madame Royale; comme il
-tombait de sommeil, il ne savait pas ce qu'il faisait. Je lui demandai
-ce qu'il croyait qu'on allait faire; il me dit qu'il croyait que
-nous allions jouer la comédie, puisque nous étions déguisés[632].»
-On passa dans le cabinet de la Reine, puis de là, par les issues
-secrètes dont nous avons parlé, dans l'appartement inoccupé du duc de
-Villequier[633], d'où l'on gagna une porte non gardée de la cour des
-Princes. Il était onze heures et quart[634].
-
-Dans la cour, une voiture attendait depuis une heure; c'était M. de
-Fersen qui, après avoir réglé dans la soirée les derniers détails du
-départ[635], s'était déguisé en cocher pour conduire en personne les
-augustes fugitifs au début de leur voyage. La Reine amena elle-même
-les enfants et Mme de Tourzel[636], et les installa dans la
-voiture; puis M. de Fersen partit, fit plusieurs tours sur les quais
-pour dérouter la surveillance, et revint se ranger près du petit
-Carrousel[637]. Lafayette passa deux fois[638], mais ne remarqua rien.
-Au bout d'une demi-heure, dit M. de Fersen[639], de trois quarts
-d'heure, dit Mme de Tourzel[640], d'une grande heure, dit Madame
-Royale, dont l'attente anxieuse trouvait le temps long[641], Mme
-Elisabeth arriva, conduite par un garçon de sa chambre, puis le Roi
-vers minuit, et enfin la Reine. Elle avait voulu sortir la dernière,
-et ayant aperçu la voiture de Lafayette, craignant d'être reconnue,
-elle s'était jetée dans le labyrinthe des ruelles qui environnaient les
-Tuileries, et s'y était perdue quelque temps avec le garde du corps qui
-l'accompagnait. Dès qu'elle fut montée dans la voiture, le Roi, que ce
-retard avait inquiété, la serra tendrement dans ses bras, en répétant:
-«Que je suis content de vous voir arrivée[642]!» La Reine était en
-robe du matin, avec un chapeau et un mantelet noir; le Roi portait
-un chapeau rond, une perruque, une redingote brune et une canne à la
-main. C'était Mme de Tourzel qui devait jouer le rôle de la baronne
-de Korff; la Reine était la gouvernante des enfants et s'appelait
-Mme Rochet; le Roi, le valet de chambre Durand; Mme Elisabeth,
-la demoiselle de compagnie, Rosalie; le Dauphin et Madame Royale, les
-deux enfants de Mme de Korff, sous le nom d'Amélie et d'Aglaé[643].
-
-A la barrière Saint-Martin, on rejoignit la berline qu'y avaient amenée
-M. de Moustier et le cocher de M. de Fersen, Balthazar Sapel. Les deux
-voitures furent approchées côte à côte, afin que la famille royale pût
-passer de l'une dans l'autre sans mettre pied à terre. Fersen monta sur
-le siège, à côté de M. de Moustier. «Allons, hardi; menez vite,» dit-il
-à son cocher qui conduisait en postillon. On partit, et les quatre
-chevaux, vivement enlevés, arrivèrent en une demi-heure à Bondy[644].
-M. de Valori y avait fait préparer à l'avance un relais de six chevaux;
-on attela à la hâte; Fersen prit congé des voyageurs en leur jetant ces
-mots, destinés à tromper les postillons: «Adieu, Madame de Korff[645],»
-et la voiture, précédée des gardes du corps en courriers, s'élança sur
-la route de Claye, où elle retrouva Mmes de Neuville et Brunier.
-Pendant ce temps-là, Fersen, à cheval, retournait à Paris par des
-chemins de traverse[646] et, le jour même, partait pour la Belgique.
-Le 22, à six heures du matin, il arrivait à Mons, et le lendemain, à
-Arlon, il apprenait de la bouche de M. de Bouillé le triste résultat de
-l'évasion.
-
-La famille royale restait seule, livrée à ses propres inspirations
-et n'ayant d'autres guides que trois jeunes gens assurément très
-dévoués, mais sans autorité et sans expérience. On avait perdu un
-temps précieux à la sortie de Paris; on en perdit encore à diverses
-reprises, et malheureusement on ne songeait pas à la nécessité de le
-regagner. «Quand on eût passé la barrière, le Roi, raconte Mme de
-Tourzel, commençant à bien augurer de son voyage, se mit à causer sur
-ses projets. Il commençait par aller à Montmédy, pour aviser au parti
-qu'il croirait convenable, bien résolu de ne sortir du royaume que
-dans le cas où les circonstances exigeraient qu'il traversât quelque
-ville frontière pour arriver plus promptement à celle de France, où il
-voudrait fixer son séjour, ne voulant pas même s'arrêter un instant en
-pays étranger.»
-
-«Me voilà donc, disait ce bon prince, hors de cette ville de Paris, où
-j'ai été abreuvé de tant d'amertumes. Soyez bien persuadés qu'une fois
-le cul sur la selle, je serai bien différent de ce que vous m'avez vu
-jusqu'à présent.»—«Lafayette, ajouta-t-il en regardant sa montre, est
-présentement bien embarrassé de sa personne[647].»
-
-Tout à la joie de se sentir libres, les augustes fugitifs se
-relâchèrent des précautions minutieuses dont la stricte observation
-était indispensable et que Fersen ou M. d'Agout n'eussent pas manqué
-de leur rappeler. Les nuits sont courtes à cette époque de l'année et,
-grâce aux retards du début, le trajet de Paris à Châlons, qui eût dû
-se faire dans l'obscurité ou au moins au commencement de la journée,
-se faisait au grand jour[648]. Sans s'en inquiéter, le Roi descendait
-aux relais et parlait aux gens qui entouraient la voiture, paysans
-ou employés de la poste[649], au risque de se faire reconnaître. Il
-faillit l'être à Etoges[650]. A Châlons, il le fut. Un homme en avertit
-le maire qui, fort peu révolutionnaire, prit le parti de répondre au
-dénonciateur que, s'il était bien sûr de sa découverte, il n'avait
-qu'à la publier, mais qu'il serait responsable des suites. L'homme,
-effrayé, ne dit rien[651] et, s'il faut en croire Madame Royale et M.
-de Bouillé, «beaucoup de monde louait Dieu de voir le Roi et faisait
-des vœux pour sa fuite[652].»
-
-A partir de Châlons, on entrait dans le commandement militaire
-de M. de Bouillé et l'on devait rencontrer, à chaque relais, les
-escortes échelonnées par le général, sous le prétexte de protéger
-un convoi d'argent adressé à ses troupes. Le premier détachement
-était à Pont-Sommevesle, sous le commandement du duc de Choiseul,
-qu'accompagnait M. de Goguelat. Mais les retards apportés au départ,
-aggravés encore par la lenteur de la marche, déroutaient le plan
-arrêté: on attendait la voiture royale à trois heures; à cinq heures
-et demie, elle n'était point arrivée, non plus que le courrier qui
-la précédait. Le stationnement prolongé des troupes en ce lieu, où
-rien ne semblait motiver leur présence, jetait l'alarme parmi les
-habitants. Effrayé des dispositions hostiles de la foule, M. de
-Choiseul donna l'ordre de la retraite: quand les augustes voyageurs
-arrivèrent enfin à Pont Sommevesle, il y avait une heure que les
-troupes en étaient parties. Le Roi fut surpris, mais continua néanmoins
-sa route; il espérait rencontrer l'escorte promise à l'étape suivante.
-A Orbeval, il n'y avait rien. «Même silence, dit Mme de Tourzel,
-même inquiétude[653].» A Sainte-Menehould, on trouva trente dragons
-sous les ordres de M. d'Andoins, mais aussi une population nerveuse,
-surexcitée par la présence des soldats. M. d'Andoins, s'approchant de
-la berline, dit tout bas à la fausse baronne de Korff: «Les mesures
-sont mal prises; je m'éloigne pour ne donner aucun soupçon[654].»—«Ce
-peu de paroles, ajoute Mme de Tourzel, nous perça le cœur; mais il
-n'y avait pas autre chose à faire que de continuer notre route, et l'on
-ne se permit pas même la plus légère incertitude[655].» La méfiance
-était éveillée; le maître de poste, Drouet, avait cru reconnaître la
-Reine, qu'il avait vue quand il servait dans les dragons de Condé. Ses
-soupçons furent confirmés lorsqu'il compara, avec le portrait du Roi
-gravé sur un assignat, la figure du prétendu valet de chambre. Fier de
-cette découverte, et de l'importance qu'elle lui donnait, il se hâta de
-prévenir la municipalité qui le chargea, avec un ancien dragon de la
-Reine, nommé Guillaume, de «courir après les voitures et de les faire
-arrêter, s'il pouvait les joindre.» En attendant, et pour faciliter son
-entreprise, il avait recommandé à ses postillons qui partaient de ne
-point trop se presser[656].
-
-Cependant, la famille royale, qui ne s'était point aperçue de ce
-mouvement, poursuivait son voyage avec la même sécurité et, hélas! la
-même lenteur. Le retard du début se maintenait et s'aggravait à chaque
-étape. A Clermont, comme à Sainte-Menehould, on arrivait quatre ou cinq
-heures après l'heure fixée. M. de Damas, chef du détachement, était
-inquiet, la population émue, et la fidélité des dragons singulièrement
-ébranlée par le contact avec les habitants. Le relais cependant se fit
-sans obstacle. Mais quand M. de Damas voulut commander aux troupes
-de se mettre en marche, la garde nationale s'y opposa et les dragons
-refusèrent de monter à cheval[657].
-
-Drouet et Guillaume étaient partis à bride abattue. Ayant appris par
-le postillon de Sainte-Menehould que la famille royale avait pris la
-direction de Varennes, ils s'étaient jetés dans des chemins de traverse
-pour y arriver avant elle. Ils y arrivèrent en effet les premiers,
-trouvèrent, malgré l'heure avancée, quelques jeunes gens réunis dans
-une auberge, donnèrent l'alarme et coururent avertir les autorités.
-En l'absence du maire, retenu à Paris par sa charge de député, le
-procureur de la commune, Sauce, prit la direction du mouvement. On
-sonna le tocsin, on réveilla les habitants en faisant parcourir les
-rues par des enfants qui criaient au feu; on barricada le pont qui
-réunissait les deux parties de la ville de Varennes et que les voitures
-devaient forcément traverser, et un poste d'hommes déterminés, armés
-de fusils, s'y installa, prêt à en disputer le passage par la force.
-
-Tout était prêt de la part des ennemis du Roi; de la part de ses
-amis, rien ne l'était; les malheureux retards apportés au voyage, les
-malentendus qui en avaient été la suite avaient troublé les esprits
-et dérangé les mesures prises. A l'entrée de Varennes, on ne trouva
-pas de relais; les postillons, les gardes du corps, le Roi et la Reine
-elle-même perdirent un temps précieux à le chercher; les conducteurs
-refusaient d'aller plus loin avec les mêmes chevaux; on discuta; on
-parlementa; quand on les détermina à passer au moins la ville, il était
-trop tard. Sous la petite voûte qui joignait la ville haute à la ville
-basse[658], Sauce, Drouet et leurs amis attendaient. Le cabriolet où
-étaient les femmes de chambre se présenta le premier, on l'arrêta; on
-demanda les passeports; une des voyageuses répondit qu'ils étaient
-dans la seconde voiture. Sauce se porta à la berline et renouvela sa
-réquisition. Le Roi tendit le passeport; le procureur fit observer
-qu'il était bien tard pour le viser,—il était onze heures et demie du
-soir[659]—«qu'il fallait descendre et qu'au jour on verrait[660]». La
-baronne de Korff se récria, tenta de forcer le passage; mais les gardes
-nationaux menacèrent de faire usage de leurs armes[661]; il fallut se
-résigner à descendre.
-
-On gagna la maison de Sauce, située à vingt pas de là, et pendant qu'on
-préparait au premier étage deux chambres plus convenables pour recevoir
-ces hôtes improvisés dont on soupçonnait la grandeur, on introduisit
-les voyageurs dans une salle basse où Sauce leur fit servir un frugal
-repas. Les enfants, le Dauphin surtout, mouraient de sommeil; on les
-coucha sur un lit; la Reine s'était retirée dans un coin obscur de la
-pièce, son voile abaissé sur ses yeux[662]. Malgré les objurgations des
-municipaux, malgré les affirmations de Drouet, et d'un médecin du pays
-nommé Mangin, qui prétendait connaître la famille royale, Louis XVI
-continuait à nier obstinément. Un moment la Reine faillit se trahir:
-choquée du ton blessant de Drouet dans sa discussion avec le Roi, elle
-releva son voile: «Si vous le reconnaissez pour votre Roi, dit-elle
-vivement, respectez-le[663].» Mais les preuves décisives manquaient
-encore. Incertain, indécis, redoutant à la fois de laisser échapper ses
-prisonniers, si c'étaient bien ceux qu'il supposait, et de se rendre
-ridicule par une arrestation arbitraire et vexatoire, si ses soupçons
-n'étaient pas fondés, le procureur, après avoir «déposé,»—c'est son
-mot,—ces étrangers dans une chambre de derrière, courut chez un juge
-du tribunal, M. Detez, qui avait vu plusieurs fois le Roi et la Reine
-pendant un séjour qu'il avait fait à Paris. M. Detez revint avec Sauce
-et reconnut la famille royale. Devant cette déclaration formelle, toute
-dénégation devenait inutile. «Oui,» dit Louis XVI, d'une voix forte,
-«je suis votre Roi; voici la Reine et la famille royale. Placé dans la
-capitale au milieu des poignards et des baïonnettes, je viens chercher
-en province, au milieu de mes fidèles sujets, la liberté et la paix,
-dont vous jouissez tous: je ne puis vivre à Paris sans y mourir, ma
-famille et moi. Je viens vivre parmi vous, dans le sein de mes enfants,
-que je n'abandonne pas[664].» Le prince était ému; ses auditeurs ne
-l'étaient pas moins. «L'attendrissement, l'émotion de toutes les
-personnes présentes, raconte le premier procès-verbal dressé par la
-municipalité, se joignant à celui du Roi, le monarque et son auguste
-famille daignèrent presser dans leurs bras tous les citoyens qui se
-trouvaient dans l'appartement et recevoir d'eux la même marque de leur
-sensibilité vive et familière[665].»
-
-Cet attendrissement dura peu; la municipalité renouvela ses instances
-pour que les voyageurs retournassent à Paris; le Roi s'y refusa;
-il opposa le tableau des humiliations auxquelles il avait été en
-butte dans la capitale, des périls auxquels son retour exposerait sa
-famille. «La Reine, qui partageait ses inquiétudes, les exprimait par
-une extrême agitation[666].» Le prince, avec sa bonhomie habituelle,
-exposait ses plans, jurant qu'il ne passerait pas la frontière et se
-rendrait à Montmédy, offrant même de se confier à la garde nationale
-pour l'y conduire. «Le spectacle était touchant, mais il n'ébranlait
-point la commune dans sa résolution et son courage pour conserver son
-Roi.» Brave homme, au fond, mais grisé par le rôle inattendu que les
-événements lui donnaient; impressionné par le touchant tableau qu'il
-avait sous les yeux, mais effrayé par les grands mots et les grands
-cris des patriotes; désireux de satisfaire le Roi, mais ne voulant pas
-déplaire au peuple, Sauce était tiraillé entre son vieux respect pour
-la monarchie et sa vanité doublée de sa peur. La peur devait l'emporter
-chez lui, comme chez sa femme, dont la Reine avait bien pu faire
-couler les larmes, sans réussir à vaincre son naïf égoïsme: «Bon Dieu,
-Madame,» avait-elle répondu, «ils feraient périr M. Sauce; j'aime bien
-mon Roi; mais, dame, écoutez, j'aime bien mon mari. Il est responsable,
-voyez-vous[667].» La grand'mère du procureur, vénérable octogénaire,
-demanda à voir les hôtes inattendus que le hasard des révolutions
-amenait dans sa famille. Toute pleine encore du respect et de l'amour
-traditionnel des Français pour la dynastie, elle s'approcha du lit où
-dormaient les enfants et, se jetant à genoux, elle sollicita la faveur
-de leur baiser la main. Puis elle bénit ces infortunés que la faiblesse
-de son petit-fils allait livrer à la captivité et à la mort et se
-retira, profondément émue.
-
-Cependant, MM. de Choiseul et de Goguelat étaient arrivés, avec les
-hussards de Pont-Sommevesle. Peut-être, à ce moment, où la foule
-n'était pas encore très considérable, où les gardes nationales des
-communes voisines n'étaient point rassemblées, eût-il été possible,
-avec un peu d'énergie, de forcer le passage. «Eh bien! quand
-partons-nous?» demanda le Roi à Goguelat, quand il le vit entrer dans
-la chambre.—«Sire, nous attendons vos ordres,» répondit l'aide-de-camp.
-Mais demander des ordres à un prince d'un caractère aussi indécis que
-Louis XVI, c'était le replonger dans ses hésitations habituelles. M.
-de Damas, qui venait d'arriver à son tour, ouvrit un avis énergique:
-c'était de démonter sept hussards, de faire monter sur les chevaux le
-Roi, la Reine et leurs compagnons, et, avec les soldats restants, de se
-faire jour à travers la foule. Marie-Antoinette n'eût pas reculé devant
-cette résolution aventureuse. «Mais, dit le Roi, répondez-vous que,
-dans cette lutte inégale, une balle ne viendra pas frapper la Reine, ou
-ma sœur, ou mes enfants?» Comme à l'appui de cette crainte, sous les
-fenêtres de la petite maison, la populace grondait; on renonça à ce
-parti trop périlleux. Lorsque, plus tard, vers deux heures du matin,
-Goguelat essaya de pousser une reconnaissance dans la direction de
-Dun, les gardes nationales des environs étaient réunies: la résistance
-était organisée par les soins de M. de Signémont, commandant de la
-milice de Neuvilly; des barricades étaient dressées; des canons rangés;
-l'aide-de-camp, ayant voulu dégager la voiture royale pour la tenir
-prête à toute occasion, fut jeté bas d'un coup de pistolet par le major
-de la garde nationale de Varennes, et les hussards, déjà hésitants,
-ébranlés par les caresses des patriotes, effrayés par la chute de leur
-chef, se mirent à fraterniser et à boire avec les gardes nationaux.
-
-A cinq heures du matin, lorsque le commandant du détachement de Dun,
-M. Deslon, accouru à bride abattue avec soixante cavaliers, pénétra
-dans la maison de Sauce, et demanda les ordres du Roi: «Mes ordres!»
-répondit avec amertume le malheureux monarque, «je suis prisonnier et
-n'en ai point à donner.»
-
-Une seule chose restait à faire: gagner du temps et attendre que M. de
-Bouillé, prévenu par son fils, se portât sur Varennes avec ses troupes.
-
-Mais, avant M. de Bouillé, deux nouveaux acteurs entraient en scène,
-qui allaient aggraver l'état des choses, et détruire les dernières
-espérances de la famille royale: c'étaient les émissaires de
-l'Assemblée.
-
-Lorsque, le 21 au matin, on s'était aperçu, à Paris, de la disparition
-du Roi et de sa famille, le premier mouvement avait été de la
-stupeur; puis, à la stupeur succéda rapidement une vive irritation,
-et l'Assemblée, partageant la colère populaire, rendit un décret pour
-ordonner l'arrestation du Roi. Un aide-de-camp de Lafayette, M. de
-Romeuf, spécialement attaché au service de la Reine, qui, en maintes
-circonstances, l'avait comblé de bontés, partit pour signifier le
-décret de l'Assemblée. A Châlons, il rencontra un chef de bataillon
-de la garde nationale, nommé Bayon, qui, avec Palloy, avait pris
-les devants, porteur d'ordres analogues du maire de Paris. Tous
-deux continuèrent leur route, Bayon réveillant le zèle de Romeuf
-à qui ses relations personnelles avec la famille royale rendaient
-particulièrement pénible l'accomplissement de sa mission. A six heures
-du matin, ils entraient à Varennes, et Bayon, montant le premier chez
-Sauce: «Sire,» dit-il d'une voix entrecoupée par l'essoufflement du
-voyage, «Paris s'égorge..... Nos femmes, nos enfants...., l'intérêt de
-l'Etat.....» Romeuf s'approcha ensuite et, les larmes aux yeux, remit
-au Roi le décret de l'Assemblée. «Il n'y a plus de Roi de France,» dit
-tristement le malheureux prince. La Reine prit le décret, le lut: «Les
-insolents!» s'écria-t-elle, et elle rejeta brusquement le papier qui
-alla tomber sur le lit où reposait le Dauphin; elle le lança violemment
-à terre: «Je ne veux pas, dit-elle, qu'il souille le lit de mon fils.»
-
-Au dehors, la foule ameutée grondait: «A Paris! à Paris! criait-elle.
-Faisons-les partir de force.—Nous les traînerons plutôt par les
-pieds.»—Vainement l'infortuné monarque épuisait-il tous les moyens
-dilatoires. Le Dauphin et Madame Royale dormaient; il fallait respecter
-leur repos. Une des femmes de chambre, Mme de Neuville, entrant
-dans la pensée de ses maîtres, se roulait sur un lit, en proie à une
-crise violente; la Reine déclarait qu'elle ne la quitterait pas sans
-secours. Mais la populace, excitée sous main par Bayon[668], tout haut
-par Palloy, ne s'inquiétait ni du sommeil des enfants, ni des maladies,
-vraies ou fausses, des voyageurs. Les cris redoublaient avec plus de
-fureur. Le Roi se consulta un moment avec sa famille et, reconnaissant
-sans doute l'impossibilité d'une plus longue résistance, il se résigna
-douloureusement.
-
-Les voitures étaient déjà au pied de la maison de Sauce; les chevaux
-furent amenés et rapidement attelés; les gardes nationaux formèrent
-l'escorte. Les malheureux captifs descendirent tristement l'étroit et
-sombre escalier qui, du premier étage, conduisait au rez-de-chaussée;
-la Reine donnait le bras au duc de Choiseul; Mme Elisabeth à M. de
-Damas. Quand ils parurent à la porte de la maison, la rue retentit des
-cris de: _Vive le Roi! Vive la nation!_ Pas un cri de _Vive la Reine!_
-Pour les habitants de Varennes, comme pour ceux de Paris, c'était
-toujours l'_Autrichienne_!
-
-On monta en voiture; M. de Choiseul ferma la portière, et les chevaux
-s'élancèrent sur la route de Clermont. Il était environ sept heures et
-demie du matin.
-
-Lorsque M. de Bouillé, retardé dans son départ par l'incroyable
-lenteur du commandant du Royal-Allemand, parut enfin en vue de
-Varennes, à la tête de ce régiment sur lequel il comptait, il y avait
-près de deux heures que le funèbre cortège en était parti. Il avait
-trop d'avance pour qu'on pût le rejoindre avec des chevaux harassés
-par une course forcée de neuf lieues. Le général donna l'ordre de la
-retraite et, l'air morne, le cœur déchiré, il regagna Stenay, d'où il
-passa immédiatement la frontière.
-
-Cependant, le triste convoi poursuivait sa marche sur Paris, sous
-l'escorte de cinq à six mille gardes nationaux et au milieu d'un
-concours immense de peuple. A Clermont, les officiers municipaux de
-Varennes se détachèrent pour regagner leur ville. Drouet resta avec
-Bayon; quant à Romeuf, il était demeuré à Varennes pour protéger MM. de
-Choiseul et Goguelat et avait été lui-même emprisonné.
-
-La voiture avançait lentement, au milieu de nuages de poussière et
-sous un soleil torride; la chaleur était écrasante, l'air embrasé.
-Les enfants tombaient épuisés de fatigue; la Reine les regardait
-tristement, songeant à ses espérances évanouies, et aux sombres
-réalités du retour. A Sainte-Menehould, il fallut subir un discours
-insultant de la municipalité et se montrer à la foule du haut des
-fenêtres de l'hôtel de ville; la Reine, tenant le Dauphin dans ses
-bras, fut saluée des cris évidemment malveillants de _Vive la nation!_
-Mais, si déchue qu'elle fût de son pouvoir, la malheureuse souveraine
-conservait encore le plus doux et le plus cher de ses privilèges, celui
-de la charité. Avant de quitter cette petite ville, qui lui avait été
-si hostile, prisonnière elle-même, elle fit distribuer cinq louis aux
-prisonniers[669].
-
-Une horrible tragédie marqua le trajet de Sainte-Menehould à Châlons;
-un gentilhomme du pays, le comte de Dampierre, s'étant joint au
-cortège, fut reconnu, dénoncé comme aristocrate, assailli par la
-garde nationale, jeté à bas de son cheval et tué d'un coup de
-fusil: «Qu'y a-t-il donc?» demanda le Roi, ému par le bruit de la
-détonation,—«Rien, répondit-on; c'est un fou que l'on tue[670].» Et les
-assassins revinrent à la voiture «les mains ensanglantées et portant la
-tête[671]».
-
-Vers onze heures et demie du soir, on entra à Châlons. La ville était
-royaliste, l'accueil contrasta avec celui qui avait été fait jusque
-là aux prisonniers. «Les corps administratifs, dit le procès-verbal
-officiel, mettaient au rang de leurs principaux devoirs de veiller à
-ce que le respect dû à la majesté royale fût maintenu[672].» Le Roi
-fut reçu à la porte de la ville par la municipalité et conduit, entre
-deux haies de gardes nationaux à l'hôtel de l'Intendance, qui avait
-été préparé pour le recevoir. C'était le même hôtel où, vingt et un
-ans auparavant, la Dauphine s'était arrêtée radieuse, au bruit des
-acclamations et au milieu des fêtes populaires, quand elle venait
-ceindre, en France, la couronne royale[673]. Du moins à Châlons, la
-population fit-elle tout ce qu'elle put pour adoucir aux visiteurs
-involontaires l'amertume de leur situation. Comme en 1770, des jeunes
-filles offrirent des fleurs à Marie-Antoinette[674]; plusieurs d'entre
-elles s'empressèrent à la servir, et lorsque, après un souper fait en
-public, la famille royale se fut retirée dans ses appartements, le
-procureur du département, Roze, proposa même au Roi de l'aider à fuir
-par un escalier dérobé, inconnu du public. Louis XVI refusa, parce
-qu'on ne pouvait sauver que lui seul.
-
-Ce dévouement si rare, ces sympathies, manifestées par une ville
-presque entière, avaient profondément ému les prisonniers; ils ne
-devaient plus en retrouver d'autre exemple sur leur route. Le lendemain
-23, jour de la Fête-Dieu, vers dix heures, tandis qu'ils entendaient la
-messe dans la chapelle de l'Intendance, des volontaires rémois, arrivés
-dans la nuit, envahirent la cour et se précipitèrent vers la chapelle;
-la messe n'était pas achevée[675]; le Roi et sa famille durent
-néanmoins sortir et se montrer au balcon. Il fallut hâter le départ,
-dans la crainte que ces volontaires, composés de la lie du peuple de
-Reims, n'excitassent quelque tumulte. La Reine, toujours gracieuse et
-véritablement touchée, répondit «qu'elle était fâchée des circonstances
-qui la privaient et le Roi de quelques instants de plus à passer au
-milieu de bons citoyens[676]». Un dîner avait été préparé à la hâte
-pour les voyageurs; mais «l'émotion dans laquelle ils se trouvaient,
-dit le procès-verbal, ne leur a permis de rien prendre[677]». A midi,
-l'on se mit en marche avec une telle précipitation que le Roi oublia à
-Châlons un petit coffret qui contenait treize cents louis[678].
-
-A mesure qu'on avançait vers Paris, l'attitude des populations
-devenait plus hostile. A Epernay, où l'on arriva à quatre heures de
-l'après-midi[679], l'accueil fut mauvais. Le président du district
-prononça une harangue pleine de reproches; de grossières injures furent
-lancées, et, sans le dévouement du jeune Cazotte, accouru à la tête
-d'une troupe de paysans et qui se tint à la portière de la voiture pour
-contenir la foule, la vie même des augustes captifs n'eût peut-être
-pas été respectée. On avait entendu un misérable dire à son voisin:
-«Cache-moi bien pour que je tire sur la Reine, sans qu'on sache d'où le
-coup est parti[680].»
-
-La foule s'était tellement pressée autour des fugitifs, que la robe
-de Marie-Antoinette fut déchirée par les pieds; il fallut la réparer
-sur place; la fille de l'hôte chez lequel on était descendu rendit
-ce léger service à la malheureuse souveraine, avec un respect et une
-affection qui firent du bien à son triste cœur. Pendant ce temps, les
-officiers municipaux adressaient au Roi d'insultants discours: «Malgré
-vos fautes,» lui disaient-ils, «nous vous protégerons, n'ayez pas
-peur.»—«Peur?» dit le prince d'un ton surpris. Et il se mit à expliquer
-à ses interlocuteurs qu'il n'avait point l'intention de quitter la
-France, mais qu'il ne pouvait rester à Paris, où sa famille était en
-danger. «Oh! que si fait, vous le pouviez,» riposta un des assistants.
-
-On repartit vers cinq heures, au milieu d'une multitude soulevée.
-«Allez, ma petite belle, on vous en fera voir bien d'autres,» tel fut
-l'adieu cynique, jeté à Marie-Antoinette par une des mégères d'Epernay.
-La Reine, ayant voulu donner à un garde national, qui se plaignait de
-la faim, un morceau de bœuf à la mode qui était dans la voiture: «N'y
-touche pas, cria un autre, ne vois-tu pas qu'on veut t'empoisonner?» La
-Reine en mangea sur-le-champ et en fit manger à son fils[681]. Mais ce
-cri d'injurieuse méfiance lui alla au cœur et, parmi tant d'outrages,
-celui-là la blessa le plus.
-
-A peu de distance d'Épernay, la famille royale fut rejointe par les
-trois commissaires que l'Assemblée avait délégués pour «ramener le Roi
-à Paris, veiller à sa sûreté et à ce que le respect dû à Sa Majesté
-fût maintenu[682].» C'étaient Barnave, Pétion et la Tour-Maubourg. Ce
-dernier ne voulut pas prendre place dans la voiture royale; alléguant
-que les augustes voyageurs pouvaient être sûrs de lui, mais qu'il
-fallait gagner les deux autres[683], il monta avec les femmes de
-chambre. Pétion et Barnave s'installèrent dans la berline, où dès lors
-huit personnes furent entassées, par ces tourbillons de poussière et
-cette chaleur suffocante; on prit les enfants sur les genoux. Barnave
-se montra plein de convenance et de respect; le spectacle de cette
-grande infortune, le charme de la Reine firent sur ce jeune homme, à
-la tête ardente mais au cœur honnête, une impression profonde; entré
-dans la voiture révolutionnaire et presque républicain, il en sortit
-royaliste[684]. Quant à Pétion, le récit qu'il a écrit de son voyage
-est le plus insigne monument de grossièreté et de prétention que puisse
-enfanter le cerveau d'un fat sans éducation et sans tact[685]; il
-donne la mesure de l'homme devant lequel ne trouva pas même grâce la
-pureté de Mme Elisabeth, du personnage vaniteux et impertinent, dont
-la Révolution fit un héros et qui n'était qu'un sot.
-
-En montant en voiture, il assura qu'il savait bien que les fugitifs
-avaient pris près du Château une voiture de remise, conduite par un
-Suédois, et, affectant de n'en pas savoir le nom, il le demanda à la
-Reine: «Je ne suis pas dans l'usage de savoir le nom des cochers de
-remise,» répliqua sèchement la princesse[686]. Un peu plus tard, le
-Roi, s'étant mêlé à la conversation et ayant dit que sa fuite n'avait
-d'autre but que de donner au pouvoir exécutif la force nécessaire
-dans un régime constitutionnel, puisque la France ne pouvait être une
-république: «Pas encore,» répondit insolemment Pétion, «parce que les
-Français ne sont pas encore assez mûrs pour cela, et je ne serai pas
-assez heureux pour la voir établir de mon vivant[687].»
-
-A Dormans, il fallut s'arrêter dans une simple auberge: «Je n'étais
-pas fâché, dit Pétion avec son envieuse affectation d'austérité, que
-la Cour sût ce que c'était qu'une auberge ordinaire[688].» Pendant la
-nuit, les gardes nationaux et les habitants du pays, accourus en foule,
-chantaient, buvaient et dansaient sous les fenêtres de l'auberge;
-et c'est au milieu de ces bruits et de ces cris, que les voyageurs
-épuisés durent prendre un instant de repos[689]. Le pauvre petit
-Dauphin fit des rêves horribles et se mit à sangloter; on ne put le
-calmer qu'en le conduisant à sa mère[690].
-
-On repartit à cinq heures; Pétion se plaça dans le fond, entre le
-Roi et la Reine et prit le Dauphin sur ses genoux. La conversation
-s'engagea; le Roi était embarrassé, au dire de Pétion, qui consent
-pourtant à convenir «qu'il est très rare qu'il lui échappe des choses
-déplacées et qu'il ne lui a pas entendu dire une sottise[691]». La
-Reine était plus libre; elle parla de l'éducation de ses enfants. «Elle
-en parla en mère de famille et en femme assez instruite. Elle exposa
-des principes très justes en éducation.» Mais, ajoute aussitôt le
-grotesque narrateur, comme pour s'excuser de cet hommage involontaire
-rendu à une Reine, «je sus depuis que c'était le jargon de mode dans
-toutes les Cours de l'Europe[692].»
-
-A la Ferté-sous-Jouarre, la réception sympathique et respectueuse du
-maire, M. Regnard, vint faire un moment diversion aux insultes de la
-foule. On trouva chez lui un appartement frais et un dîner simple,
-mais bien fait. La femme du maire, ne voulant point par délicatesse
-manger avec la famille royale, s'était habillée en cuisinière pour la
-servir. La Reine la reconnut cependant: «Vous êtes sans doute, Madame,
-lui dit-elle, la maîtresse de la maison?»—«Je l'étais un moment avant
-que Votre Majesté y entrât,» répondit en s'inclinant l'excellente
-femme[693].
-
-En sortant de la petite ville, un certain tumulte se fit. C'était
-un député, Kervelégan, qui se disputait avec les gardes nationaux
-et cherchait à arriver jusqu'aux prisonniers, qu'il insultait
-grossièrement. «Voilà un homme bien malhonnête,» ne put s'empêcher de
-dire la Reine[694].
-
-Comme on approchait de Meaux, un prêtre s'efforça de pénétrer près de
-la voiture; la foule éclata en menaces et s'apprêtait à le massacrer,
-comme M. de Dampierre. La Reine le vit et poussa un cri; Barnave
-s'élança à demi hors de la portière: «Français, nation de braves,
-s'écria-t-il, voulez-vous donc devenir un peuple d'assassins?»
-Cet accent indigné et cette intervention puissante arrachèrent le
-malheureux prêtre à la mort.
-
-On entra à Meaux d'assez bonne heure et l'on coucha chez l'évêque
-constitutionnel. Le Roi mangea peu et se retira promptement dans son
-appartement. Le petit-fils de Louis XIV n'avait plus de linge et fut
-obligé d'emprunter une chemise à un huissier! Le soir, Barnave eut un
-long entretien avec Louis XVI et Marie-Antoinette. Il parla avec force;
-on l'écouta avec attention et bienveillance. «Evidemment, dit la Reine,
-nous avons été trompés sur l'état réel de l'esprit public en France.»
-Barnave sortit de là, dit M. de Beauchesne, «en se promettant de mourir
-fidèle au trône et dévoué à la liberté[695].»
-
-On repartit à six heures du matin; c'était la dernière étape jusqu'à
-Paris: longue étape de treize lieues. La chaleur était excessive. Plus
-on approchait de la capitale, plus la foule se montrait hostile; plus
-les exigences des gardiens étaient odieuses: malgré un soleil ardent et
-une poussière atroce, on ne put baisser ni stores ni jalousies[696].
-Les injures les plus grossières étaient proférées contre la Reine et
-il y eut lieu de craindre, à deux ou trois reprises, qu'on ne voulût
-attenter à ses jours[697]. La pauvre femme ne put retenir ses larmes,
-ni le Dauphin, un cri d'effroi.
-
-Au lieu d'entrer par la porte Saint-Denys, on fit le tour des murs,
-pour gagner la porte de la Conférence. Les Champs-Élysées étaient
-remplis de monde; les barrières, les arbres, les toits des maisons
-étaient couverts d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous gardaient leur
-chapeau sur la tête; seul le député Guilhermy eut le courage de saluer
-les prisonniers. Le mot d'ordre était donné; on avait affiché partout
-des placards portant ces mots: «Quiconque applaudira le Roi aura des
-coups de bâton; quiconque l'insultera sera pendu.» Le cri de _Vive la
-nation!_ retentissait seul, comme un outrage et une menace.
-
-Dès que la voiture fut entrée dans le jardin des Tuileries, on ferma le
-pont tournant. Le jardin, néanmoins, comme les Champs-Élysées, était
-plein de gardes nationaux; un certain nombre de députés sortirent de la
-salle de l'Assemblée pour jouir du spectacle. Au moment où la berline
-arriva à la grille du Château, un mouvement se fit dans la foule:
-on voulait écharper les gardes du corps; il fallut une intervention
-énergique des députés pour soustraire ces malheureux à la fureur
-populaire. Quand le Roi descendit de voiture, on garda le silence;
-quand ce fut le tour de la Reine, les murmures éclatèrent de toutes
-parts et c'est au bruit des injures que l'infortunée souveraine, la
-tête haute, l'air fier, mais le désespoir dans l'âme[698], put, sous
-la protection du vicomte de Noailles et du duc d'Aiguillon[699],
-rentrer dans ce palais qu'elle avait quitté cinq jours auparavant,
-pleine d'espérance.
-
-Au milieu de cette scène, le Roi conservait son sang-froid et son
-calme apparent. «Il était tout aussi flegme, dit Pétion, tout aussi
-tranquille que si rien n'eût été.... Il semblait qu'il revenait d'une
-partie de chasse[700].»
-
-Mais la Reine, plus vive, épuisée par tant de secousses[701], brisée
-par la fatigue, la douleur, l'humiliation, la colère, n'avait que la
-force d'adresser au chevaleresque Fersen ce simple mot qu'elle avait dû
-se cacher pour écrire:
-
-«Rassurez-vous sur nous: nous vivons[702].»
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
- La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa vie
- captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de
- l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge déployé au
- Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour.
-
-
-La France avait _reconquis_ son Roi; telle était la formule officielle
-des adresses de félicitations envoyées à l'Assemblée nationale de
-toutes les parties du pays. C'était bien une conquête, en effet, et
-le prince, qui rentrait à Paris le 25 juin 1791, au milieu de ce
-silence qu'interrompaient seulement des cris de haine, n'était plus
-qu'un captif, humilié et détrôné. L'arrêté de l'Assemblée, pris sur la
-proposition de Thouret, équivalait à un décret de déchéance. Le Roi,
-la Reine, le Dauphin devaient être entourés d'une garde qui répondait
-de leurs personnes; «le ministre de la justice continuait à apposer le
-sceau de l'Etat aux décrets de l'Assemblée, sans qu'il fût besoin de la
-sanction royale, et les ministres étaient autorisés à remplir, chacun
-dans son département, les fonctions de pouvoir exécutif[703].»
-
-Cette décision fut exécutée à la lettre; la famille royale, réintégrée
-aux Tuileries, était gardée à vue. Ses membres ne pouvaient communiquer
-que sous le regard de leurs geôliers, et il y avait toujours avec
-eux plusieurs officiers de la milice parisienne[704]. Une troupe
-considérable était installée dans les cours, un véritable camp,—c'est
-le mot dont se sert Mme Elisabeth[705],—camp nombreux et
-bruyant[706], établi sous les fenêtres du Roi et de la Reine, de peur,
-ajoute ironiquement la princesse qui, même dans les plus douloureuses
-circonstances, n'abdiquait jamais sa gaîté, «de peur qu'ils ne sautent
-dans le jardin, qui est hermétiquement fermé et rempli de sentinelles,
-entre autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres[707].»
-
-Des sentinelles, il y en avait à chaque escalier de l'intérieur[708],
-jusque sur les toits. Personne n'entrait au Château sans un billet
-de Lafayette ou de Bailly[709]; on en avait même refusé l'accès à
-des membres de l'Assemblée[710]. Tous les appartements de la famille
-royale avaient été visités avec le plus grand soin; les officiers de
-la garde nationale en conservaient les clefs dans leur poche, et, s'il
-faut en croire Mme de Tourzel, Lafayette avait poussé si loin les
-précautions, qu'il avait envoyé des ramoneurs examiner si les captifs
-ne pouvaient pas s'enfuir par les cheminées[711]. Toutes les pièces
-extérieures de l'appartement de la Reine avaient été transformées en
-corps de garde; dans sa chambre, deux gardes nationaux se tenaient en
-permanence, avec ordre de ne la perdre de vue ni jour ni nuit[712],
-même dans les détails les plus intimes de la vie[713]. Pendant les
-premiers jours, l'infortunée souveraine était obligée de se lever,
-de s'habiller, de se coucher devant ses geôliers; il avait fallu de
-longues négociations pour obtenir qu'ils ne logeassent pas dans sa
-chambre même[714]; mais ils restaient la nuit près de son lit et l'un
-d'eux, s'accoudant sur son oreiller, avait voulu renvoyer sa première
-femme, Mme de Jarjayes[715]. La chapelle paraissant trop éloignée de
-l'appartement des prisonniers, on avait dressé un autel de bois dans
-une pièce du rez-de-chaussée. C'est là que la famille royale entendait
-la messe. Quand la Reine allait chez le Dauphin, elle était escortée
-de deux officiers; elle trouvait la porte fermée; un des officiers
-grattait en disant: la Reine! et ce n'est qu'à ce signe que les
-gardiens du jeune prince et de sa gouvernante consentaient à ouvrir à
-cette mère qui venait voir son fils[716].
-
-Au bout de quelque temps, cependant, soit que Lafayette eût fini par
-sentir l'indécence de ces ordres, soit que la Reine se fût plainte,
-certains ménagements furent apportés. Les gardiens restaient dans la
-chambre de la Reine, tant qu'elle était levée; ils se retiraient quand
-elle se couchait; mais, pendant la nuit, l'un d'eux s'établissait dans
-l'espèce de tambour formé par l'épaisseur du mur entre les deux portes,
-de manière à ce que, la porte de la chambre restant entr'ouverte, il
-pût voir tout ce qu'y s'y passait. Weber raconte même à ce sujet une
-anecdote qui peint bien l'état des esprits et la confusion des idées à
-cette époque. Une nuit, que Marie-Antoinette ne pouvait reposer, elle
-alluma une bougie et se mit à lire. Le garde qui la surveillait s'en
-aperçut et, entrant dans la chambre, il ouvrit les rideaux et s'assit
-familièrement sur le lit, en disant: «Je vois que vous ne pouvez
-dormir; causons ensemble; cela vaudra mieux que lire.» La Reine, ajoute
-le narrateur, «contint son indignation et lui fit comprendre avec
-douceur qu'il devait la laisser tranquille[717]».
-
-En apparence, on avait repris la régularité de la vie habituelle; la
-«vie végétale», écrivait le cardinal de Bernis[718]; le service se
-faisait comme à l'ordinaire; les personnes attachées à la Cour étaient
-restées à leur poste. On allait à la messe à midi; on dînait à une
-heure et demie; à neuf heures et demie on soupait. Comme le Roi, qui
-avait été habitué à une vie active, ne pouvait plus ni marcher ni
-monter à cheval, on jouait au billard après dîner et après souper, afin
-qu'il prît un peu d'exercice. Le reste du temps, le prince demeurait
-enfermé dans son cabinet, lisant et étudiant: ni lui, ni sa femme ne
-sortaient de leur appartement; ne voulant pas s'exposer en captifs aux
-regards de la foule, ils n'allaient même pas prendre l'air dans le
-petit jardin du Dauphin. La Reine s'occupait de ses enfants,—c'était
-son seul moment de distraction et de soulagement,—et passait ses
-journées à lire, à écrire et à travailler. A sept heures, elle recevait
-les dames du palais. A onze heures, chacun rentrait chez soi[719].
-
-Mais que de tristesses dans cette existence! Que d'ennuis dans cette
-régularité, et, malgré le calme apparent, que de révoltes intimes
-contre cette monotonie forcée! Avec quelle émotion contenue on
-accueillait les visages sympathiques, les députés qui passaient sous
-les fenêtres du Château, afin de saluer au passage les prisonniers[720]
-et les rares amis qui osaient franchir le seuil de ce palais suspect!
-Un jour, peu après le retour de Varennes, Malouet eut ce courage: «Je
-trouvai, dit-il, le Roi, la Reine et Mme Elisabeth plus tranquilles
-que je ne m'y attendais..... Lorsque j'entrai, la Reine dit au jeune
-Dauphin: «Mon fils, connaissez-vous Monsieur?—Non, ma mère,» répondit
-l'enfant.—«C'est M. Malouet,» reprit la Reine, «n'oubliez jamais son
-nom.» C'était l'heure de la messe; le service entra; le Roi ne me dit
-qu'un mot: «Nous avons été très contents de Barnave[721].»
-
-Dès le 26 juin, l'Assemblée avait désigné trois de ses membres,
-Adrien Duport, d'André et Tronchet, pour recevoir les déclarations
-du Roi et de sa famille. Le soir même, les trois commissaires se
-transportèrent aux Tuileries et furent introduits dans la chambre du
-Roi. Le prince protesta contre toute idée d'interrogatoire. Il déclara
-que les outrages faits à sa famille et restés impunis l'avaient seuls
-déterminé à quitter Paris, mais qu'il n'avait jamais eu l'intention
-de sortir du royaume. De là, les commissaires se rendirent chez la
-Reine; mais comme elle venait de se mettre au bain, ils revinrent le
-lendemain à onze heures. Marie-Antoinette les reçut seule et confirma
-par ses affirmations celles de Louis XVI: «Je déclare,» dit-elle,
-«que, le Roi désirant partir avec ses enfants, rien dans la nature
-n'eût pu m'empêcher de le suivre. J'ai assez prouvé depuis deux
-ans, dans plusieurs circonstances, que je ne le quitterais jamais,
-et j'ai été surtout déterminée à le suivre par la confiance et la
-persuasion que j'avais qu'il ne quitterait jamais le royaume. S'il eût
-voulu en sortir, toutes mes forces auraient été employées pour l'en
-empêcher[722].» Au reste, le Roi et la Reine prenaient sur eux seuls
-la responsabilité du voyage et en déchargeaient tous ceux qui avaient
-été mêlés au projet ou à son exécution. L'Assemblée n'accepta pas ce
-système, et, refusant de mettre en cause le Roi et la Reine, affectant
-de voir là plutôt un enlèvement qu'un départ volontaire, elle renvoya
-devant la Haute-Cour d'Orléans M. de Bouillé et ses complices.
-
-Mais les Jacobins allaient plus loin que l'Assemblée; c'était au Roi
-qu'on en voulait; c'était lui qu'on injuriait dans les discours des
-clubs et dans les articles des journaux. Grâce à d'habiles menées et à
-des distributions d'argent[723], la fermentation populaire ne diminuait
-pas; les rues étaient tapissées de caricatures grossières; des chansons
-infâmes, des satires sanglantes contre le Roi et surtout contre la
-Reine se vendaient sur toutes les places; les orateurs débitaient dans
-les lieux publics les plus odieuses calomnies[724]. Les adresses venues
-des départements,—c'est un observateur impartial qui l'affirme,—étaient
-«véritablement atroces[725]». Un ancien militaire, Achille Duchatelet,
-prit l'initiative d'une adresse insolente par laquelle il réclamait
-la déchéance, et le dimanche 17 juillet, le peuple fut convoqué au
-Champ-de-Mars pour signer cette adresse. Dès le matin, une foule
-désordonnée se réunit au lieu indiqué; des motions incendiaires furent
-faites; on parlait de se porter en masse à l'Assemblée. La garde
-nationale intervint; on lui lança des pierres. Le maire, Bailly, fit
-alors déployer le drapeau rouge et proclama la loi martiale. Une
-première décharge à poudre dissipa la populace; mais bientôt, voyant
-qu'il n'y avait ni morts ni blessés, les fuyards se rallièrent et
-recommencèrent à assaillir les gardes nationaux. Une seconde décharge
-en jeta une trentaine par terre, «une douzaine ou deux de héros en
-guenilles,» dit Gouverneur Morris[726]. Le reste prit la fuite à toutes
-jambes. Quant aux meneurs, ceux qui ne s'étaient pas cachés dès la
-veille s'empressèrent de le faire ou de quitter Paris[727]; mais ils
-ne pardonnèrent pas à Bailly cet acte de vigueur et le lui firent
-cruellement expier plus tard.
-
-L'énergie inattendue déployée par la municipalité et la garde nationale
-avait rétabli le calme à Paris et momentanément effrayé les factieux.
-Peut-être eût-on pu en faire le point de départ d'une ère nouvelle, si
-l'on eût persévéré dans cette attitude; mais c'eût été trop demander à
-l'Assemblée; la mollesse dont elle fit preuve quelques jours après dans
-la discussion de la loi sur les clubs rendit le courage aux meneurs.
-
-Mais l'échauffourée du Champs-de-Mars avait éclairé les chefs des
-Constitutionnels sur les projets des Jacobins. Se séparant brusquement
-de ces derniers, ils fondèrent le club des Feuillants, et les
-principaux d'entre eux cherchèrent à se rapprocher du Roi et de la
-Reine. Le retour de Varennes avait été le trait d'union entre Barnave
-et Marie-Antoinette: l'attitude réservée et respectueuse, l'esprit
-élevé, les sentiments généreux, les manières distinguées du jeune
-député du Dauphiné, qui faisaient contraste avec la grossièreté et le
-mauvais ton de Pétion, avaient inspiré confiance à la Reine, comme la
-dignité et la bonté de la Reine avaient séduit le jeune député. Les
-relations nouées dans cette triste voiture se continuèrent à Paris, et
-l'on attribuait même à Barnave la réponse faite par le Roi aux délégués
-de l'Assemblée. Des raisons moins personnelles, mais non moins fortes,
-la crainte des Jacobins, la peur de l'anarchie, peut-être aussi la
-parole de Barnave, déterminèrent ses amis, jusque-là si hostiles au
-Roi et surtout à la Reine, à s'efforcer de consolider ce trône qu'ils
-avaient tant contribué à ébranler. Une sorte de triumvirat se forma
-et se mit en relations avec les Tuileries et particulièrement avec
-Marie-Antoinette, par l'intermédiaire de M. de Jarjayes[728], qui déjà,
-en diverses circonstances, avait rempli des missions de confiance de la
-famille royale. Barnave, Alexandre de Lameth et Duport composaient ce
-triumvirat. La Reine écouta leurs conseils, se conforma en apparence à
-leurs idées, mais refusa de se fier complètement à des hommes dont les
-uns, d'après leur propre aveu, n'avaient pas de plan arrêté et vivaient
-au jour le jour, dont les autres semblaient n'avoir d'autre but que
-de conserver le pouvoir[729]. Dès lors commence une double politique
-secrète, dont les agents se contrarient et se désavouent sans cesse, au
-milieu de complications où les diplomates du temps durent avoir bien
-de la peine à se reconnaître et que l'historien de nos jours n'arrive
-pas toujours à démêler: politique qui resta longtemps ignorée, quoique
-soupçonnée, et sur laquelle la publication récente des papiers de M. de
-Fersen a jeté enfin un jour nouveau.
-
-Nous allons essayer de l'esquisser.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets
- de l'Empereur.—Projets du roi de Suède.—Projets des
- émigrés.—Accroissement du nombre et de l'importance de ces
- derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour et avec le baron
- de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre du 30 juillet,
- écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous l'influence des
- Constitutionnels.—Missions du chevalier de Coigny et de l'abbé
- Louis.—La Reine dément par ses lettres secrètes ses lettres
- officielles.—Pourquoi elle se méfie des Constitutionnels.
-
-
-De tous les princes étrangers, c'était vers l'Empereur qu'étaient le
-plus naturellement tournés les regards de la Reine et de ses nouveaux
-alliés, les Constitutionnels. Nous avons dit plus haut quel genre
-de secours Marie-Antoinette attendait de son frère: des mouvements
-de troupes sur la frontière pour expliquer les agissements de M. de
-Bouillé, la concentration de dix mille hommes environ à Luxembourg;
-puis, au premier moment, si cela était nécessaire, l'appui passager
-de ce corps. Le 20 juin, Léopold n'était pas en Allemagne, mais en
-Italie, à Padoue; il avait cru d'abord au succès de l'évasion. On lui
-avait bien dit que la famille royale avait été arrêtée dans sa fuite;
-mais on avait ajouté que M. de Bouillé, étant survenu à la tête de
-son armée, avait délivré les prisonniers et conduit le Roi à Metz,
-sous la protection de ses troupes, tandis que la Reine avait gagné
-Luxembourg[730]. Le 5 juillet, l'Empereur écrivait à sa sœur:
-
-«Si je n'avais consulté que mon cœur, je serais parti d'ici tout de
-suite, pour venir vous rejoindre et embrasser; mais les circonstances
-m'en ont empêché. J'envie bien le sort de ma sœur Marie, qui aura cette
-satisfaction; je la charge, ainsi que le comte de Mercy, d'arranger
-tout ce qui pourra vous être agréable en ce moment. Je me flatte que
-vous serez convaincue qu'étant chez moi vous êtes comme chez vous, et
-que vous ne ferez pas le moindre compliment avec un frère qui vous est
-aussi tendrement et sincèrement attaché que moi.»
-
-«Quant à vos affaires, je ne puis que vous répéter, ainsi que je
-l'ai fait au Roi, que tout ce qui est à moi est à vous, argent,
-troupes, enfin tout. Ma sœur et le comte de Mercy ont tous les ordres
-nécessaires pour faire quelconque manifeste, déclaration, mouvement ou
-marche de troupes que vous pourrez ordonner; trop heureux, si je puis
-vous être bon à quelque chose[731].»
-
-Et à cette même date, il mandait à sa sœur, Marie-Christine,
-gouvernante des Pays-Bas:
-
-«En ce moment, le Roi est libre; le Roi a protesté contre tout ce qui
-a été fait. Je ne connais donc plus que le Roi; je suis son parent,
-ami et allié, et veux le secourir et seconder de toutes mes forces et
-pouvoir[732].»
-
-Malheureusement, le jour même, il apprenait par l'électeur de Trèves
-l'arrestation définitive de la famille royale; il en fut très ému et
-dès le lendemain, déployant, disait Vaudreuil, «toute la tendresse
-d'un frère, la grandeur d'âme d'un vrai monarque et la décision des
-grands hommes dans les grandes circonstances[733]», il adressa une
-circulaire aux principales Puissances:—Espagne, Russie, Angleterre,
-Prusse, Sardaigne, Naples[734],—pour organiser une intervention
-commune en faveur dos prisonniers. Il fallait, disait-il, rédiger un
-manifeste énergique, qui pût imposer aux révolutionnaires français.
-On y revendiquerait hautement, au nom du droit public européen, la
-liberté du Roi de France, «tout en laissant les voies ouvertes à une
-résipiscence honnête et à l'établissement pacifique d'un état de
-choses, en France, qui sauve du moins la dignité de la couronne et
-les considérations essentielles de la tranquillité générale[735].»
-On s'engagerait à ne reconnaître comme lois constitutionnelles,
-légalement établies en France, que celles qui seraient «munies
-du consentement volontaire du souverain[736]». Le manifeste des
-Puissances serait soutenu par des «moyens suffisamment respectables»
-et l'on ne reculerait pas devant les mesures les plus rigoureuses.
-«Je me flatte de les prévenir,—les révolutionnaires,—écrivait Léopold
-à Marie-Christine; mais si je n'y réussis point, je les vengerai
-exemplairement[737].»
-
-Plus ardent que l'Empereur, le roi de Suède, souverain militaire et
-aspirant à jouer un rôle militaire dans la coalition, avait, dès le 27
-juin, rompu avec l'Assemblée[738]; le 30, il avait fait assurer Louis
-XVI et Marie-Antoinette de ses sympathies et de son concours[739]. Il
-négociait, en même temps, et cherchait, comme Léopold, mais avec plus
-de vivacité et moins de prudence, à réunir toutes les Puissances dans
-une ligue dont il aurait été le bras armé[740]. Redoutant la froideur
-et les idées temporisatrices de l'Empereur, il s'adressait, dès le 9
-juillet, à Catherine II; quelques jours après, le 16 juillet, au roi
-d'Espagne, pour leur exposer son plan et solliciter leur concours.
-Suivant lui, les troupes impériales, fortes de trente-cinq mille
-hommes, devaient entrer en France par la Flandre, tandis que douze
-mille Suisses envahiraient la Franche-Comté, quinze mille Sardes le
-Dauphiné; les princes de l'Empire, l'Alsace et le Brisgau, et que
-vingt mille Espagnols franchiraient les Pyrénées. On espérait avoir le
-concours du Hanovre et de la Prusse, et la neutralité de l'Angleterre.
-
-«Dès que les Princes émigrés se trouveront sur la terre française,
-disait Gustave, ils assembleront autour d'eux les pairs, grands
-officiers de la couronne, archevêques, évêques, magistrats du
-Parlement, et là, après avoir fait déclarer la régence, Monsieur
-donnera une assurance de conserver les anciennes lois du royaume et
-les droits des différents Ordres et réintégrer le Parlement. Il n'est
-pas douteux que la terreur et la confusion, la dissension et le
-désordre, joints aux lenteurs et au peu de secret qu'il est impossible
-de conserver dans les délibérations d'un corps, ne favorisent
-l'attaque des princes, et il est à croire que les succès suivent leur
-entreprise[741].»
-
-Lui-même se mettrait à la tête de seize mille Suédois, auxquels
-l'Impératrice était suppliée de joindre six, sept ou huit mille
-Russes. Ces troupes, transportées par les flottes réunies de Russie et
-de Suède, débarqueraient à Ostende et se porteraient sur Liège pour
-former, avec les Hessois et les Palatins, «le centre de cette ligne,
-dont la droite serait vers Dunkerque et la gauche vers Strasbourg»;
-ou, suivant un plan ultérieur, s'embarqueraient à Ostende et iraient
-débarquer en Normandie pour marcher sur Paris.
-
-Le Nord aurait ainsi, dans cette grande entreprise, une influence
-prépondérante, et au besoin il serait là pour s'opposer aux convoitises
-des autres Puissances, qui pourraient être tentées de profiter des
-malheurs de la France pour la démembrer. Gustave ajoutait que les
-secours pécuniaires de la Russie ne seraient point inutiles pour mettre
-en mouvement l'armée suédoise. Catherine était «bien assez riche pour
-payer sa gloire et celle de ses alliés».
-
-En même temps, l'impétueux souverain engageait Monsieur à se proclamer
-régent et à créer autour de lui un gouvernement qui serait le vrai
-gouvernement de la France, le Roi devant être considéré comme
-prisonnier de ses sujets rebelles. «Ce nom de régent, disait-il,
-sauvera Monsieur et tous les Français attachés à leur devoir, de
-l'imputation de révolte, dont l'Assemblée ne manquera pas de vouloir
-les entacher. Ce ne sera pas des Français qui combattront contre la
-France, mais des sujet fidèles qui attaqueront des révoltés pour
-délivrer leur souverain opprimé[742].»
-
-Cette impatience du roi de Suède s'accordait bien avec celle des
-émigrés, dont le parti, depuis le 21 juin, s'était considérablement
-accru en importance et en nombre. L'échec de la tentative de fuite,
-combinée par le Roi et la Reine en dehors des princes et de leurs
-amis, semblait assurer à ceux-ci une prédominance incontestée. Entouré
-d'espions et manifestement captif dans son propre palais, quelle
-pouvait être désormais l'autorité de Louis XVI? Partant, quelle pouvait
-être, dans les conseils de l'émigration, celle de son agent, le baron
-de Breteuil, l'un des auteurs du plan qui avait si misérablement
-échoué? N'était-ce pas à ceux qu'on avait systématiquement tenus
-dans l'ignorance des projets dont on venait de voir la triste issue,
-n'était-ce pas au comte d'Artois et à Calonne à prendre dorénavant la
-direction des affaires? Leurs partisans augmentaient chaque jour. Une
-foule de gentilshommes, qui n'étaient demeurés en France que pour se
-mettre à la disposition du Roi, dans le cas où il eût voulu tenter
-quelque entreprise, jugèrent que tout effort était rendu inutile par
-la situation nouvelle que venait de créer à la famille royale sa
-déplorable aventure. Il leur en coûtait beaucoup sans doute, comme
-l'écrivait l'un d'eux, de «laisser le Roi derrière eux»; mais «aucun
-point de ralliement n'étant plus possible en France, celui que les
-princes présentaient à Coblentz était le seul que l'honneur et le
-devoir semblaient leur indiquer[743]». Quel moyen restait-il au Roi
-de s'opposer aux tyranniques résolutions de l'Assemblée et des clubs?
-Si, avant Varennes, il n'avait pu épargner à ses fidèles serviteurs
-les humiliations du 28 février, après Varennes, que pouvait-il faire?
-La seule manière de lui venir en aide n'était-elle pas d'aller là
-où l'on pouvait organiser la résistance? M. de Bouillé l'avait bien
-compris ainsi, puisqu'il s'était réfugié à Luxembourg avec tout
-son état-major, et M. de Bouillé n'était point un cerveau brûlé,
-un contre-révolutionnaire intransigeant; c'était un esprit sage,
-patriotique, partisan, dans une assez large mesure, des réformes
-réclamées par l'opinion. A peine sorti de France, après avoir écrit à
-l'Assemblée une lettre menaçante où il revendiquait pour lui seul toute
-la responsabilité de la fuite du Roi, et jurait de tirer vengeance de
-son arrestation, l'ancien commandant de l'armée de Metz avait adressé
-aux officiers fidèles un chaleureux appel, et beaucoup avaient répondu
-à cet appel, apportant aux émigrés leur dévouement, leur épée, leur
-drapeau, parfois aussi leur caisse: des régiments entiers, comme les
-hussards de Berchiny, le régiment de Berwick, la plus grande partie
-du Royal-Allemand, avaient fait comme leurs officiers. C'étaient de
-puissants renforts pour ce noyau d'armée, qui se formait sous les
-ordres du maréchal de Broglie et du prince de Condé.
-
-Enfin, la journée du 21 juin avait donné à l'émigration ce qui
-lui avait manqué jusque-là, un chef incontesté. Monsieur, comte de
-Provence, avait réussi là où l'infortuné Louis XVI avait échoué; il
-ne s'était point entouré du luxe de relais et de détachements qui
-partout avait éveillé l'attention sur le passage du Roi, et était
-parvenu ainsi à gagner sans encombre Mons et Bruxelles[744]. L'autorité
-du comte d'Artois, le dernier né de la famille royale, pouvait être
-discutée; celle de Monsieur, le premier prince du sang, le régent de
-France, en cas de minorité ou de prison du souverain, ne pouvait pas
-l'être, et, s'il consentait à ne pas afficher un titre que l'évidente
-captivité du Roi semblait lui donner et que Gustave III le pressait
-de revendiquer[745], du moins était-ce à lui à prendre résolûment la
-direction des affaires. A vrai dire, il y avait là pour l'émigration,
-enfin appelée à jouer un rôle, une singulière bonne fortune. Esprit fin
-et cultivé, instruit et disert, le comte de Provence, s'il n'avait pas
-les séductions et le brillant du comte d'Artois, n'avait pas non plus
-sa légèreté et son imprévoyance; on le considérait même comme un habile
-politique. Malheureusement, il n'avait point encore acquis la maturité
-et la sagesse qui, vingt-cinq ans plus tard, firent de son règne un des
-règnes les plus réparateurs de la France. Quoique passant pour libéral
-et en affectant les dehors, il partageait sur bien des points et devait
-partager longtemps encore les préjugés et les illusions des émigrés.
-Il partageait surtout l'hostilité de quelques-uns d'entre eux, et
-particulièrement de Calonne, contre la Reine dont la maternité tardive
-avait fait évanouir ses rêves de grandeur. La Reine le lui rendait
-bien; elle avait fait plus d'une fois assaut avec lui d'épigrammes et
-de mots aigres-doux. Le malheur n'avait pu faire cesser cette rivalité
-sourde, et Marie-Antoinette conservait contre son beau-frère, plus
-heureux qu'elle dans sa fuite, une méfiance qui se traduisait dans la
-lettre suivante à Mme de Lamballe:
-
-«Soyez sûre qu'il y a dans ce cœur-là plus d'ambition personnelle que
-d'affection pour son frère et certainement pour moi. Sa douleur a été
-toute sa vie de n'être pas né le maître et cette fureur de se mettre
-à la place de tout n'a fait que croître depuis nos malheurs, qui lui
-donnent l'occasion de se mettre en avant[746].»
-
-Toutefois, au début, il semble que Monsieur, tout en se réservant
-le premier rang, ait volontiers abandonné le premier rôle au comte
-d'Artois, son cadet par l'âge, son aîné en émigration, et qui, par
-là même, connaissait mieux les ressources et les aspirations des
-émigrés, qui d'ailleurs avait été déjà mêlé à toutes les négociations
-avec les Puissances. Le comte d'Artois, ardent, léger et fougueux,
-«parlant toujours, n'écoutant jamais, étant sûr de tout[747],» ne se
-laissait arrêter par rien et voulait une action immédiate: pas de
-négociations avec les membres de l'Assemblée; la force seule: tout
-au plus pouvait-on chercher à travailler Paris avec de l'argent et
-garantir à Lafayette et à ses compagnons sûreté et oubli du passé[748].
-Plus prudent que son frère, mais alors «entièrement subjugué par
-lui», dit Fersen[749], Monsieur se prêtait à ces combinaisons et
-acceptait presque la direction de l'homme du comte d'Artois, le fatal
-Calonne. On organisait les émigrés de Belgique sous six chefs: MM. de
-Frondeville, de Robin, de Jaucourt, le marquis de la Queuille, les
-ducs d'Uzès et de Villequier. A Coblentz, on formait un véritable
-gouvernement; on instituait un Conseil d'État composé du prince de
-Condé, de M. de Vaudreuil, de l'évêque d'Arras, «prélat plus politique
-que religieux[750],» chancelier, et de Calonne, premier ministre. Quant
-à Breteuil, l'homme de la Reine, il était laissé de côté[751]. En même
-temps, on envoyait le baron de Roll à Berlin, le baron de Flachslanden
-à Vienne, le baron de Bombelles[752] à Saint-Pétersbourg, et Calonne
-lui-même à Londres[753].
-
-C'était cette double action des Princes et de Gustave III d'une part,
-de l'Empereur de l'autre, que les chefs du parti constitutionnel
-voulaient s'efforcer de neutraliser. Déjà ils avaient essayé, mais sans
-succès, d'entrer, par l'intermédiaire de M. de la Borde, en rapports
-avec le comte de Mercy[754]; repoussés de ce côté, ils s'adressèrent à
-la Reine, avec laquelle leurs relations étaient fréquentes, et la Reine
-consentit à écrire, sous leur inspiration et presque sous leur dictée,
-la lettre suivante à l'Empereur:
-
- «Le 30 juillet 1791.
-
-«On désire, mon cher frère, que je vous écrive, et l'on se charge
-de vous faire passer ma lettre, car pour moi je n'ai aucun moyen de
-vous donner des nouvelles de ma santé[755]. Je n'entrerai point en
-détails dans ce qui a précédé notre départ; vous en avez connu tous
-les motifs. Pendant les événements qui ont accompagné notre voyage, et
-dans la situation qui a suivi notre retour à Paris, j'ai été livrée à
-de profondes impressions. Revenue de la première agitation qu'elles
-avaient produite, je me suis mise à réfléchir sur ce que j'avais
-vu et j'ai cherché à démêler quels étaient, dans l'état actuel des
-choses, les intérêts du Roi et la conduite qu'ils me prescrivaient.
-Mes idées se sont fixées par une réunion de motifs, que je vais vous
-exposer...... La situation des affaires a extrêmement changé ici depuis
-les événements occasionnés par notre voyage. L'Assemblée nationale
-était divisée en une multitude de partis. Bien loin que l'ordre parût
-se rétablir, chaque jour voyait diminuer la force des lois. Le Roi,
-privé de toute autorité, n'apercevait pas même la possibilité d'en
-reprendre à la fin de la Constituante, par l'influence de l'Assemblée,
-puisque chaque jour l'Assemblée perdait elle-même le respect du peuple.
-Enfin, il était impossible d'apercevoir un terme à tant de désordre.
-
-«Aujourd'hui, les circonstances donnent beaucoup plus d'espoir. Les
-hommes qui ont le plus d'influence sur les affaires se sont réunis et
-se sont prononcés ouvertement pour la conservation de la monarchie et
-du Roi et pour le rétablissement de l'ordre. Depuis leur rapprochement,
-les efforts des séditieux ont été repoussés avec une grande supériorité
-de force. L'Assemblée a acquis dans tout le royaume une consistance et
-une autorité dont elle paraît vouloir user pour établir l'exécution des
-lois et finir la Révolution. Les hommes les plus modérés, qui n'ont
-cessé d'être opposés à ses opérations, s'y réunissent en ce moment,
-parce qu'ils y voient le seul moyen de jouir en sûreté de ce que la
-Révolution leur a laissé et de mettre un terme à des troubles dont ils
-redoutent la continuation. Enfin, tout paraît se réunir pour assurer
-la fin des agitations et des mouvements auxquels la France est livrée
-depuis deux ans. Cette terminaison naturelle et possible ne donnera pas
-au gouvernement le degré de force et d'autorité que je crois qui lui
-serait nécessaire; mais elle nous préservera des plus grands malheurs;
-elle nous placera dans une situation plus tranquille, et lorsque
-les esprits seront revenus de cette ivresse, dans laquelle ils sont
-actuellement plongés, peut-être sentira-t-on l'utilité de donner à
-l'autorité royale une plus grande étendue.
-
-«Voilà, dans la marche que les choses prennent d'elles-mêmes, ce que
-l'on peut apercevoir de l'avenir. Je compare ce résultat avec ce que
-pourrait promettre une conduite opposée au vœu que la nation manifeste.
-Je vois une impossibilité absolue à rien obtenir autrement que par
-l'emploi d'une force supérieure. Dans cette dernière supposition, je
-ne parlerai pas des dangers personnels que pourraient courir le Roi,
-son fils et moi; mais quelle entreprise que celle dont l'issue est
-incertaine et dont les résultats, quels qu'ils fussent, présentent de
-tels malheurs qu'il est impossible d'y attacher ses regards! On est
-ici déterminé à se défendre. L'armée est en mauvais état par le défaut
-de chefs et de subordination; mais le royaume est couvert d'hommes
-armés, et leur imagination est tellement exaltée qu'il est impossible
-de prévoir ce qu'ils pourraient faire et le nombre des victimes qu'il
-faudrait immoler pour pénétrer au sein de la France. On ne saurait
-calculer, d'ailleurs, quand on voit ce qui se passe ici, quels seraient
-les effets de leur désespoir. Je ne vois, dans les événements que
-présente une telle tentative, que des succès douteux, et la certitude
-de grands maux pour tout le monde. Quant à la part que vous, mon cher
-frère, pourriez y prendre, ce seraient des grands sacrifices que vous
-feriez à nos intérêts, et cependant ils présenteraient d'autant plus de
-danger pour nous qu'on pourrait nous y supposer plus d'influence.»
-
-Que devait donc faire l'Empereur? Cesser toute protestation, toute
-menace, être le premier à reconnaître la Constitution, lorsqu'elle
-aurait été acceptée par le Roi, et se lier ainsi intimement à la France
-régénérée. Par là il ferait disparaître «des inquiétudes d'autant plus
-fâcheuses pour tout le monde qu'elles sont un des principaux obstacles
-au rétablissement de la tranquillité publique». Une telle attitude
-ne pourrait que ramener les esprits au Roi, auquel on ne manquerait
-pas d'attribuer une part prépondérante dans cette résolution de son
-beau-frère; les chefs de la Révolution «qui ont soutenu le Roi dans la
-dernière circonstance et qui veulent lui assurer la considération et
-le respect nécessaires à l'exercice de son autorité», trouveraient là
-«un moyen de concilier la dignité du souverain avec les intérêts de la
-nation et par là de consolider et d'affermir une Constitution, dont ils
-conviennent tous que la majesté royale est une chose essentielle».
-
-«Je ne sais, ajoutait la Reine en terminant, si le Roi ne trouvera pas
-là et dans les dispositions de la nation, dès qu'elle sera plus calmée,
-plus de déférence et des dispositions plus favorables que celles qu'il
-pourrait attendre de la plupart des Français, qui sont actuellement
-hors du royaume[756].» Quant à ces derniers, les émigrés, dont les
-menaces exaspéraient la nation et compromettaient la pacification
-intérieure, l'essentiel était de les contenir, et pour les contenir, le
-plus simple était de les faire rentrer en France.
-
-Pour confirmer la pensée contenue dans cette lettre et lui donner
-plus de poids par des explications verbales, quelques jours après, au
-commencement d'août, les chefs des Constitutionnels, avec l'assentiment
-officiel du Roi et de la Reine, firent partir deux émissaires, l'un, le
-chevalier de Coigny, pour Coblentz, où il devait remettre des dépêches
-aux princes; l'autre, l'abbé Louis, pour Bruxelles, où il devait
-rencontrer un ministre de Léopold, longtemps confident de la Reine, et
-qui ne s'était pas désintéressé des affaires de France, le comte de
-Mercy.
-
-Ancien familier de Trianon, habitué fidèle des Tuileries, depuis le
-retour à Paris, et l'un des confidents, dit-on, du voyage de Varennes,
-le chevalier de Coigny était l'homme de la famille royale, et devait,
-pensait-on, inspirer confiance aux frères du Roi. Ami intime de
-Duport, l'abbé Louis était plutôt l'homme des Constitutionnels.
-Tous deux eurent, avant leur départ, une entrevue avec Louis XVI et
-Marie-Antoinette; mais M. de Coigny ne les vit qu'en présence des
-ministres, et c'est devant ces derniers que la lettre pour le comte
-d'Artois lui fut remise et lue. Le Roi y ajouta une lettre cachetée
-pour Monsieur, et M. de Montmorin, un mémoire qui ne devait être
-communiqué qu'autant que les Princes paraîtraient bien disposés[757].
-Dans sa dépêche ostensible, Louis XVI engageait ses frères à rentrer en
-France avec tous les émigrés; la Constitution avait les sympathies de
-la nation; il était donc impossible de s'y opposer: mieux valait s'y
-soumettre. Dans la lettre à Monsieur, le Roi ajoutait que les Princes
-ne devaient point avoir égard à ce qui lui était personnel, à lui et à
-sa famille, mais ne consulter que le bonheur et les avantages du pays;
-qu'au surplus, ils pouvaient avoir toute confiance dans le chevalier de
-Coigny[758]. Lorsque ce dernier arriva à Coblentz[759], les Princes,
-après avoir pris connaissance des deux lettres, demandèrent s'il ne
-fallait pas agir du tout et si telle était bien l'intention du Roi. Le
-chevalier répondit qu'il ne le croyait pas, mais que le Roi désirait
-que, si l'on agissait, on prît toutes les précautions nécessaires pour
-sa sûreté, celle de sa famille et des gens qui lui étaient attachés
-dans le royaume[760]. Cette réponse de M. de Coigny, interprète ou non
-de la pensée de Louis XVI, s'accordait trop bien avec les sentiments
-intimes des Princes, pour qu'ils ne se fussent pas empressés d'y
-conformer leur conduite. Excités par le roi de Suède, flattés par
-l'Impératrice de Russie, possesseurs, depuis le 7 juillet, d'un plein
-pouvoir en blanc, envoyé par le Roi, débarrassés ainsi du contrôle du
-baron de Breteuil, l'homme de la Reine[761], ils étaient moins que
-jamais résignés à rentrer, et, plus que jamais, décidés à agir.
-
-Quant à l'abbé Louis, il avait eu, avant de partir, une assez longue
-conférence avec Marie-Antoinette. Il lui avait exposé que trois partis
-s'offraient à elle: ou favoriser les entreprises des Princes, ou
-se jeter dans le parti démocratique, ou attendre du temps et d'une
-conduite adroite et sage le retour du peuple à des idées modérées, dont
-les malheurs de l'anarchie devaient lui faire sentir la nécessité.
-
-«La Reine, raconte Staël, très lié avec les chefs de l'Assemblée et
-qui, manifestement, tenait d'eux ses renseignements, la Reine a rejeté
-avec une grande force le premier parti, répétant souvent que les
-princes voulaient faire les héros aux dépens de la France et de la
-sûreté du Roi et de la sienne; qu'elle avait toujours détesté leurs
-intentions, et qu'elle n'avait conçu le plan de Montmédy que pour ne
-devoir rien qu'à l'opinion qui se serait formée et montrée en France en
-faveur de la monarchie, et non aux secours étrangers. Elle a témoigné
-aussi beaucoup d'éloignement pour les exagérations démocratiques, et
-le parti qui permettait au Roi de profiter de toutes les occasions
-pour regagner l'affection du peuple lui a paru préférable. L'abbé
-Louis lui a proposé qu'un moyen d'inspirer la confiance au peuple
-serait la conduite de l'Empereur; que, s'il était le premier souverain
-qui ménageât son alliance avec la France et éloignât de chez lui les
-émigrés français, connus par leurs projets hostiles, on croirait que
-la Reine est franchement déterminée à ne point vouloir de réforme en
-France que dans le temps et l'expérience faite[762].»
-
-La Reine, paraissant entrer dans les vues de l'abbé, lui donna une
-lettre pour l'accréditer près de Mercy, et engager ce dernier, ainsi
-que c'était le désir des Constitutionnels, à revenir à Paris, ajoutant
-qu'elle craignait de s'être trompée sur la route qu'elle aurait dû
-suivre, et qu'elle avait grand besoin de ses lumières et de ses
-conseils[763].
-
-Mais la Reine ne se prêtait qu'en apparence aux plans de ses nouveaux
-alliés; et tout en écoutant leurs projets, et en transmettant leurs
-mémoires à son frère, en rendant même justice à leur bonne volonté,
-elle n'acceptait point leur politique.
-
-«Je suis assez contente de ce côté-là, écrivait-elle, c'est-à-dire
-de Duport, de Lameth et de Barnave,—les trois seuls, disait-elle une
-autre fois, avec lesquels on puisse tenter quelque chose[764].—Il faut
-leur rendre justice, quoiqu'ils tiennent toujours à leurs opinions,
-je n'ai jamais vu en eux que grande franchise, de la force et une
-grande envie de remettre de l'ordre, et par conséquent l'autorité
-royale[765].»—«Mais, reprenait-elle presque aussitôt, quelques bonnes
-intentions qu'ils montrent, leurs idées sont exagérées et ne peuvent
-jamais nous convenir[766].»
-
-Cette méfiance instinctive ne s'expliquait que trop. Ces hommes, qui
-prétendaient sauver la monarchie, n'étaient-ils pas les mêmes qui lui
-avaient porté les premiers et les plus rudes coups? Ce peuple, en la
-sagesse duquel on l'engageait à se fier, n'était-il pas le peuple du 14
-juillet, du 6 octobre, du 18 avril, qui, chaque jour encore, outrageait
-la famille royale sous les fenêtres de son palais et menaçait ses plus
-fidèles serviteurs? La Reine ne savait-elle pas qu'il est plus facile
-de déchaîner le torrent que de l'arrêter, et que ceux qui ont été
-habiles à détruire sont rarement capables de réédifier? Les intentions
-de Barnave et de ses amis étaient pures; la Reine le croyait; mais la
-politique n'est-elle pas pavée de bonnes intentions? La clairvoyance
-des Constitutionnels, si souvent en défaut, serait-elle plus heureuse
-aujourd'hui, et leur pouvoir d'ailleurs serait-il à la hauteur de leur
-bonne volonté? Cette Assemblée, dont ils se croyaient les maîtres
-et qu'ils représentaient comme si désireuse de restaurer l'autorité
-royale, ne venait-elle pas d'infliger à la majesté du Roi un sanglant
-outrage en votant publiquement une récompense à ceux qui l'avaient
-arrêté, de porter un coup mortel à sa puissance et à sa sûreté en
-éloignant de sa personne les Suisses et les plus dévoués défenseurs de
-la monarchie[767]? Qu'avaient donc fait Barnave et les Lameth pour
-épargner au Roi ces insultantes mesures, ou, s'ils avaient voulu faire
-quelque chose, quelle était leur influence? Et quelle était alors la
-valeur de leur concours et des idées qu'ils prétendaient imposer?
-
-Aussi, dès le lendemain du jour où elle avait écrit la lettre inspirée
-par les chefs de la gauche, le lendemain de sa conférence avec l'abbé
-Louis, la Reine s'empressait-elle de renier ses paroles et de désavouer
-ses agents:
-
-«Je vous ai écrit, le 29, une lettre que vous jugerez aisément n'être
-pas de mon style, écrivait-elle à Mercy le 31. J'ai cru devoir céder
-aux désirs des chefs du parti ici, qui m'ont donné eux-mêmes le projet
-de lettre. J'en ai écrit une autre à l'Empereur hier, 30; j'en serais
-humiliée, si je n'espérais pas que mon frère jugera que, dans ma
-position, je suis obligée de faire et d'écrire tout ce qu'on exige de
-moi[768].»
-
-Le jour suivant, elle revenait à la charge:
-
-«L'abbé Louis doit aller vous joindre bientôt; il se dira accrédité par
-moi pour vous parler. Il est essentiel que vous ayez l'air de l'écouter
-et d'être prévenu, mais de ne pas vous laisser aller à ses idées[769].»
-
-Mercy, plus dur que la Reine, dur jusqu'à l'injustice, il faut le dire,
-était plein de mépris pour ces anciens ennemis repentants. A ses yeux,
-Barnave et les Lameth n'étaient que des «scélérats dangereux»; Duport,
-«le plus déterminé antiroyaliste et le factieux le plus intrépide[770]».
-
-Marie-Antoinette elle-même était convaincue que les Constitutionnels
-ne se rapprochaient d'elle que par ambition et par dépit; que
-l'attachement qu'ils affichaient pour la royauté n'était qu'un moyen
-de reprendre un pouvoir qui leur échappait et que si, grâce à leur
-coalition avec les royalistes, ils redevenaient les maîtres, ils ne
-vaudraient pas mieux que leurs adversaires plus avancés. Si elle
-feignait de les écouter et de les suivre, c'était pour les endormir,
-pour les empêcher de se réunir aux Jacobins et de fonder avec eux la
-république[771]; c'était aussi dans l'espoir, par cette division,
-d'amener le discrédit du nouveau gouvernement, de le rendre en quelque
-sorte impossible, et de préparer par là les esprits à un mécontentement
-d'où sortirait le rétablissement du trône; mais elle n'avait pleine
-confiance ni dans la franchise ni dans le désintéressement de ses
-nouveaux alliés[772]. C'est le malheur des révolutionnaires qui veulent
-revenir à des idées plus saines, qu'on ne croit pas à la sincérité de
-leur conversion.
-
-C'est aussi leur châtiment.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
- La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste; pas d'action
- immédiate; des négociations seulement.—Lettre du 8 juillet à
- Fersen.—Hostilité de la Reine contre les émigrés.—Mauvaise
- attitude d'un certain nombre de ces derniers contre
- Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard des
- Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment elle
- est jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre à Mercy.—Cruelle
- situation de Marie-Antoinette.
-
-
-Mais si Marie-Antoinette n'adoptait pas les idées des Constitutionnels,
-si elle n'acceptait pas non plus celles des émigrés, que
-prétendait-elle donc, et quel était son plan? Ce plan, à la date où
-nous sommes arrivés, n'était et ne pouvait être encore qu'ébauché.
-Après l'échec de Varennes, qui avait dérouté si complètement des
-projets arrêtés et mûris, il fallait un certain temps à la Reine,
-prisonnière et isolée de ses amis, pour recueillir ses esprits,
-étudier une ligne de conduite et combiner les débris de l'organisation
-précédemment élaborée avec les exigences nouvelles de la situation.
-Une lettre du 8 juillet, à Fersen, donne cependant la première pensée
-et comme les premiers traits de ce plan qui a été longtemps ignoré,
-mais que des publications récentes permettent de reconstituer avec une
-certaine précision. Ce à quoi le Roi et la Reine tenaient avant tout,
-ce qu'ils recommandaient avec la dernière énergie, c'est qu'on n'eût
-pas recours à la force.
-
-«Le Roi pense, écrivait Marie-Antoinette, le 8 juillet, que c'est par
-la voie des négociations seules que leur secours,—des Puissances
-étrangères,—pourrait être utile à lui et à son royaume; que la
-démonstration de forces ne doit être que secondaire, et si l'on se
-refusait ici à toute voie de négociation.
-
-«Le Roi pense que la force ouverte, même après une première
-déclaration, serait d'un danger incalculable, non seulement pour lui
-et sa famille, mais pour tous les Français qui, dans l'intérieur du
-royaume, ne pensent pas dans le sens de la Révolution. Il n'y a pas de
-doute qu'une force étrangère ne parvienne à rentrer en France; mais le
-peuple, armé comme il l'est, en fuyant les frontières et les troupes du
-dehors, se servirait dans l'instant de leurs armes contre ceux de leurs
-concitoyens que, depuis deux ans, on ne cesse de leur faire regarder
-comme leurs ennemis.
-
-«..... On doit regarder tout ce qui s'est fait depuis deux ans comme
-nul quant à la volonté du Roi, mais impossible à changer, tant que la
-grande majorité de la nation sera pour les nouveautés. C'est à faire
-changer cet esprit qu'il faut faire tourner toute notre application.
-
-«Résumé: Il désire que la captivité du Roi soit bien constatée et bien
-connue des Puissances étrangères; il désire que la bonne volonté de
-ses parents, amis et alliés et des autres souverains qui voudraient y
-concourir, se manifestât par une manière de Congrès où on employât la
-voie des négociations; bien entendu qu'il y eût une force imposante
-pour les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne pas provoquer
-au crime et au massacre[773].»
-
-Il est facile de voir, par ce simple aperçu, combien ce plan différait
-de celui des Constitutionnels, qui voulaient l'inaction des Puissances;
-combien plus encore il différait de celui des émigrés, qui, eux,
-voulaient une entrée en campagne immédiate. C'était à ce dernier
-projet surtout que la Reine était le plus énergiquement opposée.
-Toutes ses lettres à l'Empereur, à Mercy, à Fersen, lettres intimes
-et lettres officieuses, sinon officielles, sont remplies d'instances
-pour qu'on retienne les émigrés, pour qu'on les réduise à l'inaction,
-sinon à l'impuissance. Sa méfiance contre les chefs des émigrés,
-son antipathie surtout contre Calonne, dont l'appel près du comte
-d'Artois lui avait semblé une sorte d'insulte personnelle[774], et
-quelle voyait triomphant et plus actif que jamais, semblait s'être
-accrue de l'humiliation de son échec. Elle s'était accrue surtout
-des nouvelles qu'elle recevait de Coblentz, du peu de cas que les
-meneurs de l'émigration faisaient de l'autorité du Roi, et du peu
-de respect qu'ils avaient pour sa personne. Elle ne pouvait guère
-ignorer en effet qu'à Bruxelles et à Coblentz on traitait mal ses
-plus dévoués serviteurs, comme Breteuil, le maréchal de Castries, M.
-d'Agoût[775], qu'on ne la traitait guère mieux elle-même, et qu'il
-avait fallu un certain courage à M. de Vaudreuil pour la défendre
-contre des récriminations ardentes[776]; qu'on opposait hautement le
-parti du comte d'Artois à celui de la Reine[777], et que certains
-émigrés avaient poussé l'inconvenance jusqu'à se réjouir publiquement
-de son arrestation[778]. N'avait-on pas été jusqu'à dire à Coblentz
-que «le Roi, lorsque ses frères lui auraient _rendu_ la couronne, ne
-pourrait jamais, sous aucun prétexte et dans aucun cas, renvoyer un
-des ministres qui faisaient partie du Conseil nommé par les Princes,
-sans l'aveu et le consentement des autres membres de ce Conseil[779]?»
-Non pas assurément que ces reproches d'ambition personnelle doivent
-s'étendre à tous les émigrés; le plus grand nombre n'avait été poussé à
-s'engager dans l'armée des Princes que par dévouement pour la famille
-royale et parce que, après Varennes, ils n'apercevaient pas d'autre
-moyen de la servir que là. Beaucoup de braves gentilshommes de province
-étaient accourus du fond de leurs campagnes, prêts à verser leur sang
-simplement, sans prétention, comme à Fontenoy, comme à Clostercamps,
-parce qu'ils voyaient là un devoir à remplir, et que, dans leur loyal
-enthousiasme, combattre pour le Roi, c'était toujours combattre pour la
-France: politiques à courtes vues peut-être, mais serviteurs au cœur
-large et au dévouement sans bornes. Pour eux, suivant le mot heureux de
-Mme Swetchine, «le royalisme, c'était le patriotisme simplifié[780].»
-
-Mais il faut malheureusement convenir que certains chefs de
-l'émigration, les meneurs, ceux qui donnaient le ton à Coblentz,
-«ces talons-rouges et ces têtes folles,» comme les appelait, avec un
-certain dédain, le cardinal de Bernis[781], n'avaient pas des vues si
-désintéressées, ni de si naïfs calculs. C'était leur cause autant que
-celle du Roi qu'ils soutenaient; c'était leur pouvoir, plus encore
-que celui du Roi, qu'ils prétendaient défendre et perpétuer, quel que
-fût d'ailleurs le souverain régnant, que ce fût, comme l'avait écrit
-Gustave III à Stedingk, Louis XVI, Louis XVII ou Charles X[782]. Dès
-1790, un émigré, le baron de Castelnau, «un des plus instruits et des
-plus loyaux,» suivant Mounier[783], n'avait-il pas dit, à Vienne,
-que «quand même, au milieu d'une contre-révolution, le Roi, la Reine
-et leurs enfants seraient sacrifiés, le comte d'Artois resterait, et
-que la monarchie serait sauvée[784]?» Cela n'était-il pas plus vrai
-maintenant que, outre le comte d'Artois, il y avait, hors de France,
-Monsieur, héritier présomptif de la couronne après le Dauphin?
-
-Qui pourrait dire que cette perspective d'un changement dans la
-personne royale ne fût pas entrée dans les visées de quelque
-personnage, non pas sans doute des frères du Roi, malgré les méfiances
-de Marie-Antoinette contre le comte de Provence, mais du moins de
-certains de leurs conseillers, qui espéraient avoir près des Princes
-plus d'influence qu'ils n'en auraient jamais auprès du Roi et en face
-de la Reine?
-
-Mme de Bombelles avait donc raison d'écrire que «le peu d'égards
-qu'ils,—les Princes,—ont eu pour la Reine ferait toujours redouter
-leur empire à cette dernière[785]». Et l'on conçoit que la malheureuse
-princesse, instruite de cette attitude, se soit écriée un jour avec
-colère: «Ils se croient des héros! Que feront ces héros, même avec
-leur roi de Suède?» Et qu'une autre fois, dans un moment d'amertume
-et d'abandon, elle se soit laissée aller à dire: «Si mes frères
-parvenaient à nous rendre quelques services, la reconnaissance en
-serait bien pesante, et nous aurions ces maîtres-là de plus, qui
-seraient les plus gênants et les plus impérieux[786].»
-
-La raison politique était donc d'accord avec le ressentiment de la
-souveraine outragée et de la femme offensée, pour lui faire repousser
-le concours armé des émigrés.
-
-«Il est essentiel, écrivait-elle à Mercy, le 7 août, il est essentiel
-qu'on contienne les Princes et les Français qui sont au dehors. Je
-crains tout de la tête de Calonne, et une seule fausse démarche
-perdrait tout[787].»
-
-Le 16 août, elle est plus pressante encore. Pourquoi se fierait-elle
-aux Princes? Ils n'ont aucun moyen sérieux, ils ne feront rien de bon;
-ils ne peuvent que nuire.
-
-«Et si même, ce qui n'est pas à présumer, ils ont un avantage réel,
-nous retomberions sous leurs agents dans un esclavage nouveau et pis
-que le premier, puisque, ayant l'air de leur devoir quelque chose, nous
-ne pourrions pas nous en tirer. Ils nous le prouvent déjà en refusant
-de s'entendre avec les personnes qui ont notre confiance, sous le
-prétexte qu'ils n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer à
-nous livrer à M. de Calonne qui, sous tous les rapports, ne peut pas
-nous convenir, et qui, je le crains bien, ne suit en tout ceci que son
-ambition, ses haines particulières et sa légèreté ordinaire, en croyant
-toujours possible et fait tout ce qu'il désire. Je crois même qu'il ne
-peut que faire tort à mes frères, qui, s'ils n'agissaient que d'après
-leur cœur seul, seraient sûrement parfaits pour nous[788].»
-
-Mais quoi! Ignore-t-elle les mauvais propos qui se tiennent contre
-elle à Coblentz? Ne songe-t-on pas à proclamer Monsieur régent, le
-comte d'Artois, lieutenant général du royaume? On veut annihiler le
-Roi, après l'avoir privé de ses défenseurs. Car ne sont-ce pas ces
-perpétuels appels à l'émigration qui ont créé autour des souverains
-captifs un isolement sous lequel ils succombent, et qui la force elle,
-à s'abaisser et à dissimuler? Et, se révoltant à cette pensée, sentant
-son courroux grandir, et sa tête bouillonner, la Reine rouvre sa lettre
-le 21 août, pour y revenir encore dans les termes les plus formels et
-les plus durs sur la nécessité de repousser le concours des émigrés:
-
-«Il est essentiel que les Français, mais surtout les frères du Roi,
-restent en arrière, et que les Puissances réunies agissent seules.
-Aucune prière, aucun raisonnement de notre part ne l'obtiendra d'eux;
-il faut que l'Empereur l'exige; c'est la seule manière dont il puisse,
-mais surtout à moi, me rendre service. Vous connaissez par vous-même
-les mauvais propos et les mauvaises intentions des émigrants. _Les
-lâches!_ Après nous avoir abandonnés, ils veulent exiger que seuls
-nous nous exposions et que seuls nous servions tous leurs intérêts.
-Je n'accuse pas les frères du Roi, je crois leurs cœurs et leurs
-intentions purs; mais ils sont entourés et menés par des ambitieux, qui
-les perdront, après nous avoir perdus les premiers[789].»
-
-Le 26, avant le départ de cette lettre, nouvelles instances: «Il est
-essentiel que, pour conditions, il—l'Empereur—exige que les frères du
-Roi et tous les Français, mais surtout ces premiers, restent en arrière
-et ne se montrent pas[790].»
-
-L'Empereur d'ailleurs était très naturellement porté à donner
-satisfaction à ces désirs de sa sœur. Il n'avait pour les émigrés ni
-confiance, ni sympathie. Dès le 6 juillet, il s'était adressé aux
-Électeurs de Trèves et de Cologne, pour les engager à empêcher les
-Français réfugiés de faire un coup de tête[791], et le 30 du même mois,
-il écrivait à sa sœur Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas:
-
-«Ne vous laissez induire à rien, et ne faites rien de ce que les
-Français et les Princes vous demanderont, hors des politesses et
-dîners, mais ni troupes ni argent. Je plains bien leur situation,
-et celle de tous les Français qui ont dû s'expatrier; mais ils ne
-pensent qu'à leurs idées romanesques et à leurs vengeances et intérêts
-personnels, croient que tout le monde doit se sacrifier pour eux et
-sont bien mal entourés[792].» «Dans toute cette affaire, écrivait-il un
-peu plus tard, je n'ai vu que la Reine et M. de Fersen et Bouillé qui
-parlent et entendent raison[793].» Lui-même ne voulait agir qu'avec «le
-parfait concours de toutes les Puissances[794]».
-
-C'est dans ce but qu'il s'était ménagé une entrevue avec le Roi de
-Prusse. L'entrevue eut lieu en Saxe, à Pillnitz, le 25 août; le
-comte d'Artois s'y était rendu avec Calonne, au grand mécontentement
-de Léopold. La déclaration qui sortit de ces longues conférences
-entre l'Empereur, le Roi, leurs ministres, le Prince français et ses
-conseillers, est connue; il n'est pas inutile pourtant d'en reproduire
-le texte ici:
-
-«Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté le Roi de Prusse, ayant entendu
-les désirs et les représentations de Monsieur et de M. le comte
-d'Artois, se déclarent conjointement qu'Elles regardent la situation
-où se trouve actuellement Sa Majesté le Roi de France comme un objet
-d'un intérêt commun à tous les souverains de l'Europe. Elles espèrent
-que cet intérêt ne peut manquer d'être reconnu par les Puissances dont
-le secours est réclamé; qu'en conséquence, Elles ne refuseront pas
-d'employer, avec leurs dites Majestés, les moyens les plus efficaces,
-relativement à leurs forces, pour mettre le Roi de France en état
-d'affermir dans la plus parfaite liberté les bases d'un gouvernement
-monarchique, également convenable aux droits des souverains et au
-bien-être de la nation française. Alors, et dans ce cas, leurs dites
-Majestés, l'Empereur et le Roi de Prusse, sont résolues d'agir
-promptement, d'un mutuel accord, avec les forces nécessaires pour
-obtenir le bien propre et commun. En attendant, Elles donneront à leurs
-troupes les ordres convenables, pour qu'elles soient à portée de se
-mettre en activité.»
-
- A Pillnitz, le 27 août 1791.
-
- LÉOPOLD, FRÉDÉRIC-GUILLAUME.
-
-Si menaçante que parût être cette déclaration, elle n'était, au fond,
-suivant l'expression de Mallet du Pan qu'«une comédie auguste[795]».
-Les cinq mots: _Alors et dans ce cas_, introduits par un des
-négociateurs autrichiens, Spielmann, dans la rédaction de l'acte, en
-avaient annulé toute la portée. Les souverains ne devaient agir que
-dans le cas d'un concours général des Puissances, et Léopold lui-même
-déclarait ce concours «bien difficile», sinon impossible[796]. Mais
-c'était une comédie singulièrement dangereuse. Tôt ou tard connu
-du public qui ne savait point les arrière-pensées et les dessous
-de cartes, le manifeste ne pouvait manquer de produire un double
-effet: exalter les espérances des émigrés, qui se croyaient soutenus,
-surexciter les passions des révolutionnaires, qui se supposaient
-menacés: de toutes façons donc, compromettre la sécurité de ceux qu'on
-prétendait sauver.
-
-La Reine ne s'y trompa point: elle fut très mécontente de la
-déclaration de Pillnitz:
-
-«On dit ici, écrivait-elle à Mercy, le 12 septembre, que, dans l'accord
-signé à Pillnitz, les deux Puissances s'engagent à ne jamais souffrir
-que la nouvelle Constitution française s'établisse. Il y a sûrement
-des points auxquels les Puissances ont le droit de s'opposer; mais,
-_pour ce qui regarde les lois intérieures d'un pays, chacun est maître
-d'adopter dans le sien ce qui lui convient_. Ils auraient donc tort de
-l'exiger, et tout le monde y reconnaîtrait l'intrigue des émigrants, ce
-qui ferait perdre tous les droits de leur bonne cause[797].»
-
-On nous objectera peut-être qu'il y a là une contradiction étrange
-et que la Reine, en sollicitant l'appui des Puissances, demandait,
-au fond, ce qu'elle repoussait par cette lettre, une intervention
-étrangère dans la Constitution intérieure du pays. Nous croyons que
-ce serait mal interpréter sa pensée. La Reine voulait que, grâce à
-l'attitude menaçante, à la pression même, si l'on veut, des Puissances,
-le Roi fût remis en liberté; c'était tout. Le Roi, une fois redevenu
-maître de ses actes, aurait seul décidé, avec les représentants de la
-nation, ce qu'il devait conserver, et ce qu'il devait rejeter d'une
-Constitution, dont les défauts étaient évidents, mais que, prisonnier
-dans Paris, il ne pouvait se refuser à sanctionner.
-
-Et qu'on ne croie pas que ce fût sous l'influence de Barnave et des
-Lameth que Marie-Antoinette avait tracé les lignes si sages et si
-fermes que nous venons de citer. Non; cette lettre du 12 septembre
-est une lettre tout intime; c'est la protestation de son patriotisme,
-le cri de son cœur, le sentiment profond de sa dignité de Reine et de
-Française. Si l'on veut voir à quel point elle y ouvre son âme tout
-entière, qu'on continue la lettre jusqu'au bout, et qu'on lise ceci:
-
-«Enfin, le sort en est jeté; il s'agit à présent de régler sa marche
-et sa conduite d'après les circonstances. Je voudrais bien que tout
-le monde réglât sa conduite d'après la mienne; mais, même dans notre
-intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à
-livrer. Plaignez-moi; je vous assure qu'il faut plus de courage à
-supporter mon état que si on se trouvait au milieu d'un combat;
-d'autant que je ne me suis guère trompée et que je ne vois que malheur
-dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise volonté des autres.
-Mon Dieu! Est-il possible que, née avec du caractère et sentant si
-bien le sang qui coule dans mes veines, je sois destinée à passer mes
-jours dans un tel siècle et avec de tels hommes! Mais ne croyez pas
-pour cela que mon courage m'abandonne. Non pour moi, mais pour mon
-enfant, je me soutiendrai, et je remplirai jusqu'au bout ma longue et
-pénible carrière. _Je ne vois plus ce que j'écris. Adieu!_[798]»
-
-Et elle écrivait, quelques jours après à Esterhazy, «qu'il ne fallait
-pas s'occuper de sa sûreté personnelle, mais seulement du salut de la
-France[799].»
-
-La France et son fils, c'était la double pensée qui la soutenait
-pendant ses jours d'accablement, et qui lui inspirait, suivant le mot
-du comte de Stedingk, «un courage égal à son infortune.»
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et
- Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de
- moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané de
- l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à
- Paris.—Enthousiasme populaire.
-
-
-Pendant toutes ces négociations et ces échanges de correspondances,
-l'Assemblée nationale avait atteint le terme de sa carrière. La
-Constitution était achevée le 3 septembre, et, le 4, présentée à
-l'acceptation du Roi, sans que les Constitutionnels convertis,
-abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune inintelligente
-de la Droite, eussent pu y faire introduire les modifications qu'ils
-jugeaient indispensables à la dignité de l'autorité royale. Qu'allait
-faire Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des libéraux éprouvés,
-comme Gouverneur Morris, proclamaient «inexécutable», que ses auteurs
-eux-mêmes, les Lameth, Barnave, Duport, trouvaient pleine d'erreurs
-dangereuses, et contre laquelle lui n'avait cessé de protester, soit
-secrètement, près des autres souverains, soit publiquement, avant de
-partir pour Varennes, par le message du 20 juin 1791? Refuserait-il sa
-sanction? Mais quelles en seraient les conséquences?
-
-Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette grave question et
-ne cessait d'interroger Mercy et ses plus fidèles amis. «C'est à la
-fin de la semaine qu'on présentera la charte au Roi, écrivait-elle le
-21 août; ce moment est affreux[800].» Mais Mercy, mais Léopold, mais
-les conseillers du dehors se rendaient-ils exactement compte de la
-situation?
-
-«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès le 28 juillet; il
-faudrait que le Roi eût la fermeté de dire qu'il ne consentira jamais
-à rien qu'en pleine liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce
-n'est que par le plus grand courage que l'on en imposera. ..... Il ne
-faudrait pas rejeter des conditions raisonnables; cela serait désarmer
-la nation, pouvoir du Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la
-guerre et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature
-hors de Paris[801].»
-
-Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour la plupart,
-avaient-elles chance d'être acceptées par un peuple aussi ardent et
-aussi enclin aux préjugés que le peuple français? Qui eût pu, alors,
-sans une lutte violente, enlever aux gardes nationales ces armes qui
-leur semblaient le palladium de la liberté? L'expérience de Varennes ne
-venait-elle pas de prouver que Paris ne se croyait réellement capitale
-qu'autant qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on pu exécuter,
-en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que quatre-vingts ans plus tard,
-après la plus sanglante révolte, et qui, même alors, n'a pas duré? La
-Reine ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le voulait Mercy, il
-eût fallu disposer d'une force sérieuse, et, au besoin, appuyer les
-paroles par des actes énergiques. Cette force, elle ne l'avait pas.
-
-«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle, est juste,
-mais impraticable pour nous. Nous n'avons ni force, ni moyens; nous ne
-pouvons que temporiser.....»
-
-Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible espoir, elle ajoutait:
-
-«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je crois encore qu'on pourra
-préparer à nos enfants un avenir plus heureux[802].»
-
-Un avenir plus heureux, quelle ironie!
-
-De même que Mercy, Léopold posait comme première condition la sortie du
-Roi de Paris et sa retraite dans une province, où, en pleine liberté et
-sous la protection de défenseurs dévoués, il eût pu examiner à son aise
-la Constitution qu'on lui soumettait. On désignait même le lieu de sa
-retraite: un château de M. de Crouy[803], du nom de l'Hermitage, situé
-près de Condé, ou encore Montmédy[804], et là, le Roi serait entouré de
-ses gardes du corps[805].
-
-Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien peu probable, car on
-eût replacé le Roi précisément dans la position où il avait voulu se
-mettre le 20 juin, et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on
-l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à vue aux Tuileries.
-
-Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou à Montmédy,
-c'est-à-dire à une lieue de la frontière et à proximité des troupes
-étrangères, mais à une petite distance de la capitale, à Fontainebleau,
-Rambouillet ou Compiègne, par exemple? Malgré l'avis de Malouet et de
-Mallet du Pan, la Reine ne le croyait pas davantage.
-
-«On désire que nous allions soit à Rambouillet, soit à Fontainebleau;
-mais, d'un côté, comment et par qui serons-nous gardés? Et de l'autre,
-jamais ce peuple ne laissera sortir mon fils. On l'a accoutumé à le
-regarder comme son bien. Rien ne les fera céder, et,—ajoutait-elle avec
-le touchant exclusivisme et les légitimes appréhensions de l'amour
-maternel,—et nous ne pouvons pas le laisser seul[806]!»
-
-Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre: «Si le Roi accepte
-la Constitution, vous êtes tous deux perdus...... Ce n'est pas
-l'adresse, c'est la fermeté seule qui peut vous sauver...... Votre
-salut consiste dans la patience, le silence et le refus[807].»
-
-La patience, la Reine en avait depuis longtemps; mais le silence,
-comment le garder? Comment refuser la sanction demandée et en quelque
-sorte exigée? N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous les
-fenêtres des Tuileries, gronder des menaces incessantes d'insurrection?
-Le peuple, non seulement dans la capitale, mais dans les provinces
-même—on l'avait bien vu au retour de Varennes,—n'était-il pas
-emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais irrésistible, pour cette
-Constitution qu'il ne connaissait pas, mais que, dans sa crédulité
-naïve, avec ce besoin inné en France de chercher toujours un sauveur,
-et en dépit des sinistres prophéties de Malouet, il regardait comme
-l'aurore de jours sans nuages? Résister à cet entraînement universel,
-mais avec quoi? Quelle armée, quelle autorité avait-on?
-
-«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la Reine. Tout ce que nous
-pouvons pour notre honneur et pour l'avenir, ce sont des observations à
-faire, qui ne seront sûrement pas écoutées, mais qui, au moins avec la
-protestation que le Roi a faite, il y a six semaines, et calquées sur
-elle, serviront de base pour le moment où l'ennemi, le malheur et le
-désenivrement pourront laisser passer la raison[808].»
-
-Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude énergique, revenait
-à des opinions tout autres, et en envoyant à la Reine les conseils
-de Burke, dont nous avons parlé plus haut, et qui poussaient à la
-résistance, il avait soin d'ajouter:
-
-«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la Reine; mais cette
-idée, vraie dans le principe, est dangereuse dans le fait..... Il
-faudrait donc ne rien brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de
-temporiser[809].»
-
-Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité de
-l'acceptation de la Constitution s'imposait à Marie-Antoinette, quelque
-dur que cela pût être à sa fierté. Le 26 août, elle écrivait encore à
-Mercy:
-
-«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi refuse son
-acceptation. _Croyez que la chose doit être bien vraie, puisque je
-le dis._ Vous connaissez assez mon caractère pour croire qu'il se
-porterait plutôt à une chose noble et pleine de courage; mais il n'en
-existe point à courir un danger plus que certain[810].»
-
-En présence de cette évidente nécessité, la Reine ne cherchait
-qu'à temporiser, comme disait Mercy, afin d'attendre l'occasion
-favorable de corriger l'œuvre, plus qu'imparfaite, qu'on allait être
-contraint d'accepter. Pour cela, il fallait avant tout inspirer la
-confiance; il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors, ne vînt
-entraver le retour de l'opinion et fournir un aliment aux passions
-révolutionnaires: «C'est le seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur,
-pour que le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur qu'il
-éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à
-nous, en désertant les auteurs de ses maux[811].»
-
-Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est vrai, des
-Constitutionnels, un certain revirement se manifestait dans le public.
-Une foule plus sympathique se portait aux Tuileries; la Reine, prenant
-son fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était acclamée.
-Le 4 septembre, la messe au Château était des plus brillantes; Louis
-XVI et sa famille, en s'y rendant,—c'est un témoin bien peu suspect qui
-le rapporte,—étaient salués par des applaudissements[812]. L'opinion
-royaliste faisait des progrès sensibles; on commençait à oser la
-soutenir dans les cafés, même au Palais-Royal, ce palladium de la
-Révolution[813], et les chefs des partis populaires la professaient
-entre eux[814]. La plupart étaient convaincus que la Constitution,
-telle qu'ils l'avaient ébauchée, était inapplicable; Barnave allait
-jusqu'à dire qu'il fallait que les assemblées futures n'eussent que
-l'influence d'un Conseil de notables et que toute la force devait
-résider dans le gouvernement[815]. Bien plus, nombre de gens, de ceux
-même qui avaient applaudi et peut-être participé à l'arrestation
-du Roi, en étaient venus à déplorer publiquement qu'il eût échoué
-dans son entreprise; ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de
-Montmédy», car, disaient-ils, ce plan promettait à la France «une bonne
-Constitution également éloignée des deux extrêmes[816]». La Reine
-elle-même, si calomniée, avait sa part dans ce retour de la faveur
-populaire, et seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient des
-anneaux avec cette devise: _Domine, salvum fac Regem et Reginam_[817].
-Il fallait donc profiter de ce revirement inattendu, et dussent les
-aristocrates l'accuser,—comme ils le faisaient pour la punir de ses
-répugnances contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier à sa fierté
-le salut de la France[818], ne valait-il pas mieux se résigner, en
-apparence du moins, à une Constitution dont les défauts étaient si
-criants, qu'ils sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait
-seulement de la mettre en pratique[819]?
-
-Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais comment, et
-dans quels termes? Ici encore les avis étaient partagés. Malouet,
-comme la Marck, comme Gouverneur Morris, demandaient que le Roi fît
-des réserves, et c'était le parti auquel inclinaient manifestement
-d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette[820]. Mais les Constitutionnels
-insistaient pour une acceptation pure et simple, et le Roi, désireux de
-ne pas s'aliéner ces conseillers de la dernière heure, et de n'inspirer
-aucune méfiance sur la sincérité de son adhésion, se détermina à suivre
-leur avis.
-
-«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à Fersen, mais cela
-était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais voulu
-que l'acceptation fût simple et plus courte; mais c'est le malheur
-de n'être entourés que de scélérats; encore je vous assure que c'est
-le moins mauvais projet qui a passé. Les folies des Princes et des
-émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches; il était essentiel,
-en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de bonne foi[821].»
-
-Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière main à son œuvre, et
-afin d'enlever à la délibération et à l'acceptation du Roi l'apparence
-de la contrainte, Lafayette était venu lever la garde placée autour
-de la famille royale. Le Château redevint libre, les jardins furent
-rouverts au public. Le dimanche suivant, la messe fut célébrée dans la
-chapelle. Le peuple s'y rendit en masse et témoigna une grande joie de
-revoir les augustes prisonniers.
-
-On cria de toutes parts: _Vive le Roi!_ Mais une voix, partie de
-la foule, se chargea de dire à quel prix étaient les acclamations
-populaires: «Oui, reprit-elle, s'il accepte la Constitution[822].»
-
-Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret, vint en grande
-pompe apporter au Roi l'acte constitutionnel; le Roi le prit des mains
-du président et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit à
-l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain en jurer
-solennellement le maintien; il demandait en même temps, que «les
-accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements
-de la Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale». La
-lecture de cette lettre rédigée par Duport du Tertre[823], mais
-écrite tout entière de la main du Roi[824], souleva de frénétiques
-applaudissements. L'amnistie fut votée séance tenante; on en était
-aux politesses et aux échanges de bons procédés. Une nombreuse
-députation alla porter le décret aux Tuileries. Le prince était avec sa
-famille: «Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent
-mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit: «Voici mes enfants, nous
-accourons tous et nous partageons les sentiments du Roi.»
-
-Le Roi était sincère dans son acceptation de la Constitution; il
-espérait encore, à force de sagesse et de patience, la faire marcher
-tant bien que mal, tout en éclairant la nation sur les défauts de cette
-œuvre mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il demanda à
-la Reine et à tous ceux qui l'entouraient, dit Mme de Tourzel, de
-s'interdire toute réflexion sur les démarches que les circonstances
-venaient d'exiger de lui, de ne se permettre rien de contradictoire
-à la Constitution, et, conformément à un de ses articles de ne plus
-nommer à l'avenir Mgr le Dauphin que du nom de Prince Royal[825].»
-La Reine n'avait pas la même confiance que son mari dans l'issue de
-l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du peuple; elle
-se résignait moins facilement aux sacrifices que le régime nouveau
-imposait à la royauté.
-
-Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à être soumise à une
-rude épreuve. Le 14 à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée, entouré de
-tous ses ministres. Il alla prendre place sur un fauteuil à côté du
-président et prononça d'une voix ferme la formule du serment. Par un
-étrange oubli de toutes les traditions et de toutes les convenances,
-le président Thouret avait fait décréter que l'Assemblée resterait
-assise pendant que le Roi parlerait; le prince, qui était demeuré
-debout en prêtant serment, s'en aperçut et en fut vivement ému[826].
-La Reine, qui s'était jointe spontanément à son mari et assistait à la
-séance dans une tribune avec son fils, sa fille et Mme Elisabeth,
-en fut plus émue encore[827]. Mais l'enthousiasme était si général
-que le public n'avait fait attention ni à cette étrange inauguration
-du nouveau régime, qui débutait par une humiliation officielle de
-la royauté, ni à cette légitime indignation du souverain; la salle
-et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes et unanimes
-acclamations. Après la séance, l'Assemblée entière accompagna la
-famille royale revenant aux Tuileries. Arrivée au Palais, la Reine se
-hâta de saluer les dames de sa suite et rentra dans ses appartements;
-le Roi l'y suivit, pâle, les traits altérés, et, se jetant dans un
-fauteuil, un mouchoir sur les yeux: «Tout est perdu, s'écria-t-il. Ah!
-Madame, vous avez été témoin de cette humiliation. Quoi! vous êtes
-venue en France pour voir....» Sa voix était coupée par les sanglots.
-La Reine se jeta à genoux devant lui et le serra dans ses bras. Mme
-Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe de sortir, et les deux
-époux restèrent l'un près de l'autre, confondant leurs larmes et leurs
-tristes pressentiments[828].
-
-Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas moins vif qu'à
-l'Assemblée: on croyait la Révolution finie, la paix et l'ordre
-désormais assurés; plus de dangers dans le présent, plus de menaces
-pour l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse. «Les esprits
-sages, disait l'ambassadeur de Suède, ne partageaient pas cette
-joie[829].» Mais qu'importait à la foule?
-
-Quelques jours après, la Constitution fut proclamée au Champ-de-Mars;
-la municipalité, le département, les fonctionnaires publics, la foule
-s'y pressaient, et lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du haut
-de l'autel de la patrie, un immense cri de _Vive la Nation!_ s'échappa
-de la poitrine de trois cent mille hommes qui s'étouffaient dans cette
-enceinte. On riait, on s'embrassait, on se félicitait; des aérostats
-s'élevaient dans les airs, couverts d'inscriptions patriotiques; il y
-avait jeux populaires et distributions de vivres sur les places et dans
-les carrefours[830]. Le soir, tout Paris illumina; les boulevards, le
-Louvre, les Tuileries, la place Louis XV, les Champs-Élysées surtout
-étincelaient; des guirlandes de feu couraient d'arbre en arbre jusqu'à
-la porte de l'Etoile. Le Roi, la Reine et le Dauphin se promenèrent en
-voiture jusqu'à onze heures du soir, escortés par la garde nationale
-et acclamés par la foule; des cris de _Vive le Roi!_ retentissaient
-de toutes parts. Mais un homme s'était attaché à la voiture royale,
-et chaque fois qu'éclatait le cri de _Vive le Roi!_ d'une voix de
-Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les croyez pas.
-_Vive la Nation!_» C'était la voix brutale de la Révolution proclamant
-qu'elle n'abdiquait pas, même devant l'enthousiasme populaire. «La
-Reine, rapporte Mme Campan, en fut frappée de terreur[831], et
-quand elle rentra au Château: «Qu'il est triste,» dit-elle à Mme de
-Tourzel, «que quelque chose d'aussi beau ne laisse dans nos cœurs qu'un
-sentiment de tristesse et d'inquiétude[832]!»
-
-Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses et fêtes profanes;
-on chantait un _Te Deum_ aux Tuileries; on jouait aux théâtres des
-pièces royalistes. Le dimanche 25, il y eut réjouissances populaires
-offertes par le Roi, dans le jardin du Château. «Nous avons été à
-l'Opéra, écrivait ce jour-là Mme Elisabeth à son amie Mme de
-Raigecourt; nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de plaisirs!
-J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons eu pendant la messe
-le _Te Deum_. Il y en avait un à Notre-Dame. M. l'intrus avait bonne
-envie que l'on y allât; mais quand on en chante un chez soi, on
-est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras. Nous
-nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une
-illumination; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites
-machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut nommer sans
-horreur[833].»
-
-Le mardi 20, à l'Opéra[834], et le lundi 26, à la Comédie-Française,
-l'accueil fut excellent; il y eut des applaudissements
-«inexprimables[835]». Aux Italiens, quelques jours plus tard,
-l'enthousiasme ne fut pas moins bruyant. «Tu ne peux te faire une
-idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,» écrivait
-encore Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt. «Mais,» ajoutait
-mélancoliquement la princesse, «il faut voir combien cet enthousiasme
-durera[836].»
-
-Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée pour en faire la
-clôture. Le président Thouret déclarait que l'Assemblée nationale avait
-terminé sa mission[837], et Lafayette radieux partait pour l'Auvergne,
-en annonçant béatement que la Révolution était finie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation des
- Princes.—Lettre de Louis XVI à ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth
- à la marquise de Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries
- et Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de
- Marie-Antoinette.—Le congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine
- est inexécutable.
-
-
-Quelle avait été l'impression produite à l'étranger par l'acte solennel
-du 14 septembre? Avant même de le connaître officiellement, le 10, les
-Princes avaient protesté, en déclarant que l'acceptation du Roi ne
-pouvant être libre, et lui étant d'ailleurs interdite par son devoir
-et par le serment prêté lors de son avènement au trône, était nulle et
-non avenue. Ils ajoutaient qu'aucun ordre ne les empêcherait de suivre
-la ligne que leur traçait leur conscience et «qu'ils obéissaient au
-véritable commandement de leur souverain, en résistant à ses défenses
-extorquées[838]». Le 11 septembre, le prince de Condé, le duc de
-Bourbon et le duc d'Enghien adhéraient à cette déclaration.
-
-Vainement Louis XVI, dès le milieu de septembre et avant même d'avoir
-reçu cette protestation que lui apporta le duc de la Force[839],
-avait-il écrit à ses frères la lettre la plus touchante et la plus
-sage, pour les conjurer de rentrer en France et de ne pas compliquer
-les difficultés qui l'assaillaient: «Je sais, disait-il, combien la
-Noblesse et le Clergé souffrent de la Révolution; tous les sacrifices
-qu'ils avaient si généreusement proposés n'ont été payés que par la
-destruction de leur fortune et de leur existence. Sans doute, on ne
-peut être plus malheureux et l'avoir moins mérité; mais, pour des
-crimes commis, faut-il en commettre d'autres? Moi aussi j'ai souffert;
-mais je me sens le courage de souffrir encore, plutôt que de faire
-partager mes malheurs à mon peuple.....
-
-«Je sais, disait-il plus loin, qu'on se flatte, parmi mes sujets
-émigrés, d'un grand changement dans les esprits. J'ai cru longtemps
-qu'il se préparait, mais je suis détrompé aujourd'hui. La nation aime
-la Constitution, parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure
-du peuple que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe
-au-dessus, l'égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en
-particulier; mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la Constitution.
-Le bas peuple voit que l'on compte avec lui; le bourgeois ne voit rien
-au-dessus. L'amour-propre est satisfait. Cette nouvelle jouissance
-a fait oublier toutes les autres..... Le temps seul leur apprendra
-combien ils se sont trompés.
-
-«Il faut donc attendre, et surtout se garder avec soin de tout
-ce qui pourrait faire croire au peuple qu'on veut détruire cette
-Constitution, qu'il regarde comme la charte de sa liberté; il faut,—et
-cela ne saurait tarder,—que l'usage lui en démontre à lui-même les
-inconvénients.....»
-
-Et le Roi terminait par ces lignes, où il ne pouvait déguiser
-l'amertume de son âme:
-
-«Je finissais cette lettre, dans le moment où j'ai reçu celle que vous
-m'avez envoyée. Je l'avais vue imprimée avant de la recevoir, et elle
-est répandue partout en même temps. Vous ne sauriez croire combien
-cette marche m'a peiné!..... Je ne vous ferai aucun reproche; mon
-cœur ne peut se décider à vous en faire...... Je vous ferai seulement
-remarquer qu'en agissant sans moi, il,—le comte d'Artois,—contrarie mes
-démarches, comme je déconcerte les siennes. Vous me dites que l'esprit
-public est revenu et vous voulez en juger mieux que moi qui en éprouve
-tous les malheurs. Je vous ai déjà dit que le peuple supportait toutes
-ses privations, parce qu'on l'avait toujours flatté qu'elles finiraient
-avec la Constitution. Il n'y a que deux jours qu'elle est achevée, et
-vous voulez que son esprit soit changé! J'ai le courage de l'accepter
-pour donner à la nation le temps de connaître ce bonheur dont on la
-flatte, et vous voulez que je renonce à cette utile expérience!... Vous
-vous flattez de donner le change, en déclarant que vous marchez malgré
-moi; mais comment le persuader, lorsque cette déclaration de l'Empereur
-et du Roi de Prusse est motivée sur votre demande? Pourra-t-on jamais
-croire que mes frères n'exécutent pas mes ordres? Ainsi, vous allez me
-montrer à la nation, acceptant d'une main et suscitant les Puissances
-étrangères de l'autre?......
-
-«Je ne vous parle pas de ma position personnelle; on peut en être
-peu occupé hors de France; mais moi je suis occupé de celles de mes
-frères..... Je conçois qu'on ne compte plus ni mes peines, ni mes
-embarras; mais vous devez m'éviter ceux qui vous touchent[840].»
-
-Vainement, quelques jours après, craignant que cette lettre ne parût
-un message officiel et imposé, Louis XVI adressait-il à ses frères un
-nouveau billet tout confidentiel, où il renouvelait ses instances et
-les suppliait de conformer leur conduite à la sienne, et de ne pas le
-priver, par leurs incessants appels, de ses derniers défenseurs; car,
-disait-il, «il m'est bien essentiel d'en avoir près de moi.» Toutes
-ces prières restaient sans effet. Pour toute réponse, les Princes
-répandaient à profusion, à Paris et dans les départements, une nouvelle
-protestation contre la Constitution[841], et ils écrivaient à leur
-frère ce billet qui fut retrouvé, après le 10 août, dans le secrétaire
-du Roi.
-
-«Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous n'écouterons
-rien; si c'est de la vôtre, nous écouterons, mais nous irons notre
-chemin[842].»
-
-Vainement Mme Elisabeth, qu'un admirable dévouement retenait à
-Paris, mais que son cœur portait souvent à Coblentz, essayait-elle, par
-l'intermédiaire de ses fidèles amies, Mme de Bombelles, et surtout
-Mme de Raigecourt, d'aplanir les dissentiments qui divisaient
-la famille royale. Vainement leur écrivait-elle, dans ce style
-énigmatique, qui servait à leur correspondance:
-
-«On perdrait tout, si l'on pouvait avoir d'autre vue pour le Futur que
-celle de la confiance et de la soumission aux ordres du Père[843].
-Toute vue, toute idée, tout sentiment doit céder à celui-là..... Vous
-me direz que cela est difficile, quoique cela soit dans le cœur; mais
-plus je le sens difficile, plus je le désire..... Le Père est presque
-guéri; ses affaires sont remontées; mais comme sa tête est revenue,
-dans peu il voudra reprendre la gestion de ses biens, et c'est là le
-moment que je crains. Le Fils, qui voit des avantages à les laisser
-dans les mains où elles sont, y tiendra; la Belle-mère ne le souffrira
-pas et c'est là ce qu'il faudrait éviter, en faisant sentir au jeune
-homme que, même pour son intérêt personnel, il ne doit pas prononcer
-son opinion sur cela..... Il faudrait aussi qu'on persuadât au jeune
-homme de mettre un peu plus de grâce vis-à-vis de sa Belle-mère,
-seulement de ce charme qu'un homme sait employer, quand il veut, et
-avec lequel il lui persuadera qu'il a le désir de la voir ce qu'elle
-a toujours été..... On te dira du mal de la Belle-mère; je le crois
-exagéré[844].»
-
-Pas plus que les prières de Louis XVI, les objurgations de Mme
-Elisabeth n'étaient écoutées. On a vu, par le billet que nous avons
-cité plus haut, quel cas les Princes faisaient de l'autorité du Roi;
-leurs entours étaient plus violents. La Reine était quotidiennement
-traité à Coblentz de «démocrate»; le Roi, de «pauvre homme» et de
-«soliveau». Le _Journal des Princes_, publié par Suleau, était
-tellement rempli d'injures contre Léopold et Marie-Antoinette, qu'on
-était obligé de supprimer le journal, de renvoyer Suleau, et de
-destituer le censeur, Christin, secrétaire de Calonne[845]. Mme
-de Bombelles, écho de ces bruits, et indignée de ces outrages, était
-réduite à écrire à Mme de Raigecourt, le 3 novembre:
-
-«Comment la Reine se fierait-elle jamais à M. le C. D.[846], elle
-qui sait les propos infâmes que tous ses entours ont tenus et
-tiennent encore sur elle et sur le Roi? Je n'ai pas, grâce à Dieu,
-à me reprocher de lui avoir fait parvenir _tout ce que j'ai entendu
-moi-même_ mais j'en sais assez pour sentir que, si elle est aussi
-instruite que moi, elle ne risquera jamais de faire dépendre son
-sort de gens _qui lui doivent beaucoup et qui sont ses plus mortels
-ennemis_. J'excepte M. le comte d'Artois des traits dont je vous
-parle; son âme est droite, noble et franche, et je suis intimement
-convaincue de la pureté de ses intentions; mais, faible comme la
-plupart des princes de son sang, il se laisse diriger aveuglément par
-sa société[847].»
-
-Le dissentiment s'aggravait donc chaque jour entre les Tuileries
-et Coblentz[848]. Indépendamment de la rivalité entre Breteuil et
-Calonne, le premier, agent attitré, le second, ennemi personnel de
-Marie-Antoinette, les divergences de vues s'accentuaient entre les
-Princes et le Roi, et surtout la Reine, chacun entendant diriger le
-mouvement: les Princes voulant se lancer en avant et détruire la
-Constitution, l'épée à la main; le Roi s'efforçant de temporiser et
-d'améliorer, et la Reine repoussant avant tout une action des Princes
-qui, pensait-elle avec raison, n'aurait d'autre résultat que d'«irriter
-les factieux sans les effrayer[849]», et par là compromettrait le
-succès d'un plan qu'elle étudiait depuis le retour de Varennes et qui,
-chaque jour, se formulait avec plus de netteté.
-
-Comme la famille royale, les Puissances étaient divisées; suivant
-leurs intérêts particuliers, elles penchaient vers les Princes ou
-vers le Roi. Tandis que Gustave III rompait avec l'Assemblée,
-renvoyait à Louis XVI sans le lire le billet où il lui notifiait son
-acceptation de la Constitution[850], accréditait, près de Monsieur,
-le comte d'Oxenstiern; tandis que l'Impératrice de Russie déclarait
-que l'acceptation du Roi devait être considérée comme non avenue parce
-qu'elle avait été forcée, et que si Louis XVI et Marie-Antoinette
-avaient été de bonne foi en acceptant, c'était tant pis pour eux,
-et que «dans ce cas, il faudrait regarder le Roi de France comme
-un nonens (_sic_)[851]»; tandis que le roi d'Espagne donnait à son
-ministre à Paris l'ordre de faire un voyage à Nice[852], Léopold,
-heureux d'un événement qui s'accordait avec ses goûts de temporisateur,
-proclamait que dorénavant toute idée de contre-révolution était
-inutile et dangereuse[853], et que, Louis XVI ayant adhéré à l'acte
-constitutionnel, il n'y avait plus qu'à attendre et à observer
-la tournure que prendraient les événements. «Le Roi et la Reine,
-disait-il, n'ont d'autre ressource que de laisser à l'Assemblée
-législative le temps de se discréditer; ils doivent en outre se
-conformer exactement aux lois, se composer un parti, et profiter des
-circonstances. Cet essaim d'abeilles françaises, ajoutait-il en parlant
-des émigrés, devrait enfin songer à se retirer; elles seront bien
-à charge au pays[854].» Et le roi de Prusse s'écriait de son côté:
-«Enfin, je vois la paix de l'Europe assurée[855].»
-
-Et Fersen, l'ardent Fersen, revenu de Vienne, où l'avait envoyé son
-maître, à Bruxelles, où il s'installait pour entretenir, au nom de la
-Suède, une correspondance avec le Roi de France[856], Fersen, resté
-pendant deux mois sans nouvelles directes des Tuileries[857], et déjà
-dérouté par le langage de Louis XVI, l'était plus encore en recevant
-cette lettre de Marie-Antoinette:
-
-«Je crois que la meilleure manière de dégoûter de tout ceci est d'avoir
-l'air d'y être en entier; cela fera bientôt voir que rien ne peut
-aller. Au reste, malgré la lettre que mes frères ont écrite au Roi,
-et qui, par parenthèse, ne fait point du tout ici l'effet qu'ils en
-espéraient, je ne vois point, surtout par la déclaration de Pillnitz,
-que les secours étrangers soient si prompts. C'est peut-être un
-bonheur, car plus nous avancerons, et plus ces gueux-ci sentiront leurs
-malheurs; peut-être viendront-ils à désirer eux-mêmes l'étranger[858].»
-
-Stupéfait de cette résignation inattendue de sa royale correspondante,
-Fersen lui posait aussitôt catégoriquement les trois questions
-suivantes:
-
-«1o Comptez-vous vous mettre sincèrement dans la Révolution et
-croyez-vous qu'il n'y a aucun autre moyen?»
-
-«2o Voulez-vous être aidés, ou voulez-vous qu'on cesse toute
-négociation avec les Cours?»
-
-«3o Avez-vous un plan et quel est-il[859]?»
-
-Mais la Reine se hâtait de détromper son chevaleresque serviteur:
-
-«Rassurez-vous; je ne me laisse pas aller aux _enragés_, et si j'en
-voie ou que j'aie des relations avec quelques-uns d'entre eux, ce
-n'est que pour m'en servir, et ils me font trop horreur pour jamais me
-laisser aller à eux[860].»
-
-«Soyez bien tranquille, jamais je ne me laisserai aller aux _enragés_;
-il faut s'en servir pour empêcher de plus grands maux; mais pour le
-bien, je sais bien qu'ils ne sont pas capables de le faire[861].»
-
-Il fallait dissimuler, il fallait gagner la confiance du peuple;
-c'était le seul moyen d'arrêter, ou tout au moins d'ajourner le mal
-et de préparer le mieux. Car, disait la Reine: «Si l'esprit public ne
-change pas, aucune force humaine ne saurait gouverner dans un sens
-contraire[862].» Or, pour faire changer cet esprit, mieux valait
-faire semblant d'y céder d'abord pour le redresser, et cette attitude
-effacée faisait ainsi partie du plan dont Marie-Antoinette poursuivait
-l'exécution, par l'intermédiaire de son ancien conseiller Mercy et du
-fidèle Fersen.
-
-Convaincue qu'il n'y avait pour le moment rien à attendre du dedans,
-que le mécontentement que ne pourrait manquer de produire l'application
-de la Constitution serait stérile et inerte, si les mécontents ne
-se sentaient appuyés et au besoin excités par une force sérieuse
-au dehors; convaincue d'autre part que les émigrés ne pouvaient
-pas être cette force, parce que leurs menaces ne serviraient qu'à
-exaspérer la France[863]; froissée d'ailleurs elle-même de leur
-attitude et du peu de cas qu'ils faisaient de la volonté du Roi,
-même la plus formelle et la plus nettement exprimée, elle demandait
-que l'Empereur prît l'initiative de ce qu'elle nommait un _Congrès
-armé_[864]. Les Puissances auraient réuni à Aix-la-Chapelle leurs
-ambassadeurs à Paris ou tous autres plénipotentiaires. Là, prenant en
-main les intérêts de l'équilibre européen menacé, invoquant notamment
-l'occupation d'Avignon, les droits lésés des princes allemands en
-Alsace, la garantie des traités passés avec la France et compromis
-par le changement de régime; appuyant au besoin leurs revendications
-par la présence à la frontière de têtes d'armées, capables à la
-fois d'en imposer «à la partie la plus enragée des factieux» et de
-«donner aux plus raisonnables le moyen de faire le bien»; mais évitant
-soigneusement de parler de la Constitution[865], annonçant même bien
-haut qu'elles ne voulaient nullement «s'ingérer dans le gouvernement
-intérieur de la France[866]», elles adresseraient, «dans un langage
-raisonnable[867],» une sommation au gouvernement français, sommation
-dont le premier article serait la faculté pour Louis XVI de sortir de
-la capitale et d'aller où il voudrait[868]. En attendant,—car ce ne
-pouvait être là l'œuvre d'un jour, et il fallait «laisser respirer la
-nation après tant de secousses» et lui donner le temps de «reprendre
-ses habitudes et ses mœurs avant de juger ce que les circonstances
-peuvent exiger et souffrir[869]»,—en attendant, le Roi s'efforcerait
-de gagner la confiance du peuple, combattrait par-dessous l'Assemblée
-en cherchant à la déconsidérer[870], mais ferait appliquer strictement
-la Constitution[871], afin que la nation, sentant à l'usage les
-inconvénients de cette œuvre bâtarde, fût amenée elle-même à en
-souhaiter le changement. La déclaration des Puissances, survenant
-alors, rendrait courage aux honnêtes gens en leur donnant un moyen
-de force et un point de réunion[872], terrifierait les factieux,
-et le Roi, redevenu ainsi libre, pourrait se joindre au Congrès et
-s'interposer comme médiateur entre ses sujets et les coalisés[873].
-«Seul rôle qui lui convienne, disait la Reine, dans une lettre qu'elle
-a reconnue comme l'expression exacte de sa pensée[874], tant par
-l'amour qu'il a pour ses sujets que pour en imposer aux factions des
-émigrants, qui, par le ton qu'ils ont et qui s'élèverait encore s'ils
-contribuaient à un autre ordre de choses, replongeraient le Roi dans un
-nouvel esclavage[875].» Rentré dans la plénitude de son autorité[876],
-mais sans vouloir aucunement rétablir l'ancien régime[877], «libre de
-faire telle Constitution qu'il voudrait[878],» il accomplirait,—comme
-il comptait le faire, s'il avait gagné Montmédy le 20 juin,—d'accord
-avec les représentants du pays, les réformes nécessaires. Toute
-la partie saine de la nation viendrait en aide au souverain pour
-l'exécution de ces réformes, et les révolutionnaires, ayant tout à
-craindre de l'attitude énergique des Puissances, seraient trop heureux
-de céder à la justice tempérée par la clémence. Ainsi, l'ordre serait
-rétabli sans effusion de sang, par le simple accord des Puissances et
-par l'initiative du Roi. «La Révolution se ferait dans l'intérieur de
-chaque ville; elle se ferait par l'approche de la guerre, et non par la
-guerre même[879].»
-
-Tel était, autant qu'on peut le retrouver au milieu des innombrables
-dépêches échangées entre Paris, Vienne, Bruxelles, Stockholm,
-Saint-Pétersbourg, tel était le plan auquel s'était arrêtée la Reine;
-plan dont elle poursuivit la réalisation avec une persévérance
-infatigable, jusqu'à ce que la déclaration de guerre eût rendu une
-solution pacifique impossible, et pour lequel elle se condamnait à une
-incessante correspondance, écrivant lettres sur lettres, mémoires sur
-mémoires, elle qui, disait-elle, «n'en savait pas faire[880]»; plan que
-Mercy, après quelques hésitations, avait fini par adopter et auquel
-le Roi avait pu se rallier[881], sans être accusé de duplicité; car,
-en acceptant la Constitution, il savait qu'elle était impraticable,
-et tout en l'observant scrupuleusement lui-même, il ne pouvait pas
-rendre possible ce qui ne l'était pas par sa nature[882]; plan enfin,
-auquel le chevaleresque Fersen, resté le confident des Tuileries, se
-consacrait tout entier. Voici les lignes touchantes par lesquelles il
-protestait de son dévouement absolu et désintéressé; car, la calomnie
-ne l'avait pas épargné; les ambassadeurs de Suède et d'Espagne avaient
-osé l'accuser d'ambition:
-
-«Ils ont raison, écrivait-il à la Reine; j'avais l'ambition de vous
-servir, et j'aurai toute ma vie le regret de n'avoir pas réussi; je
-voulais m'acquitter envers vous d'une partie des obligations qu'il
-m'est si doux de vous avoir et je voulais leur montrer qu'on peut être
-attaché à des gens comme vous sans aucun autre intérêt. Le reste de ma
-conduite leur aurait prouvé que c'était là ma seule ambition et que la
-gloire de vous avoir servis était ma plus chère récompense[883].»
-
-Mais ce plan était-il exécutable et ne reposait-il pas sur une
-illusion? L'accord des Puissances, qui en était la base essentielle,
-comment l'obtenir d'anciens adversaires qui se jalousaient l'un
-l'autre, et qui au fond n'avaient qu'un but commun: l'affaiblissement
-de la France, suite naturelle de l'anarchie à laquelle le pays semblait
-condamné? Cette alliance universelle, rêvée par la Reine au nom du
-principe monarchique attaqué en France, n'était qu'une «attrape»,
-disait le comte de Metternich au baron de Breteuil[884]. La Prusse
-regardait l'Autriche avec méfiance[885]; l'Autriche n'avait pas plus
-de confiance dans la Prusse, et se tournait parfois vers l'Angleterre;
-en attendant, elle se renfermait dans son égoïsme; l'Espagne, dans sa
-faiblesse; l'Angleterre voyait avec joie, fomentait peut-être sous
-main une révolution, qui paraissait devoir réduire pour longtemps son
-éternelle rivale à l'impuissance; la Russie poussait les autres à se
-jeter dans la mêlée, à la condition de ne rien faire elle-même et pour
-avoir les mains libres en Pologne. La Suède seule voulait franchement
-agir. Mais que pouvait-elle toute seule, et l'infortuné Louis XVI
-n'avait-il pas le droit de dire, quelques mois plus tard, à Fersen:
-«J'ai été abandonné de tout le monde[886]?»
-
-Mais quand bien même on serait arrivé à réaliser cet irréalisable
-accord, quand bien même cette «médiation armée», que l'honnête
-et sage Mounier souhaitait comme la Reine et dans laquelle les
-Constitutionnels eux-mêmes finissaient par apercevoir le remède[887],
-se serait produite, eût-elle réussi? Bien des esprits vraiment
-libéraux,—nous venons d'en donner des exemples,—le pensaient. Ils
-avaient vu si souvent une poignée de factieux terroriser la foule
-honnête, qu'ils croyaient que la crainte serait un moyen efficace qui
-pourrait tout rétablir, comme il avait pu tout détruire. C'était une
-erreur. Ils comptaient sans cette susceptibilité du sentiment national
-qui se soulevait contre toute apparence d'intervention étrangère et
-qui, à des menaces de pression, devait répondre par une prise d'armes.
-Le Roi et la Reine étaient sincères dans leur désir d'éviter la guerre
-et dans leur conviction qu'ils l'éviteraient; mais, sans le vouloir,
-ils y allaient infailliblement.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
- L'Assemblée législative.—Son hostilité contre le Roi s'affirme
- dès le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La députation de
- Saint-Domingue est présentée à la Reine.—Le Roi ne veut pas former
- sa Maison civile.—Projet d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction
- du Roi et de la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation
- de la famille royale.—Tiraillements à l'intérieur.—La Reine
- continue à réclamer un Congrès.—Hésitation de l'Empereur et
- mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de
- Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_.
-
-
-Cependant, en France, une seconde Législature avait succédé à la
-première. Par une résolution fatale, où les rancunes de la droite
-s'étaient malheureusement unies aux rancunes de l'extrême gauche,
-la Constituante, avant de se séparer, avait décidé qu'aucun de ses
-membres ne pourrait être réélu. C'était livrer les destinées du pays à
-tous les tâtonnements de l'inexpérience et à tous les emportements de
-l'étourderie. Quelles qu'eussent été ses fautes, l'ancienne Assemblée
-renfermait dans son sein de grands talents, de grandes fortunes,
-de grands noms; trois ans de pratique des affaires avaient tempéré
-chez elle bien des ardeurs et modifié bien des préjugés. L'Assemblée
-nouvelle se composait, pour la majeure partie, d'inconnus, sans
-situation personnelle et sans éclat: petits gentilshommes de province,
-petits avocats de bailliages, petits officiers municipaux et procureurs
-de districts, enivrés de théories vagues, nourris de phrases creuses,
-sans connaissances politiques et sans idées de gouvernement. «Elle
-n'est guère, disait plaisamment Staël, que le conseil des avocats de
-toutes les villes et de tous les villages de France[888].»
-
-«On croit, ajoutait l'ambassadeur, que la majorité sera sage[889].»
-Staël se trompait, et un des nouveaux députés, Hua, avocat au Parlement
-de Paris, voyait plus juste quand il écrivait: «Le côté droit se
-compose de cent cinquante Constitutionnels; le côté gauche compte cent
-cinquante Jacobins, et le centre présente une masse de plus de quatre
-cents députés qu'on appelle les _impartiaux_: phalange immobile pour
-le bien et qui ne se remue que par la peur; c'est elle qui donnera la
-majorité, et elle la donnera, non au côté droit qu'elle estime, mais au
-côté gauche qu'elle craint[890].»
-
-Dès le début, l'Assemblée manifesta l'esprit qui devait la diriger.
-Le Roi ayant annoncé qu'il viendrait en personne prêter serment à la
-Constitution, la question du cérémonial à observer pour le recevoir
-fut immédiatement soulevée. Les Jacobins s'élevèrent bruyamment contre
-toute forme, non pas même qui rappellerait l'ancien régime, mais
-qui marquerait simplement une déférence du pouvoir législatif pour
-l'autorité monarchique. Cédant à leurs déclamations, et la domination
-passant déjà aux plus violents, l'Assemblée décida qu'on ne donnerait
-plus au Roi le titre de _Sire_ ni de _Majesté_, que le fauteuil du
-prince serait placé sur la même ligne que celui du président et que,
-le monarque une fois arrivé, les députés pourraient s'asseoir et se
-couvrir. Le lendemain, il est vrai, le décret fut rapporté; mais la
-gauche avait montré sa force, et l'Assemblée sa faiblesse.
-
-Elle avait dû céder cependant à un mouvement incontestable de l'opinion
-de la capitale. La bourgeoisie parisienne, sincèrement attachée à
-la Constitution, s'était indignée des attaques de cette nouvelle
-Législature; la garde nationale avait protesté vivement[891]; de là
-le rappel du décret. La famille royale trouvait là comme un dernier
-regain de popularité. Le samedi 8 octobre, elle était allée à la
-Comédie-Italienne. Lorsqu'elle parut, des acclamations la saluèrent;
-des applaudissements mêlés de sanglots se firent entendre, et le cri de
-_Vive la Reine!_ fut encore une fois associé au cri de _Vive le Roi!_
-
-Quelques jours plus tard, le 2 novembre, une députation de
-Saint-Domingue venait réclamer la protection de Louis XVI contre les
-désordres qui désolaient l'île. Les colonies expirantes saluaient la
-royauté qui allait mourir.
-
-«Madame, dit à la Reine le chef de la délégation, dans une grande
-infortune, nous avions besoin de voir Votre Majesté pour trouver tout à
-la fois des consolations et un grand exemple de courage.»
-
-Suffoquée par l'émotion, Marie-Antoinette ne put répondre sur le
-moment. Elle retrouva les délégués au sortir de la messe. «Messieurs,
-leur dit-elle, il m'a été impossible de vous répondre; mon silence
-vous en dira plus que tout le reste[892].»
-
-La mise en pratique de la Constitution avait jeté du trouble à la
-Cour; ce qu'on appelait les _honneurs_ et les prérogatives qui y
-étaient attachées avaient été supprimés. Plusieurs des dames du palais
-quittèrent leur service; on ne les remplaça pas, et l'on ne forma pas
-de Maison civile. Le Roi et la Reine ne pouvaient s'y décider; il leur
-répugnait de consacrer ainsi officiellement, par la nomination aux
-charges nouvelles, l'anéantissement des anciennes; il leur semblait
-que ce serait un triste entourage que cette Maison sans chevaliers
-et sans dames d'honneur. D'ailleurs, qui consentirait à entrer dans
-une organisation ainsi modifiée et comme humiliée? «Si cette Maison
-constitutionnelle était formée, disait la Reine, il ne resterait pas
-un noble près de nous, et quand les choses changeraient il faudrait
-congédier les gens que nous aurions mis à leur place[893].»
-
-On s'occupa seulement de la Maison militaire qui fut constituée un peu
-plus tard, sous le commandement du duc de Brissac, mais pour bien peu
-de temps.
-
-Dans cette situation critique, les donneurs de conseils affluaient.
-L'Espagne acceptait la pensée d'un Congrès; mais elle voulait
-auparavant que le Roi fût libre et le prouvât en sortant publiquement
-de Paris. Sortir de Paris! Nul ne le souhaitait plus que
-Marie-Antoinette; mais était-ce possible dans les conditions indiquées
-par le Roi d'Espagne? Evidemment non. «On dira toujours ici, répondait
-la Reine qu'il,—le Roi,—est le maître d'aller où bon lui semblera;
-mais il ne le peut pas de fait, parce que, outre sa sortie d'ici, qui
-serait dangereuse et où il serait peut-être obligé de laisser sa femme
-et son fils, sa sûreté personnelle ne serait nulle part plus qu'ici,
-puisqu'_il n'y a pas une ville, pas une troupe sur laquelle on puisse
-compter_[894].»
-
-On avait bien formé, dans les premiers jours d'octobre, un projet
-d'évasion; on devait renouveler, vers la moitié de novembre, et dans
-des conditions à peu près analogues, paraît-il, la tentative qui avait
-si mal réussi au mois de juin. Quels étaient les auteurs de ce plan?
-Quels en étaient les détails? Avec quel concours devait-il se réaliser?
-La Reine ne le dit pas et nous n'en trouvons pas trace ailleurs.
-Pourquoi y renonça-t-on? Est-ce par le souvenir de l'échec de Varennes?
-ou par suite de cette triste constatation qu'on ne pouvait compter ni
-sur une ville, ni sur une troupe? Cette dernière raison nous paraît la
-plus probable. Ce qui est certain, c'est que l'idée, annoncée dans une
-lettre du 19 octobre, semble abandonnée douze jours après, le 31. Mais
-le bruit en avait transpiré dans le public, semant l'inquiétude et la
-méfiance contre la famille royale. On en parlait à Paris; on le savait
-à Coblentz dès le mois d'octobre[895], on fixait même la date, le 27 du
-mois[896], et par une étrange coïncidence, à l'époque même indiquée par
-Marie-Antoinette pour l'exécution du projet, la nouvelle se répandit
-tout d'un coup parmi les émigrés que le Roi avait réussi à quitter
-heureusement la capitale, et était arrivé à Raisme, près Valenciennes,
-chez M. de la Marck; tant les secrets de la Cour, même ceux qui avaient
-le moins de confidents, étaient mal gardés[897]!
-
-Déçue dans ses espérances d'évasion, la Reine en revint à son plan
-primitif: s'effacer le plus possible et laisser agir les Puissances
-réunies en Congrès. Alors seulement, le Roi pourrait utilement
-recouvrer sa liberté, afin d'aller défendre devant cette Assemblée
-européenne les intérêts de la France. «Si nous gagnons jamais ce point,
-écrivait Marie-Antoinette, c'est tout, et c'est à ce seul but que nous
-devons tendre[898].» Pour cela, il était essentiel d'endormir les
-méfiances et de ramener à soi l'opinion. Là-dessus, tout le monde était
-d'accord, Mercy et la Marck comme Fersen; mais fallait-il s'abandonner
-complètement au parti révolutionnaire, adopter sans observations ses
-idées et ses mesures, se désintéresser même du choix des ministres?
-Ni la Marck, ni Mercy ne le pensaient; ils eussent voulu un ministère
-homogène et habile, éclairé et fidèle, très constitutionnel, mais
-très royaliste et très ferme, résolu à se créer dans l'Assemblée une
-majorité de gouvernement[899].
-
-On ne l'essaya même pas. La Reine était convaincue qu'on ne pourrait
-trouver ni bons ministres, ni députés dévoués; elle empêcha M. de
-Moustier d'entrer dans le cabinet[900] et regrettait même d'y avoir
-appelé Bertrand de Molleville[901]; elle voulait réserver ces hommes
-pour des temps meilleurs[902]. En attendant, tout allait à la dérive,
-et le ministère qui, bien composé, eût pu, en face d'une Assemblée
-discréditée au début, s'assurer une situation prépondérante, se fit
-l'humble serviteur de la Législative.
-
-Cette sorte d'abdication désolait la Marck, qui n'y comprenait rien.
-
-«La Reine, écrivait-il à Mercy, la Reine, avec de l'esprit et un
-courage éprouvé, laisse cependant échapper toutes les occasions qui se
-présentent de s'emparer des rênes du gouvernement et d'entourer le Roi
-de gens fidèles, dévoués à le servir et à sauver l'Etat avec elle et
-par elle.
-
-«Si l'on cherche à pénétrer les causes de l'indécision et du
-_laisser-aller_ qui dominent aux Tuileries, on découvre que, par
-paresse d'esprit et de caractère, et peut-être aussi par l'abattement
-qui suit assez souvent de longs malheurs le Roi et la Reine n'ont
-d'espérance que dans les hasards de l'avenir et dans l'intervention
-étrangère que laisse entrevoir le Congrès annoncé, et qu'ils pensent
-qu'en attendant il suffit de quelques démarches privées de leur part
-pour assurer leur sûreté personnelle.
-
-«En combinant cette conduite avec l'agitation démoniaque de
-vingt-quatre millions de fous, comment prévoir d'autre résultat que
-l'avenir le plus déplorable[903]?»
-
-Découragés comme la Marck, deux des conseillers habituels de la Cour,
-Malouet et l'abbé de Montesquiou, quittaient Paris, le premier pour
-aller en Angleterre, le second pour se retirer à la campagne, chez M.
-du Châtelet[904].
-
-Réussissait-on du moins par cette attitude effacée à conquérir la
-faveur populaire? On le crut au commencement. Soit fatigue des
-agitations passées, soit confiance dans l'avenir, il y eut, dans
-le public parisien, une sorte de temps d'arrêt, sinon de retour en
-arrière: on était altéré d'ordre et de paix; on ne sentait pas le
-besoin de destructions nouvelles, puisque les têtes principales étaient
-renversées[905], et que le Roi semblait se résigner à son rôle de
-monarque constitutionnel. Pour beaucoup de politiques de l'école de
-Lafayette, le but était atteint; on voulait s'y tenir. Mais on ne
-s'arrête pas facilement dans la voie révolutionnaire: derrière les
-satisfaits, il y a les affamés, et, comme dans une mer agitée, un flot
-pousse l'autre. La Reine le sentait, et quelque rassurantes que fussent
-les apparences, avec la douloureuse expérience qu'elle avait puisée
-dans dix ans de calomnies et trois ans de révolution, elle voyait bien
-que ce n'était qu'une halte entre deux orages, et que l'abominable
-meute qui s'acharnait après elle n'abandonnerait pas sa poursuite.
-
-«Tout est assez tranquille pour le moment en apparence, écrivait-elle
-le 19 octobre; mais cette tranquillité ne tient qu'à un fil et le
-peuple est toujours comme il était, prêt à faire des horreurs; on nous
-dit qu'il est pour nous; je n'en crois rien, au moins pour moi. Je
-sais le prix qu'il faut mettre à tout cela; la plupart du temps, cela
-est payé, et il ne nous aime qu'autant que nous faisons ce qu'il veut.
-Il est impossible d'aller longtemps comme cela; il n'y a pas plus de
-sûreté dans Paris qu'auparavant, et peut-être encore moins, car on
-s'accoutume à nous voir avilis[906].»
-
-Ce respect d'ailleurs, dont on affectait d'entourer Louis XVI et sa
-famille, n'était qu'apparent; au fond, on les traitait en suspects.
-Chaque nuit, un homme de garde couchait en travers de la porte de
-leurs appartements[907]. Une fois même, un caporal s'était permis de
-consigner le Roi et la Reine dans leurs chambres, de neuf heures du
-soir à neuf heures du matin, et cela avait duré deux jours[908].
-
-Des affidés du club des Jacobins se glissaient jusque dans le service
-du palais, et le malheureux prince, averti qu'on voulait l'empoisonner,
-n'osait pas toucher aux plats de sa table; il fallait qu'un serviteur
-fidèle, l'intendant des petits appartements, Thierry de Ville-d'Avray,
-lui apportât lui-même le pain et le vin[909]. Le dénuement des augustes
-prisonniers était extrême; il leur était arrivé de rester pendant neuf
-jours sans un sou et la Reine avait été sur le point d'être forcée
-d'emprunter à un dépôt que le prince de Nassau avait fait pour elle;
-la persuasion où elle était qu'elle ne tarderait pas à être massacrée
-l'avait seule retenue. «N'étant pas sûre de pouvoir le rendre,
-avait-elle dit, je ne veux pas nuire à ceux qui nous sont dévoués.»
-Et l'archevêque d'Aix, qui venait de passer quelques jours à Paris,
-disait à ce même prince de Nassau:
-
-«Quelque idée qu'on puisse se former des malheurs du Roi et de la
-Reine, l'imagination ne peut les atteindre. Il faut avoir eu le
-tourment d'en être témoin pour en concevoir toute l'horreur. Et ceux
-que les Jacobins et les républicains leur préparent les surpassent.
-Cependant il n'est que trop vraisemblable que leur dessein est de ne
-les terminer qu'avec leur vie[910].»
-
-Mais qu'étaient ces privations physiques à côté des tortures morales?
-La Reine se voyait seule pour la lutte, pour essayer tout ce qu'elle
-sentait «si nécessaire au bien général[911]». L'émigration l'avait
-privée de ses appuis les plus sûrs; vainement avait-elle tenté
-d'arrêter le courant[912] qui emportait les gentilshommes au delà de
-la frontière: on ne tenait compte ni de ses avis, ni de ses prières.
-Au dehors, les Princes armaient, malgré elle et presque contre elle,
-donnant ainsi un nouveau prétexte aux méfiances de l'Assemblée et
-un nouvel aliment aux passions populaires. Et, pour endormir ces
-méfiances, elle était forcée, elle, la femme ardente et fière, de
-s'abaisser jusqu'à la duplicité, de mendier en quelque sorte les
-suffrages d'une Assemblée pour laquelle elle n'éprouvait que du dédain,
-«d'un amas de scélérats, de fous et de bêtes[913],» de parler contre sa
-pensée, de flatter des gens qu'elle méprisait, de décourager ceux qui
-jouissaient de sa confiance. «Comprenez-vous, écrivait-elle à Fersen,
-comprenez-vous ma position et le rôle que je suis obligée de jouer
-toute la journée? Quelquefois je ne m'entends pas moi-même et je suis
-obligée de réfléchir pour voir si c'est bien moi qui parle[914].»
-
-Dans son intérieur même,—et c'était l'explication de cette apathie
-apparente que la Marck traitait de paresse de caractère et qui
-n'était qu'une inaction forcée,—dans son intérieur même, elle se
-sentait isolée. Ni son mari, ni sa belle-sœur ne partageaient sa
-manière de voir. Louis XVI sentait les maux qui l'accablaient et les
-dangers qui menaçaient sa famille; mais il se résignait aux uns et
-cherchait peu à combattre les autres. Insensible aux objurgations de
-sa femme, dédaigneux de la mort, mais trop insouciant de la vie, d'un
-courage réel, mais purement passif, sans vigueur et sans initiative,
-il n'avait de force que pour souffrir. Plus ardente que son frère,
-Mme Elisabeth eût été pour une action énergique; elle n'eût pas
-reculé devant la guerre civile; elle fût volontiers montée à cheval,
-et ce qui la séduisait, ce n'était pas le plan diplomatique de la
-Reine, c'était l'attitude des émigrés, du comte d'Artois et du prince
-de Condé surtout, ralliant autour de leur panache blanc les soldats
-de la monarchie. Un devoir, héroïquement accepté, la retenait aux
-Tuileries; mais sa pensée et son cœur étaient à Coblentz. Il y avait,
-sur cette question de l'émigration, entre les deux belles-sœurs un
-dissentiment trop profond pour que l'intimité ne fût pas parfois
-troublée, et je ne m'étonne pas que, dans un moment de découragement,
-entre l'inertie du Roi et les sympathies de Mme Elisabeth pour les
-Princes, la malheureuse Reine se soit écriée: «C'est un enfer que notre
-intérieur[915].»
-
-A l'extérieur, elle n'était pas plus heureuse; ses intentions étaient
-calomniées; la diplomatie des émigrés combattait la sienne et, pour
-mieux la combattre, affectait de la représenter comme démocrate.
-Vainement la Reine écrivait-elle à Catherine II pour lui expliquer
-sa conduite, lui montrer la nécessité qui la forçait à accepter en
-apparence ce qu'elle désavouait en secret, et invoquer l'appui de la
-Russie pour ce Congrès dans lequel elle mettait sa dernière espérance;
-elle n'obtenait que des larmes stériles[916], et cette note dédaigneuse
-où je ne sais quelle satisfaction inavouée de jalousie féminine
-pourrait bien inspirer l'ironie de l'autocrate toute puissante: «Qu'on
-est malheureux, quand on est réduit à avoir pour tout espoir un
-roseau pour s'accrocher! Mais qu'attendre de gens, qui agissent sans
-discontinuer avec deux avis divers parfaitement contradictoires[917]?»
-
-L'Empereur lui-même ne montrait guère plus de bonne volonté. La
-Reine avait beau presser son frère de faire quelque chose, Léopold
-tergiversait toujours, entassait prétextes sur prétextes pour ne pas
-bouger, et ne semblait pas même se préoccuper des dangers terribles
-auxquels étaient exposés sa sœur, son beau-frère et son neveu. Depuis
-l'acceptation de la Constitution, qu'il avait conseillée, il devenait
-de plus en plus froid. Sur le terrain même du Congrès armé, qui
-cependant semblait l'engager si peu, il se dérobait, tirait occasion
-de tout pour ne pas intervenir, ce qui revenait à tout empêcher; car
-on savait bien que, sans lui, rien ne pouvait se faire. Au fond, il ne
-pensait qu'à ses intérêts et redoutait, dans le cas d'un conflit avec
-la France, le soulèvement des Pays-Bas, mal pacifiés depuis Joseph II,
-et surexcités par le voisinage et les émissaires des révolutionnaires
-de Paris[918]. Mercy lui-même, ce vieux conseiller de Marie-Antoinette,
-mais qui n'avait jamais été partisan bien chaud d'un Congrès[919],
-Mercy, fidèle interprète de la volonté de son maître, désolait la Reine
-par ses théories:
-
-«Notre position est tous les jours plus embarrassante, écrivait le
-25 novembre la malheureuse souveraine. Avec cela l'Assemblée est si
-mauvaise, tous les honnêtes gens si las de tous les troubles, qu'avec
-de la sagesse, je crois, l'on pourra s'en tirer; mais, pour cela
-j'insiste toujours pour le Congrès armé, comme j'en ai déjà parlé. Il
-n'y a que lui qui puisse arrêter les folies des Princes ou des émigrés,
-et je vois de tous les côtés qu'il viendra, peut-être avant peu, un tel
-degré de désordre ici, que, hors les républicains, tout le monde sera
-charmé de trouver une force supérieure pour arriver à une composition
-générale[920].»
-
-A toutes ces instances, Mercy se contentait de répondre: «On croit un
-Congrès inutile et impossible[921]. On a rendu compte des raisons qui
-s'opposaient à un Congrès.—Bien d'autres raisons politiques rendraient
-ce Congrès plus nuisible qu'utile à la France[922].»
-
-Et s'élevant contre ceux qui voulaient entraîner l'Empereur dans les
-hasards, en restant eux-mêmes à l'abri, il énumérait les dépenses
-déjà faites par l'Autriche pour le Roi de France[923]. C'était assez.
-Léopold n'était pas d'humeur à prolonger des sacrifices dont il était
-si mal payé[924], et les ordres de marche donnés aux troupes étaient
-contremandés.
-
-Ainsi, toutes les espérances de Marie-Antoinette s'évanouissaient; tout
-conspirait contre elle: la faiblesse de son mari et la froideur de son
-frère; le Congrès armé, sa dernière ressource, la clef de voûte sur
-laquelle reposait son système de défense, s'écroulait comme le reste,
-par la faute de sa propre famille; elle n'y put tenir, et, de quelque
-silence qu'elle eût jadis voilé ses tristesses intimes, elle ne put
-empêcher l'amertume de son cœur de déborder dans ses lettres:
-
-«Je ne récriminerai pas sur le passé, écrivait-elle, le 16 décembre;
-je ne dirai pas que, si l'Empereur avait exécuté ce que je lui avais
-demandé dès le mois de juillet et depuis, le Congrès aurait eu lieu, ou
-du moins serait annoncé, et nous serions dans une autre position.....
-C'est dans ce moment où le Congrès armé pourrait encore être de la plus
-grande utilité..... Mais on ne peut pas différer. Voilà le moment de
-nous servir; si on le manque, tout est dit, et l'Empereur n'aura que la
-honte et le reproche à se faire, aux yeux de l'univers entier, d'avoir
-laissé traîner dans l'avilissement, pouvant les en tirer, sa sœur, son
-neveu et son allié. Je vois peut-être bien vivement; mais le moyen
-qu'il en soit autrement, quand tous mes intérêts sont réunis[925]?»
-
-Avec Fersen, son confident le plus dévoué et le plus intime, elle était
-plus explicite et plus sévère encore: «Quel malheur, lui disait-elle,
-que l'Empereur nous ait _trahis_! S'il nous avait bien servis,
-seulement depuis le mois de septembre, que je lui ai écrit en détail,
-le Congrès aurait pu être établi le mois prochain, et cela aurait
-été trop heureux; car la crise marche à grands pas ici et peut-être
-devancera-t-elle le Congrès: alors, quel abri aurons nous[926]?»
-
-Elle ne savait plus à qui se fier, et un jour qu'elle était allée à
-Saint Cloud pour faire respirer à ses enfants un air plus pur, elle
-prenait à part Mme de Tourzel et de Tarente: «J'ai besoin, leur
-disait-elle, d'épancher mon cœur devant des personnes aussi sûres que
-vous et sur l'attachement desquelles je puis compter. Je suis blessée
-au vif par les endroits les plus sensibles. J'avais mis, en arrivant
-en France, ma confiance dans M. de Mercy... Je le regardais comme un
-père et j'ai la douleur de voir combien j'ai été trompée par le peu de
-part qu'il prend aujourd'hui à ma triste situation. M. de Breteuil, de
-son côté, calcule toujours ses intérêts et ne peut nous inspirer une
-entière confiance. Le Roi est très mécontent de M. de la Queuille, qui
-écrit des lettres du style le plus singulier[927].»
-
-«Nous sommes surveillés comme des criminels, écrivait la malheureuse
-femme à l'amie de son cœur, la duchesse de Polignac, et en vérité cette
-contrainte est horrible à supporter. Avoir sans cesse à craindre
-pour les siens, ne pas s'approcher d'une fenêtre sans être abreuvés
-d'insultes, ne pouvoir conduire à l'air de pauvres enfants sans exposer
-ces chers innocents aux vociférations, quelle position, mon cher cœur!
-Encore, si on n'avait que ses peines! Mais trembler pour le Roi, pour
-tout ce qu'on a de plus cher au monde, pour les amis présents, pour les
-amies absentes, c'est un poids trop fort à endurer; mais, je vous l'ai
-dit, vous autres me soutenez. Espérons en Dieu qui voit nos consciences
-et qui sait si nous ne sommes pas animés de l'amour le plus vrai pour
-le pays[928].»
-
-Mais cet amour vrai, qui lui en tenait compte? Les journaux ne
-cessaient de déblatérer contre elle, et Prudhomme imprimait, dans les
-_Révolutions de Paris_, ces lignes menaçantes:
-
-«Antoinette, nous ne te demandons pas des vertus civiques, tu n'es
-pas née pour en avoir! Mais seulement abstiens-toi de nuire, et
-enveloppe-toi dans ton manteau de pourpre. Tant que l'hyène des
-montagnes reste dans son repaire, on ne va point à elle; mais du moment
-qu'elle descend dans la plaine pour l'ensanglanter, la couronne civique
-attend le héros de l'humanité qui, au péril de ses jours, aura délivré
-son pays de cette bête féroce[929].»
-
-L'allusion était transparente, et ni la Reine ni les assassins ne
-pouvaient s'y tromper.
-
-C'est dans cette douloureuse situation que s'achevait l'année 1791 et
-que s'ouvrait l'année 1792.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- Premières mesures de l'Assemblée contre les émigrés et les
- prêtres.—Le Roi demande la dispersion des rassemblements
- d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire envoyé à l'Empereur par
- les Constitutionnels.—Mission de M. de Simolin.—Lettre de la Reine
- à Mercy.—Voyage de Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion,
- mais le reconnaît impossible.—Représentation du 20 février aux
- Italiens.
-
-
-La Reine avait raison de le dire, la crise devenait chaque jour plus
-aiguë. La Législative menait vivement l'assaut du trône et de la
-Constitution. Une minorité violente dominait l'Assemblée et inaugurait
-son règne par des mesures agressives dont, par un juste retour des
-choses, elle devait être plus tard la victime. Le 9 novembre, un
-décret déclarait suspects les émigrés, prononçait la séquestration de
-leurs biens et décidait que ceux qui ne seraient pas rentrés avant le
-1er janvier 1792 seraient passibles de mort. Le 29, un autre décret
-édictait des peines sévères contre les prêtres qui n'auraient pas prêté
-le serment prescrit par la Constitution civile. Le Roi, se renfermant
-dans ses droits de monarque constitutionnel, sollicité d'ailleurs
-officiellement par le Directoire du département de la Seine, opposa son
-veto à ces deux décrets. Mais en même temps, pour donner satisfaction
-à l'opinion soulevée par les armements des Princes, il écrivit à ses
-frères pour les engager à rentrer en France.
-
-Jamais Louis XVI ni Marie-Antoinette n'avaient approuvé
-l'émigration[930]; ils avaient essayé d'en détourner leurs plus fidèles
-serviteurs; ils eussent voulu retenir, ou tout au moins rappeler les
-gardes du corps[931]. Ils dépêchaient lettres sur lettres, agents
-sur agents, Viomesnil après Coigny, Goguelat après Viomesnil; ils
-n'obtenaient rien, sous prétexte que, le souverain étant prisonnier,
-il fallait agir à l'inverse de ses instructions[932]. Aux lettres
-officielles, les Princes répliquaient qu'ils refusaient d'obéir à «des
-ordres évidemment arrachés par la violence[933]». Aux agents, comme
-Goguelat, on répondait par un persiflage et par l'injonction d'avoir
-à quitter immédiatement Coblentz, non sans avoir été témoin du peu de
-respect avec lequel les familiers de la petite cour de Schonburnlust
-parlaient du Roi et de la Reine, traitant le Roi de «soliveau» et la
-Reine de «démocrate[934]».
-
-Douloureuse situation que celle de Louis XVI! Il voyait autour de lui
-l'effervescence populaire grandir; il sentait que rien n'excitait
-plus les passions en France que l'attitude des émigrés au dehors,
-et que, comme l'écrivait judicieusement Pellenc, «si la haine des
-abus avait été le principe de la Révolution, presque aussitôt la
-haine des personnes avait pris la place de la haine des abus[935]».
-Il savait que la populace avait applaudi hautement au décret contre
-les émigrés, qui donnait satisfaction à ses rancunes, et que, en y
-opposant son _veto_, il avait fourni une arme toute puissante à
-ses ennemis. Et pendant ce temps, à ses lettres intimes comme à ses
-lettres officielles, ses frères refusaient d'obtempérer! Il avait beau
-faire, il se débattait dans le vide: ni d'un côté, ni de l'autre, on
-ne croyait à sa sincérité. L'Assemblée le soupçonnait de connivence
-avec les émigrés; les Princes l'accusaient de complicité avec les
-révolutionnaires. Isolé dans son royaume, sans parti, sans défense, il
-n'attendait quelque amélioration que de l'apaisement des esprits, et
-les esprits s'aigrissaient chaque jour davantage. Les armements des
-émigrés provoquaient les décrets de l'Assemblée, comme les menaces de
-l'Assemblée provoquaient les attaques des émigrés; et le Roi restait
-entre les deux, spectateur affligé mais impuissant d'un duel à mort,
-dont sa couronne et sa tête étaient le prix.
-
-Dès le 29 novembre, la Législative mettait Louis XVI en demeure
-d'exiger, des princes de l'Empire, la dispersion des rassemblements de
-Français armés près de la frontière. Le 14 décembre, un ultimatum fut
-adressé aux Électeurs de Trèves et de Mayence pour les sommer d'avoir
-à dissoudre les corps d'émigrés; une armée de cent mille hommes,
-sous la conduite de Lafayette, Rochambeau et Luckner, devait appuyer
-la sommation. Les Électeurs, menacés, invoquèrent l'assistance de
-l'Empereur, et, le 21 décembre, Léopold répondit à la dépêche française
-par une note assez ferme, où il déclarait que, comme chef de l'Empire,
-il ne tolérerait aucune violation du territoire impérial. Et pour
-mieux soutenir ses paroles, il commanda au maréchal Bender, alors à
-Luxembourg, de protéger, au besoin, l'Électorat de Trèves contre toute
-agression.
-
-Ce n'était point encore la guerre; mais c'en étaient les prémisses:
-l'Empereur, quoi qu'il en eût, se trouvait forcé d'agir. Les émigrés
-s'en réjouissaient, malgré la dispersion momentanée que leur imposait
-Léopold, parce qu'ils voyaient là le début d'un conflit où ils
-comptaient bien jouer un rôle, et les conseillers de la Reine s'en
-réjouissaient aussi, parce qu'ils pensaient que l'Empereur, une fois
-engagé, ne pourrait plus reculer et qu'il devrait en venir forcément
-au Congrès armé, que son inaction seule avait empêché jusque-là[936].
-Mercy lui-même, le temporisateur et prudent Mercy, commençait à
-croire qu'on ne finirait pas sans une guerre, guerre civile ou guerre
-étrangère, peut-être les deux à la fois[937]. Rien n'était prêt
-encore[938]; mais on faisait des préparatifs. Léopold le pacifique
-devenait belliqueux: «Les Français veulent la guerre, avait-il dit;
-ils l'auront, mais ils en paieront la dépense[939].» Déjà, l'effectif
-des troupes autrichiennes en Belgique était augmenté et des ordres
-donnés pour que tout fût en état au 1er mars[940]. Le roi de Prusse
-s'était, dès le 14 janvier, déclaré résolu à prendre part au Congrès
-armé[941]; Catherine II s'y était ralliée elle-même; quant au roi de
-Suède, il était tout feu[942].
-
-Cette guerre, les Jacobins y poussaient de tout leur pouvoir, parce
-qu'ils appréhendaient avant tout le Congrès[943]. En revanche, les
-Constitutionnels la redoutaient, parce qu'ils sentaient bien que,
-au milieu du choc des armées et du tumulte des passions, le frêle
-édifice qu'ils avaient échafaudé sombrerait dans la tempête[944]. Ils
-rédigèrent donc un mémoire pour tâcher d'en détourner l'Empereur, lui
-représentant les conséquences fatales qu'un conflit pourrait avoir
-pour la France et pour la sûreté de la famille royale, et alléguant
-le fâcheux effet qu'avait déjà produit, suivant eux, l'ordre donné au
-maréchal Bender. Fidèle à son principe de tout accepter sans objection,
-la Reine consentit à envoyer ce mémoire à Vienne par un émissaire
-secret, mais, en traînant en longueur, sous prétexte qu'elle n'avait
-pas de moyen de correspondre sûrement avec son frère[945]. Et elle
-eut bien soin de lui faire savoir que c'était l'œuvre exclusive de
-ses conseillers d'occasion, qu'ils n'avaient en aucune façon traduit
-sa propre pensée, et qu'il était de la dernière importance de bien
-distinguer son intérêt véritable de tout ce qu'elle était obligée de
-faire et de dire pour sa sûreté personnelle et celle du Roi[946]. Elle
-s'applaudissait au contraire du ferme langage que, pour la première
-fois, avait tenu Léopold et de la crainte qu'il avait inspirée aux
-Constitutionnels, crainte attestée par la démarche qu'ils faisaient à
-Vienne; et elle en concluait qu'une déclaration des Puissances, appuyée
-par des forces imposantes, produirait le même effet sur le pays entier
-et forcerait l'Assemblée à composer enfin avec le Souverain.
-
-Cette diplomatie en partie double, cette contradiction entre les
-démarches officielles et les sentiments secrets forçaient le Roi et la
-Reine d'avoir hors de France des agents autorisés, chargés de faire
-connaître aux Cours étrangères leurs véritables intentions. C'étaient,
-à Berlin, le vicomte de Caraman; à Saint-Pétersbourg, le marquis de
-Bombelles; à Londres, l'évêque de Pamiers et M. Crawford; c'étaient
-avant tout le baron de Breteuil, qui avait les pouvoirs du Roi, et
-aussi le correspondant de la Reine, le comte de Fersen. Puis, en dehors
-de ces agents, il y avait les émissaires, tantôt français, tantôt
-étrangers, parce que ceux-ci, par leur nationalité même, éveillaient
-moins l'attention des espions de toutes sortes attachés aux Tuileries.
-Et lorsque, parmi ces étrangers, la Reine rencontrait un homme d'un
-caractère sûr, d'un dévouement éprouvé, en même temps que d'une
-autorité reconnue, qui, ayant vu les choses de près, pût les montrer
-telles qu'elles étaient réellement, elle n'hésitait pas à lui confier
-la délicate mission de peindre à ses amis et à ses alliés la situation
-vraie de la France et les sentiments intimes des souverains.
-
-Cet homme, au commencement de 1792, fut Jean de Simolin, ministre de
-Russie à Paris depuis 1784, et qui, après le départ du comte de Mercy,
-l'avait en partie remplacé dans la confiance de Marie-Antoinette[947].
-Simolin devait prendre un congé de quelques semaines. La Reine le
-fit prier de passer chez elle, le reçut sans cérémonial, en frac et
-en surtout, dans sa chambre, où bientôt le Roi vint la rejoindre; et
-là, après avoir soigneusement poussé le verrou de la porte, lui ouvrit
-son âme tout entière, se répandit en témoignages de reconnaissance
-pour la Czarine, mais ne dissimula pas son mécontentement de la
-conduite de l'Empereur qui, dit-elle, «conservait sur le trône la
-façon de penser d'un petit duc de Toscane, ne prenait aucun intérêt à
-ses parents[948],» et ne répondait pas même à ses lettres. L'émotion
-la gagnait; ses yeux étaient humides. Mais, refoulant ses pleurs,
-elle déroula au ministre russe tout son système, lui expliqua
-les motifs de sa conduite, lui dépeignit en termes très vifs la
-situation, et le chargea de la représenter dans toute son exactitude
-et toute son horreur à Léopold et à Catherine[949]; et comme Simolin,
-touché lui-même jusqu'aux larmes[950], objectait les dangers qu'une
-intervention des Puissances pourrait faire courir à la famille royale:
-
-«Dites à l'Empereur, répondit-elle, que la nation a trop besoin du Roi
-et de son fils, pour qu'ils aient rien à craindre; c'est eux qu'il
-est intéressant de sauver. Quant à moi, je ne crains rien; pourvu
-qu'ils soient sauvés, tout m'est indifférent, et j'aime mieux courir
-tous les dangers possibles que de vivre plus longtemps dans l'état
-d'avilissement et de malheur où je suis[951].»
-
-La lettre de la Reine à l'Empereur n'entrait dans aucun détail, se
-contentant d'accréditer près de lui Simolin, dont elle vantait la
-sagesse et les manières franches et loyales, et laissant au ministre
-russe le soin de développer la pensée des prisonniers des Tuileries.
-Avec Mercy, quoiqu'il fût recommandé à Simolin de ne s'ouvrir à lui
-qu'avec «quelque réserve[952]», Marie-Antoinette était plus explicite;
-la lettre qu'elle lui écrivit à cette occasion est trop importante et
-exprime trop bien les vrais sentiments de la malheureuse princesse pour
-que nous ne croyions pas devoir la transcrire ici tout entière;
-
- Février 1792.
-
-«M. de S., qui vous joindra, Monsieur, veut bien se charger de mes
-commissions. Il compte faire une course pour aller voir le prince
-Galitzin, et, d'après votre conseil, je l'ai prié de porter directement
-une lettre de moi à mon frère. L'ignorance totale où je suis des
-dispositions du cabinet de Vienne rend tous les jours ma position plus
-affligeante et plus critique. Je ne sais quelle contenance faire ni
-quel ton prendre; tout le monde m'accuse de dissimulation, de fausseté,
-et personne ne peut croire,—avec raison,—que mon frère s'intéresse
-assez peu à l'affreuse position de sa sœur pour l'exposer sans cesse,
-sans lui rien dire. Oui, il m'expose, et mille fois plus que s'il
-agissait; la haine, la méfiance, l'insolence sont les trois mobiles
-qui font agir dans ce moment ce pays-ci. _Ils sont insolents par excès
-de peur_, et parce que, en même temps, ils croient qu'on ne fera rien
-au dehors. Cela est clair; il n'y a qu'à voir les moments où ils ont
-cru que réellement les Puissances allaient prendre le ton qui leur
-convient; nommément à l'office du 21 décembre de l'Empereur, personne
-n'a osé parler ni remuer, jusqu'à ce qu'ils fussent rassurés. Que
-l'Empereur sente donc une fois ses propres injures; qu'il se montre à
-la tête des autres Puissances avec une force, mais une force imposante,
-et je vous assure que tout tremblera ici. Il n'y a plus à s'inquiéter
-pour notre sûreté; c'est ce pays-ci qui provoque à la guerre; c'est
-l'Assemblée qui la veut. La marche constitutionnelle que le Roi a prise
-le met à l'abri, d'un côté, et, de l'autre, son existence et celle de
-son fils sont si nécessaires à tous les scélérats qui nous entourent
-que cela fait notre sûreté; et, je le dis, il n'y a rien de pis que de
-rester comme nous sommes; il n'y a plus aucun secours à attendre du
-temps et de l'intérieur. Le premier moment sera difficile à passer ici;
-mais il faudra une grande prudence et circonspection. Je pense, comme
-vous, qu'il faudrait des gens habiles et sûrs pour être informé de
-tout; mais où les trouver[953]?»
-
-Porteur de ces lettres et de ces instructions, M. de Simolin partit
-de Paris le 7 février, arriva le 9 à Bruxelles, s'aboucha avec MM. de
-Breteuil, Fersen et de Mercy, et poursuivit sa route sur Vienne.
-
-Deux jours après, le 11 février, le comte de Fersen s'acheminait de son
-côté vers Paris.
-
-De tous les souverains que préoccupait la situation du Roi de France,
-Gustave III était assurément le plus sincère et le plus désintéressé.
-Il avait accepté le Congrès; il était même disposé à aller plus loin;
-mais il s'inquiétait avec raison de l'effervescence que ne pouvaient
-manquer de soulever à Paris les premières menaces des Puissances et
-du danger qu'aurait alors à courir la famille royale. Déjà même le
-bruit s'était répandu que, en cas de guerre, le Roi, la Reine et
-leurs enfants seraient emmenés dans le Midi, probablement dans les
-Cévennes, sous la garde d'une armée de protestants[954]. Pour éviter
-ce double péril, d'une insurrection populaire ou d'un enlèvement,
-et quels que fussent d'ailleurs les risques d'une évasion nouvelle,
-Gustave jugeait «indispensable»,—et il était en cela d'accord avec
-l'Impératrice de Russie[955],—que Louis XVI fît tout pour se soustraire
-aux mains de ses geôliers[956]. Deux moyens étaient ouverts: ou gagner
-la mer et s'échapper sur un petit bateau anglais qui irait débarquer
-à Ostende[957], ou prendre la voie de terre, traverser les «forêts
-de chasse» en évitant les villages[958] et se faire conduire par
-des contrebandiers jusqu'à une dizaine de lieues de la frontière,
-où un détachement de troupes légères rencontrerait les fugitifs
-et protégerait leur sortie[959]. Le Roi, la Reine et le Dauphin
-partiraient seuls, pour ne pas compliquer les préparatifs; Mme
-Elisabeth et Madame Royale resteraient à Paris, où il semblait qu'elles
-ne devaient avoir rien à craindre[960]. Quel que fût d'ailleurs le
-plan adopté, comme il était urgent qu'il restât secret et qu'il eût
-été imprudent de le confier à la poste, Fersen fut chargé d'aller le
-proposer aux prisonniers et l'étudier sur place avec eux.
-
-Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que des projets de ce
-genre étaient présentés à la famille royale. Déjà, un autre fidèle
-du malheur, un Anglais, M. Crawford, qui put séjourner incognito à
-Paris de décembre 1791 jusqu'en avril 1792, avait, d'accord avec le
-roi d'Angleterre, proposé à la Reine de quitter la France avec le
-Dauphin, et tout arrangé pour la fuite[961]. La Reine avait refusé:
-son devoir était de rester aux côtés de son mari; elle ne voulait pas
-l'abandonner[962].
-
-Mais, par une coïncidence étrange, au moment même où les conseillers
-du roi de Suède élaboraient un plan d'évasion, le bruit d'une fuite
-nouvelle de la famille royale courait dans Paris. Le public en
-jasait; les journaux en parlaient; on entrait dans le détail: le
-départ devait s'effectuer par Calais[963]; on fixait même la date,
-c'était la nuit du 12 au 13 janvier. L'Assemblée et la municipalité
-s'émurent; le nouveau maire de Paris, Pétion, fit doubler les postes
-du Château[964], et l'Assemblée, après avoir, le 11 janvier, déclaré
-infâme tout Français qui prendrait part à un Congrès, destiné à changer
-la Constitution[965], décréta que nul ne pourrait voyager en France
-sans un passeport individuel. La Reine, instruite des projets de son
-confident, et alarmée des dangers qu'aurait à courir, s'il était
-reconnu, l'organisateur du voyage de Varennes, la Reine lui écrivit
-d'ajourner, et ce ne fut que lorsque le Roi eut refusé sa sanction au
-décret sur les passeports[966], qu'elle lui permit de venir.
-
-Fersen quitta donc Bruxelles le 11 février, à neuf heures et demie du
-matin, en chaise de poste, sans domestique, accompagné seulement d'un
-officier suédois du nom de Reuterswaerd; tous deux avaient un passeport
-de courrier pour le Portugal, sous des noms supposés, et Fersen, pour
-mieux se déguiser, portait une perruque[967]. Malgré leur crainte des
-vexations qu'on faisait alors subir aux voyageurs, ils ne rencontrèrent
-aucun obstacle. Partout on fut poli; à Péronne même, où un accident de
-voiture les retint quatre heures, ils n'eurent qu'à se louer des bons
-procédés de la municipalité et de la garde nationale[968]. Le lundi 13
-février, à cinq heures et demie du soir, ils entrèrent sans encombre
-à Paris. Fersen laissa son compagnon de route, et le soir même, après
-s'être entendu avec Goguelat, qu'il avait prévenu de son arrivée, il
-se rendit aux Tuileries par des chemins détournés, ne put voir qu'un
-instant la Reine, mais y revint le 14, à minuit[969], et trouva la
-Reine et le Roi.
-
-Quelles furent les émotions de ce premier revoir, après huit mois de
-séparation, on le devine sans peine. Que de confidences échangées
-entre les prisonniers et le défenseur qui leur avait dévoué sans
-arrière-pensée sa fortune et sa vie! Que de souvenirs évoqués, que
-de larmes versées! Ce furent d'abord les ineffaçables souvenirs de
-Varennes, les angoisses et les avanies de ce douloureux retour;
-puis les misères du présent, la perspective meilleure peut-être de
-l'avenir. On parla du projet de fuite; on convint qu'il offrirait de
-grands avantages, en donnant une impulsion plus vive aux affaires,
-en facilitant la bonne volonté des alliés[970]. La Reine le sentait
-bien, et ce n'était pas l'insuccès d'une première tentative qui la
-décourageait d'une seconde. Mais les difficultés étaient extrêmes:
-Fersen lui même, qui avait tant à cœur une évasion, dut la déclarer
-impossible. La famille royale était gardée à vue; tous les bâtiments
-en partance étaient rigoureusement visités[971]; et, d'autre part, un
-grand nombre de municipalités, celles de campagne surtout, ne tenant
-pas compte du _veto_ du Roi, appliquaient le décret sur les passeports,
-comme s'il avait été sanctionné[972]. La fuite était «physiquement
-impossible», tant la surveillance était minutieuse[973].
-
-Aux obstacles matériels s'ajoutait un obstacle moral, plus
-insurmontable peut-être: la conscience du Roi; ayant si souvent promis
-de rester, il se faisait scrupule de partir. Mais il acceptait, il
-demandait même qu'un des premiers actes du Congrès fût d'exiger sa
-sortie de Paris, pour donner, en pleine liberté, son assentiment aux
-mesures à adopter et ratifier les engagements pris avec les Puissances.
-Si cette liberté lui était refusée, alors il pourrait tenter de fuir à
-travers les bois, par l'itinéraire que Fersen conseillait et déclarait
-possible, et si cette tentative échouait, il consentait pleinement à ce
-que les Puissances agissent, sans s'occuper de lui. «Il faut, dit-il,
-qu'on me mette tout à fait de côté et qu'on me laisse faire[974].»
-C'était la confirmation de ce que la Reine avait déclaré à Simolin.
-
-Quant aux démarches qu'il accomplissait, à l'approbation qu'il semblait
-donner aux actes de l'Assemblée, il ne fallait ni s'en étonner, ni s'y
-laisser tromper. Une telle conduite de sa part était rendue nécessaire
-par la situation précaire où il se trouvait et par le désir d'éviter de
-plus grands maux. Il n'avait sanctionné le décret sur la séquestration
-des biens des émigrés, que pour empêcher qu'ils ne fussent pillés et
-brûlés; mais il ne consentirait jamais à ce qu'ils fussent vendus.
-
-«Ah çà, dit-il avec sa brusque bonhomie, nous sommes entre nous et nous
-pouvons parler. Je sais qu'on me taxe de faiblesse et d'irrésolution;
-mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma position. Je sais que
-j'ai manqué le moment; c'était le 14 juillet; il fallait alors s'en
-aller et je le voulais; mais comment faire, quand Monsieur lui-même me
-priait de ne pas partir et que le maréchal de Broglie, qui commandait,
-me répondait: «Oui, nous pouvons aller à Metz; mais que ferons-nous,
-quand nous y serons?» «J'ai manqué le moment, et depuis je ne l'ai pas
-retrouvé. J'ai été abandonné de tout le monde[975].»
-
-Le Roi et la Reine se mirent à entrer, sans récriminations, mais
-avec une émotion qui gagna Fersen, dans le détail de toutes les
-ingratitudes, de tous les abandons dont ils avaient été, dont ils
-étaient tous les jours victimes, n'ayant dans le ministère qu'un seul
-homme, Bertrand de Molleville, qui leur fût vraiment dévoué, trahis
-par ceux qui leur devaient le plus, et ne pouvant rien attendre que de
-l'attachement de ceux qui ne leur devaient rien[976]. Dans l'extrémité
-où ils étaient réduits, avec les progrès de l'esprit révolutionnaire,
-entre les attaques de l'Assemblée et les insultes de la rue, il ne
-fallait plus rien espérer de l'intérieur, pas même de l'excès du mal,
-qui, disait la Reine, «ne saurait enfanter le bien[977]»; il n'y aurait
-pas de retour sérieux et solide de l'opinion; on ne pouvait compter
-que sur l'intervention des Puissances. Ce n'était pas seulement le
-sentiment du Roi et de la Reine, mais celui de leurs conseillers
-constitutionnels, d'Alexandre de Lameth et de Duport, qui leur
-répétaient sans cesse qu'un tel état ne pouvait durer, qu'il n'y avait
-de remède que dans les troupes étrangères, et que, sans elles, tout
-était perdu[978].
-
-«En tout, écrivait Fersen, résumant à Gustave III ses entretiens
-avec la famille royale, j'ai trouvé le Roi et la Reine très décidés
-à supporter tout plutôt que l'état où ils sont, et, d'après la
-conversation que j'ai eue avec Leurs Majestés, je crois pouvoir vous
-assurer, Sire, qu'elles sentent fortement que toute composition avec
-les rebelles est inutile et impossible, et qu'il n'y a de moyen
-pour le rétablissement de leur autorité que la force et des secours
-étrangers[979]».
-
-Quelque douce qu'eût été, malgré ses tristesses, cette entrevue,
-Fersen ne crut pas pouvoir la renouveler. La surveillance était si
-active, et il eût été si fâcheux, pour eux plus encore que pour lui,
-qu'il fût reconnu! C'était beaucoup déjà d'avoir pu pénétrer deux fois
-au Château, malgré la vigilance des geôliers. Il repartit donc le
-15, et, pour dérouter les soupçons, alla jusqu'à Tours et revint par
-Fontainebleau. Le 19, à six heures du soir, il était rentré à Paris;
-mais il n'osa pas retourner aux Tuileries; il se contenta d'écrire pour
-savoir si l'on n'avait pas d'ordre nouveau à lui donner et resta caché
-pendant deux jours[980]. Le 21, à une heure du matin, après s'être
-muni, pour plus de précaution, d'un passeport de courrier[981], il
-repartait avec son ami Reuterswaerd et, après quelques difficultés dans
-un petit village, près de Marchiennes, arrivait le 24 à Bruxelles.
-
-Si Fersen n'avait pas été tenu à tant de prudence et s'il avait pu
-se montrer dans Paris, il aurait eu, avant de quitter la France, une
-fugitive consolation.
-
-Le 20 février, la Reine, avec ses enfants, était allée au
-Théâtre-Italien. On représentait _les Événements imprévus_, de Grétry.
-Quand on arriva au duo du valet et de la femme de chambre, Mme
-Dugazon, aussi royaliste que son mari était démocrate, s'inclina
-devant Marie-Antoinette, en chantant:
-
- Ah! comme j'aime ma maîtresse!
-
-Ce fut le signal d'un effroyable tumulte. _Pas de maître! Pas de
-maîtresse! Vive la liberté!_ criaient les Jacobins du parterre.—_Vive
-le Roi! Vive la Reine!_ ripostait-on des loges. Le public se divisa.
-Jacobins et royalistes se prirent aux cheveux; mais les royalistes
-furent les plus forts, et, comme dit Mme Elisabeth, «les Jacobins
-furent bien battus.» Les touffes de cheveux noirs volaient dans salle.
-La garde intervint et rétablit l'ordre[982]. On fit répéter le duo
-jusqu'à quatre fois, et quand Mme Dugazon en vint à ce vers:
-
- Il faut les rendre heureux,
-
-«Oui! oui!» cria-t-on de toutes parts. Au milieu de toute cette
-bagarre, la Reine avait conservé le maintien le plus noble et le plus
-grand calme. Quand elle sortit, elle fut couverte d'acclamations.
-
-«C'est une drôle de nation que la nôtre, écrivait Mme Elisabeth à
-son amie, Mme de Bombelles, en lui racontant cet incident; il faut
-convenir qu'elle a de charmants moments[983].» Hélas! ces moments
-étaient rares et ces acclamations bien passagères. Quatre jours après,
-deux pages de la Reine, reconnus au Vaudeville, étaient maltraités
-et traînés dans la boue. Quant à la Reine elle-même, elle ne voulut
-pas s'exposer à être le prétexte de luttes où ses amis n'auraient
-probablement pas toujours le dessus, et le 20 février fut le dernier
-jour où elle alla au théâtre[984].
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
- Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie insultante des
- Jacobins.—Nouveaux outrages contre la Reine.—Attaque violente de
- Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre des affaires étrangères.—Il
- offre à Marie-Antoinette son concours qui est repoussé.—Le
- ministère Girondin.—Pâques 1792.—La seule consolation de la Reine,
- ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son
- gouverneur.
-
-
-Malgré l'insuccès de son plan d'évasion, Fersen revenait de Paris
-«assez content de sa course[985]». Il connaissait maintenant les
-intentions vraies de Louis XVI et de Marie-Antoinette; il savait le but
-à poursuivre, et ce but semblait en grande partie atteint. L'accord
-s'était établi entre le Roi et les Puissances. Le Roi consentait à
-les laisser agir; les Puissances paraissaient décidées à agir. Le roi
-de Prusse et le roi d'Espagne, comme le roi de Suède et l'Impératrice
-de Russie en proclamaient la nécessité: la Suisse républicaine
-s'alliait pour cela à l'Europe monarchique; l'Empereur lui-même, ce
-«Florentin» dont la lenteur et le silence avaient si souvent désolé
-sa sœur, l'Empereur, malgré les conseils de Kaunitz, qui traitait de
-«lieux communs[986]» les plaintes de la Reine, l'Empereur avait l'air
-disposé à ne plus s'en tenir aux «déclarations[987]». «Jamais, disait
-Colloredo à Simolin, je ne l'ai trouvé si animé[988].» Et Mercy, devenu
-belliqueux, portait la main à son épée en s'écriant: «Il ne reste plus
-d'autre moyen pour sauver la France et toute l'Europe[989].»
-
-Mais un coup imprévu allait renverser tout cet échafaudage si
-laborieusement élevé. Le 1er mars 1792, Léopold mourait presque
-subitement, emporté par une violente maladie d'entrailles qui n'avait
-duré que deux jours[990]. Malgré ses griefs contre l'Empereur,
-Marie-Antoinette fut vivement émue de cette mort, et dans le premier
-moment de sa douleur, elle s'écria que son frère,—le bruit d'ailleurs
-en courut,—avait été empoisonné par les Jacobins[991]. Mais elle
-n'avait pas le loisir de pleurer; il fallait aviser aux changements que
-cette perte inattendue allait amener dans l'échiquier politique.
-
-Le successeur de Léopold était un adolescent de vingt-quatre ans,
-faible et maladif; l'Empire demeurait momentanément sans chef, et le
-principal lieu de la scène politique allait se trouver transporté de
-Vienne à Berlin[992]. Sans doute, le jeune roi de Hongrie assurait
-que ses dispositions étaient les mêmes que celles de son père; sans
-doute, le grand chancelier, prince de Rosemberg, écrivait à la sœur
-du marquis de Raigecourt: «J'espère que mon nouveau maître restera
-fidèle à tous les engagements contractés par feu son père et qu'il sera
-le restaurateur du trône et de l'autorité royale en France[993].»
-Mais le temporisateur Kaunitz affirmait, à la même heure, «qu'on ne
-pouvait dire que des choses vagues et que, si l'on travaillait à un
-concert des Puissances, il était impossible de savoir quand et comment
-ce concert se pourrait établir[994].» La Reine, inquiète de toutes
-ces incertitudes et de tous ces retards, se hâta d'envoyer à Vienne
-Goguelat, sous le nom de Daumartin, afin de demander une réponse
-positive[995]. «Il n'y a pas de temps à perdre, disait tristement la
-pauvre femme, car on n'en perd pas contre nous[996].»
-
-Il semblait que le malheur s'attachât aux infortunés, pour déconcerter
-tous leurs plans. Le 16 mars, le chef le plus ardent et le plus dévoué
-de la coalition, Gustave III, était frappé, dans un bal masqué, d'un
-coup de pistolet tiré à Stockholm, mais peut-être parti de Paris[997].
-
-«Voilà, disait le blessé au baron des Cars, un coup qui va réjouir vos
-Jacobins[998].» L'émotion fut grande en effet en France, lorsqu'on
-apprit que le prince avait succombé, le 29 mars, à sa blessure. Chez
-les Jacobins ce fut un cri de triomphe: Ankarstroëm et ses complices
-furent qualifiés de Brutus et de Mutius Scévola[999] et l'on proclama
-que le poignard est la dernière raison du peuple[1000]. A la Cour,
-ce fut un cri de stupeur: le Roi et la Reine furent consternés: ils
-perdaient leur meilleur appui. La veille même de sa mort, Gustave leur
-avait fait dire «qu'un de ses regrets, en quittant la vie, était de
-sentir que sa perte pouvait nuire à leurs intérêts[1001]». Lorsque
-Mme de Tourzel, qui venait d'être instruite du fatal événement chez
-le Dauphin, descendit chez la Reine, les traits bouleversés: «Je vois
-à votre visage, lui dit l'infortunée souveraine, que vous savez la
-cruelle nouvelle que nous venons d'apprendre. Il est impossible de ne
-pas être pénétrée de douleur; mais il faut s'armer de courage, car, qui
-peut répondre de ne pas éprouver un pareil sort[1002]?» Et la jeune
-Madame se jeta dans les bras de sa mère en fondant en larmes.
-
-Elles avaient bien raison de pleurer, les malheureuses victimes;
-leur situation devenait chaque jour plus critique. Toutes les
-misères qu'entraîne toujours une révolution, l'anarchie qui
-naît de l'absence de gouvernement et qu'attestent trop tous les
-écrits du temps, l'anarchie spontanée, comme l'a nommée un grand
-historien, l'amoindrissement ou la perte des fortunes particulières,
-l'avilissement de la fortune publique, la banqueroute imminente, la
-cherté des grains, l'impossibilité de les transporter d'un département
-à un autre[1003], la famine en perspective, le manque total de
-numéraire, le peu de confiance dans le papier[1004], les attaques des
-orateurs à l'Assemblée ou dans les clubs contre la famille royale, les
-excitations des journaux, les calomnies des gazettiers, tout cela
-entretenait la population parisienne dans un état de fièvre permanent.
-Les Jacobins étaient tout à la haine; les républicains ne dissimulaient
-plus leur espoir. Le Roi lui-même tombait dans un découragement qui
-allait jusqu'à l'abattement physique. Il restait des jours entiers sans
-articuler un mot, et il fallut que sa femme se jetât à ses pieds et
-fît à sa tendresse et à son courage l'appel le plus déchirant, allant
-jusqu'à lui dire «que, s'il fallait périr, ce devait être du moins
-avec honneur, et sans attendre qu'on vînt les étouffer l'un et l'autre
-sur le parquet de leur appartement», pour qu'il sortît enfin de cette
-torpeur[1005].
-
-On préparait au grand jour, au milieu d'un débordement d'ignobles
-injures, la déchéance de la royauté. On fabriquait des piques à
-crochets pour arracher, disait-on, les entrailles des aristocrates, et
-l'Assemblée accordait aux porteurs les honneurs de la séance[1006].
-On en armait des régiments de femmes et l'on projetait de les faire
-défiler devant la Reine. Le bonnet rouge, ce hideux emblème, faisait
-son apparition sous les fenêtres du Roi; des motions menaçantes étaient
-proposées dans le jardin des Tuileries et les insultes de la populace
-prenaient le caractère le plus grossier et le plus dégoûtant[1007].
-Le plan des conjurés s'élaborait à un souper chez Condorcet. Il
-s'agissait de suspendre le Roi, de s'emparer de l'éducation du Dauphin
-et de lui donner Condorcet comme précepteur[1008]. Quant à la Reine,
-on hésitait si on la renverrait purement et simplement en Autriche,
-comme le voulait Siéyès[1009], si on l'enfermait dans un couvent[1010]
-ou au Val-de-Grâce[1011], ou si on la traduisait devant la Haute-Cour
-d'Orléans, sous dix-neuf chefs d'accusation[1012]. La Reine le savait:
-elle s'attendait _à tout_, et comme un jour elle s'en ouvrait à
-Mme de Tourzel: «Mais, dit la gouvernante, le Roi ne souffrira
-jamais l'accomplissement d'un projet si atroce.»—«Je le préférerais,»
-répondit la vaillante femme, «plutôt que d'exposer ses jours, si son
-refus devait produire cet effet[1013].» Mais tenant, avant tout, à
-ne compromettre personne, elle passa plusieurs nuits avec Mme
-Campan à trier ses papiers et à brûler tous ceux qui pouvaient être
-dangereux[1014].
-
-On outrageait ses sentiments intimes, on ne respectait même pas sa
-douleur. A la mort de son frère, on ne permit pas d'en porter le deuil
-en public. Un officier, qui avait paru avec un crêpe au bras dans le
-jardin des Tuileries, fut insulté et maltraité[1015], et une tête
-représentant Léopold fut plantée au bout d'une pique sous le balcon du
-Château.
-
-«Elle,—la mort de l'Empereur,—a fait son effet, disaient les journaux
-patriotes. Elisabeth s'est confessée le soir même, et Marie-Antoinette,
-malgré sa réputation de femme forte, en a reçu une atteinte au cerveau.
-Léopold est mort; mais le plus redoutable de nos ennemis est plein de
-vie et habite au milieu de nous. Le défunt est entré seul dans la
-tombe; il nous laisse une sœur!»
-
-A l'Assemblée, les orateurs se faisaient les échos des calomnies et des
-menaces de la presse. Le 10 mars, au moment où la Reine pleurait la
-mort de son frère, dans la mémorable et orageuse discussion qui aboutit
-au renvoi de Lessart devant la Cour d'Orléans, Vergniaud s'écriait:
-
-«De cette tribune, où je vous parle, on aperçoit le palais où des
-conseillers pervers égarent et trompent le Roi que la Constitution nous
-a donné, forgent les fers dont ils veulent nous enchaîner et préparent
-les manœuvres qui doivent nous livrer à la Maison d'Autriche. Je vois
-les fenêtres du palais où l'on trame la contre-révolution, où l'on
-combine les moyens de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage,
-après nous avoir fait passer par tous les désordres de l'anarchie, par
-toutes les fureurs de la guerre civile.
-
-«Le jour est arrivé où vous pouvez mettre un terme à tant d'audace, à
-tant d'insolence et confondre enfin les conspirateurs. L'épouvante et
-la terreur sont souvent sortis, dans les temps antiques, de ce palais
-fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi; qu'elles y
-pénètrent tous les cœurs; que tous ceux qui l'habitent sachent que
-notre Constitution n'accorde l'inviolabilité _qu'au Roi_. Qu'ils
-sachent que la loi y atteindra sans distinction les coupables, et qu'il
-n'y aura pas une seule tête, convaincue d'être criminelle, qui puisse
-échapper au glaive.»
-
-L'allusion était transparente; dans la situation des esprits, dénoncer
-ainsi la Reine, c'était la désigner aux vengeances populaires et
-aux poignards des assassins; les menaces sanguinaires du 20 juin et
-l'échafaud du 16 octobre sont en germe dans ces venimeuses paroles de
-l'orateur girondin.
-
-Au récit de cette affreuse séance, Marie-Antoinette versa, dit-on,
-des torrents de larmes. «Larmes de haine,» dit M. E. Quinet[1016].
-Vouliez-vous donc que ce fussent des larmes d'amour?
-
-Qui s'étonnera ensuite que la Reine, ainsi réduite à sauver sa tête
-et celle de son mari et de ses enfants, placée par les violences dont
-elle était l'objet en légitime défense, ait cherché au dehors l'appui
-qu'elle ne trouvait plus au dedans et demandé aux Puissances, à ses
-parents, à ses alliés, un secours que des hommes politiques de tous
-les partis, des Constitutionnels comme Duport et les Lameth, des
-monarchistes comme Mounier et Mallet du Pan, des royalistes comme
-Breteuil et Bombelles, déclaraient seul capable d'arracher la famille
-royale aux assassins et la France à l'anarchie?
-
-Le 16 mars, Dumouriez fut nommé ministre des affaires étrangères en
-remplacement de Lessart. Ancien agent de la diplomatie secrète de
-Louis XV, homme de plume et homme d'épée, souple et insinuant sous
-des apparences de franchise et de brusquerie, Dumouriez ne tarda pas
-à prendre une influence sérieuse sur Louis XVI; il ne put gagner
-la confiance de Marie-Antoinette. Vainement lui fit-il les plus
-chaleureuses protestations de dévouement; vainement se jeta-t-il à
-ses pieds en lui affirmant qu'il n'était et ne pouvait être Jacobin;
-vainement lui saisit-il un jour la main, en la baisant avec transport
-et en lui disant: «Madame, laissez-vous sauver[1017].» Il crut l'avoir
-convaincue: il ne l'avait pas ébranlée. On a fait un reproche à la
-Reine de cette méfiance obstinée; on a dit: Dumouriez, avec son
-adresse politique et ses talents militaires, eût rétabli la monarchie.
-Peut-être; il est facile de raisonner et de critiquer après coup.
-Mais, étant donnés le caractère et l'attitude du personnage, le refus
-de Marie-Antoinette ne s'explique que trop. Des protestations de
-fidélité à la royauté, ou des protestations de dévouement aux Jacobins,
-lesquelles devait-elle croire sincères? Et lui était-il possible
-d'accepter aveuglément un concours dont, quelques jours auparavant,
-Dumouriez avait fait hommage à Robespierre et à Collot d'Herbois[1018]?
-
-Le 24 mars, Roland et Clavière entraient à leur tour au ministère,
-qui, un mois après, se complétait par la nomination de Servan. C'était
-la Gironde qui prenait enfin le pouvoir qu'elle avait si longtemps
-ambitionné: la Gironde, le parti qui s'était montré le plus acharné
-contre Marie-Antoinette, celui dont le plus éloquent orateur avait
-lancé contre elle l'odieuse dénonciation que nous avons dite, et dont
-l'inspiratrice attitrée, Mme Roland, intelligence élevée, caractère
-ferme, mais nature envieuse et cœur plein de fiel, poursuivait la Reine
-d'une haine de femme et avait écrit à Bosc, dès le 26 juillet 1789:
-
-«Vous n'êtes que des enfants; votre enthousiasme est un feu de paille;
-et, si l'Assemblée nationale ne fait pas en règle le procès de deux
-têtes illustres, ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes
-tous f.....[1019].»
-
-Pâques approchait. Depuis que son directeur, le curé de Saint-Eustache,
-avait prêté serment à la Constitution civile, la Reine avait choisi un
-autre confesseur; mais il lui était interdit de remplir publiquement
-ses devoirs religieux. Pour donner satisfaction à sa conscience
-et accomplir la grande loi chrétienne, elle demanda à l'un de ses
-chapelains de lui dire le jour de Pâques, à cinq heures du matin, une
-messe qu'elle pût entendre en secret. C'était le 8 avril. La nuit était
-noire encore; Mme Campan, un bougeoir à la main, accompagna sa
-maîtresse jusqu'à la chapelle et l'y laissa seule. La princesse resta
-longtemps absorbée dans ses prières et ses tristes méditations; il
-faisait déjà petit jour lorsqu'elle rentra chez elle[1020].
-
-Huit jours après, le 15 avril, malgré une protestation indignée de
-Gouvion et les strophes enflammées d'André Chénier, Paris célébrait une
-fête en l'honneur des Suisses du régiment de Châteauvieux, condamnés
-aux galères pour avoir, lors de l'insurrection de Nancy, en 1790, pillé
-la caisse de leur régiment et tiré sur les gardes nationales et les
-troupes françaises. C'était la fête de l'indiscipline, du vol et de
-l'assassinat. On porta en triomphe les forçats libérés; l'Assemblée
-leur décerna les honneurs de la séance et, le soir, la ville illumina.
-Mme Elisabeth, dans sa correspondance, plaisanta de ce grotesque
-défilé, des trois ou quatre cents patriotes avinés, hurlant: _Vive la
-Nation!_ et _A bas Lafayette!_ et de «Dame Liberté, tremblotante sur
-son char[1021]». Mais cette cérémonie, qui rappelait le souvenir de M.
-de Bouillé, fut pour la Reine l'occasion d'un redoublement d'outrages.
-Le _P. Duchesne_, naturellement, s e distingua dans ce débordement
-d'infamies; nous en citerons quelques lignes seulement, pour montrer à
-quel degré était descendue la rage des pamphlétaires:
-
-«Ah! f..., quelle joie, quel bonheur, de la voir manger du fromage dans
-ce beau jour! Je crois l'apercevoir au travers de sa jalousie, comme le
-jour de la fête de Voltaire; c'est alors, f..., qu'elle rugissait comme
-un tigre enchaîné de ne pouvoir s'abreuver de notre sang.»
-
-«...... Aux piques! f..., braves sans-culottes; aiguisez-les pour
-exterminer les aristocrates, s'ils osent broncher. Que ce beau jour
-soit le dernier de leur règne! Nous n'aurons de repos que quand la
-dernière tête d'aristocrate sera abattue[1022].»
-
-Au milieu de ces tristesses et de ces fatigues,—car c'était sur
-elle seule que reposaient le souci et la peine de la volumineuse
-correspondance qu'elle entretenait de tous côtés, et de ces mémoires
-«bien longs» pour elle «qui n'en savait pas faire[1023]»,—une suprême
-consolation restait à Marie-Antoinette: c'étaient ses enfants; et elle
-écrivait à Fersen:
-
-«Pour moi, je me soutiens mieux que je ne devrais, par la prodigieuse
-fatigue d'esprit que j'ai sans cesse, en sortant peu de chez moi; je
-n'ai pas un moment à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les
-écritures et le temps que je suis avec mes enfants. Cette dernière
-occupation, qui n'est pas la moindre, fait mon seul bonheur, et quand
-je suis bien triste, je prends mon petit garçon dans mes bras, je
-l'embrasse de tout mon cœur, et cela me console de tout dans le moment.
-Adieu[1024].»
-
-C'était en effet un bien joli et bien séduisant enfant que le jeune
-Dauphin, avec ses longs cheveux bouclés, ses grands yeux bleus, son
-intelligence précoce, déjà mûrie par le malheur, et son cœur plein de
-tendresse. «Il était impossible, dit Mme de Tourzel, de voir un
-enfant plus attachant, rempli de plus d'intelligence, et s'exprimant
-avec autant de grâce. Il saisissait les occasions de dire des choses
-agréables à ceux qui l'entouraient. Il était très attaché au Roi;
-mais, comme il lui en imposait, il n'était pas aussi à son aise avec
-lui qu'avec la Reine, qu'il adorait et à laquelle il exprimait ses
-sentiments de la manière la plus touchante, trouvant toujours à lui
-dire quelque chose de tendre et d'aimable. Sa gaîté et son amabilité
-étaient la seule diversion aux peines journalières dont la Reine était
-accablée. Elle l'élevait parfaitement, et quoiqu'elle eût pour lui la
-tendresse la plus vive, je lui dois la justice de dire qu'elle ne l'a
-jamais gâté, et qu'elle a toujours appuyé les justes représentations
-qu'on faisait à ce jeune prince[1025].» Lui, de son côté, avait pour sa
-mère des câlineries charmantes, des délicatesses de sentiments, des
-effusions de tendresse adorables. Il la parfumait des fleurs de son
-jardin: il la dévorait de caresses.
-
-Un jour,—c'était peu de temps après le retour de Varennes, et les
-leçons, interrompues par la surveillance sévère à laquelle la famille
-royale avait été soumise, venaient seulement de reprendre,—la Reine y
-assistait.
-
-«S'il m'en souvient bien, dit le précepteur du Dauphin, l'abbé d'Avaux,
-à son élève, la dernière leçon avait eu pour objet les trois degrés
-de comparaison, le positif, le comparatif et le superlatif; mais vous
-aurez tout oublié?»—«Vous vous trompez, reprit l'enfant; pour preuve,
-écoutez-moi: le positif, c'est quand je dis: mon abbé est un bon abbé;
-le comparatif, quand je dis: mon abbé est meilleur qu'un autre abbé;
-le superlatif,» continua-t-il en regardant sa mère, «c'est quand je
-dis: Maman est la plus aimable de toutes les mamans.» La Reine prit son
-fils dans ses bras, le pressa contre son cœur, et ne put retenir ses
-larmes[1026].
-
-Elle était fière de son enfant, la pauvre mère, et elle le montrait
-volontiers à ceux qui l'approchaient.
-
-«Tandis que la Reine me parlait, raconte Bertrand de Molleville, le
-petit Dauphin, beau comme un ange, s'amusait à chanter et à sauter dans
-l'appartement, avec un petit sabre de bois et un bouclier qu'il tenait
-dans ses mains. On vint le chercher pour souper, et en deux bonds il
-fut à la porte. «Comment, mon fils,» lui dit la Reine, «vous sortez
-sans faire la révérence à M. Bertrand?»—«Oh! maman, dit ce charmant
-enfant en continuant de sauter, M. Bertrand est de nos amis. Bonsoir,
-Monsieur Bertrand[1027].» Et il s'élança hors de la chambre. «N'est il
-pas gentil?» me dit la Reine, quand il fut sorti. Il est bien heureux
-d'être si jeune; il ne sent point nos chagrins, et sa gaîté nous fait
-du bien.»
-
-Mais cette dernière joie même, la malheureuse Reine ne pouvait en jouir
-tranquillement: on lui disputait son fils. Le Dauphin allait avoir
-sept ans, l'âge où, d'après la tradition monarchique, il devait sortir
-des mains des femmes pour passer dans celles des hommes. L'Assemblée
-ne l'oubliait pas, et, avide d'empiéter sur les droits du père, comme
-elle avait empiété sur ceux du souverain, elle avait la prétention
-d'imposer à Louis XVI le choix d'un précepteur. Déjà elle avait dressé
-des listes sur lesquelles le Roi devait prendre le gouverneur de son
-fils; on y lisait le nom des principaux meneurs de la gauche: Pétion,
-Siéyès, Condorcet; on avait même mis en avant Robespierre. C'était à
-ces philosophes sans foi qu'on voulait que le Roi très chrétien livrât
-l'âme de son enfant. La Reine en était tourmentée plus qu'elle ne
-pouvait le dire[1028]. Une motion fut même faite pour que l'Assemblée
-nommât elle-même le gouverneur du prince royal; mais un dernier
-sentiment de pudeur retint les députés: la motion fut rejetée. Le Roi
-en profita pour écrire au président la lettre suivante:
-
- 18 avril 1792.
-
-«Je vous prie, Monsieur le Président, de prévenir l'Assemblée nationale
-que, mon fils ayant atteint l'âge de sept ans, j'ai nommé pour son
-gouverneur M. de Fleurieu: sa probité et ses lumières généralement
-reconnues, ainsi que son attachement à la Constitution, ont déterminé
-mon choix.»
-
-Cette décision, qui déconcertait les plans de la Gironde, n'eut pas de
-suites.
-
-En fait, M. de Fleurieu ne prit jamais possession du poste auquel
-l'avait appelé une confiance auguste. Le Roi et la Reine continuèrent,
-comme par le passé, à diriger l'éducation de leur fils. L'initiative de
-Louis XVI avait écarté ce danger. Que ne sût-elle conjurer de même ceux
-qui menaçaient sa couronne, sa famille et sa vie!
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
- Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre de la Reine à Mercy,
- du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du Pan.—Premiers échecs des
- troupes françaises.—Lafayette propose au Roi de se retirer à son
- armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation du Comité
- autrichien.—Réapparition des mémoires de Mme de la Motte.—Ils
- sont brûlés à Sèvres.—Licenciement de la garde
- constitutionnelle.—M. d'Hervilly offre au Roi de chasser
- l'Assemblée.—Le Roi refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai
- sur la déportation des prêtres insermentés, du 8 juin sur la
- formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des
- ministres girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose
- son _veto_ aux décrets.
-
-
-Le 20 avril, Louis XVI déclarait la guerre au roi de Hongrie; il ne
-s'était décidé à cette résolution qu'à la dernière extrémité, et, en
-l'annonçant à l'Assemblée, il avait les larmes aux yeux; mais il avait
-dû céder aux déclamations de la Gironde, à la pression de l'opinion, à
-l'avis unanime et écrit de ses ministres[1029]. La Reine n'y répugnait
-pas, comme le Roi; depuis l'échec de toutes ses espérances, elle voyait
-dans la guerre une suprême ressource[1030], et elle lui semblait moins
-dangereuse, si c'était l'Assemblée qui en prenait l'initiative[1031];
-on ne pourrait pas du moins accuser la famille royale d'avoir poussé
-en avant les Puissances. Ce pouvait être l'occasion d'un retour de
-l'opinion; mais cette opinion, il était essentiel qu'on ne fît rien
-pour l'exaspérer. Aussi, dès le 30 avril, la Reine écrivait-elle à
-Mercy:
-
-«La guerre est déclarée. La Cour de Vienne doit tâcher d'éloigner sa
-cause le plus possible de celle des émigrés[1032], l'annoncer dans
-son manifeste, en même temps que l'on pense qu'elle pourrait employer
-l'ascendant naturel qu'elle a sur les émigrés pour tempérer leurs
-prétentions, les amener à des idées raisonnables et à se rallier enfin
-à tous ceux qui défendront la cause du Roi. Il est facile d'imaginer
-les idées qui doivent faire le fond du manifeste de Vienne; mais, en
-appelant l'univers à témoin des intentions de cette Puissance, de
-ses efforts pour conserver la paix, de ses dispositions constantes
-encore à tout terminer à l'amiable, de son éloignement de soutenir des
-prétentions particulières ou quelques individus contre la nation, on
-doit éviter de parler trop du Roi, de trop faire sentir que c'est lui
-qu'on soutient et qu'on veut défendre. Ce langage l'embarrasserait,
-le compromettrait, et, pour ne pas paraître conniver avec son neveu,
-il serait forcé d'exagérer ses démarches et par là de s'avilir, ou de
-donner un mouvement faux à l'opinion publique. C'est la nation dont il
-faut parler pour dire que l'on n'a jamais eu le désir de lui faire la
-guerre. Une observation également importante, c'est d'éviter de vouloir
-paraître d'abord se mêler des affaires intérieures, ou même de vouloir
-amener à composition. On a déjà cherché à déjouer les bonnes intentions
-de Léopold, en faisant répandre qu'il voulait faire une transaction
-entre tous nos partis. Il est à désirer sans doute que la marche que
-prendra la Cour de Vienne y amène les Français; mais ce dessein doit
-être très caché; car ce serait le rendre impossible à exécuter que
-de le manifester d'abord. Les Français repousseraient toujours toute
-intervention politique des étrangers dans leurs affaires, et l'orgueil
-national est tellement attaché à cette idée qu'il est impossible au Roi
-de s'en écarter, s'il veut rétablir son royaume[1033].»
-
-Trois semaines après, un ami de Malouet, un des esprits les plus sages
-et les plus clairvoyants de cette époque, un écrivain qui n'avait
-cessé de défendre avec énergie et modération la cause de la monarchie,
-Mallet du Pan, était chargé d'aller appuyer près des Puissances le
-plan tracé dans cette lettre et en développer les détails. Avant tout,
-il insistait sur la nécessité d'engager les Princes et les Français
-émigrés à ne «point faire perdre à la guerre actuelle, par un concours
-hostile et offensif de leur part, le caractère de guerre étrangère
-faite de Puissance à Puissance». Il n'était pas moins urgent que les
-coalisés, dans le manifeste qu'ils devaient adresser à la France,
-s'attachassent à «séparer les Jacobins et les factieux de toutes les
-classes du reste de la nation, à rassurer tout ce qui est susceptible
-de revenir de son égarement, tous ceux qui, sans vouloir de la
-Constitution actuelle, craignent le retour des grands abus, tous ceux
-que le délire de l'esprit, la contagion de l'exemple et la première
-ivresse de la Révolution ont engagés dans cette cause criminelle,
-mais qui, n'ayant à se reprocher que des erreurs, de l'exaltation et
-de la faiblesse, se montreront désarmés et repentants, du moment où on
-leur présentera une issue sans ignominie et sans dangers personnels».
-Les Puissances devaient encore «faire entrer dans leur manifeste la
-vérité fondamentale qu'on n'entend point toucher à l'intégrité du
-royaume[1034], et que la crainte d'un démembrement est un indigne
-artifice par lequel les usurpateurs cherchent à donner le change sur
-le véritable et unique but des Puissances; qu'on fait la guerre à une
-faction antisociale et non à la nation française».
-
-Enfin, il était essentiel «de n'imposer ni de proposer aucun système de
-gouvernement, mais déclarer qu'on s'arme pour le rétablissement de la
-monarchie et de l'autorité royale légitime, telle que Sa Majesté entend
-elle-même la circonscrire[1035]».
-
-Tels étaient le but de la mission de Mallet du Pan, le genre de
-concours que le Roi et Reine réclamaient des Puissances, le programme
-qu'ils entendaient leur fixer et se fixer à eux-mêmes, et le résultat
-qu'ils attendaient de la lutte qui allait commencer.
-
-Chose étrange! la guerre était déclarée; l'Assemblée la voulait depuis
-plusieurs mois; les Puissances le savaient; la Reine elle-même les en
-avait averties[1036]; et ni d'un côté, ni de l'autre on n'était prêt.
-Les troupes autrichiennes en Belgique étaient dispersées et hors d'état
-de se défendre; elles étaient d'ailleurs travaillées par des émissaires
-jacobins et l'on se méfiait de leur fidélité[1037]. Il fallait encore
-six semaines au moins pour que des renforts sérieux pussent arriver, et
-si les généraux français avaient poussé vigoureusement les choses, ils
-eussent pu arriver, presque sans coup férir, jusqu'à Bruxelles[1038].
-Mais eux non plus n'étaient point en mesure de marcher. Privée de
-ses chefs les plus illustres, qui avaient émigré, et d'une partie de
-ses régiments, qui avaient passé la frontière à la suite de leurs
-chefs[1039], l'armée française était désorganisée; on le vit aux
-premières affaires, où elle se débanda sans résistance. Le corps de
-Théobald Dillon assassinait son général; le corps de Biron fuyait
-honteusement devant une charge de uhlans; Lafayette était obligé de se
-replier, et Rochambeau donnait sa démission.
-
-Il y eut un moment de terreur à Paris; les uns s'en prenaient au Roi,
-les autres au ministre, un plus grand nombre à la Reine. L'émotion fut
-vive dans la bourgeoisie parisienne, et M. de Vaublanc prétend que si,
-à cette heure, un chef résolu se fût présenté, elle se fût ralliée à
-lui spontanément pour restaurer l'autorité royale[1040]. Est-ce cette
-pensée qui détermina Lafayette à venir dans la capitale au mois de
-mai? Craignit-il que l'Assemblée, dans sa frayeur et dans sa haine,
-voulût enlever la famille royale? Toujours est-il qu'il fit proposer
-au Roi, par Malouet, et à la Reine, par M. de Gouvernet, de se retirer
-au milieu de son armée, dont il répondait. Une division de cette armée
-eût été postée à Compiègne, et de là, des détachements eussent facilité
-le départ de la famille royale en s'aidant des gardes suisses et de la
-partie dévouée des gardes nationaux. Le Roi et la Reine refusèrent:
-le Roi avec des paroles bienveillantes pour le général, la Reine avec
-une certaine aigreur[1041]. Ni l'un ni l'autre ne voulaient échanger
-la tyrannie de l'Assemblée pour la tutelle de Lafayette. Peut-être se
-souvenaient-ils qu'au moment du renvoi de M. de Narbonne le général
-s'était emporté jusqu'à dire au garde des sceaux: «Nous verrons lequel,
-du Roi ou de moi, aura la majorité dans le royaume[1042].» Peut-être
-aussi avaient-ils encore présent à la mémoire cet avis suprême du
-puissant tribun, dont le génie leur manquait tant à cette heure: «En
-cas de guerre, M. de Lafayette voudrait tenir le Roi prisonnier dans sa
-tente[1043].»
-
-Mais pour les révolutionnaires à l'Assemblée et dans la presse, ces
-premiers échecs militaires servirent de prétexte à de nouvelles
-diatribes contre la Reine. On l'accusa d'être la cause de la déroute
-et d'avoir donné des ordres secrets pour occasionner la panique[1044].
-La populace fut ameutée, et dès le 1er mai, un Grec, qui habitait
-la France, et qui avait salué avec enthousiasme les débuts de la
-Révolution, mandait à ses amis: «Ne vous étonnez pas, si je vous
-écris quelque jour pour vous apprendre l'assassinat du malheureux
-Roi et de sa femme[1045].» Quinze jours après, un ami des Girondins,
-Carra, dénonçait, dans les _Annales patriotiques_, un prétendu
-Comité autrichien qui, disait-il, se tenait chez la princesse de
-Lamballe[1046] et préparait, avec la Reine, une Saint-Barthélemy des
-patriotes, tandis que le Roi, prenant la fuite, livrerait les places
-fortes et l'armée à l'émigration. Carra fut poursuivi, et, dans le
-débat qui s'éleva, déclara tenir ses informations de trois députés de
-la gauche: Merlin de Thionville, Bazire et Chabot. Le juge de paix,
-Etienne Larivière, qui avait instruit l'affaire, lança un mandat
-d'amener contre les trois députés, sans se souvenir qu'ils étaient
-inviolables. L'Assemblée le lui rappela durement en l'envoyant lui-même
-à la Haute-Cour d'Orléans, antichambre de l'échafaud.
-
-Le Roi s'émut; peut-être craignit-il que, dans ces allégations
-haineuses, on cherchât un prétexte pour réaliser le plan, si souvent
-prêté aux Jacobins, d'emmener la famille royale dans le Midi pour la
-livrer aux mains des émeutiers de Marseille et des assassins de la
-Glacière[1047]. Il jugea que «l'intérêt de l'Etat et sa tranquillité au
-dedans ne permettaient pas de laisser passer de telles calomnies sous
-silence», et prescrivit au garde des sceaux d'en traduire les auteurs
-devant les tribunaux afin que «toute cette affaire fût parfaitement
-éclaircie[1048]». Les Girondins répondirent à cette lettre du Roi en
-reproduisant, en pleine Assemblée, les accusations odieuses lancées
-par leur ami Carra. Brissot, le grand dénonciateur, attaqua en termes
-violents M. de Montmorin; mais cette fois il dépassa le but et, malgré
-l'appui de Gensonné, la tentative avorta. En même temps, Pétion, que
-la Reine, mal inspirée, avait contribué à faire nommer maire de Paris
-contre Lafayette, et qui ne se servait de sa position que pour mieux
-battre en brèche la royauté, Pétion signalait au commandant de la garde
-nationale, dans une lettre rendue publique, de prétendues inquiétudes
-sur un prochain départ du Roi pendant la nuit, inquiétudes, disait-il,
-fondées sur des probabilités et des indices, et donnait l'ordre
-de multiplier les patrouilles, tenant ainsi la population dans de
-perpétuelles alarmes[1049].
-
-Quelques jours après, le 29 mai, nouvelle alerte, nouveau rassemblement
-des gardes nationaux, nouvelle promenade armée autour du Château pour
-surveiller le Roi[1050].
-
-Mais un bruit plus sérieux vint émouvoir les esprits et aggraver la
-situation. Vers le commencement de 1792, Mme Campan avait été
-prévenue que Mme de la Motte avait composé un nouveau libelle contre
-la Reine et l'avait fait passer en France. On ajoutait que c'était
-avant tout une affaire de chantage et que vraisemblablement le porteur
-du manuscrit le livrerait pour mille louis. Mme Campan fit part
-de cette ouverture à Marie-Antoinette; mais la Reine la repoussa, en
-disant qu'elle avait toujours dédaigné de pareils libelles et que, en
-outre, si elle avait la faiblesse d'en acheter un pour l'empêcher de
-paraître, elle n'échapperait pas à l'actif espionnage des Jacobins et
-leur fournirait par là de nouvelles armes et de nouveaux prétextes.
-
-Le raisonnement était sage, et d'ailleurs tant de calomnies
-immondes inondaient la rue qu'une de plus ou de moins n'avait guère
-d'importance. Mais Louis XVI n'eut pas la même impassibilité que sa
-femme: il redouta pour elle le douloureux souvenir que réveillait le
-nom de Mme de la Motte, et fit acheter par M. de la Porte l'édition
-entière des _Mémoires_. Au lieu de la détruire sur-le-champ, et en
-secret, M. de la Porte se contenta d'en enfermer les exemplaires
-dans un cabinet de son hôtel. Mais les événements marchaient; la
-violence de l'Assemblée et de la populace croissait d'heure en heure;
-dénoncé lui-même, M. de la Porte craignit qu'une perquisition, faite
-chez lui à l'improviste, ne fît découvrir les brochures et ne leur
-donnât ainsi la publicité redoutée; il résolut de s'en défaire;
-mais, par une maladresse ou un aveuglement inexplicable, il les fit
-transporter en plein jour, sur une charrette, à la manufacture de
-Sèvres, où elles furent brûlées, dans un grand feu allumé tout exprès,
-en présence de deux cents ouvriers, auxquels il était expressément
-défendu d'en approcher. Cet excès de précaution et d'imprudence ne
-fit qu'alimenter les soupçons, en excitant la curiosité sans la
-satisfaire. Une dénonciation fut faite par les ouvriers, et, malgré
-les explications du directeur de Sèvres et de M. de la Porte, mandés à
-la barre de l'Assemblée, on persista à voir dans les pamphlets brûlés
-les papiers du fameux et imaginaire Comité autrichien. Girondins et
-Jacobins s'unirent pour dénoncer le complot, et, fidèles à leur système
-d'abattre un à un les derniers appuis de la monarchie, afin de la
-renverser plus facilement, ils profitèrent de l'émotion produite pour
-priver le Roi de sa garde constitutionnelle.
-
-Formée, le 16 mars, d'un tiers de troupes de ligne et de deux tiers de
-gardes nationaux, sous le commandement suprême du duc de Brissac, qui
-avait sous ses ordres MM. d'Hervilly et de Pont-l'Abbé, cette garde
-était sincèrement dévouée au Roi; elle eût été, en cas d'émeute, avec
-les Suisses et la partie saine de la garde nationale, un centre sérieux
-de résistance[1051]. Elle était en même temps sans hostilité contre les
-institutions nouvelles et pleine de déférence pour la milice citoyenne;
-elle en avait donné des preuves en mainte occasion. Il y avait entre
-les deux corps un désir ardent de vivre en bonne harmonie[1052].
-«Tenons-nous bien unis, disaient les gardes du Roi, c'est le moyen
-d'être forts[1053].» Mais cet accord même excitait la méfiance et
-la haine des ennemis de la royauté. Des rassemblements menaçants se
-formaient aux Tuileries; on entourait les gardes; on insultait les
-officiers; on les accusait de conserver dans la caserne de l'Ecole
-militaire un drapeau blanc; on les dénonçait à l'Assemblée, qui se
-déclarait aussitôt en permanence, comme si elle eût été en face d'un
-immense danger. Bazire, allant droit au but, demanda qu'on licenciât la
-garde constitutionnelle composée, disait-il, «de prêtres réfractaires,
-d'émigrés et d'Arlésiens aristocrates.» Et après une longue séance, au
-milieu de la nuit, la proposition de Bazire, appuyée par Brissot, fut
-adoptée: la garde constitutionnelle fut dissoute et son commandant,
-le duc de Brissac, envoyé dans les prisons d'Orléans; il ne devait en
-sortir que pour être massacré à Versailles, le 9 septembre.
-
-Pendant qu'on délibérait ainsi, le commandant en second de la garde,
-M. d'Hervilly, vint dire à Malouet et à Montmorin: «Quel que soit le
-décret, je suis sûr de mon corps, et si le Roi le permet, avec dix-huit
-cents hommes[1054], je chasserai l'Assemblée demain.» Mais le Roi ne
-le permit pas. Vainement Malouet et Montmorin le supplièrent-ils de
-ne pas sanctionner le décret de suppression. Vainement M. d'Hervilly
-lui renouvela-t-il, avec les plus vives instances, la proposition de
-fondre sur les Jacobins et les factieux de l'Assemblée. «Les scélérats,
-dit-il, sont faibles, quand on leur résiste, et ce jour peut être un
-jour bien précieux pour défendre la cause royale. Si nous réussissons,
-nous ferons le bonheur de la France; si nous succombons, désavouez-moi,
-accusez-moi et faites tomber sur moi la colère de l'Assemblée.»
-Vainement fit-on remarquer au Roi que cette avant-garde de M.
-d'Hervilly pourrait être appuyée par six mille royalistes, enrôlés
-à Paris par M. de Clermont-Tonnerre. Le Roi, toujours effrayé de la
-perspective d'un conflit, refusa, et la Reine, à qui souriait toute
-résolution énergique, mais qui devait s'incliner devant la volonté de
-son époux, ne put que dire à Mme de Tourzel: «La proposition de M.
-d'Hervilly est grande et honorable; mais le Roi ne peut se déterminer à
-l'accepter; et dans cette position, je me reprocherais d'influencer sa
-décision[1055].»
-
-Louis XVI était désarmé; tout lui manquait à la fois; sa garde était
-licencée, et les Constitutionnels, impuissants et mal écoutés,
-l'abandonnaient. Barnave, à son tour, s'éloigna, après avoir demandé à
-la Reine, comme une faveur suprême, l'honneur de lui baiser la main.
-La Reine lui accorda cette grâce et vit partir les larmes aux yeux,
-profondément émue elle-même, ce conseiller de la dernière heure, dont
-elle avait apprécié les nobles sentiments, sans en accepter les idées,
-et qui devait payer de sa vie son tardif dévouement[1056].
-
-Mais l'Assemblée ne désarmait pas. Le 26 mai, elle avait, par un
-décret, condamné à la déportation tout prêtre insermenté qui serait
-dénoncé par vingt citoyens actifs. Le 8 juin, elle décida qu'un camp
-de vingt mille hommes, composé de cinq hommes par canton, serait formé
-sous Paris pour le 14 juillet suivant, afin de renouveler la fête de
-la Fédération et de resserrer ainsi les liens de fraternité entre les
-départements et la capitale. En réalité, c'était amener sous les murs
-de Paris une force de vingt mille révolutionnaires, à la disposition
-des clubs, préparer des soldats pour toutes les émeutes, et constituer
-à l'Assemblée la garde qu'on avait refusée au Roi. Le projet avait
-été arrêté aux Jacobins, et le ministre de la guerre, Servan, l'avait
-présenté à l'Assemblée, sans en avoir parlé au Conseil, ni même en
-avoir prévenu le prince. Les deux décrets insultaient à la fois Louis
-XVI dans sa dignité, le menaçaient dans son pouvoir, le froissaient
-dans sa conscience; il refusa, ou tout au moins ajourna sa sanction.
-Les trois ministres girondins, Roland, Clavière et Servan, qui,
-depuis leur entrée aux affaires, n'avaient cessé d'intriguer presque
-publiquement contre celui qu'ils devaient conseiller et défendre,
-achevaient de rendre le ministère impossible. Le 10 juin, Roland mit
-le comble à ces attaques en écrivant au Roi, sous l'inspiration et
-par la plume de sa femme, une lettre insolente dont, par une suprême
-inconvenance, il donna lecture en plein Conseil, après avoir juré de la
-tenir secrète. Dans cette lettre que Dumouriez a traitée «d'impudente
-diatribe[1057]» et que le dernier éditeur des Mémoires de Mme Roland
-a qualifiée de «violence inutile et de vilaine action[1058]», Roland
-censurait brutalement la conduite de Louis XVI et de Marie-Antoinette,
-intimait au monarque l'ordre de changer de confesseur, et s'emportait
-jusqu'à l'appeler parjure[1059]. Il le sommait d'exécuter les volontés
-de la Gironde et l'avertissait que, s'il refusait de sanctionner les
-décrets, il susciterait contre lui «l'implacable défiance d'un peuple
-contristé qui ne verrait plus dans son Roi que l'ami et le complice
-des conspirateurs[1060]». C'en était trop; le 13 juin, Louis XVI
-renvoya les trois ministres et chargea Dumouriez de leur donner des
-successeurs. L'Assemblée répondit à cet acte de vigueur, en déclarant
-que les ministres congédiés emportaient sa confiance, et décrétant
-l'impression de la lettre de Roland et son envoi aux quatre-vingt-trois
-départements.
-
-Dumouriez demeurait chef du cabinet et Louis XVI se sentait attiré
-vers cette nature complexe qui ne ressemblait en rien aux ministres
-qu'il avait destitués; mais Dumouriez déclara qu'il ne pouvait rester
-d'une manière utile, si la sanction royale n'était donnée aux deux
-décrets, s'engageant d'ailleurs à transporter à Soissons le camp que
-Servan voulait former près de Paris. Malgré sa répugnance à réunir
-ainsi, comme disait la Reine, «vingt mille coquins qui pouvaient le
-massacrer,» le Roi avait fini par consentir à ce que demandait son
-ministre, au moins pour le décret du 8 juin; mais, sur le décret contre
-les prêtres, après un moment d'hésitation et malgré les pressantes
-instances du général, il demeura inflexible.
-
-Le 15 juin, Dumouriez donna sa démission, résolu à quitter Paris et à
-se rendre à l'armée. Mais, avant de partir, le 18 juin, il alla prendre
-congé du Roi; l'entrevue fut émouvante. Dumouriez fit une dernière
-tentative pour vaincre ce qu'il appelait les «scrupules» du souverain;
-il lui représenta avec force les dangers d'un refus, l'impopularité
-du clergé; il lui peignit, avec des accents pathétiques, les prêtres
-massacrés, sa couronne menacée, lui-même, sa femme, ses enfants en
-proie aux fureurs populaires. «Je m'attends à la mort, répondit le
-prince simplement, et je leur pardonne d'avance.» Mais il persista
-dans sa résolution, ne voulant pas ajouter à toutes les peines qu'il
-endurait la peine plus cuisante d'un remords[1061].
-
-«Dumouriez se retira, a dit un éminent historien, sans avoir compris la
-grandeur de cette scène, ni la portée du rôle qu'il y avait joué; sans
-avoir senti qu'il était là pour démontrer à quel point la majesté du
-devoir est supérieure aux considérations de la politique[1062].»
-
-Quelques jours après, il partait pour l'armée de Lukner, dont il allait
-prendre le commandement.
-
-Le 19 juin, usant de son droit constitutionnel, et sollicité d'ailleurs
-par le Directoire du département de la Seine et par une pétition
-couverte de huit mille signatures, le Roi opposait formellement son
-_veto_ aux deux décrets, dont l'un était la plus grave des atteintes à
-la liberté de conscience proclamée par la Constitution, dont l'autre
-était une menace perpétuelle pour l'ordre et la liberté du gouvernement.
-
-C'était, par un acte parfaitement légal et légitime, jeter le gant à
-l'Assemblée qui avait voté ces décrets, à la Gironde qui les avait
-présentés, aux Jacobins qui les avaient conçus, à la populace qui
-s'agitait dans les faubourgs. Le gant ne devait pas tarder à être
-relevé. Le Roi ne l'ignorait pas, et, le jour même où il refusait
-sa sanction aux décrets, il écrivait à son confesseur, M. Hébert,
-supérieur des Eudistes[1063]:
-
-«Venez me voir; je n'eus jamais autant besoin de vos consolations. J'ai
-fini avec les hommes; c'est vers le ciel que se portent mes regards. On
-annonce pour demain de grands malheurs; j'aurai du courage[1064].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
- Le 20 juin.
-
-
-Depuis longtemps déjà tout se préparait pour un soulèvement; la date
-avait été choisie: c'était le 20 juin, le double anniversaire du
-serment du Jeu de Paume et de la fuite de Varennes. Des conciliabules
-se tenaient au faubourg Saint-Antoine, chez le brasseur Santerre,
-où, sous l'impulsion de Danton, et avec la connivence du maire de
-Paris, Pétion, se réunissaient les meneurs habituels de la populace
-parisienne: Fournier l'Américain, le marquis de Saint-Huruge, le
-boucher Legendre, le Polonais Lazouski, Alexandre, le chef de bataillon
-du faubourg Saint-Marcel. Le refus de sanction des décrets, s'ajoutant
-au renvoi des ministres girondins, vint fournir le prétexte.
-
-Dès le 19 au soir, Paris s'agitait; le charme d'une belle soirée
-attirait les habitants au dehors; dans les rues, sur les places, des
-groupes se formaient, s'entretenant de la manifestation projetée
-pour le lendemain. «Aux Tuileries, dit un témoin, il y avait plus
-de personnes que de grains de sable[1065].» Des journaux, comme les
-_Révolutions de Paris_, prêchaient ouvertement le renversement de la
-Constitution et la révolte contre «l'individu royal[1066]».
-
-Prévenu de ce qui se passait par le nouveau ministre de l'intérieur,
-Terrier de Montciel, le Directoire du département, composé de
-Constitutionnels convaincus et résolus, manda près de lui le maire et
-les administrateurs de police et les força de donner au commandant
-général de la garde nationale, Ramainvilliers, l'ordre écrit de «tenir
-les postes au complet, de doubler ceux de l'Assemblée et des Tuileries,
-d'avoir des réserves d'infanterie et de cavalerie, et, au besoin, de
-requérir les troupes de ligne». En même temps, il les avertissait
-eux-mêmes d'avoir à prendre _sans délai_ toutes les mesures nécessaires
-pour empêcher les rassemblements contraires à la loi.
-
-Malgré ces injonctions si nettes et les dispositions formelles de la
-loi, rien ne fut fait pour empêcher l'insurrection. La municipalité,
-au contraire, «informée, dit-elle, qu'un grand nombre de citoyens se
-proposent de se présenter à l'Assemblée et chez le Roi pour remettre
-une adresse,» prit un arrêté pour ordonner au commandant général de
-«rassembler sous les drapeaux les citoyens de tous uniformes et de
-toutes armes, lesquels marcheront ainsi sous le commandement des
-officiers du bataillon». C'était légitimer la violation de la loi et
-rendre la répression impossible en désarmant l'autorité et en donnant
-en quelque sorte à l'émeute la consécration de la légalité.
-
-Tiraillé entre ces prescriptions contraires, Ramainvilliers hésita, se
-troubla, et finalement s'abstint. Pendant toute la journée du 20, on le
-chercha partout, sans le trouver.
-
-Dès cinq heures du matin, le rappel avait battu; à huit heures, les
-«faubourgs» se mettaient en marche; vers midi, ils arrivaient à la rue
-Saint-Honoré. Partis des deux rives de la Seine, ils n'avaient pas
-tardé à se réunir pour former un groupe compacte, qui se grossissait
-en marchant de tous les oisifs et de tous les badauds. Les quinze
-cents hommes de Santerre étaient ainsi devenus vingt mille. Des
-sapeurs étaient en tête; puis venaient les canons et une voiture
-portant l'arbre de la liberté qu'on devait planter sur la terrasse des
-Feuillants.
-
-A la porte de l'Assemblée, la colonne s'arrête, et Santerre fait
-parvenir une lettre au président.
-
-L'Assemblée délibérait précisément sur l'accueil qu'elle devait faire
-aux pétitionnaires. Le président, Français, de Nantes, donne lecture
-de la lettre qui réclame pour eux l'admission à la barre. Les tribunes
-applaudissent. «Qu'on les fasse entrer,» crie la gauche.—«Non, non,»
-riposte la droite. Les interpellations se croisent d'un côté à l'autre
-de la salle. Quelques individus parviennent à s'introduire; on les fait
-sortir.
-
-Le Manège, qui, depuis le retour du Roi à Paris, servait de lieu de
-réunion à l'Assemblée, était un grand bâtiment de cent cinquante pieds
-de long environ, parallèle à la terrasse des Feuillants[1067]. Entre
-la salle et cette terrasse régnait une longue cour étroite, séparée
-du jardin des Tuileries par un mur élevé; une petite porte, pratiquée
-dans le mur, donnait accès dans le jardin. La foule, ne voulant pas
-s'entasser dans cette cour, où elle eût pu être facilement cernée,
-s'était massée à l'autre extrémité des bâtiments. La tête de la
-colonne se pressait au pied de l'escalier qui conduisait à la salle
-des séances, et, poussée par les flots nouveaux qui survenaient sans
-cesse, ne pouvant ni avancer ni reculer, elle s'était échappée de
-côté et répandue dans un jardin voisin, dépendant d'un ancien couvent
-de Capucins. Ne sachant que faire pendant que l'Assemblée délibérait,
-les sapeurs plantèrent dans ce jardin l'arbre de la liberté qu'ils
-traînaient sur un char.
-
-D'autres bandes, cependant, cherchant une issue et trouvant partout la
-place prise, avaient envahi la cour du Manège. Pressées, elles aussi,
-par les nouvelles couches qui arrivent de minute en minute, étouffant
-dans cet étroit espace, elles se précipitent vers la porte qui donne
-dans le jardin des Tuileries. La porte est gardée par un détachement
-de grenadiers, et des canons sont braqués pour en interdire le
-passage. Vainement trois officiers municipaux, Boucher René, Bouclier
-Saint-Sauveur et Mouchet, qui sont allés au devant du rassemblement
-et se trouvent ainsi en tête de la colonne, réclament l'ouverture de
-la porte; le commandant du poste les renvoie au commandant général.
-Les officiers municipaux se rendent au Château et, ne rencontrant pas
-Ramainvilliers, ils s'adressent au Roi. L'un d'eux, petit homme noir
-et bancroche, qui joua dans cette journée le triste rôle de mouche
-du coche révolutionnaire, Mouchet, interpelle Louis XVI et demande
-qu'on laisse l'entrée du jardin libre pour des citoyens qui, marchant
-_légalement_, ne peuvent qu'être blessés de se sentir soupçonnés:
-«Nous-mêmes, ajoute-t-il, avons été affectés de voir des canons pointés
-sur le peuple. De telles mesures sont plus propres à l'irriter qu'à
-le contenter.»—«Votre devoir, répond le Roi, est de faire exécuter la
-loi.»—«Si la porte n'est pas ouverte,» riposte Mouchet, «elle sera
-enfoncée.»—«Eh bien,» reprend le Roi, «si vous le jugez utile, faites
-ouvrir la porte des Feuillants. Qu'on défile le long de la terrasse,
-pour sortir par la porte des écuries; mais faites en sorte que la
-tranquillité publique ne soit pas troublée. Votre devoir est d'y
-veiller.»
-
-Les officiers municipaux sortent pour transmettre la réponse du Roi;
-il était trop tard. La porte avait été enfoncée et la foule s'était
-répandue dans le jardin, d'où il eût été facile alors, avec un peu de
-bonne volonté et d'énergie, de la faire écouler. L'autre partie de la
-colonne, ainsi coupée en deux, celle qui se pressait dans la cour des
-Feuillants, avait fini par être admise dans l'Assemblée. L'orateur de
-la bande, Huguenin[1068], se présente à la barre et lit une longue
-et violente diatribe contre le Roi: «Pourquoi faut-il que des hommes
-libres se voient réduits à la cruelle nécessité de tremper leurs mains
-dans le sang des conspirateurs? Il n'est plus temps de dissimuler; la
-trame est découverte; l'heure est arrivée; le sang coulera, et l'arbre
-de la liberté, que nous venons de planter, fleurira en paix..... Un
-seul homme ne doit point influencer la volonté de vingt-cinq millions
-d'hommes.»
-
-La gauche applaudit; la droite s'indigne; Mathieu Dumas demande la
-question préalable sur la pétition. Mais, au milieu des vociférations
-des tribunes et des menaces de ces bandes qui grondent au dehors, la
-délibération n'est pas libre. La question préalable est repoussée, et
-l'Assemblée décide que les citoyens des faubourgs Saint-Antoine et
-Saint-Marcel seront admis à défiler devant elle.
-
-Un roulement rappelle la foule dispersée dans le jardin des Tuileries,
-et le défilé commence, au son des tambours et de la musique. Santerre
-et Saint-Huruge sont à la tête; ils se placent au pied de la tribune
-et passent en revue leur armée. Puis vient un mélange confus de femmes,
-d'enfants, de gardes nationaux et de sans-culottes, les uns sans
-armes, les autres armés de sabres, de piques, de faulx, de haches, de
-couteaux et même de scies. Deux hommes portent, au bout d'une pique,
-l'un une vieille culotte, avec ces mots: _Vivent les sans-culottes!_
-l'autre, un cœur de veau tout saignant, sous lequel est écrit: _Cœur
-d'aristocrate!_ De grossiers emblèmes, des enseignes insultantes, des
-inscriptions menaçantes flottent au-dessus des têtes: _A bas le Veto!_
-_Avis à Louis XVI!_ _Le peuple est las de souffrir!_ _La liberté ou
-la mort!_ La musique joue le _Ça ira_, et la foule tantôt répète les
-paroles de la chanson populaire, tantôt crie en guise de refrain: _A
-bas le Veto!_ Parfois, le cortège s'arrête et se livre, au milieu de
-la salle, à des danses patriotiques. Et l'Assemblée assiste, avec une
-résignation humiliée, à ce honteux avilissement de la représentation
-nationale.
-
-Le défilé dure près de deux heures. Quand il est terminé, Santerre
-remercie les députés de l'amitié qu'ils ont bien voulu témoigner aux
-pétitionnaires, remet au Président, en signe de reconnaissance, un
-«superbe drapeau[1069]» et court sur la place du Carrousel reprendre le
-commandement de son armée. Il est trois heures et demie. L'Assemblée
-lève la séance.
-
-En sortant de la salle par la cour du Manège, la colonne, au lieu
-de regagner la rue Saint-Honoré, avait pénétré dans le jardin des
-Tuileries, et de là, longeant la façade du Château, elle sortait
-par le guichet du Pont-Royal. En passant sous les fenêtres elle
-répétait bruyamment ses cris favoris: _Vivent les sans-culottes!_ _A
-bas Monsieur et Madame Veto!_ Dix bataillons de la garde nationale
-étaient là, formant un front de bandière, devant lequel défilaient les
-faubourgs. Arrivé au Pont-Royal, le cortège sembla prendre la ligne
-des quais, et l'on put croire un moment que tout se bornerait aux
-déclamations violentes dont avait retenti l'Assemblée. Il n'en devait
-pas être ainsi, et tel n'était pas le plan des chefs de l'émeute.
-L'envahissement du Château faisait partie du programme, en attendant
-mieux peut-être et en laissant au hasard le soin d'achever. Arrivée
-en face du Carrousel, la bande, au lieu de continuer sa marche, se
-détourne et franchit le guichet.
-
-La cour du Conseil est envahie; là, le cortège s'arrête et frappe à
-la porte de la cour Royale. «Nous voulons entrer, crie-t-on, nous ne
-voulons pas de mal au Roi.» Pour toute réponse, les deux gendarmes
-qui sont de garde croisent la baïonnette. La foule recule un moment.
-Mais les gendarmes et les gardes nationaux n'ont pas d'instructions;
-les uns veulent défendre la porte à outrance, les autres hésitent.
-«Qu'avons-nous à faire?» demande un capitaine au colonel Rulhière.—«Je
-n'ai pas d'ordres,» répond Rulhière, «mais je crois que la troupe
-est ici pour soutenir la garde nationale.» Le commandant général,
-Ramainvilliers, vient à passer; un lieutenant-colonel de gendarmerie,
-Carle, court à lui et l'interroge: «Otez les baïonnettes,» répond
-Ramainvilliers.—«Pourquoi,» riposte Carle indigné, «pourquoi ne
-m'ordonne-t-on pas tout de suite de rendre mon épée et d'ôter ma
-culotte?» Ramainvilliers ne réplique rien et disparaît.
-
-Pour tout concilier, un des officiers les plus dévoués à la famille
-royale, Aclocque, engage les chefs de la colonne à choisir vingt
-pétitionnaires, qu'il promet de conduire au Roi. Une trentaine d'hommes
-se présentent; on les laisse entrer et le guichet se referme.
-
-La foule gronde au dehors. Les bruits les plus propres à irriter
-les passions populaires circulent, habilement semés et commentés.
-On raconte «qu'on a vu le matin, au Château, douze ou quinze cents
-chevaliers de Saint-Louis; qu'on a reconnu dans la cour d'anciens
-membres de la Maison du Roi supprimée; que les appartements sont
-remplis de personnes vêtues de noir, animées des intentions les
-plus contre-révolutionnaires; que ce jour est destiné à renouveler
-la journée des poignards, etc.». Toutes ces rumeurs se répandent et
-exaspèrent la populace, déjà surexcitée. Les canonniers des faubourgs,
-qui sont rangés avec leurs pièces sur la place du Carrousel, font
-chorus avec la foule. Le commandant du bataillon du Val-de-Grâce,
-Saint-Prix, essaie vainement de faire rentrer ses hommes, qu'il sait
-mal disposés, dans leur quartier; les hommes refusent, et, malgré
-leur chef, chargent leurs canons: «Nous ne partirons pas,» dit un
-lieutenant... «Nous ne sommes pas venus pour rien; le Carrousel est
-forcé; il faut que le Château le soit. Voilà la première fois que les
-canonniers du Val-de-Grâce marchent; ce ne sont pas des j..-f...; nous
-allons voir.» Et montrant le Château de la main: «A moi, canonniers!
-Droit à l'ennemi!» Les canonniers s'ébranlent et tournent leurs pièces
-contre la porte royale. «Si on refuse l'ouverture de la porte,» dit
-Santerre qui vient d'arriver, «on la brisera à coups de boulets.»
-
-Mais il n'en est pas besoin: deux municipaux, Boucher René et un
-autre, dont le nom est resté inconnu, donnent l'ordre d'ouvrir. Le flot
-humain se précipite dans la cour des Tuileries; tout entre à la fois:
-peuple, gardes nationaux, gendarmes. «Je verrai longtemps, a dit un
-témoin oculaire, seize mille hommes armés, faisant bonne contenance,
-se croyant obligés de céder à deux municipaux qui leur ordonnent,
-par la loi, d'en laisser passer vingt mille avec des piques, haches,
-escaladant avec une vitesse terrible les marches du palais. Jamais
-les vagues furieuses de la mer ne m'ont semblé si dangereuses[1070].»
-Quelques officiers dévoués s'efforcent de fermer la porte qui sépare
-la cour du grand escalier. Les gardes nationaux, découragés par
-l'attitude de la municipalité, refusent de défendre l'entrée, et comme
-un des commandants leur dit: «Êtes-vous sûrs qu'il ne se mêlera point,
-parmi ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter à la vie
-du Roi?»—«Il vaut mieux,» répondent-ils, «qu'un homme soit égorgé
-que nous.» C'est avec ce mot, qui justifie toutes les lâchetés et
-qui autorise tous les crimes, que la dernière porte est franchie, et
-l'accès de la demeure royale livré à l'invasion.
-
-La foule, ne rencontrant plus de résistance, se rue dans l'escalier;
-elle s'y élance en masses si compactes et avec une telle impétuosité,
-qu'un des canons du Val-de-Grâce est porté à bras, jusqu'à la troisième
-salle du Château, la salle des Suisses; là, ses roues s'accrochent dans
-le tambour d'une porte; cet obstacle inattendu arrête un instant les
-envahisseurs et redouble les colères. Le bruit court que c'est un canon
-braqué par les défenseurs de la royauté pour mitrailler le peuple;
-il n'en faut pas plus pour faire massacrer tous les habitants des
-Tuileries. Heureusement, sur l'ordre de Mouchet, les sapeurs dégagent
-le canon et le descendent au pied du grand escalier, où il reste
-jusqu'à la fin de la journée.
-
-Le Roi était dans sa chambre avec sa famille, quand tout à coup il
-entend frapper à la porte. On ouvre; c'est un de ses fidèles, le chef
-de bataillon Aclocque, qui vient le supplier de se montrer au peuple.
-Louis XVI y consent; il passe dans la salle du lit et de là dans
-celle de l'Œil-de-Bœuf. La Reine veut le suivre; le Roi l'en empêche;
-on l'entraîne et elle n'a que le temps de dire aux grenadiers: «Mes
-amis, sauvez le Roi[1071]!» «Plus heureuse qu'elle,»—c'est elle-même
-qui le dit,—Mme Elisabeth accompagne son frère, et avec elle
-quelques ministres et quelques gentilshommes: Terrier de Montciel, de
-Lajard, Beaulieu, l'amiral Bougainville, les maréchaux de Beauvau,
-de Mouchy, et de Mailly; MM. de Tourzel, d'Hervilly, etc.... «A moi,
-grenadiers!» dit le Roi. Un certain nombre de gardes nationaux, la
-plupart du bataillon Sainte-Opportune, accourent avec la Chesnaye,
-commandant de la 6me légion. «Messieurs, sauvez le Roi!» leur dit
-Mme Elisabeth, les larmes aux yeux. Tous entourent Louis XVI et
-tirent leurs sabres. Mais, sur un mot d'Aclocque, qui fait observer
-que cette attitude menaçante pourrait exposer le prince qu'ils veulent
-défendre[1072], ils remettent le sabre au fourreau.
-
-Une simple porte sépare Louis XVI des envahisseurs; la foule rugit au
-dehors et ébranle la porte à coups de hache; déjà les deux panneaux
-du bas ont été brisés, lorsque Aclocque engage le Roi à la faire
-ouvrir plutôt que de la laisser enfoncer. «Je le veux bien,» répond le
-prince, «je ne crains rien au milieu des personnes qui m'entourent.»
-Un huissier ouvre la porte; les masses font irruption: «Citoyens,» dit
-Aclocque, «reconnaissez votre Roi; respectez-le; la loi vous l'ordonne.
-Nous périrons tous plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la
-moindre atteinte.» Ces paroles, prononcées d'une voix haute et ferme,
-amènent un léger temps d'arrêt dans l'invasion; les gardes nationaux
-en profitent pour entraîner le Roi dans l'embrasure d'une fenêtre, du
-côté de la cour; il monte sur une banquette; les grenadiers se placent
-devant lui. «Sire,» dit l'un d'eux, «n'ayez pas peur.»—«Mon ami,»
-répond l'intrépide monarque, en prenant la main du grenadier et en
-l'appuyant sur sa poitrine, «mon ami, mettez la main sur mon cœur et
-voyez s'il bat plus vite[1073].»
-
-Les vagues populaires montent toujours; la foule, un instant hésitante,
-se précipite en avant et remplit la salle avec des cris de haine
-et des menaces de mort: _A bas Monsieur Veto, Madame Veto et toute
-leur sequelle[1074]!_—_Au diable le Veto!_—_Le rappel des ministres
-patriotes!_—_Il faut qu'il signe; nous ne sortirons point qu'il ne
-l'ait fait._—Un misérable, un des premiers entrés, armé d'un long
-bâton, au bout duquel est une lame d'épée très pointue, cherche à
-foncer sur le Roi; on l'écarte à coups de baïonnettes. Un autre, brun
-et grêlé de petite vérole, vêtu d'une redingote verdâtre et d'un
-pantalon de toile, un sabre de la main gauche, un pistolet de la main
-droite, essaie de percer la foule: «Ousqu'il est, que je le tue?»
-hurle-t-il.—«Malheureux! le voilà, ton Roi,» lui dit un huissier de
-l'appartement, «oses-tu le regarder?» Le brigand recule, comme saisi
-d'une espèce de terreur. Il se fait un moment de silence. Le Roi veut
-en profiter pour parler; mais une «inondation» nouvelle survient «avec
-de si horribles cris, dit un rapport, que Dieu tonnant n'eût pas été
-entendu[1075]». Au premier rang des envahisseurs paraît un brigand du
-nom de Soudin, soi-disant vainqueur de la Bastille, dont le principal
-exploit est d'avoir jadis lavé et porté au bout d'une pique les têtes
-sanglantes de Foulon et de Berthier. Plus loin, gesticule un individu,
-vêtu d'un habit vert, qui, suivant le mot énergique d'un témoin, passe
-pour avoir été un _coupe-tête_ en 1789. Toute cette tourbe remplit
-l'Œil-de-Bœuf, criant, vociférant, ajoutant la menace à l'insulte,
-brisant les meubles, cassant les glaces, arrachant les serrures, volant
-les objets précieux, se conduisant, en un mot, dit le rapport du
-Directoire, «comme s'il s'agissait de faire le siège et le pillage des
-Tuileries.»
-
-«Que voulez-vous? demande tranquillement Louis XVI. Je suis votre Roi;
-je ne me suis pas écarté de la Constitution.»
-
-Sa voix se perd dans le tumulte. Le boucher Legendre s'approche de
-l'embrasure. «Monsieur...» dit-il. A cette appellation inattendue,
-Louis XVI fait un mouvement. «Oui, Monsieur, reprend Legendre,
-écoutez-nous; vous êtes fait pour nous écouter... Vous êtes un perfide;
-vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore. Mais prenez
-garde à vous! La mesure est à son comble; le peuple est las d'être
-votre jouet.» Et il lit une prétendue pétition, qui, dit Rœderer,
-«n'était qu'un tissu de reproches, d'injures et de menaces.»
-
-«Je ferai ce que la Constitution et les décrets m'ordonnent de faire,»
-répond simplement le Roi.
-
-_A bas le Veto!_ _Le rappel des ministres!_ riposte la foule. Et dans
-ce ramassis de sans-culottes et de mégères, qui remplit l'Œil-de-Bœuf,
-les outrages redoublent. Quelques misérables, armés de sabres,
-cherchent à rompre la ligne de gardes nationaux, pour atteindre le
-Roi; les grenadiers les repoussent. Louis XVI reste impassible; ni les
-vociférations, ni les violences ne peuvent altérer son incomparable
-sérénité.
-
-«Dans une circonstance aussi terrible, a dit un témoin non suspect,
-Louis se conduisit avec une fermeté extrême et une prudence vraiment
-royale, unies à un calme et à une bonté extraordinaires[1076].»
-
-Cependant un individu, qui porte au bout d'un bâton un bonnet rouge,
-s'approche du Roi et incline vers lui son bâton. Le municipal Mouchet
-comprend le signe; il prend le bonnet et le donne à Louis XVI qui
-le pose sur sa tête. La foule applaudit. _Vive la nation! Vive la
-liberté!_ s'écrie-t-elle. Quelques acclamations de _Vive le Roi!_
-se font entendre; mais elles ne rencontrent pas d'écho. Et le brave
-grenadier Bidaut entend quelques misérables murmurer à mi-voix: «Il
-a f..... bien fait de le mettre; car nous aurions vu ce qui serait
-arrivé...., et f....., s'il ne sanctionne pas les décrets, nous
-reviendrons tous les jours.»
-
-Au milieu du rassemblement, une femme porte une épée entourée de fleurs
-et surmontée d'une cocarde. Le Roi l'aperçoit; il fait un signe.
-Mouchet, qu'on retrouve toujours partout, prend l'épée et la tend au
-prince qui la brandit et fait attacher la cocarde à son bonnet. _Vive
-la nation!_ crie la foule; et le Roi reprend avec elle: _Vive la
-nation!_
-
-Mouchet lui propose alors de sortir sur la terrasse. Louis XVI refuse.
-«Je suis bien ici,» dit-il. La chaleur cependant est étouffante. Un
-garde national, auquel on a fait passer une bouteille de vin et un
-verre, offre à boire au Roi. «Sire,» dit-il avec une familiarité
-naïve, «vous devez avoir bien soif; car moi, je meurs..... Si j'osais
-vous offrir..... Ne craignez rien; je suis un honnête homme, et
-pour que vous buviez sans crainte, je boirai le premier, si vous le
-permettez.»—«Oui, mon ami, je boirai dans votre verre,» répond le
-prince, et élevant le verre: «Peuple de Paris,» dit-il, «je bois à ta
-santé et à celle de la nation française.»
-
-Dans l'embrasure d'une autre fenêtre se tenait Mme Elisabeth. On
-l'aperçoit: «Ah! crie-t-on, voilà l'Autrichienne! Il nous faut la
-tête de l'Autrichienne!»—«Ce n'est pas la Reine,» dit l'écuyer de la
-princesse, M. de Saint-Pardoux.—«Pourquoi les détromper?» reprend
-vivement la généreuse femme. «Leur erreur pouvait sauver la Reine.»
-Et apercevant près d'elle, dans cette horde qui l'entoure, menaçante,
-un jeune homme dont la baïonnette effleure presque sa poitrine, elle
-écarte doucement l'arme de la main: «Prenez garde, Monsieur,» dit-elle
-avec un angélique sourire, «vous pourriez blesser quelqu'un, et je suis
-sûre que vous en seriez fâché.»
-
-Cependant, quelques députés, instruits de l'envahissement du Château, y
-sont accourus de leur propre mouvement. Vergniaud et Isnard haranguent
-la foule et cherchent à la rappeler au respect de l'autorité; ils ne
-parviennent pas à se faire écouter. _A bas le Veto!_ _La sanction!_ _Le
-rappel!_ sont les seules réponses qu'obtiennent leurs exhortations.
-
-Enfin, le maire de Paris, Pétion, arrive. Après la séance du conseil
-où avait été adopté l'arrêté qui légitimait l'insurrection, il s'était
-retiré avec quelques intimes dans une salle de la maison commune. Il
-était là, _plein de calme et de sérénité_, dit-il, car les nouvelles
-qu'il recevait étaient _excellentes_, et le spectacle était beau, tout
-à la joie et à la gaîté. Vainement le Directoire avait-il, à plusieurs
-reprises, fait appel à sa vigilance; il ne s'était pas ému. Vers
-quatre heures et demie pourtant, il avait donné l'ordre d'atteler sa
-voiture, et, faisant à son devoir le sacrifice de son dîner,—il a pris
-soin de le remarquer dans son rapport,—il s'était rendu aux Tuileries.
-Il y arrive vers cinq ou six heures[1077]. Accompagné de Sergent, il
-traverse la foule qui le salue des cris de _Vive Pétion!_ et s'approche
-du Roi, qu'il voit avec admiration, dit-il, «couronné du signe de la
-liberté.» C'est par cette expression qu'il désigne le bonnet rouge.
-«Sire,» dit-il, «je viens d'apprendre à l'instant la situation dans
-laquelle vous êtes.»—«Cela est bien étonnant,» riposte sèchement le
-Roi; «il y a deux heures que cela dure.» Deux grenadiers hissent le
-maire sur leurs épaules. Il parle au peuple et lui prêche le respect de
-la loi. Mais il le fait si froidement, suivant le municipal Champion,
-que les cris redoublent. Un grand jeune homme blond de vingt ou
-vingt-cinq ans perce là foule et, interpellant le Roi avec des gestes
-menaçants: «Sire,» dit-il, «je vous demande, au nom des cent mille
-hommes qui m'entourent, le rappel des ministres patriotes, la sanction
-des décrets, leur exécution,...... ou vous périrez...»
-
-Pétion, qui est là, n'essaie pas un seul instant d'imposer silence à ce
-forcené. Champion s'indigne de cette lâcheté ou de cette connivence:
-
-«Monsieur le maire, dit-il, vous êtes responsable de ce qui peut
-advenir.» Pétion se décide à haranguer une seconde fois la foule.
-En face de cette violation de toutes les lois, de ces bandes de
-brigands qui traitent les Tuileries comme une ville prise d'assaut,
-de ces outrages persistants à la majesté du Chef de l'État, il parle
-de la dignité du peuple: «Citoyens, dit-il, vous venez de présenter
-légalement votre vœu au représentant héréditaire de la nation; vous
-l'avez fait avec la _dignité_, avec la _majesté_ d'un peuple libre.
-Retournez chacun dans vos foyers et ne donnez pas occasion d'incriminer
-vos _intentions respectables_.»
-
-Intentions respectables! Et quelques années plus tard, Legendre avouait
-à Boissy d'Anglas qu'un des buts secrets des chefs du mouvement avait
-été l'assassinat du Roi!
-
-«Les portes de la galerie sont-elles ouvertes?» demande Sergent.—«Oui,»
-répond le Roi. «J'ai fait ouvrir les appartements; le peuple, en
-défilant du côté de la galerie, aura le plaisir de les voir.»
-
-A ces mots, un mouvement se fait; la curiosité pour les uns, la
-lassitude pour les autres, déterminent enfin les émeutiers à sortir.
-Sergent, son écharpe à la main, cherche à régulariser le mouvement,
-et le défilé commence au bruit des cris, mille fois répétés, de _Vive
-Pétion!_ _A bas le Veto!_ On voit reparaître, au milieu des bandes en
-marche, le misérable qui porte au bout d'une pique un cœur de veau
-sanglant avec ces mots: _Cœur d'aristocrate!_ «Cet homme, rapporte un
-témoin, affectait de mettre cet horrible emblème sans les yeux du Roi.»
-
-L'Œil-de-Bœuf était à demi évacué. Aclocque en profite pour proposer à
-Louis XVI de se retirer. Ce que le monarque n'a pas accepté de Mouchet,
-qui est suspect, il l'accepte du fidèle Aclocque; entouré de municipaux
-et de gardes nationaux qui lui fraient un passage, il se dirige vers
-une porte dérobée par laquelle il s'échappe, et la foule, privée de sa
-victime, s'écoule en grondant à travers les appartements. En passant
-dans la chambre royale: «_Est-ce là_, hurle-t-elle, _le lit du Gros
-Veto? Ah! il a un plus beau lit que nous, le Gros Veto! Où est-il donc,
-M. Veto?_» C'est au milieu de ces plaisanteries grossières et de ces
-sarcasmes que le défilé continue.
-
-Tandis que ces tristes scènes se passent à l'Œil-de-Bœuf, une autre
-bande, conduite par un homme qui devait avoir une connaissance
-approfondie du palais,—car il l'avait fait passer par une porte dont
-les gens du service intérieur savaient seuls l'existence,—était
-montée à la chambre du Dauphin, où l'on espérait trouver
-Marie-Antoinette[1078]. La Reine venait de la quitter; les bandits,
-désappointés, brisent les portes à coups de hache, sondent les lits
-et les armoires, fouillent partout. De hideuses mégères vomissent
-d'ignobles injures contre la malheureuse princesse, en jurant qu'elles
-veulent la tenir entre leurs mains, morte ou vive. Un brigand, la
-hache au poing, l'outrage à la bouche, s'écrie qu'il a enfoncé déjà
-bien des portes, mais qu'il en enfoncera bien d'autres, pour avoir
-l'Autrichienne!
-
-La Reine avait fait de vains efforts pour accompagner le Roi;
-quand il avait passé dans la salle de l'Œil-de-Bœuf, elle s'était
-précipitée pour l'accompagner. On lui avait vivement fermé le passage.
-Se retournant alors vers ses enfants:—«Sauvez mon fils,» avait-elle
-dit. Le Dauphin, effrayé en entendant tout ce bruit, poussait des
-cris lamentables[1079]. Hue le saisit et l'emporte dans l'appartement
-de Madame Royale, plus éloigné du tumulte. La Reine, le sachant en
-sûreté, s'élance de nouveau pour retrouver son mari; on la retient.
-«Laissez-moi, dit-elle, ma place est auprès du Roi; je veux aller
-mourir à ses pieds[1080].» Des serviteurs fidèles, MM. d'Aubier et de
-Rougeville, l'arrêtent avec une respectueuse fermeté, et le ministre
-des affaires étrangères, Chambonnas, lui représente que, loin de sauver
-le Roi, elle l'exposerait peut-être davantage, que sa place est près de
-ses enfants. Persuadée par ces raisons, elle se laisse conduire, non
-sans regret, dans la chambre du Dauphin, où son fils lui est ramené.
-Mais bientôt l'émeute gronde à la porte; on entraîne la Reine par un
-passage secret dans la chambre du Roi[1081], puis dans la chambre du
-Conseil. Elle est là, dans cette dernière pièce, assise[1082], pâle,
-les jambes agitées par un tremblement involontaire que dissimule la
-table[1083], entourée de ses enfants, et de Mmes de Lamballe, de la
-Roche-Aymon, de Tourzel, de Maillé, de Mackau, du ministre Chambonnas,
-du lieutenant général Wittinghof, et de quelques grenadiers, lorsque
-commence le défilé à travers les appartements.
-
-En entendant le tumulte grandir et les vagues populaires approcher, on
-entraîne à la hâte Marie-Antoinette dans l'embrasure d'une croisée; on
-roule devant elle la table du Conseil, et deux cents gardes nationaux
-environ[1084] se placent sur trois rangs devant cette barricade
-improvisée, sous le commandement de Mandat.
-
-Bientôt l'émeute envahit la salle. Santerre entre le premier et,
-interpellant les grenadiers: «Faites place, dit-il, pour que le peuple
-voie la Reine.» Puis se tournant vers Marie-Antoinette: «Madame,
-reprend-il, vous êtes trompée; le peuple ne vous veut pas de mal. Si
-vous vouliez, il n'y aurait pas un d'eux qui ne vous aimât autant
-que cet enfant,» ajoute-t-il, en désignant le Dauphin. «Au reste,
-n'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal.»—«Je ne suis ni égarée,
-ni trompée[1085], répond la Reine, et je n'ai pas peur; on ne craint
-jamais rien, lorsqu'on est avec de braves gens.» Et elle tend la main
-aux gardes nationaux, qui la saisissent avec transport et la baisent
-respectueusement.
-
-Le hideux défilé commence. Un misérable porte un paquet de verges
-avec cette inscription: _Pour Marie-Antoinette_; un autre élève une
-petite potence à laquelle est suspendue une poupée[1086] avec ces mots:
-_Marie-Antoinette à la lanterne_; un troisième promène une guillotine
-au bas de laquelle on lit cette phrase sinistrement prophétique:
-_Justice nationale pour les tyrans. A bas Veto et sa femme!_ Santerre
-se tient près de Mandat, dirigeant le mouvement et faisant à sa
-bande, si je puis ainsi parler, l'_exhibition_ de la famille royale:
-«Regardez, dit-il, voilà la Reine; voilà le Prince royal.» Le pauvre
-petit Dauphin est là, assis sur la table; un brigand apostrophe
-Marie-Antoinette: «Si tu aimes la nation,»dit-il d'une voix rauque,
-«mets ce bonnet sur la tête de ton fils.» Et il lui tend un bonnet
-rouge. La Reine prend le bonnet et le pose sur la tête du Dauphin. La
-chaleur est affreuse. Le petit prince étouffe sous cette immonde et
-épaisse coiffure. Santerre lui-même est ému de pitié: «Otez le bonnet à
-cet enfant, dit-il, il a trop chaud.»
-
-Malgré son calme, la Reine se retourne vers ses amis: «C'est trop fort
-aussi, murmure-t-elle; cela va au delà de toute patience humaine[1087].»
-
-Le mouvement se ralentit un instant; une femme, l'œil en feu, le
-poing fermé, s'arrête devant Marie-Antoinette: «Tu es une infâme,»
-vocifère-t-elle, «nous te pendrons.»—«Vous ai-je jamais fait aucun
-mal?» répond douloureusement la Reine.—«Non, mais tu fais le malheur
-de la nation.»—«On vous trompe; j'ai épousé le Roi de France; je suis
-la mère du Dauphin, je suis Française; jamais je ne reverrai mon
-pays; je ne puis être heureuse ou malheureuse qu'en France; j'étais
-heureuse, quand vous m'aimiez.» Malgré elle, la femme est touchée de
-cette douleur et de cette tristesse; elle s'attendrit: «Pardonnez-moi,»
-murmure t-elle; «je ne vous connaissais pas; je vois que vous êtes
-bonne.»—«Cette femme est soûle,» dit Santerre, dont cette émotion
-dérange les plans; et la poussant rudement, il fait continuer le défilé.
-
-«Si un de ces scélérats avait osé frapper la Reine dans ce moment,
-ont raconté des témoins de ces horribles scènes, tous eussent suivi
-son exemple, et tout ce qui était dans la chambre eût été massacré.
-Heureusement la majesté de la Reine, peut-être sa beauté, son maintien
-si noble et si fier, son air d'assurance leur imposa à tous[1088].»
-
-A huit heures et demie, les appartements étaient enfin évacués, et
-la Reine, rassurée par Mme Élisabeth sur le sort de son époux,
-put aller rejoindre le Roi. Dès qu'elle l'aperçut, elle se jeta dans
-ses bras en fondant en larmes. Impassible et debout devant l'émeute,
-elle succombait à l'émotion du revoir. Les députés, présents à cette
-entrevue, se sentaient eux-mêmes attendris, et l'un d'eux, Merlin de
-Thionville, ne pouvait s'empêcher de pleurer. La Reine s'en aperçut:
-«Vous pleurez, Monsieur Merlin, lui dit-elle, vous pleurez de voir le
-Roi et sa famille traités si cruellement par un peuple qu'il a toujours
-voulu rendre heureux.»—«Oui, je pleure,» répondit brutalement Merlin;
-«je pleure sur le malheur d'une femme belle, sensible et mère de
-famille; mais ne vous y méprenez point; il n'y a pas une de mes larmes
-pour le Roi ni pour la Reine. Je hais les rois et les reines; c'est
-le seul sentiment qu'ils m'inspirent; c'est ma religion[1089].» Et le
-futur régicide, qui se croyait un grand citoyen parce qu'il venait de
-se montrer grossier, essuya ses larmes.
-
-Un autre député, dont le nom n'a pas été conservé, aborda la Reine
-et, d'un ton familier: «Vous avez eu bien peur,» Madame, lui dit-il,
-«convenez-en.»—«Non, Monsieur, je n'ai pas eu peur; mais j'ai beaucoup
-souffert d'être séparée du Roi, dans un moment où ses jours étaient
-en danger; mais j'avais la consolation d'être avec mes enfants et de
-remplir un de mes devoirs.»—«Sans prétendre excuser tout,» reprit le
-député, «convenez, Madame, que le peuple s'est montré bien bon.»—«Le
-Roi et moi, Monsieur, sommes persuadés de la bonté naturelle du peuple,
-qui n'est méchant que lorsqu'on l'égare.»—«Quel âge a Mademoiselle?»
-continua le sot personnage en montrant Madame Royale.—«Ma fille,
-riposta sèchement la Reine, a l'âge où l'on ne sent que trop l'horreur
-de pareilles scènes[1090].» Et elle se contenta de tourner le dos.
-
-Plus respectueux et mieux inspirés, d'autres représentants félicitaient
-Louis XVI du courage qu'il avait déployé dans cette journée: «Je n'ai
-fait que mon devoir,» répondit simplement le Roi.
-
-Le marquis de Clermont-Gallerande disait à Mme Élisabeth: «Ah!
-Madame, le ciel vengera tant de crimes!»—«Ne parlons pas de vengeance,»
-répondit l'angélique princesse. «Espérons plutôt que Dieu leur
-pardonnera et les changera[1091].»
-
-Cependant Pétion, d'une part, les chefs de la garde nationale, de
-l'autre, achevaient de faire évacuer le Château. Les émeutiers, privés
-de direction, se dispersaient sans résistance, mais en se plaignant
-hautement du résultat de la manifestation. «On nous a amenés pour rien,
-s'écriaient-ils, mais nous reviendrons et nous aurons ce que nous
-voudrons.»—«Le coup est manqué, disait de son côté Santerre; le Roi a
-été difficile à émouvoir aujourd'hui; nous reviendrons demain; nous le
-ferons évacuer[1092].»
-
-A dix heures et demie, tout était terminé; le Château était vide,
-et la famille royale, rentrant dans ses appartements dévastés[1093],
-allait enfin prendre un repos, acheté par de terribles angoisses.
-Quelques jours après, la Reine écrivait ce simple mot à Fersen:
-«J'existe encore, mais c'est un miracle! La journée du 20 a été
-affreuse[1094].»
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
- Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation de
- Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre de la Reine à
- Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion suspendu, puis
- rétabli.—Insultes à la famille royale dans le jardin des Tuileries
- et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux
- Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un
- plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers
- de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Mme de Staël.—Le duc de
- Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie
- contre Lafayette.—Pourquoi?—Surveillance incessante autour des
- Tuileries.—La Fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles:
- le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des
- Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des
- Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche
- des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet
- déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins
- redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté
- de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de la
- Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale aux
- Tuileries.
-
-
-Le lendemain de cette déplorable journée, le jeudi 21 juin, de nouveaux
-attroupements se formèrent; l'alarme se répandit au Château, et le
-petit Dauphin, se pressant contre sa mère, s'écria en pleurant: «Maman,
-est-ce que hier n'est pas encore fini[1095]?»
-
-Ce même jour, Pétion, le Pilate de la royauté, comme on l'a justement
-appelé, eut l'audace de reparaître aux Tuileries; il y trouva réunis le
-Roi et la Reine, avec le procureur du département, Rœderer, et quelques
-amis: «Sire, dit-il, nous avons appris que vous aviez été prévenu qu'un
-rassemblement se portait sur le Château. Nous venons vous informer que
-ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter
-un mai. Je sais, Sire, que la municipalité a été calomniée; mais sa
-conduite sera connue de vous.»
-
-«Elle doit l'être de la France entière,» répondit sèchement le Roi; «je
-n'accuse personne en particulier; j'ai tout vu.»
-
-Pétion chercha à se justifier et à justifier l'émeute: «Sans les
-précautions prises par la municipalité,» reprit-il, «il serait
-peut-être arrivé des événements beaucoup plus fâcheux, non pas contre
-votre personne.» Et fixant la Reine qui était à côté de son mari: «Vous
-devez savoir, Sire, que votre personne sera toujours respectée.»
-
-Son air était provocant. Louis XVI perdit patience:
-
-«Taisez-vous,» dit-il d'un ton absolu et d'une voix forte. «Est-ce
-respecter ma personne, que d'entrer chez moi en armes, de briser mes
-portes et de forcer ma garde?»
-
-«Sire, répondit le maire, je connais l'étendue de mes devoirs et ma
-responsabilité.»
-
-«Faites votre devoir», riposta impérieusement le Roi. «Vous répondez de
-la tranquillité de Paris. Adieu.»
-
-Le surlendemain, 23, le monarque adressait aux Français une
-proclamation pleine de noblesse, où, après avoir dénoncé au pays les
-attentats dont il avait été l'objet et dont il avait failli être la
-victime, il ajoutait ces belles paroles:
-
-«Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
-conscience et son amour du bien public. Le Roi ignore quel sera le
-terme auquel ils voudront s'arrêter; mais il a besoin de dire à la
-nation française que la violence, à quelque accès qu'on veuille la
-porter, ne lui arrachera jamais son consentement à tout ce qu'il croira
-contraire à l'intérêt public..... Comme représentant héréditaire de
-la nation française, il a des devoirs sévères à remplir, et s'il peut
-faire le sacrifice de son repos, il ne fera jamais le sacrifice de ses
-devoirs.»
-
-Un grand mouvement répondit à ce noble langage. «Je ne puis vous dire
-combien Louis a gagné dans le respect et l'affection de tous, depuis
-le 20 de ce mois,» écrivait le 24 juin un témoin peu suspect[1096].
-L'audace des factieux, le danger couru par la famille royale,
-l'héroïsme de son attitude, un dernier reste peut-être de cet amour
-traditionnel que la France avait si longtemps porté au sang de ses
-rois, amenèrent une réaction de l'opinion. Des adresses indignées
-arrivèrent de soixante-dix départements[1097]. Vingt mille signataires,
-tant de Paris que de la province, protestèrent contre ce «crime de
-lèse-nation[1098]» et réclamèrent énergiquement la répression de
-l'émeute. Le Directoire du département de la Seine, justement indigné
-de la conduite de Pétion et du procureur de la Commune, Manuel, leur
-demanda un compte sévère de l'emploi de leur temps, et les juges de
-paix de la capitale ouvrirent une enquête.
-
-Dès le 28, Lafayette était arrivé à Paris et, au nom de l'armée, avait
-exigé de l'Assemblée la punition des émeutiers, la suppression du club
-des Jacobins et l'adoption de mesures vigoureuses pour la défense de
-l'autorité et du Roi en particulier. La droite l'accueillit par des
-applaudissements; la gauche par un morne silence et bientôt par des
-murmures. Au sortir de la séance, la garde nationale l'acclama, et il
-put croire un moment qu'il avait retrouvé son ancienne popularité. S'il
-eut cette illusion, elle dura peu. Lorsqu'il fallut passer des paroles
-aux actes, lorsque le général voulut profiter de la terreur causée
-par sa brusque arrivée pour dissoudre le club des Jacobins, il ne
-rencontra partout que froideur et inertie, et il dut renoncer à toute
-intervention énergique. Le 30, il repartit pour son camp sans avoir
-osé prendre l'initiative d'aucune mesure et sans avoir laissé d'autre
-trace d'une démarche qui l'honore qu'une lettre hautaine qui irrita les
-passions, sans relever les courages[1099].
-
-Le lendemain, 1er juillet, après une discussion orageuse et une
-longue séance de nuit, l'Assemblée décida le licenciement immédiat de
-l'état-major de la garde nationale; c'était la réponse de la Gironde à
-l'impérieuse sommation de Lafayette.
-
-Le 4 juillet, la Reine écrivait à M. de Mercy la lettre suivante, la
-dernière qui lui soit parvenue:
-
-«Vous connaissez déjà les événements du 20 juin; notre position devient
-tous les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
-faiblesse et inertie de l'autre. L'on ne peut compter sur la garde
-nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
-jeter ailleurs.
-
-«Il est plus que temps que les Puissances parlent fortement. Le 14
-juillet et jours suivants peuvent être l'époque d'un deuil général pour
-la France et de regrets pour les Puissances qui auront été trop lentes
-pour s'expliquer.
-
-«Tout est perdu, si l'on n'arrête pas les factieux par la crainte d'une
-punition prochaine. Ils veulent à tout prix la république; pour y
-arriver, ils ont résolu d'assassiner le Roi. Il serait nécessaire qu'un
-manifeste rendît l'Assemblée nationale et Paris responsables de ses
-jours et de ceux de sa famille.
-
-«Malgré tous ces dangers, nous ne changerons pas de résolution; vous
-devez y compter, autant que je compte sur votre attachement. Je me
-plais à croire que je partage les sentiments qui vous attachaient à ma
-mère. Voilà le moment de m'en donner une grande preuve, en sauvant moi
-et les miens, moi, s'il en est temps[1100].»
-
-La Reine n'avait que trop raison; la situation devenait de jour en
-jour plus épouvantable: les attaques de l'Assemblée se joignaient aux
-insultes de la rue et aux vociférations des clubs. Le jour même où
-Marie-Antoinette écrivait cette lettre, Vergniaud s'élevait violemment
-contre les prétendues trahisons de la Cour, et dans un mouvement d'une
-fougueuse éloquence demandait si le sombre génie de Médicis errait
-toujours sous les voûtes du Palais et si l'on allait voir se renouveler
-la Saint-Barthélemy et les dragonnades. Quelques jours après, Brissot,
-non moins violent, s'écriait que frapper la Cour des Tuileries, c'était
-frapper tous les traîtres d'un seul coup. Marat tonnait contre le
-palais où «une reine perverse» fanatise « un roi imbécile» et «élève
-les louveteaux de la tyrannie[1101]». Et comme pour donner raison à ces
-déclamations, et encourager l'émeute, Pétion, le complice du 20 juin,
-suspendu le 6 juillet par le Directoire, était rétabli le 13 dans ses
-fonctions.
-
-Aux appels à la violence et à l'assassinat, les violences de la
-populace répondaient. Des écrits incendiaires étaient répandus à
-profusion dans la capitale, dans les provinces, dans l'armée. Sur
-les places de Paris, dans les rues, dans tous les lieux publics,
-on prêchait hautement l'insurrection. Aux discours se mêlaient les
-chansons; aux journaux, les pamphlets et les caricatures immondes
-contre le Roi et la Reine. Le jardin des Tuileries, un moment fermé
-après le 20 juin, puis rouvert, était sans cesse rempli de femmes qui
-insultaient tout ce qui tenait à la Cour; on y criait jusque sous
-les fenêtres un infâme libelle intitulé: _Vie de Marie-Antoinette_,
-accompagné d'estampes dégoûtantes que les colporteurs montraient au
-milieu d'éclats de rire outrageants[1101a]. On y chantait aux oreilles
-de la Reine cet odieux couplet:
-
- Madame Veto avait promis
- De faire égorger tout Paris.
-
-Les gardiens avaient voulu imposer silence aux chanteurs; une rixe
-s'en était suivie, et une des personnes qui accompagnaient la Reine
-ayant frappé ces misérables à coups de plat de sabre, ils étaient
-allés se plaindre à l'Assemblée, et l'Assemblée leur avait accordé les
-honneurs de la séance. Une autre fois, la foule tenta de briser les
-fenêtres à coups de pierres; on dut fermer de nouveau le jardin, qui
-ne fut rouvert qu'à la fin de juillet[1102]. Le 21 juillet, un décret
-avait décidé que la terrasse des Feuillants serait regardée comme
-une annexe de la salle des délibérations et, à ce titre, resterait
-ouverte au public. Aussitôt on la sépara du reste du parc par un ruban
-tricolore, et sur les arbres dont elle était bordée on traça cette
-inscription: «Citoyens, respectez-vous; donnez à cette faible barrière
-la force des baïonnettes.» La terrasse des Feuillants fut baptisée:
-_Terre de la Liberté_; le jardin des Tuileries, c'était la _Terre de
-Coblentz_. Quiconque osait franchir cette démarcation était hué et
-traité d'aristocrate. Un jour, un jeune homme, sans faire attention
-à la consigne, était descendu dans le jardin; des vociférations
-l'assaillirent; on cria _à la lanterne!_ Immédiatement, le jeune homme
-ôta ses souliers et essuya avec son mouchoir le sable qui s'était
-attaché aux semelles. On applaudit et on le porta en triomphe[1103].
-Malgré la clôture du jardin, où on ne laissait pénétrer que les
-personnes munies de cartes[1104], la Reine et ses enfants, dès qu'ils
-y paraissaient, étaient assaillis par des vociférations tellement
-épouvantables, partant de la terrasse, qu'ils étaient obligés de
-rentrer; à partir de la fin de juillet même, ils durent renoncer à s'y
-promener[1105].
-
-Cependant, lorsque l'enquête sur le 20 juin avait été ordonnée,
-Marie-Antoinette, apprenant que Hue y serait entendu, l'avait fait
-venir et lui avait dit: «Mettez dans votre déposition toute la réserve
-que permet la vérité..... Il faut écarter tout soupçon que le Roi ou
-moi gardions le moindre ressentiment de ce qui s'est passé. Ce n'est
-pas le peuple qui est coupable, et, quand il le serait, il trouverait
-toujours auprès de nous le pardon et l'oubli de ses erreurs[1106].»
-
-Et le Roi, au dire de l'ambassadeur des États-Unis, ne songeait encore,
-au milieu de cette crise, qu'à assurer à la France la liberté[1107] et
-un bonheur stable.
-
-C'est ainsi que le peuple les en récompensait[1108].
-
-Une nuit, vers une heure du matin, la Reine ne dormait pas,—elle
-s'entretenait avec Mme Campan;—toutes deux entendirent des pas
-étouffés dans le corridor qui régnait le long de l'appartement. C'était
-un garçon de salle qui s'était introduit là dans une intention trop
-facile à deviner. Un valet de chambre, averti par Mme Campan, se
-jeta sur cet homme et le terrassa. «Madame, dit-il, c'est un scélérat;
-je le connais, je le tiens.»—«Lâchez-le, répondit la Reine, il venait
-pour m'assassiner; demain, les Jacobins le porteraient en triomphe.»
-Et se tournant vers Mme Campan: «Quelle position! dit-elle, des
-outrages le jour, des assassins la nuit[1109]!»
-
-Le lendemain, M. de Septeuil ordonna de changer toutes les serrures.
-Louis XVI fit plus; il exigea que sa femme quittât le rez-de-chaussée,
-où elle logeait seule, et où elle était insultée à chaque
-instant[1110], et montât au premier, dans une chambre de l'appartement
-du Dauphin. Mme de Tourzel, qui occupait cette chambre, céda sa
-place à la Reine et s'installa sur un lit de veille qu'on dressait tous
-les soirs[1111]. On laissait les persiennes et les volets ouverts, afin
-que l'infortunée souveraine vît poindre le jour, et que ses nuits sans
-sommeil fussent moins pénibles[1112].
-
-La Reine eut une peine extrême à se décider à ce changement de
-logement. Il lui répugnait de laisser paraître de l'inquiétude; il ne
-lui répugnait pas moins de déranger de fidèles serviteurs. Le malheur
-avait resserré les liens qui l'unissaient à eux et la rendait plus
-soucieuse encore de leur bien-être: «Cette princesse était si bonne et
-si occupée de tous ceux qui lui étaient attachés, dit Mme de Tourzel
-en racontant ce fait, qu'elle comptait pour beaucoup de leur causer
-la moindre petite gêne. Jamais princesse ne fut plus attachante, ne
-marqua plus de sensibilité pour le dévouement qu'on lui témoignait, et
-ne fut plus occupée de ce qui pouvait être agréable aux personnes qui
-l'approchaient. Croirait-on qu'une Reine de France en était réduite à
-avoir un petit chien dans sa chambre, pour l'avertir au moindre bruit
-que l'on ferait entendre dans son appartement[1113]?»
-
-Mais le Dauphin, qui aimait passionnément sa mère, était ravi de ce
-nouvel arrangement. Dès que la Reine était éveillée, il courait à son
-lit, «la serrait dans ses petits bras, en lui disant les choses les
-plus tendres et les plus aimables. C'était le seul moment de la journée
-où cette princesse éprouvât quelque consolation; son seul courage la
-soutenait[1114].»
-
-Au milieu de toutes ces alertes et de toutes ces angoisses, de ces
-nuits sans sommeil et de ces jours sans repos, de ces fatigues
-physiques et de ces souffrances morales, la santé de la Reine se
-soutenait; mieux encore, elle s'était affermie. Dans les temps
-prospères, elle avait été sujette à des crises nerveuses; à l'heure
-de la douleur, ces crises avaient disparu. «Les maux de nerfs,»
-disait-elle avec un mélancolique sourire, «c'était bon pour les femmes
-heureuses[1115].»
-
-Le 14 juillet approchait; l'Assemblée avait décidé qu'on
-renouvellerait, ce jour-là, la fête de la Fédération de 1790; c'était
-un moyen détourné de former le rassemblement de vingt mille hommes
-auquel le Roi s'était opposé. Les fédérés arrivaient de tous côtés;
-ils avaient été soigneusement choisis parmi les révolutionnaires les
-plus exaltés et les plus fanatiques. Ceux de Marseille et de Brest
-se distinguaient par leur violence et leur audace. Accueillis avec
-transport par les Jacobins, logés gratuitement par la municipalité,
-défrayés de toutes leurs dépenses sur le trésor public, grisés de vin
-et de déclamations, fournis de poudre et de cartouches, ces hommes
-constituaient une force armée toute prête aux mains des factieux. Les
-plus honnêtes d'entre eux partirent pour le camp de Soissons, où se
-formait l'armée de réserve, chargée d'appuyer celle de Lafayette et
-de Luckner; mais ils étaient rares: quinze cents environ[1116], et,
-malgré le décret de l'Assemblée qui, le 11 juillet, avait déclaré la
-patrie en danger, les autres restaient à Paris, pour donner le dernier
-assaut à la monarchie, insultant la famille royale, maltraitant ses
-amis et se prenant de querelle avec les gardes nationaux des compagnies
-fidèles. «Il n'est pas de jour, écrivait Montmorin à la Marck, où je
-ne tremble pour la vie du Roi et de la Reine, et lorsque le soir est
-arrivé, je remercie la Providence de ce qu'ils existent encore, et, à
-la vérité, il n'y a qu'elle seule à en remercier[1117].»
-
-C'était avec une véritable terreur qu'on voyait arriver cette date du
-14 juillet.
-
-Louis XVI et Marie-Antoinette devaient assister à la Fédération, et
-l'on ne doutait pas que le plan qui avait échoué le 20 juin ne fût
-repris ce jour-là, et que, dans cette foule tumultueuse et hostile,
-il ne se trouvât des assassins[1118]. On prêchait publiquement le
-régicide, et il n'y avait guère de jour que quelque officieux ne vînt
-avertir la Reine de se tenir sur ses gardes[1119]. La pauvre femme
-n'avait pas un instant de tranquillité. Pour se rassurer un peu, elle
-insista pour que le Roi se fit faire un plastron qui, en parant les
-premiers coups, donnât au moins à ses amis le temps d'arriver pour
-le défendre. Le plastron fut fait, et le prince, afin de calmer les
-craintes de sa femme, consentit à le porter. «C'est pour la satisfaire,
-dit-il; mais ils ne m'assassineront pas; leur plan est changé; ils
-me feront mourir autrement.»—«C'est vrai», reprit la Reine quand
-Mme Campan lui rapporta ces paroles de Louis XVI; «je commence à
-redouter un procès pour le Roi. Quant à moi, je suis étrangère; ils
-m'assassineront. Que deviendront nos pauvres enfants?» Et elle se mit à
-répandre un torrent de larmes. Mais ce fut en vain que Mme Campan la
-pressa de porter un corset de même tissu que le gilet du Roi. «Si les
-factieux m'assassinent,» répondit la pauvre femme, «ce sera un bonheur
-pour moi; ils me délivreront de l'existence la plus douloureuse[1120].»
-
-Depuis longtemps déjà, résignée à mourir, mais ne voulant pas entraîner
-dans sa perte ceux qui lui demeuraient attachés, elle ne se couchait
-jamais sans avoir brûlé tous les papiers capables de compromettre ses
-amis[1121].
-
-Dans cette situation si critique et presque désespérée, les offres
-de services affluaient; il semblait que le péril multipliât les
-dévouements. La préoccupation constante de tous ces fidèles de la
-dernière heure était d'arracher la famille royale à cette prison de
-Paris, qui était pour elle l'émeute et le danger de mort en permanence.
-Épouvantée des horreurs du 20 juin, une des amies d'enfance de la
-Reine, la landgrave Louise de Hesse-Darmstadt, avait envoyé son frère,
-le prince Georges de Hesse, en France, tout exprès pour tâcher de la
-sauver. Quel était le plan du prince? Quels étaient ses moyens? Nous
-l'ignorons; mais il est probable que ce plan ne visait qu'à sauver la
-Reine seule. L'amie n'avait songé qu'à son amie, elle avait compté sans
-l'épouse et sans la mère. Malgré toutes les instances, Marie-Antoinette
-refusa; mais quand le prince Georges repartit, elle lui donna pour la
-landgrave la lettre suivante, toute pleine d'affectueuse reconnaissance
-et de douloureuse résignation:
-
-«Votre amitié, vos soins, Madame, m'ont touchée jusqu'au fond de l'âme.
-La personne qui repart pourra vous dire les raisons qui l'ont retenue
-si longtemps; il vous dira aussi que, même à présent, je n'ose pas
-le voir chez moi; il m'aurait pourtant été bien doux de parler avec
-lui de vous, à qui je suis tendrement attachée. Non, ma Princesse, en
-sentant tout le prix de vos offres, je ne puis les accepter. Je suis
-vouée pour la vie à mes devoirs et aux personnes chères dont je partage
-les malheurs, et qui, quoi qu'on en dise, méritent tout intérêt par
-le courage avec lequel elles soutiennent leur position. Le porteur de
-cette lettre pourra vous donner des détails sur ce moment-ci et sur
-l'esprit du lieu que nous habitons. On dit qu'il a beaucoup vu et voit
-juste. Puisse un jour tout ce que nous faisons et souffrons rendre
-heureux nos enfants! c'est le seul vœu que je me permette. Adieu, ma
-Princesse. Ils m'ont tout ôté, hors mon cœur qui me restera toujours
-pour vous aimer. N'en doutez jamais; c'est le seul malheur que je ne
-pourrais supporter[1122].»
-
-Et s'ouvrant de ce projet à la confidente de ses jours de tristesse,
-Mme de Tourzel, la Reine lui disait: «Mon parti est pris; je
-regarderais comme la plus insigne lâcheté d'abandonner dans le danger
-le Roi et mes enfants. Que serait d'ailleurs la vie pour moi sans des
-objets aussi chers et qui peuvent seuls m'attacher à une vie aussi
-malheureuse que la mienne? Convenez qu'à ma place vous prendriez le
-même parti[1123].»
-
-Le projet de Mme de Staël était plus vaste et plus complet que celui
-du prince de Hesse, car il embrassait toute la famille royale. Une
-terre, la terre de Lamotte, était à vendre, près de Dieppe. Mme de
-Staël proposait de l'acheter, d'y mener avec elle un homme sûr, ayant
-à peu près la taille et la figure du Roi, une femme de l'âge et de la
-tournure de la Reine, et son fils, qui était de l'âge du Dauphin. Au
-bout de deux ou trois voyages, ces personnes eussent cédé la place
-à la famille royale, et, grâce à la faveur que la fille de Necker
-rencontrait parmi les patriotes, dont elle avait partagé les opinions,
-mais dont, à cette heure, elle ne partageait plus les illusions, on
-eût pu sortir de Paris et gagner le château de Lamotte, où l'on eût
-été en sûreté. Malouet fut chargé de communiquer ce plan au Roi et
-à la Reine, il n'en reçut que cette réponse décourageante: «que les
-augustes prisonniers étaient très sensibles à ce que Mme de Staël
-voulait faire pour eux, mais qu'ils n'accepteraient jamais d'elle aucun
-service[1124].»
