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-The Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 à 1862, Tome 4 (de 4), by
-Dorothée de Dino
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
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-
-Title: Chronique de 1831 à 1862, Tome 4 (de 4)
-
-Author: Dorothée de Dino
-
-Editor: Marie Dorothea Radziwill
-
-Release Date: November 13, 2016 [EBook #53523]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831-1862, TOME 4 ***
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-Produced by Clarity, Hélene de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
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-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
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-L'accent aigu sur la lettre n ou N a été transcrit comme ['n] ou [N'].
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- CHRONIQUE
-
- DE
-
- 1831 A 1862
-
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- [Illustration: Portrait de la Duchesse de Talleyrand et de Sagan]
-
- Héliog Ducourtioux Imp Routy
- DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN
- 1850
- Plon-Nourrit & Cie Edit.]
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-
- DUCHESSE DE DINO
- (PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN)
-
-
- CHRONIQUE
-
- DE
-
- 1831 A 1862
-
- _Publiée avec des annotations et un Index biographique_
-
- PAR
- LA PRINCESSE RADZIWILL
- NÉE CASTELLANE
-
- IV
- 1851-1862
-
- _Avec un portrait et deux fac-similés d'autographes_
-
- Troisième édition
-
-
- PARIS
- LIBRAIRIE PLON
- PLON-NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
- 8, RUE GARANCIÈRE--6e
-
- 1910
-
-
-
-
-Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
-
-Copyright 1910 by Plon-Nourrit et Cie.
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-
-DUCHESSE DE DINO
-
-CHRONIQUE
-
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-
-1851
-
-_Sagan, 1er janvier 1851._--Cette date fait naître plus de pensées
-sérieuses et graves qu'elle ne permet d'espérance et qu'elle n'offre de
-joies. Que nous donnera cette année que nous inscrivons aujourd'hui pour
-la première fois? Que de mystères elle renferme!
-
-
-_Sagan, 7 janvier 1851._--Je pars dans quelques heures pour Berlin où la
-grippe règne épidémiquement. D'après les derniers relevés, soixante mille
-personnes en étaient atteintes. Cette vilaine _grippade_, partout où elle
-a régné, a été le précurseur du choléra. Ainsi, il se pourrait bien que
-ce grand moissonneur se réveille sur nouveaux frais pour une nouvelle
-récolte. A la garde de Dieu!
-
-Je pense trouver Berlin fort à la paix pour ce qui regarde l'est de
-l'Europe. C'est pour l'instant le principal. Quant à Dresde, je ne crois
-pas qu'on y parvienne à résoudre promptement toutes les questions
-pendantes. L'équilibre est bien difficile à retrouver, après de si
-formidables secousses.
-
-
-_Berlin, 9 janvier 1851._--Le Cabinet Manteuffel a eu la majorité dans
-les deux Chambres, pour empêcher la reprise de la discussion de
-l'Adresse[1]. Tous les ministres, à cette occasion, ont fort bien parlé,
-déclarant qu'ils étaient décidés à briser sans retour avec la révolution.
-
- [1] La Commission pour rédiger l'Adresse en réponse au Discours
- du Trône venait d'être nommée par la Chambre, lorsque M. de
- Manteuffel monta à la tribune et donna lecture du décret royal de
- prorogation de la Chambre au 3 janvier 1851. Ce jour-là, le
- Bureau de la Chambre venant d'être de nouveau nommé, l'extrême
- droite, unie au Ministère, déclara qu'il n'y avait plus lieu de
- discuter une Adresse, la situation politique étant changée.
-
-Je ne sais pas encore grand'chose, n'ayant vu que la Mission anglaise. A
-tout prendre, j'ai cependant aperçu que si les gens sages sont satisfaits
-de la paix, chacun se sent plus ou moins humilié des reculades
-nécessaires; on reste abattu et sérieux. M. de Manteuffel, que j'ai
-rencontré sortant de la Chambre, et qui a arrêté ma voiture, m'a dit
-qu'il était fort préoccupé des nouvelles de France; que Hatzfeldt, dans
-ses dépêches, le préparait à de nouvelles crises.
-
-
- _Berlin, 11 janvier 1851._--On est assez sérieux ici, socialement.
- Hier cependant il y a eu un joli concert à Charlottenburg, et les
- physionomies étaient assez ouvertes. M. de Manteuffel est retourné
- à Dresde, pour y passer quarante-huit heures et prendre congé du
- prince Schwarzenberg qui repart définitivement pour Vienne.
- Dresde marche clopin-clopant; cependant, on y cherche, et on croit
- y trouver une solution. Il est question, mais vaguement encore,
- d'envoyer le comte d'Arnim-Heinrichsdorf à Vienne.
-
-On se montre, ici, très préoccupé des destinées de la France et de l'état
-critique qui s'y révèle de plus en plus. M. de Persigny a laissé un
-triste renom. On est satisfait de son successeur, qui a une chétive mine,
-mais qui est poli et sans jactance[2].
-
- [2] Ce successeur fut M. Armand Lefebvre, qui arriva à Berlin le
- 20 novembre 1850 et y demeura jusqu'en février 1852.
-
-Humboldt se porte étonnamment bien, mais sa politique est, à mes yeux,
-moins belle que sa mine.
-
-
-_Berlin, 15 janvier 1851._--Les agitations politiques parisiennes
-préoccupent ici[3], mais cependant l'attention du public est toujours
-principalement tournée vers Dresde d'où il paraît que le baron de
-Manteuffel est revenu de bonne humeur, il y a deux jours. Hier au soir,
-ses salons étaient remplis. J'y ai paru un instant, tout le parti
-conservateur s'étant promis de s'y rendre.
-
- [3] Les sourdes menées bonapartistes amenaient à tout instant des
- conflits, des dissentiments qui entretenaient l'agitation
- publique; à une revue à Satory, Edgar Ney ayant engagé plusieurs
- régiments à crier: «Vive l'Empereur!», le général Changarnier
- avait répondu par un ordre du jour où il défendait à ses troupes
- de faire entendre aucun cri politique. Le général Changarnier fut
- bientôt destitué et, le 3 janvier, le Ministère, ne rencontrant
- ni sympathie ni respect dans la Chambre, donna sa démission.
-
-M. Thiers est aux pieds de Mme de Seebach, disant qu'elle n'est pas
-jolie, mais qu'elle a de l'élégance dans l'esprit. On dit aussi qu'il
-écrit souvent à la Reine des Pays-Bas, et que ces commerces féminins le
-consolent des mécomptes de son ambition.
-
-
-_Berlin, 17 janvier 1851._--J'ai vu hier la Reine, qui était venue de
-Potsdam pour voir la nouvelle chapelle que le Roi a fait construire dans
-le Château, et où on a fait le premier essai de la musique qui y sera
-exécutée demain à la fête des Ordres[4]. Cette chapelle, dans le style
-byzantin, est grande et vraiment très belle; les proportions en sont
-vastes, la coupole surtout imposante. La musique y fait un fort bel
-effet.
-
- [4] Frédéric Ier s'était fait couronner Roi de Prusse le 17
- janvier 1701 et avait institué, le lendemain, l'Ordre de l'Aigle
- noir. Il ordonna que, pour perpétuer le souvenir de son
- couronnement et de la fondation de cet Ordre, cette fête fût
- célébrée chaque année. Cette tradition est pieusement conservée à
- la Cour de Berlin sous le nom de _fête des Ordres_.
-
-La seconde Chambre paraît pousser le Cabinet à la dissolution, en le
-taquinant et l'entravant sans cesse.
-
-La première Chambre est aussi ministérielle que la seconde l'est peu.
-
-
-_Berlin, 19 janvier 1851._--Je vois avec peine qu'en France le gâchis est
-à son comble; c'est le nivellement le plus complet. Pas un nom, pas une
-individualité qui ressorte et qui se détache sur ce fond boueux.
-
-Ma vie ici est sans chocs, sans contrariétés, mais aussi sans grand
-intérêt, et les journées effiloquées par mille petites obligations
-sociales me laissent l'âme assez vide. Il n'y a ni grandes fêtes, ni
-grandes fatigues, mais une mauvaise coupe d'heures, et une série de
-petits devoirs auxquels on ne peut se refuser, qui heurtent ma paresse et
-effarouchent ma sauvagerie, deux dispositions qui vont fort en
-augmentant.
-
-
-_Berlin, 23 janvier 1851._--M. de Radowitz est revenu avant-hier
-d'Angleterre, ce qui fait naître bien des inquiétudes, et aussi bien des
-espérances, et jette, de toutes parts, une certaine agitation dans les
-esprits surtout, le Roi ayant dit tout haut, à table, qu'il l'avait
-appelé auprès de lui.
-
-
-_Berlin, 25 janvier 1851._--Avant-hier, à un grand dîner chez Prokesch,
-le ministre d'Autriche, on m'a assuré qu'à Dresde tout allait bien entre
-la Prusse et l'Autriche, mais que les petites puissances leur donnaient
-beaucoup de fil à retordre. En attendant, il y a tous les jours ici des
-revues pour inspecter les régiments de la Landwehr, qui rentrent dans
-leurs foyers; cependant, le désarmement ne va pas aussi vite que le
-voudrait le ministre des Finances, et que les populations le demandent.
-
-
-_Berlin, 1er février 1851._--J'ai dîné avant-hier à Charlottenburg,
-avec le comte de Sponneck, danois arrivant de Vienne et s'arrêtant ici
-pour y terminer l'interminable question danoise.
-
-Quelqu'un de fort avant dans la haute diplomatie me disait hier que,
-depuis que Schwarzenberg avait écarté Schmerling du Cabinet de Vienne,
-il s'y était grandement fortifié et avait éliminé un dangereux intrigant.
-Ce n'est pas un autrichien qui m'a tenu ce langage.
-
-
-_Berlin, 5 février 1851._--L'Archiduc Léopold est venu, de Hambourg,
-faire une pointe ici. Il y est arrivé hier; je l'ai vu le soir, en petit
-comité, chez le ministre d'Autriche. Il est grand, beau, gai, naturel,
-aimable, avec cette rondeur et cette bonhomie autrichienne qui a de la
-grâce. Il m'a beaucoup plu. Aujourd'hui, il y a parade en son honneur à
-Potsdam, demain ici. Il repartira le 8, je crois, pour son corps d'armée.
-
-
-_Berlin, 7 février 1851._--A la Cour, avant-hier, tout avait fort bel
-air; les femmes en grand habit; le cercle suivi d'un superbe concert
-exécuté dans la grande salle blanche. Le Roi portait le cordon de
-Saint-Étienne, en l'honneur de l'Archiduc.
-
-Hier matin, pour le même objet, grande parade. Le soir, grande soirée
-chez le ministre d'Autriche, où tous les Princes, par exception, se sont
-rendus, sauf le Prince de Prusse.
-
-Le Roi, après la parade d'hier, a porté, lui-même, le grand cordon de
-l'Aigle noir à l'Archiduc. Pendant la parade, il a fait jouer l'air
-national autrichien. Que tout cela est étrange par la rapidité des
-changements de scènes, sans transition! Ce qui est triste, c'est qu'il
-n'y a là aucune garantie contre un changement également rapide en sens
-contraire.
-
-
-_Berlin, 23 février 1851._--Les nouvelles de Dresde ne semblent pas très
-rassurantes; les petites puissances se montrent toujours difficultueuses,
-récalcitrantes; les grandes puissances qui pourraient, qui devraient
-s'entendre pour les soumettre, se combattent par des rivalités hors de
-saison.
-
-La France proteste contre l'incorporation des provinces
-lombardo-vénitiennes; la Prusse veut ravoir Neuchâtel; Mazzini agite
-l'Italie et aiguise partout des poignards; ses émissaires arrivent même
-dans le Nord, et la police prussienne commence à avoir l'éveil sur leur
-présence ici, mais cette police est d'une maladresse proverbiale. Le
-Hanovre se met aussi à faire son petit bout de libéralisme, intempestif,
-incommode, déplorable, et cela parce que le vieux Roi baisse visiblement,
-que son ministre principal est actuellement M. de Münchhausen, qui a des
-tendances pour le parti de Gotha[5] et qui est soutenu par la
-toute-puissance de la comtesse de Grote, dont il est le gendre. Les
-intrigues Bunsen-Cobourg-Gotha brochent sur le tout. Le Prince Albert,
-qui voit son frère sans enfants, vise à l'agrandissement du duché de
-Cobourg et à la formation d'une espèce de royaume de Thuringe pour son
-second fils, et il s'agite, à cet effet, par tout moyen.
-
- [5] L'Assemblée nationale de Francfort ayant complètement échoué
- dans son œuvre, Gagern, qui n'avait pas renoncé à régler les
- affaires de l'Allemagne, invita les députés à se réunir à Gotha
- pour y délibérer sur l'ébauche d'une Constitution, ayant pour
- point de départ la réunion de l'Allemagne sous la prépondérance
- de la Prusse, à l'exclusion de l'Autriche. Cent trente députés
- environ se rendirent à cet appel. Les disputes furent tris vives
- au sein de cette Assemblée, qui fut promptement l'objet des
- attaques et des moqueries du pays. On appelait ses membres _die
- Gothaer_ ou _le parti Gotha_.
-
-La Reine Victoria a invité le Prince et la Princesse de Prusse à venir à
-Londres pendant la fameuse _Exhibition_[6].
-
- [6] La première exposition universelle. C'est le Prince Albert,
- mari de la Reine d'Angleterre, qui en était l'instigateur.
-
-
-_Sagan, 1er mars 1851._--Me voici rentrée dans mon silencieux séjour,
-qui m'a souri à travers le neigeux linceul qui le recouvre. Je m'étais
-couchée tard, avant-hier, à Berlin, ayant été au bal donné par mes amis
-les Radziwill. J'avais eu, à la veille d'un départ, grande envie de m'en
-dispenser, mais ils tenaient à ma présence, surtout au souper, afin de me
-placer à côté du Roi, qu'on prétend que je fais causer, et que je
-divertis plus qu'une autre. Je ne le pense pas, car je me trouve on ne
-saurait moins divertissante, mais enfin j'ai voulu être agréable à de
-bons et excellents amis d'enfance, et je suis restée. A ce bal, le
-ministre Manteuffel est venu dire au Roi qu'il venait de recevoir par
-télégraphe la nouvelle que lord Stanley avait accepté le Ministère, et
-qu'il allait dissoudre la Chambre des Communes. A l'examen, il s'est
-trouvé que cette nouvelle venait, non pas de Londres, mais de Paris, et
-par voie télégraphique il est vrai, mais adressée à une maison de
-commerce; les Westmorland la mettaient donc en doute. La grande affaire
-de l'Europe entière, c'est la retraite de lord Palmerston; si elle ne se
-vérifie pas, on n'aura rien gagné[7].
-
- [7] Le 22 février 1851, le Cabinet de lord John Russell, dont
- lord Palmerston faisait partie, se sentant faible et prévoyant de
- grandes difficultés financières, avait déposé sa démission entre
- les mains de la Reine, au sujet de la discussion du budget. La
- Reine voulut alors confier le Ministère à lord Stanley, mais sur
- les instances du duc de Wellington, elle décida lord J. Russell à
- garder ses fonctions. Le 3 mars suivant, lord J. Russell annonça
- donc, à la Chambre des Communes, que le Ministère whig conservait
- le pouvoir.
-
-
-_Sagan, 7 mars 1851._--Les tristes prévisions que j'entends faire sur
-l'état politique du monde me préoccupent d'autant plus que je voudrais
-fort, du mois de mai prochain en un an, voir la France, l'Allemagne et
-l'Italie se maintenir sans nouvelles explosions. Mais quelle
-outrecuidance que de jeter ses regards et de pousser ses exigences aussi
-loin! Hélas! Possédons-nous seulement le lendemain?
-
-
-_Sagan, 9 mars 1851._--Je vois avec douleur lord Palmerston reprendre sa
-place. Lors même qu'il n'y resterait pas longtemps, il aurait toujours le
-loisir d'y faire du mal, surtout d'en faire au Continent déjà si malade;
-il faut, hélas! si peu de jours pour faire un mal incalculable!
-
-
-_Sagan, 19 mars 1851._--J'ai reçu hier une lettre de Mme Alfred de
-Chabannes qui habite Versailles, mais dont le mari est à Claremont. Elle
-est dévouée à la Maison d'Orléans, mais comme elle est sensée et
-éclairée, elle juge sans aveuglement, et j'ai été frappée de trouver ce
-qui suit dans sa lettre: «Mes amis de Claremont vont dans l'abîme. Quel
-horrible article dans _l'Indépendance belge_, en réponse à la lettre si
-digne du Comte de Chambord[8].
-
- [8] A la suite de la réunion de Wiesbaden, il fut publié, au nom
- du Prince prétendant, un manifeste, signé par M. de Barthélémy,
- où le système de l'appel au consentement de la nation était
- absolument rejeté comme étant la négation du principe de
- l'hérédité monarchique. C'est à cette lettre que _l'Indépendance
- belge_ répondit, le 13 mars 1851, par un article non signé, des
- plus injurieux pour la Royauté.
-
-«Je suis au désespoir. Nos bonnes têtes, les conservateurs habiles,
-passent aux légitimistes, les brouillons, tels que Thiers et autres, aux
-républicains modérés. Ma chère Duchesse d'Orléans sert de prétexte à ces
-derniers; ils la trompent; leur plan est d'avoir Mgr le prince de
-Joinville pour président de la République, et c'est là le vrai but de la
-proposition Creton[9]; c'est l'anguille sous roche que Berryer a devinée.
-Les douleurs de cette pauvre Duchesse d'Orléans sont les miennes; elle
-maigrit, elle change; ils la tueront à force de tracas. Elle va retourner
-à Eisnach; la Reine sa belle-mère se rendra en Belgique; les Aumale et
-Joinville à Naples, les Nemours en Autriche.»
-
- [9] La proposition Creton, relative au rappel des lois d'exil
- contre les Bourbons et les d'Orléans, avait été amenée le 1er
- mars à la Chambre. Ce rappel n'aurait pu être obtenu que par
- l'accord des deux branches qui n'avait pas encore été rendu
- possible. Les légitimistes acceptaient ces lois d'exil, car ils
- étaient désireux de les maintenir pour le compte des orléanistes;
- M. Berryer, au nom de leur parti, proposa d'ajourner la
- proposition Creton au 1er septembre. Toute la Montagne vota
- avec les orléanistes et M. Berryer, avec les légitimistes,
- continua de faire campagne pour le triomphe de l'idée
- monarchique, sans favoriser les menées de l'Élysée.
-
-Dans une lettre que j'ai reçue du marquis de Dalmatie, il me répète à peu
-près les mêmes choses, disant que Thiers, honni, conspué par tous les
-partis, impopulaire partout, n'en reste pas moins le plus actif et le
-plus habile instrument du mal. Il déplore, non moins que ma cousine de
-Chabannes, qu'à Claremont on soit aussi complètement la dupe de Thiers,
-qui règne absolument sur les esprits de cette pauvre famille. Le Marquis
-en revient au reproche qui devient bien général contre la Duchesse
-d'Orléans, celui de ne faire que de la politique personnelle; répétant
-qu'elle ne voudra jamais de la fusion, qu'elle se complaît dans le rôle
-de chef de parti, rôle que la fusion ferait cesser. Quant à ses
-beaux-frères, M. Guizot dit d'eux que ce sont d'excellents
-fonctionnaires, mais pas des Princes. Les légitimistes, ajoute le
-Marquis, qui avaient fait de grandes avances, qui se berçaient de
-l'espoir de toucher à la fusion, ont été tout à coup réveillés de leur
-rêve, quand on est venu leur demander, un peu trop naïvement, de jouer le
-rôle de dupes, et, après leur avoir refusé toute garantie, leur dire:
-«Remettez-vous-en à la loyauté de M. Thiers», qui, au même moment, était
-en intrigue avec la Montagne. La bonhomie des légitimistes ne pouvait
-aller jusque-là. Thiers a alors fait croire à Claremont que les
-légitimistes s'étaient indignement conduits et que l'honneur exigeait que
-les Princes d'Orléans rompissent tous les fils avec Frohsdorf; ils ont
-donné dans le panneau, et leurs dernières lettres détruisent toute
-espérance de fusion. Ils s'enveloppent, disent-ils, dans leur dignité, et
-ils congédient leurs troupes.
-
-Pour cela, il n'ont pas grand'chose à faire.
-
-
-_Sagan, 21 mars 1851._--J'ai reçu une lettre de M. Molé, la plus
-coquette, la plus cajolante, la plus complimenteuse, la plus flatteuse,
-la plus tendre, la plus admiratrice qui se puisse imaginer. C'est à
-l'occasion du mariage de sa petite-fille, Mlle de Champlâtreux, avec le
-fils aîné du duc de Noailles, qu'il rompt un long silence, disons mieux,
-un profond oubli. Il y a deux pages sur ce mariage, une sur la politique,
-une autre tout imprégnée des échos du passé, de sa jeunesse, de la
-mienne, _quoiqu'elles ne se soient jamais confondues_, mais elles se sont
-envisagées, elles ont suivi deux routes parallèles, qui, par cela même
-n'ont pu se toucher, en étant, cependant, bien rapprochées.
-
-
-_Sagan, 14 avril 1851._--Les gazettes apportent aujourd'hui la nomination
-du nouveau Ministère français, et, en même temps, je trouve dans
-_l'Indépendance belge_ un long article à la louange de l'énergie et de
-l'habileté du nouveau Ministre de l'intérieur, M. Léon Faucher, qui
-serait, dit-on, l'âme et le véritable chef du nouveau Cabinet. Si telle
-est, en effet, l'importance du personnage, il faut espérer qu'une main
-ferme arrêtera, momentanément du moins, le torrent socialiste, et qu'il y
-aura sursis aux explosions jusqu'en 1852[10].
-
- [10] Le Cabinet français du 14 avril était ainsi composé: M.
- Baroche aux Affaires étrangères; M. de Chasseloup-Laubat à la
- Marine; M. Léon Faucher à l'Intérieur; M. Rouher à la Justice; M.
- Buffet à l'Agriculture et au Commerce; M. de Crouseilhes à
- l'Instruction publique; M. Fould aux Finances; le maréchal Randon
- à la Guerre.
-
-
-_Sagan, 16 avril 1851._--J'ai reçu, hier, plusieurs lettres de Paris,
-une, entre autres, de M. de Barante, qui représente la France comme fort
-malade, à la vérité, mais qui ne croit à aucune explosion prochaine, et
-qui semble ne prévoir de conflit sérieux que pour 1852. Il ajoute que
-c'est l'opinion des faiseurs de toutes les nuances; mais les faiseurs
-sont sujets à illusion, preuve le 24 février 1848.
-
-_L'Indépendance belge_ continue à prôner les mesures énergiques prises
-dès le début par M. Léon Faucher contre les socialistes. Dieu veuille
-qu'elles soient efficaces!
-
-
-_Sagan, 20 avril 1851. Jour de Pâques._--Un beau soleil éclaire la fête
-de la Résurrection. Que ne peut-il rajeunir ce vieux monde politique,
-comme il ravive la nature! Car, quant à l'âme, il ne dépend que d'elle de
-se raviver et de s'embellir; il lui faut, à la vérité, plus d'un effort
-pour y parvenir; souvent une santé éprouvée suffit pour paralyser la
-meilleure volonté; je m'en aperçois sans cesse à moi-même, qui, depuis
-deux jours spécialement, suis reprise d'à peu près toutes mes misères de
-l'année passée. Mon voyage de France pèse sur moi; pourtant, il faut y
-avoir été une dernière fois avant de mourir. La première communion de ma
-petite-fille Marie[11] est une circonstance spéciale. Je voudrais parler
-à mes hommes d'affaires, voir mes petits-enfants que je ne connais, ou
-pas du tout, ou que peu, visiter le tombeau de mon oncle[12] avant de
-prendre place dans le mien, serrer la main de deux ou trois personnes qui
-m'ont conservé bon souvenir, et puis en avoir fini. Mais je m'arrête, je
-suis en sombre disposition.
-
- [11]: Marie de Castellane.
-
- [12]: Le prince de Talleyrand à Valençay.
-
-
-_Sagan, 6 mai 1851._--Je n'entreprendrai pas mon voyage _in good
-condition_ ni _in good spirits_. Je ne sais trop où je vais, je me
-sentirai seule et _destitude_[13]. Comme ce n'est ni par légèreté, ni par
-goût de changement ou futilité, mais bien pour accomplir un devoir de
-haute convenance, que je m'engage dans cette route, je veux espérer
-qu'elle ne me sera pas fatale.
-
- [13]: De l'anglais: ni avec entrain, ni en bonne humeur: je me
- sentirai seule et délaissée.
-
-Voilà la correspondance Mirabeau-La Marck livrée au public[14]. Je suis
-on ne saurait plus curieuse du livre et des articles qu'il provoquera
-dans les journaux et revues.
-
- [14] Le comte de La Marck ayant légué sa correspondance avec
- Mirabeau à M. de Bacourt, celui-ci la publia en 1851, en la
- faisant précéder d'une préface historique qui fut assez
- remarquée.
-
-
-_Hanovre, 15 mai 1851._--J'ai fait tout ce que je m'étais proposé de
-faire à Berlin et à Potsdam, où l'indisposition de la Reine et le voyage
-à Varsovie occupaient tous les esprits[15]. Il est question d'une visite
-de l'Empereur de Russie à Olmütz, d'y réunir les trois potentats du Nord.
-On espère les Majestés russes à Berlin, pour l'inauguration, fixée au 31
-mai prochain, du beau monument de Frédéric le Grand[16]. Ici, à Hanovre,
-on est redevenu fort prussien, depuis la course que le vieux Roi a faite
-à Schwerin et à Charlottenburg.
-
- [15] Le 17 mai, le Roi de Prusse se rendit à Varsovie, où il se
- rencontra avec l'Empereur et l'Impératrice de Russie. Le 26, les
- deux souverains partirent ensemble jusqu'à Oderberg; le Roi se
- dirigea alors sur Breslau, tandis que l'Empereur Nicolas allait à
- Olmütz, où il conféra avec l'Empereur d'Autriche. C'est là que M.
- de Manteuffel, qui venait de remplacer M. de Radowitz comme
- premier ministre, se rendit pour déclarer au prince Schwarzenberg
- que la Prusse accordait à l'Autriche la présidence de la Diète
- germanique de Francfort, humiliation qui amena Sadowa quinze ans
- plus tard.
-
- [16] Les Majestés russes n'assistèrent pas à cette inauguration.
-
-
-_Bruxelles, 16 mai 1851._--Arrivée hier soir ici, je viens de recevoir
-une très gracieuse lettre de la Reine Marie-Amélie, qui m'annonce que le
-Roi Léopold, voulant profiter aussi de ma présence, m'engage à dîner
-demain à Laeken, mais que je devrais arriver une heure avant, pour
-qu'elle puisse me voir seule.
-
-J'irai dans la matinée, aujourd'hui, voir les Metternich.
-
-_Paris, 19 mai 1851._--Me voici dans Babylone. J'y suis arrivée hier à
-cinq heures du soir. A Laeken, j'ai été touchée de l'accueil qui m'a été
-fait par belle-mère et gendre; mais j'ai été effrayée du changement du
-prince de Joinville, complètement sourd, courbé, voûté, grisonnant,
-abattu, silencieux, sauvage. Il me semble que si on le voyait ainsi en
-France, il n'y paraîtrait redoutable à personne.
-
-
-_Paris, 23 mai 1851._--Je voudrais pouvoir écrire longuement, mais on
-sait ce que c'est qu'un vol à travers Paris. J'y suis traquée, abîmée, et
-cependant je ne le quitterai que le 31, et cela sur le désir de l'évêque
-d'Orléans[17], que j'ai vu longuement hier. Il veut faire route avec
-Pauline et moi; il veut me montrer lui-même l'établissement de la
-Chapelle[18] où sont mes petits-fils; il veut que je dîne à l'Évêché;
-bref, il veut de si bonne grâce qu'il n'y a pas moyen de s'y refuser sans
-en avoir une très mauvaise.
-
- [17] Mgr Dupanloup.
-
- [18] Les évêques d'Orléans possèdent, à quelques kilomètres de la
- ville épiscopale, une jolie maison de campagne au bord de la
- Loire et près du petit bourg de la Chapelle Saint-Mesmin. Ils y
- ont établi un petit séminaire. L'abbé Dupanloup, quand il prit
- possession de l'évêché d'Orléans, s'occupa beaucoup de cet
- établissement d'éducation, et réussit à y élever les études à un
- point remarquable.
-
-J'ai fait la connaissance de M. de Falloux, qui a parfaitement répondu à
-l'idée que je m'en étais faite, et c'est une chose qui, en bien ou en
-mal, se rencontre fort rarement. J'ai vu bien d'autre monde encore; mais
-l'intérêt qu'offre la curiosité satisfaite me manque complètement, car je
-n'ai plus aucune curiosité, du moins celle des personnes, et le temps me
-manque pour satisfaire celle des choses. J'ai été cependant avec la
-maréchale d'Albuféra assister à une représentation d'_Adrienne
-Lecouvreur_ à la Comédie-Française, mais cela m'a fait veiller, car tout
-se passe bien tardivement ici; on y dîne aussi très tard, et cela ne me
-va pas du tout.
-
-Je n'ai point encore vu la princesse de Lieven, malgré deux essais
-réciproques; mais il me faudra aujourd'hui passer sous les fourches
-caudines.
-
-
-_Paris, 25 mai 1851._--L'horizon politique s'obscurcit sur nouveaux
-frais. Les _Burgraves_ croient à des éruptions volcaniques pour le mois
-de juin. Est-ce du 15 au 20, ou du 20 au 30 que la bombe éclatera? Voilà
-où on en est.
-
-Une espèce de Jacquerie a commencé en Berry aux environs du château du
-duc de Mortemart[19]. On y met le Château en état de défense.
-
- [19] A Meillan, dans le Cher.
-
-
-_Paris, 27 mai 1851._--M. de Falloux viendra assister à Marmoutiers à la
-première Communion de Marie[20]. Il paraît qu'il m'a prise à gré; c'est
-on ne saurait plus réciproque. Je lui sais d'ailleurs bien bon gré de
-m'avoir offert quelqu'un à _estimer au complet_. Lui, l'Évêque et le cher
-Chatelain sont ici les êtres avec lesquels je me plais, sans oublier
-cependant le doux et aimable Barante.
-
- [20] Marie de Castellane fit sa première Communion le 22 juin
- 1851 dans le couvent des Dames du Sacré-Cœur, établi à deux
- kilomètres de Tours, dans l'ancienne abbaye des Bénédictins,
- fondée en 371 par saint Martin, évêque de Tours.
-
-
-_Paris, 31 mai 1851._--Hier, à dîner, chez M. Molé, on parlait de votre
-livre[21], dont, en tout, on parle beaucoup, pour louer le rôle que vous
-avez dans cette publication, ainsi que la manière dont vous l'avez saisi
-et rempli. Celui que vous donnez à M. d'Arenberg et le jour sous lequel
-vous l'avez placé l'ont fort grandi aux yeux de tous. Quant à Mirabeau,
-il me semble diminué, amoindri dans l'opinion qu'on avait de ses
-ressources d'habileté, sans se relever du mépris qu'inspirait son
-caractère.
-
- [21] Extrait de lettre. La correspondance Mirabeau-La Marcq
- venait d'être livrée au public par M. de Bacourt.
-
-J'ai dîné avant-hier chez Mme de Lieven. J'ai eu la satisfaction qu'elle
-m'a trouvée stupide et qu'elle me l'a dit assez clairement pour me faire
-espérer qu'elle le dirait et répéterait dans ses _lettres vertes_, si
-fort en circulation dans toute l'Europe[22]. Du reste, tout s'est passé
-très poliment entre nous. Seulement, elle a voulu me _produire_ à son
-_Club_ du dimanche[23], à quoi je me suis absolument refusée, mais sous
-des prétextes plausibles et qui n'avaient rien de désobligeant.
-
- [22] Mme de Lieven, qui souffrait des yeux, avait adopté pour
- écrire un papier vert qui frappait plus dans un temps où ce genre
- était à peu près inconnu.
-
- [23] A Paris, la Princesse recevait tous les dimanches soirs.
-
-Je pars ce soir. Je passerai la journée de demain à Orléans, et
-après-demain j'irai à Valençay.
-
-
-_Valençay, 3 juin 1851._--Je me sens fort tristement émue ici, par ce qui
-est resté, par ce qui a été déplacé, par les ressemblances, par les
-différences...
-
-
-_Valençay, 5 juin 1851._--Mme de Hatzfeldt est arrivée ici seule[24], son
-mari ayant été retenu à Paris par l'intempestive éloquence du Président
-au banquet de Dijon. A cette occasion, on m'écrit de Paris ce qui suit:
-«L'incartade du Président à Dijon assombrit encore notre horizon. Elle
-remet tout en question et la discorde éclate plus violente que jamais. La
-dégradation du gouvernement, obligé de nier et de se rétracter, est à son
-comble et ne profite cependant à personne. Je ne crois pas la
-tranquillité matérielle en jeu pour le moment, mais le chaos de 1852,
-l'œil seul de Dieu peut le percer.»
-
- [24] Mlle Pauline de Castellane, fille du Maréchal, avait épousé
- le comte de Hatzfeldt, ministre de Prusse à Paris. Devenue veuve,
- elle épousa en secondes noces, en 1851, le duc de Valençay, fils
- aîné de l'auteur de la _Chronique_.
-
-
-_Rochecotte, 14 juin 1851._--Je suis arrivée ici hier dans la soirée, ce
-qui n'a pas laissé de m'émouvoir. On inflige de grands supplices, soit au
-cœur, soit à la conscience, par cette vie rétrospective que je mène
-depuis près d'un mois; je veux espérer qu'elle est salutaire à l'âme.
-
-
-_Le Mans, 20 juin 1851._--M. de Falloux est arrivé avant-hier à
-Rochecotte. Il nous a apporté les lettres familières du comte Joseph de
-Maistre, qui viennent de paraître, et nous en a lu quelques-unes, qui
-sont dignes de ce grand penseur et de cet écrivain si original.
-
-Les deux premiers volumes de l'_Histoire de la Convention_ par Barante se
-publient ces jours-ci. Il est heureux que cette terrible époque soit
-traitée par un _honnête_ homme.
-
-
-_Paris, 27 juin 1851._--Je pars demain pour Bruxelles; je serai, Dieu
-aidant, à Bade le 1er juillet.
-
-
- Il y eut ici une interruption dans la correspondance, qui ne
- reprit qu'après le séjour de Bade.
-
-
-_Wurtzburg, 11 août 1851._--Nous sommes arrivées ici sans encombre. Hier
-au soir, nous nous sommes fait conduire au vieux Château de Heidelberg.
-Le soleil s'est couché pittoresquement derrière les ruines; l'air, la
-couleur, le paysage, tout était beau.
-
-Aujourd'hui, j'ai beaucoup lu: j'ai fini les deux volumes de M. de
-Maistre; je les ai lus crayon en main. Il se trouve dans cette
-correspondance des lettres de M. de Bonald que je préfère à celles de M.
-de Maistre; aussi élevées, elles sont plus simples, plus serrées, et plus
-_françaises_ en fait de style. Cependant, je suis assez sous le charme de
-M. de Maistre, quand il est sérieux; je ne l'aime guère quand il
-plaisante, quoique l'esprit ne manque jamais, seulement ses ailes ont
-quelquefois du plomb dans leurs plumes. M. de Maistre, le fils, a eu une
-heureuse et _vengeresse_ idée en publiant les lettres de l'abbé de
-Lamennais et de M. de Lamartine adressées à son père, et qui, par la
-différence du point de départ, font encore mieux ressortir l'infamie du
-point d'arrivée.
-
-
-_Bamberg, 17 août 1851._--Les journaux qui nous ont été prêtés ici à
-l'auberge disent que décidément le prince de Joinville accepte toutes les
-candidatures: députation, présidence, tout lui convient; il se prête à
-tout. Il ne manquait que cet abaissement de plus pour assurer le progrès
-des rouges, car les légitimistes, auxquels à Claremont on a refusé la
-fusion, préféreront voter pour les candidats de la Montagne, à voir
-revenir un Orléans sans un Bourbon, et les bonapartistes en feront
-autant. Il paraît qu'un manifeste fort travaillé du prince de Joinville
-va être lancé dans le public. En attendant que je le lise, j'ai lu
-aujourd'hui le petit volume de la comtesse Hahn, intitulé _De Babylone à
-Jérusalem_. Il est intéressant, surtout pour qui connaît ses précédents
-ouvrages, pour qui la connaît elle-même. Il est d'ailleurs intéressant
-pour la foi; il est écrit avec verve et talent; il répond aux objections
-courantes des gens du monde ignorants contre le catholicisme; mais je ne
-suis pas bien sûre que sa conversion, du reste fort sincère, lui ait fait
-rencontrer en chemin l'_humilité_; je serais un peu tentée d'en douter;
-il faut bien qu'elle parle d'elle puisqu'il s'agit de son voyage
-spirituel, mais il y a façon de le faire; puis, tout en abjurant tous ses
-écrits précédents, tout en répétant qu'elle n'en sait plus une ligne,
-qu'elle a tout oublié, elle se cite elle-même sans cesse... Ce petit
-livre peut avoir une utilité réelle pour les autres; c'est donc une
-œuvre méritoire; mais lui sera-t-il utile à elle? Il me semble que si
-j'étais son confesseur, je dirais que non; mais, comme je n'ai point ce
-difficile honneur, je n'ai point à me faire une opinion à cet égard.
-
-
-_Taunenfeld, près Lœbichau, 20 août 1851._--J'écris d'un pavillon, à une
-lieue de Lœbichau, que j'ai habité dans mon enfance, qui m'appartenait,
-dont la situation est fraîche et jolie, et où ma sœur s'est établie
-pendant qu'elle fait faire des réparations urgentes à Lœbichau. Je vais
-aller tout à l'heure, dans la partie sombre du parc, où un tertre de
-gazon sans clôture et une croix de fer indiquent le lieu de repos de
-notre mère et de notre sœur Pauline[25]. Je n'aime pas cette façon
-presque païenne, du moins peu catholique, de déposer des restes chéris.
-Encore est-il trop heureux que la croix s'y trouve! Mais ce bois ouvert,
-ces allées tournantes, ces massifs de fleurs jardinières, tout cela m'est
-parfaitement antipathique. J'aime une certaine austérité recueillie (qui
-n'ait rien de trop lugubre) pour les tombeaux; mais, avant tout, une
-défense sûre contre toute profanation, une barrière qu'il faille ouvrir,
-un verrou à tirer, une cloche à sonner. Ce n'est pas le hasard d'une
-promenade, peut-être joyeuse, qui doit nous conduire auprès de ceux qui
-nous ont quittés pour nous attendre ailleurs. Il faut savoir qu'on va à
-eux, il faut le vouloir, et y arriver dans une certaine disposition de
-l'esprit, du cœur, de l'âme...
-
- [25] La duchesse de Courlande et la princesse de Hohenzollern.
-
-J'ai reçu une lettre de Paris, de ma cousine Mme Alfred de Chabannes,
-dans laquelle il y a le passage suivant:
-
-«Ici, la situation politique devient _honteuse_ pour ma couleur. La
-candidature du prince de Joinville a reçu son adhésion, s'appuyant sur
-les républicains avancés. Je doute qu'on sache le fond de cette intrigue
-à Claremont; même, j'en suis sûre, le _Journal des Débats_ qui nous était
-favorable ne suivra pas cette ligne désastreuse. Si, du moins, Mme la
-Duchesse d'Orléans voulait comprendre tout ce qui se passe, et qu'elle
-restât en Allemagne au lieu de n'y faire qu'une course. Thiers est au
-fond de toute cette détestable intrigue; il joue la Princesse et cela
-depuis longtemps. Il jouera de même le prince de Joinville, pour
-consolider la République à son profit personnel. Il est bien douloureux
-de voir ceux qu'on aime lancés à pleines voiles sur une semblable mer,
-celle des révolutions. J'en suis au désespoir.»
-
-
-_Sagan, 8 septembre 1851._--J'attends aujourd'hui le Roi pour dîner, et
-demain dans l'après-midi, il continuera sa route. Heureusement que la
-pluie diluvienne d'hier a cessé et que, pour l'instant, le soleil luit et
-le ciel est pur.
-
-
-_Sagan, 10 septembre 1851._--Le temps n'est pas beau ici; cependant, il
-n'est pas tombé une goutte de pluie pendant le temps que le Roi a bien
-voulu y rester. Seulement, s'il faisait clair, il faisait froid. Mais
-cela n'a pas empêché le Roi de vouloir se promener à pied, en phaéton, de
-vouloir tout regarder, de s'amuser des progrès qu'il remarque entre
-chacun de ses voyages. Il était de la meilleure humeur du monde, content
-de tout, gracieux, en train, drôle; bref, tout à fait entraînant comme il
-sait l'être; pour moi, plus affectueux que jamais. En m'embrassant à
-l'adieu, il a passé à mon bras un petit bracelet fort simple et d'autant
-meilleur goût, sur lequel se trouve gravé: _Donné par l'amitié_. Un petit
-médaillon s'y trouve accroché, contenant, sous de l'émail bleu, des
-cheveux de la Reine. Quel dommage que cet aimable homme soit... Roi!
-
-Il avait dans sa suite, très nombreuse, un officier autrichien, le baron
-de Hammerstein, qui lui avait été assigné pour l'accompagner dans les
-États autrichiens et auquel il a fait la politesse de l'inviter à le
-suivre jusqu'à Berlin.
-
-J'ai lieu de croire que le Roi a été content de son passage par
-l'Autriche, et que la satisfaction a été réciproque à l'entrevue
-d'Ischl[26].
-
- [26] Le Roi et la Reine de Prusse étaient arrivés à Ischl le 31
- août et s'y étaient rencontrés avec l'Empereur d'Autriche. Le
- prince Schwarzenberg et M. de Manteuffel assistèrent à cette
- entrevue.
-
-
-_Sagan, 20 septembre 1851._--Voilà la duchesse de Maillé morte; voilà la
-vicomtesse de Noailles morte. Ces deux dames n'avaient que quelques
-années de plus que moi. Toutes deux bien douées, encore à l'âge où l'on
-peut se croire un certain sursis; l'une portant avec courage de grands
-désastres, l'autre jouissant d'une très belle existence. Rien n'y fait,
-rien n'abrite le bonheur, ni l'infortune; si j'avais quelque chose à
-apprendre sur ce grave chapitre, ces deux événements me frapperaient
-encore plus, mais, en vérité, _je suis bien habile sur le néant_.
-Disons-nous, au milieu de tout ce qui périt et de cette banqueroute
-absolue qui est la vie, que l'affection, celle que nous ressentons
-nous-mêmes, encore plus que celle que nous pouvons inspirer, est un bien,
-un trésor, qu'il nous est accordé d'emporter dans le grand _par-delà_.
-Quoi de plus beau, en effet, que de se sentir encore, au couchant de la
-vie, la faculté d'aimer, de croire et par conséquent d'espérer.
-
-
-_Sagan, 1er octobre 1851._--Non, je ne crois pas que l'âme la mieux
-préparée, la plus détachée des choses d'ici-bas, soit pour cela obligée
-d'éteindre tous les besoins du cœur. Je crois au contraire que rien
-n'est plus doux, plus tendre, plus dévoué que l'âme détachée, parce
-qu'elle ne doit être détachée que de l'égoïsme personnel; par conséquent,
-elle doit se faire toute à tous, aimer mieux, aimer avec une abnégation
-plus parfaite.
-
-Sainte Thérèse dit que la grande punition infligée à Lucifer était de ne
-plus pouvoir aimer. Il y a des dévots secs, arides, impitoyables,
-orgueilleux; ou bien il y a des ascétiques qui, ermites dans une grotte
-sauvage, ont rompu tout commerce avec les hommes. Mais ces ermites
-eux-mêmes se sont mis à aimer les oiseaux, à nourrir les hôtes des bois,
-à aimer la nature et les créatures ailées ou sauvages, et à les
-apprivoiser, tant l'homme a besoin d'aimer. Nous ne serons jamais des
-dévots desséchés, ni des habitants du désert. Nous serons tout simplement
-des chrétiens dociles, humbles, ne craignant pas la mort, résignés à
-vivre, aimant ceux qui sont doux et honorables à aimer, et attendant en
-charité, paix et confiance que Dieu nous appelle et nous juge dans sa
-miséricorde. C'est là, je crois, le vrai travail chrétien. Le
-_desséchement_ est un piège du démon; _le détachement de soi et non pas
-des autres_, c'est là l'œuvre de Dieu.
-
-Voilà mon petit traité. A mon sens, on peut parvenir à résoudre le
-problème sans arriver à la démence de Pascal. Cruelle solution qu'un Dieu
-de bonté et d'équité ne saurait préparer à notre faiblesse!
-
-
-_Sagan, 7 octobre 1851._--Le duc de Noailles finit une lettre, en réponse
-à mon compliment de condoléance sur la mort de la Vicomtesse, par ces
-mots: «Tout le monde ici est triste, l'Élysée est triste, les
-fusionnistes et les légitimistes sont tristes, les orléanistes ne sont
-pas gais; la confusion est au comble, les divisions sans bornes et la
-prévision impossible.»
-
-J'ai reçu hier la visite d'une belle dame, ou, du moins, d'une jadis
-belle dame parisienne, légitimiste de tout temps, enfin, de la marquise
-de La Roche-Lambert, née de Bruges, tante d'un des élèves de notre
-collège de Sagan. Elle revenait de Frohsdorf et retournait en France.
-Elle a voulu voir son neveu en passant et a cru devoir me remercier de
-l'intérêt que j'ai témoigné à cet enfant. Elle a déjeuné chez moi. Une de
-ses raisons, m'a-t-elle dit, pour demander à me voir, a été de me
-rapporter des paroles de Mme la Dauphine. Celle-ci lui ayant demandé
-quelle route elle prendrait pour retourner en France, Mme de La
-Roche-Lambert lui a répondu qu'elle passerait par Sagan embrasser son
-neveu et qu'elle me verrait en passant. Sur cela, Mme la Dauphine aurait
-répondu: «Ah! Dorothée. J'ai toujours eu du faible pour elle, car je l'ai
-connue bien jeune à Mittau, avant son mariage. Dites-lui que je me
-souviens d'elle, avec intérêt.» J'avoue que j'ai été fort touchée, mais
-fort étonnée de ces paroles, qui, du reste, me sont fort précieuses. M.
-de Falloux et le duc de Noailles m'avaient, à la vérité, répété que
-j'étais en fort bonne odeur à Frohsdorf, mais je pensais que c'était tout
-au plus chez la seconde génération.
-
-
-_Berlin, 13 octobre 1851._--Je suis arrivée avant-hier soir ici. Hier,
-j'ai fait ma cour à Mme la Princesse de Prusse. J'ai vu Humboldt,
-Prokesch et d'autres encore. De nouvelles, je n'en entends pas. Je crois
-qu'il n'y a rien à savoir pour le moment. On dit M. de Manteuffel
-s'affermissant dans le pays et auprès du Roi, content des différentes
-Diètes provinciales; mais à tout prendre, on sommeille. Espérons que ce
-sommeil est un véritable repos d'où ressortiront le calme et l'équilibre.
-Cela dépend de la France: je vois tous les regards se porter vers elle
-avec anxiété.
-
-
-_Sagan, 20 octobre 1851._--Me voici rentrée depuis hier dans ma cellule.
-J'ai eu très froid en route, mais le ciel était pur, et le soleil
-reflétait ces joyeux rayons sur ces teintes chaudes et variées de
-l'automne, qui me plaisent tout particulièrement. Je vais maintenant me
-caser ici pour de bon. Je n'ai plus de courses à faire; je ne m'attends
-plus à des visites dans cette saison avancée; je vais me mettre à lire, à
-peindre, à broder, à écrire, à gouverner ma maison et mes établissements
-de charité, à faire planter, bref, à remplir mes journées le moins mal
-possible, c'est-à-dire le plus utilement pour mon âme et pour le
-bien-être de mes entours.
-
-
-_Sagan, 24 octobre 1851._--La mort de Mme la Dauphine[27] est un
-événement qui ne saurait passer inaperçu. Les grandes infortunes,
-toujours portées avec la plus noble et la plus simple dignité, lui
-assignent une place tout à part dans notre déplorable histoire
-contemporaine. Il ne lui a manqué qu'un peu de charme et de grâce, pour
-la mettre au-dessus des plus grandes victimes de tous les siècles.
-
- [27] La duchesse d'Angoulême était morte à Frohsdorf le 19
- octobre 1851.
-
-
-_Sagan, 5 novembre 1851._--Le Roi de Hanovre est au plus mal. Cette mort
-ne sera pas un petit événement à travers les difficultés allemandes, ce
-fils aveugle et les intrigues anglaises.
-
-
-_Sagan, 12 novembre 1851._--Il me revient qu'on est très blessé à
-Frohsdorf: 1º de la brièveté du deuil pris à Claremont pour Mme la
-Dauphine; 2º de ce qu'on n'ait pas écrit au Comte de Chambord, à
-l'occasion de la mort de son illustre tante, à lui qui avait écrit lors
-de la mort de Louis-Philippe; 3º de ce qu'on s'est borné à un message
-verbal de condoléance, confié au duc de Montmorency, sans même le charger
-d'aller à Frohsdorf, mais seulement de le transmettre à quelque chef
-légitimiste présent à Paris. J'avoue que je ne puis blâmer le
-ressentiment que l'on éprouve de cette façon si peu sympathique, si peu
-respectueuse envers le malheur des _aînés_.
-
-
-_Sagan, 14 novembre 1851._--J'ai achevé hier la lecture des _Souvenirs_
-du chancelier de Müller, de Weimar. C'est celui dont M. de Talleyrand
-parle dans son morceau sur l'entrevue d'Erfurt. Dans ces _Souvenirs_, il
-est sans cesse question de mon oncle, avec une grande vérité de détails
-et une justice rare qui m'a fait plaisir. Le tout est un petit volume pas
-du tout difficile à comprendre, simplement écrit, bien pensé, clairement
-exprimé, et donnant un tableau parfaitement exact de l'Allemagne sous
-l'Empire. Ce M. de Müller n'a rien de commun avec l'historien Jean de
-Müller.
-
-
-_Sagan, 16 novembre 1851._--Le Roi de Hanovre s'éteindra sous peu, s'il
-ne l'est déjà. On se querellera sur la tutelle. Ce sera un point en
-litige de plus, du provisoire en herbe, vice inhérent à un siècle tout à
-la fois paresseux et inquiet[28]. Et la France? si ardente et si molle,
-si agitée et si insouciante? Contrastes merveilleux et déplorables que ne
-simplifieront pas messieurs les Burgraves. Ils me font l'effet de momies
-en service extraordinaire[29].
-
- [28] Il n'y eut ni régence ni tutelle en Hanovre, Georges V
- succéda à son père malgré sa cécité, le Roi Ernest-Auguste ayant,
- dès 1843, tranché la question, en établissant que les actes
- présentés à la signature du futur monarque seraient lus en
- présence de douze témoins et contresignés par le secrétaire de ce
- comité.
-
- [29] On appelait du nom de _Burgraves_ quelques politiques
- rétrogrades, membres de la Commission de l'Assemblée législative
- chargée de préparer la loi du suffrage restreint, dite loi du 31
- mai. La plupart étaient des chefs d'anciens partis monarchiques
- comme Thiers, Molé, Broglie. Les républicains les regardaient
- comme des politiques usés et impuissants.
-
-
-_Sagan, 17 novembre 1851._--Je nie que ce que vous appelez[30] _ma haute
-raison_ n'ait pas besoin des enseignements de la mort. Qui de nous peut
-se croire assez détaché pour n'en avoir nul besoin? Pour ma part, j'en
-suis fort nécessiteuse au contraire, et j'espère que ma pauvre âme en
-tirera profit. Toutes les lectures, les méditations n'approchent pas,
-dans l'impression qu'elles produisent, du spectacle réel. Il est bien
-grave et plein de révélations. D'ailleurs, je ne me fais aucune illusion
-sur l'état de ma santé, et je la crois assez profondément ébranlée pour,
-peu à peu, _chausser mes sandales_. C'est un bon emploi de solitude. J'ai
-trouvé, il y a quelque temps, dans le prophète Osée, un passage que je
-pourrais à bon droit fixer sur la porte de cette maison-ci: «Je l'ai
-conduit dans la solitude, et là lui ai parlé au cœur.»
-
- [30] Extrait de lettre.
-
-Je suis enchantée que Mgr Dupanloup veuille vous faire voir ses matériaux
-sur M. de Talleyrand[31]. Je crois que plus on fouillera, plus on
-recueillera sur son compte, et plus on découvrira de contrastes. Telle
-est la condition de presque tous les hommes qui, avec une bonne nature et
-des facultés distinguées, ont été jetés dans un monde corrompu, _dans une
-position fausse_, et dans les orages révolutionnaires. L'essentiel est de
-montrer l'excellent de la nature primitive, et, tout en reconnaissant les
-graves erreurs, de prouver qu'elles n'ont jamais été jusqu'à la
-_cruauté_ ni jusqu'à la _bassesse_. Quelque distrait que soit le public
-par les grands tremblements de terre actuels, il reviendra un temps où la
-curiosité, l'intérêt se réveilleront pour un passé plein d'enseignements.
-On y cherchera la vérité. Elle est si souvent dénaturée, si difficile à
-retrouver que ceux qui travaillent à la dégager de ses nuages seront des
-bienfaiteurs de l'avenir.
-
- [31] Intéressé par le caractère si complexe de M. de Talleyrand,
- qu'il avait pu suivre de près, l'abbé Dupanloup, devenu évêque
- d'Orléans, avait passé de longues années à recueillir une série
- d'actes publics ou privés, concernant les diverses périodes de la
- vie du Prince. Cette collection de lettres et de documents forme
- quatorze volumes: Mgr Dupanloup y a joint un récit des derniers
- moments du Prince de Talleyrand dont il a été déjà question dans
- le deuxième volume de la _Chronique_. Tous ces papiers et
- manuscrits se trouvent à l'heure actuelle dans la possession de
- M. Bernard de Lacombe, Mgr Dupanloup les ayant légués à son père,
- M. Hilaire de Lacombe.
-
-
-_Sagan, 1er décembre 1851._--Nous voici au début du dernier mois d'une
-année, qui, à travers plus d'une épreuve, sera peut-être regrettable en
-comparaison de cette date 1852 qui semble devoir résoudre bien des
-problèmes. Ces solutions seront-elles _lumineuses_? je ne le crois pas;
-_sanglantes_? j'en doute; _boueuses_? je voudrais presque en répondre. Si
-telle est la destinée politique de la vieille Europe, tâchons du moins
-que, dans la vie intime, tout soit clarté, douceur, paix et confiance;
-cela peut se conserver à travers tous les orages, toutes les
-catastrophes, et c'est à cela qu'il faut s'attacher avec persévérance et
-fermeté.
-
-
-_Sagan, 4 décembre 1851._--Les nouvelles télégraphiques de Paris me
-jettent depuis hier dans une grande agitation[32]. Je ne m'étendrai pas
-ici sur les réflexions, prévisions, qui se pressent en foule dans
-l'esprit de tous à de pareilles extrémités. L'année 1851 n'a pas voulu
-laisser à son héritière le soin de justifier les prédictions qui s'y
-attachaient; elle s'est chargée de la déflorer.
-
- [32] Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le Prince Louis
- Bonaparte, ayant fait garder à vue le président de l'Assemblée,
- avait fait arrêter les principaux chefs des partis républicain et
- monarchistes, puis, par deux proclamations, déclaré l'Assemblée
- dissoute et le suffrage universel rétabli. Il procéda ensuite à
- un plébiscite qui lui donna la Présidence pour dix ans. La force
- armée et les commissions mixtes ayant fait justice des
- récalcitrants, ce coup d'État, préparé avec l'énergique concours
- de M. de Morny, du général de Saint-Arnaud et du préfet de
- police, M. de Maupas, triompha de toutes les résistances.
-
-
-_Sagan, 6 décembre 1851._--Les projets me semblent plus jetés au hasard
-que jamais par le coup de tonnerre parti de France. On m'écrit de Berlin
-que l'on s'y attend à ce que le Président, pour _distraire les rouges_,
-voudra les jeter hors des frontières par une guerre étrangère. J'avoue
-que je n'y crois pas pour l'instant. Il a trop de difficultés
-intérieures, qui réclament d'autres remèdes qu'une guerre étrangère;
-pendant qu'il porterait ses troupes contre le dehors, le pays resterait
-livré aux démagogues, et c'est ce qu'il ne saurait, ce me semble,
-risquer. Il doit être uniquement occupé du résultat de ce _suffrage
-universel_ dont il évoque l'épreuve dans ce mois-ci. C'est là aussi ce
-qui doit occuper l'Europe entière, car si les rouges triomphent en
-France, leur sanglant succès sera assuré, ou du moins tenté partout, et
-partout probable. Je n'ai aucune nouvelle directe de France depuis la
-crise du 2. Mme la Duchesse d'Orléans comprendra-t-elle enfin, hélas!
-après coup, le guêpier dans lequel l'héroïque Thiers et consorts l'ont
-fait tomber? La fusion, qui aurait pu sauver les principes et la
-civilisation entière, est maintenant hors de propos. M. Thiers à
-Vincennes, le douteux Changarnier sous les verrous, la candidature
-Joinville couverte de ridicule, Mme la Duchesse d'Orléans reste la grande
-coupable aux yeux de l'Europe[33]. Et voilà où conduisent l'esprit faux
-chez tous et l'ambition _personnelle_ chez les femmes, à qui il n'est
-permis d'en avoir que pour autrui. Mais à quoi servent toutes ces
-réflexions? Hélas! à rien, qu'à reconnaître une fois de plus le profond
-aveuglement de l'humanité.
-
-
- [33] M. Thiers, qui croyait la branche aînée des Bourbons frappée
- d'une impopularité irrémédiable, avait approuvé et appuyé avec
- énergie l'opposition faite par la Duchesse d'Orléans à un accord
- entre la branche aînée et la branche cadette. Regardée comme le
- principal obstacle d'une si désirable réconciliation, les
- partisans de la fusion accusaient la Princesse d'avoir, par ses
- fautes, contribué plus que toute autre chose à ramener l'Empire
- au pouvoir. Ils avaient aussi trop mis leurs espérances dans le
- général Changarnier qui, loyal mais présomptueux, jouait serré
- les légitimistes et les orléanistes les uns contre les autres, ne
- donnant aucun signe de ses intentions réelles, mais ne voulant,
- dans le fond de sa pensée, que poser la couronne sur la tête qui
- devait la porter, en tenant à la poser lui-même. Son attitude
- énigmatique l'avait rendu suspect aux yeux de plusieurs.
-
-
-_Sagan, 9 décembre 1851._--Mme d'Albuféra me mande que rien n'égale les
-fureurs de Mme Dosne[34]. On ne relâche pas en masse les députés faits
-prisonniers le 2, mais tantôt l'un, tantôt l'autre, les orléanistes et
-les montagnards les derniers. Le carnage a été très grand à Paris. Si le
-Président comprend bien sa mission, il terrassera les rouges. C'est le
-meilleur, le seul moyen pour se perpétuer au pouvoir, car il gagnerait
-ainsi la reconnaissance de toute l'Europe. On me mande de Vienne qu'on y
-est très favorable au Président, surtout, je pense, aux mesures
-énergiques de son coup d'État. Il me paraît que Thiers, en cage, est
-plutôt l'objet du ridicule qu'il n'a la gloire du martyre.
-
- [34] A cause de l'arrestation de M. Thiers.
-
-
-_Sagan, 11 décembre 1851._--Les nouvelles de Paris m'intéressent. Voilà
-les mesures de déportation qui prennent rang dans toutes celles que le
-coup d'État a enfantées. Il ne s'agit ni de l'exalter, ni de le
-stigmatiser pour le moment. Il s'agit d'en observer les conséquences, et,
-si elles tournent à l'ordre, à la conservation, si l'anarchie est
-terrassée, si les _intérêts matériels_ de la société sont sauvés, il
-faudra bien chanter le _Te Deum_. Mais quand tout cela origine d'une
-dictature militaire, sans l'appui d'un principe, d'une tradition, sans le
-prestige d'une gloire personnelle, sans dynastie, sans entourage, on se
-demande où est l'avenir, et tous les calculs humains restent sans base.
-On en est donc réduit à ces intérêts matériels dont je parlais tout à
-l'heure, et qui, momentanément, semblent protégés. Le commerce, le
-crédit, la valeur des propriétés, tout cela peut avoir et aura
-probablement une résurrection, dont il faut jouir avec reconnaissance,
-avec prudence, et surtout sans aveuglement.
-
-
-_Sagan, 13 décembre 1851._--J'ai eu hier une lettre de Paris, qui me dit
-que l'état des provinces est assez mauvais; que, dans le centre de la
-France surtout, il y a eu bien plus d'horreurs commises qu'on ne le dit.
-Rien ne peut mieux servir le Président, car sa seule force est dans la
-terreur que causent les rouges, mais cette force est réelle et augmente
-en raison de ce que ceux-ci démasquent leurs infâmes projets. On me dit
-aussi qu'il est fort question d'envoyer à la Martinique les généraux
-prisonniers à Ham[35]. On n'y va pas de main morte! Du reste,
-Changarnier, avec son système de bascule, ses finasseries et tromperies
-entre Frohsdorf et Claremont, n'a que ce qu'il mérite.
-
- [35] Les généraux Le Flô, Changarnier, Lamoricière et Bedeau.
-
-
-_Sagan, 15 décembre 1851._--Je trouve qu'on donne trop d'importance à M.
-Thiers. En Allemagne, il eût été sans inconvénient, car on lui eût fait
-partout assez mauvais accueil, mais à Claremont, il sera très nuisible, à
-moins que les derniers événements n'aient fait ouvrir les yeux sur le
-fallacieux de ses avis, et le danger de ses directions. Mais les esprits
-faux se refusent à la lumière, et je n'en connais pas de moins juste que
-celui de Mme la Duchesse d'Orléans.
-
-
-_Sagan, 17 décembre 1851._--J'ai reçu une lettre de mon fils Alexandre,
-qui avait vu M. de Falloux à son passage par Orléans, se rendant en Anjou
-après sa sortie de prison à Paris[36].
-
- [36] M. de Falloux, ainsi que le duc de Luynes, le comte de
- Rességuier et bien d'autres, avait été emprisonné au
- Mont-Valérien, lors du coup d'État du 2 décembre.
-
-Mme d'Albuféra me mande que rien n'égale la division des familles: les
-plus proches s'invectivent, d'anciens amis se brouillent, il n'y a plus
-de salon possible. Elle me mande aussi, comme un fait certain, que les
-brigands ont saccagé un couvent de femmes en Nivernais.
-
-Les embarras financiers de la France pourraient bien devenir le nœud
-gordien de la destinée du Président. Tout est énigme en ce moment, et la
-solution n'a pas plus de vraisemblance pour une chose que pour une autre.
-Le point essentiel reste l'extermination des rouges, car ils ruineraient
-le pays tout autant, plus même, en y joignant les incendies, les pillages
-et les massacres. Puisse le Président les extirper. Parfois, la crainte
-du contraire me prend, car c'est une hydre à cent têtes qu'il s'agit
-d'abattre.
-
-
-_Sagan, 18 décembre 1851._--J'ai reçu une lettre du duc de Noailles dont
-je vais faire quelques extraits: «Au fond, et en prenant l'ensemble de la
-situation, l'état de l'Assemblée, la division des partis, l'impossibilité
-de la fusion, l'épouvantable organisation du socialisme et des sociétés
-secrètes, l'imminence du péril en 1852, l'événement qui s'est accompli
-est heureux. C'est ainsi que le sentent tous les esprits réfléchis et
-sensés, c'est ainsi que je l'ai senti du premier moment. Il a été
-accompli avec une habileté, un ensemble, et dans des proportions qui le
-rendent véritablement prodigieux; le 18 brumaire n'est qu'un petit garçon
-auprès du 2 décembre. Cet événement, heureux pour le présent, n'est même
-pas malheureux pour l'avenir: à mes yeux, l'orléanisme a été à peu près
-tué avec la République, et la légitimité est l'héritière directe de la
-phase actuelle; seulement, on ne sait pas quand la succession
-s'ouvrira... Cela sera-t-il court?
-
-«Cela pourra être long. Il reste certain que le despotisme militaire
-pouvait seul nous tirer de l'état où nous étions, et des dangers que nous
-courions. Il faut que ce despotisme dure encore, car le mal est immense
-et profond; ce qui se passe dans les provinces le fait bien voir! Il faut
-que l'œuvre entreprise s'accomplisse, c'est ce que je ne me lasse pas de
-répéter et de faire arriver à ceux qui gouvernent, par les voies qui me
-sont ouvertes. Il faut déraciner le socialisme et les sociétés secrètes;
-il faut en briser tous les cadres, enlever dans chaque département
-l'état-major de ces sociétés, frapper sur tous les chefs aux différents
-degrés, terrifier les autres, leur montrer leur impuissance et les
-décourager à jamais! On me dit que telle est, en effet, l'intention.
-
-«Je crois que le Président aura un grand nombre de voix; les légitimistes
-et conservateurs voteront pour lui ou s'abstiendront.
-
-«Les princes d'Orléans, et surtout la Duchesse, sont atterrés; ils
-étaient dans la plus complète illusion, surtout sur les sentiments de
-l'armée. La Duchesse était convaincue qu'elle serait au premier jour aux
-Tuileries. On avait saisi, il y a six semaines (par le moyen d'un
-domestique), une lettre de M. Roger du Nord à la Duchesse d'Orléans, où
-il lui disait que tout était prêt, que Thiers assurait que dans un mois
-tout serait fini, et qu'on était sûr de Changarnier (qui, en même temps,
-par parenthèse, se promettait à nous). Le Président a cette lettre.
-
-«La vie du Président est fort menacée; il s'attend à être tué; il
-s'occupe de former d'avance une espèce de gouvernement militaire pour le
-cas de cet événement, qui serait bien malheureux pour tout le monde dans
-le moment actuel.
-
-«Il y a, dans les actes du Président, depuis le 2 décembre, une douceur
-et des égards très marqués pour le parti légitimiste. Nous verrons la
-suite de ces grands événements; c'est le premier pas de fait pour
-remonter l'échelle sociale.»
-
-
-_Sagan, 28 décembre 1851._--Les journaux apportent des nouvelles
-d'Angleterre: la démission donnée et acceptée de lord Palmerston. C'est
-un soulagement universel, et qui déroutera la démagogie autant, pour le
-moins, que les coups d'État du Président. Mes vieilles rancunes et mes
-indignations subséquentes saluent cette chute ministérielle à cris de
-joie. Pourvu qu'elle soit définitive, et que ce méchant brandon soit
-éteint pour de bon! Hélas! Cette chute a été tardive: le mal s'est fait
-trop longtemps pour n'avoir pas creusé profondément; mais enfin, il vaut
-mieux un arrêt tardif qu'une durée indéfinie.
-
-
-
-
-1852
-
-
-_Sagan, 1er janvier 1852._--Bon an! Puisse Dieu fermer toutes les
-plaies du passé, faciliter le présent et garantir l'avenir, car que sont
-tous nos efforts sans la grâce?
-
-
-_Sagan, 5 janvier 1852._--Si lord Palmerston s'est retiré du Cabinet, il
-ne l'est pas de la politique, et je ne tiens pas le monstre pour accablé.
-Mais du moins cette retraite aura-t-elle eu le mérite de calmer bien des
-susceptibilités continentales, de donner une certaine satisfaction à de
-justes griefs et de décourager moralement les démagogues d'Italie et de
-Suisse. On finit par se conduire en politique comme dans la vie privée,
-c'est-à-dire, à se contenter des plus petits acomptes que de mauvais
-débiteurs vous apportent. Mais je ne me fais aucune illusion, et je ne
-crois encore à aucune durée, à aucun équilibre fixe nulle part. Le
-Président a beau rétablir les aigles impériales et faire remeubler les
-Tuileries, il n'en est, pour cela, pas plus définitivement établi que
-l'Europe n'est sauvée. Depuis 1793, le plus long régime en France n'a pas
-duré dix-huit ans accomplis.
-
-
-_Sagan, 13 janvier 1852._--D'après ce qu'on m'écrit, Paris doit être
-vraiment fort curieux en ce moment. Il paraît que Mme de Lieven y tient
-salon comme par le passé, qu'elle n'arbore aucun drapeau, et que son
-salon reste terrain neutre pour tous. Il me semble difficile cependant
-qu'il ne se soit pas modifié. J'y ai vu au printemps dernier Molé,
-Berryer, Falloux, Changarnier, etc., qui sont tous ou boudeurs ou
-éparpillés.
-
-
-_Berlin, 20 janvier 1852._--Je suis ici depuis trois jours. La Reine,
-avec laquelle j'ai eu l'honneur de causer hier, m'a dit que la
-Grande-Duchesse Stéphanie allait à Paris; puis, elle m'a paru regretter
-que lady Douglas, à laquelle elle s'intéresse beaucoup, ait pris une
-attitude secondaire auprès de la princesse Mathilde, qui n'est pas en
-trop bonne odeur ici.
-
-Le ministre de Russie, avec lequel j'ai dîné hier, m'a raconté que le
-Président se plaignait du salon de Mme de Lieven comme lui étant fort
-hostile, et que la princesse Mathilde en avait fait une scène au jeune
-d'Oubril.
-
-
-_Berlin, 22 janvier 1852._--La Cour a commencé hier la série des fêtes
-qu'elle compte donner deux fois par semaine jusqu'au Carême. Hier,
-c'était un très beau concert dans la salle Blanche, qui s'y prête si
-bien, les femmes en grand habit, le tout très noble; les chœurs du
-_Prophète_, dirigés par Meyerbeer, d'un grand effet.
-
-
-_Berlin, 26 janvier 1852._--Les dernières nouvelles de France ne
-plaisent pas ici. Les mesures de rigueur prises contre la famille
-d'Orléans et l'avènement, à cette occasion, de Persigny au Ministère
-semblent des fautes graves, dans l'intérêt même du Président[37].
-
- [37] Le 22 janvier, le Prince-Président avait fait publier le
- fameux décret qui confisquait les biens de la famille d'Orléans.
- Ce décret, appelé _le premier vol de l'aigle_, ne fut pas sans
- rencontrer quelque désapprobation dans l'entourage même du chef
- de l'État. M. de Morny et M. Fould refusèrent de le signer et,
- après deux jours de discussion, donnèrent leur démission. M. de
- Persigny remplaça alors M. de Morny à l'Intérieur.
-
-
-_Berlin, 28 janvier 1852._--Hier au soir, on a représenté des tableaux
-vivants chez M. de Manteuffel. Toute la Cour s'y trouvait et le Roi m'a
-fait l'honneur de me dire qu'il venait d'apprendre, par dépêche
-télégraphique, que le ministre de France ici, M. Lefebvre, était rappelé
-pour faire partie du Conseil d'État. Son successeur n'est point encore
-connu. On est fâché, ici, du rappel du petit homme; il s'est tenu
-tranquille, il n'a été ni importun, ni désagréable à personne, et
-l'inconnu est rarement rassurant. Le successeur, quel qu'il soit,
-trouvera d'ailleurs une fort mauvaise disposition, provoquée par les
-mesures Persigny, qui sont autant de fautes et de vilenies. M. de
-Manteuffel m'a assuré savoir par voie certaine que M. de Morny ne s'était
-pas retiré devant la mesure anti-orléaniste, mais parce que son ton de
-maire du palais était devenu insupportable au Président. En attendant, M.
-de Morny se donne les airs d'être la victime chevaleresque de Persigny.
-
-
-_Berlin, 30 janvier 1852._--Je suppose que la Grande-Duchesse Stéphanie
-sera peinée des derniers actes de son neveu et qu'elle les désapprouvera
-complètement. J'aurais compris que le Prince-Président obligeât les
-Princes d'Orléans à tout vendre dans le délai d'un an; mais la
-confiscation! Berryer a proposé de plaider pour les Princes, dans cette
-question: c'est habile et de bon goût. Malheureusement, il paraît que le
-récri contre cette spoliation ne s'élève que dans les salons, mais que
-les masses inférieures trouvent la mesure d'autant meilleure qu'on dit
-vouloir leur en appliquer les bénéfices matériels. Quelle confusion dans
-ce triste monde plus ou moins partout! Quelle en sera l'issue ou plutôt
-quelle en sera la fin? Vivrons-nous assez pour y atteindre? Je ne le
-pense pas, pour ma génération du moins.
-
-
-_Berlin, 3 février 1852._--Mes lettres de Paris font une triste peinture
-des salons. Ainsi, il n'y en a pas d'ouvert dans la société française,
-excepté celui de M. Molé, devenu légitimiste pur. Depuis les décrets de
-confiscation des biens d'Orléans, la princesse de Lieven ne sait plus
-quel drapeau déployer, ni quel langage tenir. Il paraît, du reste, que le
-décret a été modifié pour le caveau de Dreux, rendu à ceux qui y ont
-versé tant de larmes, mais si on rend ainsi les morts aux vivants, on
-réduit ceux-ci à une gêne extrême, qui gâtera singulièrement leur
-existence. En attendant, Jérôme Napoléon est nommé Président du Sénat,
-avec deux cent mille francs de traitement, le Luxembourg pour palais
-d'hiver, et le château de Meudon pour résidence d'été. Chaque ministre a
-cent mille francs d'appointements.
-
-Au bal des Tuileries, il y a eu querelle de préséance, _dans la famille
-impériale_, la princesse Mathilde furieuse du pas accordé à la marquise
-de Douglas. Le sang corse n'est pas assez refroidi pour que, pendant la
-durée du _règne_, il n'y ait pas quelque _vendetta_ à redouter.
-
-M. Nothomb m'a dit que le Roi des Belges avait formellement protesté
-contre la spoliation de l'héritage maternel de ses enfants.
-
-
-_Berlin, 6 février 1852._--Une dépêche télégraphique a apporté hier la
-nouvelle qu'on avait tiré sur la Reine d'Espagne, et qu'elle avait été
-blessée[38]. En même temps, M. de Manteuffel disait que tous les rouges
-expulsés de France s'étaient concentrés en Espagne et en Italie, que les
-meurtres s'y multipliaient et que tous les gouvernements étaient avertis
-qu'il existait un vaste complot pour tuer tous les souverains. J'ai su
-d'ailleurs, par une excellente source, qu'il y a eu déjà deux tentatives
-contre la vie du Prince-Président, et que l'un des assassins était un
-soldat. A chaque fois, on les a fusillés sur-le-champ, et on n'en a pas
-fait mention dans le public. C'est assurément le plus court, le plus sûr
-et le plus habile.
-
- [38] Le 2 février, six semaines après la naissance de sa fille
- aînée, la Reine Isabelle se rendait, pour la cérémonie de ses
- relevailles, à l'église d'Antocha, quand un prêtre du nom de
- Martin Merimo se précipita sur elle, lui porta vivement un coup
- de couteau dans le côté droit, au-dessous de la hanche, et avec
- tant de force que la lame coupa une baleine de son corset, et fit
- une blessure d'à peu près dix pouces de profondeur. L'assassin
- était un ancien moine connu pour son exaltation démagogique. Il
- avait autrefois déjà menacé les jours de Ferdinand VII. Frappé
- alors d'exil, il avait passé plusieurs années en France et en
- Belgique et, depuis huit ans, il avait été autorisé à rentrer en
- Espagne. Condamné cinq jours après sa tentative d'assassinat sur
- la Reine, il dut subir la peine du _garote_ et fut exécuté le 7
- février.
-
-Quand on regarde l'Europe, on se dit plus que jamais que tout projet est
-insensé et qu'entre les chances habituelles de la vie humaine, il y a,
-moins que jamais, un lendemain à la veille.
-
-Pourquoi serait-ce lord Normanby qui serait la vraie cause du renvoi de
-lord Palmerston[39]? On dit que lord Normanby cherche à être gouverneur
-des Indes.
-
- [39] Après le coup d'État du 2 décembre, lord Palmerston, alors
- ministre des Affaires étrangères, avait envoyé à lord Normanby,
- représentant de l'Angleterre à Paris, une dépêche officielle où
- il lui prescrivait de continuer comme par le passé les relations
- avec le Gouvernement français, la Reine ne voulant point paraître
- intervenir en rien dans les affaires intérieures de la France.
- Mais, sans consulter ses collègues, et dans une conversation avec
- l'ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (qui la
- rapporta immédiatement à Paris), lord Palmerston exprima sa
- satisfaction du coup d'État. Cette contradiction entre les
- instructions officielles et le langage de son ministre direct mit
- lord Normanby dans une situation embarrassante. Il écrivit à lord
- John Russell, président du Conseil, pour s'en plaindre. Lord John
- Russell demanda des explications à lord Palmerston, qui garda
- d'abord le silence et donna ensuite une réponse qui ne parut pas
- suffisante. Le Président du Conseil demanda alors à lord
- Palmerston sa démission et le remplaça au portefeuille de
- l'Extérieur par lord Granville.
-
-J'ai une lettre intéressante, qui dit ceci: «A Londres, personne ne
-prévoit encore quelle sera l'issue des premiers débats du Parlement. Lord
-John Russell se montre fort assuré de pouvoir se maintenir; lord
-Granville de même; lord Palmerston se montre calme et silencieux, mais
-lady Palmerston est furieuse; elle lui reproche _son calme_, qu'elle
-excuse cependant en disant que cela tient à son _angélique_ caractère,
-qu'il est incapable d'aigreur, ni de rancune.
-
-«La Reine d'Angleterre est furieuse contre Louis-Napoléon et ses décrets
-de spoliation.»
-
-
-_Berlin, 8 février 1852._--Une lettre de Paris me dit ceci: «L'ennui et
-la curiosité de Mme de Lieven sont satisfaits par l'étrangeté du temps
-actuel; elle est drôle à entendre parler sur le règne de M. Guizot, qui
-n'en reste pas moins attaché à son char et qui avale des couleuvres en
-plus grand nombre que la nature n'a pu en produire; il se dédommagera à
-l'Académie demain; c'est là le cimetière des beaux esprits du jour[40].»
-
- [40] Allusion au discours que M. Guizot prononça le 5 février
- 1852, jour où le comte de Montalembert fut reçu à l'Académie
- française.
-
-
-_Berlin, 14 février 1852._--Voici l'extrait d'une lettre que j'ai reçue,
-et qui a quelque valeur sur les questions anglaises: «J'espère que vous
-avez lu les débats de notre Parlement. Vous serez satisfaite de voir que
-lord John a tellement mis lord Palmerston dans son tort. Palmerston a
-manqué son essai de justification et le déplaisir qu'il a causé à la
-Reine est devenu bien patent. Sa carrière avec les Whigs est finie à tout
-jamais. Il paraît que le parti radical est aussi dégoûté de lui, à cause
-de l'approbation qu'il a exprimée des œuvres despotiques de
-Louis-Napoléon. L'impression générale de la Chambre était évidemment
-contre lui; son discours a été pâle, son attitude embarrassée.
-
-«La déclaration de lord Derby de ne vouloir rien céder sur le
-protectionnisme empêchera toute coalition avec les Peelistes et laisse
-l'opposition tout aussi divisée que l'année passée, ce qui donnera une
-espèce de force factice aux ministres actuels.»
-
-
-_Sagan, 23 février 1852._--Je suis rentrée dans ma retraite, qui est
-toute ornée de glaçons. J'aime Sagan, malgré tous ses défauts, sur
-lesquels je ne m'aveugle nullement; il m'a coûté trop d'efforts, trop de
-sacrifices, pour ne pas avoir, par cela même, acquis du prix à mes yeux.
-Puis, j'y ai fait quelque bien, ranimé la contrée, donné de la vie, du
-mouvement à la population; ma surabondante activité y a trouvé pâture.
-J'ai quelques motifs de croire que j'y suis bien vue, et qu'on y redoute
-ma mort comme la fin du monde, c'est-à-dire, comme la fin de ce petit
-point, presque imperceptible, du monde. D'ailleurs, j'y ai traversé toute
-une vie de l'âme, orages, luttes, secousses; j'y ai ensuite trouvé calme,
-méditation, recueillement. La Providence, en m'y conduisant par mille
-voies bien détournées, a fait encore preuve, là, de son admirable
-habileté, patience et miséricorde. Il est juste que ce soit là aussi que
-je lui paye le plus volontiers le tribut de ma reconnaissance.
-
-Il n'y a pas d'amertume dans mes paroles; pour de la tristesse, c'est
-autre chose! Comment n'en éprouverais-je pas là? et ailleurs? et partout?
-J'ai eu mari sans vie domestique; j'ai des enfants sans vie matérielle;
-j'ai quelques rares amis dont je suis séparée; j'ai eu des guides et des
-protecteurs, ils ne sont plus sur la terre; ma santé n'est plus ce
-qu'elle a été; mes souvenirs sont souvent fort amers, comme le sont tous
-ceux dans lesquels on ne peut fouiller sans buter à chaque pas contre une
-erreur, une folie, une déception. J'ai fait, en grand, en petit, en
-autrui et surtout en moi-même les plus tristes expériences. Voilà de quoi
-justifier toutes les tristesses. Les miennes sont fréquentes, je dirai
-même constantes au fond de l'âme, point apparentes dans le monde, moins
-comprimées dans la solitude; et voilà pourquoi je leur appartiens sans
-partage à Sagan. Et cependant, en y regardant bien, je trouve que si j'ai
-autre part plus de distractions, j'ai, à Sagan, plus de consolations. J'y
-ai mes pauvres; c'est si bon à aimer, à soigner, précisément parce que
-les individus n'entrent pour rien dans l'intérêt qu'ils inspirent. On ne
-voit ni leurs défauts, ni leurs qualités, on ne voit en eux que les
-membres souffrants de Celui qui s'est immolé pour nos péchés. Plus les
-péchés ont été multipliés, et plus il est doux et consolant de soigner
-notre Sauveur dans les plaies et misères de ceux que la Providence place
-sous nos yeux.
-
-Il me semble que je viens de montrer mon âme dans tous ses replis, toute
-pleine à la fois des meurtrissures que je dois à Satan et des
-miséricordes que je dois à Dieu.
-
-
-_Sagan, 29 février 1852._--Je continue à bien m'arranger de ma solitude,
-qui me permet de causer sans distractions avec mon curé, sans
-interruptions avec mon médecin. D'ailleurs, on a beau ne pas se plaire
-dans le monde, en reconnaître le vide et l'illusion, il nous atteint,
-quoi qu'on en ait. Il agite l'esprit, il trouble la paix, il obscurcit
-l'âme, il la fatigue, il l'épuise; on y perd le gouvernement de soi-même
-par mille pauvretés qu'on méprise, et cependant auxquelles on cède. Bref,
-on ne reprend tout son équilibre que dans une certaine réclusion, qui,
-pour être salutaire, doit, pendant quelque peu de jours du moins, être
-absolue. On en sort, et plus douce, et plus armée, plus paisible et plus
-forte, plus aimable dans le service des autres, et, cependant,
-s'appartenant davantage à soi-même. Voilà ce que je demande à ma
-solitude; je voudrais être sûre de l'avoir trouvé.
-
-
-_Sagan, 13 mars 1852._--L'incendie du château à Varsovie donnera de
-l'humeur à Saint-Pétersbourg[41]. Une chose qui ne laisse pas d'être
-extraordinaire et, par conséquent, remarquée, c'est ce voyage des jeunes
-Grands-Ducs de Russie, se rendant, par Vienne (où on leur prépare de
-grandes fêtes), à Venise, en passant par Breslau et Dresde, et évitant
-Berlin, dont ils ne passent qu'à si extrêmement petite distance, et où se
-trouve, comme Roi, leur propre oncle!
-
- [41] Le palais habité par le général-gouverneur de Varsovie fut,
- par suite d'un accident, la proie des flammes dans la nuit du 22
- février/6 mars 1852. A force d'efforts on put, pourtant, en
- sauver une partie, ainsi que les archives. Cet ancien palais de
- la famille Radziwill avait été vendu en 1821 au gouvernement du
- Royaume de Pologne.
-
-
-_Sagan, 4 avril 1852._--Je suis décidée à essayer de passer l'hiver
-prochain dans le Midi. Je veux choisir un lieu où ma fille Pauline puisse
-venir me rejoindre. J'ai donc arrêté ma pensée sur Nice, que je connais,
-où j'ai déjà fait deux séjours agréables, où on vit à bon marché, sans
-devoirs de Cour. Le climat, pour qui n'a pas mal à la poitrine, est
-excellent, les environs charmants, la mer superbe, les promenades
-faciles. Veut-on vivre en ermite? on le peut. Veut-on voir du monde? on y
-trouve des échantillons des différents pays de l'Europe, parmi lesquels
-on peut choisir. Dans une secousse politique on peut ou s'embarquer
-immédiatement, ou passer en une demi-heure en France. Mon intention est
-d'être à Nice le 1er novembre pour y rester cinq mois consécutifs.
-C'est bien hardi de plonger si avant dans l'avenir, mais j'avoue que je
-me suis attachée à ce projet, qu'il me serait pénible d'y renoncer et que
-je demande à Dieu de le bénir.
-
-
-_Sagan, 8 avril 1852._--La mort du prince Félix Schwarzenberg est un
-événement bien grave pour le jeune Empereur, pour tous les intérêts
-autrichiens, et, à mon avis, pour l'Europe entière, car tout ce qui
-affaiblit le principe conservateur est fatal, et, assurément, il était un
-habile et courageux champion dans la lutte contre le mauvais principe.
-
-
-_Sagan, 13 avril 1852._--On sera fort content à Saint-Pétersbourg du
-choix de Buol pour remplacer le prince Schwarzenberg; très mécontent à
-Berlin, où sa raideur est, depuis les conférences de Dresde, fort
-redoutée. Windisch-Graetz, que j'aime personnellement beaucoup, n'eût pas
-convenu à ce poste; ce n'est pas un personnage politique, et, excepté une
-petite coterie de famille, tout le monde le juge ainsi. Il paraît que le
-prince Schwarzenberg, _qui savait que ses jours étaient comptés_, a
-souvent parlé à l'Empereur des éventualités après sa mort, et que c'est
-lui qui a désigné Buol pour les Affaires étrangères, Kübeck pour la
-présidence du Conseil.
-
-
-_Vienne, 11 mai 1852._--Je suis arrivée à Vienne hier, vers huit heures
-du soir, après quinze heures de chemin de fer qui m'ont paru un peu
-longues, malgré un beau soleil, qui avait toutes les grâces de la
-nouveauté et tout le mérite de l'à-propos. A Brünn, où on s'arrête une
-demi-heure, j'ai aperçu le Spielberg, rendu célèbre par Silvio Pellico.
-Il domine de fort près la ville et comme on lui a donné, à l'extérieur,
-un badigeonnage _rose_, on peut de loin se faire illusion sur le _noir_
-de l'intérieur. Aussitôt après mon arrivée ici, j'ai vu ma sœur. Plus
-tard, on m'a raconté qu'il n'était question que de la belle revue du
-matin: trente mille hommes de troupes superbes ont été montrées à
-l'Empereur de Russie. Le jeune Empereur d'Autriche a commandé lui-même
-toute la revue. Il doit y avoir ce matin des exercices à feu; après
-dîner, promenade élégante de tout le beau monde au Prater où les deux
-Empereurs se montreront ensemble[42].
-
- [42] Cette entrevue des deux souverains n'avait d'autre but, pour
- l'Empereur Nicolas, que de rendre à l'Empereur d'Autriche, dans
- sa capitale, les deux visites que le Monarque lui avait faites à
- Varsovie.
-
-L'Empereur Nicolas est allé, en personne, voir Jellachich et le prince
-Windisch-Graetz; ce dernier lui a présenté ses cinq fils, tous les cinq
-dans l'armée.
-
-
-_Vienne, 15 mai 1852._--Avant-hier, j'ai eu mon audience chez Mme
-l'Archiduchesse Sophie, très longue, très gracieuse, très _intéressante_.
-
-Le comte de Nesselrode avait désiré me voir; nous avons pris rendez-vous
-dans le cabinet de Mme de Meyendorff; autre conversation fort
-intéressante dont j'espère ne pas perdre le souvenir.
-
-J'ai aussi été chez la Princesse Amélie de Suède, qui m'a beaucoup
-questionnée sur sa nièce Caroline[43]. J'en ai dit tout le bien que j'en
-pense.
-
- [43] La Princesse Royale de Saxe.
-
-J'ai passé une heure entre le prince de Metternich et sa femme, car
-celle-ci ne permet jamais de voir le premier seul. Je pourrais rendre mon
-récit bien plus intéressant, mais sous de certains courants d'air la
-plume se paralyse.
-
-
-_Vienne, 17 mai 1852._--C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de M.
-de Talleyrand. Ce jour rappelle de grandes épreuves, de grandes
-consolations, des larmes de regret et d'espérance.
-
-M. et Mme de Metternich ayant mis une insistance particulière à ce que je
-dînasse chez eux, j'y ai dîné hier. Il a été question de M. de
-Talleyrand; et, à cette occasion, M. de Metternich s'est fort bien
-expliqué sur mon oncle. Il a dit et répété que, sans avoir toujours été
-de son avis, sans avoir approuvé tous les actes de son existence, il
-l'avait toujours trouvé d'une grande douceur, d'un grand agrément dans
-le commerce; plein de véritable et naturelle bienveillance, incapable
-d'une noirceur, encore moins d'une cruauté; sans fiel, sans rancune,
-fidèle à ses amis, fidèle à sa patrie, bon Français et incapable de
-trahir, pour un vil intérêt, ceux de la France. M. de Metternich s'est
-tout autrement exprimé sur M. de Chateaubriand, dont il a fait un
-portrait affreux, et qui m'a semblé parfaitement ressemblant.
-
-Les nouvelles de Berlin ne sont pas bonnes; les crises ministérielles et
-parlementaires sont imminentes; la position de Manteuffel intolérable;
-Gerbach, l'aide de camp, donne sa démission; le comte de Stolberg est
-abreuvé de chagrin; le Prince de Prusse _antinobiliaire_; l'Impératrice
-de Russie inquiète, agitée, désolée; l'Empereur Nicolas qui, de Myslowitz
-à Cosel, a été tellement de glace que le Roi de Prusse a fait semblant de
-s'endormir parce qu'il n'y avait plus moyen d'y tenir; l'Empereur,
-dis-je, a dû arriver hier à Potsdam, et Nesselrode également. On s'attend
-à être, pendant les six jours que durera cette visite, dans l'eau
-bouillante. L'Empereur Nicolas a dit ici, au moment de son départ, à tout
-son entourage russe qu'il a rassemblé _ad hoc_: «_Messieurs, je vous
-défends, sous peine de ma disgrâce, de mettre le pied dans cette infâme
-ville de Berlin, pendant mon séjour à Potsdam._» L'Empereur, qui souffre
-du foie, et qui a des vomissements de bile à chaque émotion désagréable,
-a dit ici à quelqu'un de qui je le tiens sans intermédiaire: «_Vous
-verrez que mes vomissements me reprendront à Potsdam, et que j'y tomberai
-malade._» Ici sa disposition a été toute différente; il n'y a eu que
-tendresses et effusions paternelles entre le Czar et le jeune Empereur.
-
-
-_Sagan, 22 mai 1852._--Me voici rentrée dans mes foyers.
-
-On me mande de Berlin que l'Empereur de Russie a concentré toutes ses
-tendresses fraternelles sur la Reine de Prusse, qui, du reste, les mérite
-parfaitement. Il paraîtrait, néanmoins, que les sollicitations et les
-palpitations ravivées de l'Impératrice ont obtenu que son auguste époux
-se rendit à Berlin pour des manœuvres, l'Opéra, et un grand dîner au
-Château.
-
-
-_Sagan, 26 mai 1852._--J'ai reçu une invitation officielle pour assister
-à l'ouverture du _Palais de Cristal_ de Breslau, qui a lieu après-demain.
-Je voudrais pouvoir m'y rendre, afin d'y voir en lumière les industries
-saganaises, auxquelles on a accordé des places excellentes, dans l'idée
-de m'allécher. Le Roi et la Reine ne s'y rendront que le 9 ou le 10 du
-mois prochain, et coucheront probablement ici le 8.
-
-
-_Sagan, 30 mai 1852._--C'est le 8 juin que m'arrive le flot royal; le 9
-on va à Breslau, dont je suis revenue hier, très satisfaite de ce qu'une
-province si peu en renom de civilisation ait produit de belles et bonnes
-choses; le tout arrangé de fort bon goût, avec intelligence et une sorte
-de grandeur, eu égard à notre position géographique, à nos rares
-débouchés et à la misère des temps.
-
-Mon pauvre Cardinal est bien malade, il s'est réfugié à la campagne; il
-paraît que le coup que lui a porté l'animal furieux qui l'a terrassé
-l'automne dernier est la cause, longtemps cachée, de ses souffrances
-actuelles[44].
-
- [44] Mgr Diepenbrock, Prince-évêque de Breslau, mourut le 19
- janvier 1853. Deux années auparavant, Son Éminence avait été
- poursuivie et attaquée, dans la montagne du Johannisberg, par une
- vache furieuse, excitée par la vue de la soutane rouge du
- Cardinal, qui ne se remit jamais de cet accident.
-
-L'Empereur de Russie a failli périr par un accident de chemin de fer
-entre Myslowitz et Varsovie. Le train a déraillé sur territoire russe;
-plusieurs personnes de la suite ont été blessées, mais l'Empereur est
-sain et sauf.
-
-Le 26 au soir, à la fête donnée au Babelsberg pour l'anniversaire qu'on
-célébrait ce jour-là, un orage, une trombe d'eau, des éclairs furieux ont
-fondu sur tous les augustes promeneurs, tout au travers d'une course en
-voitures ouvertes; la foudre est tombée deux fois devant celle où se
-trouvait l'Impératrice, elle en a eu des défaillances; bref, on m'écrit
-que le tout a été ce qu'on peut imaginer de plus déplorable.
-
-
-_Sagan, 10 juin 1852._--Avant-hier, Leurs Majestés, accompagnées de Mme
-la Grande-Duchesse douairière de Mecklembourg-Schwerin, sont arrivées ici
-à deux heures de l'après-midi. J'avais été à leur rencontre. Après un peu
-de repos et une grande toilette, long dîner, conversation après le café,
-toilette de promenade, thé pris dans le haut du parc, sous une tente
-dressée exprès et fort ornée. Après quoi, longue tournée dans le parc, en
-totalité illuminé, mi-partie en ballons de couleurs, mi-partie en
-lampions brillants; chaque dix minutes des feux de Bengale colorés. Des
-bandes de musique sur l'eau dans des bateaux illuminés, des chants, des
-fusées; bref, c'était très beau, je dois en convenir. L'église de
-Sainte-Croix s'est produite dans une mer de feux rouges; le temps
-superbe, plus de huit mille personnes circulant librement partout, foule
-tranquille et respectueuse, et cependant faisant entendre de _bons_ cris.
-Toute la caravane royale dans huit voitures à moi, parcourant au pas
-toute cette étendue. On est rentré souper au milieu des livres et des
-gravures; après quoi, toute la ville, les corporations diverses,
-bannières flottantes, transparents allégoriques, se sont placées sur la
-place du Château en _Fakel-Zug_[45]. Le Roi s'est fait présenter tous mes
-petits protégés du gymnase. La bonne humeur, la bonne grâce ont été
-parfaites. La Reine surtout, avant tout, par-dessus tout, d'une gaieté,
-bonté, abandon de conversation comme je ne me doutais pas qu'elle pût
-être.
-
- [45] Cortège accompagné de torches enflammées.
-
-
-_Sagan, 16 juin 1852._--C'est le Prince de Hesse, ex-gendre de l'Empereur
-Nicolas, qui épouse la Princesse Anna de Prusse. Elle devra vivre à
-Cassel dans les plus désagréables relations de famille, avec un mari qui
-ne semble pas rassurant. Il doit hériter de l'Électorat, ce qui suffit à
-le rendre odieux à l'Électeur actuel qui est un très méchant homme. Il a
-négocié partout pour que ses enfants morganatiques fussent reconnus ses
-successeurs, mais partout il a échoué. L'avenir de la Princesse Anna fait
-naître bien des appréhensions; mais elle a beaucoup d'esprit, beaucoup de
-volonté, cela aide.
-
-J'ai lu l'article de Cousin sur Mme de Longueville dans la _Revue des
-Deux Mondes_, et j'en ai été ravie. Il m'est venu à la pensée que des
-allures chrétiennes avaient échappé au voltairien[46], tant il est vrai
-qu'il n'y a pas moyen de rester profane quand on touche au _grand
-siècle_. Aussi, je voudrais m'y plonger et délaisser toute autre lecture.
-
- [46] Victor Cousin, le père de l'éclectisme, après avoir erré
- plus de quarante ans sur tous les grands chemins de la pensée,
- sans dresser sa tente nulle part, finit par renoncer à la
- philosophie pour se donner à la littérature et à l'érudition,
- disant qu'après tout, la philosophie se réduisait à la morale.
- Or, d'après lui, la morale ne différait pas de la religion, et la
- religion, c'était le christianisme. Le voltairien s'était ainsi
- créé une religion intellectuelle, qui explique l'esprit de ses
- derniers ouvrages sur le dix-septième siècle.
-
-
-_Günthersdorf, 18 juin 1852._--Humboldt m'a prêté un livre que j'ai lu
-hier: _L'Orléanisme, c'est la révolution_. On dit qu'il fait effet, et je
-le crois. Ce n'est pas qu'on ne puisse en partie le controverser, mais il
-y a des faits, des rapprochements, des résultats habilement et clairement
-établis, impossibles à nier. Puis il y a, à la suite, des pièces,
-lithographiées sur originaux, frappantes. Je regrette, pour la pauvre
-Reine Marie-Amélie, que l'amertume ne lui en soit pas épargnée.
-
-
-_Lœbichau, 30 juin 1852._--Je suis auprès de ma sœur. Elle est fort
-triste et moi très abattue; à nous deux, nous ne nous sommes pas
-importunes, parce que nous ne contrastons pas dans nos dispositions
-d'âme. Les mille et une souvenances d'enfance et de jeunesse ensevelies
-dans les tombeaux, et qui, ici, semblent nous faire appel, ne laissent
-pas que de mettre les cordes les plus sensibles en jeu. Ma sœur et moi
-nous nous sentons sur la pente rapide qui nous conduit là où reposent
-ceux qui remplissaient jadis brillamment des lieux devenus si solitaires.
-Les vieux serviteurs qui restent gardiens de ces déserts en font encore
-plus apercevoir le vide, ou, pour mieux dire, la vétusté.
-
-
-_Carlsbad, 4 juillet 1852._--Mme Alfred de Chabannes m'écrit de
-Versailles: «La position de Mme la Duchesse d'Orléans en Suisse deviendra
-affreuse. Ses beaux-frères négocient maintenant avec le Comte de
-Chambord, qui, dégoûté et blessé, demande des garanties. Les jeunes
-Princes ne consultent plus leur belle-sœur; elle sera forcée de les
-suivre plus tard, en attendant, elle se place dans un vrai guêpier. Le
-duc de Montpensier, arrivant d'Espagne, est le plus spirituel et le plus
-actif; il a fait changer les voies; c'est lui qui mène mère, et frères,
-et sœur; aussi Mme la Duchesse d'Orléans ne l'aime-t-elle guère.»
-
-
-_Carlsbad, 14 juillet 1852._--M. de Flavigny, venant de Paris, et qui a
-passé vingt-quatre heures ici, dit que la santé du Président inquiète ses
-amis. Il a, dit-on, un tempérament épuisé, et parfois, des somnolences
-étranges.
-
-Changarnier et Lamoricière, qui ont vu la Duchesse d'Orléans en Belgique,
-lui ont, à ce qu'il paraîtrait, fortement parlé pour la fusion. Je
-suppose qu'en Suisse elle entendra d'autres sons qui lui paraîtront plus
-harmonieux.
-
-
-_Carlsbad, 18 juillet 1852._--Voici deux faits dont l'exactitude m'est
-certifiée. Le Gouvernement français a trouvé très mauvais les honneurs
-rendus sur le territoire belge à Mme la Duchesse d'Orléans; il en a fait
-porter plainte, et on s'est confondu en excuses, disant que le maire de
-Liège entre autres avait agi sans ordres. En outre, l'Ambassadeur de
-France à Londres a reçu ordre de ne point se rendre à l'audience
-diplomatique que la Duchesse de Montpensier a donnée comme Infante
-d'Espagne au Corps diplomatique de Londres. L'Ambassadeur d'Espagne a
-fort ressenti ce procédé, et a déclaré qu'il ne mettrait plus le pied à
-l'Ambassade de France.
-
-
-_Teplitz, 2 août 1852._--La comtesse de Hahn-Hahn m'a écrit une lettre
-inattendue, dans laquelle elle m'annonce se dépouiller de tout ce qu'elle
-possède. Elle donne toute sa fortune à l'établissement du couvent du
-Bon-Pasteur, à Mayence, dans lequel elle prendra le voile[47]. Mais cette
-fortune ne suffit pas; elle quête pour achever cette œuvre, et elle
-commence par moi. Cette lettre figurera dans ma collection
-d'autographes, et c'est ce que j'en aime le mieux.
-
- [47] La comtesse de Hahn-Hahn prit en effet le voile en novembre
- 1852.
-
-J'ai reçu aussi une lettre de la comtesse Mollien. Elle est en
-Angleterre, auprès de la Reine Marie-Amélie, et fait des tournées
-intéressantes avec cette Reine douée d'une force physique extraordinaire
-et d'une activité que le malheur ne peut détruire.
-
-Le duc d'Aumale a acheté une propriété en Angleterre; je crois que c'est
-la maison que ses parents habitaient jadis à Twickenham. Il s'y établira
-à l'automne avec sa belle-mère[48], qui est venue rejoindre sa fille. Le
-prince de Joinville partira à l'automne avec femme et enfants pour
-l'Espagne; peut-être sa mère sera-t-elle du voyage. Les Nemours restent à
-Claremont. On paraît être là fort ignorant des projets de Mme la Duchesse
-d'Orléans.
-
- [48] La Princesse de Salerne. Elle était fille de François II,
- Empereur d'Autriche.
-
-
-_Teplitz, 10 août 1852._--Sans nier l'incontestable talent de Mlle
-Rachel, qui est maintenant à Bade, sa belle prononciation, sa physionomie
-expressive, ses gestes gracieux, ses inspirations heureuses, je dois dire
-qu'_elle ne ma jamais entraînée_. Elle est trop étudiée; tout est calculé
-à l'avance, minutieusement calculé; et la preuve, c'est qu'elle joue
-chaque rôle toujours de la même manière; même geste, même intonation,
-même accent, même cri placé au même instant. C'est une page _notée_, et
-c'est là aussi ce qui fait qu'à la seconde ou troisième fois qu'on l'a
-vue dans le même rôle, elle paraît extrêmement monotone. Mais ce sont de
-ces aveux qu'il ne faut faire qu'à huis clos. Quant à la comédie, dans
-laquelle je l'ai vue aussi s'essayer, elle m'a déplu; elle y est sèche et
-trop risquée à la fois, à cent pieds au-dessous de Mlle Mars, dont la
-grâce, le bon goût et les nuances fines étaient si remarquables.
-
-
-_Teplitz, 18 août 1852._--La rentrée de l'Empereur d'Autriche à Vienne a
-été quelque chose de merveilleux[49]. La Capitale a voulu effacer, par
-cette réception, les mauvais souvenirs de 1848, et ne pas rester en
-arrière des ovations de la Hongrie. Au débarcadère, il y avait soixante
-mille personnes rassemblées autour de l'estrade préparée où le Corps
-municipal a harangué l'Empereur. Toutes les corporations ont fait haie
-jusqu'à l'église Saint-Étienne; les maisons étaient pavoisées, les
-fenêtres se payaient jusqu'à cent francs chacune; les dames qui les
-occupaient étaient en brillantes toilettes. Sur la place Saint-Étienne,
-le Métropolitain, croix en tête, harangua Sa Majesté, entourée non
-seulement de tout le clergé régulier de la ville, mais encore de toutes
-les communautés religieuses, si nombreuses à Vienne. _Te Deum_ ensuite
-dans la cathédrale. Il faisait obscur quand on est sorti, car il était
-déjà six heures du soir quand l'Empereur était arrivé au débarcadère. En
-sortant de l'église, il a trouvé Vienne _nageant_ dans la lumière, de
-toutes les tours des différentes églises, des feux de Bengale. Tous les
-édifices publics et privés illuminés _a giorno_, devises, transparents,
-cris, vivats, applaudissements, rien n'y a manqué. Le jeune Empereur a
-passé deux heures à se promener, en calèche découverte, dans les rues,
-toujours au pas, à cause de la foule qui se pressait autour de la
-voiture.
-
- [49] L'Empereur François-Joseph était rentré solennellement dans
- sa bonne ville de Vienne le 14 août 1852, après avoir fait en
- Hongrie une grande tournée, qui avait achevé la pacification de
- son Empire, dont les Madgyars avaient été sur le point de se
- détacher par la révolution de 1849.
-
-
-_Sagan, 2 septembre 1852._--J'ai quitté Teplitz, à tout prendre, contente
-de l'effet des bains et douches, et satisfaite du repos et de l'air doux
-et léger de cet agréable lieu. Je suis rentrée hier dans mon _home_ où
-j'ai trouvé tout en bon ordre.
-
-On m'écrit que le Président donne à Saint-Cloud des fêtes à la Louis XIV.
-Il y a des loteries de bijoux pour les dames, où la princesse Schœnbourg
-a gagné une bague en pierreries valant cinq cents francs. Je ne sais si,
-à sa place, cela me plairait.
-
-
-_Sagan, 18 septembre 1852._--La mort du duc de Wellington m'a saisie
-péniblement. Je lui étais restée fort reconnaissante de son fidèle
-souvenir pour mon oncle, et de sa constante bienveillance pour moi. Comme
-notre misérable époque va s'appauvrissant! Les derniers astres
-s'évanouissent, pour rendre les ténèbres de plus en plus profondes.
-
-
-_Sagan, 26 septembre 1852._--La France va donc devenir _impériale_. Mme
-la Duchesse d'Orléans l'aura bien voulu, et j'avais bien raison de lui
-dire à Eisenach: «_Madame, vous jouez le jeu du Président._» Du reste,
-cette France, si près l'année dernière d'entendre crier: _Vive la
-République démocratique et sociale_, s'égosille à présent, par terreur, à
-crier: _Vive l'Empereur!_ Du moins, si Louis-Napoléon étouffe le monstre
-du socialisme, il faudra reconnaître en lui, une fois de plus, le doigt
-sauveur de la Providence[50].
-
- [50] Quelque temps après la session législative, le
- Prince-Président se mit à visiter une partie de la France. Le 20
- septembre, il inaugurait à Lyon une statue de Napoléon Ier, se
- rendait ensuite à Marseille, à Bordeaux où il prononçait dans un
- discours ces paroles célèbres: _l'Empire, c'est la paix_. A son
- retour à Paris, il fut accueilli aux cris de _Vive l'Empereur_;
- des députations se rendirent auprès de lui, lui demandant de
- céder aux vœux du peuple, en reprenant la couronne du fondateur
- de sa dynastie. Cédant à cette pression de l'opinion publique, il
- consulta le Sénat qui s'empressa de répondre à cet appel en
- proclamant l'Empire, par quatre-vingt-six voix sur
- quatre-vingt-sept votants, le 7 novembre 1852, et son
- sénatus-consulte fut soumis à la ratification du peuple. Un an
- après le coup d'État, Louis Bonaparte était proclamé Empereur
- sous le nom de Napoléon III, à Saint-Cloud, en présence du Sénat
- et du Corps législatif.
-
-
-_Nuremberg, 19 octobre 1852._--Après avoir passé quelques jours à
-Potsdam, j'en suis partie le 17 après-midi pour aller coucher à Leipzig,
-et hier j'ai fait, en quinze pénibles heures de chemin de fer, le long et
-ennuyeux trajet de Leipzig ici, par une gelée blanche qui ne s'est pas
-même évanouie devant un tardif et pâle soleil. La jolie et intéressante
-contrée s'apercevait à peine à travers les fenêtres ternies. Je resterai
-aujourd'hui ici pour rafraîchir mes souvenirs de Nuremberg. Demain, je
-compte être à Munich, puis me diriger sur Nice.
-
-
-
-
-1853
-
-
-_Nice, 5 janvier 1853._--Je trouve, dans une lettre de Paris, de Mme
-Louis de Talleyrand, une phrase qui me paraît juste: «On respire ici sous
-l'oppression, tant l'anarchie a fatigué, mais on en prévoit le retour, et
-la tristesse domine, au fond, tous les esprits non officiels.»
-
-J'ai achevé les _Mémoires_ de Cosnac. Si des deux volumes on en faisait
-un seul, il pourrait être des plus piquants, car il s'y trouve quelques
-coins de coulisses qui n'étaient point encore venus jusqu'à nous. Puis
-l'auteur était évidemment un esprit fin, prompt, vif, original, hardi,
-libre d'allures, par hauteur plus que par licence, ce qui le plaçait
-presque au niveau de ceux de qui dépendait sa fortune. La charmante
-Henriette d'Angleterre y paraît sous le jour le plus touchant[51].
-
- [51] Cosnac, nommé évêque de Valence par le cardinal Mazarin et
- appelé plus tard à l'archevêché d'Aix, fut aumônier de
- _Monsieur_, frère de Louis XIV. Il joua un rôle actif lors de
- l'Assemblée du Clergé en 1682, et il laissa des _Mémoires_ qui ne
- furent publiés qu'en 1852, par le comte Jules de Cosnac, pour la
- Société de l'Histoire de France.
-
-Mes lettres de Berlin disent que, pour la politique générale, le voyage
-de l'Empereur d'Autriche y a fait merveille, mais que pour la question
-douanière elle n'a pas fait un pas. La cuisine parlementaire qui se fait
-en ce moment à Berlin y cause une grande agitation; on en est ému et
-inquiet.
-
-
-_Nice, 8 janvier 1853._--Dans _l'Indépendance_ du 3 janvier se trouve la
-liste officielle des sénateurs: Mouchy, La Rochejaquelein et Pastoret
-étonnent! La Maison Impériale y est aussi; du moins, est-elle toute prise
-dans les sommités bonapartistes, il n'y a rien à y reprendre.
-
-Mon fils Alexandre[52], qui est arrivé hier, et la poste m'ont apporté de
-Paris une quantité de lettres, dont je vais donner quelques extraits: 1º
-«Ici on se querelle, on se boude, l'hiver est triste; notre pauvre
-société française n'existe plus; il n'y a plus un salon possible; chacun
-vit dans son coin. Vous aurez vu les noms des grandes et premières
-charges avec leurs énormes cumulants, traitements, dans les gazettes.
-Voici ceux des chambellans: MM. de Flamarens, d'Arjuzon, de Quitry,
-Walsch, de Belmont, et quelques autres encore que j'oublie en ce moment.
-Chaque chambellan aura un traitement de dix mille francs. Il n'y aura
-plus de Clichy pour les sénateurs, leur prison sera le Luxembourg.»
-
- [52] Le duc de Dino.
-
-2º «Vous aurez vu les grandes charges de la Maison Impériale. Elles ont
-amené la démission de sénateur du prince de Wagram, qui s'attendait à
-être Grand-Veneur, son père l'ayant été sous l'Empire, et le fils
-connaissant mieux que personne la vénerie.
-
-«La société est intenable. L'aigreur réciproque de chaque fraction, à son
-comble, l'anathème contre MM. de Pastoret et de La Rochejaquelein presque
-unanime.
-
-«M. Molé est revenu accablé et dérouté de Champlâtreux.
-
-«Depuis que les journaux n'osent plus rien dire, les faux bruits nous
-inondent: je ne vous donne donc pas pour certain que c'est le duc de
-Guiche qui ira à Berlin remplacer M. de Varennes, M. de Béarn allant à
-Bruxelles, ce qui mécontente les Broglie.»
-
-3º «Les lettres de créance du ministre de Prusse ont tardé à arriver
-jusqu'il y a six jours. On en était de bien mauvaise humeur ici, et on le
-montrait d'une façon bien gauche. Les lettres envoyées à M. de Kisseleff
-ne contenaient pas les mots: _Monsieur mon frère_, tandis que celles de
-l'Autriche et de la Prusse les portaient. L'ordre était donné aux
-ministres de ces deux Puissances de ne remettre leurs lettres que si
-celles de Russie étaient acceptées, et on ne voulait pas les recevoir.
-Cependant, tout s'est arrangé, Kisseleff vient de remettre les siennes,
-les autres le seront demain.»
-
-4º «Rien ne peut vous donner une idée de ce qu'a été le séjour de la
-_Cour Impériale_ à Compiègne. Entre autres, on y a joué des charades en
-action. Sur le mot _curé_, par exemple, les dames, à quatre pattes,
-faisaient les chiens, etc.
-
-«L'Empereur est décidément fort amoureux d'une Espagnole, Mlle de
-Montijo. Il lui a montré la couronne impériale préparée pour
-l'Impératrice. On dit ce joyau splendide. Pour le faire valoir,
-l'Empereur a voulu que la belle Espagnole l'essayât, à quoi elle s'est
-prêtée sans difficulté, accueillant même ce que cet augure pouvait avoir
-de personnel pour son avenir.
-
-«Il paraît que les trois Cours du Nord reconnaissent le fait impérial,
-mais non comme provenant d'un droit hérité, ni même transmissible par
-héritage: _Napoléon élu Empereur par la nation_, voilà tout.
-Louis-Napoléon a reçu officieusement communication de cette rédaction à
-Compiègne; ayant au premier moment comprimé l'impression qu'elle lui
-faisait, le soir l'effet a éclaté par de violentes attaques de nerfs et
-de colère, pendant lesquelles il menaçait de faire immédiatement entrer
-l'armée française en Belgique. On a fait chercher au plus vite les
-Ministres pour le calmer. Ils y sont parvenus avec peine. C'est là le
-vrai de cette indisposition qui l'a retenu à Compiègne, au delà du
-premier terme fixé pour la durée de ce séjour.»
-
-
-_Nice, 11 janvier 1853._--J'ai reçu hier une très affectueuse lettre de
-la Reine Marie-Amélie, en réponse à une lettre de bonne année. Elle m'est
-parvenue par Mme Mollien, qui était chargée de me la faire arriver.
-Celle-ci me mande que Mme la Duchesse d'Orléans était allée, avec ses
-enfants, passer les fêtes de Noël et du jour de l'An avec sa sainte
-belle-mère; que, depuis, elle est retournée à la belle habitation qu'elle
-a louée près de Plymouth; elle s'y ennuie beaucoup, à ce qu'il paraît,
-et, au printemps, elle veut changer, non seulement de lieu, mais aussi
-de pays. On ne sait point encore celui qu'elle choisira.
-
-
-_Nice, 15 janvier 1853._--J'avance dans la lecture de l'histoire de Louis
-XVII[53], si profondément émouvante. Il ne s'y trouve rien de nouveau en
-fait de grands événements; les contours extérieurs du quadruple drame du
-Temple sont connus de tout le monde; mais des détails curieux dans leur
-révélation abondent et remplissent ce cadre de larmes et de sang d'une
-manière habile, parce que la vérité est prise sur le fait, qu'elle se
-sent partout, se reconnaît à des signes certains et met ainsi le lecteur
-directement aux prises avec tous les bourreaux et toutes les victimes.
-C'est une douleur et une angoisse qui saisissent à la première page du
-livre et qui s'accroissent jusqu'à la dernière, sans aucune relâche. J'en
-suis parfois malade, parce que la torture devient contagieuse, et
-cependant je ne sais pas quitter cette agonie si barbare et si
-admirablement chrétienne, et sublime jusque dans ce malheureux enfant,
-qui se retrouve en mourant le petit-fils de saint Louis. Je sais bon gré
-à l'auteur, M. de Beauchesne, d'avoir consacré tant de soins à cette
-courte vie de dix ans, qui se trouve être celle d'un enfant, d'un homme,
-d'un vieillard, d'un martyr.
-
- [53] M. de Beauchesne, ancien gentilhomme de la Chambre du Roi
- sous la Restauration, avait publié en 1852, le fruit de longues
- études et de patientes recherches sur le malheureux fils de Louis
- XVI, sous le titre: _Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort_.
- Cet ouvrage fut couronné par l'Académie française.
-
-Mon fils Louis[54] m'a apporté une lettre de Paris dont voici l'extrait:
-«L'intérêt des derniers jours ici a roulé sur la _reconnaissance_ par les
-Puissances du nouveau titre impérial de Louis-Napoléon. Cet intérêt a été
-vif. Louis-Napoléon a hésité pendant quarante-huit heures à accepter les
-lettres de créance. La raison politique l'a emporté; il s'est appuyé,
-vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres, sur les termes aimables et
-amicaux de l'Empereur de Russie, pour passer par-dessus ce qui y
-manquait, et il l'a fait d'assez bonne grâce. Mais c'est un sacrifice
-qu'il a fait, il ne le cache pas à certaines personnes. En gardera-t-il
-rancune? C'est là la question. Je suis porté à le croire. Il y a une
-chose certaine, c'est que, sans désirer la guerre positivement, et
-voulant surtout que la France ne l'accuse pas de la faire par ambition
-personnelle, _il ne la craint pas_; il croit qu'elle tournerait à son
-avantage, et que son nom aurait, sur les bords du Rhin, l'effet qu'il a
-eu dans le midi de la France. Que ce soit une illusion ou non, une
-pareille conviction suffit pour tout commencer. Rien n'est prochain,
-cependant cela est sûr. Il y a une autre chose certaine, c'est que c'est
-une tête froide, qui travaille toujours, qui se croit sûre de ne pas se
-tromper, et qui n'abandonne jamais ses desseins. La réalité, qui a
-justifié ses plus chimériques espérances, donne raison d'avance à toutes
-celles qu'il peut former désormais. Or, il a dans l'esprit l'idée qu'il
-est appelé à faire de grandes choses pour la France, et même pour
-l'Europe. Toutes ces conditions ne présentent pas une grande sécurité
-pour l'avenir.
-
- [54] Le duc de Valençay.
-
-«L'intérieur est très calme; de longtemps les difficultés ne viendront
-pas de là. On se rapproche peu du nouveau Gouvernement. Nous sommes
-vis-à-vis de lui comme l'étranger, _nous_ ne lui disons pas: _mon frère_.
-
-«On songe toujours au mariage; j'y crois l'Empereur décidé, mais on ne
-trouve pas de Princesse; tout a échoué; il y en a d'ailleurs fort peu. Il
-serait possible qu'il s'en passât, et qu'il épousât une femme quelconque,
-afin d'avoir une postérité. Cela ne grandirait pas la situation. En tout,
-l'opinion s'arrête très difficilement à l'idée qu'il aura des
-successeurs, et elle est surtout très hostile à Jérôme et à son fils.»
-
-
-_Nice, 21 janvier 1853._--Les lettres reçues hier de Paris tournent
-toujours autour du même sujet: le mariage de Louis-Napoléon. Je lis dans
-les journaux l'étonnant discours qu'il a adressé au Sénat et aux Corps
-constitués. Il faut lire cette allocution _in extenso_; le _Journal des
-Débats_ donne ce texte en entier[55].
-
- [55] Au mois de janvier 1853, le bureau du Sénat, celui du Corps
- législatif et le Conseil d'État tout entier furent convoqués au
- Palais des Tuileries, dans la salle du Trône; Napoléon III, en
- uniforme de général, monta les degrés de ce trône, et, par un
- discours qui fut affiché dans toute la France, annonça aux grands
- Corps de l'État sa résolution d'épouser Mlle de Montijo et de la
- faire Impératrice. Le mariage fut célébré quelques jours plus
- tard, le 31 janvier.
-
-La sœur de Mme de Montijo a épousé Lesseps, autrefois Consul; voilà une
-petite parenté toute gentille! _Eugénie_[56] a choisi comme témoins le
-duc d'Ossuna et le marquis de Bedmar, qui ont accepté de la conduire à
-l'autel.
-
- [56] La nouvelle Impératrice se nommait Eugénie.
-
-On voulait marier le fils de Jérôme avec Mlle de Wagram, mais il a reculé
-devant la parenté Clary, qu'il trouve au-dessous de sa dignité. Cela
-flattera le Roi de Suède[57]. Quel tohu-bohu que tout ceci!
-
- [57] Les Clary étaient une famille de petits négociants à
- Marseille. Dans sa jeunesse, et avant les grandeurs de sa
- famille, Joseph Bonaparte avait épousé Julie Clary, et leur fille
- Désirée épousa Bernadotte qui devint Roi de Suède. Le fils aîné
- de Berthier, prince de Neufchâtel, duc de Wagram, avait épousé
- Françoise Clary, et c'est leur fille qu'il était question de
- marier au prince Jérôme-Napoléon.
-
-
-_Nice, 22 janvier 1853._--C'est décidément un mariage _d'amour_ que fait
-Louis-Napoléon. On me mande que Mlle de Montijo, élevée dans une pension
-de Paris, est fort belle, de grande naissance _par son père_; sa mère est
-fille d'un consul anglais, ce qui explique la teinte anglaise du genre de
-beauté, nullement espagnol, de la nouvelle _Impératrice_, car il n'est
-pas question de formes _morganatiques_; ainsi, _point de Princesse_. J'en
-suis charmée. Mais quelle charge, à l'âge et avec la santé du _sposo_,
-d'avoir une femme jeune, belle et méridionale! et cela dans l'entourage
-Bonaparte et l'atmosphère qui l'enveloppe.
-
-Voici d'autres détails que j'ai glanés dans mes lettres de Paris, qui ne
-sont remplies que du mariage: Mlle de Montijo a de vingt-cinq à
-vingt-sept ans; beauté hautaine avec des cheveux _auburn_ qu'elle tient
-de sa mère irlandaise; elle a des allures hardies. On raconte que jouant
-à cache-cache dans les saturnales de Compiègne, l'Empereur l'aurait
-découverte cachée derrière le rideau d'une chambre, où, se croyant seul
-avec elle, il aurait voulu l'embrasser étroitement, et qu'elle l'aurait
-repoussé en disant: «Pas avant d'être Impératrice.» Une autre personne,
-cachée tout auprès, prétend avoir entendu ce propos.
-
-Le Conseil des Ministres a été très opposé à ce mariage. Les entours
-immédiats en sont très peinés. Légitimistes et orléanistes sont charmés
-de cette équipée matrimoniale et de tout ce qu'elle promet.
-
-
-_Nice, 28 janvier 1853._--J'ai eu hier une nouvelle qui me va au cœur.
-Le Cardinal-Prince-Évêque de Breslau est mort à son château épiscopal de
-Johannisberg le 19 de ce mois. Je m'attendais d'autant moins à une fin
-aussi prochaine que j'avais reçu le 22 une lettre de son secrétaire
-particulier, écrite par ses ordres, en date du 13, dans laquelle, en
-m'envoyant sa bénédiction pour l'année 1853, il me remerciait de mon
-constant intérêt, de mes vœux, et me faisait donner les détails
-satisfaisants d'une crise salutaire, longtemps espérée en vain par les
-médecins, enfin effectuée, depuis laquelle le sommeil et l'appétit se
-reproduisaient sensiblement. Eh bien! six jours après, il a été enlevé à
-ses amis, à l'Église! _Et à quelle époque?_ Il ne nous appartient pas de
-demander à la Providence: _Pourquoi?_ mais il est permis de pleurer, de
-prier, et surtout de suivre l'exemple de cette angélique patience qui ne
-s'est pas démentie un instant durant de si longues et de si cruelles
-souffrances. Je perds personnellement en lui un appui, une consolation à
-laquelle j'attachais un prix infini. Sa bonté ne s'était jamais démentie
-pour moi depuis 1845. Pendant huit années, il a toujours été un ami à la
-fois sincère et indulgent, sachant faire la part de toute chose. Je
-conserverai à sa mémoire la plus vive reconnaissance, et je le place dans
-le ciel à côté de cet autre ami chrétien dont j'ai tant aussi éprouvé
-l'indulgente affection[58]. Il me semble qu'à Rome on devra comprendre
-quelle perte cette mort sera pour l'Église en Allemagne. Le goût
-personnel du Roi de Prusse pour le Cardinal, l'influence réelle, souvent
-magique qu'il exerçait d'autant plus sur le Monarque qu'il était lui-même
-entraîné par tout ce que celui-ci a de séduisant, avaient formé un lien
-direct, qui était devenu la seule étoile qui brillât encore en Prusse à
-notre horizon religieux.
-
- [58] Allusion à Mgr de Quélen.
-
-
-_Nice, 30 janvier 1853._--Les journaux nous ont apporté hier la
-nomination de la maison de l'Impératrice Eugénie[59]. La Grande-Maîtresse
-est toute naturelle, la Dame d'honneur aussi, dans une Cour qui dérive du
-véritable Napoléon; mais les Dames du palais sont prises dans le plus
-petit monde, et les Messieurs aussi. C'est drôle, d'y fourrer tant de
-parenté et de faire avancer sa voiture, fermer une portière, ouvrir une
-fenêtre, porter châles et manteaux, par des _cousins_.
-
- [59] Par un décret du 26 janvier 1853, l'Empereur Napoléon III
- nommait, dans la maison de l'Impératrice, la princesse d'Essling,
- Grande-Maîtresse; la duchesse de Bassano, Dame d'honneur; la
- comtesse de Montebello, Mme Feray, la vicomtesse Lezay-Marnesia,
- la baronne de Pierres, la baronne de Malaret et la marquise de
- Las Marimas, Dames du palais; le comte Tascher de la Pagerie
- (sénateur), Grand-Maître; le comte Charles Tascher de la Pagerie,
- premier Chambellan; le vicomte Lezay-Marnesia, Chambellan; le
- baron de Pierres, Écuyer.
-
-Un des jeux de mots de Paris est de dire que l'Impératrice sera la femme
-la mieux _habillée_, parce que tout Paris l'habille.
-
-On dit que l'Impératrice a toute une kyrielle de prénoms; qu'on a hésité
-longtemps sous lequel elle serait plus habituellement désignée, qu'on
-avait flotté surtout entre _Eugénie_ et _Eudoxie_, et qu'enfin on s'était
-tenu au premier, le second sentant trop le _Bas-Empire_.
-
-
-_Nice, 1er février 1853._--La duchesse d'Albuféra m'écrit ce qui suit:
-«La liste des Dames de l'Impératrice n'a été arrêtée qu'après plusieurs
-refus. Celui de la duchesse de Vicence a été absolu. On trouve la liste
-officielle fort terne.
-
-«Le couple impérial se rendra à Saint-Cloud après la cérémonie et y
-passera quelques jours; les fêtes officielles recommenceront au retour.
-L'amour de l'Empereur est tel que samedi 22, pendant le bal des
-Tuileries, il a quitté la nombreuse compagnie pour aller passer deux
-heures dans ses petits appartements, où Mlle de Montijo s'était rendue.
-Son appartement coûte _un million_ d'ameublement; les plus magnifiques
-cadeaux lui seront votés; la Ville de Paris lui offre un collier valant
-six cent mille francs.
-
-«L'étiquette dans la cérémonie du mariage sera calquée sur les plus
-anciennes traditions; rien n'y manquera; il y aura même de plus un dais
-et le trône dans Notre-Dame, ce qui ne s'était pas pratiqué jusqu'à
-présent, dit-on.
-
-«Vous verrez dans les journaux qu'on sème des jardins et qu'on en plante
-en une nuit pour fleurir et ombrager le cortège.»
-
-
-_Nice, 2 février 1853._--Il paraît qu'on pense, comme je le prévoyais, au
-baron de Kettler pour remplacer le cardinal Diepenbrock. C'est assurément
-le meilleur choix que l'on pourrait faire. M. de Kettler a beaucoup de
-zèle, de fermeté; beaucoup plus d'activité corporelle que le Cardinal; il
-visitera davantage son diocèse; il parlera tout aussi bien, au moins en
-chaire; il a aussi un extérieur imposant; il est bien né, bien apparenté,
-généralement estimé et honoré, mais il n'a pas l'onction, la grâce, la
-suavité, l'élégante dignité, l'à-propos dans la conversation, le tact
-aussi fin, aussi sûr; il alarme moins, et il n'exercera pas la même
-séduction personnelle sur le Roi. Ils avaient servi tous les deux dans
-l'armée, et M. de Kettler porte même sur son noble et austère visage une
-marque de son naturel guerroyant.
-
-
-_Nice, 4 février 1853._--J'ai reçu plusieurs lettres de Paris. Voici, en
-résumé, quelques détails: à la cérémonie du mariage à Notre-Dame, la
-princesse Mathilde était fort théâtralement arrangée, avec un air triste
-et contrarié; l'Impératrice très belle; on dit que sa seule imperfection
-est d'être plus grande, assise, qu'on ne s'y attend quand elle est
-debout. Elle a dit que, sacrifiant sa liberté et sa jeunesse, elle
-donnait plus qu'elle ne recevait, aussi _se laisse-t-elle adorer_. Les
-Dames avaient l'air terre-à-terre, mais décent. Les décorations de
-Notre-Dame splendides, mais les Cardinaux n'ayant pas grand air; c'est,
-qu'excepté M. de Bonald, il n'y en avait pas un seul de bonne maison.
-
-Une circonstance _sûre_, mais qu'on ne publie pas pour ne pas éveiller
-les superstitions, c'est qu'en rentrant de Notre-Dame par une autre route
-que celle par laquelle le cortège s'y était rendu, la voiture impériale
-surmontée d'une grande couronne, en passant sous la voûte du Pavillon de
-l'Horloge, les chevaux entrés, elle n'a pas pu avancer. Le cocher,
-surpris, a donné des coups de fouet aux chevaux, qui, alors, ont fait
-tomber l'obstacle, lequel n'était ni plus ni moins que cette couronne,
-trop haute pour le portail, et qui a volé en éclats! _Ominous!_[60]
-
- [60] Présage.
-
-
-_Nice, 5 février 1853._--Quelqu'un arrivé de Paris ici dit que, pendant
-les cérémonies du mariage impérial, la population était curieuse, mais
-froide; que l'Impératrice a paru moins jolie qu'on ne s'y attendait; en
-effet, il me revient qu'elle était d'une pâleur extrême, ce qui nuisait à
-son éclat. Les marchands vendent énormément, sans doute, dans cette
-frénésie de luxe, mais les affaires proprement dites restent assez
-stagnantes, le public ne prenant encore aucune confiance, et tout
-apparaissant jusqu'à présent fantasmagorie.
-
-On me dit ce qui suit dans une lettre de Paris arrivée hier: «M. Molé
-vient d'être très malade d'une fluxion de poitrine, une saignée l'a
-sauvé. La princesse Lieven languit et se traîne misérablement dans une
-complaisance admiratrice et plate de _tout ce qui est_, sans compter pour
-rien les turpitudes des gens qu'elle accueille avec transport, comme
-porteurs de nouvelles et dépositaires du pouvoir. Elle parle de ses
-anciens amis avec un dédain qui révolte; jamais la rage du succès ne
-s'est montrée avec un plus incroyable cynisme.»
-
-On m'écrit aussi que la duchesse de Hamilton était en simple particulière
-dans une tribune, à cause du grand deuil de son beau-père. Elle
-paraissait fort triste, et aurait désiré un autre mariage pour le parent
-qu'elle aime beaucoup.
-
-
-_Nice, 6 février 1853._--Hier, veille de la Sainte-Dorothée, ma patronne.
-Le matin, j'avais été par politesse chez la comtesse d'Orestis, à une
-bataille de _confetti_ qu'elle avait arrangée dans son jardin pour la
-Société russe et anglaise. Ce plaisir particulier aux Italiens, quand la
-multitude passionnée y prend part dans un long espace comme le _Corso_ à
-Rome, a quelque chose d'original, de fiévreux, de contagieux dont j'ai
-éprouvé moi-même la frénésie; mais dans un petit jardin, avec peu de
-monde, où d'ailleurs on se tapait de trop près, et, par conséquent,
-beaucoup trop fort, c'était un plaisir à froid, très peu récréatif.
-Aussi, au bout de trois quarts d'heure, je suis rentrée chez moi.
-
-Le soir, je voulais me coucher, quand, tout à coup, les portes se sont
-ouvertes, et plus de vingt-cinq personnes sont entrées chez moi, avec un
-déluge de bouquets, de vers, de dessins, de souvenirs de toutes sortes.
-Puis, mes enfants, qui étaient dans le secret, ayant fait éclairer et
-orner de fleurs la grande salle, j'y ai trouvé un concert charmant tout
-organisé. Le vieux marquis de Negro avait, pour l'occasion, composé une
-hymne qui a été chantée à ravir et répétée aux cris de _bis_ de la
-compagnie. Tout cela a duré jusqu'à une heure du matin. J'étais exténuée
-de fatigue, de reconnaissance, d'émotion.
-
-Mme d'Avenas écrit à ma fille que l'avant-veille de son mariage,
-l'Impératrice Eugénie est allée au Sacré-Cœur de Paris où elle a passé
-quelques années de son enfance. Mme d'Avenas s'y trouvait par hasard;
-elle a trouvé l'Impératrice charmante, naturelle, simple, voulant revoir
-tous ses souvenirs de jeunesse, et jusqu'à la sœur converse qui la
-lavait. Cette visite a eu un bon retentissement dans le monde pieux.
-
-
-_Nice, 10 février 1853._--La poste m'a apporté une lettre de la maréchale
-d'Albuféra qui me dit ceci: «Les personnes qui reviennent de Saint-Cloud
-parlent du bonheur dont on y jouit. Il y aura, le Mardi gras, bal
-d'intimes aux Tuileries. Les toilettes sont resplendissantes; on porte
-beaucoup d'or et d'argent, non seulement dans les étoffes, mais encore
-dans les rubans et les fleurs. Les formes des robes restent les mêmes,
-seulement on a adopté pour les robes habillées des queues de trente
-centimètres; c'est un acheminement au grand habit.»
-
-M. de La Marmora vient de recevoir, par voie télégraphique, la nouvelle
-d'un soulèvement à Milan et dans plusieurs autres villes de la Lombardie.
-Les poignards mazziniens auraient joué, mais le canon autrichien l'aurait
-emporté; les détails manquent[61].
-
- [61] Une sanglante échauffourée avait eu lieu à Milan le 6
- février, mais le mouvement eut peu d'importance; les émeutiers ne
- tinrent nulle part devant la troupe. La véritable gravité de
- cette affaire fut dans ses conséquences, dans le redoublement des
- rigueurs de la police autrichienne, et les malheurs qui en
- résultèrent pour un grand nombre de familles, surtout après la
- proclamation de Mazzini au peuple italien, et celle de Kossuth au
- peuple hongrois, dont l'apparition simultanée et la ressemblance
- semblaient indiquer une entente entre ces deux chefs de la
- démagogie européenne.
-
-
-_11 février 1853._--Il est arrivé tout à l'heure des lettres de Milan
-disant ce qui suit: «Pendant le Carnaval, des Milanais masqués et armés
-ont surpris et forcé les troupes qui gardaient le Palais. Cependant la
-garnison, bientôt ralliée, a pris sa revanche et a vengé les soldats et
-officiers, parmi lesquels un colonel, qui avaient été massacrés.» On dit
-même que des potences sont dressées sur les places publiques.
-
-Je lis l'ouvrage du père Theiner sur _Clément XIV_[62]. C'est d'un grand
-intérêt. Le tableau de l'époque qui en fait l'introduction est habilement
-tracé. Je n'en suis que là jusqu'à présent. Le bruit que fait cet ouvrage
-en prouve l'importance. C'est évidemment un livre sérieux, puisé à des
-sources bien authentiques. Les Jésuites font habilement de n'y pas
-répliquer et d'éviter une polémique prolongée sur ce terrain que M.
-Crétineau leur a rendu le mauvais service de provoquer. On me mande que
-les amis des Pères Jésuites font tous leurs efforts pour obtenir que ce
-livre soit mis à l'index à Rome, mais que le Saint-Père s'y refuse. Je
-crois, j'oserais même dire que je sais qu'en effet il y a de fort bonnes
-raisons pour qu'il ne laisse pas toucher l'auteur, qui a puisé ses
-inspirations, disons même son audace (car il y en a beaucoup dans une
-telle communication), dans des encouragements supérieurs.
-
- [62] L'_Histoire du Pontificat de Clément XIV_, écrite d'après
- des documents inédits des Archives secrètes du Vatican, par A.
- Theiner, prêtre de l'Oratoire et garde-adjoint de ces Archives,
- venait d'être traduite de l'allemand par Paul Geslin, et publiée
- chez Firmin-Didot. C'était une réhabilitation de la mémoire de
- Clément XIV pour le venger des attaques des Jésuites, et comme
- une réponse à M. Crétineau-Joly, qui, partisan de l'autorité
- absolue, en religion comme en politique, avait écrit une
- _Histoire de la Compagnie de Jésus et de Clément XIV_, où il se
- montrait très sévère pour ce Pape.
-
-
-_13 février 1853._--M. Avigdor est venu m'assurer que les troubles de
-Milan avaient cessé. Il m'a, de plus, apporté la proclamation incendiaire
-de Mazzini, qui, de sa personne, paraît avoir été à Bellinzona. Le bruit
-court ici qu'on aurait découvert une vaste conjuration à Bologne; que des
-troubles auraient éclaté à Bologne et une révolte à Monza; on ne peut
-trop encore y voir clair, et quoique je ne doute pas que la victoire
-restera à l'autorité légale, je n'en suis pas moins troublée en pensant
-qu'il y a un pays tellement miné et en effervescence.
-
-Le _Journal des Débats_ a donné deux passages relatifs à l'arrestation de
-M. de Saint-Priest et à la lettre qu'il écrit à ce sujet. Tout palpite
-encore sur cette pauvre terre de France, travaillée par tant de passions
-diverses[63].
-
- [63] Le 7 février, le général vicomte de Saint-Priest, MM. René
- de Rovigo, de la Pierre, le comte de Mirabeau, de Coëtlogon et
- quarante autres personnes, parmi lesquelles plusieurs Allemands
- et Italiens, furent arrêtés à Paris, dans leurs domiciles
- respectifs, et après une perquisition faite dans leurs papiers,
- ils furent tous conduits à la prison de Mazas. Ils étaient
- prévenus d'avoir fait partie d'agences secrètes, ayant pour but
- d'adresser aux journaux étrangers de fausses nouvelles sur l'état
- de la France et de déconsidérer le Gouvernement de Napoléon III
- aux yeux de l'Europe. Parmi les personnes arrêtées se trouvait M.
- Joseph Ta['n]ski, réfugié polonais, naturalisé français et
- attaché depuis plusieurs années à la rédaction du _Journal des
- Débats_. Le général de Saint-Priest fut remis en liberté le soir
- même de son arrestation, tandis que M. Ta['n]ski n'obtint sa mise
- en liberté sous caution que le 24 février.
-
-Voici l'extrait d'une lettre que mon fils Alexandre a reçue hier de
-Paris: «A propos de Carmélites, savez-vous que M. Cousin, poussé par son
-amour rétrospectif pour Mme de Longueville, va très souvent aux
-Carmélites de la rue d'Enfer, et qu'il ne veut plus écrire une ligne sans
-la soumettre à la Supérieure, qui est une personne du plus haut mérite,
-dit-on. Elle lui envoie ses manuscrits revus et corrigés, et il se soumet
-en enfant à ses décisions[64]. C'est fâcheux qu'il n'ait pas pris plus
-tôt ce parti, mais on ne peut qu'applaudir à cette complète conversion.
-J'ai toujours estimé les hommes qui reviennent; il faut pour cela autant
-de courage que de conscience et de sincérité.
-
- [64] En 1853, M. Victor Cousin publia son livre sur _Mme de
- Longueville_, qui ouvrait la série de ses études sur _les Femmes
- et la Société du dix-septième siècle_, et esquissait tous les
- personnages de la Fronde.
-
-«Si l'on s'est égayé à l'étranger de _notre nouvelle comète_, comme vous
-l'appelez (l'Impératrice), je vous assure qu'ici les sonnets, les
-pamphlets, les calembours pleuvent de tous côtés, et dans toutes classes,
-comme dans tous les salons. Je trouve cela plus déplorable que risible,
-car à quelque parti qu'on appartienne, il est triste de voir notre pauvre
-France tombée si bas. Cette malheureuse Impératrice a été tellement
-traînée dans la boue que, ne fût-ce que par charité chrétienne, je serais
-portée à la défendre. Tout en faisant la part de l'excentricité de son
-caractère, on s'accorde généralement sur la bonté de son cœur. Quant à
-moi, elle a fait ma conquête à Notre-Dame, pas comme beauté, mais par sa
-dignité et le pieux recueillement de son maintien.
-
-«Savez-vous aussi l'affaire de M. Veuillot avec l'abbé Gaduel? Cet homme
-est incorrigible[65].»
