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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Chronique de 1831 à 1862, Tome 4 (de 4) - -Author: Dorothée de Dino - -Editor: Marie Dorothea Radziwill - -Release Date: November 13, 2016 [EBook #53523] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831-1862, TOME 4 *** - - - - -Produced by Clarity, Hélene de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Books project.) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - -L'accent aigu sur la lettre n ou N a été transcrit comme ['n] ou [N']. - - - - - CHRONIQUE - - DE - - 1831 A 1862 - - - - - [Illustration: Portrait de la Duchesse de Talleyrand et de Sagan] - - Héliog Ducourtioux Imp Routy - DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN - 1850 - Plon-Nourrit & Cie Edit.] - - - - - DUCHESSE DE DINO - (PUIS DUCHESSE DE TALLEYRAND ET DE SAGAN) - - - CHRONIQUE - - DE - - 1831 A 1862 - - _Publiée avec des annotations et un Index biographique_ - - PAR - LA PRINCESSE RADZIWILL - NÉE CASTELLANE - - IV - 1851-1862 - - _Avec un portrait et deux fac-similés d'autographes_ - - Troisième édition - - - PARIS - LIBRAIRIE PLON - PLON-NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS - 8, RUE GARANCIÈRE--6e - - 1910 - - - - -Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. - -Copyright 1910 by Plon-Nourrit et Cie. - - - - -DUCHESSE DE DINO - -CHRONIQUE - - - - -1851 - -_Sagan, 1er janvier 1851._--Cette date fait naître plus de pensées -sérieuses et graves qu'elle ne permet d'espérance et qu'elle n'offre de -joies. Que nous donnera cette année que nous inscrivons aujourd'hui pour -la première fois? Que de mystères elle renferme! - - -_Sagan, 7 janvier 1851._--Je pars dans quelques heures pour Berlin où la -grippe règne épidémiquement. D'après les derniers relevés, soixante mille -personnes en étaient atteintes. Cette vilaine _grippade_, partout où elle -a régné, a été le précurseur du choléra. Ainsi, il se pourrait bien que -ce grand moissonneur se réveille sur nouveaux frais pour une nouvelle -récolte. A la garde de Dieu! - -Je pense trouver Berlin fort à la paix pour ce qui regarde l'est de -l'Europe. C'est pour l'instant le principal. Quant à Dresde, je ne crois -pas qu'on y parvienne à résoudre promptement toutes les questions -pendantes. L'équilibre est bien difficile à retrouver, après de si -formidables secousses. - - -_Berlin, 9 janvier 1851._--Le Cabinet Manteuffel a eu la majorité dans -les deux Chambres, pour empêcher la reprise de la discussion de -l'Adresse[1]. Tous les ministres, à cette occasion, ont fort bien parlé, -déclarant qu'ils étaient décidés à briser sans retour avec la révolution. - - [1] La Commission pour rédiger l'Adresse en réponse au Discours - du Trône venait d'être nommée par la Chambre, lorsque M. de - Manteuffel monta à la tribune et donna lecture du décret royal de - prorogation de la Chambre au 3 janvier 1851. Ce jour-là, le - Bureau de la Chambre venant d'être de nouveau nommé, l'extrême - droite, unie au Ministère, déclara qu'il n'y avait plus lieu de - discuter une Adresse, la situation politique étant changée. - -Je ne sais pas encore grand'chose, n'ayant vu que la Mission anglaise. A -tout prendre, j'ai cependant aperçu que si les gens sages sont satisfaits -de la paix, chacun se sent plus ou moins humilié des reculades -nécessaires; on reste abattu et sérieux. M. de Manteuffel, que j'ai -rencontré sortant de la Chambre, et qui a arrêté ma voiture, m'a dit -qu'il était fort préoccupé des nouvelles de France; que Hatzfeldt, dans -ses dépêches, le préparait à de nouvelles crises. - - - _Berlin, 11 janvier 1851._--On est assez sérieux ici, socialement. - Hier cependant il y a eu un joli concert à Charlottenburg, et les - physionomies étaient assez ouvertes. M. de Manteuffel est retourné - à Dresde, pour y passer quarante-huit heures et prendre congé du - prince Schwarzenberg qui repart définitivement pour Vienne. - Dresde marche clopin-clopant; cependant, on y cherche, et on croit - y trouver une solution. Il est question, mais vaguement encore, - d'envoyer le comte d'Arnim-Heinrichsdorf à Vienne. - -On se montre, ici, très préoccupé des destinées de la France et de l'état -critique qui s'y révèle de plus en plus. M. de Persigny a laissé un -triste renom. On est satisfait de son successeur, qui a une chétive mine, -mais qui est poli et sans jactance[2]. - - [2] Ce successeur fut M. Armand Lefebvre, qui arriva à Berlin le - 20 novembre 1850 et y demeura jusqu'en février 1852. - -Humboldt se porte étonnamment bien, mais sa politique est, à mes yeux, -moins belle que sa mine. - - -_Berlin, 15 janvier 1851._--Les agitations politiques parisiennes -préoccupent ici[3], mais cependant l'attention du public est toujours -principalement tournée vers Dresde d'où il paraît que le baron de -Manteuffel est revenu de bonne humeur, il y a deux jours. Hier au soir, -ses salons étaient remplis. J'y ai paru un instant, tout le parti -conservateur s'étant promis de s'y rendre. - - [3] Les sourdes menées bonapartistes amenaient à tout instant des - conflits, des dissentiments qui entretenaient l'agitation - publique; à une revue à Satory, Edgar Ney ayant engagé plusieurs - régiments à crier: «Vive l'Empereur!», le général Changarnier - avait répondu par un ordre du jour où il défendait à ses troupes - de faire entendre aucun cri politique. Le général Changarnier fut - bientôt destitué et, le 3 janvier, le Ministère, ne rencontrant - ni sympathie ni respect dans la Chambre, donna sa démission. - -M. Thiers est aux pieds de Mme de Seebach, disant qu'elle n'est pas -jolie, mais qu'elle a de l'élégance dans l'esprit. On dit aussi qu'il -écrit souvent à la Reine des Pays-Bas, et que ces commerces féminins le -consolent des mécomptes de son ambition. - - -_Berlin, 17 janvier 1851._--J'ai vu hier la Reine, qui était venue de -Potsdam pour voir la nouvelle chapelle que le Roi a fait construire dans -le Château, et où on a fait le premier essai de la musique qui y sera -exécutée demain à la fête des Ordres[4]. Cette chapelle, dans le style -byzantin, est grande et vraiment très belle; les proportions en sont -vastes, la coupole surtout imposante. La musique y fait un fort bel -effet. - - [4] Frédéric Ier s'était fait couronner Roi de Prusse le 17 - janvier 1701 et avait institué, le lendemain, l'Ordre de l'Aigle - noir. Il ordonna que, pour perpétuer le souvenir de son - couronnement et de la fondation de cet Ordre, cette fête fût - célébrée chaque année. Cette tradition est pieusement conservée à - la Cour de Berlin sous le nom de _fête des Ordres_. - -La seconde Chambre paraît pousser le Cabinet à la dissolution, en le -taquinant et l'entravant sans cesse. - -La première Chambre est aussi ministérielle que la seconde l'est peu. - - -_Berlin, 19 janvier 1851._--Je vois avec peine qu'en France le gâchis est -à son comble; c'est le nivellement le plus complet. Pas un nom, pas une -individualité qui ressorte et qui se détache sur ce fond boueux. - -Ma vie ici est sans chocs, sans contrariétés, mais