-
-Malouet ne se découragea pas cependant. Toujours en quête, avec
-Montmorin, Lally-Tolendal, Malesherbes, Bertrand de Moleville, des
-moyens de salut pour la famille royale, il s'était adressé au duc
-de Liancourt, qui, depuis 1790, commandait à Rouen, et le duc, qui
-avait quatre régiments sous ses ordres, avait promis de les porter
-à Pontoise, où les Suisses auraient pu conduire Louis XVI. De là,
-la famille royale eût gagné Rouen; un yacht, préparé par les soins
-d'un ordonnateur de la marine, M. de Mistral, l'eût reçue pour la
-transporter au Havre, et, à la dernière extrémité, en Angleterre.
-Malouet fit remettre à Louis XVI, par M. de la Porte, une lettre où
-il développait ce plan, en insistant vivement sur le danger qu'il y
-avait à rester à Paris. Le Roi lut la lettre sans rien dire et sans
-en rien communiquer à personne; mais il ne put dissimuler son extrême
-agitation, et quand la Reine lui en demanda la cause: «C'est, dit-il,
-une lettre de M. Malouet; mais il y a des exagérations dans ses
-inquiétudes, et peu de sûreté dans ses moyens..... Nous verrons; rien
-ne m'oblige encore à prendre un parti si hasardeux..... L'affaire de
-Varennes est une leçon.»
-
-La Reine ne dit rien, et M. de la Porte se retira; mais Montmorin,
-quand il connut cette réponse, ne put s'empêcher de s'écrier: «Il faut
-en prendre son parti; nous serons tous massacrés, et cela ne sera pas
-long[1125].»
-
-Le danger en effet devenait si imminent qu'il frappait les moins
-clairvoyants. Lafayette offrit encore une fois son concours, et,
-d'accord avec M. de Montciel, ministre de l'intérieur, Lally-Tolendal
-et l'ambassadeur des États-Unis, le sage et dévoué Gouverneur Morris,
-il ébaucha un nouveau plan. On eût profité de la fête de la Fédération.
-Lafayette et le vieux maréchal Luckner, complètement gagné à sa
-cause, avaient demandé à y assister, au nom de l'armée. Le 15, placés
-entre eux deux et escortés par cent cavaliers dévoués, le Roi et la
-famille royale sortiraient de Paris en plein jour; la garde nationale
-protégerait leur départ, et les Suisses, échelonnés entre la capitale
-et Compiègne, appuieraient leur marche. Une fois à Compiègne, où quinze
-escadrons et huit pièces de canon assureraient sa liberté, le Roi,
-délivré des empiétements de l'Assemblée et de la pression des clubs, se
-porterait médiateur entre les Puissances et la France, et reprendrait
-son pouvoir en révisant la Constitution. Si l'Assemblée et les Jacobins
-s'opposaient à sa sortie légale, les deux généraux se croiraient
-autorisés par cette mesure inconstitutionnelle à marcher sur Paris à la
-tête de leurs troupes[1126].
-
-Le projet fut examiné au Conseil des ministres; il fut approuvé à
-l'unanimité[1127]. Louis XVI, malgré sa répugnance à quitter la
-capitale[1128], et à se mettre entre les mains des Constitutionnels,
-auxquels il attribuait la responsabilité de sa déplorable
-situation[1129], semblait disposé à se prêter à ce plan. Déjà
-les préparatifs étaient commencés: les Suisses avaient reçu des
-ordres[1130], lorsque, tout à coup, le prince déclara qu'il était
-décidé à ne pas partir, qu'il aimait mieux s'exposer à tous les
-dangers que de donner le signal de la guerre civile[1131]. C'étaient,
-assure-t-on, les conseils de la Reine, qui, au dernier moment, avaient
-ainsi modifié la résolution du Roi[1132]. Elle avait pour Lafayette une
-insurmontable antipathie, et elle disait à Mme Campan qu'il valait
-mieux périr que de devoir son salut à l'homme qui leur avait fait le
-plus de mal et de se mettre dans la nécessité de traiter avec lui[1133].
-
-On a vivement reproché à Marie-Antoinette son opposition acharnée à ce
-projet. On l'a accusée d'avoir sacrifié la monarchie et l'existence
-même des siens à d'aveugles préventions. Sans doute, il eût été plus
-politique d'oublier les griefs du passé et de ne plus voir que le
-dévouement de l'heure présente; mais ce dévouement, la Reine ne croyait
-pas à son désintéressement et à sa sincérité. Lafayette était toujours
-à ses yeux l'homme qui avait porté à l'autorité royale les coups les
-plus sensibles, qui lui avait infligé à elle-même l'injure la plus
-sanglante, une de ces injures qu'une femme ne pardonne pas[1134]. Le
-grand orateur dont elle regrettait peut-être alors de n'avoir pas mieux
-suivi les avis, Mirabeau, l'avait toujours prévenue contre l'ambition
-brouillonne et la présomptueuse incapacité de celui qu'il appelait
-dédaigneusement _Gilles-César_, et à ce moment même, ses confidents
-les plus intimes, Mercy, Fersen, ne lui recommandaient-ils pas, dans
-leurs lettres, si la nécessité ou des circonstances favorables la
-déterminaient à quitter Paris, de ne jamais appeler Lafayette, mais de
-réclamer le concours de provinces fidèles, comme la Picardie[1135]?
-
-Ce plan, d'ailleurs, était-on aussi sûr de sa réussite qu'on le
-prétendait[1136]? La garde nationale s'y fût-elle prêtée? Un exemple
-tout récent permettait d'en douter. Dans la nuit du mercredi 11 au
-jeudi 12 juillet, le bruit s'était répandu, dans la garde de service
-au Château, que la Reine était partie. Le commandant ne put calmer
-ses hommes qu'en éveillant le Roi à deux heures du matin et en le
-priant de lui faire voir la Reine. Étaient-ce là des dispositions
-favorables, soit à une évasion, soit à un départ public? Montmorin,
-qui transmettait ces détails à son ami la Marck, en arrivait à ce
-douloureux dilemme: «Depuis que le Roi a licencié sa garde, je crois
-impossible qu'il sorte de Paris, et très dangereux qu'il y reste.»
-Et il concluait ainsi: «Le Roi, et surtout la Reine, se sont refusés
-absolument à toute proposition de sortir de Paris, et, quelque
-danger que je voie au séjour qu'ils y font, je crois qu'ils ont bien
-fait[1137].»
-
-Malgré ces sombres pronostics, la Fédération se passa tranquillement;
-mais les alarmes furent vives. Le Roi était, avec toute sa famille,
-à l'École militaire, attendant le cortège qui était allé poser la
-première pierre d'une colonne sur l'emplacement de la Bastille. Quand
-le cortège parut et défila sous le balcon où se tenait la famille
-royale, des cris formidables de _Vive Pétion!_ éclatèrent de toutes
-parts; quelques rares cris de _Vive le Roi!_ y répondirent. Louis
-XVI descendit et se rendit à pied, du pavillon de l'École militaire,
-à l'autel dressé à l'extrémité du Champ-de-Mars. Sa tête poudrée
-ressortait au milieu des cheveux noirs des députés et ses vêtements
-brodés d'or tranchaient sur le costume sombre des gens du peuple qui
-l'entouraient. «Quand il monta les degrés de l'autel, on crut voir la
-victime sainte s'offrant volontairement au sacrifice[1138].» La Reine
-ne l'avait pas perdu de vue pendant ce long et douloureux trajet, au
-milieu de ces hommes qui, dit un témoin oculaire, «avaient plus l'air
-d'être réunis pour une émeute que pour une fête[1139].» Un instant,
-elle l'avait vu disparaître dans la foule[1140]; elle avait poussé un
-cri; mais ce n'était qu'une fausse alerte; peu après, le Roi reprit
-sa place près de sa famille. «L'expression du visage de la Reine,
-dit Mme de Staël, ne s'effacera jamais de mon souvenir; ses yeux
-étaient abîmés de pleurs; la splendeur de sa toilette, la dignité de
-son maintien contrastaient avec le cortège dont elle était entourée;
-quelques gardes nationaux la séparaient seuls de la populace[1141].»
-Quand le Roi revint à l'École militaire, elle descendit à sa rencontre;
-le prince la serra dans ses bras avec une affectueuse émotion, et ses
-enfants l'embrassèrent en pleurant[1142].
-
-La cérémonie terminée, la famille royale remonta en voiture et retourna
-aux Tuileries. Heureux de la voir vivante, après les inquiétudes
-qu'avait excitées cette journée, les grenadiers qui entouraient le
-carrosse ne cessaient de crier: _Vive le Roi! Vive la Reine!_ «Ils
-étaient tout cœur et tout âme, écrit Mme Élisabeth; cela faisait du
-bien[1143].» Mais qu'étaient ces cris isolés à côté des acclamations
-immenses qui avaient accueilli le maire de Paris, le vrai triomphateur
-du jour, ce fat et misérable Pétion, qui avait abandonné la royauté au
-20 juin, qui devait la livrer au 10 août?
-
-L'agitation continuait dans Paris. Le bruit courait plus que jamais
-que l'Assemblée voulait enlever la famille royale, et l'emmener dans
-le Midi[1144]; pour faciliter l'exécution de ce projet et isoler
-le Roi de plus en plus, on faisait partir pour le camp de Soissons
-les trois régiments de ligne qui restaient dans la capitale et deux
-bataillons de Suisses[1145]. Au Château, on n'avait plus un instant
-de tranquillité. Les rumeurs les plus absurdes prenaient créance, dès
-qu'elles étaient hostiles à la famille royale, et donnaient lieu à des
-mouvements populaires. Le 20 juillet, les fédérés avaient passé la nuit
-en orgies sur la place de la Bastille; quelques meneurs vinrent leur
-raconter que la Cour avait fait assassiner les députés patriotes et
-conservait dix-huit mille fusils au Château. Aussitôt ils prennent les
-armes «pour exterminer les traîtres». A cinq heures du matin le rappel
-est battu; quatre mille gardes nationaux se portent aux Tuileries. Pour
-cette fois, du moins, le danger fut conjuré: Pétion lui-même calma
-l'effervescence. Mais cette journée néanmoins exerça une influence
-néfaste sur l'avenir; pendant que la famille royale était réunie avec
-les ministres dans le cabinet du Roi, attendant l'insurrection et
-délibérant sur la conduite à tenir, on avait décidé que si les factieux
-approchaient, le prince et sa famille, n'ayant pas de moyens de se
-défendre, se retireraient à l'Assemblée: résolution fatale qui ne fut
-que trop mise à exécution le 10 août[1146].
-
-Quelques jours après, dans la nuit du 24 au 25 juillet, Mme
-Campan fut avertie que les faubourgs s'apprêtaient à marcher sur
-les Tuileries; on avait résolu, disait-on, d'enlever le Roi et de
-l'enfermer à Vincennes. Déjà le tocsin sonnait à Saint-Roch; Mme
-Campan courut à l'appartement de la Reine; brisée de fatigue, après
-tant d'insomnies, la malheureuse femme dormait. Le Roi, qui survint, ne
-voulut pas qu'on la réveillât; on venait d'apprendre d'ailleurs que le
-mouvement annoncé avait avorté; Pétion, ne se trouvant pas suffisamment
-prêt, s'y était opposé. Mais la Reine, quand elle s'éveilla, reprocha
-vivement à sa première femme de chambre d'avoir respecté son sommeil,
-et comme Mme Campan lui représentait qu'elle avait besoin de réparer
-ses forces abattues: «Elles ne le sont pas, dit-elle; le malheur en
-donne de grandes. Élisabeth était auprès du Roi, et je dormais, moi qui
-voudrais périr à ses côtés! Je suis sa femme et je ne veux pas qu'il
-courre le moindre péril sans moi[1147].»
-
-C'est à ce rôle passif qu'elle était réduite. Si elle n'avait écouté
-que son courage, elle ne se fût pas si facilement résignée; elle se
-fût souvenue du mot de Mirabeau, de ce que pouvaient une femme et un
-enfant à cheval. Périr pour périr, elle eût mieux aimé succomber les
-armes à la main que d'attendre patiemment la mort par le poignard ou
-l'échafaud. Mais elle était paralysée par l'inertie de son mari: «Le
-Roi, disait-elle, a peur de commander et craint plus que toute autre
-chose de parler aux hommes réunis. Quelques paroles bien accentuées,
-adressées aux Parisiens, centupleraient les forces de notre parti; il
-ne les dira pas.... Pour moi, je pourrais bien agir et monter à cheval,
-s'il le fallait; mais si j'agissais, ce serait donner des armes aux
-ennemis du Roi. Le cri contre l'_Autrichienne_, contre la domination
-d'une femme, serait général en France, et d'ailleurs j'anéantirais le
-Roi en me montrant. Une Reine qui n'est pas régente doit, dans ces
-circonstances, rester dans l'inaction et se préparer à mourir[1148].»
-
-Un jour que l'abbé de Montesquiou lui avait soumis un plan qui
-demandait beaucoup de conduite et de fermeté: «C'est inutile,
-répondit-elle tristement, la conduite que vous me proposez ne peut pas
-se conseiller; celui qui n'a pas en lui le caractère nécessaire pour
-l'imaginer ne saurait en suivre le conseil[1149].»
-
-Ainsi réduite à l'inaction en France, la Reine n'espérait plus guère
-que de l'étranger. Sa correspondance avec Fersen se multipliait:
-Fersen, que son père avait voulu rappeler en Suède après l'assassinat
-de Gustave III, et qui avait noblement refusé, dût-il être réduit à la
-misère, d'abandonner ses augustes clients[1150]. Elle avait recours
-aux procédés les plus ingénieux pour dissimuler ces relations. Les
-lettres étaient presque toujours écrites en chiffres, ou du moins
-dans un style de convention; elles étaient envoyées, tantôt par des
-gens sûrs, tantôt, et surtout à l'époque où nous sommes, dans des
-boîtes de biscottes, dans des paquets de thé ou de chocolat, dans la
-doublure d'un chapeau ou d'un vêtement, sous forme d'annonce dans un
-journal[1151]. Les billets succédaient aux billets avec une rapidité
-et une fréquence extraordinaires; chaque semaine, il y en avait au
-moins deux, soit de Marie-Antoinette, soit du fidèle Goguelat. A la fin
-de juillet, ce ne sont plus guère que des cris d'alarme, des appels
-désespérés. La Reine écrit le 24 juillet:
-
-«Dans le courant de la semaine, l'Assemblée doit décréter sa
-translation à Blois et la suspension du Roi. Chaque jour produit une
-scène nouvelle, mais tend toujours à la destruction du Roi et de
-sa famille; des pétitionnaires ont dit, à la barre de l'Assemblée,
-que, si on ne le destituait pas, ils le massacreraient. Ils ont eu
-les honneurs de la séance. Dites donc à M. de Mercy que les jours du
-Roi et de la Reine sont dans le plus grand danger, qu'un délai d'un
-jour peut produire des malheurs incalculables, qu'il faut envoyer le
-manifeste sur-le-champ, qu'on l'attend avec une extrême impatience,
-que nécessairement il ralliera beaucoup de monde autour du Roi et le
-mettra en sûreté; qu'autrement personne ne peut en répondre pendant
-vingt-quatre heures: la troupe des assassins grossit sans cesse[1152].»
-
-Huit jours après, nouvel appel plus pressant encore. Le 28 juillet,
-d'Éprémesnil avait été à moitié assommé sur la terrasse des
-Feuillants[1153]. Le 29, les Marseillais avaient fait leur entrée à
-Paris. Ramassis de brigands et de gens sans aveu, tourbe cosmopolite,
-échappée des bagnes de Gênes, d'Espagne et de Toulon[1154], ils
-apportaient à la populace parisienne un appoint puissant, moins par le
-nombre,—ils n'étaient guère que six cents,—que par leur audace et leur
-expérience en fait d'émeutes et de crimes. C'était pour les attendre
-que Pétion avait ajourné l'émeute du 27 juillet. Le lendemain même de
-leur arrivée, le 30, ils rencontrent aux Champs-Élysées des grenadiers
-du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui faisaient un repas de corps
-chez le restaurateur Dubertier, leur cherchent querelle sans motif, en
-massacrent un, en blessent une quinzaine, et les autres n'échappent au
-même sort qu'en se réfugiant dans le jardin des Tuileries, et de là
-au Château, où on leur prodigue des secours. Vainement les camarades
-des victimes viennent-ils demander justice à l'Assemblée; la gauche
-les accueille par des murmures, les tribunes par des vociférations.
-Ce sont eux qu'on transforme en coupables, et l'on dénonce à la
-vengeance populaire la Reine et les dames qui ont donné leurs soins aux
-_assassins_ des braves fédérés.
-
-Le 1er août, Marie-Antoinette faisait écrire par Goguelat à
-Fersen cette lettre désespérée, la dernière qu'ait reçue d'elle son
-chevaleresque correspondant; l'angoisse l'y rendait même parfois
-injuste pour les fidèles grenadiers des Filles-Saint-Thomas.
-
-«La vie du Roi est évidemment menacée depuis longtemps, ainsi que
-celle de la Reine. L'arrivée d'environ six cents Marseillais et d'une
-quantité d'autres députés de tous les clubs des Jacobins augmente bien
-nos inquiétudes, malheureusement trop fondées. On prend des précautions
-de toute espèce pour la sûreté de Leurs Majestés; mais les assassins
-rôdent continuellement autour du Château; on excite le peuple; dans
-une partie de la garde nationale, il y a mauvaise volonté, et dans
-l'autre, faiblesse et lâcheté. La résistance qu'on peut opposer aux
-entreprises des scélérats n'est que dans quelques personnes décidées
-à faire un rempart de leurs corps à la famille royale, et dans le
-régiment des gardes-suisses. L'affaire qui a eu lieu le 30, à la suite
-d'un dîner aux Champs-Élysées, entre 180 grenadiers[1155] d'élite de
-la garde nationale et des fédérés marseillais, a démontré clairement
-la lâcheté de la garde nationale et le peu de fond qu'il faut faire
-sur cette troupe, qui ne peut en imposer que par sa masse. Les 180
-grenadiers ont pris la fuite; il y en a eu deux ou trois de tués et une
-vingtaine de blessés. Les Marseillais font la police du Palais-Royal et
-du jardin des Tuileries, que l'Assemblée nationale a fait ouvrir.....
-Pour le moment, il faut songer à éviter les poignards et à déjouer
-les conspirateurs qui fourmillent autour du trône prêt à disparaître.
-Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la peine de cacher le
-projet d'anéantir la famille royale. Dans les deux dernières assemblées
-nocturnes, on ne différait que sur le moyen à employer. Vous avez pu
-juger par ma précédente lettre combien il est intéressant de gagner
-vingt-quatre heures; je ne ferai que vous le rappeler aujourd'hui, en
-ajoutant que, si l'on n'arrive pas, il n'y a que la Providence qui
-puisse sauver le Roi et sa famille[1156].»
-
-A cette date du 1er août, les armées coalisées étaient en marche.
-Le duc de Brunswick s'était mis en mouvement le 28 juillet[1157]; il
-comptait être, au bout de huit ou dix jours, à la frontière[1158],
-y laisser des corps suffisants pour masquer les places et empêcher
-leurs garnisons de s'opposer à ses opérations, et se porter lui-même
-directement sur Paris[1159]. Au moment d'entrer en campagne, le 25,
-cédant aux vives instances des émigrés, il avait lancé, de Coblentz, un
-manifeste menaçant. Après avoir exposé les réclamations de l'Empereur
-et du roi de Prusse pour les princes allemands possessionnés en
-Alsace et leur intérêt à voir cesser l'anarchie en France, sans
-vouloir s'enrichir par des conquêtes, ni prétendre «s'immiscer dans le
-gouvernement de la France», il invitait la partie saine de la nation à
-rentrer dans les voies de la justice, et s'engageait à protéger ceux
-qui se soumettraient au Roi. Mais il menaçait d'une punition exemplaire
-tous ceux qui se défendraient contre ses armes, déclarant que, si la
-moindre insulte, la moindre violence était faite au Roi ou à la Reine,
-la ville de Paris serait livrée à une exécution militaire et à une
-subversion totale.
-
-Par quelle déplorable habileté Fersen réussit-il à substituer ce
-manifeste, dû à la plume d'un émigré, M. de Limon[1160], au texte,
-modéré et sage, proposé par l'agent accrédité du Roi et de la
-Reine, Mallet du Pan, et primitivement adopté par les Puissances?
-Par quel aveuglement surtout, lui qui connaissait la France, qui
-venait de la traverser tout récemment encore, et qui écrivait «qu'on
-ne peut compter sur les gardes nationaux, ni sur les gens de bien
-de Paris, qui craignent de se mettre en avant de peur de recevoir
-une égratignure, tandis que les scélérats agissent[1161]», ajoutant:
-«Mon inquiétude pour vous est extrême; je n'ai pas un seul moment de
-tranquillité[1162]»; par quel aveuglement put-il croire que cette
-déclaration hautaine et provocante relèverait le courage des amis de
-la royauté et terrifierait ses adversaires? Comment ne vit-il pas
-qu'édicter ainsi les derniers supplices contre tous les partisans de
-la Révolution, c'était en grossir le nombre, les réduire au désespoir,
-et que les premières victimes de ce désespoir seraient précisément les
-malheureux souverains qu'on avait la prétention de sauver? Lui-même
-cependant avait écrit à son ami Taube, en lui envoyant le manifeste:
-«Voici un moment critique pour eux, Dieu les conserve[1163]!» Et à
-sa demande, le baron de Breteuil avait envoyé l'évêque de Pamiers à
-Londres pour obtenir de Pitt une intervention de l'Angleterre en faveur
-des malheureux otages que d'imprudentes menaces allaient livrer à
-toutes les colères[1164].
-
-Mais on se faisait, de l'autre côté du Rhin, même parmi les plus sages,
-d'étranges illusions. Les émigrés avaient si souvent répété que la
-guerre ne serait qu'une promenade militaire à travers la France, que
-le duc de Brunswick s'imaginait ne pas rencontrer de résistance[1165],
-et que Mercy lui-même, si peu disposé, par son âge et son expérience,
-aux espérances exagérées, écrivait, le 9 juillet, à Marie-Antoinette:
-«En un mois, on sera sauvé[1166].» On indiquait déjà les étapes de
-la marche des coalisés: on devait être tel jour à Verdun, tel autre
-à Châlons[1167]. La Reine elle-même, momentanément rassurée par la
-parole de Mercy, confiait à Mme Campan, pendant une de ses nuits
-d'insomnie, que, dans un mois, «elle ne verrait plus cette lune sans
-être dégagée de ses chaînes[1168].» Et le baron de Breteuil formait
-déjà le cabinet qui devait prendre la direction des affaires, à la
-rentrée à Paris[1169].
-
-Quoi qu'il en soit, le résultat de ce manifeste ne fut pas celui
-qu'en attendaient ses auteurs: «Il ne rallia personne, parce qu'il
-ne présentait aucun point de ralliement; n'effraya personne, parce
-qu'il annonçait des prétentions extravagantes, et enfin n'obtint rien,
-parce qu'il demandait l'impossible. Une partie de la France resta
-muette à cet appel; l'autre y répondit par des cris de fureur et de
-vengeance[1170].»
-
-A ce moment suprême, pourtant, les Girondins ne voulaient pas encore
-la république; ils sentaient qu'ils n'auraient point pour eux l'appui
-de l'armée, même de l'armée du Midi, sur laquelle ils comptaient le
-plus[1171]. Il y eut un moment d'hésitation dans la marche des ennemis
-de la royauté. La garde nationale voulait conserver le Roi, comme
-une sauvegarde contre les représailles des coalisés, et certains
-chefs de la Révolution s'étaient déjà ménagé les moyens de fuir en
-Amérique[1172]. Le plan qui souriait le plus à Brissot et à ses amis,
-c'était de proclamer la déchéance de Louis XVI et de mettre le Dauphin
-sur le trône, avec Condorcet comme gouverneur et Pétion comme régent.
-Mais déjà les Girondins étaient débordés et, pour ne pas être laissés
-de côté, ils étaient obligés de se mettre à la remorque des Jacobins.
-
-Le 3 août, Pétion se présente à la barre de l'Assemblée et, au nom
-de 46 sections de Paris sur 48, demande la déchéance. L'Assemblée,
-sans discussion, renvoie une pétition à une commission extraordinaire
-pour faire son rapport le 9 août[1173]. En attendant, tout se prépare
-pour le dernier assaut qui doit être livré à la royauté. Le Comité
-insurrectionnel siège en permanence au cabaret du _Cadran-bleu_. La
-section Mauconseil, sans attendre la décision de l'Assemblée, vote
-la déchéance; la section du Théâtre-Français, sous la présidence de
-Danton, se déclare en état d'insurrection[1174]. Les Marseillais,
-quittant leurs casernes trop éloignées, se transportent au centre de la
-capitale, dans les sections Poissonnière et du Théâtre-Français[1175],
-où on les incorpore dans les bataillons révolutionnaires[1176]; on leur
-donne à profusion du vin et de l'argent[1177]. Westermann est désigné
-pour prendre le commandement des bandes, à la place de Santerre, dont
-l'incapacité est trop manifeste, et Panis et Sergent font distribuer
-aux fédérés les cartouches qu'ils refusent aux gardes nationaux. On
-fait venir de tous côtés des recrues sur lesquelles on peut compter.
-Jourdan et les massacreurs de la Glacière sont à Paris[1178]. «Jourdan
-et ses compagnons sont réunis à Santerre, mandait Malouet à Mallet du
-Pan; les promenades dans les rues, les hurlements sont horribles. Les
-affiches, les placards ont la même couleur de sang. Jamais cette ville
-de boue n'a été aussi infecte, aussi pestilentielle[1179].»
-
-En même temps, on éloigne de la capitale les derniers défenseurs de la
-royauté. Dès la fin de juillet, un officier suisse écrivait: «Ils sont
-parvenus à faire sortir de Paris toute la force armée. Voilà les cinq
-régiments de ligne et les deux tiers des régiments des gardes-suisses,
-que l'on craignait, hors d'état de nuire aux factieux. Bientôt nous
-allons voir commencer la tragédie[1180].» Les troupes de ligne, en
-effet, dont l'Assemblée redoutait le bon esprit, avaient été envoyées
-à l'armée[1181]; trois cents Suisses avaient été dirigés sur la
-Normandie, sous prétexte de protéger la circulation des grains et l'on
-avait enlevé à ceux qui restaient à Paris leurs douze canons[1182].
-
-Pour achever de désorganiser la résistance, la municipalité arrête que
-la garde de service au Château sera chaque jour composée de citoyens
-de toutes les sections. Tout est prêt pour se porter en armes aux
-Tuileries et y déposer le Roi. Le jour seul est encore incertain.
-Successivement fixé au 4, puis au 6, il est enfin arrêté pour le 9 au
-soir, lorsque l'Assemblée aura délibéré sur la pétition des sections
-de Paris; ce jour-là, si, à onze heures, justice n'est pas rendue
-au peuple par le Corps législatif, «à minuit le tocsin sonnera, la
-générale sera battue et tout se lèvera à la fois[1183]». En attendant,
-la terreur règne dans la capitale; les députés qui osent encore,
-nous ne dirons pas se montrer favorables au Roi, mais simplement ne
-pas exécuter servilement les volontés des clubs, sont insultés et
-maltraités[1184]. On répand les bruits les plus lugubres. On annonce
-qu'on promènera la Reine dans une cage de fer avant de la conduire à la
-Force, qu'on enfermera le Roi à l'Hôtel-de-Ville, puis au Temple[1185].
-Dès le 2 août, on vend dans les rues un imprimé qui n'est que le
-programme de la journée qu'on prédit, et le médecin Brunier peut le
-remettre à Mme de Tourzel[1186]. Une agitation effrayante régnait
-dans le peuple, et une femme, très liée avec les révolutionnaires,
-écrivait cette phrase sinistre: «Il pleuvra du sang; je n'exagère
-point[1187].»
-
-A ces menaces directes et publiques, qu'avait à opposer la royauté?
-Rien que des promesses vagues, des espérances fragiles, et, hélas! des
-illusions obstinées: la marche lointaine encore du duc de Brunswick,
-l'argent donné aux chefs des factieux, Pétion, Danton[1188], Santerre,
-pour empêcher l'insurrection et qui ne sert qu'à la payer; et, au
-Château, neuf cents Suisses, quelques rares gardes nationaux fidèles,
-et une centaine de gentilshommes. Qu'était-ce contre les bandes
-dirigées par Barbaroux et Westermann?
-
-Vainement les fidèles de la dernière heure, les Malouet, les
-Malesherbes, les Morris, les Lally-Tolendal, présentèrent-ils, le 7
-août, un suprême projet d'évasion. Vainement offrirent-ils de conduire
-la famille royale à Pontoise ou à Compiègne[1189], sous la protection
-des grenadiers d'Aclocque et des Suisses de Courbevoie, en partant en
-plein jour, à huit heures du matin, du Pont-Tournant, et en avertissant
-le président de l'Assemblée qu'on allait à Compiègne, en vertu de la
-Constitution[1190]. Le Roi refusa, et Mme Élisabeth se contenta
-de répondre que l'insurrection annoncée n'aurait pas lieu, qu'on en
-avait pour garant la parole de Pétion et de Santerre, qui, moyennant
-sept cent cinquante mille livres, s'étaient engagés à ramener les
-Marseillais dans le parti de Sa Majesté[1191].
-
-Malgré cette confiance apparente et étrange, l'alarme régnait en
-permanence au Château. Si l'on avait pu croire, pendant quelque temps,
-comme le disait Morris, que les gardes nationaux et les Parisiens
-voudraient conserver Louis XVI «comme la protection la plus efficace
-contre le pillage et les insultes des ennemis[1192]», depuis le 20 juin
-on ne pouvait plus guère avoir cette confiance: on ne cherchait qu'à
-gagner du temps; mais on était gardé à vue. Pour prévenir une fuite,
-dont le bruit s'était encore une fois répandu, les fédérés faisaient
-chaque jour et chaque nuit des patrouilles autour des Tuileries[1193].
-Les hommes à pique, avant d'aller, le bonnet rouge sur la tête, faire
-à l'Assemblée des motions incendiaires, défilaient près du Château, en
-chantant d'injurieux couplets; «on eût dit qu'ils venaient reconnaître
-les lieux, avant de l'attaquer[1194].» On insultait la Reine jusque
-sous les fenêtres de ses petits cabinets qui donnaient sur la cour, et
-Mme de Tourzel, dont les appartements étaient au rez-de-chaussée,
-n'osait plus y conduire le Dauphin[1195]. Un Marseillais, le sabre
-au poing, criait aux Suisses en faction à la porte du Carrousel:
-«Misérables, c'est la dernière garde que vous montez; nous allons vous
-exterminer tous[1196].»
-
-Chaque jour, chaque nuit, ce sont des alertes nouvelles[1197]. Le Roi
-brûle ses correspondances[1198]; la Reine ne se couche qu'une fois sur
-deux[1199], et elle en est réduite, nous l'avons vu, à avoir un petit
-chien dans sa chambre pour l'avertir en cas de danger[1200]. Toute la
-nuit du 4 au 5 août, l'on s'attend à être égorgé[1201]. Louis XVI est
-debout: «Ah! qu'ils viennent!» dit le malheureux prince, résigné à
-son sort; «dès longtemps je suis préparé; mais,» ajoute-t-il avec une
-sollicitude touchante, «qu'on n'éveille pas la Reine[1202].»
-
-Le dimanche 5 août, la famille royale allait à la chapelle des
-Tuileries entendre la messe pour la dernière fois. Pendant qu'elle
-traversait la galerie pour s'y rendre, un certain nombre de gardes
-nationaux la saluèrent des cris de _Vive le Roi!_ Mais aussitôt
-les autres répondirent par de formidables huées: «_Pas de Roi! A
-bas le Veto!_» Et le soir, aux vêpres, les musiciens, chantant le
-_Magnificat_, se donnèrent le mot pour «tripler le son de leurs voix
-d'une manière effrayante», en psalmodiant: _Deposuit potentes de
-sede[1203]!_
-
-C'était le dernier outrage. Cinq jours après, la sinistre prédiction
-des musiciens de la chapelle allait être accomplie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
- Le 10 août.
-
-
-La journée du jeudi 9 août avait été relativement tranquille, malgré
-les bruits alarmants qui circulaient. Le Roi, après le dîner, avait
-joué au billard avec Mme Élisabeth[1204] et la pieuse princesse
-avait écrit à son amie Mme de Bombelles: «Cette journée, qui devait
-être si vive, si terrible, est le plus calme possible[1205].» Le
-soir, tout change; je ne sais quelle agitation sinistre règne dans la
-capitale; les dames du palais n'osent pas venir à la Cour, de peur
-d'être insultées.
-
-A minuit, le tocsin sonne au clocher des églises; bientôt au bruit du
-tocsin se mêle celui des tambours qui battent, les uns la générale,
-les autres le rappel; les sections s'arment; les faubourgs s'ébranlent
-et se mettent en marche. Aux Tuileries, il y a environ neuf cents
-Suisses, deux cents gentilshommes et quelques compagnies de gardes
-nationaux fidèles. C'est peu; mais cette petite troupe est sous les
-ordres d'un chef résolu et dévoué, Galiot de Mandat, ancien capitaine
-aux gardes françaises. Dès le matin, il a pris des dispositions
-énergiques pour la défense: les ponts sont gardés et il sera facile
-d'empêcher les faubourgs de se réunir en coupant la communication
-et en chargeant les colonnes pour les disperser[1206]. Les Suisses
-occupent la cour du Château, la chapelle et la porte royale, le bas du
-grand escalier du Roi et de la Reine[1207], tandis que les grenadiers
-des Filles-Saint-Thomas sont rangés en bataille vis-à-vis de la grande
-porte[1208]. Malheureusement les soldats n'ont pas de cartouches: à
-peine trois coups par homme[1209]. Les Suisses eux-mêmes n'en ont pas
-trente[1210], et le commandant est sans ordres.
-
-Vers onze heures, Pétion, cédant aux instances réitérées de Mandat,
-vient au Château. Le Roi l'interpelle brusquement: «Monsieur, dit-il,
-vous êtes maire de Paris; il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement;
-veut-on recommencer le 20 juin?»—«Sire, la fermentation est grande,
-mais je cours à l'Hôtel-de-Ville rétablir la tranquillité.»—«Non,
-Monsieur,» reprend la Reine qui devine les projets de Pétion; «c'est
-sous vos yeux que tout a été organisé; vous allez, comme maire, signer
-l'ordre de repousser la force par la force; vous resterez près de la
-personne du Roi.» Pétion, déconcerté, signe l'ordre, puis il s'esquive,
-et, après une courte apparition à l'Assemblée, retourne dans sa maison,
-où, suivant le plan arrêté avec ses amis, il se fait consigner pour le
-reste de la journée.
-
-Au Château, on avait été assez rassuré pendant les premières heures: on
-avait confiance dans les forces dont on disposait et que Mandat avait
-habilement placées aux point les plus importants, dans la cour, dans
-le jardin, aux guichets. Des avis, qu'on croyait sûrs, représentaient
-d'ailleurs le rassemblement comme n'ayant pas la gravité qu'on lui
-supposait d'abord[1211]. La Reine avait même envoyé son fils se coucher
-sous la garde de la fidèle Mme de Tourzel; mais, en l'embrassant,
-elle n'avait pu retenir ses larmes: «Maman,» disait l'enfant, comme
-s'il devinait le danger, «pourquoi pleurez-vous? Je voudrais bien ne
-pas vous quitter cette nuit.»—«Soyez tranquille, mon fils, je ne serai
-pas loin de vous[1212].»
-
-Mais l'anxiété n'avait pas tardé à renaître; les mauvaises nouvelles
-parvenaient, pressantes et précises. La famille royale était réunie
-dans la chambre du Conseil; la princesse de Lamballe, la princesse de
-Tarente, Mme de Tourzel et sa fille, les ministres, deux municipaux,
-Borie et Leroux, le procureur général syndic du département, Rœderer,
-quelques serviteurs zélés, l'entouraient. Au milieu des angoisses
-croissantes, l'étiquette traditionnelle avait été levée: il n'y avait
-pas eu de coucher du Roi; la Reine et Mme Elisabeth étaient assises
-sur de simples tabourets[1213]. Quelques amis dévoués arrivaient de
-moment en moment, s'asseyant partout, sur les tables, sur les consoles,
-par terre.
-
-La Reine parle à chacun de la manière la plus affectueuse, réchauffant
-le zèle et soutenant les courages: «Messieurs, dit-elle aux gardes
-nationaux qui sont dans la chambre du Conseil, tout ce que vous avez de
-plus cher, vos femmes, vos enfants, dépend de notre existence; notre
-intérêt est commun[1214].» Mais parmi ces défenseurs de la dernière
-heure, l'harmonie ne règne pas; les préventions de certains gardes
-nationaux contre les gentilshommes persistent. Le chef de légion la
-Chesnaye veut faire éloigner les volontaires royalistes. La Reine s'y
-oppose vivement: «Vous ne devez pas, dit-elle, avoir de défiance de
-ces braves gens qui partageront vos dangers et vous défendront jusqu'à
-leur dernier soupir[1215]. Je réponds de tous ceux qui sont ici; ils
-marcheront devant, derrière, dans le rang, comme vous voudrez; ils
-sont prêts à tout ce qui pourra être nécessaire: ce sont des hommes
-sûrs[1216].»
-
-Personne ne s'était couché au Château; seul le Dauphin dormait[1217].
-Vers trois heures du matin, on entend dans le lointain comme le bruit
-houleux des vagues qui approchent. Un coup de fusil retentit dans la
-cour même des Tuileries[1218]: «Hélas! dit la Reine, ce ne sera pas le
-dernier!» Elle fait lever et habiller son fils; elle ne veut pas que
-les factieux trouvent au lit l'hériter du trône, et depuis ce moment
-elle le garde toujours près d'elle. «Maman,» dit le pauvre enfant,
-ému à la vue du trouble qu'il voit autour de lui et déjà familiarisé
-avec les journées, «maman, pourquoi ferait-on du mal à papa? Il est si
-bon[1219]!»
-
-La nuit était admirable, le ciel pur, l'air calme; la tranquillité
-de la nature contrastait avec l'agitation de la rue et l'anxiété des
-âmes. Par les croisées ouvertes, on entendait tous les bruits de la
-grande ville. L'aube paraît; Mme Élisabeth court à la fenêtre. «Ma
-sœur, dit-elle, venez donc voir lever l'aurore.» Le disque du soleil
-commençait à se dégager, rouge de sang[1220].
-
-Cependant un ordre impérieux de la municipalité appelle Mandat à
-l'Hôtel-de-Ville. Déjà le commandant n'a pas répondu à une première
-dépêche. Pressé par Rœderer[1221], il n'ose résister à une seconde et
-part entre quatre et cinq heures du matin[1222]; mais un pressentiment
-sinistre l'a saisi: «Je ne reviendrai pas,» dit-il[1223].
-
-Il ne se trompait pas. A peine arrivé à l'Hôtel-de-Ville, il trouve la
-Commune insurrectionnelle installée à la place de la Commune légale.
-Huguenin, qui la préside, lui reproche avec violence les mesures qu'il
-a prises contre le peuple, le somme de les révoquer, et, sur le refus
-de Mandat[1224], ordonne de le transférer à l'Abbaye. C'est le signal
-de la mort. Au sortir de la salle du Conseil, on casse, d'un coup de
-pistolet, la tête du malheureux commandant et son corps est jeté à la
-Seine. Dès lors, la petite garnison des Tuileries n'a plus de chef, et
-la résistance est désorganisée.
-
-Le bruit devient plus distinct; les vagues se rapprochent. La Reine
-supplie le Roi de se montrer à ses défenseurs et de les échauffer
-par sa présence, par son exemple, par un mot d'encouragement. Louis
-XVI cède aux instances de sa femme[1225]; il paraît au balcon, vêtu
-d'un habit violet, la coiffure dérangée, le teint animé, les yeux
-rougis par l'insomnie[1226]. De chaleureux vivats l'accueillent. Il
-traverse les appartements pour gagner la cour. La Reine, ses enfants,
-Mme Élisabeth, la princesse de Lamballe l'accompagnent. Quand
-il passe dans la grande galerie, un vif enthousiasme se manifeste:
-ces vieux gentilshommes, volontaires de la dernière heure, prêts à
-se faire massacrer eux-mêmes, acclament la royauté qui va mourir;
-l'émotion gonfle les poitrines, les pleurs baignent les yeux; des cris
-de _Vive le Roi!_ éclatent de toutes parts[1227]. Le bataillon des
-Filles-Saint-Thomas occupe la galerie de Diane. La Reine lui parle
-avec cette grâce et ce cœur qu'elle met à tout ce qu'elle dit, et
-ces braves gens sont tout transportés[1228]. «Ils semblent, a dit un
-historien contemporain, renouveler la scène sublime de _Moriamur pro
-rege nostro_[1229].»
-
-On était moins sûr des postes extérieurs, où Pétion avait fait placer
-des bataillons hostiles[1230]. Le Roi ne veut pas exposer sa famille à
-un accueil douteux, malveillant peut-être. Parvenu dans le vestibule
-du grand escalier, il fait remonter sa femme, sa sœur et ses enfants
-et continue seul cette suprême revue. Ce fut un tort peut-être: ce
-que la bonté un peu molle et le courage résigné du Roi ne firent pas,
-l'attitude plus déterminée de la Reine et la beauté touchante du
-Dauphin eussent pu l'obtenir.
-
-Il était six heures environ, lorsque Louis XVI descendit dans la
-cour. Inquiet et troublé, malgré sa contenance sereine, il ne sut
-pas dire un mot aux gardes nationaux qui se pressaient autour de
-lui. On crie cependant encore _Vive le Roi! Vive Louis XVI! Nous le
-défendrons jusqu'à la mort! Qu'il se mette à notre tête! A bas les
-Jacobins[1231]!_ Mais le Roi reste muet. A mesure qu'on s'éloigne
-du Château, autour duquel sont groupées les troupes fidèles,
-l'accueil devient plus froid. A la terrasse du bord de l'eau, il
-devient hostile. On crie: _Vive la Nation! A bas le Veto! A bas le
-gros cochon!_[1232] Quelques canonniers—la plus mauvaise partie de
-la garde nationale—s'attachent au prince, en lui répétant ces cris
-outrageants, «comme les mouches, dit un témoin oculaire, poursuivent
-l'animal qu'elles se sont acharnées à tourmenter[1233].» A la
-terrasse des Feuillants, des brigands armés de piques joignent leurs
-vociférations menaçantes à ces clameurs hostiles; quelques-uns même
-descendent dans le jardin et les serviteurs fidèles qui accompagnent
-l'infortuné monarque sont obligés de l'entourer d'une double ligne
-pour le protéger[1234]. «Grand Dieu! c'est le Roi qu'on hue!» s'écrie
-le ministre de la marine, M. Dubouchage[1235]. Louis XVI rentre au
-Château, le cœur désespéré, et la Reine, qui de loin a suivi du regard
-toute cette scène et prêté une oreille douloureusement attentive à tous
-ces cris, dit à Mme Campan: «Tout est perdu; cette revue a fait plus
-de mal que de bien[1236].»
-
-Il est certain cependant,—les documents les plus sûrs, les actes les
-plus dignes de foi l'attestent,—il est certain que si, à ce moment
-même, le Roi fût hardiment monté à cheval et se fût mis résolûment à
-la tête de ses troupes, comme Marie-Antoinette l'en suppliait, il eût
-eu facilement raison des assaillants, et, suivant le mot énergique de
-Napoléon, eût balayé toute cette canaille[1237].
-
-Mais le Roi hésite; le Roi a peur de verser le sang; et les municipaux
-qui sont là ont l'air de n'avoir d'autre but que de désorganiser la
-défense. Ils circulent dans la cour du Carrousel, disant bien haut que
-ce serait folie de vouloir s'opposer à un rassemblement aussi nombreux
-et aussi bien armé; ce n'est qu'à regret qu'ils lisent aux troupes la
-loi martiale; encore ont-ils bien soin d'ajouter: «Vous ne tirerez
-qu'autant qu'on tirerait sur vous[1238].» Ces étranges instructions
-jettent le trouble parmi les gardes nationaux; quelques compagnies font
-demi-tour; les canonniers, mal disposés pour la plupart, braquent leurs
-pièces contre le Château, et la gendarmerie à cheval qui occupe la cour
-du Louvre, se replie sur le Palais-Royal, laissant ainsi la route libre
-aux insurgés[1239].
-
-Vers sept heures[1240], une foule compacte et houleuse remplit la
-place Vendôme et la terrasse des Feuillants[1241]. L'avant-garde de
-l'émeute débouche sur la place du Carrousel; déjà quelques bandits
-sont à cheval sur la crête des murs, observant tout et appelant leurs
-camarades[1242]. Les municipaux vont parlementer avec eux; un grand
-cri répond: «_La déchéance ou la mort!_» Municipaux, commandant en
-chef, procureur général sont démoralisés; ils remontent près du Roi.
-Déjà, dans la nuit, Rœderer avait ouvert l'avis d'aller à l'Assemblée.
-«Monsieur,» avait répondu fièrement la Reine, «il y a des forces
-ici; il est temps enfin de savoir qui l'emportera, du Roi et de la
-Constitution, ou de la faction[1243].» Le procureur général s'était
-incliné; mais il n'avait pas changé d'opinion[1244]. Cette fois, ce
-sont les municipaux qui prennent la parole:
-
-«Sire, dit Leroux, le seul parti à suivre, est de se réfugier dans
-le sein de l'Assemblée nationale; c'est à l'instant même qu'il faut
-partir.»
-
-—«Vous le croyez?» répond Louis XVI.
-
-—«Oui, Sire; dire le contraire à Votre Majesté serait la trahir.»
-
-La Reine bondit. Demander asile à l'Assemblée, à cette Assemblée qui
-n'a rien fait pour prévenir l'émeute et qui, pendant qu'agonise la
-monarchie, a le triste courage de délibérer tranquillement sur la
-traite des noirs, abandonner le Château, renoncer à la lutte, mais
-c'est signer sa déchéance, c'est abdiquer! «Nous retirer à l'Assemblée
-nationale,» dit-elle d'une voix vibrante, «y pensez-vous?»—«Oui,
-Madame, l'Assemblée est la seule chose qu'en ce moment le peuple
-respectera.»
-
-Vers sept heures et demie[1245] Rœderer survient, revêtu de son
-écharpe[1246] et à la tête du Directoire: «Sire, dit-il, Votre Majesté
-n'a pas cinq minutes à perdre; il n'y a de sûreté pour elle que dans
-l'Assemblée nationale.»—«Mais, dit le Roi, je n'ai pas vu grand monde
-au Carrousel.»—«Sire, il y a douze pièces de canon et il arrive un
-monde énorme des faubourgs[1247].»
-
-Le sang de la Reine bouillonne dans ses veines. Se tournant vers ses
-fidèles serviteurs: «Clouez-moi sur ces murs,» s'écrie-t-elle, «avant
-que je consente à les quitter[1248]!» Un membre du département qu'elle
-connaît bien, car il est son marchand de dentelles, M. Gendret, veut
-appuyer l'opinion de Rœderer: «Taisez-vous, Monsieur,» lui dit vivement
-la Reine, «laissez parler le procureur général; vous êtes le seul qui
-ne devez point parler ici; quand on a fait le mal, on ne doit pas
-avoir l'air de le réparer[1249].» Et se tournant vers Rœderer: «Mais,
-Monsieur, nous avons des forces.»—«Madame, tout Paris marche, l'action
-est inutile; la résistance, impossible[1250]. Voulez-vous vous rendre
-responsable du massacre du Roi, de vos enfants, de vous-même, en un
-mot des fidèles serviteurs qui vous environnent?»—«A Dieu ne plaise!
-répond la vaillante femme. Que ne puis-je au contraire être la seule
-victime[1251]!» Mais son émotion est si violente que, rapporte un
-témoin oculaire, «sa poitrine et son visage deviennent en un instant
-tout vergetés[1252].»
-
-«Sire, reprend le procureur général, le temps presse; ce n'est plus
-une prière que nous venons vous faire, ce n'est plus un conseil que
-nous prenons la liberté de vous donner; nous n'avons qu'un parti
-à prendre en ce moment: nous vous demandons la permission de vous
-entraîner[1253].» Le Roi relève la tête, regarde un instant Rœderer,
-comme pour interroger sa pensée secrète, et, se déterminant enfin:
-
-«Allons, dit-il, donnons, puisqu'il le faut, cette dernière marque de
-dévouement[1254].»
-
-«Oui, répond la Reine, c'est un dernier sacrifice; mais,»
-ajoute-t-elle, en montrant son mari et son fils, «vous en voyez
-l'objet[1255].» Et interpellant Rœderer:
-
-«Monsieur, dit-elle, vous répondez de la personne du Roi; vous répondez
-de celle de mon fils.»
-
-«Madame, réplique Rœderer, nous répondons de mourir à vos côtés; voilà
-tout ce que nous pouvons garantir[1256].»
-
-Vers huit heures et demie[1257], le funèbre cortège se forme. Des
-grenadiers des Filles Saint-Thomas et des gardes-suisses composent
-l'escorte. Le Roi marche seul en avant, ayant à ses côtés le
-ministre des affaires étrangères[1258]. La Reine donne le bras au
-ministre de la marine[1259] et tient le Dauphin par la main; puis
-viennent Mme Elisabeth et Madame Royale, Mmes de Lamballe et
-de Tourzel, quelques serviteurs fidèles comme le prince de Poix et
-le comte de la Rochefoucauld[1260], les ministres, les membres du
-département[1261]. Tous les assistants pleurent[1262]; la consternation
-est générale.—«Nous reviendrons,» dit le Roi.—«Nous reviendrons,»
-répète la Reine. Mais ni le Roi ni la Reine n'ont d'espoir[1263] et
-les spectateurs sentent bien, comme eux, suivant le mot de Mlle
-de Tourzel, que ce qu'ils voient passer, c'est le «convoi de la
-royauté[1264]».
-
-Le Roi s'avance droit, le cœur déchiré, les traits défaits, mais la
-contenance ferme. La Reine est tout en larmes; elle essuie ses yeux de
-temps en temps et essaie de prendre un air confiant; mais elle ne peut
-le conserver que quelques minutes[1265]. Un garde national se méprend
-sur la cause de ces larmes: «Que Votre Majesté ne craigne rien, dit-il.
-Elle est entourée de bons citoyens.»—«Je ne crains rien,» répond la
-Reine, en appuyant la main sur sa poitrine[1266].
-
-Le cortège traverse les salles, descend le grand escalier[1267], sort
-par la grille du milieu[1268] et s'engage dans le jardin. Les gardes
-nationaux tiennent la droite; les gardes-suisses, la gauche. La foule,
-qui se presse sur la terrasse des Feuillants, salue de ses huées
-les victimes qui s'avancent. Le Roi conserve néanmoins son attitude
-impassible. La Reine s'appuie un moment sur le bras de M. de la
-Rochefoucauld: son cœur bat, sa main tremble. Le petit Dauphin, avec
-l'insouciance de son âge, s'amuse à pousser du pied les feuilles mortes
-qui encombrent le jardin. «Voilà bien des feuilles, dit le Roi; elles
-tombent de bonne heure, cette année.» Quelques jours auparavant, Manuel
-avait écrit dans un journal que la monarchie ne survivrait pas à la
-chute des feuilles[1269]. Sa prédiction se réalisait.
-
-Quand on approche de la terrasse des Feuillants, la foule devient
-plus houleuse; le chemin est obstrué; pendant dix minutes, le cortège
-se trouve arrêté au pied de l'escalier du passage des Feuillants.
-Des cris furieux éclatent dans la populace: «_A bas! A bas! Point de
-veto! Qu'ils n'entrent pas à l'Assemblée!_» On aperçoit la Reine; les
-clameurs redoublent: «_Point de femmes! Nous ne voulons que le Roi, le
-Roi seul[1270]!_» Un grenadier s'empare du Prince royal et le prend
-dans ses bras. La Reine croit qu'on veut lui enlever son fils; elle
-jette un cri terrible; le garde national élève le Dauphin au-dessus de
-sa tête, rassure l'enfant, rassure la mère.
-
-Cependant, l'Assemblée, prévenue par le président du Directoire du
-département de l'arrivée de la famille royale, a envoyé au-devant
-d'elle une délégation de vingt-quatre membres. «Sire, dit le député
-qui la conduit, l'Assemblée vous offre, ainsi qu'à votre famille,
-un asile dans son sein.» Le funèbre cortège reprend sa marche; les
-membres de l'Assemblée ont remplacé ceux du Directoire. Mais, sur la
-terrasse des Feuillants, les cris redoublent; la foule se presse; il
-faut s'arrêter. Un misérable brandit une perche et en menace la famille
-royale, en criant: «_A bas! A bas[1271]!_» Un homme se détache du
-groupe et, s'adressant au Roi: «Donnez-moi la main, lui dit-il, je
-vais vous conduire à l'Assemblée; mais pour votre femme, elle n'y
-entrera pas; c'est elle qui a fait le malheur de la France.» Rœderer
-s'élance; avec l'autorisation des députés, il fait gravir l'escalier
-aux gardes nationaux; il le franchit lui-même et harangue la foule qui
-rugit autour de lui. Un mouvement se fait: il en profite pour frayer
-un passage à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Au milieu de ces bandes
-furieuses, qui vomissent des injures et que leur escorte contient à
-grand'peine, les malheureux souverains entrent à l'Assemblée. Le Roi
-prend place à côté du président; la Reine et sa famille, derrière
-lui, sur les bancs des ministres. Le grenadier qui porte le Dauphin
-le dépose sur le bureau des secrétaires, aux applaudissements des
-tribunes. L'enfant court à sa mère: «Non, non,» crie une voix; «il
-appartient à la nation; l'Autrichienne est indigne de la confiance du
-peuple[1272].»
-
-Le calme se rétablit; le Roi prend la parole: «Je suis venu, dit-il,
-pour éviter un grand crime; je ne saurais être mieux qu'au milieu de
-vous.»
-
-Vergniaud, qui préside, répond: «Vous pouvez compter, Sire, sur la
-fermeté de l'Assemblée nationale. Ses membres ont juré de mourir en
-défendant les droits du peuple et les autorités constituées[1273].»
-
-Mais la Constitution interdit à l'Assemblée de délibérer en présence
-du Roi; l'Assemblée décide que Louis XVI et sa famille seront conduits
-dans la tribune du _Logographe_.
-
-C'était un petit réduit grillé, de dix pieds carrés[1274], exposé à
-l'ardeur d'un soleil brûlant[1275], si étroit qu'à peine pouvait-il
-contenir quelques journalistes, si bas qu'on n'y pouvait rester
-debout. Le Roi s'assied sur le devant; la Reine dans un coin; les
-enfants, Mme Elisabeth et Mme de Lamballe, sur une banquette,
-derrière laquelle se tiennent quelques amis dévoués[1276]. On arrache
-les grilles de fer qui séparent la loge de la salle[1277]. Il est dix
-heures du matin, et c'est là, dans cette misérable hutte, que, pendant
-dix-huit heures, les prisonniers vont assister à l'agonie de la royauté.
-
-Soudain une vive fusillade éclate: on se bat aux Tuileries. Après
-le départ de la famille royale, la plupart des gardes nationaux
-étaient retournés chez eux; les Suisses avaient évacué la cour et
-s'étaient concentrés dans le Château. «Ne vous laissez pas forcer,»
-avait dit le maréchal de Mailly au capitaine de Durler. Les colonnes
-insurrectionnelles arrivent et les somment de se rendre; ils refusent
-héroïquement; semblables à ce grand lion blessé qui a symbolisé
-leur vaillance dans le rocher de Lucerne, ils gardent fièrement et
-fidèlement le vieil écusson de France à demi brisé. On cherche à les
-surprendre; des individus, armés de crocs, s'efforcent de les entraîner
-par leur fourniment: vains efforts. Puis, subitement, sans qu'on sache
-qui l'a tiré, un coup de pistolet retentit. Les Suisses font une
-décharge. Les assaillants, sans essayer de riposter, se dispersent
-de tous les côtés en désordre, abandonnant leurs canons, évacuant la
-cour, dégageant le Château, ne se croyant en sûreté que lorsqu'ils sont
-rendus dans leurs quartiers et montrant, par cette fuite précipitée,
-ce que valait leur courage, et ce qu'on eût pu faire, si l'on avait
-tenté de résister.
-
-Mais le Roi ne veut pas continuer la lutte: il a horreur de répandre
-le sang. De sa prison du _Logographe_, il envoie M. d'Hervilly, avec
-l'ordre de suspendre le feu et d'évacuer le Château. Dociles à ces
-instructions, les Suisses se replient en bon ordre à travers le jardin.
-Un nouveau message du Roi leur fait déposer les armes[1278].
-
-Braves contre des adversaires qui ne se défendent pas, les Marseillais
-reviennent à la charge, se ruent dans le Château, pillent tout, cassent
-tout[1279], s'acharnent principalement contre ce qui a appartenu à la
-Reine[1280], brisent les glaces «dans lesquelles Médicis-Antoinette
-a étudié trop longtemps l'air hypocrite qu'elle montrait au
-public[1281]», achèvent les blessés, tuent à coups de piques et de
-sabres les serviteurs du palais et jusqu'au dernier marmiton[1282],
-incendient les casernes des Suisses[1283] et les écuries du Roi[1284],
-enfoncent les caves, se grisent de vin et de sang. Les massacres du
-jardin et de la rue répondent aux massacres du Château: les malheureux
-Suisses désarmés sont assaillis, mutilés, égorgés; Clermont-Tonnerre
-est assassiné, et la tête de Suleau est portée au bout d'une pique par
-Théroigne de Méricourt!
-
-Couverts de sang, ivres d'orgies, les vainqueurs d'une royauté qui
-n'a pas voulu se défendre paraissent à la barre de l'Assemblée et
-demandent ou plutôt exigent la déchéance. L'Assemblée s'incline devant
-la volonté des nouveaux maîtres de la France; le président Vergniaud
-donne lecture d'un décret qui suspend le Roi de ses fonctions jusqu'à
-la réunion d'une Convention nationale et décide que la famille royale
-sera transférée au Luxembourg, sous la sauvegarde des citoyens et des
-lois, et qu'on nommera un gouverneur au Prince royal.
-
-En attendant, le Roi ne devant plus être entouré que de gardes
-nationaux, on intime aux fidèles, qui l'accompagnent et le protègent
-encore, l'ordre de se retirer. Les dévoués serviteurs s'éloignent
-tristement; mais le comte de Chabot, qui fait partie de la garde
-nationale, court revêtir son uniforme et revient se mettre en faction à
-la porte de la tribune du _Logographe_[1285].
-
-Du fond de sa prison, le Roi voit les pétitionnaires se succéder à
-la barre, les mains ensanglantées, l'injure à la bouche; il voit
-déposer sur le bureau les dépouilles des Tuileries; il entend discuter
-et proclamer sa déchéance; il reste impassible et résigné. La Reine
-conserve sa fière attitude; sa lèvre se plisse avec un sourire de
-dédain pour tous ces misérables qui l'outragent avant de la tuer. Une
-seule disposition du décret l'émeut: c'est celle qui décide qu'on
-nommera un gouverneur au prince royal; elle prie plusieurs députés de
-chercher à parer ce coup qui lui est si sensible; ils y réussissent
-d'autant plus facilement, dit Mme de Tourzel, que «l'Assemblée qui
-projette l'établissement de la république s'embarrasse peu de donner
-un gouverneur à Monseigneur le Dauphin[1286]». Mme Élisabeth baisse
-la tête; Madame Royale pleure; le Dauphin, brisé de fatigue, s'est
-endormi sur les genoux de sa mère. La chaleur est suffocante; on
-étouffe dans ce réduit sans espace et sans air. Le visage du pauvre
-enfant est inondé de sueur; la Reine veut l'essuyer; mais son mouchoir
-est lui-même trop trempé; elle demande celui de M. de la Rochefoucauld
-qui se trouve près d'elle; ce mouchoir est teint du sang de ses
-défenseurs[1287]!
-
-Vers deux heures du matin[1288], la famille royale est transférée au
-couvent des Feuillants, situé près de la salle de l'Assemblée. On se
-met en marche à travers le jardin, au milieu des brigands dont les
-piques dégouttent de sang, à la lueur des chandelles fumeuses qui,
-plantées dans le canon des fusils, projettent sur toute cette scène
-une lueur sinistre. Un instant, la Reine a peur pour son fils; elle
-le prend vivement des mains de M. d'Aubier qui le porte, et le serre
-convulsivement sur son cœur. L'enfant, rassuré, dit gaiement: «Maman
-m'a promis de me coucher dans sa chambre parce que j'ai été bien sage
-avec ces vilains hommes[1289].»
-
-Quatre chambres, ou plutôt quatre cellules, inhabitées depuis plus
-de deux ans, avec un carrelage en briques à demi détruit et des murs
-blanchis à la chaux, tel était le nouveau palais du Roi et de la Reine
-de France. L'architecte de l'Assemblée y avait fait à la hâte porter
-quelques meubles. Les cellules s'ouvraient toutes sur un long corridor,
-dont les issues étaient strictement gardées. Le Roi s'établit dans
-la seconde cellule; la Reine et Madame Royale, dans la troisième; le
-Dauphin et Mme de Tourzel, dans la quatrième. La première servait
-d'antichambre; quelques vaillants serviteurs y veillaient sur la
-royauté déchue. Un souper improvisé fut servi; les enfants seuls y
-touchèrent. Au dehors, la foule grondait; on réclamait la tête de la
-Reine. «Que leur a-t-elle donc fait?» demanda tristement le Roi[1290].
-
-Des misérables avaient pénétré jusque dans le corridor qui précédait
-la chambre du prince, en criant qu'ils l'égorgeraient s'il y avait
-dans Paris le moindre mouvement en sa faveur. D'autres essayaient
-d'escalader les fenêtres basses, sans volets ni grilles; ils montaient
-sur les épaules les uns des autres, pour «raccourcir le gros
-Veto[1291]». La Reine vint un moment dans la cellule de son mari; à
-cette heure encore, elle ne pouvait se consoler d'avoir quitté le
-Château sans essayer de résister: «Peut-être, dit-elle, cela aurait-il
-tourné autrement, si l'on avait fait attaquer de bonne heure les
-Marseillais.»—«Par qui» répondit Louis XVI avec un peu d'humeur.
-La malheureuse femme n'insista pas; au bout de quelques instants,
-elle retourna dans sa chambre, triste réduit tendu d'un papier vert
-défraîchi, et se jeta sur son lit, une dure couchette de moine[1292].
-Mais, hélas! le sommeil ne visitait guère ses paupières. Ce ne fut
-que le matin, vers six heures, qu'elle put s'endormir un moment de ce
-sommeil lourd et si peu réparateur qui suit les grands brisements. Pour
-ne pas l'éveiller, Mme Élisabeth habilla elle-même les enfants;
-quand ils furent prêts, elle les amena à leur mère: «Pauvres enfants,»
-soupira l'infortunée souveraine, «qu'il est cruel de leur avoir promis
-un si bel héritage et de dire: Voilà ce que nous leur laissons. Tout
-finit avec nous[1293]!»
-
-Dans la précipitation du départ, on n'avait rien pu emporter des
-Tuileries, et depuis, les appartements avaient été pillés; la
-malheureuse famille royale n'avait plus rien, ni habits ni argent. On
-avait volé à Marie-Antoinette sa montre et sa bourse dans le trajet de
-l'Assemblée aux Feuillants[1294]. Un officier suisse, à peu près de
-la même taille que Louis XVI, envoya quelques objets pour servir au
-Roi; la duchesse de Gramont fit parvenir un peu de linge à la Reine;
-l'ambassadrice d'Angleterre, la duchesse de Sutherland, dont le fils
-avait le même âge que le Dauphin, donna des vêtements pour le jeune
-prince[1295], et la fille de Marie-Thérèse, n'ayant plus rien, dut
-accepter vingt-cinq louis d'une de ses femmes, Mme Auguié[1296].
-
-Le matin, un certain nombre de femmes de la Reine, Mme Campan et
-sa sœur entre autres, purent la rejoindre. Elle leur tendit les bras
-en pleurant: «Venez, leur dit-elle, venez, malheureuses femmes, voir
-une femme plus malheureuse que vous, puisque c'est elle qui fait votre
-malheur.»—«Nous sommes perdus, ajouta-t-elle; nous voilà arrivés où
-l'on nous a menés, depuis trois ans, par tous les outrages possibles;
-nous succomberons sous cette terrible Révolution. Tout le monde a
-contribué à notre perte[1297].»
-
-Pendant trois jours, la famille royale demeura dans le couvent des
-Feuillants. Pendant trois jours, chaque matin, à dix heures, on la
-conduisit dans la misérable loge qui l'avait abritée au sortir
-du Château. Pendant trois jours, le Roi vit les pétitionnaires se
-succéder à la barre, demander la tête des Suisses qui avaient échappé
-au massacre ou exiger impérieusement sa propre déchéance. Il entendit
-l'Assemblée accorder une solde aux héros du 10 août, tandis quelle
-mettait en accusation le ministre de la guerre, d'Abancourt, et
-préluder à l'abolition de la royauté, qui légalement existait encore,
-en ordonnant le renversement des statues des Rois. Pendant trois jours,
-le monarque fut soumis à cette effroyable torture. Pendant trois
-jours, chaque soir, les prisonniers furent reconduits à leur cachot,
-sous l'escorte d'une garde nombreuse qui les défendait à peine de
-l'assassinat, mais qui ne les défendait pas des outrages. Un jour, dans
-le jardin du couvent, un jeune homme bien vêtu s'approcha de la Reine
-et, lui mettant le poing sous le nez: «Infâme Antoinette, dit-il, tu
-voulais faire baigner les Autrichiens dans notre sang; tu le paieras
-de ta tête!» A cette atroce insulte, la Reine ne répondit que par le
-silence du mépris[1298].
-
-L'Assemblée avait décidé que la famille royale serait transférée au
-Luxembourg; mais le palais de Marie de Médicis ne parut pas assez sûr
-pour conserver de pareils otages: le Luxembourg, dit-on, offrait des
-moyens d'évasion par les souterrains qu'il renfermait. La Commune de
-Paris voulait les prisonniers plus près et plus dépendants d'elle.
-On proposa l'hôtel du Chancelier, place Vendôme; la proposition fut
-repoussée. Manuel, au nom de la Commune, vint signifier qu'elle avait
-fait choix du Temple; et l'Assemblée, s'inclinant devant le pouvoir
-nouveau que l'émeute avait élevé sur les ruines de la monarchie,
-s'empressa de déclarer que la famille royale serait enfermée au
-Temple. Quand la Reine entendit ce nom, elle frémit; je ne sais quel
-pressentiment sinistre l'agitait et, se penchant vers Mme de
-Tourzel: «Vous verrez, dit-elle, qu'ils nous mettront à la Tour et
-qu'ils en feront une véritable prison... J'ai toujours eu une telle
-horreur pour cette tour que j'ai prié mille fois le comte d'Artois de
-la faire abattre; c'était sûrement un pressentiment de tout ce que nous
-y aurons à souffrir..... Vous verrez si je me trompe[1299].»
-
-Hélas! elle ne se trompait pas.
-
-L'Assemblée décida en même temps que toutes les personnes étrangères
-à la domesticité du Roi seraient éloignées de lui. «Ah!» s'écria
-l'infortuné prince, «je suis donc prisonnier! Charles Ier fut plus
-heureux que moi: on lui laissa ses amis jusque sur l'échafaud[1300]!»
-Et se tournant vers ceux qui l'entouraient, il leur ordonna de se
-retirer: «Messieurs,» leur dit la Reine, les larmes aux yeux, «ce n'est
-que dans ce moment que nous sentons toute l'horreur de notre position;
-vous l'adoucissiez par votre présence et votre dévouement, et l'on nous
-prive de cette dernière consolation[1301].»
-
-Avant de partir, les dévoués serviteurs déposèrent sur une table l'or
-et les assignats qu'ils avaient dans leurs poches: ils savaient que la
-famille royale manquait de tout. Le Roi s'en aperçut et, repoussant
-doucement de la main ce suprême hommage de la fidélité: «Messieurs,
-dit-il, gardez vos portefeuilles; vous avez, j'espère, plus longtemps
-à vivre[1302].»
-
-Le 13 août, à six heures du soir[1303], deux grandes voitures de la
-Cour, attelées chacune de deux chevaux, s'arrêtent à la porte du
-couvent des Feuillants; les cochers et les valets de pied sont vêtus de
-gris; c'est la dernière fois qu'ils vont servir leurs maîtres déchus.
-Le Roi, la Reine, leurs enfants, Mme Élisabeth, la princesse de
-Lamballe, Mme de Tourzel et sa fille, le maire, le procureur de la
-Commune et un officier municipal montent dans la première voiture. Le
-Roi, la Reine, le Dauphin et Madame sont dans le fond[1304]; Mme
-Élisabeth, Mme de Lamballe et Pétion, sur le devant; Mme de
-Tourzel et sa fille, à l'une des portières; Manuel et le municipal
-Collonge, sur la banquette en face[1305]. Oublieux des plus vulgaires
-égards, ces deux hommes et Pétion gardent leur chapeau sur la tête.
-Dans le second carrosse s'installent deux officiers municipaux et la
-suite de la famille royale. Le Roi conserve un visage impassible; la
-Reine est sombre; le Dauphin, avec l'insouciance de son âge, tourne les
-yeux de tous côtés pour voir la foule[1306].
-
-Le cortège se met en mouvement. Des gardes nationaux, à pied, l'arme
-renversée, entourent les voitures; mais des milliers de brigands[1307],
-armés de piques, se mêlent à l'escorte, vomissant des injures et des
-blasphèmes; parfois l'encombrement est si grand que les chevaux ne
-peuvent avancer. Alors Pétion et Manuel mettent la tête à la portière,
-pour réclamer le passage, mais ne font rien pour empêcher les insultes.
-
-Sur la place Vendôme, le carrosse du Roi s'arrête; on veut que le
-monarque déchu contemple à loisir la statue de Louis XIV qu'une
-populace en délire a renversée de son piédestal. «Voilà, Sire, comme
-le peuple traite les rois,» dit Manuel.—«Il est heureux, Monsieur,»
-réplique Louis XVI, rouge d'indignation, «que sa fureur ne s'exerce que
-sur des objets inanimés[1308].»
-
-Le cortège reprend par les boulevards[1309] sa marche lente et sans
-cesse embarrassée par des obstacles. Ce long martyre va durer près de
-deux heures et demie[1310]. Les voitures avancent au pas, au milieu
-des masses compactes et hostiles qui crient: _Vive la nation! A bas le
-Roi!_ Les officiers municipaux, chargés d'escorter les prisonniers,
-affectent de s'associer à ces cris et même de les provoquer. «Il est
-impossible, dit un témoin oculaire non suspect, de décrire cette
-ignominie[1311].»
-
-La nuit se fait déjà lorsqu'on arrive au Temple. Par une odieuse
-ironie, les fenêtres sont illuminées comme pour une fête; le salon est
-éclairé par une infinité de bougies[1312], et c'est à la lueur sinistre
-des lampions qui insultent à sa déchéance que la famille royale fait
-son entrée dans la cour du Palais. Santerre le premier vient au devant
-d'elle et fait signe aux voitures d'avancer jusqu'au perron; mais un
-geste des municipaux contremande l'ordre de Santerre et les augustes
-prisonniers doivent descendre au milieu de la cour. Les membres de
-la Commune se tiennent près du Roi, le chapeau sur la tête, et ne
-lui donnant d'autre titre que celui de _Monsieur_; un homme à longue
-barbe, nommé Truchon, affecte même de répéter à tous propos cette
-qualification.
-
-La foule hurle aux abords du Palais; pour éclairer sa joie bruyante
-et mieux mettre en lumière la défaite de la royauté, on a placé des
-lampions sur les parties saillantes des murs extérieurs[1313].
-
-Il est huit heures et demie du soir; les portes se referment avec un
-bruit lugubre, et dans ce palais, transformé pour elle en cachot, la
-famille royale ne va pas tarder à voir se réaliser cette prophétique
-parole d'un de ses plus fidèles amis:
-
-«L'histoire nous apprend combien est court, pour les monarques
-détrônés, le passage de la prison à la tombe[1314]!»
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
- Le Temple.—Description.—Le palais du grand prieur.—La Tour du
- Temple.—La grosse et la petite Tour.—La famille royale est
- enfermée provisoirement dans la petite Tour.—Le 19 août, on la
- sépare de ceux qui l'ont accompagnée.—Vie des
- prisonniers.—Sentiments de la Reine sur l'invasion.—Cléry entre à
- la Tour.—Les journées de septembre.—On apporte sous les fenêtres
- du Temple la tête de la princesse de Lamballe.—Outrages aux
- prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est
- transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est transférée
- à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et remis à son père.
-
-
-Le Temple! Quelle somme d'inénarrables douleurs rappelle ce nom! Tout
-ce que la haine peut inventer de tortures, tout ce que la brutalité
-peut imaginer d'insultes, la famille royale l'a souffert. Toutes les
-amertumes qui peuvent abreuver le cœur d'un homme ou d'un roi, Louis
-XVI les a ressenties. Toutes les larmes que peuvent contenir les yeux
-d'une femme et d'une reine, Marie-Antoinette les a versées. Des cinq
-prisonniers, sur lesquels se fermaient, le 13 août au soir, les portes
-du Temple, trois ne devaient en franchir le seuil que pour monter à
-l'échafaud. Le quatrième, un enfant, ah! la mort prompte eût été plus
-douce que le long et abominable supplice auquel allait le condamner
-l'infamie de ses bourreaux!
-
-L'enclos du Temple, dans lequel venaient d'être introduits les
-prisonniers, renfermait deux bâtiments bien différents: l'un, vaste
-hôtel sans style, appelé palais du grand Prieur, ancienne résidence des
-Vendôme et des Conti, et en dernier lieu du comte d'Artois; l'autre,
-tour carrée à quatre étages, surmontée d'un toit pointu et flanquée
-aux quatre angles de tourelles rondes aux toits aigus. A la grande
-Tour, était adhérente une tour plus petite et plus basse, ornée de
-deux tourelles en poivrière, et sans communication directe avec le
-bâtiment principal. La petite porte qui y donnait accès ressemblait
-au guichet d'une prison[1315]. Les étages, beaucoup plus bas que ceux
-de la grosse Tour, ne contenaient guère chacun que deux pièces et un
-cabinet placé dans une des tourelles; l'autre tourelle renfermait un
-escalier en colimaçon, qui montait jusqu'à la plate-forme. Un escalier
-plus large, mais se rétrécissant à mesure qu'il s'élevait, partait du
-rez-de-chaussée et reliait les étages entre eux.
-
-C'est dans ce bâtiment, qui avait servi de logement au conservateur
-des archives du Temple, M. Barthélemy, que fut conduite la famille
-royale. Elle devait y rester jusqu'à ce que les appartements qu'on lui
-destinait dans la grosse Tour fussent prêts.
-
-Le souper était à peine fini, triste souper, auquel, dit Mme de
-Tourzel, «personne n'était tenté de toucher[1316],» qu'un municipal
-s'empara du Dauphin, qui tombait de sommeil, et, lui faisant traverser
-un souterrain, l'emporta rapidement dans sa chambre. Mme de Tourzel
-le suivit aussi vite qu'elle put, coucha l'enfant et s'assit sur une
-chaise, plongée dans de mornes réflexions. Bientôt la Reine vint la
-rejoindre, lui serra la main, en murmurant: «Ne vous l'avais-je pas
-bien dit?»—«Et, s'approchant du lit de cet aimable enfant, qui dormait
-profondément, les larmes lui vinrent aux yeux en le regardant. Mais
-loin de se laisser abattre, elle reprit sur-le-champ ce grand courage
-qui ne l'abandonna jamais, et elle s'occupa de l'arrangement des
-chambres de ce triste séjour[1317].»
-
-La Reine fut installée au deuxième étage, dans l'ancien salon de
-M. Barthélemy. Le mobilier, dont une main pieuse nous a laissé la
-description, conservait les restes d'un certain luxe: il était en
-lampas bleu et blanc[1318]. Madame Royale avait un petit lit dans la
-chambre de sa mère. Mmes de Tourzel et Saint-Brice couchaient dans
-la chambre du Dauphin; Mme de Lamballe, dans une antichambre obscure
-qui réunissait les deux pièces. Dans la tourelle attenant à la chambre
-du jeune prince, était la garde-robe, commune à la famille royale, aux
-municipaux et aux soldats; il fallait, pour s'y rendre, traverser la
-chambre du Dauphin.
-
-Le Roi occupait le troisième étage; son appartement avait été meublé
-à la hâte; sur les murs pendaient des gravures peu décentes; il les
-enleva lui-même: «Je ne veux pas, dit-il vivement, laisser cela sous
-les yeux de ma fille.» La petite tourelle lui servait de cabinet de
-lecture. Dans un tout petit réduit à côté logeaient Hue et Chamilly.
-Mme Élisabeth avait été établie dans une ancienne cuisine,
-horriblement sale; elle avait fait mettre un lit de sangle près d'elle
-pour Mlle de Tourzel; mais il était difficile de dormir. La pièce
-qui précédait cette cuisine servait de corps de garde, et l'on peut
-juger du bruit qui s'y faisait[1319].
-
-La chambre de la Reine étant plus grande, puisqu'elle avait servi de
-salon, c'était là qu'on se réunissait dans la journée; le Roi lui
-même y descendait dès le matin. Mais les prisonniers n'avaient pas
-la consolation d'être seuls: un municipal, qui changeait d'heure en
-heure, était toujours dans la pièce où ils se tenaient. «La famille
-royale leur parlait à tous avec une telle bonté, dit Mme de Tourzel,
-qu'elle parvint à en adoucir plusieurs[1320].»
-
-Au moment du repas, on descendait au premier étage où se trouvait
-la salle à manger[1321]; à côté de la salle à manger était une
-bibliothèque, qui contenait de douze à quinze cents volumes. Vers
-cinq heures du soir, on se promenait au jardin, promenade pénible où
-l'on était exposé à toutes les insultes, mais dont le Roi et la Reine
-n'hésitaient pas à affronter les ennuis pour procurer un peu d'air à
-leurs enfants[1322]. De là ils voyaient travailler à leur prison.
-
-Les travaux de défense, décidés par la Commune le 13 août, et confiés
-à Palloy, le démolisseur de la Bastille, se poursuivaient avec ardeur,
-quoique avec une certaine indécision. On creusait un large fossé; on
-exhaussait les murs; on abattait les arbres voisins de la Tour; on
-masquait les fenêtres par où l'on pouvait voir en dehors de l'enceinte.
-La captivité se resserrait; elle allait devenir encore plus dure par
-l'isolement.
-
-Dans la nuit du 19 au 20 août[1323], deux municipaux se présentèrent
-au Temple, chargés, disaient-ils, d'emmener «toutes les personnes qui
-n'étaient pas de la famille Capet». La Reine voulut en vain retenir
-Mme de Lamballe, alléguant qu'elle était sa parente[1324]; on refusa
-d'écouter ses réclamations. «Dans la position où nous étions, dit
-Mme de Tourzel, il n'y avait qu'à obéir[1325].» Madame Royale était
-«tout interdite»; la Reine manifestait la plus vive douleur, surtout de
-se séparer de son amie; elle ne pouvait s'arracher de ses bras[1326].
-«Soignez bien Mme de Lamballe, dit-elle à Mme de Tourzel et à
-sa fille. Dans toutes les occasions essentielles, prenez la parole,
-et évitez-lui autant que possible d'avoir à répondre à des questions
-captieuses et embarrassantes[1327].» Mme Élisabeth descendit à son
-tour, encourageant ses malheureuses amies.
-
-«Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes princesses,
-raconte Mme de Tourzel, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme,
-d'un lieu qui nous rendait si chère la pensée de pouvoir être de
-quelque consolation à nos malheureux souverains[1328].»
-
-Les municipaux avaient promis que les prisonniers reviendraient au
-Temple après avoir été interrogés par la Commune[1329]. Hue revint seul
-le lendemain. Mmes de Tourzel et de Lamballe furent enfermées à la
-Force. On sait comment elles en sortirent et sous quel sanglant aspect
-la belle tête bouclée de Mme de Lamballe reparut sous les murs du
-Temple.
-
-L'isolement était complet et les infortunés princes durent se faire à
-la vie nouvelle et désormais solitaire que leur infligeait la Commune.
-Mme Élisabeth descendit du troisième étage au second et prit la
-place du Dauphin, dont le lit avait été transporté dans la chambre
-de sa mère; Madame Royale fut réunie à sa tante. Dès lors, réduits
-à eux-mêmes, les captifs tracèrent le programme de leur journée,
-programme qui resta le même, avec peu de variations, jusqu'à la
-translation dans la grosse Tour, le 26 octobre.
-
-Le Roi se levait entre six[1330] et sept[1331] heures, se rasait,
-s'habillait, et passait dans la tourelle, où il restait à prier et
-à lire jusqu'à neuf heures. La Reine et le Dauphin se levaient plus
-tôt encore; car en descendant chez eux, à huit heures, Hue d'abord,
-Cléry ensuite, les trouvaient toujours debout. Ces premières heures
-de la journée étaient les seules où la malheureuse femme fût libre;
-les municipaux entraient avec le valet de chambre et ne la quittaient
-plus. A neuf heures, Marie-Antoinette, Mme Élisabeth et les enfants
-montaient chez le Roi pour déjeuner. A dix heures, l'on redescendait
-dans la chambre de la Reine, où l'on passait la journée. Le Roi
-continuait alors l'éducation de son fils; il lui enseignait le latin,
-lui faisait réciter des passages de Corneille et de Racine, lui
-donnait des leçons de géographie et l'exerçait à lever des cartes.
-L'intelligence précoce du jeune prince répondait aux soins de son
-père. La Reine, de son côté, s'occupait de sa fille, l'instruisait des
-principes de la religion et faisait succéder à ces graves enseignements
-des leçons de musique et de dessin. Le reste de la journée se passait
-pour elle à coudre, à tricoter et à faire de la tapisserie, quand il
-ne fallait pas réparer les vêtements du Roi[1332]. A midi, les trois
-princesses passaient dans la chambre de Mme Élisabeth, pour quitter
-leur costume du matin[1333], une robe de basin blanc et un simple
-bonnet de linon, et prendre un vêtement de toile fond brun à petites
-fleurs[1334].
-
-A une heure, quand le temps était beau, la famille royale descendait au
-jardin; quatre municipaux et un chef de bataillon de la garde nationale
-l'accompagnaient. On se promenait dans la grande allée de marronniers,
-et le jeune prince jouait au palet, à la balle ou à la course. Mais
-quel supplice que ces promenades, au milieu de visages hostiles, de
-cris injurieux, de chansons insultantes[1335], de misérables qui
-affectaient de se couvrir devant les royaux prisonniers! Et lorsqu'on
-traversait le guichet, si bas qu'on était obligé de se courber pour
-passer dessous, il fallait recevoir les bouffées de tabac et les rires
-outrageants des geôliers Rocher et Risbey. Rocher, de sellier devenu
-municipal, se vantait de son insolence. «Marie-Antoinette faisait la
-fière, disait-il en ricanant; mais je l'ai forcée de s'humaniser. Sa
-fille et Élisabeth me font, malgré elles, la révérence; le guichet est
-si bas que, pour passer, il faut bien qu'elles se baissent devant moi.
-Chaque fois, je flanque à cette Élisabeth une bouffée de la fumée de
-ma pipe. Ne dit-elle pas l'autre jour à nos commissaires: «Pourquoi
-donc Rocher fume-t-il toujours?»—«Apparemment que cela lui plaît,»
-répondirent-ils[1336].»
-
-A deux heures, on remontait dans la Tour; c'était l'heure du dîner.
-Santerre venait fréquemment y assister; le Roi lui adressait parfois la
-parole; la Reine, jamais. Après le repas on se rendait dans la chambre
-de la Reine pour jouer au piquet ou au trictrac. A quatre heures, le
-Roi se reposait un moment pendant que les princesses lisaient; à son
-réveil, on reprenait la conversation; le jeune prince travaillait
-ou jouait. A la fin du jour[1337], la famille royale se réunissait
-autour d'une table; la Reine ou Mme Élisabeth faisait à haute
-voix une lecture instructive ou amusante, mais pendant laquelle des
-rapprochements imprévus et douloureux se présentèrent plus d'une fois.
-Le Roi y ajoutait des énigmes à deviner, puisées dans une collection du
-_Mercure de France_, qu'il avait trouvée dans la bibliothèque. A huit
-heures, le Dauphin soupait et se couchait; c'était toujours sa mère qui
-lui faisait réciter sa prière. L'enfant ne manquait jamais d'y ajouter
-une prière spéciale pour Mme de Tourzel et Mme de Lamballe;
-quand les municipaux étaient là, il faisait ces deux prières à voix
-basse[1338].
-
-A neuf heures, le Roi soupait à son tour; pendant ce temps-là,
-Marie-Antoinette ou Mme Élisabeth se relayaient auprès du Dauphin.
-Après le souper, Louis XVI serrait à la dérobée la main de sa femme
-et de sa sœur, recevait les caresses de Madame Royale et remontait
-au troisième étage. La Reine et les princesses se renfermaient chez
-elles; un municipal restait dans la petite pièce qui séparait les deux
-chambres et y passait la nuit[1339].
-
-Telle était la vie que menaient les augustes prisonniers: vie si calme
-et si régulière en apparence, si tourmentée et si sombre en réalité,
-partagée entre des travaux manuels et l'éducation des enfants; vie de
-devoir et de souffrance, où il n'y avait qu'une force: la satisfaction
-de la conscience; qu'un sourire: les ébats joyeux du Dauphin.
-
-Les jours s'écoulaient, ramenant leur cortège d'anniversaires
-douloureux et d'incessantes vexations. Vêtements, linge, couverts
-étaient en si petite quantité que cela suffisait à peine pour le
-service journalier. Le Roi n'avait qu'un habit, que Mme Élisabeth
-était obligée de raccommoder la nuit[1340]; le Dauphin couchait dans
-des draps troués. L'Assemblée avait décrété que Louis XVI recevrait
-pour ses dépenses personnelles cinq cent mille livres. Mais le décret
-n'était pas exécuté et le malheureux monarque était tellement dépourvu
-d'argent qu'un jour il dut emprunter six cents francs à son valet de
-chambre pour solder une note de cinq cent vingt-six livres[1341].
-On lui refusait des journaux, et le fidèle Hue ne pouvait avoir de
-nouvelles et en donner à son maître qu'en se hissant jusqu'à une
-fenêtre à demi bouchée et en écoutant les crieurs de la rue. Un jour,
-cependant, on avait laissé une gazette en vue dans la chambre du
-prisonnier; c'est parce qu'on avait inscrit dessus ces mots menaçants
-que les factionnaires, de leur côté, se plaisaient à graver sur les
-murs: «Tremble, tyran; la guillotine est en permanence[1342].» On
-n'était large que pour les frais des travaux destinés à la garde des
-prisonniers; pour ceux-là, on dépensait sans compter[1343].
-
-Les geôliers espionnaient tout, même l'éducation des enfants. Pendant
-que la Reine donnait ses leçons à Madame Royale et lui préparait des
-extraits, un municipal regardait par-dessus l'épaule de la jeune fille,
-pour s'assurer que ce n'étaient pas des conspirations[1344]. Un jour,
-on avait failli ne pas laisser entrer des modèles de dessin envoyés par
-le professeur de la princesse, Van Blaremberg, parce qu'on avait vu,
-dans ces têtes casquées et laurées, l'image des tyrans coalisés. On
-dut renoncer à apprendre au Dauphin l'arithmétique: c'était un langage
-hiéroglyphique, qui devait servir à une correspondance chiffrée[1345]!
-
-Tout ce qui entrait à la Tour était rigoureusement visité; le
-pain était coupé en deux; les plats étaient goûtés; les carafes
-et cafetières ne pouvaient être remplies qu'en présence des
-commissaires[1346]. Un jour, on avait fait venir pour le Dauphin un
-damier; un municipal, du nom de Molinon, fit décoller toutes les
-cases pour s'assurer qu'il n'y avait rien de caché dessous. Le Roi
-lui-même n'était pas à l'abri de ces investigations; on fouillait
-jusque dans ses poches[1347]. Dans la nuit du 24 au 25 août,—jour de
-sa fête!—on lui enleva son épée. La nuit suivante, un municipal, nommé
-Venineux, vint, un gourdin noueux à la main, faire une perquisition
-dans l'appartement du prince, sous prétexte qu'il aurait pu s'évader.
-D'autres s'opiniâtraient à rester le soir dans la chambre de la Reine
-jusqu'à l'heure de son coucher et l'on avait une peine infinie à les
-faire sortir[1348]. La plupart de ces hommes affectaient vis-à-vis
-des captifs l'attitude la plus insolente et les propos les plus
-grossiers, chantant la _carmagnole_ et des chansons obscènes[1349].
-«Si le bourreau ne guillotinait pas cette sacrée famille, disait le
-municipal Turlot, je la guillotinerais moi-même[1350].»—«Quel quartier
-habitez-vous?» demanda un jour la Reine à un autre municipal qui
-assistait au dîner—«La Patrie», répondit-il brutalement—«La Patrie!»
-reprit tristement la Reine, «ah! c'est la France[1351].»
-
-C'était le moment où les armées coalisées s'avançaient, presque sans
-résistance, sous le commandement du duc de Brunswick. Marie-Antoinette,
-qui l'avait appris par Hue, n'ignorait pas non plus la surexcitation
-que la nouvelle des succès des Prussiens avait causée parmi les
-Jacobins et le redoublement de colère qui en était résulté contre
-elle et contre le Roi. Et voici ce que cette femme, accusée d'avoir
-préparé la ruine et le démembrement de la France, disait à son dévoué
-confident: «Tout m'annonce que je vais être séparée du Roi. J'espère
-que vous resterez avec lui. Comme Français, comme l'un de ses plus
-fidèles serviteurs, pénétrez-vous bien des sentiments que vous devez
-toujours lui exprimer et que je lui ai souvent manifestés. Rappelez
-au Roi, quand vous pourrez lui parler seul, que jamais l'impatience
-de briser nos fers ne peut arracher de lui aucun sacrifice indigne de
-sa gloire. _Surtout point de démembrement de la France._ Que, sur ce
-point, aucune considération ne l'égare; qu'il ne s'effraye ni pour sa
-sœur, ni pour moi. Représentez-lui que toutes deux nous préférons voir
-plutôt notre captivité indéfiniment prolongée que d'en devoir la fin à
-l'abandon de la moindre place forte. Si la divine Providence nous fait
-recouvrer notre liberté, le Roi a résolu d'aller établir momentanément
-sa résidence à Strasbourg. C'est également mon désir. Il se pourrait
-que cette ville importante fût tentée de reprendre sa place dans le
-corps germanique. Il faut l'en empêcher et la conserver à la France...
-_L'intérêt de la France avant tout[1352]._» On sait quelle fut à ces
-patriotiques sentiments la réponse de la Convention.
-
-Hue ne pouvant suffire au service de la famille royale tout entière,
-Louis XVI avait demandé qu'on lui adjoignît un homme de peine. On fit
-droit à cette demande, mais ce fut pour envoyer un ancien employé aux
-barrières, nommé Tison, vendu à la Commune. Cet homme et sa femme
-vinrent s'installer au Temple, moins comme domestiques que comme
-espions. Quelques jours après, le 26 août, un nouvel auxiliaire fut
-donné à Hue, mais celui-là, quelles qu'eussent été au début les
-préventions contre lui, se montra fidèle et dévoué jusqu'au bout:
-c'était Cléry, ancien valet de chambre du Dauphin.
-
-Le 2 septembre, une animation inaccoutumée se produisit autour du
-Temple. Le Roi et sa famille étaient descendus, comme d'habitude,
-au jardin; on les fit rentrer précipitamment pour les soustraire
-aux pierres qu'on leur jetait des fenêtres[1353]. Vers cinq heures,
-un municipal ex-capucin, nommé Mathieu, entra comme un furieux dans
-la chambre de la Reine, où toute la famille royale était réunie, et
-s'adressant au Roi: «Monsieur, dit-il, vous ignorez ce qui se passe. La
-générale a battu; le tocsin a sonné; le canon d'alarme a été tiré; les
-émigrés sont à Verdun. S'ils viennent, nous périrons tous, mais vous
-périrez le premier[1354].»—«J'ai tout fait pour le bonheur du peuple,
-répondit le prince, il ne me reste plus rien à faire[1355].» Le Dauphin
-effrayé s'enfuit en pleurant. Mathieu se retourna vers Hue: «Je vous
-arrête,» dit-il; et, lui laissant à peine le temps de faire un paquet
-de ses vêtements, il l'emmena à l'Hôtel-de-Ville.
-
-Après cette scène violente, la Reine ne put dormir de la nuit.
-L'agitation croissait dans Paris; la générale battait[1356]. Le 3, à
-huit heures du matin, Manuel vint à la Tour et assura le Roi que Mme
-de Lamballe et toutes les personnes enlevées du Temple se portaient
-bien et étaient tranquilles à la Force[1357]. A une heure, Louis XVI
-voulut descendre au jardin; les municipaux s'y opposèrent[1358]. Vers
-trois heures, on entendit des cris affreux. Une foule composée d'hommes
-déguenillés, de femmes ivres, d'enfants en haillons, entourait le
-Temple, hurlant des chansons révolutionnaires et des menaces de mort;
-on distinguait les cris: _la Lamballe, l'Autrichienne_. C'étaient les
-assassins de l'infortunée princesse de Lamballe, qui avaient traîné
-jusque-là son corps défiguré et le lavaient dans la fontaine du Temple,
-pour le montrer à sa royale amie. Sa chemise, souillée de boue et de
-sang, était arborée au bout d'une pique comme un hideux trophée. Au
-bout d'une autre pique était fixée la tête de la malheureuse victime:
-ses longs cheveux bouclés, que, par un raffinement horrible, on avait
-pris soin de poudrer et de friser, flottaient autour du sanglant
-instrument.
-
-Incertains de ce qu'ils devaient faire, n'osant tenter une résistance
-«impolitique, dangereuse et _peut-être injuste_[1359]», les
-commissaires s'étaient contentés de tendre au travers de la porte
-une écharpe tricolore. La bande, un moment arrêtée, grondait devant
-cette barrière improvisée. On lui refusa l'entrée de la Tour, mais
-on lui permit celle du jardin. Le municipal Danjou la harangue, et
-la foule mobile, convaincue peut-être par le sinistre argument de
-l'orateur[1360], renonce à pénétrer dans la prison. Laissant dans
-la rue le cadavre de la princesse, mais emportant la tête, à la
-grande joie du guichetier Rocher, elle se répand sous les fenêtres,
-vociférant et hurlant; les ouvriers qui travaillent à la Tour et Rocher
-lui-même se joignent à elle, et tous ensemble, résolus à se donner
-au moins le plaisir de la douleur et des «grimaces» des prisonniers,
-appellent à grands cris la famille royale; quelques-uns ajoutent: «Si
-l'Autrichienne ne se montre pas, il faut monter jusqu'à elle et lui
-faire baiser la tête de la Lamballe[1361].»
-
-Le Roi sortait de table; il faisait une partie de trictrac avec la
-Reine[1362]. Cléry était descendu pour dîner avec Tison et sa femme,
-lorsque celle-ci pousse un cri et s'évanouit: elle avait vu la tête de
-la princesse. Cléry remonte précipitamment; sa figure est tellement
-bouleversée que la Reine s'en aperçoit: «Pourquoi n'allez-vous pas
-dîner?» demande-t-elle—«Madame, je suis indisposé.»—Le municipal de
-service ferme la porte et, s'approchant de la fenêtre, en fait tirer
-les rideaux[1363]. Plusieurs municipaux et officiers de la garde
-arrivent. Le Roi leur demande si sa famille est en sûreté. «On fait
-courir le bruit, répondent-ils, que vous et votre famille n'êtes plus
-dans la Tour; on demande que vous paraissiez à la croisée; mais nous ne
-le souffrirons pas. Le peuple doit montrer plus de confiance en ses
-magistrats.» Les cris redoublent au dehors; on entend distinctement
-les injures vomies contre la Reine. Le bandit qui tient la tête de
-Mme de Lamballe est monté sur les décombres des maisons qu'on a
-abattues pour isoler la Tour, afin de rapprocher davantage du mur son
-hideux trophée; un autre porte au bout d'un sabre le cœur sanglant de
-l'infortunée princesse.
-
-Un nouveau municipal survient, escorté de quatre hommes députés par
-le peuple, pour s'assurer que les captifs sont bien encore au Temple.
-L'un de ces hommes, en habit de garde national, ayant deux épaulettes
-et armé d'un grand sabre[1364], insiste pour que les prisonniers se
-mettent aux fenêtres. Les municipaux s'y opposent. «Non, n'y allez
-pas, quelle horreur!» s'écrie l'un d'eux?, nommé Menessier[1365]. Une
-altercation s'engage; le Roi en demande la cause: «Eh bien! Monsieur,
-réplique brutalement le garde national, puisque vous voulez le savoir,
-c'est la tête de Mme de Lamballe qu'on veut vous montrer[1366]. Je
-vous conseille de paraître si vous ne voulez pas que le peuple monte
-ici[1367].»
-
-A cette atroce révélation, la Reine tombe évanouie; «c'est le seul
-moment, dit Madame Royale, où sa fermeté l'ait abandonnée[1368].»
-Mme Elisabeth et Cléry la relèvent et la placent dans un fauteuil;
-ses enfants fondent en larmes; l'homme reste là, insensible à cette
-douleur. «Monsieur,» ne peut s'empêcher de dire le Roi, «nous nous
-attendons à tout; mais vous auriez pu vous dispenser d'apprendre à la
-Reine ce malheur affreux.»
-
-Ce fut sa seule vengeance. Quand, un peu plus tard, Malesherbes lui
-demanda le nom de ce misérable: «Celui-là, dit-il, je n'avais pas
-besoin de le connaître.»
-
-L'homme sortit avec ses camarades; «leur but était rempli[1369].»
-
-La Reine, revenue à elle, mêla ses larmes à celles de ses enfants et
-passa, avec sa famille, dans la chambre de Mme Élisabeth, d'où
-l'on entendait moins les clameurs de la foule. Les assassins étaient
-toujours là, avec leur abominable trophée. Ce ne fut qu'après de
-nouveaux et longs pourparlers qu'on put les décider à s'éloigner.
-Il était huit heures du soir, lorsque le calme se rétablit autour
-du Temple. Est-il besoin d'ajouter qu'après cette horrible scène la
-malheureuse Marie-Antoinette ne dormit pas? «Elle passa la nuit à prier
-et à sangloter[1370].»
-
-Mais l'ingénieuse cruauté des persécuteurs n'était pas épuisée. Chaque
-jour, c'était quelque vexation nouvelle, quelque nouvelle insulte des
-geôliers. Quand la Reine remontait du jardin à sa chambre, une parodie
-des couplets de _Marlborough_:
-
- Madame à sa tour monte;
- Ne sait quand descendra,
-
-hurlée par des voix avinées, la saluait méchamment au passage[1371].
-On plaçait, sous les yeux du Roi et de sa famille, les numéros les
-plus ignobles du _Père Duchesne_, ou des caricatures infâmes, des
-inscriptions haineuses: _Madame Veto la dansera..... Nous saurons
-mettre le gros cochon au régime..... Il faut étrangler les petits
-louveteaux._ Tantôt c'était une potence à laquelle pendait un cadavre,
-crayonnée avec ces mots: _Louis prenant un bain d'air_; tantôt une
-guillotine, au bas de laquelle on lisait: _Louis crachant dans le sac_.
-
-Un jour, que je ne sais quelle panique s'était répandue dans Paris,
-annonçant la marche victorieuse et l'entrée prochaine des armées
-coalisées, Rocher, l'injure à la bouche, la rage dans les yeux, gravit
-précipitamment l'escalier et, mettant le poing sous la figure du Roi:
-«S'ils arrivent, hurla-t-il, je te tue[1372].»
-
-«Un soir, raconte Madame Royale, un municipal, en arrivant, dit mille
-injures et menaces, et répéta ce qui nous avait déjà été dit, que
-nous péririons tous, si les ennemis approchaient. Il ajouta que mon
-frère seul lui faisait pitié, mais qu'étant fils d'un tyran, il devait
-mourir. Voilà les scènes que ma famille avait à supporter tous les
-jours[1373].»
-
-Le 21 septembre, la Convention succédait à la Législative; le même
-jour, sur la proposition d'un histrion de bas étage, Collot-d'Herbois,
-elle décrétait l'abolition de la royauté. Le soir, à quatre heures,
-le municipal Lubin, escorté de quatre gendarmes à cheval et d'une
-nombreuse populace, vint proclamer cette décision sous les fenêtres
-du Temple. Lubin avait une voix de Stentor. La famille royale put
-entendre distinctement les termes du décret qui rompait ainsi
-solennellement avec les séculaires traditions de la France. Hébert,
-le trop fameux _Père Duchesne_, et Destournelles, qui fut depuis
-ministre des contributions publiques, étaient à ce moment de garde au
-Temple; pendant la lecture de Lubin, ils regardaient le Roi avec une
-curiosité méchante. Le Roi s'en aperçut; sans manifester d'émotion, il
-continua de lire un livre qu'il avait à la main. La Reine montra la
-même fermeté; pas un signe qui pût donner à ces misérables la basse
-jouissance qu'ils cherchaient[1374].
-
-Le même soir, Cléry, ayant à demander pour le jeune prince des rideaux
-et des couvertures, formula ainsi sa requête: «Le Roi demande pour
-son fils...»—«Vous êtes bien hardi, lui dit Destournelles, de vous
-servir d'un titre aboli par la volonté du peuple. Vous pouvez dire
-à _Monsieur_, dit-il en montrant Louis XVI, de cesser de prendre un
-titre que le peuple ne reconnaît plus.» Le Roi ne sourcilla pas. Le
-lendemain, Mme Élisabeth recommanda à Cléry d'écrire désormais: «Il
-est nécessaire pour le service de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de
-Louis-Charles, etc[1375].»
-
-Le 29, cinq ou six municipaux se présentèrent dans la chambre de la
-Reine, où toute la famille était réunie. L'un d'eux, nommé Charbonnier,
-fit lecture d'un arrêté de la Commune qui ordonnait d'«enlever papier,
-encre, plumes, crayons et même les papiers écrits, tant sur la personne
-des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de chambre et
-autres personnes de service à la Tour; de ne leur laisser aucune arme
-quelconque, offensive ou défensive; en un mot de prendre toutes les
-précautions nécessaires pour ôter tout commerce de _Louis le Dernier_
-avec autre personne que les officiers municipaux[1376]». Le Roi et
-les princesses durent remettre ce qu'ils avaient; les commissaires
-fouillèrent dans les chambres, dans les armoires, cherchant partout,
-«même avec dureté[1377],» et emportant les objets désignés dans
-l'arrêté. Néanmoins, la Reine et Madame Royale réussirent à cacher et à
-conserver leur crayon[1378].
-
-Le soir du même jour, comme le Roi venait de souper et s'apprêtait à
-remonter dans sa chambre, un municipal lui dit d'attendre. Un quart
-d'heure après, les six municipaux qui étaient déjà venus le matin,
-Hébert en tête[1379], reparurent et lurent un nouvel arrêté, ordonnant
-la séparation des prisonniers[1380] et la translation immédiate du Roi
-dans la grosse Tour. Quoique prévenu de cette résolution, le Roi en fut
-vivement affecté; la Reine fondit en larmes. Mais Hébert ne se laissait
-pas attendrir. Il fallut se quitter. Cléry accompagna son maître dans
-sa nouvelle prison.
-
-Malgré les instances de Santerre, et quoiqu'on eût appliqué à ces
-travaux une partie des cinq cent mille francs destinés à l'entretien
-de la famille royale, l'appartement du monarque déchu était à peine
-achevé; pas de meubles dans la chambre: un lit seulement; les peintres
-et les colleurs travaillaient encore, et l'odeur était insupportable.
-Cléry passa la première nuit sur une chaise, dans la chambre du Roi; le
-lendemain, le prince obtint que son valet de chambre occupât une petite
-pièce près de lui.
-
-A l'heure habituelle, à neuf heures, le Roi voulut se rendre chez
-sa femme pour déjeuner; on ne le lui permit pas. La Reine, Mme
-Élisabeth et les enfants furent servis à part; la Reine ne voulut rien
-prendre. Sa douleur était sombre et morne[1381]. A dix heures, Cléry
-entra, avec des municipaux; il venait chercher des livres pour le Roi.
-A sa vue, la douleur des prisonnières redoubla; elles fondaient en
-larmes et firent au fidèle serviteur mille questions, auxquelles il ne
-put répondre qu'avec réserve, à cause de la présence des municipaux. La
-Reine, s'adressant à ces derniers, renouvela vivement sa demande d'être
-réunie à son mari, au moins quelques instants et à l'heure des repas.
-«Ce n'étaient plus des plaintes ni des larmes, dit Cléry,c'étaient
-des cris de douleur.»—«Eh bien! dit un municipal effrayé ou touché
-par cette explosion, ils dîneront ensemble aujourd'hui; nous ferons
-demain ce que la Commune prescrira.» Ses collègues y consentirent,
-mais intimèrent la défense de parler bas et en langue étrangère; il
-fallait parler haut et _en bon français_[1382]. Quoique la faveur fût
-bien mince, la joie fut immense. La Reine, ses enfants dans les bras,
-Mme Élisabeth, les mains levées au ciel, remerciaient Dieu de ce
-bonheur inattendu. Les municipaux eux-mêmes se sentirent attendris;
-quelques-uns ne purent retenir leurs larmes. L'un d'eux, l'un des plus
-atroces, le savetier Simon, cette hideuse figure qu'on commence à voir
-apparaître dans l'histoire du Temple, dit assez haut: «Je crois que ces
-b... de femmes me feraient pleurer.» Et s'adressant à Marie-Antoinette:
-«Lorsque vous assassiniez le peuple, au 10 août, vous ne pleuriez
-point.»—«Le peuple est bien trompé sur nos sentiments,» répliqua
-doucement la pauvre femme[1383].
-
-Le dîner fut servi dans la chambre du Roi, où toute la famille se
-rendit; si douloureux que fût ce revoir, on avait tant souffert de
-la séparation que la réunion fut presque joyeuse. On n'entendit plus
-parler de l'arrêté de la Commune et les prisonniers purent se retrouver
-chaque jour à l'heure des repas, ainsi qu'à la promenade, vers midi.
-«Le matin, dit Madame Royale, nous restions le temps nécessaire pour
-que Cléry pût nous peigner, parce qu'il ne pouvait plus venir chez ma
-mère, et que c'était gagner quelques moments pour rester plus longtemps
-avec mon père[1384].»
-
-Le malheur rend ingénieux. Grâce à d'habiles combinaisons, grâce à la
-complicité dévouée d'un ancien officier de la bouche du Roi, nommé
-Turgy, qui avait trouvé moyen de se faire attacher au service de la
-Tour avec deux de ses camarades, Marchand et Chrétien, grâce parfois
-à la bonne volonté de certains municipaux, meilleurs que les autres,
-Cléry réussissait à se procurer quelques nouvelles et à les communiquer
-aux captifs. Soupçonna-t-on ce pieux complot? Le 26 octobre, Cléry
-fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. L'interrogatoire
-heureusement fut favorable, et le soir, à minuit, le valet de chambre
-vint reprendre son service au Temple.
-
-Pendant sa courte absence, un grand changement s'était opéré dans
-l'existence des prisonniers. La Reine, ses enfants et Mme Élisabeth,
-avaient été transférés dans la grosse Tour. Depuis un mois, les pauvres
-femmes soupiraient après ce transfert qui les réunissait du moins sous
-le même toit que Louis XVI; mais on se tromperait, si l'on attribuait à
-un sentiment de compassion ou de justice cette décision de la Commune.
-La haine des bourreaux contre la Reine n'était point assouvie et elle
-était habile à tourmenter la royale victime: le jour même où on la
-rapprochait de son mari, on la séparait de son fils. Les soins qu'elle
-prodiguait à cet enfant, la reconnaissance qu'il lui témoignait, les
-caresses affectueuses dont il la comblait, étaient sa seule consolation
-depuis son entrée au Temple: on lui enviait même cette suprême et amère
-jouissance.
-
-«Sur les observations faites par l'un des membres de service au
-Temple, dit l'arrêté du Conseil de service, ratifié le jour même par
-le Conseil général, que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous
-la direction des femmes, mère et tante; considérant que cet enfant est
-dans l'âge où il doit être sous la direction des hommes, le Conseil
-arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera retiré des mains des
-femmes pour être remis et rester entre celles de son père, les jours et
-nuits.» On tolérait seulement que chaque jour, à l'heure du dîner, il
-montât «dans l'appartement de ses mère et tante, pendant le temps que
-son père repose, pour en descendre sur les quatre ou cinq heures».
-
-_A l'instant_, suivant le mot cruel des commissaires, l'arrêté fut
-exécuté, sans qu'on en eût même prévenu la malheureuse mère. L'enfant
-fut conduit chez son père, et il n'en revint pas.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
- La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie des
- prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux compatissants.—Drouet
- au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin tombent malades.—Installation
- d'une nouvelle municipalité.—Le bouillon de la Reine.—On enlève à
- la famille royale tous les instruments tranchants.—Procès du
- Roi.—Louis XVI traduit à la Convention.—Il est séparé de sa
- famille.—Ses entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est condamné à
- mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution du
- Roi.
-
-
-Dernier reste d'une importante maison de Templiers, transformée depuis
-en dépôt des archives de l'ordre de Malte, la grosse Tour formait une
-masse imposante de cent cinquante pieds de haut, avec des murs d'une
-épaisseur moyenne de neuf pieds. Elle avait quatre étages voûtés,
-soutenus au milieu par un gros pilier, depuis le bas jusqu'à la flèche.
-L'intérieur, d'une trentaine de pieds carrés, ne formait qu'une seule
-pièce à chaque étage; mais pour pouvoir y loger les royaux captifs, on
-avait divisé le second et le troisième, chacun en quatre pièces, par
-des cloisons en planches. Le rez-de-chaussée, sous le nom de Chambre
-du Conseil, fut affecté à l'usage des municipaux; le premier servit
-de corps de garde. Une des quatre tourelles placées aux quatre angles
-de la Tour contenait l'escalier, qui menait jusqu'aux créneaux; on y
-avait placé des guichets de distance en distance, au nombre de sept.
-Pour aller de l'escalier dans chaque étage, il fallait franchir deux
-portes: l'une était en chêne garni de clous, l'autre en fer[1385].
-
-Au second étage, destiné au Roi, la première pièce était une
-antichambre, qui donnait accès à toutes les autres. Sur les murs,
-recouverts d'un papier qui figurait des pierres de taille, on avait
-placardé la Déclaration des droits de l'homme, imprimée en gros
-caractères, et encadrée d'une bordure tricolore. En face de la porte
-d'entrée, était la chambre du Roi; la tourelle qui y était annexée
-faisait un cabinet de travail et un oratoire; la chambre de Cléry
-était à gauche, ainsi qu'une quatrième pièce qui servait de salle à
-manger et était séparée de l'antichambre par une cloison vitrée. Chaque
-pièce était éclairée par une croisée; mais on avait mis au dehors de
-gros barreaux de fer et des abat-jour qui interceptaient l'air et la
-lumière; les embrasures avaient une épaisseur de neuf pieds.
-
-La chambre du Roi seule avait une cheminée; le reste de l'appartement
-était chauffé par un gros poêle placé au centre.
-
-Le mobilier était bien simple: un grand lit de damas vert pour le
-Roi, un petit lit de sangle pour le Dauphin, une commode d'acajou, un
-secrétaire en bois de rose et quelques sièges; deux baromètres le long
-des murs; sur la cheminée, une glace et une pendule qu'on ne tarda pas
-à enlever, parce que le cadran portait: Lepaute, horloger _du Roi_.
-L'oratoire ne contenait qu'un petit poêle, une chaise de paille, une
-chaise de canne et un tabouret de crin. Dans la salle à manger, une
-table d'acajou, une servante, deux encoignures en bois de rose et des
-chaises.
-
-Le troisième étage, réservé aux princesses, était distribué comme
-le second. La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi;
-Madame Royale logeait dans la chambre de sa mère; la tourelle servait
-de cabinet. Le papier était de couleur tendre, à bandes vertes et
-bleues; le lit était de damas vert. Le mobilier se réduisait à une
-commode d'acajou, un grand canapé et quelques sièges. Sur la cheminée,
-qui fumait beaucoup[1386], la pendule, par une ironie inconsciente
-ou voulue, représentait la Fortune faisant tourner sa roue. Dans la
-chambre à côté couchait Mme Élisabeth, sur un misérable lit de fer,
-revêtu d'une housse en toile de Jouy. Tison et sa femme, les deux
-espions, occupaient la troisième pièce; l'antichambre servait aux
-municipaux, qui y demeuraient jour et nuit. Le quatrième étage était
-vide. Enfin, entre le toit pointu de la Tour et les créneaux régnait
-une galerie, où la famille royale allait parfois se promener; mais on
-avait eu soin de placer des jalousies entre les créneaux, pour empêcher
-les prisonniers de voir et d'être vus.
-
-Les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour la
-garde des captifs. A la grande porte de la rue était un portier,
-nommé Darque, ancien bedeau du Grand Prieur; à la porte de la Tour,
-le concierge Mathey, et les deux guichetiers, Rocher et Risbey, ces
-deux misérables dont nous avons déjà parlé. Huit commissaires dont
-le service durait quarante-huit heures, et qui se renouvelaient
-chaque jour par moitié, étaient chargés de la surveillance[1387].
-Le jour, l'un d'eux était constamment près de Louis XVI, un autre
-près de Marie-Antoinette; les six autres se tenaient dans la chambre
-du Conseil. Un effectif de 287 hommes,—réduit, après la mort du
-Roi, à 240—sous les ordres d'un commandant général et d'un chef de
-légion, avec deux canons et vingt artilleurs, assurait la garde du
-Temple[1388]. Un chef de cuisine, nommé Gagnié, avec deux chefs
-d'office, un pâtissier, un rôtisseur, et les trois officiers de bouche
-que nous avons déjà nommés, Turgy, Chrétien et Marchand, étaient
-chargés du service de table; le service intérieur était confié à Cléry
-et au ménage Tison.
-
-Le Roi se levait à sept heures et priait jusqu'à huit[1389]; il
-lisait l'Office des chevaliers du Saint-Esprit, et, comme on avait
-refusé de laisser dire la messe au Temple, même les jours de fête,
-il s'était fait acheter un bréviaire à l'usage du diocèse de Paris.
-A neuf heures, il allait déjeuner chez la Reine. Cléry montait en
-même temps, accommodait les cheveux des princesses, et, par ordre de
-Marie-Antoinette, apprenait à Madame Royale à se coiffer: prévoyant
-trop bien l'avenir, la malheureuse Reine voulait que sa fille pût se
-passer de tout service. Après le déjeuner, le Roi donnait quelques
-leçons au Dauphin jusqu'à onze heures; le jeune prince jouait ensuite
-jusqu'à midi. C'était l'heure de la promenade, et la famille royale
-tout entière descendait, quelque temps qu'il fît, parce que la garde,
-qu'on relevait à ce moment-là, voulait s'assurer par ses yeux de la
-présence des prisonniers. La promenade durait jusqu'à deux heures, où
-l'on remontait pour dîner[1390].
-
-Après le dîner, le Roi et la Reine jouaient au trictrac ou au piquet,
-ou plutôt faisaient semblant de jouer, afin de pouvoir se dire
-quelques mots[1391]. Pendant ce temps, le Dauphin et Madame Royale
-jouaient dans l'antichambre au volant ou au siam, ou à d'autres
-jeux: Mme Élisabeth présidait à ces amusements. C'était l'instant
-qu'elle choisissait pour faire des questions à Cléry ou lui donner des
-instructions; le jeune prince et sa sœur, par leurs jeux bruyants,
-facilitaient ces entretiens de leur tante et du fidèle serviteur, et
-les avertissaient par un signe, si quelques municipaux, ou ce qui était
-pire, si Tison ou sa femme, que les bons procédés de la famille royale
-n'avaient pu désarmer, s'approchaient[1392]. A quatre heures, la Reine
-montait avec ses enfants: conformément à l'arrêté des commissaires,
-elle pouvait emmener son fils, pendant que le Roi sommeillait un
-moment. A six heures l'enfant redescendait chez son père qui le faisait
-travailler ou jouer jusqu'à l'heure du souper[1393]. Pour s'occuper
-plus utilement de l'éducation de son fils, le monarque étudiait chaque
-jour pendant quatre heures, dit Cléry[1394], des auteurs latins ou
-lisait des livres de voyages et d'histoire naturelle.
-
-A neuf heures, après le souper, la Reine déshabillait promptement son
-fils et le mettait au lit. Les princesses remontaient ensuite et le Roi
-ne se couchait qu'à onze heures. La Reine, dans la journée, travaillait
-beaucoup à la tapisserie ou s'occupait de l'éducation de sa fille;
-elle la faisait étudier et lire à haute voix. Mme Élisabeth passait
-une partie de son temps à prier à genoux près de son lit[1395]; chaque
-jour, elle récitait son office et lisait des livres de piété[1396],
-qu'elle avait fait acheter par Cléry[1397]. Souvent, la Reine lui
-demandait de les lire tout haut[1398].
-
-Pas plus dans la grosse Tour que dans la petite, les vexations et les
-insultes n'étaient épargnées aux prisonniers. Dès le 7 octobre, au nom
-de l'égalité, le Roi avait été dépouillé des insignes de ses ordres.
-Tout était arbitraire et dépendait de l'humeur ou des caprices des
-gardiens. Un jour, un municipal défendit à Cléry de monter chez la
-Reine pour la coiffer; il fallut que la malheureuse femme descendît
-chez son mari, apportant elle-même tout ce qui était nécessaire à sa
-toilette. Un autre voulut la suivre, lorsque, à midi, suivant l'usage,
-elle entrait chez Mme Élisabeth pour quitter sa robe du matin;
-devant l'inconvenante importunité de cet homme, la Reine dut renoncer
-à s'habiller. Certains commissaires avaient les exigences les plus
-bizarres: l'un faisait rompre des macarons ou fendre des noyaux de
-pêche, pour s'assurer qu'on n'y avait pas caché de billet; un autre
-forçait Cléry à boire de l'essence de savon, destinée à la barbe du
-Roi, sous prétexte que ce pouvait être du poison. Un autre encore
-coupait les marges d'un livre, que Mme Élisabeth renvoyait à la
-duchesse de Sérent, dans la crainte qu'on n'eût écrit quelque chose
-dessus avec de l'encre sympathique[1399].
-
-Un autre jour, la Reine avait cassé son peigne; elle priait Turgy de
-lui en acheter un autre. «Achetez-en un en corne, dit le municipal
-Dorat-Cubières; le buis serait trop bon pour elle.» La Reine fit
-semblant de ne pas entendre. Dorat-Cubières était un poète qui avait
-jadis encensé, dans ses fades petits vers, la famille royale; nul alors
-n'avait été flatteur plus obséquieux que lui[1400].
-
-On continuait d'interdire l'entrée des journaux au Temple; on ne
-permettait de les y introduire que lorsqu'ils contenaient quelque
-infamie contre les souverains déchus, comme cette lettre d'un canonnier
-qui demandait la tête du tyran Louis XVI pour en charger sa pièce et
-l'envoyer à l'ennemi, ou cet article odieux dans lequel on déclarait
-qu'il fallait étouffer les petits louveteaux enfermés à la Tour[1401].
-
-Un jour, un municipal s'approcha de la Reine et des princesses:
-«Mesdames, leur dit-il, je vous annonce une bonne nouvelle; beaucoup
-de traîtres émigrés ont été pris; si vous êtes patriotes, vous devez
-vous en réjouir.»—«Ma mère, raconte Madame Royale, comme à l'ordinaire,
-ne dit mot, et n'eut pas même l'air d'entendre. Souvent son calme si
-méprisant et son maintien si digne en imposaient; c'était rarement à
-elle qu'on osait adresser la parole[1402].»
-
-Au milieu de tous ces outrages, parmi ces âmes basses, qui se faisaient
-un jeu d'insulter au malheur, l'histoire salue avec émotion quelques
-hommes qui tinrent à honneur de se séparer de ces misérables et
-d'entourer de leur respect ces grandeurs déchues. C'était l'instituteur
-Lepître; c'était l'épicier Cortey; c'était Moëlle; c'était Lebœuf;
-c'était Jobert[1403]; c'était surtout Toulan, ancien membre de
-la Commune du 10 août, devenu royaliste au contact journalier de
-ces saintes victimes de la Révolution, Toulan, que les princesses
-désignaient par le beau nom de _Fidèle_; c'était enfin Michonis,
-d'abord révolutionnaire fougueux, comme Toulan, mais qui, comme lui,
-touché par le spectacle de tant d'infortune si héroïquement supportée,
-devint un des plus zélés serviteurs de ceux dont il avait demandé
-d'abord à être le geôlier, et, comme Toulan encore, leur sacrifia
-sa vie. Nous les retrouverons dans le cours de ce récit et nous
-raconterons les ingénieuses combinaisons de ces dévouements obscurs et
-courageux, que la fortune ne favorisa pas, mais qui du moins, pendant
-ces tristes jours, vengèrent l'honneur de l'humanité et, comme les
-héros des Livres saints, délivrèrent l'âme de la France.
-
-Le 1er novembre, une députation de la Convention vint vérifier par
-elle-même «l'état de situation de la personne de Louis Capet et de
-sa famille, et prendre connaissance des mesures de sûreté adoptées
-par le Conseil général de la Commune et le commandant général de la
-garde nationale de Paris pour la conservation des otages confiés à
-leur garde[1404]». La députation se composait de l'ex-capucin Chabot,
-de du Prat, de Drouet, l'homme de Varennes; elle était accompagnée
-de Santerre et des commissaires de service. Arrivés au Temple vers
-dix heures du matin, les députés montèrent au second étage, où ils
-trouvèrent la famille royale réunie. La Reine frémit à l'aspect de
-Drouet. Cet homme s'assit insolemment près d'elle et, à son exemple,
-Chabot prit un siège. «Nous venons, dit Drouet, vous demander si vous
-vous trouvez bien, si vous ne manquez de rien, si vous n'avez pas
-de plaintes à former.»—«Je ne me plains de rien, répondit le Roi;
-je ne veux pas me plaindre, lorsque je suis avec ma famille.» Cléry
-fit observer qu'on ne payait pas exactement les fournisseurs. «La
-nation n'est pas à un écu près,» répondit Chabot[1405]. Les députés
-inspectèrent l'appartement en détail, s'assurèrent qu'on n'avait
-laissé à la disposition des prisonniers ni plumes, ni encre, ni
-crayons, ni papier; puis ils se transportèrent au troisième, où ils
-firent les mêmes constatations[1406].
-
-Après le dîner, ils revinrent chez le Roi, posèrent les mêmes questions
-et obtinrent les mêmes réponses. Drouet monta chez la Reine. Il était
-pâle; sa voix était faible; il demanda à la Reine d'un ton mélancolique
-si elle n'avait pas de plainte à former; la Reine ne lui répondit pas.
-Il renouvela deux fois la question. «Il importe cependant de savoir
-si vous avez à vous plaindre de quelque chose ou de quelqu'un.» La
-Reine le regarda d'un œil fier et, sans répondre un mot, elle alla
-s'asseoir avec sa fille sur son canapé. Drouet, ouvrant et étendant les
-bras comme un homme étonné, mais qui a plus de dépit peut-être que de
-regret, s'inclina et sortit. Voyant l'émotion de sa mère, Marie-Thérèse
-la pressait dans ses bras et lui baisait les mains, lorsqu'elle
-l'entendit adresser ces paroles à Mme Elisabeth: «Pourquoi, ma sœur,
-l'homme de Varennes est-il remonté? Est-ce parce que c'est demain le
-jour des Morts[1407]?»
-
-Oui, c'était le lendemain le jour des Morts, et c'était aussi
-l'anniversaire de la naissance de Marie-Antoinette. Mais cet
-anniversaire, si joyeusement fêté jadis, comment le célébrait-on
-aujourd'hui et quels souhaits adressait le peuple de Paris à cette
-souveraine dont il avait été autrefois amoureux?
-
-«Nous entendîmes, raconte Madame Royale, un grand bruit de gens qui
-demandaient la tête de mon père et de ma mère, ayant la cruauté de
-venir crier cela sous nos fenêtres[1408].»
-
-Le 14 novembre, le Roi tomba malade d'une assez forte fluxion; on
-demanda son dentiste; la Commune délibéra pendant trois jours et
-refusa. Le 22, la fièvre survint; cette fois la Commune fut inquiète
-et permit au premier médecin de Louis XVI, M. Le Monnier, de se rendre
-à la Tour; mais il n'y entrait jamais sans avoir été fouillé et il ne
-pouvait parler qu'à haute voix. La Reine et les princesses passaient
-leurs journées au chevet du Roi, partageant avec Cléry le soin de le
-servir; mais, la nuit, il fallait remonter en laissant l'auguste malade
-seul avec son valet de chambre. La Reine avait inutilement demandé que
-son fils ne restât pas dans cet air vicié par la fièvre et vînt coucher
-dans sa chambre: les municipaux ne le permirent pas.
-
-Sous cette influence malsaine, l'enfant tomba malade à son tour;
-la coqueluche se déclara. Mais vainement la malheureuse mère
-sollicita-t-elle la faveur de passer les nuits près de son fils; les
-municipaux la repoussèrent brutalement, et la pauvre femme dut remonter
-chez elle, rongée par l'inquiétude et dévorée par l'insomnie.
-
-Le jour seulement elle eut l'autorisation de s'asseoir près du lit
-de son enfant et de lui prodiguer ses soins. Sous le coup de cette
-tristesse et de ces angoisses, la famille entière, la Reine, Mme
-Élisabeth, Madame Royale furent prises par la maladie. Cléry lui-même
-s'alita à son tour et ce fut le jeune prince, à peine remis de sa toux,
-qui portait les remèdes au serviteur dévoué.
-
-A l'école du malheur, l'enfant avait développé et mûri ses qualités
-naturelles. Il avait pour tous, mais pour sa mère en particulier, des
-attentions, charmantes. Jamais il ne disait un mot qui pût éveiller
-chez elle un souvenir douloureux; il l'entourait des plus délicates
-prévenances. Voyait-il arriver un municipal plus honnête ou moins
-haineux que les autres; il courait à la Reine: «Maman,» disait-il,
-«c'est aujourd'hui M. un tel.» Si c'était, au contraire, quelque
-figure sinistre qui rappelait de tristes événements, il se taisait
-ou ne prononçait le nom qu'à voix basse. Un jour, comme il fixait
-attentivement un commissaire qu'il semblait reconnaître, celui-ci lui
-demanda où il l'avait vu. Le jeune prince refusa de répondre, puis, se
-penchant vers sa sœur: «C'est, lui dit-il à voix basse, lors de notre
-voyage de Varennes[1409].»
-
-Le 2 décembre, une nouvelle Commune succéda à la Commune
-révolutionnaire du 10 août. Dès le soir même, à dix heures, les membres
-inaugurèrent leur entrée en fonctions en venant au Temple reconnaître
-les prisonniers[1410]. Mais si ceux-ci attendirent quelque amélioration
-de ce changement, ils se trompèrent. Les nouveaux commissaires, moins
-grossiers peut-être que les anciens, étaient d'une méchanceté plus
-réfléchie et d'une surveillance plus tyrannique. Au lieu d'un municipal
-près du Roi et de la Reine, il y en eut deux, et il devint dès lors
-bien plus difficile à Cléry de leur faire passer des avis ou d'obtenir
-le moindre adoucissement.
-
-Le 3, la Reine, malade, n'avait pu prendre aucune espèce d'aliment;
-elle demanda à Turgy un bouillon pour souper. Turgy l'apporta; mais
-la Reine, sachant que la femme Tison était aussi indisposée, lui
-fit donner le bouillon. Turgy pria les municipaux de l'accompagner
-pour qu'il pût aller en chercher un autre; aucun n'y consentit, et
-Marie-Antoinette fut obligée de se passer de souper[1411].
-
-Le 7, un municipal,—c'était Moëlle,—vint lire d'une voix altérée
-un arrêté qui ordonnait d'enlever aux détenus «couteaux, rasoirs,
-ciseaux, canifs et tous autres instruments tranchants dont on prive
-les prisonniers réputés criminels et d'en faire la plus exacte
-recherche tant sur les prisonniers que dans leurs appartements».
-Le Roi dut livrer tout ce qu'il avait dans ses poches ou ce qui se
-trouvait dans sa chambre: un couteau qui lui venait de son père, un
-canif, un petit nécessaire en maroquin rouge, ses rasoirs, un compas
-à rouler les cheveux, jusqu'à un instrument pour nettoyer les dents;
-les princesses, leurs couteaux, leurs ciseaux et tout ce qui pouvait
-servir à leur travail[1412]. «Faut-il donner aussi les aiguilles,
-car elles piquent bien fort?» dit ironiquement la Reine. Les pauvres
-femmes durent renoncer dès lors à certains ouvrages qui leur avaient
-été une distraction pendant les longues heures de la captivité. Un
-jour, Mme Élisabeth raccommodait les habits du Roi et, n'ayant plus
-de ciseaux, elle rompait le fil avec ses dents. «Quel contraste!» lui
-dit le prince; «il ne vous manquait rien dans votre jolie maison de
-Montreuil.»—«Ah! mon frère, répondit-elle, puis-je avoir des regrets,
-quand je partage vos malheurs[1413].»
-
-Le soir, au dîner, on agita la question de savoir si l'on devait
-laisser les fourchettes et les couteaux aux prisonniers. Quelques
-commissaires voulaient les enlever; sur les instances de Moëlle[1414],
-l'avis le moins vexatoire prévalut pourtant, et il fut décidé que la
-famille royale conserverait ses couteaux et fourchettes, mais qu'on les
-enlèverait à la fin de chaque repas[1415].
-
-Fût-ce comme compensation à ces vexations nouvelles que, le 9, le
-municipal Lepître fit accorder un clavecin qui se trouvait à l'entrée
-de la chambre de Mme Élisabeth, ce qui permit à la Reine d'en donner
-des leçons à sa fille? Le premier morceau qui lui tomba sous la main
-portait pour titre: _La Reine de France[1416]!_
-
-Le 11 décembre, à cinq heures du matin, la générale fut battue dans
-les rues de Paris: la cavalerie et les canons occupèrent le jardin du
-Temple. Grâce à Turgy et à Cléry, la famille royale connaissait, depuis
-plusieurs jours déjà, la cause de ce déploiement de forces inusité. Le
-3 décembre, la Convention avait décidé que Louis Capet serait traduit à
-sa barre; c'était ce décret qu'on venait exécuter.
-
-A neuf heures, le Roi monta, comme de coutume, pour déjeuner dans
-l'appartement de la Reine. Il y resta une heure: mais quelles que
-fussent leurs angoisses, sous l'œil inquisiteur des municipaux, les
-prisonniers ne pouvaient rien se dire; les regards suppléaient aux
-paroles. Il fallut enfin se séparer. Le Roi redescendit à sa chambre;
-le Dauphin, comme d'habitude, l'accompagna. Insouciant du danger et
-ignorant des événements, le jeune prince insista pour faire une partie
-de siam. Il n'y fut pas heureux, et par deux fois il ne put dépasser
-le nombre seize. «Toutes les fois que j'ai ce point de seize, dit-il
-avec un léger dépit, je ne puis gagner.» Le Roi ne dit rien; mais
-un tressaillement involontaire agita son visage à ce rapprochement,
-naïvement cruel.
-
-A onze heures, le Dauphin avait quitté le jeu et prenait une leçon de
-lecture, lorsque deux municipaux vinrent le chercher pour le conduire
-à sa mère. Louis XVI demanda la cause de ce brusque enlèvement; on se
-contenta de lui répondre que c'était l'ordre de la Commune: l'accusé
-devait être séparé de sa famille. L'infortuné père embrassa tendrement
-son fils et Cléry conduisit l'enfant à sa mère.
-
-A une heure, le Roi partit pour la Convention, escorté du maire
-de Paris, Chambon, du procureur de la Commune, Chaumette, du
-secrétaire-greffier, Coulombeau, et de Santerre. Le soir, à six
-heures, il rentra au Temple; son premier soin fut de demander qu'on le
-conduisît près de sa famille; on refusa, sous prétexte qu'on n'avait
-point d'ordres. «Mais au moins, dit-il, mon fils passera la nuit avec
-moi; son lit et ses effets sont ici.» Même silence. Après le dîner
-le prince insista de nouveau; on répondit simplement qu'il fallait
-attendre les instructions de la Convention.
-
-La Reine et les princesses avaient passé la journée dans de mortelles
-inquiétudes. La Reine avait tout tenté pour apprendre quelque chose
-des municipaux qui la gardaient; c'était la première fois qu'elle
-consentait à les questionner. Les municipaux refusèrent de rien dire.
-Au retour du Roi, Marie-Antoinette demanda instamment à le voir;
-elle le fit demander au maire Chambon; le maire ne daigna même pas
-répondre[1417].
-
-Épuisée par le chagrin, la malheureuse femme n'avait plus la force de
-pleurer; il semblait presque que la vue même de son fils la laissât
-insensible. «Mon frère passa la nuit chez elle, raconte Madame Royale;
-il n'avait pas de lit; elle lui donna le sien et resta toute la nuit
-debout, dans une douleur si morne que nous ne voulions pas la quitter;
-mais elle nous força à nous coucher, ma tante et moi[1418].»
-
-Le lendemain, la Reine renouvela ses sollicitations; elle redemanda à
-voir son mari et à lire les journaux qui rendaient compte du procès;
-elle insista du moins pour que, si la faveur de voir le Roi lui était
-refusée à elle-même, on l'accordât à ses enfants. Les journaux furent
-interdits. Quant à la demande de réunion des enfants à leur père, elle
-fut portée à la Convention. Après une longue délibération, l'Assemblée
-décida, le 15 décembre, par un faux semblant de pitié que démentaient
-les termes mêmes de l'arrêté, que «Louis Capet pourrait voir ses
-enfants, lesquels ne pourraient, jusqu'à son jugement définitif,
-communiquer avec leur mère et avec leur tante.»
-
-C'était accorder et refuser en même temps. Le malheureux prince ne
-voulut pas d'une faveur qui fût devenue un supplice pour sa femme;
-il aima mieux s'imposer à lui-même un nouveau sacrifice et laisser à
-la Reine la douceur de la société de ses enfants. Le soir même, il
-fit monter dans l'appartement des princesses le lit du Dauphin. Cléry
-garda le linge et les habits; il fut convenu que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait nécessaire.
-
-Pendant six longues semaines, le Roi demeura ainsi séparé de sa
-famille; la Reine et les princesses n'eurent de ses nouvelles que
-grâce au dévouement de Turgy et de Cléry, qui cachaient des billets
-dans des pelotons de fil ou de laine qu'ils jetaient sous les lits
-ou descendaient dans l'abat-jour des fenêtres au moyen de ficelles
-conservées avec soin[1419], grâce aussi à la sensibilité de quelques
-municipaux, plus humains que leurs collègues. Quelques-uns assuraient à
-la Reine que le Roi ne périrait pas et que son affaire serait renvoyée
-aux Assemblées primaires, qui le sauveraient certainement[1420].
-Illusions généreuses ou mensonges charitables, qui n'abusaient guère
-les prisonnières.
-
-Le sinistre procès suivait son cours. Le 12 décembre, Louis XVI avait
-choisi pour défenseur Tronchet, auquel il adjoignit le lendemain
-Malesherbes, et un peu plus tard de Sèze. Le 15, une députation de la
-Convention vint lui communiquer les pièces à sa charge. Chaque jour
-ensuite, les trois défenseurs se rendirent au Temple, où, après de
-minutieuses investigations des municipaux, ils étaient admis à conférer
-avec leur client. Le 25 décembre, jour de Noël, le Roi, seul avec
-lui-même et avec Dieu, écrivit tout entier de sa main son testament, ce
-monument admirable de sa résignation chrétienne et de son amour pour
-son peuple.
-
-Le 26, l'accusé fut conduit pour la seconde fois à la Convention; dans
-la crainte que le bruit des tambours et du cortège qui devait venir le
-prendre n'effrayât la Reine, il la fit prévenir dès le matin.
-
-Nous n'avons pas à tracer ici le récit détaillé de cette mémorable
-et lugubre séance. C'est le jour où de Sèze prononça cet éloquent
-plaidoyer qui fit plus d'une fois passer un frisson d'émotion dans le
-cœur des juges les plus prévenus. C'est le jour aussi où Malesherbes,
-interpellé par le conventionnel Treilhard qui lui demandait:
-
-«Qui vous rend si hardi de prononcer ici des noms que la Convention a
-proscrits?» lui fit cette simple et héroïque réponse:
-
-«Mépris de vous-même et mépris de la vie.»
-
-Lorsque de Sèze eut achevé son discours, le Roi se leva et prononça
-d'un ton ferme ces paroles:
-
-«Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens de défense; je ne vous
-les renouvellerai point. En vous parlant peut-être pour la dernière
-fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien et que mes
-défenseurs ne vous ont dit que la vérité.»
-
-Mais est-ce que les Conventionnels avaient souci de la conscience, et
-ne pouvaient-ils pas répondre comme Pilate: «Qu'est-ce que la vérité?»
-
-Le lendemain, de Sèze remit au Roi plusieurs exemplaires de son
-plaidoyer. Un municipal, nommé Vincent, se chargea d'en porter
-secrètement un exemplaire à la Reine. La malheureuse femme le lut avec
-une attention haletante; mais elle ne se leurrait d'aucun espoir et
-d'une main fiévreuse, mais ferme, elle traça sur le premier feuillet
-ces lignes: «_Oportet unum mori pro populo_[1421].»
-
-Le mardi, 1er janvier 1793, fut triste à la Tour. Le matin
-Cléry s'approcha du lit du Roi et lui demanda la permission de lui
-offrir ses vœux. «Je reçois vos souhaits,» répondit le prince, en
-lui tendant une main que le fidèle serviteur arrosa de larmes. Dès
-qu'il fut levé, il pria un municipal d'aller savoir des nouvelles de
-sa famille et lui présenter ses vœux pour la nouvelle année. Son
-ton était si déchirant, qu'un des commissaires, ému, dit à Cléry:
-«Pourquoi le Roi ne demande-t-il pas à voir sa famille? Maintenant que
-l'interrogatoire est terminé, cela ne souffrirait aucune difficulté.»
-Sur ces entrefaites, le municipal qui était allé chez la Reine rentra
-et annonça au prisonnier que sa famille le remerciait de ses souhaits
-et lui adressait les siens. Le Roi fut attendri: «Quel jour de nouvelle
-année!» dit-il tristement.
-
-Le soir, Cléry lui fit part de sa conversation avec le commissaire
-et l'assura que la Convention l'autoriserait certainement à voir les
-siens. «Dans quelques jours, répondit le prince, ils ne me refuseront
-pas cette consolation; il faut attendre[1422].»
-
-Et cependant, la pensée du malheureux souverain se reportait
-constamment sur sa famille; il y revenait sans cesse dans ses
-entretiens avec ses défenseurs et sa voix s'attendrissait, ses yeux
-se baignaient de larmes, quand il parlait de sa sœur dont la vie
-n'avait été «qu'affection, dévouement et courage», de ses enfants «si
-malheureux déjà à leur âge», de la Reine, si insultée, si calomniée, si
-méconnue: «S'ils,—les Français,—savaient ce qu'elle vaut, disait-il,
-s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis
-nos infortunes, ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès
-longtemps, ses ennemis et les miens ont eu l'art, en semant des
-calomnies parmi le peuple, de changer en haine cet amour dont elle fut
-si longtemps l'objet.»
-
-Et passant rapidement en revue la conduite de la Reine et les
-imputations dont on avait voulu la noircir:
-
-«Les factieux ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir la
-Reine, ajoutait-il, que pour préparer le peuple à la voir périr.
-Oui, mes amis, sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on
-craindrait qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse, mon mariage lui
-promit un trône; aujourd'hui quelle perspective lui offre-t-il?» En
-prononçant ces mots, il serrait la main de Malesherbes, et ses yeux se
-remplissaient de pleurs[1423].
-
-Le 15 janvier, la Convention déclara Louis Capet coupable; le 17, après
-une séance de vingt-deux heures, une majorité factice de _cinq_ voix
-prononça contre lui la peine de mort; le même soir, Malesherbes, tout
-tremblant, vint l'annoncer au captif. Le lendemain, un arrêté de la
-Commune décida que toute communication serait interrompue entre Louis
-XVI et ses conseils et que le condamné serait gardé à vue jour et
-nuit. Le Roi protesta vainement contre ce redoublement de rigueur: sa
-protestation ne fut pas écoutée.
-
-Le 20, la Convention, par 380 voix contre 310, repoussa tout sursis à
-l'exécution. Le même jour, à deux heures de l'après-midi, le Comité
-exécutif se transporta au Temple, et le ministre de la justice
-Garat, le chapeau sur la tête, fit donner lecture, par le secrétaire
-Grouvelle, du décret de l'Assemblée. Quand ce fut fini, Louis XVI
-prit simplement le décret, le serra dans son portefeuille, puis, en
-tirant un papier: «Monsieur le Ministre, dit-il, veuillez communiquer
-cette pièce à la Convention.» C'était une lettre où le condamné
-demandait un délai de trois jours pour «se préparer à paraître devant
-Dieu» et la faculté de voir librement un prêtre qu'il indiquait. Il
-y joignait l'adresse de ce prêtre que sa sœur lui avait recommandé,
-l'abbé Edgeworth de Firmont, et insistait pour qu'il lui fût permis
-d'entretenir sa famille sans témoins.
-
-Pendant cette scène cruelle, la contenance du Roi avait été si ferme,
-sa majesté si haute, qu'Hébert lui-même en avait été touché. «La
-noblesse et la dignité de son maintien et de son langage, dit-il,
-m'arrachèrent des pleurs de rage,» et, ne voulant pas laisser paraître
-son émotion, il s'était retiré.
-
-Le sursis fut refusé: la Convention avait hâte d'en finir; les autres
-demandes furent accordées. On fit chercher l'abbé Edgeworth et Garat le
-conduisit lui-même au Temple dans sa voiture. Il assura le Roi qu'il
-n'y avait aucune charge contre sa famille et qu'on la renverrait hors
-de France[1424].
-
-Les malheureuses prisonnières n'avaient appris la condamnation de Louis
-XVI que le dimanche 20 au matin, par les colporteurs de journaux qui
-venaient la crier sous leurs fenêtres. Le même jour, à huit heures du
-soir, elles apprirent qu'un décret de la Convention leur permettait de
-descendre chez le Roi. Elles y coururent[1425]. Le prince avait fait
-passer l'abbé Edgeworth dans la tourelle, de peur que la vue du prêtre
-ne fît trop de mal aux princesses; il attendait dans la salle à manger.
-La Convention avait décidé qu'il serait seul avec sa famille; mais la
-Commune, toujours ingénieuse à tourmenter sa victime, avait exigé que
-les municipaux assistassent à l'entrevue derrière une porte vitrée. Une
-misérable lampe-quinquet éclairait la salle[1426]; la table avait été
-rangée de côté; des chaises, disposées dans le fond, afin de donner
-plus d'espace; sur la table, une carafe d'eau et un verre. «Apportez
-de l'eau qui ne soit pas frappée,» avait dit le Roi qui, dans ce cruel
-déchirement, conservait toute sa présence d'esprit; «si la Reine en
-buvait, elle pourrait être incommodée.»
-
-A huit heures et demie, la porte s'ouvrit; la Reine entra la première,
-tenant son fils par la main; ensuite Madame Royale et Mme Élisabeth.
-Tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna
-pendant quelques minutes et ne fut interrompu que par des sanglots.
-«Le Roi s'assit; la Reine à sa gauche, Mme Élisabeth à sa droite,
-Madame Royale presque en face; le jeune prince resta debout entre les
-jambes du Roi; tous étaient penchés vers lui et le tenaient souvent
-embrassé[1427].»—«Nous le trouvâmes,—le Roi,—bien changé, raconte
-Madame Royale. Il pleura de douleur sur nous, et non de la crainte de
-sa mort; il raconta son procès à ma mère, excusant les scélérats qui
-le faisaient mourir..... Il donna ensuite des instructions religieuses
-à mon frère, lui recommandant surtout de pardonner à ceux qui le
-faisaient mourir, et lui donnant sa bénédiction ainsi qu'à moi[1428].»
-Et pour produire sur le jeune Dauphin une impression plus forte, il
-le prit sur ses genoux et lui dit: «Mon fils, vous avez entendu ce
-que je viens de vous dire; mais comme le serment est quelque chose
-d'encore plus sacré que les paroles, jurez en levant la main, que vous
-accomplirez les dernières volontés de votre père.» Mon frère lui obéit
-en fondant en larmes, et cette bonté si touchante fit encore redoubler
-les nôtres[1429].»
-
-La Reine aurait voulu passer la nuit près du Roi avec sa famille. Le
-malheureux prince refusa: il avait besoin de calme pour se préparer à
-la mort. La Reine insista du moins pour le voir un moment le lendemain
-matin; il y consentit; mais, «quand nous fûmes partis, rapporte Madame
-Royale, il dit aux gardes de ne pas nous laisser redescendre, parce que
-notre présence lui ferait trop de peine[1430].»
-
-Cette touchante entrevue dura sept quarts d'heure, au milieu des
-sanglots et des larmes. Pendant ce temps, quatre municipaux, mal vêtus
-et le chapeau sur la tête, se tenaient dans l'embrasure de la croisée,
-se chauffant au poêle et surveillant par la cloison vitrée[1431]. A
-dix heures et quart, le Roi se leva le premier et tous le suivirent.
-La Reine le tenait par la main droite, s'appuyant sur son épaule, et
-pouvant à peine se soutenir; le Dauphin, du même côté, était enlacé
-dans le bras droit de sa mère qui le pressait sur son cœur, et lui-même
-serrait de sa petite main la main droite du Roi et la main gauche de la
-Reine, les baisant et les arrosant de ses larmes[1432]; Madame Royale,
-à gauche, tenait le Roi embrassé par le milieu du corps[1433]; Mme
-Élisabeth, un peu plus en arrière que sa nièce, avait saisi de ses
-deux mains le haut du bras gauche de son frère et levait au ciel ses
-yeux baignés de pleurs[1434]. Louis XVI s'efforçait de conserver son
-calme; mais il luttait péniblement pour ne pas faiblir[1435]. «Je vous
-assure, dit-il, que je vous verrai demain matin à huit heures.»—«Vous
-nous le promettez?» répétèrent-ils tous ensemble.—«Oui, je vous le
-promets.»—«Pourquoi pas à sept heures?» dit la Reine.—«Eh bien! oui,
-à sept heures, répondit-il; adieu!» Il prononça cet adieu avec une
-expression si navrante que les sanglots redoublèrent. Madame Royale
-tomba évanouie; Cléry la releva et Mme Élisabeth la soutint. Le Roi,
-voulant mettre fin à cette scène déchirante, serra une dernière fois
-sur sa poitrine ces chers objets de son affection et, se dégageant
-doucement de cette émouvante étreinte: «Adieu! Adieu!» murmura-t-il,
-et il rentra lentement dans sa chambre[1436]. «Ah! Monsieur, dit-il à
-l'abbé Edgeworth, quelle entrevue! Faut-il donc que j'aime et que je
-sois si tendrement aimé! Mais c'en est fait; oublions tout le reste
-pour ne penser qu'à l'unique affaire. Elle seule doit concentrer dans
-ce moment toutes mes affections et toutes mes pensées.»
-
-Pendant ce temps, les princesses remontaient chez elles, et, quoique
-les portes fussent fermées, on entendait encore, de l'appartement du
-Roi, leurs gémissements et leurs sanglots[1437]. «Les bourreaux!»
-s'écriait la Reine, et se tournant vers le Dauphin: «Mon fils, lui
-dit-elle, promettez-moi que vous ne songerez jamais à venger la mort de
-votre père[1438].» Puis, déposant sur les cheveux blonds de l'enfant
-un long et amer baiser, elle le déshabilla et le coucha. Quant à elle,
-elle se jeta tout habillée sur son lit, «où, dit Madame Royale, nous
-l'entendîmes toute la nuit trembler de froid et de douleur[1439].»
-
-Le lendemain, à six heures et quart, un municipal entra. La Reine était
-debout; elle crut qu'on venait la chercher pour cette entrevue suprême
-que son mari lui avait promise la veille. Vain espoir: le municipal
-venait chercher un livre de prières pour la messe du Roi[1440]. La
-malheureuse femme espérait encore, espérait toujours, écoutant avec
-une anxiété navrante le bruit des pas qui gravissaient l'escalier...
-Attente inutile; personne ne vint.
-
-Le Roi s'était couché à minuit et demi; à peine au lit, il s'était
-endormi profondément. A cinq heures il se leva, fit sa toilette comme
-à l'ordinaire, entendit la messe à genoux et communia. Quand il eut
-achevé son action de grâces, il appela Cléry et lui donna divers
-objets: «Vous remettrez, lui dit-il d'une voix brisée, ce cachet à mon
-fils...., cet anneau à la Reine; dites-lui bien que je le quitte avec
-peine;—c'était son anneau de mariage.—... Ce petit paquet renferme des
-cheveux de toute ma famille; vous le lui remettrez aussi.... Dites à
-la Reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis
-de les voir ce matin; mais j'ai voulu leur épargner la douleur d'une
-séparation si cruelle. Combien il m'en coûte de partir sans recevoir
-leurs derniers embrassements!» Il essuya quelques larmes et ajouta,
-avec l'accent le plus douloureux: «Je vous charge de leur faire mes
-adieux[1441].»
-
-A neuf heures, Santerre parut, escorté de municipaux et de gendarmes.
-Le Roi sortit de son cabinet, où il s'entretenait avec l'abbé
-Edgeworth: «Vous venez me chercher?» demanda-t-il.—«Oui,» répondit
-Santerre.—«Je suis en affaires,» reprit le prince avec un accent
-d'autorité; «attendez-moi ici.»
-
-Il rentra dans le cabinet, reçut une dernière bénédiction de son
-confesseur, sortit de nouveau et, s'adressant à un municipal, Jacques
-Roux, prêtre apostat, qui se trouvait le plus près de lui: «Je vous
-prie, dit-il, de remettre ce papier à la Reine, à ma femme.»—C'était
-son testament.—«Cela ne me regarde pas,» riposta brutalement Jacques
-Roux; «je ne suis ici que pour vous conduire à l'échafaud.»—«C'est
-juste,» répliqua le Roi; et se tournant vers un autre municipal, il lui
-remit le papier. Puis, prenant son chapeau des mains de Cléry, il dit à
-Santerre d'un ton de commandement: «Marchons.»
-
-Une heure après, à dix heures vingt minutes, la tête de Louis XVI
-tombait sur l'échafaud de la place de la Révolution, et tandis que,
-autour de la guillotine, une foule en délire accueillait avec des
-clameurs sauvages le sang royal qui coulait sur elle, au troisième
-étage de la Tour, deux femmes et deux enfants en larmes, enlacés dans
-les bras les uns des autres, priaient pour la victime et pour les
-bourreaux.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
- La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie de Madame Royale.—On
- apporte aux prisonnières des vêtements de deuil.—Toulan et
- Lepitre.—Plan d'évasion préparé par ces deux municipaux et M. de
- Jarjayes.—Modifications dans le plan.—Nouveau projet; il échoue
- comme le premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan
- sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine les envoie à Monsieur
- et au comte d'Artois.—Dénonciation de Tison.—Perquisitions
- nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection de
- Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout échoue.—Louis
- XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la
- Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La défiance de
- Simon le fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis XVII est
- enlevé à sa mère.—Il est livré au savetier Simon.—Nouvelle visite
- de Drouet au Temple.—Le jeune prince brutalisé par
- Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle est transférée à la
- Conciergerie.
-
-
-La Reine est veuve; elle a appris par les cris de joie d'une populace
-effrénée que le régicide est consommé. Ses yeux sont secs; elle n'a
-plus de larmes; elle étouffe[1442]; une violente secousse seule peut
-la sortir de sa morne torpeur. Avide de se nourrir de son malheur et
-d'en recueillir les tristes détails, elle espère que Cléry, le dernier
-fidèle qui soit demeuré avec l'infortuné monarque, pourra venir lui
-parler encore de celui qui n'est plus; elle en exprime le désir aux
-municipaux; les municipaux refusent. Elle fait demander des vêtements
-de deuil très simples pour elle et pour sa famille; on lui répond que
-la Commune en délibérera.
-
-Qu'elle fut longue, cette journée du 21 janvier, au milieu de la
-brume épaisse qui enveloppait la capitale comme d'un linceul funèbre.
-Le soir, le Dauphin et sa sœur se couchèrent; mais Madame Royale ne
-pouvait dormir; la Reine et Mme Élisabeth veillaient auprès du lit
-du jeune prince, qui, seul au troisième étage de la Tour, sommeillait
-paisiblement. «Il a maintenant, dit Marie-Antoinette, l'âge qu'avait
-son frère, lorsqu'il mourut à Meudon; heureux ceux de notre maison qui
-sont partis les premiers: ils n'ont point assisté à la ruine de notre
-famille[1443]!»
-
-Il était deux heures et demie du matin, mais Tison et sa femme étaient
-éveillés; étonnés d'entendre parler à cette heure, ils vinrent à la
-porte pour surveiller les prisonnières: «De grâce, leur dit Mme
-Élisabeth avec douceur, laissez-nous pleurer en paix.» «L'inquisition,
-dit M. de Beauchesne, s'arrêta, désarmée par cette voix angélique, et
-la conspiration des larmes ne fut pas dénoncée[1444].»
-
-Le lendemain, quand le Dauphin s'éveilla, la Reine le prit dans ses
-bras: «Mon enfant, dit-elle, il faut penser au bon Dieu.»—«Maman,
-répondit-il, moi aussi j'ai bien pensé au bon Dieu; mais quand je
-l'appelle, c'est toujours mon père qui descend devant moi[1445].»
-
-Le 23 janvier, après deux jours d'attente, la Commune, généreuse,
-accorda les vêtements de deuil réclamés par la veuve et les orphelins;
-mais elle s'opposa à ce que Cléry, comme le demandait la Reine,
-continuât près du fils le service qu'il avait fait près du père. Ce
-fut un nouveau coup pour la Reine. «Rien, dit Madame Royale, n'était
-capable de calmer ses angoisses; on ne pouvait faire entrer aucune
-espérance dans son cœur; il lui était devenu indifférent de vivre ou
-de mourir. Elle nous regardait quelquefois avec une pitié qui nous
-faisait tressaillir[1446].» Cette pitié la sauva et son amour maternel
-la tira de ce morne abattement. Madame Royale souffrait depuis quelque
-temps d'un mal à la jambe; l'inquiétude et la douleur lui avaient
-aigri le sang. «Heureusement, raconte-t-elle, peu de jours après le 21
-janvier, le chagrin augmenta mon mal, ce qui occupa la Reine.» Le bruit
-s'en répandit même dans Paris et l'ancienne nourrice de la princesse
-sollicita la faveur de venir la soigner; on repoussa dédaigneusement sa
-demande, mais on toléra l'intervention de l'ancien médecin des Enfants
-de France, Brunier. Brunier vint au Temple et l'on devine son émotion,
-quand il retrouva ses augustes maîtres dans un dénuement tel qu'ils
-manquaient même de linge pour panser la jambe de la jeune malade; il
-dut en apporter de chez lui[1447]. Grâce à ses bons soins et à ceux du
-chirurgien Lacaze, la princesse se rétablit en un mois[1448].
-
-Le 27 et le 30, les habits de deuil furent apportés. En voyant pour la
-première fois ses enfants en noir, la Reine ne put s'empêcher de dire
-en soupirant: «Mes pauvres enfants, vous, c'est pour longtemps; moi,
-c'est pour toujours[1449].»
-
-Les vêtements allaient mal; ce fut un bonheur; on laissa entrer au
-Temple, pour les ajuster, une ancienne femme d'atours de Madame Royale,
-Mlle Pion. La vue de cette figure amie fit un peu de bien aux
-captives. «Leurs regards, a raconté Mlle Pion, m'en disaient plus
-que n'auraient pu faire leurs paroles, et Mgr le Dauphin, dont l'âge
-excusait les espiègleries, en profitait pour me faire, sous l'apparence
-d'un jeu, toutes les questions que pouvait désirer la famille
-royale[1450].»
-
-Il semblait d'ailleurs que la surveillance se relâchât un peu. «Les
-gardes, dit Madame Royale, croyaient qu'on allait nous renvoyer[1451].»
-Des municipaux compatissants pénétraient à la Tour. Toulan et Lepître,
-deux héros modestes, trouvaient le moyen, grâce à une ruse ingénieuse,
-d'être ensemble de service et souvent le dimanche. La première fois
-qu'ils revinrent après le 21 janvier, «nous trouvâmes, dit l'un d'eux,
-la famille royale plongée dans l'affliction la plus profonde. En nous
-apercevant, la Reine, sa sœur et les enfants fondirent en larmes;
-nous n'osions nous avancer. La Reine nous fit signe d'entrer dans sa
-chambre. «Vous ne m'avez pas trompée, nous dit-elle; ils ont laissé
-périr le meilleur des Rois[1452].» Les deux municipaux purent remettre
-aux captives quelques journaux, et c'est ainsi que les malheureuses
-femmes apprirent les détails du régicide.
-
-Quelques jours après, le 7 février, Lepître apporta un chant qu'il
-avait composé sur la mort de Louis XVI, et que Mme Cléry avait mis
-en musique. Lorsque, trois semaines plus tard, le 1er mars, il
-revint au Temple, la Reine le fit entrer dans la chambre de Mme
-Élisabeth, où le Dauphin chanta la romance, que sa sœur accompagnait.
-«Nos larmes coulèrent, raconte Lepître, et nous gardâmes un morne
-silence. Mais qui pourrait peindre le spectacle que j'avais sous les
-yeux: la fille de Louis XVI à son clavecin, sa mère assise auprès
-d'elle, tenant son fils dans ses bras et, les yeux mouillés de
-pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses enfants; Mme
-Élisabeth, debout à côté de sa sœur et mêlant ses soupirs aux tristes
-accents de son neveu[1453].»
-
-Mais ce n'était pas seulement pour offrir à la famille royale ces
-platoniques consolations que Toulan et Lepître venaient au Temple; ils
-avaient conçu un projet plus décisif et plus audacieux. Dans Paris,
-perdus au milieu de la foule, on rencontrait encore des royalistes
-dévoués: d'anciens serviteurs de la Cour, d'anciens agents de la
-famille royale rôdaient autour du Temple, cherchant le moyen de s'y
-introduire et plus encore d'en faire sortir les prisonniers. C'était
-avant tout le baron de Batz, mal vu de l'émigration, suspect même à
-Fersen, nous ne savons pourquoi[1454], mais fidèle autant que qui que
-ce soit, soldat intrépide, conspirateur fécond en ressources, «l'infâme
-Batz» comme l'appelait Barère, qui avait cherché à enlever Louis XVI,
-au 21 janvier, et qui, n'ayant pu réussir à sauver le Roi, risquait
-tout pour sauver sa famille. C'était aussi le chevalier de Jarjayes,
-maréchal de camp, mari d'une des femmes les plus dévouées de la Reine,
-ancien agent du Roi à l'étranger, et qui, depuis l'incarcération de
-ses maîtres, n'avait pas voulu quitter la capitale, afin d'étudier
-les moyens de leur être encore utile. Ce relâchement momentané de
-surveillance, dont parle Madame Royale, leur avait peut-être suggéré la
-pensée qu'une évasion serait possible. Au commencement de mars, un plan
-fut arrêté entre Jarjayes, Toulan et Lepître. Le premier se chargeait
-de préparer la fuite au dehors, les deux autres de la rendre possible
-au dedans. Jarjayes fit faire pour la Reine et Mme Élisabeth des
-habits d'hommes, que Toulan et Lepître introduisirent à la Tour.
-Revêtues de ces costumes, ceintes d'écharpes tricolores et munies de
-cartes semblables à celles des municipaux, les princesses seraient
-sorties sous ce travestissement. Il était plus difficile d'enlever les
-enfants, le jeune Roi surtout, plus particulièrement surveillé. Comment
-déjouer cette surveillance? On en trouva cependant le moyen. Chaque
-soir, l'homme chargé de nettoyer les réverbères venait les allumer; il
-était accompagné, pour cette besogne, de deux enfants, à peu près de
-la taille de Madame Royale et de Louis XVII, et sortait habituellement
-avant sept heures, heure à laquelle on relevait les sentinelles. Un
-royaliste dévoué, M. Ricard, inspecteur des domaines nationaux[1455],
-aurait pris la place de cet homme, et, venant le soir, lorsque la
-garde aurait été relevée, il aurait, sa boîte de fer blanc à la main,
-pénétré jusqu'à l'appartement de la Reine. Là, il aurait reçu des mains
-de Toulan, qui l'aurait vivement et à haute voix gourmandé de n'être
-pas venu lui-même et d'avoir fait faire la besogne par ses enfants,
-les deux jeunes princes, accoutrés en petits lampistes, qui seraient
-ainsi allés retrouver leur mère, sortie avant eux. A l'heure dite et
-au lieu convenu, trois cabriolets auraient été préparés à l'avance. La
-Reine et son fils seraient montés dans le premier avec M. de Jarjayes;
-Madame Royale, dans le second, avec Lepître; Mme Elisabeth, dans
-le troisième, avec Toulan. Des passeports, bien en règle[1456], ne
-laissaient pas d'inquiétude pour la route. Le plan avait été concerté
-de telle sorte qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des fugitifs
-que cinq ou six heures après leur départ. C'était assez d'avance pour
-qu'ils pussent gagner les côtes de Normandie, où un bateau attendait
-près du Havre et les transporterait en Angleterre[1457].
-
-Tout était convenu et la Reine approuvait le projet qui devait être
-mis à exécution le 8 mars. Malheureusement, le 7, une assez vive
-agitation se manifesta dans Paris, causée à la fois par la rareté des
-subsistances et par les mauvaises nouvelles qui arrivaient des armées;
-les Français avaient dû évacuer Aix-la-Chapelle et lever le siège de
-Maëstricht; les Autrichiens étaient rentrés à Liège. Sous le coup de
-ces nouvelles, les sections réclamaient la clôture des barrières pour
-empêcher la sortie des suspects. Le Conseil se contenta de suspendre
-la délivrance des passeports pour l'étranger. Mais il n'eût pas été
-prudent, au milieu de cette agitation et de cette méfiance, de tenter
-une évasion toujours difficile, plus difficile encore à un moment où
-l'attention était plus particulièrement en éveil. Il fallut ajourner,
-puis abandonner le projet.
-
-Mais si la fuite de la famille royale était devenue impossible, si
-celle du jeune Roi, entre autres, tout spécialement surveillé, se
-heurtait à des obstacles presque insurmontables, ne serait-il pas
-possible au moins de sauver la Reine, la plus exposée de tous aux
-haines populaires? Les deux intrépides alliés, Toulan et Jarjayes,
-étudièrent un nouveau plan. Dans ce plan, c'était encore Toulan, seul,
-cette fois, qui se chargeait de faire sortir Marie-Antoinette et de la
-mener dans un lieu déterminé, où elle eût retrouvé Jarjayes. Celui-ci,
-de son côté, s'était ménagé les moyens de la conduire en sûreté.
-Mais la Reine accepterait-elle cette combinaison? Consentirait-elle
-à fuir seule, laissant sa belle-sœur, ses enfants surtout, entre
-les mains de leurs bourreaux? Les prières de Toulan et de Jarjayes,
-les supplications de Mme Élisabeth, la certitude que cette tante
-admirable serait une admirable seconde mère pour les orphelins, avaient
-fini par triompher des répugnances de Marie-Antoinette. Elle s'était
-résignée, non sans des retours terribles, et des velléités incessantes
-de refus, à se prêter au désir de ses sauveurs. Le jour de l'évasion
-approchait; on était à la veille, au soir; les enfants étaient couchés;
-mais Madame Royale ne dormait pas; la Reine et Mme Élisabeth
-causaient ensemble, avec quelle angoisse, avec quelle souffrance de
-cette imminente séparation, on le devine. «Résolue au sacrifice qu'on
-lui demandait, raconte M. de Beauchesne, qui a recueilli, sur cette
-scène émouvante, les précieux souvenirs de la duchesse d'Angoulême, la
-Reine était assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille que cet
-enfant soit heureux!» dit-elle.—«Il le sera, ma sœur,» répondit Mme
-Élisabeth en montrant à la Reine la figure naïve, ouverte, douce et
-fière du Dauphin.—«Toute jeunesse est courte comme toute joie,» murmura
-Marie-Antoinette, avec un serrement de cœur indicible; «on en finit
-avec le bonheur, comme avec toute autre chose!» Puis, se levant, elle
-marcha quelque temps dans sa chambre en disant: «Et vous-même, ma
-bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je? C'est impossible! C'est
-impossible[1458]!»
-
-Et lorsque, le lendemain, Toulan vint, prêt au départ, et tout heureux
-à la pensée qu'il allait sauver la veuve de son Roi, la Reine s'avança
-vers lui: «Vous allez m'en vouloir, lui dit-elle, mais j'ai réfléchi.
-Il n'y a ici que danger; mieux vaut mort que remords.»
-
-Et elle le chargea pour Jarjayes du billet suivant, qui a été révélé
-pour la première fois par Chauveau-Lagarde:
-
-«Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. _Mais nous y avons beaucoup
-gagné_, en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt de
-mon fils est le seul qui me guide. _Quelque bonheur que j'eusse éprouvé
-à être hors d'ici_, je ne peux consentir à me séparer de lui. Je ne
-pourrais jouir de rien sans mes enfants, _et cette idée ne me laisse
-pas même un regret_[1459].»
-
-«Je mourrai malheureuse, avait encore dit la Reine à Toulan, si je n'ai
-pu vous prouver ma gratitude.»—«Et moi, Madame, avait répondu Toulan,
-si je ne puis vous montrer mon dévouement.» Ce dévouement, le fidèle
-municipal ne tarda pas en à donner une nouvelle preuve. Il savait
-avec quelle ardeur la Reine et les princesses désiraient posséder
-les derniers souvenirs du Roi, ces objets précieux que l'infortuné
-monarque avait remis à Cléry pour Marie-Antoinette et que la Commune
-n'avait pas permis à Cléry de porter à la royale destinataire.
-L'anneau, le cachet de Louis XVI, le petit paquet de cheveux, repris
-au fidèle serviteur à la sortie du Temple, le 1er mars[1460], tout
-cela était placé sous les scellés et conservé dans l'appartement du
-condamné. Avec une rare habileté, Toulan trouva moyen de les enlever
-et d'apporter à la Reine ces chères reliques du martyr. La Reine les
-reçut en pleurant d'attendrissement et de joie; mais elle craignit que
-quelque dénonciation de Tison, que quelque perquisition minutieuse ne
-fît découvrir ces précieux gages de l'affection de son mari, et, pour
-les mettre en sûreté, elle se décida à les envoyer à l'étranger. Ce
-fut encore aux deux vaillants complices, Toulan et Jarjayes, qu'elle
-s'adressa: Toulan reçut les objets, et Jarjayes se chargea de les
-porter à Monsieur et au comte d'Artois, avec des lettres des royales
-prisonnières.
-
-«Ayant un être fidèle, sur lequel nous pouvons compter, écrivait la
-Reine à Monsieur, j'en profite pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt
-qui ne peut être confié qu'en ses mains. Le porteur vous dira par quel
-miracle nous avons pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous
-dire moi-même le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où
-nous avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles
-et l'excès de nos malheurs nous font sentir encore plus vivement notre
-cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
-en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
-cœur[1461].»
-
-Et elle écrivait au comte d'Artois:
-
-«Ayant trouvé enfin un moyen de confier à notre frère un des seuls
-gages qui nous restent de l'être que nous chérissons et pleurons tous,
-j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui vienne de
-lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre avec laquelle je
-vous embrasse de tout cœur[1462].»
-
-La mission fut remplie. Jarjayes pourtant ne partit pas tout de suite:
-il espérait toujours. Mais lorsque Barnave fut arrêté, le général, qui
-plus d'une fois avait servi d'intermédiaire dans les relations des
-Constitutionnels avec la Cour, craignit d'être arrêté lui-même, et,
-redoutant avec l'éloquent député une confrontation qui aurait pu être
-compromettante pour tous deux et surtout pour la Reine, il se décida
-à se réfugier à Turin[1463]. C'est de là que, par l'entremise du roi
-de Sardaigne, il fit parvenir à Monsieur et au comte d'Artois les
-souvenirs de Louis XVI et les lettres de Marie-Antoinette. Mais, avant
-de partir, il avait reçu de la «grande et infortunée souveraine» le
-billet suivant:
-
-«Adieu, je crois que, si vous êtes bien décidé à partir, il vaut mieux
-que ce soit promptement. Mon Dieu que je plains votre pauvre femme! T.
-vous dira l'engagement formel que je prends de vous la rendre, si cela
-m'est possible.
-
-«Que je serai heureuse, si nous pouvons être bientôt réunis! Jamais je
-ne pourrai assez reconnaître ce que vous avez fait pour nous.
-
-«Adieu! Ce mot est cruel[1464].»
-
-Ainsi l'isolement se faisait chaque jour davantage; le cercle de fer
-se resserrait autour des prisonnières; elles conservaient pourtant
-encore,—ce billet le prouve,—l'espoir d'une délivrance possible
-et peut-être prochaine. Illusion trop tôt démentie. Le 27 mars,
-Robespierre demandait le bannissement des Bourbons, à l'exception
-de Marie-Antoinette, qui devait être traduite devant le Tribunal
-révolutionnaire, et du fils de Capet, qui resterait détenu à la Tour
-du Temple. La Convention, pour cette fois, passa à l'ordre du jour;
-mais la Commune avait-elle eu vent des généreux desseins de Toulan et
-de Jarjayes? Sa méfiance devenait plus soupçonneuse; sa haine, plus
-persécutrice.
-
-Un jour, le 25 mars, le feu avait pris à la cheminée de la Reine. «Le
-soir, dit Madame Royale, Chaumette, procureur de la Commune, vint
-pour la première fois reconnaître ma mère et lui demander si elle ne
-désirait rien. Ma mère demanda seulement une porte de communication
-avec la chambre de ma tante; les deux terribles nuits que nous avions
-passées chez elle, nous avions couché, ma tante et moi, sur un des
-matelas par terre. Les municipaux s'opposèrent à cette demande; mais
-Chaumette dit que, dans l'état de dépérissement où était ma mère,
-cela pourrait être nécessaire à sa santé et qu'il en parlerait au
-Conseil général. Le lendemain, il revint à dix heures du matin avec
-Pache, le maire, et cet affreux Santerre, commandant général de la
-garde nationale. Chaumette dit à ma mère qu'il avait parlé au Conseil
-général de sa demande pour la porte et qu'elle avait été refusée.
-Elle ne répondit rien. Pache lui demanda si elle n'avait point de
-plainte à porter. Ma mère dit non, et ne fit pas d'attention à ce qu'il
-disait[1465].»
-
-Des précautions nouvelles étaient prises; on élevait un mur dans le
-jardin; on mettait des jalousies au haut de la Tour; on bouchait
-tous les trous avec soin[1466]. Le 1er août, la Commune décida
-«qu'aucune personne de garde au Temple n'y pourrait dessiner quoi que
-ce soit, que les commissaires de service ne devraient avoir aucune
-communication avec les personnes détenues ni se charger d'aucune
-commission pour elles, que Tison et sa femme ne pourraient sortir de
-la Tour ni communiquer avec qui que ce soit au dehors[1467]». Mais
-cette prohibition nouvelle, si dure pour les captives, l'était aussi
-pour les Tison: ils n'avaient plus le droit de voir personne, pas même
-leurs parents. Un jour qu'on leur avait refusé de laisser monter leur
-fille,—c'était le 19 avril,—Tison entra dans une violente colère et, ne
-sachant sur qui faire retomber sa rage, il s'en prit naturellement aux
-prisonnières et à ceux qui semblaient leur témoigner quelque intérêt.
-Il déclara à Pache, qui se trouvait à la Tour, que certains municipaux
-parlaient bas à la Reine et à Mme Élisabeth. Sommé de donner
-leurs noms, il dénonça Toulan, Lepître, Brunot, Moëlle, Vincent et le
-médecin Brunier, et ajouta que les captives avaient des correspondances
-avec le dehors. Comme preuve, il raconta qu'un jour, après souper, la
-Reine, en tirant son mouchoir, avait laissé tomber un crayon et que
-chez Mme Élisabeth il y avait des pains à cacheter, de la cire et
-des plumes dans une boîte. Sa femme, mandée, répéta la même chose; la
-dénonciation, signée des deux espions, fut envoyée à la Commune qui,
-après avoir fait apposer les scellés chez les municipaux suspects,
-décida qu'une perquisition minutieuse serait faite au Temple.
-
-Le 20, à dix heures trois quarts du soir[1468], les princesses venaient
-de se coucher, lorsque Hébert arriva, escorté de plusieurs municipaux;
-à l'odieux de l'inquisition il avait voulu ajouter la terreur de la
-surprise, en pleine nuit. Les prisonnières se levèrent précipitamment.
-Hébert leur lut un arrêté de la Commune, qui ordonnait de les fouiller
-«à discrétion[1469]». On chercha dans tous les meubles, partout, même
-sous les matelas. Le jeune prince dormait; on l'arracha durement de son
-lit pour fouiller dedans: sa mère le prit dans ses bras, tout transi de
-froid. La visite dura cinq heures jusqu'à quatre heures du matin: on
-ne trouva rien, sauf, sur la Reine, un portefeuille de maroquin rouge
-qui contenait quelques adresses et un porte-crayon d'acier sans mine,
-et chez Mme Elisabeth un bâton de cire rouge ayant déjà servi et un
-peu de poudre de buis. A Marie-Thérèse on enleva un sacré-cœur et une
-prière pour la France. Furieux de n'avoir saisi que ces bagatelles,
-Hébert et ses acolytes forcèrent la Reine et Mme Élisabeth à signer
-le procès-verbal de perquisition, les menaçant, en cas de refus, de
-leur enlever Louis XVII et Marie-Thérèse[1470]. Trois jours après,
-ils revinrent, et cette fois ils découvrirent, sous le lit de Mme
-Élisabeth, un chapeau d'homme, renfermé dans une cassette; c'était
-un chapeau que Louis XVI avait porté au commencement de sa captivité
-au Temple et que sa sœur lui avait demandé, afin de le conserver
-en souvenir de lui[1471]. Une pareille relique était suspecte; les
-commissaires emportèrent le chapeau, malgré les supplications de
-Mme Élisabeth; mais ils durent avouer dans le procès-verbal qu'ils
-n'avaient trouvé «aucun vestige de correspondance avec le dehors, ni
-de connivence entre elles,—les prisonnières,—et les six membres du
-Conseil, inculpés dans le rapport de Tison[1472]». Les six municipaux
-n'en furent pas moins suspendus de leurs fonctions, et les deux plus
-compromis, Toulan et Lepître, rayés de la liste des commissaires
-chargés de la surveillance du Temple.
-
-Cependant, à l'étranger, les amis de la famille royale ne restaient pas
-inactifs; Fersen redoublait ses démarches près de toutes les Cours.
-
-Mais comment amener un accord, quand les Cours, quand les fidèles
-même de la monarchie étaient divisés? Catherine II n'aimait pas
-Marie-Antoinette[1473]; l'Autriche se méfiait de la Prusse[1474];
-la Russie était mécontente de l'Autriche[1475]; Fersen lui-même
-était rempli de préventions contre la Marck et Mercy[1476]. Il ne se
-décourageait pas cependant. Dès le mois de septembre 1792, il avait
-voulu faire agir l'Angleterre, qui, n'étant pas alors en guerre avec
-la France, aurait peut-être été écoutée à Paris; mais Pitt était resté
-froid et s'était borné à des protestations d'intérêt platonique.
-L'Espagne seule avait fait faire des observations par l'organe de
-son ambassadeur. L'assassinat du 21 janvier avait été la réponse
-de la Convention aux déclarations de l'Angleterre et de l'Espagne.
-Après la mort de Louis XVI, l'Autriche avait songé à réclamer la
-Reine. «Faute de n'avoir pas cru possible l'assassinat du Roi de
-France, écrivait Mercy à la Marck devenu prince d'Arenberg, peut-être
-n'a-t-on pas fait tout ce qui était faisable pour prévenir cette
-horreur. Tâchons du moins qu'il n'en soit pas de même à l'égard de
-cette infortunée Reine, qui doit devenir maintenant le constant objet
-de notre sollicitude[1477].» Mais on ne tarda pas à renoncer à ces
-démarches, dans la crainte qu'elles fussent tout au moins inutiles,
-et peut-être nuisibles. «L'intérêt que l'Empereur manifestera pour sa
-tante, disait Fersen, ne sera-t-il pas une raison pour les factieux
-et un moyen dont ils se serviront pour la perdre, en réveillant les
-haines contre les Autrichiens et montrant la Reine comme étrangère et
-complice des crimes qu'ils ont imputés au Roi[1478]?» Ne valait-il
-pas mieux, à force d'argent et de promesses, gagner quelques meneurs
-influents, comme Laclos, Santerre, Dumouriez[1479]? Dumouriez surtout,
-alors à la tête d'une armée victorieuse, et qui, ancien serviteur
-de la monarchie, pouvait avoir la pensée de la restaurer avec Louis
-XVII. Quelque temps après, en effet, comme pour donner raison aux
-prévisions du dévoué Suédois, les Constitutionnels,—c'est le mot dont
-il se sert,—proposaient au baron de Breteuil d'obtenir un décret de
-bannissement pour la Reine et ses enfants; ils exigeaient pour cela six
-millions, payables lorsque les prisonniers eussent été en sûreté sur
-la terre étrangère; le baron demanda les six millions à Pitt, qui fit
-des objections, et l'affaire n'eut pas de suite[1480]. Mais un peu plus
-tard, un homme de confiance de Dumouriez vint à son tour s'aboucher
-avec M. de Breteuil[1481]: le général était las du despotisme de
-la Convention, indigné de la mort du Roi et des atrocités qui se
-commettaient à Paris. Le baron s'adressa de nouveau à l'Angleterre,
-qui, cette fois encore, traîna en longueur. Mais, avec ou sans les
-émigrés, Dumouriez poursuivait son plan. Le 12 mars, il avait avec les
-commissaires de la Convention une vive altercation. Le 25, il recevait
-à son quartier général le colonel autrichien Mack, envoyé du prince de
-Cobourg, et, après avoir exhalé devant lui tous ses griefs contre le
-gouvernement révolutionnaire, il s'écriait: «Il nous est impossible
-de rester plus longtemps spectateurs tranquilles de tant d'horreurs.
-Je veux disperser cette criminelle Convention, rétablir la royauté
-constitutionnelle, proclamer le Dauphin roi de France, sauver les
-jours de la Reine.» Quelques jours après, l'accord était fait entre
-le prince allemand et le général français. Cobourg s'engageait à ne
-pas inquiéter Dumouriez, et celui-ci, à la tête de son armée, devait
-marcher sur Paris, dissoudre la Convention et restaurer la monarchie.
-
-«Un exprès, envoyé par le vicomte de Caraman au baron de Breteuil,
-écrivait Fersen tout joyeux sur son _Journal_, a apporté l'arrangement
-fait par Dumouriez avec le prince de Cobourg. J'en envoyai une
-estafette en porter la nouvelle en Suède. La joie fut très vive. J'en
-eus d'autant plus que je ne craignais plus rien pour la Reine[1482].»
-
-Mais déjà les intrigues renaissaient. En cas de rétablissement de la
-monarchie, qui aurait la régence? L'entourage de Monsieur la demandait
-pour lui[1483]; les amis de la Reine, s'appuyant sur les précédents,
-la revendiquaient pour elle, et il n'était pas bien sûr que Dumouriez
-vainqueur ne réclamât un titre auquel la grandeur du service rendu
-semblerait lui donner quelque droit. Pour prévenir ces conflits et
-régler l'attitude à prendre, Fersen voulait envoyer d'une part à Vienne
-et à Hamm le marquis de Limon, afin de décider Monsieur à renoncer à
-ses prétentions; d'autre part, à Paris, l'évêque de Pamiers, Mgr
-d'Agout, afin de «voir la Reine au moment de sa délivrance, pour
-l'instruire de sa position et lui donner des conseils sur ce qu'elle
-aurait à faire[1484].» Et lui-même rédigeait une longue lettre à
-Marie-Antoinette pour lui expliquer toute sa politique. Il fallait se
-servir de Dumouriez, sans se livrer à lui; car c'était un «gueux qui
-dans le fait n'a cédé qu'à la nécessité et n'a voulu se bien conduire
-que lorsqu'il voyait l'impossibilité de résister plus longtemps[1485]».
-C'était néanmoins un auxiliaire utile pour le rétablissement de la
-monarchie en son entier, telle que la Reine la voulait et que les
-circonstances le permettaient. Car il saurait d'une part neutraliser
-l'influence des émigrés; de l'autre résister aux Puissances, comme
-l'Angleterre et l'Autriche, qui avaient intérêt à «donner à la France
-un gouvernement qui la tienne dans un état de faiblesse». On formerait
-un Conseil de régence où l'on aurait soin de contrebalancer les
-influences diverses, les Princes par Dumouriez, Monsieur par le baron
-de Breteuil. «Il faudra écrire à l'Empereur, aux rois de Prusse et
-d'Angleterre. Ils ont été parfaits pour vous, surtout le roi de Prusse.
-Il faudrait aussi écrire à l'Impératrice, mais une lettre simple et
-digne; car je ne suis pas content de sa conduite; elle n'a jamais
-répondu à votre lettre.» En tout cas, «jusqu'au moment où vous serez
-reconnue régente et où vous aurez formé votre Conseil, il faut faire le
-moins possible et payer tout le monde en politesses[1486].»
-
-Ainsi l'on réglait tout, on partageait les places, on distribuait les
-honneurs, comme si l'entreprise, qui n'était pas encore commencée,
-avait déjà abouti. Le cœur se serre en lisant dans tous ses détails ce
-plan d'une restauration qui ne devait pas se faire et en songeant que
-celle sur la tête de laquelle l'ardente imagination de Fersen voyait
-déjà rétablie la couronne de France, ne devait plus avoir d'autre
-couronne que celle du martyre. Mais à ce moment, qui doutait du succès?
-Quand les généraux de la République abandonnaient la République,
-comment ne pas croire au rétablissement de la monarchie? L'illusion fut
-de courte durée; le jour même où Fersen traçait à la Reine ce plan de
-conduite, il apprenait la ruine complète de ses rêves: depuis quatre
-jours déjà, Dumouriez était en fuite; abandonné par son armée, fusillé
-par les volontaires, il avait dû se réfugier à Mons avec tout son
-état-major[1487].
-
-Un dernier espoir restait: l'échange des prisonniers du Temple contre
-les commissaires de la Convention, livrés par Dumouriez et détenus à
-Maëstricht. Des négociations furent entamées; elles échouèrent[1488],
-et cette chance suprême s'évanouit.
-
-Au lieu de la délivrance ce fut la maladie qui entra à la Tour. Tant
-de souffrances morales et physiques avaient altéré la santé des
-prisonniers. Madame Royale était venue coucher dans la chambre de sa
-mère, dans la crainte que la Reine ou le Dauphin ne se trouvassent mal
-la nuit et ne restassent ainsi sans secours[1489]. La santé du jeune
-prince déclinait aussi: pauvre enfant qui, habitué à la vie active, ne
-prenait presque plus d'exercice et qui, à huit ans, à l'âge où l'on a
-besoin de bonheur et d'expansion, vivait «toujours au milieu des larmes
-et des secousses, des saisissements et des terreurs continuelles[1490]».
-
-Après le 21 janvier, la Reine avait refusé de descendre au jardin:
-elle ne pouvait se résoudre à passer devant la chambre vide de
-son époux. Mais, craignant que le défaut d'air ne fît du mal à ses
-enfants, elle avait demandé, à la fin de février, l'autorisation de
-monter avec eux sur la plate-forme de la Tour; humaine ce jour-là, par
-hasard, la Commune l'avait permis[1491]. C'était l'air du moins et un
-peu de liberté, lorsque Mme Élisabeth réussissait à entraîner les
-surveillants derrière le toit de la Tour, afin de laisser la Reine hors
-de la vue, ou qu'on avait affaire à quelque municipal compatissant,
-comme Moëlle[1492]. Mais qu'était-ce que cette promenade circonscrite à
-un espace de quelques pieds carrés, car la flèche aiguë qui surmontait
-la Tour occupait le milieu de la plate-forme[1493], et il fallait se
-réduire à faire le tour du parapet. Plus de jeux, plus d'exercices,
-plus de courses, comme dans le jardin. Sans doute, la vue était belle;
-l'air était vif; mais le vent aussi était violent à cette hauteur et
-l'ombre des murs souvent perfide.
-
-Un jour, au commencement de mai, au retour de cette triste promenade,
-le jeune Roi se plaignit d'un point de côté; le 9, à sept heures du
-soir, il fut pris d'une fièvre violente, accompagnée de mal de tête. Il
-ne pouvait rester couché, parce qu'il étouffait. La Reine, inquiète,
-demanda qu'on fît venir le médecin habituel de ses enfants, Brunier. Le
-Conseil ne fit que rire des alarmes de la pauvre mère; les municipaux
-dirent qu'elle s'inquiétait pour rien[1494]. Hébert avait vu à cinq
-heures l'enfant sans fièvre, et d'ailleurs Brunier était suspect: il
-s'était découvert respectueusement devant ses anciens maîtres et avait
-été dénoncé par Tison avec Toulan et Lepître. La fièvre redoubla. Pour
-ne pas rester dans cet air malsain, Madame Royale quitta la chambre de
-sa mère et Mme Élisabeth vint la nuit y prendre sa place. La maladie
-ne cédait pas aux soins maternels: la Reine redemanda un médecin.
-Cette fois, la Commune se détermina à en accorder un; mais ce ne fut
-pas Brunier, ce fut Thierry, médecin ordinaire des prisons, «attendu
-que ce serait blesser l'égalité de lui en envoyer un autre.» Thierry
-vint le matin et trouva un peu de fièvre à l'enfant; il revint dans
-la journée et constata que la fièvre était plus forte. Heureusement
-c'était un brave cœur, estimé comme homme et comme praticien. Il soigna
-le jeune malade avec dévouement et eut l'attention et le courage
-d'aller conférer du traitement à suivre avec Brunier qui, connaissant
-de longue date le tempérament du prince, pouvait mieux indiquer le
-remède. Le remède en effet,—c'était une médecine,—fit du bien; mais la
-Reine ne dormit pas de la nuit, parce que la dernière fois que son fils
-avait été purgé, il avait eu des convulsions affreuses. Le mal céda
-cependant; mais la fièvre et le point de côté revinrent de temps en
-temps. La santé du malheureux enfant commençait à s'altérer; elle ne se
-remit jamais complètement[1495]. Pendant les mois de mai, de juin et de
-juillet, on trouve, sur les mémoires du citoyen Robert, apothicaire, de
-nombreux médicaments fournis pour lui[1496]. Le il juin, on s'aperçut
-même que le jeune prince s'était blessé en jouant sur un bâton[1497],
-et le bandagiste de la prison dut venir le visiter[1498]. Pour le
-distraire, pendant qu'il était au lit, la Reine lui lisait _Gil-Blas_.
-
-Le contrecoup des agitations de Paris se faisait toujours sentir au
-Temple. Le 31 mai, on défendit aux prisonniers de monter à la Tour
-pour prendre l'air. Quelques jours après, à six heures du soir,
-Chaumette vint avec Hébert; tous deux étaient ivres. Chaumette demanda
-à la Reine si elle avait des désirs à exprimer ou des plaintes à
-formuler; la Reine répondit négativement et ne fit plus attention
-à ses sinistres visiteurs; mais leur présence prolongée lui était
-odieuse. Mme Élisabeth, pour délivrer sa belle-sœur de ce supplice,
-demanda à Chaumette pourquoi il était venu et pourquoi il restait.
-«C'est,» répondit le Procureur de la commune, «que je fais la visite
-des prisons, et toutes les prisons étant égales, je suis venu au
-Temple comme ailleurs.» La nuit suivante, Louis XVII se trouva mal;
-ces accidents arrivaient fréquemment au pauvre enfant, privé d'air et
-d'exercice; Thierry vint le voir et, pour cette fois, l'indisposition
-n'eut pas de suite[1499].
-
-Autour du Temple cependant les amis de la Reine veillaient encore.
-Grâce à la connivence de municipaux compatissants, quelques-uns
-réussissaient à s'introduire dans la prison, comme ce La Caze, dont
-parle Fersen, qui trouva Marie-Antoinette peu changée, mais Mme
-Élisabeth tellement méconnaissable qu'il ne la reconnut que lorsque
-la Reine l'appela _ma sœur_[1500]. Une autre fois, c'était une
-Anglaise, Mme Atkyns, qui pénétrait près de la Reine et lui offrait
-de changer de vêtements avec elle pour faciliter son évasion. Mais il
-fallait partir seule; cette fois encore Marie-Antoinette refusa[1501].
-C'était surtout l'intrépide et infatigable baron de Batz, toujours
-aux aguets pour saisir une occasion favorable, toujours prêt à jouer
-sa tête pour sauver les débris de la famille royale. Ancien membre
-de la Constituante, possesseur d'une grande fortune, qu'il avait
-généreusement mise à la disposition du Roi[1502], Batz avait trouvé
-moyen d'acheter ou de gagner plusieurs membres de la Convention et
-plusieurs municipaux; caché dans Paris, tantôt dans une maison, tantôt
-dans une autre, il déroutait la police et seul jetait la terreur chez
-ceux qui terrorisaient la France. Sa principale retraite était rue
-Richelieu, chez un épicier nommé Cortey, royaliste caché, qui, par ses
-relations avec Chrétien, juré du Tribunal révolutionnaire et principal
-agent du Comité de la section—Lepelletier, avait réussi à se faire
-inscrire parmi les commandants chargés de la garde de la Tour. Grâce
-à lui, Batz, sous le nom de Forget, fut compris parmi les hommes de
-service au Temple et put ainsi étudier les lieux pour l'entreprise
-qu'il méditait. Quand il eut tout examiné, il s'ouvrit à un municipal,
-jadis révolutionnaire ardent, mais qui, converti, lui aussi, par le
-spectacle des vertus des prisonniers, dissimulait, sous les apparences
-d'un civisme bruyant, un dévouement à toute épreuve pour la famille
-royale, dévouement qu'il devait payer de sa vie. Homme de tête et de
-sang-froid, Michonis était bien le complice qui convenait à Batz; il
-se chargea de tout organiser à l'intérieur. En même temps, le baron
-s'assura, dans sa section, de la coopération active d'une trentaine de
-fidèles, dont il connaissait le courage et la discrétion[1503]. Mais,
-pour réussir, il fallait que Michonis et Cortey fussent de service
-ensemble.
-
-Le jour désiré arriva enfin[1504]. Cortey entre au Temple avec son
-détachement dans lequel Batz figure sous son nom d'emprunt; il
-distribue le service de manière à mettre ses trente hommes dévoués aux
-postes de la Tour et de l'escalier ou dans des patrouilles entre minuit
-et deux heures du matin. A la même heure, Michonis sera de garde dans
-l'appartement des princesses, tandis que ses collègues resteront dans
-la chambre du Conseil.
-
-C'est lui qui ouvrira la porte aux prisonniers; il les revêtira
-d'amples redingotes d'uniforme, dont quelques-uns des hommes de Cortey
-ont pris la précaution de se munir. Les princesses, sous ce déguisement
-et l'arme au bras, seront placées dans une patrouille au milieu de
-laquelle on cachera le jeune Roi. La patrouille sera conduite par
-Cortey, qui, seul, en sa qualité de commandant général, a le pouvoir
-de faire ouvrir les grandes portes pendant la nuit. Au dehors, dans la
-rue Charlot[1505], tout est préparé pour une fuite rapide; les mesures
-ont été bien prises: «elles sont, dit Sénar qui les a connues, aussi
-hardies que bien menées.»
-
-L'heure approche; il est onze heures. Tout à coup Simon arrive
-essoufflé; un gendarme lui a remis ce billet: «Michonis vous trahira
-cette nuit; veillez.» En lisant cette dénonciation, Simon a bondi; il a
-prévenu ses collègues qui l'ont chargé de veiller. «Si je ne te voyais
-pas ici, dit-il à Cortey, je ne serais pas tranquille.» A ces mots,
-prononcés d'une voix brusque, à l'attitude de Simon, Batz reconnaît
-qu'il est trahi; un moment il songe à casser d'un coup de pistolet
-la tête de l'espion; mais il réfléchit que le bruit de la détonation
-causera un mouvement général qui compromettra ceux qu'il veut sauver.
-Simon monte à la Tour et enjoint à Michonis de cesser ses fonctions
-et de le suivre. Michonis obéit avec un imperturbable sang-froid; en
-sortant, il glisse un mot à Cortey; mais déjà celui-ci a pris son
-parti; sous prétexte de quelque bruit entendu au dehors, il fait sortir
-une patrouille dans laquelle il a placé le baron de Batz. L'entreprise
-a échoué; mais les conspirateurs sont sauvés. Michonis, conduit à la
-Commune, y subit un interrogatoire sévère; mais il répond avec une
-telle présence d'esprit qu'il déconcerte ses juges, et Simon est traité
-de visionnaire et de calomniateur[1506].
-
-Cependant le remords, lui aussi, faisait son apparition à la Tour.
-Depuis quelque temps déjà, la femme Tison donnait des marques de
-dérangement d'esprit; elle ne voulait plus sortir; elle riait, criait,
-pleurait toute seule; elle parlait de ses fautes, de ses dénonciations,
-de prison, d'échafaud, de la famille royale, se reconnaissant indigne
-de l'approcher. La nuit, elle faisait des rêves affreux, poussait des
-hurlements horribles, qui troublaient le sommeil des captifs. On fit
-venir sa fille un soir, à dix heures, pour la calmer; l'heure tardive
-l'effraya encore davantage; elle ne voulait pas descendre; elle criait:
-«On va nous mettre en prison;» elle se roulait dans l'escalier[1507].
-Elle aperçut la Reine et se précipita à ses pieds: «Madame, dit-elle,
-je demande pardon à Votre Majesté; je suis une malheureuse; je suis
-la cause de votre mort et de celle de Mme Élisabeth.» Turgy entra;
-elle courut à lui, se jeta à ses genoux, en répétant sans cesse: «Je
-suis une malheureuse; je suis cause de la mort de la Reine et de
-Mme Élisabeth[1508].» Les princesses la relevèrent, cherchèrent à
-la calmer, la soignèrent avec une pitié, une charité que n'autorisait
-guère la conduite de cette femme. Elles l'assurèrent qu'elles lui
-pardonnaient. Mais rien ne pouvait apaiser cette folie, fille du
-remords; la malheureuse se tordait toujours dans les cris et dans les
-convulsions. Il fallut appeler huit hommes pour la contenir; le 29
-juin[1509], on la transporta dans le château; huit jours après, le 6
-juillet, on dut la transférer à l'Hôtel-Dieu, où l'on mit près d'elle
-une femme, chargée de l'espionner à son tour[1510].
-
-Et la Reine, opiniâtre dans sa miséricorde, écrivait à Toulan, dans
-un de ces billets que le fidèle Turgy parvenait à soustraire aux
-recherches des municipaux: «La femme Tison est-elle bien soignée[1511]?»
-
-La méchanceté de Tison ne tint pas contre cet admirable pardon des
-injures. Pris de remords, lui aussi, il s'efforça de faire oublier sa
-conduite passée en se dévouant, comme Turgy, au service de celles qu'il
-avait espionnées si longtemps[1512].
-
-Mais la Convention et la Commune n'avaient point de ces repentirs;
-elles étaient impitoyables dans leur haine; elles persécutaient, parce
-qu'elles avaient peur. L'image de la royauté, qu'elles avaient cru
-détruire le 21 janvier, les poursuivait, comme un menaçant fantôme.
-Louis XVI était mort, mais Louis XVII vivait. Le nom de l'enfant roi
-revenait sans cesse dans les espérances de ses partisans, dans les
-préoccupations des bourreaux de son père. Le 30 juin, des membres
-de la section du Pont-Neuf se rendirent au Comité de Salut public
-et annoncèrent qu'un complot s'était formé, sous la conduite du
-général Dillon, pour renverser la Convention, enlever Louis XVII et
-le proclamer Roi, sous la régence de Marie-Antoinette. Le lendemain,
-1er juillet, le Comité de Salut public répondit à cette dénonciation
-en arrêtant que le jeune Louis Capet serait séparé de sa mère, placé
-dans un appartement à part, «le mieux défendu de tout le local
-du Temple,» et remis à un instituteur du choix de la Commune. La
-Convention s'empressa de sanctionner la résolution de son Comité; dès
-le 3 juillet, l'arrêté fut mis à exécution.
-
-A neuf heures et demie du soir, six municipaux se rendirent au Temple
-pour ravir l'enfant royal. Le jeune prince dormait; un châle, tendu
-autour de son lit, à défaut de rideaux, l'abritait contre l'air et
-la lumière. Assises près de sa couche, la Reine et Mme Elisabeth
-réparaient, de leurs mains, ses vêtements troués; Madame Royale faisait
-la lecture à haute voix dans une _Semaine sainte_, que Turgy avait
-trouvé moyen de faire parvenir à Mme Elisabeth au mois de mars.
-La religion présidait ainsi à ces tristes veilles; sa voix austère
-sanctifiait ces travaux et affermissait ces cœurs si tendres contre les
-sacrifices déjà consommés et ceux qui les attendaient encore.
-
-Tout à coup, la porte s'ouvre; les municipaux entrent. «Nous venons,
-dit l'un d'eux, vous notifier l'ordre du Comité portant que le fils
-de Capet sera séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine se lève,
-pâle et frémissante. «M'enlever mon enfant!» s'écrie-elle, «cela n'est
-pas possible! On ne peut pas songer à me séparer de mon fils. Mes
-soins lui sont nécessaires.»—«Le Comité a pris cet arrêté,» riposte
-le municipal; «la Convention l'a ratifié; nous devons en assurer
-l'exécution immédiate.»—«Non, reprend la malheureuse mère, n'exigez
-pas de moi cette séparation.» Et les mains jointes, les yeux humides,
-la poitrine haletante, elle se place près du lit avec sa belle-sœur et
-sa fille, comme une lionne qui défend ses petits. Dans ces mouvements,
-le châle tombe; l'enfant s'éveille; entendant ce tumulte, voyant sa
-mère en pleurs, ces hommes menaçants: «Maman, maman,» dit-il, en lui
-tendant les bras, «ne me quittez pas.» Et la mère saisit son fils,
-le couvre de baisers, le serre sur son cœur, se cramponne en quelque
-sorte aux pieds du lit, pour qu'on ne puisse l'en détacher. «Vous
-me tuerez,» dit-elle, «avant de me l'arracher.» Puis, abdiquant sa
-fierté pour s'abaisser à la prière, oubliant qu'elle est reine, pour
-se souvenir seulement qu'elle est mère, elle adjure les ravisseurs
-d'avoir pitié d'elle et de son enfant; elle se répand en larmes, en
-sanglots, en supplications. A côté d'elle, Mme Elisabeth et Madame
-Royale pleurent et prient; elles s'efforcent, mais en vain, d'attendrir
-le cœur des geôliers; ces hommes n'ont pas de cœur. «A quoi bon toutes
-ces criailleries? riposte brutalement un des municipaux; on ne le tuera
-pas, ton fils. Livre-le nous de bonne grâce, ou nous saurons bien nous
-en rendre maîtres.» Et un autre propose de faire monter la garde pour
-enlever de force l'enfant[1513].
-
-«Une heure, raconte Madame Royale, se passa ainsi en résistance de
-sa part,—de la part de la Reine,—en injures, en menaces de la part
-des municipaux, en pleurs et en défenses de nous tous. Enfin, ils la
-menacèrent si positivement de le tuer, ainsi que moi, qu'il fallut
-qu'elle cédât encore, par amour pour nous[1514].»
-
-Oui, pour arracher un fils à sa mère, on eut l'odieux courage de
-menacer cette mère de tuer ses enfants. La plume tombe, en présence
-d'une telle infamie.
-
-Mme Élisabeth et Madame Royale levèrent le jeune prince: la pauvre
-mère n'avait plus la force de le faire[1515]. On l'habilla longuement,
-avec quels regards, quels déchirements, quelles lenteurs calculées,
-Dieu le sait! Quand la toilette fut achevée, la Reine plaça son fils
-devant elle, et puisant dans sa foi de chrétienne la force de lui
-parler, elle posa ses deux mains sur la tête de l'enfant: «Mon fils,»
-lui dit-elle d'une voix grave, «nous allons nous quitter. Souvenez-vous
-de vos devoirs, quand je ne serai plus auprès de vous pour vous les
-rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve et votre mère
-qui vous aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père vous
-bénira du haut des cieux.» Puis, déposant sur le front du pauvre petit
-une dernière bénédiction dans un dernier baiser, elle le remit aux
-mains de ses gardiens. L'enfant s'en échappa et s'attacha à la robe de
-sa mère. «Il faut obéir,» dit-elle tristement, «il le faut.»—«Allons,»
-dit brusquement un des municipaux, «tu n'a plus, j'espère, de doctrine
-à lui faire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre
-patience.»—«Tu pourrais te dispenser de lui faire la leçon,» riposta
-un second.—«Ne t'en inquiète pas,» reprit un troisième; «la Nation,
-toujours grande et généreuse, pourvoira à son éducation.» Et les six
-municipaux, entraînant violemment le jeune prince, sortirent de la
-chambre[1516].
-
-Pendant quelques instants encore, on entendit les pas des geôliers qui
-s'éloignaient et les cris de l'enfant qui se débattait. Puis le silence
-se fit, et les trois femmes restèrent seules à pleurer auprès d'une
-couchette vide.
-
-La Commune du moins leur épargnait le supplice d'avoir des témoins
-de leur douleur; à partir de ce jour, les municipaux ne restèrent
-plus dans la chambre des prisonnières; elles furent toutes les nuits
-renfermées sous les verroux[1517]. Les gardes ne venaient plus que
-trois fois par jour, pour apporter les repas et s'assurer que les
-barreaux des fenêtres n'étaient pas dérangés. Il n'y eut plus personne
-pour le service; Mme Élisabeth et Madame Royale faisaient les lits
-et servaient la Reine. Les pauvres femmes aimaient mieux cela; elles
-pouvaient du moins prier et pleurer en paix.
-
-La Convention avait déclaré qu'elle pourvoirait à l'éducation du fils
-de Capet. On sait comment elle y pourvut. Le précepteur qu'elle donna
-à Louis XVII fut le savetier Simon, un des plus grossiers et des plus
-haineux parmi les municipaux auxquels avait été confiée la garde des
-prisonniers du Temple. Quelques mois après, ce bel et charmant enfant
-aux joues roses, aux cheveux bouclés, à l'esprit vif, au cœur ardent et
-tendre, n'était plus qu'un pauvre petit être souffreteux et rachitique,
-dont on tuait le corps à coups de fouet, dont, ne pouvant tuer l'âme,
-on tuait l'intelligence à coups de jurons et de chansons obscènes.
-«Citoyens,» avait demandé Simon aux Comités lorsqu'on l'avait chargé
-de la garde du jeune roi, «citoyens, que décidez-vous du louveteau?
-Il était appris pour être insolent; je saurai le mater. Tant pis
-s'il en crève! Je n'en réponds pas. Après tout, que veut-on? Le
-déporter?»—«Non.»—«Le tuer?»—«Non.»—«L'empoisonner?»—«Non.»—«Mais, quoi
-donc?»—«S'en défaire[1518]!»
-
-Tel était le programme que la Convention avait tracé à Simon, et que
-celui-ci devait remplir avec une singulière conscience, si l'on peut se
-servir du mot de conscience en parlant d'un tel homme!
-
-Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ce long et douloureux martyre;
-le récit, tracé de main de maître par MM. de Beauchesne et Chantelauze,
-a fait pleurer toutes les mères.
-
-Depuis que Louis XVII avait été confié à cet étrange précepteur, il
-n'était pas sorti de sa chambre; les gardes du Temple ne l'avaient pas
-vu. Le bruit s'était répandu dans Paris qu'il avait été enlevé de son
-cachot et conduit en triomphe à Saint-Cloud. Pour mettre fin à ces
-rumeurs, qui amenaient une certaine agitation, le Comité de sûreté
-générale décida, le 7 juillet, que quatre commissaires, Dumont, Maure,
-Chabot et Drouet, se transporteraient à la Tour. Le premier acte des
-commissaires fut de faire descendre l'enfant au jardin, afin qu'il fût
-vu par la garde montante. A peine là, le jeune prince se mit à appeler
-sa mère à grands cris et à se plaindre d'être séparé d'elle. «Qu'on
-me montre,» s'écria-t-il, «la loi qui ordonne de me séparer de ma
-mère.» Ces cris importunèrent les commissaires. «On le fit taire,» dit
-laconiquement Madame Royale[1519]. Comment? Elle ne le dit pas; mais on
-le devine; on le fit monter précipitamment dans sa chambre, où Simon
-fut chargé de le travailler[1520] et de le dresser.
-
-En quittant le fils, les quatre députés entrèrent chez la mère. A
-l'aspect de Drouet, la Reine ne put retenir un mouvement de répulsion;
-quand elle l'eut surmonté, «elle se plaignit, dans les termes les
-plus touchants, de la cruauté que l'on avait eue de lui ôter son
-fils»[1521]; elle supplia qu'on le lui rendît, qu'on lui permît au
-moins de le voir aux heures des repas[1522]. Ni prières, ni raisons
-ne purent fléchir la dureté des commissaires; ils se contentèrent de
-répondre qu'on croyait nécessaire de prendre cette mesure.
-
-Ces hommes ne sentaient rien: «Nous nous sommes transportés au Temple,
-dit froidement Drouet à la Convention. Dans le premier appartement,
-nous avons trouvé le fils de Capet jouant tranquillement aux dames avec
-son mentor.
-
-«Nous sommes montés à l'appartement des femmes; nous y avons trouvé
-Marie-Antoinette, sa fille et sa sœur jouissant d'une parfaite santé.
-On se plaît encore à répandre chez les nations étrangères qu'elles sont
-maltraitées; et, de leur aveu, fait en présence des commissaires de la
-Convention, rien ne manque à leur commodité.»
-
-De la scène dramatique du jardin, des réclamations touchantes de la
-Reine, pas un mot.
-
-Non, pour que la pauvre mère pût apercevoir son fils ou avoir de ses
-nouvelles, ce n'était pas sur la compassion officielle qu'il fallait
-compter, c'était sur le dévouement de quelques amis, c'était sur
-elle-même. Le jeune prince allait, de temps à autre, prendre l'air
-sur la plate-forme de la Tour; la Reine découvrit que, par une petite
-fenêtre de son appartement, on pouvait voir l'enfant passer dans
-l'escalier. «Dites à Fidèle,—Toulan,—écrivait Mme Elisabeth,—ma
-sœur a voulu que vous le sachiez,—que nous voyons tous les jours
-le petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe[1523].» La
-malheureuse femme restait des heures entières à guetter le passage de
-son fils; quand il était passé, on montait sur la plate-forme, qui
-avait été divisée en deux par une cloison, et là, par une petite
-fente, on apercevait encore le jeune Roi. «Nous montions sur la Tour
-bien souvent, raconte Madame Royale, parce que mon frère y allait de
-son côté et que le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de
-loin, par une petite fente. Elle y restait des heures entières pour
-y guetter l'instant de voir cet enfant; c'était sa seule attente, sa
-seule occupation[1524].» Parfois aussi, on avait des nouvelles du
-petit prisonnier, soit par les municipaux, soit par Turgy, soit par
-Tison, qui semblait vouloir faire oublier, par un redoublement de zèle,
-l'indignité de sa conduite première. Ces nouvelles étaient navrantes:
-Simon maltraitait son royal élève «au delà de tout ce qu'on peut
-imaginer[1525]», et Mme Elisabeth dut supplier Tison de cacher,
-par pitié, toutes ces horreurs à la pauvre mère; elle en savait ou en
-soupçonnait bien assez[1526]. Mais un jour,—c'était le jour où l'on
-venait d'apprendre la marche victorieuse des coalisés,—la Reine était
-sur la Tour, attentive, à son poste d'observation; elle voit monter
-l'enfant et son geôlier; l'enfant est pâle, l'air souffreteux, la tête
-baissée; il a quitté le deuil de son père; il porte la carmagnole
-et est coiffé du bonnet rouge. Et le geôlier est là, le juron et le
-blasphème à la bouche, injuriant, brutalisant, frappant le pauvre
-petit. Ce jour-là, la Reine en a trop vu, elle se jette en pleurant
-dans les bras de Mme Élisabeth, écarte la jeune Marie-Thérèse qui
-veut à son tour s'approcher de la fente et redescend foudroyée dans sa
-chambre. «Mes pressentiments ne me trompaient pas,» dit-elle à Mme
-Élisabeth en fondant en larmes; «je savais bien qu'il souffrait; il
-serait malheureux à cent lieues de moi que mon cœur me le dirait.
-Depuis deux jours, je souffrais, je m'agitais, je tremblais; c'est
-que les larmes que mon pauvre enfant répand loin de moi, je les sens
-tomber sur mon cœur. Je n'ai plus de goût à rien; Dieu s'est retiré de
-moi; je n'ose plus prier.» Puis, tout à coup, se repentant de cette
-dernière parole: «Pardon, mon Dieu, et vous, ma sœur, pardon, je
-crois en vous comme en moi-même; mais je suis trop tourmentée pour ne
-pas être menacée de quelque nouveau malheur. Mon enfant! mon pauvre
-enfant! Je sens, au déchirement de mon cœur, les défaillances du sien.»
-Marie-Thérèse était à côté; Mme Élisabeth, craignant qu'elle n'eût
-entendu ces paroles désespérées, alla la consoler; la jeune fille fit
-sa prière et s'endormit[1527].
-
-Ce nouveau malheur, que redoutait la Reine, n'allait pas tarder
-à fondre sur elle. Le 1er août, sur un rapport de Barrère, la
-Convention décida que Marie-Antoinette serait envoyée au Tribunal
-révolutionnaire et transférée sur-le-champ à la Conciergerie.
-
-«Le 2 août, à deux heures du matin, raconte Madame Royale, on vint
-nous éveiller pour lire à ma mère le décret de la Convention, qui
-ordonnait que, sur la réquisition du procureur de la Commune, elle
-serait conduite à la Conciergerie pour qu'on lui fît son procès. Elle
-entendit la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans leur dire une
-seule parole; ma tante et moi, nous demandâmes de suite à suivre ma
-mère; mais on ne nous accorda pas cette grâce. Pendant qu'elle fit le
-paquet de ses vêtements, les municipaux ne la quittèrent point; elle
-fut même obligée de s'habiller devant eux. Ils lui demandèrent ses
-poches qu'elle donna; ils les fouillèrent et prirent tout ce qu'il y
-avait dedans, quoique ce ne fût pas du tout important. Ils en firent un
-paquet qu'ils dirent qu'ils enverraient au Tribunal révolutionnaire, où
-il serait ouvert devant elle. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et
-un flacon, dans la crainte qu'elle ne se trouvât mal. Ma mère, après
-m'avoir tendrement embrassée, me recommanda de prendre courage, d'avoir
-bien soin de ma tante et de lui obéir comme à une seconde mère, me
-renouvela les mêmes instructions que mon père; puis, se jetant dans les
-bras de ma tante, elle lui recommanda ses enfants. Je ne lui répondis
-rien, tant j'étais effrayée de l'idée de la voir pour la dernière
-fois; ma tante lui dit quelques mots bien bas. Alors ma mère partit,
-sans jeter les yeux sur nous, de peur sans doute que sa fermeté ne
-l'abandonnât. Elle s'arrêta encore au bas de la Tour, parce que les
-municipaux y firent un procès-verbal pour décharger le concierge de sa
-personne. En sortant, elle se frappa la tête à un guichet, ne pensant
-pas à se baisser; on lui demanda si elle s'était fait du mal. «Oh non!
-dit-elle, rien à présent ne peut me faire du mal[1528].»
-
-Et montant dans une voiture avec un municipal et deux gendarmes, elle
-partit pour la Conciergerie.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
- La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les
- Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—Affaire de
- l'œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge Bault et sa
- famille.—Nouvelles tentatives d'évasion.—Le complot
- Basset.—Inaction de l'Autriche.
-
-
-Nous sommes arrivés à la dernière étape: après la Conciergerie, il n'y
-a plus que l'échafaud.
-
-Il était trois heures du matin, quand la Reine arriva dans sa nouvelle
-prison; au lieu de l'écrouer au greffe, on la conduisit directement
-à la chambre qui lui était destinée. C'était une petite pièce du
-rez-de-chaussée, basse, humide et froide[1529], à laquelle menait un
-grand corridor sombre et que fermait une porte massive, garnie de deux
-énormes verrous. Le sol, situé au-dessous du niveau de la cour, était
-carrelé en briques sur champ; sur les murs, le long desquels l'eau
-ruisselait, quand la Seine était haute[1530], on apercevait encore les
-lambeaux d'un vieux papier fleurdelysé, rongé par le salpêtre. Cette
-chambre, appelée chambre du Conseil, parce que c'était là qu'avant la
-Révolution les magistrats du Parlement de Paris venaient, à certaines
-époques, écouter les réclamations des prisonniers, était occupée par
-le général Custine, qui avait dû l'évacuer précipitamment pour faire
-place à la Reine[1531]. Une fenêtre basse, soigneusement grillée
-et donnant sur la cour intérieure de la prison, éclairait seule ce
-sombre réduit; un lit de sangle, une table, deux chaises de paille, un
-fauteuil de canne[1532], en composaient le misérable ameublement[1533];
-sur le lit, des sangles renouées en plusieurs endroits avec des cordes,
-une paillasse à demi pourrie, un matelas déchiré, une couverture de
-laine trouée, des draps de toile grossière et grise; pas de rideaux, un
-vieux paravent[1534]. Les gendarmes, qui couchaient sur un lit pareil
-à celui de la Reine, le trouvaient trop dur et s'en plaignaient. Il y
-avait encore une corbeille d'osier pour l'ouvrage, une boîte de bois
-pour la poudre et une de fer-blanc pour la pommade[1535].
-
-En entrant, la Reine ne put s'empêcher de jeter un regard sur la nudité
-de ces murs. Le jour grandissait déjà. Elle accrocha sa montre à un
-clou et s'étendit sur son lit[1536].
-
-Mais la haine de ses bourreaux ne pouvait pas même lui laisser la
-consolation de la solitude. Dès le matin, deux gendarmes vinrent
-s'installer dans la chambre de la prisonnière pour la surveiller; on
-y ajouta une femme pour le service; c'était une vieille personne de
-quatre-vingts ans, nommée Larivière, ancienne concierge de l'Amirauté,
-et dont le fils était le porte-clefs de la prison. Mais bientôt cette
-femme, dont l'attitude avait inspiré une certaine confiance à la
-Reine, fut changée; on la remplaça par une jeune femme de trente-six
-ans, la femme Harel, «véritable poissarde,» a dit Rougeville[1537],
-dont le mari était employé aux bureaux secrets de la police et qui
-n'avait d'autre mission que d'espionner la captive. La Reine s'en méfia
-instinctivement et ne lui adressa presque jamais la parole[1538].
-
-Deux nouveaux lits furent apportés en même temps; l'un était destiné à
-la femme de service; l'autre aux gendarmes, qui ne perdaient jamais de
-vue leur prisonnière, même, a dit Rougeville, «lorsqu'elle avait des
-soins naturels à se donner[1539].»
-
-Un voleur de la dernière catégorie, nommé Barassin, forçat,
-espion[1540], à figure de brute et à cœur d'hyène, qui était chargé,
-dans les prisons, des besognes les plus dégoûtantes et les plus
-pénibles, pénétrait parfois dans le cachot royal, pour y remplir
-ses répugnantes fonctions[1541]. Un jour, Beaulieu, alors détenu à
-la Conciergerie, l'interrogea sur la manière dont y était traitée
-Marie-Antoinette.
-
-—«Comme les autres,» répondit-il.
-
-—«Comment? Comme les autres?»
-
-—«Oui, comme les autres; cela ne peut surprendre que les aristocrates.»
-
-—«Et que faisait la Reine, dans sa triste chambre?»
-
-—«La Capet! Va, elle était bien penaude; elle raccommodait ses chausses
-pour ne pas marcher sur sa chrétienté.»
-
-—«Comment était-elle couchée?»
-
-—«Sur un lit de sangle, comme toi.»
-
-—«Comment était-elle vêtue?»
-
-—«Elle avait une robe noire, qui était toute déchirée; elle avait l'air
-d'une margot[1542].»
-
-Quel saisissant tableau dans sa brutalité réaliste!
-
-Arrachée à la hâte de la Tour, Marie-Antoinette n'avait pu emporter
-que bien peu de vêtements. Dès le lendemain, elle en fit demander, et
-les municipaux du Temple transmirent à ceux de la Conciergerie une
-redingote et une jupe, deux paires de bas de filoselle, une paire
-de chaussettes, et un bas à tricoter, renfermé dans une corbeille
-et que la pauvre mère avait commencé pour son fils[1543]. Mme
-Élisabeth et sa nièce mirent dans le paquet tout ce qu'elles purent
-trouver de laine et de soie; elles savaient combien la Reine avait
-toujours aimé à s'occuper. Au temps de sa prospérité même, elle avait
-l'habitude de travailler sans cesse; à la Conciergerie ce devait être
-sa seule distraction. Mais cette distraction même lui fut refusée;
-l'espoir de la prisonnière et l'ingénieuse affection de sa belle-sœur
-furent trompées. On ne voulut pas remettre à la Reine les aiguilles
-à tricoter, dans la crainte, dirent les municipaux, qu'elle ne s'en
-servît pour attenter à ses jours[1544]. La pauvre femme fut réduite à
-ne rien faire, dans sa prison, que prier, méditer, songer au triste
-passé et au triste avenir. Son seul passe-temps était de regarder ses
-geôliers jouer aux cartes ou de lire quelques volumes que la compassion
-d'un garde plus humain ou le dévouement d'un serviteur fidèle, comme
-Hue ou Montjoye, réussissait à lui procurer, les voyages de Cook entre
-autres, et lorsqu'on lui demandait quels livres elle désirait: «Les
-aventures les plus épouvantables,» répondait-elle[1545].
-
-En même temps qu'on refusait à la détenue de la Conciergerie des
-aiguilles, on enlevait aux prisonnières du Temple les tapisseries
-faites par la Reine et celles auxquelles elles travaillaient
-elles-mêmes, sous prétexte qu'il pouvait y avoir dans ces ouvrages des
-signes mystérieux et des moyens de correspondance[1546].
-
-Marie-Antoinette n'avait jamais bu de vin, et elle ne pouvait supporter
-l'eau de la Seine. La seule boisson qui ne lui fît pas mal était l'eau
-de Ville-d'Avray; pendant sa captivité au Temple, on n'avait cessé
-d'y apporter une provision de cette eau. Mme Élisabeth supplia les
-municipaux d'en faire porter un peu à la Conciergerie, et le 5 août les
-administrateurs de police y consentirent; chaque jour, deux bouteilles
-d'eau de Ville-d'Avray furent prélevées sur la provision du Temple pour
-l'usage de la veuve de Louis XVI.
-
-A côté des persécuteurs, il y avait encore des cœurs amis. La Terreur,
-qui pesait sur la France, n'avait pu comprimer les saintes ardeurs du
-dévouement et de la pitié. Michonis était toujours là; c'était lui
-qui veillait sur la Reine et qui, nommé administrateur de police,
-avait obtenu l'inspection de son cachot. C'était lui qui servait
-d'intermédiaire entre le Temple et la Conciergerie, et, le 19 août par
-exemple, allait réclamer les quatre chemises et la paire de souliers
-non numérotés dont la prisonnière avait «le plus pressant besoin». De
-leur côté, Turgy et Toulan continuaient leur correspondance par signes,
-et c'est par eux que, jusqu'à la fin, Mme Élisabeth et Madame Royale
-purent avoir des nouvelles de la «personne», ainsi qu'elles désignaient
-Marie-Antoinette[1547]. Mais les précautions les plus minutieuses
-étaient nécessaires. Le bruit de ces intelligences avait fini par
-transpirer; aussitôt les princesses, redoutant une perquisition,
-jetèrent tout ce qu'elles conservaient encore, dissimulé sous leurs
-vêtements, papier, encre, crayon[1548]; elles n'eurent plus, pour
-leur correspondance avec Toulan, que de la noix de galle et du lait
-d'amandes[1549].
-
-Hue avait fait mieux encore: il s'était introduit à la Conciergerie et
-avait réussi,—sans grande peine d'ailleurs, car le terrain était bien
-préparé,—à gagner le concierge Richard et sa femme, celle que Mm
-Élisabeth, dans ses billets, désignait sous le nom de _Sensible_[1550].
-C'est par eux qu'il avait des nouvelles de la prisonnière qu'il
-transmettait à Toulan, que celui-ci, à son tour, au moyen de signaux
-sur le cor, communiquait à Turgy, et qui allaient jeter un peu de
-baume sur le cœur des captives du Temple. Faire passer à la Reine des
-nouvelles de ses enfants, informer Madame Royale et Mme Élisabeth
-de l'état où se trouvait la Reine, tel était le double but que se
-proposait Hue,—le _Constant_ de la correspondance,—et que ce généreux
-quatuor de complices, Turgy et Toulan, Richard et sa femme, l'aidaient
-fidèlement à remplir.
-
-C'étaient des cœurs compatissants que ces Richard. Tout ce qu'ils
-pouvaient faire pour adoucir la dure captivité de Marie-Antoinette,
-ils le firent, et ils trouvaient facilement des aides pour ces pieux
-complots. Un jour la prisonnière avait le désir de manger du melon;
-Mme Richard courut au marché le plus voisin: «Il me faut un
-excellent melon,» dit-elle à une marchande qu'elle connaissait.—«Je
-devine pour qui, répondit la marchande; c'est pour notre malheureuse
-Reine; choisis, prends ce qu'il y a de plus beau.» Elle-même bouscula
-tout le tas de melons pour trouver le meilleur. Mme Richard voulut
-payer: «Garde ton argent,» reprit la brave femme, «et dis à la Reine
-qu'il y en a parmi nous qui gémissent[1551].»
-
-Il n'était pas jusqu'à des chefs révolutionnaires, et des plus en
-vue, qui ne se laissassent toucher par les malheurs de leur victime
-ou séduire par l'appât d'une somme d'argent. Manuel avait été un
-des premiers convertis; Camille Desmoulins s'était pris de pitié;
-il voulait à toute force sauver la prisonnière[1552]; il ne réussit
-qu'à se perdre après elle. Hébert lui-même, l'infâme _Père Duchesne_,
-Hébert se laissait gagner; mais on le soupçonna et, pour détourner les
-soupçons, il se montra plus violent que jamais[1553]. L'ex-capucin
-Chabot était tenté par l'appât d'un million que lui offrait la marquise
-de Janson[1554], et Fersen, toujours intrépide et infatigable,
-concertait, avec la Marck et Mercy, l'envoi à Paris du maître de
-ballet Noverre et du financier Ribbes pour gagner Danton, en lui
-offrant de l'argent et les diamants pris sur Sémonville[1555]. D'un
-autre côté, le prince de Cobourg renouvelait ses offres pour l'échange
-de la Reine contre les commissaires arrêtés par Dumouriez[1556].
-
-Le bruit de ces dispositions meilleures chez certains chefs du
-gouvernement se répandit dans Paris, et un jour la femme de Richard
-entretint la Reine de la possibilité d'une délivrance; mais la Reine,
-rendue plus clairvoyante par le malheur, se contenta de secouer la
-tête: «Ils ont immolé le Roi, dit-elle, ils me feront périr comme
-lui. Non, je ne reverrai plus mes malheureux enfants ni ma tendre et
-vertueuse sœur.» Et en disant ces mots elle fondit en larmes.
-
-Quoi qu'il en soit, cette compassion des gardiens amenait une sorte
-de relâchement dans la surveillance. Certains gendarmes avaient
-des égards pour la prisonnière. L'un d'eux brisait sa pipe, parce
-qu'il s'apercevait que la fumée de tabac incommodait la Reine et
-l'empêchait de dormir la nuit[1557]. D'autres, connaissant son goût
-pour les fleurs, lui apportaient des œillets, des tubéreuses, des
-juliennes[1558]. La femme Harel s'attendrissait[1559]. Grâce à la
-complicité des administrateurs de police et des concierges, diverses
-personnes, des prêtres même[1560], s'introduisaient à la Conciergerie
-et jusque dans le cachot de la Reine[1561]. L'abbé Émery, détenu lui
-aussi, pouvait de l'intérieur de la prison, il est vrai, la confesser
-et s'entretenir quelques instants avec elle[1562]. Et Fouquier-Tinville
-avouait qu'il y avait à la Conciergerie «beaucoup plus de facilités»
-qu'au Temple pour avoir des intelligences avec le dehors[1563].
-
-Ce furent ces facilités sans doute qui entretinrent chez quelques
-serviteurs dévoués la pensée d'enlever la prisonnière et d'épargner
-ainsi un nouveau crime à la France. «Beaucoup de monde s'intéressa à
-ma mère, raconte Madame Royale. J'ai appris, depuis sa mort, qu'on
-avait voulu la sauver de la Conciergerie et que par malheur le projet
-n'avait pas réussi. On m'a assuré que les gendarmes qui la gardaient
-et la femme du concierge avaient été gagnés par quelqu'un de nos amis,
-qu'elle avait vu plusieurs personnes bien dévouées dans sa prison,
-entre autres un prêtre qui lui avait administré les sacrements qu'elle
-avait reçus avec une grande piété. L'occasion de se sauver manqua une
-fois parce qu'on lui avait recommandé de parler à la seconde garde et
-que par erreur elle parla à la première. Une autre fois, elle était
-hors de sa chambre et avait passé le corridor, quand un gendarme
-s'opposa à son départ, quoiqu'il fût gagné, et l'obligea de rentrer
-chez elle, ce qui fit échouer l'entreprise[1564].» Du premier de ces
-projets, nous savons peu de chose. Il est probable cependant qu'il
-avait été conçu par le baron de Batz, «cet infâme, ce monstre,» dont
-la Convention mettait la tête à prix[1565]; que les gendarmes étaient
-gagnés et que le plan échoua parce que la Reine manqua de parler à
-celui de ses gardiens qui, ayant deux redingotes l'une sur l'autre,
-devait lui en donner une pour la faire sortir de la Conciergerie, d'où
-un jeune homme appelé Rousset devait la conduire en lieu sûr[1566].
-
-Le second projet, mieux connu, paraît être le complot désigné dans
-l'histoire sous le nom d'_Affaire de l'œillet_.
-
-Parmi les fidèles qui rôdaient autour de la Conciergerie, prêts à
-sacrifier leur vie pour sauver celle de Marie-Antoinette, était
-un chevalier de Saint-Louis, nommé Rougeville, l'un de ceux qui
-avaient été aux côtés de Louis XVI au 20 juin et au 10 août. Par
-l'intermédiaire d'une Américaine, la veuve Dutilleul, et d'un marchand
-de bois, nommé Fontaine, Rougeville avait fait connaissance avec
-Michonis. Tous deux étaient faits pour s'entendre; l'accord fut vite
-conclu, et un jour, le mercredi 28 août, Rougeville accompagna Michonis
-à la Conciergerie. La prisonnière était vêtue d'un caraco noir; ses
-cheveux gris étaient coupés par derrière et sur le front; elle était
-tellement maigrie que Rougeville ne la reconnut pas sans difficulté,
-et si faible qu'elle avait de la peine à se tenir debout; aux doigts
-elle portait trois pauvres anneaux[1567]. «Ah! c'est vous, Monsieur
-Michonis,» dit-elle; et, s'approchant de lui, elle lui demanda, comme
-d'habitude, des nouvelles de ses enfants[1568]. Puis, apercevant
-Rougeville, elle fut saisie d'une telle émotion qu'elle se laissa choir
-dans un fauteuil[1569]. Un grand feu lui monta au visage[1570]; ses
-membres tremblaient[1571] et des larmes coulaient de ses yeux[1572].
-Rougeville chercha à la rassurer et, s'approchant d'elle, lui fit
-signe de prendre des œillets où il avait caché un papier[1573]. Mais
-la Reine était si émue encore qu'elle ne comprit pas tout d'abord, et
-Rougeville laissa tomber les œillets derrière le poêle[1574]. Puis il
-sortit avec Michonis[1575]. Ils ne tardèrent pas à rentrer tous deux,
-rappelés par les gendarmes[1576], et tandis que Michonis occupait
-ces derniers[1577], la Reine, retirée derrière un paravent[1578],
-entretenait Rougeville et le suppliait de ne pas s'exposer ainsi. «J'ai
-des armes et de l'argent,» répondit Rougeville, «prenez courage.» Et
-il lui promit qu'on la secourrait, qu'il lui apporterait de l'argent
-pour gagner les gendarmes, etc.[1579]. «Le cœur vous manque-t-il
-donc?» demanda-t-il.—«Il ne me manque jamais,» répondit la Reine,
-«mais il est profondément affligé[1580].» Et mettant la main sur
-son cœur, elle ajouta: «Si je suis faible et abattue, ceci ne l'est
-pas[1581].» Michonis, craignant que cette scène, en se prolongeant,
-n'éveillât l'attention des gendarmes, fit un signe à Rougeville et
-tous deux sortirent: «Je vous fais donc un adieu éternel?» dit la
-Reine à Michonis, qui lui avait annoncé qu'il n'était pas réélu
-administrateur de police.—«Non, Madame, répondit-il, si je ne suis plus
-administrateur, étant encore officier municipal, j'aurai le droit de
-venir et de vous faire visite, tant que cela vous sera agréable[1582].»
-
-Dans cette seconde entrevue, Rougeville avait pu avertir sa royale
-interlocutrice de la présence des œillets[1583]. Dès qu'il fut parti,
-profitant de ce que la femme Harel jouait aux cartes avec les
-gendarmes, la Reine ramassa vivement les fleurs et lut les billets
-qu'elles renfermaient. Ils contenaient une offre d'argent[1584] et des
-phrases vagues comme celles-ci: «Que comptez-vous faire? J'ai été en
-prison; je m'en suis tiré par un miracle; je viendrai vendredi[1585].»
-La Reine s'empressa de détruire les billets en les déchirant en mille
-morceaux, puis elle s'efforça d'y répondre et, n'ayant ni papier ni
-plume, fut réduite à essayer de piquer avec une épingle quelques mots
-sur un petit morceau de papier: «Je suis gardée à vue; je ne parle ni
-n'écris; je me fie à vous; je viendrai[1586].»
-
-Connaissait-elle dès lors le plan des conjurés? Crut-elle que les
-gendarmes avaient été déjà gagnés? Quelque invraisemblable que
-cela puisse sembler, il paraît certain que ce fut elle-même qui,
-tandis que la femme Harel était sortie pour aller chercher de l'eau,
-remit ce petit papier au gendarme Gilbert pour le faire passer à
-Rougeville[1587]. Gilbert prit le billet, le plaça dans sa veste et le
-transmit à la femme Richard, qui s'empressa de le donner à Michonis,
-lorsqu'il revint le lendemain 29[1588]. Rougeville revint aussi le 30,
-comme il l'avait promis, sous un nouveau déguisement, et, s'il faut
-l'en croire, en profita pour remettre à la prisonnière une certaine
-somme en louis et en assignats[1589].
-
-L'exécution du projet avait été fixée à la nuit du 2 au 3 septembre.
-Le concierge et sa femme étaient gagnés. Deux administrateurs avaient
-reçu de l'argent. Michonis devait aller, à dix heures du soir,
-prendre la Reine, sous prétexte de la mener au Temple, par ordre
-de la municipalité et, une fois dehors, il devait la faire évader;
-Rougeville l'aurait reçue alors et l'aurait conduite en lieu de
-sûreté, au château de Livry, dit une version[1590], et de là sur les
-terres de l'Empire. Pour ne pas compromettre le concierge, son livre
-d'écrou aurait été déchargé. Les conjurés vinrent en effet au jour dit;
-moyennant cinquante louis, les gendarmes avaient promis de se taire;
-mais au dernier moment, l'un d'eux, quoique ayant reçu la somme, se
-ravisa; malgré les instances de Michonis qui arguait des ordres de
-la municipalité, il déclara que, si l'on faisait sortir la Reine, il
-appellerait la garde[1591]. Le coup était manqué, et, le 3 septembre,
-le gendarme Gilbert dénonça le complot. Rougeville put s'échapper;
-mais Michonis fut arrêté le 4; Richard et sa femme furent incarcérés,
-et deux députés de la Convention, Amar et Sevestre, accompagnés
-d'un membre de la municipalité, se transportèrent à la Conciergerie
-pour faire une enquête. Marie-Antoinette fut interrogée à deux
-reprises[1592]; avec une admirable présence d'esprit, elle s'efforça
-d'éloigner toutes les charges qui pouvaient peser sur Michonis et
-Rougeville. Les enquêteurs ne découvrirent rien, et sans le récit que,
-deux mois après, Rougeville fit à Fersen, sans le mémoire qu'il envoya,
-un peu plus tard, au comte de Metternich, et plus tard encore aux
-Cinq-Cents, nous ne connaîtrions pas aujourd'hui encore les détails du
-plan élaboré entre les deux fidèles serviteurs de la monarchie[1593].
-
-Mais la Convention avait frémi du danger qu'elle avait couru de perdre
-sa proie. Le 10 septembre, des administrateurs de police vinrent
-enlever à la Reine ses derniers bijoux, suspects sans doute de pouvoir
-servir à corrompre les gardiens: les petits anneaux que Rougeville
-avait vus à ses doigts[1594] et qui ne contenaient que des cheveux, une
-montre d'or de Bréguet, cette dernière amie des prisonniers dont elle
-compte les heures, des cachets, un médaillon renfermant des cheveux
-aussi, les cheveux du Dauphin, dit-on[1595]. En même temps, la captive
-était mise au secret, les gendarmes et la femme Harel renvoyés de sa
-chambre, un factionnaire placé à sa porte, avec ordre de ne la laisser
-communiquer avec personne que le concierge et sa femme et un autre
-factionnaire posté dans la cour, avec consigne de ne permettre à qui
-que ce fût d'approcher de la fenêtre à la distance de dix pas, sous
-quelque prétexte que ce pût être[1596].
-
-Ce n'est pas tout. Le cachot où un chevalier de Saint-Louis avait
-pu s'introduire et d'où la Reine avait failli s'échapper n'était
-évidemment pas assez sûr pour la renfermer désormais. Le 11 septembre,
-les administrateurs de police revinrent à la Conciergerie «à l'effet
-d'y choisir un local pour la détention de la veuve Capet, autre que
-celui où elle est maintenant détenue». Ils visitèrent avec soin les
-diverses pièces de la prison et finirent par s'arrêter à celle qui
-servait de pharmacie. Il fut décidé que le pharmacien, Jacques-Antoine
-Lacour, la débarrasserait le jour même, afin de permettre au citoyen
-Godard d'exécuter, «dans le plus bref délai possible,» les travaux
-nécessaires pour la transformer en cachot. La grande croisée qui
-donnait sur la cour des femmes devait être bouchée au moyen d'une tôle
-d'une ligne d'épaisseur, jusqu'au cinquième barreau de traverse, et
-le surplus grillé en fil de fer à mailles très serrées; la seconde
-croisée, ayant vue sur l'infirmerie, devait être totalement condamnée
-par le moyen d'une tôle de même épaisseur[1597], et la petite croisée,
-qui donnait sur le corridor, entièrement supprimée. La porte qui
-existait serait munie extérieurement de deux verrous, et l'on en
-ajouterait une seconde, de forte épaisseur, ouvrant à l'intérieur et
-fermée à l'aide d'une serrure de sûreté. Il existait une gargouille
-pour l'écoulement des eaux; on décida de la boucher[1598].
-
-Dès que les travaux d'appropriation furent terminés, la Reine fut
-transférée dans ce cachot; elle n'en devait plus sortir que pour aller
-au Tribunal révolutionnaire.
-
-La surveillance fut rendue plus minutieuse encore. Plus de femmes
-pour servir la prisonnière; la femme Harel avait été renvoyée après
-l'affaire de l'œillet; c'était le concierge qui, chaque matin, soignait
-les cheveux de la Reine[1599]. Les gendarmes jour et nuit dans la
-chambre, séparés par un simple paravent[1600]; deux sentinelles sous
-les fenêtres de la cour[1601]; des perquisitions incessantes dans le
-cachot par des administrateurs de police ou des membres du Comité de
-Sûreté générale[1602]. Pas de lumière le soir[1603]. Plus de travail
-le jour, puisque, dès son entrée à la Conciergerie, on lui avait
-retiré même les aiguilles à tricoter. La Reine lisait et priait; «la
-plus grande partie de son temps, a dit un témoin oculaire, était
-consacrée à la prière[1604].» Le malheur avait développé et affermi
-les sentiments religieux qu'elle devait à son éducation chrétienne et
-que le tourbillon du monde n'avait pu lui faire oublier; «sa prison,
-dit Madame Royale, lui avait donné beaucoup de religion[1605].» Plus
-d'encre ni de crayon; on les avait retirés depuis longtemps; la Reine
-était contrainte d'écrire avec une pointe, sur la muraille, l'état de
-son linge. Ses vêtements tombaient en lambeaux; elle n'avait que deux
-robes, une noire et une blanche, toutes deux également usées; elle
-n'avait que trois chemises, qu'on lui donnait alternativement tous
-les dix jours[1606]. La fille du concierge était sans cesse occupée
-à raccommoder son linge, ses vêtements, ses souliers; elle remit une
-bordure à sa robe noire[1607]. Brisée par l'émotion, accablée par
-les privations, le mauvais air, le défaut d'exercice, la santé de la
-captive s'était altérée, et d'horribles hémorragies venaient encore
-ajouter à ses souffrances et à sa faiblesse[1608].
-
-Par bonheur, Hue, qui avait toujours des relations avec la
-Conciergerie, avait réussi, par l'intermédiaire de l'administrateur de
-police, Dangé, à faire donner à Richard un successeur qui ne lui cédait
-pas en humanité; c'était Bault, concierge à la Force[1609]. Sous un air
-rude et sévère[1610], sous le costume d'un Jacobin[1611], Bault cachait
-un cœur compatissant et, secondé par sa femme et sa fille, il chercha à
-procurer à son auguste prisonnière les adoucissements compatibles avec
-la surveillance dont il était lui-même l'objet. Sous prétexte qu'il
-avait seul la responsabilité des détenus qui lui étaient confiés, il
-fit sortir les gendarmes de la chambre royale, mit la clef dans sa
-poche, et la Reine n'eut plus à subir désormais cette odieuse présence
-que rendaient plus odieuse encore la conversation de ces hommes,
-leurs blasphèmes, le bruit des verres et la fumée de tabac[1612]. Les
-gendarmes, consignés à la porte extérieure, accompagnaient bien le
-concierge, toutes les fois qu'il entrait dans le cachot, mais ils n'y
-restaient plus seuls. La nourriture de la Reine, sans être luxueuse,
-fut apprêtée avec soin; elle se composait de café le matin, et, à
-dîner, de bouilli, de volaille rôtie, de légumes et de dessert[1613];
-mais la pauvre femme n'avait guère d'appétit et il lui arrivait souvent
-de ne pas manger[1614].
-
-Ce modeste menu froissa cependant les sentiments égalitaires de
-certains municipaux; ils signifièrent au concierge que l'accusée devait
-être nourrie comme les autres, de l'ordinaire le plus grossier de la
-prison. «Je n'entends pas cela, répondit Bault, c'est ma prisonnière;
-j'en réponds sur ma tête. On pourrait tenter de l'empoisonner, il
-faut que ce soit moi qui veille à ses aliments; pas une goutte d'eau
-n'entrera ici sans ma permission.» Les municipaux cédèrent; le
-concierge continua à être chargé de la nourriture de la Reine; il la
-lui donna du moins saine et convenable, et l'eau fut toujours bien
-claire et bien limpide[1615].
-
-Mais, pour faire acte d'humanité, il fallait se dissimuler sous le
-masque de la rigueur et de la persécution. L'automne approchait; le
-mois d'octobre était froid et pluvieux; dans cette chambre sans feu,
-où l'eau ruisselait sur le pavé et le long des parois, Bault songea à
-protéger sa prisonnière contre l'humidité, en tendant autour de son lit
-une vieille tapisserie. Les administrateurs virent cela et ne cachèrent
-pas leur mécontentement. «Ne voyez-vous pas, leur dit le concierge, que
-c'est afin de rompre le bruit et d'empêcher qu'on n'entende rien de la
-chambre voisine?»—«C'est juste, répondirent les commissaires; tu as
-bien fait[1616].» Ils eussent blâmé une mesure de pitié; ils devaient
-approuver une pensée de méfiance.
-
-Une autre fois, cependant, Bault était moins heureux; il avait demandé
-une couverture de coton anglaise pour ajouter à la chétive couverture
-qui ne mettait guère la captive à l'abri du froid et de l'humidité.
-Fouquier-Tinville s'emporta: «Tu mériterais d'être envoyé à la
-guillotine,» répondit-il brutalement. Mais le concierge ne se tint
-pas pour battu et, ne pouvant obtenir une couverture, il la remplaça
-par un matelas[1617]. De son côté, Mme Bault, qui avait un jardin
-à Charenton, en réservait pour la Reine les meilleurs produits, les
-fruits les plus délicats, et parfois les marchands de la Halle y
-ajoutaient, comme du temps de Richard, des pêches et des melons[1618].
-
-Au milieu de sa douloureuse solitude, la malheureuse souveraine pensait
-sans cesse à ses enfants, à son fils surtout. Un jour que Bault entrait
-dans la prison, elle s'approcha de lui et chercha à lui glisser dans la
-main une paire de gants et une boucle de cheveux. Mais Bault n'était
-pas seul; les gendarmes l'accompagnaient comme d'habitude; ils virent
-le mouvement, et, s'élançant sur le concierge: «Qu'est-ce qu'on vient
-de te remettre?» dirent-ils. Bault dut ouvrir la main; les gants et les
-cheveux furent saisis et portés à Fouquier-Tinville. Plus heureuse,
-quelques jours après, la Reine laissa tomber à ses pieds une pauvre
-petite jarretière, qu'elle avait tressée, au moyen de deux cure-dents,
-avec les fils arrachés à la couverture de son lit. Cette fois, elle ne
-fut pas vue. Bault ramassa le triste et précieux souvenir que, par la
-suite, Hue réussit à faire passer à la duchesse d'Angoulême, seul reste
-de cette grande famille, décimée au Temple et à la Conciergerie[1619].
-
-Une dernière et plus imprévue consolation était réservée â la
-malheureuse femme: grâce à la complicité des geôliers, un prêtre fidèle
-put pendant Une nuit pénétrer dans le cachot, y dire la messe et lui
-donner même la communion[1620]. Cette nuit-là, il y eut un peu plus de
-calme et peut-être un rayon d'espérance dans le cœur de la prisonnière.
-Les hommes semblaient l'abandonner; Dieu ne l'abandonnait pas.
-
-Les dévouements d'ailleurs étaient obstinés. En octobre, un complot
-s'ébauchait encore pour arracher la victime à ses bourreaux. Quel en
-était le chef? Était-ce Rougeville? Était-ce Batz? On l'ignore. Les
-agents subalternes seuls sont connus: le perruquier Basset, une femme
-bossue, la femme Fournier, le ménage Lemille. On avait gagné un certain
-nombre de soldats à Paris, à Courbevoie et à Vincennes; on devait
-exciter une émeute, s'emparer de la Convention et des Jacobins, et,
-à la faveur du tumulte, délivrer la Reine. Le complot était vaste;
-comme tous les autres, il échoua. Dénoncés par des espions auxquels
-ils s'étaient imprudemment confiés, les conjurés furent arrêtés le 12
-octobre et payèrent de leur tête leur généreux dessein[1621].
-
-Tandis que ces vaillants luttaient pour disputer à l'échafaud la fille
-des Césars et que ses geôliers s'efforçaient d'adoucir ses derniers
-moments, que faisait sa famille pour la délivrer? Dès qu'elle avait
-été transférée à la Conciergerie, Mercy s'était empressé d'écrire au
-prince de Cobourg, général en chef de l'armée autrichienne, qui venait
-d'entrer dans Valenciennes, pour le supplier de porter rapidement un
-corps de cavalerie sur Paris, afin d'empêcher le crime qui se préparait
-trop visiblement. «La postérité pourrait-elle croire, s'écriait-il,
-qu'un si grand attentat a pu être consommé à quelques marches des
-armées victorieuses de l'Autriche et de l'Angleterre, _sans que ces
-armées aient tenté quelques efforts pour l'empêcher_[1622]?»
-
-Mais Cobourg n'était pas l'homme des coups de main hardis. Soit
-routine, soit calcul, soit impuissance[1623], il préféra prendre ses
-quartiers d'hiver[1624], et Mercy fut réduit à écrire, deux mois plus
-tard:
-
-«Je tremble pour la Reine. En lisant les journaux, peut-on se défendre
-d'un mouvement de terreur[1625]?»
-
-Quand Mercy jetait ce cri d'alarme, il était trop tard; le dernier
-acte du grand drame était commencé, et, suivant le mot de la Marck,
-la «tache ineffaçable» restait sur le gouvernement autrichien qui, à
-quarante lieues de Paris, n'avait rien fait pour sauver la tante de son
-Empereur!
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
- Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier
- interrogatoire de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et
- Tronçon-Ducoudray sont désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les
- jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les
- témoins.—Déposition d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et
- Bailly.—L'officier de gendarmerie de Busne.—Audience du 15
- octobre.—Interrogatoire du président.—Tisset et
- Garnerin.—Réquisitoire de Fouquier-Tinville.—Discours des
- défenseurs.—Condamnation.—La Reine est ramenée à la Conciergerie.
-
-
-Il y avait deux mois déjà que la Reine avait été transférée à la
-Conciergerie pour être traduite au Tribunal révolutionnaire, et
-la haine de ses ennemis n'avait pu encore dresser contre elle un
-acte d'accusation. Vainement Hébert, jaloux de faire oublier par
-un redoublement de violence un instant de pitié, vainement Hébert,
-impatient de voir «raccourcir la louve autrichienne», s'écriait-il:
-«On cherche midi à quatorze heures pour juger la tigresse d'Autriche,
-et l'on demande des preuves pour la condamner, tandis que, si on lui
-rendait justice, elle devrait être hachée comme chair à pâté[1626].»
-Vainement l'imagination atroce des pourvoyeurs habituels de la
-guillotine se mettait-elle en campagne, forgeant des prétextes et
-inventant des crimes. L'œuvre de Héron, même revue et corrigée
-par Marat, était si absurde, que le Comité de Sûreté générale
-renonçait à s'en servir[1627]. Le 3 octobre, Billaud-Varennes
-montait à la tribune: «La femme Capet, dit-il, n'est pas punie...
-Je demande que la Convention décrète expressément que le Tribunal
-révolutionnaire s'occupera immédiatement du procès et du jugement
-de la femme Capet.» Le décret fut rendu; mais, deux jours après, le
-5 octobre, Fouquier-Tinville se plaignait qu'en le lui transmettant
-on ne lui eût transmis en même temps «aucunes pièces relatives à
-Marie-Antoinette[1628]». Le Tribunal ne savait que faire et Fouquier
-avait des scrupules. Le Comité de Salut public lui ouvrit les Archives
-nationales, lui fit communiquer le dossier du procès de Louis XVI;
-peine inutile: on n'y trouva rien. A bout de ressources, Pache,
-Chaumette et Hébert se transportèrent au Temple, le lundi 7 octobre,
-torturèrent longuement par d'infâmes questions Madame Royale et
-Mme Élisabeth[1629]; ils ne purent tirer de leurs réponses aucune
-dénonciation contre la Reine. Mais, plus heureux, la veille, avec Louis
-XVII, ils avaient arraché à l'innocence d'un enfant de huit ans, gorgé
-d'eau-de-vie et terrorisé par les brutalités de Simon, une odieuse
-calomnie contre sa mère.
-
-Fouquier-Tinville pouvait désormais poser les bases de son «œuvre
-d'enfer»; son imagination et la haine populaire feraient le reste.
-
-Le 12 octobre, à six heures du soir. Marie-Antoinette fut appelée
-au Palais de justice dans la grande salle d'audience. Vêtue d'une
-misérable robe noire, elle alla s'asseoir en face de l'accusateur
-public, sur une banquette, entre deux gendarmes. La salle était
-sombre. Deux maigres bougies, placées devant le greffier Fabricius,
-projetaient seules une lueur insuffisante et la Reine ne pouvait
-distinguer, dans l'ombre où ils se cachaient, les puissants du jour,
-qui venaient assister, avec une curiosité fiévreuse et méchante, à
-l'agonie de la veuve du dernier roi de France.
-
-Le président Herman commence l'interrogatoire; il passe en revue
-tout l'édifice laborieusement élevé par Fouquier, tous les griefs
-des révolutionnaires contre cette femme qui seule a tenu tête à la
-Révolution: les prétendus millions envoyés à son frère, les relations
-avec les Princes, le soi-disant Comité autrichien, le _veto_ opposé aux
-décrets contre les émigrés et contre les prêtres, les complots contre
-le peuple.
-
-D—«C'est vous qui avez appris à Louis Capet cet art d'une profonde
-dissimulation avec laquelle il a trompé trop longtemps le peuple
-français, qui ne se doutait pas qu'on pût porter à un tel point la
-scélératesse et la perfidie?»
-
-R—«Oui, le peuple a été trompé; il l'a été cruellement; mais ce n'est
-ni par mon mari ni par moi.»
-
-On arrive à la fuite de Varennes.
-
-D—«Vous avez été l'instigatrice principale de la trahison de Louis
-Capet; c'est par vos conseils, et peut-être par vos persécutions,
-qu'il a voulu fuir la France, pour se mettre à la tête des furieux qui
-voulaient déchirer leur patrie?»
-
-R—«Mon époux n'avait jamais voulu fuir la France; je l'ai suivi
-partout; mais, s'il avait voulu sortir de son pays, j'aurais employé
-tous les moyens pour l'en dissuader; mais ce n'était pas son
-intention.»
-
-On presse la Reine de questions sur ce sujet, comme on l'en avait
-pressée lors de l'affaire de l'œillet. Comme au 4 septembre, elle
-répond avec un sang-froid et une présence d'esprit qui ne se démentent
-pas et qui confondent Herman.
-
-D—«Vous n'avez jamais cessé un moment de vouloir détruire la liberté;
-vous vouliez régner à quelque prix que ce fût, et remonter au trône sur
-les cadavres des patriotes?»
-
-R—«Nous n'avions pas besoin de remonter sur le trône, puisque nous y
-étions; nous n'avons jamais désiré que le bonheur de la France, qu'elle
-fût heureuse; mais _qu'elle le soit_, nous serons toujours contents.»
-
-..... D—«Quel intérêt mettez-vous aux armes de la République?»
-
-R—«Le bonheur de la France est celui que je désire par-dessus tout.»
-
-D—«Vous regrettez sans doute que votre fils ait perdu un trône sur
-lequel il eût pût monter, si le peuple, enfin éclairé sur ses droits,
-n'eût pas brisé ce trône?»
-
-R—«Je ne regretterai rien pour mon fils, quand mon pays sera heureux.»
-
-Herman revient sur le banquet des gardes du corps, les journées
-d'octobre, les relations de la Reine au Temple et à la Conciergerie
-avec les administrateurs de police et les officiers municipaux, le
-complot de l'œillet, etc., épiant les réponses de l'auguste accusée,
-cherchant à en faire sortir quelque aveu qui puisse étayer le
-monstrueux et fragile échafaudage de Fouquier, la guettant, pour ainsi
-dire, dans cette pénombre, comme le tigre guette sa proie..... La Reine
-lui répond avec une rare aisance et une dignité simple, sans morgue et
-sans faiblesse; dans cet enchevêtrement de questions embrouillées et
-confondues à dessein, elle démêle les pièges, elle déjoue les ruses,
-et, avec un tact étonnant, elle sait à la fois se défendre et ne
-compromettre personne.
-
-Herman, vaincu dans la lutte, lui nomme d'office deux défenseurs,
-Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray, et donne l'ordre de la
-reconduire à la Conciergerie. La Reine rentre dans son cachot, où, à
-partir de ce jour, on la replace sous la surveillance spéciale d'un
-officier de gendarmerie, qui ne la quitte plus[1630].
-
-Chauveau-Lagarde était à la campagne, lorsqu'on vint lui annoncer la
-grande et douloureuse mission qui lui était confiée[1631]. Il partit
-aussitôt pour Paris, et, le 13 au soir, se rendit à la Conciergerie,
-avec son collègue Tronçon-Ducoudray. La veille, Fouquier-Tinville
-avait déposé au greffe du Tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation
-qu'il avait réussi à dresser. La Reine en prit connaissance avec
-une dédaigneuse fermeté et se contenta de faire froidement diverses
-observations, sans s'inquiéter de la présence du gendarme qui pouvait
-l'entendre. Plus ému qu'elle et effrayé du volumineux et informe amas
-de pièces qui constituait le dossier, l'avocat la pria de réclamer
-un délai indispensable pour l'examen de ces pièces. «A qui faut-il
-s'adresser?» demanda-t-elle.—«A la Convention nationale,» murmura
-à mi-voix le défenseur.—«Non,» reprit-elle vivement, en détournant
-la tête; «non jamais!» Sa fierté de reine et sa dignité de veuve se
-refusaient à reconnaître l'autorité des assassins de son mari.
-
-Chauveau-Lagarde insista, fit valoir l'intérêt de la mémoire de Louis
-XVI, celui de ses enfants, celui de Mme Élisabeth et, dit-il, «à
-ces mots de sœur, d'épouse et de mère, la nature l'emporta sur la
-souveraine, et la Reine, sans proférer une parole, mais laissant
-échapper un soupir, prit la plume, et écrivit à l'Assemblée, en notre
-nom, deux mots pleins de noblesse et de dignité, par lesquels en
-effet elle se plaignait de ce qu'on ne nous avait pas laissé le temps
-d'examiner les pièces du procès et réclamait pour nous les délais
-nécessaires[1632].»
-
-La demande, transmise à l'accusateur public, demeura sans réponse.
-Le lendemain, lundi 14 octobre, à huit heures du matin, les débats
-commençaient.
-
-Les juges et les jurés sont à leur poste. Les juges, ce sont: Herman,
-président, Coffinhal, l'âme damnée de Robespierre, son séide le
-plus énergique, Deliège, Maire, Donzé-Verteuil. Les jurés, ce sont:
-l'ex-marquis Antonelle, Renaudin, l'un des plus atroces parmi cette
-bande d'hommes atroces ou lâches[1633], Fiévée, Besnard, Thoumain,
-Desboisseaux, Baron, Sambat, Devèze, le chirurgien Souberbielle, qui
-veut se récuser et auquel le président impose silence en ces termes:
-«Si quelqu'un avait à te récuser, ce serait l'accusation; car tu
-as donné des soins à l'accusée, et tu aurais pu être touché de la
-grandeur de son infortune[1634];» le limonadier Chrétien, le musicien
-Lumière, l'imprimeur Nicolas, le perruquier Ganney, le menuisier
-Trinchard, joyeux d'avoir à juger «la bête féroce qui a dévoré une
-partie de la République[1635]».
-
-La Reine est introduite; par un reste de coquetterie féminine, suivant
-Mercier, ou plutôt par un impérissable sentiment de dignité, elle a
-donné plus de soins à sa toilette de veuve; ses cheveux, blanchis par
-la douleur, sont arrangés avec plus d'art; elle a ajouté à son bonnet
-de linon ordinaire deux barbes volantes, et, sous ces barbes, ajusté un
-crêpe noir. Elle se tient là, majestueuse et fière, devant ces hommes
-qui se disent ses juges. Interpellée par le président, elle déclare se
-nommer _Marie-Antoinette d'Autriche, âgée d'environ trente-huit ans,
-veuve du Roi de France, se trouvant, lors de son arrestation, dans le
-lieu des séances de l'Assemblée nationale_.
-
-La salle est comble. Plusieurs membres du Comité de Sûreté
-générale, Vadier, Amar, Vouland, Moïse Bayle, sont assis à côté
-de l'accusateur public, surveillant les jurés et l'auditoire,
-encourageant les hésitants, soutenant les faibles, épiant l'agonie de
-leur victime[1636]. Les tricoteuses aussi sont à leur poste; depuis
-l'institution du Tribunal révolutionnaire, elles n'ont point eu
-encore une pareille bonne fortune, et elles viennent se repaître des
-souffrances de celle qui fut une reine, et une reine adorée.
-
-Herman recommande aux jurés la fermeté et l'impartialité! Puis,
-s'adressant à l'accusée, il l'engage à être attentif (_sic_) à ce
-qu'elle va entendre. On fait l'appel des témoins et le greffier
-Fabricius donne lecture de l'acte d'accusation.
-
-Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public près le Tribunal
-révolutionnaire,
-
-«Expose...... qu'examen fait de toutes les pièces transmises à
-l'accusateur public, il en résulte qu'à l'instar des Messaline,
-Brunehaut, Frédégonde et Médicis, que l'on qualifiait autrefois de
-reines de France, et dont les noms, à jamais odieux, ne s'effaceront
-pas des fastes de l'histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a
-été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français;
-qu'avant l'heureuse révolution qui a rendu au peuple français la
-souveraineté, elle avait des rapports politiques avec l'homme qualifié
-de roi de Bohême et de Hongrie; que ces rapports étaient contraires aux
-intérêts de la France; que non contente, de concert avec les frères
-de Louis Capet et l'infâme et exécrable Calonne, lors ministre des
-finances, d'avoir dilapidé d'une manière effroyable les finances de la
-France (fruit des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisirs
-désordonnés et payer les agents de ses intrigues criminelles; il est
-notoire qu'elle a fait passer, à différentes époques, à l'Empereur,
-des millions qui lui ont servi et servent encore à soutenir la guerre
-contre la République, et que c'est par ses dilapidations excessives
-qu'elle est parvenue à épuiser le Trésor national.»
-
-Fouquier énumère ensuite tous les griefs accumulés par Herman dans
-le premier interrogatoire. Il accuse la Reine d'avoir ménagé, le
-1er octobre 1789, entre les officiers des gardes du corps et ceux
-du régiment de Flandre «un repas qui avait dégénéré en une véritable
-orgie, ainsi qu'elle le désirait», d'avoir amené les convives «à
-chanter, dans l'épanchement de l'ivresse, des chansons exprimant le
-plus entier dévouement pour le trône et l'aversion la plus caractérisée
-pour le peuple, à arborer la cocarde blanche et à fouler aux pieds la
-cocarde nationale»;
-
-D'avoir, «par ses agents, occasionné dans Paris et aux environs une
-disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection, à la suite de
-laquelle une foule innombrable de citoyens et de citoyennes se sont
-portés à Versailles, le 5 du même mois»;
-
-D'avoir «tenu, dans son palais, des conciliabules où a été décidée,
-avec Lafayette et Bailly, la fuite de Varennes; d'avoir elle-même
-tout ménagé et tout préparé pour cette évasion, ainsi qu'elle en est
-convenue elle-même dans son interrogatoire[1637]»;
-
-D'avoir «voulu l'horrible massacre, qui a eu lieu le 17 juillet 1791,
-des plus zélés patriotes qui se sont trouvés au Champ-de-Mars»; d'avoir
-«imaginé de faire discuter, dans ces conciliabules ténébreux, qualifiés
-depuis longtemps avec raison de _Cabinet autrichien_, contre (_sic_)
-les lois qui étaient portées par l'Assemblée législative».
-
-Il expose encore:
-
-«Que la veuve Capet a médité et combiné avec ses perfides agents
-l'horrible conspiration qui a éclaté dans la journée du 10 août,
-laquelle n'a échoué que par les efforts courageux et incroyables
-des patriotes; qu'à cette fin elle a réuni dans son habitation, aux
-Tuileries, jusque dans les souterrains, les Suisses qui, aux termes des
-décrets, ne devaient plus composer la garde de Louis Capet; qu'elle les
-a entretenus dans un état d'ivresse, depuis le 9 jusqu'au 10 au matin,
-jour convenu pour l'exécution de cette horrible conspiration; qu'elle a
-réuni également, et dans le même dessein, dès le 9, une foule de ces
-êtres qualifiés de _Chevaliers du poignard_, qui avaient figuré déjà
-dans le même lieu, le 28 février 1791, et depuis, à l'époque du 20 juin
-1792;
-
-«Que la veuve Capet, craignant sans doute que cette conspiration
-n'eût pas tout l'effet qu'elle s'en était promise (_sic_), a été,
-dans la soirée du 9 août, vers les neuf heures et demie du soir, dans
-la salle où les Suisses ou autres, à elle dévoués, travaillaient à
-des cartouches; qu'en même temps qu'elle les encourageait à hâter
-la confection de ces cartouches, pour les exciter de plus en plus,
-elle a pris des cartouches et a mordu les balles,—les expressions me
-manquent pour rendre un trait aussi atroce...;—» qu'on ne peut douter
-«qu'il n'ait été convenu, dans le conciliabule qui a eu lieu toute
-la nuit, qu'il fallait tirer sur le peuple, et que Louis Capet et
-Marie-Antoinette, qui était la grande directrice de cette conspiration,
-n'ait elle-même donné l'ordre de tirer.»
-
-Fouquier relevait ensuite, mais à la fin de son réquisitoire, en
-quelques phrases rapides, et comme si lui-même en avait eu honte,
-l'infâme calomnie qui n'avait pu naître que dans l'imagination
-dévergondée du _Père Duchesne_, et il résumait toute son œuvre en trois
-chefs principaux. La Reine était accusée:
-
-«1o D'avoir méchamment et à dessein, de concert avec les frères
-de Louis Capet et l'ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière
-effroyable les finances de la France, et d'avoir fait passer des sommes
-incalculables à l'Empereur et d'avoir ainsi épuisé le trésor national;»
-
-«2o D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires,
-entretenu des intelligences et des correspondances avec les ennemis de
-la République, d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis des
-plans d'attaque et de campagne, convenus et arrêtés dans le Conseil;»
-
-«3o D'avoir, par ses intrigues et ses manœuvres, et celles de ses
-agents, tramé des conspirations et des complots contre la sûreté
-intérieure et extérieure de la France, et d'avoir, à cet effet, allumé
-la guerre civile dans divers points de la République et armé les
-citoyens les uns contre les autres, et d'avoir, par ce moyen, fait
-couler le sang d'un nombre incalculable de citoyens.»
-
-Voilà l'accusation; mais où sont les preuves? Quelles pièces Fouquier
-a-t-il produites à l'appui de son dire?
-
-Les pièces, on n'a même pas laissé aux défenseurs le temps de les
-vérifier. Les preuves, il n'y en a pas. Ce sera aux témoins à les
-fournir, s'ils le peuvent.
-
-La Reine a écouté en silence la longue lecture du greffier; elle n'a
-laissé paraître aucun signe d'émotion. A peine, lorsque Fouquier a
-repris la calomnie d'Hébert, un imperceptible mouvement de dédain
-a-t-il plissé ses lèvres; mais sa contenance est restée calme
-et assurée. Le reste du temps, elle a laissé ses doigts errer
-insoucieusement sur la barre du fauteuil où elle est assise, comme sur
-un _forté piano_[1638].
-
-L'audition des témoins commence. Le premier introduit, c'est Lecointre,
-de Versailles; Lecointre, qui jadis se proclamait «un des sujets les
-plus fidèles» du Roi et de la Reine[1639], aujourd'hui et depuis
-quatre ans un de leurs ennemis les plus acharnés; Lecointre, un de
-ceux sur qui a pesé le plus lourdement la responsabilité des journées
-d'octobre 1789. C'est sur ces journées qu'il est appelé à s'expliquer.
-Il renouvelle toutes les diatribes qu'il a jadis inspirées au journal
-de Gorsas; il s'étudie à charger Marie-Antoinette. Marie-Antoinette ne
-répond que par des dénégations nettes et précises aux allégations de
-Lecointre et aux questions du président.
-
-L'adjudant général Lapierre et le canonnier Roussillon déposent, le
-premier sur la fuite de Varennes, le second sur la journée du 10
-août. Roussillon a vu, prétend-il, lors du pillage des Tuileries, des
-bouteilles sous le lit de l'accusée, preuve évidente qu'elle avait fait
-boire les Suisses pour les enivrer. Ici encore la Reine n'oppose qu'un
-fier démenti aux insinuations grotesques de cet aboyeur subalterne. Il
-semble d'ailleurs que, dans les récits des témoins, on cherche moins
-des preuves contre elle qui est perdue d'avance, que contre certains
-personnages qu'on veut perdre, contre Lafayette, Bailly, Pétion, ou
-des administrateurs de police, tels que Michonis, Marino, Jobert, etc.
-L'accusation n'avance pas, quand on introduit Hébert.
-
-Hébert raconte des choses vagues: il a trouvé dans un livre de
-l'accusée des signes contre-révolutionnaires, un cœur percé d'une
-flèche; il soupçonne Toulan de s'être découvert devant les membres de
-l'ex-famille royale. Puis ce misérable qui a toutes les bassesses, cet
-homme qui a vécu comme un infâme et qui mourra comme un lâche, reprend
-dans le détail l'immonde calomnie qui a fourni à Fouquier le dernier
-paragraphe de son acte d'accusation.
-
-Chose étrange! l'auditoire reste silencieux; les applaudissements sur
-lesquels Hébert a compté lui manquent; les tricoteuses ont elles-donc
-plus de pudeur que lui? Le président lui-même, dans les questions
-qu'il pose à l'accusée, semble oublier la déclaration du substitut du
-procureur de la Commune; il l'interroge sur Michonis, sur l'affaire
-de l'œillet, et il laisse dans l'ombre, par un reste de vergogne
-peut-être, les récits odieux du _Père Duchesne_.
-
-Mais il se rencontre un homme qui n'a pas moins d'impudeur qu'Hébert.
-Un juré,—pourquoi n'a-t-on pas imprimé son nom? a-t-il rougi, plus
-tard, ou l'éditeur du _Bulletin du Tribunal révolutionnaire_ a-t-il
-rougi pour lui?—un juré anonyme interpelle Herman:
-
-«Citoyen président, dit-il, je vous invite à vouloir bien faire
-observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé
-le citoyen Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son
-fils.»
-
-Cet homme doit être content; son infamie est couronnée de succès. La
-Reine jusqu'ici n'a opposé qu'un front d'airain et un cœur impassible
-aux allégations des témoins comme aux déclamations de l'accusateur
-public. A la question du juré, son front rougit et son cœur s'émeut;
-elle se soulève à demi sur son fauteuil, et, d'un geste indigné, d'une
-voix vibrante:
-
-«Si je n'ai pas répondu, dit-elle, c'est que la nature se refuse à
-répondre à une pareille inculpation faite à une mère.»
-
-Et jetant un regard sur l'auditoire:
-
-«_J'en appelle_, continue-t-elle, _à toutes celles qui peuvent se
-trouver ici!_»
-
-Devant ce cri sublime du cœur d'une mère, je ne sais quel courant
-magnétique passe dans l'assistance; les tricoteuses se sentent remuées
-malgré elles; peu s'en faut qu'elles n'applaudissent, comme elles ont
-applaudi au 6 octobre. On entend des cris déchirants; des femmes,
-dit-on, sont emportées évanouies, et le tribunal est réduit à menacer
-les perturbateurs de l'ordre[1640]. Hébert frémit et baisse la tête: le
-cri de la Reine l'a frappé à mort[1641].
-
-Pour couper court aux impressions trop favorables à l'accusée, au gré
-des juges, on reprend l'audition des témoins. Mais le notaire Silly
-essaie en vain de réveiller les haines, en déposant, sur la fuite du 20
-juin 1791. L'attention n'est plus là; il faut donner à l'émotion des
-assistants le temps de se calmer, et, à trois heures[1642], l'audience
-est suspendue.
-
-Tant de secousses n'ont point abattu la Reine; sa conscience la
-soutient. «Vois-tu comme elle est fière?» murmure une femme, en la
-voyant quitter la salle d'un pas assuré. La Reine entend ce mot;
-elle s'en émeut; elle a peur d'avoir mis trop de dignité dans ses
-réponses[1643]. Puis se tournant vers ses défenseurs, elle leur demande
-ce qu'ils pensent des déclarations des témoins, et sur l'assurance
-qu'ils lui donnent qu'il ne résulte encore rien de positif des débats:
-«Je ne crains que Manuel,» dit-elle.
-
-A cinq heures, l'audience est reprise. Les dépositions continuent;
-mais, comme le matin, pas un fait précis, pas une articulation appuyée
-sur des preuves; des récriminations, des insinuations vagues, des
-suppositions.
-
-Terrasson a vu l'accusée, au retour de Varennes, jeter sur les
-gardes nationaux «le coup d'œil le plus vindicatif». Reine Millot,
-«fille domestique,» a entendu dire, en 1788, au duc de Coigny, que
-Marie-Antoinette avait fait passer à son frère au moins vingt millions,
-comme s'il était vraisemblable que M. de Coigny, dont elle ne sait
-même pas le titre, puisqu'elle le qualifie de comte, eût été faire
-des confidences de ce genre à une servante de bas étage. Elle sait
-encore qu'un jour la Reine avait sur elle deux pistolets pour tuer le
-duc d'Orléans et que le Roi a dû la mettre quinze jours aux arrêts
-dans sa chambre. Comment le sait-elle? Elle ne le dit pas. Labenette,
-le rédacteur du _Journal du diable_, l'émule subalterne de Marat,
-déclare que la Reine a envoyé trois hommes pour l'assassiner. Et en
-dehors de ces affirmations ridicules ou odieuses, pas une preuve, rien,
-absolument rien.
-
-Manuel lui-même, le seul témoin que Marie-Antoinette semble redouter,
-Manuel ne l'accuse pas. Il se contente de protester qu'il n'a jamais
-eu de relations avec la Cour ni avec la femme du ci-devant Roi. Et, à
-vrai dire, dans ce procès, Manuel, comme Bailly qui lui succède, tous
-deux exemples mémorables de l'inconstance des enthousiasmes populaires,
-Manuel est plutôt accusé que témoin. En vain fait-on comparaître
-toute une nouvelle série de témoins; en vain relève-t-on l'affaire de
-l'œillet; en vain Dufraisne Gilbert, les Richard, la femme Harel,
-sont-ils pressés de questions sur la visite de Rougeville à la
-Conciergerie. Rien encore. A onze heures du soir, la séance est levée:
-juges, jurés et témoins ont besoin de repos.
-
-La Reine, accablée de fatigue, torturée par ces longs débats de quinze
-heures, épuisée de chaleur, d'indignation, de dédain, la Reine a soif;
-elle demande à boire. Les huissiers sont absents; dans cette foule où
-chacun, dix ans auparavant, eût brigué l'honneur d'aller lui chercher
-un verre d'eau et le lui eût présenté à genoux, nul n'a le courage
-de lui rendre un service que réclame la plus simple humanité. Seul,
-l'officier de gendarmerie qui l'accompagne, de Busne, ose se dévouer:
-il lui donne à boire[1644]. La Reine se sent défaillir; sa vue se
-trouble; en retournant à son cachot, elle se trouve presque mal:
-«Je n'y vois plus, murmure-t-elle; je n'en peux plus; je ne saurais
-marcher.» Respectueux, ému de compassion, de Busne lui offre le bras
-et l'aide à descendre les trois marches glissantes qui conduisent à sa
-chambre. Le lendemain matin, de Busne, suspect d'humanité et convaincu
-de pitié contre-révolutionnaire, est jeté en prison à son tour[1645].
-
-Le 15, à neuf heures du matin, l'audience est reprise. C'est le dernier
-jour de cette horrible agonie; le lendemain, ce sera le jour de la mort.
-
-Le premier témoin qui paraît, c'est le vainqueur des Antilles,
-d'Estaing, «matelot et soldat,» comme il s'intitule; d'Estaing, qui a
-l'intelligence et la valeur leur militaires, mais auquel manque un
-sens, le sens du respect de soi-même et des autres. D'Estaing commence
-par dire qu'il a à se plaindre de l'accusée, qui l'a empêché d'être
-maréchal de France: mais il n'apporte aucune charge contre elle, et
-sa déposition même est un hommage au grand cœur de la Reine: «Si les
-Parisiens viennent ici pour m'assassiner,» lui a-t-il entendu dire le
-5 octobre, «c'est aux pieds de mon mari que je le serai; mais je ne
-fuirai pas.»
-
-A d'Estaing succèdent les deux la Tour du Pin, ses anciens compagnons
-d'armes, bientôt ses compagnons d'échafaud,—tous trois seront
-guillotinés le 28 avril 1794,—ses égaux en grade, ses supérieurs en
-grandeur morale. Pas plus que celle de d'Estaing, leurs dépositions ne
-chargent la Reine. L'ancien ministre de la guerre la salue avec le même
-respect que jadis dans les galeries de Versailles. On lui demande s'il
-connaît l'accusée. «Ah! oui, répond-il en s'inclinant, j'ai l'honneur
-de connaître Madame.» Inculpé comme elle, il se défend et la défend
-avec une aisance et un courage qui déconcertent les juges. On cherchait
-des accusateurs, on ne trouve que des apologistes.
-
-Et pourtant la passion d'Herman est ingénieuse à harceler
-Marie-Antoinette. Il revient sans cesse sur les anciens griefs allégués
-contre elle; il met à nu toute sa vie; il ramasse dans les pamphlets
-des courtisans et dans ceux des démagogues les vieilles calomnies,
-enfantées par les haines d'antichambre et les haines de la rue; les
-dépenses de Trianon, le procès du Collier, la nomination de ministres
-liberticides, les prétendus millions envoyés à l'Empereur.
-
-D.—«Où avez-vous pris l'argent avec lequel vous avez fait construire
-et meubler le Petit Trianon, dans lequel vous donniez des fêtes dont
-vous étiez toujours la déesse?»
-
-R.—«C'était un fonds que l'on avait destiné à cet effet.»
-
-D.—«Il fallait que ce fonds fut _conséquent_; car le Petit Trianon doit
-avoir coûté des sommes énormes.»
-
-R.—«Il est possible que le Petit Trianon ait coûté des sommes immenses,
-peut-être plus que je ne l'aurais désiré; on avait été entraîné dans
-les dépenses peu à peu. Du reste, je désire plus que personne que l'on
-soit instruit de ce qui s'y est passé[1646].»
-
-D.—«N'est-ce pas au Petit Trianon que vous avez connu pour la première
-fois la femme la Motte?»
-
-R.—«Je ne l'ai jamais vue.»
-
-D.—«N'a-t-elle pas été votre victime dans l'affaire du fameux collier?»
-
-R.—«Elle n'a pas pu l'être, puisque je ne la connaissais pas.»
-
-D.—«Vous persistez donc à nier que vous l'avez connue?»
-
-R.—«Mon plan n'est pas la dénégation; c'est la vérité que j'ai dite et
-que je continuerai à dire.»
-
-D.—«N'avez-vous pas forcé les ministres des finances de vous délivrer
-des fonds, et, sur ce que quelques-uns d'entre eux s'y sont refusés, ne
-les avez-vous pas menacés de votre indignation?»
-
-R.—«Jamais!»
-
-D.—«N'avez-vous pas sollicité Vergennes à faire passer six millions au
-Roi de Bohême et de Hongrie?»
-
-R.—«Non.»
-
-On ouvre un paquet, scellé du cachet de la Commune et renfermant les
-objets trouvés sur la Reine, le 2 août, au moment où elle a été écrouée
-à la Conciergerie. Il y a là des portefeuilles, des portraits, des
-cheveux[1647]. L'accusation n'y pourrait-elle découvrir quelque pièce
-de conviction contre l'accusée? Ne seraient-ce point par hasard des
-insignes contre-révolutionnaires? Et ce portefeuille de maroquin rouge
-ou ce livret de moire verte n'auraient-ils pas reçu la confidence de
-quelque complot contre la liberté? Non, ces portraits sont ceux de
-la princesse de Lamballe et de deux amies d'enfance, les «Dames de
-Mecklembourg et de Hesse». Ce portefeuille ne contient que l'adresse du
-médecin de la Reine ou des femmes chargées de son linge. Ces cheveux
-sont ceux de son mari et de ses enfants.
-
-A défaut d'accusateurs parmi les serviteurs de l'ancien régime et de
-l'ancienne Cour, ou parmi les hommes de 89, va-t-on au moins en trouver
-chez les serviteurs de la Révolution, chez les hommes de 93, chez les
-séides de Robespierre et d'Hébert? Les voici qui défilent devant le
-Tribunal. Voici Simon, le «gouverneur du fils Capet». Voici Mathey,
-le concierge de la Tour du Temple. Ont-ils quelque chose de sérieux à
-alléguer? Contre les administrateurs de police, des accusations vagues,
-des propos insignifiants, des hypothèses; contre la Reine, rien.
-
-En voici un, cependant, un espion de police, Tisset, l'auteur d'un
-recueil infâme, _le Compte rendu aux sans-culottes de la République
-française par très haute, très puissante et très expéditive dame
-Guillotine_, qui, plus heureux ou plus habile que les autres, arrive
-les mains pleines de faits. Tisset a découvert, chez le trésorier de
-la liste civile, Septeuil, de nombreuses notes de paiements faits à
-Favras, Bouillé et autres conspirateurs. Il a vu, il a tenu dans ses
-doigts _deux_ bons de quatre-vingt mille livres, signés _Antoinette_.
-Ces bons ont été déposés à la commission des Vingt-Quatre qui, depuis,
-a été dissoute.
-
-Et voici le ci-devant secrétaire de la commission des Vingt-Quatre,
-Garnerin, qui déclare avoir vu _le_ bon de quatre-vingt mille livres,
-signé _Antoinette_, au profit de la ci-devant Polignac. Ce bon, comme
-les autres pièces, a été remis à Valazé, membre de la commission.
-Garnerin en sait même plus long: il sait que la Cour a fait faire des
-accaparements, pour «procurer un surhaussement dans le prix des denrées
-et par là dégoûter le peuple de la Révolution et de la liberté».
-La Reine, interpellée, déclare n'avoir aucune connaissance de ces
-accaparements; mais elle interroge à son tour; elle demande de quelle
-date sont ces deux bons qui, pour Garnerin, se réduisent déjà à un
-seul, et Tisset, troublé, répond que l'un d'eux est du 10 août 1792,
-comme si, ce jour-là, pendant l'attaque des Tuileries ou dans la loge
-du _Logographe_, la Reine avait pu envoyer un bon de quatre-vingt
-mille livres à Septeuil. L'accusation tombe sous le ridicule, et Valazé
-lui porte le dernier coup, en transformant le bon de quatre-vingt mille
-livres en une quittance de quinze ou vingt mille livres, dont il ne
-se rappelle plus le destinataire. Et cette quittance même, on ne la
-produit pas.
-
-C'est sur cet échec de l'accusation qu'à trois heures de l'après midi
-l'audience est suspendue. La Reine n'est pas reconduite dans son
-cachot; on lui apporte un potage qu'elle prend à la hâte: elle a besoin
-de forces pour cette dernière et mortelle séance qui ne finira que bien
-avant dans la nuit.
-
-A cinq heures, le Tribunal rentre dans la salle. Cette fois ce sont les
-officiers municipaux et les administrateurs de police, Lebœuf, Jobert,
-Moëlle, Vincent, Bugnot, Dangé, Michonis, etc., qui sont appelés à
-déposer; mais ces hommes, dont la plupart se sont conduits envers la
-captive avec une déférence et un dévouement que plusieurs paieront de
-leur tête, n'ont rien à alléguer contre elle. Brunier, médecin des
-Enfants de France, qui a été mandé à diverses reprises au Temple pour
-leur donner ses soins, n'a rien à dire non plus. On lui reproche de ne
-s'être approché des enfants de l'accusée qu'avec toutes les bassesses
-de l'ancien régime. «C'était bienséance et non bassesse,» répond
-courageusement Brunier.
-
-Didier-Jourdeuil déclare avoir vu une lettre adressée par l'accusée
-au commandant des Suisses, le comte d'Affry, dans laquelle elle lui
-disait: «Peut-on compter sur vos Suisses? Feront-ils bonne contenance
-quand il sera temps?» Mais cette lettre, Marie-Antoinette la nie, et
-Jourdeuil ne peut la représenter.
-
-De cette séance comme de celles qui l'ont précédée, que reste-t-il
-donc? La ridicule déposition de Michel Gointre, qui soupçonne la Reine
-d'avoir fondé une fabrique de faux assignats à Passy, ou l'absurde
-question d'Herman, qui lui demande si elle n'a pas conçu le projet de
-réunir la Lorraine à l'Autriche. Mais d'allégations sérieuses, pas une
-seule; de pièces authentiques, pas une seule; de bases pour l'œuvre
-monstrueuse de l'accusateur public, pas une seule. «La Reine, a dit
-éloquemment un de ses historiens, ne consentit à se justifier que pour
-justifier les autres et, dans ces longs débats, pas une parole ne lui
-échappa qui pût mettre un dévouement en péril ou la conscience des
-juges en repos[1648].»
-
-La liste des témoins est épuisée; les angoisses de l'interrogatoire
-sont finies. Le président demande à l'accusée si elle n'a rien à
-ajouter à sa défense.
-
-«Hier,» répond-elle simplement, devançant le jugement de l'histoire,
-«hier je ne connaissais pas les témoins; j'ignorais ce qu'ils allaient
-déposer contre moi. Eh bien! personne n'a articulé contre moi un fait
-positif. Je finis en observant que je n'étais que la femme de Louis
-XVI, et qu'il fallait bien que je me conformasse à ses volontés.»
-
-Herman déclare les débats terminés et Fouquier-Tinville prend
-la parole. On n'attend pas de nous que nous analysions ce long
-réquisitoire, qui n'est que la reproduction de l'acte d'accusation, que
-l'on connaît. Il y a un point, cependant, sur lequel Fouquier n'ose pas
-revenir: c'est la déposition d'Hébert.
-
-Les défenseurs se lèvent. A minuit, le président les a prévenus que
-les débats allaient être clos, et qu'ils avaient _un quart d'heure_
-pour se préparer. Chauveau-Lagarde parle le premier; il s'est chargé de
-répondre à l'accusation d'intelligence avec les ennemis de l'extérieur,
-tandis que son collègue défendra fendra la Reine contre l'accusation
-d'intelligence avec les ennemis de l'intérieur. «Je ne suis dans
-cette affaire, dit-il, embarrassé que d'une seule chose, ce n'est
-pas de trouver des réponses, c'est de trouver des objections[1649].»
-Et les deux avocats, «avec autant de zèle que d'éloquence», dit le
-_Bulletin du Tribunal révolutionnaire_, réduisent à néant l'échafaudage
-laborieusement élevé par Fouquier.
-
-«Comme vous devez être fatigué, Monsieur Chauveau-Lagarde,» murmure
-la Reine à l'oreille de son défenseur, «je suis bien sensible à
-toutes vos peines[1650].» Ces mots sont entendus, et, séance tenante,
-sous les yeux même de leur auguste cliente, Chauveau-Lagarde et
-Tronçon-Ducoudray sont arrêtés.
-
-Herman résume les débats, ou plutôt il prononce un nouveau et violent
-réquisitoire, destiné à montrer aux jurés quelle est la besogne que
-l'on attend d'eux. «C'est le peuple français, dit-il, qui accuse
-Marie-Antoinette,» et, retraçant en quelques mots haineux la vie
-publique de l'accusée, rappelant les événements politiques qui se sont
-succédé depuis cinq années, évoquant «les mânes de nos frères égorgés
-par suite des machinations infernales de cette moderne Médicis», il
-pose les quatre questions suivantes:
-
-«1o Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences
-avec les Puissances étrangères et ennemis extérieurs de la République,
-lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours
-en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y
-faciliter les progrès de leurs armes?
-
-«2o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
-convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres et d'avoir eu ces
-intelligences?
-
-«3o Est-il constant qu'il a existé un complot et conspiration tendant
-à allumer la guerre civile dans l'intérieur de la République, en armant
-les citoyens les uns contre les autres?
-
-«4o Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
-convaincue d'avoir participé à ce complot et conspiration?»
-
-Les jurés se retirent dans la chambre des délibérations, et l'accusée
-est emmenée[1651]. Au bout d'une heure environ, les jurés rentrent et,
-à l'unanimité, répondent affirmativement sur toutes les questions.
-
-Par une dernière hypocrisie, Herman exhorte l'assistance à s'interdire
-toute marque d'approbation, et, faisant ramener Marie-Antoinette, il
-lui donne lecture de la déclaration du jury.
-
-Fouquier prend la parole, et, conformément à l'article 1er de la
-1re section du titre I de la IIe partie du Code pénal, requiert
-contre l'accusée la peine de mort. Le président demande à la Reine si
-elle a quelques réclamations à faire sur l'application de la peine. La
-Reine secoue la tête, sans dire un mot.
-
-Le président consulte ses collègues; le Tribunal opine à haute voix et
-Herman déclare que Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, veuve de
-Louis Capet, est condamnée à la peine de mort.
-
-La Reine reste impassible. Pas une contraction sur son visage; pas une
-larme dans ses yeux[1652]. Brisée de fatigue, épuisée par la perte de
-son sang, affaiblie par le manque de nourriture,—elle n'a presque rien
-pris depuis douze heures,—son incomparable énergie la soutient. Elle
-ne dit pas un mot, elle ne fait pas un geste; sereine et fière, elle
-quitte la salle d'audience, la tête haute, et rentre à la Conciergerie,
-où les gendarmes la conduisent dans le cachot des condamnés à
-mort[1653].
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
- La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette à Mme
- Élisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques instants sur
- son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans
- Paris.—La Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet
- de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien
- Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion.
-
-
-Il est quatre heures et demie du matin; dans quelques heures, le
-bourreau viendra réclamer sa victime. La Reine demande de l'encre;
-avant de mourir, elle a besoin d'épancher son âme et d'envoyer à ses
-enfants et à sa belle-sœur ses dernières pensées avec ses dernières
-larmes. C'est à Mme Élisabeth qu'elle écrit:
-
- «Ce 16 octobre, à 4 h. ½ du matin.
-
-«C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens
-d'être condamnée, non pas à une mort honteuse,—elle ne l'est que pour
-les criminels,—mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente,
-j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments.
-Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien.
-J'ai un profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez que je
-n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui
-avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle
-position je vous laisse!»
-
-«J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille
-était séparée de vous; hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui
-écrire[1654]; elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais pas même si
-celle-ci vous parviendra[1655]. Recevez pour eux deux ma bénédiction;
-j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se
-réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils
-pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les
-principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de
-la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.
-Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son
-frère, par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que
-lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour,
-rende à sa sœur tous les soins, tous les services que l'amitié peut
-inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où
-ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur
-union. Qu'ils prennent exemple de nous: combien, dans nos malheurs,
-notre amitié nous a donné de consolation, et, dans le bonheur, on jouit
-doublement, quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de
-plus tendre et de plus uni que dans sa famille? Que mon fils n'oublie
-jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément:
-«qu'il ne cherche jamais à venger notre mort!»
-
-«J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais
-combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma
-chère sœur; pensez, à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire
-dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un
-jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos
-bontés et de vos tendresses pour tous deux.»
-
-«Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais
-voulu vous les écrire dès le commencement du procès; mais, outre qu'on
-ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais
-réellement pas eu le temps.»
-
-«Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans
-celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours
-professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre; ne
-sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion,—et
-même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une
-fois,—je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que
-j'ai pu commettre, depuis que j'existe; j'espère que, dans sa bonté,
-il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais
-depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa
-miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais,
-et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le
-vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le
-mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et à tous mes frères
-et sœurs. J'avais des amis: l'idée d'en être séparée pour jamais et
-leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant:
-qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes derniers moments j'ai pensé à
-eux.»
-
-«Adieu, ma bonne et tendre sœur: puisse cette lettre vous arriver!
-Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que
-ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu! qu'il est déchirant de les
-quitter pour toujours! Adieu! Adieu! Je ne vais plus m'occuper que de
-mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on
-m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai
-pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger.»
-
-La Reine a pleuré en écrivant cette lettre, non pas sur elle-même, mais
-sur ses enfants. Elle a pleuré, en songeant aux mains indignes entre
-lesquelles elle laisse son fils, à ce qu'on lui a déjà fait dire et
-faire, à ce qu'on le forcera peut-être de dire et de faire encore. Mais
-il ne faut pas que ces pensées l'amollissent; elle a besoin de tout son
-courage et de toutes ses forces pour mourir. Elle refoule ses larmes,
-donne sa lettre au concierge Bault[1656] et se met à genoux, répandant
-longuement devant Dieu son âme tout entière[1657]. Elle se relève,
-mange à la hâte une aile de poulet et un petit pain[1658], quitte sa
-pauvre chemise, toute tachée par les hémorrhagies qui l'épuisent depuis
-un mois, en met une autre que lui procure la femme du concierge[1659],
-et, brisée par tant d'émotions, se jette tout habillée sur son lit,
-enveloppe ses pieds dans une couverture et s'endort[1660].
-
-A six heures, on la réveille: «Voilà, lui dit-on, un curé de Paris,
-qui demande si vous voulez vous confesser.»—«Un curé de Paris,»
-murmure-t-elle, il n'y en a guère[1661].» Le prêtre s'avance; il est
-vêtu en laïque[1662]; c'est un abbé Girard, curé de Saint-Landry, dans
-la Cité. La Reine le remercie; mais, fidèle à l'engagement qu'elle
-a pris dans sa lettre, elle refuse de se servir du ministère d'un
-schismatique. Ce ministère, d'ailleurs, elle n'en a pas besoin. Dieu
-lui a fait la grâce de lui envoyer, quelques jours auparavant, un
-prêtre fidèle[1663]; et, s'il faut en croire Madame Royale, ce matin
-même, agenouillée devant sa fenêtre, elle aurait reçu l'absolution
-et la bénédiction du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face
-d'elle[1664].
-
-La Reine a froid; l'atmosphère déjà fraîche des premières nuits
-d'automne, les brouillards du fleuve, l'humidité de la prison glacent
-son sang dans ses veines. Sur le conseil de l'abbé Girard, elle place
-un oreiller sur ses pieds et s'absorbe dans le recueillement de ses
-pensées et de ses muettes prières[1665].
-
-A sept heures, un nouveau personnage entre dans la prison; c'est le
-dernier acteur de ce drame lugubre, le bourreau. «Vous venez de bonne
-heure, Monsieur,» lui dit Marie-Antoinette, «ne pourriez-vous pas
-retarder?»—«Non, Madame, j'ai ordre de venir[1666].» La Reine coupe
-elle-même ses cheveux[1667] et Samson procède rapidement à la fatale
-toilette. Puis on attend. Le prêtre essaie quelques exhortations,
-la Reine ne les écoute que d'une oreille distraite. Sa pensée n'est
-plus là. Mais l'abbé Girard s'étant hasardé à dire: «Votre mort va
-expier...»—«Ah!» interrompt-elle vivement, «des fautes, mais pas un
-crime[1668].»
-
-Dès cinq heures du matin, le rappel a été battu dans les quarante-huit
-sections de Paris. A sept heures, toute la force armée est sur
-pied; des canons ont été rangés aux extrémités des ponts, places
-et carrefours, depuis le Palais jusqu'à la place de la Révolution.
-A dix heures du matin, de nombreuses patrouilles circulent dans
-les rues[1669]. La foule se presse aux portes de la Conciergerie,
-impatiente et houleuse; des milliers de sans-culottes[1670] sont là,
-injuriant leur victime, et attendant leur proie.
-
-A onze heures, un mouvement se fait. La porte de la prison s'ouvre;
-la Reine paraît, majestueuse et fière, comme à Versailles; vêtue d'un
-déshabillé de piqué blanc[1671], comme pour un jour de triomphe, a dit
-un témoin oculaire[1672]; chaussée de souliers de prunelle noire, avec
-des talons très haut, à la Saint-Huberty[1673]; un fichu de mousseline
-blanche autour du cou; sur la tête un bonnet de linon sans barbes,—elle
-n'a pu obtenir d'aller nu-tête à l'échafaud[1674];—les coudes retirés
-en arrière par une grosse ficelle, dont le bourreau tient l'extrémité;
-le teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang,
-les cils immobiles et raidis[1675]; la lèvre plissée par un ineffable
-dédain[1676]. Autour d'elle des gendarmes; près d'elle, le curé de
-Saint-Landry: «Voulez-vous que je vous accompagne?» a dit le prêtre
-constitutionnel.—«Comme vous voudrez,» a répondu insoucieusement la
-Reine[1677].
-
-Trente mille hommes forment la haie, depuis la Conciergerie jusqu'à la
-place de la Révolution[1678]. Cet appareil militaire, cette crainte
-d'une évasion possible, d'un complot pour enlever la condamnée pendant
-le trajet[1679], cette foule immense qui roule comme la vague,
-c'est le suprême et involontaire hommage rendu à la grandeur de
-Marie-Antoinette; car on n'a pas eu pour cette majesté déchue les mêmes
-égards que pour son mari. La voiture qui l'attend, acculée à quelques
-pas de la porte, n'est point un carrosse, comme pour Louis XVI, c'est
-l'ignoble charrette des condamnés vulgaires, avec ses roues pleines de
-boue, une planche pour banquette, sans paille ni foin sur le plancher;
-pour la traîner, un grossier cheval blanc; pour la conduire, un homme
-en blouse, à figure sévère et sinistre. La Reine ne peut retenir un
-mouvement de surprise, à la vue de cet étrange véhicule[1680]; mais
-elle ne tarde pas à dominer cette émotion passagère.
-
-Au marche-pied, placé derrière la charrette, on ajoute une petite
-échelle assez large, de quatre ou cinq échelons. Samson offre la
-main à la condamnée, pour l'aider à franchir les degrés; la Reine
-refuse d'un geste et monte seule, sans appui. Elle se place sur la
-banquette, le dos tourné au cheval; le prêtre s'assied près d'elle.
-«Voici, Madame, lui dit-il, l'instant de vous armer de courage.»—«Du
-courage,» reprend-elle vivement, il y a «si longtemps que j'en
-fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en manque
-aujourd'hui[1681].» Le prêtre insiste; elle lui impose silence, en lui
-répétant avec fermeté «qu'elle n'est point de sa religion, qu'elle
-meurt en professant celle de son époux et qu'elle n'oubliera pas les
-principes qu'il lui a répétés tant de fois[1682]». Le bourreau et son
-aide sont debout, derrière la Reine, le tricorne à la main, appuyés
-aux parois de la voiture et mettant «un soin visible à laisser flotter
-à leur gré les cordes» qui lient les mains de la victime et dont ils
-tiennent les extrémités.
-
-Un pâle soleil d'automne éclaire cette scène. La charrette s'ébranle;
-les gendarmes ont peine à lui frayer un passage, au milieu de cette
-masse compacte de sans-culottes et de tricoteuses qui vont bien gagner
-leur journée. Un silence étrange règne dans cette foule; mais, à
-l'entrée de la rue Saint-Honoré, les clameurs commencent. Des lazzis
-grossiers, des plaisanteries sinistres, des injures infâmes, des cris
-de mort sortent, comme des émanations malfaisantes, des profondeurs
-de cette populace en délire et se croisent avec des cris de _Vive la
-République_! _A bas les tyrans[1683]!_ Quelques misérables battent des
-mains[1684]; le comédien Grammont, à cheval, caracole autour de la
-charrette, donnant le signal des outrages. Impassible et sereine, «sans
-abattement ni fierté[1685],» la Reine plane au-dessus de cette tourbe;
-ses regards se posent sur cette foule haineuse, presque sans la voir,
-et ses oreilles sont frappées de ces bruits, sans les entendre. A peine
-si, de temps à autre, quelque insulte, plus odieuse que les autres,
-réussit à parvenir jusqu'à elle et à ramener un instant sur la terre
-cette pensée, qui monte, obstinément vers le ciel.
-
-Personne aux fenêtres; il ne faut rien au-dessus du niveau brutal de
-la rue[1686]. Toute sympathie doit se taire; la haine seule a droit de
-se montrer. Quelques spectateurs, dit-on, pourtant, s'évanouissent de
-douleur[1687].
-
-La charrette s'avance lentement: il faut, a écrit un journaliste,
-que la Reine «boive longtemps la mort[1688]». Devant Saint-Roch, le
-cortège s'arrête; c'est une des stations que l'acharnement ingénieux
-des bourreaux a ménagées à la victime sur le long chemin de son
-Calvaire. Sur le perron de l'église est entassée la fine fleur des
-furies révolutionnaires, le bataillon de la citoyenne Lacombe. Grammont
-se dresse sur ses étriers, en brandissant son sabre: «La voilà,
-l'infâme Antoinette, crie-t-il; elle est f....., mes amis!» C'est le
-signal; un long murmure s'élève de cette foule; les vociférations, les
-imprécations, les injures viennent se fondre en un immense hurlement
-de haine et d'insulte. Quelle jouissance pour ces femmes, pour ces
-_lécheuses de guillotine_, comme les appelait énergiquement la
-Commune, si elles pouvaient saisir sur le visage de la condamnée un
-tressaillement, ou dans ses yeux une larme! Mais cette volupté ne leur
-est pas donnée; sous le coup de l'outrage, la Reine demeure impassible;
-elle ne voit rien, elle n'entend rien.
-
-Cent pas plus loin, en face des Jacobins, il semble qu'elle veuille
-déchiffrer l'inscription qui surmonte l'arcade du passage[1689]. Elle
-se penche vers le prêtre constitutionnel et paraît l'interroger. Pour
-toute réponse, le prêtre élève un petit Christ d'ivoire, et la Reine
-rentre dans son silence et sa sérénité[1690].
-
-A midi, le funèbre cortège débouche sur la place de la Révolution.
-Par une dernière et sanglante ironie, l'échafaud est dressé près du
-Pont-Tournant, au pied de la statue de la Liberté. La Reine jette un
-long regard sur ces Tuileries, où elle est entrée pour la première
-fois le 8 juin 1773, radieuse Dauphine, saluée par les acclamations
-enthousiastes du peuple de Paris; d'où elle est sortie le 10 août
-1792, aux cris de rage de ce même peuple, si cruellement mobile; sur
-ces grands arbres, à l'ombre desquels son fils a joué tant de fois,
-et dont les feuilles, jaunies par le soleil d'automne, tombent à
-terre; sur ce palais où elle a vécu trois mortelles années, depuis
-les journées d'octobre 1789, et en face duquel elle va mourir. Sous
-le poids de ces souvenirs et de ces pensées, sa tête s'incline et son
-visage pâlit[1691]. Elle fléchit un moment, oppressée par d'insondables
-douleurs; mais aussitôt elle se redresse, descend de la charrette «avec
-légèreté et promptitude» et, «quoique ses mains soient toujours liées,»
-gravit, sans aide, les degrés de l'échafaud, «avec un air plus calme et
-plus tranquille encore qu'en sortant de la prison[1692].»
-
-En montant l'escalier, elle met par mégarde son pied sur celui du
-bourreau. Samson laisse échapper un cri de douleur. La Reine se
-retourne: «Monsieur,» dit-elle, avec une liberté d'esprit et une
-dignité inouïes dans un pareil moment, «Monsieur, je vous demande
-pardon[1693]!» Puis elle lève les yeux au ciel et murmure une dernière
-prière.
-
-Quatre minutes après[1694], le couperet national avait accompli son
-œuvre. L'exécuteur montrait longuement au peuple cette tête sanglante,
-dont un mouvement convulsif agitait les paupières, et dont un vif
-incarnat teignait encore les joues. «_Vive la République!_» répondait
-le peuple. Il était midi et quart.
-
-Tout était fini: la fille des Césars était allée rejoindre au ciel
-le fils de saint Louis. La foule s'écoulait, silencieuse et comme
-consternée, en proie à ce saisissement involontaire qui oppresse les
-consciences même les plus endurcies, après l'accomplissement d'un grand
-crime.
-
-Cependant, de cette populace haineuse et assouvie, un homme sortait, se
-glissait sous la guillotine et trempait son mouchoir dans le sang qui
-découlait de l'échafaud, comme dans le sang d'une martyre[1695].
-
-Ce sang de la victime, l'histoire l'a recueilli, comme le gendarme
-Maingot. Elle l'a recueilli, pour en marquer au front les assassins
-de Marie-Antoinette. «Le premier crime de la Révolution, dit
-Chateaubriand, fut la mort du Roi; mais le plus affreux fut la mort
-de la Reine[1696].» «Paris n'a plus un crime à commettre, écrivait le
-cardinal de Bernis en apprenant l'attentat du 16 octobre. Le dernier
-ajoute à tous les autres un degré d'horreur et d'infamie inconnu
-jusqu'à aujourd'hui[1697].» Et Napoléon a dit de son côté: «La mort
-de la Reine fut un crime pire que le régicide[1698];» crime purement
-gratuit, puisqu'il n'y avait aucun prétexte à alléguer comme excuse;
-crime éminemment impolitique, puisqu'il frappait «une princesse
-étrangère, le plus sacré des otages»; crime souverainement lâche,
-puisque la victime était une femme «qui n'avait eu que des honneurs
-sans pouvoir».
-
-Quinze jours après[1699], le fossoyeur Joly enfouissait, dans un coin
-obscur du cimetière de la Madeleine, les restes mutilés de la grande
-suppliciée et soumettait à l'approbation du président du Tribunal
-révolutionnaire, Herman, une note ainsi conçue:
-
- La Veuve Capet, pour la bière 6 livres
- Pour la fosse et les fossoyeurs. 25 —[1700]
-
-C'était le dernier _Mémoire des fournitures faites pour le service de
-la Reine de France_!