-
- [65] A propos d'articles que l'abbé Gaduel, vicaire général
- d'Orléans, avait fait paraître dans _l'Ami de la religion_, et
- qui critiquaient philosophiquement et théologiquement un livre
- recommandé par Louis Veuillot, dans son journal _l'Univers_, Mgr
- Sibour, archevêque de Paris, avait condamné ce journal et en
- avait interdit la lecture au clergé de son diocèse. M. Veuillot,
- au lieu de discuter ces critiques, attaqua M. Gaduel dans sa
- personne et se livra à de sarcastiques déclamations contre la
- science et l'enseignement de la théologie.
-
-
-_Nice, 14 février 1853._--Il est arrivé hier ici un aide de camp du Roi
-de Sardaigne, qui a raconté qu'en effet Mazzini s'était avancé jusqu'à
-Lugano ou Bellinzona, mais que Kossuth, moins prudent, s'était aventuré
-jusqu'à Voghera. C'est par les autorités autrichiennes que le comte
-Apponyi en a été averti, ainsi que du passage projeté de certains
-réfugiés avec armes et munitions, qui devait s'opérer à Stradella. Sur la
-demande d'Apponyi, on a envoyé des troupes pour disperser le
-rassemblement, saisir les munitions, etc.; mais on est arrivé, avec ou
-sans bonne volonté, trop tard à Voghera pour se saisir de Kossuth, qui
-avait pris le large.
-
-
-_Nice, 18 février 1853._--On m'écrit de Paris: «La tentative faite à
-Milan prouve que les socialistes ne se tiennent pas pour battus. Aussi la
-mise en liberté de quatre mille trois cents détenus, en France, a-t-elle
-produit une véritable terreur dans nos provinces. J'espère encore que ce
-mouvement milanais suspendra l'exécution de cet acte de clémence; ce
-serait un grand bonheur.
-
-«On dit que les personnes qui allaient à la Cour de l'Empereur avant son
-mariage devront être représentées, pour permettre d'éliminer celles qu'on
-désire en écarter.
-
-«L'Impératrice, _jusqu'à présent_, ne décide rien par elle-même. Elle
-soumet tout à l'Empereur, même la robe qu'elle doit porter; ils ne se
-quittent pas; on dit l'Empereur éperdument amoureux.
-
-«M. de Caulaincourt, second fils de la duchesse de Vicence, épouse Mlle
-de Croix; il avait été refusé plusieurs fois à cause d'un œil de verre.
-La mère est enchantée de ce mariage. La jeune personne est riche, bien
-née et bien élevée. La duchesse de Périgord est moins charmée du mariage
-de son fils Paul: les Saint-Aignan ne donnent que 15000 francs de rente à
-leur fille, dont ils retiennent 6000 francs pour frais de nourriture et
-de logement.
-
-«Il est certain que le maréchal de Castellane avait reçu l'ordre, par le
-télégraphe, d'entrer en Savoie et de s'emparer du Comté de Nice, si le
-mouvement milanais n'avait pas été étouffé tout de suite, probablement
-sous le même prétexte et avec la même durée qui a mené et qui fait rester
-les Français à Rome.»
-
-
-_Nice, 23 février 1853._--Que dire de cette nouvelle horreur tentée à
-Vienne[66]. Je suis encore sans détails; je ne sais que ce que disent les
-nouvelles télégraphiques, qui, même, ne sont pas d'accord entre elles.
-Toujours est-il que ce charmant Empereur a été blessé. Dieu veuille qu'il
-n'y ait pas de mauvaises suites pour ce jeune Souverain, qui annonce de
-si belles qualités et dont l'Allemagne a bien grand besoin à l'heure
-qu'il est.
-
- [66] Le 18 février, l'Empereur d'Autriche se promenait sur les
- remparts de Vienne, lorsqu'il fut tout à coup arrête par un
- garçon tailleur hongrois, ancien hussard. L'assassin avait dirigé
- son coup de poignard vers la gorge, mais François-Joseph, ayant
- aperçu l'arme levée contre lui, fit avec le bras un mouvement qui
- la repoussa en arrière, au bas de la nuque. L'aide de camp de Sa
- Majesté, comte O'Donnell, dégaina aussitôt et porta à l'assassin
- un coup de sabre qui l'abattit à ses pieds.
-
-
-_Nice, 25 février 1853._--J'ai reçu de Vienne, de mon beau-frère[67],
-quelques lignes écrites après l'attentat contre l'Empereur. La blessure
-avait énormément saigné, mais les médecins la déclaraient sans danger.
-L'émotion, l'indignation, étaient générales dans toutes les classes; le
-peuple s'est porté à l'Archevêché, demandant qu'un _Te Deum_ fût chanté à
-l'instant à Saint-Étienne, pour rendre grâce à Dieu que le coup n'ait pas
-été mortel.
-
- [67] Le comte Schulenbourg.
-
-
-Un Espagnol est arrivé ici de Paris. Il est l'ami de la sœur du marquis
-de Bedmar et de Mme de Toreno. Cette sœur, qui se nomme _Incarnation_ de
-son nom de baptême, a épousé le beau M. Manuel, l'agent de change
-élégant, héros d'assez éclatantes aventures. Mme Manuel était l'amie de
-cœur de Mlle de Montijo, mais l'Empereur n'a pas voulu qu'elle fût reçue
-à la Cour de l'Impératrice. Enfin, à force d'insistances, celle-ci a
-obtenu de voir, le matin, en particulier, cette amie de cœur. Dans cet
-entretien, il paraît que la jeune couronnée s'est jetée en pleurant dans
-les bras d'_Incarnation_, disant qu'elle se sentait enfermée dans une
-cage, dorée à la vérité, mais hermétiquement fermée; qu'elle n'était
-maîtresse de rien, et qu'elle n'avait eu aucune liberté pour la
-composition de sa maison.
-
-Il faut lire dans le _Journal des Débats_ du 22 de ce mois un article sur
-l'ouvrage du Père Theiner par M. de Sacy. Il n'y est ni janséniste, ni
-philosophe, il y est homme de discernement judicieux et impartial,
-résumant parfaitement l'ouvrage, l'appréciant sans dénigrement, et
-portant un jugement juste, sain, modéré, et, à mon avis, excellent sur
-les Jésuites, non pas les Jésuites de l'institution ni ceux
-d'aujourd'hui, mais ce qu'ils étaient au moment de leur suppression, et
-ce qu'ils tentent toujours plus ou moins à redevenir.
-
-Le _Galignany_ du 17 février contient la réponse de Mme Tyler, seconde
-femme de l'ex-Président des États-Unis, à la fameuse lettre collective
-des dames anglaises[68]. Elle est plus rude que l'article que John
-Lemoinne a fait à ce sujet. Il paraît que les dames américaines, au lieu
-d'être flattées d'avoir été traitées en sœurs par quelques grandes dames
-anglaises, sont fort blessées de leurs conseils. Mme Tyler les traite
-avec une ironie sanglante et le _leading article_ du _Times_ à ce
-sujet[69], que le _Galignany_ rapporte également dans la même feuille du
-17, n'est pas moins désagréable pour les dames anglaises que pour celles
-du Nouveau Monde. On dit les Duchesses, Marquises et Comtesses de la
-Grande-Bretagne, signataires de l'Épître, très embarrassées, et aux
-regrets que leur vaniteuse charité leur ait fait faire une semblable
-démarche. Il est sûr qu'il est impossible d'en avoir fait une plus
-ridicule.
-
- [68] En 1848, la publication de _la Case de l'oncle Tom_, où Mme
- Becker-Stowe peignait avec autant de vivacité que de couleur les
- souffrances des esclaves noirs en Amérique, provoqua en
- Angleterre un mouvement d'opinion très accentué en faveur de
- l'abolition de l'esclavage. Plusieurs grandes dames, réunies à
- Stafford-House, sous la présidence de la duchesse de Sutherland,
- rédigèrent une lettre ouverte aux dames américaines, les
- engageant à faire œuvre de propagande pour l'abolition de
- l'esclavage dans leur pays. Cette lettre provoqua une verte
- réponse de Mme Tyler, où, en parlant de la misère et des abus de
- toutes sortes qui règnent en Angleterre, elle invitait les dames
- anglaises à vouloir bien s'occuper de réformer leur nation, avant
- de penser à réformer les institutions américaines, qui avaient
- leur raison d'être dans les conditions spéciales de cette
- contrée.
-
- [69] Voir cet article du _Times_ aux pièces justificatives de ce
- volume.
-
-
-_Nice, 26 février 1853._--J'ai reçu hier des lettres de Paris, dans
-lesquelles on me dit ce qui suit: «Les amis du Gouvernement ont regretté
-encore plus que ses ennemis l'arrestation du vicomte de Saint-Priest; je
-crois qu'il n'y aura, en définitive, que M. Ta['n]ski de sérieusement
-atteint. Il correspondait avec plusieurs Cours étrangères, et leur
-faisait passer, outre des bulletins politiques, tous les couplets, les
-quatrains, les pamphlets qui pullulent sur l'Impératrice. On a trouvé
-chez lui, entre autres, la minute d'une lettre de lui, adressée à lady
-Holland, à Naples, remplie des lazzi que le mariage impérial a provoqués.
-Walewski et Rothschild ont fait de grands efforts pour obtenir sa
-liberté, mais inutilement. Ce même Ta['n]ski était aussi dans l'intimité
-du prince Jérôme-Napoléon.
-
-«Les témoins espagnols de l'Impératrice, au mariage civil et religieux,
-n'ont pas été invités depuis aux Tuileries, pas même au bal du Mardi
-Gras, où il y avait trois cents personnes. Cependant, ils ont dîné hier
-avec Leurs Majestés, à l'exception du marquis de Bedmar qui a fait dire
-qu'il partait le matin même pour Madrid.
-
-«Le prince Murat n'a paru ni à la Cathédrale ni aux Tuileries; il est
-resté sous sa tente, blessé de n'avoir pas eu l'_Altesse impériale_ et le
-même rang que le groupe Jérôme.»
-
-
-_Nice, 27 février 1853._--On me mande de Vienne que le jeune Empereur,
-par la violence du coup qui lui a été porté, a cru dans le premier moment
-avoir reçu un coup de feu et être assailli par plusieurs. Aussi tira-t-il
-son sabre pour se défendre. Il put ensuite faire cent pas sans chanceler,
-après lesquels il fut obligé de se laisser conduire par son aide de camp,
-le comte O'Donnell. Son premier mot à celui-ci a été: «Ceci vient de
-Milan», et en revoyant sa mère: «Je partage le sort de mes braves soldats
-de Milan.»
-
-L'Archiduchesse Sophie est dans un état affreux, elle a vraiment l'aspect
-de la Mère de douleur. Elle prévoit des chances de récidive dans l'avenir
-et a perdu toute sécurité.
-
-On me mande de Paris que Cousin s'est passionné pour l'Impératrice
-Eugénie, et qu'il en parle avec la même exaltation que de Mme de
-Longueville. N'y a-t-il pas là de quoi faire tressaillir la poussière de
-Port-Royal?
-
-
-_Nice, 28 février 1853._--Ma sœur m'écrit de Vienne, du 21, que la vue
-du jeune auguste blessé est encore trouble.
-
-Elle me dit aussi qu'à Milan la haute noblesse était venue, en corps et
-en voitures de gala, offrir au général Gyulay ses compliments de
-condoléances à l'occasion de l'attentat, et que le général leur aurait
-dit, en les recevant, qu'il regrettait de devoir à une aussi douloureuse
-circonstance l'honneur de faire leur connaissance.
-
-Il vient de paraître dans le nord de l'Italie une nouvelle proclamation
-de Mazzini, qui dit qu'il ne faut pas se décourager par l'avortement de
-l'insurrection de Milan, puisqu'il ne s'agit que d'attendre quelques
-jours pour voir des événements plus décisifs; ce qui, d'après les dates,
-coïnciderait avec l'attentat de Vienne. D'après les journaux, on devait
-tenter un coup de main sur la forteresse de Bude. Toutes ces trames ont
-également leurs échos dans le Grand-Duché de Posen, et dans le cœur même
-de Berlin.
-
-
-_Nice, 1er mars 1853._--Mon beau-frère Schulenbourg, qui est arrivé
-hier de Vienne, nous a conté bien des particularités sur l'Autriche et la
-Lombardie qu'il vient de traverser. Les dernières nouvelles
-télégraphiques que Radetzky avait reçues de Vienne pendant que
-Schulenbourg était à Vérone portaient que l'état cérébral du jeune
-Empereur offrait de la gravité; la vue était tellement affectée que le
-pauvre blessé ne pouvait pas supporter la plus petite lueur; il était
-obligé de rester dans la plus parfaite obscurité, et son ouïe était
-tellement surexcitée qu'il entendait distinctement tout ce qui se passait
-à trois chambres de la sienne. On craignait un épanchement du sang au
-cervelet. Deux minutes avant l'accident, l'Empereur avait montré au comte
-O'Donnell un groupe de trois hommes à mines sinistres, en lui disant:
-«Voilà des brigands.» Aussitôt que le meurtrier fut terrassé, ce groupe a
-disparu. On a envoyé un prêtre hongrois à l'assassin pour remuer sa
-conscience et lui faire faire des aveux; il paraissait s'y être décidé et
-avoir déjà commencé. Les arrestations continuaient de tous côtés.
-
-Cet événement, joint aux troubles et conspirations de Milan et de
-Hongrie, rapprochera beaucoup les puissances continentales de l'Empereur
-Napoléon III. On veut faire cause commune et se mettre en faisceau contre
-le danger commun, et notamment se montrer unis et imposants à la Suisse
-et à l'Angleterre. Tout tourne au profit de Louis-Napoléon, jusqu'au
-danger de l'assassinat, dont il court, avec des souverains légitimes, les
-terribles chances.
-
-L'exaspération contre les Anglais, à Vienne, est telle, qu'au _Te Deum_
-de Saint-Étienne, lord Westmorland a pu entendre, s'il comprend
-l'allemand, des paroles, dites fort haut, et des plus rudes à ses
-oreilles. Le prince de Metternich, qui n'était pas rentré à la
-Chancellerie d'État depuis les événements de 1848, s'y est rendu,
-aussitôt après l'attentat, pour savoir par les Ministres qui étaient
-réunis, des nouvelles de l'Empereur. C'est noble et bien.
-
-
-_Nice, 3 mars 1853._--Lady Westmorland m'écrit une lettre toute
-désespérée sur l'attentat contre l'Empereur, auquel elle est d'autant
-plus sensible que toute la mission souffre de l'_exécration_ vouée à
-l'Angleterre; je cite ses mots. On voulait faire un scandale devant la
-maison habitée par les Westmorland. La police a eu beaucoup de peine à
-l'empêcher, et il n'y a que la connaissance qu'on a des sentiments
-personnels de lord Westmorland qui fasse qu'on les _tolère_ à Vienne, et
-elle ajoute: «J'ai l'espoir que les choses sont arrivées à un point tel,
-que notre Cabinet _devra_ et _pourra_ mettre fin aux menées des
-abominables gens réfugiés et conspirant en Angleterre contre le repos
-européen. Mais j'en serais beaucoup plus sûre si mon oncle, le duc de
-Wellington, vivait encore pour élever la voix.»
-
-Schulenbourg a vu avec peine qu'en Saxe le public de toutes les classes
-était mal satisfait du mariage du Prince Albert avec la Princesse
-Carola[70]. On n'y trouve ni alliance politique utile, ni entourage de
-famille brillant; on n'aime pas l'origine maternelle; puis, pas de
-fortune, le jeune ménage sera tout simplement pauvre, 40000 écus de
-rente à eux deux pour tout potage; c'est, dans leur position, n'avoir
-rien. Du reste, la Famille Royale elle-même (mais elle seule) est très
-affectueuse pour la Princesse Carola et le jeune homme éperdument
-amoureux. On avait désiré qu'il épousât l'Archiduchesse Élisabeth, la
-jeune veuve qui habite Brünn, mais aussitôt qu'il eut aperçu la Princesse
-Carola, qui, par hasard, se trouvait à Brünn en ce moment, et quoique
-l'Archiduchesse soit infiniment plus belle, il a dit à un neveu de
-Schulenbourg: «Celle-ci ou aucune.»
-
- [70] Le Prince Royal de Saxe avait épousé, le 18 juin 1852, la
- Princesse Carola Wasa, fille du Prince de Holstein-Gottorp,
- Prince Wasa.
-
-
-_Nice, 5 mars 1853._--On m'écrit de Paris ceci: «La clémence de
-l'Empereur a un effet déplorable sur les provinces, où on s'alarme du
-retour de ces misérables[71]. Les sociétés secrètes sont en pleine
-vigueur; elles se dissimulent, mais ne se dissolvent pas; les Préfets
-courageux l'écrivent, ceux qui ne veulent ni inquiéter ni déplaire se
-taisent lâchement. M. de Persigny, qui s'est élevé fortement, et contre
-le mariage, et contre l'amnistie, est en froid avec les Tuileries. Le
-vent y est revenu à M. de Morny. On dit l'intérieur impérial assez
-triste; l'épuration des dames, un peu trop gaies, est positive.»
-
- [71] A l'occasion de son mariage, et par un décret daté du 31
- janvier 1853, Napoléon signa une amnistie dont profitèrent plus
- de trois mille individus qui avaient été l'objet de mesures
- rigoureuses après les troubles de décembre 1851.
-
-Mes nouvelles d'Allemagne confirment la conspiration hongroise, le projet
-d'assassiner l'Archiduc-Gouverneur, et à Berlin on a découvert des
-trames semblables. L'émoi a été vif à Charlottenbourg. Il paraît certain
-que les trois Cours du Nord feront simultanément des démarches sérieuses
-pour rompre les repaires anarchiques, et rien ne pouvait mieux servir
-l'Empereur Napoléon III, car avec lui on forcera la Suisse et le Piémont;
-sans lui cela deviendrait difficile, et comme lui aussi est menacé des
-poignards socialistes, son intérêt se trouve identique avec celui des
-trois souverains, et l'entente en deviendra plus cordiale.
-
-Dans les Cours de l'Europe, on est devenu très indifférent pour le
-rejeton de la branche aînée des Bourbons, et on est tout simplement
-hostile aux d'Orléans, parce qu'on est persuadé, non sans raison, qu'avec
-eux reviendrait ce détestable libéralisme bavard, qui a enfanté 1848, et
-que le jugement faux et vaniteux, enfin tout ce que représentait Mme la
-Duchesse d'Orléans, créerait bien plus de dangers à l'Europe que la
-dictature actuelle.
-
-
-_Nice, 8 mars 1853._--Il paraît certain que Mazzini et Saffi se sont
-embarqués sur une frégate anglaise qui a longtemps côtoyé Villefranche et
-toute la rivière de Gênes.
-
-Lord Minto se promenait l'autre jour sur l'_Acquasola_ de Gênes, bras
-dessus bras dessous avec le secrétaire de Kossuth!
-
-La frégate a relâché à Livourne. Plusieurs _midshipmen_[72] sont
-descendus dans la ville, y chantant des airs et des paroles
-révolutionnaires en italien. Ils ont été arrêtés par la police
-autrichienne. Le commandant de la frégate les a réclamés; on les lui a
-refusés et la frégate a dû prendre le large sans eux.
-
- [72] De l'anglais: aspirants de marine.
-
-
-_Nice, 13 mars 1853._--La maréchale d'Albuféra m'écrit de Paris: «Vous
-désirez savoir la couleur des yeux de l'Impératrice. Ils sont bleus; mais
-elle se peint les sourcils et les cils en noir, ce qui fait un contraste
-avec ses cheveux blond ardent et donne beaucoup de piquant à son visage.
-Tout le monde la trouve belle. On la disait grosse, mais comme elle a
-valsé au bal du Mardi Gras, on ne sait plus trop que penser. Savez-vous
-pourquoi l'Impératrice Eugénie est la première écuyère de France? C'est
-qu'elle a sauté _la barrière du Trône_! Voilà un des lazzi avec lesquels
-on se console ici.»
-
-
-_Gênes, 18 mars 1853._--Je suis arrivée ici aujourd'hui à midi. La route
-était encore fort encombrée de rochers détachés de leurs cimes par les
-déluges de pluie, et ils entravaient singulièrement notre marche, malgré
-les efforts des cantonniers occupés au déblayage. J'ai déjà visité les
-églises de l'_Annunziata_, du _Gesù_, de _Santo-Ciro_ et de _San
-Lorenzo_, l'_Albergo di poveri_ et l'_Ospedale di Santa Caterina_. Tout
-cela a de l'intérêt et complète assez bien mon _giro_ génois.
-
-
-_Alexandrie, 18 mars 1853._--Adieu le Midi, le ciel pur, la mer bleue;
-adieu palmiers, myrtes, roses et oliviers! Nous avons traversé ce matin,
-par une pluie froide, ou plutôt par une neige fondue, cette partie nue
-et rude des Apennins. C'était fort laid et fort triste. A Bussana nous
-avons pris le chemin de fer. Nous étions entassés dans un wagon avec
-trois Anglais, dont l'un, Irlandais très loquace, revenant des Grandes
-Indes, les deux autres revenant de Rome et de Naples.
-
-
-_Vérone, 22 mars 1853._--Nous avions quelque espérance d'atteindre Vérone
-dès hier au soir, ce qui, en effet, nous eût été facile, si nous n'avions
-pas manqué de dix minutes le dernier départ du chemin de fer. Il a donc
-fallu rester à Mantoue, où nous étions pitoyablement gîtés dans un
-détestable petit cabaret, les auberges passables étant encombrées par les
-parents de ceux qu'on juge en ce moment à Mantoue, non pas à la suite des
-derniers événements de Milan, mais en conséquence de la grande
-conspiration découverte en novembre dernier[73]; quatorze cents
-personnes sont gravement compromises; cinq ont déjà été exécutées dans un
-des forts de Mantoue. L'Empereur vient d'en gracier un grand nombre et de
-commuer la peine des autres. Mais, Mantoue, cette forteresse déjà si
-sérieuse et si obscure en elle-même, vue ainsi au travers des torrents
-d'une pluie glaciale, et sous le voile lugubre des conspirations et des
-tragédies _réelles_, dans une petite chambrette dont les vitres étaient
-cassées et la cheminée était pleine, non pas de feu, mais d'une fumée
-épaisse, offrait le plus triste séjour.
-
- [73] La paix ayant été signée après la guerre de 1848-1849,
- l'Autriche, croyant rendre plus solide sa souveraineté sur ses
- possessions italiennes en les frappant de terreur, leur fit
- lourdement sentir le poids de son joug. Les populations de ces
- provinces, de plus en plus irritées, recoururent,
- malheureusement, pour le secouer, au moyen des conspirations.
- Mazzini, réfugié à Londres et à l'abri de tout danger, y avait
- fondé un Comité national d'où partait le mot d'ordre, et qui
- centralisait les efforts des sociétés secrètes répandues en
- Lombardie et en Vénétie, dans le seul but de chasser les
- Autrichiens d'Italie. Pour agir plus efficacement, un Comité
- révolutionnaire se constitua à Mantoue, sous la présidence d'un
- prêtre fort estimé: Enrico Tazzoli. La police autrichienne fut
- mise sur sa piste par l'imprudence d'un des membres du Comité
- qui, pour en augmenter le nombre, admit dans son sein des
- personnes appartenant aux classes les plus basses de la
- population. Dès lors, le secret devint impossible à garder et les
- procès commencèrent. Plusieurs exécutions en furent la suite et
- enfin celle du prêtre Crioli, fusillé à Mantoue pour avoir
- conseillé à des soldats autrichiens de déserter, fut le prélude
- de cette _Conspiration de Mantoue_ qui eut son épilogue sur les
- glacis de Belfiore. Une poésie révolutionnaire ayant été trouvée
- sur une des victimes qui, sous le bâton, avoua qu'il la tenait du
- prêtre Tazzoli, ce dernier fut arrêté. On trouva dans ses papiers
- la liste chiffrée des noms de tous les membres du Comité
- révolutionnaire, dont un traître livra la clef, ce qui permit de
- les saisir et de les arrêter tous. Un long procès en fut la
- suite: procès qui dura depuis janvier 1852 jusqu'au 19 mars 1853.
- Les accusés étaient au nombre de cent cinquante; tous
- appartenaient aux meilleures classes de la population: neuf
- d'entre eux furent pendus à Belfiore à la suite de la sentence
- qui en condamnait presque la moitié à mort. Les autres virent
- leur peine commuée et furent envoyés aux galères.
-
-
-_Vérone, 24 mars 1853._--L'Archiduchesse Sophie a fait un touchant cadeau
-au comte O'Donnel, cet aide de camp qui était près de l'Empereur
-d'Autriche au moment de l'attentat contre sa personne. Elle lui a donné
-une bague très simple, contenant une grosse turquoise, qui s'ouvre, et
-sous laquelle se trouve une mèche des cheveux ensanglantés de l'Empereur,
-qui lui ont été coupés après l'attentat. En lui donnant cette bague,
-l'Archiduchesse a dit au comte O'Donnel: «_Ce n'est pas un cadeau_
-_impérial, c'est le souvenir d'une mère reconnaissante._»
-
-On a fait à Vienne plusieurs bons mots, dont j'ai retenu les suivants: Le
-général Haynau est mort le même jour et presque à la même heure que
-l'Archevêque de Vienne, qui se nommait _Milde_ (ce qui en allemand veut
-dire _douceur_). On dit donc, que malgré la férocité attribuée à Haynau,
-il est mort _mit milde_[74]. Voici le second bon mot. Le général
-Leiningen, en mission à Constantinople, a obtenu des Turcs de ne plus
-appeler les chrétiens _des chiens_; mais à la condition expresse que,
-désormais, il ne serait plus permis aux chrétiens de donner à leurs
-chiens le nom de Sultan. Ceci est bien digne du théâtre des Variétés.
-
- [74] Avec douceur.
-
-Une question plus sérieuse, plus importante, c'est l'arrestation à Milan
-d'un avocat, chez lequel on a saisi des papiers très explicatifs des
-projets mazziniens et, entre autres, la preuve qu'à un jour _fort
-prochain_, il devait éclater à Naples, Florence et Gênes, des explosions
-formidables, et mieux organisées que ne l'a été la dernière échauffourée
-de Milan. On a aussitôt expédié des courriers sur les différents points
-menacés qui, très probablement, seront arrivés à temps pour empêcher les
-bombes d'éclater.
-
-
-_Vérone, 25 mars 1853._--Le maréchal Radetzky, m'ayant très poliment fait
-exprimer ses regrets qu'un reste de grippe ne lui permit pas de venir
-chez moi, j'ai été hier chez sa femme, où le Maréchal s'est rendu.
-L'appartement est beau, commode et chaud, la vieille dame fort polie;
-mais l'intérêt principal se fixait, naturellement, sur l'illustre
-vieillard, qui complète, pour moi, la série des illustres guerriers
-contemporains, que j'ai tous connus plus ou moins. Cette série commence
-par Souvarow qui, à Prague, lorsque son fils cherchait à épouser ma
-sœur, m'a fait sauter et gambader avec lui, quand j'avais sept à huit
-ans; ses originalités, encore plus que sa gloire, l'ont fixé dans mon
-souvenir. Napoléon, avec ses capitaines célèbres; Wellington,
-Schwarzenberg, Blücher, et maintenant Radetzky, et d'autres encore, m'ont
-été connus d'assez près, pour pouvoir conserver une impression distincte
-de leur individualité; et je sais apprécier cette longue chaîne
-d'illustrations contemporaines.
-
-Il est impossible d'avoir été plus naturellement obligeant, simple, et,
-en même temps, plus aimablement communicatif que le feld-maréchal
-Radetzky l'a été avec moi. Sa verdeur, son entrain, à _quatre-vingt-six_
-ans, sont une véritable merveille; mais il lui faut soigner une toux qui
-est incessante depuis quelques jours. Il était parfaitement rassuré sur
-les suites de la grande conspiration (qui se tramait et qui devait
-éclater hier), depuis qu'en outre de l'arrestation de l'avocat Milanais,
-on a aussi opéré celle d'un riche banquier de Bologne. Ici, on est obligé
-de faire garder les puits des casernes par des sentinelles, pour empêcher
-l'exécution du projet découvert de les empoisonner; les détails les plus
-douloureusement curieux abondent.
-
-
-_Vérone, 26 mars 1853._--J'ai eu hier la visite du général Benedeck, une
-des plus brillantes célébrités des dernières campagnes d'Italie et de
-Hongrie. Il est maintenant chef d'état-major du feld-maréchal Radetzky.
-Sa position ici est très importante et, par le temps qui court, très
-lourde. Il est doux, modeste, poli; sa conversation mesurée sans être
-froide; ses blessures ont rendu sa santé délicate; il est maigre et de
-taille moyenne.
-
-Les uns disent que l'ennui commence à régner aux Tuileries; d'autres, au
-contraire, que les tendresses y sont extrêmes et que l'Impératrice est
-très touchée des soins constants et charmants dont elle est l'objet. En
-dehors des grandes soirées, il y en a de petites qu'on dit fort gaies.
-Pour les présentations à l'Impératrice, l'étiquette ne laisse pas que
-d'être sévère. Elle consiste en une simple défilade. Mme Le Hon en était
-furieuse et le disait tout haut.
-
-J'ai reçu une lettre de Mme Mollien, désolée du bruit, qui se répandait
-de tous côtés, que Mme la Duchesse d'Orléans épousait M. de Montguyon; et
-elle espère que toute cette histoire est une invention.
-
-Voici les extraits de deux lettres: la première est de M. de Falloux, la
-seconde du duc de Noailles:
-
-_Premier extrait_: «Je suis mal au courant des directions actuellement
-prédominantes à Venise; j'ai eu le chagrin de me trouver en désaccord
-avec un premier mouvement de M. le Comte de Chambord. A la suite du 2
-Décembre, j'aurais voulu que l'élite seule du parti légitimiste
-représentât, en se retirant de tout, la protestation morale, mais qu'on
-laissât le gros de nos amis à leurs mairies, à leurs Conseils généraux,
-y fonder ou y développer les écoles religieuses, qui seules rendront la
-France, à l'avenir, une nation sur laquelle on puisse régner. Une ligne
-plus cassante, plus hostile a été préférée[75]. Je conçois que cela fut
-bien tentant pour le Chef de la maison de Bourbon; cependant, j'ai
-persisté à croire que les conseils donnés étaient _exagérés_ et
-_funestes_. Quant à la fusion, M. le Comte de Chambord l'a toujours
-désirée et a beaucoup témoigné ce désir. On y a mal répondu; et il a fini
-par être blessé, sans cependant y renoncer ou la repousser absolument.
-Les d'Orléans répètent beaucoup qu'ils ont fait de nouvelles démarches;
-mais, de fait, ces démarches étaient des conditions déplacées. Voilà où
-on en est aujourd'hui. C'est une situation bien dangereuse pour tout le
-monde. Ce sont les Princes d'Orléans qui ont fait l'Empire; ils suivent
-une ligne de conduite toute propre à fortifier cet Empire. Tant que la
-France ne verra pas un grand et fort gouvernement à mettre à la place de
-ce qui lui donne aujourd'hui le repos matériel, elle ne s'en dégoûtera
-pas. Mais il faut craindre aussi les illusions du Comte de Chambord. Tant
-qu'il n'a pas d'enfants, le principe réside bien encore en lui, avec tous
-ses avantages; mais la réalité, la perpétuité de la Maison de Bourbon,
-sont dans la branche cadette. Le Comte de Chambord est donc fort
-paralysé, lui, dont la valeur première est l'hérédité; il ne faudrait
-donc pas qu'il voulût avoir trop _rigoureusement_ raison, sans vouloir
-tenir compte de l'état de démoralisation où la France est plongée, sans
-réfléchir qu'une nation, dans un tel état, est accessible à tous les
-coups de main. M. le Comte de Paris grandit, M. le Comte de Chambord
-prend des années, l'action du temps est donc bien inégale pour les deux,
-et il faudrait tout concilier, en unissant tout indissolublement. Je sais
-bien que, sans nous autres légitimistes, aucun gouvernement ne durera,
-mais la France est trop épuisée pour supporter de nouvelles expériences;
-et si on ne lui ôte pas en commun la chance de se tromper, sa prochaine
-erreur serait la dernière et la France serait en lambeaux... avant vingt
-ans. Je voudrais que, des deux côtés, on fût bien persuadé de cette
-vérité.»
-
- [75] Par ordre de M. le Comte de Chambord, les légitimistes
- devaient s'abstenir de toute espèce de service dans l'État.
-
-
-_Second extrait_: «La fusion est aussi éloignée que jamais. Le fait est
-que, malgré quelques semblants, les d'Orléans n'en veulent pas, la façon
-dont ils l'entendent la rendant _a priori_ impossible. Ils ne veulent
-s'engager vis-à-vis du Comte de Chambord que dans le cas où la volonté
-nationale se sera prononcée à son égard et lorsque le fait se sera joint
-au _droit_. Quant à l'Angleterre, elle ne fera rien contre les réfugiés;
-on ne pourrait l'y forcer que si la France était à la tête des autres
-puissances pour l'y obliger, et c'est ce qu'elle ne fera pas. Du reste,
-point de projets de guerre clairs et arrêtés; mais l'Empereur Napoléon a
-dit hier, à quelqu'un, qui me l'a répété immédiatement: «_La France n'a
-toute sa puissance et toute son influence que dans_ _l'action. Quand
-l'Europe est en repos, les vieilles monarchies l'emportent toujours sur
-elle, et il faut bien avouer que je suis né d'hier._» Ceci a été dit à
-propos de la rapidité du succès de la mission du Comte de Leiningen à
-Constantinople[76].»
-
- [76] Le Feld-Maréchal comte Leiningen avait été chargé d'une
- mission diplomatique auprès de la Porte Ottomane, concernant les
- différends entre les deux Gouvernements. Ayant remis au Sultan,
- le 3 février, la lettre autographe de l'Empereur d'Autriche, le
- comte de Leiningen était de retour le 16 février à Vienne, la
- Porte ayant adhéré aux demandes et réclamations que l'Autriche
- lui avait adressées par l'intermédiaire de ce diplomate.
-
-
-_Vérone, 27 mars 1853, jour de Pâques._--Il a fait hier un joli petit
-semblant de printemps dont, bien vite, j'ai profité pour aller au
-_Giardino Giusti_, que j'avais envie de revoir. Les violettes y
-abondaient, et nous nous sommes livrés à de fort douces illusions, sous
-les cyprès séculaires égayés par le chant des oiseaux, qui tous
-paraissaient en belle humeur. Nous avons gagné les terrasses supérieures,
-d'où la vue était très nette, riche et variée. Nous nous sommes laissés
-conduire ensuite à un théâtre antique, destiné jadis aux jeux olympiens.
-Un propriétaire d'ici a acheté et fait abattre les maisons qui
-encombraient ces ruines; elles paraissent avoir couvert un très grand
-espace. Des pierres colossales reproduisent ce caractère de grandeur,
-imprimé à tous les monuments d'une puissance en elle-même gigantesque.
-
-
-_Vérone, 29 mars 1853._--J'ai été hier dire adieu au maréchal Radetzky,
-toujours retenu par les restes de la grippe. Il a fort agréablement causé
-dans son cabinet, où je l'ai trouvé, écrivant d'une main aussi ferme que
-ses conceptions sont claires et lucides. Il m'a montré une belle
-miniature, représentant l'Empereur François-Joseph, que l'Archiduchesse
-Sophie lui a envoyée, en y joignant quelques vers des plus touchants. La
-Maréchale m'a menée dans la bibliothèque, où se trouvent, sous verre, les
-bâtons de maréchaux autrichien et russe; le second est fort orné de
-diamants; le premier, moins brillant, est plein d'allusions, de noms, de
-dates, de symboles. Le tout repose sur un piédestal en bronze, fondu dans
-l'airain d'un des canons pris à Novare.
-
-
-_Venise, 30 mars 1853._--Au bout de ce prodigieux chemin de fer, qui
-traverse la lagune, pour enchaîner insolemment l'épouse de la mer à la
-terre, Pierre d'Aremberg m'attendait hier, au débarcadère. Il s'est placé
-dans notre gondole pour descendre avec nous le _Canal grande_, au bout
-duquel est l'_Albergo Danieli_ où nous sommes descendus. Les salons sont
-grands, avec la belle vue sur _Santa Maria della Salute_, _San Giorgio
-Maggiore_, la _Riva degli Schiavoni_ et son bruyant mouvement: tout ce
-grand et vivant tableau se perdant dans le lointain de la mer. La route
-de Vérone, ici, est charmante, traversant une large vallée, bordée à
-gauche par les Alpes Tyroliennes, à droite par les monts Euganéens; les
-unes couvertes de neige et de glace, les autres se dessinant en pointes
-aiguës sur un ciel, qui s'était enfin purifié.
-
-
-_Venise, 31 mars 1853._--Ma cousine Emma de Chabannes[77], pour laquelle
-j'avais un petit paquet, est venue me voir et me dire que sa Princesse
-pensait, avec plaisir, qu'elle pourrait enfin faire ma connaissance
-personnelle. La Princesse part après-demain, pour aller passer quinze
-jours à Modène; j'y vais ce matin, et ensuite chez la Duchesse de Berry.
-
- [77] Elle était dame d'honneur de Mme la Comtesse de Chambord.
-
-Hier j'ai été dans la matinée, en gondole, à l'église _degli Scalzi_, la
-plus riche de Venise, et à celle de _Santa Maria gloriosa dei Frari_, la
-plus intéressante par ses monuments funéraires. Les Carmes déchaussés qui
-soignent l'église _degli Scalzi_ sont très polis, et m'ont accueillie à
-merveille. Ils m'ont montré un autographe de leur patronne, sainte
-Thérèse, qu'ils conservent sous verre et qui n'est pas placé pour être vu
-commodément; ensuite je suis rentrée. Il faisait un froid humide fort
-déplaisant; aussi suis-je restée chez moi, tout le reste du jour, à ne
-voir de Venise que ce que ma fenêtre veut bien m'offrir; à la vérité,
-c'est beaucoup, beaucoup à voir, beaucoup aussi à entendre, parce que la
-voix humaine, dans ses plus diverses inflexions, se charge ici de
-remplacer le bruit des roues et le piaffement des chevaux.
-
-
-_Venise, 1er avril 1853._--Il faisait positivement chaud dans la
-gondole qui m'a descendue hier, à midi et demi, au _Palais Cavalli_.
-L'accueil y a été fort bon, la conversation facile. Le Comte de Chambord
-a une bonne figure ouverte et de la rondeur dans les manières, mais il
-ne faut le voir qu'assis. Quant à la Comtesse de Chambord, elle a toutes
-mes préférences: dignité, grâce, naturel, politesse bienveillante, taille
-superbe, bel air, yeux intelligents, cheveux admirables, dents blanches,
-sourire aimable. L'inégalité de son visage ne va pas jusqu'à la
-contorsion ni à la grimace. Sa conversation est fort en harmonie avec son
-extérieur; enfin, elle est ce qu'elle doit être, la position donnée;
-position si touchante, si élevée, si triste, si difficile, dont la
-simplicité la tire mieux que toutes les habiletés ne pourraient le faire.
-Bref, elle m'a plu au delà de ce que je supposais; son mari moins,
-quoique sa candeur et la loyauté répandues sur ses traits aient de
-l'attrait. Il a un beau front, droit, élevé; sa conversation est bonne,
-sage, mais je ne la trouve pas élevée; puis il est, ce me semble, de très
-belle humeur; je ne sais pas si je n'aimerais pas mieux un nuage de
-mélancolie.
-
-Le palais _Vendramin_ a des allures toutes différentes. Mme la Duchesse
-de Berry est devenue d'une laideur suffocante: laideur, allures, gestes,
-son de voix, plaisanteries, tout est commun jusqu'au vulgaire; bonne
-femme au fond, mais hurluberlue dans son langage et grotesque de sa
-personne. Le comte Lucchesi[78] n'est pas plus beau, mais il est poli et
-se tire en maître absolu de sa très difficile position; il fait les
-honneurs du palais, plus en grand maréchal qu'en époux; mais on sent la
-main de fer sous le gant de velours. Les trois enfants, issus de ce
-mariage (la petite fille, née à Blaye, a eu le bon esprit de mourir, il y
-a longtemps), ne se sont pas montrés.
-
- [78] Mari de Mme la Duchesse de Berry.
-
-Après ces deux audiences, je suis allée au jardin botanique, créé en
-1815, par ordre de l'Empereur François: j'y ai vu de fort belles plantes;
-on n'est pas fâché de se retrouver par moments sur des petits carrés de
-terre ferme.
-
-Lady Westmorland me mande ce qui suit, en date de Vienne du 28 mars:
-«Lord Stratford de Redcliff a été ici, pendant quelques jours, en route
-pour Constantinople. Il a eu une audience de l'Empereur et en a été très
-content, ainsi que du comte Buol. Ils paraissent être tout à fait
-d'accord sur les affaires de Turquie; c'est une goutte de consolation,
-car, du reste, il y a une irritation et une animosité des deux côtés, qui
-nous font passer de mauvais moments. Vienne est fort triste; point de
-bals, un mauvais opéra et un ballet détestable.»
-
-
-_Venise, 2 avril 1853._--J'étudie Venise de mon mieux. Je vois peu à la
-fois, mais bien en conscience et avec force livres et recherches. Hier
-nous avons été visiter _San Giorgio_ avec son magnifique perron, d'où la
-vue est si belle. Palladio a mis tout son art dans cette église, très
-correcte par conséquent, mais froide dans ses lignes, sa couleur et ses
-formes; mais dix belles colonnes de marbre antique, quelques belles
-figures en bronze et un ou deux souvenirs historiques lui donnent de
-l'intérêt. Les tableaux s'y perdent par l'humidité de cette île, qu'on
-va fortifier, et qui deviendra un point de défense formidable. L'église
-des Capucins, _Il Redentore_, également du Palladio, a ses mérites et ses
-défauts; ceux-ci fort augmentés par des ornements d'un goût affreux,
-imaginés par les bons franciscains, qui ne sont guère artistes. Leur
-sacristie contient trois Jean Bellini de _prima sorte_, et, comme
-contraste, une série de _crachoirs_, d'une configuration si étrange que
-je n'ai pu comprendre leur destination que par l'explication que m'en a
-donnée le Père sacristain. Celui-ci a la plus belle, la plus longue et la
-mieux tenue, peignée, brossée et brillante de toutes les barbes de
-capucins que j'aie jamais vues. Il m'a prise en bonne part, et, au
-dernier moment, il a ouvert une petite armoire contenant une figurine en
-cire qu'on dit être: _il vero Ritratto del santissimo Fondatore degli
-ordini mendicanti_[79]. Le fait est que c'est tellement ainsi qu'on se
-représente saint François d'Assise que, pour moi du moins, je ne mets pas
-en doute que ce ne soit là son véritable portrait. Enfin, je suis
-rentrée, bien fatiguée. Après le dîner, je me suis assoupie, mais pas
-longtemps, car le chant des gondoliers qui, en chœur, égayent leur
-station au Molo, m'a fait vite ouvrir la fenêtre pour les mieux entendre.
-C'était fort joli.
-
- [79] De l'italien: le véritable portrait du très saint Fondateur
- des Ordres mendiants.
-
-
-_Venise, 3 avril 1853._--Il y a de bien belles choses à admirer ici; mais
-il y en a trop. Je ne sais comment le mois que je veux passer à Venise
-suffira pour tout ce que l'un et l'autre me dit de voir. J'ai vu
-d'admirables Paul Véronèse à l'Académie _delle belle arti_, où je suis
-restée deux heures dans une véritable admiration. La collection n'y est
-pas nombreuse, mais les chefs-d'œuvre y abondent: presque tous de cette
-admirable école vénitienne qui, depuis que je sais distinguer les
-tableaux, est celle qui m'a toujours satisfaite plus que toute autre.
-
-
-_Venise, 4 avril 1853._--Hier dimanche, j'ai été faire ma prière à
-l'église des Saints-Apôtres, dont on célèbre la fête le 3 avril. Il y
-avait, par conséquent, grande _funzione_ dans cette église qui leur est
-consacrée; beaucoup de lumière, de belles orgues, mais des voix et des
-chants rappelant beaucoup trop l'opéra. L'église, en elle-même, n'est pas
-intéressante; d'ailleurs, n'y étant que pour assister à la grand'messe,
-je l'ai fort peu examinée. Ce qui m'a singulièrement plu et touchée,
-c'est une procession passant sur la _Riva degli Schiavoni_, et portant
-chaque année, au premier dimanche après Pâques, aux malades qui n'ont pu
-faire leurs dévotions à l'église, leur portant, dis-je, la communion
-pascale, soit dans leur palais, soit dans le taudis de leur misère. C'est
-bien, c'est naturel, comme l'est toujours notre mère l'Église.
-
-A midi et demi, j'étais au palais _Vendramin_, où Mme la Duchesse de
-Berry m'avait dit de me rendre, pour me montrer en détail ce charmant et
-magnifique établissement que les arts dans leur plus belle expression, le
-goût dans sa perfection, le confort dans tout son bien-être, l'histoire
-dans ses traditions, et le luxe dans sa splendeur, se sont plu à
-différentes époques à orner. Depuis des colonnes de jaspe sanguin, de
-toutes grandeurs, provenant du temple de Diane, à Éphèse, jusqu'à une
-botte de Louis XIV, sur le talon de laquelle Van der Meulen a peint une
-des batailles gagnées par le Roi, depuis des tableaux _prima sorte_ de
-Jean Bellini, Andrea del Sarto, etc., etc., jusqu'à des portraits du
-pauvre petit Louis XVII, il y a de tout; et tout est bien ordonné, bien à
-sa place, l'appartement bien distribué, des vues superbes; même un
-jardin, chose si rare ici, où le manque d'arbres, de fleurs et de verdure
-finit par fatiguer les yeux qui en cherchent vainement le repos et le
-rafraîchissement. Je suis restée deux heures à suivre Mme la Duchesse de
-Berry, et à écouter les explications très obligeantes et très
-intéressantes que me donnait le comte Lucchesi; il est un cicerone
-vraiment habile; je crois qu'il allège les pénibles honneurs qui lui sont
-dévolus, en se plongeant dans les arts et la curiosité.
-
-
-_Venise, 5 avril 1853._--Ma matinée d'hier a été consacrée à la basilique
-de Saint-Marc, à son trésor et à l'inspection plus détaillée de la
-_Piazza_ et de la _Piazzetta_. Il y aurait trop à en dire pour en
-indiquer ici le détail, je me bornerai à en tracer mon impression.
-
-Bâtie sur le modèle de Sainte-Sophie, de Constantinople, l'Orient y a mis
-son cachet particulier, de telle sorte qu'on a d'abord quelque peine à se
-sentir dans une église du culte catholique romain; aussi, quoique
-Saint-Marc ne soit pas à comparer comme grandeur, ni à Saint-Pierre, ni
-au dôme de Milan, ni à celui de Cologne, reste-t-il digne d'être mis sur
-la même ligne, parce que rien de semblable ne se trouve en Europe. Ce
-n'est ni l'anéantissement qui terrasse à Saint-Pierre, ni le respect
-qu'inspire Cologne, ni les élancements joyeux que provoque Milan; mais
-c'est un fragment du temple de Salomon. Je voudrais pouvoir me confesser
-à Saint-Pierre, prier à Cologne, chanter le _Te Deum_ à Milan, et rêver
-aux Croisades à Saint-Marc.
-
-
-_Venise, 6 avril 1853._--J'ai été visiter, hier, les ateliers de
-Schiavone et de Nerli. Les artistes vivants ont trop à lutter, ici,
-contre les comparaisons inatteignables qui les entourent. Schiavone
-habite une partie de l'élégant palais _Foscari-Giustiniani_. Nerli, qui
-est Prussien plein de talent, occupe les mansardes de l'immense palais
-_Pisani_, dont les dimensions contrastent avec le délabrement des
-détails.
-
-
-_Venise, 8 avril 1853._--Hier, j'ai été au couvent des Arméniens de l'île
-Saint-Lazare, que les études arméniennes de lord Byron ont rendu
-particulièrement célèbre: nous y avons vu le vieux moine qui lui donnait
-des leçons. C'est un bel établissement, propre, bien tenu, où on fait
-poliment accueil aux étrangers. L'air y est bien meilleur qu'en ville, et
-un joli jardin, dans le milieu du cloître intérieur, rappelle, par sa
-végétation, ceux des villas de Nice: c'était un vrai rafraîchissement de
-retrouver de la verdure et des fleurs. L'imprimerie, la bibliothèque,
-l'église, la sacristie, tout nous a été ouvert et montré par un jeune
-moine, fort bien élevé, parlant français et italien.
-
-Le duc de Lévis, qui m'avait demandé, à jour et heure fixe, un entretien,
-est venu chez moi; notre conversation, qui s'est longtemps prolongée, m'a
-confirmée dans la conviction que ce n'est pas d'ici que partent les
-difficultés à la fusion.
-
-
-_Venise, 9 avril 1853._--Nous avons senti une tempête que la _Bora_ nous
-a envoyée de Trieste, en vraie rivale malicieuse. J'étais, le soir, au
-palais _Vendramin_, et le canal montait si haut dans le _Canal Grande_
-que je suis arrivée chez Mme la Duchesse de Berry avec le mal de mer.
-C'était une petite soirée en famille, où le whist, le thé et un peu de
-conversation ont rempli une couple d'heures. Dans la matinée, j'avais été
-faire une longue station au palais des _Doges_; j'y ai vu et revu des
-merveilles artistiques, historiques, et de curieux manuscrits dans le
-cabinet particulier du bibliothécaire. Le palais des _Doges_ est ma
-grande préférence à Venise, car il semble que toutes les grandes ombres
-puissent encore y être évoquées, au moindre mot, à chaque pas, à chaque
-soupir.
-
-
- M. de Bacourt étant venu passer un mois à Venise, la
- correspondance subit alors une interruption.
-
-
-_Berlin, 14 mai 1853._--Je suis arrivée, avant-hier à une heure après
-midi, à Potsdam; j'ai été invitée pour le thé et le souper au Château.
-J'y ai vu arriver le Duc et la Duchesse de Gênes: le Duc est beau et a
-une sérieuse attitude. Je trouve seulement que son sérieux touche au
-sombre et au taciturne, plus que son âge ne le comporte; du reste, sa
-femme est si gaie, si fraîche, si ouverte, si naturelle, qu'évidemment
-elle est heureuse. Elle ressemble infiniment d'extérieur à feu la Reine
-des Belges[80], avec une expression plus gaie. Le Roi Léopold a fait ici
-feu des quatre pieds pour être agréable. On trouve son fils par trop bien
-élevé, tant il est poli, doucereux, courbé en humilité: la vraie école
-paternelle. On dit qu'il serait beau si son long nez ne profilait pas une
-ombre semblable à l'ombre classique du mont Athos (réflexion de Humboldt,
-naturellement). Ici, le Ministère est divisé, la Famille Royale divisée,
-la Cour divisée, les questions communales parlementaires et religieuses
-en effervescence. Il paraît que c'est le chanoine Fœrster qui sera
-Prince-Évêque de Breslau. Il est bon prêtre, homme d'esprit, grand
-prédicateur, bon écrivain, actif ami des jésuites: il ne paye pas de
-mine, il manque de calme, il n'est pas gentilhomme, mais il n'appartient,
-en aucune façon, au clergé niveleur. Personnellement, je ne pouvais
-désirer un meilleur choix. Il n'est point encore proclamé!
-
- [80] Princesse d'Orléans, fille du Roi Louis-Philippe.
-
-Le Roi et la Reine de Prusse m'ont beaucoup questionnée sur le Comte et
-la Comtesse de Chambord, avec un intérêt visible et tendre. On n'a aucun
-goût, aucune estime, aucune confiance pour Louis-Napoléon; mais on est
-craintif, méticuleux; au fait, on a bien des motifs pour être prudent.
-
-
-_Sagan, 18 mai 1853._--Je suis arrivée hier, ici, ravie de me retrouver
-dans mon _home_, émue par l'accueil qui m'est fait par la population.
-
-Lady Westmorland m'écrit de Vienne que le Roi Léopold doit être, ce qu'il
-est en effet, enchanté de l'accueil que l'Empereur et son Auguste Mère
-lui font[81]. Lord Westmorland avait été invité à la parade et bien
-traité par le chef de cette brillante et fidèle armée. Elle me dit aussi
-que tout le parti révolutionnaire en Angleterre, avec lequel lord John
-Russell et lord Palmerston ont été si longtemps en coquetterie, est
-maintenant à couteaux tirés avec ces deux ministres, qui n'en ont pas
-moins eu un vote éclatant en leur faveur. Dieu veuille que cela leur
-donne la volonté de mieux faire et d'user, pour le bien du monde entier,
-du pouvoir que ce vote leur donne.
-
- [81] Le Roi Léopold des Belges, dans le but de présenter aux
- principales Cours de l'Europe son fils aîné, qui avait atteint sa
- majorité, et qu'il voulait marier, et en même temps désireux
- d'obtenir l'augmentation des garanties de l'indépendance de la
- Belgique, ainsi que la conclusion d'un traité de commerce avec le
- _Zoll-Verein_, entreprit, au mois de mai 1853, un voyage à Berlin
- et à Vienne. Le Roi de Prusse, qui le reçut à Berlin avec une
- grande affabilité, le retrouva peu de jours après dans la
- capitale de l'Autriche, où Frédéric-Guillaume IV, accompagné de
- son frère, le Prince Charles de Prusse, se rendit le 20 mai pour
- y signer le traité de commerce austro-prussien. Le Roi put alors
- assister aux fiançailles du Duc de Brabant avec l'Archiduchesse
- Marie, fille de feu le Palatin. Ce mariage fut célébré le 23 août
- suivant.
-
-
-_Günthersdorf, 27 mai 1853._--Nous voici avec un Prince-Évêque nommé par
-le Chapitre: c'est celui que j'annonçais. Le Roi ne tardera pas à
-confirmer ce choix; et Rome, sans doute, le sanctionnera. Il est de
-beaucoup préférable à celui de l'insignifiant Évêque de Münster ou du
-curé spirituel, mais niveleur, de Ratibor. Il n'y a que l'Évêque de
-Mayence, Mgr Kettler, que j'eusse préféré.
-
-Mes lettres de Vienne ne parlent que des ovations, tout exceptionnelles,
-dont le Roi de Prusse y est entouré. C'est aimable, convenable et habile.
-J'en suis charmée. Le mariage du Duc de Brabant avec l'Archiduchesse
-Marie est déclaré. Elle a un caractère des plus vifs.
-
-
-_Sagan, 5 juin 1853._--Quelqu'un qui a vu, il y a quelques jours, à
-Berlin, le duc d'Ossuna, m'a dit que ce grand d'Espagne lui avait raconté
-que, tout témoin qu'il était au mariage de l'Impératrice Eugénie, il
-n'avait pu la voir, à son passage par Paris, dernièrement. L'Empereur la
-tient sous un joug assez austère, et, du reste, elle est d'une santé fort
-délicate.
-
-On me mande de Vienne que le Roi Léopold est plus enchanté de sa future
-belle-fille que ne l'est l'épouseur. Mme de Metternich, avec sa rudesse
-habituelle, dit que c'est unir un palefrenier à une religieuse, mais que
-c'est le Duc de Brabant qui est la religieuse.
-
-
-_Sagan, 9 juin 1853._--Toutes les lettres de Berlin ne cessent de parler
-du ravissement du Roi de Prusse de son séjour à Vienne. L'Archiduchesse
-Sophie arrive dans trois jours à Sans-Souci avec ses deux fils cadets.
-
-
-_Sagan, 13 juin 1853._--Je ne puis m'empêcher dans mes méditations
-solitaires de trouver que les événements paraissent se précipiter en
-Orient. Assurément, l'Empereur de Russie est trop âgé pour agir en
-étourdi, mais il ne l'est pas assez pour qu'on ne puisse lui supposer
-l'ambition de vastes projets. Je m'imagine qu'à Paris, on pense souvent
-qu'il faudrait compléter le 2 Décembre du dedans par un 2 Décembre du
-dehors. Ce sont là deux gros nuages bien chargés d'électricité, aux deux
-bouts du monde européen, qui courent au-devant l'un de l'autre. Je crois
-bien qu'au centre on aimerait à dresser des paratonnerres, mais sera-ce
-possible? Et si cela ne se pouvait, quelle guerre naîtrait de ce choc! Du
-reste, il m'est revenu dernièrement qu'à Paris, on hésitait beaucoup
-devant la guerre franchement révolutionnaire, qu'on s'y flatte même qu'en
-n'entrant pas _immédiatement_ en Belgique, ni en Savoie, on pourrait
-entrer en campagne d'accord avec l'Angleterre. Mais cela me paraît
-terriblement _platonique_. La France, si éprise du luxe et du bien-être,
-bénéficie de la paix; comment supporterait-elle d'en être sevrée, si on
-ne lui offrait promptement les émotions et les dédommagements de la
-conquête? D'ailleurs, le monde n'est-il pas mûr pour une crise
-définitive? Les grands instruments de vitesse qui ont été si
-merveilleusement prodigués à ce siècle, le sont-ils, dans les décrets de
-la Providence, uniquement pour les trains de plaisir et les ballots de
-coton? Ne sont-ce pas plutôt les bottes de sept lieues de la
-civilisation, avide de rentrer en Orient? Tout cela semble, à mon petit
-horizon solitaire, plus vraisemblable, quelque romanesque que cela
-paraisse, que la prolongation d'un état de choses qui n'est lui-même que
-la permanence du malaise et du péril pour tous les Gouvernements et pour
-tous les peuples.
-
-
-_Sagan, 19 juin 1853._--Je suis allée à Hansdorf[82] où Mme
-l'Archiduchesse Sophie a désiré (selon l'itinéraire que lui avait tracé
-le Roi de Prusse) dîner à deux heures pour arriver à Sans-Souci à l'heure
-du thé. J'ai passé une heure à côté d'elle, à causer de mille choses
-qu'elle traite avec facilité, agrément, abandon. Elle a paru fort
-sensible à mon attention et au superbe bouquet que je lui ai apporté.
-Elle a, depuis _bien, bien, bien_ des années, été toujours également
-bonne pour moi, et je la trouve très aimable, animée, bienveillante et
-spirituelle.
-
- [82] Hansdorf était alors la station du chemin de fer
- d'embranchement de Berlin-Sagan.
-
-
-_Dresde, 29 juin 1853._--Nous sommes arrivés ici, d'où la
-Grande-Duchesse[83] est partie ce matin pour Weimar; sa fille Wasa est
-malade à Pilnitz et est soignée par la Princesse Carola, ou pour mieux
-dire, par Mme la Princesse Albert de Saxe, sa fille. J'apprends que le
-jeune ménage est fort satisfait. Le public ne trouve pas du tout la
-Princesse Carola jolie, mais on lui trouve l'air prévenant,
-bienveillant; elle est fort polie et obligeante. La Famille Royale est
-très contente d'elle, et le public, qui n'a pas vu ce mariage d'un bon
-œil, se radoucit devant les jolies et bienveillantes façons de la jeune
-Princesse. Comme le Prince Albert est très aimé et estimé, tout le pays
-lui a fait de superbes cadeaux: les villes manufacturières, notamment, et
-les villes de commerce, comme Leipzig, par exemple, qui a offert une
-magnifique vaisselle. On ne sait où placer l'énorme quantité de choses
-qui arrivent de toutes parts.
-
- [83] La Grande-Duchesse Stéphanie.
-
-
-_Carlsbad, 3 juillet 1853._--Je suis arrivée hier dans cette fournaise.
-Le dernier jour de Dresde, j'ai dîné chez les Redern avec le Prince
-Albert de Prusse[84]. Redern, ministre de Prusse en Saxe a, de son
-souverain, la permission d'inviter le Prince Albert chez lui, mais non
-pas d'aller chez le Prince. Défense lui est faite de prendre notice
-quelconque de l'épouse qui, dit-on, est en couches en ce moment; c'est un
-peu bien près des noces. L'influence de la Reine de Prusse, pour empêcher
-le Roi de permettre ce mariage (à condition de ne jamais voir la femme),
-n'a jamais pu l'emporter sur les obsessions de la Princesse Charlotte de
-Meiningen et de l'Impératrice de Russie.
-
- [84] Le Prince Albert de Prusse, qui vivait séparé de sa femme
- depuis quelque temps, venait d'épouser, assez clandestinement,
- une dame d'honneur de cette Princesse, Mlle de Rauch, qui reçut
- le titre et le nom de comtesse de Hohenau.
-
-J'ai appris, à Dresde, que le Prince Wasa avait donné les beaux diamants
-emportés de Suède à sa fille, la Princesse Carola, à l'occasion de son
-mariage; mais aussi à la condition de ne pouvoir, ni les vendre, ni les
-faire changer de monture; ils doivent rester dans la caisse du Prince
-Albert, qui en est responsable, et la Princesse ne peut les porter qu'en
-donnant chaque fois un reçu. On évalue cet écrin à quatre cent mille
-écus.
-
-
-_Carlsbad, 8 juillet 1853._--Le Grand-Duc de Saxe-Weimar est décidément
-au plus mal. Voilà un deuil qui jettera du trouble dans le séjour de Mme
-la Princesse de Prusse à Londres. Elle aime son père, et elle
-s'inquiétera pour son frère, elle se préoccupera pour sa mère; enfin,
-elle aura quelques soucis de plus à joindre à ceux qui, déjà, ne lui
-manquent pas.
-
-
-_Teplitz, 12 août 1853._--J'ai quitté Carlsbad sans regret; il me faut
-maintenant conter, tant bien que mal, le peu qui arrive jusqu'à moi; et
-d'abord le mariage de la jeune Mélanie de Metternich: elle épouse le
-comte Pepy Zichy, un sien cousin, qu'elle a refusé deux fois, tant
-qu'elle visait, avant 1848, à un prince de maison souveraine.
-
-On dit que la jeune Archiduchesse, future Duchesse de Brabant (ou plutôt
-déjà Duchesse de Brabant, car le mariage par procuration a dû se célébrer
-hier), a l'air bien triste. Je la plains et le jeune Duc de Brabant
-aussi; car ce sont deux enfants qui se marient à contre-cœur tous deux.
-La sensibilité paternelle ne s'en émeut guère. Le Roi Léopold fait son
-chemin à pas discrets, mais sûrs, sans se soucier ni des aigreurs des
-uns, ni des soupirs des autres; il a bien la figure de son rôle, bien
-plus desséchée que vieillie!
-
-Son Ministre à Vienne, M. O'Sullivan de Grass, est tellement enflé de
-joie, à ce qu'on dit, et d'orgueil d'être _ambassadeur_, et de ses
-fonctions auprès de la Princesse, qu'il en aurait crevé, si cela avait
-duré; mais après la cérémonie d'hier, il redevient Ministre, tout en
-précédant, cependant, la Princesse à Bruxelles où le Prince Adolphe
-Schwarzenberg l'accompagne.
-
-D'après ce qui me revient, je ne crois pas que l'entrevue du duc de
-Nemours et du Comte de Chambord ait eu lieu jusqu'à présent.
-
-
-_Teplitz, 15 août 1853._--Ma cousine de Chabannes m'écrit ce qui suit:
-«Mme la Duchesse d'Orléans me paraît vraiment dans une sorte d'aberration
-d'esprit, car ce qu'elle fait, en ce moment, y ressemble fort, et je lui
-suis trop attachée pour ne pas en éprouver un vif chagrin. Vous savez
-que, l'année dernière, tout en se montrant fort opposée au désir de tous
-les siens, elle avait cependant fini par se soumettre à moitié, et à de
-certaines conditions qui, du reste, tout naturellement, ont dû faire
-échouer le projet de fusion entre les deux branches. Depuis un an, elle
-se tenait à part avec une certaine affectation; mais maintenant, et à
-l'occasion du voyage du duc de Nemours en Autriche, elle a déclaré ne
-plus rien vouloir entendre, ni avec, ni sans condition, menaçant, si on
-passait outre, _d'un éclat public_ et d'une séparation hautement avouée.
-Les Princes et la Reine Amélie se plaignent de la nécessité de ne point
-causer une division de plus, et de devoir tout sacrifier à l'union de
-l'intérieur de leur groupe, exilé en Angleterre. Quelle déplorable
-faiblesse et quelle étroite façon de juger une position aussi grave! Une
-fois qu'elle se verrait toute seule de son bord, il faudrait bien qu'elle
-se soumit. Mais enfin on est en terreur d'elle, Dieu sait pourquoi!»
-
-Voici maintenant l'extrait d'une lettre de l'obligeant Scarella, qui
-m'écrit de Venise, après son retour d'un voyage à Rome, au sujet des
-commissions artistiques qu'il veut bien surveiller pour moi à Venise; il
-me dit: «J'ai eu occasion de me convaincre, hélas! à Rome, que le
-vénérable Pontife Grégoire XVI a été bien négligé et même abandonné dans
-sa dernière maladie! J'ai eu une longue audience de son successeur. Il a
-daigné me parler avec confiance et grande tristesse. Il m'a avoué l'état
-cruel de sa position actuelle, environnée de partis révolutionnaires qui
-conspirent sans cesse. On parvient à grand'peine à les comprimer, mais
-non à les détruire. L'esprit public est très mauvais dans les États
-romains et en révolte contre le Gouvernement qui est faible et inactif,
-incapable de conserver la tranquillité sans les troupes étrangères. Le
-Gouvernement qui, il y a quelques années, a si légèrement encouragé la
-révolution, n'a pas admis, jusqu'à présent, les moindres progrès
-administratifs; ni chemins de fer, ni télégraphes, ni éclairage au gaz,
-etc., etc... Ce Gouvernement misérable épuise la fortune de ses sujets,
-sans qu'il en résulte de bénéfice pour lui-même. J'ai assisté à
-l'élection du Général des Jésuites, le Père Beckx; il a été bien reçu du
-Pape, quoique le Saint-Père n'aime pas cette Compagnie, si essentielle
-cependant, et qui pourrait lui être bien utile. J'ai également assisté
-_aux fonctions_ du chapeau donné aux deux Cardinaux français, et j'ai vu
-l'illumination de la Girandole au Monte Pincio, substituée à celle du
-Château Saint-Ange, occupé maintenant par le magasin à poudre des
-Français.»
-
-
-_Teplitz, 19 août 1853._--Il paraît qu'on porte des jugements fort divers
-sur la nouvelle Duchesse de Brabant. On me dit que la Reine de Prusse en
-fait un portrait flatteur; et avant-hier, Mme de Ficquelmont et sa fille
-assuraient toutes deux que cette Princesse avait une tête charmante et
-une expression pleine d'agrément dans les yeux; que c'était, en un mot,
-une beauté de Rubens qui semblait faite exprès pour la Belgique; qu'en
-outre, elle avait l'esprit prompt et ouvert, et que les maîtres qui
-l'avaient instruite assuraient qu'elle avait une intelligence rapide et
-une capacité rare. Maintenant, où est le vrai?
-
-
-_Teplitz, 25 août 1853._--_L'Indépendance belge_ nous fait assister à la
-marche triomphale de la Duchesse de Brabant. Elle doit être touchée de
-l'accueil que lui fait le beau et riche pays qu'elle traverse, où les
-souvenirs de ses ancêtres ressuscitent sous ses pas.
-
-On me mande qu'on en a une _humeur de chien_ aux Tuileries, ce que je
-conçois à merveille; mais ce que je ne m'explique pas, c'est que le
-Ministre de France à Bruxelles soit le seul du Corps diplomatique qui ne
-se trouvera pas à son poste pour la cérémonie.
-
-J'ai eu les détails suivants sur ce qui vient de se passer à Ischl.
-L'Empereur d'Autriche y est arrivé le 16 août au soir. Il a vu sa tante
-et ses cousines de Bavière le 17, et on a été frappe de la façon
-particulière et attentive dont il regardait sa cousine Élisabeth. Le 18,
-au bal, il a dansé la première valse avec la sœur aînée; cette valse a
-été courte; il a dansé la seconde avec la sœur cadette, qui a été
-interminable. Plus tard, dans la figure du cotillon où on offre des
-bouquets, il a traversé la salle et a offert le sien à la Princesse
-Élisabeth. Le 19, il s'est renfermé, n'a vu personne, et à dîner, il
-avait l'air très sérieux. Le 20, au matin, il a été avec sa mère, chez sa
-tante, la Duchesse de Bavière, demander la main de sa cousine. Le _oui_ a
-été dit sans beaucoup de difficultés. Aussitôt après, il a été avec la
-fiancée et les deux mères à l'église. Une personne qui se trouvait dans
-un coin de l'église, y entendant la messe pour son propre compte, les a
-vus arriver, tous très émus, très pieux, et recueillis. (Ce n'était pas
-un dimanche.) En sortant de l'église, le mariage a été déclaré et
-aussitôt après, l'Empereur a été, en famille, passer le reste de la
-journée dans les montagnes. Si l'Empereur avait écouté les désirs
-particuliers de sa mère et de sa tante, la Reine de Prusse, il eût épousé
-une de ses cousines germaines de Saxe; mais aucune ne lui a plu; il l'a
-déclaré tout simplement, en disant qu'il n'était nullement pressé de se
-marier, et qu'il n'épouserait qu'une Princesse qui lui plairait. C'est
-donc une autre cousine germaine de Bavière qui lui a plu, et après avoir
-pris vingt-quatre heures de solitude et de réflexion, il a passé outre.
-Le comte de Ficquelmont, qui dînait hier chez moi, me disait que tout
-cela était bien, en effet, dans le caractère du jeune Empereur:
-«_Indépendant_, _réfléchi_ et _déterminé_.» Il aime et estime son jeune
-Souverain, et je vois que c'est l'effet qu'il produit sur tous ceux qui
-l'approchent. M. de Ficquelmont me citait aussi un mot du général russe
-de Berg qui, après l'éclatante entrée de l'Empereur à Raab, disait aux
-Autrichiens: «_Messieurs, je vous félicite d'avoir un Empereur aussi
-brillant; mais ce qui vaut mieux, c'est que vous avez en lui non
-seulement un Empereur, mais encore un maître._»
-
-La Princesse Élisabeth, étant cousine germaine de l'Empereur et Princesse
-de Bavière de père et de mère, est tout à fait du bois dont on fait de
-très véritables Impératrices. On la dit très agréable, de fort beaux
-yeux, une jolie expression et une taille gracieuse. Elle n'aura seize ans
-qu'au mois de décembre; le mariage ne se célébrera qu'après le jour de
-l'An. Cette nouvelle alliance bavaroise pourrait bien ne pas plaire à
-Berlin. La future belle-mère de l'Empereur est, à ce que j'ai lieu de
-croire, la plus spirituelle princesse et la plus instruite de sa famille,
-qui compte cependant plus d'une princesse distinguée; elle est originale,
-retirée, ne sortant que peu de son château de Possenhofen, où elle a vécu
-d'études et de dévouement à l'éducation de ses filles.
-
-
-_Teplitz, 28 août 1853._--J'ai eu une nouvelle lettre d'Ischl dans
-laquelle on me mande que, lorsque l'Empereur a parlé à Madame sa mère du
-désir d'épouser la Princesse de Bavière, il l'a fait dans ces termes:
-«_Si j'étais sûr qu'on ne persuadât et ne poussât pas la Princesse à
-m'accepter, je voudrais lui demander moi-même si elle consent à partager
-mon sort difficile, à m'aider à en porter le poids et à l'alléger._» On a
-donc sondé la jeune personne en lui disant qu'elle ne devait consulter
-que son cœur et ne regarder en rien à l'éclat de la situation. Elle a
-répondu que ce n'était que cette position trop élevée et trop difficile
-qui pourrait l'effrayer, car quant à la personne, elle s'y sentait
-vivement attirée. L'Empereur, en recevant cette réponse, a dit au comte
-O'Donnel: «_Je vous remercie aujourd'hui doublement de ce que vous avez
-été pour moi, sur le bastion de Vienne._» Les deux mères auraient voulu
-que la chose fût tenue secrète jusqu'à l'arrivée ou, au moins, jusqu'à la
-réponse du Duc Maximilien, père de la Princesse, auquel personne n'avait
-songé dans les premiers moments d'effusion; mais l'Empereur a dit qu'il
-ne fallait pas que son bonheur fût caché et qu'il avait hâte de le
-proclamer.
-
-
-_Sagan, 3 septembre 1853._--On me mande de bonne source que le duc de
-Broglie est converti à la fusion; c'est malheureusement bien tard, et il
-n'a pas peu contribué, par son hérésie politique, à creuser l'abîme entre
-les deux branches en fortifiant, pendant des années, l'obstination de Mme
-la Duchesse d'Orléans.
-
-Qu'il est rare que les gens, même les plus honnêtes et les plus
-distingués, fassent les choses _importantes_ à propos!
-
-
-_Sagan, 6 septembre 1853._--Lady Westmorland me mande de Vienne ce qui
-suit: «Nous voilà replongés dans les incertitudes et les négociations par
-cette réponse de Constantinople. Je ne crois pas que cela empêche
-l'accommodement que tous veulent, mais cela nous donnera encore beaucoup
-de peine et de tracas[85].»
-
- [85] L'Église grecque, dans les Lieux Saints, empiétait sur
- l'Église latine qui perdait ainsi tout droit. Appuyée par la
- France, l'Église latine demanda que la question reçût un nouveau
- règlement, et la Turquie fut appelée à en décider. La Russie,
- croyant le moment venu d'imposer ses volontés, envoya à
- Constantinople le maréchal Menschikoff, avec des propositions
- dont elle exigeait la signature immédiate. La Turquie, voyant
- l'abdication de son indépendance, les rejeta. La Russie envahit
- aussitôt les Principautés danubiennes. C'était un _casus belli_.
- L'Angleterre, la France et l'Autriche, dans l'espoir de maintenir
- la paix, adressèrent à la Russie une note portant leurs trois
- signatures. La Turquie, n'ayant pas accepté, sans modification,
- le contenu de cette note, le Czar la rejeta, et le but que l'on
- se proposait ne fut pas atteint.
-
-
-On dit la jeune Impératrice jolie, et l'Empereur épris et très heureux.
-
-
-_Sagan, 9 septembre 1853._--Voici ce que m'écrit d'Anjou M. de Falloux;
-il revenait de faire une course à Paris. «On a trois politiques
-distinctes à Paris: celle des agioteurs qui jetteraient volontiers le
-Sultan dans le Bosphore pour cinq francs de hausse à la Bourse. M. de
-Morny et M. Fould patronnent cette politique, et la font, à cette heure,
-triompher _officiellement_. A l'extrémité opposée, la politique
-révolutionnaire de la guerre ronge son frein, prépare ses chances, et
-elle a ses représentants fort près aussi de l'oreille impériale. Entre
-les deux se place la pensée suprême qui veut la guerre plus que M. Fould
-et moins que M. de Persigny.
-
-«Louis-Napoléon cherche à faire tomber lord Aberdeen pour faire surgir
-lord Palmerston; il ne croit pas à la possibilité d'une paix solide, mais
-voudrait une entrée en campagne plausible, régulière et d'accord avec un
-Ministère anglais renouvelé. On hésite donc et on hésitera encore quelque
-temps, non pas entre la paix et la guerre, mais entre les différentes
-façons d'entamer la guerre, puis, quand le parti sera pris, la France
-s'éveillera avec son _deux décembre_ du dehors!»
-
-
-_Sagan, 12 septembre 1853._--Il paraît certain que l'Empereur Nicolas
-arrivera le 20 à Olmütz[86].
-
- [86] L'Empereur Nicolas arriva, en effet, à Olmütz: il était
- accompagné de son beau-frère, le Prince de Prusse, pour
- s'entendre avec l'Autriche et la Prusse. Une longue conférence
- eut lieu le 2 octobre, sous la tente impériale, entre les deux
- Empereurs, le Prince de Prusse et MM. de Nesselrode et de Buol.
- Les délibérations en restèrent d'abord secrètes, puis, on apprit
- bientôt que le Czar avait fait savoir à la Porte Ottomane que ces
- puissances ne lui donneraient qu'une garantie séparée de chacune
- d'elles, et non pas une garantie collective, et qu'il n'y aurait
- aucune solidarité entre les garants de l'intégrité et de
- l'indépendance de la Turquie. La proposition austro-russe fut
- repoussée à Londres comme à Paris, et absolument rejetée à
- Constantinople.
-
-Lady Westmorland me mande ce qui suit de Vienne, en date du 9: «Je n'ai
-plus aucune patience avec ces Turcs, qui refusent si sottement ce que
-l'Empereur Nicolas acceptait de si bonne grâce; et maintenant, je crains
-fort qu'il ne se redresse contre les exigences et les prétentions de la
-Porte: nous attendons avec anxiété la réponse de Pétersbourg.»
-
-Il paraît que lord Stratford Redcliffe a joué le même rôle à
-Constantinople que dans ses précédentes missions, et, que tout en tenant
-un langage officiel calmant, il a beaucoup stimulé sous main, d'une part,
-les arrogances de Menschikoff, et de l'autre, les résistances musulmanes.
-On dit qu'il va être rappelé.
-
-
-_Sagan, 22 septembre 1853._--Il ne se passe pas de semaine où il ne
-faille placer un nouveau jalon mortuaire sur notre route; ce sont des
-signets de deuil dans le triste livre de la vie, que nous ne feuilletons
-pas avec assez d'attention, et dont la dernière page se clôt avant que
-nous n'ayons bien reconnu la vraie signification de l'œuvre. Hier
-encore, j'ai appris la mort de mon cousin, Paul de Médem. Sans doute, il
-faut bénir la Providence de l'avoir tiré des ténèbres qui
-s'épaississaient, de plus en plus, autour de son intelligence, pour le
-placer au centre de cette lumière, qui seule ne s'éteint jamais. Mais
-cette fin prématurée ne laisse pas que de fendre le cœur.
-
-
-_Sagan, 25 septembre 1853._--Le prince Paul Esterhazy est à Vienne; il
-est arrivé de Pesth avec les insignes royaux de Hongrie, et c'est lui qui
-a porté la couronne à la cérémonie de l'église[87]. Voilà qui le
-réhabilite complètement à la Cour et à la ville! J'en suis bien aise, car
-je lui veux toutes sortes de bien.
-
- [87] Pour le mariage du Duc de Brabant.
-
-
-M. de Salvandy, ayant dans un voyage à Nantes passé devant Rochecotte,
-s'y est arrêté et y a fait une visite à Pauline[88], après laquelle il
-m'a écrit une fort aimable lettre. Il y dit ce qui suit: «Mon impression
-générale sur tout ce que nous voyons, c'est que les événements sont
-destinés à se précipiter; qu'en gros, ils ressembleront à ce que nous
-avons déjà vu, avec les différences qui me laissent partagé entre la
-douloureuse crainte de ressemblances complètes, quant aux moyens, et
-l'espérance d'issues plus indépendantes, plus dignes, et, par cela même,
-plus durables. Je ne rentrerai en ville que fort tard; il s'est fait dans
-le monde des vides qui me sont de grandes tristesses; je me sens dépaysé
-dans la génération nouvelle qui remplit les salons: Mmes de Noailles, de
-Maillé, d'Osmond, de moins; Mme de Boigne éteinte; M. Pasquier baisse à
-vue d'œil; l'empreinte du temps atteint M. Molé. Je renonce à poursuivre
-M. Guizot dans la lanterne, très peu magique, de Mme de Lieven. Le duc de
-Noailles n'hérite pas, comme il l'aurait pu, de tant de successions
-ouvertes; les Decazes sont abîmés entre la maladie, le Roi Jérôme et M.
-Bixio. Il n'y a plus de Sainte-Aulaire, Mme Mollien est toute seule dans
-l'appartement charmant qu'elle s'est fait; Mme de Châtenay, en perdant
-Alexis de Saint-Priest, est restée seule dans le sien. Albert de Broglie,
-qui a repris sa place dans le monde pour lequel il est fait, et dont son
-père s'était exilé, va beaucoup chez les autres et n'a point de chez soi.
-La duchesse de Mouchy plus aimable chaque jour, depuis qu'elle ne
-s'abrite plus chez sa mère; la duchesse de Rauzan dont la santé se
-détruit de plus en plus, sont mes seules amitiés vivantes. Mmes de
-Choiseul et de Vogüé, qui recueillent l'héritage de leurs amitiés
-défuntes, malgré une bonne grâce infinie, ne sont plus des centres, parce
-qu'il s'y réunit trop de monde, trop de jeunesse, qu'il n'y a pas de
-petits jours, que dès lors, on ne cause pas. Le salon de Mme de La Ferté
-reste froid et austère comme elle. Le monde ancien est fini!»
-
- [88] Marquise de Castellane.
-
-Ce passage compose, ce me semble, un tableau assez rapide et assez vrai
-de ce qu'est devenu le Paris de la _bonne compagnie_.
-
-
-_Sagan, 4 octobre 1853._--Lady Westmorland me mande de Vienne en date du
-2: «Mon mari est revenu d'Olmütz, avant-hier au soir, enchanté de son
-séjour, et surtout très content de ses conversations avec l'Empereur
-Nicolas, et de la modération de ses intentions pacifiques dont il a donné
-des preuves incontestables. Hier donc, nous étions un peu remontés, en
-espérant une solution, mais aujourd'hui, nous avons une dépêche
-télégraphique de Constantinople du 25, qui annonce que le Sultan, poussé
-par le Divan, s'est décidé à déclarer la guerre, malgré l'avis des quatre
-représentants[89]. Dieu sait si cet événement ne fera pas peur à nos
-commerçants en Angleterre, et n'arrêtera pas un peu les cris furibonds de
-ces odieuses gazettes qui poussent à la guerre depuis si longtemps.»
-
- [89] Une dépêche avait apporté la déclaration formelle de la
- guerre de la Porte à la Russie. Le texte en était d'abord parvenu
- à la Légation ottomane à Vienne avec la condition que les
- hostilités ne seraient ouvertes que dans le cas où la Russie
- n'évacuerait pas les Principautés danubiennes dans les quatre
- semaines.
-
-
-_Sagan, 14 octobre 1853._--Voici l'extrait d'une lettre que le baron de
-Humboldt m'écrit de Berlin, en date d'hier: «Pourquoi le Czar est-il venu
-ici? Dans quel but? Qu'est-ce que cela lui rapporte? Je l'ai vu arriver,
-figure de marbre de Paros, un peu vieillie avec de rares velléités
-d'animation bienveillante; j'ai reçu trois poignées de main en trois
-jours; de l'inquiétude dans le regard scrutateur et morose: en général,
-de la politesse soutenue, mais glaciale. Je l'ai vu partir dans le
-vestibule de Sans-Souci, couvrir aux adieux la Reine de ses baisers,
-embrasser le Wachtmeister[90] puis revenir encore et embrasser la Reine.
-J'ai résisté, pour ma part, à l'attendrissement. Je pense qu'il avait un
-vif intérêt à faire croire aux Tuileries, à Londres et aux Dardanelles
-que les trois puissances du Nord étaient plus familièrement d'accord que
-jamais, de faire une politesse à notre Reine et de s'assurer de son
-appui, de gagner huit à dix jours de temps pour avoir des nouvelles de
-Constantinople, et de s'assurer avant tout de l'impression que les vagues
-pourparlers d'Olmütz, renouvelés plus vaguement encore à Varsovie (sans
-la moindre coopération de Manteuffel qui, en Cincinnatus vertueux, était
-allé visiter ses choux de Lusace), avait produite à Londres.
-
- [90] Maréchal des logis.
-
-
-«Il paraît que le Czar a préféré la voie de terre pour avoir la
-possibilité, si quelque nouvelle importante arrivait, de retourner sur
-ses pas, à Kiew et à Odessa. Au départ de l'Empereur Nicolas, il n'y
-avait de Constantinople que des nouvelles du 26: ce matin, il en est
-arrivé par télégraphe électrique du 2 octobre, confirmant simplement la
-nouvelle que si, dans quarante jours, les troupes russes n'évacuaient
-pas, ce qui, sans doute, restera paisiblement en leur possession jusqu'en
-mai 1854, on ferait une déclaration de guerre, ce qui, dans le nouveau
-dictionnaire diplomatique, ne dit aucunement qu'il y aura guerre.
-
-«Le Ministre de la guerre Bonin a été l'objet de grandes froideurs. M. de
-Manteuffel a beaucoup insisté sur la neutralité de la Prusse; cependant,
-le Czar est parti avec la ferme persuasion que si la guerre se faisait
-effectivement, la Prusse lui viendrait en aide, et je crois qu'il ne se
-trompe pas. Notre excellent Roi me paraît soucieux.
-
-«L'homme qui, aux Tuileries, ne parle pas, mais rumine d'autant plus, est
-bien aise de la rupture des traités, de ces provinces occupées qui
-semblent lui donner des droits analogues; sa haine personnelle et
-politique est dirigée de plus en plus contre la Belgique. La
-pusillanimité de Léopold lui fait espérer qu'en cédant le nord du Brabant
-et Anvers à sa douce alliée la Hollande, il pourra occuper la Belgique
-proprement dite, sans que les fureurs dynastiques de Windsor osent
-pousser à la guerre ce bon peuple, qui ne veut pas voir troubler son
-commerce et qui, dans l'occupation d'Anvers par la Hollande, verrait
-s'évanouir toute rivalité dangereuse. On prouvera, par un manifeste, que
-l'hydre de la révolution ne sera vaincue qu'autant que les libertés
-belges ne serviront plus d'abominable contraste aux douceurs angéliques
-du gouvernement absolu des Tuileries.
-
-«Radowitz est au plus mal; c'est un rétrécissement organique des
-intestins, d'affreux vomissements en sont le résultat.
-
-«A Glienicke, on rêve noces et festins; on a jeté les yeux sur l'agréable
-jeune Princesse de Dessau; le Prince Frédéric-Charles, dans sa
-silencieuse chasteté, paraît peu empressé d'abandonner le culte de la
-caserne.»
-
-La duchesse d'Albuféra m'écrit de Paris, en date du 10: «Pensez-vous que
-la réunion de Varsovie aura amené quelque solution satisfaisante à
-l'interminable affaire d'Orient? Chacun a bien assez à faire chez soi
-pour se tenir tranquille au dehors. Nous avons ici bien des ennemis
-intérieurs par la cherté du pain; il faut s'attendre à un hiver très
-difficile; les quêtes et les pauvres vont pleuvoir; la Ville de Paris
-fait un sacrifice de quarante-deux mille francs par jour pour tenir le
-pain à un prix raisonnable. Comme elle s'est fort endettée par tous les
-embellissements qu'elle fait de tous côtés, elle va nous cribler
-d'impôts: voitures, chevaux, domestiques, pianos; tout ce qui est luxe va
-payer. Le résultat ne sera pas ce qu'on croit: on ira à pied, on renverra
-la moitié des domestiques et on ne fera plus de musique. Les fortunes de
-Paris sont trop médiocres pour pouvoir faire face à tout.»
-
-
-_Sagan, 21 octobre 1853._--Voici l'extrait d'une lettre que lady
-Westmorland m'écrit de Vienne en date du 19:
-
-«Nous sommes dans un état de stagnation et d'attente, quant à la
-politique. La déclaration de guerre de la Porte met nécessairement fin à
-toutes les négociations pour empêcher la guerre. Maintenant, il faut
-tâcher de _faire_ la paix; mais pour commencer cette tâche, on attend de
-savoir de quelle manière l'Empereur Nicolas aura reçu la déclaration de
-guerre. Je crois qu'il ne serait pas difficile d'arranger une paix, comme
-il aurait été facile d'empêcher la guerre, si l'on n'avait affaire de
-tous côtés qu'à des médiocrités. Celui qui me paraît avoir le plus
-d'habileté, c'est Drouyn de l'Huys; Buol, comme mon cousin[91] à Londres,
-sont de bonne foi, désirent le bien, ne manquent pas d'esprit, mais sont
-tous deux de _seconde rate_[92] quand il s'agit de diriger une grande
-affaire.
-
- [91] Lord Clarendon.
-
- [92] (De l'anglais), de second rang.
-
-«Nesselrode a commis des bévues incroyables; il faut que l'âge l'ait
-paralysé; au fond, c'est lui qui a tout gâté en donnant raison à cet
-esprit intrigant, haineux, rancuneux de Stratford Canning, qui a commencé
-tout le mal par ses perfides conseils à Constantinople, et qui aurait été
-désavoué et bafoué partout, si la stupide dépêche de Nesselrode n'eût
-tout embrouillé de nouveau[93].
-
- [93] M. de Nesselrode avait envoyé une dépêche datée du 7
- septembre, destinée à expliquer les motifs par lesquels
- l'Empereur Nicolas avait rejeté les modifications, demandées par
- le Sultan, au projet de note préparé par le Cabinet de Vienne.
- Entre autres, il joignait à cette dépêche une note spéciale
- adressée à M. de Meyendorff, alors ambassadeur de Russie à
- Vienne, dans laquelle étaient discutées point par point les
- modifications elles-mêmes.
-
-«On me paraît singulièrement tranquille à Vienne; on y est persuadé que
-les hostilités ne peuvent commencer avant le printemps et que nous avons
-six mois pour négocier. Je ne partage pas cette sécurité, et je m'attends
-après le 24 à quelque coup de main. Une fois un coup de canon tiré,
-qu'arrivera-t-il? En Angleterre, les gens raisonnables n'osent pas
-résister à la presse radicale. Le Cabinet voit très bien les dangers de
-cette guerre, mais il n'a pas le courage de résister aux fureurs de la
-populace, qu'on a la faiblesse de prendre pour l'opinion publique;
-celle-ci, dans les classes honorables, n'est rien moins que guerroyante.
-Mon oncle[94] avait raison quand il prévoyait, avec douleur, l'importance
-que le _Reform-Bill_ donnerait aux masses ignorantes. L'union de notre
-Cabinet avec Louis-Napoléon est des plus intime; Louis-Napoléon y tient
-beaucoup, il fait toutes les concessions que nous demandons.» Cela
-durera-t-il? je ne m'y fie pas trop.
-
- [94] Le duc de Wellington.
-
-
-_Sagan, 23 octobre 1853._--On m'écrit de Paris ce qui suit: «Je ne crois
-pas à la guerre; l'Empereur Louis-Napoléon ne la désire pas et fera tout
-son possible pour l'éviter. Nous avons déjà la disette ou à peu près, de
-grands embarras financiers, d'immenses travaux entrepris de tous côtés.
-Ce serait la ruine de la France au moment où on jouit du repos et du
-bien-être qui suivent de grandes agitations. L'Angleterre n'est pas
-franche, son Cabinet ne se soucie pas de tirer le canon; mais, pour se
-maintenir et plaire à l'esprit public, irrité contre la Russie, il joue
-un jeu dangereux qui pourrait nous entraîner plus loin qu'on ne le
-compte. Quant aux Turcs, ils sont comme l'Ibrahim de Racine, indignes de
-vivre et de mourir[95], et je ne m'intéresse à eux que par rapport à la
-secousse européenne.
-
- [95] Allusion à ces vers de Racine dans sa tragédie de _Bajazet_:
-
- L'imbécile Ibrahim, sans craindre sa naissance,
- Traîne, exempt de péril, une éternelle enfance.
- Indigne également de vivre et de mourir,
- On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir.
-
-«On me dit que la Grande-Duchesse Stéphanie arrive aujourd'hui à
-Compiègne, où toute la Cour est réunie. Notre Impératrice est jolie,
-frivole, insignifiante et stérile; son mari en est encore amoureux, mais
-la dernière qualité, parmi celles que je vous ai énumérées, ne le flatte
-pas.»
-
-
-_Sagan, 8 novembre 1853._--Le nouvel évêque de Breslau[96], arrivé ici
-avant-hier, est parti après le déjeuner; il avait, la veille, officié
-pontificalement dans la grande église; et hier, il l'a fait dans l'église
-de Sainte-Croix qui lui a plu singulièrement. Ma maison ressemblait à un
-séminaire, tant il y avait de soutanes. Le Prince-Évêque a été fort
-aimable pour tous, prenant intérêt aux personnes et aux choses. Durant
-son séjour, nous avons eu, lui et moi, en trois fois, quatre heures de
-conversation, seul à seule, fort instructives et intéressantes. Moins
-prince de l'Église, moins imposant et moins homme du monde, aimable et
-attrayant que son prédécesseur, il a autant d'esprit, plus de calme sur
-certaines choses et plus d'activité pour d'autres, une piété égale, une
-éloquence écrite et parlée analogue, et tout aussi remarquable: bref,
-c'est un homme très distingué et très apostolique.
-
- [96] Mgr Fœrster.
-
-
-_Sagan, 15 novembre 1853._--Lady Westmorland me mande ce qui suit: «Les
-affaires me peinent et m'indignent, car, pendant que nous nous disputons
-sur des formes et des mots, le sang coule et qui sait combien? Quand je
-dis _nous_, je parle de nos gouvernements, car on ne peut être plus unis,
-plus en confiance réciproque, plus sincèrement dévoués à faire le bien
-que ne le sont les quatre qui travaillent ici; mais il y en a trois qui
-n'ont pas les coudes libres, et de là vient toute la difficulté de faire
-un arrangement quelconque.
-
-«Il paraît certain qu'on s'est battu le 3 ou le 4, et qu'il y a eu
-beaucoup de morts et de blessés, mais qu'il reste fort incertain qui a eu
-le dessus. Un rapport dit que les Turcs ont maintenu leur position à
-Oltenitza et que les Russes se sont retirés; un autre dit que les Russes
-ont fait reculer les Turcs[97].»
-
- [97] Le 3 novembre, les Turcs remportèrent un avantage notable
- sur la rive valaque du Danube. Au nombre de douze mille hommes,
- ils passèrent le fleuve entre Lurtukai et Oltenitza, maintinrent
- leurs positions dans ce dernier endroit et s'y fortifièrent. Les
- Russes firent de grandes pertes.
-
-Il paraît que le Père André Bobola qu'on vient de béatifier à Rome, et
-qui a été un jésuite polonais, martyrisé par les Russes, il y a deux
-cents ans, est l'objet d'une grande humeur de l'Empereur Nicolas, et
-voici à quelle occasion: Une tradition ancienne rapporte que, lorsque
-l'Église honorera particulièrement le Père Bobola, de grands malheurs
-frapperont la Russie et que le sang y coulera. Cette tradition est fort
-connue dans le Nord. L'Empereur ne l'ignore pas, et si peu qu'il a tâché
-d'entraver à Rome cette béatification. Des prêtres lithuaniens, auxquels
-les consulteurs des Rites ont écrit, pour avoir leurs témoignages sur les
-miracles et le martyre du Bienheureux, et qui ne les ont pas refusés à
-Rome, ont été déportés en Sibérie.»
-
-
-_Sagan, 21 novembre 1853._--Le dernier ouvrage de Cousin dont j'entends
-parler est un volume philosophique[98] dont le but serait de mettre
-d'accord ses écrits d'autrefois avec ses pensées actuelles qui semblent,
-Dieu merci, suivre un tout autre cours. Mais à quoi bon? nous perdons
-tant de bonnes choses sur la route de la vie, qu'il est bien naturel de
-nous défaire des mauvaises. Ne serait-il pas plus digne du vrai
-philosophe chrétien d'en convenir tout simplement ou, mieux encore, de ne
-pas en fatiguer le public, que cela n'intéresse guère et de continuer
-l'histoire de Mme de Longueville qui charme tout le monde.
-
- [98] Vers la fin du règne de Louis-Philippe, M. Cousin comprit
- qu'il était inutile de lutter contre l'ordre des choses. Sans
- renoncer positivement au libre-penser, il se rapprocha des
- doctrines plus saines et publia en 1853 un ouvrage intitulé _Du
- vrai, du beau et du bien_. Il y faisait appel à la conciliation
- et rêvait l'union des idées religieuses avec la liberté, en
- émettant des regrets de nature à calmer les animosités, au sujet
- des aberrations de sa vie passée.
-
-Je voudrais bien que Villemain fît enfin paraître son Grégoire VII[99],
-ce serait une bien bonne lecture pour mes solitudes; mais, je crains
-fort que le grand Pontife ne soit pas au bout de ses malheurs, et qu'il
-ne reste encore captif.
-
- [99] L'histoire de Grégoire VII fut trouvée achevée dans les
- papiers de M. Villemain et ne fut publiée qu'après sa mort, en
- 1873. L'auteur en avait tracé le plan et rédigé une notable
- partie à la fin de la Restauration, puis l'abandonna lorsque la
- révolution de Juillet eut soufflé sur les entreprises du clergé,
- et y revint dans les dernières années de sa vie.
-
-On dit que M. de Lamartine est très malade. Sa santé ne pourrait alors se
-comparer qu'à sa fortune et à sa renommée.
-
-Je voudrais connaître quelque livre attachant qui me fasse passer les
-langueurs de ma chaise longue; ce ne seront pas les trois derniers
-volumes de l'histoire que M. Thiers a écrite sous l'empire de si
-déplorables passions. La muse de l'ingratitude l'a déplorablement
-inspiré[100]. Heureusement qu'il ne suffit pas d'avoir du talent pour
-faire ou défaire des renommées; elles subsistent par elles-mêmes et
-résistent aux folles apothéoses, comme aux iniques et ingrats
-dénigrements.
-
- [100] Allusion à la façon malveillante et peu impartiale dont M.
- Thiers avait parlé du prince de Talleyrand dans son grand
- ouvrage: _Le Consulat et l'Empire_.
-
-
-_Sagan, 10 décembre 1853._--Le duc de Noailles m'écrit ce qui suit de
-Paris: «Je suis fort tourmenté de ce qui va se passer à Eisenach. On y a
-expédié quelqu'un de Paris pour empêcher Mme la Duchesse d'Orléans de
-recevoir le duc de Nemours, revenant de Frohsdorf. Je veux espérer que
-l'entrevue aura eu lieu avant l'arrivée du messager. Le Comte de Chambord
-et le duc de Nemours ont été ravis l'un de l'autre. Peut-être est-ce un
-bonheur que la _Veuve_ se tienne en dehors; elle aurait plutôt compliqué,
-entravé, rendu l'entente plus difficile; car elle n'y aurait pas été
-assez naturellement, assez simplement. Tout ce qu'on lui demande, c'est
-de ne rien compromettre, de ne rien gâter; qu'elle reste isolée, si elle
-le veut, mais qu'elle n'intrigue pas, qu'elle reste passive; elle
-arrivera plus tard à se soumettre. En attendant, les autres s'entendent
-mieux tout seuls sans elle.»
-
-
-_Sagan, 11 décembre 1853._--Des lettres que je viens de recevoir me
-donnent quelques petites notions, dont voici l'extrait: «Il me paraît
-qu'en ce moment l'Angleterre et la France consentent à une Conférence ou
-Congrès à Vienne, où tous les Cabinets (turc et russe compris),
-régleraient de concert l'affaire d'Orient, avec protocole ouvert et
-s'intitulant, dès l'article premier: _Affaire européenne_. Si la Russie y
-consent, on pourra y forcer les Turcs; mais la question est de savoir si
-elle y consentira et si elle peut sortir de cette affaire sur un échec
-moral, comme celui-là? car, dans les circonstances actuelles, c'en serait
-un ... Mais si la Russie n'y consent pas, j'ai lieu de croire que
-l'Autriche ne poussera pas plus loin le dévouement et la reconnaissance,
-et qu'elle se séparerait alors de la Russie. Or, si l'Autriche se sépare
-de cette puissance et se réunit plus ou moins activement à la France et à
-l'Angleterre, la guerre générale ne serait plus possible.»
-
-«Les Cousins ont été contents l'un de l'autre à Frohsdorf, et les
-Cousines aussi; j'ai pu jeter un regard sur des lettres qui l'attestent.
-Le Comte de Chambord a été particulièrement ravi de sa cousine Clémentine
-de Cobourg et a dit: «_J'ai vu enfin une princesse française._» Le duc de
-Nemours, qui s'était rendu près de Mme la Duchesse d'Orléans pour lui
-tout expliquer, n'a pas été reçu par elle, et elle a même empêché ses
-fils de voir leur oncle.
-
-«Il m'est revenu que M. Thiers n'approuvait pas l'entente entre les deux
-branches, mais qu'il l'acceptait, et il ajoute qu'il est persuadé qu'à sa
-majorité le comte de Paris imitera l'exemple du duc de Nemours. M.
-Thiers, à ce qu'on m'assure, n'aime pas la branche aînée, mais il hait,
-avant tout, ce qui gouverne aujourd'hui.»
-
-
-_Sagan, 23 décembre 1853._--Lady Westmorland me mande ceci: «Mon
-impression est que lord Palmerston produira une secousse qui fera crouler
-la machine[101]. Je crois que Stratford Canning, qui a fait tant de mal,
-fait à présent des efforts sincères pour l'arrêter; mais je doute de son
-pouvoir à calmer ce qu'il a fomenté et suscité.»
-
- [101] Le 18 décembre 1853, lord Palmerston, qui voulait devenir
- Premier ministre, et qui n'était alors que ministre de
- l'intérieur dans le Cabinet wigh-peelite, donna sa démission, en
- refusant d'accepter le nouveau bill de _Réforme électorale_,
- proposé par lord John Russell dans le sein du Cabinet; puis, sous
- le prétexte d'une méprise qui se serait dissipée, il reprit son
- portefeuille, qu'il n'avait jamais sérieusement abandonné. Ce ne
- fut que le 8 février 1855 que lord Palmerston parvint à
- remplacer, comme premier Lord de la Trésorerie, lord Aberdeen, à
- la joie de Constantinople et à la stupeur de la Russie.
-
-M. de Radowitz est mort, après de longues et poignantes douleurs, d'une
-maladie analogue à celle du feu Cardinal Prince-Évêque de Breslau.
-Certes, je n'aimais pas l'influence politique de M. de Radowitz sur le
-Roi, influence qui, à une époque donnée, a porté grand dommage à son
-gouvernement; mais sa mort n'en est pas moins regrettable, aujourd'hui
-qu'il n'était plus ministre. C'était, dans la vie privée, un homme des
-plus honorables; ses facultés intellectuelles, sa science, sa prodigieuse
-mémoire, son aptitude dans toutes les branches, excepté la politique, en
-faisaient un être à part de la plus rare distinction; il y a, en ce
-moment, si peu d'hommes qui s'élèvent au-dessus de la médiocrité, qu'on
-ne saurait trop regretter les deux ou trois âmes qui dominent encore de
-fort marécageuses vallées. La Prusse perd, en moins d'un an, deux appuis
-du catholicisme, si cruellement battu en brèche par l'insidieux piétisme
-protestant: le cardinal de Diepenbrock et M. de Radowitz. Ce dernier
-était ferme dans sa foi, et son crédit auprès du Roi était un appui pour
-ses coreligionnaires. Dieu veut nous ôter notre dernier «_chevet_», mais
-pour continuer avec Bossuet, il faut ajouter: «_Puis il agit._» Espérons
-donc qu'à travers tant de pertes et d'attaques, l'Église triomphera et
-qu'elle se montrera d'autant plus forte, qu'elle aura moins d'appui. Le
-Roi sera personnellement très affligé de la perte d'un homme avec lequel
-la tournure particulière de son esprit et de son imagination trouvait une
-pâture toujours abondante.
-
-_Sagan, 31 décembre 1853._--M. de Humboldt m'écrit ce qui suit de Berlin:
-«La mort de Radowitz est un événement qui sans doute affecte le Monarque;
-mais on dit qu'un mémoire de Radowitz, que le Roi lui avait demandé sur
-les changements à introduire dans la Constitution, quelque temps avant sa
-maladie, a été si libéral et blâmant si franchement ce que l'on fait
-réactionnairement, qu'il s'en était suivi quelque froideur; cela
-expliquerait le calme royal pendant la maladie et les visites rares et
-tardives faites au moribond.
-
-«La famille Radowitz en a été très affligée et moi-même, j'en ai été très
-surpris. Pour les personnes qui ont regardé l'excentricité des conseils
-de Radowitz comme peu utiles auprès d'un Roi à imagination mobile (par
-exemple la Reine), elles doivent trouver cette mort un accident très
-commode.
-
-«L'homme était doué d'une puissante intelligence, d'une noble nature,
-sincère, consciencieux, vertueux, mais voulant toujours l'impossible. De
-formes arrogantes, offrant un mélange bizarre d'aristocratie et de
-théologie, appartenant au moyen âge, fortement saupoudré du libéralisme
-le plus moderne, sermonnant avec talent, mais incapable de causer, doux
-et aimable dans son intérieur où il était déifié.
-
-«Le Roi se flatte que les éclatantes victoires remportées par les Russes
-vont disposer l'Empereur, son auguste beau-frère, aux idées pacifiques;
-moi, je crains, au contraire, l'engouement et le fanatisme du parti
-ultra-russe, ainsi que l'influence du clergé grec; je crains aussi le
-désespoir des Turcs qui leur inspirerait de fatales violences[102].
-
- [102] L'amiral russe Dachinoff avait remporté, le 30 novembre,
- une éclatante victoire dans la mer Noire, près de Synope, sur une
- division navale turque, commandée par Osman-Pacha, qui fut fait
- prisonnier et vit tous ses navires détruits. Quelques jours plus
- tard, le général russe Andranikoff battait les Turcs sur terre à
- Aikaizick. Ils perdirent quatre mille hommes dans ce sanglant
- combat.
-
-«Deux mystères occupent ici la faible partie du public qui en a eu vent,
-jusqu'à présent. La mission d'Albert Pourtalès à Londres et la course
-rapide que Bunsen a faite pour affaires politiques, à Paris, dont il est,
-du reste, déjà revenu[103]. Quel peut avoir été le but de ce voyage d'un
-ministre de Prusse à Paris, si ce n'est pour disposer les Tuileries
-favorablement pour Saint-Pétersbourg? mais alors, comment employer
-Bunsen, la bête noire de Brunnow et de la Russie? Vous avez très bien
-deviné, comme toujours, quel était le but de lord Palmerston!
-
- [103] Le comte Pourtalès à Londres et M. de Bunsen à Paris
- avaient pour mission de s'assurer des déterminations positives
- des puissances occidentales, dans le but de dessiner la part de
- la Prusse à l'action commune; on espérait ainsi avoir une
- influence considérable sur l'Autriche, qui, si elle devait se
- ranger du côté de la Russie, se trouverait fort embarrassée par
- l'hostilité de la France à l'ouest, et par sa grande rivale
- allemande au nord.
-
-«Il est rentré plus puissant que jamais, et le mot prononcé lors de sa
-retraite dans le _Moniteur officiel_ de France, prouve qu'il mettra les
-fers au feu, conjointement avec _l'homme taciturne_ des Tuileries. L'idée
-d'occuper la mer Noire, comme on occupe la terre ferme, de montrer les
-dents sans se battre, me paraît une folie insigne[104].»
-
- [104] A la réception de la dépêche annonçant le combat naval de
- Synope, les Gouvernements de France et d'Angleterre envoyèrent à
- leurs amiraux respectifs l'ordre d'entrer immédiatement dans la
- mer Noire; par suite de quoi, les vaisseaux russes se trouvèrent
- bloqués à Sébastopol, et la Turquie put travailler librement à
- son ravitaillement.
-
-Voici donc le Prince Albert qui paraît en arriver, quoiqu'un peu plus
-tard, au même point que jadis son oncle Léopold: c'est-à-dire d'être
-détesté en Angleterre pour ses ambitieuses influences[105]. On croit
-qu'il fera une course, soit à Cobourg, soit à Lisbonne, pour se
-soustraire aux avanies que lui destine le _Mob_[106].
-
- [105] On faisait courir en Angleterre mille bruits absurdes sur
- l'influence que le Prince Albert cherchait à prendre dans les
- affaires politiques et même sur ses ambitions personnelles pour
- accaparer l'autorité. La populace commençait à s'en montrer très
- irritée.
-
- [106] De l'anglais: la populace.
-
-
-
-
-1854
-
-
-_Sagan, 5 janvier 1854._--Lady Westmorland m'écrit de Vienne du 3: «Cette
-nouvelle année s'ouvre bien tristement. Je ne vois pas de possibilité de
-paix depuis la déclaration qui accompagne l'envoi des flottes dans la mer
-Noire. Cette pièce est venue briser l'espoir que nous avions d'un bon
-résultat aux démarches faites par les quatre Puissances réunies, et
-auxquelles la réponse n'est point encore arrivée de Constantinople.»
-
-
-_Sagan, 7 janvier 1854._--J'ai lu les cent premières pages de l'ouvrage
-de Villemain intitulé: _Souvenirs historiques et littéraires_[107].
-Assurément, je suis ravie du style, des pensées, des jugements.
-Seulement, comme j'ai connu M. de Narbonne, je m'avise de penser et même
-de dire, tout bas, que Villemain s'est amusé à _fabriquer_ un M. de
-Narbonne. Le véritable était autre. Mais à une époque où on dit et où on
-croit du mal de tout le monde, même de ceux auxquels on a été le plus
-redevable, on est bien aise de voir quelqu'un trompé par la louange. Du
-reste, l'erreur n'est certainement pas involontaire: c'est un cadre bien
-choisi et spirituellement rempli pour stigmatiser le présent qui déplaît,
-à juste titre, par le contraste avec le passé. Pour ce qui regarde les
-passages sur M. de Talleyrand, j'aurais voulu une impartialité moins
-absolue. Le jugement est sans haine, sans aigreur, peut-être même sans
-injustice; mais aussi, il est sans faveur, et fort en deçà, comme
-bienveillance, de la part que M. Villemain fait à M. de Talleyrand dans
-les pages si belles que l'ingratitude de Thiers lui a inspirées.
-Villemain touche même à l'injustice en représentant M. de Talleyrand
-comme beaucoup plus insouciant et froid pour ses amis, qu'il ne l'était
-en effet. Je me souviens, du reste, fort bien que M. de Narbonne et M. de
-Choiseul se plaignaient que leur ancien camarade de collège leur rendait
-bien moins de services qu'à Montrond, Sainte-Foix et Cie. Certes, M.
-de Talleyrand avait tort de se laisser arracher pieds et ailes par des
-gens tarés; mais M. de Choiseul oubliait cinquante mille francs qu'il
-devait à mon oncle, et dont celui-ci a fait généreusement remise à sa
-succession; et, quant à M. de Narbonne, qu'il trouvait spirituel causeur
-et aimable convive, il n'en faisait aucun cas comme homme politique, ni
-même comme homme privé. M. de Talleyrand prétendait que Mme de Staël
-faisait ses discours pendant son ministère de la guerre, même ses
-rapports sur l'état de l'armée et des forteresses; il avait mille contes
-plaisants à ce sujet.
-
- [107] Ce volume était la première partie des _Souvenirs
- littéraires_ de M. Villemain, qui publia la seconde deux ans
- après.
-
-M. de Narbonne a longtemps vécu des privations que s'imposaient la
-généreuse abnégation et l'aveugle dévouement de la vicomtesse de Laval,
-dont M. de Narbonne acceptait les sacrifices sans ménager son amie, ni
-dans ses propos, ni dans ses actions. M. de Narbonne a laissé des dettes
-à Vienne, que M. de Talleyrand, lors du Congrès, s'est hâté de payer pour
-ne pas ébruiter des désordres qui auraient souillé la mémoire de son ami
-d'enfance. Voilà ce que Villemain ignore sans doute, et qu'il n'eût pas
-été à propos de citer; seulement, la froideur qu'il reproche à M. de
-Talleyrand n'était pas réelle, ou s'il en éprouvait pour M. de Narbonne,
-elle était motivée.
-
-Des trois amis, que j'ai connus d'assez près pour les juger, quoique je
-fusse fort jeune encore, lors de la mort de M. de Narbonne, le plus
-aimable, le plus simple, celui dont le goût était le plus fin et les
-façons les plus nobles, était assurément M. de Talleyrand, et cela à
-grande distance.
-
-M. de Choiseul qui, tout d'abord, à mon arrivée en France, quand j'avais
-quinze ans, m'avait prise en amitié, prédisait à M. de Talleyrand, qui ne
-s'en doutait pas, que j'avais de l'esprit et que je serais distinguée un
-jour. M. de Choiseul que j'aimais et qui a passé beaucoup de temps chez
-moi, à Rosny et à Paris, M. de Choiseul était le plus instruit des trois,
-d'un commerce sûr, d'une conversation un peu trop abondante pour être
-vive, mais toujours instructive et attachante, sans éclat, mais du goût
-d'ailleurs le plus irréprochable. Celui de M. de Narbonne était souvent
-fort risqué, surtout avec les jeunes femmes, il aimait les antithèses et
-visait à l'effet; _il brillantait trop_. A un âge où il aurait été plus
-convenable d'imiter les allures paternelles de M. de Choiseul, il
-conservait celles qui jadis lui avaient valu des succès d'un autre
-genre.
-
-Je me souviens qu'il avait pris à tâche de m'éblouir, il ne parvenait
-qu'à m'embarrasser. Un jour, à un petit dîner chez ma mère, où chacun
-entendait ce que disaient les autres, M. de Narbonne se mit à me faire
-des compliments très directs, mais sous la forme de contre-vérités,
-parlant de mes petits yeux, de mes airs à la fois gauches et féroces,
-etc. Je ne comprenais pas bien, et mes dix-sept ans ne trouvaient pas de
-répliques à une langue dont le dictionnaire était fermé pour moi. M. de
-Talleyrand me prit en pitié, ou plutôt, bien aise de donner un coup de
-patte à M. de Narbonne, il reprit tout haut: «Tais-toi, Narbonne, Mme de
-Périgord est trop jeune pour te comprendre et trop allemande pour
-t'apprécier.» Parler de ma jeunesse était une critique pour l'un, parler
-de mon _allemanderie_ une critique pour l'autre. Il y en avait donc pour
-chacun, mais même, en me laissant arracher plume de mon aile, je sus gré
-à mon oncle de m'avoir délivrée de mon persécuteur.
-
-Les hommes de cette époque, et j'en ai encore vu et connu plus d'un,
-m'ont toujours semblé mettre bien plus leur esprit dans la conversation
-que dans leurs actions, leurs affaires et leurs correspondances privées.
-
-
-_Sagan, 9 janvier 1854._--Je suis à moitié du livre de Villemain; j'y
-trouve un peu trop de _conversation faite_. Il est évident que si le fond
-des pensées, des opinions est exact, que, si même quelques expressions
-sont originales, il est cependant impossible que _le mot à mot_ soit
-textuel, car il aurait fallu que, dans le tête-à-tête de l'Empereur
-Napoléon et de M. de Narbonne, ils eussent été l'un et l'autre des
-sténographes. Dès lors, il y a trop de Villemain dans ces longues
-citations, ce qui leur ôte de l'importance historique, quoique le style
-de l'écrivain reste charmant et brillant, sage, habile et élégant;
-seulement, il y a un peu trop de prévisions, _après coup_.
-
-
-_Berlin, 15 janvier 1854._--M. de Humboldt m'a parlé avant-hier de M. de
-Narbonne et de M. Villemain; il n'honore pas beaucoup la mémoire de l'un,
-ni le caractère du second.
-
-Ici, il y a une disposition généralement soucieuse; il me semble entendre
-murmurer que la neutralité sera bien difficile à conserver; et, si on la
-rompt ici, ce ne sera pas au profit de l'alliance française.
-
-J'ai achevé la lecture de Villemain, les morceaux sur la Sorbonne et sur
-M. de Feletz contiennent de jolies, de justes et bienveillantes phrases
-sur M. de Talleyrand. Les allusions critiques contre Louis-Napoléon y
-sont plus claires encore, un peu trop tirées par les cheveux; mais cela
-m'a plu beaucoup, comme langue et comme mouvement.
-
-J'ai lu l'article de Cousin sur Mme de Sablé dans la _Revue des Deux
-Mondes_[108]. On voit bien que Cousin n'en n'est pas rétrospectivement
-amoureux, comme de Mme de Longueville; c'est pâle et froid, mais c'est
-une silhouette de plus, d'un temps dont j'aime jusqu'aux découpures.
-Comme Cousin garde rancune à Mme de Sablé de ne pas s'être exposée à la
-petite vérole de Mme de Longueville! C'est drôle d'être si fort d'un
-autre temps, quand on est tellement du sien: bourgeois et philosophe,
-converti à la Fronde et à Port-Royal.
-
- [108] Comme suite à son premier volume sur Mme de Longueville,
- Cousin fit paraître en 1854 une étude sur Mme de Sablé,
- poursuivant ainsi ses publications sur les femmes de la société
- du dix-septième siècle.
-
-Ce sont là, du reste, de bonnes conversions au moins! Il y en a de tout
-aussi inattendues qui n'ont pas la même grâce, témoin MM. de La
-Rochejaquelein et Pastoret[109].
-
- [109] M. de La Rochejaquelein, partisan du suffrage universel,
- s'était rallié au coup d'État, après avoir rompu avec les
- légitimistes de la rue de Poitiers, ainsi qu'avec M. le Comte de
- Chambord. M. de Pastoret, qui avait refusé en 1830 de prêter
- serment à Louis-Philippe, avait trempé dans le complot des tours
- de Notre-Dame, se montra sympathique au gouvernement du Prince
- Louis-Napoléon, qui le nomma sénateur en 1853.
-
-Le maréchal Radetzky perd à peine une habitude en perdant sa femme,
-habitude qui avait été vingt-cinq ans interrompue pour raisons très
-multipliées[110].
-
- [110] La comtesse Radetzky de Ravez était morte à Vérone, le 12
- janvier, des suites d'une fluxion de poitrine.
-
-On fera à Berlin les plus grands efforts pour prolonger la neutralité;
-mais, si on était _absolument forcé_ d'y renoncer, je ne crois pas que ce
-soit au profit de l'alliance anglo-française. On dit ici que M. de
-Nesselrode est tombé sérieusement malade. Nouvelle complication. Il
-paraît qu'il était fortement prononcé contre la guerre et que toute cette
-affaire lui a fait faire bien du mauvais sang.
-
-
-_Berlin, 24 janvier 1854._--On n'entend parler que de maladies et de
-guerre. Quelle triste perspective! J'apprends à l'instant qu'Orloff est
-attendu ici aujourd'hui. On se demande pourquoi, et on est fort
-agité[111].
-
- [111] L'Empereur Nicolas comprenant l'importance de l'Union des
- Puissances belligérantes tentait, alors, par un vigoureux effort
- de rompre l'accord de la Conférence de Vienne et de rattacher à
- sa cause l'Autriche et la Prusse. Ce fut le but de la mission du
- comte Orloff. La lettre autographe de son maître, dont le comte
- Orloff était porteur pour l'Empereur d'Autriche, lui demandait de
- prendre, conjointement avec le Roi de Prusse, vis-à-vis de lui,
- l'engagement d'observer une neutralité stricte, pendant toute la
- durée de la guerre; mais François-Joseph s'y refusa nettement, le
- Czar ne voulant pas donner la promesse de ne pas franchir le
- Danube et de ne pas troubler l'ordre et la possession
- territoriale de l'Empire turc. A Berlin, l'Empereur Nicolas
- voulut traiter l'affaire comme en famille. Il en chargea tout
- simplement son représentant accrédité à cette Cour, le baron de
- Budberg. Celui-ci se servit, en cette occasion, de l'intervention
- du Ministre de la maison du Roi et non de celle du Ministre des
- Affaires étrangères. M. de Manteuffel, blessé de ce procédé,
- donna sa démission qui ne fut pas acceptée, et le baron de
- Budberg fut éconduit moins courtoisement que ne l'eût été le
- comte Orloff.
-
-Les gazettes de Berlin disent qu'Orloff est à Vienne; celles de Vienne
-qu'il est à Berlin. C'est drôle, mais ce n'est pas risible.
-
-L'Autriche est très aigrie contre les Turcs qui, au lieu d'accomplir la
-clause du traité conclu avec Vienne, par laquelle la Porte s'engageait à
-interner en Asie les réfugiés, sujets autrichiens, les laisse tous venir
-se mêler activement à la lutte sur le Danube. L'Autriche vient en
-conséquence de faire marcher un corps considérable d'observation vers les
-frontières ottomanes. La Russie a proposé à Vienne et ici, un traité par
-lequel la neutralité de la Prusse et de l'Autriche serait reconnue pour
-le moment, mais aussi par lequel la Russie, la Prusse et l'Autriche
-s'engageraient à s'entr'aider réciproquement pour maintenir l'intégrité
-de leurs territoires respectifs, dans le cas où cette intégrité se
-trouverait violée sur un point quelconque. Cette proposition n'a reçu,
-jusqu'ici, du Cabinet prussien, que des réponses évasives.
-
-L'Autriche, qui prévoit des attaques en Italie, pourrait s'y montrer plus
-favorable; il y a, du reste, des personnes qui prétendent que les
-vaisseaux anglais voudront pénétrer assez avant dans la Baltique pour
-exciter des mouvements dans la Pologne russe, qui ne s'arrêteraient pas
-là, et qui feraient immédiatement soulever la Pologne prussienne, ce qui
-ne permettrait pas au Cabinet de Berlin de rester neutre. Tout est
-compliqué et le lendemain n'appartient plus à la veille.
-
-
-_Berlin, 1er février 1854._--Nous voici au début d'un mois qui
-éclaircira l'horizon politique; mais j'ai peur que ce ne soit bien plus à
-coups de canon, que par les rayons d'un joyeux soleil, que les nuages ne
-se rompent.
-
-Orloff est bien décidément à Vienne; il y a des personnes qui croient
-que, vu les réponses évasives faites ici à M. de Budberg, Orloff ne se
-souciera, ni de les modifier, ni de les entendre confirmer.
-
-J'ai vu une lettre de Paris qui annonce que, bien décidément, Brunnow et
-Kisséleff s'en vont, que Mme de Lieven est au désespoir, mais qu'elle se
-dispose à suivre ce dernier à Bruxelles. On ajoute que la France et
-l'Angleterre n'admettent pas que la Prusse et l'Autriche restent simples
-spectatrices de la lutte; et que l'on ne tardera pas, de Paris et de
-Londres, à les mettre en demeure de se prononcer en impliquant
-tacitement: à bon entendeur salut; que, si on ne se réunit pas à
-l'Occident pour combattre le Czar, l'Italie sera soulevée, et les
-provinces rhénanes de même, par des irruptions armées auxquelles les
-populations seraient fort disposées à répondre. De l'autre côté,
-l'Empereur Nicolas pourrait bien faire des propositions plus ou moins
-menaçantes. Il est certain que pour ici le moment est bien embarrassant
-et bien gros d'éventualités.
-
-
-_Berlin, 4 février 1854._--Le but de la mission d'Orloff à Vienne est
-tenu fort secret; on en est à des conjectures; ce qui est certain, c'est
-qu'elle ne mène pas à la paix entre l'Occident et l'Orient. Il est fort
-douteux qu'il vienne ici. A Vienne et à Berlin, on a répondu à M. de
-Bourqueney, qui voulait faire modifier cette neutralité au profit de son
-gouvernement, qu'on la conserverait réelle tant qu'on ne chercherait pas
-à susciter des embarras à l'Autriche en Italie; mais, qu'à la première
-étincelle, la neutralité autrichienne se romprait en faveur de la Russie.
-
-On m'écrit de Paris qu'on y attend le Duc et la Duchesse de Brabant en
-échange de la visite du prince Napoléon à Bruxelles[112]. Il paraît que
-lord Palmerston pour éviter, _le cas échéant_, que la France ne fît
-irruption conquérante en Belgique, aurait rapproche les deux Cours de
-Laeken et des Tuileries, et négocié ces visites. Il faut convenir que si
-le Duc et la Duchesse de Brabant vont aux Tuileries, _lui_, portera un
-grand sacrifice à l'_intégrité_ de la Belgique, car le petit-fils de
-Louis-Philippe, surtout après les décrets du 22 janvier[113], rentrant
-aux Tuileries comme hôte de Louis-Napoléon, quelle tache et quelle
-amertume!
-
- [112] Le 30 janvier 1854, le prince Napoléon fit à Bruxelles une
- visite toute de courtoisie, très officielle, mais sans mission
- politique spéciale.
-
- [113] Allusion aux décrets du 22 janvier 1852, relatifs à la
- confiscation des biens de la famille d'Orléans.
-
-
-_Berlin, 8 février 1854._--Le départ des diplomates russes est accompli à
-Londres et à Paris. Orloff et Budberg n'ont rien obtenu ni à Vienne, ni
-ici, mais Bourqueney et de Moustiers n'ont rien obtenu non plus. On se
-tient dans la plus rigoureuse neutralité; elle coûte à la reconnaissance
-de l'Empereur d'Autriche ainsi qu'aux liens de parenté de la Prusse.
-Ainsi on cherchera à maintenir l'équilibre le plus longtemps que faire se
-pourra. Mais, ou il faudra que l'Empereur Nicolas cède, ce dont je doute,
-ou que les Puissances allemandes l'aident efficacement, ce qui est contre
-leurs intérêts, ou qu'elles le combattent avec la France et l'Angleterre,
-ce qui est contre leur goût; car, pour maintenir _longtemps_ cette
-rigoureuse neutralité proclamée aujourd'hui, je ne crois pas que cela se
-puisse.
-
-
-_Berlin, 12 février 1854._--Le comte de Stolberg est mort, âgé de
-soixante-neuf ans, plein de vie, de force, de santé et de vertu;
-serviteur dévoué du Roi, père de famille excellent, ami sûr et
-affectueux, _le seul_ grand seigneur dans _l'âme_ et dans les _formes_
-qui restât ici; il a fini sa vie laborieuse en chrétien, après cinq
-jours d'une maladie aussi inattendue que fatale. Il s'était écorché à la
-jambe à la chasse du Roi; il n'a pas soigné ce mal qui, en un rien de
-temps, a amené un érésipèle; celui-ci a tourné immédiatement à la
-gangrène, et tout a été fini. Le Comte était venu chez moi le samedi 4,
-au soir, il était resté bien longtemps seul à seule à causer de bien des
-choses qui le préoccupaient dans l'intérêt de son maître. Le dimanche 5,
-il m'a écrit pour me donner un renseignement que je lui avais demandé; le
-lundi, il s'est couché, et hier samedi, il est mort à l'heure même où il
-devait dîner chez moi. Je suis très affectée de cette perte; il m'avait
-rendu de très bons offices, son zèle pour moi augmentait en raison d'une
-connaissance plus approfondie de mon caractère qui lui inspirait estime
-et confiance. Tout cela est fini. Du reste, il était personnellement bien
-fatigué, et dégoûté de sa tâche, que son dévouement chevaleresque pour
-son maître pouvait seul lui faire supporter. Il est au repos maintenant,
-repos bien mérité et que Dieu lui rendra particulièrement doux et
-lumineux, car il a porté pieusement _la lourdeur et la chaleur_ du jour,
-comme dit l'Écriture.
-
-On n'en est encore à Vienne et à Berlin qu'à la neutralité; les
-affections de famille combattront longtemps encore ici une union étroite
-contre la Russie; cependant, elles ne seront pas insurmontables. A
-Vienne, on se prêterait plus facilement à une entente, si déjà on ne
-croyait à des intrigues révolutionnaires fomentées par les Puissances
-occidentales en Italie et par la mauvaise foi des Turcs qui,
-contrairement aux traités, emploient des réfugiés hongrois sur le
-Danube. Tout est suspens, incertitude, obscurité.
-
-
-_Berlin, 17 février 1854._--Les femmes assistant ici aux cérémonies
-funèbres, dont elles sont exclues en France, j'ai été à la bénédiction ou
-lever du corps du comte de Stolberg. Un monde énorme s'était réuni à la
-maison mortuaire, à commencer par le Roi et la Reine qui étaient tous
-deux en larmes et suffoquant de sanglots. Les chants, la liturgie et
-surtout le discours du pasteur protestant, parfaitement simple et doux,
-comme l'était celui dont il avait à parler; tout l'arrangement matériel
-de la grande salle où se trouvait la bière (il était sept heures du
-soir), tout était en harmonie et m'a fait une impression profonde.
-
-Je viens de lire la lettre de Louis-Napoléon au Czar, qui est dans tous
-les journaux; il ne m'appartient pas d'en discuter la justice et
-l'exactitude politique, mais en tout cas, je trouve de la dernière
-inconvenance de publier une lettre confidentielle, de souverain à
-souverain, sans même en avoir attendu la réponse. Voilà une façon de
-faire, révolutionnaire s'il en fut[114]. Il me semble de la disposition
-des esprits ici, qu'il y a une confusion inimaginable, des factions et
-des scissions à l'infini, et à tout prendre, un grand dégoût des formes
-représentatives, auxquelles le pays n'est pas accoutumé, qui dérangent la
-vie privée de chacun, blessant les uns sans satisfaire les autres. Les
-Prussiens des bords du Rhin, plus rapprochés de cette forme de
-gouvernement, se trouvent en opposition avec les mœurs, les coutumes et
-les tendances des anciennes provinces. Il résulte de l'indifférence des
-uns, des dégoûts des autres, de la vivacité de certains groupes, de
-grandes aigreurs sociales et une stagnation fatale pour les intérêts de
-la localité qui restent en suspens.
-
- [114] La diplomatie officielle et régulière étant à bout de
- ressources, l'Empereur Napoléon III avait, avec l'assentiment du
- Gouvernement anglais, écrit à l'Empereur Nicolas une lettre
- confidentielle où il se montrait très désireux d'une conclusion
- pacifique et proposant de signer, tout d'abord, un armistice,
- pour reprendre ensuite le cours régulier diplomatique. A la date
- du 8 février, l'Empereur Nicolas répondait négativement à cette
- lettre, qui fut fort indiscrètement publiée dans les journaux; et
- il la faisait suivre d'un manifeste adressé au peuple russe sur
- sa mésintelligence avec la Porte Ottomane. Le Czar y évoquait le
- souvenir de l'année 1812 et attestait la valeur déployée par son
- peuple dans ces fastes mémorables.
-
-On accuse le Prince et la Princesse de Prusse d'avoir fait dévier par
-leur influence la fraction Hohenlohe[115] et de l'avoir jetée à gauche
-pour faire crouler M. de Westphalen, ministre de l'Intérieur, qui seul,
-dans le Cabinet, appartenait à la droite pure. Le Ministre du Commerce
-est un Rhénan dont les tendances sont différentes. M. de Manteuffel se
-laisse ballotter et ne sait comment suffire tout à la fois aux grandes
-complications extérieures et aux irritantes questions intérieures. En un
-mot, il y a des tiraillements et un décousu déplorables.
-
- [115] Un parti, ayant à sa tête le prince Adolphe de
- Hohenlohe-Ingelfingen, représentait à la Chambre prussienne la
- nuance des _Conservateurs-libéraux_. Dans la session de 1854, une
- proposition faite par le comte Westphalen, se rapportant à l'état
- des communes pour les six provinces orientales n'ayant pu aboutir
- à une solution dans la Commission constituée pour en délibérer,
- des membres des divers partis libéraux, auxquels se joignirent
- ceux de la fraction Hohenlohe, composèrent un nouveau projet,
- modifiant la proposition du Gouvernement et demandant qu'il fût
- examiné par la Commission. Cette demande, qui s'appelait _la
- demande de la fraction Hohenlohe_, fut rudement attaqué par le
- parti de la _Kreuzzeitung_.
-
-Quant à ce qui est de la politique extérieure, il me semble voir quatre
-partis se dessiner très nettement. Le _parti russe_ qui aurait voulu que
-les propositions Budberg-Orloff fussent acceptées, qui tremble de la
-rupture plus marquée avec la Russie et qui cherche à l'empêcher par
-toutes les influences de famille. Peut-être, pourrait-on personnifier ce
-parti plus précisément en disant qu'il se place sous l'étendard du Prince
-Charles de Prusse.
-
-Puis vient le _parti autrichien_ qui désire, avant tout, que les Cabinets
-de Vienne et de Berlin se tiennent fermement unis dans une neutralité
-armée, et également armée contre l'Ouest et l'Orient, alliance à laquelle
-se rattacherait toute l'Allemagne; celle-ci se fractionnerait si
-l'Autriche et la Prusse ne marchaient pas identiquement ensemble; et une
-fois l'Allemagne scindée, elle deviendrait bien vite la pâture de ses
-ambitieux voisins. Peut-être la Reine est-elle la personne dans laquelle
-ce parti autrichien trouve le plus de sympathie.
-
-Le troisième parti est celui qui se sentirait disposé à une _quadruple
-alliance_ et qui abandonnerait la neutralité pour arrêter d'une part, les
-mouvements révolutionnaires, et de l'autre, les mouvements agressifs des
-Moscovites; je ne serais pas étonnée que ce fût là le secret désir de M.
-de Manteuffel, qui y trouve encore quelques obstacles dans les affections
-de famille, les liens de parenté et dans la reconnaissance qu'on conserve
-encore en Autriche pour les secours reçus, il y a quatre ans, en Hongrie.
-M. de Manteuffel n'est pas quelqu'un qui sache donner une impulsion
-marquée; il n'a pas d'ailleurs beaucoup d'usage diplomatique, il n'en
-manie pas bien la langue, il se laisse trop absorber par les
-ferraillements des Chambres qui, ici, n'ont en vérité d'autre importance
-que celle qu'on veut bien leur donner encore, tant elles sont peu dans
-les mœurs.
-
-Enfin, il y a un quatrième parti, le plus vif, le plus actif de tous, qui
-est hautement conduit par la Cour de Coblentz[116]: c'est le _parti
-anglais_ qui pousse à conclure une alliance intime avec Saint-James et
-les Tuileries, sans se soucier du parti que prendrait l'Autriche, sans
-s'arrêter au déchirement qui en résulterait pour l'Allemagne et la
-faiblesse qui en naîtrait pour elle tout entière. Je crois avoir tracé un
-tableau très vrai de ce clavier qui rend des sons assez peu harmonieux.
-
- [116] Le parti du Prince et de la Princesse de Prusse était ainsi
- désigné.
-
-
-_Berlin, 21 février 1854._--Dans ce pays-ci, les formes
-constitutionnelles entrent plus aisément dans les esprits et les mœurs
-de telle province que de telle autre. Le malheur de la Prusse est d'être
-une agglomération successive de parties hétérogènes, différentes, souvent
-opposées dans leurs intérêts matériels, leurs traditions, leurs
-sympathies; ce qui peut convenir aux uns déplaît aux autres; ce qui est
-utile à ceux-ci est nuisible à ceux-là; c'est une grande plaie à laquelle
-je ne connais pas de vrai remède. Ainsi, cette manie constitutionnelle
-est positivement nulle en Silésie, en Poméranie, dans la Prusse
-orientale; mais elle existe entre l'Elbe et le Rhin très positivement;
-aussi entre l'Elbe et la Vistule; mais entre la Sprée et la Vistule,
-_non_.
-
-
-_Berlin, 26 février 1854._--Le Roi et le Grand-Duc de
-Mecklembourg-Strelitz s'étaient donné le mot pour dîner hier chez moi: en
-tout, dix convives autour d'une table ronde, ce qui a permis une
-conversation générale, animée et dont la politique a été soigneusement
-bannie. Le Roi y a trouvé un peu de détente et de distraction; et le tout
-s'est passé simplement et confortablement. A part quelques rares moments
-semblables, on est généralement ici bien soucieux, bien tiraillé; on est
-au moment de se rapprocher de ceux qu'on n'aime pas, auxquels on ne se
-fie pas, pour se brouiller plus ou moins avec ceux qu'on estime et qu'on
-aime.
-
-On cite un mot de M. de Metternich, qu'il aurait dit la semaine dernière:
-«_Il ne nous reste plus qu'à être ingrats._» Cela rappelle le mot de
-Félix Schwarzenberg qui, deux jours avant sa mort, aurait dit à quelqu'un
-qui lui parlait du trop grand poids que la Russie avait acquis par les
-services qu'elle avait rendus à l'Autriche: «_Nous étonnerons le monde
-par notre ingratitude._»
-
-Il faut convenir que la politique ne supporte pas le microscope moral.
-
-Henri Redern, ministre de Prusse à Dresde, qui est venu faire une course
-ici avec sa femme, m'a raconté que la Princesse Carola vivait fort bien
-avec son mari, qu'elle était généralement fort bien vue par la Famille
-Royale, par la société et par le public; mais qu'on voyait avec peine
-que, probablement, elle n'aurait pas d'enfants. Cela jette un triste
-voile sur cette union. Le frère du Prince Albert a la poitrine en mauvais
-état, et la succession ne compte pas d'autre représentant.
-
-
-_Berlin, 3 mars 1854._--Le manifeste russe et la réponse de l'Empereur
-Nicolas à l'Empereur Louis-Napoléon ont paru hier dans les journaux
-allemands. On les trouve dignes et modérés dans la forme, mais on ne
-suppose pas qu'on en permettra la publication en France.
-
-La Reine de Grèce a écrit à la Reine de Prusse une lettre de vingt pages,
-pleine de la plus vive exaltation hellénique; charmée des populations,
-ravie de l'insurrection grecque qui se propage. La pauvre femme pourrait
-bien se broyer dans le conflit.
-
-On avait répandu le bruit que l'Autriche avait accédé au traité
-anglo-franco-turc. Il n'en est rien encore. Aussi de Berlin et de Vienne,
-on se proclame plus que jamais neutre, mais armé, et voulant défendre de
-droite et de gauche cette neutralité à laquelle le reste de l'Allemagne
-se rattacherait. Cela même se pourra-t-il à la longue?
-
-La duchesse de Lévis, cette digne et spirituelle femme, se meurt. La
-princesse de Metternich est également fort mal et a reçu, il y a deux
-jours, les derniers sacrements. Bon Dieu, quelle année! Et l'abbé de
-Lamennais qui meurt comme un pauvre chien aveugle!
-
-Les Seymour sont arrivés ici de Saint-Pétersbourg, après un affreux
-voyage. On attend à chaque instant les Castelbajac.
-
-
-_Berlin, 5 mars 1854._--On vit ici dans des agitations politiques
-incroyables. On ne sait à quoi se décider, on hésite, on tergiverse, on
-veut jouer au fin, on se dupe soi-même; je crains bien qu'on ne finisse
-par rester fort isolé, ou bien par se soumettre de mauvaise grâce, se
-laissant tirer à la remorque par l'un ou par l'autre, sans que ni les uns
-ni les autres vous en sachent gré. Le pis, c'est que probablement
-l'Allemagne, au lieu d'être imposante par son unité, deviendra la pâture
-trop facile de ses ennemis naturels ou de ses ennemis de circonstance,
-quand elle n'aura pas un ensemble compact à leur opposer.
-
-L'Autriche a fait parvenir ici des propositions, que même des
-anti-autrichiens prononcés trouvent avantageuses, convenables[117].
-Projet d'entente intime, non pour entrer _immédiatement_ en hostilité
-contre la Russie, mais pour fortifier l'Union allemande, pour entrer, à
-de certaines conditions et avec de certaines garanties, en intelligence
-avec les deux puissances maritimes, et posant enfin des éventualités
-éloignées de rupture plus complète avec la Russie. Il semblait que le
-Roi signerait tout de suite; au lieu de cela, il y a un revirement de
-bord rapide et inattendu: refus de signer, appel à Francfort de M. de
-Bismarck-Schœnhausen, qui est personnellement mal avec le comte Thun,
-ministre d'Autriche ici. On a chargé M. de Bismarck de discuter le projet
-autrichien avec M. de Thun, en écartant ainsi le Ministre des Affaires
-étrangères, M. de Manteuffel, et aussi Albert de Pourtalès envoyé
-dernièrement à Londres et qui était resté, jusque-là, mêlé à la
-négociation. Tout cela a été avant-hier un vrai coup de théâtre, dont le
-parti russe, beaucoup de généraux et force officiers triomphent; car, il
-faut le dire, _l'armée_ est toute russe. En général, on ne se fie pas aux
-promesses de l'Empereur des Français et l'on peut avoir raison. On n'aime
-pas, dans le public, à se brouiller avec l'Empereur Nicolas, auquel on ne
-peut supposer, comme à l'autre, l'envie de s'agrandir aux dépens de la
-Prusse; cependant, on n'aime pas plus à être tenu à la lisière par la
-Russie.
-
- [117] L'Autriche, invitée par les Puissances occidentales à
- s'allier avec elles contre les Russes, en transmit la proposition
- à la Prusse avec les modifications suivantes: «_L'Autriche ne se
- croit pas appelée à s'associer aux Puissances occidentales dans
- une déclaration de guerre contre la Russie, mais elle est prête à
- signer une convention pour garantir l'intégrité de la Turquie
- selon l'esprit du traité de 1841._» En outre, l'Autriche
- maintiendrait la paix en Serbie, dans le Montenegro et en Bosnie,
- laissant aux puissances de l'Occident le soin de s'occuper de la
- Grèce et des provinces grecques de la Turquie.