aussi sans grand -intérêt, et les journées effiloquées par mille petites obligations -sociales me laissent l'âme assez vide. Il n'y a ni grandes fêtes, ni -grandes fatigues, mais une mauvaise coupe d'heures, et une série de -petits devoirs auxquels on ne peut se refuser, qui heurtent ma paresse et -effarouchent ma sauvagerie, deux dispositions qui vont fort en -augmentant. - - -_Berlin, 23 janvier 1851._--M. de Radowitz est revenu avant-hier -d'Angleterre, ce qui fait naître bien des inquiétudes, et aussi bien des -espérances, et jette, de toutes parts, une certaine agitation dans les -esprits surtout, le Roi ayant dit tout haut, à table, qu'il l'avait -appelé auprès de lui. - - -_Berlin, 25 janvier 1851._--Avant-hier, à un grand dîner chez Prokesch, -le ministre d'Autriche, on m'a assuré qu'à Dresde tout allait bien entre -la Prusse et l'Autriche, mais que les petites puissances leur donnaient -beaucoup de fil à retordre. En attendant, il y a tous les jours ici des -revues pour inspecter les régiments de la Landwehr, qui rentrent dans -leurs foyers; cependant, le désarmement ne va pas aussi vite que le -voudrait le ministre des Finances, et que les populations le demandent. - - -_Berlin, 1er février 1851._--J'ai dîné avant-hier à Charlottenburg, -avec le comte de Sponneck, danois arrivant de Vienne et s'arrêtant ici -pour y terminer l'interminable question danoise. - -Quelqu'un de fort avant dans la haute diplomatie me disait hier que, -depuis que Schwarzenberg avait écarté Schmerling du Cabinet de Vienne, -il s'y était grandement fortifié et avait éliminé un dangereux intrigant. -Ce n'est pas un autrichien qui m'a tenu ce langage. - - -_Berlin, 5 février 1851._--L'Archiduc Léopold est venu, de Hambourg, -faire une pointe ici. Il y est arrivé hier; je l'ai vu le soir, en petit -comité, chez le ministre d'Autriche. Il est grand, beau, gai, naturel, -aimable, avec cette rondeur et cette bonhomie autrichienne qui a de la -grâce. Il m'a beaucoup plu. Aujourd'hui, il y a parade en son honneur à -Potsdam, demain ici. Il repartira le 8, je crois, pour son corps d'armée. - - -_Berlin, 7 février 1851._--A la Cour, avant-hier, tout avait fort bel -air; les femmes en grand habit; le cercle suivi d'un superbe concert -exécuté dans la grande salle blanche. Le Roi portait le cordon de -Saint-Étienne, en l'honneur de l'Archiduc. - -Hier matin, pour le même objet, grande parade. Le soir, grande soirée -chez le ministre d'Autriche, où tous les Princes, par exception, se sont -rendus, sauf le Prince de Prusse. - -Le Roi, après la parade d'hier, a porté, lui-même, le grand cordon de -l'Aigle noir à l'Archiduc. Pendant la parade, il a fait jouer l'air -national autrichien. Que tout cela est étrange par la rapidité des -changements de scènes, sans transition! Ce qui est triste, c'est qu'il -n'y a là aucune garantie contre un changement également rapide en sens -contraire. - - -_Berlin, 23 février 1851._--Les nouvelles de Dresde ne semblent pas très -rassurantes; les petites puissances se montrent toujours difficultueuses, -récalcitrantes; les grandes puissances qui pourraient, qui devraient -s'entendre pour les soumettre, se combattent par des rivalités hors de -saison. - -La France proteste contre l'incorporation des provinces -lombardo-vénitiennes; la Prusse veut ravoir Neuchâtel; Mazzini agite -l'Italie et aiguise partout des poignards; ses émissaires arrivent même -dans le Nord, et la police prussienne commence à avoir l'éveil sur leur -présence ici, mais cette police est d'une maladresse proverbiale. Le -Hanovre se met aussi à faire son petit bout de libéralisme, intempestif, -incommode, déplorable, et cela parce que le vieux Roi baisse visiblement, -que son ministre principal est actuellement M. de Münchhausen, qui a des -tendances pour le parti de Gotha[5] et qui est soutenu par la -toute-puissance de la comtesse de Grote, dont il est le gendre. Les -intrigues Bunsen-Cobourg-Gotha brochent sur le tout. Le Prince Albert, -qui voit son frère sans enfants, vise à l'agrandissement du duché de -Cobourg et à la formation d'une espèce de royaume de Thuringe pour son -second fils, et il s'agite, à cet effet, par tout moyen. - - [5] L'Assemblée nationale de Francfort ayant complètement échoué - dans son œuvre, Gagern, qui n'avait pas renoncé à régler les - affaires de l'Allemagne, invita les députés à se réunir à Gotha - pour y délibérer sur l'ébauche d'une Constitution, ayant pour - point de départ la réunion de l'Allemagne sous la prépondérance - de la Prusse, à l'exclusion de l'Autriche. Cent trente députés - environ se rendirent à cet appel. Les disputes furent tris vives - au sein de cette Assemblée, qui fut promptement l'objet des - attaques et des moqueries du pays. On appelait ses membres _die - Gothaer_ ou _le parti Gotha_. - -La Reine Victoria a invité le Prince et la Princesse de Prusse à venir à -Londres pendant la fameuse _Exhibition_[6]. - - [6] La première exposition universelle. C'est le Prince Albert, - mari de la Reine d'Angleterre, qui en était l'instigateur. - - -_Sagan, 1er mars 1851._--Me voici rentrée dans mon silencieux séjour, -qui m'a souri à travers le neigeux linceul qui le recouvre. Je m'étais -couchée tard, avant-hier, à Berlin, ayant été au bal donné par mes amis -les Radziwill. J'avais eu, à la veille d'un départ, grande envie de m'en -dispenser, mais ils tenaient à ma présence, surtout au souper, afin de me -placer à côté du Roi, qu'on prétend que je fais causer, et que je -divertis plus qu'une autre. Je ne le pense pas, car je me trouve on ne -saurait moins divertissante, mais enfin j'ai voulu être agréable à de -bons et excellents amis d'enfance, et je suis restée. A ce bal, le -ministre Manteuffel est venu dire au Roi qu'il venait de recevoir par -télégraphe la nouvelle que lord Stanley avait accepté le Ministère, et -qu'il allait dissoudre la Chambre des Communes. A l'examen, il s'est -trouvé que cette nouvelle venait, non pas de Londres, mais de Paris, et -par voie télégraphique il est vrai, mais adressée à une maison de -commerce; les Westmorland la mettaient donc en doute. La grande affaire -de l'Europe entière, c'est la retraite de lord Palmerston; si elle ne se -vérifie pas, on n'aura rien gagné[7]. - - [7] Le 22 février 1851, le Cabinet de lord John Russell, dont - lord Palmerston faisait partie, se sentant faible et prévoyant de - grandes difficultés financières, avait déposé sa démission entre - les mains de la Reine, au sujet de la discussion du budget. La - Reine voulut alors confier le Ministère à lord Stanley, mais sur - les instances du duc de Wellington, elle décida lord J. Russell à - garder ses fonctions. Le 3 mars suivant, lord J. Russell annonça - donc, à la Chambre des Communes, que le Ministère whig conservait - le pouvoir. - - -_Sagan, 7 mars 1851._--Les tristes prévisions que j'entends faire sur -l'état politique du monde me préoccupent d'autant plus que je voudrais -fort, du mois de mai prochain en un an, voir la France, l'Allemagne et -l'Italie se maintenir sans nouvelles