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER—Les États généraux.—Impopularité de la
- Reine au milieu de l'enthousiasme général.—Ouverture des
- États généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies
- qui s'éteignent.—Mort du premier Dauphin. 1
-
- CHAPITRE II.—Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu
- de Paume.—La séance royale du 23 juin.—Prise de la
- Bastille.—Départ du comte d'Artois et des Polignac.—Le
- Roi va à Paris le 17 juillet.—La nuit du 4 août.—Désordres
- en province.—Lettres de la Reine à Mme de Polignac.—Menaces
- de Paris contre Versailles.—Malouet propose vainement
- de transférer l'Assemblée à Compiègne. 19
-
- CHAPITRE III.—Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel
- de troupes à Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs
- des journées d'octobre. 46
-
- CHAPITRE IV.—Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris. 58
-
- CHAPITRE V.—Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues
- de la Reine avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites
- officielles des Corps constitués.—Murmures dans le
- peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle fait retirer des
- reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses bijoux chez
- son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du
- corps.—Pillage de la maison du boulanger
- François.—Représentation de _Charles IX_.—Comment la famille
- royale est installée et vit aux Tuileries.—Education des
- enfants.—Lettre de la Reine à Mme de Tourzel.—Bienfaisance de
- Marie-Antoinette.—Traits charmants du Dauphin.—Première
- communion de Madame Royale. 88
-
- CHAPITRE VI.—Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé
- sont déclarés à la disposition de la nation.—Suppression des
- Parlements.—Affaire de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan
- d'évasion d'Augeard.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le
- 4 février 1790.—On présente à la Reine la veuve et le fils
- de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du _Livre
- rouge_.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à Saint-Cloud.—Fédération
- du 14 juillet 1790.—La famille royale est acclamée
- par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les
- journées d'octobre. 115
-
- CHAPITRE VII.—Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses
- ouvertures au comte de la Marck.—Première note de Mirabeau
- pour la Cour.—Son entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le
- Roi et la Reine les écoutent sans les suivre.—Eclats
- de Mirabeau.—La Reine est de nouveau menacée.—Nouveaux
- plans de Mirabeau.—Quarante-septième note.—Utilité,
- mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau. 140
-
- CHAPITRE VIII.—Situation alarmante de Paris: l'émeute en
- permanence.—Démission de Necker.—Départ de Mesdames.—Le
- 28 février.—Le 18 avril.—Projets de fuite.—Le comte
- d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de Saint-Cloud.—Plan
- de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au marquis
- de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la Reine,
- Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises,
- est définitivement fixé au 20 juin. 172
-
- CHAPITRE IX.—Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille
- royale et retour à Paris. 198
-
- CHAPITRE X.—La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa
- vie captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de
- l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge est déployé au
- Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour. 231
-
- CHAPITRE XI.—Négociations de la Reine avec les
- Puissances.—Projets de l'Empereur.—Projets du roi de
- Suède.—Projets des émigrés.—Accroissement du nombre et de
- l'importance de ces derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour
- et avec le baron de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre
- du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous
- l'influence des Constitutionnels.—Missions du chevalier de
- Coigny et de l'abbé Louis.—La Reine dément par ses lettres
- secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie des
- Constitutionnels. 240
-
- CHAPITRE XII.—La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste:
- pas d'action immédiate; des négociations seulement.—Lettre
- du 8 juillet à Fersen.—Hostilité de la Reine contre les
- émigrés.—Mauvaise attitude d'un certain nombre de ces derniers
- contre Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard
- des Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment
- est-elle jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre
- à Mercy.—Cruelle situation de Marie-Antoinette. 260
-
- CHAPITRE XIII.—Achèvement de la Constitution.—La Reine
- consulte Mercy et Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner;
- car on n'a pas de moyens de résistance.—Conseils
- divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte
- la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire. 273
-
- CHAPITRE XIV.—Suites de l'acceptation de la
- Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre de Louis XVI à
- ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth à la marquise de
- Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries et
- Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de
- Marie-Antoinette.—Le Congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine
- est inexécutable. 286
-
- CHAPITRE XV.—L'Assemblée législative.—Son hostilité contre
- le Roi s'affirme dès le début.—Mécontentement de la
- bourgeoisie.—La députation de Saint-Domingue est présentée à la
- Reine.—Le Roi ne veut pas former de Maison civile.—Projet
- d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction du Roi et de
- la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation de la
- famille royale.—Tiraillements intérieurs.—La Reine continue
- à réclamer un Congrès.—Hésitations de l'Empereur et
- mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de
- Polignac.—Article menaçant des _Révolutions de Paris_. 301
-
- CHAPITRE XVI.—Premières mesures de l'Assemblée contre les
- émigrés et les prêtres.—Le Roi demande la dispersion des
- rassemblements d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire
- envoyé à l'Empereur par les Constitutionnels.—Mission
- de M. de Simolin.—Lettre de la Reine à Mercy.—Voyage de
- Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, mais le reconnaît
- impossible.—Représentation du 20 février aux Italiens. 317
-
- CHAPITRE XVII.—Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie
- insultante des Jacobins.—Nouveaux outrages contre la
- Reine.—Attaque violente de Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre
- des affaires étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette son
- concours, qui est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques
- 1792.—La seule consolation de la Reine, ce sont ses enfants.—Le
- Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son gouverneur. 334
-
- CHAPITRE XVIII.—Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre
- de la Reine à Mercy, du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du
- Pan.—Premiers échecs des troupes françaises.—Lafayette
- propose au Roi de se retirer à son armée.—Emotion de
- Paris.—Dénonciation du Comité autrichien.—Réapparition des
- Mémoires de Mme de la Motte.—Ils sont brûlés à
- Sèvres.—Licenciement de la garde constitutionnelle.—M.
- d'Hervilly offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le Roi
- refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation
- des prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un camp de
- vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres
- Girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose son veto
- aux décrets. 349
-
- CHAPITRE XIX.—Le 20 juin. 364
-
- CHAPITRE XX.—Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec
- Pétion.—Proclamation de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à
- Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins
- contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes à la
- famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse
- des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée
- des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un
- plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers
- de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Madame de Staël.—Le duc de
- Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son
- antipathie contre Lafayette.—Pourquoi.—Surveillance incessante
- autour des Tuileries.—La fédération du 14 juillet 1792.—Alertes
- continuelles: le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée
- des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des
- Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche
- des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet
- déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins
- redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté
- de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de
- la Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale
- aux Tuileries. 387
-
- CHAPITRE XXI.—Le 10 août. 421
-
- CHAPITRE XXII.—Le Temple.—Description.—Le palais du grand
- prieur.—La Tour du Temple.—La grosse et la petite Tour.—La
- famille royale est enfermée provisoirement dans la petite
- Tour.—Le 19 août, on la sépare de ceux qui l'ont
- accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments de la Reine sur
- l'invasion.—Cléry à la Tour.—Les journées de septembre.—On
- apporte sous les fenêtres du Temple la tête de la princesse de
- Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition
- de la royauté.—Le Roi est transféré dans la grosse Tour.—La
- famille royale y est transférée à son tour.—Le Dauphin est
- séparé de sa mère et remis à son père. 446
-
- CHAPITRE XXIII.—La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie
- des prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux
- compatissants.—Drouet au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin
- tombent malades.—Installation d'une nouvelle municipalité.—Le
- bouillon de la Reine.—On enlève à la famille royale tous les
- instruments tranchants.—Procès du Roi.—Louis XVI traduit à la
- Convention.—Il est séparé de sa famille.—Ses entretiens avec
- Malesherbes.—Le Roi est condamné à mort.—Dernière entrevue avec
- la Reine et ses enfants.—Exécution du Roi. 468
-
- CHAPITRE XXIV.—La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie
- de Madame Royale.—On apporte aux prisonniers des vêtements de
- deuil.—Toulan et Lepître.—Plan d'évasion préparé par ces deux
- municipaux et M. de Jarjayes.—Modifications dans le
- plan.—Nouveau projet; il échoue comme le premier.—Lettre de la
- Reine à M. de Jarjayes.—Toulan sauve l'anneau et le cachet du
- Roi.—La Reine les envoie à Monsieur et au comte
- d'Artois.—Dénonciations de Tison.—Perquisitions
- nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection
- de Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout
- échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert
- viennent à la Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan
- d'évasion.—La méfiance de Simon le fait manquer.—La Tison
- devient folle.—Louis XVII est enlevé à sa mère.—Il est livré au
- savetier Simon.—Nouvelle visite de Drouet au Temple.—Le jeune
- prince brutalisé par Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle
- est transférée à la Conciergerie. 493
-
- CHAPITRE XXV.—La Conciergerie.—Le cachot de la
- Reine.—Michonis.—Les Richard.—Tentatives pour sauver la
- Reine.—L'affaire de l'Œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge
- Bault et sa famille.—Nouvelle tentative d'évasion.—Le complot
- Basset.—Inaction de l'Autriche. 530
-
- CHAPITRE XXVI.—Procès de la Reine.—Décret de la
- Convention.—Premier interrogatoire de
- Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray sont
- désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les jurés.—Audience du
- 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les témoins.—Déposition
- d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et Bailly.—L'officier
- de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 octobre.—Interrogatoire
- du président.—Tisset et Garnerin.—Réquisitoire
- de Fouquier-Tinville.—Discours des défenseurs.—Condamnation.—La
- Reine est ramenée à la Conciergerie. 553
-
- CHAPITRE XXVII.—La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette
- à Mme Elisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques
- instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau
- Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la
- charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la
- place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne
- Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion. 578
-
-
-
-
-FIN DU TOME SECOND ET DERNIER
-
-
-
-
-7121.—POITIERS, IMPRIMERIE BLAIS, ROY ET Cie, 7, rue Victor-Hugo.
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] «Elle avait cette dignité, ce courage, cette vigueur d'élan dans
-des occasions dangereuses, qui prouvait une âme née forte; mais il
-manquait à cette âme de s'être exercée à l'usage de sa force.»—Lettre
-inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, communiquée par M.
-Gustave Bord.
-
-[2] Mémoire en forme de doléances des habitants de la paroisse de
-Dry, universellement accepté par le bailliage de Beaugency, présenté
-par les députés de ce bailliage à l'Assemblée des trois Etats à
-Orléans.—_Archives nationales_, B. III. 99.
-
-[3] _Ibid._
-
-[4] _Ibid._
-
-[5] Cité par M. Th. Meignan, dans son très curieux article sur
-_Les registres paroissiaux de l'état civil_.—_Revue des questions
-historiques_, janvier 1879, p. 149.
-
-[6] _Mémoires de Mme Campan_, 228, 229.
-
-[7] _Souvenirs d'un page_, 287.
-
-[8] _Ibid._ 288.
-
-[9] _Mémoires de Weber_, 203.
-
-[10] _Ibid._ 204, note.
-
-[11] Le Roy, _Histoire de Versailles_, I, 227.
-
-[12] On avait voulu lui donner un dais; il l'avait refusé, ne
-voulant pas, disait-il, d'un honneur réservé au Saint-Sacrement
-seul.—_Souvenirs d'un page_, 289.
-
-[13] _Ibid._ 290.
-
-[14] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVII.
-
-[15] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 19.
-
-[16] _Souvenirs d'un page_, 288.
-
-[17] _Mémoires de Mme Campan_, 227.
-
-[18] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 242.
-
-[19] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 20.
-
-[20] _Ibid._, 21.
-
-[21] _Souvenirs d'un page_, 290.—_Mémoires du marquis de Ferrières_, I,
-21, note.
-
-[22] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[23] _Souvenirs d'émigration_ par la marquise de Lâge.
-
-[24] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 243.
-
-[25] _Ibid._
-
-[26] «Il règne dans son ton et dans ses manières toute la _fierté_ que
-l'on doit attendre des Bourbons.» _Ibid._
-
-[27] _Souvenirs d'un page_, 291.
-
-[28] _Correspondance littéraire de Grimm._
-
-[29] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 143.
-
-[30] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 244.
-
-[31] _Mémoires de Mme Campan_, 227.
-
-[32] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 219, 220.
-
-[33] _Mémoires de Mme Campan_, 228.
-
-[34] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 384.
-
-[35] _Voir_ les détails de cette remise du Dauphin au duc d'Harcourt
-dans le _Gouvernement de Normandie_, IV, 384 et suiv.
-
-[36] Marie-Antoinette à Joseph II, 25 février 1788.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 112.
-
-[37] Marie-Antoinette à Joseph II, 27 février 1788.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 112.
-
-[38] La même au même, 24 avril 1788.—_Ibid._, 116.
-
-[39] La même au même, 16 juillet 1788.—_Ibid._, 118.
-
-[40] _Mémoires de Mme Campan_, 230.
-
-[41] _Le Gouvernement de Normandie_, IV, 385.
-
-[42] _Ibid._, 386.
-
-[43] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXVIII.
-
-[44] _Mémoires de Mme Campan_, 231.
-
-[45] Mme Campan prétend que le Dauphin avait pris en grippe même sa
-mère. Mais la marquise de Lâge affirme positivement le contraire, et la
-marquise de Lâge, qui écrit à sa mère le 17 mai 1789, est plus croyable
-sur ce point que Mme Campan, qui n'a écrit que de souvenir.
-
-[46] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, LXXXIX.
-
-[47] _Souvenirs d'un page_, 290.
-
-[48] Récit de M. Lefèvre, secrétaire du duc d'Harcourt, gouverneur du
-Dauphin.—_Le Gouvernement de Normandie_, IV, 387.
-
-[49] Lettres de Boullé, député de Nantes, à ses commettants sur
-l'ouverture des États généraux.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, p.
-8 et 11.
-
-[50] _Ibid._, p. 34 et 35.—«A midi, raconte Boullé, la députation des
-Communes a été reçue; le doyen, accompagné de vingt députés choisis au
-sort parmi les commissaires et les adjoints, a prononcé à Sa Majesté
-le discours qui avait eu l'approbation de l'Assemblée, _en y ajoutant
-seulement quelques expressions de regret et de douleur_ sur la perte
-qui vient d'affliger la France et son monarque.»
-
-[51] _Mémoires de Weber_, 209, 210.—Weber se trompe en plaçant cette
-scène le 8, au retour de Meudon. C'est le 6 que la députation du Tiers
-fut reçue par le Roi «quoique Sa Majesté, encore dans les premiers
-instants d'une douleur trop juste, se fût refusé jusqu'ici à voir
-personne».—Lettres de Boullé.—_Revue de la Révolution_, 1888, II, 36.
-
-[52] _Mémoires de Malouet_, 2e édition, I, 283, note.
-
-[53] _Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles_,
-par Ch. Vatel, p. 13.
-
-[54] «On fit accroire au peuple qu'il se tramait mille conspirations
-dangereuses contre ses libertés; les meneurs de la foule virent bientôt
-que le moment était venu de mettre en branle les masses.» M. de
-Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789.—_Revue d'Alsace_, avril,
-mai, juin 1880, 202.
-
-[55] _Mémoires de Malouet_, I, 285.—Malouet avait demandé qu'on
-plaçât dans l'arrêté ou la formule du serment un membre de phrase
-attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à «faire la
-Constitution de concert avec le Roi». Plusieurs députés se joignirent
-à lui pour réclamer un amendement analogue. «Cela est juste, leur
-répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre aux voix votre
-proposition, _pour qu'elle ne soit pas rejetée_.»—_La chute de l'ancien
-Régime_, par Aimé Chérest, III, 204. M. Chérest ajoute que Mirabeau
-«partageait les sentiments de Malouet», mais que «désespérant de les
-faire prévaloir ce jour-là», il «n'essaya même pas de les exprimer
-séance tenante.»—_Ibid._, 203.
-
-[56] «La démarche des Communes, en se déclarant Assemblée nationale,
-indépendante des autres Ordres et du Roi lui-même, et en déclarant
-qu'aucun pouvoir ne la dissoudrait, est, dans le fait, s'emparer de
-toute l'autorité du royaume. Elles se sont, par un seul décret, rendues
-semblables au Long Parlement de Charles Ier... Une démarche aussi
-hardie et aussi désespérée, contraire à tous les autres intérêts
-du royaume, également funeste à l'autorité royale, au Parlement, à
-l'armée, ne peut être accordée.»—_Voyages d'A. Young_, I, 342.
-
-[57] _Mémoires de Malouet_, I, 284.
-
-[58] Mounier, _Recherches sur les causes qui ont empêché les Français
-de devenir libres_, Genève, 1792, I, 296.
-
-[59] _Mémoires de Weber_, 213.
-
-[60] _Mémoires de Malouet_, I, 283, 284.
-
-[61] _Louis XVI_, par le comte de Falloux.
-
-[62] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 57.
-
-[63] Un premier conseil avait été tenu le 19 à Marly, où la Cour
-s'était transportée après la mort du Dauphin. Le second conseil se tint
-le 21 à Versailles, où la Cour était revenue dans l'intervalle.
-
-[64] De Larcy. _Des vicissitudes de la France_, 11.—Les députés de
-la commune de Strasbourg, très désappointés de l'évanouissement de
-leurs espérances et très froissés du maintien de la distinction des
-Ordres, avouaient cependant qu'il y avait dans la déclaration du Roi
-des «adoucissements réels», et ils écrivaient le soir même du 23 juin
-aux commissaires de la Bourgeoisie de Strasbourg: «Nous vous observons
-que si tous les objets annoncés par Sa Majesté, comme soulagement,
-sont accordés aux peuples, ceux-ci y trouveront des _consolations
-puissantes_ pour le degré de liberté politique, dont ils attendaient
-le bienfait de la justice du monarque et des lumières du siècle et qui
-paraît leur échapper.»—_L'Alsace pendant_ _la Révolution française_,
-par Rod. Reuss.—_Revue d'Alsace_, juillet, août, septembre 1879,
-344.—L'un de ces députés, M. de Turckheim, écrivait plus tard, dans le
-rapport qu'il adressait à ses commettants, le 23 novembre 1789: «La
-séance royale du 23 juin, où nous entendîmes pour la dernière fois la
-voix du monarque, avait manifesté les meilleurs sentiments à l'égard du
-bonheur de son peuple. Tout ce que réclamaient nos cahiers de doléances
-était accordé, et si les paysans, si remuants aujourd'hui qu'ils ont
-été excités par l'artifice, avaient été consultés alors, ils auraient
-éclaté en protestations de joie et de reconnaissance.»—_Ibid._, avril,
-mai, juin 1780, p. 201.—A. Young écrivait de même: «Tout le monde
-connaît les propositions faites par le Roi; le plan était bon; on
-accordait beaucoup au peuple sur des points essentiels.»—_Voyage en
-France_, I, 349. «Les Communes, en refusant opiniâtrement ce qu'on leur
-propose, abandonnent au hasard des avantages certains et inconnus, à
-ce hasard qui fera peut-être que la postérité les maudira, au lieu de
-bénir leur mémoire comme celle de vrais patriotes.»—_Ibid._, 355.
-
-[65] Paroles textuelles de Mirabeau, données par le marquis de
-Dreux-Brézé dans les séances de la Chambre des Pairs, des 9 et 15 mars
-1833. Cité par le comte de Falloux.—_Louis XVI. Pièces justificatives_,
-371.
-
-[66] Lally-Tollendal. _Biographie universelle_, article Necker; cité
-dans les _Mémoires de Malouet_, I, 287.
-
-[67] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Introduction, XLVII.
-
-[68] «On fit venir des troupes de la province pour inspirer quelque
-peur aux conciliabules de l'émeute; mais ce n'était qu'un moyen
-d'intimidation; car la douceur extrême du Roi et son amour pour ses
-sujets ne lui permirent jamais de songer seulement à verser le sang,
-pour maintenir son autorité suprême.»—_Mémoires de M. de Turckheim_ à
-ses commettants, 23 novembre 1789. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin
-1880, 202.
-
-[69] _Mémoires de Gouverneur Morris_, I, 255.
-
-[70] Ferrières raconte qu'à la suite de la séance royale du 23 juin,
-les députes de la Noblesse, après avoir été chez le comte d'Artois,
-se présentèrent chez la Reine. «Ce n'était pas à elle, dit-il, qu'on
-avait le moins d'obligations. La Reine sortit dans le salon de jeu;
-elle tenait Madame par la main, elle portait le jeune Dauphin sur son
-bras. Tableau délicieux d'une mère: douce expression de la nature! La
-Reine présenta M. le Dauphin aux députés, leur disant, avec beaucoup de
-grâce, qu'elle le donnait à la Noblesse, qu'elle lui apprendrait à la
-chérir, à la regarder comme le plus ferme appui du trône.»—_Mémoires du
-marquis de Ferrières_, I, 59-60. Mais Ferrières ajoute plus loin que ce
-fut la Reine qui prit l'initiative des instances pour décider Necker à
-rester.—La démarche de la Noblesse près de la Reine et les paroles de
-celle-ci nous paraissent surtout dictées par la courtoisie. Si la Reine
-avait été le principal appui de la réaction aristocratique, les députés
-de la Noblesse n'auraient-ils pas été chez elle tout d'abord, au lieu
-de commencer par le comte d'Artois et Monsieur?
-
-[71] _Mémoires du comte de Ségur_, II, 208. «Jamais je ne vis plus de
-dignité dans la douleur, plus de douceur dans l'affliction.»
-
-[72] «Le Roi rappelait à M. Necker qu'il l'avait, à quatre reprises
-différentes, supplié de lui accorder l'autorisation de se retirer, et
-il disait que l'état actuel des circonstances lui permettait de lui
-accorder maintenant cette faveur; il l'autorisait donc à s'éloigner,
-sans retard et sans bruit, et il se réservait de lui donner plus
-tard des marques de sa faveur royale et de sa satisfaction.»—Mercy
-à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise de la
-Bastille_, publiées par J. Flammermont.
-
-[73] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, II, 304, p. 23.
-
-[74] S'il faut en croire Mercy, les gardes suisses même auraient
-refusé de servir contre le peuple. Mercy à Kaunitz, 23 juillet,
-1789.—_Relations inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J.
-Flammermont, p. 23.
-
-[75] Voir pour plus de détails la _Prise de la Bastille_, par M. de
-Poncins (_Brochures sur la Révolution française publiées par la Société
-biographique_), et la _Prise de la Bastille_, par M. Gustave Bord,
-directeur de la _Revue de la Révolution_.
-
-[76] _Mémoires de Malouet_, II, 9.
-
-[77] _Ibid._, I, 290.
-
-[78] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 136.
-
-[79] _Mémoires de Mme Campan_, 233.
-
-[80] _Ibid._, 234.
-
-[81] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de
-Polignac_, par la comtesse Diane de Polignac. Hambourg, 1796, 27, 28.
-
-[82] _Mémoires de Mme Campan_, 234.
-
-[83] _Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de
-Polignac_, 31, 33.—Il avait été question d'abord de rappeler Necker
-seul, sans les autres ministres, en particulier sans le comte de
-Montmorin et le comte de Saint-Priest contre lesquels on avait inspiré
-au Roi de vives préventions. La Reine, persuadée par Mercy que cette
-exclusion de deux ministres populaires aurait de graves inconvénients
-dans l'état de surexcitation de la foule, finit par déterminer le Roi
-à rappeler le ministère tout entier et à faire bon accueil à tous les
-ministres.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la
-prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 25 et 28, 29, 30.
-
-[84] _Voir_ le récit de cette scène touchante dans les _Mémoires du
-marquis de Ferrières_, I, 141.
-
-[85] _Mémoires du comte Valentin Esterhazy, fragments._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 35.
-
-[86] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise
-de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27.
-
-[87] _Evénements mémorables arrivés à Verdun au sujet du maréchal de
-Broglie et son arrivée à Metz._ Paris, Lefèvre. 1789.
-
-[88] _Mémoires de Mme Campan_, 236.
-
-[89] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6.
-
-[90] _Ibid._—_Voir_ aussi Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations
-inédites de la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p.
-27.
-
-[91] _Quinzaine mémorable_, 87.
-
-[92] _Ibid._, 93.
-
-[93] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 263.—_Voir_ également, sur ce
-voyage du Roi à Paris, une lettre du 18 juillet 1789, écrite par un
-député de Marseille à la marquise de Créquy. Ce député, dont le nom est
-inconnu, fait remarquer avec raison combien la vérité est difficile
-à établir, même pour les contemporains. «Les faits opposés, dit-il,
-sont attestés par des gens qui disent: «_J'y étais_».—_Revue de la
-Révolution_, septembre 1783, p. 73.
-
-[94] «La voiture allait à tour de roue; en conséquence, il fut
-longtemps en présence de ces bons habitants de Paris.»—_Souvenirs d'un
-basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79.
-
-[95] _Histoire de la Révolution_, par deux amis de la liberté.
-
-«Je constate qu'il avait la figure bouleversée, attérée.»—_Souvenirs
-d'un basochien._—_Revue de la Révolution_, mars 1885, 79.
-
-[96] _Ibid._
-
-[97] _Histoire de France pendant trois mois_, par le cousin Jacques,
-I, 116.—«Au lieu de _Vive le Roi!_ on criait _Vive la nation!_ Ce à
-quoi on ajoutait que le Roi serait acclamé plus tard, à son départ,
-si l'on était content de lui.» Rapport de M. de Simolin au comte
-Ostermann.—_Revue de la Révolution_, janvier 1886, p. 7.
-
-[98] _Mémoires de Bailly_, II, 65.
-
-[99] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 116.
-
-[100] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la prise
-de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 27.
-
-[101] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 205.—«M. le marquis de
-Lafayette défendit toute manifestation de joie et donna l'ordre que
-les arrondissements s'assemblassent comme à l'ordinaire pour organiser
-les rondes.»—Rapport de M. de Simolin au comte Osterman. _Revue de la
-Révolution_, janvier 1886, p. 7.
-
-[102] _Mémoires de Bailly_, II, 61.
-
-[103] _Mémoires de Mme Campan_, 239, 240.—Mme Campan donne le
-commencement du discours que, suivant elle, la Reine devait adresser
-à l'Assemblée: «Messieurs, je viens remettre entre vos mains l'épouse
-et la famille de votre souverain. Ne souffrez pas que l'on désunisse
-sur la terre ce qui a été uni dans le ciel.» Accompagnée de Monsieur,
-elle devait en même temps demander à l'Assemblée de transporter à
-quelque distance de Versailles le lieu de ses réunions. Mercy, qui
-donne ces détails, croit que l'Assemblée, qui commençait à s'effrayer
-de l'effervescence et de la prédominance de Paris, aurait accepté cette
-proposition.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de
-la prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29.—La Reine
-avait projeté d'abord, dans le cas où le Roi eût été retenu prisonnier
-à Paris, de se retirer avec le Dauphin soit à Valenciennes, soit dans
-les Pays-Bas. Sur l'observation de Mercy que ce départ serait considéré
-par le pays, fortement surexcité, comme un enlèvement du Dauphin, elle
-avait renoncé à cette idée.—_Ibid._, 28.
-
-[104] _Souvenirs d'un page_, 302.
-
-[105] _Mémoires de Mme Campan_, 241.
-
-[106] _Histoire de France pendant trois mois_, I, 118, 119.
-
-[107] _Journal de Versailles_ du 22 juillet, no 14, cité dans les
-_Mémoires de Bailly_, II, 69.
-
-[108] _Quinzaine mémorable_, 134.
-
-[109] Nous en exceptons l'électeur Etienne Larivière, qui, plus d'une
-fois, fit à Berthier un rempart de son corps.
-
-[110] Vergniaud, plaidoyer pour Durieux.—_Vergniaud, monuments,
-lettres et papiers_, par Ch. Vatel, II, 68.—_Voir_, sur cette anarchie
-spontanée dans les provinces, le curieux volume de M. G. Bord: _La
-prise de la Bastille_, et les magistrales études de M. Taine sur la
-_Révolution_.
-
-[111] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac._
-
-[112] Joseph II à Léopold, 3 août 1789.—_Joseph II und Léopold von
-Toscana_, II, 265.
-
-[113] Necker étant resté quelques jours sans revenir, et les courriers
-qui lui portaient son rappel ayant eu de la peine à le trouver, on
-avait fait courir le bruit que la Reine, par répulsion contre lui,
-l'avait fait partir pour Bruxelles, afin de «l'éloigner encore plus de
-la France».—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—_Relations inédites de la
-prise de la Bastille_, publiées par J. Flammermont, p. 29.
-
-[114] _Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville_, de 1777 à 1792, 25 septembre 1789, II, 387.
-
-[115] _Procédure du Châtelet_, Malouet, 3e témoin.—Lally-Tollendal,
-_Lettre à ses commettants_, 85.—On peut lire aussi dans la _Revue
-d'Alsace_,—octobre, novembre, décembre 1879—les lettres découragées
-d'un député de Strasbourg, le baron de Turckheim, à cette même époque.
-M. de Turckheim, très libéral mais très royaliste, ne tarda pas à
-donner sa démission et à se retirer en Alsace. Dans le rapport qu'il
-adressa à ses commettants sur sa conduite, le 23 novembre 1789, il
-écrivait: «Nous ne voulûmes pas au début prendre la parole sans
-nécessité en présence de quelques centaines d'avocats bavards qui
-répandaient plus de désordre que de lumières, en présence aussi du
-_manque complet de liberté_ qui nous empêchait de le faire, depuis
-qu'une foule sans frein avait été introduite dans la salle de nos
-séances et que les clubs insolents qui siégeaient dans les cafés du
-Palais-Royal s'étaient érigés en juges et en vengeurs des affaires de
-la nation. Nous avons acquis la triste conviction que la voix de la
-modération ne serait point écoutée.» _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin
-1880, p. 200.—M. de Turckheim concluait ainsi: «Qui donc entrava la
-marche des affaires? Je le dis en toute franchise devant Dieu et mes
-concitoyens: ce ne fut pas la Noblesse qui expia d'une façon cruelle
-d'antiques et injustes abus; ce ne fut pas le Clergé qui s'offrit à
-supporter volontairement sa part proportionnelle des impôts, mais qu'on
-voulut dépouiller de toute propriété. Non, ce fut un petit nombre
-d'hommes qui s'étaient mis d'accord entre eux pour tout renverser
-et, sans souci de leurs mandats catégoriques, voulaient pousser à la
-révolte vingt-cinq millions d'hommes qui auraient pu suivre en repos
-nos travaux en les bénissant.»—_Ibid._, 203.
-
-[116] Le comte de Fersen à son père, 3 septembre 1789. _Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, I, XLIX. Introduction.
-
-[117] _Mémoires de Malouet_, I, 303.
-
-[118] Brouillon de lettre de M. le comte d'Estaing à la Reine.—_Rapport
-de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et 6 octobre, fait à
-l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du Comité des
-rapports._ Paris, Imprimerie Nationale, 1790.—Pièces justificatives. La
-lettre est du 14 septembre. _Rapport de Chabroud_, 49.
-
-[119] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 3 et 4.
-
-[120] _Voir_ tous les détails de ce plan dans les _Mémoires de
-Malouet_, I, 393 et suiv.
-
-[121] Droz, citant Molleville, II, 470, dit que cette démarche fut
-faite le 15 septembre. Mais Mallet du Pan, qui était en relations
-intimes avec Malouet et ses amis, donne la date du 29.—_Mémoires et
-correspondance de Mallet du Pan_, II, 485.
-
-[122] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 55.
-
-[123] _Mémoires de Weber_, 254.—_Exposé de la conduite de M. Mounier_,
-66.
-
-[124] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 95.
-
-[125] _Exposé de la conduite de M. Mounier_, 66.
-
-[126] _Procédure du Châtelet._ Besson, 117e témoin.
-
-[127] _Procédure du Châtelet._—Blaisot, 24e témoin.
-
-[128] _Ibid._—Faydel, député, 148e témoin.
-
-[129] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 27.
-
-[130] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 29.
-
-[131] Lettre des députés de Strasbourg au magistrat de la ville, 25
-septembre 1789.—_L'Alsace pendant la Révolution française_, par Rod.
-Reuss.—_Revue d'Alsace_, octobre, novembre et décembre 1879, p. 480.
-
-[132] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 32, 33.
-
-[133] Lettre du Roi écrite de la propre main de Sa Majesté à M.
-le comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de
-Versailles, par lui lue à l'Assemblée de l'Etat-major et des capitaines
-de la dite garde, le 24 septembre 1789 et qu'elle a consignée dans ses
-registres.—A Versailles, de l'Imprimerie Royale, 1789.
-
-[134] Affaire Marie-Antoinette.—Déposition de Lecointre.—_Armoire de
-fer_, carton 13.
-
-[135] «Ils résolurent, dit Mme de Tourzel, d'employer tous les
-moyens possibles pour empêcher la corruption du régiment de Flandre,
-le conserver fidèle au Roi, et ils se flattaient d'y réussir, en lui
-inspirant estime et confiance.» _Mémoires de la duchesse de Tourzel_,
-I, 5.
-
-[136] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 4.
-
-[137] Le Roy. _Histoire de Versailles_, II, 37.
-
-[138] Voir notamment Mounier. _Appel à la nation_, p. 113.
-
-[139] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[140] Premier interrogatoire de la Reine.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 217.
-
-[141] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 90.—Mounier
-ajoute: «Beaucoup d'étrangers, et les militaires, lorsqu'ils n'étaient
-pas en uniforme, avaient conservé l'usage d'une cocarde noire.»
-
-[142] _Réponse de la Reine._ A Versailles, de l'Imprimerie royale,
-1789.—_Archives nationales._ _Armoire de fer_, carton 13, coté 89.
-
-[143] Il était resté environ quatre cents bouteilles de vin du banquet
-du 1er; c'est pour épuiser cette réserve qu'eut lieu le déjeuner du
-3.—_Exposé de la conduite des gardes du corps, à la suite des forfaits
-d'octobre_, II, 235.
-
-[144] Les pauvres n'avaient pas été oubliés dans ces réjouissances; il
-avait été décidé que chaque compagnie des gardes du corps fournirait
-une somme de 1500 livres et que les deux mille écus ainsi réunis
-seraient remis aux curés de Versailles pour être distribués aux
-indigents; la distribution devait commencer le 6 octobre.—_Exposé
-fidèle de la conduite des gardes du corps_, 236, 237.
-
-[145] Au mois de juin, «un maréchal-des-logis, bas officier avec rang
-de lieutenant-colonel, est venu dire, au nom de la troupe, au duc de
-Guiche, capitaine du quartier, que leur devoir était de garder et
-de protéger la personne du Roi, mais non de monter à cheval pour se
-battre avec la canaille; qu'en conséquence ils ne feraient pas de
-patrouilles.»—_Lettres d'un attaché de la légation de Saxe._—_Revue de
-la Révolution_, août 1884, 36.—_Voir_ aussi _Mémorial de Gouverneur
-Morris_, II, 16, 28.
-
-[146] _Procédure du Châtelet._ Antoine, député, 220e témoin.
-
-[147] Lettre de Lecointre au Roi, 5 novembre 1789.—_Archives
-nationales, Armoire de fer_, carton 13.
-
-[148] Gorsas était maître de pension à Versailles.—Le Roy. _Histoire de
-Versailles_, II, 33.
-
-[149] Gouverneur Morris à John Jay, 1er juillet 1789.—Le même à
-Washington, 31 juillet 1789.—_Mémorial de Gouverneur Morris_, II, 16,
-28.
-
-[150] Lally-Tollendal.—_Lettre à ses commettants_, 94. Les députés de
-Strasbourg écrivaient au magistrat de la ville, le 7 octobre 1789,
-cette phrase significative: «Depuis plusieurs jours la capitale était
-dans les plus vives inquiétudes sur ses approvisionnements; à peine
-pouvait-on y avoir du pain, _quoique le jour même de l'insurrection il
-ait reparu en abondance_.»—_L'Alsace pendant la Révolution française_,
-par Rod. Reuss. _Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880.
-
-[151] _Procédure du Châtelet._ Lefebvre, 62e témoin—de Foucault, 119e
-témoin—Tailhardat. 126e témoin.
-
-[152] Taine. _Origines de la France moderne; la Révolution_, I, 128.
-
-[153] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35e témoin.
-
-[154] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 123.
-
-[155] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin.
-
-[156] _Procédure du Châtelet._ De Blois, 35me témoin.
-
-[157] _Procédure du Châtelet._ Brousse des Faucherets, avocat au
-Parlement, 30e témoin.
-
-[158] _Procédure du Châtelet._ Fissour, représentant de la Commune,
-30me témoin—Jean Pelletier, négociant. 1er témoin.
-
-[159] _Ibid._ Brousse des Faucherets, 30e témoin.
-
-[160] _Ibid._ Le même.
-
-[161] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Fournès, député, 185e témoin.
-
-[162] _Ibid._ Maillard, 81e témoin.
-
-[163] _Procédure du Châtelet._ Du Granger, garde du corps, 10me
-témoin;—Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e témoin.
-
-[164] _Ibid._ De Longuève, député, 15e témoin;—marquis de Virieu,
-député, 148e témoin;—Feydel, député, 148e témoin.
-
-[165] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 292.
-
-[166] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin.
-
-[167] _Ibid._ Marquis de Raigecourt, député suppléant, 204e témoin.
-
-[168] _Ibid._ Déposition de Mounier: information faite à Genève.
-
-[169] _Procéd. du Châtelet._ De Cubières, cavalcadour du Roi, 269e
-témoin.
-
-[170] _Ibid._ Basire, porte-manteau du Roi, 233e témoin.
-
-[171] _Souvenirs d'un page_, 307.
-
-[172] M. de Narbonne demandait qu'on lui donnât des troupes et des
-canons pour aller garder les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud,
-assurant qu'il mettrait toutes ces bandes en fuite.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 7.—M. de Saint-Priest proposait que le Roi se
-mît lui-même à la tête de ces troupes.
-
-[173] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de le Révolution_, 5 janvier 1883.
-
-[174] Mme de Tourzel prétend que Necker profita d'une absence
-momentanée de M. de Saint-Priest, qui était allé conduire à Saint-Cyr
-sa femme prête d'accoucher, pour peser sur la détermination du Roi, un
-instant ébranlée par MM. de Saint-Priest et de Narbonne.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, I, 8.
-
-[175] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes
-historiques et biographiques_, I, 234. M. de Saint-Priest avait été
-fortement appuyé par le président de l'Assemblée, Mounier, qui, ce
-soir là, comme on le verra plus loin, passa cinq heures au Château
-et demanda instamment le départ de la famille royale.—_Mémoires et
-correspondance de Mallet du Pan_, I, 181, note.
-
-[176] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._—_Etudes
-historiques et biographiques_, I, 234.
-
-[177] Il y avait deux quartiers à Versailles, le quartier Saint-Louis
-royaliste, le quartier Notre-Dame, révolutionnaire.
-
-[178] M. de Barante. _Notice sur le comte de Saint-Priest._
-
-[179] _Mémoires de Weber_, 267.
-
-[180] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 9.
-
-[181] «Quelques personnes instruites, dit Rivarol, prétendent que si
-cette princesse,—la Reine,—était partie, elle n'eût jamais échappé aux
-assassins, dont toutes les rues qui aboutissent au Château étaient
-suffisamment garnies.»—_Journal politique national_, 2e série, no
-XIX.—_Œuvres choisies de Rivarol_, publiées avec une préface par M. de
-Lescure. Paris, Jouaust, 1880, II, 311.
-
-[182] _Voir_, sur toutes ces indécisions, M. de Barante. _Notice sur le
-comte de Saint-Priest._—_Etudes historiques et biographiques_, I, 33 et
-suiv.
-
-[183] _Evénements de Paris et de Versailles, par une des dames qui a eu
-l'honneur d'être de la députation à l'Assemblée générale._ Chez Garnery
-et Volland, p. 4.
-
-[184] _Procédure du Châtelet._ Cavalier, chirurgien major du régiment
-de Flandre, 71e témoin.
-
-[185] _Ibid._ Périer, avocat, 243e témoin—Galland, commis de la
-mairie, 272e témoin.
-
-[186] _Ibid._ Girin de la Morte, capitaine d'infanterie, 48e témoin.
-
-[187] _Procédure du Châtelet._ De Longuève, député, 155e témoin.
-
-[188] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, 5 janvier 1883.
-
-[189] _Ibid._
-
-[190] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard, citée dans
-_Un homme d'autrefois_ par le marquis Costa de Beauregard, Paris, Plon,
-1877, p. 89. M. de Maistre ajoute que les femmes qui avaient laissé
-voir qu'elles étaient touchées des bontés du Roi, furent maltraitées
-par leurs compagnes et fouettées en plein palais de Versailles.
-
-[191] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[192] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 11 et 12.
-
-[193] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[194] Rivarol, _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 328.
-
-[195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12.
-
-[196] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[197] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 327, 328.
-
-[198] «Je vis les banquettes où devaient siéger les députés du pays
-occupées par des femmes ivres et repoussantes.»—Rapport de M. de
-Turckheim à ses commettants. _Revue d'Alsace_, avril, mai, juin 1880,
-210.
-
-[199] De Larcy. _Louis XVI et les États généraux._—_Correspondant_, 25
-août 1868.
-
-[200] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 324.
-
-[201] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 12.
-
-[202] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883.
-
-[203] _Journal politique national_, 2e série, no XX.—_Œuvres choisies
-de Rivarol_, II, 325.
-
-[204] «Sur les une heure après minuit, M. de Lafayette sortit du
-cabinet du Roi et dit que le Roi et la Reine allaient se coucher, qu'il
-allait en faire autant et qu'il conseillait à tout le monde de se
-retirer chez soi et de dormir tranquille, que personne n'avait rien à
-craindre.»—Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme le 5 octobre au soir après le départ du Roi pour Paris._—_Revue
-de la Révolution_, janvier 1883.
-
-[205] _Procédure du Châtelet._ Bernardy, 225e témoin.—Mme de
-Tourzel raconte un fait étrange. D'après elle, les brigands auraient
-fait dire une messe au curé de Saint-Louis, probablement pour le succès
-de leur entreprise, y auraient assisté, et ce ne serait qu'après avoir
-entendu cette messe qu'ils se seraient rués sur le Château.—_Mémoires
-de la duchesse de Tourzel_, I, 13.
-
-[206] _Procédure du Châtelet._ De Frondeville, 177e témoin.
-
-[207] _Ibid._ Marquis de Digoine, député, 168e témoin.
-
-[208] _Ibid._ Gallemand, secrétaire du Comité de Constitution, 373e
-témoin.
-
-[209] Mounier. _Appel au tribunal de l'opinion publique_, 173.
-
-[210] _Procédure du Châtelet._ Mme Thibaut, première femme de la
-Reine, 86e témoin.
-
-[211] _Ibid._ Veytard, 91e témoin.
-
-[212] _Procédure du Châtelet._ Comte de la Châtre, député, 139e témoin.
-
-[213] M. de Varicourt fut égorgé avec des raffinements de cruauté
-horribles. Nous nous permettons de renvoyer pour ces détails à l'étude
-plus complète publiée par nous sous ce titre: _Les journées des 5 et 6
-octobre 1789_.—_Revue des questions historiques_, octobre 1873.
-
-[214] _Procédure du Châtelet._ Chauchard, 101e témoin.
-
-[215] _Ibid._ François Dupont, suisse de la vicomtesse de Talaru,
-131e témoin.—Ce misérable assassin était modèle dans les ateliers de
-peintres et s'appelait Jourdan. Il fut désigné dans la suite par le
-surnom de Coupe-tête.—M. de Maistre affirme que Mounier a vu des femmes
-qui venaient prendre du pain dans les cuisines du Roi, le tremper dans
-le sang des gardes du corps et le manger ensuite.—Lettre du comte de
-Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme d'autrefois_, 89.
-
-[216] _Procédure du Châtelet._ Borg, 346e témoin.
-
-[217] Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard.—_Un homme
-d'autrefois_, 88.
-
-[218] _Procédure du Châtelet._ Marquis de Paroy, député, 246e témoin.
-
-[219] _Ibid._ Marguerite Andelle, 236e témoin.
-
-[220] _Ibid._ De Forget, capitaine de cavalerie, 370e témoin.
-
-[221] _Ibid._ Bercy, valet de chambre de la Reine, 100e témoin.
-
-[222] _Ibid._ De Miomandre, 18e témoin.
-
-[223] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 332.
-
-[224] _Procédure du Châtelet._ Rabel, garçon de chambre du Roi, 387e
-témoin.
-
-[225] Mme Campan dit qu'il est faux que les brigands aient percé le
-lit de la Reine à coups de piques, comme le bruit s'en est accrédité;
-le comte d'Hésecques, dans ses _Souvenirs d'un page_, dit la même
-chose. Mais le comte de La Châtre, 139e témoin, affirme avoir vu, dans
-la matinée du 6, le lit de la Reine «bouleversé» par les envahisseurs.
-Mme de Tourzel le raconte également.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 14.
-
-[226] _L'Espion de la Révolution_, I, 90.
-
-[227] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 14.
-
-[228] _Ibid._, I, 15.
-
-[229] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[230] _Ibid._ Marquis de Digoine, 168e témoin.
-
-[231] _Journées des 5 et 6 octobre 1789_, par le marquis de
-Paroy.—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5.
-
-[232] _Mémoires de Weber._
-
-[233] _Procédure du Châtelet._ De Saint-Aulaire, 158e témoin.
-
-[234] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[235] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 5.
-
-[236] _Procédure du Châtelet._ Jeanne Bessons, femme Tillet, 365e
-témoin.
-
-[237] _Journal politique national_, 2e série, no XXI.—_Œuvres
-choisies de Rivarol_, II, 339.
-
-[238] Il en sera de même au 20 juin et jusqu'au tribunal
-révolutionnaire.
-
-[239] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[240] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6.
-
-[241] Marquis de Paroy. _Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme._—_Revue de la Révolution_, janvier 1883, p. 6.
-
-[242] _Mémoires de Lafayette._
-
-[243] _Procédure du Châtelet._ Derosnet, 211e témoin.
-
-[244] _Souvenirs d'un page_, 314.
-
-[245] _Procédure du Châtelet._ Madier de Montjau, député, 170e témoin.
-
-[246] _Ibid._ De Montmorin, 182e témoin;—de Montardat, garde du corps
-de M. le comte d'Artois, 349e témoin.
-
-[247] _Procédure du Châtelet._ Dufraisse-Duché, député, 120e témoin.
-
-[248] Mme de Staël, _Considérations sur la Révolution française_, I,
-272.
-
-[249] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 20. Avec un incroyable
-sang-froid, la Reine, reconnaissant, dans la foule qui entourait la
-voiture, un officier des gardes de corps déguisé, le baron de Ros,
-lui dit tout haut: «Vous irez savoir de ma part des nouvelles de
-M. de Savonnières et lui direz toute la part que je prends à son
-état.»—_Mémoires de la marquise de La Rochejacquelein_, édition
-originale, Paris, Bourloton, 1889, p. 57.
-
-[250] Bertrand de Molleville.
-
-[251] Lally-Tollendal prétend qu'un coup de feu fut tiré dans le
-carrosse de la Reine.—_Seconde lettre de Lally-Tollendal à ses amis._
-
-[252] Burke. _Réflexions sur la Révolution de France_, 155.
-
-[253] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 21, 22.
-
-[254] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121.
-
-[255] _Ibid._
-
-[256] Joseph II à Léopold II, 19 octobre 1789.—_Joseph II und Leopold
-von Toscana_, II, 281.
-
-[257] _Souvenirs de quarante ans_, 47.
-
-[258] _Ibid._
-
-[259] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 23.
-
-[260] _Mémoires de Weber_, 282.
-
-[261] Mme de Staël. _Considérations sur la Révolution française_, I,
-274.
-
-[262] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_. 121.—Lettres d'un attaché
-de la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, p. 67.
-
-[263] _Projet de fête nationale_, par Gonchon, le futur orateur
-révolutionnaire du faubourg Saint-Antoine.—_Fourcade et Gonchon, les
-orateurs du faubourg Saint-Antoine, d'après des documents inédits_, par
-V. Fournel.—_Revue de la Révolution_, août 1887, p. 83, 84.
-
-[264] _Mémoires de Mme Campan_, 257.
-
-[265] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 26.
-
-[266] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 252. Weber donne
-une autre version de cette anecdote. Selon lui, ce serait Lafayette qui
-aurait dit à la Reine: «Voyez, Madame, comme le peuple est bon quand
-on va au-devant de lui.»—«Oui, Monsieur, aurait répondu la Reine; mais
-vous savez bien qu'il n'en est pas tout à fait de même quand il vient
-au devant de vous.» Weber ajoute: «M. de Lafayette sentit l'application
-et ne répliqua rien.»—_Mémoires de Weber_, 290.
-
-[267] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 255, 256.
-
-[268] Registre des cérémonies de l'année 1789, cité par M. de
-Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth, pièces justificatives_, I, 354.
-
-[269] _Mémoires de Weber_, 282.
-
-[270] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 339.
-
-[271] _Souvenirs de quarante ans_, 51.
-
-[272] Voici les paroles de Fréteau: «Madame, le premier désir de
-l'Assemblée nationale, à son arrivée dans la capitale, a été de
-présenter au Roi le tribut de son respect et de son amour; elle n'a pu
-résister à l'occasion si naturelle de vous offrir ses sentiments et ses
-vœux. Recevez-les, Madame, tels que nous les formons, vifs, empressés,
-sincères. Ce serait avec une véritable satisfaction que l'Assemblée
-nationale contemplerait dans vos bras cet illustre enfant, le rejeton
-de tant de Rois tendrement chéris de leur peuple, l'héritier de Louis
-IX, de Henri IV, de celui dont les vertus sont l'espoir de la France.
-Jamais ni lui ni les auteurs de ses jours ne jouiront d'autant de
-prospérité que nous leur en souhaitons.»
-
-La Reine répondit: «Je suis touchée, comme je dois l'être, des
-sentiments que m'exprime l'Assemblée nationale. Si j'avais été
-prévenue de ses intentions je l'aurais reçue d'une manière plus digne
-d'elle.»—Cité par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 54, 55.
-
-[273] Le marquis de Nantouillet.
-
-[274] Registre des cérémonies de l'année 1789.—_Vie de Mme
-Elisabeth_, I, 558.
-
-[275] _Voir_ sur toutes ces réceptions le _Registre dès cérémonies de
-l'année 1789_.—_Ibid._, 554, 561.
-
-[276] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121. Elle écrivait encore â
-l'abbé de Lubersac: «La Reine, qui a eu un courage incroyable, commence
-à être mieux vue par le peuple. J'espère donc qu'avec le temps, une
-conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des Parisiens, qui
-n'ont été que trompés.» Mme Elisabeth à l'abbé Lubersac, 16 octobre
-1789.—_Ibid._, 123.
-
-[277] Lettre inédite du Dauphin; vente Polignac.
-
-[278] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 121.—Lettres d'un attaché de
-la légation de Saxe.—_Revue de la Révolution_, septembre 1884, 67.
-
-[279] _Dernières années de la vie et du règne de Louis XVI_, par
-François Hue. 3e édition, 178.
-
-[280] Rue Saint-Honoré, 85.
-
-[281] Ce transfert ne fut effectué que sous le Consulat. Un certain
-nombre d'objets avaient été vendus, le reste est aujourd'hui au Musée
-du Louvre, soit dans la galerie d'Apollon,—matières dures,—soit
-dans des armoires vitrées de l'ancien Musée des souverains,—laques
-japonaises et porcelaines de Chine.—_Voir_ sur ce sujet un curieux
-article de M. Charles Ephrussi, contenant reproduction de l'inventaire
-des citoyens Nitot et Besson et le dessin de quelques objets de cette
-collection. L'article a été publié dans la _Gazette des beaux-arts_ du
-1er novembre 1879 sous ce titre: _Inventaire de la collection de la
-Reine Marie-Antoinette_, 389-408.
-
-[282] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 120.
-
-[283] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.
-
-[284] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_,
-40.
-
-[285] Lettre de Mme Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.
-
-[286] Quelques gardes nationaux, tout étonnés de leur nouveau rôle,
-se familiarisaient avec les souverains. Un capitaine, nommé Gendret,
-marchand de dentelles de la Reine, vint un jour proposer à cette
-princesse de lui faire donner un concert par la musique de son
-bataillon. La Reine refusa cette proposition insolite.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 30.
-
-[287] Lettres d'un attaché à la légation de Saxe.—_Revue de la
-Révolution_, septembre 1884, 67.
-
-[288] _Ibid._
-
-[289] Lettre de M. Schwendt, député, au Magistrat de Strasbourg, 21
-octobre 1789.—_Revue d'Alsace_, janvier, février, mars 1880, p. 71.—M.
-Schwendt écrit: «Ce matin, en sortant de chez moi, j'ai vu porter sur
-une pique la tête d'un boulanger.»—_Voir_ aussi, même _Revue_, même
-numéro, la lettre de M. Levrault, délégué de la garde nationale de
-Strasbourg, du 22 octobre 1789, et une lettre de Boullé, député de
-Nantes, du 23 octobre 1789.—_Revue de la Révolution_, décembre 1889,
-72, 73.
-
-[290] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 341, 342.
-
-[291] _Mémoires de Weber._
-
-[292] _L'Espion de la Révolution_, par M. C., membre de plusieurs
-Académies, Paris, Huit, 1797, I, 106.
-
-[293] Beaumarchais au semainier du Théâtre-Français.—_Beaumarchais
-et son temps_, par Loménie, II, 346, 347.—_Voir_ aussi, sur cette
-représentation de Charles IX, _Le Théâtre révolutionnaire_, par
-Jauffret, Paris, Furne, 1869, p. 41 et suiv.—_Le Théâtre de la
-Révolution_, 1789-1799, avec des documents inédits par Henri
-Welschinger, 2me édition. Paris, Charavay, 1881, p. 47-48
-et 195-197.—_La comédie satirique au_ XVIIIe _siècle_, par G.
-Desnoiresterres. Paris, Perrin, 1885, 308, 311.
-
-[294] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 351.
-
-[295] _Le Théâtre de la Révolution_, par H. Welschinger, 197.
-
-[296] _Mémoires de Mme Campan_, 257.
-
-[297] On avait prétendu qu'un complot contre la famille royale devait
-recevoir son exécution pendant la messe de minuit de Noël 1789, et on
-avait pressé le Roi et la Reine de n'y point aller, quoiqu'elle dût
-être dite dans la chapelle du Château; mais ils refusèrent d'écouter ce
-conseil de prudence, «trouvant que cet air d'inquiétude ne pouvait que
-produire un mauvais effet.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 43.
-
-[298] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E. (Roussel), I,
-51.
-
-[299] Millin. _Magasin encyclopédique_, année 1792, p. 169, cité dans
-la _Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries_, et aussi dans la
-_Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette au Petit-Trianon_, par Paul
-Lacroix, XVIII. Le publiciste ajoute: «Ce qui nous a étonnés, ça été de
-n'y voir que très peu de livres écrits en allemand, langue du pays de
-Marie-Antoinette.»
-
-[300] _Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette aux Tuileries;
-catalogue authentique publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque
-nationale_, par L. Q. B. Paris, Morgand, 1884. La plupart des
-livres de cette bibliothèque sont aujourd'hui à la Bibliothèque
-Nationale, dans la Réserve. C'est le Roi lui-même qui en avait fait le
-classement.—_Ibid._ Avertissement, V.
-
-[301] _Le château des Tuileries_, par P. J. A. R. D. E., I, 51-53.
-
-[302] _Souvenirs de quarante ans_, 49-50.
-
-[303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 27-28.
-
-[304] _Ibid._, I, 30, 31.
-
-[305] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 18 octobre
-1789.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 421.
-
-[306] _Souvenirs d'un page_, 322.
-
-[307] _Souvenirs d'un page_, 321.
-
-[308] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 34.
-
-[309] _Ibid._, I, 38.
-
-[310] _Mémoires de Mme Campan_, 260.—M. le comte de Reiset raconte
-de son côté avoir vu chez un de ses amis, M. le marquis de Besplat, au
-château de la Garenne-Randon près Meulan, une des dernières tapisseries
-faites par la Reine à Versailles. Cette tapisserie, qui portait encore
-l'aiguille de la Reine passée entre les fils du canevas, représentait
-«des attributs de chasse, de guerre, de jardinage dans des médaillons
-de fil blanc entourés de guirlandes de roses sur un fond de soie
-amarante». Elle se composait d'un immense canapé, de six grands
-fauteuils et de deux causeuses.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette
-et de Marie Clotilde de France_, publiées par le comte de Reiset.
-Appendice, 148.—Après les journées d'octobre le dessin devient plus
-simple. M. le comte de Reiset a reproduit dans son grand et bel ouvrage
-sur le _Livre-journal de Mme Eloffe_ le fac-simile d'un morceau de
-tapisserie fait par la Reine et Mme Elisabeth aux Tuileries et au
-Temple. Ce sont des fleurs de diverses couleurs, roses et liserons,
-jetées sur un fond vert olive, très facile à exécuter. _Livre-journal
-de Mme Eloffe_, II, 395, 397.
-
-[311] Marie-Antoinette à la duchesse de Polignac, 12 août 1789.—_Louis
-XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 186.
-
-[312] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.
-
-[313] _Souvenirs d'un page_, 323.
-
-[314] Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.
-
-[315] _Ibid._
-
-[316] _Mémoires historiques_, par Eckard, 11.
-
-[317] Cette admirable instruction a été publiée pour la première fois
-par MM. de Goncourt dans leur belle _Histoire de Marie-Antoinette_. 2e
-édition, 1860.
-
-[318] Notamment pour Brunier.—_Voir_ les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_.
-
-[319] _Histoire de Marie-Antoinette_, par MM. de Goncourt. Nouvelle
-édition, 293, 294.
-
-[320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37.
-
-[321] _Mémoires de Weber_, 284, 285.
-
-[322] _Souvenirs de quarante ans_, 53, 54.
-
-[323] _Le château des Tuileries_, I, 54.
-
-[324] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 252, 253.
-
-[325] _Etrennes de la vertu pour l'année 1792._ Paris, Savoye, cité par
-MM. de Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette._ Nouvelle édition, 297.
-
-[326] Montjoye, _Histoire de Marie-Antoinette_, 254.
-
-[327] Lettre inédite de Marie-Antoinette du 20 mars 1790.—_Catalogue
-des lettres autographes_, etc., composant le cabinet de M. le baron de
-Girardot. Paris, Charavay, 1879.
-
-[328] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 31 janvier
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 145.
-
-[329] _Journal d'un prêtre parisien_, 1789-1792, publié par la _Revue
-de la Révolution_, juin 1883, p. 166.—Ce prêtre était l'abbé Rudemare,
-qui mourut sous la Restauration, curé des Blancs-Manteaux.
-
-[330] _Souvenirs de quarante ans_, 56, 57.
-
-[331] _Ibid._
-
-[332] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 84.
-
-[333] _Journal d'un prêtre parisien._—_Revue de la Révolution_,
-juin 1883, p. 166.—L'abbé Rudemare était alors vicaire de
-Saint-Germain-l'Auxerrois.
-
-[334] _Ibid._
-
-[335] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 398.
-
-[336] _Mémoires de Mme Campan_, 264.
-
-[337] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 378.
-
-[338] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 23 février
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 150.
-
-[339] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72.
-
-[340] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 382, 385.
-
-[341] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 72.
-
-[342] _Mémoires d'Augeard_, 197 et suiv.
-
-[343] _Ibid._, 230.
-
-[344] _Discours prononcé par le Roi et la Reine, assistés de
-Monseigneur le Dauphin, à la séance mémorable du jeudi 4 février
-1790._—Marseille, imprimerie Favet.
-
-[345] _Mémoires du marquis de Ferrières_, I, 387.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 53, 56.
-
-[346] _Discours prononcé par le Roi et la Reine_, etc., p. 5.
-
-[347] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 37.
-
-[348] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 58, 59.
-
-[349] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 289.
-
-[350] _Mémoires de Mme Campan_, 266.
-
-[351] De Beauchesne: _Vie de Mme Elisabeth_, I, 322, note.
-
-[352] Joseph II à Léopold II, 10 décembre 1789.—_Joseph II und Léopold
-von Toscana_, II, 296.
-
-[353] Joseph II à Léopold, 8 octobre 1789.—_Joseph II und Léopold von
-Toscana_, II, 218.
-
-[354] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 81.
-
-[355] _Mémoires de Mme Campan_, 272.
-
-[356] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 80. L'Assemblée envoya
-néanmoins une députation faire ses compliments de condoléance à la
-Reine. L'abbé de Montesquiou, qui la présidait, «profita de cette
-occasion pour rendre au caractère de la Reine l'hommage qui lui était
-dû, et termina son discours par cette phrase remarquable: «L'Assemblée
-place son espoir, Madame, dans cette force de caractère qui élève Votre
-Majesté au-dessus de tous les revers.»—_Ibid._
-
-[357] Lettre de la Reine à la duchesse de Polignac; texte exact,
-vérifié à la vente Polignac. Il y a quelques erreurs dans le texte
-donné par les _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de
-Polignac_, p. 40.
-
-[358] _Ibid._
-
-[359] _Le Livre rouge._ Paris, Beaudouin, imprimeur de l'Assemblée
-nationale, rue du Four-Saint-Jacques, no 31, 1790. L'avertissement,
-signé par les membres du Comité des pensions, est daté du 1er avril
-1790.
-
-[360] _Voir_ notamment, _Le Livre rouge, ou Liste des pensions secrètes
-sur le trésor royal, contenant les noms et qualités des pensionnaires,
-l'état de leurs services et des observations sur les motifs qui leur
-ont mérité ces traitements._ De l'Imprimerie Royale, 1790. Imprimé en
-rouge.
-
-[361] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[362] _Anecdotes du règne de Louis XVI_; cité en note dans les
-_Mémoires de Mme Campan_, 269.
-
-[363] Marie-Antoinette à Léopold II, 29 mai 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 126, 127.
-
-[364] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 164. Mme de Tourzel
-dit que la Cour partit pour Saint-Cloud le 24 mai, le lendemain de
-la Fête-Dieu.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 108. C'est
-évidemment une erreur; la Fête-Dieu était le 3 juin; d'ailleurs les
-lettres de la Reine et de Mme Elisabeth sont formelles.
-
-[365] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 166.
-
-[366] _Souvenirs de quarante ans_, 61.
-
-[367] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août
-1799.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178.
-
-[368] _Ibid._
-
-[369] _Mémoires de Mme Campan_, 273.
-
-[370] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 109.
-
-[371] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 165.
-
-[372] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110.
-
-[373] _Souvenirs de quarante ans_, 64.
-
-[374] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 2 août
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 173.
-
-[375] _Souvenirs de quarante ans_, 60.
-
-[376] _Mémoires de Mme Campan_, 277.
-
-[377] Le premier Dauphin, mort à Meudon le 4 juin 1789.
-
-[378] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 110.
-
-[379] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 111.
-
-[380] _Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac_,
-43.
-
-[381] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[382] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth._
-
-[383] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[384] _Mémoires de Weber_, 294.
-
-[385] _Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy._—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 45.
-
-[386] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 139.
-
-[387] La Marck à Mirabeau, 10 juillet 1790. _Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 99.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 138.
-
-[388] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 130, 131.
-
-[389] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 142.
-
-[390] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 94.
-
-[391] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 170.
-
-[392] _Souvenirs d'un page_, 336.
-
-[393] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars, à la
-cérémonie de la Fédération, le 14 juillet 1790._ Brochure in-8 de huit
-pages.
-
-[394] _Ibid._
-
-[395] _Mémoires du marquis de Ferrières._
-
-[396] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 148.
-
-[397] _Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars_, etc.
-
-[398] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 156.
-
-[399] Le comte de Fersen au baron de Taube, 22 juillet 1790.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 78.
-
-[400] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 150, 151.
-
-[401] _Mémoires de Mme Campan_, 276.
-
-[402] _Mémoires de Mme Campan_, 276.
-
-[403] _Mémoires de Weber_, 296.
-
-[404] _Rapport de Chabroud_, 117.
-
-[405] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 137.
-
-[406] _Mémoires de Malouet_, I, 264.
-
-[407] «Il est peut être le seul dans l'Assemblée qui ait vu, dès le
-commencement, la révolution dans son véritable esprit, celui d'une
-submersion totale, et comme il était loin de la désirer, on ne peut
-expliquer que par une éclipse de sens moral qu'il ait concouru à des
-mesures violentes dont il sentait le péril et l'iniquité.»—_Ibid._
-
-[408] _Mémoires de Malouet_, I, 277.
-
-[409] _Ibid._, I, 282.
-
-[410] _Ibid._, I, 364.
-
-[411] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 103, 104.
-
-[412] _Ibid._, I, 127.
-
-[413] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 94.
-
-[414] _Ibid._, I, 112.
-
-[415] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 107.
-
-[416] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 32.
-
-[417] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 124, 125.
-
-[418] La Marck à Mirabeau, 13 octobre 1789.—_Ibid._, I, 361.
-
-[419] Mirabeau à la Marck, 23 décembre 1789.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 436.
-
-[420] «La Reine traite Monsieur comme un petit poulet qu'on aime
-bien à caresser à travers les barreaux d'une mue, mais que l'on se
-garde d'en laisser sortir, et le duc de Lévis, qui a voulu brusquer
-l'aventure, s'est fait refuser une audience. On lui a répondu qu'on
-l'avertirait.»—Mirabeau à la Marck, 31 décembre 1789.—_Ibid._, I, 442.
-
-[421] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Ibid._, I, 460.
-
-[422] Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck._ Introduction, 150.
-
-[423] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, II, 13.
-
-[424] Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—_Ibid._, I, 156, 157.
-
-[425] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, 157.
-
-[426] Première note de Mirabeau, 1er juin 1790.—_Ibid._, II, 25.
-
-[427] Seconde note de Mirabeau, 20 juin 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 41.
-
-[428] Mirabeau à la Marck, 26 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 55.
-
-[429] _Ibid._, I, 189.
-
-[430] La Marck à Mirabeau, 27 juin 1790.—_Ibid._, II, 61.
-
-[431] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold_, II, 133.
-
-[432] _Ibid._
-
-[433] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 72.
-
-[434] L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1er juillet
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 188.
-
-[435] _Ibid._, II, 80, note.
-
-[436] Récit du comte de Saillant, neveu de Mirabeau.—_Marie-Antoinette
-et la Révolution française_, par le comte de Viel-Castel, Paris,
-Techener, 1859, p. 296.
-
-[437] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 189.
-
-[438] _Ibid._, I, 191.
-
-[439] _Mémoires de Mme Campan_, 289.
-
-[440] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._, Introduction, I.
-
-[441] _Mémoires de Weber_, 302, note de Barrière.—_Mirabeau et la
-Constituante_, par H. Raynald, 348.
-
-[442] _Mémoires de Mme Campan_, 280.
-
-[443] _Marie-Antoinette et la Révolution française_, 299.
-
-[444] La Marck à Mirabeau, 29 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 62.
-
-[445] Le 22 mai, lors de la discussion sur le droit de paix et de
-guerre.—_Voir_ les _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 33.
-
-[446] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, I, 190.
-
-[447] Mirabeau à la Marck, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 113.
-
-[448] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237.
-
-[449] Dixième note, 9 juillet 1790.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 95, 96.
-
-[450] Seizième note, vendredi 13 août 1790.—_Ibid._, II, 126 et suiv.
-
-[451] Marie-Antoinette à Mercy, 15 août 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 134. Mme Elisabeth était plus résolue, elle
-acceptait franchement la guerre civile: «Tu es bien plus parfaite que
-moi, écrivait-elle à son amie Mme de Bombelles, tu crains la guerre
-civile; moi je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement
-je crois qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est
-divisé en deux partis et que le parti le plus faible n'obtient la vie
-sauve qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas
-appeler cela une guerre civile. De plus jamais l'anarchie ne pourra
-finir sans cela, et je crois que plus on retardera, plus il y aura de
-sang répandu. Voilà mon principe, il peut être faux; cependant, si
-j'étais roi, il serait mon guide et peut-être éviterait-il de grands
-malheurs.» Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1er mai
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 159. La Reine n'avait point
-cette même détermination et peut-être sentait-elle l'impossibilité
-d'une pareille résolution, étant donné le caractère du Roi.
-
-[452] Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 137.
-
-[453] Dix-huitième note de Mirabeau, 17 août 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 136, 139.
-
-[454] Vingt-huitième note, 28 septembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 196, 197.
-
-[455] _Ibid._, I, 211. Introduction.
-
-[456] Mirabeau à la Marck, 1er septembre 1790.—_Ibid._, II, 158.
-
-[457] Le même au même, 18 octobre 1790.—_Ibid._, II, 237.
-
-[458] Le même au même, 29 septembre 1790.—_Ibid._, II, 198, 199.
-
-[459] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 23 octobre 1790.—_Ibid._,
-II, 252.
-
-[460] _Ibid._ Introduction, I, 132.
-
-[461] Le 21 octobre, dans l'affaire du pavillon de la marine.
-
-[462] Trente-sixième note de Mirabeau, 24 octobre 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 266.
-
-[463] _Les Mirabeau_, par M. de Loménie, II, 374.
-
-[464] _Ibid._, II, 625.
-
-[465] Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 139.
-
-[466] A propos du duel du duc de Castries avec Charles de Lameth.
-
-[467] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 323.
-
-[468] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, Introduction, I, 229.
-
-[469] Mirabeau à la Marck, 13 novembre 1790.—_Ibid._, II, 317.
-
-[470] Fersen à Gustave III, 5 septembre 1790.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 79.
-
-[471] Duport du Tertre aux sceaux le 22 septembre; Fleurieu à la
-marine, le 27 octobre; du Portail à la guerre, le 16 novembre; de
-Lessart aux finances, le 30 novembre.
-
-[472] _Mémoires de Mme Campan_, 259, 260.
-
-[473] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 229, 230.—La Marck à Mercy, 30 décembre
-1790.—_Ibid._, II, 525.—Ce bruit s'était répandu aussi à l'étranger.
-Voir la lettre du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, du 21 octobre
-1790.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 350.
-
-[474] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Correspondance du comte de
-Mirabeau et du comte de la Marck_, II, 300.—Mirabeau fait allusion dans
-sa 40e note à ce qu'il appelle «l'inconcevable insolence de M. de
-Lafayette à Saint-Cloud».—_Ibid._, II, 307.
-
-[475] La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—_Ibid.,_ Introduction, I, 231.
-
-[476] Quarantième note de Mirabeau, 11 novembre 1790.—_Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 311.
-
-[477] Quarante et unième note de Mirabeau, 12 novembre 1790.—_Ibid._,
-II, 320, 326.
-
-[478] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 231.
-
-[479] A propos du pillage de l'hôtel de Castries après le duel du duc
-avec Ch. de Lameth.
-
-[480] La Marck à Mercy, 12 novembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 313.
-
-[481] L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre 1790.—_Ibid._,
-II, 333.
-
-[482] Mirabeau à la Marck, 26 novembre 1790.—_Ibid._, II, 361.
-
-[483] Le même au même, 5 janvier 1791.—_Ibid._, II, 364.
-
-[484] La Marck à Mercy, 6 décembre 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 395.
-
-[485] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._,
-II, 434.
-
-[486] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 429.
-
-[487] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—_Ibid._,
-II, 475.
-
-[488] _Ibid._, 468 et suiv.
-
-[489] _Ibid._, 477.
-
-[490] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, 462, 463.
-
-[491] Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 485, 486.
-
-[492] La Marck à Marie-Antoinette, décembre 1790.—_Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 513.
-
-[493] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 24.
-
-[494] _Ibid._, III, 30.
-
-[495] _Ibid._, 24.
-
-[496] La Marck à Mercy, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 68.
-
-[497] La Marck à Marie-Antoinette, 19 février 1791.—_Ibid._, III, 62.
-
-[498] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 31.
-
-[499] Mercy à la Marck, 14 janvier 1791.—_Ibid._, III, 6 et 7.
-
-[500] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, Introduction, I, 236.
-
-[501] La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—_Ibid._, III, 30.
-
-[502] _Ibid._
-
-[503] Le même au même, 30 décembre 1790.—_Ibid._, II, 532.
-
-[504] La Marck à Mercy, 30 décembre 1790.—_Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 524.
-
-[505] Le même au même, 26 janvier, 23 février 1791.—_Ibid._, III, 27,
-28, 70.
-
-[506] Fersen à Gustave III, 8 mars 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 86.
-
-[507] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 233.
-
-[508] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 251.—Ces paroles, contestées par Cabanis, sont
-affirmées par la Marck.
-
-[509] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 264.
-
-[510] _Mémoires de Malouet_, II, 9.
-
-[511] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 143.
-
-[512] _Ibid._, II, 222, 223.
-
-[513] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 5 février
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 232.
-
-[514] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 février 1791.—La
-même à la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 240, 241.
-
-[515] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 242.
-
-[516] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 235.—Mme Elisabeth à
-la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—_Correspondance de Mme
-Elisabeth_, 241.
-
-[517] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244.
-
-[518] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 210.
-
-[519] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 244.
-
-[520] _Ibid._
-
-[521] _Souvenirs d'un page_, 347.
-
-[522] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 253.—_Voir_ dans ces
-Mémoires la réponse des ducs de Villequier et de Duras à l'ordre du
-jour de Lafayette.—_Ibid._, I, 254 et suiv.
-
-[523] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 245.
-
-[524] Le 24 août 1790.
-
-[525] Le 26 décembre 1790.
-
-[526] Montmorin à la Marck, 18 et 20 mars 1791.—_Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 88 et 97.
-
-[527] _Mémoires de Weber_, 309.
-
-[528] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 19 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 266.
-
-[529] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 102.
-
-[530] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214.
-
-[531] _Ibid._
-
-[532] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 103.
-
-[533] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 214.
-
-[534] On traitait le Roi de b... d'aristocrate et de gros cochon. M. de
-Gougenot, maître d'hôtel, s'étant approché de la voiture pour prendre
-les ordres de la Reine, les gardes nationaux l'en arrachèrent. La Reine
-s'avança pour dire de le laisser: «Voilà une plaisante b... pour donner
-des ordres,» répondirent les gardes nationaux. Fersen à Taube, 18 avril
-1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 404.
-
-[535] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 266.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 273.
-
-[536] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 21 avril
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 267.
-
-[537] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 104.
-
-[538] _Mémoires de Mme Campan_, 286.—_Mémoires de Weber_, 311.
-
-[539] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 104.
-
-[540] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 273, 274.
-
-[541] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 105.
-
-[542] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 215.
-
-[543] Fersen à Taube, 18 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 105.
-
-[544] Hue. _Dernières années du règne de Louis XVI_, 217.
-
-[545] _Ibid._, 219.
-
-[546] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 283.
-
-[547] _Mémoires de Mme Campan_, 267, 268.
-
-[548] _Ibid._, 273, 274.
-
-[549] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 203.
-
-[550] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 178. Est-ce à la suite
-de cette proposition que le bruit se répandit à cette époque chez
-les émigrés que le Roi devait aller en Flandre? M. de Vaudreuil, qui
-s'était fait l'écho de ces bruits, n'y croyait pas. «J'ai de la peine à
-croire, écrivait-il à M. le comte d'Artois, qu'on puisse décider le Roi
-à sortir de Paris, à moins qu'on ne l'enlève par force.» Le comte de
-Vaudreuil au comte d'Artois, 9 septembre 1790.—_Correspondance intime
-du comte de Vaudreuil_, I, 287.
-
-[551] _Mémoires de Mme Campan_, 269.
-
-[552] Fragments de Mémoires du comte Valentin Esterhazy.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 47, 48.
-
-[553] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 369.—Mirabeau ne reculait
-pas cependant devant une intervention diplomatique des Puissances
-étrangères: «Il me semble qu'un autre point des plus raisonnables
-du plan de M..., est, si la paix entre la Prusse et l'Autriche se
-contient, d'engager ces deux Puissances, sous prétexte des dangers
-qu'elles peuvent courir elles-mêmes, si jamais ceci se consolide,
-à paraître non plus pour faire une contre-révolution ou entrer en
-armes ici, mais comme garants de tous les traités, de l'Alsace, de la
-Lorraine et comme trouvant fort mauvais la manière dont on traite un
-Roi. Elles pourraient alors parler le ton qu'on a, quand on se sent le
-plus fort, en bonne cause et en troupes.»—Marie-Antoinette à Mercy,
-juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 130.
-
-[554] Mirabeau à la Marck, 4 juin 1790.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, II, 34.
-
-[555] Note du 15 octobre 1789.—_Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck_, I, 743.
-
-[556] Douzième note, 17 juillet 1790.—_Ibid._, II, 104 et suiv.
-
-[557] Treizième note, 26 juillet 1790.—_Ibid._, II, 114.
-
-[558] Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, 1, 32.
-
-[559] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 245.
-
-[560] _Mémoires de Mme Campan_, 268.
-
-[561] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 octobre
-1790.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 199.
-
-[562] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction. I, 238.
-
-[563] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 214.
-
-[564] _Ibid._, 215 et suiv.
-
-[565] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 244, 245.—_Mémoires du marquis de Bouillé_,
-228.
-
-[566] _Ibid._
-
-[567] _Ibid._, 229.
-
-[568] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 156, 157.
-
-[569] Le baron de Breteuil à l'Empereur, 3 mai 1791.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, I, 114.—Le baron de Breteuil était, à
-l'étranger, l'agent accrédité du Roi et de la Reine.
-
-[570] A la mi-mai, on n'avait encore que quatre millions.—Fersen à
-Breteuil, 16 mai 1791.—_Ibid._, I, 123.
-
-[571] Marie-Antoinette à Mercy, 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 130.
-
-[572] Fersen à Taube, 1er avril 1791.—Le même à Breteuil, 2 avril
-1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 90, 97.
-
-[573] Fersen à Taube, 7 mars 1791.—_Ibid._, I, 93.
-
-[574] Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 156.
-
-[575] _Mémoires du marquis de Bouillé_, 243, 244.
-
-[576] _Ibid._, 245.
-
-[577] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 123.—On leur demandait vingt ou trente mille hommes environ.
-
-[578] Marie-Antoinette à Léopold, 1er juin 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 167.
-
-[579] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Ibid._, 130.
-
-[580] Bouillé à Fersen, 18 avril 1791.—Le même au même, 9 mai 1791.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[581] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._ Introduction, I, 244.
-
-[582] Marie-Antoinette à Mercy, 5 juin 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 172.
-
-[583] Manifeste du Roi, 20 juin 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 25, 119.
-
-[584] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 12 juillet
-1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.—Plusieurs émigrés des
-plus notables pensaient comme le marquis de Bombelles: «Croyez-vous
-qu'on soit revenu à désirer absolument l'ancien régime?—Non»,
-écrivait, le 9 octobre 1790, le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, I, 327, 328.
-
-[585] Journal de Fersen, 13 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 27.
-
-[586] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël_, 228.
-
-[587] Le prince de Condé écrivait le 27 février: «Le comte d'Artois a
-reçu par une occasion une lettre du Roi et de la Reine.... celle de
-la Reine est encore plus forte en faiblesse—que celle du Roi.—Après
-toutes les mauvaises raisons que vous pouvez imaginer, elle lui
-demande le _sacrifice de toute idée de contre-révolution_. Voilà la
-femme que la Queuille et tant d'autres présentent comme un modèle
-d'énergie.»—_Histoire de l'Emigration: Coblentz_, par Ernest Daudet.
-Paris, Kolb, 1889, p. 23.
-
-[588] Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 130.
-
-[589] La même au même, 13 février 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, I, 467.
-
-[590] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 141.
-
-[591] Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 140, 141.
-
-[592] Entre autres l'absence d'un relais de poste dans la
-ville.—_Mémoires du marquis de Bouillé_, 222, 228.
-
-[593] _Ibid._, 251.
-
-[594] Fersen à Bouillé, 26 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 130.
-
-[595] _Mémoires de Mme Campan_, 287 et suiv.
-
-[596] _Ibid._, 289.
-
-[597] Fersen à Breteuil, 2 avril 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 96.
-
-[598] «Il ne faudrait pas passer le 1er juin,» écrivait M. de
-Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 122. Il avait déjà écrit le 18 avril: «Tout est impossible
-si l'on passe l'époque du mois de mai.»—Le même au même, 18 avril
-1791.—_Ibid._, I, 107.
-
-[599] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Ibid._, 132.
-
-[600] Fersen à Breteuil, 30 mai 1791.—_Ibid._, 132.
-
-[601] Le même au même, 10 juin 1791.—_Ibid._, I, 137.
-
-[602] Fersen à Bouillé, 13 juin 1791.—_Ibid._, I, 137.
-
-[603] Marie-Antoinette à Léopold, 22 mai 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 165. Mme de Tourzel prétend qu'il y
-avait une quatrième personne dans la confidence, le chevalier de
-Coigny.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel._
-
-[604] Fersen à son père, février 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France._ Introduction, LIX.
-
-[605] La berline avait été commandée par la baronne de Korff.—_Fuite
-de Louis XVI à Varennes_, par M. Bimbenet. Pièces justificatives,
-déposition du carrossier Louis, p. 51.
-
-[606] _Mémoires du comte Louis de Bouillé_, 39.
-
-[607] M. de Bouillé aurait voulu d'abord que M. d'Agout allât
-s'installer à Châlons avec trente gardes du corps déterminés, sous
-un prétexte quelconque, en réalité pour escorter le Roi de Châlons à
-Sainte-Ménehould.—Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 122.—Le Roi ne le voulut pas, dans la crainte
-d'exciter les méfiances et de faire du mouvement.—Fersen à Bouillé, 26
-mai 1791.—_Ibid._, I, 130.
-
-[608] Breteuil à Fersen, 24 mai 1791.—_Ibid._, I, 128. M. de Breteuil
-ne se souciait pas de M. de Saint-Priest, en qui il voyait un
-rival.—Ibid., et Breteuil à Fersen, 29 mai 1791.—_Ibid._, I, 131.
-
-[609] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 308.
-
-[610] Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 132. On avait prétendu que c'était Mme de Tourzel,
-qui par entêtement de ses prérogatives de gouvernante des Enfants de
-France avait refusé de céder sa place dans la voiture royale et empêché
-par là d'emmener M. d'Agout. Mme de Tourzel s'en défend vivement
-dans ses _Mémoires_: «La Reine, dit-elle, qui fut la seule qui me fit
-part de ce voyage, ne m'a jamais dit qu'il en fût question et ne parla
-que de l'obstacle de ma santé,—elle venait d'être fort souffrante;—je
-n'aurais certainement pas insisté, si elle m'eût témoigné un pareil
-désir. J'avais d'ailleurs la ressource de prendre la place d'une des
-deux femmes qui accompagnaient la famille royale dans la voiture de
-suite. En pareil cas, l'attachement ne consulte ni la convenance ni
-les droits, et j'aurais alors concilié le devoir, que m'imposait ma
-place, de ne jamais quitter Monseigneur le Dauphin, avec le désir que
-Leurs Majestés auraient manifesté de se faire accompagner par une
-personne dont les services eussent pu leur être plus utiles que les
-miens.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 302, note.
-
-[611] Fersen à Bouillé, 9 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 130.
-
-[612] Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, I, 123.
-
-[613] _Mémoires de Mme Campan_, 288.
-
-[614] «Le major du Royal-Allemand était venu le voir pour prendre
-ses instructions sur la nouvelle formation. M. de Bouillé lui parla
-de l'esprit du régiment, et le major ne lui cacha pas que dans le
-cas où l'on viendrait au secours de notre malheureuse patrie, le
-régiment serait plutôt disposé à s'y joindre qu'à marcher contre. «Tant
-mieux, lui répondit M. de Bouillé, tant mieux, Monsieur; j'espère
-qu'il ne sera pas le seul... Malgré ces bonnes dispositions, il ne
-faudrait pourtant pas compter sur lui—Bouillé,—dans le cas où l'on ne
-ferait qu'un simple coup de tête, et l'on craint ici et à Metz que
-M. le prince de Condé ne veuille agir seul; il ferait une mauvaise
-besogne.»—Le marquis de Raigecourt au marquis de Gain-Montagnac, 21
-avril 1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[615] Lettre saisie chez M. de Fersen, du 17 juin 1791. Bimbenet, _La
-fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces justificatives, 137.
-
-[616] Fragments de mémoires du comte Valentin Esterhazy, _Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 55.—_Voir_ aussi, sur tous
-ces bruits du départ de la famille royale répandus chez les émigrés, la
-_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_. Paris, Plon, 1889.
-
-[617] Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_. Pièces
-justificatives, 38.
-
-[618] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-1.
-
-[619] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 40, 41.
-
-[620] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[621] Récit de Madame Royale, dans les _Mémoires de Weber_,
-314.—Déclaration de Raffy, commissaire du Comité civil de la section
-Lepelletier, citée par A. Vitu dans son livre sur la _Maison mortuaire
-de Molière_. _Figaro_ du 11 novembre 1882, supplément.—«La ci-devant
-Reine, la veille de son départ pour Varennes, a été goûter dans son
-beau jardin (de Boutin) à la barrière Blanche, avec ses enfants, pour
-faire voir qu'elle n'avait point envie de partir.»—Raffy ne se trompe
-que sur un point: ce n'est pas la veille, mais le jour même de son
-départ que la Reine alla à Tivoli.
-
-[622] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 303.
-
-[623] Madame Royale dit sept heures (Weber, 314); Desclaux, garçon de
-chambre de la Reine, dit huit heures.—Bimbenet.—Pièces justificatives,
-45.
-
-[624] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 41.
-
-[625] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.—Récit de Madame
-Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[626] Journal du comte de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 308.
-
-[627] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 25. Pièces
-justificatives, 33, 35.
-
-[628] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 56 et suiv.
-
-[629] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.
-
-[630] _Ibid._, I, 303.—Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[631] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 304.—Récit de Madame
-Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[632] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[633] Le duc de Villequier avait émigré.
-
-[634] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[635] Journal de Fersen.—_Ibid._, I, 3.
-
-[636] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 415.
-
-[637] «M. de Fersen, dit Mme de Tourzel, jouait parfaitement
-le rôle de cocher de fiacre, sifflant, causant avec un soi-disant
-camarade qui se trouvait là par hasard et prenant du tabac dans sa
-tabatière.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306.
-
-[638] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[639] _Ibid._
-
-[640] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 306.
-
-[641] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[642] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 307.
-
-[643] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 315.
-
-[644] Déposition de Balthazar Sapel.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à
-Varennes._ Pièces justificatives, 60.—Fersen dit qu'on arriva à Bondy à
-une heure et demi, Sapel dit à trois heures.
-
-[645] _Ibid._, 62.
-
-[646] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-2.
-
-[647] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 312.
-
-[648] On arriva à Châlons à quatre heures de
-l'après-midi.—_Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons,
-relativement au départ du Roi vers la frontière, à son arrestation à
-Varennes, à son retour à Paris et à son séjour à Châlons._ Châlons, Le
-Roy, 1876, p. 5.
-
-[649] Mme de Tourzel affirme que le Roi ne descendit qu'une seule
-fois dans la route, entra dans une écurie où il n'y avait personne
-et remonta sur-le-champ dans la voiture. Les enfants descendirent
-seulement deux fois, dans les moments où les postillons montaient au
-pas de grandes côtes; «mais cette petite promenade ne causa aucun
-retard.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, 219.—Mais ce témoignage
-de Mme de Tourzel, si formel qu'il soit, ne nous semble pas pouvoir
-détruire les témoignages non moins formels des trois gardes du corps
-et de Mme Brunier.—Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes._
-Pièces justificatives, interrogatoires de MM. de Maldent, de Moustier
-et de Valori et de Mme Brunier, p. 79, 100, 111, 121.—On donnait
-d'ailleurs aux postillons des pourboires dont la générosité excitait
-les soupçons.
-
-[650] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116.
-
-[651] Récit fait par la Reine à Fersen.—Journal de Fersen.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 8.
-
-[652] Récit de Madame Royale. _Mémoires de Weber_, 116.—_Mémoires du
-marquis de Bouillé_, 262.
-
-[653] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 316.
-
-[654] _Ibid._
-
-[655] Lettre de la municipalité de Sainte Menehould à l'Assemblée.
-
-[656] Louis Bonneville de Marsangy.—_Journal d'un volontaire de 1791_,
-Paris, Perrin, 1888, p. 19.
-
-[657] M. de Damas avait aussitôt envoyé un officier à toute bride pour
-avertir de ce contre-temps MM. de Bouillé et de Raigecourt qui étaient
-à Varennes. Malheureusement, l'officier ne connaissait pas le pays;
-il prit la route de Verdun au lieu de celle de Varennes où, par suite
-de cette erreur, il arriva trop tard.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 317.
-
-[658] Le _Journal d'un volontaire de 1791_ décrit ainsi ce passage:
-«Varennes est à trois lieues de Clermont. Je n'y ai rien remarqué que
-l'endroit où le Roi fut arrêté. Il semble qu'il ait été fait exprès,
-par l'impossibilité qu'il y a de passer deux voitures à la fois. C'est
-une espèce de porte ou d'arcade fort basse, et très étroite. Le pont
-vient ensuite.» Page 21.
-
-[659] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 318.
-
-[660] _Second procès-verbal de la municipalité de Varennes._—La
-municipalité de Varennes, après l'arrestation du Roi, rédigea deux
-procès-verbaux, fort différents de ton; le premier est respectueux
-encore de l'autorité royale; le second ne l'est plus.—_Voir_ ces
-procès-verbaux dans Bimbenet, _La fuite de Louis XVI à Varennes_;
-Pièces justificatives; et dans l'abbé Gabriel, _Louis XVI, le marquis
-de Bouillé et Varennes_.
-
-[661] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 319.
-
-[662] _Ibid._, I, 320.
-
-[663] _La fuite de Louis XVI_, par V. Fournel.—_Revue des questions
-historiques_, octobre 1868.—M. Fournel a publié dans la _Revue des
-questions historiques_, juillet et octobre 1868, deux articles très
-étudiés et très remarquables qui semblent donner le récit le plus exact
-de ce grave événement.
-
-[664] _Premier et second procès-verbaux de la commune de Varennes._
-
-[665] _Premier procès-verbal._
-
-[666] _Second procès-verbal._
-
-[667] _Mémoires de Mme Campan_, 475.
-
-[668] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 325.
-
-[669] Lettre de la municipalité de Sainte-Menehould au président de
-l'Assemblée nationale, citée dans Gabriel, 313.
-
-[670] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 327.—Mme de Tourzel
-place par erreur cette scène entre Clermont et Sainte-Menehould.
-
-[671] Ce dernier détail a été contesté, mais il a été raconté par la
-Reine elle-même à Fersen. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 8.
-
-[672] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 16.
-
-[673] Il existait encore, suivant Mme de Tourzel, des personnes
-qui avaient été témoins de la première réception et qui fondaient en
-larmes, en songeant au chemin parcouru depuis lors.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 329.
-
-[674] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 329.
-
-[675] On en était au _Sanctus_.
-
-[676] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, p. 23.
-
-[677] _Ibid._, 24.—Après le départ du Roi, il y eut des troubles à
-Châlons; la vie du maire, M. Chorez, fut menacée.—_Ibid._, 25, 26.
-
-[678] Gabriel. _Louis XVI, le marquis de Bouillé à Varennes_, 315.
-
-[679] _Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 36.
-
-[680] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 332.
-
-[681] Récit de la Reine. Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 8.
-
-[682] _Procès-verbal de tout ce qui s'est passé à Châlons_, etc., 37.
-
-[683] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[684] Barnave eut de longues conversations avec la Reine et avec Mme
-Elisabeth. Ces conversations sont relatées dans les _Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 335 et suiv.
-
-[685] Ce récit a été publié par M. Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la
-Terreur._ Pièces justificatives, I, 353 et suiv.
-
-[686] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[687] _Mémoires de Mme Campan_, 295.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 339.
-
-[688] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 361.
-
-[689] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 361.
-
-[690] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 334.
-
-[691] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 362.
-
-[692] _Ibid._
-
-[693] _Louis XVII_, I, 131.
-
-[694] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 365.
-
-[695] _Louis XVII_, I, 135.
-
-[696] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 340.—Journal de
-Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France,_ II, 8.
-
-[697] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 368.
-
-[698] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 367.
-
-[699] _Mémoires de Weber_, 367.
-
-[700] Récit de Pétion.—_Histoire de la Terreur._ Pièces justificatives,
-I, 370.
-
-[701] Staël à Gustave III, 25 juin 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 211.
-
-[702] Marie-Antoinette à Fersen, 28 juin 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 142.—Mme Campan prétend (_Mémoires_, 293,
-294) que les cheveux de la Reine avaient blanchi subitement pendant
-les angoisses du voyage de Varennes. Montjoye, dans son _Histoire de
-Marie-Antoinette_, rapporte le même fait aux journées d'octobre. Nous
-adoptons plutôt cette dernière version, d'abord parce que Montjoye a
-écrit son _Histoire_ à une date plus rapprochée des événements que
-celle où Mme Campan a rédigé ses _Mémoires_, ensuite et surtout
-parce que Fersen, qui revit la famille royale en février 1792 et qui
-a laissé le journal de son voyage a gardé le silence sur ce fait qui
-n'aurait pu manquer de le frapper vivement et qu'il aurait certainement
-consigné. Ajoutons que Staël, dans sa correspondance écrite au moment
-même, n'en parle pas non plus.
-
-[703] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 360, 361.
-
-[704] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 213.
-
-[705] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 10 juillet
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307.
-
-[706] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[707] Mme Elisabeth à Mme de Bombelles, 10 juillet
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 307.
-
-[708] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348.
-
-[709] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I,
-5.
-
-[710] _Mémoires de Malouet_, II, 149.
-
-[711] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 348.
-
-[712] _Mémoires de Weber_, 367.
-
-[713] _Mémoires de Mme Campan_, 293.—Mme Campan rapporte que
-l'acteur Saint-Prix avait par dévouement demandé à monter la garde dans
-le corridor qui séparait l'appartement du Roi de celui de la Reine,
-afin de permettre aux malheureux époux de communiquer entre eux.
-
-[714] Journal de Fersen.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II,
-8.
-
-[715] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 347.
-
-[716] _Souvenirs de quarante ans._
-
-[717] _Mémoires de Weber_, 370.
-
-[718] «On ne laisse au Roi que la vie végétale, on admire qu'il s'en
-contente.» Lettre de Bernis à M. de Flavigny, 22 juin 1791.—Archives de
-Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 516.
-
-[719] Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt, septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 446.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, I, 359, 360.
-
-[720] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 360.
-
-[721] _Mémoires de Malouet_, II, 159.
-
-[722] Bimbenet. _La fuite de Louis XVI à Varennes_, 140, 141.
-
-[723] Staël à Gustave III, 17 juillet 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein._
-
-[724] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 358.
-
-[725] Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 213.
-
-[726] Gouverneur Morris à Robert Morris, 20 juillet 1791.—_Mémorial de
-Gouverneur Morris_, II, 83.
-
-[727] Droz. _Histoire de Louis XVI_, III, 466.
-
-[728] _Mémoires de Mme Campan_, 294.
-
-[729] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 487, 488.
-Mallet range parmi les premiers d'André, Chapelier, Baumetz, Lafayette;
-parmi les seconds, Barnave, Duport et les Lameth. Mallet nous semble
-sévère et même injuste pour Barnave.
-
-[730] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 182. Le même bruit avait été accrédité
-à Rome.—Voir _Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 506 et
-suiv.—_Voir_, sur la joie de l'Empereur, à la nouvelle fausse du succès
-de l'évasion de la famille Royale, les lettres du comte de Vaudreuil
-des 29 juin et 3 juillet 1791. Vaudreuil était alors avec les Polignac
-à Padoue où se trouvait l'Empereur.—_Correspondance intime du comte de
-Vaudreuil_, II, 4 et suiv.
-
-[731] Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 183.
-
-[732] Léopold à Marie-Christine, 5 juillet 1791.—_Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche_, par Adam Wolf, traduit par L. V. III, 136.
-
-[733] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, sans date, juillet
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 13.
-
-[734] L'Empereur ne s'était point adressé à la Suède; Gustave III en
-fut très froissé.
-
-[735] Projet de circulaire de l'Empereur, 6 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 389.
-
-[736] Rambaud. _Les Français sur le Rhin_, 147.
-
-[737] Léopold à Marie-Christine, 6 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 387.
-
-[738] Staël à Gustave III, 14 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 223.
-
-[739] Gustave III à Louis XVI, 30 juin 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 143.
-
-[740] Fersen à Marie-Antoinette, 27 juin 1791.—_Ibid._, 141.—Staël à
-Gustave III, 8 juillet 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de
-Staël-Holstein_, 214.
-
-[741] Mémoire adressé à l'Impératrice de Russie par le roi de Suède, 9
-juillet 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III,
-391 et suiv.
-
-[742] Mémoire lu par le roi de Suède, à la conférence tenue à
-Aix-la-Chapelle, dans sa chambre, entre Sa Majesté, Monsieur, le
-comte d'Artois et l'évêque d'Arras, 5 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382.
-
-[743] _Journal de mon émigration_, par un garde du corps de la
-compagnie de Luxembourg.—«Le Roi, arrêté à six lieues des frontières,
-écrivait Vaudreuil, a dit à l'univers: «J'étais prisonnier: j'ai voulu
-rompre mes fers;» à tous les bons Français: «Délivrez-moi;» à tous
-les rois: «Vengez-moi.» On ne peut rien opposer à cela et la force de
-ces motifs doit retentir dans toutes les âmes.»—Le comte de Vaudreuil
-au comte d'Artois, sans date, juillet 1791.—_Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil_, II, 4.
-
-[744] _Voir_, sur l'évasion de Monsieur, la _Relation d'un voyage de
-Paris à Bruxelles et à Coblentz, en 1791_. Paris, 1823, Urbain Canel.
-
-[745] Gustave III à Monsieur, 5 juillet 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, III, 382.
-
-[746] Marie-Antoinette à Mme de Lamballe, commencement de juillet
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 148.
-
-[747] Journal de Fersen, 24 juillet 1799.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 7.
-
-[748] _Ibid._
-
-[749] «Monsieur ferait mieux seul, mais est entièrement subjugué par
-l'autre». _Ibid._
-
-[750] _Souvenirs et portraits_ du duc de Lévis, 371.
-
-[751] Journal de Fersen, 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 6.
-
-[752] Il ne faut pas confondre le baron de Bombelles, agent des
-Princes, avec son frère, le _marquis_ de Bombelles, mari de l'amie de
-Mme Elisabeth et agent de Breteuil et de la Reine.
-
-[753] Le cardinal de Bernis, qui de Rome observait tous ces mouvements
-et était au courant des plans des émigrés, ne croyait pas à cette
-coalition effective des Puissances, rêvée par Calonne et son parti:
-«J'ai toujours cru, écrivait-il à un ami, que la France pouvait
-seule rompre ses chaînes et reprendre son niveau. Les Puissances
-étrangères ont leurs embarras et leurs vues; le plus court pour elles,
-c'est d'envoyer à nos princes quelques belles lettres et des secours
-insuffisants; elles nous laisseront bientôt nous déchirer et nous
-dévorer nous-mêmes, et quand la Pologne, la Bavière seront arrangées
-selon leurs convenances, alors elles se partageront nos lambeaux.
-Je souhaite de me tromper.» Bernis à Flavigny, 4 janvier 1792.—_Le
-cardinal de Bernis depuis son ministère_, 520, note.
-
-[754] Journal de Fersen, 14 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 5.
-
-[755] La Reine avait et eut jusqu'à la fin des moyens secrets de
-correspondance avec l'Empereur; si elle écrivait cette phrase, c'était
-pour que les Constitutionnels ne soupçonnassent pas ces moyens, et ne
-les contrecarrassent pas.
-
-[756] Marie-Antoinette à Léopold, 30 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 118 et suiv.
-
-[757] Ce mémoire ne fut montré qu'à M. de Vaudreuil. «Dans ce mémoire,
-il (Montmorin) prouve que le comte d'Artois n'a rien fait contre la
-Constitution, qu'il est encore tout entier, qu'il est encore sans
-danger; fait un tableau charmant de ce moment et du bonheur de la
-France, quand toute la famille sera réunie; ajoute que, si le comte
-d'Artois ne revient pas, il sera déclaré traître à la patrie et
-encourra toutes les peines de la proscription.» Journal de Fersen, 19
-août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, I, 18.
-
-[758] Journal de Fersen, 19 août 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 13.
-
-[759] Il était parti de Paris le 2 août. Staël à Gustave III, 4 août
-1791.—_Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein._
-
-[760] Fersen à Gustave III, 20 août 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 162.
-
-[761] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 208.
-
-[762] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 226, 227.
-
-[763] Marie-Antoinette à Mercy, 29 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 187.
-
-[764] La même au même, 7 août 1791.—_Ibid._, 197.
-
-[765] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 194.
-
-[766] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194.
-
-[767] Staël à Gustave III, 25 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 226. Staël jugeait très sévèrement ces
-diverses mesures: «Ce manque de respect, écrivait-il, est d'autant plus
-répréhensible, qu'ayant beaucoup à réparer avec le Roi, l'Assemblée
-aurait dû sentir que ce n'est pas en outrageant qu'elle peut ramener la
-confiance et l'union.»
-
-[768] Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 193.
-
-[769] La même au même, 1er août 1791.—_Ibid._, 194.
-
-[770] Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et
-Mme Elisabeth_, II, 208.
-
-[771] Fersen au baron de Taube, 17 juin 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 300.
-
-[772] Le même au même, 21 mars 1792.—Fersen à Gustave III, même
-date.—_Ibid._, 215, 216.
-
-[773] Marie-Antoinette à Fersen, 8 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 147, 148.
-
-[774] Les meilleurs amis du comte d'Artois, comme le comte de
-Vaudreuil, avaient tout fait pour l'empêcher d'appeler Calonne près
-de lui: «Un objet sur lequel je n'ai pas varié, écrivait Vaudreuil
-au prince, et sur lequel vous avez pris un parti contraire à mon
-avis, c'est relativement à M. de Calonne. Personne au monde ne l'aime
-plus que moi, personne n'est plus convaincu de la supériorité de ses
-talents, de ses ressources, de son génie et de sa loyauté; mais ici il
-faut considérer que l'opinion a tout fait et qu'on ne peut avoir de
-succès qu'en ramenant l'opinion et les esprits égarés, en suivant un
-plan sage mais lent. Est-ce donc l'homme que la calomnie a attaqué,
-ainsi que vous, qu'il faut mettre en avant lorsqu'il s'agit de parler à
-l'opinion? Les préventions du Roi et de la Reine ne seraient-elle pas
-un obstacle éternel à ce qu'ils approuvent tout ce qui viendrait de
-lui?» Et Vaudreuil ajoute: «Prendre précisément pour guide celui que la
-Reine hait, que le Roi a sacrifié, n'est-ce pas donner l'occasion à vos
-ennemis de publier, d'accréditer que vous prenez parti contre le Roi?»
-Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 nov. 1789.—_Correspondance
-intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois pendant l'émigration_
-(1789-1815), publiée avec introduction, notes et appendices, par M.
-Léonce Pingaud. Paris, Plon, 1889, I, 39, 40. _Voir_ encore lettre du
-9 septembre 1790 du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, _Ibid._,
-I, 286, et lettre du 7 juillet 1792 du comte de Vaudreuil au comte
-d'Entraigues, où se trouve cette phrase: «La haine de la Reine—contre
-Calonne—est implacable.»—_Ibid._, II, 104.
-
-[775] Journal de Fersen, 26 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 8.
-
-[776] «Si la Reine a l'air d'écarter les enragés, c'est à coup sûr
-pour les endormir. Elle est mère et elle est femme; serons-nous assez
-barbares pour ne pas lui pardonner des erreurs que ses ennemis n'ont
-que trop justifiées?... D'ailleurs, c'est Louis XVI et Marie-Antoinette
-que nous voulons replacer sur le trône; il faut donc dissimuler leurs
-torts, et nous les exagérons.» M. de Vaudreuil au comte d'Entraigues,
-22 août 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 22.
-Vaudreuil avait eu plus d'une fois à défendre la Reine contre les
-préventions du comte d'Artois lui-même.—_Voir_ notamment les lettres du
-13 février et des 14 et 21 août 1790.—_Correspondance intime du comte
-de Vaudreuil_, I, 101, 102, 265, 270, 273. _Voir_ aussi _Coblentz_, par
-Ernest Daudet, _passim_.
-
-[777] Journal de Fersen, 10 et 23 juillet 1791.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, I, 4, 6.
-
-[778] _Ibid._, I, 4.—_Mémoires secrets d'Augeard_, 270. Il y avait
-eu en revanche de sincères accès de joie à la nouvelle prématurée du
-succès de l'évasion royale. Voir les lettres de Vaudreuil des 29 juin
-et 3 juillet 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 4
-et suiv.
-
-[779] _Mémoires secrets d'Augeard_, 278.
-
-[780] _Madame Swetchine, sa vie et ses œuvres_, publiées par le comte
-de Falloux, II, 82.
-
-[781] Bernis à Flavigny.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_,
-520.
-
-[782] Gustave III à Stedingk, 6 juillet 1791, cité par M.
-Geffroy.—_Gustave III et la Cour de France_, II, 174.
-
-[783] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 356.
-
-[784] Note du marquis de Bombelles au comte Ostermann, 31 janvier
-1792.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 182. Un
-peu plus tard, la veille même du départ pour Varennes, Vaudreuil,
-habituellement sage pourtant à cette époque, engageait le comte
-d'Artois à agir sur le Roi par intimidation et à le menacer d'un
-abandon total de la noblesse, s'il ne voulait pas lui donner le plein
-pouvoir qu'il avait confié à Breteuil.—Le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois, 19 juin 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-I, 398, 399.
-
-[785] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 26 juillet
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[786] M. de Simolin au comte Ostermann, 19 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 233. Mme Campan
-raconte de son côté que la Reine lui disait souvent: «Si les émigrés
-réussissent, ils feront longtemps la loi; il sera impossible de leur
-rien refuser. C'est contracter avec eux une trop grande obligation que
-de leur devoir la couronne.»—_Mémoires de Mme Campan_, 270.
-
-[787] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 197.
-
-[788] Marie-Antoinette à Mercy, 16 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 223.
-
-[789] La même au même, 21 août 1794.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 204.
-
-[790] _Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III,
-138.
-
-[791] Léopold à Marie-Christine, 30 juillet 1791.—_Ibid._, III, 139,
-140.
-
-[792] Le même à la même, 5 septembre 1791.—_Ibid._, III, 141.
-
-[793] _Ibid._
-
-[794] Le même à la même, 26 août 1791.—_Ibid._, 206.
-
-[795] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, I, 254.
-
-[796] Léopold à Marie-Christine, 1er septembre 1791.
-_Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III,
-141.—Le duc de Polignac, agent des Princes à Vienne, écrivait de son
-côté: «Spielmann s'est vanté d'avoir été plus fin que M. de Calonne,
-parce qu'il l'avait forcé de mettre ou de laisser mettre dans cette
-déclaration les mots: _Alors et dans ce cas_ qui, selon lui, l'annulent
-entièrement.»—Le duc de Polignac au comte d'Artois, 13 septembre
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 321.
-
-[797] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold, II_, 209.
-
-[798] Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 210.
-
-[799] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III
-et la Cour de France_, II, 458.
-
-[800] Marie-Antoinette à Mercy, 21 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 204.
-
-[801] Mercy à Marie-Antoinette, 28 juillet 1791.—_Ibid._, 186.
-
-[802] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 197.
-
-[803] Fersen à Taube, 26 juillet 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 151.
-
-[804] Le même au même, 21 septembre 1791.—_Ibid._, I, 188.
-
-[805] _Journal de Fersen_, 3 sept. 1791.—_Ibid._, I, 23.
-
-[806] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 196.—Mallet du Pan rapporte que lui et Malouet
-avaient fait proposer au Roi, par Montmorin, un plan dans le sens
-indiqué ici par la Reine: Louis XVI serait allé à l'Assemblée, et
-là, montrant les dépêches des Puissances, aurait déclaré que, ces
-Puissances ne le croyant pas libre, il fallait constater sa liberté;
-qu'en conséquence il demandait à aller à Compiègne ou à Fontainebleau
-avec sa garde propre et à y choisir un nouveau ministère, qui n'eût
-coopéré en rien à la Constitution.
-
-«Ou l'Assemblée nationale eût refusé, et elle constatait la servitude
-du Roi; ou elle eût accepté, et le Roi se délivrait des traîtres de son
-Conseil; il s'en faisait un vigoureux et royaliste affectionné. M. de
-Montmorin a insisté à trois reprises; il s'est jeté aux genoux de la
-Reine; tout a été inutile. On s'est effrayé des conséquences et de la
-crainte d'une insurrection.»—_Mémoires et correspondance de Mallet du
-Pan_, I, 248.
-
-Quoi qu'en dise Mallet, il nous paraît probable que la Reine avait
-raison; l'Assemblée n'eût pas accepté et certainement la populace n'eût
-pas laissé exécuter ce plan; tout au moins eût-on gardé le Dauphin
-comme otage, ce à quoi sa mère ne pouvait consentir.
-
-[807] Réflexions de Burke, envoyées à la Reine de France, 20 août
-1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 246, 247.
-
-[808] Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 196.
-
-[809] Mercy à Marie-Antoinette, 20 août 1791.—_Ibid._, II, 244.
-
-[810] Marie-Antoinette à Mercy, 26 août 1791.—_Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II_, 205.
-
-[811] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Ibid._, 207.
-
-[812] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 51.
-
-[813] Staël à Gustave III, 28 août, 4 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 228, 231.
-
-[814] Le même au même, 28 août 1791.—_Ibid._, 228.
-
-[815] Le même au même, 4 septembre 1791.—_Ibid._, 231.
-
-[816] Le même au même, 28 septembre 1791.—_Ibid._, 228.
-
-[817] Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—_Gustave III
-et la Cour de France_, II, 458.
-
-[818] Staël à Gustave III, 28 août 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 228.
-
-[819] «Il se confirme dans les diverses conversations du Roi et de la
-Reine que, convaincus l'un et l'autre de l'impossibilité de mettre la
-Constitution en pratique et appréciés (?) dans cette opinion par ses
-fondateurs mêmes, ils semblent vouloir attendre le retour de l'opinion
-publique vers l'autorité royale et ne tenter aucun moyen violent, mais
-s'occuper uniquement à captiver l'affection du peuple.»—Staël à Gustave
-III, 1er septembre 1791.—_Correspondance diplomatique du baron de
-Staël-Holstein_, 230.
-
-[820] _Mémoires de Malouet_, II, 161.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, I, 381.
-
-[821] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 192.
-
-[822] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 383.
-
-[823] _Histoire de Louis XVI_, par Droz, III, 509.
-
-[824] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234.
-
-[825] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[826] Staël à Gustave III, 15 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 235.
-
-[827] _Ibid._—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 390.—Mme
-Elisabeth à Mme de Raigecourt, 14 septembre 1791.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 338.
-
-[828] _Mémoires de Mme Campan_, 305.
-
-[829] Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 234.
-
-[830] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[831] _Mémoires de Mme Campan_, 306.
-
-[832] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 392.
-
-[833] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 25 septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 339.
-
-[834] _Mémoires de Mme Campan_, 307.
-
-[835] Staël à Gustave III, 29 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 239.
-
-[836] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 octobre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 353.
-
-[837] _Mémoires du marquis de Ferrières_, II, 200.
-
-[838] _Lettre de Monsieur et de M. le comte d'Artois au Roi, leur
-frère_, brochure imprimée à Pillnitz, 1791.
-
-[839] Staël à Gustave III, 22 septembre 1791.—_Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein_, 236.
-
-[840] Louis XVI à ses frères, septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 335, 336.
-
-[841] _Mémoires du marquis de Ferrières_, III, 17.
-
-[842] _Papiers trouvés dans le secrétaire du Roi._
-
-[843] Dans le langage figuré de Mme Elisabeth, le Père veut dire le
-Roi; la Belle-mère la Reine; le Fils ou le Futur, le comte d'Artois.
-
-[844] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 septembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth._
-
-[845] Le marquis de Raigecourt au marquis de Bombelles, 16 novembre
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[846] Le comte d'Artois.
-
-[847] La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 3 novembre
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.
-
-[848] _Voir_ sur toute cette double politique de la Reine et de
-l'émigration la _Correspondance intime du comte de Vaudreuil
-et Coblentz_, par M. E. Daudet. _Voir_ aussi notre étude sur
-_Marie-Antoinette et l'Emigration_, publiée dans le _Correspondant_,
-en 1875. Les dissentiments avaient commencé dès la sortie de France du
-comte d'Artois.
-
-[849] Fersen à Taube, 21 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 190.
-
-[850] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 209.
-
-[851] Taube à Fersen, 21 octobre 1791.—_Ibid._, I, 201.
-
-[852] Fersen à Taube, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 191.
-
-[853] Léopold à Marie-Christine, 17 octobre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 37.
-
-[854] Le même à la même, 11 novembre 1791.—_Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche_, par A. Wolf, III, 143.
-
-[855] _Gustave III et la Cour de France_, II, 200.
-
-[856] Fersen à Taube, 36 septembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 191.
-
-[857] Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—_Ibid._, I, 192.
-
-[858] _Ibid._, I, 193.
-
-[859] Fersen à Marie-Antoinette, 10 octobre 1791.—_Ibid._, I, 195.
-
-[860] Marie-Antoinette à Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 199.
-
-[861] Le même au même, 2 et 7 novembre 1791.—_Ibid._, I, 213.
-
-[862] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 384.
-
-[863] «Le Roi (de France) persiste à croire que... l'action des émigrés
-ne ferait qu'irriter par l'imprudence qu'ils ont eue de présenter
-dans tous leurs écrits et déclarations le désir d'une vengeance sans
-bornes.»—Fersen à Gustave III, 4 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 195.—_Voir_ aussi une lettre de Fersen à Simolin
-du 28 mars 1792.—_Ibid._, II, 218.
-
-[864] Ce projet de Congrès, qui immobilisait les émigrés, exaspérait
-Calonne. Il écrivait au cardinal de Bernis: «Je ne suis pas étonné
-que l'intrigant Breteuil, qui ne s'occupe qu'à traverser les projets
-des Princes et à les réduire à l'inaction, ait enfanté le projet d'un
-Congrès; mais je m'étonne qu'il ait pu parvenir, comme on le prétend,
-à le faire adopter par le cabinet de Vienne et peut-être aussi par
-celui de Madrid.» Calonne à Bernis, 2, 6 septembre 1791. Archives de
-Bernis.—_Le cardinal de Bernis depuis son ministère_, 518-519, note.
-
-[865] Fersen à Taube, 4 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, I, 216, 217.
-
-[866] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 289.
-
-[867] _Ibid._
-
-[868] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 6.
-
-[869] Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 290.
-
-[870] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 220.
-
-[871] Le même à la même, 26 octobre 1791.—_Ibid._, 219.
-
-[872] Marie-Antoinette à Catherine II, 3 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 281.
-
-[873] Fersen à Gustave III, 27 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 261.
-
-[874] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 232.—Fersen à Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 134, 135.
-
-[875] Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, II, 385.
-
-[876] Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 181.
-
-[877] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259.
-
-[878] Fersen à Marie-Antoinette, 2 juin 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 386.—«Il est certain, dit Malouet, que
-Louis XVI, non plus que M. de Bouillé, n'a jamais eu la pensée de
-terminer la Révolution autrement que par une constitution raisonnable
-et libre.»—_Mémoires de Malouet_, II, 122.—A Coblentz, on reprochait
-à la Reine d'avoir dit qu'elle aimait mieux être la mère d'un roi
-constitutionnel que la femme d'un roi pourvu d'une tutelle.—_Coblentz_,
-151.
-
-[879] «Il ne faut pas de guerre civile, dit encore la Reine; il ne
-faut point, s'il est possible, de guerre étrangère.» Marie-Antoinette
-à Léopold, 8 septembre 1791.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, II, 309.—_Voir_ sur le plan de la Reine toute cette lettre
-du 8 septembre 1791.—_Ibid._, 289 et suite,—et Marie-Antoinette à
-Catherine II, 3 décembre 1791.—_Ibid._, V, 276 et suiv.
-
-[880] La Reine exposait son plan à l'impératrice de Russie, le 3
-décembre 1791; à la reine d'Espagne, le 4 janvier 1792; un peu plus
-tard à la reine de Portugal. Elle ne recevait guère que des réponses
-vagues. Catherine II, qui n'aimait pas Marie-Antoinette,—Stedingk au
-duc de Sudermanie, 26 avril 1793,—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 415,—lui envoyait une note peu bienveillante. _Voir_ cette
-note: _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 276.
-
-[881] Le Roi de son côté recommandait ce plan à Breteuil, le 25
-novembre 1791; au roi de Prusse, le 3 décembre 1791; au roi de Suède,
-le 10 décembre, et au roi d'Espagne vers la même époque.—_Voir_ ces
-lettres dans les papiers de Fersen et le recueil de M. Feuillet de
-Conches.
-
-[882] Mercy à Marie-Antoinette, 26 octobre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 218.
-
-[883] Fersen à Marie-Antoinette, 25 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 202.
-
-[884] Fersen à Gustave III, 19 décembre 1791.—_Ibid._, I, 277.
-
-[885] Journal de Fersen, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 33.
-
-[886] Journal de Fersen, 14 février 1792.—_Ibid._, II, 7.
-
-[887] Mounier à l'Empereur, 13 octobre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 196.
-
-[888] Staël à Gustave III, 6 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 240.—La garde nationale parisienne
-appelait ces députés nouveaux des _va-nus-pieds_. «Il est vrai, ajoute
-la Marck, qui raconte ce fait, que plus des dix-neuf vingtièmes des
-membres de cette Législature n'ont d'autre équipage que des galoches
-et des parapluies. On a calculé que tous ces nouveaux députés ensemble
-n'ont pas, en biens-fonds, trois cent mille livres de revenu.»—La Marck
-à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et
-le comte de la Marck_, III, 246.
-
-[889] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 241.
-
-[890] _Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris, député à l'Assemblée
-législative (Hua)_, p. 70.
-
-[891] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 247.
-
-[892] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 16.
-
-[893] _Mémoires de Mme Campan_, 309, 310.
-
-[894] Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 209.
-
-[895] Journal de Fersen, 20 octobre 1791.—_Ibid._, I, 53.
-
-[896] Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 octobre
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 36, 38.
-
-[897] La Reine avait dit que ce plan s'exécuterait du 15 au 20
-novembre, et c'est le 23 novembre que le bruit de l'évasion s'était
-répandu à Coblentz. _Voir_ à ce sujet une curieuse lettre du marquis de
-Raigecourt à la marquise de Bombelles, citée par nous dans notre étude
-sur _Marie-Antoinette et l'émigration_.—_Correspondant_ du 10 avril
-1875.—Le même bruit s'était répandu en Suisse.—_Voir_ aussi une lettre
-de Fersen à Marie-Antoinette, du 26 novembre 1791.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, I, 258.
-
-[898] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 209.
-
-[899] Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 220.
-
-[900] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791. _Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199.
-
-[901] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259.
-
-[902] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199.
-
-[903] La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 249.
-
-[904] La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 259.
-
-[905] Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—_Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein_, 241. Marie-Antoinette au comte de
-Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_,
-I, 219. Le comte de Vaudreuil à l'empereur Léopold, 31 octobre
-1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 42.
-
-[906] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 199, 200.
-
-[907] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 321.
-
-[908] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 17 novembre
-1791.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 366.
-
-[909] _Mémoires de Mme Campan._
-
-[910] Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 317.
-
-[911] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791. _Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 209.
-
-[912] C'était la Reine qui avait empêché M. et Mme de Lescure, la
-future marquise de la Rochejacquelein, d'émigrer. «Les défenseurs du
-trône sont toujours bien, quand ils sont auprès du Roi,» avait-elle
-fait dire à Mme de Lescure.—_Voir_ le récit de cette scène dans les
-_Mémoires de la marquise de la Rochejacquelein_. Edition originale.
-Paris, Bourloton, 1889, p. 66 et suiv.
-
-[913] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 207.
-
-[914] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791, I, 269.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[915] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 207.
-
-[916] Le baron de Taube au comte de Fersen, 28 février 1792.—_Ibid._,
-II, 178.
-
-[917] Note autographe de l'impératrice sur la lettre de la Reine de
-France.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 282.
-
-[918] Le comte de Fersen au comte de Stedingk, 19 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 135.
-
-[919] Journal du comte de Fersen, 6 octobre 1791.—_Ibid._, I, 31.
-
-[920] Marie-Antoinette à Mercy, 25 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 226.
-
-[921] Mercy à Marie-Antoinette, 21 novembre 1791.—_Ibid._, 224.
-
-[922] Mercy à Marie-Antoinette, 30 novembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 227.
-
-[923] _Ibid._
-
-[924] Journal de Fersen, 2 novembre 1791.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, I, 33.
-
-[925] Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 233 et suiv.
-
-[926] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 270.
-
-[927] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 107, 108.
-
-[928] Citée et donnée en fac-simile par Beauchesne.—_Louis XVII_, I,
-172.
-
-[929] _Réponse aux reproches qu'on nous a fait de n'avoir rien dit à
-Marie-Antoinette pour l'année 1792._—_Révolutions de Paris_, no 131,
-p. 52.
-
-[930] Marie-Antoinette au comte de Fersen. 31 octobre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 208.
-
-[931] La même au même, 19 octobre 1791.—_Ibid._, I, 199.
-
-[932] La même au même, 31 octobre 1791.—_Ibid._, I, 208.
-
-[933] Monsieur, le 3 décembre, le comte d'Artois, le 5 décembre.—_Louis
-XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, IV, 260, 261.
-
-[934] Fragments de mémoires de M. le baron de Goguelat.—_Mémoires de
-tous_, III, 398, 405.
-
-[935] _Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck._
-
-[936] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 9 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 271.
-
-[937] Mercy à Marie-Antoinette, 2 janvier 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 239.
-
-[938] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 janvier 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 114.
-
-[939] Journal du comte de Fersen, 21 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3.
-
-[940] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 février 1792.—_Ibid._,
-II, 166.
-
-[941] Frédéric-Guillaume au Roi de France, 14 janvier 1792.—_Ibid._,
-II, 129.
-
-[942] Le comte de Fersen à Gustave III, 15 janvier 1792.—_Ibid._, II,
-131.
-
-[943] «On craint beaucoup ici que l'Empereur n'adopte l'idée d'un
-Congrès. Je crois qu'on aime mieux ici avoir la guerre.»—Staël
-à Gustave III, 8 janvier 1792.—_Corresp. diplom. du baron de
-Staël-Holstein_, 247.
-
-[944] Cependant Mme de Tourzel raconte que M. de Narbonne, ministre
-de la guerre, avait demandé à la Reine de le faire nommer premier
-ministre, promettant «d'occuper la nation d'une guerre, qu'on lui
-ferait regarder comme nationale, pour parvenir, par ce moyen, à rendre
-au Roi l'autorité nécessaire pour le bonheur de la France». La Reine
-n'avait fait que rire de cette proposition, n'ayant point confiance en
-M. de Narbonne, qu'elle savait fort ambitieux.—_Mémoires de la duchesse
-de Tourzel_, II, 30 et 31.
-
-[945] Le comte de Fersen au baron de Taube, 21 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 215.—_Voir_, sur toutes ces relations
-de la Reine avec les Constitutionnels, cette lettre de Fersen à Taube
-et une autre du même jour à Gustave III.
-
-[946] Marie-Antoinette à Léopold II, janvier 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 240.
-
-[947] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, I, 266.
-
-[948] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—-_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 169.
-
-[949] Le même à la même, même date.—_Ibid._, V, 165 et suiv.
-
-[950] Journal du comte de Fersen, 9 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 4.
-
-[951] _Ibid._—Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 171.
-
-[952] Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 170.
-
-[953] Marie-Antoinette au comte de Mercy, février
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 244, 245.
-
-[954] Le comte de Fersen au baron d'Ehrenswaerdt, 12 janvier 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 115.
-
-[955] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 24 janvier 1792.—_Ibid._,
-II, 145.
-
-[956] Mémoire du roi de Suède au Roi de France.—II, 288 et suiv.
-
-[957] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 décembre 1791.—_Ibid._,
-I, 275.
-
-[958] Une note du marquis de Bombelles est ainsi conçue: «De Compiègne
-on peut, par une suite non interrompue de forêts, se rendre à la
-frontière sans passer par un seul village; il n'y a qu'un moulin qu'il
-serait aisé de garnir à temps, et quant à un ou deux passages de
-rivières, on se servirait de nacelles de cuir, dont les contrebandiers
-font un usage aussi fréquent que sûr.»—Note du marquis de Bombelles à
-Catherine II.—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V,
-191. Le comte de Vaudreuil parle aussi, dans sa correspondance, d'un
-inspecteur de chasses nommé Brou, «homme plein d'intelligence, de
-courage et de fidélité, qui, avec l'aide de gardes bien montés et aussi
-sûrs que braves» promettait, sur sa tête, de faire évader la famille
-Royale. Ce Brou était-il un des auteurs et futurs acteurs du plan
-d'évasion par les forêts?—Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 20
-octobre 1791.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_, II, 32.
-
-[959] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 179, 180.
-
-[960] Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 février 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 168. Les Princes avaient,
-à la même époque, un autre plan d'évasion de la famille royale tout
-entière. Ce plan avait une certaine analogie avec celui de Fersen, en
-ce qu'il passait par les forêts et évitait les villages; il aboutissait
-sur le territoire autrichien, à Marquenoise, à 47 ou 48 lieues de
-Paris.—En voir les détails dans _Coblentz_, par C. Daudet. _Pièces
-justificatives_, 357 et suiv.
-
-[961] _Mémorial de Gouverneur Morris_, note, I, 350.
-
-[962] Journal du comte de Fersen, 29 janvier 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 4.
-
-[963] Même journal, 20 janvier 1792.—_Ibid._, II, 3.
-
-[964] _Le comte de Fersen et la Cour de France._ Extrait d'une dépêche
-de la Cour de Saint-Pétersbourg à M. de Zinowief.—_Ibid._, II, 174.
-
-[965] Journal de Fersen, 3 février 1792. Le comte de Fersen à Gustave
-III, 5 février 1792.—_Ibid._, 163.
-
-[966] Malgré l'avis de Fersen. Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8
-février 1792.—_Ibid._, II, 167.
-
-[967] Journal du comte de Fersen, 12 février 1792.—_Ibid._, II, 5.
-
-[968] Même journal, même date.—_Ibid._, II, 5.
-
-[969] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 177.
-
-[970] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-179.
-
-[971] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[972] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-179.
-
-[973] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[974] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6 et 7.
-
-[975] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 6 et 7.
-
-[976] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Ibid._, II,
-182.
-
-[977] Marie-Antoinette au comte de Fersen.
-
-[978] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 7.
-
-[979] Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 182.
-
-[980] Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—_Ibid._,
-II, 177.
-
-[981] Le même au même, même date.—_Ibid._, II, 177.
-
-[982] _Mémoires de Mme Campan_, 308.
-
-[983] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles, 22 février
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 392.—_Voir_ aussi une
-lettre de la même date à la marquise de Raigecourt.
-
-[984] _Mémoires de Mme Campan_, 308.
-
-[985] Le comte de Fersen au baron de Taube, 27 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 177.
-
-[986] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 259.
-
-[987] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 205.—_Voir_ aussi le comte de
-Vaudreuil au comte d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil_, II, 58, 59.
-
-[988] Simolin à Catherine II, 1er mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette, e t Mme Elisabeth_, V, 263.
-
-[989] Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 205.
-
-[990] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 313.
-
-[991] _Mémoires de Mme Campan_, 317. Le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois, 7 mars 1792.—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-II, 62.
-
-[992] Dépêche du marquis de Noailles, du 6 mars 1792.
-
-[993] La marquise de Raigecourt au marquis de Raigecourt, 12 avril
-1792.—Papiers de famille à M. le marquis de Raigecourt.
-
-[994] Simolin à Catherine II, 17 mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 312.
-
-[995] Le comte de Fersen à Gustave III, 24 mars 1792.—_Ibid._, V, 362.
-
-[996] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255.
-
-[997] C'est l'opinion de l'éditeur des Papiers de Fersen. On voit
-également, dans les Papiers du marquis de Raigecourt, que la mort
-de Gustave était annoncée à Paris _quinze jours_ avant l'attentat
-d'Ankarstroëm. C'est ce que Prudhomme appelait cyniquement: «une
-épizootie de têtes couronnées.»—_Révolutions de Paris_, no 145, p. 108.
-
-[998] _Gustave III et la Cour de France_, II, 294.
-
-[999] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 5 et 7.
-
-[1000] _Révolutions de Paris_, no 143, p. 6.
-
-[1001] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 75.
-
-[1002] _Ibid._, II, 73.
-
-[1003] Le 3 mars, Simonneau, maire d'Etampes, avait été assassiné dans
-une émeute causée par la cherté des grains.
-
-[1004] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 255.
-
-[1005] _Mémoires de Mme Campan_, 328.
-
-[1006] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 46.
-
-[1007] _Mémoires de Mme Campan_, 328.
-
-[1008] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 219.
-
-[1009] _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 261.
-
-[1010] Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 219.
-
-[1011] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 109.
-
-[1012] Le baron de Breteuil à François II, 20 mars 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 356.
-
-[1013] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 110.
-
-[1014] _Ibid._, II, 109.—Mme Campan avait même la précaution
-d'emporter chez elle une partie de ces papiers afin qu'il n'y eût pas
-chez la Reine trace d'un trop grand nombre de papiers brûlés.
-
-[1015] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt,—25 mars
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 401.
-
-[1016] _La Révolution_, par E. Quinet, II,38.
-
-[1017] _Mémoires de Dumouriez._—_Mémoires de Mme Campan_, 335.
-
-[1018] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, V, 330, 331.
-
-[1019] _Etude sur Mme Roland et sur son temps_, par M. Dauban,
-Paris, Plon, 1863, p. LXXXIX. Mme Rolland écrivait encore le 1er
-juillet 1791, à Bancal des Issarts: «Le Roi est tombé au dernier degré
-de l'avilissement et il n'inspire que du mépris... Sa personne n'a plus
-d'autre dénomination que celle de Louis le Faux ou de gros cochon.»
-_Ibid._, CIII.
-
-[1020] _Mémoires de Mme Campan_, 325.
-
-[1021] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 avril
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 404.
-
-[1022] Numéros 120 et 123 du _Père Duchesne_.—Le 1er est intitulé:
-«_Les grands préparatifs du P. Duchesne pour recevoir les Suisses de
-Châteauvieux. La grande Ribotte qu'il leur prépare pour les consoler de
-tous les tourments qu'ils ont endurés pour la liberté. Sa grande joie
-de voir Madame Veto manger du fromage le jour où ces braves b... seront
-conduits en triomphe dans Paris. Invitations à tous les sans-culottes,
-à tous les bonnets de laine de l'armée des Piques, de profiter de cette
-occasion pour purifier le Champ-de-Mars._»
-
-Le second est intitulé: «_Contre les Valets et les Mouchards de Madame
-Veto qui veulent empêcher la fête que les bons citoyens préparent pour
-recevoir les Suisses de Châteauvieux. La grande consigne à tous les
-sans-culottes pour qu'ils aiguisent leurs piques, pour f... le tour aux
-Aristocrates qui veulent troubler cette fête._»
-
-[1023] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 257.
-
-[1024] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, I, 270.
-
-[1025] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, I, 372.—Mme de Tourzel
-dit encore: «Ce jeune prince était charmant pour la Reine et ne perdait
-pas une occasion de lui dire des choses tendres et aimables. Aussi
-l'aimait-elle passionnément, mais _d'une tendresse éclairée, ne le
-gâtant jamais, et le reprenant toutes les fois qu'elle le trouvait en
-faute_.»—_Ibid._, II, 17.
-
-[1026] _Louis XVII_, I, 161.
-
-[1027] _Mémoires de Bertrand de Molleville_, II, 97.
-
-[1028] «Je suis bien tourmentée dans ce moment pour le gouverneur de
-mon fils. Nous nous sommes décidés pour M. de Fleurieu, mais nous
-ne savons pas encore le moment où nous le dirons.» Marie-Antoinette
-au comte de Fersen, 30 mars 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 220.
-
-[1029] Le Roi, pour couvrir sa responsabilité dans une mesure si
-grave et à laquelle il répugnait extrêmement, avait tenu à se faire
-remettre par chaque ministre son avis motivé et signé. Ces avis ne se
-retrouvèrent pas dans l'armoire de fer. Servan accuse Roland de les
-avoir fait disparaître.—Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires
-de Malouet_, II, 429.
-
-[1030] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 15 avril 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 230.
-
-[1031] La même au même, 30 mars 1792.—_Ibid._, II, 221.
-
-[1032] La répugnance de la Reine pour les émigrés était plus vive que
-jamais. Lorsque le marquis de Jaucourt fut nommé à la Législative,
-il se fit excuser par sa sœur, la comtesse du Cayla, d'avoir cessé
-de paraître à la Cour. «Mon frère craint de déplaire à Votre
-Majesté,» disait Mme du Cayla à Marie-Antoinette.—«Dites bien à
-M. de Jaucourt, répondit la Reine, que je l'aime infiniment mieux à
-l'Assemblée qu'à Coblentz.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, V, 428, note.
-
-[1033] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 30 avril
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 263, 264.
-
-[1034] Sur ces deux derniers points, Mallet réussit pleinement: «On me
-déclare positivement, dit-il dans ses notes sur les conférences qu'il
-avait eues avec les ministres de Prusse et d'Autriche, qu'aucune vue
-d'ambition, d'intérêt personnel, de démembrement n'entre dans le but
-de la guerre. On m'en donne la certitude, ainsi que, loin d'imposer un
-gouvernement, on laissera le _Roi absolument maître de se concerter
-là-dessus avec son peuple_.» _Mémoires de Mallet du Pan_, I, 308.—La
-Reine de Naples écrivait un peu plus tard de son côté que son frère
-Léopold «avait fait le vœu de ne pas faire de conquêtes et l'aurait
-tenu.» Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 91.
-
-[1035] _Voir_ sur toute cette mission de Mallet du Pan ses _Mémoires_,
-I, 280 et suiv.
-
-[1036] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 26 mars
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 259.
-
-[1037] Le comte de Fersen à Gustave III, 8 mars 1792. Le comte de
-Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 210, 242.
-
-[1038] Le comte de Fersen au roi de Suède, 29 avril 1790.—_Ibid._, II,
-252.
-
-[1039] Après la déclaration de guerre même, Royal-Allemand déserta le 6
-mai, les hussards de Berchiny, le 12.—_Répertoire de la Révolution._
-
-[1040] _Mémoires du comte de Vaublanc._
-
-[1041] _Mémoires de Malouet_, II, 216 et suiv.
-
-[1042] Pellenc à la Marck, 11 mars 1792.—_Correspondance entre le comte
-de Mirabeau et le comte de la Marck_, III, 297.
-
-[1043] _Mémoires de Lafayette_, III, 346.
-
-[1044] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne, Dimitrios Lotos, sur
-les événements de la Révolution française_, 145.
-
-[1045] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 145.
-
-[1046] La Reine craignant, si Mme de Lamballe ne rentrait pas en
-France, d'être contrainte de lui enlever sa place de surintendante,
-l'avait rappelée. La princesse était revenue; son appartement n'était
-séparé de celui de la Reine que par un palier d'escalier.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 105.
-
-[1047] Le comte de Fersen au roi de Suède, 13 juin 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 299.
-
-[1048] Louis XVI au Président de l'Assemblée, 20 mai 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 56.
-
-[1049] Louis XVI à la municipalité, 23 mai 1792.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 62.
-
-[1050] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 146.
-
-[1051] Malouet prétend qu'on aurait pu réunir en ce moment, pour la
-défense de la famille royale, un corps de six mille hommes.
-
-[1052] _Voir_ sur les bonnes dispositions de la garde
-constitutionnelle, son dévouement au Roi et son désir d'éviter les
-conflits avec la garde nationale, les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 49 et suiv.
-
-[1053] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 juin
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 410.
-
-[1054] Malouet dit douze cents; mais le chiffre exact, donné aussi
-d'ailleurs par Mme de Tourzel, est de dix-huit cents.
-
-[1055] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 118, 119.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 211, 212.
-
-[1056] _Mémoires de Mme Campan_, 327.
-
-[1057] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459.
-
-[1058] _Etude sur Mme Roland_, par M. Dauban, 356, note.
-
-[1059] _Mémoires de Dumouriez_, I, 459.
-
-[1060] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, I, 125.
-
-[1061] _Mémoires de Dumouriez_, I, 450-476.
-
-[1062] _Louis XVI_, par le comte de Falloux, 268.
-
-[1063] _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, par Hue,
-282.
-
-[1064] Malouet à Mallet du Pan, 29 juin 1792.—_Mémoires de Malouet_,
-II, 351.
-
-[1065] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, p. 133.
-
-[1066] _Ibid._, 132.
-
-[1067] La salle du Manège occupait remplacement d'une partie de la rue
-de Rivoli, à l'endroit où elle se croise avec la rue de Castiglione.
-
-[1068] _Le Journal d'une bourgeoise de Paris_, avec son emphase
-révolutionnaire, l'appelle «un nouveau Cicéron».—_Journal d'une
-bourgeoise de Paris_, 137.
-
-[1069] _Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution_, 138.
-
-[1070] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries, le 20 juin
-1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 307.
-
-[1071] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 139.
-
-[1072] _Ibid._, II, 140.
-
-[1073] Bulletin avec détails sur ce qui s'est passé aux Tuileries le
-20 juin 1792, par Bergstedt, chargé d'affaires de Suède.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1074] _Ibid._, II, 303.
-
-[1075] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20
-juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1076] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 151.
-
-[1077] Certains témoins disent 5 heures; les autres disent 6 heures.
-
-[1078] Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le 20
-juin 1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1079] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 307.
-
-[1080] _Ibid._, II, 304.—_Les dernières années du règne de Louis XVI_,
-par Hue, 272.
-
-[1081] _Ibid._, 273, 274.—Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt,
-3 juillet 1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 419.—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 143.
-
-[1082] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 146.
-
-[1083] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32.
-
-[1084] Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 304.
-
-[1085] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 147.
-
-[1086] _Mémoires de Mme Campan_, 331.
-
-[1087] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33.
-
-[1088] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 33.
-
-[1089] _Mémoires de Mme Campan_, 332.
-
-[1090] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, p.
-
-[1091] _Souvenirs d'émigration_, par la marquise de Lâge, 32.
-
-[1092] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue,
-275.—_Mémoires de Weber_, 292.
-
-[1093] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 149.—Les appartements
-du Roi, du Dauphin et de Madame Royale étaient ravagés; les portes et
-les panneaux brisés; les serrures emportées. L'appartement seul de
-la Reine avait été épargné, parce que les bandes n'y étaient point
-entrées. La Reine tint à montrer ces dégâts aux députés avant leur
-départ.
-
-[1094] Billet sans date, mais sur lequel Fersen a écrit: reçu le 9
-juillet.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 319.
-
-[1095] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 154.
-
-[1096] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 155.
-
-[1097] _Mémoires de Malouet_, II, 113.
-
-[1098] Lettre de Lafayette à l'Assemblée.—_Mémoires de Lafayette_, III,
-339.
-
-[1099] Lafayette, dans ses _Mémoires_, fort hostiles à
-Marie-Antoinette, accuse la Cour et en particulier la Reine de lui
-avoir fait mauvais accueil et d'avoir fait échouer ses projets. Ceci
-est démenti formellement par Mme de Tourzel. «M. de Lafayette,
-dit-elle, s'était présenté au Roi comme défenseur de l'autorité
-royale, n'ayant d'autre but que de chasser les Jacobins et d'employer
-pour y parvenir l'ascendant qu'il croyait avoir conservé sur la garde
-nationale. _On demanda à tout ce qui était attaché au Roi d'avoir pour
-lui beaucoup d'égards_, et comme son expédition devait avoir lieu le
-jour même, on avait établi une grande surveillance dans le Château et
-engagé tous ceux qui l'habitaient à n'en pas sortir ou à être rentrés
-à huit heures du soir. M. de Lafayette fit la triste expérience du
-peu de crédit qu'il avait conservé; il ne put retenir qu'une douzaine
-de gardes nationaux et vit évanouir en quelques heures les espérances
-qu'il avait fait concevoir sur le succès de sa démarche.»—_Mémoires de
-la duchesse de Tourzel_, II, 161.
-
-[1100] Marie-Antoinette au comte de Mercy, 4 juillet
-1792.—_Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II_, 265.
-
-[1101] Cité par Beauchesne, _Vie de Mme Elisabeth_, I, 450.
-
-[1102] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 340.
-
-[1103] Le _Journal d'une bourgeoise de Paris_ (p. 210) attribue ce fait
-à une dame.
-
-[1104] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 330.
-
-[1105] Hue, 300-302.—_Mémoires de Mme Campan_, 341,
-342.—La dernière fois que la Reine parut dans le jardin, sur
-la terrasse, elle fut brutalement insultée par les fédérés.
-Cette fois la garde nationale,—c'était le brave bataillon des
-Filles-Saint-Thomas,—intervint et força les fédérés à se taire. Comme
-la Reine rentrait au Château, un violent orage éclata; le tonnerre
-tomba à plusieurs reprises aux environs des Tuileries. Peu de jours
-après, d'Eprémesnil, s'étant hasardé sur la terrasse des Feuillants,
-fut reconnu, frappé et eût été massacré sans l'arrivée de la garde
-nationale.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 188-190.
-
-[1106] Hue, _Dernières années du règne de Louis XVI_, 284.
-
-[1107] G. Morris à Jefferson, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_,
-II, 155.
-
-[1108] Le même au même, 1er août 1792.—_Ibid._, II, 159.
-
-[1109] _Mémoires de Mme Campan_, 337.
-
-[1110] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 199.
-
-[1111] _Souvenirs de quarante ans_, 117.
-
-[1112] _Mémoires de Mme Campan_, 140.
-
-[1113] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195.
-
-[1114] _Mémoires de la duchesse de Tourzel._
-
-[1115] _Mémoires de Mme Campan_, 333, 384.
-
-[1116] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425.
-
-[1117] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 324.
-
-[1118] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 et 15 juillet 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 326, 327.
-
-[1119] La même au même, 6 juillet 1792.—_Ibid._, II, 318.
-
-[1120] Elle y consentit cependant un peu plus tard, s'il faut en
-croire Mme de Tourzel: «M. de Paroy, craignant pour les jours de
-Leurs Majestés et ceux de monseigneur le Dauphin, me pria d'offrir
-de sa part à la Reine trois cuirasses de douze doubles de taffetas,
-impénétrables à la balle et au poignard, qu'il avait fait faire pour
-elle, pour le Roi et pour monseigneur le Dauphin, et me remit un
-poignard pour en faire l'essai. Je les portai chez la Reine qui essaya
-sur-le-champ celle qui lui était destinée et, me voyant le poignard
-entre les mains, elle me dit du plus grand sans-froid: «Frappez-moi
-pour en faire l'essai.» Je ne pus soutenir une pareille idée qui me
-fit frémir et je lui déclarai que rien ne me déterminerait à un pareil
-geste. Elle ôta sa cuirasse dont je me saisis, je la mis sur ma robe et
-la frappai du poignard, qui, comme l'avait dit M. de Paroy, la trouva
-impénétrable à ses coups. La Reine convint alors avec le Roi que chacun
-d'eux s'en revêtirait, à la première apparence de danger, ce qui fut
-exécuté.»—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 204, 205.
-
-[1121] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 371.—_Mémoires de
-Mme Campan_, 334.
-
-[1122] Marie-Antoinette à la landgrave de Hesse-Darmstadt, juillet
-1792.—_Lettres de la Reine Marie-Antoinette à la landgrave Louise de
-Hesse-Darmstadt_, 47.
-
-[1123] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 108, 109.
-
-[1124] _Mémoires de Malouet_, II, 221-223.
-
-[1125] _Mémoires de Malouet_, II, 224-226.—_Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 178, 179.
-
-[1126] Lettre de Lally-Tolendal au Roi, 9 juillet 1792.—_Histoire de la
-Révolution_, par Thiers, II, 440, note.
-
-[1127] _Un ministre de Louis XVI, Terrier de Montciel_ par Pingaud,
-_Correspondant_ du 25 août 1879, p. 590.
-
-[1128] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 43.
-
-[1129] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 179.
-
-[1130] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345.
-
-[1131] Note de Lally-Tolendal, citée par Malouet.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 232, note.
-
-[1132] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 326.
-
-[1133] _Mémoires de Mme Campan_, 336.
-
-[1134] Le comte de la Marck au comte de Mercy, 9 novembre
-1790.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, II, 300.
-
-[1135] Journal du comte de Fersen, 9 juillet 1792.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 21.—Le comte de Fersen à Marie-Antoinette,
-10 juillet, 26 juillet 1791.—_Ibid._, II, 323,336.—Le comte de Mercy
-à Marie-Antoinette, 9 juillet 1772.—_Marie-Antoinette, Joseph II und
-Léopold II_, 266.
-
-[1136] _Mémorial de Gouverneur Morris_, I, 345.
-
-[1137] Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 325.
-
-[1138] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 382.
-
-[1139] _Ibid._, I, 381.
-
-[1140] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 177, 178.
-
-[1141] Mme de Staël. _Considérations sur la France_, I, 381.
-
-[1142] _Mémoires de Weber_, 413.
-
-[1143] Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet
-1792.—_Correspondance de Mme Elisabeth_, 425.
-
-[1144] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 330.
-
-[1145] La même au même, 15 juillet 1792.—_Ibid._, II, 228.—Mme
-Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1772.—_Correspondance
-de Mme Elisabeth_, 42.
-
-[1146] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 187, 188.
-
-[1147] _Mémoires de Mme Campan_, 337, 338.—_Louis XVI,
-Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 231, 232.
-
-[1148] _Mémoires de Mme Campan_, 340, 341.
-
-[1149] _Souvenirs d'émigration_, de la marquise de Lâge, 40.—La
-marquise de Lâge prétend, sur la foi de l'abbé de Montesquiou, qu'à un
-certain moment le Roi, convaincu par la Reine et Mme Elisabeth que
-sa faiblesse avait singulièrement favorisé les factieux, s'était tracé
-à lui-même un plan de conduite, rempli de sagesse et d'énergie. Quel
-était ce plan et pourquoi le Roi, après l'avoir arrêté, ne le suivit-il
-pas? La marquise de Lâge ne le dit pas.
-
-[1150] «Mon père me presse de revenir et de tout abandonner; c'est ce
-que je ne ferai jamais, _dussé-je être réduit à la misère_.»—Le comte
-de Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 242, 243.
-
-[1151] _Ibid._ Introduction, I, LXVI.
-
-[1152] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 24 juillet 1792.—II, 332,
-333.
-
-[1153] Rœderer. _Chronique de cinquante jours_, 265, 266.
-
-[1154] _Le réveil d'alarme_, par Blanc Gilly, cité par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 143.
-
-[1155] Ils n'étaient que 166.
-
-[1156] Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1er août 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 340, 341.
-
-[1157] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28 juillet 1792.—_Ibid._,
-II, 338.
-
-[1158] _Ibid._
-
-[1159] Le même à la même, 30 juin 1792.—_Ibid._, II, 315.
-
-[1160] Journal du comte de Fersen, 29 juillet 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 25, note.—Le comte de Fersen à
-Marie-Antoinette, 7 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 343, 345.
-
-[1161] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 7 août 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 343.
-
-[1162] Le même à la même, 10 août 1792.—_Ibid._, II, 345.
-
-[1163] Le comte de Fersen au baron de Taube, 29 juillet 1792. _Ibid._,
-II, 339.—_Voir_ également le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28
-juillet, 8 et 10 août 1792.—_Ibid._, II, 337, 343, 345.
-
-[1164] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 10 août 1792.—_Ibid._,
-II, 345.
-
-[1165] Il faut dire qu'à Paris, même parmi des hommes éclairés,
-cette même croyance avait cours: «Comme l'opinion générale parmi les
-citoyens, écrivait G. Morris à la date du 10 juin, est qu'aucune
-opposition sérieuse ne sera faite aux troupes autrichiennes
-et prussiennes, s'approchant de la capitale, ils,—les gardes
-nationaux,—regardent la personne de Louis XVI comme la protection
-la plus efficace qu'ils puissent garder contre le pillage et les
-insultes.» G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792. _Voir_ aussi le même au
-même, 10 juillet 1792.—_Mémorial de G. Morris_, II, 145, 146.
-
-[1166] Mercy à Marie-Antoinette, 9 juillet 1792.—_Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II_, 266.
-
-[1167] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1793.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336.
-
-[1168] _Mémoires de Mme Campan_, 340.
-
-[1169] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 336.
-
-[1170] Dépêche du comte de Mercy au cabinet de Vienne, 3 octobre
-1792.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 349.—Mercy avait été si mécontent du manifeste, qu'il
-aurait voulu que le cabinet de Vienne en fit un autre pour détruire le
-mauvais effet du premier. G. Morris avait la même impression que Mercy:
-«La déclaration du duc de Brunswick, écrivait-il, peut se traduire
-ainsi en peu de mots: soyez tous contre moi, car je suis contre vous
-tous, et faites bonne résistance, car vous n'avez pas d'espoir.»—G.
-Morris à Mme Dubourg, 7 août 1792. _Mémorial de G. Morris_, II, 174.
-Le manifeste avait été connu à Paris le 31 juillet.—_Lettres de Coray
-au Protopsalte de Smyrne_, 160.
-
-[1171] G. Morris à Jefferson, 1er août 1792.—_Mémorial de G.
-Morris_, II, 160.
-
-[1172] _Ibid._
-
-[1173] _Histoire de la Terreur_, par Mortimner-Ternaux, II,
-173.—_Histoire de la Révolution française_, par Thiers, II, 222.
-
-[1174] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 310.
-
-[1175] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 16.
-
-[1176] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 196.
-
-[1177] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, III, 206.
-
-[1178] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 305.
-
-[1179] Malouet à Mallet du Pan, 28 juillet 1792.—_Mémoires de Malouet_,
-II, 357.
-
-[1180] Lettre de M. de Forestier, publiée par Nettement. _Critique
-des Girondins_, citée par Beauchesne.—_Louis XVII_, 211.—Détails
-particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois de Paris.
-_Mémoires de Weber._ Pièces justificatives, 486.
-
-[1181] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 170.
-
-[1182] Détails particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois
-de Paris et Récit de la conduite du régiment des gardes suisses à la
-journée du 10 août. _Mémoires de Weber_, 485, 496.
-
-[1183] Arrêté de la section des Quinze-Vingts.—_Histoire de la
-Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 182.
-
-[1184] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 154.
-
-[1185] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 20, 21.
-
-[1186] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 201.
-
-[1187] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 213.
-
-[1188] _Mémoires de Lafayette_, III, 376.
-
-[1189] Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 43.
-
-[1190] _Ibid._
-
-[1191] _Mémoires de Malouet_, 231-233.—_Mémoires de Mme Campan_,
-242. _Voir_ sur toutes ces négociations les _Mémoires de la duchesse de
-Tourzel_, II, 201-204.—Mme de Tourzel dit que les huit cent mille
-livres étaient pour Pétion et ses amis.
-
-[1192] G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792.—_Mémorial de G. Morris_,
-II, 145.
-
-[1193] _Histoire de la Terreur_, par Mortimer-Ternaux, II, 192.
-
-[1194] _Souvenirs de quarante ans_, 126.
-
-[1195] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 193.
-
-[1196] G. Duval. _Souvenirs de la Terreur_, II, 115, cité par Feuillet
-de Conches, VI, 255.
-
-[1197] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 307.
-
-[1198] _Mémoires de Malouet_, II, 235.
-
-[1199] Journal du comte de Fersen, 10 août 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 29.
-
-[1200] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 195.
-
-[1201] _Mémorial de G. Morris_, 5 août 1792, I, 343.—_Dernières années
-du règne de Louis XVI_, par Hue, 307.
-
-[1202] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 15.
-
-[1203] _Mémoires de Mme Campan_, 345.
-
-[1204] _Mme Elisabeth_, par la comtesse d'Armaillé, 299.
-
-[1205] Mme Elisabeth à la marquise de Bombelles.—_Correspondance de
-Mme Elisabeth_, 432.—Par une singulière distraction, cette lettre
-est datée du 10 août.
-
-[1206] _Histoire de la Terreur_, par M. Mortimer-Ternaux. Le récit de
-M. Mortimer-Ternaux est l'un des plus complets et des plus exacts; nous
-l'avons suivi la plupart du temps.
-
-[1207] _Mémoires de Weber_, 415.—_Récit de la conduite des Suisses au
-10 août._—_Ibid._, 498.
-
-[1208] _Mémoires de Weber_, 415.
-
-[1209] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 352.
-
-[1210] _Récit de la conduite des Suisses._—_Mémoires de Weber_, 498.
-
-[1211] Lettre du ministre de la marine Dubouchage, citée par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 265, notes.
-
-[1212] _Louis XVII_, I, 214.
-
-[1213] _Histoire de la Terreur_, II, 265.
-
-[1214] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211, 212.
-
-[1215] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 211.
-
-[1216] _Histoire de la Terreur_, II, 266.
-
-[1217] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, II, 214.
-
-[1218] Journal du comte de Fersen, 30 août 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 44.
-
-[1219] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 322.
-
-[1220] _Histoire de la Terreur_, II, 267.
-
-[1221] Lettre de Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—_Mémoires de
-Malouet_, II, 433.—_Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 360.
-
-[1222] _Mémoires de Melle de Clermont-Gallerande_, note sur la
-journée du 10 août, III, 521.
-
-[1223] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 213.
-
-[1224] _Histoire de la Terreur_, II, 275.
-
-[1225] Vers 5 heures.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210.
-
-[1226] Détails sur le 10 août, par un témoin oculaire.—_Mémoires de
-Weber_, 416, note.
-
-[1227] _Louis XVII_, 216.
-
-[1228] _Souvenirs de quarante ans_, 129.
-
-[1229] Peltier, _Dernier tableau de Paris_.
-
-[1230] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 210.
-
-[1231] Rapport de Leroux, cité par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la
-Terreur_, II, 464, note.
-
-[1232] Procès-verbal de Leroux, cité par Taine.—_La Révolution_, II,
-140.
-
-[1233] _Ibid._
-
-[1234] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 217.
-
-[1235] _Chronique de cinquante jours_, par Rœderer, 362.
-
-[1236] _Mémoires de Mme Campan_, 347.
-
-[1237] Taine, _la Révolution_, II, 240, 241.
-
-[1238] Procès-verbal de Leroux.—_Ibid._, II, 242, et _Histoire de la
-Terreur_, II, 469.
-
-[1239] Récit de la conduite des Suisses.—_Mémoires de Weber_, 498.
-
-[1240] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 326.
-
-[1241] _Ibid._
-
-[1242] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 268.
-
-[1243] _Chronique de cinquante jours_, 361.
-
-[1244] Rœderer a prétendu plus tard qu'en donnant ce conseil il avait
-voulu servir une insurrection «légitime et conserver au pays d'utiles
-otages».—_Moniteur_ du vendredi 24 août 1792, p. 297. Lettre de
-Servant à Mallet du Pan.—_Mémoires de Malouet_, II, 435.—Rœderer s'est
-calomnié; le 10 août il fut faible, il ne fut pas traître.
-
-[1245] _Mémoires de Weber_, 420.
-
-[1246] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 327.
-
-[1247] _Chronique de cinquante jours_, 368.
-
-[1248] _Histoire de la conspiration du 10 août_, par Bigot de
-Sainte-Croix, 28.—Rœderer dément ces paroles de la Reine en disant
-qu'il ne les a pas entendues.—_Chronique de cinquante jours_, 362,
-note.—Mais Bigot de Sainte-Croix et Hue, qui étaient le 10 août
-aux Tuileries, comme Rœderer; Fersen, qui recueillait avidement
-tous les témoignages sur les derniers actes de ses augustes
-clients, les affirment. Hue cite même comme les ayant entendues
-MM. de Briges et de Saint-Priest; Fersen, MM. de Viomesnil et de
-Clermont-Gallerande.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, par
-Bigot de Sainte-Croix, 228.—_Dernières années du règne de Louis XVI_,
-par Hue, 328.—_Journal de Fersen_, 11 octobre 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 45.—L'opuscule de Bigot de Sainte-Croix a
-été publié à l'époque même, en 1793; le journal de Fersen est de la
-même année; les notes de Hue ont été publiées en 1806. Le livre de
-Rœderer ne l'a été qu'en 1832.
-
-[1249] _Chronique de cinquante jours_, 369.—_Récit de Dejoly, ministre
-de la justice_, cité par Montjoye.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 390.
-
-[1250] _Récit de Dejoly_, 389.
-
-[1251] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 328.
-
-[1252] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214.
-
-[1253] _Chronique de cinquante jours_, 369.
-
-[1254] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1255] _Histoire de la conspiration du 10 août_, 30.
-
-[1256] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1257] _Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth_, VI, 270.
-
-[1258] Bigot de Sainte-Croix.
-
-[1259] Dubouchage.
-
-[1260] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, I, 220.
-
-[1261] _Récit de Dejoly_, 391.
-
-[1262] Récit de Leroux.—_Histoire de la Terreur_, II, 470.
-
-[1263] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 214.
-
-[1264] _Souvenirs de quarante ans_, 131.
-
-[1265] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220.
-
-[1266] Déclaration de de Brie, citée par Mortimer-Ternaux.—_Histoire de
-la Terreur_, II, 293.
-
-[1267] _Récit de Dejoly_, 391.
-
-[1268] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 220.
-
-[1269] _Chronique de cinquante jours_, 371.
-
-[1270] _Récit de Dejoly_, 390.
-
-[1271] _Chronique de cinquante jours_, 372.
-
-[1272] _Louis XVII_, I, 223.
-
-[1273] _Histoire de la Terreur_, II, 303.
-
-[1274] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339.
-
-[1275] _Derniers années de règne de Louis XVI_, par Hue.
-
-[1276] _Louis XVII_, I, 224.
-
-[1277] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue,
-339.—_Histoire de la conspiration du 10 août_, 43.—_Mémoires de la
-duchesse de Tourzel_, II, 216.
-
-[1278] _Histoire de la Terreur_, II, 327.
-
-[1279] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 222.
-
-[1280] Sainte-Foix au baron de Breteuil, 11 août 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 348.
-
-[1281] Prudhomme, _les Révolutions de Paris_, XIII, 236, 237, cité par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, II, 331.
-
-[1282] _Histoire de la Terreur_, II, 331.
-
-[1283] _Journal d'une bourgeoise de Paris_, 228.
-
-[1284] _Lettres de Constantin Stamaly sur la Révolution française_, 100.
-
-[1285] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 221, 222.
-
-[1286] _Ibid._, II, 223.
-
-[1287] Récit du comte de la Rochefoucauld.—_Louis XVII_, 230.
-
-[1288] _Ibid._
-
-[1289] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.—_Ibid._,
-I, 236.
-
-[1290] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 338.
-
-[1291] Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.
-
-[1292] _Mémoires de Mme Campan_, 356.
-
-[1293] _Mémoires de Mme Campan_, 355.
-
-[1294] _Histoire de la Terreur_, III, 18, note.
-
-[1295] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 339.
-
-[1296] _Mémoires de Mme Campan_, 359.
-
-[1297] _Ibid._, 355.
-
-[1298] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 340.
-
-[1299] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 232, 233.
-
-[1300] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, note sur la
-journée du 10 août, III, 525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II,
-23.
-
-[1301] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230.
-
-[1302] _Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande_, III,
-525.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 230.
-
-[1303] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 238.
-
-[1304] _Ibid._, 239.
-
-[1305] _Souvenirs de quarante ans_, 147.
-
-[1306] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 165.
-
-[1307] Coray dit de quatre à cinq mille.—_Ibid._, 164.
-
-[1308] _Souvenirs de quarante ans_, 147.
-
-[1309] _Ibid._, 148.
-
-[1310] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240.
-
-[1311] _Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne_, 164.—Le grec Coray
-avait été, au début, un partisan enthousiaste de la Révolution.
-
-[1312] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 240.
-
-[1313] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 345, 346.
-
-[1314] G. Morris à G. Washington, 23 octobre 1792.—_Mémorial de G.
-Morris_, II, 204.
-
-[1315] _Souvenirs de quarante ans_, 149.
-
-[1316] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 241.
-
-[1317] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 242.
-
-[1318] _Louis XVII_, II, 249.
-
-[1319] _Souvenirs de quarante ans_, 150.
-
-[1320] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 243.
-
-[1321] _Ibid._
-
-[1322] _Ibid._
-
-[1323] _Souvenirs de quarante ans_, 152.—_Récit des événements arrivés
-au Temple_, par Madame Royale, 7. Mme de Tourzel,—_Mémoires_, II,
-246,—dit le 18; mais Madame Royale dit très positivement dans la nuit
-du 19 au 20.
-
-[1324] _Récits des événements arrivés au Temple_, 8.
-
-[1325] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 246.
-
-[1326] _Récit des événements arrivés au Temple_, 8.
-
-[1327] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 247.
-
-[1328] _Ibid._
-
-[1329] _Souvenirs de quarante ans_, 153.
-
-[1330] _Journal de Cléry_, 30.
-
-[1331] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 360.
-
-[1332] _Ibid._
-
-[1333] _Ibid._, 360 et suiv.—_Journal de Cléry_, 31 et suiv.
-
-[1334] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle.
-
-[1335] _Fragments historiques sur la captivité de la famille royale à
-la Tour du Temple_, recueillis par M. de Turgy, publiés par M. Eckard
-dans ses _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 344.
-
-[1336] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 351, note.
-
-[1337] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 83.
-
-[1338] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 363.
-
-[1339] _Journal de Cléry_, 34.
-
-[1340] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 360.
-
-[1341] _Ibid._, 369.
-
-[1342] _Ibid._, 365, 366.
-
-[1343] _Voir_ Etat des dépenses faites au Temple depuis le
-13 août jusqu'au 30 novembre de l'an Ier de la République
-française.—_Journal de Cléry._ Eclaircissements historiques, 201-211.
-
-[1344] _Récit des événements arrivés au Temple_, 16.
-
-[1345] _Journal de Cléry_, 37.
-
-[1346] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 346.
-
-[1347] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 367.
-
-[1348] _Ibid._, 370.
-
-[1349] _Récit des événements arrivés au Temple_, 10.
-
-[1350] _Journal de Cléry_, 37.
-
-[1351] _Dernières années du règne de Louis XVI_, 370.
-
-[1352] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 376, 377.
-
-[1353] _Récit des événements arrivés au Temple_, 11.
-
-[1354] _Ibid._
-
-[1355] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 379.
-
-[1356] _Récit des événements arrivés au Temple_, 12.
-
-[1357] _Ibid._, 13.
-
-[1358] _Journal de Cléry_, 27.
-
-[1359] Lettre du commissaire de service à l'Assemblée, citée par
-Mortimer-Ternaux.—_Histoire de la Terreur_, III, 271.
-
-[1360] Danjou avait dit, suivant Cléry: «La tête d'Antoinette ne vous
-appartient pas, les départements y ont des droits.—_Journal de Cléry_,
-29.—Le récit de Danjou, reproduit par Beauchesne, _Louis XVII_, I, 294,
-ne dément pas cet horrible propos.
-
-[1361] Récit de Danjou.—_Louis XVII_, I, 295.
-
-[1362] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1363] _Ibid._
-
-[1364] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1365] _Louis XVII_, I, 298.
-
-[1366] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1367] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1368] _Récit des événements arrivés au Temple_, 13.
-
-[1369] _Journal de Cléry_, 28.
-
-[1370] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15.
-
-[1371] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 344.
-
-[1372] _Récit des événements arrivés au Temple_, 15.
-
-[1373] _Ibid._, 17.
-
-[1374] _Journal de Cléry_, 41.
-
-[1375] _Ibid._, 41, 42.
-
-[1376] Archives nationales.—_Louis XVII_, I, 316.
-
-[1377] _Récit des événements arrivés au Temple_, 17.
-
-[1378] _Ibid._
-
-[1379] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 317.
-
-[1380] _Ibid._
-
-[1381] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18.
-
-[1382] _Ibid._
-
-[1383] _Journal de Cléry_, 45.
-
-[1384] _Récit des événements arrivés au Temple_, 18.
-
-[1385] _Journal de Cléry_, 50.
-
-[1386] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19.
-
-[1387] Rapport du 1er novembre 1792, de la Commission nommée par le
-Comité de sûreté générale et la Convention nationale pour surveiller
-la garde des prisonniers du Temple. Archives nationales.—_Louis XVII.
-Pièces justificatives_, I, 570.
-
-[1388] _Louis XVII. Pièces justificatives_, I, 571.
-
-[1389] _Récit des événements arrivés au Temple_, 19.
-
-[1390] _Ibid._, 19.
-
-[1391] _Ibid._, 20.
-
-[1392] _Journal de Cléry_, 53.
-
-[1393] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1394] _Journal de Cléry_, 52, 53.
-
-[1395] _Ibid._, 53.
-
-[1396] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1397] _Journal de Cléry_, 53.
-
-[1398] _Récit des événements arrivés au Temple_, 20.
-
-[1399] _Journal de Cléry_, 58, 59.
-
-[1400] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 356.—On peut
-consulter sur Dorat-Cubières, jadis connu sous le nom de Palmezeau, un
-curieux volume de M. G. Desnoiresterres.—_Le chevalier Dorat et les
-poètes légers du_ XVIIIe _siècle_, Paris, Perrin, 1887.
-
-[1401] _Journal de Cléry_, 56.
-
-[1402] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21.
-
-[1403] _Voir_ sur Jobert les _Mémoires et souvenirs du baron Hyde de
-Neuville_. Paris, Plon, 1888, p. 72 et suiv.
-
-[1404] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis
-XVII_, I, 570.
-
-[1405] _Récit des événements arrivés au Temple_, 21.
-
-[1406] Rapport du 1er novembre 1792.—Archives nationales.—_Louis
-XVII_, I, 571.
-
-[1407] _Louis XVII_, I, 350, 351.
-
-[1408] _Récit des événements arrivés au Temple_, 22.
-
-[1409] _Journal de Cléry_, 63.
-
-[1410] _Récit des événements arrivés au Temple_, 23.
-
-[1411] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 357.
-
-[1412] Etat des instruments tranchants et armes offensives et
-défensives, remises par le citoyen Cléry à Tison, étant de service
-auprès des prisonniers du Temple.—Archives nationales.—_Louis XVII_, I,
-575, 576.—_Journal de Cléry_, 65.
-
-[1413] _Journal de Cléry_, 66.
-
-[1414] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 19.
-
-[1415] _Journal de Cléry_, 66.
-
-[1416] _Souvenirs de Lepitre._
-
-[1417] _Récit des événements arrivés au Temple_, 24, 25.
-
-[1418] _Récit des événements arrivés au Temple_, 25.
-
-[1419] _Voir_ sur ces ingénieux procédés le _Journal de Cléry_ et les
-_Fragments historiques_ de Turgy.
-
-[1420] _Récit des événements arrivés au Temple_, 26.
-
-[1421] Cet exemplaire est conservé, avec l'autographe de la Reine, à la
-bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye.
-
-[1422] _Journal de Cléry_, 88.
-
-[1423] Entretien de Louis XVI avec Malesherbes.—_Dernières années du
-règne de Louis XVI_, par Hue, 435-438.
-
-[1424] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28.
-
-[1425] _Ibid._, 28.
-
-[1426] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8.
-
-[1427] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1428] _Récit des événements arrivés au Temple_, 28.
-
-[1429] Récit de Madame Royale à Mme la duchesse de
-Tourzel.—_Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 316.
-
-[1430] _Récit des événements arrivés au Temple_, 29.
-
-[1431] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9. Mme Vigée-Lebrun,
-fort attachée à la famille royale, avait eu la pensée de retracer dans
-un tableau cette scène suprême. Elle demanda quelques renseignements
-à Cléry qui lui écrivit une longue lettre, reproduite dans ses
-_Souvenirs_. Nous en extrayons le passage suivant, relatif aux costumes
-de la famille royale: «Le Roi était vêtu d'un habit brun mélangé, avec
-un collet de même, une veste blanche de piqué de Marseille, une culotte
-de casimir gris et des bas de soie gris, des boucles d'or, mais très
-simples, à ses souliers, un col de mousseline, les cheveux un peu
-poudrés, une boucle séparée en deux ou trois, le toupet en vergette
-un peu longue, les cheveux de derrière noués en catogan. La Reine,
-Madame Royale et Mme Elisabeth étaient vêtues d'une robe blanche
-de mousseline, de fichus très simples en linon, de bonnets absolument
-pareils, faits en forme de baigneuses, garnis d'une petite dentelle,
-un mouchoir garni aussi de dentelle, noué dessus le bonnet en forme de
-marmotte. Le jeune prince avait un habit de casimir d'un gris verdâtre,
-une culotte ou pantalon pareil, un petit gilet de basin bleu rayé,
-l'habit décolleté et à revers, le col de la chemise uni et retombant
-dessus le collet de l'habit, le jabot de baptiste plissé, des souliers
-noirs noués avec un ruban, les cheveux blonds sans poudre, tombant
-négligemment et bouclés sur le front et sur les épaules, relevés en
-nattes derrière, et ceux de devant tombant naturellement sans poudre.
-Les cheveux de la Reine étaient presque tous blancs, ceux de Madame
-d'un beau blond clair et ceux de Mme Elisabeth aussi blonds, mais de
-nuance plus foncée.»—_Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9 et 10.
-
-[1432] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 8.
-
-[1433] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1434] _Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun_, II, 9.
-
-[1435] _Ibid._, II, 9.
-
-[1436] _Journal de Cléry_, 101.
-
-[1437] _Journal de Cléry_, 102.
-
-[1438] _Procès des Bourbons_, II, 153.
-
-[1439] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31.
-
-[1440] _Ibid._
-
-[1441] _Journal de Cléry._
-
-[1442] _Récit des événements arrivés au Temple_, 31.
-
-[1443] _Louis XVII_, II, 9.
-
-[1444] _Ibid._, II, 10.
-
-[1445] _Ibid._
-
-[1446] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.
-
-[1447] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306.
-
-[1448] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.—_Quelques
-souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, par Lepître, 34,
-35.
-
-[1449] _Louis XVII_, II, 11.
-
-[1450] _Mémoires de la duchesse de Tourzel_, II, 306.
-
-[1451] _Récit des événements arrivés au Temple_, 32.
-
-[1452] _Quelques souvenirs et notes fidèles_, par Lepître, 33.
-
-[1453] _Quelques souvenirs etc._, par Lepître, 43.—On raconte que
-le lendemain, le commissaire qui remplaçait Lepître dit à la Reine:
-«Vous avez chanté hier; vous avez fait chanter vos enfants; sans
-doute ce n'étaient que des romances, car vous n'avez pas de chansons
-patriotiques. Je pense même que vous seriez incapable d'exécuter
-l'hymne des Marseillais.» La Reine, sans répondre, se serait levée
-et aurait joué la _Marseillaise_.—Malgré l'autorité de Beauchesne et
-le témoignage de Gomin qu'il invoque, nous avons peine à croire à
-l'authenticité de cette petite scène.
-
-[1454] Le comte de Fersen au baron de Breteuil, le 6 septembre
-1792.—_Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 360.
-
-[1455] Eckard, _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 147.—Lepître
-désigne ce quatrième complice seulement par les premières lettres
-de son nom Guy... et le donne comme un commis du bureau de
-Toulan.—_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
-Temple_, 35.
-
-[1456] Lepître, président du Comité, eût fait lui-même les
-passeports.—_Quelques souvenirs etc._, 40.
-
-[1457] _Voir_ sur toute cette affaire la brochure de Lepître:
-_Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple_, 35 et
-suiv.—_Voir_ aussi _Un complot sous la Terreur_, par M. Paul Gaulot,
-Paris, Ollendorff, 1889.
-
-[1458] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à M. de
-Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 27.
-
-[1459] Chauveau-Lagarde. _Note historique sur le procès de
-Marie-Antoinette et de Mme Elisabeth_, 20.
-
-[1460] Paul Gaulot. _Un épisode de la captivité du Temple._—_Revue des
-questions historiques_, janvier 1889.
-
-[1461] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard, 478.
-
-[1462] _Ibid._—Mme Elisabeth avait joint à ces lettres de la Reine
-les deux billets suivants: A Monsieur: «Je jouis d'avance du plaisir
-que vous éprouverez en recevant ce gage de l'amitié et de la confiance;
-être réunie avec vous et vous voir heureux est tout ce que je désire;
-vous savez si je vous aime, je vous embrasse de tout mon cœur.»
-
-Et au comte d'Artois: «Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère,
-de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler de tous mes
-sentiments! Que j'ai souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère,
-où je pourrai vous embrasser et vous dire que jamais vous ne trouverez
-une amie plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas,
-j'espère.»—_Ibid._, 478 et 479.
-
-[1463] Le baron de Jarjayes au comte de Fersen, 18 février 1794.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 431.
-
-[1464] La Reine à M. de Jarjayes, sans date, mais avec cette
-inscription de la main de Jarjayes: «_Copie du billet que j'ai reçu
-le 2, au moment de mon départ._»—_Le comte de Fersen et la Cour de
-France_, II, 408.—On peut consulter, sur toute cette affaire, le récent
-travail de M. Paul Gaulot dans la _Revue des questions historiques_ de
-janvier 1889 _Un épisode de la captivité du Temple_, publié depuis en
-volume sous ce titre: _Un complot sous la Terreur_.
-
-[1465] _Récit des événements arrivés au Temple_, 34, 35.
-
-[1466] _Ibid._, 34.
-
-[1467] Municipalité de Paris, extrait du registre des délibérations du
-Conseil général du 1er avril 1793.—_Louis XVII_, II, 30, 31, note.
-
-[1468] Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
-l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers détenus à
-la Tour du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 40, note.
-
-[1469] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37.
-
-[1470] _Récit des événements arrivés au Temple_, 37.
-
-[1471] _Ibid._
-
-[1472] Procès-verbal des commissaires, le 23 avril 1792.—_Louis XVII_,
-II, 42, note.
-
-[1473] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1793.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France_, II, 415.
-
-[1474] _Ibid._
-
-[1475] Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1792.—_Le
-comte de Fersen et la Cour de France._
-
-[1476] Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8 avril 1793.—_Ibid._,
-II, 409.
-
-[1477] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 29 janvier
-1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 369.
-
-[1478] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 403.
-
-[1479] Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 403.
-
-[1480] Journal de Fersen, 10 mars 1793.—_Ibid._, II, 65.
-
-[1481] _Ibid._
-
-[1482] Journal du comte de Fersen, 5 avril 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 67.
-
-[1483] _Ibid._, 10 avril 1793, II, 69.—Le secrétaire intime de
-Catherine II, Krapowitzki, écrivait sur son _Journal_ que «le comte
-d'Artois fut très mécontent de la nouvelle de l'arrangement de
-Dumouriez avec Cobourg dans la crainte que «la régence ne tombât entre
-les mains de la Reine».—_Correspondance intime du comte de Vaudreuil_,
-II, 137, note.
-
-[1484] Journal du comte de Fersen, 7 avril 1793.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 67.
-
-[1485] Le comte de Fersen à la Reine, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 408.
-
-[1486] _Ibid._
-
-[1487] Journal de Fersen, 8 avril 1793.—_Le comte de Fersen et la Cour
-de France_, II, 68.
-
-[1488] Fersen au duc de Sudermanie, 29 avril 1793.—_Ibid._, II, 417.
-
-[1489] _Récit des événements arrivés au Temple_, 40.
-
-[1490] _Ibid._
-
-[1491] _Récit des événements arrivés au Temple_, 33.
-
-[1492] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 51.
-
-[1493] _Ibid._, 46, 50, 51.
-
-[1494] _Récit des événements arrivés au Temple_, 38.
-
-[1495] _Récit des événements arrivés au Temple_, 41.
-
-[1496] Mémoires des médicaments fournis au Temple, pendant les mois de
-mai, juin et juillet pour Marie-Antoinette, ses enfants et sa sœure
-(_sic_), par le citoyen Robert, apothicaire, autorisé par la Commune et
-sur les ordonnances du citoyen docteur Thierry. Archives nationales, E,
-629.—_Louis XVII_, 496-499.
-
-[1497] Rapport au duc Decaze, cité par Chantelauze.—_Louis XVII_, 171.
-
-[1498] Registre des délibérations du conseil général de la Commune, 11
-juin 1793.—_Louis XVII_, II, 40, note.
-
-[1499] _Récit des événements arrivés au temple_, 41-42.
-
-[1500] Journal du comte de Fersen, 22 mai 1792.—_Le comte de Fersen et
-la Cour de France_, II, 73.
-
-[1501] Manuscrit inédit du comte de Frotté, cité par M. de la
-Sicotière: dans son beau livre, _Frotté et les insurrections
-normandes_. Paris, Plon, t. Ier, p. 46, 47.—Mme Atkyns fut,
-pendant la Révolution, la correspondante de Frotté, auquel, après la
-mort de la Reine, elle offrit sa fortune pour sauver Louis XVII et sa
-sœur.
-
-[1502] On lit dans le Journal de Louis XVI, à la date du 1er juillet
-1792: «Retour et parfaite conduite de M. de Batz, à qui je redois cinq
-cent douze mille livres.»
-
-[1503] Parmi les fidèles qui se dévouaient alors avec Batz pour sauver
-la Reine, il faut citer la comtesse de Rochechouart, qui avait avancé
-une partie de la somme nécessaire pour acheter des auxiliaires.—_Voir_
-les _Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration, par
-le général comte de Rochechouart, aide-de-camp du duc de Richelieu,
-aide-de-camp de l'Empereur Alexandre Ier, commandant la place de
-Paris, sous Louis XVIII_.—_Mémoires inédits publiés par son fils_,
-Paris, Plon, 1889, p. 2.
-
-[1504] C'était au mois de juin, d'après le baron Hyde de
-Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de Neuville_, p. 72 et
-suiv.
-
-[1505] Parmi ceux qui attendaient dans la rue Charlot se trouvait
-le jeune Hyde de Neuville.—_Mémoires et souvenirs du baron Hyde de
-Neuville_, p. 72 et suiv.
-
-[1506] Eckard. _Mémoires historiques sur Louis XVII_, 169-176.
-
-[1507] _Récit des événements arrivés au Temple_, 43.
-
-[1508] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 367-368.
-
-[1509] _Louis XVII_, II, 90.
-
-[1510] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44.
-
-[1511] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 370.
-
-[1512] _Ibid._, 371, 372.
-
-[1513] _Récit des événements arrivés au Temple_, 44.
-
-[1514] _Ibid._, 44, 45.
-
-[1515] _Ibid._, 45.
-
-[1516] Il est bon de conserver les noms de ces six municipaux; ils
-s'appelaient: Eudes, Gagnant, Armand, Véron, Cellier et Devèze. Les
-trois premiers furent guillotinés, Eudes et Armand le 10 thermidor,
-avec Robespierre, Gagnant, après l'affaire de Grenelle. Ils eurent le
-triste courage de terminer ainsi leur procès-verbal: «La séparation
-s'est faite avec toute la sensibilité que l'on devait attendre dans
-cette circonstance, où les magistrats du peuple ont eu tous les égards
-compatibles avec la sévérité de leurs fonctions.» Registre du conseil
-du Temple, cité par Beauchesne.—_Louis XVII_, II, 64, note.
-
-[1517] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1518] _Révélations de Sénar._
-
-[1519] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47.
-
-[1520] «Silence, Capet, ou je vais montrer aux citoyens comme je te
-travaille, quand tu le mérites,» disait Simon au jeune prince.—_Louis
-XVII_, II, 78.
-
-[1521] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1522] _Récit des événements arrivés au Temple_, 45.
-
-[1523] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374.
-
-[1524] _Récit des événements arrivés au Temple_, 46.
-
-[1525] _Ibid._
-
-[1526] _Ibid._, 46, 47.
-
-[1527] Récit de Mme la duchesse d'Angoulême à Mme la marquise de
-Saint-Maure.—_Louis XVII_, 95, 96.
-
-[1528] _Récit des événements arrivés au Temple_, 47, 49.
-
-[1529] Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 102.—_Dernières années du règne de Louis XVI_, par
-Hue, 446.
-
-[1530] Beaulieu. _Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française._
-
-[1531] Récit de Rosalie Lamorlière.—Campardon. _Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 183.
-
-[1532] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie.—_Ibid._, 58.
-
-[1533] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Ibid._, 183.
-
-[1534] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1535] _Ibid._
-
-[1536] Archives nationales.—De Goncourt. _Histoire de
-Marie-Antoinette_, 436.
-
-[1537] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1538] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 185.
-
-[1539] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de
-Fersen à la Cour de France_, II, 102.
-
-[1540] Archives nationales.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 191.
-
-[1541] _Ibid._
-
-[1542] Beaulieu.—_Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française._
-
-[1543] _Récit des événements arrivés au Temple_, 50.
-
-[1544] _Ibid._, 50, 51.
-
-[1545] On trouve dans les _Mémoires des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie_:
-
-Pour loyer de livres, seize livres, soit 16.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 59.
-
-[1546] _Récit des événements arrivés au Temple_, 53.
-
-[1547] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1548] Archives nationales.—_Louis XVII_, II, 119, note.
-
-[1549] _Récit des événements arrivés au Temple_, 52.
-
-[1550] _Fragments historiques sur le Temple_, par Turgy, 374, 375.
-
-[1551] _Dernières années du règne de Louis XVI_, par Hue, 446, note.
-
-[1552] _Mémoires et correspondance de Mallet du Pan_, II, 497.
-
-[1553] _Ibid._
-
-[1554] _Mémoires historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces
-justificatives, 483, note. On lit aussi dans une note adressée par
-le Comité de Salut public à Fouquier-Tinville cette phrase: «Ne pas
-parler de la femme Janson qui avait gagné Chabot.»—Archives nationales,
-W. 389, dossier 904, 2me partie, pièce 91: citée par M. Léon
-Lecestre dans son remarquable article: _Les tentatives d'évasion de
-Marie-Antoinette au Temple et à la Conciergerie_.—_Revue des questions
-historiques_, avril 1886, p. 551, note.
-
-[1555] Journal du comte de Fersen, fin août 1793.—_Le comte de Fersen
-et la Cour de France_, II, 86-91.
-
-[1556] _Ibid._, 87.
-
-[1557] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye.
-
-[1558] Interrogatoire de la femme Harel.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 15 et 16.
-
-[1559] _Voir_ sa déposition dans l'affaire de l'œillet.—_Ibid._
-
-[1560] Nous nous permettons de renvoyer à un travail publié par
-nous dans la _Revue des questions historiques_ de janvier 1870,
-sous ce titre: _La communion de la Reine à la Conciergerie_. Nous
-croyons y avoir prouvé que des prêtres purent s'introduire dans
-le cachot de la Reine, notamment l'abbé Magnin, plus tard curé de
-Saint-Germain-l'Auxerrois.
-
-[1561] Premier et second interrogatoires de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie._
-
-[1562] _Vie de l'abbé Emery_, I, 362, 363.
-
-[1563] Réquisitoire de Fouquier-Tinville contre Michonis, Dangé,
-etc.—Archives nationales, section judiciaire. W. 297, no 261.
-
-[1564] _Récit des événements arrivés au Temple_, 55.
-
-[1565] Procès instruit à la requête de l'accusateur public contre
-les complices de Batz et de la conspiration de l'étranger.—_Mémoires
-historiques sur Louis XVII_, par Eckard. Pièces justificatives, 479,
-481.
-
-[1566] _Ibid._, 197.
-
-[1567] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 101.
-
-[1568] Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 101.
-
-[1569] _Ibid._
-
-[1570] Interrogatoire de Defraisne.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 33.
-
-[1571] Interrogatoire de Gilbert.—_Ibid._, 23.
-
-[1572] Interrogatoire de Defraisne.—_Ibid._, 33.
-
-[1573] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.—Le gendarme Gilbert dit _un_
-œillet; Rougeville et Fersen, d'après lui, disent _des_ œillets.
-
-[1574] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet,—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23.
-
-[1575] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1576] _Ibid._—Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44.—Interrogatoire de
-Michonis, 26 brumaire an II.—Affaire Michonis. Dangé, etc.—Archives,
-nationales, W, 297, no 261. Cette sortie et cette rentrée de Michonis
-et Rougeville sont attestées par le récit de Fersen qui le tenait de
-Rougeville, par le second interrogatoire de la Reine et par celui de
-Michonis dans l'affaire où il fut condamné à mort. (Affaire Michonis,
-Dangé, etc.) «Avons observé au répondant que non seulement il a mené
-une fois le particulier qu'il a déclaré ne pas connaître dans la
-chambre occupée par la veuve Capet, mais au moins deux fois, ce qui
-est constaté au procès, et que c'est au moins à la seconde fois que
-la veuve Capet a pris et ramassé un billet et un œillet.» «R.—Qu'il
-ne l'y avait mené qu'une seule fois, mais observe qu'étant ressorti
-avec lui, il fut rappelé par l'un des gendarmes, que lui, répondant,
-rentra dans la chambre d'Antoinette, que le particulier y rentra
-également.»—_L'accusée_: «Il est venu (Rougeville) deux fois en
-l'espace d'un quart d'heure.»—Procès de la Reine.—_Marie-Antoinette
-à la Conciergerie_, 301. Gilbert dépose de même «que l'accusée se
-plaignait aux gendarmes de la nourriture qu'on lui donnait, mais
-qu'elle ne voulait pas s'en plaindre aux administrateurs; qu'à cet
-égard, il appela Michonis qui se trouvait dans la cour des Princes
-avec le particulier porteur de l'œillet, et que Michonis est
-remonté.»—_Ibid._, 202.
-
-[1577] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la cour de France_, II, 101.
-
-[1578] Interrogatoire Defraisne.—Affaire de l'œillet.—_Marie-Antoinette
-à la Conciergerie_, 33.
-
-[1579] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1580] Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 47.
-
-[1581] _Le comte de Fersen et la Cour de France_, II, 101.
-
-[1582] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 24.
-
-[1583] D. Nous vous avons demandé si le même homme ne vous avait pas
-fait tenir un billet; vous avez répondu non; le contraire a déposé oui.
-R.—Je réponds que _la seconde fois qu'il est entré dans ma chambre_,
-j'ai appris qu'il y avait un œillet; je n'y avais pas fait assez
-attention pour m'en être aperçue.»
-
-Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—_Ibid._, 44.
-
-[1584] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 44.
-
-[1585] _Ibid._, 43, 44.
-
-[1586] _Ibid._, 46.—Ce petit billet, presque illisible, a été déchiffré
-en 1876 par M. Pilinski, paléographe, pour le livre de M. le comte de
-Reiset.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de
-France_, 170.—C'est lui qui a déchiffré les deux derniers membres de
-phrase.
-
-[1587] Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 23.—Rapport fait par le
-citoyen Gilbert au citoyen Dumesnil.—_Ibid._, 2.
-
-[1588] Interrogatoire de Michonis, Dangé, Lebœuf, etc.—Archives
-nationales, section judiciaire W, 297, no 261.
-
-[1589] Mémoire de Rougeville au comte de Metternich, cité par M.
-Lecestre. _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette._—_Revue des
-questions historiques_, avril 1886, p. 552.
-
-[1590] _Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de
-France_, par le comte de Reiset, 167.
-
-[1591] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 101, 102.
-
-[1592] Citons seulement un passage de son premier interrogatoire.
-D.—Comment, ayant avoué que vous ne désirez que la prospérité et la
-grandeur de la nation française, avez-vous pu manifester un désir aussi
-vif d'employer tous les moyens pour vous réunir à votre famille en
-guerre avec la nation française?
-
-R.—Ma famille, c'est mes enfants; je ne puis être bien qu'avec eux, et
-sans eux, nulle part.
-
-D.—Vous regardez donc comme vos ennemis ceux qui font la guerre à la
-France?
-
-R.—Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire du
-tort à mes enfants.—Premier interrogatoire de la Reine. Affaire de
-l'œillet.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 12.
-
-[1593] On a de Rougeville trois versions de l'affaire de l'œillet.
-Une première fois, le 18 novembre 1793, arrêté comme espion par les
-Autrichiens, il fut interrogé par Fersen qui a consigné dans son
-journal les réponses du prisonnier. Cinq mois plus tard, en avril
-1794, il envoya un mémoire justificatif au comte de Metternich. Enfin,
-en l'an V, il en adressa un autre aux Cinq-Cents. M. Lecestre, dans
-son travail sur _Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette_, s'est
-appuyé sur les deux dernières versions. Nous nous sommes surtout guidés
-d'après la première, qui, étant la plus rapprochée de l'événement,
-nous a paru devoir être la plus exacte et que corroborent d'ailleurs
-les documents officiels. Rougeville, comme le remarque justement M.
-Lecestre, est un peu hâbleur; il aime à poser et il faut se défier
-de certains développements emphatiques de ses mémoires. Fersen le
-jugeait de même et, après l'avoir vu, il écrivait sur son _Journal_:
-«Je trouvai un homme un peu fou, très entiché de lui, de ce qu'il
-fait, se donnant une grande importance, mais pensant bien et nullement
-espion.»—Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—_Le comte de Fersen et la
-Cour de France_, II, 160.
-
-[1594] _Ibid._, II, 102.
-
-[1595] Procès-verbal du département de la police, cité par M. de
-Beauchesne.—_Histoire de Mme Elisabeth_, II, 153, 154, note.
-
-[1596] _Ibid._, II, 154.
-
-[1597] Cette seconde croisée ne fut probablement pas bouchée
-entièrement: Chauveau-Lagarde dit que la lumière pénétrait dans le
-cachot de la Reine par _deux_ petites croisées, garnies de barreaux de
-fer.
-
-[1598] Archives nationales, W, 297, dossier 261, cote
-3ème.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 55-57.
-
-[1599] _Récit exact_, par la veuve Bault, 10.
-
-[1600] _Ibid._, 14.
-
-[1601] _Ibid._, 15.
-
-[1602] _Ibid._, 6.
-
-[1603] _Ibid._, 14.
-
-[1604] _Ibid._, 14.
-
-[1605] _Récit des événements arrivés au Temple._
-
-[1606] _Récit exact_, 7.
-
-[1607] _Ibid._, 7.
-
-[1608] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte
-de Fersen et la Cour de France_, II, 102.—Récit de Rosalie
-Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 195.
-
-[1609] Récit de Rosalie Lamorlière.—_Marie-Antoinette à la
-Conciergerie_, 186.
-
-[1610] _Ibid._, 187.
-
-[1611] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13, 14.
-
-[1612] _Récit exact_, 6.
-
-[1613] Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la
-Conciergerie.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 58.
-
-[1614] Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—_Le comte de
-Fersen et la Cour de France_, II, 102.
-
-[1615] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5.
-
-[1616] _Récit exact_, par la veuve Bault, 5.
-
-[1617] _Ibid._, 9.
-
-[1618] _Ibid._, 5.
-
-[1619] _Récit exact_, par la veuve Bault, 13.
-
-[1620] Nous avons jadis étudié cette question dans un article publié
-par la _Revue des questions historiques_ (janvier 1870) sous ce
-titre: _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_. Quelque
-invraisemblable que paraisse le fait, il nous a semblé appuyé sur des
-témoignages trop formels et trop sérieux pour qu'il ne faille pas
-l'admettre. Le prêtre qui put ainsi, au péril de ses jours, pénétrer
-à la Conciergerie, s'appelait l'abbé Charles Magnin et devint, à la
-Restauration, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois. M. Hyde de Neuville,
-dans ses _Souvenirs_, confirme le fait, et M. F. de Vyré, dans son
-étude sur _Marie-Antoinette_ (Paris, Plon, 1889) en apporte de
-nouvelles preuves.
-
-[1621] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 139-159.—Il semble que le
-complot ait reçu un commencement d'exécution. Basset déclare avoir à sa
-disposition _cinquante-deux_ hommes, casernés à Courbevoie, p. 156.—Or,
-un citoyen Maire dénonce cinquante-deux volontaires qui se sont
-absentés de la caserne de Vanves «la veille de l'exécution de la veuve
-Capet», pour «aider à l'exécution de l'infâme projet de la conspiration
-contre la République».—Extrait d'une lettre de Juille la Roche (le
-dénonciateur) à Leblanc.—_Ibid._, 151.—Il en résulte que le plan fut
-d'enlever la Reine dans le trajet de la Conciergerie à l'échafaud.
-Basset disait avoir gagné quinze cents hommes.
-
-[1622] Le comte de Mercy au prince de Cobourg, 10, 17 et 18
-août.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 403, 406, 407.—La Marck écrivait de même à Mercy: «Il faut
-qu'on comprenne à Vienne ce qu'il y aurait de pénible, j'oserai dire
-de fâcheux pour le gouvernement impérial, si l'histoire pouvait dire
-un jour qu'à quarante lieues d'armées autrichiennes formidables et
-victorieuses, l'auguste fille de Marie-Thérèse a péri sur l'échafaud,
-sans qu'on ait fait aucune tentative pour la sauver. Ce serait une
-tache ineffaçable pour notre empereur.» La Marck à Mercy, 14 septembre
-1793.—_Ibid._, 419.—_Voir_ aussi le journal de Fersen pendant cette
-même période.
-
-[1623] Lire dans Sybel: _Histoire de l'Europe pendant la Révolution
-française_, II, 369 et suiv., le chapitre intitulé: Motifs de Cobourg
-pour ne pas marcher sur Paris. D'après la correspondance de Mercy
-et de Starhemberg, l'inaction de Cobourg aurait été causée par la
-désertion des troupes anglaises, hollandaises et hanovriennes qui
-le quittèrent après la prise de Valenciennes, pour aller faire le
-siège de Dunkerque.—_L'invasion française en Belgique._—_Revue de la
-Révolution_, janvier, février 1886.
-
-[1624] Le comte de Mercy au baron de Thugut, 15 septembre
-1793.—_Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck_, III, 431.
-
-[1625] Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 13 octobre
-1793.—_Ibid._, III, 437, 438.
-
-[1626] _Le Père Duchesne_, no 296.—Aux Jacobins on avait nommé une
-commission pour dresser l'acte d'accusation.
-
-[1627] _Voir_ les détails dans Montjoye. _Histoire de
-Marie-Antoinette_, 477-481.
-
-[1628] Lettre de Fouquier-Tinville au président de la Convention
-nationale, 5 octobre 1793.—Archives nationales, Armoire de fer, dossier
-de Marie-Antoinette.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 63.
-
-[1629] «Chaumette m'interrogea ensuite sur mille vilaines choses dont
-on accusait ma mère. Je répondis avec vérité: cela n'était pas, mais
-une fausse calomnie. Ils insistèrent beaucoup, mais je me tins sur
-la négative, qui était la vérité.»—_Récit des événements arrivés au
-Temple_, 59.
-
-[1630] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-8.
-
-[1631] Chauveau-Lagarde dit qu'il a été prévenu le 14 octobre; c'est
-évidemment une erreur, puisque les débats ont commencé le 14 _au matin_.
-
-[1632] Voici le texte de ce billet, retrouvé dans les papiers de
-Courtois: «Citoyen président, les citoyens Tronçon et Chauveau, que
-le tribunal m'a donnés pour défenseurs, m'observent qu'ils n'ont été
-instruits qu'aujourd'hui de leur mission; je dois être jugée demain
-et il leur est impossible de s'instruire, dans un si court délai, des
-pièces du procès et même d'en prendre lecture. Je dois à mes enfants de
-n'omettre aucun moyen nécessaire pour l'entière justification de leur
-mère. Mes défenseurs demandent trois jours de délai; j'espère que la
-Convention les leur accordera.»—_Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme
-Elisabeth_, VI, 530.
-
-[1633] _Voir_, sur Renaudin, une anecdote épouvantable dans les
-_Révélations de Sénar_, 245.
-
-[1634] _Marie-Antoinette à la Conciergerie_, 98.
-
-[1635] Lettre de Trinchard à son frère. _Ibid._, 99.
-
-[1636] _Révélations de Sénar_, 247.
-
-[1637] Elle y avait dit tout le contraire.
-
-[1638] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1639] Dans une adresse au Roi en date du 9 novembre 1789, adresse
-imprimée par Grangé, rue de la Parcheminerie, et conservée aux Archives
-nationales, Armoire de fer, carton 13, Lecointre commence ainsi:—«Sire,
-_un de vos sujets les plus fidèles_ vient avec confiance déposer aux
-pieds de Votre Majesté l'hommage de son respect. Et il termine en
-demandant à prouver que les habitants de Versailles, dont _il fait
-partie_, sont «_incapables de déplaire au meilleur des Rois_».
-
-[1640] Mme Simon Viennot. _Marie-Antoinette devant le XIXe siècle_,
-Paris, Augé, 1838, II, 351.—Renseignement communiqué par les frères
-Humbert, témoins oculaires.
-
-[1641] Un juré du tribunal révolutionnaire, Vilate, a raconté, dans son
-livre sur les _Causes du 9 thermidor_, que le soir même du supplice
-de la Reine, Robespierre, dînant avec Saint-Just et Barrère, aurait
-manifesté un très vif mécontentement contre «cet imbécile d'Hébert»,
-dont la déposition avait donné à Marie-Antoinette, à son dernier
-moment, «ce triomphe d'intérêt public». Robespierre aurait dès lors
-pris la résolution de se défaire d'un complice si compromettant.
-
-[1642] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-11.
-
-[1643] _Ibid._, 25.
-
-[1644] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-8, note.
-
-[1645] _Ibid._—_Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye,
-512.—_Exposé_ par de Busne.—_Ibid._, 534.
-
-[1646] _Voir_ sur les dépenses du Trianon, le chapitre XVI, tome Ier.
-
-[1647] Voici la liste exacte des objets saisis sur la Reine le 2 août,
-telle qu'elle résulte du procès-verbal d'audience: «Un petit livret
-couvert de moire verte, contenant huit feuillets, dont quatre gommés,
-sur le premier desquels sont écrits au crayon les adresses suivantes:
-_Bréguet, quai de l'Horloge du Palais, no 65_; _Madame Salantin, chez
-Madame Lapassade, rue de Grenelle-Saint-Germain, no 14_; _Mademoiselle
-Vion, rue Saint-Nicaise, chez Mademoiselle Augié, no 22_; _Madame
-Chaumette, rue de Bourgogne, faubourg Saint-Germain, no 44_; _Brunier,
-rue Sainte-Avoye, hôtel Caumartin, no 90_.—Plus un petit portefeuille
-de maroquin rouge, une servante de maroquin vert avec un nécessaire à
-charnières d'acier; une petite boîte en façon de chagrin, contenant
-deux portraits de femme sous verre; une autre petite boîte pareille
-dans laquelle un portrait de femme, qu'elle a déclaré être la Lamballe;
-plus un rouleau de vingt-cinq louis simples en or, une petite boîte
-d'ivoire contenant miroir et quelques papiers sur lesquels il n'y avait
-rien d'écrit, ainsi que quelques petits paquets renfermant des cheveux
-que l'accusé (_sic_) a déclaré être de son époux et de ses enfants.»
-
-[1648] De Goncourt. _Histoire de Marie-Antoinette_, p. 466.
-
-[1649] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 508.
-
-[1650] _Notes sur le procès de Marie-Antoinette_, par Chauveau-Lagarde,
-45.—Mme de Staël avait envoyé de Londres d'éloquentes et courageuses
-_Réflexions sur le procès de la Reine_; elles n'eurent malheureusement
-pas plus de succès que la défense de Chauveau-Lagarde.
-
-[1651] Procès-verbal d'audience.—_Marie-Antoinette à la Conciergerie_,
-118.
-
-[1652] Chauveau-Lagarde croit que la Reine a été «anéantie par la
-surprise» et que «jusqu'au dernier moment elle avait conservé de
-l'espoir».—_Notes sur le procès-verbal de Marie-Antoinette_, 46.—Malgré
-l'autorité d'un tel témoignage, nous avons peine à nous rallier à
-l'opinion du défenseur; il nous semble que depuis longtemps la Reine
-avait perdu toute illusion. En tout cas, si elle a été un moment
-«anéantie par la surprise», le moment de défaillance a été bien court
-et cet étonnement peu visible. Le _Moniteur universel_ et le _Bulletin
-du Tribunal révolutionnaire_ sont d'accord pour dire qu'on ne remarqua
-nulle altération sur le visage de la condamnée, et Chauveau-Lagarde
-lui-même écrit qu'«elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni
-d'indignation, ni de faiblesse».
-
-[1653] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 67, 78.
-
-[1654] A la dernière page d'un exemplaire de l'_Histoire de
-Marie-Antoinette_ par Montjoye, acheté par nous à la vente de M. de
-Beauchesne, se trouve une note manuscrite de M. de Montmerqué, ainsi
-conçue: «Il y avait une lettre de la Reine adressée à Madame, que Louis
-XVIII lui a remise et que vraisemblablement on connaîtra un jour.» Nous
-ne savons sur quoi se basait cette opinion de M. de Montmerqué; mais
-elle nous semble complètement réfutée par les termes même de la lettre
-de la Reine à Mme Elisabeth.
-
-[1655] Cette lettre en effet ne parvint jamais à Mme Elisabeth.
-Remise par le concierge à Fouquier, elle fut saisie chez ce dernier par
-les commissaires de la Convention chargés de visiter ses papiers et
-jointe aux pièces de son procès.—Ce fut là sans doute qu'elle fut prise
-par le Conventionnel Courtois, qui, en 1816, la fit transmettre par une
-personne sûre à Louis XVIII.
-
-[1656] _Récit exact_, par la veuve Bault, 15.
-
-[1657] _Récit des événements arrivés au Temple_, 62.
-
-[1658] _Six journées passées au Temple_, par Moëlle, 68.
-
-[1659] _Ibid._, Nous passons à dessein sous silence une scène
-dramatique et poignante, racontée par Rosalie Lamorlière, servante à
-la Conciergerie, dans les _Mémoires secrets et universels des malheurs
-et de la mort de la Reine de France_: la Reine ne pouvant, même à
-cet instant suprême, obtenir du gendarme qui la garde la permission
-de changer de linge sans témoin. Le récit de Rosalie Lamorlière a
-pour auteur ou tout au moins pour rédacteur Lafont d'Aussonne, qui
-nous est justement suspect, nous avons dit ailleurs pourquoi.—_La
-communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie_, _Revue des questions
-historiques_, 1er janvier 1870. Du reste, si ce récit peut être
-vrai dans sa première partie, jusqu'à l'affaire de l'œillet, il est
-certainement faux en ce qui touche les derniers moments de la Reine.
-Rosalie Lamorlière n'a pu assister cette malheureuse princesse dans
-la douloureuse matinée du 16 octobre, attendu que, depuis que Bault
-avait remplacé Richard, nulle autre femme que la fille de Bault ne
-fut chargée du service de Marie-Antoinette.—_Récit exact_, par la
-veuve Bault, 7. En outre, la Reine ne fut pas ramenée ce jour là dans
-son cachot, mais dans la cellule des condamnés à mort.—_Six journées
-passées au Temple_, par Moëlle, 68. Ajoutons enfin que le récit du
-gendarme Léger, rapporté par Moëlle (_Ibid._), dément formellement
-celui de Rosalie.
-
-[1660] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513.
-
-[1661] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1662] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1663] _La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Revue
-des questions historiques_, janvier 1870.—_Voir_ aussi, sur ce
-sujet, l'étude concluante que M. Victor Pierre vient de publier dans
-la _Revue des questions historiques_, janvier 1890, sous ce titre:
-_Marie-Antoinette à la Conciergerie_.
-
-[1664] _Récit des événements passés au Temple_, 62, 63.
-
-[1665] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 513.
-
-[1666] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1667] _Ibid._
-
-[1668] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 514.
-
-[1669] _Révolutions de Paris_, no 214.
-
-[1670] Le _Père Duchesne_ dit deux à trois cent mille, no 299.
-
-[1671] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.—_Révolutions de Paris_, no 214.
-
-[1672] Lettre de Barthélémy Bimbenet de la Roche, citée par A. de
-Ségur: _Un épisode de la Terreur_. Bimbenet de la Roche était un jeune
-soldat de l'armée de Condé, détenu à la Conciergerie, et qui de son
-cachot vit plusieurs fois passer la Reine pendant ces tristes jours.
-Ses lettres à sa famille ont été publiées par M. de Ségur dans le
-volume cité plus haut. Il mourut lui-même sur l'échafaud avec la foi
-d'un martyr, le 25 février 1794.
-
-[1673] La Reine aurait perdu un de ses souliers en montant à
-l'échafaud; le soulier, ramassé par un homme du peuple, aurait
-été acheté par M. de Guernon-Ranville, père du ministre de
-la Restauration.—_Lettres inédites de Marie-Antoinette et de
-Marie-Clotilde de France_, par le comte de Reiset, 190, 191.
-D'autre part M. Gustave Bord, l'érudit directeur de la _Revue de la
-Révolution_, possède un fragment de la boucle d'un soulier de la Reine:
-la boucle est en soie noire, un peu jaunie par le temps et l'usage;
-ce fragment appartiendrait aussi à un des souliers que la malheureuse
-princesse portait en allant à l'échafaud; il avait été envoyé par le
-baron d'Aubier, valet de chambre de Louis XVI et l'un de ceux qui
-restèrent dévoués à la famille Royale jusqu'à la fin, au baron de
-Breteuil. M. de Reiset, d'ailleurs, comme le baron d'Aubier, s'accorde
-à dire que la Reine avait le pied extrêmement petit.
-
-[1674] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 97.
-
-[1675] Récit d'un témoin oculaire, le vicomte Charles Desfossés, cité
-par Beauchesne dans _Louis XVII_. Le vicomte Desfossés termine sa
-description par ces mots: «Ce portrait fut tracé en rentrant chez moi.»
-
-[1676] _Voir_ le portrait tracé au trait par David.
-
-[1677] _Révolutions de Paris_, no 212.
-
-[1678] _Ibid._, no 214.
-
-[1679] Il n'y eut aucune tentative de ce genre; il y eut probablement
-des espérances, comme cela semble résulter du récit du vicomte
-Desfossés et de la présence à Paris de ces cinquante-deux soldats
-qui avaient quitté la caserne de Vanves la veille de l'exécution.
-En tout cas, il y eut des dévouements qui s'offrirent comme otages
-pour la royale victime. On conserve aux Archives nationales,—section
-judiciaire, Armoire de fer, carton 17, no 179,—la lettre d'un comte de
-Linange qui, le 15 octobre, propose à la Convention d'aller à Vienne
-négocier de la paix avec l'Empereur sur la base de la mise en liberté
-de la Reine.
-
-[1680] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1681] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 515.
-
-[1682] Lettre de Bimbenet de la Roche, citée dans _Un épisode de la
-Terreur_, par A. de Ségur, 68.—Bimbenet ajoute: «Savez-vous de qui nous
-tenons ce trait? De ce prêtre lui-même qui le soir se trouva dans une
-société où tout le monde ne partageait pas ses sentiments, et il fit de
-la Reine le plus pompeux éloge.»—_Ibid._, 69.—L'abbé Girard d'ailleurs
-abjura plus tard ses erreurs et revint au catholicisme.
-
-[1683] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1684] _Révolutions de Paris_, no 212, p. 96.
-
-[1685] _Moniteur_ du 27 octobre 1793.
-
-[1686] _Rougyff_, ou _la France en vedette_, no 35.
-
-[1687] _Histoire de Marie-Antoinette_, par Montjoye, 516.
-
-[1688] Audouin, _Journal universel_, no 1423.
-
-[1689] Cette inscription était ainsi conçue: _Atelier d'armes
-républicaines pour foudroyer les tyrans_.
-
-[1690] Récit du vicomte Desfossés, _Louis XVII_, II, 147.
-
-[1691] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La
-démagogie à Paris en 1793_, 461.
-
-[1692] _Ibid._
-
-[1693] _Révolutions de Paris_, no 212.
-
-[1694] _Le Magicien républicain_, par Rouy, cité par Dauban: _La
-démagogie à Paris en 1793_, 461.
-
-[1695] Cet homme était un ancien gendarme, nommé Maingot, il fut
-arrêté.—_Voir_ sur l'instruction de cette affaire le beau livre de M.
-Campardon, _Marie-Antoinette à la Conciergerie_.
-
-[1696] Discours à la Chambre des Pairs, séance du jeudi 23 février 1816.
-
-[1697] Bernis à Limon, 6 novembre 1793.—_Le cardinal de Bernis depuis
-son ministère_, 539.
-
-[1698] _Mémoires d'un ministre du trésor public_, III, 123.
-
-[1699] Le 11 brumaire an II, 1er novembre 1793.
-
-[1700] Mémoire possédé par M. Fossé d'Arconne, cité par MM. de
-Goncourt.—_Histoire de Marie-Antoinette_, 488.
-
-
-
-
- ┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐
- │ Note de transcription: │
- │ │
- │ La page titre du premier volume donne 1892 comme date de │
- │ publication. │
- │ │
- │ Corrections: │
- │ p. 73: La fayette ⟶ Lafayette. │
- │ p. 190: 20 avril 1771 ⟶ 20 avril 1771. │
- │ pp. 192 et 194: juin 1701 ⟶ juin 1791. │
- │ p. 339: si on l'enfermerait... ⟶ si on l'enfermait.... │
- │ p. 339: si on la traduirait... ⟶ si on la traduisait.... │
- │ │
- │ Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été │
- │ rajoutés: p. 91 note 268, p. 198 note 596. │
- │ │
- │ Page 84 a trois numéros de notes (1, 2, 2, renumérotés 245, 246, │
- │ 246a) mais seulement deux notes. │
- │ │
- │ Page 392 a deux numéros de notes (1, 2, renumérotés 1101, 1101a) │
- │ mais seulement une note. │
- │ │
- │ Erreurs non-corrigées: │
- │ p. 380: ... sans les yeux du Roi.... Sous les yeux? Dans les yeux? │
- │ p. 505: ... Le 1er août.... Ou ... le 1er avril.... Les deux dates │
- │ apparaissent dans des éditions différentes. │
- │ Note 856, p. 293: 36 septembre 1791. Devrait possiblement être 26? │
- │ Note 1090, p. 385: Le numéro de page manque. │
- │ Note 1281, p. 436: Le numéro de page est illisible. Peut-être 331? │
- └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2
-(of 2), by Maxime de La Rocheterie
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
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- The Project Gutenberg eBook of Histoire de Marie-Antoinette, by Maxime de La Rocheterie.
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- </head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of
-2), by Maxime de La Rocheterie
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2 (of 2)
-
-Author: Maxime de La Rocheterie
-
-Release Date: November 13, 2016 [EBook #53503]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Christian Boissonnas and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="transnote">
-<p class="ac noindent">Note de transcription:</p>
-<p class="noindent">Ce livre a été édité en deux volumes dont celui-ci est le deuxième.
- Le premier volume a été sorti sous le numéro Projet Gutenberg ebook #53502, disponible
- à <a href="http://www.gutenberg.org/ebooks/53502">
- http://www.gutenberg.org/ebooks/53502</a></p>
-<p class="noindent">Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
- L'orthographe et la ponctuation d'origine ont été conservées et n'ont pas été harmonisées.</p>
-<p class="noindent">Voir la note plus détaillée <a href="#NOTE_DE_TRANSCRIPTION">à la fin de
- ce livre</a>.</p>
-<p class="noindent">La Table des Matières se trouve <a href="#TABLE_DES_MATIERES">ici</a>.</p>
-</div>
-
-<p class="ac noindent p6">HISTOIRE<br /><br />
-<span class="xx-smaller">DE</span><br /><br />
-<span class="x-larger">MARIE-ANTOINETTE</span></p>
-
-
-<hr class="chap" />
-
-<h1>
-HISTOIRE<br />
-<br />
-<span class="xx-smaller">DE</span><br />
-<br />
-<span class="x-larger">MARIE-ANTOINETTE</span></h1>
-
-<p class="ac xx-smaller noindent">PAR</p>
-
-<p class="ac noindent p2">MAXIME DE LA ROCHETERIE</p>
-
-<hr class="sect" />
-<p class="ac noindent">TOME DEUXIÈME</p>
-
-<div class="figcenter"><a name="i_003.jpg" id="i_003.jpg"></a>
- <img src="images/i_003.jpg" width="150" height="81"
- alt="Publisher's logo." />
-</div>
-
-<p class="ac noindent larger">PARIS</p>
-<p class="ac noindent xx-smaller">LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER</p>
-<p class="ac noindent">PERRIN ET C<sup>ie</sup>, LIBRAIRES-ÉDITEURS</p>
-<p class="ac noindent xx-smaller">35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35</p>
-<p class="ac noindent x-smaller">1890</p>
-<p class="ac noindent xx-smaller">Tous droits réservés</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">[p. 1]</a></span></p>
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_PREMIER" id="CHAPITRE_PREMIER"></a>CHAPITRE PREMIER</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Les États généraux.—Impopularité de la Reine au milieu de
-l'enthousiasme général.—Ouverture des États généraux.—Pressentiments
-de la Reine.—Les bougies qui s'éteignent.—Mort du
-premier Dauphin.</p></div>
-
-
-<p>Nous abordons maintenant la période militante de
-la vie de Marie-Antoinette. Nous le ferons, comme
-pour le reste de cette histoire, avec la plus complète
-impartialité, mais avec une impression de mélancolie
-que nous ne ressentions pas au même degré dans la
-première partie de ce travail. Jusqu'ici, malgré les
-nuages passagers qui assombrissent son ciel bleu,
-malgré de noirs pressentiments et des tristesses
-contenues, nous avons vu la Reine relativement
-heureuse: elle a encore pour elle l'éblouissement de
-la jeunesse et la majesté de la couronne. Si l'on marche
-à l'abîme, on y marche lentement, et l'éclat du
-trône, le rayonnement de la maternité dissimulent
-à demi le gouffre béant. Aujourd'hui, les voiles se
-<span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">[Pg 2]</a></span>
-déchirent; le danger apparaît, pressant, inexorable,
-et, sur le front même de la mère, un nouveau rayon
-va s'éteindre. La reine de Trianon a disparu; la
-reine de Versailles va disparaître; voici venir la
-reine des Tuileries, en attendant la reine du Temple
-et de la Conciergerie. La souveraine se dépouille,
-mais la femme grandit; son caractère se retrempe,
-et l'épreuve la transfigure. Toutes les qualités vigoureuses,
-contenues en germe dans sa nature, et que la
-bonne fortune avait comme cachées sous le vernis
-plus séduisant des qualités aimables, la dignité fière,
-la vaillance intrépide, le mépris du danger, l'élan,
-l'indomptable fermeté d'âme se développent et s'accusent
-en saillie; la femme élégante fait place à la
-femme forte; le pastel de Boucher devient une peinture
-de Rembrandt et, pour nous servir du mot de
-Mirabeau, à partir de 1789, auprès du Roi, il n'y a
-plus qu'un homme, c'est la Reine. Si le génie politique
-ne fut pas à la hauteur du caractère, si Marie-Antoinette,
-malgré son viril courage, s'épuisa en
-efforts impuissants et souvent mal conçus, c'est que,
-pour dominer des situations aussi difficiles que la
-sienne, le courage ne suffit pas; il faut avoir été
-préparé à la lutte par une éducation et une expérience
-qui lui manquèrent<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a>
-<a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>; c'est aussi peut-être
-que, dans les insondables desseins de sa justice,
-Dieu se réserve parfois des victimes éclatantes et
-pures, dont la chute commande le respect.</p>
-
-<p>Et cependant, au printemps de 1789, qui eût pu
-prévoir ces sanglantes extrémités? Tout était à l'espérance;
-on rêvait de l'âge d'or. Il est difficile aujourd'hui
-<span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">[Pg 3]</a></span>
-de se faire une idée du tressaillement qui s'était
-emparé de la France, à l'approche des États généraux.
-A tout prendre, quels qu'eussent été les désordres
-qui avaient précédé, quels que fussent les germes
-de discorde contenus dans certains cahiers, ce
-qui dominait dans cette émotion, c'était la confiance.
-La nation, qu'un siècle de révolutions n'avait point
-encore rendue sceptique, avait foi dans cette monarchie
-qui l'avait faite, dans cette dynastie sortie de
-ses entrailles, qui lui avait donné, avec Henri IV,
-la paix; avec Louis XIV, la gloire. Elle avait foi
-dans ce souverain, jeune encore, qui n'avait jamais
-eu d'autre préoccupation que celle du bonheur de
-son peuple et qui ne demandait qu'à lui faire l'abandon
-de son pouvoir absolu, «le meilleur de tous les
-rois», disait un cahier
-<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a>
-<a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>, et dont tous célébraient
-«la bonté paternelle»; dans «l'immortel Necker
-<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a>
-<a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>,»
-ce ministre «si précieux à la France
-<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a>
-<a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>,» cet habile
-financier que l'opinion publique non moins que le choix
-du monarque avait porté au pouvoir; dans ce Tiers-État
-qui, sans être appelé pour la première fois, comme
-on le répétait faussement, à la vie publique, semblait
-destiné à prendre dans les affaires, grâce à sa double
-représentation et avec l'assentiment de la royauté,
-une part prépondérante; dans ces privilégiés même,
-qui paraissaient prêts à sacrifier tout au moins leurs
-privilèges pécuniaires. De tous côtés on saluait avec
-enthousiasme cette ère nouvelle qui s'ouvrait. Avec
-un Roi ferme, avec un homme d'État sachant ce qu'il
-voulait et déterminé à l'accomplir, cette confiance
-<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">[Pg 4]</a></span>
-était une force incomparable. Avec un prince faible
-comme Louis XVI, avec un ministre irrésolu comme
-Necker, elle était un effroyable danger. L'opinion, surexcitée
-par l'anarchie des six mois qui avaient précédé
-la réunion des États, disposée par son inexpérience
-à accepter toutes les utopies, poussée par son caractère
-propre à en vouloir la réalisation immédiate,
-devait avoir des exigences d'autant plus grandes qu'on
-lui promettait davantage, des impatiences d'autant
-plus irritables que ses espérances étaient plus vives
-et paraissaient plus fondées.</p>
-
-<p>Au milieu de cette satisfaction générale, il y avait
-un point noir: c'était la Reine. Les acclamations
-qui saluaient le Roi se taisaient devant sa femme.
-La calomnie avait fait son œuvre, et tous ces nobles
-de province, ces curés de campagne, ces bourgeois
-de petites villes, qui composaient l'immense majorité
-des Etats, arrivaient des extrémités de la France,
-imbus des plus détestables préjugés contre l'infortunée
-princesse. Les pamphlets que la malignité
-avait vomis contre elle, ces rumeurs vagues et mystérieuses
-qui circulent partout, colportées à voix
-basse sans qu'on puisse saisir d'où elles émanent,
-d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus vagues,
-d'autant plus acceptées qu'elles sont plus méchantes
-et plus absurdes, avaient si souvent répété que la
-Reine était l'auteur de tout le mal, qu'on s'était habitué
-à voir en elle, avec la cause du déficit, le seul
-obstacle sérieux à des réformes efficaces. «La Reine
-pille de tous côtés, pour envoyer même, dit-on, à
-son frère l'Empereur,» écrivait, en 1787, sur son
-registre paroissial, un prêtre du Maine
-<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a>
-<a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>, et il attribuait
-<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">[Pg 5]</a></span>
-à ces dilapidations prétendues le motif de la réunion
-des Notables. Si, dès 1787, de pareils bruits
-avaient pénétré jusqu'au fond des campagnes et
-trouvé créance près d'hommes éclairés comme le
-curé Boucher, on juge de ce que cela devait être
-deux ans plus tard, en 1789, lorsque la convocation
-des États généraux eut surexcité les esprits. Qu'il
-se rencontrât sur la route de ces Etats des obstacles
-inévitables, que des promesses imprudentes ne pussent
-se réaliser, que les réformes annoncées échouassent,
-c'était à Marie-Antoinette que les impatiences de l'opinion
-et la malveillance toujours en éveil devaient
-s'en prendre: on lui imputerait tout le mal qui se
-ferait, tout le bien qui ne se ferait pas.</p>
-
-<p>Les symptômes de cette méfiance éclatèrent dès le
-début. «Les députés du Tiers, raconte M<sup>me</sup> Campan,
-arrivaient à Versailles avec les plus fortes préventions
-contre la Cour. Les méchants propos de Paris
-ne manquaient jamais de se répandre dans les provinces;
-ils croyaient que le Roi se permettait les plaisirs
-de la table jusqu'à des excès honteux; ils étaient persuadés
-que la Reine épuisait les trésors de l'Etat
-pour satisfaire au luxe le plus déraisonnable; presque
-tous voulurent visiter le Petit Trianon. L'extrême
-simplicité de cette maison de plaisance ne répondant
-pas à leurs idées, quelques-uns insistèrent
-pour qu'on leur fît voir jusqu'aux moindres cabinets,
-disant qu'on leur cachait les pièces richement meublées.
-Enfin ils en indiquèrent une qui, selon eux,
-devait être partout ornée de diamants, avec des colonnes
-torses mélangées de saphir et de rubis. La
-Reine ne pouvait revenir de ces folles idées et en
-entretint le Roi qui, à la description que ces députés
-avaient faites de cette chambre aux gardiens
-de Trianon, jugea qu'ils cherchaient la décoration
-<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">[Pg 6]</a></span>
-de diamants de composition qui avait été faite, sous
-le règne de Louis XV, pour le théâtre de Fontainebleau
-<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a>
-<a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>.»</p>
-
-<p>Le 4 mai, eut lieu à Versailles la procession solennelle
-qui devait précéder l'ouverture des États
-généraux. On ne croyait pas alors qu'il fût inutile
-d'appeler la bénédiction de Dieu sur les travaux d'une
-grande Assemblée; la cérémonie religieuse préludait
-à la cérémonie politique. Le temps, pluvieux la
-veille, s'était mis au beau
-<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a>
-<a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>; une foule énorme de
-peuple remplissait les rues; les fenêtres, louées à prix
-d'or, étaient garnies de curieux, accourus de toutes
-parts. A dix heures, le Roi quitta le Château, accompagné
-de la Reine, de la famille royale et des principaux
-officiers de la couronne, pour se rendre en
-grand équipage à l'église Notre-Dame. «Les chevaux,
-magnifiquement harnachés, avaient la tête
-couverte de hauts plumets. Toute la Maison du Roi,
-les écuyers, les pages à cheval, la fauconnerie, l'oiseau
-sur le poing, précédaient le superbe cortège
-<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a>
-<a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>.»
-Dans l'église, les députés attendaient: le Tiers, vêtu
-de noir, avec un petit manteau de soie, cravate de
-mousseline blanche, cheveux flottants et chapeau
-retroussé de trois côtés, sans ganse ni boutons, ce
-qu'on nommait alors chapeau clabaud
-<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a>
-<a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>; la Noblesse,
-en manteau à parements d'or et chapeaux relevés à
-la Henri IV, avec plumes blanches; le Clergé, en
-soutane et grand manteau, les cardinaux en chape
-rouge, les évêques en rochet et camail, soutane violette
-et bonnet carré
-<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a>
-<a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>. La procession commença, le
-Tiers en tête, sur deux lignes parallèles, puis la
-<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">[Pg 7]</a></span>
-Noblesse, puis le bas Clergé; les évêques entouraient
-le Saint-Sacrement
-<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11">
-</a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>, porté par l'archevêque de
-Paris, sous un dais somptueux, dont Monsieur, le
-comte d'Artois, le duc d'Angoulême et le duc de Berry
-tenaient les cordons. Derrière le dais, marchait le
-Roi, en habit de drap d'or couvert de pierreries, un
-cierge à la main
-<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a>
-<a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>. Près de lui, la Reine, magnifiquement
-vêtue, la coiffure entrelacée de fleurs de
-couronnes impériales
-<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a>
-<a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>. «Son air triste, dit un témoin
-oculaire, ajoutait encore à son maintien si noble
-et si digne
-<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a>
-<a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>.»</p>
-
-<p>Le cortège s'avançait à travers les rues garnies de
-riches tentures, entre deux haies de troupes, formées
-par les gardes françaises et les gardes suisses, au
-milieu d'une foule innombrable de spectateurs. Des
-chœurs, disposés de distance en distance, faisaient
-retentir l'air de leurs accords. «Les marches militaires,
-le bruit des tambours, le son des trompettes,
-le chant noble des prêtres, tour à tour entendus
-sans discordance, sans confusion, animaient cette
-marche triomphale de l'Eternel
-<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a>
-<a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>.»</p>
-
-<p>Lorsque la députation du Dauphiné passa, des acclamations
-frénétiques la saluèrent; elles reprirent
-avec plus de force à la vue du duc d'Orléans, qui,
-dédaigneux de se ranger parmi les princes du sang,
-avait affecté de prendre place parmi les députés de
-son bailliage
-<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a>
-<a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>. Démonstration menaçante qui renfermait
-au fond moins de sympathie que de haine;
-ce n'était pas le prince qu'on applaudissait, c'était
-<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">[Pg 8]</a></span>
-la Reine qu'on voulait conspuer, et le ton même de
-ces cris en soulignait l'intention. «Des femmes du
-peuple, raconte M<sup>me</sup> Campan, en voyant passer la
-Reine, crièrent: <i>Vive le duc d'Orléans!</i> avec des
-accents si factieux» que, devant ces applaudissements,
-qui étaient une insulte, la pauvre femme faillit
-s'évanouir. On la soutint et ceux qui l'environnaient
-craignirent un moment qu'on ne fût obligé
-d'arrêter la marche de la procession. Elle se remit et
-eut, dit-on, un vif regret de n'avoir pu éviter les
-effets de ce saisissement
-<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a>
-<a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>. Mais elle fut profondément
-blessée d'une manifestation dont elle sentait
-bien la portée et dont l'inconvenance avait froissé le
-sentiment chevaleresque d'un républicain. S'il faut
-en croire Gouverneur Morris, M<sup>me</sup> Adélaïde eut le
-triste courage de joindre à cette explosion populaire
-l'ironie de ses sarcasmes
-<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a>
-<a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
-
-<p>De Notre-Dame, le cortège se rendit à l'église
-Saint-Louis: les députés s'assirent sur des banquettes;
-le Roi et la Reine prirent place sous un
-dais de velours violet, semé de fleurs de lys d'or
-<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a>
-<a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>.
-Le Saint-Sacrement fut porté à l'autel au son de «la
-plus expressive musique
-<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a>
-<a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>». L'archevêque de Paris
-célébra la messe; l'évêque de Nancy, M<sup>gr</sup> de la Fare,
-prononça le discours. Lorsque l'orateur, au milieu
-de mouvements éloquents, vint à tracer le tableau
-des maux occasionnés par la gabelle, des battements
-de mains éclatèrent de toutes parts. Ce fait, inouï
-jusque-là, des applaudissements dans une église, en
-présence du Saint-Sacrement exposé, impressionna
-vivement les spectateurs qui en tirèrent des pronostics
-<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">[Pg 9]</a></span>
-sinistres: on se demandait avec inquiétude si
-ceux qui avaient si peu de respect pour Dieu dans
-son temple en auraient plus pour la royauté dans
-son palais
-<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a>
-<a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
-
-<p>Le lendemain, l'ouverture des États généraux se
-fit solennellement dans la salle des Menus-Plaisirs,
-qui avait déjà servi à l'Assemblée des Notables. La
-salle, magnifiquement décorée sur les dessins de
-Pâris, dessinateur du cabinet du Roi, offrait un coup
-d'œil imposant. Au fond, le trône garni de longues
-franges d'or; à gauche du trône, un grand fauteuil
-pour la Reine et des tabourets pour les princesses;
-à droite, des pliants pour les princes. Dans la longueur
-de la salle, à droite, des banquettes pour le
-Clergé; à gauche, pour la Noblesse; à l'extrémité, en
-face du trône, pour le Tiers-État. Tout autour, des
-gradins et des tribunes, remplis de plus de deux
-mille spectateurs. Entre neuf et dix heures, les députés
-commencèrent à arriver, puis les secrétaires
-d'État et les ministres, les gouverneurs de provinces,
-les lieutenants généraux, tous en grand costume.
-M. Necker seul, par une singularité qui voulait être
-et qui fut remarquée, était en habit de ville; il fut
-applaudi à son entrée. Comme lui, le duc d'Orléans
-et la députation du Dauphiné, déjà acclamés la veille,
-le furent encore ce jour-là. «Quelques mains, raconte
-Grimm, se disposaient à rendre le même
-hommage à la députation de Provence; mais elles
-furent arrêtées par un murmure désapprobateur dont
-l'application personnelle ne put échapper à la sagacité
-de M. le comte de Mirabeau
-<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a>
-<a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>.»</p>
-
-<p>Quand le Roi fit son entrée, toute la salle se leva,
-<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">[Pg 10]</a></span>
-et les cris de <i>Vive le Roi!</i> éclatèrent «avec l'effusion
-de cœur la plus touchante et l'attendrissement
-le plus respectueux». La Reine l'accompagnait,
-«mise à merveille, dit un témoin, un seul bandeau
-de diamants, avec la belle plume de héron, l'habit
-violet et la jupe blanche en pailleté d'argent
-<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a>
-<a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>.»
-Mais la même froideur menaçante, qui l'avait accueillie
-pendant la procession, l'accueillait encore
-dans la salle des Menus, malgré son émotion visible
-<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a>
-<a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>.
-«Pas une voix ne s'élève pour elle, raconte
-Gouverneur Morris. Si j'étais Français, j'aurais certainement
-élevé la mienne; mais je n'ai pas le droit
-d'exprimer un sentiment et je sollicite en vain ceux
-qui sont près de moi de le faire
-<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a>
-<a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a>.»</p>
-
-<p>Louis XVI lut son discours d'une voix ferme et
-avec une grande dignité
-<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a>
-<a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>. Au moment de le commencer,
-il avait invité la Reine à s'asseoir; elle le
-refusa par une profonde révérence, et écouta debout
-comme toute l'assemblée
-<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a>
-<a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>. Après ce discours, qui
-n'était qu'un appel à la sagesse et à la modération,
-et qui en donnait l'exemple, le garde des sceaux,
-M. de Barentin, rappela les sacrifices que le Roi
-avait faits et ceux qu'il était disposé encore à faire
-«pour établir la félicité générale sur la base sacrée
-de la liberté publique
-<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a>
-<a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>». Il indiqua en quelques
-mots les réformes à opérer et les questions à résoudre,
-mais sans indiquer la solution et sans laisser
-pressentir que le ministère eût un plan, sauf la répartition
-de l'impôt et l'abandon des privilèges pécuniaires.
-Puis Necker, dans un rapport qui dura
-<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">[Pg 11]</a></span>
-près de trois heures, exposa la situation des finances
-et accusa un déficit de cinquante-six millions. «Sa
-longue énumération de chiffres, dit l'éminent historien
-de Louis XVI, éteignit l'enthousiasme qu'avait
-produit le langage du Roi
-<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a>
-<a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>.» Des acclamations
-saluèrent pourtant encore la sortie du monarque;
-aux cris de <i>Vive le Roi!</i> se mêlèrent même quelques
-cris de <i>Vive la Reine!</i> Celle-ci y répondit par une
-révérence qui redoubla les acclamations
-<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a>
-<a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>; mais il
-était aisé de remarquer, dit un témoin, que ces applaudissements
-étaient surtout un hommage rendu
-au Roi
-<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31">
-</a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
-
-<p>Dès ce jour même, et à l'issue de la séance, les
-difficultés commençaient. Imprévoyance ou ignorance
-du cœur humain, on avait soulevé les passions,
-et mis les vanités aux prises, sans s'inquiéter
-même de diriger le conflit. En accordant au
-Tiers une double représentation, qui lui donnait
-ainsi un rôle prépondérant, on avait comme à plaisir
-irrité sa fierté. En abandonnant ce qui semblait
-être un des principes fondamentaux de l'ancienne
-constitution des Etats, on en avait conservé les formes
-les plus surannées. Par une réglementation puérile,
-par des différences de costume et d'étiquette,
-on froissait au dernier point l'amour-propre du Tiers,
-au moment même où l'on doublait son importance.
-Le mécontentement ne se fit pas attendre, et les prétentions
-s'affichèrent en même temps. Au lieu de se
-retirer, comme les deux autres Ordres, dans le local
-qui lui était réservé, le Tiers, après la séance royale,
-resta dans la chambre des Menus, s'en emparant en
-quelque sorte et semblant ainsi résumer et personnifier
-<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">[Pg 12]</a></span>
-à lui seul les États généraux tout entiers.
-Puis la grosse question de la vérification des pouvoirs,
-de la délibération par ordre ou par tête se posa
-immédiatement, jetant un brandon de discorde
-entre les trois Ordres, soulevant les passions, aigrissant
-les esprits, amenant des représailles, qu'entretenaient
-encore les excitations du dehors, sans
-que le gouvernement, qui n'avait pas su prévenir
-ces tiraillements, intervînt d'une façon efficace pour
-les faire cesser. Ainsi commençait à se creuser,
-entre une royauté qui paraissait impuissante et une
-Assemblée qui tendait manifestement à s'emparer du
-pouvoir, le gouffre où devait sombrer la monarchie.</p>
-
-<p>Cette situation attristait profondément Marie-Antoinette.
-Vainement s'était-elle efforcée de se concilier
-les sympathies des députés. Vainement avait-elle
-ordonné que ses jardins de Trianon, ceux de Versailles,
-le Château, leur fussent ouverts à toute heure.
-Vainement avait-elle fait remettre à chacun d'eux
-une carte qui leur donnait entrée gratuite aux
-spectacles de la ville et de la Cour
-<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a>
-<a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>. Les rares
-députés qui avaient cru pouvoir répondre à ces
-avances étaient signalés aux vengeances populaires
-comme des séides de la Reine et des ennemis de
-la nation. La pauvre souveraine était navrée et
-je ne sais quels pressentiments sinistres agitaient
-son esprit. Une anecdote, rapportée par M<sup>me</sup> Campan,
-donne bien l'idée de ce douloureux état d'âme:</p>
-
-<p>«La Reine, dit-elle, se couchait très tard, ou plutôt
-cette infortunée princesse commençait à ne plus
-goûter de repos. Vers la fin de mai, un soir qu'elle
-était assise au milieu de la chambre, elle racontait
-<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">[Pg 13]</a></span>
-plusieurs choses remarquables, qui avaient eu lieu
-pendant le cours de la journée. Quatre bougies
-étaient placées sur sa toilette; la première s'éteignit
-d'elle-même; je la rallumai bientôt; la seconde,
-puis la troisième s'éteignirent aussi; alors la Reine,
-me serrant la main avec un mouvement d'effroi, me
-dit: «Le malheur peut rendre superstitieuse, si
-cette quatrième bougie s'éteint comme les autres,
-rien ne pourra m'empêcher de regarder cela
-comme un sinistre présage.»....... La quatrième
-bougie s'éteignit.»</p>
-
-<p>«On fit observer à la Reine que les quatre bougies
-avaient été probablement coulées dans le même
-moule, et qu'un défaut à la mèche s'était naturellement
-trouvé au même endroit, puisque les bougies
-s'étaient éteintes dans l'ordre où on les avait allumées
-<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a>
-<a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine ne voulut rien entendre, et avec cette
-impression indéfinissable dont les cœurs les plus forts
-ne savent souvent pas se défendre aux heures de
-crise, elle s'absorba dans ses lugubres pressentiments.</p>
-
-<p>Les événements, hélas! semblaient donner raison
-à ces craintes superstitieuses. Quelques jours à peine
-s'étaient écoulés et la première de ces lumières qui
-paraissaient destinées à éclairer l'horizon de la France,
-allait s'éteindre. Le Dauphin mourait à Meudon.</p>
-
-<p>Une enfance délicate, une constitution rachitique,
-et plus encore peut-être cette précocité d'intelligence
-et ce développement du cœur, par lesquels il semble
-que la Providence veuille compenser la brièveté de
-la vie, faisaient depuis trop longtemps prévoir ce
-douloureux événement. Malgré les soins dévoués de
-la duchesse de Polignac, malgré l'existence au grand
-<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">[Pg 14]</a></span>
-air et en toute liberté que la Reine avait voulue
-pour ses enfants, sans les aises qui amollissent et
-l'étiquette qui comprime, le jeune prince n'avait jamais
-pu acquérir la vigueur de tempérament qui
-paraissait l'apanage de sa famille, et que son jeune
-frère, le duc de Normandie, possédait au suprême
-degré. Etait-ce la conséquence de sa nature trop
-frêle, comme le pensait sa mère, ou la suite d'une
-inoculation mal réussie, dont l'éruption avait été
-brusquement interrompue par une émotion trop forte,
-comme l'a écrit le secrétaire de son gouverneur, le
-duc d'Harcourt
-<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a>
-<a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a>? Toujours est-il que, lorsqu'au
-moment de son passage des mains des femmes dans
-celles des hommes, le Dauphin, âgé de six ans, fut
-soumis, suivant la règle, à l'examen de la Faculté,
-les témoins durent constater avec tristesse une difficulté
-dans la marche, une tendance à la difformité,
-une faiblesse dans la constitution tout entière, qui
-ne permettait guère les longs espoirs
-<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a>
-<a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>. Triste dès
-son lever, l'enfant ne reprenait un peu de vie qu'après
-sa toilette terminée, mais jamais la vie d'un enfant
-bien portant.</p>
-
-<p>«Mon fils aîné me donne bien de l'inquiétude,
-écrivait la Reine le 22 février 1788... Sa taille s'est
-dérangée, et pour une hanche qui est plus haute que
-l'autre, et pour le dos dont les vertèbres sont un peu
-déplacées et en saillie. Depuis quelque temps, il a
-toujours la fièvre et est fort maigre et affaibli
-<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a>
-<a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>.»
-Mais, avec cette puissance d'illusions que l'amour
-donne aux mères, elle se figurait que ce n'était qu'un
-accident passager, dû à la dentition et à la croissance,
-<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">[Pg 15]</a></span>
-et que le grand air triompherait de ces mauvaises
-dispositions, de même qu'il avait triomphé déjà de la
-faiblesse de Louis XVI, frêle dans ses premières
-années, comme l'était son fils
-<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a>
-<a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>. L'enfant fut en effet
-établi à Meudon, au commencement d'avril. Sous
-l'influence du changement, du printemps, de l'air,
-de l'espace, il parut un moment se remettre; la gaîté,
-l'appétit revenaient; les forces augmentaient, et la
-pauvre mère se sentait renaître à la confiance
-<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a>
-<a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>. Confiance
-bien fugitive, car, trois mois après, elle était
-réduite à écrire: «Mon fils a des alternatives de
-mieux et de pire, qui, sans détruire l'espérance, ne
-permettent pas d'y compter
-<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a>
-<a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>.» Le mal faisait des
-progrès rapides; le dos se voûtait; la taille se déformait;
-les jambes étaient si faibles que le jeune malade
-ne pouvait plus marcher sans être soutenu
-<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a>
-<a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a>, ni
-se promener sans être monté sur un âne
-<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a>
-<a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a>. Les remèdes
-n'opéraient plus; la gangrène gagnait l'épine
-dorsale
-<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a>
-<a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>; la figure s'allongeait et prenait
-cette expression
-de douleur et d'angoisse qui navre tant chez
-un enfant. L'intelligence était nette encore; le goût
-de la lecture très vif; l'esprit semblait vivre aux
-dépens du corps
-<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a>
-<a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>. Mais, sous l'aiguillon de la souffrance,
-le caractère s'était aigri, et s'il faut en croire
-M<sup>me</sup> Campan, le prince témoignait une véritable
-antipathie à son ancienne gouvernante, M<sup>me</sup> de Polignac
-<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a>
-<a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a>.
-Du moins restait-il d'une tendresse touchante
-pour sa mère
-<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a>
-<a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>. On eût dit qu'avant de la quitter, il
-<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">[Pg 16]</a></span>
-voulait lui donner tout ce qu'il avait d'affection dans
-le cœur. Il la suppliait de demeurer près de lui, et
-pour lui faire plaisir, elle restait parfois à dîner dans
-sa chambre. Hélas! la pauvre mère avalait plus de
-larmes que de pain
-<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a>
-<a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a>.</p>
-
-<p>Le 4 mai 1789, ce ne fut que du haut d'un balcon
-de la petite écurie, couché sur un monceau de coussins,
-que l'héritier du trône put assister à la procession
-des États généraux
-<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a>
-<a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>. Un mois après, il n'était
-plus.</p>
-
-<p>La veille de sa mort, vers quatre ou cinq heures
-du soir, comme son père venait de Versailles pour
-le voir, le duc d'Harcourt envoya son secrétaire
-supplier le prince de ne pas entrer. «Le Roi,» raconte
-un témoin oculaire, s'arrêta de suite en s'écriant,
-en sanglotant: «Ah! mon fils est mort!»—«Non,
-Sire, répondis-je, il n'est pas mort, mais il est au
-plus mal.» Sa Majesté se laissa tomber sur le fauteuil
-près de la porte. La Reine entra presqu'aussitôt,
-se précipita à genoux entre ceux du Roi, qui, en
-pleurant, lui cria: «Ah! ma femme, notre cher enfant
-est mort, puisqu'on ne veut pas que je le voie!»
-Je répétai qu'il n'était pas mort. La Reine, en répandant
-un torrent de larmes et toujours les deux bras
-appuyés sur les genoux du Roi, lui dit: «Ayons du
-courage, mon ami; la Providence peut tout, et
-espérons encore qu'elle nous conservera notre fils
-bien aimé.» Tous deux se levèrent et reprirent la
-route de Versailles
-<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a>
-<a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
-
-<p>Et l'auteur de ce récit touchant, sans appareil et
-<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">[Pg 17]</a></span>
-sans phrases, ajoute: «Cette scène fut pour moi
-admirable, cruellement douloureuse, et ne sortira
-jamais de ma mémoire.»</p>
-
-<p>Quelques heures plus tard, dans la nuit du 3 au 4
-juin, l'objet de tant de joie, devenu l'objet de tant de
-larmes, n'existait plus, et le pauvre monarque écrivait
-sur son journal: «Jeudi 4, mort de mon fils à
-une heure du matin. La messe en particulier à huit
-heures trois quarts. Je n'ai vu que ma Maison et les
-princes à l'ordre.» Le 8, les honneurs furent rendus
-au Dauphin à Meudon; douze archevêques et évêques,
-accompagnés de douze curés, douze gentilshommes,
-vingt-huit membres du Tiers-État représentèrent
-leurs Ordres respectifs à cette triste cérémonie. Dès
-le 4, Bailly, doyen du Tiers-État, s'était présenté
-au Château, au nom de son Ordre, pour «témoigner
-au Roi la sensibilité des Communes sur la mort du
-Dauphin» et demander en même temps qu'une députation
-du Tiers fût reçue par le prince pour lui
-remettre à lui-même une adresse sur la situation
-des affaires, «les députés des Communes ne pouvant
-reconnaître d'intermédiaire entre le Roi et son peuple
-<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a>
-<a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>.»</p>
-
-<p>Il insista d'un ton si impérieux, dit Weber, et
-avec des paroles si pressantes, que le Roi, tout absorbé
-qu'il fût dans sa douleur, dut céder à ces exigences
-et recevoir dès le samedi 6 juin, avant même les
-funérailles du Dauphin, les députés du Tiers
-<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a>
-<a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>; mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">[Pg 18]</a></span>
-peu d'empiétements sur son autorité l'affectèrent
-autant que cette violation du sanctuaire intime de
-ses regrets: «Il n'y a donc pas de pères, dans l'assemblée
-du Tiers?» dit-il avec un amer serrement de
-cœur
-<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a>
-<a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
-
-<p>Sept jours après, le 13 juin, le corps du Dauphin
-était transporté sans pompe à Saint-Denys. Il ne
-devait pas y reposer longtemps.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">[Pg 19]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_II" id="CHAPITRE_II"></a>CHAPITRE II</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu de Paume.—La
-séance royale du 23 juin.—Prise de la Bastille.—Départ du
-comte d'Artois et des Polignac.—Le Roi va à Paris, le 17 juillet.—La
-nuit du 4 août.—Désordres en province.—Lettres de la
-Reine à M<sup>me</sup> de Polignac.—Menaces de Paris contre Versailles.—Malouet
-propose vainement de transférer l'Assemblée à Compiègne.</p></div>
-
-
-<p>Les tristesses du père ne pouvaient faire diversion
-aux préoccupations du roi. Les difficultés, nées dès
-le début, s'aggravaient chaque jour et les dissentiments
-s'accentuaient. Le Tiers, d'une part, la Noblesse
-et le Clergé, de l'autre, étaient en lutte ouverte,
-et les efforts de Louis XVI pour amener l'entente
-avaient échoué. Le débat s'aigrissait de toutes les
-prétentions des uns, de toute la résistance des autres.
-Les hommes étaient rares qui voulaient, comme Malouet,
-travailler à la réunion des Ordres, sans l'imposer,
-par un accord commun. Le 17 juin, sur une
-motion de Siéyès, le Tiers, à la majorité de 491 voix
-contre 90, se déclarait <i>Assemblée nationale</i>. Devant
-cet empiétement, qui, suivant le mot juste de Malouet,
-affichait «une scission désastreuse
-<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a>
-<a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>» le gouvernement
-ne pouvait pas garder le silence; il
-annonça une séance royale pour le 22 juin et fit, en
-conséquence, fermer jusqu'à ce jour la salle des
-Menus. Lorsque, le 20 juin, le Tiers se présenta à la
-porte de la salle, des soldats lui en interdirent l'entrée.
-<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">[Pg 20]</a></span>
-Sur la proposition du docteur Guillotin
-<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a>
-<a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>, les
-députés des Communes se réunirent dans la salle du
-Jeu de Paume. Irrités des refus qu'ils avaient essuyés,
-exaspérés par les bruits alarmants que la
-malveillance ne cessait de répandre sur les intentions
-de la Cour
-<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a>
-<a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>, emportés par un de ces entraînements
-contagieux auxquels résistent difficilement les
-assemblées nombreuses, ils firent le serment de ne
-pas se séparer avant d'avoir donné, <i>avec ou sans le
-Roi</i>, sans s'inquiéter même de son assentiment, une
-constitution à la France
-<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a>
-<a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>. Prétention audacieuse
-<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a>
-<a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>,
-que n'autorisaient ni les instructions de leurs mandants
-<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a>
-<a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>,
-ni les traditions du pays, ni les principes
-constitutifs des États généraux; «serment fatal»—le
-mot est de Mounier
-<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a>
-<a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>,—que ne tarda pas à regretter
-<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">[Pg 21]</a></span>
-et à désavouer celui-là même qui en avait été le promoteur.
-Le courant était si irrésistible qu'un seul
-député, Martin, d'Auch, osa s'y opposer, et la populace,
-qui commençait déjà à affirmer la puissance,
-bientôt prédominante, de la rue, faillit lui faire payer
-cher cette courageuse et consciencieuse résistance
-<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a>
-<a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
-
-<p>S'il faut en croire Malouet, il était temps encore, avec
-de l'énergie, avec un plan arrêté
-<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a>
-<a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>, de mettre un terme
-à des empiétements dont l'audace compromettait
-le succès des réformes sages et pacifiques, réclamées
-par les cahiers. Necker ne sut prendre que des demi-mesures,
-dont l'imprudente faiblesse était un encouragement
-pour les meneurs, en leur assurant, comme
-on l'a dit justement, une impunité qu'ils attribuaient
-à l'impuissance de punir
-<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a>
-<a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>. La séance royale
-fut remise d'un jour; elle eut lieu le 23 juin, avec
-l'appareil, plus irritant qu'imposant, d'un lit de justice
-<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a>
-<a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>.
-Des soldats et des gardes du corps environnaient
-la salle des États, et la forme impérative, employée
-par le Roi à plusieurs reprises, froissa les
-représentants du Tiers, surexcités par leur exaltation
-même et rendus plus forts par l'adhésion de 149 membres
-du Clergé, qui, la veille, étaient venus se joindre
-à eux.</p>
-
-<p>Le texte du discours, rédigé par Necker, avait été
-modifié au dernier moment dans un conseil
-<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a>
-<a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>, auquel
-avaient assisté Monsieur et le comte d'Artois, suspects
-au parti populaire. Mécontent de ces changements,
-qu'il désapprouvait, le ministre en profita pour s'abstenir
-d'assister à la séance royale, sacrifiant ainsi
-<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">[Pg 22]</a></span>
-son devoir à sa popularité et paralysant le gouvernement,
-dont il était encore membre. Malgré des lacunes
-regrettables, la déclaration du Roi constituait un
-très réel progrès; elle réalisait une partie considérable
-des réformes réclamées par les cahiers et posait des
-principes qui, régulièrement et sagement développés,
-eussent conduit la France, lentement peut-être,
-mais sûrement, à la possession de ce régime
-constitutionnel dont elle poursuit vainement, depuis
-un siècle, l'établissement. Le consentement de l'emprunt
-et de l'impôt par les États, la publication chaque
-année du tableau des recettes et dépenses, la renonciation
-de la Noblesse aux privilèges pécuniaires,
-la garantie de la liberté personnelle et de la liberté
-de la presse, la suppression des douanes intérieures,
-la réforme de l'administration et de la justice, l'abolition
-de la taille et de la corvée, le remaniement de l'impôt
-du sel, la fondation d'États provinciaux, où le
-Tiers devait avoir double représentation, où les
-délibérations devaient avoir lieu en commun, étaient
-ou accordés ou promis. «Qu'on relève les déclarations
-de Louis XVI à la séance du 23 juin, a dit un
-écrivain distingué, on y verra le principe, le développement
-même de toutes les réformes politiques
-qui ont été écrites depuis dans les éditions si souvent
-renouvelées de nos constitutions et de nos chartes
-<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a>
-<a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>.»
-Mais le prince conservait la distinction des
-<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">[Pg 23]</a></span>
-trois Ordres, et à un moment où la lutte entre ces Ordres
-et l'irritation contre les deux premiers tenaient
-le premier rang dans les préoccupations publiques,
-il se contentait d'inviter la Noblesse et le Clergé à
-délibérer en commun avec le Tiers «dans les affaires
-qui regardaient le bien général». Il restait dans
-le vague sur la question si débattue de la constitution
-et de la périodicité désirée des États généraux, maintenait
-les droits féodaux, gardait le silence sur l'admissibilité
-de tous aux emplois publics. Enfin, il laissait
-entendre que si, par des prétentions exagérées
-ou des difficultés hors de propos, l'accord entre les
-États et la royauté était rendu impossible, il était
-décidé à accomplir seul les réformes. «Toute défiance
-de votre part, disait-il, serait une grande injustice.
-C'est moi, jusqu'à présent, qui ai fait tout pour le bonheur
-de mes peuples, et il est rare peut-être que l'unique
-ambition d'un souverain soit d'obtenir de ses sujets
-qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses bienfaits.»</p>
-
-<p>Ce ton personnel et quelque peu menaçant, malgré
-tout ce qu'il y avait, au fond, de paternel dans la déclaration,
-irrita vivement des hommes tout enivrés
-encore de leur puissance nouvelle, mis en méfiance
-<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">[Pg 24]</a></span>
-d'ailleurs par l'absence du ministre populaire. Le
-Roi fut écouté dans un morne silence. Lorsqu'il sortit,
-après avoir ordonné à l'assemblée de se séparer
-immédiatement, le Clergé et la Noblesse seuls le
-suivirent; les membres du Tiers restèrent dans la salle.
-«Messieurs,» s'écria Mirabeau, rendant ainsi un
-involontaire hommage aux généreuses et patriotiques
-intentions du souverain, «Messieurs, j'avoue que ce
-que vous venez d'entendre pourrait être le salut
-de la patrie, si les présents du despotisme n'étaient
-pas toujours dangereux.» La défiance était ainsi
-ranimée, les mécontentements réveillés, et lorsque le
-grand-maître des cérémonies, le marquis de Brézé, vint
-rappeler les ordres du Roi: «Nous sommes ici par
-le vœu de la nation, répondit encore Mirabeau:
-la force matérielle seule pourrait nous faire désemparer
-<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a>
-<a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a>.»
-Et l'Assemblée, donnant raison au tribun
-qui, malgré la répugnance qu'il avait inspirée tout
-d'abord, commençait à conquérir sur elle une influence
-prépondérante, refusa de se séparer et se
-proclama inviolable.</p>
-
-<p>Ainsi était manqué l'effet de cette journée, d'où eût
-pu dater, sans secousses, l'ère de la liberté. Le soir,
-Necker donna sa démission. La Reine manda le ministre
-et le conjura de reprendre sa place. C'était elle qui l'avait
-fait rentrer au ministère; c'était elle qui lui demandait
-d'y rester. Le Roi ajouta le poids de son autorité
-aux instances de sa femme, et Necker donna un consentement
-qui s'accordait peut-être avec ses désirs secrets
-et qui lui valut un triomphe populaire
-<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a>
-<a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a>.</p>
-
-<p>Mais ce retour de Necker n'était que momentané.
-<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">[Pg 25]</a></span>
-Louis XVI ne pouvait guère reprendre en lui une
-confiance absolue, après son attitude au 23 juin, et
-d'ailleurs sa naturelle irrésolution l'empêchait lui-même
-de suivre une ligne bien fixe. Les conseils
-contradictoires se pressaient autour de lui; le malheureux
-prince flottait au milieu de ces contradictions,
-penchant tantôt vers les concessions, tantôt
-vers la résistance, et détruisant souvent le lendemain
-ce qu'il avait fait la veille. Après avoir maintenu, le
-23 juin, le droit pour les Ordres de délibérer à part,
-il engageait la Noblesse à se réunir au Tiers. Cette
-réunion eut lieu en effet le 28 juin, au milieu d'une
-explosion de joie. Versailles prit un air de fête; des
-cris de <i>Vive le Roi!</i> furent poussés sous les fenêtres
-du Château; et la Reine elle-même eut, ce jour-là,
-sa part des acclamations. L'enthousiasme était
-universel, et l'on entendait des naïfs s'écrier que la
-révolution était finie.</p>
-
-<p>L'illusion ne dura pas longtemps, et cette réunion
-tardive ne rendit la paix ni à l'Assemblée ni à la
-France. Bientôt, la fièvre qui embrasait les têtes,
-l'agitation qui menaçait de descendre dans la rue,
-les violences même dont quelques membres du
-Clergé et de la Noblesse avaient failli être victimes
-pour avoir résisté aux injonctions populaires, la
-récente insurrection des gardes françaises, avaient
-fait sentir le besoin d'avoir à la disposition du gouvernement
-une force suffisante. Le Roi réunit des
-troupes autour de Versailles, sous le commandement
-d'un des héros de la guerre de Sept ans, le maréchal
-de Broglie. Mais la désorganisation générale, qui
-avait envahi la société tout entière, n'avait pas
-épargné l'armée: «On n'est pas sûr des soldats,»
-écrivait, dès le 26 juin, le comte de Fersen
-<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a>
-<a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>. Quoi
-<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">[Pg 26]</a></span>
-qu'il en soit, au lieu de calmer les têtes, cette concentration
-de forces les exaspéra; l'Assemblée feignit
-de s'en alarmer et d'y voir un attentat contre son
-indépendance
-<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68">
-</a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>. Elle réclama, par l'organe toujours
-enflammé de Mirabeau, le retrait des troupes. Le Roi,
-tout en protestant contre le projet de coup d'Etat
-qu'on lui prêtait, proposa de transférer les Etats à
-Soissons ou à Noyon. Peut-être y avait-il là une solution.
-L'Assemblée, éloignée des excitations de
-Paris, se fût montrée moins ardente, et le prince, qui
-ne demandait qu'un accord avec elle, eût vraisemblablement
-conclu cet accord. «Mais, disait Gouverneur
-Morris, en enregistrant cette nouvelle et en
-émettant cette hypothèse, le mal est plus avancé que
-les conseillers du Roi ne se l'imaginent, et il faut
-maintenant que les événements aient leur cours
-<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a>
-<a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>.»</p>
-
-<p>Quelle avait été, dans toutes ces mesures, la part
-de la Reine? En l'absence de documents positifs,
-émanés d'elle ou de ses confidents, il est assez difficile
-de l'établir d'une manière bien nette. En général,
-il faut se méfier singulièrement, pendant cette
-période tourmentée, des auteurs de mémoires ou de
-chroniques, qui supposent souvent sans raison et
-affirment sans autorité. On affecte habituellement
-de confondre dans un même parti, et les meneurs, à
-cette époque, confondaient dans une même haine la
-Reine et le comte d'Artois. Il ne faudrait pas oublier
-cependant qu'à l'occasion de la convocation des États
-généraux, un dissentiment grave avait éclaté entre
-<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">[Pg 27]</a></span>
-Marie-Antoinette et son beau-frère. M. de Ségur
-raconte même que, dans la première entrevue qu'il
-eut avec la Reine, à son retour de Russie, cette princesse,
-après un long entretien où elle s'était exprimée
-avec une tristesse pleine de dignité
-<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a>
-<a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>, mais «sans
-aigreur», contre ceux de ses amis qui étaient alors
-à la tête du parti populaire, ajouta: «Je vois que,
-d'après ce qu'on vous a dit, vous me croyez
-fort éloignée de votre opinion. Mais demain
-vous aurez de mes nouvelles, et vous verrez que
-je ne suis pas aussi déraisonnable qu'on le suppose.»
-Et le lendemain, en effet, elle lui fit
-remettre par M<sup>me</sup> Campan un paquet cacheté qui contenait
-un écrit de Mounier, le chef incontesté des
-constitutionnels modérés
-<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a>
-<a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a>. Toutefois, étant données
-la fierté du caractère de la Reine et la haute
-opinion qu'elle se faisait du pouvoir royal, il est
-permis de penser qu'elle fut plutôt pour la résistance
-que pour les concessions. Mais il est probable
-aussi qu'absorbée alors dans la douleur causée par
-la perte récente de son fils, elle songeait plus aux
-larmes qu'à la politique, et que les chagrins de la
-<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">[Pg 28]</a></span>
-mère entravèrent singulièrement, s'ils n'empêchèrent
-pas complètement, l'activité de la souveraine.</p>
-
-<p>Le 11 juillet, Necker recevait, sous une forme
-d'ailleurs très douce
-<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a>
-<a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a> l'ordre de donner sa démission,
-ou plutôt l'autorisation de se retirer, et s'éloignait en
-silence, avec une incontestable noblesse. Un nouveau
-ministère était constitué, sous la présidence du baron
-de Breteuil, avec le maréchal de Broglie à la
-guerre et M. Foulon au contrôle général. Cette nouvelle,
-promptement répandue, jette une extrême
-effervescence dans Paris. La foule se réunit au
-Palais-Royal, centre habituel des agitations. Camille
-Desmoulins s'élance sur une table, un pistolet à la
-main, arrache une feuille à un arbre pour s'en faire
-une cocarde, et tonne contre les ennemis de la nation.
-On porte en triomphe les bustes de Necker et
-du duc d'Orléans; on couvre d'imprécations les noms
-du comte d'Artois et de la Reine, auxquels on attribue
-le renvoi du ministre populaire. On assaille à
-coups de pierres les troupes réunies sur la place
-Louis XV. Le prince de Lambesc, irrité de voir ses
-hommes lapidés sans défense et menacés par la foule
-qui remplit les Tuileries, pénètre dans le jardin,
-avec un détachement, pour le faire évacuer. La foule
-s'enfuit, redoublant le désordre par sa précipitation
-et le tumulte par ses cris. Le bruit se répand partout
-qu'on égorge les citoyens inoffensifs; à défaut du
-cadavre qu'on trouve toujours dans les révolutions,
-on exhibe un blessé, et les soldats, auxquels les
-ordres les plus pacifiques ont été donnés, passent
-dans l'imagination populaire pour les massacreurs
-<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">[Pg 29]</a></span>
-de peuple
-<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a>
-<a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>. La multitude se porte à l'Hôtel-de-Ville,
-réclamant le tocsin et des armes; les gardes françaises
-prennent parti pour l'émeute
-<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a>
-<a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a> et marchent
-contre les troupes royales, que leur commandant, le
-baron de Besenval, irrésolu et sans ordres, fait replier
-sur Versailles.</p>
-
-<p>Le lendemain l'agitation redouble. Tandis que les
-électeurs, réunis à l'Hôtel-de-Ville, décrètent la formation
-d'une milice parisienne, bientôt célèbre sous
-le nom de garde-nationale, l'émeute pille la maison
-des Lazaristes, qu'elle accuse d'accaparements, relâche
-les prisonniers de Sainte-Pélagie, saccage le
-garde-meuble, et dresse des barricades dans les rues.
-En face de ce désordre permanent et croissant, le
-gouvernement demeure dans une incroyable inertie.</p>
-
-<p>Enhardie par l'impunité, encouragée tacitement
-par l'Assemblée qui, au milieu de la fermentation
-de la capitale, continue à réclamer le renvoi des
-troupes, la foule ne se borne plus aux exploits faciles
-de l'incendie des barrières et du pillage des couvents.
-Le 14 juillet, au matin, elle se porte aux Invalides,
-pour y chercher les armes qui lui manquent. Le
-gouverneur, Sombreuil, veut fermer les portes; les
-invalides eux-mêmes les ouvrent et livrent les fusils.
-L'esprit de révolte souffle partout. Les bandes, désormais
-armées, s'élancent sur la Bastille. Après un
-siège, qui n'est qu'une misérable parodie, après des
-négociations étranges qu'il serait trop long de rapporter
-ici, la vieille forteresse, si terrible en apparence,
-<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">[Pg 30]</a></span>
-si faible en réalité, sans autre garnison que
-trente-deux Suisses et quatre-vingt-deux invalides
-qui ne veulent pas se battre, sans munitions, presque
-sans canons, la vieille forteresse est prise, disons
-mieux, elle se rend sans avoir été défendue. Sans
-ordres et sans secours, le gouverneur, ou plutôt la
-garnison, capitule. La foule, qui s'est enfuie, au seul
-coup de canon tiré de la Bastille, se précipite dans
-l'enceinte de la forteresse, dès qu'il n'y a plus même
-l'apparence d'un danger à craindre; elle égorge les
-principaux officiers, les invalides, le gouverneur
-lui-même, de Launay, dont la tête, arborée au bout
-d'une pique, sert de trophée aux vainqueurs de
-la journée, avec celle du prévôt des marchands, Flesselles,
-qu'on est allé égorger à l'Hôtel-de-Ville
-<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a>
-<a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a>.</p>
-
-<p>La Terreur était commencée: c'est un témoin oculaire,
-un des hommes les plus modérés et les plus
-clairvoyants de ce temps, qui l'a dit
-<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a>
-<a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>. Le meurtre
-de de Launay et de Flesselles était le prélude;
-la bête populaire était lâchée; enivrée par
-l'odeur du sang, elle s'apprêtait à en verser
-d'autre. «Si la Cour avait été à Paris au lieu d'être
-à Versailles, écrit Malouet, ce sont les ministres
-et les princes qu'on aurait massacrés, au lieu de
-Foulon, de Berthier et de de Launay
-<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a>
-<a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>.» Le Palais-Royal
-avait dressé la liste des victimes, les égorgeurs
-étaient prêts. Le comte d'Artois, les Condé,
-les Polignac, le baron de Breteuil, le maréchal de
-Broglie, Foulon, Berthier, bien d'autres encore
-étaient inscrits sur la liste fatale. «Prince,» avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">[Pg 31]</a></span>
-dit au comte d'Artois le duc de Liancourt, qui revenait
-de Paris, «votre tête est proscrite; j'ai lu l'affiche
-de cette terrible proscription
-<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a>
-<a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>.» A Versailles même,
-le prince avait été insulté plusieurs fois
-<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a>
-<a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a> et M<sup>me</sup> Campan
-avait entendu un homme déguisé dire à une
-femme voilée: «La duchesse est encore à Versailles;
-elle est comme les taupes, elle travaille en dessous,
-mais nous saurons piocher pour la déterrer
-<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a>
-<a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>.»</p>
-
-<p>Devant ces menaces, qui pouvaient sitôt devenir de
-sanglantes réalités, le Roi s'émut; il engagea son frère
-à chercher hors de France une sécurité qu'il se sentait
-impuissant à lui assurer. La Reine en fit autant
-pour son amie. Le 16 juillet, à huit heures du soir,
-elle envoya chercher le duc et la duchesse de Polignac
-et les pria instamment de partir dans la nuit
-même. Ils s'y refusèrent longtemps. Enfin la Reine,
-ne sachant par quel moyen les déterminer et «frémissant
-de chaque instant qui suspendait leur départ»,
-dit à son amie en versant un torrent de larmes:
-«Le Roi va demain à Paris; si on lui demandait.....
-Je crains tout; au nom de notre amitié,
-partez. Il est encore temps de vous soustraire
-à la fureur de mes ennemis; en vous attaquant,
-c'est bien plus à moi qu'on en veut qu'à vous-mêmes;
-ne soyez pas la victime de votre attachement
-et de mon amitié.» Le Roi entra dans cet instant,
-et la Reine lui dit: «Venez, Monsieur, m'aider à
-persuader à ces honnêtes gens, à ces fidèles sujets,
-qu'ils doivent nous quitter.» Le Roi, s'approchant
-du duc et de la duchesse, les assura que ce conseil
-de la Reine était le seul à suivre; il ajouta:
-<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">[Pg 32]</a></span>
-«Mon cruel destin me force d'éloigner de moi tous
-ceux que j'estime et que j'aime. Je viens d'ordonner
-au comte d'Artois de partir; je vous donne le même
-ordre. Plaignez-moi; mais ne perdez pas un seul
-moment; emmenez votre famille. Comptez sur moi
-dans tous les temps; je vous conserve vos charges.»</p>
-
-<p>...... A minuit, la duchesse reçut ce petit mot
-de la Reine: «Adieu, la plus tendre des amies! Que
-ce mot est affreux! Mais il est nécessaire. Adieu! je
-n'ai que la force de vous embrasser
-<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a>
-<a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>.»</p>
-
-<p>Quels qu'eussent été les refroidissement des dernières
-années, Marie-Antoinette ne pouvait voir,
-sans un déchirement de cœur, s'éloigner cette amie
-à laquelle l'unissaient quinze ans d'affection et tous
-les souvenirs de sa vie heureuse. C'était le premier
-lien qui se brisait; c'était l'amitié qui devait
-fuir devant les préventions et le meurtre: triste et
-trop intelligible présage du sort réservé à la Reine
-elle-même. La veille, une femme, voilée de noir,
-n'avait-elle pas dit à M<sup>me</sup> Campan: «Dites à votre
-Reine qu'elle ne se mêle plus de nous gouverner.
-Qu'elle laisse son mari et nos bons États généraux
-faire le bonheur du peuple.»—«Oui,» avait
-repris un homme manifestement travesti en fort
-de la Halle, «répétez-lui qu'il n'en sera pas de ces
-États généraux comme des autres, qui n'ont rien
-produit de bon pour le peuple...... Dites-lui bien
-cela, entendez-vous
-<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a>
-<a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>?» Ainsi, la malveillance populaire
-s'obstinait à voir en la Reine seule l'obstacle
-aux réformes, et si le peuple ne trouvait pas ce
-bonheur, qu'on lui promettait si bruyamment avec
-<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">[Pg 33]</a></span>
-plus de témérité que de sagesse, c'était elle qu'il
-en devait accuser.</p>
-
-<p>La duchesse de Polignac, en arrivant à Bâle, rencontra
-Necker, auquel elle donna la première nouvelle
-de son rappel, bientôt confirmée par l'arrivée
-d'un courrier royal
-<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a>
-<a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a>. Effrayé de cette révolte de Paris
-qui, suivant le mot du duc de Liancourt, s'élevait à
-la hauteur d'une révolution, déterminé à ne pas
-faire couler le sang pour sa querelle, Louis XVI
-avait cédé. Le 15, il était allé à l'Assemblée à pied,
-sans gardes, accompagné de ses deux frères, pour
-annoncer lui-même le retrait des troupes. A son retour,
-les applaudissements de la foule le saluèrent;
-les drapeaux flottaient dans les airs, les tambours
-battaient; les troupes, rangées sur la Place d'Armes,
-partageaient l'ivresse générale. La Reine parut au
-grand balcon, accompagnée de sa famille, tenant le
-Dauphin dans ses bras et Madame par la main. Peu
-après, les enfants du comte d'Artois furent amenés
-par leur gouverneur. Ils baisèrent la main de la
-Reine, qui se pencha vers eux, son fils dans les bras.
-Les deux jeunes princes embrassèrent leur cousin;
-la petite Madame, émue, joignit ses caresses à celles
-du duc d'Angoulême et du duc de Berry; et un moment
-toutes ces jeunes têtes blondes furent confondues
-dans un commun embrassement, dominées par
-la figure plus grave, mais souriante de la Reine.
-<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">[Pg 34]</a></span>
-Ce fut un tableau touchant et un moment d'enthousiasme
-indescriptible
-<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a>
-<a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a>. Mais, dans le peuple qui se
-pressait au pied du balcon, cet enthousiasme se
-mêlait d'imprécations contre le comte d'Artois et
-aussi de sourds murmures contre la Reine. Louis XVI
-le vit et, ne voulant pas faire partager à son frère
-les dangers qu'il affrontait lui-même, il lui donna,
-comme nous l'avons dit, l'ordre de s'éloigner. Dans
-la nuit du 16 au 17, le comte d'Artois et ses enfants,
-le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc
-d'Enghien, prirent le chemin de la Belgique, où les
-derniers n'arrivèrent qu'après avoir échappé à grand
-peine aux furieux qui voulaient les jeter dans l'Oise
-<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a>
-<a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>.
-Les ministres compromis dans le cabinet du 11 juillet,
-MM. de Barentin, de Villedeuil, de la Vauguyon, de
-Breteuil, l'abbé de Vermond
-<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a>
-<a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>, le prince de Lambesc,
-coupable d'avoir commandé, le 12 juillet, la
-charge du Royal-Allemand dans le jardin des Tuileries,
-suivirent cet exemple. Le maréchal de Broglie
-se retira dans son gouvernement des Trois-Évêchés,
-d'où les clameurs de la populace, ameutée contre
-lui, le forcèrent bientôt de fuir à Luxembourg
-<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a>
-<a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a>.</p>
-
-<p>Quelques jours plus tard, l'horrible assassinat
-d'un des ministres du 11 juillet. Foulon, et de son
-gendre Berthier, ancien intendant de l'Ile-de-France,
-ne justifiait que trop les sombres pressentiments du
-Roi et de la Reine et la nécessité de cette première
-émigration.</p>
-
-<p>Un moment cependant, Louis XVI avait eu la pensée
-<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">[Pg 35]</a></span>
-de tenir tête à l'insurrection. Il avait voulu
-quitter Versailles et se retirer à Metz, sous la protection
-des troupes auxquelles il venait de donner
-l'ordre de s'éloigner. La Reine y poussait vivement;
-déjà même elle avait fait ses préparatifs de départ,
-brûlé ses papiers, réuni ses diamants dans un coffret
-facile à emporter et remis à M<sup>me</sup> Campan un ordre
-de l'accompagner pour servir d'institutrice à Madame.
-Un conseil eut lieu où le Roi posa nettement la
-question; les débats furent longs et animés; mais la
-majorité se prononça contre le départ
-<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a>
-<a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a>. Monsieur
-supplia le Roi de rester, et le maréchal de Broglie,
-interrogé à son tour, répondit: «Oui, nous pourrons
-aller à Metz; mais que ferons-nous, quand nous y
-serons
-<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a>
-<a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>?» Devant ces prières de son frère, devant
-ces hésitations du commandant en chef de ses troupes,
-devant la perspective de la guerre civile qui
-pouvait suivre, Louis XVI renonça à son plan et la
-Reine, reprenant le papier qu'elle avait remis à
-M<sup>me</sup> Campan, le déchira, les larmes aux yeux, en
-disant: «Lorsque je l'écrivis, j'espérais bien qu'il
-serait utile, mais le sort en a décidé autrement;
-je crains bien que ce ne soit pour notre malheur
-à tous.» Elle ne se trompait pas, et le Roi, plus
-tard, regretta le parti qu'il avait pris ce jour-là.
-«J'ai manqué le moment, disait-il tristement à
-Fersen, trois ans après, et depuis je ne l'ai plus
-retrouvé
-<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a>
-<a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a>.»</p>
-
-<p>Au lieu de prendre la route de Metz, il fut décidé
-que le prince irait à Paris pour essayer de calmer
-<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">[Pg 36]</a></span>
-les esprits. De tristes appréhensions agitaient son
-cœur et, avant de partir il tint à mettre en règle sa
-conscience de chrétien et de roi. Le chrétien entendit
-la messe et communia. Le roi remit confidentiellement
-à Monsieur un acte qui l'instituait lieutenant
-général du royaume, dans le cas où l'on attenterait
-à la vie ou à la liberté du souverain. Puis, le 17, à
-9 heures du matin, Louis XVI partit: s'il n'avait pas
-le courage de l'initiative, il avait celui de la résignation.
-Douze gardes du corps seulement le suivaient,
-avec les ducs de Villeroy et de Villequier, le maréchal
-de Beauvau et le comte d'Estaing, sans princes
-du sang et sans ministres. Le reste de l'escorte était
-fourni par la garde nationale de Versailles, qui l'accompagna
-jusqu'à Paris. Là, on retrouva la garde
-nationale parisienne, encore en habits bourgeois,
-sous le commandement de Lafayette, à cheval. Une
-double file d'hommes armés, cent cinquante mille,
-dit-on
-<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a>
-<a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>, s'étendait du Point-du-Jour à
-l'Hôtel-de-Ville.
-Dans les rues, aux fenêtres, sur les toits même,
-une foule immense, impatiente et houleuse, des
-jeunes gens portant des piques ou des fusils de
-chasse, des moines même en armes, comme sous la
-Ligue
-<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a>
-<a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a>, des poissardes portant d'énormes bouquets,
-sautant, gambadant, à moitié ivres, des musiciens
-jouant l'air: <i>Où peut-on être mieux qu'au sein de
-sa famille?</i> des canons couronnés de fleurs avec cette
-inscription: «Votre présence nous a désarmés.»
-Partout, aux chapeaux, aux bonnets, aux uniformes,
-à la statue même de Louis XV, la cocarde aux
-couleurs de la capitale, rouge et bleue
-<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a>
-<a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">[Pg 37]</a></span></p>
-
-<p>A la barrière, le maire de Paris, Bailly, présenta
-au Roi les clefs de la ville sur un bassin de vermeil:
-«Sire, dit-il, j'apporte à Votre Majesté les clefs de
-sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui
-ont été présentées à Henri IV. Il avait reconquis
-son peuple; ici c'est le peuple qui a reconquis son
-roi.»</p>
-
-<p>Bailly avait raison. C'était bien un vaincu, «un
-grand captif», dit le marquis de Ferrières, qui s'avançait
-lentement
-<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a>
-<a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a> à travers les rues de la cité, sans
-gardes, entouré de deux ou trois cents membres de
-l'Assemblée, «l'air triste et agité
-<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a>
-<a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>», avec un cortège
-en désordre et «une pompe qui, aux yeux de
-tous, avait quelque chose de lugubre
-<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a>
-<a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>». Les cris de
-<i>Vive la Nation!</i> qui retentissaient de toutes parts,
-à peu près seuls et sans le vieux cri français de <i>Vive
-le Roi
-<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a>
-<a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a>!</i> précisaient la situation.
-L'humiliation se
-consomma à l'Hôtel-de-Ville, où le Roi, après avoir
-passé sous une voûte menaçante d'épées entrelacées
-<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a>
-<a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a>,
-confirma les pouvoirs décernés par l'émeute.
-Bailly présenta à Louis XVI la nouvelle cocarde, qui
-remplaçait pour les Parisiens l'antique cocarde
-royale. Le prince la prit, la mit à son chapeau et
-<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">[Pg 38]</a></span>
-parut au balcon. Des applaudissements frénétiques
-éclatèrent, saluant le souverain désarmé et vaincu,
-et ce fut alors seulement que reparut le cri de <i>Vive
-le Roi
-<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a>
-<a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>!</i>
-Ce n'était plus l'ivresse du dévouement;
-c'était l'ivresse du triomphe.</p>
-
-<p>Le Roi le sentit; des larmes, qui n'étaient pas des
-larmes de joie, coulèrent de ses yeux, et ce fut l'air
-morne et le cœur serré, qu'il reprit la route de Versailles.</p>
-
-<p>L'alarme était grande au Château; la Reine, quoiqu'elle
-fît «paraître un grand courage et une fermeté
-d'âme extraordinaire
-<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a>
-<a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>», n'avait pu envisager
-sans inquiétude ce voyage à Paris; elle avait tout
-fait pour retenir son mari; elle l'avait supplié à
-genoux et en pleurant de renoncer à un projet qui
-présentait en effet tant d'incertitude et de dangers.
-N'essaierait-on pas de le garder prisonnier? Ne
-ferait-on pas pis encore? Et de fait, ces craintes
-n'étaient pas vaines. Lafayette ne se vantait-il pas,
-quelques jours plus tard, à Gouverneur Morris,
-d'avoir été seul maître, le 17 juillet, d'avoir pu, s'il
-l'avait voulu, retenir le Roi prisonnier, de l'avoir
-fait marcher dans les rues à sa fantaisie et d'avoir
-prescrit lui-même le degré d'applaudissements qu'il
-convenait de lui accorder
-<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a>
-<a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>? Aux Champs-Élysées,
-n'avait-on pas vu une femme frappée d'une balle
-tirée dans la direction de la voiture du Roi, et ce
-fait, bien qu'il fût vraisemblablement l'effet du hasard,
-<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">[Pg 39]</a></span>
-n'avait-il pas paru, à Bailly même, «extraordinaire
-<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a>
-<a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a>?»</p>
-
-<p>La journée avait donc semblé bien longue à la
-pauvre Reine. Elle l'avait passée dans les transes et
-les larmes, enfermée dans ses cabinets, donnant l'ordre
-de tenir ses attelages prêts, s'essayant même à
-tracer le discours qu'elle irait adresser à l'Assemblée,
-si des factieux, dont on pouvait tout attendre,
-s'opposaient au retour du Roi et répétant sans cesse
-ces mots entrecoupés: «Ils ne le laisseront pas revenir
-<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a>
-<a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>!»</p>
-
-<p>Il revint cependant. A six heures du soir, le premier
-page, M. de Lastour, accourut à franc étrier,
-porteur de la bonne nouvelle. A neuf heures
-<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a>
-<a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a>, le Roi
-rentrait lui-même, brisé de fatigue, mais se félicitant
-qu'aucun accident n'eût marqué ce voyage entrepris
-avec tant de craintes. «Heureusement, disait-il, il
-n'a pas coulé de sang; je jure qu'il n'y aura jamais
-une goutte de sang français versé par mon ordre
-<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a>
-<a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>.»
-La Reine se précipita au-devant de son
-<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">[Pg 40]</a></span>
-mari avec le Dauphin
-<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a>
-<a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a>
-jusqu'au milieu de l'escalier
-<a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a>
-<a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>.
-En un instant, le prince fut dans les bras de sa famille.
-Sa femme, sa sœur, ses enfants l'entourèrent
-en pleurant de joie; les alarmes avaient été si vives
-que ce retour remplissait tout le monde de bonheur.
-On oubliait les inquiétudes de la journée; pouvait-on
-oublier celles du lendemain?</p>
-
-<p>«Votre Majesté, avait dit Bailly au Roi, vient
-jouir de la paix qu'elle a rétablie dans sa capitale
-<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a>
-<a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a>.»
-Cinq jours plus tard, le meurtre de Foulon et de Berthier
-avait montré sur quelle base était fondée cette
-paix et comment le peuple parisien comprenait le
-respect des lois. Arrêtées toutes deux loin de la capitale,
-ramenées à Paris par une populace furieuse,
-qui les abreuvait de mauvais traitements et d'insultes,
-abandonnées par ceux qui devaient les défendre
-<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a>
-<a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>,
-les deux malheureuses victimes étaient égorgées
-avec d'horribles raffinements de barbarie. Leurs
-têtes, placées au bout des piques, étaient promenées
-dans les rues, au milieu de chants et de danses de
-cannibales, et le cœur sanglant de Berthier était
-porté sous les yeux même des électeurs assemblés
-dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. En province,
-l'agitation et les violences n'étaient pas moindres.
-Des bruits vagues, mais trop concordants pour
-n'être pas l'effet d'un mot d'ordre, jettent l'effroi
-dans les campagnes: des bandes de brigands, assure-t-on,
-vont venir piller les récoltes et incendier les
-blés. «Une terreur panique, dit un témoin non suspect,
-se répand le même jour dans toutes les parties
-<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">[Pg 41]</a></span>
-du royaume
-<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a>
-<a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>.» Les femmes s'enfuient, les hommes
-prennent leurs armes; on court sus aux brigands
-imaginaires, et, ne les trouvant pas, on se rue contre
-ceux qu'on accuse de les avoir soudoyés. On démolit
-les châteaux; on pille les couvents; on brûle
-les registres et les titres; on massacre les nobles et
-tous ceux qu'on soupçonne, à tort ou à raison, d'être
-hostiles à la Révolution. L'autorité n'a plus d'action
-et l'anarchie règne en maîtresse. «Les propriétés,
-de quelque nature qu'elles soient, disait, le 3
-août, le député Salomon au nom du Comité des rapports,
-sont la proie du plus coupable brigandage.
-De tous côtés, les châteaux sont brûlés, les couvents
-détruits, les fermes abandonnées au pillage; les impôts,
-les redevances seigneuriales, tout est anéanti;
-les lois sont sans force, les magistrats sans autorité,
-et la justice n'est plus qu'un fantôme, qu'on cherche
-inutilement dans les tribunaux.»</p>
-
-<p>Il semblait que les décrets du 4 août, en abolissant
-les droits féodaux, eussent dû faire cesser des désordres
-qui n'avaient plus de prétexte. Il n'en fut rien:
-de nouveaux incendies, de nouvelles violences, de
-nouveaux massacres furent la seule réponse au généreux
-élan des privilégiés. Contre de tels excès, il
-eût fallu agir; l'Assemblée se contenta de parler.
-Mais ses proclamations, sans couleur et sans énergie,
-restaient sans effet. Toute puissante pour détruire,
-elle se trouvait sans force pour conserver. Et comment
-en aurait-elle eu? N'était-ce pas de sa tribune
-que partaient les excitations les plus violentes? N'avait-on
-pas entendu l'homme qui exerçait sur elle la
-<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">[Pg 42]</a></span>
-plus incontestable influence s'écrier un jour: «Il
-faut des victimes aux nations; on doit s'endurcir
-aux malheurs publics et l'on n'est citoyen qu'à ce
-prix.»</p>
-
-<p>Et au moment de l'assassinat de Foulon et de Berthier,
-Barnave n'avait-il pas dit ce mot qu'il devait
-si cruellement regretter: «Le sang qui coule est-il
-donc si pur?»</p>
-
-<p>«Ma santé se soutient encore, écrivait la malheureuse
-Reine à la duchesse de Polignac; mais mon
-âme est accablée de peines, de chagrins et d'inquiétudes.
-Tous les jours j'apprends de nouveaux malheurs;
-un des plus grands pour moi est d'être séparée
-de tous mes amis; je ne rencontre plus de cœurs
-qui m'entendent.»—«Soyez tranquille, lui écrivait-elle
-une autre fois, l'adversité n'a pas diminué ma
-force et mon courage et m'a donné la prudence
-<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a>
-<a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a>.»</p>
-
-<p>En attendant des jours meilleurs, elle avait pris,
-disait son frère, «le seul parti qui lui convenait,
-savoir: de vivre fort retirée et tout occupée de ses
-enfants
-<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a>
-<a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a>».</p>
-
-<p>Necker était revenu le 28 juillet, au milieu des
-acclamations populaires
-<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a>
-<a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a>. Mais son retour n'avait rétabli
-ni les finances ni l'ordre; les dons patriotiques,
-l'envoi même de la vaisselle royale à la Monnaie,
-l'annonce de réformes importantes dans les Maisons
-du Roi et de la Reine n'avaient pas rempli le vide
-<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">[Pg 43]</a></span>
-du trésor
-<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a>
-<a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a>. Les contributions ne rentraient pas;
-depuis le 4 août, les paysans se croyaient affranchis
-de tout impôt envers l'Etat, comme de toute
-redevance féodale. En politique, Necker n'était pas
-plus heureux; au mois de juillet comme au mois de
-mai, il n'avait aucun plan, et la crainte de compromettre
-sa popularité l'entraînait à des compromis
-qu'un homme d'Etat, même hostile, comme Mirabeau,
-n'eût pas voulu accepter. C'est ainsi que dans la
-grande et capitale discussion sur le <i>Veto</i>, on avait
-vu le tribun soutenir la prérogative royale qu'abandonnait
-le ministre. Mais cette soumission même ne
-suffisait pas. Le mot de <i>Veto</i> incompris devenait la
-qualification injurieuse et mortelle dont on affublait
-le Roi et la Reine. Le danger croissait d'heure en
-heure. Des lettres anonymes dénonçaient non seulement
-les députés favorables, mais tous ceux qui
-n'obéissaient pas aveuglément aux volontés du Palais-Royal
-<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a>
-<a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">[Pg 44]</a></span></p>
-
-<p>«Tous les liens sont rompus, écrivait, le 3 septembre,
-le comte de Fersen; l'autorité du Roi est
-nulle; l'Assemblée nationale elle même tremble
-devant Paris, et Paris tremble devant quarante ou
-cinquante mille bandits ou gens sans aveu établis à
-Montmartre ou dans le Palais-Royal, qu'on n'a pas
-pu en chasser et qui ne cessent d'y faire des motions
-<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a>
-<a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>.»</p>
-
-<p>La situation était intolérable; l'Assemblée n'était
-plus libre. Les vociférations des tribunes, les cris de
-la rue, les lettres anonymes menaçaient ses membres
-les plus éminents et les plus sages. Les rapports de
-police signalaient un projet d'invasion de Versailles
-par les meneurs de Paris
-<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a>
-<a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a>. Il fallait sortir de là. La
-Cour s'en préoccupait et les royalistes de l'Assemblée
-ne s'en préoccupaient pas moins. Y eut-il alors un
-plan pour enlever le Roi par la Champagne et Verdun
-et le transporter à Metz sous la protection de
-l'armée de Bouillé? Le comte d'Estaing l'affirme
-dans une lettre à la Reine, dont le brouillon fut retrouvé
-chez lui
-<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a>
-<a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a>. On le disait tout haut à Paris, et
-M<sup>me</sup> de Tourzel le confirme dans ses Mémoires; mais
-ce plan paraît être resté toujours fort vague; le lieu
-de la retraite même n'était pas décidé et l'on ne
-tarda pas à y renoncer
-<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a>
-<a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a>. Vers la même époque, trois
-<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">[Pg 45]</a></span>
-députés, au nom d'un certain nombre de leurs collègues
-et se croyant sûrs d'entraîner la majorité de
-l'Assemblée, qu'effrayait l'audace des factieux,
-Malouet, Redon et l'évêque de Langres, proposèrent
-au ministère de transporter l'Assemblée à vingt
-lieues de Paris, à Soissons ou à Compiègne. Plusieurs
-ministres, Necker et Montmorin entre autres, avaient
-adhéré à ce projet: mais quand il fut soumis au Roi,
-le Roi refusa.</p>
-
-<p>Quelle fut la raison de ce refus? Le prince n'avait-il
-pas confiance dans le succès? Se souvint-il
-qu'il avait voulu, au 14 juillet, prendre une résolution
-analogue et qu'il avait dû y renoncer devant les
-représentations de ceux-là même sur lesquels il
-croyait pouvoir le plus compter? Pensa-t-il qu'il fallait
-rester près de Paris pour le mieux contenir? Ne
-crut-il pas à la réalité du danger? Eut-il honte de
-sembler fuir devant l'émeute? Tout ce que l'histoire
-peut dire, c'est que, ce jour-là comme plus tard,
-Louis XVI manifesta une répugnance invincible à
-abandonner Versailles. Les députés se retirèrent
-consternés
-<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a>
-<a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p>
-
-<p>C'était le 29 septembre
-<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a>
-<a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a> que cette démarche était
-faite et repoussée. Quelques jours après, le Roi et
-l'Assemblée quittaient Versailles, pour rentrer prisonniers
-dans Paris.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">[Pg 46]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_III" id="CHAPITRE_III"></a>CHAPITRE III</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel de troupes à
-Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs des
-journées d'octobre.</p></div>
-
-
-<p>Cependant, le plan d'envahir Versailles n'était plus
-un mystère; les avis alarmants se multipliaient
-<a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a>
-<a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a>.
-Déjà, le 30 août, l'un des chefs les plus décriés et,
-par cela même, les plus influents de la démagogie
-parisienne, le marquis de Saint-Huruge, avait essayé
-d'entraîner quinze cents émeutiers contre Versailles.
-Sa tentative avait échoué
-<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a>
-<a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>; mais le projet
-n'avait pas été abandonné. Un peu plus tard, en
-septembre, au Palais-Royal, Camille Desmoulins
-s'était écrié qu'il fallait envoyer quinze mille hommes
-à Versailles pour en ramener le Roi et faire enfermer
-la Reine
-<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a>
-<a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>. Des bruits d'insurrection, d'invasion
-du Château étaient dans l'air. «On annonçait,
-dit Mounier, d'horribles desseins contre la Reine
-<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a>
-<a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a>.»
-A Paris, en province, jusqu'à Toulouse, on en parlait
-tout haut. Il s'agissait d'enlever l'Assemblée et
-le Roi et de «traiter comme ils le méritaient les
-députés qui se seraient mal montrés pour le peuple
-<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a>
-<a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a>».
-Mirabeau avait dit un jour au libraire Blaisot
-«qu'il croyait apercevoir qu'il y aurait des événements
-<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">[Pg 47]</a></span>
-malheureux à Versailles, mais que les honnêtes
-gens n'avaient rien à craindre
-<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a>
-<a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>». Enfin, les
-gardes françaises qui, depuis leur licenciement après
-la prise de la Bastille, formaient les compagnies soldées
-de la garde nationale parisienne, se vantaient
-tout haut de «venir reprendre au Château les postes
-qu'ils occupaient jadis, et au besoin chercher le
-Roi
-<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a>
-<a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>».
-Leur commandant général, Lafayette, se
-préoccupait de ces dispositions, et, tout se
-croyant sûr de les neutraliser par son autorité, il
-avait pensé, vers la mi-septembre, devoir avertir de
-ces «mauvais desseins» le ministre de la Maison
-du Roi, M. de Saint-Priest
-<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a>
-<a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a>.</p>
-
-<p>La Cour s'alarma; le service du Château n'était
-plus fait que par les Suisses et les gardes du corps,
-tous dévoués, mais en somme assez peu nombreux.
-Le service de la ville était livré à la garde nationale,
-dont la majorité était suspecte, et qui d'ailleurs était
-harassée par de continuelles expéditions pour assurer
-les approvisionnements. Déjà au mois d'août, on
-avait dû faire venir pour l'aider deux cents chasseurs
-des Trois-Evêchés et deux cents dragons de Lorraine.
-Contre un envahissement possible et prévu, c'était
-trop peu. M. de Saint-Priest s'en ouvrit au commandant
-général de la garde nationale, le comte d'Estaing,
-et ce dernier, dont l'attachement aux idées nouvelles
-n'était pas contestable, se chargea d'obtenir l'assentiment
-de la municipalité, dont la réquisition était
-nécessaire, pour l'entrée de troupes à Versailles.
-Sur sa proposition, et vu la délibération des capitaines
-d'état-major de la garde nationale, constatant
-l'insuffisance de leurs forces, «attendu les divers
-<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">[Pg 48]</a></span>
-avis plus alarmants les uns que les autres qui se succèdent
-continuellement,» il fut décidé, le 18 septembre,
-«qu'il était indispensable, pour la sûreté de la
-ville, pour celle de l'Assemblée nationale, et pour
-celle du Roi, d'avoir le plus promptement possible
-un secours de mille hommes de troupes réglées qui
-seront aux ordres du commandant général de la
-garde nationale de Versailles
-<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a>
-<a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a>». On fit choix du régiment
-de Flandre, dont le bon esprit et la discipline
-semblaient garantir la fidélité, tandis que le nom de
-son colonel, le marquis de Lusignan, qui siégeait à
-gauche de l'Assemblée, devait rassurer les patriotes
-contre tout projet de contre-révolution. Le 23 septembre,
-le régiment de Flandre arriva à Versailles,
-où il fut «fort bien reçu
-<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a>
-<a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a>»; le comte d'Estaing,
-avec l'état-major et un détachement de la garde nationale,
-le président de la municipalité avec les
-membres du corps municipal, allèrent au-devant de
-lui jusqu'à la barrière. Le régiment fut conduit à la
-Place d'Armes, où, en présence du maire, il prêta le
-serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi;
-il comptait onze cents hommes et deux canons
-<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a>
-<a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>.</p>
-
-<p>Le Roi avait été si satisfait de la milice versaillaise
-en cette circonstance qu'il écrivit, pour la remercier,
-une lettre de sa main au commandant général,
-le comte d'Estaing
-<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a>
-<a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a>, et que la Reine résolut
-<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">[Pg 49]</a></span>
-d'offrir aux gardes nationaux un témoignage de gratitude;
-le 29, elle annonça elle-même à l'état-major
-qu'elle voulait donner un drapeau à chaque division,
-et, le 30, ces deux
-<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a>
-<a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a> drapeaux furent solennellement
-bénis dans l'église Notre-Dame par l'archevêque de
-Paris, en présence du gouverneur de Versailles, de
-la municipalité, d'un grand nombre de membres de
-l'Assemblée et de personnes notables de la ville, et
-des officiers de tout le corps militaire. Après la cérémonie,
-un banquet réunit les invités; la plus grande
-cordialité ne cessa d'y régner et des toasts furent
-portés au Roi et à la prospérité de la nation, «objets
-inséparables,» à la Reine, au Dauphin et à toute la
-famille royale.</p>
-
-<p>Le lendemain, un nouveau banquet devait avoir
-lieu; c'est celui dont le récit, indignement travesti,
-allait donner prétexte à d'effroyables massacres.</p>
-
-<p>Il était alors d'usage dans l'armée française, comme
-il l'est encore aujourd'hui, d'offrir un repas de corps
-au régiment qui arrive dans une garnison nouvelle.
-Lors du voyage de Louis XVI à Cherbourg, les
-gardes du corps avaient reçu de semblables politesses
-d'un grand nombre de régiments d'infanterie;
-ils résolurent de les rendre au régiment de Flandre
-et de cimenter ainsi les liens qui unissaient toutes
-les troupes de Versailles
-<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a>
-<a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a>. Il fut décidé qu'ils lui
-offriraient un banquet, et la date en fut fixée au
-jeudi, 1<sup>er</sup> octobre.</p>
-
-<p>La salle du Manège et la salle du Théâtre de la
-ville n'ayant pu convenir, les organisateurs de la
-<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">[Pg 50]</a></span>
-fête demandèrent au Roi, qui l'accorda volontiers, la
-salle de l'Opéra du Château, dans laquelle, quelques
-années auparavant, les gardes du corps avaient
-offert un bal à la famille royale. La pièce fut décorée
-avec goût; une table de deux cent dix couverts, en
-fer à cheval, fut dressée sur le théâtre; quatre-vingts
-gardes du corps environ, tous les officiers du régiment
-de Flandre, des chasseurs et des dragons de
-Lorraine, alors en garnison à Meudon
-<a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a>
-<a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a>, plusieurs
-officiers des Suisses et de la Prévôté, une vingtaine
-de gardes nationaux devaient s'y asseoir.</p>
-
-<p>Au jour dit, «à trois heures de l'après-midi, raconte
-l'historien de Versailles, M. Le Roy, tout le
-monde se réunit à la grille du Château, où était le
-rendez-vous. On se rend à la salle de l'Opéra, par le
-corridor du palais. En entrant, on est charmé par
-l'aspect de la salle; les convives se placent et le repas
-commence. Dans l'orchestre étaient les trompettes
-des gardes et la musique du régiment de Flandre;
-le parterre était réservé aux grenadiers du régiment
-et aux chasseurs et dragons de Lorraine
-<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a>
-<a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>.»</p>
-
-<p>Aucun incident ne signala le premier service. Au
-second, le duc de Villeroy, capitaine des gardes du
-corps, qui présidait le banquet, fit entrer dans le fer
-à cheval les grenadiers de Flandre, les grenadiers
-suisses, les chasseurs des Trois-Évêchés. Heureux
-de cet honneur, ces braves gens demandèrent
-à porter la santé de la famille royale. On leur
-versa à boire; ils burent à là santé du Roi, de la
-Reine et du Dauphin. Les spectateurs, qu'avait
-attirés cette fête et qui s'étaient entassés dans les
-loges, répondirent par les mêmes cris, alors encore
-familiers au peuple de France. Quoi qu'en aient
-<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">[Pg 51]</a></span>
-pu dire des écrivains intéressés à travestir les
-faits, la santé de la nation ne fut ni proposée, ni
-par conséquent rejetée
-<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a>
-<a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>.</p>
-
-<p>A ce moment, au dessert, la famille royale parut
-dans une loge grillée. La Reine, inquiète des bruits
-qui venaient de Paris et profondément triste de la
-désaffection qui s'attachait à elle, s'était retirée de
-bonne heure dans ses appartements. Plusieurs fois,
-ses dames lui avaient vanté la gaîté de la fête, en
-l'engageant à s'y rendre; elle avait résisté. On lui
-représenta que ce spectacle amuserait le Dauphin;
-par amour maternel, elle consentit à y aller. Le Roi
-arrivait de la chasse; elle l'entraîna avec elle.</p>
-
-<p>En les apercevant tous deux dans une loge, des
-cris de <i>Vive le Roi!</i> éclatent de toutes parts. On les
-supplie de descendre dans la salle; vaincus par ces
-instances réitérées, ils descendent. Le vicomte d'Agout,
-en signe de réjouissance, arbore un mouchoir
-au bout de son bâton de commandement. La Reine
-prend son fils par la main et fait le tour de la salle.
-Les convives se lèvent, tirent leurs épées, comme
-pour défendre cette noble et malheureuse famille;
-on lui jure fidélité; on lui jure amour et dévouement.
-Un des assistants, M. de Canecaude, demande que
-l'on joue l'air: «<i>Où peut-on être mieux qu'au sein
-de sa famille?</i>» Les musiciens, qui ne l'ont pas, y
-suppléent, en exécutant le motif si connu et si entraînant
-d'un maître cher à la Reine: <i>O Richard! ô
-mon Roi!</i> Les acclamations redoublent; l'enthousiasme
-est à son comble. Marie-Antoinette, touchée
-de ces applaudissements qui s'adressent à son mari,
-à elle, à ses enfants, se sent heureuse comme reine,
-comme épouse, et comme mère: elle se laisse aller
-<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">[Pg 52]</a></span>
-à des pensées plus douces et jouit sans mélange de
-ce retour de popularité. Pauvre femme! C'était son
-dernier jour de bonheur!</p>
-
-<p>La famille royale se retire bientôt; un grand
-nombre de soldats escaladent les loges et franchissent
-les barrières pour l'accompagner dans le corridor
-de la chapelle, par où elle rentre dans ses appartements.
-Puis, tout le monde, musiciens, convives,
-spectateurs, se transporte dans la cour de Marbre
-au bas même des fenêtres du Roi. Une foule d'habitants
-de Versailles étaient réunis là, dans les cours
-et sur la Place d'Armes, pour assister à la fête. Echauffés
-par le vin, enthousiasmés par la visite qu'ils
-viennent de recevoir, les convives se livrent à des
-démonstrations bruyantes: on chante, on danse,
-et un soldat, qui fut, cinq jours plus tard, «un des
-plus dangereux insurgés
-<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a>
-<a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a>,» parvient, en grimpant
-le long des colonnades, à escalader le balcon du Roi,
-qui, malgré les acclamations, reste enfermé chez
-lui et ne se montre pas.</p>
-
-<p>Ce fut tout. Qu'il y ait eu des manifestations
-contre-révolutionnaires, que la cocarde tricolore ait
-été foulée aux pieds, le fait a été allégué, mais il est
-faux. Les organisateurs du banquet, les gardes du
-corps, s'en sont toujours défendus avec la plus fière
-énergie, et la Reine elle-même a pris soin de réfuter
-cette calomnie. «Il n'est pas à croire,» a-t-elle répondu
-au tribunal révolutionnaire, «que des êtres
-aussi dévoués foulassent aux pieds et voulussent
-changer la marque que leur Roi portait lui-même
-<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a>
-<a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a>.»
-Qu'on ait vu au banquet des cocardes blanches,
-cela est vrai et cela devait être. L'armée, à cette époque,
-<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">[Pg 53]</a></span>
-avait encore la cocarde blanche; le Roi seul et
-la garde nationale portaient la cocarde tricolore.
-Et si, comme on le raconte, quelques dames de la
-Cour, faisant avec du papier des cocardes blanches,
-les ont données aux officiers qu'elles rencontraient,
-elles n'ont fait que donner à ces officiers la cocarde
-légale, réglementaire, celle que Mounier appelait
-encore «la cocarde française
-<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a>
-<a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a>».</p>
-
-<p>Le 3 octobre, la Reine reçut une députation de la
-garde nationale, qui venait la remercier des drapeaux
-distribués le 30 septembre. Tout émue encore
-des démonstrations sympathiques de l'avant-veille,
-elle répondit: «Je suis fort aise d'avoir donné des
-drapeaux à la garde nationale de Versailles. Je
-suis enchantée de la journée de jeudi; la nation et
-l'armée doivent être attachées au Roi, comme nous
-leur sommes nous-mêmes
-<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a>
-<a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a>.»</p>
-
-<p>Le même jour, un nouveau banquet
-<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a>
-<a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a> a lieu dans
-l'Hôtel des gardes du corps; quatre-vingts soldats des
-régiments de Flandre et de Lorraine, un homme de
-chaque compagnie de la garde nationale de Versailles
-y sont invités. Le repas est gai; on y porte la santé
-du Roi, de la nation, de l'Assemblée, de la garde
-nationale; puis, vers la fin, les têtes s'échauffent;
-on chante, on crie, on casse les bouteilles et les
-verres; quel est le banquet de deux cents personnes,
-de deux cents jeunes gens, où il ne se passe pas de
-scènes de ce genre?</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">[Pg 54]</a></span></p>
-
-<p>Le dimanche 4, c'est la municipalité de Versailles
-qui traite à son tour le régiment de Flandre. La
-garde nationale prend part au festin; on y boit, à la
-santé du Roi et de la Reine; tout s'y passe avec ordre.</p>
-
-<p>Telle est la série de fêtes et de banquets qui fut
-transformée en une série d'attentats contre la souveraineté
-nationale. Rien—ce simple exposé suffit
-à l'établir,—rien n'avait pu servir de base à cette
-accusation. Il y avait eu sans doute des démonstrations
-enthousiastes en l'honneur de la famille royale;
-mais ces démonstrations étaient alors dans le cœur
-de la grande majorité des Français. Quant à des attaques
-contres les réformes de l'Assemblée, il n'y en
-avait point eu. Les gardes du corps, l'armée, la
-garde nationale s'étaient trouvés réunis dans un parfait
-accord
-<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a>
-<a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a>. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que
-ces gardes du corps, si dévoués au Roi, n'étaient
-nullement hostiles aux idées nouvelles;—ils en
-avaient donné tout récemment la preuve
-<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a>
-<a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a>,—vivaient
-très amicalement avec les députés et passaient
-dans l'Assemblée pour d'<i>excellents patriotes</i>.