-
-Le Roi est tiré à quatre par mille intrigues et par les différents partis
-que j'ai signalés il y a quelque temps. Tout cela fait le plus déplorable
-gâchis. Je ne vois nulle part, ni un grand courage, ni un esprit lumineux
-pour prendre, en temps utile, je ne dis pas le meilleur parti, car tous
-ont des inconvénients incontestables, mais celui qui présente le moins de
-côtés fâcheux. Et puis l'à-propos, ce dieu rancuneux, qui ne pardonne pas
-de ne pas être saisi au vol, quelle vengeance ne tirera-t-il pas de ces
-oscillations?
-
-M. de Bismarck veut, dans la négociation avec le comte Thun, se faire
-prier, tenir la dragée haute; il dit que moins on se montrera pressé,
-plus on mettra à Vienne de prix à obtenir la coopération de la Prusse;
-et, par conséquent, qu'il la fera payer plus cher par de nouvelles
-concessions et par une prépondérance moins contestée à la Diète. Bref, il
-fait le juif et traite à la manière dont Rothschild fait un emprunt. Je
-ne trouve pas que ce soit la bonne et vraie manière dont un grand État
-doive, à travers de grandes crises européennes, conduire une barque qui,
-dirigée ainsi, pourrait bien chavirer.
-
-Charles de Talleyrand, qui est venu de Weimar me voir ici, raconte que
-Mme la Duchesse d'Orléans avait entièrement changé d'allures; elle a
-quitté l'attitude d'exilée, de veuve enveloppée de voiles lugubres. Elle
-a des jours de réception, pendant lesquels, assise à une table de whist,
-elle fait défiler devant elle les dames dont elle reçoit, par un signe de
-tête, les révérences. A Weimar, elle paraît au spectacle en grande loge.
-On la dit mal entourée, mal conseillée, fort en intrigues et en
-agitations plus ou moins souterraines; elle touche très régulièrement les
-trois cent mille francs que la France lui paie; elle s'est fait, soit par
-la vente d'une partie de son écrin, soit par d'autres arrangements, un
-revenu considérable qu'elle dépense avec assez d'évidence.
-
-Hier au soir, il y a eu ici un petit concert dans le salon de la Reine,
-très beau comme musique. Le Roi ayant fait venir la partition du grand
-_Miserere_ d'Allegri, de Rome, et l'ayant fait chercher par quelqu'un
-chargé d'étudier la manière dont cet admirable morceau est exécuté à la
-Chapelle Sixtine, le _Dom-Chor_ d'ici l'a chanté hier. On n'a pas même
-omis la partie psalmodiée qui alterne avec le chant et donne à l'ensemble
-un caractère si particulier. Des voix, des voix seules, admirablement
-bien conduites, un grand ensemble, un religieux silence; mais hélas! pas
-d'église, pas de cierges, pas d'encens, pas de génuflexions. Des femmes
-parées et quelques pasteurs protestants me faisaient, malgré leurs
-allures piétistes, l'effet de prêtres de Baal. J'étais la seule
-catholique. On avait convoqué, en dehors de la Famille Royale, une
-douzaine d'hommes et de femmes qu'on ne voit pas habituellement à la
-Cour, parce qu'ils appartiennent _to the rather serious turn_[118]. Cela
-faisait le plus singulier auditoire pour cette musique latine, toute
-parfumée de l'encens de Saint-Pierre, toute colorée des feux sacrés du
-Vatican!
-
- [118] De l'anglais: A la classe des caractères plus sérieux.
-
-Vieuxtemps est venu à son tour et m'a tirée de mon extase; il a cependant
-le plus magnifique coup d'archet que j'aie entendu.
-
-J'ai vu avant-hier M. et Mme de Castelbajac revenant de
-Saint-Pétersbourg. _Lui_ a parlé très librement devant moi, déplorant la
-guerre, très frappé de l'enthousiasme russe, de l'impossibilité pour
-l'Empereur Nicolas de reculer, assurant qu'il ne désirait pas la guerre
-et que c'est le mélange de ruse, de mauvaise foi, d'intrigue et
-d'insolence de l'Angleterre, qui a envenimé la plaie et l'a rendue
-incurable.
-
-Voici l'extrait d'une lettre de lady Westmorland de Vienne, 1er mars:
-«L'état des affaires publiques ne laisse pas que d'agir sur la société.
-Les Russes ne viennent plus chez nous, ni chez le ministre de France.
-Bourqueney _exulta et s'anima_[119] sur la gloire de son maître qui a
-bien certainement joué ses cartes; car il est incontestablement, dans ce
-moment, à la tête des Conseils de l'Europe. Nous le suivons à la remorque
-et il entraîne ce gouvernement-ci. J'avoue que je ne puis oublier son
-passé et le _nôtre_; et je me sens profondément humiliée de cette
-alliance tant vantée. Le jeune Empereur a été placé dans la position la
-plus difficile. Je vois qu'il a été fort blessé du refus de l'Empereur
-Nicolas d'accepter les propositions qu'il lui avait recommandées si
-chaleureusement; et depuis le départ d'Orloff, il paraît avoir pris son
-parti et s'être résolu à se mettre du côté des alliés occidentaux[120].
-
- [119] De l'italien: triomphe et s'anime.
-
- [120] La Russie avait envoyé à Vienne un projet de préliminaires
- de paix, offrant d'évacuer les Principautés, lorsque ces
- préliminaires seraient signés. La Conférence, réunie alors à
- Vienne, considérant les conditions, auxquelles cet arrangement
- était subordonné, absolument inacceptables, rejeta ce projet.
-
-«Je suis sûre qu'une fois décidé, il suivra son chemin avec droiture et
-loyauté, mais il n'entraînera pas ici toutes les opinions. Les Meyendorff
-sont profondément affligés: lui, avec douceur, elle, avec irritation,
-surtout contre son frère[121] qui est anti-russe.
-
- [121] Le comte Buol.
-
-«La princesse de Metternich est dans un état désespéré. Le Prince est
-fort ému, malgré son calme habituel si près de l'indifférence. Pendant
-que j'étais ce matin chez lui, Monténégro est venu le prier d'entrer
-chez la Princesse qui le désirait; et quand il y est allé, Monténégro m'a
-dit que la fin s'approchait, que la respiration devenait bien pénible, la
-faiblesse excessive et que cela ne pouvait durer longtemps. La Princesse
-est soignée par lui, par son fils et par son gendre avec un grand
-dévouement. Elle a reçu les sacrements avec beaucoup de piété; elle
-connaît son danger et se montre résignée et patiente.»
-
-
-_Berlin, 10 mars 1854._--Je pars demain pour Sagan fort ignorante des
-destinées du monde et par conséquent des miennes propres. Le prince de
-Hohenzollern et le général de Grœben envoyés à Paris et à Londres sont
-chargés de faire reconnaître et respecter la neutralité de la
-Prusse[122]. Si on me demandait si ces messieurs réussiront, je dirais,
-_non_. Si on me demandait alors au profit de qui on la rompra? je
-plaiderais ignorance complète. Si je crois que ce sera pour l'Occident?
-je dirai que je ne le crois pas. Si alors ce sera pour le voisin
-septentrional? je dirai _non_, de même. Si on me pousse pour me faire
-dire si on s'entendra avec l'Autriche? je hausserai les épaules. Si on
-compte alors s'isoler complètement et voir l'Allemagne se fractionner? je
-répondrai: Quelles _questions_! Faut-il encore plus de négations, j'en
-ai la poche pleine, mais faut-il une seule affirmation? qu'on demande
-ailleurs, je n'en ai pas à mon service et les plus haut placés ne
-sauraient, je crois, dire plus ou mieux.
-
- [122] L'esprit faible et flottant de Frédéric-Guillaume IV était
- disputé par deux influences rivales: d'un côté, le parti de la
- Cour, acquis à la Russie; de l'autre, les Chambres prussiennes
- acquises à l'opinion libérale et parlementaire, naturellement peu
- favorable à cette Puissance du nord. Le Roi, cherchant toujours à
- temporiser, envoya le prince de Hohenzollern à Paris et le
- général de Grœben à Londres pour donner confidentiellement des
- explications sur sa politique, qui furent assez froidement
- reçues, comme étant celles d'un homme à la parole duquel on
- croyait peu.
-
-Cette hésitation, ces obscurités sont insupportables et déplorables dans
-leur source et dans leurs résultats; et depuis mars 1848, je ne sache pas
-un moment plus critique, plus fatal que ne le sera peut-être mars 1854.
-Je ne sais si je me trompe; mais il me semble que la plus mauvaise voie,
-bien prononcée, vaudrait mieux que le ballottage du moment actuel.
-
-Le Prince de Prusse est rétabli, c'est-à-dire qu'il sort en voiture pour
-se promener. Il n'a pas reparu au Château; la Reine est venue le voir
-pendant sa maladie, mais non le Roi. Il y a eu seulement, à ce que je
-crois, des communications fraternelles écrites, des plus aigres de part
-et d'autre[123]. Le Prince a très mauvais visage, et je le crois agité et
-irrité.
-
- [123] Les tiraillements entre les deux frères étaient comme
- étouffés par la noble attitude du Prince de Prusse, qui disait
- très haut que la volonté du Roi devait faire loi. Mais personne
- n'ignorait que le Prince déplorait les hésitations du Roi, sa
- politique vacillante, et que, désirant un rapprochement avec les
- Puissances occidentales, il se trouvait en contradiction avec la
- politique conseillée à son royal frère.
-
-La princesse de Metternich a fait dire la messe le matin de sa mort dans
-sa chambre, l'autel placé de façon à le voir de son lit; elle a expiré
-sans agonie, à la fin du saint sacrifice. Son mari est, dit-on, très
-affligé, ce qui n'empêche pas qu'il ne donne lui-même aux visiteurs des
-détails anatomiques sur la cause du mal de sa femme.
-
-Je ne savais rien du châle donné par l'Impératrice de Russie à Mme de
-Castelbajac; mais, j'ai remarqué la tendance du mari qui est bien plus
-russe, malgré les hostilités, qu'anglaise, malgré l'entente cordiale.
-
-
-_Sagan, 20 mars 1854._--Le Gouvernement prussien, pour faire respecter sa
-neutralité aux Chambres, a besoin de trente millions d'écus qui vont se
-traduire en une augmentation d'impôts qui font faire bien des
-grimaces[124].
-
-
- [124] Le 18 mars 1854, le Ministère prussien présenta à la
- seconde Chambre un projet d'emprunt de 30 millions de thalers,
- accompagné d'un mémoire annonçant que la Prusse maintiendrait le
- protocole de Vienne, et établissant les résolutions que le Roi se
- proposait de prendre à l'égard des États de la Confédération
- allemande.
-
-Je reste bien décidée à mon voyage du Rhin, de la Seine et de la Loire;
-mais quand je lis les gazettes, que je regarde la carte européenne et que
-j'écoute les échos qui ci et là m'arrivent, je me demande, non sans
-hésitation, ce qui sera possible dans deux mois.
-
-Je lis avec une grande curiosité les pièces diplomatiques publiées à
-Londres, les conversations de sir Hamilton Seymour avec le Czar, et les
-réponses de lord John Russel[125]. Le Czar me paraît y jouer le rôle d'un
-mauvais comédien, d'un Tartuffe politique; ses précédents ont si mal
-préparé à le juger ainsi qu'il faut attendre les publications russes qui,
-sans doute, suivront celles qui ont été faites à Londres pour asseoir un
-jugement absolu sur ce singulier incident. Il me semble qu'il y aurait eu
-folie ou stupidité à soulever la curiosité publique, comme on l'a fait
-dans le _Journal de Saint-Pétersbourg_, si on n'avait provoqué par là les
-publications dont retentissent les gazettes en ce moment.
-
- [125] Le Gouvernement anglais fit alors la publication des pièces
- diplomatiques échangées en 1853 entre la Russie et l'Angleterre,
- au sujet de la Turquie, dans lesquelles se trouvaient de longs
- récits des conversations de l'Empereur Nicolas avec sir Hamilton
- Seymour. Le Czar dissimulait mal ses ambitieux projets et, pour
- arriver à son but, il représentait à l'ambassadeur d'Angleterre
- la ruine certaine et imminente de la Turquie, et il semblait
- avoir arrêté dans sa pensée que l'heure _pour_ sa dissolution
- devait être arrivée. A cette politique, John Russel et lord
- Clarendon furent aussi explicites que conséquents; ils refusèrent
- ouvertement de partager cette idée fixe de l'Empereur Nicolas et
- se montrèrent très décidés à prévenir une catastrophe en Turquie.
-
-La Princesse Charles de Prusse, qui m'avait confié, il y a vingt jours, à
-Berlin, les projets de mariage de sa fille Louise, vient de m'écrire pour
-me les confirmer. Le parti n'est pas riche, pas brillant, mais la bourse
-généreuse du Roi comblera la lacune financière; et, quant à la jeune
-Princesse, dont aucun grand Prince ne voulait, qui se mourait d'ennui, de
-déplaisir, d'impatience, il est très heureux qu'en définitive elle épouse
-un jeune homme de famille souveraine. Ce n'est pas, du moins, un de ces
-pitoyables mariages morganatiques, trop à la mode maintenant. Le futur
-est un prince Alexis de Hesse-Philippsthal, fils aîné d'une branche fort
-cadette et très pauvre; il est entré au service de la Prusse, il y a six
-mois. Pour lui, il a tout avantage à épouser une princesse de Prusse,
-jolie, bonne enfant, nièce du Roi, pour le mari de laquelle il y aura
-protection, avancement rapide, etc., etc. Je suis convaincue que le
-mariage remettra la singulière santé de la Princesse, et donnera à tout
-son être l'équilibre qui parfois lui manque[126].
-
- [126] Une fièvre typhoïde des plus graves, dont la Princesse
- Louise fut atteinte à l'âge de seize ans, l'avait laissée faible
- de tête. Cette maladie causa la rupture de négociations déjà
- entamées avec la Cour de Sardaigne au sujet d'un mariage projeté
- avec le Duc de Gênes.
-
-Depuis ma dernière lettre, j'en ai reçu quelques-unes dont voici les
-extraits: «_Paris, 22 mars._--L'horizon s'obscurcit de plus en plus, la
-Prusse ne se dessine pas comme il y avait lieu de l'espérer; l'Autriche,
-elle-même, est moins explicite qu'on ne pouvait le supposer. Nous avons
-la fièvre intermittente par rapport à ces deux pays, et, en définitive,
-je prévois que l'Angleterre et la France ne pourront compter que sur
-elles-mêmes. On dit l'Impératrice triste, ennuyée et délaissée!»
-
-Extrait d'une lettre de Berlin, du 25 mars, écrite par un membre du parti
-Gerlach. (Traduction.) «D'après les ouvertures et les éclaircissements
-donnés par le ministre Manteuffel à la Chambre et à la Commission, il
-résulte que nos efforts, et je les crois sincères, tendent à nous unir
-fermement à l'Autriche et au reste de l'Allemagne (autant que les
-intérêts de l'Allemagne, dans l'acception la plus étendue du mot, le
-demandent), et à écarter tout ce qui pourrait nous gêner dans cette
-marche. J'ignore si l'Autriche et la Russie peuvent s'entendre sur
-certaines questions en discussion et sur leurs opérations respectives;
-mais je n'en désespère pas encore. Si cette entente pouvait s'effectuer,
-nous n'aurions alors que les inimitiés de l'Occident à redouter; et une
-union complète entre l'Autriche, le reste de l'Allemagne et nous, serait
-extrêmement facilitée. Nos adversaires dans les deux Chambres, et tout
-d'abord dans la Commission, s'appliquent à arracher à M. de Manteuffel
-les notions les plus détaillées; je ne crois pas que jusqu'à présent il
-ait dit _trop_.
-
-«Ces messieurs déclarent, du reste, tout haut, qu'ils ne nous accorderont
-l'argent demandé que si nous leur donnons, noir sur blanc, la garantie
-que le gouvernement ne s'unira pas à la Russie et n'agira pas dans les
-intérêts de cette puissance. Nos adversaires ne se sont pas prononcés sur
-quoi devait reposer cette garantie; ils veulent traîner la question en
-longueur et attendre le retour du Prince de Prusse dans lequel ils
-espèrent trouver un soutien et un appui.»
-
-Extrait d'une lettre de M. de Humboldt, de Berlin, le 24 mars 1854: «Le
-Roi s'est blessé à la joue, en faisant une de ces promenades solitaires
-et nocturnes dans le parc de Charlottenbourg, qui inquiètent sous plus
-d'un rapport. Il s'est blessé au visage contre une grosse branche
-d'acacia. Cet accident n'aura pas de suites graves; cependant, il y a un
-peu de fièvre et nécessité absolue de quelques jours de tranquillité. On
-concevrait ces promenades nocturnes dans une nuit d'été, mais dans cette
-saison! Goût fantastique du vague dans l'obscurité, plaisir d'imagination
-cherchant sa nourriture. La veille de l'accident, nous avons eu un grand
-dîner pour les anges de paix envoyés en Occident[127]. Ils en sont
-revenus très moroses, car ils n'ont fait que de la bouillie pour les
-chats. Le prince de Hohenzollern, le seul qui observe juste, l'avait
-prédit. Malheureusement, encore aujourd'hui, on ne veut pas croire ici
-combien les choses sont furieusement avancées à Paris et surtout à
-Londres, d'où Palmerston, dès novembre dernier, avait envoyé à Berlin,
-par le pieux Bunsen, un projet de démembrement de l'Empire russe.
-
- [127] Le prince de Hohenzollern-Sigmaringen à Paris, le général
- de Grœben à Londres.
-
-«Les uns et les autres mettent leurs ennemis à la broche, avant de les
-avoir expédiés dans l'autre monde. La Russie propose de faciliter
-l'agonie turque, Albion propose d'écarteler la Russie; on se vaut bien en
-fait de traîtrise!
-
-«Le pauvre Grœben a frappé à Londres par son ignorance parfaite de la
-langue française. Son premier mot à lord Clarendon a été, dit-on:
-«_L'Empereur de Russie, guerre veut pas._» Clarendon a fait alors la
-réflexion qu'il était naturel que la Prusse, se complaisant dans une
-position inexplicable, eût choisi un représentant qui ne sût pas
-s'expliquer.
-
-«Il y a ici beaucoup d'humeur contre Bunsen; il y en a aussi à
-Osborn-House, où il avait fait croire que la Prusse guerroyerait bel et
-bien contre la Russie, contre cette _douce_ Russie, qui ne veut prendre
-Constantinople _qu'en dépôt_.
-
-«L'envoi du général Lindheim au Czar excitera encore l'humeur contre
-nous, à Paris et à Londres[128]. Je crois l'_homme taciturne_ des
-Tuileries beaucoup plus entreprenant que ne l'est la Russie; il se
-pourrait bien que le centre d'action fût déplacé et que la querelle
-commençât sur la rive gauche du Rhin; on y parviendrait par quelques
-détours, on n'attaquerait pas tout de suite la Belgique, mais on
-attaquerait, conjointement avec la Belgique, notre Prusse rhénane.
-L'Angleterre voudra-t-elle, pourra-t-elle s'y opposer? Bunsen a envoyé
-ici deux de ses fils (l'aîné a épousé la fille de la prêcheuse Mme Frey).
-Le Roi ne les a pas reçus. Cependant on ne rappellera pas le père, de
-peur de contrarier le Prince Albert.
-
- [128] Les rapports du prince de Hohenzollern-Sigmaringen et du
- général de Grœben à la Cour de Berlin déterminèrent le départ du
- général de Lindheim pour Saint-Pétersbourg, avec une lettre
- particulière pour le Czar dans laquelle le Roi faisait de
- nouvelles propositions de médiation. L'Empereur Nicolas, ne
- pouvant maîtriser sa colère, chargea le prince Georges de
- Mecklembourg-Strélitz de porter sa réplique dans une lettre où il
- disait hautement à son royal beau-frère: «que quand les
- Puissances occidentales assureront l'émancipation des chrétiens
- en Turquie par un traité, lui, le Czar, consentirait à évacuer
- les Principautés, en même temps que les flottes combinées
- évacueraient le Pont-Euxin.»
-
-«Vous aurez sans doute lu l'article du journal de Bethmann-Holweg dans le
-numéro du 18[129]. Il est d'Albert de Pourtalès, qui raconte la véritable
-cause de sa défaite. Il s'est cru le maître, tandis qu'il était berné par
-M. de Manteuffel qu'il pensait détrôner. Celui-ci faisait venir en hâte
-et en cachette son neveu, qui est _persona grata_, pour contre-balancer
-Albert de Pourtalès.»
-
- [129] Dans le parti libéral en Prusse, il y avait la nuance des
- _vieux Prussiens_, à la tête desquels se trouvaient
- Bethmann-Holweg, Usedom, Pourtalès, Goltz. Le _Preussische
- Wochenblatt_ était leur organe et avait comme rédacteur le
- docteur Jasmund. On le nommait communément _le Journal de
- Bethmann-Holweg_. Cette feuille se distinguait par des articles
- bien écrits, critiquant avec une certaine modération les actes du
- Gouvernement, mais pleins d'amertume contre le parti représenté
- par la _Kreuzzeitung_. Cette feuille cessa de paraître en 1861.
-
-
-_Sagan, 2 avril 1854._--On a eu officiellement à Vienne la _certitude_
-que Mazzini avait débarqué à Gênes cinq ou six jours avant l'attentat de
-Parme[130]. Un groupe de spectateurs, en apparence bénévoles, s'est
-ouvert pour donner refuge au meurtrier, qui a porté son coup en se
-glissant derrière le Duc et le blessant par le côté dans le bas-ventre.
-Le Duc était accompagné de deux officiers, dont l'un l'a reçu dans ses
-bras, l'autre s'est précipité sur le meurtrier abrité par le groupe, qui,
-en se refermant, a un instant barré, sans affectation, le chemin à
-l'officier et a laissé au criminel le temps de s'évader derrière le
-rideau humain qui l'abritait. Tout ceci est officiel. Il l'est de même
-que de nouvelles tentatives ont été faites d'empoisonner les puits des
-casernes dans le royaume lombardo-vénitien. On est obligé de placer des
-sentinelles près de chacun de ces puits et de les couvrir de grands
-couvercles fermés à clef.
-
- [130] Ferdinand-Charles III, duc de Parme, avait succombé le 27
- mars 1854, après avoir été frappé la veille par un assassin qui
- lui avait porté un coup de couteau dans le ventre.
-
-
-_Sagan, 5 avril 1854._--Lady Westmorland m'écrit de Berlin, où elle s'est
-rendue de Vienne au-devant de son fils: «J'ai dîné chez la Reine. Le Roi
-a paru après le dîner, plein de la plus charmante bonté pour moi, mais
-avec un bien mauvais et pâle visage, la joue couverte d'emplâtres. Il m'a
-parlé longtemps avec abandon; il s'imagine que la lettre que le duc
-Georges de Mecklembourg-Strélitz, arrivé en courrier de Saint-Pétersbourg
-ici, lui a apportée, doit aplanir toutes les difficultés. Personne ici
-ne partage cette opinion. Le Prince de Prusse est venu me voir entre deux
-accès de fièvre (il est menacé d'une fièvre quarte, qui n'est pas chose
-indifférente sur un corps aussi mal disposé); il est très fâché de la
-venue du duc Georges de Strélitz. En général, je ne vois ici que
-confusion et méfiance.»
-
-Hélas! Lady Westmorland ne voit que trop juste; et à force d'indécisions,
-de brouillards et de mauvaises finesses, on découragera l'Autriche; la
-Prusse détachera d'elle les petits États, et deviendra honteusement la
-proie de ses grands voisins et la pâture des révolutionnaires qui sont
-partout, et qui enlacent la pauvre vieille Europe de leur brûlant réseau.
-
-
-_Sagan, 7 avril 1854._--J'ai revu hier à la station voisine, où j'ai été
-l'embrasser, lady Westmorland retournant de Berlin à Vienne. Elle
-rapporte une fort triste impression du lieu qu'elle quitte. Tout y est
-confusion, la plus grande gît dans la tête du Roi. Le voilà qui s'imagine
-être le maître de l'Europe, empêcher la guerre à son gré; bref, ce sont
-des rêves creux si étranges qu'on serait tenté de leur donner un autre
-nom. Où tout cela conduira-t-il? Impossible de le prévoir. En attendant,
-on perd un temps précieux, on se déconsidère de plus en plus. L'opinion
-publique s'excite et l'avenir se rembrunit cruellement.
-
-Louis-Napoléon a dit au Prince de Hohenzollern qu'il ne s'agissait plus
-de la question d'Orient, que c'étaient des billevesées; mais bien d'ôter
-à la Russie sa prépondérance en Europe, dont, sans doute, il veut à son
-tour la direction. Le Prince de Prusse a montré beaucoup d'inquiétude
-pour les provinces rhénanes et une grande indignation contre le Roi
-Léopold qui, de peur de perdre la Belgique, se lie étroitement à son
-puissant voisin et se dispose à l'aider dans ses convoitises rhénanes.
-
-On dit M. de Manteuffel très découragé, très fatigué des irrésolutions et
-des changements continuels. La lettre apportée par le duc Georges de
-Mecklembourg ne dit rien que des phrases vagues, faites pour plaire à
-celui à qui elle est adressée, pour ajouter du brouillard au brouillard,
-pour gagner du temps, ou, pour mieux dire, en faire perdre aux autres.
-Malheureusement, ce but paraît atteint. Cependant, le Préfet de police de
-Berlin a dit à son maître qu'il ne pouvait pas répondre de la sûreté
-publique, si le Gouvernement se rejetait du côte russe. On dit la pauvre
-Reine triste et bien agitée. La santé du Roi n'est pas ce qu'elle devrait
-être, et celle du Prince de Prusse est décidément très mauvaise.
-
-
-_Sagan, 25 avril 1854._--On me mande de Vienne que le prince de
-Metternich a bien pauvre mine. Il paraît que la société viennoise se
-divise d'une façon très aigre et très absolue en deux camps fort
-hostiles; la majorité penchant pour la Russie et blâmant le jeune
-Empereur de s'allier avec, ou, du moins, de se rapprocher des Puissances
-maritimes qu'on suppose pleines de traîtrise et fomentant sourdement le
-mouvement révolutionnaire, pour le faire éclater à leur profit et au
-détriment de la Prusse, aussitôt qu'on n'aura plus besoin d'elle pour
-contenir et pour diminuer la Russie.
-
-
-_Sagan, 8 mai 1854._--Un mot que je reçois de Berlin me dit que le Prince
-de Prusse s'est brouillé d'une manière éclatante avec le Roi, ou bien le
-Roi avec le Prince, tant il y a que celui-ci a dû quitter Berlin hier au
-soir.
-
-Le renvoi de M. de Bonin, ministre de la Guerre, fait un mauvais effet;
-il déplaira aux Cours occidentales et donnera de l'humeur à Vienne où,
-malgré les paroles données au général de Hess et ratifiées depuis, on n'a
-plus ni estime, ni confiance, ni foi en la franchise du Gouvernement
-prussien, ni en sa fixité[131]. Quel état, bon Dieu!
-
- [131] Le parti russe de la Cour regardait le général de Bonin
- comme un ennemi personnel, et multiplia ses intrigues dans les
- hauts parages pour le faire sortir du ministère de la Guerre.
- Comme le Prince de Prusse, M. de Bonin était également favorable
- à un rapprochement avec les Puissances occidentales; aussi, sa
- démission, demandée par le Roi, fit la plus fâcheuse impression
- en dehors du cercle de la Cour. On se rappela l'énergie déployée
- par le Ministre dans la Commission au sujet de l'emprunt, et
- l'ardeur avec laquelle il sentait la nécessité de la réalisation
- d'une entente plus intime entre la Prusse et l'Autriche. Cette
- entente était devenue un si pressant besoin que l'Empereur
- d'Autriche n'hésita pas d'envoyer alors à Berlin le général de
- Hess avec des propositions formelles d'une alliance offensive et
- défensive, insistant pour que la Prusse concentrât un corps
- d'armée sur sa frontière. Ces négociations aboutirent à un
- renouvellement formel du traité secret de 1851, par lequel la
- Prusse et l'Autriche se garantissaient réciproquement leurs
- États, quoique le Gouvernement prussien se fût efforcé d'écarter
- toute stipulation qui pouvait l'obliger à se montrer en armes
- contre la Russie.
-
-
-_Sagan, 19 mai 1854._--La Cour de Potsdam est très préoccupée de la
-scission des deux frères. Si je puis me permettre une opinion, c'est
-qu'au fond le Prince de Prusse a parfaitement raison, mais que ses
-conseils auraient dû rayer quelques expressions qui ont fourni des armes
-contre lui.
-
-La mission du comte Alvensleben à Vienne est destinée à neutraliser,
-autant que possible, la portée et les résultats de l'accord conclu avec
-le général de Hess, et à entraver, par conséquent, la marche de
-l'Autriche. On voulait surtout empêcher la levée des quatre-vingt-quinze
-mille hommes; mais Alvensleben aura trouvé la chose faite[132]. Les
-quatre Rois de Würtemberg, Bavière, Saxe et Hanovre, travaillés par
-l'intrigue russe et les incertitudes de la Prusse, font bande à part.
-Tout cela constitue le plus triste état de choses.
-
- [132] Le comte d'Alvensleben, qui avait refusé une mission
- spéciale à Londres et était retourné dans ses terres, venait d'en
- être rappelé et pressé de partir pour Vienne, afin de s'y
- concerter et d'y surveiller de plus près les mesures à prendre
- avec le Cabinet autrichien, après la négociation du général de
- Hess à Berlin.
-
-On m'assure que Napoléon est dans un fort mauvais état de santé! Autre
-complication.
-
-
- Nouvelle réunion des deux correspondants, qui interrompit
- l'échange de leurs lettres pendant plusieurs mois.
-
-
-_Paris, 14 août 1854._--Je suis arrivée ici, hier. Aujourd'hui dans la
-matinée, mon fils Louis[133] m'a conduite par la place Louis XV, la
-terrasse du bord de l'eau, le Carrousel, la colonnade du Louvre,
-Saint-Germain-l'Auxerrois et la rue de Rivoli: tout cela sans sortir de
-voiture; mais j'ai vu un peu du nouveau Paris, dont beaucoup de choses
-sont belles, d'autres manquées. Les bâtiments des Ministères, par
-lesquels on a rétréci la grande place du Carrousel, écrasent le bâtiment
-principal; le Louvre, en lui-même, vu de ce côté-là, n'a plus l'air de
-rien du tout. Je regrette le grand et vaste jardin que je rêvais entre
-les deux palais.
-
- [133] Duc de Valençay.
-
-
-_Orléans, 16 août 1854._--Je suis descendue ici dans le petit ermitage de
-Pauline, au couvent du Sacré-Cœur. Ici, du moins, je suis à l'abri du
-bruit extérieur dont j'étais assourdie à Paris. J'ai eu toutes les
-facilités possibles pour suivre les offices pendant la fête d'hier; ils
-s'y font très bien et la musique était bonne: les jeunes voix sont les
-vraies pour chanter la Sainte Vierge. La cloche sonne pour la
-distribution des prix; par exception j'y suis admise; j'hérite de tous
-les privilèges de Pauline, quoique je n'en mérite aucun.
-
-
-_Rochecotte, 20 août 1854._--M'y voici, dans ce pauvre Rochecotte qui me
-serre le cœur plus que je ne puis le dire[134]. Notre vie y est toute
-conventuelle: chaque matin la messe, chaque soir la prière en commun, un
-maigre strict, une conversation plus ou moins sainte, jamais profane;
-aucun autre bruit que celui des deux garçons et de la toux de leur abbé.
-Je ne demande pas mieux, je m'arrange fort bien de genres fort divers,
-dès qu'ils ne choquent pas le bon sens ni le goût. Le silence est un
-grand repos; le coup de cloche vaut mieux que la pendule qui n'avertit
-pas tout le monde de même. La simplicité apaise et les bons propos
-musellent les coups de langue impétueux.
-
- [134] La duchesse de Talleyrand se retrouvait pour la première
- fois à Rochecotte, depuis qu'elle en avait cédé la propriété à sa
- fille en 1847.
-
-J'applaudirai aux spectacles qui se préparent à Valençay; je crois que la
-vraie bonne grâce est de revêtir la livrée des personnes chez lesquelles
-on se trouve, dès qu'elle n'est pas choquante. Chez moi, je voudrais un
-_mezzo-termine_ entre les deux genres, et, peut-être, cela ne serait-il
-pas meilleur? Tant il y a que Pauline[135] remplit bien le cadre dans
-lequel elle s'est placée, et il est rare d'y réussir aussi complètement.
-
- [135] Marquise de Castellane.
-
-
-_Rochecotte, 23 août 1854._--M. de Falloux, qui est ici depuis hier, nous
-quitte samedi. Je l'honore et le trouve fort aimable par le cœur et par
-l'esprit: la grande ferveur de sa dévotion n'a rien d'étroit; mais quelle
-santé! Il m'a raconté des choses curieuses sur M. de Persigny; il lui
-reconnaît beaucoup de qualités, et il en trouve aussi à Louis-Napoléon.
-Ce dernier a mandé par télégraphe M. de Persigny à Biarritz; et, malgré
-une violente cholérine, il s'y est rendu avec son médecin; il en est
-revenu, mais on n'a pu me dire le motif de l'appel, ni le résultat de
-l'entrevue.
-
-
-_Valençay, 10 septembre 1854._--M. de Salvandy nous est arrivé hier avec
-la même verve, la même rédaction brillante, les mêmes nobles et beaux
-sentiments, la même emphase, le corps grossi, alourdi, le visage ridé et
-ses longs cheveux cachant péniblement sa triste infirmité[136].
-
- [136] M. de Salvandy était atteint au cou d'une loupe d'un volume
- considérable. Il en souffrit durant de longues années et cette
- tumeur fut la cause de sa fin.
-
-
-_Paris, 18 octobre 1854._--L'Évêque d'Orléans va passer trois mois à
-Rome; il voudrait que sa réception à l'Académie française eût lieu avant
-son départ; ce sera probablement le 8 novembre, et comme il tient
-beaucoup que j'assiste à cette séance, je prolongerai mon séjour jusqu'à
-cette époque à Paris[137].
-
- [137] Dans la lutte de l'Épiscopat français contre l'enseignement
- des langues anciennes, Mgr Dupanloup, s'étant prononcé avec
- beaucoup de talent pour l'Université, s'était acquis un titre qui
- lui ouvrit les portes de l'Académie française où il remplaça M.
- Tissot, le traducteur des _Bucoliques_ de Virgile. Cette
- réception eut lieu le 8 novembre 1854.
-
-Le duc de Noailles est venu hier, de Maintenon, pour me voir; il a dîné
-chez moi avec Mme de Chabannes, Max de Hatzfeldt et mon fils Alexandre.
-Il y avait dans ce petit dîner toutes les nuances d'opinions
-représentées; cela ne rendait pas la conversation plus vive. Tout le
-monde me paraît vieilli, attristé, ennuyé, et cela en regard d'un luxe
-effréné, d'une cherté excessive, d'une avidité de jouissances matérielles
-menaçante.
-
-Les obsèques du maréchal de Saint-Arnaud ont été affreusement arrosées
-par la pluie, et c'est sur l'air des patineurs de l'opéra du _Prophète_,
-joué par la musique des guides, que l'Archevêque de Paris a donné
-l'absoute[138]. Toute l'époque présente est là.
-
- [138] Lorsque éclata la guerre d'Orient, le maréchal de
- Saint-Arnaud reçut le commandement de l'armée française qui
- s'embarqua du 24 au 29 avril 1854. Il débarqua avec ses troupes
- le 14 septembre en Crimée; et, de concert avec les troupes
- alliées, remporta la victoire de l'Alma qui leur ouvrit la route
- de Sébastopol. Accablé d'une maladie mortelle, il dut remettre le
- commandement de l'armée au général Canrobert, puis s'embarqua
- pour la France. Il mourut pendant la traversée le 29 septembre.
- Ses restes furent déposés en grande pompe à l'Hôtel des Invalides
- à Paris.
-
-
-_Sagan, 28 novembre 1854._--Je viens d'arriver ici. Tout est couvert
-d'une neige épaisse, la misère extrême, les désastres infinis, les santés
-compromises; les inquiétudes de guerre augmentent, les impôts
-s'accroissent, les Chambres prussiennes aussi énigmatiques, dans leur
-composition singulière, que douteuses dans les travaux qu'on leur
-demande. Les persécutions religieuses contre les catholiques, quoique
-sourdes encore, deviennent de plus en plus irritantes; je n'ai jamais vu
-une époque plus compliquée, qui offre moins d'issues consolantes, tant
-pour les individus que pour les masses.
-
-
-_Sagan, 6 décembre 1854._--A Berlin la division est partout et je ne sais
-ce qui est le plus envenimé et le plus embrouillé, de la politique
-extérieure ou de l'état intérieur. On dit déjà que la seconde Chambre va
-être dissoute. Les deux traités signés coup sur coup entre la Prusse et
-l'Autriche, et entre celle-ci et les Puissances occidentales, sans se
-contredire, sans s'exclure, changent cependant l'état des choses.
-L'Autriche s'était, à la vérité, réservé le droit de conclure
-indépendamment des traités[139], mais on ne pensait pas, à Berlin,
-qu'elle ferait un si prompt usage de ce droit, qu'elle en userait sans
-prévenir la Prusse, et en se bornant à lui laisser la faculté de s'y
-réunir, si elle le juge convenable. On m'écrit de Berlin que rien n'égale
-la colère qui y règne, si ce n'est la fureur des Russes qui s'y trouvent.
-Je suis fort tentée de croire que la Prusse accédera au second traité,
-mais qu'on ne lui en saura aucun gré. Quel rôle que le sien! mais on peut
-bien dire: _Tu l'as voulu, George Dandin!_
-
- [139] L'Autriche avait à peine conclu à Berlin le traité
- d'alliance offensive et défensive négocié par le général de Hess,
- que, sans en prévenir la Prusse, et profitant des droits qu'elle
- s'était réservé de conclure indépendamment des traités, elle
- s'était empressée de s'entendre avec les Puissances
- belligérantes. _Le Moniteur de Paris_, du 4 décembre, annonçait
- que le 2, à Vienne, un traité d'alliance avait été signé entre
- les plénipotentiaires de la France, de l'Autriche et de la
- Grande-Bretagne.
-
-
-_Sagan, 11 décembre 1854._--C'est assurément un fort grand événement que
-le traité du 2 décembre, pour le présent et pour l'avenir. Il fait entrer
-l'Europe dans une nouvelle phase. C'est, il me semble, la certitude qu'il
-n'y aura point de guerre allemande _révolutionnaire_, ce qui était le
-grand danger des circonstances actuelles; et de l'autre, la certitude de
-la paix dans un temps donné. J'imagine, néanmoins, que les Français et
-les Anglais voudront prendre Sébastopol avant de la conclure. Pour
-l'avenir, c'est un changement complet de la politique européenne; l'arrêt
-des progrès de la Puissance russe en Orient et la perte de sa
-prépondérance en Allemagne. C'est aussi, je crois, le pas donné en
-Allemagne à l'Autriche sur la Prusse (qui l'aura bien voulu); c'est
-enfin, si je m'en souviens bien, la réalisation des projets et de la
-politique de M. de Talleyrand et la rupture du redoutable faisceau des
-trois Cours du Nord, qui existait depuis trente ans. Tous ces événements,
-s'ils arrivent à bonne fin, serviront admirablement l'Empereur
-Louis-Napoléon.
-
-Pauline, ma fille, m'écrit de Rome des volumes sur l'unanimité des
-Évêques à l'occasion de l'Immaculée-Conception[140]. Elle est dans un
-ravissement séraphique. Je crains cependant que les Évêques aient voulu
-plaire au Pape en se conformant à ses désirs, car j'en connais plus d'un
-qui reculait devant une innovation inutile. Je ne sais rien de
-particulier sur la manière dont Mgr l'Évêque d'Orléans a été reçu à Rome.
-L'Église raisonnable sera-t-elle écoutée plus favorablement que l'Église
-exagérée et agressive? Ces querelles intestines dans le clergé sont
-funestes à la religion. Je crois que la querelle des Jésuites et des
-Jansénistes a été pour beaucoup dans l'incrédulité du dix-huitième
-siècle, comme les discordes de l'Église, du temps des Conciles de Bâle et
-de Constance, ont amené la Réforme. Le Pape actuel a l'air d'être créé
-pour toucher à tout, c'est-à-dire pour tout ébranler.
-
- [140] Désirant assister aux solennités qui se préparaient dans la
- Ville Éternelle pour la proclamation du dogme de
- l'Immaculée-Conception le 8 décembre, la marquise de Castellane,
- emmenant sa fille avec elle, se rendit à Rome, par mer, vers la
- fin de novembre; elle y séjourna jusqu'à la fin du mois d'avril
- 1855.
-
-
-
-
-1855
-
-
-_Sagan, 5 janvier 1855._--Le passage par Paris, pour se rendre à Nice, de
-Mme de Lieven (qui sera à mon avis un retour définitif à Paris), me
-semble avoir le retentissement d'un événement politique; les lettres et
-les journaux le répètent à l'envi[141]. On dit que la voiture de M. de
-Morny l'attendait à la gare du chemin de fer de Paris. C'est bien drôle,
-le monde, quand il n'est pas bien laid! Je lis des articles de journaux
-où cette rentrée à Paris fait conclure à des reprises de négociations
-pacifiques avec la Russie. Pour mon compte, je crois que cette conjecture
-n'est fondée que relativement à quelques membres du Ministère français,
-mais point en ce qui regarde Louis-Napoléon.
-
- [141] La princesse revenait de Bruxelles où elle s'était réfugiée
- après l'entrée en campagne des Puissances belligérantes.
-
-Je suis de plus en plus frappée des altérations profondes qui se
-manifestent dans la conduite du Gouvernement anglais. On ne retrouve plus
-ce grand accord, ni ces ménagements mutuels qu'entraînait si
-naturellement jadis une crise extérieure. Les Ministres tirent les uns
-sur les autres, les deux Chambres sur le Ministère, les journaux sur les
-Ministres, sur les deux Chambres, et, ce qui me paraît sans exemple, sur
-l'armée, sur les généraux en pleines opérations de guerre, et de quelle
-guerre! Ne sont-ce pas là des signes infaillibles de l'avènement de la
-démocratie en Angleterre! J'y vois, de mes faibles yeux, le véritable
-secret de l'alliance entre la France et l'Angleterre.
-
-Lady Westmorland m'écrit de Vienne qu'à Londres on trouve très mauvais
-qu'on permette à Mme de Lieven de venir à Paris et d'y rester. Londres
-proscrivant Mme de Lieven! Ah! George IV, où es-tu?
-
-
-_Sagan, 8 janvier 1855._--Lady Westmorland m'écrit de Vienne, en date du
-4 janvier: «Nous sommes dans un moment bien critique, car la réponse
-faite à la _référence_ faite à Saint-Pétersbourg, qui doit être ici avant
-le 15, décidera s'il y a un espoir de paix, ou si la guerre doit devenir
-_générale et éternelle_. Mon espérance pacifique s'affaiblit de plus en
-plus, non par ce qui se passe ici, mais par ce qui est _la pensée
-actuelle_ à Paris. Si l'Empereur Napoléon avait envie de faire la paix,
-je crois que l'Angleterre ne pourrait y mettre de sérieuses entraves,
-malgré nos infâmes gazettes, notre sot public et les _mischievous_[142]
-diplomates. Mais il me paraît certain que l'Empereur Napoléon pousse à la
-guerre plus violemment que jamais. Le petit Bourqueney est en convulsion
-quand il voit une _ombre_ de négociation possible. L'état de nos armées
-et l'attitude des Russes en Crimée devraient, ce me semble, nous rendre
-plus _traitables_. J'avoue que je ne puis partager la sécurité de ceux
-qui voient déjà Sébastopol pris, la flotte russe détruite et l'Empereur
-Nicolas à genoux!
-
- [142] De l'anglais: pernicieux.
-
-«Le Duc et la Duchesse de Brabant ont eu la bonté de venir me voir,
-pendant que mon mari était malade. Elle est embellie; il m'a paru qu'elle
-a grandi et maigri. Ce qui est sûr, c'est qu'elle est bien mise, que sa
-tournure est moins lourde et qu'elle a des manières douces et naturelles
-qui plaisent. Son mari n'a pas l'air d'avoir un jour de plus que quand il
-était ici, il y a vingt mois; on lui donnerait seize ans. C'est une
-grande asperge avec la poitrine étroite, et sans ombre de barbe; il parle
-beaucoup, ne manque pas d'esprit, mais si son corps est trop jeune, son
-esprit ne l'est pas du tout; il parle non pas en homme, mais en
-vieillard. Jugez s'il doit être amusant pour sa jeune femme, avec
-laquelle il prend des airs de maître. Ils vont voyager en Égypte pour la
-santé du mari, qui a la manie des voyages.»
-
-
-_Sagan, 13 janvier 1855._--Je suis revenue hier de Breslau où j'ai passé
-un jour plein, en grande partie avec le Prince-Évêque à causer de ce
-qu'il vient de quitter à Rome et de ce qu'il trouve ici; et ce qu'il
-trouve ici est grave et triste; car il n'est que trop évident que le
-Gouvernement prussien, conduit par les piétistes, cherche par tous les
-moyens, surtout par des voies occultes, qui n'en sont que plus
-dangereuses, à saper l'Église catholique et à en paralyser les
-Ministres. Ces voies occultes se trouvent même mises en jeu, à Rome, au
-point que le Saint-Père, loin de redouter le _retrait_ de la Légation de
-Prusse, le _désire_, tant celle-ci a fait de protestantisme et de
-franc-maçonnerie au palais Cafarelli[143]. Il y aurait des volumes à
-écrire sur tout ceci.
-
- [143] Le palais Cafarelli à Rome était la propriété du Roi de
- Prusse et la résidence de la Légation auprès du Saint-Siège.
-
-
-_Sagan, 20 janvier 1855._--Voici une lettre de lady Westmorland, en date
-du 17, de Vienne: «Tous les jours, les chances de paix me paraissent
-moindres, et cependant nous sommes au seul moment où elle serait
-possible, car on pourrait la faire avec honneur de tous les côtés[144].
-Je crois l'Empereur de Russie sincère; il fait de grandes concessions
-pour terminer une guerre qui, jusqu'à présent, n'a pas eu pour lui des
-conséquences trop désastreuses. Mais l'idée seule qu'on pourrait entrer
-en négociation avec l'Empereur Nicolas met Bourqueney en fureur. Il me
-semble, cependant, bien difficile de refuser la négociation, quand les
-conditions, qu'on a posées soi-même comme nécessaires, ont été acceptées
-sous réserve. Mais le fait est que, lorsqu'on a posé les conditions, on
-était convaincu qu'elles ne seraient pas acceptées. Les détails de la
-Conférence du 8 ont été reçus à Londres le 9; et, aujourd'hui 17, encore
-point de réponse, excepté un simple accusé de réception. C'est qu'on
-attend _les ordres de Paris_ pour savoir ce que l'on doit faire. Soyez
-sûre que c'est l'Empereur Napoléon qui est le maître de la situation. La
-paix se ferait demain s'il le voulait; mais il ne le veut pas, il ne l'a
-jamais voulu. Je ne sais quelles sont ses _arrière-pensées_; mais il en
-a. Le Gouvernement anglais est trop faible et trop divisé, trop soumis au
-joug de la presse pour agir selon les lois du bon sens; et puisque la
-nation anglaise entière est dans un paroxysme fiévreux en faveur de
-l'alliance française, il faut bien que le Cabinet cherche sa seule force
-dans le soutien de la France. Voilà pourquoi je désespère de la paix. On
-s'acharne à ne rien écouter, jusqu'à ce que l'on se soit rendu maître de
-Sébastopol par quelque succès éclatant; mais, si on y parvient, je doute
-fort qu'_alors_ la Russie soit aussi bien disposée qu'elle l'est en ce
-moment à désarmer. Mais obtiendrons-nous ce succès? J'en doute. Nous
-pourrons, _peut-être_, avec des sacrifices _énormes_, détruire la ville
-et les vaisseaux, mais je ne crois pas qu'il soit possible de _prendre_
-et d'_occuper_ Sébastopol sans avoir pris les forts du nord, c'est-à-dire
-sans un second siège plus difficile que le premier. Si on manque la
-chance que les concessions actuelles de la Russie offrent en ce moment,
-je ne vois plus qu'un avenir plein de périls pour le monde entier. Ici,
-on désire ardemment la paix, on cherche à avancer les négociations; et,
-tout en adhérant aux garanties demandées, on voudrait ne pas rendre les
-choses trop difficiles pour la Russie. On serait bien aise de voir la
-Prusse entrer dans l'alliance; on le désire aussi à Londres, mais la
-France fera tout ce qu'elle pourra pour l'empêcher, car c'est ce qu'elle
-craint _par-dessus tout_.»
-
- [144] Le traité du 2 décembre avait fait la plus profonde
- impression à Saint-Pétersbourg. La Russie cherchait, par des
- moyens détournés, d'affaiblir cette puissante coalition, afin
- d'enlever au Cabinet de Vienne tout prétexte d'hostilité active.
- Le prince Gortschakoff, ambassadeur de Russie, se déclara
- autorisé à négocier d'une manière générale. Les plénipotentiaires
- des trois Puissances alliées du 2 décembre se réunirent à Vienne
- dans la journée du 28. Les explications, données de part et
- d'autre, montrèrent qu'on se comprenait, et qu'on était d'accord
- sur les points essentiels, mais sous réserve de l'assentiment des
- Cabinets de Londres et de Paris; une base de paix était comme
- posée, mais la Russie, n'ayant jamais voulu faire aucune
- concession, quant au nombre des vaisseaux qu'elle pourrait avoir
- dans la mer Noire, les négociations tirèrent en longueur et
- n'aboutirent pas.
-
-
-_Sagan, 23 janvier 1855._--On me mande de Paris que la Cour féminine de
-l'Impératrice Eugénie, par des démissions peu regrettables, va se
-recruter dans le faubourg Saint-Germain, non pas, à la vérité, dans ses
-sommités, mais cependant dans le beau monde.
-
-On ajoute que le traité avec l'Autriche a adouci beaucoup de
-récalcitrants. Il en reste cependant un petit nombre, entre autres le
-côté Molé, plus fortement accentué chez Mme de La Ferté[145]. Sa cousine,
-Mme de La Grange, s'était annoncée à Champlâtreux; elle a reçu, pour
-réponse, de la part de l'intolérante Mme de La Ferté, _refus absolu_ de
-recevoir une _personne ralliée_. Là-dessus, Mme de Flavigny, mère de _la
-refusée_, écrit avec furie à son cousin M. Molé. Celui-ci répond plus
-courtoisement, mais avec une merveilleuse impudence, qu'il a _toujours
-été légitimiste_. Et voilà le monde et la société de Paris! Du reste, on
-dit que celle de Berlin, celle de Vienne, ne sont pas plus commodes, que
-partout, il y a division, aigreur, hostilité.
-
- [145] Fille de M. Molé.
-
-
-_Sagan, 27 janvier 1855._--On m'écrit de Berlin que le Prince de Prusse y
-est fort triste et fort peiné. On croyait, avant-hier, à la sortie de M.
-de Manteuffel des affaires et à l'entrée de M. de Bismarck-Schœnhausen
-aux Affaires étrangères. Cependant, il n'y avait rien de fait, rien de
-décidé. Si ce bruit se vérifiait, la guerre entre l'Autriche et la
-Prusse, déjà probable, deviendrait certaine; car M. de Bismarck déteste
-l'Autriche, autant que moi je déteste les chats[146], et il brûle de la
-combattre en brandissant une lance qui pourrait bien avoir les mêmes
-proportions que celle de Don Quichotte.
-
- [146] La duchesse de Talleyrand avait une terreur innée des chats
- qu'elle ne parvint jamais à vaincre.
-
-Voici une singulière anecdote dont des personnes graves m'assurent la
-parfaite exactitude; la police militaire et civile en étouffent, comme de
-raison, la circulation. Il y a fort peu de jours que deux sentinelles,
-placées au musée de Berlin, ont vu la nuit les portes du Château s'ouvrir
-et un cortège funèbre, entouré de force flambeaux, en sortir et se
-diriger vers l'église qu'on nomme le _Dom_. Sur le char funèbre, se
-trouvait une couronne royale, et le Prince de Prusse conduisait le deuil.
-Une des sentinelles, saisie d'effroi, a perdu connaissance; l'autre a vu
-entrer le cortège dans l'église. Toutes deux, lorsqu'elles ont été
-relevées du poste, ont été faire leur déposition parfaitement identique,
-quant aux détails, dans la bouche de l'une comme dans celle de l'autre.
-Et voilà!
-
-
-_Sagan, 5 février 1855._--Quel spectacle que celui offert par
-l'Angleterre! Cette grande Angleterre quand j'y vivais! Et maintenant,
-quel écroulement! Le tout au profit de lord Palmerston! Mais tout cède à
-l'horreur de ce qui se passe en Crimée. Je n'ose plus lire les articles
-qui en dépeignent les misères; cela me bouleverse pour l'humanité en
-général, et pour ceux qui m'intéressent en particulier[147].
-
- [147] L'étrange épuisement qui consumait l'armée anglaise devant
- Sébastopol avait déchaîné l'opinion publique en Angleterre contre
- le Ministère, qui réclamait à grands cris le relèvement de la
- puissance britannique. Le 27 novembre 1854, la Reine avait
- convoqué d'urgence le Parlement, pour le 12 décembre, afin de
- prendre des mesures qui pousseraient la guerre avec vigueur et
- accroîtraient les forces de l'armée. Lord Palmerston, le ministre
- le plus populaire de l'Angleterre, reçut la mission de former un
- nouveau Cabinet. Celui-ci concentra dans les mains du commandant
- en chef de l'armée les forces militaires, réforma le
- commissariat, organisa un service de transport, et les dons des
- particuliers affluèrent en telle exubérance, qu'après avoir passé
- par toutes les souffrances, par tous les dénûments de l'extrême
- misère, l'armée anglaise connut toutes les abondances, et aussi
- tous les dangers de l'extrême bien-être.
-
-_Sagan, 7 février 1855._--Humboldt, dans une longue lettre pleine de
-gémissements sur les illusions que nous déplorons tous, dit ensuite: «On
-a envoyé d'abord le général Wedel à Paris[148], un des innocents que l'on
-flattera aux Tuileries; le dangereux Olberg l'accompagne, mais depuis,
-on le fait suivre par un autre négociateur, Niebuhr[149], sous
-l'apparence peu trompeuse d'un voyage de délassement. J'ai été sollicité
-de lui donner des recommandations pour Guizot, Salvandy, Villemain.
-Voudra-t-il pénétrer dans le temple de la rue Saint-Florentin[150]? Après
-Niebuhr, il reste à envoyer Hensel, et puis le hurleur Strauss. Voilà à
-quoi en est réduite la diplomatie prussienne!»
-
- [148] Le dissentiment, qui s'était manifesté entre l'Autriche et
- la Prusse sur la question de la mobilisation, avait fait
- commencer au Cabinet de Vienne des négociations avec différents
- gouvernements allemands, et pour donner un point d'appui,
- l'Empereur d'Autriche manifestait le désir de se placer à la tête
- de l'armée fédérale. Effrayée de cet isolement, la Prusse avait
- envoyé le comte de Wedel à Paris, dans l'espoir de s'entendre
- directement avec les Puissances occidentales. La France devait
- reconnaître à la Prusse le droit de prendre part au Congrès de
- Vienne et la Prusse disposée à accéder au traité du 2 décembre.
- Mais ces négociations échouèrent complètement.
-
- [149] M. de Niebuhr, conseiller du Cabinet du Roi, passait pour
- un ami de la Russie.
-
- [150] Chez Mme de Lieven.
-
-M. de Manteuffel, m'écrit-on, d'autre part, ignorait tellement la mission
-du général Wedel que, lorsque celui-ci s'est présenté au Ministère des
-Affaires étrangères pour prendre connaissance des dernières
-correspondances diplomatiques, le Ministre les lui a refusées, disant
-qu'il ne les lui communiquerait que sur un ordre signé du Roi. Le Roi dit
-aux uns, qu'il ne fera jamais la guerre aux alliés, aux autres, que
-jamais il ne la fera à la Russie.
-
-
-_Sagan, 12 février 1855._--Que dire de l'étrange discours de l'amiral
-Napier, qui jette son _verdict_ contre la marine anglaise? Voilà donc
-l'Angleterre déflorée de tous ses prestiges. Quel _fiasco_! Ce n'est pas
-parlementairement qu'elle brille, pas plus que maritimement, ni
-militairement; car il est impossible de plus laver son linge sale en
-public qu'on ne l'a fait en plein Parlement[151]. Tout cela profite à
-Louis-Napoléon, et je ne vois ici que _lui_ qui ait tiré avantage des
-déconfitures des autres. J'en ai du chagrin pour l'Angleterre, j'y ai
-passé de trop belles années pour qu'il me soit possible de rester
-indifférente à ses échecs. Quelqu'un de très bien placé pour le savoir me
-mande de l'Italie que le Roi de Sardaigne est dans une disposition
-d'esprit fort abattue et troublée. Ayant demandé à sa mère de lui donner,
-avant de mourir, sa bénédiction, la mourante la lui a refusée et n'a fini
-par la lui accorder que sous condition expresse qu'il ne sanctionnerait
-pas la vente des biens du clergé, et la jeune Reine aussi, après avoir
-reçu les derniers sacrements, a conjuré le Roi de ne pas charger sa
-conscience d'un tel péché. On croit donc que le Roi ne sanctionnera pas
-cette loi spoliatrice; mais d'autre part, les Ministres et la majorité
-des deux Chambres veulent forcer le consentement royal[152].
-
- [151] Au retour de la campagne peu fructueuse de la Baltique,
- l'amiral Napier, le cœur gonflé d'amertumes, ne respectant ni
- autorité, ni discipline, ni convenance, ni lui-même, avait, après
- un dîner du Lord-Maire, prononcé un discours extraordinaire dans
- lequel il attaquait le Gouvernement et sir James Graham,
- président de l'Amirauté. Il le déclara indigne de présider,
- puisque sir James Graham s'était joint aux hommes qui l'avaient
- blâmé de n'avoir pas enlevé Cronstadt et de s'être opposé à son
- attaque. Il avait fallu rabattre des illusions qu'on se faisait
- si légèrement au commencement des hostilités du Nord et de
- l'Orient; les Anglais rendirent leurs chefs responsables des
- difficultés, le langage de sir Charles Napier et la conduite de
- lord John Russell abandonnant ses collègues à l'heure du danger
- et travaillant ouvertement, par ses intrigues, à supplanter
- l'administration dont il avait fait partie, rendirent plus
- complète l'anarchie qui régnait dans les régions les plus élevées
- du pouvoir.
-
- [152] Ce fait n'a pas été prouvé et fut même démenti. On en parla
- beaucoup à Turin, à cette époque, et il est certain que le Roi
- Victor-Emmanuel ne signa qu'avec une grande répugnance les lois
- dont il est ici question. La mort avait frappé, en un mois, la
- Reine mère, la Reine régnante et le Duc de Gênes, frère du Roi.
-
-
-On m'écrit de Paris que c'est décidément le duc de Broglie qui succédera
-à Sainte-Aulaire à l'Académie française, et un homme de lettres à M.
-Ancelot. Reste le fauteuil de Baour-Lormian[153] qui, je l'espère encore,
-arrivera à M. de Falloux, quoi qu'on dise que M. Thiers est vif contre
-lui; son propos à ce sujet est de dire: «_Jamais je ne donnerai ma voix à
-l'Immaculée Conception._»
-
- [153] Ce fut, en effet, en 1855 que le duc de Broglie prit
- possession du fauteuil laissé vacant par la mort de
- Sainte-Aulaire à l'Académie française. M. Ernest Legouvé remplaça
- M. Ancelot. M. Ponsard succéda, dans la même année, à M.
- Baour-Lormian.
-
-
-_Sagan, 14 février 1855._--Voilà encore le Duc de Gênes mort. Quels
-avertissements pour le Roi de Sardaigne! N'y verra-t-il pas le doigt de
-Dieu?
-
-
-_Berlin, 20 février 1855._--On m'assure qu'il est arrivé ici, il y a deux
-jours, un projet de convention signé entre le général de Wedel et M.
-Drouyn de L'Huys qui serait très acceptable pour la Prusse, mais qui,
-naturellement, doit d'abord obtenir la sanction du Roi. Je n'ai pu
-savoir, jusqu'à présent, si elle avait été donnée ou bien si on n'aura
-pas cherché à allonger la courroie, au moins jusqu'au passage de lord
-John Russell, qu'on attend d'ici à quelques jours[154].
-
- [154] Le général de Wedel avait été chargé de négocier à Paris un
- projet de traité _séparé_, pour conclure entre la Prusse et la
- France, sur la base que la Prusse serait disposée à signer, le
- protocole du 28 décembre, afin de prendre sa place dans la
- Conférence de Vienne. Mais ces négociations n'aboutirent pas, la
- Prusse cherchant toujours à conserver sa liberté d'action.
-
-Quelqu'un disait quand on admirait devant lui l'Empereur Napoléon III:
-«_Gare aux coups de tête_.» Et, en effet, en voilà un nouveau qui se
-prépare et qui, s'il s'exécute, ne le cédera en rien à celui de
-Strasbourg et de Boulogne. Il est parfaitement sûr qu'il veut partir à la
-fin de ce mois pour la Crimée, y faire à coups d'hommes assaut à
-Sébastopol, prendre la ville et être revenu à Paris au bout de six
-semaines pour l'ouverture de l'Exposition. Cette fantaisie a extrêmement
-effrayé à Paris. On tâche d'en détourner l'Empereur, mais c'est fort
-difficile. Le général Niel lui a mandé qu'il y avait eu plusieurs fautes
-de faites dans le plan du siège, fautes réparables, et que la ville,
-difficile à prendre, n'était pas cependant impossible à escalader à coups
-d'hommes.
-
-
-_Berlin, 2 mars 1855, 4 heures après midi._--Le télégraphe apporte une
-immense nouvelle qui a frappé ici comme un coup de foudre la Famille
-Royale. Le retentissement en sera non moins immense d'un bout de l'Europe
-à l'autre[155]. La présence à Berlin de lord John Russell au moment où on
-y reçoit la nouvelle de la mort de l'Empereur Nicolas ajoute encore aux
-embarras de M. de Manteuffel, car le Roi ne reçoit plus personne et il
-part ce soir pour Charlottenbourg. Les dernières paroles de l'Empereur
-Nicolas à l'Impératrice ont été pour faire demander au Roi de Prusse de
-rester le même envers la Russie, et de se souvenir des dernières paroles
-du Roi son père. On m'assure qu'après avoir appris ce détail, le Roi est
-allé en chercher l'écho au tombeau de Charlottenbourg. On ne croit pas
-qu'il dépende du nouvel Empereur de se montrer plus facile pour les
-conditions de la paix. On pense plutôt, que pour se maintenir en
-possession de ce trône sanglant, il faudra qu'il se montre presque aussi
-_russomane_ que l'est son frère Constantin.
-
- [155] L'Empereur Nicolas avait cru au prompt triomphe de ses
- armes; les défaites qu'elles essuyèrent successivement en Crimée
- lui portèrent un coup terrible qui abrégea ses jours. Déjà
- souffrant en janvier, il commença à ressentir les atteintes de la
- grippe; malgré les défenses des médecins, il voulut, un jour,
- inspecter les troupes qui partaient pour la Crimée; le mal
- s'aggrava et fit des progrès si rapides qu'il fut emporté
- subitement le 2 mars. Cette nouvelle inattendue fut comme un coup
- de foudre pour l'Europe, particulièrement pour Berlin.
-
-
-_Berlin, 3 mars 1855._--La mort de l'Empereur Nicolas, si peu prévue,
-ayant éclaté dans les vingt-quatre heures que lord John Russell a passées
-ici, rien n'a pu s'éclaircir entre lui et le Cabinet prussien. A Vienne
-aussi, tout va être suspendu, et probablement, il en sera de même du
-voyage de l'Empereur des Français en Crimée. Mon impression du moment est
-que cette mort ne facilite pas la paix. L'Impératrice veuve a montré un
-grand courage, une grande force morale; mais on n'en croit pas moins
-qu'elle ne puisse survivre, au delà de quelques mois, à son époux.
-
-
-_Berlin, 6 mars 1855._--Il est arrivé ici une dépêche télégraphique de
-l'Impératrice veuve de Russie, demandant au Roi que, s'il envoyait un
-Prince de sa maison à Saint-Pétersbourg, ce fût le Prince Charles de
-préférence. Celui-ci était déjà parti quand la dépêche est arrivée. Je
-crois qu'on a caché ce fait disgracieux au Prince de Prusse, qui en
-aurait été d'autant plus peiné que son bon cœur est tout entier à la
-douleur de sa sœur. Quelqu'un de bien informé m'a assuré que la nouvelle
-Impératrice est aussi anti-prussienne que son époux est anti-autrichien.
-On suppose qu'il sera fort tiraillé entre sa femme et sa mère, chacune
-exerçant un grand empire sur lui. Le télégraphe ne cesse de porter et de
-reporter les plus tendres assurances entre l'oncle et le neveu. La
-politique sentimentale joue ici le premier rôle, ce qui fait que la part
-de la mission relative à Berlin, dont lord John Russell était chargé, ne
-pouvait se placer à un moment plus inopportun; aussi est-il parti très
-mécontent. Le général de Wedel a repris la route de Paris, mais je doute
-que ce soit avec des instructions plus larges. On paraît convaincu, à
-côte de moi, que la paix ressortira nécessairement et même promptement en
-regard de ce qui vient de se passer à Saint-Pétersbourg. Le nouvel
-Empereur _n'oserait_ pas faire une concession, quelle qu'elle fût, en
-outre de celles accordées par son père; sans cela, il irait de sa
-couronne ou du genre de sa mort. Ce qu'on espère, c'est que les Cours
-alliées, croyant avoir moins à redouter du fils que du père, exigeront
-moins de l'héritier que de son prédécesseur; mais qu'il faut que les
-concessions viennent de Paris et de Londres, qu'elles ne peuvent venir de
-Saint-Pétersbourg, à moins que la guerre, en continuant, ne finisse par
-amener de grands échecs russes.
-
-
-_Berlin, 8 mars 1855._--Hier, le général Wedel était encore ici. On
-annonce son départ pour ce soir; cependant, il y a un certain parti qui
-tente l'impossible pour entraver ce départ, ce qui fait qu'on ne pourra
-le tenir pour certain que lorsqu'il sera effectué. Il paraît que le
-général a exigé des instructions moins vagues que les premières. Les lui
-donnera-t-on?
-
-Le prince Gortschakoff de Vienne a reçu la confirmation des instructions
-de l'Empereur défunt. Le premier espoir pacifique, qui avait fait monter
-les fonds publics partout, fait place à un peu de baisse aussi partout.
-Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas fait un pas vers la paix, mais
-cela prouve que ce pas est petit, très petit.
-
-J'ai enfin lu les discours académiques de MM. Berryer et Salvandy; et, si
-j'ai trouvé le second d'un tiers trop long, le premier m'a semblé, au
-rebours de ce que j'attendais, plus déclamatoire que le second. Je le
-trouve un peu trop lardé de mythologie: la Colchide, Iphigénie,
-Mithridate sont entassés plus que de raison quand on les concentre sur le
-spirituel mais très peu poétique Alexis de Saint-Priest.
-
-Berryer m'a fait dire que la phrase sur M. de Talleyrand, dont il
-espérait que je serais contente, lui avait été inspirée par le désir de
-m'offrir un hommage[156].
-
- [156] Le 25 février 1855, M. Berryer prenait place à l'Académie
- française. Il y était reçu par M. de Salvandy et remplaçait
- Alexis de Saint-Priest dont il avait à faire l'éloge. En parlant
- des relations de M. de Saint-Priest, M. Berryer avait dit entre
- autres: «De bonne heure, il fut admis dans les entretiens
- familiers où M. de Talleyrand se jouait et profitait avec éclat
- et finesse de ses avantages, étant d'assez grande naissance et
- revêtu d'assez hautes dignités, pour ne parler ou se taire,
- n'interroger ou ne répondre qu'à son moment, toujours assuré de
- la victoire, comme un capitaine pouvant toujours, à son gré,
- choisir le terrain du combat.»
-
-On m'assure d'autre part, que grâce à la présence du grand monde, la
-séance a été quelque chose qu'on ne peut se figurer, que cependant le
-succès de Mgr Dupanloup n'a pas été dépassé. Il paraîtrait que la
-personne de Berryer a eu une plus grande ovation que son discours. Sauf
-deux ou trois allusions, ce discours n'aurait pas excité les mêmes
-transports que celui de l'Évêque.
-
-Mais les transports qui s'adressaient à la personne de Berryer ont été si
-enthousiastes et si universels que l'amour-propre le plus exalté en
-aurait été comblé. Les salves qui ont accueilli l'entrée de l'orateur ont
-été comme un feu de mitraille. Le passage sur M. de Talleyrand a été
-aussi fort senti et très goûté. M. de Salvandy a été, à son tour, traité
-très favorablement par l'assemblée. Le premier soir, la reproduction des
-discours avait été interdite, à cause de quelques intentions très
-marquées et de quelques-uns des applaudissements décernés à Berryer. On a
-dit que la princesse Mathilde, qui était présente, en avait été blessée.
-Quoi qu'il en soit, dès le lendemain, l'autorisation de publier était
-accordée. Restait la présentation traditionnelle au Chef du gouvernement.
-Suivant l'usage, Salvandy avait écrit, le soir même de la séance
-académique, au grand Chambellan. Le lendemain, M. Villemain, le
-secrétaire perpétuel, reçoit une lettre de M. Berryer qui lui en
-communique une qu'il avait adressée à un M. Mocquart, secrétaire des
-commandements de l'Empereur, en le priant de faire valoir _ses
-impossibilités_, et d'obtenir la dispense du devoir commun, en raison du
-service qu'il rendit à Louis-Napoléon, il y a quinze ans. Depuis, M.
-Mocquart a répondu que l'Empereur est trop haut placé pour tenir à ce que
-l'usage constant soit suivi ou non; que si M. Berryer était venu, il
-aurait été reçu, non comme l'adversaire d'aujourd'hui, mais comme le
-défenseur d'il y a quinze ans; qu'à ce dernier titre, il était libre de
-faire ce qu'il voudrait. Je ne trouve pas trop _fier_ de contracter une
-obligation pour ne pas faire une révérence, et de demander à
-Louis-Napoléon les moyens de rester en bons termes avec les extrêmes de
-son parti à lui, Berryer. Cet incident va ajouter aux difficultés de M.
-de Falloux, déjà fort menaçantes, puisque Cousin lui donne l'exclusion,
-et Cousin est le maître de l'Académie; lui seul y a une volonté, des
-passions, un parti-pris, enfin ce qui rend le maître. Il a voulu Odilon
-Barrot à l'Académie des Sciences, soi-disant, morales et politiques. MM.
-Guizot, de Broglie, Duchâtel le lui ont donné! Il a voulu M. de Broglie à
-l'Académie française pour évincer M. de Falloux, en dépit des engagements
-les plus solennels, et tout le monde y a consenti. Cette mode académique,
-l'agitation qu'elle cause, la liberté de langage qu'elle inspire m'ont
-fait souvenir plus d'une fois déjà de ce mot de Fontanes au premier
-Napoléon: «Ah! Sire, laissez-moi, du moins, la république des lettres.»
-
-Je suis presque honteuse de m'être laissée entraîner sur le terrain
-littéraire, lorsqu'on n'est préoccupé que de la scène guerrière,
-politique, diplomatique et de cette _fortune providentielle_ qui semble
-s'épuiser en faveur de l'hôte des Tuileries; car enfin, le voici pour le
-moment sans autre compétiteur en Europe pour le goût des aventures.
-
-L'embaumement du corps de l'Empereur Nicolas a mal réussi, son visage
-s'est trouvé si atrocement défiguré, qu'au lieu de l'exposer à découvert
-sur le lit de parade, comme c'est l'usage, il a fallu le renfermer tout
-de suite dans son cercueil. On peut imaginer les commentaires, les
-suppositions sinistres qui en résultent.
-
-
-_Berlin, 10 mars 1855._--Lady Westmorland me mande de Vienne en date du
-7: «Depuis hier, je puis vous dire que mon âme commence à s'ouvrir aux
-espérances de paix; car le prince Gortschakoff a reçu, par télégraphe,
-l'ordre d'agir selon les instructions de l'Empereur défunt, avec
-l'annonce que le nouvel Empereur n'y apporte aucun changement. On va donc
-immédiatement commencer les conférences. Aujourd'hui, les
-plénipotentiaires d'Autriche, de France et de Grande-Bretagne se sont
-réunis, et mon mari est revenu très satisfait de l'accord qui a régné
-entre eux. Vous savez que l'humeur de mon mari est très conciliante et
-pacifique. Je suis contente aussi de lord John Russell; je l'ai trouvé
-infiniment plus modéré et plus désireux de faire la paix que je n'osais
-l'espérer. Mais tout est imprévu et inattendu par le temps qui court. Le
-jeune Empereur d'Autriche a été très affecté de la catastrophe de
-Saint-Pétersbourg, les larmes lui sillonnaient le visage, mais l'heureux
-accouchement de l'Impératrice est venu les essuyer. Il ne l'a pas quittée
-pendant tout le travail et s'est montré le meilleur des maris. Le baptême
-a eu lieu splendidement et en grand gala. L'Empereur, avant la
-cérémonie[157], avait donné audience à lord John Russel, audience dont
-mon compatriote a été ravi. La Reine Victoria a été gracieuse; elle a
-télégraphié à mon mari, dès qu'elle a appris l'accouchement, pour
-exprimer son intérêt et ses félicitations, et ordonner qu'on lui fît
-savoir par le télégraphe des nouvelles de la mère et de l'enfant. Lord
-John Russell prend hautement la défense de lord Raglan, qu'on a tant
-calomnié[158].»
-
- [157] Le 5 mars 1855, l'Impératrice d'Autriche accoucha de son
- premier enfant. A l'occasion de sa naissance, l'Empereur accorda
- une amnistie qui fut publiée simultanément dans toutes les
- provinces de l'Empire. Cette jeune Archiduchesse mourut à l'âge
- de deux ans.
-
- [158] Les difficultés inattendues que les troupes expéditionnaires
- rencontrèrent en Crimée et les épreuves qu'elles eurent à subir
- avaient, en Angleterre, dépopularisé lord Raglan en le rendant
- responsable de ce que Sébastopol était entouré de murailles et de
- ce qu'il y avait de la neige en Crimée. Comme sir Charles Napier,
- lord Raglan était fort attaqué par l'opinion publique.
-
-
-_Berlin, 17 mars 1855._--C'est M. de Morny qui s'est chargé d'annoncer,
-avec des précautions et des ménagements infinis, à Mme de Lieven, la mort
-de l'Empereur Nicolas. Elle n'a pas été autrement émue, et sa réponse a
-été simplement: «Ah! alors me voilà sûre de rester tranquillement ici.»
-
-
-_Berlin, 22 mars 1855._--Les espérances de paix paraissent se développer.
-Dieu veuille leur donner accroissement et belle venue! Il paraît que
-l'Empereur Napoléon n'irait pas en Orient si, d'ici à huit jours, les
-conférences de Vienne avaient fait un pas _sérieux_ vers la paix; mais
-que si les choses traînaient en longueur, il partirait en laissant
-l'Impératrice régente; car les Muphtis s'opposent à l'arrivée d'une belle
-dame avec son entourage d'amazones jeunes et jolies, que Winterhalter
-peint, en ce moment, comme pendant au _Décaméron_[159]. Tout cela est
-drôle!
-
- [159] Winterhalter, qui avait peint en 1837 le fameux tableau:
- _le Décaméron_, fut choisi pour reproduire, dans le même genre
- d'attitudes, l'Impératrice Eugénie entourée des dames de sa Cour.
- Ce tableau, qui prit place à l'Exposition de 1855 à Paris,
- fournit une ample matière aux critiques les plus mordantes.
-
-
-_Berlin, 24 mars 1855._--Je reçois des félicitations sur le passage qui
-me concerne dans le nouvel ouvrage de M. Villemain: _Souvenirs
-contemporains_[160]. Je crois qu'on a mal interprété le passage sur les
-_Mémoires_; il ne peut pas s'agir des miens, par la bonne raison que je
-n'ai écrit que les quelques pages sur mon enfance, que vous
-possédez[161].
-
- [160] Ce livre, qui formait la seconde partie des _Souvenirs
- historiques et littéraires_ de M. Villemain, piqua encore plus
- vivement l'opinion publique que la première. Dans le chapitre
- consacré au Congrès de Vienne, se trouvait un portrait aussi fin
- que spirituel de l'auteur de cette _Chronique_.
-
- [161] Extrait de lettre à M. de Bacourt.
-
-M. Villemain ne peut donc parler que des Mémoires de M. Talleyrand, dont
-il a entendu lire quelques morceaux par mon oncle. Mais il semble
-insinuer que, soit dans les Mémoires, soit dans la correspondance de M.
-de Talleyrand, j'ai été _plus_ qu'un simple secrétaire sous la dictée, et
-j'en suis fâchée. Je n'ai pas eu la moindre part à la rédaction des
-Mémoires, excepté dans deux passages fort courts sur le _Pape_ et sur les
-_Polonais_. Et pour ce qui est de la correspondance, si j'ai été au delà
-du simple metteur d'adresses, je n'ai jamais eu le mauvais goût de m'en
-vanter, et je suis _sincèrement_ peinée, chaque fois que par
-bienveillance pour moi ou par dénigrement de mon oncle, on cherche à me
-grandir à ses dépens. Après tout, je suis fort sensible à ce que M.
-Villemain, voulant à toute force _exhumer une ensevelie_, l'ait fait
-d'une façon si favorable.
-
-M. de Forbin-Janson a fait, une fois dans sa vie, un tableau qui, dans le
-temps, exposé au Salon du Louvre, a fait sensation. Il représentait en
-couleurs brillantes le couronnement d'Inès de Castro après sa mort, le
-Roi forçant ses courtisans à baiser la main de la morte qu'ils avaient
-persécutée de son vivant. M. Villemain a fait de même; il a couronné une
-morte.
-
-Humboldt, qui est venu me voir hier en sortant du dîner royal de
-Charlottenbourg, m'a conté que le masque moulé sur l'Empereur Nicolas,
-après sa mort, était arrivé et avait remué tous les cœurs et tous les
-nerfs.
-
-
-_Sagan, 7 avril 1855._--Depuis que je suis de retour, j'ai pu avancer
-dans la lecture de M. Villemain, qui me paraît être bien plus un cadre à
-ses impressions actuelles qu'un recueil exact des impressions
-quotidiennes de l'époque qu'il décrit. Ce ne sont pas des mémoires, et
-si ce sont des souvenirs, ils se ressentent trop du présent pour rendre
-exactement le passé. Mais par le style et les noms propres, ce livre se
-lira beaucoup et piquera la curiosité des personnes qui se rappelleront
-des gens et des choses d'alors. Ils n'y trouveront probablement pas ce
-qu'ils y cherchent; mais ils auront tenu en main des pages brillantes et
-agréables comme passe-temps. C'est un concert harmonieux de mots, même
-d'idées; mais ce n'est pas l'œuvre d'un peintre d'histoire. On aura beau
-faire, notre époque ne produira plus de cardinal de Retz, ni même de Mme
-de Motteville. C'est qu'à présent il y a des écrivains et des femmes
-auteurs; mais la spontanéité, la naïveté, l'abandon, les choses prises
-sur le fait, le premier jet sans étude, sans travail, le plaisir de se
-souvenir pour son propre divertissement n'existent plus.
-
-
-_Sagan, 12 avril 1855._--Lady Westmorland me mande, en date du 9, que les
-espérances de paix pâlissent, mais qu'on attend encore la réponse à un
-courrier expédié à Saint-Pétersbourg pour rompre la Conférence ou en
-continuer les stériles efforts.
-
-
-_Sagan, 20 avril 1855._--Voici l'extrait d'une lettre de lady
-Westmorland, du 18 avril, de Vienne: «Depuis hier, mes espérances
-renaissent un peu: la réponse de Saint-Pétersbourg est plus conciliante
-qu'on ne l'espérait. Je crois qu'on pourra s'entendre, mais la nouvelle
-du bombardement de Sébastopol commencé le 9, dont nous n'avons aucun
-détail, nous tient dans une grande anxiété[162]. Je crains que lord John
-Russell ne retourne promptement à Londres; on le veut absolument à son
-poste de ministre des Colonies, et je crois qu'on a besoin de lui à la
-Chambre des Communes. Cela laissera une rude besogne sur les épaules de
-mon mari; mais, si nous avons l'espoir d'une bonne réussite, cela nous
-soutiendra.
-
- [162] Les alliés avaient ouvert le 9 avril le feu de toutes leurs
- batteries contre Sébastopol et une brèche y avait été pratiquée
- dans la journée du 10.
-
-«M. Drouyn de L'Huys paraissait hier tourner vers la paix. Le petit
-Bourqueney est hors de lui; toujours dans les extrêmes: monté aux nues
-aujourd'hui, abattu tout de son long demain.
-
-«Les gazettes anglaises ne trouvent pas assez de termes pour déifier
-l'Empereur Napoléon et l'Impératrice Eugénie. Une de celles qui encensent
-le plus le couple impérial a, je le sais, offert ses louanges à
-l'Empereur François-Joseph et au Gouvernement autrichien, moyennant une
-certaine somme. Mais le comte Buol a repoussé cette offre avec un juste
-dédain. Quand on songe que ce sont ces misérables gazetiers à qui on
-permet de gouverner l'Angleterre et qui en effet la gouvernent!»
-
-
-_Sagan, 3 mai 1855._--Depuis les nouvelles du 14 avril, je n'ai rien reçu
-de mon fils Alexandre qui est devant Sébastopol; cela devient ancien, et
-je redoute tout autant, pour lui, les affreuses maladies qui règnent
-maintenant en Crimée que les boulets des assiégés; ce sont ces maladies
-pestilentielles qui sont la vraie raison pour laquelle l'Empereur
-Napoléon a renoncé à son voyage en Orient. Le coup de pistolet, s'il
-l'eût atteint, aurait jeté le monde dans un désordre affreux; car les
-éléments révolutionnaires auraient vite _partout_ repris le dessus[163].
-Je crois qu'il faut que _l'homme taciturne_ gouverne encore plusieurs
-années, avant que l'équilibre européen puisse s'en passer.
-
- [163] Le 28 avril, l'Empereur Napoléon III montait à cheval les
- Champs-Élysées, lorsqu'un Italien, nommé Pianori, lui tira un
- coup de pistolet sans l'atteindre. Arrêté, il déclara qu'il avait
- voulu venger la République romaine. Il fut condamné à mort et
- exécuté le 14 mai suivant.
-
-On m'écrit de Vienne que les Conférences se sont rompues sur ce que les
-Russes n'ont pas voulu céder la plus minime partie de leurs prétentions,
-ce qui a mis l'Empereur d'Autriche dans un grand embarras, vu qu'il
-s'était montré garant de l'extrême modération dont les plénipotentiaires
-russes l'avaient assuré être les organes[164]. Le jeune Empereur, qui est
-sincère et honnête, a été outré de ce manque de bonne foi qui n'était
-calculé que pour gagner du temps et arrêter la marche des armées
-autrichiennes.
-
- [164] Le 23 avril, dans la séance de la Chambre des Communes,
- lord Palmerston déclarait que les Conférences étaient ajournées
- indéfiniment, la Russie ayant refusé de réduire sa flotte et de
- considérer le Pont-Euxin comme mer neutre.
-
-On dit que pendant le voyage des Majestés françaises à Londres, la Reine
-Victoria a été la seule qui ait conservé aisance et dignité; que les
-autres grands personnages des deux pays se montraient embarrassés, gênés,
-plus ou moins gauches. L'Impératrice Eugénie a paru maladive et fatiguée.
-Les cadeaux français ont été des plus magnifiques. Si le voyage
-en Orient paraît abandonné, celui de Vienne ne paraît pas
-invraisemblable[165]. On dit que le langage des orléanistes a été le seul
-inconvenant, et ce me semble, bien absurde, après l'attentat contre
-Louis-Napoléon; car l'impression générale était que, si l'attentat eût
-réussi, la République aurait prévalu. Aussi les républicains sont-ils
-désolés, car un attentat manqué est ce qui pouvait leur arriver de pis.
-
- [165] Dans le but de l'empêcher d'aller en Crimée, les Cabinets
- anglais et français avaient persuadé à l'Empereur Napoléon III de
- venir rendre visite à la Reine d'Angleterre. Il y alla, en effet,
- passer une semaine, au mois d'avril 1855, accompagné de
- l'Impératrice Eugénie.
-
-Mme Mollien m'écrit que la Reine Marie-Amélie est étonnamment bien de
-santé, mais que la princesse de Joinville est en plein état de phtisie.
-
-Un des motifs qui ont décidé l'Empereur Napoléon à renoncer au voyage
-d'Orient a été le refus de son cousin de l'y suivre.
-
-
- Interruption de la correspondance jusqu'au 14 juin, les deux
- correspondants s'étant retrouvés à Sagan.
-
-
-_Carlsbad, 14 juin 1855._--Je voudrais bien que la Prusse et l'Autriche
-parvinssent à s'entendre _cordialement_, et que, formant ensemble une
-solide barrière, elles obligeassent l'Est et l'Ouest de l'Europe à
-désarmer. Mais la méfiance est encore bien profonde.
-
-Si je disais que je me plais ici, je mentirais grandement; j'y suis bien
-logée, mais sans verdure; j'y connais assez de monde pour en être
-ennuyée. On dit qu'il ne faut pas lire, pas écrire, peu dormir, guère
-manger, ne pas s'agiter, ne songer à rien, végéter le plus honnêtement
-possible: c'est la plus sotte vie, et cependant on sent qu'il faut obéir,
-car il est de fait qu'on n'est capable de rien. Je suis en plein
-traitement, c'est-à-dire très éprouvée; il y a toujours pour moi un grain
-de Crimée dans chaque verre de _Sprudel_[166], et cela ne le rend pas
-plus facile à digérer.
-
- [166] La plus célèbre des sources à Carlsbad.
-
-
-_Carlsbad, 24 juin 1855._--Je n'ai pas précisément à me plaindre de mes
-eaux; mais je sens qu'il me faudrait du soleil en plus et la Crimée en
-moins. Voilà une affaire qui semble avoir été affreuse, le 18 de ce mois,
-sur les remparts de Malakoff[167]. Mon fils avait pris part à l'action
-très brillante du 8, au Mamelon Vert. Il s'en est bien tiré; mais comment
-se sera-t-il tiré de celle du 18, qui a été si désastreuse?
-
- [167] Dans la matinée du 18 juin 1855, les Français avaient
- attaqué Malakoff et les Anglais le grand Redan. Cet assaut fut
- rejeté sur tous les points avec des pertes immenses pour les deux
- armées alliées, qui y perdirent chacune plusieurs généraux et un
- grand nombre d'officiers supérieurs.
-
-On dit que, du côté des alliés, neuf mille hommes ont péri, que les
-généraux ne s'entendent pas entre eux, que le choléra fait rage, que
-l'Empereur Napoléon, saisi par les mauvaises nouvelles, est malade, que
-la rente baisse, que les récoltes se perdent et que nous touchons à la
-fin du monde. J'ai le cœur fort triste, fort serré, et plus de larmes
-dans les yeux que de sourires sur les lèvres.
-
-Le 5 juillet, je partirai pour Téplitz; j'y trouverai, à ce que l'on dit,
-les légitimistes français en foule. M. de Montalembert est en Angleterre;
-il y voit souvent les habitants de Claremont, où on le soigne et où on le
-caresse beaucoup.
-
-
-_Carlsbad, 6 juillet 1855._--La mort de lord Raglan m'a été au cœur.
-Puisqu'il devait finir dans cette affreuse Crimée, il aurait mieux valu
-être tué sur la brèche que de mourir du choléra. Quelle fin, pleine
-d'amertume, d'une belle et noble carrière, si brillamment commencée, si
-honorablement continuée, terminée par tant d'outrages et d'injustices. A
-Londres, nous l'appelions _la Perle_[168]. J'ai une lettre de lady
-Westmorland, désespérée sur cette perte; c'est son fils, lord Burgersh,
-qui est chargé d'escorter les restes de son oncle en Angleterre.
-
- [168] Lord Raglan avait soutenu avec dignité le poids du
- commandement, mais le dénuement de ses soldats et les attaques de
- la presse anglaise contre un état de choses, auquel il ne pouvait
- remédier, l'affectèrent vivement. Atteint du choléra, il n'y
- résista pas et mourut à son quartier général.
-
-Le discours de l'Empereur Napoléon, à l'ouverture des Chambres, est ici
-depuis hier; il y fait sensation. Il semble ridicule aux Russes,
-impertinent aux Autrichiens, déplacé aux Prussiens, impudent aux Anglais,
-et effrayant aux Français. Personne n'en est satisfait, et chacun d'en
-tirer des horoscopes plus ou moins charmants. On veut y voir de nouveaux
-symptômes de guerre générale, de révolutions, de bouleversements, de fin
-du monde. Sans aller jusque-là, il est certain que l'Europe a bien
-mauvais visage et qu'elle est entre les mains de médecins empiriques peu
-rassurants[169].
-
- [169] L'Empereur Napoléon III avait convoqué les Chambres en
- session extraordinaire, afin de faire un nouvel appel à leur
- patriotisme, en leur demandant les moyens de continuer la lutte.
-
-
-_Carlsbad, 11 juillet 1855._--En Angleterre, on blâmera la police d'avoir
-fait son devoir à Hyde-Park en réprimant l'émeute; partout on ne songe
-qu'à désarmer l'autorité et à décourager ceux qui la représentent[170].
-Quelles singulières explications que celles de lord John Russell! Quelle
-étrange façon de dire: «_Comme diplomate à Vienne, j'étais pour la paix;
-comme ministre à Londres, je suis pour la guerre._» Cela s'appelle être
-un homme d'État, ce n'est autre chose qu'un homme de désordre. Ce petit
-fauteur de la réforme vivra assez pour voir s'achever la révolution.
-
- [170] A propos de l'observation du dimanche et du bill dit _du
- Commerce_ de lord Growenor, une démonstration populaire avait eu
- lieu à Hyde-Park. La police dut arrêter la circulation des
- voitures et sévir contre les personnes qui avaient voulu
- intervenir.
-
-_Poor dear old England_[171]!
-
- [171] De l'anglais: pauvre chère vieille Angleterre.
-
-_Teplitz, 16 juillet 1855._--Je ne m'amuse pas ici, mais je trouve l'air
-excellent. Ce joli pays est plus accessible qu'à Carlsbad; j'y demeure à
-l'écart des indifférents; tout cela me convient assez, car, à défaut de
-ce qui plaît, il faut du moins tâcher d'avoir ce qui est commode.
-
-J'ai fait ma cour au Comte et à la Comtesse de Chambord qui partent
-après-demain; ils me traitent avec les mêmes bontés qu'à Venise, et mes
-impressions sur eux restent les mêmes. On espère la Reine Marie-Amélie
-avec tous ses fils à Frohsdorff au mois de septembre; elle y trouvera un
-neveu fort tendrement respectueux[172].
-
- [172] La Reine Marie-Amélie voulant aller passer une partie de
- l'hiver en Italie, on avait parlé d'une visite à Frohsdorff, mais
- la Reine se borna à un séjour à Savone, sans donner suite à ce
- premier projet.
-
-
-_Teplitz, 18 juillet 1855._--La Saint-Henri a été fêtée ici par un dîner
-champêtre donné par Mme la Comtesse de Chambord; on n'y avait convié que
-les Français. Hier, ils m'ont fait l'honneur de venir me dire adieu dans
-la matinée; ils partent ce matin, et toute la colonie française se
-disperse. Je trouve plus de fermeté et de sérieux dans la conversation du
-Comte de Chambord qu'il y a deux ans, et la même dignité gracieuse dans
-la Princesse. Elle m'a comblée, et le mari m'a dit au bout de mon
-escalier, en se retournant encore une fois: «_Ma femme vous aime
-beaucoup._» J'avoue que cela m'a fait plaisir.
-
-
-_Brienne-le-Château, 5 août 1855._--Je suis arrivée ici hier dans la
-matinée; je suis accueillie, on ne peut mieux, par la princesse Laurence
-de Bauffremont, à laquelle ma visite paraît faire plaisir. Le château est
-noble, parfaitement meublé et arrange; il domine trente lieues de pays,
-mais d'un pays plat, plus convenable pour livrer une bataille que pour
-charmer l'œil. Il n'y a guère de fleurs, pas même précisément de jardin;
-mais des allées droites en charmilles, et des quinconces, à l'ancienne
-mode française, se perdent dans des bois mal percés. Le tout est très
-noble, très éventé, assez sec et sans charme extérieur. L'intérieur est
-excellent et magnifique.
-
-
-_Paris, 10 août 1855._--Les efforts gigantesques, qui surgissent à tous
-les coins de Paris, pour exciter à des jouissances de tous genres, me
-semblent indiquer un déplorable état social; je ne saurais dire l'effroi
-qui s'empare de moi à voir cette population remuante, fiévreuse,
-promenant sans cesse et sans relâche sa curiosité et ses passions d'une
-arène à une autre. Il est évident que le précipice bordé d'or et de
-fleurs est au bout, et qu'il ne tardera pas à engloutir, dans un abîme de
-feu, de sang et de boue, ceux qui chantent, dansent et se grisent à
-l'entrée du cratère. Ce qui se raconte des spéculations financières
-auxquelles hommes et femmes, jeunesse et vieillesse participent; ce qui
-se dit tout haut des mœurs, des allures, de la rupture des liens de
-famille et de la morale de la génération toute prête à étrangler la
-nôtre, fait frémir. J'ai une grande terreur de tout ce qui me passe sous
-les yeux, et je serai bien aise de me trouver, pendant quatre jours, sous
-les verrous du Sacré-Cœur d'Orléans, où je ne verrai que d'innocentes
-jeunes filles et où je n'entendrai que des hymnes pieuses.
-
-On dit décidément que l'Impératrice Eugénie est grosse. J'ai reçu le
-maréchal de Castellane qui, quoi qu'on ait dit, retourne demain à
-Lyon[173].
-
- [173] Le bruit s'était répandu que, sur la demande du prince
- Napoléon, l'Empereur retirerait son commandement au maréchal de
- Castellane.
-
-
-_Orléans, 16 août 1855._--Je suis ici depuis le 18, et je repars demain
-pour Rochecotte, après avoir vu deux fois Mgr Dupanloup à la Chapelle
-Saint-Mesmin[174] et une fois au Sacré-Cœur, où toutes les dames, à
-commencer par Mme d'Avenas, me gâtent à l'envi l'une de l'autre.
-
- [174] Maison de campagne des évêques d'Orléans que Mgr Fayet
- avait eu la bonne fortune d'acquérir pour le diocèse. Elle avait
- appartenu, au commencement de ce siècle, à la célèbre comédienne
- Mlle de Raucourt. Mgr Dupanloup en faisait sa résidence d'été, à
- proximité de laquelle se trouvait son petit séminaire, objet de
- ses soins particuliers.
-
-
-_Rochecotte, 25 août 1855._--Je ne sais aucune nouvelle, si ce n'est qu'à
-Paris on trouve la Reine Victoria peu jolie et que, s'il y a curiosité,
-il n'y a pas d'applaudissements[175]. Au grand Opéra _in fiochi_, le
-prince Albert a bien obéi à la consigne conjugale, car, assis entre
-l'Impératrice Eugénie, qui était admirablement belle, et la princesse
-Mathilde, qui a de forts appas, il n'a guère parlé ni à l'une, ni à
-l'autre.
-
- [175] Quelques jours avant la prise de Sébastopol, l'Empereur
- Napoléon III eut le grand triomphe de recevoir à Paris la Reine
- Victoria, accompagnée du prince Albert. Sur les conseils du
- Gouvernement anglais, desireux de resserrer l'alliance entre les
- deux peuples, la Reine vint à Paris pour y visiter l'Exposition
- universelle.
-
-
-_Paris, 7 octobre 1855._--Me voici dans la grande Babylone depuis
-trente-six heures et parfaitement ahurie. J'ai des lettres d'Alexandre
-du 25 septembre: il dit que l'assaut a coûté dix mille cinq cents morts
-pour les Français seulement[176]. Paris n'est pas bien sain en ce moment;
-les maladies y abondent; il y a une autre maladie, celle de la
-dégringolade des fonds publics, qui paraît grave; une autre s'appelle la
-cherté des subsistances; une troisième, le mouvement vif des sociétés
-secrètes; une quatrième, les coquetteries du gouvernement pour les
-rouges. Quant à la paix, il paraît qu'elle est encore très éloignée, et
-qu'à force de succès, chèrement payés, les triomphes valent des défaites.
-
- [176] Le 8 septembre 1855, à midi, les Français avaient emporté
- d'assaut la tour de Malakoff regardée comme la clef de Sébastopol
- et, un peu plus tard, le Grand Redan. Les Russes, voyant la
- solide occupation de ces deux points principaux, se déterminèrent
- à évacuer la place, après avoir ruiné et fait sauter par la mine,
- les défenses, les édifices et avoir coulé leurs derniers
- vaisseaux.
-
-
-_Le Bourg d'Iré (chez le comte de Falloux), 29 octobre 1855._--On ne
-saurait être plus mal servi par le temps que je le suis. J'ai eu froid à
-Rochecotte; ici, c'est la Sibérie. Le château est beau, noble, vaste,
-d'un goût excellent, mais d'un froid! De petites cheminées pour chauffer
-de grandes pièces sans tapis, ni doubles croisées. Il faut avoir dépassé
-Lyon pour oser autant compter sur le soleil qui, en ce moment, a de
-rigoureux caprices. J'aurais voulu voir la ferme et tout le détail de ce
-bel établissement, où le goût des arts tempère l'activité de
-l'agriculture, où une belle bibliothèque repose de la race bovine, et où
-le gentilhomme chrétien a pu être, sans contrastes affligeants, ministre
-du Président et serviteur fidèle de l'Exilé. Il n'y a, en dehors du
-châtelain et de son aimable femme, personne ici que M. Albert de
-Rességuier avec ses enfants et une gouvernante. J'oubliais la pauvre
-petite Loyde de Falloux; cette malheureuse enfant, âgée de treize ans, a
-toutes les disgrâces naturelles extérieures, beaucoup de l'intelligence
-de son père; mais elle a l'air timide et amer, ce qui se conçoit à
-merveille, mais ce qui est _unheimlich_[177] au possible.
-
- [177] Ce mot allemand, intraduisible en français, veut dire:
- quelque chose de désagréable.
-
-L'état des yeux de M. de Falloux étant très fâcheux, on craint les
-lampes, les bougies; aussi tout est-il enveloppé d'abats-jour verts, dans
-ces grandes pièces boisées en chêne, tendues d'étoffes foncées, ornées de
-grands tableaux d'excellents maîtres; mais le tout est lugubre!
-
-Ce que j'ai pu apercevoir de la contrée ne l'est pas; avec du soleil, le
-pays doit être charmant; d'Angers ici, il m'a singulièrement fait
-souvenir de _dear England_, de notre vieille Angleterre!
-
-
-_Orléans, 1er novembre 1855._--J'ai visité le vieux château d'Angers,
-bâti en ardoises et en tuffeau d'une force extraordinaire, d'une sombre
-tristesse, jusqu'à ce que, du haut des tours décapitées, on découvre la
-Mayenne et le Loir se jetant dans la Loire et courant avec elle dans la
-mer. Le grand Condé disait que le château d'Angers était le plus fort de
-France. Il renferme maintenant les émeutiers du mois dernier[178].
-
- [178] Dans la nuit du 26 au 27 août 1855, cinq à six cents
- ouvriers des ardoisières de Maine-et-Loire s'étaient emparés
- d'une caserne de gendarmerie et avaient essayé de surprendre la
- ville d'Angers; ils furent dispersés par la force armée et pour
- la plupart faits prisonniers. Ils appartenaient à la société
- secrète dite de la Marianne.
-
-
-_Paris, 5 novembre 1855._--J'ai été hier chez la duchesse d'Istrie, j'y
-ai revu mon appartement[179]. Que de souvenirs! Et je rencontre dans ce
-même hôtel de la rue Saint-Florentin, qui? Thiers! devenu gros, gras,
-toujours brillant de conversation, parlant industrie, exposition, le tout
-très spirituellement, nullement embarrassé de me rencontrer, et en quel
-lieu! venant à moi avec la main tendue pour le _shake-hand_, prenant la
-mienne, la saisissant _à tout rompre_. Tout s'est passé simplement de ma
-part, car il aurait été de mauvais goût d'embarrasser le salon où tout
-cela se passait.
-
- [179] La duchesse d'Istrie habitait le premier étage de l'ancien
- hôtel Talleyrand, alors en possession du baron de Rothschild, qui
- en avait fait l'acquisition après la mort du prince de
- Talleyrand.
-
-
-_Lyon, 16 novembre 1855._--Lyon est affreusement froid, et je suis bien
-mal dans le très mauvais hôtel de l'Europe. Il gelait à glace hier matin
-quand j'ai quitté Paris. Un gros brouillard a triomphé des pâles effets
-du soleil; je n'ai pas même pu jouir du joli pays qui, surtout en
-Bourgogne, m'a semblé border la route. Je ne pense pas trouver un
-changement de température avant Avignon, et encore gare le mistral!
-
-
-_Nice, 22 novembre 1855._--J'ai eu très froid jusqu'à Valence et une
-pluie diluvienne de Marseille à Cannes, où le temps est devenu fort
-agréable et la contrée charmante. J'entends dire que Nice est encombrée
-de beau monde, à peine de Russes, quelques Allemands, pas mal de
-Français, innombrablement d'Anglais, plusieurs Italiens, les Sclopis
-entre autres.
-
-
-_Nice, 26 novembre 1855._--Il a fait hier une journée admirable, et vite,
-je me suis promenée sur la montagne dans le jardin de la grande Villa
-Gastaud, habitée il y a trois ans par le général Pepe, occupée maintenant
-par lady Shelley, un peu _blue stocking_[180], un peu protectrice des
-arts, etc., polie et obligeante. Dès mon arrivée, elle m'a lancé une
-invitation pour les concerts qu'elle donne tous les jeudis matin. Je ne
-sais ce que vaudra sa musique, mais sa maison est charmante et son jardin
-ravissant; l'air le plus pur, la mer la plus bleue, le ciel le plus
-resplendissant et une végétation des plus parfumées; des magnolias en
-pleine terre et des violettes à en faire litière.
-
- [180] De l'anglais: bas bleu.
-
-
-_Nice, 5 décembre 1855._--La mort de M. Molé laisse un vide dans les
-rangs déjà si clairsemés des gens de bon goût et de grandes manières. Il
-était de ceux qui m'avaient vue entrer dans le monde; je n'en connais
-plus guère de cette date.
-
-Le duc de Noailles m'écrit qu'on s'arrangera pour que ce soit à M. Molé,
-et non à M. Lacretelle, que M. de Falloux succède à l'Académie, parce
-qu'il y aura plus d'harmonie et de sympathie entre un tel successeur et
-un tel prédécesseur.
-
-
-
-
-1856
-
-
-_Nice, 12 janvier 1856._--Pendant plusieurs jours les communications ont
-été coupées, par mer par la tempête, par terre par le gonflement des
-torrents et la rupture des ponts. Les voilà enfin rétablies, les vagues
-se calment, les torrents se sèchent aussi vite qu'ils se précipitent; le
-soleil fait justice de tous ces excès, et les lettres attendues arrivent
-pour rendre les distances moins pénibles.
-
-
-_Nice, 17 janvier 1856._--On m'écrit de Paris: «La partie va devenir
-redoutable contre la Russie. On ne peut nier que la coalition est en
-train de se former contre elle. L'Autriche est fort engagée actuellement
-pour ne pas prendre les armes au moment donné. La Suède et le Danemark
-s'engagent peu à peu à leur tour. La Prusse même sera obligée de s'y
-joindre; elle jouerait trop gros jeu à ne pas le faire; et si plusieurs
-des puissances continentales prennent part à la guerre, il leur faudra
-des avantages, et si elles en ont, il en faudra à la France aussi; il
-pourrait être commode de charger la Prusse d'en faire les frais.»
-
-Une autre lettre me dit: «On n'a pas encore perdu tout espoir de paix, la
-Russie va entrer en négociation, l'Angleterre fera tout au monde pour y
-mettre obstacle, mais l'Empereur Napoléon, qui la désire, mettra de la
-fermeté à l'obtenir. On ne croit pas à la sincérité de la Prusse; aussi,
-on va bloquer ses ports, et l'Angleterre offre de laisser la France
-prendre la Belgique et les provinces rhénanes, si la France lui laisse
-brûler Cronstadt et les flottes russes. L'Autriche va être obligée de
-marcher avec l'Occident, sans quoi on entre en Italie et on soulève ses
-provinces.»
-
-
-_Nice, 24 février 1856._--Le morceau de M. Cousin sur Mme
-d'Hautefort[181] est un _diamant_. La péroraison me plaît moins
-cependant, car je trouve qu'il y a un certain manque de goût et de
-simplicité à entretenir le public _des voies de Dieu en soi_; et ces
-voies ont beau avoir été ouvertes par les belles converties ou
-convertisseuses du dix-septième siècle, il n'en est que plus étrange de
-se produire ainsi, sous les plis de leur robe de bure ou de velours, à
-ses lecteurs, qui se moqueront bien plus de la vanité qui fait choisir un
-pareil cadre, qu'ils ne seront édifiés de la profession de foi de
-l'auteur. Ce n'est pas que je comprenne fort bien, qu'ayant recherche
-cette haute société chrétienne et y ayant vécu intimement par tant de
-curieuses recherches, on ne finisse par subir sa bonne et grande
-influence. On a raison de la mettre en lumière, de l'honorer dans ses
-écrits et de montrer par là qu'on s'est imbu de son esprit et de ses
-croyances: cela déjà est utile; mais lorsqu'on veut occuper le public,
-non seulement de ses écrits, mais encore de sa conscience, il faut alors
-lui donner, outre de belles paroles, de grands exemples. J'attends donc
-M. Cousin se couvrant, à Port-Royal-des-Champs, de la poussière des
-tombeaux; se construisant, des derniers débris de cette illustre
-thébaïde, une cellule sur la place même d'où M. Singlin dirigeait Mme de
-Longueville, et s'y donnant la discipline du silence.
-
- [181] Dans cet ouvrage, M. Cousin essaie de peindre, dans toute
- sa vérité, la lutte mémorable que le cardinal Mazarin eut à
- soutenir, en 1643, au début de la Régence, contre _les
- Importants_, les devanciers des Frondeurs. Parmi ses nombreux et
- puissants adversaires, figurent deux femmes qui avaient déjà tenu
- tête à Richelieu. C'étaient Mme de Chevreuse et Mme d'Hautefort
- qui, dit M. Cousin, «est à peu près assurée de plaire par le pur
- éclat de sa beauté, la vivacité généreuse de son esprit, la
- délicatesse et la fierté de son cœur et son irréprochable
- vertu.»
-
-
-_Nice, 28 février 1856._--On dit que nous marchons vers la paix, mais que
-la conclusion, quoique infaillible, sera longue à atteindre. Je crois au
-travail souterrain et venimeux de lord Palmerston, et le tout me paraît
-plutôt un armistice, plus ou moins prolongé, qu'une paix équilibrant
-l'Europe. J'espère, du moins, que la Prusse prendra dans toutes les
-négociations une part active et honorable[182].
-
- [182] Le 21 février 1856 s'était ouvert à Paris, sous la
- présidence du comte Walewski, un Congrès des grandes Puissances
- qui avaient pris part à la guerre de Crimée, pour arrêter les
- bases d'un traité. L'Autriche, quoique non belligérante, étant
- directement intéressée dans la lutte, dont la rive gauche du
- Danube était l'enjeu, y prit une large part par son représentant
- le comte Buol, dont l'attitude raide et cassante fut souvent une
- cause d'irritation parmi les négociateurs, froissés d'entendre
- l'Autriche parler comme si elle avait pris _Sébastopol_; mais ce
- ne fut que quand les principales clauses du traité furent
- arrêtées le 18 mars par les Puissances, qu'elles admirent la
- Prusse à la continuation des débats qui allaient s'engager sur la
- convention des Détroits, la Prusse ayant été partie contractante
- en 1841 dans l'acte relatif à la fermeture des Dardanelles et du
- Bosphore. La paix fut signée le 30 mars, amenant la
- neutralisation de la mer Noire et empêchant l'absorption de
- l'Empire Ottoman par la Russie. Tout paraissait donc fini, mais
- l'Empereur Napoléon et le comte de Cavour en avaient décidé
- autrement. Le 27 mars, les plénipotentiaires sardes avaient
- présenté aux Ministres des Affaires étrangères de France et
- d'Angleterre une note relative aux affaires d'Italie. M.
- Walewski, par ordre de son maître, proposa aux plénipotentiaires
- d'ajourner leur départ pour un échange d'idées sur différents
- sujets qui demandaient une solution. Les discussions restèrent
- sans conclusion alors, mais grâce à la connivence des
- Gouvernements de France et d'Angleterre, qui soutinrent vivement
- le comte de Cavour, la situation des affaires italiennes n'en fut
- pas moins traduite à la barre de l'Europe.
-
-
-_Nice, 16 mars 1856._--L'autre jour, Thiers, en parlant de l'Empereur
-Napoléon, a dit: «_Je n'aime pas le cuisinier, mais je trouve sa cuisine
-excellente._» Ce propos a été rapporté à l'Empereur qui a répliqué:
-«_Dites à M. Thiers que je ne le prendrai pas pour mon marmiton, car il
-gâterait mes sauces._»
-
-
-_Nice, 21 mars 1856._--Chacun paraît stupéfait et paralysé par les
-tragédies de Berlin. Je ne savais que ce qu'en disent les journaux qui
-savent et disent, en général, fort mal. Je suis lugubrement impressionnée
-de ces scènes sanglantes qui, se mêlant aux aigreurs parlementaires et
-aux intrigues de la camarilla, indiquent un état de choses
-inquiétant[183]. Que trouverai-je à mon retour? Rien de bon, je le
-crains. M. de Manteuffel arrivant à Paris à la onzième heure ne donne pas
-grand éclat au rôle politique de son souverain. Tout est fort triste,
-assez humiliant.
-
- [183] M. de Rochow, membre de la Chambre des Seigneurs de Prusse,
- avait tué en duel M. Hinckeldey, directeur général de la police à
- Berlin. Le Roi, ayant eu connaissance de ce projet de duel, avait
- chargé M. Raümer, conseiller du Ministère de sa maison, de voir
- les adversaires et de les réconcilier. N'ayant pas réussi dans sa
- mission, celui-ci se suicida en apprenant la fatale issue de ce
- duel. A la séance de la Chambre des Seigneurs, le Président,
- prince de Hohenlohe, ayant simplement exprimé le regret que M. de
- Rochow se trouvait empêché de s'y rendre, le point d'honneur
- l'ayant forcé d'enfreindre les lois du pays, sans parler de la
- mort de M. Hinckeldey, un grand mécontentement s'en était suivi
- en ville.
-
-
-_Nice, 31 mars 1856._--Je quitte Nice demain. On me comble ici de toutes
-parts des plus aimables attentions; il ne tiendrait qu'à moi de me croire
-adorable et regrettée; j'en rabats beaucoup, mais enfin, ce sont d'assez
-doux échos; sans s'y fier entièrement, on aime le son. Et cependant, je
-suis fort triste, je ne saurais trop dire pourquoi, mais je ne puis
-exprimer de quel poids moral je me sens oppressée, car ma santé est
-redevenue assez bonne; mais c'est l'âme, ce sont les nerfs, l'esprit, le
-cœur; c'est là ce qui est en désarroi.
-
-
-_Turin, 8 avril 1856._--J'ai fait route jusqu'ici sans accident; mais, en
-dépit d'un beau soleil qui éclaire cette belle ville, je sens que je vais
-vers le Nord, et ce n'est pas une sensation agréable à la peau.
-
-J'ai été choyée et fêtée à Gênes par les Balbi, Pallavicini et Durazzo;
-et je le suis ici par les Viry, Malabria, Cortanze, Perrone, Villamarina
-et un Corps diplomatique fort empressé. J'ai vu à Nervi, près de Gênes,
-la Reine Marie-Amélie, très émue de la visite imprévue et spontanée du
-Comte de Chambord, qu'elle n'avait pas revu depuis sa petite
-enfance[184]. Ce qui eût été un événement, il y a quelques années, n'est
-plus pour le moment qu'une douceur de famille; mais cette douceur en est
-une grande pour une personne qui est évidemment bien près d'aller
-retrouver ceux qui, sans doute, ont célébré là-haut une paix éternelle.
-La Reine est guérie; mais il n'en est pas moins évident qu'elle n'offre
-plus de résistance et que le moindre souffle emportera cette transparente
-enveloppe d'une âme toujours également ferme et douce. Elle m'a nommé
-tous ses enfants et petits-enfants, mais elle n'a pas même indiqué Mme la
-Duchesse d'Orléans. Je l'ai trouvée entourée du Duc et de la Duchesse de
-Nemours, de la Princesse Clémentine et de son mari.
-
- [184] La visite du Comte de Chambord à sa tante la Reine
- Marie-Amélie avait eu lieu à Nervi les tout premiers jours
- d'avril.
-
-
-_Milan, 12 avril 1856._--J'ai oublié de mander de Turin que j'avais fait
-une visite à la Duchesse de Gênes; elle a été des plus gracieuses et m'a
-chargée de beaucoup de choses pour Dresde et pour Potsdam; elle m'a fait
-voir ses deux gentils enfants[185], afin d'en rendre compte à leurs
-grands-parents d'Allemagne; elle est la nièce favorite de la Reine de
-Prusse.
-
- [185] La Princesse Marguerite, l'aînée de ces deux enfants, est
- Reine d'Italie.
-
-On m'a donné à Turin les discours prononcés par le duc de Broglie et M.
-Nisard à la réception du premier à l'Académie française. Je ne sais si je
-dois m'en prendre à des fautes d'impression et de ponctuation; mais j'ai
-trouvé dans le style du Duc des obscurités étranges, des tours de
-phrases malsonnantes, et parfois des locutions du langage le plus
-familier. Je ne parlerai pas de l'extrême âpreté de quelques passages peu
-appropriés à un discours, dont le but principal était de louer l'homme du
-monde le plus étranger à toute violence[186], chez lequel même l'aménité
-et l'urbanité étaient poussées jusqu'à l'extrême. A la vérité, il
-importait moins à M. de Broglie de louer Sainte-Aulaire que de paraître
-_rétrospectivement_ une fois encore sur la scène politique. En un mot, il
-y a quelque chose de tendu dans ce discours qui lui ôte de la grâce, du
-naturel, de la simplicité; il est tout pétri de l'âcreté des doctrinaires
-et il a toute leur disgrâce. M. Nisard, qui veut plaire à tout le monde,
-pourrait bien ne satisfaire personne.
-
- [186] M. de Sainte-Aulaire.
-
-Il y a trois ans, les pluies de novembre m'empêchèrent d'aller voir la
-Chartreuse de Pavie. Hier, le ciel étant serein, j'ai mieux rempli mon
-désir de touriste et je m'en applaudis, car c'est bien beau et bien
-curieux. Le goût le plus élevé, les arts divers dans leur plus belle
-expression, la richesse dans sa magnificence s'y donnent la main, pour
-produire l'_achevé_. Malgré l'extrême richesse de l'édifice, rendu sous
-le dernier empereur d'Autriche aux Chartreux, ils n'y ont plus trouvé ni
-ornements d'églises, ni vases sacrés; pillés aux différentes phases
-révolutionnaires, tous les biens ruraux ont été également vendus. Il ne
-leur reste qu'une petite rente fort exiguë, et les aumônes et charités
-des fidèles, ce qui les expose à mourir de faim au milieu des millions
-et des millions enfouis dans ce temple merveilleux.
-
-
-_Vienne, 22 avril 1856._--Ma route de Vérone ici s'est faite sans
-accident. Le passage du Semmering est surprenant de hardiesse et de
-beauté, le temps était clair, mais froid[187]. La végétation est arriérée
-de beaucoup, même sur celle de Vérone, et si le soleil brille, il ne
-chauffe guère.
-
- [187] En 1854, l'Empereur François-Joseph avait inauguré une
- ligne de chemin de fer qui reliait directement la ville de Vienne
- à la mer Adriatique. Une Compagnie, dont M. Nathaniel de
- Rothschild était un des principaux actionnaires, avait, à l'aide
- de seize mille ouvriers, construit cette voie ferrée qui, tout en
- serpentant la chaîne du Semmering, la traverse à plus de trois
- mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
-
-
-_Vienne, 26 avril 1856._--J'ai eu l'honneur d'être invitée à une petite
-soirée chez Mme l'Archiduchesse Sophie, où j'ai été présentée à la jeune
-Impératrice: aucun de ses portraits ne lui rend justice; elle est
-parfaitement jolie de visage, de taille, de jeunesse.
-
-M. de Buol est revenu _content_ de la paix de Paris, le comte Orloff s'en
-retournera _enchanté_: telle est, je crois, la vraie nuance.
-
-Personne n'est plus à la mode ici que l'Empereur Napoléon: on l'admire,
-on le redoute, on le considère. Il est plus puissant dans l'opinion que
-ne l'était son oncle, parce qu'on n'était soumis à celui-ci que par la
-peur qu'il faisait, et qu'on se confie en son neveu par la peur qu'on a
-des autres. Il semble à tous un bonheur, une égide. Le prince de
-Metternich en parle ainsi, et les plus grandes dames en disent autant.
-
-Le Prince-Évêque de Breslau est ici, fort triste de l'état catholique en
-Prusse. Il dit que le métier de catholique n'y est plus possible, et je
-tremble de lui voir donner sa démission, ce qui me serait un chagrin
-personnel.
-
-
-_Vienne, 2 mai 1856._--J'ai eu, hier, une audience de congé chez
-l'Archiduchesse Sophie qui m'a dit que son second fils, l'Archiduc
-Maximilien, prince aimable et instruit, aimant la littérature et les
-arts, allait partir pour Paris, afin d'y voir _l'homme le plus
-remarquable du siècle_[188]. Je crois qu'il est chargé de compliments sur
-la naissance et en même temps d'assister au baptême[189]. Le comte de
-Mensdorff doit l'accompagner; on dit que le choix est excellent.
-
- [188] L'Archiduc fut reçu à Paris avec tous les honneurs civils
- et militaires. Son voyage était sans but politique, quoique le
- bruit courut que ce Prince venait négocier une entrevue à Munich
- entre l'Empereur, son auguste frère, et l'Empereur Napoléon.
-
- [189] Pendant que le Congrès était réuni à Paris, l'Impératrice
- Eugénie donna le jour à un fils qui naquit aux Tuileries, le 16
- mars 1856. D'abord ondoyé, le Prince Impérial ne fut baptisé que
- le 15 juin suivant, très solennellement à Notre-Dame. Le Pape Pie
- IX, qui était son parrain, se fit représenter par le cardinal
- Patrizi, et la Reine de Suède, sa marraine, par la
- Grande-Duchesse Stéphanie de Bade.
-
-J'ai dîné hier chez Louise Schœnbourg avec le comte Buol, qui m'a dit
-que le... Roi... de Wurtemberg allait se rendre... à Paris... De Berlin,
-quelque Prince ne va-t-il pas suivre la même direction que l'Archiduc? Ce
-sera une course au clocher.
-
-
-_Berlin, 12 mai 1856._--Me voici arrivée ici, après m'être arrêtée à
-Dresde. J'y ai vu deux fois la charmante Princesse Royale, heureuse et
-gracieuse, son époux très aimable; il ne leur manque que d'avoir des
-enfants, mais cela manque _beaucoup_. Je me suis complu dans la nouvelle
-galerie de Dresde, qui fait bien mieux jouir _des perles_ qui s'y
-trouvent qu'on ne pouvait le faire précédemment.
-
-
-_Sagan, 17 mai 1856._--J'ai quitté Berlin avant-hier. J'avais dîné la
-veille à Charlottenbourg, où je m'étais rencontrée avec le prince
-Windisch-Graetz, qui a été reçu avec beaucoup d'honneur à Berlin[190]. La
-Reine a été fort gracieuse. Le Roi a placé mon buste dans son cabinet de
-travail en pendant de celui de Humboldt.
-
- [190] Le prince Windisch-Graetz se trouvait alors à Berlin pour
- assister à des manœuvres militaires. Il n'avait aucune mission
- politique.
-
-On est plus russe que jamais à Berlin, on y exècre l'Autriche, on n'y
-aime pas la France, on y adore la Reine Victoria; mais on se défie de son
-Cabinet. Manteuffel a eu toutes les peines du monde à obtenir l'Aigle
-noir pour l'Empereur Napoléon. Hatzfeldt demande à grands cris
-l'apparition d'un prince prussien à Paris; jusqu'à présent, je n'en
-entends pas nommer. On espère à Berlin la visite de l'Empereur de Russie.
-Les médecins insistent pour que le Roi aille à Marienbad; il est visible
-qu'il en a grand besoin, car il est très maigri, vieilli et abattu.
-Humboldt s'affaiblit visiblement.
-
-
-_Sagan, 28 mai 1856._--Le voyage du Prince-Régent de Bade[191] à Paris
-augmentera la liste princière qui se presse autour de l'Empereur
-Napoléon. Il y en a une bien étendue aussi en ce moment à Potsdam: on
-déloge toutes les dames d'honneur, on éparpille la Cour dans tous les
-temples, kiosques et berceaux des jardins, vie idyllique, fort peu
-commode pour les devoirs de la Cour. L'Empereur Alexandre, le Prince et
-la Princesse Royale de Wurtemberg arrivent demain. L'Impératrice veuve de
-Russie a atteint Potsdam, _vivante_; voilà le miracle qui en promet
-d'autres, par exemple: d'atteindre Wildbad, d'être à Moscou au
-couronnement de son fils, et à Palerme pour le 1er novembre. Tels sont
-ses projets.
-
- [191] Le Prince Louis de Bade incapable de régner, par suite
- d'une maladie mentale des plus graves, son frère cadet, le Prince
- Frédéric-Guillaume, succéda en 1852 à leur père, le Grand-Duc
- Charles-Léopold. Il prit d'abord le titre de Régent, et ce ne fut
- qu'en 1856 qu'il s'attribua le titre de Grand-Duc, par une
- patente spéciale.
-
-Une correspondante de Mme la Duchesse d'Orléans me disait, il y a peu de
-jours, que la Duchesse est triomphante. Il y a, en effet, de quoi! Si son
-fils, au 24 août[192] prochain, chante la _Parisienne_, soldat du drapeau
-tricolore, il aura une belle position! Il pourra demander du service dans
-les zouaves de la Garde impériale. Que tout cela est pitoyable! Se
-désunir sur des mots, sur des titres, sur des nuances, quand on est
-encore si loin du but! Il semblerait qu'on n'a qu'à faire ses malles pour
-s'installer, les uns au pavillon de Marsan, les autres au pavillon de
-Flore. Jamais on ne s'est plus appliqué à jouer le jeu de ses
-adversaires et à faire prendre racine à la dynastie napoléonienne. Je me
-souviendrai toujours, avec une _triste_ satisfaction, que mon dernier mot
-adressé à la Duchesse d'Orléans, le jour où je la vis à Eisenach, en
-1849, a été: «_Tout ce que je désire, Madame, c'est que vous ne fassiez
-pas d'un Président un Empereur._» Elle a probablement oublié cet adieu,
-mais je m'en souviens pour déplorer d'avoir prédit si juste. Elle aura
-fait bien du mal à son fils.
-
- [192] Le 24 août était le jour de naissance du Comte de Paris
- qui, en 1856, atteignait l'âge de dix-huit ans, par conséquent,
- la majorité pour les rois de France.
-
-
-_Téplitz, 20 août 1856._--Le bruit répété que M. de Morny refuse, tout le
-long de sa route, d'épouser des princesses, tantôt en Saxe, tantôt en
-Mecklembourg, et aussi de Hohenzollern, est sans doute une mauvaise
-plaisanterie que font courir ses ennemis. Il me semble qu'il est assez
-ridicule avec son faste et ses fracas; on prétendait qu'il avait beaucoup
-de goût et de mesure. Eh bien, pas du tout[193]! Esterhazy a commencé dès
-Pétersbourg à donner des fêtes et à éblouir les Moscovites par un luxe
-non moins asiatique que le leur.
-
- [193] Le duc de Morny se rendait à Moscou comme Ambassadeur
- extraordinaire, pour représenter la France au couronnement de
- l'Empereur Alexandre II. Il déploya un luxe qui paraissait d'un
- goût douteux à côté de celui du prince Esterhazy et de lord
- Granville, le premier représentant l'Autriche, le second
- l'Angleterre.
-
-Le maréchal Pélissier, ou pour mieux dire, le duc de Malakoff succombe
-sous le poids des ovations et des honneurs[194]. Le maréchal Canrobert
-pourrait en avoir un peu de jalousie, s'il ne possédait pas, à ce que
-l'on dit, cette vanité naïve dont la trame est impénétrable.
-
- [194] Après la signature de la paix et l'évacuation de la Crimée,
- le maréchal Pélissier revint en France au mois d'août 1856. Il
- fut reçu avec les plus grands honneurs et un accueil enthousiaste
- de la part de la population. En débarquant à Marseille, le
- Maréchal trouva une lettre de l'Empereur qui lui conférait le
- titre de duc de Malakoff; en outre, le Corps législatif lui vota
- une dotation annuelle de cent mille francs, transmissible à sa
- descendance directe de mâle en mâle.
-
-Il y a un peu de Pourceaugnac dans les hommes de ce temps-ci, y compris
-la berline dans laquelle le Comte de Paris, M. Thiers, le Duc de Chartres
-et Montguyon roulent ensemble à Hambourg et ses environs. M. Thiers est
-dans le _fond_ à côté du Comte de Paris, et M. de Montguyon avec le Duc
-de Chartres sur le devant[195].
-
- [195] Mme la Duchesse d'Orléans était pour un mois à Hambourg où
- elle avait appelé plusieurs de ses partisans.
-
-
-_Téplitz, 21 août 1856._--Humboldt m'écrit merveille sur le mariage de ma
-petite-fille Castellane avec le prince Antoine Radzivill; puis, il me dit
-que la douloureuse, très gauche et un peu ridicule expédition du Prince
-Adalbert de Prusse sur la côte du Maroc fait à Berlin un effet qui ne
-saurait être comparé qu'à celui produit à Madrid par le désastre de la
-_Grande Armada_, il y a quelques siècles[196].
-
- [196] Le Prince Adalbert, grand-amiral de la flotte prussienne, à
- bord de la frégate _Dantzig_, avait été attaqué sur la côte du
- Maroc par les pirates du Riff. Le Prince avait reçu une balle
- dans la cuisse durant le combat où il perdit sept hommes, son
- lieutenant de vaisseau entre autres, et dix-sept blessés. Cette
- mésaventure avait péniblement impressionné à Berlin où, par
- dérision, on la compara au désastre de cette formidable flotte de
- guerre, connue sous le nom de l'_invincible Armada_, équipée en
- 1588 par le Roi Philippe II d'Espagne et destinée à envahir
- l'Angleterre afin d'y rétablir le catholicisme.
-
-
-_Sagan, 5 septembre 1856._--Voici une nouvelle épreuve. Mon excellent
-beau-frère, frappé en quarante-huit heures de plusieurs attaques
-d'apoplexie répétées qui lui ont nécessairement affaibli le corps et
-l'âme jusqu'à lui ôter enfin toute connaissance, a rendu hier le dernier
-soupir, à deux heures et demie de l'après-midi[197].
-
- [197] Le comte Schulenbourg avait été frappé à table, pendant
- qu'il dînait, le 3 septembre, d'une attaque d'apoplexie, dont il
- mourut le lendemain.
-
-
-_Berlin, 16 octobre 1856._--Le dédale d'affaires dans lequel je suis
-enfoncée par suite de la mort de mon beau-frère m'a obligée à venir ici.
-Des revenants de Moscou racontaient hier, à Sans-Souci, que les Granville
-y ont donné les meilleurs dîners, que les équipages de M. de Morny y
-primaient tous les autres; mais que c'était la fête donnée par le prince
-Esterhazy qui l'avait emporté par l'élégance, l'éclat, le bon goût, _le
-grand air_, sur toutes les autres fêtes, et qu'on y avait senti qu'on
-était chez un grand seigneur. Le prince Esterhazy, lui-même, m'a écrit la
-veille de son départ de Moscou qu'il était satisfait de son séjour, moins
-encore sous les rapports mondains que par l'espérance d'avoir adouci une
-partie de l'aigreur qui régnait entre les deux Cours.
-
-
-_Sagan, 20 octobre 1856._--La Duchesse de Gênes s'est remariée à un jeune
-officier qui était aide de camp de feu son mari; et cela à l'insu de tout
-le monde. L'époux est fort peu intéressant, peu considérable et peu
-considéré, pas beau, n'ayant que la cape et l'épée. On dit qu'on ôte à
-la Duchesse la tutelle de ses enfants et qu'elle sera renvoyée en Saxe;
-mais il n'y a de certain, je crois, que le fait du mariage[198].
-
- [198] Devenue veuve le 10 février 1855 du Duc de Gênes, la
- Duchesse avait épousé morganatiquement et secrètement, en octobre
- 1856, un marquis de Rapollo qui avait été aide de camp de son
- mari.
-
-Au mariage de la Princesse Louise de Prusse[199], il y a eu un grand
-conflit de rang à la cérémonie et aux fêtes. Le Duc de Cobourg
-prétendait, comme Prince régnant et Souverain, avoir le pas sur les
-Altesses Royales puînées[200]. Le Roi de Prusse n'a pas accédé à cette
-demande et le Duc régnant de Cobourg a dû passer après le Prince Auguste
-de Wurtemberg, parce que celui-ci, neveu du Roi de Wurtemberg, a
-l'Altesse Royale, tandis que le Duc de Cobourg n'a que l'Altesse Ducale,
-excepté à la Cour d'Angleterre. Toute cette lutte a fort déplu; il y a eu
-menace de protestation, de notes diplomatiques; puis on s'est soumis;
-mais je suppose qu'on aura porté plainte à Londres.
-
- [199] La Princesse Louise de Prusse, fille de celui qui fut plus
- tard l'Empereur Guillaume 1er, avait épousé, le 20 septembre
- 1856, le Grand-Duc de Bade.
-
- [200] La question de l'Altesse Royale pour le Duc de
- Cobourg-Gotha n'avait pas encore été acceptée ni réglée en
- Prusse.
-
-
-_Sagan, 25 novembre 1856._--On me mande de Dresde que le Roi de
-Sardaigne, sur les instances du Roi de Saxe, a rendu à la Duchesse de
-Gênes, sa fille, son titre, son nom, son rang, un petit apanage et une
-villa pour habitation. Le petit Prince et la tutelle lui sont ôtés.
-
-Mes lettres de Paris disent que les Mémoires du maréchal Marmont y
-excitent une indignation générale; il y dit un mal affreux de tout le
-monde, femmes et hommes; et en particulier, il est atroce pour sa femme,
-âgée de soixante-treize ans, dont il a dévoré une grande partie de la
-fortune[201]. M. de Falloux ne sera reçu à l'Académie qu'au mois d'avril.
-Mme de La Ferté, qui est à Venise, et les d'Ayen, qui sont en Sicile, ne
-revenant qu'alors, veulent entendre, comme de raison, l'éloge de M. Molé.
-
- [201] Le maréchal Marmont avait épousé, en 1798, la fille du
- banquier comte de Perrégaux qui devint sénateur, puis régent de
- la Banque de France. Les _Mémoires_ du duc de Raguse ont un
- cachet d'âpreté et d'amour-propre qui froissèrent bien des
- personnes quand ils furent publiés en 1856.
-
-On dit que l'Impératrice veuve de Russie mène un train énorme à Nice et
-qu'elle y dépense un million de francs par mois.
-
-Il y a eu des petits bals à Saint-Cloud. Au premier bal, l'Impératrice
-Eugénie était mise très simplement; elle avait une robe de satin blanc,
-sans garniture, avec un simple ourlet; le bruit se répandit aussitôt
-qu'elle allait adopter une toilette simple pour diminuer le luxe ruineux
-des femmes; les maris s'en réjouissaient fort; mais au bal suivant, les
-falbalas, les dentelles, etc., ont reparu, et les maris de soupirer!
-
-Outre ces détails frivoles, on me mande ce qui suit: «La situation
-politique est toujours tendue, le système des concessions a commencé: à
-l'intérieur, par l'abandon du voyage de Fontainebleau, à l'extérieur par
-mille complaisances pour l'Angleterre. La situation est encore très
-forte; il suffirait de deux bonnes récoltes pour la remettre dans son
-plus beau jour; mais le défilé que nous traversons offre des difficultés
-qui ne deviendront pas des périls, quoi qu'en dise l'opposition, mais qui
-obligent à tenir les yeux ouverts. La crise financière s'amende, dans
-deux mois on croit qu'elle sera terminée.»
-
-Une autre lettre me dit ceci: «La princesse de Lieven s'est encore
-fourvoyée dans ses tentatives d'alliance russe. Quelle intrigante! Si son
-esprit est distingué dans la forme, il est bien peu clairvoyant dans le
-fond. Elle a aidé à la chute de M. Guizot, elle a précipité M. de
-Kisseleff, il y a trois ans, en lui faisant écrire que la guerre était
-impossible; aujourd'hui, elle a compromis notre alliance anglaise par des
-intrigues avec Fould et Morny.»
-
-
-_Sagan, 2 décembre 1856._--J'apprends que l'Impératrice douairière de
-Russie ne se plaît pas trop à Nice, et qu'elle se rendra en février à
-Rome, avec tout ce qui voyage en fait de Grands-Ducs et de
-Grandes-Duchesses moscovites. La Grande-Duchesse Hélène veut faire jouer
-la comédie dans la villa qu'elle habite à Nice; mais les éléments
-manquent. Beaucoup de personnes de la société niçoise s'abstiennent de
-forcer la consigne impériale qui a blessé. Le Corps consulaire n'a pas
-été reçu comme _tel_ et ne veut pas arriver sous un caractère privé. En
-tout, on dit Nice, cette année, triste et ennuyeux à force de grandeurs.
-L'Impératrice se plaint surtout... de quoi?... de la laideur de la
-population, à commencer par celle du Roi de Sardaigne qu'elle trouve si
-laid qu'elle dit ne pouvoir l'envisager!
-
-La Reine Marie-Amélie est ravie du mariage de sa petite-fille de
-Belgique. Il est certain qu'on se marie mieux en s'appelant _Cobourg_
-qu'en s'appelant _Orléans_[202]. La Princesse Charlotte avait refusé le
-Roi de Portugal, le Prince héréditaire de Toscane et le Prince Georges de
-Saxe. Je lui sais gré d'avoir été sensible à l'élégante distinction du
-jeune Archiduc qui, _malgré la lèvre de sa famille_, me rappelle le Duc
-d'Orléans. Il est aimable, instruit, ayant le goût des arts et un tour
-d'esprit poétique, animé, chevaleresque qui m'a toujours infiniment plu;
-il a, d'ailleurs, le don de cette conversation facile, abondante,
-diversifiée qui rend Madame sa mère si parfaitement agréable.
-
- [202] Le mariage de la Princesse Charlotte, fille du Roi des
- Belges, avec l'Archiduc Maximilien d'Autriche venait d'être
- décidé; mais il ne fut célébré que l'année suivante, le 27
- juillet 1857.
-
-Le discours royal d'ouverture des Chambres à Berlin annonce un surcroît
-d'impôts qui provoquera de grands éclats aux Chambres, et de nouvelles
-causes de malaise, de mécontentement dans le pays, s'il est adopté; on y
-a déjà pas mal d'humeur[203].
-
- [203] Le discours royal avait surtout un passage relatif aux
- affaires de Neuchâtel, que le Roi se montrait disposé à traiter
- comme une question de droit européen, et, sans les spécialiser,
- Sa Majesté annonçait qu'une augmentation des recettes du budget
- était indispensable pour pourvoir à plusieurs pressants besoins.
-
-
-_Sagan, 16 décembre 1856._--Mon pauvre ami Salvandy va de mal en pis,
-souffrant affreusement, objet de dégoût pour lui-même comme pour les
-autres; il ne permet plus qu'on vienne à lui, il ne reçoit que l'évêque
-d'Évreux, M. de Bonnechose, qui d'Évreux vient à Graveron pour le
-consoler. Il paraît que tout se passe à la satisfaction réciproque entre
-ces deux âmes.
-
-Il me revient que les affaires politiques, qui avaient un moment assombri
-les Tuileries, s'améliorent; que le Congrès a été inventé pour cimenter
-de nouveau l'alliance anglo-française[204].
-
- [204] L'exécution du traité de Paris ayant soulevé quelques
- difficultés de détail entre la Russie et les autres puissances
- contractantes, la réunion d'une nouvelle conférence fut décidée
- le 31 décembre. La première séance eut lieu à Paris au ministère
- des Affaires étrangères pour arriver à mettre fin aux difficultés
- qui entravaient l'exécution de l'article 20 du traité du 30 mars
- précédent. Cet article comprenait la nouvelle délimitation de la
- Bessarabie, la possession de la ville de Belgrade, l'évacuation
- de Kars et de l'île des Serpents par les Russes. L'entente entre
- les deux puissances fut faite le 8 janvier 1857.
-
-On croit que la France cédera sur Belgrade et les Principautés
-danubiennes, en ayant l'air de suivre la majorité, et que l'Angleterre
-cédera, sur la forme, en acceptant une nouvelle réunion du Congrès, que
-d'abord elle ne voulait pas. La situation des personnes reste
-excentrique.
-
-M. Walewski, brouillé avec lord Cowley et avec M. de Persigny, est tenu
-éloigné des relations avec ces deux personnages, qui traitent directement
-avec l'Empereur. On accuse Walewski d'avoir été trop russe. Les Russes
-ont l'oreille basse pour le quart d'heure à Paris, se voyant abandonnés
-par les uns et battus par les autres.
-
-
-_Sagan, 22 décembre 1856._--M. de Salvandy est délivré de la fatigue de
-vivre! Il a fini chrétiennement, ne le plaignons pas; réservons notre
-pitié pour ceux qui portent le fardeau écrasant des peines journalières.
-Quand on voit disparaître les êtres qui se trouvaient mêlés aux
-souvenirs de notre existence, tout un monde de choses se réveille et se
-dresse devant nous; c'est un anneau de la chaîne du passé qui se brise,
-et combien d'anneaux sont déjà rompus de la mienne! En voyant nos
-contemporains, les témoins de notre jeunesse disparaître, on se rappelle
-telle circonstance, telle soirée, pleines d'émotions vives, où ils
-étaient spectateurs; puis tout s'engloutit dans un tombeau ouvert avant
-le nôtre. Avoir creusé le fond des choses humaines et rester de force lié
-au monde est souvent une bien lourde épreuve! J'ai des jours d'épuisement
-si profond, d'angoisse si vraie que le train monotone de la vie me trouve
-sans force pour y faire face. La faculté de souffrir est inépuisable,
-tandis que celle de jouir s'émousse de plus en plus. Quand le serrement
-de cœur est arrivé à un certain point, il faut renoncer à le voir
-s'épanouir jamais plus, et on s'étonne d'avoir encore des larmes ou des
-soupirs pour autre chose!
-
-
-_Sagan, 29 décembre 1856._--J'ai une lettre de Paris dans laquelle on me
-parle d'une correspondance entre lord Palmerston et M. Walewski, au sujet
-du violent langage du _Morning Post_ contre ce dernier. Lord Palmerston a
-écrit à Walewski, dit-on, qu'il était surpris que celui-ci s'étonnât de
-ce langage, qu'il paraissait avoir oublié que ce même journal était sous
-son influence et sous son inspiration pendant son ambassade à Londres et
-qu'alors M. Walewski l'avait employé à perdre M. Drouyn de L'Huys, ce à
-quoi il avait réussi; que maintenant, ce même journal, inspiré par M. de
-Persigny, suivait les mêmes traditions pour perdre M. Walewski et qu'il
-n'y avait rien là qui puisse surprendre celui-ci.
-
-Le jeune lord Shrewsbury, récemment mort, a laissé, dans l'intérêt
-catholique, la plus grande partie de sa fortune au second fils du Duc de
-Norfolk actuel. The Earl Talbot, héritier du titre de Shrewsbury, soutenu
-par tout le parti protestant, conteste ce testament: de là, procès qui
-sera jugé au prochain Parlement[205].