explosions. Mais quelle -outrecuidance que de jeter ses regards et de pousser ses exigences aussi -loin! Hélas! Possédons-nous seulement le lendemain? - - -_Sagan, 9 mars 1851._--Je vois avec douleur lord Palmerston reprendre sa -place. Lors même qu'il n'y resterait pas longtemps, il aurait toujours le -loisir d'y faire du mal, surtout d'en faire au Continent déjà si malade; -il faut, hélas! si peu de jours pour faire un mal incalculable! - - -_Sagan, 19 mars 1851._--J'ai reçu hier une lettre de Mme Alfred de -Chabannes qui habite Versailles, mais dont le mari est à Claremont. Elle -est dévouée à la Maison d'Orléans, mais comme elle est sensée et -éclairée, elle juge sans aveuglement, et j'ai été frappée de trouver ce -qui suit dans sa lettre: «Mes amis de Claremont vont dans l'abîme. Quel -horrible article dans _l'Indépendance belge_, en réponse à la lettre si -digne du Comte de Chambord[8]. - - [8] A la suite de la réunion de Wiesbaden, il fut publié, au nom - du Prince prétendant, un manifeste, signé par M. de Barthélémy, - où le système de l'appel au consentement de la nation était - absolument rejeté comme étant la négation du principe de - l'hérédité monarchique. C'est à cette lettre que _l'Indépendance - belge_ répondit, le 13 mars 1851, par un article non signé, des - plus injurieux pour la Royauté. - -«Je suis au désespoir. Nos bonnes têtes, les conservateurs habiles, -passent aux légitimistes, les brouillons, tels que Thiers et autres, aux -républicains modérés. Ma chère Duchesse d'Orléans sert de prétexte à ces -derniers; ils la trompent; leur plan est d'avoir Mgr le prince de -Joinville pour président de la République, et c'est là le vrai but de la -proposition Creton[9]; c'est l'anguille sous roche que Berryer a devinée. -Les douleurs de cette pauvre Duchesse d'Orléans sont les miennes; elle -maigrit, elle change; ils la tueront à force de tracas. Elle va retourner -à Eisnach; la Reine sa belle-mère se rendra en Belgique; les Aumale et -Joinville à Naples, les Nemours en Autriche.» - - [9] La proposition Creton, relative au rappel des lois d'exil - contre les Bourbons et les d'Orléans, avait été amenée le 1er - mars à la Chambre. Ce rappel n'aurait pu être obtenu que par - l'accord des deux branches qui n'avait pas encore été rendu - possible. Les légitimistes acceptaient ces lois d'exil, car ils - étaient désireux de les maintenir pour le compte des orléanistes; - M. Berryer, au nom de leur parti, proposa d'ajourner la - proposition Creton au 1er septembre. Toute la Montagne vota - avec les orléanistes et M. Berryer, avec les légitimistes, - continua de faire campagne pour le triomphe de l'idée - monarchique, sans favoriser les menées de l'Élysée. - -Dans une lettre que j'ai reçue du marquis de Dalmatie, il me répète à peu -près les mêmes choses, disant que Thiers, honni, conspué par tous les -partis, impopulaire partout, n'en reste pas moins le plus actif et le -plus habile instrument du mal. Il déplore, non moins que ma cousine de -Chabannes, qu'à Claremont on soit aussi complètement la dupe de Thiers, -qui règne absolument sur les esprits de cette pauvre famille. Le Marquis -en revient au reproche qui devient bien général contre la Duchesse -d'Orléans, celui de ne faire que de la politique personnelle; répétant -qu'elle ne voudra jamais de la fusion, qu'elle se complaît dans le rôle -de chef de parti, rôle que la fusion ferait cesser. Quant à ses -beaux-frères, M. Guizot dit d'eux que ce sont d'excellents -fonctionnaires, mais pas des Princes. Les légitimistes, ajoute le -Marquis, qui avaient fait de grandes avances, qui se berçaient de -l'espoir de toucher à la fusion, ont été tout à coup réveillés de leur -rêve, quand on est venu leur demander, un peu trop naïvement, de jouer le -rôle de dupes, et, après leur avoir refusé toute garantie, leur dire: -«Remettez-vous-en à la loyauté de M. Thiers», qui, au même moment, était -en intrigue avec la Montagne. La bonhomie des légitimistes ne pouvait -aller jusque-là. Thiers a alors fait croire à Claremont que les -légitimistes s'étaient indignement conduits et que l'honneur exigeait que -les Princes d'Orléans rompissent tous les fils avec Frohsdorf; ils ont -donné dans le panneau, et leurs dernières lettres détruisent toute -espérance de fusion. Ils s'enveloppent, disent-ils, dans leur dignité, et -ils congédient leurs troupes. - -Pour cela, il n'ont pas grand'chose à faire. - - -_Sagan, 21 mars 1851._--J'ai reçu une lettre de M. Molé, la plus -coquette, la plus cajolante, la plus complimenteuse, la plus flatteuse, -la plus tendre, la plus admiratrice qui se puisse imaginer. C'est à -l'occasion du mariage de sa petite-fille, Mlle de Champlâtreux, avec le -fils aîné du duc de Noailles, qu'il rompt un long silence, disons mieux, -un profond oubli. Il y a deux pages sur ce mariage, une sur la politique, -une autre tout imprégnée des échos du passé, de sa jeunesse, de la -mienne, _quoiqu'elles ne se soient jamais confondues_, mais elles se sont -envisagées, elles ont suivi deux routes parallèles, qui, par cela même -n'ont pu se toucher, en étant, cependant, bien rapprochées. - - -_Sagan, 14 avril 1851._--Les gazettes apportent aujourd'hui la nomination -du nouveau Ministère français, et, en même temps, je trouve dans -_l'Indépendance belge_ un long article à la louange de l'énergie et de -l'habileté du nouveau Ministre de l'intérieur, M. Léon Faucher, qui -serait, dit-on, l'âme et le véritable chef du nouveau Cabinet. Si telle -est, en effet, l'importance du personnage, il faut espérer qu'une main -ferme arrêtera, momentanément du moins, le torrent socialiste, et qu'il y -aura sursis aux explosions jusqu'en 1852[10]. - - [10] Le Cabinet français du 14 avril était ainsi composé: M. - Baroche aux Affaires étrangères; M. de Chasseloup-Laubat à la - Marine; M. Léon Faucher à l'Intérieur; M. Rouher à la Justice; M. - Buffet à l'Agriculture et au Commerce; M. de Crouseilhes à - l'Instruction publique; M. Fould aux Finances; le maréchal Randon - à la Guerre. - - -_Sagan, 16 avril 1851._--J'ai reçu, hier, plusieurs lettres de Paris, -une, entre autres, de M. de Barante, qui représente la France comme fort -malade, à la vérité, mais qui ne croit à aucune explosion prochaine, et -qui semble ne prévoir de conflit sérieux que pour 1852. Il ajoute que -c'est l'opinion des faiseurs de toutes les nuances; mais les faiseurs -sont sujets à illusion, preuve le 24 février 1848. - -_L'Indépendance belge_ continue à prôner les mesures énergiques prises -dès le début par M. Léon Faucher contre les socialistes. Dieu veuille -qu'elles soient efficaces! - - -_Sagan, 20 avril 1851. Jour de Pâques._--Un beau soleil éclaire la fête -de la Résurrection. Que ne peut-il rajeunir ce vieux monde politique, -comme il ravive la nature! Car, quant à l'âme, il ne dépend que d'elle de -se raviver et de s'embellir; il lui faut, à la vérité, plus d'un effort -pour y parvenir; souvent une santé éprouvée suffit pour paralyser la -meilleure volonté; je m'en aperçois sans cesse à moi-même, qui, depuis -deux jours