-C'est le témoignage que leur rendit, dans l'enquête,
-un député qui n'est pas suspect
-<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a>
-<a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a>.</p>
-
-<p>Mais il fallait un prétexte; et celui-là fut choisi.
-<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">[Pg 55]</a></span>
-Un homme qui devait jouer un triste rôle à la Convention,
-et qui était dès lors un des plus fougueux
-ennemis de la royauté, quoiqu'il se qualifiât «un
-des plus fidèles sujets du Roi
-<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a>
-<a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>», Laurent Lecointre,
-lieutenant-colonel de la garde nationale du quartier
-Notre-Dame, donna le signal. Mécontent de n'avoir
-point été invité à la fête du 1<sup>er</sup> octobre, sa rancune
-personnelle s'ajoutait à son exaltation politique. A
-son instigation, un de ses amis, rédacteur d'une
-feuille révolutionnaire, le <i>Courrier de Versailles</i>,
-Gorsas
-<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a>
-<a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a>,
-commença dans son journal toute une série
-d'articles contre le banquet des gardes du corps;
-le repas que nous avons raconté d'après les documents
-les plus authentiques, était représenté comme
-une «orgie complète». Les convives chancelants
-avaient donné un spectacle «dégoûtant et horrible»
-La santé de la nation ayant été proposée, les gardes
-du corps l'avaient rejetée. Et c'était d'un pareil
-scandale que la Reine s'était déclarée «enchantée».
-Quelle meilleure preuve des plans contre-révolutionnaires
-de la Cour et des projets de vengeance de
-l'Autrichienne contre le peuple?</p>
-
-<p>On conçoit facilement quel effet devaient produire
-ces dénonciations furibondes, en tombant, comme
-une semence haineuse, sur le terrain si bien préparé
-de la populace parisienne. Le récit de Gorsas est lu
-avidement, odieusement commenté. Marat, Camille
-Desmoulins, Loustalot, tonnent dans leurs journaux
-contre la Cour et contre la Reine: on dénonce
-la grande conspiration contre-révolutionnaire. On
-reprend un vieux bruit jadis colporté, l'enlèvement
-<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">[Pg 56]</a></span>
-du Roi pour le conduire à Metz. On ne calcule
-pas que pour exécuter un pareil plan, s'il avait
-été conçu, Louis XVI n'avait à sa disposition
-que six cents gardes du corps «en général chauds
-partisans du Tiers
-<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a>
-<a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a>», deux cents dragons, deux
-cents chasseurs, onze cents soldats du régiment de
-Flandre commandés par un colonel patriote, et que
-ce n'est pas avec ce faible corps de deux mille hommes
-qu'il pourrait se lancer dans une entreprise
-aussi hasardeuse, en face d'une garde nationale qui
-n'y prêterait certainement pas les mains. Mais les
-masses populaires, quand elles sont surexcitées, sont
-aveugles, et les chefs ne leur laissaient pas le temps
-de raisonner.</p>
-
-<p>L'occasion était bonne d'ailleurs. Une disette, à laquelle
-on peut assigner des causes trop sérieuses,
-mais qui, à ce moment, eut certainement quelque
-chose de factice, une «famine docile», comme
-l'appelle Lally-Tollendal
-<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a>
-<a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a>, régnait dans Paris. Il y
-avait là des souffrances réelles, et, comme toujours,
-c'était au gouvernement, au Roi, à la Cour, aux
-membres les plus impopulaires de la famille royale,
-à la Reine, par conséquent, qu'on faisait remonter la
-responsabilité de ces souffrances. Les calomnies de
-Gorsas jettent de l'huile sur ce feu qui couve sous
-une cendre chaude. Au Palais-Royal, la populace
-s'assemble; des attroupements se forment; les orateurs
-déclament. On jure de tirer vengeance des gardes
-<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">[Pg 57]</a></span>
-du corps, qui ont arboré, dit-on, la cocarde
-noire. On tient contre la Reine les «propos
-les plus affreux». On fait des motions contre
-les accapareurs. Une femme, «dont la mise indique
-une femme au-dessus du médiocre,» s'écrie qu'elle
-n'a pas de pain et qu'il faut aller à Versailles en
-demander au Roi, et comme un des assistants se permet
-de rire, elle lui applique un soufflet. Les autres
-femmes qui sont là applaudissent. «Demain, disent-elles,
-les choses iront mieux; nous nous mettrons à
-la tête des affaires.» Des gardes nationaux, attablés
-au café de Foy, font chorus avec les femmes; la
-police reste inerte et n'essaie ni de dissiper les groupes
-ni de rétablir l'ordre
-<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a>
-<a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a>.</p>
-
-<p>Rien n'avait été négligé pour organiser l'attaque
-et désorganiser la résistance. «Des Machiavels de
-place publique et de mauvais lieu, a dit M. Taine,
-ont remué les hommes du ruisseau et les femmes du
-trottoir
-<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a>
-<a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a>.»
-L'or avait été répandu à profusion dans
-le peuple et dans l'armée; sept millions, assure-t-on,
-étaient venus de Hollande
-<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a>
-<a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a>. Depuis l'arrivée du régiment
-de Flandre, tous les moyens de corruption, même
-les plus honteux, le vin, l'argent, les femmes,
-avaient été employés pour suborner les soldats, et
-au commencement d'octobre, ce régiment, qui avait
-été appelé pour protéger l'ordre et la monarchie, n'était
-plus qu'un danger. C'est avec ces faibles ressources,
-avec ces soldats à demi gagnés et quelques
-gardes fidèles, en face d'une garde nationale, en
-partie hostile, que Louis XVI allait se défendre
-contre une conspiration ourdie de longue date, avec
-la plus infernale habileté.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">[Pg 58]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_IV" id="CHAPITRE_IV"></a>CHAPITRE IV</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris.</p>
-</div>
-
-<p>Ce furent les femmes qui donnèrent le signal.
-«Ceux qui dirigeaient l'insurrection, dit Mounier,
-avaient jugé utile de la faire commencer par les
-femmes; ils sentaient que leur présence inspirerait
-moins d'inquiétudes, qu'on se déterminerait plus difficilement
-à les repousser par la force des armes,
-qu'elles répandraient la confusion, qu'alors les
-hommes qui suivraient auraient moins de dangers à
-courir
-<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a>
-<a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>.» Ce calcul ne fut pas trompé.</p>
-
-<p>Le 5 octobre au matin, une émeute éclate à Paris.
-Une fille du quartier des Halles entre dans un corps
-de garde, saisit un tambour, et parcourt les rues en
-battant le rappel et «en poussant des cris contre
-la cherté du pain». On sonne le tocsin. Les femmes
-s'assemblent; un certain nombre d'hommes déguisés
-se réunissent à elles et la foule se porte vers l'Hôtel-de-Ville
-qu'elle envahit vers neuf heures. On force
-les magasins d'armes; on les pille; on s'empare de
-sept à huit mille fusils. On insulte les membres du
-conseil municipal et les employés. Des femmes,
-armées de torches, entrent dans les salles et
-s'apprêtent à y mettre le feu
-<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a>
-<a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a>. Fait significatif et
-sur lequel on ne saurait trop insister, la plupart de
-<span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">[Pg 59]</a></span>
-ces femmes étaient «vêtues de blanc, coiffées et
-poudrées
-<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a>
-<a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>» comme si elles allaient à une fête;
-très peu semblaient appartenir à la «populace».
-Les unes riaient, chantaient et dansaient dans la
-cour, tandis que les autres sonnaient le tocsin et
-relâchaient les prisonniers. Presque toutes avaient
-les poches pleines d'or.</p>
-
-<p>A onze heures et demie, une bande d'hommes,
-armés de haches et de marteaux, force les portes
-de l'arcade Saint-Jean, envahit à son tour l'Hôtel-de-Ville,
-se répand de tous côtés, enfonce les armoires,
-pille et brise tout.</p>
-
-<p>Ici apparaît une des figures les plus sinistres de
-la Révolution, le futur organisateur des massacres
-de l'Abbaye, l'huissier Maillard. Une affaire de service
-l'avait appelé à l'Hôtel-de-Ville. Reconnu par
-quelques femmes, qui saluent en lui un des vainqueurs
-de la Bastille, il est proclamé ou se proclame
-leur chef. Il prend un tambour, se met à leur
-tête et se dirige vers le Louvre. Les rangs se grossissent
-d'une foule de femmes qu'on force à marcher
-avec la bande. Arrivées au jardin des Tuileries,
-«ces dames», comme dit Maillard, veulent traverser
-le jardin; le Suisse s'y oppose; elles le renversent,
-le frappent et passent. La place Louis XV avait été
-assignée comme quartier général; on va un peu
-plus loin, jusqu'aux Champs-Élysées; là se trouvent
-des détachements de femmes, munies de piques, de
-bâtons, de fusils. Maillard fait déposer les armes,
-harangue sa troupe, la range et part à sa tête. Un
-certain nombre d'hommes armés, qui se sont réunis
-à la bande, sont relégués à la queue; les femmes,
-suivant le mot d'ordre, marchent les premières.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">[Pg 60]</a></span></p>
-
-<p>Partout, sur leur passage, les boutiques se ferment,
-les maisons se vident, les portes sont barricadées.
-Elles enfoncent les portes, enlèvent les enseignes,
-arrêtent les courriers, forcent tous ceux
-qu'elles rencontrent à les accompagner. A Sèvres,
-elles font halte; elles ont faim, et d'ailleurs elles craignent
-que le pont de la Seine ne soit gardé. Par
-une fatale négligence, le passage est libre. Après
-s'être donné le plaisir populaire de briser les portes
-et les enseignes des marchands de vin qui n'ont pu
-lui donner à manger, la horde, traînant avec elle
-deux canons, s'élance dans la direction de Versailles.</p>
-
-<p>Pendant ce temps-là, une nouvelle émeute éclatait
-à l'Hôtel-de-Ville. Les gardes françaises licenciées
-qui, sous le nom de compagnies soldées, formaient
-une partie notable de la garde nationale parisienne,
-trouvaient l'occasion bonne pour aller reprendre à
-Versailles leurs anciens postes, occupés par les gardes
-du corps. Réunis sur la place de Grève, ils s'agitaient
-et criaient.</p>
-
-<p>Vers midi, cinq ou six grenadiers montèrent au
-Comité de police, où se trouvait Lafayette. L'un
-d'eux, «qui joignait à la plus belle figure un choix
-d'expressions qui étonnait tous ceux qui l'écoutaient
-et un sang-froid qui les étonnait encore davantage
-<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a>
-<a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a>»,
-prit la parole: «Mon général, dit-il, nous
-sommes députés par les six compagnies de grenadiers.
-Nous ne vous croyons pas un traître; nous
-croyons que le gouvernement vous trahit; il est
-temps que tout ceci finisse. Nous ne pouvons
-tourner nos armes contre des femmes qui demandent
-du pain; le Comité des subsistances vous trompe,
-<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">[Pg 61]</a></span>
-il faut le renvoyer. Nous voulons aller à Versailles
-exterminer les gardes du corps et le régiment
-de Flandre qui ont foulé aux pieds la cocarde
-nationale. Si le Roi est trop faible pour porter
-la couronne, qu'il la dépose; nous couronnerons
-son fils; on lui nommera un conseil de régence,
-et tout ira mieux
-<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a>
-<a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>.» Les délégués étaient fiers de
-leur orateur: «Laissez parler celui-là, disaient-ils; il
-parle bien
-<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a>
-<a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a>.» En vain Lafayette voulut-il les
-rappeler au devoir; leur décision était manifestement
-arrêtée d'avance; le mot d'ordre était donné:
-«Il est inutile de nous convaincre, s'écriaient-ils
-tous ensemble, car tous nos camarades pensent
-ainsi, et quand vous nous convaincriez, vous ne
-les changeriez pas
-<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a>
-<a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>.»</p>
-
-<p>Lafayette sortit sur la place; il harangua ses
-soldats, leur rappela leur serment, fit appel aux sentiments
-d'affection et de confiance qu'ils avaient pour
-lui, protesta de son amour pour la liberté. Paroles
-et prières furent inutiles. Des cris tumultueux: «A
-Versailles! A Versailles!—Si le général ne veut
-pas venir, il faut prendre un ancien grenadier pour
-le mettre à notre tête.—Il est étonnant que
-M. de Lafayette veuille commander au peuple,
-tandis que c'est au peuple à lui commander!»—furent
-la seule réponse de cette troupe chez laquelle
-on n'avait pas en vain ébranlé tous les liens de la discipline.
-Lafayette rentra; il hésitait; il attendait
-l'ordre de la municipalité. La municipalité, honnête
-comme Lafayette et faible comme lui, n'était pas
-livrée à de moindres angoisses. Le flot tumultueux
-grossissait sur la place de Grève; la troupe, travaillée
-<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">[Pg 62]</a></span>
-par de mystérieux agents, s'impatientait; des
-menaces, des cris de mort étaient proférés contre
-Bailly et contre Lafayette. La municipalité céda,
-et, «vu les instances du peuple et sur la représentation
-de M. le commandant général qu'il était
-impossible de s'y refuser», donna au général
-l'ordre de partir pour Versailles. Le pouvoir légal
-était encore une fois vaincu; l'émeute triomphait.
-Des acclamations bruyantes saluèrent la victoire de
-la populace et la défaillance de l'autorité.</p>
-
-<p>Il était six heures du soir. Lafayette monte à
-cheval, la tête basse, l'âme triste, l'esprit plein de
-lugubres pressentiments, de remords peut-être; il
-détache en avant trois compagnies de grenadiers,
-un bataillon de fusiliers, trois pièces de canon. Sept
-à huit cents hommes en guenilles, armés de piques,
-de fusils et de bâtons, bras nus, voix avinées, têtes
-hideuses, brigands que le ruisseau vomit les jours
-d'émeute, marchent derrière l'avant-garde, mélangés
-dans les rangs
-<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a>
-<a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>. Lafayette suit avec les compagnies,
-et, conduit par ses soldats plutôt qu'il ne les
-conduit, trophée vivant de l'émeute, pour ainsi dire,
-il prend la route de Versailles.</p>
-
-<p>Dans cette ville, une agitation sourde régnait.
-Les déclarations de Lecointre et de ses amis, les
-calomnies de Gorsas avaient produit leur effet, et la
-garde nationale, si sympathique aux gardes du corps
-le 1<sup>er</sup> et le 3 octobre, leur était devenue hostile. <i>On
-attendait les Parisiens</i>, a dit un témoin non suspect
-<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a>
-<a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a>.
-Dès le 4, on connaissait l'invasion projetée
-par les gardes françaises; on faisait des motions incendiaires
-dans les cafés et l'on préparait des cartouches
-<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">[Pg 63]</a></span>
-en disant: «C'est pour assassiner demain
-les gardes du corps
-<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a>
-<a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a>.»</p>
-
-<p>A l'Assemblée, les chefs de la gauche n'étaient pas
-moins instruits du plan qui devait être exécuté contre
-la Cour. Le lundi 5 octobre, à l'ouverture de la
-séance, il fut facile de voir «qu'il se préparait quelque
-chose d'extraordinaire, par le ton qu'affectèrent
-de prendre quelques membres de l'Assemblée
-<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a>
-<a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>».
-Les tribunes paraissaient aussi plus animées et la
-foule qui entourait la salle était en proie à cette
-fièvre qui présage les orages populaires. Le président
-Mounier annonce qu'il a reçu la réponse du Roi
-sur la Déclaration des droits de l'homme et les
-derniers articles soumis à sa sanction. Le Roi
-accepte, mais avec certaines réserves, et en faisant
-sur ces articles des observations d'une incontestable
-sagesse
-<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a>
-<a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a>. La discussion s'entame avec une
-extrême violence. Robespierre et Lapoule dénoncent
-les réflexions si naturelles du Roi comme une censure
-de la Constitution; Adrien Duport y voit tout
-un plan de contre-révolution et il en prend occasion
-de tonner contre l'«orgie indécente» dont Versailles
-a été témoin le 1<sup>er</sup> octobre. Vainement Virieu proteste
-et le marquis de Monspey demande qu'on précise
-l'accusation. Mirabeau se lève: «Que l'Assemblée,
-dit-il, décide que la personne du Roi seule est inviolable,
-et je suis prêt, moi, à fournir les détails et
-à les signer.» Et précisant lui-même son odieuse et
-transparente insinuation: «C'est la Reine et le duc
-de Guiche que je dénoncerai,» dit-il à mi-voix à
-<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">[Pg 64]</a></span>
-ceux qui l'entourent
-<a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a>
-<a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>. Ces accusations excitent un
-violent tumulte dans l'Assemblée; la gauche s'agite
-bruyamment; la droite proteste avec vivacité; la
-fermentation redouble dans les tribunes
-<a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a>
-<a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, le bruit de l'approche des Parisiens
-commence à se répandre. Entre onze heures et
-midi, Mirabeau monte au bureau. «Monsieur le
-Président, dit-il à Mounier, quarante mille hommes
-armés arrivent de Paris; pressez la délibération;
-levez la séance; dites que vous allez chez le Roi.»—«Je
-ne presse pas les délibérations,» répond Mounier;
-«je trouve qu'on ne les presse que trop souvent.»—«Mais,
-Monsieur le Président,» reprend
-Mirabeau, étonné de ce calme, «mais, Monsieur le
-Président, ces quarante mille hommes.....—Eh
-bien,» réplique Mounier, «tant mieux: ils n'ont qu'à
-nous tuer tous, mais tous, entendez-vous bien, les
-affaires de la République en iront mieux.—Monsieur
-le Président, le mot est joli,» ne peut
-s'empêcher de dire Mirabeau, en regagnant sa
-place
-<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a>
-<a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a>.</p>
-
-<p>Seule, peut-être, parmi les habitants de Versailles,
-la famille royale était calme, et, par un étrange
-aveuglement, les ministres, si souvent cependant
-avertis des projets des Parisiens, partageaient cette
-quiétude. Le Roi était parti de bonne heure pour
-la chasse; Madame Elisabeth était à Montreuil; Mesdames
-à Bellevue; la Reine à Trianon, dont elle
-parcourait les bosquets aimés pour la dernière fois.
-Elle était assise dans la grotte, essayant de s'isoler
-<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">[Pg 65]</a></span>
-des bruits du monde, quand un courrier, envoyé par
-M. de Saint-Priest, vint précipitamment la chercher.
-En même temps, M. de Cubières, écuyer cavalcadour,
-était parti au galop pour prévenir le Roi. Il le
-rejoignit vers trois heures, dans les tirés de Meudon,
-et lui remit un billet du ministre. Le Roi prit le billet,
-le lut et ne put s'empêcher de dire tout haut:
-«Elles demandent du pain; hélas! si j'en avais, je
-n'attendrais pas qu'elles vinssent m'en demander
-<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a>
-<a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a>.»
-Il fit amener son cheval, et, au moment où il mettait
-le pied à l'étrier, un chevalier de Saint-Louis, que personne
-n'avait vu, se jeta à ses genoux, en s'écriant:
-«Sire, on vous trompe; j'arrive à l'instant de l'École
-militaire; je n'y ai vu que des femmes assemblées
-qui disent venir à Versailles pour demander
-du pain; je supplie Votre Majesté de n'avoir point
-peur.»—«Peur! Monsieur, reprit vivement le Roi;
-je n'ai jamais eu peur de ma vie
-<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a>
-<a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>.» Puis, descendant
-au galop une des pentes les plus raides du bois de
-Meudon
-<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a>
-<a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>,
-il prit précipitamment la route de Versailles,
-et rentra au Château, où il retrouva la Reine.</p>
-
-<p>A son arrivée le Conseil s'assemble; dans ce moment
-de crise, les ministres sont faibles, hésitants,
-irrésolus. Necker, toujours préoccupé de sa popularité,
-déjà pourtant bien compromise, Necker est d'avis
-de céder. M. de Saint-Priest seul semble avoir
-la pleine conscience du danger et l'intelligence
-du remède. D'accord avec un énergique officier,
-M. de Narbonne-Fritzlar
-<a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a>
-<a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a>, il demande qu'on mette
-<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">[Pg 66]</a></span>
-le pont de Sèvres en état de défense et que le Roi
-aille, à la tête des troupes fidèles, repousser les
-Parisiens au passage de la Seine. Pendant ce temps,
-la famille royale se retirerait à Rambouillet. Plusieurs
-ministres, parmi lesquels M. de la Luzerne
-<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a>
-<a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a>
-appuient ce plan; d'autres, avec Necker, s'y opposent.
-Le Roi fut-il convaincu par l'argumentation de
-ce dernier
-<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a>
-<a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a>?
-Se défia-t-il de ses troupes, et craignit-il
-de ne pas rencontrer parmi elles des dévouements
-assez solides? Fut-il déterminé par la répugnance
-de la Reine à se séparer de lui
-<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a>
-<a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a>? Toujours est-il
-que l'avis de M. de Saint-Priest ne prévalut pas, et
-que cette dernière chance de salut fut abandonnée.</p>
-
-<p>On se borna à d'insuffisantes mesures de défense.
-La municipalité de Versailles avait requis le comte
-d'Estaing, «commandant de la milice nationale, de
-prendre toutes les précautions et d'employer toutes
-les forces qui étaient à sa disposition, pour garantir
-de toute insulte le Roi, la famille royale, l'Assemblée
-nationale et la ville.» Les gardes du corps et
-les troupes de ligne furent placés sous ses ordres
-<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a>
-<a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a>.
-Vers trois heures et demie, le régiment de Flandre
-s'était rangé en bataille sur la place du Château;
-mais, malgré les instances du major, M. de Montmorain,
-<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">[Pg 67]</a></span>
-il n'avait pu obtenir de cartouches. Les
-gardes du corps, au nombre de trois cent vingt, s'étaient
-placés devant la grille des Ministres; quelques
-chasseurs des Trois-Évêchés, quelques gardes de
-Monsieur et du comte d'Artois étaient parmi eux.
-Un détachement de dragons était posté sur l'avenue
-de Paris, en face de la porte de l'Assemblée. Le
-comte d'Estaing, connaissant les mauvaises dispositions
-de la garde nationale, que depuis deux jours
-on ne cessait d'exciter contre les défenseurs du Roi,
-n'avait pas osé lui faire prendre les armes. Mais Lecointre
-avait fait battre la générale et réuni un certain
-nombre de compagnies du quartier Notre-Dame
-<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a>
-<a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>,
-à l'ancienne caserne des gardes françaises,
-sur la droite des gardes du corps.</p>
-
-<p>Au Château, les délibérations continuaient.—Louis
-XVI, toujours indécis, retenu d'ailleurs par
-une bonté qui, on l'a dit justement, paraissait n'être
-qu'une des formes de la faiblesse, ne pouvait se résoudre
-ni à résister, ni à se retirer. M. de Luxembourg,
-capitaine des gardes du corps, lui ayant
-demandé des ordres: «Allons donc, répondit-il,
-contre des femmes? Vous vous moquez.» Un peu
-plus tard, M. de Saint-Priest proposa la retraite
-dans une province fidèle, la Normandie, par exemple.
-Le Roi y répugnait extrêmement; il lui semblait
-que fuir devant l'émeute, c'était abdiquer. «Un
-roi fugitif, un roi fugitif!» répétait-il tristement.
-Cependant le danger pressait; «Sire, s'écria vivement
-M. de Saint-Priest, si vous êtes conduit
-demain à Paris, votre couronne est perdue
-<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a>
-<a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>.»
-On se décida à partir pour Rambouillet. La municipalité
-<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">[Pg 68]</a></span>
-de Versailles n'y mettait point obstacle; elle
-avait même donné l'ordre à M. d'Estaing de protéger
-ce départ. Déjà les voitures étaient commandées
-et la Reine avait fait dire à ses dames:
-«Faites vos paquets; nous partons dans une demi-heure,
-hâtez-vous!» Mais il semblait qu'on ne prît
-une résolution que pour l'abandonner. Peu après,
-la Reine faisait dire à ces mêmes dames: «Tout est
-changé; nous restons
-<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a>
-<a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a>.»</p>
-
-<p>Les voitures furent décommandées. Lorsque, dans
-la soirée, on voulut, par un nouveau revirement, reprendre
-le projet de retraite à Rambouillet, il était
-trop tard; quand les voitures se présentèrent pour
-sortir, à la grille de l'orangerie, le peuple, la garde
-nationale, les gens même de l'écurie du Roi
-<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a>
-<a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a>, les
-forcèrent à rentrer; et peut-être alors la Reine n'eût-elle
-pu partir sans péril pour sa vie
-<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a>
-<a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a>. Pendant toutes
-ces indécisions
-<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a>
-<a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>, en effet, la populace parisienne
-était arrivée; tous les acteurs étaient en scène: le
-grand drame allait commencer.</p>
-
-<p>La bande dirigée par Maillard avait quitté Sèvres,
-après s'y être reposée un instant. Un individu sans
-col et qui, prétendait-il, avait failli être pendu le matin
-pour avoir voulu sonner le tocsin, avait pris le
-commandement des hommes, comme Maillard avait
-celui des femmes. En route, on continuait à arrêter les
-<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">[Pg 69]</a></span>
-courriers du Roi
-<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a>
-<a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a>, ne laissant passer que ceux du
-duc d'Orléans; on mettait la main sur les voyageurs;
-on maltraitait ceux qui portaient des cocardes noires;
-on les forçait à marcher au milieu de la troupe, avec
-un écriteau insultant dans le dos.</p>
-
-<p>Le temps était affreux; l'eau tombait à torrents;
-la route détrempée était devenue un cloaque. Le cortège
-de ces femmes en désordre, mouillées par la
-pluie, souillées par la boue, hurlant, vociférant,
-était hideux. «Voyez comme nous sommes arrangées,
-disaient-elles; nous sommes comme des diables;
-mais la b... nous le paiera cher
-<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a>
-<a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a>.» D'autres
-chantaient et dansaient, en proférant d'infâmes outrages
-et en jurant qu'elles mettraient la Reine en
-pièces et rapporteraient les lambeaux de son corps
-pour s'en faire des cocardes
-<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a>
-<a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>. «Nous emmènerons
-la Reine morte ou vive, criaient-elles; les hommes
-se chargeront du Roi
-<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a>
-<a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a>.»</p>
-
-<p>En arrivant à la barrière, Maillard harangua sa
-troupe; il fit mettre les femmes sur trois rangs, envoya
-les canons à la queue, commanda d'entonner <i>Vive
-Henri IV!</i> et ce fut au bruit des vieux couplets
-royalistes, hurlés comme une ironie sanglante par
-ces mégères qui allaient forcer dans son palais le
-petit-fils du bon Roi, que l'effroyable bande fit son
-entrée à Versailles.</p>
-
-<p>Sa première visite fut pour la salle des Menus,
-où siégeait l'Assemblée. Maillard y pénétra, suivi
-d'une partie de sa troupe, il prit la parole: «Paris
-<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">[Pg 70]</a></span>
-manque de pain, dit-il; le peuple est au désespoir;
-il a le bras levé; qu'on y prenne garde; il se portera
-à des excès. C'est à l'Assemblée à prévenir
-l'effusion du sang. Les aristocrates veulent nous
-faire périr de faim.»—«Oui, nous voulons du
-pain, reprirent les femmes;» et quelques-unes, tirant
-de leur poche un morceau de pain moisi: «Nous le
-ferons avaler à l'Autrichienne, crièrent-elles, et
-nous lui couperons le cou
-<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a>
-<a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a>.»</p>
-
-<p>Le tumulte croissait; la délibération devenait impossible.
-Sur la proposition d'un membre, il fut décidé
-qu'une députation irait immédiatement chez le
-Roi pour l'entretenir de la situation de la ville de
-Paris et solliciter en même temps l'acceptation pure
-et simple des décrets constitutionnels.</p>
-
-<p>Le président Mounier se rendit au Palais, escorté
-d'un certain nombre de femmes, auxquelles il avait
-dû promettre de les introduire près du Roi. Parmi
-ces femmes, deux semblaient n'être point de la classe
-du peuple, quoiqu'elles en affectassent le langage
-<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a>
-<a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a>.
-Louis XVI promit de faire rassembler tout le pain
-qu'on pourrait trouver, et après quelques hésitations
-il signa les décrets. Les femmes sortirent; elles paraissaient
-contentes
-<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a>
-<a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a> et ne le dissimulaient pas, en
-sortant, au point même d'exciter la colère de leurs
-compagnes, restées au dehors
-<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a>
-<a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a>. Quelques-unes,
-croyant tout fini puisqu'on allait avoir du pain, retournèrent
-à Paris dans les voitures de la Cour. Les
-<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">[Pg 71]</a></span>
-autres, celles qui étaient dans le secret, refusèrent
-de partir; elles avaient, disaient-elles, ordre exprès
-de rester
-<a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a>
-<a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a>.</p>
-
-<p>Au Château cependant, la plus grande confusion
-continuait à régner. Les ministres étaient réunis,
-mais ne savaient à quoi se résoudre; les avis les
-plus contradictoires étaient ouverts, adoptés, puis
-abandonnés. Louis XVI, avec sa résignation passive,
-demeurait silencieux et irrésolu. Seule, au milieu de
-ces inerties et de ces défaillances, la Reine conservait
-sa fière attitude. «Sa contenance était noble et
-digne; son visage calme, et quoiqu'elle ne pût se
-faire d'illusion sur ce qu'elle avait à redouter, personne
-n'y put apercevoir la plus légère trace d'inquiétude.
-Elle rassurait chacun, pensait à tout, et s'occupait
-beaucoup plus de ce qui lui était cher que de
-sa propre personne
-<a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a>
-<a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a>.» «Tout, excepté elle, m'a
-paru consterné,» dépose le président de Frondeville,
-qui a passé la nuit du 5 au Palais
-<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a>
-<a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a>. «Je sais qu'on
-vient de Paris demander ma tête, dit l'héroïque
-femme; mais j'ai appris de ma mère à ne pas
-craindre la mort; je l'attendrai avec fermeté
-<a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a>
-<a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a>.»
-On l'engage à se mettre en sûreté avec ses enfants.
-«Non, répond-elle, ma place est ici, près du Roi; j'y
-resterai.» La seule précaution qu'elle consente à
-prendre n'est pas pour elle, mais pour ses enfants.
-Elle était convenue qu'au moindre bruit, on les
-amènerait chez elle; instruite du péril qui la menace,
-elle donne contre-ordre, et à onze heures du soir
-fait dire à M<sup>me</sup> de Tourzel de conduire, en cas d'alerte,
-son fils et sa fille non pas chez elle, mais chez
-<span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">[Pg 72]</a></span>
-le Roi, où ils seront mieux à l'abri. Et comme on la
-presse de s'y rendre elle-même et d'y passer la nuit,
-plutôt que dans son propre appartement, que l'on
-sait désigné aux coups des assassins: «Non,» répondit-elle,
-«j'aime mieux m'exposer à quelque danger,
-s'il y en a à courir, et l'éloigner de la personne du
-Roi et de ses enfants
-<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a>
-<a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a>.»</p>
-
-<p>Les nouvelles alarmantes se succèdent; sur la
-Place d'Armes, on assaille les gardes du corps; les
-autres soldats lâchent pied. Seule, la Reine «montre
-un front calme et serein, rassure ceux qui tremblent
-pour elle, et fait admirer son courage à ceux-là même
-qui condamnaient ses principes». C'est le <i>Moniteur</i>
-qui parle ainsi, et le <i>Moniteur</i> n'est pas suspect. Un
-certain nombre de gentilshommes se réunissent pour
-défendre la famille royale; ils demandent des ordres;
-ils demandent des chevaux. Le président de Frondeville
-se fait leur organe près de la Reine et sollicite
-la permission de prendre des chevaux dans
-les écuries du Château. «Soit, répond-elle simplement;
-je consens à vous donner cet ordre, mais à une
-condition: si les jours du Roi sont en danger, vous
-en ferez le plus prompt usage; si moi seule je suis
-en péril, vous n'en userez pas
-<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a>
-<a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a>.»</p>
-
-<p>«Au milieu de tant de perfidies de tout genre, a
-écrit Rivarol, sur ce théâtre où la peur et la lâcheté
-conduisaient la faiblesse à sa perte, il s'est pourtant
-rencontré un grand caractère, et c'est une femme,
-c'est la Reine qui l'a montré. Elle a figuré, par sa
-contenance noble et ferme, parmi tant d'hommes
-éperdus et consternés, et par une présence d'esprit
-extraordinaire, quand tout n'était qu'erreur et vertige
-autour d'elle. On la vit, pendant cette soirée du
-<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">[Pg 73]</a></span>
-5 octobre, recevoir un monde considérable dans son
-grand cabinet, parler avec force et dignité à tout ce
-qui l'approchait et communiquer son assurance à
-ceux qui ne pouvaient lui cacher leurs alarmes.....
-On la verra bientôt, quand les périls l'exigeront,
-déployer la magnanimité de sa mère; et si, avec le
-même courage, elle n'a pas eu de succès pareil, c'est
-que Marie-Thérèse avait affaire à la noblesse de Hongrie
-et que la Reine n'a parlé qu'à la bourgeoisie de
-Paris
-<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a>
-<a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a>.»</p>
-
-<p>Pendant ce temps-là, Mounier revenait à l'Assemblée;
-il fit évacuer le bureau, envahi par la populace
-<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a>
-<a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>,
-et convoquer les députés pour une séance de nuit.
-Dans ces heures de crises, il jugeait utile de tenir
-l'Assemblée réunie jusqu'au jour. Mais un peu plus
-tard, vers trois heures du matin, rassuré par Lafayette,
-qui venait de parcourir les différents postes
-et répondait de l'ordre public, il leva la séance.</p>
-
-<p>Arrivé à minuit, à la tête de son armée, Lafayette
-s'était rendu au Palais; il y entra seul avec les députés
-de la municipalité de Paris. Les appartements
-étaient pleins de monde. Quand le général parut:
-«Voilà Cromwell,» murmura une voix.—«Monsieur,»
-répondit Lafayette, «Cromwell ne serait pas entré
-seul.»—Les entraînements populaires ne lui
-avaient pas fait perdre le sentiment des convenances
-et le ton du monde dans lequel il était né. «Je viens,
-Sire, dit-il, vous apporter ma tête pour sauver
-celle de Votre Majesté. Si mon sang doit couler,
-que ce soit pour le service de mon Roi, plutôt
-<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">[Pg 74]</a></span>
-qu'à l'ignoble lueur des flambeaux de la Grève.»
-Il ajouta qu'il se faisait fort des dispositions de son
-armée
-<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a>
-<a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a>.</p>
-
-<p>Naturellement disposé à la confiance, le Roi se
-sentit rassuré, et, suivant le mot piquant de Rivarol,
-«se reposa de tout sur un général qui n'était sûr de
-rien
-<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a>
-<a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a>.»
-A deux heures du matin, la Reine, rassurée
-aussi, du moins en apparence, alla se coucher dans
-ses appartements
-<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a>
-<a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a>. Lafayette insista pour que la
-garde du Château fût remise à son armée et que les
-gardes françaises reprissent leurs anciens postes;
-Louis XVI y consentit. Dès huit heures, les gardes
-du corps, en butte à la rage populaire, assaillis à
-coups de pierre et à coups de fusil par la foule et
-par la milice versaillaise, avaient reçu l'ordre d'évacuer
-la Place d'Armes, et de se retirer à leur hôtel,
-d'où ils regagnèrent Trianon ou Rambouillet à travers
-champs
-<a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a>
-<a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a>. Ceux qui étaient de service au Château
-avaient quitté la cour de Marbre et s'étaient
-repliés sur la terrasse, en face des appartements de
-la Reine. Ils ne conservaient que les postes intérieurs;
-les postes extérieurs étaient occupés par
-les gardes françaises.</p>
-
-<p>Lafayette, après avoir veillé à l'exécution de
-ses ordres, visite la Place d'Armes, va à l'Assemblée,
-où il communique au président «la contagion
-de sa sécurité
-<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a>
-<a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>,» traverse de nouveau les cours,
-s'entretient un instant avec M. de Montmorin, puis,
-<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">[Pg 75]</a></span>
-harassé de fatigue, rassuré par les mesures qu'il
-a prises
-<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a>
-<a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a>, confiant d'ailleurs dans son prestige
-populaire et plein d'illusions sur l'honnêteté des masses,
-il va lui-même se coucher à l'hôtel de Noailles.</p>
-
-<p>Il était alors quatre heures du matin: le réveil
-devait être terrible.</p>
-
-<p>Tout dort dans Versailles. Brisée par les émotions
-de cette rude journée, tranquillisée d'ailleurs par les
-déclarations de Lafayette, la famille royale repose
-pour la dernière fois dans ce palais de Louis XIV,
-dont la majesté n'a pas encore était violée. Les gardes
-nationaux, trempés par la pluie, fatigués par
-une marche à laquelle ils ne sont point accoutumés,
-ont cherché des logements partout, dans les églises,
-dans la caserne des gardes du corps, dans les maisons
-particulières. Les hommes à piques et les
-femmes, au nombre de huit ou neuf cents, sont étendus
-sur les bancs de l'Assemblée; d'autres, qui n'ont
-pas trouvé d'asile, ont allumé de grands feux sur
-la place et, après avoir dépecé et fait rôtir un cheval
-blessé, sont couchés autour de ce bivouac improvisé.</p>
-
-<p>Le crime seul, on l'a dit éloquemment, le crime
-seul ne dort pas. L'émeute n'a point accompli son
-œuvre; ces femmes, ces brigands déguisés, qui demandent
-du pain et dont les poches sont pleines
-d'or, n'ont pas encore gagné leur salaire. Ils se sont
-bien donné la veille le plaisir de jeter des pierres
-aux défenseurs de la royauté et de blesser grièvement
-<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">[Pg 76]</a></span>
-un garde du corps. Mais il leur faut de plus
-illustres victimes, et ce n'est pas pour rien qu'ils ont
-juré de tordre le col de la Reine et de faire de sa
-peau des rubans de district
-<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a>
-<a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>.</p>
-
-<p>A l'Assemblée, une femme, les yeux hagards, dégoûtante
-d'ivresse et de sueur, s'était approchée du
-président de Frondeville, et, lui montrant un poignard,
-lui avait demandé si les appartements de la
-Reine étaient bien gardés
-<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a>
-<a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a>. Au Château, un député,
-le marquis de Digoine, avait remarqué que la grille
-de la cour de l'Opéra, par laquelle venait de sortir
-une troupe d'hommes déguenillés, était restée ouverte;
-il en avait fait l'observation au portier qui
-avait répondu qu'il n'avait pas les clefs pour le moment,
-mais qu'il la fermerait; le marquis de Digoine
-avait repassé à minuit, puis à trois heures du matin:
-la porte était toujours ouverte et gardée par un soldat
-de la milice de Versailles
-<a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a>
-<a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a>. Et un officier de cette
-garde nationale parisienne, en laquelle Lafayette
-avait une si aveugle confiance, s'informait avec soin
-«du chemin le plus court pour gagner les appartements
-de la Reine et des passages dérobés qui pouvaient
-y conduire sans être aperçu
-<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a>
-<a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a>.»</p>
-
-<p>Dès que le jour commence à paraître, les bandes
-s'éveillent. A cinq heures et demie du matin, des
-groupes d'hommes et de femmes, armés de piques,
-de lances, de sabres, de bâtons, se forment sur la Place
-<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">[Pg 77]</a></span>
-d'Armes et se ruent sur le Château. «Des tambours
-les appellent; des étendards qui portent des flammes
-rouges et bleues les rallient
-<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a>
-<a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a>.» Une troupe pénètre
-dans la cour des Ministres, dont la grille est restée
-ouverte, et, trouvant la porte Royale fermée, revient
-en arrière, franchit la grille des Princes, gardée par
-deux miliciens qui la laissent passer, et se répand
-dans le parc, sous les fenêtres de la Reine. La Reine,
-réveillée par le bruit, sonne sa première femme,
-M<sup>me</sup> Thibaut, et lui demande ce que signifie ce
-tumulte. M<sup>me</sup> Thibaut lui répond que ce sont sans
-doute les femmes de Paris qui n'ont pas trouvé à se
-coucher, et la Reine, tranquillisée, reste dans son
-lit
-<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a>
-<a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a>.</p>
-
-<p>La foule grossit; de nouveaux flots arrivent à chaque
-instant. Le major des gardes du corps, le marquis
-d'Aguesseau, place plusieurs gardes pour
-défendre le passage des Colonnades, qui, de la cour
-des Princes, donne accès dans la cour Royale. Mais
-que peuvent quelques soldats contre cette marée
-humaine, sans cesse montante? Le passage est forcé;
-la populace envahit en vociférant la cour Royale.
-Les bandes se forment, chacune dirigée par les chefs
-qui semblent le mieux connaître la disposition des
-lieux; l'une d'elles, conduite par deux hommes déguisés
-en femmes, court à la grille de la cour Royale,
-saisit un garde du corps, M. de Varicourt, qui vient
-d'y être mis en faction, l'entraîne sur la Place d'Armes
-et le massacre. Un misérable chiffonnier, vêtu
-d'une petite redingote à large plaque blanche
-<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a>
-<a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a>, porteur
-d'une longue barbe noire, les bras nus, la tête
-<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">[Pg 78]</a></span>
-coiffée d'un chapeau rond à forme très élevée
-<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a>
-<a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a>, fend
-la foule, pose le pied sur la poitrine de M. de Varicourt
-et lui tranche la tête d'un coup de hache
-<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a>
-<a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a>.</p>
-
-<p>Presque au même moment, un autre garde, en
-faction à la voûte de la chapelle, M. Deshuttes, est
-arraché de son poste par les bandits, entraîné par la
-grille de la cour Royale, sans que les sentinelles qui
-sont à cette grille fassent rien pour le protéger
-<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a>
-<a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a>, et
-renversé à coups de crosses de fusil. L'homme à la
-longue barbe lui tranche la tête, et, les mains toutes
-sanglantes encore, va demander une prise de tabac
-au Suisse de la vicomtesse de Talaru, en lui disant
-d'un air triomphant: «En voilà un; ce ne sera pas
-le dernier
-<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a>
-<a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a>.»</p>
-
-<p>Cela ne suffit pas en effet; il faut d'autres victimes;
-il en faut de plus hautes: «Ce n'est pas assez,
-hurlent les mégères, il nous faut le cœur de la
-Reine
-<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a>
-<a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a>.»—«Prenons ses entrailles pour nous en
-faire des cocardes
-<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a>
-<a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>.»</p>
-
-<p>Les chefs sonnent de nouveau le hideux hallali, et
-la meute, haletante, enivrée par l'odeur du meurtre,
-se précipite à l'assaut d'une plus chaude curée.
-«Tue! tue! point de quartier. Allons chez la
-<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">[Pg 79]</a></span>
-Reine
-<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a>
-<a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>,»
-s'écrie-t on de toutes parts. Une grande
-femme rousse agite une faucille
-<a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a>
-<a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>; une autre aiguise
-son couteau
-<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a>
-<a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a>.
-Un milicien de Versailles, petit et noir,
-qui semble bien connaître les entrées du Château, se
-met à la tête d'une bande, qui s'élance par l'escalier
-de marbre, en vociférant des cris de mort et en demandant
-partout la chambre de la Reine. «C'est
-par là, c'est par là,» crient quelques voix
-<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a>
-<a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a>. Deux
-gardes du corps, MM. de Miomandre et du Repaire,
-cherchent en vain à s'opposer à ce flot furieux; ils
-sont jetés par terre, frappés à coups de piques et de
-crosses de fusil; mais avant de tomber baigné dans
-son sang, M. de Miomandre a eu le temps d'ouvrir la
-porte de l'antichambre de la Reine et de crier à l'une
-des femmes qui sont là: «Madame, sauvez la Reine!
-On en veut à sa vie
-<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a>
-<a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a>!»</p>
-
-<p>L'héroïque résistance des deux vaillants jeunes
-gens avait sauvé Marie-Antoinette. Une de ses femmes,
-M<sup>me</sup> Auguié, qui a entendu le cri de détresse du
-garde du corps, ferme au verrou la porte de la seconde
-antichambre, puis elle court chez la Reine, où
-elle trouve M<sup>me</sup> Thibaut. Toutes deux lui passent à
-la hâte un jupon et des bas, lui jettent un mantelet
-sur les épaules et l'entraînent par le petit couloir qui
-mène à l'Œil-de-Bœuf. La porte est fermée. On attend
-cinq minutes
-<a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a>
-<a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a>; cinq minutes, un siècle! Que
-d'angoisses dans ce court moment de retard! On
-frappe; on se fait reconnaître; les valets du Roi
-<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">[Pg 80]</a></span>
-ouvrent
-<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a>
-<a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a>; la Reine est sauvée! Quand les brigands,
-après avoir pillé la grande salle, parviennent à forcer
-les portes et à pénétrer dans les appartements
-royaux, ils n'y trouvent plus leur victime et ne peuvent
-assouvir leur rage que sur un lit vide
-<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a>
-<a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a>! «Le
-coup est manqué,» murmure, assure-t-on, un des
-assassins désappointés
-<a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a>
-<a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a>.</p>
-
-<p>Par une coïncidence touchante, au moment même
-où la Reine se réfugiait chez le Roi, le Roi se précipitait
-chez la Reine, par un escalier dérobé; ne l'y
-rencontrant pas et apprenant qu'elle était allée chez
-lui, il se hâtait de retourner dans ses appartements,
-où il la trouvait enfin, «le visage triste, mais calme
-<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a>
-<a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>.»
-Presque au même instant, M<sup>me</sup> de Tourzel amenait le
-Dauphin, et la Reine courait chercher sa fille qu'elle
-ne tardait pas à ramener «avec une fierté et une
-dignité remarquables dans un pareil moment
-<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a>
-<a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a>».</p>
-
-<p>Mais le danger n'est pas conjuré. La foule remplit
-le palais, s'acharnant après les gardes du corps.
-Heureusement, Lafayette, enfin averti, accourt à
-cheval, à la tête de ses grenadiers, prend les malheureux
-gardes sous sa protection et chasse les bandits
-qui sont là, occupés à briser et à piller. Il monte
-au Château; les appartements y sont pleins de monde.
-Le Roi, avec ses ministres, se tient dans la salle du
-Conseil; le duc d'Orléans y est aussi, causant d'un
-<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">[Pg 81]</a></span>
-air dégagé avec Duport
-<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a>
-<a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a>. Monsieur, Madame, Mesdames
-Tantes, le reste de la famille est dans la
-chambre du Roi. La Reine, debout dans l'encoignure
-d'une fenêtre, regarde tristement au dehors; près
-d'elle, sa fille et Madame Elisabeth; devant elle, debout
-près d'une chaise, le Dauphin joue avec les cheveux
-de sa sœur: «Maman, j'ai faim,» murmure
-le pauvre enfant. Et la Reine ne peut que répondre,
-les larmes aux yeux: «Prends patience, mon enfant;
-il faut que ce tumulte soit fini.»</p>
-
-<p>La foule gronde sous les fenêtres du Château, dans
-la cour de Marbre. «Le Roi! le Roi! Nous voulons
-le voir.» Le Roi se présente; des cris de <i>Vive le
-Roi! Vive la Nation!</i> éclatent de toutes parts.
-Mais bientôt à ces cris s'en mêle un autre: «La
-Reine! la Reine au balcon!» On va prévenir la
-Reine; elle hésite un instant. «Madame, lui dit Lafayette,
-cette démarche est nécessaire pour calmer
-le peuple.»—«En ce cas, répond-elle, dussé-je
-aller au supplice, je n'hésite plus; j'y vais.»
-Elle prend ses enfants par la main et paraît à la
-fenêtre
-<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a>
-<a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>.
-«Point d'enfants!» vocifère la foule. La
-«Reine sur le balcon, seule, seule
-<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a>
-<a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>!» La Reine,
-d'un geste sublime, repousse ses enfants dans
-l'appartement, et seule, debout, les mains croisées
-sur sa poitrine
-<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a>
-<a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a>, mille fois plus belle dans sa modeste
-redingote de toile rayée jaune
-<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a>
-<a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a> que dans la
-parure de ses jours de fête, elle reste sur le balcon,
-pâle, les cheveux en désordre
-<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a>
-<a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a>, la lèvre plissée, la
-tête haute, imposant un respect involontaire et défiant
-<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">[Pg 82]</a></span>
-les balles. «Deux minutes, deux siècles, elle
-est là
-<a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a>
-<a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a>.»
-Un homme, vêtu d'un costume de garde
-national, la met en joue, mais n'ose tirer
-<a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a>
-<a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a>.</p>
-
-<p>Un mouvement se fait dans la foule: l'héroïsme de
-la Reine et son imprudence sublime ont opéré une
-réaction en sa faveur, et ces mégères qui, il n'y a
-qu'un instant, voulaient la mettre en pièces, maintenant
-l'acclament: «<i>Vive la Reine!</i>» crient-elles
-<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a>
-<a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a>.
-«Son génie, a dit Rivarol, redressa tout à coup
-l'instinct de la multitude égarée, et, s'il fallut à ses
-ennemis des crimes, des conjurations et de longues
-pratiques pour la faire assassiner, il ne lui fallut,
-à elle, qu'un mouvement pour se faire admirer
-<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a>
-<a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a>.»</p>
-
-<p>Chose étrange! Cette femme si impopulaire, si
-indignement calomniée près du peuple, dès qu'elle
-se retrouve face à face avec ce peuple, reconquiert
-son prestige et, par le seul ascendant de sa dignité
-et de la vérité, force la foule hostile à s'incliner devant
-elle et à l'applaudir
-<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a>
-<a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a>.</p>
-
-<p>Quelques femmes cependant, plus opiniâtres dans
-leur haine, continuent à vomir contre elle d'infâmes
-injures
-<a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a>
-<a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a>.</p>
-
-<p>Mais les enthousiasmes populaires passent vite et
-il y a des rancunes plus mortelles et plus sûres que
-les balles. Marie-Antoinette le sait, et, en quittant le
-balcon, elle s'approche de M<sup>me</sup> Necker et lui dit avec
-des sanglots étouffés: «Ils vont nous forcer, le Roi
-<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">[Pg 83]</a></span>
-et moi, à nous rendre à Paris, avec les têtes de nos
-gardes du corps, portées au bout de leurs piques!»
-Et, serrant son fils dans ses bras, elle le couvre de
-baisers et de larmes
-<a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a>
-<a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a>.</p>
-
-<p>La Reine, hélas! ne se trompait pas; de nouveaux
-cris se font entendre: «<i>Le Roi à Paris! le Roi à
-Paris!</i>» Le Roi hésite, consulte ses ministres,
-consulte Lafayette. Mais comment pourrait-il résister?
-On se décide à partir et, pour calmer la foule,
-on jette des petits papiers qui annoncent la détermination,
-ou plutôt la capitulation du monarque. Des
-acclamations effroyables éclatent dans la cour; en
-signe de joie, les soldats déchargent leurs fusils; les
-canonniers, leurs pièces
-<a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a>
-<a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a>. Lafayette interroge la
-Reine: «Madame, dit-il, quelle est votre intention
-personnelle?»—«Je sais le sort qui m'attend,»
-répond-elle; «mais mon devoir est de mourir aux
-pieds du Roi et dans les bras de mes enfants
-<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a>
-<a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a>.»</p>
-
-<p>A une heure vingt-cinq minutes, la famille royale
-descendit l'escalier de marbre, encore teint du sang
-de ses défenseurs
-<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a>
-<a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a>, et monta en voiture. Le peuple
-s'impatientait; à peine vainqueur, il avait toutes les
-exigences de la souveraineté. Le nouveau maître de
-la France avait failli attendre; il ne voulait pas
-même laisser à la vieille royauté le temps de faire
-ses préparatifs de départ. Mais le passage était tellement
-obstrué que les voitures ne purent se mettre
-en marche qu'à deux heures.</p>
-
-<p>L'avenue de Paris était couverte de gens armés.
-En tête du cortège s'avançaient deux hommes portant
-au bout de leurs piques les têtes livides des malheureux
-<span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">[Pg 84]</a></span>
-Deshuttes et de Varicourt; plusieurs gardes
-du Roi à pied, escortés de brigands à moitié ivres,
-marchaient derrière ces hideux trophées. «Après
-eux venaient deux autres gardes, sans armes, dont
-l'un était en bottes, ayant une blessure au col, sa
-chemise et ses vêtements ensanglantés, et tenu au
-collet par deux hommes en uniforme national, une
-épée nue à la main; plus loin, il y avait un groupe
-de gardes du Roi à cheval, les uns en croupe, les
-autres sur la selle, ayant presque tous un compagnon
-en uniforme national, qui était monté avec
-eux; une partie de la populace et des femmes qui les
-environnaient obligeaient les gardes du Roi à crier:
-<i>Vive la Nation!</i> et à boire et à manger avec eux
-<a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a>
-<a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a>.»
-Après cette étrange avant-garde, une voiture dans
-laquelle étaient le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame
-Royale, Monsieur, M<sup>me</sup> Élisabeth, M<sup>me</sup> de Tourzel;
-autour de la voiture, et comme une lamentable
-escorte, des gardes désarmés, des hommes déguenillés,
-des femmes avinées qui criaient: «<i>Nous ramenons
-le boulanger, la boulangère et le petit mitron</i>.»
-<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a>
-<a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a>
-Comme pour donner raison à ces clameurs
-ignobles, une soixantaine de chariots de farine,
-couronnés de feuillage et conduits par des forts de
-la halle; quelques rares cris de <i>Vive le Roi!</i> des
-cris plus fréquents de: <i>A bas la calotte! Tous les
-évêques à la lanterne</i>
-<span class="fnanchor">[246a]</span>! Des femmes, des mégères,
-Théroigne de Méricourt en tête, grimpées sur des
-canons, entassées dans des fiacres, parées des dépouilles
-des gardes du corps, vomissant, de temps à
-autre, des injures contre la Reine; puis, à la fin,
-pour clore le défilé et consacrer en quelque sorte la
-<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">[Pg 85]</a></span>
-défaite de la royauté et sa propre servitude, une députation
-de l'Assemblée, traînée dans les voitures de
-la Cour, à la portière desquelles des hommes à piques
-venaient demander s'il n'y avait pas de calotins
-pour les mettre à la lanterne
-<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a>
-<a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a>!...... Quel cortège
-pour le petit-fils de Louis XIV!</p>
-
-<p>La journée était splendide; par une de ces ironies
-poignantes dont on devait avoir un nouvel exemple
-au 10 août, la nature semblait en fête; tout était
-calme et gai. Dans les bois de Viroflay, les oiseaux
-chantaient; les feuilles avaient ces belles teintes jaunes
-et rouges dont elles se revêtent avant de tomber;
-«l'air agitait à peine les arbres
-<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a>
-<a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a>;» le ciel était sans
-nuage; un soleil radieux, un de ces beaux soleils d'automne,
-éclairait le convoi funèbre de la monarchie.</p>
-
-<p>Pendant ce triste voyage, la Reine gardait son calme
-et sa majesté. Elle parlait aux hommes et aux
-femmes qui entouraient sa voiture: «Le Roi,» leur
-disait-elle, «n'a jamais voulu que le bonheur de son
-peuple. On vous a dit bien du mal de nous; ce
-sont ceux qui veulent vous nuire. Nous aimons
-tous les Français.» Et quelques-uns de ces gens,
-touchés de tant de bonté, émerveillés de tant de
-sang-froid, murmuraient naïvement: «Nous ne vous
-connaissions pas; on nous a bien trompés
-<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a>
-<a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>!»</p>
-
-<p>«J'ai vu ce sinistre cortège, a écrit un témoin
-oculaire
-<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a>
-<a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a>.
-Au milieu de ce tumulte, de ces clameurs,
-<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">[Pg 86]</a></span>
-de ces fréquentes décharges de mousqueterie, que la
-main d'un monstre ou d'un maladroit pouvait rendre
-si funestes
-<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a>
-<a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a>,
-je vis la Reine conservant la tranquillité
-d'âme la plus courageuse, un air de noblesse
-et de dignité inexprimable, et mes yeux se remplirent
-d'admiration et de douleur.» Burke avait raison de
-dire, dans un élan de sombre enthousiasme: «On
-aime à savoir que des êtres destinés à souffrir
-sachent bien souffrir
-<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a>
-<a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a>.»</p>
-
-<p>Et plus tard, lorsque, dans l'enquête ouverte sur
-ce grand attentat des journées d'octobre, une députation
-du Châtelet vint lui demander son témoignage,
-elle ne sut faire que cette réponse sublime: «J'ai
-tout vu, tout su, tout oublié!»</p>
-
-<p>Le trajet fut long; il dura sept heures. A la grille
-de Chaillot, Bailly vint haranguer le Roi et lui
-présenter les clefs de la ville. Avec un manque de
-tact incroyable chez un homme d'esprit: «Quel
-beau jour, Sire, dit-il, que celui où les Parisiens
-vont posséder dans leur ville Votre Majesté et sa
-famille!» A ce mot, le Roi ne put s'empêcher de
-soupirer et de dire: «Je souhaite, Monsieur, que
-mon séjour y ramène la paix, la concorde et la
-soumission aux lois
-<a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a>
-<a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a>.»</p>
-
-<p>Il fallut aller à l'Hôtel-de-Ville; le Roi y répugnait
-et Marie-Antoinette eût voulu se soustraire à
-cette dernière humiliation; mais Moreau de Saint-Merry,
-interrogé si elle pouvait s'en dispenser, avait
-répondu: «J'espère que la Reine pourra revenir de
-l'Hôtel-de-Ville; mais je doute qu'elle puisse aller
-seule aux Tuileries.» Des cris: <i>A la lanterne!</i> se
-<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">[Pg 87]</a></span>
-faisaient entendre; c'est ainsi que Paris accueillait
-la famille royale que, suivant le mot de Bailly, il
-avait reconquise.</p>
-
-<p>Le Roi entra d'un pas tranquille dans l'assemblée
-des représentants de la Commune; la Reine suivait,
-tenant ses enfants par la main. «C'est toujours avec
-plaisir et confiance, dit le prince en entrant, que
-je me vois au milieu des habitants de ma bonne ville
-de Paris.» Bailly répéta ces paroles au peuple et
-oublia le mot confiance. La Reine le lui rappela:
-«Messieurs, reprit galamment Bailly, vous êtes plus
-heureux que si je ne m'étais pas trompé
-<a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a>
-<a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a>.»</p>
-
-<p>Le Roi et la Reine étaient montés sur un trône
-qu'on avait préparé à la hâte. Mais le peuple voulait
-voir sa conquête; il fallut paraître aux fenêtres de
-l'Hôtel-de-Ville, entre deux flambeaux, afin que les
-traits mieux éclairés fussent plus reconnaissables.
-Sous ce dais d'un nouveau genre, le Roi et la Reine
-saluèrent la foule. La foule, toujours mobile, applaudit
-avec un enthousiasme irrésistible ceux qu'elle
-insultait tout à l'heure: On criait sur la place de
-Grève: «<i>Vive le Roi! Vive la Reine! Vive le Dauphin
-et nous tous
-<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a>
-<a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a>!</i>» On se félicitait, on s'embrassait
-en pleurant d'attendrissement et de joie; il semblait
-que la présence du Roi à Paris eût tout sauvé.</p>
-
-<p>A dix heures, le lugubre cortège rentra aux Tuileries.
-La famille royale était prisonnière; l'Assemblée
-l'était aussi. Joseph II avait raison d'écrire à son
-frère Léopold: «La racaille de Paris va être le despote
-de toute la France
-<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a>
-<a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a>.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">[Pg 88]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_V" id="CHAPITRE_V"></a>CHAPITRE V</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues de la Reine
-avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites officielles des
-corps constitués.—Murmures dans le peuple.—Bienfaits de la
-Reine.—Elle fait retirer des reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle
-envoie ses bijoux chez son joaillier Daguerre.—Licenciement
-des gardes du corps.—Pillage de la maison du boulanger
-François.—Représentation de <i>Charles IX</i>.—Comment la famille
-royale est installée et vit aux Tuileries.—Education des
-enfants.—Lettre de la Reine à M<sup>me</sup> de Tourzel.—Bienfaisance
-de Marie-Antoinette.—Traits charmants du Dauphin.—Première
-communion de Madame Royale.</p></div>
-
-
-<p>Le Palais des Tuileries était resté inhabité, presque
-sans interruption, depuis 1665; rien n'y était préparé
-pour recevoir les hôtes augustes que la volonté du
-nouveau souverain venait d'y interner. Des ouvriers,
-prévenus à la dernière heure, s'efforçaient d'y faire à
-la hâte quelques réparations indispensables; des
-échelles étaient dressées de tous côtés
-<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a>
-<a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a>. Les meubles
-étaient vieux, les tentures fanées; les appartements,
-mal éclairés
-<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a>
-<a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a>;
-les lits manquaient, les portes ne fermaient
-pas; le Dauphin dut passer la nuit dans une
-chambre ouverte de tous côtés et dans laquelle sa
-gouvernante se barricada comme elle put. «Tout est
-bien laid ici, Maman,» dit l'enfant en y entrant.
-«Mon fils,» répondit la Reine, «Louis XIV y logeait
-et s'y trouvait bien; nous ne devons pas être plus
-difficiles que lui
-<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a>
-<a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a>.» Et se tournant vers les dames
-qui l'accompagnaient, comme pour s'excuser du
-<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">[Pg 89]</a></span>
-dénuement du Château: «Vous savez, leur dit-elle
-avec un triste sourire, que je ne m'attendais pas à
-venir ici
-<a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a>
-<a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, dès l'aube, une foule immense se
-pressait dans le jardin; cédant à l'orgueil du triomphe
-ou plutôt entraînée par un vieil instinct royaliste,
-elle avait soif de voir cette famille royale
-dont la présence lui avait si longtemps manqué
-<a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a>
-<a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a>. La
-cour, la terrasse, le parc étaient pleins de monde; on
-demandait à grands cris le Roi et la Reine; M<sup>me</sup> Elisabeth
-alla les chercher. «La Reine, dit la princesse,
-parla avec toute la grâce que vous lui connaissez.
-Cette matinée fut très bien pour elle. Toute la journée,
-il fallut se montrer aux fenêtres; la cour et le
-jardin ne désemplissaient pas
-<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a>
-<a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a>.» Quand Marie-Antoinette
-parut, les bravos furent si vifs et si universels
-que, d'après le récit d'un ardent patriote, la souveraine
-fut quelque temps sans pouvoir parler
-<a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a>
-<a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a>.</p>
-
-<p>Un certain nombre de femmes, venues avec des
-préjugés révolutionnaires, repartaient royalistes.
-L'une d'elles accusait la Reine d'avoir voulu faire
-bombarder Paris au 14 juillet et s'enfuir aux frontières
-le 6 octobre. La Reine répliqua avec douceur
-que ses ennemis seuls avaient fait courir ce bruit et
-que ces calomnies avaient fait son désespoir et celui
-du meilleur des rois. La foule applaudit. Une autre lui
-adressa la parole en allemand. Marie-Antoinette répondit
-qu'elle ne l'entendait plus, qu'elle était devenue
-<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">[Pg 90]</a></span>
-française, qu'elle avait oublié même sa langue maternelle.
-Des bravos accueillirent cette déclaration.
-Quelques femmes prièrent la Reine de faire un pacte
-avec elles: «Eh! comment, reprit-elle, puis-je faire
-un pacte avec vous, puisque vous ne croyez pas à
-celui que mes devoirs me dictent et que je dois respecter
-pour mon propre bonheur?» Ces femmes lui
-demandèrent alors des fleurs de son chapeau; elle
-les détacha elle-même et toute la troupe se les partagea
-en criant: «<i>Vive Marie-Antoinette! Vive
-notre bonne Reine
-<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a>
-<a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a>!</i>» L'enthousiasme fut général,
-et, à cette heure, il était sincère.</p>
-
-<p>«La même foule et le même empressement pour
-voir la famille royale, raconte M<sup>me</sup> de Tourzel, continuèrent
-plusieurs jours avec la même indiscrétion
-et poussée à un tel point que plusieurs poissardes sautèrent
-dans l'appartement de M<sup>me</sup> Élisabeth, qui supplia le
-Roi de la loger ailleurs
-<a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a>
-<a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a>.» Mais la Reine était touchée
-de ces empressements, et, dans sa bonté confiante, elle
-excusait presque les emportements de ce peuple,
-qui, vu de près, et laissé à lui-même, lui apparaissait
-si bon. Un jour, elle était allée visiter, au faubourg
-Saint-Antoine, la manufacture de glaces; elle
-fut accueillie avec enthousiasme: «Que le peuple
-est bon, dit-elle, quand on vient le chercher!»—«Il
-n'est pas si bon, riposta un courtisan, quand il va
-chercher.»—«Oh! reprit-elle avec vivacité,
-c'est qu'alors il est mené par des impulsions étrangères
-<a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a>
-<a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a>.»
-Au lendemain des jours d'octobre, elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">[Pg 91]</a></span>
-croyait encore à la bonté des Parisiens! Et cependant,
-au milieu de ces angoisses, ses cheveux, d'un
-blond si beau, étaient subitement devenus blancs et,
-au bas de son portrait, peint pour M<sup>me</sup> de Lamballe,
-elle avait de sa main écrit ces mots: «Ses malheurs
-l'ont blanchie
-<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a>
-<a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>.»</p>
-
-<p>Aux visites populaires succédèrent les présentations
-officielles. La Royauté vaincue conservait encore
-son prestige et le Roi occupait toujours son
-trône. Le Parlement fut reçu le premier, le vendredi
-9 octobre; sa députation comptait trente membres,
-ayant à leur tête le Premier Président. «Sa Majesté
-reçut la députation dans son cabinet, ayant à sa droite
-le Dauphin debout, un ployant derrière lui, et Madame,
-fille du Roi, à sa gauche, également debout,
-avec un ployant derrière elle. La Reine après sa réponse
-voulut bien ajouter que, M. le Dauphin et
-Madame ne pouvant recevoir dans leur appartement,
-elle les avait fait venir près de sa personne pour que
-le Parlement ne fût pas privé du bonheur de les
-voir
-<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a>
-<a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a>.»</p>
-
-<p>Le même jour, à midi, ce fut la Commune de Paris,
-conduite par Bailly et Lafayette. «Madame,» dit Bailly
-à la Reine, «je viens apporter à Votre Majesté les
-hommages de la ville de Paris, avec les témoignages
-de respect et d'amour de ses habitants. La
-ville s'applaudit de vous voir dans le palais de nos
-rois; elle désire que le Roi et Votre Majesté lui
-fassent la grâce d'y établir leur résidence habituelle;
-et lorsque le Roi accorde cette grâce, lorsqu'il
-daigne lui en donner l'assurance, elle est heureuse
-<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">[Pg 92]</a></span>
-de penser que Votre Majesté a contribué à la lui
-faire obtenir.» La Reine fit à Bailly cette courte
-réponse: «Je reçois avec plaisir les hommages de
-la ville de Paris, je suivrai le Roi avec satisfaction
-partout où il ira et surtout ici
-<a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a>
-<a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>.»</p>
-
-<p>Le mois tout entier fut consacré à des cérémonies
-de ce genre. La Cour des aides fut reçue le 11; l'Université,
-le même jour; le Grand Conseil, le mercredi
-14; la Chambre des comptes, la Cour des monnaies
-et le Conseil privé, le lundi 19. Ce jour-là, la
-Reine était incommodée et ne put voir personne.
-Enfin, le 20, à six heures et demie du soir, l'Assemblée
-nationale, de retour à Paris, malgré les sombres
-pressentiments de ses membres les plus sages, de
-Malouet en particulier
-<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a>
-<a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a>, et qui avait tenu la veille
-sa première séance à l'Archevêché, se présenta inopinément
-au Château
-<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a>
-<a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a>.</p>
-
-<p>Pour la première fois, les députés n'avaient pas revêtu
-le costume de cérémonie; les évêques même
-et les curés étaient en habit court. Le Roi les reçut,
-assis et couvert, ayant seulement ôté son chapeau à
-l'entrée et pendant les révérences du Président. De
-l'appartement du Roi, l'Assemblée passa dans celui
-de la Reine, en traversant le cabinet et la galerie.
-La Reine, dit le compte rendu officiel, n'étant pas
-prévenue de l'hommage que l'Assemblée désirait
-rendre à Sa Majesté, était en ce moment à sa toilette
-et se disposait à jouer en public. Le désir de ne point
-faire attendre l'Assemblée engagea la Reine à donner
-audience sur-le-champ, sans être en grand habit. Sa
-Majesté s'étant donc placée dans son fauteuil dans le
-grand cabinet, les officiers des cérémonies introduisirent
-<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">[Pg 93]</a></span>
-l'Assemblée, comme ils avaient fait chez le
-Roi. L'appartement fut rempli par les députés, dont
-un assez grand nombre ne purent entrer. La Reine
-se leva pour recevoir l'Assemblée, et M. Fréteau,
-dans son discours, ayant témoigné le désir qu'avaient
-les représentants de la nation de voir M. le Dauphin
-entre les bras de Sa Majesté
-<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a>
-<a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>, la Reine ordonna
-au maître des cérémonies de l'aller chercher, et
-lorsqu'il fut arrivé, la Reine le prit dans ses bras et
-le fit voir à tous les députés qui firent retentir la salle
-d'applaudissements et des acclamations réitérées de
-<i>Vive le Roi! Vive la Reine! Vive le Dauphin!</i> Sa
-Majesté voulut bien faire ainsi le tour du cabinet,
-pour que tous les députés pussent voir M. le Dauphin,
-et dire en même temps des paroles pleines de
-bonté à ceux d'entre eux qui se trouvaient près d'elle.
-La Reine rentra ensuite dans son appartement, et
-l'Assemblée se retira, reconduite jusqu'au bas de
-l'escalier par les officiers des cérémonies. Le maître
-des cérémonies
-<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a>
-<a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a> croit devoir faire observer
-à cette occasion que la Reine, «recevant toujours
-les Corps de la même manière que le Roi, aurait
-pu ne pas se lever, à l'entrée de l'Assemblée nationale,
-<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">[Pg 94]</a></span>
-et que ce fut une marque particulière d'égards
-que Sa Majesté voulut lui donner en se levant et en
-disant un mot sur ce qu'Elle n'était point en grand
-habit
-<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a>
-<a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a>.»</p>
-
-<p>Le maître des cérémonies a soin d'ajouter un peu
-plus loin que toutes ces «irrégularités», comme il
-les appelle, ne tiennent qu'aux circonstances et
-qu'elles ne sauraient tirer à conséquence pour l'avenir.
-Etrange préoccupation dans un pareil moment!
-La monarchie croulait, et M. de Nantouillet ne songeait
-qu'au renversement de l'étiquette!</p>
-
-<p>A l'Assemblée succédèrent la municipalité de Paris,
-le Châtelet, le bureau des Trésoriers de France,
-l'Amirauté et, en dernier lieu, le 16 novembre,
-l'Académie française, qui harangua la Reine et
-le Dauphin par la bouche de son directeur, le chevalier
-de Boufflers
-<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a>
-<a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a>.</p>
-
-<p>Dans toutes ces réceptions, officielles ou populaires,
-Marie-Antoinette se retrouvait avec sa dignité
-simple et ce charme séducteur auquel ses malheurs
-récents ajoutaient je ne sais quel attrait de plus. «Il
-est impossible, écrivait M<sup>me</sup> Élisabeth le 13 octobre,
-de mettre plus de grâce et de courage que la Reine
-n'en a mis depuis huit jours
-<a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a>
-<a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a>.» Mais ce courage était
-parfois nerveux et cette grâce se voilait de mélancolie.
-Tout était tranquille en apparence. Le pain
-était revenu en abondance; une certaine détente semblait
-<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">[Pg 95]</a></span>
-se produire. Intimidé par Lafayette, le duc
-d'Orléans était parti pour l'Angleterre, sous prétexte
-d'une mission qui déguisait mal un exil. Mais que
-de passions grondaient sous cette surface calme!
-Le petit Dauphin, avec la naïve insouciance de son
-âge, pouvait écrire à M<sup>me</sup> de Polignac: «Oh! Madame,
-comme vous auriez été malheureuse les 5 et 6 octobre;
-mais à présent nous sommes tous heureux
-<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a>
-<a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a>.»
-La Reine ne pouvait avoir ni cette gaîté enfantine,
-ni cette confiance; ses ennemis n'avaient pas désarmé.</p>
-
-<p>Le surlendemain même de son retour à Paris,
-une émeute avait éclaté au Mont-de-Piété. On
-avait fait courir le bruit,—dans quelle intention,
-on le devine facilement,—on avait même
-annoncé dans les papiers publics que la Reine
-retirerait tous les objets mis en gage, et la foule s'était
-pressée, impatiente et houleuse, aux portes des
-bureaux
-<a name="FNanchor_278_278" id="FNanchor_278_278"></a>
-<a href="#Footnote_278_278" class="fnanchor">[278]</a>.
-Déçue dans son attente, elle s'était portée
-aux Tuileries, appelant à grand cris la Reine et
-réclamant l'exécution de sa prétendue promesse.
-Quelques personnes engageaient Marie-Antoinette à
-céder à ce désir tumultueux. Mesdames de Tourzel
-et de Chimay l'en dissuadèrent, et, haranguant elles-mêmes
-la foule, l'engageant à s'en reposer sur la
-bonté bien connue de la souveraine, finirent par la
-déterminer à se retirer tranquillement. Quelques
-jours après, la Reine, toujours prête à signaler son
-passage par des bienfaits, obtenait du Roi l'autorisation
-de retirer du Mont-de-Piété tous les objets qui
-n'excéderaient pas la valeur d'un louis. Il y en eut
-<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">[Pg 96]</a></span>
-pour trois cent mille livres. Un peu plus tard, elle faisait
-rendre la liberté à quatre cents pères de famille,
-détenus pour dettes de mois de nourrice.</p>
-
-<p>Mais cette bonté même n'arrêtait pas la calomnie.
-Souvent une populace soudoyée venait, jusque sous
-les fenêtres des Tuileries, vomir des injures contre
-les malheureux souverains. On allait plus loin; sous
-le titre de délégués et sous prétexte de haranguer le
-Roi, des individus, sortis de la lie du peuple, pénétraient
-au Château et, en présence de la famille
-royale, répétaient des outrages inspirés et payés.
-L'abus était tel que les ministres proposèrent d'interdire
-à de telles gens l'entrée du Palais. «Non,»
-répondirent le Roi et la Reine, «ils peuvent venir,
-nous aurons le courage de les entendre.»</p>
-
-<p>Un jour, s'adressant à Louis XVI, un homme de
-cette trempe osa inculper, dans les termes les plus
-offensants, Marie-Antoinette qui assistait à l'entrevue:
-«Vous vous trompez,» reprit le Roi avec douceur,
-«la Reine et moi n'avons pas les intentions qu'on
-nous prête; nous agissons de concert pour votre
-bien commun.» Lorsque la députation fut partie,
-ajoute Hue, à qui nous empruntons ce fait, la Reine
-fondit en larmes
-<a name="FNanchor_279_279" id="FNanchor_279_279"></a>
-<a href="#Footnote_279_279" class="fnanchor">[279]</a>.</p>
-
-<p>Dans de telles conditions, la confiance ne pouvait
-renaître; et dès le 10 octobre 1789, la Reine faisait
-transporter chez son bijoutier Daguerre
-<a name="FNanchor_280_280" id="FNanchor_280_280"></a>
-<a href="#Footnote_280_280" class="fnanchor">[280]</a> la majeure
-partie de cette précieuse collection d'objets
-d'art qu'elle avait réunie: laques du Japon, porcelaines
-de Chine, bois pétrifiés, coffrets de jaspe, coupes
-d'agate orientale, vases de sardoine brune, boîtes à
-parfiler, aiguières en cristal de roche: objets charmants,
-<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">[Pg 97]</a></span>
-dont le style exquis séduit aujourd'hui encore
-les visiteurs du Musée du Louvre et dont les commissaires
-de la Convention eux-mêmes seront forcés
-de reconnaître le «beau et riche travail». C'était,
-disait le procès-verbal d'inventaire, «afin de les
-faire monter, d'autres réparer, et y faire des étuis
-et coffres à l'effet de pouvoir les transporter
-avec sûreté.» Ils devaient en effet être transportés à
-Saint-Cloud; mais les événements ne le permirent
-pas et c'est chez le successeur de Daguerre, Lignereux,
-que les commissaires délégués, les citoyens
-Nitot et Besson, vinrent en faire le récolement le
-30 brumaire an II, et en demander le transfert au
-Musée national
-<a name="FNanchor_281_281" id="FNanchor_281_281"></a>
-<a href="#Footnote_281_281" class="fnanchor">[281]</a>.</p>
-
-<p>A peine arrivée à Paris
-<a name="FNanchor_282_282" id="FNanchor_282_282"></a>
-<a href="#Footnote_282_282" class="fnanchor">[282]</a>, la famille royale avait
-dû se résigner à un douloureux sacrifice. Par mesure
-de prudence, Louis XVI avait cru devoir éloigner
-de lui les gardes du corps. Il avait fallu se séparer
-de ces fidèles serviteurs, dont le dévouement avait
-seul arraché la Reine au poignard des assassins et
-qui eussent été une défense sûre contre des attentats
-futurs, si leur dévouement même ne les eût signalés
-à la fureur populaire: «Cela a été une
-peine bien vive pour le Roi et la Reine,» mandait
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la duchesse de Polignac
-<a name="FNanchor_283_283" id="FNanchor_283_283"></a>
-<a href="#Footnote_283_283" class="fnanchor">[283]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">[Pg 98]</a></span></p>
-
-<p>Vers la même époque, la Reine désolée écrivait
-à son amie: «J'ai pleuré d'attendrissement en lisant
-vos lettres. Vous parlez de mon courage; il en faut
-bien moins pour soutenir les moments affreux où je
-me suis trouvée que pour supporter notre position,
-ses peines à soi, celles de ses amis et celles de tous
-ceux qui nous entourent. C'est un poids trop fort à
-supporter, et si mon cœur ne tenait par des liens
-aussi forts à mon mari, mes enfants, mes amis, je
-désirerais de succomber; mais vous autres me soutenez;
-je dois encore ce sentiment à votre amitié.
-Mais, ajoutait-elle tristement, je vous porte à tous
-malheur et vos peines sont pour moi et par moi
-<a name="FNanchor_284_284" id="FNanchor_284_284"></a>
-<a href="#Footnote_284_284" class="fnanchor">[284]</a>.»</p>
-
-<p>La garde nationale occupa les postes des Tuileries,
-comme, le 6 octobre, elle avait occupé ceux de Versailles.
-Issue d'une émeute, née d'une pensée de
-défiance contre la monarchie, formée de soldats révoltés
-et de bourgeois naïfs et frondeurs, tiraillée
-entre les différents partis, condamnée par son origine
-même à partager les préjugés de la foule et les
-illusions de ses chefs, elle ne pouvait, quoiqu'elle eût
-été très attentive au début
-<a name="FNanchor_285_285" id="FNanchor_285_285"></a>
-<a href="#Footnote_285_285" class="fnanchor">[285]</a>, apporter à la défense
-de la royauté ni le dévouement de serviteurs séculaires,
-ni la solidité d'une troupe disciplinée
-<a name="FNanchor_286_286" id="FNanchor_286_286"></a>
-<a href="#Footnote_286_286" class="fnanchor">[286]</a>. L'agitation,
-un moment apaisée, avait vite recommencé.
-«Nous vivons au milieu des alertes, écrivait un attaché
-de la légation de Saxe; le peuple ne paraît pas
-<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">[Pg 99]</a></span>
-encore satisfait, malgré tout ce qu'il a obtenu
-<a name="FNanchor_287_287" id="FNanchor_287_287"></a>
-<a href="#Footnote_287_287" class="fnanchor">[287]</a>.»
-Les portes cochères des maisons un peu marquantes
-avaient été crayonnées de noir ou de rouge; on redoutait
-une émeute
-<a name="FNanchor_288_288" id="FNanchor_288_288"></a>
-<a href="#Footnote_288_288" class="fnanchor">[288]</a>. Le 21 octobre, en effet
-<a name="FNanchor_289_289" id="FNanchor_289_289"></a>
-<a href="#Footnote_289_289" class="fnanchor">[289]</a>, le
-surlendemain du jour où l'Assemblée tenait à Paris
-sa première séance, la populace assaillait la boutique
-d'un boulanger nommé François
-<a name="FNanchor_290_290" id="FNanchor_290_290"></a>
-<a href="#Footnote_290_290" class="fnanchor">[290]</a>, la pillait, pendait
-le boulanger en place de Grève, lui coupait la tête et
-la promenait dans les rues au bout d'une pique
-<a name="FNanchor_291_291" id="FNanchor_291_291"></a>
-<a href="#Footnote_291_291" class="fnanchor">[291]</a>.
-La Reine ne put que donner sur sa cassette une petite
-pension à la veuve de cet infortuné; elle lui
-envoya six mille francs
-<a name="FNanchor_292_292" id="FNanchor_292_292"></a>
-<a href="#Footnote_292_292" class="fnanchor">[292]</a>.</p>
-
-<p>Le 4 novembre, le <i>Charles IX</i>, de Chénier, d'abord
-interdit, puis autorisé par la faiblesse de Bailly,
-mettait en feu les spectateurs du Théâtre-Français.
-Malgré les protestations de l'auteur et sa dédicace
-enthousiaste au «prince magnanime» que trois ans
-plus tard il devait condamner à mort, l'attaque contre
-le trône était transparente, et le moment singulièrement
-choisi, comme le faisait justement remarquer
-Beaumarchais
-<a name="FNanchor_293_293" id="FNanchor_293_293"></a>
-<a href="#Footnote_293_293" class="fnanchor">[293]</a>, lorsque le Roi et sa famille venaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">[Pg 100]</a></span>
-résider à Paris. Chaque soir, les allusions étaient
-avidement saisies par un public ardent, qui sortait de
-là, dit Ferrières, «ivre de vengeance et tourmenté
-d'une soif de sang
-<a name="FNanchor_294_294" id="FNanchor_294_294"></a>
-<a href="#Footnote_294_294" class="fnanchor">[294]</a>.» Les chefs de la révolution ne
-s'y trompaient pas. «Cette pièce, écrivait Camille
-Desmoulins, avance plus nos affaires que les journées
-d'octobre.» Et, le jour même de la première
-représentation, Danton disait au parterre: «Si <i>Figaro</i>
-a tué la noblesse, <i>Charles IX</i> tuera la royauté
-<a name="FNanchor_295_295" id="FNanchor_295_295"></a>
-<a href="#Footnote_295_295" class="fnanchor">[295]</a>.»</p>
-
-<p>On conçoit que la Reine mît peu d'empressement
-à se montrer dans les théâtres où se jouaient de telles
-pièces, et que, sollicitée par une députation de la municipalité
-et de la garde nationale de paraître aux
-spectacles, elle ait répondu «qu'elle aurait infiniment
-de plaisir à se rendre à l'invitation de la ville de Paris,
-mais qu'il fallait du temps pour perdre le souvenir
-des affligeantes journées qu'elle venait de passer
-et dont son cœur avait trop souffert
-<a name="FNanchor_296_296" id="FNanchor_296_296"></a>
-<a href="#Footnote_296_296" class="fnanchor">[296]</a>». Tout émue
-des épreuves qui l'avaient assaillie, des dangers
-qu'elle avait courus, et qui l'attendaient encore, quoiqu'elle
-affectât de n'avoir point d'inquiétude
-<a name="FNanchor_297_297" id="FNanchor_297_297"></a>
-<a href="#Footnote_297_297" class="fnanchor">[297]</a>, alarmée
-des symptômes qu'elle découvrait chaque jour,
-et mal rassurée contre les menaces de la rue par la
-protection de Lafayette, et de sa milice parisienne,
-elle se renfermait au Château et s'absorbait dans la
-vie de famille.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">[Pg 101]</a></span></p>
-
-<p>Après quelques tâtonnements, inévitables dans
-le désarroi du premier moment, on avait fini par
-s'organiser aux Tuileries. Les meubles avaient été
-apportés de Versailles, et le Roi et la Reine
-avaient marqué eux-mêmes leurs logements et
-ceux de leur suite. Le Roi, pour avoir son fils près
-de lui, avait partagé ses appartements avec le Dauphin;
-il occupait au rez-de-chaussée, sur le jardin,
-trois pièces auxquelles on arrivait par la galerie de
-gauche. A l'entresol était son cabinet de géographie;
-au premier, sa chambre à coucher; près de cette pièce,
-la chambre du Conseil.</p>
-
-<p>Les appartements de la Reine étaient près de ceux
-du Roi. En bas, son cabinet de toilette, sa chambre à
-coucher et le salon de compagnie. A l'entresol, la
-bibliothèque, qu'elle avait fait venir de Versailles
-<a name="FNanchor_298_298" id="FNanchor_298_298"></a>
-<a href="#Footnote_298_298" class="fnanchor">[298]</a>:
-bibliothèque grave et pieuse, «qui, dit un auteur,
-annonce un esprit sérieux et cultivé
-<a name="FNanchor_299_299" id="FNanchor_299_299"></a>
-<a href="#Footnote_299_299" class="fnanchor">[299]</a>»; et où, parmi
-des ouvrages d'apologétique chrétienne, de philosophie
-et d'histoire, on ne trouve que de rares romans,
-les poètes classiques et quelques pièces de théâtre
-<a name="FNanchor_300_300" id="FNanchor_300_300"></a
-><a href="#Footnote_300_300" class="fnanchor">[300]</a>.
-Au-dessus de cette bibliothèque, l'appartement de
-Madame, séparé de la chambre du Roi par celle du
-Dauphin. M<sup>me</sup> de Tourzel habitait le rez-de-chaussée
-<a name="FNanchor_301_301" id="FNanchor_301_301"></a>
-<a href="#Footnote_301_301" class="fnanchor">[301]</a>.
-Un petit escalier noir reliait l'appartement du
-<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">[Pg 102]</a></span>
-jeune prince à celui de sa gouvernante. Seules, la
-Reine et M<sup>me</sup> de Tourzel en avaient la clef
-<a name="FNanchor_302_302" id="FNanchor_302_302"></a>
-<a href="#Footnote_302_302" class="fnanchor">[302]</a>. D'autres
-escaliers permettaient au Roi et à la Reine de communiquer
-librement entre eux et avec leurs enfants.
-M<sup>me</sup> de Lamballe occupait le rez-de-chaussée du pavillon
-de Flore; M<sup>me</sup> Elisabeth, le premier étage;
-Mesdames de Mackau, de Grammont, d'Ossun, l'étage
-supérieur; Mesdames, le pavillon de Marsan.
-Monsieur et Madame habitaient le Luxembourg
-<a name="FNanchor_303_303" id="FNanchor_303_303"></a>
-<a href="#Footnote_303_303" class="fnanchor">[303]</a>.</p>
-
-<p>Au bout de quelques jours, la Cour avait repris ses
-habitudes. Les principales charges, les premiers gentilshommes
-de la chambre, les ducs de Villequier
-et de Duras, le grand prévôt, marquis de Tourzel,
-le grand maréchal-des-logis, marquis de Brézé, étaient
-revenus à leur poste
-<a name="FNanchor_304_304" id="FNanchor_304_304"></a>
-<a href="#Footnote_304_304" class="fnanchor">[304]</a>. Il y avait jeu les dimanche
-et jeudi, et parfois grand couvert le dimanche
-<a name="FNanchor_305_305" id="FNanchor_305_305"></a>
-<a href="#Footnote_305_305" class="fnanchor">[305]</a>. La
-princesse de Lamballe essaya, pour distraire sa
-royale amie, d'organiser chez elle quelques soirées.
-Mais Marie-Antoinette n'avait plus le cœur à la joie.
-Il y avait, par un reste d'étiquette, quelques actes
-de représentation; mais, la plupart du temps, la
-Reine restait chez elle avec son mari et ses enfants.
-Elle déjeunait seule tous les jours, voyait ensuite
-son fils et sa fille; pendant ce temps, le Roi venait
-lui rendre visite. Puis elle allait à la messe; durant
-quelque temps, et jusqu'à ce qu'on ait eu le temps
-d'élever une sorte de galerie en planches, elle traversait,
-pour se rendre à la chapelle, la grande terrasse
-du Château en plein air, au milieu des regards
-curieux ou hostiles
-<a name="FNanchor_306_306" id="FNanchor_306_306"></a>
-<a href="#Footnote_306_306" class="fnanchor">[306]</a>; après la messe, elle revenait
-<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">[Pg 103]</a></span>
-s'enfermer dans ses cabinets. Elle dînait à une heure,
-avec le Roi, Madame Royale et M<sup>me</sup> Elisabeth. Après
-le dîner, elle faisait, dans la galerie de Diane
-<a name="FNanchor_307_307" id="FNanchor_307_307"></a>
-<a href="#Footnote_307_307" class="fnanchor">[307]</a>,
-une partie de billard avec Louis XVI, qui, ayant
-renoncé à sortir depuis le départ des gardes du corps
-<a name="FNanchor_308_308" id="FNanchor_308_308"></a>
-<a href="#Footnote_308_308" class="fnanchor">[308]</a>,
-avait besoin d'un peu d'exercice; elle travaillait à la
-tapisserie et rentrait de nouveau chez elle jusqu'à
-huit heures, heure à laquelle Monsieur et Madame
-arrivaient pour souper. A onze heures, on se séparait
-<a name="FNanchor_309_309" id="FNanchor_309_309"></a>
-<a href="#Footnote_309_309" class="fnanchor">[309]</a>.</p>
-
-<p>Dans ses appartements, la vie de Marie-Antoinette
-se partageait entre le travail manuel et l'éducation
-de ses enfants. Son esprit, soucieux des affaires publiques,
-avait besoin d'une distraction qui occupât
-les doigts sans absorber l'attention. Le travail manuel
-lui rendait ce service; elle l'avait toujours
-aimé; elle s'y attacha plus encore. On la vit entreprendre
-de grands ouvrages de tapisserie, besogne
-facile, qui laissait à la pensée sa liberté, et M<sup>me</sup> Campan
-assure qu'une marchande de Paris, M<sup>me</sup> Dubuquois,
-conserva longtemps dans son magasin un tapis
-fait par la Reine et M<sup>me</sup> Elisabeth pour le grand
-appartement du rez-de-chaussée des Tuileries
-<a name="FNanchor_310_310" id="FNanchor_310_310"></a>
-<a href="#Footnote_310_310" class="fnanchor">[310]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">[Pg 104]</a></span></p>
-
-<p>Mais le meilleur et le plus cher de son temps était
-réservé à ses enfants. Dès le 12 août, elle avait écrit
-à la duchesse de Polignac: «Mes enfants font
-mon unique ressource; je les ai le plus possible avec
-moi
-<a name="FNanchor_311_311" id="FNanchor_311_311"></a>
-<a href="#Footnote_311_311" class="fnanchor">[311]</a>.»
-Aux Tuileries, c'était plus encore. La matinée
-était consacrée à l'éducation de Madame Royale,
-qui prenait toutes ses leçons sous les yeux de sa
-mère. Quand le temps était beau, la Reine faisait
-avec ses enfants une promenade dans le jardin des
-Tuileries
-<a name="FNanchor_312_312" id="FNanchor_312_312"></a>
-<a href="#Footnote_312_312" class="fnanchor">[312]</a>, qui n'était ouvert au public qu'à midi
-<a name="FNanchor_313_313" id="FNanchor_313_313"></a>
-<a href="#Footnote_313_313" class="fnanchor">[313]</a>.
-C'était une consolation pour elle et une vraie joie
-pour le Dauphin, qui aimait passionnément le grand
-air et l'exercice. Il eût bien voulu circuler dans Paris;
-mais, au début, on ne l'osait pas, et à la fin de
-novembre ou au commencement de décembre, le
-jeune prince écrivait à son ancienne gouvernante:
-«Nous ne sommes pas encore sortis des Tuileries;
-nous allons souvent nous promener avec maman dans
-le jardin
-<a name="FNanchor_314_314" id="FNanchor_314_314"></a>
-<a href="#Footnote_314_314" class="fnanchor">[314]</a>.» Le dimanche, le curé de Saint-Eustache
-venait faire le catéchisme à Madame Royale, qui se
-préparait à sa première communion; le Dauphin assistait
-à ces instructions
-<a name="FNanchor_315_315" id="FNanchor_315_315"></a>
-<a href="#Footnote_315_315" class="fnanchor">[315]</a>.</p>
-
-<p>C'était un charmant enfant que ce Dauphin, avec
-ses grands yeux bleus, ses longs cheveux bouclés,
-ses joues fraîches et roses, sa franche et communicative
-gaîté et cet entrain un peu étourdi que le malheur
-allait si tôt changer en une gravité précoce.
-<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">[Pg 105]</a></span>
-Nul ne le connaissait mieux que sa mère; nul
-n'avait étudié avec une attention plus minutieuse et
-une plus sévère clairvoyance les défauts comme les
-qualités de son caractère. Quelques jours après le
-14 juillet, appelant la marquise de Tourzel à la place
-de gouvernante des Enfants de France, que laissait
-vacante l'émigration de la duchesse de Polignac, et,
-comme elle le disait elle-même, remettant à la vertu
-ce qu'elle avait confié à l'amitié
-<a name="FNanchor_316_316" id="FNanchor_316_316"></a>
-<a href="#Footnote_316_316" class="fnanchor">[316]</a>, Marie-Antoinette
-écrivait la lettre suivante:</p>
-
-<p class="ar smaller">
-«24 juillet 1789.</p>
-
-<p>«Mon fils a quatre ans, quatre mois moins deux
-jours. Je ne parle ni de sa taille, ni de son extérieur;
-il n'y a qu'à le voir. Sa santé a toujours été bonne;
-mais, même au berceau, on s'est aperçu que ses nerfs
-étaient très délicats et que le moindre bruit extraordinaire
-faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses
-premières dents; mais elles sont venues sans maladies
-ni accidents. Ce n'est qu'aux dernières, et je crois
-que c'était à la sixième, qu'à Fontainebleau il a eu
-une convulsion. Depuis, il en a eu deux, une dans
-l'hiver de 1787-1788, et l'autre à son inoculation;
-mais cette dernière a été très petite. La délicatesse
-de ses nerfs fait qu'un bruit auquel il n'est pas accoutumé
-lui fait toujours peur; il a peur, par exemple,
-des chiens, parce qu'il en a entendu aboyer près
-de lui. Je ne l'ai jamais forcé à en voir, parce que
-je crois qu'à mesure que sa raison viendra, ses craintes
-passeront. Il est, comme tous les enfants forts et
-bien portants, très léger et violent dans ses colères;
-mais il est bon enfant, tendre et caressant même,
-quand son étourderie ne l'emporte pas. Il a un amour-propre
-<span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">[Pg 106]</a></span>
-démesuré, qui, en le conduisant bien, peut
-tourner un jour à son avantage. Jusqu'à ce qu'il soit
-bien à son aise avec quelqu'un, il sait prendre sur
-lui et même dévorer ses impatiences et colères pour
-paraître doux et aimable. Il est d'une grande fidélité
-quand il a promis une chose; mais il est très indiscret;
-il répète aisément ce qu'il a entendu dire et
-souvent, sans vouloir mentir, il ajoute ce que son
-imagination lui a fait voir. C'est son plus grand défaut
-et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je
-le répète, il est bon enfant, et avec de la sensibilité
-et en même temps de la fermeté, sans être trop sévère,
-on fera toujours de lui ce qu'on voudra. Mais
-la sévérité le révolterait, parce qu'il a beaucoup de
-caractère pour son âge, et, pour en donner un exemple,
-dès sa plus petite enfance, le mot pardon l'a
-toujours choqué. Il fera et dira tout ce qu'on voudra,
-quand il a tort; mais le mot pardon, il ne le
-prononcera qu'avec des larmes et des peines infinies.</p>
-
-<p>«On a toujours accoutumé mes enfants à avoir
-grande confiance en moi, et, quand ils ont eu des torts,
-à me les dire eux-mêmes. Cela fait qu'en les grondant
-j'ai l'air plus peinée et affligée de ce qu'ils ont fait
-que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui
-ou non, prononcé par moi, est irrévocable; mais je
-leur donne toujours une raison à la portée de leur
-âge, pour qu'ils ne puissent pas croire que c'est humeur
-de ma part.</p>
-
-<p>«Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal,
-mais il est trop étourdi pour s'appliquer. Il n'a aucune
-idée de hauteur dans la tête, et je désire fort
-que cela continue. Nos enfants apprennent toujours
-assez tôt ce qu'ils sont. Il aime sa sœur beaucoup et
-a bon cœur. Toutes les fois qu'une chose lui fait
-plaisir, soit d'aller quelque part ou qu'on lui donne
-<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">[Pg 107]</a></span>
-quelque chose, son premier mouvement est toujours
-de demander pour sa sœur de même. Il est né gai.
-Il a besoin, pour sa santé, d'être beaucoup à l'air, et
-je crois qu'il vaut mieux, pour sa santé, le laisser
-jouer et travailler à la terre sur les terrasses que de
-le mener plus loin. L'exercice que les petits enfants
-prennent en courant, en jouant à l'air, est plus sain
-que d'être forcés de marcher, ce qui souvent leur
-fatigue les reins.</p>
-
-<p>«Je vais maintenant parler de ce qui l'entoure.
-Trois sous-gouvernantes: M<sup>mes</sup> de Soucy, belle-mère
-et belle-fille, et M<sup>me</sup> de Villefort.</p>
-
-<p>«M<sup>me</sup> de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite,
-exacte, mais mauvais ton. La belle-fille, même
-ton. Point d'espoir. Il y a déjà quelques années qu'elle
-n'est plus avec ma fille; mais avec le petit garçon,
-il n'y a pas d'inconvénient. Du reste, elle est très
-fidèle et même un peu sévère avec l'enfant.</p>
-
-<p>«M<sup>me</sup> de Villefort est tout le contraire, car elle le
-gâte; elle a au moins aussi mauvais ton, et plus même,
-mais à l'extérieur. Toutes sont bien ensemble.</p>
-
-<p>«Les deux premières femmes, toutes deux fort
-attachées à l'enfant. Mais M<sup>me</sup> Lemoine, une caillette
-et bavarde, insoutenable, contant tout ce qu'elle
-sait dans la chambre, devant l'enfant ou non, cela
-est égal. M<sup>me</sup> Neuville a un extérieur agréable,
-de l'esprit, de l'honnêteté; mais on la dit dominée
-par sa mère, qui est très intrigante.</p>
-
-<p>«Brunier, le médecin, a ma grande confiance,
-toutes les fois que les enfants sont malades; mais
-hors de là, il faut le tenir à sa place; il est familier,
-humoriste et clabaudeur.</p>
-
-<p>«L'abbé d'Avaux peut être fort bon pour apprendre
-les lettres à mon fils; mais du reste il n'a ni le
-ton, ni même ce qu'il faudrait pour être auprès de
-<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">[Pg 108]</a></span>
-mes enfants, c'est ce qui m'a décidée dans ce moment
-à lui retirer ma fille; il faut bien prendre
-garde qu'il ne s'établisse hors les heures de leçons
-chez mon fils. C'est une des choses qui a donné le
-plus de peine à M<sup>me</sup> de Polignac et encore n'en venait-elle
-toujours à bout; c'était la société des sous-gouvernantes.
-Depuis dix jours, j'ai appris des
-propos d'ingratitude de cet abbé, qui m'ont fort
-déplu.</p>
-
-<p>«Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent
-avec zèle; mais je ne puis pas compter beaucoup
-sur elles. Dans ces derniers temps, il s'est tenu beaucoup
-de mauvais propos dans la chambre; mais je
-ne saurais dire exactement par qui; il y a cependant
-une M<sup>me</sup> Belliard qui ne se cache pas sur ses sentiments;
-sans soupçonner personne, on peut s'en méfier.
-Tout son service en hommes est fidèle, attaché
-et tranquille.</p>
-
-<p>«Ma fille a à elle deux premières femmes et sept
-femmes de chambre. M<sup>me</sup> Brunier, femme du médecin,
-est à elle depuis sa naissance, et la sert avec zèle;
-mais, sans avoir rien de personnel à lui reprocher,
-je ne la chargerais jamais que de son service. Elle
-tient du caractère de son mari. De plus, elle est
-avare et avide des petits gains qu'il y a à faire dans
-la chambre.</p>
-
-<p>«Sa fille, M<sup>me</sup> Fréminville, est une personne d'un
-vrai mérite. Quoique âgée seulement de vingt-sept
-ans, elle a toutes les qualités d'un âge mûr. Elle est
-à ma fille depuis sa naissance et ne l'a jamais perdue
-de vue. Je l'ai mariée, et le temps qu'elle ne passe
-pas avec ma fille, elle l'occupe en entier à l'éducation
-de ses trois petites filles. Elle a un caractère
-doux et liant, est fort instruite, et c'est elle que je
-désire charger de continuer les leçons à la place de
-<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">[Pg 109]</a></span>
-l'abbé d'Avaux. Elle en est fort en état, et puisque
-j'ai le bonheur d'en être sûre, je trouve que c'est
-préférable à tout. Au reste, ma fille l'aime beaucoup
-et y a confiance.</p>
-
-<p>«Les sept autres femmes sont de bons sujets et
-cette chambre est bien plus tranquille que l'autre. Il
-y a deux très jeunes personnes, mais elles sont surveillées
-par leurs mères, l'une à ma fille, l'autre par
-M<sup>me</sup> Lemoine.</p>
-
-<p>«Les hommes sont à elle depuis sa naissance.
-Ce sont des êtres absolument insignifiants; mais
-comme ils n'ont rien à faire que le service, et qu'ils
-ne restent point dans sa chambre par delà, cela m'est
-insignifiant
-<a name="FNanchor_317_317" id="FNanchor_317_317"></a>
-<a href="#Footnote_317_317" class="fnanchor">[317]</a>.»</p>
-
-<p>Laissons de côté les appréciations sur les personnes,
-que les événements ont pu et dû modifier par
-la suite
-<a name="FNanchor_318_318" id="FNanchor_318_318"></a>
-<a href="#Footnote_318_318" class="fnanchor">[318]</a>.
-Qui n'admirerait, au milieu de tant de
-préoccupations de toute sorte, la surveillance de
-cette mère, sa perspicacité et cet incessant souci de
-la santé et de l'éducation morale de ses enfants?</p>
-
-<p>Un mois après, elle écrivait encore à M<sup>me</sup> de
-Tourzel, à propos d'un petit accès de colère du Dauphin:</p>
-
-<p>«Mon cher cœur, notre tendresse doit être sévère
-pour cet enfant; il ne faut pas oublier que ce n'est
-pas pour nous que nous devons l'élever, mais pour
-le pays. Les premières impressions sont si fortes
-dans l'enfance qu'en vérité je suis effrayée, quand
-je pense que nous élevons un Roi
-<a name="FNanchor_319_319" id="FNanchor_319_319"></a>
-<a href="#Footnote_319_319" class="fnanchor">[319]</a>.»</p>
-
-<p>Le Dauphin s'élevait ainsi, s'instruisant aux leçons
-<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">[Pg 110]</a></span>
-de l'abbé d'Avaux, et plus encore à celles de sa mère;
-il développait, sous cette chère influence, son
-esprit et son cœur. Sa mère, il l'adorait, heureux
-de son sourire, souffrant de ses peines, s'ingéniant
-sans cesse à lui faire plaisir. Il avait,—la lettre
-que nous venons de citer le constate,—une assez
-vive répugnance pour l'étude; il en triompha par
-amour filial. Un jour, Marie-Antoinette lui reprochait
-de ne pas savoir lire à quatre ans et demi.—«Eh
-bien! répondit-il, je le saurai pour vos étrennes.»
-«A la fin de novembre,» raconte M<sup>me</sup> de Tourzel,
-il dit à son précepteur: «Il faut pourtant que
-je sache combien j'ai de temps jusqu'au jour de
-l'an, puisque j'ai promis à maman de savoir lire
-pour ce jour-là.» En apprenant qu'il n'y avait
-plus qu'un mois, il regarda l'abbé d'Avaux et lui dit
-avec un sang-froid inconcevable: «Donnez-moi, je
-vous prie, mon bon abbé, deux leçons par jour, et
-je m'appliquerai tout de bon.» Il tint parole, et,
-au jour fixé, entra triomphant chez la Reine, tenant
-un livre à la main; il se jeta à son cou: «Voilà vos
-étrennes,» lui dit cet aimable enfant; «j'ai tenu ma
-promesse; je sais lire à présent
-<a name="FNanchor_320_320" id="FNanchor_320_320"></a>
-<a href="#Footnote_320_320" class="fnanchor">[320]</a>.»</p>
-
-<p>Une autre fois, entendant une femme dire d'une de
-ses amies: «Elle est heureuse comme une reine.»—«Heureuse
-comme une Reine! s'écria-t-il; ce
-n'est pas de maman que vous voulez parler, alors;
-car elle pleure toujours
-<a name="FNanchor_321_321" id="FNanchor_321_321"></a>
-<a href="#Footnote_321_321" class="fnanchor">[321]</a>.»</p>
-
-<p>Les promenades officielles dans le jardin des
-Tuileries, sous l'escorte dès gardes nationaux, étaient
-une contrainte. M<sup>me</sup> de Tourzel obtint qu'on arrangeât
-pour le Dauphin un petit jardin particulier, à
-<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">[Pg 111]</a></span>
-l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau
-<a name="FNanchor_322_322" id="FNanchor_322_322"></a>
-<a href="#Footnote_322_322" class="fnanchor">[322]</a>. Le
-jeune prince s'y ébattait en toute liberté; il y élevait
-des lapins; il y soignait des oiseaux dans une
-volière, des canards sur un bassin
-<a name="FNanchor_323_323" id="FNanchor_323_323"></a>
-<a href="#Footnote_323_323" class="fnanchor">[323]</a>. Il y cultivait des
-fleurs, et les plus belles toujours étaient réservées
-à sa mère. D'autres fois, on le conduisait chez une
-parente de M<sup>me</sup> de Tourzel, la marquise de Lède, qui
-possédait au faubourg Saint-Germain un bel hôtel
-et un vaste parc. Plus souvent, il accompagnait sa
-mère dans ses excursions charitables. Quand la Reine
-allait visiter les hôpitaux ou les pauvres, elle emmenait
-son fils avec elle et elle avait soin qu'il distribuât
-lui-même les aumônes qu'elle laissait dans
-les mansardes. Tantôt c'était aux Gobelins, et le
-président du district étant venu la complimenter,
-elle lui disait: «Monsieur, vous avez bien des malheureux;
-mais les moments où nous les soulageons
-nous sont bien précieux
-<a name="FNanchor_324_324" id="FNanchor_324_324"></a>
-<a href="#Footnote_324_324" class="fnanchor">[324]</a>.» Tantôt à la
-Société de charité maternelle, qu'elle avait fondée et
-dont elle autorisait les dames à distribuer par mois
-seize cents livres pour la nourriture et le chauffage,
-douze cents pour des couvertures et des vêtements,
-sans compter les layettes qu'on donnait à trois cents
-mères
-<a name="FNanchor_325_325" id="FNanchor_325_325"></a>
-<a href="#Footnote_325_325" class="fnanchor">[325]</a>.
-Tantôt à l'école de dessin, aussi fondée par
-elle et à laquelle elle envoyait un jour douze cents
-livres, économisées à grand'peine, pour qu'on ne
-diminuât pas les récompenses et que ses chers élèves
-n'eussent pas à souffrir de sa propre détresse
-<a name="FNanchor_326_326" id="FNanchor_326_326"></a>
-<a href="#Footnote_326_326" class="fnanchor">[326]</a>.
-<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">[Pg 112]</a></span>
-D'autres fois encore elle plaçait chez M<sup>lle</sup> O. Kennedy
-quatre filles d'invalides, orphelines, qui sont, disait-elle,
-«l'objet de ma fondation
-<a name="FNanchor_327_327" id="FNanchor_327_327"></a>
-<a href="#Footnote_327_327" class="fnanchor">[327]</a>.»</p>
-
-<p>Mais ce qui semblait attirer plus particulièrement
-le Dauphin, comme par un mystérieux pressentiment,
-c'était l'hospice des Enfants-trouvés. Marie-Antoinette
-l'y conduisait souvent, et la reconnaissance de ces
-pauvres enfants se traduisait encore par des acclamations,
-qui lui étaient bien douces; on y criait
-«beaucoup <i>Vive le Roi!</i> et pas mal <i>Vive la
-Reine
-<a name="FNanchor_328_328" id="FNanchor_328_328"></a>
-<a href="#Footnote_328_328" class="fnanchor">[328]</a>!</i>»
-Le jeune prince ne s'éloignait de là qu'à
-regret et toutes ses petites économies étaient consacrées
-au soulagement de ces infortunés. Un jour,
-son père le surprit au moment où il rangeait des
-écus dans un joli coffret que lui avait donné sa tante,
-M<sup>me</sup> Élisabeth: «Comment! Charles, lui dit-il d'un
-air mécontent, vous thésaurisez comme les avares?»
-L'enfant rougit, mais se remettant bientôt: «Oui,
-mon père, répondit-il; je suis avare, mais c'est pour
-les enfants trouvés. Ah! si vous les voyiez! Ils font
-vraiment pitié!» Le Roi se pencha vers son fils
-et, l'embrassant avec une de ces effusions de joie
-qu'il ne connaissait plus guère: «En ce cas, mon
-enfant, dit-il, je t'aiderai à remplir ton coffret.»</p>
-
-<p>Plus âgée et plus grave que son frère, Madame
-Royale sentait plus profondément les angoisses de
-la situation. Pour mettre un peu de gaîté dans sa
-vie, la Reine avait organisé chez M<sup>me</sup> de Tourzel de
-petites réunions intimes, où elle allait de temps à
-autre prendre le thé et où sa fille rencontrait des jeunes
-amies de son âge. On jouait à de petits jeux; on
-courait à travers les appartements grands ouverts;
-<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">[Pg 113]</a></span>
-on faisait même des parties de cache-cache, que plus
-tard le Dauphin se rappelait avec plaisir. Mais des
-soins plus sérieux occupaient le temps et s'imposaient
-au cœur de la jeune princesse. Depuis son arrivée
-à Paris, le curé de Saint-Eustache venait chaque
-dimanche lui faire le catéchisme et la préparer à
-sa première communion. Ce fut le mercredi saint 31
-mars
-<a name="FNanchor_329_329" id="FNanchor_329_329"></a>
-<a href="#Footnote_329_329" class="fnanchor">[329]</a>
-qu'elle accomplit ce grand acte, à Saint-Germain-l'Auxerrois.
-Dès le matin, la Reine conduisit
-sa fille dans la chambre du Roi: «Ma fille, lui dit-elle,
-jetez-vous aux pieds de votre père et demandez-lui
-sa bénédiction.» Madame se prosterna; le Roi
-la bénit, la releva et lui adressa ces graves et religieuses
-paroles:</p>
-
-<p>«C'est du fond de mon cœur, ma fille, que je vous
-bénis, en demandant au Ciel qu'il vous fasse la
-grâce de bien apprécier la grande action que vous
-allez faire. Votre cœur est innocent aux yeux de
-Dieu; vos vœux doivent lui être agréables; offrez-les-lui
-pour votre mère et pour moi. Demandez-lui
-qu'il m'accorde la grâce nécessaire pour faire
-le bonheur de ceux sur lesquels il m'a donné
-l'empire et que je dois considérer comme mes enfants.
-Demandez-lui qu'il daigne conserver dans
-le royaume la pureté de la religion et souvenez-vous
-bien, ma fille, que cette sainte religion est la
-source du bonheur et notre soutien dans les adversités
-de la vie. Ne vous en croyez pas à l'abri.
-Vous êtes bien jeune; mais vous avez déjà vu votre
-père affligé plus d'une fois.</p>
-
-<p>«Vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence
-vous destine; si vous resterez dans ce royaume ou
-<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">[Pg 114]</a></span>
-si vous irez en habiter un autre. Dans quelque lieu
-où la main de Dieu vous pose, souvenez-vous que
-vous devez édifier par vos exemples, faire le bien
-toutes les fois que vous en trouverez l'occasion;
-mais surtout, mon enfant, soulagez les malheureux
-de tout votre pouvoir. Dieu ne nous a fait naître
-dans le rang où nous sommes que pour travailler à
-leur bonheur et les consoler dans leurs peines
-<a name="FNanchor_330_330" id="FNanchor_330_330"></a>
-<a href="#Footnote_330_330" class="fnanchor">[330]</a>.»</p>
-
-<p>Tels étaient les enseignements que ce «tyran»
-donnait à ses enfants, et les actes suivaient de près
-les paroles. Il était d'usage que les filles de France
-reçussent une parure en diamants le jour de leur
-première communion. Madame Royale n'eut pas ce
-brillant cadeau
-<a name="FNanchor_331_331" id="FNanchor_331_331"></a>
-<a href="#Footnote_331_331" class="fnanchor">[331]</a>. La cérémonie s'accomplit avec
-la plus grande simplicité. La jeune princesse arriva
-à l'église, conduite par sa gouvernante et sa sous-gouvernante,
-M<sup>me</sup> de Mackau; elle avait le maintien
-le plus recueilli et s'approcha de la Sainte Table avec
-les marques de la dévotion la plus sincère
-<a name="FNanchor_332_332" id="FNanchor_332_332"></a>
-<a href="#Footnote_332_332" class="fnanchor">[332]</a>. La Reine,
-qui avait fait ses Pâques la surveille
-<a name="FNanchor_333_333" id="FNanchor_333_333"></a>
-<a href="#Footnote_333_333" class="fnanchor">[333]</a>, n'assista à la
-cérémonie qu'incognito et sans suite, «aussi simplement
-habillée qu'une bourgeoise,» raconte un témoin
-oculaire, mais avec une piété extrême et les
-yeux toujours fixés sur la jeune communiante
-<a name="FNanchor_334_334" id="FNanchor_334_334"></a>
-<a href="#Footnote_334_334" class="fnanchor">[334]</a>. Le
-jour même, d'abondantes aumônes furent distribuées
-aux pauvres des diverses paroisses de Paris; c'était
-le prix du collier de diamants que n'avait point reçu
-Madame Royale.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">[Pg 115]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_VI" id="CHAPITRE_VI"></a>CHAPITRE VI</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé sont déclarés à la
-disposition de la nation.—Suppression des Parlements.—Affaire
-de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan d'évasion d'Augeard.—Démarche
-du Roi à l'Assemblée le 4 février 1790.—On présente à
-la Reine la veuve et le fils de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication
-du Livre rouge.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour
-à Saint-Cloud.—Fédération du 14 juillet 1790.—La famille royale
-est acclamée par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud
-sur les journées d'octobre.</p></div>
-
-
-<p>Réinstallée à Paris, dans la salle du Manège,
-l'Assemblée avait repris le cours de ses discussions.
-Pour combler le déficit, elle s'en prenait
-au clergé. Le 2 novembre, sur la proposition du trop
-fameux évêque d'Autun, elle déclarait que les biens
-ecclésiastiques étaient à la disposition de la nation.
-C'était le premier pas dans la voie de la spoliation.
-Le lendemain, à l'instigation d'Adrien Duport, l'Assemblée
-ajournait la rentrée des Parlements, en attendant
-qu'elle les supprimât. Ainsi ce grand corps,
-qui avait été le promoteur de la réunion des États
-généraux, en était la première victime. Bientôt
-après, les provinces étaient remplacées par les départements.
-Les ministres acceptaient ces changements
-avec une facilité qui rendait leur résignation suspecte.
-«Le pouvoir exécutif fait le mort,» s'écriait Charles
-de Lameth
-<a name="FNanchor_335_335" id="FNanchor_335_335"></a>
-<a href="#Footnote_335_335" class="fnanchor">[335]</a>,
-et les chefs de la Révolution se défiaient
-de cette attitude passive, lorsque l'affaire du marquis
-de Favras vint fournir un corps à leurs soupçons.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">[Pg 116]</a></span></p>
-
-<p>Quel était au fond le plan du marquis de Favras?
-Voulait-il réellement enlever le Roi et la famille royale,
-pour les conduire hors de Paris? Préparait-il un plan
-de contre-révolution? Sous quelle inspiration? Avec
-quels appuis? Un grand mystère plane sur tous ces
-points et y planera probablement toujours, grâce à
-l'héroïque silence de l'accusé. On a dit que la Reine
-redoutait ses aveux
-<a name="FNanchor_336_336" id="FNanchor_336_336"></a>
-<a href="#Footnote_336_336" class="fnanchor">[336]</a>. Monsieur, dont les journaux
-avaient mêlé le nom à cette affaire, effrayé de ces
-dénonciations, crut devoir se justifier publiquement
-et se rendit, le lendemain de l'arrestation de Favras,
-à l'Hôtel-de-Ville, pour protester de son attachement
-à la Révolution: démarche étrange et qui fut jugée
-peu digne d'un fils de France
-<a name="FNanchor_337_337" id="FNanchor_337_337"></a>
-<a href="#Footnote_337_337" class="fnanchor">[337]</a>.</p>
-
-<p>Le procès fut rapidement instruit: arrêté le 25 décembre
-1789, et traduit devant le Châtelet, Favras
-répondit avec un calme admirable aux allégations de
-ses dénonciateurs, deux individus de petit état et de
-petite réputation. Mais l'arrêt était rendu d'avance:
-«Il fallait, écrivait M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Bombelles,
-il fallait effrayer ceux qui voudraient servir
-le Roi; il fallait du sang au peuple et le sang d'un
-homme à qui l'on pût donner le nom d'aristocrate
-<a name="FNanchor_338_338" id="FNanchor_338_338"></a>
-<a href="#Footnote_338_338" class="fnanchor">[338]</a>.»
-Le jour où le jugement fut rendu, la foule hurlait
-autour du prétoire, réclamant à grands cris la mort
-de l'accusé et essayant d'intimider les juges. Les
-juges cédèrent: la démonstration populaire suppléa
-aux preuves qui n'existaient pas, et Favras fut condamné
-à être pendu. «Votre vie, lui dit Quatremère,
-rapporteur du procès, est un sacrifice que vous devez
-à la tranquillité publique.» Favras ne répondit
-<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">[Pg 117]</a></span>
-que par un regard de mépris à cette étrange théorie
-par laquelle, depuis l'origine du christianisme, les
-peureux ont toujours tenté de légitimer leurs défaillances.</p>
-
-<p>Le lendemain, vendredi 19 février, à la lueur des
-torches, au milieu des cris d'une joie féroce et d'un
-appareil inusité, Favras fut pendu en place de Grève.
-Jusqu'à la fin, il montra le même sang-froid, n'opposant
-aux injures qu'un dédaigneux sourire et refusant
-noblement de révéler son secret: «Citoyens,»
-dit-il, «je meurs innocent; priez Dieu pour moi. Je
-meurs avec le calme que donne la tranquillité de la
-conscience et je recommande ma mémoire à l'estime
-de tous les citoyens vertueux, ainsi que ma
-femme et mes enfants, à qui j'étais si nécessaire.
-Je demande la grâce des faux témoins, s'ils étaient
-reconnus comme tels, et que personne n'appréhende
-les suites d'un complot imaginaire
-<a name="FNanchor_339_339" id="FNanchor_339_339"></a>
-<a href="#Footnote_339_339" class="fnanchor">[339]</a>.» Et se tournant
-vers le bourreau: «Allons, mon ami, dit-il,
-fais ton devoir.» Incapable de comprendre cet héroïsme,
-la foule insulta le mourant par des rires,
-des danses et des applaudissements ironiques; quelques
-misérables eurent même le courage de crier:
-<i>Bis!</i> et l'on ne sauva le cadavre des derniers outrages
-que par une inhumation précipitée
-<a name="FNanchor_340_340" id="FNanchor_340_340"></a>
-<a href="#Footnote_340_340" class="fnanchor">[340]</a>. Le Roi et la
-Reine furent profondément affectés de cette condamnation
-et de cette mort. «Je fus témoin de leur douleur,
-raconte M<sup>me</sup> de Tourzel, et je ne puis encore
-penser à l'état où je vis la Reine, quand elle apprit
-que M. de Favras n'existait plus
-<a name="FNanchor_341_341" id="FNanchor_341_341"></a>
-<a href="#Footnote_341_341" class="fnanchor">[341]</a>.»</p>
-
-<p>Un projet plus sérieux, ou du moins mieux connu
-que celui de Favras,—car il a été raconté en détail
-<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">[Pg 118]</a></span>
-par son auteur lui-même,—avait été conçu par un
-secrétaire des commandements de la Reine, Augeard.
-Frappé des dangers qui menaçaient la famille royale
-et surtout Marie-Antoinette, Augeard avait proposé
-à cette princesse de l'emmener avec ses enfants, un
-soir, dans une voiture de poste à deux chevaux: elle
-eût pris le costume d'une gouvernante et le Dauphin
-eût été habillé en fille. Le lendemain matin, on devait
-descendre à Saint-Thierry, maison de campagne
-de l'archevêque de Reims, et, repartant après un
-repas sommaire, en ayant soin d'éviter les villes,
-on serait arrivé au château de Buzancy, appartenant
-à Augeard, d'où un relai, préparé à l'avance, eût
-conduit les fugitifs à la frontière. Le plus grand secret
-eût couvert ce plan, même à l'égard du Roi. La Reine
-accepta d'abord; mais quand il fallut prendre une
-décision définitive, elle ne put s'y résoudre, et aux
-instances pressantes d'Augeard ne répondit que par
-ces mots: «Toute réflexion faite, je ne partirai pas;
-mon devoir est de mourir aux pieds du Roi
-<a name="FNanchor_342_342" id="FNanchor_342_342"></a>
-<a href="#Footnote_342_342" class="fnanchor">[342]</a>.»
-Quelques précautions qu'eût prises Augeard, son
-projet transpira; il fut arrêté et emprisonné; mais,
-plus heureux que Favras, il fut relâché après quatre
-mois et demi
-<a name="FNanchor_343_343" id="FNanchor_343_343"></a>
-<a href="#Footnote_343_343" class="fnanchor">[343]</a> de détention.</p>
-
-<p>Ces diverses affaires, celle de Favras surtout,
-avaient donné lieu à tant d'imputations contre la
-Cour, que les ministres, Necker en particulier, conseillèrent
-à Louis XVI de faire une démarche publique
-pour affirmer son attachement au nouveau régime.
-Docile aux inspirations de ses ministres, le Roi
-y consentit. Le jeudi 4 février, il prévint par un billet
-le président qu'il se rendrait à l'Assemblée vers
-<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">[Pg 119]</a></span>
-midi et voulait y être reçu sans cérémonie. La
-séance fut aussitôt suspendue; une housse de velours
-rouge, fleurdelysée d'or, fut jetée sur le fauteuil du
-président, et en attendant l'auguste visiteur, «tout
-le monde,» raconte un témoin oculaire dans le style
-sentimental alors à la mode, «se félicitait avec son
-voisin de la jouissance délicieuse et anticipée de voir
-son père et son ami. C'est ainsi que, dans l'effusion
-des âmes, on appelait le bon Louis XVI
-<a name="FNanchor_344_344" id="FNanchor_344_344"></a>
-<a href="#Footnote_344_344" class="fnanchor">[344]</a>.»</p>
-
-<p>A une heure, le Roi parut, vêtu simplement et sans
-appareil, et prononça un discours, rédigé en partie
-par Necker. Il protesta de son adhésion à la Constitution,
-vanta les réformes opérées par l'Assemblée,
-et désavoua toute entreprise qui tendrait à en ébranler
-les principes. «Moi aussi,» dit-il en faisant allusion
-aux sacrifices que le nouveau régime imposait à tant
-de gens; «moi aussi j'aurais bien des pertes à compter,
-si, au milieu des plus grands intérêts, je m'arrêtais
-à des calculs personnels; mais j'ai trouvé une
-compensation pleine et entière dans l'accroissement
-du bonheur de la nation; c'est du fond de
-mon cœur que j'exprime ici ce sentiment. Je défendrai
-donc, je maintiendrai la liberté constitutionnelle,
-dont le vœu général, d'accord avec le mien,
-a consacré le principe; je ferai davantage, et, de
-concert avec la Reine, qui partage tous mes sentiments,
-je préparerai de bonne heure l'esprit et le
-cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que les
-circonstances ont amené; je l'habituerai, dès ses
-premiers ans, à être heureux du bonheur des
-Français et a reconnaître toujours, malgré le langage
-des flatteurs, qu'une sage Constitution le préservera
-<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">[Pg 120]</a></span>
-des dangers de l'inexpérience et qu'une juste
-liberté ajoute un nouveau prix aux sentiments d'amour
-et de fidélité, dont la nation française, depuis
-tant de siècles, donne à ses Rois des preuves si
-touchantes
-<a name="FNanchor_345_345" id="FNanchor_345_345"></a>
-<a href="#Footnote_345_345" class="fnanchor">[345]</a>.»</p>
-
-<p>Des applaudissements enthousiastes saluèrent
-cette déclaration et l'Assemblée, électrisée, jura d'oublier
-toutes ses divisons et d'être fidèle à la Constitution,
-qui, à vrai dire, n'était pas encore faite. Une
-députation reconduisit le Roi aux Tuileries. La
-Reine, avec ses enfants, était descendue à la porte
-pour le recevoir. «Je partage tous les sentiments du
-Roi, dit-elle à la députation; je m'unis de cœur et
-d'affection à la démarche que sa tendresse pour
-ses peuples vient de lui dicter.» Et, montrant le
-Dauphin: «Voici mon fils, ajouta-t-elle. Je n'oublierai
-rien pour lui apprendre de bonne heure à imiter
-les vertus du meilleur des pères
-<a name="FNanchor_346_346" id="FNanchor_346_346"></a>
-<a href="#Footnote_346_346" class="fnanchor">[346]</a>, et je l'entretiendrai
-de l'amour de la liberté publique, dont, je
-l'espère, il sera le plus ferme appui
-<a name="FNanchor_347_347" id="FNanchor_347_347"></a>
-<a href="#Footnote_347_347" class="fnanchor">[347]</a>.»</p>
-
-<p>Le soir, Paris illumina; sur la proposition de
-Clermont-Tonnerre, le président de l'Assemblée, avec
-soixante membres, vint remercier le Roi et la Reine:
-«Veillez, Madame, sur ce précieux rejeton,» dit-il à
-Marie-Antoinette en lui montrant le Dauphin; «qu'il
-ait la sensibilité, l'affabilité et le courage qui vous
-caractérisent; vos soins assureront sa gloire, et la
-France, dont vous aurez procuré le bonheur, en
-sentira le prix, en songeant qu'elle le doit aux
-vertus de Votre Majesté.» La Reine répondit: «Je
-suis sensible, Messieurs, aux témoignages de votre
-<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">[Pg 121]</a></span>
-affection; vous avez reçu ce matin l'expression de
-mes sentiments; ils n'ont jamais varié pour une
-nation que je me fais gloire d'avoir adoptée en m'unissant
-au Roi; mon titre de mère en assure pour
-toujours les liens
-<a name="FNanchor_348_348" id="FNanchor_348_348"></a>
-<a href="#Footnote_348_348" class="fnanchor">[348]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, Bailly, avec une délégation de la
-Commune, vint à son tour féliciter le Roi, et, le dimanche
-suivant, on chanta un <i>Te Deum</i> solennel à
-Notre-Dame. Mais ces accès d'enthousiasme duraient
-peu. La démarche de Louis XVI ne désarma pas ses
-ennemis; elle mécontenta un grand nombre de
-royalistes, et un patriote sincère, mais en même
-temps ami de la monarchie française dont la cause
-était à ses yeux inséparable de celle de la liberté,
-Gouverneur Morris, écrivait: «Si cette démarche du
-Roi produit quelque effet sur les esprits raisonnables,
-à coup sûr, c'est de prouver plus clairement que
-jamais le peu de prévoyance de ses ministres
-<a name="FNanchor_349_349" id="FNanchor_349_349"></a>
-<a href="#Footnote_349_349" class="fnanchor">[349]</a>.»</p>
-
-<p>Quinze jours plus tard, une démarche irréfléchie,
-à laquelle il fut impossible de se soustraire, vint de
-nouveau compromettre la famille royale, et ranimer
-les défiances. Le surlendemain de la mort de Favras,
-un de ses amis, M. de la Villeurnoy, maître des requêtes,
-eut la malheureuse pensée de présenter la
-femme et le fils en deuil de l'héroïque supplicié au
-dîner public du Roi et de la Reine. La Reine, malgré
-sa sympathie profonde, resta froide et insensible en
-apparence. Mais qu'on juge de la douloureuse contrainte
-qu'elle dut s'imposer pour ne rien laisser voir
-de ses sentiments aux spectateurs; la garde nationale
-la surveillait, et le commandant du jour, debout
-derrière le fauteuil royal pendant toute la durée
-<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">[Pg 122]</a></span>
-du repas, était Santerre! Le dîner fini, et dès qu'elle
-put s'échapper, elle courut chez M<sup>me</sup> Campan et,
-se jetant épuisée sur un fauteuil, après s'être assurée
-qu'elles étaient seules. «Il faut périr, dit-elle, quand
-on est attaqué par des gens qui réunissent tous les
-talents et tous les crimes, et défendu par des gens
-fort estimables, mais qui n'ont aucune idée juste
-de notre position. Ils m'ont compromise vis-à-vis
-des deux partis en me présentant la veuve et le
-fils de Favras. Libre dans mes actions, je devais
-prendre l'enfant d'un homme qui vient de se sacrifier
-pour nous et le placer à table entre le Roi
-et moi; mais, environnée des bourreaux qui viennent
-de faire périr son père, je n'ai pas même osé jeter
-les yeux sur lui. Les royalistes me blâmeront de
-n'avoir pas paru occupée de ce pauvre enfant; les
-révolutionnaires seront courroucés en songeant
-qu'on a cru me plaire en me le présentant
-<a name="FNanchor_350_350" id="FNanchor_350_350"></a>
-<a href="#Footnote_350_350" class="fnanchor">[350]</a>.»</p>
-
-<p>Pour montrer toutefois qu'elle sentait vivement le
-dévouement du marquis de Favras et le malheur de
-sa famille, la Reine envoya à l'infortunée veuve quelques
-rouleaux de cinquante louis et le Roi lui assura
-une pension de quatre mille livres qui fut payée jusqu'à
-la chute du trône
-<a name="FNanchor_351_351" id="FNanchor_351_351"></a>
-<a href="#Footnote_351_351" class="fnanchor">[351]</a>. Mais cet acte même de reconnaissance
-dut être enveloppé de mystère.</p>
-
-<p>Quelques jours après, un deuil plus intime venait
-atteindre Marie-Antoinette. Une lettre du 27 février,
-de son frère Léopold, lui annonçait la mort de l'Empereur
-Joseph II, décédé le 20, à Vienne. Malade depuis
-près de deux ans d'une hydropisie de poitrine,
-traînant depuis dix-huit mois, comme il l'écrivait à
-Léopold
-<a name="FNanchor_352_352" id="FNanchor_352_352"></a>
-<a href="#Footnote_352_352" class="fnanchor">[352]</a>,
-le malheureux souverain succombait à la
-<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">[Pg 123]</a></span>
-douleur que lui avait causée l'insurrection victorieuse
-des provinces Belgiques. «C'est votre pays
-qui m'a tué,» disait-il au prince de Ligne. Il laissait
-une lourde charge à son successeur, un empire divisé,
-une guerre avec les Turcs, et l'une des provinces
-les plus fidèles de l'Autriche, les Pays-Bas, soulevée
-par ses imprudentes réformes philosophiques. Les
-embarras où il se débattait ne lui eussent vraisemblablement
-pas permis d'intervenir activement dans
-les affaires de France; mais il jouissait encore d'un
-certain prestige; il aimait sincèrement sa sœur,
-malgré ses représentations parfois injustes et son
-ton grondeur. Une de ses dernières lettres à son
-frère avait été un suprême hommage à cette
-sœur et une protestation contre les calomnies qui la
-poursuivaient, protestation d'autant plus décisive
-qu'elle n'était point destinée à la publicité: «J'ai
-été affligé comme vous, écrivait-il, le 8 octobre
-1789, de toutes les horreurs qu'on répand contre la
-Reine de France; mais que faire avec des insolents
-et des fous? On ne revient pas non plus de l'idée que
-ma sœur m'a envoyé secrètement des millions, pendant
-que je ne sais ni le pourquoi ni le comment
-j'aurais pu les demander, ni elle me les faire tenir;
-<i>je n'ai jamais vu un sou de la France</i>
-<a name="FNanchor_353_353" id="FNanchor_353_353"></a>
-<a href="#Footnote_353_353" class="fnanchor">[353]</a>.»</p>
-
-<p>A défaut d'un appui réel, c'était du moins un conseil,
-et surtout un ami dévoué que perdait Marie-Antoinette.
-Quelques jours avant de mourir, Joseph
-lui avait écrit «la lettre la plus tendre et la plus
-touchante, lui témoignant qu'un de ses plus vifs regrets
-en mourant était de la laisser dans une position
-aussi cruelle et de ne pouvoir lui donner des
-<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">[Pg 124]</a></span>
-marques efficaces de l'affection qu'il avait toujours
-conservée pour elle
-<a name="FNanchor_354_354" id="FNanchor_354_354"></a>
-<a href="#Footnote_354_354" class="fnanchor">[354]</a>».</p>
-
-<p>Quoi qu'en dise M<sup>me</sup> Campan
-<a name="FNanchor_355_355" id="FNanchor_355_355"></a>
-<a href="#Footnote_355_355" class="fnanchor">[355]</a>, la douleur de la
-Reine fut profonde; mais elle dut la concentrer en
-elle-même
-<a name="FNanchor_356_356" id="FNanchor_356_356"></a>
-<a href="#Footnote_356_356" class="fnanchor">[356]</a> et ne l'épancher que dans le cœur de
-quelques amies: «J'ai été bien malheureuse par la
-perte que je viens de faire, écrivait-elle à la duchesse
-de Polignac; mais au moins la force et le courage que
-celui que je regrette a mis dans ses derniers moments
-forcent tout le monde à lui rendre justice et à l'admirer,
-et j'ose dire, il est mort digne de moi
-<a name="FNanchor_357_357" id="FNanchor_357_357"></a>
-<a href="#Footnote_357_357" class="fnanchor">[357]</a>.»</p>
-
-<p>Ce fut l'une des dernières lettres que la Reine écrivit
-à son amie ou du moins que son amie reçut d'elle
-<a name="FNanchor_358_358" id="FNanchor_358_358"></a>
-<a href="#Footnote_358_358" class="fnanchor">[358]</a>.
-Espionnée sans relâche, elle dut, la plupart du temps,
-renoncer à une correspondance qui était une consolation,
-mais qui pouvait devenir un danger.
-Le nom de Polignac était un de ces mots d'ordre
-que, dans les jours troublés, les meneurs de parti
-jettent en pâture aux passions de la rue pour les
-irriter et les soulever. Quelques jours plus tard, la
-publication du <i>Livre rouge</i>, faite par ordre de l'Assemblée,
-donnait un nouvel aliment aux récriminations
-contre la Cour et contre les favoris de la Reine, contre
-les Polignac en particulier, dont le nom y figurait pour
-des sommes considérables, expliquées d'ailleurs par
-<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">[Pg 125]</a></span>
-les grandes dépenses qu'ils étaient obligés de faire
-pour soutenir l'éclat de leurs charges. Le Comité
-des pensions, qui avait décidé cette publication, se
-faisait lui-même, dans l'avertissement qui lui servait
-d'introduction, l'écho de ces rumeurs malveillantes
-et, tout en affectant de mettre le Roi hors de
-cause, laissait planer sur les familiers du souverain,
-sur «l'avidité des gens en faveur», sur les
-«déprédations des ministres», sur les prodigalités
-de la Reine et de la famille royale, représentées
-comme les «véritables sources de la dette immense
-de l'Etat
-<a name="FNanchor_359_359" id="FNanchor_359_359"></a>
-<a href="#Footnote_359_359" class="fnanchor">[359]</a>»,
-des soupçons qui prenaient bientôt corps
-dans de violents et odieux pamphlets
-<a name="FNanchor_360_360" id="FNanchor_360_360"></a>
-<a href="#Footnote_360_360" class="fnanchor">[360]</a> et ne tardaient
-pas à se traduire par des émeutes. La Reine, tout
-en imposant le calme à son visage, ne pouvait
-l'imposer à son cœur. «On ne sait pas jusqu'où
-iront les factieux,» disait-elle; «le danger
-augmente de jour en jour
-<a name="FNanchor_361_361" id="FNanchor_361_361"></a>
-<a href="#Footnote_361_361" class="fnanchor">[361]</a>.» Mais ce n'était pas pour
-elle qu'elle craignait, c'était pour son mari, et surtout
-pour ses enfants. Le 13 avril, la séance de l'Assemblée
-avait été orageuse; il y avait eu de l'agitation
-dans la rue, et Lafayette lui-même redoutait une
-attaque du Château. Pendant la nuit, des coups de
-fusil furent tirés sur la terrasse des Tuileries. Réveillé
-en sursaut par ce bruit, le Roi se leva et vola
-chez la Reine; il ne la rencontra pas. De plus en
-plus alarmé, il courut chez le Dauphin et trouva
-l'enfant dans les bras de sa mère, qui le serrait convulsivement
-<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">[Pg 126]</a></span>
-sur son sein: «Madame, lui dit-il, je
-vous cherchais; vous m'avez inquiété.»—«J'étais
-à mon poste,» répondit simplement l'héroïque
-femme
-<a name="FNanchor_362_362" id="FNanchor_362_362"></a>
-<a href="#Footnote_362_362" class="fnanchor">[362]</a>.</p>
-
-<p>Cependant le printemps approchait. Habituée aux
-larges espaces et aux vastes ombrages de Versailles,
-la famille royale étouffait dans ce palais des Tuileries
-où elle était confinée depuis le 6 octobre. Elle
-aspirait à respirer un air plus pur, elle aspirait surtout
-à retrouver un peu de calme, à s'éloigner de
-cette foule curieuse et souvent hostile, dont les familiarités
-ne respectaient pas son repos, et dont les
-cris attaquaient son honneur. Il entrait d'ailleurs
-dans le plan des chefs de la Révolution, qu'au moment
-de la fédération qui allait avoir lieu le 14 juillet,
-la famille royale, que le bruit public représentait
-comme captive à Paris, ne parût pas jouir de moins
-de liberté que le reste de la France, et surtout de la
-première des libertés: celle d'aller et venir où elle
-voudrait. Versailles était trop loin; on voulait bien
-allonger la chaîne, on ne voulait pas la rompre. Saint-Cloud
-fut proposé et adopté. Le 29 mai, la Reine
-écrivait à son frère Léopold: «Notre santé à tous se
-soutient bonne, c'est un miracle, au milieu des peines
-d'esprit et des scènes affreuses, dont tous les
-jours nous avons le récit et dont souvent nous sommes
-les témoins. Je crois qu'on va nous laisser
-profiter du beau temps en allant quelques jours à
-Saint-Cloud, qui est aux portes de Paris. Il est absolument
-nécessaire pour nos santés de respirer un air
-plus pur et plus frais; mais nous reviendrons souvent
-ici. Il faut inspirer de la confiance à ce malheureux
-peuple; on cherche tant à l'inquiéter et à
-<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">[Pg 127]</a></span>
-l'entretenir contre nous. Il n'y a que l'excès de la
-patience et la pureté de nos intentions qui puissent
-le ramener à nous
-<a name="FNanchor_363_363" id="FNanchor_363_363"></a>
-<a href="#Footnote_363_363" class="fnanchor">[363]</a>.»</p>
-
-<p>On partit en effet, le vendredi 4 juin
-<a name="FNanchor_364_364" id="FNanchor_364_364"></a>
-<a href="#Footnote_364_364" class="fnanchor">[364]</a>, après avoir
-suivi la veille la longue et fatigante procession de
-la Fête-Dieu à Saint-Germain-l'Auxerrois
-<a name="FNanchor_365_365" id="FNanchor_365_365"></a>
-<a href="#Footnote_365_365" class="fnanchor">[365]</a>. Saint-Cloud!
-la campagne, le grand air, la liberté, la solitude,
-tous ces biens dont on était privé depuis huit
-longs mois, quelle joie, quel épanouissement pour
-la famille royale! Rien n'étant préparé pour recevoir
-les augustes hôtes, on s'était logé comme on avait
-pu; on admettait toutes les personnes du voyage à
-la table royale; et cet imprévu, cette absence d'étiquette
-ajoutait encore aux charmes du séjour
-<a name="FNanchor_366_366" id="FNanchor_366_366"></a>
-<a href="#Footnote_366_366" class="fnanchor">[366]</a>. Suivant
-le mot spirituel de M<sup>me</sup> Elisabeth, on trouvait
-Paris beau.... dans la perspective
-<a name="FNanchor_367_367" id="FNanchor_367_367"></a>
-<a href="#Footnote_367_367" class="fnanchor">[367]</a>. Et du moins on
-n'entendait plus «tous ces vilains curieux qui ne
-se contentent pas d'être à la porte des Tuileries
-mais parcourent le jardin pour que personne ne
-puisse ignorer toutes ces infamies
-<a name="FNanchor_368_368" id="FNanchor_368_368"></a>
-<a href="#Footnote_368_368" class="fnanchor">[368]</a>». Le temps
-était beau et le ciel pur. Le Roi reprenait ses promenades
-à cheval, accompagné par un seul aide de
-camp de M. de Lafayette
-<a name="FNanchor_369_369" id="FNanchor_369_369"></a>
-<a href="#Footnote_369_369" class="fnanchor">[369]</a>; après le repas, il jouait
-<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">[Pg 128]</a></span>
-au billard avec sa femme et sa sœur
-<a name="FNanchor_370_370" id="FNanchor_370_370"></a>
-<a href="#Footnote_370_370" class="fnanchor">[370]</a>. M<sup>me</sup> Elisabeth
-allait à Saint-Cyr; quand elle ne se promenait point
-au dehors, elle passait son temps dans un petit jardin
-fermé qui faisait son bonheur: «Il n'est pas si
-joli que Montreuil, écrivait-elle; mais au moins l'on
-y est libre et l'on y respire un bon air frais qui fait
-un peu oublier tout ce qui est autour de soi, et tu
-conviendras, ajoutait-elle, que l'on en a souvent besoin
-<a name="FNanchor_371_371" id="FNanchor_371_371"></a>
-<a href="#Footnote_371_371" class="fnanchor">[371]</a>.»
-Le Dauphin s'ébattait en toute insouciance
-dans le parc et parfois même poussait jusqu'à Meudon.
-Sa santé, un peu altérée par la réclusion des
-Tuileries, se fortifiait; son esprit se développait d'une
-manière surprenante
-<a name="FNanchor_372_372" id="FNanchor_372_372"></a>
-<a href="#Footnote_372_372" class="fnanchor">[372]</a>. La Reine faisait quelques excursions
-en calèche
-<a name="FNanchor_373_373" id="FNanchor_373_373"></a>
-<a href="#Footnote_373_373" class="fnanchor">[373]</a>, promenant ses enfants, assistant
-à leurs études et à leurs jeux, et, malgré la présence
-de la garde nationale de Paris, envoyée là moins
-comme un honneur que comme une surveillance,
-pouvait, à distance de la grande ville, recevoir plus
-facilement les personnes dont la société lui était
-agréable, comme M<sup>mes</sup> de Fitz-James et de Tarente,
-ou même les hommes politiques qui voulaient l'entretenir
-de leurs plans, comme Mirabeau. Le soir,
-il y avait cercle
-<a name="FNanchor_374_374" id="FNanchor_374_374"></a>
-<a href="#Footnote_374_374" class="fnanchor">[374]</a>;
-on admettait quelques intimes; Monsieur
-venait avec Madame de la petite maison de campagne
-qu'il avait louée près de Saint-Cloud
-<a name="FNanchor_375_375" id="FNanchor_375_375"></a>
-<a href="#Footnote_375_375" class="fnanchor">[375]</a>. Un
-jour, on entendit du bruit dans la cour du Château sous
-les fenêtres de la Reine; sur son ordre, M<sup>me</sup> Campan
-souleva le rideau et aperçut une cinquantaine de
-personnes, vieux chevaliers de Saint-Louis, chevaliers
-de Malte, prêtres, femmes de la campagne. La Reine
-<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">[Pg 129]</a></span>
-parut au balcon et un certain nombre de femmes
-s'approchèrent d'elle: «Ayez courage, Madame,»
-lui dirent-elles à demi-voix; «les bons Français souffrent
-pour vous et avec vous; ils prient pour vous;
-le ciel les exaucera; nous vous aimons, nous vous
-respectons; nous révérons notre vertueux Roi.»
-Marie-Antoinette fondit en larmes; mais, dans la
-crainte de compromettre ceux qui lui manifestaient
-un intérêt si touchant, elle rentra dans sa chambre,
-les yeux humides et le cœur un peu dilaté. Il y avait
-donc encore en France de l'amour pour elle
-<a name="FNanchor_376_376" id="FNanchor_376_376"></a>
-<a href="#Footnote_376_376" class="fnanchor">[376]</a>!</p>
-
-<p>Mais au milieu même de ce calme apparent et de
-ce soulagement relatif, les angoisses du présent réveillaient
-avec plus d'amertume les souvenirs des jours heureux
-de 1786. La date même de l'installation à Saint-Cloud
-ne rappelait-elle pas l'anniversaire de la mort
-du pauvre prince pour les ébats duquel le Château avait
-été acheté? La Reine ne pouvait se défendre de ces
-retours vers le passé
-<a name="FNanchor_377_377" id="FNanchor_377_377"></a>
-<a href="#Footnote_377_377" class="fnanchor">[377]</a>. Un jour, voyant autour d'elle
-la milice parisienne, composée en partie des gardes
-françaises qui avaient déserté: «Que ma mère serait
-étonnée,» ne put-elle s'empêcher de dire amèrement,
-si elle voyait sa fille, fille, femme et mère
-«de rois ou du moins d'un enfant destiné à l'être,
-entourée par une pareille garde
-<a name="FNanchor_378_378" id="FNanchor_378_378"></a>
-<a href="#Footnote_378_378" class="fnanchor">[378]</a>!» Et alors, évoquant
-les plus mélancoliques souvenirs de son enfance,
-elle raconta à ses dames les sombres pressentiments
-de son père, lorsqu'il l'avait quittée: «Je
-ne m'en serais peut-être plus souvenue, reprit-elle,
-si ma position actuelle, en me rappelant cette circonstance,
-ne me faisait voir pour le reste de ma
-vie une suite de malheurs qu'il n'est que trop facile
-<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">[Pg 130]</a></span>
-de prévoir.» Pauvre femme! les prévoyait-elle
-tous? Et, s'arrêtant au bout de la galerie d'où le
-regard embrassait le panorama de la capitale, elle
-ajouta tristement: «Cette vue de Paris faisait
-jadis mon bonheur; j'aspirais à l'habiter souvent.
-Qui m'aurait dit alors que ce désir ne serait accompli
-que pour être abreuvée d'amertumes et voir
-le Roi et sa famille captifs d'un peuple révolté
-<a name="FNanchor_379_379" id="FNanchor_379_379"></a>
-<a href="#Footnote_379_379" class="fnanchor">[379]</a>?»</p>
-
-<p>Le Roi lui-même, moins impressionnable que sa
-femme, ne pouvait s'empêcher d'écrire à la duchesse
-de Polignac: «J'arrive de la campagne. L'air nous
-a fait du bien; mais que ce séjour nous a paru changé!
-Le salon du déjeuner, qu'il était triste! Aucun de
-vous n'y était. Je ne perds pas l'espoir de nous y retrouver.
-Dans quel temps? Je l'ignore. Que de
-choses nous aurions à nous dire! La santé de votre
-amie se soutient malgré toutes les peines qui l'accablent
-<a name="FNanchor_380_380" id="FNanchor_380_380"></a>
-<a href="#Footnote_380_380" class="fnanchor">[380]</a>!»</p>
-
-<p>Ce séjour à Saint-Cloud se prolongea pendant tout
-l'été. De temps en temps, on revenait à Paris; car
-Paris voulait voir son Roi, et la Reine elle-même
-jugeait qu'il convenait de tenir compte de ces exigences:
-«Il ne fallait pas, disait-elle, céder aux cris;
-mais il était bon de prouver qu'on n'était pas éloigné
-d'y aller, quand il y avait quelque chose à faire
-<a name="FNanchor_381_381" id="FNanchor_381_381"></a>
-<a href="#Footnote_381_381" class="fnanchor">[381]</a>.»
-On allait donc presque tous les dimanches dîner aux
-Tuileries
-<a name="FNanchor_382_382" id="FNanchor_382_382"></a>
-<a href="#Footnote_382_382" class="fnanchor">[382]</a>.
-On revenait pour les jours de fête
-<a name="FNanchor_383_383" id="FNanchor_383_383"></a>
-<a href="#Footnote_383_383" class="fnanchor">[383]</a>, pour
-les séances importantes; on y revint surtout pour la
-grande cérémonie de la Fédération.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">[Pg 131]</a></span></p>
-
-<p>L'Assemblée avait décidé, par un décret du
-27 mai
-<a name="FNanchor_384_384" id="FNanchor_384_384"></a>
-<a href="#Footnote_384_384" class="fnanchor">[384]</a>,
-que l'anniversaire de la prise de la Bastille
-serait célébré avec une pompe extraordinaire, par
-une fédération solennelle de tous les représentants
-et de toutes les troupes du royaume. Le Champ-de-Mars
-avait été choisi comme emplacement
-<a name="FNanchor_385_385" id="FNanchor_385_385"></a>
-<a href="#Footnote_385_385" class="fnanchor">[385]</a>; le Roi
-avec sa suite, les députés, la garde nationale, les
-délégués de tous les départements devaient y prêter
-serment de fidélité à la Nation, à la Loi et à la Constitution.
-La nouvelle de cette cérémonie avait été
-accueillie avec enthousiasme. C'était une véritable
-ivresse. Chacun avait tenu à honneur d'apporter
-son concours aux préparatifs de la fête nationale. On
-avait vu des femmes du monde, des prêtres, des religieux,
-des hommes politiques, des tourières même
-de couvents
-<a name="FNanchor_386_386" id="FNanchor_386_386"></a>
-<a href="#Footnote_386_386" class="fnanchor">[386]</a>, venir, une pioche ou une bêche à la
-main, travailler à la transformation du Champ-de-Mars;
-les rangs étaient confondus et souvent, le soir,
-ces ouvriers improvisés revenaient en bande, au son
-des tambours et en chantant le <i>Ça ira!</i></p>
-
-<p>Malgré l'engouement de la foule, on ne voyait pas
-sans appréhension approcher cette date du 14 juillet.
-Des deux côtés on avait ou l'on affectait des craintes.
-Les partisans de la Révolution répandaient le bruit
-que la Cour profiterait de l'enthousiasme des fédérés
-pour dissoudre l'Assemblée et restaurer le pouvoir
-absolu. Les royalistes redoutaient avec plus de raison
-quelque émeute populaire, toujours facile à
-exciter dans une grande agglomération d'hommes,
-et à la probabilité de laquelle le retour inopiné du
-duc d'Orléans, brusquement arrivé d'Angleterre le
-<span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">[Pg 132]</a></span>
-9 juillet, donnait quelque créance. La Reine fit
-bonne mine au duc
-<a name="FNanchor_387_387" id="FNanchor_387_387"></a>
-<a href="#Footnote_387_387" class="fnanchor">[387]</a>; mais elle n'était nullement
-rassurée. «Il est bien nécessaire, surtout au mois
-de juillet, d'avoir du monde à nous, écrivait-elle dès
-le 12 juin. Je ne pense pas sans frémir à cette époque;
-elle réunira pour nous tout ce qu'il y a de plus
-cruel et de plus douloureux, et avec cela il faut y
-être. C'est un courage plus que surnaturel qu'il faut
-avoir pour ce moment. Tout va de mal en pis; le
-ministère et M. de Lafayette entraînent tous les jours
-dans de fausses démarches; on va au devant de tout
-et, loin de contenter ces monstres, ils deviennent à
-tous moments plus insolents, et vis-à-vis des honnêtes
-gens on s'avilit d'autant
-<a name="FNanchor_388_388" id="FNanchor_388_388"></a>
-<a href="#Footnote_388_388" class="fnanchor">[388]</a>.»</p>
-
-<p>Toutes ces craintes ne se réalisèrent pas. Il y eut,
-au contraire, comme une lueur d'éclaircie dans un
-ciel assombri. «La veille de la Fédération, raconte
-M<sup>me</sup> de Tourzel, le Roi passa en revue les fédérés
-des départements. On les faisait défiler devant lui et
-la famille royale, au pied du grand escalier des Tuileries.
-Le Roi demandait le nom de chaque députation,
-et parlait à chacun de ses membres avec une
-bonté qui redoublait encore leur attachement. La
-Reine leur présenta ses enfants et leur dit quelques
-mots avec cette grâce qui ajoutait un nouveau prix
-à tout ce qu'elle disait. Transportés de joie, ils entrèrent
-dans les Tuileries aux cris de <i>Vive le Roi, la
-Reine, Monseigneur le Dauphin et la famille royale!</i>
-Le Roi s'y promena sans gardes, avec sa famille, au
-milieu d'un peuple immense et entouré des fédérés
-<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">[Pg 133]</a></span>
-qui continrent tellement les malveillants que pas un
-n'osa s'écarter de son devoir
-<a name="FNanchor_389_389" id="FNanchor_389_389"></a>
-<a href="#Footnote_389_389" class="fnanchor">[389]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, mercredi 14 juillet, malgré une
-pluie battante, les fédérés de province, rangés sous
-quatre-vingt-trois bannières, partirent de la Bastille;
-les délégués des troupes de ligne, de l'armée de
-mer et de la milice parisienne les accompagnaient.
-Arrivés au Champ-de-Mars, et en attendant le commencement
-de la cérémonie, ils se mirent à former
-des rondes et à danser des farandoles: étrange spectacle
-et qui ne donnait pas une bien haute idée de la
-discipline de ces soldats improvisés. Trois cent mille
-spectateurs, dit-on, se pressaient dans la vaste
-enceinte, assis sur des gradins de gazon et s'efforçant
-en vain de se garantir, avec des parasols, des
-torrents d'eau qui les inondaient. Un autel de forme
-antique avait été dressé au milieu du Champ-de-Mars;
-l'évêque d'Autun y devait célébrer la messe,
-assisté de trois cents prêtres, vêtus d'aubes blanches
-sur lesquelles tranchaient de larges ceintures tricolores
-<a name="FNanchor_390_390" id="FNanchor_390_390"></a>
-<a href="#Footnote_390_390" class="fnanchor">[390]</a>.</p>
-
-<p>Une vaste estrade avait été dressée pour le Roi, les
-ambassadeurs et les députés. Louis XVI avait désiré
-que sa famille l'entourât; l'Assemblée ne le permit
-pas. Elle décida, le 9 juillet, que le Roi serait seul,
-ayant à sa gauche le président. La famille royale
-devait être aux fenêtres de l'Ecole militaire, où l'on
-avait disposé pour elle un salon, voisin mais distinct
-de la tribune de l'Assemblée. C'était une nouvelle
-marque de défiance contre la famille royale, contre
-la Reine surtout qu'on affectait ainsi d'isoler de son
-mari et des représentants de la nation: «Tu sais,
-<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">[Pg 134]</a></span>
-écrivait gaiement M<sup>me</sup> Elisabeth à son amie, M<sup>me</sup> de
-Bombelles, que j'ai le bonheur de connaître un des
-membres de cette auguste famille du temps passé;
-eh bien! je te fais part que cela lui est bien égal;
-elle n'en est affligée que par rapport à la Reine,
-pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et
-d'autant mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin
-et que jusqu'au dernier moment on avait dit au Roi
-que le contraire passerait
-<a name="FNanchor_391_391" id="FNanchor_391_391"></a>
-<a href="#Footnote_391_391" class="fnanchor">[391]</a>.»</p>
-
-<p>Louis XVI s'était rendu de bonne heure à l'Ecole
-militaire; en attendant que tout fût prêt, il y resta
-avec sa famille, se faisant voir de temps en temps à
-la fenêtre de la Reine, et salué, à chaque apparition,
-des cris de <i>Vive le Roi!</i> auxquels se mêlaient des
-cris de <i>Vive la Reine! Vive le Dauphin!</i> Marie-Antoinette,
-touchée, montra son fils à la foule, et
-comme la pluie mouillait l'enfant, elle l'enveloppa,
-dans son châle; les applaudissements redoublèrent,
-acclamant la mère comme la reine
-<a name="FNanchor_392_392" id="FNanchor_392_392"></a>
-<a href="#Footnote_392_392" class="fnanchor">[392]</a>.</p>
-
-<p>Pendant ce temps, les députations arrivaient successivement
-<a name="FNanchor_393_393" id="FNanchor_393_393"></a>
-<a href="#Footnote_393_393" class="fnanchor">[393]</a>.
-Lorsque le cortège fut entré tout entier
-dans l'enceinte, le Roi alla se placer sur son
-trône, au milieu des députés, près du président
-<a name="FNanchor_394_394" id="FNanchor_394_394"></a>
-<a href="#Footnote_394_394" class="fnanchor">[394]</a>.
-Après la messe, l'évêque d'Autun bénit les quatre-vingt-trois
-bannières, et entonna le <i>Te Deum</i> que
-chantèrent douze cents musiciens. Lafayette monta
-à l'autel et, au nom de l'armée, jura fidélité à la Nation,
-à la Loi et au Roi. Le président de l'Assemblée,
-le marquis de Bonnay, répéta le serment, et un
-immense cri de <i>je le jure!</i> s'échappa de trois cent
-<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">[Pg 135]</a></span>
-mille poitrines, qui se pressaient au Champ-de-Mars.
-Le canon gronde; les drapeaux sont agités; les chapeaux,
-jetés en l'air; les bonnets des grenadiers, arborés
-au bout des sabres et des baïonnettes. Le Roi
-se lève et d'une voix forte jure de maintenir la Constitution.
-La Reine prend le Dauphin dans ses bras
-et le présente au peuple en disant: «Voilà mon fils;
-il se réunit, ainsi que moi, dans ces mêmes sentiments.»—«Ce
-mouvement inattendu, dit Ferrières,
-fut payé de mille cris de <i>Vive le Roi! Vive la Reine!
-Vive monseigneur le Dauphin
-<a name="FNanchor_395_395" id="FNanchor_395_395"></a>
-<a href="#Footnote_395_395" class="fnanchor">[395]</a>!</i>»</p>
-
-<p>Pendant plusieurs jours, ce fut un enchantement
-universel. Ces braves délégués de province, tout
-remplis encore du respect séculaire et de l'amour
-traditionnel des Français pour la royauté, étaient ravis
-d'approcher de si près la famille royale. Dès le
-matin, ils remplissaient la cour et le jardin des Tuileries,
-se pressant sous les fenêtres et avides surtout
-de voir le Dauphin; le jeune prince se montrait au
-balcon, leur faisait les honneurs de son petit parterre,
-leur distribuait des fleurs et des feuilles de ses arbres.
-De bruyantes acclamations le saluaient: «Venez
-dans votre province du Dauphiné,» disaient les
-fédérés de Grenoble; «nous saurons bien vous défendre.»—«N'oubliez
-pas, ripostaient les Normands,
-que vous avez porté le nom de notre province
-et que les Normands ont toujours été et
-seront toujours fidèles
-<a name="FNanchor_396_396" id="FNanchor_396_396"></a>
-<a href="#Footnote_396_396" class="fnanchor">[396]</a>.»</p>
-
-<p>Quatre jours après, le Roi passa une revue de la
-garde nationale à la porte de Chaillot. La Reine y
-alla dans une calèche découverte sans armoiries avec
-ses enfants et M<sup>me</sup> Elisabeth. Aussitôt sa voiture fut
-entourée de fédérés avec lesquels elle s'entretint familièrement,
-<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">[Pg 136]</a></span>
-répondant à leurs questions et les provoquant
-même. Ils désirèrent baiser la main du petit
-Dauphin; elle le leur présenta elle-même; ces braves
-gens furent ravis. A ce moment, le bras de la
-Reine se trouva appuyé à la portière; un des fédérés
-le saisit vivement et y appliqua ses lèvres.
-L'exemple fut contagieux, et l'affection faisant taire
-le respect, en un instant, trois cents bouches couvrirent
-de baisers le bras que la Reine, émue, ne
-songeait pas à retirer. Touchée de cette sympathie
-expressive, à laquelle elle n'était pas habituée, la
-pauvre femme pleura d'attendrissement
-<a name="FNanchor_397_397" id="FNanchor_397_397"></a>
-<a href="#Footnote_397_397" class="fnanchor">[397]</a>.</p>
-
-<p>«Ce jour-là, a dit un témoin oculaire, fut véritablement
-un jour de bonheur pour le Roi, pour la
-Reine et ceux qui leur étaient dévoués. C'était une
-ivresse de sentiments; ce fut le dernier beau jour de
-la Reine
-<a name="FNanchor_398_398" id="FNanchor_398_398"></a>
-<a href="#Footnote_398_398" class="fnanchor">[398]</a>.»</p>
-
-<p>«Les députés des provinces ont été à merveille
-pour le Roi et la Reine, écrivait un autre témoin;
-ils n'ont cessé de leur donner des marques touchantes
-de respect, d'amour et de fidélité, et Leurs Majestés
-les ont traités à merveille. Ils ont été enchantés
-de la Reine qui a eu pour eux toute la grâce et l'obligeance
-dont elle est susceptible
-<a name="FNanchor_399_399" id="FNanchor_399_399"></a>
-<a href="#Footnote_399_399" class="fnanchor">[399]</a>.» Si Louis XVI
-eût voulu profiter de cet enthousiasme, si, comme
-l'en suppliait le duc de Villequier, il fût monté à
-cheval et eût déclaré que, se trouvant pour la première
-fois à la tête de l'élite de la nation, il devait
-lui représenter qu'il ne pouvait sans inconvénient
-jurer fidélité à une Constitution inachevée; si surtout,
-<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">[Pg 37]</a></span>
-comme le demandait M<sup>me</sup> de Tourzel, il fût parti de
-là pour visiter les provinces, où il eût vraisemblablement
-été accueilli par les mêmes acclamations, il eût
-pu, appuyé sur la véritable majorité du pays, arrêter
-les empiétements de l'Assemblée et reprendre le légitime
-exercice du pouvoir royal. L'Assemblée le
-craignit; l'attitude des fédérés la fit un moment douter
-de son succès et de l'assentiment du pays, et
-Barnave en fit l'aveu à M<sup>me</sup> Elisabeth dans une de
-ces conversations du retour de Varennes, dont le
-jeune député sortit, rallié à la cause qu'il avait si
-violemment attaquée. Comme la princesse se plaignait
-des vues qu'avait eues l'Assemblée en décrétant
-la fédération: «Ah, Madame!» reprit vivement
-Barnave, «ne vous plaignez pas de cette époque; car
-si le Roi eût su en profiter, nous étions perdus
-<a name="FNanchor_400_400" id="FNanchor_400_400"></a>
-<a href="#Footnote_400_400" class="fnanchor">[400]</a>.»</p>
-
-<p>Mais le Roi ne sut pas; il recula devant la crainte
-d'un conflit. L'occasion perdue ne se retrouva plus.
-Les fédérés reprirent le chemin de leurs départements,
-enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu, pénétrés
-pour toute l'auguste famille de sentiments
-d'amour et de respect; mais sans direction, sans instructions,
-sans concert entre eux et avec la Cour, livrés
-sans défense, dans leurs lointaines provinces, à
-toutes les influences malsaines auxquelles ils n'avaient
-échappé qu'un instant. Louis XVI et les siens
-retournèrent à Saint-Cloud, un peu rassérénés et renaissant
-à une lueur d'espérance, mais, hélas! pour
-combien de temps? A peine étaient-ils rentrés dans
-leur résidence d'été qu'un misérable, du nom de Rotondo,
-s'y introduisait pour assassiner la Reine. Il
-avait pénétré dans les jardins extérieurs; la pluie
-seule, qui ce jour-là empêcha la princesse de sortir,
-la sauva du poignard
-<a name="FNanchor_401_401" id="FNanchor_401_401"></a>
-<a href="#Footnote_401_401" class="fnanchor">[401]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">[Pg 138]</a></span></p>
-
-<p>Presque en même temps, on découvrit un complot
-pour l'empoisonner. Marie-Antoinette le sut et n'en
-parut point émue. Néanmoins, son médecin, Vicq
-d'Azyr, et sa première femme, M<sup>me</sup> Campan, convinrent
-qu'on remplacerait plusieurs fois par jour, dans
-le sucrier de la Reine, le sucre en poudre qu'elle
-avait l'habitude de prendre pour mettre dans ses verres
-d'eau. Un jour la pauvre femme surprit M<sup>me</sup> Campan
-occupée à faire l'échange convenu. Elle sourit
-tristement et la pria de ne plus se donner une
-peine inutile: «Souvenez-vous, lui dit-elle, qu'on
-n'emploiera pas un grain de poison contre moi.
-Les Brinvilliers ne sont pas de ce siècle-ci; on a
-la calomnie, qui vaut beaucoup mieux pour tuer
-les gens, et c'est par elle qu'on me fera périr
-<a name="FNanchor_402_402" id="FNanchor_402_402"></a>
-<a href="#Footnote_402_402" class="fnanchor">[402]</a>.»</p>
-
-<p>Quelques jours après, l'attitude de l'Assemblée
-donnait raison à ces pressentiments. Le Châtelet
-avait été chargé d'ouvrir une enquête sur les journées
-d'octobre. Interrogée par les commissaires, la Reine
-s'était renfermée dans un généreux silence: «Je ne
-serai jamais, avait-elle répondu, la dénonciatrice
-de mes sujets. J'ai tout vu, tout su, tout oublié
-<a name="FNanchor_403_403" id="FNanchor_403_403"></a>
-<a href="#Footnote_403_403" class="fnanchor">[403]</a>.»
-L'enquête continua néanmoins et, le 7 août 1790, le
-rapporteur, M. Boucher d'Argis, vint à l'Assemblée
-donner connaissance de l'information. Son travail,
-écrit dans un style maladroitement emphatique
-<a name="FNanchor_404_404" id="FNanchor_404_404"></a>
-<a href="#Footnote_404_404" class="fnanchor">[404]</a>,
-concluait à des poursuites contre Mirabeau et le duc
-d'Orléans, et fut l'objet d'un rapport de Chabroud.
-Cette œuvre de Chabroud, monument d'hypocrisie
-et de mensonge, remplie de malveillance contre les
-gardes du corps et d'insinuations haineuses contre la
-Reine, semblait n'avoir qu'un but: pallier les crimes,
-<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">[Pg 139]</a></span>
-accuser les victimes, et innocenter les coupables. Ce
-but fut atteint: le 2 octobre, malgré les protestations
-de l'abbé Maury et de Montlosier, et après une vive
-sortie de Mirabeau, qui déplaça habilement le terrain
-et d'accusé se posa en accusateur, les conclusions de
-Chabroud furent adoptées; les attentats du 6 octobre
-ne furent plus que des «malheurs» destinés à fournir
-une leçon aux rois. Mirabeau et le duc d'Orléans,
-aussi bien que Théroigne de Méricourt, et même
-Jourdan Coupe-tête, furent déchargés de toute accusation,
-et les vrais coupables, désignés par le rapport
-aux fureurs des tribunes et aux coups de la populace,
-furent les défenseurs de la royauté, transformés
-en adversaires de la Constitution.</p>
-
-<p>La Reine fut indignée, moins peut-être de la décision
-qui innocentait Mirabeau et le duc d'Orléans que de la
-glorification du crime et de l'odieuse falsification des
-faits. «Je ne vous parle pas, écrivait-elle à son frère, du
-jugement qui se fait à présent de l'affaire des 5 et 6
-octobre de l'année dernière. On devait s'y attendre;
-mais je trouve qu'il souille les âmes, comme le palais
-du Roi l'a été l'année dernière par les faits.
-Au reste, c'est à l'Europe entière et à la postérité à
-juger de ces événements, et à rendre justice à moi
-et à ces braves et fidèles gardes du corps, avec lesquels
-je me fais gloire d'être nommée
-<a name="FNanchor_405_405" id="FNanchor_405_405"></a>
-<a href="#Footnote_405_405" class="fnanchor">[405]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant, à cette heure même,—tant ses devoirs
-de reine l'emportaient sur ses répugnances de
-femme,—elle était entrée en négociation avec un
-des hommes que l'opinion publique avait le plus vivement
-incriminés pour les journées d'octobre et
-qui, en toute circonstance, s'était montré un de ses
-adversaires les plus violents, avec Mirabeau.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">[Pg 140]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_VII" id="CHAPITRE_VII"></a>CHAPITRE VII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses ouvertures au comte
-de la Marck.—Première note de Mirabeau pour la Cour.—Son
-entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le Roi et la Reine les
-écoutent sans les suivre.—Eclats de Mirabeau.—La Reine est
-de nouveau menacée.—Nouveaux plans de Mirabeau.—Quarante-septième
-note.—Utilité mais difficultés de ce plan.—Mort
-de Mirabeau.</p></div>
-
-
-<p>Jeté par l'orgueil, la rancune, l'ambition, les débordements
-de sa vie privée, les nécessités d'une
-existence besoigneuse, dans le parti de la Révolution;
-placé, non pas par son crédit,—il ne prit une
-influence sérieuse que la seconde année
-<a name="FNanchor_406_406" id="FNanchor_406_406"></a>
-<a href="#Footnote_406_406" class="fnanchor">[406]</a>,—mais
-par son talent et la nature fougueuse de son éloquence,
-au premier rang de ses chefs, Mirabeau
-n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'abîme où l'inexpérience
-de ses amis et ses propres emportements
-allaient précipiter la France
-<a name="FNanchor_407_407" id="FNanchor_407_407"></a>
-<a href="#Footnote_407_407" class="fnanchor">[407]</a>. La passion l'avait rendu
-révolutionnaire; la raison le maintenait royaliste;
-son tempérament même le faisait autoritaire, et il
-n'hésitait pas, dans le secret de l'intimité, à déplorer
-les dangers de la royauté qu'il voulait bien attaquer,
-qu'il consentait même à ébranler, mais qu'il n'entendait
-pas détruire. Dès la fin du mois de mai, il avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">[Pg 141]</a></span>
-fait proposer à Necker, par Malouet, son concours
-pour sauver «la monarchie et le monarque de la
-tempête qui se préparait»; c'étaient ses expressions
-même
-<a name="FNanchor_408_408" id="FNanchor_408_408"></a>
-<a href="#Footnote_408_408" class="fnanchor">[408]</a>.
-L'accueil plus que froid de Necker, qui le
-détestait et ne le craignait pas encore, l'avait replongé
-dans l'opposition: «Monsieur, lui avait dit
-sèchement et dédaigneusement le ministre, M. Malouet
-m'a dit que vous aviez des propositions à me
-faire; quelles sont-elles?»—«Ma proposition,»
-avait répondu brusquement Mirabeau, «est de vous
-souhaiter le bonjour
-<a name="FNanchor_409_409" id="FNanchor_409_409"></a>
-<a href="#Footnote_409_409" class="fnanchor">[409]</a>.» Et il était parti, furieux,
-jurant de mettre au service de ce qu'on appelait alors
-le «parti populaire» l'audace de son caractère et la
-puissance de ses moyens
-<a name="FNanchor_410_410" id="FNanchor_410_410"></a>
-<a href="#Footnote_410_410" class="fnanchor">[410]</a>. Quoique, en certaines
-circonstances, il eût montré des sentiments monarchiques
-et fait preuve d'homme d'Etat éclairé, soucieux
-des véritables conditions de la monarchie constitutionnelle
-et de la vraie liberté et grandeur de la
-France
-<a name="FNanchor_411_411" id="FNanchor_411_411"></a>
-<a href="#Footnote_411_411" class="fnanchor">[411]</a>,
-l'année 1789 l'avait vu parmi les plus violents
-détracteurs du gouvernement, et il avait été
-véhémentement soupçonné, bien qu'à tort suivant
-M. de la Marck, d'avoir été un des organisateurs des
-sanglantes journées d'octobre. Mais, au milieu
-même de ses plus fougueuses attaques, désavouant
-tout bas les excès de langage auxquels il se laissait
-emporter en public, par passion et peut-être par calcul;
-peu sympathique d'ailleurs aux chefs de la gauche,
-à Lafayette, dont la présomptueuse nullité l'irritait,
-au duc d'Orléans, sur lequel il s'exprimait dans
-les termes les plus durs
-<a name="FNanchor_412_412" id="FNanchor_412_412"></a>
-<a href="#Footnote_412_412" class="fnanchor">[412]</a>, hostile aux ministres,
-<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">[Pg 142]</a></span>
-mais au fond attaché à la monarchie, aristocrate
-d'instinct et effrayé des progrès de la démocratie
-qu'il voyait s'avancer menaçante, il n'abandonnait
-pas la pensée de se rapprocher de la Cour: «Faites
-donc,» disait-il à la fin de juin à son ami le comte de
-la Marck, l'un des anciens habitués de Trianon,
-«faites donc qu'au Château on me sache plus disposé
-pour eux que contre eux
-<a name="FNanchor_413_413" id="FNanchor_413_413"></a>
-<a href="#Footnote_413_413" class="fnanchor">[413]</a>.» Il était épouvanté des
-dangers dont son clairvoyant génie lui montrait
-l'imminence: «A quoi pensent donc ces gens-là?»
-répétait-il sans cesse avec sa brutalité de parole. «Ne
-voient-ils pas les abîmes qui se creusent sous leurs
-pas?» Et un jour, vers la fin de septembre, plus
-alarmé que jamais et plus exaspéré de l'incapacité
-des ministres, il s'écriait: «Tout est perdu; le Roi et
-la Reine périront et, vous le verrez, la populace
-battra leurs cadavres; vous ne comprenez pas assez
-le danger de la position; il faudrait cependant
-le leur faire connaître
-<a name="FNanchor_414_414" id="FNanchor_414_414"></a>
-<a href="#Footnote_414_414" class="fnanchor">[414]</a>.»</p>
-
-<p>Quinze jours plus tard, le lendemain même du funèbre
-retour à Paris, il revenait à la charge: «Si
-vous avez quelque moyen de vous faire entendre
-du Roi et de la Reine, dit-il à M. de la Marck, persuadez-leur
-donc que la France et eux sont perdus,
-si la famille royale ne sort pas de Paris. Je m'occupe
-d'un plan pour les en faire sortir.» Et ce plan
-il le remettait le 15 octobre à son ami.</p>
-
-<p>Mais La Marck hésitait: il n'ignorait pas l'horreur
-que Mirabeau inspirait à la Reine et il faut bien
-avouer que pour un homme qui briguait l'honneur
-de devenir le conseil de la famille royale, Mirabeau
-avait une étrange manière de défendre ses clients.
-<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">[Pg 143]</a></span>
-Son attitude à l'Assemblée pendant les journées d'octobre
-avait révolté les plus sincères amis de la liberté,
-et, le 5, il avait lancé contre l'infortunée
-Marie-Antoinette elle-même une de ces insinuations
-perfides que la populace, le lendemain, devait traduire
-en un si sanglant langage. M. de la Marck avait
-dû même s'excuser près de la Reine de ses relations
-avec le fougueux tribun, sous prétexte qu'il pourrait
-être utile un jour à la cause royaliste, et la
-Reine, qui ne savait guère dissimuler ses antipathies,
-avait répondu: «Nous ne serons pas assez malheureux,
-je pense, pour être réduits à la pénible extrémité
-de recourir à Mirabeau
-<a name="FNanchor_415_415" id="FNanchor_415_415"></a>
-<a href="#Footnote_415_415" class="fnanchor">[415]</a>.» N'osant donc s'adresser
-à la souveraine, il se tourna vers Monsieur et lui
-remit le plan de Mirabeau. Mais ce plan reposait
-avant tout sur la sortie de Paris et la retraite dans
-une province fidèle, comme la Normandie, ou une
-ville sûre comme Beauvais
-<a name="FNanchor_416_416" id="FNanchor_416_416"></a>
-<a href="#Footnote_416_416" class="fnanchor">[416]</a>. Il exigeait une certaine
-décision et Monsieur ne croyait pas à la fermeté de
-son frère: «La faiblesse et l'indécision du Roi, disait-il,
-sont au-delà de tout ce qu'on peut dire.
-Pour vous faire une idée de son caractère, imaginez
-des boules d'ivoire huilées, que vous vous
-efforceriez vainement de retenir ensemble.»
-L'énergie même de la Reine ne saurait avoir raison
-des incertitudes de son mari
-<a name="FNanchor_417_417" id="FNanchor_417_417"></a>
-<a href="#Footnote_417_417" class="fnanchor">[417]</a>.</p>
-
-<p>Malgré cette réponse désespérante, le projet ne
-fut pas abandonné. Monsieur entretint quelques relations
-avec Mirabeau; la Reine en fut instruite et
-il ne semble pas qu'elle l'ait désapprouvé
-<a name="FNanchor_418_418" id="FNanchor_418_418"></a>
-<a href="#Footnote_418_418" class="fnanchor">[418]</a>, quoiqu'elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">[Pg 144]</a></span>
-affectât de ne se mêler de rien
-<a name="FNanchor_419_419" id="FNanchor_419_419"></a>
-<a href="#Footnote_419_419" class="fnanchor">[419]</a>. Mais bientôt une
-mesure maladroite, prise par l'Assemblée le 7 novembre
-sur la proposition de Lanjuinais et avec l'appui
-irréfléchi de la droite, vint, en interdisant aux députés
-d'être ministres, enlever à Mirabeau une partie
-de ses moyens. Ne pouvant plus faire partie lui-même
-du cabinet, il voulut du moins en faire nommer
-chef Monsieur, qui, à ce moment, acceptait ses
-conseils. Mais cette nouvelle combinaison échoua, et
-il est certain que la Reine, qui n'aimait pas beaucoup
-son beau-frère, ne lui fut pas favorable
-<a name="FNanchor_420_420" id="FNanchor_420_420"></a>
-<a href="#Footnote_420_420" class="fnanchor">[420]</a>. Bientôt
-d'ailleurs Mirabeau en vint à se brouiller avec
-Monsieur
-<a name="FNanchor_421_421" id="FNanchor_421_421"></a>
-<a href="#Footnote_421_421" class="fnanchor">[421]</a>, comme il l'était déjà avec Necker,
-Lafayette et le duc d'Orléans.</p>
-
-<p>M. de la Marck, découragé, était, dès le 16 décembre,
-parti pour sa terre de Raismes et de là il
-avait passé en Belgique, où l'appelaient ses affaires
-et l'intérêt qu'il prenait à la situation des Pays-Bas
-soulevés contre l'Autriche, lorsque, vers le milieu de
-mars, une lettre du comte de Mercy le ramena à
-Paris. Les négociations avaient été reprises et le
-Roi s'était enfin déterminé à entrer en rapport avec
-Mirabeau. La Reine conservait encore quelques
-doutes sur la participation du violent tribun aux
-journées d'octobre; ces doutes furent levés, et après
-une première entrevue entre Mirabeau, Mercy et la
-Marck et une longue conversation entre ce dernier
-et le Roi et la Reine, il fut convenu que le puissant
-<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">[Pg 145]</a></span>
-orateur rédigerait une note qui serait remise par la
-Marck à Marie-Antoinette et par celle-ci à son mari.
-Un secret absolu serait observé vis-à-vis des ministres
-jusqu'à ce qu'on eût constitué un ministère
-meilleur, qu'on pût mettre en relations avec le nouveau
-conseiller de la monarchie.</p>
-
-<p>Au point de vue des réformes, l'entente entre le
-Roi et le tribun devait être facile: «Louis XVI
-était bien loin de songer à reconquérir son ancienne
-autorité absolue; il était parfaitement résigné sur
-ce que la Révolution lui avait fait perdre du pouvoir
-et des droits de ses prédécesseurs. Je pourrais dire,
-ajoute la Marck, auquel nous empruntons cette
-appréciation, que, sous ce rapport, Mirabeau était
-moins résigné que lui
-<a name="FNanchor_422_422" id="FNanchor_422_422"></a>
-<a href="#Footnote_422_422" class="fnanchor">[422]</a>.»</p>
-
-<p>Mirabeau acquiesça avec empressement au plan
-ainsi arrêté. Dès le 10 mai, il écrivit une lettre, dans
-laquelle, protestant de ses sentiments monarchiques,
-il promettait au Roi «loyauté, zèle, activité, énergie
-et courage
-<a name="FNanchor_423_423" id="FNanchor_423_423"></a>
-<a href="#Footnote_423_423" class="fnanchor">[423]</a>».
-Le Roi et la Reine furent contents de
-cette déclaration, et la Reine voulut en assurer elle-même
-le comte de la Marck. «Elle me confirma ce
-que le comte de Mercy m'avait dit de la satisfaction
-que le Roi avait éprouvée en lisant cette lettre de
-Mirabeau; elle me répéta encore que le Roi n'avait
-nul désir de recouvrer son autorité dans toute l'étendue
-qu'elle avait eue autrefois et qu'il était bien
-éloigné de croire que cela fût nécessaire pour son
-bonheur personnel pas plus que pour celui de ses
-peuples
-<a name="FNanchor_424_424" id="FNanchor_424_424"></a>
-<a href="#Footnote_424_424" class="fnanchor">[424]</a>.» La pauvre femme paraissait à ce moment
-pleine de confiance et presque joyeuse, et, pendant
-<span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">[Pg 146]</a></span>
-un entretien de deux heures avec la Marck, elle se
-mit à évoquer les souvenirs du passé, comme si,
-envisageant désormais l'avenir avec plus de calme,
-elle secouait déjà les préoccupations du présent
-<a name="FNanchor_425_425" id="FNanchor_425_425"></a>
-<a href="#Footnote_425_425" class="fnanchor">[425]</a>.
-Il fut convenu que le Roi paierait les dettes de Mirabeau—et
-elles était nombreuses—et lui garantirait
-un traitement de six mille livres par mois et un
-million à la fin de l'Assemblée. C'était le prix des
-services qu'on attendait de lui. Mirabeau fut ravi et
-son bonheur de sortir de la vie gênée et aventureuse,
-qu'il avait menée jusque-là, lui inspira une exubérance
-d'enthousiasme pour la famille royale et pour
-la Reine.</p>
-
-<p>«J'ai professé les principes monarchiques, dit-il
-au début de sa première note, lorsque je ne voyais
-de la Cour que sa faiblesse et que, ne connaissant ni
-l'âme ni la pensée de la fille de Marie-Thérèse, je ne
-pouvais compter sur cette auguste auxiliaire. J'ai
-combattu pour les droits du trône, lorsque je n'inspirais
-que de la méfiance, et que toutes mes démarches,
-empoisonnées par la malignité, paraissaient
-autant de pièges. J'ai servi le monarque, lorsque je
-savais bien que je ne devais attendre d'un Roi juste,
-mais trompé, ni bienfaits, ni récompenses. Que ferai-je,
-maintenant que la confiance a relevé mon courage
-et que la reconnaissance a fait, de mes principes,
-mes devoirs? Je serai ce que j'ai toujours été, le
-défenseur du pouvoir monarchique, réglé par les
-lois, et l'apôtre de la liberté garantie par le pouvoir
-monarchique. Mon cœur suivra la route que la raison
-seule m'avait tracée
-<a name="FNanchor_426_426" id="FNanchor_426_426"></a>
-<a href="#Footnote_426_426" class="fnanchor">[426]</a>.»</p>
-
-<p>Les négociations une fois entamées se poursuivirent
-<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">[Pg 47]</a></span>
-activement par l'intermédiaire du comte de la
-Marck, du comte de Mercy, de M. de Fontanges,
-archevêque de Toulouse et ancien confesseur de la
-Reine, et plus tard de M. de Montmorin. Les notes
-se succédaient avec rapidité. Mirabeau insistait sur
-la nécessité de relever l'autorité royale, d'abaisser
-l'influence dictatoriale de Lafayette, d'entretenir
-des agents dans les provinces pour s'emparer de l'esprit
-des populations et de resserrer les liens de la
-discipline dans l'armée, dont on aurait besoin pour
-une restauration monarchique. «Le Roi, disait-il,
-n'a qu'un homme, c'est sa femme. Il n'y a de sûreté
-pour elle que dans le rétablissement de l'autorité
-royale. J'aime à croire qu'elle ne voudrait pas de la
-vie sans la couronne; mais ce dont je suis bien sûr,
-c'est qu'elle ne conservera pas sa vie, si elle ne conserve
-pas sa couronne. Le moment viendra et bientôt,
-où il lui faudra essayer ce que peuvent une femme et
-un enfant à cheval; c'est pour elle une méthode de
-famille; mais, en attendant, il faut se mettre en mesure,
-et ne pas croire pouvoir, soit à l'aide du hasard,
-soit à l'aide des combinaisons, sortir d'une crise
-extraordinaire par des hommes et des moyens ordinaires
-<a name="FNanchor_427_427" id="FNanchor_427_427"></a>
-<a href="#Footnote_427_427" class="fnanchor">[427]</a>.»</p>
-
-<p>Sachant la faiblesse du Roi et l'énergie de la
-Reine, Mirabeau était convaincu que cette princesse
-aurait seule assez d'influence sur son mari pour
-triompher de ses indécisions. Cette haute opinion
-qu'il avait du caractère de Marie-Antoinette lui faisait
-souhaiter une entrevue avec elle, où il pourrait l'éclairer
-plus complètement sur les périls de la situation,
-lui exposer en détails son système et, en gagnant
-<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">[Pg 148]</a></span>
-mieux sa confiance, la pénétrer en quelque
-sorte de son esprit. «Il serait essentiel, écrivait-il
-le 26 juin à la Marck, que je visse votre homme, et
-surtout <i>Elle</i>
-<a name="FNanchor_428_428" id="FNanchor_428_428"></a>
-<a href="#Footnote_428_428" class="fnanchor">[428]</a>.» C'est par ce mot qu'il désignait la
-Reine. Mais la Reine avait une répugnance extrême
-pour une telle entrevue. Quelles que fussent les
-protestations de dévouement de Mirabeau, elle ne
-pouvait oublier que, depuis plus d'un an, elle était
-habituée à le considérer comme «un monstre», et
-qu'à cette heure même le Châtelet le signalait comme
-un des fauteurs des journées d'octobre. Pourtant,
-encouragée par le comte de Mercy
-<a name="FNanchor_429_429" id="FNanchor_429_429"></a>
-<a href="#Footnote_429_429" class="fnanchor">[429]</a> et l'archevêque
-de Toulouse
-<a name="FNanchor_430_430" id="FNanchor_430_430"></a>
-<a href="#Footnote_430_430" class="fnanchor">[430]</a>,
-et surmontant ses plus naturelles répulsions
-dans l'intérêt du Roi, de ses enfants et du
-pays, elle finit par se résigner à la conférence demandée.
-Il ne s'agit plus que de choisir le jour et
-le lieu convenable. Saint-Cloud, où la Cour passait
-l'été, offrait plus de facilités que Paris; mais même
-à Saint-Cloud, on était surveillé. A force de recherches,
-Marie-Antoinette trouva un endroit «non
-commode, mais suffisant pour le voir et pallier tous
-les inconvénients du jardin et du Château
-<a name="FNanchor_431_431" id="FNanchor_431_431"></a>
-<a href="#Footnote_431_431" class="fnanchor">[431]</a>». L'audience,
-primitivement fixée au vendredi
-<a name="FNanchor_432_432" id="FNanchor_432_432"></a>
-<a href="#Footnote_432_432" class="fnanchor">[432]</a>, fut remise
-au samedi 3 juillet, à huit heures et demie du matin
-<a name="FNanchor_433_433" id="FNanchor_433_433"></a>
-<a href="#Footnote_433_433" class="fnanchor">[433]</a>.
-Pour mieux couvrir sa démarche, Mirabeau partit
-la veille de Paris et alla coucher à Auteuil, chez sa
-nièce, la marquise d'Aragon
-<a name="FNanchor_434_434" id="FNanchor_434_434"></a>
-<a href="#Footnote_434_434" class="fnanchor">[434]</a>. Le lendemain matin,
-<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">[Pg 149]</a></span>
-il en partit, dans un cabriolet à deux chevaux
-<a name="FNanchor_435_435" id="FNanchor_435_435"></a>
-<a href="#Footnote_435_435" class="fnanchor">[435]</a>, seul
-avec son neveu, le comte du Saillant, déguisé en courrier
-et qui conduisait la voiture. Il descendit à la
-petite porte du parc, et, avant d'entrer, mu par un
-sentiment de défiance, dont il ne tarda pas à se repentir,
-il remit une lettre à son neveu en lui disant:
-«Si dans trois quarts d'heure je ne suis pas de retour,
-pars et remets sans perdre un instant ce billet au
-commandant de la garde nationale
-<a name="FNanchor_436_436" id="FNanchor_436_436"></a>
-<a href="#Footnote_436_436" class="fnanchor">[436]</a>.» Puis il
-frappa à la porte et fut introduit dans le parc, d'où
-on le conduisit à l'appartement de la Reine
-<a name="FNanchor_437_437" id="FNanchor_437_437"></a>
-<a href="#Footnote_437_437" class="fnanchor">[437]</a>. Quelqu'empire
-que Marie-Antoinette eût sur elle-même,
-elle ne sut se défendre, en apercevant le «monstre»,
-d'une émotion si profonde qu'elle en ressentit le lendemain
-une légère indisposition
-<a name="FNanchor_438_438" id="FNanchor_438_438"></a>
-<a href="#Footnote_438_438" class="fnanchor">[438]</a>. Elle se remit cependant
-et, s'avançant vers le fougueux tribun:
-«Auprès d'un ennemi ordinaire, dit-elle avec sa
-grâce souveraine, auprès d'un homme qui aurait juré
-la perte de la monarchie, sans apercevoir l'utilité
-dont elle est pour un grand peuple, je ferais en ce
-moment la démarche la plus déplacée. Mais quand
-on parle à un Mirabeau
-<a name="FNanchor_439_439" id="FNanchor_439_439"></a>
-<a href="#Footnote_439_439" class="fnanchor">[439]</a>.....» Mirabeau fut séduit:
-l'aspect seul de Marie-Antoinette l'avait ébloui. Sa
-dignité sereine, l'incomparable attrait répandu dans
-toute sa personne, le sourire mélancolique qui errait
-sur ses lèvres, son affabilité, lorsqu'avec un attendrissement
-mêlé de remords il s'était accusé lui-même
-<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">[Pg 150]</a></span>
-d'avoir été une des principales causes de ses
-peines, tout acheva de l'enthousiasmer
-<a name="FNanchor_440_440" id="FNanchor_440_440"></a>
-<a href="#Footnote_440_440" class="fnanchor">[440]</a>. «Madame,
-dit-il en se retirant, lorsque votre auguste mère
-admettait un de ses sujets à l'honneur de sa présence,
-jamais elle ne le congédiait sans lui donner
-sa main à baiser
-<a name="FNanchor_441_441" id="FNanchor_441_441"></a>
-<a href="#Footnote_441_441" class="fnanchor">[441]</a>.» La Reine tendit la main. Mirabeau
-la baisa en s'inclinant respectueusement, et
-se relevant: «Madame, reprit-il, la monarchie est
-sauvée
-<a name="FNanchor_442_442" id="FNanchor_442_442"></a>
-<a href="#Footnote_442_442" class="fnanchor">[442]</a>.»</p>
-
-<p>Lorsqu'au bout de trois quarts d'heure, il franchit
-de nouveau le seuil de la porte du parc, sa respiration
-était haletante, sa parole entrecoupée. Il écouta
-comme à regret les derniers craquements du sable
-sous les pieds des personnes qui s'éloignaient. Puis,
-s'approchant de son neveu, il lui reprit vivement la
-lettre qu'il lui avait confiée et, lui serrant le bras avec
-force: «Elle est bien grande, bien noble et bien
-malheureuse, Victor, dit-il, mais je la sauverai.»</p>
-
-<p>«Jamais, ajoute M. du Saillant, la voix de mon
-oncle n'avait été altérée par une émotion pareille, par
-une émotion aussi vraie
-<a name="FNanchor_443_443" id="FNanchor_443_443"></a>
-<a href="#Footnote_443_443" class="fnanchor">[443]</a>.»</p>
-
-<p>Si bien gardé qu'eût été le secret sur cette entrevue,
-quelques précautions que la Reine eût prises pour
-dérouter les soupçons, ou tout au moins les égarer
-sur un autre, moins compromettant et moins compromis,
-comme le comte de Ségur
-<a name="FNanchor_444_444" id="FNanchor_444_444"></a>
-<a href="#Footnote_444_444" class="fnanchor">[444]</a>, je ne sais quelle
-rumeur vague transpira dans le public et des lettres
-anonymes dénoncèrent au Comité des recherches ce
-qu'on avait déjà nommé, dans une occasion
-<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">[Pg 151]</a></span>
-précédente
-<a name="FNanchor_445_445" id="FNanchor_445_445"></a>
-<a href="#Footnote_445_445" class="fnanchor">[445]</a>,
-la <i>Grande trahison du comte de Mirabeau</i>.</p>
-
-<p>Mais ces criailleries n'intimidaient pas le puissant
-orateur, pas plus qu'elles ne l'avaient intimidé au 22
-mai. Illuminé par la bonté de la Reine, touché de
-la calme résignation du Roi, et de la modération de
-ses vues sur le rétablissement de l'autorité royale, il
-poursuivait avec ardeur le but qu'il s'était proposé.
-«Rien ne m'arrêtera, dit-il, je périrai plutôt que de
-manquer à mes promesses
-<a name="FNanchor_446_446" id="FNanchor_446_446"></a>
-<a href="#Footnote_446_446" class="fnanchor">[446]</a>.»</p>
-
-<p>Malheureusement, l'accord complet que l'entrevue
-de Saint-Cloud semblait avoir établi entre le tribun et
-la famille royale dura peu. Le Roi, toujours indécis,
-hésitait à se confier entièrement à lui; il demandait
-des conseils de tous côtés et finissait par n'en
-suivre aucun. Ce partage de confiance exaspérait Mirabeau.
-S'étant une fois dévoué, il eût voulu qu'on
-suivît exclusivement ses avis; il était jaloux de tous
-ceux auxquels le Roi et la Reine semblaient accorder
-quelque crédit, de Ségur, de Rivarol
-<a name="FNanchor_447_447" id="FNanchor_447_447"></a>
-<a href="#Footnote_447_447" class="fnanchor">[447]</a>, de Bergasse
-<a name="FNanchor_448_448" id="FNanchor_448_448"></a>
-<a href="#Footnote_448_448" class="fnanchor">[448]</a>.
-Dès le 9 juillet, il se plaignait qu'on ne lui
-dît pas tout et que Louis XVI n'exécutât pas les décisions
-arrêtées avec sa femme. «Il faut, disait-il,
-que la Reine se détermine à toujours donner l'impulsion
-au Roi;» et ce qu'il n'ajoutait pas, mais ce qui
-était le fond de sa pensée, que la Reine accepte toujours
-la direction de Mirabeau. «Sans cela, le Roi et
-la Reine ne seront que des personnes timides, toujours
-obligées de composer avec leurs geôliers....,
-<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">[Pg 152]</a></span>
-toujours à la merci des insurrections, de l'ambition
-ou de la démagogie
-<a name="FNanchor_449_449" id="FNanchor_449_449"></a>
-<a href="#Footnote_449_449" class="fnanchor">[449]</a>.»</p>
-
-<p>Mais Marie-Antoinette elle-même, si intrépide
-qu'elle fût, reculait parfois devant les plans proposés
-par son nouvel allié. Le 13 août, Mirabeau adressait
-la note bien connue dont le début a été si souvent
-cité: «Quatre ennemis arrivent au pas redoublé:
-l'impôt, la banqueroute, l'armée, l'hiver. Il faut
-prendre un parti; je veux dire qu'il faut se préparer
-aux événements en les dirigeant. En deux mots, la
-guerre civile est certaine et peut-être nécessaire
-<a name="FNanchor_450_450" id="FNanchor_450_450"></a>
-<a href="#Footnote_450_450" class="fnanchor">[450]</a>.»
-Et il concluait en demandant une nouvelle entrevue
-et en insistant sur la nécessité de constituer dans
-l'armée un fort noyau de résistance.</p>
-
-<p>La Reine fut épouvantée. La perspective brutale
-du danger qu'elle sentait bien, mais qu'elle aimait
-sans doute à croire moins pressant, le ton même de
-la note, ce ton auquel ne l'avaient guère habituée les
-phrases polies et obséquieuses de ses ministres, ce style
-«extraordinaire»,—le mot est d'elle,—ce style
-haché, saccadé, qui sentait la poudre et qui sonnait
-la charge, tout cela la jetait dans le trouble et dans
-l'effroi; elle était presque tentée de croire «fou» son
-audacieux correspondant. La guerre civile surtout lui
-inspirait et devait lui inspirer jusqu'à la fin une insurmontable
-répugnance. «Comment M. ou tout
-autre être pensant, écrivait-elle à Mercy, peut-il croire
-que jamais, mais surtout dans cet instant, le moment
-soit venu pour que nous, nous provoquions la guerre
-civile
-<a name="FNanchor_451_451" id="FNanchor_451_451"></a>
-<a href="#Footnote_451_451" class="fnanchor">[451]</a>?»
-Quant à une nouvelle conférence avec Mirabeau,
-<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">[Pg 153]</a></span>
-elle était impossible. On avait soupçonné la
-première et ce simple soupçon avait failli tout gâter.
-Que serait-ce, si l'on venait à découvrir la seconde?</p>
-
-<p>Mirabeau fut sans doute instruit par Mercy de l'impression
-produite par son mémoire. Il en fut plus
-attristé qu'étonné, mais en même temps découragé.
-Il eût voulu que le Roi prît un rôle actif, et le Roi
-ne pouvait se résoudre qu'à un rôle passif. Il eût
-voulu qu'on surexcitât par des agents habiles, qu'on
-fît naître, au besoin, le mécontentement que devaient
-inévitablement soulever dans les provinces les
-réformes de l'Assemblée, et le Roi attendait que ce
-mécontentement se produisît et grandît tout seul;
-on ne comptait que sur le temps, et il n'y avait pas
-un jour à perdre. La Reine elle-même, dans l'intrépidité
-de laquelle il avait foi, reculait, comme éblouie
-de la lumière sinistre qu'il avait brusquement projetée
-sur la situation. Elle aussi se réfugiait dans un rôle
-passif: «Le temps et la patience sont les vrais remèdes
-à nos maux, écrivait-elle un peu plus tard à son
-frère. Je crois qu'il viendra pourtant un temps où il
-faudra aider l'opinion; mais nous n'y sommes pas
-encore
-<a name="FNanchor_452_452" id="FNanchor_452_452"></a>
-<a href="#Footnote_452_452" class="fnanchor">[452]</a>.»
-Plus le moment d'agir approchait, plus la
-nécessité d'une action énergique s'imposait, plus elle
-cherchait à l'éloigner, comme épouvantée des conséquences.
-Et Mirabeau de répéter tristement: «Je continuerai
-<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">[Pg 154]</a></span>
-à servir, autant que le permet la nature des
-choses, même dans le rôle passif auquel on se condamne,
-quelque répugnance que j'aie pour cet ordre
-de choses, et cette répugnance est telle que, si je me
-suis abstenu ici d'en développer tous les dangers, ce
-n'est que pour épargner à votre imagination ou à votre
-sensibilité un tableau dont la difformité vous affligerait
-en pure perte, dès que vous vous croyez hors de
-mesure de rien tenter pour la chose publique et pour
-vous-mêmes..... Je gémirai qu'un si bon prince et
-une Reine si bien douée par la nature aient été inutiles,
-même par le sacrifice de leur considération et
-de leur sûreté à la restauration de leur pays.... Je
-serai fidèle jusqu'au bout, parce que tel est mon
-caractère; je me bornerai aux moyens temporaires
-et circonstanciels, puisqu'on ne veut se prêter à aucuns
-autres..... Du reste, j'attendrai qu'un coup de
-tonnerre brise la déplorable léthargie sur laquelle
-je ne puis que gémir
-<a name="FNanchor_453_453" id="FNanchor_453_453"></a>
-<a href="#Footnote_453_453" class="fnanchor">[453]</a>.»</p>
-
-<p>Un mois après, il écrivait encore: «Je l'avoue, non
-sans regret, je suis très peu utile, mais on m'impose
-bien plus le devoir de servir qu'on ne m'en donne
-le pouvoir. On m'écoute avec plus de bonté que de
-confiance; on met plus d'intérêt à connaître mes conseils
-qu'à les suivre, et surtout, on ne sent point assez
-que le rôle passif de l'inaction, fût-il préférable à
-tous les autres, ne consiste pas précisément ou à
-ne rien faire ou à ne laisser agir que ceux qui nuisent.»</p>
-
-<p>Et, venant à la revision de la Constitution, décidée
-par l'Assemblée, il ajoutait:</p>
-
-<p>«Je donnerai mes idées sur ce point, si on l'exige;
-je donnerai mon avis sur d'autres plans, si on daigne
-<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">[Pg 155]</a></span>
-me consulter; car, puisque l'initiative qu'on m'a
-laissée n'a produit jusqu'à présent que de l'hésitation
-et de l'embarras, il conviendrait peut-être d'essayer
-si je ne suis pas plus utile en changeant de rôle
-<a name="FNanchor_454_454" id="FNanchor_454_454"></a>
-<a href="#Footnote_454_454" class="fnanchor">[454]</a>.»</p>
-
-<p>Dans l'épanchement de l'intimité, ses plaintes
-étaient plus vives et même brutales; il se laissait
-entraîner à des expressions grossières, dont il
-demandait pardon plus tard
-<a name="FNanchor_455_455" id="FNanchor_455_455"></a>
-<a href="#Footnote_455_455" class="fnanchor">[455]</a>; il allait jusqu'à traiter
-ses augustes clients de «couards
-<a name="FNanchor_456_456" id="FNanchor_456_456"></a>
-<a href="#Footnote_456_456" class="fnanchor">[456]</a>» et de «royal
-bétail
-<a name="FNanchor_457_457" id="FNanchor_457_457"></a>
-<a href="#Footnote_457_457" class="fnanchor">[457]</a>».
-«C'est pitoyable, écrivait-il... On dirait
-que la maison où ils dorment peut être réduite en
-cendres sans qu'ils en soient atteints ou seulement
-réveillés
-<a name="FNanchor_458_458" id="FNanchor_458_458"></a>
-<a href="#Footnote_458_458" class="fnanchor">[458]</a>.»
-Et alors, indisposé par les tergiversations
-de la Cour, irrité par l'attitude malveillante
-et les interruptions du côté droit, il se livrait, à la
-tribune de l'Assemblée, à des emportements de langage,
-à des «par delà», comme disait la Marck
-<a name="FNanchor_459_459" id="FNanchor_459_459"></a>
-<a href="#Footnote_459_459" class="fnanchor">[459]</a>,
-qui, en inspirant des doutes sur sa fidélité, ne faisaient
-que redoubler les indécisions du Roi et de la
-Reine. D'autres fois, faisant un retour sur lui-même
-et comprenant, non sans remords, combien étaient
-légitimes au fond les répugnances de la famille royale:
-«Ah, s'écriait-il avec amertume, que l'immoralité
-de ma jeunesse fait maintenant de tort à la
-chose publique
-<a name="FNanchor_460_460" id="FNanchor_460_460"></a>
-<a href="#Footnote_460_460" class="fnanchor">[460]</a>»!</p>
-
-<p>C'était bien là en effet le secret des incertitudes
-de la Reine et la cause réelle de l'impuissance de
-Mirabeau. Vainement écrivait-il le 24 octobre, trois
-<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">[Pg 156]</a></span>
-jours après une de ses plus virulentes sorties
-<a name="FNanchor_461_461" id="FNanchor_461_461"></a>
-<a href="#Footnote_461_461" class="fnanchor">[461]</a>:
-«Jamais mon zèle n'a été si pur, mon dévouement
-plus illimité, mon désir d'être utile plus constant,
-j'ose dire plus opiniâtre. Ce n'est pas pour moi-même,
-c'est pour obtenir plus de succès que j'ambitionnais
-le prix de la confiance et ceux qui parviendront
-à me la ravir n'arracheront de mon cœur ni la
-reconnaissance ni le serment que j'ai fait de défendre
-l'autorité royale, dussé-je combattre seul et
-succomber dans cette lutte éclatante, où j'aurai l'Europe
-pour témoin et la postérité pour juge
-<a name="FNanchor_462_462" id="FNanchor_462_462"></a>
-<a href="#Footnote_462_462" class="fnanchor">[462]</a>.» La
-Reine ne pouvait se persuader que l'homme qui
-avait si rudement ébranlé le trône, qui se laissait
-encore emporter à l'attaquer de temps en temps avec
-tant de passion et de violence, fût sincèrement déterminé
-à le soutenir, et, tout en acceptant la plupart
-du temps les idées de son correspondant, elle se
-demandait avec angoisse quelle arrière-pensée elles
-pouvaient cacher, si ce n'était pas plutôt ses intérêts
-personnels que ceux de la monarchie que Mirabeau
-avait en vue, et s'il ne justifiait pas cette dure parole
-de son père: «Faut-il être singe, loup ou renard,
-tout lui est égal; rien ne lui coûte
-<a name="FNanchor_463_463" id="FNanchor_463_463"></a>
-<a href="#Footnote_463_463" class="fnanchor">[463]</a>.» Ou cette autre
-non moins dure: «La conversion de saint Paul
-même ferait un autre homme, mais ne ressusciterait
-pas celui-là
-<a name="FNanchor_464_464" id="FNanchor_464_464"></a>
-<a href="#Footnote_464_464" class="fnanchor">[464]</a>.»</p>
-
-<p>Justement irritée de son discours révolutionnaire
-du 2 octobre sur la procédure du Châtelet, elle écrivait
-à Mercy: «Il m'a envoyé son discours; si je le
-voyais, j'aurais plusieurs points sur lesquels je lui
-<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">[Pg 157]</a></span>
-demanderais explication, et, avec tout son esprit et
-astuce, je crois qu'il aurait encore de la peine à
-prouver que c'est pour nous servir qu'il l'a prononcé
-<a name="FNanchor_465_465" id="FNanchor_465_465"></a>
-<a href="#Footnote_465_465" class="fnanchor">[465]</a>.»</p>
-
-<p>L'archevêque de Toulouse, si dévoué pourtant pendant
-toute cette négociation et si disposé à soutenir
-Mirabeau, disait de son côté, après une autre sortie
-non moins brutale
-<a name="FNanchor_466_466" id="FNanchor_466_466"></a>
-<a href="#Footnote_466_466" class="fnanchor">[466]</a>: «Comment voulez-vous que la
-confiance, si nécessaire dans les circonstances où
-nous sommes, puisse naître, après des écarts pareils
-à ceux d'avant-hier
-<a name="FNanchor_467_467" id="FNanchor_467_467"></a>
-<a href="#Footnote_467_467" class="fnanchor">[467]</a>?»</p>
-
-<p>La Reine se trompait: Mirabeau voulait franchement
-et sérieusement un gouvernement monarchique,
-tempéré par la liberté, et depuis l'entrevue
-de Saint-Cloud, son dévouement à Marie-Antoinette
-en particulier s'inspirait d'un sentiment chevaleresque:
-ce n'était pas seulement la Reine, c'était
-aussi la femme qu'il prétendait servir. Mais lui, qui
-se plaignait tant des indécisions de la famille royale,
-méritait souvent le même reproche. Tiraillé entre
-sa raison et sa passion, entre son désir de ne pas
-compromettre sa popularité et sa volonté de sauver
-la royauté, les efforts même qu'il faisait pour
-concilier ces choses inconciliables rendaient sa
-marche oscillante et troublée et donnaient à sa
-conduite une apparence de fausseté qui ranimait les
-soupçons et réveillait les préventions endormies à
-grand'peine. Il était sincère, il n'était pas droit; il
-était fidèle, il n'était pas constant et ne paraissait
-pas logique.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">[Pg 158]</a></span></p>
-
-<p>Le danger croissait d'heure en heure, et les ennemis
-de la royauté qui sentaient, comme Mirabeau,
-que, de la famille royale, la Reine seule était un obstacle
-sérieux à leurs désirs, ne mettaient pas moins
-d'ardeur à l'attaquer que l'éloquent tribun à la servir.
-La tactique contre elle avait été habile; on avait
-commencé, dans les écrits inspirés par les meneurs,
-par faire un éloge emphatique du Roi en gardant le
-silence sur la Reine; puis le silence s'était transformé
-en insinuations hostiles, bientôt en agression
-ouverte, qui concordait avec des bruits malveillants
-propagés dans le peuple, avec des menées perfides
-tramées dans l'ombre, avec des plans odieux, cyniquement
-avoués. «Une partie du public, dit la
-Marck, avait fini par s'en laisser imposer à cet égard
-et croyait bêtement aux calomnies atroces répandues
-contre cette princesse infortunée
-<a name="FNanchor_468_468" id="FNanchor_468_468"></a>
-<a href="#Footnote_468_468" class="fnanchor">[468]</a>.» Toutes
-les résolutions du côté droit, même celles qu'elle
-blâmait, tous les actes des monarchistes, même
-ceux auxquels elle était le plus étrangère, comme le
-duel du duc de Castries avec Charles de Lameth, lui
-étaient imputés
-<a name="FNanchor_469_469" id="FNanchor_469_469"></a>
-<a href="#Footnote_469_469" class="fnanchor">[469]</a>.
-Le ministère avait fini par se dissoudre
-dans l'impuissance. Necker était parti le
-4 septembre, tombé sous le coup de l'indifférence
-publique et n'ayant pas même à son départ l'aumône
-d'un regret ni l'honneur d'une attaque. «Il
-n'est regretté de personne, disait Fersen, pas même
-de sa société, et son départ ne fera aucun effet
-<a name="FNanchor_470_470" id="FNanchor_470_470"></a>
-<a href="#Footnote_470_470" class="fnanchor">[470]</a>.»
-Deux mois après, les autres membres du cabinet
-donnaient leur démission. De nouveaux ministres
-<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">[Pg 159]</a></span>
-avaient succédé aux anciens
-<a name="FNanchor_471_471" id="FNanchor_471_471"></a>
-<a href="#Footnote_471_471" class="fnanchor">[471]</a>: créatures des Lameth
-pour la plupart et naturellement pris hors de l'Assemblée.
-Seul, M. de Montmorin était resté, soutenu
-par Mirabeau, auquel il devait servir d'intermédiaire
-avec la Cour, et seul aussi osant soutenir la Reine,
-parfois même contre quelques-uns de ses nouveaux
-collègues. Car c'était toujours la Reine qu'on poursuivait,
-c'était elle qu'il fallait séparer du Roi, et
-faire disparaître de gré ou de force.</p>
-
-<p>Une première fois,—un peu après le retour à
-Paris,—les Constitutionnels lui avaient fait proposer
-par son amie, la duchesse de Luynes, de s'éloigner
-pendant quelque temps de la France, afin de laisser
-achever la Constitution, sans que les patriotes pussent
-l'accuser de s'y opposer. La duchesse de Luynes,
-qui savait combien la personne de Marie-Antoinette
-était menacée, avait consenti à lui porter ces propositions.
-Mais il s'agissait de partir seule; la Reine répondit
-«que jamais elle n'abandonnerait le Roi et ses
-enfants; que si elle se croyait seule en butte à la haine
-publique, elle ferait à l'instant même le sacrifice de
-sa vie; mais qu'on en voulait au trône et qu'en abandonnant
-le Roi, elle ferait seulement un acte de lâcheté,
-puisqu'elle n'y voyait que le seul avantage de
-sauver ses propres jours
-<a name="FNanchor_472_472" id="FNanchor_472_472"></a>
-<a href="#Footnote_472_472" class="fnanchor">[472]</a>.»</p>
-
-<p>A défaut de persuasion, on eut recours à la menace.
-On parla d'assassinat; on parla de procès. Le
-bruit se répandit,—c'était vers la fin de 1790,—qu'on
-allait reprendre le plan qui avait échoué le
-6 octobre. Emu de ces bruits, M. de Montmorin demanda
-à ses collègues de prendre des mesures pour ne
-pas laisser se consommer un pareil forfait. Le garde
-<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">[Pg 160]</a></span>
-des sceaux, Duport du Tertre, prit la parole et déclara
-froidement qu'il ne se prêterait pas à un assassinat,
-mais qu'il n'en serait pas de même s'il s'agissait
-de faire le procès de la Reine—«Quoi!» reprit
-M. de Montmorin indigné, «vous, ministre du Roi,
-vous consentiriez à une pareille infamie!»—«Mais,»
-répondit tranquillement Duport, «s'il n'y a
-pas d'autre moyen
-<a name="FNanchor_473_473" id="FNanchor_473_473"></a>
-<a href="#Footnote_473_473" class="fnanchor">[473]</a>?»</p>
-
-<p>A défaut d'assassinat, à défaut de procès, ou peut-être
-comme corollaire et but du procès, on proposa
-le divorce, et M. de Lafayette, dans une entrevue avec
-la Reine, eut l'outrageante impudeur de lui dire que,
-pour en arriver là, on la rechercherait en adultère
-<a name="FNanchor_474_474" id="FNanchor_474_474"></a>
-<a href="#Footnote_474_474" class="fnanchor">[474]</a>.
-La Reine n'opposa que sa dignité et son courage habituels
-à cette injurieuse menace. Mais qu'il lui fallut
-d'empire sur elle-même pour ne pas faire jeter à la
-porte son insolent interlocuteur, et ne trouve-t-on
-pas là, dans cet affront de Lafayette la cause de
-l'insurmontable répulsion que Marie-Antoinette conserva
-jusqu'à la fin contre le «héros des deux mondes»
-et qui lui faisait dire qu'elle aimerait mieux
-périr que de lui devoir son salut?</p>
-
-<p>En même temps, M<sup>me</sup> de la Motte était à Paris,
-appelée par les chefs de la Révolution, et prête à
-recommencer contre sa royale victime ses infâmes
-et ténébreux «tripotages». Mirabeau bondit: «J'arracherai
-cette Reine infortunée à ses bourreaux,»
-s'écria-t-il, ou «j'y périrai
-<a name="FNanchor_475_475" id="FNanchor_475_475"></a>
-<a href="#Footnote_475_475" class="fnanchor">[475]</a>.» Et prenant immédiatement
-<span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">[Pg 161]</a></span>
-la plume: «Il est impossible, écrivit-il, de
-s'exagérer le sentiment du dévouement audacieux
-que produit en moi la découverte de tant d'iniquités
-et de perfidies, et si j'indique d'autres provocateurs,—il
-avait proposé que Fréteau ou d'Ailly demandassent
-l'arrestation de l'intrigante,—c'est que le
-bruit vague de mes liaisons plaiderait irrésistiblement
-contre moi parlant le premier; mais on ferait
-tout à la fois la plus cruelle injure à moi et le plus
-pitoyable mécompte dans cette affaire, si l'on doutait
-que je périrais sur la brèche dans une telle affaire
-et dans tout ce qui touchera l'auguste et intéressante
-victime que convoitent tant de scélérats
-<a name="FNanchor_476_476" id="FNanchor_476_476"></a>
-<a href="#Footnote_476_476" class="fnanchor">[476]</a>.»</p>
-
-<p>Ce n'était pas seulement la Reine qu'on visait,
-c'était le Roi à travers sa femme. Mirabeau l'avait
-senti: «Dans ce projet, disait-il, la Reine, dont ils
-connaissent le caractère, la justesse d'esprit et la
-fermeté, serait le premier objet de leur attaque, et
-comme la première et la plus forte barrière du trône,
-et comme la sentinelle qui veille de plus près à la
-sûreté du monarque. Mais le grand art des ambitieux
-serait de cacher leur but; ils voudraient paraître
-entraînés par les événements et non les diriger.
-Après avoir fait du procès de la dame la Motte un
-poison destructeur pour la Reine; après avoir changé
-les calomnies les plus absurdes en preuves légales
-capables de tromper le Roi, ils feraient naître tour à
-tour les questions du divorce, de la régence, du
-mariage des rois, de l'éducation de l'héritier du
-trône... Mais, ajoutait-il, ce pays périrait tout entier,
-que je serais encore le défenseur de la Reine et du
-Roi
-<a name="FNanchor_477_477" id="FNanchor_477_477"></a>
-<a href="#Footnote_477_477" class="fnanchor">[477]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">[Pg 162]</a></span></p>
-
-<p>Effrayés du bruit que faisait cette affaire et de la
-tournure qu'elle prenait, ceux qui avaient fait venir
-M<sup>me</sup> de la Motte jugèrent plus prudent de la faire
-repartir, et, pour cette fois du moins, l'intrigue
-avorta
-<a name="FNanchor_478_478" id="FNanchor_478_478"></a>
-<a href="#Footnote_478_478" class="fnanchor">[478]</a>.</p>
-
-<p>Malheureusement, le lendemain même du jour où
-le grand orateur rédigeait ces notes si éloquentes et
-signait cette protestation de dévouement inaltérable,
-il se laissait encore emporter, à l'Assemblée, à des
-écarts de langage, à une apologie de l'insurrection
-<a name="FNanchor_479_479" id="FNanchor_479_479"></a>
-<a href="#Footnote_479_479" class="fnanchor">[479]</a>,
-qui désolait son ami la Marck et faisait évanouir la
-«confiance nouvelle
-<a name="FNanchor_480_480" id="FNanchor_480_480"></a>
-<a href="#Footnote_480_480" class="fnanchor">[480]</a>» que les notes avaient inspirée
-à la Reine
-<a name="FNanchor_481_481" id="FNanchor_481_481"></a>
-<a href="#Footnote_481_481" class="fnanchor">[481]</a>. Mirabeau s'excusait; mais il était
-incorrigible, et quinze jours plus tard, dans la discussion
-sur la Constitution civile du clergé, il revenait
-à ses premiers errements et prononçait un discours
-d'une extraordinaire violence. Quelle était son
-intention vraie en agissant ainsi? Voulait-il, par ses
-attaques véhémentes, mieux dissimuler son véritable
-but? Espérait-il, comme il l'a prétendu, que l'exagération
-même des mesures proposées les rendrait
-illusoires? Estimait-il ne pouvoir mieux se faire
-écouter de ses collègues qu'en se mettant à leur diapason,
-en renchérissant sur eux, en aggravant encore
-la rigueur de leurs décrets
-<a name="FNanchor_482_482" id="FNanchor_482_482"></a>
-<a href="#Footnote_482_482" class="fnanchor">[482]</a>? Avait-il la pensée,
-comme il s'en est vanté encore, d'«enferrer» l'Assemblée,
-et de la discréditer en la rendant tyrannique
-<a name="FNanchor_483_483" id="FNanchor_483_483"></a>
-<a href="#Footnote_483_483" class="fnanchor">[483]</a>?
-Croyait-il à la bonté de cette théorie, si souvent
-<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">[Pg 163]</a></span>
-préconisée en temps de révolution, mais si
-rarement couronnée de succès, qui prétend faire
-sortir le bien de l'excès du mal? Quelles qu'aient
-été ses intentions réelles, l'effet produit fut déplorable.
-En se livrant, contre le clergé et contre la religion
-catholique, à de telles déclamations, ce n'était pas
-seulement les sentiments politiques, les préjugés, si
-l'on veut, de la famille royale qu'il blessait, c'était
-sa conscience même. Toutes les objections, jadis
-émises contre lui, reparurent. Mirabeau multipliait
-vainement ses notes, on n'en tenait plus compte; et
-la Marck lui-même osait à peine aborder la Reine,
-tant il la savait découragée et refroidie à l'égard de
-son ami
-<a name="FNanchor_484_484" id="FNanchor_484_484"></a>
-<a href="#Footnote_484_484" class="fnanchor">[484]</a>.
-Pour ramener une confiance qu'il sentait
-lui échapper, l'éloquent et fantasque tribun se
-remit à l'œuvre et, le 23 décembre, traça tout un
-projet de défense et de salut par la conciliation des
-libertés publiques avec l'autorité royale. Ce n'était
-point un plan de contre-révolution,—il ne regardait
-la chose ni comme possible ni comme souhaitable,—c'était
-un plan de contre-Constitution.</p>
-
-<p>«Je regarde, disait-il, tous les effets de la Révolution
-et tout ce qu'il faut conserver de la Constitution
-comme des conquêtes tellement irrévocables,
-qu'aucun bouleversement, à moins que l'empire ne
-fût démembré, ne pourrait plus les détruire
-<a name="FNanchor_485_485" id="FNanchor_485_485"></a>
-<a href="#Footnote_485_485" class="fnanchor">[485]</a>.»</p>
-
-<p>Ces réformes d'ailleurs, suivant lui, ne sont pas
-aussi défavorables au pouvoir royal que de vieux préjugés
-pourraient le faire craindre.</p>
-
-<p>«Cette surface parfaitement unie, qu'exige la liberté,
-rend aussi l'exercice de l'autorité bien plus
-<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">[Pg 164]</a></span>
-facile; cette égalité dans les droits politiques, dont on
-fait tant de bruit, est aussi un instrument de pouvoir.»</p>
-
-<p>Sans doute ces réformes ont été souvent excessives,
-prématurées, maladroites; il importe de les corriger.
-Il faut admettre «la Révolution dans son esprit», et
-«la Constitution dans la plupart de ses bases».—«Tendre
-à une meilleure Constitution, voilà donc le
-seul but que la prudence, l'honneur et le véritable
-intérêt du Roi, inséparable de celui de la nation, permettent
-d'adopter
-<a name="FNanchor_486_486" id="FNanchor_486_486"></a>
-<a href="#Footnote_486_486" class="fnanchor">[486]</a>.»</p>
-
-<p>Mais l'Assemblée actuelle est incapable d'accomplir
-les améliorations nécessaires. Il faut donc la perdre
-dans l'opinion, et la forcer à se dissoudre. Et dans
-ce but, il est essentiel de prendre de l'influence sur
-l'esprit public et sur les futures assemblées électorales
-qu'il faudrait décider à demander elles-mêmes
-la révision de certains articles de la Constitution et—ceci
-est capital,—la fixation du lieu de la future
-Constituante tout autre part qu'à Paris; car, disait-il,
-«aucun corps délibérant, et je n'en excepte pas
-l'Assemblée nationale, n'est libre aujourd'hui, à
-côté de la redoutable influence qu'on a voulu donner
-au peuple
-<a name="FNanchor_487_487" id="FNanchor_487_487"></a>
-<a href="#Footnote_487_487" class="fnanchor">[487]</a>.»</p>
-
-<p>Il faut s'emparer de l'esprit public, à Paris et
-dans les provinces; il faut influencer l'Assemblée par
-une coalition de députés de la droite et de la gauche,
-dont M. de Montmorin sera le correspondant attitré et
-Mirabeau, l'inspirateur secret
-<a name="FNanchor_488_488" id="FNanchor_488_488"></a>
-<a href="#Footnote_488_488" class="fnanchor">[488]</a>. Il faut un ministère
-sûr et uni, à la fois agréable à la multitude et dévoué
-à l'autorité royale
-<a name="FNanchor_489_489" id="FNanchor_489_489"></a>
-<a href="#Footnote_489_489" class="fnanchor">[489]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">[Pg 165]</a></span></p>
-
-<p>Il faut aussi que le Roi et la Reine se rendent populaires.
-«Il faut qu'on ne puisse pas douter de leur
-adhésion à tous les changements utiles au peuple et
-à tous les principes qui peuvent assurer la liberté.....
-Se montrer souvent en public, se promener
-quelquefois, même à pied, dans les lieux les plus
-fréquentés, assister à des revues de la garde nationale,
-paraître à quelques séances de l'Assemblée
-dans la tribune du président, visiter les hôpitaux,
-les hospices publics, les grands ateliers d'ouvriers et
-y répandre quelques bienfaits: ce genre de représentation,
-également convenable à la Reine et au Roi,
-leur serait sans doute plus utile qu'une impénétrable
-retraite
-<a name="FNanchor_490_490" id="FNanchor_490_490"></a>
-<a href="#Footnote_490_490" class="fnanchor">[490]</a>.»</p>
-
-<p>Et Mirabeau terminait par ce pressant appel et ce
-dramatique tableau:</p>
-
-<p>«On peut tout espérer, si ce plan est suivi, et s'il
-ne l'est pas, si cette dernière planche de salut nous
-échappe, il n'est aucun malheur, depuis les assassinats
-individuels jusqu'au pillage, depuis la chute du
-trône jusqu'à la dissolution de l'empire, auquel on
-ne doive s'attendre. Hors ce plan, quelle ressource
-peut-il rester? La férocité du peuple n'augmente-t-elle
-pas par degrés? N'attise-t-on pas de plus en plus
-toutes les haines contre la famille royale? Ne parle-t-on
-pas ouvertement d'un massacre général des nobles
-et du clergé? N'est-on pas proscrit pour la seule
-différence d'opinion? Ne fait-on pas espérer au peuple
-le partage des terres? Toutes les grandes villes
-du royaume ne sont-elles pas dans une épouvantable
-confusion? Les gardes nationales ne président-elles
-pas à toutes les vengeances populaires? Tous les administrateurs
-ne tremblent-ils pas pour leur propre
-<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">[Pg 166]</a></span>
-sûreté, sans avoir aucun moyen de pourvoir à celle
-des autres? Enfin, dans l'Assemblée nationale, le
-vertige et le fanatisme peuvent-ils être poussés
-à un plus haut degré? Malheureuse nation! Voilà
-où quelques hommes qui ont mis l'intrigue à la
-place du talent et les mouvements à la place des
-conceptions t'ont conduite! Roi bon, mais faible;
-Reine infortunée! Voilà l'abîme affreux où le flottement
-entre une confiance trop aveugle et une méfiance
-trop exagérée vous ont conduits! Un effort
-reste encore aux uns et aux autres; mais c'est le dernier.
-Soit qu'on y renonce, soit qu'on échoue, un
-voile funèbre va couvrir cet empire. Quelle sera la
-suite de sa destinée? Où sera porté ce vaisseau,
-frappé de la foudre et battu par l'orage? Je l'ignore.
-Mais si j'échappe moi-même au naufrage public, je
-dirai toujours avec fierté dans ma retraite: «Je
-m'exposai à me perdre pour les sauver tous; ils ne
-le voulurent pas
-<a name="FNanchor_491_491" id="FNanchor_491_491"></a>
-<a href="#Footnote_491_491" class="fnanchor">[491]</a>!»</p>
-
-<p>Jamais le puissant orateur n'avait été plus net,
-plus précis, plus sagace. Jamais il n'avait tracé un
-tableau plus sombre et plus vrai de la situation. Jamais
-il n'avait plus clairement indiqué le remède.
-Jamais il n'avait dressé un plan plus étudié, embrassant
-plus complètement toutes les parties de l'administration
-et du royaume. Jamais il n'avait été
-plus éloquent, plus émouvant et plus ému. La Reine,
-profondément impressionnée par la lecture de cette
-note, entra avec ardeur dans les vues de son conseiller.
-Le Roi fut plus difficile à ébranler; les dangers
-signalés lui paraissaient exagérés, et l'énergie
-de l'action répugnait à son caractère. Il finit toutefois
-<span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">[Pg 167]</a></span>
-par accepter le plan de Mirabeau et l'application
-en fut commencée. La Reine, triomphant de ses propres
-répugnances, consentait à employer comme intermédiaires
-Montmorin et Talon, contre lesquels elle
-nourrissait de vives préventions
-<a name="FNanchor_492_492" id="FNanchor_492_492"></a>
-<a href="#Footnote_492_492" class="fnanchor">[492]</a>. Avec Talon, elle
-se montrait pleine d'esprit et de tact, alliant toutefois
-à la grâce qui lui était naturelle une réserve que
-commandait la situation
-<a name="FNanchor_493_493" id="FNanchor_493_493"></a>
-<a href="#Footnote_493_493" class="fnanchor">[493]</a>. Avec Montmorin, elle manifestait
-plus d'ouverture et de confiance
-<a name="FNanchor_494_494" id="FNanchor_494_494"></a>
-<a href="#Footnote_494_494" class="fnanchor">[494]</a>. Le Roi
-faisait, ou plutôt laissait organiser quelques-uns des
-rouages recommandés par Mirabeau: on créait un
-atelier de police pour agir sur l'opinion
-<a name="FNanchor_495_495" id="FNanchor_495_495"></a>
-<a href="#Footnote_495_495" class="fnanchor">[495]</a>; on gagnait
-plusieurs journalistes et déjà certains effets favorables
-se faisaient sentir. Paris semblait mieux disposé
-pour le Roi: on y parlait moins de la Reine
-<a name="FNanchor_496_496" id="FNanchor_496_496"></a>
-<a href="#Footnote_496_496" class="fnanchor">[496]</a>.
-Les provinces étaient encore bonnes, en grande majorité;
-les calomnies contre Marie-Antoinette y
-avaient moins cours, et il eût suffi de s'y montrer pour
-conquérir promptement la confiance du peuple
-<a name="FNanchor_497_497" id="FNanchor_497_497"></a>
-<a href="#Footnote_497_497" class="fnanchor">[497]</a>. On
-l'avait bien vu à la Fédération. On pouvait trouver
-là un point d'appui sérieux. La Marck partait pour
-Metz, afin de concerter avec M. de Bouillé la sortie
-de la famille royale de Paris, base essentielle de tout
-projet de restauration
-<a name="FNanchor_498_498" id="FNanchor_498_498"></a>
-<a href="#Footnote_498_498" class="fnanchor">[498]</a>.</p>
-
-<p>On essayait donc quelque chose; mais c'était encore
-bien peu, et il fallait d'autres efforts. Ce plan de
-Mirabeau, d'ailleurs, n'était-il pas trop vaste et trop
-compliqué pour réussir
-<a name="FNanchor_499_499" id="FNanchor_499_499"></a>
-<a href="#Footnote_499_499" class="fnanchor">[499]</a>? Les augustes clients même
-<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">[Pg 168]</a></span>
-pour le salut desquels il avait été combiné n'étaient
-pas le moindre des obstacles à sa bonne et prompte
-exécution. Le Roi, quand il laissait agir, restait
-inerte; il méditait chaque jour la vie de Charles I<sup>er</sup>
-<a name="FNanchor_500_500" id="FNanchor_500_500"></a>
-<a href="#Footnote_500_500" class="fnanchor">[500]</a>,
-dont le portrait était suspendu dans sa chambre; mais
-c'était plutôt pour apprendre à souffrir et à mourir
-que pour apprendre à résister. Lorsqu'on lui parlait
-de ses affaires et de sa position, il semblait, disait
-tristement un de ses plus dévoués serviteurs, qu'on
-lui parlât de choses relatives à l'empereur de la Chine
-<a name="FNanchor_501_501" id="FNanchor_501_501"></a>
-<a href="#Footnote_501_501" class="fnanchor">[501]</a>.
-Plus énergique et plus active, la Reine voyait
-son énergie paralysée par l'inaction de son mari;
-elle luttait sans espoir contre sa déplorable destinée.
-«Comme femme, écrivait la Marck, elle est attachée
-à un être inerte; comme Reine, elle est assise sur un
-trône bien chancelant
-<a name="FNanchor_502_502" id="FNanchor_502_502"></a>
-<a href="#Footnote_502_502" class="fnanchor">[502]</a>.»</p>
-
-<p>Elle-même, d'ailleurs, mal préparée à la lutte, ne
-joignait pas à la force du caractère l'habitude des affaires,
-et la persévérance dans les idées. «La Reine,
-écrivait encore la Mark, a certainement l'esprit et la
-fermeté qui peuvent suffire à de grandes choses, mais
-il faut avouer que, soit dans les affaires, soit même
-dans la conversation, elle n'apporte pas toujours ce
-degré d'attention et cette suite qui sont indispensables
-pour apprendre à fond ce qu'on doit savoir pour
-prévenir les erreurs et pour assurer le succès
-<a name="FNanchor_503_503" id="FNanchor_503_503"></a>
-<a href="#Footnote_503_503" class="fnanchor">[503]</a>.» Il
-était du reste un terrain sur lequel Mirabeau et ses
-amis se fussent bien difficilement mis d'accord avec
-la famille royale: c'était la question religieuse, que les
-premiers jugeaient d'après les principes de la philosophie
-rationaliste, la seconde avec les lumières de la
-<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">[Pg 169]</a></span>
-foi et les délicatesses de la conscience, auxquelles
-chez Louis XVI, depuis la fatale sanction donnée à
-la Constitution civile, s'ajoutaient les saintes susceptibilités
-du remords.</p>
-
-<p>Quant aux agents de ce vaste plan, pouvait-on
-compter absolument sur eux? Montmorin était faible
-et sans initiative; Talon et Sémonville, suspects; plusieurs
-autres, d'une fidélité bien chancelante. Restaient
-la Marck et Mirabeau lui-même. La Marck
-était actif, capable, sincèrement dévoué. Mais Mirabeau,
-malgré ses protestations ardentes, ne se livrait
-pas entièrement. C'est son ami intime, son répondant,
-la Marck, qui l'observe lui-même. L'exécution chez
-lui était souvent fort différente du projet, et la réalité,
-de la promesse
-<a name="FNanchor_504_504" id="FNanchor_504_504"></a>
-<a href="#Footnote_504_504" class="fnanchor">[504]</a>. «Il voulait concilier la volonté
-apparente de servir avec l'inaction, pousser les autres
-et se tenir en arrière, avoir le mérite du succès
-<i>et ne pas mettre sa popularité à de trop fortes
-épreuves</i>
-<a name="FNanchor_505_505" id="FNanchor_505_505"></a>
-<a href="#Footnote_505_505" class="fnanchor">[505]</a>.»
-De là des indécisions, une inertie parfois
-et de temps à autre des bouffées de démagogie
-qui gâtaient tout.</p>
-
-<p>Il faut en convenir, d'ailleurs, sa situation était
-singulièrement critique. Comme l'écrivait justement
-Fersen, «il n'avait pas autant de moyens
-pour faire le bien qu'il en avait pour faire le mal
-<a name="FNanchor_506_506" id="FNanchor_506_506"></a>
-<a href="#Footnote_506_506" class="fnanchor">[506]</a>.»
-Le mystère même dont il enveloppait sa conduite
-la rendait plus difficile à soutenir. Le secret gardé le
-laissait en butte aux rancunes du côté droit; découvert
-ou même soupçonné, il lui enlevait tout crédit
-sur la gauche.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">[Pg 170]</a></span></p>
-
-<p>Mais en tout cas, pour que le plan de Mirabeau
-pût aboutir, il fallait que celui qui l'avait conçu fût
-là pour l'exécuter. Il fallait que l'homme puissant
-qui avait disposé toutes les batteries, qui tenait en
-main tous les ressorts, continuât à tout diriger. Or,
-à ce moment même, les jours de Mirabeau étaient
-comptés; la vie, dont il avait tant abusé, allait lui
-échapper à l'heure où il en consacrait les restes à la
-défense, au salut peut-être de ce qu'il avait plus que
-tout autre contribué à perdre. Dans ces derniers
-temps, du reste, son attitude est correcte. Le 24 février,
-il demande qu'on ordonne à la municipalité
-d'Arnay-le-Duc de laisser Mesdames continuer leur
-voyage, illégalement interrompu. Le 28, il s'oppose,
-avec la plus brillante éloquence, au vote d'une loi
-contre les émigrés et, malgré l'ardeur de la gauche,
-parvient à la faire repousser. «Si l'on fait cette loi,
-s'écrie-t-il, je jure de n'y point obéir
-<a name="FNanchor_507_507" id="FNanchor_507_507"></a>
-<a href="#Footnote_507_507" class="fnanchor">[507]</a>.» Et c'est
-alors que, violemment interrompu par les Lameth et
-leurs amis, il leur jette ce cri dédaigneux: «Silence
-aux trente voix!» Le soir, il paraît encore aux Jacobins
-pour combattre les chefs de la Révolution,
-irrités de ses attaques et de ce qu'ils appellent
-sa défection. Le 23 mars, dans la discussion sur
-la régence, il prend parti, avec les soutiens des
-vrais principes monarchiques, pour la régence héréditaire.</p>
-
-<p>Ce fut le chant du cygne. Le 27 mars 1791, Mirabeau
-tombait malade; le samedi 2 avril, il mourait,
-après avoir demandé à plusieurs reprises son ami le
-comte de la Marck, le confident de ses derniers projets,
-et en murmurant ces mots, devenus célèbres:
-«J'emporte avec moi le deuil de la monarchie;
-<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">[Pg 171]</a></span>
-après ma mort, les factieux s'en disputeront les
-lambeaux
-<a name="FNanchor_508_508" id="FNanchor_508_508"></a>
-<a href="#Footnote_508_508" class="fnanchor">[508]</a>.»</p>
-
-<p>Cette monarchie, l'aurait-il sauvée? Les conditions
-même dans lesquelles il se dévouait à elle, et que
-nous avons exposées plus haut, nous en font douter.
-M<sup>me</sup> Elisabeth donnait de ce doute une raison moins
-politique, mais plus conforme à ses idées religieuses
-un peu exclusives, quand elle écrivait, le 3 avril, à
-M<sup>me</sup> de Raigecourt:</p>
-
-<p>«Mirabeau a pris le parti d'aller voir, dans l'autre
-monde, si la Révolution y était approuvée. Bon Dieu!
-quel réveil que le sien!..... Beaucoup en sont fâchés;
-les aristocrates le redoutent beaucoup.
-Depuis trois mois il s'était montré pour le bon
-parti; on espérait en ses talents. Pour moi, quoique
-très aristocrate, je ne puis m'empêcher de regarder
-sa mort comme un trait de la Providence
-sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des
-gens sans principes et sans mœurs que Dieu veuille
-nous sauver
-<a name="FNanchor_509_509" id="FNanchor_509_509"></a>
-<a href="#Footnote_509_509" class="fnanchor">[509]</a>.»</p>
-
-<p>Sous une forme mystique, la pensée de M<sup>me</sup> Elisabeth
-était vraie; dans ces temps troublés, il est rare
-que ceux qui ont pu ébranler soient capables
-ensuite d'affermir et que ceux qui ont démoli sachent
-reconstruire. C'est la logique des révolutions,
-et c'est aussi leur justice.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">[Pg 172]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_VIII" id="CHAPITRE_VIII"></a>CHAPITRE VIII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Situation alarmante de Paris: l'émeute en permanence.—Démission
-de Necker.—Départ de Mesdames.—Le 28 février.—Le
-18 avril.—Projets de fuite.—Le comte d'Hinnisdal.—Espérances
-d'évasion de Saint-Cloud.—Plan de Mirabeau.—Hésitations
-du Roi.—Ouvertures au marquis de Bouillé.—Le projet est discuté,
-puis arrêté entre la Reine, Fersen et Bouillé.—Le départ,
-ajourné à plusieurs reprises, est définitivement fixé au 20 juin.</p></div>
-
-
-<p>Quelles que fussent les chances de succès du grand
-plan de Mirabeau, il était évident que ce plan allait
-disparaître avec son auteur: la clef de voûte tombant,
-tout l'édifice s'écroulait. Un certain nombre
-de pygmées pouvaient bien se disputer l'héritage du
-géant: aucun n'était de taille à le recueillir en entier.</p>
-
-<p>Cependant, la situation devenait chaque jour plus
-critique. L'émeute était en quelque sorte à l'ordre
-du jour. Dès qu'une mesure prise par l'Assemblée ou
-le gouvernement déplaisait aux Jacobins, le peuple,
-ou plutôt la populace de Paris, se soulevait et formulait
-son opinion à sa manière, en vociférant, pillant
-et pendant. L'Assemblée n'était pas plus libre
-que la famille royale. La rue était souveraine maîtresse,
-et c'est à ce titre que Malouet a pu écrire justement
-que la Terreur en France datait du 14 juillet
-1789
-<a name="FNanchor_510_510" id="FNanchor_510_510"></a>
-<a href="#Footnote_510_510" class="fnanchor">[510]</a>.
-Le mot fut bien plus vrai encore lorsque le
-gouvernement et le Roi eurent été ramenés
-de force à Paris. La liste serait longue à dresser des
-<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">[Pg 173]</a></span>
-mouvements populaires, à partir seulement du 6 octobre
-1789. Nous n'essaierons pas de le faire; nous
-nous contenterons des émeutes les plus mémorables.</p>
-
-<p>Le 2 septembre 1790, à la nouvelle de la répression
-de la révolte de Nancy par le général de
-Bouillé, quarante mille hommes s'étaient portés
-aux Tuileries et à l'Assemblée, en réclamant à
-grands cris le renvoi des ministres. Un moment
-même, on avait craint que cette foule ne marchât
-sur Saint-Cloud, où la famille royale était alors, et
-n'y renouvelât les scènes de Versailles
-<a name="FNanchor_511_511" id="FNanchor_511_511"></a>
-<a href="#Footnote_511_511" class="fnanchor">[511]</a>. Le 4 septembre,
-Necker, effrayé, avait quitté le ministère et la
-France. Deux mois après, l'hôtel d'un membre de
-l'Assemblée, le duc de Castries, était pillé, pour le
-punir d'avoir blessé dans un duel loyal l'un des
-héros populaires, Charles de Lameth. Le 27 janvier
-1791, des bandes allaient huer Clermont-Tonnerre
-et l'assaillir dans sa maison et fermaient de
-force, avec la complicité pusillanime de Bailly, le
-club des Impartiaux, dont il était président
-<a name="FNanchor_512_512" id="FNanchor_512_512"></a>
-<a href="#Footnote_512_512" class="fnanchor">[512]</a>. «Nous
-n'avons pas eu de tapage depuis huit jours,» écrivait
-le 5 février M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Raigecourt
-<a name="FNanchor_513_513" id="FNanchor_513_513"></a>
-<a href="#Footnote_513_513" class="fnanchor">[513]</a>.
-Mais ce calme inaccoutumé ne devait pas durer
-longtemps. Moins de deux semaines après, la nouvelle
-du départ de Mesdames donnait un nouvel
-aliment à l'agitation populaire. Une députation des
-sections se rendit aux Tuileries et prétendit forcer le
-Roi à interdire à ses tantes de s'éloigner. Louis XVI
-refusa. Mesdames partirent le 19 février. Arrêtées
-par la municipalité d'Arnay-le-Duc, les deux princesses
-ne purent continuer leur voyage qu'en vertu
-d'un décret de l'Assemblée, après une inconvenante
-<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">[Pg 174]</a></span>
-plaisanterie de Menou, pour qui les tantes
-du monarque n'étaient plus que deux vieilles femmes,
-tant le respect de l'autorité et de la famille royale
-avait, en moins de deux ans, disparu du langage et
-des mœurs!</p>
-
-<p>On répandit le bruit que ce départ de Mesdames
-n'était qu'un prélude, que le Roi, la Reine et Monsieur
-ne tarderaient pas à suivre l'exemple de
-M<sup>me</sup> Adélaïde et M<sup>me</sup> Victoire. Sept à huit cents
-personnes, lie du peuple, filles de la rue Saint-Honoré
-et leurs souteneurs, se portèrent tumulteusement
-au Luxembourg, forcèrent Monsieur et Madame
-à aller aux Tuileries et ne les quittèrent qu'après
-s'être assurés qu'ils y étaient entrés
-<a name="FNanchor_514_514" id="FNanchor_514_514"></a>
-<a href="#Footnote_514_514" class="fnanchor">[514]</a>. Le 24, un
-ramassis confus de filles publiques, d'émissaires des
-Jacobins et d'hommes déguisés en femmes envahit
-le jardin des Tuileries et demanda en hurlant que le
-Roi ordonnât à ses tantes de revenir. Sur l'injonction
-de cette bande, les soldats ôtèrent leur baïonnette et
-Bailly proposait qu'on ouvrît les portes et qu'on introduisît
-dans le Château une vingtaine de délégués qui
-voulaient voir le Dauphin, qu'on disait parti comme
-Mesdames
-<a name="FNanchor_515_515" id="FNanchor_515_515"></a>
-<a href="#Footnote_515_515" class="fnanchor">[515]</a>.
-Heureusement, la garde fut plus ferme
-que le maire; la foule fut sommée de se disperser,
-et au premier roulement de tambour, tout s'enfuit
-comme une volée d'oiseaux
-<a name="FNanchor_516_516" id="FNanchor_516_516"></a>
-<a href="#Footnote_516_516" class="fnanchor">[516]</a>.</p>
-
-<p>Le 28 février, la chose était plus grave. La commune
-de Paris faisait en ce moment réparer le château
-de Vincennes. Le bruit se répandit que ces réparations
-<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">[Pg 175]</a></span>
-n'étaient qu'un moyen de favoriser une évasion
-du Roi, qui, par des conduits souterrains, irait
-des Tuileries à Vincennes, et de là à la frontière.
-Des bandes d'ouvriers des faubourgs, armés de pioches
-et de piques, se dirigèrent sur Vincennes pour
-démolir le donjon. Lafayette et la garde nationale
-les suivirent et parvinrent à les disperser. Mais la
-nouvelle de ce mouvement populaire s'était répandue.
-Un certain nombre de gentilshommes, redoutant
-quelque attaque des Tuileries en l'absence de
-la milice parisienne, s'y rendirent. Ils étaient trois
-cents environ, la plupart avaient des armes pour défendre
-la famille royale et au besoin se défendre
-eux-mêmes; le motif même qui les avait conduits
-au Château l'exigeait. Une fois là, y eut-il des imprudences
-de commises par quelques jeunes gens,
-comme semble le croire M<sup>me</sup> Elisabeth
-<a name="FNanchor_517_517" id="FNanchor_517_517"></a>
-<a href="#Footnote_517_517" class="fnanchor">[517]</a>? Affichèrent-ils
-une attitude hostile ou tinrent-ils des propos blessants
-pour la garde de service? Y eut-il, au contraire,
-comme le prétend Hue
-<a name="FNanchor_518_518" id="FNanchor_518_518"></a>
-<a href="#Footnote_518_518" class="fnanchor">[518]</a>, de l'eau-de-vie distribuée
-aux gardes nationaux pour échauffer les
-têtes? Ce qui est certain, c'est qu'un conflit éclata, et
-le bruit se répandit que ces amis de la royauté n'étaient
-venus que pour enlever le Roi et opérer une
-contre-révolution. A peine de retour de Vincennes,
-Lafayette accourut au Château, apostropha durement
-les gentilshommes et voulut les désarmer. Ils
-résistèrent; mais le Roi, soucieux d'éviter à tout prix
-une lutte, pria lui-même ses défenseurs de remettre
-leurs armes dans son cabinet, leur promettant
-qu'elles leur seraient rendues le lendemain. On
-obéit; une heure après, les gardes nationaux exigèrent
-<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">[Pg 176]</a></span>
-que les armes fussent portées chez M. de Gouvion,
-major général; au bas de l'escalier, elles furent
-pillées
-<a name="FNanchor_519_519" id="FNanchor_519_519"></a>
-<a href="#Footnote_519_519" class="fnanchor">[519]</a>.</p>
-
-<p>Quant aux fidèles serviteurs, déjà victimes de cette
-humiliante exigence, lorsqu'ils sortirent des Tuileries,
-à huit heures du soir, on les fouilla, on les hua,
-on les maltraita; on en conduisit plusieurs à l'Abbaye
-<a name="FNanchor_520_520" id="FNanchor_520_520"></a>
-<a href="#Footnote_520_520" class="fnanchor">[520]</a>.
-Des vieillards même, comme le maréchal de
-Mailly, ne furent pas à l'abri des insultes et des
-coups
-<a name="FNanchor_521_521" id="FNanchor_521_521"></a>
-<a href="#Footnote_521_521" class="fnanchor">[521]</a>.</p>
-
-<p>Le lendemain, Lafayette fit afficher sur les murs
-de la capitale une proclamation pour prévenir la
-garde nationale qu'il avait donné des ordres aux
-«chefs de la domesticité»,—c'est ainsi qu'il nommait
-les gentilshommes de la Chambre,—afin qu'on ne laissât
-plus entrer au Château d'hommes armés et «d'un
-zèle très justement suspect
-<a name="FNanchor_522_522" id="FNanchor_522_522"></a>
-<a href="#Footnote_522_522" class="fnanchor">[522]</a>», confirmant ainsi par
-ces paroles les faux bruits de complot et autorisant
-de son prestige populaire l'absurde et mortelle légende
-des <i>Chevaliers du poignard</i>.</p>
-
-<p>«Tout est fort tranquille depuis ce moment-là,
-écrivait, le 2 mars, M<sup>me</sup> Elisabeth, toujours prompte à
-se rassurer ou plutôt à rassurer ses amies, et je crois
-que c'est fini, parce que les méchants ont obtenu ce
-qu'ils voulaient et que nous autres, bonnes bêtes,
-nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre
-nez et donnons tête baissée dans tous les pièges que
-l'on nous tend
-<a name="FNanchor_523_523" id="FNanchor_523_523"></a>
-<a href="#Footnote_523_523" class="fnanchor">[523]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">[Pg 177]</a></span></p>
-
-<p>La princesse se trompait: rien n'était fini. La journée
-du 28 février avait aggravé le dissentiment entre
-les monarchistes et les Constitutionnels et fait descendre
-l'autorité du Roi de toute la hauteur dont
-avait grandi celle de Lafayette. Mais ce n'était, en
-somme, qu'un incident et un symptôme. Une question
-plus grave, sur laquelle le Roi ne pouvait se
-mettre d'accord avec l'Assemblée, pas plus qu'avec
-Mirabeau, c'était la question religieuse. Louis XVI
-était profondément pénétré des principes du catholicisme.
-Il avait bien pu, dans un moment de faiblesse,
-donner sa sanction à la Constitution civile du
-clergé
-<a name="FNanchor_524_524" id="FNanchor_524_524"></a>
-<a href="#Footnote_524_524" class="fnanchor">[524]</a>,
-et aux décrets qui exigeaient des évêques
-et des prêtres un serment contraire à leur conscience
-<a name="FNanchor_525_525" id="FNanchor_525_525"></a>
-<a href="#Footnote_525_525" class="fnanchor">[525]</a>;
-mais le remords même qu'il en éprouvait
-rendait plus inébranlable désormais son attachement
-à sa foi, et nulle force humaine n'eût pu le
-contraindre à se servir du ministère d'un prêtre
-assermenté, qui n'était à ses yeux qu'un prêtre schismatique.
-Marie-Antoinette n'était pas moins ferme.
-Vainement Montmorin et Mirabeau, qui ne comprenaient
-pas ces scrupules, les pressaient-ils de se rendre
-à des cérémonies où officiaient des membres du
-clergé constitutionnel et à donner un semblant de
-satisfaction à l'opinion démocratique, en assistant
-le dimanche à la messe de leur paroisse. Ni le Roi
-ni la Reine n'y voulaient consentir, et le Roi avait
-nettement refusé d'admettre dans sa chapelle des
-ecclésiastiques assermentés
-<a name="FNanchor_526_526" id="FNanchor_526_526"></a>
-<a href="#Footnote_526_526" class="fnanchor">[526]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, Pâques approchait. Louis XVI, souffrant
-depuis les scènes douloureuses du 28 février et privé
-<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">[Pg 178]</a></span>
-de l'exercice auquel il était accoutumé
-<a name="FNanchor_527_527" id="FNanchor_527_527"></a>
-<a href="#Footnote_527_527" class="fnanchor">[527]</a>, avait besoin
-de respirer un air plus pur que celui de Paris. Il
-résolut d'aller passer la semaine sainte à Saint-Cloud,
-où il aurait en même temps plus de liberté pour
-remplir ses devoirs religieux. Les préparatifs furent
-faits au grand jour. Mais les meneurs répandirent le
-bruit que le voyage annoncé en dissimulait un autre,
-que ce n'était pas à Saint-Cloud, mais à Metz que le
-Roi devait aller, et qu'en tout cas il était poussé à ce
-voyage par des scrupules indignes d'un monarque
-constitutionnel. Les ennemis du catholicisme devenaient
-chaque jour plus intolérants. Le 3 avril, on
-avait installé dans toutes les paroisses de Paris les
-curés assermentés. Les fidèles, usant de leur droit de
-ne point assister à des cérémonies célébrées par des
-schismatiques, avaient loué l'église des Théatins
-pour y exercer leur culte. Mais lorsqu'ils s'y présentèrent,
-le jour des Rameaux, 17 avril, une foule
-ameutée les maltraita; des femmes furent insultées,
-des jeunes filles fustigées, et le soir le club des
-Cordeliers avait engagé à faire, le lendemain, une
-démonstration au Château, afin de forcer le Roi à
-renvoyer les prêtres de sa chapelle et à faire ses
-Pâques à Saint-Germain-l'Auxerrois
-<a name="FNanchor_528_528" id="FNanchor_528_528"></a>
-<a href="#Footnote_528_528" class="fnanchor">[528]</a>. Déjà, ce même
-jour, la garde nationale avait voulu empêcher les aumôniers
-royaux de dire la messe aux Tuileries
-<a name="FNanchor_529_529" id="FNanchor_529_529"></a>
-<a href="#Footnote_529_529" class="fnanchor">[529]</a>. En
-présence de cette effervescence, Louis XVI, désireux
-de ne pas donner prétexte à des troubles, avait,
-assure-t-on, renoncé à son projet de départ; il ne
-l'avait repris que sur les instances de Lafayette et
-<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">[Pg 179]</a></span>
-de Bailly, qui se croyaient sûrs de maintenir l'ordre
-<a name="FNanchor_530_530" id="FNanchor_530_530"></a>
-<a href="#Footnote_530_530" class="fnanchor">[530]</a>.
-L'événement ne tarda pas à leur prouver que le vrai
-maître de Paris, ce n'était pas eux, mais le club des
-Cordeliers.</p>
-
-<p>Le lendemain matin, en effet, lundi saint, 18 avril,
-la foule se porta en masse aux Tuileries. Lorsque,
-vers onze heures
-<a name="FNanchor_531_531" id="FNanchor_531_531"></a>
-<a href="#Footnote_531_531" class="fnanchor">[531]</a>, le Roi et la Reine parurent pour
-monter en voiture, ils furent assaillis par des clameurs
-hostiles. Ils prirent place néanmoins dans une
-berline avec leurs enfants, M<sup>me</sup> Élisabeth et M<sup>me</sup> de
-Tourzel
-<a name="FNanchor_532_532" id="FNanchor_532_532"></a>
-<a href="#Footnote_532_532" class="fnanchor">[532]</a>.
-Mais le départ fut impossible. La garde
-nationale, d'accord avec les émeutiers, obstruait les
-portes, entourait les voitures, croisait la baïonnette
-sur le poitrail des chevaux
-<a name="FNanchor_533_533" id="FNanchor_533_533"></a>
-<a href="#Footnote_533_533" class="fnanchor">[533]</a>, apostrophait le Roi et
-la Reine de la manière la plus grossière
-<a name="FNanchor_534_534" id="FNanchor_534_534"></a>
-<a href="#Footnote_534_534" class="fnanchor">[534]</a>. «A bas
-les valets! A bas les chevaux! criait-on. On ne
-doit pas sortir de Paris avant la fin de la Constitution.»
-Vainement Lafayette harangua-t-il sa troupe;
-la troupe désobéit. Vainement le Roi disait-il à Bailly:
-«Il serait étonnant qu'après avoir donné la liberté à
-la nation, je ne fusse pas libre moi-même
-<a name="FNanchor_535_535" id="FNanchor_535_535"></a>
-<a href="#Footnote_535_535" class="fnanchor">[535]</a>!» Pendant
-deux heures, la famille royale resta dans son
-carrosse, exposée aux insultes de la populace
-<a name="FNanchor_536_536" id="FNanchor_536_536"></a>
-<a href="#Footnote_536_536" class="fnanchor">[536]</a>. Pendant
-<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">[Pg 180]</a></span>
-deux heures, Lafayette essaya vainement de
-rappeler enfin les perturbateurs à l'ordre et les soldats
-à la discipline. Ni ordres, ni prières, ni menaces ne
-furent écoutés. Le tumulte croissait d'heure en heure;
-le maire refusait de proclamer la loi martiale
-<a name="FNanchor_537_537" id="FNanchor_537_537"></a>
-<a href="#Footnote_537_537" class="fnanchor">[537]</a>. Les
-serviteurs du Roi étaient maltraités
-<a name="FNanchor_538_538" id="FNanchor_538_538"></a>
-<a href="#Footnote_538_538" class="fnanchor">[538]</a>; le grand aumônier,
-mis en joue
-<a name="FNanchor_539_539" id="FNanchor_539_539"></a>
-<a href="#Footnote_539_539" class="fnanchor">[539]</a>; M. de Duras, frappé avec une
-telle violence que le Dauphin se prît à pleurer
-<a name="FNanchor_540_540" id="FNanchor_540_540"></a>
-<a href="#Footnote_540_540" class="fnanchor">[540]</a>.
-Pour éviter de nouveaux excès, il fallut renoncer au
-voyage. Satisfaite de sa victoire, la garde nationale
-protesta de son dévouement: «Soyez tranquille,
-nous vous défendrons,» disaient les soldats à la
-Reine, en se pressant autour d'elle.—«Oui,» répondit
-ironiquement la princesse, «nous y comptons;
-mais vous avouerez à présent que nous ne sommes
-pas libres
-<a name="FNanchor_541_541" id="FNanchor_541_541"></a>
-<a href="#Footnote_541_541" class="fnanchor">[541]</a>.»
-Et prenant le Dauphin dans ses bras,
-elle rentra fièrement aux Tuileries. Le soir, les gardes
-nationaux prétendirent encore fouiller les appartements,
-même la chambre du Roi, même les
-greniers, même les remises, sous prétexte d'y trouver
-des prêtres réfractaires
-<a name="FNanchor_542_542" id="FNanchor_542_542"></a>
-<a href="#Footnote_542_542" class="fnanchor">[542]</a>, et, à dix heures, un
-homme, sur le Carrousel, lisait à haute voix un papier
-rempli d'horreurs contre le Roi, exhortant le
-peuple à forcer le Château, à tout jeter par les fenêtres
-et surtout à ne pas manquer l'occasion, comme
-on l'avait manquée à Versailles, au 6 octobre
-<a name="FNanchor_543_543" id="FNanchor_543_543"></a>
-<a href="#Footnote_543_543" class="fnanchor">[543]</a>.</p>
-
-<p>Le lendemain, le Roi se rendit à l'Assemblée et
-<span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">[Pg 181]</a></span>
-protesta énergiquement contre la violence qui lui
-avait été faite. Le président Chabroud se contenta
-de répondre «qu'une inquiète agitation est inséparable
-des progrès de la liberté
-<a name="FNanchor_544_544" id="FNanchor_544_544"></a>
-<a href="#Footnote_544_544" class="fnanchor">[544]</a>.» Cette agitation croissant
-toujours, le Roi engagea son premier aumônier,
-le cardinal de Montmorency, M<sup>gr</sup> de Roquelaure
-et M<sup>gr</sup> de Sabran, ses aumôniers, les prêtres de
-sa chapelle, les premiers gentilshommes de la
-Chambre, MM. de Duras et de Villequier, à s'éloigner
-de lui; la Reine adressa la même invitation
-à sa dame d'honneur, M<sup>me</sup> de Chimay, à sa dame du
-palais, M<sup>me</sup> de Duras; et le jour de Pâques, 24 avril,
-Louis XVI et Marie-Antoinette furent contraints
-d'aller à Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse des Tuileries,
-assister à la messe solennelle chantée par l'intrus
-qui avait remplacé le vénérable curé, démissionnaire
-pour refus de serment. Seule, M<sup>me</sup> Élisabeth,
-quoique menacée des derniers outrages, put se dispenser
-d'une cérémonie qui froissait si légitimement
-sa conscience
-<a name="FNanchor_545_545" id="FNanchor_545_545"></a>
-<a href="#Footnote_545_545" class="fnanchor">[545]</a>. C'était là sans doute ce que Chabroud
-entendait par les progrès de la liberté!</p>
-
-<p>La semaine fut triste pour les prisonniers des Tuileries;
-le deuil de l'église, pendant les jours saints,
-s'accordait trop bien avec le deuil de leurs propres
-cœurs pour qu'ils n'en fussent pas émus. «La solitude
-des Tuileries, dit M<sup>me</sup> de Tourzel, la vue du Roi,
-privé de ses grands officiers, et nous tous à la veille
-d'être forcés de nous éloigner de sa personne, les
-offices de l'Eglise, auxquels nous assistions régulièrement
-et qui offraient des analogies si frappantes
-avec la situation, le tombeau du jeudi saint, espèce
-de cénotaphe entouré de cyprès et sur lequel il y
-<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">[Pg 182]</a></span>
-avait une couronne d'épines, emblème si juste de
-celle que portait le Roi, tout contribuait à augmenter
-la profonde tristesse dont nous étions pénétrés et
-qu'il fallait renfermer en soi-même pour ne la pas
-faire partager à notre pauvre petit Dauphin
-<a name="FNanchor_546_546" id="FNanchor_546_546"></a>
-<a href="#Footnote_546_546" class="fnanchor">[546]</a>.»</p>
-
-<p>C'en était trop. L'homme avait pu généreusement
-pardonner les outrages dont on n'avait cessé
-de l'abreuver; le Roi avait fait largement le sacrifice
-de son autorité; mais, violenté dans sa conscience,
-le chrétien se redressa. Louis XVI résolut de sortir
-de ce Paris, qui n'était plus pour lui qu'une prison.</p>
-
-<p>Depuis longtemps déjà, les serviteurs les plus
-anciens de la monarchie, comme les conseillers de
-la dernière heure, considéraient le départ du Roi
-comme indispensable au salut de la royauté. Le lendemain
-même du jour où l'émeute triomphante l'avait
-ramené dans la capitale, les hommes d'Etat,
-vraiment dignes de ce nom, avaient jugé qu'il n'y
-pouvait rester, parce qu'il n'y avait pas la liberté
-nécessaire. Les projets d'évasion se succédaient sans
-relâche. De quelque mystère que la mort de M. de
-Favras ait enveloppé ses projets, il est certain que
-la base première en était le départ de la famille royale,
-volontaire ou forcé. Un peu plus tard, en mars 1790,
-un député de la noblesse, le comte d'Hinnisdal, avait
-organisé tout un plan pour enlever le Roi; la garde
-nationale de service était gagnée; les hommes étaient
-à leur poste; les relais étaient disposés; tout était
-prêt, sauf le consentement de Louis XVI. M. Campan
-fut chargé de sonder le prince, un soir, pendant
-qu'il jouait au whist avec la Reine et sa famille. Le
-Roi fit d'abord la sourde oreille, puis, pressé de se
-prononcer: «Dites à M. d'Hinnisdal, répondit-il, que
-<span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">[Pg 183]</a></span>
-«je ne puis consentir à me laisser enlever.»—«Vous
-entendez bien, reprit la Reine, le Roi ne peut consentir
-à ce qu'on l'enlève.» Espérait-elle qu'on ne
-tiendrait pas compte de cette défense ambiguë, qui
-pouvait cacher un acquiescement tacite? Toujours
-est-il que, suivant M<sup>me</sup> Campan, elle resta jusqu'à
-minuit à préparer sa cassette. Mais aucun bruit ne
-vint troubler le silence de la nuit: M. d'Hinnisdal,
-mécontent de la réponse équivoque du Roi et ne voulant
-pas agir sans l'assentiment positif de ceux pour
-lesquels il se compromettait, avait renoncé à l'entreprise
-<a name="FNanchor_547_547" id="FNanchor_547_547"></a>
-<a href="#Footnote_547_547" class="fnanchor">[547]</a>.</p>
-
-<p>Si le départ était difficile à Paris, il était plus praticable
-à Saint-Cloud, où la famille royale passa l'été
-de 1790. Le Roi y était sans gardes, accompagné
-d'un seul aide-de-camp de Lafayette; la Reine n'avait
-de même qu'un seul homme de service auprès
-d'elle. Souvent tous deux sortaient de bonne heure et
-rentraient tard, sans qu'on s'en inquiétât. On voyageait
-encore sans obstacle en France; il était facile
-de quitter Saint-Cloud et de là de gagner une province
-sûre. M<sup>me</sup> Campan affirme qu'un plan d'évasion
-fut alors combiné: le Roi se serait rendu seul à un
-bois distant de quatre lieues du Château, où la famille
-royale l'aurait rejoint
-<a name="FNanchor_548_548" id="FNanchor_548_548"></a>
-<a href="#Footnote_548_548" class="fnanchor">[548]</a>. D'autre part, M<sup>me</sup> de
-Tourzel raconte—et cela semble bien être le même
-fait,—que M. de la Tour du Pin, ministre de la
-guerre, avait supplié Louis XVI de profiter de son
-séjour à la campagne pour partir, promettant de disposer
-des régiments fidèles pour protéger la route et
-assurant—l'avenir ne lui donna que trop raison—que
-cette occasion perdue ne se retrouverait plus
-<a name="FNanchor_549_549" id="FNanchor_549_549"></a>
-<a href="#Footnote_549_549" class="fnanchor">[549]</a>.
-<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">[Pg 184]</a></span>
-Les meilleurs serviteurs du monarque, sa famille
-elle-même, souhaitaient vivement qu'il acceptât cette
-proposition. M<sup>me</sup> Elisabeth l'espérait: elle croyait
-voir à certains symptômes, suivant son langage
-énigmatique, que «la guérison approchait
-<a name="FNanchor_550_550" id="FNanchor_550_550"></a>
-<a href="#Footnote_550_550" class="fnanchor">[550]</a>». Un
-moment en effet, après la discussion sur les événements
-d'octobre, on crut que le Roi, indigné des
-résolutions de l'Assemblée, céderait aux conseils de
-M. de la Tour du Pin.</p>
-
-<p>Un jour, s'il faut en croire le comte Esterhazy,
-Louis XVI gagna les hauteurs de Saint-Cloud et sortit
-par une porte du parc qui était condamnée et qu'il
-fit enfoncer. Il était accompagné du duc de Brissac,
-de MM. de la Suze, de Tourzel et Esterhazy. On descendit
-par la plaine auprès de Rueil et, après avoir
-passé le pont de Chatou, on entra dans la forêt du
-Vésinet. Là, le Roi tourna à droite et lança son cheval
-sur la route de Maisons. La Reine, de son côté,
-était sortie en voiture avec M<sup>me</sup> Elisabeth et son fils.
-Tout faisait supposer qu'on pousserait plus loin: on
-eût trouvé un bateau pour traverser la Seine et de
-l'autre côté du fleuve des voitures pour gagner Chantilly
-où les chevaux du prince de Condé, encore dans
-les écuries, auraient servi de relais pour se rendre à
-l'armée. Tout à coup, le Roi s'arrêta et l'on retourna
-à Saint-Cloud. Les espérances étaient encore une
-fois déçues. A sa rentrée au Château, le comte Esterhazy
-ne put s'empêcher de dire à la Reine son désappointement
-<span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">[Pg 185]</a></span>
-en insistant sur l'urgence de se soustraire
-à la surveillance des geôliers. La Reine répondit
-qu'elle pensait bien comme lui,—elle l'avait déjà
-déclaré à M<sup>me</sup> Campan
-<a name="FNanchor_551_551" id="FNanchor_551_551"></a>
-<a href="#Footnote_551_551" class="fnanchor">[551]</a>.—Mais elle désespérait
-d'obtenir le consentement du Roi, sinon lorsqu'il ne
-serait plus temps; quant à elle, elle était résolue à
-ne jamais se séparer de son mari et à suivre le sort
-que la destinée lui préparait
-<a name="FNanchor_552_552" id="FNanchor_552_552"></a>
-<a href="#Footnote_552_552" class="fnanchor">[552]</a>.</p>
-
-<p>A ce moment, pourtant, les négociations avec
-Mirabeau étaient en plein cours et le plan de Mirabeau
-reposait avant tout sur la sortie de Paris. Seulement,—et
-c'est là que le puissant orateur différait d'avis
-avec la Tour du Pin et Esterhazy,—Mirabeau n'admettait
-pas une évasion. «Un roi, qui est la seule
-sauvegarde de son peuple, disait-il, ne fuit pas devant
-son peuple; il ne se met pas dans la position de ne
-pouvoir rentrer au sein de ses États que les armes à
-la main, ou d'être réduit à mendier des secours étrangers
-<a name="FNanchor_553_553" id="FNanchor_553_553"></a>
-<a href="#Footnote_553_553" class="fnanchor">[553]</a>.»
-Et il écrivait de même à la Marck: «Un roi
-ne s'en va qu'en plein jour, quand c'est pour être
-roi
-<a name="FNanchor_554_554" id="FNanchor_554_554"></a>
-<a href="#Footnote_554_554" class="fnanchor">[554]</a>.»
-C'était sa conviction au lendemain même des
-journées d'octobre. Il voulait qu'on se retirât à Rouen,
-<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">[Pg 186]</a></span>
-au sein de la Normandie, province fidèle, à proximité
-de la Bretagne et de l'Anjou, qui ne l'étaient pas
-moins
-<a name="FNanchor_555_555" id="FNanchor_555_555"></a>
-<a href="#Footnote_555_555" class="fnanchor">[555]</a>,
-et où il serait facile de s'entourer de troupes
-sûres. L'année suivante, c'était à Fontainebleau qu'il
-demandait qu'on se transportât
-<a name="FNanchor_556_556" id="FNanchor_556_556"></a>
-<a href="#Footnote_556_556" class="fnanchor">[556]</a>, mais toujours en
-plein jour, après avoir prévenu officiellement l'Assemblée
-et sous la protection de la garde nationale, à
-laquelle on associerait un régiment d'infanterie, le
-Royal-Comtois, alors en garnison à Orléans et animé
-d'un excellent esprit, et deux cents cavaliers du régiment
-de Lorraine, qu'on ferait venir de Rambouillet
-<a name="FNanchor_557_557" id="FNanchor_557_557"></a>
-<a href="#Footnote_557_557" class="fnanchor">[557]</a>.
-Plus tard, lorsque l'esprit révolutionnaire
-eût fait de nouveaux progrès, ce ne fut plus de Fontainebleau,
-ville ouverte et à la merci d'un coup de
-main, qu'il s'agit, mais d'une ville fortifiée et plus
-rapprochée de la frontière, Compiègne ou Beauvais
-<a name="FNanchor_558_558" id="FNanchor_558_558"></a>
-<a href="#Footnote_558_558" class="fnanchor">[558]</a>,
-d'où l'on pouvait aller plus loin, sous la protection
-de l'armée de M. de Bouillé
-<a name="FNanchor_559_559" id="FNanchor_559_559"></a>
-<a href="#Footnote_559_559" class="fnanchor">[559]</a>. Mais le grand
-obstacle à l'exécution de ce plan, c'était l'indécision
-du Roi. Louis XVI manifestait pour un départ, sous
-quelque forme qu'il se présentât, la même répugnance
-qu'il avait déjà si malheureusement montrée lors des
-néfastes journées d'octobre, et sans s'y refuser positivement,
-il opposait la plus fatale des résistances, la force
-d'inertie. La Reine y était plus résolue: «Il faudra
-pourtant bien s'enfuir,» avait-elle dit un jour à
-M<sup>me</sup> Campan
-<a name="FNanchor_560_560" id="FNanchor_560_560"></a>
-<a href="#Footnote_560_560" class="fnanchor">[560]</a>.
-M<sup>me</sup> Elisabeth l'était plus encore, mais
-elle n'était guère appelée au conseil et ses lettres à ses
-amies sont pleines de ses doléances sur cette funeste
-<span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">[Pg 187]</a></span>
-inaction de son frère. Après tant d'alternatives d'espoir
-et de déceptions, le 24 octobre, peu après la tentative
-avortée qu'a racontée le comte Esterhazy, elle
-écrivait à M<sup>me</sup> de Raigecourt, dans ce style figuré qui
-servait à sa correspondance:</p>
-
-<p>«J'ai vu l'homme qui est si beau; il est un peu à
-la désespérade. Mon malade a toujours des engourdissements
-dans les jambes, et il craint que cela ne
-gagne tellement les jointures qu'il n'y ait pas de remède
-<a name="FNanchor_561_561" id="FNanchor_561_561"></a>
-<a href="#Footnote_561_561" class="fnanchor">[561]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine négociait de divers côtés, dépêchait
-courriers sur courriers, lettres sur lettres, à son frère
-et à M. de Mercy, demandait des conseils, des secours,
-de l'argent. Le Roi restait à l'écart, comme
-s'il se désintéressait des projets de sa femme et des
-espérances de sa sœur. A la fin d'octobre 1790, cependant,
-il se décida à entrer en relations avec le
-général qui commandait à Metz, le marquis de Bouillé.
-Mirabeau lui-même l'avait indiqué; ses services et
-ses talents le recommandaient plus encore. Connu
-jadis par de brillants exploits aux Antilles, pendant
-la guerre d'Amérique, plus récemment par la vigueur
-avec laquelle il avait réprimé l'insurrection de
-Nancy, très estimé de l'armée, très aimé même des
-gardes nationales, très royaliste et cependant très
-populaire, très énergique de caractère et très modéré
-d'opinion, inclinant même, dit-on, vers une
-constitution modelée sur celle de l'Angleterre
-<a name="FNanchor_562_562" id="FNanchor_562_562"></a>
-<a href="#Footnote_562_562" class="fnanchor">[562]</a>, le
-marquis de Bouillé était l'homme désigné pour être
-le défenseur suprême de la royauté aux abois. Il
-commandait à Metz et cette situation, en plaçant sous
-<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">[Pg 188]</a></span>
-ses ordres les places fortes de la frontière, lui permettait
-d'y assurer un refuge à la famille royale.
-Lui-même déjà avait étudié un plan de départ du
-Roi, car c'était là la question capitale qui préoccupait
-à juste titre tous les royalistes, comme la base
-indispensable de toute restauration monarchique.
-Il ne fut donc nullement surpris lorsque, à la fin
-d'octobre 1790, l'évêque de Pamiers, M<sup>gr</sup> d'Agout,
-vint lui exposer le dessein du Roi. Seulement, le
-dessein du Roi différait essentiellement de celui du
-général.</p>
-
-<p>Comme Mirabeau, M. de Bouillé eût voulu un
-départ en plein jour, sur la demande des départements
-et des troupes, auxquels il ne pensait pas
-que l'Assemblée pût s'opposer
-<a name="FNanchor_563_563" id="FNanchor_563_563"></a>
-<a href="#Footnote_563_563" class="fnanchor">[563]</a>. Louis XVI, entraîné
-par sa faiblesse naturelle, qui avait horreur de toute
-mesure énergique, préférait une évasion. Au reste
-les détails de ce plan n'étaient point encore arrêtés,
-et l'exécution n'en aurait lieu qu'au printemps
-<a name="FNanchor_564_564" id="FNanchor_564_564"></a>
-<a href="#Footnote_564_564" class="fnanchor">[564]</a>. Le
-général fit quelques objections; elles tombèrent devant
-la volonté royale, et il n'y eut plus qu'à désigner
-la ville qui semblerait offrir la retraite la plus
-sûre. Après un long échange de lettres, le Roi se
-décida pour Montmédy; l'époque du départ fut fixée
-à la fin de mars.</p>
-
-<p>Les choses en étaient là, et M. de Bouillé, tout en
-regrettant la résolution de Louis XVI, en préparait
-l'exécution, lorsque, au mois de février, il reçut la
-visite du comte de la Marck. Le prince s'était enfin
-décidé à accepter le plan de Mirabeau, et M. de la
-Marck en venait confier les détails au commandant
-de l'armée de Metz.</p>
-
-<p>Le Roi sortirait de Paris en plein jour et s'en irait
-<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">[Pg 189]</a></span>
-à Compiègne, où M. de Bouillé le recevrait et l'entourerait
-de troupes fidèles, soit pour rester là, soit
-pour aller plus loin, si les circonstances l'exigeaient.
-Une fois en liberté, il adresserait une proclamation
-au pays et l'on ne doutait pas que le mécontentement
-général, venant à l'appui de la protestation du
-souverain, ne forçât l'Assemblée à modifier la Constitution
-ou ne permît au Roi de convoquer hors de
-Paris une nouvelle Législature, qui accomplirait les
-réformes demandées par l'opinion et rendrait à la
-royauté l'exercice légitime de son autorité
-<a name="FNanchor_565_565" id="FNanchor_565_565"></a>
-<a href="#Footnote_565_565" class="fnanchor">[565]</a>. Mirabeau
-croyait pouvoir compter sur trente-six départements;
-M. de Bouillé sur six, et d'ailleurs la plupart des administrations
-départementales étaient royalistes
-<a name="FNanchor_566_566" id="FNanchor_566_566"></a>
-<a href="#Footnote_566_566" class="fnanchor">[566]</a>.
-M. de Bouillé approuva ce plan, qu'il préférait beaucoup
-à la retraite sur Montmédy, et supplia Louis XVI
-d'en poursuivre l'exécution, en continuant à se servir
-de son habile et puissant conseiller
-<a name="FNanchor_567_567" id="FNanchor_567_567"></a>
-<a href="#Footnote_567_567" class="fnanchor">[567]</a>. Malheureusement
-Mirabeau mourut et le Roi retomba plus
-que jamais dans ses indécisions.</p>
-
-<p>La situation d'ailleurs s'aggravait à chaque instant.
-Si, au début de février, on pouvait sortir de
-Paris en plein jour, le pourrait-on deux semaines
-plus tard, après l'aventure de Mesdames? Si les tantes
-du Roi avaient eu tant de peine à passer, laisserait-on
-partir le Roi lui-même? L'émeute, qui avait forcé
-Monsieur à venir coucher aux Tuileries, n'était-elle
-pas un signe de ce que pouvait et voulait la populace
-parisienne? Deux mois après, toute illusion à ce sujet,
-s'il y en avait encore, devait cesser: la garde nationale
-qui, malgré Lafayette et Bailly, ne permettait
-<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">[Pg 190]</a></span>
-même pas à la famille royale d'aller à Saint-Cloud,
-lui permettrait bien moins encore d'aller à Compiègne.
-L'impossibilité d'un départ public apparaissait
-manifestement, et cette atteinte à sa liberté, qui déterminait
-enfin irrévocablement le Roi à sortir de Paris,
-ne lui laissait que les chances d'une évasion.</p>
-
-<p>On revint au dessein primitif de Louis XVI, la fuite
-sur Montmédy. Le 20 avril, la Reine écrivait à
-Mercy:</p>
-
-<p>«L'événement qui vient de se passer nous confirme
-plus que jamais dans nos projets. La garde
-qui est alentour de nous est celle qui nous menace
-le plus. Notre vie même n'est pas en sûreté.., Notre
-position est affreuse; il faut absolument en finir dans
-le mois prochain. Le Roi le désire encore plus que
-moi
-<a name="FNanchor_568_568" id="FNanchor_568_568"></a>
-<a href="#Footnote_568_568" class="fnanchor">[568]</a>.»</p>
-
-<p>Cette lettre et celles qui suivirent révèlent le plan
-de la famille royale: jusqu'à ce que le départ fût
-possible, Louis XVI se renfermerait dans une inertie
-absolue, accepterait sans résistance des lois que le
-manque de liberté entacherait plus tard de nullité et,
-en attendant, s'efforcerait de se procurer des ressources
-et de se ménager des appuis.</p>
-
-<p>Il fallait trouver quinze millions
-<a name="FNanchor_569_569" id="FNanchor_569_569"></a>
-<a href="#Footnote_569_569" class="fnanchor">[569]</a>; on espérait les
-avoir en Hollande
-<a name="FNanchor_570_570" id="FNanchor_570_570"></a>
-<a href="#Footnote_570_570" class="fnanchor">[570]</a>. L'Espagne et la Sardaigne, par
-des mouvements de troupes sur la frontière, pouvaient
-exercer une pression morale qui aiderait à l'explosion
-du mécontentement des provinces. La
-Prusse et l'Autriche, si elles parvenaient à se mettre
-d'accord, prendraient en main les réclamations des
-<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">[Pg 191]</a></span>
-princes possessionnés d'Alsace et protesteraient,
-«non pas, disait la Reine, s'associant à la pensée de
-Mirabeau, pour faire une contre-révolution ou entrer
-en armes, mais comme garants de tous les traités,
-de l'Alsace et de la Lorraine, et comme trouvant fort
-mauvaise la manière dont on traite un roi
-<a name="FNanchor_571_571" id="FNanchor_571_571"></a>
-<a href="#Footnote_571_571" class="fnanchor">[571]</a>.» Si la
-Prusse, dont la conduite était suspecte et dont l'agent,
-le juif Ephraïm, fournissait de l'argent aux
-révolutionnaires, si l'Angleterre, dont on cherchait,
-avec peu de chances de succès, de s'assurer la neutralité
-<a name="FNanchor_572_572" id="FNanchor_572_572"></a>
-<a href="#Footnote_572_572" class="fnanchor">[572]</a>,
-si la Hollande voulaient s'opposer à la restauration
-de l'ordre en France, les Puissances du
-Nord, la Russie et la Suède, pourraient faire contrepoids
-et leur en imposer
-<a name="FNanchor_573_573" id="FNanchor_573_573"></a>
-<a href="#Footnote_573_573" class="fnanchor">[573]</a>. En attendant, les démonstrations
-que l'Autriche ferait aux Pays-Bas permettraient
-à M. de Bouillé de rassembler des troupes et
-des munitions à Montmédy
-<a name="FNanchor_574_574" id="FNanchor_574_574"></a>
-<a href="#Footnote_574_574" class="fnanchor">[574]</a>.</p>
-
-<p>Malheureusement plus on tardait, plus les difficultés
-augmentaient. L'esprit des troupes, encore bon à la
-fin de 1790, s'était affreusement gâté depuis le commencement
-de 1791, surtout depuis que du Portail,
-créature des Lameth, avait remplacé au ministère
-de la guerre le loyal la Tour du Pin. A sa demande,
-l'Assemblée avait autorisé les soldats à aller dans
-les clubs, et cette fréquentation déplorable n'avait
-pas tardé à désorganiser la discipline. Au commencement
-de mai, M. de Bouillé ne pouvait plus
-compter que sur huit ou dix bataillons allemands ou
-suisses et une trentaine d'escadrons de cavalerie; l'infanterie
-<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">[Pg 192]</a></span>
-presque tout entière, l'artillerie en entier
-avaient passé à la Révolution
-<a name="FNanchor_575_575" id="FNanchor_575_575"></a>
-<a href="#Footnote_575_575" class="fnanchor">[575]</a>.</p>
-
-<p>L'esprit des populations civiles avait subi les mêmes
-influences que celui de l'armée. Les menaces des
-émigrés, les bruits de complots des aristocrates, de
-trahison des officiers, habilement répandus et perfidement
-exploités, avaient à la fois effrayé et exaspéré
-les habitants des frontières, et les avaient surexcités
-contre le Roi qu'ils supposaient d'accord avec
-les Français du dehors
-<a name="FNanchor_576_576" id="FNanchor_576_576"></a>
-<a href="#Footnote_576_576" class="fnanchor">[576]</a>. Une lutte était donc possible,
-et, dans cette prévision, Louis XVI avait réclamé
-le secours des Cantons suisses
-<a name="FNanchor_577_577" id="FNanchor_577_577"></a>
-<a href="#Footnote_577_577" class="fnanchor">[577]</a>, dont la cause
-était liée à celle de la France par des Capitulations
-séculaires, et, pour le premier moment, si besoin
-en était, un corps de huit à dix mille Autrichiens
-<a name="FNanchor_578_578" id="FNanchor_578_578"></a>
-<a href="#Footnote_578_578" class="fnanchor">[578]</a>.
-Non pas qu'il voulût une intervention directe des
-Puissances étrangères dans les affaires du pays,—la
-Reine l'avait formellement répudiée dans sa lettre
-du 12 juin 1790, à M. de Mercy
-<a name="FNanchor_579_579" id="FNanchor_579_579"></a>
-<a href="#Footnote_579_579" class="fnanchor">[579]</a>.—Il ne demandait
-que leur appui moral, ou, s'il devait faire appel aux
-dix mille hommes de son beau-frère, il ne les acceptait
-que «comme auxiliaires
-<a name="FNanchor_580_580" id="FNanchor_580_580"></a>
-<a href="#Footnote_580_580" class="fnanchor">[580]</a>», entendant
-bien les faire marcher à côté des troupes françaises,
-sous l'étendard royal, comme Henri IV, obligé, lui
-aussi, de reconquérir son royaume, avait eu à ses
-ordres les soldats d'Élisabeth et les reîtres de Schomberg,
-comme chaque jour encore des régiments allemands
-ou suisses servaient dans l'armée française,
-<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">[Pg 193]</a></span>
-à côté des milices nationales. Cela même, il ne le
-ferait qu'à la dernière extrémité; il espérait toujours
-éviter la lutte, quoique Mirabeau, avant de mourir,
-en eût plus que jamais proclamé l'imminence et la
-nécessité
-<a name="FNanchor_581_581" id="FNanchor_581_581"></a>
-<a href="#Footnote_581_581" class="fnanchor">[581]</a>.</p>
-
-<p>Mais il importait avant tout de calmer l'opinion
-publique et pour cela d'arrêter les entreprises des
-émigrés. C'était le but auquel tendaient les efforts
-de la Reine. Ses instructions à ses agents, sa correspondance
-avec son frère et Mercy sont remplies des
-plus pressantes instances pour que l'Empereur, par
-ses conseils et au besoin par son autorité, s'oppose
-aux coups de tête du comte d'Artois: «Notre sûreté
-et notre gloire, écrivait-elle, tiennent à nous tirer
-d'ici; j'espère n'en pas laisser le mérite uniquement
-à d'autres
-<a name="FNanchor_582_582" id="FNanchor_582_582"></a>
-<a href="#Footnote_582_582" class="fnanchor">[582]</a>.»</p>
-
-<p>Après la sortie de Paris, que ferait-on? Les lettres
-de Marie-Antoinette, la correspondance du marquis
-et de la marquise de Bombelles, les Mémoires récemment
-publiés de M<sup>me</sup> de Tourzel, les déclarations
-même de Louis XVI permettent de le reconstituer.
-Une fois rendu à Montmédy, dans une place française,
-au milieu des troupes de M. de Bouillé, le Roi appellerait
-à lui tous les sujets fidèles; il donnerait l'ordre aux
-émigrés de rentrer en France, et, appuyé sur ces forces,
-y joignant, si besoin en était, les dix mille hommes
-de son beau-frère, soutenu plus encore par le
-mouvement qui ne manquerait pas de se produire
-dans les provinces, lorsqu'elles sauraient le souverain
-en liberté et trouveraient en lui un centre d'action et
-un point d'appui, il adresserait un manifeste au pays.
-<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">[Pg 194]</a></span>
-Il protesterait hautement contre les agissements de
-l'Assemblée, qui, sur les points les plus essentiels,
-avait outrepassé les instructions de ses mandants,
-déclarerait nuls, «par défaut absolu de liberté,» les
-actes qu'on lui avait arrachés depuis le 6 octobre 1789,
-et affirmerait qu'il ne rentrerait à Paris que lorsque
-«une Constitution, qu'il aurait acceptée librement, ferait
-que la religion serait respectée, que le gouvernement
-serait rétabli sur un pied stable, et que, par son
-action, les biens et l'état de chacun ne seraient plus
-troublés, que les lois ne seraient plus enfreintes impunément,
-et qu'enfin la liberté serait posée sur des
-bases fixes et inébranlables
-<a name="FNanchor_583_583" id="FNanchor_583_583"></a>
-<a href="#Footnote_583_583" class="fnanchor">[583]</a>.»</p>
-
-<p>Cette Constitution aurait-elle été un retour à l'ancien
-régime? Assurément non: le mot même de <i>constitution</i>
-en excluait la pensée. Jamais Louis XVI,—le
-fait est banal à force d'être évident,—jamais
-Louis XVI n'avait souhaité le pouvoir absolu et, en
-1791, il le souhaitait moins que jamais. «Le Roi, écrivait,
-le 13 juillet, la marquise de Bombelles, bien au
-courant des intentions de la famille royale, puisque
-son mari était, avec le baron de Breteuil, l'agent accrédité
-de la Cour à l'étranger, le Roi voulait revenir
-à la déclaration du 23 juin, par laquelle il remplissait
-le vœu que la nation avait témoigné par
-ses mandats lors des États généraux; il restreignait
-son pouvoir, mais en même temps il l'assurait et rassurait
-les esprits; car jamais le despotisme ne pourra
-plus avoir lieu en France et, il faut être juste, <i>il n'est
-pas désirable</i>. Le Roi ne voulait donc pas conquérir
-son royaume, armé de forces étrangères; il voulait en
-imposer à ses sujets et traiter avec eux
-<a name="FNanchor_584_584" id="FNanchor_584_584"></a>
-<a href="#Footnote_584_584" class="fnanchor">[584]</a>.» Pour satisfaire
-<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">[Pg 195]</a></span>
-les intérêts en éloignant l'idée d'une banqueroute
-imminente, il aurait garanti le paiement des
-rentes viagères en entier, réduit l'agiotage et les
-emprunts onéreux à un taux raisonnable, et, en rendant
-au clergé ses biens, l'aurait chargé de rembourser
-les assignats. Cela était possible, disait Fersen, et
-les biens du clergé réalisés par lui, comme il l'avait
-proposé, auraient produit des résultats qu'on ne pouvait
-attendre avec la confiscation par l'Assemblée.
-Ainsi, les capitalistes, qui avaient tout fait pour la
-Révolution et que la Révolution menaçait maintenant
-dans leurs intérêts, seraient rassurés et se seraient
-prononcés pour un retour de l'autorité royale,
-qu'ils redoutaient moins encore que la banqueroute
-<a name="FNanchor_585_585" id="FNanchor_585_585"></a>
-<a href="#Footnote_585_585" class="fnanchor">[585]</a>.</p>
-
-<p>Etait-ce suffisant? Il est permis d'en douter.</p>
-
-<p>Mais il importe de remarquer pourtant qu'après
-l'échec de Varennes, et lorsqu'on se trouva en présence
-de la Constitution si défectueuse que l'Assemblée avait
-substituée aux propositions du Roi, bien des gens
-de ceux-là même qui avaient applaudi à l'arrestation
-de Louis XVI, qui y avaient peut-être contribué, en
-vinrent,—c'est un témoin non suspect qui l'affirme,—à
-regretter ce qu'on appelait <i>le plan de Montmédy</i>;
-car, disait-on, il promettait à la France une constitution
-également éloignée des deux extrêmes
-<a name="FNanchor_586_586" id="FNanchor_586_586"></a>
-<a href="#Footnote_586_586" class="fnanchor">[586]</a>.</p>
-
-<p>La Reine partageait la pensée de son mari. Elle
-avait déclaré, dès le commencement de 1790, qu'elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">[Pg 196]</a></span>
-ne voulait pas de «contre-révolution
-<a name="FNanchor_587_587" id="FNanchor_587_587"></a>
-<a href="#Footnote_587_587" class="fnanchor">[587]</a>;» elle l'avait
-redit le 12 juin
-<a name="FNanchor_588_588" id="FNanchor_588_588"></a>
-<a href="#Footnote_588_588" class="fnanchor">[588]</a> et, le 3 février 1791, elle écrivait
-encore à Mercy: «Nous sommes décidés à prendre
-pour base de la Constitution la déclaration du 23 juin,
-avec les modifications que les circonstances et les
-événements ont dû y apporter
-<a name="FNanchor_589_589" id="FNanchor_589_589"></a>
-<a href="#Footnote_589_589" class="fnanchor">[589]</a>.»</p>
-
-<p>Quelles eussent été ces modifications? Nous ne
-saurions le dire; mais il est certain que Marie-Antoinette,
-comme Louis XVI, était décidée à donner
-satisfaction aux vœux des cahiers de 1789, et à faire
-jouir enfin la France d'une juste et bonne liberté,
-«telle, disait-elle, que le Roi l'a toujours désirée
-lui-même pour le bonheur de son peuple, loin de la
-licence et de l'anarchie qui précipitaient le plus beau
-royaume dans tous les maux possibles
-<a name="FNanchor_590_590" id="FNanchor_590_590"></a>
-<a href="#Footnote_590_590" class="fnanchor">[590]</a>.»</p>
-
-<p>En attendant la réalisation de ce plan, la Reine
-était plus surveillée que jamais. Si quelque compatriote,
-un ami d'enfance, ou un envoyé de son
-frère, comme le prince de Lichtenstein, venait la
-visiter dans sa prison des Tuileries, elle était obligée
-de le congédier au plus vite et de lui bien recommander
-de ne dire à personne qu'il l'avait vue
-en particulier: «Quoique je ne l'aie vu,—le prince
-de Lichtenstein,—qu'une fois chez moi pendant dix
-minutes, écrivait-elle à Léopold, je crois que tout
-<span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">[Pg 197]</a></span>
-Autrichien un peu de marque me doit dans ce moment
-de n'être point ici.» Et elle ajoutait tristement:
-«Notre santé continue à être bonne, et elle le serait
-bien davantage, si nous pouvions seulement apercevoir
-une idée de bonheur alentour de nous; car, pour nos
-personnes, il est fini pour jamais, quelque chose qui
-arrive. <i>Je sais que c'est le devoir d'un roi de souffrir
-pour les autres; mais aussi le remplissons-nous
-bien
-<a name="FNanchor_591_591" id="FNanchor_591_591"></a>
-<a href="#Footnote_591_591" class="fnanchor">[591]</a>.</i>»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">[Pg 198]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_IX" id="CHAPITRE_IX"></a>CHAPITRE IX</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille royale et retour
-à Paris.</p>
-</div>
-
-<p>Au commencement de juin 1791, tout était préparé
-pour le départ. Des deux routes qui conduisaient
-de Paris à Montmédy, Louis XVI avait préféré
-celle qui passait par Varennes, malgré les inconvénients
-signalés par M. de Bouillé
-<a name="FNanchor_592_592" id="FNanchor_592_592"></a>
-<a href="#Footnote_592_592" class="fnanchor">[592]</a>; mais l'autre traversait
-Reims, la ville du sacre, et le Roi craignait
-d'y être reconnu. Un corps de troupes devait être
-réuni à Montmédy et des détachements disposés le
-long de la route, à partir de Châlons, pour en assurer
-le libre passage
-<a name="FNanchor_593_593" id="FNanchor_593_593"></a>
-<a href="#Footnote_593_593" class="fnanchor">[593]</a>; quant aux bataillons autrichiens,
-ils devaient être rendus à Arlon le 12 juin. Un million
-en assignats avait été expédié par Fersen sous
-le couvert du comte de Contades
-<a name="FNanchor_594_594" id="FNanchor_594_594"></a>
-<a href="#Footnote_594_594" class="fnanchor">[594]</a>. La Reine avait
-fait envoyer à Arras un trousseau de linge pour
-elle et ses enfants, à Bruxelles son nécessaire de
-voyage
-<a name="FNanchor_595_595" id="FNanchor_595_595"></a>
-<a href="#Footnote_595_595" class="fnanchor">[595]</a>; le coiffeur Léonard devait emporter ses
-diamants
-<a name="FNanchor_596_596" id="FNanchor_596_596"></a>
-<a href="#Footnote_596_596" class="fnanchor">[596]</a>. Le départ, fixé d'abord à la fin de mai
-<a name="FNanchor_597_597" id="FNanchor_597_597"></a>
-<a href="#Footnote_597_597" class="fnanchor">[597]</a>,
-avait été, malgré les instances de M. de Bouillé, qui
-<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">[Pg 199]</a></span>
-suppliait de ne pas dépasser le 1<sup>er</sup> juin
-<a name="FNanchor_598_598" id="FNanchor_598_598"></a>
-<a href="#Footnote_598_598" class="fnanchor">[598]</a>, reculé au
-12 juin
-<a name="FNanchor_599_599" id="FNanchor_599_599"></a>
-<a href="#Footnote_599_599" class="fnanchor">[599]</a>, puis au 15
-<a name="FNanchor_600_600" id="FNanchor_600_600"></a>
-<a href="#Footnote_600_600" class="fnanchor">[600]</a>, puis au 19
-<a name="FNanchor_601_601" id="FNanchor_601_601"></a>
-<a href="#Footnote_601_601" class="fnanchor">[601]</a>, puis au 20, à
-cause d'une femme de chambre du Dauphin, justement
-suspecte, qui ne devait quitter son service que
-le 19 au matin
-<a name="FNanchor_602_602" id="FNanchor_602_602"></a>
-<a href="#Footnote_602_602" class="fnanchor">[602]</a>. Et ce dernier retard, décidé le 13
-seulement, fut fatal; car il fut en grande partie cause
-de l'échec du plan.</p>
-
-<p>«Il n'y a que deux personnes dans la confidence:
-M. de Bouillé et M. de Breteuil, écrivait la Reine à
-son frère, le 22 mai 1791, et une troisième personne
-qui est chargée des préparatifs du départ
-<a name="FNanchor_603_603" id="FNanchor_603_603"></a>
-<a href="#Footnote_603_603" class="fnanchor">[603]</a>.»</p>
-
-<p>Cette troisième personne était un Suédois, que
-nous avons déjà rencontré dans cette histoire, le
-comte Axel de Fersen. Cœur plein de chaleur, caractère
-plein de noblesse, le comte de Fersen, à l'heure
-de l'adversité, avait senti redoubler son dévouement
-à l'auguste famille qui l'avait accueilli aux jours de
-sa splendeur. «Je suis attaché au Roi et à la Reine,
-écrivait-il lui-même à son père en février 1791, et je
-le dois par la manière pleine de bonté dont ils m'ont
-toujours traité lorsqu'ils le pouvaient; et je serais vil
-et ingrat, si je les abandonnais, quand ils ne peuvent
-plus rien faire pour moi et que j'ai l'espoir de
-pouvoir leur être utile. A toutes les bontés dont ils
-m'ont toujours comblé, ils viennent d'ajouter encore
-une distinction flatteuse, celle de la confiance: elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">[Pg 200]</a></span>
-l'est d'autant plus qu'elle est extrêmement bornée et
-concentrée entre trois ou quatre personnes, dont je
-suis le plus jeune
-<a name="FNanchor_604_604" id="FNanchor_604_604"></a>
-<a href="#Footnote_604_604" class="fnanchor">[604]</a>.»</p>
-
-<p>Louis XVI et Marie-Antoinette avaient compris
-qu'il y avait là, dans ce jeune homme, un dévouement
-à toute épreuve sur lequel ils pouvaient compter,
-un dévouement désintéressé et pur, qui ne leur
-demanderait rien. Dégoûtés des services payés, des
-conseils ambitieux, des exaltés et des incapables,
-ils s'ouvraient à Fersen en toute confiance, et s'ils
-pouvaient souhaiter un conseiller plus habile politique
-et plus rusé diplomate, plus ouvert aux idées
-modernes, ils ne pouvaient pas rencontrer un serviteur
-plus chevaleresque et plus sûr. Dès le commencement
-de 1791, Fersen était devenu leur confident
-attitré, le dépositaire de leurs pensées et l'agent de
-leur correspondance. Il chiffrait et expédiait leurs
-lettres; il recevait et déchiffrait les dépêches adressées
-à la famille royale; il transmettait leurs instructions
-au baron de Breteuil et au marquis de Bouillé;
-le premier, l'agent diplomatique; le second, l'agent
-militaire du projet d'évasion.</p>
-
-<p>C'était M. de Fersen qui s'occupait des préparatifs
-de départ à Paris; il demandait et obtenait, par l'intermédiaire
-du ministre de Russie, M. de Simolin,
-un passeport au nom d'une grande dame russe, la
-baronne de Korff; il surveillait, chez le carrossier
-Louis, la confection de la spacieuse berline, destinée
-à abriter la famille royale tout entière
-<a name="FNanchor_605_605" id="FNanchor_605_605"></a>
-<a href="#Footnote_605_605" class="fnanchor">[605]</a>. Cette berline,
-qui, par ses dimensions, devait exciter les soupçons,
-avait alarmé la prudence de M. de Bouillé; il
-<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">[Pg 201]</a></span>
-avait fait faire des représentations par son fils Louis
-et proposé de substituer à une voiture unique deux
-voitures plus légères: l'une eût renfermé le Roi,
-M<sup>me</sup> Elisabeth et Madame Royale; l'autre la Reine
-et le Dauphin; mais la Reine refusa de se séparer de
-son mari et répondit que si l'on voulait les sauver,
-il fallait que ce fût tous ensemble ou point
-<a name="FNanchor_606_606" id="FNanchor_606_606"></a>
-<a href="#Footnote_606_606" class="fnanchor">[606]</a>. M. de
-Bouillé avait demandé aussi qu'on se fît accompagner
-par le marquis d'Agout, ancien major des gardes du
-corps, homme de tête et de cœur, dont le concours
-eût été précieux en cas d'accident ou d'obstacle
-<a name="FNanchor_607_607" id="FNanchor_607_607"></a>
-<a href="#Footnote_607_607" class="fnanchor">[607]</a>.