-
- [205] Lord Shrewsbury avait légué sa fortune au second fils du
- duc de Norfolk, mais le comte Henry-Jean Chetwynd Talbot avait
- hérité des titres et armes de lord Shrewsbury. Le duc de Norfolk
- lui en ayant contesté le droit, la Chambre des lords fut saisie
- du procès le 30 juillet 1858; sur un rapport du lord Chancelier,
- les pairs d'Angleterre rendirent un jugement favorable au comte
- Henry-Jean Chetwynd Talbot.
-
-Il y a eu dernièrement à Paris une soirée chez lady Holland, toute de
-pièces de rapport. La maréchale Serrano y brillait de tout l'éclat d'une
-charmante beauté, Mme Barrington de l'éclat de sa touchante pâleur;
-Villemain y dissimulait sa laideur sous la vivacité de ses propos malins;
-Guizot y haussait la tête plus que jamais; Thiers roulait son pétulant
-embonpoint; Mme de Lottum, belle encore comme un beau soir, y parlait de
-son départ pour Berlin; Mme Delmar, qui vend son bel hôtel, s'informait
-si on pouvait décemment habiter rue de l'Université; la duchesse
-d'Istrie, dans ses habits de deuil, semblait dire: _Je suis veuve_. Lord
-Holland souriait à la beauté des femmes et lady Holland circulait dans sa
-bonbonnière avec bonne grâce et belle humeur, au milieu de cinquante
-crinolines. Voilà un petit tableau de genre que je mets sur le chevalet.
-
-
-
-
-1857
-
-
-_Berlin, 9 janvier 1857._--L'assassinat de l'archevêque de Paris[206] m'a
-fort émue par le fait en lui-même, comme par tout ce qui réveille en moi
-le souvenir de son avant-dernier prédécesseur, qui n'a pas été tué d'un
-seul coup, mais qui a succombé à une série de persécutions d'autant plus
-pénibles pour lui qu'il sentait l'Église attaquée dans sa personne.
-
- [206] Le 4 janvier 1857, l'archevêque de Paris, Mgr Sibour, avait
- été frappé d'un coup de poignard dans l'église de
- Saint-Étienne-du-Mont, où il officiait, par un prêtre du diocèse
- de Meaux, nommé Verger, récemment interdit et que Mgr Sibour
- avait refusé de recevoir dans son clergé. Jugé et condamné à
- mort, Verger fut exécuté le 30 janvier suivant.
-
-Je lis maintenant, après avoir achevé les lettres édifiantes, et toutes
-admirables, de Mme de Maintenon, les Mémoires de l'abbé Ledieu sur
-Bossuet. Décidément, je ne me sens à l'aise que dans la compagnie du
-grand siècle[207].
-
- [207] L'abbé Ledieu avait été, en 1684, attaché à la personne de
- Bossuet en qualité de secrétaire. Quatre ans avant la mort de
- l'évêque de Meaux, il se mit à écrire un journal, aussi curieux
- qu'instructif, notant jour par jour, heure par heure, les faits
- et gestes de son illustre maître. Ces Mémoires, qui renferment
- des trésors de détails des plus intéressants, ne furent publiés
- qu'en 1856 par l'abbé Guette, d'après le manuscrit autographe.
-
-
-_Berlin, 15 janvier 1857._--On savait que M. de Morny courtisait une
-jeune Américaine qu'il devait épouser; elle devait venir ici à sa
-rencontre, et il la plante là pour épouser une Russe[208]. Mme Le Hon
-n'est pas moins consternée que l'Américaine; une lettre formelle (qu'elle
-montre) lui a signifié son arrêt. Cette lettre dit qu'en se mariant il
-cédait au désir de l'Empereur et de la France! Puis il finit: «Ne me
-répondez pas de lettre; seulement, par le télégraphe, le seul mot:
-_J'approuve._» Les quolibets, épigrammes, bons mots pleuvent à Paris sur
-les différents acteurs de cette étrange et vulgaire comédie.
-
- [208] En revenant du couronnement de Moscou, M. de Morny épousa à
- Saint-Pétersbourg une princesse Troubetskoï, demoiselle d'honneur
- de l'Impératrice, qui devint en secondes noces duchesse de Sesto.
-
-
-_Berlin, 20 janvier 1857._--Louis-Napoléon est fort à la mode ici en ce
-moment. On reconnaît bien ce qu'il y a d'humiliant à être son protégé,
-mais on est bien aise de l'efficacité de cette protection; on s'en targue
-à l'égard de l'Autriche, qu'on déteste, et de l'Angleterre, dont on est
-mécontent. Quant aux aboyeurs imbéciles, ils vous disent tout simplement
-qu'il a suffi de mobiliser l'armée pour faire céder les Suisses. Mais
-maintenant que les Neuchâtelois sont mis en liberté, fera-t-on de
-nouvelles conditions[209]? Ira-t-on, en ce sens, au delà de ce qu'on a
-fait savoir _verbalement_ au grand protecteur. Il y a des personnes qui
-le craignent, car un certain parti y pousse à force. D'un autre côté,
-Hatzfeldt mande de Paris que si on ne tient pas implicitement ce qu'il a
-eu la simplicité de rapporter, sans avoir rien d'écrit, le protecteur
-pourrait bien s'en irriter grandement. Hübner et Cowley, dit-on,
-_guettent ce joint_. Ainsi, on ne peut pas dire qu'on soit hors de la
-crise; seulement, elle est dans une nouvelle phase moins guerrière, mais
-non moins déplaisante.
-
- [209] A la suite d'une insurrection qui avait éclaté dans le
- canton le 29 février 1848, Neuchâtel s'était rendu indépendant de
- la Prusse en proclamant une constitution démocratique. Le Roi de
- Prusse protesta et, au mois de septembre 1856, le parti
- royaliste, ayant à sa tête le comte de Pourtalès, tenta un coup
- de main pour rétablir la suzeraineté prussienne. Cette tentative
- fut réprimée par les troupes du Conseil fédéral, qui firent
- plusieurs prisonniers, et il fallut l'intervention de la France
- pour obtenir leur élargissement _sans_ caution, après avoir fait
- prendre au Roi de Prusse l'engagement de renoncer à son droit de
- suzeraineté. Le traité du 26 février 1858 affirma définitivement
- l'indépendance de Neuchâtel.
-
-
-_Berlin, 30 janvier 1857._--La voilà donc morte cette femme dont le salon
-sera regretté. Ici, on est curieux des détails de sa fin, mais on n'est
-que _curieux_. Mme de Hatzfeldt, dont le mari est malade, a mandé
-télégraphiquement, au ministre Manteuffel, la mort de Mme de Lieven, et
-celui-ci l'a annoncé au Roi et à la Famille Royale; cela a paru _un peu
-ridicule_. Malgré les dix ans que Mme de Lieven avait de plus que moi, je
-la regardais comme une contemporaine; je l'ai tant pratiquée, son
-souvenir se mêlait à des années qui ont été si riches et si remplies pour
-moi que j'ai été émue de sa fin. Ce grand gouffre du passé se remplit si
-vite qu'il n'y a presque plus place que pour moi; et même, je ne tarderai
-guère à la prendre.
-
-
-_Berlin, 1er février 1857._--On me mande de Paris que Mme de Lieven a
-eu peu d'agonie, qu'elle a reçu la communion l'avant-veille de sa mort,
-qu'elle connaissait et envisageait son état avec calme. On assure qu'elle
-a écrit, la veille de sa mort, une lettre à M. Guizot pour lui être
-remise après sa fin. M. Guizot l'avait quittée, ainsi que Paul de Lieven,
-à dix heures du soir, pour revenir le lendemain matin; mais elle a expiré
-à minuit et demi. Elle a laissé un testament par lequel elle demande à
-être enterrée en Russie. Dès le lendemain de sa mort, M. Guizot était à
-une séance à l'Académie, y lisant un morceau sur M. Biot.
-
-
-_Berlin, 8 février 1857._--J'ai vu ici les Meyendorff accablés par la
-mort de leur fils. Ils racontent que Mme de Lieven, après avoir imploré
-les médecins de la tirer d'affaire, est devenue toute calme, résignée,
-simple et courageuse, lorsqu'elle a vu que les secours humains étaient
-inutiles. Elle a nommé le duc de Noailles et le duc de Montebello
-exécuteurs testamentaires. Le premier m'a écrit qu'elle ne laissait pas
-précisément des mémoires, mais beaucoup de morceaux détachés et force
-correspondances. Elle a laissé huit mille livres de rente viagère à M.
-Guizot, cent mille francs comptant à son neveu Benkendorff, vingt-cinq
-mille francs à chacune des petites Ellice, un bijou et de l'argent à sa
-demoiselle de compagnie. M. Guizot écrit des lettres sur du papier à
-larges bords noirs, _papier de veuf_. Il y a des personnes qui croient au
-mariage. Il a paru très affecté auprès du lit mortuaire, ce qui ne l'a
-pas empêché d'aller le lendemain à une séance préparatoire de l'Académie;
-c'est lui qui a écrit dans les _Débats_ l'article nécrologique.
-
-Les journaux anglais placés sous l'inspiration de lord Palmerston disent
-du mal de Mme de Lieven, ceux de l'influence opposée en disent du bien;
-les uns trop de bien, les autres trop de mal: cela se passe toujours
-ainsi.
-
-
-_Berlin, 21 février 1857._--J'ai reçu le sixième volume du duc de Raguse;
-je le lis et je trouve, à part la partie militaire que je ne sais pas
-apprécier, ces mémoires curieux, non pas par le sens politique, dont ils
-ne portent pas le caractère, mais par l'appréciation du caractère de
-Napoléon; on y voit très bien comment a grandi l'Empire et comment il
-s'est écroulé. Quant au duc de Raguse lui-même, il est si content de lui
-qu'on ne prend aucun intérêt à ce qui lui arrive d'heureux ou de
-malheureux; comment plaindre celui qui a vécu dans la béatitude de
-l'orgueil?
-
-On admire beaucoup le dernier discours de l'Empereur Napoléon III. Je
-suppose que M. Thiers doit en admirer surtout la dernière phrase[210]. Au
-fait, il est l'homme qui, sans s'en douter, a le plus servi au réveil du
-bonapartisme en France: le retour des cendres de Sainte-Hélène et son
-ouvrage sur le Consulat et l'Empire ont frappé les imaginations
-populaires. Il ne s'est guère embarrassé de son amour de la liberté pour
-louer l'esprit le plus despotique des temps modernes.
-
- [210] En ouvrant le 15 février la session législative de 1857,
- l'Empereur Napoléon III avait prononcé un discours dans lequel il
- célébrait les bienfaits de la paix qu'il était parvenu à
- rétablir, l'intention de réduire les dépenses sans suspendre les
- grands travaux et de diminuer certains impôts. Puis il remerciait
- les députés d'avoir proclamé l'Empire pendant leur législature,
- de l'avoir soutenu pendant la guerre, et résumait toute sa pensée
- dans cette phrase où il faisait une si évidente allusion à M.
- Thiers: «La France, sans froisser les droits de personne, a
- repris dans le monde le rang qui lui convenait et peut se livrer
- en toute sécurité à tout ce que produit le grand génie de la
- paix. Que Dieu ne se lasse pas de la protéger et bientôt l'on
- pourra dire de notre époque ce qu'un homme d'État, historien
- illustre et national, a écrit du Consulat: «_La satisfaction
- était partout, et quiconque n'avait pas dans le cœur les
- mauvaises passions des partis était heureux du bonheur public._»
-
-Quelqu'un qui arrive de Paris disait ici, il y a quelques jours, que les
-amis libéraux de Thiers sont aigris contre lui, qu'ils le tiennent en
-suspicion, tandis que lui-même déborde de satisfaction personnelle. Quel
-singulier temps! Quelle confusion!
-
-
-_Sagan, 28 février 1857._--M. de Humboldt a eu une petite attaque
-d'apoplexie, la veille de mon départ de Berlin; la tête restait libre,
-mais ses jambes avaient peine à retrouver quelque mouvement. Le médecin
-Schœnlein ne voyait aucun danger immédiat; mais il a dit que l'adieu
-suprême ne pouvait guère tarder.
-
-J'ai trouvé ici plusieurs lettres qui m'y attendaient. Il y en a une
-partant du camp doctrinaire ou, au moins, d'une affiliée, qui me dit: «De
-l'aveu de tous nos amis, les torts, dans les malheureuses dissidences qui
-ont de nouveau éclaté entre les deux branches de la Maison de Bourbon,
-les torts sont, dit-on, du côté des Princes d'Orléans. Ils semblent
-retomber sous le joug de leur belle-sœur. M. le Comte de Chambord vient
-de répondre au duc de Nemours, et cette réponse a complètement satisfait
-nos amis[211]. La rupture n'éclatera pas publiquement encore, mais je
-crains bien qu'elle ne devienne inévitable.»
-
- [211] On trouvera la lettre de M. le Comte de Chambord au duc de
- Nemours aux pièces justificatives de ce volume.
-
-D'autre part, on me dit que l'aigreur augmente entre les _légitimistes_
-pur sang et les orléanistes violents, et cela par l'imbroglio nouveau
-résultant de la mission de M. de Jarnac envoyé à Venise par le duc de
-Nemours. La réponse du Comte de Chambord a été portée à Claremont par M.
-de La Ferté. Le Comte de Chambord avait reçu la lettre de son cousin sans
-l'ouvrir devant M. de Jarnac, lui disant qu'il y répondrait plus tard. M.
-de Jarnac s'était rendu de Venise à Gênes près de Mme la Duchesse
-d'Orléans; en route, il a reçu une dépêche télégraphique du duc de
-Nemours lui enjoignant de ne pas communiquer à la Duchesse d'Orléans une
-copie de la lettre adressée par lui au Comte de Chambord, quoiqu'il se
-rendît à Gênes dans ce but. La réponse portée par le marquis de La Ferté
-dit que l'on ne peut rien faire, rien discuter, loin de la France et sans
-elle. Cette réponse me plaît assez, je l'avoue. Elle est, ce me semble,
-la seule raisonnable à la pression exercée par les Princes d'Orléans qui
-veulent que le Comte de Chambord s'engage, dès aujourd'hui, à prendre le
-drapeau tricolore, à promettre le gouvernement représentatif (bien
-tentant, en effet, d'après ses beaux résultats pour les deux branches) et
-le suffrage universel. Voilà ce que les d'Orléans appellent le baptême de
-la légitimité. En attendant, le Comte de Paris, actuellement à Gênes, se
-pâme d'aise en contemplant la garde nationale piémontaise. Quel avenir
-cela promet à la France, si ce jeune homme y rentre en souverain! Nous y
-reverrions un second roi-citoyen. Le Comte de Chambord a donné l'ordre à
-son monde de ne publier sa réponse au duc de Nemours que si celui-ci
-faisait publier sa lettre à lui.
-
-Il y a eu dernièrement dîner chez le ministre d'Autriche à Paris, M. de
-Hübner, auquel assistaient le duc et la duchesse de Galliera, M. de
-Flavigny et autres fusionnistes, et auquel se rendirent, par méprise du
-jour indiqué, en outre, le général Fleury et sa femme. On peut imaginer
-la figure que firent le maître de la maison, plus aplati que jamais dans
-sa maigreur, d'une part, et les violents fusionnistes, de l'autre. La
-grimace de la duchesse de Galliera l'enlaidissait fort. Le général Fleury
-disait de son côté: «Passe pour les autres, mais pour M. de Flavigny dont
-j'ai lu une lettre sollicitant une place de sénateur, c'est trop fort!»
-
-En vérité, quand je me représente ce que deviendrait le monde si
-tourmenté par ses instincts socialistes et par ses associations secrètes
-et sanguinaires, sous le règne du Comte de Paris, élevé par Madame sa
-mère qui est pire encore que Mme de Genlis... quand je songe au peu que
-pourrait M. le Comte de Chambord, seul, sans postérité, contre la masse
-d'intrigues, de perfidies, de trahisons qui neutraliseraient, dès le
-début, l'union si peu franche des deux branches, je me prends à désirer
-que l'homme taciturne ne quitte pas de longtemps le terrain difficile,
-dangereux sur lequel il a su se maintenir jusqu'à présent. M. de
-Talleyrand disait: «_Ce ne sont pas les dupes qui manquent, ce sont les
-charlatans._» Eh bien, il y a des moments où ils sont les seuls héros
-possibles, comme il y a des maladies que les empiriques seuls guérissent
-ou, du moins, s'ils ne guérissent pas, ils empêchent de mourir trop tôt.
-
-
-_Sagan, 2 mars 1857._--On me mande de Vienne que l'on jette la pierre à
-Marmont sur le portrait plus juste que flatteur de M. de Metternich qu'il
-a mis dans ses Mémoires. On dit, avec raison, que ce n'était pas à lui,
-Marmont, comblé par le vieux prince, de livrer au public un portrait
-aussi peu flatté. En effet, ce n'est pas la reconnaissance qui paraît
-avoir été la tendance principale de Marmont. Il y a un passage, entre
-autres, dans le sixième volume, où Marmont énumère ses motifs pour ne pas
-se croire des obligations envers l'Empereur Napoléon 1er, qui m'a
-semblé assez vilain dans ses vulgaires détails. Du reste, voilà une
-preuve de plus de l'inconvénient de publier trop vite. Quand on écrit
-pour des contemporains, il faut peindre avec des nuances adoucies qui
-nuisent à la vérité, et quand on veut parler selon le fond de sa pensée,
-il ne faut s'adresser au public qu'après avoir mis le dernier
-contemporain sous terre.
-
-
-_Sagan, 14 mars 1857._--La faveur de M. de Morny auprès de l'Empereur
-Napoléon pâlit de plus en plus; on le tiendra à Saint-Pétersbourg assez
-longtemps, puis on l'engagera à continuer son _honey-moon_[212] en
-Auvergne. Il n'aura pas de sitôt une situation officielle, pas même celle
-de président du Corps législatif.
-
- [212] De l'anglais: sa lune de miel.
-
-J'ai reçu, hier, une lettre datée de Paris de M. de Falloux. J'ai
-confiance dans les impressions de cette nature si finement et si
-délicatement organisée. Voici un passage de cette lettre: «J'aurais dû
-trouver ici bien des changements, et je ne vois, au contraire, que des
-sentiments et des partis pris qui se tiennent imperturbablement à la même
-place, aussi bien dans le sens favorable que dans le sens opposé à mes
-propres vœux. Les hommes qui ont vu les derniers événements de
-famille[213] tourner contre eux, n'aiment pas à s'avouer battus; ceux qui
-sont parvenus à leurs fins, ou à peu près, sont effrayés de la partie qui
-leur reste à jouer, et n'en semblent que plus préoccupés de chanter
-victoire. En attendant, tous les résultats _immédiats_ profitent au
-possesseur actuel; mais, à mesure que ses ennemis le servent mieux, ses
-amis le servent plus mal, cela rétablit l'équilibre.»
-
- [213] De la maison de Bourbon.
-
-
-_Sagan, 24 mars 1857._--L'Empereur Napoléon a donné tout dernièrement à
-Mme de Castiglione une émeraude de cent mille francs, la plus belle qui
-existe. On dit que jamais belle n'a été aussi intéressée. Ce qui fait
-tourner, non pas une tête couronnée, mais toutes les têtes couronnées ou
-non, à Paris, c'est un Américain nommé _Hume_ qui produit _gratis_ des
-effets étranges. Il tient son principal domicile chez la princesse de
-Beauveau. On assure qu'il a mis la comtesse Delphine Potocka en
-communication avec Paul Delaroche, mort il y a quelques semaines. J'ai
-plus d'une raison pour ne rien nier, rien contester; mais si je crois
-que Dieu, dans sa miséricorde ou dans son courroux, permet de certaines
-exceptions aux règles communes, dont sa sagesse nous a environnés, je
-trouve qu'il y a profanation, péché à chercher spontanément, curieusement
-à soulever le voile. Cela ne peut être que contraire au salut. Ce que
-Dieu envoie sans notre recherche, ah! c'est différent; il y a des grâces
-spéciales à ce qu'il permet, à ce qu'il autorise; mais quand c'est nous
-qui prévoyons, ce n'est plus que l'amour du démon qui nous pousse. Voilà,
-je le sais, une doctrine toute hypothétique, fort contestable, mais non
-pas fausse; du moins, elle n'a rien dont la foi puisse s'offenser. J'ose
-dire qu'elle contient du vrai plus qu'on ne pense.
-
-On me dit que Guizot court le monde, les salons, qu'il se mêle aux
-foules, comme si de rien n'était; vraiment la sécheresse de son cœur n'a
-d'égale que celle du cœur auquel il était uni.
-
-Ce qui est plus fâcheux pour le public, c'est que M. Cousin est assez
-malade pour interrompre forcément ses études sur les femmes du
-dix-septième siècle. J'en suis désolée, car je n'aime en fait de peintres
-de portraits que ceux qui embellissent haut la main; s'il est évident que
-M. Cousin peint trop favorablement nos grandes et belles devancières qui
-nous laissent, pauvres pygmées que nous sommes, si loin derrière elles,
-il nous repose, du moins, de l'esprit libellique qui est un miroir plus
-infidèle encore.
-
-Mignet vieillit; on le dit fini. La perte de ce qui lui semblait la
-liberté a brisé un esprit qu'aucune chaleur d'âme ne nourrissait. Il
-avait une conviction qui lui échappe; des sentiments, non. Il paraît que
-Thiers _surnage mieux_; on dit qu'il vit en assez bonne harmonie avec un
-pouvoir qu'il ne veut pas servir, mais qu'il est bien aise de conseiller
-dans l'occasion. Pour passer le temps, il court les ventes, les marchands
-de curiosités, et il jouit des succès de son livre[214].
-
- [214] _Le Consulat et l'Empire._
-
-
-_Sagan, 27 mars 1857._--On m'écrit de Paris de nouveaux faits encore
-étranges du fameux M. Hume. Il vient d'aller chercher en Amérique sa
-sœur qui possède, dit-il, à un plus haut degré que lui une puissance
-électro-magnétique formidable. La duchesse de Vicence, une des plus
-_incrédules_ en toute chose, _esprit fort_, a eu son mouchoir arraché de
-ses mains, quelque insistance qu'elle y mît, et cela par deux mains dont
-on n'apercevait pas les bras. On me cite d'autres nouvelles que je ne
-répéterai pas, parce que les _croyants_ sont, en ce genre de choses,
-moins _croyables_ que les _incrédules_. Baissons la tête, ne contestons
-pas ce que nous ne pouvons expliquer, mais n'augmentons pas le nombre des
-curieux, de peur de tomber au pouvoir du _mauvais esprit_, en sortant des
-limites tracées par une sage Providence.
-
-
-_Sagan, 2 avril 1857._--J'ai lu le discours de M. de Falloux à
-l'Académie; il faut lui savoir gré d'avoir, par prudence et modération,
-renoncé à l'éclat, et de s'être borné à l'élégance du style, à la
-délicatesse d'expression, à la finesse d'aperçus et, en général, au plus
-exquis bon goût ajouté encore à une charmante modestie[215].
-
- [215] M. de Falloux fut reçu à l'Académie française le 26 mars
- 1857; il y remplaçait M. Molé. Son discours fut accueilli assez
- froidement par la docte Assemblée, comme par une grande partie du
- public, qui s'interdisait une approbation littéraire pouvant
- ressembler à un assentiment politique.
-
-
-_Sagan, 8 avril 1857._--Il paraît qu'on s'attend, à Paris, à ce que le
-Pape oblige l'évêque de Moulins[216] à donner sa démission. Il est,
-hélas! à ce qu'il semble, atteint de la maladie qui a déjà frappé
-plusieurs personnes de sa famille, entre autres un frère aîné, jadis
-charmant homme, et mort avec la camisole de force. Mgr de Moulins
-mériterait presque qu'on la lui mît, quand il fait défendre en chaire la
-lecture de Bossuet comme schismatique et _protestant_.
-
-M. de Morny ne tardera pas à quitter la Russie; il ne fera que traverser
-Paris pour aller en Écosse chez M. de Flahaut. Mme de Castiglione, dont
-le règne finit, retourne en Piémont, munie de la colossale émeraude.
-
-A l'occasion de l'élection de M. Émile Augier à l'Académie, il s'est
-manifesté une aigreur inaccoutumée parmi les quarante immortels. Les
-voltairiens ont été attaquants, les catholiques véhéments, les ralliés au
-gouvernement actuel exigeants, les opposants intolérants. Ce que M. de
-Fontanes appelait la liberté de la république des Lettres en est aussi à
-la licence, au fractionnement infini. On y voit, comme ailleurs, des
-dissidents, des schismatiques, des hérétiques s'excommuniant les uns les
-autres, ce qui achèvera de perdre le peu de sagesse, de bon goût, de
-courtoisie qui s'était réfugié à l'Académie comme son dernier asile.
-
- [216] Mgr de Dreux-Brézé.
-
-
-_Sagan, 17 avril 1857._--Dans l'audience académique que M. de Falloux a
-eue aux Tuileries, et qui s'est passée très gracieusement, l'Empereur lui
-a dit: «Le désordre nous avait rapprochés, je regrette que l'ordre ne
-nous ait pas réunis!» Un instant après, il a ajouté: «J'espère que le
-temps de votre Ministère[217] est entré pour quelque chose dans le choix
-de l'Académie; j'aurai ainsi un peu contribué à votre élection, et j'en
-suis charmé.» Le reste n'a été qu'un échange bienveillant de propos sur
-le théâtre de l'Empire entre M. Brifaut et l'Empereur.
-
- [217] M. de Falloux avait été Ministre de l'Instruction publique
- et des Cultes sous la Présidence.
-
-
- _Sagan, 22 avril 1857._--La comtesse Colloredo m'écrit de Rome, en
- date du 14: «Il arrive deux fois par jour des dépêches
- télégraphiques qui se contredisent sur l'arrivée de la Czarine
- ici. Il paraît que c'est décidément demain qu'elle apparaîtra. La
- Grande-Duchesse Olga n'a voulu recevoir jusqu'à présent que les
- Russes, les Ambassadeurs et les Ambassadrices; le reste du Corps
- diplomatique et les dames italiennes sont ajournées. Nous avons
- été reçus en particulier; elle a été fort aimable pour mon mari
- qu'elle a connu à Saint-Pétersbourg, et très polie pour moi; mais
- je lui ai trouvé les manières et le langage cassants; il paraît
- que c'est le ton des Princesses Impériales russes. Son visage, son
- regard sont très froids; elle me paraît ressembler beaucoup à feu
- son père; cependant, de temps à autre, il se répand sur ce visage
- régulier un ravissant, mais triste sourire. La Grande-Duchesse
- Olga a été chez le Saint-Père; elle lui a baisé, non pas la mule,
- mais la main. Le jour de Pâques, sous le prétexte de quelques
- nuages peu effrayants, on a contremandé l'illumination de
- Saint-Pierre, et, le lendemain, le feu d'artifice du Pincio. Le
- dessous des cartes, c'est qu'on a voulu garder ces deux admirables
- coups d'œil pour la Czarine; et cela, à la grande fureur des
- dévots et des convertis. L'illumination de Saint-Pierre aura donc
- lieu le _jour de Pâques grecques_, et cela pour une souveraine
- schismatique! Tout ceci produit des commérages gigantesques.
- Grégoire XVI, le dernier Pape, n'aurait pas remis l'illumination.»
-
-
-_Sagan, 5 mai 1857._--On dit qu'il y a eu, à la suite d'un dîner chez la
-maréchale d'Albuféra, un assaut entre la duchesse de Galliera et M.
-Thiers qui doit avoir été piquant, la Duchesse soutenant la discussion
-contre le grand jouteur avec une fermeté remarquable. C'était à propos
-d'un article de M. de Montalembert qui a valu un avertissement au journal
-qui l'a publié. Thiers soutenait qu'il n'était pas vrai que tous les
-hommes politiques en France eussent changé d'opinions, que chacun avait
-commis des erreurs, à commencer par Napoléon Ier et Louis-Philippe; mais
-que pour les hommes sérieux, il en connaissait plus d'un qui était resté
-fidèle à ses doctrines, que souvent, en France, on se distrayait en
-changeant de goûts et d'occupations, mais non pas d'opinions. Puis, il a
-ajouté: «Quant à moi, je n'ai plus envie de rien dire au public; aussi je
-ne me plains nullement de la loi qui régit la presse; après tous ses
-excès, elle n'a eu que ce qu'elle méritait; personne dans le pays ne s'y
-intéresse, ne s'en soucie; parfois on regrette la liberté de la tribune
-pour ce qui regarde les finances, mais à ce point de vue uniquement; et
-on a maintenant une bien autre liberté que sous le premier Empire.»
-
-Que dire de ce langage de la part de quelqu'un qui prône la fixité des
-opinions. Ne se donne-t-il pas un démenti à lui-même?
-
-On m'écrit ceci sur l'arrivée du Grand-Duc Constantin à Paris: «Le
-Grand-Duc Constantin est arrivé hier pour notre gloire plus que pour la
-sienne. S'il vient pour sonder les secrets de notre civilisation, son
-séjour sera bien court, et s'il compte enlever notre alliance, je crois
-qu'il se trompe[218].»
-
- [218] Le Grand-Duc Constantin, frère cadet de l'Empereur de
- Russie et marin de profession, vint en France accompagné du
- général de Totleben et d'une suite nombreuse. A la tête d'une
- escadre russe, il débarqua à Toulon le 20 avril et fut reçu avec
- un grand éclat dans toutes les villes de France où il s'arrêta.
- Pendant les dix jours qu'il séjourna à Paris et les quatre qu'il
- passa avec la Cour à Fontainebleau, on multiplia les fêtes en son
- honneur. Après avoir séjourné un mois en France, le Grand-Duc
- s'embarqua à Bordeaux le 21 mai sur un yacht impérial, _la Reine
- Hortense_, mis à sa disposition; il visita les principaux ports
- et les établissements maritimes de l'Océan et se rendit à Osborne
- pour saluer la Reine d'Angleterre. Il retourna ensuite par
- l'Allemagne en Russie.
-
-Il paraît qu'il y a une lettre singulière de feu la duchesse de Broglie à
-Schlegel, publiée dans les œuvres complètes de celui-ci. Elle lui écrit
-au sujet des difficultés de Schlegel sur la religion. Cette lettre est
-curieuse pour ceux qui ont connu la duchesse de Broglie, à cause des
-révélations sur elle-même, bien plus que par la force des raisonnement.
-Elle dit par exemple: «Je sais, et par expérience, que l'âme peut
-souffrir plus que tous les tourments du corps, si elle se trouve vide,
-dépouillée, privée des objets qui lui plaisent et ne pouvant rien aimer
-de ce qui l'entoure.»
-
-Quel aveu! Le plus étrange, c'est que c'est son mari et sa famille qui
-viennent de faire imprimer séparément cette lettre, et qu'ils la
-distribuent de tous côtés; tant les caractères imprimés portent à la tête
-des doctrinaires, qu'ils ne s'embarrassent pas qu'une des leurs dise
-qu'elle ne pouvait les souffrir. Les drôles de gens! La Duchesse a
-évidemment souffert du manque d'affection, mais son organisation ne l'a
-pas entraînée, et l'extrême froideur qui règne dans tout ce qu'elle a
-écrit prouve que l'abstraction a pu lui suffire. Dieu lui a fait là une
-grande grâce! L'aridité, ou du moins la sécheresse, vient quelquefois en
-aide à la vertu.
-
-Un mot encore de Rome. L'Impératrice, et les quatre-vingts chevaux
-qu'elle a réclamés, ont fait leur entrée à Rome, au milieu d'une foule
-morne, effrayée de la maigreur de squelette de la Czarine. Cette robuste
-mourante a été, dès le lendemain, à Saint-Pierre et y a marché d'un pas
-très ferme; puis de là, elle s'est rendue à la villa Borghèse par un
-temps désagréablement refroidi à la suite d'un gros orage; cela n'a pas
-empêché l'Impératrice de descendre de voiture, de s'asseoir dans une
-allée, de demander le nom des promeneurs et d'en faire appeler (qu'elle
-ne connaissait pas) pour leur parler. Le lendemain, elle devait aller
-chez le Saint-Père, le jour après à son église grecque et recevoir tous
-les Russes. On ne pense pas qu'elle s'amuse à Rome pendant les trois
-semaines qu'elle compte y rester; elle doit retourner par mer à Gênes,
-puis par Turin et la Suisse à Wildbad. La société romaine, qui affiche
-depuis quelque temps une grande insouciance pour tout ce qui est princes
-et rois, ne fait rien pour la divertir. On ne parle que d'un déjeuner
-offert à la Czarine par les Doria dans leur belle villa Pamphili.
-
-
-_Sagan, 8 mai 1857._--On m'écrit encore de Rome que l'Impératrice de
-Russie, en se rendant chez le Saint-Père, a demandé à celui-ci de lui
-montrer tout son appartement, y compris la chambre à coucher où jamais
-femme ne peut entrer. Le Saint-Père y a cependant consenti, et a mené
-cette importune personne partout. Il me semble qu'il a eu grand tort, et
-qu'il aurait dû tout simplement lui dire que jamais aucune personne du
-sexe féminin n'y pénétrait.
-
-Le ciel romain est moins complaisant; car, après un hiver d'une
-sécheresse remarquable, il ne cesse de pleuvoir à verse depuis que la
-Czarine est présente.
-
-
-_Sagan, 12 mai 1857._--A la fête donnée à Villeneuve-l'Étang, près
-Paris, par l'Empereur Napoléon au Grand-Duc Constantin de Russie, malgré
-les brodequins en gros-de-naples et les plus magnifiques dentelles, il y
-a eu des parties de barre jusqu'à huit heures du soir, des courses sur
-les collines où on simulait l'assaut d'un château fort; puis des
-promenades sur l'eau, l'Impératrice ramant et conduisant une petite
-barque! l'Empereur courant de vrais dangers sur une planche qu'on appelle
-patin, sur laquelle il faut une adresse infinie pour se tenir en
-équilibre, et qu'il conduit avec une dextérité remarquable. _N'est-ce pas
-comme un apologue!_ La Grande-Duchesse Stéphanie était au milieu de toute
-cette joie, malgré son âge et un changement qui a frappé tout le monde.
-Elle est revenue à huit heures du soir à Paris en calèche découverte.
-
-Lord Cowley a engagé le Grand-Duc Constantin à aller en Angleterre; il se
-bornera à une course à l'île de Wight.
-
-
-_Sagan, 24 juin 1857._--Quelqu'un, de l'entourage de la Reine de Prusse,
-me mande de Téplitz que le Roi comptait aller, de Marienbad, faire une
-courte visite à Vienne, avant de venir prendre la Reine, à Marienbad,
-pour se rendre avec elle à Sans-Souci, où on attend la Czarine veuve, le
-18 juillet[219].
-
- [219] Cette course à Vienne, sans motif politique, eut lieu le 8
- juillet. Le Roi était accompagné de sa sœur, la Grande-Duchesse
- de Mecklembourg-Schwerin. Ce fut au retour, à Marienbad, qu'il
- eut une petite attaque d'apoplexie que l'on crut pouvoir
- dissimuler, mais qui fut le commencement de sa maladie, un
- ramollissement du cerveau qui conduisit le Roi au tombeau
- quelques années plus tard.
-
-
-_Sagan, 31 juillet 1857._--J'entends dire de tristes choses sur la santé
-du roi de Prusse. L'état moral se ressent de la dernière secousse, par
-une extrême agitation. Il dit lui-même: «_Je suis à bout._» On lui
-épargne les affaires; mais cela ne saurait durer ainsi, car il y a des
-choses qu'il est urgent de décider; bref, c'est un état de santé qui se
-remettra sans doute, mais le coup de tocsin a sonné.
-
-
-_Günthersdorf, 17 août 1857._--On m'écrit que le jour où le feld-maréchal
-Radetzky a quitté Vérone pour se rendre à Milan, où il va finir les
-quelques jours qu'il lui reste à passer sur cette terre, il a été entouré
-d'ovations par les indigènes; on avait tapissé les rues, toute la
-population de Vérone était au débarcadère; il y a eu des _vivats_, sans
-fin. C'est le seul Autrichien qui trouve franchement grâce auprès des
-Italiens. Je suis bien aise qu'il ait eu ces acclamations pour dernière
-joie humaine. Son successeur, l'Archiduc Maximilien, et sa jeune épouse
-doivent être arrivés hier à Venise; s'ils y sont bien reçus, ils y
-resteront plusieurs semaines; sinon, ils iront sans délai à Milan.
-
-On mande de Toscane que l'arrivée du Pape y a causé de grandes
-discussions à cause du cérémonial. Le Nonce voulait que le Grand-Duc
-précédât à cheval la voiture du Saint-Père à son entrée à Florence, comme
-l'a fait le Duc de Modène. Après force parlementage, il a été décrété que
-le Grand-Duc héréditaire et son frère iraient au-devant du Pape, jusqu'à
-la frontière, et toute la famille Grand-Ducale à la station _delle tre
-Maschere_, à trois heures de Florence, auberge dont Boccace fait mention
-dans son _Décaméron_[220].
-
- [220] Pie IX, ayant résolu de se rendre à Lorette pour y
- accomplir un pieux pèlerinage, entreprit un voyage qui, pendant
- quatre mois, le tint éloigné de Rome. Parti le 4 mai 1857, il ne
- rentra dans sa capitale que le 5 septembre suivant. Après avoir
- été prier dans la _Casa Sancta_, s'être rendu à Sinigaglia, sa
- ville natale, et dans plusieurs autres villes d'Italie, le
- Saint-Père fit encore visite au Duc de Modène et au Grand-Duc de
- Toscane.
-
-Le général de Goyon prépare un grand bal superbe à Rome pour la
-Saint-Napoléon; mais, hors deux vieilles centenaires et trois jeunes
-femmes en couches, il n'y a pas une seule femme mobile de la société à
-Rome. Qui est-ce qui dansera[221]?
-
- [221] Le général de Goyon avait reçu, en 1856, le commandement du
- corps d'occupation que la France entretenait auprès du Pape
- depuis 1850. Le général était fort bien vu par Pie IX; mais de
- fréquents démêlés avec le proministre des armes pontificales, Mgr
- de Mérode, rendirent petit à petit sa position difficile. Il fut
- obligé de revenir en France en 1862.
-
-
-_Günthersdorf, 26 août 1857._--Le Saint-Père a été reçu par la cour de
-Toscane avec la plus antique magnificence. La population a été convenable
-à l'entrée et profondément émue et touchée, à la bénédiction donnée sur
-le balcon du palais Pitti. Tout le monde ou presque tout le monde des
-quarante mille personnes présentes s'est mis à genoux. On dit que c'est
-admirable.
-
-
-_Sagan, 23 septembre 1857._--Je me suis rendue hier à Sorau pour me
-trouver à la descente du wagon royal, afin de donner une preuve de
-respectueux attachement au Roi qui se rendait à Muskau. La Reine m'a
-semblé fatiguée; ses yeux ne quittaient guère le Roi que j'ai trouvé
-fort affaissé, rouge, pesant dans sa marche; en cherchant à m'expliquer
-son itinéraire, il embrouillait les dates que la Reine redressait. J'ai
-reçu de cet abattement inaccoutumé une impression très pénible. Les
-entours répétaient avec affectation que le Roi se portait à merveille. Je
-voudrais le pouvoir penser.
-
-
-_Sagan, 12 octobre 1857._--On peut imaginer quelle est la confusion des
-esprits, l'agitation des uns, l'embarras des autres depuis cette nouvelle
-attaque survenue au Roi de Prusse. Je verrai tout cela de plus près
-demain à Berlin. D'après ce que j'entends, le mieux se soutient et je
-crois à un nouveau _sursis_; mais à quelles conditions? Permettra-t-on au
-Roi de s'occuper du gouvernement? ou bien songera-t-on à une abdication
-ou à un état intermédiaire, et aux mains de qui? avec quelle latitude?
-avec quelles entraves? L'air me semble bien chargé d'électricité[222].
-
- [222] Une nouvelle attaque d'apoplexie, beaucoup plus grave que
- celle de Marienbad, frappa Frédéric-Guillaume IV le 6 octobre
- 1857, ce qui le força (par un décret du 23 octobre 1857) à
- remettre provisoirement à son frère, le Prince de Prusse, les
- rênes du gouvernement pour trois mois. Dans son manifeste, le
- Prince promit de gouverner conformément à la Constitution et aux
- lois, et confirma les Ministres de son frère dans leurs
- fonctions. Le Cabinet se composait de MM. de Manteuffel, de
- Heydt, Simon de Raümer, de Westphalen, de Massow, de Bodelschwing
- et du comte de Waldersee.
-
-Le Prince Frédéric-Guillaume[223] est venu déjeuner ici; il a reçu de
-graves nouvelles; il a causé sérieusement avec moi; toujours plein de
-bons et honorables sentiments; mais il ne saurait bien naviguer que sur
-une mer pacifique.
-
- [223] Fils unique du Prince de Prusse, monta sur le trône en 1888
- sous le nom d'Empereur Frédéric III; son règne n'eut qu'une durée
- de quatre-vingt-dix-neuf jours.
-
-
-_Berlin, 16 octobre 1857._--Le Roi n'est plus en danger de mort pour le
-moment. La Reine est très contente de l'extrême délicatesse du Prince de
-Prusse à son égard. Elle-même est _digne_ au possible. Je pars le cœur
-oppressé et l'esprit bien inquiet pour Nice.
-
-
-_Nice, 13 novembre 1857._--Il y a quinze jours que je suis arrivée. J'ai
-repris mes leçons d'italien dans la prévision d'une semaine sainte passée
-à Rome, projet bien vague encore, soumis à tout ce que l'imprévu peut
-apporter d'obstacle. Je me complais dans cette chance, et je la repousse
-d'autant moins que je me sens un vrai besoin de reporter mes yeux et mes
-pensées sur un horizon plus large que celui dans lequel mes derniers mois
-ont été renfermés.
-
-
-_Nice, 16 novembre 1867._--Dans les lettres que je reçois de Sans-Souci,
-il n'est question que des rapides progrès du Roi vers le bien moral et
-physique, ainsi que des précautions extrêmes dont il est entouré. Jusqu'à
-quand ces précautions s'étendront-elles? Quelle en sera la durée? De tout
-ce que la Providence pouvait préparer de plus difficile pour le Prince de
-Prusse, de moins heureux, de moins satisfaisant pour le pays, pour son
-bien-être intérieur, pour le repos des esprits et pour le rôle à jouer à
-l'extérieur, c'est ce qui, d'en haut, a été décrété à la Prusse!
-
-Le _dubitatif_, qui s'étend nécessairement sur toute chose, est une
-situation malsaine et malséante pour chacun.
-
-
-_Nice, 7 décembre 1857._--J'ai eu hier des lettres de Charlottenbourg. Le
-Roi va très bien de santé et irait bien au moral sans une certaine
-incertitude de mémoire dont il s'aperçoit, ce qui le peine et
-l'impatiente; il fait de grandes promenades à pied et en voiture. Il
-mange avec la Reine et sa sœur de Mecklembourg-Schwerin, qui est revenue
-s'établir pour l'hiver à Charlottenbourg. Il voit quelquefois, pour un
-quart d'heure, quelque habitué; mais, à tout prendre, il est assez _muré_
-encore. Les médecins redoutent toute excitation. Le Prince de Prusse se
-remet de sa grippe dont plus de quatre-vingt mille personnes ont été
-atteintes à Berlin.
-
-
-_Nice, 31 décembre 1857._--Je termine cette année en meilleure santé que
-je ne l'ai traversée. Cependant les nouvelles, moins satisfaisantes, de
-ma fille gâtent le sommeil qui m'était revenu; les nerfs qui se calmaient
-et la tête qui s'était dégagée, tout cela reprend et je suis moins bien,
-en raison des moins bonnes lettres que ces derniers jours m'ont
-apportées...
-
-On m'écrit de Berlin: «Le Roi ne pourra pas de longtemps reprendre le
-gouvernement; cependant, il y a espoir qu'il finira par se remettre;
-mais, pour le moment, sa tête est bien faible encore. Il a lui-même la
-conviction que son état lui interdira, pour un temps indéfini, tout
-travail sérieux. Il se trouve très bien remplacé par son frère, dont on
-est généralement fort content. Cet intérim prolongé a des _inconvénients_
-bien graves pour la marche des affaires.»
-
-
-
-
-1858
-
-
-_Nice, 2 janvier 1858._--J'étais préoccupée de l'état de Pauline quand,
-hier, une dépêche télégraphique arrivée le soir m'a fait voir que l'état
-était grave. Je pars donc ce matin; j'irai le plus vite possible.
-
-
-_Paris, 4 janvier 1858._--Je me suis embarquée avant-hier à Nice sur un
-assez mauvais bateau, mais il me faisait gagner douze heures; j'ai fait
-le trajet en trente-six heures et je ne regrette pas cette hâte; car, si
-j'ai un regret, c'est de ne pas être venue plus tôt, et d'avoir écouté
-les dires des médecins et les conseils de mes correspondants, au lieu de
-suivre mes instincts. Je trouve Pauline _très mal_; les médecins disent
-que le cas n'est pas désespéré; mais il me paraît, à moi, qu'il est bien
-près de l'être et que, peut-être, dans quelques jours, cette âme
-séraphique aura pris son vol vers la céleste patrie. Elle a toute sa tête
-et paraît fort aise de me voir[224].
-
- [224] Après le mariage de sa fille et son retour d'Allemagne, la
- marquise de Castellane tomba gravement malade à Paris d'une
- inflammation intestinale et ne se remit que lentement de cette
- atteinte sérieuse.
-
-
-_Paris, 9 janvier 1858._--Je viens de passer de bien mauvais jours. Mes
-anxiétés pour Pauline sont aggravées par neuf à douze degrés de froid!
-Mais il faut louer Dieu de tout et le remercier à genoux du mieux
-_notable_ qui, depuis vingt-quatre heures, s'est manifesté dans l'état de
-Pauline, lorsqu'il s'agissait de rien moins que de l'extrême-onction
-qu'elle demandait.
-
-
-_Paris, 16 janvier 1858._--L'attentat d'avant-hier a ému tout Paris et
-aura un retentissement en Europe[225]. Elle est bien malade partout,
-cette pauvre Europe. Je vis si uniquement à l'hôtel d'Albuféra, qu'en
-dehors de là, tout est ignorance pour moi[226].
-
- [225] Orsini avait médité d'assassiner Napoléon III, qu'il
- regardait comme la cause des malheurs de sa patrie; il s'était
- associé à trois réfugiés italiens, Pieri, Rudio et Gomes. Trois
- bombes fulminantes éclatèrent coup sur coup, au moment où
- l'Empereur et l'Impératrice se rendaient en voiture le 14 janvier
- à l'Opéra; ni l'un ni l'autre ne furent atteints, mais il y eut
- cent cinquante-six personnes blessées, plus ou moins
- mortellement. Rudio et Gomes furent condamnés aux travaux forcés,
- les deux autres à la peine de mort. Orsini avoua tout, et en
- posant sa tête sur la fatale machine, il poussa le cri de: «_Vive
- l'Italie! Vive la France!_» De sa prison de Mazas, il avait
- adressé à Napoléon III une lettre qui fit beaucoup de bruit et
- dont voici les principaux passages: «_Les dépositions que j'ai
- faites contre moi-même dans le procès politique, intenté à
- l'occasion de l'attentat du 14 janvier, sont suffisantes pour
- m'envoyer à la mort; près de la fin de ma carrière, je viens,
- néanmoins, tenter un dernier effort pour venir en aide à
- l'Italie, dont l'indépendance m'a fait, jusqu'à ce jour, tenter
- tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifices. Elle
- fait l'objet de toutes mes affections, et c'est cette pensée que
- je veux déposer dans ces paroles que j'adresse à Votre Majesté.
- Pour maintenir l'équilibre actuel de l'Europe, il faut rendre
- l'Italie indépendante ou desserrer les chaînes dans lesquelles
- l'Autriche la tient en esclavage. Demandé-je pour sa délivrance
- que le sang des Français soit répandu pour les Italiens? NON, je
- ne vais pas jusque-là. L'Italie demande que la France
- n'intervienne pas contre elle; elle demande que la France ne
- permette pas à l'Allemagne d'appuyer l'Autriche dans les luttes
- qui vont peut-être s'engager. Or, c'est précisément ce que Votre
- Majesté peut faire si elle le veut. De votre volonté dépendent,
- ou le bien-être ou les malheurs de ma patrie, la vie ou la mort
- d'une nation à qui l'Europe est en grande partie redevable de sa
- civilisation. Telle est la prière que, de mon cachot, j'ose
- adresser à Votre Majesté, ne désespérant pas que ma faible voix
- soit entendue. J'adjure Votre Majesté de rendre à ma patrie
- l'indépendance que ses enfants ont perdue en 1849 par la faute
- même des Français._»
-
- [226] La marquise de Castellane était tombée malade chez la
- duchesse d'Albuféra, où elle resta des mois.
-
-
-_Paris, 25 janvier 1858._--On dit, répète, raconte et croit tout dans la
-seule maison où je suis en communication avec le monde extérieur; mais on
-y dit tant de choses contradictoires que le vrai est difficile à en
-extraire; cependant, avec ce que mes fils me rapportent de leurs clubs,
-et ce que le duc de Noailles me dit dans les visites qu'il me fait une
-demi-heure avant mon dîner, j'apprends quelques bruits. Je n'en suis pas
-plus habile. Chacun voit par sa propre lunette, dont les verres me
-paraissent assez obscurs; la passion, la rancune, la poltronnerie, la
-bassesse ou un stupide dédain, ou bien encore l'âcreté des ambitions
-déçues: tout cela fait un vilain ou du moins un stupide ensemble, dans
-lequel la raison, la modération, le vrai ne trouvent guère leur place. Il
-en résulte pour moi un tableau sombre et alarmant, quoique les dernières
-_découvertes_ aient le mérite de mettre beaucoup de choses à nu, et de
-valoir peut-être à l'Europe un _sursis_ dans le crime.
-
-
-_Paris, 29 janvier 1858._--Je ne dirai rien du Paris social, puisque je
-n'y participe pas, rien du Paris politique, puisque j'en suis plus loin
-encore; reste le Paris académique, qui pourrait bien être assez épineux
-et délicat à toucher; car tous les sujets vont devenir de plus en plus
-scabreux.
-
-M. de Hatzfeldt est revenu hier de Berlin; il va avoir trois Princes
-prussiens à recevoir; c'est beaucoup à la fois[227]. Il paraît que la
-grande affection de la Famille Royale d'Angleterre pour l'Empereur et
-l'Impératrice des Français a fait beaucoup d'impression sur les Princes
-prussiens, et qu'ils arrivent déjà fort modifiés de ce qu'ils étaient en
-quittant leurs propres foyers.
-
- [227] Le 1er février 1858, l'Empereur Napoléon et
- l'Impératrice recevaient à Paris: le Prince Albert de Prusse, le
- plus jeune frère du Roi, le Prince Frédéric-Charles de Prusse,
- neveu du Roi, et le Prince Adalbert de Prusse, cousin du Roi.
-
-
-_Paris, 27 février 1858._--Les Anglais qui sont ici s'accordent à dire
-que le Cabinet Derby traversera la session, mais n'ira pas au delà. Lady
-Westmorland me mande qu'elle trouve lord Palmerston très baissé, très
-brisé et que sa chute était moins étonnante que ne l'avait été la durée
-de ses victoires parlementaires[228]. La mort du Père de Ravignan est
-généralement reconnue, par le bon public, comme une perte sensible;
-Pauline en est attristée profondément. Le bon Père lui avait fait dire
-par leur médecin commun de bien touchantes paroles.
-
- [228] Le 21 février, lord Palmerston tomba du pouvoir après
- l'avoir tenu en main pendant trois années consécutives, et sur la
- demande de la Reine, ce fut lord Derby qui reconstitua un Cabinet
- dans lequel on remarquait lord Salisbury, comme Président du
- Conseil, le général Peel à la Guerre, lord Malmesbury aux
- Affaires étrangères et M. Disraeli, chancelier de l'Échiquier;
- mais la politique de lord Salisbury n'ayant point été approuvée
- par le Parlement, lord Palmerston et lord John Russell reprirent
- les rênes du gouvernement en juin 1859.
-
-Le procès d'Orsini, la condamnation, les discours, les plaidoiries, de
-nombreuses arrestations, le _meeting_ à Londres et surtout le discours
-fort inattendu du général Mac-Mahon au Sénat, qui pourrait bien briser le
-bâton de maréchal qu'il entrevoyait; voilà ce qui défraie le parlage des
-salons. L'inquiétude morale se mêle à tout: on entend des bruits sourds,
-on marche et on sent la terre trembler sous ses pieds. On s'émeut de
-tout, on ne se rassure sur rien. Le doute, ce grand tourment de l'âme,
-s'empare des masses comme des individus; ce qui formait le charme de la
-société, la sûreté confiante, s'envole à tire-d'aile; l'on se heurte,
-d'autant plus aisément et plus rudement, qu'on est plus près les uns des
-autres.
-
-
-_Paris, 3 mars 1858._--La lettre d'Orsini, dont la publication a été
-permise par celui à qui elle était adressée (ce qui ne laisse pas que
-d'étonner le Corps diplomatique); ce qui s'est passé au _meeting_ de
-Londres[229], le discours de Félix Pyat, l'autorisation accordée aux
-généraux Changarnier et Bedeau de rentrer en France[230] (autorisation
-destinée à rassurer, dit-on, tout ce qui n'est pas _rouge_, ou à tenir
-ces messieurs plus sous la main); puis des arrestations nombreuses, ne
-portant, du reste, que sur des écarlates; voilà, avec les funérailles de
-M. de Ravignan, ce qui occupe Paris depuis plusieurs jours!
-
- [229] Les habitants de Londres, afin de protester contre le bill
- relatif aux conspirations pour assassinat, s'étaient portés en
- foule à Hyde-Park pour y faire une réunion monstre; mais en
- arrivant, le public trouva une affiche, annonçant que les
- promoteurs du meeting y avaient renoncé à la suite du vote de la
- Chambre des Communes qui avait renversé le Ministère.
-
- En même temps, il paraissait à Londres une brochure, _Lettre au
- Parlement et à la presse_, signée: _Félix Pyat_, _Besson_ et
- _Talandier_ au nom du _Comité de la commune révolutionnaire_ et en
- date du 24 février 1858. Cette brochure défendait le droit à
- l'assassinat et faisait l'apologie de l'attentat dans le langage
- le plus passionné.
-
- [230] _Le Moniteur_ du 1er mars annonçait que le général
- Changarnier et le général Bedeau étaient autorisés à rentrer en
- France.
-
-
-_Paris, 12 mars 1858._--La brochure parue hier, intitulée: _Napoléon III
-et l'Angleterre_, qu'on croit être tracée de la main du maître, est
-l'événement du jour, et les paris sont ouverts pour savoir si elle fera
-un bon ou un mauvais effet de l'autre côté du détroit[231]. On dit qu'à
-Vienne, l'autorisation donnée à la publication de la lettre d'Orsini a
-fait un mauvais effet.
-
-
-_Paris, 10 avril 1858._--L'infâme article signé Rigault qu'a donné, il y
-a quelques jours, le voltairien _Journal des Débats_ sur les sermons du
-carême, est faux dans les faits, lourd dans son ironie de mauvais goût.
-Il est mal pensé, mal senti, mal dit[232]. Celui d'Albert de Broglie, sur
-le Père de Ravignan, a ses parties charmantes quoiqu'il témoigne de la
-gêne que lui cause le souvenir de ce séjour à Rome, pendant lequel il
-avait été chargé de jouer de mauvais tours aux Pères Jésuites. Ah! si le
-présent n'était pas encadré entre le passé et l'avenir, comme ce serait
-plus commode de parler et d'écrire!
-
- [231] Cette brochure était un exposé des questions que les
- derniers événements avaient fait surgir entre la France et
- l'Angleterre. L'auteur, qui était, dit-on, M. de la Guéronnière,
- débutait en rappelant les gages nombreux de sympathie que
- l'Empereur Napoléon III avait donnés à l'Angleterre pour
- maintenir les bons rapports entre les deux pays et éviter les
- conflits; puis il arrive à l'attentat du 14 janvier, aux
- incidents qu'il a déterminés entre les deux pays et il établit
- que ces complots sont préparés, organisés, exécutés par les
- réfugiés de Londres. Au moment où cette brochure paraissait, il y
- avait quelques difficultés diplomatiques entre la France et
- l'Angleterre, le ministre des Affaires étrangères de Londres
- n'ayant pas jugé à propos de répondre à une note adressée par M.
- Valewski, ministre des Affaires étrangères de France. La chute du
- Cabinet britannique s'en était suivie, et lord Malmesbury, devenu
- ministre, ne pouvant s'entendre avec M. de Persigny, ambassadeur
- de France à Londres, celui-ci dut donner sa démission.
-
- [232] M. Rigault avait fait paraître dans le _Journal des Débats_
- du 6 avril un feuilleton critique et moqueur sur ce qu'il
- appelait la dévotion du temps et l'éloquence religieuse. Il y
- faisait trois catégories de prédicateurs, et distinguait, par les
- opinions, le clergé séculier de la rive droite de la Seine de
- celui de la rive gauche.
-
-_Paris, 14 avril 1858._--Voilà les pouvoirs du Prince de Prusse
-prolongés[233]; mais cet _indéfini_ est bien fâcheux. Aussi, comme le
-parti ultra-libéral relève la tête en Prusse! On achèvera, sous ce pauvre
-Prince (et cela sous forme semi-légale), le peu qui survivait de 1848.
-Tout va mal en Prusse, comme ici, comme partout. C'est ennuyeux
-d'assister à la fin du monde; j'en trouve le spectacle fort laid!
-
- [233] Le Président du Conseil en Prusse, le 12 avril 1858,
- annonçait aux Chambres que le Roi venait de conférer de nouveau
- les pouvoirs complets, pour trois mois, à son frère le Prince de
- Prusse.
-
-
-_Paris, 22 avril 1858._--M. Guizot est venu hier chez moi et m'a forcée à
-avoir une explication sur certain passage du premier volume de ses
-_Mémoires_ qu'il vient de publier[234]. Alors je la lui ai accordée, et
-il a passé condamnation avec une humilité qui ne lui est pas habituelle.
-Il m'a, _de lui-même_, promis de rayer, dans la seconde édition, certains
-mots malsonnants; il a convenu des mauvaises interprétations dont
-plusieurs paroles étaient susceptibles. Enfin, il m'a dit qu'en parlant
-de l'ambassade de M. de Talleyrand à Londres, il le replacerait dans sa
-vraie lumière. Il m'a priée d'observer que, de tous les écrivains qui ont
-parlé de M. de Talleyrand depuis sa mort, il était celui qui l'avait le
-plus ménagé; mais il a aussi ajouté qu'il regrettait et qu'il me
-_demandait pardon_ de ne pas m'avoir montré ce passage manuscrit, mais
-que comme j'avais décliné toute communication avec lui au sujet de M. de
-Talleyrand, il n'aurait pas cru qu'il serait bien venu à m'en occuper.
-Bref, il a voulu être singulièrement doux.
-
- [234] C'était à propos de la façon dont M. Guizot avait parlé,
- dans les chapitres III et IV du premier volume de ses _Mémoires_,
- de M. de Talleyrand; il s'agissait d'insinuations, malveillantes
- dans le fond quoique courtoises dans la forme, dont M. Guizot
- avait fait usage, au sujet du rôle politique de M. de Talleyrand
- pendant la Révolution, qu'il rapprochait de celui qu'il avait
- rempli au Congrès de Vienne; comme aussi de celui qu'il avait
- joué lors de la restauration des Bourbons.
-
-
-_Paris, 17 mai 1858._--C'est aujourd'hui un anniversaire qui me reporte
-vivement vers un temps de ma vie dont il ne me reste plus rien que ce qui
-a survécu dans mon cœur et qui s'éteindra avec cette petite flamme de
-l'existence qui jette encore une faible lueur sur le court sentier qui me
-reste à parcourir. Je le vois sans regret s'abréger: «_Je m'ennuie des
-choses de la terre_», comme dit l'_Imitation_, sans avoir,
-malheureusement, une ardeur égale des choses du ciel!
-
-J'ai eu une intéressante lettre d'Angleterre. Le maréchal Pélissier s'y
-ennuie et demande à n'y pas rester longtemps[235]. La situation actuelle
-de l'Angleterre me paraît assez pauvre, sans grand danger. Le parti Tory
-est bien déchu. On fait ce que l'on peut pour réconcilier lord Palmerston
-et lord John Russel, et réorganiser ainsi le parti libéral[236]; mais il
-est douteux qu'on y parvienne. On dit que Macaulay se meurt et qu'il est
-devenu méconnaissable.
-
- [235] Le maréchal Pélissier avait remplacé à Londres, comme
- ambassadeur de France, M. de Persigny.
-
- [236] Après l'attentat d'Orsini, lord Palmerston proposa un bill
- pour modifier la loi sur les réfugiés. Lord John Russel parla
- contre cette proposition et froissa le Premier Ministre qui se
- brouilla avec lui, et le Cabinet tomba sous le blâme d'avoir
- gardé le silence sur une dépêche de M. Valewski, accusant le
- Gouvernement britannique de trop de tolérance pour les réfugiés.
- Quelques mois après, lord Palmerston et lord John Russel se
- réconcilièrent dans une entrevue chez M. Ellice et formèrent en
- juin 1859 un nouveau Cabinet.
-
-
-_Paris, 19 mai 1858._--La nouvelle de la mort de Mme la Duchesse
-d'Orléans s'est répandue bien rapidement dans Paris[237]. On peut
-imaginer la diversité des impressions qu'une semblable nouvelle fait
-éprouver. L'intrigue protestante, très vive et très soutenue par la
-défunte, est atterrée, bien des ambitions expectantes sont déroutées. Les
-fusionnistes disent: «_Pourquoi pas une année plus tôt?_» Des catholiques
-fervents sont en actions de grâces. J'ignore l'impression du monde
-officiel. On se demande, de partout, sous quel toit, sous quelle
-direction les orphelins, qui ne sont plus des enfants, vont se trouver,
-se placer et s'abriter. _Il mondo va da se_[238]. L'hostilité, l'intrigue
-pâlissent devant le terrible imprévu qui, parti de haut, broie, pulvérise
-tout ce qui se croit capable de l'éviter ou de le diriger.
-
- [237] La Duchesse d'Orléans, qui habitait alors avec ses enfants
- à Richmond en Angleterre, était morte le 17 mai, enlevée en très
- peu de jours par une grippe inflammatoire, et sans qu'on se soit
- douté autour d'elle du danger qui la menaçait.
-
- [238] De l'italien: le monde marche tout seul.
-
-
-_Paris, 21 mai 1858._--Mme la Duchesse d'Orléans a laissé un testament;
-il était déposé ici, chez un notaire, qui est parti hier pour le porter à
-Claremont. On suppose qu'il est plus politique que privé et qu'il est le
-commentaire de celui de son mari. Les gens de bon sens s'en alarment. Il
-y a foule pour aller assister aux obsèques qui auront lieu demain. Dans
-cette foule, toutes les nuances orléanistes, même celles entachées de
-républicanisme, s'y trouvent. Il n'y a que les fusionnistes qui
-s'abstiennent, comme Guizot, Duchâtel, Broglie, le duc de Montmorency.
-Les orléanistes pointus sont désolés; l'intrigue du prosélytisme
-protestant fort déconcertée; les catholiques pur sang en actions de
-grâces.
-
-Le Gouvernement a fait mettre, dans _la Patrie_ d'avant-hier au soir, un
-article convenable dans la forme, habile à son point de vue dans le fond.
-Dans le monde officiel, les uns sont satisfaits qu'une personne, qui,
-dit-on, se trouvait plus ou moins compromise dans la plupart des
-complots, qui, en tout cas, était le principe vital, agissant,
-persévérant d'un des prétendants, n'existe plus. Les autres croient,
-qu'elle de moins, il y a plus de chances pour que la fusion se reprenne,
-et y voient un danger. Tout ceci le démontre clairement.
-
-M. Thiers est dans les partants, et cela contre le gré de sa femme et de
-sa belle-mère, quoique Mme la Duchesse d'Orléans écrivît toutes les
-semaines à Mme Dosne! Il va, dit-on, pour s'emparer du comte de Paris, si
-toutefois il y parvient. Voici aussi trois cent mille livres de rente,
-payées jusqu'ici par la France, qui vont faire défaut. On me dit, de
-bonne source, que la Reine Marie-Amélie, quoique souffrante et alitée, a
-pris cette mort subite avec un grand calme. Son cœur ni sa conscience
-n'ont jamais été en sympathie avec cette belle-fille ambitieuse,
-intrigante et protestante. On ajoute que les beaux-frères seront
-soulagés, car elle pesait sur eux de sa volonté, de son activité et de sa
-persévérance obstinée dans de certaines routes. Il n'y a que ses fils qui
-soient, dit-on, désespérés. Voilà ce que je recueille de divers côtés. Je
-m'abstiens de toute opinion, de toute prévision. Je suis un simple écho.
-
-
-_Paris, 25 mai 1858._--La mort de Mme la Duchesse d'Orléans est encore le
-sujet de toutes les conversations. Que de déceptions dans la vie de cette
-Princesse, où l'ambition a tenu une si grande place! Quel brusque
-dénouement à tant de vaines aspirations! Je ne sais rien de plus triste
-que de mourir ainsi, sans avoir pu se recueillir en face de l'éternité.
-Je ne cherche pas à démêler quelles seront les conséquences de cette
-disparition imprévue; elles pourraient être immenses; mais, dans les
-temps où nous vivons, les événements tournent le plus souvent de manière
-à confondre toute prévoyance humaine.
-
-La Reine malade, au lit, n'a reçu aucune des personnes qui s'étaient
-rendues aux obsèques. Le comte de Paris et le duc de Chartres sont pour
-le moment à Claremont; ils iront ensuite en Allemagne pour voir leur
-grand'mère de Mecklembourg; puis ils reviendront se fixer en Angleterre,
-_chez eux_, voulant témoigner de leur indépendance à tous leurs oncles.
-Il reste à chacun des deux orphelins cent quatre-vingt mille livres de
-rentes, qui proviennent de l'héritage de Madame Adélaïde, et d'économies
-faites, depuis longtemps, au profit de celui des deux frères qui n'avait
-pas la chance du trône.
-
-On m'a raconté que les trois Princes, oncles, tous vêtus de noir et d'une
-pâleur mate, ressemblaient aux Princes de France du temps de la Ligue; le
-duc de Nemours surtout était la reproduction de Henri IV. Le testament ne
-contient que des dispositions pécuniaires; mais il y a un écrit en forme
-de lettre qui, pour le moment, ne sera pas publié, mais qui ne rendra pas
-les chances pacifiques. La Reine a été plus saisie qu'affligée. Elle ira
-à St Léonard's dans peu de jours; on espère que l'air de la mer rendra
-des forces à cette pauvre Niobé. Sa faiblesse est grande et ne laisse pas
-que d'inquiéter.
-
-A l'audience que M. le comte de Paris a donnée aux différentes personnes
-venues de Paris, il a dit: «_J'ai beaucoup perdu; mais l'esprit, les
-conseils de ma mère_ _me guideront toujours; c'est en ce sens qu'elle
-n'est pas morte._» M. de Montguyon, présent, a eu l'inconvenance de
-prendre la parole et de dire comme corollaire: «Messieurs, _est-ce assez
-clair?_». Sur quoi, le comte de Paris a repris: «_Oui, messieurs, ce que
-je viens de vous dire, vous pouvez le répéter à tous._» C'est un de ceux
-présents qui m'a raconté cette scène.
-
-
-_Paris, 29 mai 1858._--On n'a pas fait part de Claremont à Frohsdorff,
-tandis que le Comte de Chambord a écrit spontanément à la vénérable
-tante, ce qui impatiente les orléanistes pointus et les républicains à
-l'eau de rose, qui se donnent le triste plaisir d'inventer les plus
-grandes stupidités, des impossibilités évidentes pour irriter et exciter
-la crédulité merveilleuse des partis.
-
-Hélas! il y a des gens mal intentionnés pour tout inventer, il y a aussi
-des imbéciles pour tout croire.
-
-On a ouvert le testament de la Duchesse d'Orléans; le grand écrit
-politique avait été retiré et détruit, parce qu'il devait être refait à
-Eisenach, dans le courant de l'été, avec l'aide de M. Thiers, qui devait
-s'y rendre à cet effet.
-
-On me mande d'Angleterre ce qui suit: «Quel singulier choix que le
-maréchal Pélissier comme ambassadeur! Ses goûts, ses manières dépassent
-tout ce qu'on peut imaginer; tout ici l'ennuie, ce qui n'est pas
-étonnant, vu qu'il paraît avoir en haine la vie de la société et la vie
-politique. La politique, les femmes, la conversation lui sont totalement
-antipathiques; il lui reste le jeu et la table, mais, des personnes qui
-lui ont adressé la parole, aucune n'a envie de recommencer. Il n'a pas
-même voulu se faire présenter aux dames du Corps diplomatique». On a de
-l'humeur dans Albion, le high-life anglais est peu propre à comprendre un
-soldat africain; les défauts le choquent, les qualités lui échappent.
-
-
- Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants.
-
-
-_Sagan, 27 juillet 1858._--On m'écrit de Tegernsee que la santé du Roi de
-Prusse se fortifie, sans apporter de changement dans l'état de
-l'intelligence.
-
-Voici ce que je trouve dans une lettre de Londres: «On n'est préoccupé
-ici que de Cherbourg et de la visite que la Reine Victoria doit y
-faire[239]. Elle devait d'abord y aller avec six vaisseaux, les gens
-d'esprit ont dit: «_Non, cinquante ou un seul._» Elle ira avec deux
-frégates; la mer sera couverte de yachts et de steamers particuliers; les
-deux Chambres du Parlement sont aussi invitées et auront leur vaisseau.
-Lord Palmerston voulait y aller; mais, quand il a vu le sentiment public,
-il y a renoncé.»
-
- [239] La Reine Victoria vint à Cherbourg pour en visiter le port;
- elle fut reçue le 6 août 1858, avec autant de pompe que
- d'honneurs, par l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie.
- Un mois plus tard, la Reine vint à Potsdam et à Berlin pour y
- voir sa fille mariée depuis quelques mois au Prince
- Frédéric-Guillaume de Prusse.
-
-
-_Berlin, 14 août 1858._--Il n'y a, pour ainsi dire, personne à Berlin;
-chacun a pris le large ou est à Potsdam pour satisfaire sa badauderie. En
-général, on n'approuve pas la visite actuelle de la Reine Victoria; on ne
-la trouve pas suffisamment motivée au point de vue maternel et peu
-délicate en regard du Roi.
-
-L'arrivée de la Reine à Potsdam a été tardive; les illuminations étaient
-éteintes; il ne restait que tout juste assez de luminaire pour éclairer
-l'immuable _paletot du Prince consort_[240] et la tenue, plus que
-négligée, de la Mission britannique à Berlin, qui a mêlé ses redingotes
-et ses cravates noires à la tenue de grand gala de la Famille Royale, des
-autorités supérieures, réunies au débarcadère de Potsdam. Voilà pour le
-début.
-
- [240] Appelé _paletot classique_ par Humboldt.
-
-Ici, à Berlin, on ne parle que du _shocking_ anglais et de la pose du
-câble électrique entre l'Angleterre et l'Amérique. Ceci me frappe plus
-que les cravates noires et les pantalons écrus. Nous avons beau être
-accoutumés aux miracles électriques, ce nouvel effort reste étourdissant;
-la terre deviendra trop petite pour la science et la puissance de
-l'homme.
-
-Sir James Graham voulait aller à Hambourg; sur quoi lord John Russel lui
-a écrit: «_How can you go to such a national humiliation_[241]?» Il
-paraît que c'est là, en effet, le sentiment public. Pour la France, la
-visite de la Reine Victoria à Cherbourg est une démonstration pacifique;
-pour l'Angleterre, il me semble que c'est un principe d'humeur et
-d'hostilité qu'on pourra bien ne pas oublier de sitôt.
-
- [241] De l'anglais: «Comment pouvez-vous aller à une telle
- humiliation nationale?»
-
-Les médecins ont souhaité que le Roi de Prusse allât passer les mois de
-septembre et d'octobre à Côme; il y avait d'abord consenti; puis il s'y
-est refusé avec obstination et a résolu de revenir le plus vite possible
-à Sans-Souci; il voulait même y arriver avant que la visite britannique
-ne fût achevée, et la Reine a eu beaucoup de peine à l'en empêcher. Il
-paraît que ce pauvre Roi, et cette malheureuse et royale garde-malade,
-reviendront à Sans-Souci dans les premiers jours de septembre. Le Roi
-n'est mieux que physiquement.
-
-
-_Berlin, 17 août 1858._--La Cour est venue, hier, à Berlin, pour montrer
-les différents palais à la Reine Victoria; le lunch a eu lieu chez la
-Princesse Frédéric-Guillaume; personne d'autre n'y était invité que
-l'_Olympe_, les Radziwill et moi. La Reine a été des plus gracieuses, se
-souvenant de moi et de Pauline à Kensington-Palace, causante, rieuse,
-animée, l'air gaie, tout à fait en bonne veine. Sa fille, plus grande que
-sa mère, a pourtant l'air moins royal; elle plaît à son mari et paraît en
-train de faire des enfants; elle remplit ainsi les deux grandes
-conditions; en outre, elle a l'air ouvert et naturel.
-
-
-_Berlin, 24 août 1858._--Voici une lettre d'Angleterre qui dit ceci:
-«Nous sommes inquiets ici, même des libéraux quand ils sont modérés, lord
-Grey, par exemple. On ne sait comment lutter contre le mal qui nous
-trouble. Les hommes sérieux conviennent eux-mêmes que ce qui leur manque
-le plus, c'est le courage de dire tout haut ce qu'ils pensent. Ils disent
-que le premier qui ferait hardiment appel au bon sens national contre
-l'esprit radical trouverait beaucoup d'appui; mais cet homme ne se trouve
-pas.»
-
-On me disait hier que le Roi Léopold a eu un gros échec par le rejet de
-sa loi sur les fortifications d'Anvers; c'était sa propre idée et il y
-tenait fortement. Il en avait parlé à Londres, dans son dernier voyage,
-comme de sa meilleure garantie contre les ambitions et les révolutions
-françaises. On ne sait pas encore comment il a pris ce coup, et s'il fera
-quelque chose pour revenir sur cette question[242]. Quand il est battu,
-il devient encore plus silencieux que de coutume.
-
- [242] La majorité de la Chambre, en Belgique, se basant sur
- l'avis que le projet du Gouvernement n'offrait pas assez de
- stabilité, en alléguant qu'une place forte intérieure serait plus
- utile, avait rejeté le projet du Gouvernement de fortifier le
- port et la ville d'Anvers. Le lendemain de ce vote, le Ministère
- donnait lecture à la Chambre de deux arrêtés royaux, l'un
- déclarant que le Gouvernement retirait son projet; l'autre que la
- session de la Chambre était close.
-
-On m'écrit de Paris de bonne source: «Lord Palmerston se propose, non pas
-de quitter les affaires, comme le disent niaisement les gazettes, mais de
-venir très prochainement ici faire une visite à l'Empereur Napoléon. Il
-se flatte de reprendre bientôt son poste, voudrait se concerter sur sa
-politique future avec l'Empereur, et se faire absoudre de quelques
-incartades; il croit qu'un tel certificat lui serait utile pour remonter
-au pouvoir.
-
-«Dans les dernières conférences de Paris, il s'est établi une singulière
-entente cordiale entre la France et l'Angleterre; par suite, sans doute,
-de l'entrevue de Cherbourg[243], M. de Hübner, étonné, a vivement
-interpellé lord Cowley qui a répondu qu'il se conformait aux instructions
-de son Gouvernement: «_En ce cas_, a dit M. de Hübner, _il est de mon
-devoir d'instruire le mien de ce qui se passe_.» Le lendemain, Walewski a
-dit, à l'ouverture de la séance, que lord Cowley, étant à Chantilly,
-l'avait prié de le représenter en lui donnant ses pleins pouvoirs. Dans
-le cours des entretiens que l'Empereur a eus à Plombières avec M. de
-Cavour[244], l'Empereur a dit, au milieu de beaucoup d'autres choses:
-«_Dans peu de temps, on sera bien surpris en Europe de mes nouveaux
-rapports avec le Gouvernement anglais; on verra que l'alliance s'est
-fortifiée au lieu de s'affaiblir._»
-
- [243] Cette Conférence, où siégeaient les plénipotentiaires de
- France, d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse, de Russie,
- de Sardaigne et de Turquie, avait pour but de régler
- l'organisation des Principautés danubiennes. Le 19 août, la
- première partie de cette tâche étant accomplie, une convention,
- arrêtée et signée, devait former un acte additionnel au traité de
- Paris. La Conférence, ayant rejeté le travail de la Commission
- relatif à la navigation du Danube, ce point resta encore en
- suspens.
-
- [244] L'attentat d'Orsini fut le point de départ mystérieux de la
- phase des affaires italiennes et l'origine de la guerre de 1859,
- préparée, au fond, dès le Congrès de 1856. A partir de cette
- époque, la situation prit une gravité singulière et un
- emportement effaré sembla régner à Paris. Deux diplomaties s'y
- jouaient en même temps. D'un côté, le comte Walewski s'adressait
- de toutes parts pour réclamer des garanties contre le droit
- d'asile; de l'autre, l'Empereur Napoléon très tourmenté, surtout
- depuis la lettre qu'Orsini lui avait adressée la veille de son
- exécution, trouvait que, s'il y avait des conspirateurs, la faute
- était à la situation violente de l'Italie; et dans l'intimité des
- Tuileries, il se disait _que tant qu'il y aurait des Autrichiens
- en Italie, il y aurait des attentats à Paris_. Au mois de mai
- 1858, l'Empereur Napoléon faisait écrire secrètement au comte de
- Cavour une lettre contenant tout un plan d'alliance entre la
- France et le Piémont, les conditions d'arrangements réciproques,
- et même une proposition de mariage du prince Napoléon avec une
- fille du Roi Victor-Emmanuel; et il faisait prévenir de la
- possibilité d'une négociation décisive. Rien n'était pourtant
- possible sans une entrevue, et comme il en fallait détourner les
- soupçons, le docteur Conneau (médecin de l'Empereur) passa en
- juin par Turin, sous prétexte d'un voyage de plaisir en Italie,
- chargé de convenir d'une excursion, sans éclat, du comte de
- Cavour à Plombières où l'Empereur devait se rendre. Le Comte s'y
- achemina, en effet, sans bruit et y arrivait le 20 juillet. De
- suite, l'Empereur aborda le sujet en question et se dit décidé à
- appuyer la Sardaigne de toutes ses forces dans une guerre contre
- l'Autriche, pourvu que la guerre fût entreprise pour une cause
- non révolutionnaire, qui pût être justifiée aux yeux de la
- diplomatie et de l'opinion publique en France et en Europe. Il
- toucha ensuite la constitution d'un royaume italien de onze
- millions d'âmes, la cession de la Savoie et de Nice à la France,
- et le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde.
- Durant l'automne, on sortait des conventions verbales pour la
- signature d'un traité d'alliance offensive et défensive entre la
- France et le Piémont; et au grand étonnement de la France mal
- informée, Napoléon III, en recevant le 1er janvier 1859 le
- corps diplomatique, témoignait brusquement à M. de Hübner,
- ambassadeur d'Autriche, son regret que les relations fussent
- _mauvaises_ entre Paris et Vienne. Ces quelques mots et ceux que
- le Roi Victor-Emmanuel prononçait quelques jours après, le 10
- janvier, en ouvrant les Chambres, furent en quelque sorte
- l'éclair précurseur de l'orage qui allait éclater. C'était la
- première conséquence des engagements de Plombières.
-
-D'autre part, on me mande que la Bretagne est conquise à l'Empire, que
-les légitimistes sont totalement découragés et les orléanistes furieux.
-
-
-_Berlin, 31 août 1858._--Le Roi arrive après-demain à Sans-Souci. La
-Reine demande, d'une façon expresse, qu'il n'y ait personne au
-débarcadère de Potsdam, ni au perron de Sans-Souci. Il est même douteux
-que le Prince de Prusse s'y trouve au premier moment. M. de Manteuffel a
-dit, à un membre important du Corps diplomatique qui me l'a répété en
-confidence, que l'on n'attendrait assurément pas la réunion des Chambres
-pour procéder à un état de choses moins provisoire que ce qui a lieu
-depuis un an. M. de Manteuffel et M. von der Heydt, s'étant bien insinués
-dans l'esprit du Prince de Prusse, se croient certains de conserver leur
-poste sous la Régence, ce qui fait qu'ils y poussent, tandis que
-Westphalen, Raümer et Waldersee, sentant qu'ils seraient expulsés, s'y
-opposent. Personne ne croit à l'abdication, que ni Roi, ni Reine
-n'admettent; mais le mot de _Régence_ se prononce de plus en plus dans
-les cercles élevés et dans le public.
-
-On dit que la Reine Victoria, en échange de la complaisance qu'elle a eue
-d'aller à Cherbourg, a obtenu l'abandon de toute insistance pour le canal
-de Suez. Ce qui est plus sérieux, c'est que l'Empereur Napoléon, qui a
-beaucoup causé avec M. de Cavour à Plombières, lui a fait de fort belles
-promesses pour l'affranchissement de l'Italie. C'est l'Empereur qui a
-voulu voir M. de Cavour et lui a fait dire de venir à Plombières. Il
-voulait, d'abord, que la visite fût secrète. Cavour s'y est refusé et a
-demandé la publicité qui lui a été accordée. Le Comte de Chambord,
-pendant sa visite à Bruxelles, a dit au Roi Léopold: «_Je ne sais pas ce
-qui arrivera en France, ni quand il y arrivera quelque chose; mais il n'y
-arrivera rien sans que je n'y sois et que j'en sois._» Le Roi Léopold n'a
-pas manqué d'écrire ces paroles au duc d'Aumale.
-
-Voici deux bons mots du duc de Malakoff, un peu risqués, mais n'importe.
-L'Impératrice Eugénie voulait que le mariage, avec Mlle de la Paniega, se
-fît le 8 septembre[245], anniversaire de la prise de Malakoff. «Non, a
-répondu le Maréchal, je l'ai pris le 8, mais je n'y suis entré que le 9.»
-La comtesse Walewska, qui fait la corbeille, trouve le futur un peu
-avare. Elle voulait qu'il donnât deux rivières de diamants; sur quoi il
-lui a dit: «Non, une est suffisante pour s'y noyer.»
-
- [245] Le mariage ne fut célébré que le 2 octobre 1858.
-
-
-_Berlin, 5 septembre 1858._--J'ai été en communication avec des revenants
-de Potsdam bien informés: il n'y a ni aggravation, ni amélioration dans
-l'état du Roi, _statu quo_ complet. On croit qu'une sorte d'intuition, à
-moitié voilée, préoccupe, agite et a fait tenir à revenir à Sans-Souci
-pour y prendre un grand parti. Seulement, la faculté d'exprimer, de
-formuler sa pensée, la laisse incertaine pour les entours les plus
-intimes; on suppose plus qu'on ne sait.
-
-Dès les premières heures du retour, la Reine a été circonvenue de
-plusieurs faiseurs prêchant dans un sens, tiraillant dans l'autre, sans
-laisser à cette pauvre martyre le temps de respirer. Cependant, elle ne
-s'est rendue ni aux uns, ni aux autres, et il me semble qu'on atteindra
-ainsi la fin du mois. Mais deux choses me paraissent résolues: un nouveau
-départ pour Méran, peut-être pour Gênes après; ce départ aurait lieu dans
-les premiers jours d'octobre. Avant, il y aurait une résolution
-définitive de prise, en ce sens que l'état actuel se modifierait, non par
-une abdication, mais par une Régence.
-
-On a remis au Prince de Prusse un mémoire sur les différentes formes à
-donner au définitif relatif; une de ces formes s'appelle _Co-Régence_. Le
-Prince a rendu ce mémoire après avoir mis en marge: «_Jamais_», ce qui
-est fort sage.
-
-M. de Manteuffel est tout à la politique française; l'influence anglaise
-est plus particulièrement dans une partie de la Famille Royale, tandis
-que l'autre tourne ses regrets vers la Russie. Personne ne me semble
-assez pénétré que le plus sage et le plus prévoyant serait de tendre
-honnêtement la main à l'Autriche. Du reste, il faut en convenir, l'étoile
-napoléonienne est, pour l'instant, resplendissante. Tout lui sourit,
-depuis la Bretagne jusqu'à la Chine. Le berceau de la fidélité
-monarchique a passé à d'autres amours!
-
-Le mariage Malakoff est fixé au 2 octobre. L'Impératrice donne, non pas
-la corbeille, mais le trousseau; elle veut attacher le Maréchal à sa
-fortune en le faisant son allié... Mais lui, quel vieux fou! S'affubler,
-à soixante-trois ans, d'une Espagnole, belle à miracle, et qui, dit-on, a
-bien de la peine à se résigner à une pareille union!
-
-
-_Berlin, 8 septembre 1858._--On m'écrit que la duchesse Mathieu de
-Montmorency a laissé douze cent mille livres de rente. En conscience, il
-devrait en revenir une part à M. Cousin; les grandes dames du passé lui
-doivent quelque chose. Que lui auraient-elles donné s'il avait dit, de
-leur vivant, tout ce qu'il en dit aujourd'hui? La duchesse Mathieu
-descend en ligne droite de la duchesse de Chevreuse (connétable de
-Luynes en premières noces), qui a inspiré un des jolis articles de M.
-Cousin.
-
-M. de Falloux me mande des confins de la Bretagne: «Les ovations
-napoléoniennes de la Bretagne n'ont pas ébranlé le parti légitimiste.
-Tant que l'Empereur Napoléon vivra et régnera, il pourra avoir de
-semblables satisfactions; mais elles ne le feront pas vivre ni régner un
-jour de plus. Ce sont des succès plus bruyants et plus brillants que
-sérieux; pour quelque temps, l'apparence vaut la réalité, sans que ce
-soit pourtant la même chose. Il y a dans la situation de l'Empereur
-Napoléon des faiblesses que ni les rencontres royales ni les
-applaudissements populaires ne peuvent guérir, et sa destinée dépend de
-plus grandes causes.»
-
-
-_Berlin, 11 septembre 1858._--Avant-hier, M. de Manteuffel a eu la
-première conversation sérieuse avec la Reine, qui en est sortie
-extrêmement agitée. Les médecins se taisent et haussent en silence les
-épaules; les courtisans l'effrayent en lui disant que si elle prononce le
-mot _Régence_ au Roi, elle peut l'exposer à une attaque subite et
-mortelle. Les ministres, c'est-à-dire deux ministres, disent que _la
-Régence_ est indispensable, que tous les équivalents, sans le nom, ne
-suffiront pas au public, pas aux Chambres, qui tiendront d'autant plus au
-nom de _Régence_ que le serment de la Constitution s'y rattache.
-
-Le Prince de Prusse s'enfuit aux manœuvres de Silésie, de Hanovre, de
-Varsovie, pour n'avoir pas à s'expliquer. Il y a des personnes qui
-disent qu'on pourrait éviter l'action des Chambres par un Conseil de
-famille qui déférerait la Régence au Prince, sans que le Roi en ait, pour
-ainsi dire, la connaissance et le déplaisir; mais, avec une famille si
-désunie, cela n'est pas possible. La Reine, et ce qu'on commence déjà à
-appeler _la vieille Cour_, voudraient une simple _délégation illimitée_,
-comme durée et comme pouvoir; mais cela ne convient pas aux hommes
-proprement dits _politiques_, ni au public qui veut du définitif. Puis
-vient la question du voyage. La Reine est persuadée qu'il est urgent
-qu'il ait lieu au début d'octobre. Mais où aller? Le Roi redoute
-l'Italie; Méran, en Tyrol, n'est bon qu'en automne, horriblement triste
-en hiver, et dénué de toutes ressources; Venise est trop pauvre en
-promenades pédestres, qui remplissent les deux tiers des journées
-royales; Gênes, trop exposé à l'air irritant de la mer et au soleil trop
-vif; Rome, _impossible_ pour la Reine[246]. Il y a des voix qui s'élèvent
-pour Pau; enfin, d'autres indiquent l'île de Wight, mais il y aurait pour
-le Roi l'agitation d'être près de la Reine Victoria, sans la voir; car le
-Roi est plus séquestré que jamais, d'après la volonté expresse des
-médecins. On ne permet pas à Humboldt de le voir, ce qui est pour
-celui-ci un chagrin profond et une véritable blessure. Quelqu'un, qui
-voit de près, me disait que, dans son opinion, il n'y aura jamais
-guérison, et que probablement il y aura déchéance, lentement
-progressive, qui finira par conduire à un état d'enfance.
-
- [246] La Reine Élisabeth, qui était une Princesse de Bavière,
- avait, sous la pression de son beau-père Frédéric-Guillaume III,
- quelques années après son mariage, abjuré la religion catholique
- pour entrer dans l'Église protestante. Malgré cette situation
- difficile, le Roi et la Reine passèrent à Rome la plus grande
- partie de l'hiver 1858-1859.
-
-
-_Sagan, 16 septembre 1858._--Avant-hier, je suis allée à Sans-Souci, où
-j'ai vu le Roi sur la terrasse, et la Reine seule dans son cabinet, si
-confiante, si causante, si différente de ce qu'elle est habituellement
-que j'en ai été frappée et émue. Pauvre femme! Quelle tâche, et comme
-elle est noblement et simplement accomplie! Elle a abordé bien des
-difficultés de sa position, et j'ai clairement vu que, si le Roi n'est
-pas assez lucide pour juger par lui-même, il l'est cependant assez pour
-opposer sa volonté à celle des autres, pour être _méfiant_, en un mot
-pour rendre les responsabilités de toutes choses, grandes et petites,
-bien difficiles. C'est ainsi qu'avant-hier tout était doute:
-partira-t-on? restera-t-on? où ira-t-on? Toutes questions irrésolues
-encore. La Reine désire vivement le départ et une absence prolongée; elle
-se résignerait même à Rome, ce qui cependant, pour elle, ne saurait être
-que pénible. Le Roi a horreur de l'idée de l'Italie. Que c'est bizarre!
-
-La question politique devient tellement _brûlante dans le pays_ qu'il
-faudra qu'elle soit bientôt décidée, et je crois, pour ma part, à _la
-Régence_, la chose appelée par son nom. Mais cette Régence, sera-t-elle
-octroyée? Par qui? Dans quelle forme? Les plus intéressés n'en savaient
-rien, il y a deux jours.
-
-
-_Sagan, 27 septembre 1858._--J'ai eu une lettre de Sans-Souci, du 24,
-dans laquelle on me dit que, jusqu'à ce jour, on avait inutilement
-guetté un joint qui permît de porter la pensée du Roi sur l'acte devenu
-si urgent. Il semblait éviter de laisser tomber un seul mot qui facilitât
-une proposition à lui faire accepter; aussi était-on décidé à tout faire
-d'emblée, proposition et acte à signer, le tout en un quart d'heure.
-Comment cela réussira-t-il? On est dans une grande angoisse sur l'effet
-moral et physique.
-
-J'apprends à l'instant que le voyage est décidé: d'abord pour Méran, d'où
-on s'enfoncera en Italie. On doit quitter Sans-Souci le 10 ou 11 octobre.
-La Reine a désiré aller passer une demi-journée à Dresde, pour consoler
-sa pauvre sœur jumelle, désolée de la mort de la jeune et florissante
-Archiduchesse Marguerite[247]; mais le tyrannique docteur Bœger l'a
-positivement interdit. La Reine s'est soumise, mais on voit par là à quel
-point _tout_ est redouté pour le Roi.
-
- [247] Fille du Roi de Saxe et première femme de l'Archiduc
- Charles-Louis d'Autriche. Cette Princesse venait de mourir en
- couches.
-
-La presse prussienne prend des allures si vives, et sur la Régence et sur
-les élections, qu'on saisit une gazette après l'autre.
-
-
-_Sagan, 9 octobre 1858._--Je suppose qu'aujourd'hui ou demain nous aurons
-la Régence; car il paraît que le Prince de Prusse a tenu bon et
-décidément qu'il emporte, non seulement le pouvoir, mais le _titre_.
-
-
-_Sagan, 14 octobre 1858._--J'ai reçu une lettre de la Princesse Charles
-de Prusse, écrite le lendemain du départ du Roi de Berlin. En voici le
-résumé: «Le Roi, en partant, était mieux que la semaine précédente, qui
-avait été très fâcheuse; à tout prendre, moins bien qu'avant Tegernsee.
-On n'a pas voulu que la famille lui fît ses adieux à Potsdam; il a été
-lui-même avec la Reine recevoir ces adieux, à Glienicke et à Babelsberg;
-il était cassé et voûté; les regrets ont été très douloureux en quittant
-Sans-Souci. On croit, dans la famille, qu'il sera plus facile d'empêcher
-le Roi de quitter Méran que de le décider pour l'Italie. On suppose qu'il
-passera tout l'hiver dans le Tyrol.
-
-
-_Sagan, 4 novembre 1858._--Je pense que l'élaboration ministérielle à
-Berlin est maintenant chose faite. MM. de Budberg et de Moustiers seront
-de moins belle humeur; car c'est contre leur alliance qu'on élèverait un
-drapeau anglo-austro-prussien, que le Prince de Hohenzollern-Sigmaringen
-serait chargé de tenir haut et ferme. Il y a, au-dessus et au-dessous de
-toutes ces combinaisons ministérielles, la question des élections. Les
-démocrates s'agitent et ils ont singulièrement haussé le ton depuis la
-Régence.
-
-Les nouvelles du Roi, depuis qu'il est à Méran, sont tellement meilleures
-que la Reine se reprend à l'espérance d'un rétablissement qui, après les
-changements que le Régent est en train d'opérer, ne laisserait pas que de
-rendre la confusion suprême.
-
-
-_Sagan, 11 novembre 1858._--Avant de rien préjuger sur le nouveau Cabinet
-prussien, il faut le voir à l'œuvre, et quelles Chambres il aura à
-gouverner[248]. Les élections se font ces jours-ci et agitent tout le
-pays. On dit que le prince de Hohenzollern ne donne que son nom au
-Cabinet, que M. d'Auerswald en sera l'âme et le _leader_. On s'étonne
-seulement qu'on l'ait nommé ministre du Trésor, vu qu'il a mangé sa
-propre fortune et celle de sa femme.
-
- [248] Le nouveau Ministère prussien était ainsi composé: le
- prince de Hohenzollern-Sigmaringen, président du Conseil; M.
- d'Auerswald, ministre d'État; M. de Schleinitz, ministre des
- Affaires étrangères; le général de Bonin, ministre de la Guerre;
- M. de Patow, ministre des Finances; le comte Pückler, ministre de
- l'Agriculture; M. de Bethmann-Holweg, ministre des Cultes; M. de
- Heydt, ministre du Commerce; M. Simons, ministre de la Justice;
- M. de Flottwell, ministre de l'Intérieur.
-
-
-_Sagan, 16 novembre 1858._--Je ne parlerai pas politique prussienne; les
-élections répondent aux craintes des conservatifs comme aux espérances
-des démocrates. Il y aurait présomption à vouloir tirer maintenant les
-horoscopes; je m'en abstiens, malgré le peu de goût que j'ai pour la
-résurrection de certains noms malsonnants qui se présentent avec bonne
-chance aux élections, et pour la licence des gazettes. Tout cela rappelle
-1848; mais il faut croire que le Ministère actuel saura être libéral,
-sans danger pour l'État, modéré sans faiblesse, triomphant sans
-entraînement. Je lui souhaite bonne chance, car je lui crois
-d'excellentes intentions, mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes
-intentions?
-
-
-_Sagan, 20 novembre 1858._--Je ne sais trop que penser de l'état des
-choses qui a subi un si rapide changement. S'il fallait classer les
-partis, je dirais que les conservatifs sont en _défiance_, les libéraux
-en _confiance_, les démocrates en _espérance_; ils voient, dans la porte
-qu'on a entr'ouverte, un arc de triomphe par lequel ils espèrent entrer,
-pour faucher ce que 1848 a épargné. Les Ministres semblent déjà
-s'effrayer un peu de leur premier début, puisque le ministre de
-l'intérieur a publié une seconde circulaire pour expliquer la première,
-et dire que celle-ci avait été mal comprise par le public[249]; mais ceci
-est un coup d'épée dans l'eau, car l'impulsion imprudente a été donnée.
-Il est bien à craindre que les élections ne s'en ressentent, et cette
-reculade du Ministère l'affaiblit sans faire revenir les esprits.
-
- [249] Dans une allocution que le Prince-Régent de Prusse avait
- adressée le 8 novembre au Ministère d'État, après la
- reconstitution du Cabinet, le Prince avait dit que, s'il s'était
- opéré un changement dans les conseillers de la Couronne, cela
- avait eu lieu parce qu'il avait trouvé chez tous les conseillers
- choisis par lui l'opinion qui était la sienne, à savoir: _qu'il
- ne pouvait être question, ni maintenant, ni jamais, d'une rupture
- avec le passé_, qu'il s'agissait seulement d'améliorer, là où
- l'arbitraire s'était fait sentir. L'opinion s'étant fort agitée
- sur ces paroles, les Ministres crurent nécessaire de les
- expliquer; mais ces explications étaient enveloppées d'obscurité
- et leur langage nébuleux rendait impossible d'y pénétrer.
-
-
-_Sagan, 25 novembre 1858._--Voici les élections accomplies. Ici, on a
-nommé deux députés centre droit, et le troisième centre gauche; il serait
-à désirer qu'on n'eût pas fait de plus mauvais choix dans les autres
-collèges électoraux du Royaume; mais les gazettes nous apportent bien des
-noms malsonnants. Je ne crains pas grand'chose pour la session. Le
-gouvernement n'y présentera rien qui permette la discussion; rien que
-l'_urgent_. La gauche voudra jouer la modération, et les _pointus_ de
-droite seront évidemment plutôt découragés. La grande bataille ne se
-livrera qu'à une seconde session; même la première Chambre sera, je
-crois, dans la prochaine, assez mesurée et prudente. Gouvernement,
-Chambres, pays, _tutti quanti_, sont encore pour l'instant plus
-ébouriffés que clairvoyants et assurés.
-
-
-_Sagan, 7 décembre 1858._--Je ne crois pas que la panique financière soit
-terminée pour de bon. L'atmosphère est bien lourde, bien chargée. Les
-propos à Compiègne ont été fort guerriers, les dénégations entortillées,
-insuffisantes. A Vienne, on est fort averti. Bref, je ne pense pas que je
-puisse prudemment me prolonger en France, où je compte me rendre dans un
-mois, au delà du début printanier, si toutefois j'y puis rester
-jusque-là. Si lord Palmerston ne rentre pas au Ministère, il y aura
-chance pacifique; s'il y rentre, je vois le feu aux étoupes. Les amis du
-Régent l'ont mal servi en publiant son programme[250], sujet actuel d'une
-controverse vive et d'une argumentation au moins inutile. Les Rois, ou du
-moins les Régents, ne devraient jamais se livrer nominativement au
-public.
-
- [250] Ce programme était tout entier dans l'allocution du
- Prince-Régent au Ministère d'État, dont nous avons déjà parlé
- plus haut, et qu'une indiscrétion avait fait connaître aux
- gazettes qui, naturellement, l'imprimaient avec plus ou moins de
- vérité.
-
-
-
-
-1859
-
-
-_Paris, 18 janvier 1859._--J'ai vu pas mal de monde hier.
-
-Depuis vingt-quatre heures le vent est des plus pacifiques. Le recri du
-commerce et de l'industrie, la pression de l'Angleterre, les démissions
-offertes par plusieurs ministres, ont fait reculer. _On n'a rien
-abandonné_, mais reconnaissant le moment défavorable, on a ajourné, au
-grand déplaisir de l'Impératrice Eugénie, qui est une des plus vives pour
-substituer les chances de la guerre aux dangers des assassins. On a
-envoyé quelqu'un à Londres pour tout expliquer, dans le sein de la paix,
-et on a transmis au prince Napoléon, au général Niel, à M. Bixio à Turin,
-des recommandations d'agir avec la plus grande prudence[251].
-
- [251] Le prince Napoléon, accompagné du général Niel et de M.
- Bixio, était parti de Paris le 13 janvier pour Turin, où son
- mariage avec la princesse Clotilde, fille du Roi Victor-Emmanuel,
- fut célébré le 30 du même mois.
-
-Ni M. Walewski, ni la princesse Mathilde (à peu près brouillée avec son
-frère) n'ont eu connaissance du mariage sarde que lorsque tout a été
-convenu.
-
-
-_Paris, 20 janvier 1859._--Le Roi Jérôme a dit, avant-hier, à une
-personne qui l'a répété, qu'il n'y aurait pas de guerre cette année, tous
-les nécessiteux ayant pu, par un jeu de baisse, se relever.
-
-A Rome, la Reine de Prusse a reçu le cardinal Antonelli. Le Roi prend de
-plus en plus intérêt à ce que lui offre la Ville éternelle. Il répète
-souvent avec une sorte d'agitation précipitée qu'il veut voir le Pape.
-«_J'ai tant de choses à lui dire._» Ses entours en sont surpris et
-embarrassés. Tout ceci n'est-il pas bien étrange?
-
-A un grand dîner diplomatique donné ici, il y a quelques jours, par
-l'ambassadeur de Russie, M. de Kisseleff, sans qu'il y eût anniversaire
-ou motif particulier, l'Ambassadeur s'est levé et a dit qu'il était sûr
-de répondre au désir des convives, en portant la santé de l'Empereur des
-Français. On s'est regardé et on a bu, M. de Hübner y compris. Puis, le
-comte Walewski s'est levé à son tour, disant qu'il était sûr de répondre
-au désir général en portant la santé de l'Empereur de Russie. Autre
-échange de regards plus ou moins surpris. On ne s'explique pas cette
-démonstration sans motif spécial.
-
-
-_Paris, 23 janvier 1859._--Paris est toujours à la guerre. On parle d'un
-traité offensif et défensif, signé entre la France et la Sardaigne, sans
-lequel M. de Cavour ne consentirait pas au mariage de la princesse
-Clotilde. Cependant ce fait qui se répète beaucoup ne m'est pas démontré.
-
-
-_Rochecotte, 3 février 1859._--Quand j'ai quitté Paris, on était
-mi-partie à la guerre, mi-partie à la paix. Ce qui paraît certain, c'est
-que si la pression extérieure, qui hélas! est bien peu unie et ferme, ne
-pèse pas dans la balance pacifique, c'est Pélissier qui commandera
-l'armée de Paris pour y maintenir l'ordre pendant l'absence de
-l'Empereur, lequel Empereur veut commander en personne l'armée des Alpes,
-Canrobert celle de réserve. Les nouvelles d'Algérie, d'où on retirerait
-des troupes en cas de guerre, sont qu'aussitôt l'armée diminuée, les
-Arabes se révolteraient sur nouveaux frais; déjà les assassinats
-recommencent depuis que le nouveau système du prince Napoléon y est
-établi. Les banqueroutes se succèdent à Paris et en province. En un mot,
-désarroi partout et bien des nuages à tous les horizons.
-
-
-_Rochecotte, 8 février 1858._--Mon fils, qui a assisté à la séance du
-Corps législatif, m'écrit qu'elle a été des plus froides; ni cris, ni
-applaudissements, rien pour l'Impératrice. Il en a été de même à
-l'arrivée à Paris de la princesse Clotilde; les hommes n'ôtaient pas même
-leur chapeau.
-
-Le discours d'ouverture de l'Empereur ne paraît pas suffisant pour faire
-croire à la paix réelle; il ne parvient pas à rétablir la confiance
-profondément ébranlée. Les journaux du Gouvernement parlent d'un grand
-enthousiasme que les spectateurs impartiaux nient. En attendant, les
-banqueroutes vont grand train, et les armements et préparatifs de guerre
-ne discontinuent pas. On reste très inquiet.
-
-
-_Rochecotte, 14 février 1859._--Je viens de lire l'ouvrage que Mme la
-comtesse d'Harcourt a publié sur Mme la Duchesse d'Orléans. Cette lecture
-m'a plu. C'est un récit ému, naturel, d'une destinée brillamment et
-tristement dramatique; assez de passion pour aller au delà du vrai, et
-pourtant, une certaine retenue habile sur les moments délicats. C'est une
-lecture très agréable où la mémoire de la Princesse est heureusement
-sauvegardée et honorée, utile à son souvenir, et peut-être même à
-l'avenir de ses enfants[252].
-
- [252] Ce livre, qui parut au printemps de 1859, chez l'éditeur
- Michel Lévy à Paris, ne portait pas le nom de son auteur.
-
-
-_Rochecotte, 28 février 1859._--Je crois de plus en plus à la guerre.
-L'Empereur Napoléon a dit à M. de Villamarina, le ministre de Sardaigne à
-Paris, à l'occasion de la mission de lord Cowley à Vienne: «_Rassurez
-votre maître, cette mission ne saurait aboutir._» C'est bien pour cela
-qu'il y a consenti. Il paraît certain, en effet, que si l'Angleterre veut
-la paix, elle n'en prend guère les moyens, car lord Cowley est chargé de
-propositions qui me paraissent inadmissibles[253]. Et ce pauvre Pape? Je
-ne m'étonne pas qu'aux Tuileries on se prête à évacuer Rome, car ce sera
-le signal de troubles dans lesquels on puisera le prétexte qu'on cherche
-depuis longtemps. A côté de ces sombres prévisions, on s'amuse, à Paris,
-comme dans les jours de la plus grande quiétude. Il n'est bruit que de
-bals; cinq bals costumés chez les Ministres, mille invités hier chez Mme
-Duchâtel.
-
- [253] La guerre était imminente, mais les Puissances médiatrices,
- comprenant que si elles voulaient en conjurer le fléau, elles
- devaient s'interposer activement, l'Angleterre donna à lord
- Cowley (alors ambassadeur de Londres à Paris), la mission de se
- rendre à Vienne pour sonder les dispositions de l'Autriche et
- amener la régularisation de ses rapports avec la Sardaigne; mais
- tout s'évanouit, quand, le 20 mars, éclata, en pleine Europe, une
- proposition de Congrès, venant de Pétersbourg (et en réalité,
- répondant à un vœu secret des Tuileries), qui compliquait la
- situation au lieu de la simplifier, en la faisant entrer dans une
- voie sans issue. Ce Congrès ne pouvait être et ne fut qu'une
- chimère.
-
-On me mande qu'on ne parle d'autre chose que de bals chez Mme de Boigne,
-où le duc de Fezensac a lu, l'autre jour, un fragment de mémoires sur son
-enfance pendant la Terreur à Méréville[254]. Là, et alors aussi, on
-s'amusait. La nouvelle du 21 janvier 1793 suspendit, à Méréville, une
-comédie qu'on s'apprêtait à y jouer. On dit que ces mémoires sont à la
-fois naturels et piquants.
-
- [254] La révolution de 1848 ayant mis fin à sa carrière politique
- et militaire, le duc de Fezensac avait employé ses loisirs à
- écrire les souvenirs des grandes guerres de sa jeunesse dont il
- fit plus tard la publication.
-
-
-_Rochecotte, 8 mars 1859._--J'ai lu le fameux article du _Moniteur_,
-ainsi que la reculade de mauvaise humeur qu'il contient[255]. Je suppose
-que ce qui y a le plus contribué, c'est l'animosité de l'opinion en
-France, en Angleterre, et celle qui me paraît presque exaltée en
-Allemagne. Il a donc reculé (je veux dire l'Empereur Napoléon) et reculé
-le premier. Cela disposera peut-être l'Autriche à faire quelques petites
-concessions qui lui concilieront encore plus Londres et Berlin. Il est
-vrai que, dans cet article grognon du _Moniteur_, on ne pouvait plaider
-la cause de la paix dans un style plus belliqueux; il y a des gens qui
-diront que le principal motif de l'article a été la nécessité de rassurer
-ce pauvre Corps législatif qui montre quelques velléités de sortir de son
-obéissance muette et passive. Mais l'article sera-t-il suffisant pour
-rendre la sécurité? Je n'y vois qu'un sursis, c'est beaucoup, mais est-ce
-assez?
-
- [255] Le _Moniteur_ du 4 mars contenait simplement ces mots: «_Le
- Constitutionnel_ annonce que l'évacuation des États romains par
- nos troupes a été ordonnée, et que le corps d'armée français a
- déjà reçu l'ordre de se diriger sur Civita-Vecchia. Cette
- nouvelle est au moins prématurée.» Puis le lendemain, le
- _Moniteur_ publiait une déclaration démentant tour à tour les
- bruits relatifs à des engagements contractés avec la Sardaigne et
- assurait qu'il n'y avait que la promesse, faite par la France, de
- défendre la Sardaigne contre tout acte agressif de l'Autriche,
- qui n'était nullement de nature à faire redouter la guerre.
-
-On me parle de conversations étranges entre M. de Persigny et l'Empereur,
-puis entre M. de Persigny et le marquis de Villamarina.
-
-On dit que M. de Persigny, qui prêche la paix, comme Pierre l'Ermite
-prêchait la Croisade, somme le Piémont de dégager l'Empereur de ses
-engagements. M. de Morny et M. Baroche garantissent la paix au Corps
-législatif; cela suffira-t-il pour empêcher qu'il réclame contre le peu
-de compte qu'on fait de lui, quand on présente à sa commission un budget
-de paix, au moment où la guerre paraît près d'éclater? De tout ceci, la
-Bourse se remet à monter et on peut se croire quelques mois de plus de
-tranquillité.
-
-
-_Rochecotte, 14 mars 1859._--A l'occasion de la démission du prince
-Napoléon[256], on disait dans Paris, en y appliquant le titre d'une
-comédie qui a fait du bruit au Théâtre-Français: _La joie fait peur_. Je
-crois la guerre inévitable; mais comme on n'est prêt ni ici ni en
-Piémont, qu'il faut encore trois mois pour achever tous les préparatifs
-et qu'on veut pouvoir les compléter en paix, on a l'air de se prêter à
-des négociations sur l'utilité desquelles on s'efforce de rassurer
-secrètement M. de Cavour. J'ai bien peur qu'en Prusse on ne se fasse de
-grandes illusions ainsi qu'à Londres et qu'on ne se prépare, dans un
-certain délai, une grande journée des dupes.
-
- [256] Sur son désir, le prince Napoléon s'était déchargé du
- ministère de l'Algérie et des Colonies.
-
-
-_Rochecotte, 31 mars 1859._--Je me souviens d'un mot de Mme de Maintenon:
-«Il n'y a que la mort qui termine nettement les embarras de la vie.»
-Quelque embarrassé qu'on soit, la porte qui seule en tire n'est du goût
-de personne. Il arrive un temps, hélas! où on n'a plus de plaisir à
-vivre, tout en ayant terreur de mourir. C'est un peu mon cas. Quel être
-inconséquent et impossible à satisfaire que l'être humain!
-
-Il y a quelques jours que la nouvelle du Congrès tranquillisait tout le
-monde; depuis, on n'y a plus la même confiance. On croit qu'en le
-proposant, la Russie tendait un piège, qu'elle coupait l'herbe sous les
-pieds de l'Angleterre, et en France on se flattait d'un refus de
-l'Autriche d'y assister. Quand on ne croit plus à la bonne foi de
-personne, où placer sa confiance?
-
-Les uns me mandent, ce sont ceux qui se cramponnent à la paix, que le
-prince Napoléon est de mauvaise humeur et Cavour mécontent; ceux qui,
-surtout, prévoient la guerre, prétendent que le prince Napoléon est
-rayonnant et Cavour souriant[257].
-
- [257] Au moment où éclatait la proposition de Congrès, la
- situation commençait à devenir critique; une scène des plus vives
- avait eu lieu à Paris entre le comte Walewski et le représentant
- sarde, M. de Villamarina. Le ministre des Affaires étrangères se
- laissait emporter jusqu'à dire que «_l'Empereur ne ferait pas la
- guerre pour favoriser les ambitions de la Sardaigne; que tout
- devait être réglé par un Congrés auquel le Piémont n'avait aucun
- droit de participer_». Un langage aussi acerbe était tenu à Turin
- par le ministre de France, le prince de la Tour-d'Auvergne. Le
- comte de Cavour se hâtait de faire face à l'orage. Il expédiait
- une lettre du Roi à l'Empereur à laquelle celui-ci répondait
- simplement: «_Que le comte de Cavour vienne à Paris sans plus de
- retard._» Cavour était à Paris le 25 mars, où il eut des
- entrevues successives avec l'Empereur et reçut aux Tuileries un
- accueil cordial; mais il ne tarda pas à s'apercevoir de tout un
- travail dans l'entourage de l'Empereur, qui n'avait pas seulement
- pour objet le maintien de la paix (fût-ce par le sacrifice du
- Piémont), mais qui tendait à l'écarter lui-même comme le
- principal obstacle à la paix. M. de Cavour rentrait à Turin le
- 1er avril, quand, peu de jours après, l'Autriche envoya, le 23
- avril, au Roi de Piémont un _ultimatum_ qui n'était autre que la
- sommation immédiate de son désarmement, et que le moindre
- sentiment de fierté lui interdisait d'accepter. Les hostilités
- étant devenues imminentes, l'armée française franchit les Alpes.
-
-Il faudrait un baromètre bien subtil pour marquer exactement la
-température parisienne, européenne, pour dire vrai; car partout, il y a
-fluctuation.
-
-A propos de Cavour, on raconte que la veille de son départ, il aurait dit
-en ricanant à Rothschild: «_Je sais fort bien que si je donnais ma
-démission, les fonds monteraient de trois pour cent._»--«_Mieux que
-cela_», lui a répondu le juif, assez brutalement. Israël se met à avoir
-de l'esprit et presque du courage, quand il s'agit de voir des millions
-s'engloutir.
-
-La princesse Clotilde a été au concert chez la duchesse de Hamilton. Il
-ne s'y trouvait que des étrangers ou du monde officiel. Elle n'avait pas
-_osé_ en inviter d'autres, quoique ses intimités se trouvent concentrées
-dans le faubourg Saint-Germain. La duchesse d'Albuféra, qui était à ce
-concert, me mande qu'elle a trouvé la princesse Clotilde mieux qu'elle ne
-pensait d'extérieur.
-
-
-_Paris, 8 avril 1859._--On hésite toujours ici à fixer définitivement le
-lieu où se tiendra le Congrès; mais le veut-on sérieusement? Il y a bien
-des habiles qui en doutent. On ne voit que pièges et duplicités partout,
-notamment de la part de la Russie; la méfiance est générale. L'Empereur
-Napoléon ne s'attendait pas à la dissolution du Parlement anglais; il
-espérait la venue de lord Palmerston au Ministère; malgré cela, tout ce
-qui est guerroyant va son train.
-
-Strasbourg est mis sur le pied de guerre, les régiments aguerris de
-l'Algérie sont remplacés par des régiments nouveaux; les anciens seront
-employés aux Alpes et sur le Rhin. Les généraux Martimprey, Trochu, Niel,
-seront à la tête de l'État-Major de l'Empereur qui commandera en chef; il
-y aura une armée des Alpes et une armée d'observation du Rhin; Pélissier
-contenant les rouges à Paris. Le prince Napoléon sera emmené de gré ou de
-force à l'armée. Voilà à quoi on s'apprête. Le Congrès ne semble à bien
-des gens qu'un leurre pour épuiser l'Autriche dans une vaine attente. On
-dit que M. de Cavour, en rentrant à Turin, a été un peu surpris de s'y
-trouver dépassé par les cris des réfugiés, qui y deviennent chers et
-importuns.
-
-
-_Paris, 12 avril 1859._--Le rôle que joue la Russie sera dans son plus
-grand développement à l'arrivée du prince Gortschakoff, qu'on attend ces
-jours-ci. Le Congrès reste douteux, le lieu où il se tiendrait également
-incertain; il n'y a de certain que les élégantes toilettes commandées par
-les femmes des plénipotentiaires qui comptent exercer leurs séductions.
-On me nomme Mme Walewska et lady Cowley. Cette dernière est revenue fort
-autrichienne de Vienne, où on l'a habilement cajolée. Depuis hier, on
-croit à la paix; avant-hier, c'était la guerre; je ne sais encore rien
-d'aujourd'hui; demain, ce sera autre chose. C'est un va-et-vient auquel
-on ne comprend plus rien; mais, ce qui est évident, c'est qu'on ne croit
-plus à personne, ni aux gazettes, ni aux hommes, ni aux choses.
-
-
-_Paris, 22 avril 1859._--On s'attend à ce que l'_ultimatum_, à bref
-délai, que l'Autriche, fatiguée et poussée à bout, vient de proposer à
-Turin, n'y étant pas accepté, sera suivi le lundi de Pâques des premières
-hostilités. Depuis hier, toutes les troupes d'ici partent par le mont
-Genèvre ou par Toulon. Paris est consterné; jamais guerre n'a trouvé
-moins d'entrain dans cette France toujours si gaie au canon. La rente a
-baissé hier de trois francs, on suppose qu'elle va tomber bien plus bas
-encore. Si lord Derby avait voulu tenir, il y a deux mois, le langage de
-son dernier discours[258], si la Prusse s'y était jointe, on aurait
-alors évité probablement le terrible coup qui nous menace.
-
- [258] Au sujet de la réforme électorale, le Cabinet anglais ayant
- eu une minorité de trente voix, le Ministère résolut de ne pas
- donner sa démission, mais de dissoudre le Parlement. Lord Derby
- en fit communication le 4 avril à la Chambre et fit figurer en
- première ligne, dans son discours, l'intérêt qui s'attachait au
- maintien de la paix; en faisant allusion à lord Palmerston et à
- lord John Russel, il exprimait l'espoir que la résolution du
- Ministère serait approuvée par l'opinion publique, car la nation
- ne pourrait voir sans déplaisir le pouvoir passer dans les mains
- des partis coalisés, qui n'ont de force que pour détruire et non
- pour gouverner.
-
-
-_Paris, 28 avril 1859._--L'Autriche a accepté la dernière proposition de
-l'Angleterre, qui s'offre à être seule médiatrice et à reprendre la
-négociation, au point où elle en était, avec lord Cowley, lorsque la
-Russie a substitué tout à coup l'idée d'un Congrès; mais l'Empereur
-Napoléon a refusé pour ne pas déplaire à la Russie. Il paraît maintenant
-évident qu'il y avait eu accord secret entre la France et la Russie, dont
-la rumeur blesse profondément l'Angleterre. Ainsi donc, depuis
-quarante-huit heures, nouveau changement de décoration, revirement
-inattendu et confusion complète. Le prince Napoléon ne veut pas partir;
-il dit qu'on l'envoie dans un _coupe-gorge_ et qu'il n'a pas envie d'y
-périr avec son beau-père. On dit que le sang savoyard se révolte de cette
-timidité chez la princesse Clotilde; mais on dit l'Empereur Napoléon si
-décidé à ne pas laisser l'aimable cousin derrière lui, qu'il pourrait
-bien retarder son propre départ. Les militaires, voire même les généraux,
-partent avec peu d'entrain et de tristes pressentiments. Au ministère de
-la Guerre, tout est en désordre; il y a angoisse et consternation
-partout, jusqu'au Corps législatif, cette pâle ombre, qui a des
-velléités d'humeur. Les rapports de la police sur les sociétés secrètes
-disent qu'elles sont toutes prêtes à éclater au moindre revers. L'effroi
-du commerce, l'arrêt des entreprises, les sinistres figures qui
-surgissent dans les faubourgs, oiseaux de mauvais augure, la terreur des
-financiers, les prévisions des gens sensés, le langage démesuré des
-hommes de parti, la liberté étrange des paroles, la tristesse du monde
-officiel, tout cela fait de Paris, en ce moment, avec le mouvement des
-troupes, les larmes des femmes et des mères, un lieu des plus
-douloureusement curieux. L'entrain belliqueux, si naturel à ce pays,
-n'est nulle part. Avec cela, la plupart des maréchaux infirmes, partant,
-à la vérité, mais pouvant à peine se traîner. Les Russes, avant-hier
-encore, fort goguenards et insolents, sont beaucoup moins hautains; ce
-qui tient à l'attitude de l'Angleterre, furieuse du traité tenu longtemps
-secret et qui éclate.
-
-
-_Paris, 29 avril 1859._--Les grandes banques cherchaient encore hier,
-dans les incidents de la journée, une chance de paix; mais les Anglais ne
-doutaient pas de la guerre; ils croient au traité secret avec la Russie,
-officieusement, mais non officiellement démenti. Albion fulmine; lord
-Cowley s'exprime en termes _massifs_; la révolution de Florence et de
-Parme creuse le fossé[259]; l'Autriche ne peut les tolérer, la France ne
-peut les abandonner. Quel gâchis! L'Empereur Napoléon a dit avant-hier au
-vieux prince Adam Czartoryski: «_Ayez patience, aussitôt que j'aurai fini
-en Italie, je m'occuperai de la Pologne, car ma mission est de rétablir
-toutes les nationalités._» On pourrait bien demander comme dans la
-comédie: «Qui trompe-t-on ici?» Mais comment se laisser tromper? Les
-rouges sont ravis et les plus sinistres figures accompagnent, jusqu'aux
-barrières, les troupes qui partent sans entrain.
-
- [259] Le 27 avril, le Grand-Duc de Toscane, pressé par une
- députation d'officiers supérieurs, qui s'étaient présentés pour
- lui demander d'opter entre l'alliance avec le Piémont ou son
- abdication, s'était retiré avec sa famille à Bologne. Aussitôt,
- le Roi de Sardaigne avait été proclamé Dictateur de la Toscane,
- pendant la durée de la guerre. Ce mouvement s'étendit
- immédiatement dans les Duchés voisins, notamment dans le duché de
- Modène. Une proclamation de commissaires extraordinaires, de
- Massa et de Carrare, plaçait ces villes sous la protection du Roi
- Victor-Emmanuel. Ce ne fut pourtant qu'au 15 juin que la Duchesse
- de Parme résolut d'abandonner ses États.
-
-
- Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants.
-
-
-_Dresde, 15 juin 1859._--Je suis arrivée ici avant-hier au soir. La
-veille, j'avais été à la messe à Weimar dans le pauvre petit réduit
-accordé aux catholiques du lieu; puis, j'ai été passer le reste de la
-journée à Eltersburg, qui est vraiment un charmant séjour[260]. J'ai eu
-la bonne chance de trouver ici, à l'hôtel de Saxe, le prince Paul
-Esterhazy, se rendant à Londres; il m'a appris bien des choses, plus
-curieuses que consolantes. Le comte Clam et le prince Édouard
-Lichtenstein sont furieux contre Gyulay qui avait, pour ainsi dire,
-gagné la bataille de Magenta et qui a tout perdu par sa faute, qu'il veut
-rejeter sur eux[261].
-
- [260] Campagne du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse de Weimar.
-
- [261] Le 4 juin 1859, l'Empereur Napoléon s'était avancé sur
- Magenta, sans se rendre compte des forces qu'il avait devant lui;
- sa position était devenue fort critique. Le général de Mac-Mahon
- se porta, par une marche rapide, en avant de Magenta, avec une
- partie du second corps d'armée, sur les Autrichiens. Il parvint à
- dégager les grenadiers de la Garde fort compromis, prit et reprit
- sept fois le village de Magenta, fit cinq mille prisonniers et,
- vers huit heures du soir, resta maître du champ de bataille.
-
-La comtesse Colloredo est venue s'abriter ici; elle a des nouvelles
-alarmantes de Rome; les sociétés secrètes y sont puissantes, assez même
-pour braver le général de Goyon et ses soldats. On s'attend à des scènes
-de carnage et le Pape y est virtuellement prisonnier. Et les Légations?
-Les voilà libres des Autrichiens, réclamant les Français et proclamant le
-Roi de Sardaigne[262]. Ceci me semble plutôt un embarras qu'un avantage
-pour l'Empereur Napoléon; car que devient sa garantie de neutralité
-donnée au Pape?
-
- [262] Vers le 10 juin, les Autrichiens abandonnèrent la région du
- Pô pour se retirer derrière l'Oglio; ils quittèrent de même
- Ferrare, Ancône et les États romains, qui rejetaient l'autorité
- du Pape pour s'annexer au royaume de Sardaigne. Dans la nuit du
- 11 au 12 juin, les Autrichiens évacuaient Bologne, d'où le
- Cardinal-Légat se retirait, laissant à la Municipalité le soin de
- gouverner cette ville, qui proclamait immédiatement la dictature
- du Roi Victor-Emmanuel, auquel Parme et toutes les villes de la
- Lombardie s'empressaient de faire acte de soumission.
-
-Metternich s'est éteint sans agonie, sans maladie. Paul Esterhazy
-assistait à cette mort, qui n'a été qu'un épuisement sans souffrances. Il
-paraît que les quinze jours de réveil et d'action politique, auxquels il
-a été appelé, ont hâté sa fin, en lui faisant dépenser, en peu de jours,
-ce qui lui aurait suffi pour vivre encore un ou deux ans[263]. Esprit
-éclairé, caractère modéré, grande expérience, dignité naturelle, humeur
-facile, il réunissait bien des avantages rares partout, mais surtout dans
-son pays et à notre époque si appauvrie.
-
- [263] Le prince de Metternich était mort, le 5 juin 1859, sous le
- coup des émotions que lui donnèrent les défaites des Autrichiens
- et la destruction des effets de sa politique en Italie.
-
-
-_Téplitz, 18 juin 1859._--Il n'y a ici que des malades, des gens tristes,
-des âmes abattues, des esprits assombris. Cependant, les habitants de
-céans se remontent à la nouvelle officielle d'un échec essuyé par
-Garibaldi[264] et puis de l'éloignement de Gyulay, sur l'incapacité
-duquel on dit des choses incroyables. Il paraît que les généraux Clam et
-Édouard Lichtenstein avaient voulu provoquer contre lui un conseil de
-guerre. On se croit sûr du Tyrol allemand et de son ancienne fidélité; on
-l'est moins du Tyrol italien, et les pièces de vingt francs françaises
-circulent trop librement en Hongrie pour ne pas causer du souci. La
-_mobilisation_ prussienne se fait avec tant de gravité lente et de
-circonspection que le drame lombard sera probablement dénoué avant que la
-Prusse ne se mette de la partie.
-
- [264] Une escarmouche d'avant-poste, à Bertoletto, où Garibaldi
- avait fait construire un pont sur la Chiese, avait amené un
- combat entre quelques compagnies des chasseurs des Alpes et les
- avant-postes autrichiens qui avaient d'abord battu en retraite.
- Les légionnaires, emportés par leur ardeur, les ayant poursuivis
- jusqu'à Castelnedolo, y trouvèrent l'ennemi en masse, qui chercha
- à les envelopper. S'apercevant du péril, ils durent se retirer
- devant les Autrichiens qui firent sauter le pont, à peine bâti
- sur la Chiese en face de Montechiari.
-
-
-_Téplitz, 29 juin 1859._--Voici le trait principal d'une lettre que j'ai
-reçue d'Angleterre: «L'esprit d'ici est triste; la cour, la haute société
-sont d'un côté, le Ministère et le gros du public de l'autre. Point
-d'homme qui pèse sur ce simulacre de Parlement. Qu'est-ce qu'une majorité
-de treize voix et un Ministère composé d'ennemis jurés qui se sont fait
-et qui se font encore mille tours? Les hommes publics de ce temps-ci sont
-tombés dans le dernier décri; l'Angleterre abdique sans estime ni
-confiance pour celui[265] sous lequel elle s'incline. Elle abdique par
-imprévoyance, par pusillanimité, par prédominance des intérêts matériels;
-dans une telle situation, elle ne pèsera que du mauvais côté!»
-
- [265] Lord Palmerston.
-
-
-_Téplitz, 2 juillet 1859._--Je ne puis dissimuler que je suis bien
-mécontente du rôle que joue la Prusse, bien dangereux, d'ailleurs, à tous
-les points de vue. Je crains qu'il ne soit trop tard pour tout. Si la
-mobilisation n'est qu'une vaine et illusoire démonstration, elle est trop
-chère; elle dérange, sans profit, la vie privée de tout le monde et
-mécontentera l'armée, dont on stimule l'honneur sans jamais le
-satisfaire. Si on voulait réellement opposer une barrière sérieuse à
-l'ennemi, il ne fallait pas lui donner le temps de battre les uns sur le
-Mincio et de s'armer fortement sur le Rhin, où on aura probablement, par
-cette belle combinaison, des échecs sérieux.
-
-En attendant, la Révolution marche à pas fermes et habiles, et nous en
-avons les indices certains par les promenades des gens de mauvaise mine
-qui crient la faim. Il y a eu dans ce genre de mauvaises scènes à
-Kœnigsberg. Quel avenir! et qu'il eût été facile de l'éviter avec de la
-bonne foi, de la netteté, de l'à-propos et une intelligence prompte des
-vrais intérêts de la Prusse. Mais avec l'irrésolution d'un ministre
-paresseux comme Schleinitz et un ambassadeur chimérique à Paris comme
-Pourtalès, comment ne pas faire fausse route?
-
-
-_Téplitz, 7 juillet 1859._--On me mande de Paris que l'Empereur Napoléon
-voudrait y revenir, et laisser là l'Italie; mais il ne sait à qui confier
-le commandement de l'armée; le maréchal Canrobert aurait été au-dessous
-du médiocre à Solferino[266] et les autres savent mener les troupes, mais
-manquent d'autorité.
-
- [266] Le maréchal Canrobert, qui commandait le 3e corps d'armée,
- avait reçu l'ordre d'appuyer le général Niel; mais ne jugeant pas
- prudent de prêter, tout d'abord, son appui au commandant du 4e
- corps (celui de Niel) il crut plus sage de rester à surveiller
- les mouvements d'une colonne détachée dont le départ de Mantoue
- avait été signalé, ce qui amena entre les deux généraux d'amères
- récriminations après cette bataille de Solferino, qui fut livrée
- le 24 juin, les deux armées ennemies s'étant rencontrées
- inopinément, entre la Chiese et le Mincio. Le fruit de cette
- nouvelle victoire des armées alliées fut l'abandon par les
- Autrichiens de toutes les positions préparées par eux sur la rive
- droite du Mincio et amena les préliminaires de Villafranca.
-
-Les pièces diplomatiques mettent bien à découvert l'ambition piémontaise
-et la conspiration italienne[267]. Ce langage n'a rien qui m'étonne, car
-l'équilibre européen n'a évidemment plus de gardien. Les grandes
-puissances ont renoncé à veiller sur l'Europe, et quand lord John Russel
-et lord Palmerston _jugeront à propos d'intervenir_, cette intervention
-ne suffira plus, pas plus que la note qui vient si tard, si mollement.
-L'Angleterre et la Prusse se trouvent impuissantes à force d'avoir été
-inactives.
-
-La position du Pape me fend le cœur, et un Gramont geôlier du Pape, qui
-l'eût cru!
-
- [267] Une circulaire du comte de Cavour adressée, à la date du 14
- juin 1859, à tous les représentants de la Sardaigne auprès des
- Cours étrangères, avait exposé le point de vue sous lequel il
- envisageait les derniers événements accomplis. Il rappelle
- d'abord que l'Autriche a refusé le Congrès proposé par la Russie,
- qu'elle a envahi le Piémont et que les victoires des armées
- alliées leur ont ouvert la Lombardie. Parlant ensuite des
- antipathies des populations italiennes qui ont éclaté contre
- l'Autriche et demandé l'annexion de leur pays au Piémont, M. de
- Cavour prouve que le Roi de Sardaigne, en acceptant ce vœu
- spontané de la volonté nationale, ne porte aucune atteinte aux
- traités existants, puisque l'Autriche, en refusant le Congrès,
- les a déchirés elle-même et a rendu les populations italiennes à
- leurs droits naturels. Le but, hautement avoué par le Roi, était
- l'indépendance italienne et l'exclusion de l'Autriche.
-
-
-_Dresde, 11 juillet 1859._--Que dire de cet armistice demandé par
-l'Empereur Napoléon dans une lettre autographe adressée à l'Empereur
-d'Autriche? C'est le général Fleury qui est venu en parlementaire porter
-cette lettre à Vérone. L'Empereur François-Joseph, après l'avoir lue, a
-fait entrer M. Fleury et a passé deux heures enfermé avec lui; et c'est à
-la suite de cette lettre et de cet entretien que le jeune Empereur a
-_consenti_ à l'armistice. L'étrangeté, c'est que la demande soit venue du
-côté du vainqueur, au moment où Kossuth et l'intrigue russe mettaient la
-Hongrie en émotion[268], où les flottes françaises sont maîtresses de
-l'Adriatique, où le fameux quadrilatère est cerné.
-
- [268] Secrètement poussé par la Russie, qui ne pardonnait pas à
- l'Autriche son attitude pendant la guerre de Crimée, Kossuth
- lançait les nouvelles proclamations appelant la nation madgyare
- aux armes, à la lutte pour la liberté de la Hongrie et annonçait
- qu'il allait reparaître sur le sol de la patrie.
-
-Je vois ici des personnes, intéressées à être bien informées, qui
-prétendent que le typhus et la dysenterie font ravage dans le camp
-français, que l'Empereur Napoléon est importuné des ambitions sardes,
-inquiet du mouvement révolutionnaire de l'Italie et gêné par les
-complications romaines, qu'il a envie de hâter une rentrée triomphale en
-France, avant d'avoir éprouvé des revers. Tout ceci me paraît insuffisant
-pour motiver une pareille démarche avant que le fameux programme soit
-accompli.
-
-Le ministre de Prusse ici, M. de Savigny, prétend que la mobilisation
-prussienne a effrayé l'Empereur. Quelle bêtise! La Prusse a eu le tort de
-l'inquiéter sans avoir eu l'énergie de lui faire peur, et c'est la plus
-fatale des conduites. Si j'en crois mes instincts, cet armistice tournera
-contre les Prussiens. L'Empereur Napoléon et la France sont bien plus
-intéressés à la ligne du Rhin qu'à l'Italie, et ce n'est pas l'Autriche,
-si lâchement abandonnée, qui se mettra en mouvement pour lui venir en
-aide. J'ai causé avec quelqu'un venant de Berlin, et qui m'a raconté des
-choses étranges sur la débandade qui y règne, sur le Régent soumis à
-quelques-uns de ses ministres. On dit que rien ne peut donner idée des
-luttes qui y règnent, de l'aveuglement des uns, de la faiblesse des
-autres, de la médiocrité de tous, et hélas! des flots montants de
-l'esprit révolutionnaire. Auerswald, doublé du comte Schwerin (deux
-parfaits jacobins), partent de l'idée qu'en faisant du libéralisme,
-toutes les populations germaniques se soumettront à la Prusse et qu'elle
-héritera de ses voisins, à la façon dont Victor-Emmanuel s'étend vers
-Milan, Florence, Modène et Parme.
-
-A Berlin, on est d'une étroitesse et d'une aigreur protestantes extrêmes;
-on est charmé de l'écroulement du Pape et on s'est réjoui de la scène
-hideuse qui s'est passée à Milan le jour de Saint-Pierre et Saint-Paul.
-Ce jour-là, on a brûlé en place publique, aux cris féroces de la
-multitude, trois grandes poupées figurant le Pape, tiare en tête, le
-cardinal Antonelli et le général commandant des Suisses. Les sociétés
-bibliques anglaises, qui depuis longtemps travaillent l'Italie, ont en
-grande partie atteint leur but. Lord John Russel ne s'en tient plus de
-joie, en particulier lady John qui est une Minto enragée[269]. Bernstorff
-est retourné à Londres dégoûté et effrayé du gâchis de Berlin. Pourtalès
-y règne plus chimérique que jamais; malheureusement, on dit qu'il a
-enlacé et aveuglé le prince de Hohenzollern. A Berlin on n'a jamais voulu
-de la guerre et on attendra l'arme au bras qu'on vienne la faire.
-
- [269] Lady John Russell était la fille de lord Minto, connu par
- ses tendances libérales et son penchant pour la cause italienne.
-
-On se montre inquiet de la Russie, sans l'être au fond, car on trouve que
-c'est commode; du reste, la réponse anglaise aux propositions tardives
-de la Prusse est plus mauvaise et plus absurde que celle de
-Saint-Pétersbourg[270]; on croit même savoir que la Russie, craignant
-que l'Autriche n'obtienne des dédommagements vers l'Est qui pourraient la
-gêner (elle Russie), est disposée à voter pour que la Vénétie appartienne
-à l'archiduc Maximilien, en faveur duquel le roi Léopold s'agite
-infiniment; mais, on dit aussi que, si cela avait lieu, le pauvre Prince
-ne tarderait pas à succomber aux poignards mazziniens, et que, si
-l'Empereur Napoléon contrarie le mouvement antipapal, les Romagnols
-deviendraient des Orsini. Quel chaos!
-
- [270] La Prusse s'efforçait justement d'amener les Gouvernements
- anglais et russe à tenter une médiation commune auprès des
- Puissances belligérantes, à laquelle, du reste, le Ministère
- anglais n'avait pas adhéré lorsque, par un inexplicable
- revirement d'idées, Napoléon III s'arrêta tout à coup, malgré une
- suite ininterrompue de victoires. Le 6 juillet, il offre un
- armistice à l'Empereur François-Joseph, alors à Vérone, avec son
- armée dans une situation fort compromise. La lutte est suspendue
- jusqu'au 15 août, et, le 11 juillet, Napoléon III et l'Empereur
- d'Autriche avaient, à Villafranca, une entrevue qui mettait fin à
- la guerre, avant que le comte de Cavour eût eu le temps
- d'accourir pour détourner le Roi Victor-Emmanuel d'adhérer à ce
- traité.
-
-
-_Lœbichau, 14 juillet 1859._--Je suis chez ma sœur depuis avant-hier;
-je la quitterai demain pour Berlin où je suppose que je trouverai _tutti
-quanti_ un peu ébouriffés de la rapidité avec laquelle se succèdent
-armistice, entrevue et préliminaires de paix. Il sera curieux d'en
-connaître les conditions; car, comment l'Empereur Napoléon pourra-t-il se
-départir de son fameux programme sans réveiller les héritiers d'Orsini?
-Et comment l'Empereur François-Joseph, qui est bien loin encore d'être
-dans une position désespérée, en acceptera-t-il toute l'étendue? Enfin,
-nous ne tarderons pas à savoir le mot de l'énigme. Il sera curieux à
-connaître. On murmure encore le mot de _peste_, ayant éclaté chez les
-zouaves et les turcos. L'Angleterre par son action, la Prusse par ses
-finasseries, la Russie malgré ses intrigues, se sont placées hors de la
-conclusion de ce drame, qui ne me paraît être que le prélude d'autres
-entreprises préparées dans quelque temps sur un autre théâtre. Ah! la
-Prusse, la Prusse! quel rôle que le sien! On tenait encore la dragée
-haute au prince Windisch-Graetz à Berlin que déjà le général Fleury
-frappait en parlementaire aux portes de Vérone[271].
-
- [271] Le prince Windisch-Graetz avait été envoyé à Berlin en
- mission militaire pour s'y assurer de la disposition des esprits
- et arrêter avec le Gouvernement la marche de trois corps d'armée,
- que l'Autriche devait mettre à la disposition de la Confédération
- germanique.
-
-Le duc de Gramont a déclaré au Pape que s'il excommuniait
-Victor-Emmanuel, lui, Gramont, et le général de Goyon quitteraient Rome
-et livreraient par là Pape et Cardinaux à la férocité d'une population
-plus que jamais travaillée par les mazziniens. On dit Cavour de fort
-mauvaise humeur[272]. On aura bien de la peine à rapproprier l'Italie,
-même en parquant l'Autriche hors de la Lombardie.
-
- [272] En face de ce traité de Villafranca, qui n'était qu'une
- cruelle déception, laissant tous les problèmes à résoudre et ne
- répondant à aucune des espérances des Italiens, le comte de
- Cavour refusa de contresigner cette paix, abdiqua le Ministère,
- et l'âme remplie de douleur et d'agitation, remit aussitôt sa
- démission au Roi, croyant le devoir à lui-même, à son honneur et
- à sa politique. Il laissait le pouvoir à un Ministère formé avec
- le général La Marmora, Ratazzi et le général Dabormida.
-
-
-_Berlin, 19 juillet 1859._--J'ai eu beaucoup d'émotion, en revoyant le
-Roi; malgré ses débilités qui ne guériront jamais, je l'ai cependant
-trouvé infiniment moins troublé, altéré et affaissé que je ne le croyais.
-Il sent parfaitement ce que son état a de pénible, mais il espère
-toujours une guérison complète. La Reine ne se fait aucune illusion.
-Pendant que j'étais auprès de Leurs Majestés, le télégraphe a apporté la
-nouvelle de la mort de cette charmante Reine de Portugal[273]. J'en suis
-restée peinée au cœur. Ce pauvre jeune Roi sera désespéré!
-
- [273] La Princesse Stéphanie de Hohenzollern avait épousé, en
- 1858, le Roi de Portugal.