spécialement, suis reprise d'à peu près toutes mes misères de -l'année passée. Mon voyage de France pèse sur moi; pourtant, il faut y -avoir été une dernière fois avant de mourir. La première communion de ma -petite-fille Marie[11] est une circonstance spéciale. Je voudrais parler -à mes hommes d'affaires, voir mes petits-enfants que je ne connais, ou -pas du tout, ou que peu, visiter le tombeau de mon oncle[12] avant de -prendre place dans le mien, serrer la main de deux ou trois personnes qui -m'ont conservé bon souvenir, et puis en avoir fini. Mais je m'arrête, je -suis en sombre disposition. - - [11]: Marie de Castellane. - - [12]: Le prince de Talleyrand à Valençay. - - -_Sagan, 6 mai 1851._--Je n'entreprendrai pas mon voyage _in good -condition_ ni _in good spirits_. Je ne sais trop où je vais, je me -sentirai seule et _destitude_[13]. Comme ce n'est ni par légèreté, ni par -goût de changement ou futilité, mais bien pour accomplir un devoir de -haute convenance, que je m'engage dans cette route, je veux espérer -qu'elle ne me sera pas fatale. - - [13]: De l'anglais: ni avec entrain, ni en bonne humeur: je me - sentirai seule et délaissée. - -Voilà la correspondance Mirabeau-La Marck livrée au public[14]. Je suis -on ne saurait plus curieuse du livre et des articles qu'il provoquera -dans les journaux et revues. - - [14] Le comte de La Marck ayant légué sa correspondance avec - Mirabeau à M. de Bacourt, celui-ci la publia en 1851, en la - faisant précéder d'une préface historique qui fut assez - remarquée. - - -_Hanovre, 15 mai 1851._--J'ai fait tout ce que je m'étais proposé de -faire à Berlin et à Potsdam, où l'indisposition de la Reine et le voyage -à Varsovie occupaient tous les esprits[15]. Il est question d'une visite -de l'Empereur de Russie à Olmütz, d'y réunir les trois potentats du Nord. -On espère les Majestés russes à Berlin, pour l'inauguration, fixée au 31 -mai prochain, du beau monument de Frédéric le Grand[16]. Ici, à Hanovre, -on est redevenu fort prussien, depuis la course que le vieux Roi a faite -à Schwerin et à Charlottenburg. - - [15] Le 17 mai, le Roi de Prusse se rendit à Varsovie, où il se - rencontra avec l'Empereur et l'Impératrice de Russie. Le 26, les - deux souverains partirent ensemble jusqu'à Oderberg; le Roi se - dirigea alors sur Breslau, tandis que l'Empereur Nicolas allait à - Olmütz, où il conféra avec l'Empereur d'Autriche. C'est là que M. - de Manteuffel, qui venait de remplacer M. de Radowitz comme - premier ministre, se rendit pour déclarer au prince Schwarzenberg - que la Prusse accordait à l'Autriche la présidence de la Diète - germanique de Francfort, humiliation qui amena Sadowa quinze ans - plus tard. - - [16] Les Majestés russes n'assistèrent pas à cette inauguration. - - -_Bruxelles, 16 mai 1851._--Arrivée hier soir ici, je viens de recevoir -une très gracieuse lettre de la Reine Marie-Amélie, qui m'annonce que le -Roi Léopold, voulant profiter aussi de ma présence, m'engage à dîner -demain à Laeken, mais que je devrais arriver une heure avant, pour -qu'elle puisse me voir seule. - -J'irai dans la matinée, aujourd'hui, voir les Metternich. - -_Paris, 19 mai 1851._--Me voici dans Babylone. J'y suis arrivée hier à -cinq heures du soir. A Laeken, j'ai été touchée de l'accueil qui m'a été -fait par belle-mère et gendre; mais j'ai été effrayée du changement du -prince de Joinville, complètement sourd, courbé, voûté, grisonnant, -abattu, silencieux, sauvage. Il me semble que si on le voyait ainsi en -France, il n'y paraîtrait redoutable à personne. - - -_Paris, 23 mai 1851._--Je voudrais pouvoir écrire longuement, mais on -sait ce que c'est qu'un vol à travers Paris. J'y suis traquée, abîmée, et -cependant je ne le quitterai que le 31, et cela sur le désir de l'évêque -d'Orléans[17], que j'ai vu longuement hier. Il veut faire route avec -Pauline et moi; il veut me montrer lui-même l'établissement de la -Chapelle[18] où sont mes petits-fils; il veut que je dîne à l'Évêché; -bref, il veut de si bonne grâce qu'il n'y a pas moyen de s'y refuser sans -en avoir une très mauvaise. - - [17] Mgr Dupanloup. - - [18] Les évêques d'Orléans possèdent, à quelques kilomètres de la - ville épiscopale, une jolie maison de campagne au bord de la - Loire et près du petit bourg de la Chapelle Saint-Mesmin. Ils y - ont établi un petit séminaire. L'abbé Dupanloup, quand il prit - possession de l'évêché d'Orléans, s'occupa beaucoup de cet - établissement d'éducation, et réussit à y élever les études à un - point remarquable. - -J'ai fait la connaissance de M. de Falloux, qui a parfaitement répondu à -l'idée que je m'en étais faite, et c'est une chose qui, en bien ou en -mal, se rencontre fort rarement. J'ai vu bien d'autre monde encore; mais -l'intérêt qu'offre la curiosité satisfaite me manque complètement, car je -n'ai plus aucune curiosité, du moins celle des personnes, et le temps me -manque pour satisfaire celle des choses. J'ai été cependant avec la -maréchale d'Albuféra assister à une représentation d'_Adrienne -Lecouvreur_ à la Comédie-Française, mais cela m'a fait veiller, car tout -se passe bien tardivement ici; on y dîne aussi très tard, et cela ne me -va pas du tout. - -Je n'ai point encore vu la princesse de Lieven, malgré deux essais -réciproques; mais il me faudra aujourd'hui passer sous les fourches -caudines. - - -_Paris, 25 mai 1851._--L'horizon politique s'obscurcit sur nouveaux -frais. Les _Burgraves_ croient à des éruptions volcaniques pour le mois -de juin. Est-ce du 15 au 20, ou du 20 au 30 que la bombe éclatera? Voilà -où on en est. - -Une espèce de Jacquerie a commencé en Berry aux environs du château du -duc de Mortemart[19]. On y met le Château en état de défense. - - [19] A Meillan, dans le Cher. - - -_Paris, 27 mai 1851._--M. de Falloux viendra assister à Marmoutiers à la -première Communion de Marie[20]. Il paraît qu'il m'a prise à gré; c'est -on ne saurait plus réciproque. Je lui sais d'ailleurs bien bon gré de -m'avoir offert quelqu'un à _estimer au complet_. Lui, l'Évêque et le cher -Chatelain sont ici les êtres avec lesquels je me plais, sans oublier -cependant le doux et aimable Barante. - - [20] Marie de Castellane fit sa première Communion le 22 juin - 1851 dans le couvent des Dames du Sacré-Cœur, établi à deux - kilomètres de Tours, dans l'ancienne abbaye des Bénédictins, - fondée en 371 par saint Martin, évêque de Tours. - - -_Paris, 31 mai 1851._--Hier, à dîner, chez M. Molé, on parlait de votre -livre[21], dont, en tout, on parle beaucoup, pour louer le rôle que vous -avez dans cette publication, ainsi que la manière dont vous l'avez saisi -et rempli. Celui que vous donnez à M. d'Arenberg et le jour sous lequel -vous l'avez placé l'ont fort grandi aux yeux de tous. Quant à Mirabeau, -il me semble diminué, amoindri dans l'opinion qu'on avait de ses -ressources d'habileté, sans se relever du mépris qu'inspirait son -caractère. - - [21] Extrait de lettre. La correspondance Mirabeau-La Marcq - venait d'être livrée au public par M. de Bacourt. - -J'ai dîné