-Le Roi avait songé à M. de Saint-Priest
-<a name="FNanchor_608_608" id="FNanchor_608_608"></a>
-<a href="#Footnote_608_608" class="fnanchor">[608]</a>; le
-chevalier de Coigny avait proposé un commandant
-de gendarmerie, ancien maître de postes retiré,
-M. Priol, très dévoué et qui connaissait parfaitement
-toutes les routes du royaume
-<a name="FNanchor_609_609" id="FNanchor_609_609"></a>
-<a href="#Footnote_609_609" class="fnanchor">[609]</a>. Au dernier moment,
-on ne prit personne, soit scrupule d'étiquette, soit
-pour ne pas mettre de nouveaux confidents dans le
-secret; le Roi ne voulut même pas,—et ce fut profondément
-regrettable,—être escorté par Fersen,
-qui était au courant de tout
-<a name="FNanchor_610_610" id="FNanchor_610_610"></a>
-<a href="#Footnote_610_610" class="fnanchor">[610]</a>.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, après tous ces pourparlers et
-toutes ces tergiversations, le 13 juin, le plan était
-définitivement arrêté. Le Roi, la Reine, leurs enfants,
-M<sup>me</sup> Elisabeth, M<sup>me</sup> de Tourzel et deux
-<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">[Pg 202]</a></span>
-femmes de chambre, M<sup>mes</sup> de Neuville et Brunier,
-devaient partir dans la nuit du 20 au 21, les six
-premiers dans la fameuse berline, les deux autres
-dans un cabriolet qui précéderait la berline. A défaut
-de M. d'Agout, trois gardes du corps, MM. de
-Valori, de Moustiers et de Maldent devaient accompagner
-la voiture, en qualité et sous le costume de
-courriers, deux sur le siège, le troisième galopant
-en avant. A partir de Pont-Sommevesle jusqu'à Montmédy,
-des postes devaient être échelonnés à tous
-les relais pour escorter les voyageurs et les protéger
-au besoin. Fersen aurait préféré qu'on supprimât
-ces détachements ou du moins qu'on ne les disposât
-qu'à partir de Varennes: «Il n'y a pas de précautions
-à prendre d'ici Châlons, écrivait-il à M. de
-Bouillé; la meilleure de toutes serait de n'en pas
-prendre. Tout doit dépendre de la célérité et du secret,
-et si vous n'êtes pas bien sûr de vos détachements,
-il vaudrait mieux n'en pas placer ou du moins
-n'en placer que depuis Varennes, pour ne pas exciter
-quelque attention dans le pays. Le Roi passerait
-tout simplement
-<a name="FNanchor_611_611" id="FNanchor_611_611"></a>
-<a href="#Footnote_611_611" class="fnanchor">[611]</a>.» L'événement a prouvé que Fersen
-<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">[Pg 203]</a></span>
-avait vu juste. M. de Bouillé lui-même avait objecté,
-dit-il, «le grand inconvénient qui résulterait
-de placer une chaîne de postes sur la route
-<a name="FNanchor_612_612" id="FNanchor_612_612"></a>
-<a href="#Footnote_612_612" class="fnanchor">[612]</a>.» Mais
-le Roi y tint malheureusement, et il est bien certain
-que ce luxe de précautions, ces apparences d'étiquette,
-ce souci de conserver, au milieu d'une fuite,
-comme un reste de grandeur royale et de confortable
-princier, nuisirent singulièrement au succès de
-l'entreprise. Tant de préparatifs ne pouvaient se
-faire sans exciter les méfiances, toujours en éveil
-depuis le départ de Mesdames.</p>
-
-<p>«Tout serait perdu, si l'on pouvait soupçonner le
-moindre projet,» écrivait le clairvoyant Fersen au
-baron de Breteuil
-<a name="FNanchor_613_613" id="FNanchor_613_613"></a>
-<a href="#Footnote_613_613" class="fnanchor">[613]</a>. Malgré cela, des indiscrétions,
-des imprudences, des dénonciations tenaient l'opinion
-publique en suspens. Des bruits de tentative
-d'évasion du Roi étaient dans l'air. On en dissertait
-dans les journaux, on en parlait dans le peuple, on
-s'en entretenait dans les Comités. Les préparatifs
-avaient été trop longs et trop importants pour être
-dissimulés entièrement; les personnes qui y avaient
-été employées n'avaient pas toujours été discrètes;
-dès le 21 mai, la femme de garde-robe, qu'on soupçonnait
-justement et dont on avait eu le tort de continuer
-à accepter les services, avait dénoncé un projet
-de départ. S'il faut en croire le marquis de
-Raigecourt, l'entourage de M. de Bouillé manquait
-de réserve, et le général, tout «prudent et boutonné
-qu'il était,» s'oubliait lui-même quelquefois
-<a name="FNanchor_614_614" id="FNanchor_614_614"></a>
-<a href="#Footnote_614_614" class="fnanchor">[614]</a>. L'émigration,
-<span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">[Pg 204]</a></span>
-que la Reine avait tant et si justement
-recommandé de tenir à l'écart, était instruite, sinon
-de tout le plan, au moins de la pensée d'un départ
-prochain. A Londres, devant le prince de Galles,
-l'ami intime du duc d'Orléans, on en parlait tout haut
-chez lord Randon
-<a name="FNanchor_615_615" id="FNanchor_615_615"></a>
-<a href="#Footnote_615_615" class="fnanchor">[615]</a>. A Bruxelles, on en jasait chez
-M. de la Queuille, sur un mot de Monsieur, qui avait
-engagé M<sup>me</sup> de Balbi à rester en Belgique, au lieu de
-rentrer en France
-<a name="FNanchor_616_616" id="FNanchor_616_616"></a>
-<a href="#Footnote_616_616" class="fnanchor">[616]</a>. A Paris, l'un des gardes du corps,
-M. de Maldent, avait l'imprudence d'en faire l'aveu à
-sa maîtresse, et celle-ci n'avait rien de plus pressé
-que de le raconter à sa sœur et à sa domestique
-<a name="FNanchor_617_617" id="FNanchor_617_617"></a>
-<a href="#Footnote_617_617" class="fnanchor">[617]</a>.
-L'attention était tellement éveillée que, dès le 11 juin,
-Lafayette voulait doubler les sentinelles et faire visiter
-toutes les voitures au Château
-<a name="FNanchor_618_618" id="FNanchor_618_618"></a>
-<a href="#Footnote_618_618" class="fnanchor">[618]</a>.</p>
-
-<p>Tout cela cependant, il faut bien le dire, se bornait
-à des inquiétudes vagues. On avait des soupçons,
-parce que le désir du Roi était trop naturel, pour
-qu'un projet de départ ne fût pas dans l'ordre même
-des choses; mais on ne savait rien de positif.</p>
-
-<p>Le jour désigné se leva enfin. Tout se passa au
-Château, comme à l'ordinaire. Le Dauphin sortit à
-dix heures et demie pour aller à son jardin; à onze
-<span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">[Pg 205]</a></span>
-heures, la Reine se rendit à la chapelle avec sa suite;
-au sortir de la messe, elle commanda sa voiture pour
-cinq heures du soir, afin de conduire ses enfants à la
-promenade. Pendant ce temps, M<sup>me</sup> Elisabeth avait
-été à Bellevue; elle en revint à une heure; à une
-heure et demie, le dîner de famille eut lieu
-<a name="FNanchor_619_619" id="FNanchor_619_619"></a>
-<a href="#Footnote_619_619" class="fnanchor">[619]</a>. Dans la
-journée, Fersen vint, s'entretint avec le Roi et la
-Reine des derniers préparatifs et arrêta la conduite
-à tenir en cas d'arrestation: «Monsieur de Fersen,
-lui dit le Roi, quoi qu'il puisse m'arriver, je n'oublierai
-pas ce que vous faites pour moi.» La Reine
-pleura beaucoup; à l'approche du danger, son cœur,
-sans faiblir, s'attendrissait
-<a name="FNanchor_620_620" id="FNanchor_620_620"></a>
-<a href="#Footnote_620_620" class="fnanchor">[620]</a>. A six heures, Fersen
-partit, et Marie-Antoinette, suivant l'ordre donné le
-matin, monta en voiture avec ses enfants pour aller
-au jardin de M. Boutin, à Tivoli, où les enfants goûtèrent
-<a name="FNanchor_621_621" id="FNanchor_621_621"></a>
-<a href="#Footnote_621_621" class="fnanchor">[621]</a>.
-Pendant ce temps, elle chercha à préparer
-l'esprit de sa fille aux événements qui allaient se passer
-<a name="FNanchor_622_622" id="FNanchor_622_622"></a>
-<a href="#Footnote_622_622" class="fnanchor">[622]</a>.
-Au retour de la promenade, vers sept ou huit
-heures
-<a name="FNanchor_623_623" id="FNanchor_623_623"></a>
-<a href="#Footnote_623_623" class="fnanchor">[623]</a>,
-le Dauphin fut conduit chez sa gouvernante,
-puis à son appartement et prit son repas du soir,
-servi par son valet de chambre, Cléry, qui ne
-le quitta qu'à neuf heures, lorsqu'il fut au lit
-<a name="FNanchor_624_624" id="FNanchor_624_624"></a>
-<a href="#Footnote_624_624" class="fnanchor">[624]</a>.
-<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">[Pg 206]</a></span>
-Madame Royale se coucha à dix heures, comme
-d'habitude.</p>
-
-<p>La Reine se fit coiffer; elle entra ensuite dans le
-salon et y trouva Monsieur, qui demeura avec elle
-jusqu'à neuf heures. A ce moment, le Roi, la Reine
-et M<sup>me</sup> Elisabeth passèrent dans la salle à manger.
-Tout se fit avec le cérémonial accoutumé et, vers dix
-heures, la famille royale se retira dans ses appartements.
-Le coucher de la Reine dura peu; lorsqu'elle
-fut au lit, les portes du corridor furent fermées et
-les ordres donnés, suivant l'usage, au valet de chambre
-et au commandant de service pour le lendemain
-matin. Le coucher du Roi se fit avec le cérémonial
-ordinaire; Lafayette et Bailly y assistèrent et y causèrent
-quelque temps
-<a name="FNanchor_625_625" id="FNanchor_625_625"></a>
-<a href="#Footnote_625_625" class="fnanchor">[625]</a>. Malgré le secret gardé par
-les augustes voyageurs vis-à-vis de leurs plus fidèles
-serviteurs et des membres même de leur famille,—ce
-fut le jour même, à midi, que M<sup>me</sup> Elisabeth fut
-avertie; M<sup>mes</sup> Brunier et de Neuville le furent avant
-le coucher seulement,—des rumeurs vagues, nous
-l'avons dit, avaient transpiré; depuis quelques jours,
-la surveillance était plus active; la garde avait été augmentée;
-dans l'après-dîner du 20, elle avait même été
-triplée
-<a name="FNanchor_626_626" id="FNanchor_626_626"></a>
-<a href="#Footnote_626_626" class="fnanchor">[626]</a>
-et le soir un grenadier couchait en travers de
-la porte de M<sup>me</sup> Elisabeth
-<a name="FNanchor_627_627" id="FNanchor_627_627"></a>
-<a href="#Footnote_627_627" class="fnanchor">[627]</a>. Mais, depuis longtemps
-aussi, le Roi avait adopté des mesures pour s'assurer
-des facilités de sortir du Château. Dès le mois de
-janvier, des communications secrètes entre les divers
-appartements de la famille royale avaient été ménagées,
-et des portes pratiquées dans la boiserie avec
-<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">[Pg 207]</a></span>
-un art si subtil qu'il était impossible de les découvrir
-<a name="FNanchor_628_628" id="FNanchor_628_628"></a>
-<a href="#Footnote_628_628" class="fnanchor">[628]</a>.
-En outre, le Roi avait pris la précaution, depuis
-une quinzaine de jours, de faire sortir, par la
-grande porte du Château, le chevalier de Coigny,
-dont la tournure ressemblait à la sienne
-<a name="FNanchor_629_629" id="FNanchor_629_629"></a>
-<a href="#Footnote_629_629" class="fnanchor">[629]</a>. Vers dix
-heures et quart ou dix heures et demie
-<a name="FNanchor_630_630" id="FNanchor_630_630"></a>
-<a href="#Footnote_630_630" class="fnanchor">[630]</a>, la Reine
-se leva, alla chez le Dauphin, l'éveilla et le fit descendre
-à l'entresol avec sa sœur
-<a name="FNanchor_631_631" id="FNanchor_631_631"></a>
-<a href="#Footnote_631_631" class="fnanchor">[631]</a>. M<sup>mes</sup> Brunier et
-de Neuville habillèrent les enfants. Madame Royale
-fut vêtue d'une robe d'indienne mordorée à fleurs
-bleues et blanches; le Dauphin costumé en petite fille.
-«Il était charmant, raconte Madame Royale; comme
-il tombait de sommeil, il ne savait pas ce qu'il faisait.
-Je lui demandai ce qu'il croyait qu'on allait faire;
-il me dit qu'il croyait que nous allions jouer la comédie,
-puisque nous étions déguisés
-<a name="FNanchor_632_632" id="FNanchor_632_632"></a>
-<a href="#Footnote_632_632" class="fnanchor">[632]</a>.» On passa dans
-le cabinet de la Reine, puis de là, par les issues secrètes
-dont nous avons parlé, dans l'appartement
-inoccupé du duc de Villequier
-<a name="FNanchor_633_633" id="FNanchor_633_633"></a>
-<a href="#Footnote_633_633" class="fnanchor">[633]</a>, d'où l'on gagna une
-porte non gardée de la cour des Princes. Il était
-onze heures et quart
-<a name="FNanchor_634_634" id="FNanchor_634_634"></a>
-<a href="#Footnote_634_634" class="fnanchor">[634]</a>.</p>
-
-<p>Dans la cour, une voiture attendait depuis une
-heure; c'était M. de Fersen qui, après avoir réglé
-dans la soirée les derniers détails du départ
-<a name="FNanchor_635_635" id="FNanchor_635_635"></a>
-<a href="#Footnote_635_635" class="fnanchor">[635]</a>, s'était
-déguisé en cocher pour conduire en personne les augustes
-fugitifs au début de leur voyage. La Reine
-<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">[Pg 208]</a></span>
-amena elle-même les enfants et M<sup>me</sup> de Tourzel
-<a name="FNanchor_636_636" id="FNanchor_636_636"></a>
-<a href="#Footnote_636_636" class="fnanchor">[636]</a>, et
-les installa dans la voiture; puis M. de Fersen partit,
-fit plusieurs tours sur les quais pour dérouter la surveillance,
-et revint se ranger près du petit Carrousel
-<a name="FNanchor_637_637" id="FNanchor_637_637"></a>
-<a href="#Footnote_637_637" class="fnanchor">[637]</a>.
-Lafayette passa deux fois
-<a name="FNanchor_638_638" id="FNanchor_638_638"></a>
-<a href="#Footnote_638_638" class="fnanchor">[638]</a>, mais ne remarqua
-rien. Au bout d'une demi-heure, dit M. de Fersen
-<a name="FNanchor_639_639" id="FNanchor_639_639"></a>
-<a href="#Footnote_639_639" class="fnanchor">[639]</a>, de
-trois quarts d'heure, dit M<sup>me</sup> de Tourzel
-<a name="FNanchor_640_640" id="FNanchor_640_640"></a>
-<a href="#Footnote_640_640" class="fnanchor">[640]</a>, d'une
-grande heure, dit Madame Royale, dont l'attente
-anxieuse trouvait le temps long
-<a name="FNanchor_641_641" id="FNanchor_641_641"></a>
-<a href="#Footnote_641_641" class="fnanchor">[641]</a>, M<sup>me</sup> Elisabeth arriva,
-conduite par un garçon de sa chambre, puis le
-Roi vers minuit, et enfin la Reine. Elle avait voulu
-sortir la dernière, et ayant aperçu la voiture de Lafayette,
-craignant d'être reconnue, elle s'était jetée
-dans le labyrinthe des ruelles qui environnaient les
-Tuileries, et s'y était perdue quelque temps avec le
-garde du corps qui l'accompagnait. Dès qu'elle fut
-montée dans la voiture, le Roi, que ce retard avait
-inquiété, la serra tendrement dans ses bras, en répétant:
-«Que je suis content de vous voir arrivée
-<a name="FNanchor_642_642" id="FNanchor_642_642"></a>
-<a href="#Footnote_642_642" class="fnanchor">[642]</a>!»
-La Reine était en robe du matin, avec un chapeau
-et un mantelet noir; le Roi portait un chapeau rond,
-une perruque, une redingote brune et une canne à
-la main. C'était M<sup>me</sup> de Tourzel qui devait jouer le rôle
-de la baronne de Korff; la Reine était la gouvernante
-des enfants et s'appelait M<sup>me</sup> Rochet; le Roi, le valet
-de chambre Durand; M<sup>me</sup> Elisabeth, la demoiselle de
-compagnie, Rosalie; le Dauphin et Madame Royale,
-<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">[Pg 209]</a></span>
-les deux enfants de M<sup>me</sup> de Korff, sous le nom
-d'Amélie et d'Aglaé
-<a name="FNanchor_643_643" id="FNanchor_643_643"></a>
-<a href="#Footnote_643_643" class="fnanchor">[643]</a>.</p>
-
-<p>A la barrière Saint-Martin, on rejoignit la berline
-qu'y avaient amenée M. de Moustier et le cocher de
-M. de Fersen, Balthazar Sapel. Les deux voitures
-furent approchées côte à côte, afin que la famille
-royale pût passer de l'une dans l'autre sans mettre
-pied à terre. Fersen monta sur le siège, à côté de
-M. de Moustier. «Allons, hardi; menez vite,» dit-il
-à son cocher qui conduisait en postillon. On partit,
-et les quatre chevaux, vivement enlevés, arrivèrent
-en une demi-heure à Bondy
-<a name="FNanchor_644_644" id="FNanchor_644_644"></a>
-<a href="#Footnote_644_644" class="fnanchor">[644]</a>. M. de Valori y avait
-fait préparer à l'avance un relais de six chevaux; on
-attela à la hâte; Fersen prit congé des voyageurs
-en leur jetant ces mots, destinés à tromper les postillons:
-«Adieu, Madame de Korff
-<a name="FNanchor_645_645" id="FNanchor_645_645"></a>
-<a href="#Footnote_645_645" class="fnanchor">[645]</a>,» et la voiture,
-précédée des gardes du corps en courriers, s'élança
-sur la route de Claye, où elle retrouva M<sup>mes</sup> de Neuville
-et Brunier. Pendant ce temps-là, Fersen, à
-cheval, retournait à Paris par des chemins de traverse
-<a name="FNanchor_646_646" id="FNanchor_646_646"></a>
-<a href="#Footnote_646_646" class="fnanchor">[646]</a>
-et, le jour même, partait pour la Belgique.
-Le 22, à six heures du matin, il arrivait à Mons, et
-le lendemain, à Arlon, il apprenait de la bouche de
-M. de Bouillé le triste résultat de l'évasion.</p>
-
-<p>La famille royale restait seule, livrée à ses propres
-inspirations et n'ayant d'autres guides que trois
-jeunes gens assurément très dévoués, mais sans autorité
-et sans expérience. On avait perdu un temps
-précieux à la sortie de Paris; on en perdit encore à
-<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">[Pg 210]</a></span>
-diverses reprises, et malheureusement on ne songeait
-pas à la nécessité de le regagner. «Quand on
-eût passé la barrière, le Roi, raconte M<sup>me</sup> de Tourzel,
-commençant à bien augurer de son voyage, se mit à
-causer sur ses projets. Il commençait par aller à
-Montmédy, pour aviser au parti qu'il croirait convenable,
-bien résolu de ne sortir du royaume que
-dans le cas où les circonstances exigeraient qu'il traversât
-quelque ville frontière pour arriver plus promptement
-à celle de France, où il voudrait fixer son
-séjour, ne voulant pas même s'arrêter un instant en
-pays étranger.»</p>
-
-<p>«Me voilà donc, disait ce bon prince, hors de cette
-ville de Paris, où j'ai été abreuvé de tant d'amertumes.
-Soyez bien persuadés qu'une fois le cul sur
-la selle, je serai bien différent de ce que vous m'avez
-vu jusqu'à présent.»—«Lafayette, ajouta-t-il
-en regardant sa montre, est présentement bien
-embarrassé de sa personne
-<a name="FNanchor_647_647" id="FNanchor_647_647"></a>
-<a href="#Footnote_647_647" class="fnanchor">[647]</a>.»</p>
-
-<p>Tout à la joie de se sentir libres, les augustes fugitifs
-se relâchèrent des précautions minutieuses dont
-la stricte observation était indispensable et que Fersen
-ou M. d'Agout n'eussent pas manqué de leur rappeler.
-Les nuits sont courtes à cette époque de l'année
-et, grâce aux retards du début, le trajet de Paris à Châlons,
-qui eût dû se faire dans l'obscurité ou au moins
-au commencement de la journée, se faisait au grand
-jour
-<a name="FNanchor_648_648" id="FNanchor_648_648"></a>
-<a href="#Footnote_648_648" class="fnanchor">[648]</a>.
-Sans s'en inquiéter, le Roi descendait aux relais
-et parlait aux gens qui entouraient la voiture,
-paysans ou employés de la poste
-<a name="FNanchor_649_649" id="FNanchor_649_649"></a>
-<a href="#Footnote_649_649" class="fnanchor">[649]</a>, au risque de se
-<span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">[Pg 211]</a></span>
-faire reconnaître. Il faillit l'être à Etoges
-<a name="FNanchor_650_650" id="FNanchor_650_650"></a>
-<a href="#Footnote_650_650" class="fnanchor">[650]</a>. A Châlons,
-il le fut. Un homme en avertit le maire qui, fort peu
-révolutionnaire, prit le parti de répondre au dénonciateur
-que, s'il était bien sûr de sa découverte, il
-n'avait qu'à la publier, mais qu'il serait responsable
-des suites. L'homme, effrayé, ne dit rien
-<a name="FNanchor_651_651" id="FNanchor_651_651"></a>
-<a href="#Footnote_651_651" class="fnanchor">[651]</a> et, s'il faut
-en croire Madame Royale et M. de Bouillé, «beaucoup
-de monde louait Dieu de voir le Roi et faisait
-des vœux pour sa fuite
-<a name="FNanchor_652_652" id="FNanchor_652_652"></a>
-<a href="#Footnote_652_652" class="fnanchor">[652]</a>.»</p>
-
-<p>A partir de Châlons, on entrait dans le commandement
-militaire de M. de Bouillé et l'on devait rencontrer,
-à chaque relais, les escortes échelonnées par
-le général, sous le prétexte de protéger un convoi
-d'argent adressé à ses troupes. Le premier détachement
-était à Pont-Sommevesle, sous le commandement
-du duc de Choiseul, qu'accompagnait M. de
-Goguelat. Mais les retards apportés au départ, aggravés
-encore par la lenteur de la marche, déroutaient
-le plan arrêté: on attendait la voiture royale à
-trois heures; à cinq heures et demie, elle n'était
-point arrivée, non plus que le courrier qui la précédait.
-Le stationnement prolongé des troupes en ce
-lieu, où rien ne semblait motiver leur présence, jetait
-l'alarme parmi les habitants. Effrayé des dispositions
-<span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">[Pg 212]</a></span>
-hostiles de la foule, M. de Choiseul donna l'ordre
-de la retraite: quand les augustes voyageurs arrivèrent
-enfin à Pont Sommevesle, il y avait une
-heure que les troupes en étaient parties. Le Roi fut
-surpris, mais continua néanmoins sa route; il espérait
-rencontrer l'escorte promise à l'étape suivante.
-A Orbeval, il n'y avait rien. «Même silence, dit M<sup>me</sup> de
-Tourzel, même inquiétude
-<a name="FNanchor_653_653" id="FNanchor_653_653"></a>
-<a href="#Footnote_653_653" class="fnanchor">[653]</a>.» A Sainte-Menehould, on
-trouva trente dragons sous les ordres de M. d'Andoins,
-mais aussi une population nerveuse, surexcitée par la
-présence des soldats. M. d'Andoins, s'approchant de
-la berline, dit tout bas à la fausse baronne de Korff:
-«Les mesures sont mal prises; je m'éloigne pour ne
-donner aucun soupçon
-<a name="FNanchor_654_654" id="FNanchor_654_654"></a>
-<a href="#Footnote_654_654" class="fnanchor">[654]</a>.»—«Ce peu de paroles,
-ajoute M<sup>me</sup> de Tourzel, nous perça le cœur; mais il
-n'y avait pas autre chose à faire que de continuer
-notre route, et l'on ne se permit pas même la plus
-légère incertitude
-<a name="FNanchor_655_655" id="FNanchor_655_655"></a>
-<a href="#Footnote_655_655" class="fnanchor">[655]</a>.» La méfiance était éveillée;
-le maître de poste, Drouet, avait cru reconnaître la
-Reine, qu'il avait vue quand il servait dans les dragons
-de Condé. Ses soupçons furent confirmés lorsqu'il
-compara, avec le portrait du Roi gravé sur un
-assignat, la figure du prétendu valet de chambre.
-Fier de cette découverte, et de l'importance qu'elle
-lui donnait, il se hâta de prévenir la municipalité
-qui le chargea, avec un ancien dragon de la Reine,
-nommé Guillaume, de «courir après les voitures et de
-les faire arrêter, s'il pouvait les joindre.» En attendant,
-et pour faciliter son entreprise, il avait
-recommandé à ses postillons qui partaient de ne point
-trop se presser
-<a name="FNanchor_656_656" id="FNanchor_656_656"></a>
-<a href="#Footnote_656_656" class="fnanchor">[656]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">[Pg 213]</a></span></p>
-
-<p>Cependant, la famille royale, qui ne s'était point
-aperçue de ce mouvement, poursuivait son voyage
-avec la même sécurité et, hélas! la même lenteur. Le
-retard du début se maintenait et s'aggravait à chaque
-étape. A Clermont, comme à Sainte-Menehould, on
-arrivait quatre ou cinq heures après l'heure fixée.
-M. de Damas, chef du détachement, était inquiet, la
-population émue, et la fidélité des dragons singulièrement
-ébranlée par le contact avec les habitants.
-Le relais cependant se fit sans obstacle. Mais quand
-M. de Damas voulut commander aux troupes de se
-mettre en marche, la garde nationale s'y opposa et les
-dragons refusèrent de monter à cheval
-<a name="FNanchor_657_657" id="FNanchor_657_657"></a>
-<a href="#Footnote_657_657" class="fnanchor">[657]</a>.</p>
-
-<p>Drouet et Guillaume étaient partis à bride abattue.
-Ayant appris par le postillon de Sainte-Menehould
-que la famille royale avait pris la direction de
-Varennes, ils s'étaient jetés dans des chemins de
-traverse pour y arriver avant elle. Ils y arrivèrent
-en effet les premiers, trouvèrent, malgré l'heure
-avancée, quelques jeunes gens réunis dans une auberge,
-donnèrent l'alarme et coururent avertir les
-autorités. En l'absence du maire, retenu à Paris par
-sa charge de député, le procureur de la commune,
-Sauce, prit la direction du mouvement. On sonna le
-tocsin, on réveilla les habitants en faisant parcourir
-les rues par des enfants qui criaient au feu; on barricada
-le pont qui réunissait les deux parties de la
-ville de Varennes et que les voitures devaient forcément
-traverser, et un poste d'hommes déterminés,
-<span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">[Pg 214]</a></span>
-armés de fusils, s'y installa, prêt à en disputer le
-passage par la force.</p>
-
-<p>Tout était prêt de la part des ennemis du Roi; de
-la part de ses amis, rien ne l'était; les malheureux
-retards apportés au voyage, les malentendus qui en
-avaient été la suite avaient troublé les esprits et dérangé
-les mesures prises. A l'entrée de Varennes, on
-ne trouva pas de relais; les postillons, les gardes du
-corps, le Roi et la Reine elle-même perdirent un
-temps précieux à le chercher; les conducteurs refusaient
-d'aller plus loin avec les mêmes chevaux; on
-discuta; on parlementa; quand on les détermina à
-passer au moins la ville, il était trop tard. Sous la
-petite voûte qui joignait la ville haute à la ville basse
-<a name="FNanchor_658_658" id="FNanchor_658_658"></a>
-<a href="#Footnote_658_658" class="fnanchor">[658]</a>,
-Sauce, Drouet et leurs amis attendaient. Le cabriolet
-où étaient les femmes de chambre se présenta le
-premier, on l'arrêta; on demanda les passeports;
-une des voyageuses répondit qu'ils étaient dans la
-seconde voiture. Sauce se porta à la berline et renouvela
-sa réquisition. Le Roi tendit le passeport; le
-procureur fit observer qu'il était bien tard pour le viser,—il
-était onze heures et demie du soir
-<a name="FNanchor_659_659" id="FNanchor_659_659"></a>
-<a href="#Footnote_659_659" class="fnanchor">[659]</a>—«qu'il
-fallait descendre et qu'au jour on verrait
-<a name="FNanchor_660_660" id="FNanchor_660_660"></a>
-<a href="#Footnote_660_660" class="fnanchor">[660]</a>». La
-baronne de Korff se récria, tenta de forcer le passage;
-mais les gardes nationaux menacèrent de faire usage
-<span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">[Pg 215]</a></span>
-de leurs armes
-<a name="FNanchor_661_661" id="FNanchor_661_661"></a>
-<a href="#Footnote_661_661" class="fnanchor">[661]</a>; il fallut se résigner à descendre.</p>
-
-<p>On gagna la maison de Sauce, située à vingt pas
-de là, et pendant qu'on préparait au premier étage
-deux chambres plus convenables pour recevoir ces
-hôtes improvisés dont on soupçonnait la grandeur, on
-introduisit les voyageurs dans une salle basse où
-Sauce leur fit servir un frugal repas. Les enfants, le
-Dauphin surtout, mouraient de sommeil; on les
-coucha sur un lit; la Reine s'était retirée dans un coin
-obscur de la pièce, son voile abaissé sur ses yeux
-<a name="FNanchor_662_662" id="FNanchor_662_662"></a>
-<a href="#Footnote_662_662" class="fnanchor">[662]</a>.
-Malgré les objurgations des municipaux, malgré les
-affirmations de Drouet, et d'un médecin du pays
-nommé Mangin, qui prétendait connaître la famille
-royale, Louis XVI continuait à nier obstinément.
-Un moment la Reine faillit se trahir: choquée du ton
-blessant de Drouet dans sa discussion avec le Roi,
-elle releva son voile: «Si vous le reconnaissez pour
-votre Roi, dit-elle vivement, respectez-le
-<a name="FNanchor_663_663" id="FNanchor_663_663"></a>
-<a href="#Footnote_663_663" class="fnanchor">[663]</a>.» Mais
-les preuves décisives manquaient encore. Incertain,
-indécis, redoutant à la fois de laisser échapper ses
-prisonniers, si c'étaient bien ceux qu'il supposait, et
-de se rendre ridicule par une arrestation arbitraire et
-vexatoire, si ses soupçons n'étaient pas fondés, le procureur,
-après avoir «déposé,»—c'est son mot,—ces
-étrangers dans une chambre de derrière, courut
-chez un juge du tribunal, M. Detez, qui avait vu
-plusieurs fois le Roi et la Reine pendant un séjour
-qu'il avait fait à Paris. M. Detez revint avec Sauce et
-reconnut la famille royale. Devant cette déclaration
-formelle, toute dénégation devenait inutile. «Oui,»
-<span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">[Pg 216]</a></span>
-dit Louis XVI, d'une voix forte, «je suis votre Roi;
-voici la Reine et la famille royale. Placé dans la capitale
-au milieu des poignards et des baïonnettes,
-je viens chercher en province, au milieu de mes
-fidèles sujets, la liberté et la paix, dont vous jouissez
-tous: je ne puis vivre à Paris sans y mourir,
-ma famille et moi. Je viens vivre parmi vous, dans
-le sein de mes enfants, que je n'abandonne pas
-<a name="FNanchor_664_664" id="FNanchor_664_664"></a>
-<a href="#Footnote_664_664" class="fnanchor">[664]</a>.»
-Le prince était ému; ses auditeurs ne l'étaient pas
-moins. «L'attendrissement, l'émotion de toutes les
-personnes présentes, raconte le premier procès-verbal
-dressé par la municipalité, se joignant à celui du
-Roi, le monarque et son auguste famille daignèrent
-presser dans leurs bras tous les citoyens qui se trouvaient
-dans l'appartement et recevoir d'eux la même
-marque de leur sensibilité vive et familière
-<a name="FNanchor_665_665" id="FNanchor_665_665"></a>
-<a href="#Footnote_665_665" class="fnanchor">[665]</a>.»</p>
-
-<p>Cet attendrissement dura peu; la municipalité renouvela
-ses instances pour que les voyageurs retournassent
-à Paris; le Roi s'y refusa; il opposa le tableau
-des humiliations auxquelles il avait été en butte
-dans la capitale, des périls auxquels son retour exposerait
-sa famille. «La Reine, qui partageait ses inquiétudes,
-les exprimait par une extrême agitation
-<a name="FNanchor_666_666" id="FNanchor_666_666"></a>
-<a href="#Footnote_666_666" class="fnanchor">[666]</a>.»
-Le prince, avec sa bonhomie habituelle, exposait ses
-plans, jurant qu'il ne passerait pas la frontière et se
-rendrait à Montmédy, offrant même de se confier à la
-garde nationale pour l'y conduire. «Le spectacle
-était touchant, mais il n'ébranlait point la commune
-dans sa résolution et son courage pour conserver son
-Roi.» Brave homme, au fond, mais grisé par le rôle
-inattendu que les événements lui donnaient; impressionné
-par le touchant tableau qu'il avait sous les
-<span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">[Pg 217]</a></span>
-yeux, mais effrayé par les grands mots et les grands
-cris des patriotes; désireux de satisfaire le Roi, mais
-ne voulant pas déplaire au peuple, Sauce était tiraillé
-entre son vieux respect pour la monarchie et
-sa vanité doublée de sa peur. La peur devait l'emporter
-chez lui, comme chez sa femme, dont la Reine
-avait bien pu faire couler les larmes, sans réussir à
-vaincre son naïf égoïsme: «Bon Dieu, Madame,»
-avait-elle répondu, «ils feraient périr M. Sauce;
-j'aime bien mon Roi; mais, dame, écoutez, j'aime
-bien mon mari. Il est responsable, voyez-vous
-<a name="FNanchor_667_667" id="FNanchor_667_667"></a>
-<a href="#Footnote_667_667" class="fnanchor">[667]</a>.»
-La grand'mère du procureur, vénérable octogénaire,
-demanda à voir les hôtes inattendus que le hasard
-des révolutions amenait dans sa famille. Toute pleine
-encore du respect et de l'amour traditionnel des Français
-pour la dynastie, elle s'approcha du lit où dormaient
-les enfants et, se jetant à genoux, elle sollicita
-la faveur de leur baiser la main. Puis elle bénit ces
-infortunés que la faiblesse de son petit-fils allait livrer
-à la captivité et à la mort et se retira, profondément
-émue.</p>
-
-<p>Cependant, MM. de Choiseul et de Goguelat étaient
-arrivés, avec les hussards de Pont-Sommevesle. Peut-être,
-à ce moment, où la foule n'était pas encore
-très considérable, où les gardes nationales des communes
-voisines n'étaient point rassemblées, eût-il
-été possible, avec un peu d'énergie, de forcer le
-passage. «Eh bien! quand partons-nous?» demanda
-le Roi à Goguelat, quand il le vit entrer dans la
-chambre.—«Sire, nous attendons vos ordres,»
-répondit l'aide-de-camp. Mais demander des ordres à
-un prince d'un caractère aussi indécis que Louis XVI,
-c'était le replonger dans ses hésitations habituelles.
-<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">[Pg 218]</a></span>
-M. de Damas, qui venait d'arriver à son tour, ouvrit
-un avis énergique: c'était de démonter sept hussards,
-de faire monter sur les chevaux le Roi, la
-Reine et leurs compagnons, et, avec les soldats restants,
-de se faire jour à travers la foule. Marie-Antoinette
-n'eût pas reculé devant cette résolution aventureuse.
-«Mais, dit le Roi, répondez-vous que,
-dans cette lutte inégale, une balle ne viendra pas
-frapper la Reine, ou ma sœur, ou mes enfants?»
-Comme à l'appui de cette crainte, sous les fenêtres
-de la petite maison, la populace grondait; on renonça
-à ce parti trop périlleux. Lorsque, plus tard, vers
-deux heures du matin, Goguelat essaya de pousser
-une reconnaissance dans la direction de Dun, les gardes
-nationales des environs étaient réunies: la résistance
-était organisée par les soins de M. de Signémont,
-commandant de la milice de Neuvilly; des barricades
-étaient dressées; des canons rangés; l'aide-de-camp,
-ayant voulu dégager la voiture royale pour
-la tenir prête à toute occasion, fut jeté bas d'un coup
-de pistolet par le major de la garde nationale de Varennes,
-et les hussards, déjà hésitants, ébranlés par
-les caresses des patriotes, effrayés par la chute de
-leur chef, se mirent à fraterniser et à boire avec les
-gardes nationaux.</p>
-
-<p>A cinq heures du matin, lorsque le commandant
-du détachement de Dun, M. Deslon, accouru à bride
-abattue avec soixante cavaliers, pénétra dans la
-maison de Sauce, et demanda les ordres du Roi:
-«Mes ordres!» répondit avec amertume le malheureux
-monarque, «je suis prisonnier et n'en ai point
-à donner.»</p>
-
-<p>Une seule chose restait à faire: gagner du temps
-et attendre que M. de Bouillé, prévenu par son fils,
-se portât sur Varennes avec ses troupes.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">[Pg 219]</a></span></p>
-
-<p>Mais, avant M. de Bouillé, deux nouveaux acteurs
-entraient en scène, qui allaient aggraver l'état des
-choses, et détruire les dernières espérances de la famille
-royale: c'étaient les émissaires de l'Assemblée.</p>
-
-<p>Lorsque, le 21 au matin, on s'était aperçu, à Paris,
-de la disparition du Roi et de sa famille, le premier
-mouvement avait été de la stupeur; puis, à la stupeur
-succéda rapidement une vive irritation, et l'Assemblée,
-partageant la colère populaire, rendit un décret
-pour ordonner l'arrestation du Roi. Un aide-de-camp
-de Lafayette, M. de Romeuf, spécialement
-attaché au service de la Reine, qui, en maintes circonstances,
-l'avait comblé de bontés, partit pour
-signifier le décret de l'Assemblée. A Châlons, il rencontra
-un chef de bataillon de la garde nationale,
-nommé Bayon, qui, avec Palloy, avait pris les devants,
-porteur d'ordres analogues du maire de Paris.
-Tous deux continuèrent leur route, Bayon réveillant le
-zèle de Romeuf à qui ses relations personnelles avec
-la famille royale rendaient particulièrement pénible
-l'accomplissement de sa mission. A six heures du
-matin, ils entraient à Varennes, et Bayon, montant le
-premier chez Sauce: «Sire,» dit-il d'une voix entrecoupée
-par l'essoufflement du voyage, «Paris s'égorge.....
-Nos femmes, nos enfants...., l'intérêt
-de l'Etat.....» Romeuf s'approcha ensuite et, les
-larmes aux yeux, remit au Roi le décret de l'Assemblée.
-«Il n'y a plus de Roi de France,» dit tristement
-le malheureux prince. La Reine prit le décret,
-le lut: «Les insolents!» s'écria-t-elle, et elle rejeta
-brusquement le papier qui alla tomber sur le lit où
-reposait le Dauphin; elle le lança violemment à terre:
-«Je ne veux pas, dit-elle, qu'il souille le lit de mon
-fils.»</p>
-
-<p>Au dehors, la foule ameutée grondait: «A Paris!
-<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">[Pg 220]</a></span>
-à Paris! criait-elle. Faisons-les partir de force.—Nous
-les traînerons plutôt par les pieds.»—Vainement
-l'infortuné monarque épuisait-il tous les
-moyens dilatoires. Le Dauphin et Madame Royale
-dormaient; il fallait respecter leur repos. Une des
-femmes de chambre, M<sup>me</sup> de Neuville, entrant dans la
-pensée de ses maîtres, se roulait sur un lit, en proie
-à une crise violente; la Reine déclarait qu'elle ne la
-quitterait pas sans secours. Mais la populace, excitée
-sous main par Bayon
-<a name="FNanchor_668_668" id="FNanchor_668_668"></a>
-<a href="#Footnote_668_668" class="fnanchor">[668]</a>, tout haut par Palloy, ne
-s'inquiétait ni du sommeil des enfants, ni des maladies,
-vraies ou fausses, des voyageurs. Les cris redoublaient
-avec plus de fureur. Le Roi se consulta
-un moment avec sa famille et, reconnaissant sans
-doute l'impossibilité d'une plus longue résistance, il
-se résigna douloureusement.</p>
-
-<p>Les voitures étaient déjà au pied de la maison de
-Sauce; les chevaux furent amenés et rapidement
-attelés; les gardes nationaux formèrent l'escorte. Les
-malheureux captifs descendirent tristement l'étroit et
-sombre escalier qui, du premier étage, conduisait au
-rez-de-chaussée; la Reine donnait le bras au duc de
-Choiseul; M<sup>me</sup> Elisabeth à M. de Damas. Quand ils
-parurent à la porte de la maison, la rue retentit des
-cris de: <i>Vive le Roi! Vive la nation!</i> Pas un cri de
-<i>Vive la Reine!</i> Pour les habitants de Varennes,
-comme pour ceux de Paris, c'était toujours l'<i>Autrichienne</i>!</p>
-
-<p>On monta en voiture; M. de Choiseul ferma la
-portière, et les chevaux s'élancèrent sur la route de
-Clermont. Il était environ sept heures et demie du
-matin.</p>
-
-<p>Lorsque M. de Bouillé, retardé dans son départ
-<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">[Pg 221]</a></span>
-par l'incroyable lenteur du commandant du Royal-Allemand,
-parut enfin en vue de Varennes, à la tête
-de ce régiment sur lequel il comptait, il y avait près
-de deux heures que le funèbre cortège en était parti.
-Il avait trop d'avance pour qu'on pût le rejoindre avec
-des chevaux harassés par une course forcée de neuf
-lieues. Le général donna l'ordre de la retraite et,
-l'air morne, le cœur déchiré, il regagna Stenay,
-d'où il passa immédiatement la frontière.</p>
-
-<p>Cependant, le triste convoi poursuivait sa marche
-sur Paris, sous l'escorte de cinq à six mille gardes
-nationaux et au milieu d'un concours immense de
-peuple. A Clermont, les officiers municipaux de Varennes
-se détachèrent pour regagner leur ville.
-Drouet resta avec Bayon; quant à Romeuf, il était
-demeuré à Varennes pour protéger MM. de Choiseul
-et Goguelat et avait été lui-même emprisonné.</p>
-
-<p>La voiture avançait lentement, au milieu de nuages
-de poussière et sous un soleil torride; la chaleur
-était écrasante, l'air embrasé. Les enfants tombaient
-épuisés de fatigue; la Reine les regardait tristement,
-songeant à ses espérances évanouies, et aux sombres
-réalités du retour. A Sainte-Menehould, il fallut
-subir un discours insultant de la municipalité et se
-montrer à la foule du haut des fenêtres de l'hôtel
-de ville; la Reine, tenant le Dauphin dans ses bras,
-fut saluée des cris évidemment malveillants de <i>Vive
-la nation!</i> Mais, si déchue qu'elle fût de son pouvoir,
-la malheureuse souveraine conservait encore le plus
-doux et le plus cher de ses privilèges, celui de la
-charité. Avant de quitter cette petite ville, qui lui
-avait été si hostile, prisonnière elle-même, elle fit
-distribuer cinq louis aux prisonniers
-<a name="FNanchor_669_669" id="FNanchor_669_669"></a>
-<a href="#Footnote_669_669" class="fnanchor">[669]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">[Pg 222]</a></span></p>
-
-<p>Une horrible tragédie marqua le trajet de Sainte-Menehould
-à Châlons; un gentilhomme du pays, le
-comte de Dampierre, s'étant joint au cortège, fut
-reconnu, dénoncé comme aristocrate, assailli par la
-garde nationale, jeté à bas de son cheval et tué d'un
-coup de fusil: «Qu'y a-t-il donc?» demanda le Roi,
-ému par le bruit de la détonation,—«Rien, répondit-on;
-c'est un fou que l'on tue
-<a name="FNanchor_670_670" id="FNanchor_670_670"></a>
-<a href="#Footnote_670_670" class="fnanchor">[670]</a>.» Et les assassins
-revinrent à la voiture «les mains ensanglantées
-et portant la tête
-<a name="FNanchor_671_671" id="FNanchor_671_671"></a>
-<a href="#Footnote_671_671" class="fnanchor">[671]</a>».</p>
-
-<p>Vers onze heures et demie du soir, on entra à Châlons.
-La ville était royaliste, l'accueil contrasta
-avec celui qui avait été fait jusque là aux prisonniers.
-«Les corps administratifs, dit le procès-verbal
-officiel, mettaient au rang de leurs principaux
-devoirs de veiller à ce que le respect dû à la majesté
-royale fût maintenu
-<a name="FNanchor_672_672" id="FNanchor_672_672"></a>
-<a href="#Footnote_672_672" class="fnanchor">[672]</a>.» Le Roi fut reçu à la porte
-de la ville par la municipalité et conduit, entre deux
-haies de gardes nationaux à l'hôtel de l'Intendance,
-qui avait été préparé pour le recevoir. C'était le
-même hôtel où, vingt et un ans auparavant, la Dauphine
-s'était arrêtée radieuse, au bruit des acclamations
-et au milieu des fêtes populaires, quand elle
-venait ceindre, en France, la couronne royale
-<a name="FNanchor_673_673" id="FNanchor_673_673"></a>
-<a href="#Footnote_673_673" class="fnanchor">[673]</a>. Du
-moins à Châlons, la population fit-elle tout ce qu'elle
-put pour adoucir aux visiteurs involontaires l'amertume
-de leur situation. Comme en 1770, des jeunes
-<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">[Pg 223]</a></span>
-filles offrirent des fleurs à Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_674_674" id="FNanchor_674_674"></a>
-<a href="#Footnote_674_674" class="fnanchor">[674]</a>; plusieurs
-d'entre elles s'empressèrent à la servir, et
-lorsque, après un souper fait en public, la famille
-royale se fut retirée dans ses appartements, le procureur
-du département, Roze, proposa même au
-Roi de l'aider à fuir par un escalier dérobé, inconnu
-du public. Louis XVI refusa, parce qu'on ne pouvait
-sauver que lui seul.</p>
-
-<p>Ce dévouement si rare, ces sympathies, manifestées
-par une ville presque entière, avaient profondément
-ému les prisonniers; ils ne devaient plus en retrouver
-d'autre exemple sur leur route. Le lendemain 23, jour
-de la Fête-Dieu, vers dix heures, tandis qu'ils entendaient
-la messe dans la chapelle de l'Intendance, des
-volontaires rémois, arrivés dans la nuit, envahirent la
-cour et se précipitèrent vers la chapelle; la messe
-n'était pas achevée
-<a name="FNanchor_675_675" id="FNanchor_675_675"></a>
-<a href="#Footnote_675_675" class="fnanchor">[675]</a>; le Roi et sa famille durent néanmoins
-sortir et se montrer au balcon. Il fallut hâter
-le départ, dans la crainte que ces volontaires, composés
-de la lie du peuple de Reims, n'excitassent quelque
-tumulte. La Reine, toujours gracieuse et véritablement
-touchée, répondit «qu'elle était fâchée des circonstances
-qui la privaient et le Roi de quelques instants
-de plus à passer au milieu de bons citoyens
-<a name="FNanchor_676_676" id="FNanchor_676_676"></a>
-<a href="#Footnote_676_676" class="fnanchor">[676]</a>».
-Un dîner avait été préparé à la hâte pour les voyageurs;
-mais «l'émotion dans laquelle ils se trouvaient,
-dit le procès-verbal, ne leur a permis de rien prendre
-<a name="FNanchor_677_677" id="FNanchor_677_677"></a>
-<a href="#Footnote_677_677" class="fnanchor">[677]</a>».
-A midi, l'on se mit en marche avec une telle
-précipitation que le Roi oublia à Châlons un petit coffret
-qui contenait treize cents louis
-<a name="FNanchor_678_678" id="FNanchor_678_678"></a>
-<a href="#Footnote_678_678" class="fnanchor">[678]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">[Pg 224]</a></span></p>
-
-<p>A mesure qu'on avançait vers Paris, l'attitude
-des populations devenait plus hostile. A Epernay, où
-l'on arriva à quatre heures de l'après-midi
-<a name="FNanchor_679_679" id="FNanchor_679_679"></a>
-<a href="#Footnote_679_679" class="fnanchor">[679]</a>, l'accueil
-fut mauvais. Le président du district prononça une
-harangue pleine de reproches; de grossières injures
-furent lancées, et, sans le dévouement du jeune
-Cazotte, accouru à la tête d'une troupe de paysans
-et qui se tint à la portière de la voiture pour contenir
-la foule, la vie même des augustes captifs n'eût
-peut-être pas été respectée. On avait entendu un misérable
-dire à son voisin: «Cache-moi bien pour que
-je tire sur la Reine, sans qu'on sache d'où le coup
-est parti
-<a name="FNanchor_680_680" id="FNanchor_680_680"></a>
-<a href="#Footnote_680_680" class="fnanchor">[680]</a>.»</p>
-
-<p>La foule s'était tellement pressée autour des fugitifs,
-que la robe de Marie-Antoinette fut déchirée par
-les pieds; il fallut la réparer sur place; la fille de
-l'hôte chez lequel on était descendu rendit ce léger
-service à la malheureuse souveraine, avec un respect
-et une affection qui firent du bien à son triste cœur.
-Pendant ce temps, les officiers municipaux adressaient
-au Roi d'insultants discours: «Malgré vos fautes,» lui
-disaient-ils, «nous vous protégerons, n'ayez pas
-peur.»—«Peur?» dit le prince d'un ton surpris.
-Et il se mit à expliquer à ses interlocuteurs qu'il
-n'avait point l'intention de quitter la France, mais
-qu'il ne pouvait rester à Paris, où sa famille était en
-danger. «Oh! que si fait, vous le pouviez,» riposta
-un des assistants.</p>
-
-<p>On repartit vers cinq heures, au milieu d'une multitude
-soulevée. «Allez, ma petite belle, on vous en
-fera voir bien d'autres,» tel fut l'adieu cynique,
-jeté à Marie-Antoinette par une des mégères d'Epernay.
-La Reine, ayant voulu donner à un garde
-<span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">[Pg 225]</a></span>
-national, qui se plaignait de la faim, un morceau de
-bœuf à la mode qui était dans la voiture: «N'y
-touche pas, cria un autre, ne vois-tu pas qu'on
-veut t'empoisonner?» La Reine en mangea sur-le-champ
-et en fit manger à son fils
-<a name="FNanchor_681_681" id="FNanchor_681_681"></a>
-<a href="#Footnote_681_681" class="fnanchor">[681]</a>. Mais ce cri d'injurieuse
-méfiance lui alla au cœur et, parmi tant
-d'outrages, celui-là la blessa le plus.</p>
-
-<p>A peu de distance d'Épernay, la famille royale
-fut rejointe par les trois commissaires que l'Assemblée
-avait délégués pour «ramener le Roi à Paris,
-veiller à sa sûreté et à ce que le respect dû à Sa
-Majesté fût maintenu
-<a name="FNanchor_682_682" id="FNanchor_682_682"></a>
-<a href="#Footnote_682_682" class="fnanchor">[682]</a>.» C'étaient Barnave, Pétion et
-la Tour-Maubourg. Ce dernier ne voulut pas prendre
-place dans la voiture royale; alléguant que les augustes
-voyageurs pouvaient être sûrs de lui, mais
-qu'il fallait gagner les deux autres
-<a name="FNanchor_683_683" id="FNanchor_683_683"></a>
-<a href="#Footnote_683_683" class="fnanchor">[683]</a>, il monta avec
-les femmes de chambre. Pétion et Barnave s'installèrent
-dans la berline, où dès lors huit personnes
-furent entassées, par ces tourbillons de poussière et
-cette chaleur suffocante; on prit les enfants sur les
-genoux. Barnave se montra plein de convenance et
-de respect; le spectacle de cette grande infortune,
-le charme de la Reine firent sur ce jeune homme, à
-la tête ardente mais au cœur honnête, une impression
-profonde; entré dans la voiture révolutionnaire
-et presque républicain, il en sortit royaliste
-<a name="FNanchor_684_684" id="FNanchor_684_684"></a>
-<a href="#Footnote_684_684" class="fnanchor">[684]</a>. Quant
-à Pétion, le récit qu'il a écrit de son voyage est le
-plus insigne monument de grossièreté et de prétention
-que puisse enfanter le cerveau d'un fat sans éducation
-<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">[Pg 226]</a></span>
-et sans tact
-<a name="FNanchor_685_685" id="FNanchor_685_685"></a>
-<a href="#Footnote_685_685" class="fnanchor">[685]</a>; il donne la mesure de l'homme
-devant lequel ne trouva pas même grâce la pureté
-de M<sup>me</sup> Elisabeth, du personnage vaniteux et impertinent,
-dont la Révolution fit un héros et qui n'était
-qu'un sot.</p>
-
-<p>En montant en voiture, il assura qu'il savait bien
-que les fugitifs avaient pris près du Château une
-voiture de remise, conduite par un Suédois, et, affectant
-de n'en pas savoir le nom, il le demanda à
-la Reine: «Je ne suis pas dans l'usage de savoir le
-nom des cochers de remise,» répliqua sèchement
-la princesse
-<a name="FNanchor_686_686" id="FNanchor_686_686"></a>
-<a href="#Footnote_686_686" class="fnanchor">[686]</a>. Un peu plus tard, le Roi, s'étant mêlé
-à la conversation et ayant dit que sa fuite n'avait
-d'autre but que de donner au pouvoir exécutif la
-force nécessaire dans un régime constitutionnel,
-puisque la France ne pouvait être une république:
-«Pas encore,» répondit insolemment Pétion, «parce
-que les Français ne sont pas encore assez mûrs
-pour cela, et je ne serai pas assez heureux pour la
-voir établir de mon vivant
-<a name="FNanchor_687_687" id="FNanchor_687_687"></a>
-<a href="#Footnote_687_687" class="fnanchor">[687]</a>.»</p>
-
-<p>A Dormans, il fallut s'arrêter dans une simple
-auberge: «Je n'étais pas fâché, dit Pétion avec son
-envieuse affectation d'austérité, que la Cour sût ce
-que c'était qu'une auberge ordinaire
-<a name="FNanchor_688_688" id="FNanchor_688_688"></a>
-<a href="#Footnote_688_688" class="fnanchor">[688]</a>.» Pendant
-la nuit, les gardes nationaux et les habitants du
-pays, accourus en foule, chantaient, buvaient et dansaient
-sous les fenêtres de l'auberge; et c'est au
-milieu de ces bruits et de ces cris, que les voyageurs
-<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">[Pg 227]</a></span>
-épuisés durent prendre un instant de repos
-<a name="FNanchor_689_689" id="FNanchor_689_689"></a>
-<a href="#Footnote_689_689" class="fnanchor">[689]</a>. Le
-pauvre petit Dauphin fit des rêves horribles et se
-mit à sangloter; on ne put le calmer qu'en le conduisant
-à sa mère
-<a name="FNanchor_690_690" id="FNanchor_690_690"></a>
-<a href="#Footnote_690_690" class="fnanchor">[690]</a>.</p>
-
-<p>On repartit à cinq heures; Pétion se plaça dans le
-fond, entre le Roi et la Reine et prit le Dauphin sur
-ses genoux. La conversation s'engagea; le Roi était
-embarrassé, au dire de Pétion, qui consent pourtant
-à convenir «qu'il est très rare qu'il lui échappe des
-choses déplacées et qu'il ne lui a pas entendu dire
-une sottise
-<a name="FNanchor_691_691" id="FNanchor_691_691"></a>
-<a href="#Footnote_691_691" class="fnanchor">[691]</a>».
-La Reine était plus libre; elle parla de
-l'éducation de ses enfants. «Elle en parla en mère
-de famille et en femme assez instruite. Elle exposa
-des principes très justes en éducation.» Mais, ajoute
-aussitôt le grotesque narrateur, comme pour s'excuser
-de cet hommage involontaire rendu à une Reine,
-«je sus depuis que c'était le jargon de mode dans
-toutes les Cours de l'Europe
-<a name="FNanchor_692_692" id="FNanchor_692_692"></a>
-<a href="#Footnote_692_692" class="fnanchor">[692]</a>.»</p>
-
-<p>A la Ferté-sous-Jouarre, la réception sympathique
-et respectueuse du maire, M. Regnard, vint faire un
-moment diversion aux insultes de la foule. On trouva
-chez lui un appartement frais et un dîner simple, mais
-bien fait. La femme du maire, ne voulant point par
-délicatesse manger avec la famille royale, s'était habillée
-en cuisinière pour la servir. La Reine la reconnut
-cependant: «Vous êtes sans doute, Madame, lui
-dit-elle, la maîtresse de la maison?»—«Je l'étais
-un moment avant que Votre Majesté y entrât,»
-répondit en s'inclinant l'excellente femme
-<a name="FNanchor_693_693" id="FNanchor_693_693"></a>
-<a href="#Footnote_693_693" class="fnanchor">[693]</a>.</p>
-
-<p>En sortant de la petite ville, un certain tumulte
-<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">[Pg 228]</a></span>
-se fit. C'était un député, Kervelégan, qui se disputait
-avec les gardes nationaux et cherchait à arriver jusqu'aux
-prisonniers, qu'il insultait grossièrement.
-«Voilà un homme bien malhonnête,» ne put s'empêcher
-de dire la Reine
-<a name="FNanchor_694_694" id="FNanchor_694_694"></a>
-<a href="#Footnote_694_694" class="fnanchor">[694]</a>.</p>
-
-<p>Comme on approchait de Meaux, un prêtre s'efforça
-de pénétrer près de la voiture; la foule éclata
-en menaces et s'apprêtait à le massacrer, comme
-M. de Dampierre. La Reine le vit et poussa un cri; Barnave
-s'élança à demi hors de la portière: «Français,
-nation de braves, s'écria-t-il, voulez-vous donc
-devenir un peuple d'assassins?» Cet accent indigné
-et cette intervention puissante arrachèrent le malheureux
-prêtre à la mort.</p>
-
-<p>On entra à Meaux d'assez bonne heure et l'on coucha
-chez l'évêque constitutionnel. Le Roi mangea
-peu et se retira promptement dans son appartement.
-Le petit-fils de Louis XIV n'avait plus de linge et
-fut obligé d'emprunter une chemise à un huissier! Le
-soir, Barnave eut un long entretien avec Louis XVI
-et Marie-Antoinette. Il parla avec force; on l'écouta
-avec attention et bienveillance. «Evidemment,
-dit la Reine, nous avons été trompés sur l'état réel
-de l'esprit public en France.» Barnave sortit de là,
-dit M. de Beauchesne, «en se promettant de mourir
-fidèle au trône et dévoué à la liberté
-<a name="FNanchor_695_695" id="FNanchor_695_695"></a>
-<a href="#Footnote_695_695" class="fnanchor">[695]</a>.»</p>
-
-<p>On repartit à six heures du matin; c'était la dernière
-étape jusqu'à Paris: longue étape de treize
-lieues. La chaleur était excessive. Plus on approchait
-de la capitale, plus la foule se montrait hostile; plus
-les exigences des gardiens étaient odieuses: malgré
-un soleil ardent et une poussière atroce, on ne put
-<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">[Pg 229]</a></span>
-baisser ni stores ni jalousies
-<a name="FNanchor_696_696" id="FNanchor_696_696"></a>
-<a href="#Footnote_696_696" class="fnanchor">[696]</a>. Les injures les plus
-grossières étaient proférées contre la Reine et il y
-eut lieu de craindre, à deux ou trois reprises, qu'on
-ne voulût attenter à ses jours
-<a name="FNanchor_697_697" id="FNanchor_697_697"></a>
-<a href="#Footnote_697_697" class="fnanchor">[697]</a>. La pauvre femme ne
-put retenir ses larmes, ni le Dauphin, un cri d'effroi.</p>
-
-<p>Au lieu d'entrer par la porte Saint-Denys, on fit le
-tour des murs, pour gagner la porte de la Conférence.
-Les Champs-Élysées étaient remplis de monde;
-les barrières, les arbres, les toits des maisons étaient
-couverts d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous
-gardaient leur chapeau sur la tête; seul le député
-Guilhermy eut le courage de saluer les prisonniers.
-Le mot d'ordre était donné; on avait affiché partout
-des placards portant ces mots: «Quiconque applaudira
-le Roi aura des coups de bâton; quiconque
-l'insultera sera pendu.» Le cri de <i>Vive la nation!</i>
-retentissait seul, comme un outrage et une menace.</p>
-
-<p>Dès que la voiture fut entrée dans le jardin des
-Tuileries, on ferma le pont tournant. Le jardin,
-néanmoins, comme les Champs-Élysées, était plein
-de gardes nationaux; un certain nombre de députés
-sortirent de la salle de l'Assemblée pour jouir du
-spectacle. Au moment où la berline arriva à la grille
-du Château, un mouvement se fit dans la foule: on
-voulait écharper les gardes du corps; il fallut une intervention
-énergique des députés pour soustraire ces
-malheureux à la fureur populaire. Quand le Roi descendit
-de voiture, on garda le silence; quand ce fut
-le tour de la Reine, les murmures éclatèrent de toutes
-parts et c'est au bruit des injures que l'infortunée
-souveraine, la tête haute, l'air fier, mais le désespoir
-<span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">[Pg 230]</a></span>
-dans l'âme
-<a name="FNanchor_698_698" id="FNanchor_698_698"></a>
-<a href="#Footnote_698_698" class="fnanchor">[698]</a>, put, sous la protection du vicomte de
-Noailles et du duc d'Aiguillon
-<a name="FNanchor_699_699" id="FNanchor_699_699"></a>
-<a href="#Footnote_699_699" class="fnanchor">[699]</a>, rentrer dans ce palais
-qu'elle avait quitté cinq jours auparavant, pleine
-d'espérance.</p>
-
-<p>Au milieu de cette scène, le Roi conservait son sang-froid
-et son calme apparent. «Il était tout aussi
-flegme, dit Pétion, tout aussi tranquille que si rien
-n'eût été.... Il semblait qu'il revenait d'une partie de
-chasse
-<a name="FNanchor_700_700" id="FNanchor_700_700"></a>
-<a href="#Footnote_700_700" class="fnanchor">[700]</a>.»</p>
-
-<p>Mais la Reine, plus vive, épuisée par tant de secousses
-<a name="FNanchor_701_701" id="FNanchor_701_701"></a>
-<a href="#Footnote_701_701" class="fnanchor">[701]</a>,
-brisée par la fatigue, la douleur, l'humiliation,
-la colère, n'avait que la force d'adresser au
-chevaleresque Fersen ce simple mot qu'elle avait dû
-se cacher pour écrire:</p>
-
-<p>«Rassurez-vous sur nous: nous vivons
-<a name="FNanchor_702_702" id="FNanchor_702_702"></a>
-<a href="#Footnote_702_702" class="fnanchor">[702]</a>.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">[Pg 231]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_X" id="CHAPITRE_X"></a>CHAPITRE X</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa vie captive.—La
-Reine est interrogée par les commissaires de l'Assemblée.—Le
-17 juillet.—Le drapeau rouge déployé au Champ-de-Mars.—Les
-Constitutionnels se rapprochent de la Cour.</p></div>
-
-
-<p>La France avait <i>reconquis</i> son Roi; telle était la
-formule officielle des adresses de félicitations envoyées
-à l'Assemblée nationale de toutes les parties du pays.
-C'était bien une conquête, en effet, et le prince, qui
-rentrait à Paris le 25 juin 1791, au milieu de ce silence
-qu'interrompaient seulement des cris de haine,
-n'était plus qu'un captif, humilié et détrôné. L'arrêté
-de l'Assemblée, pris sur la proposition de Thouret,
-équivalait à un décret de déchéance. Le Roi, la
-Reine, le Dauphin devaient être entourés d'une garde
-qui répondait de leurs personnes; «le ministre de
-la justice continuait à apposer le sceau de l'Etat aux
-décrets de l'Assemblée, sans qu'il fût besoin de la
-sanction royale, et les ministres étaient autorisés à
-remplir, chacun dans son département, les fonctions
-de pouvoir exécutif
-<a name="FNanchor_703_703" id="FNanchor_703_703"></a>
-<a href="#Footnote_703_703" class="fnanchor">[703]</a>.»</p>
-
-<p>Cette décision fut exécutée à la lettre; la famille
-royale, réintégrée aux Tuileries, était gardée à vue.
-Ses membres ne pouvaient communiquer que sous le
-regard de leurs geôliers, et il y avait toujours avec
-eux plusieurs officiers de la milice parisienne
-<a name="FNanchor_704_704" id="FNanchor_704_704"></a>
-<a href="#Footnote_704_704" class="fnanchor">[704]</a>. Une
-<span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">[Pg 232]</a></span>
-troupe considérable était installée dans les cours, un
-véritable camp,—c'est le mot dont se sert M<sup>me</sup> Elisabeth
-<a name="FNanchor_705_705" id="FNanchor_705_705"></a>
-<a href="#Footnote_705_705" class="fnanchor">[705]</a>,—camp
-nombreux et bruyant
-<a name="FNanchor_706_706" id="FNanchor_706_706"></a>
-<a href="#Footnote_706_706" class="fnanchor">[706]</a>, établi sous
-les fenêtres du Roi et de la Reine, de peur, ajoute
-ironiquement la princesse qui, même dans les plus
-douloureuses circonstances, n'abdiquait jamais sa
-gaîté, «de peur qu'ils ne sautent dans le jardin, qui
-est hermétiquement fermé et rempli de sentinelles,
-entre autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres
-<a name="FNanchor_707_707" id="FNanchor_707_707"></a>
-<a href="#Footnote_707_707" class="fnanchor">[707]</a>.»</p>
-
-<p>Des sentinelles, il y en avait à chaque escalier de
-l'intérieur
-<a name="FNanchor_708_708" id="FNanchor_708_708"></a>
-<a href="#Footnote_708_708" class="fnanchor">[708]</a>,
-jusque sur les toits. Personne n'entrait
-au Château sans un billet de Lafayette ou de Bailly
-<a name="FNanchor_709_709" id="FNanchor_709_709"></a>
-<a href="#Footnote_709_709" class="fnanchor">[709]</a>;
-on en avait même refusé l'accès à des membres de
-l'Assemblée
-<a name="FNanchor_710_710" id="FNanchor_710_710"></a>
-<a href="#Footnote_710_710" class="fnanchor">[710]</a>. Tous les appartements de la famille
-royale avaient été visités avec le plus grand soin;
-les officiers de la garde nationale en conservaient les
-clefs dans leur poche, et, s'il faut en croire M<sup>me</sup> de
-Tourzel, Lafayette avait poussé si loin les précautions,
-qu'il avait envoyé des ramoneurs examiner si
-les captifs ne pouvaient pas s'enfuir par les cheminées
-<a name="FNanchor_711_711" id="FNanchor_711_711"></a>
-<a href="#Footnote_711_711" class="fnanchor">[711]</a>.
-Toutes les pièces extérieures de l'appartement
-de la Reine avaient été transformées en corps
-de garde; dans sa chambre, deux gardes nationaux
-se tenaient en permanence, avec ordre de ne la perdre
-de vue ni jour ni nuit
-<a name="FNanchor_712_712" id="FNanchor_712_712"></a>
-<a href="#Footnote_712_712" class="fnanchor">[712]</a>, même dans les détails
-les plus intimes de la vie
-<a name="FNanchor_713_713" id="FNanchor_713_713"></a>
-<a href="#Footnote_713_713" class="fnanchor">[713]</a>. Pendant les premiers
-<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">[Pg 233]</a></span>
-jours, l'infortunée souveraine était obligée de se lever,
-de s'habiller, de se coucher devant ses geôliers;
-il avait fallu de longues négociations pour obtenir
-qu'ils ne logeassent pas dans sa chambre même
-<a name="FNanchor_714_714" id="FNanchor_714_714"></a>
-<a href="#Footnote_714_714" class="fnanchor">[714]</a>; mais
-ils restaient la nuit près de son lit et l'un d'eux, s'accoudant
-sur son oreiller, avait voulu renvoyer sa première
-femme, M<sup>me</sup> de Jarjayes
-<a name="FNanchor_715_715" id="FNanchor_715_715"></a>
-<a href="#Footnote_715_715" class="fnanchor">[715]</a>. La chapelle paraissant
-trop éloignée de l'appartement des prisonniers,
-on avait dressé un autel de bois dans une pièce du
-rez-de-chaussée. C'est là que la famille royale
-entendait la messe. Quand la Reine allait chez le
-Dauphin, elle était escortée de deux officiers; elle
-trouvait la porte fermée; un des officiers grattait
-en disant: la Reine! et ce n'est qu'à ce signe que
-les gardiens du jeune prince et de sa gouvernante
-consentaient à ouvrir à cette mère qui venait voir
-son fils
-<a name="FNanchor_716_716" id="FNanchor_716_716"></a>
-<a href="#Footnote_716_716" class="fnanchor">[716]</a>.</p>
-
-<p>Au bout de quelque temps, cependant, soit que Lafayette
-eût fini par sentir l'indécence de ces ordres,
-soit que la Reine se fût plainte, certains ménagements
-furent apportés. Les gardiens restaient dans
-la chambre de la Reine, tant qu'elle était levée; ils
-se retiraient quand elle se couchait; mais, pendant
-la nuit, l'un d'eux s'établissait dans l'espèce de tambour
-formé par l'épaisseur du mur entre les deux
-portes, de manière à ce que, la porte de la chambre
-restant entr'ouverte, il pût voir tout ce qu'y s'y passait.
-Weber raconte même à ce sujet une anecdote
-qui peint bien l'état des esprits et la confusion des
-<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">[Pg 234]</a></span>
-idées à cette époque. Une nuit, que Marie-Antoinette
-ne pouvait reposer, elle alluma une bougie et se mit
-à lire. Le garde qui la surveillait s'en aperçut et,
-entrant dans la chambre, il ouvrit les rideaux et s'assit
-familièrement sur le lit, en disant: «Je vois que
-vous ne pouvez dormir; causons ensemble; cela
-vaudra mieux que lire.» La Reine, ajoute le narrateur,
-«contint son indignation et lui fit comprendre
-avec douceur qu'il devait la laisser tranquille
-<a name="FNanchor_717_717" id="FNanchor_717_717"></a>
-<a href="#Footnote_717_717" class="fnanchor">[717]</a>».</p>
-
-<p>En apparence, on avait repris la régularité de la
-vie habituelle; la «vie végétale», écrivait le cardinal
-de Bernis
-<a name="FNanchor_718_718" id="FNanchor_718_718"></a>
-<a href="#Footnote_718_718" class="fnanchor">[718]</a>;
-le service se faisait comme à l'ordinaire;
-les personnes attachées à la Cour étaient restées à
-leur poste. On allait à la messe à midi; on dînait à
-une heure et demie; à neuf heures et demie on soupait.
-Comme le Roi, qui avait été habitué à une vie
-active, ne pouvait plus ni marcher ni monter à cheval,
-on jouait au billard après dîner et après souper,
-afin qu'il prît un peu d'exercice. Le reste du temps,
-le prince demeurait enfermé dans son cabinet, lisant
-et étudiant: ni lui, ni sa femme ne sortaient de leur
-appartement; ne voulant pas s'exposer en captifs aux
-regards de la foule, ils n'allaient même pas prendre
-l'air dans le petit jardin du Dauphin. La Reine s'occupait
-de ses enfants,—c'était son seul moment de
-distraction et de soulagement,—et passait ses journées
-à lire, à écrire et à travailler. A sept heures,
-elle recevait les dames du palais. A onze heures,
-chacun rentrait chez soi
-<a name="FNanchor_719_719" id="FNanchor_719_719"></a>
-<a href="#Footnote_719_719" class="fnanchor">[719]</a>.</p>
-
-<p>Mais que de tristesses dans cette existence! Que
-<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">[Pg 235]</a></span>
-d'ennuis dans cette régularité, et, malgré le calme
-apparent, que de révoltes intimes contre cette monotonie
-forcée! Avec quelle émotion contenue on accueillait
-les visages sympathiques, les députés qui
-passaient sous les fenêtres du Château, afin de saluer au
-passage les prisonniers
-<a name="FNanchor_720_720" id="FNanchor_720_720"></a>
-<a href="#Footnote_720_720" class="fnanchor">[720]</a> et les rares amis qui osaient
-franchir le seuil de ce palais suspect! Un jour, peu
-après le retour de Varennes, Malouet eut ce courage:
-«Je trouvai, dit-il, le Roi, la Reine et M<sup>me</sup> Elisabeth
-plus tranquilles que je ne m'y attendais..... Lorsque
-j'entrai, la Reine dit au jeune Dauphin: «Mon fils,
-connaissez-vous Monsieur?—Non, ma mère,»
-répondit l'enfant.—«C'est M. Malouet,» reprit la
-Reine, «n'oubliez jamais son nom.» C'était l'heure
-de la messe; le service entra; le Roi ne me dit qu'un
-mot: «Nous avons été très contents de Barnave
-<a name="FNanchor_721_721" id="FNanchor_721_721"></a>
-<a href="#Footnote_721_721" class="fnanchor">[721]</a>.»</p>
-
-<p>Dès le 26 juin, l'Assemblée avait désigné trois de
-ses membres, Adrien Duport, d'André et Tronchet,
-pour recevoir les déclarations du Roi et de sa famille.
-Le soir même, les trois commissaires se transportèrent
-aux Tuileries et furent introduits dans la chambre
-du Roi. Le prince protesta contre toute idée
-d'interrogatoire. Il déclara que les outrages faits à sa
-famille et restés impunis l'avaient seuls déterminé à
-quitter Paris, mais qu'il n'avait jamais eu l'intention
-de sortir du royaume. De là, les commissaires se
-rendirent chez la Reine; mais comme elle venait de
-se mettre au bain, ils revinrent le lendemain à onze
-heures. Marie-Antoinette les reçut seule et confirma
-par ses affirmations celles de Louis XVI: «Je déclare,»
-dit-elle, «que, le Roi désirant partir avec ses enfants,
-rien dans la nature n'eût pu m'empêcher de le suivre.
-J'ai assez prouvé depuis deux ans, dans plusieurs
-<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">[Pg 236]</a></span>
-circonstances, que je ne le quitterais jamais,
-et j'ai été surtout déterminée à le suivre par la confiance
-et la persuasion que j'avais qu'il ne quitterait
-jamais le royaume. S'il eût voulu en sortir, toutes
-mes forces auraient été employées pour l'en empêcher
-<a name="FNanchor_722_722" id="FNanchor_722_722"></a>
-<a href="#Footnote_722_722" class="fnanchor">[722]</a>.»
-Au reste, le Roi et la Reine prenaient sur
-eux seuls la responsabilité du voyage et en déchargeaient
-tous ceux qui avaient été mêlés au projet ou
-à son exécution. L'Assemblée n'accepta pas ce système,
-et, refusant de mettre en cause le Roi et la
-Reine, affectant de voir là plutôt un enlèvement
-qu'un départ volontaire, elle renvoya devant la Haute-Cour
-d'Orléans M. de Bouillé et ses complices.</p>
-
-<p>Mais les Jacobins allaient plus loin que l'Assemblée;
-c'était au Roi qu'on en voulait; c'était lui qu'on
-injuriait dans les discours des clubs et dans les articles
-des journaux. Grâce à d'habiles menées et à
-des distributions d'argent
-<a name="FNanchor_723_723" id="FNanchor_723_723"></a>
-<a href="#Footnote_723_723" class="fnanchor">[723]</a>, la fermentation populaire
-ne diminuait pas; les rues étaient tapissées de
-caricatures grossières; des chansons infâmes, des
-satires sanglantes contre le Roi et surtout contre la
-Reine se vendaient sur toutes les places; les orateurs
-débitaient dans les lieux publics les plus odieuses
-calomnies
-<a name="FNanchor_724_724" id="FNanchor_724_724"></a>
-<a href="#Footnote_724_724" class="fnanchor">[724]</a>.
-Les adresses venues des départements,—c'est
-un observateur impartial qui l'affirme,—étaient
-«véritablement atroces
-<a name="FNanchor_725_725" id="FNanchor_725_725"></a>
-<a href="#Footnote_725_725" class="fnanchor">[725]</a>». Un ancien militaire,
-Achille Duchatelet, prit l'initiative d'une
-adresse insolente par laquelle il réclamait la déchéance,
-et le dimanche 17 juillet, le peuple fut convoqué
-au Champ-de-Mars pour signer cette adresse. Dès le
-<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">[Pg 237]</a></span>
-matin, une foule désordonnée se réunit au lieu indiqué;
-des motions incendiaires furent faites; on parlait
-de se porter en masse à l'Assemblée. La garde
-nationale intervint; on lui lança des pierres. Le
-maire, Bailly, fit alors déployer le drapeau rouge et
-proclama la loi martiale. Une première décharge à
-poudre dissipa la populace; mais bientôt, voyant qu'il
-n'y avait ni morts ni blessés, les fuyards se rallièrent
-et recommencèrent à assaillir les gardes nationaux.
-Une seconde décharge en jeta une trentaine par terre,
-«une douzaine ou deux de héros en guenilles,» dit
-Gouverneur Morris
-<a name="FNanchor_726_726" id="FNanchor_726_726"></a>
-<a href="#Footnote_726_726" class="fnanchor">[726]</a>. Le reste prit la fuite à toutes
-jambes. Quant aux meneurs, ceux qui ne s'étaient
-pas cachés dès la veille s'empressèrent de le faire ou
-de quitter Paris
-<a name="FNanchor_727_727" id="FNanchor_727_727"></a>
-<a href="#Footnote_727_727" class="fnanchor">[727]</a>; mais ils ne pardonnèrent pas à
-Bailly cet acte de vigueur et le lui firent cruellement
-expier plus tard.</p>
-
-<p>L'énergie inattendue déployée par la municipalité
-et la garde nationale avait rétabli le calme à Paris et
-momentanément effrayé les factieux. Peut-être eût-on
-pu en faire le point de départ d'une ère nouvelle,
-si l'on eût persévéré dans cette attitude; mais c'eût
-été trop demander à l'Assemblée; la mollesse dont
-elle fit preuve quelques jours après dans la discussion
-de la loi sur les clubs rendit le courage aux meneurs.</p>
-
-<p>Mais l'échauffourée du Champs-de-Mars avait
-éclairé les chefs des Constitutionnels sur les projets
-des Jacobins. Se séparant brusquement de ces derniers,
-ils fondèrent le club des Feuillants, et les principaux
-d'entre eux cherchèrent à se rapprocher du
-Roi et de la Reine. Le retour de Varennes avait été
-le trait d'union entre Barnave et Marie-Antoinette:
-<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">[Pg 238]</a></span>
-l'attitude réservée et respectueuse, l'esprit élevé, les
-sentiments généreux, les manières distinguées du
-jeune député du Dauphiné, qui faisaient contraste
-avec la grossièreté et le mauvais ton de Pétion,
-avaient inspiré confiance à la Reine, comme la dignité
-et la bonté de la Reine avaient séduit le jeune député.
-Les relations nouées dans cette triste voiture
-se continuèrent à Paris, et l'on attribuait même à
-Barnave la réponse faite par le Roi aux délégués de
-l'Assemblée. Des raisons moins personnelles, mais
-non moins fortes, la crainte des Jacobins, la peur de
-l'anarchie, peut-être aussi la parole de Barnave, déterminèrent
-ses amis, jusque-là si hostiles au Roi et
-surtout à la Reine, à s'efforcer de consolider ce trône
-qu'ils avaient tant contribué à ébranler. Une sorte
-de triumvirat se forma et se mit en relations avec
-les Tuileries et particulièrement avec Marie-Antoinette,
-par l'intermédiaire de M. de Jarjayes
-<a name="FNanchor_728_728" id="FNanchor_728_728"></a>
-<a href="#Footnote_728_728" class="fnanchor">[728]</a>, qui déjà,
-en diverses circonstances, avait rempli des missions
-de confiance de la famille royale. Barnave, Alexandre
-de Lameth et Duport composaient ce triumvirat.
-La Reine écouta leurs conseils, se conforma en apparence
-à leurs idées, mais refusa de se fier complètement
-à des hommes dont les uns, d'après leur propre
-aveu, n'avaient pas de plan arrêté et vivaient au
-jour le jour, dont les autres semblaient n'avoir
-d'autre but que de conserver le pouvoir
-<a name="FNanchor_729_729" id="FNanchor_729_729"></a>
-<a href="#Footnote_729_729" class="fnanchor">[729]</a>. Dès
-lors commence une double politique secrète, dont
-les agents se contrarient et se désavouent sans
-cesse, au milieu de complications où les diplomates
-du temps durent avoir bien de la peine à se
-<span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">[Pg 239]</a></span>
-reconnaître et que l'historien de nos jours n'arrive
-pas toujours à démêler: politique qui resta longtemps
-ignorée, quoique soupçonnée, et sur laquelle
-la publication récente des papiers de M. de Fersen
-a jeté enfin un jour nouveau.</p>
-
-<p>Nous allons essayer de l'esquisser.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">[Pg 240]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XI" id="CHAPITRE_XI"></a>CHAPITRE XI</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets de
-l'Empereur.—Projets
-du roi de Suède.—Projets des émigrés.—Accroissement
-du nombre et de l'importance de ces derniers.—Leurs
-dissentiments avec la Cour et avec le baron de Breteuil, agent officiel
-de la Cour.—Lettre du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette
-à Léopold, sous l'influence des Constitutionnels.—Missions
-du chevalier de Coigny et de l'abbé Louis.—La Reine dément par
-ses lettres secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie
-des Constitutionnels.</p></div>
-
-
-<p>De tous les princes étrangers, c'était vers l'Empereur
-qu'étaient le plus naturellement tournés les regards
-de la Reine et de ses nouveaux alliés, les Constitutionnels.
-Nous avons dit plus haut quel genre de
-secours Marie-Antoinette attendait de son frère: des
-mouvements de troupes sur la frontière pour expliquer
-les agissements de M. de Bouillé, la concentration
-de dix mille hommes environ à Luxembourg;
-puis, au premier moment, si cela était nécessaire,
-l'appui passager de ce corps. Le 20 juin, Léopold
-n'était pas en Allemagne, mais en Italie, à Padoue;
-il avait cru d'abord au succès de l'évasion. On lui
-avait bien dit que la famille royale avait été arrêtée
-dans sa fuite; mais on avait ajouté que M. de Bouillé,
-étant survenu à la tête de son armée, avait délivré
-les prisonniers et conduit le Roi à Metz, sous la protection
-de ses troupes, tandis que la Reine avait
-gagné Luxembourg
-<a name="FNanchor_730_730" id="FNanchor_730_730"></a>
-<a href="#Footnote_730_730" class="fnanchor">[730]</a>. Le 5 juillet, l'Empereur écrivait
-à sa sœur:</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">[Pg 241]</a></span></p>
-
-<p>«Si je n'avais consulté que mon cœur, je serais
-parti d'ici tout de suite, pour venir vous rejoindre
-et embrasser; mais les circonstances m'en ont empêché.
-J'envie bien le sort de ma sœur Marie, qui
-aura cette satisfaction; je la charge, ainsi que le comte
-de Mercy, d'arranger tout ce qui pourra vous être
-agréable en ce moment. Je me flatte que vous serez
-convaincue qu'étant chez moi vous êtes comme chez
-vous, et que vous ne ferez pas le moindre compliment
-avec un frère qui vous est aussi tendrement et
-sincèrement attaché que moi.»</p>
-
-<p>«Quant à vos affaires, je ne puis que vous répéter,
-ainsi que je l'ai fait au Roi, que tout ce qui est
-à moi est à vous, argent, troupes, enfin tout. Ma
-sœur et le comte de Mercy ont tous les ordres nécessaires
-pour faire quelconque manifeste, déclaration,
-mouvement ou marche de troupes que vous pourrez
-ordonner; trop heureux, si je puis vous être bon à
-quelque chose
-<a name="FNanchor_731_731" id="FNanchor_731_731"></a>
-<a href="#Footnote_731_731" class="fnanchor">[731]</a>.»</p>
-
-<p>Et à cette même date, il mandait à sa sœur, Marie-Christine,
-gouvernante des Pays-Bas:</p>
-
-<p>«En ce moment, le Roi est libre; le Roi a protesté
-contre tout ce qui a été fait. Je ne connais donc
-plus que le Roi; je suis son parent, ami et allié, et
-veux le secourir et seconder de toutes mes forces et
-pouvoir
-<a name="FNanchor_732_732" id="FNanchor_732_732"></a>
-<a href="#Footnote_732_732" class="fnanchor">[732]</a>.»</p>
-
-<p>Malheureusement, le jour même, il apprenait par
-<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">[Pg 242]</a></span>
-l'électeur de Trèves l'arrestation définitive de la famille
-royale; il en fut très ému et dès le lendemain,
-déployant, disait Vaudreuil, «toute la tendresse d'un
-frère, la grandeur d'âme d'un vrai monarque et
-la décision des grands hommes dans les grandes circonstances
-<a name="FNanchor_733_733" id="FNanchor_733_733"></a>
-<a href="#Footnote_733_733" class="fnanchor">[733]</a>»,
-il adressa une circulaire aux principales
-Puissances:—Espagne, Russie, Angleterre, Prusse,
-Sardaigne, Naples
-<a name="FNanchor_734_734" id="FNanchor_734_734"></a>
-<a href="#Footnote_734_734" class="fnanchor">[734]</a>,—pour organiser une intervention
-commune en faveur dos prisonniers. Il fallait, disait-il,
-rédiger un manifeste énergique, qui pût imposer
-aux révolutionnaires français. On y revendiquerait
-hautement, au nom du droit public européen, la liberté
-du Roi de France, «tout en laissant les voies
-ouvertes à une résipiscence honnête et à l'établissement
-pacifique d'un état de choses, en France, qui
-sauve du moins la dignité de la couronne et les considérations
-essentielles de la tranquillité générale
-<a name="FNanchor_735_735" id="FNanchor_735_735"></a>
-<a href="#Footnote_735_735" class="fnanchor">[735]</a>.»
-On s'engagerait à ne reconnaître comme lois constitutionnelles,
-légalement établies en France, que celles
-qui seraient «munies du consentement volontaire du
-souverain
-<a name="FNanchor_736_736" id="FNanchor_736_736"></a>
-<a href="#Footnote_736_736" class="fnanchor">[736]</a>».
-Le manifeste des Puissances serait soutenu
-par des «moyens suffisamment respectables»
-et l'on ne reculerait pas devant les mesures les plus
-rigoureuses. «Je me flatte de les prévenir,—les
-révolutionnaires,—écrivait Léopold à Marie-Christine;
-mais si je n'y réussis point, je les vengerai
-exemplairement
-<a name="FNanchor_737_737" id="FNanchor_737_737"></a>
-<a href="#Footnote_737_737" class="fnanchor">[737]</a>.»</p>
-
-<p>Plus ardent que l'Empereur, le roi de Suède, souverain
-<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">[Pg 243]</a></span>
-militaire et aspirant à jouer un rôle militaire
-dans la coalition, avait, dès le 27 juin,
-rompu avec l'Assemblée
-<a name="FNanchor_738_738" id="FNanchor_738_738"></a>
-<a href="#Footnote_738_738" class="fnanchor">[738]</a>; le 30, il avait fait assurer
-Louis XVI et Marie-Antoinette de ses sympathies
-et de son concours
-<a name="FNanchor_739_739" id="FNanchor_739_739"></a>
-<a href="#Footnote_739_739" class="fnanchor">[739]</a>. Il négociait, en même
-temps, et cherchait, comme Léopold, mais avec plus
-de vivacité et moins de prudence, à réunir toutes
-les Puissances dans une ligue dont il aurait été le
-bras armé
-<a name="FNanchor_740_740" id="FNanchor_740_740"></a>
-<a href="#Footnote_740_740" class="fnanchor">[740]</a>.
-Redoutant la froideur et les idées temporisatrices
-de l'Empereur, il s'adressait, dès le 9
-juillet, à Catherine II; quelques jours après, le 16
-juillet, au roi d'Espagne, pour leur exposer son plan
-et solliciter leur concours. Suivant lui, les troupes
-impériales, fortes de trente-cinq mille hommes, devaient
-entrer en France par la Flandre, tandis que
-douze mille Suisses envahiraient la Franche-Comté,
-quinze mille Sardes le Dauphiné; les princes de l'Empire,
-l'Alsace et le Brisgau, et que vingt mille Espagnols
-franchiraient les Pyrénées. On espérait avoir
-le concours du Hanovre et de la Prusse, et la neutralité
-de l'Angleterre.</p>
-
-<p>«Dès que les Princes émigrés se trouveront sur
-la terre française, disait Gustave, ils assembleront
-autour d'eux les pairs, grands officiers de la couronne,
-archevêques, évêques, magistrats du Parlement,
-et là, après avoir fait déclarer la régence,
-Monsieur donnera une assurance de conserver les
-anciennes lois du royaume et les droits des différents
-Ordres et réintégrer le Parlement. Il n'est pas douteux
-que la terreur et la confusion, la dissension et
-<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">[Pg 244]</a></span>
-le désordre, joints aux lenteurs et au peu de secret
-qu'il est impossible de conserver dans les délibérations
-d'un corps, ne favorisent l'attaque des princes,
-et il est à croire que les succès suivent leur entreprise
-<a name="FNanchor_741_741" id="FNanchor_741_741"></a>
-<a href="#Footnote_741_741" class="fnanchor">[741]</a>.»</p>
-
-<p>Lui-même se mettrait à la tête de seize mille Suédois,
-auxquels l'Impératrice était suppliée de joindre
-six, sept ou huit mille Russes. Ces troupes, transportées
-par les flottes réunies de Russie et de Suède,
-débarqueraient à Ostende et se porteraient sur Liège
-pour former, avec les Hessois et les Palatins, «le
-centre de cette ligne, dont la droite serait vers Dunkerque
-et la gauche vers Strasbourg»; ou, suivant
-un plan ultérieur, s'embarqueraient à Ostende et
-iraient débarquer en Normandie pour marcher sur
-Paris.</p>
-
-<p>Le Nord aurait ainsi, dans cette grande entreprise,
-une influence prépondérante, et au besoin il serait
-là pour s'opposer aux convoitises des autres Puissances,
-qui pourraient être tentées de profiter des malheurs
-de la France pour la démembrer. Gustave
-ajoutait que les secours pécuniaires de la Russie ne
-seraient point inutiles pour mettre en mouvement
-l'armée suédoise. Catherine était «bien assez riche
-pour payer sa gloire et celle de ses alliés».</p>
-
-<p>En même temps, l'impétueux souverain engageait
-Monsieur à se proclamer régent et à créer autour de
-lui un gouvernement qui serait le vrai gouvernement
-de la France, le Roi devant être considéré comme
-prisonnier de ses sujets rebelles. «Ce nom de régent,
-disait-il, sauvera Monsieur et tous les Français attachés
-à leur devoir, de l'imputation de révolte, dont
-<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">[Pg 245]</a></span>
-l'Assemblée ne manquera pas de vouloir les entacher.
-Ce ne sera pas des Français qui combattront contre
-la France, mais des sujet fidèles qui attaqueront des
-révoltés pour délivrer leur souverain opprimé
-<a name="FNanchor_742_742" id="FNanchor_742_742"></a>
-<a href="#Footnote_742_742" class="fnanchor">[742]</a>.»</p>
-
-<p>Cette impatience du roi de Suède s'accordait bien
-avec celle des émigrés, dont le parti, depuis le 21
-juin, s'était considérablement accru en importance
-et en nombre. L'échec de la tentative de fuite, combinée
-par le Roi et la Reine en dehors des princes
-et de leurs amis, semblait assurer à ceux-ci une
-prédominance incontestée. Entouré d'espions et manifestement
-captif dans son propre palais, quelle
-pouvait être désormais l'autorité de Louis XVI? Partant,
-quelle pouvait être, dans les conseils de l'émigration,
-celle de son agent, le baron de Breteuil,
-l'un des auteurs du plan qui avait si misérablement
-échoué? N'était-ce pas à ceux qu'on avait systématiquement
-tenus dans l'ignorance des projets dont on
-venait de voir la triste issue, n'était-ce pas au comte
-d'Artois et à Calonne à prendre dorénavant la direction
-des affaires? Leurs partisans augmentaient
-chaque jour. Une foule de gentilshommes, qui n'étaient
-demeurés en France que pour se mettre à la
-disposition du Roi, dans le cas où il eût voulu tenter
-quelque entreprise, jugèrent que tout effort était
-rendu inutile par la situation nouvelle que venait
-de créer à la famille royale sa déplorable aventure.
-Il leur en coûtait beaucoup sans doute, comme l'écrivait
-l'un d'eux, de «laisser le Roi derrière eux»; mais
-«aucun point de ralliement n'étant plus possible en
-France, celui que les princes présentaient à Coblentz
-<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">[Pg 246]</a></span>
-était le seul que l'honneur et le devoir semblaient leur
-indiquer
-<a name="FNanchor_743_743" id="FNanchor_743_743"></a>
-<a href="#Footnote_743_743" class="fnanchor">[743]</a>».
-Quel moyen restait-il au Roi de s'opposer
-aux tyranniques résolutions de l'Assemblée et
-des clubs? Si, avant Varennes, il n'avait pu épargner
-à ses fidèles serviteurs les humiliations du 28 février,
-après Varennes, que pouvait-il faire? La seule manière
-de lui venir en aide n'était-elle pas d'aller là
-où l'on pouvait organiser la résistance? M. de Bouillé
-l'avait bien compris ainsi, puisqu'il s'était réfugié à
-Luxembourg avec tout son état-major, et M. de
-Bouillé n'était point un cerveau brûlé, un contre-révolutionnaire
-intransigeant; c'était un esprit sage,
-patriotique, partisan, dans une assez large mesure, des
-réformes réclamées par l'opinion. A peine sorti de
-France, après avoir écrit à l'Assemblée une lettre
-menaçante où il revendiquait pour lui seul toute la
-responsabilité de la fuite du Roi, et jurait de tirer
-vengeance de son arrestation, l'ancien commandant
-de l'armée de Metz avait adressé aux officiers fidèles
-un chaleureux appel, et beaucoup avaient répondu
-à cet appel, apportant aux émigrés leur dévouement,
-leur épée, leur drapeau, parfois aussi leur
-caisse: des régiments entiers, comme les hussards
-de Berchiny, le régiment de Berwick, la plus grande
-partie du Royal-Allemand, avaient fait comme leurs
-officiers. C'étaient de puissants renforts pour ce
-noyau d'armée, qui se formait sous les ordres du
-maréchal de Broglie et du prince de Condé.</p>
-
-<p>Enfin, la journée du 21 juin avait donné à l'émigration
-<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">[Pg 247]</a></span>
-ce qui lui avait manqué jusque-là, un chef
-incontesté. Monsieur, comte de Provence, avait
-réussi là où l'infortuné Louis XVI avait échoué; il
-ne s'était point entouré du luxe de relais et de détachements
-qui partout avait éveillé l'attention sur le
-passage du Roi, et était parvenu ainsi à gagner sans
-encombre Mons et Bruxelles
-<a name="FNanchor_744_744" id="FNanchor_744_744"></a>
-<a href="#Footnote_744_744" class="fnanchor">[744]</a>. L'autorité du comte
-d'Artois, le dernier né de la famille royale, pouvait
-être discutée; celle de Monsieur, le premier prince
-du sang, le régent de France, en cas de minorité ou
-de prison du souverain, ne pouvait pas l'être, et, s'il
-consentait à ne pas afficher un titre que l'évidente
-captivité du Roi semblait lui donner et que Gustave III
-le pressait de revendiquer
-<a name="FNanchor_745_745" id="FNanchor_745_745"></a>
-<a href="#Footnote_745_745" class="fnanchor">[745]</a>, du moins était-ce à
-lui à prendre résolûment la direction des affaires.
-A vrai dire, il y avait là pour l'émigration, enfin appelée
-à jouer un rôle, une singulière bonne fortune.
-Esprit fin et cultivé, instruit et disert, le comte de
-Provence, s'il n'avait pas les séductions et le brillant
-du comte d'Artois, n'avait pas non plus sa légèreté
-et son imprévoyance; on le considérait même comme
-un habile politique. Malheureusement, il n'avait point
-encore acquis la maturité et la sagesse qui, vingt-cinq
-ans plus tard, firent de son règne un des règnes
-les plus réparateurs de la France. Quoique passant
-pour libéral et en affectant les dehors, il partageait
-sur bien des points et devait partager longtemps
-encore les préjugés et les illusions des émigrés. Il
-partageait surtout l'hostilité de quelques-uns d'entre
-eux, et particulièrement de Calonne, contre la Reine
-dont la maternité tardive avait fait évanouir ses rêves
-de grandeur. La Reine le lui rendait bien; elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">[Pg 248]</a></span>
-avait fait plus d'une fois assaut avec lui d'épigrammes
-et de mots aigres-doux. Le malheur n'avait pu
-faire cesser cette rivalité sourde, et Marie-Antoinette
-conservait contre son beau-frère, plus heureux qu'elle
-dans sa fuite, une méfiance qui se traduisait dans la
-lettre suivante à M<sup>me</sup> de Lamballe:</p>
-
-<p>«Soyez sûre qu'il y a dans ce cœur-là plus d'ambition
-personnelle que d'affection pour son frère et
-certainement pour moi. Sa douleur a été toute sa
-vie de n'être pas né le maître et cette fureur de se
-mettre à la place de tout n'a fait que croître depuis
-nos malheurs, qui lui donnent l'occasion de se mettre
-en avant
-<a name="FNanchor_746_746" id="FNanchor_746_746"></a>
-<a href="#Footnote_746_746" class="fnanchor">[746]</a>.»</p>
-
-<p>Toutefois, au début, il semble que Monsieur, tout
-en se réservant le premier rang, ait volontiers abandonné
-le premier rôle au comte d'Artois, son cadet
-par l'âge, son aîné en émigration, et qui, par là même,
-connaissait mieux les ressources et les aspirations
-des émigrés, qui d'ailleurs avait été déjà mêlé à toutes
-les négociations avec les Puissances. Le comte d'Artois,
-ardent, léger et fougueux, «parlant toujours,
-n'écoutant jamais, étant sûr de tout
-<a name="FNanchor_747_747" id="FNanchor_747_747"></a>
-<a href="#Footnote_747_747" class="fnanchor">[747]</a>,» ne se laissait
-arrêter par rien et voulait une action immédiate:
-pas de négociations avec les membres de l'Assemblée;
-la force seule: tout au plus pouvait-on chercher à
-travailler Paris avec de l'argent et garantir à Lafayette
-et à ses compagnons sûreté et oubli du passé
-<a name="FNanchor_748_748" id="FNanchor_748_748"></a>
-<a href="#Footnote_748_748" class="fnanchor">[748]</a>.
-Plus prudent que son frère, mais alors «entièrement
-subjugué par lui», dit Fersen
-<a name="FNanchor_749_749" id="FNanchor_749_749"></a>
-<a href="#Footnote_749_749" class="fnanchor">[749]</a>, Monsieur se
-<span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">[Pg 249]</a></span>
-prêtait à ces combinaisons et acceptait presque la
-direction de l'homme du comte d'Artois, le fatal Calonne.
-On organisait les émigrés de Belgique sous
-six chefs: MM. de Frondeville, de Robin, de Jaucourt,
-le marquis de la Queuille, les ducs d'Uzès et
-de Villequier. A Coblentz, on formait un véritable
-gouvernement; on instituait un Conseil d'État composé
-du prince de Condé, de M. de Vaudreuil, de
-l'évêque d'Arras, «prélat plus politique que religieux
-<a name="FNanchor_750_750" id="FNanchor_750_750"></a>
-<a href="#Footnote_750_750" class="fnanchor">[750]</a>,»
-chancelier, et de Calonne, premier ministre.
-Quant à Breteuil, l'homme de la Reine, il était
-laissé de côté
-<a name="FNanchor_751_751" id="FNanchor_751_751"></a>
-<a href="#Footnote_751_751" class="fnanchor">[751]</a>. En même temps, on envoyait le
-baron de Roll à Berlin, le baron de Flachslanden à
-Vienne, le baron de Bombelles
-<a name="FNanchor_752_752" id="FNanchor_752_752"></a>
-<a href="#Footnote_752_752" class="fnanchor">[752]</a> à Saint-Pétersbourg,
-et Calonne lui-même à Londres
-<a name="FNanchor_753_753" id="FNanchor_753_753"></a>
-<a href="#Footnote_753_753" class="fnanchor">[753]</a>.</p>
-
-<p>C'était cette double action des Princes et de Gustave
-III d'une part, de l'Empereur de l'autre, que les
-chefs du parti constitutionnel voulaient s'efforcer de
-neutraliser. Déjà ils avaient essayé, mais sans succès,
-d'entrer, par l'intermédiaire de M. de la Borde, en
-rapports avec le comte de Mercy
-<a name="FNanchor_754_754" id="FNanchor_754_754"></a>
-<a href="#Footnote_754_754" class="fnanchor">[754]</a>; repoussés de ce
-<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">[Pg 250]</a></span>
-côté, ils s'adressèrent à la Reine, avec laquelle leurs
-relations étaient fréquentes, et la Reine consentit à
-écrire, sous leur inspiration et presque sous leur
-dictée, la lettre suivante à l'Empereur:</p>
-
-<p class="ar smaller">
-«Le 30 juillet 1791.</p>
-
-<p>«On désire, mon cher frère, que je vous écrive,
-et l'on se charge de vous faire passer ma lettre, car
-pour moi je n'ai aucun moyen de vous donner des
-nouvelles de ma santé
-<a name="FNanchor_755_755" id="FNanchor_755_755"></a>
-<a href="#Footnote_755_755" class="fnanchor">[755]</a>. Je n'entrerai point en détails
-dans ce qui a précédé notre départ; vous en avez
-connu tous les motifs. Pendant les événements qui
-ont accompagné notre voyage, et dans la situation
-qui a suivi notre retour à Paris, j'ai été livrée à de
-profondes impressions. Revenue de la première agitation
-qu'elles avaient produite, je me suis mise à
-réfléchir sur ce que j'avais vu et j'ai cherché à démêler
-quels étaient, dans l'état actuel des choses,
-les intérêts du Roi et la conduite qu'ils me prescrivaient.
-Mes idées se sont fixées par une réunion de
-motifs, que je vais vous exposer...... La situation
-des affaires a extrêmement changé ici depuis les événements
-occasionnés par notre voyage. L'Assemblée
-nationale était divisée en une multitude de partis. Bien
-loin que l'ordre parût se rétablir, chaque jour
-voyait diminuer la force des lois. Le Roi, privé de
-toute autorité, n'apercevait pas même la possibilité
-d'en reprendre à la fin de la Constituante, par l'influence
-de l'Assemblée, puisque chaque jour l'Assemblée
-perdait elle-même le respect du peuple. Enfin, il
-<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">[Pg 251]</a></span>
-était impossible d'apercevoir un terme à tant de désordre.</p>
-
-<p>«Aujourd'hui, les circonstances donnent beaucoup
-plus d'espoir. Les hommes qui ont le plus d'influence
-sur les affaires se sont réunis et se sont prononcés
-ouvertement pour la conservation de la monarchie
-et du Roi et pour le rétablissement de l'ordre.
-Depuis leur rapprochement, les efforts des séditieux
-ont été repoussés avec une grande supériorité de
-force. L'Assemblée a acquis dans tout le royaume
-une consistance et une autorité dont elle paraît vouloir
-user pour établir l'exécution des lois et finir la
-Révolution. Les hommes les plus modérés, qui n'ont
-cessé d'être opposés à ses opérations, s'y réunissent
-en ce moment, parce qu'ils y voient le seul moyen de
-jouir en sûreté de ce que la Révolution leur a laissé
-et de mettre un terme à des troubles dont ils redoutent
-la continuation. Enfin, tout paraît se réunir pour
-assurer la fin des agitations et des mouvements auxquels
-la France est livrée depuis deux ans. Cette terminaison
-naturelle et possible ne donnera pas au
-gouvernement le degré de force et d'autorité que je
-crois qui lui serait nécessaire; mais elle nous préservera
-des plus grands malheurs; elle nous placera
-dans une situation plus tranquille, et lorsque les
-esprits seront revenus de cette ivresse, dans laquelle
-ils sont actuellement plongés, peut-être sentira-t-on
-l'utilité de donner à l'autorité royale une plus grande
-étendue.</p>
-
-<p>«Voilà, dans la marche que les choses prennent
-d'elles-mêmes, ce que l'on peut apercevoir de l'avenir.
-Je compare ce résultat avec ce que pourrait promettre
-une conduite opposée au vœu que la nation manifeste.
-Je vois une impossibilité absolue à rien obtenir
-autrement que par l'emploi d'une force supérieure.
-<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">[Pg 252]</a></span>
-Dans cette dernière supposition, je ne parlerai pas
-des dangers personnels que pourraient courir le Roi,
-son fils et moi; mais quelle entreprise que celle dont
-l'issue est incertaine et dont les résultats, quels qu'ils
-fussent, présentent de tels malheurs qu'il est impossible
-d'y attacher ses regards! On est ici déterminé à se
-défendre. L'armée est en mauvais état par le défaut
-de chefs et de subordination; mais le royaume est
-couvert d'hommes armés, et leur imagination est tellement
-exaltée qu'il est impossible de prévoir ce qu'ils
-pourraient faire et le nombre des victimes qu'il faudrait
-immoler pour pénétrer au sein de la France. On ne
-saurait calculer, d'ailleurs, quand on voit ce qui se
-passe ici, quels seraient les effets de leur désespoir.
-Je ne vois, dans les événements que présente une
-telle tentative, que des succès douteux, et la certitude
-de grands maux pour tout le monde. Quant à la
-part que vous, mon cher frère, pourriez y prendre,
-ce seraient des grands sacrifices que vous feriez à nos
-intérêts, et cependant ils présenteraient d'autant plus
-de danger pour nous qu'on pourrait nous y supposer
-plus d'influence.»</p>
-
-<p>Que devait donc faire l'Empereur? Cesser toute
-protestation, toute menace, être le premier à reconnaître
-la Constitution, lorsqu'elle aurait été acceptée
-par le Roi, et se lier ainsi intimement à la France
-régénérée. Par là il ferait disparaître «des inquiétudes
-d'autant plus fâcheuses pour tout le monde
-qu'elles sont un des principaux obstacles au rétablissement
-de la tranquillité publique». Une telle attitude
-ne pourrait que ramener les esprits au Roi,
-auquel on ne manquerait pas d'attribuer une part
-prépondérante dans cette résolution de son beau-frère;
-les chefs de la Révolution «qui ont soutenu
-le Roi dans la dernière circonstance et qui veulent
-<span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">[Pg 253]</a></span>
-lui assurer la considération et le respect nécessaires
-à l'exercice de son autorité», trouveraient là «un
-moyen de concilier la dignité du souverain avec les
-intérêts de la nation et par là de consolider et d'affermir
-une Constitution, dont ils conviennent tous
-que la majesté royale est une chose essentielle».</p>
-
-<p>«Je ne sais, ajoutait la Reine en terminant, si le
-Roi ne trouvera pas là et dans les dispositions de la
-nation, dès qu'elle sera plus calmée, plus de déférence
-et des dispositions plus favorables que celles qu'il
-pourrait attendre de la plupart des Français, qui sont
-actuellement hors du royaume
-<a name="FNanchor_756_756" id="FNanchor_756_756"></a>
-<a href="#Footnote_756_756" class="fnanchor">[756]</a>.» Quant à ces derniers,
-les émigrés, dont les menaces exaspéraient la
-nation et compromettaient la pacification intérieure,
-l'essentiel était de les contenir, et pour les contenir,
-le plus simple était de les faire rentrer en France.</p>
-
-<p>Pour confirmer la pensée contenue dans cette lettre
-et lui donner plus de poids par des explications
-verbales, quelques jours après, au commencement
-d'août, les chefs des Constitutionnels, avec l'assentiment
-officiel du Roi et de la Reine, firent partir
-deux émissaires, l'un, le chevalier de Coigny, pour
-Coblentz, où il devait remettre des dépêches aux
-princes; l'autre, l'abbé Louis, pour Bruxelles, où il
-devait rencontrer un ministre de Léopold, longtemps
-confident de la Reine, et qui ne s'était pas désintéressé
-des affaires de France, le comte de Mercy.</p>
-
-<p>Ancien familier de Trianon, habitué fidèle des
-Tuileries, depuis le retour à Paris, et l'un des confidents,
-dit-on, du voyage de Varennes, le chevalier
-de Coigny était l'homme de la famille royale,
-et devait, pensait-on, inspirer confiance aux frères
-du Roi. Ami intime de Duport, l'abbé Louis était plutôt
-<span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">[Pg 254]</a></span>
-l'homme des Constitutionnels. Tous deux eurent,
-avant leur départ, une entrevue avec Louis XVI
-et Marie-Antoinette; mais M. de Coigny ne les
-vit qu'en présence des ministres, et c'est devant ces
-derniers que la lettre pour le comte d'Artois lui fut
-remise et lue. Le Roi y ajouta une lettre cachetée
-pour Monsieur, et M. de Montmorin, un mémoire qui
-ne devait être communiqué qu'autant que les Princes
-paraîtraient bien disposés
-<a name="FNanchor_757_757" id="FNanchor_757_757"></a>
-<a href="#Footnote_757_757" class="fnanchor">[757]</a>. Dans sa dépêche ostensible,
-Louis XVI engageait ses frères à rentrer en
-France avec tous les émigrés; la Constitution avait
-les sympathies de la nation; il était donc impossible
-de s'y opposer: mieux valait s'y soumettre. Dans la
-lettre à Monsieur, le Roi ajoutait que les Princes ne
-devaient point avoir égard à ce qui lui était personnel,
-à lui et à sa famille, mais ne consulter que le
-bonheur et les avantages du pays; qu'au surplus, ils
-pouvaient avoir toute confiance dans le chevalier de
-Coigny
-<a name="FNanchor_758_758" id="FNanchor_758_758"></a>
-<a href="#Footnote_758_758" class="fnanchor">[758]</a>. Lorsque ce dernier arriva à Coblentz
-<a name="FNanchor_759_759" id="FNanchor_759_759"></a>
-<a href="#Footnote_759_759" class="fnanchor">[759]</a>, les
-Princes, après avoir pris connaissance des deux lettres,
-demandèrent s'il ne fallait pas agir du tout et
-si telle était bien l'intention du Roi. Le chevalier répondit
-qu'il ne le croyait pas, mais que le Roi désirait
-que, si l'on agissait, on prît toutes les précautions
-nécessaires pour sa sûreté, celle de sa famille et des
-<span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">[Pg 255]</a></span>
-gens qui lui étaient attachés dans le royaume
-<a name="FNanchor_760_760" id="FNanchor_760_760"></a>
-<a href="#Footnote_760_760" class="fnanchor">[760]</a>. Cette
-réponse de M. de Coigny, interprète ou non de la
-pensée de Louis XVI, s'accordait trop bien avec les
-sentiments intimes des Princes, pour qu'ils ne se fussent
-pas empressés d'y conformer leur conduite.
-Excités par le roi de Suède, flattés par l'Impératrice
-de Russie, possesseurs, depuis le 7 juillet, d'un plein
-pouvoir en blanc, envoyé par le Roi, débarrassés
-ainsi du contrôle du baron de Breteuil, l'homme de
-la Reine
-<a name="FNanchor_761_761" id="FNanchor_761_761"></a>
-<a href="#Footnote_761_761" class="fnanchor">[761]</a>, ils étaient moins que jamais résignés à
-rentrer, et, plus que jamais, décidés à agir.</p>
-
-<p>Quant à l'abbé Louis, il avait eu, avant de partir,
-une assez longue conférence avec Marie-Antoinette.
-Il lui avait exposé que trois partis s'offraient à elle:
-ou favoriser les entreprises des Princes, ou se jeter
-dans le parti démocratique, ou attendre du temps et
-d'une conduite adroite et sage le retour du peuple à
-des idées modérées, dont les malheurs de l'anarchie
-devaient lui faire sentir la nécessité.</p>
-
-<p>«La Reine, raconte Staël, très lié avec les chefs
-de l'Assemblée et qui, manifestement, tenait d'eux ses
-renseignements, la Reine a rejeté avec une grande
-force le premier parti, répétant souvent que les princes
-voulaient faire les héros aux dépens de la France
-et de la sûreté du Roi et de la sienne; qu'elle
-avait toujours détesté leurs intentions, et qu'elle
-n'avait conçu le plan de Montmédy que pour ne devoir
-rien qu'à l'opinion qui se serait formée et montrée
-en France en faveur de la monarchie, et non
-aux secours étrangers. Elle a témoigné aussi beaucoup
-d'éloignement pour les exagérations démocratiques,
-<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">[Pg 256]</a></span>
-et le parti qui permettait au Roi de profiter
-de toutes les occasions pour regagner l'affection du
-peuple lui a paru préférable. L'abbé Louis lui a
-proposé qu'un moyen d'inspirer la confiance au
-peuple serait la conduite de l'Empereur; que, s'il
-était le premier souverain qui ménageât son alliance
-avec la France et éloignât de chez lui les émigrés
-français, connus par leurs projets hostiles, on croirait
-que la Reine est franchement déterminée à ne
-point vouloir de réforme en France que dans le
-temps et l'expérience faite
-<a name="FNanchor_762_762" id="FNanchor_762_762"></a>
-<a href="#Footnote_762_762" class="fnanchor">[762]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine, paraissant entrer dans les vues de
-l'abbé, lui donna une lettre pour l'accréditer près
-de Mercy, et engager ce dernier, ainsi que c'était le
-désir des Constitutionnels, à revenir à Paris, ajoutant
-qu'elle craignait de s'être trompée sur la route
-qu'elle aurait dû suivre, et qu'elle avait grand besoin
-de ses lumières et de ses conseils
-<a name="FNanchor_763_763" id="FNanchor_763_763"></a>
-<a href="#Footnote_763_763" class="fnanchor">[763]</a>.</p>
-
-<p>Mais la Reine ne se prêtait qu'en apparence aux
-plans de ses nouveaux alliés; et tout en écoutant leurs
-projets, et en transmettant leurs mémoires à son
-frère, en rendant même justice à leur bonne volonté,
-elle n'acceptait point leur politique.</p>
-
-<p>«Je suis assez contente de ce côté-là, écrivait-elle,
-c'est-à-dire de Duport, de Lameth et de Barnave,—les
-trois seuls, disait-elle une autre fois,
-avec lesquels on puisse tenter quelque chose
-<a name="FNanchor_764_764" id="FNanchor_764_764"></a>
-<a href="#Footnote_764_764" class="fnanchor">[764]</a>.—Il
-faut leur rendre justice, quoiqu'ils tiennent toujours
-à leurs opinions, je n'ai jamais vu en eux que grande
-franchise, de la force et une grande envie de remettre
-<span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">[Pg 257]</a></span>
-de l'ordre, et par conséquent l'autorité royale
-<a name="FNanchor_765_765" id="FNanchor_765_765"></a>
-<a href="#Footnote_765_765" class="fnanchor">[765]</a>.»—«Mais,
-reprenait-elle presque aussitôt, quelques
-bonnes intentions qu'ils montrent, leurs idées sont
-exagérées et ne peuvent jamais nous convenir
-<a name="FNanchor_766_766" id="FNanchor_766_766"></a>
-<a href="#Footnote_766_766" class="fnanchor">[766]</a>.»</p>
-
-<p>Cette méfiance instinctive ne s'expliquait que trop.
-Ces hommes, qui prétendaient sauver la monarchie,
-n'étaient-ils pas les mêmes qui lui avaient porté les
-premiers et les plus rudes coups? Ce peuple, en la
-sagesse duquel on l'engageait à se fier, n'était-il pas
-le peuple du 14 juillet, du 6 octobre, du 18 avril, qui,
-chaque jour encore, outrageait la famille royale sous
-les fenêtres de son palais et menaçait ses plus fidèles
-serviteurs? La Reine ne savait-elle pas qu'il est
-plus facile de déchaîner le torrent que de l'arrêter,
-et que ceux qui ont été habiles à détruire sont rarement
-capables de réédifier? Les intentions de Barnave
-et de ses amis étaient pures; la Reine le
-croyait; mais la politique n'est-elle pas pavée de
-bonnes intentions? La clairvoyance des Constitutionnels,
-si souvent en défaut, serait-elle plus heureuse
-aujourd'hui, et leur pouvoir d'ailleurs serait-il à la
-hauteur de leur bonne volonté? Cette Assemblée,
-dont ils se croyaient les maîtres et qu'ils représentaient
-comme si désireuse de restaurer l'autorité
-royale, ne venait-elle pas d'infliger à la majesté du
-Roi un sanglant outrage en votant publiquement
-une récompense à ceux qui l'avaient arrêté, de porter
-un coup mortel à sa puissance et à sa sûreté en
-éloignant de sa personne les Suisses et les plus dévoués
-défenseurs de la monarchie
-<a name="FNanchor_767_767" id="FNanchor_767_767"></a>
-<a href="#Footnote_767_767" class="fnanchor">[767]</a>? Qu'avaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">[Pg 258]</a></span>
-donc fait Barnave et les Lameth pour épargner au
-Roi ces insultantes mesures, ou, s'ils avaient voulu
-faire quelque chose, quelle était leur influence? Et
-quelle était alors la valeur de leur concours et des
-idées qu'ils prétendaient imposer?</p>
-
-<p>Aussi, dès le lendemain du jour où elle avait écrit
-la lettre inspirée par les chefs de la gauche, le lendemain
-de sa conférence avec l'abbé Louis, la Reine
-s'empressait-elle de renier ses paroles et de désavouer
-ses agents:</p>
-
-<p>«Je vous ai écrit, le 29, une lettre que vous jugerez
-aisément n'être pas de mon style, écrivait-elle à
-Mercy le 31. J'ai cru devoir céder aux désirs des
-chefs du parti ici, qui m'ont donné eux-mêmes le
-projet de lettre. J'en ai écrit une autre à l'Empereur
-hier, 30; j'en serais humiliée, si je n'espérais pas
-que mon frère jugera que, dans ma position, je suis
-obligée de faire et d'écrire tout ce qu'on exige de
-moi
-<a name="FNanchor_768_768" id="FNanchor_768_768"></a>
-<a href="#Footnote_768_768" class="fnanchor">[768]</a>.»</p>
-
-<p>Le jour suivant, elle revenait à la charge:</p>
-
-<p>«L'abbé Louis doit aller vous joindre bientôt; il
-se dira accrédité par moi pour vous parler. Il est
-essentiel que vous ayez l'air de l'écouter et d'être
-prévenu, mais de ne pas vous laisser aller à ses
-idées
-<a name="FNanchor_769_769" id="FNanchor_769_769"></a>
-<a href="#Footnote_769_769" class="fnanchor">[769]</a>.»</p>
-
-<p>Mercy, plus dur que la Reine, dur jusqu'à l'injustice,
-il faut le dire, était plein de mépris pour ces
-anciens ennemis repentants. A ses yeux, Barnave et
-les Lameth n'étaient que des «scélérats dangereux»;
-<span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">[Pg 259]</a></span>
-Duport, «le plus déterminé antiroyaliste et le factieux
-le plus intrépide
-<a name="FNanchor_770_770" id="FNanchor_770_770"></a>
-<a href="#Footnote_770_770" class="fnanchor">[770]</a>».</p>
-
-<p>Marie-Antoinette elle-même était convaincue que
-les Constitutionnels ne se rapprochaient d'elle que
-par ambition et par dépit; que l'attachement qu'ils
-affichaient pour la royauté n'était qu'un moyen de
-reprendre un pouvoir qui leur échappait et que si, grâce
-à leur coalition avec les royalistes, ils redevenaient
-les maîtres, ils ne vaudraient pas mieux que leurs adversaires
-plus avancés. Si elle feignait de les écouter
-et de les suivre, c'était pour les endormir, pour les
-empêcher de se réunir aux Jacobins et de fonder
-avec eux la république
-<a name="FNanchor_771_771" id="FNanchor_771_771"></a>
-<a href="#Footnote_771_771" class="fnanchor">[771]</a>; c'était aussi dans l'espoir,
-par cette division, d'amener le discrédit du nouveau
-gouvernement, de le rendre en quelque sorte impossible,
-et de préparer par là les esprits à un mécontentement
-d'où sortirait le rétablissement du trône;
-mais elle n'avait pleine confiance ni dans la franchise
-ni dans le désintéressement de ses nouveaux alliés
-<a name="FNanchor_772_772" id="FNanchor_772_772"></a>
-<a href="#Footnote_772_772" class="fnanchor">[772]</a>.
-C'est le malheur des révolutionnaires qui veulent
-revenir à des idées plus saines, qu'on ne croit pas à
-la sincérité de leur conversion.</p>
-
-<p>C'est aussi leur châtiment.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">[Pg 260]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XII" id="CHAPITRE_XII"></a>CHAPITRE XII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste; pas d'action
-immédiate; des négociations seulement.—Lettre du 8 juillet à
-Fersen.—Hostilité de la Reine contre les émigrés.—Mauvaise
-attitude d'un certain nombre de ces derniers contre Marie-Antoinette.—Froideur
-de Léopold à l'égard des Princes.—Déclaration
-de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment elle est jugée
-par la Reine.—Lettre du 12 septembre à Mercy.—Cruelle situation
-de Marie-Antoinette.</p></div>
-
-
-<p>Mais si Marie-Antoinette n'adoptait pas les idées
-des Constitutionnels, si elle n'acceptait pas non plus
-celles des émigrés, que prétendait-elle donc, et quel
-était son plan? Ce plan, à la date où nous sommes
-arrivés, n'était et ne pouvait être encore qu'ébauché.
-Après l'échec de Varennes, qui avait dérouté si
-complètement des projets arrêtés et mûris, il fallait
-un certain temps à la Reine, prisonnière et isolée
-de ses amis, pour recueillir ses esprits, étudier une
-ligne de conduite et combiner les débris de l'organisation
-précédemment élaborée avec les exigences
-nouvelles de la situation. Une lettre du 8 juillet, à
-Fersen, donne cependant la première pensée et
-comme les premiers traits de ce plan qui a été
-longtemps ignoré, mais que des publications récentes
-permettent de reconstituer avec une certaine
-précision. Ce à quoi le Roi et la Reine tenaient
-avant tout, ce qu'ils recommandaient avec la dernière
-énergie, c'est qu'on n'eût pas recours à la
-force.</p>
-
-<p>«Le Roi pense, écrivait Marie-Antoinette, le 8
-juillet, que c'est par la voie des négociations seules
-<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">[Pg 261]</a></span>
-que leur secours,—des Puissances étrangères,—pourrait
-être utile à lui et à son royaume; que la démonstration
-de forces ne doit être que secondaire,
-et si l'on se refusait ici à toute voie de négociation.</p>
-
-<p>«Le Roi pense que la force ouverte, même après
-une première déclaration, serait d'un danger incalculable,
-non seulement pour lui et sa famille, mais
-pour tous les Français qui, dans l'intérieur du
-royaume, ne pensent pas dans le sens de la Révolution.
-Il n'y a pas de doute qu'une force étrangère
-ne parvienne à rentrer en France; mais le peuple,
-armé comme il l'est, en fuyant les frontières et les
-troupes du dehors, se servirait dans l'instant de
-leurs armes contre ceux de leurs concitoyens que,
-depuis deux ans, on ne cesse de leur faire regarder
-comme leurs ennemis.</p>
-
-<p>«..... On doit regarder tout ce qui s'est fait
-depuis deux ans comme nul quant à la volonté du
-Roi, mais impossible à changer, tant que la grande
-majorité de la nation sera pour les nouveautés. C'est
-à faire changer cet esprit qu'il faut faire tourner
-toute notre application.</p>
-
-<p>«Résumé: Il désire que la captivité du Roi soit
-bien constatée et bien connue des Puissances étrangères;
-il désire que la bonne volonté de ses parents,
-amis et alliés et des autres souverains qui voudraient
-y concourir, se manifestât par une manière de
-Congrès où on employât la voie des négociations;
-bien entendu qu'il y eût une force imposante pour
-les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne
-pas provoquer au crime et au massacre
-<a name="FNanchor_773_773" id="FNanchor_773_773"></a>
-<a href="#Footnote_773_773" class="fnanchor">[773]</a>.»</p>
-
-<p>Il est facile de voir, par ce simple aperçu, combien
-<span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">[Pg 262]</a></span>
-ce plan différait de celui des Constitutionnels, qui
-voulaient l'inaction des Puissances; combien plus
-encore il différait de celui des émigrés, qui, eux,
-voulaient une entrée en campagne immédiate.
-C'était à ce dernier projet surtout que la Reine
-était le plus énergiquement opposée. Toutes ses lettres
-à l'Empereur, à Mercy, à Fersen, lettres intimes
-et lettres officieuses, sinon officielles, sont
-remplies d'instances pour qu'on retienne les émigrés,
-pour qu'on les réduise à l'inaction, sinon à l'impuissance.
-Sa méfiance contre les chefs des émigrés, son
-antipathie surtout contre Calonne, dont l'appel près
-du comte d'Artois lui avait semblé une sorte d'insulte
-personnelle
-<a name="FNanchor_774_774" id="FNanchor_774_774"></a>
-<a href="#Footnote_774_774" class="fnanchor">[774]</a>, et quelle voyait triomphant et plus
-actif que jamais, semblait s'être accrue de l'humiliation
-de son échec. Elle s'était accrue surtout des
-nouvelles qu'elle recevait de Coblentz, du peu de
-cas que les meneurs de l'émigration faisaient de
-<span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">[Pg 263]</a></span>
-l'autorité du Roi, et du peu de respect qu'ils avaient
-pour sa personne. Elle ne pouvait guère ignorer en
-effet qu'à Bruxelles et à Coblentz on traitait mal ses
-plus dévoués serviteurs, comme Breteuil, le maréchal
-de Castries, M. d'Agoût
-<a name="FNanchor_775_775" id="FNanchor_775_775"></a>
-<a href="#Footnote_775_775" class="fnanchor">[775]</a>, qu'on ne la traitait
-guère mieux elle-même, et qu'il avait fallu un certain
-courage à M. de Vaudreuil pour la défendre
-contre des récriminations ardentes
-<a name="FNanchor_776_776" id="FNanchor_776_776"></a>
-<a href="#Footnote_776_776" class="fnanchor">[776]</a>; qu'on opposait
-hautement le parti du comte d'Artois à celui de la
-Reine
-<a name="FNanchor_777_777" id="FNanchor_777_777"></a>
-<a href="#Footnote_777_777" class="fnanchor">[777]</a>,
-et que certains émigrés avaient poussé l'inconvenance
-jusqu'à se réjouir publiquement de son
-arrestation
-<a name="FNanchor_778_778" id="FNanchor_778_778"></a>
-<a href="#Footnote_778_778" class="fnanchor">[778]</a>.
-N'avait-on pas été jusqu'à dire à Coblentz
-que «le Roi, lorsque ses frères lui auraient
-<i>rendu</i> la couronne, ne pourrait jamais, sous aucun
-prétexte et dans aucun cas, renvoyer un des ministres
-qui faisaient partie du Conseil nommé par les
-Princes, sans l'aveu et le consentement des autres
-membres de ce Conseil
-<a name="FNanchor_779_779" id="FNanchor_779_779"></a>
-<a href="#Footnote_779_779" class="fnanchor">[779]</a>?» Non pas assurément
-que ces reproches d'ambition personnelle doivent
-<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">[Pg 264]</a></span>
-s'étendre à tous les émigrés; le plus grand nombre
-n'avait été poussé à s'engager dans l'armée des
-Princes que par dévouement pour la famille royale
-et parce que, après Varennes, ils n'apercevaient
-pas d'autre moyen de la servir que là. Beaucoup de
-braves gentilshommes de province étaient accourus
-du fond de leurs campagnes, prêts à verser leur
-sang simplement, sans prétention, comme à Fontenoy,
-comme à Clostercamps, parce qu'ils voyaient
-là un devoir à remplir, et que, dans leur loyal enthousiasme,
-combattre pour le Roi, c'était toujours
-combattre pour la France: politiques à courtes vues
-peut-être, mais serviteurs au cœur large et au dévouement
-sans bornes. Pour eux, suivant le mot
-heureux de M<sup>me</sup> Swetchine, «le royalisme, c'était le
-patriotisme simplifié
-<a name="FNanchor_780_780" id="FNanchor_780_780"></a>
-<a href="#Footnote_780_780" class="fnanchor">[780]</a>.»</p>
-
-<p>Mais il faut malheureusement convenir que certains
-chefs de l'émigration, les meneurs, ceux qui
-donnaient le ton à Coblentz, «ces talons-rouges et
-ces têtes folles,» comme les appelait, avec un certain
-dédain, le cardinal de Bernis
-<a name="FNanchor_781_781" id="FNanchor_781_781"></a>
-<a href="#Footnote_781_781" class="fnanchor">[781]</a>, n'avaient pas
-des vues si désintéressées, ni de si naïfs calculs. C'était
-leur cause autant que celle du Roi qu'ils soutenaient;
-c'était leur pouvoir, plus encore que celui
-du Roi, qu'ils prétendaient défendre et perpétuer,
-quel que fût d'ailleurs le souverain régnant, que ce
-fût, comme l'avait écrit Gustave III à Stedingk,
-Louis XVI, Louis XVII ou Charles X
-<a name="FNanchor_782_782" id="FNanchor_782_782"></a>
-<a href="#Footnote_782_782" class="fnanchor">[782]</a>. Dès 1790, un
-émigré, le baron de Castelnau, «un des plus instruits
-et des plus loyaux,» suivant Mounier
-<a name="FNanchor_783_783" id="FNanchor_783_783"></a>
-<a href="#Footnote_783_783" class="fnanchor">[783]</a>, n'avait-il
-<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">[Pg 265]</a></span>
-pas dit, à Vienne, que «quand même, au milieu d'une
-contre-révolution, le Roi, la Reine et leurs enfants
-seraient sacrifiés, le comte d'Artois resterait, et que
-la monarchie serait sauvée
-<a name="FNanchor_784_784" id="FNanchor_784_784"></a>
-<a href="#Footnote_784_784" class="fnanchor">[784]</a>?» Cela n'était-il pas
-plus vrai maintenant que, outre le comte d'Artois, il
-y avait, hors de France, Monsieur, héritier présomptif
-de la couronne après le Dauphin?</p>
-
-<p>Qui pourrait dire que cette perspective d'un changement
-dans la personne royale ne fût pas entrée
-dans les visées de quelque personnage, non pas sans
-doute des frères du Roi, malgré les méfiances de Marie-Antoinette
-contre le comte de Provence, mais du
-moins de certains de leurs conseillers, qui espéraient
-avoir près des Princes plus d'influence qu'ils n'en auraient
-jamais auprès du Roi et en face de la Reine?</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Bombelles avait donc raison d'écrire que
-«le peu d'égards qu'ils,—les Princes,—ont eu pour
-la Reine ferait toujours redouter leur empire à cette
-dernière
-<a name="FNanchor_785_785" id="FNanchor_785_785"></a>
-<a href="#Footnote_785_785" class="fnanchor">[785]</a>».
-Et l'on conçoit que la malheureuse princesse,
-instruite de cette attitude, se soit écriée un jour
-avec colère: «Ils se croient des héros! Que feront
-ces héros, même avec leur roi de Suède?» Et qu'une
-autre fois, dans un moment d'amertume et d'abandon,
-elle se soit laissée aller à dire: «Si mes frères
-parvenaient à nous rendre quelques services, la reconnaissance
-en serait bien pesante, et nous aurions
-<span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">[Pg 266]</a></span>
-ces maîtres-là de plus, qui seraient les plus gênants
-et les plus impérieux
-<a name="FNanchor_786_786" id="FNanchor_786_786"></a>
-<a href="#Footnote_786_786" class="fnanchor">[786]</a>.»</p>
-
-<p>La raison politique était donc d'accord avec le ressentiment
-de la souveraine outragée et de la femme
-offensée, pour lui faire repousser le concours armé
-des émigrés.</p>
-
-<p>«Il est essentiel, écrivait-elle à Mercy, le 7 août,
-il est essentiel qu'on contienne les Princes et les
-Français qui sont au dehors. Je crains tout de la tête
-de Calonne, et une seule fausse démarche perdrait
-tout
-<a name="FNanchor_787_787" id="FNanchor_787_787"></a>
-<a href="#Footnote_787_787" class="fnanchor">[787]</a>.»</p>
-
-<p>Le 16 août, elle est plus pressante encore. Pourquoi
-se fierait-elle aux Princes? Ils n'ont aucun
-moyen sérieux, ils ne feront rien de bon; ils ne peuvent
-que nuire.</p>
-
-<p>«Et si même, ce qui n'est pas à présumer, ils ont
-un avantage réel, nous retomberions sous leurs
-agents dans un esclavage nouveau et pis que le premier,
-puisque, ayant l'air de leur devoir quelque
-chose, nous ne pourrions pas nous en tirer. Ils nous
-le prouvent déjà en refusant de s'entendre avec les
-personnes qui ont notre confiance, sous le prétexte
-qu'ils n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer
-à nous livrer à M. de Calonne qui, sous tous les
-rapports, ne peut pas nous convenir, et qui, je le
-crains bien, ne suit en tout ceci que son ambition, ses
-haines particulières et sa légèreté ordinaire, en
-croyant toujours possible et fait tout ce qu'il désire.
-Je crois même qu'il ne peut que faire tort à mes
-<span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">[Pg 267]</a></span>
-frères, qui, s'ils n'agissaient que d'après leur cœur
-seul, seraient sûrement parfaits pour nous
-<a name="FNanchor_788_788" id="FNanchor_788_788"></a>
-<a href="#Footnote_788_788" class="fnanchor">[788]</a>.»</p>
-
-<p>Mais quoi! Ignore-t-elle les mauvais propos qui se
-tiennent contre elle à Coblentz? Ne songe-t-on pas à
-proclamer Monsieur régent, le comte d'Artois, lieutenant
-général du royaume? On veut annihiler le Roi,
-après l'avoir privé de ses défenseurs. Car ne sont-ce
-pas ces perpétuels appels à l'émigration qui ont créé
-autour des souverains captifs un isolement sous lequel
-ils succombent, et qui la force elle, à s'abaisser et
-à dissimuler? Et, se révoltant à cette pensée, sentant
-son courroux grandir, et sa tête bouillonner, la Reine
-rouvre sa lettre le 21 août, pour y revenir encore
-dans les termes les plus formels et les plus durs sur
-la nécessité de repousser le concours des émigrés:</p>
-
-<p>«Il est essentiel que les Français, mais surtout
-les frères du Roi, restent en arrière, et que les Puissances
-réunies agissent seules. Aucune prière, aucun
-raisonnement de notre part ne l'obtiendra d'eux;
-il faut que l'Empereur l'exige; c'est la seule manière
-dont il puisse, mais surtout à moi, me rendre
-service. Vous connaissez par vous-même les mauvais
-propos et les mauvaises intentions des émigrants.
-<i>Les lâches!</i> Après nous avoir abandonnés, ils
-veulent exiger que seuls nous nous exposions et que
-seuls nous servions tous leurs intérêts. Je n'accuse
-pas les frères du Roi, je crois leurs cœurs et leurs
-intentions purs; mais ils sont entourés et menés par
-des ambitieux, qui les perdront, après nous avoir
-perdus les premiers
-<a name="FNanchor_789_789" id="FNanchor_789_789"></a>
-<a href="#Footnote_789_789" class="fnanchor">[789]</a>.»</p>
-
-<p>Le 26, avant le départ de cette lettre, nouvelles
-<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">[Pg 268]</a></span>
-instances: «Il est essentiel que, pour conditions, il—l'Empereur—exige
-que les frères du Roi et tous
-les Français, mais surtout ces premiers, restent en
-arrière et ne se montrent pas
-<a name="FNanchor_790_790" id="FNanchor_790_790"></a>
-<a href="#Footnote_790_790" class="fnanchor">[790]</a>.»</p>
-
-<p>L'Empereur d'ailleurs était très naturellement
-porté à donner satisfaction à ces désirs de sa sœur.
-Il n'avait pour les émigrés ni confiance, ni sympathie.
-Dès le 6 juillet, il s'était adressé aux Électeurs
-de Trèves et de Cologne, pour les engager à empêcher
-les Français réfugiés de faire un coup de tête
-<a name="FNanchor_791_791" id="FNanchor_791_791"></a>
-<a href="#Footnote_791_791" class="fnanchor">[791]</a>,
-et le 30 du même mois, il écrivait à sa sœur Marie-Christine,
-gouvernante des Pays-Bas:</p>
-
-<p>«Ne vous laissez induire à rien, et ne faites rien de
-ce que les Français et les Princes vous demanderont,
-hors des politesses et dîners, mais ni troupes ni argent.
-Je plains bien leur situation, et celle de tous les Français
-qui ont dû s'expatrier; mais ils ne pensent qu'à
-leurs idées romanesques et à leurs vengeances et intérêts
-personnels, croient que tout le monde doit se sacrifier
-pour eux et sont bien mal entourés
-<a name="FNanchor_792_792" id="FNanchor_792_792"></a>
-<a href="#Footnote_792_792" class="fnanchor">[792]</a>.» «Dans
-toute cette affaire, écrivait-il un peu plus tard, je
-n'ai vu que la Reine et M. de Fersen et Bouillé qui
-parlent et entendent raison
-<a name="FNanchor_793_793" id="FNanchor_793_793"></a>
-<a href="#Footnote_793_793" class="fnanchor">[793]</a>.» Lui-même ne voulait
-agir qu'avec «le parfait concours de toutes les Puissances
-<a name="FNanchor_794_794" id="FNanchor_794_794"></a>
-<a href="#Footnote_794_794" class="fnanchor">[794]</a>».</p>
-
-<p>C'est dans ce but qu'il s'était ménagé une entrevue
-avec le Roi de Prusse. L'entrevue eut lieu en
-Saxe, à Pillnitz, le 25 août; le comte d'Artois s'y
-était rendu avec Calonne, au grand mécontentement
-de Léopold. La déclaration qui sortit de ces longues
-<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">[Pg 269]</a></span>
-conférences entre l'Empereur, le Roi, leurs ministres,
-le Prince français et ses conseillers, est connue; il
-n'est pas inutile pourtant d'en reproduire le texte
-ici:</p>
-
-<p>«Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté le Roi de
-Prusse, ayant entendu les désirs et les représentations
-de Monsieur et de M. le comte d'Artois, se déclarent
-conjointement qu'Elles regardent la situation où se
-trouve actuellement Sa Majesté le Roi de France
-comme un objet d'un intérêt commun à tous les souverains
-de l'Europe. Elles espèrent que cet intérêt ne peut
-manquer d'être reconnu par les Puissances dont le
-secours est réclamé; qu'en conséquence, Elles ne refuseront
-pas d'employer, avec leurs dites Majestés,
-les moyens les plus efficaces, relativement à leurs
-forces, pour mettre le Roi de France en état d'affermir
-dans la plus parfaite liberté les bases d'un gouvernement
-monarchique, également convenable aux
-droits des souverains et au bien-être de la nation française.
-Alors, et dans ce cas, leurs dites Majestés,
-l'Empereur et le Roi de Prusse, sont résolues d'agir
-promptement, d'un mutuel accord, avec les forces
-nécessaires pour obtenir le bien propre et commun.
-En attendant, Elles donneront à leurs troupes les ordres
-convenables, pour qu'elles soient à portée de se
-mettre en activité.»</p>
-
-<p class="smaller">
-A Pillnitz, le 27 août 1791.</p>
-
-<p class="ar"><span class="sc">Léopold, Frédéric-Guillaume.</span>
-</p>
-
-<p>Si menaçante que parût être cette déclaration, elle
-n'était, au fond, suivant l'expression de Mallet du
-Pan qu'«une comédie auguste
-<a name="FNanchor_795_795" id="FNanchor_795_795"></a>
-<a href="#Footnote_795_795" class="fnanchor">[795]</a>». Les cinq mots:
-<span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">[Pg 270]</a></span>
-<i>Alors et dans ce cas</i>, introduits par un des négociateurs
-autrichiens, Spielmann, dans la rédaction de
-l'acte, en avaient annulé toute la portée. Les souverains
-ne devaient agir que dans le cas d'un concours
-général des Puissances, et Léopold lui-même déclarait
-ce concours «bien difficile», sinon impossible
-<a name="FNanchor_796_796" id="FNanchor_796_796"></a>
-<a href="#Footnote_796_796" class="fnanchor">[796]</a>.
-Mais c'était une comédie singulièrement dangereuse.
-Tôt ou tard connu du public qui ne savait point les
-arrière-pensées et les dessous de cartes, le manifeste
-ne pouvait manquer de produire un double effet:
-exalter les espérances des émigrés, qui se croyaient
-soutenus, surexciter les passions des révolutionnaires,
-qui se supposaient menacés: de toutes façons
-donc, compromettre la sécurité de ceux qu'on
-prétendait sauver.</p>
-
-<p>La Reine ne s'y trompa point: elle fut très mécontente
-de la déclaration de Pillnitz:</p>
-
-<p>«On dit ici, écrivait-elle à Mercy, le 12 septembre,
-que, dans l'accord signé à Pillnitz, les deux
-Puissances s'engagent à ne jamais souffrir que la
-nouvelle Constitution française s'établisse. Il y a
-sûrement des points auxquels les Puissances ont le
-droit de s'opposer; mais, <i>pour ce qui regarde les
-lois intérieures d'un pays, chacun est maître d'adopter
-dans le sien ce qui lui convient</i>. Ils auraient
-donc tort de l'exiger, et tout le monde y reconnaîtrait
-l'intrigue des émigrants, ce qui ferait perdre
-tous les droits de leur bonne cause
-<a name="FNanchor_797_797" id="FNanchor_797_797"></a>
-<a href="#Footnote_797_797" class="fnanchor">[797]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">[Pg 271]</a></span></p>
-
-<p>On nous objectera peut-être qu'il y a là une contradiction
-étrange et que la Reine, en sollicitant
-l'appui des Puissances, demandait, au fond, ce qu'elle
-repoussait par cette lettre, une intervention étrangère
-dans la Constitution intérieure du pays. Nous croyons
-que ce serait mal interpréter sa pensée. La Reine
-voulait que, grâce à l'attitude menaçante, à la pression
-même, si l'on veut, des Puissances, le Roi fût
-remis en liberté; c'était tout. Le Roi, une fois redevenu
-maître de ses actes, aurait seul décidé, avec
-les représentants de la nation, ce qu'il devait conserver,
-et ce qu'il devait rejeter d'une Constitution,
-dont les défauts étaient évidents, mais que, prisonnier
-dans Paris, il ne pouvait se refuser à sanctionner.</p>
-
-<p>Et qu'on ne croie pas que ce fût sous l'influence de
-Barnave et des Lameth que Marie-Antoinette avait
-tracé les lignes si sages et si fermes que nous venons
-de citer. Non; cette lettre du 12 septembre est une
-lettre tout intime; c'est la protestation de son patriotisme,
-le cri de son cœur, le sentiment profond de
-sa dignité de Reine et de Française. Si l'on veut voir
-à quel point elle y ouvre son âme tout entière, qu'on
-continue la lettre jusqu'au bout, et qu'on lise ceci:</p>
-
-<p>«Enfin, le sort en est jeté; il s'agit à présent de
-régler sa marche et sa conduite d'après les circonstances.
-Je voudrais bien que tout le monde réglât sa
-conduite d'après la mienne; mais, même dans notre intérieur,
-nous avons de grands obstacles et de grands
-combats à livrer. Plaignez-moi; je vous assure qu'il
-faut plus de courage à supporter mon état que si on
-se trouvait au milieu d'un combat; d'autant que je ne
-me suis guère trompée et que je ne vois que malheur
-dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise
-volonté des autres. Mon Dieu! Est-il possible
-<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">[Pg 272]</a></span>
-que, née avec du caractère et sentant si bien le sang
-qui coule dans mes veines, je sois destinée à passer
-mes jours dans un tel siècle et avec de tels hommes!
-Mais ne croyez pas pour cela que mon courage
-m'abandonne. Non pour moi, mais pour mon enfant,
-je me soutiendrai, et je remplirai jusqu'au bout ma
-longue et pénible carrière. <i>Je ne vois plus ce que
-j'écris. Adieu!</i>
-<a name="FNanchor_798_798" id="FNanchor_798_798"></a>
-<a href="#Footnote_798_798" class="fnanchor">[798]</a>»</p>
-
-<p>Et elle écrivait, quelques jours après à Esterhazy,
-«qu'il ne fallait pas s'occuper de sa sûreté personnelle,
-mais seulement du salut de la France
-<a name="FNanchor_799_799" id="FNanchor_799_799"></a>
-<a href="#Footnote_799_799" class="fnanchor">[799]</a>.»</p>
-
-<p>La France et son fils, c'était la double pensée qui
-la soutenait pendant ses jours d'accablement, et qui
-lui inspirait, suivant le mot du comte de Stedingk,
-«un courage égal à son infortune.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">[Pg 273]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XIII" id="CHAPITRE_XIII"></a>CHAPITRE XIII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Achèvement de la Constitution.—La Reine
-consulte Mercy et Léopold.—On
-ne peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de
-moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané
-de l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme
-populaire.</p></div>
-
-
-<p>Pendant toutes ces négociations et ces échanges
-de correspondances, l'Assemblée nationale avait
-atteint le terme de sa carrière. La Constitution était
-achevée le 3 septembre, et, le 4, présentée à l'acceptation
-du Roi, sans que les Constitutionnels convertis,
-abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune
-inintelligente de la Droite, eussent pu y faire introduire
-les modifications qu'ils jugeaient indispensables
-à la dignité de l'autorité royale. Qu'allait faire
-Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des libéraux
-éprouvés, comme Gouverneur Morris, proclamaient
-«inexécutable», que ses auteurs eux-mêmes,
-les Lameth, Barnave, Duport, trouvaient pleine
-d'erreurs dangereuses, et contre laquelle lui n'avait
-cessé de protester, soit secrètement, près des autres
-souverains, soit publiquement, avant de partir pour
-Varennes, par le message du 20 juin 1791? Refuserait-il
-sa sanction? Mais quelles en seraient les conséquences?</p>
-
-<p>Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette
-grave question et ne cessait d'interroger Mercy et
-ses plus fidèles amis. «C'est à la fin de la semaine qu'on
-présentera la charte au Roi, écrivait-elle le 21 août;
-<span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">[Pg 274]</a></span>
-ce moment est affreux
-<a name="FNanchor_800_800" id="FNanchor_800_800"></a>
-<a href="#Footnote_800_800" class="fnanchor">[800]</a>.» Mais Mercy, mais Léopold,
-mais les conseillers du dehors se rendaient-ils
-exactement compte de la situation?</p>
-
-<p>«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès
-le 28 juillet; il faudrait que le Roi eût la fermeté de
-dire qu'il ne consentira jamais à rien qu'en pleine
-liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce n'est
-que par le plus grand courage que l'on en imposera.
-..... Il ne faudrait pas rejeter des conditions raisonnables;
-cela serait désarmer la nation, pouvoir du
-Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la guerre
-et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature
-hors de Paris
-<a name="FNanchor_801_801" id="FNanchor_801_801"></a>
-<a href="#Footnote_801_801" class="fnanchor">[801]</a>.»</p>
-
-<p>Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour
-la plupart, avaient-elles chance d'être acceptées par
-un peuple aussi ardent et aussi enclin aux préjugés
-que le peuple français? Qui eût pu, alors, sans une
-lutte violente, enlever aux gardes nationales ces
-armes qui leur semblaient le palladium de la liberté?
-L'expérience de Varennes ne venait-elle pas de prouver
-que Paris ne se croyait réellement capitale qu'autant
-qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on
-pu exécuter, en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que
-quatre-vingts ans plus tard, après la plus sanglante
-révolte, et qui, même alors, n'a pas duré? La Reine
-ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le voulait
-Mercy, il eût fallu disposer d'une force sérieuse,
-et, au besoin, appuyer les paroles par des actes énergiques.
-Cette force, elle ne l'avait pas.</p>
-
-<p>«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle,
-est juste, mais impraticable pour nous.
-<span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">[Pg 275]</a></span>
-Nous n'avons ni force, ni moyens; nous ne pouvons
-que temporiser.....»</p>
-
-<p>Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible
-espoir, elle ajoutait:</p>
-
-<p>«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je
-crois encore qu'on pourra préparer à nos enfants
-un avenir plus heureux
-<a name="FNanchor_802_802" id="FNanchor_802_802"></a>
-<a href="#Footnote_802_802" class="fnanchor">[802]</a>.»</p>
-
-<p>Un avenir plus heureux, quelle ironie!</p>
-
-<p>De même que Mercy, Léopold posait comme première
-condition la sortie du Roi de Paris et sa retraite
-dans une province, où, en pleine liberté et sous la
-protection de défenseurs dévoués, il eût pu examiner
-à son aise la Constitution qu'on lui soumettait.
-On désignait même le lieu de sa retraite: un château
-de M. de Crouy
-<a name="FNanchor_803_803" id="FNanchor_803_803"></a>
-<a href="#Footnote_803_803" class="fnanchor">[803]</a>, du nom de l'Hermitage, situé près
-de Condé, ou encore Montmédy
-<a name="FNanchor_804_804" id="FNanchor_804_804"></a>
-<a href="#Footnote_804_804" class="fnanchor">[804]</a>, et là, le Roi serait
-entouré de ses gardes du corps
-<a name="FNanchor_805_805" id="FNanchor_805_805"></a>
-<a href="#Footnote_805_805" class="fnanchor">[805]</a>.</p>
-
-<p>Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien
-peu probable, car on eût replacé le Roi précisément
-dans la position où il avait voulu se mettre le 20 juin,
-et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on
-l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à
-vue aux Tuileries.</p>
-
-<p>Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou
-à Montmédy, c'est-à-dire à une lieue de la frontière
-et à proximité des troupes étrangères, mais à une
-petite distance de la capitale, à Fontainebleau, Rambouillet
-ou Compiègne, par exemple? Malgré l'avis
-de Malouet et de Mallet du Pan, la Reine ne le
-croyait pas davantage.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">[Pg 276]</a></span></p>
-
-<p>«On désire que nous allions soit à Rambouillet,
-soit à Fontainebleau; mais, d'un côté, comment et
-par qui serons-nous gardés? Et de l'autre, jamais ce
-peuple ne laissera sortir mon fils. On l'a accoutumé
-à le regarder comme son bien. Rien ne les fera céder,
-et,—ajoutait-elle avec le touchant exclusivisme et
-les légitimes appréhensions de l'amour maternel,—et
-nous ne pouvons pas le laisser seul
-<a name="FNanchor_806_806" id="FNanchor_806_806"></a>
-<a href="#Footnote_806_806" class="fnanchor">[806]</a>!»</p>
-
-<p>Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre:
-«Si le Roi accepte la Constitution, vous êtes tous
-deux perdus...... Ce n'est pas l'adresse, c'est la fermeté
-seule qui peut vous sauver...... Votre salut
-consiste dans la patience, le silence et le refus
-<a name="FNanchor_807_807" id="FNanchor_807_807"></a>
-<a href="#Footnote_807_807" class="fnanchor">[807]</a>.»</p>
-
-<p>La patience, la Reine en avait depuis longtemps;
-mais le silence, comment le garder? Comment refuser
-la sanction demandée et en quelque sorte exigée?
-N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous les fenêtres
-des Tuileries, gronder des menaces incessantes
-d'insurrection? Le peuple, non seulement dans
-la capitale, mais dans les provinces même—on l'avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">[Pg 277]</a></span>
-bien vu au retour de Varennes,—n'était-il pas
-emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais irrésistible,
-pour cette Constitution qu'il ne connaissait
-pas, mais que, dans sa crédulité naïve, avec ce besoin
-inné en France de chercher toujours un sauveur, et
-en dépit des sinistres prophéties de Malouet, il regardait
-comme l'aurore de jours sans nuages? Résister
-à cet entraînement universel, mais avec quoi? Quelle
-armée, quelle autorité avait-on?</p>
-
-<p>«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la
-Reine. Tout ce que nous pouvons pour notre honneur
-et pour l'avenir, ce sont des observations à faire, qui
-ne seront sûrement pas écoutées, mais qui, au moins
-avec la protestation que le Roi a faite, il y a six semaines,
-et calquées sur elle, serviront de base pour
-le moment où l'ennemi, le malheur et le désenivrement
-pourront laisser passer la raison
-<a name="FNanchor_808_808" id="FNanchor_808_808"></a>
-<a href="#Footnote_808_808" class="fnanchor">[808]</a>.»</p>
-
-<p>Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude
-énergique, revenait à des opinions tout autres, et en
-envoyant à la Reine les conseils de Burke, dont
-nous avons parlé plus haut, et qui poussaient à la résistance,
-il avait soin d'ajouter:</p>
-
-<p>«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la
-Reine; mais cette idée, vraie dans le principe, est
-dangereuse dans le fait..... Il faudrait donc ne rien
-brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de temporiser
-<a name="FNanchor_809_809" id="FNanchor_809_809"></a>
-<a href="#Footnote_809_809" class="fnanchor">[809]</a>.»</p>
-
-<p>Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité
-de l'acceptation de la Constitution s'imposait à
-Marie-Antoinette, quelque dur que cela pût être à sa
-fierté. Le 26 août, elle écrivait encore à Mercy:</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">[Pg 278]</a></span></p>
-
-<p>«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi
-refuse son acceptation. <i>Croyez que la chose doit être
-bien vraie, puisque je le dis.</i> Vous connaissez assez
-mon caractère pour croire qu'il se porterait plutôt à
-une chose noble et pleine de courage; mais il n'en
-existe point à courir un danger plus que certain
-<a name="FNanchor_810_810" id="FNanchor_810_810"></a>
-<a href="#Footnote_810_810" class="fnanchor">[810]</a>.»</p>
-
-<p>En présence de cette évidente nécessité, la Reine
-ne cherchait qu'à temporiser, comme disait Mercy,
-afin d'attendre l'occasion favorable de corriger l'œuvre,
-plus qu'imparfaite, qu'on allait être contraint d'accepter.
-Pour cela, il fallait avant tout inspirer la confiance;
-il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors,
-ne vînt entraver le retour de l'opinion et fournir un
-aliment aux passions révolutionnaires: «C'est le
-seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur, pour que
-le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur
-qu'il éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du
-dehors, revienne à nous, en désertant les auteurs de
-ses maux
-<a name="FNanchor_811_811" id="FNanchor_811_811"></a>
-<a href="#Footnote_811_811" class="fnanchor">[811]</a>.»</p>
-
-<p>Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est
-vrai, des Constitutionnels, un certain revirement se
-manifestait dans le public. Une foule plus sympathique
-se portait aux Tuileries; la Reine, prenant son
-fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était
-acclamée. Le 4 septembre, la messe au Château était
-des plus brillantes; Louis XVI et sa famille, en s'y
-rendant,—c'est un témoin bien peu suspect qui le
-rapporte,—étaient salués par des applaudissements
-<a name="FNanchor_812_812" id="FNanchor_812_812"></a>
-<a href="#Footnote_812_812" class="fnanchor">[812]</a>.
-L'opinion royaliste faisait des progrès sensibles; on
-commençait à oser la soutenir dans les cafés, même
-<span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">[Pg 279]</a></span>
-au Palais-Royal, ce palladium de la Révolution
-<a name="FNanchor_813_813" id="FNanchor_813_813"></a>
-<a href="#Footnote_813_813" class="fnanchor">[813]</a>, et
-les chefs des partis populaires la professaient entre
-eux
-<a name="FNanchor_814_814" id="FNanchor_814_814"></a>
-<a href="#Footnote_814_814" class="fnanchor">[814]</a>.
-La plupart étaient convaincus que la Constitution,
-telle qu'ils l'avaient ébauchée, était inapplicable;
-Barnave allait jusqu'à dire qu'il fallait que les
-assemblées futures n'eussent que l'influence d'un
-Conseil de notables et que toute la force devait résider
-dans le gouvernement
-<a name="FNanchor_815_815" id="FNanchor_815_815"></a>
-<a href="#Footnote_815_815" class="fnanchor">[815]</a>. Bien plus, nombre de gens,
-de ceux même qui avaient applaudi et peut-être participé
-à l'arrestation du Roi, en étaient venus à déplorer
-publiquement qu'il eût échoué dans son entreprise;
-ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de
-Montmédy», car, disaient-ils, ce plan promettait à la
-France «une bonne Constitution également éloignée
-des deux extrêmes
-<a name="FNanchor_816_816" id="FNanchor_816_816"></a>
-<a href="#Footnote_816_816" class="fnanchor">[816]</a>». La Reine elle-même, si calomniée,
-avait sa part dans ce retour de la faveur populaire,
-et seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient
-des anneaux avec cette devise: <i>Domine, salvum fac
-Regem et Reginam</i>
-<a name="FNanchor_817_817" id="FNanchor_817_817"></a>
-<a href="#Footnote_817_817" class="fnanchor">[817]</a>. Il fallait donc profiter de ce
-revirement inattendu, et dussent les aristocrates l'accuser,—comme
-ils le faisaient pour la punir de ses
-répugnances contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier
-à sa fierté le salut de la France
-<a name="FNanchor_818_818" id="FNanchor_818_818"></a>
-<a href="#Footnote_818_818" class="fnanchor">[818]</a>, ne valait-il pas
-mieux se résigner, en apparence du moins, à une
-Constitution dont les défauts étaient si criants, qu'ils
-sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait seulement
-de la mettre en pratique
-<a name="FNanchor_819_819" id="FNanchor_819_819"></a>
-<a href="#Footnote_819_819" class="fnanchor">[819]</a>?</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">[Pg 280]</a></span></p>
-
-<p>Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais
-comment, et dans quels termes? Ici encore les avis
-étaient partagés. Malouet, comme la Marck, comme
-Gouverneur Morris, demandaient que le Roi fît des
-réserves, et c'était le parti auquel inclinaient manifestement
-d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_820_820" id="FNanchor_820_820"></a>
-<a href="#Footnote_820_820" class="fnanchor">[820]</a>.
-Mais les Constitutionnels insistaient pour une acceptation
-pure et simple, et le Roi, désireux de ne pas
-s'aliéner ces conseillers de la dernière heure, et de
-n'inspirer aucune méfiance sur la sincérité de son
-adhésion, se détermina à suivre leur avis.</p>
-
-<p>«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à
-Fersen, mais cela était impossible dans les circonstances
-où nous sommes. J'aurais voulu que l'acceptation
-fût simple et plus courte; mais c'est le malheur
-de n'être entourés que de scélérats; encore je vous
-assure que c'est le moins mauvais projet qui a passé.
-Les folies des Princes et des émigrants nous ont
-aussi forcés dans nos démarches; il était essentiel,
-en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de
-bonne foi
-<a name="FNanchor_821_821" id="FNanchor_821_821"></a>
-<a href="#Footnote_821_821" class="fnanchor">[821]</a>.»</p>
-
-<p>Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière
-main à son œuvre, et afin d'enlever à la délibération
-et à l'acceptation du Roi l'apparence de la
-contrainte, Lafayette était venu lever la garde placée
-autour de la famille royale. Le Château redevint
-libre, les jardins furent rouverts au public. Le dimanche
-suivant, la messe fut célébrée dans la chapelle.
-<span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">[Pg 281]</a></span>
-Le peuple s'y rendit en masse et témoigna une grande
-joie de revoir les augustes prisonniers.</p>
-
-<p>On cria de toutes parts: <i>Vive le Roi!</i> Mais une
-voix, partie de la foule, se chargea de dire à quel
-prix étaient les acclamations populaires: «Oui, reprit-elle,
-s'il accepte la Constitution
-<a name="FNanchor_822_822" id="FNanchor_822_822"></a>
-<a href="#Footnote_822_822" class="fnanchor">[822]</a>.»</p>
-
-<p>Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret,
-vint en grande pompe apporter au Roi l'acte
-constitutionnel; le Roi le prit des mains du président
-et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit à
-l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain
-en jurer solennellement le maintien; il demandait
-en même temps, que «les accusations et les poursuites
-qui avaient pour cause les événements de la
-Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale».
-La lecture de cette lettre rédigée par Duport
-du Tertre
-<a name="FNanchor_823_823" id="FNanchor_823_823"></a>
-<a href="#Footnote_823_823" class="fnanchor">[823]</a>, mais écrite tout entière de la main
-du Roi
-<a name="FNanchor_824_824" id="FNanchor_824_824"></a>
-<a href="#Footnote_824_824" class="fnanchor">[824]</a>, souleva de frénétiques applaudissements.
-L'amnistie fut votée séance tenante; on en était aux
-politesses et aux échanges de bons procédés. Une
-nombreuse députation alla porter le décret aux
-Tuileries. Le prince était avec sa famille: «Voilà
-ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils
-partagent mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit:
-«Voici mes enfants, nous accourons tous et
-nous partageons les sentiments du Roi.»</p>
-
-<p>Le Roi était sincère dans son acceptation de la
-Constitution; il espérait encore, à force de sagesse et
-de patience, la faire marcher tant bien que mal, tout
-en éclairant la nation sur les défauts de cette œuvre
-mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il
-<span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">[Pg 282]</a></span>
-demanda à la Reine et à tous ceux qui l'entouraient,
-dit M<sup>me</sup> de Tourzel, de s'interdire toute réflexion sur
-les démarches que les circonstances venaient d'exiger
-de lui, de ne se permettre rien de contradictoire
-à la Constitution, et, conformément à un de ses articles
-de ne plus nommer à l'avenir M<sup>gr</sup> le Dauphin
-que du nom de Prince Royal
-<a name="FNanchor_825_825" id="FNanchor_825_825"></a>
-<a href="#Footnote_825_825" class="fnanchor">[825]</a>.» La Reine n'avait
-pas la même confiance que son mari dans l'issue de
-l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du
-peuple; elle se résignait moins facilement aux sacrifices
-que le régime nouveau imposait à la royauté.</p>
-
-<p>Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à
-être soumise à une rude épreuve. Le 14 à midi, le
-Roi se rendit à l'Assemblée, entouré de tous ses ministres.
-Il alla prendre place sur un fauteuil à côté
-du président et prononça d'une voix ferme la formule
-du serment. Par un étrange oubli de toutes les traditions
-et de toutes les convenances, le président
-Thouret avait fait décréter que l'Assemblée resterait
-assise pendant que le Roi parlerait; le prince, qui
-était demeuré debout en prêtant serment, s'en aperçut
-et en fut vivement ému
-<a name="FNanchor_826_826" id="FNanchor_826_826"></a>
-<a href="#Footnote_826_826" class="fnanchor">[826]</a>. La Reine, qui s'était
-jointe spontanément à son mari et assistait à la séance
-dans une tribune avec son fils, sa fille et M<sup>me</sup> Elisabeth,
-en fut plus émue encore
-<a name="FNanchor_827_827" id="FNanchor_827_827"></a>
-<a href="#Footnote_827_827" class="fnanchor">[827]</a>. Mais l'enthousiasme
-était si général que le public n'avait fait attention ni
-à cette étrange inauguration du nouveau régime, qui
-débutait par une humiliation officielle de la royauté,
-ni à cette légitime indignation du souverain; la salle
-et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes
-<span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">[Pg 283]</a></span>
-et unanimes acclamations. Après la séance, l'Assemblée
-entière accompagna la famille royale revenant
-aux Tuileries. Arrivée au Palais, la Reine se
-hâta de saluer les dames de sa suite et rentra dans
-ses appartements; le Roi l'y suivit, pâle, les traits
-altérés, et, se jetant dans un fauteuil, un mouchoir
-sur les yeux: «Tout est perdu, s'écria-t-il. Ah!
-Madame, vous avez été témoin de cette humiliation.
-Quoi! vous êtes venue en France pour voir....»
-Sa voix était coupée par les sanglots. La Reine se
-jeta à genoux devant lui et le serra dans ses bras.
-M<sup>me</sup> Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe
-de sortir, et les deux époux restèrent l'un près de
-l'autre, confondant leurs larmes et leurs tristes pressentiments
-<a name="FNanchor_828_828" id="FNanchor_828_828"></a>
-<a href="#Footnote_828_828" class="fnanchor">[828]</a>.</p>
-
-<p>Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas
-moins vif qu'à l'Assemblée: on croyait la Révolution
-finie, la paix et l'ordre désormais assurés; plus de
-dangers dans le présent, plus de menaces pour
-l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse.
-«Les esprits sages, disait l'ambassadeur de Suède,
-ne partageaient pas cette joie
-<a name="FNanchor_829_829" id="FNanchor_829_829"></a>
-<a href="#Footnote_829_829" class="fnanchor">[829]</a>.» Mais qu'importait
-à la foule?</p>
-
-<p>Quelques jours après, la Constitution fut proclamée
-au Champ-de-Mars; la municipalité, le département,
-les fonctionnaires publics, la foule s'y pressaient, et
-lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du haut de
-l'autel de la patrie, un immense cri de <i>Vive la Nation!</i>
-s'échappa de la poitrine de trois cent mille
-hommes qui s'étouffaient dans cette enceinte. On riait,
-on s'embrassait, on se félicitait; des aérostats s'élevaient
-dans les airs, couverts d'inscriptions patriotiques;
-<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">[Pg 284]</a></span>
-il y avait jeux populaires et distributions de
-vivres sur les places et dans les carrefours
-<a name="FNanchor_830_830" id="FNanchor_830_830"></a>
-<a href="#Footnote_830_830" class="fnanchor">[830]</a>. Le soir,
-tout Paris illumina; les boulevards, le Louvre, les
-Tuileries, la place Louis XV, les Champs-Élysées
-surtout étincelaient; des guirlandes de feu couraient
-d'arbre en arbre jusqu'à la porte de l'Etoile. Le Roi,
-la Reine et le Dauphin se promenèrent en voiture
-jusqu'à onze heures du soir, escortés par la garde
-nationale et acclamés par la foule; des cris de <i>Vive
-le Roi!</i> retentissaient de toutes parts. Mais un
-homme s'était attaché à la voiture royale, et chaque
-fois qu'éclatait le cri de <i>Vive le Roi!</i> d'une voix de
-Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les
-croyez pas. <i>Vive la Nation!</i>» C'était la voix brutale
-de la Révolution proclamant qu'elle n'abdiquait
-pas, même devant l'enthousiasme populaire. «La
-Reine, rapporte M<sup>me</sup> Campan, en fut frappée de terreur
-<a name="FNanchor_831_831" id="FNanchor_831_831"></a>
-<a href="#Footnote_831_831" class="fnanchor">[831]</a>,
-et quand elle rentra au Château: «Qu'il est
-triste,» dit-elle à M<sup>me</sup> de Tourzel, «que quelque
-chose d'aussi beau ne laisse dans nos cœurs qu'un
-sentiment de tristesse et d'inquiétude
-<a name="FNanchor_832_832" id="FNanchor_832_832"></a>
-<a href="#Footnote_832_832" class="fnanchor">[832]</a>!»</p>
-
-<p>Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses
-et fêtes profanes; on chantait un <i>Te Deum</i> aux Tuileries;
-on jouait aux théâtres des pièces royalistes.
-Le dimanche 25, il y eut réjouissances populaires
-offertes par le Roi, dans le jardin du Château.
-«Nous avons été à l'Opéra, écrivait ce jour-là
-M<sup>me</sup> Elisabeth à son amie M<sup>me</sup> de Raigecourt; nous
-irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de plaisirs!
-J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons
-eu pendant la messe le <i>Te Deum</i>. Il y en avait un à
-Notre-Dame. M. l'intrus avait bonne envie que l'on
-<span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">[Pg 285]</a></span>
-y allât; mais quand on en chante un chez soi, on
-est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras.
-Nous nous sommes donc tenus tranquilles.
-Ce soir, nous avons encore une illumination; le jardin
-sera superbe, tout en lampions et en petites machines
-de verre que, depuis deux ans, on ne peut
-nommer sans horreur
-<a name="FNanchor_833_833" id="FNanchor_833_833"></a>
-<a href="#Footnote_833_833" class="fnanchor">[833]</a>.»</p>
-
-<p>Le mardi 20, à l'Opéra
-<a name="FNanchor_834_834" id="FNanchor_834_834"></a>
-<a href="#Footnote_834_834" class="fnanchor">[834]</a>, et le lundi 26, à la Comédie-Française,
-l'accueil fut excellent; il y eut des
-applaudissements «inexprimables
-<a name="FNanchor_835_835" id="FNanchor_835_835"></a>
-<a href="#Footnote_835_835" class="fnanchor">[835]</a>». Aux Italiens,
-quelques jours plus tard, l'enthousiasme ne fut pas
-moins bruyant. «Tu ne peux te faire une idée du
-tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,»
-écrivait encore M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Raigecourt.
-«Mais,» ajoutait mélancoliquement la princesse,
-«il faut voir combien cet enthousiasme durera
-<a name="FNanchor_836_836" id="FNanchor_836_836"></a>
-<a href="#Footnote_836_836" class="fnanchor">[836]</a>.»</p>
-
-<p>Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée
-pour en faire la clôture. Le président Thouret déclarait
-que l'Assemblée nationale avait terminé sa mission
-<a name="FNanchor_837_837" id="FNanchor_837_837"></a>
-<a href="#Footnote_837_837" class="fnanchor">[837]</a>,
-et Lafayette radieux partait pour l'Auvergne,
-en annonçant béatement que la Révolution était
-finie.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">[Pg 286]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XIV" id="CHAPITRE_XIV"></a>CHAPITRE XIV</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Suites de l'acceptation de la
-Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre
-de Louis XVI à ses frères.—Lettre de M<sup>me</sup> Elisabeth à
-la marquise de Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries
-et Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan
-de Marie-Antoinette.—Le congrès armé.—Pourquoi le plan de
-la Reine est inexécutable.</p></div>
-
-
-<p>Quelle avait été l'impression produite à l'étranger
-par l'acte solennel du 14 septembre? Avant même de
-le connaître officiellement, le 10, les Princes avaient
-protesté, en déclarant que l'acceptation du Roi ne
-pouvant être libre, et lui étant d'ailleurs interdite par
-son devoir et par le serment prêté lors de son avènement
-au trône, était nulle et non avenue. Ils ajoutaient
-qu'aucun ordre ne les empêcherait de suivre
-la ligne que leur traçait leur conscience et «qu'ils
-obéissaient au véritable commandement de leur souverain,
-en résistant à ses défenses extorquées
-<a name="FNanchor_838_838" id="FNanchor_838_838"></a>
-<a href="#Footnote_838_838" class="fnanchor">[838]</a>».
-Le 11 septembre, le prince de Condé, le duc de
-Bourbon et le duc d'Enghien adhéraient à cette déclaration.</p>
-
-<p>Vainement Louis XVI, dès le milieu de septembre
-et avant même d'avoir reçu cette protestation que
-lui apporta le duc de la Force
-<a name="FNanchor_839_839" id="FNanchor_839_839"></a>
-<a href="#Footnote_839_839" class="fnanchor">[839]</a>, avait-il écrit à ses
-frères la lettre la plus touchante et la plus sage, pour
-les conjurer de rentrer en France et de ne pas compliquer
-<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">[Pg 287]</a></span>
-les difficultés qui l'assaillaient: «Je sais, disait-il,
-combien la Noblesse et le Clergé souffrent de
-la Révolution; tous les sacrifices qu'ils avaient si
-généreusement proposés n'ont été payés que par la
-destruction de leur fortune et de leur existence. Sans
-doute, on ne peut être plus malheureux et l'avoir
-moins mérité; mais, pour des crimes commis, faut-il
-en commettre d'autres? Moi aussi j'ai souffert; mais
-je me sens le courage de souffrir encore, plutôt que
-de faire partager mes malheurs à mon peuple.....</p>
-
-<p>«Je sais, disait-il plus loin, qu'on se flatte, parmi
-mes sujets émigrés, d'un grand changement dans
-les esprits. J'ai cru longtemps qu'il se préparait,
-mais je suis détrompé aujourd'hui. La nation aime
-la Constitution, parce que ce mot ne rappelle à la
-classe inférieure du peuple que l'indépendance où il
-vit depuis deux ans, et à la classe au-dessus, l'égalité.
-Ils blâment volontiers tel ou tel décret en particulier;
-mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la
-Constitution. Le bas peuple voit que l'on compte avec
-lui; le bourgeois ne voit rien au-dessus. L'amour-propre
-est satisfait. Cette nouvelle jouissance a fait
-oublier toutes les autres..... Le temps seul leur
-apprendra combien ils se sont trompés.</p>
-
-<p>«Il faut donc attendre, et surtout se garder avec
-soin de tout ce qui pourrait faire croire au peuple
-qu'on veut détruire cette Constitution, qu'il regarde
-comme la charte de sa liberté; il faut,—et cela ne
-saurait tarder,—que l'usage lui en démontre à lui-même
-les inconvénients.....»</p>
-
-<p>Et le Roi terminait par ces lignes, où il ne pouvait
-déguiser l'amertume de son âme:</p>
-
-<p>«Je finissais cette lettre, dans le moment où j'ai
-reçu celle que vous m'avez envoyée. Je l'avais vue
-imprimée avant de la recevoir, et elle est répandue
-<span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">[Pg 288]</a></span>
-partout en même temps. Vous ne sauriez croire combien
-cette marche m'a peiné!..... Je ne vous ferai
-aucun reproche; mon cœur ne peut se décider à vous
-en faire...... Je vous ferai seulement remarquer
-qu'en agissant sans moi, il,—le comte d'Artois,—contrarie
-mes démarches, comme je déconcerte les
-siennes. Vous me dites que l'esprit public est revenu
-et vous voulez en juger mieux que moi qui en
-éprouve tous les malheurs. Je vous ai déjà dit que le
-peuple supportait toutes ses privations, parce qu'on
-l'avait toujours flatté qu'elles finiraient avec la Constitution.
-Il n'y a que deux jours qu'elle est achevée,
-et vous voulez que son esprit soit changé! J'ai le
-courage de l'accepter pour donner à la nation le
-temps de connaître ce bonheur dont on la flatte, et
-vous voulez que je renonce à cette utile expérience!...
-Vous vous flattez de donner le change, en déclarant
-que vous marchez malgré moi; mais comment le
-persuader, lorsque cette déclaration de l'Empereur
-et du Roi de Prusse est motivée sur votre demande?
-Pourra-t-on jamais croire que mes frères n'exécutent
-pas mes ordres? Ainsi, vous allez me montrer à la
-nation, acceptant d'une main et suscitant les Puissances
-étrangères de l'autre?......</p>
-
-<p>«Je ne vous parle pas de ma position personnelle;
-on peut en être peu occupé hors de France; mais
-moi je suis occupé de celles de mes frères..... Je conçois
-qu'on ne compte plus ni mes peines, ni mes
-embarras; mais vous devez m'éviter ceux qui vous
-touchent
-<a name="FNanchor_840_840" id="FNanchor_840_840"></a>
-<a href="#Footnote_840_840" class="fnanchor">[840]</a>.»</p>
-
-<p>Vainement, quelques jours après, craignant que
-cette lettre ne parût un message officiel et imposé,
-Louis XVI adressait-il à ses frères un nouveau billet
-<span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">[Pg 289]</a></span>
-tout confidentiel, où il renouvelait ses instances
-et les suppliait de conformer leur conduite à la
-sienne, et de ne pas le priver, par leurs incessants
-appels, de ses derniers défenseurs; car, disait-il, «il
-m'est bien essentiel d'en avoir près de moi.» Toutes
-ces prières restaient sans effet. Pour toute réponse,
-les Princes répandaient à profusion, à Paris et
-dans les départements, une nouvelle protestation
-contre la Constitution
-<a name="FNanchor_841_841" id="FNanchor_841_841"></a>
-<a href="#Footnote_841_841" class="fnanchor">[841]</a>, et ils écrivaient à leur frère
-ce billet qui fut retrouvé, après le 10 août, dans le
-secrétaire du Roi.</p>
-
-<p>«Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous
-n'écouterons rien; si c'est de la vôtre, nous écouterons,
-mais nous irons notre chemin
-<a name="FNanchor_842_842" id="FNanchor_842_842"></a>
-<a href="#Footnote_842_842" class="fnanchor">[842]</a>.»</p>
-
-<p>Vainement M<sup>me</sup> Elisabeth, qu'un admirable dévouement
-retenait à Paris, mais que son cœur portait
-souvent à Coblentz, essayait-elle, par l'intermédiaire
-de ses fidèles amies, M<sup>me</sup> de Bombelles, et
-surtout M<sup>me</sup> de Raigecourt, d'aplanir les dissentiments
-qui divisaient la famille royale. Vainement leur
-écrivait-elle, dans ce style énigmatique, qui servait
-à leur correspondance:</p>
-
-<p>«On perdrait tout, si l'on pouvait avoir d'autre
-vue pour le Futur que celle de la confiance et de la
-soumission aux ordres du Père
-<a name="FNanchor_843_843" id="FNanchor_843_843"></a>
-<a href="#Footnote_843_843" class="fnanchor">[843]</a>. Toute vue, toute
-idée, tout sentiment doit céder à celui-là..... Vous
-me direz que cela est difficile, quoique cela soit dans
-le cœur; mais plus je le sens difficile, plus je le désire.....
-Le Père est presque guéri; ses affaires sont
-remontées; mais comme sa tête est revenue, dans
-peu il voudra reprendre la gestion de ses biens, et
-c'est là le moment que je crains. Le Fils, qui voit des
-<span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">[Pg 290]</a></span>
-avantages à les laisser dans les mains où elles sont,
-y tiendra; la Belle-mère ne le souffrira pas et c'est
-là ce qu'il faudrait éviter, en faisant sentir au jeune
-homme que, même pour son intérêt personnel, il ne
-doit pas prononcer son opinion sur cela..... Il faudrait
-aussi qu'on persuadât au jeune homme de mettre
-un peu plus de grâce vis-à-vis de sa Belle-mère,
-seulement de ce charme qu'un homme sait employer,
-quand il veut, et avec lequel il lui persuadera
-qu'il a le désir de la voir ce qu'elle a toujours
-été..... On te dira du mal de la Belle-mère; je le
-crois exagéré
-<a name="FNanchor_844_844" id="FNanchor_844_844"></a>
-<a href="#Footnote_844_844" class="fnanchor">[844]</a>.»</p>
-
-<p>Pas plus que les prières de Louis XVI, les objurgations
-de M<sup>me</sup> Elisabeth n'étaient écoutées. On a vu,
-par le billet que nous avons cité plus haut, quel cas
-les Princes faisaient de l'autorité du Roi; leurs entours
-étaient plus violents. La Reine était quotidiennement
-traité à Coblentz de «démocrate»; le Roi, de
-«pauvre homme» et de «soliveau». Le <i>Journal des
-Princes</i>, publié par Suleau, était tellement rempli
-d'injures contre Léopold et Marie-Antoinette, qu'on
-était obligé de supprimer le journal, de renvoyer
-Suleau, et de destituer le censeur, Christin, secrétaire
-de Calonne
-<a name="FNanchor_845_845" id="FNanchor_845_845"></a>
-<a href="#Footnote_845_845" class="fnanchor">[845]</a>.
-M<sup>me</sup> de Bombelles, écho de ces
-bruits, et indignée de ces outrages, était réduite à
-écrire à M<sup>me</sup> de Raigecourt, le 3 novembre:</p>
-
-<p>«Comment la Reine se fierait-elle jamais à M. le
-C. D.
-<a name="FNanchor_846_846" id="FNanchor_846_846"></a>
-<a href="#Footnote_846_846" class="fnanchor">[846]</a>,
-elle qui sait les propos infâmes que tous ses
-entours ont tenus et tiennent encore sur elle et sur
-le Roi? Je n'ai pas, grâce à Dieu, à me reprocher
-de lui avoir fait parvenir <i>tout ce que j'ai entendu moi-même</i>
-<span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">[Pg 291]</a></span>
-mais j'en sais assez pour sentir que, si elle
-est aussi instruite que moi, elle ne risquera jamais de
-faire dépendre son sort de gens <i>qui lui doivent beaucoup
-et qui sont ses plus mortels ennemis</i>. J'excepte
-M. le comte d'Artois des traits dont je vous parle;
-son âme est droite, noble et franche, et je suis intimement
-convaincue de la pureté de ses intentions;
-mais, faible comme la plupart des princes de son sang,
-il se laisse diriger aveuglément par sa société
-<a name="FNanchor_847_847" id="FNanchor_847_847"></a>
-<a href="#Footnote_847_847" class="fnanchor">[847]</a>.»</p>
-
-<p>Le dissentiment s'aggravait donc chaque jour
-entre les Tuileries et Coblentz
-<a name="FNanchor_848_848" id="FNanchor_848_848"></a>
-<a href="#Footnote_848_848" class="fnanchor">[848]</a>. Indépendamment
-de la rivalité entre Breteuil et Calonne, le premier,
-agent attitré, le second, ennemi personnel de Marie-Antoinette,
-les divergences de vues s'accentuaient
-entre les Princes et le Roi, et surtout la Reine, chacun
-entendant diriger le mouvement: les Princes
-voulant se lancer en avant et détruire la Constitution,
-l'épée à la main; le Roi s'efforçant de temporiser
-et d'améliorer, et la Reine repoussant avant
-tout une action des Princes qui, pensait-elle avec
-raison, n'aurait d'autre résultat que d'«irriter les
-factieux sans les effrayer
-<a name="FNanchor_849_849" id="FNanchor_849_849"></a>
-<a href="#Footnote_849_849" class="fnanchor">[849]</a>», et par là compromettrait
-le succès d'un plan qu'elle étudiait depuis le retour
-de Varennes et qui, chaque jour, se formulait
-avec plus de netteté.</p>
-
-<p>Comme la famille royale, les Puissances étaient
-divisées; suivant leurs intérêts particuliers, elles
-penchaient vers les Princes ou vers le Roi. Tandis
-<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">[Pg 292]</a></span>
-que Gustave III rompait avec l'Assemblée, renvoyait
-à Louis XVI sans le lire le billet où il lui notifiait
-son acceptation de la Constitution
-<a name="FNanchor_850_850" id="FNanchor_850_850"></a>
-<a href="#Footnote_850_850" class="fnanchor">[850]</a>, accréditait, près
-de Monsieur, le comte d'Oxenstiern; tandis que l'Impératrice
-de Russie déclarait que l'acceptation du
-Roi devait être considérée comme non avenue parce
-qu'elle avait été forcée, et que si Louis XVI et Marie-Antoinette
-avaient été de bonne foi en acceptant,
-c'était tant pis pour eux, et que «dans ce cas, il
-faudrait regarder le Roi de France comme un nonens
-(<i>sic</i>)
-<a name="FNanchor_851_851" id="FNanchor_851_851"></a>
-<a href="#Footnote_851_851" class="fnanchor">[851]</a>»;
-tandis que le roi d'Espagne donnait à
-son ministre à Paris l'ordre de faire un voyage à
-Nice
-<a name="FNanchor_852_852" id="FNanchor_852_852"></a>
-<a href="#Footnote_852_852" class="fnanchor">[852]</a>,
-Léopold, heureux d'un événement qui s'accordait
-avec ses goûts de temporisateur, proclamait
-que dorénavant toute idée de contre-révolution était
-inutile et dangereuse
-<a name="FNanchor_853_853" id="FNanchor_853_853"></a>
-<a href="#Footnote_853_853" class="fnanchor">[853]</a>, et que, Louis XVI ayant
-adhéré à l'acte constitutionnel, il n'y avait plus qu'à
-attendre et à observer la tournure que prendraient
-les événements. «Le Roi et la Reine, disait-il, n'ont
-d'autre ressource que de laisser à l'Assemblée législative
-le temps de se discréditer; ils doivent en outre
-se conformer exactement aux lois, se composer un
-parti, et profiter des circonstances. Cet essaim d'abeilles
-françaises, ajoutait-il en parlant des émigrés,
-devrait enfin songer à se retirer; elles seront bien à
-charge au pays
-<a name="FNanchor_854_854" id="FNanchor_854_854"></a>
-<a href="#Footnote_854_854" class="fnanchor">[854]</a>.» Et le roi de Prusse s'écriait de
-son côté: «Enfin, je vois la paix de l'Europe assurée
-<a name="FNanchor_855_855" id="FNanchor_855_855"></a>
-<a href="#Footnote_855_855" class="fnanchor">[855]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">[Pg 293]</a></span></p>
-
-<p>Et Fersen, l'ardent Fersen, revenu de Vienne, où
-l'avait envoyé son maître, à Bruxelles, où il s'installait
-pour entretenir, au nom de la Suède, une
-correspondance avec le Roi de France
-<a name="FNanchor_856_856" id="FNanchor_856_856"></a>
-<a href="#Footnote_856_856" class="fnanchor">[856]</a>, Fersen,
-resté pendant deux mois sans nouvelles directes des
-Tuileries
-<a name="FNanchor_857_857" id="FNanchor_857_857"></a>
-<a href="#Footnote_857_857" class="fnanchor">[857]</a>, et déjà dérouté par le langage de
-Louis XVI, l'était plus encore en recevant cette lettre
-de Marie-Antoinette:</p>
-
-<p>«Je crois que la meilleure manière de dégoûter
-de tout ceci est d'avoir l'air d'y être en entier; cela
-fera bientôt voir que rien ne peut aller. Au reste,
-malgré la lettre que mes frères ont écrite au Roi, et
-qui, par parenthèse, ne fait point du tout ici l'effet
-qu'ils en espéraient, je ne vois point, surtout par la
-déclaration de Pillnitz, que les secours étrangers
-soient si prompts. C'est peut-être un bonheur, car
-plus nous avancerons, et plus ces gueux-ci sentiront
-leurs malheurs; peut-être viendront-ils à désirer
-eux-mêmes l'étranger
-<a name="FNanchor_858_858" id="FNanchor_858_858"></a>
-<a href="#Footnote_858_858" class="fnanchor">[858]</a>.»</p>
-
-<p>Stupéfait de cette résignation inattendue de sa
-royale correspondante, Fersen lui posait aussitôt
-catégoriquement les trois questions suivantes:</p>
-
-<p>«1<sup>o</sup> Comptez-vous vous mettre sincèrement dans
-la Révolution et croyez-vous qu'il n'y a aucun autre
-moyen?»</p>
-
-<p>«2<sup>o</sup> Voulez-vous être aidés, ou voulez-vous qu'on
-cesse toute négociation avec les Cours?»</p>
-
-<p>«3<sup>o</sup> Avez-vous un plan et quel est-il
-<a name="FNanchor_859_859" id="FNanchor_859_859"></a>
-<a href="#Footnote_859_859" class="fnanchor">[859]</a>?»</p>
-
-<p>Mais la Reine se hâtait de détromper son chevaleresque
-serviteur:</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">[Pg 294]</a></span></p>
-
-<p>«Rassurez-vous; je ne me laisse pas aller aux
-<i>enragés</i>, et si j'en voie ou que j'aie des relations
-avec quelques-uns d'entre eux, ce n'est que pour
-m'en servir, et ils me font trop horreur pour jamais
-me laisser aller à eux
-<a name="FNanchor_860_860" id="FNanchor_860_860"></a>
-<a href="#Footnote_860_860" class="fnanchor">[860]</a>.»</p>
-
-<p>«Soyez bien tranquille, jamais je ne me laisserai
-aller aux <i>enragés</i>; il faut s'en servir pour empêcher
-de plus grands maux; mais pour le bien, je sais bien
-qu'ils ne sont pas capables de le faire
-<a name="FNanchor_861_861" id="FNanchor_861_861"></a>
-<a href="#Footnote_861_861" class="fnanchor">[861]</a>.»</p>
-
-<p>Il fallait dissimuler, il fallait gagner la confiance du
-peuple; c'était le seul moyen d'arrêter, ou tout au
-moins d'ajourner le mal et de préparer le mieux.
-Car, disait la Reine: «Si l'esprit public ne change
-pas, aucune force humaine ne saurait gouverner dans
-un sens contraire
-<a name="FNanchor_862_862" id="FNanchor_862_862"></a>
-<a href="#Footnote_862_862" class="fnanchor">[862]</a>.» Or, pour faire changer cet
-esprit, mieux valait faire semblant d'y céder d'abord
-pour le redresser, et cette attitude effacée faisait ainsi
-partie du plan dont Marie-Antoinette poursuivait
-l'exécution, par l'intermédiaire de son ancien conseiller
-Mercy et du fidèle Fersen.</p>
-
-<p>Convaincue qu'il n'y avait pour le moment rien à
-attendre du dedans, que le mécontentement que ne
-pourrait manquer de produire l'application de la Constitution
-serait stérile et inerte, si les mécontents ne
-se sentaient appuyés et au besoin excités par une force
-sérieuse au dehors; convaincue d'autre part que les
-émigrés ne pouvaient pas être cette force, parce que
-leurs menaces ne serviraient qu'à exaspérer la France
-<a name="FNanchor_863_863" id="FNanchor_863_863"></a>
-<a href="#Footnote_863_863" class="fnanchor">[863]</a>;
-froissée d'ailleurs elle-même de leur attitude et
-<span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">[Pg 295]</a></span>
-du peu de cas qu'ils faisaient de la volonté du Roi,
-même la plus formelle et la plus nettement exprimée,
-elle demandait que l'Empereur prît l'initiative de ce
-qu'elle nommait un <i>Congrès armé</i>
-<a name="FNanchor_864_864" id="FNanchor_864_864"></a>
-<a href="#Footnote_864_864" class="fnanchor">[864]</a>. Les Puissances
-auraient réuni à Aix-la-Chapelle leurs ambassadeurs à
-Paris ou tous autres plénipotentiaires. Là, prenant en
-main les intérêts de l'équilibre européen menacé, invoquant
-notamment l'occupation d'Avignon, les droits
-lésés des princes allemands en Alsace, la garantie
-des traités passés avec la France et compromis par
-le changement de régime; appuyant au besoin leurs
-revendications par la présence à la frontière de têtes
-d'armées, capables à la fois d'en imposer «à la partie
-la plus enragée des factieux» et de «donner aux plus
-raisonnables le moyen de faire le bien»; mais évitant
-soigneusement de parler de la Constitution
-<a name="FNanchor_865_865" id="FNanchor_865_865"></a>
-<a href="#Footnote_865_865" class="fnanchor">[865]</a>, annonçant
-même bien haut qu'elles ne voulaient nullement
-«s'ingérer dans le gouvernement intérieur de la France
-<a name="FNanchor_866_866" id="FNanchor_866_866"></a>
-<a href="#Footnote_866_866" class="fnanchor">[866]</a>»,
-elles adresseraient, «dans un langage raisonnable
-<a name="FNanchor_867_867" id="FNanchor_867_867"></a>
-<a href="#Footnote_867_867" class="fnanchor">[867]</a>,»
-une sommation au gouvernement français,
-sommation dont le premier article serait la faculté
-pour Louis XVI de sortir de la capitale et d'aller où il
-<span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">[Pg 296]</a></span>
-voudrait
-<a name="FNanchor_868_868" id="FNanchor_868_868"></a>
-<a href="#Footnote_868_868" class="fnanchor">[868]</a>. En attendant,—car ce ne pouvait être là
-l'œuvre d'un jour, et il fallait «laisser respirer la
-nation après tant de secousses» et lui donner le
-temps de «reprendre ses habitudes et ses mœurs
-avant de juger ce que les circonstances peuvent exiger
-et souffrir
-<a name="FNanchor_869_869" id="FNanchor_869_869"></a>
-<a href="#Footnote_869_869" class="fnanchor">[869]</a>»,—en attendant, le Roi s'efforcerait de
-gagner la confiance du peuple, combattrait par-dessous
-l'Assemblée en cherchant à la déconsidérer
-<a name="FNanchor_870_870" id="FNanchor_870_870"></a>
-<a href="#Footnote_870_870" class="fnanchor">[870]</a>,
-mais ferait appliquer strictement la Constitution
-<a name="FNanchor_871_871" id="FNanchor_871_871"></a>
-<a href="#Footnote_871_871" class="fnanchor">[871]</a>,
-afin que la nation, sentant à l'usage les inconvénients
-de cette œuvre bâtarde, fût amenée elle-même à en
-souhaiter le changement. La déclaration des Puissances,
-survenant alors, rendrait courage aux honnêtes
-gens en leur donnant un moyen de force et un point
-de réunion
-<a name="FNanchor_872_872" id="FNanchor_872_872"></a>
-<a href="#Footnote_872_872" class="fnanchor">[872]</a>,
-terrifierait les factieux, et le Roi, redevenu
-ainsi libre, pourrait se joindre au Congrès et
-s'interposer comme médiateur entre ses sujets et les
-coalisés
-<a name="FNanchor_873_873" id="FNanchor_873_873"></a>
-<a href="#Footnote_873_873" class="fnanchor">[873]</a>. «Seul rôle qui lui convienne, disait la
-Reine, dans une lettre qu'elle a reconnue comme
-l'expression exacte de sa pensée
-<a name="FNanchor_874_874" id="FNanchor_874_874"></a>
-<a href="#Footnote_874_874" class="fnanchor">[874]</a>, tant par l'amour
-qu'il a pour ses sujets que pour en imposer aux factions
-des émigrants, qui, par le ton qu'ils ont et qui
-s'élèverait encore s'ils contribuaient à un autre ordre
-de choses, replongeraient le Roi dans un nouvel
-<span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">[Pg 297]</a></span>
-esclavage
-<a name="FNanchor_875_875" id="FNanchor_875_875"></a>
-<a href="#Footnote_875_875" class="fnanchor">[875]</a>.»
-Rentré dans la plénitude de son autorité
-<a name="FNanchor_876_876" id="FNanchor_876_876"></a>
-<a href="#Footnote_876_876" class="fnanchor">[876]</a>,
-mais sans vouloir aucunement rétablir l'ancien
-régime
-<a name="FNanchor_877_877" id="FNanchor_877_877"></a>
-<a href="#Footnote_877_877" class="fnanchor">[877]</a>,
-«libre de faire telle Constitution qu'il voudrait
-<a name="FNanchor_878_878" id="FNanchor_878_878"></a>
-<a href="#Footnote_878_878" class="fnanchor">[878]</a>,»
-il accomplirait,—comme il comptait le faire,
-s'il avait gagné Montmédy le 20 juin,—d'accord avec
-les représentants du pays, les réformes nécessaires.
-Toute la partie saine de la nation viendrait en aide
-au souverain pour l'exécution de ces réformes, et les
-révolutionnaires, ayant tout à craindre de l'attitude
-énergique des Puissances, seraient trop heureux de
-céder à la justice tempérée par la clémence. Ainsi,
-l'ordre serait rétabli sans effusion de sang, par le
-simple accord des Puissances et par l'initiative du
-Roi. «La Révolution se ferait dans l'intérieur de
-chaque ville; elle se ferait par l'approche de la
-guerre, et non par la guerre même
-<a name="FNanchor_879_879" id="FNanchor_879_879"></a>
-<a href="#Footnote_879_879" class="fnanchor">[879]</a>.»</p>
-
-<p>Tel était, autant qu'on peut le retrouver au milieu
-des innombrables dépêches échangées entre Paris,
-Vienne, Bruxelles, Stockholm, Saint-Pétersbourg,
-tel était le plan auquel s'était arrêtée la Reine; plan
-dont elle poursuivit la réalisation avec une persévérance
-<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">[Pg 298]</a></span>
-infatigable, jusqu'à ce que la déclaration de
-guerre eût rendu une solution pacifique impossible,
-et pour lequel elle se condamnait à une incessante
-correspondance, écrivant lettres sur lettres, mémoires
-sur mémoires, elle qui, disait-elle, «n'en savait
-pas faire
-<a name="FNanchor_880_880" id="FNanchor_880_880"></a>
-<a href="#Footnote_880_880" class="fnanchor">[880]</a>»; plan que Mercy, après quelques
-hésitations, avait fini par adopter et auquel le Roi
-avait pu se rallier
-<a name="FNanchor_881_881" id="FNanchor_881_881"></a>
-<a href="#Footnote_881_881" class="fnanchor">[881]</a>, sans être accusé de duplicité;
-car, en acceptant la Constitution, il savait qu'elle
-était impraticable, et tout en l'observant scrupuleusement
-lui-même, il ne pouvait pas rendre possible
-ce qui ne l'était pas par sa nature
-<a name="FNanchor_882_882" id="FNanchor_882_882"></a>
-<a href="#Footnote_882_882" class="fnanchor">[882]</a>; plan enfin, auquel
-le chevaleresque Fersen, resté le confident des
-Tuileries, se consacrait tout entier. Voici les lignes
-touchantes par lesquelles il protestait de son dévouement
-absolu et désintéressé; car, la calomnie ne
-l'avait pas épargné; les ambassadeurs de Suède et
-d'Espagne avaient osé l'accuser d'ambition:</p>
-
-<p>«Ils ont raison, écrivait-il à la Reine; j'avais
-l'ambition de vous servir, et j'aurai toute ma vie le
-regret de n'avoir pas réussi; je voulais m'acquitter
-envers vous d'une partie des obligations qu'il m'est
-si doux de vous avoir et je voulais leur montrer
-qu'on peut être attaché à des gens comme vous sans
-aucun autre intérêt. Le reste de ma conduite leur aurait
-<span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">[Pg 299]</a></span>
-prouvé que c'était là ma seule ambition et que la
-gloire de vous avoir servis était ma plus chère récompense
-<a name="FNanchor_883_883" id="FNanchor_883_883"></a>
-<a href="#Footnote_883_883" class="fnanchor">[883]</a>.»</p>
-
-<p>Mais ce plan était-il exécutable et ne reposait-il
-pas sur une illusion? L'accord des Puissances, qui
-en était la base essentielle, comment l'obtenir d'anciens
-adversaires qui se jalousaient l'un l'autre, et qui
-au fond n'avaient qu'un but commun: l'affaiblissement
-de la France, suite naturelle de l'anarchie à
-laquelle le pays semblait condamné? Cette alliance
-universelle, rêvée par la Reine au nom du principe
-monarchique attaqué en France, n'était qu'une «attrape»,
-disait le comte de Metternich au baron de
-Breteuil
-<a name="FNanchor_884_884" id="FNanchor_884_884"></a>
-<a href="#Footnote_884_884" class="fnanchor">[884]</a>.
-La Prusse regardait l'Autriche avec méfiance
-<a name="FNanchor_885_885" id="FNanchor_885_885"></a>
-<a href="#Footnote_885_885" class="fnanchor">[885]</a>;
-l'Autriche n'avait pas plus de confiance
-dans la Prusse, et se tournait parfois vers l'Angleterre;
-en attendant, elle se renfermait dans son égoïsme;
-l'Espagne, dans sa faiblesse; l'Angleterre voyait
-avec joie, fomentait peut-être sous main une révolution,
-qui paraissait devoir réduire pour longtemps
-son éternelle rivale à l'impuissance; la Russie
-poussait les autres à se jeter dans la mêlée,
-à la condition de ne rien faire elle-même et pour
-avoir les mains libres en Pologne. La Suède seule
-voulait franchement agir. Mais que pouvait-elle toute
-seule, et l'infortuné Louis XVI n'avait-il pas le droit
-de dire, quelques mois plus tard, à Fersen: «J'ai été
-abandonné de tout le monde
-<a name="FNanchor_886_886" id="FNanchor_886_886"></a>
-<a href="#Footnote_886_886" class="fnanchor">[886]</a>?»</p>
-
-<p>Mais quand bien même on serait arrivé à réaliser
-cet irréalisable accord, quand bien même cette «médiation
-armée», que l'honnête et sage Mounier
-<span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">[Pg 300]</a></span>
-souhaitait comme la Reine et dans laquelle les Constitutionnels
-eux-mêmes finissaient par apercevoir le
-remède
-<a name="FNanchor_887_887" id="FNanchor_887_887"></a>
-<a href="#Footnote_887_887" class="fnanchor">[887]</a>,
-se serait produite, eût-elle réussi? Bien
-des esprits vraiment libéraux,—nous venons d'en
-donner des exemples,—le pensaient. Ils avaient vu
-si souvent une poignée de factieux terroriser la foule
-honnête, qu'ils croyaient que la crainte serait un
-moyen efficace qui pourrait tout rétablir, comme
-il avait pu tout détruire. C'était une erreur. Ils comptaient
-sans cette susceptibilité du sentiment national
-qui se soulevait contre toute apparence d'intervention
-étrangère et qui, à des menaces de pression,
-devait répondre par une prise d'armes. Le Roi et la
-Reine étaient sincères dans leur désir d'éviter la
-guerre et dans leur conviction qu'ils l'éviteraient;
-mais, sans le vouloir, ils y allaient infailliblement.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">[Pg 301]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XV" id="CHAPITRE_XV"></a>CHAPITRE XV</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">L'Assemblée législative.—Son hostilité contre le Roi s'affirme dès
-le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La députation
-de Saint-Domingue est présentée à la Reine.—Le Roi ne veut
-pas former sa Maison civile.—Projet d'évasion formé, puis
-abandonné.—Inaction du Roi et de la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste
-situation de la famille royale.—Tiraillements à
-l'intérieur.—La Reine continue à réclamer un Congrès.—Hésitation
-de l'Empereur et mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre
-à M<sup>me</sup> de Polignac.—Article menaçant des <i>Révolutions de
-Paris</i>.</p></div>
-
-
-<p>Cependant, en France, une seconde Législature
-avait succédé à la première. Par une résolution fatale,
-où les rancunes de la droite s'étaient malheureusement
-unies aux rancunes de l'extrême gauche, la
-Constituante, avant de se séparer, avait décidé qu'aucun
-de ses membres ne pourrait être réélu. C'était
-livrer les destinées du pays à tous les tâtonnements
-de l'inexpérience et à tous les emportements de l'étourderie.
-Quelles qu'eussent été ses fautes, l'ancienne
-Assemblée renfermait dans son sein de grands
-talents, de grandes fortunes, de grands noms; trois
-ans de pratique des affaires avaient tempéré chez elle
-bien des ardeurs et modifié bien des préjugés. L'Assemblée
-nouvelle se composait, pour la majeure partie,
-d'inconnus, sans situation personnelle et sans
-éclat: petits gentilshommes de province, petits
-avocats de bailliages, petits officiers municipaux et
-procureurs de districts, enivrés de théories vagues,
-nourris de phrases creuses, sans connaissances politiques
-et sans idées de gouvernement. «Elle n'est
-<span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">[Pg 302]</a></span>
-guère, disait plaisamment Staël, que le conseil des
-avocats de toutes les villes et de tous les villages de
-France
-<a name="FNanchor_888_888" id="FNanchor_888_888"></a>
-<a href="#Footnote_888_888" class="fnanchor">[888]</a>.»</p>
-
-<p>«On croit, ajoutait l'ambassadeur, que la majorité
-sera sage
-<a name="FNanchor_889_889" id="FNanchor_889_889"></a>
-<a href="#Footnote_889_889" class="fnanchor">[889]</a>.» Staël se trompait, et un des nouveaux
-députés, Hua, avocat au Parlement de Paris,
-voyait plus juste quand il écrivait: «Le côté droit
-se compose de cent cinquante Constitutionnels; le
-côté gauche compte cent cinquante Jacobins, et le
-centre présente une masse de plus de quatre cents
-députés qu'on appelle les <i>impartiaux</i>: phalange immobile
-pour le bien et qui ne se remue que par la
-peur; c'est elle qui donnera la majorité, et elle la
-donnera, non au côté droit qu'elle estime, mais au
-côté gauche qu'elle craint
-<a name="FNanchor_890_890" id="FNanchor_890_890"></a>
-<a href="#Footnote_890_890" class="fnanchor">[890]</a>.»</p>
-
-<p>Dès le début, l'Assemblée manifesta l'esprit qui
-devait la diriger. Le Roi ayant annoncé qu'il viendrait
-en personne prêter serment à la Constitution,
-la question du cérémonial à observer pour le recevoir
-fut immédiatement soulevée. Les Jacobins s'élevèrent
-bruyamment contre toute forme, non pas
-même qui rappellerait l'ancien régime, mais qui
-marquerait simplement une déférence du pouvoir
-législatif pour l'autorité monarchique. Cédant à leurs
-déclamations, et la domination passant déjà aux plus
-violents, l'Assemblée décida qu'on ne donnerait plus
-<span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">[Pg 303]</a></span>
-au Roi le titre de <i>Sire</i> ni de <i>Majesté</i>, que le fauteuil
-du prince serait placé sur la même ligne que celui
-du président et que, le monarque une fois arrivé,
-les députés pourraient s'asseoir et se couvrir. Le
-lendemain, il est vrai, le décret fut rapporté; mais
-la gauche avait montré sa force, et l'Assemblée sa
-faiblesse.</p>
-
-<p>Elle avait dû céder cependant à un mouvement
-incontestable de l'opinion de la capitale. La bourgeoisie
-parisienne, sincèrement attachée à la Constitution,
-s'était indignée des attaques de cette nouvelle
-Législature; la garde nationale avait protesté
-vivement
-<a name="FNanchor_891_891" id="FNanchor_891_891"></a>
-<a href="#Footnote_891_891" class="fnanchor">[891]</a>; de là le rappel du décret. La famille
-royale trouvait là comme un dernier regain de popularité.
-Le samedi 8 octobre, elle était allée à la
-Comédie-Italienne. Lorsqu'elle parut, des acclamations
-la saluèrent; des applaudissements mêlés de
-sanglots se firent entendre, et le cri de <i>Vive la Reine!</i>
-fut encore une fois associé au cri de <i>Vive le Roi!</i></p>
-
-<p>Quelques jours plus tard, le 2 novembre, une
-députation de Saint-Domingue venait réclamer la
-protection de Louis XVI contre les désordres qui
-désolaient l'île. Les colonies expirantes saluaient
-la royauté qui allait mourir.</p>
-
-<p>«Madame, dit à la Reine le chef de la délégation,
-dans une grande infortune, nous avions besoin de
-voir Votre Majesté pour trouver tout à la fois
-des consolations et un grand exemple de courage.»</p>
-
-<p>Suffoquée par l'émotion, Marie-Antoinette ne put
-répondre sur le moment. Elle retrouva les délégués
-au sortir de la messe. «Messieurs, leur dit-elle, il
-<span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">[Pg 304]</a></span>
-m'a été impossible de vous répondre; mon silence
-vous en dira plus que tout le reste
-<a name="FNanchor_892_892" id="FNanchor_892_892"></a>
-<a href="#Footnote_892_892" class="fnanchor">[892]</a>.»</p>
-
-<p>La mise en pratique de la Constitution avait jeté
-du trouble à la Cour; ce qu'on appelait les <i>honneurs</i>
-et les prérogatives qui y étaient attachées avaient
-été supprimés. Plusieurs des dames du palais quittèrent
-leur service; on ne les remplaça pas, et l'on
-ne forma pas de Maison civile. Le Roi et la Reine
-ne pouvaient s'y décider; il leur répugnait de consacrer
-ainsi officiellement, par la nomination aux
-charges nouvelles, l'anéantissement des anciennes;
-il leur semblait que ce serait un triste entourage que
-cette Maison sans chevaliers et sans dames d'honneur.
-D'ailleurs, qui consentirait à entrer dans une organisation
-ainsi modifiée et comme humiliée? «Si
-cette Maison constitutionnelle était formée, disait
-la Reine, il ne resterait pas un noble près de nous,
-et quand les choses changeraient il faudrait congédier
-les gens que nous aurions mis à leur
-place
-<a name="FNanchor_893_893" id="FNanchor_893_893"></a>
-<a href="#Footnote_893_893" class="fnanchor">[893]</a>.»</p>
-
-<p>On s'occupa seulement de la Maison militaire qui
-fut constituée un peu plus tard, sous le commandement
-du duc de Brissac, mais pour bien peu de
-temps.</p>
-
-<p>Dans cette situation critique, les donneurs de conseils
-affluaient. L'Espagne acceptait la pensée d'un
-Congrès; mais elle voulait auparavant que le Roi
-fût libre et le prouvât en sortant publiquement de
-Paris. Sortir de Paris! Nul ne le souhaitait plus que
-Marie-Antoinette; mais était-ce possible dans les
-conditions indiquées par le Roi d'Espagne? Evidemment
-non. «On dira toujours ici, répondait la Reine
-qu'il,—le Roi,—est le maître d'aller où bon lui
-<span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">[Pg 305]</a></span>
-semblera; mais il ne le peut pas de fait, parce que,
-outre sa sortie d'ici, qui serait dangereuse et où il
-serait peut-être obligé de laisser sa femme et son
-fils, sa sûreté personnelle ne serait nulle part plus
-qu'ici, puisqu'<i>il n'y a pas une ville, pas une troupe
-sur laquelle on puisse compter</i>
-<a name="FNanchor_894_894" id="FNanchor_894_894"></a>
-<a href="#Footnote_894_894" class="fnanchor">[894]</a>.»</p>
-
-<p>On avait bien formé, dans les premiers jours d'octobre,
-un projet d'évasion; on devait renouveler,
-vers la moitié de novembre, et dans des conditions
-à peu près analogues, paraît-il, la tentative qui avait
-si mal réussi au mois de juin. Quels étaient les auteurs
-de ce plan? Quels en étaient les détails? Avec
-quel concours devait-il se réaliser? La Reine ne le
-dit pas et nous n'en trouvons pas trace ailleurs. Pourquoi
-y renonça-t-on? Est-ce par le souvenir de
-l'échec de Varennes? ou par suite de cette triste
-constatation qu'on ne pouvait compter ni sur une
-ville, ni sur une troupe? Cette dernière raison nous
-paraît la plus probable. Ce qui est certain, c'est que
-l'idée, annoncée dans une lettre du 19 octobre, semble
-abandonnée douze jours après, le 31. Mais le bruit
-en avait transpiré dans le public, semant l'inquiétude
-et la méfiance contre la famille royale. On en
-parlait à Paris; on le savait à Coblentz dès le mois
-d'octobre
-<a name="FNanchor_895_895" id="FNanchor_895_895"></a>
-<a href="#Footnote_895_895" class="fnanchor">[895]</a>, on fixait même la date, le 27 du mois
-<a name="FNanchor_896_896" id="FNanchor_896_896"></a>
-<a href="#Footnote_896_896" class="fnanchor">[896]</a>,
-et par une étrange coïncidence, à l'époque même indiquée
-par Marie-Antoinette pour l'exécution du projet,
-la nouvelle se répandit tout d'un coup parmi les
-émigrés que le Roi avait réussi à quitter heureusement
-la capitale, et était arrivé à Raisme, près Valenciennes,
-<span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">[Pg 306]</a></span>
-chez M. de la Marck; tant les secrets de
-la Cour, même ceux qui avaient le moins de confidents,
-étaient mal gardés
-<a name="FNanchor_897_897" id="FNanchor_897_897"></a>
-<a href="#Footnote_897_897" class="fnanchor">[897]</a>!</p>
-
-<p>Déçue dans ses espérances d'évasion, la Reine en
-revint à son plan primitif: s'effacer le plus possible
-et laisser agir les Puissances réunies en Congrès.
-Alors seulement, le Roi pourrait utilement recouvrer
-sa liberté, afin d'aller défendre devant cette Assemblée
-européenne les intérêts de la France. «Si nous
-gagnons jamais ce point, écrivait Marie-Antoinette,
-c'est tout, et c'est à ce seul but que nous devons tendre
-<a name="FNanchor_898_898" id="FNanchor_898_898"></a>
-<a href="#Footnote_898_898" class="fnanchor">[898]</a>.»
-Pour cela, il était essentiel d'endormir les méfiances
-et de ramener à soi l'opinion. Là-dessus, tout
-le monde était d'accord, Mercy et la Marck comme
-Fersen; mais fallait-il s'abandonner complètement au
-parti révolutionnaire, adopter sans observations
-ses idées et ses mesures, se désintéresser même du
-choix des ministres? Ni la Marck, ni Mercy ne le pensaient;
-ils eussent voulu un ministère homogène et
-habile, éclairé et fidèle, très constitutionnel, mais très
-royaliste et très ferme, résolu à se créer dans l'Assemblée
-une majorité de gouvernement
-<a name="FNanchor_899_899" id="FNanchor_899_899"></a>
-<a href="#Footnote_899_899" class="fnanchor">[899]</a>.</p>
-
-<p>On ne l'essaya même pas. La Reine était convaincue
-qu'on ne pourrait trouver ni bons ministres, ni députés
-dévoués; elle empêcha M. de Moustier d'entrer
-dans le cabinet
-<a name="FNanchor_900_900" id="FNanchor_900_900"></a>
-<a href="#Footnote_900_900" class="fnanchor">[900]</a> et regrettait même d'y avoir appelé
-<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">[Pg 307]</a></span>
-Bertrand de Molleville
-<a name="FNanchor_901_901" id="FNanchor_901_901"></a>
-<a href="#Footnote_901_901" class="fnanchor">[901]</a>; elle voulait réserver
-ces hommes pour des temps meilleurs
-<a name="FNanchor_902_902" id="FNanchor_902_902"></a>
-<a href="#Footnote_902_902" class="fnanchor">[902]</a>. En attendant,
-tout allait à la dérive, et le ministère qui, bien
-composé, eût pu, en face d'une Assemblée discréditée
-au début, s'assurer une situation prépondérante,
-se fit l'humble serviteur de la Législative.</p>
-
-<p>Cette sorte d'abdication désolait la Marck, qui
-n'y comprenait rien.</p>
-
-<p>«La Reine, écrivait-il à Mercy, la Reine, avec de
-l'esprit et un courage éprouvé, laisse cependant échapper
-toutes les occasions qui se présentent de s'emparer
-des rênes du gouvernement et d'entourer le
-Roi de gens fidèles, dévoués à le servir et à sauver
-l'Etat avec elle et par elle.</p>
-
-<p>«Si l'on cherche à pénétrer les causes de l'indécision
-et du <i>laisser-aller</i> qui dominent aux Tuileries,
-on découvre que, par paresse d'esprit et de caractère,
-et peut-être aussi par l'abattement qui suit assez souvent
-de longs malheurs le Roi et la Reine n'ont d'espérance
-que dans les hasards de l'avenir et dans
-l'intervention étrangère que laisse entrevoir le Congrès
-annoncé, et qu'ils pensent qu'en attendant il
-suffit de quelques démarches privées de leur part
-pour assurer leur sûreté personnelle.</p>
-
-<p>«En combinant cette conduite avec l'agitation
-démoniaque de vingt-quatre millions de fous, comment
-prévoir d'autre résultat que l'avenir le plus
-déplorable
-<a name="FNanchor_903_903" id="FNanchor_903_903"></a>
-<a href="#Footnote_903_903" class="fnanchor">[903]</a>?»</p>
-
-<p>Découragés comme la Marck, deux des conseillers
-habituels de la Cour, Malouet et l'abbé de Montesquiou,
-<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">[Pg 308]</a></span>
-quittaient Paris, le premier pour aller en
-Angleterre, le second pour se retirer à la campagne,
-chez M. du Châtelet
-<a name="FNanchor_904_904" id="FNanchor_904_904"></a>
-<a href="#Footnote_904_904" class="fnanchor">[904]</a>.</p>
-
-<p>Réussissait-on du moins par cette attitude effacée à
-conquérir la faveur populaire? On le crut au commencement.
-Soit fatigue des agitations passées, soit
-confiance dans l'avenir, il y eut, dans le public parisien,
-une sorte de temps d'arrêt, sinon de retour en
-arrière: on était altéré d'ordre et de paix; on ne
-sentait pas le besoin de destructions nouvelles, puisque
-les têtes principales étaient renversées
-<a name="FNanchor_905_905" id="FNanchor_905_905"></a>
-<a href="#Footnote_905_905" class="fnanchor">[905]</a>, et que
-le Roi semblait se résigner à son rôle de monarque
-constitutionnel. Pour beaucoup de politiques de l'école
-de Lafayette, le but était atteint; on voulait
-s'y tenir. Mais on ne s'arrête pas facilement dans la
-voie révolutionnaire: derrière les satisfaits, il y a les
-affamés, et, comme dans une mer agitée, un flot
-pousse l'autre. La Reine le sentait, et quelque rassurantes
-que fussent les apparences, avec la douloureuse
-expérience qu'elle avait puisée dans dix ans de
-calomnies et trois ans de révolution, elle voyait
-bien que ce n'était qu'une halte entre deux orages,
-et que l'abominable meute qui s'acharnait après elle
-n'abandonnerait pas sa poursuite.</p>
-
-<p>«Tout est assez tranquille pour le moment en apparence,
-écrivait-elle le 19 octobre; mais cette tranquillité
-ne tient qu'à un fil et le peuple est toujours
-comme il était, prêt à faire des horreurs; on nous
-dit qu'il est pour nous; je n'en crois rien, au moins
-pour moi. Je sais le prix qu'il faut mettre à tout cela;
-<span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">[Pg 309]</a></span>
-la plupart du temps, cela est payé, et il ne nous aime
-qu'autant que nous faisons ce qu'il veut. Il est impossible
-d'aller longtemps comme cela; il n'y a pas
-plus de sûreté dans Paris qu'auparavant, et peut-être
-encore moins, car on s'accoutume à nous voir
-avilis
-<a name="FNanchor_906_906" id="FNanchor_906_906"></a>
-<a href="#Footnote_906_906" class="fnanchor">[906]</a>.»</p>
-
-<p>Ce respect d'ailleurs, dont on affectait d'entourer
-Louis XVI et sa famille, n'était qu'apparent; au
-fond, on les traitait en suspects. Chaque nuit, un
-homme de garde couchait en travers de la porte de
-leurs appartements
-<a name="FNanchor_907_907" id="FNanchor_907_907"></a>
-<a href="#Footnote_907_907" class="fnanchor">[907]</a>. Une fois même, un caporal
-s'était permis de consigner le Roi et la Reine dans
-leurs chambres, de neuf heures du soir à neuf heures
-du matin, et cela avait duré deux jours
-<a name="FNanchor_908_908" id="FNanchor_908_908"></a>
-<a href="#Footnote_908_908" class="fnanchor">[908]</a>.</p>
-
-<p>Des affidés du club des Jacobins se glissaient jusque
-dans le service du palais, et le malheureux
-prince, averti qu'on voulait l'empoisonner, n'osait
-pas toucher aux plats de sa table; il fallait qu'un serviteur
-fidèle, l'intendant des petits appartements,
-Thierry de Ville-d'Avray, lui apportât lui-même le
-pain et le vin
-<a name="FNanchor_909_909" id="FNanchor_909_909"></a>
-<a href="#Footnote_909_909" class="fnanchor">[909]</a>. Le dénuement des augustes prisonniers
-était extrême; il leur était arrivé de rester pendant
-neuf jours sans un sou et la Reine avait été sur
-le point d'être forcée d'emprunter à un dépôt que le
-prince de Nassau avait fait pour elle; la persuasion
-où elle était qu'elle ne tarderait pas à être massacrée
-l'avait seule retenue. «N'étant pas sûre de pouvoir
-le rendre, avait-elle dit, je ne veux pas nuire à ceux
-qui nous sont dévoués.» Et l'archevêque d'Aix, qui
-<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">[Pg 310]</a></span>
-venait de passer quelques jours à Paris, disait à ce
-même prince de Nassau:</p>
-
-<p>«Quelque idée qu'on puisse se former des malheurs
-du Roi et de la Reine, l'imagination ne peut
-les atteindre. Il faut avoir eu le tourment d'en
-être témoin pour en concevoir toute l'horreur. Et
-ceux que les Jacobins et les républicains leur préparent
-les surpassent. Cependant il n'est que trop
-vraisemblable que leur dessein est de ne les terminer
-qu'avec leur vie
-<a name="FNanchor_910_910" id="FNanchor_910_910"></a>
-<a href="#Footnote_910_910" class="fnanchor">[910]</a>.»</p>
-
-<p>Mais qu'étaient ces privations physiques à côté des
-tortures morales? La Reine se voyait seule pour la
-lutte, pour essayer tout ce qu'elle sentait «si nécessaire
-au bien général
-<a name="FNanchor_911_911" id="FNanchor_911_911"></a>
-<a href="#Footnote_911_911" class="fnanchor">[911]</a>». L'émigration l'avait privée
-de ses appuis les plus sûrs; vainement avait-elle
-tenté d'arrêter le courant
-<a name="FNanchor_912_912" id="FNanchor_912_912"></a>
-<a href="#Footnote_912_912" class="fnanchor">[912]</a> qui emportait les gentilshommes
-au delà de la frontière: on ne tenait compte
-ni de ses avis, ni de ses prières. Au dehors, les Princes
-armaient, malgré elle et presque contre elle, donnant
-ainsi un nouveau prétexte aux méfiances de l'Assemblée
-et un nouvel aliment aux passions populaires.
-Et, pour endormir ces méfiances, elle était
-forcée, elle, la femme ardente et fière, de s'abaisser
-jusqu'à la duplicité, de mendier en quelque sorte
-les suffrages d'une Assemblée pour laquelle elle
-n'éprouvait que du dédain, «d'un amas de scélérats,
-de fous et de bêtes
-<a name="FNanchor_913_913" id="FNanchor_913_913"></a>
-<a href="#Footnote_913_913" class="fnanchor">[913]</a>,» de parler contre sa pensée,
-<span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">[Pg 311]</a></span>
-de flatter des gens qu'elle méprisait, de décourager
-ceux qui jouissaient de sa confiance. «Comprenez-vous,
-écrivait-elle à Fersen, comprenez-vous ma position
-et le rôle que je suis obligée de jouer toute la
-journée? Quelquefois je ne m'entends pas moi-même
-et je suis obligée de réfléchir pour voir si c'est bien
-moi qui parle
-<a name="FNanchor_914_914" id="FNanchor_914_914"></a>
-<a href="#Footnote_914_914" class="fnanchor">[914]</a>.»</p>
-
-<p>Dans son intérieur même,—et c'était l'explication
-de cette apathie apparente que la Marck traitait de
-paresse de caractère et qui n'était qu'une inaction
-forcée,—dans son intérieur même, elle se sentait
-isolée. Ni son mari, ni sa belle-sœur ne partageaient
-sa manière de voir. Louis XVI sentait les maux qui
-l'accablaient et les dangers qui menaçaient sa famille;
-mais il se résignait aux uns et cherchait peu à combattre
-les autres. Insensible aux objurgations de sa
-femme, dédaigneux de la mort, mais trop insouciant
-de la vie, d'un courage réel, mais purement passif,
-sans vigueur et sans initiative, il n'avait de force que
-pour souffrir. Plus ardente que son frère, M<sup>me</sup> Elisabeth
-eût été pour une action énergique; elle n'eût
-pas reculé devant la guerre civile; elle fût volontiers
-montée à cheval, et ce qui la séduisait, ce n'était
-pas le plan diplomatique de la Reine, c'était l'attitude
-des émigrés, du comte d'Artois et du prince de Condé
-surtout, ralliant autour de leur panache blanc les
-soldats de la monarchie. Un devoir, héroïquement
-accepté, la retenait aux Tuileries; mais sa pensée et
-son cœur étaient à Coblentz. Il y avait, sur cette
-question de l'émigration, entre les deux belles-sœurs
-un dissentiment trop profond pour que l'intimité ne
-fût pas parfois troublée, et je ne m'étonne pas que,
-dans un moment de découragement, entre l'inertie
-<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">[Pg 312]</a></span>
-du Roi et les sympathies de M<sup>me</sup> Elisabeth pour les
-Princes, la malheureuse Reine se soit écriée: «C'est
-un enfer que notre intérieur
-<a name="FNanchor_915_915" id="FNanchor_915_915"></a>
-<a href="#Footnote_915_915" class="fnanchor">[915]</a>.»</p>
-
-<p>A l'extérieur, elle n'était pas plus heureuse; ses
-intentions étaient calomniées; la diplomatie des
-émigrés combattait la sienne et, pour mieux la combattre,
-affectait de la représenter comme démocrate.
-Vainement la Reine écrivait-elle à Catherine II pour
-lui expliquer sa conduite, lui montrer la nécessité qui
-la forçait à accepter en apparence ce qu'elle désavouait
-en secret, et invoquer l'appui de la Russie
-pour ce Congrès dans lequel elle mettait sa dernière
-espérance; elle n'obtenait que des larmes stériles
-<a name="FNanchor_916_916" id="FNanchor_916_916"></a>
-<a href="#Footnote_916_916" class="fnanchor">[916]</a>,
-et cette note dédaigneuse où je ne sais quelle satisfaction
-inavouée de jalousie féminine pourrait bien
-inspirer l'ironie de l'autocrate toute puissante:
-«Qu'on est malheureux, quand on est réduit à avoir
-pour tout espoir un roseau pour s'accrocher! Mais
-qu'attendre de gens, qui agissent sans discontinuer
-avec deux avis divers parfaitement contradictoires
-<a name="FNanchor_917_917" id="FNanchor_917_917"></a>
-<a href="#Footnote_917_917" class="fnanchor">[917]</a>?»</p>
-
-<p>L'Empereur lui-même ne montrait guère plus de
-bonne volonté. La Reine avait beau presser son
-frère de faire quelque chose, Léopold tergiversait
-toujours, entassait prétextes sur prétextes pour ne pas
-bouger, et ne semblait pas même se préoccuper des
-dangers terribles auxquels étaient exposés sa sœur,
-son beau-frère et son neveu. Depuis l'acceptation de
-la Constitution, qu'il avait conseillée, il devenait de
-plus en plus froid. Sur le terrain même du Congrès
-<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">[Pg 313]</a></span>
-armé, qui cependant semblait l'engager si peu, il se
-dérobait, tirait occasion de tout pour ne pas intervenir,
-ce qui revenait à tout empêcher; car on savait
-bien que, sans lui, rien ne pouvait se faire. Au fond,
-il ne pensait qu'à ses intérêts et redoutait, dans le
-cas d'un conflit avec la France, le soulèvement des
-Pays-Bas, mal pacifiés depuis Joseph II, et surexcités
-par le voisinage et les émissaires des révolutionnaires
-de Paris
-<a name="FNanchor_918_918" id="FNanchor_918_918"></a>
-<a href="#Footnote_918_918" class="fnanchor">[918]</a>. Mercy lui-même, ce vieux conseiller
-de Marie-Antoinette, mais qui n'avait jamais
-été partisan bien chaud d'un Congrès
-<a name="FNanchor_919_919" id="FNanchor_919_919"></a>
-<a href="#Footnote_919_919" class="fnanchor">[919]</a>, Mercy, fidèle
-interprète de la volonté de son maître, désolait la
-Reine par ses théories:</p>
-
-<p>«Notre position est tous les jours plus embarrassante,
-écrivait le 25 novembre la malheureuse souveraine.
-Avec cela l'Assemblée est si mauvaise, tous
-les honnêtes gens si las de tous les troubles, qu'avec
-de la sagesse, je crois, l'on pourra s'en tirer; mais,
-pour cela j'insiste toujours pour le Congrès armé,
-comme j'en ai déjà parlé. Il n'y a que lui qui puisse
-arrêter les folies des Princes ou des émigrés, et je
-vois de tous les côtés qu'il viendra, peut-être avant
-peu, un tel degré de désordre ici, que, hors les républicains,
-tout le monde sera charmé de trouver
-une force supérieure pour arriver à une composition
-générale
-<a name="FNanchor_920_920" id="FNanchor_920_920"></a>
-<a href="#Footnote_920_920" class="fnanchor">[920]</a>.»</p>
-
-<p>A toutes ces instances, Mercy se contentait de répondre:
-«On croit un Congrès inutile et impossible
-<a name="FNanchor_921_921" id="FNanchor_921_921"></a>
-<a href="#Footnote_921_921" class="fnanchor">[921]</a>.
-On a rendu compte des raisons qui s'opposaient
-à un Congrès.—Bien d'autres raisons politiques
-<span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">[Pg 314]</a></span>
-rendraient ce Congrès plus nuisible qu'utile à
-la France
-<a name="FNanchor_922_922" id="FNanchor_922_922"></a>
-<a href="#Footnote_922_922" class="fnanchor">[922]</a>.»</p>
-
-<p>Et s'élevant contre ceux qui voulaient entraîner
-l'Empereur dans les hasards, en restant eux-mêmes
-à l'abri, il énumérait les dépenses déjà faites par l'Autriche
-pour le Roi de France
-<a name="FNanchor_923_923" id="FNanchor_923_923"></a>
-<a href="#Footnote_923_923" class="fnanchor">[923]</a>. C'était assez. Léopold
-n'était pas d'humeur à prolonger des sacrifices dont
-il était si mal payé
-<a name="FNanchor_924_924" id="FNanchor_924_924"></a>
-<a href="#Footnote_924_924" class="fnanchor">[924]</a>, et les ordres de marche donnés
-aux troupes étaient contremandés.</p>
-
-<p>Ainsi, toutes les espérances de Marie-Antoinette s'évanouissaient;
-tout conspirait contre elle: la faiblesse
-de son mari et la froideur de son frère; le Congrès armé,
-sa dernière ressource, la clef de voûte sur laquelle
-reposait son système de défense, s'écroulait comme le
-reste, par la faute de sa propre famille; elle n'y put
-tenir, et, de quelque silence qu'elle eût jadis voilé
-ses tristesses intimes, elle ne put empêcher l'amertume
-de son cœur de déborder dans ses lettres:</p>
-
-<p>«Je ne récriminerai pas sur le passé, écrivait-elle,
-le 16 décembre; je ne dirai pas que, si l'Empereur
-avait exécuté ce que je lui avais demandé dès le mois
-de juillet et depuis, le Congrès aurait eu lieu, ou du
-moins serait annoncé, et nous serions dans une autre
-position..... C'est dans ce moment où le Congrès
-armé pourrait encore être de la plus grande utilité.....
-Mais on ne peut pas différer. Voilà le moment de nous
-servir; si on le manque, tout est dit, et l'Empereur
-n'aura que la honte et le reproche à se faire, aux
-yeux de l'univers entier, d'avoir laissé traîner dans
-l'avilissement, pouvant les en tirer, sa sœur, son neveu
-et son allié. Je vois peut-être bien vivement; mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">[Pg 315]</a></span>
-le moyen qu'il en soit autrement, quand tous mes
-intérêts sont réunis
-<a name="FNanchor_925_925" id="FNanchor_925_925"></a>
-<a href="#Footnote_925_925" class="fnanchor">[925]</a>?»</p>
-
-<p>Avec Fersen, son confident le plus dévoué et le
-plus intime, elle était plus explicite et plus sévère
-encore: «Quel malheur, lui disait-elle, que l'Empereur
-nous ait <i>trahis</i>! S'il nous avait bien servis,
-seulement depuis le mois de septembre, que je lui ai
-écrit en détail, le Congrès aurait pu être établi le
-mois prochain, et cela aurait été trop heureux; car
-la crise marche à grands pas ici et peut-être devancera-t-elle
-le Congrès: alors, quel abri aurons
-nous
-<a name="FNanchor_926_926" id="FNanchor_926_926"></a>
-<a href="#Footnote_926_926" class="fnanchor">[926]</a>?»</p>
-
-<p>Elle ne savait plus à qui se fier, et un jour qu'elle
-était allée à Saint Cloud pour faire respirer à ses
-enfants un air plus pur, elle prenait à part M<sup>me</sup> de
-Tourzel et de Tarente: «J'ai besoin, leur disait-elle,
-d'épancher mon cœur devant des personnes aussi
-sûres que vous et sur l'attachement desquelles je
-puis compter. Je suis blessée au vif par les endroits
-les plus sensibles. J'avais mis, en arrivant en
-France, ma confiance dans M. de Mercy... Je le regardais
-comme un père et j'ai la douleur de voir
-combien j'ai été trompée par le peu de part qu'il
-prend aujourd'hui à ma triste situation. M. de
-Breteuil, de son côté, calcule toujours ses intérêts
-et ne peut nous inspirer une entière confiance.
-Le Roi est très mécontent de M. de la Queuille, qui
-écrit des lettres du style le plus singulier
-<a name="FNanchor_927_927" id="FNanchor_927_927"></a>
-<a href="#Footnote_927_927" class="fnanchor">[927]</a>.»</p>
-
-<p>«Nous sommes surveillés comme des criminels,
-écrivait la malheureuse femme à l'amie de son cœur,
-la duchesse de Polignac, et en vérité cette contrainte
-<span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">[Pg 316]</a></span>
-est horrible à supporter. Avoir sans cesse à
-craindre pour les siens, ne pas s'approcher d'une
-fenêtre sans être abreuvés d'insultes, ne pouvoir
-conduire à l'air de pauvres enfants sans exposer ces
-chers innocents aux vociférations, quelle position,
-mon cher cœur! Encore, si on n'avait que ses peines!
-Mais trembler pour le Roi, pour tout ce qu'on
-a de plus cher au monde, pour les amis présents,
-pour les amies absentes, c'est un poids trop fort à
-endurer; mais, je vous l'ai dit, vous autres me soutenez.
-Espérons en Dieu qui voit nos consciences et
-qui sait si nous ne sommes pas animés de l'amour
-le plus vrai pour le pays
-<a name="FNanchor_928_928" id="FNanchor_928_928"></a>
-<a href="#Footnote_928_928" class="fnanchor">[928]</a>.»</p>
-
-<p>Mais cet amour vrai, qui lui en tenait compte?
-Les journaux ne cessaient de déblatérer contre elle,
-et Prudhomme imprimait, dans les <i>Révolutions de
-Paris</i>, ces lignes menaçantes:</p>
-
-<p>«Antoinette, nous ne te demandons pas des vertus
-civiques, tu n'es pas née pour en avoir! Mais
-seulement abstiens-toi de nuire, et enveloppe-toi
-dans ton manteau de pourpre. Tant que l'hyène
-des montagnes reste dans son repaire, on ne va
-point à elle; mais du moment qu'elle descend
-dans la plaine pour l'ensanglanter, la couronne civique
-attend le héros de l'humanité qui, au péril
-de ses jours, aura délivré son pays de cette bête
-féroce
-<a name="FNanchor_929_929" id="FNanchor_929_929"></a>
-<a href="#Footnote_929_929" class="fnanchor">[929]</a>.»</p>
-
-<p>L'allusion était transparente, et ni la Reine ni les
-assassins ne pouvaient s'y tromper.</p>
-
-<p>C'est dans cette douloureuse situation que s'achevait
-l'année 1791 et que s'ouvrait l'année 1792.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">[Pg 317]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XVI" id="CHAPITRE_XVI"></a>CHAPITRE XVI</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Premières mesures de l'Assemblée contre les
-émigrés et les prêtres.—Le
-Roi demande la dispersion des rassemblements d'émigrés.—Préparatifs
-de guerre.—Mémoire envoyé à l'Empereur par les
-Constitutionnels.—Mission de M. de Simolin.—Lettre de la Reine
-à Mercy.—Voyage de Fersen en France.—Il propose un plan
-d'évasion, mais le reconnaît impossible.—Représentation du 20
-février aux Italiens.</p></div>
-
-
-<p>La Reine avait raison de le dire, la crise devenait
-chaque jour plus aiguë. La Législative menait vivement
-l'assaut du trône et de la Constitution. Une
-minorité violente dominait l'Assemblée et inaugurait
-son règne par des mesures agressives dont, par
-un juste retour des choses, elle devait être plus tard
-la victime. Le 9 novembre, un décret déclarait suspects
-les émigrés, prononçait la séquestration de leurs
-biens et décidait que ceux qui ne seraient pas rentrés
-avant le 1<sup>er</sup> janvier 1792 seraient passibles de mort.
-Le 29, un autre décret édictait des peines sévères
-contre les prêtres qui n'auraient pas prêté le serment
-prescrit par la Constitution civile. Le Roi, se renfermant
-dans ses droits de monarque constitutionnel,
-sollicité d'ailleurs officiellement par le Directoire du
-département de la Seine, opposa son veto à ces deux
-décrets. Mais en même temps, pour donner satisfaction
-à l'opinion soulevée par les armements des
-Princes, il écrivit à ses frères pour les engager à
-rentrer en France.</p>
-
-<p>Jamais Louis XVI ni Marie-Antoinette n'avaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">[Pg 318]</a></span>
-approuvé l'émigration
-<a name="FNanchor_930_930" id="FNanchor_930_930"></a>
-<a href="#Footnote_930_930" class="fnanchor">[930]</a>; ils avaient essayé d'en détourner
-leurs plus fidèles serviteurs; ils eussent
-voulu retenir, ou tout au moins rappeler les gardes
-du corps
-<a name="FNanchor_931_931" id="FNanchor_931_931"></a>
-<a href="#Footnote_931_931" class="fnanchor">[931]</a>. Ils dépêchaient lettres sur
-lettres, agents
-sur agents, Viomesnil après Coigny, Goguelat
-après Viomesnil; ils n'obtenaient rien, sous prétexte
-que, le souverain étant prisonnier, il fallait
-agir à l'inverse de ses instructions
-<a name="FNanchor_932_932" id="FNanchor_932_932"></a>
-<a href="#Footnote_932_932" class="fnanchor">[932]</a>. Aux
-lettres officielles, les Princes répliquaient qu'ils refusaient
-d'obéir à «des ordres évidemment arrachés
-par la violence
-<a name="FNanchor_933_933" id="FNanchor_933_933"></a>
-<a href="#Footnote_933_933" class="fnanchor">[933]</a>». Aux agents, comme Goguelat, on
-répondait par un persiflage et par l'injonction d'avoir
-à quitter immédiatement Coblentz, non sans avoir
-été témoin du peu de respect avec lequel les familiers
-de la petite cour de Schonburnlust parlaient du Roi et
-de la Reine, traitant le Roi de «soliveau» et la Reine
-de «démocrate
-<a name="FNanchor_934_934" id="FNanchor_934_934"></a>
-<a href="#Footnote_934_934" class="fnanchor">[934]</a>».</p>
-
-<p>Douloureuse situation que celle de Louis XVI! Il
-voyait autour de lui l'effervescence populaire grandir;
-il sentait que rien n'excitait plus les passions en
-France que l'attitude des émigrés au dehors, et que,
-comme l'écrivait judicieusement Pellenc, «si la haine
-des abus avait été le principe de la Révolution,
-presque aussitôt la haine des personnes avait pris la
-place de la haine des abus
-<a name="FNanchor_935_935" id="FNanchor_935_935"></a>
-<a href="#Footnote_935_935" class="fnanchor">[935]</a>». Il savait que la populace
-avait applaudi hautement au décret contre les
-émigrés, qui donnait satisfaction à ses rancunes, et
-que, en y opposant son <i>veto</i>, il avait fourni une arme
-<span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">[Pg 319]</a></span>
-toute puissante à ses ennemis. Et pendant ce temps,
-à ses lettres intimes comme à ses lettres officielles,
-ses frères refusaient d'obtempérer! Il avait beau
-faire, il se débattait dans le vide: ni d'un côté, ni de
-l'autre, on ne croyait à sa sincérité. L'Assemblée le
-soupçonnait de connivence avec les émigrés; les
-Princes l'accusaient de complicité avec les révolutionnaires.
-Isolé dans son royaume, sans parti, sans
-défense, il n'attendait quelque amélioration que de
-l'apaisement des esprits, et les esprits s'aigrissaient
-chaque jour davantage. Les armements des
-émigrés provoquaient les décrets de l'Assemblée,
-comme les menaces de l'Assemblée provoquaient les
-attaques des émigrés; et le Roi restait entre les deux,
-spectateur affligé mais impuissant d'un duel à mort,
-dont sa couronne et sa tête étaient le prix.</p>
-
-<p>Dès le 29 novembre, la Législative mettait Louis XVI
-en demeure d'exiger, des princes de l'Empire, la
-dispersion des rassemblements de Français armés
-près de la frontière. Le 14 décembre, un ultimatum
-fut adressé aux Électeurs de Trèves et de Mayence
-pour les sommer d'avoir à dissoudre les corps d'émigrés;
-une armée de cent mille hommes, sous la
-conduite de Lafayette, Rochambeau et Luckner,
-devait appuyer la sommation. Les Électeurs, menacés,
-invoquèrent l'assistance de l'Empereur, et,
-le 21 décembre, Léopold répondit à la dépêche française
-par une note assez ferme, où il déclarait que,
-comme chef de l'Empire, il ne tolérerait aucune
-violation du territoire impérial. Et pour mieux soutenir
-ses paroles, il commanda au maréchal Bender,
-alors à Luxembourg, de protéger, au besoin, l'Électorat
-de Trèves contre toute agression.</p>
-
-<p>Ce n'était point encore la guerre; mais c'en étaient
-les prémisses: l'Empereur, quoi qu'il en eût, se
-<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">[Pg 320]</a></span>
-trouvait forcé d'agir. Les émigrés s'en réjouissaient,
-malgré la dispersion momentanée que leur imposait
-Léopold, parce qu'ils voyaient là le début d'un conflit
-où ils comptaient bien jouer un rôle, et les conseillers
-de la Reine s'en réjouissaient aussi, parce
-qu'ils pensaient que l'Empereur, une fois engagé, ne
-pourrait plus reculer et qu'il devrait en venir forcément
-au Congrès armé, que son inaction seule avait
-empêché jusque-là
-<a name="FNanchor_936_936" id="FNanchor_936_936"></a>
-<a href="#Footnote_936_936" class="fnanchor">[936]</a>. Mercy lui-même, le temporisateur
-et prudent Mercy, commençait à croire qu'on ne
-finirait pas sans une guerre, guerre civile ou guerre
-étrangère, peut-être les deux à la fois
-<a name="FNanchor_937_937" id="FNanchor_937_937"></a>
-<a href="#Footnote_937_937" class="fnanchor">[937]</a>. Rien n'était
-prêt encore
-<a name="FNanchor_938_938" id="FNanchor_938_938"></a>
-<a href="#Footnote_938_938" class="fnanchor">[938]</a>; mais on faisait des
-préparatifs. Léopold
-le pacifique devenait belliqueux: «Les Français
-veulent la guerre, avait-il dit; ils l'auront, mais
-ils en paieront la dépense
-<a name="FNanchor_939_939" id="FNanchor_939_939"></a>
-<a href="#Footnote_939_939" class="fnanchor">[939]</a>.» Déjà, l'effectif des troupes
-autrichiennes en Belgique était augmenté et des
-ordres donnés pour que tout fût en état au 1<sup>er</sup> mars
-<a name="FNanchor_940_940" id="FNanchor_940_940"></a>
-<a href="#Footnote_940_940" class="fnanchor">[940]</a>.
-Le roi de Prusse s'était, dès le 14 janvier, déclaré
-résolu à prendre part au Congrès armé
-<a name="FNanchor_941_941" id="FNanchor_941_941"></a>
-<a href="#Footnote_941_941" class="fnanchor">[941]</a>; Catherine
-II s'y était ralliée elle-même; quant au roi de
-Suède, il était tout feu
-<a name="FNanchor_942_942" id="FNanchor_942_942"></a>
-<a href="#Footnote_942_942" class="fnanchor">[942]</a>.</p>
-
-<p>Cette guerre, les Jacobins y poussaient de tout
-leur pouvoir, parce qu'ils appréhendaient avant tout
-le Congrès
-<a name="FNanchor_943_943" id="FNanchor_943_943"></a>
-<a href="#Footnote_943_943" class="fnanchor">[943]</a>. En revanche,
-les Constitutionnels la redoutaient,
-<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">[Pg 321]</a></span>
-parce qu'ils sentaient bien que, au milieu
-du choc des armées et du tumulte des passions, le frêle
-édifice qu'ils avaient échafaudé sombrerait dans la
-tempête
-<a name="FNanchor_944_944" id="FNanchor_944_944"></a>
-<a href="#Footnote_944_944" class="fnanchor">[944]</a>. Ils rédigèrent
-donc un mémoire pour tâcher
-d'en détourner l'Empereur, lui représentant les conséquences
-fatales qu'un conflit pourrait avoir pour la
-France et pour la sûreté de la famille royale, et alléguant
-le fâcheux effet qu'avait déjà produit, suivant
-eux, l'ordre donné au maréchal Bender. Fidèle à son
-principe de tout accepter sans objection, la Reine
-consentit à envoyer ce mémoire à Vienne par un
-émissaire secret, mais, en traînant en longueur,
-sous prétexte qu'elle n'avait pas de moyen de correspondre
-sûrement avec son frère
-<a name="FNanchor_945_945" id="FNanchor_945_945"></a>
-<a href="#Footnote_945_945" class="fnanchor">[945]</a>. Et elle eut bien
-soin de lui faire savoir que c'était l'œuvre exclusive
-de ses conseillers d'occasion, qu'ils n'avaient en aucune
-façon traduit sa propre pensée, et qu'il était de
-la dernière importance de bien distinguer son intérêt
-véritable de tout ce qu'elle était obligée de faire et
-de dire pour sa sûreté personnelle et celle du Roi
-<a name="FNanchor_946_946" id="FNanchor_946_946"></a>
-<a href="#Footnote_946_946" class="fnanchor">[946]</a>.
-Elle s'applaudissait au contraire du ferme langage
-que, pour la première fois, avait tenu Léopold et de
-la crainte qu'il avait inspirée aux Constitutionnels,
-<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">[Pg 322]</a></span>
-crainte attestée par la démarche qu'ils faisaient à
-Vienne; et elle en concluait qu'une déclaration des
-Puissances, appuyée par des forces imposantes, produirait
-le même effet sur le pays entier et forcerait
-l'Assemblée à composer enfin avec le Souverain.</p>
-
-<p>Cette diplomatie en partie double, cette contradiction
-entre les démarches officielles et les sentiments
-secrets forçaient le Roi et la Reine d'avoir hors
-de France des agents autorisés, chargés de faire connaître
-aux Cours étrangères leurs véritables intentions.
-C'étaient, à Berlin, le vicomte de Caraman; à
-Saint-Pétersbourg, le marquis de Bombelles; à Londres,
-l'évêque de Pamiers et M. Crawford; c'étaient
-avant tout le baron de Breteuil, qui avait les pouvoirs
-du Roi, et aussi le correspondant de la Reine, le
-comte de Fersen. Puis, en dehors de ces agents,
-il y avait les émissaires, tantôt français, tantôt étrangers,
-parce que ceux-ci, par leur nationalité même,
-éveillaient moins l'attention des espions de toutes
-sortes attachés aux Tuileries. Et lorsque, parmi ces
-étrangers, la Reine rencontrait un homme d'un caractère
-sûr, d'un dévouement éprouvé, en même
-temps que d'une autorité reconnue, qui, ayant vu
-les choses de près, pût les montrer telles qu'elles
-étaient réellement, elle n'hésitait pas à lui confier la
-délicate mission de peindre à ses amis et à ses alliés
-la situation vraie de la France et les sentiments intimes
-des souverains.</p>
-
-<p>Cet homme, au commencement de 1792, fut Jean
-de Simolin, ministre de Russie à Paris depuis 1784,
-et qui, après le départ du comte de Mercy, l'avait en
-partie remplacé dans la confiance de Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_947_947" id="FNanchor_947_947"></a>
-<a href="#Footnote_947_947" class="fnanchor">[947]</a>.
-Simolin devait prendre un congé de quelques
-<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">[Pg 323]</a></span>
-semaines. La Reine le fit prier de passer chez
-elle, le reçut sans cérémonial, en frac et en surtout,
-dans sa chambre, où bientôt le Roi vint la rejoindre;
-et là, après avoir soigneusement poussé le verrou de
-la porte, lui ouvrit son âme tout entière, se répandit
-en témoignages de reconnaissance pour la Czarine,
-mais ne dissimula pas son mécontentement de la
-conduite de l'Empereur qui, dit-elle, «conservait sur
-le trône la façon de penser d'un petit duc de Toscane,
-ne prenait aucun intérêt à ses parents
-<a name="FNanchor_948_948" id="FNanchor_948_948"></a>
-<a href="#Footnote_948_948" class="fnanchor">[948]</a>,» et
-ne répondait pas même à ses lettres. L'émotion la
-gagnait; ses yeux étaient humides. Mais, refoulant
-ses pleurs, elle déroula au ministre russe tout son
-système, lui expliqua les motifs de sa conduite, lui
-dépeignit en termes très vifs la situation, et le
-chargea de la représenter dans toute son exactitude
-et toute son horreur à Léopold et à Catherine
-<a name="FNanchor_949_949" id="FNanchor_949_949"></a>
-<a href="#Footnote_949_949" class="fnanchor">[949]</a>; et
-comme Simolin, touché lui-même jusqu'aux larmes
-<a name="FNanchor_950_950" id="FNanchor_950_950"></a>
-<a href="#Footnote_950_950" class="fnanchor">[950]</a>,
-objectait les dangers qu'une intervention des Puissances
-pourrait faire courir à la famille royale:</p>
-
-<p>«Dites à l'Empereur, répondit-elle, que la nation
-a trop besoin du Roi et de son fils, pour qu'ils aient
-rien à craindre; c'est eux qu'il est intéressant de
-sauver. Quant à moi, je ne crains rien; pourvu qu'ils
-soient sauvés, tout m'est indifférent, et j'aime mieux
-courir tous les dangers possibles que de vivre plus
-longtemps dans l'état d'avilissement et de malheur
-où je suis
-<a name="FNanchor_951_951" id="FNanchor_951_951"></a>
-<a href="#Footnote_951_951" class="fnanchor">[951]</a>.»</p>
-
-<p>La lettre de la Reine à l'Empereur n'entrait dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">[Pg 324]</a></span>
-aucun détail, se contentant d'accréditer près de lui
-Simolin, dont elle vantait la sagesse et les manières
-franches et loyales, et laissant au ministre russe le
-soin de développer la pensée des prisonniers des
-Tuileries. Avec Mercy, quoiqu'il fût recommandé à
-Simolin de ne s'ouvrir à lui qu'avec «quelque réserve
-<a name="FNanchor_952_952" id="FNanchor_952_952"></a>
-<a href="#Footnote_952_952" class="fnanchor">[952]</a>»,
-Marie-Antoinette était plus explicite; la
-lettre qu'elle lui écrivit à cette occasion est trop importante
-et exprime trop bien les vrais sentiments
-de la malheureuse princesse pour que nous ne
-croyions pas devoir la transcrire ici tout entière;</p>
-
-<p class="ar smaller">
-Février 1792.</p>
-
-<p>«M. de S., qui vous joindra, Monsieur, veut bien
-se charger de mes commissions. Il compte faire une
-course pour aller voir le prince Galitzin, et, d'après
-votre conseil, je l'ai prié de porter directement une
-lettre de moi à mon frère. L'ignorance totale où je
-suis des dispositions du cabinet de Vienne rend tous
-les jours ma position plus affligeante et plus critique.
-Je ne sais quelle contenance faire ni quel ton prendre;
-tout le monde m'accuse de dissimulation, de
-fausseté, et personne ne peut croire,—avec raison,—que
-mon frère s'intéresse assez peu à l'affreuse position
-de sa sœur pour l'exposer sans cesse, sans lui
-rien dire. Oui, il m'expose, et mille fois plus que
-s'il agissait; la haine, la méfiance, l'insolence sont
-les trois mobiles qui font agir dans ce moment ce
-pays-ci. <i>Ils sont insolents par excès de peur</i>, et
-parce que, en même temps, ils croient qu'on ne fera
-rien au dehors. Cela est clair; il n'y a qu'à voir les
-moments où ils ont cru que réellement les Puissances
-allaient prendre le ton qui leur convient; nommément
-<span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">[Pg 325]</a></span>
-à l'office du 21 décembre de l'Empereur,
-personne n'a osé parler ni remuer, jusqu'à ce qu'ils
-fussent rassurés. Que l'Empereur sente donc une
-fois ses propres injures; qu'il se montre à la tête
-des autres Puissances avec une force, mais une force
-imposante, et je vous assure que tout tremblera ici.
-Il n'y a plus à s'inquiéter pour notre sûreté; c'est ce
-pays-ci qui provoque à la guerre; c'est l'Assemblée
-qui la veut. La marche constitutionnelle que le Roi
-a prise le met à l'abri, d'un côté, et, de l'autre, son
-existence et celle de son fils sont si nécessaires à
-tous les scélérats qui nous entourent que cela fait
-notre sûreté; et, je le dis, il n'y a rien de pis que de
-rester comme nous sommes; il n'y a plus aucun secours
-à attendre du temps et de l'intérieur. Le premier
-moment sera difficile à passer ici; mais il faudra
-une grande prudence et circonspection. Je pense,
-comme vous, qu'il faudrait des gens habiles et sûrs
-pour être informé de tout; mais où les trouver
-<a name="FNanchor_953_953" id="FNanchor_953_953"></a>
-<a href="#Footnote_953_953" class="fnanchor">[953]</a>?»</p>
-
-<p>Porteur de ces lettres et de ces instructions, M. de
-Simolin partit de Paris le 7 février, arriva le 9 à
-Bruxelles, s'aboucha avec MM. de Breteuil, Fersen
-et de Mercy, et poursuivit sa route sur Vienne.</p>
-
-<p>Deux jours après, le 11 février, le comte de Fersen
-s'acheminait de son côté vers Paris.</p>
-
-<p>De tous les souverains que préoccupait la situation
-du Roi de France, Gustave III était assurément le
-plus sincère et le plus désintéressé. Il avait accepté
-le Congrès; il était même disposé à aller plus loin;
-mais il s'inquiétait avec raison de l'effervescence
-que ne pouvaient manquer de soulever à Paris les
-premières menaces des Puissances et du danger
-<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">[Pg 326]</a></span>
-qu'aurait alors à courir la famille royale. Déjà même
-le bruit s'était répandu que, en cas de guerre, le Roi,
-la Reine et leurs enfants seraient emmenés dans
-le Midi, probablement dans les Cévennes, sous la
-garde d'une armée de protestants
-<a name="FNanchor_954_954" id="FNanchor_954_954"></a>
-<a href="#Footnote_954_954" class="fnanchor">[954]</a>. Pour éviter ce
-double péril, d'une insurrection populaire ou d'un
-enlèvement, et quels que fussent d'ailleurs les risques
-d'une évasion nouvelle, Gustave jugeait «indispensable»,—et
-il était en cela d'accord avec l'Impératrice
-de Russie
-<a name="FNanchor_955_955" id="FNanchor_955_955"></a>
-<a href="#Footnote_955_955" class="fnanchor">[955]</a>,—que Louis XVI fît tout pour
-se soustraire aux mains de ses geôliers
-<a name="FNanchor_956_956" id="FNanchor_956_956"></a>
-<a href="#Footnote_956_956" class="fnanchor">[956]</a>. Deux
-moyens étaient ouverts: ou gagner la mer et
-s'échapper sur un petit bateau anglais qui irait débarquer
-à Ostende
-<a name="FNanchor_957_957" id="FNanchor_957_957"></a>
-<a href="#Footnote_957_957" class="fnanchor">[957]</a>, ou prendre la voie de terre,
-traverser les «forêts de chasse» en évitant les
-villages
-<a name="FNanchor_958_958" id="FNanchor_958_958"></a>
-<a href="#Footnote_958_958" class="fnanchor">[958]</a> et se faire conduire
-par des contrebandiers
-jusqu'à une dizaine de lieues de la frontière, où un
-détachement de troupes légères rencontrerait les fugitifs
-et protégerait leur sortie
-<a name="FNanchor_959_959" id="FNanchor_959_959"></a>
-<a href="#Footnote_959_959" class="fnanchor">[959]</a>. Le Roi, la Reine
-<span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">[Pg 327]</a></span>
-et le Dauphin partiraient seuls, pour ne pas compliquer
-les préparatifs; M<sup>me</sup> Elisabeth et Madame
-Royale resteraient à Paris, où il semblait qu'elles ne
-devaient avoir rien à craindre
-<a name="FNanchor_960_960" id="FNanchor_960_960"></a>
-<a href="#Footnote_960_960" class="fnanchor">[960]</a>. Quel que fût d'ailleurs
-le plan adopté, comme il était urgent qu'il
-restât secret et qu'il eût été imprudent de le confier
-à la poste, Fersen fut chargé d'aller le proposer
-aux prisonniers et l'étudier sur place avec eux.</p>
-
-<p>Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que des
-projets de ce genre étaient présentés à la famille
-royale. Déjà, un autre fidèle du malheur, un Anglais,
-M. Crawford, qui put séjourner incognito à Paris de
-décembre 1791 jusqu'en avril 1792, avait, d'accord
-avec le roi d'Angleterre, proposé à la Reine de
-quitter la France avec le Dauphin, et tout arrangé
-pour la fuite
-<a name="FNanchor_961_961" id="FNanchor_961_961"></a>
-<a href="#Footnote_961_961" class="fnanchor">[961]</a>. La Reine avait refusé: son
-devoir était de rester aux côtés de son mari; elle ne
-voulait pas l'abandonner
-<a name="FNanchor_962_962" id="FNanchor_962_962"></a>
-<a href="#Footnote_962_962" class="fnanchor">[962]</a>.</p>
-
-<p>Mais, par une coïncidence étrange, au moment
-même où les conseillers du roi de Suède élaboraient
-un plan d'évasion, le bruit d'une fuite nouvelle
-de la famille royale courait dans Paris. Le public
-en jasait; les journaux en parlaient; on entrait
-dans le détail: le départ devait s'effectuer par
-Calais
-<a name="FNanchor_963_963" id="FNanchor_963_963"></a>
-<a href="#Footnote_963_963" class="fnanchor">[963]</a>; on fixait même la date,
-c'était la nuit du
-12 au 13 janvier. L'Assemblée et la municipalité
-s'émurent; le nouveau maire de Paris, Pétion, fit
-<span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">[Pg 328]</a></span>
-doubler les postes du Château
-<a name="FNanchor_964_964" id="FNanchor_964_964"></a>
-<a href="#Footnote_964_964" class="fnanchor">[964]</a>, et l'Assemblée,
-après avoir, le 11 janvier, déclaré infâme tout Français
-qui prendrait part à un Congrès, destiné à
-changer la Constitution
-<a name="FNanchor_965_965" id="FNanchor_965_965"></a>
-<a href="#Footnote_965_965" class="fnanchor">[965]</a>, décréta que nul ne pourrait
-voyager en France sans un passeport individuel.
-La Reine, instruite des projets de son confident, et
-alarmée des dangers qu'aurait à courir, s'il était
-reconnu, l'organisateur du voyage de Varennes, la
-Reine lui écrivit d'ajourner, et ce ne fut que lorsque
-le Roi eut refusé sa sanction au décret sur les passeports
-<a name="FNanchor_966_966" id="FNanchor_966_966"></a>
-<a href="#Footnote_966_966" class="fnanchor">[966]</a>,
-qu'elle lui permit de venir.</p>
-
-<p>Fersen quitta donc Bruxelles le 11 février, à neuf
-heures et demie du matin, en chaise de poste, sans
-domestique, accompagné seulement d'un officier
-suédois du nom de Reuterswaerd; tous deux avaient
-un passeport de courrier pour le Portugal, sous des
-noms supposés, et Fersen, pour mieux se déguiser,
-portait une perruque
-<a name="FNanchor_967_967" id="FNanchor_967_967"></a>
-<a href="#Footnote_967_967" class="fnanchor">[967]</a>. Malgré leur crainte des vexations
-qu'on faisait alors subir aux voyageurs, ils ne
-rencontrèrent aucun obstacle. Partout on fut poli; à
-Péronne même, où un accident de voiture les retint
-quatre heures, ils n'eurent qu'à se louer des bons
-procédés de la municipalité et de la garde nationale
-<a name="FNanchor_968_968" id="FNanchor_968_968"></a>
-<a href="#Footnote_968_968" class="fnanchor">[968]</a>.
-Le lundi 13 février, à cinq heures et demie
-du soir, ils entrèrent sans encombre à Paris. Fersen
-laissa son compagnon de route, et le soir même,
-après s'être entendu avec Goguelat, qu'il avait prévenu
-de son arrivée, il se rendit aux Tuileries par
-des chemins détournés, ne put voir qu'un instant la
-<span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">[Pg 329]</a></span>
-Reine, mais y revint le 14, à minuit
-<a name="FNanchor_969_969" id="FNanchor_969_969"></a>
-<a href="#Footnote_969_969" class="fnanchor">[969]</a>, et trouva la
-Reine et le Roi.</p>
-
-<p>Quelles furent les émotions de ce premier revoir,
-après huit mois de séparation, on le devine sans peine.
-Que de confidences échangées entre les prisonniers
-et le défenseur qui leur avait dévoué sans arrière-pensée
-sa fortune et sa vie! Que de souvenirs évoqués,
-que de larmes versées! Ce furent d'abord les ineffaçables
-souvenirs de Varennes, les angoisses et les
-avanies de ce douloureux retour; puis les misères du
-présent, la perspective meilleure peut-être de l'avenir.
-On parla du projet de fuite; on convint qu'il offrirait
-de grands avantages, en donnant une impulsion plus
-vive aux affaires, en facilitant la bonne volonté des
-alliés
-<a name="FNanchor_970_970" id="FNanchor_970_970"></a>
-<a href="#Footnote_970_970" class="fnanchor">[970]</a>.
-La Reine le sentait bien, et ce n'était pas l'insuccès
-d'une première tentative qui la décourageait
-d'une seconde. Mais les difficultés étaient extrêmes:
-Fersen lui même, qui avait tant à cœur une évasion,
-dut la déclarer impossible. La famille royale était
-gardée à vue; tous les bâtiments en partance étaient
-rigoureusement visités
-<a name="FNanchor_971_971" id="FNanchor_971_971"></a>
-<a href="#Footnote_971_971" class="fnanchor">[971]</a>; et, d'autre part, un grand
-nombre de municipalités, celles de campagne surtout,
-ne tenant pas compte du <i>veto</i> du Roi, appliquaient
-le décret sur les passeports, comme s'il avait été
-sanctionné
-<a name="FNanchor_972_972" id="FNanchor_972_972"></a>
-<a href="#Footnote_972_972" class="fnanchor">[972]</a>.
-La fuite était «physiquement impossible»,
-tant la surveillance était minutieuse
-<a name="FNanchor_973_973" id="FNanchor_973_973"></a>
-<a href="#Footnote_973_973" class="fnanchor">[973]</a>.</p>
-
-<p>Aux obstacles matériels s'ajoutait un obstacle
-moral, plus insurmontable peut-être: la conscience du
-<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">[Pg 330]</a></span>
-Roi; ayant si souvent promis de rester, il se faisait
-scrupule de partir. Mais il acceptait, il demandait
-même qu'un des premiers actes du Congrès fût d'exiger
-sa sortie de Paris, pour donner, en pleine liberté,
-son assentiment aux mesures à adopter et ratifier
-les engagements pris avec les Puissances. Si cette
-liberté lui était refusée, alors il pourrait tenter de
-fuir à travers les bois, par l'itinéraire que Fersen
-conseillait et déclarait possible, et si cette tentative
-échouait, il consentait pleinement à ce que les Puissances
-agissent, sans s'occuper de lui. «Il faut, dit-il,
-qu'on me mette tout à fait de côté et qu'on me
-laisse faire
-<a name="FNanchor_974_974" id="FNanchor_974_974"></a>
-<a href="#Footnote_974_974" class="fnanchor">[974]</a>.» C'était la confirmation de ce que
-la Reine avait déclaré à Simolin.</p>
-
-<p>Quant aux démarches qu'il accomplissait, à l'approbation
-qu'il semblait donner aux actes de l'Assemblée,
-il ne fallait ni s'en étonner, ni s'y laisser tromper.
-Une telle conduite de sa part était rendue nécessaire
-par la situation précaire où il se trouvait et par
-le désir d'éviter de plus grands maux. Il n'avait sanctionné
-le décret sur la séquestration des biens des
-émigrés, que pour empêcher qu'ils ne fussent pillés et
-brûlés; mais il ne consentirait jamais à ce qu'ils fussent
-vendus.</p>
-
-<p>«Ah çà, dit-il avec sa brusque bonhomie, nous
-sommes entre nous et nous pouvons parler. Je
-sais qu'on me taxe de faiblesse et d'irrésolution;
-mais personne ne s'est jamais trouvé dans ma
-position. Je sais que j'ai manqué le moment; c'était
-le 14 juillet; il fallait alors s'en aller et je le voulais;
-mais comment faire, quand Monsieur lui-même
-me priait de ne pas partir et que le maréchal de
-Broglie, qui commandait, me répondait: «Oui,
-<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">[Pg 331]</a></span>
-nous pouvons aller à Metz; mais que ferons-nous,
-quand nous y serons?» «J'ai manqué le moment,
-et depuis je ne l'ai pas retrouvé. J'ai été abandonné
-de tout le monde
-<a name="FNanchor_975_975" id="FNanchor_975_975"></a>
-<a href="#Footnote_975_975" class="fnanchor">[975]</a>.»</p>
-
-<p>Le Roi et la Reine se mirent à entrer, sans récriminations,
-mais avec une émotion qui gagna Fersen,
-dans le détail de toutes les ingratitudes, de tous les
-abandons dont ils avaient été, dont ils étaient tous
-les jours victimes, n'ayant dans le ministère qu'un
-seul homme, Bertrand de Molleville, qui leur fût
-vraiment dévoué, trahis par ceux qui leur devaient
-le plus, et ne pouvant rien attendre que de l'attachement
-de ceux qui ne leur devaient rien
-<a name="FNanchor_976_976" id="FNanchor_976_976"></a>
-<a href="#Footnote_976_976" class="fnanchor">[976]</a>. Dans l'extrémité
-où ils étaient réduits, avec les progrès de
-l'esprit révolutionnaire, entre les attaques de l'Assemblée
-et les insultes de la rue, il ne fallait plus
-rien espérer de l'intérieur, pas même de l'excès du
-mal, qui, disait la Reine, «ne saurait enfanter le
-bien
-<a name="FNanchor_977_977" id="FNanchor_977_977"></a>
-<a href="#Footnote_977_977" class="fnanchor">[977]</a>»;
-il n'y aurait pas de retour sérieux et solide
-de l'opinion; on ne pouvait compter que sur l'intervention
-des Puissances. Ce n'était pas seulement
-le sentiment du Roi et de la Reine, mais celui de leurs
-conseillers constitutionnels, d'Alexandre de Lameth
-et de Duport, qui leur répétaient sans cesse qu'un
-tel état ne pouvait durer, qu'il n'y avait de remède
-que dans les troupes étrangères, et que, sans elles,
-tout était perdu
-<a name="FNanchor_978_978" id="FNanchor_978_978"></a>
-<a href="#Footnote_978_978" class="fnanchor">[978]</a>.</p>
-
-<p>«En tout, écrivait Fersen, résumant à Gustave III
-ses entretiens avec la famille royale, j'ai trouvé le
-Roi et la Reine très décidés à supporter tout plutôt
-<span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">[Pg 332]</a></span>
-que l'état où ils sont, et, d'après la conversation que
-j'ai eue avec Leurs Majestés, je crois pouvoir vous
-assurer, Sire, qu'elles sentent fortement que toute
-composition avec les rebelles est inutile et impossible,
-et qu'il n'y a de moyen pour le rétablissement
-de leur autorité que la force et des secours étrangers
-<a name="FNanchor_979_979" id="FNanchor_979_979"></a>
-<a href="#Footnote_979_979" class="fnanchor">[979]</a>».</p>
-
-<p>Quelque douce qu'eût été, malgré ses tristesses,
-cette entrevue, Fersen ne crut pas pouvoir la renouveler.
-La surveillance était si active, et il eût été si
-fâcheux, pour eux plus encore que pour lui, qu'il
-fût reconnu! C'était beaucoup déjà d'avoir pu pénétrer
-deux fois au Château, malgré la vigilance des
-geôliers. Il repartit donc le 15, et, pour dérouter les
-soupçons, alla jusqu'à Tours et revint par Fontainebleau.
-Le 19, à six heures du soir, il était rentré à
-Paris; mais il n'osa pas retourner aux Tuileries; il
-se contenta d'écrire pour savoir si l'on n'avait pas
-d'ordre nouveau à lui donner et resta caché pendant
-deux jours
-<a name="FNanchor_980_980" id="FNanchor_980_980"></a>
-<a href="#Footnote_980_980" class="fnanchor">[980]</a>. Le 21, à une heure du matin, après
-s'être muni, pour plus de précaution, d'un passeport
-de courrier
-<a name="FNanchor_981_981" id="FNanchor_981_981"></a>
-<a href="#Footnote_981_981" class="fnanchor">[981]</a>, il repartait avec son ami Reuterswaerd
-et, après quelques difficultés dans un petit village,
-près de Marchiennes, arrivait le 24 à Bruxelles.</p>
-
-<p>Si Fersen n'avait pas été tenu à tant de prudence
-et s'il avait pu se montrer dans Paris, il aurait eu,
-avant de quitter la France, une fugitive consolation.</p>
-
-<p>Le 20 février, la Reine, avec ses enfants, était
-allée au Théâtre-Italien. On représentait <i>les Événements
-imprévus</i>, de Grétry. Quand on arriva au duo
-<span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">[Pg 333]</a></span>
-du valet et de la femme de chambre, M<sup>me</sup> Dugazon,
-aussi royaliste que son mari était démocrate, s'inclina
-devant Marie-Antoinette, en chantant:</p>
-
-<p class="ac smaller noindent">
-Ah! comme j'aime ma maîtresse!</p>
-
-<p>Ce fut le signal d'un effroyable tumulte. <i>Pas de
-maître! Pas de maîtresse! Vive la liberté!</i> criaient
-les Jacobins du parterre.—<i>Vive le Roi! Vive la
-Reine!</i> ripostait-on des loges. Le public se divisa.
-Jacobins et royalistes se prirent aux cheveux; mais
-les royalistes furent les plus forts, et, comme dit
-M<sup>me</sup> Elisabeth, «les Jacobins furent bien battus.»
-Les touffes de cheveux noirs volaient dans salle. La
-garde intervint et rétablit l'ordre
-<a name="FNanchor_982_982" id="FNanchor_982_982"></a>
-<a href="#Footnote_982_982" class="fnanchor">[982]</a>. On fit répéter le
-duo jusqu'à quatre fois, et quand M<sup>me</sup> Dugazon en
-vint à ce vers:</p>
-
-<p class="ac smaller noindent">
-Il faut les rendre heureux,</p>
-
-<p>«Oui! oui!» cria-t-on de toutes parts. Au milieu
-de toute cette bagarre, la Reine avait conservé le
-maintien le plus noble et le plus grand calme. Quand
-elle sortit, elle fut couverte d'acclamations.</p>
-
-<p>«C'est une drôle de nation que la nôtre, écrivait
-M<sup>me</sup> Elisabeth à son amie, M<sup>me</sup> de Bombelles, en lui
-racontant cet incident; il faut convenir qu'elle a de
-charmants moments
-<a name="FNanchor_983_983" id="FNanchor_983_983"></a>
-<a href="#Footnote_983_983" class="fnanchor">[983]</a>.» Hélas! ces moments étaient
-rares et ces acclamations bien passagères. Quatre
-jours après, deux pages de la Reine, reconnus au
-Vaudeville, étaient maltraités et traînés dans la
-boue. Quant à la Reine elle-même, elle ne voulut
-pas s'exposer à être le prétexte de luttes où ses amis
-n'auraient probablement pas toujours le dessus, et le
-20 février fut le dernier jour où elle alla au théâtre
-<a name="FNanchor_984_984" id="FNanchor_984_984"></a>
-<a href="#Footnote_984_984" class="fnanchor">[984]</a>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">[Pg 334]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XVII" id="CHAPITRE_XVII"></a>CHAPITRE XVII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie insultante
-des Jacobins.—Nouveaux outrages contre la Reine.—Attaque
-violente de Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre des affaires
-étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette son concours qui
-est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques 1792.—La
-seule consolation de la Reine, ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M.
-de Fleurieu est nommé son gouverneur.</p></div>
-
-
-<p>Malgré l'insuccès de son plan d'évasion, Fersen
-revenait de Paris «assez content de sa course
-<a name="FNanchor_985_985" id="FNanchor_985_985"></a>
-<a href="#Footnote_985_985" class="fnanchor">[985]</a>».
-Il connaissait maintenant les intentions vraies de
-Louis XVI et de Marie-Antoinette; il savait le but à
-poursuivre, et ce but semblait en grande partie
-atteint. L'accord s'était établi entre le Roi et
-les Puissances. Le Roi consentait à les laisser agir;
-les Puissances paraissaient décidées à agir. Le roi
-de Prusse et le roi d'Espagne, comme le roi de Suède
-et l'Impératrice de Russie en proclamaient la nécessité:
-la Suisse républicaine s'alliait pour cela à l'Europe
-monarchique; l'Empereur lui-même, ce «Florentin»
-dont la lenteur et le silence avaient si souvent
-désolé sa sœur, l'Empereur, malgré les conseils
-de Kaunitz, qui traitait de «lieux communs
-<a name="FNanchor_986_986" id="FNanchor_986_986"></a>
-<a href="#Footnote_986_986" class="fnanchor">[986]</a>» les
-plaintes de la Reine, l'Empereur avait l'air disposé à
-ne plus s'en tenir aux «déclarations
-<a name="FNanchor_987_987" id="FNanchor_987_987"></a>
-<a href="#Footnote_987_987" class="fnanchor">[987]</a>». «Jamais, disait
-<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">[Pg 335]</a></span>
-Colloredo à Simolin, je ne l'ai trouvé si animé
-<a name="FNanchor_988_988" id="FNanchor_988_988"></a>
-<a href="#Footnote_988_988" class="fnanchor">[988]</a>.»
-Et Mercy, devenu belliqueux, portait la main
-à son épée en s'écriant: «Il ne reste plus d'autre
-moyen pour sauver la France et toute l'Europe
-<a name="FNanchor_989_989" id="FNanchor_989_989"></a>
-<a href="#Footnote_989_989" class="fnanchor">[989]</a>.»</p>
-
-<p>Mais un coup imprévu allait renverser tout cet
-échafaudage si laborieusement élevé. Le 1<sup>er</sup> mars
-1792, Léopold mourait presque subitement, emporté
-par une violente maladie d'entrailles qui n'avait duré
-que deux jours
-<a name="FNanchor_990_990" id="FNanchor_990_990"></a>
-<a href="#Footnote_990_990" class="fnanchor">[990]</a>. Malgré ses griefs contre l'Empereur,
-Marie-Antoinette fut vivement émue de cette
-mort, et dans le premier moment de sa douleur, elle
-s'écria que son frère,—le bruit d'ailleurs en courut,—avait
-été empoisonné par les Jacobins
-<a name="FNanchor_991_991" id="FNanchor_991_991"></a>
-<a href="#Footnote_991_991" class="fnanchor">[991]</a>. Mais
-elle n'avait pas le loisir de pleurer; il fallait aviser
-aux changements que cette perte inattendue allait
-amener dans l'échiquier politique.</p>
-
-<p>Le successeur de Léopold était un adolescent de
-vingt-quatre ans, faible et maladif; l'Empire demeurait
-momentanément sans chef, et le principal
-lieu de la scène politique allait se trouver transporté
-de Vienne à Berlin
-<a name="FNanchor_992_992" id="FNanchor_992_992"></a>
-<a href="#Footnote_992_992" class="fnanchor">[992]</a>. Sans doute, le jeune roi de
-Hongrie assurait que ses dispositions étaient les mêmes
-que celles de son père; sans doute, le grand
-chancelier, prince de Rosemberg, écrivait à la sœur
-du marquis de Raigecourt: «J'espère que mon nouveau
-maître restera fidèle à tous les engagements
-contractés par feu son père et qu'il sera le restaurateur
-<span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">[Pg 336]</a></span>
-du trône et de l'autorité royale en France
-<a name="FNanchor_993_993" id="FNanchor_993_993"></a>
-<a href="#Footnote_993_993" class="fnanchor">[993]</a>.»
-Mais le temporisateur Kaunitz affirmait, à la même
-heure, «qu'on ne pouvait dire que des choses vagues
-et que, si l'on travaillait à un concert des Puissances,
-il était impossible de savoir quand et comment ce
-concert se pourrait établir
-<a name="FNanchor_994_994" id="FNanchor_994_994"></a>
-<a href="#Footnote_994_994" class="fnanchor">[994]</a>.» La Reine, inquiète de
-toutes ces incertitudes et de tous ces retards, se hâta
-d'envoyer à Vienne Goguelat, sous le nom de Daumartin,
-afin de demander une réponse positive
-<a name="FNanchor_995_995" id="FNanchor_995_995"></a>
-<a href="#Footnote_995_995" class="fnanchor">[995]</a>. «Il
-n'y a pas de temps à perdre, disait tristement la pauvre
-femme, car on n'en perd pas contre nous
-<a name="FNanchor_996_996" id="FNanchor_996_996"></a>
-<a href="#Footnote_996_996" class="fnanchor">[996]</a>.»</p>
-
-<p>Il semblait que le malheur s'attachât aux infortunés,
-pour déconcerter tous leurs plans. Le 16 mars,
-le chef le plus ardent et le plus dévoué de la coalition,
-Gustave III, était frappé, dans un bal masqué,
-d'un coup de pistolet tiré à Stockholm, mais peut-être
-parti de Paris
-<a name="FNanchor_997_997" id="FNanchor_997_997"></a>
-<a href="#Footnote_997_997" class="fnanchor">[997]</a>.</p>
-
-<p>«Voilà, disait le blessé au baron des Cars, un coup
-qui va réjouir vos Jacobins
-<a name="FNanchor_998_998" id="FNanchor_998_998"></a>
-<a href="#Footnote_998_998" class="fnanchor">[998]</a>.» L'émotion fut grande
-en effet en France, lorsqu'on apprit que le prince
-avait succombé, le 29 mars, à sa blessure. Chez les
-Jacobins ce fut un cri de triomphe: Ankarstroëm et
-ses complices furent qualifiés de Brutus et de Mutius
-Scévola
-<a name="FNanchor_999_999" id="FNanchor_999_999"></a>
-<a href="#Footnote_999_999" class="fnanchor">[999]</a> et l'on proclama que le poignard est la
-<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">[Pg 337]</a></span>
-dernière raison du peuple
-<a name="FNanchor_1000_1000" id="FNanchor_1000_1000"></a>
-<a href="#Footnote_1000_1000" class="fnanchor">[1000]</a>. A la Cour, ce fut un cri
-de stupeur: le Roi et la Reine furent consternés: ils
-perdaient leur meilleur appui. La veille même de sa
-mort, Gustave leur avait fait dire «qu'un de ses regrets,
-en quittant la vie, était de sentir que sa perte
-pouvait nuire à leurs intérêts
-<a name="FNanchor_1001_1001" id="FNanchor_1001_1001"></a>
-<a href="#Footnote_1001_1001" class="fnanchor">[1001]</a>». Lorsque M<sup>me</sup> de
-Tourzel, qui venait d'être instruite du fatal événement
-chez le Dauphin, descendit chez la Reine, les
-traits bouleversés: «Je vois à votre visage, lui dit
-l'infortunée souveraine, que vous savez la cruelle
-nouvelle que nous venons d'apprendre. Il est impossible
-de ne pas être pénétrée de douleur; mais
-il faut s'armer de courage, car, qui peut répondre
-de ne pas éprouver un pareil sort
-<a name="FNanchor_1002_1002" id="FNanchor_1002_1002"></a>
-<a href="#Footnote_1002_1002" class="fnanchor">[1002]</a>?» Et la jeune
-Madame se jeta dans les bras de sa mère en fondant
-en larmes.</p>
-
-<p>Elles avaient bien raison de pleurer, les malheureuses
-victimes; leur situation devenait chaque jour
-plus critique. Toutes les misères qu'entraîne toujours
-une révolution, l'anarchie qui naît de l'absence de
-gouvernement et qu'attestent trop tous les écrits du
-temps, l'anarchie spontanée, comme l'a nommée un
-grand historien, l'amoindrissement ou la perte des
-fortunes particulières, l'avilissement de la fortune
-publique, la banqueroute imminente, la cherté des
-grains, l'impossibilité de les transporter d'un département
-à un autre
-<a name="FNanchor_1003_1003" id="FNanchor_1003_1003"></a>
-<a href="#Footnote_1003_1003" class="fnanchor">[1003]</a>, la famine en perspective, le manque
-total de numéraire, le peu de confiance dans le
-papier
-<a name="FNanchor_1004_1004" id="FNanchor_1004_1004"></a>
-<a href="#Footnote_1004_1004" class="fnanchor">[1004]</a>,
-les attaques des orateurs à l'Assemblée ou
-dans les clubs contre la famille royale, les excitations
-<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">[Pg 338]</a></span>
-des journaux, les calomnies des gazettiers, tout
-cela entretenait la population parisienne dans un
-état de fièvre permanent. Les Jacobins étaient tout
-à la haine; les républicains ne dissimulaient plus
-leur espoir. Le Roi lui-même tombait dans un découragement
-qui allait jusqu'à l'abattement physique. Il
-restait des jours entiers sans articuler un mot, et il
-fallut que sa femme se jetât à ses pieds et fît à sa tendresse
-et à son courage l'appel le plus déchirant, allant
-jusqu'à lui dire «que, s'il fallait périr, ce devait
-être du moins avec honneur, et sans attendre qu'on
-vînt les étouffer l'un et l'autre sur le parquet de leur
-appartement», pour qu'il sortît enfin de cette torpeur
-<a name="FNanchor_1005_1005" id="FNanchor_1005_1005"></a>
-<a href="#Footnote_1005_1005" class="fnanchor">[1005]</a>.</p>
-
-<p>On préparait au grand jour, au milieu d'un débordement
-d'ignobles injures, la déchéance de la royauté.
-On fabriquait des piques à crochets pour arracher,
-disait-on, les entrailles des aristocrates, et l'Assemblée
-accordait aux porteurs les honneurs de la séance
-<a name="FNanchor_1006_1006" id="FNanchor_1006_1006"></a>
-<a href="#Footnote_1006_1006" class="fnanchor">[1006]</a>.
-On en armait des régiments de femmes et l'on
-projetait de les faire défiler devant la Reine. Le bonnet
-rouge, ce hideux emblème, faisait son apparition
-sous les fenêtres du Roi; des motions menaçantes
-étaient proposées dans le jardin des Tuileries et les
-insultes de la populace prenaient le caractère le plus
-grossier et le plus dégoûtant
-<a name="FNanchor_1007_1007" id="FNanchor_1007_1007"></a>
-<a href="#Footnote_1007_1007" class="fnanchor">[1007]</a>. Le plan des conjurés
-s'élaborait à un souper chez Condorcet. Il s'agissait de
-suspendre le Roi, de s'emparer de l'éducation du
-Dauphin et de lui donner Condorcet comme précepteur
-<a name="FNanchor_1008_1008" id="FNanchor_1008_1008"></a>
-<a href="#Footnote_1008_1008" class="fnanchor">[1008]</a>.
-Quant à la Reine, on hésitait si on la renverrait
-purement et simplement en Autriche, comme
-<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">[Pg 339]</a></span>
-le voulait Siéyès
-<a name="FNanchor_1009_1009" id="FNanchor_1009_1009"></a>
-<a href="#Footnote_1009_1009" class="fnanchor">[1009]</a>, si on l'enfermait dans un couvent
-<a name="FNanchor_1010_1010" id="FNanchor_1010_1010"></a>
-<a href="#Footnote_1010_1010" class="fnanchor">[1010]</a>
-ou au Val-de-Grâce
-<a name="FNanchor_1011_1011" id="FNanchor_1011_1011"></a>
-<a href="#Footnote_1011_1011" class="fnanchor">[1011]</a>, ou si on la traduisait
-devant la Haute-Cour d'Orléans, sous dix-neuf chefs
-d'accusation
-<a name="FNanchor_1012_1012" id="FNanchor_1012_1012"></a>
-<a href="#Footnote_1012_1012" class="fnanchor">[1012]</a>.
-La Reine le savait: elle s'attendait <i>à
-tout</i>, et comme un jour elle s'en ouvrait à M<sup>me</sup> de
-Tourzel: «Mais, dit la gouvernante, le Roi ne souffrira
-jamais l'accomplissement d'un projet si atroce.»—«Je
-le préférerais,» répondit la vaillante femme, «plutôt que
-d'exposer ses jours, si son refus
-devait produire cet effet
-<a name="FNanchor_1013_1013" id="FNanchor_1013_1013"></a>
-<a href="#Footnote_1013_1013" class="fnanchor">[1013]</a>.» Mais tenant, avant tout,
-à ne compromettre personne, elle passa plusieurs
-nuits avec M<sup>me</sup> Campan à trier ses papiers et à brûler
-tous ceux qui pouvaient être dangereux
-<a name="FNanchor_1014_1014" id="FNanchor_1014_1014"></a>
-<a href="#Footnote_1014_1014" class="fnanchor">[1014]</a>.</p>
-
-<p>On outrageait ses sentiments intimes, on ne respectait
-même pas sa douleur. A la mort de son
-frère, on ne permit pas d'en porter le deuil en public.
-Un officier, qui avait paru avec un crêpe au bras dans
-le jardin des Tuileries, fut insulté et maltraité
-<a name="FNanchor_1015_1015" id="FNanchor_1015_1015"></a>
-<a href="#Footnote_1015_1015" class="fnanchor">[1015]</a>, et
-une tête représentant Léopold fut plantée au bout
-d'une pique sous le balcon du Château.</p>
-
-<p>«Elle,—la mort de l'Empereur,—a fait son effet,
-disaient les journaux patriotes. Elisabeth s'est confessée
-le soir même, et Marie-Antoinette, malgré sa
-réputation de femme forte, en a reçu une atteinte au
-cerveau. Léopold est mort; mais le plus redoutable
-de nos ennemis est plein de vie et habite au milieu
-<span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">[Pg 340]</a></span>
-de nous. Le défunt est entré seul dans la tombe; il
-nous laisse une sœur!»</p>
-
-<p>A l'Assemblée, les orateurs se faisaient les échos
-des calomnies et des menaces de la presse. Le
-10 mars, au moment où la Reine pleurait la mort de
-son frère, dans la mémorable et orageuse discussion
-qui aboutit au renvoi de Lessart devant la Cour d'Orléans,
-Vergniaud s'écriait:</p>
-
-<p>«De cette tribune, où je vous parle, on aperçoit
-le palais où des conseillers pervers égarent et trompent
-le Roi que la Constitution nous a donné, forgent
-les fers dont ils veulent nous enchaîner et préparent
-les manœuvres qui doivent nous livrer à la
-Maison d'Autriche. Je vois les fenêtres du palais où
-l'on trame la contre-révolution, où l'on combine les
-moyens de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage,
-après nous avoir fait passer par tous les
-désordres de l'anarchie, par toutes les fureurs de la
-guerre civile.</p>
-
-<p>«Le jour est arrivé où vous pouvez mettre un terme
-à tant d'audace, à tant d'insolence et confondre
-enfin les conspirateurs. L'épouvante et la terreur sont
-souvent sortis, dans les temps antiques, de ce palais
-fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de
-la loi; qu'elles y pénètrent tous les cœurs; que tous
-ceux qui l'habitent sachent que notre Constitution
-n'accorde l'inviolabilité <i>qu'au Roi</i>. Qu'ils sachent
-que la loi y atteindra sans distinction les coupables,
-et qu'il n'y aura pas une seule tête, convaincue d'être
-criminelle, qui puisse échapper au glaive.»</p>
-
-<p>L'allusion était transparente; dans la situation des
-esprits, dénoncer ainsi la Reine, c'était la désigner
-aux vengeances populaires et aux poignards des
-assassins; les menaces sanguinaires du 20 juin
-et l'échafaud du 16 octobre sont en germe dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">[Pg 341]</a></span>
-ces venimeuses paroles de l'orateur girondin.</p>
-
-<p>Au récit de cette affreuse séance, Marie-Antoinette
-versa, dit-on, des torrents de larmes. «Larmes de
-haine,» dit M. E. Quinet
-<a name="FNanchor_1016_1016" id="FNanchor_1016_1016"></a>
-<a href="#Footnote_1016_1016" class="fnanchor">[1016]</a>. Vouliez-vous donc que ce
-fussent des larmes d'amour?</p>
-
-<p>Qui s'étonnera ensuite que la Reine, ainsi réduite
-à sauver sa tête et celle de son mari et de ses enfants,
-placée par les violences dont elle était l'objet
-en légitime défense, ait cherché au dehors l'appui
-qu'elle ne trouvait plus au dedans et demandé aux
-Puissances, à ses parents, à ses alliés, un secours
-que des hommes politiques de tous les partis, des
-Constitutionnels comme Duport et les Lameth, des
-monarchistes comme Mounier et Mallet du Pan, des
-royalistes comme Breteuil et Bombelles, déclaraient
-seul capable d'arracher la famille royale aux assassins
-et la France à l'anarchie?</p>
-
-<p>Le 16 mars, Dumouriez fut nommé ministre des
-affaires étrangères en remplacement de Lessart. Ancien
-agent de la diplomatie secrète de Louis XV,
-homme de plume et homme d'épée, souple et insinuant
-sous des apparences de franchise et de brusquerie,
-Dumouriez ne tarda pas à prendre une
-influence sérieuse sur Louis XVI; il ne put gagner
-la confiance de Marie-Antoinette. Vainement lui fit-il
-les plus chaleureuses protestations de dévouement;
-vainement se jeta-t-il à ses pieds en lui affirmant
-qu'il n'était et ne pouvait être Jacobin; vainement
-lui saisit-il un jour la main, en la baisant avec transport
-et en lui disant: «Madame, laissez-vous sauver
-<a name="FNanchor_1017_1017" id="FNanchor_1017_1017"></a>
-<a href="#Footnote_1017_1017" class="fnanchor">[1017]</a>.» Il
-crut l'avoir convaincue: il ne l'avait pas
-ébranlée. On a fait un reproche à la
-Reine de cette méfiance obstinée; on a dit: Dumouriez, avec son
-<span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">[Pg 342]</a></span>
-adresse politique et ses talents militaires, eût rétabli
-la monarchie. Peut-être; il est facile de raisonner et
-de critiquer après coup. Mais, étant donnés le caractère
-et l'attitude du personnage, le refus de Marie-Antoinette
-ne s'explique que trop. Des protestations
-de fidélité à la royauté, ou des protestations de dévouement
-aux Jacobins, lesquelles devait-elle croire
-sincères? Et lui était-il possible d'accepter aveuglément
-un concours dont, quelques jours auparavant,
-Dumouriez avait fait hommage à Robespierre et à
-Collot d'Herbois
-<a name="FNanchor_1018_1018" id="FNanchor_1018_1018"></a>
-<a href="#Footnote_1018_1018" class="fnanchor">[1018]</a>?</p>
-
-<p>Le 24 mars, Roland et Clavière entraient à leur
-tour au ministère, qui, un mois après, se complétait
-par la nomination de Servan. C'était la Gironde qui
-prenait enfin le pouvoir qu'elle avait si longtemps
-ambitionné: la Gironde, le parti qui s'était montré
-le plus acharné contre Marie-Antoinette, celui dont
-le plus éloquent orateur avait lancé contre elle l'odieuse
-dénonciation que nous avons dite, et dont
-l'inspiratrice attitrée, M<sup>me</sup> Roland, intelligence élevée,
-caractère ferme, mais nature envieuse et cœur
-plein de fiel, poursuivait la Reine d'une haine de
-femme et avait écrit à Bosc, dès le 26 juillet 1789:</p>
-
-<p>«Vous n'êtes que des enfants; votre enthousiasme
-est un feu de paille; et, si l'Assemblée nationale ne
-fait pas en règle le procès de deux têtes illustres,
-ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes
-tous f.....
-<a name="FNanchor_1019_1019" id="FNanchor_1019_1019"></a>
-<a href="#Footnote_1019_1019" class="fnanchor">[1019]</a>.»</p>
-
-<p>Pâques approchait. Depuis que son directeur, le
-curé de Saint-Eustache, avait prêté serment à la
-<span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">[Pg 343]</a></span>
-Constitution civile, la Reine avait choisi un autre
-confesseur; mais il lui était interdit de remplir publiquement
-ses devoirs religieux. Pour donner satisfaction
-à sa conscience et accomplir la grande loi
-chrétienne, elle demanda à l'un de ses chapelains
-de lui dire le jour de Pâques, à cinq heures du matin,
-une messe qu'elle pût entendre en secret. C'était le 8
-avril. La nuit était noire encore; M<sup>me</sup> Campan, un
-bougeoir à la main, accompagna sa maîtresse jusqu'à
-la chapelle et l'y laissa seule. La princesse resta
-longtemps absorbée dans ses prières et ses tristes
-méditations; il faisait déjà petit jour lorsqu'elle
-rentra chez elle
-<a name="FNanchor_1020_1020" id="FNanchor_1020_1020"></a>
-<a href="#Footnote_1020_1020" class="fnanchor">[1020]</a>.</p>
-
-<p>Huit jours après, le 15 avril, malgré une protestation
-indignée de Gouvion et les strophes enflammées
-d'André Chénier, Paris célébrait une fête en
-l'honneur des Suisses du régiment de Châteauvieux,
-condamnés aux galères pour avoir, lors de l'insurrection
-de Nancy, en 1790, pillé la caisse de leur
-régiment et tiré sur les gardes nationales et les
-troupes françaises. C'était la fête de l'indiscipline,
-du vol et de l'assassinat. On porta en triomphe les
-forçats libérés; l'Assemblée leur décerna les honneurs
-de la séance et, le soir, la ville illumina.
-M<sup>me</sup> Elisabeth, dans sa correspondance, plaisanta
-de ce grotesque défilé, des trois ou quatre cents patriotes
-avinés, hurlant: <i>Vive la Nation!</i> et <i>A bas Lafayette!</i>
-et de «Dame Liberté, tremblotante sur son
-char
-<a name="FNanchor_1021_1021" id="FNanchor_1021_1021"></a>
-<a href="#Footnote_1021_1021" class="fnanchor">[1021]</a>».
-Mais cette cérémonie, qui rappelait le souvenir
-de M. de Bouillé, fut pour la Reine l'occasion
-d'un redoublement d'outrages. Le <i>P. Duchesne</i>, naturellement,
-s e distingua dans ce débordement d'infamies;
-<span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">[Pg 344]</a></span>
-nous en citerons quelques lignes seulement,
-pour montrer à quel degré était descendue la rage
-des pamphlétaires:</p>
-
-<p>«Ah! f..., quelle joie, quel bonheur, de la voir
-manger du fromage dans ce beau jour! Je crois
-l'apercevoir au travers de sa jalousie, comme le jour
-de la fête de Voltaire; c'est alors, f..., qu'elle rugissait
-comme un tigre enchaîné de ne pouvoir s'abreuver
-de notre sang.»</p>
-
-<p>«...... Aux piques! f..., braves sans-culottes;
-aiguisez-les pour exterminer les aristocrates, s'ils
-osent broncher. Que ce beau jour soit le dernier de
-leur règne! Nous n'aurons de repos que quand la
-dernière tête d'aristocrate sera abattue
-<a name="FNanchor_1022_1022" id="FNanchor_1022_1022"></a>
-<a href="#Footnote_1022_1022" class="fnanchor">[1022]</a>.»</p>
-
-<p>Au milieu de ces tristesses et de ces fatigues,—car
-c'était sur elle seule que reposaient le souci et
-la peine de la volumineuse correspondance qu'elle
-entretenait de tous côtés, et de ces mémoires «bien
-longs» pour elle «qui n'en savait pas faire
-<a name="FNanchor_1023_1023" id="FNanchor_1023_1023"></a>
-<a href="#Footnote_1023_1023" class="fnanchor">[1023]</a>»,—une
-suprême consolation restait à Marie-Antoinette:
-c'étaient ses enfants; et elle écrivait à Fersen:</p>
-
-<p>«Pour moi, je me soutiens mieux que je ne devrais,
-par la prodigieuse fatigue d'esprit que j'ai sans
-cesse, en sortant peu de chez moi; je n'ai pas un moment
-<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">[Pg 345]</a></span>
-à moi, entre les personnes qu'il faut voir, les
-écritures et le temps que je suis avec mes enfants.
-Cette dernière occupation, qui n'est pas la moindre,
-fait mon seul bonheur, et quand je suis bien triste,
-je prends mon petit garçon dans mes bras, je l'embrasse
-de tout mon cœur, et cela me console de tout
-dans le moment. Adieu
-<a name="FNanchor_1024_1024" id="FNanchor_1024_1024"></a>
-<a href="#Footnote_1024_1024" class="fnanchor">[1024]</a>.»</p>
-
-<p>C'était en effet un bien joli et bien séduisant
-enfant que le jeune Dauphin, avec ses longs cheveux
-bouclés, ses grands yeux bleus, son intelligence
-précoce, déjà mûrie par le malheur, et son
-cœur plein de tendresse. «Il était impossible, dit
-M<sup>me</sup> de Tourzel, de voir un enfant plus attachant,
-rempli de plus d'intelligence, et s'exprimant avec autant
-de grâce. Il saisissait les occasions de dire des
-choses agréables à ceux qui l'entouraient. Il était très
-attaché au Roi; mais, comme il lui en imposait, il
-n'était pas aussi à son aise avec lui qu'avec la Reine,
-qu'il adorait et à laquelle il exprimait ses sentiments
-de la manière la plus touchante, trouvant toujours à
-lui dire quelque chose de tendre et d'aimable. Sa
-gaîté et son amabilité étaient la seule diversion aux
-peines journalières dont la Reine était accablée. Elle
-l'élevait parfaitement, et quoiqu'elle eût pour lui la
-tendresse la plus vive, je lui dois la justice de dire
-qu'elle ne l'a jamais gâté, et qu'elle a toujours appuyé
-les justes représentations qu'on faisait à ce jeune
-prince
-<a name="FNanchor_1025_1025" id="FNanchor_1025_1025"></a>
-<a href="#Footnote_1025_1025" class="fnanchor">[1025]</a>.»
-Lui, de son côté, avait pour sa mère des
-câlineries charmantes, des délicatesses de sentiments,
-<span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">[Pg 346]</a></span>
-des effusions de tendresse adorables. Il la parfumait
-des fleurs de son jardin: il la dévorait de caresses.</p>
-
-<p>Un jour,—c'était peu de temps après le retour
-de Varennes, et les leçons, interrompues par la surveillance
-sévère à laquelle la famille royale avait été
-soumise, venaient seulement de reprendre,—la
-Reine y assistait.</p>
-
-<p>«S'il m'en souvient bien, dit le précepteur du
-Dauphin, l'abbé d'Avaux, à son élève, la dernière
-leçon avait eu pour objet les trois degrés de comparaison,
-le positif, le comparatif et le superlatif;
-mais vous aurez tout oublié?»—«Vous vous
-trompez, reprit l'enfant; pour preuve, écoutez-moi:
-le positif, c'est quand je dis: mon abbé est un
-bon abbé; le comparatif, quand je dis: mon abbé
-est meilleur qu'un autre abbé; le superlatif,» continua-t-il
-en regardant sa mère, «c'est quand je dis:
-Maman est la plus aimable de toutes les mamans.»
-La Reine prit son fils dans ses bras, le pressa contre
-son cœur, et ne put retenir ses larmes
-<a name="FNanchor_1026_1026" id="FNanchor_1026_1026"></a>
-<a href="#Footnote_1026_1026" class="fnanchor">[1026]</a>.</p>
-
-<p>Elle était fière de son enfant, la pauvre mère, et
-elle le montrait volontiers à ceux qui l'approchaient.</p>
-
-<p>«Tandis que la Reine me parlait, raconte Bertrand
-de Molleville, le petit Dauphin, beau comme
-un ange, s'amusait à chanter et à sauter dans l'appartement,
-avec un petit sabre de bois et un bouclier
-qu'il tenait dans ses mains. On vint le chercher pour
-souper, et en deux bonds il fut à la porte. «Comment,
-mon fils,» lui dit la Reine, «vous sortez sans
-faire la révérence à M. Bertrand?»—«Oh! maman,
-dit ce charmant enfant en continuant de sauter,
-M. Bertrand est de nos amis. Bonsoir, Monsieur
-Bertrand
-<a name="FNanchor_1027_1027" id="FNanchor_1027_1027"></a>
-<a href="#Footnote_1027_1027" class="fnanchor">[1027]</a>.»
-Et il s'élança hors de la chambre.
-<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">[Pg 347]</a></span>
-«N'est il pas gentil?» me dit la Reine, quand il fut
-sorti. Il est bien heureux d'être si jeune; il ne sent
-point nos chagrins, et sa gaîté nous fait du bien.»</p>
-
-<p>Mais cette dernière joie même, la malheureuse
-Reine ne pouvait en jouir tranquillement: on lui
-disputait son fils. Le Dauphin allait avoir sept ans,
-l'âge où, d'après la tradition monarchique, il devait
-sortir des mains des femmes pour passer dans celles
-des hommes. L'Assemblée ne l'oubliait pas, et, avide
-d'empiéter sur les droits du père, comme elle avait
-empiété sur ceux du souverain, elle avait la prétention
-d'imposer à Louis XVI le choix d'un précepteur.
-Déjà elle avait dressé des listes sur lesquelles le Roi
-devait prendre le gouverneur de son fils; on y lisait
-le nom des principaux meneurs de la gauche: Pétion,
-Siéyès, Condorcet; on avait même mis en
-avant Robespierre. C'était à ces philosophes sans foi
-qu'on voulait que le Roi très chrétien livrât l'âme
-de son enfant. La Reine en était tourmentée plus
-qu'elle ne pouvait le dire
-<a name="FNanchor_1028_1028" id="FNanchor_1028_1028"></a>
-<a href="#Footnote_1028_1028" class="fnanchor">[1028]</a>. Une motion fut même
-faite pour que l'Assemblée nommât elle-même le
-gouverneur du prince royal; mais un dernier sentiment
-de pudeur retint les députés: la motion fut rejetée.
-Le Roi en profita pour écrire au président la
-lettre suivante:</p>
-
-<p class="ar smaller">
-18 avril 1792.</p>
-
-<p>«Je vous prie, Monsieur le Président, de prévenir
-l'Assemblée nationale que, mon fils ayant atteint
-l'âge de sept ans, j'ai nommé pour son gouverneur
-M. de Fleurieu: sa probité et ses lumières généralement
-<span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">[Pg 348]</a></span>
-reconnues, ainsi que son attachement à la Constitution,
-ont déterminé mon choix.»</p>
-
-<p>Cette décision, qui déconcertait les plans de la
-Gironde, n'eut pas de suites.</p>
-
-<p>En fait, M. de Fleurieu ne prit jamais possession
-du poste auquel l'avait appelé une confiance auguste.