-
-L'Italie reste en feu, l'Europe reste méfiante. L'Empereur Napoléon est à
-la fois téméraire et timide, s'engageant audacieusement et reculant
-devant les embarras que son audace a fait naître, ce qui n'a d'autre
-effet que d'en créer de nouveaux. L'Europe finira par se lasser, et
-certes, elle n'aura pas manqué de patience. Ici on a d'autant plus
-d'humeur qu'on sent le ridicule de la position qu'on s'est faite, sans
-vouloir en convenir.
-
-On m'a dit assez de mal du Ministère actuel; tout le monde ici se
-déteste; mais le mot d'ordre est la haine de l'Autriche, qu'on accuse de
-n'avoir fait la paix que par malice contre la Prusse, tandis _qu'à la fin
-d'août_, on serait venu, dit-on, à son secours. Ceci est merveilleux! En
-attendant, on est ruiné, humilié, irrité, et la disposition des esprits
-est très peu satisfaisante.
-
-
-_Sagan, 23 juillet 1859._--Je suis arrivée ici le 20. La veille de mon
-départ de Berlin, j'ai eu un long entretien avec le Prince-Régent; je
-l'ai trouvé bien vieilli; il m'a fait grand'pitié. Malgré les efforts de
-la presse prussienne, qui _ergote_ tant qu'elle peut, il n'en est pas
-moins vrai que la position qu'on s'est faite est fausse et embarrassante.
-Dieu veuille qu'elle ne devienne pas dangereuse. Le Prince-Régent rejette
-toute la faute sur l'Angleterre. Comme il est très honnête homme, il faut
-bien croire ce qu'il dit; mais il a de singuliers conseillers qui abusent
-de sa bonne foi et de sa crédulité. Il m'a fait l'honneur de me dire que
-l'argument principal, que l'Empereur Napoléon a fait valoir auprès de
-l'Empereur François-Joseph, a été une note de l'Angleterre, très hostile
-à l'Autriche et qui était (le Prince-Régent dit qui _semblait_ être)
-écrite au nom de la Prusse comme à celui de l'Angleterre. Cette note
-plaçait l'Autriche beaucoup plus mal que la France ne lui offrait de
-l'être, ce qui aurait fait céder l'Empereur François-Joseph. Le
-Prince-Régent se dit très irrité de ce procédé fallacieux de
-l'Angleterre.
-
-
-_Sagan, 26 juillet 1859._--Le discours de l'Empereur Napoléon aux grands
-Corps de l'État[274], à mon avis, n'est pas sans habileté; mais il ne
-change rien à la situation; il la laisse aussi brouillée, aussi obscure,
-aussi épineuse que l'ont faite les événements. C'est, du reste, un art
-comme un autre que faire des aveux pour couvrir des fautes et des
-embarras, et cet art n'est pas sans effet auprès du gros public. Il en
-pourrait bien être des discours comme des victoires, dont le succès est
-plus grand que l'effet. Que de choses étranges n'entend-on pas? ainsi,
-chacun critiquant de plus en plus cette paix dont on est toujours aussi
-content. Je crois pouvoir dire avec certitude que dans leurs
-conversations, l'Empereur François-Joseph a été _net_ et _résolu_; il a
-abandonné sur-le-champ la Lombardie, et cela, sans la moindre hésitation,
-ni objection! «_Ceci ne me regarde plus, je n'y suis plus rien;
-disposez-en comme vous l'entendrez._» Mais quand l'Empereur Napoléon a
-mis en avant quelques idées sur d'autres points, comme un Archiduc
-souverain en Vénétie, l'abandon des Duchés au Piémont, l'Empereur
-François-Joseph les a écartées sur-le-champ aussi, comme décidé plutôt à
-continuer la guerre, si on insistait. «_Un membre de ma famille souverain
-en Vénétie, a-t-il dit, c'est impossible! On m'en demanderait bientôt
-autant pour la Hongrie, puis pour la Bohême, le Tyrol et je ne resterais
-plus qu'Archiduc d'Autriche._» Sur cette réponse, que je trouve très
-juste et perspicace, l'Empereur Napoléon n'a plus insisté.
-
- [274] Dans ce discours, l'Empereur avait dit entre autres: «Si je
- me suis arrêté, ce n'est pas par lassitude ou par épuisement, ni
- par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce
- que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore:
- _l'intérêt de la France_.»
-
-M. de Cavour a fait proposer de _racheter_ Parme à la Duchesse régente;
-cela a été repoussé comme inadmissible. La plus vive, contre, a été
-l'Impératrice Eugénie; on cite d'elle ce propos: «_On ne traite pas une
-Princesse de la maison de Bourbon comme un prince de Monaco._»
-
-C'est M. de Cavour qui a fait mettre à sa place, au Ministère, M.
-Rattazzi; il ne tardera pas beaucoup lui-même à y rentrer; son maître le
-regrette et veut le ravoir, disant: «_On crie beaucoup contre Cavour, il
-est vrai_ _qu'il brouille tout; mais c'est égal, je l'aime, c'est mon
-homme._»
-
-La dépêche de ce pauvre M. de Schleinitz aux Cours de Londres et de
-Saint-Pétersbourg[275] est une publication rétrospective destinée à
-éclairer et à satisfaire l'opinion. En vérité, je ne sache rien de mieux
-fait pour faire hausser les épaules! Ne concluant à rien, ne proposant
-rien. Tout y est confus; on conçoit à merveille que les réponses aient
-été aussi obscures que les demandes. Il dément, dans une pièce plus
-récente, le projet de médiation attribué à la Prusse; Schleinitz se borne
-au démenti sans oser inculper l'Angleterre; car on n'ose rien ici, où
-l'Angleterre prime encore. Pour exhaler son humeur contre l'Autriche et
-retrouver, s'il se peut, l'influence que par sa faute elle a perdue en
-Allemagne, la Prusse se remet en coquetterie avec le parti de Gotha et
-avec les débris du parlement de Francfort de 1848. Elle veut (triste
-politique d'Auerswald et de Bethmann-Holweg) réveiller les passions de
-1848, les protéger en espérant les diriger et inspirer, par elles, aux
-petits souverains allemands le détachement de l'Autriche, ou sinon, les
-livrer aux exigences révolutionnaires de leurs peuples. Triste jeu,
-mauvaise politique! Le Prince Régent et le prince de Hohenzollern ne se
-doutent pas du chemin que les Ministres leur font faire.
-
- [275] Sous le prétexte que de nombreuses erreurs se seraient
- commises dans les tentatives de médiation faites par la Prusse,
- le Cabinet prussien avait adressé à tous ses agents diplomatiques
- en Allemagne une dépêche circulaire ayant le but de rétablir les
- faits.
-
-
-_Sagan, 11 août 1859._--Voilà le Roi de Prusse retombé dans un état qui
-détruit toutes les espérances que certaines personnes s'obstinaient à
-conserver[276].
-
- [276] Le 10 août 1859, le Roi Frédéric-Guillaume IV avait été
- frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie.
-
-Il y a des gens qui croient qu'on ne s'entendra pas à Zurich; je n'ai
-jamais vu les acteurs prévoir aussi peu les chances et comprendre aussi
-mal l'imbroglio de leur propre drame[277]. On m'assure que la France fait
-sous main tout ce qu'elle peut pour arriver à s'emparer modestement, mais
-sûrement de la Savoie: procédé bien encourageant pour la Prusse qui, en
-somme, l'aura bien voulu.
-
- [277] Le traité de Zurich entre la France et l'Autriche ne fut
- conclu que le 10 novembre 1859. Il n'était que la suite des
- préliminaires de Villafranca et mettait fin à la guerre qui,
- d'après la solennelle promesse de Napoléon III, devait avoir pour
- résultat l'affranchissement de l'Italie entière depuis les Alpes
- jusqu'à l'Adriatique. Mais en laissant tout désormais au désarroi
- et à l'imprévu, les Italiens prirent alors, eux-mêmes, la
- direction de leurs destinées et, déjouant les calculs, ils se
- chargèrent d'interpréter cette paix par laquelle on avait cru les
- enchaîner.
-
-
-_Sagan, 26 août 1859._--J'apprends de bonne source qu'on a découvert à
-Naples un complot contre le Roi; on voulait le chasser comme on a chassé
-le Grand-Duc de Toscane[278]. On a les preuves de la complicité du
-nouveau ministre de Sardaigne à Naples, M. de Salmour; le général
-Filangieri voulait lui envoyer ses passeports; le Roi s'y est refusé. Je
-me permets de trouver que le Roi a eu tort. Il n'y a pas moyen de ne pas
-rester les yeux fixés sur l'Italie. Intérêt de curiosité plutôt que de
-goût. Comment finira la question des anciens Princes? Elle me paraît se
-compliquer de jour en jour. Le parti, qui ne veut pas d'eux, mène assez
-adroitement ses affaires; des apparences tranquilles et des votes font
-plus d'effet que des émeutes. Il paraît que les Mazziniens sont surtout
-concentrés pour le moment en Romagne. L'Assemblée de Florence vote
-l'exclusion du Grand-Duc de Toscane[279]; pendant ce temps-là, l'Empereur
-Napoléon le reçoit très bien à Paris; mais on laisse Garibaldi organiser
-une armée pour l'empêcher de rentrer dans ses États. Qui donc est-ce
-qu'on trompe dans cet imbroglio? les Princes ou les Peuples? Quels que
-soient les trompeurs ou les trompés, non seulement l'Italie, mais toute
-l'Europe est bien malade.
-
- [278] Cavour n'avait rien fait pour précipiter l'explosion de
- cette question de l'Italie méridionale qui allait naître d'une
- aventure. Sa politique eût été de nouer ce qu'il appelait
- «l'alliance des deux grands royaumes de la Péninsule», former
- ainsi le faisceau fédératif des forces italiennes du nord et du
- midi dans un intérêt d'avenir national. A l'avènement de François
- II, fils d'une Princesse de Savoie, Cavour avait envoyé à Naples
- le comte de Salmour avec une mission de paix, offrant amitié et
- appui. Avec Rome, avec Naples, Cavour se serait prêté volontiers
- aux ménagements et aux transactions.
-
- [279] A Florence, Modène, Bologne, Parme, l'acte de Villafranca
- éclatait comme un coup de foudre. L'Autriche, à peine diminuée
- d'une province, restait, aux yeux de tous, la puissance
- débordante de l'Empire sur le Mincio et sur le Pô. Dès lors, la
- pensée de l'annexion à la Sardaigne domina toutes ces
- populations, afin de se créer le plus de forces italiennes
- possible pour sortir de l'alternative, ou d'une soumission
- découragée, ou du déchirement d'une résistance révolutionnaire;
- cela amena le vote unanime de ces petits États vers le Piémont,
- qui leur avait donné l'exemple du courage, de l'honneur
- militaire, du patriotisme éprouvé, de la liberté régulière. Le 21
- août, l'Assemblée des notables, à Modène, votait la déchéance du
- Duc François V et leur annexion au Piémont; celle de Florence
- faisait de même; puis un décret royal annonçait que le général
- Garibaldi était nommé commandant de la 2e division des Toscans,
- et ce même jour, la ligue défensive de tous les États de l'Italie
- était conclue.
-
-
-_Sagan, 31 août 1859._--Voici les extraits de plusieurs lettres que j'ai
-reçues de Paris, de Londres et de Nice:
-
- «_Paris, 25 août._ Le Gouvernement est assez troublé du chaos
- italien; cependant, il espère s'en tirer. On se disait sûr, hier,
- que le Roi de Sardaigne refuserait les couronnes que lui offrent
- Florence, Parme et Modène. Que feraient alors les meneurs actuels
- des trois duchés? La République leur est interdite. Quel Roi
- iraient-ils chercher? un Leuchtenberg, le petit Robert de Parme,
- le prince Napoléon? on ne sait. En tout cas, on a un moyen de les
- mettre dans l'embarras; on leur dira que leurs élections et leurs
- assemblées ne valent rien; qu'ils n'ont pas mis en œuvre le vrai
- suffrage universel, tel qu'il a opéré en France; il faut que tout
- le monde vote, les paysans comme les bourgeois. Tout sera donc à
- recommencer, et l'on se flatte que soit opinion, soit lassitude,
- des élections nouvelles ramèneront les anciens Princes, qu'à
- Villafranca on s'est engagé à rétablir, pourvu que ces Princes
- fassent (et on y compte) des concessions suffisamment libérales.
- Les hommes d'affaires, la Bourse avaient hier des nouvelles bien
- différentes de celles du Gouvernement. Ils croyaient que le Roi
- de Sardaigne accepterait les trois petites couronnes. Il y a des
- spectateurs, gens d'esprit, qui admirent la modération et
- l'habileté des libéraux italiens. On dit qu'ils marchent avec
- ensemble, qu'ils ont promptement étouffé le mouvement de colère
- suscité en Italie par la paix de Villafranca; qu'ils se sont bien
- ralliés tous à la cause piémontaise et qu'ils la feront
- triompher. D'autres gens, d'esprit aussi, disent que les grands
- révolutionnaires, les Mazziniens, n'acceptent rien de tout cela
- et sont plus que jamais décidés à mettre ou à remettre l'Italie
- en feu. L'émeute de Naples est un prélude; Bologne est un foyer
- inextinguible; les Légations ne veulent décidément plus du Pape.
- Le Pape ne veut, ni ne peut y renoncer; il y a là de quoi faire
- échouer toutes les solutions piémontaises et françaises. Le petit
- mouvement en Savoie, pour la réunion à la France, a assez troublé
- le cabinet de Turin. Le général Dabormida a adressé à tous les
- agents piémontais une circulaire pour repousser absolument cette
- idée et démontrer l'insignifiance du mouvement en l'attribuant au
- parti clérical. Il y a, dans la circulaire, plus d'humeur que
- d'inquiétude. Les vrais spectateurs politiques, les connaisseurs,
- sont bien plus préoccupés du nord-ouest de l'Europe que de
- l'Italie: bien ou mal, Piémont ou chaos, le coup est fait en
- Italie, on n'y retournera pas de sitôt.
-
- «L'humeur est grande ici contre la Belgique. Le maréchal de
- Mac-Mahon, commandant à Lille, est la réponse aux fortifications
- d'Anvers; c'est l'homme de guerre du jour. On dit que, dans
- l'entrevue de Villafranca, il a été fort question de la Prusse et
- que les deux Empereurs se sont confiés leurs rancunes. Je crois
- savoir que les Russes sont plutôt favorables qu'hostiles à la
- Prusse, et que l'amitié de l'Empereur Alexandre pour le Prince
- Régent est sincère; il n'en est pas moins vrai que le mouvement
- militaire de l'Allemagne, qui éclate en ce moment, importune
- également à Saint-Pétersbourg et aux Tuileries, et que les deux
- Cours s'entendent pour le contrarier, comme pouvant opposer une
- barrière gênante à leurs ambitions.»
-
- «_Londres, 26 août._ Nous sommes plus que jamais ici en méfiance
- et en inquiétude; rien de prochain, mais une collision très
- probable et à laquelle nous nous préparons en faisant tout ce que
- nous pouvons et tout ce que nous pourrons pour l'éviter.»
-
- «_Nice, 25 août._ Dans l'entrevue des deux Empereurs à
- Villafranca, l'Empereur Napoléon a insisté pour que des quatre
- places fortes, l'Empereur François-Joseph cédât au moins
- Peschiera aux Piémontais, et, sur le refus persévérant de
- l'Empereur d'Autriche, l'Empereur des Français a dit: «_Eh bien,
- ne me répondez pas aujourd'hui sur ce point; je vous demande d'y
- réfléchir jusqu'à demain. Je vais faire rédiger ce dont nous
- sommes convenus; je vous l'enverrai par mon cousin, et signé de
- moi, en laissant le sort de Peschiera en blanc; vous y mettrez
- votre décision, mais je vous prie d'y bien penser._» De retour à
- Vallegio[280], l'Empereur Napoléon, qui seul avait pris des
- notes, rédigea, en effet, la convention; puis, il a appelé le Roi
- Victor-Emmanuel et la lui a montrée, en lui demandant de la
- signer aussi. Le Sarde s'est récrié: «_Ce n'est pas du tout là ce
- que vous m'avez promis._--_Après tout, vous gagnez une belle
- province_», reprit l'Empereur, ajoutant avec un sourire: «_Le
- Milanais, c'est le pays des belles femmes._» Le Roi
- Victor-Emmanuel a répondu: «_Je croyais que nous étions ici pour
- parler sérieusement d'affaires sérieuses; je vais signer, mais
- comme il me convient!_» Et il a signé: «_Je ratifie, pour ce qui
- me concerne, la présente convention_», ne ratifiant ainsi que ce
- qui se rapportait à la Lombardie et restant étranger à toutes les
- autres dispositions ou omissions sur le reste de l'Italie.
- L'Empereur Napoléon a vainement tenté d'obtenir une signature
- pure et simple, elle est restée telle que je vous le dis. Le
- lendemain, l'Empereur Napoléon a envoyé son cousin à Vérone en
- lui recommandant d'insister fortement sur la question de
- Peschiera, et de ne remettre la convention signée qu'à la
- dernière extrémité, et qu'après avoir fait les derniers efforts
- pour cette cession. On dit que le prince Napoléon, jaloux de se
- faire bien venir à Vérone, n'a fait aucun effort, et a remis la
- convention signée, en parlant à peine de Peschiera.»
-
- [280] Quartier général de l'Empereur Napoléon III.
-
- «_Paris, 26 août._ Le prince Napoléon était hier à la séance
- publique de l'Académie française avec la princesse Clotilde,
- _elle_, dans une tribune réservée, _lui_, dans les rangs de
- l'institut, comme membre libre de l'Académie des Beaux-Arts. Le
- public était très nombreux, quoique fort choisi, et aussi chaud
- que le temps était brûlant. Les discours de Villemain et de
- Guizot, surtout le dernier, ont été frénétiquement applaudis.
- Vous les verrez dans les journaux et vous y remarquerez plus
- d'une allusion qui ont été toutes vivement saisies par le
- public[281].»
-
- [281] A la séance annuelle pour la distribution du prix Montyon,
- M. Villemain avait fait le rapport sur les œuvres littéraires et
- M. Guizot sur celui des œuvres de vertu, qu'il terminait par une
- allusion fort éloquente sur le dévouement pour la patrie des
- soldats morts dans la guerre d'Italie.
-
-
-_Sagan, 15 septembre 1859._--Je cause un peu politique avec le comte
-Haugwitz, et le fameux article du _Moniteur_ du 9 fait jaser dans ce
-petit coin du monde, comme dans les capitales[282]. Je trouve cette
-politique napoléonienne à la fois téméraire et embarrassée, entreprenante
-et indécise, qui fait le chaos et dit ensuite à ceux qu'elle y a plongés:
-«_Tirez-vous de là comme vous pourrez._» Parfois, il me vient à l'esprit
-qu'on pourrait bien, sous main, jouer le jeu des Italiens, au moment où
-on leur déclare qu'on s'en retire. Il est bien étrange, en tout cas,
-d'entendre poser en principe, sans que l'Europe s'en émeuve, la doctrine
-de la royauté élective, et cette autre: que les traités qui ont réglé les
-territoires ne sont rien pour les peuples, et que le suffrage universel
-peut changer, comme il lui plaît, les limites des États aussi bien que
-les dynasties. La France de 1830-1848 a renversé son gouvernement
-intérieur, mais elle n'a pas changé l'état territorial et le droit public
-européens. Et voilà trois petits Duchés, qui prétendent à la fois faire
-des révolutions et refaire la carte de l'Europe. Et l'Angleterre,
-soutenant activement ces énormes prétentions et ces infimes petits pays!
-Si la Prusse, la Russie et l'Autriche, au lieu de se jalouser
-puérilement, prenaient en main la bonne cause et refusaient
-péremptoirement de la laisser mettre en pièces par une poignée de
-Florentins, de Parmesans et de Bolonais, elles remettraient l'ordre en
-Europe, malgré lord Palmerston.
-
- [282] L'article du _Moniteur_ était un avertissement à l'Italie
- contre les annexions. Il y était déclaré que la restauration des
- Archiducs formait une partie importante des stipulations de
- Villafranca et la condition _sine qua non_ des avantages qui
- résultaient pour l'Italie d'une partie de ces stipulations. Il
- énumérait ces avantages, mais repoussait l'idée de la
- restauration de ces Princes par une force étrangère. Il menaçait
- même d'une nouvelle guerre si les populations des Duchés
- persistaient à repousser leurs souverains; car l'Autriche se
- déclarerait alors comme déliée de ses engagements. L'article
- finissait par ces mots: «_Que l'Italie ne s'y trompe pas: il n'y
- a qu'une seule Puissance en Europe qui fasse la guerre pour une
- idée; c'est la France, et la France a accompli sa tâche._» En
- même temps que cette déclaration, l'organe du Ministère anglais
- continuait à soutenir avec ardeur le parti de l'annexion des
- Duchés au Piémont et à promettre à l'Italie le concours de
- l'Angleterre. L'attention du Gouvernement français fut alors
- attirée sur la Chine et _le Moniteur_ du 14 septembre annonçait
- que la France et l'Angleterre se concertaient pour infliger un
- châtiment aux violateurs du traité de Tien-tsin conclu en 1858.
-
-
-_Sagan, 19 septembre 1859._--Nous voici avec un nouvel article du
-_Moniteur_ provoqué par la Chine. J'ai toujours eu goût aux Chinois et je
-me figure que c'est à leur tour à venir mettre l'Europe à la raison; ce
-serait _tristement drôle_. En attendant, voilà l'Angleterre avec deux
-chancres, l'Inde et la Chine; elle en avait déjà assez d'un. Du reste,
-son indigne politique en Europe mérite bien cette expiation asiatique.
-L'Empereur Napoléon rira dans sa barbe de ce nouvel affaiblissement pour
-sa rivale, et le _petit_ nombre d'hommes qu'il enverra à Pékin ne
-l'affaiblira pas sur la Manche.
-
-
-_Sagan, 29 septembre 1859._--Le Saint-Père a été très blessé de
-l'_ultimatum_ présenté par le duc de Gramont, qui tend à séculariser le
-clergé romain et le réduire au même état qu'en France[283]. Le Pape ne
-veut plus voir l'Ambassadeur. On pense à lui envoyer le cardinal Morlot
-comme Ambassadeur extraordinaire. La question va en s'envenimant au
-dernier point. Nous verrons le Pape à Fontainebleau. Mais, avant peu,
-nous verrons aussi l'Allemagne en pleine révolution; les petits trônes
-croulent sans que les plus grands inspirent confiance. Le Roi des Belges
-s'imagine arrêter le courant; je crains qu'il ne se trompe. Les Congrès
-sont chose illusoire, quand le vent est aux guerres révolutionnaires.
-
- [283] L' Empereur Napoléon III, toujours flottant, songeait de
- temps en temps à tenter, contre les provinces soulevées des États
- ecclésiastiques, l'effort des armes: trois fois déjà, ordres et
- contre-ordres avaient été donnés à ce sujet. Le duc de Gramont,
- de retour de France vers la fin d'août, eut, le 29, une entrevue
- prolongée avec le Pape. L'Ambassadeur recommandait des réformes
- pour le reste des États pontificaux et ajoutait que l'occupation
- militaire par une division française devait expirer dans le
- courant de l'année 1860. Le duc de Gramont exposait ensuite à Pie
- IX qu'il devait se préparer, lui-même, une force militaire
- sérieuse, en lui faisant entendre que l'Autriche n'interviendrait
- pas, et que si une troisième puissance venait s'immiscer dans les
- affaires d'Italie et que le Piémont voulût s'y opposer, la France
- n'aurait aucun motif suffisant pour y mettre obstacle et
- l'Angleterre pourrait bien appuyer directement les efforts de la
- Sardaigne.
-
-On m'assure que la France est mal satisfaite de son Gouvernement. En
-abdiquant sa liberté, elle voulait le repos, l'ordre, la facilité de se
-livrer à l'industrie et au commerce; et, au lieu de cela, on lui donne
-des aventures; elle se voit compromise, livrée au gré des caprices d'un
-seul homme, elle se lasse du despotisme qui lui refuse les avantages sur
-lesquels elle comptait. Plus l'Empereur Napoléon s'en apercevra, et
-plutôt il se lancera dans de nouvelles guerres pour occuper les esprits,
-à qui on donne, par là, un aliment qui ne leur convient pas, mais qui les
-distrait. La France agit sur ses côtes comme si elle croyait à un péril
-prochain. On fait et on projette à Toulon des travaux gigantesques; il
-en est de même sur les côtes de l'Ouest. A Paris, on prépare un grand
-mélodrame intitulé: _Jeanne d'Arc_; toute son histoire: Orléans, Reims,
-Compiègne et le bûcher de Rouen. Ce ne sont, peut-être, que des en-cas
-plutôt que des plans; mais les en-cas sont bien entraînants.
-
-
-_Sagan, 11 octobre 1859._--La protestation de Mgr Dupanloup est belle,
-éloquente et vraie; et ce qui vaut mieux encore, elle est courageuse.
-Voilà donc Arras, Poitiers, Orléans, Nantes, Rennes et Pamiers, six
-évêques sonnant le tocsin[284]. J'oubliais Alger. Le cardinal Morlot a
-assisté, avec approbation, à un sermon prêché à Saint-Sulpice, plus
-prononcé encore dans la cause papale. Tout cela n'empêche pas le
-mouvement révolutionnaire de se propager et de commettre des excès qui
-rappellent ceux de 1848.
-
- [284] En prenant connaissance de l'allocution du Saint-Père au
- Consistoire du 26 septembre, dans laquelle le Pape annulait les
- actes de l'Assemblée bolonaise et rappelait les censures
- formulées contre les membres du Gouvernement des Légations, Mgr
- Dupanloup, qui, la veille, avait publié un exposé de ses
- sentiments sur les tristes circonstances où se trouvait placée
- l'Église romaine, protesta hautement contre ces attentats, en
- communiquant à son clergé les paroles textuelles de Pie IX.
- Plusieurs évêques de France adhérèrent à cette énergique
- protestation. Quelques-uns cependant le firent en montrant
- confiance dans les intentions du Gouvernement français.
-
-Les eaux de Saint-Sauveur n'ont pas bien réussi à l'Empereur Napoléon,
-qui aurait mieux fait de s'en tenir à celles de Plombières. Est-il
-possible de s'être mis tant d'embarras sur les bras! Et si sa santé
-continue à chanceler, comme c'est le cas depuis un mois, où en
-sera-t-il, et où en sera l'Europe qu'il a jetée dans un fossé profond,
-dont je ne sais qui l'en tirera?
-
-
-_Sagan, 16 octobre 1859._--J'ai vu une lettre de Biarritz qui dit que
-l'Empereur Napoléon y était triste, mécontent, agité comme un homme qui
-vient d'avoir ou qui attend des mécomptes. Quand je vois des
-Gouvernements tolérer des assassins, comme ceux de Parme[285], et
-préparer des massacres, je suis émerveillée de tant d'aveuglement et de
-coupable faiblesse.
-
- [285] Le 6 octobre 1859, un comte Anviti, colonel de l'ancienne
- gendarmerie ducale, et connu par ses relations avec le Duc de
- Parme, avait été massacré, dans les rues de Parme, par une
- population furieuse. La rapidité avec laquelle ce malheureux
- événement eut lieu ne permit pas à la force armée d'intervenir à
- temps.
-
-Les adhésions épiscopales augmentent chaque jour. C'est au moins une
-étoile brillante dans le ciel sombre! M. de Cavour, qui était
-dernièrement à Genève, a dit, à qui voulait l'entendre, que l'Empereur
-Napoléon était le plus faible et le plus irrésolu des hommes, et que
-c'était là tout le secret de son machiavélisme; qu'il ne savait ni ce
-qu'il voulait, ni ce qu'il faisait.
-
-
-_Sagan, 29 octobre 1859._--Je viens d'avoir une visite de six heures du
-Prince-Régent de Prusse et de son beau-frère de Weimar, venant, tous
-deux, de la rencontre à Breslau avec l'Empereur de Russie[286]. Ils
-étaient tous deux en belle et bonne humeur. Le Prince-Régent était très
-satisfait de son entrevue avec le Czar, plus du maître que du ministre
-Gortschakoff. Le Prince-Régent m'a paru n'avoir envie ni de provoquer, ni
-d'avoir à faire la guerre offensive ou défensive à la France; mais il a
-en lui assez de défiance pour désirer préparer des chances défensives. Il
-est même désireux d'adoucir les dispositions de la Russie et les siennes
-propres envers l'Autriche. Tout cela est excellent, sage et modéré; mais
-il est faible, ce bon Prince.
-
- [286] L'Empereur Alexandre II et le Prince-Régent de Prusse se
- rencontrèrent le 23 octobre à Breslau et il semble que des liens
- plus intimes se nouèrent entre les Gouvernements des deux
- souverains, chacun sentant l'influence considérable que leur
- entente mutuelle pouvait amener sur la solution des difficultés
- qui préoccupaient, à ce moment-là, la diplomatie européenne.
-
-
-_Sagan, 3 novembre 1859._--J'avance lentement dans la lecture du livre
-publié sur Mme Récamier par sa fille adoptive, Mme Lenormant[287]. Le
-second volume est plus intéressant, ce me semble, que le premier, surtout
-à cause de M. de Chateaubriand: l'égoïsme reste en lui bien supérieur à
-la tendresse, il a évidemment plus besoin de Mme Récamier qu'il ne
-l'aime. A peine trouve-t-on, par-ci par-là, quelques mouvements de cœur,
-des aveux de faiblesse, presque de défaite; c'est un vaincu et il en
-convient. Cependant, le vrai naturel manque à ses lettres; l'éclat, le
-talent y abondent; c'est le grand écrivain drapant le pauvre amoureux. Il
-y a aussi là un homme qui me touche en m'étonnant par l'excès du
-désintéressement: c'est M. Ballanche. Tant d'amour et pas un désir!
-donnant son âme et sa vie pour n'être pas même le premier dans l'amitié,
-et en être content! C'est bien plus original et bien plus intéressant que
-Mathieu de Montmorency, tout saint qu'il fût.
-
- [287] En 1859, Mme Lenormant, nièce et fille adoptive de Mme
- Récamier, écrivit la vie de sa tante en réunissant tous les
- souvenirs qui la concernaient, d'après les correspondances
- laissées par la défunte.
-
-Il y a, dans le numéro du _Correspondant_, poursuivi à cause de l'article
-de M. de Montalembert, un autre article bien spirituel de Villemain sur
-cet ouvrage de Mme Récamier. Il y fait patte de velours plus que ça ne
-lui appartient.
-
-
-_Sagan, 10 novembre 1859._--Il y a peut-être du vrai dans ce qu'on dit
-sur la vertu de Mme Récamier, à propos du livre publié par Mme Lenormant.
-Quoi qu'il en soit, Mme Récamier avait des qualités réelles, plus réelles
-que sa vertu. Elle était certainement douce, belle, égale, attachée, d'un
-commerce sûr et affectueux. Du moins, c'est ainsi qu'elle est restée dans
-le souvenir de ses nombreux amis, dont le nombre et la qualité prouvent
-la réalité de son mérite.
-
-On m'écrit de Londres que les deux volumes de Mme Lenormant y font
-quelque bruit; on ne lui pardonne pas ses rigueurs moqueuses envers le
-duc de Wellington, et ses plaintes de ce que le duc de Devonshire lui
-avait interdit, à Rome, l'entrée de la chambre de sa mère mourante[288].
-On est choqué de la déférence que lui témoignait Mme de Chateaubriand et
-la duchesse Mathieu de Montmorency. Dans le public anglais, ce livre ne
-tourne pas du tout au profit de M. de Chateaubriand. En effet, on l'y
-retrouve égoïste, orageux, fantasque, plein de fiel sous les apparences
-d'indifférence et d'une ambition vaniteuse, sous la forme affectée du
-détachement et de l'ennui. Mais quel talent d'écrivain!
-
- [288] Mme Récamier se trouvait à Rome en même temps que le duc de
- Devonshire qui, de peur que sa belle-mère, au moment de sa mort,
- ne révélât le secret obscur planant sur sa naissance, séquestra
- la Duchesse, en la privant de toute communication avec ses amis.
-
-
-_Sagan, 17 novembre 1859._--La fête de Schiller a très mal tourné à
-Berlin; le public a été indécent, grossier, turbulent, et quoique la
-démonstration politique n'ait pas éclaté, la partie _orgie roheit_[289] a
-été un mauvais indice. C'est à Berlin que la fête a été ainsi profanée;
-partout ailleurs, les choses se sont passées avec des formes décentes,
-mais le fond reste au profit du principe démocratique, qui a eu occasion
-de s'infiltrer et les chefs de s'aboucher.
-
- [289] De l'allemand: _rudesse grossière_.
-
-M. d'Auerswald a fait de grands efforts pour engager le Prince-Régent à
-assister à cette ovation qui a produit une si vilaine scène, où des
-femmes ont été insultées avec un cynisme hideux. Le Régent s'est borné à
-assister de loin, par une fenêtre de la maison occupée par la
-_Seehandlung_; c'était moins fâcheux que d'être sur la place, mais
-c'était encore beaucoup trop[290].
-
- [290] Le 10 novembre 1859, la pose de la première pierre d'un
- monument que la ville de Berlin élevait au poète Schiller, connu
- par ses idées démocratiques, avait un peu échauffé les têtes
- avancées qui voulaient en faire le motif d'une démonstration dans
- ce sens. Mais des mesures habiles prises à temps par le Magistrat
- de la ville empêchèrent la réunion des masses populaires et tout
- se passa avec ordre, malgré les orgies grossières (_roheit_) qui
- avaient précédé. Le Prince-Régent n'assista pas officiellement à
- cette cérémonie, qu'il regarda simplement d'une fenêtre de la
- Chambre de commerce (_Seehandlung_), institution datant de plus
- d'un siècle et qui fut toujours sous la dépendance du ministère
- des Finances en Prusse.
-
-
-_Berlin, 3 décembre 1859._--Me voici à Berlin depuis avant-hier soir; j'y
-suis arrivée saupoudrée de neige, qu'une forte gelée a arrêtée depuis
-hier. La disposition des esprits n'est pas ce que je voudrais. La session
-sera bien difficile et chacun se sent sous une calotte de plomb. Aussi le
-commerce, les affaires, tout souffre, car la confiance n'est nulle part.
-
-
-_Berlin, 20 décembre 1859._--Berlin est curieux à observer en ce moment,
-mais _tristement_ curieux. M. de Moustiers, le ministre de France, a
-remis hier ses lettres de rappel; il a reçu du Régent le grand cordon de
-l'Aigle rouge avec diamants! Cela déplaît au ministre de Russie, Budberg.
-La Russie est, en général, d'assez mauvaise humeur contre la France,
-depuis le replâtrage de celle-ci avec l'Angleterre.
-
-
-_Berlin, 27 décembre 1859._--Il faisait grand froid il y a deux jours;
-depuis, le dégel a été complet et, en vingt-quatre heures, nous avons
-traversé l'épreuve d'une différence de seize degrés; il y avait de quoi
-jeter tout le monde sur le carreau. Le Roi est un peu plus lucide et un
-peu moins débile, ce qui laisse le fond des choses au même point.
-
-La dernière brochure: _le Pape et le Congrès_, parue à Paris, qui fait
-tomber à la renverse la diplomatie, ne laisse pas que d'agiter et
-d'embarrasser, même ici; il n'y a que lord John Russell qui en
-triomphe[291]. L'Empereur Napoléon sacrifie, en ce moment, à ce vilain
-_petit radical_; il n'est point encore en mesure de se ruer sur Albion;
-l'Allemagne y passera avant. Il me semble que l'on commence à revenir de
-bien des illusions; mais il en reste encore trop, sans compter la
-faiblesse, l'incertitude, les embarras intérieurs et tout ce qui garotte
-et entrave le Cabinet. Cependant Schleinitz disait hier que cette
-brochure mettait le Congrès en question et pourrait bien empêcher le Pape
-de s'y faire représenter. Le comte de Pourtalès est parti pour Paris,
-l'oreille basse et très peu _in spirits_.
-
- [291] Par une brochure retentissante, attribuée à l'Empereur
- lui-même, et intitulée _le Pape et le Congrès_, Napoléon III
- achevait de rendre ce Congrès impossible. Cet écrit servait de
- texte aux interprétations les moins rassurantes pour le pouvoir
- temporel du Pape quand, quelques jours après, dans une lettre du
- 31 décembre 1859 à Pie IX, l'Empereur insistait personnellement
- sur la nécessité qu'il y avait pour le Pape à céder aux
- circonstances et à faire le sacrifice des Romagnes, où le vœu
- des populations se prononçait en faveur de l'annexion à la
- Sardaigne. Le Pape répondit à toutes ces menaces par l'Encyclique
- du 19 janvier 1860, où il s'éleva violemment contre cette
- doctrine. En France, Mgr Dupanloup fit entendre un cri
- d'indignation dans un écrit intitulé: _Lettre de Mgr l'évêque
- d'Orléans à un catholique sur la brochure «le Pape et le
- Congrès»_, tandis que le prince Albert de Broglie faisait
- entendre le sien dans un article du _Correspondant_ intitulé: _La
- lettre impériale et la situation_, qui recevait aussitôt un
- avertissement du Gouvernement.
-
-
-
-
-1860
-
-
-_Berlin, 1er janvier 1860._--Voici un jour bien sérieux. Il établit
-une nouvelle coupe dans notre existence; elle l'abrège, elle en marque la
-décadence, mais aussi, elle nous replace sous les yeux la date des
-affections qui survivent à tous les autres écroulements.
-
-La réponse de l'Évêque d'Orléans à la fameuse brochure _le Pape et le
-Congrès_ est courageuse, elle prend l'auteur corps à corps. Mais quel
-état du monde que celui où une _brochure anonyme_ suffit pour mettre
-l'Europe entière en émoi! Ici, on est très agité.
-
-
-_Berlin, 9 janvier 1860._--Le comte Karoly, ministre d'Autriche, ici, dit
-tout simplement que l'Autriche est anéantie, qu'elle ne peut agir que
-négativement, mais que, par son abstention, elle montrera sa répulsion
-des iniquités et du manque de parole. M. de Schleinitz est très occupé et
-le prince de Hohenzollern vraiment effaré, surtout des ambitions
-savoyardes et niçoises de l'Empereur Napoléon. Il paraîtrait que les
-trois puissances du Nord s'entendraient pour ne pas consacrer de
-nouvelles délimitations territoriales; au moins, voilà le mot d'ordre
-d'aujourd'hui; je ne réponds pas de demain, car on est fluctuant comme
-la jeunesse. On est bien mal posé ici vis-à-vis des autres puissances de
-l'Allemagne, qui se défient toutes de la Prusse. On va avoir les Chambres
-qui donneront bien de l'embarras; la Chambre des Seigneurs déteste les
-concessions libérales, dont le Cabinet est prodigue, et la seconde
-Chambre déteste les lois de finance, très onéreuses, dont la
-réorganisation de l'armée fait une nécessité. Il est évident qu'on est
-trop pauvre pour avoir une grande armée, et trop mal limité pour s'en
-passer.
-
-Quelqu'un qui doit le savoir m'a dit qu'en faisant paraître la brochure
-l'Empereur Napoléon avait bien joué sa partie, son intérêt étant
-d'empêcher la réunion d'un Congrès, où les projets émis dans cette
-brochure n'auraient eu pour défenseurs que l'Angleterre et lui. Sans
-Congrès, les choses restent comme elles sont, le temps leur donnera la
-consécration d'un désir reconnu, à moins que de nouvelles révoltes
-italiennes ne surviennent; alors ce serait une nouvelle guerre.
-
-L'Académie française se prépare, m'écrit-on, à donner un grand exemple de
-courage en nommant le Père Lacordaire; cette candidature, créée par M.
-Cousin, n'avait pas eu d'abord grandes chances de succès; elle en a plus
-depuis la _brochure_.
-
-Le langage de M. Budberg sur la cour papale est assez mauvais; les Russes
-abandonnent volontiers Rome pour Constantinople, à laquelle ils croient
-déjà toucher du doigt. Pauvre Pape! On parle ici de lui sans foi
-chrétienne, sans principe politique; on a seulement un instinct vague
-que tout cela est grave. On en est sur ce point où en était une femme qui
-disait à propos des revenants: «_Je n'y crois pas, mais je les crains._»
-
-
-_Berlin, 15 janvier 1860._--J'ai reçu tout dernièrement une lettre de M.
-Guizot; ce qu'il dit des choses académiques est piquant. Je copie ce
-passage: «J'ai vu le Père Lacordaire et bien d'autres candidats
-académiques; mes préférences sont pour le dominicain. Ce sera à moi à
-faire le discours de réception et j'aurai plaisir d'esprit à parler d'un
-moine[292] à l'occasion d'un républicain, car vous savez que c'est M. de
-Tocqueville que nous allons remplacer. C'est le 2 février que se fera
-l'élection; et cependant j'hésite encore entre le Père Lacordaire et M.
-de Carné. Si c'est le premier, mon discours m'amusera bien plus; si c'est
-le second, je serai plus sûr d'un choix sensé; car le jugement du
-Révérend Père n'est pas _certain_ et, en vérité, nous pourrions redouter
-de sa part quelque brochure contre les droits temporels du Pape. Madame
-votre fille ne s'attend pas, sans doute, à cette objection de ma part;
-faites-m'en honneur auprès d'elle, je vous en prie. C'est hier que j'ai
-vu le Père Lacordaire, chez moi: je lui ai dit à peu près tout ce que
-j'avais dans le cœur, et sur le cœur, à son sujet. Il m'a parlé avec
-sincérité, abandon, dignité ouverte et naïve; mais il est bien moins
-remarquable dans la conversation que dans la chaire ou dans ses livres. A
-tout prendre, cependant, il m'a plu et ses chances augmentent. Il y a
-une femme spirituelle et jolie qui lui cherche des voix. Elle en parlait
-à Thiers, qui lui a répondu _qu'il n'avait pas goût à M. Lacordaire_.
-Elle insiste. Il répond: «_Je ne me fie pas assez à l'abbé Lacordaire._»
-Enfin, comme elle ne lâche pas prise, il finit par dire: «_Eh bien!
-peut-être donnerai-je ma voix au Père Lacordaire._» Voilà mes anecdotes
-académiques, il est plus aisé d'en écrire que de parler politique.»
-
- [292] M. Guizot était protestant.
-
-
-_Berlin, 24 janvier 1860._--On dit ici que c'est le prince Napoléon qui
-triomphe. Il répète beaucoup en parlant de son cousin impérial:
-«_Maintenant, je le tiens._» C'est lui aussi qui est le patron d'un
-affreux journal qui s'imprime à Genève, le plus subversif possible.
-
-La Russie est bien mécontente de la nouvelle alliance anglo-française;
-mais celle-ci est-elle bien solide? La méfiance règne partout; ici on se
-défie de la France, mais autant de l'Autriche; on n'est pas sûr de
-pouvoir se fier à la Russie et on se demande si on peut s'appuyer sur
-l'Angleterre. Tous les États en sont à peu près au même point.
-
-
-_Berlin, 29 janvier 1860._--Il y a dans le dernier numéro du
-_Correspondant_ deux articles qui font du bruit à Paris; l'un est fort
-bon, et l'autre est tellement distingué que je le regarde comme une
-œuvre _supérieure_ par le fond et par la forme. Ce premier article est
-de M. de Falloux sur le devoir et les moyens _légaux_, à l'usage des
-catholiques dans les circonstances actuelles: _très bon_. _Le_ second
-est sur la lettre de l'Empereur Napoléon au Pape[293]; il est d'Albert de
-Broglie et tout simplement _admirable_, sans pathos, sans véhémence,
-mesure parfaite, logique serrée, argumentation puissante, ironie
-incisive, grande dignité, simplicité, élévation et élégance de langage.
-J'y ai pris un de ces rares plaisirs que les temps actuels n'offrent plus
-guère.
-
- [293] Nous avons déjà parlé de cet article du prince de Broglie
- intitulé: _La lettre impériale et la situation._ Sous une forme
- polie, discrète, mais claire, l'Empereur Napoléon, dans cette
- lettre, sommait, très respectueusement, le Pape de sacrifier ce
- qu'il avait perdu, sous peine de perdre ce qu'il possédait
- encore. On trouvera cette lettre aux pièces justificatives de ce
- volume.
-
-
-_Berlin, 30 janvier 1860._--Je viens d'apprendre la mort de la
-Grande-Duchesse Stéphanie, qui a expiré à une heure de l'après-midi à
-Nice. La Grande-Duchesse était bonne, aimable; elle était restée pure
-dans les circonstances difficiles de sa jeunesse; elle était restée
-fidèle, elle avait goût et confiance en moi, elle m'avait souvent
-défendue; c'était une contemporaine, bien des souvenirs agréables ou
-intéressants se rattachaient à elle; ses défauts, qui n'étaient que des
-faiblesses, ne m'ont jamais fait souffrir. Enfin, j'ai des larmes dans
-les yeux et dans le cœur pour cette mort, qui élargit les vides du passé
-et les dépouillements du présent.
-
-Je compte partir d'ici le 10 février pour la France.
-
-
- Ici se place une nouvelle interruption par suite de la rencontre
- à Paris des deux correspondants.
-
-
-_Paris, 12 avril 1860._--Le prince Richard de Metternich est venu hier
-causer avec moi dans un fort bon sens; il m'a fait souvenir de son père
-dans la façon de procéder en raisonnements et déductions.
-
-Il paraît que pour dissiper les aigreurs de l'Angleterre, on va lui
-concéder, de la part de la France, un traité de navigation qui ébouriffe
-les armateurs français, lesquels, sommés de venir ici donner des
-explications, s'en sont retournés inquiets et mécontents. Commerce,
-industrie, clergé et beau monde, voilà un gros fagot d'épines.
-
-
-_Paris, 15 avril 1860._--Les suppositions, les interprétations vont leur
-train et leur grand train; mais autant en emporte le vent, et ce n'est
-pas la peine de s'y arrêter. L'opinion de M. de Falloux, et celle de bien
-d'autres, est que M. Veuillot, dans son inexplicable mésaventure, a été
-un traître et son propre espion au profit du Gouvernement d'ici. En
-effet, c'est la seule façon de comprendre ce chef-d'œuvre d'imprudence
-et de bêtise de la part de quelqu'un qui est spirituel et aguerri[294].
-On est beaucoup occupé de la dissolution du _Journal des Débats_, de ses
-rédacteurs: MM. de Sacy et Saint-Marc Girardin se retirent, M.
-Prévost-Paradol passe à _la Presse_. Le journal passe au Gouvernement,
-qui l'a acheté. Les Bertin font un cas spécial de l'argent. On croit,
-néanmoins, que si la subvention est forte, le nombre des abonnés
-diminuera sensiblement, malgré les transitions adoucies qu'on emploiera,
-pour ne pas effaroucher les lecteurs et continuer leur illusion pendant
-un peu de temps encore.
-
- [294] Ces soupçons n'étaient pas tout à fait sans fondement, car
- le journal _l'Univers_, supprimé par une ordonnance du 29 janvier
- 1860, motivée par une opposition directe de ce journal contre les
- droits de l'État, reparaissait par la bienveillance du
- Gouvernement, quelques jours après, sous ce titre nouveau, _le
- Monde_, rédigé également par M. Veuillot.
-
-
-_Paris, 18 avril 1860._--M. Cuvillier-Fleury, qui reste au _Journal des
-Débats_, disait, avant-hier soir, chez Mme Mollien, que le journal
-conserverait une certaine indépendance, à quoi M. Dumont a répliqué que
-c'était pour mieux servir l'Empereur en trompant le public. On est fort
-aigre sur cette question des _Débats_; mais tout pâlit devant une
-nouvelle brochure, parue il y a trente-six heures, et qui a fait baisser
-la rente de vingt-cinq centimes. Elle a pour titre _la Coalition_. Elle
-est attribuée à la même source que les autres brochures qui remplacent
-les manifestes, précédant autrefois les grands chocs politiques. Je
-n'entends pas parler d'autre chose. Qu'en dira l'Europe et surtout
-l'Angleterre[295]?
-
- [295] Cette brochure, qui fut le prétexte de nombreuses
- manœuvres de Bourse, était anonyme, ce qui rendit facile au
- Gouvernement de la dénoncer, en la déférant à la justice. Sous le
- voile des limites naturelles, cet écrit traitait assez
- ouvertement l'idée, caressée par l'Empereur Napoléon, de
- l'annexion à la France des provinces rhénanes.
-
-_Paris, 20 avril 1860._--La brochure a été désavouée; mais il y a des
-esprits mal faits qui prétendent que, si elle n'est pas d'origine
-directe, elle est puisée dans des inspirations puissantes. Ces gens-là
-disent que la librairie Dentu n'aurait pas osé publier un pareil brandon
-sans la certitude de n'être ni poursuivie, ni saisie. En quarante-huit
-heures, il s'en est imprimé et vendu trois éditions; bref, les esprits
-mal faits disent que c'est un ballon d'essai contenant la pensée de
-Napoléon.
-
-Le maréchal Randon quitte, dit-on, le ministère de la Guerre, qui
-rentrerait aux mains du maréchal Vaillant[296]. On assure que cette
-sortie et cette rentrée déplaisent à l'armée.
-
- [296] Le maréchal Randon avait été fait ministre de la Guerre le
- 5 mai 1859, en remplacement du maréchal Vaillant, promu major
- général de l'armé alliée, lorsque les troupes françaises avaient
- franchi les Alpes.
-
-On est très agité en Sicile qui paraît, de par l'intrigue anglaise, en
-pleine combustion. Naples est menacé, M. de Cavour lui-même débordé et
-l'oracle des Tuileries fort embarrassé.
-
-A travers ces gros et sombres nuages, les quadrilles, les déguisements,
-les décors du bal du 24 de ce mois[297] préoccupent toutes les jeunes et
-jolies étrangères et dames du monde officiel.
-
- [297] Le 24 avril eut lieu, à l'hôtel d'Albe à Paris (maison
- appartenant à Mme de Montijo, mère de l'Impératrice Eugénie), un
- bal qui resta célèbre dans les annales napoléoniennes, non
- seulement par l'étalage de la richesse des costumes et d'un luxe
- effréné, mais plus encore par le décolletage, les jupes trop
- courtes des dames, leur déguisement en homme, ainsi que le manque
- de convenance dans les propos qui s'y tinrent.
-
-J'ai dîné, avant-hier, chez la duchesse de Vicence, qui est assez
-mécontente de M. Thiers, pour avoir cité de travers les Mémoires de son
-mari, dans le dix-septième volume de l'_Histoire du Consulat et de
-l'Empire_[298].
-
- [298] Napoléon Ier, arrivé le 31 mars 1814 à quelques lieues
- de Fontainebleau, avait ordonné au duc de Vicence de partir
- sur-le-champ, pour aller trouver l'Empereur Alexandre Ier et
- essayer de conclure la paix aux conditions de Châtillon. M.
- Thiers, en rappelant cette circonstance dans le dix-septième
- volume, page 624, de son ouvrage, donne un tout autre caractère à
- cette mission. Il fait croire qu'elle n'avait d'autre but, dans
- la pensée de l'Empereur, que de lui faire gagner deux ou trois
- jours, afin de donner à l'armée le temps de le rejoindre.
-
-
-M. Cuvillier-Fleury, qui est la dernière petite lumière du _Journal des
-Débats_, y a inséré un article sur ce dix-septième volume, qu'on dit
-assez piquant pour avoir irrité M. Thiers[299]. Celui-ci dit que les
-Princes d'Orléans (dont il suppose M. Cuvillier-Fleury d'être l'agent) ne
-lui ont jamais pardonné d'avoir dit, dans le temps où il était ministre,
-qu'ils étaient des _Archiducs_.
-
- [299] Dans une série d'articles publiés dans le _Journal des
- Débats_ sur le XVIIe volume du _Consulat et de l'Empire_,
- Cuvillier-Fleury, tout en faisant ressortir l'immense succès de
- l'œuvre de M. Thiers, le critiquait spirituellement en le
- mettant en opposition avec lui-même. Il démontrait que, malgré
- ses opinions actuelles, M. Thiers ne semblait pas admettre que
- toute dictature ne fût fatalement entraînée à des excès qui la
- perdent; qu'il paraissait croire qu'une autorité forte,
- lorsqu'elle est indispensable, n'est pas nécessairement
- malfaisante, et qu'il admettait même qu'un despotisme qui vient à
- propos peut être sage.
-
-Le _Journal des Débats_ a perdu dans les dernières semaines trois mille
-abonnés!
-
-Je lis maintenant les deux derniers volumes du _Port-Royal_ de M. de
-Sainte-Beuve[300]. C'est une bonne lecture qui reporte vers d'autres
-temps. Le nôtre est de plus en plus déplorable à tous les points de vue.
-
- [300] Ce livre est l'œuvre la plus complète et la plus sérieuse
- que Sainte-Beuve ait jamais faite. Elle occupa vingt-deux ans de
- sa vie, et l'histoire de ce couvent si attaqué, si défendu,
- devint, sous sa plume, une histoire littéraire du siècle de Louis
- XIV.
-
-
-_Paris, 23 avril 1860._--Le général Ortega fusillé et le comte de
-Montemolin arrêté maladroitement en Espagne, c'est de cela qu'on jase
-ici[301]. Ce qui est plus curieux, c'est que lord Cowley a eu, la veille
-de son départ pour Londres, une conversation orageuse avec l'Empereur
-Napoléon, qui a dit: «_Il faut que l'Angleterre choisisse entre une
-alliance franche et cordiale, sérieuse, ou la guerre. Je suis à bout de
-ma patience._» Nous sommes donc à la veille d'une tempête générale ou
-d'un aplatissement universel[302]. On ne croit plus au changement
-immédiat du ministre de la Guerre.
-
- [301] Le général Ortega, capitaine général des îles Baléares,
- chef apparent d'une nouvelle tentative d'insurrection carliste,
- qui venait d'avorter en Espagne, fut fusillé le 18 avril 1860. Le
- comte de Montemolin et son frère, arrêtés en même temps,
- recouvrèrent promptement leur liberté en renonçant à leurs droits
- au trône par une lettre écrite en langue espagnole, adressée à la
- Reine Isabelle II, datée de Tortosa le 12 avril 1860.
-
- [302] L'Empereur Napoléon III était très irrité contre
- l'Angleterre, qui protestait avec vigueur contre l'annexion de
- Nice et de la Savoie à la France. Lord Cowley avait eu, à ce
- sujet, des entretiens peu amicaux avec M. Walewski, ensuite avec
- M. Thouvenel, et échangeait sur ce point une correspondance
- confidentielle avec lord John Russel, ministre des Affaires
- étrangères. Dans un discours très violent contre l'Empereur
- Napoléon, prononcé par le chef du Foreign-Office à la Chambre des
- Communes le 25 mars, le noble Lord avait déclaré que l'Angleterre
- ne pouvait sacrifier pour la France l'alliance du reste de
- l'Europe. Tous ces symptômes de mécontentement entretenaient
- l'opinion publique dans la croyance d'une guerre prochaine avec
- l'Angleterre.
-
-
-_Paris, 27 avril 1860._--Si seulement on avait un peu de soleil pour se
-réconforter; mais l'obscurité est partout; au ciel, dans les esprits et
-sur la terre. Encore si les âmes étaient éclairées! Il n'y a plus ici
-d'autre clarté que celle des feux électriques qui ont éclairé le palais
-d'Albe d'une étrange magie à la fête d'avant-hier. Cependant, le clair de
-lune, tant annoncé, a été supprimé, car Diane[303] n'a paru qu'en domino.
-Le carquois en diamants, les flèches en diamants, _le Régent_ devenu
-centre d'un croissant, tout cela a été tristement, et non sans larmes,
-replacé au trésor de la Couronne. Un article du _Times_ en a été cause.
-La police avait eu aussi de sinistres rapports qui avaient fait tripler
-les précautions. Aussi, les vives instances de Mme Walewska, pour que la
-fête fût répétée demain, ont été repoussées par un _non_ fort sec, répété
-trois fois par l'Empereur Napoléon.
-
- [303] L'Impératrice Eugénie.
-
-Le comte de Montemolin et son frère n'ont pas été arrêtés par un zèle
-maladroit, mais bien pour ôter à ceux qui avaient exécuté cette
-entreprise tout prétexte d'y revenir.
-
-On parle d'explications vives en plein bal avec l'Ambassadeur
-d'Espagne[304]. Il paraît qu'on voulait ôter à la Reine Isabelle toute
-liberté de secourir le Pape; on est aussi fort importuné, ici, de
-l'attitude du duc de Montpensier et de la jeune gloire du comte
-d'Eu[305]. L'Angleterre arme à outrance; l'Europe n'est plus dupe; mais
-personne ne songe, à ce qu'il paraît, à autre chose qu'à sa défensive.
-
- [304] M. Mon était alors Ambassadeur d'Espagne à Paris.
-
- [305] Le duc de Montpensier s'était définitivement fixé à Séville
- et y intriguait sourdement, malgré tous les honneurs dont l'avait
- comblé sa belle-sœur, la Reine Isabelle. Le comte d'Eu, fils du
- duc de Nemours, enseigne dans le régiment des chasseurs à cheval
- espagnols (Albuféra), faisait avec éclat ses premières armes au
- Maroc, à cette époque-là en guerre avec l'Espagne.
-
-
-_Paris, 30 avril 1860._--L'Ambassadeur d'Espagne a reçu, hier, de Madrid,
-un télégramme qui lui annonce que le comte de Montemolin et son frère,
-l'Infant don Juan, ont adressé des lettres autographes à la Reine
-Isabelle, dans lesquelles ils déclarent renoncer à tous leurs droits à la
-couronne d'Espagne. C'était bien la peine de se faire fusiller, comme
-Ortega, pour de pareils gens!
-
-M. Thiers est encore plus furieux contre le second article de M.
-Cuvillier-Fleury, dans le _Journal des Débats_, que contre le premier. On
-assure, que sans Mmes Dosne et Thiers, l'historien _national_ serait déjà
-aux Tuileries où il me paraît très digne de figurer.
-
-La duchesse de Galliera a été en Angleterre pour négocier le mariage du
-Comte de Paris avec la fille de la Duchesse de Parme; elle a échoué!
-
-La question d'Orient est entamée; la Russie est aux pieds de la France,
-l'Autriche très plate, la guerre contre l'Angleterre presque décidée. Je
-crois que l'Angleterre aurait tort de compter sur ses alliés du
-continent.
-
-
-_Rochecotte, 15 mai 1860._--La nouvelle qui courait à Paris, le 12, du
-débarquement de Garibaldi en Calabre est prématurée. Il a touché
-Livourne, est allé à terre, a pris là huit cents hommes de plus, s'est
-embarqué en disant qu'il n'avait point de parti pris sur son lieu de
-débarquement[306]. Voici le partage des rôles. _Le Roi Victor-Emmanuel
-avoue Garibaldi; M. de Cavour le désavoue; l'Empereur Napoléon désavoue
-M. de Cavour et Garibaldi et le Roi!_ Si Garibaldi n'est pas pris et
-pendu par les bâtiments du Roi de Naples, toute l'Italie sera de nouveau
-en feu dans un mois.
-
- [306] Garibaldi quitta Gênes dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, sur
- un bateau de plaisance qui lui appartenait, et rallia le bateau
- expéditionnaire qui, ayant prit une patente pour Malte, était
- sorti du port deux jours avant et se tenait au large. Après avoir
- abordé ce navire, Garibaldi fit route sur la Sicile, au lieu de
- se diriger sur Malte, suivi de plusieurs autres bâtiments chargés
- d'hommes et de munitions, qui le rejoignirent dans cette
- direction. Ils débarquèrent le 11 mai à Marsala et entrèrent dans
- Palerme le 27, après avoir bombardé cette ville pendant quelques
- heures. C'est ce qu'on a appelé _l'expédition des Mille_.
-
-J'ai une lettre d'Angleterre dans laquelle on me dit que lord Palmerston
-ne veut plus qu'on le croie impérialiste, et dit tout haut les raisons de
-son éloignement. Il parle aussi de l'avenir qu'il prévoit et des
-difficultés que rencontrerait l'Angleterre pour renouer de fortes
-alliances sur le continent. Il dit que, ni à Vienne, ni à Berlin, ni à
-Saint-Pétersbourg, il n'y a plus de Gouvernement, personne en état de
-prendre une initiative, une résolution et de l'accomplir, qu'il faut
-attendre une forte crise qui poussera tout le monde. Il me semble que ce
-qu'il dit des autres Cabinets s'appliquerait bien aussi à celui de
-l'Angleterre!
-
-
- Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants.
-
-
-_Berlin, 17 juin 1860._--Je suis arrivée ici par un temps hideux.
-Aujourd'hui, un pâle soleil éclaire les rues désertes de Berlin. En
-route, à Bruchsal, j'ai rencontré les Rois de Saxe et de Hanovre; ils
-m'ont fait l'effet de moutons menés à la boucherie; car cette entrevue à
-Bade des Souverains allemands avec l'Empereur Napoléon pourrait n'être
-que cela[307].
-
- [307] Dans les premiers jours de juin 1860, le Ministre de France
- à Berlin, le prince de la Tour d'Auvergne, fit savoir au baron de
- Schleinitz, ministre des Affaires étrangères en Prusse, que
- l'Empereur Napoléon, ayant appris que le Prince-Régent allait se
- rendre à Bade, désirait aussi s'y rendre, car il considérait une
- entrevue avec ce Prince comme le meilleur moyen de rassurer
- l'Allemagne sur la stabilité de la paix. Soupçonnant que cette
- demande cachait un secret désir d'obtenir un agrandissement du
- côté du Rhin et l'espoir de disloquer la Ligue germanique, le
- Prince-Régent accepta la proposition de l'Empereur, qui vint à
- Bade du 15 au 17 juin; mais, auparavant, il faisait adresser une
- communication confidentielle à toutes les Cours allemandes, les
- invitant à venir à Bade assister à cette visite. Tous les Princes
- s'y trouvèrent, jusqu'au Roi de Hanovre, aveugle, au grand
- désappointement de Napoléon III, qui avait compté sur un
- tête-à-tête avec le Prince de Prusse.
-
-J'ai trouvé ici des lettres d'un peu partout: en voici les extraits: _De
-Paris_: «L'Empereur Napoléon, en revenant de Lyon[308], a dit à son
-secrétaire, M. Mocquard: «_Il faut se tenir tranquille pour le moment, et
-tranquilliser les autres: toutes ces alarmes gâtent le présent et nuisent
-à l'avenir._» Des instructions ont été données aux journaux du
-Gouvernement pour mettre une sourdine et surtout pour caresser
-l'Allemagne. Le manifeste de Mazzini[309] est aussi pour quelque chose
-dans ce _temps d'arrêt_. Il revient de tous côtés que les
-révolutionnaires illimités sont de plus en plus les maîtres en l'Italie.
-On s'attend à voir Garibaldi passer de Sicile sur le continent. Il ira
-prendre Messine à Naples.»
-
- [308] L'Empereur et l'Impératrice s'étaient rendus à Lyon pour y
- rencontrer l'Impératrice mère de Russie.
-
- [309] Le rôle que Mazzini remplit alors en Italie fut assez
- secondaire. Il essaya, sans succès, par diverses tentatives, de
- faire tourner au profit de la démocratie républicaine l'élan
- irrésistible qui poussait le pays tout entier à reconnaître son
- unité; il venait de publier, dans ce but, son manifeste intitulé:
- _Ni apostat, ni rebelle_, où il proclamait qu'entre le programme
- de Cavour et celui de Garibaldi, il choisissait le second, et
- que, sans Rome ni Venise, il n'y avait point d'Italie.
-
-
-_De Vienne_: «L'Empereur François-Joseph est dans un grand découragement,
-non seulement à cause de ses revers, mais parce qu'il a, dit-il, fait
-fausse route, sur la foi du prince Félix Schwarzenberg, qui l'a lancé
-dans le système de l'unité politique et administrative de l'Empire. Il
-essaye d'en revenir sans grande vigueur et sans espoir.»
-
-J'ai aussi trouvé ici le nouveau livre de l'évêque d'Orléans sur _la
-Souveraineté du Pape_. J'ai passé ma soirée d'hier à le parcourir; il m'a
-semblé plein de talent, d'esprit et de courage, écrit avec une sincère
-intention d'être de son temps et d'en être bien compris, en lui disant
-ses vérités. C'est grand dommage qu'il se laisse aller à une polémique de
-détail et de routine. J'aurais cru qu'il eût été plus habile de ne
-s'attacher qu'à une ou deux idées simples, et à les mettre et remettre
-incessamment en lumière. L'Évêque remue trop de choses secondaires, ce
-qui obscurcit les grandes[310]. Du reste, je juge un peu à la légère, car
-je n'ai _pas_ lu, je n'ai que parcouru.
-
- [310] Ce livre est un ouvrage de circonstance trop détaillé, mais
- formant un exposé complet au point de vue de l'exercice de la
- puissance spirituelle, de l'origine, de la durée et de la
- nécessité du pouvoir temporel.
-
-
-_Berlin, 19 juin 1860._--Lady Westmorland m'écrit de Londres: «Le roi
-Léopold de Belgique est venu me faire une longue visite fort aimable.
-Cela fait du bien de causer avec quelqu'un qui conserve encore nos
-traditions. Il désapprouve et craint extrêmement l'entrevue de Bade.»
-
-On m'écrit de Paris sous la date du 16 juin: «La réunion de Bade est
-décidément prise ici pour une promesse d'été pacifique, peut-être même
-d'un peu de désarmement. Ce n'est pas un retour de confiance, c'est une
-suspension de méfiance. On ajourne ses inquiétudes en les gardant. Le
-monde officiel tient deux langages: aux uns il promet la paix, aux autres
-il dit: «N'ayez pas peur, rien n'est abandonné; la France reprendra ce
-que l'Empire lui avait donné; les propositions de Francfort en 1813;
-_c'est là votre minimum_.»
-
-«N'êtes-vous pas frappée de lord John Russel abandonnant le bill de
-Réforme? Voilà deux fois en trois semaines que le bon sens anglais se
-retrouve et fait la loi au Cabinet: ce n'est encore, j'en conviens, que
-sur des questions intérieures. L'esprit public est toujours échauffé en
-Angleterre sur les affaires d'Italie. Garibaldi y est populaire; mais
-quand le mouvement révolutionnaire fera des Garibaldi ailleurs,
-volontaires ou entraînés, le bon sens anglais se ravivera. Les hommes
-manquent là, à la bonne cause, plus que le public.»
-
-
-_Sagan, 22 juin 1860._--Une personne ayant des relations en Sicile
-m'écrit que, si on y laissait les votes libres, cette belle île se
-choisirait pour souverain le duc d'Aumale dont la femme est Sicilienne.
-Comme de raison, l'Empereur Napoléon ne le souffrira pas.
-
-On m'écrit de Paris qu'il est fortement question, dans le monde
-législatif, d'établir un impôt nouveau, consistant à donner une part
-d'enfant à l'État dans les successions; c'est du socialisme pur.
-
-
-_Sagan, 25 juin 1860._--Je suis parvenue à savoir quel était le langage
-que l'Empereur Napoléon se proposait de tenir au Prince-Régent de Prusse
-lorsqu'il s'est rendu à Bade. A-t-il réellement suivi ce programme? J'en
-doute, vu la différence du terrain qui a été autre qu'il ne s'y
-attendait. Voici donc en résumé ce qu'il comptait dire au Régent: «Force
-protestations pacifiques, au travers desquelles l'Empereur Napoléon
-aurait demandé au Prince-Régent de le laisser en finir avec l'Autriche.
-Il voulait lui dire qu'il n'y avait pas moyen d'en rester où l'on en est;
-qu'il fallait que la Hongrie fût satisfaite, la Vénétie délivrée; que le
-repos de l'Europe et la sécurité de l'Allemagne n'était qu'au prix de
-l'entière défaite de l'Autriche. Que la Prusse devait donc le laisser
-faire, lui Napoléon; et qu'elle aurait part à l'héritage. Que l'Empereur
-Napoléon ne pensait pas à la ligne du Rhin proprement dite, qu'il ne
-voulait rien enlever à la _véritable nationalité_ allemande, que la ligne
-de la _Meuse_ lui suffisait, que celle-là ne rendrait à la France que des
-populations françaises, ou à peu près, que la Prusse y gagnerait une
-extension des provinces rhénanes vers l'Ouest; sans parler de ce qui
-pourrait lui échoir en Allemagne, même à l'Est et au Nord; quel intérêt
-la Prusse aurait-elle à l'existence de la Belgique? La Belgique est un
-État factice, incapable de se protéger lui-même, et qui, toujours en
-question, tiendra en trouble ses voisins. Que pour en finir avec les
-révolutions, il fallait faire partout de grands États: que l'Italie
-devait redevenir _l'empire romain_, que l'Allemagne devait devenir
-_l'empire prussien_; que les petites populations françaises, de langue et
-de mœurs, qui longent les frontières de la France: la Belgique, le
-canton de Vaud, ceux de Neufchâtel et de Genève, devaient rentrer dans
-_l'empire français_. Qu'alors les nationalités seraient satisfaites, les
-ambitions aussi; que les imaginations auraient de l'espace. Que ce qui
-faisait les révolutions étaient les petits qui voulaient devenir grands;
-que du jour où il n'y aurait plus que des grands, en petit nombre, mais
-unis entre eux, on aurait bon marché des révolutionnaires. Que les grands
-empires, c'est la paix!»
-
-C'est là ce qui est au fond du personnage.
-
-On me mande de Londres que lord Palmerston se prépare à la lutte, qu'il
-est rentré dans la confiance de la Reine et du prince Albert, et en
-quasi-intelligence avec les Tories; que les questions intérieures
-anglaises seront mises à l'écart, qu'on ne s'occupera plus de réprimer en
-Europe les ambitions françaises et qu'on espère que la Prusse ne se
-laissera pas leurrer par l'Empereur Napoléon.
-
-
-_Sagan, 28 juin 1860._--On m'écrit de Londres: «Les nouvelles que l'on
-reçoit ici de Bade sont bonnes. L'Empereur Napoléon avait cru apparemment
-qu'il y avait moyen de s'entendre avec la Prusse. Il a fourni à la Prusse
-une occasion excellente pour s'entendre avec toutes les cours
-d'Allemagne. Le Prince-Régent en a profité avec adresse, et il résulte de
-la conférence de Bade, que toutes les cours d'Allemagne, y compris,
-dit-on, celle d'Autriche, sont arrivées à s'entendre beaucoup mieux
-qu'elles n'ont fait depuis longtemps. Il serait curieux que le résultat
-de la politique impériale eût été de consolider les nationalités
-italiennes et allemandes dans un esprit d'opposition à la France.»
-
-
-_Sagan, 5 juillet 1860._--Voici les extraits de mes lettres reçues de
-Paris:
-
-_Paris, 1er juillet_: «Nous avons été très occupés de la rencontre des
-souverains à Bade. Plusieurs personnes bien informées disent que
-l'Empereur Napoléon a été très peu content de son séjour à Bade, et très
-mécontent, depuis son retour, du langage que les journaux prêtent au
-Prince-Régent de Prusse.
-
-«La situation du Roi de Naples devient de jour en jour plus mauvaise, ce
-n'est plus Victor-Emmanuel qui sera roi d'Italie, c'est la révolution
-sous le nom de Garibaldi. A quelle frontière s'arrêtera-t-elle?
-L'Empereur commence à s'en alarmer. Le prince Napoléon est irrité que
-l'Empereur ne soit pas venu en personne à la cérémonie des obsèques de
-son père[311]. Le roi Jérôme allait régulièrement à la messe et s'était
-confessé cet hiver: ceci est certain; il a fini très régulièrement,
-malgré les impiétés de son fils.
-
- [311] Le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte, le plus jeune et le
- dernier survivant des frères de Napoléon Ier, qui avait été
- Roi de Westphalie, était mort à Paris, dans sa soixante-seizième
- année. Ses funérailles eurent lieu en grande pompe, le 3 juillet
- 1860, aux Invalides. L'Empereur Napoléon III s'y fit représenter
- par le duc de Malakoff.
-
-«Prévost-Paradol fera son temps de prison dans une maison de santé à
-Passy[312]. La _Presse_, dans laquelle il écrivait, après avoir quitté
-les _Débats_, a rompu son engagement avec lui; il se trouve avec une
-femme folle et sans moyen d'existence.»
-
- [312] M. Prévost-Paradol, qui, en 1860, figurait parmi les
- collaborateurs du _Journal des Débats_, avait publié une brochure
- intitulée: _Les anciens partis_. Cette publication lui valut
- d'être traduit en police correctionnelle, comme ayant voulu
- exciter à la haine et au mépris du Gouvernement. M.
- Prévost-Paradol fut condamné à un mois de prison et à mille
- francs d'amende. Cette condamnation eut un tel retentissement
- qu'elle rendit M. Prévost-Paradol presque populaire.
-
-Autre lettre du 1er juillet de Paris. «Le roi Jérôme a demandé que son
-corps ne fût pas déposé à Saint-Denis, disant que, quand les Bourbons
-reviendraient, ils ne manqueraient pas de le jeter dehors. Son fils a
-tenu à l'exécution de sa dernière volonté, ce qui a contrarié l'Empereur,
-car il voulait amuser les Parisiens en faisant promener, sur les
-boulevards, les cendres du grand homme et celles de Jérôme.
-
-«Les affaires de Rome sont fort tristes: Mme de Lamoricière en est
-revenue _navrée_; le feu de paille s'est vite éteint: point d'officiers,
-point d'argent et partout des résistances. Le Saint-Père, résigné à la
-façon des martyrs, et trouvant qu'il est peu digne à lui de se défendre.
-Il a peut-être raison.
-
-«L'entrevue de Bade est prise comme un échec pour le mystificateur
-habituel; il va s'en consoler à Nice, en Savoie, en Algérie. Il voit que
-tout lui échappe; sa politique devient plus tortueuse, plus hésitante,
-plus mensongère que jamais. Le roi de Wurtemberg paraît lui avoir parlé
-ouvertement de cet étrange système de brochures; il l'a dit à ses
-Ministres auxquels, depuis son retour, il paraît triste et soucieux.»
-
-Autre lettre du 2 juillet de Paris: «Je sais de façon certaine, et
-j'avoue que je m'en étonne, que l'Empereur Napoléon a trouvé que, des
-souverains réunis à Bade, celui qui avait le plus d'esprit, c'était le
-Roi de Hanovre, après lui, le Roi de Saxe, que le reste n'était que des
-médiocrités.
-
-«Le _sursis_ est positif. L'Empereur a dit à des commerçants que nous
-n'aurions pas de guerre _cette année-ci_, ce qui ne les a guère rassurés;
-car, qu'est-ce qu'une année pour des affaires commerciales?»
-
-
-_Günthersdorf, 10 juillet 1860._--Quarante-huit heures avant la mort de
-son père, le prince Napoléon a voulu faire vendre publiquement ses
-chevaux. L'Empereur l'en a empêché. Le jour même du décès, il a renvoyé
-la maison militaire de son père et il en a donné avis au Ministre de la
-Guerre. Le Ministre a répondu que la maison resterait jusqu'à ce qu'il en
-eût été référé à l'Empereur.
-
-L'Empereur, immédiatement après la mort du roi Jérôme, a fait mettre les
-scellés sur ses papiers et en a pris possession depuis.
-
-Le prince Napoléon a aussi empêché le fils et le petit-fils de
-Jérôme[313] d'arriver au lit de mort du mourant et de lui dire un dernier
-adieu.
-
- [313] Il s'agit ici du fils issu du mariage légal et légitime que
- Jérôme avait contracté à Baltimore, en 1803, avec Élisa Paterson.
- Ce mariage, non reconnu par Napoléon, fut arbitrairement cassé en
- 1805; mais Élisa Paterson défendit ses droits toute sa vie, et
- ceux de son fils, avec une énergie singulière. Son fils se fixa à
- Baltimore et épousa dans cette ville, en 1829, Mlle Suzanne Gay
- dont il eut un fils qui vint s'établir à Paris où, grâce à la
- princesse Mathilde dont il avait su conquérir l'amitié, il entra
- dans le régiment des Guides, dont il fut un brillant officier.
- Pendant le siège de Paris, il se distingua et conquit les galons
- de colonel. Après la guerre de 1870, il se fixa à Boston et
- mourut en 1893.
-
-Je ne puis me calmer sur l'histoire du comte de Montemolin: la bêtise au
-commencement, la lâcheté au milieu, la déloyauté à la fois. Quel mal de
-semblables aventures ne font-elles pas à la légitimité[314]!
-
- [314] Vers le 1er juillet 1860, un document accompagné d'une
- lettre fut adressé par le comte de Montemolin à la Reine Isabelle
- II. Ces deux écrits expliquaient la renonciation passée et une
- rétractation présente: «_Considérant_, disait Don Carlos, _que
- l'acte de Tortosa du 23 avril est le résultat de circonstances
- exceptionnelles; écrit dans une prison et au moment où toute
- communication nous était interdite, il ne remplit aucune des
- conditions qu'exigeait sa validité; que, par conséquent, il est
- nul et illégal et ne saurait être ratifié. Attendu l'avis de
- jurisconsultes compétents, nous le déclarons nul et non avenu et
- le rétractons_.»
-
-
-_Günthersdorf, 13 juillet 1860._--Une personne, qui a occasion de savoir
-ce que pense et ce que dit _tout bas_ le ministre de Sardaigne à Paris,
-M. Nigra, sur les affaires d'Italie, me mande que, selon lui, la Russie
-et la Prusse sont presque aussi mécontentes que l'Autriche de ce qui se
-passe en Italie. L'Angleterre, tout en se tenant en dehors, verrait sans
-déplaisir que les trois États du Nord se rapprochassent pour une cause
-quelconque, même pour une cause qui n'aurait pas sa sympathie. La France
-seule est vraiment favorable à l'Italie. La France laissera tout faire en
-Italie, sauf l'expropriation de la _ville_ de Rome contre le Pape.
-Seulement, elle ne reconnaîtra, quant à présent, aucun des changements de
-territoire à opérer. Maintenant que tous les renforts destinés à
-Garibaldi sont partis de Gênes, elle conseille au roi Victor-Emmanuel
-d'arrêter quelque petite expédition en retard pour prouver la
-non-complicité du Piémont et calmer un peu le Nord. Quant au roi
-Victor-Emmanuel, à Cavour et à Garibaldi, ils sont parfaitement résolus à
-parachever leur œuvre, et à amener la Sicile, puis Naples, puis les
-Marches, puis le reste des États romains, sans se soucier du Roi de
-Naples, de sa constitution et de ses propositions d'alliance. On me dit
-d'ailleurs que, si le Roi de Naples était un peu capable, sa partie
-serait beaucoup moins mauvaise qu'elle n'en a l'air, car Garibaldi est, à
-ce qu'il paraît, fort mal à l'aise et grandement embarrassé en Sicile.
-
-
-_Günthersdorf, 18 juillet 1860._--On se demande, à Paris, ce qu'on fera
-du million qui formait la dotation du roi Jérôme. Les indépendants et les
-économes le réclament pour le Trésor; les prudents veulent qu'on s'en
-serve pour augmenter la dotation du prince Napoléon et de la princesse
-Clotilde qui n'ont, l'un qu'un million, l'autre que deux cent mille
-francs de douaire assuré.
-
-Il paraît que l'Empereur Napoléon se refroidit un peu dans son goût pour
-le libre échange: les souffrances et les plaintes de l'industrie le
-préoccupent, ou il y a moins d'empressement à plaire au delà de la
-Manche.
-
-
- Nouvelle réunion des deux correspondants à Günthersdorf.
-
-
-_Sagan, 26 août 1860._--Voici les extraits des lettres qui me sont
-parvenues:
-
-_De Paris, 20 août._ «Lamoricière est assez content à Rome. Sans illusion
-et sans charlatanisme, sa petite armée se forme; il aura dans deux mois
-vingt mille hommes de vraies troupes, et de quoi les payer pendant deux
-ans; car l'emprunt romain est couvert, pas beaucoup au delà, mais
-réellement couvert; c'est en France qu'il a le moins réussi. Les soldats
-de Lamoricière sont presque tous des Allemands, des Irlandais ou des
-Belges. La plupart des petits gentilshommes français, qui y étaient
-allés, n'y sont pas restés. Lamoricière a fait de son mieux pour s'en
-débarrasser. Ils avaient toutes sortes de fantaisies: les uns ne
-voulaient pas saluer les officiers français dans les rues de Rome; les
-autres demandaient des uniformes particuliers. D'honnêtes hobereaux
-écrivaient au général pour le conjurer de veiller aux mœurs de leur
-fils, ce qui le faisait un peu jurer et dire: «Je ne fonde pas un
-couvent; ils pécheront, puis ils se confesseront; puis ils repécheront et
-se reconfesseront.»
-
-«Si Garibaldi, après avoir renversé le Roi de Naples, envahit et veut
-soulever les Marches, Lamoricière les défendra. Il n'essaiera pas de
-défendre Rome, si l'armée française s'en va. Il emmènera le Pape
-ailleurs, à Ancône, probablement. Le Pape répugne extrêmement à quitter
-Rome, quelle que soit l'extrémité à laquelle on le réduise; on se promet
-pourtant à l'y décider, s'il le faut. Il est toujours à merveille pour
-Lamoricière, qui est assez bien avec le cardinal Antonelli; rien
-qu'_assez bien_.
-
-«On regarde le rappel un peu déguisé du général de Goyon comme un
-commencement d'abandon. On a fortement essayé, dans ces derniers temps,
-d'obtenir du Pape quelque grande mesure, quelques concessions éclatantes,
-le pendant de la constitution du Roi de Naples; on dit que M. de Cadore,
-qui remplace par intérim le duc de Gramont, a passé à ce sujet une note
-très hautaine, qui a irrité le Pape et lui a suggéré un refus absolu. On
-ne doute guère de la chute du Roi de Naples. Et Garibaldi partira de là
-pour Venise, comme il est parti de Gênes pour Palerme, et de Palerme pour
-Naples. La réception pourrait être différente!»
-
-
-_Sagan, 30 septembre 1860._--On m'écrit que l'Impératrice Eugénie est
-fort souffrante; elle a attrapé un gros rhume à Lyon; cependant, elle
-veut continuer le voyage pour Alger[315].
-
- [315] Le 23 août 1860, l'Empereur Napoléon et l'Impératrice
- Eugénie entreprirent un voyage qui dura plus d'un mois, leur fit
- visiter Lyon d'abord, puis les nouvelles provinces annexées de la
- Savoie et de Nice. A leur passage par Chambéry, ils furent
- salués, au nom du Roi Victor-Emmanuel, par le ministre de
- l'Intérieur Farini et le général Cialdini, porteur d'une lettre
- autographe du Roi de Sardaigne à l'Empereur. Revenant ensuite à
- travers le Dauphiné, la Provence et Nice, ils s'embarquèrent pour
- la Corse; de là, ils allèrent en Algérie et ne revinrent que le
- 24 septembre à Saint-Cloud.
-
-
-La réunion probable de Varsovie, le toast de l'Empereur de Russie le jour
-de la fête de l'Empereur d'Autriche[316], le peu de foi qu'on attache au
-discours de Persigny[317], tout cela surprend à Paris, où l'on se croyait
-surtout avoir plus d'action sur la Russie.
-
- [316] Au banquet donné à Saint-Pétersbourg par l'Empereur
- Alexandre II pour le jour de la naissance de l'Empereur
- François-Joseph, le Czar avait dit dans son toast: «_A mon cher
- frère l'Empereur d'Autriche_.» Ces paroles furent commentées par
- les journaux allemands qui les rapprochèrent des conférences
- prolongées que M. de Rechberg avait alors à Vienne avec
- l'Ambassadeur de Russie, M. de Bolovine, depuis son retour de
- Teplitz; il s'établit ainsi la croyance d'une prochaine rencontre
- du Prince-Régent, de l'Empereur d'Autriche et de l'Empereur de
- Russie. Les trois souverains du Nord se rencontrèrent, en effet,
- le 23 octobre à Varsovie et tombèrent d'accord pour repousser
- toute proposition d'un Congrès sur la question italienne.
-
- [317] A l'ouverture du Conseil général du département de la Loire
- dont M. de Persigny était président, celui-ci prononça un
- discours où l'intention de tranquilliser l'opinion publique était
- visible. M. de Persigny tendait à prouver que, malgré les guerres
- d'Italie et de Crimée, la parole de l'Empereur à Bordeaux:
- «_L'Empire, c'est la paix!_» était restée inattaquable, que le
- nouvel Empire n'acceptait la succession du premier Empire que
- sous bénéfice d'inventaire; qu'il répudiait l'héritage des luttes
- et des vengeances pour entrer dans des rapports de paix et de
- concorde avec toutes les Puissances et que son programme était
- fidèlement suivi.
-
-On me mande: «Je viens de voir le général prince de Holstein. Il revient
-de Danemark et de Berlin. Il dit que le Prince-Régent de Prusse lui a
-donné la commission de dire au Roi de Danemark, pour le désillusionner
-sur le compte de l'Empereur Napoléon, que celui-ci avait offert à la
-Prusse de lui garantir le Holstein et le Schleswig, si elle entrait dans
-ses vues par rapport au Rhin.»
-
-
-_Sagan, 6 septembre 1860._--Je reçois une lettre de Paris dans laquelle
-je trouve ceci: «Avant de partir pour la Savoie, l'Empereur Napoléon a
-envoyé chercher le prince de Metternich et lui a dit: «Surtout
-gardez-vous de recommencer la faute du Tessin; attendez l'attaque des
-Piémontais. Quand elle viendra, respectez les stipulations de
-Villafranca, et faites, du reste, sur le Piémont, la Toscane, Parme,
-Modène, ce que vous voudrez. Je vous livre les agresseurs et ce que je
-n'ai pas reconnu.» Mais en même temps que Napoléon tenait ce langage au
-prince de Metternich, il a dit à l'ambassadeur de Sardaigne: «Tenez-vous
-prêts, complétez votre armée, troupes et matériel, je vous y aiderai.»
-Toujours de la fourberie, Dieu veuille qu'on n'en soit la dupe nulle
-part!»
-
-
-_Sagan, 9 septembre 1860._--La mort du vieux Grand-Duc de
-Mecklembourg-Strélitz[318], que je regrette personnellement, m'est même
-très sensible. Il m'a comblée de constantes bontés. Pendant sa dernière
-maladie, il me faisait donner de ses nouvelles par la Grande-Duchesse, et
-depuis sa mort, sa veuve m'a fait écrire des paroles bien touchantes,
-dont il l'a chargée pour moi. Il avait de l'esprit, des goûts fins et
-délicats, des sentiments élevés, des manières exquises, de cette belle
-politesse perdue, hélas! Il en conservait avec soin la tradition; c'était
-un ami fidèle et sûr; bref, c'était le dernier d'un meilleur temps.
-
- [318] Frère de la Reine Louise de Prusse.
-
-Voici un passage d'une lettre de Paris, du 7: «Malgré ce qu'en disent les
-gazettes, tenez pour certain que le couple impérial a été très froidement
-reçu en Savoie, pays catholique et conservateur, qu'on inonde de
-fonctionnaires révolutionnaires. L'Empereur vit au jour le jour,
-manœuvrant entre les sociétés secrètes qui menacent de le poignarder
-s'il abandonne leur cause, et l'ordre qu'il ne veut pas se mettre à dos
-dans la personne de la coalition; position difficile à maintenir à la
-longue.»
-
-
-_Sagan, 11 septembre 1860._--Il y a quelques jours, le _Journal des
-Débats_[319] donnait, d'après l'_Opinione_, un article sur le principe de
-non-intervention à propos du général Lamoricière. On somme le Pape de
-congédier Lamoricière et ses troupes, parce que leur présence est une
-_intervention étrangère_ en Italie et menace ses voisins. L'intérêt de la
-paix en Italie exige que le Pape renonce à se défendre. Je ne crois pas
-que le mélange de mensonge et d'audace, d'hypocrisie et d'arrogance, de
-fourberie et d'effronterie qui caractérise la politique révolutionnaire,
-ait jamais été poussé plus loin. Je suis convaincue que si Lamoricière
-n'avait à combattre que Garibaldi, il le battrait bel et bien, mais pris
-entre deux feux, entre le brigand venant de Naples, et les Piémontais
-venant de l'autre côté, comment résister?
-
- [319] Le _Journal des Débats_ du 7 septembre 1860 disait: «On lit
- dans l'_Opinion_ de Turin du 4 septembre: «Notre Parlement ne
- peut pas dévier d'une politique qui a produit de bons fruits,
- pour courir des aventures qui susciteraient contre lui toute
- l'Europe. Si jamais une autre politique devait prévaloir, si la
- force des événements contraignait le Gouvernement du Roi à
- prendre une autre attitude, le Ministère actuel n'y pourrait pas
- souscrire et accepter la responsabilité d'une situation qu'il ne
- pourrait pas dominer. Nous croyons que le parti libéral, qui a
- soutenu et soutient encore le Cabinet, est de cet avis et qu'en
- Italie on est assez sage pour éviter de nouvelles complications.
- En tout cas, le Ministère ne voudrait pas être responsable
- d'événements qui amèneraient une guerre entre la France et
- l'Autriche. Nous ignorons qui aurait le courage de s'exposer à
- une telle responsabilité. Assurément, il n'aurait pas à compter
- sur l'appui du Parlement qui, s'il est prêt à tout sacrifier pour
- la défense de la patrie, ne le fera qu'à la condition que le
- Gouvernement ne se laissera pas enlever la direction de la chose
- publique, et qu'au contraire, il dirigera le mouvement tendant à
- l'indépendance italienne.»
-
-Voici deux extraits de lettres qui auront, du moins, quelque intérêt
-rétrospectif:
-
- «_Turin, 3 septembre_: Cavour, ce joueur intrépide et
- heureux, qui a successivement battu deux Empereurs et
- un Pape, va jouer tout ce qu'il a gagné contre un autre
- joueur, qui est terriblement en veine dans ce moment:
- Garibaldi. La partie est engagée à l'heure qu'il est. Il s'agit
- de souffler à Garibaldi Naples et les États du Pape, de lui
- faire mettre son grand sabre dans le fourreau et de renvoyer
- _Cincinnatus_ à sa charrue: rude besogne! Mais si
- Cavour a l'Empereur Napoléon comme partenaire (ce qui
- est plus que probable), on peut parier pour lui.
-
- «Le gouvernement piémontais _veut_ être à Naples _avant_
- Garibaldi, ou tout au moins en même temps que lui. Ce
- n'est pas Garibaldi qui aura l'honneur de battre les croisés
- et de tracer les limites de l'oasis papale. Ce sera le général
- Cialdini, si ce n'est le roi Victor-Emmanuel en personne.
- Farini et Cialdini ne sont allés à Chambéry que pour
- demander à l'Empereur Napoléon carte blanche et lui soumettre
- le plan de campagne.»
-
- «_Rome, 31 août_: Lamoricière se croit certain de
- battre Garibaldi. Le général de Goyon partageait ce sentiment.
- Dans l'armée du général de Lamoricière, personne
- ne doute d'une victoire complète. Garibaldi n'a rencontré
- aucun obstacle sérieux; ce sont les trahisons qui ont fait
- sa fortune: ses plans de campagne se bornent à profiter
- des intelligences que les sociétés secrètes lui ont procurées
- et à faire jouer la mine de trahison.
-
- «Lamoricière a vingt mille hommes parfaitement sûrs,
- en laissant de côté les Italiens[320].»
-
- [320] La convention de Villafranca rencontrait tous les jours des
- obstacles plus sérieux; l'annexion de Nice et de la Savoie ajouta
- encore aux difficultés, quand il se fut agi de la réaliser, et
- elle jeta en Italie une nouvelle cause de haine contre la France
- qui, dès lors, la vit s'échapper définitivement de son influence.
- Le Gouvernement sarde était embarrassé entre les excitations du
- patriotisme et les remontrances de l'Empereur Napoléon; mais M.
- de Cavour se tenait prêt à jouer cette terrible partie, qui
- devait le mener à recevoir d'un seul coup le complément inespéré
- de son œuvre. Craignant les emportements de Garibaldi, il le
- suit vigilant, le couvrant seulement, en parvenant à paralyser la
- diplomatie qui regarde faire. Garibaldi, le cœur ulcéré par le
- ressentiment de la cession de Nice, fut facilement gagné à
- l'insurrection de Sicile qui, depuis quelque temps, tenait
- l'Italie en éveil. Il était parti à la dérobée par un soir de mai
- du golfe de Gênes avec mille à onze cents volontaires et ses deux
- navires: le _Piemonte_ et le _Lombarda_. A travers les croisières
- napolitaines, il débarquait le 11 mai à Marsala et, après un
- sanglant combat à Calatafini, avec les troupes royales, entrait
- dans Palerme et disposait de la Sicile. Devenu ainsi en peu de
- jours dictateur victorieux, il passe au mois d'août le détroit de
- Messine, alla à Naples le 7 septembre, réduisant le Gouvernement
- napolitain à des conditions de libéralisme trop tardives. Cavour,
- qui voulait constituer l'Italie sans se laisser dominer par la
- révolution, accepter l'unité dans ce qu'elle avait de réalisable
- et marcher sur cette révolution pour l'arrêter et l'empêcher de
- compromettre la cause nationale, sentit que le moment critique
- était arrivé et il se décida à l'intervention. Considérer la
- révolution de Naples comme un fait accompli avant même que
- François II eût livré sa dernière bataille, pénétrer dans les
- Marches jusqu'à la frontière napolitaine pour empêcher Garibaldi
- de se jeter sur Rome, tel est l'acte auquel il se résolut. A
- Rome, toutes les fantaisies belliqueuses s'agitaient pour
- reconquérir les Romagnes; on y avait décidé la formation d'une
- armée pontificale dans la prévision du départ de la garnison
- française, qui semblait prochain: et le général Lamoricière en
- avait pris le commandement, par un ordre du jour, où il annonçait
- qu'_il était venu pour combattre la révolution, ce nouvel
- «islamisme»_. Le Gouvernement sarde, voyant une menace pour la
- sécurité de l'Italie dans cette agglomération d'étrangers armés à
- Rome, dans le but avoué de reconquérir les provinces pontificales
- détachées des États de l'Église, Cavour saisit ce prétexte en
- envoyant, le 7 septembre 1860, au cardinal Antonelli la sommation
- de désarmer; puis, voulant devancer Garibaldi qui arrivait à
- Naples, deux corps d'armée sardes, sous les ordres des généraux
- Fanti et Cialdini, s'avancèrent alors par le territoire
- pontifical et en dix-huit jours occupèrent les places de Pesaro,
- Urbino, Perugio, Spoleto, rencontrèrent Lamoricière à
- _Castelfidardo_, où sa petite armée fut anéantie, et s'emparèrent
- d'Ancône que Lamoricière avait gagné rapidement avec quelques
- fidèles, après sa défaite. Pris par terre et par mer, Lamoricière
- serait contraint de capituler. La question des Marches ainsi
- tranchée, l'armée piémontaise, dont Victor-Emmanuel prit alors le
- commandement, gagna la frontière napolitaine où François II avait
- arrêté Garibaldi sur le _Vulturne_. Mais Cialdini battit l'armée
- napolitaine à Issernia et Sesso; François II, après avoir
- vainement réclamé la protection des escadres française et
- anglaise, quittait Naples pour se réfugier à Gaëte; Capoue se
- rendait le 2 novembre et le Roi Victor-Emmanuel faisait son
- entrée à Naples le 7 du même mois.
-
-
-_Sagan, 14 septembre 1860._--Je prévois que _l'ère_ des monarchies est
-finie partout; ce qui nous livre d'abord à l'anarchie, puis au despotisme
-et à la tyrannie, à toutes les horreurs de la dissolution complète de
-l'état social. Le monde finira, sans doute, par reprendre son niveau,
-mais quand? à quelles conditions? après quelle traversée? Nous n'y serons
-plus, la tourmente nous aura engloutis bien avant. Si ce n'était la foi
-en Dieu, on ne saurait où reposer sa pensée. La proclamation de
-Victor-Emmanuel a été suivie sans retard de l'entrée de Cialdini et de la
-prise de Pesaro[321].
-
- [321] Cette proclamation du Roi, datée de Turin du 11 septembre,
- était une réponse indirecte à l'ordre du jour de Lamoricière; la
- voici:
-
- »Soldats! Vous entrez dans les marches de l'Ombrie pour restaurer
- l'ordre civil dans les villes désolées, pour donner aux peuples
- la liberté d'exprimer leurs propres vœux. Vous n'avez pas à
- combattre des armées puissantes, mais seulement à délivrer de
- malheureuses provinces italiennes de la présence de compagnies
- d'aventuriers étrangers. Vous n'allez pas venger des injures
- faites à moi ou à l'Italie, mais bien empêcher que les haines
- populaires se déchaînent contre les oppresseurs. Vous
- enseignerez, par votre exemple, le pardon des offenses et la
- tolérance chrétienne à ceux qui comparent l'amour de la nation
- italienne à l'islamisme. En paix avec toutes les grandes
- puissances, éloigné de toute provocation, j'entends faire
- disparaître du centre de l'Italie une cause continuelle de
- troubles et de discordes, je veux respecter le siège du Chef de
- l'Église, à qui je suis toujours prêt à donner, d'accord avec les
- Puissances alliées et amies toutes garanties d'indépendance et de
- sécurité, que ses aveugles conseillers ont espéré en vain du
- fanatisme de la secte méchante qui conspire contre mon autorité
- et contre la liberté de la nation. Soldats, on m'accuse
- d'ambition; oui, j'ai celle de restaurer les principes d'ordre
- moral en Italie et de préserver l'Europe des dangers continuels
- de révolution et de guerre.» (Copié textuellement dans le
- _Journal des Débats_ du 13 septembre 1860.)
-
-
-_Sagan, 18 septembre 1860._--Comment la Prusse n'a-t-elle pas pris les
-devants pour rappeler son Ministre de Turin et s'est-elle laissée
-devancer par la France, sans même l'imiter jusqu'à présent? Car enfin, le
-Pape étant souverain temporel, il ne s'agit pas pour la Prusse
-protestante d'une question religieuse, mais d'une question de principe
-qui s'applique au droit des gens universel! Quant au rappel de Charles de
-Talleyrand, ce n'est qu'une nouvelle scène de cette longue comédie; mais,
-du moins, c'est de la comédie bien jouée[322]. Et comme le parterre est
-plein de dupes, qui ne savent pas regarder dans la coulisse, il s'y
-trouve encore d'imbéciles claqueurs.
-
- [322] La Russie et la Prusse rappelèrent leurs Ministres de
- Turin; mais Cavour eut l'habileté de ne pas prendre trop au
- sérieux cette rupture, surtout avec la Prusse, qu'il ne cessait
- de flatter dans ses ambitions secrètes, et dès le mois de
- janvier, au moment où le Prince-Régent devait ceindre la
- couronne, il envoyait le général la Marmora avec une mission
- particulière à Berlin. La France rappela de Turin M. de
- Talleyrand, sans donner au fond à ce rappel la forme d'une
- véritable rupture diplomatique.
-
-Les renforts envoyés à Rome me semblent surtout destinés à y garder le
-Pape prisonnier, sous le prétexte de le protéger, car l'Empereur Napoléon
-ne se soucie pas de la pitié poétique qu'exciterait un Pape _pèlerin_.
-Quelque pervertie que soit l'Europe, il y aurait encore un certain cri
-dont l'Empereur Napoléon ne se soucie pas d'entendre l'écho.
-
-A propos de politique, la brochure la plus remarquable qui ait paru, au
-milieu de ce tas de niaiseries et d'absurdités, est _la Politique
-anglaise_. Elle émane de l'Empereur Napoléon, mais elle est rédigée par
-Mocquard. La Prusse y est traitée de _parvenue_, l'Autriche de _perfide
-agonisante_, l'Angleterre de _folle égarée_; la Russie est seule ménagée;
-le reste de l'Europe agriffée ou méprisée, et la France vantée dans un
-style d'apothéose. Le tout est bien écrit et le sophisme habilement
-manié.
-
-
-_Sagan, 24 septembre 1860._--J'ai reçu les douloureuses nouvelles
-d'Italie[323]. Je gémis sur les héroïques victimes; je me sens
-alternativement consternée, découragée, indignée. Je tremble pour le
-Saint-Père; je crains qu'il ne se laisse enjôler par le général de Goyon
-qui, probablement, est dupe lui-même de son maître fallacieux. Le piège
-est cependant facile à découvrir, mais les âmes essentiellement candides
-ont de déplorables aveuglements; en vérité, dans tel moment donné, il
-vaut mieux être moins pur et moins avisé.
-
- [323] Allusion à la bataille de Castelfidardo qui avait été
- livrée le 18 septembre 1860. Par une marche forcée, Cialdini
- était parvenu à devancer Lamoricière qui réunissait ses troupes à
- Foligno, et en occupant les hauteurs d'Orsino et de
- Castelfidardo, il ferma le chemin d'Ancône aux troupes
- pontificales. Lamoricière voulut s'ouvrir un passage, attaqua les
- positions de l'armée piémontaise, qui le repoussa impétueusement
- et mit en déroute la petite armée du Pape.
-
-A la quantité de dupes dont je vois le monde grossir chaque jour, je me
-dis qu'il faut que la duperie ait bien des charmes. Quant à moi, je ne
-sais rien de plus humiliant.
-
-
-_Sagan, 26 septembre 1860._--M. de Falloux m'écrit une lettre que voici:
-«Le Père Lacordaire travaille à son discours pour l'Académie. Je crains
-bien que ce discours ne contienne pas tout ce que nous voudrions y
-trouver sur la question italienne; mais, malgré la douleur dont je me
-sens opprimé en voyant se préparer dans les États romains une seconde
-édition de la guerre du _Sonderbund_ de 1847, je suis disposé à pardonner
-toutes les incartades de mon éloquent confrère, en songeant qu'elles
-n'auront, du moins, rien de commun avec l'incomparable bassesse des
-harangues épiscopales, dont la lecture me fait rougir depuis un mois.
-
-«Le Pape, déplorablement induit en erreur, a accepté, et accepte encore
-la comédie dont il est le jouet. Sa politique est essentiellement timide,
-expectante, prête à subir _presque_ tout, de peur de _tout_ perdre.. Il
-semble qu'il ait perdu l'indépendance et la confiance en soi, qui fait
-les trois quarts de la force de tous les pouvoirs temporels et
-spirituels. Il lui restait, cependant, encore un grand empire, mais il
-le croit plus battu et plus faible qu'il ne l'est en effet. On s'arrange
-plus volontiers du martyre que de la lutte.
-
-«Je suis navré de la mort de Pimodan, et triste pour Lamoricière; mais il
-a attaqué bravement et succombé devant des forces trop supérieures. Il
-essaie de tenir dans Ancône. Le malheur sera, hélas! complet, mais
-l'honneur sera sauf, du moins l'honneur personnel.»
-
-
-_Sagan, 2 octobre 1860._--La Princesse Charles de Prusse, qui a passé
-trois jours chez moi, m'a parlé des Grandes-Duchesses de Russie: Hélène
-et Marie, Duchesse de Leuchtenberg. La dernière est toute garibaldienne,
-furieuse de l'entrevue de Varsovie[324], indignée de tout rapprochement
-avec l'Autriche. La Grande-Duchesse Hélène, moins véhémente dans ses
-discours, est, au fond, assez dans les mêmes errements.
-
- [324] Dans cette ville, mal choisie pour y conférer sur
- l'indépendance des nations, les souverains du Nord eurent une
- nouvelle entrevue en octobre 1860. On croyait généralement que
- les délibérations qui s'y tiendraient feraient entrer les
- affaires d'Italie dans une nouvelle phase; mais l'Autriche ne put
- obtenir de la Russie ni de la Prusse l'appui et les
- encouragements sur lesquels elle avait compté pour lui assurer la
- possession de la Vénétie.
-
-La reddition d'Ancône, après une lutte énergique et sanglante, me
-contriste profondément sans m'étonner. Ce qui m'étonne et me contriste,
-c'est de voir le Saint-Père jouer le jeu de la France en restant à Rome;
-il n'y gagnera rien au temporel et il perdra beaucoup au spirituel. De
-Vienne et de Berlin, on agit diplomatiquement pour faire rester le Pape
-à Rome; c'est d'une bien courte vue et c'est perdre l'occasion très belle
-de créer un embarras à Napoléon.
-
-Je suis ravie de l'article du _Correspondant_: «la Question romaine», par
-M. de Falloux. Rien d'aussi complet, ni d'aussi _hardi_ n'avait encore
-été écrit. Il y a mis son caractère et plus de talent qu'il n'a coutume
-d'en avoir. Le poursuivra-t-on? c'est bien difficile. Il a fait là une
-action réellement méritoire et peut-être efficace, autant que quelque
-chose peut être efficace aujourd'hui.
-
-Le baron de Talleyrand est à Bade. Il ne m'a pas écrit; mais, dans une
-lettre que j'ai reçue de Paris, il y a le passage suivant: «L'Empereur
-est mécontent du baron de Talleyrand, disant qu'il l'a mal servi. C'est
-ce que l'Empereur a dit à M. de Cadore, lorsque celui-ci est venu
-apporter les conditions du Pape. Il n'y a rien à gagner de servir un
-Gouvernement si faux et si perfide, qui livre ses agents pour masquer ses
-fourberies.»
-
-Dans une autre lettre, il est dit: «Vous ne pouvez vous imaginer la
-fureur des classes élevées. Au cercle de l'Union on voudrait mettre le
-duc de Gramont en pièces. C'est qu'en effet, il a été exécrable et que
-par de fausses assurances (qu'il savait fausses) il a été cause de la
-perte de Lamoricière et de la mort de Pimodan.»
-
-On m'écrit aussi de Paris, le 5 octobre: «Je trouve ici les esprits très
-aigris, amers. L'envahissement de l'Ombrie et des Marches jette le clergé
-et les catholiques dans les dernières fureurs. La défaite de Lamoricière
-met les légitimistes en rage. Les personnes sensées demandent où on nous
-conduit avec de telles violences, un tel renversement du droit public. Le
-gouvernement perd du terrain chaque jour; il voudrait reculer et ne sait
-comment s'y prendre. La Russie s'oppose à la chute du Roi de Naples, ce
-qui fait qu'on voudrait arrêter ou contenir _quelque peu_
-Victor-Emmanuel. Les embarras de l'Empereur Napoléon sont bien grands,
-bien graves; en sortira-t-il en conservant sa couronne? Ici, la défiance
-est à son comble; l'Empereur a des ennemis puissants, nombreux,
-implacables à l'intérieur comme à l'extérieur.
-
-«La mort de M. de Pimodan cause des regrets _irrités_, car le duc de
-Gramont avait _promis_ le concours des troupes françaises _en cas
-d'attaque_. On crie à la trahison, au mensonge. Vous n'avez pas idée des
-clameurs. Ce matin, il y a un service à Notre-Dame pour les victimes de
-ce cruel combat. L'autorité voulait en refuser la permission; il a fallu
-céder devant la violence de l'opinion générale.
-
-«On n'a pas osé supprimer _le Correspondant_, malgré le courageux article
-de M. de Falloux et les pages écrasantes de M. Cochin, pas davantage
-sévir contre la chronique de la _Revue des Deux Mondes_. L'attitude a
-bien changé et on sent la crainte au lieu de l'arrogance confiante.»
-
-
-_Sagan, 8 octobre 1860._--On me mande de Vienne qu'on regarde l'entrevue
-de Varsovie comme annulée d'avance par toutes les adroites menées qui ont
-été mises en jeu par la diplomatie française d'une part, et par MM.
-Gortschakoff et de Kisseleff de l'autre; les craintes pour l'avenir n'ont
-plus de bornes.
-
-
-_Sagan, 12 octobre 1860._--Une amie de M. de Falloux me mande que M.
-Billault avait proposé à l'Empereur Napoléon de poursuivre l'article ou
-de supprimer _le Correspondant_. «Non, a dit l'Empereur, il y a déjà bien
-assez d'émotion; plus tard, nous verrons.»
-
-On m'écrit aussi ici: «Il manque à la politique anglaise, en ce moment,
-d'oser se montrer telle qu'elle a envie d'être et qu'elle essaie de
-devenir. Les Anglais se préparent timidement à des transformations qu'ils
-n'osent pas avouer; ils cherchent à se rapprocher de l'Espagne. C'est un
-propos étourdi de l'Empereur Napoléon qui a reporté l'attention de
-Londres sur Madrid. A Chambéry, l'Empereur Napoléon a dit aux envoyés
-piémontais: «Quant à Naples, faites ce que vous voudrez; les Bourbons et
-moi, cela ne peut aller nulle part.» Le grand Empereur disait cela aussi,
-et il ne s'en est pas bien trouvé.
-
-L'Empereur Napoléon a bien tort de s'alarmer de l'entrevue de Varsovie;
-la présence de Gortschakoff et de Kisseleff, et les natures données des
-principaux personnages me semblent des garanties suffisantes pour qu'il
-puisse dormir, non pas du sommeil du _juste_, mais de celui du fourbe
-satisfait.
-
-
-_Sagan, 13 octobre 1860._--Voici l'extrait d'une lettre de Paris du 11
-octobre: «Les classes élevées sont arrivées au dernier degré de
-l'exaspération; la bourgeoisie est très blessée et mécontente des
-affaires du Pape; les masses ignorantes et impies restent indifférentes;
-les républicains applaudissent, et l'armée semble une _chose_ plutôt
-qu'une réunion d'hommes. Ce qui est assez grave, c'est l'aigreur et la
-désaffection des bonapartistes, qui trouvent qu'on perd leur cause. Les
-aides de camp, en plein salon de service, s'insurgent contre une telle
-manière de gouverner; ils vont même jusqu'à refuser à l'Empereur Napoléon
-le véritable esprit politique. Ils n'ont pas tort. Les Ministres sont aux
-abois et ne savent plus comment se tirer d'embarras inextricables et
-croissants. L'Empereur, de son côté, se plaint de ses Ministres qu'il
-accuse de le mal servir. M. Thouvenel disait, avant-hier, à un de ses
-amis: «Que puis-je faire ici? J'ignore les plans politiques de
-l'Empereur: je marche dans les ténèbres, sans but, sans plan, avançant,
-reculant à travers une politique double et jamais expliquée.»
-
-«On ne fera pas de procès à M. de Falloux; on veut adoucir les
-catholiques, afin d'éviter le départ du Pape de Rome. Là, il y a
-discussion entre M. de Mérode qui opine et insiste pour le départ, et le
-cardinal Antonelli qui veut le _statu quo_. Il nous aurait fallu une
-démission éclatante de l'Archevêque de Paris, une encyclique écrasante de
-Rome concluant au départ. Les laïques ne suffisent plus à la lutte; c'est
-aux sommités à se prononcer et à agir. Dans les cercles et les clubs de
-bonne compagnie, on écume contre M. de Gramont. Croyez-moi, l'Empereur
-Napoléon couve quelque surprise inattendue. Il veut bouleverser l'Europe
-de fond en comble. La faiblesse de l'Europe étonne; elle laissera donc
-tout faire.»
-
-
-_Sagan, 21 octobre 1860._--On m'écrit d'Italie, qu'à Rome, il y a eu,
-ainsi qu'à Paris, un monde énorme aux obsèques du pauvre général de
-Pimodan; mais pas un des Princes romains.
-
-Je reçois un billet de Paris, ainsi conçu, du 19 octobre: «Le parti
-révolutionnaire l'emporte; les liens qui enchaînent aux Mazziniens ne
-peuvent être rompus. On vient de signer un nouveau traité avec le
-Piémont, par lequel on s'engage à le soutenir par les armes dans
-l'attaque contre la Vénétie[325]. On compte soulever en même temps _plus
-d'une nationalité_. Ici, on espère pêcher en eau trouble et profiter des
-nouvelles trahisons qui vont éclater.»
-
- [325] L'Autriche, inquiète et troublée de voir que l'Italie avait
- su se constituer en nation, en se dégageant de l'absolutisme
- monarchique sans tomber dans le despotisme révolutionnaire,
- multipliait les efforts pour obtenir une garantie en cas
- d'attaque de la Vénétie. Vers la fin de septembre 1860, elle fit
- demander à Paris par le prince de Metternich et M. de Hübner si,
- devant la formation du royaume d'Italie, la France et le Piémont
- ne pourraient pas garantir à l'Autriche la possession de la
- Vénétie, vu que la situation n'était plus la même qu'au traité de
- Zurich et qu'un nouveau traité, ratifié par le Parlement
- piémontais, lui paraissait nécessaire. L'Empereur Napoléon se
- borna à inviter l'Autriche à faire cette proposition au Piémont,
- sans dissimuler à ses deux envoyés que l'acceptation d'une
- pareille proposition lui paraissait bien difficile. Cette réponse
- avait fait croire à l'existence d'un nouveau traité avec le
- Piémont au sujet de la Vénétie, qui était sans fondement.
-
-Outre ce billet, écrit évidemment à la hâte, j'ai une lettre qui, moins
-palpitante d'actualité, a cependant quelque intérêt. En voici les
-principaux passages: «L'Empereur est sombre, perplexe. Il voudrait la
-fédération au lieu de l'union italienne; mais il ne sait comment enrayer
-le mouvement actuel. Il a des engagements qui pèsent sur lui, sans
-compter la peur incessante des poignards. Quand il a vu que les
-Puissances du Nord n'ont pas suivi l'exemple qu'il a donné, en rappelant
-le baron de Talleyrand, il a reproché vivement à M. Thouvenel de lui
-avoir fait jouer cette _comédie_. Thouvenel ne sait plus comment se tirer
-d'un labyrinthe et d'un filet frauduleux, dont il commence à avoir honte
-et dégoût. Tenez pour certain qu'à Chambéry, la réponse donnée par
-l'Empereur Napoléon à Cialdini et à Fanti a été: «Allez de l'avant, mais
-faites vite, et que tout soit terminé avant l'entrevue de Varsovie.»
-
-«Le Ministre de Prusse ici ne voit rien[326], ne pénètre rien; je doute
-qu'il fasse voir plus clair à sa Cour qu'il n'y voit lui-même. Le Nonce
-du Pape est parti; le Saint-Père quittera Rome. Tout cela aurait dû être
-fait il y a des mois. Et Varsovie? on a bien tort si l'on ne s'y inquiète
-que de la Hongrie. _Toutes les Polognes_ sont travaillées par des
-émissaires français; c'est d'ici qu'on y prépare le soulèvement. Je suis
-parfois à me demander si vous n'êtes pas bien près d'une frontière prête
-à s'enflammer.»
-
- [326] Le comte Albert Pourtalès était alors Ministre de Prusse à
- Paris.
-
-
-_Sagan, 23 octobre 1860._--Voici une lettre de M. Guizot, datée du
-Val-Richer le 18 octobre: «J'avais à dîner hier un de mes voisins dont je
-veux, madame, vous parler; moins de lui, cependant, que de deux jeunes
-cousins de sa femme, qu'il m'a amenés. Ils étaient dans le bataillon
-franco-belge sous les ordres de Lamoricière. L'un d'eux a vu et lu de
-_ses propres yeux_ la lettre du duc de Gramont au général Lamoricière,
-lui annonçant que les Français empêcheraient les Piémontais d'entrer dans
-les Marches. Elle est arrivée au Général à Spolète. Le duc de Gramont
-avait aussi écrit au consul de France à Ancône, qui est venu apporter au
-Général la même promesse. C'est de cette seconde lettre que le _Moniteur_
-s'est servi pour cacher la première. M. de Lamoricière a eu tort de se
-confier à l'une et à l'autre; mais je sais bien quel nom je donnerais, si
-je voulais, à l'Ambassadeur qui les a écrites.
-
-«A Castelfidardo, Lamoricière a fait l'impossible pour mener au feu son
-corps d'Allemands et d'Italiens, il les a harangués, il s'est mis à leur
-tête, il s'est de sa personne porté en avant; ils n'ont pas suivi, le
-grand nombre de l'armée piémontaise les avait terrifiés. Le bataillon
-franco-belge seul a donné. C'est alors que Lamoricière s'est décidé à
-tout tenter pour aller se jeter dans Ancône et s'y défendre encore. Il y
-est arrivé seul avec deux officiers. Quelques bataillons épars l'y ont
-rejoint ensuite. Le général Cialdini a invité à dîner M. de
-Bourbon-Chalus, son prisonnier. Celui-ci, pour lui expliquer leur
-tranquille attente, a parlé de la lettre du duc de Gramont. Cialdini a
-ri: «_Je savais mieux que votre Ambassadeur ce que voulait Napoléon; je
-l'avais vu à Chambéry et il m'avait dit: Allez, allez, seulement,
-dépêchez-vous; il faut que ce soit fini avant la réunion de Varsovie._»
-
-«Que pensez-vous, madame, que fera ou qu'a déjà fait Varsovie? Tout le
-monde attend; les badauds comme les gens d'esprit; les indifférents comme
-les plus zélés. Espérons le retrait motivé des agents diplomatiques; la
-déclaration qu'on ne reconnaîtra rien de ce qui se fait ou se fera en
-Italie, en dehors de Villafranca, de Zurich et quelque engagement envers
-l'Autriche pour l'avenir. Si on ne fait pas ces trois choses, la réunion
-sera plus que vaine, elle sera ridicule.»
-
-
-_Sagan, 25 octobre 1860._--Je copie une lettre de Paris du 23: «Nous
-sommes ici dans l'huile bouillante; les troupes sont en marche vers le
-Midi; avant trois mois Venise n'appartiendra plus aux Autrichiens; mais
-que de flots de sang pour en arriver là!
-
-«L'attaque se fera par les Piémontais, appelés par la révolution
-intérieure de l'État de Venise; nous irons à leur secours. La Sardaigne
-et l'île d'Elbe en seront la récompense. On croit aux Tuileries n'avoir
-d'autres ennemis à combattre que l'Autriche; on endort la Russie par
-l'appât de Constantinople; on laissera dire l'Angleterre et on sait bien
-que la Prusse ne marchera pas sans les Anglais: ils sont si favorables à
-l'indépendance italienne qu'il est permis de douter qu'ils empêcheront
-l'écrasement des Autrichiens à Venise.
-
-«M. de Hübner, porteur d'une lettre de l'Empereur Napoléon, a reçu en
-échange de bonnes paroles, qu'il a la naïveté étrange de prendre au
-sérieux, au pied de la lettre.
-
-«Le Pape est prisonnier ou peu s'en faut; nous le verrons à
-Fontainebleau, ou, du moins, en France, sous bonne escorte. Il y aurait
-mille détails curieux à vous conter, mais ils disparaissent dans le grand
-drame de l'Italie et de l'Europe; car c'est l'Europe entière qui est en
-jeu: qu'on ne s'y trompe pas. Avec cela, les bonapartistes sont inquiets,
-car ils se sentent débordés. C'est la révolution qui nous gouverne.
-L'armée du Roi de Naples s'épuise, il ne tiendra pas longtemps[327]. La
-_Gazette de Lyon_ a été supprimée; elle a paru le jour de la suppression,
-avant l'avis officiel, avec un article des plus violents, et une espèce
-d'adresse aux catholiques d'Angleterre, qui viennent de voter une épée
-d'honneur au général de Lamoricière: «_Jouissez de la liberté de votre
-pays_, disait-il, _nous l'admirons, nous vous l'envions, car nous
-gémissions sous le poids de l'oppression et de la tyrannie_.» Ils étaient
-supprimés et ils cassaient les vitres. C'est du reste, ou pour dire plus
-juste, c'était un journal sérieux, très goûté par la ville de Lyon qu'on
-a blessée au cœur en le frappant.»
-
- [327] François II, trahi par les soldats de sa propre garde, ne
- recevant de secours de nulle part, quittait Naples le 6 septembre
- à l'approche de Garibaldi. Il prit d'abord position, avec ce qui
- lui restait de troupes, près de Capoue, où il livra le 1er
- octobre un combat, sur le _Vulturne_, qui resta indécis. Il
- essaya de prolonger la lutte en se réfugiant dans la forteresse
- de Gaëte; là, suivi par la Reine et le Corps diplomatique, ce
- jeune Souverain s'illustra d'un dernier effort de virilité.
- Garibaldi en commença le siège au mois de novembre 1860, mais
- empêché par l'escadre française, du côté de la mer, dans ses
- opérations militaires, ce siège marcha lentement et le drapeau
- bourbonien resta planté sur le rocher de Gaëte jusqu'au 13
- février 1861. Après une courageuse défense. François II signa une
- capitulation et arriva à Rome avec la Reine le 15 février sur un
- bâtiment français. Le 25 septembre 1860, le Roi de Naples avait
- adressé un mémorandum à la diplomatie étrangère pour protester
- contre l'invasion de ses États et l'inaction des puissances
- européennes.
-
-
-_Sagan, 5 novembre 1860._--La Princesse Charles de Prusse m'écrit de
-Berlin ce qui suit, à l'occasion de la mort de l'Impératrice mère de
-Russie[328]: «Le Prince-Régent est véritablement accablé de douleur et
-fait pitié à voir. Je suis accourue de Glienicke pour le voir, et je
-m'établis quinze jours plus tôt que je ne le voulais en ville, pour être
-plus près de mon excellent beau-frère, et donner plus exactement de ses
-nouvelles à ma sœur. Mon mari n'est pas moins désolé que le Régent;
-chacun des deux frères l'est à la façon de son caractère. Quant au
-Régent, il a positivement perdu la personne qu'il aimait le mieux, et
-dont l'affection le consolait de beaucoup de choses pénibles. Le Roi
-n'apprendra jamais la mort de sa sœur; la Reine ne porte pas le deuil
-pour ne pas effrayer le Roi qui, du reste, est de plus en plus
-silencieux, et de moins en moins lucide!»
-
- [328] L'Impératrice mère de Russie était morte le 1er novembre
- à Saint-Pétersbourg.
-
-L'Impératrice d'Autriche est attaquée du larynx; on en est inquiet à
-Vienne. Elle se rend à Madère et sera au moins onze jours en mer pour
-l'atteindre. Les enfants restent à Vienne. Cette absence, cette
-séparation, dans les circonstances actuelles, a quelque chose de
-sinistre.
-
-
-_Sagan, 9 novembre 1860._--Il paraît que l'Impératrice mère de Russie est
-morte en chrétienne, de la façon la plus édifiante, la plus touchante.
-C'est un grand réveil à la nature que le glas de la mort.
-
-Le pauvre Empereur d'Autriche fait grande pitié. Il est revenu très morne
-de Varsovie, regrettant d'y avoir été, blessé du mauvais esprit des
-Hongrois qui se laissent exciter par Kossuth et Cie; et enfin, ce qui
-l'achèvera, ce sera le départ de l'Impératrice. Il a demandé une frégate
-à l'Angleterre, afin d'être en sûreté sur le voyage de sa femme. Il y a,
-du reste, à Vienne, des personnes pour dire que l'état de l'Impératrice
-n'est pas grave, qu'elle l'exagère, et qu'elle a agi sur les médecins
-pour se faire ordonner le Midi. En tout cas, l'Impératrice a un bel
-exemple dans la conduite de sa sœur cadette, la Reine de Naples, dont
-tout Gaëte est édifié. Courage, dévouement, dignité, énergie: tout est
-réuni dans cette jeune et malheureuse Reine.
-
-
-_Sagan, 23 novembre 1860._--On m'écrit de Vienne que c'est la comtesse
-Sophie Esterhazy (la Grande-Maîtresse) qui, la première, a donné l'éveil
-sur l'état de l'Impératrice; qu'à la première consultation, celle-ci a
-avoué aux médecins qu'elle se sentait malade et faible tout l'été, et
-qu'elle avait alors redoublé les bains froids et l'exercice du cheval,
-dans la pensée de se fortifier. Avant son départ de Vienne, les
-évanouissements étaient fréquents. Elle n'a pas voulu aller au Caire,
-s'imaginant que ce projet venait de sa belle-mère, ce qui n'est pas le
-cas.
-
-Tout va décidément mieux en Hongrie; mais le pays demande à grands cris
-pour Palatin, l'Archiduc Maximilien, celui qui a été à Milan. Il parle
-parfaitement le hongrois; on ne doute pas qu'il ne soit nommé. Ceux qui
-sont mécontents en Hongrie et qui font du bruit, c'est la folle jeunesse;
-car, tout ce qui est âgé et raisonnable comprend combien leur position
-est admirable et avantageuse[329].
-
- [329] L'Empereur d'Autriche venait de donner une nouvelle
- constitution à ses peuples; mais les Hongrois, qui croyaient au
- rétablissement pur et simple de leur ancienne constitution, se
- montrèrent fort mécontents et traduisirent ce mécontentement par
- des tumultes que la force armée dut réprimer.
-
-
-_Sagan, 5 décembre 1860._--On m'écrit de Dresde: «Le jeune Grand-Duc de
-Toscane passe l'hiver à Dresde. On lui a donné le petit palais à la
-Ostra-Allée, où il a un petit établissement modeste, mais honorable.
-C'est par milliers que la famille grand-ducale de Toscane peut compter
-des adhérents fidèles dans leur pays, et qui sont en relations
-permanentes avec les Princes exilés; mais à quoi cela leur sert-il? Le
-vieux ménage grand-ducal est dans un affreux village, près de Carlsbad,
-d'où la Grande-Duchesse, née princesse de Naples, ne veut pas sortir. Sa
-mélancolie noire inquiète pour la santé de l'âme; mais il y a bien de
-quoi perdre l'esprit!»
-
-On m'écrit de Paris: «Murat lance une nouvelle protestation[330]; soyez
-sûre que d'ici on cherchera à l'implanter à Naples, au jour inévitable
-de la brouillerie avec l'Angleterre. Les ministres actuels d'ici disent à
-leurs intimes qu'ils sont victimes du parti de la guerre. En attendant,
-les Anglais sont nos dupes et livrés à la joie de voir tomber le Pape;
-ils ne sentent pas qu'on se tournera contre eux plus tôt qu'ils ne le
-pensent.
-
- [330] Après la chute des Bourbons de Naples, Murat écrivit,
- d'abord dans une lettre, qu'il déclinait toute initiative dans la
- revendication du trône autrefois occupé par son père; mais en
- mars 1861, après la chute de Gaëte, il revenait sur cette
- première résolution et lançait, dans une sorte de manifeste, ses
- prétentions au trône: prétentions que le Gouvernement français
- déclara ne vouloir encourager en rien, dans une note officielle.
-
-«Imaginez qu'il y a des niais des vieux partis pour croire au retour
-d'institutions libres et régulières... sous Napoléon III, tandis qu'il ne
-faut s'attendre qu'à des pièges, des trappes et des fourberies.
-
-«L'Impératrice Eugénie verra la Reine d'Angleterre à Londres, d'où elle
-rentrera en France par La Haye où elle veut faire visite à la Reine de
-Hollande. La nomination du général Pélissier à Alger est faite en vue de
-la guerre générale.»
-
-Dans une autre lettre de Paris, on me dit: «Les libertés accordées sont
-si peu de chose, qu'il n'y faut voir qu'une concession à la révolution;
-on cherchera à en éluder les conséquences, à moins qu'elles ne soient
-utiles contre le clergé et les vieux partis[331].»
-
- [331] Le _Moniteur_ venait d'annoncer que, par un décret donné le
- 24 novembre 1860, l'Empereur, voulant accorder aux grands Corps
- de l'État une participation plus directe à la politique générale,
- avait ordonné que le Sénat et le Corps législatif voteraient
- dorénavant tous les ans à l'ouverture de la session une Adresse,
- en réponse à son discours du trône.
-
-
-_Sagan, 7 décembre 1860._--M. Guizot qui a été appelé à assister au
-mariage de la fille de Cuvillier-Fleury[332], beau-frère de M. Thouvenel,
-ministre des Affaires étrangères, me mande ce qui suit: «Je viens de
-passer une heure avec M. Thouvenel; il est dans la bonne voie et il veut
-qu'on le sache. Quand il s'afflige de la situation, il ajoute: «_Ce n'est
-pas de moi qu'il s'agit, car, après tout, si une situation ne convient
-pas, on en sort quand on veut._» Il est convaincu que ce qui s'est fait
-en Italie ne tiendra pas; cela est déjà évident pour Naples, probable
-pour Florence. A Bologne et dans les Marches on est mécontent; les
-impôts, la souscription et les Piémontais y déplaisent beaucoup; Rome
-paraît la grande question insoluble. Thouvenel est très inquiet du
-printemps. Pourtant la guerre est bien difficile aux Piémontais, car pour
-garder Naples, il faut qu'ils y laissent trente à quarante mille hommes;
-que leur restera-t-il pour attaquer la Vénétie? Il ne m'a pas paru que
-cette extrême difficulté de la guerre diminuât son inquiétude. Je doute
-qu'il reste à son poste jusque-là. Il me paraît que l'Empereur aimerait
-assez à rester neutre, si la guerre se rengage en Italie au printemps;
-mais il n'y est pas décidé et le prince Napoléon, qui a plus d'influence
-que jamais, est décidé contre. Si on veut rester neutre ou se mettre
-derrière le Corps législatif pour qu'il fasse une Adresse pacifique, on
-aura l'air de céder au vœu du pays. Si, au contraire, on prend le parti
-de la guerre, on se promet de trouver quelque moyen de la faire éclater
-inopinément par la faute des adversaires, comme en 1859, de telle sorte
-qu'on n'en réponde pas et qu'on y soit forcé, auquel cas le Corps
-législatif et le pays se résigneront à la nécessité et voteront ce qu'il
-faudra.
-
- [332] Mme Victor Tiby.
-
-«Au dedans, on a en tête toutes sortes de projets _semi-socialistes_; on
-veut faire des coups de main sur les successions, sur les compagnies de
-chemin de fer, sur les sociétés d'assurance..., etc..., etc... Le nouveau
-Ministre des Finances est un homme jeune, spirituel, entreprenant, qui
-aime les nouveautés et qui, par là, a fait son chemin auprès du maître.
-Si on entre dans cette voie, la France sera soumise, au dedans, au même
-trouble, au même gâchis où elle est au dehors. Tout est possible, y
-compris l'impossible. M. Fould a été très opposé aux petites coquetteries
-libérales, disant que «_c'était trop ou trop peu_»[333]. L'Empereur
-Napoléon a fait de grands efforts pour le garder; il a tout refusé; le
-ministère des Finances, le titre d'archi-trésorier, les Affaires
-étrangères, l'ambassade de Londres: tout.
-
- [333] M. Fould quitta le Ministère à cause du décret du 24
- novembre.
-
-«Le mécontentement de l'Impératrice contre lui est venu de deux sources.
-Quand le duc d'Albe est venu lui parler des obsèques de sa femme, Fould
-lui a répondu: «_Cela regarde les pompes funèbres._» L'Impératrice a
-voulu vendre quelques diamants pour le denier de Saint-Pierre. Fould l'a
-su et en a prévenu l'Empereur!»
-
-
-_Berlin, 17 décembre 1860._--La lecture du journal me donne un nouvel
-accès d'indignation et de mépris contre les grands gouvernements. Voilà
-l'Angleterre, la Russie et la France qui engagent, dit-on, le Roi de
-Naples à céder et à ne pas pousser plus loin une résistance inutile.
-Inutile! quelle bêtise! quel abaissement! Ce qui fait précisément
-l'utilité, comme la dignité, de la résistance de ce Roi, c'est qu'il l'a
-tentée et qu'il y résiste à tout risque, et contre toute chance. Il
-défend son droit et fait son devoir, quoi qu'il puisse advenir. Je ne
-sais s'il se rendra aux instances de ces grands souverains; mais s'il ne
-se rendait pas, s'il était tué sur la brèche de Gaëte, il serait mille
-fois plus _utile_ à la royauté, en général, et à celle de sa maison qu'il
-ne le sera s'il cède. Il aurait, avec le temps, la plus grande des
-utilités, celle de la protestation et de l'exemple jusqu'au bout. Il est
-vrai que ce sont là des forces morales dont notre temps semble avoir
-perdu l'intelligence. Je suis peut-être exagérée, eh bien! il me semble,
-dans mon outrecuidance, que j'ai tout simplement un bon sens un peu moins
-humble et la vue un peu plus longue que ceux qui sont prosternés devant
-la force matérielle du moment. N'ai-je pas aussi raison de m'inquiéter du
-mouvement révolutionnaire de l'Allemagne? Je suis, du reste je l'avoue,
-plus inquiète des Princes que des rouges. Je persiste à croire qu'avec un
-peu de prévoyance et point de peur, on viendrait à bout de ces démons,
-mais on a de la peur et pas de prévoyance!
-
-
-_Berlin, 29 décembre 1860._--Nous voici achevant une triste année. Il y a
-longtemps que je déteste le jour de l'An qui, avec son changement de
-chiffre, ne permet aucune illusion. Point de temps d'arrêt dans le chemin
-qui conduit au dernier terme; on croit à peine marcher, et voilà une
-étape de passée. Que rencontrera-t-on sur la route qui reste à
-parcourir? Personne ne saurait le prévoir. L'ennui, le manque d'intérêt,
-de but, forment une plaie qui, pour n'être pas saignante, en apparence,
-n'en est pas moins profonde; on n'en guérit point, et je ne sors du
-découragement et de l'ennui que par des sujets d'impatience et
-d'irritation.
-
-
-
-
-1861
-
-
-_Berlin, 2 janvier 1861._--On m'a réveillée en me disant que le Roi était
-mort. C'est la nuit dernière, à minuit quarante minutes, que cette pauvre
-âme, renfermée dans une si triste enveloppe, s'est envolée dans de
-meilleures régions. On peut imaginer ce qu'a été Sans-Souci pendant cette
-agonie; je n'en sais point les détails, car personne n'est encore revenu
-de ce triste lieu[334]. Dieu veuille que la couronne n'ensanglante pas le
-front de celui qui la porte avec un regret sincère et touchant. Je
-m'attends pour lui à de cruels embarras, à de fâcheuses complications et
-à des Chambres les plus incommodes, avec les ministres les plus
-maladroits; enfin un gouvernement faible et intimidé.
-
- [334] Le Roi Frédéric-Guillaume IV mourut à Sans-Souci dans la
- nuit du 1er au 2 janvier 1861.
-
-
-_Berlin, 8 janvier 1861._--Ah! quelle foule, quelle tuerie, quel désordre
-que l'enterrement du Roi à Potsdam, auquel j'ai assisté hier!
-
-La cérémonie, en elle-même, n'était pas ce que j'aurais voulu qu'elle
-fût. L'église n'était pas tendue de noir. La double rangée de vitres
-blanches laissait entrer, en plein, un soleil qui éclairait dix-sept
-degrés de froid; l'éclat de ses rayons éteignait celui des cierges placés
-autour du catafalque, qu'on n'avait pas assez exhaussé pour être
-imposant. Je ne puis juger du cortège, puisque j'étais dans l'intérieur
-de l'église sans pelisse; c'est ainsi que nous avons attendu deux heures;
-car la cérémonie n'a commencé qu'à une heure au lieu de onze heures. Le
-nouveau Roi pleurait à sangloter et n'était occupé que de la Reine veuve
-qui s'appuyait sur lui.
-
-
-_Berlin, 10 janvier 1861._--Par son testament, le Roi a laissé à sa veuve
-Sans-Souci et Stolzenfels; puis ses logements habituels dans les châteaux
-de Charlottenbourg, Berlin et Potsdam. En outre, toutes les pierreries
-personnelles du Roi, ainsi que les pierres gravées, tous les objets
-d'art, tableaux, marbres, bronzes, gravures, tout, tout, et un revenu
-considérable. Il laisse le vilain petit château de Paretz (c'est près de
-Potsdam) au Prince Royal; aucun autre legs; pas un mot, pas un souvenir;
-aucune autre personne nommée, pas même les plus proches.
-
-Le Roi actuel a pris toute la maison militaire du défunt et l'a ajoutée à
-la sienne, ce qui en fait une _vraie légion_. Chose singulière! il a
-ordonné que les aides de camp du feu Roi feraient, pendant toute la durée
-du deuil, le service à Sans-Souci, auprès de la veuve, comme si le défunt
-vivait encore.
-
-
-_Berlin, 10 janvier 1861._--Hier a eu lieu la bénédiction solennelle des
-drapeaux. C'était une très belle et très imposante cérémonie, sous les
-bras étendus de Frédéric le Grand, au pied de sa statue, et devant le
-palais du Roi actuel. Les troupes se sont développées, les évolutions se
-sont faites avec la plus grande précision. Le jeu des drapeaux,
-s'abaissant et se relevant à la voix du pasteur, saluant le Roi dont la
-prestance se distinguait entre tous; les chants religieux, les _vivats_
-de la foule, toutes les Princesses en blanc sur le balcon et aux fenêtres
-du palais, tout cela faisait merveille; le soleil seul a manqué; il n'a
-pas daigné nous accorder le plus léger sourire; cependant, il ne neigeait
-pas, le brouillard était léger et la gelée imperceptible. _Le blanc_
-avait été mis exprès par ordre du Roi qui avait voulu faire cette
-politesse à l'armée. La Reine avait sa bonne grâce accoutumée. Le tout a
-duré trois heures.
-
-
-_Berlin, 22 janvier 1861._--La session des Chambres débute assez
-orageusement, du moins à celle des Députés; Vincke y règne; il est
-insolent, exigeant, il malmène les Ministres et ne sera satisfait que
-lorsqu'il sera président du Conseil à la place du prince de Hohenzollern.
-Celui-ci est malade, de mauvaise humeur, fatigué, ahuri, trouvant le Roi
-nerveux et démonté, la Reine impatiente, le Ministère désuni, la Chambre
-haute méfiante, la Chambre basse arrogante et hostile; au dedans, le pays
-inquiet et marchant sans boussole, car le pilote n'est nulle part; au
-dehors, des complications qui lui semblent inextricables.
-
-Le Roi a de l'humeur contre tous et chacun, excepté contre le général de
-Manteuffel, qui, pour le moment, a le plus de crédit sur lui; il y a bien
-du monde pour s'en inquiéter. Le Ministère, du moins le comte Schwerin
-(ministre de l'Intérieur), qui est le doctrinaire le plus maladroit
-possible, commence à découvrir qu'il a été à la dérive; il voudrait
-s'arrêter, mais Vincke et consorts crient _haro_. Le ministre de la
-Guerre est du parti de _la Croix_. Chacun se méfie d'Auerswald dont le
-rôle _d'anguille_ ne réussit auprès de personne. Le ministre des
-Finances, Patow, assez habile financier, déteste la noblesse et voudrait
-qu'elle portât le poids du jour.
-
-
-_Berlin, 26 janvier 1861._--On croit ici que le branle-bas de l'Allemagne
-(de par la France) est ajourné d'un an, au moins; que Garibaldi a renoncé
-à attaquer la Vénétie au printemps, qu'il a ajourné la révolution de
-Hongrie et des contrées slaves, et qu'on a fait prendre patience à
-l'Italie, en lui livrant Rome qui va être dévorée au premier jour, sans
-que cela fasse rien à ce gouvernement protestant (comme si ce n'était pas
-autant une question monarchique que religieuse). Socialement, l'hiver est
-et restera encore longtemps fort sérieux, pour ainsi dire nul; mais si
-les esprits sont assombris, je trouve les cœurs froids, comme les corps.
-On voit s'accomplir d'abominables et indignes actions comme on verrait
-sur la scène jouer un grand drame. Après la lecture de son journal du
-matin, on va patiner gaiement sur le canal de Thiergarten, et se coucher
-paisiblement après le journal du soir, sans se soucier des malheurs de
-tant d'êtres semblables à nous. Avec cela, la misère est grande; que de
-gens morts de froid et de faim!
-
-J'ai une lettre de Paris qui me dit ceci: «Voici le probable sur le
-royaume de Naples. On croit que ce royaume, tel que l'avait Murat, sera
-donné au jeune Murat que vous avez vu à Berlin[335]; que l'Angleterre y
-consentira, à condition de prendre la Sicile; mais le Roi François II,
-lorsqu'il sera forcé de quitter Gaëte[336], pourrait bien se rendre en
-Sicile, où ses partisans deviennent chaque jour plus nombreux. Ces deux
-chances ont été admises par M. Thouvenel devant son beau-frère, de qui je
-le tiens[337].»
-
- [335] Le prince Joachim Murat, accompagné de deux officiers
- d'ordonnance, fut envoyé à Berlin vers le 10 janvier pour
- complimenter le Roi Guillaume Ier sur son avènement au trône,
- au nom de Napoléon III.
-
- [336] Le Roi était enfermé dans Gaëte qui n'avait pas encore
- capitulé.
-
- [337] M. Cuvillier-Fleury, qui avait épousé en 1840 Mlle
- Thouvenel, sœur du futur ministre des Affaires étrangères de
- l'Empire.