avant-hier chez Mme de Lieven. J'ai eu la satisfaction qu'elle -m'a trouvée stupide et qu'elle me l'a dit assez clairement pour me faire -espérer qu'elle le dirait et répéterait dans ses _lettres vertes_, si -fort en circulation dans toute l'Europe[22]. Du reste, tout s'est passé -très poliment entre nous. Seulement, elle a voulu me _produire_ à son -_Club_ du dimanche[23], à quoi je me suis absolument refusée, mais sous -des prétextes plausibles et qui n'avaient rien de désobligeant. - - [22] Mme de Lieven, qui souffrait des yeux, avait adopté pour - écrire un papier vert qui frappait plus dans un temps où ce genre - était à peu près inconnu. - - [23] A Paris, la Princesse recevait tous les dimanches soirs. - -Je pars ce soir. Je passerai la journée de demain à Orléans, et -après-demain j'irai à Valençay. - - -_Valençay, 3 juin 1851._--Je me sens fort tristement émue ici, par ce qui -est resté, par ce qui a été déplacé, par les ressemblances, par les -différences... - - -_Valençay, 5 juin 1851._--Mme de Hatzfeldt est arrivée ici seule[24], son -mari ayant été retenu à Paris par l'intempestive éloquence du Président -au banquet de Dijon. A cette occasion, on m'écrit de Paris ce qui suit: -«L'incartade du Président à Dijon assombrit encore notre horizon. Elle -remet tout en question et la discorde éclate plus violente que jamais. La -dégradation du gouvernement, obligé de nier et de se rétracter, est à son -comble et ne profite cependant à personne. Je ne crois pas la -tranquillité matérielle en jeu pour le moment, mais le chaos de 1852, -l'œil seul de Dieu peut le percer.» - - [24] Mlle Pauline de Castellane, fille du Maréchal, avait épousé - le comte de Hatzfeldt, ministre de Prusse à Paris. Devenue veuve, - elle épousa en secondes noces, en 1851, le duc de Valençay, fils - aîné de l'auteur de la _Chronique_. - - -_Rochecotte, 14 juin 1851._--Je suis arrivée ici hier dans la soirée, ce -qui n'a pas laissé de m'émouvoir. On inflige de grands supplices, soit au -cœur, soit à la conscience, par cette vie rétrospective que je mène -depuis près d'un mois; je veux espérer qu'elle est salutaire à l'âme. - - -_Le Mans, 20 juin 1851._--M. de Falloux est arrivé avant-hier à -Rochecotte. Il nous a apporté les lettres familières du comte Joseph de -Maistre, qui viennent de paraître, et nous en a lu quelques-unes, qui -sont dignes de ce grand penseur et de cet écrivain si original. - -Les deux premiers volumes de l'_Histoire de la Convention_ par Barante se -publient ces jours-ci. Il est heureux que cette terrible époque soit -traitée par un _honnête_ homme. - - -_Paris, 27 juin 1851._--Je pars demain pour Bruxelles; je serai, Dieu -aidant, à Bade le 1er juillet. - - - Il y eut ici une interruption dans la correspondance, qui ne - reprit qu'après le séjour de Bade. - - -_Wurtzburg, 11 août 1851._--Nous sommes arrivées ici sans encombre. Hier -au soir, nous nous sommes fait conduire au vieux Château de Heidelberg. -Le soleil s'est couché pittoresquement derrière les ruines; l'air, la -couleur, le paysage, tout était beau. - -Aujourd'hui, j'ai beaucoup lu: j'ai fini les deux volumes de M. de -Maistre; je les ai lus crayon en main. Il se trouve dans cette -correspondance des lettres de M. de Bonald que je préfère à celles de M. -de Maistre; aussi élevées, elles sont plus simples, plus serrées, et plus -_françaises_ en fait de style. Cependant, je suis assez sous le charme de -M. de Maistre, quand il est sérieux; je ne l'aime guère quand il -plaisante, quoique l'esprit ne manque jamais, seulement ses ailes ont -quelquefois du plomb dans leurs plumes. M. de Maistre, le fils, a eu une -heureuse et _vengeresse_ idée en publiant les lettres de l'abbé de -Lamennais et de M. de Lamartine adressées à son père, et qui, par la -différence du point de départ, font encore mieux ressortir l'infamie du -point d'arrivée. - - -_Bamberg, 17 août 1851._--Les journaux qui nous ont été prêtés ici à -l'auberge disent que décidément le prince de Joinville accepte toutes les -candidatures: députation, présidence, tout lui convient; il se prête à -tout. Il ne manquait que cet abaissement de plus pour assurer le progrès -des rouges, car les légitimistes, auxquels à Claremont on a refusé la -fusion, préféreront voter pour les candidats de la Montagne, à voir -revenir un Orléans sans un Bourbon, et les bonapartistes en feront -autant. Il paraît qu'un manifeste fort travaillé du prince de Joinville -va être lancé dans le public. En attendant que je le lise, j'ai lu -aujourd'hui le petit volume de la comtesse Hahn, intitulé _De Babylone à -Jérusalem_. Il est intéressant, surtout pour qui connaît ses précédents -ouvrages, pour qui la connaît elle-même. Il est d'ailleurs intéressant -pour la foi; il est écrit avec verve et talent; il répond aux objections -courantes des gens du monde ignorants contre le catholicisme; mais je ne -suis pas bien sûre que sa conversion, du reste fort sincère, lui ait fait -rencontrer en chemin l'_humilité_; je serais un peu tentée d'en douter; -il faut bien qu'elle parle d'elle puisqu'il s'agit de son voyage -spirituel, mais il y a façon de le faire; puis, tout en abjurant tous ses -écrits précédents, tout en répétant qu'elle n'en sait plus une ligne, -qu'elle a tout oublié, elle se cite elle-même sans cesse... Ce petit -livre peut avoir une utilité réelle pour les autres; c'est donc une -œuvre méritoire; mais lui sera-t-il utile à elle? Il me semble que si -j'étais son confesseur, je dirais que non; mais, comme je n'ai point ce -difficile honneur, je n'ai point à me faire une opinion à cet égard. - - -_Taunenfeld, près Lœbichau, 20 août 1851._--J'écris d'un pavillon, à une -lieue de Lœbichau, que j'ai habité dans mon enfance, qui m'appartenait, -dont la situation est fraîche et jolie, et où ma sœur s'est établie -pendant qu'elle fait faire des réparations urgentes à Lœbichau. Je vais -aller tout à l'heure, dans la partie sombre du parc, où un tertre de -gazon sans clôture et une croix de fer indiquent le lieu de repos de -notre mère et de notre sœur Pauline[25]. Je n'aime pas cette façon -presque païenne, du moins peu catholique, de déposer des restes chéris. -Encore est-il trop heureux que la croix s'y trouve! Mais ce bois ouvert, -ces allées tournantes, ces massifs de fleurs jardinières, tout cela m'est -parfaitement antipathique. J'aime une certaine austérité recueillie (qui -n'ait rien de trop lugubre) pour les tombeaux; mais, avant tout, une -défense sûre contre toute profanation, une barrière qu'il faille ouvrir, -un verrou à tirer, une cloche à sonner. Ce n'est pas le hasard d'une -promenade, peut-être joyeuse, qui doit nous conduire auprès de ceux qui -nous ont quittés pour nous attendre ailleurs. Il faut savoir qu'on va à -eux, il faut le vouloir, et y arriver dans une certaine disposition de -l'esprit, du cœur, de l'âme... - - [25] La duchesse de Courlande et la princesse de Hohenzollern. - -J'ai reçu une lettre de Paris, de ma cousine Mme Alfred de Chabannes, -dans laquelle il y a le passage suivant: - -«Ici, la situation politique