-Le Roi et la Reine continuèrent, comme par
-le passé, à diriger l'éducation de leur fils. L'initiative
-de Louis XVI avait écarté ce danger. Que ne
-sût-elle conjurer de même ceux qui menaçaient sa
-couronne, sa famille et sa vie!</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">[Pg 349]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XVIII" id="CHAPITRE_XVIII"></a>CHAPITRE XVIII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre de la Reine à Mercy, du
-30 avril 1792.—Mission de Mallet du Pan.—Premiers échecs
-des troupes françaises.—Lafayette propose au Roi de se retirer
-à son armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation du Comité autrichien.—Réapparition
-des mémoires de M<sup>me</sup> de la Motte.—Ils
-sont brûlés à Sèvres.—Licenciement de la garde constitutionnelle.—M.
-d'Hervilly offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le
-Roi refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation
-des prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un
-camp de vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres
-girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose
-son <i>veto</i> aux décrets.</p></div>
-
-
-<p>Le 20 avril, Louis XVI déclarait la guerre au roi
-de Hongrie; il ne s'était décidé à cette résolution
-qu'à la dernière extrémité, et, en l'annonçant à l'Assemblée,
-il avait les larmes aux yeux; mais il avait
-dû céder aux déclamations de la Gironde, à la pression
-de l'opinion, à l'avis unanime et écrit de ses
-ministres
-<a name="FNanchor_1029_1029" id="FNanchor_1029_1029"></a>
-<a href="#Footnote_1029_1029" class="fnanchor">[1029]</a>. La Reine n'y répugnait pas, comme le
-Roi; depuis l'échec de toutes ses espérances, elle
-voyait dans la guerre une suprême ressource
-<a name="FNanchor_1030_1030" id="FNanchor_1030_1030"></a>
-<a href="#Footnote_1030_1030" class="fnanchor">[1030]</a>, et
-elle lui semblait moins dangereuse, si c'était l'Assemblée
-qui en prenait l'initiative
-<a name="FNanchor_1031_1031" id="FNanchor_1031_1031"></a>
-<a href="#Footnote_1031_1031" class="fnanchor">[1031]</a>; on ne pourrait
-pas du moins accuser la famille royale d'avoir poussé
-<span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">[Pg 350]</a></span>
-en avant les Puissances. Ce pouvait être l'occasion
-d'un retour de l'opinion; mais cette opinion, il était
-essentiel qu'on ne fît rien pour l'exaspérer. Aussi,
-dès le 30 avril, la Reine écrivait-elle à Mercy:</p>
-
-<p>«La guerre est déclarée. La Cour de Vienne doit
-tâcher d'éloigner sa cause le plus possible de celle
-des émigrés
-<a name="FNanchor_1032_1032" id="FNanchor_1032_1032"></a>
-<a href="#Footnote_1032_1032" class="fnanchor">[1032]</a>, l'annoncer dans son manifeste, en
-même temps que l'on pense qu'elle pourrait employer
-l'ascendant naturel qu'elle a sur les émigrés pour tempérer
-leurs prétentions, les amener à des idées raisonnables
-et à se rallier enfin à tous ceux qui défendront
-la cause du Roi. Il est facile d'imaginer les idées qui
-doivent faire le fond du manifeste de Vienne; mais,
-en appelant l'univers à témoin des intentions de cette
-Puissance, de ses efforts pour conserver la paix, de
-ses dispositions constantes encore à tout terminer à
-l'amiable, de son éloignement de soutenir des prétentions
-particulières ou quelques individus contre la
-nation, on doit éviter de parler trop du Roi, de trop
-faire sentir que c'est lui qu'on soutient et qu'on veut
-défendre. Ce langage l'embarrasserait, le compromettrait,
-et, pour ne pas paraître conniver avec son
-neveu, il serait forcé d'exagérer ses démarches et
-par là de s'avilir, ou de donner un mouvement faux
-à l'opinion publique. C'est la nation dont il faut
-parler pour dire que l'on n'a jamais eu le désir de lui
-faire la guerre. Une observation également importante,
-c'est d'éviter de vouloir paraître d'abord se
-mêler des affaires intérieures, ou même de vouloir
-<span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">[Pg 351]</a></span>
-amener à composition. On a déjà cherché à déjouer
-les bonnes intentions de Léopold, en faisant répandre
-qu'il voulait faire une transaction entre tous nos
-partis. Il est à désirer sans doute que la marche que
-prendra la Cour de Vienne y amène les Français;
-mais ce dessein doit être très caché; car ce serait
-le rendre impossible à exécuter que de le manifester
-d'abord. Les Français repousseraient toujours toute
-intervention politique des étrangers dans leurs
-affaires, et l'orgueil national est tellement attaché
-à cette idée qu'il est impossible au Roi de s'en écarter,
-s'il veut rétablir son royaume
-<a name="FNanchor_1033_1033" id="FNanchor_1033_1033"></a>
-<a href="#Footnote_1033_1033" class="fnanchor">[1033]</a>.»</p>
-
-<p>Trois semaines après, un ami de Malouet, un des
-esprits les plus sages et les plus clairvoyants de
-cette époque, un écrivain qui n'avait cessé de défendre
-avec énergie et modération la cause de la
-monarchie, Mallet du Pan, était chargé d'aller appuyer
-près des Puissances le plan tracé dans cette lettre et
-en développer les détails. Avant tout, il insistait sur
-la nécessité d'engager les Princes et les Français
-émigrés à ne «point faire perdre à la guerre actuelle,
-par un concours hostile et offensif de leur
-part, le caractère de guerre étrangère faite de Puissance
-à Puissance». Il n'était pas moins urgent que
-les coalisés, dans le manifeste qu'ils devaient adresser
-à la France, s'attachassent à «séparer les Jacobins
-et les factieux de toutes les classes du reste de
-la nation, à rassurer tout ce qui est susceptible de
-revenir de son égarement, tous ceux qui, sans vouloir
-de la Constitution actuelle, craignent le retour
-des grands abus, tous ceux que le délire de l'esprit,
-la contagion de l'exemple et la première ivresse de la
-Révolution ont engagés dans cette cause criminelle,
-<span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">[Pg 352]</a></span>
-mais qui, n'ayant à se reprocher que des erreurs, de
-l'exaltation et de la faiblesse, se montreront désarmés
-et repentants, du moment où on leur présentera
-une issue sans ignominie et sans dangers personnels».
-Les Puissances devaient encore «faire entrer dans
-leur manifeste la vérité fondamentale qu'on n'entend
-point toucher à l'intégrité du royaume
-<a name="FNanchor_1034_1034" id="FNanchor_1034_1034"></a>
-<a href="#Footnote_1034_1034" class="fnanchor">[1034]</a>, et que
-la crainte d'un démembrement est un indigne artifice
-par lequel les usurpateurs cherchent à donner le
-change sur le véritable et unique but des Puissances;
-qu'on fait la guerre à une faction antisociale et non
-à la nation française».</p>
-
-<p>Enfin, il était essentiel «de n'imposer ni de proposer
-aucun système de gouvernement, mais déclarer
-qu'on s'arme pour le rétablissement de la monarchie
-et de l'autorité royale légitime, telle que Sa Majesté
-entend elle-même la circonscrire
-<a name="FNanchor_1035_1035" id="FNanchor_1035_1035"></a>
-<a href="#Footnote_1035_1035" class="fnanchor">[1035]</a>».</p>
-
-<p>Tels étaient le but de la mission de Mallet du Pan, le
-genre de concours que le Roi et Reine réclamaient
-des Puissances, le programme qu'ils entendaient leur
-fixer et se fixer à eux-mêmes, et le résultat qu'ils attendaient
-de la lutte qui allait commencer.</p>
-
-<p>Chose étrange! la guerre était déclarée; l'Assemblée
-la voulait depuis plusieurs mois; les Puissances
-le savaient; la Reine elle-même les en avait averties
-<a name="FNanchor_1036_1036" id="FNanchor_1036_1036"></a>
-<a href="#Footnote_1036_1036" class="fnanchor">[1036]</a>;
-<span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">[Pg 353]</a></span>
-et ni d'un côté, ni de l'autre on n'était prêt. Les
-troupes autrichiennes en Belgique étaient dispersées
-et hors d'état de se défendre; elles étaient d'ailleurs
-travaillées par des émissaires jacobins et l'on se méfiait
-de leur fidélité
-<a name="FNanchor_1037_1037" id="FNanchor_1037_1037"></a>
-<a href="#Footnote_1037_1037" class="fnanchor">[1037]</a>. Il fallait encore six semaines
-au moins pour que des renforts sérieux pussent arriver,
-et si les généraux français avaient poussé vigoureusement
-les choses, ils eussent pu arriver, presque
-sans coup férir, jusqu'à Bruxelles
-<a name="FNanchor_1038_1038" id="FNanchor_1038_1038"></a>
-<a href="#Footnote_1038_1038" class="fnanchor">[1038]</a>. Mais eux non plus
-n'étaient point en mesure de marcher. Privée de ses
-chefs les plus illustres, qui avaient émigré, et d'une
-partie de ses régiments, qui avaient passé la frontière
-à la suite de leurs chefs
-<a name="FNanchor_1039_1039" id="FNanchor_1039_1039"></a>
-<a href="#Footnote_1039_1039" class="fnanchor">[1039]</a>, l'armée française était
-désorganisée; on le vit aux premières affaires, où
-elle se débanda sans résistance. Le corps de Théobald
-Dillon assassinait son général; le corps de Biron
-fuyait honteusement devant une charge de uhlans;
-Lafayette était obligé de se replier, et Rochambeau
-donnait sa démission.</p>
-
-<p>Il y eut un moment de terreur à Paris; les uns
-s'en prenaient au Roi, les autres au ministre, un plus
-grand nombre à la Reine. L'émotion fut vive dans
-la bourgeoisie parisienne, et M. de Vaublanc prétend
-que si, à cette heure, un chef résolu se fût présenté,
-elle se fût ralliée à lui spontanément pour restaurer
-l'autorité royale
-<a name="FNanchor_1040_1040" id="FNanchor_1040_1040"></a>
-<a href="#Footnote_1040_1040" class="fnanchor">[1040]</a>. Est-ce cette pensée qui détermina
-Lafayette à venir dans la capitale au mois de mai?
-Craignit-il que l'Assemblée, dans sa frayeur et dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">[Pg 354]</a></span>
-sa haine, voulût enlever la famille royale? Toujours
-est-il qu'il fit proposer au Roi, par Malouet, et à
-la Reine, par M. de Gouvernet, de se retirer au milieu
-de son armée, dont il répondait. Une division de
-cette armée eût été postée à Compiègne, et de là, des
-détachements eussent facilité le départ de la famille
-royale en s'aidant des gardes suisses et de la partie
-dévouée des gardes nationaux. Le Roi et la Reine
-refusèrent: le Roi avec des paroles bienveillantes
-pour le général, la Reine avec une certaine aigreur
-<a name="FNanchor_1041_1041" id="FNanchor_1041_1041"></a>
-<a href="#Footnote_1041_1041" class="fnanchor">[1041]</a>.
-Ni l'un ni l'autre ne voulaient échanger la tyrannie
-de l'Assemblée pour la tutelle de Lafayette. Peut-être
-se souvenaient-ils qu'au moment du renvoi de
-M. de Narbonne le général s'était emporté jusqu'à
-dire au garde des sceaux: «Nous verrons lequel, du
-Roi ou de moi, aura la majorité dans le royaume
-<a name="FNanchor_1042_1042" id="FNanchor_1042_1042"></a>
-<a href="#Footnote_1042_1042" class="fnanchor">[1042]</a>.»
-Peut-être aussi avaient-ils encore présent à la mémoire
-cet avis suprême du puissant tribun, dont le
-génie leur manquait tant à cette heure: «En cas de
-guerre, M. de Lafayette voudrait tenir le Roi prisonnier
-dans sa tente
-<a name="FNanchor_1043_1043" id="FNanchor_1043_1043"></a>
-<a href="#Footnote_1043_1043" class="fnanchor">[1043]</a>.»</p>
-
-<p>Mais pour les révolutionnaires à l'Assemblée et
-dans la presse, ces premiers échecs militaires servirent
-de prétexte à de nouvelles diatribes contre la
-Reine. On l'accusa d'être la cause de la déroute et
-d'avoir donné des ordres secrets pour occasionner
-la panique
-<a name="FNanchor_1044_1044" id="FNanchor_1044_1044"></a>
-<a href="#Footnote_1044_1044" class="fnanchor">[1044]</a>. La populace fut ameutée, et dès le
-1<sup>er</sup> mai, un Grec, qui habitait la France, et qui
-avait salué avec enthousiasme les débuts de la Révolution,
-mandait à ses amis: «Ne vous étonnez
-pas, si je vous écris quelque jour pour vous apprendre
-<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">[Pg 355]</a></span>
-l'assassinat du malheureux Roi et de sa
-femme
-<a name="FNanchor_1045_1045" id="FNanchor_1045_1045"></a>
-<a href="#Footnote_1045_1045" class="fnanchor">[1045]</a>.»
-Quinze jours après, un ami des Girondins,
-Carra, dénonçait, dans les <i>Annales patriotiques</i>, un
-prétendu Comité autrichien qui, disait-il, se tenait
-chez la princesse de Lamballe
-<a name="FNanchor_1046_1046" id="FNanchor_1046_1046"></a>
-<a href="#Footnote_1046_1046" class="fnanchor">[1046]</a> et préparait, avec la
-Reine, une Saint-Barthélemy des patriotes, tandis
-que le Roi, prenant la fuite, livrerait les places
-fortes et l'armée à l'émigration. Carra fut poursuivi,
-et, dans le débat qui s'éleva, déclara tenir ses informations
-de trois députés de la gauche: Merlin de
-Thionville, Bazire et Chabot. Le juge de paix, Etienne
-Larivière, qui avait instruit l'affaire, lança un mandat
-d'amener contre les trois députés, sans se souvenir
-qu'ils étaient inviolables. L'Assemblée le lui
-rappela durement en l'envoyant lui-même à la Haute-Cour
-d'Orléans, antichambre de l'échafaud.</p>
-
-<p>Le Roi s'émut; peut-être craignit-il que, dans ces
-allégations haineuses, on cherchât un prétexte pour
-réaliser le plan, si souvent prêté aux Jacobins, d'emmener
-la famille royale dans le Midi pour la livrer
-aux mains des émeutiers de Marseille et des assassins
-de la Glacière
-<a name="FNanchor_1047_1047" id="FNanchor_1047_1047"></a>
-<a href="#Footnote_1047_1047" class="fnanchor">[1047]</a>. Il jugea que «l'intérêt de l'Etat
-et sa tranquillité au dedans ne permettaient pas de
-laisser passer de telles calomnies sous silence», et
-prescrivit au garde des sceaux d'en traduire les auteurs
-devant les tribunaux afin que «toute cette
-affaire fût parfaitement éclaircie
-<a name="FNanchor_1048_1048" id="FNanchor_1048_1048"></a>
-<a href="#Footnote_1048_1048" class="fnanchor">[1048]</a>». Les Girondins
-répondirent à cette lettre du Roi en reproduisant,
-<span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">[Pg 356]</a></span>
-en pleine Assemblée, les accusations odieuses lancées
-par leur ami Carra. Brissot, le grand dénonciateur,
-attaqua en termes violents M. de Montmorin;
-mais cette fois il dépassa le but et, malgré l'appui
-de Gensonné, la tentative avorta. En même
-temps, Pétion, que la Reine, mal inspirée, avait contribué
-à faire nommer maire de Paris contre Lafayette,
-et qui ne se servait de sa position que pour
-mieux battre en brèche la royauté, Pétion signalait
-au commandant de la garde nationale, dans une
-lettre rendue publique, de prétendues inquiétudes
-sur un prochain départ du Roi pendant la nuit, inquiétudes,
-disait-il, fondées sur des probabilités et
-des indices, et donnait l'ordre de multiplier les patrouilles,
-tenant ainsi la population dans de perpétuelles
-alarmes
-<a name="FNanchor_1049_1049" id="FNanchor_1049_1049"></a>
-<a href="#Footnote_1049_1049" class="fnanchor">[1049]</a>.</p>
-
-<p>Quelques jours après, le 29 mai, nouvelle alerte,
-nouveau rassemblement des gardes nationaux, nouvelle
-promenade armée autour du Château pour surveiller
-le Roi
-<a name="FNanchor_1050_1050" id="FNanchor_1050_1050"></a>
-<a href="#Footnote_1050_1050" class="fnanchor">[1050]</a>.</p>
-
-<p>Mais un bruit plus sérieux vint émouvoir les esprits
-et aggraver la situation. Vers le commencement
-de 1792, M<sup>me</sup> Campan avait été prévenue que
-M<sup>me</sup> de la Motte avait composé un nouveau libelle
-contre la Reine et l'avait fait passer en France.
-On ajoutait que c'était avant tout une affaire de chantage
-et que vraisemblablement le porteur du manuscrit
-le livrerait pour mille louis. M<sup>me</sup> Campan fit
-part de cette ouverture à Marie-Antoinette; mais la
-Reine la repoussa, en disant qu'elle avait toujours
-dédaigné de pareils libelles et que, en outre, si elle
-avait la faiblesse d'en acheter un pour l'empêcher
-<span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">[Pg 357]</a></span>
-de paraître, elle n'échapperait pas à l'actif espionnage
-des Jacobins et leur fournirait par là de
-nouvelles armes et de nouveaux prétextes.</p>
-
-<p>Le raisonnement était sage, et d'ailleurs tant de
-calomnies immondes inondaient la rue qu'une de
-plus ou de moins n'avait guère d'importance. Mais
-Louis XVI n'eut pas la même impassibilité que sa
-femme: il redouta pour elle le douloureux souvenir
-que réveillait le nom de M<sup>me</sup> de la Motte, et fit acheter
-par M. de la Porte l'édition entière des <i>Mémoires</i>.
-Au lieu de la détruire sur-le-champ, et en secret,
-M. de la Porte se contenta d'en enfermer les
-exemplaires dans un cabinet de son hôtel. Mais les
-événements marchaient; la violence de l'Assemblée
-et de la populace croissait d'heure en heure; dénoncé
-lui-même, M. de la Porte craignit qu'une perquisition,
-faite chez lui à l'improviste, ne fît découvrir
-les brochures et ne leur donnât ainsi la publicité redoutée;
-il résolut de s'en défaire; mais, par une
-maladresse ou un aveuglement inexplicable, il les fit
-transporter en plein jour, sur une charrette, à la manufacture
-de Sèvres, où elles furent brûlées, dans un
-grand feu allumé tout exprès, en présence de deux
-cents ouvriers, auxquels il était expressément défendu
-d'en approcher. Cet excès de précaution et d'imprudence
-ne fit qu'alimenter les soupçons, en excitant
-la curiosité sans la satisfaire. Une dénonciation
-fut faite par les ouvriers, et, malgré les explications
-du directeur de Sèvres et de M. de la Porte, mandés
-à la barre de l'Assemblée, on persista à voir dans
-les pamphlets brûlés les papiers du fameux et imaginaire
-Comité autrichien. Girondins et Jacobins s'unirent
-pour dénoncer le complot, et, fidèles à leur
-système d'abattre un à un les derniers appuis de la
-monarchie, afin de la renverser plus facilement, ils
-<span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">[Pg 358]</a></span>
-profitèrent de l'émotion produite pour priver le Roi
-de sa garde constitutionnelle.</p>
-
-<p>Formée, le 16 mars, d'un tiers de troupes de ligne
-et de deux tiers de gardes nationaux, sous le commandement
-suprême du duc de Brissac, qui avait
-sous ses ordres MM. d'Hervilly et de Pont-l'Abbé,
-cette garde était sincèrement dévouée au Roi; elle
-eût été, en cas d'émeute, avec les Suisses et la partie
-saine de la garde nationale, un centre sérieux de résistance
-<a name="FNanchor_1051_1051" id="FNanchor_1051_1051"></a>
-<a href="#Footnote_1051_1051" class="fnanchor">[1051]</a>.
-Elle était en même temps sans hostilité
-contre les institutions nouvelles et pleine de déférence
-pour la milice citoyenne; elle en avait donné des
-preuves en mainte occasion. Il y avait entre les
-deux corps un désir ardent de vivre en bonne harmonie
-<a name="FNanchor_1052_1052" id="FNanchor_1052_1052"></a>
-<a href="#Footnote_1052_1052" class="fnanchor">[1052]</a>.
-«Tenons-nous bien unis, disaient les gardes
-du Roi, c'est le moyen d'être forts
-<a name="FNanchor_1053_1053" id="FNanchor_1053_1053"></a>
-<a href="#Footnote_1053_1053" class="fnanchor">[1053]</a>.» Mais cet accord
-même excitait la méfiance et la haine des ennemis
-de la royauté. Des rassemblements menaçants
-se formaient aux Tuileries; on entourait les gardes;
-on insultait les officiers; on les accusait de conserver
-dans la caserne de l'Ecole militaire un drapeau
-blanc; on les dénonçait à l'Assemblée, qui se déclarait
-aussitôt en permanence, comme si elle eût été en
-face d'un immense danger. Bazire, allant droit au
-but, demanda qu'on licenciât la garde constitutionnelle
-composée, disait-il, «de prêtres réfractaires,
-d'émigrés et d'Arlésiens aristocrates.» Et après une
-longue séance, au milieu de la nuit, la proposition
-de Bazire, appuyée par Brissot, fut adoptée: la garde
-<span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">[Pg 359]</a></span>
-constitutionnelle fut dissoute et son commandant, le
-duc de Brissac, envoyé dans les prisons d'Orléans;
-il ne devait en sortir que pour être massacré à Versailles,
-le 9 septembre.</p>
-
-<p>Pendant qu'on délibérait ainsi, le commandant en
-second de la garde, M. d'Hervilly, vint dire à Malouet
-et à Montmorin: «Quel que soit le décret, je suis
-sûr de mon corps, et si le Roi le permet, avec
-dix-huit cents hommes
-<a name="FNanchor_1054_1054" id="FNanchor_1054_1054"></a>
-<a href="#Footnote_1054_1054" class="fnanchor">[1054]</a>, je chasserai l'Assemblée
-demain.» Mais le Roi ne le permit pas. Vainement
-Malouet et Montmorin le supplièrent-ils de ne pas
-sanctionner le décret de suppression. Vainement
-M. d'Hervilly lui renouvela-t-il, avec les plus vives
-instances, la proposition de fondre sur les Jacobins
-et les factieux de l'Assemblée. «Les scélérats, dit-il,
-sont faibles, quand on leur résiste, et ce jour
-peut être un jour bien précieux pour défendre la
-cause royale. Si nous réussissons, nous ferons le
-bonheur de la France; si nous succombons, désavouez-moi,
-accusez-moi et faites tomber sur moi
-la colère de l'Assemblée.» Vainement fit-on remarquer
-au Roi que cette avant-garde de M. d'Hervilly
-pourrait être appuyée par six mille royalistes,
-enrôlés à Paris par M. de Clermont-Tonnerre. Le
-Roi, toujours effrayé de la perspective d'un conflit,
-refusa, et la Reine, à qui souriait toute résolution
-énergique, mais qui devait s'incliner devant la volonté
-de son époux, ne put que dire à M<sup>me</sup> de Tourzel:
-«La proposition de M. d'Hervilly est grande et honorable;
-mais le Roi ne peut se déterminer à l'accepter;
-et dans cette position, je me reprocherais
-d'influencer sa décision
-<a name="FNanchor_1055_1055" id="FNanchor_1055_1055"></a>
-<a href="#Footnote_1055_1055" class="fnanchor">[1055]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">[Pg 360]</a></span></p>
-
-<p>Louis XVI était désarmé; tout lui manquait à la
-fois; sa garde était licencée, et les Constitutionnels,
-impuissants et mal écoutés, l'abandonnaient. Barnave,
-à son tour, s'éloigna, après avoir demandé à la Reine,
-comme une faveur suprême, l'honneur de lui baiser
-la main. La Reine lui accorda cette grâce et vit partir
-les larmes aux yeux, profondément émue elle-même,
-ce conseiller de la dernière heure, dont elle avait apprécié
-les nobles sentiments, sans en accepter les
-idées, et qui devait payer de sa vie son tardif dévouement
-<a name="FNanchor_1056_1056" id="FNanchor_1056_1056"></a>
-<a href="#Footnote_1056_1056" class="fnanchor">[1056]</a>.</p>
-
-<p>Mais l'Assemblée ne désarmait pas. Le 26 mai,
-elle avait, par un décret, condamné à la déportation
-tout prêtre insermenté qui serait dénoncé par vingt
-citoyens actifs. Le 8 juin, elle décida qu'un camp de
-vingt mille hommes, composé de cinq hommes par
-canton, serait formé sous Paris pour le 14 juillet
-suivant, afin de renouveler la fête de la Fédération
-et de resserrer ainsi les liens de fraternité entre les
-départements et la capitale. En réalité, c'était amener
-sous les murs de Paris une force de vingt mille
-révolutionnaires, à la disposition des clubs, préparer
-des soldats pour toutes les émeutes, et constituer
-à l'Assemblée la garde qu'on avait refusée au Roi. Le
-projet avait été arrêté aux Jacobins, et le ministre de
-la guerre, Servan, l'avait présenté à l'Assemblée,
-sans en avoir parlé au Conseil, ni même en avoir
-prévenu le prince. Les deux décrets insultaient à la
-fois Louis XVI dans sa dignité, le menaçaient dans
-son pouvoir, le froissaient dans sa conscience; il
-refusa, ou tout au moins ajourna sa sanction. Les
-trois ministres girondins, Roland, Clavière et Servan,
-qui, depuis leur entrée aux affaires, n'avaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">[Pg 361]</a></span>
-cessé d'intriguer presque publiquement contre celui
-qu'ils devaient conseiller et défendre, achevaient de
-rendre le ministère impossible. Le 10 juin, Roland
-mit le comble à ces attaques en écrivant au Roi,
-sous l'inspiration et par la plume de sa femme, une
-lettre insolente dont, par une suprême inconvenance,
-il donna lecture en plein Conseil, après avoir juré
-de la tenir secrète. Dans cette lettre que Dumouriez
-a traitée «d'impudente diatribe
-<a name="FNanchor_1057_1057" id="FNanchor_1057_1057"></a>
-<a href="#Footnote_1057_1057" class="fnanchor">[1057]</a>» et que le dernier
-éditeur des Mémoires de M<sup>me</sup> Roland a qualifiée de
-«violence inutile et de vilaine action
-<a name="FNanchor_1058_1058" id="FNanchor_1058_1058"></a>
-<a href="#Footnote_1058_1058" class="fnanchor">[1058]</a>», Roland
-censurait brutalement la conduite de Louis XVI et de
-Marie-Antoinette, intimait au monarque l'ordre de
-changer de confesseur, et s'emportait jusqu'à l'appeler
-parjure
-<a name="FNanchor_1059_1059" id="FNanchor_1059_1059"></a>
-<a href="#Footnote_1059_1059" class="fnanchor">[1059]</a>.
-Il le sommait d'exécuter les volontés
-de la Gironde et l'avertissait que, s'il refusait de
-sanctionner les décrets, il susciterait contre lui
-«l'implacable défiance d'un peuple contristé qui ne
-verrait plus dans son Roi que l'ami et le complice
-des conspirateurs
-<a name="FNanchor_1060_1060" id="FNanchor_1060_1060"></a>
-<a href="#Footnote_1060_1060" class="fnanchor">[1060]</a>». C'en était trop; le 13 juin,
-Louis XVI renvoya les trois ministres et chargea
-Dumouriez de leur donner des successeurs. L'Assemblée
-répondit à cet acte de vigueur, en déclarant
-que les ministres congédiés emportaient sa confiance,
-et décrétant l'impression de la lettre de Roland
-et son envoi aux quatre-vingt-trois départements.</p>
-
-<p>Dumouriez demeurait chef du cabinet et Louis XVI
-se sentait attiré vers cette nature complexe qui ne
-ressemblait en rien aux ministres qu'il avait destitués;
-mais Dumouriez déclara qu'il ne pouvait rester
-d'une manière utile, si la sanction royale n'était
-<span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">[Pg 362]</a></span>
-donnée aux deux décrets, s'engageant d'ailleurs à
-transporter à Soissons le camp que Servan voulait
-former près de Paris. Malgré sa répugnance à réunir
-ainsi, comme disait la Reine, «vingt mille coquins
-qui pouvaient le massacrer,» le Roi avait fini par
-consentir à ce que demandait son ministre, au moins
-pour le décret du 8 juin; mais, sur le décret contre
-les prêtres, après un moment d'hésitation et malgré
-les pressantes instances du général, il demeura inflexible.</p>
-
-<p>Le 15 juin, Dumouriez donna sa démission, résolu
-à quitter Paris et à se rendre à l'armée. Mais, avant
-de partir, le 18 juin, il alla prendre congé du Roi;
-l'entrevue fut émouvante. Dumouriez fit une dernière
-tentative pour vaincre ce qu'il appelait les
-«scrupules» du souverain; il lui représenta avec
-force les dangers d'un refus, l'impopularité du clergé;
-il lui peignit, avec des accents pathétiques, les
-prêtres massacrés, sa couronne menacée, lui-même,
-sa femme, ses enfants en proie aux fureurs populaires.
-«Je m'attends à la mort, répondit le prince
-simplement, et je leur pardonne d'avance.» Mais il
-persista dans sa résolution, ne voulant pas ajouter
-à toutes les peines qu'il endurait la peine plus cuisante
-d'un remords
-<a name="FNanchor_1061_1061" id="FNanchor_1061_1061"></a>
-<a href="#Footnote_1061_1061" class="fnanchor">[1061]</a>.</p>
-
-<p>«Dumouriez se retira, a dit un éminent historien,
-sans avoir compris la grandeur de cette scène,
-ni la portée du rôle qu'il y avait joué; sans avoir senti
-qu'il était là pour démontrer à quel point la majesté
-du devoir est supérieure aux considérations de la
-politique
-<a name="FNanchor_1062_1062" id="FNanchor_1062_1062"></a>
-<a href="#Footnote_1062_1062" class="fnanchor">[1062]</a>.»</p>
-
-<p>Quelques jours après, il partait pour l'armée de
-Lukner, dont il allait prendre le commandement.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">[Pg 363]</a></span></p>
-
-<p>Le 19 juin, usant de son droit constitutionnel, et
-sollicité d'ailleurs par le Directoire du département
-de la Seine et par une pétition couverte de huit mille
-signatures, le Roi opposait formellement son <i>veto</i>
-aux deux décrets, dont l'un était la plus grave des
-atteintes à la liberté de conscience proclamée par la
-Constitution, dont l'autre était une menace perpétuelle
-pour l'ordre et la liberté du gouvernement.</p>
-
-<p>C'était, par un acte parfaitement légal et légitime,
-jeter le gant à l'Assemblée qui avait voté ces décrets,
-à la Gironde qui les avait présentés, aux Jacobins qui
-les avaient conçus, à la populace qui s'agitait dans les
-faubourgs. Le gant ne devait pas tarder à être relevé.
-Le Roi ne l'ignorait pas, et, le jour même où il refusait
-sa sanction aux décrets, il écrivait à son confesseur,
-M. Hébert, supérieur des Eudistes
-<a name="FNanchor_1063_1063" id="FNanchor_1063_1063"></a>
-<a href="#Footnote_1063_1063" class="fnanchor">[1063]</a>:</p>
-
-<p>«Venez me voir; je n'eus jamais autant besoin de
-vos consolations. J'ai fini avec les hommes; c'est
-vers le ciel que se portent mes regards. On annonce
-pour demain de grands malheurs; j'aurai du courage
-<a name="FNanchor_1064_1064" id="FNanchor_1064_1064"></a>
-<a href="#Footnote_1064_1064" class="fnanchor">[1064]</a>.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">[Pg 364]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XIX" id="CHAPITRE_XIX"></a>CHAPITRE XIX</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Le 20 juin.</p>
-</div>
-
-<p>Depuis longtemps déjà tout se préparait pour un
-soulèvement; la date avait été choisie: c'était le 20
-juin, le double anniversaire du serment du Jeu de
-Paume et de la fuite de Varennes. Des conciliabules
-se tenaient au faubourg Saint-Antoine, chez le brasseur
-Santerre, où, sous l'impulsion de Danton, et
-avec la connivence du maire de Paris, Pétion, se réunissaient
-les meneurs habituels de la populace parisienne:
-Fournier l'Américain, le marquis de Saint-Huruge,
-le boucher Legendre, le Polonais Lazouski,
-Alexandre, le chef de bataillon du faubourg Saint-Marcel.
-Le refus de sanction des décrets, s'ajoutant
-au renvoi des ministres girondins, vint fournir le
-prétexte.</p>
-
-<p>Dès le 19 au soir, Paris s'agitait; le charme d'une
-belle soirée attirait les habitants au dehors; dans les
-rues, sur les places, des groupes se formaient, s'entretenant
-de la manifestation projetée pour le lendemain.
-«Aux Tuileries, dit un témoin, il y avait
-plus de personnes que de grains de sable
-<a name="FNanchor_1065_1065" id="FNanchor_1065_1065"></a>
-<a href="#Footnote_1065_1065" class="fnanchor">[1065]</a>.» Des
-journaux, comme les <i>Révolutions de Paris</i>, prêchaient
-ouvertement le renversement de la Constitution
-et la révolte contre «l'individu royal
-<a name="FNanchor_1066_1066" id="FNanchor_1066_1066"></a>
-<a href="#Footnote_1066_1066" class="fnanchor">[1066]</a>».</p>
-
-<p>Prévenu de ce qui se passait par le nouveau ministre
-<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">[Pg 365]</a></span>
-de l'intérieur, Terrier de Montciel, le Directoire
-du département, composé de Constitutionnels convaincus
-et résolus, manda près de lui le maire et les
-administrateurs de police et les força de donner au
-commandant général de la garde nationale, Ramainvilliers,
-l'ordre écrit de «tenir les postes au complet,
-de doubler ceux de l'Assemblée et des Tuileries,
-d'avoir des réserves d'infanterie et de cavalerie, et,
-au besoin, de requérir les troupes de ligne». En
-même temps, il les avertissait eux-mêmes d'avoir à
-prendre <i>sans délai</i> toutes les mesures nécessaires
-pour empêcher les rassemblements contraires à la
-loi.</p>
-
-<p>Malgré ces injonctions si nettes et les dispositions
-formelles de la loi, rien ne fut fait pour empêcher
-l'insurrection. La municipalité, au contraire, «informée,
-dit-elle, qu'un grand nombre de citoyens se
-proposent de se présenter à l'Assemblée et chez le
-Roi pour remettre une adresse,» prit un arrêté pour
-ordonner au commandant général de «rassembler
-sous les drapeaux les citoyens de tous uniformes et
-de toutes armes, lesquels marcheront ainsi sous le
-commandement des officiers du bataillon». C'était
-légitimer la violation de la loi et rendre la répression
-impossible en désarmant l'autorité et en donnant
-en quelque sorte à l'émeute la consécration de la
-légalité.</p>
-
-<p>Tiraillé entre ces prescriptions contraires, Ramainvilliers
-hésita, se troubla, et finalement s'abstint.
-Pendant toute la journée du 20, on le chercha partout,
-sans le trouver.</p>
-
-<p>Dès cinq heures du matin, le rappel avait battu;
-à huit heures, les «faubourgs» se mettaient en marche;
-vers midi, ils arrivaient à la rue Saint-Honoré.
-Partis des deux rives de la Seine, ils n'avaient pas
-<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">[Pg 366]</a></span>
-tardé à se réunir pour former un groupe compacte,
-qui se grossissait en marchant de tous les oisifs et de
-tous les badauds. Les quinze cents hommes de Santerre
-étaient ainsi devenus vingt mille. Des sapeurs
-étaient en tête; puis venaient les canons et une voiture
-portant l'arbre de la liberté qu'on devait planter
-sur la terrasse des Feuillants.</p>
-
-<p>A la porte de l'Assemblée, la colonne s'arrête, et
-Santerre fait parvenir une lettre au président.</p>
-
-<p>L'Assemblée délibérait précisément sur l'accueil
-qu'elle devait faire aux pétitionnaires. Le président,
-Français, de Nantes, donne lecture de la lettre qui
-réclame pour eux l'admission à la barre. Les tribunes
-applaudissent. «Qu'on les fasse entrer,» crie la
-gauche.—«Non, non,» riposte la droite. Les interpellations
-se croisent d'un côté à l'autre de la salle.
-Quelques individus parviennent à s'introduire; on
-les fait sortir.</p>
-
-<p>Le Manège, qui, depuis le retour du Roi à Paris,
-servait de lieu de réunion à l'Assemblée, était un
-grand bâtiment de cent cinquante pieds de long environ,
-parallèle à la terrasse des Feuillants
-<a name="FNanchor_1067_1067" id="FNanchor_1067_1067"></a>
-<a href="#Footnote_1067_1067" class="fnanchor">[1067]</a>. Entre
-la salle et cette terrasse régnait une longue cour
-étroite, séparée du jardin des Tuileries par un mur
-élevé; une petite porte, pratiquée dans le mur, donnait
-accès dans le jardin. La foule, ne voulant pas
-s'entasser dans cette cour, où elle eût pu être facilement
-cernée, s'était massée à l'autre extrémité des
-bâtiments. La tête de la colonne se pressait au pied
-de l'escalier qui conduisait à la salle des séances, et,
-poussée par les flots nouveaux qui survenaient sans
-cesse, ne pouvant ni avancer ni reculer, elle s'était
-<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">[Pg 367]</a></span>
-échappée de côté et répandue dans un jardin voisin,
-dépendant d'un ancien couvent de Capucins. Ne sachant
-que faire pendant que l'Assemblée délibérait,
-les sapeurs plantèrent dans ce jardin l'arbre de la
-liberté qu'ils traînaient sur un char.</p>
-
-<p>D'autres bandes, cependant, cherchant une issue
-et trouvant partout la place prise, avaient envahi la
-cour du Manège. Pressées, elles aussi, par les nouvelles
-couches qui arrivent de minute en minute,
-étouffant dans cet étroit espace, elles se précipitent
-vers la porte qui donne dans le jardin des Tuileries.
-La porte est gardée par un détachement de grenadiers,
-et des canons sont braqués pour en interdire
-le passage. Vainement trois officiers municipaux,
-Boucher René, Bouclier Saint-Sauveur et Mouchet,
-qui sont allés au devant du rassemblement et se
-trouvent ainsi en tête de la colonne, réclament
-l'ouverture de la porte; le commandant du poste les
-renvoie au commandant général. Les officiers municipaux
-se rendent au Château et, ne rencontrant
-pas Ramainvilliers, ils s'adressent au Roi. L'un
-d'eux, petit homme noir et bancroche, qui joua dans
-cette journée le triste rôle de mouche du coche révolutionnaire,
-Mouchet, interpelle Louis XVI et demande
-qu'on laisse l'entrée du jardin libre pour des
-citoyens qui, marchant <i>légalement</i>, ne peuvent
-qu'être blessés de se sentir soupçonnés: «Nous-mêmes,
-ajoute-t-il, avons été affectés de voir des
-canons pointés sur le peuple. De telles mesures
-sont plus propres à l'irriter qu'à le contenter.»—«Votre
-devoir, répond le Roi, est de faire exécuter
-la loi.»—«Si la porte n'est pas ouverte,» riposte
-Mouchet, «elle sera enfoncée.»—«Eh bien,» reprend
-le Roi, «si vous le jugez utile, faites ouvrir
-la porte des Feuillants. Qu'on défile le long de la
-<span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">[Pg 368]</a></span>
-terrasse, pour sortir par la porte des écuries; mais
-faites en sorte que la tranquillité publique ne soit
-pas troublée. Votre devoir est d'y veiller.»</p>
-
-<p>Les officiers municipaux sortent pour transmettre
-la réponse du Roi; il était trop tard. La porte avait
-été enfoncée et la foule s'était répandue dans le
-jardin, d'où il eût été facile alors, avec un peu de
-bonne volonté et d'énergie, de la faire écouler. L'autre
-partie de la colonne, ainsi coupée en deux, celle
-qui se pressait dans la cour des Feuillants, avait fini
-par être admise dans l'Assemblée. L'orateur de la
-bande, Huguenin
-<a name="FNanchor_1068_1068" id="FNanchor_1068_1068"></a>
-<a href="#Footnote_1068_1068" class="fnanchor">[1068]</a>, se présente à la barre et lit une
-longue et violente diatribe contre le Roi: «Pourquoi
-faut-il que des hommes libres se voient réduits à
-la cruelle nécessité de tremper leurs mains dans le
-sang des conspirateurs? Il n'est plus temps de dissimuler;
-la trame est découverte; l'heure est arrivée;
-le sang coulera, et l'arbre de la liberté, que
-nous venons de planter, fleurira en paix..... Un
-seul homme ne doit point influencer la volonté
-de vingt-cinq millions d'hommes.»</p>
-
-<p>La gauche applaudit; la droite s'indigne; Mathieu
-Dumas demande la question préalable sur la pétition.
-Mais, au milieu des vociférations des tribunes et des
-menaces de ces bandes qui grondent au dehors, la
-délibération n'est pas libre. La question préalable est
-repoussée, et l'Assemblée décide que les citoyens des
-faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel seront admis
-à défiler devant elle.</p>
-
-<p>Un roulement rappelle la foule dispersée dans le
-jardin des Tuileries, et le défilé commence, au son
-des tambours et de la musique. Santerre et Saint-Huruge
-<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">[Pg 369]</a></span>
-sont à la tête; ils se placent au pied de la tribune
-et passent en revue leur armée. Puis vient un mélange
-confus de femmes, d'enfants, de gardes nationaux et
-de sans-culottes, les uns sans armes, les autres armés
-de sabres, de piques, de faulx, de haches, de
-couteaux et même de scies. Deux hommes portent,
-au bout d'une pique, l'un une vieille culotte, avec
-ces mots: <i>Vivent les sans-culottes!</i> l'autre, un cœur
-de veau tout saignant, sous lequel est écrit: <i>Cœur
-d'aristocrate!</i> De grossiers emblèmes, des enseignes
-insultantes, des inscriptions menaçantes flottent au-dessus
-des têtes: <i>A bas le Veto!</i> <i>Avis à Louis XVI!</i>
-<i>Le peuple est las de souffrir!</i> <i>La liberté ou la
-mort!</i> La musique joue le <i>Ça ira</i>, et la foule tantôt
-répète les paroles de la chanson populaire, tantôt
-crie en guise de refrain: <i>A bas le Veto!</i> Parfois, le
-cortège s'arrête et se livre, au milieu de la salle, à
-des danses patriotiques. Et l'Assemblée assiste, avec
-une résignation humiliée, à ce honteux avilissement
-de la représentation nationale.</p>
-
-<p>Le défilé dure près de deux heures. Quand il est
-terminé, Santerre remercie les députés de l'amitié
-qu'ils ont bien voulu témoigner aux pétitionnaires,
-remet au Président, en signe de reconnaissance, un
-«superbe drapeau
-<a name="FNanchor_1069_1069" id="FNanchor_1069_1069"></a>
-<a href="#Footnote_1069_1069" class="fnanchor">[1069]</a>» et court sur la place du Carrousel
-reprendre le commandement de son armée.
-Il est trois heures et demie. L'Assemblée lève la
-séance.</p>
-
-<p>En sortant de la salle par la cour du Manège, la
-colonne, au lieu de regagner la rue Saint-Honoré,
-avait pénétré dans le jardin des Tuileries, et de là,
-longeant la façade du Château, elle sortait par le
-guichet du Pont-Royal. En passant sous les fenêtres
-<span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">[Pg 370]</a></span>
-elle répétait bruyamment ses cris favoris: <i>Vivent
-les sans-culottes!</i> <i>A bas Monsieur et Madame
-Veto!</i> Dix bataillons de la garde nationale étaient là,
-formant un front de bandière, devant lequel défilaient
-les faubourgs. Arrivé au Pont-Royal, le cortège
-sembla prendre la ligne des quais, et l'on put
-croire un moment que tout se bornerait aux déclamations
-violentes dont avait retenti l'Assemblée. Il
-n'en devait pas être ainsi, et tel n'était pas le plan
-des chefs de l'émeute. L'envahissement du Château
-faisait partie du programme, en attendant mieux
-peut-être et en laissant au hasard le soin d'achever.
-Arrivée en face du Carrousel, la bande, au lieu de
-continuer sa marche, se détourne et franchit le
-guichet.</p>
-
-<p>La cour du Conseil est envahie; là, le cortège
-s'arrête et frappe à la porte de la cour Royale. «Nous
-voulons entrer, crie-t-on, nous ne voulons pas de
-mal au Roi.» Pour toute réponse, les deux gendarmes
-qui sont de garde croisent la baïonnette. La foule
-recule un moment. Mais les gendarmes et les gardes
-nationaux n'ont pas d'instructions; les uns veulent
-défendre la porte à outrance, les autres hésitent.
-«Qu'avons-nous à faire?» demande un capitaine au
-colonel Rulhière.—«Je n'ai pas d'ordres,» répond
-Rulhière, «mais je crois que la troupe est ici pour
-soutenir la garde nationale.» Le commandant général,
-Ramainvilliers, vient à passer; un lieutenant-colonel
-de gendarmerie, Carle, court à lui et l'interroge:
-«Otez les baïonnettes,» répond Ramainvilliers.—«Pourquoi,»
-riposte Carle indigné, «pourquoi ne
-m'ordonne-t-on pas tout de suite de rendre mon épée
-et d'ôter ma culotte?» Ramainvilliers ne réplique
-rien et disparaît.</p>
-
-<p>Pour tout concilier, un des officiers les plus dévoués
-<span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">[Pg 371]</a></span>
-à la famille royale, Aclocque, engage les chefs
-de la colonne à choisir vingt pétitionnaires, qu'il promet
-de conduire au Roi. Une trentaine d'hommes se
-présentent; on les laisse entrer et le guichet se referme.</p>
-
-<p>La foule gronde au dehors. Les bruits les plus
-propres à irriter les passions populaires circulent,
-habilement semés et commentés. On raconte «qu'on
-a vu le matin, au Château, douze ou quinze cents
-chevaliers de Saint-Louis; qu'on a reconnu dans la
-cour d'anciens membres de la Maison du Roi supprimée;
-que les appartements sont remplis de personnes
-vêtues de noir, animées des intentions les
-plus contre-révolutionnaires; que ce jour est destiné
-à renouveler la journée des poignards, etc.».
-Toutes ces rumeurs se répandent et exaspèrent la
-populace, déjà surexcitée. Les canonniers des faubourgs,
-qui sont rangés avec leurs pièces sur la
-place du Carrousel, font chorus avec la foule. Le
-commandant du bataillon du Val-de-Grâce, Saint-Prix,
-essaie vainement de faire rentrer ses hommes,
-qu'il sait mal disposés, dans leur quartier; les
-hommes refusent, et, malgré leur chef, chargent
-leurs canons: «Nous ne partirons pas,» dit un lieutenant...
-«Nous ne sommes pas venus pour rien; le
-Carrousel est forcé; il faut que le Château le soit.
-Voilà la première fois que les canonniers du Val-de-Grâce
-marchent; ce ne sont pas des j..-f...; nous
-allons voir.» Et montrant le Château de la main:
-«A moi, canonniers! Droit à l'ennemi!» Les canonniers
-s'ébranlent et tournent leurs pièces contre la
-porte royale. «Si on refuse l'ouverture de la porte,»
-dit Santerre qui vient d'arriver, «on la brisera à
-coups de boulets.»</p>
-
-<p>Mais il n'en est pas besoin: deux municipaux,
-<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">[Pg 372]</a></span>
-Boucher René et un autre, dont le nom est resté
-inconnu, donnent l'ordre d'ouvrir. Le flot humain
-se précipite dans la cour des Tuileries; tout entre à
-la fois: peuple, gardes nationaux, gendarmes. «Je
-verrai longtemps, a dit un témoin oculaire, seize mille
-hommes armés, faisant bonne contenance, se croyant
-obligés de céder à deux municipaux qui leur ordonnent,
-par la loi, d'en laisser passer vingt mille avec
-des piques, haches, escaladant avec une vitesse terrible
-les marches du palais. Jamais les vagues furieuses
-de la mer ne m'ont semblé si dangereuses
-<a name="FNanchor_1070_1070" id="FNanchor_1070_1070"></a>
-<a href="#Footnote_1070_1070" class="fnanchor">[1070]</a>.»
-Quelques officiers dévoués s'efforcent de fermer la
-porte qui sépare la cour du grand escalier. Les
-gardes nationaux, découragés par l'attitude de
-la municipalité, refusent de défendre l'entrée,
-et comme un des commandants leur dit: «Êtes-vous
-sûrs qu'il ne se mêlera point, parmi
-ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter
-à la vie du Roi?»—«Il vaut mieux,» répondent-ils,
-«qu'un homme soit égorgé que nous.»
-C'est avec ce mot, qui justifie toutes les lâchetés et
-qui autorise tous les crimes, que la dernière porte est
-franchie, et l'accès de la demeure royale livré à
-l'invasion.</p>
-
-<p>La foule, ne rencontrant plus de résistance, se rue
-dans l'escalier; elle s'y élance en masses si compactes
-et avec une telle impétuosité, qu'un des canons du
-Val-de-Grâce est porté à bras, jusqu'à la troisième
-salle du Château, la salle des Suisses; là, ses roues
-s'accrochent dans le tambour d'une porte; cet obstacle
-inattendu arrête un instant les envahisseurs et
-redouble les colères. Le bruit court que c'est un canon
-braqué par les défenseurs de la royauté pour
-<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">[Pg 373]</a></span>
-mitrailler le peuple; il n'en faut pas plus pour faire
-massacrer tous les habitants des Tuileries. Heureusement,
-sur l'ordre de Mouchet, les sapeurs dégagent
-le canon et le descendent au pied du grand escalier,
-où il reste jusqu'à la fin de la journée.</p>
-
-<p>Le Roi était dans sa chambre avec sa famille, quand
-tout à coup il entend frapper à la porte. On ouvre;
-c'est un de ses fidèles, le chef de bataillon Aclocque,
-qui vient le supplier de se montrer au peuple.
-Louis XVI y consent; il passe dans la salle du lit et de là
-dans celle de l'Œil-de-Bœuf. La Reine veut le suivre;
-le Roi l'en empêche; on l'entraîne et elle n'a que le
-temps de dire aux grenadiers: «Mes amis, sauvez
-le Roi
-<a name="FNanchor_1071_1071" id="FNanchor_1071_1071"></a>
-<a href="#Footnote_1071_1071" class="fnanchor">[1071]</a>!»
-«Plus heureuse qu'elle,»—c'est elle-même
-qui le dit,—M<sup>me</sup> Elisabeth accompagne son
-frère, et avec elle quelques ministres et quelques
-gentilshommes: Terrier de Montciel, de Lajard, Beaulieu,
-l'amiral Bougainville, les maréchaux de Beauvau,
-de Mouchy, et de Mailly; MM. de Tourzel, d'Hervilly,
-etc.... «A moi, grenadiers!» dit le Roi. Un
-certain nombre de gardes nationaux, la plupart du
-bataillon Sainte-Opportune, accourent avec la Chesnaye,
-commandant de la 6<sup>me</sup> légion. «Messieurs,
-sauvez le Roi!» leur dit M<sup>me</sup> Elisabeth, les larmes
-aux yeux. Tous entourent Louis XVI et tirent leurs
-sabres. Mais, sur un mot d'Aclocque, qui fait observer
-que cette attitude menaçante pourrait exposer
-le prince qu'ils veulent défendre
-<a name="FNanchor_1072_1072" id="FNanchor_1072_1072"></a>
-<a href="#Footnote_1072_1072" class="fnanchor">[1072]</a>, ils remettent
-le sabre au fourreau.</p>
-
-<p>Une simple porte sépare Louis XVI des envahisseurs;
-la foule rugit au dehors et ébranle la porte
-à coups de hache; déjà les deux panneaux du bas
-ont été brisés, lorsque Aclocque engage le Roi à la
-<span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">[Pg 374]</a></span>
-faire ouvrir plutôt que de la laisser enfoncer. «Je
-le veux bien,» répond le prince, «je ne crains rien au
-milieu des personnes qui m'entourent.» Un huissier
-ouvre la porte; les masses font irruption: «Citoyens,»
-dit Aclocque, «reconnaissez votre Roi; respectez-le;
-la loi vous l'ordonne. Nous périrons tous
-plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la moindre
-atteinte.» Ces paroles, prononcées d'une voix haute
-et ferme, amènent un léger temps d'arrêt dans l'invasion;
-les gardes nationaux en profitent pour entraîner
-le Roi dans l'embrasure d'une fenêtre, du
-côté de la cour; il monte sur une banquette; les
-grenadiers se placent devant lui. «Sire,» dit l'un
-d'eux, «n'ayez pas peur.»—«Mon ami,» répond
-l'intrépide monarque, en prenant la main du grenadier
-et en l'appuyant sur sa poitrine, «mon ami,
-mettez la main sur mon cœur et voyez s'il bat plus
-vite
-<a name="FNanchor_1073_1073" id="FNanchor_1073_1073"></a>
-<a href="#Footnote_1073_1073" class="fnanchor">[1073]</a>.»</p>
-
-<p>Les vagues populaires montent toujours; la foule,
-un instant hésitante, se précipite en avant et remplit
-la salle avec des cris de haine et des menaces de
-mort: <i>A bas Monsieur Veto, Madame Veto et toute
-leur sequelle
-<a name="FNanchor_1074_1074" id="FNanchor_1074_1074"></a>
-<a href="#Footnote_1074_1074" class="fnanchor">[1074]</a>!</i>
-—<i>Au diable le Veto!</i>—<i>Le rappel
-des ministres patriotes!</i>—<i>Il faut qu'il signe; nous
-ne sortirons point qu'il ne l'ait fait.</i>—Un misérable,
-un des premiers entrés, armé d'un long bâton,
-au bout duquel est une lame d'épée très pointue,
-cherche à foncer sur le Roi; on l'écarte à coups de
-baïonnettes. Un autre, brun et grêlé de petite vérole,
-vêtu d'une redingote verdâtre et d'un pantalon de
-toile, un sabre de la main gauche, un pistolet de la
-<span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">[Pg 375]</a></span>
-main droite, essaie de percer la foule: «Ousqu'il
-est, que je le tue?» hurle-t-il.—«Malheureux!
-le voilà, ton Roi,» lui dit un huissier de
-l'appartement, «oses-tu le regarder?» Le brigand
-recule, comme saisi d'une espèce de terreur.
-Il se fait un moment de silence. Le Roi veut en
-profiter pour parler; mais une «inondation» nouvelle
-survient «avec de si horribles cris, dit un rapport,
-que Dieu tonnant n'eût pas été entendu
-<a name="FNanchor_1075_1075" id="FNanchor_1075_1075"></a>
-<a href="#Footnote_1075_1075" class="fnanchor">[1075]</a>». Au
-premier rang des envahisseurs paraît un brigand du
-nom de Soudin, soi-disant vainqueur de la Bastille,
-dont le principal exploit est d'avoir jadis lavé et
-porté au bout d'une pique les têtes sanglantes de
-Foulon et de Berthier. Plus loin, gesticule un individu,
-vêtu d'un habit vert, qui, suivant le mot énergique
-d'un témoin, passe pour avoir été un <i>coupe-tête</i>
-en 1789. Toute cette tourbe remplit l'Œil-de-Bœuf,
-criant, vociférant, ajoutant la menace à l'insulte,
-brisant les meubles, cassant les glaces, arrachant
-les serrures, volant les objets précieux, se conduisant,
-en un mot, dit le rapport du Directoire, «comme
-s'il s'agissait de faire le siège et le pillage des Tuileries.»</p>
-
-<p>«Que voulez-vous? demande tranquillement
-Louis XVI. Je suis votre Roi; je ne me suis pas
-écarté de la Constitution.»</p>
-
-<p>Sa voix se perd dans le tumulte. Le boucher Legendre
-s'approche de l'embrasure. «Monsieur...»
-dit-il. A cette appellation inattendue, Louis XVI fait
-un mouvement. «Oui, Monsieur, reprend Legendre,
-écoutez-nous; vous êtes fait pour nous écouter...
-Vous êtes un perfide; vous nous avez toujours
-trompés; vous nous trompez encore. Mais prenez
-<span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">[Pg 376]</a></span>
-garde à vous! La mesure est à son comble; le
-peuple est las d'être votre jouet.» Et il lit une prétendue
-pétition, qui, dit Rœderer, «n'était qu'un
-tissu de reproches, d'injures et de menaces.»</p>
-
-<p>«Je ferai ce que la Constitution et les décrets
-m'ordonnent de faire,» répond simplement le
-Roi.</p>
-
-<p><i>A bas le Veto!</i> <i>Le rappel des ministres!</i> riposte la
-foule. Et dans ce ramassis de sans-culottes et de
-mégères, qui remplit l'Œil-de-Bœuf, les outrages redoublent.
-Quelques misérables, armés de sabres,
-cherchent à rompre la ligne de gardes nationaux,
-pour atteindre le Roi; les grenadiers les repoussent.
-Louis XVI reste impassible; ni les vociférations, ni
-les violences ne peuvent altérer son incomparable
-sérénité.</p>
-
-<p>«Dans une circonstance aussi terrible, a dit un
-témoin non suspect, Louis se conduisit avec une fermeté
-extrême et une prudence vraiment royale, unies
-à un calme et à une bonté extraordinaires
-<a name="FNanchor_1076_1076" id="FNanchor_1076_1076"></a>
-<a href="#Footnote_1076_1076" class="fnanchor">[1076]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant un individu, qui porte au bout d'un bâton
-un bonnet rouge, s'approche du Roi et incline
-vers lui son bâton. Le municipal Mouchet comprend
-le signe; il prend le bonnet et le donne à Louis XVI
-qui le pose sur sa tête. La foule applaudit. <i>Vive la
-nation! Vive la liberté!</i> s'écrie-t-elle. Quelques acclamations
-de <i>Vive le Roi!</i> se font entendre; mais
-elles ne rencontrent pas d'écho. Et le brave grenadier
-Bidaut entend quelques misérables murmurer à
-mi-voix: «Il a f..... bien fait de le mettre; car nous
-aurions vu ce qui serait arrivé...., et f....., s'il ne
-sanctionne pas les décrets, nous reviendrons tous
-les jours.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">[Pg 377]</a></span></p>
-
-<p>Au milieu du rassemblement, une femme porte une
-épée entourée de fleurs et surmontée d'une cocarde.
-Le Roi l'aperçoit; il fait un signe. Mouchet, qu'on
-retrouve toujours partout, prend l'épée et la tend au
-prince qui la brandit et fait attacher la cocarde à son
-bonnet. <i>Vive la nation!</i> crie la foule; et le Roi
-reprend avec elle: <i>Vive la nation!</i></p>
-
-<p>Mouchet lui propose alors de sortir sur la terrasse.
-Louis XVI refuse. «Je suis bien ici,» dit-il. La chaleur
-cependant est étouffante. Un garde national,
-auquel on a fait passer une bouteille de vin et un
-verre, offre à boire au Roi. «Sire,» dit-il avec une
-familiarité naïve, «vous devez avoir bien soif; car
-moi, je meurs..... Si j'osais vous offrir..... Ne
-craignez rien; je suis un honnête homme, et pour
-que vous buviez sans crainte, je boirai le premier,
-si vous le permettez.»—«Oui, mon ami, je boirai
-dans votre verre,» répond le prince, et élevant
-le verre: «Peuple de Paris,» dit-il, «je bois
-à ta santé et à celle de la nation française.»</p>
-
-<p>Dans l'embrasure d'une autre fenêtre se tenait
-M<sup>me</sup> Elisabeth. On l'aperçoit: «Ah! crie-t-on, voilà
-l'Autrichienne! Il nous faut la tête de l'Autrichienne!»—«Ce
-n'est pas la Reine,» dit l'écuyer de la princesse,
-M. de Saint-Pardoux.—«Pourquoi les détromper?»
-reprend vivement la généreuse femme.
-«Leur erreur pouvait sauver la Reine.» Et apercevant
-près d'elle, dans cette horde qui l'entoure, menaçante,
-un jeune homme dont la baïonnette effleure
-presque sa poitrine, elle écarte doucement l'arme de
-la main: «Prenez garde, Monsieur,» dit-elle avec un
-angélique sourire, «vous pourriez blesser quelqu'un,
-et je suis sûre que vous en seriez fâché.»</p>
-
-<p>Cependant, quelques députés, instruits de l'envahissement
-du Château, y sont accourus de leur
-<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">[Pg 378]</a></span>
-propre mouvement. Vergniaud et Isnard haranguent
-la foule et cherchent à la rappeler au respect de l'autorité;
-ils ne parviennent pas à se faire écouter. <i>A
-bas le Veto!</i> <i>La sanction!</i> <i>Le rappel!</i> sont les seules
-réponses qu'obtiennent leurs exhortations.</p>
-
-<p>Enfin, le maire de Paris, Pétion, arrive. Après la
-séance du conseil où avait été adopté l'arrêté qui légitimait
-l'insurrection, il s'était retiré avec quelques
-intimes dans une salle de la maison commune. Il
-était là, <i>plein de calme et de sérénité</i>, dit-il, car les
-nouvelles qu'il recevait étaient <i>excellentes</i>, et le spectacle
-était beau, tout à la joie et à la gaîté. Vainement
-le Directoire avait-il, à plusieurs reprises, fait
-appel à sa vigilance; il ne s'était pas ému. Vers
-quatre heures et demie pourtant, il avait donné l'ordre
-d'atteler sa voiture, et, faisant à son devoir le
-sacrifice de son dîner,—il a pris soin de le remarquer
-dans son rapport,—il s'était rendu aux Tuileries.
-Il y arrive vers cinq ou six heures
-<a name="FNanchor_1077_1077" id="FNanchor_1077_1077"></a>
-<a href="#Footnote_1077_1077" class="fnanchor">[1077]</a>. Accompagné
-de Sergent, il traverse la foule qui le salue des cris
-de <i>Vive Pétion!</i> et s'approche du Roi, qu'il voit avec
-admiration, dit-il, «couronné du signe de la liberté.»
-C'est par cette expression qu'il désigne le bonnet
-rouge. «Sire,» dit-il, «je viens d'apprendre à l'instant
-la situation dans laquelle vous êtes.»—«Cela
-est bien étonnant,» riposte sèchement le Roi;
-«il y a deux heures que cela dure.» Deux grenadiers
-hissent le maire sur leurs épaules. Il parle au
-peuple et lui prêche le respect de la loi. Mais il le
-fait si froidement, suivant le municipal Champion,
-que les cris redoublent. Un grand jeune homme blond
-de vingt ou vingt-cinq ans perce là foule et, interpellant
-le Roi avec des gestes menaçants: «Sire,» dit-il,
-«je vous demande, au nom des cent mille hommes
-<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">[Pg 379]</a></span>
-qui m'entourent, le rappel des ministres patriotes, la
-sanction des décrets, leur exécution,...... ou vous
-périrez...»</p>
-
-<p>Pétion, qui est là, n'essaie pas un seul instant d'imposer
-silence à ce forcené. Champion s'indigne de
-cette lâcheté ou de cette connivence:</p>
-
-<p>«Monsieur le maire, dit-il, vous êtes responsable
-de ce qui peut advenir.» Pétion se décide à haranguer
-une seconde fois la foule. En face de cette violation
-de toutes les lois, de ces bandes de brigands qui
-traitent les Tuileries comme une ville prise d'assaut,
-de ces outrages persistants à la majesté du Chef
-de l'État, il parle de la dignité du peuple: «Citoyens,
-dit-il, vous venez de présenter légalement votre
-vœu au représentant héréditaire de la nation; vous
-l'avez fait avec la <i>dignité</i>, avec la <i>majesté</i> d'un peuple
-libre. Retournez chacun dans vos foyers et ne
-donnez pas occasion d'incriminer vos <i>intentions
-respectables</i>.»</p>
-
-<p>Intentions respectables! Et quelques années plus
-tard, Legendre avouait à Boissy d'Anglas qu'un des
-buts secrets des chefs du mouvement avait été l'assassinat
-du Roi!</p>
-
-<p>«Les portes de la galerie sont-elles ouvertes?»
-demande Sergent.—«Oui,» répond le Roi. «J'ai fait
-ouvrir les appartements; le peuple, en défilant du
-côté de la galerie, aura le plaisir de les voir.»</p>
-
-<p>A ces mots, un mouvement se fait; la curiosité
-pour les uns, la lassitude pour les autres, déterminent
-enfin les émeutiers à sortir. Sergent, son écharpe à
-la main, cherche à régulariser le mouvement, et le
-défilé commence au bruit des cris, mille fois répétés,
-de <i>Vive Pétion!</i> <i>A bas le Veto!</i> On voit reparaître,
-au milieu des bandes en marche, le misérable qui
-porte au bout d'une pique un cœur de veau sanglant
-<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">[Pg 380]</a></span>
-avec ces mots: <i>Cœur d'aristocrate!</i> «Cet homme,
-rapporte un témoin, affectait de mettre cet horrible
-emblème sans les yeux du Roi.»</p>
-
-<p>L'Œil-de-Bœuf était à demi évacué. Aclocque en
-profite pour proposer à Louis XVI de se retirer.
-Ce que le monarque n'a pas accepté de Mouchet, qui
-est suspect, il l'accepte du fidèle Aclocque; entouré
-de municipaux et de gardes nationaux qui lui fraient
-un passage, il se dirige vers une porte dérobée par
-laquelle il s'échappe, et la foule, privée de sa victime,
-s'écoule en grondant à travers les appartements.
-En passant dans la chambre royale: «<i>Est-ce là</i>,
-hurle-t-elle, <i>le lit du Gros Veto? Ah! il a un plus
-beau lit que nous, le Gros Veto! Où est-il donc,
-M. Veto?</i>» C'est au milieu de ces plaisanteries grossières
-et de ces sarcasmes que le défilé continue.</p>
-
-<p>Tandis que ces tristes scènes se passent à l'Œil-de-Bœuf,
-une autre bande, conduite par un homme
-qui devait avoir une connaissance approfondie
-du palais,—car il l'avait fait passer par une porte
-dont les gens du service intérieur savaient seuls
-l'existence,—était montée à la chambre du Dauphin,
-où l'on espérait trouver Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_1078_1078" id="FNanchor_1078_1078"></a>
-<a href="#Footnote_1078_1078" class="fnanchor">[1078]</a>. La
-Reine venait de la quitter; les bandits, désappointés,
-brisent les portes à coups de hache, sondent les lits
-et les armoires, fouillent partout. De hideuses mégères
-vomissent d'ignobles injures contre la malheureuse
-princesse, en jurant qu'elles veulent la tenir
-entre leurs mains, morte ou vive. Un brigand,
-la hache au poing, l'outrage à la bouche, s'écrie qu'il
-a enfoncé déjà bien des portes, mais qu'il en enfoncera
-bien d'autres, pour avoir l'Autrichienne!</p>
-
-<p>La Reine avait fait de vains efforts pour accompagner
-<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">[Pg 381]</a></span>
-le Roi; quand il avait passé dans la salle de
-l'Œil-de-Bœuf, elle s'était précipitée pour l'accompagner.
-On lui avait vivement fermé le passage. Se retournant
-alors vers ses enfants:—«Sauvez mon
-fils,» avait-elle dit. Le Dauphin, effrayé en entendant
-tout ce bruit, poussait des cris lamentables
-<a name="FNanchor_1079_1079" id="FNanchor_1079_1079"></a>
-<a href="#Footnote_1079_1079" class="fnanchor">[1079]</a>. Hue
-le saisit et l'emporte dans l'appartement de Madame
-Royale, plus éloigné du tumulte. La Reine, le sachant
-en sûreté, s'élance de nouveau pour retrouver
-son mari; on la retient. «Laissez-moi, dit-elle, ma
-place est auprès du Roi; je veux aller mourir à
-ses pieds
-<a name="FNanchor_1080_1080" id="FNanchor_1080_1080"></a>
-<a href="#Footnote_1080_1080" class="fnanchor">[1080]</a>.»
-Des serviteurs fidèles, MM. d'Aubier
-et de Rougeville, l'arrêtent avec une respectueuse
-fermeté, et le ministre des affaires étrangères, Chambonnas,
-lui représente que, loin de sauver le Roi,
-elle l'exposerait peut-être davantage, que sa place
-est près de ses enfants. Persuadée par ces raisons,
-elle se laisse conduire, non sans regret, dans la
-chambre du Dauphin, où son fils lui est ramené.
-Mais bientôt l'émeute gronde à la porte; on entraîne
-la Reine par un passage secret dans la chambre du
-Roi
-<a name="FNanchor_1081_1081" id="FNanchor_1081_1081"></a>
-<a href="#Footnote_1081_1081" class="fnanchor">[1081]</a>,
-puis dans la chambre du Conseil. Elle est là,
-dans cette dernière pièce, assise
-<a name="FNanchor_1082_1082" id="FNanchor_1082_1082"></a>
-<a href="#Footnote_1082_1082" class="fnanchor">[1082]</a>, pâle, les jambes
-agitées par un tremblement involontaire que dissimule
-la table
-<a name="FNanchor_1083_1083" id="FNanchor_1083_1083"></a>
-<a href="#Footnote_1083_1083" class="fnanchor">[1083]</a>,
-entourée de ses enfants, et de M<sup>mes</sup> de
-Lamballe, de la Roche-Aymon, de Tourzel, de
-Maillé, de Mackau, du ministre Chambonnas, du
-lieutenant général Wittinghof, et de quelques grenadiers,
-<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">[Pg 382]</a></span>
-lorsque commence le défilé à travers les
-appartements.</p>
-
-<p>En entendant le tumulte grandir et les vagues populaires
-approcher, on entraîne à la hâte Marie-Antoinette
-dans l'embrasure d'une croisée; on roule
-devant elle la table du Conseil, et deux cents gardes
-nationaux environ
-<a name="FNanchor_1084_1084" id="FNanchor_1084_1084"></a>
-<a href="#Footnote_1084_1084" class="fnanchor">[1084]</a> se placent sur trois rangs devant
-cette barricade improvisée, sous le commandement
-de Mandat.</p>
-
-<p>Bientôt l'émeute envahit la salle. Santerre entre le
-premier et, interpellant les grenadiers: «Faites place,
-dit-il, pour que le peuple voie la Reine.» Puis
-se tournant vers Marie-Antoinette: «Madame, reprend-il,
-vous êtes trompée; le peuple ne vous
-veut pas de mal. Si vous vouliez, il n'y aurait pas
-un d'eux qui ne vous aimât autant que cet enfant,»
-ajoute-t-il, en désignant le Dauphin. «Au reste,
-n'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal.»—«Je
-ne suis ni égarée, ni trompée
-<a name="FNanchor_1085_1085" id="FNanchor_1085_1085"></a>
-<a href="#Footnote_1085_1085" class="fnanchor">[1085]</a>, répond la Reine,
-et je n'ai pas peur; on ne craint jamais rien, lorsqu'on
-est avec de braves gens.» Et elle tend la
-main aux gardes nationaux, qui la saisissent avec
-transport et la baisent respectueusement.</p>
-
-<p>Le hideux défilé commence. Un misérable porte
-un paquet de verges avec cette inscription: <i>Pour
-Marie-Antoinette</i>; un autre élève une petite potence
-à laquelle est suspendue une poupée
-<a name="FNanchor_1086_1086" id="FNanchor_1086_1086"></a>
-<a href="#Footnote_1086_1086" class="fnanchor">[1086]</a> avec ces mots:
-<i>Marie-Antoinette à la lanterne</i>; un troisième promène
-une guillotine au bas de laquelle on lit cette
-phrase sinistrement prophétique: <i>Justice nationale
-pour les tyrans. A bas Veto et sa femme!</i> Santerre
-se tient près de Mandat, dirigeant le mouvement et
-<span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">[Pg 383]</a></span>
-faisant à sa bande, si je puis ainsi parler, l'<i>exhibition</i>
-de la famille royale: «Regardez, dit-il, voilà la
-Reine; voilà le Prince royal.» Le pauvre petit Dauphin
-est là, assis sur la table; un brigand apostrophe
-Marie-Antoinette: «Si tu aimes la nation,»dit-il
-d'une voix rauque, «mets ce bonnet sur la tête de
-ton fils.» Et il lui tend un bonnet rouge. La Reine
-prend le bonnet et le pose sur la tête du Dauphin.
-La chaleur est affreuse. Le petit prince étouffe sous
-cette immonde et épaisse coiffure. Santerre lui-même
-est ému de pitié: «Otez le bonnet à cet enfant, dit-il,
-il a trop chaud.»</p>
-
-<p>Malgré son calme, la Reine se retourne vers ses
-amis: «C'est trop fort aussi, murmure-t-elle; cela
-va au delà de toute patience humaine
-<a name="FNanchor_1087_1087" id="FNanchor_1087_1087"></a>
-<a href="#Footnote_1087_1087" class="fnanchor">[1087]</a>.»</p>
-
-<p>Le mouvement se ralentit un instant; une femme,
-l'œil en feu, le poing fermé, s'arrête devant Marie-Antoinette:
-«Tu es une infâme,» vocifère-t-elle,
-«nous te pendrons.»—«Vous ai-je jamais fait aucun
-mal?» répond douloureusement la Reine.—«Non,
-mais tu fais le malheur de la nation.»—«On vous
-trompe; j'ai épousé le Roi de France; je suis la
-mère du Dauphin, je suis Française; jamais je ne
-reverrai mon pays; je ne puis être heureuse ou
-malheureuse qu'en France; j'étais heureuse, quand
-vous m'aimiez.» Malgré elle, la femme est touchée
-de cette douleur et de cette tristesse; elle s'attendrit:
-«Pardonnez-moi,» murmure t-elle; «je ne vous connaissais
-pas; je vois que vous êtes bonne.»—«Cette
-femme est soûle,» dit Santerre, dont cette
-émotion dérange les plans; et la poussant rudement,
-il fait continuer le défilé.</p>
-
-<p>«Si un de ces scélérats avait osé frapper la Reine
-<span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">[Pg 384]</a></span>
-dans ce moment, ont raconté des témoins de ces horribles
-scènes, tous eussent suivi son exemple, et tout
-ce qui était dans la chambre eût été massacré. Heureusement
-la majesté de la Reine, peut-être sa beauté,
-son maintien si noble et si fier, son air d'assurance
-leur imposa à tous
-<a name="FNanchor_1088_1088" id="FNanchor_1088_1088"></a>
-<a href="#Footnote_1088_1088" class="fnanchor">[1088]</a>.»</p>
-
-<p>A huit heures et demie, les appartements étaient
-enfin évacués, et la Reine, rassurée par M<sup>me</sup> Élisabeth
-sur le sort de son époux, put aller rejoindre le
-Roi. Dès qu'elle l'aperçut, elle se jeta dans ses bras
-en fondant en larmes. Impassible et debout devant
-l'émeute, elle succombait à l'émotion du revoir. Les
-députés, présents à cette entrevue, se sentaient eux-mêmes
-attendris, et l'un d'eux, Merlin de Thionville,
-ne pouvait s'empêcher de pleurer. La Reine s'en
-aperçut: «Vous pleurez, Monsieur Merlin, lui dit-elle,
-vous pleurez de voir le Roi et sa famille traités si
-cruellement par un peuple qu'il a toujours voulu
-rendre heureux.»—«Oui, je pleure,» répondit
-brutalement Merlin; «je pleure sur le malheur
-d'une femme belle, sensible et mère de famille;
-mais ne vous y méprenez point; il n'y a pas une
-de mes larmes pour le Roi ni pour la Reine. Je
-hais les rois et les reines; c'est le seul sentiment
-qu'ils m'inspirent; c'est ma religion
-<a name="FNanchor_1089_1089" id="FNanchor_1089_1089"></a>
-<a href="#Footnote_1089_1089" class="fnanchor">[1089]</a>.» Et le futur
-régicide, qui se croyait un grand citoyen parce
-qu'il venait de se montrer grossier, essuya ses
-larmes.</p>
-
-<p>Un autre député, dont le nom n'a pas été conservé,
-aborda la Reine et, d'un ton familier: «Vous avez
-eu bien peur,» Madame, lui dit-il, «convenez-en.»—«Non,
-Monsieur, je n'ai pas eu peur; mais j'ai beaucoup
-souffert d'être séparée du Roi, dans un moment
-<span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">[Pg 385]</a></span>
-où ses jours étaient en danger; mais j'avais
-la consolation d'être avec mes enfants et de remplir
-un de mes devoirs.»—«Sans prétendre excuser
-tout,» reprit le député, «convenez, Madame,
-que le peuple s'est montré bien bon.»—«Le Roi
-et moi, Monsieur, sommes persuadés de la bonté
-naturelle du peuple, qui n'est méchant que lorsqu'on
-l'égare.»—«Quel âge a Mademoiselle?»
-continua le sot personnage en montrant Madame
-Royale.—«Ma fille, riposta sèchement la Reine, a
-l'âge où l'on ne sent que trop l'horreur de pareilles
-scènes
-<a name="FNanchor_1090_1090" id="FNanchor_1090_1090"></a>
-<a href="#Footnote_1090_1090" class="fnanchor">[1090]</a>.»
-Et elle se contenta de tourner le dos.</p>
-
-<p>Plus respectueux et mieux inspirés, d'autres représentants
-félicitaient Louis XVI du courage qu'il
-avait déployé dans cette journée: «Je n'ai fait que
-mon devoir,» répondit simplement le Roi.</p>
-
-<p>Le marquis de Clermont-Gallerande disait à
-M<sup>me</sup> Élisabeth: «Ah! Madame, le ciel vengera tant
-de crimes!»—«Ne parlons pas de vengeance,»
-répondit l'angélique princesse. «Espérons plutôt que
-Dieu leur pardonnera et les changera
-<a name="FNanchor_1091_1091" id="FNanchor_1091_1091"></a>
-<a href="#Footnote_1091_1091" class="fnanchor">[1091]</a>.»</p>
-
-<p>Cependant Pétion, d'une part, les chefs de la garde
-nationale, de l'autre, achevaient de faire évacuer le
-Château. Les émeutiers, privés de direction, se dispersaient
-sans résistance, mais en se plaignant hautement
-du résultat de la manifestation. «On nous a
-amenés pour rien, s'écriaient-ils, mais nous reviendrons
-et nous aurons ce que nous voudrons.»—«Le
-coup est manqué, disait de son côté Santerre; le
-Roi a été difficile à émouvoir aujourd'hui; nous
-reviendrons demain; nous le ferons évacuer
-<a name="FNanchor_1092_1092" id="FNanchor_1092_1092"></a>
-<a href="#Footnote_1092_1092" class="fnanchor">[1092]</a>.»</p>
-
-<p>A dix heures et demie, tout était terminé; le Château
-<span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">[Pg 386]</a></span>
-était vide, et la famille royale, rentrant dans
-ses appartements dévastés
-<a name="FNanchor_1093_1093" id="FNanchor_1093_1093"></a>
-<a href="#Footnote_1093_1093" class="fnanchor">[1093]</a>, allait enfin prendre un
-repos, acheté par de terribles angoisses. Quelques
-jours après, la Reine écrivait ce simple mot à Fersen:
-«J'existe encore, mais c'est un miracle! La
-journée du 20 a été affreuse
-<a name="FNanchor_1094_1094" id="FNanchor_1094_1094"></a>
-<a href="#Footnote_1094_1094" class="fnanchor">[1094]</a>.»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">[Pg 387]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XX" id="CHAPITRE_XX"></a>CHAPITRE XX</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation
-de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre
-de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion
-suspendu, puis rétabli.—Insultes à la famille royale dans
-le jardin des Tuileries et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin
-s'introduit aux Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le
-Roi se fait faire un plastron.—Tentatives pour arracher la
-famille royale aux dangers de Paris.—Le prince Georges de
-Hesse.—M<sup>me</sup> de Staël.—Le duc de Liancourt.—Plan de
-Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie contre
-Lafayette.—Pourquoi?—Surveillance incessante autour des
-Tuileries.—La Fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles:
-le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée
-des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des Filles-Saint-Thomas.—Dernière
-lettre de la Reine à Fersen.—Marche
-des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son
-effet déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les
-Jacobins redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance
-du Roi.—Arrêté de la section Mauconseil.—Préparatifs du
-10 août.—Illusions de la Cour.—Son impuissance.—Dernière
-messe de la famille royale aux Tuileries.</p></div>
-
-
-<p>Le lendemain de cette déplorable journée, le jeudi
-21 juin, de nouveaux attroupements se formèrent;
-l'alarme se répandit au Château, et le petit Dauphin,
-se pressant contre sa mère, s'écria en pleurant:
-«Maman, est-ce que hier n'est pas encore fini
-<a name="FNanchor_1095_1095" id="FNanchor_1095_1095"></a>
-<a href="#Footnote_1095_1095" class="fnanchor">[1095]</a>?»</p>
-
-<p>Ce même jour, Pétion, le Pilate de la royauté,
-comme on l'a justement appelé, eut l'audace de reparaître
-aux Tuileries; il y trouva réunis le Roi et
-la Reine, avec le procureur du département, Rœderer,
-et quelques amis: «Sire, dit-il, nous avons appris
-que vous aviez été prévenu qu'un rassemblement
-<span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">[Pg 388]</a></span>
-se portait sur le Château. Nous venons vous
-informer que ce rassemblement est composé de
-citoyens sans armes qui veulent planter un mai. Je
-sais, Sire, que la municipalité a été calomniée;
-mais sa conduite sera connue de vous.»</p>
-
-<p>«Elle doit l'être de la France entière,» répondit
-sèchement le Roi; «je n'accuse personne en particulier;
-j'ai tout vu.»</p>
-
-<p>Pétion chercha à se justifier et à justifier l'émeute:
-«Sans les précautions prises par la municipalité,» reprit-il,
-«il serait peut-être arrivé des événements
-beaucoup plus fâcheux, non pas contre votre personne.»
-Et fixant la Reine qui était à côté de son
-mari: «Vous devez savoir, Sire, que votre personne
-sera toujours respectée.»</p>
-
-<p>Son air était provocant. Louis XVI perdit patience:</p>
-
-<p>«Taisez-vous,» dit-il d'un ton absolu et d'une voix
-forte. «Est-ce respecter ma personne, que d'entrer
-chez moi en armes, de briser mes portes et de forcer
-ma garde?»</p>
-
-<p>«Sire, répondit le maire, je connais l'étendue de
-mes devoirs et ma responsabilité.»</p>
-
-<p>«Faites votre devoir», riposta impérieusement le
-Roi. «Vous répondez de la tranquillité de Paris.
-Adieu.»</p>
-
-<p>Le surlendemain, 23, le monarque adressait aux
-Français une proclamation pleine de noblesse, où,
-après avoir dénoncé au pays les attentats dont il
-avait été l'objet et dont il avait failli être la victime,
-il ajoutait ces belles paroles:</p>
-
-<p>«Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes
-des factieux que sa conscience et son amour du bien
-public. Le Roi ignore quel sera le terme auquel ils
-voudront s'arrêter; mais il a besoin de dire à la nation
-<span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">[Pg 389]</a></span>
-française que la violence, à quelque accès qu'on
-veuille la porter, ne lui arrachera jamais son consentement
-à tout ce qu'il croira contraire à l'intérêt
-public..... Comme représentant héréditaire de la
-nation française, il a des devoirs sévères à remplir,
-et s'il peut faire le sacrifice de son repos, il ne fera
-jamais le sacrifice de ses devoirs.»</p>
-
-<p>Un grand mouvement répondit à ce noble langage.
-«Je ne puis vous dire combien Louis a gagné
-dans le respect et l'affection de tous, depuis le 20 de
-ce mois,» écrivait le 24 juin un témoin peu suspect
-<a name="FNanchor_1096_1096" id="FNanchor_1096_1096"></a>
-<a href="#Footnote_1096_1096" class="fnanchor">[1096]</a>.
-L'audace des factieux, le danger couru par la famille
-royale, l'héroïsme de son attitude, un dernier
-reste peut-être de cet amour traditionnel que la
-France avait si longtemps porté au sang de ses rois,
-amenèrent une réaction de l'opinion. Des adresses
-indignées arrivèrent de soixante-dix départements
-<a name="FNanchor_1097_1097" id="FNanchor_1097_1097"></a>
-<a href="#Footnote_1097_1097" class="fnanchor">[1097]</a>.
-Vingt mille signataires, tant de Paris que de la province,
-protestèrent contre ce «crime de lèse-nation
-<a name="FNanchor_1098_1098" id="FNanchor_1098_1098"></a>
-<a href="#Footnote_1098_1098" class="fnanchor">[1098]</a>»
-et réclamèrent énergiquement la répression
-de l'émeute. Le Directoire du département de la
-Seine, justement indigné de la conduite de Pétion et
-du procureur de la Commune, Manuel, leur demanda
-un compte sévère de l'emploi de leur temps, et les
-juges de paix de la capitale ouvrirent une enquête.</p>
-
-<p>Dès le 28, Lafayette était arrivé à Paris et, au
-nom de l'armée, avait exigé de l'Assemblée la punition
-des émeutiers, la suppression du club des Jacobins
-et l'adoption de mesures vigoureuses pour la
-défense de l'autorité et du Roi en particulier. La
-droite l'accueillit par des applaudissements; la gauche
-par un morne silence et bientôt par des murmures.
-<span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">[Pg 390]</a></span>
-Au sortir de la séance, la garde nationale l'acclama,
-et il put croire un moment qu'il avait retrouvé
-son ancienne popularité. S'il eut cette illusion,
-elle dura peu. Lorsqu'il fallut passer des paroles aux
-actes, lorsque le général voulut profiter de la terreur
-causée par sa brusque arrivée pour dissoudre
-le club des Jacobins, il ne rencontra partout que
-froideur et inertie, et il dut renoncer à toute intervention
-énergique. Le 30, il repartit pour son camp
-sans avoir osé prendre l'initiative d'aucune mesure
-et sans avoir laissé d'autre trace d'une démarche
-qui l'honore qu'une lettre hautaine qui irrita les
-passions, sans relever les courages
-<a name="FNanchor_1099_1099" id="FNanchor_1099_1099"></a>
-<a href="#Footnote_1099_1099" class="fnanchor">[1099]</a>.</p>
-
-<p>Le lendemain, 1<sup>er</sup> juillet, après une discussion orageuse
-et une longue séance de nuit, l'Assemblée décida
-le licenciement immédiat de l'état-major de la
-garde nationale; c'était la réponse de la Gironde à
-l'impérieuse sommation de Lafayette.</p>
-
-<p>Le 4 juillet, la Reine écrivait à M. de Mercy la
-lettre suivante, la dernière qui lui soit parvenue:</p>
-
-<p>«Vous connaissez déjà les événements du 20 juin;
-notre position devient tous les jours plus critique. Il
-n'y a que violence et rage d'un côté, faiblesse et
-inertie de l'autre. L'on ne peut compter sur la garde
-<span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">[Pg 391]</a></span>
-nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester
-à Paris ou se jeter ailleurs.</p>
-
-<p>«Il est plus que temps que les Puissances parlent
-fortement. Le 14 juillet et jours suivants peuvent
-être l'époque d'un deuil général pour la France et
-de regrets pour les Puissances qui auront été trop
-lentes pour s'expliquer.</p>
-
-<p>«Tout est perdu, si l'on n'arrête pas les factieux
-par la crainte d'une punition prochaine. Ils veulent
-à tout prix la république; pour y arriver, ils ont résolu
-d'assassiner le Roi. Il serait nécessaire qu'un
-manifeste rendît l'Assemblée nationale et Paris responsables
-de ses jours et de ceux de sa famille.</p>
-
-<p>«Malgré tous ces dangers, nous ne changerons
-pas de résolution; vous devez y compter, autant que
-je compte sur votre attachement. Je me plais à croire
-que je partage les sentiments qui vous attachaient
-à ma mère. Voilà le moment de m'en donner une
-grande preuve, en sauvant moi et les miens, moi,
-s'il en est temps
-<a name="FNanchor_1100_1100" id="FNanchor_1100_1100"></a>
-<a href="#Footnote_1100_1100" class="fnanchor">[1100]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine n'avait que trop raison; la situation devenait
-de jour en jour plus épouvantable: les attaques
-de l'Assemblée se joignaient aux insultes de
-la rue et aux vociférations des clubs. Le jour
-même où Marie-Antoinette écrivait cette lettre, Vergniaud
-s'élevait violemment contre les prétendues
-trahisons de la Cour, et dans un mouvement d'une
-fougueuse éloquence demandait si le sombre génie de
-Médicis errait toujours sous les voûtes du Palais et si
-l'on allait voir se renouveler la Saint-Barthélemy et
-les dragonnades. Quelques jours après, Brissot, non
-moins violent, s'écriait que frapper la Cour des Tuileries,
-c'était frapper tous les traîtres d'un seul coup.
-<span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">[Pg 392]</a></span>
-Marat tonnait contre le palais où «une reine perverse»
-fanatise « un roi imbécile» et «élève les
-louveteaux de la tyrannie
-<a name="FNanchor_1101_1101" id="FNanchor_1101_1101"></a>
-<a href="#Footnote_1101_1101" class="fnanchor">[1101]</a>». Et comme pour donner
-raison à ces déclamations, et encourager l'émeute,
-Pétion, le complice du 20 juin, suspendu le 6 juillet
-par le Directoire, était rétabli le 13 dans ses fonctions.</p>
-
-<p>Aux appels à la violence et à l'assassinat, les
-violences de la populace répondaient. Des écrits incendiaires
-étaient répandus à profusion dans la capitale,
-dans les provinces, dans l'armée. Sur les places
-de Paris, dans les rues, dans tous les lieux publics,
-on prêchait hautement l'insurrection. Aux discours
-se mêlaient les chansons; aux journaux, les
-pamphlets et les caricatures immondes contre le
-Roi et la Reine. Le jardin des Tuileries, un moment
-fermé après le 20 juin, puis rouvert, était sans cesse
-rempli de femmes qui insultaient tout ce qui tenait à
-la Cour; on y criait jusque sous les fenêtres un infâme
-libelle intitulé: <i>Vie de Marie-Antoinette</i>, accompagné
-d'estampes dégoûtantes que les colporteurs
-montraient au milieu d'éclats de rire outrageants.<span class="fnanchor">[1101a]</span>
-On y chantait aux oreilles de la Reine cet odieux
-couplet:</p>
-
-<p class="ac noindent smaller">
-Madame Veto avait promis<br />
-De faire égorger tout Paris.
-</p>
-
-<p>Les gardiens avaient voulu imposer silence aux
-chanteurs; une rixe s'en était suivie, et une des personnes
-qui accompagnaient la Reine ayant frappé ces
-misérables à coups de plat de sabre, ils étaient allés
-se plaindre à l'Assemblée, et l'Assemblée leur avait
-accordé les honneurs de la séance. Une autre fois, la
-<span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">[Pg 393]</a></span>
-foule tenta de briser les fenêtres à coups de pierres;
-on dut fermer de nouveau le jardin, qui ne fut
-rouvert qu'à la fin de juillet
-<a name="FNanchor_1102_1102" id="FNanchor_1102_1102"></a>
-<a href="#Footnote_1102_1102" class="fnanchor">[1102]</a>. Le 21 juillet, un décret
-avait décidé que la terrasse des Feuillants serait
-regardée comme une annexe de la salle des délibérations
-et, à ce titre, resterait ouverte au public. Aussitôt
-on la sépara du reste du parc par un ruban tricolore, et
-sur les arbres dont elle était bordée on traça cette inscription:
-«Citoyens, respectez-vous; donnez à cette
-faible barrière la force des baïonnettes.» La terrasse
-des Feuillants fut baptisée: <i>Terre de la Liberté</i>;
-le jardin des Tuileries, c'était la <i>Terre de Coblentz</i>.
-Quiconque osait franchir cette démarcation était hué
-et traité d'aristocrate. Un jour, un jeune homme,
-sans faire attention à la consigne, était descendu dans
-le jardin; des vociférations l'assaillirent; on cria <i>à la
-lanterne!</i> Immédiatement, le jeune homme ôta ses
-souliers et essuya avec son mouchoir le sable qui
-s'était attaché aux semelles. On applaudit et on le
-porta en triomphe
-<a name="FNanchor_1103_1103" id="FNanchor_1103_1103"></a>
-<a href="#Footnote_1103_1103" class="fnanchor">[1103]</a>. Malgré la clôture du jardin, où
-on ne laissait pénétrer que les personnes munies de cartes
-<a name="FNanchor_1104_1104" id="FNanchor_1104_1104"></a>
-<a href="#Footnote_1104_1104" class="fnanchor">[1104]</a>,
-la Reine et ses enfants, dès qu'ils y paraissaient,
-étaient assaillis par des vociférations tellement
-épouvantables, partant de la terrasse, qu'ils
-étaient obligés de rentrer; à partir de la fin de juillet
-même, ils durent renoncer à s'y promener
-<a name="FNanchor_1105_1105" id="FNanchor_1105_1105"></a>
-<a href="#Footnote_1105_1105" class="fnanchor">[1105]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">[Pg 394]</a></span></p>
-
-<p>Cependant, lorsque l'enquête sur le 20 juin avait
-été ordonnée, Marie-Antoinette, apprenant que Hue
-y serait entendu, l'avait fait venir et lui avait dit:
-«Mettez dans votre déposition toute la réserve que
-permet la vérité..... Il faut écarter tout soupçon que
-le Roi ou moi gardions le moindre ressentiment
-de ce qui s'est passé. Ce n'est pas le peuple qui est
-coupable, et, quand il le serait, il trouverait toujours
-auprès de nous le pardon et l'oubli de ses
-erreurs
-<a name="FNanchor_1106_1106" id="FNanchor_1106_1106"></a>
-<a href="#Footnote_1106_1106" class="fnanchor">[1106]</a>.»</p>
-
-<p>Et le Roi, au dire de l'ambassadeur des États-Unis,
-ne songeait encore, au milieu de cette crise,
-qu'à assurer à la France la liberté
-<a name="FNanchor_1107_1107" id="FNanchor_1107_1107"></a>
-<a href="#Footnote_1107_1107" class="fnanchor">[1107]</a> et un bonheur
-stable.</p>
-
-<p>C'est ainsi que le peuple les en récompensait
-<a name="FNanchor_1108_1108" id="FNanchor_1108_1108"></a>
-<a href="#Footnote_1108_1108" class="fnanchor">[1108]</a>.</p>
-
-<p>Une nuit, vers une heure du matin, la Reine ne
-dormait pas,—elle s'entretenait avec M<sup>me</sup> Campan;—toutes
-deux entendirent des pas étouffés dans le
-corridor qui régnait le long de l'appartement. C'était
-un garçon de salle qui s'était introduit là dans
-une intention trop facile à deviner. Un valet de
-chambre, averti par M<sup>me</sup> Campan, se jeta sur cet
-homme et le terrassa. «Madame, dit-il, c'est un scélérat;
-je le connais, je le tiens.»—«Lâchez-le, répondit
-la Reine, il venait pour m'assassiner; demain,
-les Jacobins le porteraient en triomphe.» Et
-se tournant vers M<sup>me</sup> Campan: «Quelle position!
-dit-elle, des outrages le jour, des assassins la
-nuit
-<a name="FNanchor_1109_1109" id="FNanchor_1109_1109"></a>
-<a href="#Footnote_1109_1109" class="fnanchor">[1109]</a>!»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">[Pg 395]</a></span></p>
-
-<p>Le lendemain, M. de Septeuil ordonna de changer
-toutes les serrures. Louis XVI fit plus; il exigea que
-sa femme quittât le rez-de-chaussée, où elle logeait
-seule, et où elle était insultée à chaque instant
-<a name="FNanchor_1110_1110" id="FNanchor_1110_1110"></a>
-<a href="#Footnote_1110_1110" class="fnanchor">[1110]</a>,
-et montât au premier, dans une chambre de l'appartement
-du Dauphin. M<sup>me</sup> de Tourzel, qui occupait
-cette chambre, céda sa place à la Reine et s'installa
-sur un lit de veille qu'on dressait tous les soirs
-<a name="FNanchor_1111_1111" id="FNanchor_1111_1111"></a>
-<a href="#Footnote_1111_1111" class="fnanchor">[1111]</a>. On
-laissait les persiennes et les volets ouverts, afin que
-l'infortunée souveraine vît poindre le jour, et que ses
-nuits sans sommeil fussent moins pénibles
-<a name="FNanchor_1112_1112" id="FNanchor_1112_1112"></a>
-<a href="#Footnote_1112_1112" class="fnanchor">[1112]</a>.</p>
-
-<p>La Reine eut une peine extrême à se décider à ce
-changement de logement. Il lui répugnait de laisser
-paraître de l'inquiétude; il ne lui répugnait pas moins
-de déranger de fidèles serviteurs. Le malheur avait
-resserré les liens qui l'unissaient à eux et la rendait
-plus soucieuse encore de leur bien-être: «Cette princesse
-était si bonne et si occupée de tous ceux qui
-lui étaient attachés, dit M<sup>me</sup> de Tourzel en racontant
-ce fait, qu'elle comptait pour beaucoup de leur causer
-la moindre petite gêne. Jamais princesse ne fut
-plus attachante, ne marqua plus de sensibilité pour
-le dévouement qu'on lui témoignait, et ne fut plus
-occupée de ce qui pouvait être agréable aux personnes
-qui l'approchaient. Croirait-on qu'une Reine de
-France en était réduite à avoir un petit chien dans sa
-chambre, pour l'avertir au moindre bruit que l'on
-ferait entendre dans son appartement
-<a name="FNanchor_1113_1113" id="FNanchor_1113_1113"></a>
-<a href="#Footnote_1113_1113" class="fnanchor">[1113]</a>?»</p>
-
-<p>Mais le Dauphin, qui aimait passionnément sa
-mère, était ravi de ce nouvel arrangement. Dès que
-la Reine était éveillée, il courait à son lit, «la serrait
-<span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">[Pg 396]</a></span>
-dans ses petits bras, en lui disant les choses les plus
-tendres et les plus aimables. C'était le seul moment
-de la journée où cette princesse éprouvât quelque
-consolation; son seul courage la soutenait
-<a name="FNanchor_1114_1114" id="FNanchor_1114_1114"></a>
-<a href="#Footnote_1114_1114" class="fnanchor">[1114]</a>.»</p>
-
-<p>Au milieu de toutes ces alertes et de toutes ces
-angoisses, de ces nuits sans sommeil et de ces jours
-sans repos, de ces fatigues physiques et de ces souffrances
-morales, la santé de la Reine se soutenait;
-mieux encore, elle s'était affermie. Dans les temps
-prospères, elle avait été sujette à des crises nerveuses;
-à l'heure de la douleur, ces crises avaient
-disparu. «Les maux de nerfs,» disait-elle avec un
-mélancolique sourire, «c'était bon pour les femmes
-heureuses
-<a name="FNanchor_1115_1115" id="FNanchor_1115_1115"></a>
-<a href="#Footnote_1115_1115" class="fnanchor">[1115]</a>.»</p>
-
-<p>Le 14 juillet approchait; l'Assemblée avait décidé
-qu'on renouvellerait, ce jour-là, la fête de la Fédération
-de 1790; c'était un moyen détourné de former
-le rassemblement de vingt mille hommes auquel le
-Roi s'était opposé. Les fédérés arrivaient de tous
-côtés; ils avaient été soigneusement choisis parmi
-les révolutionnaires les plus exaltés et les plus fanatiques.
-Ceux de Marseille et de Brest se distinguaient
-par leur violence et leur audace. Accueillis avec
-transport par les Jacobins, logés gratuitement par la
-municipalité, défrayés de toutes leurs dépenses sur le
-trésor public, grisés de vin et de déclamations, fournis
-de poudre et de cartouches, ces hommes constituaient
-une force armée toute prête aux mains des
-factieux. Les plus honnêtes d'entre eux partirent
-pour le camp de Soissons, où se formait l'armée de
-réserve, chargée d'appuyer celle de Lafayette et de
-Luckner; mais ils étaient rares: quinze cents
-<span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">[Pg 397]</a></span>
-environ
-<a name="FNanchor_1116_1116" id="FNanchor_1116_1116"></a>
-<a href="#Footnote_1116_1116" class="fnanchor">[1116]</a>,
-et, malgré le décret de l'Assemblée qui, le 11
-juillet, avait déclaré la patrie en danger, les autres
-restaient à Paris, pour donner le dernier assaut à la
-monarchie, insultant la famille royale, maltraitant
-ses amis et se prenant de querelle avec les gardes
-nationaux des compagnies fidèles. «Il n'est pas de
-jour, écrivait Montmorin à la Marck, où je ne tremble
-pour la vie du Roi et de la Reine, et lorsque le
-soir est arrivé, je remercie la Providence de ce qu'ils
-existent encore, et, à la vérité, il n'y a qu'elle seule
-à en remercier
-<a name="FNanchor_1117_1117" id="FNanchor_1117_1117"></a>
-<a href="#Footnote_1117_1117" class="fnanchor">[1117]</a>.»</p>
-
-<p>C'était avec une véritable terreur qu'on voyait
-arriver cette date du 14 juillet.</p>
-
-<p>Louis XVI et Marie-Antoinette devaient assister à
-la Fédération, et l'on ne doutait pas que le plan qui
-avait échoué le 20 juin ne fût repris ce jour-là, et
-que, dans cette foule tumultueuse et hostile, il ne
-se trouvât des assassins
-<a name="FNanchor_1118_1118" id="FNanchor_1118_1118"></a>
-<a href="#Footnote_1118_1118" class="fnanchor">[1118]</a>. On prêchait publiquement
-le régicide, et il n'y avait guère de jour que quelque
-officieux ne vînt avertir la Reine de se tenir sur
-ses gardes
-<a name="FNanchor_1119_1119" id="FNanchor_1119_1119"></a>
-<a href="#Footnote_1119_1119" class="fnanchor">[1119]</a>.
-La pauvre femme n'avait pas un instant
-de tranquillité. Pour se rassurer un peu, elle
-insista pour que le Roi se fit faire un plastron qui,
-en parant les premiers coups, donnât au moins à ses
-amis le temps d'arriver pour le défendre. Le plastron
-fut fait, et le prince, afin de calmer les craintes de sa
-femme, consentit à le porter. «C'est pour la satisfaire,
-dit-il; mais ils ne m'assassineront pas; leur
-<span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">[Pg 398]</a></span>
-plan est changé; ils me feront mourir autrement.»—«C'est
-vrai», reprit la Reine quand M<sup>me</sup> Campan
-lui rapporta ces paroles de Louis XVI; «je commence
-à redouter un procès pour le Roi. Quant à moi, je
-suis étrangère; ils m'assassineront. Que deviendront
-nos pauvres enfants?» Et elle se mit à répandre
-un torrent de larmes. Mais ce fut en vain que
-M<sup>me</sup> Campan la pressa de porter un corset de même
-tissu que le gilet du Roi. «Si les factieux m'assassinent,»
-répondit la pauvre femme, «ce sera un
-bonheur pour moi; ils me délivreront de l'existence
-la plus douloureuse
-<a name="FNanchor_1120_1120" id="FNanchor_1120_1120"></a>
-<a href="#Footnote_1120_1120" class="fnanchor">[1120]</a>.»</p>
-
-<p>Depuis longtemps déjà, résignée à mourir, mais
-ne voulant pas entraîner dans sa perte ceux qui lui
-demeuraient attachés, elle ne se couchait jamais sans
-avoir brûlé tous les papiers capables de compromettre
-ses amis
-<a name="FNanchor_1121_1121" id="FNanchor_1121_1121"></a>
-<a href="#Footnote_1121_1121" class="fnanchor">[1121]</a>.</p>
-
-<p>Dans cette situation si critique et presque désespérée,
-les offres de services affluaient; il semblait que
-le péril multipliât les dévouements. La préoccupation
-constante de tous ces fidèles de la dernière
-<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">[Pg 399]</a></span>
-heure était d'arracher la famille royale à cette prison
-de Paris, qui était pour elle l'émeute et le danger de
-mort en permanence. Épouvantée des horreurs du
-20 juin, une des amies d'enfance de la Reine, la
-landgrave Louise de Hesse-Darmstadt, avait envoyé
-son frère, le prince Georges de Hesse, en France,
-tout exprès pour tâcher de la sauver. Quel était le
-plan du prince? Quels étaient ses moyens? Nous l'ignorons;
-mais il est probable que ce plan ne visait qu'à
-sauver la Reine seule. L'amie n'avait songé qu'à son
-amie, elle avait compté sans l'épouse et sans la mère.
-Malgré toutes les instances, Marie-Antoinette refusa;
-mais quand le prince Georges repartit, elle lui
-donna pour la landgrave la lettre suivante, toute
-pleine d'affectueuse reconnaissance et de douloureuse
-résignation:</p>
-
-<p>«Votre amitié, vos soins, Madame, m'ont touchée
-jusqu'au fond de l'âme. La personne qui repart pourra
-vous dire les raisons qui l'ont retenue si longtemps;
-il vous dira aussi que, même à présent, je n'ose pas
-le voir chez moi; il m'aurait pourtant été bien doux
-de parler avec lui de vous, à qui je suis tendrement
-attachée. Non, ma Princesse, en sentant tout le prix
-de vos offres, je ne puis les accepter. Je suis vouée
-pour la vie à mes devoirs et aux personnes chères
-dont je partage les malheurs, et qui, quoi qu'on en
-dise, méritent tout intérêt par le courage avec lequel
-elles soutiennent leur position. Le porteur de
-cette lettre pourra vous donner des détails sur ce
-moment-ci et sur l'esprit du lieu que nous habitons.
-On dit qu'il a beaucoup vu et voit juste. Puisse un
-jour tout ce que nous faisons et souffrons rendre
-heureux nos enfants! c'est le seul vœu que je me
-permette. Adieu, ma Princesse. Ils m'ont tout ôté,
-hors mon cœur qui me restera toujours pour vous
-<span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">[Pg 400]</a></span>
-aimer. N'en doutez jamais; c'est le seul malheur que
-je ne pourrais supporter
-<a name="FNanchor_1122_1122" id="FNanchor_1122_1122"></a>
-<a href="#Footnote_1122_1122" class="fnanchor">[1122]</a>.»</p>
-
-<p>Et s'ouvrant de ce projet à la confidente de ses
-jours de tristesse, M<sup>me</sup> de Tourzel, la Reine lui disait:
-«Mon parti est pris; je regarderais comme la plus
-insigne lâcheté d'abandonner dans le danger le
-Roi et mes enfants. Que serait d'ailleurs la vie
-pour moi sans des objets aussi chers et qui peuvent
-seuls m'attacher à une vie aussi malheureuse que
-la mienne? Convenez qu'à ma place vous prendriez
-le même parti
-<a name="FNanchor_1123_1123" id="FNanchor_1123_1123"></a>
-<a href="#Footnote_1123_1123" class="fnanchor">[1123]</a>.»</p>
-
-<p>Le projet de M<sup>me</sup> de Staël était plus vaste et plus
-complet que celui du prince de Hesse, car il embrassait
-toute la famille royale. Une terre, la terre de
-Lamotte, était à vendre, près de Dieppe. M<sup>me</sup> de
-Staël proposait de l'acheter, d'y mener avec elle un
-homme sûr, ayant à peu près la taille et la figure
-du Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la
-Reine, et son fils, qui était de l'âge du Dauphin. Au
-bout de deux ou trois voyages, ces personnes eussent
-cédé la place à la famille royale, et, grâce à la
-faveur que la fille de Necker rencontrait parmi les
-patriotes, dont elle avait partagé les opinions, mais
-dont, à cette heure, elle ne partageait plus les illusions,
-on eût pu sortir de Paris et gagner le château
-de Lamotte, où l'on eût été en sûreté. Malouet fut
-chargé de communiquer ce plan au Roi et à la Reine,
-il n'en reçut que cette réponse décourageante: «que
-les augustes prisonniers étaient très sensibles à ce
-que M<sup>me</sup> de Staël voulait faire pour eux, mais qu'ils
-n'accepteraient jamais d'elle aucun service
-<a name="FNanchor_1124_1124" id="FNanchor_1124_1124"></a>
-<a href="#Footnote_1124_1124" class="fnanchor">[1124]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">[Pg 401]</a></span></p>
-
-<p>Malouet ne se découragea pas cependant. Toujours
-en quête, avec Montmorin, Lally-Tolendal, Malesherbes,
-Bertrand de Moleville, des moyens de salut
-pour la famille royale, il s'était adressé au duc de
-Liancourt, qui, depuis 1790, commandait à Rouen,
-et le duc, qui avait quatre régiments sous ses ordres,
-avait promis de les porter à Pontoise, où les Suisses
-auraient pu conduire Louis XVI. De là, la famille
-royale eût gagné Rouen; un yacht, préparé par les
-soins d'un ordonnateur de la marine, M. de Mistral,
-l'eût reçue pour la transporter au Havre, et, à la
-dernière extrémité, en Angleterre. Malouet fit remettre
-à Louis XVI, par M. de la Porte, une lettre
-où il développait ce plan, en insistant vivement sur
-le danger qu'il y avait à rester à Paris. Le Roi lut la
-lettre sans rien dire et sans en rien communiquer à
-personne; mais il ne put dissimuler son extrême
-agitation, et quand la Reine lui en demanda la cause:
-«C'est, dit-il, une lettre de M. Malouet; mais il y a
-des exagérations dans ses inquiétudes, et peu de
-sûreté dans ses moyens..... Nous verrons; rien
-ne m'oblige encore à prendre un parti si hasardeux.....
-L'affaire de Varennes est une leçon.»</p>
-
-<p>La Reine ne dit rien, et M. de la Porte se retira;
-mais Montmorin, quand il connut cette réponse, ne
-put s'empêcher de s'écrier: «Il faut en prendre son
-parti; nous serons tous massacrés, et cela ne sera
-pas long
-<a name="FNanchor_1125_1125" id="FNanchor_1125_1125"></a>
-<a href="#Footnote_1125_1125" class="fnanchor">[1125]</a>.»</p>
-
-<p>Le danger en effet devenait si imminent qu'il frappait
-les moins clairvoyants. Lafayette offrit encore
-une fois son concours, et, d'accord avec M. de Montciel,
-ministre de l'intérieur, Lally-Tolendal et l'ambassadeur
-des États-Unis, le sage et dévoué Gouverneur
-<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">[Pg 402]</a></span>
-Morris, il ébaucha un nouveau plan. On eût
-profité de la fête de la Fédération. Lafayette et le
-vieux maréchal Luckner, complètement gagné à sa
-cause, avaient demandé à y assister, au nom de l'armée.
-Le 15, placés entre eux deux et escortés par
-cent cavaliers dévoués, le Roi et la famille royale
-sortiraient de Paris en plein jour; la garde nationale
-protégerait leur départ, et les Suisses, échelonnés
-entre la capitale et Compiègne, appuieraient leur
-marche. Une fois à Compiègne, où quinze escadrons
-et huit pièces de canon assureraient sa liberté, le
-Roi, délivré des empiétements de l'Assemblée et de
-la pression des clubs, se porterait médiateur entre
-les Puissances et la France, et reprendrait son pouvoir
-en révisant la Constitution. Si l'Assemblée et les
-Jacobins s'opposaient à sa sortie légale, les deux
-généraux se croiraient autorisés par cette mesure
-inconstitutionnelle à marcher sur Paris à la tête de
-leurs troupes
-<a name="FNanchor_1126_1126" id="FNanchor_1126_1126"></a>
-<a href="#Footnote_1126_1126" class="fnanchor">[1126]</a>.</p>
-
-<p>Le projet fut examiné au Conseil des ministres; il
-fut approuvé à l'unanimité
-<a name="FNanchor_1127_1127" id="FNanchor_1127_1127"></a>
-<a href="#Footnote_1127_1127" class="fnanchor">[1127]</a>. Louis XVI, malgré sa
-répugnance à quitter la capitale
-<a name="FNanchor_1128_1128" id="FNanchor_1128_1128"></a>
-<a href="#Footnote_1128_1128" class="fnanchor">[1128]</a>, et à se mettre
-entre les mains des Constitutionnels, auxquels il attribuait
-la responsabilité de sa déplorable situation
-<a name="FNanchor_1129_1129" id="FNanchor_1129_1129"></a>
-<a href="#Footnote_1129_1129" class="fnanchor">[1129]</a>,
-semblait disposé à se prêter à ce plan. Déjà les préparatifs
-étaient commencés: les Suisses avaient reçu
-des ordres
-<a name="FNanchor_1130_1130" id="FNanchor_1130_1130"></a>
-<a href="#Footnote_1130_1130" class="fnanchor">[1130]</a>,
-lorsque, tout à coup, le prince déclara
-qu'il était décidé à ne pas partir, qu'il aimait mieux
-s'exposer à tous les dangers que de donner le signal
-<span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">[Pg 403]</a></span>
-de la guerre civile
-<a name="FNanchor_1131_1131" id="FNanchor_1131_1131"></a>
-<a href="#Footnote_1131_1131" class="fnanchor">[1131]</a>. C'étaient, assure-t-on, les conseils
-de la Reine, qui, au dernier moment, avaient
-ainsi modifié la résolution du Roi
-<a name="FNanchor_1132_1132" id="FNanchor_1132_1132"></a>
-<a href="#Footnote_1132_1132" class="fnanchor">[1132]</a>. Elle avait pour
-Lafayette une insurmontable antipathie, et elle disait
-à M<sup>me</sup> Campan qu'il valait mieux périr que de
-devoir son salut à l'homme qui leur avait fait le plus
-de mal et de se mettre dans la nécessité de traiter
-avec lui
-<a name="FNanchor_1133_1133" id="FNanchor_1133_1133"></a>
-<a href="#Footnote_1133_1133" class="fnanchor">[1133]</a>.</p>
-
-<p>On a vivement reproché à Marie-Antoinette son
-opposition acharnée à ce projet. On l'a accusée d'avoir
-sacrifié la monarchie et l'existence même des siens
-à d'aveugles préventions. Sans doute, il eût été plus
-politique d'oublier les griefs du passé et de ne plus
-voir que le dévouement de l'heure présente; mais ce
-dévouement, la Reine ne croyait pas à son désintéressement
-et à sa sincérité. Lafayette était toujours
-à ses yeux l'homme qui avait porté à l'autorité royale
-les coups les plus sensibles, qui lui avait infligé à
-elle-même l'injure la plus sanglante, une de ces
-injures qu'une femme ne pardonne pas
-<a name="FNanchor_1134_1134" id="FNanchor_1134_1134"></a>
-<a href="#Footnote_1134_1134" class="fnanchor">[1134]</a>. Le grand
-orateur dont elle regrettait peut-être alors de n'avoir
-pas mieux suivi les avis, Mirabeau, l'avait toujours
-prévenue contre l'ambition brouillonne et la présomptueuse
-incapacité de celui qu'il appelait dédaigneusement
-<i>Gilles-César</i>, et à ce moment même, ses confidents
-les plus intimes, Mercy, Fersen, ne lui recommandaient-ils
-pas, dans leurs lettres, si la nécessité
-ou des circonstances favorables la déterminaient à
-quitter Paris, de ne jamais appeler Lafayette, mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">[Pg 404]</a></span>
-de réclamer le concours de provinces fidèles, comme
-la Picardie
-<a name="FNanchor_1135_1135" id="FNanchor_1135_1135"></a>
-<a href="#Footnote_1135_1135" class="fnanchor">[1135]</a>?</p>
-
-<p>Ce plan, d'ailleurs, était-on aussi sûr de sa réussite
-qu'on le prétendait
-<a name="FNanchor_1136_1136" id="FNanchor_1136_1136"></a>
-<a href="#Footnote_1136_1136" class="fnanchor">[1136]</a>? La garde nationale s'y fût-elle
-prêtée? Un exemple tout récent permettait d'en douter.
-Dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 juillet,
-le bruit s'était répandu, dans la garde de service au
-Château, que la Reine était partie. Le commandant
-ne put calmer ses hommes qu'en éveillant le Roi à
-deux heures du matin et en le priant de lui faire voir
-la Reine. Étaient-ce là des dispositions favorables,
-soit à une évasion, soit à un départ public? Montmorin,
-qui transmettait ces détails à son ami la Marck,
-en arrivait à ce douloureux dilemme: «Depuis que
-le Roi a licencié sa garde, je crois impossible qu'il
-sorte de Paris, et très dangereux qu'il y reste.» Et
-il concluait ainsi: «Le Roi, et surtout la Reine, se
-sont refusés absolument à toute proposition de sortir
-de Paris, et, quelque danger que je voie au séjour
-qu'ils y font, je crois qu'ils ont bien fait
-<a name="FNanchor_1137_1137" id="FNanchor_1137_1137"></a>
-<a href="#Footnote_1137_1137" class="fnanchor">[1137]</a>.»</p>
-
-<p>Malgré ces sombres pronostics, la Fédération se
-passa tranquillement; mais les alarmes furent vives.
-Le Roi était, avec toute sa famille, à l'École militaire,
-attendant le cortège qui était allé poser la première
-pierre d'une colonne sur l'emplacement de la Bastille.
-Quand le cortège parut et défila sous le balcon où se
-tenait la famille royale, des cris formidables de <i>Vive
-Pétion!</i> éclatèrent de toutes parts; quelques rares
-<span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">[Pg 405]</a></span>
-cris de <i>Vive le Roi!</i> y répondirent. Louis XVI descendit
-et se rendit à pied, du pavillon de l'École
-militaire, à l'autel dressé à l'extrémité du Champ-de-Mars.
-Sa tête poudrée ressortait au milieu des cheveux
-noirs des députés et ses vêtements brodés d'or
-tranchaient sur le costume sombre des gens du peuple
-qui l'entouraient. «Quand il monta les degrés de
-l'autel, on crut voir la victime sainte s'offrant volontairement
-au sacrifice
-<a name="FNanchor_1138_1138" id="FNanchor_1138_1138"></a>
-<a href="#Footnote_1138_1138" class="fnanchor">[1138]</a>.» La Reine ne l'avait pas
-perdu de vue pendant ce long et douloureux trajet,
-au milieu de ces hommes qui, dit un témoin oculaire,
-«avaient plus l'air d'être réunis pour une émeute
-que pour une fête
-<a name="FNanchor_1139_1139" id="FNanchor_1139_1139"></a>
-<a href="#Footnote_1139_1139" class="fnanchor">[1139]</a>.» Un instant,
-elle l'avait vu disparaître
-dans la foule
-<a name="FNanchor_1140_1140" id="FNanchor_1140_1140"></a>
-<a href="#Footnote_1140_1140" class="fnanchor">[1140]</a>; elle avait poussé un cri; mais
-ce n'était qu'une fausse alerte; peu après, le Roi
-reprit sa place près de sa famille. «L'expression du
-visage de la Reine, dit M<sup>me</sup> de Staël, ne s'effacera
-jamais de mon souvenir; ses yeux étaient abîmés de
-pleurs; la splendeur de sa toilette, la dignité de son
-maintien contrastaient avec le cortège dont elle était
-entourée; quelques gardes nationaux la séparaient
-seuls de la populace
-<a name="FNanchor_1141_1141" id="FNanchor_1141_1141"></a>
-<a href="#Footnote_1141_1141" class="fnanchor">[1141]</a>.» Quand le Roi revint à l'École
-militaire, elle descendit à sa rencontre; le prince
-la serra dans ses bras avec une affectueuse émotion,
-et ses enfants l'embrassèrent en pleurant
-<a name="FNanchor_1142_1142" id="FNanchor_1142_1142"></a>
-<a href="#Footnote_1142_1142" class="fnanchor">[1142]</a>.</p>
-
-<p>La cérémonie terminée, la famille royale remonta
-en voiture et retourna aux Tuileries. Heureux de
-la voir vivante, après les inquiétudes qu'avait excitées
-cette journée, les grenadiers qui entouraient le carrosse
-ne cessaient de crier: <i>Vive le Roi! Vive la
-Reine!</i> «Ils étaient tout cœur et tout âme, écrit
-<span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">[Pg 406]</a></span>
-M<sup>me</sup> Élisabeth; cela faisait du bien
-<a name="FNanchor_1143_1143" id="FNanchor_1143_1143"></a>
-<a href="#Footnote_1143_1143" class="fnanchor">[1143]</a>.» Mais qu'étaient
-ces cris isolés à côté des acclamations immenses qui
-avaient accueilli le maire de Paris, le vrai triomphateur
-du jour, ce fat et misérable Pétion, qui avait
-abandonné la royauté au 20 juin, qui devait la livrer
-au 10 août?</p>
-
-<p>L'agitation continuait dans Paris. Le bruit courait
-plus que jamais que l'Assemblée voulait enlever la
-famille royale, et l'emmener dans le Midi
-<a name="FNanchor_1144_1144" id="FNanchor_1144_1144"></a>
-<a href="#Footnote_1144_1144" class="fnanchor">[1144]</a>; pour faciliter
-l'exécution de ce projet et isoler le Roi de
-plus en plus, on faisait partir pour le camp de Soissons
-les trois régiments de ligne qui restaient dans la
-capitale et deux bataillons de Suisses
-<a name="FNanchor_1145_1145" id="FNanchor_1145_1145"></a>
-<a href="#Footnote_1145_1145" class="fnanchor">[1145]</a>. Au Château,
-on n'avait plus un instant de tranquillité. Les
-rumeurs les plus absurdes prenaient créance, dès
-qu'elles étaient hostiles à la famille royale, et donnaient
-lieu à des mouvements populaires. Le 20 juillet,
-les fédérés avaient passé la nuit en orgies sur la
-place de la Bastille; quelques meneurs vinrent leur
-raconter que la Cour avait fait assassiner les députés
-patriotes et conservait dix-huit mille fusils au Château.
-Aussitôt ils prennent les armes «pour exterminer
-les traîtres». A cinq heures du matin le rappel
-est battu; quatre mille gardes nationaux se portent
-aux Tuileries. Pour cette fois, du moins, le danger
-fut conjuré: Pétion lui-même calma l'effervescence.
-Mais cette journée néanmoins exerça une influence
-néfaste sur l'avenir; pendant que la famille
-royale était réunie avec les ministres dans le cabinet
-<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">[Pg 407]</a></span>
-du Roi, attendant l'insurrection et délibérant sur la
-conduite à tenir, on avait décidé que si les factieux
-approchaient, le prince et sa famille, n'ayant pas de
-moyens de se défendre, se retireraient à l'Assemblée:
-résolution fatale qui ne fut que trop mise à exécution
-le 10 août
-<a name="FNanchor_1146_1146" id="FNanchor_1146_1146"></a>
-<a href="#Footnote_1146_1146" class="fnanchor">[1146]</a>.</p>
-
-<p>Quelques jours après, dans la nuit du 24 au 25
-juillet, M<sup>me</sup> Campan fut avertie que les faubourgs
-s'apprêtaient à marcher sur les Tuileries; on avait
-résolu, disait-on, d'enlever le Roi et de l'enfermer à
-Vincennes. Déjà le tocsin sonnait à Saint-Roch;
-M<sup>me</sup> Campan courut à l'appartement de la Reine;
-brisée de fatigue, après tant d'insomnies, la malheureuse
-femme dormait. Le Roi, qui survint, ne voulut
-pas qu'on la réveillât; on venait d'apprendre d'ailleurs
-que le mouvement annoncé avait avorté; Pétion, ne se
-trouvant pas suffisamment prêt, s'y était opposé. Mais
-la Reine, quand elle s'éveilla, reprocha vivement à
-sa première femme de chambre d'avoir respecté son
-sommeil, et comme M<sup>me</sup> Campan lui représentait
-qu'elle avait besoin de réparer ses forces abattues:
-«Elles ne le sont pas, dit-elle; le malheur en donne
-de grandes. Élisabeth était auprès du Roi, et je dormais,
-moi qui voudrais périr à ses côtés! Je suis sa
-femme et je ne veux pas qu'il courre le moindre
-péril sans moi
-<a name="FNanchor_1147_1147" id="FNanchor_1147_1147"></a>
-<a href="#Footnote_1147_1147" class="fnanchor">[1147]</a>.»</p>
-
-<p>C'est à ce rôle passif qu'elle était réduite. Si elle
-n'avait écouté que son courage, elle ne se fût pas si
-facilement résignée; elle se fût souvenue du mot de
-Mirabeau, de ce que pouvaient une femme et un enfant
-à cheval. Périr pour périr, elle eût mieux aimé
-<span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">[Pg 408]</a></span>
-succomber les armes à la main que d'attendre patiemment
-la mort par le poignard ou l'échafaud. Mais
-elle était paralysée par l'inertie de son mari: «Le
-Roi, disait-elle, a peur de commander et craint
-plus que toute autre chose de parler aux hommes
-réunis. Quelques paroles bien accentuées, adressées
-aux Parisiens, centupleraient les forces de notre
-parti; il ne les dira pas.... Pour moi, je pourrais
-bien agir et monter à cheval, s'il le fallait; mais
-si j'agissais, ce serait donner des armes aux ennemis
-du Roi. Le cri contre l'<i>Autrichienne</i>, contre la
-domination d'une femme, serait général en France,
-et d'ailleurs j'anéantirais le Roi en me montrant.
-Une Reine qui n'est pas régente doit, dans ces circonstances,
-rester dans l'inaction et se préparer à
-mourir
-<a name="FNanchor_1148_1148" id="FNanchor_1148_1148"></a>
-<a href="#Footnote_1148_1148" class="fnanchor">[1148]</a>.»</p>
-
-<p>Un jour que l'abbé de Montesquiou lui avait soumis
-un plan qui demandait beaucoup de conduite et de fermeté:
-«C'est inutile, répondit-elle tristement, la conduite
-que vous me proposez ne peut pas se conseiller;
-celui qui n'a pas en lui le caractère nécessaire
-pour l'imaginer ne saurait en suivre le conseil
-<a name="FNanchor_1149_1149" id="FNanchor_1149_1149"></a>
-<a href="#Footnote_1149_1149" class="fnanchor">[1149]</a>.»</p>
-
-<p>Ainsi réduite à l'inaction en France, la Reine n'espérait
-plus guère que de l'étranger. Sa correspondance
-avec Fersen se multipliait: Fersen, que son père
-avait voulu rappeler en Suède après l'assassinat de
-Gustave III, et qui avait noblement refusé, dût-il être
-réduit à la misère, d'abandonner ses augustes clients
-<a name="FNanchor_1150_1150" id="FNanchor_1150_1150"></a>
-<a href="#Footnote_1150_1150" class="fnanchor">[1150]</a>.
-<span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">[Pg 409]</a></span>
-Elle avait recours aux procédés les plus ingénieux
-pour dissimuler ces relations. Les lettres étaient
-presque toujours écrites en chiffres, ou du moins
-dans un style de convention; elles étaient envoyées,
-tantôt par des gens sûrs, tantôt, et surtout à l'époque
-où nous sommes, dans des boîtes de biscottes, dans
-des paquets de thé ou de chocolat, dans la doublure
-d'un chapeau ou d'un vêtement, sous forme d'annonce
-dans un journal
-<a name="FNanchor_1151_1151" id="FNanchor_1151_1151"></a>
-<a href="#Footnote_1151_1151" class="fnanchor">[1151]</a>. Les billets succédaient aux billets
-avec une rapidité et une fréquence extraordinaires;
-chaque semaine, il y en avait au moins deux,
-soit de Marie-Antoinette, soit du fidèle Goguelat. A
-la fin de juillet, ce ne sont plus guère que des cris d'alarme,
-des appels désespérés. La Reine écrit le
-24 juillet:</p>
-
-<p>«Dans le courant de la semaine, l'Assemblée doit
-décréter sa translation à Blois et la suspension du Roi.
-Chaque jour produit une scène nouvelle, mais tend
-toujours à la destruction du Roi et de sa famille; des
-pétitionnaires ont dit, à la barre de l'Assemblée, que,
-si on ne le destituait pas, ils le massacreraient. Ils
-ont eu les honneurs de la séance. Dites donc à M. de
-Mercy que les jours du Roi et de la Reine sont dans
-le plus grand danger, qu'un délai d'un jour peut produire
-des malheurs incalculables, qu'il faut envoyer
-le manifeste sur-le-champ, qu'on l'attend avec une
-extrême impatience, que nécessairement il ralliera
-beaucoup de monde autour du Roi et le mettra en
-sûreté; qu'autrement personne ne peut en répondre
-pendant vingt-quatre heures: la troupe des assassins
-grossit sans cesse
-<a name="FNanchor_1152_1152" id="FNanchor_1152_1152"></a>
-<a href="#Footnote_1152_1152" class="fnanchor">[1152]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">[Pg 410]</a></span></p>
-
-<p>Huit jours après, nouvel appel plus pressant encore.
-Le 28 juillet, d'Éprémesnil avait été à moitié assommé
-sur la terrasse des Feuillants
-<a name="FNanchor_1153_1153" id="FNanchor_1153_1153"></a>
-<a href="#Footnote_1153_1153" class="fnanchor">[1153]</a>. Le 29, les Marseillais
-avaient fait leur entrée à Paris. Ramassis de
-brigands et de gens sans aveu, tourbe cosmopolite,
-échappée des bagnes de Gênes, d'Espagne et de
-Toulon
-<a name="FNanchor_1154_1154" id="FNanchor_1154_1154"></a>
-<a href="#Footnote_1154_1154" class="fnanchor">[1154]</a>,
-ils apportaient à la populace parisienne un
-appoint puissant, moins par le nombre,—ils n'étaient
-guère que six cents,—que par leur audace et leur
-expérience en fait d'émeutes et de crimes. C'était
-pour les attendre que Pétion avait ajourné l'émeute
-du 27 juillet. Le lendemain même de leur arrivée, le
-30, ils rencontrent aux Champs-Élysées des grenadiers
-du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui
-faisaient un repas de corps chez le restaurateur
-Dubertier, leur cherchent querelle sans motif, en
-massacrent un, en blessent une quinzaine, et les
-autres n'échappent au même sort qu'en se réfugiant
-dans le jardin des Tuileries, et de là au Château, où
-on leur prodigue des secours. Vainement les camarades
-des victimes viennent-ils demander justice à
-l'Assemblée; la gauche les accueille par des murmures,
-les tribunes par des vociférations. Ce sont
-eux qu'on transforme en coupables, et l'on dénonce
-à la vengeance populaire la Reine et les dames qui
-ont donné leurs soins aux <i>assassins</i> des braves fédérés.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> août, Marie-Antoinette faisait écrire par Goguelat
-à Fersen cette lettre désespérée, la dernière
-qu'ait reçue d'elle son chevaleresque correspondant;
-l'angoisse l'y rendait même parfois injuste pour les
-fidèles grenadiers des Filles-Saint-Thomas.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">[Pg 411]</a></span></p>
-
-<p>«La vie du Roi est évidemment menacée depuis
-longtemps, ainsi que celle de la Reine. L'arrivée
-d'environ six cents Marseillais et d'une quantité
-d'autres députés de tous les clubs des Jacobins
-augmente bien nos inquiétudes, malheureusement
-trop fondées. On prend des précautions de toute
-espèce pour la sûreté de Leurs Majestés; mais les
-assassins rôdent continuellement autour du Château;
-on excite le peuple; dans une partie de la garde nationale,
-il y a mauvaise volonté, et dans l'autre,
-faiblesse et lâcheté. La résistance qu'on peut opposer
-aux entreprises des scélérats n'est que dans quelques
-personnes décidées à faire un rempart de leurs
-corps à la famille royale, et dans le régiment des
-gardes-suisses. L'affaire qui a eu lieu le 30, à la
-suite d'un dîner aux Champs-Élysées, entre 180 grenadiers
-<a name="FNanchor_1155_1155" id="FNanchor_1155_1155"></a>
-<a href="#Footnote_1155_1155" class="fnanchor">[1155]</a>
-d'élite de la garde nationale et des fédérés
-marseillais, a démontré clairement la lâcheté de
-la garde nationale et le peu de fond qu'il faut faire
-sur cette troupe, qui ne peut en imposer que par sa
-masse. Les 180 grenadiers ont pris la fuite; il y en
-a eu deux ou trois de tués et une vingtaine de blessés.
-Les Marseillais font la police du Palais-Royal
-et du jardin des Tuileries, que l'Assemblée nationale
-a fait ouvrir..... Pour le moment, il faut songer à
-éviter les poignards et à déjouer les conspirateurs
-qui fourmillent autour du trône prêt à disparaître.
-Depuis longtemps, les factieux ne prennent plus la
-peine de cacher le projet d'anéantir la famille royale.
-Dans les deux dernières assemblées nocturnes, on
-ne différait que sur le moyen à employer. Vous
-avez pu juger par ma précédente lettre combien il
-est intéressant de gagner vingt-quatre heures; je ne
-ferai que vous le rappeler aujourd'hui, en ajoutant
-<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">[Pg 412]</a></span>
-que, si l'on n'arrive pas, il n'y a que la Providence
-qui puisse sauver le Roi et sa famille
-<a name="FNanchor_1156_1156" id="FNanchor_1156_1156"></a>
-<a href="#Footnote_1156_1156" class="fnanchor">[1156]</a>.»</p>
-
-<p>A cette date du 1<sup>er</sup> août, les armées coalisées
-étaient en marche. Le duc de Brunswick s'était mis
-en mouvement le 28 juillet
-<a name="FNanchor_1157_1157" id="FNanchor_1157_1157"></a>
-<a href="#Footnote_1157_1157" class="fnanchor">[1157]</a>; il comptait être, au
-bout de huit ou dix jours, à la frontière
-<a name="FNanchor_1158_1158" id="FNanchor_1158_1158"></a>
-<a href="#Footnote_1158_1158" class="fnanchor">[1158]</a>, y laisser
-des corps suffisants pour masquer les places et empêcher
-leurs garnisons de s'opposer à ses opérations,
-et se porter lui-même directement sur Paris
-<a name="FNanchor_1159_1159" id="FNanchor_1159_1159"></a>
-<a href="#Footnote_1159_1159" class="fnanchor">[1159]</a>. Au
-moment d'entrer en campagne, le 25, cédant aux
-vives instances des émigrés, il avait lancé, de
-Coblentz, un manifeste menaçant. Après avoir exposé
-les réclamations de l'Empereur et du roi de Prusse
-pour les princes allemands possessionnés en Alsace
-et leur intérêt à voir cesser l'anarchie en France,
-sans vouloir s'enrichir par des conquêtes, ni prétendre
-«s'immiscer dans le gouvernement de la France»,
-il invitait la partie saine de la nation à rentrer dans
-les voies de la justice, et s'engageait à protéger ceux
-qui se soumettraient au Roi. Mais il menaçait d'une
-punition exemplaire tous ceux qui se défendraient
-contre ses armes, déclarant que, si la moindre insulte,
-la moindre violence était faite au Roi ou à la
-Reine, la ville de Paris serait livrée à une exécution
-militaire et à une subversion totale.</p>
-
-<p>Par quelle déplorable habileté Fersen réussit-il à
-substituer ce manifeste, dû à la plume d'un émigré,
-M. de Limon
-<a name="FNanchor_1160_1160" id="FNanchor_1160_1160"></a>
-<a href="#Footnote_1160_1160" class="fnanchor">[1160]</a>,
-au texte, modéré et sage, proposé par
-<span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">[Pg 413]</a></span>
-l'agent accrédité du Roi et de la Reine, Mallet du
-Pan, et primitivement adopté par les Puissances? Par
-quel aveuglement surtout, lui qui connaissait la
-France, qui venait de la traverser tout récemment
-encore, et qui écrivait «qu'on ne peut compter sur
-les gardes nationaux, ni sur les gens de bien de
-Paris, qui craignent de se mettre en avant de peur
-de recevoir une égratignure, tandis que les scélérats
-agissent
-<a name="FNanchor_1161_1161" id="FNanchor_1161_1161"></a>
-<a href="#Footnote_1161_1161" class="fnanchor">[1161]</a>»,
-ajoutant: «Mon inquiétude pour vous est
-extrême; je n'ai pas un seul moment de tranquillité
-<a name="FNanchor_1162_1162" id="FNanchor_1162_1162"></a>
-<a href="#Footnote_1162_1162" class="fnanchor">[1162]</a>»;
-par quel aveuglement put-il croire que cette
-déclaration hautaine et provocante relèverait le courage
-des amis de la royauté et terrifierait ses adversaires?
-Comment ne vit-il pas qu'édicter ainsi les
-derniers supplices contre tous les partisans de la
-Révolution, c'était en grossir le nombre, les réduire
-au désespoir, et que les premières victimes de ce
-désespoir seraient précisément les malheureux souverains
-qu'on avait la prétention de sauver? Lui-même
-cependant avait écrit à son ami Taube, en
-lui envoyant le manifeste: «Voici un moment critique
-pour eux, Dieu les conserve
-<a name="FNanchor_1163_1163" id="FNanchor_1163_1163"></a>
-<a href="#Footnote_1163_1163" class="fnanchor">[1163]</a>!» Et à sa demande,
-le baron de Breteuil avait envoyé l'évêque
-de Pamiers à Londres pour obtenir de Pitt une intervention
-de l'Angleterre en faveur des malheureux
-otages que d'imprudentes menaces allaient livrer à
-toutes les colères
-<a name="FNanchor_1164_1164" id="FNanchor_1164_1164"></a>
-<a href="#Footnote_1164_1164" class="fnanchor">[1164]</a>.</p>
-
-<p>Mais on se faisait, de l'autre côté du Rhin, même
-parmi les plus sages, d'étranges illusions. Les émigrés
-<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">[Pg 414]</a></span>
-avaient si souvent répété que la guerre ne serait
-qu'une promenade militaire à travers la France, que
-le duc de Brunswick s'imaginait ne pas rencontrer
-de résistance
-<a name="FNanchor_1165_1165" id="FNanchor_1165_1165"></a>
-<a href="#Footnote_1165_1165" class="fnanchor">[1165]</a>,
-et que Mercy lui-même, si peu disposé,
-par son âge et son expérience, aux espérances
-exagérées, écrivait, le 9 juillet, à Marie-Antoinette:
-«En un mois, on sera sauvé
-<a name="FNanchor_1166_1166" id="FNanchor_1166_1166"></a>
-<a href="#Footnote_1166_1166" class="fnanchor">[1166]</a>.» On indiquait déjà
-les étapes de la marche des coalisés: on devait être
-tel jour à Verdun, tel autre à Châlons
-<a name="FNanchor_1167_1167" id="FNanchor_1167_1167"></a>
-<a href="#Footnote_1167_1167" class="fnanchor">[1167]</a>. La Reine
-elle-même, momentanément rassurée par la parole
-de Mercy, confiait à M<sup>me</sup> Campan, pendant une de
-ses nuits d'insomnie, que, dans un mois, «elle ne
-verrait plus cette lune sans être dégagée de ses
-chaînes
-<a name="FNanchor_1168_1168" id="FNanchor_1168_1168"></a>
-<a href="#Footnote_1168_1168" class="fnanchor">[1168]</a>.»
-Et le baron de Breteuil formait déjà le
-cabinet qui devait prendre la direction des affaires, à
-la rentrée à Paris
-<a name="FNanchor_1169_1169" id="FNanchor_1169_1169"></a>
-<a href="#Footnote_1169_1169" class="fnanchor">[1169]</a>.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, le résultat de ce manifeste ne
-fut pas celui qu'en attendaient ses auteurs: «Il ne
-rallia personne, parce qu'il ne présentait aucun point
-de ralliement; n'effraya personne, parce qu'il annonçait
-des prétentions extravagantes, et enfin n'obtint
-rien, parce qu'il demandait l'impossible. Une
-partie de la France resta muette à cet appel; l'autre
-<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">[Pg 415]</a></span>
-y répondit par des cris de fureur et de vengeance
-<a name="FNanchor_1170_1170" id="FNanchor_1170_1170"></a>
-<a href="#Footnote_1170_1170" class="fnanchor">[1170]</a>.»</p>
-
-<p>A ce moment suprême, pourtant, les Girondins
-ne voulaient pas encore la république; ils
-sentaient qu'ils n'auraient point pour eux l'appui de
-l'armée, même de l'armée du Midi, sur laquelle ils
-comptaient le plus
-<a name="FNanchor_1171_1171" id="FNanchor_1171_1171"></a>
-<a href="#Footnote_1171_1171" class="fnanchor">[1171]</a>. Il y eut un moment d'hésitation
-dans la marche des ennemis de la royauté. La garde
-nationale voulait conserver le Roi, comme une sauvegarde
-contre les représailles des coalisés, et certains
-chefs de la Révolution s'étaient déjà ménagé les
-moyens de fuir en Amérique
-<a name="FNanchor_1172_1172" id="FNanchor_1172_1172"></a>
-<a href="#Footnote_1172_1172" class="fnanchor">[1172]</a>. Le plan qui souriait le
-plus à Brissot et à ses amis, c'était de proclamer la
-déchéance de Louis XVI et de mettre le Dauphin sur
-le trône, avec Condorcet comme gouverneur et Pétion
-comme régent. Mais déjà les Girondins étaient débordés
-et, pour ne pas être laissés de côté, ils étaient
-obligés de se mettre à la remorque des Jacobins.</p>
-
-<p>Le 3 août, Pétion se présente à la barre de l'Assemblée
-et, au nom de 46 sections de Paris sur 48,
-demande la déchéance. L'Assemblée, sans discussion,
-renvoie une pétition à une commission extraordinaire
-pour faire son rapport le 9 août
-<a name="FNanchor_1173_1173" id="FNanchor_1173_1173"></a>
-<a href="#Footnote_1173_1173" class="fnanchor">[1173]</a>. En attendant,
-tout se prépare pour le dernier assaut qui doit
-être livré à la royauté. Le Comité insurrectionnel
-<span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">[Pg 416]</a></span>
-siège en permanence au cabaret du <i>Cadran-bleu</i>. La
-section Mauconseil, sans attendre la décision de
-l'Assemblée, vote la déchéance; la section du Théâtre-Français,
-sous la présidence de Danton, se déclare
-en état d'insurrection
-<a name="FNanchor_1174_1174" id="FNanchor_1174_1174"></a>
-<a href="#Footnote_1174_1174" class="fnanchor">[1174]</a>. Les Marseillais, quittant leurs
-casernes trop éloignées, se transportent au centre de
-la capitale, dans les sections Poissonnière et du Théâtre-Français
-<a name="FNanchor_1175_1175" id="FNanchor_1175_1175"></a>
-<a href="#Footnote_1175_1175" class="fnanchor">[1175]</a>,
-où on les incorpore dans les bataillons
-révolutionnaires
-<a name="FNanchor_1176_1176" id="FNanchor_1176_1176"></a>
-<a href="#Footnote_1176_1176" class="fnanchor">[1176]</a>; on leur donne à profusion du
-vin et de l'argent
-<a name="FNanchor_1177_1177" id="FNanchor_1177_1177"></a>
-<a href="#Footnote_1177_1177" class="fnanchor">[1177]</a>. Westermann est désigné pour
-prendre le commandement des bandes, à la place de
-Santerre, dont l'incapacité est trop manifeste, et Panis
-et Sergent font distribuer aux fédérés les cartouches
-qu'ils refusent aux gardes nationaux.
-On fait venir de tous côtés des recrues sur lesquelles
-on peut compter. Jourdan et les massacreurs de la
-Glacière sont à Paris
-<a name="FNanchor_1178_1178" id="FNanchor_1178_1178"></a>
-<a href="#Footnote_1178_1178" class="fnanchor">[1178]</a>. «Jourdan et ses compagnons
-sont réunis à Santerre, mandait Malouet à Mallet du
-Pan; les promenades dans les rues, les hurlements
-sont horribles. Les affiches, les placards ont la même
-couleur de sang. Jamais cette ville de boue n'a été
-aussi infecte, aussi pestilentielle
-<a name="FNanchor_1179_1179" id="FNanchor_1179_1179"></a>
-<a href="#Footnote_1179_1179" class="fnanchor">[1179]</a>.»</p>
-
-<p>En même temps, on éloigne de la capitale les derniers
-défenseurs de la royauté. Dès la fin de juillet,
-un officier suisse écrivait: «Ils sont parvenus à
-faire sortir de Paris toute la force armée. Voilà les
-cinq régiments de ligne et les deux tiers des régiments
-des gardes-suisses, que l'on craignait, hors
-d'état de nuire aux factieux. Bientôt nous allons voir
-<span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">[Pg 417]</a></span>
-commencer la tragédie
-<a name="FNanchor_1180_1180" id="FNanchor_1180_1180"></a>
-<a href="#Footnote_1180_1180" class="fnanchor">[1180]</a>.» Les troupes de ligne, en
-effet, dont l'Assemblée redoutait le bon esprit, avaient
-été envoyées à l'armée
-<a name="FNanchor_1181_1181" id="FNanchor_1181_1181"></a>
-<a href="#Footnote_1181_1181" class="fnanchor">[1181]</a>; trois cents Suisses avaient
-été dirigés sur la Normandie, sous prétexte de protéger
-la circulation des grains et l'on avait enlevé à
-ceux qui restaient à Paris leurs douze canons
-<a name="FNanchor_1182_1182" id="FNanchor_1182_1182"></a>
-<a href="#Footnote_1182_1182" class="fnanchor">[1182]</a>.</p>
-
-<p>Pour achever de désorganiser la résistance, la
-municipalité arrête que la garde de service au Château
-sera chaque jour composée de citoyens de toutes
-les sections. Tout est prêt pour se porter en armes
-aux Tuileries et y déposer le Roi. Le jour seul est
-encore incertain. Successivement fixé au 4, puis au
-6, il est enfin arrêté pour le 9 au soir, lorsque l'Assemblée
-aura délibéré sur la pétition des sections
-de Paris; ce jour-là, si, à onze heures, justice n'est
-pas rendue au peuple par le Corps législatif, «à minuit
-le tocsin sonnera, la générale sera battue et tout
-se lèvera à la fois
-<a name="FNanchor_1183_1183" id="FNanchor_1183_1183"></a>
-<a href="#Footnote_1183_1183" class="fnanchor">[1183]</a>». En attendant, la terreur
-règne dans la capitale; les députés qui osent encore,
-nous ne dirons pas se montrer favorables au Roi,
-mais simplement ne pas exécuter servilement les volontés
-des clubs, sont insultés et maltraités
-<a name="FNanchor_1184_1184" id="FNanchor_1184_1184"></a>
-<a href="#Footnote_1184_1184" class="fnanchor">[1184]</a>. On
-répand les bruits les plus lugubres. On annonce qu'on
-promènera la Reine dans une cage de fer avant de
-la conduire à la Force, qu'on enfermera le Roi à
-l'Hôtel-de-Ville, puis au Temple
-<a name="FNanchor_1185_1185" id="FNanchor_1185_1185"></a>
-<a href="#Footnote_1185_1185" class="fnanchor">[1185]</a>. Dès le 2 août, on
-<span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">[Pg 418]</a></span>
-vend dans les rues un imprimé qui n'est que le programme
-de la journée qu'on prédit, et le médecin
-Brunier peut le remettre à M<sup>me</sup> de Tourzel
-<a name="FNanchor_1186_1186" id="FNanchor_1186_1186"></a>
-<a href="#Footnote_1186_1186" class="fnanchor">[1186]</a>. Une
-agitation effrayante régnait dans le peuple, et une
-femme, très liée avec les révolutionnaires, écrivait
-cette phrase sinistre: «Il pleuvra du sang; je n'exagère
-point
-<a name="FNanchor_1187_1187" id="FNanchor_1187_1187"></a>
-<a href="#Footnote_1187_1187" class="fnanchor">[1187]</a>.»</p>
-
-<p>A ces menaces directes et publiques, qu'avait à opposer
-la royauté? Rien que des promesses vagues,
-des espérances fragiles, et, hélas! des illusions obstinées:
-la marche lointaine encore du duc de Brunswick,
-l'argent donné aux chefs des factieux, Pétion,
-Danton
-<a name="FNanchor_1188_1188" id="FNanchor_1188_1188"></a>
-<a href="#Footnote_1188_1188" class="fnanchor">[1188]</a>,
-Santerre, pour empêcher l'insurrection et
-qui ne sert qu'à la payer; et, au Château, neuf cents
-Suisses, quelques rares gardes nationaux fidèles,
-et une centaine de gentilshommes. Qu'était-ce
-contre les bandes dirigées par Barbaroux et Westermann?</p>
-
-<p>Vainement les fidèles de la dernière heure, les Malouet,
-les Malesherbes, les Morris, les Lally-Tolendal,
-présentèrent-ils, le 7 août, un suprême projet
-d'évasion. Vainement offrirent-ils de conduire la
-famille royale à Pontoise ou à Compiègne
-<a name="FNanchor_1189_1189" id="FNanchor_1189_1189"></a>
-<a href="#Footnote_1189_1189" class="fnanchor">[1189]</a>, sous la
-protection des grenadiers d'Aclocque et des Suisses de
-Courbevoie, en partant en plein jour, à huit heures
-du matin, du Pont-Tournant, et en avertissant le président
-de l'Assemblée qu'on allait à Compiègne, en
-vertu de la Constitution
-<a name="FNanchor_1190_1190" id="FNanchor_1190_1190"></a>
-<a href="#Footnote_1190_1190" class="fnanchor">[1190]</a>.
-Le Roi refusa, et M<sup>me</sup> Élisabeth
-se contenta de répondre que l'insurrection
-annoncée n'aurait pas lieu, qu'on en avait pour garant
-<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">[Pg 419]</a></span>
-la parole de Pétion et de Santerre, qui, moyennant
-sept cent cinquante mille livres, s'étaient engagés
-à ramener les Marseillais dans le parti de Sa
-Majesté
-<a name="FNanchor_1191_1191" id="FNanchor_1191_1191"></a>
-<a href="#Footnote_1191_1191" class="fnanchor">[1191]</a>.</p>
-
-<p>Malgré cette confiance apparente et étrange, l'alarme
-régnait en permanence au Château. Si l'on
-avait pu croire, pendant quelque temps, comme le
-disait Morris, que les gardes nationaux et les Parisiens
-voudraient conserver Louis XVI «comme la
-protection la plus efficace contre le pillage et les
-insultes des ennemis
-<a name="FNanchor_1192_1192" id="FNanchor_1192_1192"></a>
-<a href="#Footnote_1192_1192" class="fnanchor">[1192]</a>», depuis le 20 juin on ne
-pouvait plus guère avoir cette confiance: on ne cherchait
-qu'à gagner du temps; mais on était gardé à
-vue. Pour prévenir une fuite, dont le bruit s'était
-encore une fois répandu, les fédérés faisaient chaque
-jour et chaque nuit des patrouilles autour des Tuileries
-<a name="FNanchor_1193_1193" id="FNanchor_1193_1193"></a>
-<a href="#Footnote_1193_1193" class="fnanchor">[1193]</a>.
-Les hommes à pique, avant d'aller, le bonnet
-rouge sur la tête, faire à l'Assemblée des motions
-incendiaires, défilaient près du Château, en chantant
-d'injurieux couplets; «on eût dit qu'ils venaient
-reconnaître les lieux, avant de l'attaquer
-<a name="FNanchor_1194_1194" id="FNanchor_1194_1194"></a>
-<a href="#Footnote_1194_1194" class="fnanchor">[1194]</a>.» On insultait
-la Reine jusque sous les fenêtres de ses petits
-cabinets qui donnaient sur la cour, et M<sup>me</sup> de Tourzel,
-dont les appartements étaient au rez-de-chaussée,
-n'osait plus y conduire le Dauphin
-<a name="FNanchor_1195_1195" id="FNanchor_1195_1195"></a>
-<a href="#Footnote_1195_1195" class="fnanchor">[1195]</a>. Un Marseillais,
-le sabre au poing, criait aux Suisses en faction à la
-porte du Carrousel: «Misérables, c'est la dernière
-<span class="pagenum"><a name="Page_420" id="Page_420">[Pg 420]</a></span>
-garde que vous montez; nous allons vous exterminer
-tous
-<a name="FNanchor_1196_1196" id="FNanchor_1196_1196"></a>
-<a href="#Footnote_1196_1196" class="fnanchor">[1196]</a>.»</p>
-
-<p>Chaque jour, chaque nuit, ce sont des alertes
-nouvelles
-<a name="FNanchor_1197_1197" id="FNanchor_1197_1197"></a>
-<a href="#Footnote_1197_1197" class="fnanchor">[1197]</a>. Le Roi brûle ses correspondances
-<a name="FNanchor_1198_1198" id="FNanchor_1198_1198"></a>
-<a href="#Footnote_1198_1198" class="fnanchor">[1198]</a>; la
-Reine ne se couche qu'une fois sur deux
-<a name="FNanchor_1199_1199" id="FNanchor_1199_1199"></a>
-<a href="#Footnote_1199_1199" class="fnanchor">[1199]</a>, et
-elle en est réduite, nous l'avons vu, à avoir un
-petit chien dans sa chambre pour l'avertir en cas de
-danger
-<a name="FNanchor_1200_1200" id="FNanchor_1200_1200"></a>
-<a href="#Footnote_1200_1200" class="fnanchor">[1200]</a>.
-Toute la nuit du 4 au 5 août, l'on s'attend
-à être égorgé
-<a name="FNanchor_1201_1201" id="FNanchor_1201_1201"></a>
-<a href="#Footnote_1201_1201" class="fnanchor">[1201]</a>.
-Louis XVI est debout: «Ah! qu'ils
-viennent!» dit le malheureux prince, résigné à
-son sort; «dès longtemps je suis préparé; mais,»
-ajoute-t-il avec une sollicitude touchante, «qu'on
-n'éveille pas la Reine
-<a name="FNanchor_1202_1202" id="FNanchor_1202_1202"></a>
-<a href="#Footnote_1202_1202" class="fnanchor">[1202]</a>.»</p>
-
-<p>Le dimanche 5 août, la famille royale allait à la
-chapelle des Tuileries entendre la messe pour la dernière
-fois. Pendant qu'elle traversait la galerie pour
-s'y rendre, un certain nombre de gardes nationaux
-la saluèrent des cris de <i>Vive le Roi!</i> Mais aussitôt
-les autres répondirent par de formidables huées:
-«<i>Pas de Roi! A bas le Veto!</i>» Et le soir, aux vêpres,
-les musiciens, chantant le <i>Magnificat</i>, se donnèrent
-le mot pour «tripler le son de leurs voix d'une
-manière effrayante», en psalmodiant: <i>Deposuit
-potentes de sede
-<a name="FNanchor_1203_1203" id="FNanchor_1203_1203"></a>
-<a href="#Footnote_1203_1203" class="fnanchor">[1203]</a>!</i></p>
-
-<p>C'était le dernier outrage. Cinq jours après, la
-sinistre prédiction des musiciens de la chapelle allait
-être accomplie.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">[Pg 421]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXI" id="CHAPITRE_XXI"></a>CHAPITRE XXI</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Le 10 août.</p>
-</div>
-
-<p>La journée du jeudi 9 août avait été relativement
-tranquille, malgré les bruits alarmants qui circulaient.
-Le Roi, après le dîner, avait joué au billard avec
-M<sup>me</sup> Élisabeth
-<a name="FNanchor_1204_1204" id="FNanchor_1204_1204"></a>
-<a href="#Footnote_1204_1204" class="fnanchor">[1204]</a>
-et la pieuse princesse avait écrit à son
-amie M<sup>me</sup> de Bombelles: «Cette journée, qui devait
-être si vive, si terrible, est le plus calme possible
-<a name="FNanchor_1205_1205" id="FNanchor_1205_1205"></a>
-<a href="#Footnote_1205_1205" class="fnanchor">[1205]</a>.»
-Le soir, tout change; je ne sais quelle agitation sinistre
-règne dans la capitale; les dames du palais
-n'osent pas venir à la Cour, de peur d'être insultées.</p>
-
-<p>A minuit, le tocsin sonne au clocher des églises;
-bientôt au bruit du tocsin se mêle celui des tambours
-qui battent, les uns la générale, les autres le rappel;
-les sections s'arment; les faubourgs s'ébranlent et
-se mettent en marche. Aux Tuileries, il y a environ
-neuf cents Suisses, deux cents gentilshommes et
-quelques compagnies de gardes nationaux fidèles.
-C'est peu; mais cette petite troupe est sous les ordres
-d'un chef résolu et dévoué, Galiot de Mandat, ancien
-capitaine aux gardes françaises. Dès le matin, il a
-pris des dispositions énergiques pour la défense: les
-ponts sont gardés et il sera facile d'empêcher les
-faubourgs de se réunir en coupant la communication
-<span class="pagenum"><a name="Page_422" id="Page_422">[Pg 422]</a></span>
-et en chargeant les colonnes pour les disperser
-<a name="FNanchor_1206_1206" id="FNanchor_1206_1206"></a>
-<a href="#Footnote_1206_1206" class="fnanchor">[1206]</a>. Les
-Suisses occupent la cour du Château, la chapelle et la
-porte royale, le bas du grand escalier du Roi et de
-la Reine
-<a name="FNanchor_1207_1207" id="FNanchor_1207_1207"></a>
-<a href="#Footnote_1207_1207" class="fnanchor">[1207]</a>,
-tandis que les grenadiers des Filles-Saint-Thomas
-sont rangés en bataille vis-à-vis de la grande
-porte
-<a name="FNanchor_1208_1208" id="FNanchor_1208_1208"></a>
-<a href="#Footnote_1208_1208" class="fnanchor">[1208]</a>.
-Malheureusement les soldats n'ont pas de cartouches:
-à peine trois coups par homme
-<a name="FNanchor_1209_1209" id="FNanchor_1209_1209"></a>
-<a href="#Footnote_1209_1209" class="fnanchor">[1209]</a>. Les Suisses
-eux-mêmes n'en ont pas trente
-<a name="FNanchor_1210_1210" id="FNanchor_1210_1210"></a>
-<a href="#Footnote_1210_1210" class="fnanchor">[1210]</a>, et le commandant
-est sans ordres.</p>
-
-<p>Vers onze heures, Pétion, cédant aux instances
-réitérées de Mandat, vient au Château. Le Roi l'interpelle
-brusquement: «Monsieur, dit-il, vous êtes
-maire de Paris; il paraît qu'il y a beaucoup de
-mouvement; veut-on recommencer le 20 juin?»—«Sire,
-la fermentation est grande, mais je cours
-à l'Hôtel-de-Ville rétablir la tranquillité.»—«Non,
-Monsieur,» reprend la Reine qui devine les projets
-de Pétion; «c'est sous vos yeux que tout a été organisé;
-vous allez, comme maire, signer l'ordre
-de repousser la force par la force; vous resterez
-près de la personne du Roi.» Pétion, déconcerté,
-signe l'ordre, puis il s'esquive, et, après une
-courte apparition à l'Assemblée, retourne dans sa
-maison, où, suivant le plan arrêté avec ses amis, il
-se fait consigner pour le reste de la journée.</p>
-
-<p>Au Château, on avait été assez rassuré pendant
-les premières heures: on avait confiance dans les
-forces dont on disposait et que Mandat avait habilement
-placées aux point les plus importants, dans la
-<span class="pagenum"><a name="Page_4273" id="Page_423">[Pg 423]</a></span>
-cour, dans le jardin, aux guichets. Des avis, qu'on
-croyait sûrs, représentaient d'ailleurs le rassemblement
-comme n'ayant pas la gravité qu'on lui supposait
-d'abord
-<a name="FNanchor_1211_1211" id="FNanchor_1211_1211"></a>
-<a href="#Footnote_1211_1211" class="fnanchor">[1211]</a>. La Reine avait même envoyé son fils
-se coucher sous la garde de la fidèle M<sup>me</sup> de Tourzel;
-mais, en l'embrassant, elle n'avait pu retenir ses
-larmes: «Maman,» disait l'enfant, comme s'il devinait
-le danger, «pourquoi pleurez-vous? Je voudrais
-bien ne pas vous quitter cette nuit.»—«Soyez
-tranquille, mon fils, je ne serai pas loin de vous
-<a name="FNanchor_1212_1212" id="FNanchor_1212_1212"></a>
-<a href="#Footnote_1212_1212" class="fnanchor">[1212]</a>.»</p>
-
-<p>Mais l'anxiété n'avait pas tardé à renaître; les
-mauvaises nouvelles parvenaient, pressantes et précises.
-La famille royale était réunie dans la chambre
-du Conseil; la princesse de Lamballe, la princesse
-de Tarente, M<sup>me</sup> de Tourzel et sa fille, les ministres,
-deux municipaux, Borie et Leroux, le procureur général
-syndic du département, Rœderer, quelques
-serviteurs zélés, l'entouraient. Au milieu des angoisses
-croissantes, l'étiquette traditionnelle avait été
-levée: il n'y avait pas eu de coucher du Roi; la Reine
-et M<sup>me</sup> Elisabeth étaient assises sur de simples tabourets
-<a name="FNanchor_1213_1213" id="FNanchor_1213_1213"></a>
-<a href="#Footnote_1213_1213" class="fnanchor">[1213]</a>.
-Quelques amis dévoués arrivaient de
-moment en moment, s'asseyant partout, sur les tables,
-sur les consoles, par terre.</p>
-
-<p>La Reine parle à chacun de la manière la plus
-affectueuse, réchauffant le zèle et soutenant les courages:
-«Messieurs, dit-elle aux gardes nationaux
-qui sont dans la chambre du Conseil, tout ce que
-vous avez de plus cher, vos femmes, vos enfants,
-dépend de notre existence; notre intérêt est commun
-<a name="FNanchor_1214_1214" id="FNanchor_1214_1214"></a>
-<a href="#Footnote_1214_1214" class="fnanchor">[1214]</a>.»
-Mais parmi ces défenseurs de la dernière
-<span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">[Pg 424]</a></span>
-heure, l'harmonie ne règne pas; les préventions
-de certains gardes nationaux contre les gentilshommes
-persistent. Le chef de légion la Chesnaye veut
-faire éloigner les volontaires royalistes. La Reine
-s'y oppose vivement: «Vous ne devez pas, dit-elle,
-avoir de défiance de ces braves gens qui partageront
-vos dangers et vous défendront jusqu'à leur
-dernier soupir
-<a name="FNanchor_1215_1215" id="FNanchor_1215_1215"></a>
-<a href="#Footnote_1215_1215" class="fnanchor">[1215]</a>. Je réponds de tous ceux qui sont
-ici; ils marcheront devant, derrière, dans le rang,
-comme vous voudrez; ils sont prêts à tout ce qui
-pourra être nécessaire: ce sont des hommes sûrs
-<a name="FNanchor_1216_1216" id="FNanchor_1216_1216"></a>
-<a href="#Footnote_1216_1216" class="fnanchor">[1216]</a>.»</p>
-
-<p>Personne ne s'était couché au Château; seul le
-Dauphin dormait
-<a name="FNanchor_1217_1217" id="FNanchor_1217_1217"></a>
-<a href="#Footnote_1217_1217" class="fnanchor">[1217]</a>. Vers trois heures du matin, on
-entend dans le lointain comme le bruit houleux des
-vagues qui approchent. Un coup de fusil retentit dans
-la cour même des Tuileries
-<a name="FNanchor_1218_1218" id="FNanchor_1218_1218"></a>
-<a href="#Footnote_1218_1218" class="fnanchor">[1218]</a>: «Hélas! dit la Reine,
-ce ne sera pas le dernier!» Elle fait lever et habiller
-son fils; elle ne veut pas que les factieux trouvent
-au lit l'hériter du trône, et depuis ce moment
-elle le garde toujours près d'elle. «Maman,» dit le
-pauvre enfant, ému à la vue du trouble qu'il voit
-autour de lui et déjà familiarisé avec les journées,
-«maman, pourquoi ferait-on du mal à papa? Il est si
-bon
-<a name="FNanchor_1219_1219" id="FNanchor_1219_1219"></a>
-<a href="#Footnote_1219_1219" class="fnanchor">[1219]</a>!»</p>
-
-<p>La nuit était admirable, le ciel pur, l'air calme; la
-tranquillité de la nature contrastait avec l'agitation
-de la rue et l'anxiété des âmes. Par les croisées ouvertes,
-on entendait tous les bruits de la grande
-ville. L'aube paraît; M<sup>me</sup> Élisabeth court à la fenêtre.
-«Ma sœur, dit-elle, venez donc voir lever l'aurore.»
-<span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">[Pg 425]</a></span>
-Le disque du soleil commençait à se dégager, rouge
-de sang
-<a name="FNanchor_1220_1220" id="FNanchor_1220_1220"></a>
-<a href="#Footnote_1220_1220" class="fnanchor">[1220]</a>.</p>
-
-<p>Cependant un ordre impérieux de la municipalité
-appelle Mandat à l'Hôtel-de-Ville. Déjà le commandant
-n'a pas répondu à une première dépêche. Pressé
-par Rœderer
-<a name="FNanchor_1221_1221" id="FNanchor_1221_1221"></a>
-<a href="#Footnote_1221_1221" class="fnanchor">[1221]</a>, il n'ose résister à une seconde et
-part entre quatre et cinq heures du matin
-<a name="FNanchor_1222_1222" id="FNanchor_1222_1222"></a>
-<a href="#Footnote_1222_1222" class="fnanchor">[1222]</a>; mais
-un pressentiment sinistre l'a saisi: «Je ne reviendrai
-pas,» dit-il
-<a name="FNanchor_1223_1223" id="FNanchor_1223_1223"></a>
-<a href="#Footnote_1223_1223" class="fnanchor">[1223]</a>.</p>
-
-<p>Il ne se trompait pas. A peine arrivé à l'Hôtel-de-Ville,
-il trouve la Commune insurrectionnelle
-installée à la place de la Commune légale. Huguenin,
-qui la préside, lui reproche avec violence les
-mesures qu'il a prises contre le peuple, le somme de
-les révoquer, et, sur le refus de Mandat
-<a name="FNanchor_1224_1224" id="FNanchor_1224_1224"></a>
-<a href="#Footnote_1224_1224" class="fnanchor">[1224]</a>, ordonne
-de le transférer à l'Abbaye. C'est le signal de la
-mort. Au sortir de la salle du Conseil, on casse, d'un
-coup de pistolet, la tête du malheureux commandant
-et son corps est jeté à la Seine. Dès lors, la petite
-garnison des Tuileries n'a plus de chef, et la résistance
-est désorganisée.</p>
-
-<p>Le bruit devient plus distinct; les vagues se rapprochent.
-La Reine supplie le Roi de se montrer à
-ses défenseurs et de les échauffer par sa présence,
-par son exemple, par un mot d'encouragement.
-Louis XVI cède aux instances de sa femme
-<a name="FNanchor_1225_1225" id="FNanchor_1225_1225"></a>
-<a href="#Footnote_1225_1225" class="fnanchor">[1225]</a>; il
-paraît au balcon, vêtu d'un habit violet, la coiffure
-dérangée, le teint animé, les yeux rougis par
-<span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">[Pg 426]</a></span>
-l'insomnie
-<a name="FNanchor_1226_1226" id="FNanchor_1226_1226"></a>
-<a href="#Footnote_1226_1226" class="fnanchor">[1226]</a>.
-De chaleureux vivats l'accueillent. Il
-traverse les appartements pour gagner la cour. La
-Reine, ses enfants, M<sup>me</sup> Élisabeth, la princesse de
-Lamballe l'accompagnent. Quand il passe dans la
-grande galerie, un vif enthousiasme se manifeste:
-ces vieux gentilshommes, volontaires de la dernière
-heure, prêts à se faire massacrer eux-mêmes, acclament
-la royauté qui va mourir; l'émotion gonfle les
-poitrines, les pleurs baignent les yeux; des cris de
-<i>Vive le Roi!</i> éclatent de toutes parts
-<a name="FNanchor_1227_1227" id="FNanchor_1227_1227"></a>
-<a href="#Footnote_1227_1227" class="fnanchor">[1227]</a>. Le bataillon
-des Filles-Saint-Thomas occupe la galerie de Diane.
-La Reine lui parle avec cette grâce et ce cœur qu'elle
-met à tout ce qu'elle dit, et ces braves gens sont
-tout transportés
-<a name="FNanchor_1228_1228" id="FNanchor_1228_1228"></a>
-<a href="#Footnote_1228_1228" class="fnanchor">[1228]</a>. «Ils semblent, a dit un historien
-contemporain, renouveler la scène sublime de
-<i>Moriamur pro rege nostro</i>
-<a name="FNanchor_1229_1229" id="FNanchor_1229_1229"></a>
-<a href="#Footnote_1229_1229" class="fnanchor">[1229]</a>.»</p>
-
-<p>On était moins sûr des postes extérieurs, où Pétion
-avait fait placer des bataillons hostiles
-<a name="FNanchor_1230_1230" id="FNanchor_1230_1230"></a>
-<a href="#Footnote_1230_1230" class="fnanchor">[1230]</a>. Le
-Roi ne veut pas exposer sa famille à un accueil douteux,
-malveillant peut-être. Parvenu dans le vestibule
-du grand escalier, il fait remonter sa femme, sa sœur
-et ses enfants et continue seul cette suprême revue.
-Ce fut un tort peut-être: ce que la bonté un peu molle
-et le courage résigné du Roi ne firent pas, l'attitude
-plus déterminée de la Reine et la beauté touchante
-du Dauphin eussent pu l'obtenir.</p>
-
-<p>Il était six heures environ, lorsque Louis XVI descendit
-dans la cour. Inquiet et troublé, malgré sa
-contenance sereine, il ne sut pas dire un mot aux
-gardes nationaux qui se pressaient autour de lui.
-<span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">[Pg 427]</a></span>
-On crie cependant encore <i>Vive le Roi! Vive Louis
-XVI! Nous le défendrons jusqu'à la mort! Qu'il
-se mette à notre tête! A bas les Jacobins
-<a name="FNanchor_1231_1231" id="FNanchor_1231_1231"></a>
-<a href="#Footnote_1231_1231" class="fnanchor">[1231]</a>!</i> Mais le
-Roi reste muet. A mesure qu'on s'éloigne du Château,
-autour duquel sont groupées les troupes fidèles,
-l'accueil devient plus froid. A la terrasse du bord de
-l'eau, il devient hostile. On crie: <i>Vive la Nation! A
-bas le Veto! A bas le gros cochon!</i>
-<a name="FNanchor_1232_1232" id="FNanchor_1232_1232"></a>
-<a href="#Footnote_1232_1232" class="fnanchor">[1232]</a> Quelques canonniers—la
-plus mauvaise partie de la garde nationale—s'attachent
-au prince, en lui répétant ces cris outrageants,
-«comme les mouches, dit un témoin oculaire,
-poursuivent l'animal qu'elles se sont acharnées
-à tourmenter
-<a name="FNanchor_1233_1233" id="FNanchor_1233_1233"></a>
-<a href="#Footnote_1233_1233" class="fnanchor">[1233]</a>.» A la terrasse des Feuillants, des
-brigands armés de piques joignent leurs vociférations
-menaçantes à ces clameurs hostiles; quelques-uns
-même descendent dans le jardin et les serviteurs
-fidèles qui accompagnent l'infortuné monarque sont
-obligés de l'entourer d'une double ligne pour le protéger
-<a name="FNanchor_1234_1234" id="FNanchor_1234_1234"></a>
-<a href="#Footnote_1234_1234" class="fnanchor">[1234]</a>.
-«Grand Dieu! c'est le Roi qu'on hue!» s'écrie
-le ministre de la marine, M. Dubouchage
-<a name="FNanchor_1235_1235" id="FNanchor_1235_1235"></a>
-<a href="#Footnote_1235_1235" class="fnanchor">[1235]</a>. Louis
-XVI rentre au Château, le cœur désespéré, et la
-Reine, qui de loin a suivi du regard toute cette scène
-et prêté une oreille douloureusement attentive à tous
-ces cris, dit à M<sup>me</sup> Campan: «Tout est perdu; cette
-revue a fait plus de mal que de bien
-<a name="FNanchor_1236_1236" id="FNanchor_1236_1236"></a>
-<a href="#Footnote_1236_1236" class="fnanchor">[1236]</a>.»</p>
-
-<p>Il est certain cependant,—les documents les plus
-sûrs, les actes les plus dignes de foi l'attestent,—il
-est certain que si, à ce moment même, le Roi fût
-hardiment monté à cheval et se fût mis résolûment à
-<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">[Pg 428]</a></span>
-la tête de ses troupes, comme Marie-Antoinette l'en
-suppliait, il eût eu facilement raison des assaillants,
-et, suivant le mot énergique de Napoléon, eût balayé
-toute cette canaille
-<a name="FNanchor_1237_1237" id="FNanchor_1237_1237"></a>
-<a href="#Footnote_1237_1237" class="fnanchor">[1237]</a>.</p>
-
-<p>Mais le Roi hésite; le Roi a peur de verser le
-sang; et les municipaux qui sont là ont l'air de
-n'avoir d'autre but que de désorganiser la défense.
-Ils circulent dans la cour du Carrousel, disant bien
-haut que ce serait folie de vouloir s'opposer à un rassemblement
-aussi nombreux et aussi bien armé; ce
-n'est qu'à regret qu'ils lisent aux troupes la loi martiale;
-encore ont-ils bien soin d'ajouter: «Vous ne
-tirerez qu'autant qu'on tirerait sur vous
-<a name="FNanchor_1238_1238" id="FNanchor_1238_1238"></a>
-<a href="#Footnote_1238_1238" class="fnanchor">[1238]</a>.» Ces
-étranges instructions jettent le trouble parmi les gardes
-nationaux; quelques compagnies font demi-tour; les
-canonniers, mal disposés pour la plupart, braquent
-leurs pièces contre le Château, et la gendarmerie à
-cheval qui occupe la cour du Louvre, se replie sur le
-Palais-Royal, laissant ainsi la route libre aux insurgés
-<a name="FNanchor_1239_1239" id="FNanchor_1239_1239"></a>
-<a href="#Footnote_1239_1239" class="fnanchor">[1239]</a>.</p>
-
-<p>Vers sept heures
-<a name="FNanchor_1240_1240" id="FNanchor_1240_1240"></a>
-<a href="#Footnote_1240_1240" class="fnanchor">[1240]</a>, une foule compacte et houleuse
-remplit la place Vendôme et la terrasse des Feuillants
-<a name="FNanchor_1241_1241" id="FNanchor_1241_1241"></a>
-<a href="#Footnote_1241_1241" class="fnanchor">[1241]</a>.
-L'avant-garde de l'émeute débouche sur la
-place du Carrousel; déjà quelques bandits sont à
-cheval sur la crête des murs, observant tout et appelant
-leurs camarades
-<a name="FNanchor_1242_1242" id="FNanchor_1242_1242"></a>
-<a href="#Footnote_1242_1242" class="fnanchor">[1242]</a>. Les municipaux vont parlementer
-avec eux; un grand cri répond: «<i>La
-déchéance ou la mort!</i>» Municipaux, commandant
-en chef, procureur général sont démoralisés; ils
-remontent près du Roi. Déjà, dans la nuit, Rœderer
-<span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">[Pg 429]</a></span>
-avait ouvert l'avis d'aller à l'Assemblée. «Monsieur,»
-avait répondu fièrement la Reine, «il y a des forces
-ici; il est temps enfin de savoir qui l'emportera,
-du Roi et de la Constitution, ou de la faction
-<a name="FNanchor_1243_1243" id="FNanchor_1243_1243"></a>
-<a href="#Footnote_1243_1243" class="fnanchor">[1243]</a>.»
-Le procureur général s'était incliné; mais il n'avait
-pas changé d'opinion
-<a name="FNanchor_1244_1244" id="FNanchor_1244_1244"></a>
-<a href="#Footnote_1244_1244" class="fnanchor">[1244]</a>. Cette fois, ce sont les municipaux
-qui prennent la parole:</p>
-
-<p>«Sire, dit Leroux, le seul parti à suivre, est de
-se réfugier dans le sein de l'Assemblée nationale;
-c'est à l'instant même qu'il faut partir.»</p>
-
-<p>—«Vous le croyez?» répond Louis XVI.</p>
-
-<p>—«Oui, Sire; dire le contraire à Votre Majesté
-serait la trahir.»</p>
-
-<p>La Reine bondit. Demander asile à l'Assemblée, à
-cette Assemblée qui n'a rien fait pour prévenir l'émeute
-et qui, pendant qu'agonise la monarchie, a le triste
-courage de délibérer tranquillement sur la traite des
-noirs, abandonner le Château, renoncer à la lutte,
-mais c'est signer sa déchéance, c'est abdiquer! «Nous
-retirer à l'Assemblée nationale,» dit-elle d'une voix
-vibrante, «y pensez-vous?»—«Oui, Madame, l'Assemblée
-est la seule chose qu'en ce moment le peuple
-respectera.»</p>
-
-<p>Vers sept heures et demie
-<a name="FNanchor_1245_1245" id="FNanchor_1245_1245"></a>
-<a href="#Footnote_1245_1245" class="fnanchor">[1245]</a> Rœderer survient, revêtu
-de son écharpe
-<a name="FNanchor_1246_1246" id="FNanchor_1246_1246"></a>
-<a href="#Footnote_1246_1246" class="fnanchor">[1246]</a> et à la tête du Directoire: «Sire,
-dit-il, Votre Majesté n'a pas cinq minutes à perdre;
-il n'y a de sûreté pour elle que dans l'Assemblée
-nationale.»—«Mais, dit le Roi, je n'ai pas vu
-grand monde au Carrousel.»—«Sire, il y a douze
-<span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">[Pg 430]</a></span>
-pièces de canon et il arrive un monde énorme des
-faubourgs
-<a name="FNanchor_1247_1247" id="FNanchor_1247_1247"></a>
-<a href="#Footnote_1247_1247" class="fnanchor">[1247]</a>.»</p>
-
-<p>Le sang de la Reine bouillonne dans ses veines.
-Se tournant vers ses fidèles serviteurs: «Clouez-moi
-sur ces murs,» s'écrie-t-elle, «avant que je consente
-à les quitter
-<a name="FNanchor_1248_1248" id="FNanchor_1248_1248"></a>
-<a href="#Footnote_1248_1248" class="fnanchor">[1248]</a>!» Un membre du département
-qu'elle connaît bien, car il est son marchand de dentelles,
-M. Gendret, veut appuyer l'opinion de Rœderer:
-«Taisez-vous, Monsieur,» lui dit vivement la Reine,
-«laissez parler le procureur général; vous êtes le
-seul qui ne devez point parler ici; quand on a fait
-le mal, on ne doit pas avoir l'air de le réparer
-<a name="FNanchor_1249_1249" id="FNanchor_1249_1249"></a>
-<a href="#Footnote_1249_1249" class="fnanchor">[1249]</a>.»
-Et se tournant vers Rœderer: «Mais, Monsieur, nous
-avons des forces.»—«Madame, tout Paris marche,
-l'action est inutile; la résistance, impossible
-<a name="FNanchor_1250_1250" id="FNanchor_1250_1250"></a>
-<a href="#Footnote_1250_1250" class="fnanchor">[1250]</a>.
-Voulez-vous vous rendre responsable du massacre
-du Roi, de vos enfants, de vous-même, en un mot
-des fidèles serviteurs qui vous environnent?»—«A
-Dieu ne plaise! répond la vaillante femme. Que ne
-puis-je au contraire être la seule victime
-<a name="FNanchor_1251_1251" id="FNanchor_1251_1251"></a>
-<a href="#Footnote_1251_1251" class="fnanchor">[1251]</a>!» Mais
-son émotion est si violente que, rapporte un témoin
-<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">[Pg 431]</a></span>
-oculaire, «sa poitrine et son visage deviennent en
-un instant tout vergetés
-<a name="FNanchor_1252_1252" id="FNanchor_1252_1252"></a>
-<a href="#Footnote_1252_1252" class="fnanchor">[1252]</a>.»</p>
-
-<p>«Sire, reprend le procureur général, le temps
-presse; ce n'est plus une prière que nous venons
-vous faire, ce n'est plus un conseil que nous prenons
-la liberté de vous donner; nous n'avons qu'un
-parti à prendre en ce moment: nous vous demandons
-la permission de vous entraîner
-<a name="FNanchor_1253_1253" id="FNanchor_1253_1253"></a>
-<a href="#Footnote_1253_1253" class="fnanchor">[1253]</a>.» Le Roi
-relève la tête, regarde un instant Rœderer, comme
-pour interroger sa pensée secrète, et, se déterminant
-enfin:</p>
-
-<p>«Allons, dit-il, donnons, puisqu'il le faut, cette
-dernière marque de dévouement
-<a name="FNanchor_1254_1254" id="FNanchor_1254_1254"></a>
-<a href="#Footnote_1254_1254" class="fnanchor">[1254]</a>.»</p>
-
-<p>«Oui, répond la Reine, c'est un dernier sacrifice;
-mais,» ajoute-t-elle, en montrant son mari et son
-fils, «vous en voyez l'objet
-<a name="FNanchor_1255_1255" id="FNanchor_1255_1255"></a>
-<a href="#Footnote_1255_1255" class="fnanchor">[1255]</a>.» Et interpellant Rœderer:</p>
-
-<p>«Monsieur, dit-elle, vous répondez de la personne
-du Roi; vous répondez de celle de mon fils.»</p>
-
-<p>«Madame, réplique Rœderer, nous répondons de
-mourir à vos côtés; voilà tout ce que nous pouvons
-garantir
-<a name="FNanchor_1256_1256" id="FNanchor_1256_1256"></a>
-<a href="#Footnote_1256_1256" class="fnanchor">[1256]</a>.»</p>
-
-<p>Vers huit heures et demie
-<a name="FNanchor_1257_1257" id="FNanchor_1257_1257"></a>
-<a href="#Footnote_1257_1257" class="fnanchor">[1257]</a>, le funèbre cortège se
-forme. Des grenadiers des Filles Saint-Thomas et
-des gardes-suisses composent l'escorte. Le Roi marche
-seul en avant, ayant à ses côtés le ministre des affaires
-étrangères
-<a name="FNanchor_1258_1258" id="FNanchor_1258_1258"></a>
-<a href="#Footnote_1258_1258" class="fnanchor">[1258]</a>. La Reine donne le bras au ministre
-de la marine
-<a name="FNanchor_1259_1259" id="FNanchor_1259_1259"></a>
-<a href="#Footnote_1259_1259" class="fnanchor">[1259]</a> et tient le Dauphin par la main; puis
-viennent M<sup>me</sup> Elisabeth et Madame Royale, M<sup>mes</sup> de
-<span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">[Pg 432]</a></span>
-Lamballe et de Tourzel, quelques serviteurs fidèles
-comme le prince de Poix et le comte de la Rochefoucauld
-<a name="FNanchor_1260_1260" id="FNanchor_1260_1260"></a>
-<a href="#Footnote_1260_1260" class="fnanchor">[1260]</a>,
-les ministres, les membres du département
-<a name="FNanchor_1261_1261" id="FNanchor_1261_1261"></a>
-<a href="#Footnote_1261_1261" class="fnanchor">[1261]</a>.
-Tous les assistants pleurent
-<a name="FNanchor_1262_1262" id="FNanchor_1262_1262"></a>
-<a href="#Footnote_1262_1262" class="fnanchor">[1262]</a>; la consternation
-est générale.—«Nous reviendrons,» dit le
-Roi.—«Nous reviendrons,» répète la Reine. Mais
-ni le Roi ni la Reine n'ont d'espoir
-<a name="FNanchor_1263_1263" id="FNanchor_1263_1263"></a>
-<a href="#Footnote_1263_1263" class="fnanchor">[1263]</a> et les spectateurs
-sentent bien, comme eux, suivant le mot de
-M<sup>lle</sup> de Tourzel, que ce qu'ils voient passer, c'est le
-«convoi de la royauté
-<a name="FNanchor_1264_1264" id="FNanchor_1264_1264"></a>
-<a href="#Footnote_1264_1264" class="fnanchor">[1264]</a>».</p>
-
-<p>Le Roi s'avance droit, le cœur déchiré, les traits
-défaits, mais la contenance ferme. La Reine est tout
-en larmes; elle essuie ses yeux de temps en temps
-et essaie de prendre un air confiant; mais elle ne
-peut le conserver que quelques minutes
-<a name="FNanchor_1265_1265" id="FNanchor_1265_1265"></a>
-<a href="#Footnote_1265_1265" class="fnanchor">[1265]</a>. Un garde
-national se méprend sur la cause de ces larmes:
-«Que Votre Majesté ne craigne rien, dit-il. Elle est
-entourée de bons citoyens.»—«Je ne crains rien,»
-répond la Reine, en appuyant la main sur sa poitrine
-<a name="FNanchor_1266_1266" id="FNanchor_1266_1266"></a>
-<a href="#Footnote_1266_1266" class="fnanchor">[1266]</a>.</p>
-
-<p>Le cortège traverse les salles, descend le grand
-escalier
-<a name="FNanchor_1267_1267" id="FNanchor_1267_1267"></a>
-<a href="#Footnote_1267_1267" class="fnanchor">[1267]</a>, sort par la grille du milieu
-<a name="FNanchor_1268_1268" id="FNanchor_1268_1268"></a>
-<a href="#Footnote_1268_1268" class="fnanchor">[1268]</a> et s'engage
-dans le jardin. Les gardes nationaux tiennent la
-droite; les gardes-suisses, la gauche. La foule, qui se
-presse sur la terrasse des Feuillants, salue de ses
-huées les victimes qui s'avancent. Le Roi conserve
-néanmoins son attitude impassible. La Reine s'appuie
-un moment sur le bras de M. de la Rochefoucauld:
-<span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">[Pg 433]</a></span>
-son cœur bat, sa main tremble. Le petit Dauphin,
-avec l'insouciance de son âge, s'amuse à pousser
-du pied les feuilles mortes qui encombrent le
-jardin. «Voilà bien des feuilles, dit le Roi; elles
-tombent de bonne heure, cette année.» Quelques
-jours auparavant, Manuel avait écrit dans un journal
-que la monarchie ne survivrait pas à la chute des
-feuilles
-<a name="FNanchor_1269_1269" id="FNanchor_1269_1269"></a>
-<a href="#Footnote_1269_1269" class="fnanchor">[1269]</a>. Sa prédiction se réalisait.</p>
-
-<p>Quand on approche de la terrasse des Feuillants,
-la foule devient plus houleuse; le chemin est obstrué;
-pendant dix minutes, le cortège se trouve
-arrêté au pied de l'escalier du passage des Feuillants.
-Des cris furieux éclatent dans la populace: «<i>A bas!
-A bas! Point de veto! Qu'ils n'entrent pas à l'Assemblée!</i>»
-On aperçoit la Reine; les clameurs redoublent:
-«<i>Point de femmes! Nous ne voulons
-que le Roi, le Roi seul
-<a name="FNanchor_1270_1270" id="FNanchor_1270_1270"></a>
-<a href="#Footnote_1270_1270" class="fnanchor">[1270]</a>!</i>» Un grenadier s'empare du
-Prince royal et le prend dans ses bras. La Reine
-croit qu'on veut lui enlever son fils; elle jette un
-cri terrible; le garde national élève le Dauphin au-dessus
-de sa tête, rassure l'enfant, rassure la mère.</p>
-
-<p>Cependant, l'Assemblée, prévenue par le président
-du Directoire du département de l'arrivée de la
-famille royale, a envoyé au-devant d'elle une délégation
-de vingt-quatre membres. «Sire, dit le député
-qui la conduit, l'Assemblée vous offre, ainsi
-qu'à votre famille, un asile dans son sein.» Le
-funèbre cortège reprend sa marche; les membres
-de l'Assemblée ont remplacé ceux du Directoire.
-Mais, sur la terrasse des Feuillants, les cris redoublent;
-la foule se presse; il faut s'arrêter. Un misérable
-brandit une perche et en menace la famille
-royale, en criant: «<i>A bas! A bas
-<a name="FNanchor_1271_1271" id="FNanchor_1271_1271"></a>
-<a href="#Footnote_1271_1271" class="fnanchor">[1271]</a>!</i>» Un homme
-<span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">[Pg 434]</a></span>
-se détache du groupe et, s'adressant au Roi: «Donnez-moi
-la main, lui dit-il, je vais vous conduire à
-l'Assemblée; mais pour votre femme, elle n'y entrera
-pas; c'est elle qui a fait le malheur de la
-France.» Rœderer s'élance; avec l'autorisation des
-députés, il fait gravir l'escalier aux gardes nationaux;
-il le franchit lui-même et harangue la foule
-qui rugit autour de lui. Un mouvement se fait: il
-en profite pour frayer un passage à Louis XVI et à
-Marie-Antoinette. Au milieu de ces bandes furieuses,
-qui vomissent des injures et que leur escorte contient
-à grand'peine, les malheureux souverains entrent à
-l'Assemblée. Le Roi prend place à côté du président;
-la Reine et sa famille, derrière lui, sur les bancs des
-ministres. Le grenadier qui porte le Dauphin le dépose
-sur le bureau des secrétaires, aux applaudissements
-des tribunes. L'enfant court à sa mère:
-«Non, non,» crie une voix; «il appartient à la nation;
-l'Autrichienne est indigne de la confiance du
-peuple
-<a name="FNanchor_1272_1272" id="FNanchor_1272_1272"></a>
-<a href="#Footnote_1272_1272" class="fnanchor">[1272]</a>.»</p>
-
-<p>Le calme se rétablit; le Roi prend la parole: «Je
-suis venu, dit-il, pour éviter un grand crime; je
-ne saurais être mieux qu'au milieu de vous.»</p>
-
-<p>Vergniaud, qui préside, répond: «Vous pouvez
-compter, Sire, sur la fermeté de l'Assemblée nationale.
-Ses membres ont juré de mourir en défendant
-les droits du peuple et les autorités constituées
-<a name="FNanchor_1273_1273" id="FNanchor_1273_1273"></a>
-<a href="#Footnote_1273_1273" class="fnanchor">[1273]</a>.»</p>
-
-<p>Mais la Constitution interdit à l'Assemblée de
-délibérer en présence du Roi; l'Assemblée décide
-que Louis XVI et sa famille seront conduits dans la
-tribune du <i>Logographe</i>.</p>
-
-<p>C'était un petit réduit grillé, de dix pieds carrés
-<a name="FNanchor_1274_1274" id="FNanchor_1274_1274"></a>
-<a href="#Footnote_1274_1274" class="fnanchor">[1274]</a>,
-<span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">[Pg 435]</a></span>
-exposé à l'ardeur d'un soleil brûlant
-<a name="FNanchor_1275_1275" id="FNanchor_1275_1275"></a>
-<a href="#Footnote_1275_1275" class="fnanchor">[1275]</a>, si étroit qu'à
-peine pouvait-il contenir quelques journalistes, si
-bas qu'on n'y pouvait rester debout. Le Roi s'assied
-sur le devant; la Reine dans un coin; les enfants,
-M<sup>me</sup> Elisabeth et M<sup>me</sup> de Lamballe, sur une banquette,
-derrière laquelle se tiennent quelques amis dévoués
-<a name="FNanchor_1276_1276" id="FNanchor_1276_1276"></a>
-<a href="#Footnote_1276_1276" class="fnanchor">[1276]</a>.
-On arrache les grilles de fer qui séparent la loge de
-la salle
-<a name="FNanchor_1277_1277" id="FNanchor_1277_1277"></a>
-<a href="#Footnote_1277_1277" class="fnanchor">[1277]</a>.
-Il est dix heures du matin, et c'est là,
-dans cette misérable hutte, que, pendant dix-huit heures,
-les prisonniers vont assister à l'agonie de la
-royauté.</p>
-
-<p>Soudain une vive fusillade éclate: on se bat aux
-Tuileries. Après le départ de la famille royale, la
-plupart des gardes nationaux étaient retournés chez
-eux; les Suisses avaient évacué la cour et s'étaient
-concentrés dans le Château. «Ne vous laissez pas
-forcer,» avait dit le maréchal de Mailly au capitaine
-de Durler. Les colonnes insurrectionnelles arrivent
-et les somment de se rendre; ils refusent héroïquement;
-semblables à ce grand lion blessé qui a symbolisé
-leur vaillance dans le rocher de Lucerne, ils
-gardent fièrement et fidèlement le vieil écusson de
-France à demi brisé. On cherche à les surprendre;
-des individus, armés de crocs, s'efforcent de les entraîner
-par leur fourniment: vains efforts. Puis, subitement,
-sans qu'on sache qui l'a tiré, un coup de
-pistolet retentit. Les Suisses font une décharge. Les
-assaillants, sans essayer de riposter, se dispersent
-de tous les côtés en désordre, abandonnant leurs canons,
-évacuant la cour, dégageant le Château, ne se
-croyant en sûreté que lorsqu'ils sont rendus dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">[Pg 436]</a></span>
-leurs quartiers et montrant, par cette fuite précipitée,
-ce que valait leur courage, et ce qu'on eût pu
-faire, si l'on avait tenté de résister.</p>
-
-<p>Mais le Roi ne veut pas continuer la lutte: il a
-horreur de répandre le sang. De sa prison du <i>Logographe</i>,
-il envoie M. d'Hervilly, avec l'ordre de suspendre
-le feu et d'évacuer le Château. Dociles à ces
-instructions, les Suisses se replient en bon ordre à
-travers le jardin. Un nouveau message du Roi leur
-fait déposer les armes
-<a name="FNanchor_1278_1278" id="FNanchor_1278_1278"></a>
-<a href="#Footnote_1278_1278" class="fnanchor">[1278]</a>.</p>
-
-<p>Braves contre des adversaires qui ne se défendent
-pas, les Marseillais reviennent à la charge, se ruent
-dans le Château, pillent tout, cassent tout
-<a name="FNanchor_1279_1279" id="FNanchor_1279_1279"></a>
-<a href="#Footnote_1279_1279" class="fnanchor">[1279]</a>, s'acharnent
-principalement contre ce qui a appartenu à la
-Reine
-<a name="FNanchor_1280_1280" id="FNanchor_1280_1280"></a>
-<a href="#Footnote_1280_1280" class="fnanchor">[1280]</a>,
-brisent les glaces «dans lesquelles Médicis-Antoinette
-a étudié trop longtemps l'air hypocrite
-qu'elle montrait au public
-<a name="FNanchor_1281_1281" id="FNanchor_1281_1281"></a>
-<a href="#Footnote_1281_1281" class="fnanchor">[1281]</a>», achèvent les blessés,
-tuent à coups de piques et de sabres les serviteurs
-du palais et jusqu'au dernier marmiton
-<a name="FNanchor_1282_1282" id="FNanchor_1282_1282"></a>
-<a href="#Footnote_1282_1282" class="fnanchor">[1282]</a>, incendient
-les casernes des Suisses
-<a name="FNanchor_1283_1283" id="FNanchor_1283_1283"></a>
-<a href="#Footnote_1283_1283" class="fnanchor">[1283]</a> et les écuries du Roi
-<a name="FNanchor_1284_1284" id="FNanchor_1284_1284"></a>
-<a href="#Footnote_1284_1284" class="fnanchor">[1284]</a>, enfoncent
-les caves, se grisent de vin et de sang. Les massacres
-du jardin et de la rue répondent aux massacres
-du Château: les malheureux Suisses désarmés sont
-assaillis, mutilés, égorgés; Clermont-Tonnerre est
-assassiné, et la tête de Suleau est portée au bout
-d'une pique par Théroigne de Méricourt!</p>
-
-<p>Couverts de sang, ivres d'orgies, les vainqueurs
-d'une royauté qui n'a pas voulu se défendre paraissent
-<span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">[Pg 437]</a></span>
-à la barre de l'Assemblée et demandent ou plutôt
-exigent la déchéance. L'Assemblée s'incline devant la
-volonté des nouveaux maîtres de la France; le président
-Vergniaud donne lecture d'un décret qui suspend
-le Roi de ses fonctions jusqu'à la réunion d'une
-Convention nationale et décide que la famille royale
-sera transférée au Luxembourg, sous la sauvegarde
-des citoyens et des lois, et qu'on nommera un gouverneur
-au Prince royal.</p>
-
-<p>En attendant, le Roi ne devant plus être entouré
-que de gardes nationaux, on intime aux fidèles, qui
-l'accompagnent et le protègent encore, l'ordre de se
-retirer. Les dévoués serviteurs s'éloignent tristement;
-mais le comte de Chabot, qui fait partie de la
-garde nationale, court revêtir son uniforme et revient
-se mettre en faction à la porte de la tribune du <i>Logographe</i>
-<a name="FNanchor_1285_1285" id="FNanchor_1285_1285"></a>
-<a href="#Footnote_1285_1285" class="fnanchor">[1285]</a>.</p>
-
-<p>Du fond de sa prison, le Roi voit les pétitionnaires
-se succéder à la barre, les mains ensanglantées, l'injure
-à la bouche; il voit déposer sur le bureau les
-dépouilles des Tuileries; il entend discuter et proclamer
-sa déchéance; il reste impassible et résigné.
-La Reine conserve sa fière attitude; sa lèvre se plisse
-avec un sourire de dédain pour tous ces misérables qui
-l'outragent avant de la tuer. Une seule disposition du décret
-l'émeut: c'est celle qui décide qu'on nommera un
-gouverneur au prince royal; elle prie plusieurs députés
-de chercher à parer ce coup qui lui est si sensible;
-ils y réussissent d'autant plus facilement, dit M<sup>me</sup> de
-Tourzel, que «l'Assemblée qui projette l'établissement
-de la république s'embarrasse peu de donner un
-gouverneur à Monseigneur le Dauphin
-<a name="FNanchor_1286_1286" id="FNanchor_1286_1286"></a>
-<a href="#Footnote_1286_1286" class="fnanchor">[1286]</a>». M<sup>me</sup> Élisabeth
-baisse la tête; Madame Royale pleure; le Dauphin,
-<span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">[Pg 438]</a></span>
-brisé de fatigue, s'est endormi sur les genoux
-de sa mère. La chaleur est suffocante; on étouffe
-dans ce réduit sans espace et sans air. Le visage du
-pauvre enfant est inondé de sueur; la Reine veut
-l'essuyer; mais son mouchoir est lui-même trop
-trempé; elle demande celui de M. de la Rochefoucauld
-qui se trouve près d'elle; ce mouchoir est teint
-du sang de ses défenseurs
-<a name="FNanchor_1287_1287" id="FNanchor_1287_1287"></a>
-<a href="#Footnote_1287_1287" class="fnanchor">[1287]</a>!</p>
-
-<p>Vers deux heures du matin
-<a name="FNanchor_1288_1288" id="FNanchor_1288_1288"></a>
-<a href="#Footnote_1288_1288" class="fnanchor">[1288]</a>, la famille royale est
-transférée au couvent des Feuillants, situé près de la
-salle de l'Assemblée. On se met en marche à travers le
-jardin, au milieu des brigands dont les piques dégouttent
-de sang, à la lueur des chandelles fumeuses qui,
-plantées dans le canon des fusils, projettent sur toute
-cette scène une lueur sinistre. Un instant, la Reine a
-peur pour son fils; elle le prend vivement des mains
-de M. d'Aubier qui le porte, et le serre convulsivement
-sur son cœur. L'enfant, rassuré, dit gaiement:
-«Maman m'a promis de me coucher dans sa chambre
-parce que j'ai été bien sage avec ces vilains hommes
-<a name="FNanchor_1289_1289" id="FNanchor_1289_1289"></a>
-<a href="#Footnote_1289_1289" class="fnanchor">[1289]</a>.»</p>
-
-<p>Quatre chambres, ou plutôt quatre cellules, inhabitées
-depuis plus de deux ans, avec un carrelage en
-briques à demi détruit et des murs blanchis à la
-chaux, tel était le nouveau palais du Roi et de la Reine
-de France. L'architecte de l'Assemblée y avait fait à
-la hâte porter quelques meubles. Les cellules s'ouvraient
-toutes sur un long corridor, dont les issues
-étaient strictement gardées. Le Roi s'établit dans la
-seconde cellule; la Reine et Madame Royale, dans la
-troisième; le Dauphin et M<sup>me</sup> de Tourzel, dans la quatrième.
-<span class="pagenum"><a name="Page_439" id="Page_439">[Pg 439]</a></span>
-La première servait d'antichambre; quelques
-vaillants serviteurs y veillaient sur la royauté déchue.
-Un souper improvisé fut servi; les enfants
-seuls y touchèrent. Au dehors, la foule grondait; on
-réclamait la tête de la Reine. «Que leur a-t-elle
-donc fait?» demanda tristement le Roi
-<a name="FNanchor_1290_1290" id="FNanchor_1290_1290"></a>
-<a href="#Footnote_1290_1290" class="fnanchor">[1290]</a>.</p>
-
-<p>Des misérables avaient pénétré jusque dans le corridor
-qui précédait la chambre du prince, en criant
-qu'ils l'égorgeraient s'il y avait dans Paris le moindre
-mouvement en sa faveur. D'autres essayaient
-d'escalader les fenêtres basses, sans volets ni grilles;
-ils montaient sur les épaules les uns des autres, pour
-«raccourcir le gros Veto
-<a name="FNanchor_1291_1291" id="FNanchor_1291_1291"></a>
-<a href="#Footnote_1291_1291" class="fnanchor">[1291]</a>». La Reine vint un
-moment dans la cellule de son mari; à cette heure
-encore, elle ne pouvait se consoler d'avoir quitté le
-Château sans essayer de résister: «Peut-être, dit-elle,
-cela aurait-il tourné autrement, si l'on avait
-fait attaquer de bonne heure les Marseillais.»—«Par
-qui» répondit Louis XVI avec un peu d'humeur.
-La malheureuse femme n'insista pas; au bout
-de quelques instants, elle retourna dans sa chambre,
-triste réduit tendu d'un papier vert défraîchi, et se
-jeta sur son lit, une dure couchette de moine
-<a name="FNanchor_1292_1292" id="FNanchor_1292_1292"></a>
-<a href="#Footnote_1292_1292" class="fnanchor">[1292]</a>. Mais,
-hélas! le sommeil ne visitait guère ses paupières.
-Ce ne fut que le matin, vers six heures, qu'elle put
-s'endormir un moment de ce sommeil lourd et si peu
-réparateur qui suit les grands brisements. Pour ne
-pas l'éveiller, M<sup>me</sup> Élisabeth habilla elle-même les
-enfants; quand ils furent prêts, elle les amena à leur
-mère: «Pauvres enfants,» soupira l'infortunée souveraine,
-«qu'il est cruel de leur avoir promis un si
-<span class="pagenum"><a name="Page_440" id="Page_440">[Pg 440]</a></span>
-bel héritage et de dire: Voilà ce que nous leur laissons.
-Tout finit avec nous
-<a name="FNanchor_1293_1293" id="FNanchor_1293_1293"></a>
-<a href="#Footnote_1293_1293" class="fnanchor">[1293]</a>!»</p>
-
-<p>Dans la précipitation du départ, on n'avait rien pu
-emporter des Tuileries, et depuis, les appartements
-avaient été pillés; la malheureuse famille royale n'avait
-plus rien, ni habits ni argent. On avait volé à Marie-Antoinette
-sa montre et sa bourse dans le trajet de
-l'Assemblée aux Feuillants
-<a name="FNanchor_1294_1294" id="FNanchor_1294_1294"></a>
-<a href="#Footnote_1294_1294" class="fnanchor">[1294]</a>. Un officier suisse, à
-peu près de la même taille que Louis XVI, envoya
-quelques objets pour servir au Roi; la duchesse de
-Gramont fit parvenir un peu de linge à la Reine;
-l'ambassadrice d'Angleterre, la duchesse de Sutherland,
-dont le fils avait le même âge que le Dauphin,
-donna des vêtements pour le jeune prince
-<a name="FNanchor_1295_1295" id="FNanchor_1295_1295"></a>
-<a href="#Footnote_1295_1295" class="fnanchor">[1295]</a>, et la
-fille de Marie-Thérèse, n'ayant plus rien, dut accepter
-vingt-cinq louis d'une de ses femmes, M<sup>me</sup> Auguié
-<a name="FNanchor_1296_1296" id="FNanchor_1296_1296"></a>
-<a href="#Footnote_1296_1296" class="fnanchor">[1296]</a>.</p>
-
-<p>Le matin, un certain nombre de femmes de la
-Reine, M<sup>me</sup> Campan et sa sœur entre autres, purent
-la rejoindre. Elle leur tendit les bras en pleurant:
-«Venez, leur dit-elle, venez, malheureuses femmes,
-voir une femme plus malheureuse que vous,
-puisque c'est elle qui fait votre malheur.»—«Nous
-sommes perdus, ajouta-t-elle; nous voilà arrivés
-où l'on nous a menés, depuis trois ans, par
-tous les outrages possibles; nous succomberons
-sous cette terrible Révolution. Tout le monde a
-contribué à notre perte
-<a name="FNanchor_1297_1297" id="FNanchor_1297_1297"></a>
-<a href="#Footnote_1297_1297" class="fnanchor">[1297]</a>.»</p>
-
-<p>Pendant trois jours, la famille royale demeura
-dans le couvent des Feuillants. Pendant trois jours,
-chaque matin, à dix heures, on la conduisit dans la
-<span class="pagenum"><a name="Page_441" id="Page_441">[Pg 441]</a></span>
-misérable loge qui l'avait abritée au sortir du Château.
-Pendant trois jours, le Roi vit les pétitionnaires
-se succéder à la barre, demander la tête des Suisses
-qui avaient échappé au massacre ou exiger impérieusement
-sa propre déchéance. Il entendit l'Assemblée
-accorder une solde aux héros du 10 août,
-tandis quelle mettait en accusation le ministre de
-la guerre, d'Abancourt, et préluder à l'abolition de
-la royauté, qui légalement existait encore, en ordonnant
-le renversement des statues des Rois. Pendant
-trois jours, le monarque fut soumis à cette
-effroyable torture. Pendant trois jours, chaque soir,
-les prisonniers furent reconduits à leur cachot, sous
-l'escorte d'une garde nombreuse qui les défendait à
-peine de l'assassinat, mais qui ne les défendait pas des
-outrages. Un jour, dans le jardin du couvent, un
-jeune homme bien vêtu s'approcha de la Reine et,
-lui mettant le poing sous le nez: «Infâme Antoinette,
-dit-il, tu voulais faire baigner les Autrichiens dans
-notre sang; tu le paieras de ta tête!» A cette atroce
-insulte, la Reine ne répondit que par le silence du
-mépris
-<a name="FNanchor_1298_1298" id="FNanchor_1298_1298"></a>
-<a href="#Footnote_1298_1298" class="fnanchor">[1298]</a>.</p>
-
-<p>L'Assemblée avait décidé que la famille royale serait
-transférée au Luxembourg; mais le palais de
-Marie de Médicis ne parut pas assez sûr pour conserver
-de pareils otages: le Luxembourg, dit-on, offrait
-des moyens d'évasion par les souterrains qu'il
-renfermait. La Commune de Paris voulait les prisonniers
-plus près et plus dépendants d'elle. On proposa
-l'hôtel du Chancelier, place Vendôme; la proposition
-fut repoussée. Manuel, au nom de la Commune,
-vint signifier qu'elle avait fait choix du Temple;
-et l'Assemblée, s'inclinant devant le pouvoir nouveau
-<span class="pagenum"><a name="Page_442" id="Page_442">[Pg 442]</a></span>
-que l'émeute avait élevé sur les ruines de la monarchie,
-s'empressa de déclarer que la famille royale
-serait enfermée au Temple. Quand la Reine entendit
-ce nom, elle frémit; je ne sais quel pressentiment
-sinistre l'agitait et, se penchant vers M<sup>me</sup> de Tourzel:
-«Vous verrez, dit-elle, qu'ils nous mettront à la
-Tour et qu'ils en feront une véritable prison... J'ai
-toujours eu une telle horreur pour cette tour que
-j'ai prié mille fois le comte d'Artois de la faire
-abattre; c'était sûrement un pressentiment de tout
-ce que nous y aurons à souffrir..... Vous verrez si
-je me trompe
-<a name="FNanchor_1299_1299" id="FNanchor_1299_1299"></a>
-<a href="#Footnote_1299_1299" class="fnanchor">[1299]</a>.»</p>
-
-<p>Hélas! elle ne se trompait pas.</p>
-
-<p>L'Assemblée décida en même temps que toutes
-les personnes étrangères à la domesticité du Roi
-seraient éloignées de lui. «Ah!» s'écria l'infortuné
-prince, «je suis donc prisonnier! Charles I<sup>er</sup> fut plus
-heureux que moi: on lui laissa ses amis jusque sur
-l'échafaud
-<a name="FNanchor_1300_1300" id="FNanchor_1300_1300"></a>
-<a href="#Footnote_1300_1300" class="fnanchor">[1300]</a>!» Et se tournant vers ceux qui
-l'entouraient, il leur ordonna de se retirer: «Messieurs,»
-leur dit la Reine, les larmes aux yeux, «ce
-n'est que dans ce moment que nous sentons toute
-l'horreur de notre position; vous l'adoucissiez par
-votre présence et votre dévouement, et l'on nous
-prive de cette dernière consolation
-<a name="FNanchor_1301_1301" id="FNanchor_1301_1301"></a>
-<a href="#Footnote_1301_1301" class="fnanchor">[1301]</a>.»</p>
-
-<p>Avant de partir, les dévoués serviteurs déposèrent
-sur une table l'or et les assignats qu'ils avaient dans
-leurs poches: ils savaient que la famille royale manquait
-de tout. Le Roi s'en aperçut et, repoussant doucement
-de la main ce suprême hommage de la fidélité:
-«Messieurs, dit-il, gardez vos portefeuilles;
-<span class="pagenum"><a name="Page_443" id="Page_443">[Pg 443]</a></span>
-vous avez, j'espère, plus longtemps à vivre
-<a name="FNanchor_1302_1302" id="FNanchor_1302_1302"></a>
-<a href="#Footnote_1302_1302" class="fnanchor">[1302]</a>.»</p>
-
-<p>Le 13 août, à six heures du soir
-<a name="FNanchor_1303_1303" id="FNanchor_1303_1303"></a>
-<a href="#Footnote_1303_1303" class="fnanchor">[1303]</a>, deux grandes
-voitures de la Cour, attelées chacune de deux chevaux,
-s'arrêtent à la porte du couvent des Feuillants;
-les cochers et les valets de pied sont vêtus de gris;
-c'est la dernière fois qu'ils vont servir leurs maîtres
-déchus. Le Roi, la Reine, leurs enfants, M<sup>me</sup> Élisabeth,
-la princesse de Lamballe, M<sup>me</sup> de Tourzel et sa
-fille, le maire, le procureur de la Commune et un officier
-municipal montent dans la première voiture.
-Le Roi, la Reine, le Dauphin et Madame sont dans
-le fond
-<a name="FNanchor_1304_1304" id="FNanchor_1304_1304"></a>
-<a href="#Footnote_1304_1304" class="fnanchor">[1304]</a>;
-M<sup>me</sup> Élisabeth, M<sup>me</sup> de Lamballe et Pétion,
-sur le devant; M<sup>me</sup> de Tourzel et sa fille, à l'une des
-portières; Manuel et le municipal Collonge, sur la
-banquette en face
-<a name="FNanchor_1305_1305" id="FNanchor_1305_1305"></a>
-<a href="#Footnote_1305_1305" class="fnanchor">[1305]</a>. Oublieux des plus vulgaires
-égards, ces deux hommes et Pétion gardent leur
-chapeau sur la tête. Dans le second carrosse s'installent
-deux officiers municipaux et la suite de la famille
-royale. Le Roi conserve un visage impassible;
-la Reine est sombre; le Dauphin, avec l'insouciance
-de son âge, tourne les yeux de tous côtés pour voir
-la foule
-<a name="FNanchor_1306_1306" id="FNanchor_1306_1306"></a>
-<a href="#Footnote_1306_1306" class="fnanchor">[1306]</a>.</p>
-
-<p>Le cortège se met en mouvement. Des gardes nationaux,
-à pied, l'arme renversée, entourent les voitures;
-mais des milliers de brigands
-<a name="FNanchor_1307_1307" id="FNanchor_1307_1307"></a>
-<a href="#Footnote_1307_1307" class="fnanchor">[1307]</a>, armés de piques,
-se mêlent à l'escorte, vomissant des injures et
-des blasphèmes; parfois l'encombrement est si grand
-que les chevaux ne peuvent avancer. Alors Pétion et
-Manuel mettent la tête à la portière, pour réclamer
-<span class="pagenum"><a name="Page_444" id="Page_444">[Pg 444]</a></span>
-le passage, mais ne font rien pour empêcher les insultes.</p>
-
-<p>Sur la place Vendôme, le carrosse du Roi s'arrête;
-on veut que le monarque déchu contemple à loisir la
-statue de Louis XIV qu'une populace en délire a renversée
-de son piédestal. «Voilà, Sire, comme le
-peuple traite les rois,» dit Manuel.—«Il est heureux,
-Monsieur,» réplique Louis XVI, rouge d'indignation,
-«que sa fureur ne s'exerce que sur des objets
-inanimés
-<a name="FNanchor_1308_1308" id="FNanchor_1308_1308"></a>
-<a href="#Footnote_1308_1308" class="fnanchor">[1308]</a>.»</p>
-
-<p>Le cortège reprend par les boulevards
-<a name="FNanchor_1309_1309" id="FNanchor_1309_1309"></a>
-<a href="#Footnote_1309_1309" class="fnanchor">[1309]</a> sa marche
-lente et sans cesse embarrassée par des obstacles.
-Ce long martyre va durer près de deux heures et
-demie
-<a name="FNanchor_1310_1310" id="FNanchor_1310_1310"></a>
-<a href="#Footnote_1310_1310" class="fnanchor">[1310]</a>.
-Les voitures avancent au pas, au milieu
-des masses compactes et hostiles qui crient: <i>Vive
-la nation! A bas le Roi!</i> Les officiers municipaux,
-chargés d'escorter les prisonniers, affectent de s'associer
-à ces cris et même de les provoquer. «Il est
-impossible, dit un témoin oculaire non suspect, de
-décrire cette ignominie
-<a name="FNanchor_1311_1311" id="FNanchor_1311_1311"></a>
-<a href="#Footnote_1311_1311" class="fnanchor">[1311]</a>.»</p>
-
-<p>La nuit se fait déjà lorsqu'on arrive au Temple.
-Par une odieuse ironie, les fenêtres sont illuminées
-comme pour une fête; le salon est éclairé par une
-infinité de bougies
-<a name="FNanchor_1312_1312" id="FNanchor_1312_1312"></a>
-<a href="#Footnote_1312_1312" class="fnanchor">[1312]</a>, et c'est à la lueur sinistre des
-lampions qui insultent à sa déchéance que la famille
-royale fait son entrée dans la cour du Palais. Santerre
-le premier vient au devant d'elle et fait signe
-aux voitures d'avancer jusqu'au perron; mais un
-geste des municipaux contremande l'ordre de Santerre
-et les augustes prisonniers doivent descendre
-<span class="pagenum"><a name="Page_445" id="Page_445">[Pg 445]</a></span>
-au milieu de la cour. Les membres de la Commune
-se tiennent près du Roi, le chapeau sur la tête, et ne
-lui donnant d'autre titre que celui de <i>Monsieur</i>; un
-homme à longue barbe, nommé Truchon, affecte
-même de répéter à tous propos cette qualification.</p>
-
-<p>La foule hurle aux abords du Palais; pour éclairer
-sa joie bruyante et mieux mettre en lumière la
-défaite de la royauté, on a placé des lampions sur les
-parties saillantes des murs extérieurs
-<a name="FNanchor_1313_1313" id="FNanchor_1313_1313"></a>
-<a href="#Footnote_1313_1313" class="fnanchor">[1313]</a>.</p>
-
-<p>Il est huit heures et demie du soir; les portes se
-referment avec un bruit lugubre, et dans ce palais,
-transformé pour elle en cachot, la famille royale ne
-va pas tarder à voir se réaliser cette prophétique parole
-d'un de ses plus fidèles amis:</p>
-
-<p>«L'histoire nous apprend combien est court, pour
-les monarques détrônés, le passage de la prison à
-la tombe
-<a name="FNanchor_1314_1314" id="FNanchor_1314_1314"></a>
-<a href="#Footnote_1314_1314" class="fnanchor">[1314]</a>!»</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_446" id="Page_446">[Pg 446]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXII" id="CHAPITRE_XXII"></a>CHAPITRE XXII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Le Temple.—Description.—Le palais du grand prieur.—La Tour
-du Temple.—La grosse et la petite Tour.—La famille royale est
-enfermée provisoirement dans la petite Tour.—Le 19 août, on la
-sépare de ceux qui l'ont accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments
-de la Reine sur l'invasion.—Cléry entre à la Tour.—Les
-journées de septembre.—On apporte sous les fenêtres du
-Temple la tête de la princesse de Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot
-et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est
-transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est transférée
-à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et remis à son
-père.</p></div>
-
-
-<p>Le Temple! Quelle somme d'inénarrables douleurs
-rappelle ce nom! Tout ce que la haine peut
-inventer de tortures, tout ce que la brutalité peut
-imaginer d'insultes, la famille royale l'a souffert.
-Toutes les amertumes qui peuvent abreuver le cœur
-d'un homme ou d'un roi, Louis XVI les a ressenties.
-Toutes les larmes que peuvent contenir les yeux
-d'une femme et d'une reine, Marie-Antoinette les a
-versées. Des cinq prisonniers, sur lesquels se fermaient,
-le 13 août au soir, les portes du Temple,
-trois ne devaient en franchir le seuil que pour monter
-à l'échafaud. Le quatrième, un enfant, ah! la
-mort prompte eût été plus douce que le long et abominable
-supplice auquel allait le condamner l'infamie
-de ses bourreaux!</p>
-
-<p>L'enclos du Temple, dans lequel venaient d'être
-introduits les prisonniers, renfermait deux bâtiments
-bien différents: l'un, vaste hôtel sans style, appelé
-palais du grand Prieur, ancienne résidence des Vendôme
-et des Conti, et en dernier lieu du comte
-<span class="pagenum"><a name="Page_447" id="Page_447">[Pg 447]</a></span>
-d'Artois; l'autre, tour carrée à quatre étages, surmontée
-d'un toit pointu et flanquée aux quatre angles
-de tourelles rondes aux toits aigus. A la grande
-Tour, était adhérente une tour plus petite et plus
-basse, ornée de deux tourelles en poivrière, et sans
-communication directe avec le bâtiment principal.
-La petite porte qui y donnait accès ressemblait au
-guichet d'une prison
-<a name="FNanchor_1315_1315" id="FNanchor_1315_1315"></a>
-<a href="#Footnote_1315_1315" class="fnanchor">[1315]</a>. Les étages, beaucoup plus bas
-que ceux de la grosse Tour, ne contenaient guère
-chacun que deux pièces et un cabinet placé dans
-une des tourelles; l'autre tourelle renfermait un escalier
-en colimaçon, qui montait jusqu'à la plate-forme.
-Un escalier plus large, mais se rétrécissant à
-mesure qu'il s'élevait, partait du rez-de-chaussée et
-reliait les étages entre eux.</p>
-
-<p>C'est dans ce bâtiment, qui avait servi de logement
-au conservateur des archives du Temple,
-M. Barthélemy, que fut conduite la famille royale.
-Elle devait y rester jusqu'à ce que les appartements
-qu'on lui destinait dans la grosse Tour fussent prêts.</p>
-
-<p>Le souper était à peine fini, triste souper, auquel,
-dit M<sup>me</sup> de Tourzel, «personne n'était tenté de toucher
-<a name="FNanchor_1316_1316" id="FNanchor_1316_1316"></a>
-<a href="#Footnote_1316_1316" class="fnanchor">[1316]</a>,»
-qu'un municipal s'empara du Dauphin, qui
-tombait de sommeil, et, lui faisant traverser un souterrain,
-l'emporta rapidement dans sa chambre. M<sup>me</sup> de
-Tourzel le suivit aussi vite qu'elle put, coucha l'enfant
-et s'assit sur une chaise, plongée dans de mornes
-réflexions. Bientôt la Reine vint la rejoindre, lui serra
-la main, en murmurant: «Ne vous l'avais-je pas
-bien dit?»—«Et, s'approchant du lit de cet aimable
-enfant, qui dormait profondément, les larmes lui
-vinrent aux yeux en le regardant. Mais loin de se
-laisser abattre, elle reprit sur-le-champ ce grand
-<span class="pagenum"><a name="Page_448" id="Page_448">[Pg 448]</a></span>
-courage qui ne l'abandonna jamais, et elle s'occupa
-de l'arrangement des chambres de ce triste séjour
-<a name="FNanchor_1317_1317" id="FNanchor_1317_1317"></a>
-<a href="#Footnote_1317_1317" class="fnanchor">[1317]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine fut installée au deuxième étage, dans
-l'ancien salon de M. Barthélemy. Le mobilier, dont
-une main pieuse nous a laissé la description, conservait
-les restes d'un certain luxe: il était en lampas
-bleu et blanc
-<a name="FNanchor_1318_1318" id="FNanchor_1318_1318"></a>
-<a href="#Footnote_1318_1318" class="fnanchor">[1318]</a>. Madame Royale avait un petit lit
-dans la chambre de sa mère. M<sup>mes</sup> de Tourzel et Saint-Brice
-couchaient dans la chambre du Dauphin;
-M<sup>me</sup> de Lamballe, dans une antichambre obscure qui
-réunissait les deux pièces. Dans la tourelle attenant
-à la chambre du jeune prince, était la garde-robe,
-commune à la famille royale, aux municipaux et aux
-soldats; il fallait, pour s'y rendre, traverser la
-chambre du Dauphin.</p>
-
-<p>Le Roi occupait le troisième étage; son appartement
-avait été meublé à la hâte; sur les murs pendaient
-des gravures peu décentes; il les enleva lui-même:
-«Je ne veux pas, dit-il vivement, laisser
-cela sous les yeux de ma fille.» La petite tourelle
-lui servait de cabinet de lecture. Dans un tout petit
-réduit à côté logeaient Hue et Chamilly. M<sup>me</sup> Élisabeth
-avait été établie dans une ancienne cuisine,
-horriblement sale; elle avait fait mettre un lit de
-sangle près d'elle pour M<sup>lle</sup> de Tourzel; mais il
-était difficile de dormir. La pièce qui précédait cette
-cuisine servait de corps de garde, et l'on peut juger
-du bruit qui s'y faisait
-<a name="FNanchor_1319_1319" id="FNanchor_1319_1319"></a>
-<a href="#Footnote_1319_1319" class="fnanchor">[1319]</a>.</p>
-
-<p>La chambre de la Reine étant plus grande, puisqu'elle
-avait servi de salon, c'était là qu'on se réunissait
-dans la journée; le Roi lui même y descendait
-dès le matin. Mais les prisonniers n'avaient pas
-<span class="pagenum"><a name="Page_449" id="Page_449">[Pg 449]</a></span>
-la consolation d'être seuls: un municipal, qui changeait
-d'heure en heure, était toujours dans la pièce
-où ils se tenaient. «La famille royale leur parlait à
-tous avec une telle bonté, dit M<sup>me</sup> de Tourzel, qu'elle
-parvint à en adoucir plusieurs
-<a name="FNanchor_1320_1320" id="FNanchor_1320_1320"></a>
-<a href="#Footnote_1320_1320" class="fnanchor">[1320]</a>.»</p>
-
-<p>Au moment du repas, on descendait au premier
-étage où se trouvait la salle à manger
-<a name="FNanchor_1321_1321" id="FNanchor_1321_1321"></a>
-<a href="#Footnote_1321_1321" class="fnanchor">[1321]</a>; à côté de
-la salle à manger était une bibliothèque, qui contenait
-de douze à quinze cents volumes. Vers cinq
-heures du soir, on se promenait au jardin, promenade
-pénible où l'on était exposé à toutes les insultes, mais
-dont le Roi et la Reine n'hésitaient pas à affronter les
-ennuis pour procurer un peu d'air à leurs enfants
-<a name="FNanchor_1322_1322" id="FNanchor_1322_1322"></a>
-<a href="#Footnote_1322_1322" class="fnanchor">[1322]</a>.
-De là ils voyaient travailler à leur prison.</p>
-
-<p>Les travaux de défense, décidés par la Commune
-le 13 août, et confiés à Palloy, le démolisseur de la
-Bastille, se poursuivaient avec ardeur, quoique avec
-une certaine indécision. On creusait un large fossé;
-on exhaussait les murs; on abattait les arbres voisins
-de la Tour; on masquait les fenêtres par où l'on
-pouvait voir en dehors de l'enceinte. La captivité se
-resserrait; elle allait devenir encore plus dure par
-l'isolement.</p>
-
-<p>Dans la nuit du 19 au 20 août
-<a name="FNanchor_1323_1323" id="FNanchor_1323_1323"></a>
-<a href="#Footnote_1323_1323" class="fnanchor">[1323]</a>, deux municipaux
-se présentèrent au Temple, chargés, disaient-ils,
-d'emmener «toutes les personnes qui n'étaient pas
-de la famille Capet». La Reine voulut en vain retenir
-M<sup>me</sup> de Lamballe, alléguant qu'elle était sa
-parente
-<a name="FNanchor_1324_1324" id="FNanchor_1324_1324"></a>
-<a href="#Footnote_1324_1324" class="fnanchor">[1324]</a>;
-on refusa d'écouter ses réclamations. «Dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_450" id="Page_450">[Pg 450]</a></span>
-la position où nous étions, dit M<sup>me</sup> de Tourzel, il n'y
-avait qu'à obéir
-<a name="FNanchor_1325_1325" id="FNanchor_1325_1325"></a>
-<a href="#Footnote_1325_1325" class="fnanchor">[1325]</a>.»
-Madame Royale était «tout interdite»;
-la Reine manifestait la plus vive douleur,
-surtout de se séparer de son amie; elle ne pouvait
-s'arracher de ses bras
-<a name="FNanchor_1326_1326" id="FNanchor_1326_1326"></a>
-<a href="#Footnote_1326_1326" class="fnanchor">[1326]</a>.
-«Soignez bien M<sup>me</sup> de Lamballe,
-dit-elle à M<sup>me</sup> de Tourzel et à sa fille. Dans
-toutes les occasions essentielles, prenez la parole,
-et évitez-lui autant que possible d'avoir à répondre
-à des questions captieuses et embarrassantes
-<a name="FNanchor_1327_1327" id="FNanchor_1327_1327"></a>
-<a href="#Footnote_1327_1327" class="fnanchor">[1327]</a>.»
-M<sup>me</sup> Élisabeth descendit à son tour, encourageant
-ses malheureuses amies.</p>
-
-<p>«Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
-princesses, raconte M<sup>me</sup> de Tourzel, et nous
-nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
-nous rendait si chère la pensée de pouvoir être de
-quelque consolation à nos malheureux souverains
-<a name="FNanchor_1328_1328" id="FNanchor_1328_1328"></a>
-<a href="#Footnote_1328_1328" class="fnanchor">[1328]</a>.»</p>
-
-<p>Les municipaux avaient promis que les prisonniers
-reviendraient au Temple après avoir été interrogés
-par la Commune
-<a name="FNanchor_1329_1329" id="FNanchor_1329_1329"></a>
-<a href="#Footnote_1329_1329" class="fnanchor">[1329]</a>. Hue revint seul le lendemain.
-M<sup>mes</sup> de Tourzel et de Lamballe furent enfermées à
-la Force. On sait comment elles en sortirent et sous
-quel sanglant aspect la belle tête bouclée de M<sup>me</sup> de
-Lamballe reparut sous les murs du Temple.</p>
-
-<p>L'isolement était complet et les infortunés princes
-durent se faire à la vie nouvelle et désormais solitaire
-que leur infligeait la Commune. M<sup>me</sup> Élisabeth
-descendit du troisième étage au second et prit la
-place du Dauphin, dont le lit avait été transporté dans
-la chambre de sa mère; Madame Royale fut réunie
-à sa tante. Dès lors, réduits à eux-mêmes, les captifs
-tracèrent le programme de leur journée, programme
-<span class="pagenum"><a name="Page_451" id="Page_451">[Pg 451]</a></span>
-qui resta le même, avec peu de variations, jusqu'à
-la translation dans la grosse Tour, le 26 octobre.</p>
-
-<p>Le Roi se levait entre six
-<a name="FNanchor_1330_1330" id="FNanchor_1330_1330"></a>
-<a href="#Footnote_1330_1330" class="fnanchor">[1330]</a> et sept
-<a name="FNanchor_1331_1331" id="FNanchor_1331_1331"></a>
-<a href="#Footnote_1331_1331" class="fnanchor">[1331]</a> heures, se
-rasait, s'habillait, et passait dans la tourelle, où il
-restait à prier et à lire jusqu'à neuf heures. La Reine
-et le Dauphin se levaient plus tôt encore; car en descendant
-chez eux, à huit heures, Hue d'abord, Cléry
-ensuite, les trouvaient toujours debout. Ces premières
-heures de la journée étaient les seules où la
-malheureuse femme fût libre; les municipaux entraient
-avec le valet de chambre et ne la quittaient
-plus. A neuf heures, Marie-Antoinette, M<sup>me</sup> Élisabeth
-et les enfants montaient chez le Roi pour déjeuner.
-A dix heures, l'on redescendait dans la chambre de
-la Reine, où l'on passait la journée. Le Roi continuait
-alors l'éducation de son fils; il lui enseignait le latin,
-lui faisait réciter des passages de Corneille et de
-Racine, lui donnait des leçons de géographie et
-l'exerçait à lever des cartes. L'intelligence précoce
-du jeune prince répondait aux soins de son père. La
-Reine, de son côté, s'occupait de sa fille, l'instruisait
-des principes de la religion et faisait succéder à ces
-graves enseignements des leçons de musique et de
-dessin. Le reste de la journée se passait pour elle à
-coudre, à tricoter et à faire de la tapisserie, quand
-il ne fallait pas réparer les vêtements du Roi
-<a name="FNanchor_1332_1332" id="FNanchor_1332_1332"></a>
-<a href="#Footnote_1332_1332" class="fnanchor">[1332]</a>. A
-midi, les trois princesses passaient dans la chambre
-de M<sup>me</sup> Élisabeth, pour quitter leur costume du matin
-<a name="FNanchor_1333_1333" id="FNanchor_1333_1333"></a>
-<a href="#Footnote_1333_1333" class="fnanchor">[1333]</a>,
-une robe de basin blanc et un simple bonnet de
-linon, et prendre un vêtement de toile fond brun à
-petites fleurs
-<a name="FNanchor_1334_1334" id="FNanchor_1334_1334"></a>
-<a href="#Footnote_1334_1334" class="fnanchor">[1334]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_452" id="Page_452">[Pg 452]</a></span></p>
-
-<p>A une heure, quand le temps était beau, la famille
-royale descendait au jardin; quatre municipaux
-et un chef de bataillon de la garde nationale
-l'accompagnaient. On se promenait dans la grande
-allée de marronniers, et le jeune prince jouait
-au palet, à la balle ou à la course. Mais quel supplice
-que ces promenades, au milieu de visages hostiles,
-de cris injurieux, de chansons insultantes
-<a name="FNanchor_1335_1335" id="FNanchor_1335_1335"></a>
-<a href="#Footnote_1335_1335" class="fnanchor">[1335]</a>, de misérables
-qui affectaient de se couvrir devant les royaux
-prisonniers! Et lorsqu'on traversait le guichet, si
-bas qu'on était obligé de se courber pour passer dessous,
-il fallait recevoir les bouffées de tabac et les
-rires outrageants des geôliers Rocher et Risbey. Rocher,
-de sellier devenu municipal, se vantait de son
-insolence. «Marie-Antoinette faisait la fière, disait-il
-en ricanant; mais je l'ai forcée de s'humaniser. Sa
-fille et Élisabeth me font, malgré elles, la révérence;
-le guichet est si bas que, pour passer, il
-faut bien qu'elles se baissent devant moi. Chaque
-fois, je flanque à cette Élisabeth une bouffée de la
-fumée de ma pipe. Ne dit-elle pas l'autre jour à
-nos commissaires: «Pourquoi donc Rocher
-fume-t-il toujours?»—«Apparemment que cela
-lui plaît,» répondirent-ils
-<a name="FNanchor_1336_1336" id="FNanchor_1336_1336"></a>
-<a href="#Footnote_1336_1336" class="fnanchor">[1336]</a>.»</p>
-
-<p>A deux heures, on remontait dans la Tour; c'était
-l'heure du dîner. Santerre venait fréquemment y
-assister; le Roi lui adressait parfois la parole; la
-Reine, jamais. Après le repas on se rendait dans la
-chambre de la Reine pour jouer au piquet ou au trictrac.
-A quatre heures, le Roi se reposait un moment
-pendant que les princesses lisaient; à son réveil, on
-reprenait la conversation; le jeune prince travaillait
-<span class="pagenum"><a name="Page_453" id="Page_453">[Pg 453]</a></span>
-ou jouait. A la fin du jour
-<a name="FNanchor_1337_1337" id="FNanchor_1337_1337"></a>
-<a href="#Footnote_1337_1337" class="fnanchor">[1337]</a>, la famille royale se réunissait
-autour d'une table; la Reine ou M<sup>me</sup> Élisabeth
-faisait à haute voix une lecture instructive ou amusante,
-mais pendant laquelle des rapprochements
-imprévus et douloureux se présentèrent plus d'une
-fois. Le Roi y ajoutait des énigmes à deviner, puisées
-dans une collection du <i>Mercure de France</i>,
-qu'il avait trouvée dans la bibliothèque. A huit heures,
-le Dauphin soupait et se couchait; c'était toujours
-sa mère qui lui faisait réciter sa prière. L'enfant ne
-manquait jamais d'y ajouter une prière spéciale pour
-M<sup>me</sup> de Tourzel et M<sup>me</sup> de Lamballe; quand les municipaux
-étaient là, il faisait ces deux prières à voix
-basse
-<a name="FNanchor_1338_1338" id="FNanchor_1338_1338"></a>
-<a href="#Footnote_1338_1338" class="fnanchor">[1338]</a>.</p>
-
-<p>A neuf heures, le Roi soupait à son tour; pendant
-ce temps-là, Marie-Antoinette ou M<sup>me</sup> Élisabeth se
-relayaient auprès du Dauphin. Après le souper,
-Louis XVI serrait à la dérobée la main de sa femme
-et de sa sœur, recevait les caresses de Madame Royale
-et remontait au troisième étage. La Reine et les
-princesses se renfermaient chez elles; un municipal
-restait dans la petite pièce qui séparait les deux
-chambres et y passait la nuit
-<a name="FNanchor_1339_1339" id="FNanchor_1339_1339"></a>
-<a href="#Footnote_1339_1339" class="fnanchor">[1339]</a>.</p>
-
-<p>Telle était la vie que menaient les augustes prisonniers:
-vie si calme et si régulière en apparence, si
-tourmentée et si sombre en réalité, partagée entre des
-travaux manuels et l'éducation des enfants; vie de
-devoir et de souffrance, où il n'y avait qu'une force:
-la satisfaction de la conscience; qu'un sourire: les
-ébats joyeux du Dauphin.</p>
-
-<p>Les jours s'écoulaient, ramenant leur cortège d'anniversaires
-douloureux et d'incessantes vexations.
-<span class="pagenum"><a name="Page_454" id="Page_454">[Pg 454]</a></span>
-Vêtements, linge, couverts étaient en si petite quantité
-que cela suffisait à peine pour le service journalier.
-Le Roi n'avait qu'un habit, que M<sup>me</sup> Élisabeth
-était obligée de raccommoder la nuit
-<a name="FNanchor_1340_1340" id="FNanchor_1340_1340"></a>
-<a href="#Footnote_1340_1340" class="fnanchor">[1340]</a>; le Dauphin
-couchait dans des draps troués. L'Assemblée avait décrété
-que Louis XVI recevrait pour ses dépenses
-personnelles cinq cent mille livres. Mais le décret
-n'était pas exécuté et le malheureux monarque était
-tellement dépourvu d'argent qu'un jour il dut emprunter
-six cents francs à son valet de chambre pour
-solder une note de cinq cent vingt-six livres
-<a name="FNanchor_1341_1341" id="FNanchor_1341_1341"></a>
-<a href="#Footnote_1341_1341" class="fnanchor">[1341]</a>. On lui
-refusait des journaux, et le fidèle Hue ne pouvait
-avoir de nouvelles et en donner à son maître qu'en se
-hissant jusqu'à une fenêtre à demi bouchée et en
-écoutant les crieurs de la rue. Un jour, cependant, on
-avait laissé une gazette en vue dans la chambre du
-prisonnier; c'est parce qu'on avait inscrit dessus ces
-mots menaçants que les factionnaires, de leur côté,
-se plaisaient à graver sur les murs: «Tremble, tyran;
-la guillotine est en permanence
-<a name="FNanchor_1342_1342" id="FNanchor_1342_1342"></a>
-<a href="#Footnote_1342_1342" class="fnanchor">[1342]</a>.» On n'était large
-que pour les frais des travaux destinés à la garde
-des prisonniers; pour ceux-là, on dépensait sans
-compter
-<a name="FNanchor_1343_1343" id="FNanchor_1343_1343"></a>
-<a href="#Footnote_1343_1343" class="fnanchor">[1343]</a>.</p>
-
-<p>Les geôliers espionnaient tout, même l'éducation
-des enfants. Pendant que la Reine donnait ses leçons
-à Madame Royale et lui préparait des extraits,
-un municipal regardait par-dessus l'épaule de la
-jeune fille, pour s'assurer que ce n'étaient pas des
-conspirations
-<a name="FNanchor_1344_1344" id="FNanchor_1344_1344"></a>
-<a href="#Footnote_1344_1344" class="fnanchor">[1344]</a>.
-Un jour, on avait failli ne pas laisser
-entrer des modèles de dessin envoyés par le professeur
-<span class="pagenum"><a name="Page_455" id="Page_455">[Pg 455]</a></span>
-de la princesse, Van Blaremberg, parce qu'on
-avait vu, dans ces têtes casquées et laurées, l'image
-des tyrans coalisés. On dut renoncer à apprendre au
-Dauphin l'arithmétique: c'était un langage hiéroglyphique,
-qui devait servir à une correspondance chiffrée
-<a name="FNanchor_1345_1345" id="FNanchor_1345_1345"></a>
-<a href="#Footnote_1345_1345" class="fnanchor">[1345]</a>!</p>
-
-<p>Tout ce qui entrait à la Tour était rigoureusement
-visité; le pain était coupé en deux; les plats étaient
-goûtés; les carafes et cafetières ne pouvaient être
-remplies qu'en présence des commissaires
-<a name="FNanchor_1346_1346" id="FNanchor_1346_1346"></a>
-<a href="#Footnote_1346_1346" class="fnanchor">[1346]</a>. Un jour,
-on avait fait venir pour le Dauphin un damier; un
-municipal, du nom de Molinon, fit décoller toutes les
-cases pour s'assurer qu'il n'y avait rien de caché
-dessous. Le Roi lui-même n'était pas à l'abri de ces
-investigations; on fouillait jusque dans ses poches
-<a name="FNanchor_1347_1347" id="FNanchor_1347_1347"></a>
-<a href="#Footnote_1347_1347" class="fnanchor">[1347]</a>.
-Dans la nuit du 24 au 25 août,—jour de sa fête!—on
-lui enleva son épée. La nuit suivante, un municipal,
-nommé Venineux, vint, un gourdin noueux à la main,
-faire une perquisition dans l'appartement du prince,
-sous prétexte qu'il aurait pu s'évader. D'autres s'opiniâtraient
-à rester le soir dans la chambre de la
-Reine jusqu'à l'heure de son coucher et l'on avait
-une peine infinie à les faire sortir
-<a name="FNanchor_1348_1348" id="FNanchor_1348_1348"></a>
-<a href="#Footnote_1348_1348" class="fnanchor">[1348]</a>. La plupart de
-ces hommes affectaient vis-à-vis des captifs l'attitude
-la plus insolente et les propos les plus grossiers,
-chantant la <i>carmagnole</i> et des chansons obscènes
-<a name="FNanchor_1349_1349" id="FNanchor_1349_1349"></a>
-<a href="#Footnote_1349_1349" class="fnanchor">[1349]</a>.
-«Si le bourreau ne guillotinait pas cette sacrée famille,
-disait le municipal Turlot, je la guillotinerais
-moi-même
-<a name="FNanchor_1350_1350" id="FNanchor_1350_1350"></a>
-<a href="#Footnote_1350_1350" class="fnanchor">[1350]</a>.»—«Quel quartier habitez-vous?»
-demanda un jour la Reine à un autre municipal qui
-<span class="pagenum"><a name="Page_456" id="Page_456">[Pg 456]</a></span>
-assistait au dîner—«La Patrie», répondit-il brutalement—«La
-Patrie!» reprit tristement la Reine,
-«ah! c'est la France
-<a name="FNanchor_1351_1351" id="FNanchor_1351_1351"></a>
-<a href="#Footnote_1351_1351" class="fnanchor">[1351]</a>.»</p>
-
-<p>C'était le moment où les armées coalisées s'avançaient,
-presque sans résistance, sous le commandement
-du duc de Brunswick. Marie-Antoinette, qui
-l'avait appris par Hue, n'ignorait pas non plus la
-surexcitation que la nouvelle des succès des Prussiens
-avait causée parmi les Jacobins et le redoublement
-de colère qui en était résulté contre elle et contre
-le Roi. Et voici ce que cette femme, accusée d'avoir
-préparé la ruine et le démembrement de la
-France, disait à son dévoué confident: «Tout m'annonce
-que je vais être séparée du Roi. J'espère
-que vous resterez avec lui. Comme Français,
-comme l'un de ses plus fidèles serviteurs, pénétrez-vous
-bien des sentiments que vous devez toujours
-lui exprimer et que je lui ai souvent manifestés.
-Rappelez au Roi, quand vous pourrez lui parler
-seul, que jamais l'impatience de briser nos fers ne
-peut arracher de lui aucun sacrifice indigne de sa
-gloire. <i>Surtout point de démembrement de la
-France.</i> Que, sur ce point, aucune considération ne
-l'égare; qu'il ne s'effraye ni pour sa sœur, ni pour
-moi. Représentez-lui que toutes deux nous préférons
-voir plutôt notre captivité indéfiniment prolongée
-que d'en devoir la fin à l'abandon de la moindre
-place forte. Si la divine Providence nous fait recouvrer
-notre liberté, le Roi a résolu d'aller établir
-momentanément sa résidence à Strasbourg. C'est
-également mon désir. Il se pourrait que cette ville
-importante fût tentée de reprendre sa place dans
-le corps germanique. Il faut l'en empêcher et la
-conserver à la France... <i>L'intérêt de la France
-<span class="pagenum"><a name="Page_457" id="Page_457">[Pg 457]</a></span>
-avant tout
-<a name="FNanchor_1352_1352" id="FNanchor_1352_1352"></a>
-<a href="#Footnote_1352_1352" class="fnanchor">[1352]</a>.</i>»
-on sait quelle fut à ces patriotiques
-sentiments la réponse de la Convention.</p>
-
-<p>Hue ne pouvant suffire au service de la famille
-royale tout entière, Louis XVI avait demandé qu'on
-lui adjoignît un homme de peine. On fit droit à cette
-demande, mais ce fut pour envoyer un ancien employé
-aux barrières, nommé Tison, vendu à la Commune.
-Cet homme et sa femme vinrent s'installer au
-Temple, moins comme domestiques que comme espions.
-Quelques jours après, le 26 août, un nouvel
-auxiliaire fut donné à Hue, mais celui-là, quelles
-qu'eussent été au début les préventions contre lui,
-se montra fidèle et dévoué jusqu'au bout: c'était
-Cléry, ancien valet de chambre du Dauphin.</p>
-
-<p>Le 2 septembre, une animation inaccoutumée se
-produisit autour du Temple. Le Roi et sa famille
-étaient descendus, comme d'habitude, au jardin; on
-les fit rentrer précipitamment pour les soustraire
-aux pierres qu'on leur jetait des fenêtres
-<a name="FNanchor_1353_1353" id="FNanchor_1353_1353"></a>
-<a href="#Footnote_1353_1353" class="fnanchor">[1353]</a>. Vers cinq
-heures, un municipal ex-capucin, nommé Mathieu,
-entra comme un furieux dans la chambre de la Reine,
-où toute la famille royale était réunie, et s'adressant
-au Roi: «Monsieur, dit-il, vous ignorez ce qui se
-passe. La générale a battu; le tocsin a sonné; le
-canon d'alarme a été tiré; les émigrés sont à Verdun.
-S'ils viennent, nous périrons tous, mais vous
-périrez le premier
-<a name="FNanchor_1354_1354" id="FNanchor_1354_1354"></a>
-<a href="#Footnote_1354_1354" class="fnanchor">[1354]</a>.»—«J'ai tout fait pour le
-bonheur du peuple, répondit le prince, il ne me
-reste plus rien à faire
-<a name="FNanchor_1355_1355" id="FNanchor_1355_1355"></a>
-<a href="#Footnote_1355_1355" class="fnanchor">[1355]</a>.» Le Dauphin effrayé
-s'enfuit en pleurant. Mathieu se retourna vers Hue:
-«Je vous arrête,» dit-il; et, lui laissant à peine le
-<span class="pagenum"><a name="Page_458" id="Page_458">[Pg 458]</a></span>
-temps de faire un paquet de ses vêtements, il l'emmena
-à l'Hôtel-de-Ville.</p>
-
-<p>Après cette scène violente, la Reine ne put dormir
-de la nuit. L'agitation croissait dans Paris; la
-générale battait
-<a name="FNanchor_1356_1356" id="FNanchor_1356_1356"></a>
-<a href="#Footnote_1356_1356" class="fnanchor">[1356]</a>.
-Le 3, à huit heures du matin, Manuel
-vint à la Tour et assura le Roi que M<sup>me</sup> de Lamballe
-et toutes les personnes enlevées du Temple se
-portaient bien et étaient tranquilles à la Force
-<a name="FNanchor_1357_1357" id="FNanchor_1357_1357"></a>
-<a href="#Footnote_1357_1357" class="fnanchor">[1357]</a>. A
-une heure, Louis XVI voulut descendre au jardin;
-les municipaux s'y opposèrent
-<a name="FNanchor_1358_1358" id="FNanchor_1358_1358"></a>
-<a href="#Footnote_1358_1358" class="fnanchor">[1358]</a>. Vers trois heures,
-on entendit des cris affreux. Une foule composée
-d'hommes déguenillés, de femmes ivres, d'enfants en
-haillons, entourait le Temple, hurlant des chansons
-révolutionnaires et des menaces de mort; on distinguait
-les cris: <i>la Lamballe, l'Autrichienne</i>. C'étaient
-les assassins de l'infortunée princesse de
-Lamballe, qui avaient traîné jusque-là son corps défiguré
-et le lavaient dans la fontaine du Temple,
-pour le montrer à sa royale amie. Sa chemise, souillée
-de boue et de sang, était arborée au bout d'une
-pique comme un hideux trophée. Au bout d'une autre
-pique était fixée la tête de la malheureuse victime:
-ses longs cheveux bouclés, que, par un raffinement
-horrible, on avait pris soin de poudrer et de
-friser, flottaient autour du sanglant instrument.</p>
-
-<p>Incertains de ce qu'ils devaient faire, n'osant tenter
-une résistance «impolitique, dangereuse et <i>peut-être
-injuste</i>
-<a name="FNanchor_1359_1359" id="FNanchor_1359_1359"></a>
-<a href="#Footnote_1359_1359" class="fnanchor">[1359]</a>»,
-les commissaires s'étaient contentés
-de tendre au travers de la porte une écharpe tricolore.
-La bande, un moment arrêtée, grondait devant
-cette barrière improvisée. On lui refusa l'entrée
-<span class="pagenum"><a name="Page_459" id="Page_459">[Pg 459]</a></span>
-de la Tour, mais on lui permit celle du jardin. Le
-municipal Danjou la harangue, et la foule mobile,
-convaincue peut-être par le sinistre argument de
-l'orateur
-<a name="FNanchor_1360_1360" id="FNanchor_1360_1360"></a>
-<a href="#Footnote_1360_1360" class="fnanchor">[1360]</a>,
-renonce à pénétrer dans la prison. Laissant
-dans la rue le cadavre de la princesse, mais
-emportant la tête, à la grande joie du guichetier Rocher,
-elle se répand sous les fenêtres, vociférant et
-hurlant; les ouvriers qui travaillent à la Tour et
-Rocher lui-même se joignent à elle, et tous ensemble,
-résolus à se donner au moins le plaisir de la douleur
-et des «grimaces» des prisonniers, appellent à
-grands cris la famille royale; quelques-uns ajoutent:
-«Si l'Autrichienne ne se montre pas, il faut monter
-jusqu'à elle et lui faire baiser la tête de la Lamballe
-<a name="FNanchor_1361_1361" id="FNanchor_1361_1361"></a>
-<a href="#Footnote_1361_1361" class="fnanchor">[1361]</a>.»</p>
-
-<p>Le Roi sortait de table; il faisait une partie de
-trictrac avec la Reine
-<a name="FNanchor_1362_1362" id="FNanchor_1362_1362"></a>
-<a href="#Footnote_1362_1362" class="fnanchor">[1362]</a>. Cléry était descendu pour
-dîner avec Tison et sa femme, lorsque celle-ci pousse
-un cri et s'évanouit: elle avait vu la tête de la
-princesse. Cléry remonte précipitamment; sa figure
-est tellement bouleversée que la Reine s'en aperçoit:
-«Pourquoi n'allez-vous pas dîner?» demande-t-elle—«Madame,
-je suis indisposé.»—Le
-municipal de service ferme la porte et, s'approchant
-de la fenêtre, en fait tirer les rideaux
-<a name="FNanchor_1363_1363" id="FNanchor_1363_1363"></a>
-<a href="#Footnote_1363_1363" class="fnanchor">[1363]</a>. Plusieurs
-municipaux et officiers de la garde arrivent. Le Roi
-leur demande si sa famille est en sûreté. «On fait
-courir le bruit, répondent-ils, que vous et votre
-famille n'êtes plus dans la Tour; on demande que
-vous paraissiez à la croisée; mais nous ne le souffrirons
-<span class="pagenum"><a name="Page_460" id="Page_460">[Pg 460]</a></span>
-pas. Le peuple doit montrer plus de confiance
-en ses magistrats.» Les cris redoublent au dehors;
-on entend distinctement les injures vomies
-contre la Reine. Le bandit qui tient la tête de M<sup>me</sup> de
-Lamballe est monté sur les décombres des maisons
-qu'on a abattues pour isoler la Tour, afin de rapprocher
-davantage du mur son hideux trophée; un autre
-porte au bout d'un sabre le cœur sanglant de l'infortunée
-princesse.</p>
-
-<p>Un nouveau municipal survient, escorté de quatre
-hommes députés par le peuple, pour s'assurer que
-les captifs sont bien encore au Temple. L'un de ces
-hommes, en habit de garde national, ayant deux épaulettes
-et armé d'un grand sabre
-<a name="FNanchor_1364_1364" id="FNanchor_1364_1364"></a>
-<a href="#Footnote_1364_1364" class="fnanchor">[1364]</a>, insiste pour que
-les prisonniers se mettent aux fenêtres. Les municipaux
-s'y opposent. «Non, n'y allez pas, quelle
-horreur!» s'écrie l'un d'eux?, nommé Menessier
-<a name="FNanchor_1365_1365" id="FNanchor_1365_1365"></a>
-<a href="#Footnote_1365_1365" class="fnanchor">[1365]</a>.
-Une altercation s'engage; le Roi en demande la
-cause: «Eh bien! Monsieur, réplique brutalement
-le garde national, puisque vous voulez le savoir,
-c'est la tête de M<sup>me</sup> de Lamballe qu'on veut vous
-montrer
-<a name="FNanchor_1366_1366" id="FNanchor_1366_1366"></a>
-<a href="#Footnote_1366_1366" class="fnanchor">[1366]</a>.
-Je vous conseille de paraître si vous ne
-voulez pas que le peuple monte ici
-<a name="FNanchor_1367_1367" id="FNanchor_1367_1367"></a>
-<a href="#Footnote_1367_1367" class="fnanchor">[1367]</a>.»</p>
-
-<p>A cette atroce révélation, la Reine tombe évanouie;
-«c'est le seul moment, dit Madame Royale, où sa
-fermeté l'ait abandonnée
-<a name="FNanchor_1368_1368" id="FNanchor_1368_1368"></a>
-<a href="#Footnote_1368_1368" class="fnanchor">[1368]</a>.» M<sup>me</sup> Elisabeth et
-Cléry la relèvent et la placent dans un fauteuil; ses
-enfants fondent en larmes; l'homme reste là, insensible
-à cette douleur. «Monsieur,» ne peut s'empêcher
-de dire le Roi, «nous nous attendons à tout; mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_461" id="Page_461">[Pg 461]</a></span>
-vous auriez pu vous dispenser d'apprendre à la
-Reine ce malheur affreux.»</p>
-
-<p>Ce fut sa seule vengeance. Quand, un peu plus
-tard, Malesherbes lui demanda le nom de ce misérable:
-«Celui-là, dit-il, je n'avais pas besoin de le
-connaître.»</p>
-
-<p>L'homme sortit avec ses camarades; «leur but
-était rempli
-<a name="FNanchor_1369_1369" id="FNanchor_1369_1369"></a>
-<a href="#Footnote_1369_1369" class="fnanchor">[1369]</a>.»</p>
-
-<p>La Reine, revenue à elle, mêla ses larmes à celles
-de ses enfants et passa, avec sa famille, dans la
-chambre de M<sup>me</sup> Élisabeth, d'où l'on entendait moins
-les clameurs de la foule. Les assassins étaient toujours
-là, avec leur abominable trophée. Ce ne fut
-qu'après de nouveaux et longs pourparlers qu'on put
-les décider à s'éloigner. Il était huit heures du soir,
-lorsque le calme se rétablit autour du Temple. Est-il
-besoin d'ajouter qu'après cette horrible scène la
-malheureuse Marie-Antoinette ne dormit pas? «Elle
-passa la nuit à prier et à sangloter
-<a name="FNanchor_1370_1370" id="FNanchor_1370_1370"></a>
-<a href="#Footnote_1370_1370" class="fnanchor">[1370]</a>.»</p>
-
-<p>Mais l'ingénieuse cruauté des persécuteurs n'était
-pas épuisée. Chaque jour, c'était quelque vexation
-nouvelle, quelque nouvelle insulte des geôliers.
-Quand la Reine remontait du jardin à sa chambre,
-une parodie des couplets de <i>Marlborough</i>:</p>
-
-<p class="ac noindent smaller">
-Madame à sa tour monte;<br />
-Ne sait quand descendra,</p>
-
-<p>hurlée par des voix avinées, la saluait méchamment
-au passage
-<a name="FNanchor_1371_1371" id="FNanchor_1371_1371"></a>
-<a href="#Footnote_1371_1371" class="fnanchor">[1371]</a>.
-On plaçait, sous les yeux du Roi et de
-sa famille, les numéros les plus ignobles du <i>Père
-Duchesne</i>, ou des caricatures infâmes, des inscriptions
-haineuses: <i>Madame Veto la dansera.....
-<span class="pagenum"><a name="Page_462" id="Page_462">[Pg 462]</a></span>
-Nous saurons mettre le gros cochon au régime.....
-Il faut étrangler les petits louveteaux.</i> Tantôt c'était
-une potence à laquelle pendait un cadavre, crayonnée
-avec ces mots: <i>Louis prenant un bain d'air</i>; tantôt
-une guillotine, au bas de laquelle on lisait: <i>Louis
-crachant dans le sac</i>.</p>
-
-<p>Un jour, que je ne sais quelle panique s'était
-répandue dans Paris, annonçant la marche victorieuse
-et l'entrée prochaine des armées coalisées,
-Rocher, l'injure à la bouche, la rage dans les yeux,
-gravit précipitamment l'escalier et, mettant le poing
-sous la figure du Roi: «S'ils arrivent, hurla-t-il,
-je te tue
-<a name="FNanchor_1372_1372" id="FNanchor_1372_1372"></a>
-<a href="#Footnote_1372_1372" class="fnanchor">[1372]</a>.»</p>
-
-<p>«Un soir, raconte Madame Royale, un municipal,
-en arrivant, dit mille injures et menaces, et répéta
-ce qui nous avait déjà été dit, que nous péririons
-tous, si les ennemis approchaient. Il ajouta que mon
-frère seul lui faisait pitié, mais qu'étant fils d'un
-tyran, il devait mourir. Voilà les scènes que ma
-famille avait à supporter tous les jours
-<a name="FNanchor_1373_1373" id="FNanchor_1373_1373"></a>
-<a href="#Footnote_1373_1373" class="fnanchor">[1373]</a>.»</p>
-
-<p>Le 21 septembre, la Convention succédait à la
-Législative; le même jour, sur la proposition d'un
-histrion de bas étage, Collot-d'Herbois, elle décrétait
-l'abolition de la royauté. Le soir, à quatre heures,
-le municipal Lubin, escorté de quatre gendarmes à
-cheval et d'une nombreuse populace, vint proclamer
-cette décision sous les fenêtres du Temple. Lubin
-avait une voix de Stentor. La famille royale put entendre
-distinctement les termes du décret qui rompait
-ainsi solennellement avec les séculaires traditions
-de la France. Hébert, le trop fameux <i>Père Duchesne</i>,
-et Destournelles, qui fut depuis ministre
-des contributions publiques, étaient à ce moment de
-<span class="pagenum"><a name="Page_463" id="Page_463">[Pg 463]</a></span>
-garde au Temple; pendant la lecture de Lubin, ils
-regardaient le Roi avec une curiosité méchante. Le
-Roi s'en aperçut; sans manifester d'émotion, il continua
-de lire un livre qu'il avait à la main. La Reine
-montra la même fermeté; pas un signe qui pût donner
-à ces misérables la basse jouissance qu'ils cherchaient
-<a name="FNanchor_1374_1374" id="FNanchor_1374_1374"></a>
-<a href="#Footnote_1374_1374" class="fnanchor">[1374]</a>.</p>
-
-<p>Le même soir, Cléry, ayant à demander pour le
-jeune prince des rideaux et des couvertures, formula
-ainsi sa requête: «Le Roi demande pour son fils...»—«Vous
-êtes bien hardi, lui dit Destournelles, de vous
-servir d'un titre aboli par la volonté du peuple.
-Vous pouvez dire à <i>Monsieur</i>, dit-il en montrant
-Louis XVI, de cesser de prendre un titre que le
-peuple ne reconnaît plus.» Le Roi ne sourcilla pas.
-Le lendemain, M<sup>me</sup> Élisabeth recommanda à Cléry d'écrire
-désormais: «Il est nécessaire pour le service
-de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de Louis-Charles,
-etc
-<a name="FNanchor_1375_1375" id="FNanchor_1375_1375"></a>
-<a href="#Footnote_1375_1375" class="fnanchor">[1375]</a>.»</p>
-
-<p>Le 29, cinq ou six municipaux se présentèrent
-dans la chambre de la Reine, où toute la famille
-était réunie. L'un d'eux, nommé Charbonnier, fit
-lecture d'un arrêté de la Commune qui ordonnait
-d'«enlever papier, encre, plumes, crayons et même
-les papiers écrits, tant sur la personne des détenus
-que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de chambre
-et autres personnes de service à la Tour; de ne
-leur laisser aucune arme quelconque, offensive ou
-défensive; en un mot de prendre toutes les précautions
-nécessaires pour ôter tout commerce de <i>Louis
-le Dernier</i> avec autre personne que les officiers
-municipaux
-<a name="FNanchor_1376_1376" id="FNanchor_1376_1376"></a>
-<a href="#Footnote_1376_1376" class="fnanchor">[1376]</a>». Le Roi et les princesses durent
-<span class="pagenum"><a name="Page_464" id="Page_464">[Pg 464]</a></span>
-remettre ce qu'ils avaient; les commissaires fouillèrent
-dans les chambres, dans les armoires, cherchant
-partout, «même avec dureté
-<a name="FNanchor_1377_1377" id="FNanchor_1377_1377"></a>
-<a href="#Footnote_1377_1377" class="fnanchor">[1377]</a>,» et emportant les
-objets désignés dans l'arrêté. Néanmoins, la Reine
-et Madame Royale réussirent à cacher et à conserver
-leur crayon
-<a name="FNanchor_1378_1378" id="FNanchor_1378_1378"></a>
-<a href="#Footnote_1378_1378" class="fnanchor">[1378]</a>.</p>
-
-<p>Le soir du même jour, comme le Roi venait de
-souper et s'apprêtait à remonter dans sa chambre,
-un municipal lui dit d'attendre. Un quart d'heure
-après, les six municipaux qui étaient déjà venus le
-matin, Hébert en tête
-<a name="FNanchor_1379_1379" id="FNanchor_1379_1379"></a>
-<a href="#Footnote_1379_1379" class="fnanchor">[1379]</a>, reparurent et lurent un
-nouvel arrêté, ordonnant la séparation des prisonniers
-<a name="FNanchor_1380_1380" id="FNanchor_1380_1380"></a>
-<a href="#Footnote_1380_1380" class="fnanchor">[1380]</a>
-et la translation immédiate du Roi dans la
-grosse Tour. Quoique prévenu de cette résolution,
-le Roi en fut vivement affecté; la Reine fondit en
-larmes. Mais Hébert ne se laissait pas attendrir. Il
-fallut se quitter. Cléry accompagna son maître dans
-sa nouvelle prison.</p>
-
-<p>Malgré les instances de Santerre, et quoiqu'on
-eût appliqué à ces travaux une partie des cinq cent
-mille francs destinés à l'entretien de la famille royale,
-l'appartement du monarque déchu était à peine achevé;
-pas de meubles dans la chambre: un lit seulement;
-les peintres et les colleurs travaillaient encore, et l'odeur
-était insupportable. Cléry passa la première
-nuit sur une chaise, dans la chambre du Roi; le lendemain,
-le prince obtint que son valet de chambre
-occupât une petite pièce près de lui.</p>
-
-<p>A l'heure habituelle, à neuf heures, le Roi voulut
-se rendre chez sa femme pour déjeuner; on ne le lui
-permit pas. La Reine, M<sup>me</sup> Élisabeth et les enfants
-furent servis à part; la Reine ne voulut rien prendre.
-<span class="pagenum"><a name="Page_465" id="Page_465">[Pg 465]</a></span>
-Sa douleur était sombre et morne
-<a name="FNanchor_1381_1381" id="FNanchor_1381_1381"></a>
-<a href="#Footnote_1381_1381" class="fnanchor">[1381]</a>. A dix
-heures, Cléry entra, avec des municipaux; il venait
-chercher des livres pour le Roi. A sa vue, la douleur
-des prisonnières redoubla; elles fondaient en larmes
-et firent au fidèle serviteur mille questions, auxquelles
-il ne put répondre qu'avec réserve, à cause de la
-présence des municipaux. La Reine, s'adressant à
-ces derniers, renouvela vivement sa demande d'être
-réunie à son mari, au moins quelques instants et à
-l'heure des repas. «Ce n'étaient plus des plaintes ni
-des larmes, dit Cléry,c'étaient des cris de douleur.»—«Eh
-bien! dit un municipal effrayé ou touché
-par cette explosion, ils dîneront ensemble aujourd'hui;
-nous ferons demain ce que la Commune
-prescrira.» Ses collègues y consentirent, mais intimèrent
-la défense de parler bas et en langue étrangère;
-il fallait parler haut et <i>en bon français</i>
-<a name="FNanchor_1382_1382" id="FNanchor_1382_1382"></a>
-<a href="#Footnote_1382_1382" class="fnanchor">[1382]</a>.
-Quoique la faveur fût bien mince, la joie fut immense.
-La Reine, ses enfants dans les bras, M<sup>me</sup> Élisabeth,
-les mains levées au ciel, remerciaient Dieu de
-ce bonheur inattendu. Les municipaux eux-mêmes
-se sentirent attendris; quelques-uns ne purent retenir
-leurs larmes. L'un d'eux, l'un des plus atroces,
-le savetier Simon, cette hideuse figure qu'on commence
-à voir apparaître dans l'histoire du Temple,
-dit assez haut: «Je crois que ces b... de femmes me
-feraient pleurer.» Et s'adressant à Marie-Antoinette:
-«Lorsque vous assassiniez le peuple, au 10 août,
-vous ne pleuriez point.»—«Le peuple est bien
-trompé sur nos sentiments,» répliqua doucement
-la pauvre femme
-<a name="FNanchor_1383_1383" id="FNanchor_1383_1383"></a>
-<a href="#Footnote_1383_1383" class="fnanchor">[1383]</a>.</p>
-
-<p>Le dîner fut servi dans la chambre du Roi, où toute
-<span class="pagenum"><a name="Page_466" id="Page_466">[Pg 466]</a></span>
-la famille se rendit; si douloureux que fût ce revoir, on
-avait tant souffert de la séparation que la réunion fut
-presque joyeuse. On n'entendit plus parler de l'arrêté
-de la Commune et les prisonniers purent se retrouver
-chaque jour à l'heure des repas, ainsi qu'à la promenade,
-vers midi. «Le matin, dit Madame Royale,
-nous restions le temps nécessaire pour que Cléry pût
-nous peigner, parce qu'il ne pouvait plus venir chez
-ma mère, et que c'était gagner quelques moments
-pour rester plus longtemps avec mon père
-<a name="FNanchor_1384_1384" id="FNanchor_1384_1384"></a>
-<a href="#Footnote_1384_1384" class="fnanchor">[1384]</a>.»</p>
-
-<p>Le malheur rend ingénieux. Grâce à d'habiles
-combinaisons, grâce à la complicité dévouée d'un
-ancien officier de la bouche du Roi, nommé Turgy,
-qui avait trouvé moyen de se faire attacher au service
-de la Tour avec deux de ses camarades, Marchand
-et Chrétien, grâce parfois à la bonne volonté
-de certains municipaux, meilleurs que les autres,
-Cléry réussissait à se procurer quelques nouvelles et
-à les communiquer aux captifs. Soupçonna-t-on ce
-pieux complot? Le 26 octobre, Cléry fut traduit devant
-le tribunal révolutionnaire. L'interrogatoire
-heureusement fut favorable, et le soir, à minuit, le
-valet de chambre vint reprendre son service au
-Temple.</p>
-
-<p>Pendant sa courte absence, un grand changement
-s'était opéré dans l'existence des prisonniers. La
-Reine, ses enfants et M<sup>me</sup> Élisabeth, avaient été transférés
-dans la grosse Tour. Depuis un mois, les pauvres
-femmes soupiraient après ce transfert qui les
-réunissait du moins sous le même toit que Louis XVI;
-mais on se tromperait, si l'on attribuait à un sentiment
-de compassion ou de justice cette décision de la
-Commune. La haine des bourreaux contre la Reine
-n'était point assouvie et elle était habile à tourmenter
-<span class="pagenum"><a name="Page_467" id="Page_467">[Pg 467]</a></span>
-la royale victime: le jour même où on la rapprochait
-de son mari, on la séparait de son fils. Les soins
-qu'elle prodiguait à cet enfant, la reconnaissance
-qu'il lui témoignait, les caresses affectueuses dont il
-la comblait, étaient sa seule consolation depuis son
-entrée au Temple: on lui enviait même cette suprême
-et amère jouissance.</p>
-
-<p>«Sur les observations faites par l'un des membres
-de service au Temple, dit l'arrêté du Conseil
-de service, ratifié le jour même par le Conseil général,
-que le fils de Louis Capet était jour et nuit
-sous la direction des femmes, mère et tante; considérant
-que cet enfant est dans l'âge où il doit être
-sous la direction des hommes, le Conseil arrête qu'à
-l'instant le fils de Louis Capet sera retiré des mains
-des femmes pour être remis et rester entre celles de
-son père, les jours et nuits.» On tolérait seulement
-que chaque jour, à l'heure du dîner, il montât «dans
-l'appartement de ses mère et tante, pendant le temps
-que son père repose, pour en descendre sur les quatre
-ou cinq heures».</p>
-
-<p><i>A l'instant</i>, suivant le mot cruel des commissaires,
-l'arrêté fut exécuté, sans qu'on en eût même prévenu
-la malheureuse mère. L'enfant fut conduit chez son
-père, et il n'en revint pas.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_468" id="Page_468">[Pg 468]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXIII" id="CHAPITRE_XXIII"></a>CHAPITRE XXIII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La grosse Tour.—Nouvelle organisation
-de la vie des prisonniers.—Vexations
-nouvelles.—Municipaux compatissants.—Drouet
-au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin tombent malades.—Installation
-d'une nouvelle municipalité.—Le bouillon de la Reine.—On
-enlève à la famille royale tous les instruments tranchants.—Procès
-du Roi.—Louis XVI traduit à la Convention.—Il est séparé
-de sa famille.—Ses entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est
-condamné à mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution
-du Roi.</p></div>
-
-
-<p>Dernier reste d'une importante maison de Templiers,
-transformée depuis en dépôt des archives de l'ordre
-de Malte, la grosse Tour formait une masse imposante
-de cent cinquante pieds de haut, avec des murs
-d'une épaisseur moyenne de neuf pieds. Elle avait
-quatre étages voûtés, soutenus au milieu par un gros
-pilier, depuis le bas jusqu'à la flèche. L'intérieur,
-d'une trentaine de pieds carrés, ne formait qu'une
-seule pièce à chaque étage; mais pour pouvoir y loger
-les royaux captifs, on avait divisé le second et
-le troisième, chacun en quatre pièces, par des cloisons
-en planches. Le rez-de-chaussée, sous le nom
-de Chambre du Conseil, fut affecté à l'usage des municipaux;
-le premier servit de corps de garde. Une
-des quatre tourelles placées aux quatre angles de la
-Tour contenait l'escalier, qui menait jusqu'aux créneaux;
-on y avait placé des guichets de distance en
-distance, au nombre de sept. Pour aller de l'escalier
-dans chaque étage, il fallait franchir deux portes:
-<span class="pagenum"><a name="Page_469" id="Page_469">[Pg 469]</a></span>
-l'une était en chêne garni de clous, l'autre en fer
-<a name="FNanchor_1385_1385" id="FNanchor_1385_1385"></a>
-<a href="#Footnote_1385_1385" class="fnanchor">[1385]</a>.</p>
-
-<p>Au second étage, destiné au Roi, la première
-pièce était une antichambre, qui donnait accès à toutes
-les autres. Sur les murs, recouverts d'un papier qui
-figurait des pierres de taille, on avait placardé la
-Déclaration des droits de l'homme, imprimée en gros
-caractères, et encadrée d'une bordure tricolore. En
-face de la porte d'entrée, était la chambre du Roi;
-la tourelle qui y était annexée faisait un cabinet de
-travail et un oratoire; la chambre de Cléry était à
-gauche, ainsi qu'une quatrième pièce qui servait de
-salle à manger et était séparée de l'antichambre par
-une cloison vitrée. Chaque pièce était éclairée par
-une croisée; mais on avait mis au dehors de gros
-barreaux de fer et des abat-jour qui interceptaient
-l'air et la lumière; les embrasures avaient une épaisseur
-de neuf pieds.</p>
-
-<p>La chambre du Roi seule avait une cheminée; le
-reste de l'appartement était chauffé par un gros poêle
-placé au centre.</p>
-
-<p>Le mobilier était bien simple: un grand lit de damas
-vert pour le Roi, un petit lit de sangle pour le
-Dauphin, une commode d'acajou, un secrétaire en
-bois de rose et quelques sièges; deux baromètres
-le long des murs; sur la cheminée, une glace et une
-pendule qu'on ne tarda pas à enlever, parce que le
-cadran portait: Lepaute, horloger <i>du Roi</i>. L'oratoire
-ne contenait qu'un petit poêle, une chaise de paille,
-une chaise de canne et un tabouret de crin. Dans la
-salle à manger, une table d'acajou, une servante, deux
-encoignures en bois de rose et des chaises.</p>
-
-<p>Le troisième étage, réservé aux princesses, était
-distribué comme le second. La chambre de la Reine
-<span class="pagenum"><a name="Page_470" id="Page_470">[Pg 470]</a></span>
-était au-dessus de celle du Roi; Madame Royale logeait
-dans la chambre de sa mère; la tourelle servait
-de cabinet. Le papier était de couleur tendre,
-à bandes vertes et bleues; le lit était de damas vert.
-Le mobilier se réduisait à une commode d'acajou,
-un grand canapé et quelques sièges. Sur la cheminée,
-qui fumait beaucoup
-<a name="FNanchor_1386_1386" id="FNanchor_1386_1386"></a>
-<a href="#Footnote_1386_1386" class="fnanchor">[1386]</a>, la pendule, par une ironie
-inconsciente ou voulue, représentait la Fortune faisant
-tourner sa roue. Dans la chambre à côté couchait
-M<sup>me</sup> Élisabeth, sur un misérable lit de fer, revêtu
-d'une housse en toile de Jouy. Tison et sa femme, les
-deux espions, occupaient la troisième pièce; l'antichambre
-servait aux municipaux, qui y demeuraient
-jour et nuit. Le quatrième étage était vide. Enfin, entre
-le toit pointu de la Tour et les créneaux régnait une
-galerie, où la famille royale allait parfois se promener;
-mais on avait eu soin de placer des jalousies
-entre les créneaux, pour empêcher les prisonniers
-de voir et d'être vus.</p>
-
-<p>Les précautions les plus minutieuses avaient été
-prises pour la garde des captifs. A la grande porte
-de la rue était un portier, nommé Darque, ancien
-bedeau du Grand Prieur; à la porte de la Tour, le
-concierge Mathey, et les deux guichetiers, Rocher
-et Risbey, ces deux misérables dont nous avons déjà
-parlé. Huit commissaires dont le service durait quarante-huit
-heures, et qui se renouvelaient chaque
-jour par moitié, étaient chargés de la surveillance
-<a name="FNanchor_1387_1387" id="FNanchor_1387_1387"></a>
-<a href="#Footnote_1387_1387" class="fnanchor">[1387]</a>. Le
-jour, l'un d'eux était constamment près de Louis XVI,
-un autre près de Marie-Antoinette; les six autres se
-tenaient dans la chambre du Conseil. Un effectif de
-<span class="pagenum"><a name="Page_471" id="Page_471">[Pg 471]</a></span>
-287 hommes,—réduit, après la mort du Roi, à 240—sous
-les ordres d'un commandant général et d'un
-chef de légion, avec deux canons et vingt artilleurs,
-assurait la garde du Temple
-<a name="FNanchor_1388_1388" id="FNanchor_1388_1388"></a>
-<a href="#Footnote_1388_1388" class="fnanchor">[1388]</a>. Un chef de cuisine,
-nommé Gagnié, avec deux chefs d'office, un pâtissier,
-un rôtisseur, et les trois officiers de bouche que
-nous avons déjà nommés, Turgy, Chrétien et Marchand,
-étaient chargés du service de table; le service
-intérieur était confié à Cléry et au ménage Tison.</p>
-
-<p>Le Roi se levait à sept heures et priait jusqu'à
-huit
-<a name="FNanchor_1389_1389" id="FNanchor_1389_1389"></a>
-<a href="#Footnote_1389_1389" class="fnanchor">[1389]</a>;
-il lisait l'Office des chevaliers du Saint-Esprit,
-et, comme on avait refusé de laisser dire la messe
-au Temple, même les jours de fête, il s'était fait
-acheter un bréviaire à l'usage du diocèse de Paris. A
-neuf heures, il allait déjeuner chez la Reine. Cléry
-montait en même temps, accommodait les cheveux
-des princesses, et, par ordre de Marie-Antoinette,
-apprenait à Madame Royale à se coiffer: prévoyant
-trop bien l'avenir, la malheureuse Reine voulait que
-sa fille pût se passer de tout service. Après le déjeuner,
-le Roi donnait quelques leçons au Dauphin jusqu'à
-onze heures; le jeune prince jouait ensuite
-jusqu'à midi. C'était l'heure de la promenade, et la
-famille royale tout entière descendait, quelque temps
-qu'il fît, parce que la garde, qu'on relevait à
-ce moment-là, voulait s'assurer par ses yeux de la
-présence des prisonniers. La promenade durait jusqu'à
-deux heures, où l'on remontait pour dîner
-<a name="FNanchor_1390_1390" id="FNanchor_1390_1390"></a>
-<a href="#Footnote_1390_1390" class="fnanchor">[1390]</a>.</p>
-
-<p>Après le dîner, le Roi et la Reine jouaient au trictrac
-ou au piquet, ou plutôt faisaient semblant de
-jouer, afin de pouvoir se dire quelques mots
-<a name="FNanchor_1391_1391" id="FNanchor_1391_1391"></a>
-<a href="#Footnote_1391_1391" class="fnanchor">[1391]</a>. Pendant
-ce temps, le Dauphin et Madame Royale jouaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_472" id="Page_472">[Pg 472]</a></span>
-dans l'antichambre au volant ou au siam, ou à d'autres
-jeux: M<sup>me</sup> Élisabeth présidait à ces amusements.
-C'était l'instant qu'elle choisissait pour faire
-des questions à Cléry ou lui donner des instructions;
-le jeune prince et sa sœur, par leurs jeux bruyants,
-facilitaient ces entretiens de leur tante et du fidèle
-serviteur, et les avertissaient par un signe, si quelques
-municipaux, ou ce qui était pire, si Tison ou
-sa femme, que les bons procédés de la famille royale
-n'avaient pu désarmer, s'approchaient
-<a name="FNanchor_1392_1392" id="FNanchor_1392_1392"></a>
-<a href="#Footnote_1392_1392" class="fnanchor">[1392]</a>. A quatre
-heures, la Reine montait avec ses enfants: conformément
-à l'arrêté des commissaires, elle pouvait emmener
-son fils, pendant que le Roi sommeillait un
-moment. A six heures l'enfant redescendait chez son
-père qui le faisait travailler ou jouer jusqu'à l'heure
-du souper
-<a name="FNanchor_1393_1393" id="FNanchor_1393_1393"></a>
-<a href="#Footnote_1393_1393" class="fnanchor">[1393]</a>.
-Pour s'occuper plus utilement de l'éducation
-de son fils, le monarque étudiait chaque jour
-pendant quatre heures, dit Cléry
-<a name="FNanchor_1394_1394" id="FNanchor_1394_1394"></a>
-<a href="#Footnote_1394_1394" class="fnanchor">[1394]</a>, des auteurs latins
-ou lisait des livres de voyages et d'histoire naturelle.</p>
-
-<p>A neuf heures, après le souper, la Reine déshabillait
-promptement son fils et le mettait au lit. Les
-princesses remontaient ensuite et le Roi ne se couchait
-qu'à onze heures. La Reine, dans la journée,
-travaillait beaucoup à la tapisserie ou s'occupait de
-l'éducation de sa fille; elle la faisait étudier et lire à
-haute voix. M<sup>me</sup> Élisabeth passait une partie de son
-temps à prier à genoux près de son lit
-<a name="FNanchor_1395_1395" id="FNanchor_1395_1395"></a>
-<a href="#Footnote_1395_1395" class="fnanchor">[1395]</a>; chaque jour,
-elle récitait son office et lisait des livres de piété
-<a name="FNanchor_1396_1396" id="FNanchor_1396_1396"></a>
-<a href="#Footnote_1396_1396" class="fnanchor">[1396]</a>,
-qu'elle avait fait acheter par Cléry
-<a name="FNanchor_1397_1397" id="FNanchor_1397_1397"></a>
-<a href="#Footnote_1397_1397" class="fnanchor">[1397]</a>. Souvent, la
-Reine lui demandait de les lire tout haut
-<a name="FNanchor_1398_1398" id="FNanchor_1398_1398"></a>
-<a href="#Footnote_1398_1398" class="fnanchor">[1398]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_473" id="Page_473">[Pg 473]</a></span></p>
-
-<p>Pas plus dans la grosse Tour que dans la petite,
-les vexations et les insultes n'étaient épargnées aux
-prisonniers. Dès le 7 octobre, au nom de l'égalité, le
-Roi avait été dépouillé des insignes de ses ordres.
-Tout était arbitraire et dépendait de l'humeur ou des
-caprices des gardiens. Un jour, un municipal défendit
-à Cléry de monter chez la Reine pour la coiffer;
-il fallut que la malheureuse femme descendît chez son
-mari, apportant elle-même tout ce qui était nécessaire
-à sa toilette. Un autre voulut la suivre, lorsque,
-à midi, suivant l'usage, elle entrait chez M<sup>me</sup> Élisabeth
-pour quitter sa robe du matin; devant l'inconvenante
-importunité de cet homme, la Reine dut renoncer
-à s'habiller. Certains commissaires avaient
-les exigences les plus bizarres: l'un faisait rompre
-des macarons ou fendre des noyaux de pêche, pour
-s'assurer qu'on n'y avait pas caché de billet; un autre
-forçait Cléry à boire de l'essence de savon, destinée
-à la barbe du Roi, sous prétexte que ce pouvait être
-du poison. Un autre encore coupait les marges d'un
-livre, que M<sup>me</sup> Élisabeth renvoyait à la duchesse de
-Sérent, dans la crainte qu'on n'eût écrit quelque
-chose dessus avec de l'encre sympathique
-<a name="FNanchor_1399_1399" id="FNanchor_1399_1399"></a>
-<a href="#Footnote_1399_1399" class="fnanchor">[1399]</a>.</p>
-
-<p>Un autre jour, la Reine avait cassé son peigne;
-elle priait Turgy de lui en acheter un autre. «Achetez-en
-un en corne, dit le municipal Dorat-Cubières;
-le buis serait trop bon pour elle.» La Reine
-fit semblant de ne pas entendre. Dorat-Cubières
-était un poète qui avait jadis encensé, dans ses fades
-petits vers, la famille royale; nul alors n'avait été
-flatteur plus obséquieux que lui
-<a name="FNanchor_1400_1400" id="FNanchor_1400_1400"></a>
-<a href="#Footnote_1400_1400" class="fnanchor">[1400]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_474" id="Page_474">[Pg 474]</a></span></p>
-
-<p>On continuait d'interdire l'entrée des journaux au
-Temple; on ne permettait de les y introduire que
-lorsqu'ils contenaient quelque infamie contre les
-souverains déchus, comme cette lettre d'un canonnier
-qui demandait la tête du tyran Louis XVI pour
-en charger sa pièce et l'envoyer à l'ennemi, ou cet
-article odieux dans lequel on déclarait qu'il fallait
-étouffer les petits louveteaux enfermés à la Tour
-<a name="FNanchor_1401_1401" id="FNanchor_1401_1401"></a>
-<a href="#Footnote_1401_1401" class="fnanchor">[1401]</a>.</p>
-
-<p>Un jour, un municipal s'approcha de la Reine et
-des princesses: «Mesdames, leur dit-il, je vous annonce
-une bonne nouvelle; beaucoup de traîtres
-émigrés ont été pris; si vous êtes patriotes, vous
-devez vous en réjouir.»—«Ma mère, raconte
-Madame Royale, comme à l'ordinaire, ne dit mot, et
-n'eut pas même l'air d'entendre. Souvent son calme
-si méprisant et son maintien si digne en imposaient;
-c'était rarement à elle qu'on osait adresser la parole
-<a name="FNanchor_1402_1402" id="FNanchor_1402_1402"></a>
-<a href="#Footnote_1402_1402" class="fnanchor">[1402]</a>.»</p>
-
-<p>Au milieu de tous ces outrages, parmi ces âmes
-basses, qui se faisaient un jeu d'insulter au malheur,
-l'histoire salue avec émotion quelques hommes qui
-tinrent à honneur de se séparer de ces misérables
-et d'entourer de leur respect ces grandeurs déchues.
-C'était l'instituteur Lepître; c'était l'épicier
-Cortey; c'était Moëlle; c'était Lebœuf; c'était Jobert
-<a name="FNanchor_1403_1403" id="FNanchor_1403_1403"></a>
-<a href="#Footnote_1403_1403" class="fnanchor">[1403]</a>;
-c'était surtout Toulan, ancien membre de la
-Commune du 10 août, devenu royaliste au contact
-journalier de ces saintes victimes de la Révolution,
-Toulan, que les princesses désignaient par le beau
-nom de <i>Fidèle</i>; c'était enfin Michonis, d'abord révolutionnaire
-fougueux, comme Toulan, mais qui,
-comme lui, touché par le spectacle de tant d'infortune
-<span class="pagenum"><a name="Page_475" id="Page_475">[Pg 475]</a></span>
-si héroïquement supportée, devint un des plus
-zélés serviteurs de ceux dont il avait demandé
-d'abord à être le geôlier, et, comme Toulan encore,
-leur sacrifia sa vie. Nous les retrouverons dans le
-cours de ce récit et nous raconterons les ingénieuses
-combinaisons de ces dévouements obscurs et courageux,
-que la fortune ne favorisa pas, mais qui du
-moins, pendant ces tristes jours, vengèrent l'honneur
-de l'humanité et, comme les héros des Livres
-saints, délivrèrent l'âme de la France.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> novembre, une députation de la Convention
-vint vérifier par elle-même «l'état de situation de
-la personne de Louis Capet et de sa famille, et
-prendre connaissance des mesures de sûreté adoptées
-par le Conseil général de la Commune et le commandant
-général de la garde nationale de Paris pour
-la conservation des otages confiés à leur garde
-<a name="FNanchor_1404_1404" id="FNanchor_1404_1404"></a>
-<a href="#Footnote_1404_1404" class="fnanchor">[1404]</a>».
-La députation se composait de l'ex-capucin Chabot,
-de du Prat, de Drouet, l'homme de Varennes; elle
-était accompagnée de Santerre et des commissaires
-de service. Arrivés au Temple vers dix heures du
-matin, les députés montèrent au second étage, où ils
-trouvèrent la famille royale réunie. La Reine frémit
-à l'aspect de Drouet. Cet homme s'assit insolemment
-près d'elle et, à son exemple, Chabot prit un siège.
-«Nous venons, dit Drouet, vous demander si vous
-vous trouvez bien, si vous ne manquez de rien, si
-vous n'avez pas de plaintes à former.»—«Je ne
-me plains de rien, répondit le Roi; je ne veux pas
-me plaindre, lorsque je suis avec ma famille.»
-Cléry fit observer qu'on ne payait pas exactement
-les fournisseurs. «La nation n'est pas à un écu près,»
-répondit Chabot
-<a name="FNanchor_1405_1405" id="FNanchor_1405_1405"></a>
-<a href="#Footnote_1405_1405" class="fnanchor">[1405]</a>.
-Les députés inspectèrent l'appartement
-<span class="pagenum"><a name="Page_476" id="Page_476">[Pg 476]</a></span>
-en détail, s'assurèrent qu'on n'avait laissé à
-la disposition des prisonniers ni plumes, ni encre, ni
-crayons, ni papier; puis ils se transportèrent au troisième,
-où ils firent les mêmes constatations
-<a name="FNanchor_1406_1406" id="FNanchor_1406_1406"></a>
-<a href="#Footnote_1406_1406" class="fnanchor">[1406]</a>.</p>
-
-<p>Après le dîner, ils revinrent chez le Roi, posèrent
-les mêmes questions et obtinrent les mêmes réponses.
-Drouet monta chez la Reine. Il était pâle; sa
-voix était faible; il demanda à la Reine d'un ton
-mélancolique si elle n'avait pas de plainte à former;
-la Reine ne lui répondit pas. Il renouvela
-deux fois la question. «Il importe cependant de
-savoir si vous avez à vous plaindre de quelque
-chose ou de quelqu'un.» La Reine le regarda
-d'un œil fier et, sans répondre un mot, elle alla
-s'asseoir avec sa fille sur son canapé. Drouet, ouvrant
-et étendant les bras comme un homme étonné,
-mais qui a plus de dépit peut-être que de regret,
-s'inclina et sortit. Voyant l'émotion de sa mère,
-Marie-Thérèse la pressait dans ses bras et lui baisait
-les mains, lorsqu'elle l'entendit adresser ces paroles
-à M<sup>me</sup> Elisabeth: «Pourquoi, ma sœur, l'homme
-de Varennes est-il remonté? Est-ce parce que
-c'est demain le jour des Morts
-<a name="FNanchor_1407_1407" id="FNanchor_1407_1407"></a>
-<a href="#Footnote_1407_1407" class="fnanchor">[1407]</a>?»</p>
-
-<p>Oui, c'était le lendemain le jour des Morts,
-et c'était aussi l'anniversaire de la naissance de
-Marie-Antoinette. Mais cet anniversaire, si joyeusement
-fêté jadis, comment le célébrait-on aujourd'hui
-et quels souhaits adressait le peuple de Paris
-à cette souveraine dont il avait été autrefois amoureux?</p>
-
-<p>«Nous entendîmes, raconte Madame Royale, un
-grand bruit de gens qui demandaient la tête de mon
-<span class="pagenum"><a name="Page_477" id="Page_477">[Pg 477]</a></span>
-père et de ma mère, ayant la cruauté de venir
-crier cela sous nos fenêtres
-<a name="FNanchor_1408_1408" id="FNanchor_1408_1408"></a>
-<a href="#Footnote_1408_1408" class="fnanchor">[1408]</a>.»</p>
-
-<p>Le 14 novembre, le Roi tomba malade d'une assez
-forte fluxion; on demanda son dentiste; la Commune
-délibéra pendant trois jours et refusa. Le 22, la
-fièvre survint; cette fois la Commune fut inquiète et
-permit au premier médecin de Louis XVI, M. Le
-Monnier, de se rendre à la Tour; mais il n'y entrait
-jamais sans avoir été fouillé et il ne pouvait parler
-qu'à haute voix. La Reine et les princesses passaient
-leurs journées au chevet du Roi, partageant avec
-Cléry le soin de le servir; mais, la nuit, il fallait
-remonter en laissant l'auguste malade seul avec
-son valet de chambre. La Reine avait inutilement
-demandé que son fils ne restât pas dans cet air vicié
-par la fièvre et vînt coucher dans sa chambre: les
-municipaux ne le permirent pas.</p>
-
-<p>Sous cette influence malsaine, l'enfant tomba
-malade à son tour; la coqueluche se déclara. Mais
-vainement la malheureuse mère sollicita-t-elle la
-faveur de passer les nuits près de son fils; les municipaux
-la repoussèrent brutalement, et la pauvre
-femme dut remonter chez elle, rongée par l'inquiétude
-et dévorée par l'insomnie.</p>
-
-<p>Le jour seulement elle eut l'autorisation de s'asseoir
-près du lit de son enfant et de lui prodiguer
-ses soins. Sous le coup de cette tristesse et de ces
-angoisses, la famille entière, la Reine, M<sup>me</sup> Élisabeth,
-Madame Royale furent prises par la maladie.
-Cléry lui-même s'alita à son tour et ce fut le jeune
-prince, à peine remis de sa toux, qui portait les remèdes
-au serviteur dévoué.</p>
-
-<p>A l'école du malheur, l'enfant avait développé et
-mûri ses qualités naturelles. Il avait pour tous, mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_478" id="Page_478">[Pg 478]</a></span>
-pour sa mère en particulier, des attentions, charmantes.
-Jamais il ne disait un mot qui pût éveiller chez elle
-un souvenir douloureux; il l'entourait des plus délicates
-prévenances. Voyait-il arriver un municipal plus
-honnête ou moins haineux que les autres; il courait
-à la Reine: «Maman,» disait-il, «c'est aujourd'hui
-M. un tel.» Si c'était, au contraire, quelque figure
-sinistre qui rappelait de tristes événements, il se
-taisait ou ne prononçait le nom qu'à voix basse. Un
-jour, comme il fixait attentivement un commissaire
-qu'il semblait reconnaître, celui-ci lui demanda où il
-l'avait vu. Le jeune prince refusa de répondre, puis,
-se penchant vers sa sœur: «C'est, lui dit-il à voix
-basse, lors de notre voyage de Varennes
-<a name="FNanchor_1409_1409" id="FNanchor_1409_1409"></a>
-<a href="#Footnote_1409_1409" class="fnanchor">[1409]</a>.»</p>
-
-<p>Le 2 décembre, une nouvelle Commune succéda à
-la Commune révolutionnaire du 10 août. Dès le soir
-même, à dix heures, les membres inaugurèrent leur
-entrée en fonctions en venant au Temple reconnaître
-les prisonniers
-<a name="FNanchor_1410_1410" id="FNanchor_1410_1410"></a>
-<a href="#Footnote_1410_1410" class="fnanchor">[1410]</a>. Mais si ceux-ci attendirent quelque
-amélioration de ce changement, ils se trompèrent.
-Les nouveaux commissaires, moins grossiers peut-être
-que les anciens, étaient d'une méchanceté plus
-réfléchie et d'une surveillance plus tyrannique. Au
-lieu d'un municipal près du Roi et de la Reine, il y
-en eut deux, et il devint dès lors bien plus difficile à
-Cléry de leur faire passer des avis ou d'obtenir le
-moindre adoucissement.</p>
-
-<p>Le 3, la Reine, malade, n'avait pu prendre aucune
-espèce d'aliment; elle demanda à Turgy un bouillon
-pour souper. Turgy l'apporta; mais la Reine, sachant
-que la femme Tison était aussi indisposée, lui fit
-donner le bouillon. Turgy pria les municipaux de
-l'accompagner pour qu'il pût aller en chercher un
-<span class="pagenum"><a name="Page_479" id="Page_479">[Pg 479]</a></span>
-autre; aucun n'y consentit, et Marie-Antoinette fut
-obligée de se passer de souper
-<a name="FNanchor_1411_1411" id="FNanchor_1411_1411"></a>
-<a href="#Footnote_1411_1411" class="fnanchor">[1411]</a>.</p>
-
-<p>Le 7, un municipal,—c'était Moëlle,—vint lire
-d'une voix altérée un arrêté qui ordonnait d'enlever
-aux détenus «couteaux, rasoirs, ciseaux, canifs et
-tous autres instruments tranchants dont on prive les
-prisonniers réputés criminels et d'en faire la plus
-exacte recherche tant sur les prisonniers que dans leurs
-appartements». Le Roi dut livrer tout ce qu'il avait
-dans ses poches ou ce qui se trouvait dans sa chambre:
-un couteau qui lui venait de son père, un canif,
-un petit nécessaire en maroquin rouge, ses rasoirs,
-un compas à rouler les cheveux, jusqu'à un instrument
-pour nettoyer les dents; les princesses, leurs
-couteaux, leurs ciseaux et tout ce qui pouvait servir
-à leur travail
-<a name="FNanchor_1412_1412" id="FNanchor_1412_1412"></a>
-<a href="#Footnote_1412_1412" class="fnanchor">[1412]</a>. «Faut-il donner aussi les aiguilles,
-car elles piquent bien fort?» dit ironiquement la
-Reine. Les pauvres femmes durent renoncer dès lors
-à certains ouvrages qui leur avaient été une distraction
-pendant les longues heures de la captivité. Un
-jour, M<sup>me</sup> Élisabeth raccommodait les habits du Roi
-et, n'ayant plus de ciseaux, elle rompait le fil avec
-ses dents. «Quel contraste!» lui dit le prince; «il
-ne vous manquait rien dans votre jolie maison de
-Montreuil.»—«Ah! mon frère, répondit-elle,
-puis-je avoir des regrets, quand je partage vos
-malheurs
-<a name="FNanchor_1413_1413" id="FNanchor_1413_1413"></a>
-<a href="#Footnote_1413_1413" class="fnanchor">[1413]</a>.»</p>
-
-<p>Le soir, au dîner, on agita la question de savoir
-si l'on devait laisser les fourchettes et les couteaux
-aux prisonniers. Quelques commissaires voulaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_480" id="Page_480">[Pg 480]</a></span>
-les enlever; sur les instances de Moëlle
-<a name="FNanchor_1414_1414" id="FNanchor_1414_1414"></a>
-<a href="#Footnote_1414_1414" class="fnanchor">[1414]</a>, l'avis le
-moins vexatoire prévalut pourtant, et il fut décidé
-que la famille royale conserverait ses couteaux et
-fourchettes, mais qu'on les enlèverait à la fin de
-chaque repas
-<a name="FNanchor_1415_1415" id="FNanchor_1415_1415"></a>
-<a href="#Footnote_1415_1415" class="fnanchor">[1415]</a>.</p>
-
-<p>Fût-ce comme compensation à ces vexations nouvelles
-que, le 9, le municipal Lepître fit accorder
-un clavecin qui se trouvait à l'entrée de la chambre
-de M<sup>me</sup> Élisabeth, ce qui permit à la Reine d'en donner
-des leçons à sa fille? Le premier morceau qui lui
-tomba sous la main portait pour titre: <i>La Reine de
-France
-<a name="FNanchor_1416_1416" id="FNanchor_1416_1416"></a>
-<a href="#Footnote_1416_1416" class="fnanchor">[1416]</a>!</i></p>
-
-<p>Le 11 décembre, à cinq heures du matin, la générale
-fut battue dans les rues de Paris: la cavalerie
-et les canons occupèrent le jardin du Temple. Grâce
-à Turgy et à Cléry, la famille royale connaissait, depuis
-plusieurs jours déjà, la cause de ce déploiement
-de forces inusité. Le 3 décembre, la Convention
-avait décidé que Louis Capet serait traduit à sa
-barre; c'était ce décret qu'on venait exécuter.</p>
-
-<p>A neuf heures, le Roi monta, comme de coutume,
-pour déjeuner dans l'appartement de la Reine. Il y
-resta une heure: mais quelles que fussent leurs angoisses,
-sous l'œil inquisiteur des municipaux, les
-prisonniers ne pouvaient rien se dire; les regards
-suppléaient aux paroles. Il fallut enfin se séparer.
-Le Roi redescendit à sa chambre; le Dauphin, comme
-d'habitude, l'accompagna. Insouciant du danger et
-ignorant des événements, le jeune prince insista pour
-faire une partie de siam. Il n'y fut pas heureux, et
-par deux fois il ne put dépasser le nombre seize.
-«Toutes les fois que j'ai ce point de seize, dit-il avec
-<span class="pagenum"><a name="Page_481" id="Page_481">[Pg 481]</a></span>
-un léger dépit, je ne puis gagner.» Le Roi ne dit
-rien; mais un tressaillement involontaire agita son
-visage à ce rapprochement, naïvement cruel.</p>
-
-<p>A onze heures, le Dauphin avait quitté le jeu et
-prenait une leçon de lecture, lorsque deux municipaux
-vinrent le chercher pour le conduire à sa mère.
-Louis XVI demanda la cause de ce brusque enlèvement;
-on se contenta de lui répondre que c'était
-l'ordre de la Commune: l'accusé devait être séparé
-de sa famille. L'infortuné père embrassa tendrement
-son fils et Cléry conduisit l'enfant à sa mère.</p>
-
-<p>A une heure, le Roi partit pour la Convention, escorté
-du maire de Paris, Chambon, du procureur de
-la Commune, Chaumette, du secrétaire-greffier, Coulombeau,
-et de Santerre. Le soir, à six heures, il rentra
-au Temple; son premier soin fut de demander
-qu'on le conduisît près de sa famille; on refusa, sous
-prétexte qu'on n'avait point d'ordres. «Mais au moins,
-dit-il, mon fils passera la nuit avec moi; son lit et
-ses effets sont ici.» Même silence. Après le dîner
-le prince insista de nouveau; on répondit simplement
-qu'il fallait attendre les instructions de la Convention.</p>
-
-<p>La Reine et les princesses avaient passé la journée
-dans de mortelles inquiétudes. La Reine avait tout
-tenté pour apprendre quelque chose des municipaux
-qui la gardaient; c'était la première fois qu'elle consentait
-à les questionner. Les municipaux refusèrent
-de rien dire. Au retour du Roi, Marie-Antoinette
-demanda instamment à le voir; elle le fit demander
-au maire Chambon; le maire ne daigna même pas
-répondre
-<a name="FNanchor_1417_1417" id="FNanchor_1417_1417"></a>
-<a href="#Footnote_1417_1417" class="fnanchor">[1417]</a>.</p>
-
-<p>Épuisée par le chagrin, la malheureuse femme
-<span class="pagenum"><a name="Page_482" id="Page_482">[Pg 482]</a></span>
-n'avait plus la force de pleurer; il semblait presque
-que la vue même de son fils la laissât insensible.
-«Mon frère passa la nuit chez elle, raconte
-Madame Royale; il n'avait pas de lit; elle lui donna le
-sien et resta toute la nuit debout, dans une douleur
-si morne que nous ne voulions pas la quitter; mais
-elle nous força à nous coucher, ma tante et moi
-<a name="FNanchor_1418_1418" id="FNanchor_1418_1418"></a>
-<a href="#Footnote_1418_1418" class="fnanchor">[1418]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, la Reine renouvela ses sollicitations;
-elle redemanda à voir son mari et à lire les journaux
-qui rendaient compte du procès; elle insista du
-moins pour que, si la faveur de voir le Roi lui était
-refusée à elle-même, on l'accordât à ses enfants. Les
-journaux furent interdits. Quant à la demande de
-réunion des enfants à leur père, elle fut portée à la
-Convention. Après une longue délibération, l'Assemblée
-décida, le 15 décembre, par un faux semblant
-de pitié que démentaient les termes mêmes de l'arrêté,
-que «Louis Capet pourrait voir ses enfants,
-lesquels ne pourraient, jusqu'à son jugement définitif,
-communiquer avec leur mère et avec leur
-tante.»</p>
-
-<p>C'était accorder et refuser en même temps. Le
-malheureux prince ne voulut pas d'une faveur qui
-fût devenue un supplice pour sa femme; il aima
-mieux s'imposer à lui-même un nouveau sacrifice et
-laisser à la Reine la douceur de la société de ses
-enfants. Le soir même, il fit monter dans l'appartement
-des princesses le lit du Dauphin. Cléry garda
-le linge et les habits; il fut convenu que tous les
-deux jours il enverrait ce qui serait nécessaire.</p>
-
-<p>Pendant six longues semaines, le Roi demeura
-ainsi séparé de sa famille; la Reine et les princesses
-n'eurent de ses nouvelles que grâce au dévouement
-<span class="pagenum"><a name="Page_483" id="Page_483">[Pg 483]</a></span>
-de Turgy et de Cléry, qui cachaient des billets
-dans des pelotons de fil ou de laine qu'ils jetaient sous
-les lits ou descendaient dans l'abat-jour des fenêtres
-au moyen de ficelles conservées avec soin
-<a name="FNanchor_1419_1419" id="FNanchor_1419_1419"></a>
-<a href="#Footnote_1419_1419" class="fnanchor">[1419]</a>, grâce
-aussi à la sensibilité de quelques municipaux, plus
-humains que leurs collègues. Quelques-uns assuraient
-à la Reine que le Roi ne périrait pas et que
-son affaire serait renvoyée aux Assemblées primaires,
-qui le sauveraient certainement
-<a name="FNanchor_1420_1420" id="FNanchor_1420_1420"></a>
-<a href="#Footnote_1420_1420" class="fnanchor">[1420]</a>. Illusions généreuses
-ou mensonges charitables, qui n'abusaient
-guère les prisonnières.</p>
-
-<p>Le sinistre procès suivait son cours. Le 12 décembre,
-Louis XVI avait choisi pour défenseur Tronchet,
-auquel il adjoignit le lendemain Malesherbes,
-et un peu plus tard de Sèze. Le 15, une députation
-de la Convention vint lui communiquer les pièces à
-sa charge. Chaque jour ensuite, les trois défenseurs
-se rendirent au Temple, où, après de minutieuses
-investigations des municipaux, ils étaient admis à
-conférer avec leur client. Le 25 décembre, jour de
-Noël, le Roi, seul avec lui-même et avec Dieu, écrivit
-tout entier de sa main son testament, ce monument
-admirable de sa résignation chrétienne et de
-son amour pour son peuple.</p>
-
-<p>Le 26, l'accusé fut conduit pour la seconde fois à
-la Convention; dans la crainte que le bruit des tambours
-et du cortège qui devait venir le prendre
-n'effrayât la Reine, il la fit prévenir dès le matin.</p>
-
-<p>Nous n'avons pas à tracer ici le récit détaillé de
-cette mémorable et lugubre séance. C'est le jour où
-de Sèze prononça cet éloquent plaidoyer qui fit plus
-d'une fois passer un frisson d'émotion dans le cœur
-<span class="pagenum"><a name="Page_484" id="Page_484">[Pg 484]</a></span>
-des juges les plus prévenus. C'est le jour aussi où
-Malesherbes, interpellé par le conventionnel Treilhard
-qui lui demandait:</p>
-
-<p>«Qui vous rend si hardi de prononcer ici des
-noms que la Convention a proscrits?»