-
-Le duc de Noailles m'écrit à la date du 23 janvier: «Nous avons demain
-notre belle séance académique, Guizot et Lacordaire. Les discours sont
-beaux, je les connais: celui du dominicain, très académique; il ne sort
-pas de son sujet _Tocqueville_, et ne fait aucune excursion, ni
-politique, ni religieuse, se complaisant assez dans la démocratie qui est
-forcément son sujet, et aussi son penchant; mais tout cela dit avec
-beaucoup d'art.
-
-«Guizot est fort beau, le début un peu brusque. Il dit au Père Lacordaire
-(en termes académiques) qu'il l'aurait probablement fait brûler il y a
-trois cents ans; mais il le traite très bien; aussi, en sortant de la
-Commission, le Père lui a dit: «_Ce ne sont pas des remerciements que je
-vous dois, c'est de la reconnaissance._»
-
-
-_Berlin, 1er février 1861._--La Cour de condoléance a eu très bel air
-hier. Le Roi s'est enfin décidé à assister la Reine de sa présence, et je
-pense qu'en définitive, il n'y aura pas eu de regret; car la Reine avait
-l'air très royal sous le dais et ses gestes étaient des plus nobles et
-des plus gracieux.
-
-Il y a un mot de M. de Montalembert sur les défenseurs de Gaëte: «_Au
-moins, nous pouvons dire comme dans les contes de fée: il y avait un roi
-et une reine._»
-
-
-_Berlin, 22 février 1861._--Les documents diplomatiques que nous
-apportent les journaux français[338] me font, en ce qui regarde l'Italie,
-l'effet d'être des chefs-d'œuvre _d'embarras_; on voit nager entre deux
-courants; on fait, puis on regrette; on essaie de mettre les apparences
-d'un côté, quand les réalités sont de l'autre; les brochures sont tantôt
-le supplément, tantôt le démenti des dépêches. Que sortira-t-il de cette
-confusion? probablement une nouvelle poussée révolutionnaire à la suite
-de laquelle on se mettra, tout en la reniant. Nous verrons le Corps
-législatif chercher à dire quelque chose qui ait l'air rassurant et qui,
-au fond, ne fasse obstacle à rien; et si le Sénat était plus net, j'en
-serais fort surprise.
-
- [338] Le Gouvernement français venait de faire distribuer au
- Sénat et au Corps législatif un volume de deux cent soixante
- pages, grand _in-quarto_, contenant des documents diplomatiques
- rangés sous les sept titres suivants: 1º Annexion de l'Italie
- centrale; 2º Question de Nice et de la Savoie; 3º Affaires de
- Rome; 4º Affaires de l'Italie méridionale; 5º Entrevue de
- Varsovie; 6º Affaire de Syrie; 7º Expédition de Chine.
-
-
-_Berlin, 6 mars 1861._--C'est aujourd'hui qu'a lieu, au grand Palais de
-Berlin, la cérémonie de la remise au Roi des insignes de l'ordre de la
-Jarretière que vient de lui envoyer la Reine d'Angleterre, par une
-députation à la tête de laquelle on trouve lord Breadalbane. Par miracle,
-il me survient un peu de curiosité; je la croyais morte et enterrée. Eh
-bien! pas du tout, voilà que j'ai grande envie de voir cette cérémonie
-qu'on dit être fort originale, surtout à une époque où les hérauts
-d'armes n'auront plus guère à proclamer que des déchéances de monarques
-et de monarchies.
-
-Mes dernières nouvelles de ma fille Pauline[339] sont meilleures; elle
-avait subi une violente migraine dont elle se remettait; et si la
-Touraine n'avait pas les allures exceptionnelles du Nord, elle serait
-dans l'état auquel sa douce résignation l'a habituée depuis trois ou
-quatre années. Elle attendait, avec une grande impatience, ou plutôt avec
-un grand désir, l'évêque d'Orléans, la duchesse Hamilton et la princesse
-de Wittgenstein. Pauline ne s'impatiente plus quand elle n'a pas ce dont,
-cependant, elle jouit avec vivacité quand elle le possède. C'est vraiment
-une créature essentiellement soumise, et sereine au milieu des
-imperfections et des mécomptes de sa destinée.
-
- [339] Marquise de Castellane.
-
-Il est difficile de rencontrer une piété plus efficace: quand le présent
-ne la satisfait pas, ou l'attriste, elle entre dans l'éternité, comme une
-autre entre dans sa chambre pour se reposer. Elle voit plus clair au delà
-de ce monde que dans ce monde. Ma nature est bien moins sérieuse, plus
-exigeante, l'avenir est pour moi, à la fois certain et obscur. J'y crois,
-mais je n'y vois pas.
-
-Ici, le Roi et la Reine sont très ébouriffés du prince Napoléon[340]. Je
-prétends que ce discours est une _brochure parlante_, et je regrette
-qu'il y ait ici des personnes pour soutenir que l'Empereur en est irrité!
-En tout cas, Persigny, Piétri et Billault en sont fort satisfaits. Le
-général de Bonin, qui est revenu de Turin et de Paris, a dit à
-Schleinitz, qui me l'a raconté hier au soir, qu'il avait été frappé à
-Paris de la fermentation des esprits, et en Italie, du mécontentement et
-des hostilités des villes entre elles. M. de Schleinitz a évidemment un
-faible pour M. de Cavour, qu'il vante à toute occasion, disant par
-exemple hier: «Cavour a raison d'aller son train; car enfin, il faudra
-bien que nous finissions par reconnaître _le roi d'Italie_.» Schleinitz
-m'a étonné aussi par son admiration, non pour les doctrines du prince
-Napoléon, mais pour son grand talent oratoire. Conçoit-on que des cinq
-cardinaux présents à ce discours, aucun n'ait quitté la séance? Il me
-semble qu'ils auraient dû spontanément se lever et s'en aller en disant
-le pourquoi.
-
- [340] En réponse à un discours de M. de La Rochejaquelein, le
- prince Napoléon prit la parole au Sénat le 1er mars 1861, pour
- faire une charge à fond contre le pouvoir temporel du Pape et
- attaquer, dans le langage le plus véhément, le parti légitimiste
- et clérical français, ainsi que les mandements des évêques qui en
- avaient pris la défense. L'Empereur Napoléon ne blâma pas trop ce
- discours; il ne se montra qu'irrité de la violence des paroles.
-
-Et le cardinal Morlot ayant trois démissions à donner (je ne parle pas de
-celle de l'Archevêque de Paris) et qui n'en offre aucune[341]!
-
- [341] Le cardinal Morlot, archevêque de Paris, était encore:
- sénateur, grand-aumônier et membre du Conseil privé. Il ne voulut
- pas se démettre des charges indépendantes de son administration
- diocésaine, «craignant, disait-il, qu'en faisant un acte
- d'opposition au Gouvernement, l'Empereur n'en fût que plus
- fortifié dans sa pensée.»
-
-
-_Berlin, 10 mars 1861._--La cérémonie de la remise de la Jarretière s'est
-très bien passée; elle avait très bel air. Le Roi rajeuni, la Reine fort
-à son avantage. Le tout a fort bien réussi et a fait un peu diversion au
-lugubre du deuil et à la lourdeur générale de l'atmosphère de Berlin. Le
-Roi s'en est évidemment amusé; et depuis, je le trouve _in better
-spirits_[342], quoique les événements de Varsovie lui trottent dans la
-tête, et certes avec raison[343]. Les Ministres en montrent leur
-inquiétude et le prince de Hohenzollern ne cache pas assez l'ennui et le
-découragement qui s'emparent de lui.
-
- [342] De l'anglais: mieux disposé.
-
- [343] La date du 25 février donna le signal d'une insurrection
- qui marqua douloureusement dans les annales de la Pologne. Une
- manifestation pacifique de la population de Varsovie avait été
- arrêtée dans les esprits pour l'anniversaire de la bataille de
- Grochow livrée en 1831. On devait prier pour les morts. Le
- mauvais état du pont de la Vistule ne permettant pas de se rendre
- au champ de bataille, c'est sur la place du Vieux-Marché que les
- citoyens se réunirent. Le 25, à cinq heures du soir, une
- procession de trente mille personnes se mit en branle, entonnant
- l'hymne national de la Pologne, _Dieu saint, Dieu immortel_. Le
- colonel Trépow, effrayé de l'importance de cette démonstration,
- fit charger au sabre cette foule. Les morts et les blessés furent
- nombreux, et les événements se précipitant ainsi, amenèrent un
- véritable état de guerre, avec lequel la Russie dut lutter plus
- de deux ans, et qui finit par attirer des malheurs irréparables
- sur le pays. Le nom de nationalité n'avait pu retentir depuis un
- an en Europe, sans que la Pologne s'étonnât d'être oubliée et ne
- fût tentée de rappeler au monde que, parmi les nations dont on
- faisait tant de bruit, elle était la seule dont on ne parlât
- point, quoiqu'elle fût une des plus malheureuses.
-
-
-_Berlin, 23 mars 1861._--Le concert à la Cour a été hier excellent; le
-Palais, les toilettes et les humeurs étaient en meilleures dispositions
-que depuis longtemps. C'était l'anniversaire de la naissance du Roi. Il y
-a eu _partiellement_ d'assez belles nominations. Les rues étaient pleines
-d'un peuple qui, au milieu des _hurras!_ faisait entendre d'assez mauvais
-cris. Des sifflets nous accueillaient autant que des _vivats_. La foule
-était immense, à peine si on pouvait, au pas, arriver jusqu'au Palais.
-J'étais glacée, non par le froid, car il faisait doux, mais par ces
-clameurs rugissantes. On s'est bien gardé d'en faire part à Leurs
-Majestés, qui ont pu prendre les mugissements pour des cris d'allégresse;
-certes, tous n'étaient pas de mauvais cris; il y en avait d'excellents,
-mais bien mélangés.
-
-
-_Berlin, 12 avril 1861._--Voici des extraits de lettres que je viens de
-recevoir de Paris: «Je ne sais ce qu'on dit à Berlin des débats qui
-viennent de finir dans nos deux corps politiques; ici, on en est frappé,
-on les trouve avec raison fort importants, non pas pour le présent, mais
-pour l'avenir. Dans le présent, il peut y avoir dans le courant des
-événements, des délais, des temps d'arrêt, mais nous suivrons la même
-pente jusqu'au bout. Je le répète, pour l'avenir, c'est différent, car il
-y a, en France, trois classes d'intérêts puissants, tous trois nationaux,
-quoique de nature diverse et à divers degrés, et tous trois mécontents,
-froissés, irrités: les intérêts catholiques, les intérêts libéraux et les
-intérêts industriels. Eh bien, ces trois classes d'intérêts se sont
-rapprochées et concertées dans leurs mécontentements mutuels; et plus la
-situation actuelle durera et empirera, plus elles se rapprocheront, se
-concerteront et uniront leurs forces comme leurs causes. Il peut sortir
-de là, si on sait les saisir, des chances très favorables pour la bonne
-cause, religieuse et politique; saura-t-on les saisir?»
-
-Autre lettre: «Ces jours derniers, la duchesse de Hamilton, sincèrement
-et vivement catholique et qui a longtemps vécu dans l'intimité de
-l'Empereur Napoléon, est allée le voir le matin, en tête à tête, et lui a
-parlé avec tristesse de ce qui se passe: «Que voulez-vous que je fasse?
-lui a-t-il dit, attristé lui-même. Il n'y a pas moyen de rétrograder, de
-s'arrêter! Je l'ai essayé à Villafranca, je n'ai pas réussi. Les sociétés
-secrètes ne le souffriraient pas et je ne puis rien contre elles; je
-serai renversé, j'en suis sûr, il faut donc aller en avant.»
-
-«La Duchesse a été, de chez l'Empereur, chez l'Impératrice; et bien loin
-de trouver là la femme de Pilate, elle a trouvé encore plus de vivacité,
-de colère contre la soi-disant ingratitude du clergé, encore plus
-d'entraînement vers la pente fatale, malgré un grand fond d'inquiétude.»
-
-
-_Sagan, 3 mai 1861._--Quand j'ai quitté Berlin, il y a quelques jours,
-rien n'était encore décidé pour les fêtes du mois de juin[344].
-
-Le Roi veut aller faire prêter le serment des Etats provinciaux dans les
-villes de Kœnigsberg, Breslau, Cologne. Le Ministère dit que c'est une
-cérémonie du temps passé et qui ne va plus à la Constitution actuelle. On
-a de plus représenté au Roi que ce serait très onéreux pour les provinces
-et que ce n'est pas lorsqu'on demande de grands sacrifices pour l'armée,
-qu'il faut en demander encore pour des dépenses sans un but réel et
-important. On propose au Roi de se promener dans les provinces et d'y
-donner des fêtes _à son compte_. Mais la liste civile est extrêmement
-obérée.
-
- [344] Il était alors question de fixer le couronnement du Roi de
- Prusse au mois de juin. Il n'eut lieu qu'au mois d'octobre.
-
-
-_Sagan, 8 juin 1861._--On me dit que le couronnement, même à Kœnigsberg,
-devient douteux; que Berlin l'est infiniment; que le prince de
-Hohenzollern, fort souffrant, va partir sur l'ordre des médecins pour
-Dusseldorf, et qu'il serait question pour lui de pays chauds pour l'hiver
-prochain! On me dit aussi qu'à la séance de clôture des Chambres
-prussiennes, le Roi a été peu et froidement applaudi; puis que les
-députés, qui avaient encore quelque besogne à terminer, ont été choqués
-d'être clos _ex abrupto_.
-
-L'émotion causée à Berlin par le duel Manteuffel[345] et par la
-nomination de M. de Winter, faisant déjà les fonctions de chef de la
-police, dure encore. Les succès du Cabinet (si succès il y a) sont bien
-minimes et payés bien cher. En tout cas, il n'a pas gagné en
-considération et l'opposition, je ne dis pas libérale, mais pleinement
-démocratique se découvre et s'affermit de plus en plus. On la rencontre à
-chaque pas, et c'est encore plus visible en province qu'à Berlin.
-
- [345] M. de Manteuffel, chef du Cabinet militaire du Roi, s'était
- battu en duel, le 30 mai, à Potsdam, avec M. Twesten, auteur
- d'une brochure intitulée _Comment nous tirer d'affaire?_ qui
- contenait des attaques assez vives contre le Cabinet militaire.
- M. Twesten eut le bras droit brisé par une balle, et un jugement
- ayant condamné le général de Manteuffel à trois mois de prison
- dans une forteresse, il se rendit à Magdebourg pour se constituer
- prisonnier.
-
-Voilà donc M. de Cavour mort! Mme de Sévigné disait à la mort de M. de
-Seignelay: «_C'est la splendeur qui est morte._» Ne pourrait-on pas dire
-aujourd'hui: «_C'est le succès qui est mort!_» Il y a cependant des gens
-qui prétendent que les mécomptes et les ennuis avaient commencé pour lui.
-Mais aujourd'hui, sa mort ne laisse-t-elle pas le champ libre à Mazzini,
-à Garibaldi, et du _rose_ n'allons-nous pas passer au _rouge_? La
-conflagration ne sera-t-elle pas précipitée d'une part, et de l'autre,
-l'Empereur Napoléon ne se croira-t-il pas plus dégagé envers le Piémont?
-
-
-_Günthersdorf, 15 juin 1861._--J'ai reçu, avant-hier, une lettre de la
-Reine de Prusse qui a la bonté de m'annoncer que la _Huldigung_[346] est
-remise décidément au 4 octobre, qu'elle se fera à Kœnigsberg, et
-l'entrée solennelle à Berlin, le 17. Malgré les prétextes officiels que
-l'on donne à ce retard, la vraie raison, c'est la divergence, entre le
-Roi et ses Ministres, sur la forme à observer pour cette _Huldigung_. On
-m'a écrit que le prince de Hohenzollern ne voulait rester dans sa
-position ministérielle qu'à de certaines conditions, mais on ne me dit
-pas lesquelles.
-
- [346] C'est-à-dire _l'hommage de toute la nation_ (couronnement).
-
-
-_Sagan, 24 juin 1861._--Je suis, non seulement fort ébranlée, mais encore
-toute meurtrie et contusionnée, à la suite d'un gros accident qui m'a
-atteinte entre Günthersdorf et ici, et cela en rase campagne, loin de
-toute habitation, et, par conséquent, loin de tout secours et de tout
-abri. Un orage violent, un ouragan turbulent, une grêle monstrueuse (sans
-exagération, les grêlons étaient gros comme des billes de billard), tout
-cela a fondu sur nous avec furie. Les chevaux, il y en avait quatre à ma
-voiture, ont perdu leur pauvre cervelle; ils sont devenus comme fous, et
-se sont jetés dans le fossé bordant la chaussée. Sans le piqueur, qui
-précédait et qui n'a pas perdu la tête, nous étions perdus. Il a coupé
-les traits, mais déjà les roues de devant glissaient dans le fossé; il a
-fallu descendre pour qu'on puisse retirer et relever la voiture. Pendant
-que cela se faisait, et qu'on courait après les chevaux, nous,
-c'est-à-dire moi et mes deux femmes de chambre, nous avons été exposées
-aux coups frappés par les grêlons, sur la tête, sur toutes nos personnes.
-
-Rentrées enfin dans la voiture, il nous a fallu y rester avec des
-vêtements ruisselants d'eau bourbeuse jusqu'ici, c'est-à-dire pendant
-une heure et demie. Nous n'avions rien pour changer. Les cochers, les
-domestiques, les chevaux, tout saignants des coups de la grêle, enflés,
-méconnaissables. Nous avons tous des bosses à la tête et le corps tout
-marbré de taches bleues et noires. Ce long séjour dans des vêtements
-mouillés nous a fait mal à tous[347].
-
- [347] Depuis cet accident, la duchesse de Talleyrand ne retrouva
- plus la santé. A partir de cette époque, elle fut atteinte par
- cette maladie douloureuse, qu'elle supporta avec une patience
- exemplaire, pendant quatorze mois, et qui la conduisit
- graduellement au tombeau.
-
-
-_Sagan, 27 juin 1861._--J'ai eu hier une lettre du prince de
-Hohenzollern, qui me semble assez sombre sur les destinées du Ministère
-qu'il préside.
-
-Voilà donc la reconnaissance du Royaume d'Italie au _Moniteur_ français
-avec des réserves qui garantissent le Pape, comme le traité de Zurich a
-garanti _tous les Princes italiens_[348]. Le répit que la France comptait
-s'accorder pendant quelques mois du côté de l'Orient, en sacrifiant à
-l'Angleterre son ancien protectorat en Turquie, va probablement faire
-place à de nouvelles complications par suite de la mort du Sultan[349].
-
- [348] Le _Moniteur_ du 26 juin 1861 annonçait ainsi la
- reconnaissance du Royaume d'Italie: «_L'Empereur a reconnu le Roi
- Victor-Emmanuel comme Roi d'Italie. En notifiant cette
- détermination au Cabinet de Turin, le Gouvernement de Sa Majesté
- a déclaré qu'il déclinait d'avance toute solidarité dans les
- entreprises de nature à troubler la paix de l'Europe, et que les
- troupes françaises continueraient d'occuper Rome, tant que les
- intérêts qui les y ont amenées ne seront pas couverts par des
- garanties suffisantes._»
-
- [349] Le Sultan Abdul-Medjid venait de mourir à l'âge de
- trente-huit ans. Sous son règne, des luttes sanglantes ayant
- éclaté en 1860, entre les Druses et les Maronites dans le Liban,
- la France, qui s'attribuait le protectorat sur les chrétiens de
- ces contrées, intervint dans la querelle. Le général
- d'Hautpoul-Beaufort débarqua avec des troupes à Beyrouth; il
- s'ensuivit une occupation du pays par les Français, qui ne finit
- qu'à la suite des réclamations de la Turquie, appuyées par
- l'Angleterre. Une nouvelle organisation du Liban fut décidée dans
- une Conférence des Puissances européennes, où il fut déterminé
- que le Liban dépendrait directement de la Porte, tout en ayant un
- chef chrétien pris dans celle des Églises chrétiennes qui
- comptait le plus d'adhérents.
-
-Les nouvelles de Russie ne sont guère bonnes, la révolte des paysans y
-continue; il paraîtrait aussi qu'à Saint-Pétersbourg le bonapartisme est
-moins de mode; mais ce qui paraît assez certain, c'est l'entrevue du Roi
-de Prusse avec l'Empereur Napoléon au camp de Châlons[350].
-
- [350] Le Roi de Prusse devant rendre à l'Empereur Napoléon la
- visite que celui-ci lui avait faite à Bade, il avait d'abord été
- question du camp de Châlons comme lieu de rendez-vous; mais la
- rencontre n'eut lieu que plus tard, le 7 octobre, à Compiègne.
-
-
-_Téplitz, 17 juillet 1861._--L'attentat contre le Roi de Prusse à Bade
-m'a bouleversée[351]; je l'ai su, le 14 au soir assez tard, par le Prince
-Adalbert de Prusse, ici mon voisin. L'émotion a été chaude, car il y a
-force Prussiens céans. Les églises retentissaient hier d'un _Te Deum_.
-
-On me mande confidentiellement de Berlin que M. de Bernstorff remplace M.
-de Schleinitz comme ministre des Affaires étrangères, et que celui-ci
-devient ministre de la Maison du Roi. Le prince de Hohenzollern aurait
-demandé ce changement comme condition pour rester chef du Cabinet, et
-Bernstorff aurait fait la condition de n'avoir de chef que le prince de
-Hohenzollern, ne voulant en aucune façon d'Auerswald comme intermédiaire
-entre le Roi et lui.
-
- [351] Le 14 juillet, le Roi de Prusse faillit être victime à Bade
- d'un attentat. Un jeune homme de vingt et un ans, nommé Becker,
- étudiant à Leipzig, s'était approché de Guillaume 1er à la
- promenade, et lui lâcha un coup de pistolet à bout portant. La
- balle dévia et ne fit qu'effleurer l'épaule du Roi. Arrêté
- immédiatement, l'auteur de cet attentat déclara que son but avait
- été de délivrer l'Allemagne d'un Prince qui ne la poussait pas,
- avec une énergie assez active, dans les voies de l'unité. Becker
- fut condamné à vingt ans de réclusion, et, pour sa vie, sous la
- surveillance de la police.
-
-
-_Téplitz, 21 juillet 1861._--L'autre jour, M. Dupin parlant du mandement
-de Mgr Pie, évêque de Poitiers, a dit: «Mgr de Poitiers se trompe; il a
-grandement tort de comparer l'Empereur à Pilate. Pilate s'est lavé les
-mains, _et l'Empereur se les frotte_[352].»
-
- [352] M. de la Guéronière ayant fait paraître une brochure
- intitulée: _Rome, la France et l'Italie_, Mgr Pie, évêque de
- Poitiers, la réfuta par un mandement où il comparait le chef de
- l'État à Pilate, «_qui pouvait tout empêcher et qui laisse tout
- faire_.» M. de Persigny, ministre de l'Intérieur, croyant voir
- une offense à la personne de l'Empereur Napoléon et une
- contravention aux lois de l'Empire, déféra Mgr Pie au Conseil
- d'État et le mandement fut annulé.
-
-
-_Sagan, 30 septembre 1861._--Je me sens dans le plus déplorable état de
-santé. Mes souffrances n'ont pas cessé depuis mon retour ici; elles
-augmentent chaque jour et ma patience est bien éprouvée.
-
-Voici ce qu'on m'écrit de Paris: «On dit le Pape de nouveau malade, assez
-malade pour qu'on s'occupe beaucoup de l'avenir après lui. On se promet,
-s'il meurt, un grand mouvement populaire dans Rome, une explosion de
-suffrage universel, un plébiscite qui demanderait l'abolition formelle
-du pouvoir temporel. Il y a des gens qui se flattent que cet élan
-révolutionnaire dominerait assez les Cardinaux pour déterminer l'élection
-d'un Pape qui abdiquerait le trône en y montant. Les mieux informés
-disent que la très grande majorité des Cardinaux tiendrait bon et irait
-tenir le conclave ailleurs, s'ils ne pouvaient élire le Pape à Rome avec
-liberté.»
-
-On me dit que le Cabinet anglais a grande envie de reconnaître sans délai
-les _États désunis_ d'Amérique et qu'il travaille à faire prendre au
-Gouvernement français la même résolution. Ce serait une bien prompte et
-bien docile abdication de la politique française que de consentir si vite
-à proclamer la chute de la seule puissance qui inquiète et gêne sur mer
-la domination de l'Angleterre. Du reste, les correspondances américaines
-donnent lieu de croire que les États du Nord sont passionnément résolus à
-soutenir la lutte, en se flattant qu'elle se terminera par leur victoire.
-Quoi qu'il arrive, ce château de cartes républicain est bien près de
-tomber, et le vainqueur, quel qu'il soit, changera profondément ce
-gouvernement incapable de supporter toute forte épreuve[353].
-
- [353] La guerre d'Amérique, appelée aussi guerre de la
- _Sécession_, dura de 1861 à 1865. La question de _l'esclavage_
- avait divisé la république en deux camps; le Sud travaillant
- depuis longtemps à le propager dans l'Union, au risque de briser
- avec le Nord. En 1860, une élection présidentielle, dans laquelle
- le candidat _abolitionniste_ Lincoln l'emporta sur le candidat
- _esclavagiste_ Breckinridge, fut le prétexte dont le Sud s'empara
- pour rompre avec l'_Union_. Les hostilités commencèrent et,
- pendant quatre ans, les deux armées se battirent héroïquement
- avec des alternatives de revers et de succès; la lutte finit par
- la prise de Richmond en Virginie, où le général Lee, qui
- commandait les forces du Sud, fut contraint de capituler devant
- le général Grant, chef des troupes du Nord. La question de
- l'esclavage fut ainsi terminée.
-
-
-_Sagan, 4 octobre 1861._--Je suis charmée d'apprendre que les Gazettes se
-sont trompées en annonçant que le Roi de Prusse emmènerait des
-_ministres_ à Compiègne. Le contraire est bien plus prudent et
-convenable. Je ne doute pas de la présence de l'Impératrice Eugénie et de
-quelques jolies dames. D'après ce qui me revient, les efforts du Roi pour
-rassurer les Cabinets allemands sur cette visite en France n'ont pas
-toute l'efficacité désirable. La méfiance est extrême. Certes, elle est
-injuste en regard des intentions du Roi _en y allant_.
-
-
-_Sagan, 6 octobre 1861._--Il y a de mauvais symptômes dans l'esprit
-démocratique, si absurdement encouragé par le Ministère prussien, qui est
-incapable, terriblement court et borné dans ses vues. Nous voici, ayant
-la _Turner-Fest_ dans toutes les petites villes avec de fort mauvais
-discours, de fort mauvais drapeaux, etc... etc... Les villes s'endettent
-pour ces dangereuses fêtes, et quand on demande ce qui se fera pour fêter
-le couronnement, on répond qu'on n'a pas d'argent. La _Huldigung_ ne
-convenait pas au système constitutionnel et la _Krœnung_ ne plaît pas à
-l'esprit démocratique; cela leur paraît trop royal, trop aristocratique;
-bref, on ne satisfait plus personne. Mais que le Ministère est coupable
-d'avoir encouragé le _Turner-Verein_, le _Sænger-Verein_, le
-_Schützen-Verein_ et surtout le _National-Verein_[354]. Il faut vouloir
-être aveugle pour n'en pas connaître le danger qui saute aux yeux des
-moins clairvoyants. C'est quand on habite la province ou la campagne
-qu'on discerne les ravages de ces associations.
-
- [354] La Huldigung veut dire l'_hommage_; la Krœnung, le
- _couronnement_, le Turner-Verein, _une société de gymnastique_;
- le Sænger-Verein, _une société orphéonique_; le Schützen-Verein,
- _la société des tireurs_; le National-Verein, _la société des
- patriotes_. Toutes ces sociétés cachaient, sous le prétexte de se
- réunir pour s'amuser, le but de s'occuper de ce qui se passait
- dans l'État, et les meneurs en profitaient pour échauffer les
- têtes selon leurs idées politiques plus ou moins avancées.
-
-
-_Sagan, 10 octobre 1861._--Une lettre de Berlin que je viens de recevoir
-me dit ceci: «M. d'Abzac est ici, envoyé par le duc de Magenta, pour
-organiser sa maison; on envoie de Paris des masses d'ouvriers pour
-construire à la hâte toute une grande salle dons le jardin de l'ambassade
-de France. On envoie aussi trente-huit domestiques et dix-huit chevaux.
-Le Maréchal aura une suite de treize personnes. Lord Clarendon a loué
-tout le premier de l'hôtel Royal qu'on décore magnifiquement. Je ne sais
-encore rien du duc d'Ossuna, sinon qu'il est ici[355].
-
- [355] La question de préséance entre les diverses ambassades
- extraordinaires venues à Kœnigsberg et à Berlin pour le
- couronnement du Roi de Prusse fut réglée par la date de l'arrivée
- de chacune d'elles. Suivant cette règle, les Ambassadeurs prirent
- rang dans l'ordre suivant: pour l'Espagne, le duc d'Ossuna; pour
- l'Italie, le général della Rocca; pour l'Angleterre, lord
- Clarendon; pour la France, le duc de Magenta. L'Autriche, la
- Russie, la Belgique se firent représenter par des membres de
- familles royales et impériales. Le duc de Magenta se fit
- remarquer par la richesse de ses équipages et par une fort belle
- fête, qu'il donna dans la maison de l'ambassade de France à
- Berlin.
-
-«La grande voiture dans laquelle la Reine fera son entrée est très belle
-dans son antiquité; on vient de la redorer à neuf. L'intérieur est
-doublé de satin blanc tout brodé d'aigles d'or; les harnais sont en cuir
-vert avec des dessins rouge et or. Ils seront mis sur huit beaux chevaux
-noirs. Le manteau de couronnement de la Reine est de toute magnificence,
-en velours rouge, tout doublé d'hermine et brodé d'aigles d'or.»
-
-
-_Sagan, 14 octobre 1861._--Voici la copie d'une lettre écrite par une
-personne toute napoléonienne, qui contient un récit de la visite du Roi
-de Prusse à Compiègne: c'est _l'impression française_:
-
-«_Paris, 10 octobre 1861._--Comme j'en avais le sentiment, tout a
-parfaitement réussi à Compiègne, et les choses se sont passées comme vous
-aviez toujours prévu qu'elles se passeraient, si le Roi de Prusse venait
-en France. Il n'a pas caché son impression, qui a été franchement
-favorable. Ce qu'il y a d'amusant, c'est que le bon général de Manteuffel
-l'a très décidément partagée. Il est impossible de voir une réussite plus
-complète; cela me revient de tous les côtés. Le premier soir, il y avait
-un peu de gêne et de froideur dans le salon. Tout le monde se tenait à
-l'écart: l'Empereur, l'Impératrice, le Roi assis loin de tout le monde.
-
-«Le maintien de l'Impératrice a été parfait et sans un moment d'oubli
-pendant tout le séjour du Roi. Le lendemain, chasse à tir où le Roi s'est
-amusé, et superbe promenade dans la forêt terminée par Pierrefonds, où on
-a goûté. Le théâtre français, un peu long, car il faisait affreusement
-chaud. Le lendemain, petite revue improvisée sur la pelouse, devant le
-château. L'Impératrice est venue rejoindre à pied, jolie comme on ne
-l'avait pas vue depuis longtemps. Le Roi de Prusse l'a abordée en lui
-baisant la main de si bon air, et elle a répondu à la politesse en
-s'inclinant d'une manière si noble et si digne, que cela a ravi les
-troupes qui ont tout de suite pris le Roi en amitié. On ne parlait que de
-cela dans les cafés de Compiègne. Notre Impératrice a repris cette belle
-politesse espagnole qu'elle sait si bien trouver quand elle veut.
-
-«Dans cette réception, il n'y a rien eu de trop comme empressement, ni de
-trop peu. La suite allemande a été charmée de la dignité générale de
-l'attitude, chacun a bien joué son rôle; et, comme des deux côtés on
-s'apercevait de la bonne impression qu'on se faisait réciproquement, cela
-allait toujours mieux. Les grâces de cordon, ordres..., etc... ont été
-faites de la manière la plus aimable par le Roi à Edgar Ney, à qui il
-donnait plus qu'il ne pouvait prétendre (pour réparer ce qui s'était
-passé à Bade), il lui dit: _Je vous la donne avec plaisir, parce que je
-sais que vous êtes l'ami de l'Empereur!_ En allant dans les rangs de la
-troupe, le Roi a dit qu'il ne reconnaissait plus la cavalerie française;
-qu'autrefois, les hommes avaient la jambe roulante et qu'à présent, ils
-sont admirablement à cheval et ont des chevaux superbes.
-
-«Le Roi a trouvé le petit Prince Impérial très gentil; il a aussi admiré
-fort le joli visage de Mme de Galliffet. Quant à l'Impératrice, elle n'a
-pas manqué son effet habituel; il la trouve délicieuse. Pour moi, qui
-aime profondément l'Empereur et l'Impératrice, je suis enchantée de la
-manière dont tout cela a tourné et du genre sérieux de cette réussite,
-qui a été plus loin qu'on ne pouvait l'espérer.»
-
-
-_Sagan, 19 octobre 1861._--Il m'est revenu quelques particularités
-_allemandes_ sur l'entrevue de Compiègne que j'ai motif de croire
-exactes. Les deux souverains ont eu deux entretiens; un petit à la
-chasse, un plus long dans l'appartement du Roi, où l'Empereur est allé le
-chercher, tout à la fois, avec empressement et réserve. Il n'a pas parlé
-du tout des affaires d'Allemagne. Sur l'Italie, il a trouvé naturel, et
-même bon, que le Roi n'ait pas reconnu le nouveau royaume, dont l'avenir
-est fort douteux et sur lequel il a fait lui-même des réserves. Il a très
-bien parlé de la légitimité, principe excellent dont les revers sont des
-échecs pour tous les gouvernements. En tout, langage très conservateur.
-La tentative délicate a porté sur l'Angleterre. Il s'est montré à la fois
-très ami de l'alliance anglaise et très préoccupé de ses difficultés, de
-ses exigences. Il a fort approuvé la Prusse de devenir une puissance
-maritime; c'est bon pour elle, pour la France, pour l'Europe; mais
-l'Angleterre le souffrira-t-elle? Il avait bien envie de savoir jusqu'où
-allait l'intimité entre Berlin et Londres, et envie aussi de l'intimité
-entre Berlin et Paris, et que cette intimité-ci fût indépendante de
-l'autre. Le Roi dit avoir été réservé, négatif par son silence. On dit
-aussi qu'à propos du traité de commerce, qui se négocie entre la France
-et le Zollverein, l'Empereur ayant témoigné le désir d'une réduction des
-droits allemands sur les vins et les soieries de France, le Roi a
-répondu: «_Mais ce sont aussi des productions des provinces rhénanes, et
-j'ai à cœur de ne pas les mécontenter._»
-
-
-_Sagan, 21 octobre 1861._--Voici l'extrait d'une lettre que m'a écrite de
-Kœnigsberg un personnage important du parti catholique conservateur et
-monarchique. L'Aigle noir, donné à la Reine, est quelque chose de tout
-nouveau, et par conséquent de tout à fait exceptionnel, qui doit lui
-avoir fait plaisir:
-
-«_Kœnigsberg, 19 octobre 1861._--La fête d'hier s'est passée aussi bien
-que nous pouvions le désirer. Son effet, son ordonnance, la manière dont
-elle a été exécutée, ont surpassé mon attente. Il n'était pas facile
-d'organiser un acte pareil, auquel il manquait et traditions et
-précédents. Le tout a été digne de son caractère symbolique, comme un
-acte d'invocation à la protection de Dieu, et comme un acte politique et
-monarchique. Il ne manquait que l'onction, que les bénédictions, que
-l'Église à laquelle nous appartenons y aurait apportées. Sans cela tout a
-été digne et convenable. Le Roi et la Reine ont eu belle et noble tenue,
-s'inclinant humblement devant le Tout-Puissant, duquel ils ont pris en
-fief leur couronne, et se relevant avec dignité en le proclamant à leurs
-peuples.
-
-«Le plus beau temps a favorisé la cérémonie; la tenue du public n'a rien
-laissé à désirer et a fait la meilleure impression aux étrangers. Lord
-Clarendon m'a dit qu'il en avait été frappé.
-
-«Un silence, un ordre respectueux et un élan vibrant lorsque le moment
-d'une démonstration est venu. Le Roi a très bien parlé dans les diverses
-occasions, simplement, mais appuyant fortement sur le principe
-monarchique, qu'il était appelé à conserver intact à sa dynastie. Entre
-les allocutions qui lui ont été adressées, celle du Cardinal archevêque
-de Cologne[356], qui a parlé au nom de notre clergé, a été généralement
-reconnue comme la plus remarquable; elle était apostolique, marquée par
-la grâce du Saint-Esprit; ce qu'il a dit des affaires de ce monde était
-vrai, noble, en un mot chrétien. Le tout s'est passé sans la moindre
-dissonance. La partie libérale du Ministère a dû pâtir des paroles du
-Roi; elles ne cadraient pas avec leurs principes; les plus conservatifs
-n'auraient pas pu les désirer autres. Les Ministres ont dissimulé les
-couleuvres qu'ils ont été obligés d'avaler; nous verrons s'ils se
-rattraperont.»
-
- [356] L'Archevêque de Cologne était Mgr Jean Geissel.
-
-
-_Sagan, 26 octobre 1861._--Voici des extraits de diverses lettres de
-Berlin: «L'entrée à Berlin, quoique favorisée par un temps magnifique,
-une foule empressée et démonstrative, a été loin de m'impressionner
-autant que Kœnigsberg. A Berlin, les couleurs allemandes dominaient, à
-Kœnigsberg les couleurs prussiennes excluaient presque les autres. A
-Berlin, un bon tiers des ouvriers avait arboré une médaille en carton,
-portant la lettre _V. der Handwerken Verein_, espèce de société comme
-celle de la _Marianne_, en France, tolérée tacitement par le ministre de
-l'Intérieur, comte de Schwerin, et qui compte à Berlin vingt mille
-adhérents, menés par des démocrates rouges. Une des vraies raisons de
-l'opposition contre le président de la police Zedlitz vient de la guerre
-qu'il voulait faire à cette dangereuse association.
-
-«Un doux contraste à ces dissonances étaient des tribunes, placées à cinq
-cents pas les unes des autres, remplies de jeunes filles vêtues en
-mousseline blanche et couronnées de fleurs; leur air pur, enjoué et
-innocent, faisait du bien à voir. La Cour et ce qui y tenait faisait très
-bon effet; les équipages étaient très beaux; le Roi, entouré des Princes
-de sa Maison, précédé par les généraux de son armée, avait grande mine;
-la Reine et la Princesse Royale, dans une voiture dorée et à glaces,
-étaient rayonnantes d'affabilité.»
-
-Autre lettre: «Au grand concert gala, il y avait trop de foule, et pas
-même une glace ou un verre d'orgeat; mais des toilettes magnifiques. La
-Reine est superbe; elle est _enfin_ couverte des diamants de la couronne,
-et portant admirablement, à toutes les fêtes, le grand diadème; mais elle
-est bien fatiguée, ses traits s'en ressentent. La maréchale de Mac-Mahon
-est élégante, mais pas richement vêtue; des toilettes de Longchamps, mais
-non pas de Cour. Elle n'a pas l'air distingué.
-
-«L'Infante de Portugal, princesse de Hohenzollern, ressemble à la
-duchesse de Nemours; elle est bien belle, elle a l'air d'avoir plus de
-seize ans; son mari est plus petit qu'elle. La princesse Putbus avait
-imaginé de profaner ses jolis cheveux blonds en les poudrant d'une poudre
-d'or, qui retombait en pluie jaune sur son front et son cou. Elle avait
-piqué dans ses cheveux une plume si hardie, si droite, si menaçante que,
-voyant l'étonnement qu'elle causait, elle a voulu faire disparaître cette
-fatale plume; mais elle était si bien ajustée qu'elle n'a pu venir à bout
-de l'arracher; alors, elle s'est adressée à Antoine Radziwill en le
-priant de couper cette plume maudite avec son sabre: ce qui fut dit, fut
-fait.»
-
-Autre lettre: «Ce matin a eu lieu la consécration de l'église catholique
-de Saint-Michel[357]. Le Roi et la Reine devaient s'y rendre; mais au
-dernier moment, les protestants ont tellement tourmenté le Roi, qu'il a
-fait dire par le Prince Royal au Prince-Évêque de Breslau, qu'il était
-enrhumé et ne pouvait aller à l'église. Le soir, il était au bal!
-
- [357] L'église de Saint-Michel est l'église catholique de la
- garnison de Berlin.
-
-On dit que la cérémonie a été très imposante, le curé a fait un beau
-discours et le Prince-Évêque, au _Te Deum_, a prononcé un discours
-sublime. Tout le Corps diplomatique catholique s'y trouvait. Le
-Prince-Évêque était revêtu d'un magnifique ornement: cadeau que la
-nouvelle église a reçu du Saint-Père.»
-
-
-_Sagan, 2 novembre 1861._--Le Roi et la Reine viennent décidément chez
-moi dans quelques jours[358]. La Grande-Duchesse de Bade aura été bien
-satisfaite du couronnement qui a été, en effet, une belle décoration; je
-ne puis m'empêcher d'y voir le chant du cygne des monarchies[359]. Dieu
-veuille que je n'aie pas le sens commun et que je ne voie si noir qu'à
-cause de ma lunette de malade!
-
- [358] En revenant de Breslau, où les Majestés Prussiennes
- allèrent, après les fêtes de Berlin, recevoir l'hommage de la
- province de Silésie, le Roi et la Reine s'arrêtèrent pendant un
- jour à Sagan, afin d'y voir pour la dernière fois la duchesse de
- Talleyrand et de Sagan déjà fort malade.
-
- [359] Le couronnement du Roi de Prusse avait eu lieu le 18
- octobre 1861 à Kœnigsberg. Avant comme après son couronnement,
- le Roi, en répondant aux différents discours qui lui furent
- adressés à cette occasion, avait mis une certaine affectation
- (même marquée) à dire qu'il ne tenait sa couronne que de Dieu,
- que la royauté était une grâce de Dieu, et que, dans cette grâce,
- résidait la sainteté de la couronne qui était inviolable. Ce
- langage indigna le parti libéral européen. Il trouva que le Roi
- semblait ainsi établir une lutte entre la royauté de droit divin
- et celle fondée par la souveraineté du peuple, comme sur une
- élection primitive, et ce parti trouva dans les paroles royales
- une pâture à de vaines querelles. Elles provoquèrent ensuite des
- discussions fort longues qui s'élevèrent de toutes parts.
-
-
- Ici nouvelle interruption de la correspondance qui ne reprit
- qu'au mois de mars 1862, M. de Bacourt s'étant rendu à Sagan, où
- il passa tout l'hiver auprès de la malade.
-
-
-
-
-1862
-
-
-_Sagan, 11 mars 1862._--J'ai lu hier les journaux, et pour ne pas tomber
-de plein saut dans l'ignorance des choses de ce monde, j'y ai mis plus
-d'attention que de coutume. Je ne réponds cependant pas d'y avoir plongé
-très intelligemment; aussi n'y ai-je été frappée que de la liberté de
-langage de MM. de Pierres, Picard et Jules Favre; ils n'ont épargné
-aucune critique sur le gouvernement intérieur de la France et ses
-fallacieuses promesses. Cela rappelait le temps passé, et sans changer
-actuellement les votes, cela ne peut manquer de déplaire beaucoup et de
-gêner pas mal en haut lieu, disons mieux: _en très bas lieu_.
-
-
-_Sagan, 12 mars 1862._--On m'écrit ce qui suit de Paris: «Les discussions
-dans les deux Chambres ont été chaudes. Pour Palikao, l'affaire a été
-désagréable. L'Empereur aura pu juger ce que c'est que l'opinion
-publique. En retirant la proposition, il a bien fait, mais en demandant
-une somme pour récompenser les grands services, il a fait une faute
-énorme[360]. Le général Fleury est le coupable de toute cette affaire.
-C'est lui qui a inventé le général Montauban; puis il a poussé à ce qu'on
-lui donnât un titre et une dotation.»
-
- [360] Le Gouvernement avait demandé une dotation annuelle de
- cinquante mille francs pour le général Cousin-Montauban, comte de
- Palikao, qui avait commandé les troupes françaises en Chine. La
- Commission chargée de cette demande avait conclu au rejet, le 28
- février 1862; mais le Corps législatif ne se prononça pas le même
- jour et remit la discussion à plus tard. Craignant un refus de la
- Chambre, l'Empereur écrivit, le 4 mars, au président du Corps
- législatif qu'il y avait eu malentendu et qu'il présentait un
- nouveau projet, soumettant à la Chambre l'appréciation d'un
- principe général qui permettrait d'assurer, dans de justes
- limites, à toutes les actions d'éclat, depuis le maréchal
- jusqu'au soldat, des récompenses dignes de la grandeur du pays.
-
-Voilà donc la Chambre prussienne dissoute; j'ai bien peur que les mêmes
-Ministres, incapables d'agir sur l'opinion publique, n'obtiennent une
-Chambre pire que celle qu'on renvoie[361]. Le monde est au moins aussi
-malade que moi.
-
- [361] La Chambre prussienne fut dissoute le 10 mars. Le
- Ministère, ayant été battu dans la discussion du budget, avait
- d'abord donné en bloc sa démission. Elle ne fut pas acceptée de
- suite par le Roi; mais peu à peu les Ministres furent relevés
- l'un après l'autre.
-
-
-_Sagan, 14 mars 1862._--M. Guizot m'écrit de Paris: «Il y a un peu de
-réveil dans les esprits; mais dans tout cela la médiocrité des hommes
-égale la gravité des situations; agresseurs ou défenseurs, conspirateurs
-ou fonctionnaires, tous paraissent petits ou ternes, quelque grandes que
-soient les choses auxquelles ils touchent. Les Anglais qui sont à Paris
-disent tous que les tories reprennent de l'ascendant, qu'ils pourraient,
-s'ils voulaient, dès aujourd'hui renverser le Cabinet, mais qu'il y a
-dissentiment à ce sujet entre lord Derby et son fils, lord Stanley, le
-fils étant plus pressé que le père.
-
-Nous sommes un peu inquiets de ce qui se passe en Prusse. Les pessimistes
-disent qu'elle est, au fond, plus malade que l'Autriche; j'espère
-qu'elles ne le sont définitivement ni l'une ni l'autre; je craindrais
-bien plus la révolution en Allemagne qu'en Italie.»
-
-Un ami de M. de Falloux m'écrit aussi: «En quittant Paris, M. de Falloux
-s'est rendu en Bretagne pour des affaires de famille toutes personnelles.
-En arrivant à Rennes, il a trouvé au débarcadère deux amis de
-l'Archevêque pour excuser le prélat de ne pouvoir le recevoir, à cause de
-dépêches télégraphiques, parties du ministère, pour lui ôter la liberté
-de voir M. de Falloux, qu'on signale voyageant en Bretagne dans un but
-politique. Le pauvre prélat était, disaient ses amis, honteux et désolé,
-mais trop faible pour ne pas fléchir. Si un fait pareil était porté à la
-tribune comme spécimen de la liberté dont nous jouissons, les Ministres
-sans portefeuille auraient beau jeu pour _nier_ audacieusement; car c'est
-là tout leur savoir-faire! Opprimer en criant: _Vivent les principes de
-1789!_
-
-«L'Archevêque de Tours vient de traverser Paris en revenant de Rome; il
-m'a rapporté une bonne impression. Tous les cardinaux, ainsi que le
-Saint-Père, lui ont paru très fermes, très résolus, mais sans illusions
-sur l'issue finale qu'une politique hypocrite leur prépare.»
-
-
-_Sagan, 18 mars 1861._--Voici un petit extrait d'une de mes lettres
-d'hier: «L'Archevêque de Tours est revenu rapportant d'excellentes
-impressions de Rome et du Sacré-Collège, qui l'ont accueilli avec une
-distinction toute particulière. Plus de vingt Cardinaux sont allés le
-visiter et tous ont annoncé fermeté et résolution dans les épreuves que
-chacun entrevoit comme très prochaines. Le Saint-Père est préparé à tout
-et ne songe qu'à sauver l'honneur. L'Archevêque et son compagnon de
-voyage ont refusé les invitations à dîner du duc de Gramont et du général
-de Goyon. Dès l'arrivée des prélats à Paris, revenant de Rome, ils ont eu
-la visite d'un employé supérieur du ministère des Cultes, pour leur
-reprocher, _officiellement_, _l'inconvenance_ de ce refus, ajoutant que
-la seule chose à faire, pour la réparer, était d'aller faire leur cour
-aux Tuileries et une visite au Ministre. «_Ni l'un ni l'autre_, a répondu
-le pieux prélat de Tours.»--«Mais prenez-y garde, a-t-on répliqué, une
-telle attitude indisposera le Gouvernement contre vous, et l'œuvre de
-saint Martin en souffrira.»--«_A Dieu ne plaise_, a repris l'Archevêque,
-_que je sacrifie jamais saint Pierre à saint Martin; ce dernier ne me le
-pardonnerait pas_[362].»
-
- [362] A l'aide de subsides et de quêtes, l'Archevêque de Tours,
- avec l'autorisation gouvernementale, avait entrepris de relever
- l'antique basilique de Saint-Martin, presque entièrement disparue
- sous les profanations des guerres de religion du seizième siècle
- et les destructions causées par la grande Révolution.
-
-Si, dès le début, le haut clergé de France avait en une attitude aussi
-nette et aussi digne, bien des disgrâces eussent été épargnées, et à
-l'Église, et à l'honneur de la France.
-
-C'est aujourd'hui un anniversaire qui pourrait bien ne pas passer
-inaperçu à Berlin: 18 mars! Il y a quatorze ans qu'il s'est livré une
-bataille, qui, gagnée, a été reperdue pour le présent et pour l'avenir;
-le tout en douze heures de temps. Je m'inquiète des manifestations qui
-pourraient avoir lieu le 22, au jour de naissance du Roi. L'année
-dernière, à cette date, Berlin était des plus _unheimlich_[363] et il ne
-faisait pas bon d'y circuler avec des livrées et des armoiries. Et depuis
-lors, on a été également faible et imprudent. Les Ministres laissent tout
-aller à la dérive, et le Roi _improvise_ un peu trop, il me semble! Je
-voudrais espérer que tout s'apaisera et rentrera dans le calme; mais nous
-sommes tous sous _le réseau des sociétés secrètes_; elles sont bien
-actives et on en trouve la trace à chaque pas.
-
- [363] De l'allemand: très désagréable.
-
-On me mande de Berlin que la crise ministérielle préoccupe tous les
-esprits; il paraît que le changement ne sera pas partiel; on ignore
-encore quelle est la partie qui s'en ira. M. de Bernstorff doit avoir dit
-que, depuis qu'il est au Ministère, il n'a éprouvé qu'amertume et
-ingratitude, et qu'entre son poste de Londres et celui de Berlin, il y a
-toute la distance du ciel à l'enfer[364].
-
- [364] M. de Bernstorff, ministre de Prusse à Londres, avait été
- appelé par le Roi pour remplacer M. de Schleinitz comme ministre
- des Affaires étrangères; M. von der Heydt avait pris le
- portefeuille des Finances, en gardant provisoirement celui du
- Commerce; le comte d'Itzenplitz, celui de l'Agriculture; M. von
- Mühler, les Cultes; le comte Lippe, la Justice; M. de Jagow,
- l'Intérieur.
-
-
-_Sagan, 19 mars 1862._--Le journal d'hier m'apporte la composition du
-nouveau Ministère prussien qui aura, du moins, le mérite de
-l'homogénéité. Dieu veuille que ce ne soit pas le seul.
-
-De Vienne, on m'écrit de tristes nouvelles. Le général Schlic est mort,
-le prince Windisch-Graetz a été administré, le comte Walmoden expirant et
-le pauvre Zedlitz aussi. Toute une génération du bon temps disparue.
-
-
-_Sagan, 20 mars 1862._--Ma cousine de Chabannes m'écrit, de Claremont,
-que la Reine Marie-Amélie se porte parfaitement bien, mais qu'elle est
-inquiète du Roi des Belges, qui se fait faire des opérations successives
-de la pierre, qui l'éprouvent et l'épuisent. Le duc de Brabant, en
-passant dernièrement par Claremont, y a fait la plus triste impression;
-il est fort menacé de la poitrine. La princesse de Joinville souffre
-beaucoup du foie.
-
-
-_Sagan, 24 mars 1862._--J'ai eu hier la visite de mon voisin silésien, le
-comte de Rittberg, arrivant de Berlin. Voici le résumé de ses dires. Il
-n'a pas accepté, _lui_, le Ministère qui lui a été proposé, parce qu'il
-se sent fatigué corporellement, que sa femme est inquiète de lui et
-qu'elle a insisté pour qu'il refusât. Je crois que ce qu'il souhaiterait
-serait de remplacer le prince de Hohenlohe à la présidence de la Chambre
-des seigneurs. Il dit du bien des nouveaux Ministres qu'il connaît; il
-les dit très honnêtes, sincèrement dévoués au Roi, n'appartenant pas au
-parti de _la Croix_, comme le parti démocratique se plaît à les
-représenter. Il les dit capables, chacun dans sa spécialité; il craint
-seulement que le talent parlementaire leur fasse défaut. Il ajoute que si
-le Roi avait fait, il y a six mois, ce qu'il vient de faire maintenant,
-il y aurait d'assez bonnes élections, tandis qu'aux mauvaises élections
-de décembre dernier, nous en verrons succéder, très probablement, de
-détestables au mois de mai. Il regrette qu'on se soit tant hâté de
-dissoudre la Chambre; il en accuse les Ministres sortants, qui, ayant
-jugé qu'ils seraient battus sur toutes les questions, ne s'étaient pas
-souciés d'en avoir la honte; que d'ailleurs, la désunion dans le Cabinet
-rendait tout impossible. Il est surtout fort irrité contre le comte
-Schwerin et M. d'Auerswald; il voit dans l'esprit borné et doctrinaire du
-premier, dans les expédients souvent peu loyaux dont le second leurrait
-le Roi, les deux principales causes des grandes difficultés du moment. Il
-désire vivement qu'Auerswald ne reste pas à Berlin, car il craint ses
-intrigues à la sourdine.
-
-J'ai eu hier une lettre de Paris: «On va nous retirer les petites
-libertés qui nous ont été données le 24 novembre. La discussion des
-Chambres prouve que le Gouvernement ne peut supporter le contrôle et les
-observations motivées. Le discours du député de Rouen a produit un effet
-immense; on a bien sapé M. de Persigny; il n'en reste pas moins[365]. Il
-coûte cher à l'Empereur; il a quinze cent mille francs de dettes.
-Dernièrement, l'Empereur lui reprochait d'être resté trois jours sans
-paraître à l'hôtel de son ministère. «Auriez-vous préféré, a-t-il
-répondu, que je fusse arrêté? J'avais signé un billet de trois cent mille
-francs et je serais à Sainte-Pélagie si je ne m'étais pas caché.»
-L'Empereur fit chercher la somme et la lui remit.
-
- [365] Dans la discussion de l'Adresse, accordée au Corps
- législatif depuis le décret du 24 novembre 1860, on attaquait
- alors le traité de commerce avec l'Angleterre, et le député de la
- Seine-Inférieure, M. Pouyer-Quertier, qui était protectionniste,
- le combattait avec beaucoup de violence.
-
-
-
-
- _La première et la dernière lettre adressées par la duchesse de
- Dino et de Talleyrand à sa petite fille, la princesse Radziwill,
- née Castellane._
-
-I
-
-Sagan, 3 janvier 1859.
-
-Ma chère Marie, je te remercie de ta lettre du 20 décembre et des bons
-souhaits qu'elle contient pour moi; qui, de mon côté, prie Dieu avec
-ferveur pour ta santé et le développement de ton âme et de ton
-intelligence. Tu es en bonnes mains, en bon air[366], et les fréquentes
-visites de ta chère maman[367] et d'Antoine[368] te procurent de douces
-distractions! J'espère aussi que nous ne tarderons pas à nous revoir, ma
-chère Minette, et que nous nous aimerons encore plus après nous être
-embrassées en réalité. En attendant je t'envoie de loin mes baisers et
-mes bénédictions.
-
- D. Duchesse DE SAGAN TAL.
-
- [366] Marie de Castellane était alors à Marmoutiers au couvent du
- Sacré-Cœur.
-
- [367] La marquise de Castellane.
-
- [368] Antoine de Castellane, alors âgé de 5 ans.
-
-
-II
-
-Sagan, 31 août 1862.
-
- MA CHÈRE FILLETTE,
-
-Merci des intéressants détails sur la petite visite de notre Saint
-Évêque[369]. Il a eu la grande bonté de m'écrire lui-même quelques lignes
-du cher asyle[370]!
-
- [369] Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans.
-
- [370] Rochecotte.
-
-Je ne m'étonne pas du succès de Georges[371] auprès de lui, car il est de
-la sphère des anges!
-
- [371] Fils aîné de la princesse Radziwill, alors âgé du 2 ans.
-
-Je suis ravie que tu puisses retrouver ton mari ici. Tu sais que vous
-êtes mes CHERS _enfants_.
-
-Ton beau-père s'est annoncé pour ce soir. Ton oncle Dino et
-Élisabeth[372], à l'improviste pour cette nuit. Probablement un article
-stupide des journaux de Berlin, par lequel il m'aura cru à toute
-extrémité, aura réveillé son inquiétude et hâté son arrivée. Enfin
-Louis[373] s'annonce pour demain ou après-demain. Je vais être
-terriblement envahie. Je voudrais que M. de Bacourt[374] vînt m'abriter.
-
- [372] Alexandre, duc de Dino et sa fille Élisabeth, plus tard
- comtesse Oppersdorff.
-
- [373] Duc de Valençay.
-
- [374] Correspondant de la Chronique.
-
-Boson[375], Jeanne[376] et Adalbert[377] viennent aussi me menacer!
-
- [375] Prince de Sagan.
-
- [376] Princesse de Sagan, née Seillière.
-
- [377] Second fils du duc de Valençay.
-
-Certes, je ne manque pas de cœur pour mes enfants; mais je manque de
-force pour écouter, pour entendre, pour parler, pour répondre; dès que
-j'ai fait le plus petit effort, les vomissements reprennent et la
-transpiration m'inondent! Adieu, ma chère fille, j'ai pour toi et pour
-Dear Rochecotte une affection toute exceptionnelle.
-
-_P.-S._--Toi et ton mari ne me gênent ni en santé ni en maladie et quant
-à ton frère, il serait aussi le très bien venu. Tu sais que je _te_ dis
-_vrai_.
-
-[Illustration: extrait lettre]
-
-[Illustration: signature]
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-[Illustration: extrait lettre]
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-[Illustration: extrait lettre]
-
-
-_Sagan, 2 avril 1862._--On me mande que la plupart des évêques de France
-répondront à l'appel qui leur a été fait de Rome pour les martyrs
-japonais[378]; qu'ils partiront en avertissant le Gouvernement, mais sans
-demander de permission, et que l'Empereur n'en sera pas trop mécontent.
-Cette question romaine l'embarrasse tellement qu'il en est, dit-on,
-encore plus attristé qu'irrité. M. de Lavalette se défend d'être mal avec
-le Pape[379], c'est avec M. de Goyon qu'il ne peut vivre.
-
- [378] Le Pape avait invité tous les évêques du monde catholique à
- se rendre à Rome, le jour de la Pentecôte (8 juin 1862), pour
- assister à la fête de la solennelle canonisation de vingt-cinq
- martyrs qui, en 1594, avaient versé leur sang pour la foi à
- Nagasaki, au Japon, et avaient déjà été béatifiés en 1627. Plus
- de trois cents évêques se rendirent à l'appel de Pie IX.
-
- [379] Au mois d'août 1861, M. de Lavalette, qui était Ambassadeur
- à Constantinople au moment des massacres du Liban, fut envoyé à
- Rome pour y remplacer M. de Gramont, comme Ambassadeur auprès du
- Pape.
-
-La Reine Marie-Amélie va passer un mois à Holland-House pour être plus
-près de la grande Exposition dont elle est curieuse. Être encore
-curieuse, à son âge, et après avoir été _crucifiée_! c'est merveilleux et
-enviable!
-
-Le prince Windisch-Graetz laisse six enfants et très peu de fortune; il
-avait de gros traitements qui finissent avec lui; sa fille, veuve, sans
-enfants, âgée de vingt-six ans, qui, depuis son veuvage s'était consacrée
-à son père, est particulièrement à plaindre. Les journaux allemands ont
-donné un récit touchant des obsèques qui ont eu lieu à Vienne et à
-Prague; et surtout, de ce qui s'est passé dans cette dernière ville au
-haut du _Hradchin_, où le cardinal Schwarzenberg, beau-frère du défunt, a
-béni le corps, et d'où les salves de deuil ont retenti du même point,
-juste d'où l'illustre mort a tenu la ville en échec, lorsqu'il a sauvé à
-son maître la couronne de Bohême, en 1848. Naturellement, le cortège
-aurait dû traverser le bas de la ville pour prendre la route de Tachau,
-où se trouve le caveau de famille; mais l'Empereur a donne l'ordre que le
-cortège traversât toute la ville, montât au haut du _Hradchin_ où se
-trouve la Cathédrale, fît halte à la porte de l'église et y reçût les
-honneurs militaires. Le concours de monde de tous les genres paraît avoir
-été énorme, et le recueillement touchant et honorable.
-
-
-_Sagan, 1er mai 1802._--Voici le joli mois arrivé tout plein de
-soleil, de verdure et de parfums. Eh bien! tout cela me semble une
-dérision, car ce soleil n'éclaire pour moi que des souffrances qui
-augmentent à chaque instant de cruauté. Je n'ai pour ainsi dire plus un
-moment de vrai répit. Cependant voici deux jours que je suis sortie; mais
-hier, après une tournée d'une demi-heure dans le parc, je suis rentrée
-pour être torturée avec une rage incessante qui vient de me ressaisir.
-
-
- Ici s'arrête la _Chronique_. La maladie de celle qui l'écrivit
- allait chaque jour s'aggravant; les eaux d'Ems, pas plus que
- celles du Schlangenbad qu'elle prit ensuite, n'apportèrent aucune
- amélioration à son état. Elle avait hâte de retourner à Sagan
- pour y mourir, comme elle le répétait sans cesse.
-
- En effet, elle atteignit Sagan le 3 août, et expira le 19
- septembre 1862.
-
-
-FIN
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES
-
-
-I
-
-_Article du_ Times _donné par le_ Galignany _du 17 février 1853_.
-
-L'adresse aux dames américaines, partie de Stafford-House, a reçu
-l'accueil auquel nous nous attendions. Les dames du monde de l'État de
-Virginie qui, à l'exemple de leurs mères, ont toujours eu des esclaves,
-se soulèvent maintenant à l'unanimité contre cette ingérence dans ce
-qu'elles considèrent comme un privilège séculaire.
-
-Par l'organe d'un journal de la Virginie, le _Richmond-Enquirer_, ces
-dames en appellent à Mme Julia Gardiner Tyler (l'ex-présidente Tyler,
-comme on l'appelle officiellement), qui, élevée par ses alliances, ses
-talents, sa naissance, son mariage avec l'ex-président, et enfin, par son
-long séjour dans une plantation de Virginie comme maîtresse d'une colonie
-d'esclaves, était le digne champion de l'esclavage considéré comme
-_institution sociale_.
-
-Appelée par un pareil devoir, l'illustre citoyenne prit la plume et ne
-l'a quittée qu'après avoir fait justice sommaire de la Duchesse (de
-Sutherland) et de ses amis.
-
-Notre correspondant de New-York, qui est, certes, fort américain, ne
-s'est pas rendu compte, comme il aurait dû le faire, de l'importance à
-donner à cette rivalité de dames en colère, se battant aux yeux du monde
-pour leurs compatriotes. Nous ne doutons point que, malgré les huit
-années passées à la tête d'une plantation, Mme Tyler ne soit encore
-jeune, belle, intelligente et charmeuse, comme le décrit le _New-York
-Herald_; mais décidément, on peut dire qu'elle est agressive et bavarde.
-Elle voudrait que la doctrine de Monrœ fût appliquée, non seulement au
-territoire, mais aussi aux institutions de l'Amérique du Nord; et elle se
-venge de la Duchesse, en énumérant soigneusement toutes les allusions
-déplaisantes pour les institutions anglaises que lui fournissent son
-intelligence, sa mémoire et ses amis. Au fait, en allant au fond des
-choses, nous y trouvons pour les neuf dixièmes des redites; comme la
-presse anglaise semble prendre un soin tout particulier de mettre les
-étrangers au courant de nos défauts, la tâche de cette dame était facile,
-et l'intérêt pour le lecteur anglais en reste minime.
-
-En disant que la réponse de Mme Julia Tyler contient des redites et des
-contradictions, nous devons ajouter que le même jugement peut s'appliquer
-à la Duchesse. On n'aurait jamais dû publier une lettre ouverte, capable
-de provoquer une semblable réponse, et, d'autre part, quand une semblable
-publication a été faite et que le bon sens du pays où elle a eu lieu la
-désapprouve, les personnes auxquelles elle était adressée auraient donné
-une preuve de tact en ne la relevant pas.
-
-Il faut dire à l'honneur des dames américaines qu'aucune d'entre elles
-n'a répondu, à l'exception de la propriétaire d'une plantation de tabac,
-seule capable, peut-être, de manier la plume avec autant de férocité.
-Elle ne nous fait grâce sur aucun point: l'Islande, la corruption de la
-métropole, le _Dun robin Estate_, l'ancien commerce des esclaves, les
-diamants de la duchesse de Sutherland, notre journalisme, notre impôt des
-pauvres, nos souscriptions de bienfaisance, notre reine, nos évêques, nos
-hommes d'État, nos importations de coton et nos larmes de crocodile,
-_tout_, tout est successivement attaqué avec autant d'adresse que
-d'âpreté, tout et tous ont leur part.
-
-Nous en sommes redevables à une petite coterie de femmes philanthropes,
-que les souffrances de _l'oncle Tom_ et de ses compagnons héroïques
-touchèrent au point de leur faire oublier que ces types, modèles de
-toutes les vertus, étaient le fruit du système qu'elles blâmaient.
-
-Notre métier de journaliste nous met en contact si intime avec la
-fragilité de notre édifice social, que nous hésitons à lancer des
-pierres que nos adversaires pourraient trop facilement nous rejeter.
-
-La témérité de l'appel Sutherland prouve que les belles plaignantes ne
-connaissent aucunement les maux existant beaucoup plus près d'elles,
-qu'il aurait été peut-être de leur devoir de connaître et de secourir.
-Cependant, nous ne saurions subir les verges de Mme Julie sans réagir;
-nous ne saurions tolérer que l'ex-présidente Tyler écrive, comme si
-l'Angleterre n'avait jamais rien fait, rien souffert, rien payé pour la
-cause de l'abolition de l'esclavage. Nous ne saurions admettre que rien
-n'ait changé chez nous, depuis le temps où la Reine Anne partageait, avec
-le Roi d'Espagne, le gain produit par la traite des nègres, et que nos
-hommes d'État, nos législateurs, nos prélats, nos pairesses, soient ce
-qu'ils étaient encore il y a deux cents ans. Pour appuyer son
-raisonnement, la belle Julie attribue le procès Wilberforce et Clarkson à
-des causes que jamais le lutteur n'aurait imaginées. Selon elle, il
-serait dû à l'envie que nous éprouvons pour les États-Unis, au désir de
-nous venger du succès de leur récolte, la douleur d'y avoir perdu un
-marché (que d'ailleurs nous n'avons pas perdu), au dessein infâme de
-semer la discorde entre les États du Nord et du Sud, et à d'autres motifs
-semblables qui pourront paraître évidents à une certaine classe de
-femmes, mais qui paraissent absurdes à tout homme de bon sens.
-
-Nous voudrions encore prier la belle lutteuse de Sherwood-Forest de jeter
-un regard sur l'espace occupé sur la carte par son pays, baigné, comme
-elle le dit, par deux Océans, et de le comparer à celui qu'occupent les
-Iles-Britanniques; elle verrait qu'on peut nous excuser, si nous avons
-plus de peine à nourrir une population de trente millions, que les
-Américains pour en nourrir une de vingt-six. Elle aurait beaucoup mieux
-fait, pour avoir raison, si, en défendant les institutions de son pays
-contre toute ingérence anglaise, elle ne se fût pas mêlée de nos
-affaires; mais, elle se mêle de nos institutions et perd, en les
-attaquant, le terrain gagné en défendant celles de son pays, justifiant
-presque, ainsi, l'intervention des philanthropes de Stafford-House. Les
-institutions monarchiques et aristocratiques, dont elle parle, durent
-depuis dix siècles et nous ne pourrions, même en le voulant, nous en
-débarrasser aisément. D'ailleurs, il est incontestable qu'elles ont
-beaucoup contribué à la formation du caractère de notre race, dont les
-États-Unis eux-mêmes sont le plus éclatant résultat.
-
-Nous avons encore à régler avec Mme Tyler une petite affaire pour notre
-propre compte. Quel droit a-t-elle de dire que la lettre de
-Stafford-House a eu son origine dans les journaux? Nous n'en avons rien
-su, jusqu'à ce qu'elle fut approuvée par le conclave et couverte de
-nombreuses signatures. Il nous est fort pénible d'avoir été crus les
-complices de cette singulière affaire. Quant aux éloges patriotiques,
-dont Mme Tyler a enjolivé sa réplique, nous sommes enchantés de pouvoir
-en reconnaître l'exactitude; nous apprécions, selon leur mérite, le
-territoire des fleuves, les deux Océans, le sol, les ports, la
-population, l'esprit d'entreprise, la politique, le coton, le riz et le
-tabac des États-Unis, et quoique nous en ayons souvent entendu parler,
-nous sommes enchantés qu'une belle dame vienne nous les rappeler; mais
-nous ne comprenons pas comment toutes ces belles choses puissent nous
-empêcher de prendre des mesures pour l'abolition complète de l'esclavage.
-
-
-II
-
-NOUVELLES DISSIDENCES ENTRE LES PRINCES D'ORLÉANS ET LE COMTE DE CHAMBORD
-
-_Lettre du comte de Chambord au duc de Nemours._
-
- 5 février 1857.
-
- MON COUSIN,
-
-J'ai lu votre lettre avec un profond sentiment de tristesse et de regret.
-J'aimais à penser que nous avions compris de la même manière la
-réconciliation accomplie entre nous, il y a bientôt quatre ans. Ce
-rétablissement de nos rapports politiques et de famille, en même temps
-qu'il plaisait à mon cœur, semblait à ma raison un gage de salut pour la
-France et une des plus fermes garanties de son avenir. Pour justifier mon
-espérance, pour rendre notre union efficace et digne tout ensemble, il
-ne fallait que deux choses qui étaient bien faciles: rester de part et
-d'autre également convaincus de la nécessité d'être unis, mais vouer une
-confiance inébranlable en nos mutuels sentiments.
-
-Je n'ai pas douté de votre dévouement aux principes monarchiques;
-personne ne peut mettre en question mon attachement à la France, mon
-respect de sa gloire, mon désir de sa grandeur et de sa liberté. Ma
-sympathique reconnaissance est acquise à tout ce qui s'est fait par elle,
-à toutes les époques, de bien, d'utile et de grand. Ainsi que je n'ai
-cessé de le dire, j'ai toujours cru, et je crois toujours à
-l'inopportunité de régler, dès aujourd'hui, et avant le moment où la
-Providence m'en imposerait le devoir, des questions que résoudront les
-intérêts et les vœux de notre patrie. Ce n'est pas loin de la France et
-sans la France, qu'on peut disposer d'elle.
-
-Je n'en conserve pas moins ma conviction profonde, que c'est dans l'union
-de notre maison, et dans les efforts communs de tous les défenseurs des
-institutions monarchiques que la France trouvera un jour son salut. Les
-plus douloureuses épreuves n'ébranlent pas ma foi.
-
-
-III
-
-_Lettre adressée par l'Empereur Napoléon III au Pape Pie IX le 31
-décembre 1859._
-
- TRÈS SAINT-PÈRE,
-
-La lettre que Votre Sainteté a bien voulu m'écrire le 2 décembre m'a
-vivement touché, et je répondrai avec une entière franchise à l'appel
-fait à ma loyauté.
-
-Une de mes préoccupations, avant comme après la guerre, a été la
-situation des États de l'Église, et certes, parmi les raisons puissantes
-qui m'ont engagé à faire si promptement la paix, il faut compter la
-crainte de voir la révolution prendre tous les jours de plus grandes
-proportions. Les faits ont une logique inexorable, et, malgré mon
-dévouement au Saint-Siège, malgré la présence de mes troupes à Rome, je
-ne pouvais échapper à une certaine solidarité avec les effets du
-mouvement national, provoqué par la lutte contre l'Autriche.
-
-La paix une fois conclue, je m'empressai d'écrire à Votre Sainteté pour
-lui soumettre les idées les plus propres, suivant moi, à avancer la
-pacification des Romagnes, et je crois encore que si, dès cette époque,
-Votre Sainteté eût consenti à une séparation administrative de ces
-provinces et à la nomination d'un gouvernement laïque, elles seraient
-rentrées sous son autorité.
-
-Malheureusement, cela n'a pas eu lieu, et je me suis trouvé impuissant à
-arrêter l'établissement du nouveau régime. Mes efforts n'ont abouti qu'à
-empêcher l'insurrection de s'étendre, et la démission de Garibaldi a
-préservé les Marches d'Ancône d'une invasion certaine.
-
-Aujourd'hui le Congrès va se réunir. Les puissances ne sauraient
-méconnaître les droits incontestables du Saint-Siège sur les Légations.
-Néanmoins, il est probable qu'elles seront d'avis de ne pas recourir à la
-violence pour les soumettre; car si cette soumission était obtenue à
-l'aide des forces étrangères, il faudrait encore occuper les Légations
-militairement pendant longtemps. Cette occupation entretiendrait les
-haines et les rancunes d'une grande portion du peuple italien, comme la
-jalousie des grandes puissances; ce serait donc perpétuer un état
-d'irritation, de malaise et de crainte.
-
-Que reste-t-il donc à faire? car enfin, cette incertitude ne peut pas
-durer longtemps. Après un examen sérieux des difficultés et des dangers
-que présentaient les diverses combinaisons, je le dis avec un regret
-sincère, et quelque pénible que soit la solution, ce qui me paraîtrait le
-plus conforme aux intérêts du Saint-Siège, ce serait de faire le
-sacrifice des provinces révoltées. Si le Saint-Père, pour le repos de
-l'Europe, renonçait à ces provinces qui, depuis cinquante ans, suscitent
-tant d'embarras à son gouvernement, et qu'en échange, il demandât aux
-puissances de lui garantir la possession du reste, je ne doute pas du
-retour immédiat de l'ordre. Alors, le Saint-Père assurerait, à l'Italie
-reconnaissante, la paix pendant de longues années, et au Saint-Siège, la
-possession paisible des États de l'Église.
-
-Votre Sainteté, j'aime à le croire, ne se méprendra pas sur les
-sentiments qui m'animent; elle comprendra la difficulté de ma situation;
-elle interprétera avec bienveillance la franchise de mon langage, en se
-souvenant de tout ce que j'ai fait pour la religion catholique et pour
-son auguste chef.
-
-J'ai exprimé, sans réserve, toute ma pensée et je l'ai cru indispensable
-avant le Congrès. Mais je prie Votre Sainteté, quelle que soit sa
-décision, de croire qu'elle ne changera en rien la ligne de conduite que
-j'ai toujours tenue à son égard.
-
-En remerciant Votre Sainteté de la bénédiction apostolique qu'elle a
-envoyée à l'Impératrice, au Prince Impérial et à moi, je lui renouvelle
-l'assurance de ma profonde vénération.
-
-De Votre Sainteté, votre dévot fils,
-
- NAPOLÉON.
- Palais des Tuileries, le 31 décembre 1859.
-
-Cette pièce est tirée du _Journal des Débats_ du 12 janvier 1860.
-
-
-
-
-INDEX BIOGRAPHIQUE
-
-DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE
-
- (Les noms suivis d'un astérisque sont ceux qui ont été déjà
- donnés, avec plus de détails, dans l'index biographique du tome
- I; ceux qui sont suivis de deux astérisques ont été donnés dans
- le tome II, et ceux qui sont suivis de trois astérisques sont
- donnés dans le tome III.)
-
-
-A
-
- ABERDEEN (lord), 1784-1860 *. Diplomate et homme d'État anglais.
-
- ABZAC (le marquis D'), 1822-1905. Venance d'Abzac, général de
- brigade en France, fut, durant de longues années, premier aide de
- camp du maréchal de Mac-Mahon. Le général d'Abzac fut promu
- officier de la Légion d'honneur en 1859, et commandeur en 1873.
- Il avait épousé Mlle Dorothée de Lazareff.
-
- ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), 1777-1847. Sœur cadette du Roi
- Louis-Philippe.
-
- ALBE (le duc D'), 1821-1881. Luis duc d'Albe avait épousé, en
- 1844, la comtesse de Montijo, sœur aînée de l'Impératrice
- Eugénie.
-
- ALBUFÉRA (la duchesse D') **, 1791-1884. Née de Saint-Joseph.
-
- ALEXANDRE II (l'Empereur de Russie), **, 1818-1881.
-
- ALLEGRI (Grégoire), 1587-1640. Compositeur de musique sacrée.
- Allegri doit surtout sa réputation à un _Miserere_ qu'on chante
- régulièrement le samedi saint dans la chapelle Sixtine, à Rome.
-
- ALWENSLEBEN (le comte Albert D') ***, 1794-1858, ministre d'État
- en Prusse.
-
- ALWENSLEBEN (le comte Gustave D'), 1803-1881. Entré, en 1821,
- dans l'armée prussienne, le comte Alwensleben fit, avec le prince
- de Prusse, la campagne en 1848 contre les insurgés dans le
- grand-duché de Bade. Lieutenant-général depuis 1863, Alwensleben
- prit part à la guerre de 1870-1871, et se retira du service en
- 1872.
-
- ANCELOT (Jacques-Arsène-François-Polycarpe), 1794-1854.
- Littérateur français, auteur dramatique. Ancelot remplaça M. de
- Bonald à l'Académie française.
-
- ANDREA DEL SARTO, 1488-1530. Le vrai nom de ce célèbre peintre
- florentin était Andrea Vannucchi.
-
- ANTONELLI (le cardinal), 1806-1876. Premier ministre du Pape Pie
- IX. Le Pape Grégoire XVI fit Antonelli prélat et assesseur au
- tribunal supérieur. Successivement délégué à Orvieto, à Viterbe,
- à Macerata, Antonelli devint, en 1841, sous-secrétaire d'État au
- ministère de l'Intérieur, grand trésorier en 1845, cardinal en
- 1847; puis ministre des Finances et président de la consulte
- d'État. En 1848, le cardinal Antonelli fit partie de la
- commission qui rédigea le statut libéral de mars. Devenu l'un des
- conseillers les plus influents auprès du Pape Pie IX, le Cardinal
- conseilla la fuite à ce Pontife, après le meurtre du comte Rossi,
- en 1848. Lors de la rentrée du Pape Pie IX, à Rome, le cardinal
- Antonelli fut nommé secrétaire d'État des Affaires étrangères,
- poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.
-
- APPONYI (le comte Rodolphe), 1812-1876. Diplomate autrichien:
- attaché très jeune à l'ambassade d'Autriche à Paris, il passa à
- celle de Saint-Pétersbourg où il épousa, en 1840, la fille du
- comte Alexandre Benkendorff (nièce de la princesse Lieven).
- Devenu ministre à Carlsruhe, puis à Turin et à Munich, le comte
- Apponyi fut nommé ambassadeur à Londres et ensuite à Paris. Il
- mourut à Venise.
-
- AQUILA (le comte D'), 1824-1897. Louis, prince de Bourbon, fils
- du second mariage de François Ier, Roi de Naples, et de
- l'Infante Isabelle d'Espagne, épousa, en 1844, à Rio-Janeiro, une
- princesse de Bragance, fille de Pierre Ier, Empereur du
- Brésil. Le comte d'Aquila était grand-amiral brésilien et
- chevalier de la Toison d'or.
-
- ARENBERG (le prince Pierre D'), 1790-1877.
-
- ARENBERG (Auguste-Marie-Raymond D'), 1753-1832. Prit le titre de
- comte de la Marck à la mort de son grand-père maternel, et c'est
- sous ce nom qu'il figure aux États généraux de 1789. Le comte de
- la Marck s'y déclara d'abord en faveur du Tiers État; mais il se
- rapprocha bientôt de la Cour, se lia d'amitié avec Mirabeau et
- devint l'intermédiaire de ses relations avec la Famille Royale.
- Mirabeau mourut entre ses bras et le nomma son exécuteur
- testamentaire.
-
- ARJUZON (le comte D'), 1800-1874. Gentilhomme de la chambre du
- Roi Charles X, le comte d'Arjuzon débuta dans la carrière
- politique comme conseiller général du canton de Montfort, dans
- l'Eure. Député au Corps législatif sous le second Empire, il
- s'associa à tous les actes du règne de Napoléon III, et devint
- chambellan de l'Empereur, qui le fit officier de la Légion
- d'honneur en 1861.
-
- ARNIM-HEINRICHSDORFF (le comte Henri D'), 1791-1859. Diplomate et
- homme d'État prussien.
-
- AUERSWALD (M.-Rodolphe D'), 1795-1886. Homme d'État prussien.
- Élevé avec le prince Guillaume de Prusse (le futur Empereur
- d'Allemagne), Auerswald commença par la carrière des armes. Il
- s'en retira en 1820, pour occuper, en province, plusieurs postes
- administratifs. Après la révolution de 1848, Auerswald fut chargé
- de présider le nouveau ministère
- Hansemann-Kühlwetter-Schreckenstein. Élu ensuite député, il
- siégea dans les rangs de la droite. En 1858, le Prince-Régent
- appela Auerswald à faire partie du ministère _de la nouvelle
- ère_, comme ministre sans portefeuille. Auerswald entreprit alors
- la réorganisation de l'armée, qui fut cause d'un conflit avec la
- Chambre prussienne, dura des années et fut la raison de la chute
- du ministère libéral en 1862. M. de Bismarck le remplaça alors à
- la tête des affaires.
-
- AUGIER (Émile), 1820-1889. Poète dramatique français, membre de
- l'Académie, où, en 1858, il remplaça M. de Salvandy, Augier fut
- nommé sénateur par décret impérial en 1870, pour services rendus
- par ses productions littéraires.
-
- AUGUSTENBOURG (le duc D'), 1798-1869. Chrétien, duc
- d'Augustenbourg, habitait en Silésie la terre de Primkenau, dans
- les environs de Sagan.
-
- AUMALE (le duc D') **, 1822-1893. Henri d'Orléans, quatrième fils
- du Roi Louis-Philippe.
-
- AUTRICHE (l'archiduc Léopold D'), 1823-1893. Ce prince était fils
- de l'archiduc Regnier, qui fut vice-Roi du royaume de Lombardie,
- et de la princesse de Savoie-Carignan, sœur du Roi
- Charles-Albert de Sardaigne.
-
- AUTRICHE (l'archiduchesse Élisabeth D') ***, 1831-1903. Cette
- princesse était fille du palatin de Hongrie.
-
- AUTRICHE (l'archiduc Regnier D'), 1783-1853. Vice-Roi du royaume
- lombardo-vénitien, époux de la princesse Élisabeth de
- Savoie-Carignan, sœur du Roi Charles-Albert de Sardaigne.
-
- AUTRICHE (l'archiduchesse Marie-Henriette D'), 1836-1902. Cette
- princesse épousa, en 1853, le duc de Brabant qui, en 1865, monta
- sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold II.
-
- AUTRICHE (l'impératrice Élisabeth D'), 1837-1898. Duchesse en
- Bavière, épousa, en 1854, François-Joseph, Empereur d'Autriche.
- Elle mourut à Genève, assassinée par un anarchiste.
-
- AUTRICHE (l'archiduc Étienne D'), 1817-1867.
- Étienne-François-Victor, propriétaire de la seigneurie de
- Halzappel-Schaumbourg; palatin de Hongrie, propre frère de
- l'archiduchesse Henriette, qui épousa le Roi des Belges.
-
- AUTRICHE (l'archiduchesse Marguerite D'), 1840-1858. Cette
- princesse, fille du Roi de Saxe, avait épousé, en 1856,
- l'archiduc Charles-Louis, frère de l'Empereur François-Joseph
- Ier.
-
- AUTRICHE (l'archiduc Maximilien D'), 1832-1867. Second frère de
- l'Empereur François-Joseph Ier, servit d'abord comme
- vice-amiral dans la marine autrichienne et fut quelque temps
- gouverneur du royaume lombardo-vénitien. A la suite de
- l'expédition française du Mexique en 1864, Maximilien fut
- proclamé Empereur, par l'assemblée des notables de ce pays; après
- avoir tenté en vain d'y organiser un gouvernement monarchique
- régulier, et abandonné par Napoléon III, il fut pris à Queretaro
- et fusillé en 1867.
-
- AVENAS (Mme Aimée D'). Religieuse du Sacré-Cœur. Mme d'Avenas
- était d'une famille originaire de Lyon. Elle avait dirigé les
- études des pensionnats confiés aux soins spéciaux des dames de
- l'ordre du Sacré-Cœur, et avait été chargée, par ses
- supérieures, de fonder la maison d'Orléans. Quand la maladie vint
- l'atteindre, Mme d'Avenas fut envoyée à Bruxelles où elle mourut,
- vers l'année 1865, dans une maison de son ordre.
-
- AVIGDOR (Jules). Député de Nice où il possédait de belles
- maisons, M. Avigdor avait fondé à Turin le journal _la Voix de
- l'Italie_. Il eut un duel avec M. de Cavour à propos d'un article
- sur la question des impôts, où M. Avigdor attaquait le
- _Risorgimento_, dans des termes qui mettaient en doute l'honneur
- et la délicatesse de son rédacteur, le comte de Cavour.
-
- AYEN (le duc D'), 1826-1895. Jules, duc d'Ayen, prit le titre de
- duc de Noailles, en 1887, à la mort de son père. En 1851 il avait
- épousé Mlle de Champlâtreux, petite-fille de M. Molé.
-
- AYEN (la duchesse D'), née en 1831. Clotilde de La
- Ferté-Meun-Molé de Champlâtreux, mariée au duc d'Ayen, en 1851,
- qui devint duc de Noailles, en 1887, à la mort de son père.
-
-
-B
-
- BADE (la grande-duchesse Stéphanie DE) **, 1789-1860. Née de
- Beauharnais.
-
- BADE (la grande-duchesse Louise DE), née en 1838. Fille de
- l'Empereur Guillaume Ier et de l'Impératrice Augusta. Cette
- princesse, aussi charmante que distinguée, épousa, en 1856, le
- grand-duc de Bade.
-
- BALBI-SENAREGA (le marquis James DE), né en 1800. Mort en 1878.
-
- BALBI (la marquise DE), née en 1800. Morte en 1862. Épouse du
- marquis James de Balbi-Senarega.
-
- BALLANCHE (Pierre-Simon) ***, 1776-1847. Membre de l'Académie
- française.
-
- BAOUR-LORMIAN (Pierre-Marie-François-Louis), 1770-1854. Poète et
- auteur dramatique français. Il entra à l'Académie en 1815, pour y
- remplacer le chevalier de Boufflers.
-
- BARANTE (le baron DE) *, 1782-1866. Diplomate et historien
- français.
-
- BAROCHE (M.), 1802-1870. Baroche fit toute sa carrière au
- barreau; en 1850, il fut nommé ministre de l'Intérieur, après le
- coup d'État, et en juin 1863, ministre de la Justice. En 1864, M.
- Baroche fut nommé sénateur.
-
- BARROT (Odilon) *, 1791-1873. Homme politique français.
-
- BAUFFREMONT (la princesse Laurence DE) **, 1802-1862, née
- Montmorency.
-
- BAVIÈRE (le duc Maximilien en), 1808-1888. Père de l'Impératrice
- d'Autriche, de la Reine de Naples, de la duchesse d'Alençon, et
- de plusieurs autres enfants.
-
- BAVIÈRE (la duchesse en), 1808-1892. Née princesse de Bavière.
- Elle épousa, en 1828, le duc Maximilien en Bavière.
-
- BÉARN (le prince DE), 1802-1871. Louis-Hector de Galard, comte de
- Brassac, comte et prince de Béarn, était fils de Pauline de
- Tourzel, celle qui avait partagé la captivité de Louis XVI et de
- la Famille Royale au Temple. Officier d'état-major, le prince de
- Béarn fut chargé de suivre, à la suite de l'armée russe, les
- opérations de la guerre contre les Turcs, en 1828. De retour en
- France, il entra dans la diplomatie où il occupa les différents
- postes et fut fait sénateur en 1854.
-
- BEAUCHESNE (M. DE). 1804-1873. Ancien gentilhomme de la chambre
- du Roi, sous la Restauration, fut nommé, en 1825, chef au cabinet
- des Beaux-Arts et, en 1830, devint chef de section aux Archives.
- Son principal ouvrage a pour sujet: _Louis XVII, sa vie, son
- agonie, sa mort_, ouvrage couronné par l'Académie.
-
- BEAUVAU-CRAON (la princesse DE), 1824-1862, Marie d'Aubusson de
- la Feuillade épousa, en 1840, le prince de Beauvau-Craon.
-
- BECKX (Pierre-Jean), 1795-1891. Général des Jésuites. Originaire
- de Belgique, Beckx entra dans l'ordre des Jésuites dont il fut
- nommé général en 1853. Son habileté et sa fermeté contribuèrent
- puissamment aux succès obtenus par les Jésuites dans les divers
- pays de l'Europe. Lors de la suppression à Rome des couvents de
- son ordre, le Père Beckx se retira à _Fiesole_ d'où il ne cessa
- d'inspirer le journal la _Civita Catolica_.
-
- BEDEAU (le général), 1804-1863. Le général se distingua dans
- toutes les guerres d'Afrique et fut exilé lors du coup d'État du
- 2 décembre.
-
- BEDMAR (le marquis DE), 1821-1883. Député aux Cortès, plus tard
- sénateur et conseiller d'État en Espagne, le marquis de Bedmar
- fut nommé, par le Roi Alphonse XII, ambassadeur à
- Saint-Pétersbourg. En 1853, il fut témoin de la fille du comte de
- Montijo, lorsqu'elle épousa Napoléon III et devint l'Impératrice
- Eugénie.
-
- BELGES (le Roi Léopold des) *. 1790-1865. Léopold Ier, prince
- de Cobourg.
-
- BELGES (la Reine Louise des) *, 1812-1850, née princesse
- d'Orléans, première femme de Léopold Ier.
-
- BELGIOJOSO (la princesse DE) *, 1808-1868. Née Christine
- Trivulzio.
-
- BELMONT (le marquis DE), 1804-1857. Chambellan de l'Empereur
- Napoléon III et chevalier de la Légion d'honneur, M. de Belmont
- fut nommé député au Corps législatif comme candidat officiel et
- donna son approbation à tous les actes du gouvernement impérial.
-
- BELLINI (Jean), mort vers 1516. Peintre vénitien.
-
- BENEDEK (L. DE), 1804-1878. Général autrichien. Il se distingua
- dans la campagne de 1848 contre le Piémont, sous les ordres de
- Radetsky, et dans la guerre de Hongrie en 1849; mais il fut battu
- par l'armée prussienne en 1866.
-
- BENKENDORFF (le comte Constantin DE), 1817-1858. Aide de camp
- général de l'Empereur de Russie, neveu de la princesse de Lieven,
- le comte de Benkendorff épousa, en 1848, la princesse Louise de
- Croy.
-
- BERESFORD (le vicomte DE), 1770-1854. William Carr, général
- anglais. Après avoir servi en Amérique, aux Indes, en Égypte, en
- Irlande, il fut appelé en Portugal où il devint généralissime de
- l'armée portugaise. Beresford battit le général Soult à Albuféra
- et commanda un corps d'armée sous Wellington. En 1814, il entra à
- Bordeaux avec le duc d'Angoulême et, bientôt après, fut appelé à
- la Chambre des lords en récompense de ses services.
-
- BERG (le comte), 1790-1874, général russe, appartenant à une
- famille livonienne. Le comte Frédéric-Guillaume Berg commença sa
- carrière militaire par la guerre de 1812; prit part ensuite à
- toutes les guerres que fit la Russie avec l'étranger, et
- contribua beaucoup à soumettre l'insurrection de Pologne en 1830.
- Le comte Berg fut de nouveau envoyé à Varsovie en 1863. Il s'y
- associa aux sévérités excessives mises en vigueur pour dompter ce
- malheureux pays dont il prit le commandement général. En 1829, le
- comte Berg avait épousé en Italie la comtesse Cicogna qui sut,
- par sa bonté, conquérir toutes les sympathies en Pologne.
-
- BERNSTORFF (le comte Albert DE) ***, 1809-1873. Homme d'État
- prussien.
-
- BERTIN (Armand), fils de Bertin l'aîné. C'est à lui que revient
- principalement l'honneur d'avoir fait tenir au journal des
- _Débats_ le rôle prépondérant qu'il a rempli dans le journalisme
- français.
-
- BERRY (la duchesse DE) *, 1798-1870. Princesse des Deux-Siciles.
-
- BERRYER (Antoine) *, 1790-1868. Avocat français.
-
- BETHMANN-HOLWEG (Maurice-Auguste DE) ***, 1795-1877.
- Jurisconsulte allemand.
-
- BILLAULT (M.), 1805-1863. D'abord avocat, puis député et
- sous-secrétaire d'État en 1840, M. Billault devint président du
- Corps législatif sous le second Empire; deux fois ministre de
- l'Intérieur; puis, en 1860, ministre sans portefeuille. Durant
- cette période, il soutint la politique impériale avec beaucoup de
- talent.
-
- BIOT (Édouard-Constant), 1803-1850. Fils du célèbre astronome,
- membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1847,
- Biot fut un des premiers en France à démontrer les avantages des
- chemins de fer, et s'adonna aux recherches historiques.
-
- BISMARCK-SCHOENHAUSEN (le prince DE), 1815-1898. Ministre de
- Guillaume Ier, roi de Prusse, et son collaborateur pour la
- reconstruction de l'Empire d'Allemagne.
-
- BIXIO (Jacques-Alexandre), 1808-1865. Savant et homme politique
- français, quoique né en Italie à Chiavari. Venu jeune en France,
- Bixio y fit ses études. En 1831, il fonda, avec M. Buloz, _la
- Revue des Deux Mondes_. Lors de la révolution italienne, Bixio
- fut nommé ambassadeur extraordinaire à la cour de Turin. Élu plus
- tard député, il accepta le portefeuille de l'Agriculture en 1868.
-
- BLUCHER DE WAHLSTADT (le prince DE), 1742-1819. Général des
- armées prussiennes, dont il prit le commandement en 1813. Blücher
- entra un des premiers en France en 1814; il décida, en 1815, le
- gain de la bataille de Waterloo et fut toujours un ennemi
- implacable des Français.
-
- BOBOLA (le Père André), 1590-1657. Issu d'une des plus anciennes
- familles de la Pologne, André Bobola se fit prêtre et entra dans
- la société de Jésus en 1611. Pendant les guerres de la Pologne
- contre les Suédois et les Russes, Bobola prêcha, avec tant de
- ferveur, contre le schisme orthodoxe, que les Russes l'appelèrent
- _voleur d'âmes_. Bobola dut s'enfuir d'une maison de son ordre,
- dont il était supérieur, à Bobrusk, devant les Cosaques qui le
- poursuivirent à Pinsk et à Ianow où il fut tué par eux le 16 mai
- 1657, après le plus affreux martyre.
-
- BOEGER (le docteur), 1813-1875. Auguste Bœger, médecin militaire
- prussien, soigna le roi Frédéric-Guillaume IV pendant les quatre
- années que dura la maladie qui finit par l'emporter.
-
- BOIGNE (la comtesse DE) *. 1780-1866. Née Adèle d'Osmond.
-
- BOISGELIN (Marguerite DE), née Mlle Lepelletier de Morfontaine.
- Elle était la sœur de la comtesse Ernest de Talleyrand. Le fils
- de Mme de Boisgelin épousa Mlle Duclère, dont le père (Belge)
- avait été l'homme d'affaires des Rohan d'Autriche. Par sa mère,
- Mme de Boisgelin était la petite-fille de Lepelletier de
- Saint-Fargeau.
-
- BONNECHOSE (le cardinal DE), 1800-1883. Mgr de Bonnechose fut
- nommé archevêque de Rouen en 1858 et reçut le chapeau de cardinal
- en 1863.
-
- BONALD (le cardinal DE), 1787-1870. Entré dans les ordres en
- 1811, M. de Bonald fut promu en 1839 à l'archevêché de Lyon et
- créé cardinal en 1841.
-
- BONAPARTE (Jérôme) *, 1784-1860. Roi de Westphalie.
-
- BONAPARTE (le prince Jérôme-Napoléon), 1822-1891. Fils du Roi de
- Westphalie et de sa seconde femme la princesse Catherine de
- Würtemberg. Ce prince épousa lui-même la princesse Clotilde de
- Savoie, fille du Roi Victor-Emmanuel II, de Sardaigne.
-
- BONIN (Édouard DE) ***, 1793-1863. Général prussien, qui, en
- 1852, devint ministre de la Guerre.
-
- BOURBON-CHALUS (le comte DE), frère cadet du comte de
- Bourbon-Busset, commandant du corps des guides de Lamoricière,
- avec le grade de lieutenant dans l'armée pontificale.
-
- BOURQUENEY (le baron, puis comte DE) *, 1800-1869. Diplomate
- français, ambassadeur et sénateur.
-
- BOYEN (le général DE), mort en 1886. Hermann de Boyen avait été
- aide de camp du prince de Prusse durant de longues années et
- devint plus tard général d'infanterie. En 1850, M. de Boyen
- épousa la princesse Fanny de Biron-Courlande.
-
- BRABANT (le duc DE), 1835-1909. Fils aîné du Roi des Belges,
- Léopold Ier, et de la princesse Louise d'Orléans, fille aînée
- du Roi Louis-Philippe. Ce prince monta sur le trône de Belgique,
- en 1865, à la mort de son père. Il avait épousé, en 1853,
- l'archiduchesse Marie-Henriette d'Autriche.
-
- BRABANT (la duchesse DE), 1836-1902. Marie-Henriette,
- archiduchesse d'Autriche, épousa, en 1853, le duc de Brabant, qui
- monta sur le trône de Belgique en 1865.
-
- BRASSIER DE SAINT-SIMON (le comte DE), 1798-1872. Diplomate
- prussien. Le comte Brassier de Saint-Simon occupa le poste de
- Constantinople jusqu'en 1869, et fut alors transféré à Turin,
- puis à Florence, lorsque la capitale du royaume d'Italie y fut
- transportée. Il mourut à son poste.
-
- BREADALBANE (le marquis DE), 1796-1862. John, marquis de
- Breadalbane fut chargé par la Reine Victoria d'Angleterre, en
- 1861, de remettre solennellement l'ordre de la Jarretière au Roi
- de Prusse qui venait de monter sur le trône.
-
- BRIFAUT (Charles) ***, 1787-1867. Poète et littérateur français.
-
- BROGLIE (le duc Victor DE) *, 1785-1870. Ministre en France sous
- le Roi Louis-Philippe.
-
- BROGLIE (la duchesse DE) *, 1797-1840. Fille de Mme de Staël.
-
- BROGLIE (le prince Albert DE), 1821-1901. Fils aîné du duc Victor
- de Broglie, le prince Albert devint duc en 1870, à la mort de son
- père. Écrivain très distingué, il fut élu à l'Académie française
- dès 1863. Durant la présidence du maréchal de Mac-Mahon, le duc
- de Broglie fut chef de son cabinet.
-
- BRUNNOW (le baron) ***, 1796-1875. Diplomate russe.
-
- BRYAS (Mme DE), 1790-1866. Marie-Thérèse d'Hunolstein, fille du
- comte d'Hunolstein, maréchal de camp et député de la Moselle en
- 1815.
-
- BUDBERG (le baron André DE), 1820-1881. Diplomate russe; fils du
- général de Budberg qui fut gouverneur de Saint-Pétersbourg. En
- 1846, le baron André commença sa carrière diplomatique, et devint
- en 1851 ministre plénipotentiaire à Berlin. En 1862, il fut nommé
- ambassadeur à Paris. Après avoir donné sa démission en 1868, M.
- de Budberg rentra à Saint-Pétersbourg où il devint membre du
- Conseil de l'Empire.
-
- BUOL-SCHAUENSTEIN (le comte DE) **, 1797-1865. Diplomate
- autrichien.
-
- BULOW (Mme DE), 1802-1889. Fille de Guillaume de Humboldt, elle
- avait épousé le baron Henri de Bülow, diplomate prussien.
-
- BUNSEN (le chevalier DE) ***, 1791-1860. Diplomate allemand.
-
- BURGHERSH (lord), né en 1824. Ernest Fitzroy-Neville, lord
- Burghersh, fils aîné de lord Westmorland. Officier dans la garde
- écossaise.
-
- BYRON (lord) **, 1788-1824. Célèbre poète anglais.
-
-C
-
- CADORE (le marquis DE), 1827-1882. Le marquis de Cadore servit
- d'abord dans la marine et entra plus tard dans la diplomatie. Il
- fut pendant quelque temps chargé d'affaires à Rome, puis ministre
- de France à Bade et à Munich. Le marquis de Cadore avait épousé,
- en 1854, la fille du marquis de Bonneval. Il devint duc en 1870 à
- la mort de son père.
-
- CANROBERT (le maréchal), 1809-1895. François-Certain Canrobert
- fit toute la première partie de sa carrière militaire en Afrique.
- Lorsque la guerre contre la Russie éclata, en 1854, Canrobert
- prit le commandement de la première division de l'armée d'Orient
- et, deux jours après la bataille de l'Alma, le maréchal de
- Saint-Arnaud, qui se mourait, lui remit le commandement en chef
- des forces réunies en Crimée. Se trouvant dans une position
- embarrassante, et en s'entendant pas avec lord Raglan, qui
- commandait les troupes anglaises, Canrobert résigna son
- commandement en chef en mai 1855 et le remit entre les mains du
- général Pélissier, reprenant sa place à la tête du 1er corps.
- Napoléon III le nomma maréchal de France en 1856. Canrobert prit
- encore part aux guerres d'Italie et d'Allemagne.
-
- CARAMAN (la marquise DE), née Gallard de Béarn.
-
- CARNÉ (le comte Joseph DE) ***, 1804-1876. Membre de l'Académie
- française.
-
- CAROLA (la princesse), 1833-1907. Caroline, princesse de
- Holstein-Gottorp-Wasa, épousa, en 1853, le Prince Royal de Saxe
- qui monta sur le trône en 1873. Le prince Gustave de Wasa, père
- de la princesse Carola, avait épousé la princesse Louise de Bade.
- Il servait militairement en Autriche.
-
- CASTELBAJAC (le marquis DE), 1787-1864. Général français qui,
- après avoir fait les guerres du premier Empire, fut mis à la
- retraite. Napoléon III l'en retira et lui confia d'importantes
- missions, entre autres celle d'ambassadeur de France à
- Saint-Pétersbourg, où M. de Castelbajac resta de 1849 à 1854,
- époque de la déclaration de guerre de Crimée. Il était sénateur.
-
- CASTELBAJAC (la marquise DE), née en 1799. Sophie de La
- Rochefoucauld-Liancourt, mariée, en 1824, au marquis de
- Castelbajac, lieutenant-général.
-
- CASTELLANE (le comte DE), 1788-1862.
- Esprit-Victor-Élisabeth-Boniface de Castellane, fils unique du
- marquis de Castellane-Novéjean et d'Adélaïde-Louise-Guyonne de
- Rohan-Chabot de Jarnac: descendant d'une famille des anciens
- barons de Provence, indépendante sous les rois d'Arles, et dont
- le faste avait popularisé le vieil adage du Roi René:
- _Dissolution des Castellane_, Boni de Castellane entra au service
- militaire en 1804; prit part aux campagnes d'Italie, d'Espagne
- et de Russie. Il fut créé colonel-major au 1er régiment des
- gardes d'honneur en 1813, qu'il commanda jusqu'à la fin du
- premier Empire. Colonel du 5e régiment de hussards en 1815,
- maréchal de camp en 1822, le comte de Castellane devint
- lieutenant-général à la suite du siège d'Anvers en 1833, et
- commanda de 1837 à 1847 la division militaire de Perpignan. Mis à
- la retraite en 1848, il fut rappelé à l'activité dès 1849 par
- Louis-Napoléon. Placé à la tête de l'armée de Lyon qu'il commanda
- jusqu'à sa mort, le comte de Castellane empêcha par sa vigoureuse
- attitude toute insurrection républicaine. Après le 2 Décembre, il
- reçut, en 1852, le bâton de maréchal de France.
-
- CASTIGLIONE (la comtesse DE), 1830-1899. La comtesse de
- Castiglione était fille du marquis Oldoini, qui était issu d'une
- bonne famille de Toscane, servit dans la diplomatie et fut
- longtemps ministre du Roi d'Italie à la cour de Portugal. Sa
- fille épousa, en 1849, le comte François Verasis de Castiglione,
- écuyer du Roi d'Italie, dont elle devint veuve en 1867. Célèbre
- par sa beauté, la comtesse de Castiglione vivait à Paris, séparée
- de son mari. Elle exerça sur Napoléon III une certaine influence
- dont M. de Cavour sut se servir dans la période décisive de 1855
- à 1859. Après la chute du deuxième Empire, la comtesse de
- Castiglione disparut, n'ayant d'autres ressources qu'une petite
- pension que lui donnaient d'anciens amis, entre autres M. de
- Cassagnac. Son fils unique mourut à vingt-cinq ans, à Madrid, où
- il était attaché à la légation du Roi d'Italie.
-
- CAULAINCOURT (le marquis DE), 1819-1865. Hervé-Anna-Olivier de
- Caulaincourt, second fils du duc et de la duchesse de Vicence.
-
- CAVOUR (le comte DE). 1810-1861. Servi par une intelligence
- merveilleuse, le comte de Cavour fut un grand patriote et le
- véritable fondateur de l'unité italienne. Issu d'une très
- ancienne famille piémontaise, Camille Beuso de Cavour servit
- d'abord dans l'armée, puis devint journaliste, fonda le
- _Risorgimento_ en 1847, devint député en 1849, ministre du
- Commerce, des Finances en 1850 et enfin président du Conseil.
- Cavour inaugura en Piémont une politique libérale à l'intérieur,
- entreprenante à l'extérieur, qui amena la guerre avec l'Autriche,
- en 1859, l'alliance avec la France et l'érection du royaume de
- Sardaigne en royaume d'Italie. Cavour mourut au moment où il
- essayait de donner Rome pour capitale à l'Italie, voulant
- établir, comme il disait lui-même, _l'Église libre dans l'État
- libre_.
-
- CHABANNES (la comtesse Alfred DE) ***. 1802-1891. Née miss
- Ellice.
-
- CHABANNES (Mlle Emma DE). Chanoinesse et dame d'honneur de Mme la
- comtesse de Chambord. Elle était la sœur du marquis Frédéric de
- Chabannes-Curton et de La Palice.
-
- CHAMBORD (le comte DE), 1820-1883, titre pris, plus tard, par le
- duc de Bordeaux *.
-
- CHAMBORD (la comtesse DE), 1817-1885. Marie-Thérèse-Béatrice,
- archiduchesse d'Autriche-Este; fille de François IV, duc de
- Modène, mariée en 1846 au duc de Bordeaux, comte de Chambord.
-
- CHAMPLATREUX (Mlle DE), né en 1831. Clotilde de la
- Ferté-Meun-Molé de Champlâtreux épousa, en 1851, le duc d'Ayen
- qui devint duc de Noailles, en 1851, à la mort de son père. Mlle
- de Champlâtreux était la petite-fille de M. Molé.
-
- CHANGARNIER (le général) ***, 1793-1877. Général et homme
- politique.
-
- CHARTRES (Robert d'Orléans, duc DE) ***, né en 1840. Second fils
- du duc d'Orléans.
-
- CHASTENAY (Mme DE). 1779-1863. Née Laguiche, fille du marquis de
- Laguiche et de Mlle de Clermont-Montoison. Mme de Chastenay
- recevait beaucoup, elle avait un salon très agréable dans la
- maison devenue maintenant le Cercle de la rue Royale, à Paris.
-
- CHATELAIN (Auguste-Henri). 1801-1882. Notaire à Paris et homme de
- confiance de toute la famille Talleyrand et Castellane. M. de
- Bacourt lui légua, avec M. Paul Andral, la propriété des Mémoires
- du prince de Talleyrand.
-
- CHATEAUBRIAND (le vicomte DE) *, 1768-1848. Illustre écrivain
- français.
-
- CHEVREUSE (la duchesse DE), 1600-1679. Marie de Rohan-Montbazon,
- fille d'Hercule de Rohan, gouverneur de Paris sous Henri IV,
- épousa, en 1617, Charles-Albert, duc de Luynes, cet heureux
- favori de Louis XIII. Devenue veuve en 1621, elle se remaria, en
- 1622, à Claude de Lorraine, fils de Henri de Guise, et fut cette
- duchesse de Chevreuse qui joua un rôle important pendant la
- Fronde et dans les complots contre Richelieu et contre Mazarin.
-
- CHEVREUSE (le duc DE), 1823-1854. Honoré d'Albert, duc de
- Chevreuse, avait épousé, en 1843, Valentine, fille du vicomte
- Jules de Contades. Il mourut avant son père et ne porta jamais le
- titre de duc de Luynes.
-
- CHOISEUL-GOUFFIER (le comte DE), 1752-1817.
- Marie-Gabriel-Florent-Auguste, diplomate français. Ambassadeur à
- Constantinople, d'où il se retira en Russie pendant la tourmente
- révolutionnaire, et ne revint en France qu'en 1802. Sous la
- Restauration, M. de Choiseul-Gouffier fut nommé ministre d'État
- et pair de France.
-
- CHOISEUL-GOUFFIER (la comtesse DE). Née La Vauguyon, sœur de la
- duchesse de Bauffremont, survécut à son mari le comte de
- Choiseul-Gouffier qui avait été ambassadeur à Constantinople.
-
- CIALDINI (le général), duc de Gaëte, 1812-1892. Lancé dans le
- mouvement libéral en 1831, Henri Cialdini dut quitter l'Italie.
- Il s'engagea dans la légion d'Oporto, au service du Roi dom Pedro
- de Portugal, passa ensuite en Espagne, combattit les Carlistes et
- obtint le grade de lieutenant-colonel. Revenu en Italie en 1848,
- Cialdini fit la campagne de 1849 contre les Autrichiens. Il y
- fut gravement blessé et, après Novare, fit partie de l'armée
- piémontaise régulière. En Crimée, il commanda la 111e brigade et
- devint, en 1859, aide de camp du Roi et général de division. En
- 1860, Cialdini reçut l'ordre d'entrer, avec les troupes sardes,
- dans les États Pontificaux; il battit Lamoricière à Castelfidardo
- et fut chargé du siège de Gaëte. Envoyé à Naples, en 1861, comme
- lieutenant général du Roi, il arrêta la marche de Garibaldi à
- Aspromonte, commanda un corps d'armée en 1866, devint président
- du Conseil en 1867 et ambassadeur à Paris en 1876.
-
- CLAM-GALLAS (le comte Édouard DE) **, 1805-1891. Général
- autrichien.
-
- CLAM-MARTINIEZ (la comtesse DE), 1833. Fille du prince Hugo de
- Salm-Krautheim, elle épousa, en 1851, le comte Henri de
- Clam-Martiniez.
-
- CLARENDON (lord) *, 1800-1870. Diplomate anglais.
-
- CLÉMENTINE (la princesse) **, 1817-1907. Fille du Roi
- Louis-Philippe.
-
- CLÉMENT XIV (le Pape), 1704-1774. Laurent Ganganelli fut d'abord
- franciscain. Élevé au Pontificat en 1769, dans les circonstances
- les plus difficiles, ce Pape parvint à rétablir la paix. Après un
- examen des plus minutieux. Clément XIV abolit l'ordre des
- Jésuites, ce qui fut un des grands actes de son pontificat.
-
- CLOTILDE (la princesse), née en 1843. La princesse Clotilde de
- Savoie, fille du Roi Victor-Emmanuel II et de l'archiduchesse
- Adélaïde d'Autriche, épousa, en 1859, le prince Jérôme-Napoléon.
- Ce mariage fut le gage de l'alliance franco-sarde.
-
- COBOURG (le duc Ernest II de Saxe) ***, 1818-1893.
-
- COBOURG (le prince Albert de Saxe) ***, 1819-1861. Époux de la
- Reine Victoria d'Angleterre.
-
- COCHIN (Augustin), 1823-1872. Administrateur et publiciste
- français, Cochin faisait partie d'une foule de Sociétés
- philanthropiques. En 1853, il devint maire de Paris; et, après la
- guerre de 1870, M. Thiers le nomma préfet de Versailles, où il
- mourut. On a de lui beaucoup d'écrits, relatifs aux questions de
- charité sociale, et beaucoup d'ouvrages sur l'économie politique.
-
- COLLOREDO (la comtesse DE) ***, née Séveríne Potocka, en
- premières noces Mme Sabanska.
-
- CONDÉ (le prince DE), dit _le grand Condé_. 1621-1686. Il
- s'illustra par des victoires brillantes qui furent couronnées, en
- 1648, par le traité de Westphalie. Après s'être jeté, d'une façon
- regrettable, dans les intrigues de la Fronde, le prince fut
- rétabli dans son commandement et prit une part glorieuse aux
- guerres de Flandre et de Franche-Comté. Le grand Condé mourut à
- Chantilly. Bossuet prononça son oraison funèbre.
-
- COSNAC (Daniel DE), 1630-1708. Prélat français, attaché dans sa
- jeunesse au prince de Conti, frère du Grand Condé, Cosnac fut
- mêlé de bonne heure à beaucoup d'intrigues de cour, et rendit
- des services à Mazarin, qui pour l'en récompenser lui donna
- l'évêché de Valence, quoiqu'il n'eût que vingt-quatre ans. Devenu
- ensuite aumônier de Monsieur, frère de Louis XIV, Cosnac ne
- réussit pas auprès de ce Prince et s'attira une disgrâce. Il
- reparut à la Cour, lors de l'assemblée du clergé, en 1682, il y
- joua un rôle actif et fut nommé, en 1687, archevêque d'Aix.
-
- COUSIN (Victor) *, 1792-1867. Philosophe et écrivain français.
-
- COWLEY (lady). Olivia-Cecilia-Fitzgerald de Ros épousa, en 1833,
- lord Cowley.
-
- COWLEY (lord) ***, 1804-1884. Diplomate anglais, neveu du duc de
- Wellington, longtemps ambassadeur à Paris.
-
- CRÉTINEAU-JOLY (Jacques), 1803-1875. Littérateur français. Après
- avoir terminé ses études au séminaire de Saint-Sulpice,
- Crétineau-Joly y fut chargé, à dix-neuf ans, d'une classe de
- philosophie. Il voyagea ensuite en Suisse et en Allemagne et
- publia plusieurs ouvrages historiques qui eurent beaucoup de
- retentissement.
-
- CRETON (Nicolas-Joseph), 1798-1864. Homme politique et
- jurisconsulte français.
-
- CROIX (Mlle Marguerite DE), née en 1832, épousa, en 1853, le
- marquis de Caulaincourt, second fils du duc et de la duchesse de
- Vicence.
-
- CUVILLIER-FLEURY (Alfred) **, 1802-1887. Littérateur français,
- précepteur du duc d'Aumale.
-
- CZARTORYSKI (le prince Adam) *, 1770-1861. Ancien ministre des
- Affaires étrangères d'Alexandre 1er de Russie.
-
-D
-
- DABORMIDA (le général), 1799-1865. Le chevalier Giuseppe
- Dabormida, major général dans l'armée sarde, député à la première
- législature, ministre de la Guerre et de la Marine en 1848;
- ministre des Affaires étrangères en 1852, donna alors sa
- démission, parce que le traité conclu par le Piémont avec la
- France et l'Angleterre ne contenait aucun article qui défendit
- les droits des émigrés lombards dont l'Autriche avait confisqué
- les biens. Dabormida fut de nouveau ministre des Affaires
- étrangères en 1859.
-
- DALMATIE (le marquis DE) ***, 1807-1857. Fils du maréchal Soult.
-
- DECAZES (Élie, duc), 1780-1860. Homme d'État français, ministre
- sous Louis XVIII.
-
- DELAROCHE (Paul), 1797-1856. Peintre français, se consacra
- surtout aux tableaux historiques. Il épousa une fille d'Horace
- Vernet qui était d'une beauté remarquable.
-
- DELMAR (la baronne DE), née miss Rumbold, épousa le baron de
- Delmar, qui était originaire de Prusse. Il possédait une grosse
- fortune et habitait toujours Paris avec sa femme.
-
- DENTU (Édouard-Henri-Justin), 1830-1874. Éditeur français. Il
- avait la spécialité de la vente des brochures politiques et des
- écrits de circonstance auxquels les événements du second Empire
- furent particulièrement favorables.
-
- DERBY (lord) *, 1799-1869. Edward-Geoffroy Stanley, prit le titre
- de comte de Derby en 1851. Homme d'État anglais.
-
- DESSAU (la princesse Marie-Anne d'Anhalt), 1837-1906. Elle
- épousa, en 1854, le prince Frédéric-Charles de Prusse, dont elle
- devint veuve en 1885.
-
- DEVONSHIRE (le duc DE) *, 1802-1871. William, duc de Devonshire,
- descendant de l'ancienne famille de Cavendish.
-
- DIEPENBROCK (le cardinal DE). 1798-1853. Le vicomte Melchior de
- Diepenbrock suivit d'abord la carrière des armes, et ce ne fut
- qu'après 1815 qu'il se décida à embrasser la carrière
- ecclésiastique. Appelé au siège épiscopal de Breslau en 1845,
- malgré la résistance du gouvernement prussien qui ne lui
- pardonnait pas ses sympathies en faveur de la Pologne, il reçut
- de Pie IX le chapeau de cardinal. Diepenbrock était un
- prédicateur remarquable.
-
- DOHNA (le comte Fabian), 1802-1871. Seigneur de Kunzendorf,
- Landrat du cercle de Sagan. En 1829, il avait épousé Mlle Marie
- de Steinach.
-
- DOHNA (la comtesse Marie) **, 1805-1893, née Mlle de Steinach.
-
- DON JUAN (l'Infant), 1822-1887. Frère du comte de Montemolin,
- second fils de Don Carlos (Charles V). En 1847, l'Infant Don Juan
- épousa l'archiduchesse Marie-Béatrice d'Autriche-Este.
-
- DORIA-PAMPHILY-LANDI (le prince), 1813-1876. Le prince Doria
- avait épousé la fille de John Talbot, sœur de la princesse
- Borghèse.
-
- DORIA-PAMPHILY-LANDI (la princesse), 1815-1858. Lady Mary Talbot,
- fille de John Talbot, comte de Shrewsbury, épouse du prince
- Doria-Pamphily. Elle était sœur de la première femme du prince
- Marc-Antoine Borghèse.
-
- DOSNE (Mme) *, née en 1788 Mlle Matheron, belle-mère de M.
- Thiers.
-
- DOUGLAS (lady), 1817-1887, plus tard duchesse de Hamilton **, née
- princesse Marie de Bade.
-
- DREUX-BRÉZÉ (le marquis DE), 1797-1845, officier français. Il fut
- un des chefs les plus ardents de l'opposition légitimiste.
-
- DROUYN DE L'HUYS (M.), 1806-1881. Diplomate et homme d'État
- français, ministre des Affaires étrangères sous le second Empire.
-
- DUCHATEL (le comte), 1803-1867. Charles-Marie, comte Duchâtel,
- fut député et ministre dans plusieurs cabinets sous le règne de
- Louis-Philippe, où il joua un rôle très important dans les
- affaires intérieures de la France. Depuis la révolution de 1848,
- le comte Duchâtel ne s'occupa plus de politique. Il était membre
- de l'Académie des sciences morales et politiques et aussi membre
- libre de l'Académie des beaux-arts.
-
- DUCHATEL (la comtesse) ***. Mlle Églé, fille de M. Paulé.
-
- DUMONT (Auguste), 1816-1887. Homme politique français, gendre de
- l'imprimeur Boulé.
-
- DUPANLOUP (Mgr) **, 1802-1878. Félix-Philibert, évêque d'Orléans
- depuis 1849 et membre de l'Académie française depuis 1854.
-
- DUPIN (André-Marie-J.-J.) *, 1783-1865, dit _Dupin l'aîné_.
-
- DURAZZO (le marquis DE), 1781-1855. Giacomo-Philippo de Durazzo.
-
- DURAZZO (la marquise DE), née en 1803. Thérèse Spinola, marquise
- de Durazzo.
-
-
-E
-
- ELLICE (les deux misses). Filles de l'honorable Édouard Ellice et
- de son mariage avec la fille aînée de Charles, comte de Grey.
-
- ESTERHAZY (le prince Paul) *, 1786-1866. Diplomate autrichien.
-
- ESTERHAZY (la comtesse), 1798-1869. La princesse Sophie
- Lichtenstein épousa, en 1817, le comte Vincent Esterházy dont
- elle devint veuve en 1835. Au moment du mariage de l'Empereur
- François-Joseph Ier avec la princesse Élisabeth de Bavière, la
- comtesse Esterházy fut nommée grande-maîtresse de cour de la
- jeune Impératrice d'Autriche.
-
- EU (le comte D') **, né en 1842. Gaston d'Orléans, fils aîné du
- duc de Nemours.
-
- EUGÉNIE (l'Impératrice), née en 1826. Eugénie de Montijo, fille
- du comte Cyprien de Montijo, duc de Penaranda. Célèbre par sa
- beauté, Mlle de Montijo épousa, en 1853, l'Empereur Napoléon III.
-
-
-F
-
- FALLOUX (le comte Alfred DE) ***, 1811-1885. Homme politique
- français, grand ami de la famille Castellane.
-
- FALLOUX (Mlle Loyde DE), 1842-1881. Fille du comte et de la
- comtesse Alfred de Falloux. Infirme, elle ne s'est jamais mariée.
-
- FANTI (le général), 1810-1865. Né dans le duché de Modène, Fanti
- prit une part active, en 1831, dans le mouvement contre le
- grand-duc de ce pays. Réfugié en Espagne en 1835, il y combattit
- contre don Carlos. En 1848, à la nouvelle du soulèvement de
- l'Italie, Fanti accourut en Lombardie, où le Roi Charles-Albert
- lui donna un commandement. Il commanda la 2e brigade en Crimée,
- la 2e division en 1859, comme lieutenant-général, et, en 1860,
- devint ministre de la Guerre, puis sénateur. En 1862, il était
- commandant du 5e département militaire.
-
- FARINI (Louis-Charles), 1812-1866. Né dans les États Pontificaux,
- Farini fut d'abord médecin. Très mêlé aux agitations libérales en
- Italie, il devint sous-secrétaire d'État au ministère de
- l'Intérieur, à Turin, en 1847; puis député en 1848, et ministre
- de l'Instruction publique en 1850. Farini exerça les fonctions de
- dictateur à Modène en 1859. En octobre 1860, il fut envoyé à
- Naples en qualité de lieutenant du Roi et de commissaire
- extraordinaire. En 1861, Farini devint ministre d'État, et, en
- 1862, président du Conseil.
-
- FAVRE (Jules), 1809-1880. Avocat et homme politique français,
- connu par ses opinions républicaines. Élu député, Jules Favre
- fit à l'Empire une opposition très vive, et, en 1870, en proposa
- la déchéance. Nommé alors membre du gouvernement de la Défense
- nationale, il conduisit, avec plus de zèle que d'habileté, les
- négociations avec l'Allemagne, à la suite de la guerre. Jules
- Favre était membre de l'Académie française.
-
- FAUCHER (Léon), 1803-1854. Économiste et homme d'État français.
- En 1851, Léon Faucher devint ministre de l'Intérieur, mais, au
- lendemain du coup d'État, il donna sa démission. Membre de
- l'Académie des sciences morales et politiques, Faucher fit de
- grands travaux sur les finances et l'économie politique avec ses
- amis Michel Chevalier et Louis Wolowski.
-
- FELETZ (Charles-Dorimond DE), 1767-1850. Aimable causeur,
- critique spirituel, Feletz fut pendant quelque temps attaché à la
- rédaction du journal des _Débats_. Conservateur de la
- bibliothèque Mazarine, membre de l'Académie française, il prit
- une part active aux travaux de cette compagnie.
-
- FEZENSAC (le duc DE), 1784-1867. Raimon-Émery-Philippe de
- Montesquiou-Fezensac, général, pair de France, fit les guerres du
- premier Empire, se rallia au gouvernement de Louis-Philippe et ne
- prit sa retraite qu'après la révolution de 1848. Le duc de
- Fezensac employa ses loisirs à écrire ses souvenirs militaires.
-
- FICQUELMONT (le comte Charles DE) **, 1777-1875. Diplomate et
- homme d'État autrichien.
-
- FICQUELMONT (la comtesse DE). Dolly de Tysenhaus: famille
- d'origine russe.
-
- FILANGIERI (le général), 1783-1867. Charles Filangieri, général
- napolitain, mais ayant été élevé en France, où il avait fait ses
- premières armes dans l'armée française sous Napoléon Ier.
- Filangieri fut toujours jaloux du rôle joué dans son pays par le
- général Pepe. En 1848, il commanda l'expédition destinée à
- soumettre la Sicile, ce qui lui réussit pleinement et le fit
- nommer Vice-Roi de l'île. Appelé, en 1857, par François II à son
- avènement, au poste de premier ministre, Filangieri ne sut pas
- réaliser les espérances que l'on avait fondées sur lui pour
- sauver la Monarchie.
-
- FLAHAUT (le général comte DE) *, 1785-1870. Aide de camp de
- Napoléon Ier, diplomate français.
-
- FLAMARENS (le comte Grossoles DE), 1806-1879. Il entra d'abord
- dans la carrière diplomatique: en 1848, Flamarens soutint
- vivement l'élection du prince Louis-Napoléon à la présidence de
- la République, dans le département du Gers. Créé sénateur en
- 1854, le comte de Flamarens devint chambellan honoraire de
- l'Empereur Napoléon III en 1864.
-
- FLAVIGNY (le comte DE), 1799-1873. Maurice de Flavigny avait,
- dans sa jeunesse, rempli les fonctions de secrétaire auprès de M.
- de Polignac. Il fit partie de la Chambre des Pairs et plus tard,
- sous le second Empire, fut, pendant de longues années, député du
- département d'Indre-et-Loire.
-
- FLAVIGNY (la comtesse DE), née en 1811. Mathilde de
- Montesquiou-Fezensac épousa le comte Maurice de Flavigny. Elle a
- publié plusieurs livres de prières fort estimés, et pendant le
- siège de Paris, la comtesse prit la direction du Comité des dames
- qui firent le service des ambulances.
-
- FLEURY (le comte Émile-Félix), 1815-1884. Général français,
- sénateur et premier écuyer de Napoléon III.
-
- FLEURY (la comtesse), 1835-1890, née Calley de Saint-Paul, sœur
- de la duchesse d'Isly; elle avait épousé le comte Fleury, grand
- écuyer à la cour de Napoléon III.
-
- FOERSTER (Henri), 1799-1881. Chanoine du diocèse de Breslau:
- Henri Fœrster fut sacré évêque en 1853 et prit alors possession
- du trône épiscopal de Breslau. Ayant fait opposition en 1875 aux
- lois de mai en Prusse, Mgr Fœrster fut exilé et dut se réfugier
- dans sa résidence de Johannisberg, en Silésie autrichienne, qui
- faisait aussi partie de son diocèse.
-
- FONTANES (Louis DE) **, 1757-1821. Grand-maître de l'Université
- et sénateur sous le premier Empire.
-
- FORBIN-JANSON (le comte DE), 1777-1841. Louis-Auguste de Forbin,
- peintre et archéologue français, avait commencé par la carrière
- des armes. Il fut, pendant quelque temps, chambellan de la
- princesse Pauline Borghèse, et à l'époque de la Restauration, M.
- de Forbin fut nommé directeur des musées royaux. Il conserva ce
- poste sous Louis-Philippe.
-
- FOULD (Achille), 1800-1867. Membre de la Constituante en 1848,
- Achille Fould fut ministre des Finances d'abord en 1849 sous la
- Présidence et ensuite en 1852, après le coup d'État. De 1853 à
- 1857, il fut ministre de la maison de Napoléon III; devint
- sénateur et membre de l'Académie des beaux-arts.
-
- FOULD (Bénédict), 1792-1858. Fils d'un banquier israélite qui
- avait fondé l'importante maison de banque Fould-Oppenheim et
- Cie. Bénédict Fould fut député en 1834 et chevalier de la
- Légion d'honneur depuis 1843.
-
- FRANÇOIS II D'AUTRICHE (l'Empereur), 1768-1835. Son règne fut
- marqué par les luttes contre Napoléon Ier.
-
- FRANÇOIS-JOSEPH Ier D'AUTRICHE, né en 1830. Monta sur le trône
- en 1848.
-
- FRANÇOIS II, ROI DE NAPLES, 1836-1894. Dernier Roi des
- Deux-Siciles. Monté sur le trône en 1859, après avoir épousé la
- princesse Sophie de Bavière, il vit, en 1860, Garibaldi (avec les
- mille) débarquer d'abord à Marsala, et entrer ensuite à Naples.
- Ayant accordé une Constitution à ses sujets, François II se
- réfugia à Gaëte, où, après une courageuse défense, la place fut
- obligée de capituler en 1861. François II se retira alors à Paris
- où il passa les dernières années de sa vie.
-
- FREY (Mrs Elizabeth) ***, 1780-1865. Toute sa vie fut consacrée
- aux œuvres de piété et de bienfaisance.
-
-G
-
- GADUEL (l'abbé), 1811-1888. Jean-Pierre-Laurent Gaduel, chanoine
- théologal d'Orléans, très attaché à la personne de Mgr Dupanloup,
- dont il partagea les travaux. L'abbé Gaduel a laissé plusieurs
- ouvrages de piété.
-
- GALLIFFET (la marquise DE), morte en 1901, née Laffite.
-
- GALLIERA (le duc DE), 1803-1876. Rafaële Ferrari, financier
- italien, établi à Paris, avait hérité de son père une immense
- fortune. A partir de 1850, le duc de Galliera s'intéressa dans
- presque toutes les affaires de l'Europe, spécialement dans les
- entreprises des chemins de fer français. En 1874, il donna à
- Gênes, sa ville natale, une somme de vingt millions, destinée à
- l'amélioration du port.
-
- GALLIERA (la duchesse DE) ***, 1812-1888. Marie, fille aînée du
- marquis de Brignole-Sale.
-
- GARIBALDI (Joseph), 1807-1882. Patriote italien. Après avoir mené
- une vie d'aventures, il combattit, pour l'unification de
- l'Italie, contre les Autrichiens, contre le royaume de Naples et
- contre le pouvoir pontifical.
-
- GEORGE IV D'ANGLETERRE (le Roi) *, 1762-1830. Régent en 1810, il
- monta sur le trône en 1820.
-
- GÊNES (le duc DE), 1822-1855. Second fils du Roi Charles-Albert
- de Sardaigne. Prince plein de bravoure et de brillantes qualités,
- s'était fort distingué dans la guerre du Piémont contre
- l'Autriche, 1848-1849. En 1850, le duc de Gênes épousa à Dresde
- la princesse Élisabeth de Saxe.
-
- GÊNES (la duchesse DE), née en 1830. Élisabeth, princesse de
- Saxe, épousa le duc de Gênes en 1850. Devenue veuve en 1855, la
- duchesse de Gênes se remaria morganatiquement en 1856, à Stresa,
- avec le marquis Rampallo, qui mourut lui-même en 1882.
-
- GENLIS (Mme DE), 1746-1830. Félicité Ducrest de Saint-Aubin,
- épousa à l'âge de quinze ans le comte de Genlis. Elle fut
- l'institutrice des enfants du duc d'Orléans.
-
- GERLACH (le général Léopold DE) ***, 1790-1861. Ancien aide de
- camp du prince de Prusse, puis général aide de camp du Roi
- Frédéric-Guillaume IV.
-
- GERLACH (M. Ernest-Louis DE), 1795-1871. Homme politique
- prussien. Après les événements de 1848, Gerlach devint le chef
- des réactionnaires et du parti de la _Croix_ penchant du côté des
- piétistes. Devenu directeur de la _Nouvelle Gazette de Prusse_,
- il acquit une influence considérable sur l'esprit du Roi
- Frédéric-Guillaume IV. En 1850, Gerlach fit partie du congrès
- d'Erfurth.
-
- GONTAUT-BIRON (la comtesse Charles DE), 1794-1869. Adèle de
- Rohan-Chabot, fille du duc de Rohan et de Mlle de Montmorency,
- avait épousé en 1812 le comte Charles de Gontaut-Biron.
-
- GORTSCHAKOFF (le prince), 1798-1883. Il commença sa carrière
- diplomatique aux congrès de Laybach et de Vérone. Devenu
- secrétaire d'ambassade en 1824, puis chargé d'affaires, il arriva
- au poste de Stuttgard, où il négocia le mariage de la
- grande-duchesse Olga de Russie avec le Prince Royal de
- Würtemberg. Gortschakoff fut alors nommé conseiller intime et,
- après avoir été ambassadeur à Vienne, fut appelé à remplacer le
- comte de Nesselrode aux Affaires étrangères. En 1863, il fut
- élevé à la dignité de Chancelier de l'Empire de Russie.
-
- GOYON (le général DE), 1802-1870. Sorti en 1821 de l'école de
- Saint-Cyr, le comte de Goyon suivit tous les grades et devint en
- 1853 général de division. Nommé aide de camp de Napoléon III,
- Goyon fut appelé, en 1859, au commandement du corps d'occupation
- de Rome. En 1862, il devint sénateur et en 1867 il fut placé à la
- tête du 6e corps d'armée à Toulouse.
-
- GRAHAM (sir James) *, 1792-1861. Homme politique anglais.
-
- GRAMONT (le duc DE), 1819-1880. Connu d'abord sous le nom de duc
- de Guiche **, diplomate français.
-
- GRANVILLE (lord) *, 1815-1891. Diplomate anglais, connu d'abord
- sous le nom de George Leveson ***.
-
- GRANVILLE (lady). Fille du duc de Dalberg, elle avait épousé en
- premières noces lord Acton, dont elle eut un fils.
-
- GRÈCE (la Reine Amélie DE) ***, 1818-1867. Fille du grand-duc
- d'Oldenbourg.
-
- GRÉGOIRE VII (le Pape) **, 1015-1085. Hildebrand fut élu au
- pontificat en 1073.
-
- GRÉGOIRE XVI (le Pape), 1765-1846. Mauro Cappellari, abbé de
- l'ordre des Camaldules, fut élevé en 1831 au trône pontifical. Le
- 28 décembre 1842, le Pape Grégoire XVI reçut la marquise de
- Castellane (Pauline de Périgord) en audience spéciale. Sa
- Sainteté, prenant alors sur son bureau des papiers qui y étaient
- rangés, lui demanda si elle les reconnaissait. C'était _la
- rétractation_ signée par le prince de Talleyrand, le matin du
- jour de sa mort, et la lettre qui l'accompagnait. «_Ces papiers
- ne quittent pas ma table_, lui dit le Pape, _ils m'ont apporté la
- plus vive consolation que j'aie ressentie depuis mon
- pontificat_.»
-
- GREY (lord), né en 1825. George Grey fut écuyer du prince de
- Galles et capitaine aux grenadiers-gardes en Angleterre.
-
- GRIESHEIM (le général DE), 1798-1854. Charles-Gustave de
- Griesheim était commandant des forteresses de Coblence et
- d'Ehrenbreitstein, dans la Prusse rhénane. Il fit, pendant
- quelque temps, partie de l'état-major du prince de Prusse et
- mourut à Coblence.
-
- GRŒBEN (le général DE) ***, 1788-1876. Le comte Charles de
- Grœben était aide de camp du Roi Frédéric-Guillaume IV.
-
- GROTE (la comtesse DE) ***, 1799-1876. Première dame à la cour du
- Roi de Hanovre.
-
- GUIZOT (François-Pierre-Guillaume) *, 1767-1874. Homme d'État
- français.
-
- GYULAY (le général), 1798-1868. Le comte François Gyulay,
- feld-maréchal autrichien, suivit, depuis sa jeunesse, la carrière
- des armes. Il fut investi en 1847 du commandement militaire de
- Trieste et contribua alors puissamment à sauver la marine de
- l'Autriche pendant la révolution italienne de 1848 à 1849. En
- 1859, lorsque la guerre éclata, Gyulay reçut le commandement du
- IIe corps, avec l'ordre d'envahir le Piémont. Il s'avança vers
- le Tessin, mais l'arrivée de l'armée française en Italie le força
- à se replier. Battu à Montebello, Gyulay subit à Magenta une
- défaite complète qui le fit reculer sur Milan.
-
- GUICHE (Duc DE), 1819-1880. Voir à DUC DE GRAMONT.
-
-
-H
-
- HAHN-HAHN (la comtesse Ida DE), 1805-1880. Fille du comte Charles
- de Hahn, épousa en 1826 son cousin, le comte
- Frédéric-Guillaume-Adolphe de Hahn-Hahn, dont elle se sépara en
- 1829. La comtesse Ida voyagea alors pendant plusieurs années, se
- fit catholique en 1850, fonda un couvent à Mayence où elle vécut
- et mourut. La comtesse de Hahn-Hahn est l'auteur de plusieurs
- livres religieux.
-
- HAMMERSTEIN (le baron Gustave DE), 1817-1875. Général distingué
- de l'armée autrichienne, chambellan à la cour de l'Empereur
- François-Joseph, le baron de Hammerstein fut employé dans
- plusieurs missions hors de son pays, et il dut, entre autres,
- accompagner en 1851 le Roi de Prusse à l'entrevue d'Ischl.
-
- HAMILTON (la duchesse DE) **, 1817-1887. Princesse Marie de Bade.
-
- HANOVRE (le Roi Ernest DE) ***, 1771-1851. D'abord duc de
- Cumberland, il monta sur le trône de Hanovre en 1837.
-
- HARCOURT (la comtesse D'), morte en 1893. Née de Sainte-Aulaire,
- la comtesse d'Harcourt écrivit un livre très intéressant sur la
- duchesse d'Orléans.
-
- HAUGWITZ (le comte Eugène DE) ***, 1777-1867. Feld-maréchal
- autrichien.
-
- HAUSSONVILLE (le comte D'), 1809-1884. Othenin de Cléron, comte
- d'Haussonville. Homme politique et historien français. Ses
- ouvrages le firent élire à l'Académie française. Après 1870, le
- comte d'Haussonville fut un des plus actifs fondateurs de la
- _Société de protection des Alsaciens-Lorrains_. Il fut élu
- sénateur après avoir été député de Seine-et-Marne à l'Assemblée
- nationale de 1871. En 1836, le comte d'Haussonville avait épousé
- la sœur du duc Albert de Broglie.
-
- HATZFELDT (le comte Max DE) ***, 1813-1859. Diplomate prussien.
-
- HATZFELDT (la comtesse Max DE), 1823-1895. Mlle Pauline de
- Castellane épousa en 1844, à Paris, le comte Max de Hatzfeldt,
- qui fut pendant de longues années ministre de Prusse à Paris.
- Devenue veuve en 1859, elle épousa en 1861 le duc de Valençay,
- plus tard duc de Talleyrand et de Sagan.
-
- HAUTEFORT (Marie DE), 1616-1691. Duchesse de Schomberg. Dame
- d'atour de la Reine Anne d'Autriche. Elle avait été élevée par sa
- grand'mère, Mme de la Flotte-Hauterive. Mlle de Hautefort était
- une des dames les plus distinguées du dix-septième siècle. Louis
- XIII avait de l'amitié pour elle, mais Richelieu l'éloigna de la
- cour pour avoir pris part à quelques intrigues contre ce
- ministre, et son opposition envers Mazarin lui fit subir une
- nouvelle disgrâce.
-
- HAYNAU (le baron Jules-Jacques DE) ***, 1786-1853. Militaire au
- service de l'Autriche.
-
- HENRIETTE D'ANGLETERRE (la Reine), 1609-1669. Henriette-Marie de
- France, fille du Roi Henri IV et de Marie de Médicis, épousa en
- 1625 le Roi Charles Ier d'Angleterre. Son oraison funèbre fut
- prononcée par Bossuet.
-
- HENSEL (Guillaume) ***, 1794-1861. Peintre, dessinateur très
- répandu dans la société berlinoise.
-
- HESS (le général, baron DE) ***, 1788-1863. Militaire au service
- de l'Autriche.