devient _honteuse_ pour ma couleur. La -candidature du prince de Joinville a reçu son adhésion, s'appuyant sur -les républicains avancés. Je doute qu'on sache le fond de cette intrigue -à Claremont; même, j'en suis sûre, le _Journal des Débats_ qui nous était -favorable ne suivra pas cette ligne désastreuse. Si, du moins, Mme la -Duchesse d'Orléans voulait comprendre tout ce qui se passe, et qu'elle -restât en Allemagne au lieu de n'y faire qu'une course. Thiers est au -fond de toute cette détestable intrigue; il joue la Princesse et cela -depuis longtemps. Il jouera de même le prince de Joinville, pour -consolider la République à son profit personnel. Il est bien douloureux -de voir ceux qu'on aime lancés à pleines voiles sur une semblable mer, -celle des révolutions. J'en suis au désespoir.» - - -_Sagan, 8 septembre 1851._--J'attends aujourd'hui le Roi pour dîner, et -demain dans l'après-midi, il continuera sa route. Heureusement que la -pluie diluvienne d'hier a cessé et que, pour l'instant, le soleil luit et -le ciel est pur. - - -_Sagan, 10 septembre 1851._--Le temps n'est pas beau ici; cependant, il -n'est pas tombé une goutte de pluie pendant le temps que le Roi a bien -voulu y rester. Seulement, s'il faisait clair, il faisait froid. Mais -cela n'a pas empêché le Roi de vouloir se promener à pied, en phaéton, de -vouloir tout regarder, de s'amuser des progrès qu'il remarque entre -chacun de ses voyages. Il était de la meilleure humeur du monde, content -de tout, gracieux, en train, drôle; bref, tout à fait entraînant comme il -sait l'être; pour moi, plus affectueux que jamais. En m'embrassant à -l'adieu, il a passé à mon bras un petit bracelet fort simple et d'autant -meilleur goût, sur lequel se trouve gravé: _Donné par l'amitié_. Un petit -médaillon s'y trouve accroché, contenant, sous de l'émail bleu, des -cheveux de la Reine. Quel dommage que cet aimable homme soit... Roi! - -Il avait dans sa suite, très nombreuse, un officier autrichien, le baron -de Hammerstein, qui lui avait été assigné pour l'accompagner dans les -États autrichiens et auquel il a fait la politesse de l'inviter à le -suivre jusqu'à Berlin. - -J'ai lieu de croire que le Roi a été content de son passage par -l'Autriche, et que la satisfaction a été réciproque à l'entrevue -d'Ischl[26]. - - [26] Le Roi et la Reine de Prusse étaient arrivés à Ischl le 31 - août et s'y étaient rencontrés avec l'Empereur d'Autriche. Le - prince Schwarzenberg et M. de Manteuffel assistèrent à cette - entrevue. - - -_Sagan, 20 septembre 1851._--Voilà la duchesse de Maillé morte; voilà la -vicomtesse de Noailles morte. Ces deux dames n'avaient que quelques -années de plus que moi. Toutes deux bien douées, encore à l'âge où l'on -peut se croire un certain sursis; l'une portant avec courage de grands -désastres, l'autre jouissant d'une très belle existence. Rien n'y fait, -rien n'abrite le bonheur, ni l'infortune; si j'avais quelque chose à -apprendre sur ce grave chapitre, ces deux événements me frapperaient -encore plus, mais, en vérité, _je suis bien habile sur le néant_. -Disons-nous, au milieu de tout ce qui périt et de cette banqueroute -absolue qui est la vie, que l'affection, celle que nous ressentons -nous-mêmes, encore plus que celle que nous pouvons inspirer, est un bien, -un trésor, qu'il nous est accordé d'emporter dans le grand _par-delà_. -Quoi de plus beau, en effet, que de se sentir encore, au couchant de la -vie, la faculté d'aimer, de croire et par conséquent d'espérer. - - -_Sagan, 1er octobre 1851._--Non, je ne crois pas que l'âme la mieux -préparée, la plus détachée des choses d'ici-bas, soit pour cela obligée -d'éteindre tous les besoins du cœur. Je crois au contraire que rien -n'est plus doux, plus tendre, plus dévoué que l'âme détachée, parce -qu'elle ne doit être détachée que de l'égoïsme personnel; par conséquent, -elle doit se faire toute à tous, aimer mieux, aimer avec une abnégation -plus parfaite. - -Sainte Thérèse dit que la grande punition infligée à Lucifer était de ne -plus pouvoir aimer. Il y a des dévots secs, arides, impitoyables, -orgueilleux; ou bien il y a des ascétiques qui, ermites dans une grotte -sauvage, ont rompu tout commerce avec les hommes. Mais ces ermites -eux-mêmes se sont mis à aimer les oiseaux, à nourrir les hôtes des bois, -à aimer la nature et les créatures ailées ou sauvages, et à les -apprivoiser, tant l'homme a besoin d'aimer. Nous ne serons jamais des -dévots desséchés, ni des habitants du désert. Nous serons tout simplement -des chrétiens dociles, humbles, ne craignant pas la mort, résignés à -vivre, aimant ceux qui sont doux et honorables à aimer, et attendant en -charité, paix et confiance que Dieu nous appelle et nous juge dans sa -miséricorde. C'est là, je crois, le vrai travail chrétien. Le -_desséchement_ est un piège du démon; _le détachement de soi et non pas -des autres_, c'est là l'œuvre de Dieu. - -Voilà mon petit traité. A mon sens, on peut parvenir à résoudre le -problème sans arriver à la démence de Pascal. Cruelle solution qu'un Dieu -de bonté et d'équité ne saurait préparer à notre faiblesse! - - -_Sagan, 7 octobre 1851._--Le duc de Noailles finit une lettre, en réponse -à mon compliment de condoléance sur la mort de la Vicomtesse, par ces -mots: «Tout le monde ici est triste, l'Élysée est triste, les -fusionnistes et les légitimistes sont tristes, les orléanistes ne sont -pas gais; la confusion est au comble, les divisions sans bornes et la -prévision impossible.» - -J'ai reçu hier la visite d'une belle dame, ou, du moins, d'une jadis -belle dame parisienne, légitimiste de tout temps, enfin, de la marquise -de La Roche-Lambert, née de Bruges, tante d'un des élèves de notre -collège de Sagan. Elle revenait de Frohsdorf et retournait en France. -Elle a voulu voir son neveu en passant et a cru devoir me remercier de -l'intérêt que j'ai témoigné à cet enfant. Elle a déjeuné chez moi. Une de -ses raisons, m'a-t-elle dit, pour demander à me voir, a été de me -rapporter des paroles de Mme la Dauphine. Celle-ci lui ayant demandé -quelle route elle prendrait pour retourner en France, Mme de La -Roche-Lambert lui a répondu qu'elle passerait par Sagan embrasser son -neveu et qu'elle me verrait en passant. Sur cela, Mme la Dauphine aurait -répondu: «Ah! Dorothée. J'ai toujours eu du faible pour elle, car je l'ai -connue bien jeune à Mittau, avant son mariage. Dites-lui que je me -souviens d'elle, avec intérêt.» J'avoue que j'ai été fort touchée, mais -fort étonnée de ces paroles, qui, du reste, me sont fort précieuses. M. -de Falloux et le duc de Noailles m'avaient, à la vérité, répété que -j'étais en fort bonne odeur à Frohsdorf, mais je pensais que c'était tout -au plus chez la seconde génération. - - -_Berlin, 13 octobre 1851._--Je suis arrivée avant-hier soir ici. Hier, -j'ai fait ma cour à Mme la Princesse de Prusse. J'ai vu Humboldt, -Prokesch et d'autres encore. De nouvelles, je n'en entends pas. Je crois -qu'il n'y a rien à savoir pour le moment. On dit M. de Manteuffel -s'affermissant dans