-lui fit cette simple et héroïque réponse:</p>
-
-<p>«Mépris de vous-même et mépris de la vie.»</p>
-
-<p>Lorsque de Sèze eut achevé son discours, le Roi
-se leva et prononça d'un ton ferme ces paroles:</p>
-
-<p>«Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens
-de défense; je ne vous les renouvellerai point. En
-vous parlant peut-être pour la dernière fois, je vous
-déclare que ma conscience ne me reproche rien et
-que mes défenseurs ne vous ont dit que la vérité.»</p>
-
-<p>Mais est-ce que les Conventionnels avaient souci
-de la conscience, et ne pouvaient-ils pas répondre
-comme Pilate: «Qu'est-ce que la vérité?»</p>
-
-<p>Le lendemain, de Sèze remit au Roi plusieurs
-exemplaires de son plaidoyer. Un municipal, nommé
-Vincent, se chargea d'en porter secrètement un
-exemplaire à la Reine. La malheureuse femme le lut
-avec une attention haletante; mais elle ne se leurrait
-d'aucun espoir et d'une main fiévreuse, mais
-ferme, elle traça sur le premier feuillet ces lignes:
-«<i>Oportet unum mori pro populo</i>
-<a name="FNanchor_1421_1421" id="FNanchor_1421_1421"></a>
-<a href="#Footnote_1421_1421" class="fnanchor">[1421]</a>.»</p>
-
-<p>Le mardi, 1<sup>er</sup> janvier 1793, fut triste à la Tour. Le
-matin Cléry s'approcha du lit du Roi et lui demanda
-la permission de lui offrir ses vœux. «Je reçois vos
-souhaits,» répondit le prince, en lui tendant une
-main que le fidèle serviteur arrosa de larmes. Dès
-qu'il fut levé, il pria un municipal d'aller savoir des
-nouvelles de sa famille et lui présenter ses vœux
-<span class="pagenum"><a name="Page_485" id="Page_485">[Pg 485]</a></span>
-pour la nouvelle année. Son ton était si déchirant,
-qu'un des commissaires, ému, dit à Cléry: «Pourquoi
-le Roi ne demande-t-il pas à voir sa famille?
-Maintenant que l'interrogatoire est terminé, cela
-ne souffrirait aucune difficulté.» Sur ces entrefaites,
-le municipal qui était allé chez la Reine rentra
-et annonça au prisonnier que sa famille le remerciait
-de ses souhaits et lui adressait les siens. Le Roi
-fut attendri: «Quel jour de nouvelle année!» dit-il
-tristement.</p>
-
-<p>Le soir, Cléry lui fit part de sa conversation avec le
-commissaire et l'assura que la Convention l'autoriserait
-certainement à voir les siens. «Dans quelques
-jours, répondit le prince, ils ne me refuseront
-pas cette consolation; il faut attendre
-<a name="FNanchor_1422_1422" id="FNanchor_1422_1422"></a>
-<a href="#Footnote_1422_1422" class="fnanchor">[1422]</a>.»</p>
-
-<p>Et cependant, la pensée du malheureux souverain
-se reportait constamment sur sa famille; il y revenait
-sans cesse dans ses entretiens avec ses défenseurs
-et sa voix s'attendrissait, ses yeux se baignaient
-de larmes, quand il parlait de sa sœur dont
-la vie n'avait été «qu'affection, dévouement et courage»,
-de ses enfants «si malheureux déjà à leur âge»,
-de la Reine, si insultée, si calomniée, si méconnue:
-«S'ils,—les Français,—savaient ce qu'elle vaut,
-disait-il, s'ils savaient à quel degré de perfection
-elle s'est élevée depuis nos infortunes, ils la révéreraient,
-ils la chériraient; mais, dès longtemps,
-ses ennemis et les miens ont eu l'art, en semant des
-calomnies parmi le peuple, de changer en haine
-cet amour dont elle fut si longtemps l'objet.»</p>
-
-<p>Et passant rapidement en revue la conduite de la
-Reine et les imputations dont on avait voulu la
-noircir:</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_486" id="Page_486">[Pg 486]</a></span></p>
-
-<p>«Les factieux ne mettent cet acharnement à décrier
-et à noircir la Reine, ajoutait-il, que pour
-préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
-sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait
-qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse,
-mon mariage lui promit un trône; aujourd'hui quelle
-perspective lui offre-t-il?» En prononçant ces
-mots, il serrait la main de Malesherbes, et ses yeux
-se remplissaient de pleurs
-<a name="FNanchor_1423_1423" id="FNanchor_1423_1423"></a>
-<a href="#Footnote_1423_1423" class="fnanchor">[1423]</a>.</p>
-
-<p>Le 15 janvier, la Convention déclara Louis Capet
-coupable; le 17, après une séance de vingt-deux
-heures, une majorité factice de <i>cinq</i> voix prononça
-contre lui la peine de mort; le même soir, Malesherbes,
-tout tremblant, vint l'annoncer au captif.
-Le lendemain, un arrêté de la Commune décida
-que toute communication serait interrompue entre
-Louis XVI et ses conseils et que le condamné serait
-gardé à vue jour et nuit. Le Roi protesta vainement
-contre ce redoublement de rigueur: sa protestation
-ne fut pas écoutée.</p>
-
-<p>Le 20, la Convention, par 380 voix contre 310,
-repoussa tout sursis à l'exécution. Le même jour, à
-deux heures de l'après-midi, le Comité exécutif se
-transporta au Temple, et le ministre de la justice
-Garat, le chapeau sur la tête, fit donner lecture,
-par le secrétaire Grouvelle, du décret de l'Assemblée.
-Quand ce fut fini, Louis XVI prit simplement
-le décret, le serra dans son portefeuille, puis, en
-tirant un papier: «Monsieur le Ministre, dit-il,
-veuillez communiquer cette pièce à la Convention.»
-C'était une lettre où le condamné demandait
-un délai de trois jours pour «se préparer à paraître
-devant Dieu» et la faculté de voir librement un
-<span class="pagenum"><a name="Page_487" id="Page_487">[Pg 487]</a></span>
-prêtre qu'il indiquait. Il y joignait l'adresse de ce
-prêtre que sa sœur lui avait recommandé, l'abbé
-Edgeworth de Firmont, et insistait pour qu'il lui
-fût permis d'entretenir sa famille sans témoins.</p>
-
-<p>Pendant cette scène cruelle, la contenance du Roi
-avait été si ferme, sa majesté si haute, qu'Hébert
-lui-même en avait été touché. «La noblesse et la
-dignité de son maintien et de son langage, dit-il,
-m'arrachèrent des pleurs de rage,» et, ne voulant
-pas laisser paraître son émotion, il s'était retiré.</p>
-
-<p>Le sursis fut refusé: la Convention avait hâte d'en
-finir; les autres demandes furent accordées. On fit
-chercher l'abbé Edgeworth et Garat le conduisit lui-même
-au Temple dans sa voiture. Il assura le Roi
-qu'il n'y avait aucune charge contre sa famille et
-qu'on la renverrait hors de France
-<a name="FNanchor_1424_1424" id="FNanchor_1424_1424"></a>
-<a href="#Footnote_1424_1424" class="fnanchor">[1424]</a>.</p>
-
-<p>Les malheureuses prisonnières n'avaient appris la
-condamnation de Louis XVI que le dimanche 20 au
-matin, par les colporteurs de journaux qui venaient
-la crier sous leurs fenêtres. Le même jour, à huit
-heures du soir, elles apprirent qu'un décret de la
-Convention leur permettait de descendre chez le
-Roi. Elles y coururent
-<a name="FNanchor_1425_1425" id="FNanchor_1425_1425"></a>
-<a href="#Footnote_1425_1425" class="fnanchor">[1425]</a>. Le prince avait fait passer
-l'abbé Edgeworth dans la tourelle, de peur que la
-vue du prêtre ne fît trop de mal aux princesses; il
-attendait dans la salle à manger. La Convention
-avait décidé qu'il serait seul avec sa famille; mais
-la Commune, toujours ingénieuse à tourmenter sa
-victime, avait exigé que les municipaux assistassent
-à l'entrevue derrière une porte vitrée. Une misérable
-lampe-quinquet éclairait la salle
-<a name="FNanchor_1426_1426" id="FNanchor_1426_1426"></a>
-<a href="#Footnote_1426_1426" class="fnanchor">[1426]</a>; la table avait été
-rangée de côté; des chaises, disposées dans le fond,
-<span class="pagenum"><a name="Page_488" id="Page_488">[Pg 488]</a></span>
-afin de donner plus d'espace; sur la table, une carafe
-d'eau et un verre. «Apportez de l'eau qui ne soit
-pas frappée,» avait dit le Roi qui, dans ce cruel déchirement,
-conservait toute sa présence d'esprit; «si
-la Reine en buvait, elle pourrait être incommodée.»</p>
-
-<p>A huit heures et demie, la porte s'ouvrit; la Reine
-entra la première, tenant son fils par la main; ensuite
-Madame Royale et M<sup>me</sup> Élisabeth. Tous se précipitèrent
-dans les bras du Roi. Un morne silence régna
-pendant quelques minutes et ne fut interrompu que
-par des sanglots. «Le Roi s'assit; la Reine à sa
-gauche, M<sup>me</sup> Élisabeth à sa droite, Madame Royale
-presque en face; le jeune prince resta debout entre
-les jambes du Roi; tous étaient penchés vers lui et
-le tenaient souvent embrassé
-<a name="FNanchor_1427_1427" id="FNanchor_1427_1427"></a>
-<a href="#Footnote_1427_1427" class="fnanchor">[1427]</a>.»—«Nous le trouvâmes,—le
-Roi,—bien changé, raconte Madame
-Royale. Il pleura de douleur sur nous, et non de la
-crainte de sa mort; il raconta son procès à ma mère,
-excusant les scélérats qui le faisaient mourir.....
-Il donna ensuite des instructions religieuses à mon
-frère, lui recommandant surtout de pardonner à ceux
-qui le faisaient mourir, et lui donnant sa bénédiction
-ainsi qu'à moi
-<a name="FNanchor_1428_1428" id="FNanchor_1428_1428"></a>
-<a href="#Footnote_1428_1428" class="fnanchor">[1428]</a>.» Et pour produire sur le jeune
-Dauphin une impression plus forte, il le prit sur ses
-genoux et lui dit: «Mon fils, vous avez entendu ce
-que je viens de vous dire; mais comme le serment
-est quelque chose d'encore plus sacré que les
-paroles, jurez en levant la main, que vous accomplirez
-les dernières volontés de votre père.» Mon
-frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté
-si touchante fit encore redoubler les nôtres
-<a name="FNanchor_1429_1429" id="FNanchor_1429_1429"></a>
-<a href="#Footnote_1429_1429" class="fnanchor">[1429]</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_489" id="Page_489">[Pg 489]</a></span></p>
-
-<p>La Reine aurait voulu passer la nuit près du Roi
-avec sa famille. Le malheureux prince refusa: il
-avait besoin de calme pour se préparer à la mort.
-La Reine insista du moins pour le voir un moment
-le lendemain matin; il y consentit; mais, «quand
-nous fûmes partis, rapporte Madame Royale, il dit
-aux gardes de ne pas nous laisser redescendre, parce
-que notre présence lui ferait trop de peine
-<a name="FNanchor_1430_1430" id="FNanchor_1430_1430"></a>
-<a href="#Footnote_1430_1430" class="fnanchor">[1430]</a>.»</p>
-
-<p>Cette touchante entrevue dura sept quarts d'heure,
-au milieu des sanglots et des larmes. Pendant ce
-temps, quatre municipaux, mal vêtus et le chapeau
-sur la tête, se tenaient dans l'embrasure de la croisée,
-se chauffant au poêle et surveillant par la cloison
-vitrée
-<a name="FNanchor_1431_1431" id="FNanchor_1431_1431"></a>
-<a href="#Footnote_1431_1431" class="fnanchor">[1431]</a>.
-A dix heures et quart, le Roi se leva le
-premier et tous le suivirent. La Reine le tenait par
-la main droite, s'appuyant sur son épaule, et pouvant
-à peine se soutenir; le Dauphin, du même côté, était
-<span class="pagenum"><a name="Page_490" id="Page_490">[Pg 490]</a></span>
-enlacé dans le bras droit de sa mère qui le pressait
-sur son cœur, et lui-même serrait de sa petite main
-la main droite du Roi et la main gauche de la Reine,
-les baisant et les arrosant de ses larmes
-<a name="FNanchor_1432_1432" id="FNanchor_1432_1432"></a>
-<a href="#Footnote_1432_1432" class="fnanchor">[1432]</a>; Madame
-Royale, à gauche, tenait le Roi embrassé par le
-milieu du corps
-<a name="FNanchor_1433_1433" id="FNanchor_1433_1433"></a>
-<a href="#Footnote_1433_1433" class="fnanchor">[1433]</a>;
-M<sup>me</sup> Élisabeth, un peu plus en
-arrière que sa nièce, avait saisi de ses deux mains
-le haut du bras gauche de son frère et levait au ciel
-ses yeux baignés de pleurs
-<a name="FNanchor_1434_1434" id="FNanchor_1434_1434"></a>
-<a href="#Footnote_1434_1434" class="fnanchor">[1434]</a>. Louis XVI s'efforçait
-de conserver son calme; mais il luttait péniblement
-pour ne pas faiblir
-<a name="FNanchor_1435_1435" id="FNanchor_1435_1435"></a>
-<a href="#Footnote_1435_1435" class="fnanchor">[1435]</a>. «Je vous assure, dit-il, que je
-vous verrai demain matin à huit heures.»—«Vous
-nous le promettez?» répétèrent-ils tous ensemble.—«Oui,
-je vous le promets.»—«Pourquoi pas à
-sept heures?» dit la Reine.—«Eh bien! oui, à
-sept heures, répondit-il; adieu!» Il prononça cet
-adieu avec une expression si navrante que les sanglots
-redoublèrent. Madame Royale tomba évanouie; Cléry
-la releva et M<sup>me</sup> Élisabeth la soutint. Le Roi, voulant
-mettre fin à cette scène déchirante, serra une dernière
-fois sur sa poitrine ces chers objets de son
-affection et, se dégageant doucement de cette émouvante
-étreinte: «Adieu! Adieu!» murmura-t-il, et
-il rentra lentement dans sa chambre
-<a name="FNanchor_1436_1436" id="FNanchor_1436_1436"></a>
-<a href="#Footnote_1436_1436" class="fnanchor">[1436]</a>. «Ah! Monsieur,
-dit-il à l'abbé Edgeworth, quelle entrevue!
-Faut-il donc que j'aime et que je sois si tendrement
-aimé! Mais c'en est fait; oublions tout le reste pour
-ne penser qu'à l'unique affaire. Elle seule doit
-concentrer dans ce moment toutes mes affections
-et toutes mes pensées.»</p>
-
-<p>Pendant ce temps, les princesses remontaient chez
-<span class="pagenum"><a name="Page_491" id="Page_491">[Pg 491]</a></span>
-elles, et, quoique les portes fussent fermées, on entendait
-encore, de l'appartement du Roi, leurs gémissements
-et leurs sanglots
-<a name="FNanchor_1437_1437" id="FNanchor_1437_1437"></a>
-<a href="#Footnote_1437_1437" class="fnanchor">[1437]</a>. «Les bourreaux!»
-s'écriait la Reine, et se tournant vers le Dauphin:
-«Mon fils, lui dit-elle, promettez-moi que vous ne
-songerez jamais à venger la mort de votre père
-<a name="FNanchor_1438_1438" id="FNanchor_1438_1438"></a>
-<a href="#Footnote_1438_1438" class="fnanchor">[1438]</a>.»
-Puis, déposant sur les cheveux blonds de l'enfant
-un long et amer baiser, elle le déshabilla et le coucha.
-Quant à elle, elle se jeta tout habillée sur son lit,
-«où, dit Madame Royale, nous l'entendîmes toute
-la nuit trembler de froid et de douleur
-<a name="FNanchor_1439_1439" id="FNanchor_1439_1439"></a>
-<a href="#Footnote_1439_1439" class="fnanchor">[1439]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, à six heures et quart, un municipal
-entra. La Reine était debout; elle crut qu'on venait
-la chercher pour cette entrevue suprême que son
-mari lui avait promise la veille. Vain espoir: le
-municipal venait chercher un livre de prières pour
-la messe du Roi
-<a name="FNanchor_1440_1440" id="FNanchor_1440_1440"></a>
-<a href="#Footnote_1440_1440" class="fnanchor">[1440]</a>. La malheureuse femme espérait
-encore, espérait toujours, écoutant avec une anxiété
-navrante le bruit des pas qui gravissaient l'escalier...
-Attente inutile; personne ne vint.</p>
-
-<p>Le Roi s'était couché à minuit et demi; à peine
-au lit, il s'était endormi profondément. A cinq heures
-il se leva, fit sa toilette comme à l'ordinaire, entendit
-la messe à genoux et communia. Quand il eut achevé
-son action de grâces, il appela Cléry et lui donna
-divers objets: «Vous remettrez, lui dit-il d'une
-voix brisée, ce cachet à mon fils...., cet anneau à
-la Reine; dites-lui bien que je le quitte avec peine;—c'était
-son anneau de mariage.—... Ce petit
-paquet renferme des cheveux de toute ma famille;
-vous le lui remettrez aussi.... Dites à la Reine, à
-mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais
-<span class="pagenum"><a name="Page_492" id="Page_492">[Pg 492]</a></span>
-promis de les voir ce matin; mais j'ai voulu leur
-épargner la douleur d'une séparation si cruelle.
-Combien il m'en coûte de partir sans recevoir
-leurs derniers embrassements!» Il essuya quelques
-larmes et ajouta, avec l'accent le plus douloureux:
-«Je vous charge de leur faire mes adieux
-<a name="FNanchor_1441_1441" id="FNanchor_1441_1441"></a>
-<a href="#Footnote_1441_1441" class="fnanchor">[1441]</a>.»</p>
-
-<p>A neuf heures, Santerre parut, escorté de municipaux
-et de gendarmes. Le Roi sortit de son cabinet,
-où il s'entretenait avec l'abbé Edgeworth: «Vous
-venez me chercher?» demanda-t-il.—«Oui,»
-répondit Santerre.—«Je suis en affaires,» reprit le
-prince avec un accent d'autorité; «attendez-moi ici.»</p>
-
-<p>Il rentra dans le cabinet, reçut une dernière bénédiction
-de son confesseur, sortit de nouveau et,
-s'adressant à un municipal, Jacques Roux, prêtre
-apostat, qui se trouvait le plus près de lui: «Je
-vous prie, dit-il, de remettre ce papier à la Reine,
-à ma femme.»—C'était son testament.—«Cela
-ne me regarde pas,» riposta brutalement Jacques
-Roux; «je ne suis ici que pour vous conduire à
-l'échafaud.»—«C'est juste,» répliqua le Roi;
-et se tournant vers un autre municipal, il lui remit
-le papier. Puis, prenant son chapeau des mains de
-Cléry, il dit à Santerre d'un ton de commandement:
-«Marchons.»</p>
-
-<p>Une heure après, à dix heures vingt minutes, la
-tête de Louis XVI tombait sur l'échafaud de la place
-de la Révolution, et tandis que, autour de la guillotine,
-une foule en délire accueillait avec des clameurs
-sauvages le sang royal qui coulait sur elle, au troisième
-étage de la Tour, deux femmes et deux enfants
-en larmes, enlacés dans les bras les uns des autres,
-priaient pour la victime et pour les bourreaux.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_493" id="Page_493">[Pg 493]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXIV" id="CHAPITRE_XXIV"></a>CHAPITRE XXIV</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie de Madame Royale.—On
-apporte aux prisonnières des vêtements de deuil.—Toulan
-et Lepitre.—Plan d'évasion préparé par ces deux municipaux et
-M. de Jarjayes.—Modifications dans le plan.—Nouveau projet;
-il échoue comme le premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan
-sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine
-les envoie à Monsieur et au comte d'Artois.—Dénonciation de
-Tison.—Perquisitions nocturnes.—Efforts des amis de la Reine
-à l'étranger.—Défection de Dumouriez.—Activité et espérances
-de Fersen.—Tout échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le
-31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la Tour.—Le baron
-de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La défiance de Simon le
-fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis XVII est enlevé
-à sa mère.—Il est livré au savetier Simon.—Nouvelle visite de
-Drouet au Temple.—Le jeune prince brutalisé par Simon.—Désespoir
-navrant de la Reine.—Elle est transférée à la Conciergerie.</p></div>
-
-
-<p>La Reine est veuve; elle a appris par les cris de
-joie d'une populace effrénée que le régicide est consommé.
-Ses yeux sont secs; elle n'a plus de larmes;
-elle étouffe
-<a name="FNanchor_1442_1442" id="FNanchor_1442_1442"></a>
-<a href="#Footnote_1442_1442" class="fnanchor">[1442]</a>; une violente secousse seule peut la
-sortir de sa morne torpeur. Avide de se nourrir de
-son malheur et d'en recueillir les tristes détails, elle
-espère que Cléry, le dernier fidèle qui soit demeuré
-avec l'infortuné monarque, pourra venir lui parler
-encore de celui qui n'est plus; elle en exprime le
-désir aux municipaux; les municipaux refusent. Elle
-fait demander des vêtements de deuil très simples pour
-elle et pour sa famille; on lui répond que la Commune
-en délibérera.</p>
-
-<p>Qu'elle fut longue, cette journée du 21 janvier, au
-<span class="pagenum"><a name="Page_494" id="Page_494">[Pg 494]</a></span>
-milieu de la brume épaisse qui enveloppait la capitale
-comme d'un linceul funèbre. Le soir, le Dauphin et
-sa sœur se couchèrent; mais Madame Royale ne pouvait
-dormir; la Reine et M<sup>me</sup> Élisabeth veillaient
-auprès du lit du jeune prince, qui, seul au troisième
-étage de la Tour, sommeillait paisiblement. «Il a
-maintenant, dit Marie-Antoinette, l'âge qu'avait
-son frère, lorsqu'il mourut à Meudon; heureux ceux
-de notre maison qui sont partis les premiers: ils
-n'ont point assisté à la ruine de notre famille
-<a name="FNanchor_1443_1443" id="FNanchor_1443_1443"></a>
-<a href="#Footnote_1443_1443" class="fnanchor">[1443]</a>!»</p>
-
-<p>Il était deux heures et demie du matin, mais Tison
-et sa femme étaient éveillés; étonnés d'entendre parler
-à cette heure, ils vinrent à la porte pour surveiller
-les prisonnières: «De grâce, leur dit M<sup>me</sup> Élisabeth
-avec douceur, laissez-nous pleurer en paix.»
-«L'inquisition, dit M. de Beauchesne, s'arrêta, désarmée
-par cette voix angélique, et la conspiration des
-larmes ne fut pas dénoncée
-<a name="FNanchor_1444_1444" id="FNanchor_1444_1444"></a>
-<a href="#Footnote_1444_1444" class="fnanchor">[1444]</a>.»</p>
-
-<p>Le lendemain, quand le Dauphin s'éveilla, la Reine
-le prit dans ses bras: «Mon enfant, dit-elle, il faut
-penser au bon Dieu.»—«Maman, répondit-il, moi
-aussi j'ai bien pensé au bon Dieu; mais quand je
-l'appelle, c'est toujours mon père qui descend devant
-moi
-<a name="FNanchor_1445_1445" id="FNanchor_1445_1445"></a>
-<a href="#Footnote_1445_1445" class="fnanchor">[1445]</a>.»</p>
-
-<p>Le 23 janvier, après deux jours d'attente, la Commune,
-généreuse, accorda les vêtements de deuil
-réclamés par la veuve et les orphelins; mais elle s'opposa
-à ce que Cléry, comme le demandait la Reine,
-continuât près du fils le service qu'il avait fait près
-du père. Ce fut un nouveau coup pour la Reine.
-«Rien, dit Madame Royale, n'était capable de calmer
-ses angoisses; on ne pouvait faire entrer aucune espérance
-<span class="pagenum"><a name="Page_495" id="Page_495">[Pg 495]</a></span>
-dans son cœur; il lui était devenu indifférent
-de vivre ou de mourir. Elle nous regardait quelquefois
-avec une pitié qui nous faisait tressaillir
-<a name="FNanchor_1446_1446" id="FNanchor_1446_1446"></a>
-<a href="#Footnote_1446_1446" class="fnanchor">[1446]</a>.» Cette
-pitié la sauva et son amour maternel la tira de ce
-morne abattement. Madame Royale souffrait depuis
-quelque temps d'un mal à la jambe; l'inquiétude et la
-douleur lui avaient aigri le sang. «Heureusement,
-raconte-t-elle, peu de jours après le 21 janvier, le
-chagrin augmenta mon mal, ce qui occupa la Reine.»
-Le bruit s'en répandit même dans Paris et l'ancienne
-nourrice de la princesse sollicita la faveur de
-venir la soigner; on repoussa dédaigneusement sa
-demande, mais on toléra l'intervention de l'ancien
-médecin des Enfants de France, Brunier. Brunier
-vint au Temple et l'on devine son émotion, quand il
-retrouva ses augustes maîtres dans un dénuement tel
-qu'ils manquaient même de linge pour panser la jambe
-de la jeune malade; il dut en apporter de chez lui
-<a name="FNanchor_1447_1447" id="FNanchor_1447_1447"></a>
-<a href="#Footnote_1447_1447" class="fnanchor">[1447]</a>.
-Grâce à ses bons soins et à ceux du chirurgien Lacaze,
-la princesse se rétablit en un mois
-<a name="FNanchor_1448_1448" id="FNanchor_1448_1448"></a>
-<a href="#Footnote_1448_1448" class="fnanchor">[1448]</a>.</p>
-
-<p>Le 27 et le 30, les habits de deuil furent apportés.
-En voyant pour la première fois ses enfants en noir,
-la Reine ne put s'empêcher de dire en soupirant:
-«Mes pauvres enfants, vous, c'est pour longtemps;
-moi, c'est pour toujours
-<a name="FNanchor_1449_1449" id="FNanchor_1449_1449"></a>
-<a href="#Footnote_1449_1449" class="fnanchor">[1449]</a>.»</p>
-
-<p>Les vêtements allaient mal; ce fut un bonheur;
-on laissa entrer au Temple, pour les ajuster, une
-ancienne femme d'atours de Madame Royale,
-M<sup>lle</sup> Pion. La vue de cette figure amie fit un peu de
-bien aux captives. «Leurs regards, a raconté
-M<sup>lle</sup> Pion, m'en disaient plus que n'auraient pu faire
-<span class="pagenum"><a name="Page_496" id="Page_496">[Pg 496]</a></span>
-leurs paroles, et Mgr le Dauphin, dont l'âge excusait
-les espiègleries, en profitait pour me faire,
-sous l'apparence d'un jeu, toutes les questions que
-pouvait désirer la famille royale
-<a name="FNanchor_1450_1450" id="FNanchor_1450_1450"></a>
-<a href="#Footnote_1450_1450" class="fnanchor">[1450]</a>.»</p>
-
-<p>Il semblait d'ailleurs que la surveillance se relâchât
-un peu. «Les gardes, dit Madame Royale,
-croyaient qu'on allait nous renvoyer
-<a name="FNanchor_1451_1451" id="FNanchor_1451_1451"></a>
-<a href="#Footnote_1451_1451" class="fnanchor">[1451]</a>.» Des municipaux
-compatissants pénétraient à la Tour. Toulan
-et Lepître, deux héros modestes, trouvaient le
-moyen, grâce à une ruse ingénieuse, d'être ensemble
-de service et souvent le dimanche. La première
-fois qu'ils revinrent après le 21 janvier, «nous trouvâmes,
-dit l'un d'eux, la famille royale plongée dans
-l'affliction la plus profonde. En nous apercevant, la
-Reine, sa sœur et les enfants fondirent en larmes;
-nous n'osions nous avancer. La Reine nous fit signe
-d'entrer dans sa chambre. «Vous ne m'avez pas
-trompée, nous dit-elle; ils ont laissé périr le meilleur
-des Rois
-<a name="FNanchor_1452_1452" id="FNanchor_1452_1452"></a>
-<a href="#Footnote_1452_1452" class="fnanchor">[1452]</a>.» Les deux municipaux purent
-remettre aux captives quelques journaux, et c'est
-ainsi que les malheureuses femmes apprirent les
-détails du régicide.</p>
-
-<p>Quelques jours après, le 7 février, Lepître apporta
-un chant qu'il avait composé sur la mort de Louis XVI,
-et que M<sup>me</sup> Cléry avait mis en musique. Lorsque,
-trois semaines plus tard, le 1<sup>er</sup> mars, il revint au
-Temple, la Reine le fit entrer dans la chambre de
-M<sup>me</sup> Élisabeth, où le Dauphin chanta la romance,
-que sa sœur accompagnait. «Nos larmes coulèrent,
-raconte Lepître, et nous gardâmes un morne silence.
-Mais qui pourrait peindre le spectacle que j'avais
-sous les yeux: la fille de Louis XVI à son clavecin,
-<span class="pagenum"><a name="Page_497" id="Page_497">[Pg 497]</a></span>
-sa mère assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses
-bras et, les yeux mouillés de pleurs, dirigeant avec
-peine le jeu et la voix de ses enfants; M<sup>me</sup> Élisabeth,
-debout à côté de sa sœur et mêlant ses soupirs aux
-tristes accents de son neveu
-<a name="FNanchor_1453_1453" id="FNanchor_1453_1453"></a>
-<a href="#Footnote_1453_1453" class="fnanchor">[1453]</a>.»</p>
-
-<p>Mais ce n'était pas seulement pour offrir à la famille
-royale ces platoniques consolations que Toulan
-et Lepître venaient au Temple; ils avaient conçu
-un projet plus décisif et plus audacieux. Dans Paris,
-perdus au milieu de la foule, on rencontrait encore
-des royalistes dévoués: d'anciens serviteurs de la
-Cour, d'anciens agents de la famille royale rôdaient
-autour du Temple, cherchant le moyen de s'y introduire
-et plus encore d'en faire sortir les prisonniers.
-C'était avant tout le baron de Batz, mal vu de l'émigration,
-suspect même à Fersen, nous ne savons
-pourquoi
-<a name="FNanchor_1454_1454" id="FNanchor_1454_1454"></a>
-<a href="#Footnote_1454_1454" class="fnanchor">[1454]</a>,
-mais fidèle autant que qui que ce soit,
-soldat intrépide, conspirateur fécond en ressources,
-«l'infâme Batz» comme l'appelait Barère, qui avait
-cherché à enlever Louis XVI, au 21 janvier, et qui,
-n'ayant pu réussir à sauver le Roi, risquait tout pour
-sauver sa famille. C'était aussi le chevalier de Jarjayes,
-maréchal de camp, mari d'une des femmes
-les plus dévouées de la Reine, ancien agent du Roi
-à l'étranger, et qui, depuis l'incarcération de ses
-maîtres, n'avait pas voulu quitter la capitale, afin d'étudier
-les moyens de leur être encore utile. Ce relâchement
-<span class="pagenum"><a name="Page_498" id="Page_498">[Pg 498]</a></span>
-momentané de surveillance, dont parle
-Madame Royale, leur avait peut-être suggéré la pensée
-qu'une évasion serait possible. Au commencement
-de mars, un plan fut arrêté entre Jarjayes,
-Toulan et Lepître. Le premier se chargeait de préparer
-la fuite au dehors, les deux autres de la rendre
-possible au dedans. Jarjayes fit faire pour la Reine
-et M<sup>me</sup> Élisabeth des habits d'hommes, que Toulan et
-Lepître introduisirent à la Tour. Revêtues de ces
-costumes, ceintes d'écharpes tricolores et munies de
-cartes semblables à celles des municipaux, les princesses
-seraient sorties sous ce travestissement. Il
-était plus difficile d'enlever les enfants, le jeune Roi
-surtout, plus particulièrement surveillé. Comment
-déjouer cette surveillance? On en trouva cependant
-le moyen. Chaque soir, l'homme chargé de nettoyer
-les réverbères venait les allumer; il était accompagné,
-pour cette besogne, de deux enfants, à peu près
-de la taille de Madame Royale et de Louis XVII, et
-sortait habituellement avant sept heures, heure à laquelle
-on relevait les sentinelles. Un royaliste dévoué,
-M. Ricard, inspecteur des domaines nationaux
-<a name="FNanchor_1455_1455" id="FNanchor_1455_1455"></a>
-<a href="#Footnote_1455_1455" class="fnanchor">[1455]</a>,
-aurait pris la place de cet homme, et, venant
-le soir, lorsque la garde aurait été relevée, il
-aurait, sa boîte de fer blanc à la main, pénétré jusqu'à
-l'appartement de la Reine. Là, il aurait reçu
-des mains de Toulan, qui l'aurait vivement et à haute
-voix gourmandé de n'être pas venu lui-même et d'avoir
-fait faire la besogne par ses enfants, les deux
-jeunes princes, accoutrés en petits lampistes, qui seraient
-ainsi allés retrouver leur mère, sortie avant
-<span class="pagenum"><a name="Page_499" id="Page_499">[Pg 499]</a></span>
-eux. A l'heure dite et au lieu convenu, trois cabriolets
-auraient été préparés à l'avance. La Reine et son
-fils seraient montés dans le premier avec M. de Jarjayes;
-Madame Royale, dans le second, avec Lepître;
-M<sup>me</sup> Elisabeth, dans le troisième, avec Toulan. Des
-passeports, bien en règle
-<a name="FNanchor_1456_1456" id="FNanchor_1456_1456"></a>
-<a href="#Footnote_1456_1456" class="fnanchor">[1456]</a>, ne laissaient pas d'inquiétude
-pour la route. Le plan avait été concerté de telle
-sorte qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des
-fugitifs que cinq ou six heures après leur départ.
-C'était assez d'avance pour qu'ils pussent gagner les
-côtes de Normandie, où un bateau attendait près du
-Havre et les transporterait en Angleterre
-<a name="FNanchor_1457_1457" id="FNanchor_1457_1457"></a>
-<a href="#Footnote_1457_1457" class="fnanchor">[1457]</a>.</p>
-
-<p>Tout était convenu et la Reine approuvait le projet
-qui devait être mis à exécution le 8 mars. Malheureusement,
-le 7, une assez vive agitation se
-manifesta dans Paris, causée à la fois par la rareté
-des subsistances et par les mauvaises nouvelles qui
-arrivaient des armées; les Français avaient dû évacuer
-Aix-la-Chapelle et lever le siège de Maëstricht;
-les Autrichiens étaient rentrés à Liège. Sous le coup
-de ces nouvelles, les sections réclamaient la clôture
-des barrières pour empêcher la sortie des suspects.
-Le Conseil se contenta de suspendre la délivrance
-des passeports pour l'étranger. Mais il n'eût pas été
-prudent, au milieu de cette agitation et de cette méfiance,
-de tenter une évasion toujours difficile, plus
-difficile encore à un moment où l'attention était plus
-particulièrement en éveil. Il fallut ajourner, puis
-abandonner le projet.</p>
-
-<p>Mais si la fuite de la famille royale était devenue
-<span class="pagenum"><a name="Page_500" id="Page_500">[Pg 500]</a></span>
-impossible, si celle du jeune Roi, entre autres, tout
-spécialement surveillé, se heurtait à des obstacles
-presque insurmontables, ne serait-il pas possible au
-moins de sauver la Reine, la plus exposée de tous
-aux haines populaires? Les deux intrépides alliés,
-Toulan et Jarjayes, étudièrent un nouveau plan.
-Dans ce plan, c'était encore Toulan, seul, cette fois,
-qui se chargeait de faire sortir Marie-Antoinette et
-de la mener dans un lieu déterminé, où elle eût retrouvé
-Jarjayes. Celui-ci, de son côté, s'était ménagé
-les moyens de la conduire en sûreté. Mais la Reine
-accepterait-elle cette combinaison? Consentirait-elle
-à fuir seule, laissant sa belle-sœur, ses enfants surtout,
-entre les mains de leurs bourreaux? Les prières
-de Toulan et de Jarjayes, les supplications de
-M<sup>me</sup> Élisabeth, la certitude que cette tante admirable
-serait une admirable seconde mère pour les orphelins,
-avaient fini par triompher des répugnances de
-Marie-Antoinette. Elle s'était résignée, non sans des
-retours terribles, et des velléités incessantes de refus,
-à se prêter au désir de ses sauveurs. Le jour
-de l'évasion approchait; on était à la veille, au soir;
-les enfants étaient couchés; mais Madame Royale ne
-dormait pas; la Reine et M<sup>me</sup> Élisabeth causaient ensemble,
-avec quelle angoisse, avec quelle souffrance
-de cette imminente séparation, on le devine. «Résolue
-au sacrifice qu'on lui demandait, raconte
-M. de Beauchesne, qui a recueilli, sur cette scène
-émouvante, les précieux souvenirs de la duchesse
-d'Angoulême, la Reine était assise auprès du lit de
-son fils: «Dieu veuille que cet enfant soit heureux!»
-dit-elle.—«Il le sera, ma sœur,» répondit M<sup>me</sup> Élisabeth
-en montrant à la Reine la figure naïve, ouverte,
-douce et fière du Dauphin.—«Toute jeunesse
-est courte comme toute joie,» murmura Marie-Antoinette,
-<span class="pagenum"><a name="Page_501" id="Page_501">[Pg 501]</a></span>
-avec un serrement de cœur indicible;
-«on en finit avec le bonheur, comme avec toute
-autre chose!» Puis, se levant, elle marcha quelque
-temps dans sa chambre en disant: «Et vous-même,
-ma bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je?
-C'est impossible! C'est impossible
-<a name="FNanchor_1458_1458" id="FNanchor_1458_1458"></a>
-<a href="#Footnote_1458_1458" class="fnanchor">[1458]</a>!»</p>
-
-<p>Et lorsque, le lendemain, Toulan vint, prêt au
-départ, et tout heureux à la pensée qu'il allait sauver
-la veuve de son Roi, la Reine s'avança vers lui:
-«Vous allez m'en vouloir, lui dit-elle, mais j'ai
-réfléchi. Il n'y a ici que danger; mieux vaut mort
-que remords.»</p>
-
-<p>Et elle le chargea pour Jarjayes du billet suivant,
-qui a été révélé pour la première fois par Chauveau-Lagarde:</p>
-
-<p>«Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. <i>Mais
-nous y avons beaucoup gagné</i>, en trouvant dans cette
-occasion une nouvelle preuve de votre entier dévouement
-pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes.
-Vous trouverez toujours en moi du caractère et du
-courage; mais l'intérêt de mon fils est le seul qui me
-guide. <i>Quelque bonheur que j'eusse éprouvé à être
-hors d'ici</i>, je ne peux consentir à me séparer de lui.
-Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, <i>et cette
-idée ne me laisse pas même un regret</i>
-<a name="FNanchor_1459_1459" id="FNanchor_1459_1459"></a>
-<a href="#Footnote_1459_1459" class="fnanchor">[1459]</a>.»</p>
-
-<p>«Je mourrai malheureuse, avait encore dit la Reine
-à Toulan, si je n'ai pu vous prouver ma gratitude.»—«Et
-moi, Madame, avait répondu Toulan, si je ne
-puis vous montrer mon dévouement.» Ce dévouement,
-le fidèle municipal ne tarda pas en à donner
-une nouvelle preuve. Il savait avec quelle ardeur la
-<span class="pagenum"><a name="Page_502" id="Page_502">[Pg 502]</a></span>
-Reine et les princesses désiraient posséder les derniers
-souvenirs du Roi, ces objets précieux que l'infortuné
-monarque avait remis à Cléry pour Marie-Antoinette
-et que la Commune n'avait pas permis à
-Cléry de porter à la royale destinataire. L'anneau, le
-cachet de Louis XVI, le petit paquet de cheveux,
-repris au fidèle serviteur à la sortie du Temple, le 1<sup>er</sup>
-mars
-<a name="FNanchor_1460_1460" id="FNanchor_1460_1460"></a>
-<a href="#Footnote_1460_1460" class="fnanchor">[1460]</a>,
-tout cela était placé sous les scellés et conservé
-dans l'appartement du condamné. Avec une rare
-habileté, Toulan trouva moyen de les enlever et
-d'apporter à la Reine ces chères reliques du martyr.
-La Reine les reçut en pleurant d'attendrissement
-et de joie; mais elle craignit que quelque dénonciation
-de Tison, que quelque perquisition minutieuse
-ne fît découvrir ces précieux gages de l'affection
-de son mari, et, pour les mettre en sûreté, elle se
-décida à les envoyer à l'étranger. Ce fut encore aux
-deux vaillants complices, Toulan et Jarjayes, qu'elle
-s'adressa: Toulan reçut les objets, et Jarjayes se chargea
-de les porter à Monsieur et au comte d'Artois,
-avec des lettres des royales prisonnières.</p>
-
-<p>«Ayant un être fidèle, sur lequel nous pouvons
-compter, écrivait la Reine à Monsieur, j'en profite
-pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne
-peut être confié qu'en ses mains. Le porteur vous dira
-par quel miracle nous avons pu avoir ces précieux
-gages; je me réserve de vous dire moi-même le nom
-de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
-avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de
-nos nouvelles et l'excès de nos malheurs nous font
-sentir encore plus vivement notre cruelle séparation;
-puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse, en
-<span class="pagenum"><a name="Page_503" id="Page_503">[Pg 503]</a></span>
-attendant, comme je vous aime, et vous savez que
-c'est de tout mon cœur
-<a name="FNanchor_1461_1461" id="FNanchor_1461_1461"></a>
-<a href="#Footnote_1461_1461" class="fnanchor">[1461]</a>.»</p>
-
-<p>Et elle écrivait au comte d'Artois:</p>
-
-<p>«Ayant trouvé enfin un moyen de confier à notre
-frère un des seuls gages qui nous restent de l'être
-que nous chérissons et pleurons tous, j'ai cru que
-vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui vienne
-de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre
-avec laquelle je vous embrasse de tout cœur
-<a name="FNanchor_1462_1462" id="FNanchor_1462_1462"></a>
-<a href="#Footnote_1462_1462" class="fnanchor">[1462]</a>.»</p>
-
-<p>La mission fut remplie. Jarjayes pourtant ne partit
-pas tout de suite: il espérait toujours. Mais lorsque
-Barnave fut arrêté, le général, qui plus d'une fois avait
-servi d'intermédiaire dans les relations des Constitutionnels
-avec la Cour, craignit d'être arrêté lui-même,
-et, redoutant avec l'éloquent député une confrontation
-qui aurait pu être compromettante pour tous deux
-et surtout pour la Reine, il se décida à se réfugier à
-Turin
-<a name="FNanchor_1463_1463" id="FNanchor_1463_1463"></a>
-<a href="#Footnote_1463_1463" class="fnanchor">[1463]</a>.
-C'est de là que, par l'entremise du roi de Sardaigne,
-il fit parvenir à Monsieur et au comte d'Artois
-les souvenirs de Louis XVI et les lettres de Marie-Antoinette.
-Mais, avant de partir, il avait reçu de la
-«grande et infortunée souveraine» le billet suivant:</p>
-
-<p>«Adieu, je crois que, si vous êtes bien décidé à
-partir, il vaut mieux que ce soit promptement. Mon
-Dieu que je plains votre pauvre femme! T. vous
-<span class="pagenum"><a name="Page_504" id="Page_504">[Pg 504]</a></span>
-dira l'engagement formel que je prends de vous la
-rendre, si cela m'est possible.</p>
-
-<p>«Que je serai heureuse, si nous pouvons être
-bientôt réunis! Jamais je ne pourrai assez reconnaître
-ce que vous avez fait pour nous.</p>
-
-<p>«Adieu! Ce mot est cruel
-<a name="FNanchor_1464_1464" id="FNanchor_1464_1464"></a>
-<a href="#Footnote_1464_1464" class="fnanchor">[1464]</a>.»</p>
-
-<p>Ainsi l'isolement se faisait chaque jour davantage;
-le cercle de fer se resserrait autour des prisonnières;
-elles conservaient pourtant encore,—ce billet le
-prouve,—l'espoir d'une délivrance possible et peut-être
-prochaine. Illusion trop tôt démentie. Le 27
-mars, Robespierre demandait le bannissement des
-Bourbons, à l'exception de Marie-Antoinette, qui
-devait être traduite devant le Tribunal révolutionnaire,
-et du fils de Capet, qui resterait détenu à la
-Tour du Temple. La Convention, pour cette fois,
-passa à l'ordre du jour; mais la Commune avait-elle
-eu vent des généreux desseins de Toulan et de Jarjayes?
-Sa méfiance devenait plus soupçonneuse; sa
-haine, plus persécutrice.</p>
-
-<p>Un jour, le 25 mars, le feu avait pris à la cheminée
-de la Reine. «Le soir, dit Madame Royale,
-Chaumette, procureur de la Commune, vint pour la
-première fois reconnaître ma mère et lui demander
-si elle ne désirait rien. Ma mère demanda seulement
-une porte de communication avec la chambre de
-ma tante; les deux terribles nuits que nous avions
-passées chez elle, nous avions couché, ma tante et
-moi, sur un des matelas par terre. Les municipaux
-s'opposèrent à cette demande; mais Chaumette dit
-<span class="pagenum"><a name="Page_505" id="Page_505">[Pg 505]</a></span>
-que, dans l'état de dépérissement où était ma mère,
-cela pourrait être nécessaire à sa santé et qu'il en
-parlerait au Conseil général. Le lendemain, il revint
-à dix heures du matin avec Pache, le maire, et cet
-affreux Santerre, commandant général de la garde
-nationale. Chaumette dit à ma mère qu'il avait parlé
-au Conseil général de sa demande pour la porte et
-qu'elle avait été refusée. Elle ne répondit rien. Pache
-lui demanda si elle n'avait point de plainte à porter.
-Ma mère dit non, et ne fit pas d'attention à ce qu'il
-disait
-<a name="FNanchor_1465_1465" id="FNanchor_1465_1465"></a>
-<a href="#Footnote_1465_1465" class="fnanchor">[1465]</a>.»</p>
-
-<p>Des précautions nouvelles étaient prises; on élevait
-un mur dans le jardin; on mettait des jalousies
-au haut de la Tour; on bouchait tous les trous avec
-soin
-<a name="FNanchor_1466_1466" id="FNanchor_1466_1466"></a>
-<a href="#Footnote_1466_1466" class="fnanchor">[1466]</a>.
-Le 1<sup>er</sup> août, la Commune décida «qu'aucune
-personne de garde au Temple n'y pourrait dessiner
-quoi que ce soit, que les commissaires de service ne
-devraient avoir aucune communication avec les
-personnes détenues ni se charger d'aucune commission
-pour elles, que Tison et sa femme ne pourraient
-sortir de la Tour ni communiquer avec qui
-que ce soit au dehors
-<a name="FNanchor_1467_1467" id="FNanchor_1467_1467"></a>
-<a href="#Footnote_1467_1467" class="fnanchor">[1467]</a>». Mais cette prohibition
-nouvelle, si dure pour les captives, l'était aussi pour
-les Tison: ils n'avaient plus le droit de voir personne,
-pas même leurs parents. Un jour qu'on leur
-avait refusé de laisser monter leur fille,—c'était le
-19 avril,—Tison entra dans une violente colère et,
-ne sachant sur qui faire retomber sa rage, il s'en
-prit naturellement aux prisonnières et à ceux qui
-semblaient leur témoigner quelque intérêt. Il déclara
-à Pache, qui se trouvait à la Tour, que certains municipaux
-parlaient bas à la Reine et à M<sup>me</sup> Élisabeth.
-<span class="pagenum"><a name="Page_506" id="Page_506">[Pg 506]</a></span>
-Sommé de donner leurs noms, il dénonça Toulan,
-Lepître, Brunot, Moëlle, Vincent et le médecin Brunier,
-et ajouta que les captives avaient des correspondances
-avec le dehors. Comme preuve, il raconta
-qu'un jour, après souper, la Reine, en tirant son
-mouchoir, avait laissé tomber un crayon et que
-chez M<sup>me</sup> Élisabeth il y avait des pains à cacheter, de
-la cire et des plumes dans une boîte. Sa femme,
-mandée, répéta la même chose; la dénonciation,
-signée des deux espions, fut envoyée à la Commune
-qui, après avoir fait apposer les scellés chez les municipaux
-suspects, décida qu'une perquisition minutieuse
-serait faite au Temple.</p>
-
-<p>Le 20, à dix heures trois quarts du soir
-<a name="FNanchor_1468_1468" id="FNanchor_1468_1468"></a>
-<a href="#Footnote_1468_1468" class="fnanchor">[1468]</a>, les
-princesses venaient de se coucher, lorsque Hébert
-arriva, escorté de plusieurs municipaux; à l'odieux
-de l'inquisition il avait voulu ajouter la terreur de
-la surprise, en pleine nuit. Les prisonnières se levèrent
-précipitamment. Hébert leur lut un arrêté de la
-Commune, qui ordonnait de les fouiller «à discrétion
-<a name="FNanchor_1469_1469" id="FNanchor_1469_1469"></a>
-<a href="#Footnote_1469_1469" class="fnanchor">[1469]</a>».
-On chercha dans tous les meubles, partout,
-même sous les matelas. Le jeune prince dormait;
-on l'arracha durement de son lit pour fouiller dedans:
-sa mère le prit dans ses bras, tout transi de
-froid. La visite dura cinq heures jusqu'à quatre heures
-du matin: on ne trouva rien, sauf, sur la Reine,
-un portefeuille de maroquin rouge qui contenait
-quelques adresses et un porte-crayon d'acier sans
-mine, et chez M<sup>me</sup> Elisabeth un bâton de cire rouge
-ayant déjà servi et un peu de poudre de buis. A Marie-Thérèse
-on enleva un sacré-cœur et une prière
-<span class="pagenum"><a name="Page_507" id="Page_507">[Pg 507]</a></span>
-pour la France. Furieux de n'avoir saisi que ces
-bagatelles, Hébert et ses acolytes forcèrent la Reine
-et M<sup>me</sup> Élisabeth à signer le procès-verbal de perquisition,
-les menaçant, en cas de refus, de leur
-enlever Louis XVII et Marie-Thérèse
-<a name="FNanchor_1470_1470" id="FNanchor_1470_1470"></a>
-<a href="#Footnote_1470_1470" class="fnanchor">[1470]</a>. Trois jours
-après, ils revinrent, et cette fois ils découvrirent,
-sous le lit de M<sup>me</sup> Élisabeth, un chapeau d'homme,
-renfermé dans une cassette; c'était un chapeau
-que Louis XVI avait porté au commencement de sa
-captivité au Temple et que sa sœur lui avait demandé,
-afin de le conserver en souvenir de lui
-<a name="FNanchor_1471_1471" id="FNanchor_1471_1471"></a>
-<a href="#Footnote_1471_1471" class="fnanchor">[1471]</a>. Une pareille
-relique était suspecte; les commissaires emportèrent
-le chapeau, malgré les supplications de
-M<sup>me</sup> Élisabeth; mais ils durent avouer dans le procès-verbal
-qu'ils n'avaient trouvé «aucun vestige de
-correspondance avec le dehors, ni de connivence
-entre elles,—les prisonnières,—et les six membres
-du Conseil, inculpés dans le rapport de Tison
-<a name="FNanchor_1472_1472" id="FNanchor_1472_1472"></a>
-<a href="#Footnote_1472_1472" class="fnanchor">[1472]</a>».
-Les six municipaux n'en furent pas moins suspendus
-de leurs fonctions, et les deux plus compromis,
-Toulan et Lepître, rayés de la liste des commissaires
-chargés de la surveillance du Temple.</p>
-
-<p>Cependant, à l'étranger, les amis de la famille
-royale ne restaient pas inactifs; Fersen redoublait
-ses démarches près de toutes les Cours.</p>
-
-<p>Mais comment amener un accord, quand les Cours,
-quand les fidèles même de la monarchie étaient
-divisés? Catherine II n'aimait pas Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_1473_1473" id="FNanchor_1473_1473"></a>
-<a href="#Footnote_1473_1473" class="fnanchor">[1473]</a>;
-l'Autriche se méfiait de la Prusse
-<a name="FNanchor_1474_1474" id="FNanchor_1474_1474"></a>
-<a href="#Footnote_1474_1474" class="fnanchor">[1474]</a>; la Russie était
-<span class="pagenum"><a name="Page_508" id="Page_508">[Pg 508]</a></span>
-mécontente de l'Autriche
-<a name="FNanchor_1475_1475" id="FNanchor_1475_1475"></a>
-<a href="#Footnote_1475_1475" class="fnanchor">[1475]</a>; Fersen lui-même était
-rempli de préventions contre la Marck et Mercy
-<a name="FNanchor_1476_1476" id="FNanchor_1476_1476"></a>
-<a href="#Footnote_1476_1476" class="fnanchor">[1476]</a>. Il
-ne se décourageait pas cependant. Dès le mois de
-septembre 1792, il avait voulu faire agir l'Angleterre,
-qui, n'étant pas alors en guerre avec la France, aurait
-peut-être été écoutée à Paris; mais Pitt était resté
-froid et s'était borné à des protestations d'intérêt platonique.
-L'Espagne seule avait fait faire des observations
-par l'organe de son ambassadeur. L'assassinat
-du 21 janvier avait été la réponse de la
-Convention aux déclarations de l'Angleterre et de
-l'Espagne. Après la mort de Louis XVI, l'Autriche
-avait songé à réclamer la Reine. «Faute de n'avoir
-pas cru possible l'assassinat du Roi de France, écrivait
-Mercy à la Marck devenu prince d'Arenberg,
-peut-être n'a-t-on pas fait tout ce qui était faisable
-pour prévenir cette horreur. Tâchons du moins qu'il
-n'en soit pas de même à l'égard de cette infortunée
-Reine, qui doit devenir maintenant le constant objet
-de notre sollicitude
-<a name="FNanchor_1477_1477" id="FNanchor_1477_1477"></a>
-<a href="#Footnote_1477_1477" class="fnanchor">[1477]</a>.» Mais on ne tarda pas à
-renoncer à ces démarches, dans la crainte qu'elles
-fussent tout au moins inutiles, et peut-être nuisibles.
-«L'intérêt que l'Empereur manifestera pour sa tante,
-disait Fersen, ne sera-t-il pas une raison pour les
-factieux et un moyen dont ils se serviront pour la
-perdre, en réveillant les haines contre les Autrichiens
-et montrant la Reine comme étrangère et complice
-des crimes qu'ils ont imputés au Roi
-<a name="FNanchor_1478_1478" id="FNanchor_1478_1478"></a>
-<a href="#Footnote_1478_1478" class="fnanchor">[1478]</a>?» Ne valait-il
-pas mieux, à force d'argent et de promesses, gagner
-<span class="pagenum"><a name="Page_509" id="Page_509">[Pg 509]</a></span>
-quelques meneurs influents, comme Laclos, Santerre,
-Dumouriez
-<a name="FNanchor_1479_1479" id="FNanchor_1479_1479"></a>
-<a href="#Footnote_1479_1479" class="fnanchor">[1479]</a>? Dumouriez surtout, alors à la tête
-d'une armée victorieuse, et qui, ancien serviteur de
-la monarchie, pouvait avoir la pensée de la restaurer
-avec Louis XVII. Quelque temps après, en effet,
-comme pour donner raison aux prévisions du dévoué
-Suédois, les Constitutionnels,—c'est le mot dont il
-se sert,—proposaient au baron de Breteuil d'obtenir
-un décret de bannissement pour la Reine et ses enfants;
-ils exigeaient pour cela six millions, payables
-lorsque les prisonniers eussent été en sûreté sur
-la terre étrangère; le baron demanda les six millions
-à Pitt, qui fit des objections, et l'affaire n'eut
-pas de suite
-<a name="FNanchor_1480_1480" id="FNanchor_1480_1480"></a>
-<a href="#Footnote_1480_1480" class="fnanchor">[1480]</a>. Mais un peu plus tard, un homme de
-confiance de Dumouriez vint à son tour s'aboucher
-avec M. de Breteuil
-<a name="FNanchor_1481_1481" id="FNanchor_1481_1481"></a>
-<a href="#Footnote_1481_1481" class="fnanchor">[1481]</a>: le général était las du despotisme
-de la Convention, indigné de la mort du Roi
-et des atrocités qui se commettaient à Paris. Le
-baron s'adressa de nouveau à l'Angleterre, qui, cette
-fois encore, traîna en longueur. Mais, avec ou sans
-les émigrés, Dumouriez poursuivait son plan. Le
-12 mars, il avait avec les commissaires de la Convention
-une vive altercation. Le 25, il recevait à
-son quartier général le colonel autrichien Mack,
-envoyé du prince de Cobourg, et, après avoir exhalé
-devant lui tous ses griefs contre le gouvernement
-révolutionnaire, il s'écriait: «Il nous est impossible
-de rester plus longtemps spectateurs tranquilles de
-tant d'horreurs. Je veux disperser cette criminelle
-Convention, rétablir la royauté constitutionnelle,
-proclamer le Dauphin roi de France, sauver les jours
-de la Reine.» Quelques jours après, l'accord était
-<span class="pagenum"><a name="Page_510" id="Page_510">[Pg 510]</a></span>
-fait entre le prince allemand et le général français.
-Cobourg s'engageait à ne pas inquiéter Dumouriez,
-et celui-ci, à la tête de son armée, devait marcher
-sur Paris, dissoudre la Convention et restaurer la
-monarchie.</p>
-
-<p>«Un exprès, envoyé par le vicomte de Caraman
-au baron de Breteuil, écrivait Fersen tout joyeux
-sur son <i>Journal</i>, a apporté l'arrangement fait par
-Dumouriez avec le prince de Cobourg. J'en envoyai
-une estafette en porter la nouvelle en Suède. La joie
-fut très vive. J'en eus d'autant plus que je ne craignais
-plus rien pour la Reine
-<a name="FNanchor_1482_1482" id="FNanchor_1482_1482"></a>
-<a href="#Footnote_1482_1482" class="fnanchor">[1482]</a>.»</p>
-
-<p>Mais déjà les intrigues renaissaient. En cas de
-rétablissement de la monarchie, qui aurait la régence?
-L'entourage de Monsieur la demandait pour lui
-<a name="FNanchor_1483_1483" id="FNanchor_1483_1483"></a>
-<a href="#Footnote_1483_1483" class="fnanchor">[1483]</a>;
-les amis de la Reine, s'appuyant sur les précédents,
-la revendiquaient pour elle, et il n'était pas bien sûr
-que Dumouriez vainqueur ne réclamât un titre auquel
-la grandeur du service rendu semblerait lui donner
-quelque droit. Pour prévenir ces conflits et régler
-l'attitude à prendre, Fersen voulait envoyer d'une
-part à Vienne et à Hamm le marquis de Limon, afin
-de décider Monsieur à renoncer à ses prétentions;
-d'autre part, à Paris, l'évêque de Pamiers, M<sup>gr</sup> d'Agout,
-afin de «voir la Reine au moment de sa délivrance,
-pour l'instruire de sa position et lui donner des conseils
-sur ce qu'elle aurait à faire
-<a name="FNanchor_1484_1484" id="FNanchor_1484_1484"></a>
-<a href="#Footnote_1484_1484" class="fnanchor">[1484]</a>.» Et lui-même
-rédigeait une longue lettre à Marie-Antoinette pour
-<span class="pagenum"><a name="Page_511" id="Page_511">[Pg 511]</a></span>
-lui expliquer toute sa politique. Il fallait se servir de
-Dumouriez, sans se livrer à lui; car c'était un «gueux
-qui dans le fait n'a cédé qu'à la nécessité et n'a voulu
-se bien conduire que lorsqu'il voyait l'impossibilité
-de résister plus longtemps
-<a name="FNanchor_1485_1485" id="FNanchor_1485_1485"></a>
-<a href="#Footnote_1485_1485" class="fnanchor">[1485]</a>». C'était néanmoins un
-auxiliaire utile pour le rétablissement de la monarchie
-en son entier, telle que la Reine la voulait et
-que les circonstances le permettaient. Car il saurait
-d'une part neutraliser l'influence des émigrés; de
-l'autre résister aux Puissances, comme l'Angleterre
-et l'Autriche, qui avaient intérêt à «donner à la
-France un gouvernement qui la tienne dans un état
-de faiblesse». On formerait un Conseil de régence
-où l'on aurait soin de contrebalancer les influences
-diverses, les Princes par Dumouriez, Monsieur par le
-baron de Breteuil. «Il faudra écrire à l'Empereur,
-aux rois de Prusse et d'Angleterre. Ils ont été parfaits
-pour vous, surtout le roi de Prusse. Il faudrait
-aussi écrire à l'Impératrice, mais une lettre simple
-et digne; car je ne suis pas content de sa conduite;
-elle n'a jamais répondu à votre lettre.» En tout cas,
-«jusqu'au moment où vous serez reconnue régente
-et où vous aurez formé votre Conseil, il faut faire
-le moins possible et payer tout le monde en politesses
-<a name="FNanchor_1486_1486" id="FNanchor_1486_1486"></a>
-<a href="#Footnote_1486_1486" class="fnanchor">[1486]</a>.»</p>
-
-<p>Ainsi l'on réglait tout, on partageait les places, on
-distribuait les honneurs, comme si l'entreprise, qui
-n'était pas encore commencée, avait déjà abouti. Le
-cœur se serre en lisant dans tous ses détails ce plan
-d'une restauration qui ne devait pas se faire et en
-songeant que celle sur la tête de laquelle l'ardente
-imagination de Fersen voyait déjà rétablie la couronne
-<span class="pagenum"><a name="Page_512" id="Page_512">[Pg 512]</a></span>
-de France, ne devait plus avoir d'autre couronne
-que celle du martyre. Mais à ce moment, qui
-doutait du succès? Quand les généraux de la République
-abandonnaient la République, comment ne pas
-croire au rétablissement de la monarchie? L'illusion
-fut de courte durée; le jour même où Fersen traçait
-à la Reine ce plan de conduite, il apprenait la ruine
-complète de ses rêves: depuis quatre jours déjà,
-Dumouriez était en fuite; abandonné par son armée,
-fusillé par les volontaires, il avait dû se réfugier
-à Mons avec tout son état-major
-<a name="FNanchor_1487_1487" id="FNanchor_1487_1487"></a>
-<a href="#Footnote_1487_1487" class="fnanchor">[1487]</a>.</p>
-
-<p>Un dernier espoir restait: l'échange des prisonniers
-du Temple contre les commissaires de la Convention,
-livrés par Dumouriez et détenus à Maëstricht.
-Des négociations furent entamées; elles
-échouèrent
-<a name="FNanchor_1488_1488" id="FNanchor_1488_1488"></a>
-<a href="#Footnote_1488_1488" class="fnanchor">[1488]</a>,
-et cette chance suprême s'évanouit.</p>
-
-<p>Au lieu de la délivrance ce fut la maladie qui entra
-à la Tour. Tant de souffrances morales et physiques
-avaient altéré la santé des prisonniers. Madame Royale
-était venue coucher dans la chambre de sa mère,
-dans la crainte que la Reine ou le Dauphin ne se
-trouvassent mal la nuit et ne restassent ainsi sans
-secours
-<a name="FNanchor_1489_1489" id="FNanchor_1489_1489"></a>
-<a href="#Footnote_1489_1489" class="fnanchor">[1489]</a>.
-La santé du jeune prince déclinait aussi:
-pauvre enfant qui, habitué à la vie active, ne prenait
-presque plus d'exercice et qui, à huit ans, à
-l'âge où l'on a besoin de bonheur et d'expansion,
-vivait «toujours au milieu des larmes et des
-secousses, des saisissements et des terreurs continuelles
-<a name="FNanchor_1490_1490" id="FNanchor_1490_1490"></a>
-<a href="#Footnote_1490_1490" class="fnanchor">[1490]</a>».</p>
-
-<p>Après le 21 janvier, la Reine avait refusé de descendre
-au jardin: elle ne pouvait se résoudre à passer
-<span class="pagenum"><a name="Page_513" id="Page_513">[Pg 513]</a></span>
-devant la chambre vide de son époux. Mais, craignant
-que le défaut d'air ne fît du mal à ses enfants,
-elle avait demandé, à la fin de février, l'autorisation
-de monter avec eux sur la plate-forme de la Tour;
-humaine ce jour-là, par hasard, la Commune l'avait
-permis
-<a name="FNanchor_1491_1491" id="FNanchor_1491_1491"></a>
-<a href="#Footnote_1491_1491" class="fnanchor">[1491]</a>.
-C'était l'air du moins et un peu de liberté,
-lorsque M<sup>me</sup> Élisabeth réussissait à entraîner les surveillants
-derrière le toit de la Tour, afin de laisser la
-Reine hors de la vue, ou qu'on avait affaire à
-quelque municipal compatissant, comme Moëlle
-<a name="FNanchor_1492_1492" id="FNanchor_1492_1492"></a>
-<a href="#Footnote_1492_1492" class="fnanchor">[1492]</a>.
-Mais qu'était-ce que cette promenade circonscrite à
-un espace de quelques pieds carrés, car la flèche
-aiguë qui surmontait la Tour occupait le milieu de
-la plate-forme
-<a name="FNanchor_1493_1493" id="FNanchor_1493_1493"></a>
-<a href="#Footnote_1493_1493" class="fnanchor">[1493]</a>,
-et il fallait se réduire à faire le tour
-du parapet. Plus de jeux, plus d'exercices, plus de
-courses, comme dans le jardin. Sans doute, la vue
-était belle; l'air était vif; mais le vent aussi était
-violent à cette hauteur et l'ombre des murs souvent
-perfide.</p>
-
-<p>Un jour, au commencement de mai, au retour de
-cette triste promenade, le jeune Roi se plaignit d'un
-point de côté; le 9, à sept heures du soir, il fut pris
-d'une fièvre violente, accompagnée de mal de tête.
-Il ne pouvait rester couché, parce qu'il étouffait. La
-Reine, inquiète, demanda qu'on fît venir le médecin
-habituel de ses enfants, Brunier. Le Conseil ne fit
-que rire des alarmes de la pauvre mère; les municipaux
-dirent qu'elle s'inquiétait pour rien
-<a name="FNanchor_1494_1494" id="FNanchor_1494_1494"></a>
-<a href="#Footnote_1494_1494" class="fnanchor">[1494]</a>. Hébert
-avait vu à cinq heures l'enfant sans fièvre, et d'ailleurs
-Brunier était suspect: il s'était découvert respectueusement
-devant ses anciens maîtres et avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_514" id="Page_514">[Pg 514]</a></span>
-été dénoncé par Tison avec Toulan et Lepître. La
-fièvre redoubla. Pour ne pas rester dans cet air malsain,
-Madame Royale quitta la chambre de sa mère et
-M<sup>me</sup> Élisabeth vint la nuit y prendre sa place. La
-maladie ne cédait pas aux soins maternels: la Reine
-redemanda un médecin. Cette fois, la Commune se
-détermina à en accorder un; mais ce ne fut pas
-Brunier, ce fut Thierry, médecin ordinaire des prisons,
-«attendu que ce serait blesser l'égalité de lui
-en envoyer un autre.» Thierry vint le matin et trouva
-un peu de fièvre à l'enfant; il revint dans la journée
-et constata que la fièvre était plus forte. Heureusement
-c'était un brave cœur, estimé comme homme
-et comme praticien. Il soigna le jeune malade avec
-dévouement et eut l'attention et le courage d'aller
-conférer du traitement à suivre avec Brunier qui,
-connaissant de longue date le tempérament du
-prince, pouvait mieux indiquer le remède. Le remède
-en effet,—c'était une médecine,—fit du bien; mais
-la Reine ne dormit pas de la nuit, parce que la dernière
-fois que son fils avait été purgé, il avait eu des
-convulsions affreuses. Le mal céda cependant; mais
-la fièvre et le point de côté revinrent de temps en
-temps. La santé du malheureux enfant commençait
-à s'altérer; elle ne se remit jamais complètement
-<a name="FNanchor_1495_1495" id="FNanchor_1495_1495"></a>
-<a href="#Footnote_1495_1495" class="fnanchor">[1495]</a>.
-Pendant les mois de mai, de juin et de juillet, on
-trouve, sur les mémoires du citoyen Robert, apothicaire,
-de nombreux médicaments fournis pour lui
-<a name="FNanchor_1496_1496" id="FNanchor_1496_1496"></a>
-<a href="#Footnote_1496_1496" class="fnanchor">[1496]</a>.
-Le il juin, on s'aperçut même que le jeune prince
-<span class="pagenum"><a name="Page_515" id="Page_515">[Pg 515]</a></span>
-s'était blessé en jouant sur un bâton
-<a name="FNanchor_1497_1497" id="FNanchor_1497_1497"></a>
-<a href="#Footnote_1497_1497" class="fnanchor">[1497]</a>, et le bandagiste
-de la prison dut venir le visiter
-<a name="FNanchor_1498_1498" id="FNanchor_1498_1498"></a>
-<a href="#Footnote_1498_1498" class="fnanchor">[1498]</a>. Pour le distraire,
-pendant qu'il était au lit, la Reine lui lisait
-<i>Gil-Blas</i>.</p>
-
-<p>Le contrecoup des agitations de Paris se faisait
-toujours sentir au Temple. Le 31 mai, on défendit
-aux prisonniers de monter à la Tour pour prendre
-l'air. Quelques jours après, à six heures du soir,
-Chaumette vint avec Hébert; tous deux étaient
-ivres. Chaumette demanda à la Reine si elle avait
-des désirs à exprimer ou des plaintes à formuler;
-la Reine répondit négativement et ne fit plus attention
-à ses sinistres visiteurs; mais leur présence prolongée
-lui était odieuse. M<sup>me</sup> Élisabeth, pour délivrer
-sa belle-sœur de ce supplice, demanda à Chaumette
-pourquoi il était venu et pourquoi il restait. «C'est,»
-répondit le Procureur de la commune, «que je fais la
-visite des prisons, et toutes les prisons étant égales,
-je suis venu au Temple comme ailleurs.» La
-nuit suivante, Louis XVII se trouva mal; ces accidents
-arrivaient fréquemment au pauvre enfant, privé
-d'air et d'exercice; Thierry vint le voir et, pour
-cette fois, l'indisposition n'eut pas de suite
-<a name="FNanchor_1499_1499" id="FNanchor_1499_1499"></a>
-<a href="#Footnote_1499_1499" class="fnanchor">[1499]</a>.</p>
-
-<p>Autour du Temple cependant les amis de la Reine
-veillaient encore. Grâce à la connivence de municipaux
-compatissants, quelques-uns réussissaient à
-s'introduire dans la prison, comme ce La Caze, dont
-parle Fersen, qui trouva Marie-Antoinette peu changée,
-mais M<sup>me</sup> Élisabeth tellement méconnaissable
-qu'il ne la reconnut que lorsque la Reine l'appela
-<span class="pagenum"><a name="Page_516" id="Page_516">[Pg 516]</a></span>
-<i>ma sœur</i>
-<a name="FNanchor_1500_1500" id="FNanchor_1500_1500"></a>
-<a href="#Footnote_1500_1500" class="fnanchor">[1500]</a>. Une autre fois, c'était une Anglaise,
-M<sup>me</sup> Atkyns, qui pénétrait près de la Reine et lui
-offrait de changer de vêtements avec elle pour faciliter
-son évasion. Mais il fallait partir seule; cette
-fois encore Marie-Antoinette refusa
-<a name="FNanchor_1501_1501" id="FNanchor_1501_1501"></a>
-<a href="#Footnote_1501_1501" class="fnanchor">[1501]</a>. C'était surtout
-l'intrépide et infatigable baron de Batz, toujours aux
-aguets pour saisir une occasion favorable, toujours
-prêt à jouer sa tête pour sauver les débris de la famille
-royale. Ancien membre de la Constituante,
-possesseur d'une grande fortune, qu'il avait généreusement
-mise à la disposition du Roi
-<a name="FNanchor_1502_1502" id="FNanchor_1502_1502"></a>
-<a href="#Footnote_1502_1502" class="fnanchor">[1502]</a>, Batz avait
-trouvé moyen d'acheter ou de gagner plusieurs
-membres de la Convention et plusieurs municipaux;
-caché dans Paris, tantôt dans une maison, tantôt
-dans une autre, il déroutait la police et seul jetait la
-terreur chez ceux qui terrorisaient la France. Sa
-principale retraite était rue Richelieu, chez un épicier
-nommé Cortey, royaliste caché, qui, par ses
-relations avec Chrétien, juré du Tribunal révolutionnaire
-et principal agent du Comité de la section—Lepelletier,
-avait réussi à se faire inscrire parmi les
-commandants chargés de la garde de la Tour. Grâce
-à lui, Batz, sous le nom de Forget, fut compris parmi
-les hommes de service au Temple et put ainsi
-étudier les lieux pour l'entreprise qu'il méditait.
-Quand il eut tout examiné, il s'ouvrit à un municipal,
-jadis révolutionnaire ardent, mais qui, converti,
-lui aussi, par le spectacle des vertus des prisonniers,
-<span class="pagenum"><a name="Page_517" id="Page_517">[Pg 517]</a></span>
-dissimulait, sous les apparences d'un civisme
-bruyant, un dévouement à toute épreuve pour la
-famille royale, dévouement qu'il devait payer de sa
-vie. Homme de tête et de sang-froid, Michonis était
-bien le complice qui convenait à Batz; il se chargea
-de tout organiser à l'intérieur. En même temps, le
-baron s'assura, dans sa section, de la coopération
-active d'une trentaine de fidèles, dont il connaissait
-le courage et la discrétion
-<a name="FNanchor_1503_1503" id="FNanchor_1503_1503"></a>
-<a href="#Footnote_1503_1503" class="fnanchor">[1503]</a>. Mais, pour réussir, il
-fallait que Michonis et Cortey fussent de service ensemble.</p>
-
-<p>Le jour désiré arriva enfin
-<a name="FNanchor_1504_1504" id="FNanchor_1504_1504"></a>
-<a href="#Footnote_1504_1504" class="fnanchor">[1504]</a>. Cortey entre au Temple
-avec son détachement dans lequel Batz figure
-sous son nom d'emprunt; il distribue le service de
-manière à mettre ses trente hommes dévoués aux
-postes de la Tour et de l'escalier ou dans des patrouilles
-entre minuit et deux heures du matin. A la
-même heure, Michonis sera de garde dans l'appartement
-des princesses, tandis que ses collègues resteront
-dans la chambre du Conseil.</p>
-
-<p>C'est lui qui ouvrira la porte aux prisonniers; il
-les revêtira d'amples redingotes d'uniforme, dont
-quelques-uns des hommes de Cortey ont pris la précaution
-de se munir. Les princesses, sous ce déguisement
-et l'arme au bras, seront placées dans
-une patrouille au milieu de laquelle on cachera le
-jeune Roi. La patrouille sera conduite par Cortey,
-<span class="pagenum"><a name="Page_518" id="Page_518">[Pg 518]</a></span>
-qui, seul, en sa qualité de commandant général, a
-le pouvoir de faire ouvrir les grandes portes pendant
-la nuit. Au dehors, dans la rue Charlot
-<a name="FNanchor_1505_1505" id="FNanchor_1505_1505"></a>
-<a href="#Footnote_1505_1505" class="fnanchor">[1505]</a>, tout est
-préparé pour une fuite rapide; les mesures ont été
-bien prises: «elles sont, dit Sénar qui les a connues,
-aussi hardies que bien menées.»</p>
-
-<p>L'heure approche; il est onze heures. Tout à coup
-Simon arrive essoufflé; un gendarme lui a remis ce
-billet: «Michonis vous trahira cette nuit; veillez.»
-En lisant cette dénonciation, Simon a bondi; il a
-prévenu ses collègues qui l'ont chargé de veiller.
-«Si je ne te voyais pas ici, dit-il à Cortey, je ne serais
-pas tranquille.» A ces mots, prononcés d'une
-voix brusque, à l'attitude de Simon, Batz reconnaît
-qu'il est trahi; un moment il songe à casser d'un
-coup de pistolet la tête de l'espion; mais il réfléchit
-que le bruit de la détonation causera un mouvement
-général qui compromettra ceux qu'il veut sauver.
-Simon monte à la Tour et enjoint à Michonis de cesser
-ses fonctions et de le suivre. Michonis obéit avec
-un imperturbable sang-froid; en sortant, il glisse un
-mot à Cortey; mais déjà celui-ci a pris son parti;
-sous prétexte de quelque bruit entendu au dehors,
-il fait sortir une patrouille dans laquelle il a placé le
-baron de Batz. L'entreprise a échoué; mais les conspirateurs
-sont sauvés. Michonis, conduit à la Commune,
-y subit un interrogatoire sévère; mais il répond
-avec une telle présence d'esprit qu'il déconcerte
-ses juges, et Simon est traité de visionnaire et de
-calomniateur
-<a name="FNanchor_1506_1506" id="FNanchor_1506_1506"></a>
-<a href="#Footnote_1506_1506" class="fnanchor">[1506]</a>.</p>
-
-<p>Cependant le remords, lui aussi, faisait son apparition
-<span class="pagenum"><a name="Page_519" id="Page_519">[Pg 519]</a></span>
-à la Tour. Depuis quelque temps déjà, la
-femme Tison donnait des marques de dérangement
-d'esprit; elle ne voulait plus sortir; elle riait, criait,
-pleurait toute seule; elle parlait de ses fautes, de
-ses dénonciations, de prison, d'échafaud, de la famille
-royale, se reconnaissant indigne de l'approcher. La
-nuit, elle faisait des rêves affreux, poussait des hurlements
-horribles, qui troublaient le sommeil des
-captifs. On fit venir sa fille un soir, à dix heures,
-pour la calmer; l'heure tardive l'effraya encore
-davantage; elle ne voulait pas descendre; elle criait:
-«On va nous mettre en prison;» elle se roulait
-dans l'escalier
-<a name="FNanchor_1507_1507" id="FNanchor_1507_1507"></a>
-<a href="#Footnote_1507_1507" class="fnanchor">[1507]</a>.
-Elle aperçut la Reine et se précipita
-à ses pieds: «Madame, dit-elle, je demande
-pardon à Votre Majesté; je suis une malheureuse;
-je suis la cause de votre mort et de celle de
-M<sup>me</sup> Élisabeth.» Turgy entra; elle courut à lui,
-se jeta à ses genoux, en répétant sans cesse: «Je
-suis une malheureuse; je suis cause de la mort de
-la Reine et de M<sup>me</sup> Élisabeth
-<a name="FNanchor_1508_1508" id="FNanchor_1508_1508"></a>
-<a href="#Footnote_1508_1508" class="fnanchor">[1508]</a>.» Les princesses la
-relevèrent, cherchèrent à la calmer, la soignèrent
-avec une pitié, une charité que n'autorisait guère la
-conduite de cette femme. Elles l'assurèrent qu'elles
-lui pardonnaient. Mais rien ne pouvait apaiser cette
-folie, fille du remords; la malheureuse se tordait
-toujours dans les cris et dans les convulsions. Il
-fallut appeler huit hommes pour la contenir; le 29
-juin
-<a name="FNanchor_1509_1509" id="FNanchor_1509_1509"></a>
-<a href="#Footnote_1509_1509" class="fnanchor">[1509]</a>,
-on la transporta dans le château; huit jours
-après, le 6 juillet, on dut la transférer à l'Hôtel-Dieu,
-où l'on mit près d'elle une femme, chargée de
-l'espionner à son tour
-<a name="FNanchor_1510_1510" id="FNanchor_1510_1510"></a>
-<a href="#Footnote_1510_1510" class="fnanchor">[1510]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_520" id="Page_520">[Pg 520]</a></span></p>
-
-<p>Et la Reine, opiniâtre dans sa miséricorde, écrivait
-à Toulan, dans un de ces billets que le fidèle
-Turgy parvenait à soustraire aux recherches des
-municipaux: «La femme Tison est-elle bien soignée
-<a name="FNanchor_1511_1511" id="FNanchor_1511_1511"></a>
-<a href="#Footnote_1511_1511" class="fnanchor">[1511]</a>?»</p>
-
-<p>La méchanceté de Tison ne tint pas contre cet
-admirable pardon des injures. Pris de remords, lui
-aussi, il s'efforça de faire oublier sa conduite passée
-en se dévouant, comme Turgy, au service de celles
-qu'il avait espionnées si longtemps
-<a name="FNanchor_1512_1512" id="FNanchor_1512_1512"></a>
-<a href="#Footnote_1512_1512" class="fnanchor">[1512]</a>.</p>
-
-<p>Mais la Convention et la Commune n'avaient point
-de ces repentirs; elles étaient impitoyables dans leur
-haine; elles persécutaient, parce qu'elles avaient
-peur. L'image de la royauté, qu'elles avaient cru
-détruire le 21 janvier, les poursuivait, comme un
-menaçant fantôme. Louis XVI était mort, mais
-Louis XVII vivait. Le nom de l'enfant roi revenait
-sans cesse dans les espérances de ses partisans,
-dans les préoccupations des bourreaux de son père.
-Le 30 juin, des membres de la section du Pont-Neuf
-se rendirent au Comité de Salut public et annoncèrent
-qu'un complot s'était formé, sous la conduite du
-général Dillon, pour renverser la Convention, enlever
-Louis XVII et le proclamer Roi, sous la régence
-de Marie-Antoinette. Le lendemain, 1<sup>er</sup> juillet, le
-Comité de Salut public répondit à cette dénonciation
-en arrêtant que le jeune Louis Capet serait séparé
-de sa mère, placé dans un appartement à part, «le
-mieux défendu de tout le local du Temple,» et remis
-à un instituteur du choix de la Commune. La Convention
-s'empressa de sanctionner la résolution de
-son Comité; dès le 3 juillet, l'arrêté fut mis à exécution.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_521" id="Page_521">[Pg 521]</a></span></p>
-
-<p>A neuf heures et demie du soir, six municipaux se
-rendirent au Temple pour ravir l'enfant royal. Le
-jeune prince dormait; un châle, tendu autour de son
-lit, à défaut de rideaux, l'abritait contre l'air et la lumière.
-Assises près de sa couche, la Reine et M<sup>me</sup> Elisabeth
-réparaient, de leurs mains, ses vêtements
-troués; Madame Royale faisait la lecture à haute voix
-dans une <i>Semaine sainte</i>, que Turgy avait trouvé
-moyen de faire parvenir à M<sup>me</sup> Elisabeth au mois de
-mars. La religion présidait ainsi à ces tristes veilles;
-sa voix austère sanctifiait ces travaux et affermissait
-ces cœurs si tendres contre les sacrifices déjà consommés
-et ceux qui les attendaient encore.</p>
-
-<p>Tout à coup, la porte s'ouvre; les municipaux
-entrent. «Nous venons, dit l'un d'eux, vous notifier
-l'ordre du Comité portant que le fils de Capet sera
-séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine se
-lève, pâle et frémissante. «M'enlever mon enfant!»
-s'écrie-elle, «cela n'est pas possible! On ne peut pas
-songer à me séparer de mon fils. Mes soins lui sont
-nécessaires.»—«Le Comité a pris cet arrêté,»
-riposte le municipal; «la Convention l'a ratifié;
-nous devons en assurer l'exécution immédiate.»—«Non,
-reprend la malheureuse mère, n'exigez pas de
-moi cette séparation.» Et les mains jointes, les
-yeux humides, la poitrine haletante, elle se place près
-du lit avec sa belle-sœur et sa fille, comme une
-lionne qui défend ses petits. Dans ces mouvements, le
-châle tombe; l'enfant s'éveille; entendant ce tumulte,
-voyant sa mère en pleurs, ces hommes menaçants:
-«Maman, maman,» dit-il, en lui tendant les
-bras, «ne me quittez pas.» Et la mère saisit son fils,
-le couvre de baisers, le serre sur son cœur, se cramponne
-en quelque sorte aux pieds du lit, pour qu'on
-ne puisse l'en détacher. «Vous me tuerez,» dit-elle,
-<span class="pagenum"><a name="Page_522" id="Page_522">[Pg 522]</a></span>
-«avant de me l'arracher.» Puis, abdiquant sa fierté
-pour s'abaisser à la prière, oubliant qu'elle est reine,
-pour se souvenir seulement qu'elle est mère, elle
-adjure les ravisseurs d'avoir pitié d'elle et de son
-enfant; elle se répand en larmes, en sanglots, en supplications.
-A côté d'elle, M<sup>me</sup> Elisabeth et Madame
-Royale pleurent et prient; elles s'efforcent, mais en
-vain, d'attendrir le cœur des geôliers; ces hommes
-n'ont pas de cœur. «A quoi bon toutes ces criailleries?
-riposte brutalement un des municipaux; on
-ne le tuera pas, ton fils. Livre-le nous de bonne
-grâce, ou nous saurons bien nous en rendre maîtres.»
-Et un autre propose de faire monter la garde
-pour enlever de force l'enfant
-<a name="FNanchor_1513_1513" id="FNanchor_1513_1513"></a>
-<a href="#Footnote_1513_1513" class="fnanchor">[1513]</a>.</p>
-
-<p>«Une heure, raconte Madame Royale, se passa
-ainsi en résistance de sa part,—de la part de la Reine,—en
-injures, en menaces de la part des municipaux,
-en pleurs et en défenses de nous tous. Enfin, ils la
-menacèrent si positivement de le tuer, ainsi que moi,
-qu'il fallut qu'elle cédât encore, par amour pour
-nous
-<a name="FNanchor_1514_1514" id="FNanchor_1514_1514"></a>
-<a href="#Footnote_1514_1514" class="fnanchor">[1514]</a>.»</p>
-
-<p>Oui, pour arracher un fils à sa mère, on eut l'odieux
-courage de menacer cette mère de tuer ses
-enfants. La plume tombe, en présence d'une telle
-infamie.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Élisabeth et Madame Royale levèrent le jeune
-prince: la pauvre mère n'avait plus la force de le
-faire
-<a name="FNanchor_1515_1515" id="FNanchor_1515_1515"></a>
-<a href="#Footnote_1515_1515" class="fnanchor">[1515]</a>.
-On l'habilla longuement, avec quels regards,
-quels déchirements, quelles lenteurs calculées, Dieu
-le sait! Quand la toilette fut achevée, la Reine plaça
-son fils devant elle, et puisant dans sa foi de chrétienne
-la force de lui parler, elle posa ses deux mains
-<span class="pagenum"><a name="Page_523" id="Page_523">[Pg 523]</a></span>
-sur la tête de l'enfant: «Mon fils,» lui dit-elle d'une
-voix grave, «nous allons nous quitter. Souvenez-vous
-de vos devoirs, quand je ne serai plus auprès de
-vous pour vous les rappeler. N'oubliez jamais le
-bon Dieu qui vous éprouve et votre mère qui vous
-aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père
-vous bénira du haut des cieux.» Puis, déposant
-sur le front du pauvre petit une dernière bénédiction
-dans un dernier baiser, elle le remit aux mains
-de ses gardiens. L'enfant s'en échappa et s'attacha à la
-robe de sa mère. «Il faut obéir,» dit-elle tristement,
-«il le faut.»—«Allons,» dit brusquement un des
-municipaux, «tu n'a plus, j'espère, de doctrine à lui
-faire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de
-notre patience.»—«Tu pourrais te dispenser
-de lui faire la leçon,» riposta un second.—«Ne
-t'en inquiète pas,» reprit un troisième; «la Nation,
-toujours grande et généreuse, pourvoira à son
-éducation.» Et les six municipaux, entraînant
-violemment le jeune prince, sortirent de la chambre
-<a name="FNanchor_1516_1516" id="FNanchor_1516_1516"></a>
-<a href="#Footnote_1516_1516" class="fnanchor">[1516]</a>.</p>
-
-<p>Pendant quelques instants encore, on entendit les
-pas des geôliers qui s'éloignaient et les cris de l'enfant
-qui se débattait. Puis le silence se fit, et les trois
-femmes restèrent seules à pleurer auprès d'une couchette
-vide.</p>
-
-<p>La Commune du moins leur épargnait le supplice
-d'avoir des témoins de leur douleur; à partir de ce
-jour, les municipaux ne restèrent plus dans la chambre
-<span class="pagenum"><a name="Page_524" id="Page_524">[Pg 524]</a></span>
-des prisonnières; elles furent toutes les nuits renfermées
-sous les verroux
-<a name="FNanchor_1517_1517" id="FNanchor_1517_1517"></a>
-<a href="#Footnote_1517_1517" class="fnanchor">[1517]</a>. Les gardes ne venaient
-plus que trois fois par jour, pour apporter les repas
-et s'assurer que les barreaux des fenêtres n'étaient
-pas dérangés. Il n'y eut plus personne pour le service;
-M<sup>me</sup> Élisabeth et Madame Royale faisaient les
-lits et servaient la Reine. Les pauvres femmes aimaient
-mieux cela; elles pouvaient du moins prier
-et pleurer en paix.</p>
-
-<p>La Convention avait déclaré qu'elle pourvoirait à
-l'éducation du fils de Capet. On sait comment elle y
-pourvut. Le précepteur qu'elle donna à Louis XVII
-fut le savetier Simon, un des plus grossiers et des
-plus haineux parmi les municipaux auxquels avait
-été confiée la garde des prisonniers du Temple.
-Quelques mois après, ce bel et charmant enfant aux
-joues roses, aux cheveux bouclés, à l'esprit vif, au
-cœur ardent et tendre, n'était plus qu'un pauvre petit
-être souffreteux et rachitique, dont on tuait le corps
-à coups de fouet, dont, ne pouvant tuer l'âme, on
-tuait l'intelligence à coups de jurons et de chansons
-obscènes. «Citoyens,» avait demandé Simon aux Comités
-lorsqu'on l'avait chargé de la garde du jeune
-roi, «citoyens, que décidez-vous du louveteau? Il
-était appris pour être insolent; je saurai le mater.
-Tant pis s'il en crève! Je n'en réponds pas. Après
-tout, que veut-on? Le déporter?»—«Non.»—«Le
-tuer?»—«Non.»—«L'empoisonner?»—«Non.»—«Mais,
-quoi donc?»—«S'en défaire
-<a name="FNanchor_1518_1518" id="FNanchor_1518_1518"></a>
-<a href="#Footnote_1518_1518" class="fnanchor">[1518]</a>!»</p>
-
-<p>Tel était le programme que la Convention avait
-tracé à Simon, et que celui-ci devait remplir avec
-une singulière conscience, si l'on peut se servir du
-mot de conscience en parlant d'un tel homme!</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_525" id="Page_525">[Pg 525]</a></span></p>
-
-<p>Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ce long et
-douloureux martyre; le récit, tracé de main de maître
-par MM. de Beauchesne et Chantelauze, a fait
-pleurer toutes les mères.</p>
-
-<p>Depuis que Louis XVII avait été confié à cet
-étrange précepteur, il n'était pas sorti de sa chambre;
-les gardes du Temple ne l'avaient pas vu. Le
-bruit s'était répandu dans Paris qu'il avait été enlevé
-de son cachot et conduit en triomphe à Saint-Cloud.
-Pour mettre fin à ces rumeurs, qui amenaient une
-certaine agitation, le Comité de sûreté générale décida,
-le 7 juillet, que quatre commissaires, Dumont,
-Maure, Chabot et Drouet, se transporteraient à la
-Tour. Le premier acte des commissaires fut de faire
-descendre l'enfant au jardin, afin qu'il fût vu par la
-garde montante. A peine là, le jeune prince se mit à
-appeler sa mère à grands cris et à se plaindre d'être
-séparé d'elle. «Qu'on me montre,» s'écria-t-il, «la loi
-qui ordonne de me séparer de ma mère.» Ces cris
-importunèrent les commissaires. «On le fit taire,»
-dit laconiquement Madame Royale
-<a name="FNanchor_1519_1519" id="FNanchor_1519_1519"></a>
-<a href="#Footnote_1519_1519" class="fnanchor">[1519]</a>. Comment? Elle
-ne le dit pas; mais on le devine; on le fit monter
-précipitamment dans sa chambre, où Simon fut
-chargé de le travailler
-<a name="FNanchor_1520_1520" id="FNanchor_1520_1520"></a>
-<a href="#Footnote_1520_1520" class="fnanchor">[1520]</a> et de le dresser.</p>
-
-<p>En quittant le fils, les quatre députés entrèrent
-chez la mère. A l'aspect de Drouet, la Reine ne put
-retenir un mouvement de répulsion; quand elle l'eut
-surmonté, «elle se plaignit, dans les termes les plus
-touchants, de la cruauté que l'on avait eue de lui
-ôter son fils»
-<a name="FNanchor_1521_1521" id="FNanchor_1521_1521"></a>
-<a href="#Footnote_1521_1521" class="fnanchor">[1521]</a>;
-elle supplia qu'on le lui rendît, qu'on
-<span class="pagenum"><a name="Page_526" id="Page_526">[Pg 526]</a></span>
-lui permît au moins de le voir aux heures des repas
-<a name="FNanchor_1522_1522" id="FNanchor_1522_1522"></a>
-<a href="#Footnote_1522_1522" class="fnanchor">[1522]</a>.
-Ni prières, ni raisons ne purent fléchir la dureté des
-commissaires; ils se contentèrent de répondre qu'on
-croyait nécessaire de prendre cette mesure.</p>
-
-<p>Ces hommes ne sentaient rien: «Nous nous
-sommes transportés au Temple, dit froidement
-Drouet à la Convention. Dans le premier appartement,
-nous avons trouvé le fils de Capet jouant
-tranquillement aux dames avec son mentor.</p>
-
-<p>«Nous sommes montés à l'appartement des femmes;
-nous y avons trouvé Marie-Antoinette, sa
-fille et sa sœur jouissant d'une parfaite santé. On
-se plaît encore à répandre chez les nations étrangères
-qu'elles sont maltraitées; et, de leur aveu,
-fait en présence des commissaires de la Convention,
-rien ne manque à leur commodité.»</p>
-
-<p>De la scène dramatique du jardin, des réclamations
-touchantes de la Reine, pas un mot.</p>
-
-<p>Non, pour que la pauvre mère pût apercevoir son
-fils ou avoir de ses nouvelles, ce n'était pas sur la
-compassion officielle qu'il fallait compter, c'était sur
-le dévouement de quelques amis, c'était sur elle-même.
-Le jeune prince allait, de temps à autre,
-prendre l'air sur la plate-forme de la Tour; la Reine
-découvrit que, par une petite fenêtre de son appartement,
-on pouvait voir l'enfant passer dans l'escalier.
-«Dites à Fidèle,—Toulan,—écrivait M<sup>me</sup> Elisabeth,—ma
-sœur a voulu que vous le sachiez,—que
-nous voyons tous les jours le petit par la fenêtre
-de l'escalier de la garde-robe
-<a name="FNanchor_1523_1523" id="FNanchor_1523_1523"></a>
-<a href="#Footnote_1523_1523" class="fnanchor">[1523]</a>.» La malheureuse
-femme restait des heures entières à guetter
-le passage de son fils; quand il était passé, on
-montait sur la plate-forme, qui avait été divisée en
-<span class="pagenum"><a name="Page_527" id="Page_527">[Pg 527]</a></span>
-deux par une cloison, et là, par une petite fente, on
-apercevait encore le jeune Roi. «Nous montions
-sur la Tour bien souvent, raconte Madame Royale,
-parce que mon frère y allait de son côté et que le
-seul plaisir de ma mère était de le voir passer de
-loin, par une petite fente. Elle y restait des heures
-entières pour y guetter l'instant de voir cet enfant;
-c'était sa seule attente, sa seule occupation
-<a name="FNanchor_1524_1524" id="FNanchor_1524_1524"></a>
-<a href="#Footnote_1524_1524" class="fnanchor">[1524]</a>.»
-Parfois aussi, on avait des nouvelles du petit prisonnier,
-soit par les municipaux, soit par Turgy,
-soit par Tison, qui semblait vouloir faire oublier, par
-un redoublement de zèle, l'indignité de sa conduite
-première. Ces nouvelles étaient navrantes: Simon
-maltraitait son royal élève «au delà de tout ce qu'on
-peut imaginer
-<a name="FNanchor_1525_1525" id="FNanchor_1525_1525"></a>
-<a href="#Footnote_1525_1525" class="fnanchor">[1525]</a>»,
-et M<sup>me</sup> Elisabeth dut supplier Tison
-de cacher, par pitié, toutes ces horreurs à la pauvre
-mère; elle en savait ou en soupçonnait bien assez
-<a name="FNanchor_1526_1526" id="FNanchor_1526_1526"></a>
-<a href="#Footnote_1526_1526" class="fnanchor">[1526]</a>.
-Mais un jour,—c'était le jour où l'on venait d'apprendre
-la marche victorieuse des coalisés,—la
-Reine était sur la Tour, attentive, à son poste d'observation;
-elle voit monter l'enfant et son geôlier;
-l'enfant est pâle, l'air souffreteux, la tête baissée; il
-a quitté le deuil de son père; il porte la carmagnole
-et est coiffé du bonnet rouge. Et le geôlier est là, le
-juron et le blasphème à la bouche, injuriant, brutalisant,
-frappant le pauvre petit. Ce jour-là, la Reine
-en a trop vu, elle se jette en pleurant dans les bras
-de M<sup>me</sup> Élisabeth, écarte la jeune Marie-Thérèse qui
-veut à son tour s'approcher de la fente et redescend
-foudroyée dans sa chambre. «Mes pressentiments ne
-me trompaient pas,» dit-elle à M<sup>me</sup> Élisabeth en
-fondant en larmes; «je savais bien qu'il souffrait;
-<span class="pagenum"><a name="Page_528" id="Page_528">[Pg 528]</a></span>
-il serait malheureux à cent lieues de moi que mon
-cœur me le dirait. Depuis deux jours, je souffrais,
-je m'agitais, je tremblais; c'est que les larmes que
-mon pauvre enfant répand loin de moi, je les sens
-tomber sur mon cœur. Je n'ai plus de goût à rien;
-Dieu s'est retiré de moi; je n'ose plus prier.»
-Puis, tout à coup, se repentant de cette dernière
-parole: «Pardon, mon Dieu, et vous, ma sœur,
-pardon, je crois en vous comme en moi-même;
-mais je suis trop tourmentée pour ne pas être menacée
-de quelque nouveau malheur. Mon enfant!
-mon pauvre enfant! Je sens, au déchirement de
-mon cœur, les défaillances du sien.» Marie-Thérèse
-était à côté; M<sup>me</sup> Élisabeth, craignant qu'elle
-n'eût entendu ces paroles désespérées, alla la consoler;
-la jeune fille fit sa prière et s'endormit
-<a name="FNanchor_1527_1527" id="FNanchor_1527_1527"></a>
-<a href="#Footnote_1527_1527" class="fnanchor">[1527]</a>.</p>
-
-<p>Ce nouveau malheur, que redoutait la Reine, n'allait
-pas tarder à fondre sur elle. Le 1<sup>er</sup> août, sur un
-rapport de Barrère, la Convention décida que Marie-Antoinette
-serait envoyée au Tribunal révolutionnaire
-et transférée sur-le-champ à la Conciergerie.</p>
-
-<p>«Le 2 août, à deux heures du matin, raconte Madame
-Royale, on vint nous éveiller pour lire à ma
-mère le décret de la Convention, qui ordonnait que,
-sur la réquisition du procureur de la Commune,
-elle serait conduite à la Conciergerie pour qu'on lui
-fît son procès. Elle entendit la lecture de ce décret
-sans s'émouvoir et sans leur dire une seule parole;
-ma tante et moi, nous demandâmes de suite à suivre
-ma mère; mais on ne nous accorda pas cette grâce.
-Pendant qu'elle fit le paquet de ses vêtements, les
-municipaux ne la quittèrent point; elle fut même
-obligée de s'habiller devant eux. Ils lui demandèrent
-<span class="pagenum"><a name="Page_529" id="Page_529">[Pg 529]</a></span>
-ses poches qu'elle donna; ils les fouillèrent et
-prirent tout ce qu'il y avait dedans, quoique ce ne fût
-pas du tout important. Ils en firent un paquet qu'ils
-dirent qu'ils enverraient au Tribunal révolutionnaire,
-où il serait ouvert devant elle. Ils ne lui laissèrent
-qu'un mouchoir et un flacon, dans la crainte qu'elle
-ne se trouvât mal. Ma mère, après m'avoir tendrement
-embrassée, me recommanda de prendre courage,
-d'avoir bien soin de ma tante et de lui obéir
-comme à une seconde mère, me renouvela les mêmes
-instructions que mon père; puis, se jetant dans les
-bras de ma tante, elle lui recommanda ses enfants.
-Je ne lui répondis rien, tant j'étais effrayée de l'idée
-de la voir pour la dernière fois; ma tante lui dit quelques
-mots bien bas. Alors ma mère partit, sans jeter
-les yeux sur nous, de peur sans doute que sa fermeté
-ne l'abandonnât. Elle s'arrêta encore au bas de la
-Tour, parce que les municipaux y firent un procès-verbal
-pour décharger le concierge de sa personne.
-En sortant, elle se frappa la tête à un guichet, ne
-pensant pas à se baisser; on lui demanda si elle
-s'était fait du mal. «Oh non! dit-elle, rien à présent
-ne peut me faire du mal
-<a name="FNanchor_1528_1528" id="FNanchor_1528_1528"></a>
-<a href="#Footnote_1528_1528" class="fnanchor">[1528]</a>.»</p>
-
-<p>Et montant dans une voiture avec un municipal
-et deux gendarmes, elle partit pour la Conciergerie.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_530" id="Page_530">[Pg 530]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXV" id="CHAPITRE_XXV"></a>CHAPITRE XXV</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les
-Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—Affaire de l'œillet.—Vexations
-nouvelles.—Le concierge Bault et sa famille.—Nouvelles
-tentatives d'évasion.—Le complot Basset.—Inaction
-de l'Autriche.</p></div>
-
-
-<p>Nous sommes arrivés à la dernière étape: après la
-Conciergerie, il n'y a plus que l'échafaud.</p>
-
-<p>Il était trois heures du matin, quand la Reine arriva
-dans sa nouvelle prison; au lieu de l'écrouer au
-greffe, on la conduisit directement à la chambre qui
-lui était destinée. C'était une petite pièce du rez-de-chaussée,
-basse, humide et froide
-<a name="FNanchor_1529_1529" id="FNanchor_1529_1529"></a>
-<a href="#Footnote_1529_1529" class="fnanchor">[1529]</a>, à laquelle menait
-un grand corridor sombre et que fermait une
-porte massive, garnie de deux énormes verrous. Le
-sol, situé au-dessous du niveau de la cour, était carrelé
-en briques sur champ; sur les murs, le long
-desquels l'eau ruisselait, quand la Seine était haute
-<a name="FNanchor_1530_1530" id="FNanchor_1530_1530"></a>
-<a href="#Footnote_1530_1530" class="fnanchor">[1530]</a>,
-on apercevait encore les lambeaux d'un vieux papier
-fleurdelysé, rongé par le salpêtre. Cette chambre,
-appelée chambre du Conseil, parce que c'était
-là qu'avant la Révolution les magistrats du Parlement
-de Paris venaient, à certaines époques, écouter
-les réclamations des prisonniers, était occupée
-par le général Custine, qui avait dû l'évacuer précipitamment
-<span class="pagenum"><a name="Page_531" id="Page_531">[Pg 531]</a></span>
-pour faire place à la Reine
-<a name="FNanchor_1531_1531" id="FNanchor_1531_1531"></a>
-<a href="#Footnote_1531_1531" class="fnanchor">[1531]</a>. Une fenêtre
-basse, soigneusement grillée et donnant sur la cour
-intérieure de la prison, éclairait seule ce sombre réduit;
-un lit de sangle, une table, deux chaises de
-paille, un fauteuil de canne
-<a name="FNanchor_1532_1532" id="FNanchor_1532_1532"></a>
-<a href="#Footnote_1532_1532" class="fnanchor">[1532]</a>, en composaient le misérable
-ameublement
-<a name="FNanchor_1533_1533" id="FNanchor_1533_1533"></a>
-<a href="#Footnote_1533_1533" class="fnanchor">[1533]</a>; sur le lit, des sangles renouées
-en plusieurs endroits avec des cordes, une
-paillasse à demi pourrie, un matelas déchiré, une
-couverture de laine trouée, des draps de toile grossière
-et grise; pas de rideaux, un vieux paravent
-<a name="FNanchor_1534_1534" id="FNanchor_1534_1534"></a>
-<a href="#Footnote_1534_1534" class="fnanchor">[1534]</a>.
-Les gendarmes, qui couchaient sur un lit pareil à celui
-de la Reine, le trouvaient trop dur et s'en plaignaient.
-Il y avait encore une corbeille d'osier pour l'ouvrage,
-une boîte de bois pour la poudre et une de fer-blanc
-pour la pommade
-<a name="FNanchor_1535_1535" id="FNanchor_1535_1535"></a>
-<a href="#Footnote_1535_1535" class="fnanchor">[1535]</a>.</p>
-
-<p>En entrant, la Reine ne put s'empêcher de jeter un
-regard sur la nudité de ces murs. Le jour grandissait
-déjà. Elle accrocha sa montre à un clou et s'étendit
-sur son lit
-<a name="FNanchor_1536_1536" id="FNanchor_1536_1536"></a>
-<a href="#Footnote_1536_1536" class="fnanchor">[1536]</a>.</p>
-
-<p>Mais la haine de ses bourreaux ne pouvait pas
-même lui laisser la consolation de la solitude. Dès
-le matin, deux gendarmes vinrent s'installer dans la
-chambre de la prisonnière pour la surveiller; on y
-ajouta une femme pour le service; c'était une vieille
-personne de quatre-vingts ans, nommée Larivière,
-ancienne concierge de l'Amirauté, et dont le fils était
-le porte-clefs de la prison. Mais bientôt cette femme,
-dont l'attitude avait inspiré une certaine confiance à
-<span class="pagenum"><a name="Page_532" id="Page_532">[Pg 532]</a></span>
-la Reine, fut changée; on la remplaça par une
-jeune femme de trente-six ans, la femme Harel,
-«véritable poissarde,» a dit Rougeville
-<a name="FNanchor_1537_1537" id="FNanchor_1537_1537"></a>
-<a href="#Footnote_1537_1537" class="fnanchor">[1537]</a>, dont le
-mari était employé aux bureaux secrets de la police
-et qui n'avait d'autre mission que d'espionner la
-captive. La Reine s'en méfia instinctivement et ne lui
-adressa presque jamais la parole
-<a name="FNanchor_1538_1538" id="FNanchor_1538_1538"></a>
-<a href="#Footnote_1538_1538" class="fnanchor">[1538]</a>.</p>
-
-<p>Deux nouveaux lits furent apportés en même
-temps; l'un était destiné à la femme de service;
-l'autre aux gendarmes, qui ne perdaient jamais de
-vue leur prisonnière, même, a dit Rougeville, «lorsqu'elle
-avait des soins naturels à se donner
-<a name="FNanchor_1539_1539" id="FNanchor_1539_1539"></a>
-<a href="#Footnote_1539_1539" class="fnanchor">[1539]</a>.»</p>
-
-<p>Un voleur de la dernière catégorie, nommé Barassin,
-forçat, espion
-<a name="FNanchor_1540_1540" id="FNanchor_1540_1540"></a>
-<a href="#Footnote_1540_1540" class="fnanchor">[1540]</a>, à figure de brute et à cœur
-d'hyène, qui était chargé, dans les prisons, des besognes
-les plus dégoûtantes et les plus pénibles, pénétrait
-parfois dans le cachot royal, pour y remplir ses
-répugnantes fonctions
-<a name="FNanchor_1541_1541" id="FNanchor_1541_1541"></a>
-<a href="#Footnote_1541_1541" class="fnanchor">[1541]</a>. Un jour, Beaulieu, alors
-détenu à la Conciergerie, l'interrogea sur la manière
-dont y était traitée Marie-Antoinette.</p>
-
-<p>—«Comme les autres,» répondit-il.</p>
-
-<p>—«Comment? Comme les autres?»</p>
-
-<p>—«Oui, comme les autres; cela ne peut surprendre
-que les aristocrates.»</p>
-
-<p>—«Et que faisait la Reine, dans sa triste chambre?»</p>
-
-<p>—«La Capet! Va, elle était bien penaude; elle
-raccommodait ses chausses pour ne pas marcher
-sur sa chrétienté.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_533" id="Page_533">[Pg 533]</a></span></p>
-
-<p>—«Comment était-elle couchée?»</p>
-
-<p>—«Sur un lit de sangle, comme toi.»</p>
-
-<p>—«Comment était-elle vêtue?»</p>
-
-<p>—«Elle avait une robe noire, qui était toute
-déchirée; elle avait l'air d'une margot
-<a name="FNanchor_1542_1542" id="FNanchor_1542_1542"></a>
-<a href="#Footnote_1542_1542" class="fnanchor">[1542]</a>.»</p>
-
-<p>Quel saisissant tableau dans sa brutalité réaliste!</p>
-
-<p>Arrachée à la hâte de la Tour, Marie-Antoinette
-n'avait pu emporter que bien peu de vêtements. Dès
-le lendemain, elle en fit demander, et les municipaux
-du Temple transmirent à ceux de la Conciergerie
-une redingote et une jupe, deux paires de bas de filoselle,
-une paire de chaussettes, et un bas à tricoter,
-renfermé dans une corbeille et que la pauvre mère
-avait commencé pour son fils
-<a name="FNanchor_1543_1543" id="FNanchor_1543_1543"></a>
-<a href="#Footnote_1543_1543" class="fnanchor">[1543]</a>.
-M<sup>me</sup> Élisabeth et sa nièce
-mirent dans le paquet tout ce qu'elles purent trouver
-de laine et de soie; elles savaient combien la Reine
-avait toujours aimé à s'occuper. Au temps de sa prospérité
-même, elle avait l'habitude de travailler sans
-cesse; à la Conciergerie ce devait être sa seule distraction.
-Mais cette distraction même lui fut refusée;
-l'espoir de la prisonnière et l'ingénieuse affection
-de sa belle-sœur furent trompées. On ne voulut pas
-remettre à la Reine les aiguilles à tricoter, dans la
-crainte, dirent les municipaux, qu'elle ne s'en servît
-pour attenter à ses jours
-<a name="FNanchor_1544_1544" id="FNanchor_1544_1544"></a>
-<a href="#Footnote_1544_1544" class="fnanchor">[1544]</a>. La pauvre femme fut
-réduite à ne rien faire, dans sa prison, que prier,
-méditer, songer au triste passé et au triste avenir.
-Son seul passe-temps était de regarder ses geôliers
-jouer aux cartes ou de lire quelques volumes que la
-compassion d'un garde plus humain ou le dévouement
-d'un serviteur fidèle, comme Hue ou Montjoye,
-<span class="pagenum"><a name="Page_534" id="Page_534">[Pg 534]</a></span>
-réussissait à lui procurer, les voyages de Cook entre
-autres, et lorsqu'on lui demandait quels livres elle
-désirait: «Les aventures les plus épouvantables,»
-répondait-elle
-<a name="FNanchor_1545_1545" id="FNanchor_1545_1545"></a>
-<a href="#Footnote_1545_1545" class="fnanchor">[1545]</a>.</p>
-
-<p>En même temps qu'on refusait à la détenue de la
-Conciergerie des aiguilles, on enlevait aux prisonnières
-du Temple les tapisseries faites par la Reine et
-celles auxquelles elles travaillaient elles-mêmes, sous
-prétexte qu'il pouvait y avoir dans ces ouvrages des
-signes mystérieux et des moyens de correspondance
-<a name="FNanchor_1546_1546" id="FNanchor_1546_1546"></a>
-<a href="#Footnote_1546_1546" class="fnanchor">[1546]</a>.</p>
-
-<p>Marie-Antoinette n'avait jamais bu de vin, et elle ne
-pouvait supporter l'eau de la Seine. La seule boisson
-qui ne lui fît pas mal était l'eau de Ville-d'Avray;
-pendant sa captivité au Temple, on n'avait cessé d'y
-apporter une provision de cette eau. M<sup>me</sup> Élisabeth
-supplia les municipaux d'en faire porter un peu à la
-Conciergerie, et le 5 août les administrateurs de police
-y consentirent; chaque jour, deux bouteilles d'eau
-de Ville-d'Avray furent prélevées sur la provision
-du Temple pour l'usage de la veuve de Louis XVI.</p>
-
-<p>A côté des persécuteurs, il y avait encore des
-cœurs amis. La Terreur, qui pesait sur la France,
-n'avait pu comprimer les saintes ardeurs du dévouement
-et de la pitié. Michonis était toujours là; c'était
-lui qui veillait sur la Reine et qui, nommé administrateur
-de police, avait obtenu l'inspection de son
-cachot. C'était lui qui servait d'intermédiaire entre le
-Temple et la Conciergerie, et, le 19 août par exemple,
-allait réclamer les quatre chemises et la paire de
-souliers non numérotés dont la prisonnière avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_535" id="Page_535">[Pg 535]</a></span>
-«le plus pressant besoin». De leur côté, Turgy et
-Toulan continuaient leur correspondance par signes,
-et c'est par eux que, jusqu'à la fin, M<sup>me</sup> Élisabeth et
-Madame Royale purent avoir des nouvelles de la «personne»,
-ainsi qu'elles désignaient Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_1547_1547" id="FNanchor_1547_1547"></a>
-<a href="#Footnote_1547_1547" class="fnanchor">[1547]</a>.
-Mais les précautions les plus minutieuses étaient nécessaires.
-Le bruit de ces intelligences avait fini par
-transpirer; aussitôt les princesses, redoutant une perquisition,
-jetèrent tout ce qu'elles conservaient encore,
-dissimulé sous leurs vêtements, papier, encre,
-crayon
-<a name="FNanchor_1548_1548" id="FNanchor_1548_1548"></a>
-<a href="#Footnote_1548_1548" class="fnanchor">[1548]</a>;
-elles n'eurent plus, pour leur correspondance
-avec Toulan, que de la noix de galle et du lait
-d'amandes
-<a name="FNanchor_1549_1549" id="FNanchor_1549_1549"></a>
-<a href="#Footnote_1549_1549" class="fnanchor">[1549]</a>.</p>
-
-<p>Hue avait fait mieux encore: il s'était introduit à
-la Conciergerie et avait réussi,—sans grande peine
-d'ailleurs, car le terrain était bien préparé,—à gagner
-le concierge Richard et sa femme, celle que
-M<sup>m</sup> Élisabeth, dans ses billets, désignait sous le
-nom de <i>Sensible</i>
-<a name="FNanchor_1550_1550" id="FNanchor_1550_1550"></a>
-<a href="#Footnote_1550_1550" class="fnanchor">[1550]</a>. C'est par eux qu'il avait des
-nouvelles de la prisonnière qu'il transmettait à Toulan,
-que celui-ci, à son tour, au moyen de signaux
-sur le cor, communiquait à Turgy, et qui allaient
-jeter un peu de baume sur le cœur des captives
-du Temple. Faire passer à la Reine des nouvelles de
-ses enfants, informer Madame Royale et M<sup>me</sup> Élisabeth
-de l'état où se trouvait la Reine, tel était le double
-but que se proposait Hue,—le <i>Constant</i> de la correspondance,—et
-que ce généreux quatuor de complices,
-Turgy et Toulan, Richard et sa femme, l'aidaient
-fidèlement à remplir.</p>
-
-<p>C'étaient des cœurs compatissants que ces Richard.
-<span class="pagenum"><a name="Page_536" id="Page_536">[Pg 536]</a></span>
-Tout ce qu'ils pouvaient faire pour adoucir la
-dure captivité de Marie-Antoinette, ils le firent, et
-ils trouvaient facilement des aides pour ces pieux
-complots. Un jour la prisonnière avait le désir de
-manger du melon; M<sup>me</sup> Richard courut au marché le
-plus voisin: «Il me faut un excellent melon,» dit-elle
-à une marchande qu'elle connaissait.—«Je
-devine pour qui, répondit la marchande; c'est pour
-notre malheureuse Reine; choisis, prends ce qu'il
-y a de plus beau.» Elle-même bouscula tout le tas
-de melons pour trouver le meilleur. M<sup>me</sup> Richard
-voulut payer: «Garde ton argent,» reprit la brave
-femme, «et dis à la Reine qu'il y en a parmi nous
-qui gémissent
-<a name="FNanchor_1551_1551" id="FNanchor_1551_1551"></a>
-<a href="#Footnote_1551_1551" class="fnanchor">[1551]</a>.»</p>
-
-<p>Il n'était pas jusqu'à des chefs révolutionnaires,
-et des plus en vue, qui ne se laissassent toucher par
-les malheurs de leur victime ou séduire par l'appât
-d'une somme d'argent. Manuel avait été un des premiers
-convertis; Camille Desmoulins s'était pris de
-pitié; il voulait à toute force sauver la prisonnière
-<a name="FNanchor_1552_1552" id="FNanchor_1552_1552"></a>
-<a href="#Footnote_1552_1552" class="fnanchor">[1552]</a>;
-il ne réussit qu'à se perdre après elle. Hébert lui-même,
-l'infâme <i>Père Duchesne</i>, Hébert se laissait
-gagner; mais on le soupçonna et, pour détourner les
-soupçons, il se montra plus violent que jamais
-<a name="FNanchor_1553_1553" id="FNanchor_1553_1553"></a>
-<a href="#Footnote_1553_1553" class="fnanchor">[1553]</a>.
-L'ex-capucin Chabot était tenté par l'appât d'un million
-que lui offrait la marquise de Janson
-<a name="FNanchor_1554_1554" id="FNanchor_1554_1554"></a>
-<a href="#Footnote_1554_1554" class="fnanchor">[1554]</a>, et Fersen,
-toujours intrépide et infatigable, concertait, avec
-<span class="pagenum"><a name="Page_537" id="Page_537">[Pg 537]</a></span>
-la Marck et Mercy, l'envoi à Paris du maître de ballet
-Noverre et du financier Ribbes pour gagner Danton,
-en lui offrant de l'argent et les diamants pris
-sur Sémonville
-<a name="FNanchor_1555_1555" id="FNanchor_1555_1555"></a>
-<a href="#Footnote_1555_1555" class="fnanchor">[1555]</a>.
- D'un autre côté, le prince de Cobourg
-renouvelait ses offres pour l'échange de la
-Reine contre les commissaires arrêtés par Dumouriez
-<a name="FNanchor_1556_1556" id="FNanchor_1556_1556"></a>
-<a href="#Footnote_1556_1556" class="fnanchor">[1556]</a>.</p>
-
-<p>Le bruit de ces dispositions meilleures chez certains
-chefs du gouvernement se répandit dans Paris,
-et un jour la femme de Richard entretint la Reine
-de la possibilité d'une délivrance; mais la Reine,
-rendue plus clairvoyante par le malheur, se contenta
-de secouer la tête: «Ils ont immolé le Roi, dit-elle,
-ils me feront périr comme lui. Non, je ne reverrai
-plus mes malheureux enfants ni ma tendre et vertueuse
-sœur.» Et en disant ces mots elle fondit en
-larmes.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, cette compassion des gardiens
-amenait une sorte de relâchement dans la surveillance.
-Certains gendarmes avaient des égards pour
-la prisonnière. L'un d'eux brisait sa pipe, parce
-qu'il s'apercevait que la fumée de tabac incommodait
-la Reine et l'empêchait de dormir la nuit
-<a name="FNanchor_1557_1557" id="FNanchor_1557_1557"></a>
-<a href="#Footnote_1557_1557" class="fnanchor">[1557]</a>. D'autres,
-connaissant son goût pour les fleurs, lui apportaient
-des œillets, des tubéreuses, des juliennes
-<a name="FNanchor_1558_1558" id="FNanchor_1558_1558"></a>
-<a href="#Footnote_1558_1558" class="fnanchor">[1558]</a>. La
-femme Harel s'attendrissait
-<a name="FNanchor_1559_1559" id="FNanchor_1559_1559"></a>
-<a href="#Footnote_1559_1559" class="fnanchor">[1559]</a>. Grâce à la complicité
-des administrateurs de police et des concierges, diverses
-personnes, des prêtres même
-<a name="FNanchor_1560_1560" id="FNanchor_1560_1560"></a>
-<a href="#Footnote_1560_1560" class="fnanchor">[1560]</a>, s'introduisaient
-<span class="pagenum"><a name="Page_538" id="Page_538">[Pg 538]</a></span>
-à la Conciergerie et jusque dans le cachot
-de la Reine
-<a name="FNanchor_1561_1561" id="FNanchor_1561_1561"></a>
-<a href="#Footnote_1561_1561" class="fnanchor">[1561]</a>.
-L'abbé Émery, détenu lui aussi, pouvait
-de l'intérieur de la prison, il est vrai, la confesser
-et s'entretenir quelques instants avec elle
-<a name="FNanchor_1562_1562" id="FNanchor_1562_1562"></a>
-<a href="#Footnote_1562_1562" class="fnanchor">[1562]</a>. Et Fouquier-Tinville
-avouait qu'il y avait à la Conciergerie
-«beaucoup plus de facilités» qu'au Temple pour
-avoir des intelligences avec le dehors
-<a name="FNanchor_1563_1563" id="FNanchor_1563_1563"></a>
-<a href="#Footnote_1563_1563" class="fnanchor">[1563]</a>.</p>
-
-<p>Ce furent ces facilités sans doute qui entretinrent
-chez quelques serviteurs dévoués la pensée d'enlever
-la prisonnière et d'épargner ainsi un nouveau
-crime à la France. «Beaucoup de monde s'intéressa à
-ma mère, raconte Madame Royale. J'ai appris, depuis
-sa mort, qu'on avait voulu la sauver de la Conciergerie
-et que par malheur le projet n'avait pas réussi. On m'a
-assuré que les gendarmes qui la gardaient et la femme
-du concierge avaient été gagnés par quelqu'un de nos
-amis, qu'elle avait vu plusieurs personnes bien dévouées
-dans sa prison, entre autres un prêtre qui lui
-avait administré les sacrements qu'elle avait reçus
-avec une grande piété. L'occasion de se sauver
-manqua une fois parce qu'on lui avait recommandé
-de parler à la seconde garde et que par erreur elle
-parla à la première. Une autre fois, elle était hors de
-sa chambre et avait passé le corridor, quand un gendarme
-s'opposa à son départ, quoiqu'il fût gagné, et
-l'obligea de rentrer chez elle, ce qui fit échouer l'entreprise
-<a name="FNanchor_1564_1564" id="FNanchor_1564_1564"></a>
-<a href="#Footnote_1564_1564" class="fnanchor">[1564]</a>.»
-Du premier de ces projets, nous savons
-peu de chose. Il est probable cependant qu'il avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_539" id="Page_539">[Pg 539]</a></span>
-été conçu par le baron de Batz, «cet infâme, ce
-monstre,» dont la Convention mettait la tête à
-prix
-<a name="FNanchor_1565_1565" id="FNanchor_1565_1565"></a>
-<a href="#Footnote_1565_1565" class="fnanchor">[1565]</a>;
-que les gendarmes étaient gagnés et que le
-plan échoua parce que la Reine manqua de parler à
-celui de ses gardiens qui, ayant deux redingotes l'une
-sur l'autre, devait lui en donner une pour la faire sortir
-de la Conciergerie, d'où un jeune homme appelé
-Rousset devait la conduire en lieu sûr
-<a name="FNanchor_1566_1566" id="FNanchor_1566_1566"></a>
-<a href="#Footnote_1566_1566" class="fnanchor">[1566]</a>.</p>
-
-<p>Le second projet, mieux connu, paraît être le
-complot désigné dans l'histoire sous le nom d'<i>Affaire
-de l'œillet</i>.</p>
-
-<p>Parmi les fidèles qui rôdaient autour de la Conciergerie,
-prêts à sacrifier leur vie pour sauver celle de
-Marie-Antoinette, était un chevalier de Saint-Louis,
-nommé Rougeville, l'un de ceux qui avaient été aux
-côtés de Louis XVI au 20 juin et au 10 août. Par
-l'intermédiaire d'une Américaine, la veuve Dutilleul,
-et d'un marchand de bois, nommé Fontaine, Rougeville
-avait fait connaissance avec Michonis. Tous
-deux étaient faits pour s'entendre; l'accord fut vite
-conclu, et un jour, le mercredi 28 août, Rougeville
-accompagna Michonis à la Conciergerie. La prisonnière
-était vêtue d'un caraco noir; ses cheveux gris
-étaient coupés par derrière et sur le front; elle était
-tellement maigrie que Rougeville ne la reconnut pas
-sans difficulté, et si faible qu'elle avait de la peine à
-se tenir debout; aux doigts elle portait trois pauvres
-anneaux
-<a name="FNanchor_1567_1567" id="FNanchor_1567_1567"></a>
-<a href="#Footnote_1567_1567" class="fnanchor">[1567]</a>.
-«Ah! c'est vous, Monsieur Michonis,» dit-elle;
-et, s'approchant de lui, elle lui demanda, comme
-<span class="pagenum"><a name="Page_540" id="Page_540">[Pg 540]</a></span>
-d'habitude, des nouvelles de ses enfants
-<a name="FNanchor_1568_1568" id="FNanchor_1568_1568"></a>
-<a href="#Footnote_1568_1568" class="fnanchor">[1568]</a>. Puis, apercevant
-Rougeville, elle fut saisie d'une telle émotion
-qu'elle se laissa choir dans un fauteuil
-<a name="FNanchor_1569_1569" id="FNanchor_1569_1569"></a>
-<a href="#Footnote_1569_1569" class="fnanchor">[1569]</a>. Un grand
-feu lui monta au visage
-<a name="FNanchor_1570_1570" id="FNanchor_1570_1570"></a>
-<a href="#Footnote_1570_1570" class="fnanchor">[1570]</a>; ses membres tremblaient
-<a name="FNanchor_1571_1571" id="FNanchor_1571_1571"></a>
-<a href="#Footnote_1571_1571" class="fnanchor">[1571]</a>
-et des larmes coulaient de ses yeux
-<a name="FNanchor_1572_1572" id="FNanchor_1572_1572"></a>
-<a href="#Footnote_1572_1572" class="fnanchor">[1572]</a>. Rougeville
-chercha à la rassurer et, s'approchant d'elle, lui
-fit signe de prendre des œillets où il avait caché un
-papier
-<a name="FNanchor_1573_1573" id="FNanchor_1573_1573"></a>
-<a href="#Footnote_1573_1573" class="fnanchor">[1573]</a>.
-Mais la Reine était si émue encore qu'elle
-ne comprit pas tout d'abord, et Rougeville laissa tomber
-les œillets derrière le poêle
-<a name="FNanchor_1574_1574" id="FNanchor_1574_1574"></a>
-<a href="#Footnote_1574_1574" class="fnanchor">[1574]</a>. Puis il sortit avec
-Michonis
-<a name="FNanchor_1575_1575" id="FNanchor_1575_1575"></a>
-<a href="#Footnote_1575_1575" class="fnanchor">[1575]</a>.
-Ils ne tardèrent pas à rentrer tous deux,
-rappelés par les gendarmes
-<a name="FNanchor_1576_1576" id="FNanchor_1576_1576"></a>
-<a href="#Footnote_1576_1576" class="fnanchor">[1576]</a>, et tandis que Michonis
-<span class="pagenum"><a name="Page_541" id="Page_541">[Pg 541]</a></span>
-occupait ces derniers
-<a name="FNanchor_1577_1577" id="FNanchor_1577_1577"></a>
-<a href="#Footnote_1577_1577" class="fnanchor">[1577]</a>, la Reine, retirée derrière
-un paravent
-<a name="FNanchor_1578_1578" id="FNanchor_1578_1578"></a>
-<a href="#Footnote_1578_1578" class="fnanchor">[1578]</a>,
-entretenait Rougeville et le suppliait
-de ne pas s'exposer ainsi. «J'ai des armes et de
-l'argent,» répondit Rougeville, «prenez courage.»
-Et il lui promit qu'on la secourrait, qu'il lui apporterait
-de l'argent pour gagner les gendarmes, etc.
-<a name="FNanchor_1579_1579" id="FNanchor_1579_1579"></a>
-<a href="#Footnote_1579_1579" class="fnanchor">[1579]</a>.
-«Le cœur vous manque-t-il donc?» demanda-t-il.—«Il
-ne me manque jamais,» répondit la Reine,
-«mais il est profondément affligé
-<a name="FNanchor_1580_1580" id="FNanchor_1580_1580"></a>
-<a href="#Footnote_1580_1580" class="fnanchor">[1580]</a>.» Et mettant
-la main sur son cœur, elle ajouta: «Si je suis faible
-et abattue, ceci ne l'est pas
-<a name="FNanchor_1581_1581" id="FNanchor_1581_1581"></a>
-<a href="#Footnote_1581_1581" class="fnanchor">[1581]</a>.» Michonis, craignant
-que cette scène, en se prolongeant, n'éveillât l'attention
-des gendarmes, fit un signe à Rougeville et
-tous deux sortirent: «Je vous fais donc un adieu
-éternel?» dit la Reine à Michonis, qui lui avait annoncé
-qu'il n'était pas réélu administrateur de police.—«Non,
-Madame, répondit-il, si je ne suis plus
-administrateur, étant encore officier municipal,
-j'aurai le droit de venir et de vous faire visite, tant
-que cela vous sera agréable
-<a name="FNanchor_1582_1582" id="FNanchor_1582_1582"></a>
-<a href="#Footnote_1582_1582" class="fnanchor">[1582]</a>.»</p>
-
-<p>Dans cette seconde entrevue, Rougeville avait pu
-avertir sa royale interlocutrice de la présence des
-œillets
-<a name="FNanchor_1583_1583" id="FNanchor_1583_1583"></a>
-<a href="#Footnote_1583_1583" class="fnanchor">[1583]</a>.
-Dès qu'il fut parti, profitant de ce que la
-<span class="pagenum"><a name="Page_542" id="Page_542">[Pg 542]</a></span>
-femme Harel jouait aux cartes avec les gendarmes,
-la Reine ramassa vivement les fleurs et lut les billets
-qu'elles renfermaient. Ils contenaient une offre d'argent
-<a name="FNanchor_1584_1584" id="FNanchor_1584_1584"></a>
-<a href="#Footnote_1584_1584" class="fnanchor">[1584]</a>
-et des phrases vagues comme celles-ci: «Que
-comptez-vous faire? J'ai été en prison; je m'en
-suis tiré par un miracle; je viendrai vendredi
-<a name="FNanchor_1585_1585" id="FNanchor_1585_1585"></a>
-<a href="#Footnote_1585_1585" class="fnanchor">[1585]</a>.»
-La Reine s'empressa de détruire les billets en les
-déchirant en mille morceaux, puis elle s'efforça d'y
-répondre et, n'ayant ni papier ni plume, fut réduite
-à essayer de piquer avec une épingle quelques mots
-sur un petit morceau de papier: «Je suis gardée à
-vue; je ne parle ni n'écris; je me fie à vous; je
-viendrai
-<a name="FNanchor_1586_1586" id="FNanchor_1586_1586"></a>
-<a href="#Footnote_1586_1586" class="fnanchor">[1586]</a>.»</p>
-
-<p>Connaissait-elle dès lors le plan des conjurés?
-Crut-elle que les gendarmes avaient été déjà gagnés?
-Quelque invraisemblable que cela puisse sembler,
-il paraît certain que ce fut elle-même qui, tandis que
-la femme Harel était sortie pour aller chercher de
-l'eau, remit ce petit papier au gendarme Gilbert pour
-le faire passer à Rougeville
-<a name="FNanchor_1587_1587" id="FNanchor_1587_1587"></a>
-<a href="#Footnote_1587_1587" class="fnanchor">[1587]</a>. Gilbert prit le billet,
-le plaça dans sa veste et le transmit à la femme Richard,
-qui s'empressa de le donner à Michonis, lorsqu'il
-revint le lendemain 29
-<a name="FNanchor_1588_1588" id="FNanchor_1588_1588"></a>
-<a href="#Footnote_1588_1588" class="fnanchor">[1588]</a>. Rougeville revint aussi
-le 30, comme il l'avait promis, sous un nouveau
-déguisement, et, s'il faut l'en croire, en profita pour
-<span class="pagenum"><a name="Page_543" id="Page_543">[Pg 543]</a></span>
-remettre à la prisonnière une certaine somme en louis
-et en assignats
-<a name="FNanchor_1589_1589" id="FNanchor_1589_1589"></a>
-<a href="#Footnote_1589_1589" class="fnanchor">[1589]</a>.</p>
-
-<p>L'exécution du projet avait été fixée à la nuit du
-2 au 3 septembre. Le concierge et sa femme étaient
-gagnés. Deux administrateurs avaient reçu de l'argent.
-Michonis devait aller, à dix heures du soir, prendre
-la Reine, sous prétexte de la mener au Temple, par
-ordre de la municipalité et, une fois dehors, il devait
-la faire évader; Rougeville l'aurait reçue alors et l'aurait
-conduite en lieu de sûreté, au château de Livry,
-dit une version
-<a name="FNanchor_1590_1590" id="FNanchor_1590_1590"></a>
-<a href="#Footnote_1590_1590" class="fnanchor">[1590]</a>,
-et de là sur les terres de l'Empire.
-Pour ne pas compromettre le concierge, son livre
-d'écrou aurait été déchargé. Les conjurés vinrent en
-effet au jour dit; moyennant cinquante louis, les
-gendarmes avaient promis de se taire; mais au dernier
-moment, l'un d'eux, quoique ayant reçu la
-somme, se ravisa; malgré les instances de Michonis
-qui arguait des ordres de la municipalité, il déclara
-que, si l'on faisait sortir la Reine, il appellerait la
-garde
-<a name="FNanchor_1591_1591" id="FNanchor_1591_1591"></a>
-<a href="#Footnote_1591_1591" class="fnanchor">[1591]</a>.
-Le coup était manqué, et, le 3 septembre, le
-gendarme Gilbert dénonça le complot. Rougeville
-put s'échapper; mais Michonis fut arrêté le 4; Richard
-et sa femme furent incarcérés, et deux députés de la
-Convention, Amar et Sevestre, accompagnés d'un
-membre de la municipalité, se transportèrent à la Conciergerie
-pour faire une enquête. Marie-Antoinette
-fut interrogée à deux reprises
-<a name="FNanchor_1592_1592" id="FNanchor_1592_1592"></a>
-<a href="#Footnote_1592_1592" class="fnanchor">[1592]</a>; avec une admirable
-<span class="pagenum"><a name="Page_544" id="Page_544">[Pg 544]</a></span>
-présence d'esprit, elle s'efforça d'éloigner toutes les
-charges qui pouvaient peser sur Michonis et Rougeville.
-Les enquêteurs ne découvrirent rien, et sans le
-récit que, deux mois après, Rougeville fit à Fersen,
-sans le mémoire qu'il envoya, un peu plus tard, au
-comte de Metternich, et plus tard encore aux Cinq-Cents,
-nous ne connaîtrions pas aujourd'hui encore
-les détails du plan élaboré entre les deux fidèles serviteurs
-de la monarchie
-<a name="FNanchor_1593_1593" id="FNanchor_1593_1593"></a>
-<a href="#Footnote_1593_1593" class="fnanchor">[1593]</a>.</p>
-
-<p>Mais la Convention avait frémi du danger qu'elle
-avait couru de perdre sa proie. Le 10 septembre, des
-administrateurs de police vinrent enlever à la Reine
-ses derniers bijoux, suspects sans doute de pouvoir
-servir à corrompre les gardiens: les petits anneaux
-que Rougeville avait vus à ses doigts
-<a name="FNanchor_1594_1594" id="FNanchor_1594_1594"></a>
-<a href="#Footnote_1594_1594" class="fnanchor">[1594]</a> et qui ne
-contenaient que des cheveux, une montre d'or de
-<span class="pagenum"><a name="Page_545" id="Page_545">[Pg 545]</a></span>
-Bréguet, cette dernière amie des prisonniers dont
-elle compte les heures, des cachets, un médaillon
-renfermant des cheveux aussi, les cheveux du Dauphin,
-dit-on
-<a name="FNanchor_1595_1595" id="FNanchor_1595_1595"></a>
-<a href="#Footnote_1595_1595" class="fnanchor">[1595]</a>. En même temps, la captive était mise
-au secret, les gendarmes et la femme Harel renvoyés
-de sa chambre, un factionnaire placé à sa porte, avec
-ordre de ne la laisser communiquer avec personne
-que le concierge et sa femme et un autre factionnaire
-posté dans la cour, avec consigne de ne permettre
-à qui que ce fût d'approcher de la fenêtre à la distance
-de dix pas, sous quelque prétexte que ce pût être
-<a name="FNanchor_1596_1596" id="FNanchor_1596_1596"></a>
-<a href="#Footnote_1596_1596" class="fnanchor">[1596]</a>.</p>
-
-<p>Ce n'est pas tout. Le cachot où un chevalier de
-Saint-Louis avait pu s'introduire et d'où la Reine
-avait failli s'échapper n'était évidemment pas assez
-sûr pour la renfermer désormais. Le 11 septembre,
-les administrateurs de police revinrent à la Conciergerie
-«à l'effet d'y choisir un local pour la détention
-de la veuve Capet, autre que celui où elle est maintenant
-détenue». Ils visitèrent avec soin les diverses
-pièces de la prison et finirent par s'arrêter à celle
-qui servait de pharmacie. Il fut décidé que le pharmacien,
-Jacques-Antoine Lacour, la débarrasserait le
-jour même, afin de permettre au citoyen Godard
-d'exécuter, «dans le plus bref délai possible,» les
-travaux nécessaires pour la transformer en cachot.
-La grande croisée qui donnait sur la cour des femmes
-devait être bouchée au moyen d'une tôle d'une ligne
-d'épaisseur, jusqu'au cinquième barreau de traverse,
-et le surplus grillé en fil de fer à mailles très serrées;
-la seconde croisée, ayant vue sur l'infirmerie, devait
-être totalement condamnée par le moyen d'une tôle
-de même épaisseur
-<a name="FNanchor_1597_1597" id="FNanchor_1597_1597"></a>
-<a href="#Footnote_1597_1597" class="fnanchor">[1597]</a>, et la petite croisée, qui donnait
-<span class="pagenum"><a name="Page_546" id="Page_546">[Pg 546]</a></span>
-sur le corridor, entièrement supprimée. La porte
-qui existait serait munie extérieurement de deux
-verrous, et l'on en ajouterait une seconde, de forte
-épaisseur, ouvrant à l'intérieur et fermée à l'aide d'une
-serrure de sûreté. Il existait une gargouille pour
-l'écoulement des eaux; on décida de la boucher
-<a name="FNanchor_1598_1598" id="FNanchor_1598_1598"></a>
-<a href="#Footnote_1598_1598" class="fnanchor">[1598]</a>.</p>
-
-<p>Dès que les travaux d'appropriation furent terminés,
-la Reine fut transférée dans ce cachot; elle n'en
-devait plus sortir que pour aller au Tribunal révolutionnaire.</p>
-
-<p>La surveillance fut rendue plus minutieuse encore.
-Plus de femmes pour servir la prisonnière; la femme
-Harel avait été renvoyée après l'affaire de l'œillet;
-c'était le concierge qui, chaque matin, soignait les
-cheveux de la Reine
-<a name="FNanchor_1599_1599" id="FNanchor_1599_1599"></a>
-<a href="#Footnote_1599_1599" class="fnanchor">[1599]</a>. Les gendarmes jour et nuit
-dans la chambre, séparés par un simple paravent
-<a name="FNanchor_1600_1600" id="FNanchor_1600_1600"></a>
-<a href="#Footnote_1600_1600" class="fnanchor">[1600]</a>;
-deux sentinelles sous les fenêtres de la cour
-<a name="FNanchor_1601_1601" id="FNanchor_1601_1601"></a>
-<a href="#Footnote_1601_1601" class="fnanchor">[1601]</a>; des
-perquisitions incessantes dans le cachot par des administrateurs
-de police ou des membres du Comité de Sûreté
-générale
-<a name="FNanchor_1602_1602" id="FNanchor_1602_1602"></a>
-<a href="#Footnote_1602_1602" class="fnanchor">[1602]</a>. Pas de lumière le soir
-<a name="FNanchor_1603_1603" id="FNanchor_1603_1603"></a>
-<a href="#Footnote_1603_1603" class="fnanchor">[1603]</a>. Plus de travail
-le jour, puisque, dès son entrée à la Conciergerie,
-on lui avait retiré même les aiguilles à tricoter.
-La Reine lisait et priait; «la plus grande partie de
-son temps, a dit un témoin oculaire, était consacrée
-à la prière
-<a name="FNanchor_1604_1604" id="FNanchor_1604_1604"></a>
-<a href="#Footnote_1604_1604" class="fnanchor">[1604]</a>.»
-Le malheur avait développé et affermi
-les sentiments religieux qu'elle devait à son éducation
-chrétienne et que le tourbillon du monde n'avait
-<span class="pagenum"><a name="Page_547" id="Page_547">[Pg 547]</a></span>
-pu lui faire oublier; «sa prison, dit Madame
-Royale, lui avait donné beaucoup de religion
-<a name="FNanchor_1605_1605" id="FNanchor_1605_1605"></a>
-<a href="#Footnote_1605_1605" class="fnanchor">[1605]</a>.»
-Plus d'encre ni de crayon; on les avait retirés depuis
-longtemps; la Reine était contrainte d'écrire avec
-une pointe, sur la muraille, l'état de son linge. Ses
-vêtements tombaient en lambeaux; elle n'avait que
-deux robes, une noire et une blanche, toutes deux
-également usées; elle n'avait que trois chemises,
-qu'on lui donnait alternativement tous les dix jours
-<a name="FNanchor_1606_1606" id="FNanchor_1606_1606"></a>
-<a href="#Footnote_1606_1606" class="fnanchor">[1606]</a>.
-La fille du concierge était sans cesse occupée à raccommoder
-son linge, ses vêtements, ses souliers;
-elle remit une bordure à sa robe noire
-<a name="FNanchor_1607_1607" id="FNanchor_1607_1607"></a>
-<a href="#Footnote_1607_1607" class="fnanchor">[1607]</a>. Brisée par
-l'émotion, accablée par les privations, le mauvais
-air, le défaut d'exercice, la santé de la captive s'était
-altérée, et d'horribles hémorragies venaient encore
-ajouter à ses souffrances et à sa faiblesse
-<a name="FNanchor_1608_1608" id="FNanchor_1608_1608"></a>
-<a href="#Footnote_1608_1608" class="fnanchor">[1608]</a>.</p>
-
-<p>Par bonheur, Hue, qui avait toujours des relations
-avec la Conciergerie, avait réussi, par l'intermédiaire
-de l'administrateur de police, Dangé, à faire donner
-à Richard un successeur qui ne lui cédait pas en humanité;
-c'était Bault, concierge à la Force
-<a name="FNanchor_1609_1609" id="FNanchor_1609_1609"></a>
-<a href="#Footnote_1609_1609" class="fnanchor">[1609]</a>. Sous un
-air rude et sévère
-<a name="FNanchor_1610_1610" id="FNanchor_1610_1610"></a>
-<a href="#Footnote_1610_1610" class="fnanchor">[1610]</a>, sous le costume d'un Jacobin
-<a name="FNanchor_1611_1611" id="FNanchor_1611_1611"></a>
-<a href="#Footnote_1611_1611" class="fnanchor">[1611]</a>,
-Bault cachait un cœur compatissant et, secondé par
-sa femme et sa fille, il chercha à procurer à son auguste
-prisonnière les adoucissements compatibles
-avec la surveillance dont il était lui-même l'objet.
-Sous prétexte qu'il avait seul la responsabilité des
-détenus qui lui étaient confiés, il fit sortir les gendarmes
-<span class="pagenum"><a name="Page_548" id="Page_548">[Pg 548]</a></span>
-de la chambre royale, mit la clef dans sa
-poche, et la Reine n'eut plus à subir désormais cette
-odieuse présence que rendaient plus odieuse encore
-la conversation de ces hommes, leurs blasphèmes, le
-bruit des verres et la fumée de tabac
-<a name="FNanchor_1612_1612" id="FNanchor_1612_1612"></a>
-<a href="#Footnote_1612_1612" class="fnanchor">[1612]</a>. Les gendarmes,
-consignés à la porte extérieure, accompagnaient
-bien le concierge, toutes les fois qu'il entrait dans le
-cachot, mais ils n'y restaient plus seuls. La nourriture
-de la Reine, sans être luxueuse, fut apprêtée avec
-soin; elle se composait de café le matin, et, à dîner,
-de bouilli, de volaille rôtie, de légumes et de dessert
-<a name="FNanchor_1613_1613" id="FNanchor_1613_1613"></a>
-<a href="#Footnote_1613_1613" class="fnanchor">[1613]</a>;
-mais la pauvre femme n'avait guère d'appétit
-et il lui arrivait souvent de ne pas manger
-<a name="FNanchor_1614_1614" id="FNanchor_1614_1614"></a>
-<a href="#Footnote_1614_1614" class="fnanchor">[1614]</a>.</p>
-
-<p>Ce modeste menu froissa cependant les sentiments
-égalitaires de certains municipaux; ils signifièrent
-au concierge que l'accusée devait être nourrie comme
-les autres, de l'ordinaire le plus grossier de la
-prison. «Je n'entends pas cela, répondit Bault,
-c'est ma prisonnière; j'en réponds sur ma tête.
-On pourrait tenter de l'empoisonner, il faut que
-ce soit moi qui veille à ses aliments; pas une
-goutte d'eau n'entrera ici sans ma permission.»
-Les municipaux cédèrent; le concierge continua à
-être chargé de la nourriture de la Reine; il la lui
-donna du moins saine et convenable, et l'eau fut
-toujours bien claire et bien limpide
-<a name="FNanchor_1615_1615" id="FNanchor_1615_1615"></a>
-<a href="#Footnote_1615_1615" class="fnanchor">[1615]</a>.</p>
-
-<p>Mais, pour faire acte d'humanité, il fallait se dissimuler
-sous le masque de la rigueur et de la persécution.
-L'automne approchait; le mois d'octobre était
-froid et pluvieux; dans cette chambre sans feu, où
-<span class="pagenum"><a name="Page_549" id="Page_549">[Pg 549]</a></span>
-l'eau ruisselait sur le pavé et le long des parois,
-Bault songea à protéger sa prisonnière contre l'humidité,
-en tendant autour de son lit une vieille tapisserie.
-Les administrateurs virent cela et ne cachèrent
-pas leur mécontentement. «Ne voyez-vous pas,
-leur dit le concierge, que c'est afin de rompre le bruit
-et d'empêcher qu'on n'entende rien de la chambre
-voisine?»—«C'est juste, répondirent les commissaires;
-tu as bien fait
-<a name="FNanchor_1616_1616" id="FNanchor_1616_1616"></a>
-<a href="#Footnote_1616_1616" class="fnanchor">[1616]</a>.» Ils eussent blâmé une mesure
-de pitié; ils devaient approuver une pensée de méfiance.</p>
-
-<p>Une autre fois, cependant, Bault était moins heureux;
-il avait demandé une couverture de coton anglaise
-pour ajouter à la chétive couverture qui ne
-mettait guère la captive à l'abri du froid et de l'humidité.
-Fouquier-Tinville s'emporta: «Tu mériterais
-d'être envoyé à la guillotine,» répondit-il brutalement.
-Mais le concierge ne se tint pas pour battu
-et, ne pouvant obtenir une couverture, il la remplaça
-par un matelas
-<a name="FNanchor_1617_1617" id="FNanchor_1617_1617"></a>
-<a href="#Footnote_1617_1617" class="fnanchor">[1617]</a>.
-De son côté, M<sup>me</sup> Bault, qui
-avait un jardin à Charenton, en réservait pour la
-Reine les meilleurs produits, les fruits les plus délicats,
-et parfois les marchands de la Halle y ajoutaient,
-comme du temps de Richard, des pêches et
-des melons
-<a name="FNanchor_1618_1618" id="FNanchor_1618_1618"></a>
-<a href="#Footnote_1618_1618" class="fnanchor">[1618]</a>.</p>
-
-<p>Au milieu de sa douloureuse solitude, la malheureuse
-souveraine pensait sans cesse à ses enfants, à
-son fils surtout. Un jour que Bault entrait dans la
-prison, elle s'approcha de lui et chercha à lui glisser
-dans la main une paire de gants et une boucle de cheveux.
-Mais Bault n'était pas seul; les gendarmes
-l'accompagnaient comme d'habitude; ils virent le
-<span class="pagenum"><a name="Page_550" id="Page_550">[Pg 550]</a></span>
-mouvement, et, s'élançant sur le concierge: «Qu'est-ce
-qu'on vient de te remettre?» dirent-ils. Bault
-dut ouvrir la main; les gants et les cheveux furent
-saisis et portés à Fouquier-Tinville. Plus heureuse,
-quelques jours après, la Reine laissa tomber à ses
-pieds une pauvre petite jarretière, qu'elle avait tressée,
-au moyen de deux cure-dents, avec les fils
-arrachés à la couverture de son lit. Cette fois, elle
-ne fut pas vue. Bault ramassa le triste et précieux
-souvenir que, par la suite, Hue réussit à faire passer
-à la duchesse d'Angoulême, seul reste de cette grande
-famille, décimée au Temple et à la Conciergerie
-<a name="FNanchor_1619_1619" id="FNanchor_1619_1619"></a>
-<a href="#Footnote_1619_1619" class="fnanchor">[1619]</a>.</p>
-
-<p>Une dernière et plus imprévue consolation était
-réservée â la malheureuse femme: grâce à la complicité
-des geôliers, un prêtre fidèle put pendant Une
-nuit pénétrer dans le cachot, y dire la messe et lui
-donner même la communion
-<a name="FNanchor_1620_1620" id="FNanchor_1620_1620"></a>
-<a href="#Footnote_1620_1620" class="fnanchor">[1620]</a>. Cette nuit-là, il y eut
-un peu plus de calme et peut-être un rayon d'espérance
-dans le cœur de la prisonnière. Les hommes
-semblaient l'abandonner; Dieu ne l'abandonnait pas.</p>
-
-<p>Les dévouements d'ailleurs étaient obstinés. En
-octobre, un complot s'ébauchait encore pour arracher
-la victime à ses bourreaux. Quel en était le
-chef? Était-ce Rougeville? Était-ce Batz? On l'ignore.
-Les agents subalternes seuls sont connus: le perruquier
-Basset, une femme bossue, la femme Fournier,
-le ménage Lemille. On avait gagné un certain nombre
-de soldats à Paris, à Courbevoie et à Vincennes;
-<span class="pagenum"><a name="Page_551" id="Page_551">[Pg 551]</a></span>
-on devait exciter une émeute, s'emparer de la Convention
-et des Jacobins, et, à la faveur du tumulte,
-délivrer la Reine. Le complot était vaste; comme
-tous les autres, il échoua. Dénoncés par des espions
-auxquels ils s'étaient imprudemment confiés, les
-conjurés furent arrêtés le 12 octobre et payèrent de
-leur tête leur généreux dessein
-<a name="FNanchor_1621_1621" id="FNanchor_1621_1621"></a>
-<a href="#Footnote_1621_1621" class="fnanchor">[1621]</a>.</p>
-
-<p>Tandis que ces vaillants luttaient pour disputer à
-l'échafaud la fille des Césars et que ses geôliers s'efforçaient
-d'adoucir ses derniers moments, que faisait
-sa famille pour la délivrer? Dès qu'elle avait été
-transférée à la Conciergerie, Mercy s'était empressé
-d'écrire au prince de Cobourg, général en chef de
-l'armée autrichienne, qui venait d'entrer dans Valenciennes,
-pour le supplier de porter rapidement
-un corps de cavalerie sur Paris, afin d'empêcher le
-crime qui se préparait trop visiblement. «La postérité
-pourrait-elle croire, s'écriait-il, qu'un si grand
-attentat a pu être consommé à quelques marches
-des armées victorieuses de l'Autriche et de l'Angleterre,
-<i>sans que ces armées aient tenté quelques
-efforts pour l'empêcher</i>
-<a name="FNanchor_1622_1622" id="FNanchor_1622_1622"></a>
-<a href="#Footnote_1622_1622" class="fnanchor">[1622]</a>?»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_552" id="Page_552">[Pg 552]</a></span></p>
-
-<p>Mais Cobourg n'était pas l'homme des coups de
-main hardis. Soit routine, soit calcul, soit impuissance
-<a name="FNanchor_1623_1623" id="FNanchor_1623_1623"></a>
-<a href="#Footnote_1623_1623" class="fnanchor">[1623]</a>,
-il préféra prendre ses quartiers d'hiver
-<a name="FNanchor_1624_1624" id="FNanchor_1624_1624"></a>
-<a href="#Footnote_1624_1624" class="fnanchor">[1624]</a>, et
-Mercy fut réduit à écrire, deux mois plus tard:</p>
-
-<p>«Je tremble pour la Reine. En lisant les journaux,
-peut-on se défendre d'un mouvement de terreur
-<a name="FNanchor_1625_1625" id="FNanchor_1625_1625"></a>
-<a href="#Footnote_1625_1625" class="fnanchor">[1625]</a>?»</p>
-
-<p>Quand Mercy jetait ce cri d'alarme, il était trop
-tard; le dernier acte du grand drame était commencé,
-et, suivant le mot de la Marck, la «tache ineffaçable»
-restait sur le gouvernement autrichien qui, à
-quarante lieues de Paris, n'avait rien fait pour sauver
-la tante de son Empereur!</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_553" id="Page_553">[Pg 553]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXVI" id="CHAPITRE_XXVI"></a>CHAPITRE XXVI</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier interrogatoire
-de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray
-sont désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les
-jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les témoins.—Déposition
-d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel
-et Bailly.—L'officier de gendarmerie de Busne.—Audience
-du 15 octobre.—Interrogatoire du président.—Tisset et
-Garnerin.—Réquisitoire de Fouquier-Tinville.—Discours des
-défenseurs.—Condamnation.—La Reine est ramenée à la Conciergerie.</p></div>
-
-
-<p>Il y avait deux mois déjà que la Reine avait été
-transférée à la Conciergerie pour être traduite au
-Tribunal révolutionnaire, et la haine de ses ennemis
-n'avait pu encore dresser contre elle un acte d'accusation.
-Vainement Hébert, jaloux de faire oublier
-par un redoublement de violence un instant de
-pitié, vainement Hébert, impatient de voir «raccourcir
-la louve autrichienne», s'écriait-il: «On cherche
-midi à quatorze heures pour juger la tigresse
-d'Autriche, et l'on demande des preuves pour la condamner,
-tandis que, si on lui rendait justice, elle
-devrait être hachée comme chair à pâté
-<a name="FNanchor_1626_1626" id="FNanchor_1626_1626"></a>
-<a href="#Footnote_1626_1626" class="fnanchor">[1626]</a>.» Vainement
-l'imagination atroce des pourvoyeurs habituels
-de la guillotine se mettait-elle en campagne, forgeant
-des prétextes et inventant des crimes. L'œuvre
-de Héron, même revue et corrigée par Marat,
-était si absurde, que le Comité de Sûreté générale
-renonçait à s'en servir
-<a name="FNanchor_1627_1627" id="FNanchor_1627_1627"></a>
-<a href="#Footnote_1627_1627" class="fnanchor">[1627]</a>. Le 3 octobre, Billaud-Varennes
-<span class="pagenum"><a name="Page_554" id="Page_554">[Pg 554]</a></span>
-montait à la tribune: «La femme Capet, dit-il,
-n'est pas punie... Je demande que la Convention
-décrète expressément que le Tribunal révolutionnaire
-s'occupera immédiatement du procès et
-du jugement de la femme Capet.» Le décret fut
-rendu; mais, deux jours après, le 5 octobre, Fouquier-Tinville
-se plaignait qu'en le lui transmettant
-on ne lui eût transmis en même temps «aucunes
-pièces relatives à Marie-Antoinette
-<a name="FNanchor_1628_1628" id="FNanchor_1628_1628"></a>
-<a href="#Footnote_1628_1628" class="fnanchor">[1628]</a>». Le Tribunal
-ne savait que faire et Fouquier avait des scrupules.
-Le Comité de Salut public lui ouvrit les Archives
-nationales, lui fit communiquer le dossier du procès
-de Louis XVI; peine inutile: on n'y trouva rien. A
-bout de ressources, Pache, Chaumette et Hébert se
-transportèrent au Temple, le lundi 7 octobre, torturèrent
-longuement par d'infâmes questions Madame
-Royale et M<sup>me</sup> Élisabeth
-<a name="FNanchor_1629_1629" id="FNanchor_1629_1629"></a>
-<a href="#Footnote_1629_1629" class="fnanchor">[1629]</a>; ils ne purent tirer de leurs
-réponses aucune dénonciation contre la Reine. Mais,
-plus heureux, la veille, avec Louis XVII, ils avaient
-arraché à l'innocence d'un enfant de huit ans, gorgé
-d'eau-de-vie et terrorisé par les brutalités de Simon,
-une odieuse calomnie contre sa mère.</p>
-
-<p>Fouquier-Tinville pouvait désormais poser les
-bases de son «œuvre d'enfer»; son imagination et
-la haine populaire feraient le reste.</p>
-
-<p>Le 12 octobre, à six heures du soir. Marie-Antoinette
-fut appelée au Palais de justice dans la grande
-salle d'audience. Vêtue d'une misérable robe noire,
-elle alla s'asseoir en face de l'accusateur public, sur
-<span class="pagenum"><a name="Page_555" id="Page_555">[Pg 555]</a></span>
-une banquette, entre deux gendarmes. La salle était
-sombre. Deux maigres bougies, placées devant le
-greffier Fabricius, projetaient seules une lueur insuffisante
-et la Reine ne pouvait distinguer, dans l'ombre
-où ils se cachaient, les puissants du jour, qui
-venaient assister, avec une curiosité fiévreuse et méchante,
-à l'agonie de la veuve du dernier roi de
-France.</p>
-
-<p>Le président Herman commence l'interrogatoire;
-il passe en revue tout l'édifice laborieusement élevé
-par Fouquier, tous les griefs des révolutionnaires
-contre cette femme qui seule a tenu tête à la Révolution:
-les prétendus millions envoyés à son frère,
-les relations avec les Princes, le soi-disant Comité
-autrichien, le <i>veto</i> opposé aux décrets contre les
-émigrés et contre les prêtres, les complots contre
-le peuple.</p>
-
-<p>D—«C'est vous qui avez appris à Louis Capet cet
-art d'une profonde dissimulation avec laquelle il
-a trompé trop longtemps le peuple français, qui ne
-se doutait pas qu'on pût porter à un tel point la
-scélératesse et la perfidie?»</p>
-
-<p>R—«Oui, le peuple a été trompé; il l'a été cruellement;
-mais ce n'est ni par mon mari ni par moi.»</p>
-
-<p>On arrive à la fuite de Varennes.</p>
-
-<p>D—«Vous avez été l'instigatrice principale de
-la trahison de Louis Capet; c'est par vos conseils,
-et peut-être par vos persécutions, qu'il a
-voulu fuir la France, pour se mettre à la tête des
-furieux qui voulaient déchirer leur patrie?»</p>
-
-<p>R—«Mon époux n'avait jamais voulu fuir la
-France; je l'ai suivi partout; mais, s'il avait voulu
-sortir de son pays, j'aurais employé tous les moyens
-pour l'en dissuader; mais ce n'était pas son intention.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_556" id="Page_556">[Pg 556]</a></span></p>
-
-<p>On presse la Reine de questions sur ce sujet,
-comme on l'en avait pressée lors de l'affaire de l'œillet.
-Comme au 4 septembre, elle répond avec un
-sang-froid et une présence d'esprit qui ne se démentent
-pas et qui confondent Herman.</p>
-
-<p>D—«Vous n'avez jamais cessé un moment de
-vouloir détruire la liberté; vous vouliez régner à
-quelque prix que ce fût, et remonter au trône sur
-les cadavres des patriotes?»</p>
-
-<p>R—«Nous n'avions pas besoin de remonter sur
-le trône, puisque nous y étions; nous n'avons jamais
-désiré que le bonheur de la France, qu'elle
-fût heureuse; mais <i>qu'elle le soit</i>, nous serons toujours
-contents.»</p>
-
-<p>..... D—«Quel intérêt mettez-vous aux armes de
-la République?»</p>
-
-<p>R—«Le bonheur de la France est celui que je
-désire par-dessus tout.»</p>
-
-<p>D—«Vous regrettez sans doute que votre fils ait
-perdu un trône sur lequel il eût pût monter, si le
-peuple, enfin éclairé sur ses droits, n'eût pas brisé
-ce trône?»</p>
-
-<p>R—«Je ne regretterai rien pour mon fils, quand
-mon pays sera heureux.»</p>
-
-<p>Herman revient sur le banquet des gardes du corps,
-les journées d'octobre, les relations de la Reine au
-Temple et à la Conciergerie avec les administrateurs
-de police et les officiers municipaux, le complot de
-l'œillet, etc., épiant les réponses de l'auguste accusée,
-cherchant à en faire sortir quelque aveu qui puisse
-étayer le monstrueux et fragile échafaudage de Fouquier,
-la guettant, pour ainsi dire, dans cette pénombre,
-comme le tigre guette sa proie..... La Reine lui
-répond avec une rare aisance et une dignité simple,
-sans morgue et sans faiblesse; dans cet enchevêtrement
-<span class="pagenum"><a name="Page_557" id="Page_557">[Pg 557]</a></span>
-de questions embrouillées et confondues à dessein,
-elle démêle les pièges, elle déjoue les ruses, et,
-avec un tact étonnant, elle sait à la fois se défendre
-et ne compromettre personne.</p>
-
-<p>Herman, vaincu dans la lutte, lui nomme d'office
-deux défenseurs, Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray,
-et donne l'ordre de la reconduire à la Conciergerie.
-La Reine rentre dans son cachot, où, à
-partir de ce jour, on la replace sous la surveillance
-spéciale d'un officier de gendarmerie, qui ne la quitte
-plus
-<a name="FNanchor_1630_1630" id="FNanchor_1630_1630"></a>
-<a href="#Footnote_1630_1630" class="fnanchor">[1630]</a>.</p>
-
-<p>Chauveau-Lagarde était à la campagne, lorsqu'on
-vint lui annoncer la grande et douloureuse mission
-qui lui était confiée
-<a name="FNanchor_1631_1631" id="FNanchor_1631_1631"></a>
-<a href="#Footnote_1631_1631" class="fnanchor">[1631]</a>. Il partit aussitôt pour Paris,
-et, le 13 au soir, se rendit à la Conciergerie, avec
-son collègue Tronçon-Ducoudray. La veille, Fouquier-Tinville
-avait déposé au greffe du Tribunal révolutionnaire
-l'acte d'accusation qu'il avait réussi à
-dresser. La Reine en prit connaissance avec une dédaigneuse
-fermeté et se contenta de faire froidement
-diverses observations, sans s'inquiéter de la présence
-du gendarme qui pouvait l'entendre. Plus ému qu'elle
-et effrayé du volumineux et informe amas de pièces
-qui constituait le dossier, l'avocat la pria de réclamer
-un délai indispensable pour l'examen de ces pièces.
-«A qui faut-il s'adresser?» demanda-t-elle.—«A la
-Convention nationale,» murmura à mi-voix le défenseur.—«Non,»
-reprit-elle vivement, en détournant
-la tête; «non jamais!» Sa fierté de reine et sa
-dignité de veuve se refusaient à reconnaître l'autorité
-des assassins de son mari.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_558" id="Page_558">[Pg 558]</a></span></p>
-
-<p>Chauveau-Lagarde insista, fit valoir l'intérêt de
-la mémoire de Louis XVI, celui de ses enfants, celui
-de M<sup>me</sup> Élisabeth et, dit-il, «à ces mots de sœur,
-d'épouse et de mère, la nature l'emporta sur la
-souveraine, et la Reine, sans proférer une parole,
-mais laissant échapper un soupir, prit la plume, et
-écrivit à l'Assemblée, en notre nom, deux mots
-pleins de noblesse et de dignité, par lesquels en effet
-elle se plaignait de ce qu'on ne nous avait pas laissé
-le temps d'examiner les pièces du procès et réclamait
-pour nous les délais nécessaires
-<a name="FNanchor_1632_1632" id="FNanchor_1632_1632"></a>
-<a href="#Footnote_1632_1632" class="fnanchor">[1632]</a>.»</p>
-
-<p>La demande, transmise à l'accusateur public, demeura
-sans réponse. Le lendemain, lundi 14 octobre,
-à huit heures du matin, les débats commençaient.</p>
-
-<p>Les juges et les jurés sont à leur poste. Les juges,
-ce sont: Herman, président, Coffinhal, l'âme
-damnée de Robespierre, son séide le plus énergique,
-Deliège, Maire, Donzé-Verteuil. Les jurés, ce sont:
-l'ex-marquis Antonelle, Renaudin, l'un des plus
-atroces parmi cette bande d'hommes atroces ou lâches
-<a name="FNanchor_1633_1633" id="FNanchor_1633_1633"></a>
-<a href="#Footnote_1633_1633" class="fnanchor">[1633]</a>,
-Fiévée, Besnard, Thoumain, Desboisseaux,
-Baron, Sambat, Devèze, le chirurgien Souberbielle,
-qui veut se récuser et auquel le président impose silence
-en ces termes: «Si quelqu'un avait à te récuser,
-ce serait l'accusation; car tu as donné des soins à
-l'accusée, et tu aurais pu être touché de la grandeur
-<span class="pagenum"><a name="Page_559" id="Page_559">[Pg 559]</a></span>
-de son infortune
-<a name="FNanchor_1634_1634" id="FNanchor_1634_1634"></a>
-<a href="#Footnote_1634_1634" class="fnanchor">[1634]</a>;» le limonadier Chrétien, le
-musicien Lumière, l'imprimeur Nicolas, le perruquier
-Ganney, le menuisier Trinchard, joyeux d'avoir
-à juger «la bête féroce qui a dévoré une partie de
-la République
-<a name="FNanchor_1635_1635" id="FNanchor_1635_1635"></a>
-<a href="#Footnote_1635_1635" class="fnanchor">[1635]</a>».</p>
-
-<p>La Reine est introduite; par un reste de coquetterie
-féminine, suivant Mercier, ou plutôt par un impérissable
-sentiment de dignité, elle a donné plus
-de soins à sa toilette de veuve; ses cheveux, blanchis
-par la douleur, sont arrangés avec plus d'art;
-elle a ajouté à son bonnet de linon ordinaire deux
-barbes volantes, et, sous ces barbes, ajusté un crêpe
-noir. Elle se tient là, majestueuse et fière, devant ces
-hommes qui se disent ses juges. Interpellée par le
-président, elle déclare se nommer <i>Marie-Antoinette
-d'Autriche, âgée d'environ trente-huit ans, veuve
-du Roi de France, se trouvant, lors de son arrestation,
-dans le lieu des séances de l'Assemblée nationale</i>.</p>
-
-<p>La salle est comble. Plusieurs membres du Comité
-de Sûreté générale, Vadier, Amar, Vouland, Moïse
-Bayle, sont assis à côté de l'accusateur public, surveillant
-les jurés et l'auditoire, encourageant les hésitants,
-soutenant les faibles, épiant l'agonie de leur
-victime
-<a name="FNanchor_1636_1636" id="FNanchor_1636_1636"></a>
-<a href="#Footnote_1636_1636" class="fnanchor">[1636]</a>.
-Les tricoteuses aussi sont à leur poste;
-depuis l'institution du Tribunal révolutionnaire,
-elles n'ont point eu encore une pareille bonne fortune,
-et elles viennent se repaître des souffrances
-de celle qui fut une reine, et une reine adorée.</p>
-
-<p>Herman recommande aux jurés la fermeté et l'impartialité!
-Puis, s'adressant à l'accusée, il l'engage
-à être attentif (<i>sic</i>) à ce qu'elle va entendre. On fait
-<span class="pagenum"><a name="Page_560" id="Page_560">[Pg 560]</a></span>
-l'appel des témoins et le greffier Fabricius donne
-lecture de l'acte d'accusation.</p>
-
-<p>Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur
-public près le Tribunal révolutionnaire,</p>
-
-<p>«Expose...... qu'examen fait de toutes les pièces
-transmises à l'accusateur public, il en résulte qu'à
-l'instar des Messaline, Brunehaut, Frédégonde et Médicis,
-que l'on qualifiait autrefois de reines de France,
-et dont les noms, à jamais odieux, ne s'effaceront
-pas des fastes de l'histoire, Marie-Antoinette, veuve
-de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France,
-le fléau et la sangsue des Français; qu'avant l'heureuse
-révolution qui a rendu au peuple français la
-souveraineté, elle avait des rapports politiques avec
-l'homme qualifié de roi de Bohême et de Hongrie;
-que ces rapports étaient contraires aux intérêts de la
-France; que non contente, de concert avec les frères
-de Louis Capet et l'infâme et exécrable Calonne,
-lors ministre des finances, d'avoir dilapidé d'une
-manière effroyable les finances de la France (fruit
-des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisirs
-désordonnés et payer les agents de ses intrigues criminelles;
-il est notoire qu'elle a fait passer, à différentes
-époques, à l'Empereur, des millions qui lui
-ont servi et servent encore à soutenir la guerre contre
-la République, et que c'est par ses dilapidations
-excessives qu'elle est parvenue à épuiser le Trésor
-national.»</p>
-
-<p>Fouquier énumère ensuite tous les griefs accumulés
-par Herman dans le premier interrogatoire.
-Il accuse la Reine d'avoir ménagé, le 1<sup>er</sup> octobre
-1789, entre les officiers des gardes du corps et ceux
-du régiment de Flandre «un repas qui avait dégénéré
-en une véritable orgie, ainsi qu'elle le désirait»,
-d'avoir amené les convives «à chanter, dans l'épanchement
-<span class="pagenum"><a name="Page_561" id="Page_561">[Pg 561]</a></span>
-de l'ivresse, des chansons exprimant le plus
-entier dévouement pour le trône et l'aversion la plus
-caractérisée pour le peuple, à arborer la cocarde
-blanche et à fouler aux pieds la cocarde nationale»;</p>
-
-<p>D'avoir, «par ses agents, occasionné dans Paris
-et aux environs une disette qui a donné lieu à une
-nouvelle insurrection, à la suite de laquelle une foule
-innombrable de citoyens et de citoyennes se sont
-portés à Versailles, le 5 du même mois»;</p>
-
-<p>D'avoir «tenu, dans son palais, des conciliabules
-où a été décidée, avec Lafayette et Bailly, la fuite
-de Varennes; d'avoir elle-même tout ménagé et tout
-préparé pour cette évasion, ainsi qu'elle en est convenue
-elle-même dans son interrogatoire
-<a name="FNanchor_1637_1637" id="FNanchor_1637_1637"></a>
-<a href="#Footnote_1637_1637" class="fnanchor">[1637]</a>»;</p>
-
-<p>D'avoir «voulu l'horrible massacre, qui a eu lieu
-le 17 juillet 1791, des plus zélés patriotes qui se sont
-trouvés au Champ-de-Mars»; d'avoir «imaginé de
-faire discuter, dans ces conciliabules ténébreux, qualifiés
-depuis longtemps avec raison de <i>Cabinet autrichien</i>,
-contre (<i>sic</i>) les lois qui étaient portées par
-l'Assemblée législative».</p>
-
-<p>Il expose encore:</p>
-
-<p>«Que la veuve Capet a médité et combiné avec
-ses perfides agents l'horrible conspiration qui a
-éclaté dans la journée du 10 août, laquelle n'a échoué
-que par les efforts courageux et incroyables des patriotes;
-qu'à cette fin elle a réuni dans son habitation,
-aux Tuileries, jusque dans les souterrains, les
-Suisses qui, aux termes des décrets, ne devaient
-plus composer la garde de Louis Capet; qu'elle les
-a entretenus dans un état d'ivresse, depuis le 9 jusqu'au
-10 au matin, jour convenu pour l'exécution de
-cette horrible conspiration; qu'elle a réuni également,
-<span class="pagenum"><a name="Page_562" id="Page_562">[Pg 562]</a></span>
-et dans le même dessein, dès le 9, une foule
-de ces êtres qualifiés de <i>Chevaliers du poignard</i>,
-qui avaient figuré déjà dans le même lieu, le 28 février
-1791, et depuis, à l'époque du 20 juin 1792;</p>
-
-<p>«Que la veuve Capet, craignant sans doute que
-cette conspiration n'eût pas tout l'effet qu'elle s'en
-était promise (<i>sic</i>), a été, dans la soirée du 9 août,
-vers les neuf heures et demie du soir, dans la salle
-où les Suisses ou autres, à elle dévoués, travaillaient
-à des cartouches; qu'en même temps qu'elle les
-encourageait à hâter la confection de ces cartouches,
-pour les exciter de plus en plus, elle a pris des cartouches
-et a mordu les balles,—les expressions me
-manquent pour rendre un trait aussi atroce...;—»
-qu'on ne peut douter «qu'il n'ait été convenu, dans
-le conciliabule qui a eu lieu toute la nuit, qu'il fallait
-tirer sur le peuple, et que Louis Capet et Marie-Antoinette,
-qui était la grande directrice de cette
-conspiration, n'ait elle-même donné l'ordre de tirer.»</p>
-
-<p>Fouquier relevait ensuite, mais à la fin de son
-réquisitoire, en quelques phrases rapides, et comme
-si lui-même en avait eu honte, l'infâme calomnie
-qui n'avait pu naître que dans l'imagination dévergondée
-du <i>Père Duchesne</i>, et il résumait toute son
-œuvre en trois chefs principaux. La Reine était accusée:</p>
-
-<p>«1<sup>o</sup> D'avoir méchamment et à dessein, de concert
-avec les frères de Louis Capet et l'ex-ministre Calonne,
-dilapidé d'une manière effroyable les finances
-de la France, et d'avoir fait passer des sommes
-incalculables à l'Empereur et d'avoir ainsi épuisé le
-trésor national;»</p>
-
-<p>«2<sup>o</sup> D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires,
-entretenu des intelligences et
-des correspondances avec les ennemis de la République,
-<span class="pagenum"><a name="Page_563" id="Page_563">[Pg 563]</a></span>
-d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis
-des plans d'attaque et de campagne, convenus
-et arrêtés dans le Conseil;»</p>
-
-<p>«3<sup>o</sup> D'avoir, par ses intrigues et ses manœuvres,
-et celles de ses agents, tramé des conspirations et des
-complots contre la sûreté intérieure et extérieure de
-la France, et d'avoir, à cet effet, allumé la guerre
-civile dans divers points de la République et armé les
-citoyens les uns contre les autres, et d'avoir, par ce
-moyen, fait couler le sang d'un nombre incalculable
-de citoyens.»</p>
-
-<p>Voilà l'accusation; mais où sont les preuves?
-Quelles pièces Fouquier a-t-il produites à l'appui de
-son dire?</p>
-
-<p>Les pièces, on n'a même pas laissé aux défenseurs
-le temps de les vérifier. Les preuves, il n'y en a
-pas. Ce sera aux témoins à les fournir, s'ils le peuvent.</p>
-
-<p>La Reine a écouté en silence la longue lecture du
-greffier; elle n'a laissé paraître aucun signe d'émotion.
-A peine, lorsque Fouquier a repris la calomnie
-d'Hébert, un imperceptible mouvement de dédain a-t-il
-plissé ses lèvres; mais sa contenance est restée
-calme et assurée. Le reste du temps, elle a laissé ses
-doigts errer insoucieusement sur la barre du fauteuil
-où elle est assise, comme sur un <i>forté piano</i>
-<a name="FNanchor_1638_1638" id="FNanchor_1638_1638"></a>
-<a href="#Footnote_1638_1638" class="fnanchor">[1638]</a>.</p>
-
-<p>L'audition des témoins commence. Le premier introduit,
-c'est Lecointre, de Versailles; Lecointre, qui
-jadis se proclamait «un des sujets les plus fidèles»
-du Roi et de la Reine
-<a name="FNanchor_1639_1639" id="FNanchor_1639_1639"></a>
-<a href="#Footnote_1639_1639" class="fnanchor">[1639]</a>, aujourd'hui et depuis quatre
-<span class="pagenum"><a name="Page_564" id="Page_564">[Pg 564]</a></span>
-ans un de leurs ennemis les plus acharnés; Lecointre,
-un de ceux sur qui a pesé le plus lourdement la
-responsabilité des journées d'octobre 1789. C'est sur
-ces journées qu'il est appelé à s'expliquer. Il renouvelle
-toutes les diatribes qu'il a jadis inspirées au
-journal de Gorsas; il s'étudie à charger Marie-Antoinette.
-Marie-Antoinette ne répond que par des
-dénégations nettes et précises aux allégations de
-Lecointre et aux questions du président.</p>
-
-<p>L'adjudant général Lapierre et le canonnier Roussillon
-déposent, le premier sur la fuite de Varennes,
-le second sur la journée du 10 août. Roussillon
-a vu, prétend-il, lors du pillage des Tuileries, des
-bouteilles sous le lit de l'accusée, preuve évidente
-qu'elle avait fait boire les Suisses pour les enivrer.
-Ici encore la Reine n'oppose qu'un fier démenti aux
-insinuations grotesques de cet aboyeur subalterne.
-Il semble d'ailleurs que, dans les récits des témoins,
-on cherche moins des preuves contre elle qui est perdue
-d'avance, que contre certains personnages qu'on
-veut perdre, contre Lafayette, Bailly, Pétion, ou
-des administrateurs de police, tels que Michonis,
-Marino, Jobert, etc. L'accusation n'avance pas, quand
-on introduit Hébert.</p>
-
-<p>Hébert raconte des choses vagues: il a trouvé
-dans un livre de l'accusée des signes contre-révolutionnaires,
-un cœur percé d'une flèche; il soupçonne
-Toulan de s'être découvert devant les membres de
-l'ex-famille royale. Puis ce misérable qui a toutes
-les bassesses, cet homme qui a vécu comme un infâme
-et qui mourra comme un lâche, reprend dans
-le détail l'immonde calomnie qui a fourni à Fouquier
-<span class="pagenum"><a name="Page_565" id="Page_565">[Pg 565]</a></span>
-le dernier paragraphe de son acte d'accusation.</p>
-
-<p>Chose étrange! l'auditoire reste silencieux; les
-applaudissements sur lesquels Hébert a compté lui
-manquent; les tricoteuses ont elles-donc plus de pudeur
-que lui? Le président lui-même, dans les questions
-qu'il pose à l'accusée, semble oublier la déclaration
-du substitut du procureur de la Commune;
-il l'interroge sur Michonis, sur l'affaire de l'œillet, et il
-laisse dans l'ombre, par un reste de vergogne peut-être,
-les récits odieux du <i>Père Duchesne</i>.</p>
-
-<p>Mais il se rencontre un homme qui n'a pas moins
-d'impudeur qu'Hébert. Un juré,—pourquoi n'a-t-on
-pas imprimé son nom? a-t-il rougi, plus tard, ou
-l'éditeur du <i>Bulletin du Tribunal révolutionnaire</i>
-a-t-il rougi pour lui?—un juré anonyme interpelle
-Herman:</p>
-
-<p>«Citoyen président, dit-il, je vous invite à vouloir
-bien faire observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu
-sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert, à
-l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils.»</p>
-
-<p>Cet homme doit être content; son infamie est couronnée
-de succès. La Reine jusqu'ici n'a opposé
-qu'un front d'airain et un cœur impassible aux allégations
-des témoins comme aux déclamations de
-l'accusateur public. A la question du juré, son front
-rougit et son cœur s'émeut; elle se soulève à demi
-sur son fauteuil, et, d'un geste indigné, d'une voix
-vibrante:</p>
-
-<p>«Si je n'ai pas répondu, dit-elle, c'est que la nature
-se refuse à répondre à une pareille inculpation
-faite à une mère.»</p>
-
-<p>Et jetant un regard sur l'auditoire:</p>
-
-<p>«<i>J'en appelle</i>, continue-t-elle, <i>à toutes celles qui
-peuvent se trouver ici!</i>»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_566" id="Page_566">[Pg 566]</a></span></p>
-
-<p>Devant ce cri sublime du cœur d'une mère, je ne
-sais quel courant magnétique passe dans l'assistance;
-les tricoteuses se sentent remuées malgré elles; peu
-s'en faut qu'elles n'applaudissent, comme elles ont
-applaudi au 6 octobre. On entend des cris déchirants;
-des femmes, dit-on, sont emportées évanouies, et le
-tribunal est réduit à menacer les perturbateurs de
-l'ordre
-<a name="FNanchor_1640_1640" id="FNanchor_1640_1640"></a>
-<a href="#Footnote_1640_1640" class="fnanchor">[1640]</a>.
-Hébert frémit et baisse la tête: le cri de la
-Reine l'a frappé à mort
-<a name="FNanchor_1641_1641" id="FNanchor_1641_1641"></a>
-<a href="#Footnote_1641_1641" class="fnanchor">[1641]</a>.</p>
-
-<p>Pour couper court aux impressions trop favorables
-à l'accusée, au gré des juges, on reprend
-l'audition des témoins. Mais le notaire Silly essaie
-en vain de réveiller les haines, en déposant, sur la
-fuite du 20 juin 1791. L'attention n'est plus là; il
-faut donner à l'émotion des assistants le temps de
-se calmer, et, à trois heures
-<a name="FNanchor_1642_1642" id="FNanchor_1642_1642"></a>
-<a href="#Footnote_1642_1642" class="fnanchor">[1642]</a>, l'audience est suspendue.</p>
-
-<p>Tant de secousses n'ont point abattu la Reine; sa
-conscience la soutient. «Vois-tu comme elle est
-fière?» murmure une femme, en la voyant quitter
-la salle d'un pas assuré. La Reine entend ce mot;
-elle s'en émeut; elle a peur d'avoir mis trop de
-dignité dans ses réponses
-<a name="FNanchor_1643_1643" id="FNanchor_1643_1643"></a>
-<a href="#Footnote_1643_1643" class="fnanchor">[1643]</a>. Puis se tournant vers ses
-défenseurs, elle leur demande ce qu'ils pensent des
-déclarations des témoins, et sur l'assurance qu'ils lui
-<span class="pagenum"><a name="Page_567" id="Page_567">[Pg 567]</a></span>
-donnent qu'il ne résulte encore rien de positif des
-débats: «Je ne crains que Manuel,» dit-elle.</p>
-
-<p>A cinq heures, l'audience est reprise. Les dépositions
-continuent; mais, comme le matin, pas un fait
-précis, pas une articulation appuyée sur des preuves;
-des récriminations, des insinuations vagues, des
-suppositions.</p>
-
-<p>Terrasson a vu l'accusée, au retour de Varennes,
-jeter sur les gardes nationaux «le coup d'œil le plus
-vindicatif». Reine Millot, «fille domestique,» a
-entendu dire, en 1788, au duc de Coigny, que Marie-Antoinette
-avait fait passer à son frère au moins
-vingt millions, comme s'il était vraisemblable que
-M. de Coigny, dont elle ne sait même pas le titre,
-puisqu'elle le qualifie de comte, eût été faire des
-confidences de ce genre à une servante de bas étage.
-Elle sait encore qu'un jour la Reine avait sur elle
-deux pistolets pour tuer le duc d'Orléans et que le
-Roi a dû la mettre quinze jours aux arrêts dans sa
-chambre. Comment le sait-elle? Elle ne le dit pas.
-Labenette, le rédacteur du <i>Journal du diable</i>,
-l'émule subalterne de Marat, déclare que la Reine a
-envoyé trois hommes pour l'assassiner. Et en dehors
-de ces affirmations ridicules ou odieuses, pas une
-preuve, rien, absolument rien.</p>
-
-<p>Manuel lui-même, le seul témoin que Marie-Antoinette
-semble redouter, Manuel ne l'accuse pas.
-Il se contente de protester qu'il n'a jamais eu de
-relations avec la Cour ni avec la femme du ci-devant
-Roi. Et, à vrai dire, dans ce procès, Manuel, comme
-Bailly qui lui succède, tous deux exemples mémorables
-de l'inconstance des enthousiasmes populaires,
-Manuel est plutôt accusé que témoin. En vain fait-on
-comparaître toute une nouvelle série de témoins; en
-vain relève-t-on l'affaire de l'œillet; en vain Dufraisne
-<span class="pagenum"><a name="Page_568" id="Page_568">[Pg 568]</a></span>
-Gilbert, les Richard, la femme Harel, sont-ils pressés
-de questions sur la visite de Rougeville à la
-Conciergerie. Rien encore. A onze heures du soir, la
-séance est levée: juges, jurés et témoins ont besoin
-de repos.</p>
-
-<p>La Reine, accablée de fatigue, torturée par ces
-longs débats de quinze heures, épuisée de chaleur,
-d'indignation, de dédain, la Reine a soif; elle demande
-à boire. Les huissiers sont absents; dans cette
-foule où chacun, dix ans auparavant, eût brigué
-l'honneur d'aller lui chercher un verre d'eau et le
-lui eût présenté à genoux, nul n'a le courage de lui
-rendre un service que réclame la plus simple humanité.
-Seul, l'officier de gendarmerie qui l'accompagne,
-de Busne, ose se dévouer: il lui donne à
-boire
-<a name="FNanchor_1644_1644" id="FNanchor_1644_1644"></a>
-<a href="#Footnote_1644_1644" class="fnanchor">[1644]</a>.
-La Reine se sent défaillir; sa vue se trouble;
-en retournant à son cachot, elle se trouve presque
-mal: «Je n'y vois plus, murmure-t-elle; je n'en
-peux plus; je ne saurais marcher.» Respectueux,
-ému de compassion, de Busne lui offre le bras et
-l'aide à descendre les trois marches glissantes qui
-conduisent à sa chambre. Le lendemain matin, de
-Busne, suspect d'humanité et convaincu de pitié
-contre-révolutionnaire, est jeté en prison à son
-tour
-<a name="FNanchor_1645_1645" id="FNanchor_1645_1645"></a>
-<a href="#Footnote_1645_1645" class="fnanchor">[1645]</a>.</p>
-
-<p>Le 15, à neuf heures du matin, l'audience est reprise.
-C'est le dernier jour de cette horrible agonie;
-le lendemain, ce sera le jour de la mort.</p>
-
-<p>Le premier témoin qui paraît, c'est le vainqueur
-des Antilles, d'Estaing, «matelot et soldat,» comme
-il s'intitule; d'Estaing, qui a l'intelligence et la valeur
-<span class="pagenum"><a name="Page_569" id="Page_569">[Pg 569]</a></span>
-leur militaires, mais auquel manque un sens, le sens
-du respect de soi-même et des autres. D'Estaing
-commence par dire qu'il a à se plaindre de l'accusée,
-qui l'a empêché d'être maréchal de France: mais il
-n'apporte aucune charge contre elle, et sa déposition
-même est un hommage au grand cœur de la Reine:
-«Si les Parisiens viennent ici pour m'assassiner,»
-lui a-t-il entendu dire le 5 octobre, «c'est aux pieds
-de mon mari que je le serai; mais je ne fuirai
-pas.»</p>
-
-<p>A d'Estaing succèdent les deux la Tour du Pin,
-ses anciens compagnons d'armes, bientôt ses compagnons
-d'échafaud,—tous trois seront guillotinés
-le 28 avril 1794,—ses égaux en grade, ses supérieurs
-en grandeur morale. Pas plus que celle de
-d'Estaing, leurs dépositions ne chargent la Reine.
-L'ancien ministre de la guerre la salue avec le même
-respect que jadis dans les galeries de Versailles.
-On lui demande s'il connaît l'accusée. «Ah! oui,
-répond-il en s'inclinant, j'ai l'honneur de connaître
-Madame.» Inculpé comme elle, il se défend
-et la défend avec une aisance et un courage qui
-déconcertent les juges. On cherchait des accusateurs,
-on ne trouve que des apologistes.</p>
-
-<p>Et pourtant la passion d'Herman est ingénieuse à
-harceler Marie-Antoinette. Il revient sans cesse sur
-les anciens griefs allégués contre elle; il met à nu
-toute sa vie; il ramasse dans les pamphlets des
-courtisans et dans ceux des démagogues les vieilles
-calomnies, enfantées par les haines d'antichambre
-et les haines de la rue; les dépenses de Trianon, le
-procès du Collier, la nomination de ministres liberticides,
-les prétendus millions envoyés à l'Empereur.</p>
-
-<p>D.—«Où avez-vous pris l'argent avec lequel
-<span class="pagenum"><a name="Page_570" id="Page_570">[Pg 570]</a></span>
-vous avez fait construire et meubler le Petit Trianon,
-dans lequel vous donniez des fêtes dont vous
-étiez toujours la déesse?»</p>
-
-<p>R.—«C'était un fonds que l'on avait destiné à
-cet effet.»</p>
-
-<p>D.—«Il fallait que ce fonds fut <i>conséquent</i>; car
-le Petit Trianon doit avoir coûté des sommes
-énormes.»</p>
-
-<p>R.—«Il est possible que le Petit Trianon ait
-coûté des sommes immenses, peut-être plus que
-je ne l'aurais désiré; on avait été entraîné dans
-les dépenses peu à peu. Du reste, je désire plus
-que personne que l'on soit instruit de ce qui s'y
-est passé
-<a name="FNanchor_1646_1646" id="FNanchor_1646_1646"></a>
-<a href="#Footnote_1646_1646" class="fnanchor">[1646]</a>.»</p>
-
-<p>D.—«N'est-ce pas au Petit Trianon que vous
-avez connu pour la première fois la femme la
-Motte?»</p>
-
-<p>R.—«Je ne l'ai jamais vue.»</p>
-
-<p>D.—«N'a-t-elle pas été votre victime dans
-l'affaire du fameux collier?»</p>
-
-<p>R.—«Elle n'a pas pu l'être, puisque je ne la connaissais
-pas.»</p>
-
-<p>D.—«Vous persistez donc à nier que vous l'avez
-connue?»</p>
-
-<p>R.—«Mon plan n'est pas la dénégation; c'est la
-vérité que j'ai dite et que je continuerai à dire.»</p>
-
-<p>D.—«N'avez-vous pas forcé les ministres des
-finances de vous délivrer des fonds, et, sur ce que
-quelques-uns d'entre eux s'y sont refusés, ne les
-avez-vous pas menacés de votre indignation?»</p>
-
-<p>R.—«Jamais!»</p>
-
-<p>D.—«N'avez-vous pas sollicité Vergennes à faire
-passer six millions au Roi de Bohême et de
-Hongrie?»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_571" id="Page_571">[Pg 571]</a></span></p>
-
-<p>R.—«Non.»</p>
-
-<p>On ouvre un paquet, scellé du cachet de la Commune
-et renfermant les objets trouvés sur la Reine,
-le 2 août, au moment où elle a été écrouée à la Conciergerie.
-Il y a là des portefeuilles, des portraits,
-des cheveux
-<a name="FNanchor_1647_1647" id="FNanchor_1647_1647"></a>
-<a href="#Footnote_1647_1647" class="fnanchor">[1647]</a>.
-L'accusation n'y pourrait-elle découvrir
-quelque pièce de conviction contre l'accusée?
-Ne seraient-ce point par hasard des insignes contre-révolutionnaires?
-Et ce portefeuille de maroquin
-rouge ou ce livret de moire verte n'auraient-ils pas
-reçu la confidence de quelque complot contre la liberté?
-Non, ces portraits sont ceux de la princesse
-de Lamballe et de deux amies d'enfance, les «Dames
-de Mecklembourg et de Hesse». Ce portefeuille ne
-contient que l'adresse du médecin de la Reine ou des
-femmes chargées de son linge. Ces cheveux sont
-ceux de son mari et de ses enfants.</p>
-
-<p>A défaut d'accusateurs parmi les serviteurs de
-l'ancien régime et de l'ancienne Cour, ou parmi les
-hommes de 89, va-t-on au moins en trouver chez les
-serviteurs de la Révolution, chez les hommes de 93,
-chez les séides de Robespierre et d'Hébert? Les voici
-qui défilent devant le Tribunal. Voici Simon, le
-<span class="pagenum"><a name="Page_572" id="Page_572">[Pg 572]</a></span>
-«gouverneur du fils Capet». Voici Mathey, le concierge
-de la Tour du Temple. Ont-ils quelque chose
-de sérieux à alléguer? Contre les administrateurs de
-police, des accusations vagues, des propos insignifiants,
-des hypothèses; contre la Reine, rien.</p>
-
-<p>En voici un, cependant, un espion de police, Tisset,
-l'auteur d'un recueil infâme, <i>le Compte rendu
-aux sans-culottes de la République française par
-très haute, très puissante et très expéditive dame
-Guillotine</i>, qui, plus heureux ou plus habile que les
-autres, arrive les mains pleines de faits. Tisset a découvert,
-chez le trésorier de la liste civile, Septeuil,
-de nombreuses notes de paiements faits à Favras,
-Bouillé et autres conspirateurs. Il a vu, il a tenu
-dans ses doigts <i>deux</i> bons de quatre-vingt mille livres,
-signés <i>Antoinette</i>. Ces bons ont été déposés à
-la commission des Vingt-Quatre qui, depuis, a été
-dissoute.</p>
-
-<p>Et voici le ci-devant secrétaire de la commission
-des Vingt-Quatre, Garnerin, qui déclare avoir vu <i>le</i>
-bon de quatre-vingt mille livres, signé <i>Antoinette</i>,
-au profit de la ci-devant Polignac. Ce bon, comme
-les autres pièces, a été remis à Valazé, membre de la
-commission. Garnerin en sait même plus long: il
-sait que la Cour a fait faire des accaparements, pour
-«procurer un surhaussement dans le prix des denrées
-et par là dégoûter le peuple de la Révolution et
-de la liberté». La Reine, interpellée, déclare n'avoir
-aucune connaissance de ces accaparements; mais elle
-interroge à son tour; elle demande de quelle date
-sont ces deux bons qui, pour Garnerin, se réduisent
-déjà à un seul, et Tisset, troublé, répond que l'un
-d'eux est du 10 août 1792, comme si, ce jour-là,
-pendant l'attaque des Tuileries ou dans la loge du
-<i>Logographe</i>, la Reine avait pu envoyer un bon de
-<span class="pagenum"><a name="Page_573" id="Page_573">[Pg 573]</a></span>
-quatre-vingt mille livres à Septeuil. L'accusation
-tombe sous le ridicule, et Valazé lui porte le dernier
-coup, en transformant le bon de quatre-vingt mille
-livres en une quittance de quinze ou vingt mille livres,
-dont il ne se rappelle plus le destinataire. Et cette
-quittance même, on ne la produit pas.</p>
-
-<p>C'est sur cet échec de l'accusation qu'à trois
-heures de l'après midi l'audience est suspendue. La
-Reine n'est pas reconduite dans son cachot; on lui
-apporte un potage qu'elle prend à la hâte: elle a
-besoin de forces pour cette dernière et mortelle
-séance qui ne finira que bien avant dans la nuit.</p>
-
-<p>A cinq heures, le Tribunal rentre dans la salle.
-Cette fois ce sont les officiers municipaux et les administrateurs
-de police, Lebœuf, Jobert, Moëlle, Vincent,
-Bugnot, Dangé, Michonis, etc., qui sont appelés
-à déposer; mais ces hommes, dont la plupart se
-sont conduits envers la captive avec une déférence
-et un dévouement que plusieurs paieront de leur
-tête, n'ont rien à alléguer contre elle. Brunier, médecin
-des Enfants de France, qui a été mandé à diverses
-reprises au Temple pour leur donner ses soins,
-n'a rien à dire non plus. On lui reproche de ne s'être
-approché des enfants de l'accusée qu'avec toutes les
-bassesses de l'ancien régime. «C'était bienséance et
-non bassesse,» répond courageusement Brunier.</p>
-
-<p>Didier-Jourdeuil déclare avoir vu une lettre adressée
-par l'accusée au commandant des Suisses, le
-comte d'Affry, dans laquelle elle lui disait: «Peut-on
-compter sur vos Suisses? Feront-ils bonne contenance
-quand il sera temps?» Mais cette lettre, Marie-Antoinette
-la nie, et Jourdeuil ne peut la représenter.</p>
-
-<p>De cette séance comme de celles qui l'ont précédée,
-que reste-t-il donc? La ridicule déposition de Michel
-<span class="pagenum"><a name="Page_574" id="Page_574">[Pg 574]</a></span>
-Gointre, qui soupçonne la Reine d'avoir fondé une
-fabrique de faux assignats à Passy, ou l'absurde
-question d'Herman, qui lui demande si elle n'a pas
-conçu le projet de réunir la Lorraine à l'Autriche.
-Mais d'allégations sérieuses, pas une seule; de pièces
-authentiques, pas une seule; de bases pour l'œuvre
-monstrueuse de l'accusateur public, pas une seule.
-«La Reine, a dit éloquemment un de ses historiens,
-ne consentit à se justifier que pour justifier les autres
-et, dans ces longs débats, pas une parole ne lui
-échappa qui pût mettre un dévouement en péril ou
-la conscience des juges en repos
-<a name="FNanchor_1648_1648" id="FNanchor_1648_1648"></a>
-<a href="#Footnote_1648_1648" class="fnanchor">[1648]</a>.»</p>
-
-<p>La liste des témoins est épuisée; les angoisses de
-l'interrogatoire sont finies. Le président demande à
-l'accusée si elle n'a rien à ajouter à sa défense.</p>
-
-<p>«Hier,» répond-elle simplement, devançant le jugement
-de l'histoire, «hier je ne connaissais pas les témoins;
-j'ignorais ce qu'ils allaient déposer contre
-moi. Eh bien! personne n'a articulé contre moi un
-fait positif. Je finis en observant que je n'étais que
-la femme de Louis XVI, et qu'il fallait bien que je
-me conformasse à ses volontés.»</p>
-
-<p>Herman déclare les débats terminés et Fouquier-Tinville
-prend la parole. On n'attend pas de nous que
-nous analysions ce long réquisitoire, qui n'est que
-la reproduction de l'acte d'accusation, que l'on connaît.
-Il y a un point, cependant, sur lequel Fouquier
-n'ose pas revenir: c'est la déposition d'Hébert.</p>
-
-<p>Les défenseurs se lèvent. A minuit, le président
-les a prévenus que les débats allaient être clos, et
-qu'ils avaient <i>un quart d'heure</i> pour se préparer.
-Chauveau-Lagarde parle le premier; il s'est chargé
-de répondre à l'accusation d'intelligence avec les
-ennemis de l'extérieur, tandis que son collègue défendra
-<span class="pagenum"><a name="Page_575" id="Page_575">[Pg 575]</a></span>
-fendra la Reine contre l'accusation d'intelligence
-avec les ennemis de l'intérieur. «Je ne suis dans
-cette affaire, dit-il, embarrassé que d'une seule
-chose, ce n'est pas de trouver des réponses, c'est
-de trouver des objections
-<a name="FNanchor_1649_1649" id="FNanchor_1649_1649"></a>
-<a href="#Footnote_1649_1649" class="fnanchor">[1649]</a>.» Et les deux avocats,
-«avec autant de zèle que d'éloquence», dit le
-<i>Bulletin du Tribunal révolutionnaire</i>, réduisent à
-néant l'échafaudage laborieusement élevé par Fouquier.</p>
-
-<p>«Comme vous devez être fatigué, Monsieur Chauveau-Lagarde,»
-murmure la Reine à l'oreille de son
-défenseur, «je suis bien sensible à toutes vos peines
-<a name="FNanchor_1650_1650" id="FNanchor_1650_1650"></a>
-<a href="#Footnote_1650_1650" class="fnanchor">[1650]</a>.»
-Ces mots sont entendus, et, séance tenante,
-sous les yeux même de leur auguste cliente, Chauveau-Lagarde
-et Tronçon-Ducoudray sont arrêtés.</p>
-
-<p>Herman résume les débats, ou plutôt il prononce
-un nouveau et violent réquisitoire, destiné à montrer
-aux jurés quelle est la besogne que l'on attend
-d'eux. «C'est le peuple français, dit-il, qui accuse
-Marie-Antoinette,» et, retraçant en quelques mots
-haineux la vie publique de l'accusée, rappelant les
-événements politiques qui se sont succédé depuis
-cinq années, évoquant «les mânes de nos frères
-égorgés par suite des machinations infernales de
-cette moderne Médicis», il pose les quatre questions
-suivantes:</p>
-
-<p>«1<sup>o</sup> Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres
-et intelligences avec les Puissances étrangères et
-ennemis extérieurs de la République, lesdites manœuvres
-et intelligences tendant à leur fournir des
-secours en argent, à leur donner l'entrée du territoire
-<span class="pagenum"><a name="Page_576" id="Page_576">[Pg 576]</a></span>
-français et à y faciliter les progrès de leurs
-armes?</p>
-
-<p>«2<sup>o</sup> Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis
-Capet, est-elle convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres
-et d'avoir eu ces intelligences?</p>
-
-<p>«3<sup>o</sup> Est-il constant qu'il a existé un complot et
-conspiration tendant à allumer la guerre civile dans
-l'intérieur de la République, en armant les citoyens
-les uns contre les autres?</p>
-
-<p>«4<sup>o</sup> Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis
-Capet, est-elle convaincue d'avoir participé à ce
-complot et conspiration?»</p>
-
-<p>Les jurés se retirent dans la chambre des délibérations,
-et l'accusée est emmenée
-<a name="FNanchor_1651_1651" id="FNanchor_1651_1651"></a>
-<a href="#Footnote_1651_1651" class="fnanchor">[1651]</a>. Au bout d'une
-heure environ, les jurés rentrent et, à l'unanimité,
-répondent affirmativement sur toutes les questions.</p>
-
-<p>Par une dernière hypocrisie, Herman exhorte l'assistance
-à s'interdire toute marque d'approbation, et,
-faisant ramener Marie-Antoinette, il lui donne lecture
-de la déclaration du jury.</p>
-
-<p>Fouquier prend la parole, et, conformément à l'article
-1<sup>er</sup> de la 1<sup>re</sup> section du titre I de la II<sup>e</sup> partie du
-Code pénal, requiert contre l'accusée la peine de
-mort. Le président demande à la Reine si elle a
-quelques réclamations à faire sur l'application de la
-peine. La Reine secoue la tête, sans dire un mot.</p>
-
-<p>Le président consulte ses collègues; le Tribunal
-opine à haute voix et Herman déclare que Marie-Antoinette
-de Lorraine d'Autriche, veuve de Louis
-Capet, est condamnée à la peine de mort.</p>
-
-<p>La Reine reste impassible. Pas une contraction sur
-son visage; pas une larme dans ses yeux
-<a name="FNanchor_1652_1652" id="FNanchor_1652_1652"></a>
-<a href="#Footnote_1652_1652" class="fnanchor">[1652]</a>. Brisée de
-<span class="pagenum"><a name="Page_577" id="Page_577">[Pg 577]</a></span>
-fatigue, épuisée par la perte de son sang, affaiblie par
-le manque de nourriture,—elle n'a presque rien
-pris depuis douze heures,—son incomparable énergie
-la soutient. Elle ne dit pas un mot, elle ne fait
-pas un geste; sereine et fière, elle quitte la salle d'audience,
-la tête haute, et rentre à la Conciergerie, où
-les gendarmes la conduisent dans le cachot des condamnés
-à mort
-<a name="FNanchor_1653_1653" id="FNanchor_1653_1653"></a>
-<a href="#Footnote_1653_1653" class="fnanchor">[1653]</a>.</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_578" id="Page_578">[Pg 578]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="CHAPITRE_XXVII" id="CHAPITRE_XXVII"></a>CHAPITRE XXVII</h2>
-</div>
-
-<div class="bq">
-<p class="chapsum noindent">La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette
-à M<sup>me</sup> Élisabeth.—La
-Reine s'habille et se jette quelques instants sur son lit.—L'abbé
-Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans Paris.—La
-Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet
-de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien
-Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion.</p></div>
-
-
-<p>Il est quatre heures et demie du matin; dans
-quelques heures, le bourreau viendra réclamer sa
-victime. La Reine demande de l'encre; avant de mourir,
-elle a besoin d'épancher son âme et d'envoyer
-à ses enfants et à sa belle-sœur ses dernières pensées
-avec ses dernières larmes. C'est à M<sup>me</sup> Élisabeth
-qu'elle écrit:</p>
-
-<p class="ar smaller">
-«Ce 16 octobre, à 4 h. ½ du matin.
-</p>
-
-<p>«C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière
-fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une
-mort honteuse,—elle ne l'est que pour les criminels,—mais
-à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente,
-j'espère montrer la même fermeté que lui
-dans ses derniers moments. Je suis calme, comme on
-l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un
-profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez
-que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne
-et tendre sœur, vous qui avez, par votre amitié, tout
-sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je
-vous laisse!»</p>
-
-<p>«J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que
-<span class="pagenum"><a name="Page_579" id="Page_579">[Pg 579]</a></span>
-ma fille était séparée de vous; hélas! la pauvre enfant,
-je n'ose pas lui écrire
-<a name="FNanchor_1654_1654" id="FNanchor_1654_1654"></a>
-<a href="#Footnote_1654_1654" class="fnanchor">[1654]</a>; elle ne recevrait pas
-ma lettre; je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra
-<a name="FNanchor_1655_1655" id="FNanchor_1655_1655"></a>
-<a href="#Footnote_1655_1655" class="fnanchor">[1655]</a>.
-Recevez pour eux deux ma bénédiction;
-j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils
-pourront se réunir avec vous et jouir en entier de
-vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que
-je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et
-l'exécution exacte de ses devoirs sont la première
-base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle
-en fera le bonheur. Que ma fille sente qu'à
-l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère, par
-les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus
-que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon
-fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, tous
-les services que l'amitié peut inspirer. Qu'ils sentent
-enfin tous deux que, dans quelque position où ils
-pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux
-que par leur union. Qu'ils prennent exemple de
-nous: combien, dans nos malheurs, notre amitié
-nous a donné de consolation, et, dans le bonheur, on
-jouit doublement, quand on peut le partager avec un
-ami, et où en trouver de plus tendre et de plus uni
-que dans sa famille? Que mon fils n'oublie jamais les
-derniers mots de son père, que je lui répète expressément:
-<span class="pagenum"><a name="Page_580" id="Page_580">[Pg 580]</a></span>
-«qu'il ne cherche jamais à venger notre
-mort!»</p>
-
-<p>«J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à
-mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous
-avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur;
-pensez, à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire
-dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne
-comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne
-sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de
-vos tendresses pour tous deux.»</p>
-
-<p>«Il me reste à vous confier encore mes dernières
-pensées. J'aurais voulu vous les écrire dès le commencement
-du procès; mais, outre qu'on ne me
-laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je
-n'en aurais réellement pas eu le temps.»</p>
-
-<p>«Je meurs dans la religion catholique, apostolique
-et romaine, dans celle de mes pères, dans
-celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée.
-N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre;
-ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres
-de cette religion,—et même le lieu où je suis les
-exposerait trop, s'ils y entraient une fois,—je demande
-sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes
-que j'ai pu commettre, depuis que j'existe; j'espère
-que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes
-derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis
-longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon
-âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande
-pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma
-sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans
-le vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous
-mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à
-mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des
-amis: l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs
-peines sont un des plus grands regrets que j'emporte
-<span class="pagenum"><a name="Page_581" id="Page_581">[Pg 581]</a></span>
-en mourant: qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes
-derniers moments j'ai pensé à eux.»</p>
-
-<p>«Adieu, ma bonne et tendre sœur: puisse cette
-lettre vous arriver! Pensez toujours à moi; je vous
-embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres
-et chers enfants. Mon Dieu! qu'il est déchirant de
-les quitter pour toujours! Adieu! Adieu! Je ne vais
-plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme
-je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera
-peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui
-dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être
-absolument étranger.»</p>
-
-<p>La Reine a pleuré en écrivant cette lettre, non
-pas sur elle-même, mais sur ses enfants. Elle a
-pleuré, en songeant aux mains indignes entre lesquelles
-elle laisse son fils, à ce qu'on lui a déjà fait
-dire et faire, à ce qu'on le forcera peut-être de dire
-et de faire encore. Mais il ne faut pas que ces pensées
-l'amollissent; elle a besoin de tout son courage
-et de toutes ses forces pour mourir. Elle refoule ses
-larmes, donne sa lettre au concierge Bault
-<a name="FNanchor_1656_1656" id="FNanchor_1656_1656"></a>
-<a href="#Footnote_1656_1656" class="fnanchor">[1656]</a> et se
-met à genoux, répandant longuement devant Dieu
-son âme tout entière
-<a name="FNanchor_1657_1657" id="FNanchor_1657_1657"></a>
-<a href="#Footnote_1657_1657" class="fnanchor">[1657]</a>. Elle se relève, mange à la
-hâte une aile de poulet et un petit pain
-<a name="FNanchor_1658_1658" id="FNanchor_1658_1658"></a>
-<a href="#Footnote_1658_1658" class="fnanchor">[1658]</a>, quitte sa
-pauvre chemise, toute tachée par les hémorrhagies
-qui l'épuisent depuis un mois, en met une autre que
-lui procure la femme du concierge
-<a name="FNanchor_1659_1659" id="FNanchor_1659_1659"></a>
-<a href="#Footnote_1659_1659" class="fnanchor">[1659]</a>, et, brisée par
-<span class="pagenum"><a name="Page_582" id="Page_582">[Pg 582]</a></span>
-tant d'émotions, se jette tout habillée sur son lit,
-enveloppe ses pieds dans une couverture et s'endort
-<a name="FNanchor_1660_1660" id="FNanchor_1660_1660"></a>
-<a href="#Footnote_1660_1660" class="fnanchor">[1660]</a>.</p>
-
-<p>A six heures, on la réveille: «Voilà, lui dit-on, un
-curé de Paris, qui demande si vous voulez vous
-confesser.»—«Un curé de Paris,» murmure-t-elle,
-il n'y en a guère
-<a name="FNanchor_1661_1661" id="FNanchor_1661_1661"></a>
-<a href="#Footnote_1661_1661" class="fnanchor">[1661]</a>.» Le prêtre s'avance; il est
-vêtu en laïque
-<a name="FNanchor_1662_1662" id="FNanchor_1662_1662"></a>
-<a href="#Footnote_1662_1662" class="fnanchor">[1662]</a>;
-c'est un abbé Girard, curé de Saint-Landry,
-dans la Cité. La Reine le remercie; mais,
-fidèle à l'engagement qu'elle a pris dans sa lettre, elle
-refuse de se servir du ministère d'un schismatique. Ce
-ministère, d'ailleurs, elle n'en a pas besoin. Dieu lui
-a fait la grâce de lui envoyer, quelques jours auparavant,
-un prêtre fidèle
-<a name="FNanchor_1663_1663" id="FNanchor_1663_1663"></a>
-<a href="#Footnote_1663_1663" class="fnanchor">[1663]</a>; et, s'il faut en croire Madame
-Royale, ce matin même, agenouillée devant sa fenêtre,
-elle aurait reçu l'absolution et la bénédiction
-du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face d'elle
-<a name="FNanchor_1664_1664" id="FNanchor_1664_1664"></a>
-<a href="#Footnote_1664_1664" class="fnanchor">[1664]</a>.</p>
-
-<p>La Reine a froid; l'atmosphère déjà fraîche des
-premières nuits d'automne, les brouillards du fleuve,
-l'humidité de la prison glacent son sang dans ses
-veines. Sur le conseil de l'abbé Girard, elle place
-un oreiller sur ses pieds et s'absorbe dans le recueillement
-de ses pensées et de ses muettes prières
-<a name="FNanchor_1665_1665" id="FNanchor_1665_1665"></a>
-<a href="#Footnote_1665_1665" class="fnanchor">[1665]</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_583" id="Page_583">[Pg 583]</a></span></p>
-
-<p>A sept heures, un nouveau personnage entre dans
-la prison; c'est le dernier acteur de ce drame lugubre,
-le bourreau. «Vous venez de bonne heure, Monsieur,»
-lui dit Marie-Antoinette, «ne pourriez-vous pas retarder?»—«Non,
-Madame, j'ai ordre de venir
-<a name="FNanchor_1666_1666" id="FNanchor_1666_1666"></a>
-<a href="#Footnote_1666_1666" class="fnanchor">[1666]</a>.»
-La Reine coupe elle-même ses cheveux
-<a name="FNanchor_1667_1667" id="FNanchor_1667_1667"></a>
-<a href="#Footnote_1667_1667" class="fnanchor">[1667]</a> et Samson
-procède rapidement à la fatale toilette. Puis on attend.
-Le prêtre essaie quelques exhortations, la Reine ne
-les écoute que d'une oreille distraite. Sa pensée n'est
-plus là. Mais l'abbé Girard s'étant hasardé à dire:
-«Votre mort va expier...»—«Ah!» interrompt-elle
-vivement, «des fautes, mais pas un crime
-<a name="FNanchor_1668_1668" id="FNanchor_1668_1668"></a>
-<a href="#Footnote_1668_1668" class="fnanchor">[1668]</a>.»</p>
-
-<p>Dès cinq heures du matin, le rappel a été battu
-dans les quarante-huit sections de Paris. A sept
-heures, toute la force armée est sur pied; des canons
-ont été rangés aux extrémités des ponts, places
-et carrefours, depuis le Palais jusqu'à la place de la
-Révolution. A dix heures du matin, de nombreuses
-patrouilles circulent dans les rues
-<a name="FNanchor_1669_1669" id="FNanchor_1669_1669"></a>
-<a href="#Footnote_1669_1669" class="fnanchor">[1669]</a>. La foule se
-presse aux portes de la Conciergerie, impatiente et
-houleuse; des milliers de sans-culottes
-<a name="FNanchor_1670_1670" id="FNanchor_1670_1670"></a>
-<a href="#Footnote_1670_1670" class="fnanchor">[1670]</a> sont là, injuriant
-leur victime, et attendant leur proie.</p>
-
-<p>A onze heures, un mouvement se fait. La porte de
-la prison s'ouvre; la Reine paraît, majestueuse et
-fière, comme à Versailles; vêtue d'un déshabillé de
-piqué blanc
-<a name="FNanchor_1671_1671" id="FNanchor_1671_1671"></a>
-<a href="#Footnote_1671_1671" class="fnanchor">[1671]</a>, comme pour un jour de triomphe, a
-dit un témoin oculaire
-<a name="FNanchor_1672_1672" id="FNanchor_1672_1672"></a>
-<a href="#Footnote_1672_1672" class="fnanchor">[1672]</a>; chaussée de souliers de
-<span class="pagenum"><a name="Page_584" id="Page_584">[Pg 584]</a></span>
-prunelle noire, avec des talons très haut, à la Saint-Huberty
-<a name="FNanchor_1673_1673" id="FNanchor_1673_1673"></a>
-<a href="#Footnote_1673_1673" class="fnanchor">[1673]</a>;
-un fichu de mousseline blanche autour du
-cou; sur la tête un bonnet de linon sans barbes,—elle
-n'a pu obtenir d'aller nu-tête à l'échafaud
-<a name="FNanchor_1674_1674" id="FNanchor_1674_1674"></a>
-<a href="#Footnote_1674_1674" class="fnanchor">[1674]</a>;—les
-coudes retirés en arrière par une grosse ficelle,
-dont le bourreau tient l'extrémité; le teint pâle, un
-peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang,
-les cils immobiles et raidis
-<a name="FNanchor_1675_1675" id="FNanchor_1675_1675"></a>
-<a href="#Footnote_1675_1675" class="fnanchor">[1675]</a>; la lèvre plissée par
-un ineffable dédain
-<a name="FNanchor_1676_1676" id="FNanchor_1676_1676"></a>
-<a href="#Footnote_1676_1676" class="fnanchor">[1676]</a>. Autour d'elle des gendarmes;
-près d'elle, le curé de Saint-Landry: «Voulez-vous
-que je vous accompagne?» a dit le prêtre constitutionnel.—«Comme
-vous voudrez,» a répondu
-insoucieusement la Reine
-<a name="FNanchor_1677_1677" id="FNanchor_1677_1677"></a>
-<a href="#Footnote_1677_1677" class="fnanchor">[1677]</a>.</p>
-
-<p>Trente mille hommes forment la haie, depuis la
-Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution
-<a name="FNanchor_1678_1678" id="FNanchor_1678_1678"></a>
-<a href="#Footnote_1678_1678" class="fnanchor">[1678]</a>. Cet
-appareil militaire, cette crainte d'une évasion possible,
-d'un complot pour enlever la condamnée pendant
-le trajet
-<a name="FNanchor_1679_1679" id="FNanchor_1679_1679"></a>
-<a href="#Footnote_1679_1679" class="fnanchor">[1679]</a>, cette foule immense qui roule comme
-<span class="pagenum"><a name="Page_585" id="Page_585">[Pg 585]</a></span>
-la vague, c'est le suprême et involontaire hommage
-rendu à la grandeur de Marie-Antoinette; car on n'a
-pas eu pour cette majesté déchue les mêmes égards
-que pour son mari. La voiture qui l'attend, acculée
-à quelques pas de la porte, n'est point un carrosse,
-comme pour Louis XVI, c'est l'ignoble charrette des
-condamnés vulgaires, avec ses roues pleines de boue,
-une planche pour banquette, sans paille ni foin sur
-le plancher; pour la traîner, un grossier cheval blanc;
-pour la conduire, un homme en blouse, à figure sévère
-et sinistre. La Reine ne peut retenir un mouvement
-de surprise, à la vue de cet étrange véhicule
-<a name="FNanchor_1680_1680" id="FNanchor_1680_1680"></a>
-<a href="#Footnote_1680_1680" class="fnanchor">[1680]</a>;
-mais elle ne tarde pas à dominer cette émotion
-passagère.</p>
-
-<p>Au marche-pied, placé derrière la charrette, on
-ajoute une petite échelle assez large, de quatre ou
-cinq échelons. Samson offre la main à la condamnée,
-pour l'aider à franchir les degrés; la Reine refuse
-d'un geste et monte seule, sans appui. Elle se place
-sur la banquette, le dos tourné au cheval; le prêtre
-s'assied près d'elle. «Voici, Madame, lui dit-il, l'instant
-de vous armer de courage.»—«Du courage,»
-reprend-elle vivement, il y a «si longtemps que j'en
-fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que
-j'en manque aujourd'hui
-<a name="FNanchor_1681_1681" id="FNanchor_1681_1681"></a>
-<a href="#Footnote_1681_1681" class="fnanchor">[1681]</a>.» Le prêtre insiste; elle
-lui impose silence, en lui répétant avec fermeté
-«qu'elle n'est point de sa religion, qu'elle meurt en
-professant celle de son époux et qu'elle n'oubliera
-<span class="pagenum"><a name="Page_586" id="Page_586">[Pg 586]</a></span>
-pas les principes qu'il lui a répétés tant de fois
-<a name="FNanchor_1682_1682" id="FNanchor_1682_1682"></a>
-<a href="#Footnote_1682_1682" class="fnanchor">[1682]</a>».
-Le bourreau et son aide sont debout, derrière la
-Reine, le tricorne à la main, appuyés aux parois de
-la voiture et mettant «un soin visible à laisser flotter
-à leur gré les cordes» qui lient les mains de la
-victime et dont ils tiennent les extrémités.</p>
-
-<p>Un pâle soleil d'automne éclaire cette scène. La
-charrette s'ébranle; les gendarmes ont peine à lui
-frayer un passage, au milieu de cette masse compacte
-de sans-culottes et de tricoteuses qui vont bien gagner
-leur journée. Un silence étrange règne dans
-cette foule; mais, à l'entrée de la rue Saint-Honoré,
-les clameurs commencent. Des lazzis grossiers, des
-plaisanteries sinistres, des injures infâmes, des cris
-de mort sortent, comme des émanations malfaisantes,
-des profondeurs de cette populace en délire et
-se croisent avec des cris de <i>Vive la République</i>!
-<i>A bas les tyrans
-<a name="FNanchor_1683_1683" id="FNanchor_1683_1683"></a>
-<a href="#Footnote_1683_1683" class="fnanchor">[1683]</a>!</i> Quelques misérables battent des
-mains
-<a name="FNanchor_1684_1684" id="FNanchor_1684_1684"></a>
-<a href="#Footnote_1684_1684" class="fnanchor">[1684]</a>;
-le comédien Grammont, à cheval, caracole
-autour de la charrette, donnant le signal des outrages.
-Impassible et sereine, «sans abattement ni
-fierté
-<a name="FNanchor_1685_1685" id="FNanchor_1685_1685"></a>
-<a href="#Footnote_1685_1685" class="fnanchor">[1685]</a>,»
-la Reine plane au-dessus de cette tourbe;
-ses regards se posent sur cette foule haineuse, presque
-sans la voir, et ses oreilles sont frappées de ces
-bruits, sans les entendre. A peine si, de temps à autre,
-quelque insulte, plus odieuse que les autres,
-réussit à parvenir jusqu'à elle et à ramener un instant
-<span class="pagenum"><a name="Page_587" id="Page_587">[Pg 587]</a></span>
-sur la terre cette pensée, qui monte, obstinément
-vers le ciel.</p>
-
-<p>Personne aux fenêtres; il ne faut rien au-dessus
-du niveau brutal de la rue
-<a name="FNanchor_1686_1686" id="FNanchor_1686_1686"></a>
-<a href="#Footnote_1686_1686" class="fnanchor">[1686]</a>. Toute sympathie doit
-se taire; la haine seule a droit de se montrer. Quelques
-spectateurs, dit-on, pourtant, s'évanouissent de
-douleur
-<a name="FNanchor_1687_1687" id="FNanchor_1687_1687"></a>
-<a href="#Footnote_1687_1687" class="fnanchor">[1687]</a>.</p>
-
-<p>La charrette s'avance lentement: il faut, a écrit
-un journaliste, que la Reine «boive longtemps la
-mort
-<a name="FNanchor_1688_1688" id="FNanchor_1688_1688"></a>
-<a href="#Footnote_1688_1688" class="fnanchor">[1688]</a>».
-Devant Saint-Roch, le cortège s'arrête;
-c'est une des stations que l'acharnement ingénieux
-des bourreaux a ménagées à la victime sur le long
-chemin de son Calvaire. Sur le perron de l'église
-est entassée la fine fleur des furies révolutionnaires,
-le bataillon de la citoyenne Lacombe. Grammont
-se dresse sur ses étriers, en brandissant
-son sabre: «La voilà, l'infâme Antoinette, crie-t-il;
-elle est f....., mes amis!» C'est le signal; un
-long murmure s'élève de cette foule; les vociférations,
-les imprécations, les injures viennent se fondre
-en un immense hurlement de haine et d'insulte.
-Quelle jouissance pour ces femmes, pour ces <i>lécheuses
-de guillotine</i>, comme les appelait énergiquement
-la Commune, si elles pouvaient saisir sur le visage de
-la condamnée un tressaillement, ou dans ses yeux
-une larme! Mais cette volupté ne leur est pas donnée;
-sous le coup de l'outrage, la Reine demeure
-impassible; elle ne voit rien, elle n'entend rien.</p>
-
-<p>Cent pas plus loin, en face des Jacobins, il semble
-qu'elle veuille déchiffrer l'inscription qui surmonte
-l'arcade du passage
-<a name="FNanchor_1689_1689" id="FNanchor_1689_1689"></a>
-<a href="#Footnote_1689_1689" class="fnanchor">[1689]</a>. Elle se penche vers le prêtre
-<span class="pagenum"><a name="Page_588" id="Page_588">[Pg 588]</a></span>
-constitutionnel et paraît l'interroger. Pour toute réponse,
-le prêtre élève un petit Christ d'ivoire, et la
-Reine rentre dans son silence et sa sérénité
-<a name="FNanchor_1690_1690" id="FNanchor_1690_1690"></a>
-<a href="#Footnote_1690_1690" class="fnanchor">[1690]</a>.</p>
-
-<p>A midi, le funèbre cortège débouche sur la place
-de la Révolution. Par une dernière et sanglante
-ironie, l'échafaud est dressé près du Pont-Tournant,
-au pied de la statue de la Liberté. La Reine jette un
-long regard sur ces Tuileries, où elle est entrée pour
-la première fois le 8 juin 1773, radieuse Dauphine,
-saluée par les acclamations enthousiastes du peuple
-de Paris; d'où elle est sortie le 10 août 1792, aux
-cris de rage de ce même peuple, si cruellement mobile;
-sur ces grands arbres, à l'ombre desquels son
-fils a joué tant de fois, et dont les feuilles, jaunies
-par le soleil d'automne, tombent à terre; sur ce palais
-où elle a vécu trois mortelles années, depuis les
-journées d'octobre 1789, et en face duquel elle va
-mourir. Sous le poids de ces souvenirs et de ces
-pensées, sa tête s'incline et son visage pâlit
-<a name="FNanchor_1691_1691" id="FNanchor_1691_1691"></a>
-<a href="#Footnote_1691_1691" class="fnanchor">[1691]</a>. Elle
-fléchit un moment, oppressée par d'insondables
-douleurs; mais aussitôt elle se redresse, descend de
-la charrette «avec légèreté et promptitude» et,
-«quoique ses mains soient toujours liées,» gravit,
-sans aide, les degrés de l'échafaud, «avec un air
-plus calme et plus tranquille encore qu'en sortant
-de la prison
-<a name="FNanchor_1692_1692" id="FNanchor_1692_1692"></a>
-<a href="#Footnote_1692_1692" class="fnanchor">[1692]</a>.»</p>
-
-<p>En montant l'escalier, elle met par mégarde son
-pied sur celui du bourreau. Samson laisse échapper
-un cri de douleur. La Reine se retourne: «Monsieur,»
-dit-elle, avec une liberté d'esprit et une dignité
-inouïes dans un pareil moment, «Monsieur, je
-<span class="pagenum"><a name="Page_589" id="Page_589">[Pg 589]</a></span>
-vous demande pardon
-<a name="FNanchor_1693_1693" id="FNanchor_1693_1693"></a>
-<a href="#Footnote_1693_1693" class="fnanchor">[1693]</a>!» Puis elle lève les yeux
-au ciel et murmure une dernière prière.</p>
-
-<p>Quatre minutes après
-<a name="FNanchor_1694_1694" id="FNanchor_1694_1694"></a>
-<a href="#Footnote_1694_1694" class="fnanchor">[1694]</a>, le couperet national avait
-accompli son œuvre. L'exécuteur montrait longuement
-au peuple cette tête sanglante, dont un mouvement
-convulsif agitait les paupières, et dont un vif
-incarnat teignait encore les joues. «<i>Vive la République!</i>»
-répondait le peuple. Il était midi et quart.</p>
-
-<p>Tout était fini: la fille des Césars était allée rejoindre
-au ciel le fils de saint Louis. La foule s'écoulait,
-silencieuse et comme consternée, en proie à ce
-saisissement involontaire qui oppresse les consciences
-même les plus endurcies, après l'accomplissement
-d'un grand crime.</p>
-
-<p>Cependant, de cette populace haineuse et assouvie,
-un homme sortait, se glissait sous la guillotine
-et trempait son mouchoir dans le sang qui découlait
-de l'échafaud, comme dans le sang d'une martyre
-<a name="FNanchor_1695_1695" id="FNanchor_1695_1695"></a>
-<a href="#Footnote_1695_1695" class="fnanchor">[1695]</a>.</p>
-
-<p>Ce sang de la victime, l'histoire l'a recueilli,
-comme le gendarme Maingot. Elle l'a recueilli, pour
-en marquer au front les assassins de Marie-Antoinette.
-«Le premier crime de la Révolution, dit Chateaubriand,
-fut la mort du Roi; mais le plus affreux fut
-la mort de la Reine
-<a name="FNanchor_1696_1696" id="FNanchor_1696_1696"></a>
-<a href="#Footnote_1696_1696" class="fnanchor">[1696]</a>.» «Paris n'a plus un crime à
-commettre, écrivait le cardinal de Bernis en apprenant
-l'attentat du 16 octobre. Le dernier ajoute à
-tous les autres un degré d'horreur et d'infamie inconnu
-jusqu'à aujourd'hui
-<a name="FNanchor_1697_1697" id="FNanchor_1697_1697"></a>
-<a href="#Footnote_1697_1697" class="fnanchor">[1697]</a>.» Et Napoléon a dit de
-<span class="pagenum"><a name="Page_590" id="Page_590">[Pg 590]</a></span>
-son côté: «La mort de la Reine fut un crime pire
-que le régicide
-<a name="FNanchor_1698_1698" id="FNanchor_1698_1698"></a>
-<a href="#Footnote_1698_1698" class="fnanchor">[1698]</a>;» crime purement gratuit, puisqu'il
-n'y avait aucun prétexte à alléguer comme excuse;
-crime éminemment impolitique, puisqu'il frappait
-«une princesse étrangère, le plus sacré des otages»;
-crime souverainement lâche, puisque la victime était
-une femme «qui n'avait eu que des honneurs sans
-pouvoir».</p>
-
-<p>Quinze jours après
-<a name="FNanchor_1699_1699" id="FNanchor_1699_1699"></a>
-<a href="#Footnote_1699_1699" class="fnanchor">[1699]</a>, le fossoyeur Joly enfouissait,
-dans un coin obscur du cimetière de la Madeleine,
-les restes mutilés de la grande suppliciée et soumettait
-à l'approbation du président du Tribunal
-révolutionnaire, Herman, une note ainsi conçue:</p>
-
-<p class="ac noindent">
-La Veuve Capet, pour la bière 6 livres<br />
-<span style="padding-left:2em;">Pour la fosse et les fossoyeurs. 25 —
-<a name="FNanchor_1700_1700" id="FNanchor_1700_1700"></a>
-<a href="#Footnote_1700_1700" class="fnanchor">[1700]</a></span>
-</p>
-
-<p>C'était le dernier <i>Mémoire des fournitures faites
-pour le service de la Reine de France</i>!</p>
-
-<hr class="chap" />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_591" id="Page_591">[Pg 591]</a></span></p>
-
-
-
-
-<div class="chapter p4">
- <h2><a name="TABLE_DES_MATIERES" id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h2>
-</div>
-
-<table id="TOC" summary="CONTENTS">
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_PREMIER"><span class="sc">Chapitre premier.</span></a>
- —Les États généraux.—Impopularité de la
- Reine au milieu de l'enthousiasme général.—Ouverture des
- États généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies
- qui s'éteignent.—Mort du premier Dauphin.</td>
- <td class="c2">1</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_II"><span class="sc">Chapitre II.</span></a>
- Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu
- de Paume.—La séance royale du 23 juin.—Prise de la
- Bastille.—Départ du comte d'Artois et des Polignac.—Le
- Roi va à Paris le 17 juillet.—La nuit du 4 août.—Désordres
- en province.—Lettres de la Reine à M<sup>me</sup> de Polignac.—Menaces
- de Paris contre Versailles.—Malouet propose vainement
- de transférer l'Assemblée à Compiègne.</td>
- <td class="c2">19</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_III"><span class="sc">Chapitre III.</span></a>
- —Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel
- de troupes à Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs
- des journées d'octobre.</td>
- <td class="c2">46</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_IV"><span class="sc">Chapitre IV.</span></a>
- Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris.</td>
- <td class="c2">58</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_V"><span class="sc">Chapitre V.</span></a>
- —Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues
- de la Reine avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites
- officielles des Corps constitués.—Murmures dans le
- peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle fait retirer des reconnaissances
- du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses bijoux chez
- son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du corps.—Pillage
- de la maison du boulanger François.—Représentation
- de <i>Charles IX</i>.—Comment la famille royale est installée
- et vit aux Tuileries.—Education des enfants.—Lettre de la
- Reine à M<sup>me</sup> de Tourzel.—Bienfaisance de Marie-Antoinette.—Traits
- charmants du Dauphin.—Première communion de Madame Royale.</td>
- <td class="c2">88</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_VI"><span class="sc">Chapitre VI.</span></a>
- —Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé
- sont déclarés à la disposition de la nation.—Suppression des
- Parlements.—Affaire de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan
- <span class="pagenum"><a name="Page_592" id="Page_592">[Pg 592]</a></span>
- d'évasion d'Augeard.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le
- 4 février 1790.—On présente à la Reine la veuve et le fils
- de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du <i>Livre
- rouge</i>.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à Saint-Cloud.—Fédération
- du 14 juillet 1790.—La famille royale est acclamée
- par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les
- journées d'octobre.</td>
- <td class="c2">115</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_VII"><span class="sc">Chapitre VII.</span></a>
- —Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses
- ouvertures au comte de la Marck.—Première note de Mirabeau
- pour la Cour.—Son entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le
- Roi et la Reine les écoutent sans les suivre.—Eclats
- de Mirabeau.—La Reine est de nouveau menacée.—Nouveaux
- plans de Mirabeau.—Quarante-septième note.—Utilité,
- mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau.</td>
- <td class="c2">140</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_VIII"><span class="sc">Chapitre VIII.</span></a>
- —Situation alarmante de Paris:
- l'émeute en permanence.—Démission
- de Necker.—Départ de Mesdames.—Le
- 28 février.—Le 18 avril.—Projets de fuite.—Le comte
- d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de Saint-Cloud.—Plan
- de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au marquis
- de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la Reine,
- Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises,
- est définitivement fixé au 20 juin.</td>
- <td class="c2">172</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_IX"><span class="sc">Chapitre IX.</span></a>
- —Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille
- royale et retour à Paris.</td>
- <td class="c2">198</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_X"><span class="sc">Chapitre X.</span></a>
- —La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa
- vie captive.—La Reine est interrogée par les commissaires
- de l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge est
- déployé au Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent
- de la Cour.</td>
- <td class="c2">231</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XI"><span class="sc">Chapitre XI.</span></a>
- —Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets
- de l'Empereur.—Projets du roi de Suède.—Projets
- des émigrés.—Accroissement du nombre et de l'importance
- de ces derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour et
- avec le baron de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre
- du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous l'influence
- des Constitutionnels.—Missions du chevalier de Coigny
- et de l'abbé Louis.—La Reine dément par ses lettres
- secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie des
- Constitutionnels.</td>
- <td class="c2">240</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XII"><span class="sc">Chapitre XII.</span></a>
- —La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste:
- pas d'action immédiate; des négociations seulement.—Lettre
- du 8 juillet à Fersen.—Hostilité de la Reine contre les
- émigrés.—Mauvaise attitude d'un certain nombre de ces derniers
- contre Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard
- <span class="pagenum"><a name="Page_593" id="Page_593">[Pg 593]</a></span>
- des Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment
- est-elle jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre
- à Mercy.—Cruelle situation de Marie-Antoinette.</td>
- <td class="c2">260</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XIII"><span class="sc">Chapitre XIII.</span></a>
- —Achèvement de la Constitution.—La Reine
- consulte Mercy et Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner;
- car on n'a pas de moyens de résistance.—Conseils
- divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte
- la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire.</td>
- <td class="c2">273</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XIV"><span class="sc">Chapitre XIV.</span></a>
- —Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation
- des Princes.—Lettre de Louis XVI à ses frères.—Lettre
- de M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt.—Dissentiments
- entre les Tuileries et Coblentz.—Correspondance
- de la Reine avec Fersen.—Plan de Marie-Antoinette.—Le
- Congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine est
- inexécutable.</td>
- <td class="c2">286</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XV"><span class="sc">Chapitre XV.</span></a>
- —L'Assemblée législative.—Son hostilité contre
- le Roi s'affirme dès le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La
- députation de Saint-Domingue est présentée à la
- Reine.—Le Roi ne veut pas former de Maison civile.—Projet
- d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction du Roi et de
- la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation de la
- famille royale.—Tiraillements intérieurs.—La Reine continue
- à réclamer un Congrès.—Hésitations de l'Empereur et
- mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à M<sup>me</sup> de Polignac.—Article
- menaçant des <i>Révolutions de Paris</i>.</td>
- <td class="c2">301</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XVI"><span class="sc">Chapitre XVI.</span></a>
- —Premières mesures de l'Assemblée contre les
- émigrés et les prêtres.—Le Roi demande la dispersion des
- rassemblements d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire
- envoyé à l'Empereur par les Constitutionnels.—Mission
- de M. de Simolin.—Lettre de la Reine à Mercy.—Voyage de
- Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, mais le reconnaît
- impossible.—Représentation du 20 février aux
- Italiens.</td>
- <td class="c2">317</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XVII"><span class="sc">Chapitre XVII.</span></a>
- —Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie
- insultante des Jacobins.—Nouveaux outrages contre
- la Reine.—Attaque violente de Vergniaud.—Dumouriez
- nommé ministre des affaires étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette
- son concours, qui est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques
- 1792.—La seule consolation de la Reine,
- ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M. de Fleurieu est
- nommé son gouverneur.</td>
- <td class="c2">334</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XVIII"><span class="sc">Chapitre XVIII.</span></a>
- —Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre
- de la Reine à Mercy, du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du
- <span class="pagenum"><a name="Page_594" id="Page_594">[Pg 594]</a></span>
- Pan.—Premiers échecs des troupes françaises.—Lafayette
- propose au Roi de se retirer à son armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation
- du Comité autrichien.—Réapparition des Mémoires
- de M<sup>me</sup> de la Motte.—Ils sont brûlés à Sèvres.—Licenciement
- de la garde constitutionnelle.—M. d'Hervilly
- offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le Roi refuse.—Départ
- de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation des
- prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un camp de
- vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres Girondins.—Dumouriez
- quitte le ministère.—Le Roi oppose
- son veto aux décrets.</td>
- <td class="c2">349</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XIX"><span class="sc">Chapitre XIX.</span></a>
- —Le 20 juin.</td>
- <td class="c2">364</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XX"><span class="sc">Chapitre XX.</span></a>
- —Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation
- de Louis XVI.—Voyage de Lafayette
- à Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins
- contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes
- à la famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse
- des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée
- des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un plastron.—Tentatives
- pour arracher la famille royale aux dangers
- de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Madame de
- Staël.—Le duc de Liancourt.—Plan de Lafayette.—La
- Reine refuse tout.—Son antipathie contre Lafayette.—Pourquoi.—Surveillance
- incessante autour des Tuileries.—La
- fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles: le
- 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des Marseillais.—Leur
- conflit avec les grenadiers des Filles-Saint-Thomas.—Dernière
- lettre de la Reine à Fersen.—Marche
- des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son
- effet déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les
- Jacobins redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance
- du Roi.—Arrêté de la section Mauconseil.—Préparatifs
- du 10 août.—Illusions de la Cour.—Son impuissance.—Dernière
- messe de la famille royale aux Tuileries.</td>
- <td class="c2">387</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXI"><span class="sc">Chapitre XXI.</span></a>
- —Le 10 août.</td>
- <td class="c2">421</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXII"><span class="sc">Chapitre XXII.</span></a>
- —Le Temple.—Description.—Le palais du
- grand prieur.—La Tour du Temple.—La grosse et la petite
- Tour.—La famille royale est enfermée provisoirement dans
- la petite Tour.—Le 19 août, on la sépare de ceux qui l'ont
- accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments de la
- Reine sur l'invasion.—Cléry à la Tour.—Les journées de
- septembre.—On apporte sous les fenêtres du Temple la tête
- de la princesse de Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot
- et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est
- transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est
- <span class="pagenum"><a name="Page_595" id="Page_595">[Pg 595]</a></span>
- transférée à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et
- remis à son père.</td>
- <td class="c2">446</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXIII"><span class="sc">Chapitre XXIII.</span></a>
- —La grosse Tour.—Nouvelle organisation de
- la vie des prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux
- compatissants.—Drouet au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin
- tombent malades.—Installation d'une nouvelle municipalité.—Le
- bouillon de la Reine.—On enlève à la famille
- royale tous les instruments tranchants.—Procès du Roi.—Louis
- XVI traduit à la Convention.—Il est séparé de sa famille.—Ses
- entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est condamné
- à mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution
- du Roi.</td>
- <td class="c2">468</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXIV"><span class="sc">Chapitre XXIV.</span></a>
- —La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie
- de Madame Royale.—On apporte aux prisonniers des
- vêtements de deuil.—Toulan et Lepître.—Plan d'évasion
- préparé par ces deux municipaux et M. de Jarjayes.—Modifications
- dans le plan.—Nouveau projet; il échoue comme le
- premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan
- sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine les envoie à
- Monsieur et au comte d'Artois.—Dénonciations de Tison.—Perquisitions
- nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection
- de Dumouriez.—Activité et espérances
- de Fersen.—Tout échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le
- 31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la Tour.—Le
- baron de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La méfiance
- de Simon le fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis
- XVII est enlevé à sa mère.—Il est livré au savetier
- Simon.—Nouvelle visite de Drouet au Temple.—Le jeune
- prince brutalisé par Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle
- est transférée à la Conciergerie.</td>
- <td class="c2">493</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXV"><span class="sc">Chapitre XXV.</span></a>
- —La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les
- Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—L'affaire
- de l'Œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge
- Bault et sa famille.—Nouvelle tentative d'évasion.—Le
- complot Basset.—Inaction de l'Autriche.</td>
- <td class="c2">530</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXVI"><span class="sc">Chapitre XXVI.</span></a>
- —Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier
- interrogatoire de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde
- et Tronçon-Ducoudray sont désignés pour la
- défendre.—Le tribunal.—Les jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte
- d'accusation.—Les témoins.—Déposition
- d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et Bailly.—L'officier
- de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 octobre.—Interrogatoire
- du président.—Tisset et Garnerin.—Réquisitoire
- de Fouquier-Tinville.—Discours des défenseurs.—Condamnation.—La
- Reine est ramenée à la Conciergerie.</td>
- <td class="c2">553</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="c1"><a href="#CHAPITRE_XXVII"><span class="sc">Chapitre XXVII.</span></a>
- <span class="pagenum"><a name="Page_596" id="Page_596">[Pg 596]</a></span>
- —La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette
- à M<sup>me</sup> Elisabeth.—La Reine s'habille et se jette
- quelques instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau
- Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la
- charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la
- place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne
- Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion.</td>
- <td class="c2">578</td>
- </tr>
-</table>
-
-
-<p class="ac noindent p6">FIN DU TOME SECOND ET DERNIER</p>
-
-
-
-<p class="ac noindent p6">7121.—<span class="sc">Poitiers, Imprimerie Blais,
-Roy et C<sup>ie</sup>
-</span>, 7, rue Victor-Hugo.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-
-<div class="footnotes"><h2>NOTES:</h2>
-
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a>
-<a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a>
-«Elle avait cette dignité, ce courage, cette vigueur d'élan
-dans des occasions dangereuses, qui prouvait une âme née forte;
-mais il manquait à cette âme de s'être exercée à l'usage de sa force.»—Lettre
-inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, communiquée
-par M. Gustave Bord.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a>
-<a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a>
-Mémoire en forme de doléances des habitants de la paroisse
-de Dry, universellement accepté par le bailliage de Beaugency, présenté
-par les députés de ce bailliage à l'Assemblée des trois Etats
-à Orléans.—<i>Archives nationales</i>, B. III. 99.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a>
-<a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a>
-<a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a>
-<a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a>
-Cité par M. Th. Meignan, dans son très curieux article sur <i>Les
-registres paroissiaux de l'état civil</i>.—<i>Revue des questions historiques</i>,
-janvier 1879, p. 149.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a>
-<a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 228, 229.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a>
-<a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 287.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a>
-<a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a>
-<i>Ibid.</i> 288.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a>
-<a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 203.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a>
-<a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a>
-<i>Ibid.</i> 204, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a>
-<a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a>
-Le Roy, <i>Histoire de Versailles</i>, I, 227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a>
-<a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a>
-On avait voulu lui donner un dais; il l'avait refusé, ne voulant
-pas, disait-il, d'un honneur réservé au Saint-Sacrement seul.—<i>Souvenirs
-d'un page</i>, 289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a>
-<a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a>
-<i>Ibid.</i> 290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a>
-<a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, LXXXVII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a>
-<a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a>
-<a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 288.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a>
-<a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a>
-<a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 242.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a>
-<a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a>
-<a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a>
-<a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 290.—<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>,
-I, 21, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a>
-<a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a>
-<i>Correspondance littéraire de Grimm.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a>
-<a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i> par la marquise de Lâge.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a>
-<a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 243.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a>
-<a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a>
-<a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a>
-«Il règne dans son ton et dans ses manières toute la <i>fierté</i>
-que l'on doit attendre des Bourbons.» <i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a>
-<a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 291.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a>
-<a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a>
-<i>Correspondance littéraire de Grimm.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a>
-<a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a>
-<i>Louis XVI</i>, par le comte de Falloux, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a>
-<a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a>
-<a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a>
-<a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 219, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a>
-<a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a>
-<a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a>
-<i>Le Gouvernement de Normandie</i>, IV, 384.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a>
-<a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a>
-<i>Voir</i> les détails de cette remise du Dauphin au duc d'Harcourt
-dans le <i>Gouvernement de Normandie</i>, IV, 384 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a>
-<a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a>
-Marie-Antoinette à Joseph II, 25 février 1788.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 112.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a>
-<a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a>
-Marie-Antoinette à Joseph II, 27 février 1788.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 112.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a>
-<a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a>
-La même au même, 24 avril 1788.—<i>Ibid.</i>, 116.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a>
-<a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a>
-La même au même, 16 juillet 1788.—<i>Ibid.</i>, 118.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a>
-<a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a>
-<a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a>
-<i>Le Gouvernement de Normandie</i>, IV, 385.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a>
-<a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 386.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a>
-<a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, LXXXVIII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a>
-<a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 231.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a>
-<a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a>
-M<sup>me</sup> Campan prétend que le Dauphin avait pris en grippe même
-sa mère. Mais la marquise de Lâge affirme positivement le contraire,
-et la marquise de Lâge, qui écrit à sa mère le 17 mai 1789, est plus
-croyable sur ce point que M<sup>me</sup> Campan, qui n'a écrit que de souvenir.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a>
-<a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, LXXXIX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a>
-<a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a>
-<a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a>
-Récit de M. Lefèvre, secrétaire du duc d'Harcourt, gouverneur
-du Dauphin.—<i>Le Gouvernement de Normandie</i>, IV, 387.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a>
-<a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a>
-Lettres de Boullé, député de Nantes, à ses commettants sur l'ouverture
-des États généraux.—<i>Revue de la Révolution</i>, 1888, II, p. 8
-et 11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a>
-<a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p. 34 et 35.—«A midi, raconte Boullé, la députation
-des Communes a été reçue; le doyen, accompagné de vingt députés
-choisis au sort parmi les commissaires et les adjoints, a prononcé
-à Sa Majesté le discours qui avait eu l'approbation de l'Assemblée,
-<i>en y ajoutant seulement quelques expressions de regret et de douleur</i>
-sur la perte qui vient d'affliger la France et son monarque.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a>
-<a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 209, 210.—Weber se trompe en plaçant cette
-scène le 8, au retour de Meudon. C'est le 6 que la députation du Tiers
-fut reçue par le Roi «quoique Sa Majesté, encore dans les premiers
-instants d'une douleur trop juste, se fût refusé jusqu'ici à voir personne».—Lettres
-de Boullé.—<i>Revue de la Révolution</i>, 1888, II, 36.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a>
-<a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, 2<sup>e</sup> édition, I, 283, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a>
-<a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a>
-<i>Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles</i>, par
-Ch. Vatel, p. 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a>
-<a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a>
-«On fit accroire au peuple qu'il se tramait mille conspirations
-dangereuses contre ses libertés; les meneurs de la foule virent
-bientôt que le moment était venu de mettre en branle les masses.»
-M. de Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789.—<i>Revue d'Alsace</i>,
-avril, mai, juin 1880, 202.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a>
-<a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 285.—Malouet avait demandé qu'on
-plaçât dans l'arrêté ou la formule du serment un membre de
-phrase attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à
-«faire la Constitution de concert avec le Roi». Plusieurs députés
-se joignirent à lui pour réclamer un amendement analogue. «Cela
-est juste, leur répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre
-aux voix votre proposition, <i>pour qu'elle ne soit pas rejetée</i>.»—<i>La
-chute de l'ancien Régime</i>, par Aimé Chérest, III, 204. M. Chérest
-ajoute que Mirabeau «partageait les sentiments de Malouet», mais
-que «désespérant de les faire prévaloir ce jour-là», il «n'essaya
-même pas de les exprimer séance tenante.»—<i>Ibid.</i>, 203.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a>
-<a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a>
-«La démarche des Communes, en se déclarant Assemblée
-nationale, indépendante des autres Ordres et du Roi lui-même, et
-en déclarant qu'aucun pouvoir ne la dissoudrait, est, dans le fait,
-s'emparer de toute l'autorité du royaume. Elles se sont, par un seul
-décret, rendues semblables au Long Parlement de Charles I<sup>er</sup>... Une
-démarche aussi hardie et aussi désespérée, contraire à tous les
-autres intérêts du royaume, également funeste à l'autorité royale,
-au Parlement, à l'armée, ne peut être accordée.»—<i>Voyages d'A.
-Young</i>, I, 342.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a>
-<a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 284.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a>
-<a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a>
-Mounier, <i>Recherches sur les causes qui ont empêché les Français
-de devenir libres</i>, Genève, 1792, I, 296.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a>
-<a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a>
-<a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 283, 284.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a>
-<a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a>
-<i>Louis XVI</i>, par le comte de Falloux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a>
-<a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a>
-<a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a>
-Un premier conseil avait été tenu le 19 à Marly, où la Cour
-s'était transportée après la mort du Dauphin. Le second conseil se
-tint le 21 à Versailles, où la Cour était revenue dans l'intervalle.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a>
-<a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a>
-De Larcy. <i>Des vicissitudes de la France</i>, 11.—Les députés de la
-commune de Strasbourg, très désappointés de l'évanouissement de
-leurs espérances et très froissés du maintien de la distinction des
-Ordres, avouaient cependant qu'il y avait dans la déclaration du
-Roi des «adoucissements réels», et ils écrivaient le soir même du
-23 juin aux commissaires de la Bourgeoisie de Strasbourg: «Nous
-vous observons que si tous les objets annoncés par Sa Majesté,
-comme soulagement, sont accordés aux peuples, ceux-ci y trouveront
-des <i>consolations puissantes</i> pour le degré de liberté politique,
-dont ils attendaient le bienfait de la justice du monarque et des lumières
-du siècle et qui paraît leur échapper.»—<i>L'Alsace pendant</i>
-<i>la Révolution française</i>, par Rod. Reuss.—<i>Revue d'Alsace</i>, juillet,
-août, septembre 1879, 344.—L'un de ces députés, M. de Turckheim,
-écrivait plus tard, dans le rapport qu'il adressait à ses commettants,
-le 23 novembre 1789: «La séance royale du 23 juin, où nous entendîmes
-pour la dernière fois la voix du monarque, avait manifesté
-les meilleurs sentiments à l'égard du bonheur de son peuple. Tout
-ce que réclamaient nos cahiers de doléances était accordé, et si les
-paysans, si remuants aujourd'hui qu'ils ont été excités par l'artifice,
-avaient été consultés alors, ils auraient éclaté en protestations de
-joie et de reconnaissance.»—<i>Ibid.</i>, avril, mai, juin 1780, p. 201.—A.
-Young écrivait de même: «Tout le monde connaît les propositions
-faites par le Roi; le plan était bon; on accordait beaucoup
-au peuple sur des points essentiels.»—<i>Voyage en France</i>, I, 349.
-«Les Communes, en refusant opiniâtrement ce qu'on leur propose,
-abandonnent au hasard des avantages certains et inconnus, à ce
-hasard qui fera peut-être que la postérité les maudira, au lieu de
-bénir leur mémoire comme celle de vrais patriotes.»—<i>Ibid.</i>, 355.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a>
-<a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a>
-Paroles textuelles de Mirabeau, données par le marquis de
-Dreux-Brézé dans les séances de la Chambre des Pairs, des 9 et
-15 mars 1833. Cité par le comte de Falloux.—<i>Louis XVI. Pièces justificatives</i>,
-371.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a>
-<a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a>
-Lally-Tollendal. <i>Biographie universelle</i>, article Necker; cité dans
-les <i>Mémoires de Malouet</i>, I, 287.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a>
-<a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a>
-<i>Le comte de Fersen et la Cour de France.</i> Introduction, XLVII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a>
-<a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a>
-«On fit venir des troupes de la province pour inspirer quelque
-peur aux conciliabules de l'émeute; mais ce n'était qu'un moyen
-d'intimidation; car la douceur extrême du Roi et son amour pour
-ses sujets ne lui permirent jamais de songer seulement à verser le
-sang, pour maintenir son autorité suprême.»—<i>Mémoires de M. de
-Turckheim</i> à ses commettants, 23 novembre 1789. <i>Revue d'Alsace</i>,
-avril, mai, juin 1880, 202.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a>
-<a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a>
-<i>Mémoires de Gouverneur Morris</i>, I, 255.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a>
-<a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a>
-Ferrières raconte qu'à la suite de la séance royale du 23 juin,
-les députes de la Noblesse, après avoir été chez le comte d'Artois, se
-présentèrent chez la Reine. «Ce n'était pas à elle, dit-il, qu'on avait
-le moins d'obligations. La Reine sortit dans le salon de jeu; elle
-tenait Madame par la main, elle portait le jeune Dauphin sur son
-bras. Tableau délicieux d'une mère: douce expression de la nature!
-La Reine présenta M. le Dauphin aux députés, leur disant, avec
-beaucoup de grâce, qu'elle le donnait à la Noblesse, qu'elle lui apprendrait
-à la chérir, à la regarder comme le plus ferme appui
-du trône.»—<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 59-60. Mais Ferrières
-ajoute plus loin que ce fut la Reine qui prit l'initiative des instances
-pour décider Necker à rester.—La démarche de la Noblesse près
-de la Reine et les paroles de celle-ci nous paraissent surtout dictées
-par la courtoisie. Si la Reine avait été le principal appui de la réaction
-aristocratique, les députés de la Noblesse n'auraient-ils pas
-été chez elle tout d'abord, au lieu de commencer par le comte d'Artois
-et Monsieur?</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a>
-<a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a>
-<i>Mémoires du comte de Ségur</i>, II, 208. «Jamais je ne vis plus de
-dignité dans la douleur, plus de douceur dans l'affliction.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a>
-<a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a>
-«Le Roi rappelait à M. Necker qu'il l'avait, à quatre reprises
-différentes, supplié de lui accorder l'autorisation de se retirer, et il
-disait que l'état actuel des circonstances lui permettait de lui accorder
-maintenant cette faveur; il l'autorisait donc à s'éloigner, sans
-retard et sans bruit, et il se réservait de lui donner plus tard des
-marques de sa faveur royale et de sa satisfaction.»—Mercy à
-Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations inédites de la prise de la Bastille</i>,
-publiées par J. Flammermont.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a>
-<a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a>
-<i>Histoire de Louis XVI</i>, par Droz, II, 304, p. 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a>
-<a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a>
-S'il faut en croire Mercy, les gardes suisses même auraient
-refusé de servir contre le peuple. Mercy à Kaunitz, 23 juillet,
-1789.—<i>Relations inédites de la prise de la Bastille</i>, publiées
-par J. Flammermont, p. 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a>
-<a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a>
-Voir pour plus de détails la <i>Prise de la Bastille</i>, par M. de Poncins
-(<i>Brochures sur la Révolution française publiées par la Société
-biographique</i>), et la <i>Prise de la Bastille</i>, par M. Gustave Bord, directeur
-de la <i>Revue de la Révolution</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a>
-<a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a>
-<a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a>
-<a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 136.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a>
-<a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 233.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a>
-<a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 234.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a>
-<a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et le caractère de M<sup>me</sup> la duchesse de Polignac</i>,
-par la comtesse Diane de Polignac. Hambourg, 1796, 27, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a>
-<a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 234.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a>
-<a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et le caractère de M<sup>me</sup> la duchesse de Polignac</i>,
-31, 33.—Il avait été question d'abord de rappeler Necker seul, sans
-les autres ministres, en particulier sans le comte de Montmorin et le
-comte de Saint-Priest contre lesquels on avait inspiré au Roi de vives
-préventions. La Reine, persuadée par Mercy que cette exclusion de
-deux ministres populaires aurait de graves inconvénients dans l'état
-de surexcitation de la foule, finit par déterminer le Roi à rappeler
-le ministère tout entier et à faire bon accueil à tous les ministres.—Mercy
-à Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations inédites de la
-prise de la Bastille</i>, publiées par J. Flammermont, p. 25 et 28, 29, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a>
-<a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a>
-<i>Voir</i> le récit de cette scène touchante dans les <i>Mémoires du
-marquis de Ferrières</i>, I, 141.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a>
-<a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a>
-<i>Mémoires du comte Valentin Esterhazy, fragments.</i>—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a>
-<a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a>
-Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations inédites de la
-prise de la Bastille</i>, publiées par J. Flammermont, p. 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a>
-<a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a>
-<i>Evénements mémorables arrivés à Verdun au sujet du maréchal
-de Broglie et son arrivée à Metz.</i> Paris, Lefèvre. 1789.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a>
-<a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 236.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a>
-<a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a>
-<a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—<i>Voir</i> aussi Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations
-inédites de la prise de la Bastille</i>, publiées par J. Flammermont,
-p. 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a>
-<a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a>
-<i>Quinzaine mémorable</i>, 87.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a>
-<a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 93.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a>
-<a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 263.—<i>Voir</i> également, sur
-ce voyage du Roi à Paris, une lettre du 18 juillet 1789, écrite par
-un député de Marseille à la marquise de Créquy. Ce député, dont
-le nom est inconnu, fait remarquer avec raison combien la vérité
-est difficile à établir, même pour les contemporains. «Les faits opposés,
-dit-il, sont attestés par des gens qui disent: «<i>J'y étais</i>».—<i>Revue
-de la Révolution</i>, septembre 1783, p. 73.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a>
-<a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a>
-«La voiture allait à tour de roue; en conséquence, il fut longtemps
-en présence de ces bons habitants de Paris.»—<i>Souvenirs
-d'un basochien.</i>—<i>Revue de la Révolution</i>, mars 1885, 79.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a>
-<a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a>
-<i>Histoire de la Révolution</i>, par deux amis de la liberté.
-</p>
-<p>
-«Je constate qu'il avait la figure bouleversée, attérée.»—<i>Souvenirs
-d'un basochien.</i>—<i>Revue de la Révolution</i>, mars 1885, 79.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a>
-<a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a>
-<a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a>
-<i>Histoire de France pendant trois mois</i>, par le cousin Jacques,
-I, 116.—«Au lieu de <i>Vive le Roi!</i> on criait <i>Vive la nation!</i> Ce à
-quoi on ajoutait que le Roi serait acclamé plus tard, à son départ, si
-l'on était content de lui.» Rapport de M. de Simolin au comte
-Ostermann.—<i>Revue de la Révolution</i>, janvier 1886, p. 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a>
-<a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a>
-<i>Mémoires de Bailly</i>, II, 65.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a>
-<a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a>
-<i>Histoire de France pendant trois mois</i>, I, 116.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a>
-<a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a>
-Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations inédites de la prise
-de la Bastille</i>, publiées par J. Flammermont, p. 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a>
-<a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 205.—«M. le marquis de
-Lafayette défendit toute manifestation de joie et donna l'ordre que
-les arrondissements s'assemblassent comme à l'ordinaire pour organiser
-les rondes.»—Rapport de M. de Simolin au comte Osterman.
-<i>Revue de la Révolution</i>, janvier 1886, p. 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a>
-<a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a>
-<i>Mémoires de Bailly</i>, II, 61.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a>
-<a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 239, 240.—M<sup>me</sup> Campan donne le
-commencement du discours que, suivant elle, la Reine devait
-adresser à l'Assemblée: «Messieurs, je viens remettre entre vos
-mains l'épouse et la famille de votre souverain. Ne souffrez pas
-que l'on désunisse sur la terre ce qui a été uni dans le ciel.»
-Accompagnée de Monsieur, elle devait en même temps demander à
-l'Assemblée de transporter à quelque distance de Versailles le lieu
-de ses réunions. Mercy, qui donne ces détails, croit que l'Assemblée,
-qui commençait à s'effrayer de l'effervescence et de la prédominance
-de Paris, aurait accepté cette proposition.—Mercy à Kaunitz, 23
-juillet 1789.—<i>Relations inédites de la prise de la Bastille</i>, publiées
-par J. Flammermont, p. 29.—La Reine avait projeté d'abord,
-dans le cas où le Roi eût été retenu prisonnier à Paris, de se retirer
-avec le Dauphin soit à Valenciennes, soit dans les Pays-Bas. Sur
-l'observation de Mercy que ce départ serait considéré par le pays,
-fortement surexcité, comme un enlèvement du Dauphin, elle avait
-renoncé à cette idée.—<i>Ibid.</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a>
-<a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 302.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a>
-<a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a>
-<a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a>
-<i>Histoire de France pendant trois mois</i>, I, 118, 119.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a>
-<a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a>
-<i>Journal de Versailles</i> du 22 juillet, n<sup>o</sup> 14, cité dans les <i>Mémoires
-de Bailly</i>, II, 69.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a>
-<a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a>
-<i>Quinzaine mémorable</i>, 134.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a>
-<a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a>
-Nous en exceptons l'électeur Etienne Larivière, qui, plus d'une
-fois, fit à Berthier un rempart de son corps.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a>
-<a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a>
-Vergniaud, plaidoyer pour Durieux.—<i>Vergniaud, monuments,
-lettres et papiers</i>, par Ch. Vatel, II, 68.—<i>Voir</i>, sur cette anarchie spontanée
-dans les provinces, le curieux volume de M. G. Bord: <i>La prise
-de la Bastille</i>, et les magistrales études de M. Taine sur la <i>Révolution</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a>
-<a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a>
-<a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a>
-Joseph II à Léopold, 3 août 1789.—<i>Joseph II und Léopold von
-Toscana</i>, II, 265.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a>
-<a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a>
-Necker étant resté quelques jours sans revenir, et les courriers
-qui lui portaient son rappel ayant eu de la peine à le trouver, on
-avait fait courir le bruit que la Reine, par répulsion contre lui, l'avait
-fait partir pour Bruxelles, afin de «l'éloigner encore plus de
-la France».—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—<i>Relations inédites
-de la prise de la Bastille</i>, publiées par J. Flammermont, p. 29.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a>
-<a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a>
-<i>Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette,
-la Cour et la ville</i>, de 1777 à 1792, 25 septembre 1789, II, 387.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a>
-<a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet</i>, Malouet, 3<sup>e</sup> témoin.—Lally-Tollendal,
-<i>Lettre à ses commettants</i>, 85.—On peut lire aussi dans la <i>Revue
-d'Alsace</i>,—octobre, novembre, décembre 1879—les lettres découragées
-d'un député de Strasbourg, le baron de Turckheim, à cette
-même époque. M. de Turckheim, très libéral mais très royaliste, ne
-tarda pas à donner sa démission et à se retirer en Alsace. Dans le
-rapport qu'il adressa à ses commettants sur sa conduite, le 23 novembre
-1789, il écrivait: «Nous ne voulûmes pas au début prendre la
-parole sans nécessité en présence de quelques centaines d'avocats
-bavards qui répandaient plus de désordre que de lumières, en
-présence aussi du <i>manque complet de liberté</i> qui nous empêchait
-de le faire, depuis qu'une foule sans frein avait été introduite dans
-la salle de nos séances et que les clubs insolents qui siégeaient dans
-les cafés du Palais-Royal s'étaient érigés en juges et en vengeurs
-des affaires de la nation. Nous avons acquis la triste conviction que
-la voix de la modération ne serait point écoutée.» <i>Revue d'Alsace</i>,
-avril, mai, juin 1880, p. 200.—M. de Turckheim concluait ainsi:
-«Qui donc entrava la marche des affaires? Je le dis en toute franchise
-devant Dieu et mes concitoyens: ce ne fut pas la Noblesse
-qui expia d'une façon cruelle d'antiques et injustes abus; ce ne
-fut pas le Clergé qui s'offrit à supporter volontairement sa part proportionnelle
-des impôts, mais qu'on voulut dépouiller de toute propriété.
-Non, ce fut un petit nombre d'hommes qui s'étaient mis
-d'accord entre eux pour tout renverser et, sans souci de leurs mandats
-catégoriques, voulaient pousser à la révolte vingt-cinq millions
-d'hommes qui auraient pu suivre en repos nos travaux en les bénissant.»—<i>Ibid.</i>,
-203.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a>
-<a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a>
-Le comte de Fersen à son père, 3 septembre 1789. <i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, XLIX. Introduction.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a>
-<a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 303.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a>
-<a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a>
-Brouillon de lettre de M. le comte d'Estaing à la Reine.—<i>Rapport
-de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et 6 octobre,
-fait à l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du
-Comité des rapports.</i> Paris, Imprimerie Nationale, 1790.—Pièces
-justificatives. La lettre est du 14 septembre. <i>Rapport de Chabroud</i>, 49.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a>
-<a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 3 et 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a>
-<a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a>
-<i>Voir</i> tous les détails de ce plan dans les <i>Mémoires de Malouet</i>,
-I, 393 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a>
-<a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a>
-Droz, citant Molleville, II, 470, dit que cette démarche fut faite
-le 15 septembre. Mais Mallet du Pan, qui était en relations intimes
-avec Malouet et ses amis, donne la date du 29.—<i>Mémoires et correspondance
-de Mallet du Pan</i>, II, 485.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a>
-<a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a>
-<i>Exposé de la conduite de M. Mounier</i>, 55.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a>
-<a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 254.—<i>Exposé de la conduite de M. Mounier</i>,
-66.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a>
-<a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a>
-Mounier. <i>Appel au tribunal de l'opinion publique</i>, 95.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a>
-<a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a>
-<i>Exposé de la conduite de M. Mounier</i>, 66.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a>
-<a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Besson, 117<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a>
-<a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i>—Blaisot, 24<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a>
-<a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—Faydel, député, 148<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a>
-<a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a>
-Le Roy. <i>Histoire de Versailles</i>, II, 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a>
-<a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a>
-Le Roy. <i>Histoire de Versailles</i>, II, 29.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a>
-<a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a>
-Lettre des députés de Strasbourg au magistrat de la ville, 25
-septembre 1789.—<i>L'Alsace pendant la Révolution française</i>, par
-Rod. Reuss.—<i>Revue d'Alsace</i>, octobre, novembre et décembre 1879,
-p. 480.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a>
-<a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a>
-Le Roy. <i>Histoire de Versailles</i>, II, 32, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a>
-<a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a>
-Lettre du Roi écrite de la propre main de Sa Majesté à M. le
-comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de
-Versailles, par lui lue à l'Assemblée de l'Etat-major et des capitaines
-de la dite garde, le 24 septembre 1789 et qu'elle a consignée
-dans ses registres.—A Versailles, de l'Imprimerie Royale, 1789.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a>
-<a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a>
-Affaire Marie-Antoinette.—Déposition de Lecointre.—<i>Armoire
-de fer</i>, carton 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a>
-<a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a>
-«Ils résolurent, dit M<sup>me</sup> de Tourzel, d'employer tous les moyens
-possibles pour empêcher la corruption du régiment de Flandre, le
-conserver fidèle au Roi, et ils se flattaient d'y réussir, en lui inspirant
-estime et confiance.» <i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a>
-<a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a>
-<a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a>
-Le Roy. <i>Histoire de Versailles</i>, II, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a>
-<a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a>
-Voir notamment Mounier. <i>Appel à la nation</i>, p. 113.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a>
-<a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a>
-<a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a>
-Premier interrogatoire de la Reine.—<i>Marie-Antoinette à la
-Conciergerie</i>, 217.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a>
-<a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a>
-Mounier. <i>Appel au tribunal de l'opinion publique</i>, 90.—Mounier
-ajoute: «Beaucoup d'étrangers, et les militaires, lorsqu'ils
-n'étaient pas en uniforme, avaient conservé l'usage d'une cocarde
-noire.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a>
-<a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a>
-<i>Réponse de la Reine.</i> A Versailles, de l'Imprimerie royale, 1789.—<i>Archives
-nationales.</i> <i>Armoire de fer</i>, carton 13, coté 89.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a>
-<a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a>
-Il était resté environ quatre cents bouteilles de vin du banquet
-du 1<sup>er</sup>; c'est pour épuiser cette réserve qu'eut lieu le déjeuner du 3.—<i>Exposé
-de la conduite des gardes du corps, à la suite des forfaits
-d'octobre</i>, II, 235.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a>
-<a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a>
-Les pauvres n'avaient pas été oubliés dans ces réjouissances;
-il avait été décidé que chaque compagnie des gardes du corps fournirait
-une somme de 1500 livres et que les deux mille écus ainsi
-réunis seraient remis aux curés de Versailles pour être distribués
-aux indigents; la distribution devait commencer le 6 octobre.—<i>Exposé
-fidèle de la conduite des gardes du corps</i>, 236, 237.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a>
-<a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a>
-Au mois de juin, «un maréchal-des-logis, bas officier avec
-rang de lieutenant-colonel, est venu dire, au nom de la troupe, au
-duc de Guiche, capitaine du quartier, que leur devoir était de garder
-et de protéger la personne du Roi, mais non de monter à cheval
-pour se battre avec la canaille; qu'en conséquence ils ne feraient
-pas de patrouilles.»—<i>Lettres d'un attaché de la légation de Saxe.</i>—<i>Revue
-de la Révolution</i>, août 1884, 36.—<i>Voir</i> aussi <i>Mémorial de
-Gouverneur Morris</i>, II, 16, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a>
-<a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Antoine, député, 220<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a>
-<a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a>
-Lettre de Lecointre au Roi, 5 novembre 1789.—<i>Archives nationales,
-Armoire de fer</i>, carton 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a>
-<a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a>
-Gorsas était maître de pension à Versailles.—Le Roy. <i>Histoire
-de Versailles</i>, II, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a>
-<a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a>
-Gouverneur Morris à John Jay, 1<sup>er</sup> juillet 1789.—Le même à
-Washington, 31 juillet 1789.—<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, II,
-16, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a>
-<a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a>
-Lally-Tollendal.—<i>Lettre à ses commettants</i>, 94. Les députés de
-Strasbourg écrivaient au magistrat de la ville, le 7 octobre 1789, cette
-phrase significative: «Depuis plusieurs jours la capitale était dans
-les plus vives inquiétudes sur ses approvisionnements; à peine
-pouvait-on y avoir du pain, <i>quoique le jour même de l'insurrection il
-ait reparu en abondance</i>.»—<i>L'Alsace pendant la Révolution française</i>,
-par Rod. Reuss. <i>Revue d'Alsace</i>, janvier, février, mars 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a>
-<a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Lefebvre, 62<sup>e</sup> témoin—de Foucault, 119<sup>e</sup>
-témoin—Tailhardat. 126<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a>
-<a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a>
-Taine. <i>Origines de la France moderne; la Révolution</i>, I, 128.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a>
-<a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Blois, 35<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a>
-<a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a>
-Mounier. <i>Appel au tribunal de l'opinion publique</i>, 123.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a>
-<a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Blois, 35<sup>me</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a>
-<a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Blois, 35<sup>me</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a>
-<a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Brousse des Faucherets, avocat au Parlement,
-30<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a>
-<a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Fissour, représentant de la Commune,
-30<sup>me</sup> témoin—Jean Pelletier, négociant. 1<sup>er</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a>
-<a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Brousse des Faucherets, 30<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a>
-<a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Le même.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a>
-<a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Marquis de Fournès, député, 185<sup>e</sup>
-témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a>
-<a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Maillard, 81<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a>
-<a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Du Granger, garde du corps, 10<sup>me</sup> témoin;—Rabel,
-garçon de chambre du Roi, 387<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a>
-<a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a>
-<i>Ibid.</i> De Longuève, député, 15<sup>e</sup> témoin;—marquis de Virieu,
-député, 148<sup>e</sup> témoin;—Feydel, député, 148<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a>
-<a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 292.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a>
-<a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Marquis de Digoine, député, 168<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a>
-<a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Marquis de Raigecourt, député suppléant, 204<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a>
-<a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Déposition de Mounier: information faite à Genève.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a>
-<a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a>
-<i>Procéd. du Châtelet.</i> De Cubières, cavalcadour du Roi, 269<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a>
-<a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Basire, porte-manteau du Roi, 233<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a>
-<a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a>
-<a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a>
-M. de Narbonne demandait qu'on lui donnât des troupes et
-des canons pour aller garder les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud,
-assurant qu'il mettrait toutes ces bandes en fuite.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, I, 7.—M. de Saint-Priest proposait que le Roi
-se mît lui-même à la tête de ces troupes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a>
-<a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a>
-<i>Journées des 5 et 6 octobre 1789</i>, par le marquis de Paroy.—<i>Revue
-de le Révolution</i>, 5 janvier 1883.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a>
-<a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Tourzel prétend que Necker profita d'une absence momentanée
-de M. de Saint-Priest, qui était allé conduire à Saint-Cyr
-sa femme prête d'accoucher, pour peser sur la détermination du
-Roi, un instant ébranlée par MM. de Saint-Priest et de Narbonne.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, I, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a>
-<a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a>
-M. de Barante. <i>Notice sur le comte de Saint-Priest.</i>—<i>Etudes
-historiques et biographiques</i>, I, 234. M. de Saint-Priest avait été fortement
-appuyé par le président de l'Assemblée, Mounier, qui, ce
-soir là, comme on le verra plus loin, passa cinq heures au Château
-et demanda instamment le départ de la famille royale.—<i>Mémoires
-et correspondance de Mallet du Pan</i>, I, 181, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a>
-<a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a>
-M. de Barante. <i>Notice sur le comte de Saint-Priest.</i>—<i>Etudes
-historiques et biographiques</i>, I, 234.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a>
-<a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a>
-Il y avait deux quartiers à Versailles, le quartier Saint-Louis
-royaliste, le quartier Notre-Dame, révolutionnaire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a>
-<a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a>
-M. de Barante. <i>Notice sur le comte de Saint-Priest.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a>
-<a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 267.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a>
-<a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a>
-<a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a>
-«Quelques personnes instruites, dit Rivarol, prétendent que
-si cette princesse,—la Reine,—était partie, elle n'eût jamais échappé
-aux assassins, dont toutes les rues qui aboutissent au Château
-étaient suffisamment garnies.»—<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série,
-n<sup>o</sup> XIX.—<i>Œuvres choisies de Rivarol</i>, publiées avec une préface
-par M. de Lescure. Paris, Jouaust, 1880, II, 311.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a>
-<a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a>
-<i>Voir</i>, sur toutes ces indécisions, M. de Barante. <i>Notice sur
-le comte de Saint-Priest.</i>—<i>Etudes historiques et biographiques</i>, I,
-33 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a>
-<a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a>
-<i>Evénements de Paris et de Versailles, par une des dames qui a
-eu l'honneur d'être de la députation à l'Assemblée générale.</i> Chez
-Garnery et Volland, p. 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a>
-<a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Cavalier, chirurgien major du régiment
-de Flandre, 71<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a>
-<a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Périer, avocat, 243<sup>e</sup> témoin—Galland, commis de la mairie,
-272<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a>
-<a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Girin de la Morte, capitaine d'infanterie, 48<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a>
-<a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Longuève, député, 155<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a>
-<a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a>
-<i>Journées des 5 et 6 octobre 1789</i>, par le marquis de Paroy.—<i>Revue
-de la Révolution</i>, 5 janvier 1883.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a>
-<a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a>
-<a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a>
-Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard, citée
-dans <i>Un homme d'autrefois</i> par le marquis Costa de Beauregard,
-Paris, Plon, 1877, p. 89. M. de Maistre ajoute que les femmes qui
-avaient laissé voir qu'elles étaient touchées des bontés du Roi,
-furent maltraitées par leurs compagnes et fouettées en plein palais
-de Versailles.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a>
-<a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Derosnet, 211<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a>
-<a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 11 et 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a>
-<a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Frondeville, 177<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a>
-<a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a>
-Rivarol, <i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XX.—<i>Œuvres
-choisies de Rivarol</i>, II, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a>
-<a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a>
-<a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Frondeville, 177<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a>
-<a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a>
-<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XX.—<i>Œuvres choisies
-de Rivarol</i>, II, 327, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a>
-<a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a>
-«Je vis les banquettes où devaient siéger les députés du pays
-occupées par des femmes ivres et repoussantes.»—Rapport de
-M. de Turckheim à ses commettants. <i>Revue d'Alsace</i>, avril, mai, juin
-1880, 210.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a>
-<a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a>
-De Larcy. <i>Louis XVI et les États généraux.</i>—<i>Correspondant</i>, 25
-août 1868.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a>
-<a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a>
-<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XX.—<i>Œuvres choisies
-de Rivarol</i>, II, 324.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a>
-<a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a>
-<a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a>
-<i>Journées des 5 et 6 octobre 1789</i>, par le marquis de Paroy.—<i>Revue
-de la Révolution</i>, janvier 1883.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a>
-<a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a>
-<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XX.—<i>Œuvres choisies
-de Rivarol</i>, II, 325.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a>
-<a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a>
-«Sur les une heure après minuit, M. de Lafayette sortit du
-cabinet du Roi et dit que le Roi et la Reine allaient se coucher,
-qu'il allait en faire autant et qu'il conseillait à tout le monde de se
-retirer chez soi et de dormir tranquille, que personne n'avait rien à
-craindre.»—Marquis de Paroy. <i>Copie de la lettre que j'ai écrite à
-ma femme le 5 octobre au soir après le départ du Roi pour Paris.</i>—<i>Revue
-de la Révolution</i>, janvier 1883.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a>
-<a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Bernardy, 225<sup>e</sup> témoin.—M<sup>me</sup> de
-Tourzel raconte un fait étrange. D'après elle, les brigands auraient
-fait dire une messe au curé de Saint-Louis, probablement pour le
-succès de leur entreprise, y auraient assisté, et ce ne serait qu'après
-avoir entendu cette messe qu'ils se seraient rués sur le Château.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, I, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a>
-<a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Frondeville, 177<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a>
-<a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Marquis de Digoine, député, 168<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a>
-<a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Gallemand, secrétaire du Comité de Constitution, 373<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a>
-<a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a>
-Mounier. <i>Appel au tribunal de l'opinion publique</i>, 173.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a>
-<a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> M<sup>me</sup> Thibaut, première femme de la
-Reine, 86<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a>
-<a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Veytard, 91<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a>
-<a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Comte de la Châtre, député, 139<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a>
-<a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a>
-M. de Varicourt fut égorgé avec des raffinements de cruauté
-horribles. Nous nous permettons de renvoyer pour ces détails à l'étude
-plus complète publiée par nous sous ce titre: <i>Les journées des
-5 et 6 octobre 1789</i>.—<i>Revue des questions historiques</i>, octobre 1873.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a>
-<a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Chauchard, 101<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a>
-<a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a>
-<i>Ibid.</i> François Dupont, suisse de la vicomtesse de Talaru,
-131<sup>e</sup> témoin.—Ce misérable assassin était modèle dans les
-ateliers de peintres et s'appelait Jourdan. Il fut désigné dans
-la suite par le surnom de Coupe-tête.—M. de Maistre affirme
-que Mounier a vu des femmes qui venaient prendre du pain dans
-les cuisines du Roi, le tremper dans le sang des gardes du corps
-et le manger ensuite.—Lettre du comte de Maistre au marquis de
-Beauregard.—<i>Un homme d'autrefois</i>, 89.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a>
-<a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Borg, 346<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a>
-<a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a>
-Lettre du comte de Maistre au marquis de Beauregard.—<i>Un
-homme d'autrefois</i>, 88.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a>
-<a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Marquis de Paroy, député, 246<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a>
-<a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Marguerite Andelle, 236<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a>
-<a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a>
-<i>Ibid.</i> De Forget, capitaine de cavalerie, 370<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a>
-<a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Bercy, valet de chambre de la Reine, 100<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a>
-<a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a>
-<i>Ibid.</i> De Miomandre, 18<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a>
-<a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a>
-<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XXI.—<i>Œuvres choisies
-de Rivarol</i>, II, 332.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a>
-<a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Rabel, garçon de chambre du Roi,
-387<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a>
-<a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a>
-M<sup>me</sup> Campan dit qu'il est faux que les brigands aient percé
-le lit de la Reine à coups de piques, comme le bruit s'en est accrédité;
-le comte d'Hésecques, dans ses <i>Souvenirs d'un page</i>, dit la
-même chose. Mais le comte de La Châtre, 139<sup>e</sup> témoin, affirme avoir
-vu, dans la matinée du 6, le lit de la Reine «bouleversé» par les
-envahisseurs. M<sup>me</sup> de Tourzel le raconte également.—<i>Mémoires de
-la duchesse de Tourzel</i>, I, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a>
-<a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a>
-<i>L'Espion de la Révolution</i>, I, 90.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a>
-<a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a>
-<a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a>
-<a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Derosnet, 211<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a>
-<a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Marquis de Digoine, 168<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a>
-<a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a>
-<i>Journées des 5 et 6 octobre 1789</i>, par le marquis de Paroy.—<i>Revue
-de la Révolution</i>, janvier 1883, p. 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a>
-<a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a>
-<a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> De Saint-Aulaire, 158<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a>
-<a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël. <i>Considérations sur la Révolution française</i>, I, 272.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a>
-<a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a>
-Marquis de Paroy. <i>Copie de la lettre que j'ai écrite à ma femme.</i>—<i>Revue
-de la Révolution</i>, janvier 1883, p. 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a>
-<a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Jeanne Bessons, femme Tillet, 365<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a>
-<a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a>
-<i>Journal politique national</i>, 2<sup>e</sup> série, n<sup>o</sup> XXI.—<i>Œuvres choisies
-de Rivarol</i>, II, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a>
-<a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a>
-Il en sera de même au 20 juin et jusqu'au tribunal révolutionnaire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a>
-<a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël. <i>Considérations sur la Révolution française</i>, I, 272.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a>
-<a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a>
-Marquis de Paroy. <i>Copie de la lettre que j'ai écrite à ma
-femme.</i>—<i>Revue de la Révolution</i>, janvier 1883, p. 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a>
-<a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a>
-Marquis de Paroy. <i>Copie de la lettre que j'ai écrite à ma femme.</i>—<i>Revue
-de la Révolution</i>, janvier 1883, p. 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a>
-<a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a>
-<i>Mémoires de Lafayette.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a>
-<a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Derosnet, 211<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a>
-<a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 314.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a>
-<a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Madier de Montjau, député, 170<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a>
-<a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a>
-<i>Ibid.</i> De Montmorin, 182<sup>e</sup> témoin;—de Montardat, garde du
-corps de M. le comte d'Artois, 349<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a>
-<a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a>
-<i>Procédure du Châtelet.</i> Dufraisse-Duché, député, 120<sup>e</sup> témoin.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a>
-<a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël, <i>Considérations sur la Révolution française</i>, I, 272.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a>
-<a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 20. Avec un incroyable
-sang-froid, la Reine, reconnaissant, dans la foule qui entourait la
-voiture, un officier des gardes de corps déguisé, le baron de Ros,
-lui dit tout haut: «Vous irez savoir de ma part des nouvelles de
-M. de Savonnières et lui direz toute la part que je prends à son
-état.»—<i>Mémoires de la marquise de La Rochejacquelein</i>, édition originale,
-Paris, Bourloton, 1889, p. 57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a>
-<a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a>
-Bertrand de Molleville.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a>
-<a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a>
-Lally-Tollendal prétend qu'un coup de feu fut tiré dans le carrosse
-de la Reine.—<i>Seconde lettre de Lally-Tollendal à ses amis.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a>
-<a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a>
-Burke. <i>Réflexions sur la Révolution de France</i>, 155.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a>
-<a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 21, 22.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a>
-<a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Bombelles, 13 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 121.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a>
-<a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a>
-<a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a>
-Joseph II à Léopold II, 19 octobre 1789.—<i>Joseph II und Leopold
-von Toscana</i>, II, 281.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a>
-<a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a>
-<a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a>
-<a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a>
-<a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 282.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a>
-<a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël. <i>Considérations sur la Révolution française</i>, I,
-274.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a>
-<a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>. 121.—Lettres d'un attaché de la
-légation de Saxe.—<i>Revue de la Révolution</i>, septembre 1884, p. 67.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a>
-<a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a>
-<i>Projet de fête nationale</i>, par Gonchon, le futur orateur révolutionnaire
-du faubourg Saint-Antoine.—<i>Fourcade et Gonchon, les
-orateurs du faubourg Saint-Antoine, d'après des documents inédits</i>, par
-V. Fournel.—<i>Revue de la Révolution</i>, août 1887, p. 83, 84.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a>
-<a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 257.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a>
-<a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 26.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a>
-<a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 252. Weber donne
-une autre version de cette anecdote. Selon lui, ce serait Lafayette
-qui aurait dit à la Reine: «Voyez, Madame, comme le peuple est
-bon quand on va au-devant de lui.»—«Oui, Monsieur, aurait
-répondu la Reine; mais vous savez bien qu'il n'en est pas tout à
-fait de même quand il vient au devant de vous.» Weber ajoute:
-«M. de Lafayette sentit l'application et ne répliqua rien.»—<i>Mémoires
-de Weber</i>, 290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a>
-<a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 255, 256.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a>
-<a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a>
-Registre des cérémonies de l'année 1789, cité par M. de Beauchesne,
-<i>Vie de M<sup>me</sup> Elisabeth, pièces justificatives</i>, I, 354.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a>
-<a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 282.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a>
-<a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a>
-<a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a>
-<a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a>
-Voici les paroles de Fréteau: «Madame, le premier désir de
-l'Assemblée nationale, à son arrivée dans la capitale, a été de présenter
-au Roi le tribut de son respect et de son amour; elle n'a pu
-résister à l'occasion si naturelle de vous offrir ses sentiments et ses
-vœux. Recevez-les, Madame, tels que nous les formons, vifs, empressés,
-sincères. Ce serait avec une véritable satisfaction que
-l'Assemblée nationale contemplerait dans vos bras cet illustre enfant,
-le rejeton de tant de Rois tendrement chéris de leur peuple,
-l'héritier de Louis IX, de Henri IV, de celui dont les vertus sont l'espoir
-de la France. Jamais ni lui ni les auteurs de ses jours ne
-jouiront d'autant de prospérité que nous leur en souhaitons.»
-</p>
-<p>
-La Reine répondit: «Je suis touchée, comme je dois l'être, des
-sentiments que m'exprime l'Assemblée nationale. Si j'avais été prévenue
-de ses intentions je l'aurais reçue d'une manière plus digne
-d'elle.»—Cité par Beauchesne, <i>Louis XVII</i>, I, 54, 55.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a>
-<a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a>
-Le marquis de Nantouillet.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a>
-<a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a>
-Registre des cérémonies de l'année 1789.—<i>Vie de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>,
-I, 558.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a>
-<a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a>
-<i>Voir</i> sur toutes ces réceptions le <i>Registre dès cérémonies de
-l'année 1789</i>.—<i>Ibid.</i>, 554, 561.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a>
-<a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 121. Elle écrivait encore â l'abbé
-de Lubersac: «La Reine, qui a eu un courage incroyable, commence
-à être mieux vue par le peuple. J'espère donc qu'avec le
-temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour
-des Parisiens, qui n'ont été que trompés.» M<sup>me</sup> Elisabeth à l'abbé
-Lubersac, 16 octobre 1789.—<i>Ibid.</i>, 123.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a>
-<a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a>
-Lettre inédite du Dauphin; vente Polignac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_278_278" id="Footnote_278_278"></a>
-<a href="#FNanchor_278_278"><span class="label">[278]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 121.—Lettres d'un attaché de la
-légation de Saxe.—<i>Revue de la Révolution</i>, septembre 1884, 67.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_279_279" id="Footnote_279_279"></a>
-<a href="#FNanchor_279_279"><span class="label">[279]</span></a>
-<i>Dernières années de la vie et du règne de Louis XVI</i>, par François
-Hue. 3<sup>e</sup> édition, 178.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_280_280" id="Footnote_280_280"></a>
-<a href="#FNanchor_280_280"><span class="label">[280]</span></a>
-Rue Saint-Honoré, 85.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_281_281" id="Footnote_281_281"></a>
-<a href="#FNanchor_281_281"><span class="label">[281]</span></a>
-Ce transfert ne fut effectué que sous le Consulat. Un certain
-nombre d'objets avaient été vendus, le reste est aujourd'hui au Musée
-du Louvre, soit dans la galerie d'Apollon,—matières dures,—soit
-dans des armoires vitrées de l'ancien Musée des souverains,—laques
-japonaises et porcelaines de Chine.—<i>Voir</i> sur ce sujet un
-curieux article de M. Charles Ephrussi, contenant reproduction de
-l'inventaire des citoyens Nitot et Besson et le dessin de quelques
-objets de cette collection. L'article a été publié dans la <i>Gazette des
-beaux-arts</i> du 1<sup>er</sup> novembre 1879 sous ce titre: <i>Inventaire de la collection
-de la Reine Marie-Antoinette</i>, 389-408.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_282_282" id="Footnote_282_282"></a>
-<a href="#FNanchor_282_282"><span class="label">[282]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 13 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 120.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_283_283" id="Footnote_283_283"></a>
-<a href="#FNanchor_283_283"><span class="label">[283]</span></a>
-Lettre de M<sup>me</sup> Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_284_284" id="Footnote_284_284"></a>
-<a href="#FNanchor_284_284"><span class="label">[284]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac</i>,
-40.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_285_285" id="Footnote_285_285"></a>
-<a href="#FNanchor_285_285"><span class="label">[285]</span></a>
-Lettre de M<sup>me</sup> Elisabeth à la duchesse de Polignac.—Vente
-Polignac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_286_286" id="Footnote_286_286"></a>
-<a href="#FNanchor_286_286"><span class="label">[286]</span></a>
-Quelques gardes nationaux, tout étonnés de leur nouveau rôle,
-se familiarisaient avec les souverains. Un capitaine, nommé Gendret,
-marchand de dentelles de la Reine, vint un jour proposer à cette princesse
-de lui faire donner un concert par la musique de son bataillon.
-La Reine refusa cette proposition insolite.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, I, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_287_287" id="Footnote_287_287"></a>
-<a href="#FNanchor_287_287"><span class="label">[287]</span></a>
-Lettres d'un attaché à la légation de Saxe.—<i>Revue de la Révolution</i>,
-septembre 1884, 67.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_288_288" id="Footnote_288_288"></a>
-<a href="#FNanchor_288_288"><span class="label">[288]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_289_289" id="Footnote_289_289"></a>
-<a href="#FNanchor_289_289"><span class="label">[289]</span></a>
-Lettre de M. Schwendt, député, au Magistrat de Strasbourg,
-21 octobre 1789.—<i>Revue d'Alsace</i>, janvier, février, mars 1880, p. 71.—M.
-Schwendt écrit: «Ce matin, en sortant de chez moi, j'ai vu
-porter sur une pique la tête d'un boulanger.»—<i>Voir</i> aussi, même
-<i>Revue</i>, même numéro, la lettre de M. Levrault, délégué de la garde
-nationale de Strasbourg, du 22 octobre 1789, et une lettre de Boullé,
-député de Nantes, du 23 octobre 1789.—<i>Revue de la Révolution</i>,
-décembre 1889, 72, 73.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_290_290" id="Footnote_290_290"></a>
-<a href="#FNanchor_290_290"><span class="label">[290]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 341, 342.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_291_291" id="Footnote_291_291"></a>
-<a href="#FNanchor_291_291"><span class="label">[291]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_292_292" id="Footnote_292_292"></a>
-<a href="#FNanchor_292_292"><span class="label">[292]</span></a>
-<i>L'Espion de la Révolution</i>, par M. C., membre de plusieurs Académies,
-Paris, Huit, 1797, I, 106.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_293_293" id="Footnote_293_293"></a>
-<a href="#FNanchor_293_293"><span class="label">[293]</span></a>
-Beaumarchais au semainier du Théâtre-Français.—<i>Beaumarchais
-et son temps</i>, par Loménie, II, 346, 347.—<i>Voir</i> aussi, sur cette
-représentation de Charles IX, <i>Le Théâtre révolutionnaire</i>, par Jauffret,
-Paris, Furne, 1869, p. 41 et suiv.—<i>Le Théâtre de la Révolution</i>,
-1789-1799, avec des documents inédits par Henri Welschinger,
-2<sup>me</sup> édition. Paris, Charavay, 1881, p. 47-48 et 195-197.—<i>La
-comédie satirique au</i> <span class="sc">XVIII</span><sup>e</sup>
-<i>siècle</i>, par G. Desnoiresterres. Paris, Perrin,
-1885, 308, 311.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_294_294" id="Footnote_294_294"></a>
-<a href="#FNanchor_294_294"><span class="label">[294]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 351.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_295_295" id="Footnote_295_295"></a>
-<a href="#FNanchor_295_295"><span class="label">[295]</span></a>
-<i>Le Théâtre de la Révolution</i>, par H. Welschinger, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_296_296" id="Footnote_296_296"></a>
-<a href="#FNanchor_296_296"><span class="label">[296]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 257.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_297_297" id="Footnote_297_297"></a>
-<a href="#FNanchor_297_297"><span class="label">[297]</span></a>
-On avait prétendu qu'un complot contre la famille royale devait
-recevoir son exécution pendant la messe de minuit de Noël 1789,
-et on avait pressé le Roi et la Reine de n'y point aller, quoiqu'elle
-dût être dite dans la chapelle du Château; mais ils refusèrent d'écouter
-ce conseil de prudence, «trouvant que cet air d'inquiétude
-ne pouvait que produire un mauvais effet.»—<i>Mémoires de la duchesse
-de Tourzel</i>, I, 43.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_298_298" id="Footnote_298_298"></a>
-<a href="#FNanchor_298_298"><span class="label">[298]</span></a>
-<i>Le château des Tuileries</i>, par P. J. A. R. D. E. (Roussel), I, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_299_299" id="Footnote_299_299"></a>
-<a href="#FNanchor_299_299"><span class="label">[299]</span></a>
-Millin. <i>Magasin encyclopédique</i>, année 1792, p. 169, cité dans
-la <i>Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries</i>, et aussi dans la
-<i>Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette au Petit-Trianon</i>, par Paul
-Lacroix, XVIII. Le publiciste ajoute: «Ce qui nous a étonnés, ça
-été de n'y voir que très peu de livres écrits en allemand, langue du
-pays de Marie-Antoinette.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_300_300" id="Footnote_300_300"></a>
-<a href="#FNanchor_300_300"><span class="label">[300]</span></a>
-<i>Bibliothèque de la Reine Marie-Antoinette aux Tuileries; catalogue
-authentique publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale</i>,
-par L. Q. B. Paris, Morgand, 1884. La plupart des livres de
-cette bibliothèque sont aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, dans
-la Réserve. C'est le Roi lui-même qui en avait fait le classement.—<i>Ibid.</i>
-Avertissement, V.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_301_301" id="Footnote_301_301"></a>
-<a href="#FNanchor_301_301"><span class="label">[301]</span></a>
-<i>Le château des Tuileries</i>, par P. J. A. R. D. E., I, 51-53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_302_302" id="Footnote_302_302"></a>
-<a href="#FNanchor_302_302"><span class="label">[302]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 49-50.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_303_303" id="Footnote_303_303"></a>
-<a href="#FNanchor_303_303"><span class="label">[303]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 27-28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_304_304" id="Footnote_304_304"></a>
-<a href="#FNanchor_304_304"><span class="label">[304]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 30, 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_305_305" id="Footnote_305_305"></a>
-<a href="#FNanchor_305_305"><span class="label">[305]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 18 octobre 1789.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 421.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_306_306" id="Footnote_306_306"></a>
-<a href="#FNanchor_306_306"><span class="label">[306]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 322.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_307_307" id="Footnote_307_307"></a>
-<a href="#FNanchor_307_307"><span class="label">[307]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 321.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_308_308" id="Footnote_308_308"></a>
-<a href="#FNanchor_308_308"><span class="label">[308]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 34.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_309_309" id="Footnote_309_309"></a>
-<a href="#FNanchor_309_309"><span class="label">[309]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 38.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_310_310" id="Footnote_310_310"></a>
-<a href="#FNanchor_310_310"><span class="label">[310]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 260.—M. le comte de Reiset raconte
-de son côté avoir vu chez un de ses amis, M. le marquis de Besplat,
-au château de la Garenne-Randon près Meulan, une des dernières
-tapisseries faites par la Reine à Versailles. Cette tapisserie, qui portait
-encore l'aiguille de la Reine passée entre les fils du canevas,
-représentait «des attributs de chasse, de guerre, de jardinage dans
-des médaillons de fil blanc entourés de guirlandes de roses sur un
-fond de soie amarante». Elle se composait d'un immense canapé,
-de six grands fauteuils et de deux causeuses.—<i>Lettres inédites
-de Marie-Antoinette et de Marie Clotilde de France</i>, publiées par
-le comte de Reiset. Appendice, 148.—Après les journées d'octobre
-le dessin devient plus simple. M. le comte de Reiset a reproduit
-dans son grand et bel ouvrage sur le <i>Livre-journal de M<sup>me</sup> Eloffe</i>
-le fac-simile d'un morceau de tapisserie fait par la Reine et M<sup>me</sup>
-Elisabeth aux Tuileries et au Temple. Ce sont des fleurs de diverses
-couleurs, roses et liserons, jetées sur un fond vert olive, très
-facile à exécuter. <i>Livre-journal de M<sup>me</sup> Eloffe</i>, II, 395, 397.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_311_311" id="Footnote_311_311"></a>
-<a href="#FNanchor_311_311"><span class="label">[311]</span></a>
-Marie-Antoinette à la duchesse de Polignac, 12 août 1789.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III, 186.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_312_312" id="Footnote_312_312"></a>
-<a href="#FNanchor_312_312"><span class="label">[312]</span></a>
-Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_313_313" id="Footnote_313_313"></a>
-<a href="#FNanchor_313_313"><span class="label">[313]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 323.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_314_314" id="Footnote_314_314"></a>
-<a href="#FNanchor_314_314"><span class="label">[314]</span></a>
-Lettre du Dauphin à la duchesse de Polignac.—Vente Polignac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_315_315" id="Footnote_315_315"></a>
-<a href="#FNanchor_315_315"><span class="label">[315]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_316_316" id="Footnote_316_316"></a>
-<a href="#FNanchor_316_316"><span class="label">[316]</span></a>
-<i>Mémoires historiques</i>, par Eckard, 11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_317_317" id="Footnote_317_317"></a>
-<a href="#FNanchor_317_317"><span class="label">[317]</span></a>
-Cette admirable instruction a été publiée pour la première fois
-par MM. de Goncourt dans leur belle <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>.