-
- HESSE (le landgrave Frédéric DE), 1828-1884. Ce prince avait
- épousé en premières noces une grande-duchesse de Russie, fille de
- l'Empereur Nicolas Ier, et en deuxièmes noces, il se remaria
- en 1853 avec la princesse Anna de Prusse, fille du prince
- Charles.
-
- HESSE-CASSEL (l'électeur Guillaume DE) ***, 1777-1847.
-
- HESSE-PHILIPPSTHAL-BARCHFELD (le landgrave Alexis DE), né en
- 1829. Marié en 1854 avec la princesse Louise de Prusse, fille du
- prince Charles.
-
- HEYDT (Auguste VON DER), 1801-1874. Homme d'État prussien.
- Directeur de la banque prussienne à Berlin en 1851, puis ministre
- de l'intérieur et du commerce. Sous le ministère Auerswald, von
- der Heydt prit le portefeuille des Finances; mais, en 1862,
- lorsque Bismarck arriva au pouvoir, il se retira dans la vie
- privée pour reparaître un moment aux Finances en 1866.
-
- HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (le prince Antoine DE), 1811-1885. Chef
- de la branche aînée de la maison de Hohenzollern. Catholique,
- général d'infanterie dans l'armée prussienne. En 1858, le prince
- de Hohenzollern fut placé, avec le titre de ministre président, à
- la tête du cabinet libéral prussien et devint ensuite gouverneur
- militaire des provinces du Rhin et de la Westphalie.
-
- HOHENZOLLERN (la princesse DE), née en 1845. Antonia, infante de
- Portugal, épousa à Lisbonne en 1861 le prince Léopold de
- Hohenzollern-Sigmaringen qui devint en 1885, à la mort de son
- père, chef de cette ligne princière.
-
- HOHENLOHE-INGELFINGEN (le prince Adolphe DE), 1797-1873. Général
- de cavalerie au service de Prusse, membre du conseil d'État et
- membre héréditaire de la Chambre des Seigneurs, dont il fut le
- président durant de longues années.
-
- HOHENLOHE-INGELFINGEN (le prince Kraft DE), 1827-1892. Général
- d'artillerie dans l'armée prussienne. Au commencement du règne de
- Guillaume Ier, le prince Kraft de Hohenlohe fut durant
- quelque temps son aide de camp.
-
- HOLLAND (lord), 1802-1859. Henry-Édouard, quatrième lord Holland,
- diplomate anglais, fut plusieurs années ministre d'Angleterre à
- Florence. Il avait épousé la fille du comte de Coventry. Lord
- Holland mourut sans laisser d'enfants et en lui s'éteignit le
- titre fondé par le Roi Georges III en faveur de Stephen Fox, le
- célèbre rival du premier Pitt.
-
- HOLLAND (lady Maria-Augusta) ***, 1812-1890. Fille du comte de
- Coventry.
-
- HOLLANDE (la Reine DE), 1818-1877. La princesse Sophie, fille du
- premier Roi de Würtemberg, épousa en 1839 Guillaume III, Roi de
- Hollande. Elle fut très liée d'amitié avec l'Empereur Napoléon
- III.
-
- HOLSTEIN (le général, prince DE), 1810-1871. Général au service
- prussien, gouverneur de Mayence.
-
- HÜBNER (le comte DE) **, 1811-1892. Diplomate autrichien.
-
- HUMBOLDT (Alexandre DE) **, 1769-1858. Grand naturaliste et
- savant allemand.
-
- HUME. Spirite venu d'Amérique à Paris en 1857 où il a fait
- beaucoup parler de lui.
-
- HUNIADY (la comtesse Julie DE), née en 1831. Fille du comte
- François Huniady, chambellan de l'Empereur d'Autriche, elle
- épousa en 1853 le prince Michel Obrenowitch de Serbie.
-
-
-I
-
- IMPÉRIAL (le Prince), 1856-1879.
- Eugène-Louis-Jean-Joseph-Napoléon, fils unique de l'Empereur
- Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie, mort au Zoulouland où
- il fut tué à l'ennemi le 1er juin 1879.
-
- INÈS DE CASTRO. Femme célèbre par sa beauté et ses malheurs,
- assassinée en 1355. Elle avait épousé l'infant Pierre de
- Portugal.
-
- ISABELLE II. Reine d'Espagne *, 1830-1904. Succéda à son père le
- Roi Ferdinand VII.
-
- ISTRIE (la duchesse D') ***. Née la Grange, elle avait épousé le
- maréchal Bessières.
-
-
-J
-
- JARNAC (Philippe de Chabot, comte DE), **, 1815-1875. Diplomate
- français.
-
- JELLACHICH DE BUZIM (le général DE) ***, 1801-1859. Ban de
- Croatie.
-
- JOINVILLE (le prince DE) **, 1818-1900. François d'Orléans, fils
- du Roi Louis-Philippe.
-
- JOINVILLE (la princesse DE) ***, 1824-1898. Fille de l'Empereur
- du Brésil.
-
-
-K
-
- KALERGIS (Mme), 1823-1874. Marie, fille du comte Frédéric-Charles
- de Nesselrode, épousa, en 1839, M. Jean de Kalergis qui était
- d'origine grecque. Devenue veuve en 1863, Mme Kalergis se remaria
- avec M. Serge Muchanow, colonel russe, qui avait été maître de la
- police à Varsovie. Élève de Chopin, elle charmait tout le monde
- par son beau talent sur le piano.
-
- KANITZ (le comte Rodolphe), 1822-1902. Aide de camp du Roi
- Guillaume Ier de Prusse et plus tard général. Il avait épousé
- la comtesse Louise Schwerin, dame d'honneur de l'Impératrice
- Augusta d'Allemagne.
-
- KAROLYI (le comte Louis), 1825-1889. Diplomate autrichien. Après
- avoir occupé plusieurs postes en Europe, le comte Louis Karolyi
- prit part, après la guerre d'Italie, à la conférence de Zurich,
- puis il fut nommé ministre à Berlin où il resta jusqu'à la
- rupture entre l'Autriche et la Prusse en 1866. En 1871, le comte
- Karolyi revint à Berlin comme ambassadeur; il y assista au
- Congrès en 1878 et fut nommé ensuite ambassadeur à Londres où il
- conserva ce poste jusqu'en 1888.
-
- KELLER (le comte Alexandre DE), 1801-1879. Maréchal de cour du
- Roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse. En 1838, il avait épousé une
- comtesse Stolberg.
-
- KETTLER (le baron DE), 1811-1877. Guillaume-Emmanuel de Kettler,
- né à Münster. Après avoir servi quelque temps dans
- l'administration, le baron de Kettler entra dans les ordres en
- 1846. Il était membre du parlement de Francfort en 1848, et en
- 1850, il fut appelé à l'évêché de Mayence. Dès lors, Mgr Kettler
- eut une grande autorité dans l'épiscopat allemand.
-
- KISSÉLEFF (le comte Nicolas) ***. Mort en 1869. Diplomate russe.
-
- KISSÉLEFF (le général, comte DE), 1788-1872. Ayant pris part aux
- guerres du commencement du dix-neuvième siècle, Kisséleff fut
- nommé aide de camp de l'Empereur Alexandre Ier et suivit ce
- souverain au congrès de Vienne. En 1828, Kisséleff fit la
- campagne contre les Turcs et fut envoyé de 1829 à 1834 dans les
- principautés de la Valachie et de la Moldavie, occupées alors par
- les troupes russes, où il exerça un pouvoir dictatorial. Nommé
- plénipotentiaire au congrès de Paris en 1856, et ensuite
- ambassadeur à la cour de Napoléon III, le comte de Kisséleff y
- garda ses fonctions jusqu'en 1862.
-
- KOSSUTH (Louis) ***, 1802-1894. Chef de la révolution hongroise
- en 1848.
-
- KUBECK DE KÜBAU (Charles-Frédéric) ***, 1780-1855. Homme d'État
- autrichien.
-
-
-L
-
- LACORDAIRE (Henri) **, 1802-1861. Célèbre prédicateur dominicain
- français.
-
- LACRETELLE (Charles) dit _le Jeune_, 1766-1855. Historien
- français. Lacretelle fit paraître plusieurs ouvrages historiques
- qui eurent de suite une certaine réputation et le firent nommer,
- en 1809, professeur d'histoire à la Faculté de Paris. Il y resta
- jusqu'en 1853. Lacretelle fut admis à l'Académie française et
- Louis XVIII l'anoblit pendant son règne.
-
- LA MARMORA (le général Alphonse, marquis DE), 1804-1878. En 1823,
- Alphonse de la Marmora sortit de l'Académie militaire de Turin
- comme lieutenant d'artillerie; il se distingua à la bataille de
- Pastrengo en 1848 et délivra Charles-Albert le 5 août de la même
- année, lorsque sa vie était menacée à Milan, dans le palais
- Greppi où la foule exaspérée l'avait assiégé. Nommé général en
- 1848, Alphonse de La Marmora fut à deux reprises ministre de la
- Guerre. A la tête de la division piémontaise en Crimée, il y
- remporta une victoire à la Tchernaïa qui lui donna une belle
- auréole militaire. Président du cabinet de 1864 à 1866. La
- Marmora conclut l'alliance italo-prussienne en 1866, grâce à
- laquelle Venise fut rendue à l'Italie.
-
- LAMARTINE (Alphonse DE) **, 1790-1869. Poète et homme politique
- français.
-
- LAMORICIÈRE (le général DE), 1806-1865. Envoyé tout jeune
- officier en Algérie, Lamoricière s'y distingua aussitôt et fut
- grièvement blessé au siège de Constantine en 1837. Devenu général
- en 1848, Lamoricière devint ministre de la guerre sous la
- présidence du général Cavaignac; il fut arrêté au coup d'État et
- ne rentra en France qu'en 1857. Appelé à organiser l'armée
- pontificale, Lamoricière fut battu à Castelfidardo le 18
- septembre 1860 par le général Cialdini, et dut capituler à
- Ancône.
-
- LAMORICIÈRE (Mme DE). Amélie Gaillard de Ferré d'Auberville
- épousa en 1847 le général de Lamoricière, auquel elle survécut et
- dont elle eut deux filles.
-
- LAMBRUSCHINI (le cardinal Louis), 1776-1854. Archevêque de Gênes,
- nonce à Paris en 1832, Lambruschini devint en 1836 secrétaire
- d'État sous le Pape Grégoire XVI. Il suivit le Pape Pie IX à
- Gaëte après les événements de 1848.
-
- LA FERRONNAYS (les). Le nom patronymique des La Ferronnays est
- Ferron. Les Ferron sont de très ancienne noblesse bretonne. Les
- plus vieux documents qui les concernent remontent à 1160.
-
- LA FERTÉ (le comte Hubert DE) ***, 1806-1872. Dévoué serviteur du
- comte de Chambord.
-
- LA FERTÉ (la comtesse DE). Elle était la fille du comte Molé.
-
- LA GRANGE (la marquise DE), née Flavigny. Son mari, Gustave
- Lelièvre, marquis de La Grange, était fils de Mlle de Beauvau: il
- était attaché comme écuyer à la cour de l'Impératrice Eugénie.
-
- LA REDORTE (la comtesse DE) ***, morte en 1885. Louise Suchet,
- fille du maréchal d'Albuféra.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (Auguste du Vergier, comte DE) ***, 1784-1868.
- Officier français.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (Georges, marquis DE) ***, 1805-1867. Sénateur
- sous le second Empire.
-
- LA ROCHELAMBERT (la marquise DE), 1801-1893. Elle était née
- Bruges et survécut longtemps à son mari, qui avait été sénateur
- sous le second Empire. Mme de La Rochelambert avait habité
- longtemps Berlin dans sa jeunesse.
-
- LAMENNAIS (l'abbé DE) *, 1782-1854, philosophe et théologien
- français, révolutionnaire, condamné en Cour de Rome.
-
- LAVAL (la vicomtesse DE), 1745-1838. Née Tavernier de Boullongne,
- grande amie du prince de Talleyrand.
-
- LA VALETTE (le marquis DE), 1806-1881. Diplomate français; ayant
- une grande connaissance de l'Orient où il avait occupé deux fois
- le poste de Constantinople. En 1861, le marquis de La Valette
- passa au poste de Rome; puis, en 1868, il devint ministre des
- Affaires étrangères. Il avait épousé en premières noces Mme
- Welles et en secondes noces une fille du comte de Flahaut.
-
- LEDIEU (François). Ecclésiastique né à Péronne, mort en 1713 à
- Paris. Attaché à la personne de Bossuet en qualité de secrétaire,
- Ledieu écrivit un journal où il notait les faits et gestes de son
- auguste maître. En 1856, l'abbé Guettie publia ce journal.
-
- LEFEBVRE (Armand-Édouard), 1807-1864. Diplomate français. Sous le
- second Empire, en 1852, Lefebvre devint directeur des affaires
- politiques au ministère des Affaires étrangères.
-
- LEHON (la comtesse) ***, morte en 1880. Née Mathilde de
- Mosselmann.
-
- LEHON (Mlle Louise), née en 1838. Fille du comte et de la
- comtesse Lehon, Mlle Louise épousa, en 1856, à Paris, le prince
- Stanislas-Auguste Poniatowski et de Monte-Rotondo.
-
- LEININGEN (le comte DE), 1794-1869. Charles-Théodore, comte de
- Leiningen, major-général au service badois. Il avait épousé en
- 1822 la comtesse Westerholt de Gysenberg, dont il devint veuf en
- 1852.
-
- LEMOINNE (John), 1815-1893. Publiciste français, membre de
- l'Académie française. Les langues française et anglaise lui
- étaient aussi familières l'une que l'autre, avantage dont le
- directeur du _Journal des Débats_ sut profiter en lui confiant,
- en 1840, la correspondance anglaise de son journal, auquel M.
- Lemoinne n'a jamais cessé d'appartenir. Il en devint plus tard le
- rédacteur en chef.
-
- LENORMANT (Mme), 1817-1893. Mlle Amélie Cyvoct, nièce de Mme
- Récamier, mariée en 1836 à Charles Lenormant, archéologue et
- historien distingué, membre de l'Institut. On doit à Mme
- Lenormant la publication des souvenirs et correspondances de Mme
- Récamier, ainsi que des études sur Chateaubriand, Mme de Staël et
- Benjamin Constant.
-
- LESSEPS (le vicomte Ferdinand DE), 1805-1894. Employé durant de
- longues années dans la carrière des consulats, M. de Lesseps
- occupa longtemps le poste de Barcelone. Il conçut l'idée du
- percement de l'isthme de Suez et c'est à lui qu'on doit le canal.
- Il fut élu membre de l'Académie française en 1884.
-
- LEUCHTENBERG (la duchesse DE), 1819-1876. Marie Nicolaïewna,
- grande-duchesse de Russie, fille de l'Empereur Nicolas Ier,
- mariée en 1839 au duc Max de Leuchtenberg, dont elle devint veuve
- en 1852. La grande-duchesse Marie se remaria morganatiquement en
- 1856 avec le comte Grégoire Strogonoff.
-
- LÉVIS (le duc DE), 1794-1863. Gaston-François-Christophe, duc de
- Ventadour et de Lévis, avait reçu sous le premier Empire un
- brevet de sous-lieutenant. Devenu en 1814 aide de camp du duc
- d'Angoulême, il prit part en 1823 à la guerre d'Espagne et aussi
- à l'expédition de Corée. Nommé, à son retour, officier de la
- Légion d'honneur, le duc de Lévis fut appelé, dans les derniers
- jours de la Restauration, à succéder, comme pair de France, à son
- père mort en 1830. Il refusa de siéger pour rester fidèle à la
- branche aînée, qu'il accompagna dans l'exil en Écosse et en
- Allemagne. Le duc de Lévis fut un des principaux conseillers du
- comte de Chambord et mourut à Venise auprès de ce prince.
-
- LÉVIS (la duchesse DE), morte en 1854. Mlle d'Aubusson de la
- Feuillade épousa en 1831 le duc de Ventadour et de Lévis, dont
- elle n'eut pas d'enfants.
-
- LICHTENSTEIN (le prince Édouard), 1809-1866. Feld-maréchal
- autrichien, marié en 1839 à Honorine Choloniewska, veuve
- Kownacka.
-
- LIEGNITZ (la princesse DE) **, 1800-1873. Née comtesse Harrach;
- épouse morganatique du Roi Frédéric-Guillaume III.
-
- LIEVEN (la princesse DE) *, 1784-1857. Née Dorothée de
- Benkendorff.
-
- LIEVEN (le prince Paul DE), mort en 1881 à Téplitz. Il était
- grand-maître de la cour en Russie.
-
- LINDHEIM (le général DE), 1791-1862. Général prussien; aide de
- camp général du Roi Frédéric-Guillaume IV. En 1859, le général de
- Lindheim fut nommé commandant du corps d'armée de Silésie.
-
- LITTA (le duc), 1825-1891. Giulio-Litta-Visconti-Arese, épousa en
- 1855 Mlle Eugénie Attendolo-Bologuni, qui était née en 1837.
-
- LOË (le général, baron DE), 1828-1908. Le baron Walter de Loë
- était jeune officier dans le régiment des hussards à Bonn, quand
- il fut nommé aide de camp du prince de Prusse (plus tard le Roi
- Guillaume Ier). M. de Loë fut envoyé à Paris comme attaché
- militaire de 1862 à 1867, puis il commanda le 7e régiment de
- hussards en 1873, et devint ensuite général. Après avoir commandé
- plus tard la 5e division, il reçut le commandement du 8e corps
- d'armée à Coblence.
-
- LONGUEVILLE (Mme DE), 1619-1679. Anne-Geneviève de Bourbon-Condé,
- duchesse de Longueville, sœur du grand Condé et du prince de
- Conti. Une des héroïnes de la _Fronde_.
-
- LOUIS XVII (Louis-Charles de France), 1785-1795. Deuxième fils du
- Roi Louis XVI et de Marie-Antoinette. Devenu dauphin à la mort de
- son frère aîné en 1789, ce prince suivit partout sa famille et
- fut enfermé au Temple où il mourut sous les mauvais traitements
- dont il fut la douloureuse victime.
-
- LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, 1808-1872. Plus tard l'Empereur
- Napoléon III.
-
- LOUIS-PHILIPPE Ier *, 1773-1849. Roi des Français.
-
- LOTTUM (la comtesse DE) ***, 1809-1894. Clotilde, fille aînée du
- prince de Putbus.
-
- LUCCHESI-PALLI (le comte Hector DE), 1805-1864. Diplomate
- italien, époux morganatique de la duchesse de Berry.
- Lucchesi-Palli appartenait à une famille qui tient par ses
- origines aux ducs de Bénévent. Fils du grand Chancelier des
- Deux-Siciles, le comte suivit la carrière diplomatique. Son
- gouvernement lui ayant confié une mission pour celui de La Haye,
- il se rendait à ce poste, lorsqu'il fit à Massa la rencontre de
- la duchesse de Berry qui était sur le point de rentrer en France
- pour y donner l'ordre du soulèvement en Vendée. Éprise du
- diplomate italien, la duchesse de Berry contracta avec lui un
- mariage secret qu'elle ne déclara publiquement que lorsqu'elle
- fut prisonnière au château de Blaye.
-
- LUYNES (le connétable DE), 1578-1621. Favori de Louis XIII qui le
- couvrit d'honneurs et le fit connétable de France. Il avait
- épousé la fille du duc de Montbazon.
-
-
-M
-
- MAC-MAHON (le maréchal DE), 1808-1893. S'était fort distingué en
- Algérie et en Crimée; il fut créé maréchal de France et duc de
- Magenta, en 1859, en Italie, après la bataille de ce nom.
- Mac-Mahon fut président de la troisième République française de
- 1873 à 1879.
-
- MAC-MAHON (la maréchale DE), 1834-1900. Élisabeth de La Croix de
- Castries, mariée en 1854 à Maurice de Mac-Mahon, plus tard duc de
- Magenta.
-
- MACAULEY (lord) ***, 1800-1859. Historien anglais.
-
- MAILLÉ (la duchesse DE), morte en 1853. Blanche-Joséphine Le
- Bascle d'Argenteuil, épouse de Charles-François-Armand, duc de
- Maillé, dont elle était la seconde femme. La duchesse de Maillé
- devint veuve en 1837.
-
- MAILLÉ (la duchesse DE), 1827-1899. Seconde fille du marquis
- d'Osmond, épousa en 1845 Jacquelin, duc de Maillé.
-
- MAINTENON (la marquise DE) *, 1635-1719. Françoise d'Aubigné.
-
- MAISTRE (le comte Joseph DE), 1753-1821. Piémontais, célèbre par
- son esprit philosophique chrétien et les grands services qu'il
- rendit à sa patrie, dans les différents emplois que lui donna le
- Roi Charles IV de Sardaigne. Son ambassade à Saint-Pétersbourg
- dura quatorze ans. Il a laissé des ouvrages fort remarquables.
-
- MAISTRE (le comte Rodolphe DE) ***, 1789-1865. Gouverneur de
- Nice.
-
- MALMESBURY (lord), 1807-1889. James Howard Harris. Homme d'État
- anglais. Il appartenait au parti torie et fit partie du cabinet
- de lord Derby en 1852, comme ministre des Affaires étrangères.
- Lié d'amitié depuis 1839 avec le prince Louis-Napoléon Bonaparte,
- alors réfugié en Angleterre, lord Malmesbury mit le plus grand
- empressement à faire reconnaître, par l'Angleterre, Napoléon III
- lorsqu'il devint Empereur.
-
- MANTEUFFEL (le baron Othon DE) ***, 1805-1879. Ministre et homme
- d'État prussien.
-
- MANTEUFFEL (le général DE), 1805-1885. Edwin-Hans-Charles, baron
- de Manteuffel, général prussien, fut employé dans plusieurs
- missions diplomatiques. Aide de camp général de l'Empereur
- Guillaume Ier, le général de Manteuffel a joui d'un grand
- crédit auprès de ce prince.
-
- MANUEL (Mme). Anna-Maria del Consuelo, Espagnole de naissance,
- sœur du marquis de Bedmar, elle porta le titre de comtesse de
- Gramedo, qui appartenait à sa famille. Elle épousa M. Manuel,
- agent de change en France.
-
- MANUEL (Jacques-André), 1791-1857. Homme politique français.
- Après avoir commencé par la carrière militaire, Manuel quitta les
- armes à la suite de la chute du premier Empire et fonda une
- banque à Nevers, sa ville natale. En 1839, Manuel fut élu député;
- il siégea à la Constituante de 1848, puis à l'Assemblée
- législative. Après le coup d'État du 2 décembre, il fut appelé au
- Sénat.
-
- MARIE-AMÉLIE (la Reine) *, 1782-1866. Épouse du Roi
- Louis-Philippe.
-
- MARIE-CHRISTINE (la Reine) ***, 1806-1878. Reine d'Espagne.
-
- MARMONT (le maréchal) ***, 1774-1852. Duc de Raguse.
-
- MARS (Mlle) ***, 1778-1847. Célèbre actrice française.
-
- MARTIMPREY (le général DE), 1808-1883. Édouard-Charles de
- Martimprey, ancien élève de Saint-Cyr, fit de nombreuses
- campagnes en Afrique. Colonel en 1848, général en 1852.
- Martimprey devint chef d'état-major pendant les guerres de Crimée
- et d'Italie, puis gouverneur de l'Algérie, et, à la fin,
- gouverneur des Invalides à Paris.
-
- MASAMILLO, 1622-1647. Pêcheur napolitain, il se mit à la tête des
- Napolitains révoltés contre l'Espagne, et fut assassiné.
-
- MATHILDE (la princesse) **, 1820-1904. Fille de Jérôme Bonaparte.
- Portait d'abord le nom de Mlle de Montfort.
-
- MAZZINI (Giuseppe), 1808-1872. Patriote italien, né à Gênes.
- Fondateur d'une société secrète: _la Jeune Italie_, Mazzini ne
- cessa de conspirer soit en Italie, soit en Suisse, soit en
- Angleterre. En 1848, il fit partie du triumvirat romain.
-
- MECKLEMBOURG-SCHWERIN (la grande-duchesse DE), 1803-1892. Cette
- princesse, fille du Roi Frédéric-Guillaume III, avait épousé en
- 1823 le grand-duc Paul-Frédéric de Mecklembourg-Schwerin dont
- elle devint veuve en 1842.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (le grand-duc DE), 1779-1860. Frère de la
- Reine Louise de Prusse.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (le duc Georges DE) ***, 1819-1904. Prince
- héréditaire.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (la duchesse Caroline DE), 1821-1876. Fille
- du grand-duc Georges de Mecklembourg-Strelitz, mariée en 1841 à
- Frédéric VII, alors Prince Royal de Danemark, dont cette
- Princesse divorça en 1846.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (le duc Georges DE), 1824-1871. Épousa en
- 1851 la grande-duchesse Catherine Michaïlowna de Russie, quitta
- l'Allemagne et s'établit à Saint-Pétersbourg après s'être engagé
- au service russe.
-
- MEDEM (le comte Paul DE) *, 1800-1854. Diplomate russe.
-
- MENSCHIKOFF (le prince Alexandre-Sergewitch), 1789-1869. Amiral
- et homme d'État russe. En 1853, Menschikoff fut envoyé en
- Turquie, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, pour exiger du
- gouvernement ottoman qu'il reconnût à la Russie le droit de
- protectorat sur les populations de religion grecque, habitant sur
- son territoire. N'ayant pas réussi, Menschikoff quitta
- brusquement Constantinople, et la guerre d'Orient éclata peu
- après. Nommé alors gouverneur de la Crimée, il contribua, par ses
- mesures, à l'anéantissement d'une partie de la flotte russe à
- Sinope.
-
- MENSDORFF-POUILLY (le comte Alexandre DE), 1813-1871. Général
- autrichien. En 1859, il fut promu au grade de feld-maréchal.
-
- MÉRIMÉE (Prosper), 1803-1870. Romancier et érudit français. Une
- excursion qu'il fit en Espagne, vers 1840, lui donna l'occasion
- de se lier avec Mme de Montijo (mère de l'Impératrice Eugénie) et
- ces relations lui valurent d'être reçu aux Tuileries, sous le
- second Empire, sur le pied d'une familière intimité. En 1844,
- Mérimée entra à l'Académie, et en 1853 il fut fait sénateur.
-
- MÉRODE (Mgr DE), 1802-1874. Après avoir été officier dans l'armée
- belge, M. de Mérode entra dans les ordres. Il devint camérier du
- Pape Pie IX et fut nommé en 1860 ministre des armes. Mgr de
- Mérode fut l'inspirateur de l'organisation de l'armée
- pontificale, commandée par le général de Lamoricière.
- Démissionnaire en 1865, Mgr de Mérode fut créé archevêque de
- Métylène en 1866.
-
- MÉRODE (la comtesse Werner DE), 1823-1901. Thérèse de Mérode
- épousa en 1843 son cousin le comte Werner de Mérode.
-
- METTERNICH (le prince DE) *, 1773-1859. Diplomate et homme d'État
- autrichien.
-
- METTERNICH (la princesse Mélanie DE) **, 1805-1854. Fille du
- comte Zichy-Ferraris, troisième femme du prince de Metternich.
-
- METTERNICH-WINNEBOURG (le prince Richard DE), 1829-1895. Fils du
- célèbre chancelier d'Autriche et de sa seconde femme, née
- comtesse de Beilstein, occupa d'abord le poste de ministre
- d'Autriche à Dresde en 1856 et fut nommé ambassadeur à Paris, à
- la suite de la guerre d'Italie en 1859. Le prince Richard occupa
- ce poste jusqu'à la fin du second Empire.
-
- METTERNICH-WINNEBOURG (la princesse Pauline DE), née en 1836.
- Fille du comte Sandor, elle épousa en 1856 son oncle, le prince
- Richard de Metternich.
-
- METTERNICH (la princesse Mélanie DE), née en 1832. Fille du
- troisième mariage du prince de Metternich avec la comtesse Zichy
- Ferraris. Elle épousa en 1853 le comte Zichy de Vasonykaïa.
-
- MEULAN (Mme DE) ***. Mère de la première Mme Guizot.
-
- MEYERBEER (1794-1864). Célèbre compositeur allemand, né à Berlin.
- On lui doit de magnifiques opéras.
-
- MEYENDORFF (le baron Pierre DE) ***, 1792-1863. Diplomate russe
- longtemps ministre de Russie à Berlin.
-
- MEYENDORFF (la baronne DE) ***, née en 1800. Wilhelmine-Sophie de
- Buol-Schœnstein.
-
- MIGNET (François-Auguste-Marie) *, 1796-1884. Historien français,
- membre de l'Académie française.
-
- MINTO (lord), 1782-1859. Gilbert-Elliot-Murray Kynynmond, comte
- de Minto, homme d'État anglais. Entré à la Chambre des Lords en
- 1840, Minto y prit place dans le parti whig et vota pour les
- mesures les plus libérales. Ministre plénipotentiaire à Berlin en
- 1832, il prit ensuite en 1835 la direction générale des postes et
- fut bientôt nommé premier Lord de l'Amirauté dans le ministère
- Melbourne. Lord Minto alla alors en Suisse, en Italie pour
- examiner l'état de l'opinion et y encourager dans leurs tendances
- libérales Pie IX et Charles-Albert. Lord Minto passait pour un
- administrateur habile.
-
- MILOSCH (le prince), 1825-1868. Michel III Obrenowitch succéda en
- Serbie à son frère le prince Milosch II. Il épousa la comtesse
- Julie Huniady.
-
- MILDE (Mgr), 1777-1853. En 1831, il fut appelé au siège de Vienne
- comme archevêque et y resta jusqu'à sa mort.
-
- MIRABEAU (Victor-Riquetti, marquis DE) *, 1749-1791. Député du
- Tiers aux États généraux, grand orateur.
-
- MIRÈS (Jules), 1809-1871. Comme courtier d'affaires, Mirès
- parvint à diriger d'énormes entreprises, notamment à Marseille où
- il fut décoré lors du voyage de Napoléon III, en 1860. Placé à la
- tête des chemins de fer romains, Mirès fut poursuivi en 1861,
- comme gérant de la caisse de ces chemins de fer, et condamné à
- plusieurs peines sévères. Cet arrêt fut cassé par la cour de
- Douai qui réhabilita Mirès sur tous les points. Mirès fut
- propriétaire du _Constitutionnel_ et de la _Presse_.
-
- MOCQUARD (Jean-François-Constant), 1791-1864. Ayant commencé par
- la carrière du barreau, Mocquard dut la quitter en 1826 à la
- suite d'une maladie de larynx. Très chaud partisan du prince
- Louis Bonaparte, Mocquard fut un des premiers confidents des
- projets du coup d'État, et demeura ensuite le secrétaire
- particulier de l'Empereur Napoléon III, dont il avait toute la
- confiance. En 1863, Mocquard fut nommé sénateur.
-
- MODÈNE (le duc DE), 1819-1875. François V succède à son père en
- 1846. Marié en 1842 à la princesse Aldegonde de Bavière.
-
- MOLÉ (le comte Mathieu) *, 1781-1855. Homme politique sous le
- premier Empire et la Monarchie de Juillet.
-
- MOLLIEN (la comtesse) *, 1785-1878. Dame du palais de la Reine
- Marie-Amélie.
-
- MONACO (le prince DE). Charles III, 1818-1889. Ce prince avait
- épousé en 1846 la comtesse Antoinette de Mérode.
-
- MONTAUBAN (le général Cousin), 1796-1878. Antoine de
- Cousin-Montauban fit avec distinction les campagnes d'Afrique,
- commanda en 1860 l'expédition anglo-française en Chine, força
- l'embouchure du Pei-ho, remporta la victoire de Palikao, entra
- dans Pékin et imposa à l'Empereur de Chine un traité qui assura
- le respect des intérêts européens.--Voir Palikao.
-
- MONTALEMBERT (le comte Charles DE) **, 1810-1879. Un des plus
- brillants défenseurs du catholicisme en France.
-
- MONTALEMBERT (la comtesse DE), née en 1818. Anne de Mérode épousa
- en 1836 le comte Charles de Montalembert, pair de France.
-
- MONTGUYON (M. DE). Officier, aide de camp du duc d'Orléans. Le
- bruit avait couru en 1853 que la duchesse d'Orléans l'épouserait.
- Il était fils de M. de Montguyon, pair de France sous
- Louis-Philippe et très orléaniste dans ses opinions.
-
- MONTEBELLO (le duc DE) ***, 1801-1874. Fils du maréchal Lannes.
-
- MONTEMOLIN (le comte DE) ***, 1818-1861. Infant d'Espagne, fils
- de don Carlos.
-
- MONTENEGRO (le chevalier Joachim). Attaché à l'ambassade
- d'Espagne à Vienne, Montenegro y vivait dans la plus grande
- intimité de la famille du prince Metternich. Plus tard, il devint
- chambellan du duc de Parme.
-
- MONTIJO (le comte DE), mort en 1839. Cyprien comte de Montijo et
- de Miranda, duc de Penaranda, officier espagnol, dévoué à la
- cause française qu'il servit comme officier d'artillerie. M. de
- Montijo était le père de l'Impératrice Eugénie.
-
- MONTIJO (la comtesse DE). Donna Maria Manuella. Andalouse issue
- des Kirkpatrik de Closburn, famille écossaise exilée pour son
- dévouement à la cause des Stuarts. Mme de Montijo vivait séparée,
- à l'amiable, de son mari, dont elle devint veuve en 1839. Elle
- avait deux filles dont l'aînée épousa le duc d'Albe et la seconde
- devint l'Impératrice Eugénie.
-
- MONTIJO (Mlle DE).--Voir à _Impératrice Eugénie_.
-
- MONTMORENCY (le duc DE) *, 1790-1862. Raoul porta d'abord le
- titre de baron de Montmorency et prit celui de duc en 1846, à la
- mort de son père.
-
- MONTMORENCY (le duc Mathieu DE), 1767-1826. M. de Montmorency
- prit part dans sa jeunesse à l'expédition de La Fayette en
- Amérique. Remarqué de bonne heure par ses idées libérales,
- Mathieu de Montmorency fut un des premiers qui se réunirent au
- Tiers État, prêta le serment du Jeu de paume, et proposa, dans la
- séance du 4 août 1789, l'abolition des droits féodaux ainsi que
- des privilèges; enfin il appuya le décret d'abolition de la
- noblesse. Aide de camp du maréchal Luckner, le duc Mathieu de
- Montmorency donna bientôt sa démission; puis il émigra, pour
- aller rejoindre à Coppet, en Suisse, Mme de Staël, à laquelle il
- témoigna une constante amitié ainsi qu'à Mme Récamier. Rentré en
- France en 1815, il ne s'occupa plus guère que d'œuvres de
- bienfaisance. Aide de camp du comte d'Artois, il prit le
- portefeuille des Affaires étrangères après la mort du duc de
- Berry; il détermina la guerre d'Espagne au congrès de Vérone et
- reçut, en 1822, le titre de duc. Il mourut subitement dans
- l'église de Saint-Thomas d'Aquin le vendredi saint au moment où
- il faisait ses dévotions. Depuis 1825, le duc Mathieu était
- membre de l'Académie française.
-
- MONTMORENCY (la duchesse Mathieu DE) ***, 1774-1858. Née Hortense
- de Chevreuse-Luynes.
-
- MONTPENSIER (Antoine d'Orléans, duc DE) ***, 1824-1890. Le plus
- jeune fils du Roi Louis-Philippe.
-
- MONTPENSIER (la duchesse DE), 1832-1896. Louise, Infante
- d'Espagne, sœur de la Reine Isabelle II, mariée, en 1846, à
- Antoine d'Orléans, duc de Montpensier, dernier fils du Roi
- Louis-Philippe.
-
- MONTROND (le comte Casimir DE) *, 1757-1843. Ami du prince de
- Talleyrand.
-
- MORLOT (le cardinal), 1795-1862. Mgr Morlot avait été évêque
- d'Orléans en 1839 et devint archevêque de Tours en 1842. Il y
- reçut le chapeau de cardinal en 1853 et fut appelé, en 1857, au
- siège de Paris. Il devint sénateur, grand aumônier de l'Empereur
- et membre du conseil privé.
-
- MORNY (le duc DE), 1811-1865. Charles-Auguste de Morny fut élevé
- par Mme de Souza (d'abord comtesse de Flahaut). Entré dans
- l'armée en 1832, Morny fit la campagne d'Afrique à la suite du
- duc d'Orléans. Il entreprit plusieurs affaires industrielles et
- fut élu député en 1842 dans le Puy-de-Dôme. S'étant rapproché de
- Louis-Napoléon en 1849, Morny devint un de ses conseillers les
- plus influents. Ministre de l'Intérieur durant le coup d'État du
- 2 décembre, il offrit sa démission lors du décret de confiscation
- des biens de la maison d'Orléans. Morny devint en 1854 président
- du Corps législatif et fut envoyé à Moscou en 1856 pour
- représenter la France au couronnement de l'Empereur Alexandre II
- de Russie.
-
- MOTTEVILLE (Mme DE) **, 1621-1689. Auteur de mémoires sur Anne
- d'Autriche, dont elle avait été dame de cour.
-
- MOUCHY (le duc DE), 1808-1854. Charles-Philippe-Henry de
- Noailles, prince de Poix, connu sous le nom de duc de Mouchy,
- arrière-petit-fils du célèbre maréchal de Mouchy, avait d'abord
- servi dans l'armée, qu'il quitta en 1839. Propriétaire dans
- l'Oise et conseiller général, le duc de Mouchy fut élu député en
- 1849, et appelé aussitôt à siéger au Sénat de l'Empire en 1852.
-
- MOUCHY (la duchesse DE), 1810-1858. Cécile, fille d'Alfred de
- Noailles, mariée en 1834 au duc Henri de Mouchy.
-
- MOUCHY (le duc DE), 1841-1909. Antoine, sixième duc de Mouchy,
- épousa en 1865 la princesse Anna Murat.
-
- MOUSTIER (le marquis DE), 1817-1869. Nommé ministre de France à
- Berlin en 1853, le marquis de Moustier devint ensuite ambassadeur
- à Vienne, en 1859, puis à Constantinople en 1861. En 1866, M. de
- Moustier reçut le portefeuille des Affaires étrangères qu'il
- garda jusqu'à la fin de 1868.
-
- MÜLLER (Frédéric DE), 1779-1849. Dit: «_le Chancelier de
- Müller_». Entré au service du duc de Saxe-Weimar en 1801.
- Frédéric de Müller fut chargé, après la bataille d'Iéna, quoique
- bien jeune encore, des négociations avec Napoléon Ier, qui
- laissèrent au grand-duché de Saxe-Weimar son autonomie. Ami de
- Gœthe, Frédéric de Müller était un homme fort aimable, et un
- esprit cultivé; il resta jusqu'en 1848 à la tête des affaires du
- grand-duché de Weimar.
-
- MÜLLER (Jean DE), 1752-1809. Célèbre historien suisse, conseiller
- aulique à Mayence, puis à Vienne. Jean de Müller vint à Berlin en
- 1795 et le Roi de Prusse le nomma conseiller intime et
- historiographe de sa maison. Napoléon Ier vit à Berlin en 1806
- Jean de Müller, se l'attacha et l'employa comme ministre d'État
- du nouveau royaume de Westphalie.
-
- MÜNCHHAUSEN (le baron Ferdinand DE), 1810-1882. Conseiller intime
- du roi de Prusse, membre de la Chambre des Seigneurs, président
- de la province de Poméranie, commissaire du Roi à la chambre
- provinciale du duché de Poméranie et de la principauté de Rügen.
-
- MÜNSTER (la comtesse DE), 1789-1876. Julie Berndt de Marwitz,
- fille de M. de Marwitz qui fut maréchal de cour du Roi de Prusse,
- Frédéric-Guillaume II. Elle avait épousé le comte Münster,
- général au service de Prusse. Sa mère était une Française: Mlle
- Duchat de Dorwell.
-
- MURAT (le Roi), 1771-1815. Joachim Murat, beau-frère de Napoléon
- Ier dont il avait épousé la sœur. Roi de Naples de 1808 à
- 1814, fusillé à Pizzo en 1815.
-
- MURAT (prince Joachim), 1834-1901. Petit-fils du Roi Murat.
- Colonel au régiment des Guides de la garde impériale de Napoléon
- III. En 1854, le prince Joachim épousa une fille du prince de
- Wagram.
-
- MURAT (le prince Lucien), 1803-1878. Prince Royal de Naples, fils
- du Roi Joachim et de Caroline Bonaparte. Après la mort de son
- père, le prince Lucien Murat résida à Trieste auprès de sa mère,
- et retourna en France en 1848. Le second Empire le fit sénateur
- en 1852, prince français en 1853 et titré Altesse. Le prince
- Lucien avait épousé en 1831 Mlle Georgine Fraser.
-
-
-N
-
- NAPIER (sir Charles) ***, 1786-1860. Amiral anglais.
-
- NAPLES (le Roi DE), 1836-1894. François II, fils du Roi Ferdinand
- II et de sa première femme Marie-Christine, fille de
- Victor-Emmanuel Ier, Roi de Sardaigne. En 1859, il succéda à
- son père sur le trône des Deux-Siciles, dans les circonstances
- les plus difficiles. Il venait d'épouser, cette même année, la
- princesse Marie de Bavière. Après l'entrée de Garibaldi à Naples
- le 7 septembre 1860, François II, se voyant abandonné de tous les
- siens, s'enferma avec la Reine et quelques fidèles dans Gaëte où
- il soutint un siège désespéré. Contraint de capituler le 13
- février 1861, François II se retira d'abord à Rome, et vécut le
- reste de ses jours dans l'exil.
-
- NAPLES (la Reine DE), née en 1841. Marie-Sophie-Amélie, fille du
- duc Maximilien de Bavière, épousa en 1859 François II, Roi de
- Naples.
-
- NAPOLÉON Ier, Empereur des Français *, 1769-1821.
-
- NAPOLÉON (le prince Jérôme), 1822-1893. Fils du Roi Jérôme de
- Westphalie et de la princesse Catherine de Würtemberg, ce prince
- naquit à Trieste durant l'exil de ses parents. En 1859, il épousa
- la princesse Clotilde, fille du Roi de Sardaigne. Il mourut à
- Rome en 1893.
-
- NARBONNE-LARA (le comte Louis DE), 1755-1814. Né à Colorno dans
- le grand-duché de Parme, Narbonne vint en France à l'âge de cinq
- ans, avec sa mère, devenue dame d'honneur de Madame Adélaïde,
- fille du Roi Louis XV. Louis de Narbonne entra dans la carrière
- militaire, devint colonel à trente ans, accueillit les idées
- nouvelles de 1789, fut nommé ministre de la guerre en 1791,
- perdit son portefeuille en 1792 et partit alors pour l'armée.
- Nommé aide de camp de Napoléon Ier, Louis de Narbonne suivit
- l'Empereur en Russie et fut nommé ambassadeur à Vienne en 1813.
-
- NASSAU (la princesse DE), 1831-1888. Hélène de Nassau, fille du
- second mariage du duc Adolphe de Nassau avec la princesse
- Adélaïde d'Anhalt. Cette princesse épousa, en 1853, Georges,
- prince régnant de Waldeck et de Pyrmont.
-
- NEGRO (le marquis Gian Carlo DI), mort en 1856. Italien, poète et
- protecteur des artistes, musicien lui-même. La _viletta di
- Negro_, à Gênes, est devenue, après sa mort, un musée d'histoire
- naturelle, et le jardin fait maintenant partie de la promenade de
- l'_Acquasola_ à Gênes.
-
- NEMOURS (le duc DE) *, 1814-1896. Second fils du Roi
- Louis-Philippe.
-
- NEMOURS (la duchesse DE) ***, 1822-1852. Fille du prince
- Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha.
-
- NESSELRODE (le comte DE) *, 1780-1862. Chancelier de l'Empire de
- Russie.
-
- NEY (Edgard) ***, 1812-1882. Prince de la Moskowa, officier
- d'ordonnance de Napoléon III.
-
- NICOLAS Ier (l'Empereur) *, 1776-1855. Empereur de Russie.
-
- NIEBUHR (Marc-Carsten-Nicolas), 1817-1860. Homme d'État prussien
- qui collabora activement au _Journal de la Croix_
- (_Kreuz-Zeitung_). Après avoir été nommé successivement
- conseiller de Régence et secrétaire de cabinet, Niebuhr fut
- chargé d'une mission diplomatique à Londres en 1852. En 1854, il
- devint conseiller d'État et reçut cette même année ses lettres de
- noblesse.
-
- NIEL (le général Adolphe), 1802-1869. Ayant suivi de bonne heure
- la carrière des armes, Niel fut attaché, en 1849, à l'expédition
- de Rome en qualité de chef d'état-major du génie, et y mérita le
- grade de général de brigade. En 1853, il fit partie du corps
- expéditionnaire de la Baltique et, en 1855, fut chargé du
- commandement en chef du génie de l'armée d'Orient; il dirigea
- ainsi les opérations du siège de Sébastopol. En 1859, pendant la
- guerre d'Italie, Niel commanda le 4e corps d'armée, prit part
- aux batailles de Magenta et de Solférino et fut nommé maréchal de
- France. En 1865, il devint ministre de la guerre.
-
- NIGRA (le chevalier), 1827-1907. Après avoir pris part à la lutte
- contre l'Autriche, en 1848, Nigra entra dans la diplomatie
- piémontaise et remplit, en 1856, les fonctions de secrétaire du
- comte de Cavour au congrès de Paris, puis de secrétaire des
- plénipotentiaires italiens aux négociations de Zurich. Nommé une
- première fois ministre à Paris, Nigra fut attaché, en 1861, au
- prince de Carignan, pendant sa mission à Naples; il fut nommé une
- seconde fois au poste de ministre, puis à celui d'ambassadeur
- d'Italie à Paris qu'il garda jusqu'en 1867. Il fut fait comte
- alors; et, depuis cette époque, il occupa encore les ambassades
- de Saint-Pétersbourg et de Vienne.
-
- NISARD (Jean-Marie-Napoléon-Désiré), 1806-1888. Littérateur
- français. Collaborateur du journal des _Débats_, maître des
- requêtes au conseil d'État, Nisard remplaça en 1843 Burnouf dans
- la chaire d'éloquence latine au collège de France. Membre de
- l'Académie française, Nisard resta à la tête de l'École Normale
- jusqu'en 1867, date à laquelle il fut nommé sénateur et officier
- de la Légion d'honneur.
-
- NOAILLES (le duc Paul DE) *, 1802-1885. Pair de France et
- académicien.
-
- NOAILLES (la vicomtesse DE) **, 1792-1851. Fille du duc de Poix,
- elle épousa le vicomte Alfred de Noailles.
-
- NORFOLK (le duc DE), 1815-1860. Henry, quatorzième duc de
- Norfolk, avait épousé une fille de lord Lyons.
-
- NORMANBY (le marquis DE) ***, 1797-1863. Fut ambassadeur à Paris.
-
- NOTHOMB (le baron Jean-Baptiste) ***, 1805-1881. Ministre de
- Belgique durant de longues années à Berlin.
-
-
-O
-
- O'DONNELL (le comte Maximilien), 1812-1895. Général-major au
- service de l'Autriche, le comte O'Donnell était aide de camp de
- l'Empereur François-Joseph, et auprès de lui lors de l'attentat
- dont ce souverain faillit être la victime en 1853. A cette
- occasion le comte O'Donnell fut comblé d'honneurs.
-
- OLBERG (le général D'). De 1852 à 1853, le général d'Olberg fut
- gouverneur du Luxembourg et ensuite attaché à la légation
- prussienne à Bruxelles. En 1855, Olberg devint commandant de la
- forteresse de Luxembourg, poste qu'il occupa jusqu'en 1858.
-
- OLGA (la grande-duchesse), 1822-1892. Fille de l'Empereur Nicolas
- Ier de Russie. Cette Princesse, d'une beauté très remarquable,
- épousa en 1846 le Prince Royal de Würtemberg qui monta sur le
- trône en 1864.
-
- OPORTO (le duc D'), 1838-1889. Dom Luiz-Philippe, second fils de
- la Reine Maria II da Gloria de Portugal et du Roi Ferdinand,
- prince de Saxe-Cobourg-Gotha, succéda, en 1861, sur le trône de
- Portugal, à son frère le Roi Pedro V d'Alcantara. Le Roi Luiz
- avait épousé en 1862 la princesse Maria-Pia de Savoie, fille de
- Victor-Emmanuel II, roi d'Italie.
-
- ORESTIS (la comtesse DE), morte en 1876. Nathalie Tchikatcheff
- avait épousé, en premières noces, le prince Dewlet-Kildieff dont
- elle eut quatre fils. Devenue veuve, elle se remaria avec le
- comte Orestis dont elle eut une fille. La comtesse Orestis avait
- une belle installation à Nice.
-
- ORLÉANS (le duc D') *, 1810-1842. Fils aîné du Roi
- Louis-Philippe.
-
- ORLÉANS (la duchesse D') ***, 1814-1858. Née princesse de
- Mecklembourg-Schwerin.
-
- ORLOFF (le prince), 1786-1861. Général et homme d'État russe. Le
- prince Alexis Fœdorowitch Orloff prit part aux guerres du
- premier Empire, puis à toutes les campagnes de la Russie en
- Turquie et en Pologne. En 1853, il assista aux conférences de
- Berlin et d'Olmütz et eu 1854, pendant la guerre de Crimée,* le
- prince Orloff reçut une mission diplomatique à Vienne. Alexandre
- II le chargea de représenter la Russie au congrès de Paris en
- 1856. Peu après, il fut fait prince.
-
- ORSINI (Félix), 1819-1858. Conspirateur italien, qui attenta à la
- vie de Napoléon III le 14 janvier 1858. Défendu par Jules Favre,
- Orsini fut condamné à mort et exécuté à Paris.
-
- ORTEGA (le général). Espagnol, capitaine général des Iles
- Baléares, dévoué à don Carlos qui voulut se servir d'Ortega pour
- risquer un coup de main et détrôner la Reine Isabelle II. Le 4
- avril 1860, Ortega débarqua sur les côtes d'Espagne, à la tête
- d'une partie des troupes qu'il commandait, dans le but de
- favoriser un soulèvement que comptait opérer le prétendant.
- L'entreprise échoua, le général Ortega, lâchement dénoncé et
- abandonné par le Prince, fut fusillé le 15 avril 1860, peu de
- jours après son essai infructueux.
-
- OSMOND (la marquise D'), née Dillon. Elle fut la mère de la
- comtesse de Boigne.
-
- OSMOND (Rainulphe-Eustache D'), frère de Mme de Boigne, aide de
- camp du duc d'Angoulême, marié à Mlle Destillières.
-
- OSSUNNA ET D'INFANTANDO (le duc D'), mort en 1885. Diplomate
- espagnol. En 1866, il avait épousé la princesse Éléonore de
- Salm-Salm. Il ne laissa pas d'enfants.
-
- O'SULLIVAN DE GRASS (Alphonse), 1798-1865. Il entra d'abord dans
- la carrière administrative et ce ne fut qu'en 1825 qu'O'Sullivan
- de Grass passa au département des Affaires étrangères. Lorsque le
- royaume de Belgique fut constitué, il fut envoyé, en 1833, à
- Vienne comme chargé d'affaires de Belgique, y devint en 1836
- ministre plénipotentiaire et resta à ce poste jusqu'à sa mort. En
- 1847, il fut créé comte et, en 1853, nommé ambassadeur
- extraordinaire à Vienne pour le mariage du duc de Brabant avec
- l'archiduchesse Marie-Henriette.
-
- OUBRIL (M. Paul D'), 1819-1896. Diplomate russe. Durant plusieurs
- années, M. d'Oubril fut secrétaire à l'ambassade de Russie à
- Paris et devint ensuite ambassadeur à Berlin, poste qu'il occupa
- pendant assez longtemps. Quand M. d'Oubril le quitta, il fut
- nommé sénateur à Saint-Pétersbourg. Il mourut à Naples où il
- avait été chercher un retour à la santé.
-
-
-P
-
- PALLADIO (André), 1518-1580. Illustre architecte italien, né à
- Vicence.
-
- PALLAVICINI (le marquis), 1821-1855. François Pallavicini épousa
- la fille du marquis Sauli.
-
- PALIKAO (le maréchal comte de), 1796-1878. Titre que reçut le
- maréchal de Montauban après ses victoires en Chine durant la
- guerre de 1860.
-
- PALMERSTON (lord) *, 1784-1865. Homme d'État anglais, à plusieurs
- reprises ministre des Affaires étrangères.
-
- PALMERSTON (lady) *, 1787-1858. Sœur de lord Melbourne, et en
- premières noces lady Cowper.
-
- PANIEGA (Mlle DE LA). Jeune et riche Espagnole, fille du marquis
- de la Paniega, que l'Impératrice Eugénie fit épouser en 1858 au
- maréchal Pélissier, duc de Malakoff.
-
- PARIS (le comte DE) **, 1838-1894. Fils aîné du duc d'Orléans.
-
- PARME (la duchesse régente DE), 1819-1864. Louise-Marie-Thérèse
- de Bourbon, fille du duc de Berry, mariée en 1845 au duc Charles
- III de Parme dont elle devint veuve en 1854. Cette Princesse prit
- alors la régence pendant la minorité de son fils le duc Robert de
- Parme.
-
- PARME (le duc Robert DE), 1848-1907. Succéda à son père en 1854,
- sous la tutelle de sa mère. Par décret du 18 mars 1860, les
- duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalle furent unis aux
- États du Roi de Sardaigne et le duc Robert fut déclaré déchu de
- son trône. Le duc Robert de Parme épousa en 1869 la princesse
- Marie-Pia de Bourbon, fille du Roi Ferdinand II des
- Deux-Siciles.
-
- PASQUIER (le duc) *, 1767-1862. Pair de France et grand
- chancelier.
-
- PASTORET (le marquis DE) ***, 1756-1840. Pair de France. Louis
- XVIII lui donna la tutelle des enfants du duc de Berry.
-
- PASTORET (le marquis DE), 1791-1857. M. de Pastoret avait servi
- dans la carrière administrative, sous le premier Empire, puis
- sous la Restauration. Ami du comte de Chambord, il avait refusé
- d'adhérer au gouvernement de Louis-Philippe, mais il se montra
- sympathique à celui du prince Louis-Napoléon qui le nomma
- sénateur en 1852, grand-officier de la Légion d'honneur et, en
- 1855, membre de la commission municipale de Paris.
-
- PATOW (Érasme-Robert, baron DE), 1804-1881. Homme d'État
- prussien, M. de Patow suivit la carrière administrative. En 1858,
- il devint ministre des finances dans le cabinet présidé alors par
- le prince de Hohenzollern.
-
- PAYS-BAS (la Reine DES), 1818-1877. Sophie, fille du Roi
- Guillaume Ier de Würtemberg, épousa en 1839 (lorsqu'il était
- encore Prince Royal) Guillaume III qui monta sur le trône de
- Hollande en 1849. La Reine Sophie était liée d'amitié avec
- l'Empereur Napoléon III.
-
- PÉLISSIER (Jean-Jacques-Amable), 1792-1864. Soldat d'Afrique, où
- il combattit durant de longues années, Pélissier fut appelé au
- commandement du 1er corps de l'armée d'Orient. Il arriva à
- Sébastopol en 1855. Trois mois après, Canrobert ayant donné sa
- démission, Pélissier le remplaça et le 8 septembre suivant, il
- prit la ville d'assaut. Cette victoire lui valut le bâton de
- maréchal et le titre de duc de Malakoff. Le maréchal Pélissier
- fut ensuite ambassadeur à Londres et, pendant la guerre d'Italie
- en 1859, fut chargé d'organiser à Nancy le corps d'observation
- contre la Prusse.
-
- PELLICO (Silvio) ***, 1788-1854. Poète et littérateur italien.
-
- PEPE (le général Guillaume), 1782-1855. Grand patriote et général
- italien, ayant fait les guerres du premier Empire dans la légion
- italienne. Après 1815, Pepe devint un des chefs du carbonarisme
- et du parti libéral à Naples où il était né. Après de nombreuses
- péripéties qui le forcèrent à s'exiler, Pepe fut rappelé à Naples
- en 1848 par la révolution triomphante, reçut le commandement du
- corps d'armée envoyé par le gouvernement constitutionnel de
- Naples à Charles-Albert pour battre les Autrichiens. Quand le Roi
- Ferdinand rappela ses troupes, Pepe, trahi et abandonné par la
- plupart de ses soldats, resta fidèle à la cause nationale et
- offrit son épée à Manin. Il combattit avec vaillance pendant le
- siège de Venise et, après la capitulation de cette ville, Pepe se
- fixa à Nice, puis à Turin où il termina sa vie.
-
- PÉRIGORD (la comtesse Edmond DE), 1793-1862, plus tard duchesse
- de Dino, auteur de cette Chronique.
-
- PÉRIGORD (la duchesse DE) *, 1789-1866. Née Choiseul-Praslin.
-
- PÉRIGORD (le comte Paul DE) **, 1811-1880. Second fils du duc et
- de la duchesse de Périgord.
-
- PÉRIGORD (le comte Alexandre DE) *, 1813-1894. Plus tard duc de
- Dino, second fils du duc et de la duchesse de Talleyrand.
-
- PÉRIGORD (Mlle Pauline DE) *, 1820-1890. Fille du duc de
- Talleyrand et de l'auteur de la Chronique que nous publions. Elle
- épousa en 1839 le marquis Henri de Castellane.
-
- PERRONE DI S. MARTINO (le baron Paul), né en 1832. Il était fils
- du général Perrone qui fut tué à la bataille de Novare, en 1849,
- et de la baronne Perrone, née La Tour-Maubourg.
-
- PERRONE DI S. MARTINO (la baronne), 1844-1879. Maria
- Giamazzo-Pampurata, mariée au baron Paul Perrone di S. Martino.
-
- PERSIGNY (Fialin DE) ***, 1808-1872. Grand ami du prince Louis
- Bonaparte, plusieurs fois ministre sous le second Empire.
-
- PERSIGNY (la duchesse DE), née en 1831. Églée-Napoléone-Albine,
- fille unique du prince de la Moskowa, épousa, en 1852, M. de
- Persigny dont elle devint veuve en 1872.
-
- PEYRONNET (le comte DE) **, 1778-1854. Ministre de l'Intérieur en
- 1824 dans le ministère Polignac.
-
- PIE (Mgr), 1815-1880. Louis-François-Désiré-Édouard Pie, évêque
- de Poitiers, chef du parti religieux ultramontain en France, ami
- de M. Veuillot, rédacteur du journal _l'Univers_, adversaire en
- polémique de Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans. Mgr Pie fut promu
- au cardinalat en 1879.
-
- PIERRE L'ERMITE, 1050-1115. Religieux, né à Amiens, prédicateur
- de la première croisade.
-
- PIERRES (le baron DE), 1818-1876. Etienne de Pierres était
- premier écuyer de l'Impératrice Eugénie et fut député au Corps
- législatif. Il quitta la vie politique après la révolution du 4
- septembre 1870.
-
- PIETRI (Joachim), né en 1820. D'abord avocat et plusieurs fois
- préfet, Pietri fut appelé en 1866 à remplacer M. Boitelle comme
- préfet de police à Paris. Nommé sénateur en 1870, Pietri resta
- depuis en dehors de la politique.
-
- PICARD (Louis-Joseph-Ernest), 1821-1877. Avocat et homme
- politique français, député sous le second Empire, Picard se fit
- remarquer par la vivacité incisive de sa parole dans
- l'opposition. Il fut membre du Gouvernement de la défense
- nationale dans lequel il fut chargé du ministère des Finances.
- Picard fit partie du premier ministère de M. Thiers, comme
- ministre de l'Intérieur, et fut ensuite envoyé à Bruxelles pour y
- représenter la France.
-
- PIMODAN (Georges de la Vallée de Rarécourt, marquis DE),
- 1822-1860. Georges de Pimodan entra au service de l'Autriche
- après la révolution de 1830 en France. En 1848, il fit la
- campagne d'Italie sous les ordres du maréchal Radetzky et prit
- une part brillante en 1849 à la campagne pour soumettre la
- Hongrie. Le marquis de Pimodan renonça alors à poursuivre sa
- carrière militaire, il rentra en France et y épousa Mlle de
- Couronnel. En 1860, il reçut le grade de général dans l'armée
- pontificale, organisée par le général de Lamoricière, et fut tué
- à Castelfidardo.
-
- POLIGNAC (le prince Jules DE) *, 1780-1847. Ministre du Roi
- Charles X.
-
- POLIGNAC (le prince Alphonse DE), 1826-1863. Fils du prince de
- Polignac, ministre de Charles X, il épousa en 1860 Mlle Émilie
- Mirès, qui se remaria en 1865 avec Gustave de Rozan.
-
- PONIATOWSKI (le prince Stanislas), 1835-1908. Fils du prince
- Joseph Poniatowski, épousa, en 1856, Mlle Louise Le Hon, fille de
- l'ancien ministre de Belgique à Paris.
-
- PORTUGAL (le Roi DE), 1837-1861. Pedro V, fils aîné de la Reine
- Marie II da Gloria à laquelle il succéda en 1853 sur le trône de
- Portugal. Ce prince avait épousé la princesse Stéphanie de
- Hohenzollern dont il n'eut pas d'enfant.
-
- PORTUGAL (la Reine DE), 1837-1859. La princesse Stéphanie de
- Hohenzollern-Sigmaringen épousa en 1858 le Roi Pedro V de
- Portugal. Elle mourut un an après son mariage de la diphtérie.
-
- POTOCKA (la comtesse), 1807-1877. Mlle Delphine de Komar, fille
- de M. Stanislas-Dauphin de Komar et de Mlle Honorine Orlowska,
- épousa le comte Miécislas Potocki de Tylczyn dont elle se sépara
- bientôt. La comtesse Delphine était connue par sa merveilleuse
- beauté, sa voix superbe, son grand talent musical, et ses succès
- dans la haute société européenne.
-
- POURTALÈS (le comte Albert DE), 1812-1861. Diplomate prussien,
- chambellan du Roi de Prusse et ministre plénipotentiaire à Paris
- où il succéda au comte Max de Hatzfeldt après la mort de
- celui-ci.
-
- POZZO DI BORGO (le duc). Charles, neveu du célèbre diplomate de
- ce nom, et son héritier, épousa en 1852 Mlle Valentine de
- Crillon.
-
- POZZO DI BORGO (la duchesse). Valentine, fille du duc de Crillon,
- épousa en 1852 le duc Charles Pozzo di Borgo.
-
- PRÉVOST-PARADOL (Lucien-Anatole), 1829-1878. Fils d'un ancien
- officier de marine, Prévost-Paradol fut un des élèves les plus
- distingués de l'École normale. En 1856, il était à Paris comme
- rédacteur du _Journal des Débats_ et du _Courrier du Dimanche_,
- où la distinction de sa plume lui fit une réputation rapide, mais
- lui attira aussi les rigueurs du gouvernement. En 1869, il
- remplaça Ampère à l'Académie française. Sous le ministère d'Émile
- Ollivier en 1870, s'étant rallié au gouvernement, Prévost-Paradol
- fut nommé ministre de France à Washington; les malheurs du pays
- et des chagrins personnels le poussèrent au suicide.
-
- PROKESCH-OSTEN (le baron Antoine DE) ***, 1795-1876. Diplomate
- autrichien.
-
- PRUSSE (le Roi DE) **. Frédéric-Guillaume IV, 1795-1861.
-
- PRUSSE (le prince DE) **, 1797-1888. Plus tard Empereur
- d'Allemagne.
-
- PRUSSE (princesse DE) **, 1811-1890. Née princesse Augusta de
- Saxe-Weimar-Eisenach.
-
- PRUSSE (la Reine Élisabeth DE) ***, 1801-1879. Née princesse de
- Bavière.
-
- PRUSSE (la princesse Albert DE) **, 1810-1883. Née princesse des
- Pays-Bas.
-
- PRUSSE (le prince Charles DE), 1801-1883. Troisième fils du Roi
- Frédéric-Guillaume III, épousa en 1827 la princesse Marie de
- Saxe-Weimar-Eisenach.
-
- PRUSSE (la princesse Charles DE) **, 1808-1877. Née princesse
- Marie de Saxe-Weimar-Eisenach.
-
- PRUSSE (le prince Adalbert DE) **, 1811-1873. Chef de la marine
- prussienne.
-
- PRUSSE (la princesse Anne DE), née en 1836. Fille du prince
- Charles de Prusse, mariée à Berlin en 1853 au landgrave Frédéric
- de Hesse dont elle devint veuve en 1884.
-
- PRUSSE (le prince Frédéric-Charles DE). Fils unique du prince
- Charles de Prusse, militaire distingué, feld-maréchal dans
- l'armée prussienne. Ce prince avait épousé en 1854 la princesse
- Marianne d'Anhalt.
-
- PRUSSE (la princesse Louise DE). Née en 1838, épousa en 1856 le
- grand-duc de Bade. (Voir _Bade_.)
-
- PRUSSE (le prince Frédéric-Guillaume DE), 1831-1888. Fils unique
- de l'Empereur Guillaume Ier. Ce prince prit le titre de Prince
- Royal le jour où son père devint Roi. Il fit avec bravoure les
- guerres de 1866 et de 1870; puis, déjà fort malade, il monta sur
- le trône en 1888 sous le nom de Frédéric III. Le terrible mal qui
- le minait l'emporta bientôt et son règne ne dura que
- quatre-vingt-dix-neuf jours.
-
- PRUSSE (la princesse Frédéric-Guillaume DE), 1840-1901. Victoria,
- Princesse Royale de la Grande-Bretagne et d'Irlande, duchesse de
- Saxe, mariée en 1858 au prince Frédéric-Guillaume de Prusse, qui
- ne monta sur le trône qu'en 1888.
-
- PÜCKLER (le comte Hermann), 1797-1892. Maréchal de Cour du prince
- de Prusse, le comte Pückler continua ses fonctions lorsque ce
- prince monta sur le trône de Prusse et devint ensuite Empereur
- d'Allemagne.
-
- PUTBUS (la princesse DE), 1837-1867. Wanda, fille de Georges de
- Veltheim-Bartensleben, épousa en 1857 le comte Guillaume de
- Lottum qui devint héritier des terres et du titre de prince de
- Putbus, en 1860, par la décision de son grand-père maternel.
-
- PYAT (Félix), 1810-1889. Auteur dramatique et homme politique
- français. Sa carrière littéraire s'arrêta à l'année 1848, qui
- modifia toute sa vie. Nommé représentant du peuple à l'Assemblée
- constituante, il siégea parmi les démocrates les plus avancés de
- cette chambre, et vota constamment avec les représentants de la
- Montagne.
-
-
-Q
-
- QUÉLEN (le comte DE) *, 1778-1839. Hyacinthe-Louis de Quélen,
- archevêque de Paris.
-
- QUITRY (le marquis DE), 1827-1866. Odon-Charles, marquis de
- Chaumont-Quitry, fut nommé au début du second Empire chambellan
- de Napoléon III. En 1854, M. de Quitry fut élu député dans le
- département de la Sarthe.
-
-
-R
-
- RACHEL (Mlle) **, 1820-1858. Grande tragédienne française.
-
- RADETZ-RADETZKY (le comte) ***, 1766-1858. Feld-maréchal
- autrichien.
-
- RADOWITZ (le général Joseph DE) ***, 1797-1853. Grand ami du Roi
- Frédéric-Guillaume IV.
-
- RADZIWILL (prince Guillaume) **, 1797-1870. Général au service de
- Prusse.
-
- RADZIWILL (la princesse Guillaume), **, 1806-1896. Mathilde,
- fille du prince Clary.
-
- RADZIWILL, (prince Antoine), 1833-1904. Fils aîné du prince
- Guillaume Radziwill. Officier d'artillerie dans l'armée
- prussienne; fut, pendant vingt-deux années, aide de camp de
- l'Empereur Guillaume Ier, et ne se retira de la carrière
- militaire qu'en 1888, après la mort de Frédéric III. Il était
- alors aide de camp général et avait reçu l'ordre de l'Aigle noir.
- A la suite de la mort de son père en 1870, le prince Antoine
- Radziwill devint chef de sa famille et propriétaire du majorat de
- Niewiez en Lithuanie et de deux autres ordinaties dont il
- hérita de son oncle, le prince Léon Radziwill. En 1857, il épousa
- à Sagan Mlle Marie de Castellane.
-
- RAGLAN (lord). 1788-1855. James-Henri-Fitzroy-Somerset, baron
- Raglan, général anglais, aide de camp du duc de Wellington. Lord
- Raglan avait fait avec lui les campagnes d'Espagne et le suivit à
- Waterloo, où il fut atteint d'une balle au bras droit qui en
- nécessita l'amputation. Après la mort du duc de Wellington, lord
- Raglan fut nommé maître général de l'artillerie, et élevé à la
- pairie. Général en chef des forces anglaises envoyées en Orient,
- l'année 1854, il débarqua en Crimée et prit une part décisive au
- succès de la bataille de l'Alma. Atteint du choléra, pendant le
- siège de Sébastopol, il mourut à son quartier général.
-
- RAGUSE (le duc DE) ***, 1774-1852. Marmont, maréchal de France.
-
- RANDON (le maréchal comte), 1795-1871. Engagé volontaire lors de
- la campagne de Russie, Randon était capitaine en 1813. Mis à
- l'écart sous la Restauration, il devint, seulement en 1841,
- maréchal de camp, et en 1847 lieutenant-général. Après 1848,
- Randon fut chargé du gouvernement de l'Algérie, après le coup
- d'État. Sénateur en 1852, maréchal de France en 1856, il devint
- ministre de la guerre de 1859 à 1867.
-
- RATTAZZI (Urbain), 1808-1873. Piémontais et homme politique, qui
- contribua fort, avec Cavour, à faire l'unité de l'Italie.
-
- RAÜMER (Charles-Otto), 1805-1859, suivit la carrière
- administrative en Prusse et fut ministre des cultes de 1850 à
- 1858.
-
- RAUZAN (la duchesse DE) ***, née en 1820. Claire, fille du
- dernier duc de Duras.
-
- RAVIGNAN (l'abbé DE) **, 1795-1858. Jésuite fort distingué et
- prédicateur très goûté.
-
- RÉCAMIER (Mme) *, 1777-1849. Célèbre par sa beauté et par ses
- hautes amitiés.
-
- REDERN (le comte Henri), 1804-1890. Diplomate prussien. Ministre
- à Dresde et à Saint-Pétersbourg. En 1836, il avait épousé la
- princesse Victoire Odescalchi.
-
- RESSÉGUIER (le comte Albert DE), 1816-1902. Issu d'une famille de
- Toulouse, le comte de Rességuier fut élu député, en 1849, dans
- les Basses-Alpes et fit partie de la majorité monarchique à
- l'Assemblée législative. Il ne se rallia pas à la politique du
- coup d'État et, ayant protesté avec ses collègues réunis à la
- mairie du Xe arrondissement, il fut emprisonné au Mont Valérien.
- Enfermé dans Paris, pendant le siège de 1870-1871, le comte de
- Rességuier fut un des membres les plus actifs de la Société
- internationale des secours aux blessés. En 1871, il fut élu
- représentant à l'Assemblée nationale où il prit place à droite.
- Non réélu en 1876, M. de Rességuier vécut, depuis lors, dans la
- retraite.
-
- RETZ (le cardinal DE) *, 1614-1679. Joua un rôle considérable
- dans la Fronde.
-
- REUSS (le prince Henri VII), 1825-1906. Diplomate prussien. Le
- prince Reuss fut, durant plusieurs années, premier secrétaire à
- la légation de Prusse à Paris où il était très en faveur à la
- cour des Tuileries. Plus tard, il occupa, comme ambassadeur, les
- postes de Saint-Pétersbourg, de Constantinople et de Vienne qui
- fut la fin de sa carrière. En 1876, le prince Henri VII Reuss
- épousa la princesse Marie de Saxe-Weimar, fille du grand-duc
- régnant. Il était chevalier de l'Aigle noir.
-
- RIGAULT (Ange-Hippolyte), 1821-1858. Littérateur et critique
- français, Rigault fut choisi en 1847 par le duc de Nemours, pour
- être le précepteur de son fils, le comte d'Eu. Il suivit son
- élève en Angleterre après la révolution de 1848, mais revint
- bientôt en France où il entra à la rédaction du _Journal des
- Débats_.
-
- RITTBERG (le comte Louis DE), 1797-1881. Président du tribunal de
- Glogau, en Silésie prussienne; membre à vie de la Chambre des
- seigneurs en Prusse.
-
- ROBECK (le prince DE), 1801-1853. Gaston de Montmorency. Grand
- d'Espagne; capitaine de cavalerie.
-
- ROGER DU NORD (le comte Édouard), 1803-1881. Homme politique
- français. Roger du Nord entra dans la diplomatie sous la
- Restauration; puis, en 1831, ayant été élu député, il se consacra
- exclusivement à ses nouveaux devoirs. Grand ami de M. Thiers, il
- suivit la même ligne de conduite que lui.
-
- ROTHSCHILD (le baron Meyer-Alphonse DE), né en 1827. Chef de la
- maison de banque de Paris que lui laissa son père en 1868. Le
- baron Alphonse de Rothschild épousa, en 1837, sa cousine Éléonore
- de Rothschild, fille du baron Lionel, chef de la maison de
- Londres.
-
- ROTHSCHILD (James) **, 1792-1868. Quatrième fils de Mayer-Anselme
- Rothschild.
-
- RUSSEL (lord John) *, 1792-1878. Homme d'État anglais, troisième
- fils du duc de Bedford.
-
- RUSSEL (lady John). Françoise-Anna-Maria, fille de lord Minto (un
- des ardents du parti whig), épousa en 1841 lord John Russel, dont
- elle fut la seconde femme.
-
- RUSSIE (l'Impératrice DE) *, 1792-1860. Princesse Charlotte de
- Prusse.
-
- RUSSIE (la grande-duchesse Hélène DE) **, 1807-1873. Princesse
- Charlotte de Würtemberg.
-
- RUSSIE (le grand-duc Constantin DE) ***, 1827-1893. Second fils
- de l'Empereur Nicolas Ier. Grand amiral de la marine russe.
-
-
-S
-
- SABLÉ (la marquise DE), 1598-1678. Madeleine de Souvré, marquise
- de Sablé, était une des femmes les plus spirituelles du
- dix-septième siècle. Fille du maréchal de Souvré, Mme de Sablé
- était l'amie de Mme de Longueville, et son salon fut le
- rendez-vous des beaux esprits du temps. En 1855, M. Cousin a
- publié un livre sur Mme de Sablé.
-
- SACY (Samuel-Ustazade-Silvestre DE), 1801-1879. Écrivain
- français, pendant longtemps rédacteur du _Journal des Débats_, M.
- de Sacy fut, en 1854, nommé membre de l'Académie française et, en
- 1864, sénateur pour avoir consacré dans le _Journal des Débats_
- deux articles fort élogieux sur la _Vie de Jules César_ que
- l'empereur Napoléon III venait de publier.
-
- SAFFI. Membre influent du gouvernement organisé à Rome en 1848
- par Mazzini. Un triumvirat avait été élu par cette assemblée
- romaine. Il se composait de Mazzini, Saffi et Armellini, qui
- étaient tous trois investis de pouvoirs absolus.
-
- SAINT-AIGNAN (Mlle Amicie Rousseau DE), 1835-1854, épousa en 1853
- le comte Paul de Périgord et mourut en donnant le jour à une
- fille.
-
- SAINT-ARNAUD (Achille Leroy DE), 1798-1854. Entré au service
- militaire en 1815. Achille de Saint-Arnaud fit toutes les
- campagnes d'Afrique et, en 1851, il fut promu au commandement
- d'une division de l'armée de Paris. Devenu ensuite ministre de la
- guerre, il s'attacha à la réorganisation de l'armée. Le 2
- décembre 1851, Saint-Arnaud fut chargé de prendre les mesures
- militaires qui devaient assurer la réussite du coup d'État et, en
- 1852, il reçut le bâton de maréchal. Mis, en 1854, à la tête de
- l'armée dirigée sur la Crimée, Saint-Arnaud y opéra une heureuse
- descente, et après avoir remporté la victoire de l'Alma,
- succomba en peu de jours, vaincu par une maladie qui le minait
- depuis longtemps.
-
- SAINTE-AULAIRE (le comte DE) *, 1788-1854. Pair de France et
- diplomate distingué.
-
- SAINTE-BEUVE (Charles-Augustin) ***, 1804-1899. Critique français
- célèbre.
-
- SAINTE-FOIX (Radix DE). Premier commis des Affaires étrangères
- sous le Directoire: aimable et plein d'esprit, au dire de Mme
- Geoffrin, Sainte-Foix était un grand ami du prince de Talleyrand.
-
- SAINT-MARC-GIRARDIN (1801-1873). Littérateur français, appelé, en
- 1830, à suppléer M. Guizot à la Faculté des lettres et nommé
- maître des requêtes au Conseil d'État, Saint-Marc-Girardin devint
- rédacteur du journal des _Débats_. En 1834 il fut élu député et,
- en 1844, nommé à l'Académie française. Sous la République et
- l'Empire, Saint-Marc-Girardin se tint à l'écart de la politique.
-
- SAINT-PRIEST (le vicomte DE), 1789-1881.
- Emmanuel-Louis-Marie-Guignard vicomte de Saint-Priest avait suivi
- sa famille en Russie lors de l'émigration; il entra au service
- militaire de ce pays et ne revint en France qu'après la chute de
- Napoléon Ier. Il servit avec ardeur la cause du gouvernement
- royal et, à la seconde Restauration, fut nommé maréchal de camp,
- premier écuyer tranchant, et menin de M. le duc d'Angoulême. En
- 1823, le vicomte de Saint-Priest se distingua pendant la guerre
- d'Espagne où sa belle conduite lui valut le grade de
- lieutenant-général. Nommé ministre de France à Madrid, puis à
- Berlin, il démissionna en 1832, pour préparer, avec la duchesse
- de Berry, le mouvement royaliste en Vendée. Le vicomte de
- Saint-Priest vécut ensuite dans la retraite jusqu'en 1849. Il fut
- alors élu à l'Assemblée législative, où il vota toujours avec
- l'extrême droite, restant fidèle au comte de Chambord dont il
- était le confident. Le coup d'État de 1851 mit fin à sa carrière
- parlementaire.
-
- SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE) *, 1805-1885. Diplomate et
- écrivain français, membre de l'Académie française où il fut élu
- en 1849.
-
- SALMOUR (le comte Roger Gabaleone DE). Le comte de Salmour était
- un ami de jeunesse du comte de Cavour. Il fut d'abord secrétaire
- au ministère des Finances en Piémont, puis au ministère des
- Affaires étrangères et devint ensuite ministre plénipotentiaire à
- Naples où il resta jusqu'en 1859.
-
- SALVANDY (Narcisse-Achille, comte DE) *, 1795-1856. Littérateur
- et homme politique français.
-
- SARDAIGNE (le roi DE), ***, Victor-Emmanuel II, 1820-1878.
-
- SAVIGNY (Charles-Frédéric DE), 1813-1875, diplomate prussien,
- fils du célèbre jurisconsulte de ce nom. Charles de Savigny reçut
- plusieurs missions diplomatiques et en 1864 fut envoyé à la Diète
- de Francfort-sur-le-Mein. Après la victoire de Sadowa, Charles de
- Savigny eut une grande part aux traités et aux négociations ayant
- pour objet l'unification de l'Allemagne sous l'hégémonie de la
- Prusse. En 1867 il abandonna le service d'État et fut élu député
- à la Diète de la nouvelle confédération de l'Allemagne du Nord.
-
- SAXE (le prince Albert DE), 1828-1902. Fils aîné du roi Jean de
- Saxe et de la princesse Amélie de Bavière; succéda à son père sur
- le trône de Saxe en 1873. Ce prince avait épousé en 1853 la
- princesse Carola de Holstein-Gattorp-Wasa, dont il n'a pas eu
- d'enfants.
-
- SAXE (le prince Georges DE), 1832-1904, second fils du roi Jean
- de Saxe, marié en 1859 à l'infante Marie de Portugal, fille de la
- Reine Marie II da Gloria. Ce prince succéda à son frère le roi
- Albert sur le trône de Saxe en 1902.
-
- SAXE-COBOURG-KOHARY (la princesse Clémentine d'Orléans),
- 1797-1862. Épousa le prince Auguste de Cobourg-Kohary.
-
- SAXE-MEININGEN (le prince Georges DE), né en 1826. Son père, le
- duc Bernard de Saxe-Meiningen, abdiqua, en 1866, en faveur de ce
- prince. Celui-ci se maria trois fois: 1e en 1850 à Berlin, avec
- la princesse Charlotte de Prusse qui mourut en 1855; 2e avec la
- princesse Feodora de Hohenlohe-Langenburg, morte en 1872; 3e
- enfin en 1873, il contracta un mariage morganatique avec Hélène
- Franz, créée baronne de Heldburg.
-
- SAXE-MEININGEN (la princesse héréditaire DE) ***, princesse
- Charlotte de Prusse, 1831-1855.
-
- SAXE-WEIMAR (le grand-duc Charles-Frédéric DE), 1789-1853.
- Épousa, en 1804, la grande-duchesse Marie-Paulowna de Russie.
-
- SAXE-WEIMAR (le grand-duc Charles DE ***), 1818-1901. Succéda à
- son père en 1853.
-
- SCARELLA. Artiste habitant Venise.
-
- SCHMERLING (le chevalier Antoine DE). 1805-1893. Homme d'État
- autrichien. Lors des événements de 1848, M. de Schmerling fut
- désigné pour faire partie de l'assemblée préparatoire de
- Francfort. Il fut membre du Comité des 17 et prit une part des
- plus actives à ses travaux. Peu après Schmerling fut élu membre
- de l'assemblée de Francfort; et, lorsque l'archiduc Jean, vicaire
- de l'Empire, forma son premier cabinet, ce fut M. de Schmerling
- qui fut appelé à le présider. N'ayant pu contre-balancer
- l'influence croissante de la Prusse, Schmerling demanda à être
- rappelé en 1849. Après avoir encore occupé différents postes en
- Autriche, il se retira tout à fait lorsque M. de Beust reçut le
- pouvoir des mains de l'Empereur d'Autriche.
-
- SCHULENBOURG (le comte Charles DE) **, 1788-1856.
- Lieutenant-colonel autrichien; troisième mari de la duchesse
- Wilhelmine de Sagan.
-
- SCHIAVONE (Andrea), 1522-1582. Peintre et graveur, très protégé
- par le Titien. Il était né en Dalmatie.
-
- SCHILLER, 1759-1805. Grand poète tragique et historien allemand.
-
- SCHLEINITZ (le comte Alexandre DE) ***, 1807-1885. Diplomate et
- ministre en Prusse.
-
- SCHLEGEL (Auguste-Guillaume) ***, 1767-1845. Célèbre critique
- allemand, très attaché à Mme de Staël.
-
- SCHLICK (François), 1789-1862. Comte de Bassano et de
- Weisskirchen, général autrichien qui fit les guerres contre
- Napoléon Ier. En 1844 il fut fait feld-maréchal et, après la
- révolution de Vienne en 1848, Schlick commanda la place de
- Cracovie. Il remporta alors avec des forces minimes plusieurs
- victoires sur les insurgés et se réunit ensuite à Windisch-Graetz
- ainsi qu'à Haynau pour contribuer aussi à la soumission de la
- Hongrie. Ayant reçu encore un commandement en 1859, il combattit
- aussi à Solferino.
-
- SCHMETTAU (Mme DE), morte en 1854. Justine de Blücher épousa à
- Coblence en 1852 M. de Schmettau et mourut deux ans après son
- mariage.
-
- SCHŒNLEIN (le docteur) **, 1793-1864. Savant médecin natif de
- Zurich et plus tard établi à Berlin.
-
- SCHŒNBURG (la princesse Louise) **, 1803-1884. Née princesse de
- Schwarzenberg.
-
- SCHŒNBORN (la comtesse DE), née en 1800. Ernestine, fille du
- comte de Kürnburg, mariée en 1822 au comte Charles de Schœnborn.
- Devenue veuve en 1841, la comtesse Schœnborn fut nommée
- grande-maîtresse de cour de l'archiduchesse Sophie d'Autriche.
-
- SCHWANTHALTER (Louis-Michel), 1802-1848. Célèbre sculpteur
- allemand. Bavarois de naissance. Il laissa de nombreux ouvrages,
- ornant surtout la ville de Munich.
-
- SCHWARZENBERG (le prince Félix) ***, 1800-1852. Diplomate
- autrichien et premier ministre après 1848.
-
- SCHWARZENBERG (le cardinal-prince Frédéric DE), ***, 1807-1885.
- Prince-archevêque de Prague depuis 1849.
-
- SCHWARZENBERG (le prince Charles-Philippe DE), 1771-1819.
- Feld-maréchal autrichien. Envoyé comme ambassadeur à
- Saint-Pétersbourg, puis à Paris, il y négocia le mariage de
- Napoléon Ier avec l'archiduchesse Marie-Louise en 1809. Dans
- un bal que le prince Schwarzenberg donnait en 1810, à l'occasion
- de cet événement, un incendie terrible éclata où il périt une
- foule de personnes, entre autres sa propre belle-sœur. Le prince
- Schwarzenberg commanda les troupes autrichiennes auxiliaires de
- celles de la France, pendant la campagne de Russie, puis il
- devint général en chef des troupes coalisées après la défection
- de l'Autriche.
-
- SCHWARZENBERG (le prince Adolphe DE), 1799-1888. Landgrave
- princier de Kleggau, épousa en 1838 la princesse Éléonore de
- Lichtenstein.
-
- SCHWERIN (le comte Maximilien) ***, 1804-1872. Homme d'État
- prussien, plusieurs fois ministre.
-
- SCLOPIS (le comte), 1798-1859. Paul-Frédéric Sclopis di Salerano,
- natif de Turin, était un jurisconsulte du plus haut mérite.
- Membre de la commission nommée par le roi Charles-Albert, pour
- élaborer un nouveau code civil dans le royaume de Piémont,
- Sclopis devint président de la commission pour la loi de la
- presse, puis ministre de la Justice en 1848 dans le cabinet
- Balbo. Après la démission de ce ministère, le comte Sclopis fut
- créé sénateur et devint président de ce Sénat. Président de
- l'Académie des sciences à Turin, il collabora à l'_Antologia_
- fondée à Florence: catholique fervent, Sclopis combattit la
- suppression des ordres religieux. En 1868, le roi lui accorda le
- collier de l'ordre de l'Annunziata. En 1872, dans la question de
- l'Alabama qui faillit faire éclater la guerre entre l'Amérique et
- l'Angleterre, le comte Sclopis fut nommé arbitre entre les deux
- nations.
-
- SCLOPIS (la comtesse), née Avogadro, d'une très bonne famille de
- Novare.
-
- SEEBACH (la comtesse DE), 1820-1888. Marie, fille du comte de
- Nesselrode, chancelier de Russie, épousa, en 1839, le comte
- Albin-Léon de Seebach, chambellan du roi de Saxe, ministre
- plénipotentiaire durant de longues années, à Paris, où il mourut
- en 1894.
-
- SEIGNELAY (Jean-Baptiste Colbert, marquis DE), 1651-1691. Fils
- aîné du grand Colbert, auquel il succéda comme secrétaire d'État
- au département de la marine. Le marquis de Seignelay prit part à
- quelques-uns des faits d'armes de cette marine qu'il avait très
- puissamment organisée.
-
- SERRANO (la maréchale), duchesse de la Torre, habitait Paris.
- Elle était célèbre par sa beauté et une vie un peu aventureuse.
-
- SÉVIGNÉ (la marquise DE), 1636-1696. Marie de Rabutin-Chantal,
- une des femmes les plus distinguées du dix-septième siècle.
-
- SEYMOUR (sir George Hamilton), 1797-1880. Diplomate anglais et
- petit-fils du premier marquis d'Hertford. Après avoir passé par
- plusieurs postes diplomatiques en Europe, sir Hamilton Seymour
- fut transféré en 1851 de Lisbonne à Saint-Pétersbourg où il eut
- avec l'empereur Nicolas Ier ces fameux entretiens secrets,
- communiqués à lord John Russell, et ensuite au Parlement, dans
- lesquels le Czar offrait à l'Angleterre de partager avec elle les
- dépouilles de l'empire turc. En 1855 sir Hamilton Seymour fut
- envoyé comme ambassadeur à Vienne et nommé membre du Conseil
- privé. En 1858 il prit sa retraite.
-
- SEYMOUR (Lady Gertrude), fille du duc Dacre, mariée en 1831 à sir
- George Hamilton Seymour, diplomate anglais.
-
- SHELLEY (Lady Suzanne), fille de Stephen-Martin, avait épousé en
- 1843 sir Spencer-Shelley.
-
- SHREWSBURY (lord Bertram-Arthur), 17e lord. Shrewsbury mourut
- sans enfants et laissa la partie disponible de sa fortune au
- second fils du duc de Norfolk.
-
- SINGLIN (Antoine), 1600-1664. Ascète de la Société de Port-Royal
- et directeur de la maison de Paris. Lié d'amitié avec Saint-Cyran
- et Gondi, Singlin tenait rang parmi les prédicateurs de cette
- époque. Ses sermons attiraient la foule et il avait des
- pénitents des classes les plus élevées. Antoine Singlin fut
- interdit par l'archevêque de Paris en sa qualité de Janséniste.
- Il quitta Paris en 1661 et se retira dans une terre appartenant à
- la duchesse de Longueville.
-
- SOPHIE D'AUTRICHE (l'archiduchesse) **, 1805-1872. Fille du roi
- Max de Bavière, épousa en 1824 l'archiduc François.
-
- SOPHIE-CHARLOTTE (la Reine), 1668-1705. Fille d'Ernest-Auguste,
- électeur de Hanovre, épouse de Frédéric Ier, Roi de Prusse,
- dont elle fut la seconde femme.
-
- SOUVAROFF (Alexis Vialiéwitch, comte DE), 1729-1800. Général dans
- l'armée russe, Souvaroff fit toutes les guerres contre la
- Turquie, soumit les Tartares-Nogaïs de la Crimée et battit
- l'armée polonaise, en 1794, commandée par Kosciusko. Avant de
- prendre possession de Varsovie, Souvaroff fit un carnage
- effroyable des habitants du faubourg de Praga. En 1799, Souvaroff
- fut envoyé, comme généralissime, en Italie où il obtint d'abord
- des succès contre les Français; mais Masséna sut ensuite le
- refouler en Suisse. Souvaroff revint alors en Russie, y mourut
- peu après, mécontent et en disgrâce.
-
- SPONNECK (Guillaume-Charles, comte DE), 1815-1888. Homme d'État
- et économiste danois. En 1850 il était ministre des Finances en
- Danemark, et ce fut le comte Sponneck qui accompagna le Roi
- Georges en Grèce.
-
- STAEL (Mme DE) *, 1766-1817. Née Necker, célèbre par ses talents
- et son exil.
-
- STANLEY (Lord Edward-Henry-Smith), 1826-1893. Fils aîné de lord
- Derby (Edward-Geoffrey Stanley, mort en 1869). Envoyé à
- vingt-deux ans à la Chambre des Communes, lord Stanley y siégea
- avec les tories dont son père était le chef. En 1869, à la mort
- de son père, il prit le titre de lord Derby et suivit la
- politique de M. Disraëli.
-
- STOLBERG-WERNIGERODE (le comte Henri DE) ***, 1772-1854. Ministre
- d'État en Prusse.
-
- STRATFORD DE REDCLIFFE (lord Canning, vicomte DE), 1786-1880.
- Diplomate anglais, cousin du célèbre Canning. Après avoir occupé
- plusieurs postes, lord Stratford devint ambassadeur auprès du
- Sultan; il y travailla à réconcilier la Russie avec la Turquie et
- se retira ensuite à Navarin. Redevenu ambassadeur à
- Constantinople, de 1841 à 1858, il appuya la Porte qui refusait
- de livrer les réfugiés hongrois et prit une part prépondérante
- aux négociations qui amenèrent l'alliance franco-anglaise et la
- guerre de Crimée. En 1852, lord Stratford fut élevé à la pairie
- en Angleterre.
-
- STRAUSS (Victor), 1809-1899. D'abord théologien, Strauss devint,
- depuis 1850, ministre de la principauté de Schaumburg-Lippe à la
- Diète de Francfort. Partisan de la politique autrichienne,
- Strauss était détesté de Bismarck et de la cour de Berlin.
-
- STRIKLAND (Miss Agnès), 1806-1874. Femme de lettres, auteur de
- plusieurs ouvrages historiques, entre autres de la biographie des
- reines d'Angleterre et d'Écosse.
-
- SUE (Eugène), 1804-1857. Célèbre romancier français, auteur des
- _Mystères de Paris_ et du _Juif Errant_.
-
- SUÈDE (la princesse Amélie DE) ***, 1805-1853, sœur du prince
- Gustave de Wasa, père de la Reine Carola de Saxe.
-
- SUÈDE (le Roi Oscar Ier DE), 1799-1859, succède à son père le
- Roi Charles XIV en 1844. En 1829, ce prince avait épousé la
- princesse Joséphine de Leuchtenberg, fille du prince Eugène de
- Beauharnais.
-
- SUÈDE (le prince Oscar DE), duc d'Ostrogothie, 1829-1907. En 1872
- ce prince monta sur le trône de Suède. En 1857, il avait épousé
- la princesse Sophie de Nassau.
-
-
-T
-
- TALBOT (lord Edmond Bernard), né en 1855, second fils du
- quatorzième duc de Norfolk, adopta, avec l'autorisation de la
- Reine en 1876, les noms et les armes de Talbot. Il était officier
- dans l'armée anglaise et avait épousé, en 1879, lady Mary, fille
- de lord Montagu-Bertie des earls of Abingdon.
-
- TALLEYRAND (le prince DE) *, 1754-1838. Charles-Maurice, prince
- de Bénévent.
-
- TALLEYRAND (le baron, puis comte Charles DE) ***, 1821-1896.
- Diplomate français.
-
- TALLEYRAND (la comtesse Louis DE), 1819-1855. Stéphanie de
- Pommereu, mariée en 1839 au comte Louis de Talleyrand.
-
- TA['N]KI (Joseph), 1805-1888. Patriote et publiciste polonais.
- Après avoir pris une part active à la révolution de 1830, Joseph
- Ta['n]ski se réfugia en France où il fut incorporé, comme
- officier, dans la Légion étrangère et devint capitaine en
- combattant contre Abd-el-Kader, et en Espagne contre les
- carlistes. Joseph Ta['n]ski entra alors dans la presse et devint
- collaborateur du journal des _Débats_. Pendant la guerre de
- Crimée, à laquelle il prit part, Joseph Ta['n]ski organisa une
- direction d'informations militaires qui rendit les plus précieux
- services à l'armée des alliés. A la fin de 1870, il fonda
- _l'Avenir militaire_, dans lequel Ta['n]ski s'occupa de la
- réforme et de la réorganisation de l'armée française. Il a laissé
- plusieurs ouvrages et s'était fait une place très honorable,
- comme publiciste.
-
- THEIMER (Augustin), 1804-1874. Théologien allemand, prêtre de
- l'Oratoire à Rome, il devint Conservateur des archives secrètes
- du Saint-Siège. Le père Theimer écrivit une _Histoire du
- Pontificat du pape Clément XIV_, qui avait aboli les Jésuites. Il
- se vit alors accusé par les Pères de cet ordre de procurer aux
- évêques de l'opposition, pendant le Concile du Vatican
- (1869-1870), les documents nécessaires pour combattre le dogme
- de l'infaillibilité du Pape; il se retira alors de sa charge
- d'archiviste en 1870.
-
- THIERS (Adolphe) *, 1797-1877. Homme d'État et historien
- français, membre de l'Académie française.
-
- THIERS (Mme), 1815-1880, née Mlle Élise Dosne.
-
- THOUVENEL (Édouard-Antoine), 1818-1866. Homme d'État français et
- diplomate. Ministre à Athènes en 1850, il vit arriver au Pirée
- une escadre anglaise qui venait appuyer les réclamations du juif
- Pacifico et ce fut alors M. Thouvenel qui organisa la défense de
- la cour d'Athènes. Après avoir été ambassadeur à Constantinople
- de 1855 à 1860, Thouvenel fut nommé ministre des Affaires
- étrangères, et c'est sous son administration qu'eurent lieu
- l'annexion du comté de Nice, celle de la Savoie, la
- reconnaissance du royaume d'Italie, l'expédition de Syrie et la
- conclusion de plusieurs traités de commerce.
-
- THUN (le comte Frédéric DE), 1810-1881. Diplomate autrichien. Le
- comte Thun fut ministre à Berlin, puis ambassadeur à
- Saint-Pétersbourg. Il avait épousé la comtesse Léopoldine de
- Lamberg.
-
- TOCQUEVILLE (le comte Alexis-Clérel DE) **, 1805-1859. Député
- français et historien distingué, membre de l'Académie française.
-
- TORENO (la comtesse DE), 1810-1858. Dona Isabel-Gayaso, fille du
- marquis Camarasa, dame de S. M. la Reine Isabelle d'Espagne,
- épousa le comte de Toreno. Celui-ci était de très grande famille
- et homme d'État considérable en Espagne, où il fut président du
- Conseil en 1835. Il était à la fois écrivain très considéré et
- grand orateur.
-
- TOSCANE (le grand-duc DE) **, 1797-1870. Léopold II, archiduc
- d'Autriche, succéda à son père en 1824.
-
- TOSCANE (la grande-duchesse mère DE), 1814-1898.
- Marie-Antoinette, fille du roi des Deux-Siciles, François Ier,
- épousa en 1833 Léopold II, grand-duc de Toscane, qui abdiqua en
- 1859 en faveur de son fils Ferdinand.
-
- TOSCANE (le prince héréditaire DE), 1837-1908. Ferdinand IV, fils
- du grand-duc Léopold II, qui abdiqua en faveur de ce prince en
- 1859. Il épousa, en premières noces, une princesse de Saxe et, en
- deuxièmes noces, une princesse de Parme.
-
- TROCHU (le général), 1815-1895. Louis-Jules Trochu fut toujours
- voué à la carrière militaire. Envoyé en Algérie en 1840, comme
- lieutenant d'état-major, Trochu y fit plusieurs campagnes comme
- aide de camp de Lamoricière, puis, comme attaché au maréchal
- Bugeaud. Membre de l'état-major de Saint-Arnaud, il fit ainsi la
- guerre de Crimée. Nommé en 1870 gouverneur de Paris, il dut y
- subir tout le siège, et se retira, après la chute de la capitale,
- dans la ville de Tours, où il vécut ignoré et éloigné du monde le
- reste de sa vie.
-
- TYLER (Mrs Julie), 1821. Julie Gardiner, fille aînée de David
- Gardiner (qui périt par suite d'une explosion à bord du vaisseau
- _Princeton_), épousa en 1844, à New-York, le président Tyler un
- an avant la fin de son gouvernement.
-
-
-U
-
- USEDOM (le comte D') ***, 1805-1884. Diplomate prussien.
-
-
-V
-
- VAILLANT (le maréchal), 1790-1872. Comme jeune officier, Vaillant
- avait déjà combattu à Waterloo en 1815. En 1830, il fut blessé à
- la prise d'Alger, devint colonel en 1832 pendant le siège
- d'Anvers et enfin lieutenant général en 1845. En 1849, Vaillant
- fut chargé de diriger le siège de Rome; il fut créé maréchal de
- France en 1851, sénateur et membre de l'Académie des sciences en
- 1853. Vaillant fut ministre de la guerre de 1854 à 1859 et
- remplit les fonctions de major général pendant la campagne
- d'Italie. De 1860 à 1870 le maréchal Vaillant fut ministre de la
- maison de l'Empereur Napoléon III.
-
- VALENÇAY (le duc DE) *, 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord,
- duc de Talleyrand et de Sagan, fils aîné de la duchesse de Dino.
-
- VAN DER MEULEN (Antoine-François), 1624-1690. Peintre de
- batailles, né à Bruxelles. Colbert l'appela en France, et Lebrun
- lui fit épouser sa nièce.
-
- VARENNES (Le baron Burignot DE), 1795-1873. Ministre de France en
- Mecklembourg, lors du mariage de la princesse Hélène avec le duc
- d'Orléans, M. de Varennes passa ensuite en Portugal, où il resta
- jusqu'en 1848, puis remplaça à Berlin, en 1852, M. de Persigny
- comme ministre de France. En 1855, M. de Varennes entra au Sénat.
-
- VEUILLOT (Louis), 1813-1883. Littérateur et journaliste français,
- fils d'un pauvre tonnelier, rédacteur en chef du journal
- _l'Univers_. Au nom de l'ultramontanisme, Louis Veuillot y
- attaqua avec une violence inouïe le parti des catholiques qui
- n'approuvait pas ses tendances, et ne se rangeait pas à l'avis de
- _l'Univers_.
-
- VICENCE (la duchesse DE), 1785-1876. Adrienne Carbonnel de
- Canisy, épousa en 1814 le comte Armand de Caulaincourt, duc de
- Vicence.
-
- VICTORIA Ire (la reine) *, 1819-1901, monta sur le trône
- d'Angleterre en juin 1837.
-
- VIEUXTEMPS (Henri), 1820-1881. Célèbre violoniste, né à
- Bruxelles. Artiste de premier ordre et du talent le plus
- brillant.
-
- VILLAMARINA (le marquis Salvator DE), 1813-1877. Ministre de
- Sardaigne à Paris depuis 1853 et second plénipotentiaire du
- Piémont, au Congrès de Paris, en 1856, où Cavour occupait le
- premier rang.
-
- VILLEMAIN (Abel-François) *, 1790-1870. Écrivain français, membre
- de l'Académie française.
-
- VINCKE (le baron Frédéric-Georges-Ernest DE), 1811-1875. Homme
- politique prussien. L'activité que M. de Vincke déploya aux
- premières Diètes prussiennes attira l'attention générale. Vincke
- défendit, avec une violence extrême, les opinions
- constitutionnelles et prit une part vive aux luttes
- révolutionnaires: député à la seconde Chambre prussienne en 1849,
- il y combattit toujours la politique du ministère.
-
- VISCONTI (Louis-Joachim) ***, 1791-1863. Architecte d'origine
- italienne mais naturalisé Français.
-
- VOGÜÉ (la comtesse DE), née Mlle de Damas, fille du duc Charles
- de Damas et de Mlle de Langeron. Elle épousa en premières noces
- le comte de Vogüé dont elle eut un fils, et en deuxièmes noces le
- comte de Chastellux dont elle eut deux filles. Mme de Vogüé,
- comme Mme de Damas, sa mère, était remplie d'esprit; elles
- avaient toutes les deux un salon très fréquenté à Paris.
-
-
-W
-
- WAGRAM (Berthier, prince DE), 1810-1887. Fils du maréchal
- Berthier, le prince de Wagram succéda à son père en 1815 dans sa
- dignité de pair de France. N'ayant que cinq ans à cette époque,
- il ne put siéger qu'en 1836. Le gouvernement de Louis-Philippe le
- fit, en 1846, chevalier de la Légion d'honneur et, en 1852, le
- prince de Wagram entra au Sénat constitué par Napoléon III.
-
- WAGRAM (Mlle DE), 1832-1884. Maley-Berthier, fille du prince de
- Wagram, épousa le prince Jérôme Murat en 1854, dont elle fut la
- première femme.
-
- WALEWSKI (le comte) **, 1810-1868. Homme politique français.
-
- WALEWSKA (la comtesse), née à Florence en 1823. Mlle
- Anna-Alexandra de Ricci épousa, en 1846, le comte Walewski, qui
- était alors veuf de lady Caroline Montagu, fille de lord
- Sandwich. Après la mort du comte Walewski, en 1868, sa veuve se
- remaria avec M. Alexandro.
-
- WALDERSÉE (le comte Frédéric-Gustave DE), 1795-1866,
- lieutenant-général dans l'armée prussienne. Il fut pendant
- quelque temps ministre de la guerre.
-
- WALLMODEN-GIMBORN (le comte Louis DE) ***, 1769-1862.
- Feld-maréchal autrichien qui commanda le corps d'armée dans
- l'Italie supérieure durant de longues années.
-
- WALSCH (M. Olivier), chambellan de l'empereur Napoléon III. Son
- frère avait épousé la veuve du marquis d'Aramon.
-
- WASA (le prince Gustave DE) ***, 1790-1877, épousa en 1830 la
- princesse Louise de Bade, fille aînée de la grande-duchesse
- Stéphanie de Bade.
-
- WASA (la princesse) **, 1811-1854. Louise, fille du grand-duc
- Charles de Bade et de la grande duchesse Stéphanie.
-
- WEDEL (le général DE), 1785-1861. Général prussien, gouverneur du
- Luxembourg, chevalier de l'ordre de l'Aigle noir, aide de camp
- général du Roi Frédéric-Guillaume IV.
-
- WELLESLEY (la marquise DE), morte en 1853. Marianne, fille d'un
- Américain de Philadelphie, mariée en premières noces à Robert
- Paterson, fils d'Élisabeth Paterson et de Joseph Bonaparte, roi
- de Westphalie. Devenue veuve, elle épousa, en 1825, Richard,
- marquis de Wellesley, qui fut gouverneur des Indes, et dont elle
- devint la seconde femme.
-
- WELLINGTON (le duc DE) *, 1769-1852. Général anglais, vainqueur à
- la bataille de Waterloo en 1815.
-
- WESTMORLAND (lord), 1811-1859. Lord John Burghersh *, devint
- comte de Westmorland après la mort de son père.
-
- WESTMORLAND (Lady) ***, 1793-1879. Anne, fille du baron
- Maryborough, frère du duc de Wellington.
-
- WESTPHALEN (M. DE), 1799-1876. Fut ministre de l'Intérieur en
- Prusse de 1850 à 1858, et devint en 1854 membre de la Chambre des
- seigneurs.
-
- WINDISCH-GRAETZ (le prince Alfred), 1787-1862, général
- autrichien; après avoir réprimé le soulèvement de Vienne, en
- 1848, il fut fait feld-maréchal.
-
- WINDISCH-GRAETZ (la princesse Mathilde DE), née en 1835. Fille du
- maréchal Windisch-Graetz; elle épousa en 1857 son cousin le
- prince Charles Windisch-Graetz, qui fut tué en 1859 à la bataille
- de Solferino en Italie.
-
- WINTER (M. DE). Fut ministre de l'Intérieur en Prusse, de 1859 à
- 1860, et, après le duel Manteuffel, nommé président de la police
- à Berlin.
-
- WINTERHALTER (François-Xavier), 1806-1873, peintre et
- portraitiste allemand, établi à Paris. Sous le règne de
- Louis-Philippe il fit plusieurs portraits de la famille royale;
- mais il fut surtout en vogue sous le règne de Napoléon III, ayant
- fait plusieurs beaux portraits de l'Impératrice Eugénie.
-
- WITTGENSTEIN (la princesse Léonille DE), née en 1816, fille du
- prince Ivan Bariatinsky et de la comtesse Wilhelmine Keller; elle
- épousa en 1834 le prince Louis de Sayn-Wittgenstein, dont elle
- devint veuve en 1866.
-
- WRANGEL (le maréchal, comte DE), 1784-1877. Commandant des
- troupes allemandes en Holstein pendant l'année 1848. Wrangel sut
- la même année contenir la populace fort menaçante de Berlin sans
- verser de sang. En 1863 il commanda le corps d'armée prussien
- contre le Danemark.
-
- WURTEMBERG (le Roi Guillaume Ier DE) *, 1781-1864, monté sur
- le trône en 1816.
-
- WURTEMBERG (le prince Auguste) **, 1813-1885. Officier prussien.
- Il prit une grande part aux guerres de 1866 et de 1870, comme
- commandant du corps de la garde de Prusse.
-
- WURTEMBERG (le prince royal DE) ***, 1823-1891. Charles, fils du
- Roi Guillaume Ier, auquel il succéda, en 1864, sur le trône de
- Wurtemberg.
-
- WURTEMBERG (la princesse royale DE). 1822-1892. Olga, fille de
- l'empereur Nicolas de Russie. Cette princesse, d'une beauté très
- remarquable, épousa, en 1846, Charles, prince royal de
- Wurtemberg, qui monta sur le trône en 1864. Ils n'eurent jamais
- d'enfant.
-
-
-Z
-
- ZAMOYSKI (le général), 1803-1868. Le comte Ladislas Zamoyski,
- général de division au service anglais, avait servi dans l'armée
- polonaise en 1830.
-
- ZEDLITZ (le baron Joseph-Chrétien DE) ***. 1790-1861. Officier
- dans l'armée autrichienne; poète fort apprécié.
-
- ZEDLITZ (M. DE), né en 1813, préfet de police à Berlin de 1856 à
- 1861.
-
- ZICHY DE VASONYKEÖ (le comte Eugène DE) ***, 1809-1848. Il fut
- accusé d'espionage par les Hongrois insurgés qui le mirent à
- mort.
-
- ZICHY DE VÁSONYKEÖ (le comte Joseph DE), 1814-1897. Epousa, en
- 1853, la princesse Mélanie de Metternich, fille du chancelier
- d'Autriche.
-
-
-
-
-TABLE GÉNÉRALE DES NOMS CITÉS DANS LES QUATRE VOLUMES DE LA CHRONIQUE
-
-A
-
- ABD-EL-KADER (L'émir), II, 168; III, 323.
-
- ABERCROMBY (George-Ralph), I, 94, 119, 120, 145, 165.
-
- ABERDEEN (Lord), I, 146; III, 155, 225; IV, 124.
-
- ABERGAVENNY (Earl of), I, 6, 7.
-
- ABRANTÈS (La duchesse D'), I, 340.
-
- ABZAC (Le général marquis D'), IV, 409.
-
- ACERENZA (La duchesse Jeanne D'), II, 279, 332, 338; III, 295.
-
- ACTON (Lady), II, 340.
-
- ADAMS (Le président), II, 451.
-
- ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), I, 29, 33, 243, 278, 310, 314, 318,
- 324, 326, 356, 358, 362, 373, 376, 383, 387, 395; II, 2, 16, 30,
- 47, 49, 74, 79, 84, 85, 87, 94, 106, 117, 129, 140, 150, 151,
- 157, 160, 180, 186, 195, 197, 213, 223, 262, 320, 363, 364, 369,
- 379, 381, 397; III, 20, 37, 55, 63, 192, 201, 202, 209, 213, 219,
- 225, 264, 265, 268, 322, 324,332; IV, 277.
-
- ADOLPHE DE NASSAU (Empereur d'Allemagne), I, 343, 346.
-
- AFFRE (Monseigneur), II, 348, 361, 366, 428, 441; III, 4, 5, 22,
- 23, 27, 44, 98, 105.
-
- AGOULT (La vicomtesse D'), I, 72; II, 379; III, 50.
-
- AILESBURY (Lord), III, 38.
-
- AILESBURY (Lady), III, 38.
-
- ALAVA (Le général don Ricardo), I, 51, 54, 215, 234, 359, 371,
- 380; II, 9, 38, 47, 183, 337; III, 130, 131, 204, 207, 304.
-
- ALBANY (La comtesse D'), I, 193, 194.
-
- ALBE (Le duc D'), IV, 387.
-
- ALBUFÉRA (La duchesse d'), II, 117, 126, 151, 156, 339, 347, 352,
- 361, 376, 387, 389, 394, 417, 437; III, 24, 97, 98, 99, 125, 127,
- 131, 155, 185, 280; IV, 16, 33, 35, 73, 77, 92, 130, 255, 268,
- 304.
-
- ALCUDIA (Le duc D'), I, 209.
-
- ALDBOROUGH (Lady), I, 103, 104, 333; III, 38.
-
- ALEXANDRE Ier (Empereur de Russie), I, 332; II, 335; III, 301.
-
- ALFIERI (Le comte Victor), I, 193, 378.
-
- ALIBAUD, II, 66, 67, 69, 70, 78, 99, 116, 182.
-
- ALLEGRI (Grégoire), IV, 162.
-
- ALLEN (George), I, 99, 103, 122.
-
- ALTENSTEIN (Le baron Charles D'), II, 321.
-
- ALTHORP (Lord), I, 92, 101, 102, 161, 163, 164, 165, 168, 170,
- 177, 179.
-
- ALTON-SHÉE (Le comte Édouard D'), II, 390; III, 50, 325.
-
- ALVANLEY (Lord), I, 197, 368.
-
- ALVENSLEBEN (Le comte D'), III, 284; IV, 177.
-
- AMÉLIE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 170.
-
- AMPÈRE (M.), I, 338; III, 221.
-
- ANCELOT (M.), III, 42; IV, 194.
-
- ANCILLON (M.), II, 44, 49, 50, 55, 63, 119, 121, 142, 143.
-
- ANCILLON (Mme), II, 119.
-
- ANDILLY (Arnauld D'), II, 44, 196.
-
- ANDRAL (Le docteur), III, 57, 258.
-
- ANDRAL (Mme), II, 138.
-
- ANDREA DEL SARTO, IV, 107.
-
- ANGLETERRE (La reine Adélaïde D'), I, 56, 113, 149, 150; II, 168,
- 179; III, 67, 318, 391.
-
- ANGLETERRE (Le prince Albert D'), III, 32.
-
- ANGLETERRE (La reine Charlotte D'), II, 168.
-
- ANGLETERRE (le roi Guillaume IV D'), I, 66, 68, 70, 78, 106, 131,
- 144, 172, 198; II, 34, 144, 156, 160; III, 318.
-
- ANGLONA (Le prince D'), II, 183.
-
- ANGOULÊME (Le duc D'), II, 40, 110.
-
- ANGOULÊME (La duchesse D'), II, 40; III, 253; IV, 26, 27.
-
- ANHALT-DESSAU (La duchesse D'), III, 103.
-
- ANNE D'AUTRICHE (Reine de France), I, 36, 43; II, 97.
-
- ANNE DE BRETAGNE (Reine de France), II, 165.
-
- ANTONELLI (Le cardinal), IV, 297, 315, 362, 376.
-
- ANTONIO (L'infant d'Espagne), I, 239.
-
- Antrobus (Lady), I, 374.
-
- APPONYI (Le comte), II, 1, 15, 127, 395, 409; III, 52, 109, 115;
- IV, 81, 89.
-
- APPONYI (La comtesse Annette), I, 395; III, 52, 97, 115.
-
- ARAGO (M.), III, 148, 248, 360, 368, 370.
-
- ARBUTHNOT (Mrs), I, 209, 230.
-
- ARCO (La comtesse D'), II, 113.
-
- ARENBERG (La duchesse D'), I, 366, 367.
-
- ARENBERG (Le prince Pierre D'), I, 347; III, 27, 71, 79, 132,
- 133, 134, 238, 239; IV, 17, 101.
-
- ARENBERG (La princesse Pierre D'), I, 349; III, 132, 219, 230.
-
- ARENBERG (Le duc Prosper-Louis D'), I, 366.
-
- ARGENSON (Le comte D'), I, 251.
-
- ARGOUT (Le comte D'), II, 90; III, 242, 247.
-
- ARJUZON (Le comte D'), IV, 64.
-
- ARNAULD (La mère Angélique de Saint-Jean), II, 44.
-
- ARNAULD (Antoine), II, 44.
-
- ARNAULD (La mère Marie-Angélique de Sainte-Madeleine), II, 44.
-
- ARNAULT, I, 246.
-
- ARNFELD (Le baron D'), III, 287.
-
- ARNIM-BOITZENBURG (Le comte D'), III, 408, 409, 410, 453.
-
- ARNIM-HEINRICHSDORF (Le baron Henri D'), II, 281; III, 104, 113,
- 184, 351.
-
- ARNIM-HEINRICHSDORF (Le comte Henri D'), IV, 3.
-
- ARSOLI (Le prince D'), II, 150.
-
- ARSOLI (La princesse D'), II, 187.
-
- ARTOIS (Le comte D'), I, 298; III, 471, 472, 473, 474, 475.
-
- ASHLEY (Sir), I, 40.
-
- ASSELINE (Adolphe), III, 34.
-
- ASTON (Le comte), III, 152, 157.
-
- ATHALIN (Le général baron), I, 359; II, 146.
-
- AUBUSSON DE LA FEUILLADE (Le comte D'), I, 393.
-
- AUBUSSON (Mlle Noémie D'), II, 418.
-
- AUDIN, III, 95.
-
- AUERSPERG (La princesse D'), III, 301.
-
- AUERSWALD (Rodolphe D'), IV, 293, 315, 321, 335, 393, 406, 424.
-
- AUGEREAU (Le maréchal), I, 257.
-
- AUGIER (Émile), IV, 253.
-
- AUGUSTE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 5, 172, 211; II, 131.
-
- AUGUSTENBURG (La duchesse D'), III, 327.
-
- AUMALE (Le duc D'), I, 385; II, 178, 372; III, 35, 37, 45, 117,
- 192, 268, 280; IV, 10, 59, 285, 353.
-
- AUMALE (La duchesse D'), III, 447; IV, 10.
-
- AUSTIN (Sarah), II, 336.
-
- AUTRICHE (L'archiduc ALBERT D'), III, 309.
-
- AUTRICHE (L'impératrice Caroline D'), II, 63.
-
- AUTRICHE (L'archiduc Charles D'), II, 49-56, 69.
-
- AUTRICHE (L'impératrice Élisabeth D'), IV, 120, 121, 122, 382.
-
- AUTRICHE (L'archiduchesse Élisabeth D'), III, 399; IV, 90.
-
- AUTRICHE (L'empereur Ferdinand Ier), I, 383; II, 69.
-
- AUTRICHE (L'empereur François II D'), III, 161.
-
- AUTRICHE (L'archiduc François-Charles D'), II, 69; III, 348.
-
- AUTRICHE (L'archiduc Jean D'), III, 352, 354, 382.
-
- AUTRICHE (L'archiduc Léopold D'), IV, 6.
-
- AUTRICHE (L'archiduc Louis-Joseph D'), I, 383.
-
- AUTRICHE (L'archiduchesse Marguerite D'), IV, 291.
-
- AUTRICHE (L'archiduchesse Marie D'), duchesse de AUTRICHE
- (L'archiduchesse Marie-Louise D'), plus tard l'impératrice des
- Français, I, 258, 332; II, 65.
-
- AUTRICHE (L'archiduc Max D'), III, 446; IV, 228, 260, 316, 383.
-
- AUTRICHE (L'archiduchesse Sophie D'), I, 383; II, 55, 69; III,
- 311, 367, 445, 446; IV, 51, 87, 94, 101, 113, 114, 227, 228.
-
- AUTRICHE (L'archiduchesse Thérèse D'), plus tard reine de Naples,
- II, 56, 79, 122, 182.
-
- AVENAS (Mme D'), IV, 77, 214.
-
- AVIGDOR (Jules), IV, 79.
-
- AYEN (Le duc D'), IV, 235.
-
- AYEN (La duchesse D'), IV, 235.
-
-
-B
-
- BACH (Le baron), III, 444.
-
- BACKHOUSE (John), I, 127, 128, 207.
-
- BACOURT (M. DE), I, 32, 45, 365, 382; III, 471, 474.
-
- BADE (La princesse Alexandrine DE), III, 161.
-
- BADE (Le prince-régent Frédéric-Guillaume DE), IV, 230.
-
- BADE (Le grand-duc Léopold DE), II, 348; III, 369, 427, 431.
-
- BADE (La princesse Marie DE), plus tard marquise de Douglas,
- duchesse de Hamilton, II, 285, 348, 354, 355, 356; III, 65, 67,
- 142, 146, 149, 156, 157, 160, 231, 235, 272, 420; IV, 40, 43, 76,
- 303, 396, 400.
-
- BADE (La grande-duchesse Stéphanie DE), née de Beauharnais, I,
- 382; II, 81, 105, 127, 195, 198, 272, 328, 351, 353; III, 65, 66,
- 67, 69, 139, 141, 143, 149, 150, 154, 158, 159, 160, 161, 170,
- 171, 172, 192, 236, 271, 272, 273, 368, 369, 420; IV, 40, 42,
- 114, 133, 259, 342.
-
- BAGRATION (La princesse), II, 157, 160.
-
- BAILLOT (M.), I, 48.
-
- BALBI (La comtesse DE), I, 324, 325; II, 76, 204.
-
- BALBI-SENAREGA (Le marquis DE), IV, 224.
-
- BALLANCHE (M.), II, 438; III, 66, 167, 181; IV, 334.
-
- BALZAC (Honoré DE), II, 108; III, 308.
-
- BAOUR-LORMIAN (M.), IV, 194.
-
- BARANTE (Le baron DE), I, 385; II, 63, 87, 163, 393, 403; III,
- 11, 118, 121, 150, 154, 155, 164, 167, 168, 174, 181, 189, 190,
- 193, 195, 214, 222, 225, 227, 239, 247, 252, 284, 301, 321, 325;
- IV, 12, 17, 19.
-
- BARANTE (La baronne DE), II, 407.
-
- BARBÈS (M.), III, 370.
-
- BARBEY DE JOUY (M.), II, 357.
-
- BARING (Sir Francis), III, 38, 39.
-
- BARING (Lady), III, 38.
-
- BAROCHE (M.), IV, 301.
-
- BARRINGTON (Charles), I, 121.
-
- BARRINGTON (Mme), IV, 240.
-
- BARROT (Odilon), I, 311; II, 124, 130, 219, 298, 394, 405, 420,
- 421, 423, 424, 428, 438; III, 11, 222, 242; IV, 200.
-
- BARRY (Le docteur), III, 284.
-
- BARTHE (Ministre), I, 322; II, 18, 116, 219.
-
- BARTHOLONY (M.), I, 345.
-
- BASSANO (Le duc DE), I, 227, 228, 246, 277, 278, 280, 283, 293;
- III, 38.
-
- BASSANO (La duchesse DE), I, 228.
-
- BASTARD (Le comte DE), I, 322.
-
- BASTIDE (Jules), II, 75.
-
- BATHURST (Lord), I, 208.
-
- BATHURST (Lady Georgina), II, 34.
-
- BATTHYANY (La comtesse), I, 7, 163; II, 390.
-
- BAUDRAND (Le général comte), I, 2, 259, 260, 291; II, 15, 65,
- 162, 213, 214; III, 250, 255.
-
- BAUDRAND (Mme, modiste), II, 124.
-
- BAUFFREMONT (La duchesse DE), II, 150, 418; III, 53.
-
- BAUFFREMONT (Le prince Gontran DE), II, 418.
-
- BAUFFREMONT (La princesse Laurence DE), II, 225, 366; IV, 212.
-
- BAUSSET (Le cardinal DE), II, 196, 335.
-
- BAUTAIN (L'abbé), II, 97, 355, 362.
-
- BAVIÈRE (Le prince royal DE), plus tard roi Maximilien II, II,
- 56; III, 156, 233, 274, 373; IV, 177.
-
- BAVIÈRE (La reine douairière Caroline DE), II, 49; III, 161.
-
- BAVIÈRE (La princesse Hildegarde DE), III, 309.
-
- BAVIÈRE (Le roi Louis Ier DE), II, 343; III, 274, 441, 443.
-
- BAVIÈRE (Le duc Maximilien DE), IV, 122.
-
- BAVIÈRE (La duchesse Maximilien DE), IV, 120.
-
- BAVIÈRE (La reine Thérèse DE), II, 343; III, 443.
-
- BÉARN (Le prince DE), IV, 65.
-
- BEAUCHESNE (M. DE), IV, 67.
-
- BEAUFORT (Le duc DE), III, 122.
-
- BEAUHARNAIS (Eugène DE), duc de Leuchtenberg, I, 333; III, 442.
-
- BEAUHARNAIS (Hortense DE), I, 332.
-
- BEAUMONT (Léon DE), dit Fanfan, II, 335.
-
- BEAUVALE (Lord), III, 28, 48, 83.
-
- BEAUVAU (Le prince Marc DE), II, 418.
-
- BEAUVAU (La maréchale, princesse DE), II 366, 367.
-
- BEAUVAU-CRAON (La princesse DE), IV, 250.
-
- BEAUVILLIERS (La duchesse DE), I, 312.
-
- BECKETT (Thomas), I, 354.
-
- BECKX (Le père), IV, 119.
-
- BEDEAU (Le général), IV, 271.
-
- BEDFORD (Le duc DE), I, 81, 99, 195, 196, 212, 213.
-
- BEDFORD (La duchesse DE), I, 80.
-
- BEDMAN (Le marquis DE), IV, 70, 84, 86.
-
- BEGAS (Charles-Joseph), II, 322.
-
- BEIRA (La duchesse DE), I 127, 192.
-
- BELFAST (Lady), I, 4.
-
- BELGES (La princesse Charlotte DES), IV, 237.
-
- BELGES (La reine Louise DES), princesse d'Orléans, I, 362, 363,
- 386; II, 75, 120, 177; III, 396, 426, 428, 451, 453; IV, 110.
-
- BELGIOJOSO (La princesse), II, 29; III, 234, 254, 303.
-
- BELLINI (Jean), IV, 105, 107.
-
- BELLUNE (Le duc DE), III, 42.
-
- BELMONT (Le marquis DE), IV, 64.
-
- BEM (Le général), III, 376.
-
- BENACET (M.), III, 96.
-
- BENDEMANN, II, 329.
-
- BENEDECK (Le général DE), IV, 97.
-
- BENKENDORFF (Le général DE), I, 86; II, 295.
-
- BENKENDORFF (Le comte Constantin DE), IV, 244.
-
- BENNINGSEN (Le comte DE), III, 419, 420.
-
- BÉRENGER (Mlle Élisabeth DE), I, 67.
-
- BERG (Le général comte), IV, 121.
-
- BERGAMI, I, 82, 83.
-
- BERGERON (Louis), I, 396; II, 402.
-
- BÉRIOT (M. DE), III, 299.
-
- BERNARD (Le baron Simon), II, 94, 96.
-
- BERNARD (Samuel), III, 121.
-
- BERNSTORFF (Le comte DE), III, 184, 382, 415, 426, 454, 456; IV,
- 315, 405, 406, 422.
-
- BERRY (Le duc DE), I, 355; II, 158.
-
- BERRY (La duchesse DE), I, 22, 28, 72, 246, 273, 338, 367; III,
- 97; IV, 102, 103, 106, 107, 109.
-
- BERRYER (Antoine), I, 338, 367; II, 4, 11, 20, 22, 25, 27, 28,
- 30, 38, 81, 83, 136, 219, 367, 389, 390, 420, 424, 425, 426, 438;
- III, 50, 132, 187, 242; IV, 10, 40, 42, 198, 199, 200.
-
- BERTIN DE VEAUX, I, 19, 34, 206, 240, 267, 291, 306; II, 36, 37,
- 42; III, 15, 16, 45, 118, 185.
-
- BERTIN DE VEAUX (Mme), II, 116.
-
- BERTIN DE VEAUX (Le général Auguste), III, 15, 45, 118.
-
- BERTRAND (Le général), II, 434.
-
- BÉRULLE (Le cardinal DE), I, 389.
-
- BERWICK (La duchesse DE), II, 418.
-
- BETHMANN-HOLWEG (M. DE), III, 407; IV, 172, 321.
-
- BÉTHYSY (Le marquis DE), III, 44, 58.
-
- BEUST (Le comte DE), III, 378, 448.
-
- BIGNON (Le baron), I, 119, 120, 125, 311.
-
- BIGNON (François), III, 238.
-
- BILLAULT (M.), IV, 375, 397.
-
- BILZ (Mlle DE), II, 354.
-
- BINZER (Mme DE), II, 269; III, 116, 446.
-
- BIRON (Le duc Armand-Louis DE), I, 297.
-
- BIRON (Le marquis Henri DE), II, 262.
-
- BIRON (La princesse DE), I, 68; II, 331.
-
- BIRON-COURLANDE (Le prince Calixte DE), III, 300.
-
- BIRON-COURLANDE (Le prince Charles DE), II, 386.
-
- BIRON-COURLANDE (La princesse Fanny DE), II, 325; III, 96, 113,
- 114, 120, 123, 130, 132, 135, 138, 142, 143, 149, 152, 160, 162,
- 176, 205, 212, 213, 300, 307.
-
- BIRON-COURLANDE (Le prince Pierre DE), III, 300.
-
- BISMARCK-SCHŒNHAUSEN (Le prince DE), IV, 161, 162, 190.
-
- BIXIO (M.), IV, 126, 296.
-
- BJOERSTJERNA (M.), I, 76, 77.
-
- BJŒRNSTJERNA (La comtesse DE), II, 334.
-
- BLACAS (Le duc DE), I, 28, 129, 159.
-
- BLITTERSDORF (Le baron DE), II, 344, 345, 346, 349.
-
- BLUCHER DE WAHLSTADT (Le maréchal prince DE), IV, 96.
-
- BLUM (Robert), III, 386.
-
- BOBOLA (Le Père André), IV, 134, 135.
-
- BODELSCHWING (M. DE), III, 425.
-
- BODELSCHWING (Mlle DE), III, 438.
-
- BOEGER (Le docteur), IV, 291.
-
- BOIGNE (La comtesse DE), I, 299, 300; II, 16, 170, 171; III, 26,
- 247, 250, 251; IV, 126, 300.
-
- BOISMILON (Jacques-Dominique DE), I, 259; III, 209, 214, 215,
- 385.
-
- BOISSY (Mlle Rouillé DE), I, 393; II, 418.
-
- BOLIVAR (Simon), I, 289.
-
- BONALD (Le vicomte DE), II, 438; III, 42; IV, 20, 75.
-
- BONAPARTE (Jérôme), roi de Westphalie, I, 70, 72, 341; II, 19;
- IV, 126, 297, 356, 357, 358, 360.
-
- BONAPARTE (Joseph), I, 159; II, 18.
-
- BONAPARTE (Mme Laetitia), II, 18.
-
- BONAPARTE (Le prince Louis), plus tard l'empereur Napoléon III,
- II, 105, 106, 344, 352, 355, 367, 384, 389, 390; III, 351, 366,
- 386, 412, 421; IV, 45, 62, 66, 68, 69, 70, 88, 91, 99, 111, 124,
- 132, 147, 152, 154, 159, 161, 174, 177, 179, 183, 184, 185, 188,
- 193, 195, 196, 200, 203, 206, 207, 208, 209, 210, 221, 223, 227,
- 229, 230, 242, 245, 250, 259, 269, 271, 282, 285, 288, 297, 299,
- 301, 304, 306, 308, 309, 312, 313, 314, 316, 318, 319, 320, 323,
- 326, 327, 329, 330, 331, 332, 337, 338, 339, 342, 345, 347, 348,
- 350, 351, 353, 354, 355, 356, 358, 360, 363, 364, 366, 370, 373,
- 374, 375, 376, 378, 380, 385, 387, 400, 402, 405.
-
- BONAPARTE (Lucien), I, 107, 146, 266, 333; II, 18, 19.
-
- BONIN (Le général DE), III, 416, 424; IV, 129, 176, 397.
-
- BONNECHOSE (Le cardinal DE), II, 97; IV, 237.
-
- BONNIVARD (François DE), I, 337.
-
- BORDEAUX (Le duc DE), dit Henri V, comte de Chambord, I, 367,
- 372; II, 33, 35, 50, 97, 107, 110; III, 26, 97, 132, 214, 215,
- 218, 272, 396, 422, 428, 444, 445; IV, 9, 28, 57, 97, 98, 99,
- 102, 110, 117, 136, 138, 212, 224, 246, 247, 248, 278, 285.
-
- BOSSUET (Jacques-Bénigne), II, 24, 25, 27, 30, 42, 169, 196, 236,
- 237; III, 53, 269; IV, 139, 241, 253.
-
- BOURBON (Le duc DE), III, 66.
-
- BOURBON-CHALUS (Le comte DE), IV, 379.
-
- BOURDOIS DE LA MOTTE Dr., II, 230.
-
- BOURGOGNE (La duchesse Marie DE), II, 378; III, 34.
-
- BOURLIER (L'abbé), II, 228.
-
- BOURLON DE SARTY (Paul DE), II, 312.
-
- BOURQUENRY (Le baron, puis comte DE), I, 374; II, 419; III, 116;
- IV, 151, 152, 164, 185, 187, 206.
-
- BOUTÉNIEFF (M. DE), III, 127.
-
- BRABANT (Le duc DE), plus tard le roi Léopold II, de Belgique,
- III, 151, 152; IV, 112, 116, 186, 423.
-
- BRAGANCE (La duchesse DE), I, 133; III, 79.
-
- BRANDEBOURG (Le comte DE), III, 301, 369, 386, 408, 432, 433,
- 437, 451, 452, 454, 457, 461.
-
- BRANDEBOURG (La comtesse DE), III, 406.
-
- BRANDHOFEN (Mme DE), III, 382.
-
- BREADALBANE (Le marquis DE), IV, 396.
-
- BRÉDY (Le général Hugo DE), III, 359.
-
- BRENIER DE RENAUDIÈRE (Le baron), I, 373.
-
- BRÉSIL (L'empereur dom Pedro II DU), III, 191.
-
- BRESSON (Le comte), I, 277, 285, 288; II, 49, 50, 123, 133, 159,
- 167, 275, 276, 277, 278, 279, 286, 291, 297, 301, 349, 351, 361,
- 362, 363, 380, 431; III, 48, 63, 79, 80, 86, 99, 102, 104, 105,
- 107, 108, 109, 111, 112, 163, 172, 235, 283, 284, 288, 321.
-
- BRESSON (La comtesse), III, 283.
-
- BRETONNEAU (Le docteur), I, 242, 368, 370, 373; II, 207.
-
- BRETZENHEIM DE REGÉCE (La princesse DE), II, 8.
-
- BRÉZÉ (Le marquis DE DREUX-), II, 114; III, 42.
-
- BRÉZÉ (L'abbé DE DREUX-), III, 42; IV, 253.
-
- BRIFAUT, III, 221; IV, 254.
-
- BRIGNOLE-SALE (La marquise DE), II, 231; III, 38.
-
- BRIGNOLE-SALE (Le marquis DE), III, 38.
-
- BRIGODE (Le baron DE), II, 225.
-
- BROGLIE (Le duc DE), I, 18, 19, 29, 30, 31, 32, 33, 38, 57, 145,
- 162, 237, 246, 266, 272, 273, 281, 294, 295, 302, 306, 308, 315,
- 317, 318, 319, 320, 341, 354, 356, 365, 387; II, 3, 4, 5, 9, 11,
- 15, 17, 18, 16, 19, 20, 23, 36, 85, 120, 124, 138, 144, 225, 402,
- 405, 406, 413, 414, 454; III, 40, 255, 321, 325, 366, 406, 412;
- IV, 65, 130, 194, 200, 225, 226, 275.
-
- BROGLIE (La duchesse DE), I, 273, 283, 320, 358; II, 16, 119,
- 138, 253, 254; III, 366; IV, 65, 257.
-
- BROGLIE (Le prince Albert DE), IV, 126, 272, 342.
-
- BROGLIE (Mlle Louise DE), II, 187.
-
- BRONZINO (Angiolo), III, 440.
-
- BROOKE (Lord), I, 40, 43.
-
- BROSSES (Charles DE), II, 268, 271.
-
- BROUGHAM (Lord), I, 80, 82, 86, 91, 93, 97, 99, 126, 146, 167,
- 175, 195, 214, 290, 291, 299; II, 223; III, 137.
-
- BROUGHAM (Lady), I, 71.
-
- BRUGES (Mme DE), III, 306.
-
- BRUNNOW (Le baron DE), II, 337, 351; III, 227; IV, 141, 150.
-
- BRUNNOW (Mme DE), II, 337.
-
- BRUNSWICK (Le duc Guillaume DE), III, 429, 430, 431, 432.
-
- BUDBERG (Le baron DE), IV, 150, 152, 156, 292, 336, 339.
-
- BUDOW (Le baron DE), I, 12, 14, 83, 203, 204, 229; II, 349, 350,
- 362, 383, 409, 431; III, 172, 178, 184, 226, 228, 235.
-
- BUDOW (Le comte DE), III, 370.
-
- BUDOW (Le général DE), III, 429.
-
- BUDOW (Mme DE), II, 285, 293.
-
- BUFFON (M. DE), I, 351.
-
- BUGEAUD DE LA PICONNERIE (Le maréchal), III, 12.
-
- BULWER (Sir Henry), II, 383, 388, 465; III, 65, 121, 349.
-
- BUNSEN (Le chevalier DE), III, 377, 379, 453; IV, 7, 141, 171,
- 172.
-
- BUOL (La comtesse DE), II, 140.
-
- BUOL-SCHAUENSTEIN (Le comte DE), IV, 49, 50, 104, 131, 206, 227,
- 228.
-
- BURGHERSH (John, lord), I, 193.
-
- BURGHERSH (Ernest, lord), IV, 210.
-
- BUSSIÈRE (Jules-Edmond DE), II, 326.
-
- BUTERA (Le prince), I, 60.
-
- BYRON (George Gordon, lord), I, 181, 337; IV, 108.
-
-
-C
-
- CADORE (Le marquis DE), IV, 362, 373.
-
- CALATRAVA (Don), II, 82.
-
- CALOMARDE (François-Thadé), I, 180.
-
- CAMBRIDGE (La duchesse DE), I, 4; II, 281.
-
- CAMBRIDGE (La princesse Auguste DE), III, 314.
-
- CAMBRIDGE (Le prince Georges DE), III, 234.
-
- CAMPAN (Mme), I, 331; II. 81.
-
- CANINO (Le prince DE), I, 71.
-
- CANIZZARO (La duchesse DE), I, 108.
-
- CANNING (George), I, 140, 253.
-
- CANOVA, I, 247, 332.
-
- CANROBERT (Le maréchal), IV, 231, 298, 312.
-
- CAPO D'ISTRIA (Le comte), I, 12; III, 366.
-
- CAPOUE (Le prince DE), II, 57.
-
- CAPRARA (Le cardinal), II, 237.
-
- CARADOC (Sir John Hobart), II, 156, 160, 174.
-
- CARAMAN (La marquise DE), II, 16, 339; III, 25, 241.
-
- CARDIGAN (Lord), III, 31.
-
- CARIGNAN (La princesse Joséphine DE), III, 287.
-
- CARIGNAN (Philiberte DE), II, 150.
-
- CARIGNAN (Mme DE), II, 187.
-
- CARLISLE (Lord), I, 111, 192, 198.
-
- CARLOS (Don), prince des Asturies, I, 239; II, 425.
-
- CARLOTTA (L'infante), I, 166; II, 260; III, 216, 260.
-
- CARNÉ (Le comte DE), II, 238; IV, 340.
-
- CAROLATH-BEUTHEN (La princesse Adélaïde DE), III, 113, 291, 318.
-
- CAROLATH-BEUTHEN (Le prince Henri DE), III, 318.
-
- CAROLATH-SAABOR (Le prince Frédéric DE), II, 312, 313, 319.
-
- CAROLINE D'ANGLETERRE (La reine), I, 82.
-
- CARRACHE (Annibal), I, 248; II, 317.
-
- CARREL (Armand), I, 303, 304; II, 72.
-
- CARS (La duchesse DES), III, 130.
-
- CASANOVA DE SEINGALT, II, 332.
-
- CASTELBAJAC (Le marquis DE), IV, 160, 163.
-
- CASTELBAJAC (La marquise DE), IV, 160, 163, 167.
-
- CASTELLANE (Le marquis André DE), I, 100.
-
- CASTELLANE (Le maréchal comte Boniface DE), IV, 83, 214.
-
- CASTELLANE (La comtesse Cordelia DE), I, 300, 302, 305, 310, 393;
- II, 40, 113, 124, 129, 138, 186, 261, 361, 368, 381.
-
- CASTELLANE (Le marquis Henri DE), II, 261, 262, 263, 381; III,
- 35, 131, 139, 140, 142, 145, 149, 161, 169, 175, 179, 185, 186,
- 187, 196, 199, 200, 201, 263, 250.
-
- CASTELLANE (Mlle Marie DE), II, 381; III, 170, 175, 187; IV, 13,
- 17, 232.
-
- CASTIGLIONE (La comtesse DE), IV, 250, 253.
-
- CASTILLE (La reine Blanche DE), III, 70.
-
- CASTLEREAGH (Lord), I, 143; III, 60.
-
- CASTRIES (Le duc DE), I, 65.
-
- CATHERINE D'ARAGON, I, 82.
-
- CATHERINE DE MÉDECIS (La reine), I, 36, 112, 271.
-
- CATHERINE-PAULOWNA DE RUSSIE (La grande-duchesse), I, 236.
-
- CAULAINCOURT (Le général marquis DE, duc de Vicence), III, 393;
- IV, 82.
-
- CAULAINCOURT (La comtesse DE), I, 392, 393.
-
- CAVAIGNAC (Le général), I, 353, 386.
-
- CAVOUR (Le comte DE), IV, 283, 285, 297, 302, 303, 304, 317, 320,
- 332, 345, 350, 360, 366, 397, 402.