le pays et auprès du Roi, content des différentes -Diètes provinciales; mais à tout prendre, on sommeille. Espérons que ce -sommeil est un véritable repos d'où ressortiront le calme et l'équilibre. -Cela dépend de la France: je vois tous les regards se porter vers elle -avec anxiété. - - -_Sagan, 20 octobre 1851._--Me voici rentrée depuis hier dans ma cellule. -J'ai eu très froid en route, mais le ciel était pur, et le soleil -reflétait ces joyeux rayons sur ces teintes chaudes et variées de -l'automne, qui me plaisent tout particulièrement. Je vais maintenant me -caser ici pour de bon. Je n'ai plus de courses à faire; je ne m'attends -plus à des visites dans cette saison avancée; je vais me mettre à lire, à -peindre, à broder, à écrire, à gouverner ma maison et mes établissements -de charité, à faire planter, bref, à remplir mes journées le moins mal -possible, c'est-à-dire le plus utilement pour mon âme et pour le -bien-être de mes entours. - - -_Sagan, 24 octobre 1851._--La mort de Mme la Dauphine[27] est un -événement qui ne saurait passer inaperçu. Les grandes infortunes, -toujours portées avec la plus noble et la plus simple dignité, lui -assignent une place tout à part dans notre déplorable histoire -contemporaine. Il ne lui a manqué qu'un peu de charme et de grâce, pour -la mettre au-dessus des plus grandes victimes de tous les siècles. - - [27] La duchesse d'Angoulême était morte à Frohsdorf le 19 - octobre 1851. - - -_Sagan, 5 novembre 1851._--Le Roi de Hanovre est au plus mal. Cette mort -ne sera pas un petit événement à travers les difficultés allemandes, ce -fils aveugle et les intrigues anglaises. - - -_Sagan, 12 novembre 1851._--Il me revient qu'on est très blessé à -Frohsdorf: 1º de la brièveté du deuil pris à Claremont pour Mme la -Dauphine; 2º de ce qu'on n'ait pas écrit au Comte de Chambord, à -l'occasion de la mort de son illustre tante, à lui qui avait écrit lors -de la mort de Louis-Philippe; 3º de ce qu'on s'est borné à un message -verbal de condoléance, confié au duc de Montmorency, sans même le charger -d'aller à Frohsdorf, mais seulement de le transmettre à quelque chef -légitimiste présent à Paris. J'avoue que je ne puis blâmer le -ressentiment que l'on éprouve de cette façon si peu sympathique, si peu -respectueuse envers le malheur des _aînés_. - - -_Sagan, 14 novembre 1851._--J'ai achevé hier la lecture des _Souvenirs_ -du chancelier de Müller, de Weimar. C'est celui dont M. de Talleyrand -parle dans son morceau sur l'entrevue d'Erfurt. Dans ces _Souvenirs_, il -est sans cesse question de mon oncle, avec une grande vérité de détails -et une justice rare qui m'a fait plaisir. Le tout est un petit volume pas -du tout difficile à comprendre, simplement écrit, bien pensé, clairement -exprimé, et donnant un tableau parfaitement exact de l'Allemagne sous -l'Empire. Ce M. de Müller n'a rien de commun avec l'historien Jean de -Müller. - - -_Sagan, 16 novembre 1851._--Le Roi de Hanovre s'éteindra sous peu, s'il -ne l'est déjà. On se querellera sur la tutelle. Ce sera un point en -litige de plus, du provisoire en herbe, vice inhérent à un siècle tout à -la fois paresseux et inquiet[28]. Et la France? si ardente et si molle, -si agitée et si insouciante? Contrastes merveilleux et déplorables que ne -simplifieront pas messieurs les Burgraves. Ils me font l'effet de momies -en service extraordinaire[29]. - - [28] Il n'y eut ni régence ni tutelle en Hanovre, Georges V - succéda à son père malgré sa cécité, le Roi Ernest-Auguste ayant, - dès 1843, tranché la question, en établissant que les actes - présentés à la signature du futur monarque seraient lus en - présence de douze témoins et contresignés par le secrétaire de ce - comité. - - [29] On appelait du nom de _Burgraves_ quelques politiques - rétrogrades, membres de la Commission de l'Assemblée législative - chargée de préparer la loi du suffrage restreint, dite loi du 31 - mai. La plupart étaient des chefs d'anciens partis monarchiques - comme Thiers, Molé, Broglie. Les républicains les regardaient - comme des politiques usés et impuissants. - - -_Sagan, 17 novembre 1851._--Je nie que ce que vous appelez[30] _ma haute -raison_ n'ait pas besoin des enseignements de la mort. Qui de nous peut -se croire assez détaché pour n'en avoir nul besoin? Pour ma part, j'en -suis fort nécessiteuse au contraire, et j'espère que ma pauvre âme en -tirera profit. Toutes les lectures, les méditations n'approchent pas, -dans l'impression qu'elles produisent, du spectacle réel. Il est bien -grave et plein de révélations. D'ailleurs, je ne me fais aucune illusion -sur l'état de ma santé, et je la crois assez profondément ébranlée pour, -peu à peu, _chausser mes sandales_. C'est un bon emploi de solitude. J'ai -trouvé, il y a quelque temps, dans le prophète Osée, un passage que je -pourrais à bon droit fixer sur la porte de cette maison-ci: «Je l'ai -conduit dans la solitude, et là lui ai parlé au cœur.» - - [30] Extrait de lettre. - -Je suis enchantée que Mgr Dupanloup veuille vous faire voir ses matériaux -sur M. de Talleyrand[31]. Je crois que plus on fouillera, plus on -recueillera sur son compte, et plus on découvrira de contrastes. Telle -est la condition de presque tous les hommes qui, avec une bonne nature et -des facultés distinguées, ont été jetés dans un monde corrompu, _dans une -position fausse_, et dans les orages révolutionnaires. L'essentiel est de -montrer l'excellent de la nature primitive, et, tout en reconnaissant les -graves erreurs, de prouver qu'elles n'ont jamais été jusqu'à la -_cruauté_ ni jusqu'à la _bassesse_. Quelque distrait que soit le public -par les grands tremblements de terre actuels, il reviendra un temps où la -curiosité, l'intérêt se réveilleront pour un passé plein d'enseignements. -On y cherchera la vérité. Elle est si souvent dénaturée, si difficile à -retrouver que ceux qui travaillent à la dégager de ses nuages seront des -bienfaiteurs de l'avenir. - - [31] Intéressé par le caractère si complexe de M. de Talleyrand, - qu'il avait pu suivre de près, l'abbé Dupanloup, devenu évêque - d'Orléans, avait passé de longues années à recueillir une série - d'actes publics ou privés, concernant les diverses périodes de la - vie du Prince. Cette collection de lettres et de documents forme - quatorze volumes: Mgr Dupanloup y a joint un récit des derniers - moments du Prince de Talleyrand dont il a été déjà question dans - le deuxième volume de la _Chronique_. Tous ces papiers et - manuscrits se trouvent à l'heure actuelle dans la possession de - M. Bernard de Lacombe, Mgr Dupanloup les ayant légués à son père, - M. Hilaire de Lacombe. - - -_Sagan, 1er décembre 1851._--Nous voici au début du dernier mois d'une -année, qui, à travers plus d'une épreuve, sera peut-être regrettable en -comparaison de cette date 1852 qui semble devoir résoudre bien des -problèmes. Ces solutions seront-elles _lumineuses_? je ne le crois pas; -_sanglantes_? j'en doute; _boueuses_? je voudrais presque en répondre. Si -telle est la destinée politique de la vieille