-2<sup>e</sup> édition, 1860.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_318_318" id="Footnote_318_318"></a>
-<a href="#FNanchor_318_318"><span class="label">[318]</span></a>
-Notamment pour Brunier.—<i>Voir</i> les <i>Mémoires de la duchesse
-de Tourzel</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_319_319" id="Footnote_319_319"></a>
-<a href="#FNanchor_319_319"><span class="label">[319]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par MM. de Goncourt. Nouvelle
-édition, 293, 294.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_320_320" id="Footnote_320_320"></a>
-<a href="#FNanchor_320_320"><span class="label">[320]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_321_321" id="Footnote_321_321"></a>
-<a href="#FNanchor_321_321"><span class="label">[321]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 284, 285.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_322_322" id="Footnote_322_322"></a>
-<a href="#FNanchor_322_322"><span class="label">[322]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 53, 54.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_323_323" id="Footnote_323_323"></a>
-<a href="#FNanchor_323_323"><span class="label">[323]</span></a>
-<i>Le château des Tuileries</i>, I, 54.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_324_324" id="Footnote_324_324"></a>
-<a href="#FNanchor_324_324"><span class="label">[324]</span></a>
-Montjoye, <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, 252, 253.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_325_325" id="Footnote_325_325"></a>
-<a href="#FNanchor_325_325"><span class="label">[325]</span></a>
-<i>Etrennes de la vertu pour l'année 1792.</i> Paris, Savoye, cité par
-MM. de Goncourt. <i>Histoire de Marie-Antoinette.</i> Nouvelle édition,
-297.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_326_326" id="Footnote_326_326"></a>
-<a href="#FNanchor_326_326"><span class="label">[326]</span></a>
-Montjoye, <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, 254.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_327_327" id="Footnote_327_327"></a>
-<a href="#FNanchor_327_327"><span class="label">[327]</span></a>
-Lettre inédite de Marie-Antoinette du 20 mars 1790.—<i>Catalogue
-des lettres autographes</i>, etc., composant le cabinet de M. le
-baron de Girardot. Paris, Charavay, 1879.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_328_328" id="Footnote_328_328"></a>
-<a href="#FNanchor_328_328"><span class="label">[328]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 31 janvier 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 145.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_329_329" id="Footnote_329_329"></a>
-<a href="#FNanchor_329_329"><span class="label">[329]</span></a>
-<i>Journal d'un prêtre parisien</i>, 1789-1792, publié par la <i>Revue de
-la Révolution</i>, juin 1883, p. 166.—Ce prêtre était l'abbé Rudemare,
-qui mourut sous la Restauration, curé des Blancs-Manteaux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_330_330" id="Footnote_330_330"></a>
-<a href="#FNanchor_330_330"><span class="label">[330]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 56, 57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_331_331" id="Footnote_331_331"></a>
-<a href="#FNanchor_331_331"><span class="label">[331]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_332_332" id="Footnote_332_332"></a>
-<a href="#FNanchor_332_332"><span class="label">[332]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 84.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_333_333" id="Footnote_333_333"></a>
-<a href="#FNanchor_333_333"><span class="label">[333]</span></a>
-<i>Journal d'un prêtre parisien.</i>—<i>Revue de la Révolution</i>, juin
-1883, p. 166.—L'abbé Rudemare était alors vicaire de Saint-Germain-l'Auxerrois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_334_334" id="Footnote_334_334"></a>
-<a href="#FNanchor_334_334"><span class="label">[334]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_335_335" id="Footnote_335_335"></a>
-<a href="#FNanchor_335_335"><span class="label">[335]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 398.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_336_336" id="Footnote_336_336"></a>
-<a href="#FNanchor_336_336"><span class="label">[336]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 264.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_337_337" id="Footnote_337_337"></a>
-<a href="#FNanchor_337_337"><span class="label">[337]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 378.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_338_338" id="Footnote_338_338"></a>
-<a href="#FNanchor_338_338"><span class="label">[338]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Bombelles, 23 février 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 150.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_339_339" id="Footnote_339_339"></a>
-<a href="#FNanchor_339_339"><span class="label">[339]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 72.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_340_340" id="Footnote_340_340"></a>
-<a href="#FNanchor_340_340"><span class="label">[340]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 382, 385.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_341_341" id="Footnote_341_341"></a>
-<a href="#FNanchor_341_341"><span class="label">[341]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 72.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_342_342" id="Footnote_342_342"></a>
-<a href="#FNanchor_342_342"><span class="label">[342]</span></a>
-<i>Mémoires d'Augeard</i>, 197 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_343_343" id="Footnote_343_343"></a>
-<a href="#FNanchor_343_343"><span class="label">[343]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_344_344" id="Footnote_344_344"></a>
-<a href="#FNanchor_344_344"><span class="label">[344]</span></a>
-<i>Discours prononcé par le Roi et la Reine, assistés de Monseigneur
-le Dauphin, à la séance mémorable du jeudi 4 février 1790.</i>—Marseille,
-imprimerie Favet.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_345_345" id="Footnote_345_345"></a>
-<a href="#FNanchor_345_345"><span class="label">[345]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, I, 387.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, I, 53, 56.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_346_346" id="Footnote_346_346"></a>
-<a href="#FNanchor_346_346"><span class="label">[346]</span></a>
-<i>Discours prononcé par le Roi et la Reine</i>, etc., p. 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_347_347" id="Footnote_347_347"></a>
-<a href="#FNanchor_347_347"><span class="label">[347]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_348_348" id="Footnote_348_348"></a>
-<a href="#FNanchor_348_348"><span class="label">[348]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 58, 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_349_349" id="Footnote_349_349"></a>
-<a href="#FNanchor_349_349"><span class="label">[349]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_350_350" id="Footnote_350_350"></a>
-<a href="#FNanchor_350_350"><span class="label">[350]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_351_351" id="Footnote_351_351"></a>
-<a href="#FNanchor_351_351"><span class="label">[351]</span></a>
-De Beauchesne: <i>Vie de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, I, 322, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_352_352" id="Footnote_352_352"></a>
-<a href="#FNanchor_352_352"><span class="label">[352]</span></a>
-Joseph II à Léopold II, 10 décembre 1789.—<i>Joseph II und
-Léopold von Toscana</i>, II, 296.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_353_353" id="Footnote_353_353"></a>
-<a href="#FNanchor_353_353"><span class="label">[353]</span></a>
-Joseph II à Léopold, 8 octobre 1789.—<i>Joseph II und Léopold
-von Toscana</i>, II, 218.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_354_354" id="Footnote_354_354"></a>
-<a href="#FNanchor_354_354"><span class="label">[354]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 81.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_355_355" id="Footnote_355_355"></a>
-<a href="#FNanchor_355_355"><span class="label">[355]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 272.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_356_356" id="Footnote_356_356"></a>
-<a href="#FNanchor_356_356"><span class="label">[356]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 80. L'Assemblée envoya
-néanmoins une députation faire ses compliments de condoléance à
-la Reine. L'abbé de Montesquiou, qui la présidait, «profita de cette
-occasion pour rendre au caractère de la Reine l'hommage qui lui
-était dû, et termina son discours par cette phrase remarquable:
-«L'Assemblée place son espoir, Madame, dans cette force de caractère
-qui élève Votre Majesté au-dessus de tous les revers.»—<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_357_357" id="Footnote_357_357"></a>
-<a href="#FNanchor_357_357"><span class="label">[357]</span></a>
-Lettre de la Reine à la duchesse de Polignac; texte exact, vérifié
-à la vente Polignac. Il y a quelques erreurs dans le texte donné par
-les <i>Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac</i>,
-p. 40.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_358_358" id="Footnote_358_358"></a>
-<a href="#FNanchor_358_358"><span class="label">[358]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_359_359" id="Footnote_359_359"></a>
-<a href="#FNanchor_359_359"><span class="label">[359]</span></a>
-<i>Le Livre rouge.</i> Paris, Beaudouin, imprimeur de l'Assemblée
-nationale, rue du Four-Saint-Jacques, n<sup>o</sup> 31, 1790. L'avertissement,
-signé par les membres du Comité des pensions, est daté du 1<sup>er</sup>
-avril 1790.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_360_360" id="Footnote_360_360"></a>
-<a href="#FNanchor_360_360"><span class="label">[360]</span></a>
-<i>Voir</i> notamment, <i>Le Livre rouge, ou Liste des pensions secrètes
-sur le trésor royal, contenant les noms et qualités des pensionnaires,
-l'état de leurs services et des observations sur les motifs qui leur ont
-mérité ces traitements.</i> De l'Imprimerie Royale, 1790. Imprimé en
-rouge.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_361_361" id="Footnote_361_361"></a>
-<a href="#FNanchor_361_361"><span class="label">[361]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_362_362" id="Footnote_362_362"></a>
-<a href="#FNanchor_362_362"><span class="label">[362]</span></a>
-<i>Anecdotes du règne de Louis XVI</i>; cité en note dans les <i>Mémoires
-de M<sup>me</sup> Campan</i>, 269.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_363_363" id="Footnote_363_363"></a>
-<a href="#FNanchor_363_363"><span class="label">[363]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold II, 29 mai 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 126, 127.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_364_364" id="Footnote_364_364"></a>
-<a href="#FNanchor_364_364"><span class="label">[364]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1<sup>er</sup>
-juin 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 164. M<sup>me</sup> de Tourzel dit que la Cour
-partit pour Saint-Cloud le 24 mai, le lendemain de la Fête-Dieu.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, I, 108. C'est évidemment une
-erreur; la Fête-Dieu était le 3 juin; d'ailleurs les lettres de la
-Reine et de M<sup>me</sup> Elisabeth sont formelles.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_365_365" id="Footnote_365_365"></a>
-<a href="#FNanchor_365_365"><span class="label">[365]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 166.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_366_366" id="Footnote_366_366"></a>
-<a href="#FNanchor_366_366"><span class="label">[366]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 61.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_367_367" id="Footnote_367_367"></a>
-<a href="#FNanchor_367_367"><span class="label">[367]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août 1799.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 178.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_368_368" id="Footnote_368_368"></a>
-<a href="#FNanchor_368_368"><span class="label">[368]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_369_369" id="Footnote_369_369"></a>
-<a href="#FNanchor_369_369"><span class="label">[369]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 273.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_370_370" id="Footnote_370_370"></a>
-<a href="#FNanchor_370_370"><span class="label">[370]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 109.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_371_371" id="Footnote_371_371"></a>
-<a href="#FNanchor_371_371"><span class="label">[371]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 9 juin 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 165.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_372_372" id="Footnote_372_372"></a>
-<a href="#FNanchor_372_372"><span class="label">[372]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 110.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_373_373" id="Footnote_373_373"></a>
-<a href="#FNanchor_373_373"><span class="label">[373]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 64.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_374_374" id="Footnote_374_374"></a>
-<a href="#FNanchor_374_374"><span class="label">[374]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 2 août 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 173.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_375_375" id="Footnote_375_375"></a>
-<a href="#FNanchor_375_375"><span class="label">[375]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 60.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_376_376" id="Footnote_376_376"></a>
-<a href="#FNanchor_376_376"><span class="label">[376]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 277.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_377_377" id="Footnote_377_377"></a>
-<a href="#FNanchor_377_377"><span class="label">[377]</span></a>
-Le premier Dauphin, mort à Meudon le 4 juin 1789.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_378_378" id="Footnote_378_378"></a>
-<a href="#FNanchor_378_378"><span class="label">[378]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 110.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_379_379" id="Footnote_379_379"></a>
-<a href="#FNanchor_379_379"><span class="label">[379]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 111.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_380_380" id="Footnote_380_380"></a>
-<a href="#FNanchor_380_380"><span class="label">[380]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac</i>,
-43.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_381_381" id="Footnote_381_381"></a>
-<a href="#FNanchor_381_381"><span class="label">[381]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_382_382" id="Footnote_382_382"></a>
-<a href="#FNanchor_382_382"><span class="label">[382]</span></a>
-<i>Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy.</i>—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_383_383" id="Footnote_383_383"></a>
-<a href="#FNanchor_383_383"><span class="label">[383]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_384_384" id="Footnote_384_384"></a>
-<a href="#FNanchor_384_384"><span class="label">[384]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 294.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_385_385" id="Footnote_385_385"></a>
-<a href="#FNanchor_385_385"><span class="label">[385]</span></a>
-<i>Mémoires inédits du comte Valentin Esterhazy.</i>—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_386_386" id="Footnote_386_386"></a>
-<a href="#FNanchor_386_386"><span class="label">[386]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_387_387" id="Footnote_387_387"></a>
-<a href="#FNanchor_387_387"><span class="label">[387]</span></a>
-La Marck à Mirabeau, 10 juillet 1790. <i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 99.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, I, 138.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_388_388" id="Footnote_388_388"></a>
-<a href="#FNanchor_388_388"><span class="label">[388]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 130, 131.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_389_389" id="Footnote_389_389"></a>
-<a href="#FNanchor_389_389"><span class="label">[389]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 142.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_390_390" id="Footnote_390_390"></a>
-<a href="#FNanchor_390_390"><span class="label">[390]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 94.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_391_391" id="Footnote_391_391"></a>
-<a href="#FNanchor_391_391"><span class="label">[391]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Bombelles, 10 juillet 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 170.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_392_392" id="Footnote_392_392"></a>
-<a href="#FNanchor_392_392"><span class="label">[392]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 336.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_393_393" id="Footnote_393_393"></a>
-<a href="#FNanchor_393_393"><span class="label">[393]</span></a>
-<i>Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars, à la cérémonie
-de la Fédération, le 14 juillet 1790.</i> Brochure in-8 de huit pages.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_394_394" id="Footnote_394_394"></a>
-<a href="#FNanchor_394_394"><span class="label">[394]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_395_395" id="Footnote_395_395"></a>
-<a href="#FNanchor_395_395"><span class="label">[395]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_396_396" id="Footnote_396_396"></a>
-<a href="#FNanchor_396_396"><span class="label">[396]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 148.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_397_397" id="Footnote_397_397"></a>
-<a href="#FNanchor_397_397"><span class="label">[397]</span></a>
-<i>Détail de tout ce qui s'est passé au Champ-de-Mars</i>, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_398_398" id="Footnote_398_398"></a>
-<a href="#FNanchor_398_398"><span class="label">[398]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 156.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_399_399" id="Footnote_399_399"></a>
-<a href="#FNanchor_399_399"><span class="label">[399]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 22 juillet 1790.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 78.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_400_400" id="Footnote_400_400"></a>
-<a href="#FNanchor_400_400"><span class="label">[400]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 150, 151.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_401_401" id="Footnote_401_401"></a>
-<a href="#FNanchor_401_401"><span class="label">[401]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 276.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_402_402" id="Footnote_402_402"></a>
-<a href="#FNanchor_402_402"><span class="label">[402]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 276.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_403_403" id="Footnote_403_403"></a>
-<a href="#FNanchor_403_403"><span class="label">[403]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 296.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_404_404" id="Footnote_404_404"></a>
-<a href="#FNanchor_404_404"><span class="label">[404]</span></a>
-<i>Rapport de Chabroud</i>, 117.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_405_405" id="Footnote_405_405"></a>
-<a href="#FNanchor_405_405"><span class="label">[405]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_406_406" id="Footnote_406_406"></a>
-<a href="#FNanchor_406_406"><span class="label">[406]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 264.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_407_407" id="Footnote_407_407"></a>
-<a href="#FNanchor_407_407"><span class="label">[407]</span></a>
-«Il est peut être le seul dans l'Assemblée qui ait vu, dès le
-commencement, la révolution dans son véritable esprit, celui d'une
-submersion totale, et comme il était loin de la désirer, on ne peut
-expliquer que par une éclipse de sens moral qu'il ait concouru à
-des mesures violentes dont il sentait le péril et l'iniquité.»—<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_408_408" id="Footnote_408_408"></a>
-<a href="#FNanchor_408_408"><span class="label">[408]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, I, 277.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_409_409" id="Footnote_409_409"></a>
-<a href="#FNanchor_409_409"><span class="label">[409]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 282.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_410_410" id="Footnote_410_410"></a>
-<a href="#FNanchor_410_410"><span class="label">[410]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 364.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_411_411" id="Footnote_411_411"></a>
-<a href="#FNanchor_411_411"><span class="label">[411]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 103, 104.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_412_412" id="Footnote_412_412"></a>
-<a href="#FNanchor_412_412"><span class="label">[412]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 127.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_413_413" id="Footnote_413_413"></a>
-<a href="#FNanchor_413_413"><span class="label">[413]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 94.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_414_414" id="Footnote_414_414"></a>
-<a href="#FNanchor_414_414"><span class="label">[414]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 112.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_415_415" id="Footnote_415_415"></a>
-<a href="#FNanchor_415_415"><span class="label">[415]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 107.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_416_416" id="Footnote_416_416"></a>
-<a href="#FNanchor_416_416"><span class="label">[416]</span></a>
-Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, I, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_417_417" id="Footnote_417_417"></a>
-<a href="#FNanchor_417_417"><span class="label">[417]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 124, 125.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_418_418" id="Footnote_418_418"></a>
-<a href="#FNanchor_418_418"><span class="label">[418]</span></a>
-La Marck à Mirabeau, 13 octobre 1789.—<i>Ibid.</i>, I, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_419_419" id="Footnote_419_419"></a>
-<a href="#FNanchor_419_419"><span class="label">[419]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 23 décembre 1789.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, I, 436.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_420_420" id="Footnote_420_420"></a>
-<a href="#FNanchor_420_420"><span class="label">[420]</span></a>
-«La Reine traite Monsieur comme un petit poulet qu'on aime
-bien à caresser à travers les barreaux d'une mue, mais que l'on se
-garde d'en laisser sortir, et le duc de Lévis, qui a voulu brusquer l'aventure,
-s'est fait refuser une audience. On lui a répondu qu'on l'avertirait.»—Mirabeau
-à la Marck, 31 décembre 1789.—<i>Ibid.</i>, I,
-442.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_421_421" id="Footnote_421_421"></a>
-<a href="#FNanchor_421_421"><span class="label">[421]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—<i>Ibid.</i>, I, 460.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_422_422" id="Footnote_422_422"></a>
-<a href="#FNanchor_422_422"><span class="label">[422]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 27 janvier 1790.—<i>Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck.</i> Introduction, 150.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_423_423" id="Footnote_423_423"></a>
-<a href="#FNanchor_423_423"><span class="label">[423]</span></a>
-Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_424_424" id="Footnote_424_424"></a>
-<a href="#FNanchor_424_424"><span class="label">[424]</span></a>
-Mirabeau au Roi, 10 mai 1790.—<i>Ibid.</i>, I, 156, 157.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_425_425" id="Footnote_425_425"></a>
-<a href="#FNanchor_425_425"><span class="label">[425]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, 157.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_426_426" id="Footnote_426_426"></a>
-<a href="#FNanchor_426_426"><span class="label">[426]</span></a>
-Première note de Mirabeau, 1<sup>er</sup> juin 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 25.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_427_427" id="Footnote_427_427"></a>
-<a href="#FNanchor_427_427"><span class="label">[427]</span></a>
-Seconde note de Mirabeau, 20 juin 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_428_428" id="Footnote_428_428"></a>
-<a href="#FNanchor_428_428"><span class="label">[428]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 26 juin 1790.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 55.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_429_429" id="Footnote_429_429"></a>
-<a href="#FNanchor_429_429"><span class="label">[429]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 189.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_430_430" id="Footnote_430_430"></a>
-<a href="#FNanchor_430_430"><span class="label">[430]</span></a>
-La Marck à Mirabeau, 27 juin 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 61.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_431_431" id="Footnote_431_431"></a>
-<a href="#FNanchor_431_431"><span class="label">[431]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 29 juin 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold</i>, II, 133.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_432_432" id="Footnote_432_432"></a>
-<a href="#FNanchor_432_432"><span class="label">[432]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_433_433" id="Footnote_433_433"></a>
-<a href="#FNanchor_433_433"><span class="label">[433]</span></a>
-L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1<sup>er</sup> juillet 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-II, 72.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_434_434" id="Footnote_434_434"></a>
-<a href="#FNanchor_434_434"><span class="label">[434]</span></a>
-L'archevêque de Toulouse au comte de la Marck, 1<sup>er</sup> juillet
-1790.—<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de
-la Marck</i>, I, 188.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_435_435" id="Footnote_435_435"></a>
-<a href="#FNanchor_435_435"><span class="label">[435]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 80, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_436_436" id="Footnote_436_436"></a>
-<a href="#FNanchor_436_436"><span class="label">[436]</span></a>
-Récit du comte de Saillant, neveu de Mirabeau.—<i>Marie-Antoinette
-et la Révolution française</i>, par le comte de Viel-Castel, Paris,
-Techener, 1859, p. 296.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_437_437" id="Footnote_437_437"></a>
-<a href="#FNanchor_437_437"><span class="label">[437]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 189.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_438_438" id="Footnote_438_438"></a>
-<a href="#FNanchor_438_438"><span class="label">[438]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 191.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_439_439" id="Footnote_439_439"></a>
-<a href="#FNanchor_439_439"><span class="label">[439]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_440_440" id="Footnote_440_440"></a>
-<a href="#FNanchor_440_440"><span class="label">[440]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i>, Introduction, I.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_441_441" id="Footnote_441_441"></a>
-<a href="#FNanchor_441_441"><span class="label">[441]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 302, note de Barrière.—<i>Mirabeau et la
-Constituante</i>, par H. Raynald, 348.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_442_442" id="Footnote_442_442"></a>
-<a href="#FNanchor_442_442"><span class="label">[442]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 280.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_443_443" id="Footnote_443_443"></a>
-<a href="#FNanchor_443_443"><span class="label">[443]</span></a>
-<i>Marie-Antoinette et la Révolution française</i>, 299.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_444_444" id="Footnote_444_444"></a>
-<a href="#FNanchor_444_444"><span class="label">[444]</span></a>
-La Marck à Mirabeau, 29 juin 1790.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_445_445" id="Footnote_445_445"></a>
-<a href="#FNanchor_445_445"><span class="label">[445]</span></a>
-Le 22 mai, lors de la discussion sur le droit de paix et de
-guerre.—<i>Voir</i> les <i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_446_446" id="Footnote_446_446"></a>
-<a href="#FNanchor_446_446"><span class="label">[446]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, I, 190.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_447_447" id="Footnote_447_447"></a>
-<a href="#FNanchor_447_447"><span class="label">[447]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 26 juillet 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 113.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_448_448" id="Footnote_448_448"></a>
-<a href="#FNanchor_448_448"><span class="label">[448]</span></a>
-Le même au même, 18 octobre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 237.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_449_449" id="Footnote_449_449"></a>
-<a href="#FNanchor_449_449"><span class="label">[449]</span></a>
-Dixième note, 9 juillet 1790.—<i>Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 95, 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_450_450" id="Footnote_450_450"></a>
-<a href="#FNanchor_450_450"><span class="label">[450]</span></a>
-Seizième note, vendredi 13 août 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 126 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_451_451" id="Footnote_451_451"></a>
-<a href="#FNanchor_451_451"><span class="label">[451]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 15 août 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 134. M<sup>me</sup> Elisabeth était plus résolue, elle
-acceptait franchement la guerre civile: «Tu es bien plus parfaite
-que moi, écrivait-elle à son amie M<sup>me</sup> de Bombelles, tu crains la
-guerre civile; moi je t'avoue que je la regarde comme nécessaire:
-premièrement je crois qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un
-royaume est divisé en deux partis et que le parti le plus faible
-n'obtient la vie sauve qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible
-de ne pas appeler cela une guerre civile. De plus jamais l'anarchie
-ne pourra finir sans cela, et je crois que plus on retardera, plus
-il y aura de sang répandu. Voilà mon principe, il peut être faux;
-cependant, si j'étais roi, il serait mon guide et peut-être éviterait-il
-de grands malheurs.» M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 1<sup>er</sup>
-mai 1790.—<i>Correspondance de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 159. La Reine n'avait
-point cette même détermination et peut-être sentait-elle l'impossibilité
-d'une pareille résolution, étant donné le caractère du Roi.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_452_452" id="Footnote_452_452"></a>
-<a href="#FNanchor_452_452"><span class="label">[452]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 3 octobre 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_453_453" id="Footnote_453_453"></a>
-<a href="#FNanchor_453_453"><span class="label">[453]</span></a>
-Dix-huitième note de Mirabeau, 17 août 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 136, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_454_454" id="Footnote_454_454"></a>
-<a href="#FNanchor_454_454"><span class="label">[454]</span></a>
-Vingt-huitième note, 28 septembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 196, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_455_455" id="Footnote_455_455"></a>
-<a href="#FNanchor_455_455"><span class="label">[455]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 211. Introduction.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_456_456" id="Footnote_456_456"></a>
-<a href="#FNanchor_456_456"><span class="label">[456]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 1<sup>er</sup> septembre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 158.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_457_457" id="Footnote_457_457"></a>
-<a href="#FNanchor_457_457"><span class="label">[457]</span></a>
-Le même au même, 18 octobre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 237.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_458_458" id="Footnote_458_458"></a>
-<a href="#FNanchor_458_458"><span class="label">[458]</span></a>
-Le même au même, 29 septembre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 198, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_459_459" id="Footnote_459_459"></a>
-<a href="#FNanchor_459_459"><span class="label">[459]</span></a>
-L'archevêque de Toulouse à la Marck, 23 octobre 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 252.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_460_460" id="Footnote_460_460"></a>
-<a href="#FNanchor_460_460"><span class="label">[460]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Introduction, I, 132.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_461_461" id="Footnote_461_461"></a>
-<a href="#FNanchor_461_461"><span class="label">[461]</span></a>
-Le 21 octobre, dans l'affaire du pavillon de la marine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_462_462" id="Footnote_462_462"></a>
-<a href="#FNanchor_462_462"><span class="label">[462]</span></a>
-Trente-sixième note de Mirabeau, 24 octobre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II,
-266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_463_463" id="Footnote_463_463"></a>
-<a href="#FNanchor_463_463"><span class="label">[463]</span></a>
-<i>Les Mirabeau</i>, par M. de Loménie, II, 374.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_464_464" id="Footnote_464_464"></a>
-<a href="#FNanchor_464_464"><span class="label">[464]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 625.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_465_465" id="Footnote_465_465"></a>
-<a href="#FNanchor_465_465"><span class="label">[465]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 5 octobre 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_466_466" id="Footnote_466_466"></a>
-<a href="#FNanchor_466_466"><span class="label">[466]</span></a>
-A propos du duel du duc de Castries avec Charles de Lameth.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_467_467" id="Footnote_467_467"></a>
-<a href="#FNanchor_467_467"><span class="label">[467]</span></a>
-L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-II, 323.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_468_468" id="Footnote_468_468"></a>
-<a href="#FNanchor_468_468"><span class="label">[468]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, Introduction, I, 229.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_469_469" id="Footnote_469_469"></a>
-<a href="#FNanchor_469_469"><span class="label">[469]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 13 novembre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 317.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_470_470" id="Footnote_470_470"></a>
-<a href="#FNanchor_470_470"><span class="label">[470]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 5 septembre 1790.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 79.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_471_471" id="Footnote_471_471"></a>
-<a href="#FNanchor_471_471"><span class="label">[471]</span></a>
-Duport du Tertre aux sceaux le 22 septembre; Fleurieu à la marine,
-le 27 octobre; du Portail à la guerre, le 16 novembre; de Lessart
-aux finances, le 30 novembre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_472_472" id="Footnote_472_472"></a>
-<a href="#FNanchor_472_472"><span class="label">[472]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 259, 260.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_473_473" id="Footnote_473_473"></a>
-<a href="#FNanchor_473_473"><span class="label">[473]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 229, 230.—La Marck à Mercy, 30 décembre
-1790.—<i>Ibid.</i>, II, 525.—Ce bruit s'était répandu aussi à l'étranger.
-Voir la lettre du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, du 21 octobre
-1790.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>, I, 350.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_474_474" id="Footnote_474_474"></a>
-<a href="#FNanchor_474_474"><span class="label">[474]</span></a>
-La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—<i>Correspondance du
-comte de Mirabeau et du comte de la Marck</i>, II, 300.—Mirabeau fait
-allusion dans sa 40<sup>e</sup> note à ce qu'il appelle «l'inconcevable insolence
-de M. de Lafayette à Saint-Cloud».—<i>Ibid.</i>, II, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_475_475" id="Footnote_475_475"></a>
-<a href="#FNanchor_475_475"><span class="label">[475]</span></a>
-La Marck à Mercy, 9 novembre 1790.—<i>Ibid.,</i> Introduction, I,
-231.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_476_476" id="Footnote_476_476"></a>
-<a href="#FNanchor_476_476"><span class="label">[476]</span></a>
-Quarantième note de Mirabeau, 11 novembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 311.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_477_477" id="Footnote_477_477"></a>
-<a href="#FNanchor_477_477"><span class="label">[477]</span></a>
-Quarante et unième note de Mirabeau, 12 novembre 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 320, 326.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_478_478" id="Footnote_478_478"></a>
-<a href="#FNanchor_478_478"><span class="label">[478]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 231.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_479_479" id="Footnote_479_479"></a>
-<a href="#FNanchor_479_479"><span class="label">[479]</span></a>
-A propos du pillage de l'hôtel de Castries après le duel du duc
-avec Ch. de Lameth.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_480_480" id="Footnote_480_480"></a>
-<a href="#FNanchor_480_480"><span class="label">[480]</span></a>
-La Marck à Mercy, 12 novembre 1790.—<i>Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 313.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_481_481" id="Footnote_481_481"></a>
-<a href="#FNanchor_481_481"><span class="label">[481]</span></a>
-L'archevêque de Toulouse à la Marck, 15 novembre 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 333.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_482_482" id="Footnote_482_482"></a>
-<a href="#FNanchor_482_482"><span class="label">[482]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 26 novembre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_483_483" id="Footnote_483_483"></a>
-<a href="#FNanchor_483_483"><span class="label">[483]</span></a>
-Le même au même, 5 janvier 1791.—<i>Ibid.</i>, II, 364.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_484_484" id="Footnote_484_484"></a>
-<a href="#FNanchor_484_484"><span class="label">[484]</span></a>
-La Marck à Mercy, 6 décembre 1790.—<i>Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 395.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_485_485" id="Footnote_485_485"></a>
-<a href="#FNanchor_485_485"><span class="label">[485]</span></a>
-Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 434.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_486_486" id="Footnote_486_486"></a>
-<a href="#FNanchor_486_486"><span class="label">[486]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, II, 429.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_487_487" id="Footnote_487_487"></a>
-<a href="#FNanchor_487_487"><span class="label">[487]</span></a>
-Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 475.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_488_488" id="Footnote_488_488"></a>
-<a href="#FNanchor_488_488"><span class="label">[488]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 468 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_489_489" id="Footnote_489_489"></a>
-<a href="#FNanchor_489_489"><span class="label">[489]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 477.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_490_490" id="Footnote_490_490"></a>
-<a href="#FNanchor_490_490"><span class="label">[490]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, 462, 463.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_491_491" id="Footnote_491_491"></a>
-<a href="#FNanchor_491_491"><span class="label">[491]</span></a>
-Quarante-septième note de Mirabeau, 23 décembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-II, 485, 486.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_492_492" id="Footnote_492_492"></a>
-<a href="#FNanchor_492_492"><span class="label">[492]</span></a>
-La Marck à Marie-Antoinette, décembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 513.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_493_493" id="Footnote_493_493"></a>
-<a href="#FNanchor_493_493"><span class="label">[493]</span></a>
-La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 24.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_494_494" id="Footnote_494_494"></a>
-<a href="#FNanchor_494_494"><span class="label">[494]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, III, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_495_495" id="Footnote_495_495"></a>
-<a href="#FNanchor_495_495"><span class="label">[495]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 24.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_496_496" id="Footnote_496_496"></a>
-<a href="#FNanchor_496_496"><span class="label">[496]</span></a>
-La Marck à Mercy, 23 février 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 68.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_497_497" id="Footnote_497_497"></a>
-<a href="#FNanchor_497_497"><span class="label">[497]</span></a>
-La Marck à Marie-Antoinette, 19 février 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_498_498" id="Footnote_498_498"></a>
-<a href="#FNanchor_498_498"><span class="label">[498]</span></a>
-La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_499_499" id="Footnote_499_499"></a>
-<a href="#FNanchor_499_499"><span class="label">[499]</span></a>
-Mercy à la Marck, 14 janvier 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 6 et 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_500_500" id="Footnote_500_500"></a>
-<a href="#FNanchor_500_500"><span class="label">[500]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, Introduction, I, 236.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_501_501" id="Footnote_501_501"></a>
-<a href="#FNanchor_501_501"><span class="label">[501]</span></a>
-La Marck à Mercy, 26 janvier 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_502_502" id="Footnote_502_502"></a>
-<a href="#FNanchor_502_502"><span class="label">[502]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_503_503" id="Footnote_503_503"></a>
-<a href="#FNanchor_503_503"><span class="label">[503]</span></a>
-Le même au même, 30 décembre 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 532.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_504_504" id="Footnote_504_504"></a>
-<a href="#FNanchor_504_504"><span class="label">[504]</span></a>
-La Marck à Mercy, 30 décembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 524.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_505_505" id="Footnote_505_505"></a>
-<a href="#FNanchor_505_505"><span class="label">[505]</span></a>
-Le même au même, 26 janvier, 23 février 1791.—<i>Ibid.</i>, III,
-27, 28, 70.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_506_506" id="Footnote_506_506"></a>
-<a href="#FNanchor_506_506"><span class="label">[506]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 8 mars 1791.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, I, 86.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_507_507" id="Footnote_507_507"></a>
-<a href="#FNanchor_507_507"><span class="label">[507]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 233.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_508_508" id="Footnote_508_508"></a>
-<a href="#FNanchor_508_508"><span class="label">[508]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 251.—Ces paroles, contestées par Cabanis,
-sont affirmées par la Marck.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_509_509" id="Footnote_509_509"></a>
-<a href="#FNanchor_509_509"><span class="label">[509]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 avril 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 264.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_510_510" id="Footnote_510_510"></a>
-<a href="#FNanchor_510_510"><span class="label">[510]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_511_511" id="Footnote_511_511"></a>
-<a href="#FNanchor_511_511"><span class="label">[511]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_512_512" id="Footnote_512_512"></a>
-<a href="#FNanchor_512_512"><span class="label">[512]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 222, 223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_513_513" id="Footnote_513_513"></a>
-<a href="#FNanchor_513_513"><span class="label">[513]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 5 février 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 232.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_514_514" id="Footnote_514_514"></a>
-<a href="#FNanchor_514_514"><span class="label">[514]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 février 1791.—La
-même à la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 240, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_515_515" id="Footnote_515_515"></a>
-<a href="#FNanchor_515_515"><span class="label">[515]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 242.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_516_516" id="Footnote_516_516"></a>
-<a href="#FNanchor_516_516"><span class="label">[516]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 235.—M<sup>me</sup> Elisabeth à
-la marquise de Bombelles, 28 février 1791.—<i>Correspondance de
-M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_517_517" id="Footnote_517_517"></a>
-<a href="#FNanchor_517_517"><span class="label">[517]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_518_518" id="Footnote_518_518"></a>
-<a href="#FNanchor_518_518"><span class="label">[518]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 210.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_519_519" id="Footnote_519_519"></a>
-<a href="#FNanchor_519_519"><span class="label">[519]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_520_520" id="Footnote_520_520"></a>
-<a href="#FNanchor_520_520"><span class="label">[520]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_521_521" id="Footnote_521_521"></a>
-<a href="#FNanchor_521_521"><span class="label">[521]</span></a>
-<i>Souvenirs d'un page</i>, 347.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_522_522" id="Footnote_522_522"></a>
-<a href="#FNanchor_522_522"><span class="label">[522]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 253.—<i>Voir</i> dans ces
-Mémoires la réponse des ducs de Villequier et de Duras à l'ordre
-du jour de Lafayette.—<i>Ibid.</i>, I, 254 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_523_523" id="Footnote_523_523"></a>
-<a href="#FNanchor_523_523"><span class="label">[523]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 2 mars 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 245.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_524_524" id="Footnote_524_524"></a>
-<a href="#FNanchor_524_524"><span class="label">[524]</span></a>
-Le 24 août 1790.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_525_525" id="Footnote_525_525"></a>
-<a href="#FNanchor_525_525"><span class="label">[525]</span></a>
-Le 26 décembre 1790.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_526_526" id="Footnote_526_526"></a>
-<a href="#FNanchor_526_526"><span class="label">[526]</span></a>
-Montmorin à la Marck, 18 et 20 mars 1791.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 88 et 97.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_527_527" id="Footnote_527_527"></a>
-<a href="#FNanchor_527_527"><span class="label">[527]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 309.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_528_528" id="Footnote_528_528"></a>
-<a href="#FNanchor_528_528"><span class="label">[528]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 19 avril 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_529_529" id="Footnote_529_529"></a>
-<a href="#FNanchor_529_529"><span class="label">[529]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_530_530" id="Footnote_530_530"></a>
-<a href="#FNanchor_530_530"><span class="label">[530]</span></a>
-Hue. <i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_531_531" id="Footnote_531_531"></a>
-<a href="#FNanchor_531_531"><span class="label">[531]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_532_532" id="Footnote_532_532"></a>
-<a href="#FNanchor_532_532"><span class="label">[532]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 103.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_533_533" id="Footnote_533_533"></a>
-<a href="#FNanchor_533_533"><span class="label">[533]</span></a>
-Hue. <i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_534_534" id="Footnote_534_534"></a>
-<a href="#FNanchor_534_534"><span class="label">[534]</span></a>
-On traitait le Roi de b... d'aristocrate et de gros cochon. M. de
-Gougenot, maître d'hôtel, s'étant approché de la voiture pour prendre
-les ordres de la Reine, les gardes nationaux l'en arrachèrent. La
-Reine s'avança pour dire de le laisser: «Voilà une plaisante b...
-pour donner des ordres,» répondirent les gardes nationaux.
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de
-France</i>, I, 404.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_535_535" id="Footnote_535_535"></a>
-<a href="#FNanchor_535_535"><span class="label">[535]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 266.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, I, 273.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_536_536" id="Footnote_536_536"></a>
-<a href="#FNanchor_536_536"><span class="label">[536]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 21 avril 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 267.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_537_537" id="Footnote_537_537"></a>
-<a href="#FNanchor_537_537"><span class="label">[537]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 104.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_538_538" id="Footnote_538_538"></a>
-<a href="#FNanchor_538_538"><span class="label">[538]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 286.—<i>Mémoires de Weber</i>, 311.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_539_539" id="Footnote_539_539"></a>
-<a href="#FNanchor_539_539"><span class="label">[539]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 104.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_540_540" id="Footnote_540_540"></a>
-<a href="#FNanchor_540_540"><span class="label">[540]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 273, 274.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_541_541" id="Footnote_541_541"></a>
-<a href="#FNanchor_541_541"><span class="label">[541]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 105.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_542_542" id="Footnote_542_542"></a>
-<a href="#FNanchor_542_542"><span class="label">[542]</span></a>
-Hue. <i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 215.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_543_543" id="Footnote_543_543"></a>
-<a href="#FNanchor_543_543"><span class="label">[543]</span></a>
-Fersen à Taube, 18 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 105.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_544_544" id="Footnote_544_544"></a>
-<a href="#FNanchor_544_544"><span class="label">[544]</span></a>
-Hue. <i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 217.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_545_545" id="Footnote_545_545"></a>
-<a href="#FNanchor_545_545"><span class="label">[545]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 219.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_546_546" id="Footnote_546_546"></a>
-<a href="#FNanchor_546_546"><span class="label">[546]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 283.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_547_547" id="Footnote_547_547"></a>
-<a href="#FNanchor_547_547"><span class="label">[547]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 267, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_548_548" id="Footnote_548_548"></a>
-<a href="#FNanchor_548_548"><span class="label">[548]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 273, 274.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_549_549" id="Footnote_549_549"></a>
-<a href="#FNanchor_549_549"><span class="label">[549]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 203.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_550_550" id="Footnote_550_550"></a>
-<a href="#FNanchor_550_550"><span class="label">[550]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 29 août 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 178. Est-ce à la suite de cette proposition
-que le bruit se répandit à cette époque chez les émigrés que le
-Roi devait aller en Flandre? M. de Vaudreuil, qui s'était fait l'écho
-de ces bruits, n'y croyait pas. «J'ai de la peine à croire, écrivait-il à
-M. le comte d'Artois, qu'on puisse décider le Roi à sortir de Paris, à
-moins qu'on ne l'enlève par force.» Le comte de Vaudreuil au
-comte d'Artois, 9 septembre 1790.—<i>Correspondance intime du comte
-de Vaudreuil</i>, I, 287.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_551_551" id="Footnote_551_551"></a>
-<a href="#FNanchor_551_551"><span class="label">[551]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 269.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_552_552" id="Footnote_552_552"></a>
-<a href="#FNanchor_552_552"><span class="label">[552]</span></a>
-Fragments de Mémoires du comte Valentin Esterhazy.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 47, 48.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_553_553" id="Footnote_553_553"></a>
-<a href="#FNanchor_553_553"><span class="label">[553]</span></a>
-Note du 15 octobre 1789.—<i>Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck</i>, I, 369.—Mirabeau ne reculait pas
-cependant devant une intervention diplomatique des Puissances
-étrangères: «Il me semble qu'un autre point des plus raisonnables
-du plan de M..., est, si la paix entre la Prusse et l'Autriche se contient,
-d'engager ces deux Puissances, sous prétexte des dangers
-qu'elles peuvent courir elles-mêmes, si jamais ceci se consolide, à
-paraître non plus pour faire une contre-révolution ou entrer en
-armes ici, mais comme garants de tous les traités, de l'Alsace, de la
-Lorraine et comme trouvant fort mauvais la manière dont on traite
-un Roi. Elles pourraient alors parler le ton qu'on a, quand on se
-sent le plus fort, en bonne cause et en troupes.»—Marie-Antoinette
-à Mercy, juin 1790.—<i>Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold
-II</i>, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_554_554" id="Footnote_554_554"></a>
-<a href="#FNanchor_554_554"><span class="label">[554]</span></a>
-Mirabeau à la Marck, 4 juin 1790.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, II, 34.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_555_555" id="Footnote_555_555"></a>
-<a href="#FNanchor_555_555"><span class="label">[555]</span></a>
-Note du 15 octobre 1789.—<i>Correspondance entre le comte de
-Mirabeau et le comte de la Marck</i>, I, 743.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_556_556" id="Footnote_556_556"></a>
-<a href="#FNanchor_556_556"><span class="label">[556]</span></a>
-Douzième note, 17 juillet 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 104 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_557_557" id="Footnote_557_557"></a>
-<a href="#FNanchor_557_557"><span class="label">[557]</span></a>
-Treizième note, 26 juillet 1790.—<i>Ibid.</i>, II, 114.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_558_558" id="Footnote_558_558"></a>
-<a href="#FNanchor_558_558"><span class="label">[558]</span></a>
-Journal de Fersen, 18 octobre 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, 1, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_559_559" id="Footnote_559_559"></a>
-<a href="#FNanchor_559_559"><span class="label">[559]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 245.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_560_560" id="Footnote_560_560"></a>
-<a href="#FNanchor_560_560"><span class="label">[560]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_561_561" id="Footnote_561_561"></a>
-<a href="#FNanchor_561_561"><span class="label">[561]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 24 octobre 1790.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_562_562" id="Footnote_562_562"></a>
-<a href="#FNanchor_562_562"><span class="label">[562]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction. I, 238.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_563_563" id="Footnote_563_563"></a>
-<a href="#FNanchor_563_563"><span class="label">[563]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Bouillé</i>, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_564_564" id="Footnote_564_564"></a>
-<a href="#FNanchor_564_564"><span class="label">[564]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 215 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_565_565" id="Footnote_565_565"></a>
-<a href="#FNanchor_565_565"><span class="label">[565]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 244, 245.—<i>Mémoires du marquis de Bouillé</i>,
-228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_566_566" id="Footnote_566_566"></a>
-<a href="#FNanchor_566_566"><span class="label">[566]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_567_567" id="Footnote_567_567"></a>
-<a href="#FNanchor_567_567"><span class="label">[567]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 229.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_568_568" id="Footnote_568_568"></a>
-<a href="#FNanchor_568_568"><span class="label">[568]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 156, 157.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_569_569" id="Footnote_569_569"></a>
-<a href="#FNanchor_569_569"><span class="label">[569]</span></a>
-Le baron de Breteuil à l'Empereur, 3 mai 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 114.—Le baron de Breteuil était, à
-l'étranger, l'agent accrédité du Roi et de la Reine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_570_570" id="Footnote_570_570"></a>
-<a href="#FNanchor_570_570"><span class="label">[570]</span></a>
-A la mi-mai, on n'avait encore que quatre millions.—Fersen
-à Breteuil, 16 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 123.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_571_571" id="Footnote_571_571"></a>
-<a href="#FNanchor_571_571"><span class="label">[571]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 1790.—<i>Marie-Antoinette, Joseph II
-und Léopold II</i>, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_572_572" id="Footnote_572_572"></a>
-<a href="#FNanchor_572_572"><span class="label">[572]</span></a>
-Fersen à Taube, 1<sup>er</sup> avril 1791.—Le même à Breteuil, 2 avril
-1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 90, 97.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_573_573" id="Footnote_573_573"></a>
-<a href="#FNanchor_573_573"><span class="label">[573]</span></a>
-Fersen à Taube, 7 mars 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 93.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_574_574" id="Footnote_574_574"></a>
-<a href="#FNanchor_574_574"><span class="label">[574]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 20 avril 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 156.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_575_575" id="Footnote_575_575"></a>
-<a href="#FNanchor_575_575"><span class="label">[575]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Bouillé</i>, 243, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_576_576" id="Footnote_576_576"></a>
-<a href="#FNanchor_576_576"><span class="label">[576]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 245.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_577_577" id="Footnote_577_577"></a>
-<a href="#FNanchor_577_577"><span class="label">[577]</span></a>
-Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 123.—On leur demandait vingt ou trente mille hommes
-environ.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_578_578" id="Footnote_578_578"></a>
-<a href="#FNanchor_578_578"><span class="label">[578]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 1<sup>er</sup> juin 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 167.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_579_579" id="Footnote_579_579"></a>
-<a href="#FNanchor_579_579"><span class="label">[579]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—<i>Ibid.</i>, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_580_580" id="Footnote_580_580"></a>
-<a href="#FNanchor_580_580"><span class="label">[580]</span></a>
-Bouillé à Fersen, 18 avril 1791.—Le même au même, 9 mai
-1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_581_581" id="Footnote_581_581"></a>
-<a href="#FNanchor_581_581"><span class="label">[581]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck.</i> Introduction, I, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_582_582" id="Footnote_582_582"></a>
-<a href="#FNanchor_582_582"><span class="label">[582]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 5 juin 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 172.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_583_583" id="Footnote_583_583"></a>
-<a href="#FNanchor_583_583"><span class="label">[583]</span></a>
-Manifeste du Roi, 20 juin 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 25, 119.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_584_584" id="Footnote_584_584"></a>
-<a href="#FNanchor_584_584"><span class="label">[584]</span></a>
-La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 12
-juillet 1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.—Plusieurs
-émigrés des plus notables pensaient comme le marquis de Bombelles:
-«Croyez-vous qu'on soit revenu à désirer absolument l'ancien
-régime?—Non», écrivait, le 9 octobre 1790, le comte de Vaudreuil
-au comte d'Artois.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>,
-I, 327, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_585_585" id="Footnote_585_585"></a>
-<a href="#FNanchor_585_585"><span class="label">[585]</span></a>
-Journal de Fersen, 13 septembre 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_586_586" id="Footnote_586_586"></a>
-<a href="#FNanchor_586_586"><span class="label">[586]</span></a>
-Staël à Gustave III, 28 août 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_587_587" id="Footnote_587_587"></a>
-<a href="#FNanchor_587_587"><span class="label">[587]</span></a>
-Le prince de Condé écrivait le 27 février: «Le comte d'Artois
-a reçu par une occasion une lettre du Roi et de la Reine.... celle
-de la Reine est encore plus forte en faiblesse—que celle du Roi.—Après
-toutes les mauvaises raisons que vous pouvez imaginer, elle
-lui demande le <i>sacrifice de toute idée de contre-révolution</i>. Voilà la
-femme que la Queuille et tant d'autres présentent comme un modèle
-d'énergie.»—<i>Histoire de l'Emigration: Coblentz</i>, par Ernest Daudet.
-Paris, Kolb, 1889, p. 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_588_588" id="Footnote_588_588"></a>
-<a href="#FNanchor_588_588"><span class="label">[588]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 12 juin 1790.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_589_589" id="Footnote_589_589"></a>
-<a href="#FNanchor_589_589"><span class="label">[589]</span></a>
-La même au même, 13 février 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, I, 467.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_590_590" id="Footnote_590_590"></a>
-<a href="#FNanchor_590_590"><span class="label">[590]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 141.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_591_591" id="Footnote_591_591"></a>
-<a href="#FNanchor_591_591"><span class="label">[591]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 7 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 140, 141.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_592_592" id="Footnote_592_592"></a>
-<a href="#FNanchor_592_592"><span class="label">[592]</span></a>
-Entre autres l'absence d'un relais de poste dans la ville.—<i>Mémoires
-du marquis de Bouillé</i>, 222, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_593_593" id="Footnote_593_593"></a>
-<a href="#FNanchor_593_593"><span class="label">[593]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 251.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_594_594" id="Footnote_594_594"></a>
-<a href="#FNanchor_594_594"><span class="label">[594]</span></a>
-Fersen à Bouillé, 26 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_595_595" id="Footnote_595_595"></a>
-<a href="#FNanchor_595_595"><span class="label">[595]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 287 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_596_596" id="Footnote_596_596"></a>
-<a href="#FNanchor_596_596"><span class="label">[596]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_597_597" id="Footnote_597_597"></a>
-<a href="#FNanchor_597_597"><span class="label">[597]</span></a>
-Fersen à Breteuil, 2 avril 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_598_598" id="Footnote_598_598"></a>
-<a href="#FNanchor_598_598"><span class="label">[598]</span></a>
-«Il ne faudrait pas passer le 1<sup>er</sup> juin,» écrivait M. de Bouillé à
-Fersen, 9 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, I,
-122. Il avait déjà écrit le 18 avril: «Tout est impossible si l'on passe
-l'époque du mois de mai.»—Le même au même, 18 avril 1791.—<i>Ibid.</i>,
-I, 107.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_599_599" id="Footnote_599_599"></a>
-<a href="#FNanchor_599_599"><span class="label">[599]</span></a>
-Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, 132.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_600_600" id="Footnote_600_600"></a>
-<a href="#FNanchor_600_600"><span class="label">[600]</span></a>
-Fersen à Breteuil, 30 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, 132.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_601_601" id="Footnote_601_601"></a>
-<a href="#FNanchor_601_601"><span class="label">[601]</span></a>
-Le même au même, 10 juin 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_602_602" id="Footnote_602_602"></a>
-<a href="#FNanchor_602_602"><span class="label">[602]</span></a>
-Fersen à Bouillé, 13 juin 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_603_603" id="Footnote_603_603"></a>
-<a href="#FNanchor_603_603"><span class="label">[603]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 22 mai 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 165. M<sup>me</sup> de Tourzel prétend qu'il y avait
-une quatrième personne dans la confidence, le chevalier de Coigny.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_604_604" id="Footnote_604_604"></a>
-<a href="#FNanchor_604_604"><span class="label">[604]</span></a>
-Fersen à son père, février 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France.</i> Introduction, LIX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_605_605" id="Footnote_605_605"></a>
-<a href="#FNanchor_605_605"><span class="label">[605]</span></a>
-La berline avait été commandée par la baronne de Korff.—<i>Fuite
-de Louis XVI à Varennes</i>, par M. Bimbenet. Pièces justificatives,
-déposition du carrossier Louis, p. 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_606_606" id="Footnote_606_606"></a>
-<a href="#FNanchor_606_606"><span class="label">[606]</span></a>
-<i>Mémoires du comte Louis de Bouillé</i>, 39.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_607_607" id="Footnote_607_607"></a>
-<a href="#FNanchor_607_607"><span class="label">[607]</span></a>
-M. de Bouillé aurait voulu d'abord que M. d'Agout allât s'installer
-à Châlons avec trente gardes du corps déterminés, sous un
-prétexte quelconque, en réalité pour escorter le Roi de Châlons à
-Sainte-Ménehould.—Bouillé à Fersen, 9 mai 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 122.—Le Roi ne le voulut pas, dans
-la crainte d'exciter les méfiances et de faire du mouvement.—Fersen
-à Bouillé, 26 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_608_608" id="Footnote_608_608"></a>
-<a href="#FNanchor_608_608"><span class="label">[608]</span></a>
-Breteuil à Fersen, 24 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 128. M. de Breteuil ne
-se souciait pas de M. de Saint-Priest, en qui il voyait un rival.—Ibid.,
-et Breteuil à Fersen, 29 mai 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 131.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_609_609" id="Footnote_609_609"></a>
-<a href="#FNanchor_609_609"><span class="label">[609]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_610_610" id="Footnote_610_610"></a>
-<a href="#FNanchor_610_610"><span class="label">[610]</span></a>
-Fersen à Bouillé, 29 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 132. On avait prétendu que c'était M<sup>me</sup> de Tourzel, qui
-par entêtement de ses prérogatives de gouvernante des Enfants de
-France avait refusé de céder sa place dans la voiture royale et empêché
-par là d'emmener M. d'Agout. M<sup>me</sup> de Tourzel s'en défend
-vivement dans ses <i>Mémoires</i>: «La Reine, dit-elle, qui fut la seule
-qui me fit part de ce voyage, ne m'a jamais dit qu'il en fût question
-et ne parla que de l'obstacle de ma santé,—elle venait d'être fort
-souffrante;—je n'aurais certainement pas insisté, si elle m'eût
-témoigné un pareil désir. J'avais d'ailleurs la ressource de prendre
-la place d'une des deux femmes qui accompagnaient la famille royale
-dans la voiture de suite. En pareil cas, l'attachement ne consulte ni
-la convenance ni les droits, et j'aurais alors concilié le devoir, que
-m'imposait ma place, de ne jamais quitter Monseigneur le Dauphin,
-avec le désir que Leurs Majestés auraient manifesté de se faire
-accompagner par une personne dont les services eussent pu leur
-être plus utiles que les miens.»—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>,
-I, 302, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_611_611" id="Footnote_611_611"></a>
-<a href="#FNanchor_611_611"><span class="label">[611]</span></a>
-Fersen à Bouillé, 9 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 130.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_612_612" id="Footnote_612_612"></a>
-<a href="#FNanchor_612_612"><span class="label">[612]</span></a>
-Fersen à Breteuil, 16 mai 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 123.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_613_613" id="Footnote_613_613"></a>
-<a href="#FNanchor_613_613"><span class="label">[613]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 288.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_614_614" id="Footnote_614_614"></a>
-<a href="#FNanchor_614_614"><span class="label">[614]</span></a>
-«Le major du Royal-Allemand était venu le voir pour prendre
-ses instructions sur la nouvelle formation. M. de Bouillé lui parla
-de l'esprit du régiment, et le major ne lui cacha pas que dans le cas
-où l'on viendrait au secours de notre malheureuse patrie, le régiment
-serait plutôt disposé à s'y joindre qu'à marcher contre. «Tant
-mieux, lui répondit M. de Bouillé, tant mieux, Monsieur; j'espère
-qu'il ne sera pas le seul... Malgré ces bonnes dispositions, il ne
-faudrait pourtant pas compter sur lui—Bouillé,—dans le cas où
-l'on ne ferait qu'un simple coup de tête, et l'on craint ici et à Metz que
-M. le prince de Condé ne veuille agir seul; il ferait une mauvaise
-besogne.»—Le marquis de Raigecourt au marquis de Gain-Montagnac,
-21 avril 1791.—Archives de M. le marquis de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_615_615" id="Footnote_615_615"></a>
-<a href="#FNanchor_615_615"><span class="label">[615]</span></a>
-Lettre saisie chez M. de Fersen, du 17 juin 1791. Bimbenet,
-<i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>. Pièces justificatives, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_616_616" id="Footnote_616_616"></a>
-<a href="#FNanchor_616_616"><span class="label">[616]</span></a>
-Fragments de mémoires du comte Valentin Esterhazy, <i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 55.—<i>Voir</i> aussi, sur
-tous ces bruits du départ de la famille royale répandus chez les
-émigrés, la <i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>. Paris,
-Plon, 1889.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_617_617" id="Footnote_617_617"></a>
-<a href="#FNanchor_617_617"><span class="label">[617]</span></a>
-Bimbenet, <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>. Pièces justificatives,
-38.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_618_618" id="Footnote_618_618"></a>
-<a href="#FNanchor_618_618"><span class="label">[618]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 1.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_619_619" id="Footnote_619_619"></a>
-<a href="#FNanchor_619_619"><span class="label">[619]</span></a>
-Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>, 40, 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_620_620" id="Footnote_620_620"></a>
-<a href="#FNanchor_620_620"><span class="label">[620]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_621_621" id="Footnote_621_621"></a>
-<a href="#FNanchor_621_621"><span class="label">[621]</span></a>
-Récit de Madame Royale, dans les <i>Mémoires de Weber</i>, 314.—Déclaration
-de Raffy, commissaire du Comité civil de la section Lepelletier,
-citée par A. Vitu dans son livre sur la <i>Maison mortuaire de
-Molière</i>. <i>Figaro</i> du 11 novembre 1882, supplément.—«La ci-devant
-Reine, la veille de son départ pour Varennes, a été goûter dans son
-beau jardin (de Boutin) à la barrière Blanche, avec ses enfants, pour
-faire voir qu'elle n'avait point envie de partir.»—Raffy ne se
-trompe que sur un point: ce n'est pas la veille, mais le jour même
-de son départ que la Reine alla à Tivoli.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_622_622" id="Footnote_622_622"></a>
-<a href="#FNanchor_622_622"><span class="label">[622]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 303.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_623_623" id="Footnote_623_623"></a>
-<a href="#FNanchor_623_623"><span class="label">[623]</span></a>
-Madame Royale dit sept heures (Weber, 314); Desclaux, garçon
-de chambre de la Reine, dit huit heures.—Bimbenet.—Pièces justificatives,
-45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_624_624" id="Footnote_624_624"></a>
-<a href="#FNanchor_624_624"><span class="label">[624]</span></a>
-Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>, 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_625_625" id="Footnote_625_625"></a>
-<a href="#FNanchor_625_625"><span class="label">[625]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 307.—Récit de Madame
-Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_626_626" id="Footnote_626_626"></a>
-<a href="#FNanchor_626_626"><span class="label">[626]</span></a>
-Journal du comte de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, II, 308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_627_627" id="Footnote_627_627"></a>
-<a href="#FNanchor_627_627"><span class="label">[627]</span></a>
-Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>, 25. Pièces justificatives,
-33, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_628_628" id="Footnote_628_628"></a>
-<a href="#FNanchor_628_628"><span class="label">[628]</span></a>
-Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>, 56 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_629_629" id="Footnote_629_629"></a>
-<a href="#FNanchor_629_629"><span class="label">[629]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_630_630" id="Footnote_630_630"></a>
-<a href="#FNanchor_630_630"><span class="label">[630]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 303.—Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>,
-315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_631_631" id="Footnote_631_631"></a>
-<a href="#FNanchor_631_631"><span class="label">[631]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 304.—Récit de Madame
-Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_632_632" id="Footnote_632_632"></a>
-<a href="#FNanchor_632_632"><span class="label">[632]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_633_633" id="Footnote_633_633"></a>
-<a href="#FNanchor_633_633"><span class="label">[633]</span></a>
-Le duc de Villequier avait émigré.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_634_634" id="Footnote_634_634"></a>
-<a href="#FNanchor_634_634"><span class="label">[634]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_635_635" id="Footnote_635_635"></a>
-<a href="#FNanchor_635_635"><span class="label">[635]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Ibid.</i>, I, 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_636_636" id="Footnote_636_636"></a>
-<a href="#FNanchor_636_636"><span class="label">[636]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 415.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_637_637" id="Footnote_637_637"></a>
-<a href="#FNanchor_637_637"><span class="label">[637]</span></a>
-«M. de Fersen, dit M<sup>me</sup> de Tourzel, jouait parfaitement le rôle
-de cocher de fiacre, sifflant, causant avec un soi-disant camarade
-qui se trouvait là par hasard et prenant du tabac dans sa tabatière.»—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, I, 306.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_638_638" id="Footnote_638_638"></a>
-<a href="#FNanchor_638_638"><span class="label">[638]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_639_639" id="Footnote_639_639"></a>
-<a href="#FNanchor_639_639"><span class="label">[639]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_640_640" id="Footnote_640_640"></a>
-<a href="#FNanchor_640_640"><span class="label">[640]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 306.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_641_641" id="Footnote_641_641"></a>
-<a href="#FNanchor_641_641"><span class="label">[641]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_642_642" id="Footnote_642_642"></a>
-<a href="#FNanchor_642_642"><span class="label">[642]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_643_643" id="Footnote_643_643"></a>
-<a href="#FNanchor_643_643"><span class="label">[643]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_644_644" id="Footnote_644_644"></a>
-<a href="#FNanchor_644_644"><span class="label">[644]</span></a>
-Déposition de Balthazar Sapel.—Bimbenet. <i>La fuite de Louis
-XVI à Varennes.</i> Pièces justificatives, 60.—Fersen dit qu'on arriva
-à Bondy à une heure et demi, Sapel dit à trois heures.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_645_645" id="Footnote_645_645"></a>
-<a href="#FNanchor_645_645"><span class="label">[645]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_646_646" id="Footnote_646_646"></a>
-<a href="#FNanchor_646_646"><span class="label">[646]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_647_647" id="Footnote_647_647"></a>
-<a href="#FNanchor_647_647"><span class="label">[647]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 312.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_648_648" id="Footnote_648_648"></a>
-<a href="#FNanchor_648_648"><span class="label">[648]</span></a>
-On arriva à Châlons à quatre heures de l'après-midi.—<i>Procès-verbal
-de ce qui s'est passé à Châlons, relativement au départ du
-Roi vers la frontière, à son arrestation à Varennes, à son retour à
-Paris et à son séjour à Châlons.</i> Châlons, Le Roy, 1876, p. 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_649_649" id="Footnote_649_649"></a>
-<a href="#FNanchor_649_649"><span class="label">[649]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Tourzel affirme que le Roi ne descendit qu'une seule fois
-dans la route, entra dans une écurie où il n'y avait personne et remonta
-sur-le-champ dans la voiture. Les enfants descendirent seulement
-deux fois, dans les moments où les postillons montaient au
-pas de grandes côtes; «mais cette petite promenade ne causa aucun
-retard.»—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, 219.—Mais ce témoignage
-de M<sup>me</sup> de Tourzel, si formel qu'il soit, ne nous semble pas
-pouvoir détruire les témoignages non moins formels des trois gardes
-du corps et de M<sup>me</sup> Brunier.—Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes.</i>
-Pièces justificatives, interrogatoires de MM. de Maldent, de
-Moustier et de Valori et de M<sup>me</sup> Brunier, p. 79, 100, 111, 121.—On
-donnait d'ailleurs aux postillons des pourboires dont la générosité
-excitait les soupçons.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_650_650" id="Footnote_650_650"></a>
-<a href="#FNanchor_650_650"><span class="label">[650]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 116.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_651_651" id="Footnote_651_651"></a>
-<a href="#FNanchor_651_651"><span class="label">[651]</span></a>
-Récit fait par la Reine à Fersen.—Journal de Fersen.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_652_652" id="Footnote_652_652"></a>
-<a href="#FNanchor_652_652"><span class="label">[652]</span></a>
-Récit de Madame Royale. <i>Mémoires de Weber</i>, 116.—<i>Mémoires
-du marquis de Bouillé</i>, 262.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_653_653" id="Footnote_653_653"></a>
-<a href="#FNanchor_653_653"><span class="label">[653]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 316.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_654_654" id="Footnote_654_654"></a>
-<a href="#FNanchor_654_654"><span class="label">[654]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_655_655" id="Footnote_655_655"></a>
-<a href="#FNanchor_655_655"><span class="label">[655]</span></a>
-Lettre de la municipalité de Sainte Menehould à l'Assemblée.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_656_656" id="Footnote_656_656"></a>
-<a href="#FNanchor_656_656"><span class="label">[656]</span></a>
-Louis Bonneville de Marsangy.—<i>Journal d'un volontaire de
-1791</i>, Paris, Perrin, 1888, p. 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_657_657" id="Footnote_657_657"></a>
-<a href="#FNanchor_657_657"><span class="label">[657]</span></a>
-M. de Damas avait aussitôt envoyé un officier à toute bride
-pour avertir de ce contre-temps MM. de Bouillé et de Raigecourt
-qui étaient à Varennes. Malheureusement, l'officier ne connaissait
-pas le pays; il prit la route de Verdun au lieu de celle de Varennes
-où, par suite de cette erreur, il arriva trop tard.—<i>Mémoires de
-la duchesse de Tourzel</i>, I, 317.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_658_658" id="Footnote_658_658"></a>
-<a href="#FNanchor_658_658"><span class="label">[658]</span></a>
-Le <i>Journal d'un volontaire de 1791</i> décrit ainsi ce passage:
-«Varennes est à trois lieues de Clermont. Je n'y ai rien remarqué
-que l'endroit où le Roi fut arrêté. Il semble qu'il ait été fait exprès,
-par l'impossibilité qu'il y a de passer deux voitures à la fois. C'est une
-espèce de porte ou d'arcade fort basse, et très étroite. Le pont vient
-ensuite.» Page 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_659_659" id="Footnote_659_659"></a>
-<a href="#FNanchor_659_659"><span class="label">[659]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 318.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_660_660" id="Footnote_660_660"></a>
-<a href="#FNanchor_660_660"><span class="label">[660]</span></a>
-<i>Second procès-verbal de la municipalité de Varennes.</i>—La
-municipalité de Varennes, après l'arrestation du Roi, rédigea deux
-procès-verbaux, fort différents de ton; le premier est respectueux
-encore de l'autorité royale; le second ne l'est plus.—<i>Voir</i> ces
-procès-verbaux dans Bimbenet, <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>;
-Pièces justificatives; et dans l'abbé Gabriel, <i>Louis XVI, le marquis
-de Bouillé et Varennes</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_661_661" id="Footnote_661_661"></a>
-<a href="#FNanchor_661_661"><span class="label">[661]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 319.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_662_662" id="Footnote_662_662"></a>
-<a href="#FNanchor_662_662"><span class="label">[662]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 320.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_663_663" id="Footnote_663_663"></a>
-<a href="#FNanchor_663_663"><span class="label">[663]</span></a>
-<i>La fuite de Louis XVI</i>, par V. Fournel.—<i>Revue des questions
-historiques</i>, octobre 1868.—M. Fournel a publié dans la <i>Revue des
-questions historiques</i>, juillet et octobre 1868, deux articles très étudiés
-et très remarquables qui semblent donner le récit le plus exact
-de ce grave événement.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_664_664" id="Footnote_664_664"></a>
-<a href="#FNanchor_664_664"><span class="label">[664]</span></a>
-<i>Premier et second procès-verbaux de la commune de Varennes.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_665_665" id="Footnote_665_665"></a>
-<a href="#FNanchor_665_665"><span class="label">[665]</span></a>
-<i>Premier procès-verbal.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_666_666" id="Footnote_666_666"></a>
-<a href="#FNanchor_666_666"><span class="label">[666]</span></a>
-<i>Second procès-verbal.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_667_667" id="Footnote_667_667"></a>
-<a href="#FNanchor_667_667"><span class="label">[667]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 475.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_668_668" id="Footnote_668_668"></a>
-<a href="#FNanchor_668_668"><span class="label">[668]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 325.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_669_669" id="Footnote_669_669"></a>
-<a href="#FNanchor_669_669"><span class="label">[669]</span></a>
-Lettre de la municipalité de Sainte-Menehould au président de
-l'Assemblée nationale, citée dans Gabriel, 313.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_670_670" id="Footnote_670_670"></a>
-<a href="#FNanchor_670_670"><span class="label">[670]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 327.—M<sup>me</sup> de Tourzel
-place par erreur cette scène entre Clermont et Sainte-Menehould.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_671_671" id="Footnote_671_671"></a>
-<a href="#FNanchor_671_671"><span class="label">[671]</span></a>
-Ce dernier détail a été contesté, mais il a été raconté par la Reine
-elle-même à Fersen. Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_672_672" id="Footnote_672_672"></a>
-<a href="#FNanchor_672_672"><span class="label">[672]</span></a>
-<i>Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons</i>, etc., 16.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_673_673" id="Footnote_673_673"></a>
-<a href="#FNanchor_673_673"><span class="label">[673]</span></a>
-Il existait encore, suivant M<sup>me</sup> de Tourzel, des personnes qui
-avaient été témoins de la première réception et qui fondaient en
-larmes, en songeant au chemin parcouru depuis lors.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, I, 329.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_674_674" id="Footnote_674_674"></a>
-<a href="#FNanchor_674_674"><span class="label">[674]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 329.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_675_675" id="Footnote_675_675"></a>
-<a href="#FNanchor_675_675"><span class="label">[675]</span></a>
-On en était au <i>Sanctus</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_676_676" id="Footnote_676_676"></a>
-<a href="#FNanchor_676_676"><span class="label">[676]</span></a>
-<i>Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons</i>, p. 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_677_677" id="Footnote_677_677"></a>
-<a href="#FNanchor_677_677"><span class="label">[677]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 24.—Après le départ du Roi, il y eut des troubles à
-Châlons; la vie du maire, M. Chorez, fut menacée.—<i>Ibid.</i>, 25,
-26.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_678_678" id="Footnote_678_678"></a>
-<a href="#FNanchor_678_678"><span class="label">[678]</span></a>
-Gabriel. <i>Louis XVI, le marquis de Bouillé à Varennes</i>, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_679_679" id="Footnote_679_679"></a>
-<a href="#FNanchor_679_679"><span class="label">[679]</span></a>
-<i>Procès-verbal de ce qui s'est passé à Châlons</i>, etc., 36.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_680_680" id="Footnote_680_680"></a>
-<a href="#FNanchor_680_680"><span class="label">[680]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 332.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_681_681" id="Footnote_681_681"></a>
-<a href="#FNanchor_681_681"><span class="label">[681]</span></a>
-Récit de la Reine. Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_682_682" id="Footnote_682_682"></a>
-<a href="#FNanchor_682_682"><span class="label">[682]</span></a>
-<i>Procès-verbal de tout ce qui s'est passé à Châlons</i>, etc., 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_683_683" id="Footnote_683_683"></a>
-<a href="#FNanchor_683_683"><span class="label">[683]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_684_684" id="Footnote_684_684"></a>
-<a href="#FNanchor_684_684"><span class="label">[684]</span></a>
-Barnave eut de longues conversations avec la Reine et avec
-M<sup>me</sup> Elisabeth. Ces conversations sont relatées dans les <i>Mémoires de
-la duchesse de Tourzel</i>, I, 335 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_685_685" id="Footnote_685_685"></a>
-<a href="#FNanchor_685_685"><span class="label">[685]</span></a>
-Ce récit a été publié par M. Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire de la
-Terreur.</i> Pièces justificatives, I, 353 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_686_686" id="Footnote_686_686"></a>
-<a href="#FNanchor_686_686"><span class="label">[686]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_687_687" id="Footnote_687_687"></a>
-<a href="#FNanchor_687_687"><span class="label">[687]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 295.—<i>Mémoires de la duchesse de
-Tourzel</i>, I, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_688_688" id="Footnote_688_688"></a>
-<a href="#FNanchor_688_688"><span class="label">[688]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_689_689" id="Footnote_689_689"></a>
-<a href="#FNanchor_689_689"><span class="label">[689]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_690_690" id="Footnote_690_690"></a>
-<a href="#FNanchor_690_690"><span class="label">[690]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 334.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_691_691" id="Footnote_691_691"></a>
-<a href="#FNanchor_691_691"><span class="label">[691]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 362.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_692_692" id="Footnote_692_692"></a>
-<a href="#FNanchor_692_692"><span class="label">[692]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_693_693" id="Footnote_693_693"></a>
-<a href="#FNanchor_693_693"><span class="label">[693]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 131.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_694_694" id="Footnote_694_694"></a>
-<a href="#FNanchor_694_694"><span class="label">[694]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 365.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_695_695" id="Footnote_695_695"></a>
-<a href="#FNanchor_695_695"><span class="label">[695]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 135.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_696_696" id="Footnote_696_696"></a>
-<a href="#FNanchor_696_696"><span class="label">[696]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 340.—Journal de Fersen.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France,</i> II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_697_697" id="Footnote_697_697"></a>
-<a href="#FNanchor_697_697"><span class="label">[697]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 368.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_698_698" id="Footnote_698_698"></a>
-<a href="#FNanchor_698_698"><span class="label">[698]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 367.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_699_699" id="Footnote_699_699"></a>
-<a href="#FNanchor_699_699"><span class="label">[699]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 367.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_700_700" id="Footnote_700_700"></a>
-<a href="#FNanchor_700_700"><span class="label">[700]</span></a>
-Récit de Pétion.—<i>Histoire de la Terreur.</i> Pièces justificatives,
-I, 370.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_701_701" id="Footnote_701_701"></a>
-<a href="#FNanchor_701_701"><span class="label">[701]</span></a>
-Staël à Gustave III, 25 juin 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 211.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_702_702" id="Footnote_702_702"></a>
-<a href="#FNanchor_702_702"><span class="label">[702]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 28 juin 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 142.—M<sup>me</sup> Campan prétend (<i>Mémoires</i>, 293,
-294) que les cheveux de la Reine avaient blanchi subitement pendant
-les angoisses du voyage de Varennes. Montjoye, dans son <i>Histoire
-de Marie-Antoinette</i>, rapporte le même fait aux journées d'octobre.
-Nous adoptons plutôt cette dernière version, d'abord parce
-que Montjoye a écrit son <i>Histoire</i> à une date plus rapprochée des
-événements que celle où M<sup>me</sup> Campan a rédigé ses <i>Mémoires</i>, ensuite
-et surtout parce que Fersen, qui revit la famille royale en février
-1792 et qui a laissé le journal de son voyage a gardé le silence sur
-ce fait qui n'aurait pu manquer de le frapper vivement et qu'il aurait
-certainement consigné. Ajoutons que Staël, dans sa correspondance
-écrite au moment même, n'en parle pas non plus.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_703_703" id="Footnote_703_703"></a>
-<a href="#FNanchor_703_703"><span class="label">[703]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 360, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_704_704" id="Footnote_704_704"></a>
-<a href="#FNanchor_704_704"><span class="label">[704]</span></a>
-Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_705_705" id="Footnote_705_705"></a>
-<a href="#FNanchor_705_705"><span class="label">[705]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 10 juillet 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_706_706" id="Footnote_706_706"></a>
-<a href="#FNanchor_706_706"><span class="label">[706]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_707_707" id="Footnote_707_707"></a>
-<a href="#FNanchor_707_707"><span class="label">[707]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Bombelles, 10 juillet 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_708_708" id="Footnote_708_708"></a>
-<a href="#FNanchor_708_708"><span class="label">[708]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 348.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_709_709" id="Footnote_709_709"></a>
-<a href="#FNanchor_709_709"><span class="label">[709]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_710_710" id="Footnote_710_710"></a>
-<a href="#FNanchor_710_710"><span class="label">[710]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 149.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_711_711" id="Footnote_711_711"></a>
-<a href="#FNanchor_711_711"><span class="label">[711]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 348.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_712_712" id="Footnote_712_712"></a>
-<a href="#FNanchor_712_712"><span class="label">[712]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 367.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_713_713" id="Footnote_713_713"></a>
-<a href="#FNanchor_713_713"><span class="label">[713]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 293.—M<sup>me</sup> Campan rapporte que
-l'acteur Saint-Prix avait par dévouement demandé à monter la garde
-dans le corridor qui séparait l'appartement du Roi de celui de la
-Reine, afin de permettre aux malheureux époux de communiquer
-entre eux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_714_714" id="Footnote_714_714"></a>
-<a href="#FNanchor_714_714"><span class="label">[714]</span></a>
-Journal de Fersen.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_715_715" id="Footnote_715_715"></a>
-<a href="#FNanchor_715_715"><span class="label">[715]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 347.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_716_716" id="Footnote_716_716"></a>
-<a href="#FNanchor_716_716"><span class="label">[716]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_717_717" id="Footnote_717_717"></a>
-<a href="#FNanchor_717_717"><span class="label">[717]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 370.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_718_718" id="Footnote_718_718"></a>
-<a href="#FNanchor_718_718"><span class="label">[718]</span></a>
-«On ne laisse au Roi que la vie végétale, on admire qu'il s'en
-contente.» Lettre de Bernis à M. de Flavigny, 22 juin 1791.—Archives
-de Bernis.—<i>Le cardinal de Bernis depuis son ministère</i>, 516.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_719_719" id="Footnote_719_719"></a>
-<a href="#FNanchor_719_719"><span class="label">[719]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à M<sup>me</sup> de Raigecourt, septembre 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 446.—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>,
-I, 359, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_720_720" id="Footnote_720_720"></a>
-<a href="#FNanchor_720_720"><span class="label">[720]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_721_721" id="Footnote_721_721"></a>
-<a href="#FNanchor_721_721"><span class="label">[721]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 159.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_722_722" id="Footnote_722_722"></a>
-<a href="#FNanchor_722_722"><span class="label">[722]</span></a>
-Bimbenet. <i>La fuite de Louis XVI à Varennes</i>, 140, 141.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_723_723" id="Footnote_723_723"></a>
-<a href="#FNanchor_723_723"><span class="label">[723]</span></a>
-Staël à Gustave III, 17 juillet 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_724_724" id="Footnote_724_724"></a>
-<a href="#FNanchor_724_724"><span class="label">[724]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 358.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_725_725" id="Footnote_725_725"></a>
-<a href="#FNanchor_725_725"><span class="label">[725]</span></a>
-Staël à Gustave III, 6 juillet 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_726_726" id="Footnote_726_726"></a>
-<a href="#FNanchor_726_726"><span class="label">[726]</span></a>
-Gouverneur Morris à Robert Morris, 20 juillet 1791.—<i>Mémorial
-de Gouverneur Morris</i>, II, 83.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_727_727" id="Footnote_727_727"></a>
-<a href="#FNanchor_727_727"><span class="label">[727]</span></a>
-Droz. <i>Histoire de Louis XVI</i>, III, 466.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_728_728" id="Footnote_728_728"></a>
-<a href="#FNanchor_728_728"><span class="label">[728]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 294.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_729_729" id="Footnote_729_729"></a>
-<a href="#FNanchor_729_729"><span class="label">[729]</span></a>
-<i>Mémoires et correspondance de Mallet du Pan</i>, II, 487, 488.
-Mallet range parmi les premiers d'André, Chapelier, Baumetz, Lafayette;
-parmi les seconds, Barnave, Duport et les Lameth. Mallet
-nous semble sévère et même injuste pour Barnave.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_730_730" id="Footnote_730_730"></a>
-<a href="#FNanchor_730_730"><span class="label">[730]</span></a>
-Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 182. Le même bruit avait été accrédité à
-Rome.—Voir <i>Le cardinal de Bernis depuis son ministère</i>, 506 et
-suiv.—<i>Voir</i>, sur la joie de l'Empereur, à la nouvelle fausse du succès
-de l'évasion de la famille Royale, les lettres du comte de Vaudreuil
-des 29 juin et 3 juillet 1791. Vaudreuil était alors avec les Polignac à
-Padoue où se trouvait l'Empereur.—<i>Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil</i>, II, 4 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_731_731" id="Footnote_731_731"></a>
-<a href="#FNanchor_731_731"><span class="label">[731]</span></a>
-Léopold à Marie-Antoinette, 5 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 183.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_732_732" id="Footnote_732_732"></a>
-<a href="#FNanchor_732_732"><span class="label">[732]</span></a>
-Léopold à Marie-Christine, 5 juillet 1791.—<i>Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche</i>, par Adam Wolf, traduit par L. V. III, 136.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_733_733" id="Footnote_733_733"></a>
-<a href="#FNanchor_733_733"><span class="label">[733]</span></a>
-Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, sans date, juillet
-1791.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>, II, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_734_734" id="Footnote_734_734"></a>
-<a href="#FNanchor_734_734"><span class="label">[734]</span></a>
-L'Empereur ne s'était point adressé à la Suède; Gustave III en
-fut très froissé.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_735_735" id="Footnote_735_735"></a>
-<a href="#FNanchor_735_735"><span class="label">[735]</span></a>
-Projet de circulaire de l'Empereur, 6 juillet 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III, 389.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_736_736" id="Footnote_736_736"></a>
-<a href="#FNanchor_736_736"><span class="label">[736]</span></a>
-Rambaud. <i>Les Français sur le Rhin</i>, 147.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_737_737" id="Footnote_737_737"></a>
-<a href="#FNanchor_737_737"><span class="label">[737]</span></a>
-Léopold à Marie-Christine, 6 juillet 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III, 387.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_738_738" id="Footnote_738_738"></a>
-<a href="#FNanchor_738_738"><span class="label">[738]</span></a>
-Staël à Gustave III, 14 août 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_739_739" id="Footnote_739_739"></a>
-<a href="#FNanchor_739_739"><span class="label">[739]</span></a>
-Gustave III à Louis XVI, 30 juin 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_740_740" id="Footnote_740_740"></a>
-<a href="#FNanchor_740_740"><span class="label">[740]</span></a>
-Fersen à Marie-Antoinette, 27 juin 1791.—<i>Ibid.</i>, 141.—Staël à
-Gustave III, 8 juillet 1791.—<i>Correspondance diplomatique du
-baron de Staël-Holstein</i>, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_741_741" id="Footnote_741_741"></a>
-<a href="#FNanchor_741_741"><span class="label">[741]</span></a>
-Mémoire adressé à l'Impératrice de Russie par le roi de Suède,
-9 juillet 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III,
-391 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_742_742" id="Footnote_742_742"></a>
-<a href="#FNanchor_742_742"><span class="label">[742]</span></a>
-Mémoire lu par le roi de Suède, à la conférence tenue à Aix-la-Chapelle,
-dans sa chambre, entre Sa Majesté, Monsieur, le comte
-d'Artois et l'évêque d'Arras, 5 juillet 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III, 382.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_743_743" id="Footnote_743_743"></a>
-<a href="#FNanchor_743_743"><span class="label">[743]</span></a>
-<i>Journal de mon émigration</i>, par un garde du corps de la compagnie
-de Luxembourg.—«Le Roi, arrêté à six lieues des frontières,
-écrivait Vaudreuil, a dit à l'univers: «J'étais prisonnier: j'ai
-voulu rompre mes fers;» à tous les bons Français: «Délivrez-moi;»
-à tous les rois: «Vengez-moi.» On ne peut rien opposer à cela et
-la force de ces motifs doit retentir dans toutes les âmes.»—Le
-comte de Vaudreuil au comte d'Artois, sans date, juillet 1791.—<i>Correspondance
-intime du comte de Vaudreuil</i>, II, 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_744_744" id="Footnote_744_744"></a>
-<a href="#FNanchor_744_744"><span class="label">[744]</span></a>
-<i>Voir</i>, sur l'évasion de Monsieur, la <i>Relation d'un voyage de
-Paris à Bruxelles et à Coblentz, en 1791</i>. Paris, 1823, Urbain Canel.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_745_745" id="Footnote_745_745"></a>
-<a href="#FNanchor_745_745"><span class="label">[745]</span></a>
-Gustave III à Monsieur, 5 juillet 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, III, 382.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_746_746" id="Footnote_746_746"></a>
-<a href="#FNanchor_746_746"><span class="label">[746]</span></a>
-Marie-Antoinette à M<sup>me</sup> de Lamballe, commencement de juillet
-1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 148.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_747_747" id="Footnote_747_747"></a>
-<a href="#FNanchor_747_747"><span class="label">[747]</span></a>
-Journal de Fersen, 24 juillet 1799.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_748_748" id="Footnote_748_748"></a>
-<a href="#FNanchor_748_748"><span class="label">[748]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_749_749" id="Footnote_749_749"></a>
-<a href="#FNanchor_749_749"><span class="label">[749]</span></a>
-«Monsieur ferait mieux seul, mais est entièrement subjugué
-par l'autre». <i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_750_750" id="Footnote_750_750"></a>
-<a href="#FNanchor_750_750"><span class="label">[750]</span></a>
-<i>Souvenirs et portraits</i> du duc de Lévis, 371.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_751_751" id="Footnote_751_751"></a>
-<a href="#FNanchor_751_751"><span class="label">[751]</span></a>
-Journal de Fersen, 23 juillet 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_752_752" id="Footnote_752_752"></a>
-<a href="#FNanchor_752_752"><span class="label">[752]</span></a>
-Il ne faut pas confondre le baron de Bombelles, agent des
-Princes, avec son frère, le <i>marquis</i> de Bombelles, mari de l'amie de
-M<sup>me</sup> Elisabeth et agent de Breteuil et de la Reine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_753_753" id="Footnote_753_753"></a>
-<a href="#FNanchor_753_753"><span class="label">[753]</span></a>
-Le cardinal de Bernis, qui de Rome observait tous ces mouvements
-et était au courant des plans des émigrés, ne croyait pas à
-cette coalition effective des Puissances, rêvée par Calonne et son
-parti: «J'ai toujours cru, écrivait-il à un ami, que la France pouvait
-seule rompre ses chaînes et reprendre son niveau. Les Puissances
-étrangères ont leurs embarras et leurs vues; le plus court pour
-elles, c'est d'envoyer à nos princes quelques belles lettres et des
-secours insuffisants; elles nous laisseront bientôt nous déchirer et
-nous dévorer nous-mêmes, et quand la Pologne, la Bavière seront
-arrangées selon leurs convenances, alors elles se partageront nos
-lambeaux. Je souhaite de me tromper.» Bernis à Flavigny, 4 janvier
-1792.—<i>Le cardinal de Bernis depuis son ministère</i>, 520, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_754_754" id="Footnote_754_754"></a>
-<a href="#FNanchor_754_754"><span class="label">[754]</span></a>
-Journal de Fersen, 14 juillet 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_755_755" id="Footnote_755_755"></a>
-<a href="#FNanchor_755_755"><span class="label">[755]</span></a>
-La Reine avait et eut jusqu'à la fin des moyens secrets de correspondance
-avec l'Empereur; si elle écrivait cette phrase, c'était
-pour que les Constitutionnels ne soupçonnassent pas ces moyens,
-et ne les contrecarrassent pas.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_756_756" id="Footnote_756_756"></a>
-<a href="#FNanchor_756_756"><span class="label">[756]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 30 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 118 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_757_757" id="Footnote_757_757"></a>
-<a href="#FNanchor_757_757"><span class="label">[757]</span></a>
-Ce mémoire ne fut montré qu'à M. de Vaudreuil. «Dans ce
-mémoire, il (Montmorin) prouve que le comte d'Artois n'a rien
-fait contre la Constitution, qu'il est encore tout entier, qu'il est
-encore sans danger; fait un tableau charmant de ce moment et du
-bonheur de la France, quand toute la famille sera réunie; ajoute
-que, si le comte d'Artois ne revient pas, il sera déclaré traître à la
-patrie et encourra toutes les peines de la proscription.» Journal
-de Fersen, 19 août 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-I, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_758_758" id="Footnote_758_758"></a>
-<a href="#FNanchor_758_758"><span class="label">[758]</span></a>
-Journal de Fersen, 19 août 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_759_759" id="Footnote_759_759"></a>
-<a href="#FNanchor_759_759"><span class="label">[759]</span></a>
-Il était parti de Paris le 2 août. Staël à Gustave III, 4 août 1791.—<i>Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_760_760" id="Footnote_760_760"></a>
-<a href="#FNanchor_760_760"><span class="label">[760]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 20 août 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 162.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_761_761" id="Footnote_761_761"></a>
-<a href="#FNanchor_761_761"><span class="label">[761]</span></a>
-Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 208.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_762_762" id="Footnote_762_762"></a>
-<a href="#FNanchor_762_762"><span class="label">[762]</span></a>
-Staël à Gustave III, 25 août 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 226, 227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_763_763" id="Footnote_763_763"></a>
-<a href="#FNanchor_763_763"><span class="label">[763]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 29 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 187.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_764_764" id="Footnote_764_764"></a>
-<a href="#FNanchor_764_764"><span class="label">[764]</span></a>
-La même au même, 7 août 1791.—<i>Ibid.</i>, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_765_765" id="Footnote_765_765"></a>
-<a href="#FNanchor_765_765"><span class="label">[765]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 194.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_766_766" id="Footnote_766_766"></a>
-<a href="#FNanchor_766_766"><span class="label">[766]</span></a>
-La même au même, 1<sup>er</sup> août 1791.—<i>Ibid.</i>, 194.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_767_767" id="Footnote_767_767"></a>
-<a href="#FNanchor_767_767"><span class="label">[767]</span></a>
-Staël à Gustave III, 25 août 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 226. Staël jugeait très sévèrement
-ces diverses mesures: «Ce manque de respect, écrivait-il, est d'autant
-plus répréhensible, qu'ayant beaucoup à réparer avec le Roi,
-l'Assemblée aurait dû sentir que ce n'est pas en outrageant qu'elle
-peut ramener la confiance et l'union.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_768_768" id="Footnote_768_768"></a>
-<a href="#FNanchor_768_768"><span class="label">[768]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 31 juillet 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 193.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_769_769" id="Footnote_769_769"></a>
-<a href="#FNanchor_769_769"><span class="label">[769]</span></a>
-La même au même, 1<sup>er</sup> août 1791.—<i>Ibid.</i>, 194.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_770_770" id="Footnote_770_770"></a>
-<a href="#FNanchor_770_770"><span class="label">[770]</span></a>
-Mercy à Kaunitz, 12 août 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 208.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_771_771" id="Footnote_771_771"></a>
-<a href="#FNanchor_771_771"><span class="label">[771]</span></a>
-Fersen au baron de Taube, 17 juin 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 300.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_772_772" id="Footnote_772_772"></a>
-<a href="#FNanchor_772_772"><span class="label">[772]</span></a>
-Le même au même, 21 mars 1792.—Fersen à Gustave III, même
-date.—<i>Ibid.</i>, 215, 216.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_773_773" id="Footnote_773_773"></a>
-<a href="#FNanchor_773_773"><span class="label">[773]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 8 juillet 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 147, 148.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_774_774" id="Footnote_774_774"></a>
-<a href="#FNanchor_774_774"><span class="label">[774]</span></a>
-Les meilleurs amis du comte d'Artois, comme le comte de
-Vaudreuil, avaient tout fait pour l'empêcher d'appeler Calonne près
-de lui: «Un objet sur lequel je n'ai pas varié, écrivait Vaudreuil
-au prince, et sur lequel vous avez pris un parti contraire à mon
-avis, c'est relativement à M. de Calonne. Personne au monde ne
-l'aime plus que moi, personne n'est plus convaincu de la supériorité
-de ses talents, de ses ressources, de son génie et de sa loyauté;
-mais ici il faut considérer que l'opinion a tout fait et qu'on ne peut
-avoir de succès qu'en ramenant l'opinion et les esprits égarés, en
-suivant un plan sage mais lent. Est-ce donc l'homme que la calomnie
-a attaqué, ainsi que vous, qu'il faut mettre en avant lorsqu'il
-s'agit de parler à l'opinion? Les préventions du Roi et de la Reine
-ne seraient-elle pas un obstacle éternel à ce qu'ils approuvent tout ce
-qui viendrait de lui?» Et Vaudreuil ajoute: «Prendre précisément
-pour guide celui que la Reine hait, que le Roi a sacrifié, n'est-ce
-pas donner l'occasion à vos ennemis de publier, d'accréditer
-que vous prenez parti contre le Roi?» Le comte de Vaudreuil au
-comte d'Artois, 28 nov. 1789.—<i>Correspondance intime du comte de
-Vaudreuil et du comte d'Artois pendant l'émigration</i> (1789-1815),
-publiée avec introduction, notes et appendices, par M. Léonce Pingaud.
-Paris, Plon, 1889, I, 39, 40. <i>Voir</i> encore lettre du 9 septembre
-1790 du comte de Vaudreuil au comte d'Artois, <i>Ibid.</i>, I, 286, et
-lettre du 7 juillet 1792 du comte de Vaudreuil au comte d'Entraigues,
-où se trouve cette phrase: «La haine de la Reine—contre Calonne—est
-implacable.»—<i>Ibid.</i>, II, 104.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_775_775" id="Footnote_775_775"></a>
-<a href="#FNanchor_775_775"><span class="label">[775]</span></a>
-Journal de Fersen, 26 juillet 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_776_776" id="Footnote_776_776"></a>
-<a href="#FNanchor_776_776"><span class="label">[776]</span></a>
-«Si la Reine a l'air d'écarter les enragés, c'est à coup sûr pour
-les endormir. Elle est mère et elle est femme; serons-nous assez
-barbares pour ne pas lui pardonner des erreurs que ses ennemis
-n'ont que trop justifiées?... D'ailleurs, c'est Louis XVI et Marie-Antoinette
-que nous voulons replacer sur le trône; il faut donc dissimuler
-leurs torts, et nous les exagérons.» M. de Vaudreuil au comte
-d'Entraigues, 22 août 1791.—<i>Correspondance intime du comte de
-Vaudreuil</i>, II, 22. Vaudreuil avait eu plus d'une fois à défendre la
-Reine contre les préventions du comte d'Artois lui-même.—<i>Voir</i>
-notamment les lettres du 13 février et des 14 et 21 août 1790.—<i>Correspondance
-intime du comte de Vaudreuil</i>, I, 101, 102, 265, 270, 273.
-<i>Voir</i> aussi <i>Coblentz</i>, par Ernest Daudet, <i>passim</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_777_777" id="Footnote_777_777"></a>
-<a href="#FNanchor_777_777"><span class="label">[777]</span></a>
-Journal de Fersen, 10 et 23 juillet 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 4, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_778_778" id="Footnote_778_778"></a>
-<a href="#FNanchor_778_778"><span class="label">[778]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 4.—<i>Mémoires secrets d'Augeard</i>, 270. Il y avait eu en
-revanche de sincères accès de joie à la nouvelle prématurée du
-succès de l'évasion royale. Voir les lettres de Vaudreuil des 29 juin
-et 3 juillet 1791.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>, II,
-4 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_779_779" id="Footnote_779_779"></a>
-<a href="#FNanchor_779_779"><span class="label">[779]</span></a>
-<i>Mémoires secrets d'Augeard</i>, 278.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_780_780" id="Footnote_780_780"></a>
-<a href="#FNanchor_780_780"><span class="label">[780]</span></a>
-<i>Madame Swetchine, sa vie et ses œuvres</i>, publiées par le comte
-de Falloux, II, 82.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_781_781" id="Footnote_781_781"></a>
-<a href="#FNanchor_781_781"><span class="label">[781]</span></a>
-Bernis à Flavigny.—<i>Le cardinal de Bernis depuis son
-ministère</i>, 520.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_782_782" id="Footnote_782_782"></a>
-<a href="#FNanchor_782_782"><span class="label">[782]</span></a>
-Gustave III à Stedingk, 6 juillet 1791, cité par M. Geffroy.—<i>Gustave
-III et la Cour de France</i>, II, 174.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_783_783" id="Footnote_783_783"></a>
-<a href="#FNanchor_783_783"><span class="label">[783]</span></a>
-<i>Mémoires et correspondance de Mallet du Pan</i>, I, 356.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_784_784" id="Footnote_784_784"></a>
-<a href="#FNanchor_784_784"><span class="label">[784]</span></a>
-Note du marquis de Bombelles au comte Ostermann, 31 janvier
-1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 182. Un peu
-plus tard, la veille même du départ pour Varennes, Vaudreuil, habituellement
-sage pourtant à cette époque, engageait le comte d'Artois
-à agir sur le Roi par intimidation et à le menacer d'un abandon
-total de la noblesse, s'il ne voulait pas lui donner le plein pouvoir
-qu'il avait confié à Breteuil.—Le comte de Vaudreuil au comte
-d'Artois, 19 juin 1791.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>,
-I, 398, 399.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_785_785" id="Footnote_785_785"></a>
-<a href="#FNanchor_785_785"><span class="label">[785]</span></a>
-La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 26 juillet
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_786_786" id="Footnote_786_786"></a>
-<a href="#FNanchor_786_786"><span class="label">[786]</span></a>
-M. de Simolin au comte Ostermann, 19 août 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 233. M<sup>me</sup> Campan raconte de
-son côté que la Reine lui disait souvent: «Si les émigrés réussissent,
-ils feront longtemps la loi; il sera impossible de leur rien
-refuser. C'est contracter avec eux une trop grande obligation que
-de leur devoir la couronne.»—<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 270.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_787_787" id="Footnote_787_787"></a>
-<a href="#FNanchor_787_787"><span class="label">[787]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_788_788" id="Footnote_788_788"></a>
-<a href="#FNanchor_788_788"><span class="label">[788]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 16 août 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_789_789" id="Footnote_789_789"></a>
-<a href="#FNanchor_789_789"><span class="label">[789]</span></a>
-La même au même, 21 août 1794.—<i>Marie-Antoinette, Joseph II
-und Léopold II</i>, 204.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_790_790" id="Footnote_790_790"></a>
-<a href="#FNanchor_790_790"><span class="label">[790]</span></a>
-<i>Marie-Christine, archiduchesse d'Autriche</i>, par A. Wolf, III, 138.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_791_791" id="Footnote_791_791"></a>
-<a href="#FNanchor_791_791"><span class="label">[791]</span></a>
-Léopold à Marie-Christine, 30 juillet 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 139,
-140.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_792_792" id="Footnote_792_792"></a>
-<a href="#FNanchor_792_792"><span class="label">[792]</span></a>
-Le même à la même, 5 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, III, 141.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_793_793" id="Footnote_793_793"></a>
-<a href="#FNanchor_793_793"><span class="label">[793]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_794_794" id="Footnote_794_794"></a>
-<a href="#FNanchor_794_794"><span class="label">[794]</span></a>
-Le même à la même, 26 août 1791.—<i>Ibid.</i>, 206.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_795_795" id="Footnote_795_795"></a>
-<a href="#FNanchor_795_795"><span class="label">[795]</span></a>
-<i>Mémoires et correspondance de Mallet du Pan</i>, I, 254.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_796_796" id="Footnote_796_796"></a>
-<a href="#FNanchor_796_796"><span class="label">[796]</span></a>
-Léopold à Marie-Christine, 1<sup>er</sup> septembre 1791. <i>Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche</i>, par A. Wolf, III, 141.—Le duc de Polignac,
-agent des Princes à Vienne, écrivait de son côté: «Spielmann
-s'est vanté d'avoir été plus fin que M. de Calonne, parce qu'il l'avait
-forcé de mettre ou de laisser mettre dans cette déclaration les
-mots: <i>Alors et dans ce cas</i> qui, selon lui, l'annulent entièrement.»—Le
-duc de Polignac au comte d'Artois, 13 septembre 1791.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 321.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_797_797" id="Footnote_797_797"></a>
-<a href="#FNanchor_797_797"><span class="label">[797]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold, II</i>, 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_798_798" id="Footnote_798_798"></a>
-<a href="#FNanchor_798_798"><span class="label">[798]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 12 septembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 210.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_799_799" id="Footnote_799_799"></a>
-<a href="#FNanchor_799_799"><span class="label">[799]</span></a>
-Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—<i>Gustave
-III et la Cour de France</i>, II, 458.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_800_800" id="Footnote_800_800"></a>
-<a href="#FNanchor_800_800"><span class="label">[800]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 21 août 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 204.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_801_801" id="Footnote_801_801"></a>
-<a href="#FNanchor_801_801"><span class="label">[801]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 28 juillet 1791.—<i>Ibid.</i>, 186.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_802_802" id="Footnote_802_802"></a>
-<a href="#FNanchor_802_802"><span class="label">[802]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—<i>Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II</i>, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_803_803" id="Footnote_803_803"></a>
-<a href="#FNanchor_803_803"><span class="label">[803]</span></a>
-Fersen à Taube, 26 juillet 1792.—<i>Le comte de Fersen et la Cour
-de France</i>, I, 151.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_804_804" id="Footnote_804_804"></a>
-<a href="#FNanchor_804_804"><span class="label">[804]</span></a>
-Le même au même, 21 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 188.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_805_805" id="Footnote_805_805"></a>
-<a href="#FNanchor_805_805"><span class="label">[805]</span></a>
-<i>Journal de Fersen</i>, 3 sept. 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_806_806" id="Footnote_806_806"></a>
-<a href="#FNanchor_806_806"><span class="label">[806]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—<i>Marie-Antoinette, Joseph
-II und Léopold II</i>, 196.—Mallet du Pan rapporte que lui et
-Malouet avaient fait proposer au Roi, par Montmorin, un plan dans
-le sens indiqué ici par la Reine: Louis XVI serait allé à l'Assemblée,
-et là, montrant les dépêches des Puissances, aurait déclaré que, ces
-Puissances ne le croyant pas libre, il fallait constater sa liberté;
-qu'en conséquence il demandait à aller à Compiègne ou à Fontainebleau
-avec sa garde propre et à y choisir un nouveau ministère,
-qui n'eût coopéré en rien à la Constitution.
-</p>
-<p>
-«Ou l'Assemblée nationale eût refusé, et elle constatait la servitude
-du Roi; ou elle eût accepté, et le Roi se délivrait des traîtres
-de son Conseil; il s'en faisait un vigoureux et royaliste affectionné.
-M. de Montmorin a insisté à trois reprises; il s'est jeté aux genoux
-de la Reine; tout a été inutile. On s'est effrayé des conséquences et
-de la crainte d'une insurrection.»—<i>Mémoires et correspondance de
-Mallet du Pan</i>, I, 248.
-</p>
-<p>
-Quoi qu'en dise Mallet, il nous paraît probable que la Reine avait
-raison; l'Assemblée n'eût pas accepté et certainement la populace
-n'eût pas laissé exécuter ce plan; tout au moins eût-on gardé le
-Dauphin comme otage, ce à quoi sa mère ne pouvait consentir.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_807_807" id="Footnote_807_807"></a>
-<a href="#FNanchor_807_807"><span class="label">[807]</span></a>
-Réflexions de Burke, envoyées à la Reine de France, 20 août
-1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 246, 247.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_808_808" id="Footnote_808_808"></a>
-<a href="#FNanchor_808_808"><span class="label">[808]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 7 août 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 196.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_809_809" id="Footnote_809_809"></a>
-<a href="#FNanchor_809_809"><span class="label">[809]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 20 août 1791.—<i>Ibid.</i>, II, 244.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_810_810" id="Footnote_810_810"></a>
-<a href="#FNanchor_810_810"><span class="label">[810]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 26 août 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 205.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_811_811" id="Footnote_811_811"></a>
-<a href="#FNanchor_811_811"><span class="label">[811]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, 207.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_812_812" id="Footnote_812_812"></a>
-<a href="#FNanchor_812_812"><span class="label">[812]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution</i>, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_813_813" id="Footnote_813_813"></a>
-<a href="#FNanchor_813_813"><span class="label">[813]</span></a>
-Staël à Gustave III, 28 août, 4 septembre 1791.—<i>Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein</i>, 228, 231.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_814_814" id="Footnote_814_814"></a>
-<a href="#FNanchor_814_814"><span class="label">[814]</span></a>
-Le même au même, 28 août 1791.—<i>Ibid.</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_815_815" id="Footnote_815_815"></a>
-<a href="#FNanchor_815_815"><span class="label">[815]</span></a>
-Le même au même, 4 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, 231.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_816_816" id="Footnote_816_816"></a>
-<a href="#FNanchor_816_816"><span class="label">[816]</span></a>
-Le même au même, 28 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_817_817" id="Footnote_817_817"></a>
-<a href="#FNanchor_817_817"><span class="label">[817]</span></a>
-Le comte de Stedingk à Gustave III, 21 octobre 1791.—<i>Gustave
-III et la Cour de France</i>, II, 458.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_818_818" id="Footnote_818_818"></a>
-<a href="#FNanchor_818_818"><span class="label">[818]</span></a>
-Staël à Gustave III, 28 août 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_819_819" id="Footnote_819_819"></a>
-<a href="#FNanchor_819_819"><span class="label">[819]</span></a>
-«Il se confirme dans les diverses conversations du Roi et de la
-Reine que, convaincus l'un et l'autre de l'impossibilité de mettre
-la Constitution en pratique et appréciés (?) dans cette opinion par
-ses fondateurs mêmes, ils semblent vouloir attendre le retour de l'opinion
-publique vers l'autorité royale et ne tenter aucun moyen
-violent, mais s'occuper uniquement à captiver l'affection du peuple.»—Staël
-à Gustave III, 1<sup>er</sup> septembre 1791.—<i>Correspondance
-diplomatique du baron de Staël-Holstein</i>, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_820_820" id="Footnote_820_820"></a>
-<a href="#FNanchor_820_820"><span class="label">[820]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 161.—<i>Mémoires de la duchesse de
-Tourzel</i>, I, 381.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_821_821" id="Footnote_821_821"></a>
-<a href="#FNanchor_821_821"><span class="label">[821]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 192.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_822_822" id="Footnote_822_822"></a>
-<a href="#FNanchor_822_822"><span class="label">[822]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 383.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_823_823" id="Footnote_823_823"></a>
-<a href="#FNanchor_823_823"><span class="label">[823]</span></a>
-<i>Histoire de Louis XVI</i>, par Droz, III, 509.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_824_824" id="Footnote_824_824"></a>
-<a href="#FNanchor_824_824"><span class="label">[824]</span></a>
-Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 234.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_825_825" id="Footnote_825_825"></a>
-<a href="#FNanchor_825_825"><span class="label">[825]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 392.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_826_826" id="Footnote_826_826"></a>
-<a href="#FNanchor_826_826"><span class="label">[826]</span></a>
-Staël à Gustave III, 15 septembre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 235.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_827_827" id="Footnote_827_827"></a>
-<a href="#FNanchor_827_827"><span class="label">[827]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 390.—M<sup>me</sup> Elisabeth
-à M<sup>me</sup> de Raigecourt, 14 septembre 1791.—<i>Correspondance de
-M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 338.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_828_828" id="Footnote_828_828"></a>
-<a href="#FNanchor_828_828"><span class="label">[828]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 305.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_829_829" id="Footnote_829_829"></a>
-<a href="#FNanchor_829_829"><span class="label">[829]</span></a>
-Staël à Gustave III, 13 septembre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 234.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_830_830" id="Footnote_830_830"></a>
-<a href="#FNanchor_830_830"><span class="label">[830]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 392.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_831_831" id="Footnote_831_831"></a>
-<a href="#FNanchor_831_831"><span class="label">[831]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 306.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_832_832" id="Footnote_832_832"></a>
-<a href="#FNanchor_832_832"><span class="label">[832]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 392.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_833_833" id="Footnote_833_833"></a>
-<a href="#FNanchor_833_833"><span class="label">[833]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 25 septembre 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_834_834" id="Footnote_834_834"></a>
-<a href="#FNanchor_834_834"><span class="label">[834]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_835_835" id="Footnote_835_835"></a>
-<a href="#FNanchor_835_835"><span class="label">[835]</span></a>
-Staël à Gustave III, 29 septembre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 239.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_836_836" id="Footnote_836_836"></a>
-<a href="#FNanchor_836_836"><span class="label">[836]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 octobre 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 353.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_837_837" id="Footnote_837_837"></a>
-<a href="#FNanchor_837_837"><span class="label">[837]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, II, 200.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_838_838" id="Footnote_838_838"></a>
-<a href="#FNanchor_838_838"><span class="label">[838]</span></a>
-<i>Lettre de Monsieur et de M. le comte d'Artois au Roi, leur frère</i>,
-brochure imprimée à Pillnitz, 1791.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_839_839" id="Footnote_839_839"></a>
-<a href="#FNanchor_839_839"><span class="label">[839]</span></a>
-Staël à Gustave III, 22 septembre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 236.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_840_840" id="Footnote_840_840"></a>
-<a href="#FNanchor_840_840"><span class="label">[840]</span></a>
-Louis XVI à ses frères, septembre 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 335, 336.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_841_841" id="Footnote_841_841"></a>
-<a href="#FNanchor_841_841"><span class="label">[841]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Ferrières</i>, III, 17.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_842_842" id="Footnote_842_842"></a>
-<a href="#FNanchor_842_842"><span class="label">[842]</span></a>
-<i>Papiers trouvés dans le secrétaire du Roi.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_843_843" id="Footnote_843_843"></a>
-<a href="#FNanchor_843_843"><span class="label">[843]</span></a>
-Dans le langage figuré de M<sup>me</sup> Elisabeth, le Père veut dire le
-Roi; la Belle-mère la Reine; le Fils ou le Futur, le comte d'Artois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_844_844" id="Footnote_844_844"></a>
-<a href="#FNanchor_844_844"><span class="label">[844]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 12 septembre 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_845_845" id="Footnote_845_845"></a>
-<a href="#FNanchor_845_845"><span class="label">[845]</span></a>
-Le marquis de Raigecourt au marquis de Bombelles, 16 novembre
-1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_846_846" id="Footnote_846_846"></a>
-<a href="#FNanchor_846_846"><span class="label">[846]</span></a>
-Le comte d'Artois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_847_847" id="Footnote_847_847"></a>
-<a href="#FNanchor_847_847"><span class="label">[847]</span></a>
-La marquise de Bombelles à la marquise de Raigecourt, 3
-novembre 1791.—Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_848_848" id="Footnote_848_848"></a>
-<a href="#FNanchor_848_848"><span class="label">[848]</span></a>
-<i>Voir</i> sur toute cette double politique de la Reine et de l'émigration
-la <i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil et Coblentz</i>,
-par M. E. Daudet. <i>Voir</i> aussi notre étude sur <i>Marie-Antoinette et
-l'Emigration</i>, publiée dans le <i>Correspondant</i>, en 1875. Les dissentiments
-avaient commencé dès la sortie de France du comte d'Artois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_849_849" id="Footnote_849_849"></a>
-<a href="#FNanchor_849_849"><span class="label">[849]</span></a>
-Fersen à Taube, 21 septembre 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 190.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_850_850" id="Footnote_850_850"></a>
-<a href="#FNanchor_850_850"><span class="label">[850]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_851_851" id="Footnote_851_851"></a>
-<a href="#FNanchor_851_851"><span class="label">[851]</span></a>
-Taube à Fersen, 21 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 201.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_852_852" id="Footnote_852_852"></a>
-<a href="#FNanchor_852_852"><span class="label">[852]</span></a>
-Fersen à Taube, 26 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 191.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_853_853" id="Footnote_853_853"></a>
-<a href="#FNanchor_853_853"><span class="label">[853]</span></a>
-Léopold à Marie-Christine, 17 octobre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_854_854" id="Footnote_854_854"></a>
-<a href="#FNanchor_854_854"><span class="label">[854]</span></a>
-Le même à la même, 11 novembre 1791.—<i>Marie-Christine,
-archiduchesse d'Autriche</i>, par A. Wolf, III, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_855_855" id="Footnote_855_855"></a>
-<a href="#FNanchor_855_855"><span class="label">[855]</span></a>
-<i>Gustave III et la Cour de France</i>, II, 200.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_856_856" id="Footnote_856_856"></a>
-<a href="#FNanchor_856_856"><span class="label">[856]</span></a>
-Fersen à Taube, 36 septembre 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 191.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_857_857" id="Footnote_857_857"></a>
-<a href="#FNanchor_857_857"><span class="label">[857]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 26 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 192.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_858_858" id="Footnote_858_858"></a>
-<a href="#FNanchor_858_858"><span class="label">[858]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 193.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_859_859" id="Footnote_859_859"></a>
-<a href="#FNanchor_859_859"><span class="label">[859]</span></a>
-Fersen à Marie-Antoinette, 10 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I,
-195.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_860_860" id="Footnote_860_860"></a>
-<a href="#FNanchor_860_860"><span class="label">[860]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 19 octobre 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_861_861" id="Footnote_861_861"></a>
-<a href="#FNanchor_861_861"><span class="label">[861]</span></a>
-Le même au même, 2 et 7 novembre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_862_862" id="Footnote_862_862"></a>
-<a href="#FNanchor_862_862"><span class="label">[862]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 384.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_863_863" id="Footnote_863_863"></a>
-<a href="#FNanchor_863_863"><span class="label">[863]</span></a>
-«Le Roi (de France) persiste à croire que... l'action des émigrés
-ne ferait qu'irriter par l'imprudence qu'ils ont eue de présenter dans
-tous leurs écrits et déclarations le désir d'une vengeance sans
-bornes.»—Fersen à Gustave III, 4 mars 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 195.—<i>Voir</i> aussi une lettre de
-Fersen à Simolin du 28 mars 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 218.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_864_864" id="Footnote_864_864"></a>
-<a href="#FNanchor_864_864"><span class="label">[864]</span></a>
-Ce projet de Congrès, qui immobilisait les émigrés, exaspérait
-Calonne. Il écrivait au cardinal de Bernis: «Je ne suis pas étonné
-que l'intrigant Breteuil, qui ne s'occupe qu'à traverser les projets
-des Princes et à les réduire à l'inaction, ait enfanté le projet d'un
-Congrès; mais je m'étonne qu'il ait pu parvenir, comme on le prétend,
-à le faire adopter par le cabinet de Vienne et peut-être aussi
-par celui de Madrid.» Calonne à Bernis, 2, 6 septembre 1791.
-Archives de Bernis.—<i>Le cardinal de Bernis depuis son ministère</i>,
-518-519, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_865_865" id="Footnote_865_865"></a>
-<a href="#FNanchor_865_865"><span class="label">[865]</span></a>
-Fersen à Taube, 4 novembre 1791.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, I, 216, 217.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_866_866" id="Footnote_866_866"></a>
-<a href="#FNanchor_866_866"><span class="label">[866]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 289.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_867_867" id="Footnote_867_867"></a>
-<a href="#FNanchor_867_867"><span class="label">[867]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_868_868" id="Footnote_868_868"></a>
-<a href="#FNanchor_868_868"><span class="label">[868]</span></a>
-Journal de Fersen, 14 février 1792.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, II, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_869_869" id="Footnote_869_869"></a>
-<a href="#FNanchor_869_869"><span class="label">[869]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold, 8 septembre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 290.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_870_870" id="Footnote_870_870"></a>
-<a href="#FNanchor_870_870"><span class="label">[870]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_871_871" id="Footnote_871_871"></a>
-<a href="#FNanchor_871_871"><span class="label">[871]</span></a>
-Le même à la même, 26 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, 219.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_872_872" id="Footnote_872_872"></a>
-<a href="#FNanchor_872_872"><span class="label">[872]</span></a>
-Marie-Antoinette à Catherine II, 3 décembre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 281.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_873_873" id="Footnote_873_873"></a>
-<a href="#FNanchor_873_873"><span class="label">[873]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 27 novembre 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 261.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_874_874" id="Footnote_874_874"></a>
-<a href="#FNanchor_874_874"><span class="label">[874]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 232.—Fersen à Stedingk, 19 janvier
-1792.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 134, 135.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_875_875" id="Footnote_875_875"></a>
-<a href="#FNanchor_875_875"><span class="label">[875]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 28 septembre 1791.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 385.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_876_876" id="Footnote_876_876"></a>
-<a href="#FNanchor_876_876"><span class="label">[876]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 181.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_877_877" id="Footnote_877_877"></a>
-<a href="#FNanchor_877_877"><span class="label">[877]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 1<sup>er</sup> mars 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 259.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_878_878" id="Footnote_878_878"></a>
-<a href="#FNanchor_878_878"><span class="label">[878]</span></a>
-Fersen à Marie-Antoinette, 2 juin 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 386.—«Il est certain, dit Malouet, que
-Louis XVI, non plus que M. de Bouillé, n'a jamais eu la pensée de
-terminer la Révolution autrement que par une constitution raisonnable
-et libre.»—<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 122.—A Coblentz, on
-reprochait à la Reine d'avoir dit qu'elle aimait mieux être la mère
-d'un roi constitutionnel que la femme d'un roi pourvu d'une tutelle.—<i>Coblentz</i>,
-151.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_879_879" id="Footnote_879_879"></a>
-<a href="#FNanchor_879_879"><span class="label">[879]</span></a>
-«Il ne faut pas de guerre civile, dit encore la Reine; il ne faut
-point, s'il est possible, de guerre étrangère.» Marie-Antoinette à
-Léopold, 8 septembre 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et
-M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 309.—<i>Voir</i> sur le plan de la Reine toute cette
-lettre du 8 septembre 1791.—<i>Ibid.</i>, 289 et suite,—et Marie-Antoinette
-à Catherine II, 3 décembre 1791.—<i>Ibid.</i>, V, 276 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_880_880" id="Footnote_880_880"></a>
-<a href="#FNanchor_880_880"><span class="label">[880]</span></a>
-La Reine exposait son plan à l'impératrice de Russie, le 3 décembre
-1791; à la reine d'Espagne, le 4 janvier 1792; un peu plus
-tard à la reine de Portugal. Elle ne recevait guère que des réponses
-vagues. Catherine II, qui n'aimait pas Marie-Antoinette,—Stedingk
-au duc de Sudermanie, 26 avril 1793,—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, II, 415,—lui envoyait une note peu bienveillante.
-<i>Voir</i> cette note: <i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup>
-Elisabeth</i>, IV, 276.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_881_881" id="Footnote_881_881"></a>
-<a href="#FNanchor_881_881"><span class="label">[881]</span></a>
-Le Roi de son côté recommandait ce plan à Breteuil, le 25 novembre
-1791; au roi de Prusse, le 3 décembre 1791; au roi de Suède,
-le 10 décembre, et au roi d'Espagne vers la même époque.—<i>Voir</i>
-ces lettres dans les papiers de Fersen et le recueil de M. Feuillet
-de Conches.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_882_882" id="Footnote_882_882"></a>
-<a href="#FNanchor_882_882"><span class="label">[882]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 26 octobre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 218.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_883_883" id="Footnote_883_883"></a>
-<a href="#FNanchor_883_883"><span class="label">[883]</span></a>
-Fersen à Marie-Antoinette, 25 octobre 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 202.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_884_884" id="Footnote_884_884"></a>
-<a href="#FNanchor_884_884"><span class="label">[884]</span></a>
-Fersen à Gustave III, 19 décembre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 277.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_885_885" id="Footnote_885_885"></a>
-<a href="#FNanchor_885_885"><span class="label">[885]</span></a>
-Journal de Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_886_886" id="Footnote_886_886"></a>
-<a href="#FNanchor_886_886"><span class="label">[886]</span></a>
-Journal de Fersen, 14 février 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_887_887" id="Footnote_887_887"></a>
-<a href="#FNanchor_887_887"><span class="label">[887]</span></a>
-Mounier à l'Empereur, 13 octobre 1791.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 196.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_888_888" id="Footnote_888_888"></a>
-<a href="#FNanchor_888_888"><span class="label">[888]</span></a>
-Staël à Gustave III, 6 octobre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 240.—La garde nationale parisienne
-appelait ces députés nouveaux des <i>va-nus-pieds</i>. «Il est vrai,
-ajoute la Marck, qui raconte ce fait, que plus des dix-neuf vingtièmes
-des membres de cette Législature n'ont d'autre équipage que
-des galoches et des parapluies. On a calculé que tous ces nouveaux
-députés ensemble n'ont pas, en biens-fonds, trois cent mille livres
-de revenu.»—La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 246.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_889_889" id="Footnote_889_889"></a>
-<a href="#FNanchor_889_889"><span class="label">[889]</span></a>
-Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_890_890" id="Footnote_890_890"></a>
-<a href="#FNanchor_890_890"><span class="label">[890]</span></a>
-<i>Mémoires d'un avocat au Parlement de Paris, député à l'Assemblée
-législative (Hua)</i>, p. 70.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_891_891" id="Footnote_891_891"></a>
-<a href="#FNanchor_891_891"><span class="label">[891]</span></a>
-La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 247.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_892_892" id="Footnote_892_892"></a>
-<a href="#FNanchor_892_892"><span class="label">[892]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 16.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_893_893" id="Footnote_893_893"></a>
-<a href="#FNanchor_893_893"><span class="label">[893]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 309, 310.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_894_894" id="Footnote_894_894"></a>
-<a href="#FNanchor_894_894"><span class="label">[894]</span></a>
-Marie-Antoinette à Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, I, 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_895_895" id="Footnote_895_895"></a>
-<a href="#FNanchor_895_895"><span class="label">[895]</span></a>
-Journal de Fersen, 20 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_896_896" id="Footnote_896_896"></a>
-<a href="#FNanchor_896_896"><span class="label">[896]</span></a>
-Le comte de Vaudreuil au comte d'Artois, 28 octobre 1791.—<i>Correspondance
-intime du comte de Vaudreuil</i>, II, 36, 38.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_897_897" id="Footnote_897_897"></a>
-<a href="#FNanchor_897_897"><span class="label">[897]</span></a>
-La Reine avait dit que ce plan s'exécuterait du 15 au 20 novembre,
-et c'est le 23 novembre que le bruit de l'évasion s'était répandu
-à Coblentz. <i>Voir</i> à ce sujet une curieuse lettre du marquis de Raigecourt
-à la marquise de Bombelles, citée par nous dans notre étude sur
-<i>Marie-Antoinette et l'émigration</i>.—<i>Correspondant</i> du 10 avril 1875.—Le
-même bruit s'était répandu en Suisse.—<i>Voir</i> aussi une lettre
-de Fersen à Marie-Antoinette, du 26 novembre 1791.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, I, 258.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_898_898" id="Footnote_898_898"></a>
-<a href="#FNanchor_898_898"><span class="label">[898]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_899_899" id="Footnote_899_899"></a>
-<a href="#FNanchor_899_899"><span class="label">[899]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 6 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_900_900" id="Footnote_900_900"></a>
-<a href="#FNanchor_900_900"><span class="label">[900]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791. <i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, I, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_901_901" id="Footnote_901_901"></a>
-<a href="#FNanchor_901_901"><span class="label">[901]</span></a>
-La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 259.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_902_902" id="Footnote_902_902"></a>
-<a href="#FNanchor_902_902"><span class="label">[902]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_903_903" id="Footnote_903_903"></a>
-<a href="#FNanchor_903_903"><span class="label">[903]</span></a>
-La Marck à Mercy, 10 octobre 1791.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 249.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_904_904" id="Footnote_904_904"></a>
-<a href="#FNanchor_904_904"><span class="label">[904]</span></a>
-La Marck à Mercy, 30 octobre 1791.—<i>Correspondance entre
-le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 259.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_905_905" id="Footnote_905_905"></a>
-<a href="#FNanchor_905_905"><span class="label">[905]</span></a>
-Staël à Gustave III, 8 octobre 1791.—<i>Correspondance diplomatique
-du baron de Staël-Holstein</i>, 241. Marie-Antoinette au comte
-de Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de
-France</i>, I, 219. Le comte de Vaudreuil à l'empereur Léopold, 31
-octobre 1791.—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>, II, 42.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_906_906" id="Footnote_906_906"></a>
-<a href="#FNanchor_906_906"><span class="label">[906]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 19 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 199, 200.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_907_907" id="Footnote_907_907"></a>
-<a href="#FNanchor_907_907"><span class="label">[907]</span></a>
-Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 321.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_908_908" id="Footnote_908_908"></a>
-<a href="#FNanchor_908_908"><span class="label">[908]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 17 novembre 1791.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 366.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_909_909" id="Footnote_909_909"></a>
-<a href="#FNanchor_909_909"><span class="label">[909]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_910_910" id="Footnote_910_910"></a>
-<a href="#FNanchor_910_910"><span class="label">[910]</span></a>
-Le prince de Nassau à Catherine II, 16 décembre 1791.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 317.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_911_911" id="Footnote_911_911"></a>
-<a href="#FNanchor_911_911"><span class="label">[911]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791. <i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_912_912" id="Footnote_912_912"></a>
-<a href="#FNanchor_912_912"><span class="label">[912]</span></a>
-C'était la Reine qui avait empêché M. et M<sup>me</sup> de Lescure, la future
-marquise de la Rochejacquelein, d'émigrer. «Les défenseurs du trône
-sont toujours bien, quand ils sont auprès du Roi,» avait-elle fait
-dire à M<sup>me</sup> de Lescure.—<i>Voir</i> le récit de cette scène dans les <i>Mémoires
-de la marquise de la Rochejacquelein</i>. Edition originale. Paris,
-Bourloton, 1889, p. 66 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_913_913" id="Footnote_913_913"></a>
-<a href="#FNanchor_913_913"><span class="label">[913]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 207.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_914_914" id="Footnote_914_914"></a>
-<a href="#FNanchor_914_914"><span class="label">[914]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791, I, 269.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_915_915" id="Footnote_915_915"></a>
-<a href="#FNanchor_915_915"><span class="label">[915]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 31 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 207.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_916_916" id="Footnote_916_916"></a>
-<a href="#FNanchor_916_916"><span class="label">[916]</span></a>
-Le baron de Taube au comte de Fersen, 28 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 178.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_917_917" id="Footnote_917_917"></a>
-<a href="#FNanchor_917_917"><span class="label">[917]</span></a>
-Note autographe de l'impératrice sur la lettre de la Reine de
-France.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 282.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_918_918" id="Footnote_918_918"></a>
-<a href="#FNanchor_918_918"><span class="label">[918]</span></a>
-Le comte de Fersen au comte de Stedingk, 19 janvier 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 135.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_919_919" id="Footnote_919_919"></a>
-<a href="#FNanchor_919_919"><span class="label">[919]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 6 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_920_920" id="Footnote_920_920"></a>
-<a href="#FNanchor_920_920"><span class="label">[920]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 25 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 226.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_921_921" id="Footnote_921_921"></a>
-<a href="#FNanchor_921_921"><span class="label">[921]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 21 novembre 1791.—<i>Ibid.</i>, 224.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_922_922" id="Footnote_922_922"></a>
-<a href="#FNanchor_922_922"><span class="label">[922]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 30 novembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 227.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_923_923" id="Footnote_923_923"></a>
-<a href="#FNanchor_923_923"><span class="label">[923]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_924_924" id="Footnote_924_924"></a>
-<a href="#FNanchor_924_924"><span class="label">[924]</span></a>
-Journal de Fersen, 2 novembre 1791.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, I, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_925_925" id="Footnote_925_925"></a>
-<a href="#FNanchor_925_925"><span class="label">[925]</span></a>
-Marie-Antoinette à Mercy, 16 décembre 1791.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 233 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_926_926" id="Footnote_926_926"></a>
-<a href="#FNanchor_926_926"><span class="label">[926]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 270.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_927_927" id="Footnote_927_927"></a>
-<a href="#FNanchor_927_927"><span class="label">[927]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 107, 108.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_928_928" id="Footnote_928_928"></a>
-<a href="#FNanchor_928_928"><span class="label">[928]</span></a>
-Citée et donnée en fac-simile par Beauchesne.—<i>Louis XVII</i>,
-I, 172.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_929_929" id="Footnote_929_929"></a>
-<a href="#FNanchor_929_929"><span class="label">[929]</span></a>
-<i>Réponse aux reproches qu'on nous a fait de n'avoir rien dit à
-Marie-Antoinette pour l'année 1792.</i>—<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 131,
-p. 52.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_930_930" id="Footnote_930_930"></a>
-<a href="#FNanchor_930_930"><span class="label">[930]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen. 31 octobre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 208.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_931_931" id="Footnote_931_931"></a>
-<a href="#FNanchor_931_931"><span class="label">[931]</span></a>
-La même au même, 19 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_932_932" id="Footnote_932_932"></a>
-<a href="#FNanchor_932_932"><span class="label">[932]</span></a>
-La même au même, 31 octobre 1791.—<i>Ibid.</i>, I, 208.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_933_933" id="Footnote_933_933"></a>
-<a href="#FNanchor_933_933"><span class="label">[933]</span></a>
-Monsieur, le 3 décembre, le comte d'Artois, le 5 décembre.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, IV, 260, 261.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_934_934" id="Footnote_934_934"></a>
-<a href="#FNanchor_934_934"><span class="label">[934]</span></a>
-Fragments de mémoires de M. le baron de Goguelat.—<i>Mémoires
-de tous</i>, III, 398, 405.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_935_935" id="Footnote_935_935"></a>
-<a href="#FNanchor_935_935"><span class="label">[935]</span></a>
-<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_936_936" id="Footnote_936_936"></a>
-<a href="#FNanchor_936_936"><span class="label">[936]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 9 décembre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 271.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_937_937" id="Footnote_937_937"></a>
-<a href="#FNanchor_937_937"><span class="label">[937]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 2 janvier 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 239.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_938_938" id="Footnote_938_938"></a>
-<a href="#FNanchor_938_938"><span class="label">[938]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 janvier 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 114.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_939_939" id="Footnote_939_939"></a>
-<a href="#FNanchor_939_939"><span class="label">[939]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 21 janvier 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_940_940" id="Footnote_940_940"></a>
-<a href="#FNanchor_940_940"><span class="label">[940]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 6 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 166.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_941_941" id="Footnote_941_941"></a>
-<a href="#FNanchor_941_941"><span class="label">[941]</span></a>
-Frédéric-Guillaume au Roi de France, 14 janvier 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 129.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_942_942" id="Footnote_942_942"></a>
-<a href="#FNanchor_942_942"><span class="label">[942]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 15 janvier 1792.—<i>Ibid.</i>, II,
-131.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_943_943" id="Footnote_943_943"></a>
-<a href="#FNanchor_943_943"><span class="label">[943]</span></a>
-«On craint beaucoup ici que l'Empereur n'adopte l'idée d'un
-Congrès. Je crois qu'on aime mieux ici avoir la guerre.»—Staël à
-Gustave III, 8 janvier 1792.—<i>Corresp. diplom. du baron de Staël-Holstein</i>,
-247.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_944_944" id="Footnote_944_944"></a>
-<a href="#FNanchor_944_944"><span class="label">[944]</span></a>
-Cependant M<sup>me</sup> de Tourzel raconte que M. de Narbonne, ministre
-de la guerre, avait demandé à la Reine de le faire nommer
-premier ministre, promettant «d'occuper la nation d'une guerre,
-qu'on lui ferait regarder comme nationale, pour parvenir, par ce
-moyen, à rendre au Roi l'autorité nécessaire pour le bonheur de la
-France». La Reine n'avait fait que rire de cette proposition, n'ayant
-point confiance en M. de Narbonne, qu'elle savait fort ambitieux.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 30 et 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_945_945" id="Footnote_945_945"></a>
-<a href="#FNanchor_945_945"><span class="label">[945]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 21 mars 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 215.—<i>Voir</i>, sur toutes ces
-relations de la Reine avec les Constitutionnels, cette lettre de Fersen
-à Taube et une autre du même jour à Gustave III.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_946_946" id="Footnote_946_946"></a>
-<a href="#FNanchor_946_946"><span class="label">[946]</span></a>
-Marie-Antoinette à Léopold II, janvier 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 240.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_947_947" id="Footnote_947_947"></a>
-<a href="#FNanchor_947_947"><span class="label">[947]</span></a>
-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, I, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_948_948" id="Footnote_948_948"></a>
-<a href="#FNanchor_948_948"><span class="label">[948]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 169.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_949_949" id="Footnote_949_949"></a>
-<a href="#FNanchor_949_949"><span class="label">[949]</span></a>
-Le même à la même, même date.—<i>Ibid.</i>, V, 165 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_950_950" id="Footnote_950_950"></a>
-<a href="#FNanchor_950_950"><span class="label">[950]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 9 février 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_951_951" id="Footnote_951_951"></a>
-<a href="#FNanchor_951_951"><span class="label">[951]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 171.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_952_952" id="Footnote_952_952"></a>
-<a href="#FNanchor_952_952"><span class="label">[952]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 11 février 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 170.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_953_953" id="Footnote_953_953"></a>
-<a href="#FNanchor_953_953"><span class="label">[953]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, février 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 244, 245.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_954_954" id="Footnote_954_954"></a>
-<a href="#FNanchor_954_954"><span class="label">[954]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron d'Ehrenswaerdt, 12 janvier 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 115.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_955_955" id="Footnote_955_955"></a>
-<a href="#FNanchor_955_955"><span class="label">[955]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 24 janvier 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 145.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_956_956" id="Footnote_956_956"></a>
-<a href="#FNanchor_956_956"><span class="label">[956]</span></a>
-Mémoire du roi de Suède au Roi de France.—II, 288 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_957_957" id="Footnote_957_957"></a>
-<a href="#FNanchor_957_957"><span class="label">[957]</span></a>
-Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 décembre 1791.—<i>Ibid.</i>,
-I, 275.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_958_958" id="Footnote_958_958"></a>
-<a href="#FNanchor_958_958"><span class="label">[958]</span></a>
-Une note du marquis de Bombelles est ainsi conçue: «De Compiègne
-on peut, par une suite non interrompue de forêts, se rendre
-à la frontière sans passer par un seul village; il n'y a qu'un moulin
-qu'il serait aisé de garnir à temps, et quant à un ou deux passages
-de rivières, on se servirait de nacelles de cuir, dont les contrebandiers
-font un usage aussi fréquent que sûr.»—Note du marquis de
-Bombelles à Catherine II.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>,
-V, 191. Le comte de Vaudreuil parle aussi, dans sa correspondance,
-d'un inspecteur de chasses nommé Brou, «homme plein
-d'intelligence, de courage et de fidélité, qui, avec l'aide de gardes
-bien montés et aussi sûrs que braves» promettait, sur sa tête, de
-faire évader la famille Royale. Ce Brou était-il un des auteurs et
-futurs acteurs du plan d'évasion par les forêts?—Le comte de Vaudreuil
-au comte d'Artois, 20 octobre 1791.—<i>Correspondance intime
-du comte de Vaudreuil</i>, II, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_959_959" id="Footnote_959_959"></a>
-<a href="#FNanchor_959_959"><span class="label">[959]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 179, 180.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_960_960" id="Footnote_960_960"></a>
-<a href="#FNanchor_960_960"><span class="label">[960]</span></a>
-Le baron de Taube au comte de Fersen, 16 février 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 168. Les Princes avaient, à
-la même époque, un autre plan d'évasion de la famille royale tout
-entière. Ce plan avait une certaine analogie avec celui de Fersen,
-en ce qu'il passait par les forêts et évitait les villages; il aboutissait
-sur le territoire autrichien, à Marquenoise, à 47 ou 48 lieues de
-Paris.—En voir les détails dans <i>Coblentz</i>, par C. Daudet. <i>Pièces
-justificatives</i>, 357 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_961_961" id="Footnote_961_961"></a>
-<a href="#FNanchor_961_961"><span class="label">[961]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, note, I, 350.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_962_962" id="Footnote_962_962"></a>
-<a href="#FNanchor_962_962"><span class="label">[962]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 29 janvier 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 4.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_963_963" id="Footnote_963_963"></a>
-<a href="#FNanchor_963_963"><span class="label">[963]</span></a>
-Même journal, 20 janvier 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_964_964" id="Footnote_964_964"></a>
-<a href="#FNanchor_964_964"><span class="label">[964]</span></a>
-<i>Le comte de Fersen et la Cour de France.</i> Extrait d'une dépêche
-de la Cour de Saint-Pétersbourg à M. de Zinowief.—<i>Ibid.</i>, II, 174.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_965_965" id="Footnote_965_965"></a>
-<a href="#FNanchor_965_965"><span class="label">[965]</span></a>
-Journal de Fersen, 3 février 1792. Le comte de Fersen à Gustave
-III, 5 février 1792.—<i>Ibid.</i>, 163.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_966_966" id="Footnote_966_966"></a>
-<a href="#FNanchor_966_966"><span class="label">[966]</span></a>
-Malgré l'avis de Fersen. Le comte de Fersen à Marie-Antoinette,
-8 février 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 167.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_967_967" id="Footnote_967_967"></a>
-<a href="#FNanchor_967_967"><span class="label">[967]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 12 février 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_968_968" id="Footnote_968_968"></a>
-<a href="#FNanchor_968_968"><span class="label">[968]</span></a>
-Même journal, même date.—<i>Ibid.</i>, II, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_969_969" id="Footnote_969_969"></a>
-<a href="#FNanchor_969_969"><span class="label">[969]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_970_970" id="Footnote_970_970"></a>
-<a href="#FNanchor_970_970"><span class="label">[970]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Ibid.</i>, II,
-179.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_971_971" id="Footnote_971_971"></a>
-<a href="#FNanchor_971_971"><span class="label">[971]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_972_972" id="Footnote_972_972"></a>
-<a href="#FNanchor_972_972"><span class="label">[972]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 179.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_973_973" id="Footnote_973_973"></a>
-<a href="#FNanchor_973_973"><span class="label">[973]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_974_974" id="Footnote_974_974"></a>
-<a href="#FNanchor_974_974"><span class="label">[974]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 6 et 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_975_975" id="Footnote_975_975"></a>
-<a href="#FNanchor_975_975"><span class="label">[975]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 6 et 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_976_976" id="Footnote_976_976"></a>
-<a href="#FNanchor_976_976"><span class="label">[976]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Ibid.</i>, II,
-182.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_977_977" id="Footnote_977_977"></a>
-<a href="#FNanchor_977_977"><span class="label">[977]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_978_978" id="Footnote_978_978"></a>
-<a href="#FNanchor_978_978"><span class="label">[978]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_979_979" id="Footnote_979_979"></a>
-<a href="#FNanchor_979_979"><span class="label">[979]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 29 février 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 182.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_980_980" id="Footnote_980_980"></a>
-<a href="#FNanchor_980_980"><span class="label">[980]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 26 février 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_981_981" id="Footnote_981_981"></a>
-<a href="#FNanchor_981_981"><span class="label">[981]</span></a>
-Le même au même, même date.—<i>Ibid.</i>, II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_982_982" id="Footnote_982_982"></a>
-<a href="#FNanchor_982_982"><span class="label">[982]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_983_983" id="Footnote_983_983"></a>
-<a href="#FNanchor_983_983"><span class="label">[983]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles, 22 février 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 392.—<i>Voir</i> aussi une lettre de
-la même date à la marquise de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_984_984" id="Footnote_984_984"></a>
-<a href="#FNanchor_984_984"><span class="label">[984]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 308.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_985_985" id="Footnote_985_985"></a>
-<a href="#FNanchor_985_985"><span class="label">[985]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 27 février 1793.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 177.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_986_986" id="Footnote_986_986"></a>
-<a href="#FNanchor_986_986"><span class="label">[986]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 1<sup>er</sup> mars 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 259.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_987_987" id="Footnote_987_987"></a>
-<a href="#FNanchor_987_987"><span class="label">[987]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 205.—<i>Voir</i> aussi le comte de Vaudreuil
-au comte d'Artois, 7 mars 1792.—<i>Correspondance intime du
-comte de Vaudreuil</i>, II, 58, 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_988_988" id="Footnote_988_988"></a>
-<a href="#FNanchor_988_988"><span class="label">[988]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 1<sup>er</sup> mars 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette,
-e t M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 263.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_989_989" id="Footnote_989_989"></a>
-<a href="#FNanchor_989_989"><span class="label">[989]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 11 mars 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 205.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_990_990" id="Footnote_990_990"></a>
-<a href="#FNanchor_990_990"><span class="label">[990]</span></a>
-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 313.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_991_991" id="Footnote_991_991"></a>
-<a href="#FNanchor_991_991"><span class="label">[991]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 317. Le comte de Vaudreuil au
-comte d'Artois, 7 mars 1792.—<i>Correspondance intime du comte de
-Vaudreuil</i>, II, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_992_992" id="Footnote_992_992"></a>
-<a href="#FNanchor_992_992"><span class="label">[992]</span></a>
-Dépêche du marquis de Noailles, du 6 mars 1792.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_993_993" id="Footnote_993_993"></a>
-<a href="#FNanchor_993_993"><span class="label">[993]</span></a>
-La marquise de Raigecourt au marquis de Raigecourt, 12 avril
-1792.—Papiers de famille à M. le marquis de Raigecourt.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_994_994" id="Footnote_994_994"></a>
-<a href="#FNanchor_994_994"><span class="label">[994]</span></a>
-Simolin à Catherine II, 17 mars 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 312.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_995_995" id="Footnote_995_995"></a>
-<a href="#FNanchor_995_995"><span class="label">[995]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 24 mars 1792.—<i>Ibid.</i>, V,
-362.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_996_996" id="Footnote_996_996"></a>
-<a href="#FNanchor_996_996"><span class="label">[996]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 255.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_997_997" id="Footnote_997_997"></a>
-<a href="#FNanchor_997_997"><span class="label">[997]</span></a>
-C'est l'opinion de l'éditeur des Papiers de Fersen. On voit également,
-dans les Papiers du marquis de Raigecourt, que la mort de
-Gustave était annoncée à Paris <i>quinze jours</i> avant l'attentat d'Ankarstroëm.
-C'est ce que Prudhomme appelait cyniquement: «une
-épizootie de têtes couronnées.»—<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 145, p.
-108.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_998_998" id="Footnote_998_998"></a>
-<a href="#FNanchor_998_998"><span class="label">[998]</span></a>
-<i>Gustave III et la Cour de France</i>, II, 294.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_999_999" id="Footnote_999_999"></a>
-<a href="#FNanchor_999_999"><span class="label">[999]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 143, p. 5 et 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1000_1000" id="Footnote_1000_1000"></a>
-<a href="#FNanchor_1000_1000"><span class="label">[1000]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 143, p. 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1001_1001" id="Footnote_1001_1001"></a>
-<a href="#FNanchor_1001_1001"><span class="label">[1001]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 75.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1002_1002" id="Footnote_1002_1002"></a>
-<a href="#FNanchor_1002_1002"><span class="label">[1002]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 73.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1003_1003" id="Footnote_1003_1003"></a>
-<a href="#FNanchor_1003_1003"><span class="label">[1003]</span></a>
-Le 3 mars, Simonneau, maire d'Etampes, avait été assassiné dans
-une émeute causée par la cherté des grains.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1004_1004" id="Footnote_1004_1004"></a>
-<a href="#FNanchor_1004_1004"><span class="label">[1004]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 255.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1005_1005" id="Footnote_1005_1005"></a>
-<a href="#FNanchor_1005_1005"><span class="label">[1005]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1006_1006" id="Footnote_1006_1006"></a>
-<a href="#FNanchor_1006_1006"><span class="label">[1006]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 46.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1007_1007" id="Footnote_1007_1007"></a>
-<a href="#FNanchor_1007_1007"><span class="label">[1007]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1008_1008" id="Footnote_1008_1008"></a>
-<a href="#FNanchor_1008_1008"><span class="label">[1008]</span></a>
-Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 219.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1009_1009" id="Footnote_1009_1009"></a>
-<a href="#FNanchor_1009_1009"><span class="label">[1009]</span></a>
-<i>Mémoires de Mallet du Pan</i>, I, 261.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1010_1010" id="Footnote_1010_1010"></a>
-<a href="#FNanchor_1010_1010"><span class="label">[1010]</span></a>
-Le comte de Fersen à M. de Simolin, 28 mars 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 219.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1011_1011" id="Footnote_1011_1011"></a>
-<a href="#FNanchor_1011_1011"><span class="label">[1011]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 109.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1012_1012" id="Footnote_1012_1012"></a>
-<a href="#FNanchor_1012_1012"><span class="label">[1012]</span></a>
-Le baron de Breteuil à François II, 20 mars 1792.—<i>Louis XVI,
-Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 356.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1013_1013" id="Footnote_1013_1013"></a>
-<a href="#FNanchor_1013_1013"><span class="label">[1013]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 110.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1014_1014" id="Footnote_1014_1014"></a>
-<a href="#FNanchor_1014_1014"><span class="label">[1014]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 109.—M<sup>me</sup> Campan avait même la précaution d'emporter
-chez elle une partie de ces papiers afin qu'il n'y eût pas chez
-la Reine trace d'un trop grand nombre de papiers brûlés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1015_1015" id="Footnote_1015_1015"></a>
-<a href="#FNanchor_1015_1015"><span class="label">[1015]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt,—25 mars 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 401.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1016_1016" id="Footnote_1016_1016"></a>
-<a href="#FNanchor_1016_1016"><span class="label">[1016]</span></a>
-<i>La Révolution</i>, par E. Quinet, II,38.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1017_1017" id="Footnote_1017_1017"></a>
-<a href="#FNanchor_1017_1017"><span class="label">[1017]</span></a>
-<i>Mémoires de Dumouriez.</i>—<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 335.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1018_1018" id="Footnote_1018_1018"></a>
-<a href="#FNanchor_1018_1018"><span class="label">[1018]</span></a>
-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, V, 330, 331.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1019_1019" id="Footnote_1019_1019"></a>
-<a href="#FNanchor_1019_1019"><span class="label">[1019]</span></a>
-<i>Etude sur M<sup>me</sup> Roland et sur son temps</i>, par M. Dauban, Paris,
-Plon, 1863, p. LXXXIX. M<sup>me</sup> Rolland écrivait encore le 1<sup>er</sup> juillet
-1791, à Bancal des Issarts: «Le Roi est tombé au dernier degré de
-l'avilissement et il n'inspire que du mépris... Sa personne n'a plus
-d'autre dénomination que celle de Louis le Faux ou de gros cochon.»
-<i>Ibid.</i>, CIII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1020_1020" id="Footnote_1020_1020"></a>
-<a href="#FNanchor_1020_1020"><span class="label">[1020]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 325.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1021_1021" id="Footnote_1021_1021"></a>
-<a href="#FNanchor_1021_1021"><span class="label">[1021]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 avril 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 404.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1022_1022" id="Footnote_1022_1022"></a>
-<a href="#FNanchor_1022_1022"><span class="label">[1022]</span></a>
-Numéros 120 et 123 du <i>Père Duchesne</i>.—Le 1<sup>er</sup> est intitulé:
-«<i>Les grands préparatifs du P. Duchesne pour recevoir les Suisses de
-Châteauvieux. La grande Ribotte qu'il leur prépare pour les consoler
-de tous les tourments qu'ils ont endurés pour la liberté. Sa grande
-joie de voir Madame Veto manger du fromage le jour où ces braves b...
-seront conduits en triomphe dans Paris. Invitations à tous les sans-culottes,
-à tous les bonnets de laine de l'armée des Piques, de profiter
-de cette occasion pour purifier le Champ-de-Mars.</i>»
-</p>
-<p>
-Le second est intitulé: «<i>Contre les Valets et les Mouchards de
-Madame Veto qui veulent empêcher la fête que les bons citoyens préparent
-pour recevoir les Suisses de Châteauvieux. La grande consigne
-à tous les sans-culottes pour qu'ils aiguisent leurs piques, pour f... le
-tour aux Aristocrates qui veulent troubler cette fête.</i>»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1023_1023" id="Footnote_1023_1023"></a>
-<a href="#FNanchor_1023_1023"><span class="label">[1023]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 2 mars 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 257.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1024_1024" id="Footnote_1024_1024"></a>
-<a href="#FNanchor_1024_1024"><span class="label">[1024]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 7 décembre 1791.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, I, 270.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1025_1025" id="Footnote_1025_1025"></a>
-<a href="#FNanchor_1025_1025"><span class="label">[1025]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, I, 372.—M<sup>me</sup> de Tourzel dit
-encore: «Ce jeune prince était charmant pour la Reine et ne perdait
-pas une occasion de lui dire des choses tendres et aimables.
-Aussi l'aimait-elle passionnément, mais <i>d'une tendresse éclairée, ne
-le gâtant jamais, et le reprenant toutes les fois qu'elle le trouvait en
-faute</i>.»—<i>Ibid.</i>, II, 17.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1026_1026" id="Footnote_1026_1026"></a>
-<a href="#FNanchor_1026_1026"><span class="label">[1026]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 161.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1027_1027" id="Footnote_1027_1027"></a>
-<a href="#FNanchor_1027_1027"><span class="label">[1027]</span></a>
-<i>Mémoires de Bertrand de Molleville</i>, II, 97.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1028_1028" id="Footnote_1028_1028"></a>
-<a href="#FNanchor_1028_1028"><span class="label">[1028]</span></a>
-«Je suis bien tourmentée dans ce moment pour le gouverneur
-de mon fils. Nous nous sommes décidés pour M. de Fleurieu, mais
-nous ne savons pas encore le moment où nous le dirons.» Marie-Antoinette
-au comte de Fersen, 30 mars 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1029_1029" id="Footnote_1029_1029"></a>
-<a href="#FNanchor_1029_1029"><span class="label">[1029]</span></a>
-Le Roi, pour couvrir sa responsabilité dans une mesure si
-grave et à laquelle il répugnait extrêmement, avait tenu à se faire
-remettre par chaque ministre son avis motivé et signé. Ces avis ne
-se retrouvèrent pas dans l'armoire de fer. Servan accuse Roland de
-les avoir fait disparaître.—Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—<i>Mémoires
-de Malouet</i>, II, 429.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1030_1030" id="Footnote_1030_1030"></a>
-<a href="#FNanchor_1030_1030"><span class="label">[1030]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 15 avril 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1031_1031" id="Footnote_1031_1031"></a>
-<a href="#FNanchor_1031_1031"><span class="label">[1031]</span></a>
-La même au même, 30 mars 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 221.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1032_1032" id="Footnote_1032_1032"></a>
-<a href="#FNanchor_1032_1032"><span class="label">[1032]</span></a>
-La répugnance de la Reine pour les émigrés était plus vive que
-jamais. Lorsque le marquis de Jaucourt fut nommé à la Législative,
-il se fit excuser par sa sœur, la comtesse du Cayla, d'avoir cessé de
-paraître à la Cour. «Mon frère craint de déplaire à Votre Majesté,»
-disait M<sup>me</sup> du Cayla à Marie-Antoinette.—«Dites bien à M. de
-Jaucourt, répondit la Reine, que je l'aime infiniment mieux à l'Assemblée
-qu'à Coblentz.»—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>,
-V, 428, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1033_1033" id="Footnote_1033_1033"></a>
-<a href="#FNanchor_1033_1033"><span class="label">[1033]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 30 avril 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 263, 264.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1034_1034" id="Footnote_1034_1034"></a>
-<a href="#FNanchor_1034_1034"><span class="label">[1034]</span></a>
-Sur ces deux derniers points, Mallet réussit pleinement: «On
-me déclare positivement, dit-il dans ses notes sur les conférences
-qu'il avait eues avec les ministres de Prusse et d'Autriche, qu'aucune
-vue d'ambition, d'intérêt personnel, de démembrement n'entre
-dans le but de la guerre. On m'en donne la certitude, ainsi que, loin
-d'imposer un gouvernement, on laissera le <i>Roi absolument maître
-de se concerter là-dessus avec son peuple</i>.» <i>Mémoires de Mallet du
-Pan</i>, I, 308.—La Reine de Naples écrivait un peu plus tard de son
-côté que son frère Léopold «avait fait le vœu de ne pas faire de
-conquêtes et l'aurait tenu.» Journal du comte de Fersen, 30 août
-1793.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 91.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1035_1035" id="Footnote_1035_1035"></a>
-<a href="#FNanchor_1035_1035"><span class="label">[1035]</span></a>
-<i>Voir</i> sur toute cette mission de Mallet du Pan ses <i>Mémoires</i>, I,
-280 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1036_1036" id="Footnote_1036_1036"></a>
-<a href="#FNanchor_1036_1036"><span class="label">[1036]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 26 mars 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 259.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1037_1037" id="Footnote_1037_1037"></a>
-<a href="#FNanchor_1037_1037"><span class="label">[1037]</span></a>
-Le comte de Fersen à Gustave III, 8 mars 1792. Le comte de
-Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, II, 210, 242.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1038_1038" id="Footnote_1038_1038"></a>
-<a href="#FNanchor_1038_1038"><span class="label">[1038]</span></a>
-Le comte de Fersen au roi de Suède, 29 avril 1790.—<i>Ibid.</i>,
-II, 252.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1039_1039" id="Footnote_1039_1039"></a>
-<a href="#FNanchor_1039_1039"><span class="label">[1039]</span></a>
-Après la déclaration de guerre même, Royal-Allemand déserta
-le 6 mai, les hussards de Berchiny, le 12.—<i>Répertoire de la Révolution.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1040_1040" id="Footnote_1040_1040"></a>
-<a href="#FNanchor_1040_1040"><span class="label">[1040]</span></a>
-<i>Mémoires du comte de Vaublanc.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1041_1041" id="Footnote_1041_1041"></a>
-<a href="#FNanchor_1041_1041"><span class="label">[1041]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 216 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1042_1042" id="Footnote_1042_1042"></a>
-<a href="#FNanchor_1042_1042"><span class="label">[1042]</span></a>
-Pellenc à la Marck, 11 mars 1792.—<i>Correspondance entre le
-comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>, III, 297.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1043_1043" id="Footnote_1043_1043"></a>
-<a href="#FNanchor_1043_1043"><span class="label">[1043]</span></a>
-<i>Mémoires de Lafayette</i>, III, 346.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1044_1044" id="Footnote_1044_1044"></a>
-<a href="#FNanchor_1044_1044"><span class="label">[1044]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne, Dimitrios Lotos, sur
-les événements de la Révolution française</i>, 145.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1045_1045" id="Footnote_1045_1045"></a>
-<a href="#FNanchor_1045_1045"><span class="label">[1045]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 145.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1046_1046" id="Footnote_1046_1046"></a>
-<a href="#FNanchor_1046_1046"><span class="label">[1046]</span></a>
-La Reine craignant, si M<sup>me</sup> de Lamballe ne rentrait pas en
-France, d'être contrainte de lui enlever sa place de surintendante,
-l'avait rappelée. La princesse était revenue; son appartement n'était
-séparé de celui de la Reine que par un palier d'escalier.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 105.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1047_1047" id="Footnote_1047_1047"></a>
-<a href="#FNanchor_1047_1047"><span class="label">[1047]</span></a>
-Le comte de Fersen au roi de Suède, 13 juin 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 299.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1048_1048" id="Footnote_1048_1048"></a>
-<a href="#FNanchor_1048_1048"><span class="label">[1048]</span></a>
-Louis XVI au Président de l'Assemblée, 20 mai 1792.—<i>Louis
-XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 56.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1049_1049" id="Footnote_1049_1049"></a>
-<a href="#FNanchor_1049_1049"><span class="label">[1049]</span></a>
-Louis XVI à la municipalité, 23 mai 1792.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1050_1050" id="Footnote_1050_1050"></a>
-<a href="#FNanchor_1050_1050"><span class="label">[1050]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 146.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1051_1051" id="Footnote_1051_1051"></a>
-<a href="#FNanchor_1051_1051"><span class="label">[1051]</span></a>
-Malouet prétend qu'on aurait pu réunir en ce moment, pour la
-défense de la famille royale, un corps de six mille hommes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1052_1052" id="Footnote_1052_1052"></a>
-<a href="#FNanchor_1052_1052"><span class="label">[1052]</span></a>
-<i>Voir</i> sur les bonnes dispositions de la garde constitutionnelle,
-son dévouement au Roi et son désir d'éviter les conflits avec la
-garde nationale, les <i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 49
-et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1053_1053" id="Footnote_1053_1053"></a>
-<a href="#FNanchor_1053_1053"><span class="label">[1053]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 3 juin 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 410.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1054_1054" id="Footnote_1054_1054"></a>
-<a href="#FNanchor_1054_1054"><span class="label">[1054]</span></a>
-Malouet dit douze cents; mais le chiffre exact, donné aussi d'ailleurs
-par M<sup>me</sup> de Tourzel, est de dix-huit cents.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1055_1055" id="Footnote_1055_1055"></a>
-<a href="#FNanchor_1055_1055"><span class="label">[1055]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 118, 119.—<i>Mémoires
-de Malouet</i>, II, 211, 212.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1056_1056" id="Footnote_1056_1056"></a>
-<a href="#FNanchor_1056_1056"><span class="label">[1056]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 327.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1057_1057" id="Footnote_1057_1057"></a>
-<a href="#FNanchor_1057_1057"><span class="label">[1057]</span></a>
-<i>Mémoires de Dumouriez</i>, I, 459.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1058_1058" id="Footnote_1058_1058"></a>
-<a href="#FNanchor_1058_1058"><span class="label">[1058]</span></a>
-<i>Etude sur M<sup>me</sup> Roland</i>, par M. Dauban, 356, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1059_1059" id="Footnote_1059_1059"></a>
-<a href="#FNanchor_1059_1059"><span class="label">[1059]</span></a>
-<i>Mémoires de Dumouriez</i>, I, 459.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1060_1060" id="Footnote_1060_1060"></a>
-<a href="#FNanchor_1060_1060"><span class="label">[1060]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, par Mortimer-Ternaux, I, 125.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1061_1061" id="Footnote_1061_1061"></a>
-<a href="#FNanchor_1061_1061"><span class="label">[1061]</span></a>
-<i>Mémoires de Dumouriez</i>, I, 450-476.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1062_1062" id="Footnote_1062_1062"></a>
-<a href="#FNanchor_1062_1062"><span class="label">[1062]</span></a>
-<i>Louis XVI</i>, par le comte de Falloux, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1063_1063" id="Footnote_1063_1063"></a>
-<a href="#FNanchor_1063_1063"><span class="label">[1063]</span></a>
-<i>Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI</i>, par Hue,
-282.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1064_1064" id="Footnote_1064_1064"></a>
-<a href="#FNanchor_1064_1064"><span class="label">[1064]</span></a>
-Malouet à Mallet du Pan, 29 juin 1792.—<i>Mémoires de Malouet</i>,
-II, 351.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1065_1065" id="Footnote_1065_1065"></a>
-<a href="#FNanchor_1065_1065"><span class="label">[1065]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution</i>, p. 133.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1066_1066" id="Footnote_1066_1066"></a>
-<a href="#FNanchor_1066_1066"><span class="label">[1066]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 132.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1067_1067" id="Footnote_1067_1067"></a>
-<a href="#FNanchor_1067_1067"><span class="label">[1067]</span></a>
-La salle du Manège occupait remplacement d'une partie de la
-rue de Rivoli, à l'endroit où elle se croise avec la rue de Castiglione.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1068_1068" id="Footnote_1068_1068"></a>
-<a href="#FNanchor_1068_1068"><span class="label">[1068]</span></a>
-<i>Le Journal d'une bourgeoise de Paris</i>, avec son emphase révolutionnaire,
-l'appelle «un nouveau Cicéron».—<i>Journal d'une bourgeoise
-de Paris</i>, 137.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1069_1069" id="Footnote_1069_1069"></a>
-<a href="#FNanchor_1069_1069"><span class="label">[1069]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution</i>, 138.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1070_1070" id="Footnote_1070_1070"></a>
-<a href="#FNanchor_1070_1070"><span class="label">[1070]</span></a>
-Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries, le 20 juin 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1071_1071" id="Footnote_1071_1071"></a>
-<a href="#FNanchor_1071_1071"><span class="label">[1071]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 139.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1072_1072" id="Footnote_1072_1072"></a>
-<a href="#FNanchor_1072_1072"><span class="label">[1072]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 140.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1073_1073" id="Footnote_1073_1073"></a>
-<a href="#FNanchor_1073_1073"><span class="label">[1073]</span></a>
-Bulletin avec détails sur ce qui s'est passé aux Tuileries le
-20 juin 1792, par Bergstedt, chargé d'affaires de Suède.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 304.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1074_1074" id="Footnote_1074_1074"></a>
-<a href="#FNanchor_1074_1074"><span class="label">[1074]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 303.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1075_1075" id="Footnote_1075_1075"></a>
-<a href="#FNanchor_1075_1075"><span class="label">[1075]</span></a>
-Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le
-20 juin 1792.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 304.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1076_1076" id="Footnote_1076_1076"></a>
-<a href="#FNanchor_1076_1076"><span class="label">[1076]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 151.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1077_1077" id="Footnote_1077_1077"></a>
-<a href="#FNanchor_1077_1077"><span class="label">[1077]</span></a>
-Certains témoins disent 5 heures; les autres disent 6 heures.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1078_1078" id="Footnote_1078_1078"></a>
-<a href="#FNanchor_1078_1078"><span class="label">[1078]</span></a>
-Bulletin avec détails de ce qui s'est passé aux Tuileries le
-20 juin 1792.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 304.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1079_1079" id="Footnote_1079_1079"></a>
-<a href="#FNanchor_1079_1079"><span class="label">[1079]</span></a>
-Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1080_1080" id="Footnote_1080_1080"></a>
-<a href="#FNanchor_1080_1080"><span class="label">[1080]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 304.—<i>Les dernières années du règne de Louis XVI</i>,
-par Hue, 272.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1081_1081" id="Footnote_1081_1081"></a>
-<a href="#FNanchor_1081_1081"><span class="label">[1081]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 273, 274.—M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt,
-3 juillet 1792.—<i>Correspondance de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 419.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1082_1082" id="Footnote_1082_1082"></a>
-<a href="#FNanchor_1082_1082"><span class="label">[1082]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 146.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1083_1083" id="Footnote_1083_1083"></a>
-<a href="#FNanchor_1083_1083"><span class="label">[1083]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1084_1084" id="Footnote_1084_1084"></a>
-<a href="#FNanchor_1084_1084"><span class="label">[1084]</span></a>
-Bulletin de ce qui s'est passé aux Tuileries.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 304.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1085_1085" id="Footnote_1085_1085"></a>
-<a href="#FNanchor_1085_1085"><span class="label">[1085]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 147.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1086_1086" id="Footnote_1086_1086"></a>
-<a href="#FNanchor_1086_1086"><span class="label">[1086]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 331.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1087_1087" id="Footnote_1087_1087"></a>
-<a href="#FNanchor_1087_1087"><span class="label">[1087]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1088_1088" id="Footnote_1088_1088"></a>
-<a href="#FNanchor_1088_1088"><span class="label">[1088]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1089_1089" id="Footnote_1089_1089"></a>
-<a href="#FNanchor_1089_1089"><span class="label">[1089]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 332.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1090_1090" id="Footnote_1090_1090"></a>
-<a href="#FNanchor_1090_1090"><span class="label">[1090]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, p.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1091_1091" id="Footnote_1091_1091"></a>
-<a href="#FNanchor_1091_1091"><span class="label">[1091]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, par la marquise de Lâge, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1092_1092" id="Footnote_1092_1092"></a>
-<a href="#FNanchor_1092_1092"><span class="label">[1092]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 275.—<i>Mémoires
-de Weber</i>, 292.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1093_1093" id="Footnote_1093_1093"></a>
-<a href="#FNanchor_1093_1093"><span class="label">[1093]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 149.—Les appartements
-du Roi, du Dauphin et de Madame Royale étaient ravagés; les portes
-et les panneaux brisés; les serrures emportées. L'appartement
-seul de la Reine avait été épargné, parce que les bandes n'y étaient
-point entrées. La Reine tint à montrer ces dégâts aux députés
-avant leur départ.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1094_1094" id="Footnote_1094_1094"></a>
-<a href="#FNanchor_1094_1094"><span class="label">[1094]</span></a>
-Billet sans date, mais sur lequel Fersen a écrit: reçu le 9 juillet.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 319.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1095_1095" id="Footnote_1095_1095"></a>
-<a href="#FNanchor_1095_1095"><span class="label">[1095]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 154.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1096_1096" id="Footnote_1096_1096"></a>
-<a href="#FNanchor_1096_1096"><span class="label">[1096]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 155.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1097_1097" id="Footnote_1097_1097"></a>
-<a href="#FNanchor_1097_1097"><span class="label">[1097]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 113.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1098_1098" id="Footnote_1098_1098"></a>
-<a href="#FNanchor_1098_1098"><span class="label">[1098]</span></a>
-Lettre de Lafayette à l'Assemblée.—<i>Mémoires de Lafayette</i>,
-III, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1099_1099" id="Footnote_1099_1099"></a>
-<a href="#FNanchor_1099_1099"><span class="label">[1099]</span></a>
-Lafayette, dans ses <i>Mémoires</i>, fort hostiles à Marie-Antoinette,
-accuse la Cour et en particulier la Reine de lui avoir fait mauvais
-accueil et d'avoir fait échouer ses projets. Ceci est démenti formellement
-par M<sup>me</sup> de Tourzel. «M. de Lafayette, dit-elle, s'était présenté
-au Roi comme défenseur de l'autorité royale, n'ayant d'autre
-but que de chasser les Jacobins et d'employer pour y parvenir l'ascendant
-qu'il croyait avoir conservé sur la garde nationale. <i>On demanda
-à tout ce qui était attaché au Roi d'avoir pour lui beaucoup
-d'égards</i>, et comme son expédition devait avoir lieu le jour même,
-on avait établi une grande surveillance dans le Château et engagé
-tous ceux qui l'habitaient à n'en pas sortir ou à être rentrés à huit
-heures du soir. M. de Lafayette fit la triste expérience du peu de
-crédit qu'il avait conservé; il ne put retenir qu'une douzaine de
-gardes nationaux et vit évanouir en quelques heures les espérances
-qu'il avait fait concevoir sur le succès de sa démarche.»—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 161.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1100_1100" id="Footnote_1100_1100"></a>
-<a href="#FNanchor_1100_1100"><span class="label">[1100]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Mercy, 4 juillet 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 265.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1101_1101" id="Footnote_1101_1101"></a>
-<a href="#FNanchor_1101_1101"><span class="label">[1101]</span></a>
-Cité par Beauchesne, <i>Vie de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, I, 450.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1102_1102" id="Footnote_1102_1102"></a>
-<a href="#FNanchor_1102_1102"><span class="label">[1102]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1<sup>er</sup> août 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 340.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1103_1103" id="Footnote_1103_1103"></a>
-<a href="#FNanchor_1103_1103"><span class="label">[1103]</span></a>
-Le <i>Journal d'une bourgeoise de Paris</i> (p. 210) attribue ce fait à
-une dame.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1104_1104" id="Footnote_1104_1104"></a>
-<a href="#FNanchor_1104_1104"><span class="label">[1104]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 330.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1105_1105" id="Footnote_1105_1105"></a>
-<a href="#FNanchor_1105_1105"><span class="label">[1105]</span></a>
-Hue, 300-302.—<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 341, 342.—La dernière
-fois que la Reine parut dans le jardin, sur la terrasse, elle fut
-brutalement insultée par les fédérés. Cette fois la garde nationale,—c'était
-le brave bataillon des Filles-Saint-Thomas,—intervint et
-força les fédérés à se taire. Comme la Reine rentrait au Château, un
-violent orage éclata; le tonnerre tomba à plusieurs reprises aux
-environs des Tuileries. Peu de jours après, d'Eprémesnil, s'étant hasardé
-sur la terrasse des Feuillants, fut reconnu, frappé et eût été
-massacré sans l'arrivée de la garde nationale.—<i>Mémoires de la
-duchesse de Tourzel</i>, II, 188-190.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1106_1106" id="Footnote_1106_1106"></a>
-<a href="#FNanchor_1106_1106"><span class="label">[1106]</span></a>
-Hue, <i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 284.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1107_1107" id="Footnote_1107_1107"></a>
-<a href="#FNanchor_1107_1107"><span class="label">[1107]</span></a>
-G. Morris à Jefferson, 10 juillet 1792.—<i>Mémorial de G. Morris</i>,
-II, 155.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1108_1108" id="Footnote_1108_1108"></a>
-<a href="#FNanchor_1108_1108"><span class="label">[1108]</span></a>
-Le même au même, 1<sup>er</sup> août 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 159.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1109_1109" id="Footnote_1109_1109"></a>
-<a href="#FNanchor_1109_1109"><span class="label">[1109]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 337.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1110_1110" id="Footnote_1110_1110"></a>
-<a href="#FNanchor_1110_1110"><span class="label">[1110]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 199.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1111_1111" id="Footnote_1111_1111"></a>
-<a href="#FNanchor_1111_1111"><span class="label">[1111]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 117.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1112_1112" id="Footnote_1112_1112"></a>
-<a href="#FNanchor_1112_1112"><span class="label">[1112]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 140.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1113_1113" id="Footnote_1113_1113"></a>
-<a href="#FNanchor_1113_1113"><span class="label">[1113]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 195.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1114_1114" id="Footnote_1114_1114"></a>
-<a href="#FNanchor_1114_1114"><span class="label">[1114]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1115_1115" id="Footnote_1115_1115"></a>
-<a href="#FNanchor_1115_1115"><span class="label">[1115]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 333, 384.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1116_1116" id="Footnote_1116_1116"></a>
-<a href="#FNanchor_1116_1116"><span class="label">[1116]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 425.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1117_1117" id="Footnote_1117_1117"></a>
-<a href="#FNanchor_1117_1117"><span class="label">[1117]</span></a>
-Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet 1792.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, III, 324.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1118_1118" id="Footnote_1118_1118"></a>
-<a href="#FNanchor_1118_1118"><span class="label">[1118]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 et 15 juillet 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 326, 327.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1119_1119" id="Footnote_1119_1119"></a>
-<a href="#FNanchor_1119_1119"><span class="label">[1119]</span></a>
-La même au même, 6 juillet 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 318.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1120_1120" id="Footnote_1120_1120"></a>
-<a href="#FNanchor_1120_1120"><span class="label">[1120]</span></a>
-Elle y consentit cependant un peu plus tard, s'il faut en croire
-M<sup>me</sup> de Tourzel: «M. de Paroy, craignant pour les jours de Leurs
-Majestés et ceux de monseigneur le Dauphin, me pria d'offrir de sa
-part à la Reine trois cuirasses de douze doubles de taffetas, impénétrables
-à la balle et au poignard, qu'il avait fait faire pour elle,
-pour le Roi et pour monseigneur le Dauphin, et me remit un poignard
-pour en faire l'essai. Je les portai chez la Reine qui essaya
-sur-le-champ celle qui lui était destinée et, me voyant le poignard
-entre les mains, elle me dit du plus grand sans-froid: «Frappez-moi
-pour en faire l'essai.» Je ne pus soutenir une pareille idée qui me
-fit frémir et je lui déclarai que rien ne me déterminerait à un pareil
-geste. Elle ôta sa cuirasse dont je me saisis, je la mis sur ma robe
-et la frappai du poignard, qui, comme l'avait dit M. de Paroy, la
-trouva impénétrable à ses coups. La Reine convint alors avec le
-Roi que chacun d'eux s'en revêtirait, à la première apparence de
-danger, ce qui fut exécuté.»—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>,
-II, 204, 205.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1121_1121" id="Footnote_1121_1121"></a>
-<a href="#FNanchor_1121_1121"><span class="label">[1121]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 371.—<i>Mémoires de
-M<sup>me</sup> Campan</i>, 334.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1122_1122" id="Footnote_1122_1122"></a>
-<a href="#FNanchor_1122_1122"><span class="label">[1122]</span></a>
-Marie-Antoinette à la landgrave de Hesse-Darmstadt, juillet 1792.—<i>Lettres
-de la Reine Marie-Antoinette à la landgrave Louise de
-Hesse-Darmstadt</i>, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1123_1123" id="Footnote_1123_1123"></a>
-<a href="#FNanchor_1123_1123"><span class="label">[1123]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 108, 109.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1124_1124" id="Footnote_1124_1124"></a>
-<a href="#FNanchor_1124_1124"><span class="label">[1124]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 221-223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1125_1125" id="Footnote_1125_1125"></a>
-<a href="#FNanchor_1125_1125"><span class="label">[1125]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 224-226.—<i>Mémoires de la duchesse
-de Tourzel</i>, II, 178, 179.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1126_1126" id="Footnote_1126_1126"></a>
-<a href="#FNanchor_1126_1126"><span class="label">[1126]</span></a>
-Lettre de Lally-Tolendal au Roi, 9 juillet 1792.—<i>Histoire de la
-Révolution</i>, par Thiers, II, 440, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1127_1127" id="Footnote_1127_1127"></a>
-<a href="#FNanchor_1127_1127"><span class="label">[1127]</span></a>
-<i>Un ministre de Louis XVI, Terrier de Montciel</i> par Pingaud,
-<i>Correspondant</i> du 25 août 1879, p. 590.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1128_1128" id="Footnote_1128_1128"></a>
-<a href="#FNanchor_1128_1128"><span class="label">[1128]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 43.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1129_1129" id="Footnote_1129_1129"></a>
-<a href="#FNanchor_1129_1129"><span class="label">[1129]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 179.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1130_1130" id="Footnote_1130_1130"></a>
-<a href="#FNanchor_1130_1130"><span class="label">[1130]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1131_1131" id="Footnote_1131_1131"></a>
-<a href="#FNanchor_1131_1131"><span class="label">[1131]</span></a>
-Note de Lally-Tolendal, citée par Malouet.—<i>Mémoires de Malouet</i>,
-II, 232, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1132_1132" id="Footnote_1132_1132"></a>
-<a href="#FNanchor_1132_1132"><span class="label">[1132]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 11 juillet 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 326.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1133_1133" id="Footnote_1133_1133"></a>
-<a href="#FNanchor_1133_1133"><span class="label">[1133]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 336.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1134_1134" id="Footnote_1134_1134"></a>
-<a href="#FNanchor_1134_1134"><span class="label">[1134]</span></a>
-Le comte de la Marck au comte de Mercy, 9 novembre 1790.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, II, 300.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1135_1135" id="Footnote_1135_1135"></a>
-<a href="#FNanchor_1135_1135"><span class="label">[1135]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 9 juillet 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 21.—Le comte de Fersen à Marie-Antoinette,
-10 juillet, 26 juillet 1791.—<i>Ibid.</i>, II, 323,336.—Le
-comte de Mercy à Marie-Antoinette, 9 juillet 1772.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1136_1136" id="Footnote_1136_1136"></a>
-<a href="#FNanchor_1136_1136"><span class="label">[1136]</span></a>
-<i>Mémorial de Gouverneur Morris</i>, I, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1137_1137" id="Footnote_1137_1137"></a>
-<a href="#FNanchor_1137_1137"><span class="label">[1137]</span></a>
-Le comte de Montmorin au comte de la Marck, 13 juillet 1792.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-III, 325.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1138_1138" id="Footnote_1138_1138"></a>
-<a href="#FNanchor_1138_1138"><span class="label">[1138]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël. <i>Considérations sur la France</i>, I, 382.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1139_1139" id="Footnote_1139_1139"></a>
-<a href="#FNanchor_1139_1139"><span class="label">[1139]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, I, 381.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1140_1140" id="Footnote_1140_1140"></a>
-<a href="#FNanchor_1140_1140"><span class="label">[1140]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 177, 178.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1141_1141" id="Footnote_1141_1141"></a>
-<a href="#FNanchor_1141_1141"><span class="label">[1141]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Staël. <i>Considérations sur la France</i>, I, 381.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1142_1142" id="Footnote_1142_1142"></a>
-<a href="#FNanchor_1142_1142"><span class="label">[1142]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 413.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1143_1143" id="Footnote_1143_1143"></a>
-<a href="#FNanchor_1143_1143"><span class="label">[1143]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1792.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 425.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1144_1144" id="Footnote_1144_1144"></a>
-<a href="#FNanchor_1144_1144"><span class="label">[1144]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 21 juillet 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 330.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1145_1145" id="Footnote_1145_1145"></a>
-<a href="#FNanchor_1145_1145"><span class="label">[1145]</span></a>
-La même au même, 15 juillet 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 228.—M<sup>me</sup> Elisabeth
-à la marquise de Raigecourt, 18 juillet 1772.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 42.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1146_1146" id="Footnote_1146_1146"></a>
-<a href="#FNanchor_1146_1146"><span class="label">[1146]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 187, 188.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1147_1147" id="Footnote_1147_1147"></a>
-<a href="#FNanchor_1147_1147"><span class="label">[1147]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 337, 338.—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 231, 232.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1148_1148" id="Footnote_1148_1148"></a>
-<a href="#FNanchor_1148_1148"><span class="label">[1148]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 340, 341.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1149_1149" id="Footnote_1149_1149"></a>
-<a href="#FNanchor_1149_1149"><span class="label">[1149]</span></a>
-<i>Souvenirs d'émigration</i>, de la marquise de Lâge, 40.—La marquise
-de Lâge prétend, sur la foi de l'abbé de Montesquiou, qu'à un certain
-moment le Roi, convaincu par la Reine et M<sup>me</sup> Elisabeth que
-sa faiblesse avait singulièrement favorisé les factieux, s'était tracé
-à lui-même un plan de conduite, rempli de sagesse et d'énergie.
-Quel était ce plan et pourquoi le Roi, après l'avoir arrêté, ne le suivit-il
-pas? La marquise de Lâge ne le dit pas.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1150_1150" id="Footnote_1150_1150"></a>
-<a href="#FNanchor_1150_1150"><span class="label">[1150]</span></a>
-«Mon père me presse de revenir et de tout abandonner; c'est
-ce que je ne ferai jamais, <i>dussé-je être réduit à la misère</i>.»—Le
-comte de Fersen à Marie-Antoinette, 24 avril 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 242, 243.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1151_1151" id="Footnote_1151_1151"></a>
-<a href="#FNanchor_1151_1151"><span class="label">[1151]</span></a>
-<i>Ibid.</i> Introduction, I, LXVI.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1152_1152" id="Footnote_1152_1152"></a>
-<a href="#FNanchor_1152_1152"><span class="label">[1152]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 24 juillet 1792.—II,
-332, 333.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1153_1153" id="Footnote_1153_1153"></a>
-<a href="#FNanchor_1153_1153"><span class="label">[1153]</span></a>
-Rœderer. <i>Chronique de cinquante jours</i>, 265, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1154_1154" id="Footnote_1154_1154"></a>
-<a href="#FNanchor_1154_1154"><span class="label">[1154]</span></a>
-<i>Le réveil d'alarme</i>, par Blanc Gilly, cité par Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire
-de la Terreur</i>, II, 143.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1155_1155" id="Footnote_1155_1155"></a>
-<a href="#FNanchor_1155_1155"><span class="label">[1155]</span></a>
-Ils n'étaient que 166.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1156_1156" id="Footnote_1156_1156"></a>
-<a href="#FNanchor_1156_1156"><span class="label">[1156]</span></a>
-Marie-Antoinette au comte de Fersen, 1<sup>er</sup> août 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 340, 341.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1157_1157" id="Footnote_1157_1157"></a>
-<a href="#FNanchor_1157_1157"><span class="label">[1157]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 28 juillet 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 338.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1158_1158" id="Footnote_1158_1158"></a>
-<a href="#FNanchor_1158_1158"><span class="label">[1158]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1159_1159" id="Footnote_1159_1159"></a>
-<a href="#FNanchor_1159_1159"><span class="label">[1159]</span></a>
-Le même à la même, 30 juin 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 315.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1160_1160" id="Footnote_1160_1160"></a>
-<a href="#FNanchor_1160_1160"><span class="label">[1160]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 29 juillet 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 25, note.—Le comte de Fersen à
-Marie-Antoinette, 7 et 10 août 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 343, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1161_1161" id="Footnote_1161_1161"></a>
-<a href="#FNanchor_1161_1161"><span class="label">[1161]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 7 août 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 343.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1162_1162" id="Footnote_1162_1162"></a>
-<a href="#FNanchor_1162_1162"><span class="label">[1162]</span></a>
-Le même à la même, 10 août 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1163_1163" id="Footnote_1163_1163"></a>
-<a href="#FNanchor_1163_1163"><span class="label">[1163]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Taube, 29 juillet 1792. <i>Ibid.</i>,
-II, 339.—<i>Voir</i> également le comte de Fersen à Marie-Antoinette,
-28 juillet, 8 et 10 août 1792.—<i>Ibid.</i>, II, 337, 343, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1164_1164" id="Footnote_1164_1164"></a>
-<a href="#FNanchor_1164_1164"><span class="label">[1164]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 10 août 1792.—<i>Ibid.</i>,
-II, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1165_1165" id="Footnote_1165_1165"></a>
-<a href="#FNanchor_1165_1165"><span class="label">[1165]</span></a>
-Il faut dire qu'à Paris, même parmi des hommes éclairés, cette
-même croyance avait cours: «Comme l'opinion générale parmi les
-citoyens, écrivait G. Morris à la date du 10 juin, est qu'aucune opposition
-sérieuse ne sera faite aux troupes autrichiennes et prussiennes,
-s'approchant de la capitale, ils,—les gardes nationaux,—regardent
-la personne de Louis XVI comme la protection la plus
-efficace qu'ils puissent garder contre le pillage et les insultes.» G.
-Morris à Jefferson, 10 juin 1792. <i>Voir</i> aussi le même au même, 10
-juillet 1792.—<i>Mémorial de G. Morris</i>, II, 145, 146.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1166_1166" id="Footnote_1166_1166"></a>
-<a href="#FNanchor_1166_1166"><span class="label">[1166]</span></a>
-Mercy à Marie-Antoinette, 9 juillet 1792.—<i>Marie-Antoinette,
-Joseph II und Léopold II</i>, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1167_1167" id="Footnote_1167_1167"></a>
-<a href="#FNanchor_1167_1167"><span class="label">[1167]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1793.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 336.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1168_1168" id="Footnote_1168_1168"></a>
-<a href="#FNanchor_1168_1168"><span class="label">[1168]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 340.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1169_1169" id="Footnote_1169_1169"></a>
-<a href="#FNanchor_1169_1169"><span class="label">[1169]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 26 juillet 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 336.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1170_1170" id="Footnote_1170_1170"></a>
-<a href="#FNanchor_1170_1170"><span class="label">[1170]</span></a>
-Dépêche du comte de Mercy au cabinet de Vienne, 3 octobre
-1792.—<i>Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de
-la Marck</i>, III, 349.—Mercy avait été si mécontent du manifeste,
-qu'il aurait voulu que le cabinet de Vienne en fit un autre pour détruire
-le mauvais effet du premier. G. Morris avait la même impression
-que Mercy: «La déclaration du duc de Brunswick, écrivait-il,
-peut se traduire ainsi en peu de mots: soyez tous contre moi, car je suis
-contre vous tous, et faites bonne résistance, car vous n'avez pas
-d'espoir.»—G. Morris à M<sup>me</sup> Dubourg, 7 août 1792. <i>Mémorial de G.
-Morris</i>, II, 174. Le manifeste avait été connu à Paris le 31 juillet.—<i>Lettres
-de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 160.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1171_1171" id="Footnote_1171_1171"></a>
-<a href="#FNanchor_1171_1171"><span class="label">[1171]</span></a>
-G. Morris à Jefferson, 1<sup>er</sup> août 1792.—<i>Mémorial de G. Morris</i>,
-II, 160.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1172_1172" id="Footnote_1172_1172"></a>
-<a href="#FNanchor_1172_1172"><span class="label">[1172]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1173_1173" id="Footnote_1173_1173"></a>
-<a href="#FNanchor_1173_1173"><span class="label">[1173]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, par Mortimner-Ternaux, II, 173.—<i>Histoire
-de la Révolution française</i>, par Thiers, II, 222.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1174_1174" id="Footnote_1174_1174"></a>
-<a href="#FNanchor_1174_1174"><span class="label">[1174]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 310.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1175_1175" id="Footnote_1175_1175"></a>
-<a href="#FNanchor_1175_1175"><span class="label">[1175]</span></a>
-<i>Histoire de la conspiration du 10 août</i>, par Bigot de Sainte-Croix,
-16.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1176_1176" id="Footnote_1176_1176"></a>
-<a href="#FNanchor_1176_1176"><span class="label">[1176]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, par Mortimer-Ternaux, II, 196.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1177_1177" id="Footnote_1177_1177"></a>
-<a href="#FNanchor_1177_1177"><span class="label">[1177]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, III, 206.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1178_1178" id="Footnote_1178_1178"></a>
-<a href="#FNanchor_1178_1178"><span class="label">[1178]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 305.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1179_1179" id="Footnote_1179_1179"></a>
-<a href="#FNanchor_1179_1179"><span class="label">[1179]</span></a>
-Malouet à Mallet du Pan, 28 juillet 1792.—<i>Mémoires de Malouet</i>,
-II, 357.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1180_1180" id="Footnote_1180_1180"></a>
-<a href="#FNanchor_1180_1180"><span class="label">[1180]</span></a>
-Lettre de M. de Forestier, publiée par Nettement. <i>Critique des
-Girondins</i>, citée par Beauchesne.—<i>Louis XVII</i>, 211.—Détails particuliers
-sur la journée du 10 août par un bourgeois de Paris. <i>Mémoires
-de Weber.</i> Pièces justificatives, 486.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1181_1181" id="Footnote_1181_1181"></a>
-<a href="#FNanchor_1181_1181"><span class="label">[1181]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 170.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1182_1182" id="Footnote_1182_1182"></a>
-<a href="#FNanchor_1182_1182"><span class="label">[1182]</span></a>
-Détails particuliers sur la journée du 10 août par un bourgeois
-de Paris et Récit de la conduite du régiment des gardes suisses à la
-journée du 10 août. <i>Mémoires de Weber</i>, 485, 496.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1183_1183" id="Footnote_1183_1183"></a>
-<a href="#FNanchor_1183_1183"><span class="label">[1183]</span></a>
-Arrêté de la section des Quinze-Vingts.—<i>Histoire de la Terreur</i>,
-par Mortimer-Ternaux, II, 182.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1184_1184" id="Footnote_1184_1184"></a>
-<a href="#FNanchor_1184_1184"><span class="label">[1184]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 154.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1185_1185" id="Footnote_1185_1185"></a>
-<a href="#FNanchor_1185_1185"><span class="label">[1185]</span></a>
-<i>Histoire de la conspiration du 10 août</i>, par Bigot de Sainte-Croix,
-20, 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1186_1186" id="Footnote_1186_1186"></a>
-<a href="#FNanchor_1186_1186"><span class="label">[1186]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 201.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1187_1187" id="Footnote_1187_1187"></a>
-<a href="#FNanchor_1187_1187"><span class="label">[1187]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise de Paris</i>, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1188_1188" id="Footnote_1188_1188"></a>
-<a href="#FNanchor_1188_1188"><span class="label">[1188]</span></a>
-<i>Mémoires de Lafayette</i>, III, 376.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1189_1189" id="Footnote_1189_1189"></a>
-<a href="#FNanchor_1189_1189"><span class="label">[1189]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 30 août 1793.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 43.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1190_1190" id="Footnote_1190_1190"></a>
-<a href="#FNanchor_1190_1190"><span class="label">[1190]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1191_1191" id="Footnote_1191_1191"></a>
-<a href="#FNanchor_1191_1191"><span class="label">[1191]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, 231-233.—<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>,
-242. <i>Voir</i> sur toutes ces négociations les <i>Mémoires de la duchesse de
-Tourzel</i>, II, 201-204.—M<sup>me</sup> de Tourzel dit que les huit cent mille
-livres étaient pour Pétion et ses amis.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1192_1192" id="Footnote_1192_1192"></a>
-<a href="#FNanchor_1192_1192"><span class="label">[1192]</span></a>
-G. Morris à Jefferson, 10 juin 1792.—<i>Mémorial de G. Morris</i>,
-II, 145.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1193_1193" id="Footnote_1193_1193"></a>
-<a href="#FNanchor_1193_1193"><span class="label">[1193]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, par Mortimer-Ternaux, II, 192.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1194_1194" id="Footnote_1194_1194"></a>
-<a href="#FNanchor_1194_1194"><span class="label">[1194]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 126.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1195_1195" id="Footnote_1195_1195"></a>
-<a href="#FNanchor_1195_1195"><span class="label">[1195]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 193.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1196_1196" id="Footnote_1196_1196"></a>
-<a href="#FNanchor_1196_1196"><span class="label">[1196]</span></a>
-G. Duval. <i>Souvenirs de la Terreur</i>, II, 115, cité par Feuillet de
-Conches, VI, 255.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1197_1197" id="Footnote_1197_1197"></a>
-<a href="#FNanchor_1197_1197"><span class="label">[1197]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1198_1198" id="Footnote_1198_1198"></a>
-<a href="#FNanchor_1198_1198"><span class="label">[1198]</span></a>
-<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 235.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1199_1199" id="Footnote_1199_1199"></a>
-<a href="#FNanchor_1199_1199"><span class="label">[1199]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 10 août 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 29.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1200_1200" id="Footnote_1200_1200"></a>
-<a href="#FNanchor_1200_1200"><span class="label">[1200]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 195.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1201_1201" id="Footnote_1201_1201"></a>
-<a href="#FNanchor_1201_1201"><span class="label">[1201]</span></a>
-<i>Mémorial de G. Morris</i>, 5 août 1792, I, 343.—<i>Dernières années
-du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 307.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1202_1202" id="Footnote_1202_1202"></a>
-<a href="#FNanchor_1202_1202"><span class="label">[1202]</span></a>
-<i>Histoire de la conspiration du 10 août</i>, par Bigot de Sainte-Croix,
-15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1203_1203" id="Footnote_1203_1203"></a>
-<a href="#FNanchor_1203_1203"><span class="label">[1203]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 345.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1204_1204" id="Footnote_1204_1204"></a>
-<a href="#FNanchor_1204_1204"><span class="label">[1204]</span></a>
-<i>M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, par la comtesse d'Armaillé, 299.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1205_1205" id="Footnote_1205_1205"></a>
-<a href="#FNanchor_1205_1205"><span class="label">[1205]</span></a>
-M<sup>me</sup> Elisabeth à la marquise de Bombelles.—<i>Correspondance
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 432.—Par une singulière distraction, cette
-lettre est datée du 10 août.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1206_1206" id="Footnote_1206_1206"></a>
-<a href="#FNanchor_1206_1206"><span class="label">[1206]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, par M. Mortimer-Ternaux. Le récit de
-M. Mortimer-Ternaux est l'un des plus complets et des plus exacts;
-nous l'avons suivi la plupart du temps.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1207_1207" id="Footnote_1207_1207"></a>
-<a href="#FNanchor_1207_1207"><span class="label">[1207]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 415.—<i>Récit de la conduite des Suisses au
-10 août.</i>—<i>Ibid.</i>, 498.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1208_1208" id="Footnote_1208_1208"></a>
-<a href="#FNanchor_1208_1208"><span class="label">[1208]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 415.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1209_1209" id="Footnote_1209_1209"></a>
-<a href="#FNanchor_1209_1209"><span class="label">[1209]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, par Rœderer, 352.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1210_1210" id="Footnote_1210_1210"></a>
-<a href="#FNanchor_1210_1210"><span class="label">[1210]</span></a>
-<i>Récit de la conduite des Suisses.</i>—<i>Mémoires de Weber</i>, 498.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1211_1211" id="Footnote_1211_1211"></a>
-<a href="#FNanchor_1211_1211"><span class="label">[1211]</span></a>
-Lettre du ministre de la marine Dubouchage, citée par Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire
-de la Terreur</i>, II, 265, notes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1212_1212" id="Footnote_1212_1212"></a>
-<a href="#FNanchor_1212_1212"><span class="label">[1212]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1213_1213" id="Footnote_1213_1213"></a>
-<a href="#FNanchor_1213_1213"><span class="label">[1213]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 265.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1214_1214" id="Footnote_1214_1214"></a>
-<a href="#FNanchor_1214_1214"><span class="label">[1214]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 211, 212.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1215_1215" id="Footnote_1215_1215"></a>
-<a href="#FNanchor_1215_1215"><span class="label">[1215]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 211.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1216_1216" id="Footnote_1216_1216"></a>
-<a href="#FNanchor_1216_1216"><span class="label">[1216]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 266.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1217_1217" id="Footnote_1217_1217"></a>
-<a href="#FNanchor_1217_1217"><span class="label">[1217]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, II, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1218_1218" id="Footnote_1218_1218"></a>
-<a href="#FNanchor_1218_1218"><span class="label">[1218]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 30 août 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1219_1219" id="Footnote_1219_1219"></a>
-<a href="#FNanchor_1219_1219"><span class="label">[1219]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 322.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1220_1220" id="Footnote_1220_1220"></a>
-<a href="#FNanchor_1220_1220"><span class="label">[1220]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 267.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1221_1221" id="Footnote_1221_1221"></a>
-<a href="#FNanchor_1221_1221"><span class="label">[1221]</span></a>
-Lettre de Servan à Mallet du Pan, 11 mai 1795.—<i>Mémoires
-de Malouet</i>, II, 433.—<i>Chronique de cinquante jours</i>, par Rœderer, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1222_1222" id="Footnote_1222_1222"></a>
-<a href="#FNanchor_1222_1222"><span class="label">[1222]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>elle</sup> de Clermont-Gallerande</i>, note sur la journée
-du 10 août, III, 521.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1223_1223" id="Footnote_1223_1223"></a>
-<a href="#FNanchor_1223_1223"><span class="label">[1223]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, I, 213.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1224_1224" id="Footnote_1224_1224"></a>
-<a href="#FNanchor_1224_1224"><span class="label">[1224]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 275.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1225_1225" id="Footnote_1225_1225"></a>
-<a href="#FNanchor_1225_1225"><span class="label">[1225]</span></a>
-Vers 5 heures.—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 210.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1226_1226" id="Footnote_1226_1226"></a>
-<a href="#FNanchor_1226_1226"><span class="label">[1226]</span></a>
-Détails sur le 10 août, par un témoin oculaire.—<i>Mémoires
-de Weber</i>, 416, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1227_1227" id="Footnote_1227_1227"></a>
-<a href="#FNanchor_1227_1227"><span class="label">[1227]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, 216.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1228_1228" id="Footnote_1228_1228"></a>
-<a href="#FNanchor_1228_1228"><span class="label">[1228]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 129.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1229_1229" id="Footnote_1229_1229"></a>
-<a href="#FNanchor_1229_1229"><span class="label">[1229]</span></a>
-Peltier, <i>Dernier tableau de Paris</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1230_1230" id="Footnote_1230_1230"></a>
-<a href="#FNanchor_1230_1230"><span class="label">[1230]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 210.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1231_1231" id="Footnote_1231_1231"></a>
-<a href="#FNanchor_1231_1231"><span class="label">[1231]</span></a>
-Rapport de Leroux, cité par Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire de la
-Terreur</i>, II, 464, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1232_1232" id="Footnote_1232_1232"></a>
-<a href="#FNanchor_1232_1232"><span class="label">[1232]</span></a>
-Procès-verbal de Leroux, cité par Taine.—<i>La Révolution</i>, II,
-140.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1233_1233" id="Footnote_1233_1233"></a>
-<a href="#FNanchor_1233_1233"><span class="label">[1233]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1234_1234" id="Footnote_1234_1234"></a>
-<a href="#FNanchor_1234_1234"><span class="label">[1234]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, I, 217.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1235_1235" id="Footnote_1235_1235"></a>
-<a href="#FNanchor_1235_1235"><span class="label">[1235]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, par Rœderer, 362.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1236_1236" id="Footnote_1236_1236"></a>
-<a href="#FNanchor_1236_1236"><span class="label">[1236]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 347.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1237_1237" id="Footnote_1237_1237"></a>
-<a href="#FNanchor_1237_1237"><span class="label">[1237]</span></a>
-Taine, <i>la Révolution</i>, II, 240, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1238_1238" id="Footnote_1238_1238"></a>
-<a href="#FNanchor_1238_1238"><span class="label">[1238]</span></a>
-Procès-verbal de Leroux.—<i>Ibid.</i>, II, 242, et <i>Histoire de la
-Terreur</i>, II, 469.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1239_1239" id="Footnote_1239_1239"></a>
-<a href="#FNanchor_1239_1239"><span class="label">[1239]</span></a>
-Récit de la conduite des Suisses.—<i>Mémoires de Weber</i>, 498.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1240_1240" id="Footnote_1240_1240"></a>
-<a href="#FNanchor_1240_1240"><span class="label">[1240]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 326.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1241_1241" id="Footnote_1241_1241"></a>
-<a href="#FNanchor_1241_1241"><span class="label">[1241]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1242_1242" id="Footnote_1242_1242"></a>
-<a href="#FNanchor_1242_1242"><span class="label">[1242]</span></a>
-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 268.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1243_1243" id="Footnote_1243_1243"></a>
-<a href="#FNanchor_1243_1243"><span class="label">[1243]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1244_1244" id="Footnote_1244_1244"></a>
-<a href="#FNanchor_1244_1244"><span class="label">[1244]</span></a>
-Rœderer a prétendu plus tard qu'en donnant ce conseil il avait
-voulu servir une insurrection «légitime et conserver au pays d'utiles
-otages».—<i>Moniteur</i> du vendredi 24 août 1792, p. 297. Lettre
-de Servant à Mallet du Pan.—<i>Mémoires de Malouet</i>, II, 435.—Rœderer
-s'est calomnié; le 10 août il fut faible, il ne fut pas traître.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1245_1245" id="Footnote_1245_1245"></a>
-<a href="#FNanchor_1245_1245"><span class="label">[1245]</span></a>
-<i>Mémoires de Weber</i>, 420.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1246_1246" id="Footnote_1246_1246"></a>
-<a href="#FNanchor_1246_1246"><span class="label">[1246]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 327.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1247_1247" id="Footnote_1247_1247"></a>
-<a href="#FNanchor_1247_1247"><span class="label">[1247]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 368.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1248_1248" id="Footnote_1248_1248"></a>
-<a href="#FNanchor_1248_1248"><span class="label">[1248]</span></a>
-<i>Histoire de la conspiration du 10 août</i>, par Bigot de Sainte-Croix,
-28.—Rœderer dément ces paroles de la Reine en disant qu'il ne
-les a pas entendues.—<i>Chronique de cinquante jours</i>, 362, note.—Mais
-Bigot de Sainte-Croix et Hue, qui étaient le 10 août aux Tuileries,
-comme Rœderer; Fersen, qui recueillait avidement tous les
-témoignages sur les derniers actes de ses augustes clients, les affirment.
-Hue cite même comme les ayant entendues MM. de Briges
-et de Saint-Priest; Fersen, MM. de Viomesnil et de Clermont-Gallerande.—<i>Histoire
-de la conspiration du 10 août</i>, par Bigot de Sainte-Croix,
-228.—<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue,
-328.—<i>Journal de Fersen</i>, 11 octobre 1793.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 45.—L'opuscule de Bigot de Sainte-Croix a
-été publié à l'époque même, en 1793; le journal de Fersen est de la
-même année; les notes de Hue ont été publiées en 1806. Le livre de
-Rœderer ne l'a été qu'en 1832.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1249_1249" id="Footnote_1249_1249"></a>
-<a href="#FNanchor_1249_1249"><span class="label">[1249]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 369.—<i>Récit de Dejoly, ministre
-de la justice</i>, cité par Montjoye.—<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, 390.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1250_1250" id="Footnote_1250_1250"></a>
-<a href="#FNanchor_1250_1250"><span class="label">[1250]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 389.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1251_1251" id="Footnote_1251_1251"></a>
-<a href="#FNanchor_1251_1251"><span class="label">[1251]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 328.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1252_1252" id="Footnote_1252_1252"></a>
-<a href="#FNanchor_1252_1252"><span class="label">[1252]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1253_1253" id="Footnote_1253_1253"></a>
-<a href="#FNanchor_1253_1253"><span class="label">[1253]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 369.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1254_1254" id="Footnote_1254_1254"></a>
-<a href="#FNanchor_1254_1254"><span class="label">[1254]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 390.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1255_1255" id="Footnote_1255_1255"></a>
-<a href="#FNanchor_1255_1255"><span class="label">[1255]</span></a>
-<i>Histoire de la conspiration du 10 août</i>, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1256_1256" id="Footnote_1256_1256"></a>
-<a href="#FNanchor_1256_1256"><span class="label">[1256]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 390.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1257_1257" id="Footnote_1257_1257"></a>
-<a href="#FNanchor_1257_1257"><span class="label">[1257]</span></a>
-<i>Louis XVI, Marie-Antoinette et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 270.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1258_1258" id="Footnote_1258_1258"></a>
-<a href="#FNanchor_1258_1258"><span class="label">[1258]</span></a>
-Bigot de Sainte-Croix.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1259_1259" id="Footnote_1259_1259"></a>
-<a href="#FNanchor_1259_1259"><span class="label">[1259]</span></a>
-Dubouchage.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1260_1260" id="Footnote_1260_1260"></a>
-<a href="#FNanchor_1260_1260"><span class="label">[1260]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, I, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1261_1261" id="Footnote_1261_1261"></a>
-<a href="#FNanchor_1261_1261"><span class="label">[1261]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 391.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1262_1262" id="Footnote_1262_1262"></a>
-<a href="#FNanchor_1262_1262"><span class="label">[1262]</span></a>
-Récit de Leroux.—<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 470.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1263_1263" id="Footnote_1263_1263"></a>
-<a href="#FNanchor_1263_1263"><span class="label">[1263]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1264_1264" id="Footnote_1264_1264"></a>
-<a href="#FNanchor_1264_1264"><span class="label">[1264]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 131.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1265_1265" id="Footnote_1265_1265"></a>
-<a href="#FNanchor_1265_1265"><span class="label">[1265]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1266_1266" id="Footnote_1266_1266"></a>
-<a href="#FNanchor_1266_1266"><span class="label">[1266]</span></a>
-Déclaration de de Brie, citée par Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire
-de la Terreur</i>, II, 293.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1267_1267" id="Footnote_1267_1267"></a>
-<a href="#FNanchor_1267_1267"><span class="label">[1267]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 391.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1268_1268" id="Footnote_1268_1268"></a>
-<a href="#FNanchor_1268_1268"><span class="label">[1268]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, 220.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1269_1269" id="Footnote_1269_1269"></a>
-<a href="#FNanchor_1269_1269"><span class="label">[1269]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 371.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1270_1270" id="Footnote_1270_1270"></a>
-<a href="#FNanchor_1270_1270"><span class="label">[1270]</span></a>
-<i>Récit de Dejoly</i>, 390.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1271_1271" id="Footnote_1271_1271"></a>
-<a href="#FNanchor_1271_1271"><span class="label">[1271]</span></a>
-<i>Chronique de cinquante jours</i>, 372.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1272_1272" id="Footnote_1272_1272"></a>
-<a href="#FNanchor_1272_1272"><span class="label">[1272]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1273_1273" id="Footnote_1273_1273"></a>
-<a href="#FNanchor_1273_1273"><span class="label">[1273]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 303.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1274_1274" id="Footnote_1274_1274"></a>
-<a href="#FNanchor_1274_1274"><span class="label">[1274]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1275_1275" id="Footnote_1275_1275"></a>
-<a href="#FNanchor_1275_1275"><span class="label">[1275]</span></a>
-<i>Derniers années de règne de Louis XVI</i>, par Hue.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1276_1276" id="Footnote_1276_1276"></a>
-<a href="#FNanchor_1276_1276"><span class="label">[1276]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 224.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1277_1277" id="Footnote_1277_1277"></a>
-<a href="#FNanchor_1277_1277"><span class="label">[1277]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 339.—<i>Histoire
-de la conspiration du 10 août</i>, 43.—<i>Mémoires de la duchesse de
-Tourzel</i>, II, 216.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1278_1278" id="Footnote_1278_1278"></a>
-<a href="#FNanchor_1278_1278"><span class="label">[1278]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 327.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1279_1279" id="Footnote_1279_1279"></a>
-<a href="#FNanchor_1279_1279"><span class="label">[1279]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise de Paris</i>, 222.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1280_1280" id="Footnote_1280_1280"></a>
-<a href="#FNanchor_1280_1280"><span class="label">[1280]</span></a>
-Sainte-Foix au baron de Breteuil, 11 août 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 348.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1281_1281" id="Footnote_1281_1281"></a>
-<a href="#FNanchor_1281_1281"><span class="label">[1281]</span></a>
-Prudhomme, <i>les Révolutions de Paris</i>, XIII, 236, 237, cité par
-Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 331.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1282_1282" id="Footnote_1282_1282"></a>
-<a href="#FNanchor_1282_1282"><span class="label">[1282]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, II, 331.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1283_1283" id="Footnote_1283_1283"></a>
-<a href="#FNanchor_1283_1283"><span class="label">[1283]</span></a>
-<i>Journal d'une bourgeoise de Paris</i>, 228.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1284_1284" id="Footnote_1284_1284"></a>
-<a href="#FNanchor_1284_1284"><span class="label">[1284]</span></a>
-<i>Lettres de Constantin Stamaly sur la Révolution française</i>, 100.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1285_1285" id="Footnote_1285_1285"></a>
-<a href="#FNanchor_1285_1285"><span class="label">[1285]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 221, 222.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1286_1286" id="Footnote_1286_1286"></a>
-<a href="#FNanchor_1286_1286"><span class="label">[1286]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 223.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1287_1287" id="Footnote_1287_1287"></a>
-<a href="#FNanchor_1287_1287"><span class="label">[1287]</span></a>
-Récit du comte de la Rochefoucauld.—<i>Louis XVII</i>, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1288_1288" id="Footnote_1288_1288"></a>
-<a href="#FNanchor_1288_1288"><span class="label">[1288]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1289_1289" id="Footnote_1289_1289"></a>
-<a href="#FNanchor_1289_1289"><span class="label">[1289]</span></a>
-Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.—<i>Ibid.</i>,
-I, 236.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1290_1290" id="Footnote_1290_1290"></a>
-<a href="#FNanchor_1290_1290"><span class="label">[1290]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 338.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1291_1291" id="Footnote_1291_1291"></a>
-<a href="#FNanchor_1291_1291"><span class="label">[1291]</span></a>
-Lettre de M. d'Aubier à Mallet du Pan, décembre 1792.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1292_1292" id="Footnote_1292_1292"></a>
-<a href="#FNanchor_1292_1292"><span class="label">[1292]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 356.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1293_1293" id="Footnote_1293_1293"></a>
-<a href="#FNanchor_1293_1293"><span class="label">[1293]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 355.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1294_1294" id="Footnote_1294_1294"></a>
-<a href="#FNanchor_1294_1294"><span class="label">[1294]</span></a>
-<i>Histoire de la Terreur</i>, III, 18, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1295_1295" id="Footnote_1295_1295"></a>
-<a href="#FNanchor_1295_1295"><span class="label">[1295]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 339.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1296_1296" id="Footnote_1296_1296"></a>
-<a href="#FNanchor_1296_1296"><span class="label">[1296]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> Campan</i>, 359.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1297_1297" id="Footnote_1297_1297"></a>
-<a href="#FNanchor_1297_1297"><span class="label">[1297]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 355.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1298_1298" id="Footnote_1298_1298"></a>
-<a href="#FNanchor_1298_1298"><span class="label">[1298]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 340.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1299_1299" id="Footnote_1299_1299"></a>
-<a href="#FNanchor_1299_1299"><span class="label">[1299]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 232, 233.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1300_1300" id="Footnote_1300_1300"></a>
-<a href="#FNanchor_1300_1300"><span class="label">[1300]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande</i>, note sur la journée
-du 10 août, III, 525.—<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II,
-23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1301_1301" id="Footnote_1301_1301"></a>
-<a href="#FNanchor_1301_1301"><span class="label">[1301]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1302_1302" id="Footnote_1302_1302"></a>
-<a href="#FNanchor_1302_1302"><span class="label">[1302]</span></a>
-<i>Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande</i>, III, 525.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 230.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1303_1303" id="Footnote_1303_1303"></a>
-<a href="#FNanchor_1303_1303"><span class="label">[1303]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 238.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1304_1304" id="Footnote_1304_1304"></a>
-<a href="#FNanchor_1304_1304"><span class="label">[1304]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 239.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1305_1305" id="Footnote_1305_1305"></a>
-<a href="#FNanchor_1305_1305"><span class="label">[1305]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 147.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1306_1306" id="Footnote_1306_1306"></a>
-<a href="#FNanchor_1306_1306"><span class="label">[1306]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 165.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1307_1307" id="Footnote_1307_1307"></a>
-<a href="#FNanchor_1307_1307"><span class="label">[1307]</span></a>
-Coray dit de quatre à cinq mille.—<i>Ibid.</i>, 164.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1308_1308" id="Footnote_1308_1308"></a>
-<a href="#FNanchor_1308_1308"><span class="label">[1308]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 147.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1309_1309" id="Footnote_1309_1309"></a>
-<a href="#FNanchor_1309_1309"><span class="label">[1309]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 148.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1310_1310" id="Footnote_1310_1310"></a>
-<a href="#FNanchor_1310_1310"><span class="label">[1310]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 240.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1311_1311" id="Footnote_1311_1311"></a>
-<a href="#FNanchor_1311_1311"><span class="label">[1311]</span></a>
-<i>Lettres de Coray au Protopsalte de Smyrne</i>, 164.—Le grec
-Coray avait été, au début, un partisan enthousiaste de la Révolution.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1312_1312" id="Footnote_1312_1312"></a>
-<a href="#FNanchor_1312_1312"><span class="label">[1312]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 240.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1313_1313" id="Footnote_1313_1313"></a>
-<a href="#FNanchor_1313_1313"><span class="label">[1313]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 345, 346.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1314_1314" id="Footnote_1314_1314"></a>
-<a href="#FNanchor_1314_1314"><span class="label">[1314]</span></a>
-G. Morris à G. Washington, 23 octobre 1792.—<i>Mémorial de
-G. Morris</i>, II, 204.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1315_1315" id="Footnote_1315_1315"></a>
-<a href="#FNanchor_1315_1315"><span class="label">[1315]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 149.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1316_1316" id="Footnote_1316_1316"></a>
-<a href="#FNanchor_1316_1316"><span class="label">[1316]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 241.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1317_1317" id="Footnote_1317_1317"></a>
-<a href="#FNanchor_1317_1317"><span class="label">[1317]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 242.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1318_1318" id="Footnote_1318_1318"></a>
-<a href="#FNanchor_1318_1318"><span class="label">[1318]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, II, 249.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1319_1319" id="Footnote_1319_1319"></a>
-<a href="#FNanchor_1319_1319"><span class="label">[1319]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 150.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1320_1320" id="Footnote_1320_1320"></a>
-<a href="#FNanchor_1320_1320"><span class="label">[1320]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 243.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1321_1321" id="Footnote_1321_1321"></a>
-<a href="#FNanchor_1321_1321"><span class="label">[1321]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1322_1322" id="Footnote_1322_1322"></a>
-<a href="#FNanchor_1322_1322"><span class="label">[1322]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1323_1323" id="Footnote_1323_1323"></a>
-<a href="#FNanchor_1323_1323"><span class="label">[1323]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 152.—<i>Récit des événements
-arrivés au Temple</i>, par Madame Royale, 7. M<sup>me</sup> de Tourzel,—<i>Mémoires</i>,
-II, 246,—dit le 18; mais Madame Royale dit très positivement
-dans la nuit du 19 au 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1324_1324" id="Footnote_1324_1324"></a>
-<a href="#FNanchor_1324_1324"><span class="label">[1324]</span></a>
-<i>Récits des événements arrivés au Temple</i>, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1325_1325" id="Footnote_1325_1325"></a>
-<a href="#FNanchor_1325_1325"><span class="label">[1325]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 246.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1326_1326" id="Footnote_1326_1326"></a>
-<a href="#FNanchor_1326_1326"><span class="label">[1326]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1327_1327" id="Footnote_1327_1327"></a>
-<a href="#FNanchor_1327_1327"><span class="label">[1327]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 247.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1328_1328" id="Footnote_1328_1328"></a>
-<a href="#FNanchor_1328_1328"><span class="label">[1328]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1329_1329" id="Footnote_1329_1329"></a>
-<a href="#FNanchor_1329_1329"><span class="label">[1329]</span></a>
-<i>Souvenirs de quarante ans</i>, 153.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1330_1330" id="Footnote_1330_1330"></a>
-<a href="#FNanchor_1330_1330"><span class="label">[1330]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 30.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1331_1331" id="Footnote_1331_1331"></a>
-<a href="#FNanchor_1331_1331"><span class="label">[1331]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1332_1332" id="Footnote_1332_1332"></a>
-<a href="#FNanchor_1332_1332"><span class="label">[1332]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1333_1333" id="Footnote_1333_1333"></a>
-<a href="#FNanchor_1333_1333"><span class="label">[1333]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 360 et suiv.—<i>Journal de Cléry</i>, 31 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1334_1334" id="Footnote_1334_1334"></a>
-<a href="#FNanchor_1334_1334"><span class="label">[1334]</span></a>
-<i>Six journées passées au Temple</i>, par Moëlle.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1335_1335" id="Footnote_1335_1335"></a>
-<a href="#FNanchor_1335_1335"><span class="label">[1335]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur la captivité de la famille royale à la
-Tour du Temple</i>, recueillis par M. de Turgy, publiés par M. Eckard
-dans ses <i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, 344.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1336_1336" id="Footnote_1336_1336"></a>
-<a href="#FNanchor_1336_1336"><span class="label">[1336]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 351, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1337_1337" id="Footnote_1337_1337"></a>
-<a href="#FNanchor_1337_1337"><span class="label">[1337]</span></a>
-<i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, 83.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1338_1338" id="Footnote_1338_1338"></a>
-<a href="#FNanchor_1338_1338"><span class="label">[1338]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 363.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1339_1339" id="Footnote_1339_1339"></a>
-<a href="#FNanchor_1339_1339"><span class="label">[1339]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 34.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1340_1340" id="Footnote_1340_1340"></a>
-<a href="#FNanchor_1340_1340"><span class="label">[1340]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1341_1341" id="Footnote_1341_1341"></a>
-<a href="#FNanchor_1341_1341"><span class="label">[1341]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 369.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1342_1342" id="Footnote_1342_1342"></a>
-<a href="#FNanchor_1342_1342"><span class="label">[1342]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 365, 366.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1343_1343" id="Footnote_1343_1343"></a>
-<a href="#FNanchor_1343_1343"><span class="label">[1343]</span></a>
-<i>Voir</i> Etat des dépenses faites au Temple depuis le 13 août jusqu'au
-30 novembre de l'an I<sup>er</sup> de la République française.—<i>Journal
-de Cléry.</i> Eclaircissements historiques, 201-211.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1344_1344" id="Footnote_1344_1344"></a>
-<a href="#FNanchor_1344_1344"><span class="label">[1344]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 16.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1345_1345" id="Footnote_1345_1345"></a>
-<a href="#FNanchor_1345_1345"><span class="label">[1345]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1346_1346" id="Footnote_1346_1346"></a>
-<a href="#FNanchor_1346_1346"><span class="label">[1346]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 346.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1347_1347" id="Footnote_1347_1347"></a>
-<a href="#FNanchor_1347_1347"><span class="label">[1347]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 367.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1348_1348" id="Footnote_1348_1348"></a>
-<a href="#FNanchor_1348_1348"><span class="label">[1348]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 370.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1349_1349" id="Footnote_1349_1349"></a>
-<a href="#FNanchor_1349_1349"><span class="label">[1349]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 10.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1350_1350" id="Footnote_1350_1350"></a>
-<a href="#FNanchor_1350_1350"><span class="label">[1350]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1351_1351" id="Footnote_1351_1351"></a>
-<a href="#FNanchor_1351_1351"><span class="label">[1351]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, 370.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1352_1352" id="Footnote_1352_1352"></a>
-<a href="#FNanchor_1352_1352"><span class="label">[1352]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 376, 377.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1353_1353" id="Footnote_1353_1353"></a>
-<a href="#FNanchor_1353_1353"><span class="label">[1353]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1354_1354" id="Footnote_1354_1354"></a>
-<a href="#FNanchor_1354_1354"><span class="label">[1354]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1355_1355" id="Footnote_1355_1355"></a>
-<a href="#FNanchor_1355_1355"><span class="label">[1355]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 379.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1356_1356" id="Footnote_1356_1356"></a>
-<a href="#FNanchor_1356_1356"><span class="label">[1356]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1357_1357" id="Footnote_1357_1357"></a>
-<a href="#FNanchor_1357_1357"><span class="label">[1357]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1358_1358" id="Footnote_1358_1358"></a>
-<a href="#FNanchor_1358_1358"><span class="label">[1358]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1359_1359" id="Footnote_1359_1359"></a>
-<a href="#FNanchor_1359_1359"><span class="label">[1359]</span></a>
-Lettre du commissaire de service à l'Assemblée, citée par Mortimer-Ternaux.—<i>Histoire
-de la Terreur</i>, III, 271.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1360_1360" id="Footnote_1360_1360"></a>
-<a href="#FNanchor_1360_1360"><span class="label">[1360]</span></a>
-Danjou avait dit, suivant Cléry: «La tête d'Antoinette ne vous
-appartient pas, les départements y ont des droits.—<i>Journal de Cléry</i>,
-29.—Le récit de Danjou, reproduit par Beauchesne, <i>Louis XVII</i>,
-I, 294, ne dément pas cet horrible propos.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1361_1361" id="Footnote_1361_1361"></a>
-<a href="#FNanchor_1361_1361"><span class="label">[1361]</span></a>
-Récit de Danjou.—<i>Louis XVII</i>, I, 295.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1362_1362" id="Footnote_1362_1362"></a>
-<a href="#FNanchor_1362_1362"><span class="label">[1362]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1363_1363" id="Footnote_1363_1363"></a>
-<a href="#FNanchor_1363_1363"><span class="label">[1363]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1364_1364" id="Footnote_1364_1364"></a>
-<a href="#FNanchor_1364_1364"><span class="label">[1364]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1365_1365" id="Footnote_1365_1365"></a>
-<a href="#FNanchor_1365_1365"><span class="label">[1365]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 298.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1366_1366" id="Footnote_1366_1366"></a>
-<a href="#FNanchor_1366_1366"><span class="label">[1366]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1367_1367" id="Footnote_1367_1367"></a>
-<a href="#FNanchor_1367_1367"><span class="label">[1367]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1368_1368" id="Footnote_1368_1368"></a>
-<a href="#FNanchor_1368_1368"><span class="label">[1368]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1369_1369" id="Footnote_1369_1369"></a>
-<a href="#FNanchor_1369_1369"><span class="label">[1369]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1370_1370" id="Footnote_1370_1370"></a>
-<a href="#FNanchor_1370_1370"><span class="label">[1370]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1371_1371" id="Footnote_1371_1371"></a>
-<a href="#FNanchor_1371_1371"><span class="label">[1371]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 344.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1372_1372" id="Footnote_1372_1372"></a>
-<a href="#FNanchor_1372_1372"><span class="label">[1372]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1373_1373" id="Footnote_1373_1373"></a>
-<a href="#FNanchor_1373_1373"><span class="label">[1373]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 17.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1374_1374" id="Footnote_1374_1374"></a>
-<a href="#FNanchor_1374_1374"><span class="label">[1374]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1375_1375" id="Footnote_1375_1375"></a>
-<a href="#FNanchor_1375_1375"><span class="label">[1375]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 41, 42.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1376_1376" id="Footnote_1376_1376"></a>
-<a href="#FNanchor_1376_1376"><span class="label">[1376]</span></a>
-Archives nationales.—<i>Louis XVII</i>, I, 316.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1377_1377" id="Footnote_1377_1377"></a>
-<a href="#FNanchor_1377_1377"><span class="label">[1377]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 17.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1378_1378" id="Footnote_1378_1378"></a>
-<a href="#FNanchor_1378_1378"><span class="label">[1378]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1379_1379" id="Footnote_1379_1379"></a>
-<a href="#FNanchor_1379_1379"><span class="label">[1379]</span></a>
-Archives nationales.—<i>Louis XVII</i>, II, 317.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1380_1380" id="Footnote_1380_1380"></a>
-<a href="#FNanchor_1380_1380"><span class="label">[1380]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1381_1381" id="Footnote_1381_1381"></a>
-<a href="#FNanchor_1381_1381"><span class="label">[1381]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1382_1382" id="Footnote_1382_1382"></a>
-<a href="#FNanchor_1382_1382"><span class="label">[1382]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1383_1383" id="Footnote_1383_1383"></a>
-<a href="#FNanchor_1383_1383"><span class="label">[1383]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1384_1384" id="Footnote_1384_1384"></a>
-<a href="#FNanchor_1384_1384"><span class="label">[1384]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1385_1385" id="Footnote_1385_1385"></a>
-<a href="#FNanchor_1385_1385"><span class="label">[1385]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 50.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1386_1386" id="Footnote_1386_1386"></a>
-<a href="#FNanchor_1386_1386"><span class="label">[1386]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1387_1387" id="Footnote_1387_1387"></a>
-<a href="#FNanchor_1387_1387"><span class="label">[1387]</span></a>
-Rapport du 1<sup>er</sup> novembre 1792, de la Commission nommée par
-le Comité de sûreté générale et la Convention nationale pour surveiller
-la garde des prisonniers du Temple. Archives nationales.—<i>Louis
-XVII. Pièces justificatives</i>, I, 570.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1388_1388" id="Footnote_1388_1388"></a>
-<a href="#FNanchor_1388_1388"><span class="label">[1388]</span></a>
-<i>Louis XVII. Pièces justificatives</i>, I, 571.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1389_1389" id="Footnote_1389_1389"></a>
-<a href="#FNanchor_1389_1389"><span class="label">[1389]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1390_1390" id="Footnote_1390_1390"></a>
-<a href="#FNanchor_1390_1390"><span class="label">[1390]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1391_1391" id="Footnote_1391_1391"></a>
-<a href="#FNanchor_1391_1391"><span class="label">[1391]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1392_1392" id="Footnote_1392_1392"></a>
-<a href="#FNanchor_1392_1392"><span class="label">[1392]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1393_1393" id="Footnote_1393_1393"></a>
-<a href="#FNanchor_1393_1393"><span class="label">[1393]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1394_1394" id="Footnote_1394_1394"></a>
-<a href="#FNanchor_1394_1394"><span class="label">[1394]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 52, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1395_1395" id="Footnote_1395_1395"></a>
-<a href="#FNanchor_1395_1395"><span class="label">[1395]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1396_1396" id="Footnote_1396_1396"></a>
-<a href="#FNanchor_1396_1396"><span class="label">[1396]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1397_1397" id="Footnote_1397_1397"></a>
-<a href="#FNanchor_1397_1397"><span class="label">[1397]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1398_1398" id="Footnote_1398_1398"></a>
-<a href="#FNanchor_1398_1398"><span class="label">[1398]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1399_1399" id="Footnote_1399_1399"></a>
-<a href="#FNanchor_1399_1399"><span class="label">[1399]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 58, 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1400_1400" id="Footnote_1400_1400"></a>
-<a href="#FNanchor_1400_1400"><span class="label">[1400]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 356.—On peut
-consulter sur Dorat-Cubières, jadis connu sous le nom de Palmezeau,
-un curieux volume de M. G. Desnoiresterres.—<i>Le chevalier Dorat
-et les poètes légers du</i> <span class="sc">XVIII</span><sup>e</sup>
-<i>siècle</i>, Paris, Perrin, 1887.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1401_1401" id="Footnote_1401_1401"></a>
-<a href="#FNanchor_1401_1401"><span class="label">[1401]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 56.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1402_1402" id="Footnote_1402_1402"></a>
-<a href="#FNanchor_1402_1402"><span class="label">[1402]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1403_1403" id="Footnote_1403_1403"></a>
-<a href="#FNanchor_1403_1403"><span class="label">[1403]</span></a>
-<i>Voir</i> sur Jobert les <i>Mémoires et souvenirs du baron Hyde de
-Neuville</i>. Paris, Plon, 1888, p. 72 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1404_1404" id="Footnote_1404_1404"></a>
-<a href="#FNanchor_1404_1404"><span class="label">[1404]</span></a>
-Rapport du 1<sup>er</sup> novembre 1792.—Archives nationales.—<i>Louis
-XVII</i>, I, 570.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1405_1405" id="Footnote_1405_1405"></a>
-<a href="#FNanchor_1405_1405"><span class="label">[1405]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1406_1406" id="Footnote_1406_1406"></a>
-<a href="#FNanchor_1406_1406"><span class="label">[1406]</span></a>
-Rapport du 1<sup>er</sup> novembre 1792.—Archives nationales.—<i>Louis
-XVII</i>, I, 571.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1407_1407" id="Footnote_1407_1407"></a>
-<a href="#FNanchor_1407_1407"><span class="label">[1407]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, I, 350, 351.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1408_1408" id="Footnote_1408_1408"></a>
-<a href="#FNanchor_1408_1408"><span class="label">[1408]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 22.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1409_1409" id="Footnote_1409_1409"></a>
-<a href="#FNanchor_1409_1409"><span class="label">[1409]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 63.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1410_1410" id="Footnote_1410_1410"></a>
-<a href="#FNanchor_1410_1410"><span class="label">[1410]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1411_1411" id="Footnote_1411_1411"></a>
-<a href="#FNanchor_1411_1411"><span class="label">[1411]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 357.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1412_1412" id="Footnote_1412_1412"></a>
-<a href="#FNanchor_1412_1412"><span class="label">[1412]</span></a>
-Etat des instruments tranchants et armes offensives et défensives,
-remises par le citoyen Cléry à Tison, étant de service auprès
-des prisonniers du Temple.—Archives nationales.—<i>Louis XVII</i>,
-I, 575, 576.—<i>Journal de Cléry</i>, 65.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1413_1413" id="Footnote_1413_1413"></a>
-<a href="#FNanchor_1413_1413"><span class="label">[1413]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 66.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1414_1414" id="Footnote_1414_1414"></a>
-<a href="#FNanchor_1414_1414"><span class="label">[1414]</span></a>
-<i>Six journées passées au Temple</i>, par Moëlle, 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1415_1415" id="Footnote_1415_1415"></a>
-<a href="#FNanchor_1415_1415"><span class="label">[1415]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 66.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1416_1416" id="Footnote_1416_1416"></a>
-<a href="#FNanchor_1416_1416"><span class="label">[1416]</span></a>
-<i>Souvenirs de Lepitre.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1417_1417" id="Footnote_1417_1417"></a>
-<a href="#FNanchor_1417_1417"><span class="label">[1417]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 24, 25.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1418_1418" id="Footnote_1418_1418"></a>
-<a href="#FNanchor_1418_1418"><span class="label">[1418]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 25.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1419_1419" id="Footnote_1419_1419"></a>
-<a href="#FNanchor_1419_1419"><span class="label">[1419]</span></a>
-<i>Voir</i> sur ces ingénieux procédés le <i>Journal de Cléry</i> et les <i>Fragments
-historiques</i> de Turgy.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1420_1420" id="Footnote_1420_1420"></a>
-<a href="#FNanchor_1420_1420"><span class="label">[1420]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 26.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1421_1421" id="Footnote_1421_1421"></a>
-<a href="#FNanchor_1421_1421"><span class="label">[1421]</span></a>
-Cet exemplaire est conservé, avec l'autographe de la Reine, à la
-bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1422_1422" id="Footnote_1422_1422"></a>
-<a href="#FNanchor_1422_1422"><span class="label">[1422]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 88.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1423_1423" id="Footnote_1423_1423"></a>
-<a href="#FNanchor_1423_1423"><span class="label">[1423]</span></a>
-Entretien de Louis XVI avec Malesherbes.—<i>Dernières années
-du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 435-438.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1424_1424" id="Footnote_1424_1424"></a>
-<a href="#FNanchor_1424_1424"><span class="label">[1424]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1425_1425" id="Footnote_1425_1425"></a>
-<a href="#FNanchor_1425_1425"><span class="label">[1425]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1426_1426" id="Footnote_1426_1426"></a>
-<a href="#FNanchor_1426_1426"><span class="label">[1426]</span></a>
-<i>Souvenirs de M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun</i>, II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1427_1427" id="Footnote_1427_1427"></a>
-<a href="#FNanchor_1427_1427"><span class="label">[1427]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1428_1428" id="Footnote_1428_1428"></a>
-<a href="#FNanchor_1428_1428"><span class="label">[1428]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1429_1429" id="Footnote_1429_1429"></a>
-<a href="#FNanchor_1429_1429"><span class="label">[1429]</span></a>
-Récit de Madame Royale à M<sup>me</sup> la duchesse de Tourzel.—<i>Mémoires
-de la duchesse de Tourzel</i>, II, 316.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1430_1430" id="Footnote_1430_1430"></a>
-<a href="#FNanchor_1430_1430"><span class="label">[1430]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 29.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1431_1431" id="Footnote_1431_1431"></a>
-<a href="#FNanchor_1431_1431"><span class="label">[1431]</span></a>
-<i>Souvenirs de M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun</i>, II, 9. M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun, fort
-attachée à la famille royale, avait eu la pensée de retracer dans
-un tableau cette scène suprême. Elle demanda quelques renseignements
-à Cléry qui lui écrivit une longue lettre, reproduite dans ses
-<i>Souvenirs</i>. Nous en extrayons le passage suivant, relatif aux costumes
-de la famille royale: «Le Roi était vêtu d'un habit brun
-mélangé, avec un collet de même, une veste blanche de piqué de
-Marseille, une culotte de casimir gris et des bas de soie gris, des
-boucles d'or, mais très simples, à ses souliers, un col de mousseline,
-les cheveux un peu poudrés, une boucle séparée en deux ou
-trois, le toupet en vergette un peu longue, les cheveux de derrière
-noués en catogan. La Reine, Madame Royale et M<sup>me</sup> Elisabeth
-étaient vêtues d'une robe blanche de mousseline, de fichus très
-simples en linon, de bonnets absolument pareils, faits en forme de
-baigneuses, garnis d'une petite dentelle, un mouchoir garni aussi
-de dentelle, noué dessus le bonnet en forme de marmotte. Le jeune
-prince avait un habit de casimir d'un gris verdâtre, une culotte ou
-pantalon pareil, un petit gilet de basin bleu rayé, l'habit décolleté
-et à revers, le col de la chemise uni et retombant dessus le collet
-de l'habit, le jabot de baptiste plissé, des souliers noirs noués avec
-un ruban, les cheveux blonds sans poudre, tombant négligemment
-et bouclés sur le front et sur les épaules, relevés en nattes derrière,
-et ceux de devant tombant naturellement sans poudre. Les cheveux
-de la Reine étaient presque tous blancs, ceux de Madame d'un
-beau blond clair et ceux de M<sup>me</sup> Elisabeth aussi blonds, mais de
-nuance plus foncée.»—<i>Souvenirs de M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun</i>, II, 9 et 10.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1432_1432" id="Footnote_1432_1432"></a>
-<a href="#FNanchor_1432_1432"><span class="label">[1432]</span></a>
-<i>Souvenirs de M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun</i>, II, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1433_1433" id="Footnote_1433_1433"></a>
-<a href="#FNanchor_1433_1433"><span class="label">[1433]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1434_1434" id="Footnote_1434_1434"></a>
-<a href="#FNanchor_1434_1434"><span class="label">[1434]</span></a>
-<i>Souvenirs de M<sup>me</sup> Vigée-Lebrun</i>, II, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1435_1435" id="Footnote_1435_1435"></a>
-<a href="#FNanchor_1435_1435"><span class="label">[1435]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1436_1436" id="Footnote_1436_1436"></a>
-<a href="#FNanchor_1436_1436"><span class="label">[1436]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1437_1437" id="Footnote_1437_1437"></a>
-<a href="#FNanchor_1437_1437"><span class="label">[1437]</span></a>
-<i>Journal de Cléry</i>, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1438_1438" id="Footnote_1438_1438"></a>
-<a href="#FNanchor_1438_1438"><span class="label">[1438]</span></a>
-<i>Procès des Bourbons</i>, II, 153.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1439_1439" id="Footnote_1439_1439"></a>
-<a href="#FNanchor_1439_1439"><span class="label">[1439]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1440_1440" id="Footnote_1440_1440"></a>
-<a href="#FNanchor_1440_1440"><span class="label">[1440]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1441_1441" id="Footnote_1441_1441"></a>
-<a href="#FNanchor_1441_1441"><span class="label">[1441]</span></a>
-<i>Journal de Cléry.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1442_1442" id="Footnote_1442_1442"></a>
-<a href="#FNanchor_1442_1442"><span class="label">[1442]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 31.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1443_1443" id="Footnote_1443_1443"></a>
-<a href="#FNanchor_1443_1443"><span class="label">[1443]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, II, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1444_1444" id="Footnote_1444_1444"></a>
-<a href="#FNanchor_1444_1444"><span class="label">[1444]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 10.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1445_1445" id="Footnote_1445_1445"></a>
-<a href="#FNanchor_1445_1445"><span class="label">[1445]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1446_1446" id="Footnote_1446_1446"></a>
-<a href="#FNanchor_1446_1446"><span class="label">[1446]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1447_1447" id="Footnote_1447_1447"></a>
-<a href="#FNanchor_1447_1447"><span class="label">[1447]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 306.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1448_1448" id="Footnote_1448_1448"></a>
-<a href="#FNanchor_1448_1448"><span class="label">[1448]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 32.—<i>Quelques souvenirs
-ou notes fidèles sur mon service au Temple</i>, par Lepître, 34, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1449_1449" id="Footnote_1449_1449"></a>
-<a href="#FNanchor_1449_1449"><span class="label">[1449]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, II, 11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1450_1450" id="Footnote_1450_1450"></a>
-<a href="#FNanchor_1450_1450"><span class="label">[1450]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse de Tourzel</i>, II, 306.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1451_1451" id="Footnote_1451_1451"></a>
-<a href="#FNanchor_1451_1451"><span class="label">[1451]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1452_1452" id="Footnote_1452_1452"></a>
-<a href="#FNanchor_1452_1452"><span class="label">[1452]</span></a>
-<i>Quelques souvenirs et notes fidèles</i>, par Lepître, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1453_1453" id="Footnote_1453_1453"></a>
-<a href="#FNanchor_1453_1453"><span class="label">[1453]</span></a>
-<i>Quelques souvenirs etc.</i>, par Lepître, 43.—On raconte que le
-lendemain, le commissaire qui remplaçait Lepître dit à la Reine:
-«Vous avez chanté hier; vous avez fait chanter vos enfants;
-sans doute ce n'étaient que des romances, car vous n'avez pas
-de chansons patriotiques. Je pense même que vous seriez incapable
-d'exécuter l'hymne des Marseillais.» La Reine, sans répondre,
-se serait levée et aurait joué la <i>Marseillaise</i>.—Malgré
-l'autorité de Beauchesne et le témoignage de Gomin qu'il invoque,
-nous avons peine à croire à l'authenticité de cette petite scène.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1454_1454" id="Footnote_1454_1454"></a>
-<a href="#FNanchor_1454_1454"><span class="label">[1454]</span></a>
-Le comte de Fersen au baron de Breteuil, le 6 septembre 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1455_1455" id="Footnote_1455_1455"></a>
-<a href="#FNanchor_1455_1455"><span class="label">[1455]</span></a>
-Eckard, <i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, 147.—Lepître
-désigne ce quatrième complice seulement par les premières lettres
-de son nom Guy... et le donne comme un commis du bureau de
-Toulan.—<i>Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
-Temple</i>, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1456_1456" id="Footnote_1456_1456"></a>
-<a href="#FNanchor_1456_1456"><span class="label">[1456]</span></a>
-Lepître, président du Comité, eût fait lui-même les passeports.—<i>Quelques
-souvenirs etc.</i>, 40.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1457_1457" id="Footnote_1457_1457"></a>
-<a href="#FNanchor_1457_1457"><span class="label">[1457]</span></a>
-<i>Voir</i> sur toute cette affaire la brochure de Lepître: <i>Quelques
-souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple</i>, 35 et suiv.—<i>Voir</i>
-aussi <i>Un complot sous la Terreur</i>, par M. Paul Gaulot, Paris,
-Ollendorff, 1889.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1458_1458" id="Footnote_1458_1458"></a>
-<a href="#FNanchor_1458_1458"><span class="label">[1458]</span></a>
-Récit de M<sup>me</sup> la duchesse d'Angoulême à M. de Beauchesne.—<i>Louis
-XVII</i>, II, 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1459_1459" id="Footnote_1459_1459"></a>
-<a href="#FNanchor_1459_1459"><span class="label">[1459]</span></a>
-Chauveau-Lagarde. <i>Note historique sur le procès de Marie-Antoinette
-et de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1460_1460" id="Footnote_1460_1460"></a>
-<a href="#FNanchor_1460_1460"><span class="label">[1460]</span></a>
-Paul Gaulot. <i>Un épisode de la captivité du Temple.</i>—<i>Revue des
-questions historiques</i>, janvier 1889.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1461_1461" id="Footnote_1461_1461"></a>
-<a href="#FNanchor_1461_1461"><span class="label">[1461]</span></a>
-<i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, par Eckard, 478.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1462_1462" id="Footnote_1462_1462"></a>
-<a href="#FNanchor_1462_1462"><span class="label">[1462]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—M<sup>me</sup> Elisabeth avait joint à ces lettres de la Reine les
-deux billets suivants: A Monsieur: «Je jouis d'avance du plaisir
-que vous éprouverez en recevant ce gage de l'amitié et de la confiance;
-être réunie avec vous et vous voir heureux est tout ce que
-je désire; vous savez si je vous aime, je vous embrasse de tout
-mon cœur.»
-</p>
-<p>
-Et au comte d'Artois: «Quel bonheur pour moi, mon cher ami,
-mon frère, de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler
-de tous mes sentiments! Que j'ai souffert pour vous! Un temps
-viendra, j'espère, où je pourrai vous embrasser et vous dire que jamais
-vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre que moi;
-vous n'en doutez pas, j'espère.»—<i>Ibid.</i>, 478 et 479.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1463_1463" id="Footnote_1463_1463"></a>
-<a href="#FNanchor_1463_1463"><span class="label">[1463]</span></a>
-Le baron de Jarjayes au comte de Fersen, 18 février 1794.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 431.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1464_1464" id="Footnote_1464_1464"></a>
-<a href="#FNanchor_1464_1464"><span class="label">[1464]</span></a>
-La Reine à M. de Jarjayes, sans date, mais avec cette inscription
-de la main de Jarjayes: «<i>Copie du billet que j'ai reçu le 2, au moment
-de mon départ.</i>»—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>,
-II, 408.—On peut consulter, sur toute cette affaire, le récent travail
-de M. Paul Gaulot dans la <i>Revue des questions historiques</i> de
-janvier 1889 <i>Un épisode de la captivité du Temple</i>, publié depuis
-en volume sous ce titre: <i>Un complot sous la Terreur</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1465_1465" id="Footnote_1465_1465"></a>
-<a href="#FNanchor_1465_1465"><span class="label">[1465]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 34, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1466_1466" id="Footnote_1466_1466"></a>
-<a href="#FNanchor_1466_1466"><span class="label">[1466]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 34.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1467_1467" id="Footnote_1467_1467"></a>
-<a href="#FNanchor_1467_1467"><span class="label">[1467]</span></a>
-Municipalité de Paris, extrait du registre des délibérations du
-Conseil général du 1<sup>er</sup> avril 1793.—<i>Louis XVII</i>, II, 30, 31, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1468_1468" id="Footnote_1468_1468"></a>
-<a href="#FNanchor_1468_1468"><span class="label">[1468]</span></a>
-Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés
-à l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers détenus
-à la Tour du Temple, cité par Beauchesne.—<i>Louis XVII</i>, II, 40,
-note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1469_1469" id="Footnote_1469_1469"></a>
-<a href="#FNanchor_1469_1469"><span class="label">[1469]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1470_1470" id="Footnote_1470_1470"></a>
-<a href="#FNanchor_1470_1470"><span class="label">[1470]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 37.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1471_1471" id="Footnote_1471_1471"></a>
-<a href="#FNanchor_1471_1471"><span class="label">[1471]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1472_1472" id="Footnote_1472_1472"></a>
-<a href="#FNanchor_1472_1472"><span class="label">[1472]</span></a>
-Procès-verbal des commissaires, le 23 avril 1792.—<i>Louis XVII</i>,
-II, 42, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1473_1473" id="Footnote_1473_1473"></a>
-<a href="#FNanchor_1473_1473"><span class="label">[1473]</span></a>
-Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1793.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 415.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1474_1474" id="Footnote_1474_1474"></a>
-<a href="#FNanchor_1474_1474"><span class="label">[1474]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1475_1475" id="Footnote_1475_1475"></a>
-<a href="#FNanchor_1475_1475"><span class="label">[1475]</span></a>
-Le comte de Stedingk au régent de Suède, 26 avril 1792.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1476_1476" id="Footnote_1476_1476"></a>
-<a href="#FNanchor_1476_1476"><span class="label">[1476]</span></a>
-Le comte de Fersen à Marie-Antoinette, 8 avril 1793.—<i>Ibid.</i>,
-II, 409.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1477_1477" id="Footnote_1477_1477"></a>
-<a href="#FNanchor_1477_1477"><span class="label">[1477]</span></a>
-Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 29 janvier 1793.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-III, 369.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1478_1478" id="Footnote_1478_1478"></a>
-<a href="#FNanchor_1478_1478"><span class="label">[1478]</span></a>
-Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 403.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1479_1479" id="Footnote_1479_1479"></a>
-<a href="#FNanchor_1479_1479"><span class="label">[1479]</span></a>
-Le comte de Fersen au comte de Mercy, 3 février 1793.—<i>Le
-comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 403.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1480_1480" id="Footnote_1480_1480"></a>
-<a href="#FNanchor_1480_1480"><span class="label">[1480]</span></a>
-Journal de Fersen, 10 mars 1793.—<i>Ibid.</i>, II, 65.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1481_1481" id="Footnote_1481_1481"></a>
-<a href="#FNanchor_1481_1481"><span class="label">[1481]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1482_1482" id="Footnote_1482_1482"></a>
-<a href="#FNanchor_1482_1482"><span class="label">[1482]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 5 avril 1793.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 67.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1483_1483" id="Footnote_1483_1483"></a>
-<a href="#FNanchor_1483_1483"><span class="label">[1483]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 10 avril 1793, II, 69.—Le secrétaire intime de Catherine
-II, Krapowitzki, écrivait sur son <i>Journal</i> que «le comte d'Artois
-fut très mécontent de la nouvelle de l'arrangement de Dumouriez
-avec Cobourg dans la crainte que «la régence ne tombât entre les
-mains de la Reine».—<i>Correspondance intime du comte de Vaudreuil</i>,
-II, 137, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1484_1484" id="Footnote_1484_1484"></a>
-<a href="#FNanchor_1484_1484"><span class="label">[1484]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 7 avril 1793.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 67.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1485_1485" id="Footnote_1485_1485"></a>
-<a href="#FNanchor_1485_1485"><span class="label">[1485]</span></a>
-Le comte de Fersen à la Reine, 8 avril 1793.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 408.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1486_1486" id="Footnote_1486_1486"></a>
-<a href="#FNanchor_1486_1486"><span class="label">[1486]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1487_1487" id="Footnote_1487_1487"></a>
-<a href="#FNanchor_1487_1487"><span class="label">[1487]</span></a>
-Journal de Fersen, 8 avril 1793.—<i>Le comte de Fersen et la
-Cour de France</i>, II, 68.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1488_1488" id="Footnote_1488_1488"></a>
-<a href="#FNanchor_1488_1488"><span class="label">[1488]</span></a>
-Fersen au duc de Sudermanie, 29 avril 1793.—<i>Ibid.</i>, II, 417.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1489_1489" id="Footnote_1489_1489"></a>
-<a href="#FNanchor_1489_1489"><span class="label">[1489]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 40.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1490_1490" id="Footnote_1490_1490"></a>
-<a href="#FNanchor_1490_1490"><span class="label">[1490]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1491_1491" id="Footnote_1491_1491"></a>
-<a href="#FNanchor_1491_1491"><span class="label">[1491]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1492_1492" id="Footnote_1492_1492"></a>
-<a href="#FNanchor_1492_1492"><span class="label">[1492]</span></a>
-<i>Six journées passées au Temple</i>, par Moëlle, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1493_1493" id="Footnote_1493_1493"></a>
-<a href="#FNanchor_1493_1493"><span class="label">[1493]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 46, 50, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1494_1494" id="Footnote_1494_1494"></a>
-<a href="#FNanchor_1494_1494"><span class="label">[1494]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 38.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1495_1495" id="Footnote_1495_1495"></a>
-<a href="#FNanchor_1495_1495"><span class="label">[1495]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1496_1496" id="Footnote_1496_1496"></a>
-<a href="#FNanchor_1496_1496"><span class="label">[1496]</span></a>
-Mémoires des médicaments fournis au Temple, pendant les
-mois de mai, juin et juillet pour Marie-Antoinette, ses enfants et
-sa sœure (<i>sic</i>), par le citoyen Robert, apothicaire, autorisé par la
-Commune et sur les ordonnances du citoyen docteur Thierry.
-Archives nationales, E, 629.—<i>Louis XVII</i>, 496-499.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1497_1497" id="Footnote_1497_1497"></a>
-<a href="#FNanchor_1497_1497"><span class="label">[1497]</span></a>
-Rapport au duc Decaze, cité par Chantelauze.—<i>Louis XVII</i>,
-171.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1498_1498" id="Footnote_1498_1498"></a>
-<a href="#FNanchor_1498_1498"><span class="label">[1498]</span></a>
-Registre des délibérations du conseil général de la Commune,
-11 juin 1793.—<i>Louis XVII</i>, II, 40, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1499_1499" id="Footnote_1499_1499"></a>
-<a href="#FNanchor_1499_1499"><span class="label">[1499]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au temple</i>, 41-42.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1500_1500" id="Footnote_1500_1500"></a>
-<a href="#FNanchor_1500_1500"><span class="label">[1500]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 22 mai 1792.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 73.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1501_1501" id="Footnote_1501_1501"></a>
-<a href="#FNanchor_1501_1501"><span class="label">[1501]</span></a>
-Manuscrit inédit du comte de Frotté, cité par M. de la Sicotière:
-dans son beau livre, <i>Frotté et les insurrections normandes</i>. Paris,
-Plon, t. I<sup>er</sup>, p. 46, 47.—M<sup>me</sup> Atkyns fut, pendant la Révolution,
-la correspondante de Frotté, auquel, après la mort de la Reine, elle
-offrit sa fortune pour sauver Louis XVII et sa sœur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1502_1502" id="Footnote_1502_1502"></a>
-<a href="#FNanchor_1502_1502"><span class="label">[1502]</span></a>
-On lit dans le Journal de Louis XVI, à la date du 1<sup>er</sup> juillet 1792:
-«Retour et parfaite conduite de M. de Batz, à qui je redois cinq
-cent douze mille livres.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1503_1503" id="Footnote_1503_1503"></a>
-<a href="#FNanchor_1503_1503"><span class="label">[1503]</span></a>
-Parmi les fidèles qui se dévouaient alors avec Batz pour sauver
-la Reine, il faut citer la comtesse de Rochechouart, qui avait avancé
-une partie de la somme nécessaire pour acheter des auxiliaires.—<i>Voir</i>
-les <i>Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration,
-par le général comte de Rochechouart, aide-de-camp du duc de Richelieu,
-aide-de-camp de l'Empereur Alexandre I<sup>er</sup>, commandant la
-place de Paris, sous Louis XVIII</i>.—<i>Mémoires inédits publiés par
-son fils</i>, Paris, Plon, 1889, p. 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1504_1504" id="Footnote_1504_1504"></a>
-<a href="#FNanchor_1504_1504"><span class="label">[1504]</span></a>
-C'était au mois de juin, d'après le baron Hyde de Neuville.—<i>Mémoires
-et souvenirs du baron Hyde de Neuville</i>, p. 72 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1505_1505" id="Footnote_1505_1505"></a>
-<a href="#FNanchor_1505_1505"><span class="label">[1505]</span></a>
-Parmi ceux qui attendaient dans la rue Charlot se trouvait le
-jeune Hyde de Neuville.—<i>Mémoires et souvenirs du baron Hyde
-de Neuville</i>, p. 72 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1506_1506" id="Footnote_1506_1506"></a>
-<a href="#FNanchor_1506_1506"><span class="label">[1506]</span></a>
-Eckard. <i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, 169-176.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1507_1507" id="Footnote_1507_1507"></a>
-<a href="#FNanchor_1507_1507"><span class="label">[1507]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 43.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1508_1508" id="Footnote_1508_1508"></a>
-<a href="#FNanchor_1508_1508"><span class="label">[1508]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 367-368.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1509_1509" id="Footnote_1509_1509"></a>
-<a href="#FNanchor_1509_1509"><span class="label">[1509]</span></a>
-<i>Louis XVII</i>, II, 90.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1510_1510" id="Footnote_1510_1510"></a>
-<a href="#FNanchor_1510_1510"><span class="label">[1510]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1511_1511" id="Footnote_1511_1511"></a>
-<a href="#FNanchor_1511_1511"><span class="label">[1511]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 370.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1512_1512" id="Footnote_1512_1512"></a>
-<a href="#FNanchor_1512_1512"><span class="label">[1512]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 371, 372.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1513_1513" id="Footnote_1513_1513"></a>
-<a href="#FNanchor_1513_1513"><span class="label">[1513]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1514_1514" id="Footnote_1514_1514"></a>
-<a href="#FNanchor_1514_1514"><span class="label">[1514]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 44, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1515_1515" id="Footnote_1515_1515"></a>
-<a href="#FNanchor_1515_1515"><span class="label">[1515]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1516_1516" id="Footnote_1516_1516"></a>
-<a href="#FNanchor_1516_1516"><span class="label">[1516]</span></a>
-Il est bon de conserver les noms de ces six municipaux; ils
-s'appelaient: Eudes, Gagnant, Armand, Véron, Cellier et Devèze.
-Les trois premiers furent guillotinés, Eudes et Armand le 10 thermidor,
-avec Robespierre, Gagnant, après l'affaire de Grenelle. Ils
-eurent le triste courage de terminer ainsi leur procès-verbal: «La
-séparation s'est faite avec toute la sensibilité que l'on devait attendre
-dans cette circonstance, où les magistrats du peuple ont eu tous
-les égards compatibles avec la sévérité de leurs fonctions.» Registre
-du conseil du Temple, cité par Beauchesne.—<i>Louis XVII</i>, II, 64,
-note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1517_1517" id="Footnote_1517_1517"></a>
-<a href="#FNanchor_1517_1517"><span class="label">[1517]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1518_1518" id="Footnote_1518_1518"></a>
-<a href="#FNanchor_1518_1518"><span class="label">[1518]</span></a>
-<i>Révélations de Sénar.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1519_1519" id="Footnote_1519_1519"></a>
-<a href="#FNanchor_1519_1519"><span class="label">[1519]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1520_1520" id="Footnote_1520_1520"></a>
-<a href="#FNanchor_1520_1520"><span class="label">[1520]</span></a>
-«Silence, Capet, ou je vais montrer aux citoyens comme je te
-travaille, quand tu le mérites,» disait Simon au jeune prince.—<i>Louis
-XVII</i>, II, 78.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1521_1521" id="Footnote_1521_1521"></a>
-<a href="#FNanchor_1521_1521"><span class="label">[1521]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1522_1522" id="Footnote_1522_1522"></a>
-<a href="#FNanchor_1522_1522"><span class="label">[1522]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 45.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1523_1523" id="Footnote_1523_1523"></a>
-<a href="#FNanchor_1523_1523"><span class="label">[1523]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 374.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1524_1524" id="Footnote_1524_1524"></a>
-<a href="#FNanchor_1524_1524"><span class="label">[1524]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 46.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1525_1525" id="Footnote_1525_1525"></a>
-<a href="#FNanchor_1525_1525"><span class="label">[1525]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1526_1526" id="Footnote_1526_1526"></a>
-<a href="#FNanchor_1526_1526"><span class="label">[1526]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 46, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1527_1527" id="Footnote_1527_1527"></a>
-<a href="#FNanchor_1527_1527"><span class="label">[1527]</span></a>
-Récit de M<sup>me</sup> la duchesse d'Angoulême à M<sup>me</sup> la marquise de
-Saint-Maure.—<i>Louis XVII</i>, 95, 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1528_1528" id="Footnote_1528_1528"></a>
-<a href="#FNanchor_1528_1528"><span class="label">[1528]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 47, 49.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1529_1529" id="Footnote_1529_1529"></a>
-<a href="#FNanchor_1529_1529"><span class="label">[1529]</span></a>
-Journal de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 102.—<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>,
-par Hue, 446.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1530_1530" id="Footnote_1530_1530"></a>
-<a href="#FNanchor_1530_1530"><span class="label">[1530]</span></a>
-Beaulieu. <i>Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1531_1531" id="Footnote_1531_1531"></a>
-<a href="#FNanchor_1531_1531"><span class="label">[1531]</span></a>
-Récit de Rosalie Lamorlière.—Campardon. <i>Marie-Antoinette à
-la Conciergerie</i>, 183.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1532_1532" id="Footnote_1532_1532"></a>
-<a href="#FNanchor_1532_1532"><span class="label">[1532]</span></a>
-Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la Conciergerie.—<i>Ibid.</i>,
-58.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1533_1533" id="Footnote_1533_1533"></a>
-<a href="#FNanchor_1533_1533"><span class="label">[1533]</span></a>
-Récit de Rosalie Lamorlière.—<i>Ibid.</i>, 183.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1534_1534" id="Footnote_1534_1534"></a>
-<a href="#FNanchor_1534_1534"><span class="label">[1534]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1535_1535" id="Footnote_1535_1535"></a>
-<a href="#FNanchor_1535_1535"><span class="label">[1535]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1536_1536" id="Footnote_1536_1536"></a>
-<a href="#FNanchor_1536_1536"><span class="label">[1536]</span></a>
-Archives nationales.—De Goncourt. <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>,
-436.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1537_1537" id="Footnote_1537_1537"></a>
-<a href="#FNanchor_1537_1537"><span class="label">[1537]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1538_1538" id="Footnote_1538_1538"></a>
-<a href="#FNanchor_1538_1538"><span class="label">[1538]</span></a>
-Récit de Rosalie Lamorlière.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>,
-185.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1539_1539" id="Footnote_1539_1539"></a>
-<a href="#FNanchor_1539_1539"><span class="label">[1539]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—<i>Le comte de
-Fersen à la Cour de France</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1540_1540" id="Footnote_1540_1540"></a>
-<a href="#FNanchor_1540_1540"><span class="label">[1540]</span></a>
-Archives nationales.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 191.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1541_1541" id="Footnote_1541_1541"></a>
-<a href="#FNanchor_1541_1541"><span class="label">[1541]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1542_1542" id="Footnote_1542_1542"></a>
-<a href="#FNanchor_1542_1542"><span class="label">[1542]</span></a>
-Beaulieu.—<i>Essais historiques sur les causes et les effets de la
-Révolution française.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1543_1543" id="Footnote_1543_1543"></a>
-<a href="#FNanchor_1543_1543"><span class="label">[1543]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 50.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1544_1544" id="Footnote_1544_1544"></a>
-<a href="#FNanchor_1544_1544"><span class="label">[1544]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 50, 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1545_1545" id="Footnote_1545_1545"></a>
-<a href="#FNanchor_1545_1545"><span class="label">[1545]</span></a>
-On trouve dans les <i>Mémoires des dépenses de la veuve Capet à
-la Conciergerie</i>:
-</p>
-<p>
-Pour loyer de livres, seize livres, soit 16.—<i>Marie-Antoinette à la
-Conciergerie</i>, 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1546_1546" id="Footnote_1546_1546"></a>
-<a href="#FNanchor_1546_1546"><span class="label">[1546]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1547_1547" id="Footnote_1547_1547"></a>
-<a href="#FNanchor_1547_1547"><span class="label">[1547]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1548_1548" id="Footnote_1548_1548"></a>
-<a href="#FNanchor_1548_1548"><span class="label">[1548]</span></a>
-Archives nationales.—<i>Louis XVII</i>, II, 119, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1549_1549" id="Footnote_1549_1549"></a>
-<a href="#FNanchor_1549_1549"><span class="label">[1549]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 52.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1550_1550" id="Footnote_1550_1550"></a>
-<a href="#FNanchor_1550_1550"><span class="label">[1550]</span></a>
-<i>Fragments historiques sur le Temple</i>, par Turgy, 374, 375.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1551_1551" id="Footnote_1551_1551"></a>
-<a href="#FNanchor_1551_1551"><span class="label">[1551]</span></a>
-<i>Dernières années du règne de Louis XVI</i>, par Hue, 446, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1552_1552" id="Footnote_1552_1552"></a>
-<a href="#FNanchor_1552_1552"><span class="label">[1552]</span></a>
-<i>Mémoires et correspondance de Mallet du Pan</i>, II, 497.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1553_1553" id="Footnote_1553_1553"></a>
-<a href="#FNanchor_1553_1553"><span class="label">[1553]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1554_1554" id="Footnote_1554_1554"></a>
-<a href="#FNanchor_1554_1554"><span class="label">[1554]</span></a>
-<i>Mémoires historiques sur Louis XVII</i>, par Eckard. Pièces justificatives,
-483, note. On lit aussi dans une note adressée par le Comité
-de Salut public à Fouquier-Tinville cette phrase: «Ne pas parler
-de la femme Janson qui avait gagné Chabot.»—Archives nationales,
-W. 389, dossier 904, 2<sup>me</sup> partie, pièce 91: citée par M. Léon
-Lecestre dans son remarquable article: <i>Les tentatives d'évasion de
-Marie-Antoinette au Temple et à la Conciergerie</i>.—<i>Revue des questions
-historiques</i>, avril 1886, p. 551, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1555_1555" id="Footnote_1555_1555"></a>
-<a href="#FNanchor_1555_1555"><span class="label">[1555]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, fin août 1793.—<i>Le comte de Fersen
-et la Cour de France</i>, II, 86-91.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1556_1556" id="Footnote_1556_1556"></a>
-<a href="#FNanchor_1556_1556"><span class="label">[1556]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 87.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1557_1557" id="Footnote_1557_1557"></a>
-<a href="#FNanchor_1557_1557"><span class="label">[1557]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1558_1558" id="Footnote_1558_1558"></a>
-<a href="#FNanchor_1558_1558"><span class="label">[1558]</span></a>
-Interrogatoire de la femme Harel.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 15 et 16.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1559_1559" id="Footnote_1559_1559"></a>
-<a href="#FNanchor_1559_1559"><span class="label">[1559]</span></a>
-<i>Voir</i> sa déposition dans l'affaire de l'œillet.—<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1560_1560" id="Footnote_1560_1560"></a>
-<a href="#FNanchor_1560_1560"><span class="label">[1560]</span></a>
-Nous nous permettons de renvoyer à un travail publié par
-nous dans la <i>Revue des questions historiques</i> de janvier 1870, sous
-ce titre: <i>La communion de la Reine à la Conciergerie</i>. Nous
-croyons y avoir prouvé que des prêtres purent s'introduire dans
-le cachot de la Reine, notamment l'abbé Magnin, plus tard curé de
-Saint-Germain-l'Auxerrois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1561_1561" id="Footnote_1561_1561"></a>
-<a href="#FNanchor_1561_1561"><span class="label">[1561]</span></a>
-Premier et second interrogatoires de la Reine.—Affaire de
-l'œillet.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1562_1562" id="Footnote_1562_1562"></a>
-<a href="#FNanchor_1562_1562"><span class="label">[1562]</span></a>
-<i>Vie de l'abbé Emery</i>, I, 362, 363.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1563_1563" id="Footnote_1563_1563"></a>
-<a href="#FNanchor_1563_1563"><span class="label">[1563]</span></a>
-Réquisitoire de Fouquier-Tinville contre Michonis, Dangé, etc.—Archives
-nationales, section judiciaire. W. 297, n<sup>o</sup> 261.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1564_1564" id="Footnote_1564_1564"></a>
-<a href="#FNanchor_1564_1564"><span class="label">[1564]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 55.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1565_1565" id="Footnote_1565_1565"></a>
-<a href="#FNanchor_1565_1565"><span class="label">[1565]</span></a>
-Procès instruit à la requête de l'accusateur public contre les
-complices de Batz et de la conspiration de l'étranger.—<i>Mémoires
-historiques sur Louis XVII</i>, par Eckard. Pièces justificatives, 479,
-481.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1566_1566" id="Footnote_1566_1566"></a>
-<a href="#FNanchor_1566_1566"><span class="label">[1566]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1567_1567" id="Footnote_1567_1567"></a>
-<a href="#FNanchor_1567_1567"><span class="label">[1567]</span></a>
-Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1568_1568" id="Footnote_1568_1568"></a>
-<a href="#FNanchor_1568_1568"><span class="label">[1568]</span></a>
-Journal de Fersen, 17 novembre 1793.—<i>Le comte de Fersen et
-la Cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1569_1569" id="Footnote_1569_1569"></a>
-<a href="#FNanchor_1569_1569"><span class="label">[1569]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1570_1570" id="Footnote_1570_1570"></a>
-<a href="#FNanchor_1570_1570"><span class="label">[1570]</span></a>
-Interrogatoire de Defraisne.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1571_1571" id="Footnote_1571_1571"></a>
-<a href="#FNanchor_1571_1571"><span class="label">[1571]</span></a>
-Interrogatoire de Gilbert.—<i>Ibid.</i>, 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1572_1572" id="Footnote_1572_1572"></a>
-<a href="#FNanchor_1572_1572"><span class="label">[1572]</span></a>
-Interrogatoire de Defraisne.—<i>Ibid.</i>, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1573_1573" id="Footnote_1573_1573"></a>
-<a href="#FNanchor_1573_1573"><span class="label">[1573]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 101.—Le gendarme Gilbert dit <i>un</i>
-œillet; Rougeville et Fersen, d'après lui, disent <i>des</i> œillets.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1574_1574" id="Footnote_1574_1574"></a>
-<a href="#FNanchor_1574_1574"><span class="label">[1574]</span></a>
-Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de l'œillet,—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 23.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1575_1575" id="Footnote_1575_1575"></a>
-<a href="#FNanchor_1575_1575"><span class="label">[1575]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1576_1576" id="Footnote_1576_1576"></a>
-<a href="#FNanchor_1576_1576"><span class="label">[1576]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 44.—Interrogatoire de Michonis,
-26 brumaire an II.—Affaire Michonis. Dangé, etc.—Archives,
-nationales, W, 297, n<sup>o</sup> 261. Cette sortie et cette rentrée de
-Michonis et Rougeville sont attestées par le récit de Fersen qui le
-tenait de Rougeville, par le second interrogatoire de la Reine et par
-celui de Michonis dans l'affaire où il fut condamné à mort. (Affaire
-Michonis, Dangé, etc.) «Avons observé au répondant que non seulement
-il a mené une fois le particulier qu'il a déclaré ne pas connaître
-dans la chambre occupée par la veuve Capet, mais au moins
-deux fois, ce qui est constaté au procès, et que c'est au moins à la seconde
-fois que la veuve Capet a pris et ramassé un billet et un œillet.»
-«R.—Qu'il ne l'y avait mené qu'une seule fois, mais observe
-qu'étant ressorti avec lui, il fut rappelé par l'un des gendarmes, que
-lui, répondant, rentra dans la chambre d'Antoinette, que le particulier
-y rentra également.»—<i>L'accusée</i>: «Il est venu (Rougeville) deux fois
-en l'espace d'un quart d'heure.»—Procès de la Reine.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 301. Gilbert dépose de même «que l'accusée
-se plaignait aux gendarmes de la nourriture qu'on lui donnait, mais
-qu'elle ne voulait pas s'en plaindre aux administrateurs; qu'à cet égard,
-il appela Michonis qui se trouvait dans la cour des Princes avec le particulier
-porteur de l'œillet, et que Michonis est remonté.»—<i>Ibid.</i>, 202.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1577_1577" id="Footnote_1577_1577"></a>
-<a href="#FNanchor_1577_1577"><span class="label">[1577]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte
-de Fersen et la cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1578_1578" id="Footnote_1578_1578"></a>
-<a href="#FNanchor_1578_1578"><span class="label">[1578]</span></a>
-Interrogatoire Defraisne.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 33.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1579_1579" id="Footnote_1579_1579"></a>
-<a href="#FNanchor_1579_1579"><span class="label">[1579]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1580_1580" id="Footnote_1580_1580"></a>
-<a href="#FNanchor_1580_1580"><span class="label">[1580]</span></a>
-Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1581_1581" id="Footnote_1581_1581"></a>
-<a href="#FNanchor_1581_1581"><span class="label">[1581]</span></a>
-<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 101.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1582_1582" id="Footnote_1582_1582"></a>
-<a href="#FNanchor_1582_1582"><span class="label">[1582]</span></a>
-Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 24.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1583_1583" id="Footnote_1583_1583"></a>
-<a href="#FNanchor_1583_1583"><span class="label">[1583]</span></a>
-D. Nous vous avons demandé si le même homme ne vous avait
-pas fait tenir un billet; vous avez répondu non; le contraire a déposé
-oui. R.—Je réponds que <i>la seconde fois qu'il est entré dans ma
-chambre</i>, j'ai appris qu'il y avait un œillet; je n'y avais pas fait
-assez attention pour m'en être aperçue.»
-</p>
-<p>
-Second interrogatoire de la Reine.—Affaire de l'œillet.—<i>Ibid.</i>,
-44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1584_1584" id="Footnote_1584_1584"></a>
-<a href="#FNanchor_1584_1584"><span class="label">[1584]</span></a>
-<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1585_1585" id="Footnote_1585_1585"></a>
-<a href="#FNanchor_1585_1585"><span class="label">[1585]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 43, 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1586_1586" id="Footnote_1586_1586"></a>
-<a href="#FNanchor_1586_1586"><span class="label">[1586]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 46.—Ce petit billet, presque illisible, a été déchiffré en
-1876 par M. Pilinski, paléographe, pour le livre de M. le comte de
-Reiset.—<i>Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de
-France</i>, 170.—C'est lui qui a déchiffré les deux derniers membres
-de phrase.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1587_1587" id="Footnote_1587_1587"></a>
-<a href="#FNanchor_1587_1587"><span class="label">[1587]</span></a>
-Interrogatoire de Gilbert.—Affaire de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 23.—Rapport fait par le citoyen Gilbert au
-citoyen Dumesnil.—<i>Ibid.</i>, 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1588_1588" id="Footnote_1588_1588"></a>
-<a href="#FNanchor_1588_1588"><span class="label">[1588]</span></a>
-Interrogatoire de Michonis, Dangé, Lebœuf, etc.—Archives
-nationales, section judiciaire W, 297, n<sup>o</sup> 261.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1589_1589" id="Footnote_1589_1589"></a>
-<a href="#FNanchor_1589_1589"><span class="label">[1589]</span></a>
-Mémoire de Rougeville au comte de Metternich, cité par M. Lecestre.
-<i>Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette.</i>—<i>Revue des
-questions historiques</i>, avril 1886, p. 552.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1590_1590" id="Footnote_1590_1590"></a>
-<a href="#FNanchor_1590_1590"><span class="label">[1590]</span></a>
-<i>Lettres inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de France</i>,
-par le comte de Reiset, 167.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1591_1591" id="Footnote_1591_1591"></a>
-<a href="#FNanchor_1591_1591"><span class="label">[1591]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1793.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 101, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1592_1592" id="Footnote_1592_1592"></a>
-<a href="#FNanchor_1592_1592"><span class="label">[1592]</span></a>
-Citons seulement un passage de son premier interrogatoire.
-D.—Comment, ayant avoué que vous ne désirez que la prospérité
-et la grandeur de la nation française, avez-vous pu manifester
-un désir aussi vif d'employer tous les moyens pour vous réunir à
-votre famille en guerre avec la nation française?
-</p>
-<p>
-R.—Ma famille, c'est mes enfants; je ne puis être bien qu'avec
-eux, et sans eux, nulle part.
-</p>
-<p>
-D.—Vous regardez donc comme vos ennemis ceux qui font la
-guerre à la France?
-</p>
-<p>
-R.—Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire
-du tort à mes enfants.—Premier interrogatoire de la Reine. Affaire
-de l'œillet.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1593_1593" id="Footnote_1593_1593"></a>
-<a href="#FNanchor_1593_1593"><span class="label">[1593]</span></a>
-On a de Rougeville trois versions de l'affaire de l'œillet. Une
-première fois, le 18 novembre 1793, arrêté comme espion par les
-Autrichiens, il fut interrogé par Fersen qui a consigné dans son
-journal les réponses du prisonnier. Cinq mois plus tard, en avril
-1794, il envoya un mémoire justificatif au comte de Metternich.
-Enfin, en l'an V, il en adressa un autre aux Cinq-Cents. M. Lecestre,
-dans son travail sur <i>Les tentatives d'évasion de Marie-Antoinette</i>,
-s'est appuyé sur les deux dernières versions. Nous nous sommes
-surtout guidés d'après la première, qui, étant la plus rapprochée de
-l'événement, nous a paru devoir être la plus exacte et que corroborent
-d'ailleurs les documents officiels. Rougeville, comme le remarque
-justement M. Lecestre, est un peu hâbleur; il aime à poser et il
-faut se défier de certains développements emphatiques de ses mémoires.
-Fersen le jugeait de même et, après l'avoir vu, il écrivait
-sur son <i>Journal</i>: «Je trouvai un homme un peu fou, très entiché de
-lui, de ce qu'il fait, se donnant une grande importance, mais pensant
-bien et nullement espion.»—Journal de Fersen, 18 novembre
-1793.—<i>Le comte de Fersen et la Cour de France</i>, II, 160.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1594_1594" id="Footnote_1594_1594"></a>
-<a href="#FNanchor_1594_1594"><span class="label">[1594]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1595_1595" id="Footnote_1595_1595"></a>
-<a href="#FNanchor_1595_1595"><span class="label">[1595]</span></a>
-Procès-verbal du département de la police, cité par M. de Beauchesne.—<i>Histoire
-de M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, II, 153, 154, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1596_1596" id="Footnote_1596_1596"></a>
-<a href="#FNanchor_1596_1596"><span class="label">[1596]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, II, 154.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1597_1597" id="Footnote_1597_1597"></a>
-<a href="#FNanchor_1597_1597"><span class="label">[1597]</span></a>
-Cette seconde croisée ne fut probablement pas bouchée
-entièrement: Chauveau-Lagarde dit que la lumière pénétrait dans le
-cachot de la Reine par <i>deux</i> petites croisées, garnies de barreaux
-de fer.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1598_1598" id="Footnote_1598_1598"></a>
-<a href="#FNanchor_1598_1598"><span class="label">[1598]</span></a>
-Archives nationales, W, 297, dossier 261, cote 3<sup>ème</sup>.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 55-57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1599_1599" id="Footnote_1599_1599"></a>
-<a href="#FNanchor_1599_1599"><span class="label">[1599]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 10.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1600_1600" id="Footnote_1600_1600"></a>
-<a href="#FNanchor_1600_1600"><span class="label">[1600]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1601_1601" id="Footnote_1601_1601"></a>
-<a href="#FNanchor_1601_1601"><span class="label">[1601]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1602_1602" id="Footnote_1602_1602"></a>
-<a href="#FNanchor_1602_1602"><span class="label">[1602]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1603_1603" id="Footnote_1603_1603"></a>
-<a href="#FNanchor_1603_1603"><span class="label">[1603]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1604_1604" id="Footnote_1604_1604"></a>
-<a href="#FNanchor_1604_1604"><span class="label">[1604]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1605_1605" id="Footnote_1605_1605"></a>
-<a href="#FNanchor_1605_1605"><span class="label">[1605]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1606_1606" id="Footnote_1606_1606"></a>
-<a href="#FNanchor_1606_1606"><span class="label">[1606]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1607_1607" id="Footnote_1607_1607"></a>
-<a href="#FNanchor_1607_1607"><span class="label">[1607]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 7.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1608_1608" id="Footnote_1608_1608"></a>
-<a href="#FNanchor_1608_1608"><span class="label">[1608]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—<i>Le comte
-de Fersen et la Cour de France</i>, II, 102.—Récit de Rosalie Lamorlière.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 195.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1609_1609" id="Footnote_1609_1609"></a>
-<a href="#FNanchor_1609_1609"><span class="label">[1609]</span></a>
-Récit de Rosalie Lamorlière.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>,
-186.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1610_1610" id="Footnote_1610_1610"></a>
-<a href="#FNanchor_1610_1610"><span class="label">[1610]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 187.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1611_1611" id="Footnote_1611_1611"></a>
-<a href="#FNanchor_1611_1611"><span class="label">[1611]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 13, 14.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1612_1612" id="Footnote_1612_1612"></a>
-<a href="#FNanchor_1612_1612"><span class="label">[1612]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, 6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1613_1613" id="Footnote_1613_1613"></a>
-<a href="#FNanchor_1613_1613"><span class="label">[1613]</span></a>
-Mémoire des dépenses de la veuve Capet à la Conciergerie.—<i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>, 58.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1614_1614" id="Footnote_1614_1614"></a>
-<a href="#FNanchor_1614_1614"><span class="label">[1614]</span></a>
-Journal du comte de Fersen, 18 novembre 1792.—<i>Le comte de
-Fersen et la Cour de France</i>, II, 102.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1615_1615" id="Footnote_1615_1615"></a>
-<a href="#FNanchor_1615_1615"><span class="label">[1615]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1616_1616" id="Footnote_1616_1616"></a>
-<a href="#FNanchor_1616_1616"><span class="label">[1616]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1617_1617" id="Footnote_1617_1617"></a>
-<a href="#FNanchor_1617_1617"><span class="label">[1617]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 9.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1618_1618" id="Footnote_1618_1618"></a>
-<a href="#FNanchor_1618_1618"><span class="label">[1618]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1619_1619" id="Footnote_1619_1619"></a>
-<a href="#FNanchor_1619_1619"><span class="label">[1619]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1620_1620" id="Footnote_1620_1620"></a>
-<a href="#FNanchor_1620_1620"><span class="label">[1620]</span></a>
-Nous avons jadis étudié cette question dans un article publié
-par la <i>Revue des questions historiques</i> (janvier 1870) sous ce titre:
-<i>La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>. Quelque invraisemblable
-que paraisse le fait, il nous a semblé appuyé sur des
-témoignages trop formels et trop sérieux pour qu'il ne faille pas
-l'admettre. Le prêtre qui put ainsi, au péril de ses jours, pénétrer à
-la Conciergerie, s'appelait l'abbé Charles Magnin et devint, à la
-Restauration, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois. M. Hyde de Neuville,
-dans ses <i>Souvenirs</i>, confirme le fait, et M. F. de Vyré, dans
-son étude sur <i>Marie-Antoinette</i> (Paris, Plon, 1889) en apporte de
-nouvelles preuves.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1621_1621" id="Footnote_1621_1621"></a>
-<a href="#FNanchor_1621_1621"><span class="label">[1621]</span></a>
-<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 139-159.—Il semble que
-le complot ait reçu un commencement d'exécution. Basset déclare
-avoir à sa disposition <i>cinquante-deux</i> hommes, casernés à Courbevoie,
-p. 156.—Or, un citoyen Maire dénonce cinquante-deux volontaires
-qui se sont absentés de la caserne de Vanves «la veille
-de l'exécution de la veuve Capet», pour «aider à l'exécution de
-l'infâme projet de la conspiration contre la République».—Extrait
-d'une lettre de Juille la Roche (le dénonciateur) à Leblanc.—<i>Ibid.</i>,
-151.—Il en résulte que le plan fut d'enlever la Reine dans le
-trajet de la Conciergerie à l'échafaud. Basset disait avoir gagné
-quinze cents hommes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1622_1622" id="Footnote_1622_1622"></a>
-<a href="#FNanchor_1622_1622"><span class="label">[1622]</span></a>
-Le comte de Mercy au prince de Cobourg, 10, 17 et 18 août.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck</i>,
-III, 403, 406, 407.—La Marck écrivait de même à Mercy: «Il faut
-qu'on comprenne à Vienne ce qu'il y aurait de pénible, j'oserai dire
-de fâcheux pour le gouvernement impérial, si l'histoire pouvait
-dire un jour qu'à quarante lieues d'armées autrichiennes formidables et victorieuses,
-l'auguste fille de Marie-Thérèse a péri sur l'échafaud,
-sans qu'on ait fait aucune tentative pour la sauver. Ce serait
-une tache ineffaçable pour notre empereur.» La Marck à Mercy,
-14 septembre 1793.—<i>Ibid.</i>, 419.—<i>Voir</i> aussi le journal de Fersen
-pendant cette même période.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1623_1623" id="Footnote_1623_1623"></a>
-<a href="#FNanchor_1623_1623"><span class="label">[1623]</span></a>
-Lire dans Sybel: <i>Histoire de l'Europe pendant la Révolution
-française</i>, II, 369 et suiv., le chapitre intitulé: Motifs de Cobourg
-pour ne pas marcher sur Paris. D'après la correspondance de Mercy
-et de Starhemberg, l'inaction de Cobourg aurait été causée par la
-désertion des troupes anglaises, hollandaises et hanovriennes qui
-le quittèrent après la prise de Valenciennes, pour aller faire le siège
-de Dunkerque.—<i>L'invasion française en Belgique.</i>—<i>Revue de la
-Révolution</i>, janvier, février 1886.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1624_1624" id="Footnote_1624_1624"></a>
-<a href="#FNanchor_1624_1624"><span class="label">[1624]</span></a>
-Le comte de Mercy au baron de Thugut, 15 septembre 1793.—<i>Correspondance
-entre le comte de Mirabeau et le comte de la
-Marck</i>, III, 431.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1625_1625" id="Footnote_1625_1625"></a>
-<a href="#FNanchor_1625_1625"><span class="label">[1625]</span></a>
-Le comte de Mercy au prince d'Arenberg, 13 octobre 1793.—<i>Ibid.</i>,
-III, 437, 438.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1626_1626" id="Footnote_1626_1626"></a>
-<a href="#FNanchor_1626_1626"><span class="label">[1626]</span></a>
-<i>Le Père Duchesne</i>, n<sup>o</sup> 296.—Aux Jacobins on avait nommé
-une commission pour dresser l'acte d'accusation.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1627_1627" id="Footnote_1627_1627"></a>
-<a href="#FNanchor_1627_1627"><span class="label">[1627]</span></a>
-<i>Voir</i> les détails dans Montjoye. <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>,
-477-481.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1628_1628" id="Footnote_1628_1628"></a>
-<a href="#FNanchor_1628_1628"><span class="label">[1628]</span></a>
-Lettre de Fouquier-Tinville au président de la Convention nationale,
-5 octobre 1793.—Archives nationales, Armoire de fer, dossier
-de Marie-Antoinette.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 63.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1629_1629" id="Footnote_1629_1629"></a>
-<a href="#FNanchor_1629_1629"><span class="label">[1629]</span></a>
-«Chaumette m'interrogea ensuite sur mille vilaines choses
-dont on accusait ma mère. Je répondis avec vérité: cela n'était pas,
-mais une fausse calomnie. Ils insistèrent beaucoup, mais je me tins
-sur la négative, qui était la vérité.»—<i>Récit des événements arrivés
-au Temple</i>, 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1630_1630" id="Footnote_1630_1630"></a>
-<a href="#FNanchor_1630_1630"><span class="label">[1630]</span></a>
-<i>Notes sur le procès de Marie-Antoinette</i>, par Chauveau-Lagarde,
-8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1631_1631" id="Footnote_1631_1631"></a>
-<a href="#FNanchor_1631_1631"><span class="label">[1631]</span></a>
-Chauveau-Lagarde dit qu'il a été prévenu le 14 octobre; c'est
-évidemment une erreur, puisque les débats ont commencé le 14 <i>au
-matin</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1632_1632" id="Footnote_1632_1632"></a>
-<a href="#FNanchor_1632_1632"><span class="label">[1632]</span></a>
-Voici le texte de ce billet, retrouvé dans les papiers de Courtois:
-«Citoyen président, les citoyens Tronçon et Chauveau, que le
-tribunal m'a donnés pour défenseurs, m'observent qu'ils n'ont été
-instruits qu'aujourd'hui de leur mission; je dois être jugée demain
-et il leur est impossible de s'instruire, dans un si court délai, des
-pièces du procès et même d'en prendre lecture. Je dois à mes enfants
-de n'omettre aucun moyen nécessaire pour l'entière justification
-de leur mère. Mes défenseurs demandent trois jours de délai;
-j'espère que la Convention les leur accordera.»—<i>Louis XVI, Marie-Antoinette
-et M<sup>me</sup> Elisabeth</i>, VI, 530.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1633_1633" id="Footnote_1633_1633"></a>
-<a href="#FNanchor_1633_1633"><span class="label">[1633]</span></a>
-<i>Voir</i>, sur Renaudin, une anecdote épouvantable dans les <i>Révélations
-de Sénar</i>, 245.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1634_1634" id="Footnote_1634_1634"></a>
-<a href="#FNanchor_1634_1634"><span class="label">[1634]</span></a>
-<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, 98.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1635_1635" id="Footnote_1635_1635"></a>
-<a href="#FNanchor_1635_1635"><span class="label">[1635]</span></a>
-Lettre de Trinchard à son frère. <i>Ibid.</i>, 99.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1636_1636" id="Footnote_1636_1636"></a>
-<a href="#FNanchor_1636_1636"><span class="label">[1636]</span></a>
-<i>Révélations de Sénar</i>, 247.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1637_1637" id="Footnote_1637_1637"></a>
-<a href="#FNanchor_1637_1637"><span class="label">[1637]</span></a>
-Elle y avait dit tout le contraire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1638_1638" id="Footnote_1638_1638"></a>
-<a href="#FNanchor_1638_1638"><span class="label">[1638]</span></a>
-<i>Moniteur</i> du 27 octobre 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1639_1639" id="Footnote_1639_1639"></a>
-<a href="#FNanchor_1639_1639"><span class="label">[1639]</span></a>
-Dans une adresse au Roi en date du 9 novembre 1789, adresse
-imprimée par Grangé, rue de la Parcheminerie, et conservée aux
-Archives nationales, Armoire de fer, carton 13, Lecointre commence
-ainsi:—«Sire, <i>un de vos sujets les plus fidèles</i> vient avec confiance
-déposer aux pieds de Votre Majesté l'hommage de son respect. Et il termine
-en demandant à prouver que les habitants de Versailles,
-dont <i>il fait partie</i>, sont «<i>incapables de déplaire au meilleur
-des Rois</i>».</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1640_1640" id="Footnote_1640_1640"></a>
-<a href="#FNanchor_1640_1640"><span class="label">[1640]</span></a>
-M<sup>me</sup> Simon Viennot. <i>Marie-Antoinette devant le XIX<sup>e</sup> siècle</i>,
-Paris, Augé, 1838, II, 351.—Renseignement communiqué par les
-frères Humbert, témoins oculaires.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1641_1641" id="Footnote_1641_1641"></a>
-<a href="#FNanchor_1641_1641"><span class="label">[1641]</span></a>
-Un juré du tribunal révolutionnaire, Vilate, a raconté, dans
-son livre sur les <i>Causes du 9 thermidor</i>, que le soir même du supplice
-de la Reine, Robespierre, dînant avec Saint-Just et Barrère,
-aurait manifesté un très vif mécontentement contre «cet imbécile
-d'Hébert», dont la déposition avait donné à Marie-Antoinette, à
-son dernier moment, «ce triomphe d'intérêt public». Robespierre
-aurait dès lors pris la résolution de se défaire d'un complice si compromettant.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1642_1642" id="Footnote_1642_1642"></a>
-<a href="#FNanchor_1642_1642"><span class="label">[1642]</span></a>
-<i>Notes sur le procès de Marie-Antoinette</i>, par Chauveau-Lagarde,
-11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1643_1643" id="Footnote_1643_1643"></a>
-<a href="#FNanchor_1643_1643"><span class="label">[1643]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 25.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1644_1644" id="Footnote_1644_1644"></a>
-<a href="#FNanchor_1644_1644"><span class="label">[1644]</span></a>
-<i>Notes sur le procès de Marie-Antoinette</i>, par Chauveau-Lagarde,
-8, note.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1645_1645" id="Footnote_1645_1645"></a>
-<a href="#FNanchor_1645_1645"><span class="label">[1645]</span></a>
-<i>Ibid.</i>—<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 512.—<i>Exposé</i>
-par de Busne.—<i>Ibid.</i>, 534.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1646_1646" id="Footnote_1646_1646"></a>
-<a href="#FNanchor_1646_1646"><span class="label">[1646]</span></a>
-<i>Voir</i> sur les dépenses du Trianon, le chapitre XVI, tome I<sup>er</sup>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1647_1647" id="Footnote_1647_1647"></a>
-<a href="#FNanchor_1647_1647"><span class="label">[1647]</span></a>
-Voici la liste exacte des objets saisis sur la Reine le 2 août,
-telle qu'elle résulte du procès-verbal d'audience: «Un petit livret
-couvert de moire verte, contenant huit feuillets, dont quatre gommés,
-sur le premier desquels sont écrits au crayon les adresses suivantes:
-<i>Bréguet, quai de l'Horloge du Palais, n<sup>o</sup> 65</i>; <i>Madame Salantin,
-chez Madame Lapassade, rue de Grenelle-Saint-Germain,
-n<sup>o</sup> 14</i>; <i>Mademoiselle Vion, rue Saint-Nicaise, chez Mademoiselle Augié,
-n<sup>o</sup> 22</i>; <i>Madame Chaumette, rue de Bourgogne, faubourg Saint-Germain,
-n<sup>o</sup> 44</i>; <i>Brunier, rue Sainte-Avoye, hôtel Caumartin, n<sup>o</sup> 90</i>.—Plus
-un petit portefeuille de maroquin rouge, une servante de
-maroquin vert avec un nécessaire à charnières d'acier; une petite
-boîte en façon de chagrin, contenant deux portraits de femme sous
-verre; une autre petite boîte pareille dans laquelle un portrait de
-femme, qu'elle a déclaré être la Lamballe; plus un rouleau de
-vingt-cinq louis simples en or, une petite boîte d'ivoire contenant
-miroir et quelques papiers sur lesquels il n'y avait rien d'écrit,
-ainsi que quelques petits paquets renfermant des cheveux que
-l'accusé (<i>sic</i>) a déclaré être de son époux et de ses enfants.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1648_1648" id="Footnote_1648_1648"></a>
-<a href="#FNanchor_1648_1648"><span class="label">[1648]</span></a>
-De Goncourt. <i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, p. 466.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1649_1649" id="Footnote_1649_1649"></a>
-<a href="#FNanchor_1649_1649"><span class="label">[1649]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 508.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1650_1650" id="Footnote_1650_1650"></a>
-<a href="#FNanchor_1650_1650"><span class="label">[1650]</span></a>
-<i>Notes sur le procès de Marie-Antoinette</i>, par Chauveau-Lagarde,
-45.—M<sup>me</sup> de Staël avait envoyé de Londres d'éloquentes et courageuses
-<i>Réflexions sur le procès de la Reine</i>; elles n'eurent malheureusement
-pas plus de succès que la défense de Chauveau-Lagarde.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1651_1651" id="Footnote_1651_1651"></a>
-<a href="#FNanchor_1651_1651"><span class="label">[1651]</span></a>
-Procès-verbal d'audience.—<i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>,
-118.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1652_1652" id="Footnote_1652_1652"></a>
-<a href="#FNanchor_1652_1652"><span class="label">[1652]</span></a>
-Chauveau-Lagarde croit que la Reine a été «anéantie par la surprise»
-et que «jusqu'au dernier moment elle avait conservé de
-l'espoir».—<i>Notes sur le procès-verbal de Marie-Antoinette</i>, 46.—Malgré
-l'autorité d'un tel témoignage, nous avons peine à nous
-rallier à l'opinion du défenseur; il nous semble que depuis longtemps
-la Reine avait perdu toute illusion. En tout cas, si elle a été
-un moment «anéantie par la surprise», le moment de défaillance a
-été bien court et cet étonnement peu visible. Le <i>Moniteur universel</i>
-et le <i>Bulletin du Tribunal révolutionnaire</i> sont d'accord pour dire
-qu'on ne remarqua nulle altération sur le visage de la condamnée,
-et Chauveau-Lagarde lui-même écrit qu'«elle ne donna pas le
-moindre signe de crainte, ni d'indignation, ni de faiblesse».</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1653_1653" id="Footnote_1653_1653"></a>
-<a href="#FNanchor_1653_1653"><span class="label">[1653]</span></a>
-<i>Six journées passées au Temple</i>, par Moëlle, 67, 78.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1654_1654" id="Footnote_1654_1654"></a>
-<a href="#FNanchor_1654_1654"><span class="label">[1654]</span></a>
-A la dernière page d'un exemplaire de l'<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>
-par Montjoye, acheté par nous à la vente de M. de Beauchesne,
-se trouve une note manuscrite de M. de Montmerqué,
-ainsi conçue: «Il y avait une lettre de la Reine adressée à Madame,
-que Louis XVIII lui a remise et que vraisemblablement on connaîtra
-un jour.» Nous ne savons sur quoi se basait cette opinion de
-M. de Montmerqué; mais elle nous semble complètement réfutée
-par les termes même de la lettre de la Reine à M<sup>me</sup> Elisabeth.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1655_1655" id="Footnote_1655_1655"></a>
-<a href="#FNanchor_1655_1655"><span class="label">[1655]</span></a>
-Cette lettre en effet ne parvint jamais à M<sup>me</sup> Elisabeth. Remise
-par le concierge à Fouquier, elle fut saisie chez ce dernier par les
-commissaires de la Convention chargés de visiter ses papiers et
-jointe aux pièces de son procès.—Ce fut là sans doute qu'elle fut
-prise par le Conventionnel Courtois, qui, en 1816, la fit transmettre
-par une personne sûre à Louis XVIII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1656_1656" id="Footnote_1656_1656"></a>
-<a href="#FNanchor_1656_1656"><span class="label">[1656]</span></a>
-<i>Récit exact</i>, par la veuve Bault, 15.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1657_1657" id="Footnote_1657_1657"></a>
-<a href="#FNanchor_1657_1657"><span class="label">[1657]</span></a>
-<i>Récit des événements arrivés au Temple</i>, 62.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1658_1658" id="Footnote_1658_1658"></a>
-<a href="#FNanchor_1658_1658"><span class="label">[1658]</span></a>
-<i>Six journées passées au Temple</i>, par Moëlle, 68.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1659_1659" id="Footnote_1659_1659"></a>
-<a href="#FNanchor_1659_1659"><span class="label">[1659]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, Nous passons à dessein sous silence une scène dramatique
-et poignante, racontée par Rosalie Lamorlière, servante à la
-Conciergerie, dans les <i>Mémoires secrets et universels des malheurs
-et de la mort de la Reine de France</i>: la Reine ne pouvant, même à
-cet instant suprême, obtenir du gendarme qui la garde la permission
-de changer de linge sans témoin. Le récit de Rosalie Lamorlière
-a pour auteur ou tout au moins pour rédacteur Lafont d'Aussonne,
-qui nous est justement suspect, nous avons dit ailleurs pourquoi.—<i>La
-communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>, <i>Revue des
-questions historiques</i>, 1<sup>er</sup> janvier 1870. Du reste, si ce récit peut être
-vrai dans sa première partie, jusqu'à l'affaire de l'œillet, il est certainement
-faux en ce qui touche les derniers moments de la Reine.
-Rosalie Lamorlière n'a pu assister cette malheureuse princesse dans
-la douloureuse matinée du 16 octobre, attendu que, depuis que
-Bault avait remplacé Richard, nulle autre femme que la fille de
-Bault ne fut chargée du service de Marie-Antoinette.—<i>Récit exact</i>,
-par la veuve Bault, 7. En outre, la Reine ne fut pas ramenée ce jour
-là dans son cachot, mais dans la cellule des condamnés à mort.—<i>Six
-journées passées au Temple</i>, par Moëlle, 68. Ajoutons enfin que le
-récit du gendarme Léger, rapporté par Moëlle (<i>Ibid.</i>), dément formellement
-celui de Rosalie.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1660_1660" id="Footnote_1660_1660"></a>
-<a href="#FNanchor_1660_1660"><span class="label">[1660]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 513.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1661_1661" id="Footnote_1661_1661"></a>
-<a href="#FNanchor_1661_1661"><span class="label">[1661]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212, p. 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1662_1662" id="Footnote_1662_1662"></a>
-<a href="#FNanchor_1662_1662"><span class="label">[1662]</span></a>
-<i>Moniteur</i> du 27 octobre 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1663_1663" id="Footnote_1663_1663"></a>
-<a href="#FNanchor_1663_1663"><span class="label">[1663]</span></a>
-<i>La communion de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Revue des
-questions historiques</i>, janvier 1870.—<i>Voir</i> aussi, sur ce sujet, l'étude
-concluante que M. Victor Pierre vient de publier dans la <i>Revue des
-questions historiques</i>, janvier 1890, sous ce titre: <i>Marie-Antoinette
-à la Conciergerie</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1664_1664" id="Footnote_1664_1664"></a>
-<a href="#FNanchor_1664_1664"><span class="label">[1664]</span></a>
-<i>Récit des événements passés au Temple</i>, 62, 63.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1665_1665" id="Footnote_1665_1665"></a>
-<a href="#FNanchor_1665_1665"><span class="label">[1665]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 513.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1666_1666" id="Footnote_1666_1666"></a>
-<a href="#FNanchor_1666_1666"><span class="label">[1666]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212, p. 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1667_1667" id="Footnote_1667_1667"></a>
-<a href="#FNanchor_1667_1667"><span class="label">[1667]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1668_1668" id="Footnote_1668_1668"></a>
-<a href="#FNanchor_1668_1668"><span class="label">[1668]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 514.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1669_1669" id="Footnote_1669_1669"></a>
-<a href="#FNanchor_1669_1669"><span class="label">[1669]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1670_1670" id="Footnote_1670_1670"></a>
-<a href="#FNanchor_1670_1670"><span class="label">[1670]</span></a>
-Le <i>Père Duchesne</i> dit deux à trois cent mille, n<sup>o</sup> 299.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1671_1671" id="Footnote_1671_1671"></a>
-<a href="#FNanchor_1671_1671"><span class="label">[1671]</span></a>
-<i>Moniteur</i> du 27 octobre 1793.—<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1672_1672" id="Footnote_1672_1672"></a>
-<a href="#FNanchor_1672_1672"><span class="label">[1672]</span></a>
-Lettre de Barthélémy Bimbenet de la Roche, citée par A. de
-Ségur: <i>Un épisode de la Terreur</i>. Bimbenet de la Roche était un
-jeune soldat de l'armée de Condé, détenu à la Conciergerie, et qui de
-son cachot vit plusieurs fois passer la Reine pendant ces tristes
-jours. Ses lettres à sa famille ont été publiées par M. de Ségur dans
-le volume cité plus haut. Il mourut lui-même sur l'échafaud avec
-la foi d'un martyr, le 25 février 1794.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1673_1673" id="Footnote_1673_1673"></a>
-<a href="#FNanchor_1673_1673"><span class="label">[1673]</span></a>
-La Reine aurait perdu un de ses souliers en montant à l'échafaud;
-le soulier, ramassé par un homme du peuple, aurait été acheté
-par M. de Guernon-Ranville, père du ministre de la Restauration.—<i>Lettres
-inédites de Marie-Antoinette et de Marie-Clotilde de France</i>,
-par le comte de Reiset, 190, 191. D'autre part M. Gustave Bord, l'érudit
-directeur de la <i>Revue de la Révolution</i>, possède un fragment de la
-boucle d'un soulier de la Reine: la boucle est en soie noire, un
-peu jaunie par le temps et l'usage; ce fragment appartiendrait aussi
-à un des souliers que la malheureuse princesse portait en allant à
-l'échafaud; il avait été envoyé par le baron d'Aubier, valet de
-chambre de Louis XVI et l'un de ceux qui restèrent dévoués à la
-famille Royale jusqu'à la fin, au baron de Breteuil. M. de Reiset,
-d'ailleurs, comme le baron d'Aubier, s'accorde à dire que la Reine
-avait le pied extrêmement petit.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1674_1674" id="Footnote_1674_1674"></a>
-<a href="#FNanchor_1674_1674"><span class="label">[1674]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212, p. 97.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1675_1675" id="Footnote_1675_1675"></a>
-<a href="#FNanchor_1675_1675"><span class="label">[1675]</span></a>
-Récit d'un témoin oculaire, le vicomte Charles Desfossés, cité
-par Beauchesne dans <i>Louis XVII</i>. Le vicomte Desfossés termine sa
-description par ces mots: «Ce portrait fut tracé en rentrant chez
-moi.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1676_1676" id="Footnote_1676_1676"></a>
-<a href="#FNanchor_1676_1676"><span class="label">[1676]</span></a>
-<i>Voir</i> le portrait tracé au trait par David.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1677_1677" id="Footnote_1677_1677"></a>
-<a href="#FNanchor_1677_1677"><span class="label">[1677]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1678_1678" id="Footnote_1678_1678"></a>
-<a href="#FNanchor_1678_1678"><span class="label">[1678]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, n<sup>o</sup> 214.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1679_1679" id="Footnote_1679_1679"></a>
-<a href="#FNanchor_1679_1679"><span class="label">[1679]</span></a>
-Il n'y eut aucune tentative de ce genre; il y eut probablement
-des espérances, comme cela semble résulter du récit du vicomte
-Desfossés et de la présence à Paris de ces cinquante-deux soldats
-qui avaient quitté la caserne de Vanves la veille de l'exécution. En
-tout cas, il y eut des dévouements qui s'offrirent comme otages
-pour la royale victime. On conserve aux Archives nationales,—section
-judiciaire, Armoire de fer, carton 17, n<sup>o</sup> 179,—la lettre d'un
-comte de Linange qui, le 15 octobre, propose à la Convention d'aller
-à Vienne négocier de la paix avec l'Empereur sur la base de la mise
-en liberté de la Reine.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1680_1680" id="Footnote_1680_1680"></a>
-<a href="#FNanchor_1680_1680"><span class="label">[1680]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212, p. 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1681_1681" id="Footnote_1681_1681"></a>
-<a href="#FNanchor_1681_1681"><span class="label">[1681]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 515.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1682_1682" id="Footnote_1682_1682"></a>
-<a href="#FNanchor_1682_1682"><span class="label">[1682]</span></a>
-Lettre de Bimbenet de la Roche, citée dans <i>Un épisode de la
-Terreur</i>, par A. de Ségur, 68.—Bimbenet ajoute: «Savez-vous de
-qui nous tenons ce trait? De ce prêtre lui-même qui le soir se trouva
-dans une société où tout le monde ne partageait pas ses sentiments,
-et il fit de la Reine le plus pompeux éloge.»—<i>Ibid.</i>, 69.—L'abbé
-Girard d'ailleurs abjura plus tard ses erreurs et revint au catholicisme.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1683_1683" id="Footnote_1683_1683"></a>
-<a href="#FNanchor_1683_1683"><span class="label">[1683]</span></a>
-<i>Moniteur</i> du 27 octobre 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1684_1684" id="Footnote_1684_1684"></a>
-<a href="#FNanchor_1684_1684"><span class="label">[1684]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212, p. 96.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1685_1685" id="Footnote_1685_1685"></a>
-<a href="#FNanchor_1685_1685"><span class="label">[1685]</span></a>
-<i>Moniteur</i> du 27 octobre 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1686_1686" id="Footnote_1686_1686"></a>
-<a href="#FNanchor_1686_1686"><span class="label">[1686]</span></a>
-<i>Rougyff</i>, ou <i>la France en vedette</i>, n<sup>o</sup> 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1687_1687" id="Footnote_1687_1687"></a>
-<a href="#FNanchor_1687_1687"><span class="label">[1687]</span></a>
-<i>Histoire de Marie-Antoinette</i>, par Montjoye, 516.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1688_1688" id="Footnote_1688_1688"></a>
-<a href="#FNanchor_1688_1688"><span class="label">[1688]</span></a>
-Audouin, <i>Journal universel</i>, n<sup>o</sup> 1423.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1689_1689" id="Footnote_1689_1689"></a>
-<a href="#FNanchor_1689_1689"><span class="label">[1689]</span></a>
-Cette inscription était ainsi conçue: <i>Atelier d'armes républicaines
-pour foudroyer les tyrans</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1690_1690" id="Footnote_1690_1690"></a>
-<a href="#FNanchor_1690_1690"><span class="label">[1690]</span></a>
-Récit du vicomte Desfossés, <i>Louis XVII</i>, II, 147.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1691_1691" id="Footnote_1691_1691"></a>
-<a href="#FNanchor_1691_1691"><span class="label">[1691]</span></a>
-<i>Le Magicien républicain</i>, par Rouy, cité par Dauban: <i>La démagogie
-à Paris en 1793</i>, 461.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1692_1692" id="Footnote_1692_1692"></a>
-<a href="#FNanchor_1692_1692"><span class="label">[1692]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1693_1693" id="Footnote_1693_1693"></a>
-<a href="#FNanchor_1693_1693"><span class="label">[1693]</span></a>
-<i>Révolutions de Paris</i>, n<sup>o</sup> 212.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1694_1694" id="Footnote_1694_1694"></a>
-<a href="#FNanchor_1694_1694"><span class="label">[1694]</span></a>
-<i>Le Magicien républicain</i>, par Rouy, cité par Dauban: <i>La démagogie
-à Paris en 1793</i>, 461.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1695_1695" id="Footnote_1695_1695"></a>
-<a href="#FNanchor_1695_1695"><span class="label">[1695]</span></a>
-Cet homme était un ancien gendarme, nommé Maingot, il fut
-arrêté.—<i>Voir</i> sur l'instruction de cette affaire le beau livre de
-M. Campardon, <i>Marie-Antoinette à la Conciergerie</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1696_1696" id="Footnote_1696_1696"></a>
-<a href="#FNanchor_1696_1696"><span class="label">[1696]</span></a>
-Discours à la Chambre des Pairs, séance du jeudi 23 février
-1816.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1697_1697" id="Footnote_1697_1697"></a>
-<a href="#FNanchor_1697_1697"><span class="label">[1697]</span></a>
-Bernis à Limon, 6 novembre 1793.—<i>Le cardinal de Bernis
-depuis son ministère</i>, 539.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1698_1698" id="Footnote_1698_1698"></a>
-<a href="#FNanchor_1698_1698"><span class="label">[1698]</span></a>
-<i>Mémoires d'un ministre du trésor public</i>, III, 123.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1699_1699" id="Footnote_1699_1699"></a>
-<a href="#FNanchor_1699_1699"><span class="label">[1699]</span></a>
-Le 11 brumaire an II, 1<sup>er</sup> novembre 1793.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-<p><a name="Footnote_1700_1700" id="Footnote_1700_1700"></a>
-<a href="#FNanchor_1700_1700"><span class="label">[1700]</span></a>
-Mémoire possédé par M. Fossé d'Arconne, cité par MM. de Goncourt.—<i>Histoire
-de Marie-Antoinette</i>, 488.</p></div>
-</div>
-
-<div class="transnote p2">
- <h3><a name="NOTE_DE_TRANSCRIPTION" id="NOTE_DE_TRANSCRIPTION"></a>Note de transcription:</h3>
- <ul style="list-style-type:none">
- <li>La page titre du premier volume donne 1892 comme date de publication.</li>
- <li>&nbsp;</li>
- <li>Corrections</li>
- <li>
- <ul style="list-style-type:none">
- <li>p. 73: La fayette changé à Lafayette.</li>
- <li>p. 190: 20 avril 1771 changé à 20 avril 1771.</li>
- <li>pp. 192 et 194: juin 1701 changé à juin 1791.</li>
- <li>p. 339: si on l'enfermerait... changé à si on l'enfermait....</li>
- <li>p. 339: si on la traduirait... changé à si on la traduisait....</li>
- </ul>
- </li>
- <li>Les numéros de notes suivants manquaient dans le texte et ont été
- rajoutés: p. 91 note 268, p. 198 note 596.</li>
- <li>Page 84 a trois numéros de notes (1, 2, 2, renumérotés 245, 246,
- 246a) mais seulement deux notes.</li>
- <li>Page 392 a deux numéros de notes (1, 2, renumérotés 1101, 1101a)
- mais seulement une note.</li>
- <li>Erreurs non-corrigées:</li>
- <li>
- <ul style="list-style-type:none">
- <li>p. 380: ... sans les yeux du Roi.... Sous les yeux? Dans les yeux?</li>
- <li>p. 505: ... Le 1er août.... Ou ... le 1er avril.... Les deux dates
- apparaissent dans des éditions différentes.</li>
- <li>Note 856, p. 293: 36 septembre 1791. Devrait possiblement être 26?</li>
- <li>Note 1090, p. 385: Le numéro de page manque.</li>
- <li>Note 1281, p. 436: Le numéro de page est illisible. Peut-être 331?</li>
- </ul>
- </li>
- </ul>
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de Marie-Antoinette, Volume 2
-(of 2), by Maxime de La Rocheterie
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, VOL 2 ***
-
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