-
- CELLAMARE (Le prince DE), III, 148.
-
- CELLES (Le comte DE), I, 236, 300.
-
- CÉSOLE (Le comte Eugène DE), III, 150, 152.
-
- CÉSOLE (La comtesse DE), III, 152, 153.
-
- CESSAC (Le comte DE), III, 167.
-
- CHABANNES (Le comte Alfred DE), I, 389; III, 36, 385.
-
- CHABANNES (La comtesse Alfred DE), III, 36, 383, 385, 395, 428;
- IV, 9, 10, 22, 57, 117, 180.
-
- CHABANNES (Mlle Emma DE), IV, 102.
-
- CHABANNES (Louisa DE), I, 388, 389; II, 233.
-
- CHABOT (Mlle Olivia DE), III, 34.
-
- CHABOT (Philippe DE), comte de Jarnac, II, 124, 434; IV, 247.
-
- CHABROL (Le comte DE), II, 41.
-
- CHAIX-D'EST-ANGE (M.), III, 242.
-
- CHALAIS (Le prince DE), II, 80; III, 100, 131, 207, 208.
-
- CHALAIS (La princesse DE), I, 309. 312.
-
- CHAMBORD (La comtesse DE), IV, 103, 110, 212.
-
- CHAMPCHEVRIER (Mme DE), II, 198.
-
- CHAMPLATREUX (Mlle DE), IV, 11, 65.
-
- CHANALEILLES (La marquise DE), III, 34.
-
- CHANGARNIER (Le général), III, 386, 389, 415, 419, 422, 452, 453;
- IV, 33, 35, 37, 40, 58, 270.
-
- CHANTELAUZE (Victor DE), I, 384; II, 7.
-
- CHARLES Ier (Roi d'Angleterre), I, 41, 68.
-
- CHARLES IV (Empereur d'Allemagne), II, 310.
-
- CHARLES VII, III, 4, 45, 134.
-
- CHARLES IX (Roi de France), I, 355; III, 36.
-
- CHARLES X (Roi de France), I, 28, 48, 71, 118, 279, 299, 324,
- 364, 372, 377; II, 4, 9, 35, 97, 107, 108, 110, 160, 161, 252,
- 451; III, 81, 243, 314, 315.
-
- CHARLES-JEAN DE SUÈDE (Le roi), I, 76.
-
- CHARLES-MARTEL, II, 270.
-
- CHARLES-QUINT, III, 440.
-
- CHARLES-THÉODORE (L'électeur), II, 246.
-
- CHARTRES (Le duc DE), III, 225, 246, 384; IV, 232, 277.
-
- CHASTELLUS (Mme DE), II, 2, 40.
-
- CHASTENAY (Mme DE), IV, 126.
-
- CHATEAUBRIAND (Le vicomte DE), I, 74, 338; II, 32, 73, 101, 221;
- III, 1, 19, 25, 26, 42, 61, 168, 242, 392, 393; IV, 52, 333, 335.
-
- CHATEAUBRIAND (La vicomtesse DE), III, 97; IV, 335.
-
- CHATEAUBRIAND (Mlle DE), III, 167.
-
- CHATELAIN (M.), IV, 17.
-
- CHATILLON (Le duc DE), I, 67.
-
- CHEVREUSE (La duchesse DE), duchesse de Luynes, III, 159; IV,
- 288.
-
- CHODRON (Jules), I, 12.
-
- CHOISEUL-GOUFFIER (Le comte DE), IV, 144, 145.
-
- CHOISEUL-GOUFFIER (La comtesse DE), IV, 127.
-
- CHOISEUL-PRASLIN, II, 374.
-
- CHOISEUL-STAINVILLE (Le duc DE), I, 136.
-
- CHOMEL (Le docteur), II, 407; III, 210.
-
- CHREPTOWICZ (La comtesse), II, 337; III, 288.
-
- CHRISTINE D'ESPAGNE (La reine), I, 187, 191, 205, 211, 216; II,
- 98, 249, 371, 396, 399, 400, 416, 417, 422, 433; III, 55, 124,
- 125, 126, 128, 163, 192, 216, 260.
-
- CIALDINI (Le général), duc de Gaëte, IV, 366, 368, 379.
-
- CIRCOURT (La comtesse DE), III, 394.
-
- CLAM-GALLAS (Le comte DE), II, 55; IV, 308, 310.
-
- CLANRICARDE (Lord), I, 140; II, 176.
-
- CLANRICARDE (Lady), I, 156, 253, 254, 255, 256, 259, 282, 300,
- 301; II, 176, 207, 210; III, 54, 103, 195.
-
- CLARENCE (Le duc DE), I, 219.
-
- CLARENCE (La duchesse DE), I, 113.
-
- CLARENDON (Lord), I, 43; III, 228; IV, 171, 409, 414.
-
- CLARENDON (Le comte), I, 214.
-
- CLARY-ALDRINGEN (Le prince Edmond), III, 346, 354.
-
- CLARY-ALDRINGEN (Le prince Charles), II, 287.
-
- CLARY-ALDRINGEN (La princesse), III, 354.
-
- CLAUSEL (Le maréchal comte DE), II, 114, 166; III, 182.
-
- CLÉMENT XIV (Le pape), IV, 78.
-
- CLÉMENT DE RIS (Mlle), II, 386.
-
- CLÉMENTINE D'ORLÉANS (La princesse), II, 180, 372; III, 34, 225,
- 244, 245, 254, 264, 265, 280; IV, 138, 225.
-
- CLEREMBAULT (Le vicomte DE), III, 170.
-
- CLERMONT-TONNERRE (Le prince Jules DE), II, 262.
-
- CLOTILDE DE SAVOIE (La princesse), IV, 297, 298, 303, 304, 306,
- 327, 360.
-
- COBBETT (William), I, 179, 195.
-
- COCHIN (Augustin), IV, 374.
-
- COEUR (L'abbé), II, 362; III, 134, 255.
-
- COGNY (Le docteur), II, 86, 201; III, 252.
-
- COIGNY (Le duc DE), II, 95, 132, 142, 155, 217; III, 255.
-
- COIGNY (La duchesse DE), II, 7.
-
- COLLARD (Mme Hermine), II, 376.
-
- COLLOREDO (Le comte DE), III, 318, 320.
-
- COLLOREDO (La comtesse DE), III, 320, 348; IV, 254, 309.
-
- COLMAGHI, I, 64.
-
- COMBALOT (L'abbé), II, 362.
-
- CONDÉ (Louis II, prince DE), dit le Grand Condé, II, 335, 435;
- IV, 216.
-
- CONDÉ (La princesse DE), III, 66.
-
- CONROY (Sir John), I, 92; II, 127, 131, 156, 174, 176.
-
- CONSALVI (Le cardinal), III, 250.
-
- CONTADES (La vicomtesse DE), III, 52.
-
- CONYNGHAM (Le marquis DE), I, 126, 129, 140; II, 127, 131, 132.
-
- CONYNGHAM (Lady), I, 37, 62, 95.
-
- CORMENIN (Le vicomte DE), II, 119.
-
- CORNÉLIUS (Pierre DE), II, 297; III, 299, 442.
-
- CORTANZE, IV, 224.
-
- COSNAC (L'archevêque Daniel DE), IV, 63.
-
- COSSÉ (Le duc DE), II, 35.
-
- COSSÉ-BRISSAC (Mlle DE), III, 16.
-
- COURTIER (M. DE), III, 23.
-
- COUSIN, I, 301, 318, 322, 323, 377; II, 31, 326, 355, 392; III,
- 303; IV, 56, 80, 87, 135, 147, 148, 200, 221, 222, 251, 287, 288,
- 339.
-
- COWLEY (Lord), III, 103, 109, 122, 165, 191; IV, 238, 243, 259,
- 283, 299, 306, 307, 347.
-
- COWLEY (Lady), I, 149; III, 165; IV, 305.
-
- COWPER (Lady), I, 50, 98, 132, 153, 188, 202, 209, 253, 357; II,
- 383.
-
- COWPER (Lady Fanny), III, 31, 66.
-
- CRANMER (L'archevêque Thomas), I, 8.
-
- CRÉMIEUX (M.), III, 206, 207.
-
- CRESCENTINI (Girolamo), II, 329.
-
- CRÉTINEAU (M.), IV, 79.
-
- CRETON, IV, 10.
-
- CRILLON (Mlle Marie-Louise-Amélie DE), III, 192.
-
- CRILLON (Mlle Valentine DE), III, 166.
-
- CROIX (Mlle DE), IV, 82.
-
- CROMWELL (Olivier), I, 61, 82.
-
- CRUVEILHIER (Le docteur), II, 199, 207, 215, 230.
-
- CUBIÈRES (Le général DE), II, 394.
-
- CUMBERLAND (Le duc Ernest-Auguste DE), plus tard roi de Hanovre,
- I, 55, 61, 70, 122, 157; II, 168, 169, 293, 302; III, 103, 276,
- 285, 373, 402, 419, 420; IV, 28, 29.
-
- CUMBERLAND (La duchesse DE), née princesse de
- Mecklembourg-Strelitz, I, 199, 200, 201; II, 44, 51; III, 98,
- 272.
-
- CUSTINE (Le marquis DE), III, 269, 270, 274, 276, 278, 289, 308.
-
- CUSTINE (La marquise DE), III, 269.
-
- CUVIER (Georges), I, 369; III, 79.
-
- CUVIER (Rodolphe), II, 178; III, 45; IV, 344, 346, 349, 385.
-
- CUVILLIER-FLEURY (M.), II, 147.
-
- CZARTORYSKI (Le prince Adam), I, 239; II, 287; III, 337; IV, 308.
-
-
-D
-
- DABORMIDA (Le général), IV, 325.
-
- DACRE (Lord), I, 111, 119.
-
- DALBERG (Le duc DE), I, 227; II, 230.
-
- DALMATIE (Le marquis DE), III, 99, 333; IV, 10.
-
- DANEMARK (Le prince Chrétien DE), plus tard roi Christian VIII,
- II, 258, 259; III, 289, 326, 327.
-
- DANEMARK (La princesse Chrétien DE), II, 258, 259.
-
- DANEMARK (Le roi Frédéric III DE), II, 259.
-
- DANEMARK (Le roi Frédéric VII DE), III, 374, 447, 462; IV, 363.
-
- DANEMARK (La reine Mathilde DE), II, 258.
-
- DARMÈS (M.), II, 395, 396, 398, 406.
-
- DARMSTADT (La duchesse DE), I, 200.
-
- DAUPHIN DE FRANCE (Louis), I, 28, 353; III, 12, 218.
-
- DAUPHINE DE FRANCE (Mme LA), I, 28, 279, 372; II, 57; III, 51,
- 217, 218.
-
- DAURE (M.), I, 285, 286, 287.
-
- DAVOUST, I, 119.
-
- DAWSON-DAMER (Le colonel), I, 253, 256, 275.
-
- DAWSON-DAMER (Mrs), I, 253, 254, 282.
-
- DECAZES (Élie, duc), I, 95, 160, 206, 246, 306, 308, 315, 322;
- II, 13, 69, 70, 189; III, 17, 23, 54, 155, 253; IV, 126.
-
- DECAZES (La duchesse), I, 95, 303; III, 128; IV, 126.
-
- DEDEL (Salomon), I, 30, 47, 122, 156, 203; III, 225, 226, 227.
-
- DEGUERRY (L'abbé), III, 19.
-
- DELAROCHE (Paul), III, 36; IV, 250.
-
- DELAVIGNE (Casimir), II, 48.
-
- DELESSERT (M.), III, 19, 20.
-
- DELMAR (La baronne DE), IV, 240.
-
- DEMERSON (L'abbé), II, 138.
-
- DEMIDOFF (Le comte Anatole), II, 377, 394, 399, 427; III, 23,
- 128.
-
- DEMIDOFF (Mme), II, 394; III, 128.
-
- DEMION (M.), I, 242.
-
- DENISON (Le baron), I, 156.
-
- DESJARDINS (L'abbé), II, 229.
-
- DESSAU (La princesse d'Anhalt), IV, 130.
-
- DEVONSHIRE (Le duc DE), I, 3, 66, 80; III, 146, 174; IV, 344.
-
- DEVONSHIRE (La marquise DE), I, 108, 110.
-
- DEVRIENT (M.), III, 78.
-
- DIDOT (Firmin), I, 356.
-
- DIEFFENBACH (Jean-Frédéric), II, 283, 294.
-
- DIÉGO-LÉON (Le général), III, 125.
-
- DIEPENBROCK (Le cardinal prince-évêque), III, 303, 327, 328; IV,
- 71, 74, 139.
-
- DIESKAU (Mlle Sidonie DE), II, 339, 341.
-
- DINO (La duchesse DE), I, 98, 237, 251, 278, 375; II, 16, 119,
- 226; IV, 26, 146.
-
- DINO (Clémentine DE), III, 191.
-
- DINO (La duchesse Marie-Joséphine DE), III, 123, 189.
-
- DOENHOFF (La comtesse), III, 301.
-
- DOHNA (La comtesse Marie), II, 315.
-
- DOLOMIEU (La marquise DE), I, 123; II, 146; III, 220, 280, 281.
-
- DOM MIGUEL, I, 2, 73, 101, 106, 121, 125, 127, 129, 183, 192,
- 209, 225, 239.
-
- DON CARLOS, I, 24, 32, 64, 106, 121, 125, 127, 128, 129, 146,
- 147, 155, 157, 159, 160, 171, 173, 174, 180, 181, 183, 184, 190,
- 192, 204, 205, 207, 209, 211, 215, 217, 232, 238, 239, 240, 243,
- 371; II, 47, 97, 117, 122, 144, 168, 169, 186; III, 134.
-
- DON FRANCESCO D'ESPAGNE, I, 166; II, 260.
-
- DON JUAN (L'infant), IV, 349.
-
- DONNADIEU (Le général), I, 118.
-
- DORIA SAMPHILY-LANDI (Le prince), IV, 258.
-
- DORIA SAMPHILY-LANDI (La princesse), IV, 258.
-
- DORSET (Le duc DE), I, 8, 20.
-
- DOSNE (M.), II, 357.
-
- DOSNE (Mme), I, 34; II, 189, 192, 429; III, 349; IV, 33, 276,
- 349.
-
- DOUDAN (Ximénès), II, 124, 216.
-
- DOUGLAS (Le marquis DE), duc de Hamilton, I, 46; III, 231, 272.
-
- DOURO (Lady), III, 31.
-
- DROUET D'ERLON (Le général), I, 198.
-
- DROUYN DE L'HUYS (M.), IV, 131, 194, 206, 239.
-
- DUBOIS (M.), II, 411.
-
- DUCHATEL (Le comte), I, 163; II, 11, 87; III, 17; IV, 200, 275.
-
- DUCHATEL (La comtesse), III, 76; IV, 300.
-
- DU DEFFANT (La marquise), III, 43, 387, 393.
-
- DUDEVANT (Mme), en littérature George Sand, I, 247.
-
- DUFAURE (M.), II, 404, 405, 420, 424; III, 8, 9, 13, 14, 26, 41,
- 127, 163, 168, 238.
-
- DUMONT (M.), IV, 344.
-
- DUMOURIEZ (Le maréchal), III, 22.
-
- DUNCANNON (Lord), I, 180, 181.
-
- DUPANLOUP (Mgr), évêque d'Orléans, II, 136, 138, 139, 211, 212,
- 213, 217, 220, 226, 240, 242, 257, 261, 262, 336, 355, 362, 366,
- 367, 408; III, 57, 59, 120, 175, 194, 251, 266; IV, 30, 180, 183,
- 199, 214, 331, 338, 352, 396.
-
- DUPERRÉ (L'amiral), I, 283.
-
- DUPIN, I, 19, 73, 74, 89, 91, 94, 95, 99, 114, 115, 119, 125,
- 126, 139, 150, 290, 292, 295; II, 2, 10, 12, 14, 17, 18, 23, 38,
- 41, 116, 125, 134, 372, 417, 424; III, 2, 3, 4, 5, 7, 163, 238,
- 242, 245; IV, 406.
-
- DUPIN (Charles, baron), I, 278.
-
- DUPOTY, III, 147, 148.
-
- DUPRAT (Le cardinal chancelier), II, 459.
-
- DUPREZ, II, 151, 440.
-
- DURAZZO (Le marquis DE), III, 38; IV, 224.
-
- DURAZZO (La marquise DE), III, 38; IV, 224.
-
- DURER (Albert), II, 342, 343.
-
- DURHAM (Lord), I, 56, 71, 89, 96, 107, 115, 126, 167, 175, 176,
- 178, 191, 282; II, 162, 167, 342.
-
- DURHAM (Lady), I, 96, 178.
-
- DUVERGIER DE HAURANNE, II, 406, 428.
-
-E
-
- EASTNOR (Lord), I, 40.
-
- EASTNOR (Lady), I, 40.
-
- EBVINGTON (Lord), I, 94.
-
- ECKMUHL (Le prince D'), I, 106.
-
- ELCHINGEN (La duchesse D'), III, 246.
-
- ÉLISABETH (La reine), I, 6, 8, 42, 43.
-
- ELLICE (L'honorable Édouard), I, 79, 90, 107, 125, 145, 178, 296;
- II, 37; III, 413.
-
- ELLICE (Les deux misses), IV, 244.
-
- ELSSLER (Thérèse), III, 389.
-
- EMMANUEL-PHILIBERT (duc de Savoie), II, 224.
-
- ENGHIEN (Le duc D'), III, 39, 60, 393.
-
- ENTRAIGUES (Amédée Goveau D'), II, 312, 386, 407; III, 204, 206,
- 209, 231.
-
- ENTRAIGUES (Mme D'), II, 386; III, 204, 231.
-
- ENTRAIGUES (Jules D'), I, 260; II, 125.
-
- ENTRAIGUES (Le marquis D'), III, 19.
-
- ÉON DE BEAUMONT (Le chevalier), II, 179.
-
- ESCLIGNAC (La duchesse D'), I, 394, 395.
-
- ESPARTERO (Le général), II, 371, 372, 390; III, 72, 125, 128,
- 147, 148, 151, 156, 157, 216.
-
- ESPRUIL (Le marquis D'), III, 167.
-
- ESSEX (Lord), III, 31.
-
- ESSEX (Caroline), III, 31.
-
- ESTERHAZY (Le comte Maurice), III, 93, 283, 311.
-
- ESTERHAZY (Le prince Nicolas), III, 87, 284.
-
- ESTERHAZY (Le prince Paul), I, 50, 60, 62, 70, 78, 204; II, 52,
- 176, 338; III, 87, 184, 226, 301, 311; IV, 125, 231, 233, 308,
- 309.
-
- ESTERHAZY (La princesse Paul), III, 88, 238.
-
- ESTERHAZY (La comtesse Sophie), IV, 383.
-
- ÉTIENNE (Charles-Guillaume), I, 311.
-
- ÉTIENNE DE BLOIS (Roi d'Angleterre), I, 270.
-
- EU (Le comte D'), III, 186; IV, 348.
-
- EXELMANS (Le général), I, 304; II, 27.
-
- EYNARD (Jean-Gabriel), III, 10.
-
-F
-
- FABRE (Le peintre), I, 193, 194; III, 177.
-
- FAGEL (Le général), I, 47; II, 66; III, 281.
-
- FALK (M.), I, 203, 330.
-
- FALK (Mme), I, 14, 95, 203.
-
- FALLOUX (Le comte DE), III, 408; IV, 16, 17, 19, 26, 35, 40, 97,
- 123, 179, 194, 200, 215, 219, 235, 249, 252, 254, 288, 341, 343,
- 371, 373, 374, 375, 376, 420.
-
- FALLOUX (Mlle Loyde DE), IV, 216.
-
- FANE (Lady), III, 285.
-
- FARINI (M.), IV, 366.
-
- FARNBOROUGH (Lord), I, 163.
-
- FAUCHER (Léon), IV, 12, 13.
-
- FAVRE (Jules), IV, 418.
-
- FELETZ (M. DE), IV, 147.
-
- FÉNELON (François de Salignac de la Mothe-, l'archevêque comte
- DE), II, 239, 325, 335; III, 53, 89.
-
- FERDINAND VII (Roi d'Espagne), I, 24, 25, 137, 239; II, 422.
-
- FEREY (Mlle), III, 21.
-
- FERGUSSON (M.), I, 126.
-
- FERRERS (Lady), I, 5.
-
- FERRETTE (Le bailli DE), I, 2.
-
- FERRUS (Le docteur), II, 7.
-
- FESCH (Le cardinal), II, 19; III, 120.
-
- FEUCHÈRES (La baronne Sophie DE), III, 21.
-
- FEZENSAC (Le duc DE), IV, 300.
-
- FICQUELMONT (Le comte DE), III, 338; 346, 354, 355; IV, 121.
-
- FICQUELMONT (La comtesse DE), IV, 119.
-
- FIESCHI (Joseph), I, 348, 355, 357, 358, 362, 382; II, 2, 12, 13,
- 14, 18, 20, 21, 67, 74, 104, 116, 436, 441.
-
- FILANGIERI (Le général), IV, 323.
-
- FITZCLARENCE (Lord), I, 21, 63, 172; II, 156.
-
- FITZ-JAMES (Jacques, duc DE), II, 35.
-
- FITZ-PATRICK (Richard), I, 180.
-
- FITZROY-SOMERSET (Lady), I, 46, 123.
-
- FLAHAUT (Le général comte DE), I, 38, 214, 252, 285, 304, 305;
- II, 15, 155, 162, 173, 213, 214, 217, 249, 340, 373, 384, 389,
- 398, 432; III, 40, 54, 64, 83, 86, 87, 104, 115, 116, 122, 125,
- 214, 238, 311; IV, 253.
-
- FLAHAUT (La comtesse DE), I, 98, 289, 290, 299, 318; II, 2, 16,
- 119, 153, 162, 173, 183, 213, 217, 249, 340, 347, 352, 398, 422,
- 437; III, 25, 28, 83, 99, 100, 104, 118, 238, 313.
-
- FLAHAUT (Comtesse DE), II, 16.
-
- FLAHAUT (Adélaïde DE), III, 48.
-
- FLAHAUT (Emily DE), III, 25, 118.
-
- FLAMARENS (Le comte DE), IV, 64.
-
- FLAVIGNY (Le comte DE), IV, 57, 248.
-
- FLAVIGNY (La comtesse DE), IV, 189.
-
- FLEURY (Le général comte), IV, 248, 313, 317, 418.
-
- FLEURY (La comtesse), IV, 248.
-
- FLOTOW (Le comte DE), III, 329.
-
- FOERSTER (Le prince-évêque Henri), IV, 110, 186, 228, 416.
-
- FONTAINE (L'architecte), I, 326.
-
- FONTANES (Louis DE), II, 68; IV, 253.
-
- FORBIN-JANSON (Le comte DE), IV, 204.
-
- FOUCHÉ (Duc d'Otrante), I, 366.
-
- FOUGÈRES (Mlle DE), I, 391.
-
- FOULD (Bénédict), II, 357, 361; IV, 123, 124, 236, 387.
-
- FOULQUES NERA (Comte d'Anjou), II, 165.
-
- FOUQUET (Nicolas), III, 269.
-
- FOX (Miss), III, 32.
-
- FOX (Charles-Jacques), I, 180; III, 69.
-
- FOY (Le comte), II, 124.
-
- FRANÇOIS Ier (Roi de France), I, 200, 365; II, 49.
-
- FRANÇOIS (Le Père), capucin, III, 85, 90.
-
- FRANÇOIS-JOSEPH Ier (Empereur d'Autriche), III, 380, 451; IV,
- 49, 50, 60, 61, 63, 94, 101, 120, 152, 201, 206, 207, 313, 316,
- 319, 320, 326, 352, 363, 383.
-
- FRÉDÉRIC II, dit LE GRAND, II, 287, 288, 289, 300, 323, 335; III,
- 81, 84, 295, 298, 401; IV, 14, 392.
-
- FRÉDÉRIC-GUILLAUME, dit le Grand Électeur, II, 287; III, 286.
-
- FREY (Mrs Élisabeth), III, 164; IV, 172.
-
- FRIAS (Le duc DE), I, 218; II, 183.
-
- FRONSAC (Le duc DE), II, 379.
-
- FUGGER (Ulrich), III, 440.
-
- FULCHIRON (Jean-Claude), I, 319, 320.
-
-G
-
- GADUEL (L'abbé), IV, 81.
-
- GAËTE (Le duc DE), I, 206.
-
- GAGE (L'amiral sir William), II, 96.
-
- GAGERN (Le baron Henri DE), III, 364, 365, 407, 433.
-
- GALLES (Le prince DE), III, 128.
-
- GALLIERA (Le duc DE), IV, 248.
-
- GALLIERA (La duchesse DE), III, 238; IV, 248, 255, 349.
-
- GALLIFFET (Le marquis DE), II, 260.
-
- GALLIFFET (La marquise DE), IV, 411.
-
- GARCIA (Manuel), I, 59.
-
- GARIBALDI (Mgr Antoine), II, 184.
-
- GARIBALDI (Joseph), IV, 310, 323, 349, 350, 351, 353, 356, 360,
- 361, 362, 366, 367, 393, 402.
-
- GARNIER-PAGÈS (M.), II, 423; III, 8, 10, 98.
-
- GARRAUBE (Le colonel DE), I, 261.
-
- GASTON D'ORLÉANS, I, 271.
-
- GAUTARD (M. DE), I, 342.
-
- GAY (Mme Sophie), III, 25.
-
- GEISSEL (Le cardinal Jean), IV, 414.
-
- GÊNES (Le duc DE), IV, 110, 194.
-
- GÊNES (La duchesse DE), IV, 110, 225, 233, 234.
-
- GENLIS (Mme DE), II, 376; III, 202; IV, 248.
-
- GENOUDE (L'abbé), III, 19, 20, 105, 178.
-
- GENTZ (Frédéric DE), III, 69, 117, 247.
-
- GEORGE III (Roi d'Angleterre), I, 14, 170, 173.
-
- GEORGE IV (Roi d'Angleterre), I, 37, 55, 63, 72, 95, 113, 129,
- 170, 173, 373; IV, 185.
-
- GEORGEI (Le général), III, 380.
-
- GÉRARD (Le maréchal), I, 25, 187, 198, 236, 237, 259, 264, 266,
- 267, 300, 318, 321.
-
- GÉRARD (Le peintre), II, 293.
-
- GERGONNE (M.), III, 177.
-
- GERLACH (Le général DE), III, 391, 461; IV, 52, 169.
-
- GERSDORFF (Le baron DE), II, 304, 314; III, 102.
-
- GESSLER (Le bailli), I, 334.
-
- GIRARDIN (Mme DE), III, 281.
-
- GIRARDIN (Le comte Émile DE), III, 402.
-
- GIRARDON (Le sculpteur), I, 354.
-
- GIRAUD (Augustin), II, 124.
-
- GIROLLET (L'abbé), I, 57, 241; II, 42.
-
- GIVRÉ (Le baron DE), II, 429.
-
- GLOUCESTER (Le duc DE), I, 3, 68, 69, 70, 71, 127, 146, 157, 287.
-
- GLOUCESTER (La duchesse DE), I, 63; II, 34, 177.
-
- GOBERT (M.), III, 44.
-
- GOEKING (Léopold DE), II, 304.
-
- GOETHE, II, 335, 459; III, 78, 279, 329.
-
- GONTAUT (Le vicomte Élie DE), II, 263.
-
- GONTAUT-BIRON (La duchesse DE), I, 71, 72; II, 33.
-
- GORE (Charles), III, 31.
-
- GORTSCHAKOFF (Le prince), IV, 198, 201, 305, 333, 375.
-
- GOURGAUD (Le général), II, 434.
-
- GOURIEFF (M. DE), III, 184.
-
- GOYON (Le général comte DE), IV, 261, 309, 317, 362, 367, 371,
- 421, 425.
-
- GRAFTON (Le duc DE), I, 208.
-
- GRAHAM (Sir James), I, 88, 90, 101; IV, 280.
-
- GRAMONT (Mme DE), II, 366, 368; III, 61, 106, 218.
-
- GRAMONT-GUICHE (La duchesse DE), III, 26, 241, 281.
-
- GRANDE MADEMOISELLE (La), I, 256; II, 98, 99; III, 248.
-
- GRANT (Charles, lord Glenelg), I, 165.
-
- GRANVILLE (Lord), I, 29, 32, 33, 38, 57, 74, 105, 162, 222, 226,
- 244, 283, 290, 294; II, 162, 208, 340, 390, 391, 398, 409, 434;
- III, 54, 100, 103, 109, 152; IV, 44, 233.
-
- GRANVILLE (Lady), I, 106; II, 322, 340, 390, 434; III, 100; IV,
- 233.
-
- GRANVILLE (Lady-Charlotte-Georgiana), II, 20.
-
- GRÈCE (Le roi Othon Ier DE), II, 56.
-
- GRÈCE (La reine Amélie DE), III, 85; IV, 159.
-
- GREFFULHE (Mme), I, 393.
-
- GRÉGOIRE VII (Le pape), I, 354; IV, 135.
-
- GRÉGOIRE XVI (Le pape), I, 328; II, 185, 336, 399, 427; III, 419;
- IV, 118, 255.
-
- GREVILLE (Henry), I, 253, 255, 256, 259.
-
- GREY (Lord Charles-Howick), I, 6, 18, 46, 47, 54, 56, 59, 60, 63,
- 64, 70, 71, 79, 82, 86, 88, 89, 90, 91, 92, 96, 101, 102, 104,
- 106, 108, 109, 110, 115, 120, 122, 126, 128, 131, 132, 145, 149,
- 150, 161, 163, 164, 165, 168, 169, 171, 174, 177, 178, 179, 180,
- 182, 185, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 196, 204, 205, 208, 212,
- 213, 214, 218, 219, 223, 232, 263, 294, 299, 357, 384; II, 127,
- 157, 337.
-
- GREY (Lady), I, 79, 100, 109, 174, 178, 212, 213, 384, 385.
-
- GREY (Lady Élisabeth), I, 109.
-
- GREY (Lord George), II, 281.
-
- GREY (Lady Georgiana), I, 79, 108, 109, 110.
-
- GRISI (Giulia), I, 59; II, 205; III, 156.
-
- GRIVEL (L'abbé), II, 70.
-
- GROEBEN (Le général comte DE), III, 456; IV, 165, 171.
-
- GROGAU (Le colonel James W.), III, 125.
-
- GROS (Le peintre), I, 332; II, 322.
-
- GROSVENOR (Lady), I, 66.
-
- GROTE (La comtesse DE), III, 381; IV, 7.
-
- GUELLE (L'abbé), III, 385.
-
- GUERNON-RANVILLE (Le comte DE), II, 7.
-
- GUICHE (Le duc DE), duc de Gramont, II, 262; IV, 65, 313, 317,
- 329, 362, 373, 374, 376, 379, 421.
-
- GUILLAUME LE CONQUÉRANT (Duc de Normandie), I, 64.
-
- GUILLON (Mgr), III, 23.
-
- GUISE (Le duc DE), I, 271.
-
- GUIZOT (Guillaume), I, 19, 238, 259, 272, 273, 281, 286, 295,
- 302, 305, 308, 315, 320, 321, 326, 356, 358, 361, 370, 377, 378,
- 382, 394; II, 15, 17, 18, 20, 23, 30, 31, 32, 84, 85, 86, 87, 89,
- 90, 92, 108, 116, 124, 125, 126, 127, 130, 133, 136, 162, 163,
- 170, 177, 183, 186, 193, 194, 197, 205, 206, 219, 222, 223, 246,
- 333, 336, 337, 345, 347, 350, 351, 352, 353, 359, 360, 364, 365,
- 373, 384, 387, 390, 397, 400, 401, 402, 404, 405, 406, 407, 408,
- 410, 411, 412, 413, 415, 416, 419, 421, 423, 425, 426, 437, 440,
- 442, 472, 473, 476; III, 2, 3, 8, 9, 12, 13, 14, 15, 17, 22, 28,
- 40, 41, 47, 52, 57, 64, 84, 87, 97, 98, 104, 115, 121, 122, 129,
- 148, 152, 163, 178, 180, 192, 195, 205, 212, 213, 217, 219, 220,
- 225, 228, 237, 239, 242, 243, 248, 249, 250, 267, 317, 326, 333,
- 388, 409, 412; IV, 11, 45, 126, 192, 200, 236, 240, 244, 251,
- 272, 275, 327, 340, 378, 385, 394, 419.
-
- GUIZOT (Mme), I, 272.
-
- GUSTAVE III (Roi de Suède), III, 287, 288, 314.
-
- GYULAY (Le général comte), IV, 87, 308, 310.
-
-H
-
- HAENDEL, I, 142.
-
- HAHN-HAHN (La comtesse DE), IV, 21, 58.
-
- HAINGUERLOT (M.), II, 225.
-
- HALFORD (Sir Henry), I, 37, 53, 122.
-
- HAMILTON (Le colonel), II, 188.
-
- HAMILTON (John-Church), II, 188.
-
- HAMMERSTEIN (Le baron DE), IV, 23.
-
- HANOVRE (Le roi DE), I, 27.
-
- HANOVRE (Le prince Georges de DE), plus tard roi Georges V, I,
- 201; III, 103, 381; IV, 177, 350, 358.
-
- HANOVRE (La princesse royale Marie-Wilhelmine DE), III, 380, 381.
-
- HANOVRE (L'électrice Sophie DE), III, 381.
-
- HANSEMANN (M.), III, 356.
-
- HARCOURT (La comtesse D'), IV, 299.
-
- HARCOURT (Lady Élisabeth), II, 253.
-
- HARDENBERG (Le prince DE), III, 318.
-
- HARDWICK (Lady), I, 40.
-
- HARDY (Miss Emily), I, 46.
-
- HAREWOOD (Lord), I, 175.
-
- HARISPE (Le général), I, 84.
-
- HARRISON (Miss), II, 325.
-
- HASSENPFLUG (M. DE), III, 432.
-
- HATZFELDT (Le prince Hermann DE), III, 357.
-
- HATZFELDT (Le comte Max DE), III, 282, 418; IV, 2, 180, 229, 243,
- 269.
-
- HATZFELDT (La comtesse DE), III, 73; IV, 18, 243.
-
- HAUGWITZ (Le général comte DE), III, 88, 91, 380; IV, 327.
-
- HAUSSONVILLE (Le comte D'), II, 124.
-
- HAUTEFORT (Marie D'), III, 35; IV, 221.
-
- HAYDN, I, 142.
-
- HAYNAU (Le général baron DE), III, 445, 450; IV, 95.
-
- HECKER (M.), III, 351.
-
- HÉLIAUD (Le comte D'), II, 198.
-
- HENEAGE (M.), II, 322.
-
- HENNENBERG (Le conseiller), II, 88, 100, 304, 311.
-
- HENRI III (Roi d'Angleterre), I, 61, 271.
-
- HENRI IV (Roi de France), I, 363; II, 142, 439, 459; III, 49,
- 50; IV, 277.
-
- HENRI (Roi d'Angleterre), I, 82.
-
- HENRIETTE D'ANGLETERRE (La reine), IV, 63.
-
- HENSEL (Guillaume), III, 74; IV, 192.
-
- HERDING (M. DE), III, 272.
-
- HERTFORD (Lady), I, 62.
-
- HERZ (Henri), III, 256.
-
- HESKERN (Le baron DE), III, 229.
-
- HESS (Le général baron Henri DE), III, 409; IV, 176, 177.
-
- HESSE (Le landgrave Frédéric DE), IV, 55.
-
- HESSE (Le prince Georges DE), II, 281, 322.
-
- HESSE-CASSEL (L'électeur Guillaume DE), III, 96, 238, 429, 432,
- 459.
-
- HESSE-CASSEL (L'électrice DE), III, 40.
-
- HESSE-DARMSTADT (La princesse Marie DE), II, 285, 346, 356; III,
- 54.
-
- HESSE-DARMSTADT (Le grand-duc Louis II DE), I, 200; II, 355; III,
- 429, 432.
-
- HESSE-HOMBOURG (La landgravine Élisabeth DE), I, 4; III, 314.
-
- HESSE-PHILIPPSTHAL-BARCHFELD (Le landgrave DE), IV, 168.
-
- HEYDT (Auguste VON DER), IV, 285.
-
- HEYTESBURY (Lord), I, 85.
-
- HILL (Lord), I, 69.
-
- HOBHOUSE (Sir John Cam), I, 181.
-
- HOCHBERG-FURSTENSTEIN (Le comte DE), III, 414.
-
- HOHENLOHE-INGELFINGEN (Le prince Adolphe DE), IV, 155.
-
- HOHENLOHE-VERINGEN (Le prince DE), II, 355.
-
- HOHENTHAL, (Le comte DE), II, 325; III, 96, 113, 300.
-
- HOHENTHAL (La comtesse DE), I, 68; II, 325, 359; III, 96, 110,
- 111, 113, 218, 300.
-
- HOHENZOLLERN-HECHINGEN (Le prince Constantin DE), III, 290, 308.
-
- HOHENZOLLERN-HECHINGEN (Le prince Frédéric DE), II, 253.
-
- HOHENZOLLERN-HECHINGEN (La princesse Pauline DE), II, 314, 315,
- 332, 335, 338; III, 89, 102; IV, 22.
-
- HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (Le prince Antoine DE), IV, 165, 171,
- 174, 292, 293, 315, 321, 338, 392, 399, 401, 403, 404, 406, 423.
-
- HOLLAND (Lord), I, 38, 52, 81, 99, 103, 121, 165, 166, 168, 226,
- 246, 294; II, 383, 389; III, 30, 228; IV, 240.
-
- HOLLAND (Lady), I, 37, 77, 78, 81, 97, 102, 103, 146, 167, 168,
- 202, 209; II, 53; III, 29, 195; IV, 86, 240.
-
- HOLSTEIN (Le général prince DE), IV, 363.
-
- HOPE (Thomas), I, 156.
-
- HOPE (William), III, 189.
-
- HOTTINGER (Le baron), II, 369; III, 119.
-
- HOWARD DE WALDEN (Baron), II, 106, 108.
-
- HOWE (Lord), I, 5.
-
- HOWICK (Lord Henri), I, 187, 191.
-
- HUDEN (M.), III, 284.
-
- HÜBNER (Le comte DE), II, 338; IV, 243, 248, 283, 297, 380.
-
- HÜGEL (Le baron Charles DE), III, 84, 91.
-
- HÜGEL (Le général baron Ernest-Eugène DE), II, 187; III, 84, 88.
-
- HUGO (Mme Victor), I, 340.
-
- HUMANN (Le ministre), I, 282, 283; II, 4, 8, 9, 10, 149; III,
- 184, 185.
-
- HUMANN (Mlle Louise), II, 97.
-
- HUMBOLDT (Alexandre DE), II, 44, 48, 100, 279, 285, 286, 292,
- 293, 299, 321, 323, 431; III, 72, 119, 121, 283, 296, 298, 307,
- 322, 428, 452; IV, 3, 28, 56, 110, 128, 139, 147, 170, 191, 204,
- 229, 232, 246, 289.
-
- HUMBOLDT (Le baron Guillaume DE), II, 293.
-
- HUMBOLDT (Mme Guillaume DE), II, 293.
-
- HUME (M.), IV, 250, 252.
-
- HURE (M.), I, 180.
-
- HUSS (Jean), I, 161.
-
- HYDE DE NEUVILLE (Le baron), II, 35; III, 42.
-
-
-I
-
- IBRAHIM (Pacha), II, 397, 412, 413, 415, 416, 469.
-
- IFFLAND (M.), III, 77.
-
- INÈS DE CASTRO, I, 124; IV, 204.
-
- INGRES (M.), III, 183.
-
- ISABELLE II (Reine d'Espagne), I, 158, 192, 216, 217, 232; II,
- 47, 425; III, 124, 184, 216, 261; IV, 43, 348, 349.
-
- ISTRIE (La duchesse D'), III, 24; IV, 217, 240.
-
- ISTURITZ (Xavier D'), II, 38, 47, 82.
-
-J
-
- JACKSON (Le président André), II, 3, 443.
-
- JACOB (L'amiral comte), I, 84.
-
- JACQUES Ier D'ANGLETERRE (Le roi), I, 9.
-
- JANSON (Mme DE), III, 221.
-
- JAUBERT (Le comte), II, 114, 122, 134, 366, 406, 424, 428, 429.
-
- JAUCOURT (La marquise DE), I, 48, 283; II, 178, 368; III, 216.
-
- JELLACHICH (Le général), III, 361, 367; IV, 50.
-
- JERMINGHAM (Miss), I, 47.
-
- JERSEY (Lord), III, 184, 284.
-
- JERSEY (Lady), I, 33, 55, 153, 154, 169, 246; II, 47, 127, 183,
- 337; III, 87, 88, 102, 157, 184.
-
- JOCELYN (Lord), III, 49, 66.
-
- JOINVILLE (Le prince DE), II, 103, 288, 434, 437; III, 33, 34,
- 35, 36, 37, 87, 120, 192, 217, 230, 268, 280, 288; IV, 10, 15,
- 20, 21, 22, 23, 33, 59.
-
- JOINVILLE (La princesse DE), III, 288, 385; IV, 10, 208, 423.
-
- JOSÉPHINE (L'impératrice), I, 332, 333; II, 335.
-
- JOUFFROY (M.), III, 26.
-
- JUMILHAC (Le duc DE RICHELIEU-), II, 35.
-
-
-K
-
- KAGENECK (La comtesse DE), III, 272.
-
- KANITZ (Le général comte Auguste DE), III, 172, 178, 351.
-
- KAROLYI (Le comte), IV, 338.
-
- KAROLYI (La comtesse dite Nandine), II, 333; III, 91.
-
- KAULBACH (Guillaume DE), III, 442.
-
- KENT (La duchesse DE), I, 21, 58, 61, 62, 63, 64, 70, 87, 88, 92,
- 93, 365; II, 127, 131, 144, 156, 157, 167, 174, 176, 177.
-
- KETTLER (L'évêque baron DE), IV, 74, 112.
-
- KISSELEFF (Le comte Nicolas), III, 150, 152, 157, 220; IV, 65,
- 150.
-
- KISSELEFF (Le général comte), IV, 236, 297, 375.
-
- KOMAR (Mlle Nathalie DE), III, 232.
-
- KOREFF (Le docteur), I, 53.
-
- KOSSUTH (Louis), III, 376; IV, 81, 82, 91, 313, 383.
-
- KROLL, III, 386.
-
- KRÜDENER (La baronne DE), II, 171; III, 390, 391.
-
- KRÜDENER (La baronne Amélie DE), II, 288.
-
- KRÜGER (Le peintre François), II, 351.
-
- KÜBECK DE KUBAU (M.), III, 415; IV, 50.
-
- KÜPER (Le Rév. Dr. William), I, 92.
-
- KUSHNIX (La comtesse), II, 278.
-
-L
-
- LA BESNARDIÈRE (M. DE), I, 324; II, 188; III, 200, 203, 205.
-
- LABLACHE, III, 156.
-
- LABORDE (Le comte Léon DE), II, 124.
-
- LABOUCHÈRE, lord Taunton (Henri), I, 100, 245; II, 118; III, 69,
- 119.
-
- LA BOULAVE (M. DE), II, 357.
-
- LA BRICHE (La comtesse DE), II, 2; III, 16.
-
- LA BRUYÈRE (Jean DE), I, 183; II, 73; III, 53.
-
- LACAVE-LAPLAGNE (M.), II, 404 III, 185, 238.
-
- LACORDAIRE (L'abbé), II, 34, 35, 362; III, 24, 25, 27, 95; IV,
- 339, 340, 341, 371, 394.
-
- LACRETELLE (Jean-Claude-Dominique DE), I, 136.
-
- LACRETELLE (Charles), IV, 219.
-
- LADENBERG, III, 454, 461.
-
- LADVOCAT (M.), II, 13.
-
- LAFARGE (Mme, la mère), II, 382.
-
- LAFARGE (Mme, Marie Capelle), II, 373, 374, 375, 376, 382.
-
- LA FAYETTE (Le marquis DE), I, 86, 100, 184, 377.
-
- LA FERRONNAYS (La comtesse DE), III, 24, 25.
-
- LA FERTÉ (Le comte DE), III, 444; IV, 247.
-
- LA FERTÉ (La comtesse DE), IV, 127, 189, 235.
-
- LAFITTE (Le ministre), II, 743; III, 217.
-
- LA GRANGE (Mme DE), IV, 189.
-
- LAGRANGE-CHANCEL (Joseph DE), I, 238.
-
- LA MARCK (Le comte DE), IV, 14.
-
- LA MARMORA (Le marquis, général DE), IV, 78.
-
- LAMARTINE (M. DE), II, 124, 221, 405, 424, 425; III, 8, 11, 19,
- 163, 168, 222, 230, 349; IV, 20, 136.
-
- LAMB (Sir Frédéric), I, 27, 291, 293, 294, 296; II, 338.
-
- LAMBERG (Le général comte DE), III, 358.
-
- LAMBRUSCHINI (Le cardinal), II, 427.
-
- LAMENNAIS (L'abbé DE), I, 65, 66, 74; III, 27, 99; IV, 20, 159.
-
- LAMORICIÈRE (Le général DE), IV, 58, 361, 362, 365, 366, 367,
- 372, 373, 379, 381.
-
- LAMORICIÈRE (Mme DE), IV, 357.
-
- LANGWARD (L'improvisateur), I, 123.
-
- LANSDOWNE (Lord), I, 46, 97, 102, 121, 145, 179.
-
- LANSDOWNE (Lady), I, 52; II, 336.
-
- LARCHER (Mlle Henriette), I, 242; II, 255.
-
- LA REDORTE (Le comte DE), I, 266; II, 117, 126, 313, 347, 361,
- 396, 407; III, 52.
-
- LA REDORTE (La comtesse DE), II, 38, 119, 126, 366; III, 52, 152,
- 447.
-
- LA ROCHE-AYMOND (La comtesse DE), III, 306.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (Le comte Alexandre DE), III, 42.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (Marie DE), II, 432.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (Le comte Sosthène DE), duc de Doudeauville, II,
- 423; III, 242, 467.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (La vicomtesse DE), I, 147, 148.
-
- LA ROCHELAMBERT (La marquise DE), IV, 26.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (Le maréchal, comte Auguste DE), III, 196.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (Le marquis Georges DE), IV, 20, 64, 65, 148.
-
- LA ROCHEJAQUELEIN (La comtesse DE), III, 196.
-
- LA RONCIÈRE le Noury (Émile-Clément DE), I, 276.
-
- LA ROVÈRE (La marquise DE), II, 347
-
- LASALLE (M. DE), III, 37.
-
- LA TOUR (Le général, comte DE), III, 358.
-
- LA TOUR-MAUBOURG (Le marquis DE), I, 315; III, 189.
-
- LAURENCE (M.), I, 12.
-
- LAUZUN (Le duc DE), I, 257, 277, 297; III, 248.
-
- LAVAL (Adrien, prince DE), I, 364, 395; II, 69, 70, 71, 76, 77,
- 78, 100, 107, 109, 138, 139, 154, 163.
-
- LAVAL (La vicomtesse DE), II, 155, 205, 217, 219, 235, 246, 254;
- IV, 144.
-
- LA VALETTE (Le marquis DE), IV, 425.
-
- LAVRADIO (Le comte DE), I, 209.
-
- LAZAREFF (Le comte Lazare DE), I, 68.
-
- LAZAREFF (Mme DE), II, 283, 325; III, 278, 300.
-
- LÉAUTAUD (La comtesse DE), II, 276, 382.
-
- LEDIEU (L'abbé François), IV, 241.
-
- LEFÈVRE (M.), IV, 41.
-
- LEGONIDEC (Le conseiller), I, 349, 362.
-
- LE HON (Le comte), I, 25; II, 143; III, 165.
-
- LE HON (La comtesse), II, 143, 155; III, 28; IV, 97, 242.
-
- LEHZEN (La baronne), I, 58.
-
- LEININGEN (Le général, comte DE), IV, 95, 100.
-
- LEMOINNE (John), IV, 85.
-
- LENORMAND (Marie-Anne), I, 115, 117, 118.
-
- LENORMANT (Mme), IV, 333, 334.
-
- LÉON (L'évêque DE, don Joachim Albarca y Blanquès), I, 157.
-
- LÉON (Le prince DE), II, 377.
-
- LÉON (La princesse DE), I, 104.
-
- LÉON X (Le pape), II, 459.
-
- LÉON XII (Le pape), II, 211.
-
- LÉOPOLD Ier DE BELGIQUE (Le roi), I, 22, 24, 30, 31, 47, 88,
- 92, 104, 105, 381; II, 157, 174, 177, 249, 359, 401; III, 158,
- 245, 263, 382, 396; IV, 15, 43, 110, 111, 112, 117, 129, 142,
- 175, 282, 285, 316, 330, 352, 423.
-
- LERCHENFELD (Le comte DE), II, 288; III, 378.
-
- LE REIS-EFFENDI, II, 64.
-
- LESLIE (Robert), I, 9.
-
- LESPINASSE (Mlle DE), III, 43.
-
- LESSEPS (Le vicomte Ferdinand DE), IV, 69.
-
- LESTOCQ (La baronne DE), II, 278.
-
- LEUCHTENBERG (Le duc Auguste-Charles DE), I, 27, 133; II, 260.
-
- LEUCHTENBERG (Le prince Max DE), I, 333; II, 127; III, 79.
-
- LEUCHTENBERG (La duchesse Marie DE), III, 79; IV, 372.
-
- LEVESON (Lord), II, 340; III, 152.
-
- LÉVIS (Le duc DE), IV, 109.
-
- LÉVIS (La duchesse DE), IV, 159.
-
- LEZAY-MARNESIA (Le comte DE), II, 312.
-
- LIAUTARD (L'abbé), II, 147.
-
- LICHTENSTEIN (Le prince Aloys-Joseph DE), I, 27.
-
- LICHTENSTEIN (La princesse DE), II, 334.
-
- LICHTENSTEIN (Le feld-maréchal, prince DE), IV, 308, 310.
-
- LICHTENSTEIN (Le général, prince Joseph-Wenzel DE), III, 449.
-
- LICHTENSTEIN (Le prince Wenzel DE), III, 88.
-
- LIEBERMANN (Le baron Auguste DE), II, 282, 334; III, 289, 301.
-
- LIEGNITZ (La princesse DE), II, 275, 278, 286, 292, 295, 300,
- 302.
-
- LIEVEN (Alexandre DE), II, 192.
-
- LIEVEN (Le prince Christophe DE), I, 60, 83, 84, 85, 86, 89, 98,
- 113, 131, 132, 144, 145, 205, 214, 245; II, 193; III, 194.
-
- LIEVEN (Le prince Paul DE), IV, 244.
-
- LIEVEN (La princesse DE), I, 4, 7, 19, 20, 44, 45, 47, 49, 50,
- 56, 62, 63, 65, 83, 86, 87, 89, 93, 94, 95, 98, 111, 112, 113,
- 122, 123, 124, 129, 131, 132, 143, 144, 151, 152, 156, 162, 167,
- 171, 175, 177, 196, 202, 215, 226, 244, 294, 330, 354, 357, 367,
- 385, 395, 396, 397; II, 2, 6, 11, 16, 20, 29, 52, 54, 61, 62, 63,
- 81, 83, 92, 93, 105, 106, 113, 114, 118, 119, 120, 126, 127, 131,
- 132, 136, 162, 163, 167, 168, 174, 175, 177, 180, 183, 186, 192,
- 197, 198, 205, 206, 208, 248, 297, 322, 333, 337, 347, 351, 358,
- 366, 383, 384, 386, 387, 390, 391, 394, 398, 400, 402, 409, 421,
- 423, 426, 432, 433; III, 6, 10, 22, 28, 40, 47, 52, 54, 64, 84,
- 86, 97, 98, 99, 100, 102, 108, 119, 121, 124, 128, 152, 157, 164,
- 165, 172, 178, 180, 184, 192, 194, 205, 217, 218, 225, 228, 235,
- 238, 247, 249, 301, 322, 387, 393, 398, 406, 414, 419; IV, 16,
- 17, 40, 42, 45, 76, 126, 150, 184, 185, 202, 236, 243, 244, 245.
-
- LINANGE (Le prince DE), ou prince de Leiningen, II, 131; III,
- 408, 409.
-
- LINDENAU (Le baron DE), II, 330.
-
- LINDHEIM (Le général DE), IV, 171.
-
- LIONNE (M. DE), II, 460.
-
- LISFRANC DE SAINT-MARTIN (Le chirurgien), II, 128, 199.
-
- L'ISLE (Lady DE), II, 131.
-
- LISZT, III, 329.
-
- LITTLETON (Le baron), I, 155, 161, 164, 168, 177.
-
- LIVERPOOL (Le comte DE), III, 102.
-
- LOBAU (Le maréchal), II, 70.
-
- LOBAU (La maréchale), II, 121.
-
- LOEWENHIELM (Le comte DE), II, 333.
-
- LOEWENHIELM (La comtesse DE), II, 6, 333.
-
- LOEWE-WEIMAR (Le baron DE), II, 83, 92.
-
- LOLA MONTÈS, III, 441.
-
- LOMBARD (Henri), III, 256, 257, 258.
-
- LOMBARD (Mme), III, 258.
-
- LONDONDERRY (Lord), I, 58, 59, 60; III, 122.
-
- LONDONDERRY (Lady), I, 55.
-
- LONGUEVILLE (Mme DE), IV, 56, 80, 87, 135, 148, 222.
-
- LOTTUM (Le comte Charles-Henri DE), II, 297, 321.
-
- LOTTUM (La comtesse), III, 279; IV, 240.
-
- LOUIS (Le baron), I, 291; II, 166, 178, 183.
-
- LOUISE DE LORRAINE (Reine de France), III, 132.
-
- LOUIS-PHILIPPE (Le roi), I, 10, 14, 60, 94, 184, 197, 217, 235,
- 264, 296, 326, 340, 341, 365, 370, 372, 383; II, 49, 51, 92, 98,
- 165, 170, 279; III, 19, 263, 284, 323, 330, 333, 385, 396, 428,
- 447, 448; IV, 28, 152, 256.
-
- LOUIS XIV (Roi de France), I, 36, 233, 270; II, 142, 335, 378,
- 459; III, 12, 147, 177, 248; IV, 107.
-
- LOUIS XV (Roi de France), I, 310, 326, 351; III, 148.
-
- LOUIS XVI (Roi de France), I, 100, 306; II, 158; III, 253, 474.
-
- LOUIS XVII, IV, 67, 107.
-
- LOUIS XVIII (Roi de France), I, 136, 237, 238, 298, 325, 332; II,
- 49, 432; III, 247, 253, 473.
-
- LOULÉ (Le marquis et la marquise DE), I, 192.
-
- LOUVEL, II, 66, 67.
-
- LOUVOIS (Le marquis DE), I, 351, 352, 353.
-
- LOVÈRE (M. DE), II, 279.
-
- LUCCHESI-PALLI (Le comte DE), IV, 103, 107.
-
- LUCQUES (Le duc DE), III, 319.
-
- LUCQUES (La duchesse DE), II, 63.
-
- LUCQUES (Le prince DE), III, 320.
-
- LUDOLF (Le feld-maréchal, comte François DE), III, 343.
-
- LUDOLF (Le comte Guillaume-Constantin DE), I, 156.
-
- LUDRE (La comtesse DE), III, 240.
-
- LURDE (M. DE), III, 370.
-
- LUTHER (Martin), II, 273; III, 70, 95.
-
- LUTTEROTH (Alexandre DE), II, 123.
-
- LUYNES (La duchesse DE), III, 314.
-
- LYNDHURST (Lord), II, 223.
-
- Lyndhurst (Lady), I, 103, 104.
-
-M
-
- MACAULAY (Lord), IV, 274.
-
- MACDONALD (Le maréchal), II, 387.
-
- MACDONALD (Le général Francis), II, 191.
-
- MACKAU (L'amiral baron DE), III, 238.
-
- MAC-LEOD (Alexandre), III, 48, 125.
-
- MAC-MAHON (Le maréchal DE), duc de MAGENTA, IV, 270, 325, 409.
-
- MAC-MAHON (La maréchale DE), IV, 415.
-
- MAGNAN (Le maréchal), III, 387.
-
- MAGON-LABALLUE (Mlle), II, 150.
-
- MAHMOUD (Le sultan), II, 154.
-
- MAHON (Lady Emily), III, 31.
-
- MAILLÉ (Le duc DE), II, 160, 161.
-
- MAILLÉ (La duchesse DE), II, 24, 126.
-
- MAILLÉ (La marquise DE), III, 127.
-
- MAINTENON (La marquise DE), I, 233, 312; II, 196, 378; III, 12,
- 42, 58, 313; IV, 241, 302.
-
- MAISON (Le maréchal), I, 318, 344; II, 5, 15.
-
- MAISON (La maréchale), II, 5, 6.
-
- MAISTRE (La comtesse Adèle DE), III, 172.
-
- MAISTRE (La comtesse Azélia DE), III, 140, 151.
-
- MAISTRE (Mlle Francesca DE), III, 166.
-
- MAISTRE (Le comte Joseph DE), IV, 19, 20.
-
- MAISTRE (Le comte Rodolphe DE), III, 140, 151, 154, 232; IV, 20.
-
- MALABRIA, IV, 224.
-
- MALESHERBES (M. DE), II, 31.
-
- MALIBRAN (Mme), I, 59, 147.
-
- MALTZAN (Le comte Mortimer DE), II, 338, 359; III, 28, 104, 114,
- 116, 172, 178, 235, 300.
-
- MANNAY (L'abbé), II, 228.
-
- MANTEUFFEL (Le baron Othon DE), III, 429, 430, 437, 458, 459,
- 461, 462, 463, 464; IV, 2, 3, 8, 27, 41, 43, 52, 128, 129, 155,
- 156, 157, 161, 169, 170, 172, 175, 190, 192, 195, 224, 229, 243,
- 284, 285, 287, 288, 401.
-
- MANTEUFFEL (Le général DE), IV, 393, 410.
-
- MANUEL (M.), IV, 84.
-
- MANUEL (Mme), comtesse de Gramedo, II, 84.
-
- MARBOEUF (La marquise DE), II, 233.
-
- MARBOIS (Le marquis DE), I, 206, 369.
-
- MARCHAND (Le comte), II, 24, 288.
-
- MARCHESI (Luigi), II, 329.
-
- MARESCALCHI (La comtesse DE), II, 145.
-
- MAREUIL (Le comte DE), I, 22; II, 18.
-
- MARIE II ou MARIA DA GLORIA (Reine de Portugal), I, 12, 128, 133;
- II, 96, 260.
-
- MARIE-AMÉLIE (Reine de France), I, 363; II, 143; III, 231, 348,
- 363, 448, 451, 452, 453; IV, 15, 56, 59, 66, 118, 208, 212, 224,
- 237, 276, 423, 425.
-
- MARIE-LOUISE (L'impératrice), III, 318.
-
- MARIE DE MÉDICIS (Reine de France), I, 271; II, 142, 371.
-
- MARIE D'ORLÉANS (La princesse), I, 60, 362, 381; II, 178, 180,
- 189, 195, 196, 209, 221; III, 241.
-
- MARIE DE PORTUGAL (L'infante), I, 192.
-
- MARIE DE RUSSIE (L'impératrice), II, 356.
-
- MARIE STUART (Reine d'Écosse), I, 386.
-
- MARIE-THÉRÈSE (L'impératrice), I, 366; II, 365.
-
- MARIO, marquis DE CANDIA, III, 156.
-
- MARLBOROUGH (La duchesse DE), II, 167.
-
- MARMONT (Le maréchal), duc DE RAGUSE, III, 84, 85, 88, 90, 311,
- 457; IV, 235, 245, 249.
-
- MARNES (Le comte DE), II, 107, 110.
-
- MAROCHETTI (Le baron Charles), II, 224.
-
- MARS (Mlle), II, 148; III, 59, 60; IV, 60.
-
- MARTIGNAC (Aglay DE), III, 239.
-
- MARTIN (M.), I, 13; II, 265.
-
- MARTIN DU NORD, I, 362; II, 15, 18, 122, 124, 133, 136, 404; III,
- 242.
-
- MARTIMPREY (Le général DE), IV, 304.
-
- MARTINEZ DE LA ROSA (François), I, 184, 238, 371.
-
- MASSA (La duchesse DE), I, 299, 300; II, 16, 195, 388.
-
- MASSIMO (La princesse), II, 187.
-
- MATHIEU (M.), II, 354.
-
- MATTHIOLI (Le comte), III, 252.
-
- MATUSIEVICZ (Le comte), I, 144, 396; II, 118, 122, 337; III, 194.
-
- MAUGUIN, I, 12.
-
- MAUSSION (Le baron Alfred DE), II, 384, 386.
-
- MAZZINI (Giuseppe), IV, 7, 79, 81, 87, 91, 173, 351, 402.
-
- MECKLEMBOURG-SCHWERIN (La grande-duchesse DE), II, 116, 145, 156,
- 168, 283; III, 225, 254, 265, 284; IV, 54, 264, 277.
-
- MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Le grand-duc Frédéric DE), III, 352, 429.
-
- MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Le duc Gustave DE), III, 191.
-
- MECKLEMBOURG-SCHWERIN (La princesse Hélène DE), plus tard
- duchesse d'Orléans, II, 66, 113, 115, 117, 120, 123, 132, 138,
- 141, 143, 144, 148, 149, 151, 154, 155, 157, 159, 160, 161, 178,
- 180, 183, 184, 185, 207, 212, 221, 223, 260, 283, 313, 320, 352,
- 355, 369, 372, 400, 407, 409; III, 33, 63, 65, 71, 191, 210, 212,
- 213, 216, 217, 219, 224, 225, 241, 244, 245, 246, 250, 253, 254,
- 255, 262, 264, 265, 267, 284, 330, 332, 333, 334, 335, 348, 352,
- 355, 369, 383, 385, 396, 399, 425, 428, 450, 452; IV, 10, 11, 22,
- 32, 33, 35, 37, 57, 58, 61, 66, 91, 97, 117, 122, 136, 138, 162,
- 225, 230, 231, 247, 274, 275, 276, 278, 299.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le grand-duc héréditaire
- Frédéric-Guillaume DE), III, 314.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le grand-duc Georges DE), II, 299; III,
- 429, 432, 434; IV, 158, 364.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (La grande-duchesse Georges DE), IV, 364.
-
- MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le duc Georges DE), IV, 173, 174, 175.
-
- MEDEM (Paul, comte), I, 10, 98, 144, 145, 162; II, 193, 206, 254,
- 337, 351; III, 115, 116, 184, 311, 317, 338, 342, 351; IV, 125.
-
- MÉHÉMET-ALI (Le vice-roi), I, 245; II, 350, 353, 369, 383, 387,
- 467, 468, 469, 470, 471, 472, 473, 474, 476, 478; III, 7, 47,
- 329.
-
- MELBOURNE (Lord), I, 46, 99, 164, 166, 167, 170, 171, 174, 177,
- 178, 180, 189, 190, 203, 208; II, 34, 53, 167, 174, 175, 176,
- 407; III, 6, 157, 226, 227, 228, 235.
-
- MELBOURNE (Lady), III, 32.
-
- MELZI (Le duc), III, 233.
-
- MELZI (La duchesse), III, 233.
-
- MENDELSLOH (Le comte DE), I, 70.
-
- MENDIZABAL (Don Juan Alvarez y), I, 371; II, 38.
-
- MENNECHET (Edouard), I, 372.
-
- MENSCHIKOFF (L'amiral prince), IV, 125.
-
- MENSDORF-POUILLY (Le feld-maréchal comte DE), IV, 228.
-
- MÉRAN (Le comte DE), III, 382.
-
- MÉRODE (Mgr DE), IV, 376.
-
- MÉRODE (Le comte Werner DE), II, 2, 63.
-
- METTERNICH (Le prince DE), I, 27, 294, 296, 383; II, 56, 61, 63,
- 170, 250, 338, 386; III, 7, 22, 69, 83, 84, 88, 89, 92, 104, 108,
- 111, 116, 117, 184, 221, 236, 311, 319, 320, 338, 352, 382; IV,
- 15, 51, 52, 89, 158, 164, 175, 228, 249, 309.
-
- METTERNICH (La princesse Mélanie DE), II, 56, 360; III, 83, 84,
- 88, 91, 104, 184, 238, 338; IV, 15, 51, 112, 116, 159, 164, 166.
-
- METTERNICH-WINNEBOURG (Le prince Richard DE), IV, 243, 364.
-
- MEULAN (Mme DE), III, 237.
-
- MEUNIER (M.), II, 116, 117, 159.
-
- MEYENDORFF (Le baron DE), III, 351, 380, 404, 406, 408, 414, 416,
- 417, 425, 427, 428, 430, 434, 436, 437, 459, 463; IV, 164, 244.
-
- MEYENDORFF (La baronne DE), III, 289, 408, 417, 431; IV, 51, 164,
- 244.
-
- MEYERBEER (M.), III, 283; IV, 40.
-
- MIAOULIS (Amiral), I, 12.
-
- MIGNET, I, 34, 318; II, 24, 125, 178; III, 5, 245; IV, 251.
-
- MINA (Don), I, 245.
-
- MINTO (Lord), IV, 91, 315.
-
- MIRABEAU (Le marquis DE), I, 134, 135, 136; IV, 14, 17.
-
- MIRAFLORÈS (Le marquis), I, 51, 87, 121, 125, 127, 128, 146, 174,
- 178, 181, 183, 191, 203, 226.
-
- MIRAFLORÈS (La marquise DE), I, 205.
-
- MITFORD (John), III, 75.
-
- MOCQUART (M.), IV, 200, 351, 370.
-
- MODÈNE (Le duc François IV DE), I, 366.
-
- MODÈNE (Le duc François V DE), III, 156; IV, 260.
-
- MOIRA (Lord), II, 157.
-
- MOLAY (Jacques DE), III, 45.
-
- MOLÉ (Le comte), I, 246, 267, 268, 272, 274, 289, 294, 295, 300,
- 305, 306, 307, 308, 310, 313, 315, 319, 320, 321, 322, 392; II,
- 1, 9, 10, 12, 15, 17, 21, 23, 84, 87, 89, 91, 94, 99, 110, 112,
- 114, 122, 124, 125, 129, 133, 138, 143, 147, 154, 162, 163, 166,
- 169, 177, 183, 185, 186, 192, 194, 205, 219, 220, 246, 360, 361,
- 368, 370, 387, 390, 392, 401, 402, 403, 404, 405, 412, 414, 416,
- 424, 440; III, 1, 2, 3, 4, 5, 7, 9, 18, 22, 28, 41, 42, 50, 55,
- 57, 96, 105, 121, 123, 167, 180, 181, 183, 210, 212, 213, 217,
- 219, 225, 237, 238, 239, 242, 243, 349, 383, 406, 444; IV, 11,
- 17, 40, 42, 65, 67, 126, 189, 218, 219, 235.
-
- MOLÉ (La comtesse), II, 126, 143, 121.
-
- MOLÉ (Mathieu), III, 121.
-
- MOLITOR (Le maréchal comte), II, 15, 94.
-
- MOLLIEN (Le comte), I, 291, 296; II, 72, 116; III, 221.
-
- MOLLIEN (La comtesse DE), I, 299, 303, 312; II, 72, 116, 312,
- 320, 373, 374, 375, 401, 417, 428, 436; III, 11, 15, 33, 123,
- 182, 221, 259, 447, 452; IV, 59, 66, 97, 126, 208, 344.
-
- MOLYNEUX (Francis), III, 75.
-
- MONCEY (Le maréchal), III, 182.
-
- MONSON (Lord), I, 39, 42.
-
- MONSON (Lady), I, 39, 43.
-
- MONTALEMBERT (Le comte Charles DE), II, 361, 362, 366, 368; III,
- 325, 394; IV, 210, 255, 334, 395.
-
- MONTALIVET (Le comte DE), II, 15, 84, 90, 94, 115, 185, 191, 403.
-
- MONTALIVET (Mme DE), III, 35.
-
- MONTBRETON (M. DE), II, 35.
-
- MONTBRETON (Mme DE), II, 376, 382.
-
- MONTCALM (Le marquis DE), III, 177.
-
- MONTEBELLO (Le duc DE), II, 101; III, 64, 115; IV, 244.
-
- MONTEMOLIN (Le comte DE), III, 396; IV, 346, 348, 349, 359.
-
- MONTÉNÉGRO (Le chevalier), IV, 165.
-
- MONTENON (M. DE), II, 386.
-
- MONTESPAN (La marquise DE), I, 312.
-
- MONTESQUIOU (La comtesse Anatole DE), II, 132.
-
- MONTESQUIOU (L'abbé DE), III, 247.
-
- MONTESSUY (Le comte DE), II, 87, 92.
-
- MONTFORT (Mlle DE, la princesse Mathilde), II, 377, 394; III,
- 368; IV, 40, 43, 74, 199, 214, 296.
-
- MONGUYON (M. DE), IV, 97, 232, 278.
-
- MONTIJO (Mlle DE), plus tard l'Impératrice Eugénie, IV, 65, 69,
- 70, 72, 73, 77, 84, 87, 92, 112, 189, 206, 207, 213, 214, 235,
- 269, 285, 296, 320, 362, 385, 408.
-
- MONTIJO (Mme DE), IV, 69.
-
- MONTJOYE (La comtesse DE), III, 220, 363.
-
- MONTMORENCY (Le duc Mathieu DE), IV, 334.
-
- MONTMORENCY (Le baron, puis duc Raoul DE), I, 257, 260, 261, 296;
- II, 77, 115, 137, 163, 187; III, 131; IV, 28, 275.
-
- MONTMORENCY (La duchesse DE), I, 27; II, 16, 26, 33, 138, 143,
- 252, 394, 434; III, 22, 44, 52, 97, 102, 105, 280.
-
- MONTMORENCY (La duchesse Mathieu DE), II, 233, 250, 380, 432;
- III, 310; IV, 287, 335.
-
- MONTMORENCY (La baronne DE), III, 131.
-
- MONTPENSIER (Le duc DE), III, 35, 132, 268, 324, 349; IV, 57,
- 348.
-
- MONTPENSIER (La duchesse DE), III, 349; IV, 58.
-
- MONTROND (Le comte DE), I, 16, 24, 32, 51, 114, 120, 148, 149,
- 249, 250, 252, 255, 256, 283, 285, 395; II, 173, 197, 256, 373,
- 383; III, 52, 242; IV, 144.
-
- MONTROND (La comtesse DE), I, 148.
-
- MORELL (La baronne DE), I, 276.
-
- MORELL (Mlle Marie DE), I, 276.
-
- MORELLET (L'abbé), I, 121.
-
- MOREY (M.), II, 18, 21.
-
- MORLOT (Le cardinal), III, 202; IV, 330, 331, 398.
-
- MORNAY (Le comte Charles DE), 276; II, 121; III, 18.
-
- MORNINGTON (Lady), I, 3.
-
- MORNY (Le duc DE), IV, 41, 90, 123, 184, 202, 231, 233, 236, 242,
- 249, 253, 301.
-
- MORPETH (Lord), III, 39.
-
- MORTEMART (Mlle Alicia DE), I, 312; III, 203.
-
- MORTEMART (Arthur DE), II, 392; III, 203; IV, 17.
-
- MORTIER (Le maréchal), I, 278, 318, 360.
-
- MOSKOWA (Le prince DE LA), I, 89, 106; III, 44, 255, 256, 368.
-
- MOTTEUX (M.), I, 263.
-
- MOTTEVILLE (Mme DE), II, 98; IV, 205.
-
- MOUCHY (Le duc DE), IV, 64.
-
- MOUCHY (La duchesse DE), IV, 126.
-
- MOUNIER (M.), II, 41, 415, 425; III, 54.
-
- MOUNT-EDGECUMBE (Lord), I, 20.
-
- MOUSTIERS (Le marquis DE), IV, 152, 292, 336.
-
- MULLER (Frédéric DE), IV, 28, 29.
-
- MULLER (Jean DE), IV, 29.
-
- MUNCHHAUSEN (Le baron DE), IV, 7.
-
- MUNSTER (Le comte DE), I, 204.
-
- MUNSTER (La comtesse DE), I, 204.
-
- MULGRAVE (Lord), I, 94, 198.
-
- MUNIER DE LA CONVERSERIE (Le général), I, 119.
-
- MUNOZ (Fernando, duc DE RIANZARÈS), II, 400; III, 124, 260.
-
- MUNSTER (Lord), II, 156.
-
- MURAT (La princesse), II, 19, 83, 191.
-
- MURAT (Le prince Joachim), IV, 394.
-
- MURAT (Le prince Lucien), IV, 86, 184, 394.
-
- MURILLO, III, 441.
-
- MUSSET (Alfred DE), I, 247.
-
-N
-
- NANTES (Mlle DE), I, 233.
-
- NAPIER (L'amiral), II, 371, 433, 439; III, 47; IV, 192.
-
- NAPLES (La reine Caroline DE), II, 30.
-
- NAPLES (Le prince Charles DE), II, 30.
-
- NAPLES (Le roi Ferdinand II DE), I, 60, 236; II, 49, 56, 65, 79,
- 80, 82, 107, 150.
-
- NAPLES (Le roi François II DE), IV, 350, 356, 360, 361, 362, 374,
- 381, 387, 394.
-
- NAPLES (Le prince Léopold DE), I, 362.
-
- NAPLES (La princesse Marie DE), II, 237.
-
- NAPLES (La reine Marie DE), IV, 383.
-
- NAPLES (La reine Marie-Christine DE), II, 12, 20, 107.
-
- NAPOLÉON Ier (L'empereur), I, 33, 107, 116, 137, 227, 228,
- 247, 310, 326, 332, 397; II, 24, 158, 231, 288, 297, 328, 329,
- 335, 401, 425, 426, 432, 433, 435, 439, 440, 463; III, 38, 39,
- 167, 295, 330, 393, 408; IV, 96, 147, 200, 245, 249, 255.
-
- NAPOLÉON (Le prince Jérôme), IV, 42, 69, 70, 86, 151, 296, 298,
- 301, 302, 303, 304, 305, 324, 327, 341, 356, 358, 360, 386, 397.
-
- NARBONNE-LARA (Le comte DE), IV, 143, 144, 145, 146, 147.
-
- NARBONNE (La comtesse Louis DE), née DE MONTHOLON, III, 142.
-
- NASSAU (Le duc Adolphe DE), III, 314, 429.
-
- NASSAU (Le duc Guillaume DE), I, 30.
-
- NASSAU (La princesse Marie DE), III, 157.
-
- NASSAU (La duchesse Pauline DE), III, 52.
-
- NÉALE (La comtesse Pauline), III, 71, 75, 282, 285, 288.
-
- NECKER (Jacques), I, 320, 345.
-
- NECKER (Mme), I, 345.
-
- NEELD (Lady Caroline), I, 40.
-
- NEGRO (Le marquis Carlo DI), IV, 77.
-
- NEIPPERG (Le comte DE), II, 345, 346, 348.
-
- NEMOURS (Le duc DE), I, 296, 310, 340, 357; II, 36, 48, 65, 103,
- 179, 196, 199, 207, 214, 250, 291, 365, 372; III, 36, 37, 210,
- 212, 217, 244, 261, 262, 265, 268, 383, 384; IV, 10, 59, 117,
- 136, 138, 225, 246, 247, 248, 277.
-
- NEMOURS (La duchesse DE), II, 251, 372; III, 34, 125, 186, 225,
- 244, 383, 384; IV, 10, 59, 225, 416.
-
- NERLI, IV, 108.
-
- NESSELRODE (Le comte DE), I, 85, 86, 99, 112, 124; II, 337, 415;
- III, 220, 317; IV, 51, 52, 131, 138.
-
- NESSELRODE (La comtesse DE), I, 330; II, 351, 415, 417, 422; III,
- 10, 28, 96.
-
- NEUMANN (Le général), III, 431.
-
- NEUMANN (Le baron), II, 349, 472, 473; III, 115.
-
- NEU-WIED (Le prince Guillaume DE), III, 157.
-
- NEY (Le maréchal), I, 89, 304, 306; III, 255.
-
- NEY (La maréchale), II, 437.
-
- NEY (Edgar), III, 386; IV, 411.
-
- NICOLAÏ (Le marquis DE), II, 376.
-
- NICOLAÏ (La marquise Scipion DE), II, 376, 382.
-
- NICOLAS Ier DE RUSSIE (L'empereur), I, 11, 52, 85, 112, 144,
- 360, 383, 385, 386; II, 54, 87, 92, 105, 248, 276, 293, 295, 301,
- 302, 303, 377; III, 23, 62, 79, 127, 220, 267, 299, 307, 317,
- 332, 375, 377, 413, 462; IV, 14, 50, 52, 53, 54, 68, 113, 124,
- 127, 129, 131, 134, 151, 152, 159, 161, 163, 164, 186, 187, 195,
- 196, 201, 202, 204.
-
- NICOLE (Pierre), II, 39, 44.
-
- NIEBUHR (M. DE), IV, 192.
-
- NIEL (Le général), IV, 195, 296, 304.
-
- NIGRA (Le chevalier), IV, 359.
-
- NINA LASSAVE, II, 13.
-
- NISARD (M.), IV, 227, 228.
-
- NOAILLES (Le duc DE), I, 312, 322, 324, 338; II, 28, 34, 41, 67,
- 71, 72, 100, 114, 118, 125, 173, 178, 182, 198, 298, 332, 333,
- 347, 383, 392, 396, 403, 407, 408, 417, 419, 438, 441; III, 12,
- 17, 40, 41, 42, 52, 97, 100, 103, 121, 153, 187, 214, 215, 241,
- 248, 392, 393, 397; IV, 12, 25, 26, 36, 97, 126, 136, 180, 218,
- 244, 268, 394.
-
- NOAILLES (La duchesse DE), I, 340; II, 76; III, 221; IV, 126.
-
- NOAILLES (Le comte Maurice DE), II, 403, 407; III, 153.
-
- NOAILLES (La vicomtesse DE), I, 338; IV, 24.
-
- NOAILLES (Mlle Sabine DE), I, 366.
-
- NODIER (Charles), III, 57.
-
- NOTHOMB (Le baron DE), III, 334; IV, 43.
-
- NORFOLK (Le duc DE), I, 141, 209, 210.
-
- NORFOLK (Le duc Henry DE), IV, 240.
-
- NORMANBY (Le marquis DE), III, 54, 406, 421; IV, 44.
-
- NORTHUMBERLAND (La duchesse DE), I, 58.
-
- NORTON (M.), II, 53.
-
- NORTON (Mrs), II, 37, 53, 63.
-
- NOSTITZ (Le comte DE), III, 307.
-
- NOSTITZ (La comtesse DE), III, 73.
-
-
-O
-
- OBERKAMPF, III, 21.
-
- O'CONNEL (Daniel), I, 145, 155, 175, 176, 179, 186, 195, 205,
- 207, 218, 368; II, 12.
-
- O'DONNELL (Le général comte Maurice), III, 85.
-
- O'DONNELL (Le général comte Maximilien), IV, 86, 88, 94, 122.
-
- OFFALIA (Le comte D'), II, 416.
-
- OLBERG (Le général DE), IV, 192.
-
- OLDENBURG (Le grand-duc Auguste D'), III, 433.
-
- OLDENBURG (La grande-duchesse D'), VI, 85.
-
- OLFERS (M.), III, 76, 79, 284, 299.
-
- OLIVIER (L'abbé), I, 344; II, 225.
-
- OLOZAGA (Don Salluste), III, 125.
-
- OMPTEDA (La baronne D'), I, 72, 204; II, 333.
-
- ORANGE (Le prince Guillaume D'), I, 149; II, 54.
-
- ORANGE (La princesse D'), I, 149,330.
-
- ORESTIS (La comtesse DE), IV, 76.
-
- ORIE (Le docteur), II, 201; III, 52, 206.
-
- ORLÉANS (Le duc Ferdinand D'), I, 25, 33, 35, 105, 136, 232, 235,
- 236, 252, 256, 258, 260, 264, 265, 266, 282, 285, 289, 290, 291,
- 293, 299, 305, 310, 311, 315, 323, 340, 346, 361, 363, 381, 382,
- 383; II, 15, 36, 38, 39, 40, 43, 44, 45, 48, 50, 51, 56, 57, 61,
- 63, 65, 68, 69, 73, 75, 79, 82, 86, 93, 99, 103, 113, 115, 116,
- 118, 119, 121, 123, 142, 143, 146, 153, 155, 161, 176, 179, 189,
- 193, 196, 206, 207, 208, 235, 291, 296, 313, 319, 320, 352, 353,
- 364, 365, 366, 376, 396, 400, 401, 404, 415, 421; III, 9, 12, 17,
- 18, 25, 34, 35, 40, 44, 45, 56, 86, 131, 148, 163, 164, 178, 183,
- 186, 191, 207, 209, 210, 214, 215, 216, 217, 218, 220, 222, 224,
- 234, 241, 245, 254, 261, 283, 332, 355; IV, 237.
-
- ORLÉANS (Gaston D'), III, 239.
-
- ORLÉANS (Le duc Philippe D'), Philippe-Égalité, I, 297, 298.
-
- ORLOFF (Le comte, puis prince), II, 168, 174, 180; IV, 149, 150,
- 151, 152, 156, 164, 227.
-
- ORNANO (Le général), I, 261.
-
- ORSAY (Le comte Alfred D'), I, 46.
-
- ORSAY (Lady Harriet D'), III, 234.
-
- ORSINI, IV, 270, 271, 316.
-
- ORTEGA (Le général), IV, 346, 349.
-
- OSMOND (La marquise D'), IV, 126.
-
- OSSAT (Le cardinal D'), II, 459.
-
- OSSULSTON (Lord), I, 80.
-
- OSSUNA (Le duc D'), IV, 69, 112, 409.
-
- O'SULLIVAN DE GRASS (Le comte), IV, 117.
-
- OULTREMONT ET DE VERGIMOND (La comtesse D'), III, 40, 76.
-
- OUTREMONT DE MINIÈRES (Le général D'), III, 117.
-
-P
-
- PAGANINI, III, 299.
-
- PAGEOT (M.), III, 180.
-
- PAHLEN (Le comte), I, 78, 156, 383, 387, 395, 396, 397; II, 5,
- 15, 193; III, 127, 150, 154, 164, 167, 184, 225, 239, 249, 250,
- 301.
-
- PALAFOX (Don José DE), I, 207.
-
- PALATINE (La princesse), Anne de Gonzague, II, 24, 30, 196.
-
- PALFFY (Le comte Aloys), III, 343.
-
- PALFFY (La princesse), II, 336.
-
- PALIKAO (Le maréchal Cousin-Montauban, comte DE), IV, 418, 419.
-
- PALLADIO (André), IV, 104, 105.
-
- PALLAVICINI (Le marquis), II, 224.
-
- PALMELLA (Le duc DE), I, 127.
-
- PALMELLA (La duchesse DE), II, 259.
-
- PALMERSTON (Lord), I, 6, 19, 29, 32, 33, 47, 50, 51, 63, 83, 85,
- 86, 89, 94, 96, 98, 102, 104, 105, 113, 125, 128, 131, 132, 161,
- 162, 170, 175, 176, 183, 184, 188, 202, 203, 209, 210, 214, 216,
- 225, 226, 238, 239, 246, 253, 262, 265, 293, 294, 296, 359; II,
- 107, 108, 157, 162, 345, 349, 353, 364, 383, 386, 387, 388, 391,
- 393, 395, 398, 399, 407, 409, 411, 412, 415, 419, 421, 433, 439,
- 465, 479; III, 6, 7, 8, 10, 22, 54, 87, 90, 109, 157, 226, 228,
- 229, 320, 325, 342, 349, 379, 384, 396, 402, 410, 413, 414, 416,
- 417, 421, 426, 453; IV, 8, 9, 38, 39, 44, 45, 111, 124, 138, 151,
- 171, 191, 222, 239, 245, 269, 274, 275, 282, 295, 304, 313, 329,
- 350, 355.
-
- PALMERSTON (Lady), II, 351, 397; III, 48, 49, 54, 102, 109, 157;
- IV, 44.
-
- PALMERSTON (Mlle Fanny), III, 49.
-
- PALMYRE (Mlle), I, 255; II, 142.
-
- PANIEGA (Mlle DE LA), IV, 285.
-
- PANIS (Le comte DE), III, 102, 158.
-
- PAPPENHEIM (Le comte), III, 318.
-
- PARIS (Le comte DE), II, 387, 394, 400, 401, 407; III, 63, 224,
- 246, 250, 255, 262, 333, 384, 385, 396, 422; IV, 99, 138, 232,
- 247, 248, 276, 277, 278, 349.
-
- PARME (Le duc Robert DE), IV, 324.
-
- PARME (La duchesse régente DE), IV, 349.
-
- PARRY (Le capitaine), I, 45.
-
- PASCAL (Blaise), II, 44; III, 392; IV, 25.
-
- PASKEWITSCH (Le feld-maréchal), III, 301, 380, 452.
-
- PASQUIER (Le duc), I, 10, 283, 291, 304, 306, 322, 362, 382; II,
- 1, 2, 20, 146, 225, 441; III, 9, 18, 22, 44, 167; IV, 126.
-
- PASSINI (M.), III, 299.
-
- PASSY, I, 277, 278; II, 14, 15, 17, 219, 404, 405, 410, 419, 424;
- III, 8, 9, 14, 26, 127, 163, 185, 238.
-
- PASTA (Judith), I, 59.
-
- PASTORET (Le marquis DE), III, 9; IV, 64, 65, 148.
-
- PATOW (Le baron DE), IV, 393.
-
- PAYS-BAS (Le prince Frédéric DES), I, 172; II, 290; III, 388.
-
- PAYS-BAS (La princesse Frédéric DES), I, 172; II, 284, 286.
-
- PAYS-BAS (le Roi Guillaume Ier DES), I, 14, 24, 30, 172, 341;
- II, 249, 356; III, 48, 76, 229, 233, 307.
-
- PAYS-BAS (le Roi Guillaume II DES), III, 191, 226, 227, 281.
-
- PAYS-BAS (Le prince héréditaire DES), plus tard roi Guillaume
- III, III, 66, 388.
-
- PAYS-BAS (La reine Wilhelmine DES), I, 172; II, 45, 48.
-
- PÉAN (Valet de chambre du prince de Talleyrand), II, 247.
-
- PECHLIN (M.), diplomate danois, III, 427.
-
- PEDRO Ier (Dom), I, 11, 56, 72, 121, 125, 128, 171, 192.
-
- PEEL (Sir Robert), I, 101, 104, 139, 140, 141, 145, 171, 189,
- 190, 288, 293, 299, 308, 357; II, 175; III, 6, 8, 52, 102, 122,
- 194, 226.
-
- PEEL (Lady), I, 140; III, 52.
-
- PEEL (The Right Hon. William-Yates), III, 52.
-
- PÉLISSIER (Le maréchal), duc DE MALAKOFF, IV, 231, 274, 278, 285,
- 287, 298, 304, 385.
-
- PELLICO (Silvio), III, 141; IV, 50.
-
- PEMBROKE (Lady), II, 47.
-
- PÉNÉLOPE Smith (Miss), II, 31, 57.
-
- PEPE (Le général), IV, 218.
-
- PÉPIN (M.), I, 348, 349, 356, 362, 373; II, 18, 20, 21.
-
- PERIER (Casimir), I, 6, 9, 10, 15, 19, 273; III, 151, 157, 167,
- 220.
-
- PÉRIGORD (Le duc DE), I, 344.
-
- PÉRIGORD (La duchesse DE), I, 348; IV, 82.
-
- PÉRIGORD (Le comte Alexandre DE), duc DE DINO, I, 363; II, 199,
- 204, 226, 247, 399, 401, 435; III, 1, 98, 123, 170, 187, 205; IV,
- 35, 64, 80, 180, 206, 215.
-
- PÉRIGORD (Boson DE), II, 104, 434.
-
- PÉRIGORD (Le comte Paul DE), IV, 82.
-
- PÉRIGORD (Mlle Pauline DE), plus tard marquise DE CASTELLANE, I,
- 45, 242, 305, 314, 327, 337, 349; II, 26, 33, 34, 40, 41, 43, 46,
- 53, 72, 136, 141, 145, 146, 149, 151, 157, 158, 188, 204, 205,
- 207, 211, 217, 220, 227, 228, 235, 236, 244, 245, 252, 259, 260,
- 261, 262, 263, 332, 347, 381, 386; III, 1, 49, 64, 68, 74, 120,
- 129, 130, 139, 140, 142, 145, 149, 150, 152, 153, 159, 161, 169,
- 175, 179, 181, 185, 186, 187, 192, 193, 196, 197, 198, 200, 201,
- 203, 205, 233, 249, 250, 326, 331, 353, 394; IV, 15, 48, 126,
- 178, 179, 183, 266, 267, 269, 281, 396.
-
- PÉRIGORD (Le cardinal DE TALLEYRAND-), I, 327, 330, 392; II, 229,
- 232; III, 5.
-
- PERPONCHER (Le comte Henri DE), II, 282.
-
- PERPONCHER (La comtesse DE), II, 278, 280, 282, 290, 321, 324;
- III, 71, 73, 74, 75, 80, 103, 113, 282, 286.
-
- PERREGEAUX (Le comte DE), II, 374.
-
- PERRONE DI S. MARTINO (Le baron Paul), IV, 224.
-
- PERSIGNY (Le duc DE), III, 402, 403, 407, 408, 417, 418, 423,
- 425, 430, 434; IV, 3, 41, 90, 124, 179, 238, 240, 301, 363, 397,
- 424.
-
- PERSIL (Jean-Charles), I, 377; II, 134.
-
- PETER (Mrs), I, 176, 214.
-
- PETETOT (L'abbé), II, 362; III, 257.
-
- PETIT (Le général), I, 259.
-
- PEYRONNET (Le comte DE), II, 7, 52, 110; III, 243.
-
- PIATOLI (L'abbé Scipion), II, 310.
-
- PICARD (Ernest), IV, 418.
-
- PIE (Mgr), IV, 406.
-
- PIE VII (Le pape), II, 230, 231, 255; III, 295.
-
- PIE IX (Le pape), III, 363; IV, 183, 253, 255, 258, 260, 261,
- 297, 299, 309, 313, 315, 317, 325, 329, 330, 337, 342, 348, 352,
- 357, 360, 362, 365, 369, 370, 371, 372, 373, 376, 378, 381, 385,
- 387, 406, 416, 420, 421, 425.
-
- PIERRES (Le baron DE), IV, 418.
-
- PIETRI (M.), IV, 397.
-
- PIMODAN (Le général marquis DE), II, 224, 225; IV, 372, 373, 374,
- 377.
-
- PIRON (M.), I, 119, 126.
-
- PISCATORY (M.), II, 406.
-
- PITT (William), I, 64, 163.
-
- PLAISANCE (La duchesse DE), II, 171.
-
- PLESSEN (M. DE), II, 123.
-
- PLYMOUTH (Lady), I, 8.
-
- PODENAS (La marquise DE), III, 130.
-
- POIX (Le duc DE), III, 215.
-
- POIX (La duchesse-princesse DE), I, 340, 394; III, 241.
-
- POLIGNAC (Le prince DE), I, 30, 277; II, 7, 108, 109, 110; III,
- 192.
-
- POLIGNAC (La princesse DE), I, 95; II, 100.
-
- POLIGNAC (Le cardinal DE), II, 459.
-
- POMPONNE (Le marquis DE), II, 44.
-
- PONCEAU (Le vicomte DU), III, 52.
-
- PONIATOWSKI (Roi de Pologne), II, 335.
-
- PONIATOWSKI (Le maréchal prince), I, 272.
-
- PONSARD, III, 281.
-
- PONSONBY (Lord), I, 125,; II, 64, 65, 349, 371; III, 47, 54, 349.
-
- PONTOIS (Le comte DE), II, 349.
-
- PORCHESTER (Lord), I, 38.
-
- PORTUGAL (Le roi PEDRO V DE), IV, 237, 318.
-
- PORTUGAL (La reine DE), princesse Stéphanie de
- Hohenzollern-Sigmaringen, IV, 318, 415.
-
- POTEMKIN (M. DE), II, 337.
-
- POTOCKI (Le comte Stanislas DE), I, 228.
-
- POTOCKA (La comtesse Delphine DE), IV, 250.
-
- POURTALÈS (Le comte Albert DE), IV, 141, 161, 172, 312, 315, 337.
-
- POURTALÈS (Le comte Louis DE), III, 298.
-
- POZZO (Le comte), I, 15, 32, 33, 57, 98, 99, 291, 294; II, 39,
- 106; III, 166, 251.
-
- POZZO DI BORGO (Le comte Charles), III, 166.
-
- PRASLIN (Le duc DE), II, 141; III, 34.
-
- PRASLIN (La duchesse DE), III, 35.
-
- PREISSAC (Le comte DE), II, 189.
-
- PRÉVOST-PARADOL (M.), IV, 343, 357.
-
- PRINCE NOIR (Le), I, 41.
-
- PRITWITZ (Le général DE), III, 373, 374.
-
- PROKESCH-OSTEN (Le baron DE), III, 378, 408, 423, 426, 430, 436,
- 437; IV, 5, 27.
-
- PRUD'HON (Le peintre), I, 247.
-
- PRUSSE (Le prince Adalbert DE), II, 322; III, 288, 389; IV, 232,
- 405.
-
- PRUSSE (Le prince Albert DE), III, 233, 234, 431; IV, 115, 172.
-
- PRUSSE (La princesse Albert DE), II, 50, 63, 279, 281; III, 77,
- 234, 281, 299, 313.
-
- PRUSSE (La princesse Anna DE), IV, 55, 56.
-
- PRUSSE (Le prince Auguste DE), III, 306.
-
- PRUSSE (Le prince Charles DE), III, 274, 431; IV, 156, 197.
-
- PRUSSE (La princesse Charles DE), II, 278, 283; III, 73, 74, 78,
- 112, 285, 288; IV, 168, 291, 372, 382.
-
- PRUSSE (La princesse Charlotte DE), plus tard princesse de
- Saxe-Meiningen, III, 427; IV, 115.
-
- PRUSSE (Le prince Frédéric DE), I, 199; II, 355; III, 67, 72,
- 273, 274.
-
- PRUSSE (La princesse Frédéric DE), III, 74.
-
- PRUSSE (Le prince Frédéric-Charles DE), IV, 130.
-
- PRUSSE (Le roi Frédéric-Guillaume II DE), III, 301.
-
- PRUSSE (Le roi Frédéric-Guillaume III DE), I, 14, 235; II, 115,
- 272, 319, 331, 350.
-
- PRUSSE (Le prince royal DE), puis roi Frédéric-Guillaume IV, II,
- 45, 48, 50, 55, 270, 275, 280, 281, 285, 287, 288, 289, 290, 295,
- 317, 351, 359, 372, 431; III, 7, 40, 46, 62, 67, 110, 114, 157,
- 164, 165, 172, 222, 263, 273, 289, 318, 369, 377, 388, 391, 464;
- IV, 52, 72, 110, 112, 114, 196, 234, 260, 262, 275, 281, 321.
-
- PRUSSE (La princesse royale DE), puis la reine Élisabeth, II, 45,
- 47, 278, 280, 290, 327; IV, 53, 110, 115, 119, 120, 159, 225,
- 259, 297, 391.
-
- PRUSSE (Le prince Frédéric-Guillaume DE), plus tard empereur
- Frédéric III, IV, 262, 391, 416.
-
- PRUSSE (La princesse Frédéric-Guillaume DE), IV, 281, 415.
-
- PRUSSE (Le prince Guillaume DE), plus tard empereur d'Allemagne,
- II, 278, 282, 300, 301, 321; III, 62, 77, 271, 274, 282, 283,
- 289, 291, 293, 294, 296, 349, 381, 430, 454, 457, 461; IV, 6, 52,
- 155, 166, 170, 174, 175, 176, 177, 190, 197, 263, 264, 272, 284,
- 285, 287, 288, 291, 319, 321, 325, 332, 333, 335, 354, 356, 363,
- 382, 405, 408, 410, 411.
-
- PRUSSE (La princesse Guillaume DE), plus tard impératrice
- d'Allemagne, II, 45, 278, 279, 280, 282, 284, 286, 287, 288, 291,
- 296, 301, 302, 321, 322, 323, 324, 325; III, 71, 73, 74, 75, 78,
- 80, 95, 113, 116, 117, 264, 281, 282, 285, 288, 306, 309, 322,
- 331, 365, 430, 435; IV, 27, 116, 155, 402.
-
- PRUSSE (Le prince Guillaume DE), frère du roi Frédéric-Guillaume
- III, II, 51; III, 282, 334, 365, 389.
-
- PRUSSE (La princesse Guillaume DE), II, 278, 283, 284; III, 71,
- 73, 74, 282, 284, 389.
-
- PRUSSE (Le prince Louis DE), I, 83.
-
- PRUSSE (La reine Louise DE), I, 71; II, 288, 299.
-
- PRUSSE (La princesse Louise DE), puis grande-duchesse de Bade,
- IV, 234, 417.
-
- PRUSSE (La princesse Louise DE), puis princesse Alexis de
- Hesse-Philippsthal-Barchfeld, IV, 168.
-
- PRUSSE (La princesse Louise DE), princesse Antoine Radziwill, II,
- 48; III, 302.
-
- PRUSSE (La princesse Marie DE), III, 156, 233.
-
- PRUSSE (Le prince Waldemar DE), III, 365.
-
- PUCKLER (Le prince), II, 277; III, 282, 291, 292, 293, 294, 295,
- 318, 329.
-
- PUCKLER (La princesse), II, 283, 291; III, 291, 293, 294.
-
- PUTBUS (Le prince DE), III, 296.
-
- PUTBUS (La princesse DE), III, 279; IV, 416.
-
- PUTBUS (Le comte Malte DE), II, 140, 141; III, 279.
-
- PYAT (Félix), IV, 270.
-
-Q
-
- QUATREMÈRE DE QUINCY (Antoine-Chrysostôme), II, 130.
-
- QUÉLEN (Le comte DE), archevêque de Paris, I, 327, 328, 329, 344,
- 391, 395; II, 34, 35, 65, 67, 108, 109, 121, 122, 137, 138, 139,
- 182, 211, 217, 231, 232, 237, 241, 242, 243, 309, 361, 366, 368,
- 393, 441; III, 1, 2, 4, 5, 23, 27, 44, 46, 105, 106, 144, 310,
- 328.
-
- QUINEMONT (Le marquis DE), III, 206.
-
- QUITRY (Le marquis DE), IV, 64.
-
-
-R
-
- RACHEL (Mlle), II, 259; III, 18, 103, 128, 153, 242, 445, 467,
- 468, 469, 470, 471; IV, 59.
-
- RACZYNSKI (Le comte), II, 297.
-
- RADETZKY (Le maréchal comte DE), III, 361, 366, 367, 371, 380;
- IV, 88, 95, 96, 97, 101, 148, 260.
-
- RADNOR (Lord William), I, 106, 449.
-
- RADOWITZ (Le général DE), III, 318, 321, 334, 377, 378, 407, 410,
- 413, 415, 425, 433, 435, 451, 453, 454, 457, 461, 464; IV, 5,
- 130, 138, 139, 140.
-
- RADZIWILL (Le prince Antoine), III, 78; IV, 232, 416.
-
- RADZIWILL (Le prince Guillaume), II, 287, 300; III, 71, 75, 77,
- 282, 288, 296, 299, 302; IV, 8, 281.
-
- RADZIWILL (La princesse Guillaume), II, 287; III, 71, 75, 77,
- 282, 288, 296, 299, 302; IV, 8, 281.
-
- RAGLAN (Lord), IV, 202, 210.
-
- RAMBUTEAU (Le comte DE), I, 228; III, 9, 59.
-
- RAMBUTEAU (La comtesse DE), I, 300; III, 24, 25, 142, 248.
-
- RANDON (Le maréchal comte), IV, 345.
-
- RANELAGH (Lord), III, 171.
-
- RANTZAU (Le maréchal DE), II, 156.
-
- RANTZAU (Le comte DE), II, 156-159.
-
- RANVILLE (M. DE), II, 108.
-
- RAPHAEL SANZIO, II, 130.
-
- RAQUENA (Le comte DE), II, 418.
-
- RATISBONNE (L'abbé), II, 97.
-
- RATTAZI (M.), IV, 320.
-
- RAUCH (le général DE), III, 377, 404, 405, 424, 425.
-
- RAUCH (Le sculpteur), II, 48, 296, 300, 343; III, 79.
-
- RAULLIN (M.), I, 32, 283, 287, 288; II, 428; III, 24.
-
- RAUMER (M.), IV, 285.
-
- RAUZAN (La duchesse DE), IV, 127.
-
- RAVIGNAN (L'abbé DE), II, 27, 220, 224; III, 248, 249, 266; IV,
- 269, 271, 272.
-
- RAYNEVAL (Le comte DE), I, 295, 307, 308; II, 83, 95.
-
- RAZUMOWSKI (La comtesse Léon), II, 336.
-
- RÉAL (Le comte), I, 394.
-
- RÉCAMIER (Mme), I, 338, 340; II, 100; III, 18, 25, 66, 168, 221,
- 242, 467; IV, 333, 334.
-
- RECKE (La comtesse DE), II, 330, 334.
-
- REDERN (Le comte Guillaume DE), II, 281; III, 77, 430; IV, 115.
-
- REDERN (La comtesse Guillaume DE), II, 45, 281, 283; III, 77; IV,
- 115.
-
- REDERN (Le comte Henri), IV, 158.
-
- REEDE (La comtesse DE), II, 278, 298, 301, 323, 324, 380; III,
- 71, 73, 281, 286.
-
- REEDTZ (M. DE), III, 427.
-
- RÉGENT (Le) PHILIPPE D'ORLÉANS, I, 237.
-
- REICHENBACH (La comtesse Émilie DE), III, 238.
-
- REINHARD (Le comte), II, 213, 241, 242, 457, 458, 459, 460, 461,
- 462, 463, 464.
-
- REMILLY (Le député), II, 298.
-
- RÉMUSAT (Le comte DE), I, 18, 19; II, 40, 41, 406, 429; III, 174,
- 186, 412.
-
- RÉMUSAT (Mme DE), I, 136; III, 186.
-
- RESSÉGNIER (Le comte Albert DE), IV, 216.
-
- RETZ (Le cardinal DE), I, 394; II, 73, 98, 101, 196, 406; IV,
- 205.
-
- REUSS (Le prince Henri LXIV DE), II, 340.
-
- REUSS-SCHLEIZ (Le prince DE), II, 333.
-
- REUSS-SCHLEIZ (La princesse DE), II, 333.
-
- RIBEAUPIERRE (Le comte Alexandre DE), II, 51.
-
- RICHELIEU (Le maréchal duc DE), II, 375, 377, 378, 379; III, 159,
- 366.
-
- RICHMOND (Le duc DE), I, 90, 94, 127, 129, 141, 161.
-
- RIGAULT (Hippolyte), IV, 271.
-
- RIGNY (L'amiral comte DE), I, 10, 19, 51, 57, 60, 84, 114, 145,
- 237, 238, 240, 245, 259, 267, 268, 272, 281, 282, 283, 284, 291,
- 307, 308, 315, 318, 324, 337, 338, 373; II, 16.
-
- RIGNY (Vicomte Alexandre DE), II, 165, 166, 178.
-
- RIGNY (Mlle Auguste DE), II, 183.
-
- RIPON (Lord), I, 90.
-
- RITTBERG (Le comte DE), IV, 423.
-
- RIVERS (Lady), II, 340.
-
- RIVIÈRE (Le duc DE), III, 16.
-
- ROBESPIERRE (Maximilien), I, 388.
-
- RODEN (Le comte Robert), III, 49.
-
- RODIL (Le marquis DE), I, 211, 245.
-
- ROENNE (M. DE), III, 298.
-
- ROGER DU NORD (Le comte Édouard), IV, 37.
-
- ROGER (Jean-François), III, 101.
-
- ROGERS (Samuel), I, 77, 78.
-
- ROHAN (Le duc DE), II, 347, 377; III, 44, 58.
-
- ROKEBY (Le baron Edward), III, 88.
-
- ROLAND (Mme), I, 135.
-
- ROMERO-ALPUENDE (M.), I, 207, 211.
-
- ROOTHE (M. DE), II, 375, 377, 378.
-
- ROOTHE (Mme DE), II, 378, 379.
-
- ROSAMEL (M. DE), II, 114.
-
- ROSAS (Manuel), III, 11.
-
- ROSNY (Mlle DE), III, 321.
-
- ROSS (Le capitaine sir John), I, 45.
-
- ROSSE (Le comte Lawrence DE), II, 93.
-
- ROSSI (Le comte), III, 96, 366.
-
- ROSSI (La comtesse), II, 83.
-
- ROSSINI, III, 156.
-
- ROTHSCHILD (Le baron Anselme DE), III, 357.
-
- ROTHSCHILD (James DE), II, 357, 361; IV, 86, 162, 303.
-
- ROTHSCHILD (Nathan), I, 125.
-
- ROTHSCHILD (Mme Salomon DE), II, 26.
-
- ROUGÉ (Le marquis Alexis DE), II, 223.
-
- ROUSSEAU (Jean-Jacques), I, 343; II, 247.
-
- ROUSSIN (L'amiral), I, 84, 125; II, 64.
-
- ROVIGO (Le duc DE), III, 60.
-
- ROVIGO (La duchesse DE), II, 437.
-
- ROY (Le comte), II, 357.
-
- ROYER-COLLARD, I, 19, 26, 30, 45, 133, 150, 272, 273, 274, 275,
- 277, 289, 301, 302, 309, 312, 320, 321, 348, 355, 369, 370, 375,
- 376, 377; II, 1, 4, 8, 10, 11, 20, 25, 29, 30, 41, 61, 91, 97,
- 101, 112, 119, 121, 124, 126, 130, 136, 138, 153, 162, 169, 181,
- 190, 193, 206, 213, 216, 222, 312, 326, 367, 425, 437; III, 1, 3,
- 4, 42, 57, 58, 60, 101, 181, 183, 194, 215, 219, 231, 310.
-
- RUBINI (Jean-Baptiste), I, 59; II, 205.
-
- RUMFORD (Mme DE), II, 16; III, 129.
-
- RUMIGNY (Le général comte DE), II, 15, 221; III, 103, 110, 111.
-
- RUSSELL (Lord John), I, 156, 194, 212, 387; II, 399; III, 228;
- IV, 44, 45, 111, 167, 194, 195, 196, 197, 201, 202, 206, 211,
- 274, 280, 313, 315, 337, 353.
-
- RUSSELL (Lady John), IV, 315.
-
- RUSSELL (Lord William), I, 161, 354; II, 279, 285, 294, 297,
- 321, 322, 432; III, 75.
-
- RUSSELL (Lady William), II, 279.
-
- RUSSIE (Le grand-duc héritier DE), plus tard empereur Alexandre
- II, I, 84, 112; II, 272, 284, 290; III, 62, 260, 269, 314; IV,
- 229, 230, 297, 325, 332, 363.
-
- Russie (L'impératrice DE), née princesse Charlotte de Prusse, II,
- 275, 278, 321, 346, 359; III, 283; IV, 52, 54, 115, 167, 197,
- 230, 235, 236, 258, 259, 382.
-
- RUSSIE (Le grand-duc Constantin DE), III, 220; IV, 196, 256, 259.
-
- RUSSIE (La grande-duchesse Constantin DE), II, 277; III, 381.
-
- RUSSIE (La grande-duchesse Hélène DE), I, 235; II, 281; III, 285;
- IV, 236, 372.
-
- RUSSIE (Le grand-duc Michel DE), III, 263, 285.
-
- RUSSIE (La grande-duchesse Olga DE), II, 346; IV, 254, 255.
-
-
-S
-
- SABLÉ (La marquise DE), IV, 147, 148.
-
- SACKFIELD (Duc DE DORSET), I, 8.
-
- SACY (M. DE), IV, 84, 343.
-
- SAFFI (M.), IV, 91.
-
- SAGAN (La duchesse Wilhelmine DE), II, 196, 245, 269, 315, 316,
- 335; III, 46.
-
- SAINT-AIGNAN (Mlle DE), IV, 82.
-
- SAINTE-ALDEGONDE (La comtesse Camille DE), I, 257, 258, 260, 267,
- 364; II, 177, 178, 180; III, 189, 190.
-
- SAINT-ARNAUD (Le maréchal DE), IV, 180.
-
- SAINT-AUGUSTIN, II, 35, 39.
-
- SAINTE-AULAIRE (Le comte DE), I, 26, 307, 315, 322; II, 56, 78,
- 79, 198, 206, 388, 429, 432; III, 10, 40, 48, 54, 57, 84, 86, 87,
- 101, 118, 122, 125, 163, 164, 172, 179, 215, 227; IV, 126, 194,
- 226.
-
- SAINTE-AULAIRE (La comtesse DE), II, 56, 407; III, 227.
-
- SAINTE-BEUVE, III, 26, 89; IV, 346.
-
- SAINT-BLANCARD (Le marquis DE), II, 263.
-
- SAINT-CYRAN (L'abbé DE), II, 44.
-
- SAINTE-DOROTHÉE, II, 211; III, 328.
-
- SAINT-ELME (Ida), III, 25.
-
- SAINT-ÉVREMOND, III, 350.
-
- SAINTE-FOIX (Radix DE), IV, 144.
-
- SAINT FRANÇOIS D'ASSISE, IV, 105.
-
- SAINTE-GENEVIÈVE (L'église), II, 181, 185.
-
- SAINT-LEU (La duchesse DE), I, 331, 332, 333; II, 105, 106, 128,
- 191.
-
- SAINT-MARC GIRARDIN, IV, 343.
-
- SAINT-MARTIN, II, 409; IV, 421.
-
- SAINT-PAUL (Le général DE), I, 239.
-
- SAINT-PRIEST (Le comte Alexis DE), I, 325; II, 93; IV, 126, 198.
-
- SAINT-PRIEST (Le vicomte général DE), IV, 79, 85.
-
- SAINTE THÉRÈSE, I, 389, 391; III, 391; IV, 25, 102.
-
- SALERNE (La princesse DE), II, 65.
-
- SALISBURY (La marquise DE), I, 48.
-
- SALMOUR (Le comte DE), IV, 322.
-
- SALVANDY (Le comte DE), I, 319; II, 17, 18, 114, 148, 170, 184,
- 185, 199, 403, 409, 410, 423, 439, 440; III, 1, 3, 7, 9, 41, 68,
- 119, 122, 125, 126, 127, 128, 130, 147, 148, 151, 154, 155, 157,
- 162, 179, 214, 229, 237, 238, 395, 450, 452; IV, 126, 179, 192,
- 198, 199, 237, 238.
-
- SALVANDY (La comtesse DE), II, 170; III, 21.
-
- SAMPAÏO, I, 129.
-
- SAND (George), I, 247.
-
- SANDWICH (Lady), II, 339.
-
- SAPIEHA (La princesse), III, 348.
-
- SARAIVA, I, 129.
-
- SARDAIGNE (Le roi Charles-Albert DE), II, 150; III, 146, 287,
- 326, 366, 371.
-
- SARDAIGNE (La reine DE), III, 146.
-
- SARDAIGNE (Le prince royal DE), plus tard roi Victor-Emmanuel
- II; III, 156; IV, 81, 193, 194, 234, 236, 309, 315, 317, 324,
- 326, 349, 356, 360, 366, 368, 374.
-
- SARMENTO (M. DE), I, 226.
-
- SAULX-TAVANNES (Le duc DE), II, 262.
-
- SAUZET, I, 292; II, 14, 17, 31, 90, 394; III, 14, 177, 242.
-
- SAVIGNY (Charles DE), IV, 314.
-
- SAVIGNY (Mme DE), III, 299.
-
- SAVOIE (Le prince Eugène DE), III, 88, 449.
-
- SAXE (Le prince Albert DE), plus tard roi de Saxe, IV, 89, 115,
- 116, 159.
-
- SAXE (La princesse Amélie DE), II, 328.
-
- SAXE (La princesse Auguste DE), II, 328.
-
- SAXE (Auguste II le Fort, électeur DE), roi de Pologne, II, 329.
-
- SAXE (Le roi Frédéric-Auguste II DE), II, 45, 326; III, 252, 354,
- 373, 385; IV, 177.
-
- SAXE (Le prince Georges DE), IV, 237.
-
- SAXE (Le prince Jean DE), plus tard roi de Saxe, II, 327; IV,
- 234, 350, 358.
-
- SAXE (La princesse Jean DE), II, 327.
-
- SAXE (La reine Marie DE), II, 326.
-
- SAXE (Maurice, comte DE), maréchal de France, I, 247, 270.
-
- SAXE (Le prince Maximilien DE), III, 96.
-
- SAXE-COBOURG-ALTENBOURG (La duchesse douairière Caroline DE),
- III, 69, 70.
-
- SAXE-COBOURG-GOTHA (Le prince Albert DE), roi d'Angleterre, III,
- 32, 227; IV, 7, 141, 214, 355.
-
- SAXE-COBOURG-GOTHA (Le duc Auguste DE), II, 180; III, 252; IV,
- 225.
-
- SAXE-COBOURG-GOTHA (Le duc Ernest II DE), III, 161, 429, 431,
- 432, 435; IV, 234.
-
- SAXE-COBOURG (Le prince Ferdinand DE), I, 58, 62, 63; II, 96.
-
- SAXE-MEININGEN (Le duc Bernard DE), I, 4, 132; III, 436.
-
- SAXE-MEININGEN (Le prince Georges DE), III, 427.
-
- SAXE-WEIMAR (La duchesse Amélie DE), III, 329.
-
- SAXE-WEIMAR (Le duc Bernard DE), I, 172, 200; II, 354, 355; III,
- 95, 191, 348.
-
- SAXE-WEIMAR (La duchesse Bernard DE), I, 3, 14, 149, 172; III,
- 65, 67.
-
- SAXE-WEIMAR (Le prince héréditaire Charles DE), III, 329; IV,
- 332.
-
- SAXE-WEIMAR (Le grand-duc Charles-Frédéric DE), III, 329, 330,
- 429; IV, 116.
-
- SAXE-WEIMAR (La grande-duchesse Maria Paulowna DE), III, 328,
- 329, 330.
-
- SAXE-WEIMAR (La princesse héréditaire Sophie DE), princesse des
- Pays-Bas, II, 330.
-
- SCARELLA (M.), IV, 118.
-
- SCHEFFER (Ary), I, 64; III, 212, 385.
-
- SCHIAVONE (Andrea), IV, 108.
-
- SCHILLER, II, 458; III, 329, 438; IV, 335.
-
- SCHLEGEL (Auguste-Guillaume), III, 84, 309; IV, 257.
-
- SCHLEINITZ (Le comte Alexandre DE), III, 415; IV, 312, 321, 337,
- 338, 397, 495.
-
- SCHLIECK (Le feld-maréchal), IV, 423.
-
- SCHMERLING, IV, 6.
-
- SCHNEIDER (Le chevalier Antoine), III, 13, 14.
-
- SCHOENBURG (La princesse Louise DE), II, 125; III, 91, 311, 444,
- 445; IV, 61, 228.
-
- Schönhals (Le général DE), III, 415.
-
- SCHOENLEIN (Le docteur), II, 284; III, 284; IV, 246.
-
- SCHRECKENSTEIN (Le baron DE), II, 353, 354; III, 65, 272.
-
- SCHULENBURG (Le comte Charles DE), II, 333; III, 162.
-
- SCHULENBURG-KLOSTERRODE (Le comte DE), II, 246; III, 82, 88, 91,
- 93, 305; IV, 87, 88, 89, 90.
-
- SCHWANTHALER, III, 442, 443.
-
- SCHWARZENBERG (Le cardinal prince), III, 444; IV, 426.
-
- SCHWARZENBERG (Le prince Adolphe), IV, 117.
-
- SCHWARZENBERG (Le feld-maréchal prince Charles-Philippe), II,
- 158; IV, 96.
-
- SCHWARZENBERG (Le prince Félix), III, 361, 382, 402, 409, 410,
- 444, 451, 459, 461, 462, 463, 464, 466; IV, 2, 5, 49, 50, 158,
- 352.
-
- SCHWARZENBERG (La princesse Lory), III, 449.
-
- SCHWEINITZ (La comtesse DE), II, 278, 296, 301.
-
- SCHWERIN (Le comte Maximilien), III, 351, 425; IV, 315, 393, 415,
- 424.
-
- SCLOPIS (Le comte), IV, 218.
-
- SCLOPIS (La comtesse), IV, 218.
-
- SCRIBE, III, 154.
-
- SEAFORD (Lord), III, 38.
-
- SEAFORD (Lady), III, 38.
-
- SÉBASTIANI (Le maréchal), I, 9, 18, 19, 22, 23, 24, 308, 315,
- 324, 358, 368, 374; II, 94, 162, 364, 387, 470, 471, 475; III,
- 226, 227, 241.
-
- SÉBASTIANI (La maréchale), I, 374.
-
- SEEBACH (La comtesse DE), IV, 3.
-
- SEFTON (Lord), I, 58, 79, 82, 100, 149, 204.
-
- SEFTON (Lady), I, 44, 59, 79, 99.
-
- SÉGUIER (Le comte), I, 322.
-
- SÉGUR (Le comte DE), I, 143; II, 363.
-
- SÉGUR (La comtesse DE), II, 119.
-
- SEIGNELAY (Le marquis DE), IV, 402.
-
- SÉMONVILLE (Le marquis DE), I, 206, 246; II, 16, 116, 161.
-
- SÉMONVILLE (Mme DE), III, 142.
-
- SERCEY (Le marquis DE), II, 54.
-
- SERRANO (La maréchale), duchesse de Torre, IV, 240.
-
- SÉVIGNÉ (La marquise DE), I, 40; II, 39, 44, 196; III, 53, 269;
- IV, 402.
-
- SEYDELMANN (Charles), III, 77.
-
- SEYMOUR (Sir George Hamilton), IV, 159, 167.
-
- SEYMOUR (Lady), III, 31; IV, 159.
-
- SFORZA (Ludovico), II, 165.
-
- SFORZE (Mme DE), I, 40.
-
- SGRICCI (L'improvisateur Thomas), I, 124.
-
- SHAFTESBURY (Lord), I, 40.
-
- SHELLEY (Lady), IV, 218.
-
- SHREWSBURY (Lord Bertram-Arthur), IV, 240.
-
- SIBOUR (Mgr l'archevêque de Paris), IV, 241.
-
- SIDNEY (Lord), I, 255.
-
- SIDNEY (Lady Sophia), I, 172.
-
- SIEYÈS (L'abbé), I, 185, 383, 384; II, 66.
-
- SIGALON, II, 134.
-
- SIMÉON (Le comte), II, 115.
-
- SINGLIN (Antoine), IV, 222.
-
- SISMONDI (M. DE), III, 204.
-
- SOBANSKA (Mme), III, 85.
-
- SOBIESKI (Jean III), roi de Pologne, I, 271.
-
- SOLMS (Le comte DE), II, 333.
-
- SOLMS (La comtesse DE), II, 333.
-
- SOLMS (Le prince Charles DE), III, 272.
-
- SOLMS (La princesse DE), I, 200.
-
- SOMERSET (Le duc DE), I, 62.
-
- SOMMERSET (Lady Blanche), II, 234.
-
- SONTAG (Mlle), III, 96.
-
- SOPHIE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 72.
-
- SOULT (Le maréchal), I, 32, 114, 160, 187, 190, 198, 237, 285;
- II, 94, 96, 118, 404, 466; III, 8, 9, 13, 14, 15, 17, 38, 86, 87,
- 103, 185.
-
- SOULT (La maréchale), III, 86.
-
- SOUVAROW (Le général comte DE), IV, 96.
-
- SPARRE (La comtesse DE), III, 256.
-
- SPONNECK (Le comte DE), IV, 5.
-
- SPRING-RICK (Sir Thomas), I, 94, 122, 165.
-
- STACKELBERG (Le comte Gustave DE), II, 217.
-
- STACKELBERG (La comtesse DE), II, 217.
-
- STADION (Le comte), III, 361.
-
- STAEL (Mme DE), I, 42, 55, 345; II, 53; III, 84; IV, 144.
-
- STANGER (Le baron DE), III, 312.
-
- STANLEY (Edward-Geoffroy), plus tard comte de Derby, I, 88, 90,
- 94, 96, 101, 141, 155, 164, 191, 218, 299; IV, 45, 269, 305, 419.
-
- STANLEY (Lord Edward-Henry-Smith), IV, 8, 419.
-
- STANLEY (Mme), II, 366.
-
- STEVENS (Catherine), I, 142.
-
- STIRUM (Le comte), III, 419.
-
- STOCKHAUSEN (Le général DE), III, 424, 426.
-
- STOLBERG (Le comte DE), III, 465.
-
- STOLBERG-WERNIGERODE (Le comte Henri DE), III, 298; IV, 52, 152,
- 154.
-
- STOPFORD (L'amiral), II, 421.
-
- STRATFORD DE REDCLIFFE (Lord Canning), I, 52, 83, 85, 294; IV,
- 104, 125, 131, 138.
-
- STRAUSS (Johann), III, 89, 92; IV, 192.
-
- STROGONOFF (La comtesse), précédemment comtesse d'Ega, II, 348;
- III, 96, 301.
-
- STUART (Lord Charles), III, 195.
-
- STUART DE ROTHESAY (Lady), I, 40.
-
- STURMFEDER (La baronne DE), II, 354; III, 65, 272.
-
- STYLER, III, 299.
-
- SUCHET (Marie), I, 327; II, 61.
-
- SUÈDE (Le roi Charles XIV DE), III, 314.
-
- SUÈDE (Le roi Oscar Ier DE), IV, 70.
-
- SUÈDE (La princesse Amélie DE), III, 85; IV, 51.
-
- SULLY (Le duc DE), III, 49.
-
- SURREY (Le comte DE), I, 141.
-
- SUSSEX (Le duc DE), I, 21, 71.
-
- SUTHERLAND (Le duc DE), II, 167, 352; III, 164.
-
- SUTHERLAND (La duchesse DE), I, 45, 113, 129, 163, 179; II, 167,
- 173, 352.
-
- SWETCHINE (Mme), III, 458.
-
- SYRACUSE (Le comte DE), II, 150.
-
-T
-
- TAHMASP-KOULI-KHAN (Roi de Perse), I, 227.
-
- TALARU (Le marquis DE), II, 374.
-
- TALBOT (Comte), IV, 240.
-
- TALMA, I, 59.
-
- TALLEYRAND (Le duc DE), II, 217, 226, 248.
-
- TALLEYRAND (La duchesse DE), II, 226.
-
- TALLEYRAND (Le baron DE), I, 197.
-
- TALLEYRAND (La baronne DE), I, 197, 378.
-
- TALLEYRAND (Le prince Charles-Maurice DE), I, 2, 6, 15, 16, 17,
- 18, 19, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 37,
- 44, 48, 50, 51, 52, 56, 59, 60, 64, 65, 73, 76, 77, 78, 80, 86,
- 89, 90, 100, 103, 104, 105, 107, 113, 114, 116, 117, 120, 125,
- 128, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 143, 146, 148, 150, 167, 171,
- 182, 184, 185, 188, 198, 203, 206, 209, 210, 211, 212, 215, 220,
- 225, 226, 227, 228, 231, 233, 236, 237, 239, 240, 242, 243, 245,
- 248, 250, 251, 252, 253, 254, 256, 257, 258, 259, 260, 262, 263,
- 264, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 274, 275, 277, 278, 280, 282,
- 283, 284, 285, 289, 290, 291, 293, 295, 296, 297, 301, 302, 305,
- 306, 307, 312, 315, 316, 317, 321, 323, 324, 326, 327, 328, 332,
- 355, 359, 361, 365, 366, 367, 368, 370, 372, 373, 374, 375, 376,
- 378, 379, 383, 386, 391, 392, 394, 395, 396; II, 1, 6, 15, 20,
- 22, 24, 29, 36, 37, 43, 46, 47, 49, 50, 53, 55, 56, 58, 61, 68,
- 69, 72, 78, 79, 80, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 91, 92, 94, 100, 104,
- 105, 106, 109, 118, 119, 140, 141, 145, 147, 150, 151, 152, 155,
- 156, 157, 160, 173, 180, 183, 184, 185, 188, 190, 197, 203, 204,
- 206, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219,
- 221, 222, 223, 224, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 233, 235, 236,
- 237, 239, 241, 242, 244, 245, 246, 247, 248, 254, 255, 256, 257,
- 263, 299, 327, 344, 349, 364, 380, 382, 409, 429, 457; III, 19,
- 20, 38, 39, 43, 58, 60, 69, 71, 82, 119, 120, 121, 132, 142, 158,
- 182, 185, 194, 227, 247, 249, 251, 252, 253, 287, 295, 304, 310,
- 314, 315, 322, 332, 336, 372, 385, 393, 394, 471, 472, 473, 474,
- 475, 476; IV, 28, 30, 51, 144, 145, 146, 147, 183, 198, 199, 203,
- 204, 248, 273.
-
- TALLEYRAND (La princesse DE), I, 378, 382, 393, 394, 395; II,
- 232.
-
- TALLEYRAND (Le comte Anatole DE), II, 254.
-
- TALLEYRAND (Le baron, puis comte Charles DE), III, 87, 122, 169,
- 176, 178; IV, 369, 373, 378.
-
- TALLEYRAND (La comtesse Louise DE), IV, 63.
-
- TANKERVILLE (Lady), I, 89.
-
- TANSKI (M.), IV, 85, 86.
-
- TASCHEREAU (M.), II, 312.
-
- TATITCHEF (M. DE), II, 336, 338; III, 115.
-
- TAURY (L'abbé), II, 236, 240.
-
- TAYLOR (Sir Herbert), I, 170, 171, 172, 173; II, 174.
-
- TERCEIRE (Le général duc DE), I, 121,
-
- TESTE (M.), I, 277, 278; III, 17, 203.
-
- THEINER (Le Père Augustin), IV, 78, 84.
-
- THIARD DE BUSSY (Le comte DE), I, 48, 350.
-
- THIERRY (Augustin), II, 325.
-
- THIERS (Adolphe), I, 19, 28, 34, 114, 120, 133, 160, 235, 237,
- 239, 259, 267, 272, 284, 291, 292, 295, 300, 301, 302, 306, 317,
- 318, 319, 320, 321, 326, 327, 339, 355, 356, 357, 359, 360, 363,
- 377, 384, 396; II, 3, 8, 9, 10, 11, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 25,
- 30, 31, 36, 37, 41, 74, 85, 87, 89, 91, 92, 95, 101, 104, 112,
- 116, 117, 118, 119, 120, 123, 125, 126, 129, 130, 133, 134, 136,
- 146, 163, 168, 169, 172, 179, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 197,
- 198, 206, 213, 219, 222, 223, 246, 250, 298, 313, 319, 326, 332,
- 340, 341, 345, 353, 357, 360, 361, 362, 364, 365, 366, 367, 370,
- 376, 381, 383, 384, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 394, 395, 396,
- 397, 400, 401, 404, 405, 406, 407, 408, 412, 413, 415, 416, 417,
- 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 428, 429, 439, 440, 465,
- 473, 479; III, 2, 5, 8, 11, 13, 14, 15, 17, 38, 39, 40, 41, 57,
- 84, 95, 103, 107, 109, 110, 122, 163, 167, 180, 183, 186, 212,
- 214, 222, 223, 225, 229, 238, 239, 242, 245, 349, 371, 383, 406,
- 450, 453; IV, 3, 10, 11, 22, 32, 33, 34, 35, 37, 136, 138, 144,
- 194, 217, 223, 232, 240, 245, 246, 252, 255, 276, 278, 341, 345,
- 346, 349.
-
- THIERS (Mme), I, 34, 318; II, 189, 190, 192, 213, 376, 394; III,
- 103, 107, 110, 112, 186, 243; IV, 349.
-
- THORWALDSEN, I, 248, 334; II, 293; III, 79, 117, 442.
-
- THOUVENEL (M.), IV, 376, 378, 385, 386, 394.
-
- THUN (Le général), III, 430.
-
- THUN (Le comte DE), IV, 161, 162.
-
- TIEDK (Louis DE), III, 299.
-
- TILLY (Le comte DE), III, 440.
-
- TOCQUEVILLE (Le comte Alexis DE), II, 25, 28, 29, 31, 34, 35,
- 101, 114, 125, 438, 441; III, 42, 167, 180, 181, 183; IV, 340,
- 394.
-
- TORENO (Le comte José DE), I, 184, 216, 245, 371.
-
- TORENO (La comtesse DE), III, 182, 260; IV, 84.
-
- TOSCANE (Le grand-duc Léopold II DE), II, 65, 399; III, 319; IV,
- 260, 322, 323.
-
- TOSCANE (Le prince héréditaire Ferdinand IV DE), IV, 237, 260,
- 384.
-
- TOSCANE (La grande-duchesse mère DE), IV, 384.
-
- TOUR ET TAXIS (La princesse DE LA), II, 288, 299.
-
- TRACY (Le marquis DE), III, 8.
-
- TRÉVISE (Le duc DE), I, 360; II, 141.
-
- TRIQUETI (Le baron DE), III, 241.
-
- TROCHU (Le général), IV, 304.
-
- TROGOFF (Mme DE), II, 204.
-
- TROUBETZROÏ (La princesse), III, 276.
-
- TULLEMORE (Lord), I, 46.
-
- TULLEMORE (Lady), I, 46.
-
- TYCHO-BRAHÉ, III, 81.
-
- TYLER (Mme), IV, 84, 85.
-
- TYSZKIEWICZ (La princesse), I, 271, 285, 287; III, 85.
-
-U
-
- UGGLAS (La comtesse), II, 334.
-
- ULRIQUE (Reine de Suède), III, 287.
-
- USEDOM (Le comte D'), IV, 402, 416.
-
-
-V
-
- VAILLANT (Le maréchal), IV, 345.
-
- VALÉE (Le maréchal), II, 302, 340; III, 12, 238.
-
- VALENÇAY (Louis, duc DE), I, 258, 285, 296, 301; II, 9, 36, 43,
- 44, 45, 48, 49, 51, 55, 56, 57, 63, 65, 67, 69, 98, 129, 141,
- 192, 198, 247, 257, 276, 278, 305, 309, 313, 314, 346, 353, 381,
- 386, 415; III, 19, 20, 22, 27, 38, 75, 119, 120, 132, 133, 134,
- 187, 207, 213, 219, 288, 297, 298, 305; IV, 68, 177.
-
- VALENÇAY (La duchesse DE), I, 258, 313; II, 99, 141, 381.
-
- VALENÇAY (Yolande DE), II, 16, 247, 248.
-
- VALLOMBROSE (La duchesse DE), III, 56, 59.
-
- VANDERMARCK (Mlle), III, 102.
-
- VAN DER MEULEN, IV, 107.
-
- VANDOEUVRE (Le baron DE), II, 116, 170.
-
- VAN DYCK, I, 9, 41.
-
- VANTADOUR (La duchesse DE), I, 393.
-
- VARENNES (Le baron DE), IV, 65.
-
- VATRY (Le baron DE), II, 124.
-
- VATRY (La baronne DE), II, 225.
-
- VAUDÉMONT (La princesse DE), I, 66, 105.
-
- VAUGUYON (Mlle Pauline DE LA), II, 150.
-
- VELTHEIM (Le comte DE), III, 279.
-
- VELTHEIM (La comtesse DE), III, 278.
-
- VÉRAC (Le marquis DE), II, 34; III, 18, 221.
-
- VERNET (Horace), II, 83, 92; III, 75, 222.
-
- VÉRON (Le docteur), III, 128.
-
- VÉRONÈSE (Paul), IV, 106.
-
- VERQUIGNIEULLE (La marquise DE), II, 49.
-
- VERTOT (L'abbé DE), II, 108.
-
- VESTIER (Phidias), II, 7, 42, 43; III, 130, 131, 196, 197, 200,
- 203.
-
- VEUILLOT (M.), IV, 81, 343.
-
- VIARDOT (Mme), III, 309.
-
- VICENCE (Le duc DE), II, 340.
-
- VICENCE (La duchesse DE), IV, 73, 262, 345.
-
- VICTORIA D'ANGLETERRE (La princesse), plus tard la reine, I, 21,
- 70, 92, 93; II, 143, 144, 168, 173, 176, 223, 249, 349, 434; III,
- 10, 102, 184, 191, 194, 225, 226, 251, 320, 408, 435; IV, 8, 45,
- 202, 207, 214, 229, 275, 280, 281, 285, 289, 355, 385, 396.
-
- VIEL, III, 45.
-
- VIENNET, I, 246, 302.
-
- VILLAMARINA (Le marquis DE), IV, 224, 299, 301.
-
- VILLEFRANCHE (Le comte DE), II, 150.
-
- VILLEGONTIER (Le comte DE LA), II, 69.
-
- VILLÈLE (L'archevêque comte DE), II, 158; III, 61, 134.
-
- VILLEMAIN (Abel-François), I, 246, 301; II, 1, 115, 216, 221,
- 225, 247, 393, 419; III, 17, 230; IV, 135, 143, 144, 145, 146,
- 147, 192, 199, 203, 204, 290, 327, 334.
-
- VILLENEUVE (Mme DE), III, 131, 132.
-
- VILLIERS (Lady Sarah), III, 284.
-
- VINCKE (Le baron DE), IV, 392, 393.
-
- VINCKE (La comtesse DE), II, 278.
-
- VIRY, IV, 224.
-
- VISCONTI (L'architecte), III, 218.
-
- VISCONTI (La marquise), I, 2.
-
- VITROLLES (Le baron DE), I, 119, 120; III, 315, 473, 474, 476.
-
- VIVIEN (M.), II, 357.
-
- VIVONNE (Le comte DE), I, 312.
-
- VOGUÉ (Le comte Charles DE), I, 67.
-
- VOGUÉ (La comtesse DE), IV, 127.
-
- VOLTAIRE (M. DE), I, 346; II, 247; III, 194, 392.
-
-W
-
- WAGRAM (Le prince Berthier DE), IV, 64.
-
- WAGRAM (Le prince Napoléon-Louis DE), II, 38.
-
- WAGRAM (Mlle DE), IV, 70.
-
- WALCKENAER (Le baron DE), III, 269.
-
- WALDECK (La princesse régente Emma DE), III, 430, 431.
-
- WALDECK (M.), III, 390.
-
- WALDERSEE (Le général comte DE), IV, 285.
-
- WALEWSKI (Le comte), II, 415; III, 243; IV, 86, 238, 239, 240,
- 283, 296, 297.
-
- WALEWSKA (La comtesse), IV, 286, 305, 348.
-
- WALSH (La comtesse), II, 354, 355; III, 65, 272.
-
- WALSH (M. Olivier), IV, 64.
-
- WALLENSTEIN (Le comte), II, 332; III, 81.
-
- WALMODEN-GIMBORN (Le général comte DE), III, 342, 381; IV, 423.
-
- WARD (Sir Henry-George), I, 89, 90, 92, 101, 165.
-
- WARWICK (Lord), I, 6, 40, 44.
-
- WARWICK (Lady), I, 39, 40, 42, 43, 44.
-
- WARWICK (Guy, comte DE), I, 6.
-
- WASA (Le prince), III, 161, 170, 272, 273; IV, 115.
-
- WASA (La princesse Carola), plus tard reine de Saxe, IV, 51, 89,
- 90, 114, 116, 159, 229.
-
- WASA (La princesse Louise), II, 195, 198; III, 161, 272, 273.
-
- WASHINGTON (Le président), II, 451.
-
- WEDELL (Le général DE), IV, 191, 192, 194, 197, 198.
-
- WEIZEL (Mlle DE), II, 386.
-
- WELLESLEY (Le marquis DE), I, 168; II, 348.
-
- WELLINGTON (Le duc DE), I, 3, 13, 14, 17, 54, 55, 59, 60, 69, 89,
- 108, 122, 123, 127, 141, 146, 149, 150, 152, 153, 157, 159, 165,
- 169, 182, 189, 190, 207, 209, 219, 230, 232, 263, 284, 299, 307,
- 308, 311, 333, 371, 374, 376, 388; II, 175, 359; III, 8, 31, 435;
- IV, 61, 89, 96, 334.
-
- WERTHER (Le baron DE), I, 33, 239; II, 121, 127, 142, 143, 145,
- 278,
-
- 281, 284, 291, 380; III, 71, 73, 79, 104, 112, 282.
-
- WERTHER (La baronne DE), II, 6, 142, 143, 278, 284, 291; III, 71,
- 73, 112, 282.
-
- WERTHER (Mlle Joséphine DE), III, 112.
-
- WESSENBERG (Le baron DE), I, 23, 204; III, 351, 361.
-
- WESTMORLAND (Lord John), III, 284.
-
- WESTMORLAND (Lord John-Burghersh), III, 285, 427, 430, 436; IV,
- 8, 88, 89, 111.
-
- WESTMORLAND (Lady), III, 282, 284, 285, 372, 426, 428, 430, 432;
- IV, 8, 89, 104, 111, 123, 124, 127, 131, 134, 138, 143, 164, 173,
- 174, 185, 187, 201, 205, 210, 269, 352.
-
- WESTPHALEN (M. DE), IV, 155, 285.
-
- WEYER (VAN DE), I, 3; II, 106.
-
- WICHMANN (Louis-Guillaume), III, 76.
-
- WIELAND, II, 458; III, 329.
-
- WILLOUGHBY-COTTON (Sir), I, 46.
-
- WILTON (Lord), III, 122.
-
- WINCHELSEA (Lord), I, 14, 123.
-
- WINDISCH-GRAETZ (Le prince Alfred DE), III, 85, 353, 355, 360,
- 361, 366, 367; IV, 49, 50, 229, 315, 423, 425.
-
- WINDISCH-GRAETZ (La princesse DE), III, 301, 351.
-
- WINTER (M. DE), IV, 402.
-
- WINTERHALTER (M.), IV, 203.
-
- WITTGENSTEIN (Le prince), II, 50, 275, 286, 288, 297, 301, 321,
- 380, 432; III, 71, 309.
-
- WITTGENSTEIN (La princesse DE), IV, 396.
-
- WOLFF (M. DE), II, 275, 277, 314, 316, 322; III, 71, 73, 76, 77,
- 102, 282, 284, 289, 304, 305, 308.
-
- WOLFF (Mme DE), II, 277, 384, 440; III, 71, 73, 76, 284.
-
- WORONZOFF-DASCHKOFF (Le comte DE), II, 346; III, 301.
-
- WORONZOFF (La comtesse DE), I, 20.
-
- WRÈDE (Le prince DE), III, 440.
-
- WRIGHT (Mrs), I, 230.
-
- WURMB (Frédéric-Charles DE), II, 304, 306, 307, 316; III, 282.
-
- WURMB (Mme DE), II, 304, 307.
-
- WURTEMBERG (Le roi Guillaume Ier DE), I, 236, 330; II, 183,
- 184, 187, 345, 346, 348, 377; III, 373, 374; IV, 177, 228, 234,
- 358.
-
- WURTEMBERG (Le prince royal Charles DE), III, 439; IV, 230.
-
- WURTEMBERG (La princesse royale DE), IV, 230.
-
- WURTEMBERG (Le duc Alexandre DE), II, 178, 180, 184, 186, 187;
- III, 264.
-
- WURTEMBERG (Le prince Auguste DE), III, 285; IV, 234.
-
- WURTEMBERG (La princesse Marie DE), I, 330.
-
- WURTEMBERG (Le prince Paul DE), II, 280; III, 52.
-
- WURTEMBERG (La princesse Sophie DE), plus tard reine des
- Pays-Bas, I, 330, 361; II, 82; III, 66, 388; IV, 4, 385.
-
- WURTEMBERG (La duchesse DE), I, 193, 223; III, 220.
-
- WYM (Sir Henry), III, 436.
-
-X
-
- XIMÉMÈS (Le cardinal), II, 264.
-
-Y
-
- YARBOROUGH (Lord), I, 4.
-
- YORK (Le duc D'), I, 113.
-
-Z
-
- ZEA-BERMEDEZ (Don Francisco), I, 203, 330; III, 216.
-
- ZEA-BERMEDEZ (Mme), I, 203, 330; II, 260.
-
- ZEDLITZ (Le baron Joseph-Chrétien DE), III, 116, 446; IV, 423.
-
- ZEDLITZ (M. DE), IV, 415.
-
- ZICHY (Le comte Eugène DE), II, 358.
-
- ZICHY (Le comte Ferdinand), III, 343.
-
- ZICHY DE VASONYKAÏA (Le comte Pèpy), IV, 116.
-
- ZOÉ (Négresse), II, 251.
-
- ZUMALACARREGUY (Le général), I, 157.
-
- ZUYLEN VAN NYEVELT (Le baron DE). I, 203.
-
-
-
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