Europe, tâchons du moins -que, dans la vie intime, tout soit clarté, douceur, paix et confiance; -cela peut se conserver à travers tous les orages, toutes les -catastrophes, et c'est à cela qu'il faut s'attacher avec persévérance et -fermeté. - - -_Sagan, 4 décembre 1851._--Les nouvelles télégraphiques de Paris me -jettent depuis hier dans une grande agitation[32]. Je ne m'étendrai pas -ici sur les réflexions, prévisions, qui se pressent en foule dans -l'esprit de tous à de pareilles extrémités. L'année 1851 n'a pas voulu -laisser à son héritière le soin de justifier les prédictions qui s'y -attachaient; elle s'est chargée de la déflorer. - - [32] Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le Prince Louis - Bonaparte, ayant fait garder à vue le président de l'Assemblée, - avait fait arrêter les principaux chefs des partis républicain et - monarchistes, puis, par deux proclamations, déclaré l'Assemblée - dissoute et le suffrage universel rétabli. Il procéda ensuite à - un plébiscite qui lui donna la Présidence pour dix ans. La force - armée et les commissions mixtes ayant fait justice des - récalcitrants, ce coup d'État, préparé avec l'énergique concours - de M. de Morny, du général de Saint-Arnaud et du préfet de - police, M. de Maupas, triompha de toutes les résistances. - - -_Sagan, 6 décembre 1851._--Les projets me semblent plus jetés au hasard -que jamais par le coup de tonnerre parti de France. On m'écrit de Berlin -que l'on s'y attend à ce que le Président, pour _distraire les rouges_, -voudra les jeter hors des frontières par une guerre étrangère. J'avoue -que je n'y crois pas pour l'instant. Il a trop de difficultés -intérieures, qui réclament d'autres remèdes qu'une guerre étrangère; -pendant qu'il porterait ses troupes contre le dehors, le pays resterait -livré aux démagogues, et c'est ce qu'il ne saurait, ce me semble, -risquer. Il doit être uniquement occupé du résultat de ce _suffrage -universel_ dont il évoque l'épreuve dans ce mois-ci. C'est là aussi ce -qui doit occuper l'Europe entière, car si les rouges triomphent en -France, leur sanglant succès sera assuré, ou du moins tenté partout, et -partout probable. Je n'ai aucune nouvelle directe de France depuis la -crise du 2. Mme la Duchesse d'Orléans comprendra-t-elle enfin, hélas! -après coup, le guêpier dans lequel l'héroïque Thiers et consorts l'ont -fait tomber? La fusion, qui aurait pu sauver les principes et la -civilisation entière, est maintenant hors de propos. M. Thiers à -Vincennes, le douteux Changarnier sous les verrous, la candidature -Joinville couverte de ridicule, Mme la Duchesse d'Orléans reste la grande -coupable aux yeux de l'Europe[33]. Et voilà où conduisent l'esprit faux -chez tous et l'ambition _personnelle_ chez les femmes, à qui il n'est -permis d'en avoir que pour autrui. Mais à quoi servent toutes ces -réflexions? Hélas! à rien, qu'à reconnaître une fois de plus le profond -aveuglement de l'humanité. - - - [33] M. Thiers, qui croyait la branche aînée des Bourbons frappée - d'une impopularité irrémédiable, avait approuvé et appuyé avec - énergie l'opposition faite par la Duchesse d'Orléans à un accord - entre la branche aînée et la branche cadette. Regardée comme le - principal obstacle d'une si désirable réconciliation, les - partisans de la fusion accusaient la Princesse d'avoir, par ses - fautes, contribué plus que toute autre chose à ramener l'Empire - au pouvoir. Ils avaient aussi trop mis leurs espérances dans le - général Changarnier qui, loyal mais présomptueux, jouait serré - les légitimistes et les orléanistes les uns contre les autres, ne - donnant aucun signe de ses intentions réelles, mais ne voulant, - dans le fond de sa pensée, que poser la couronne sur la tête qui - devait la porter, en tenant à la poser lui-même. Son attitude - énigmatique l'avait rendu suspect aux yeux de plusieurs. - - -_Sagan, 9 décembre 1851._--Mme d'Albuféra me mande que rien n'égale les -fureurs de Mme Dosne[34]. On ne relâche pas en masse les députés faits -prisonniers le 2, mais tantôt l'un, tantôt l'autre, les orléanistes et -les montagnards les derniers. Le carnage a été très grand à Paris. Si le -Président comprend bien sa mission, il terrassera les rouges. C'est le -meilleur, le seul moyen pour se perpétuer au pouvoir, car il gagnerait -ainsi la reconnaissance de toute l'Europe. On me mande de Vienne qu'on y -est très favorable au Président, surtout, je pense, aux mesures -énergiques de son coup d'État. Il me paraît que Thiers, en cage, est -plutôt l'objet du ridicule qu'il n'a la gloire du martyre. - - [34] A cause de l'arrestation de M. Thiers. - - -_Sagan, 11 décembre 1851._--Les nouvelles de Paris m'intéressent. Voilà -les mesures de déportation qui prennent rang dans toutes celles que le -coup d'État a enfantées. Il ne s'agit ni de l'exalter, ni de le -stigmatiser pour le moment. Il s'agit d'en observer les conséquences, et, -si elles tournent à l'ordre, à la conservation, si l'anarchie est -terrassée, si les _intérêts matériels_ de la société sont sauvés, il -faudra bien chanter le _Te Deum_. Mais quand tout cela origine d'une -dictature militaire, sans l'appui d'un principe, d'une tradition, sans le -prestige d'une gloire personnelle, sans dynastie, sans entourage, on se -demande où est l'avenir, et tous les calculs humains restent sans base. -On en est donc réduit à ces intérêts matériels dont je parlais tout à -l'heure, et qui, momentanément, semblent protégés. Le commerce, le -crédit, la valeur des propriétés, tout cela peut avoir et aura -probablement une résurrection, dont il faut jouir avec reconnaissance, -avec prudence, et surtout sans aveuglement. - - -_Sagan, 13 décembre 1851._--J'ai eu hier une lettre de Paris, qui me dit -que l'état des provinces est assez mauvais; que, dans le centre de la -France surtout, il y a eu bien plus d'horreurs commises qu'on ne le dit. -Rien ne peut mieux servir le Président, car sa seule force est dans la -terreur que causent les rouges, mais cette force est réelle et augmente -en raison de ce que ceux-ci démasquent leurs infâmes projets. On me dit -aussi qu'il est fort question d'envoyer à la Martinique les généraux -prisonniers à Ham[35]. On n'y va pas de main morte! Du reste, -Changarnier, avec son système de bascule, ses finasseries et tromperies -entre Frohsdorf et Claremont, n'a que ce qu'il mérite. - - [35] Les généraux Le Flô, Changarnier, Lamoricière et Bedeau. - - -_Sagan, 15 décembre 1851._--Je trouve qu'on donne trop d'importance à M. -Thiers. En Allemagne, il eût été sans inconvénient, car on lui eût fait -partout assez mauvais accueil, mais à Claremont, il sera très nuisible, à -moins que les derniers événements n'aient fait ouvrir les yeux sur le -fallacieux de ses avis, et le danger de ses directions. Mais les esprits -faux se refusent à la lumière, et je n'en connais pas de moins juste que -celui de Mme la Duchesse d'Orléans. - - -_Sagan, 17 décembre 1851._--J'ai reçu une lettre de mon fils Alexandre, -qui avait vu M. de Falloux à son passage par Orléans, se rendant en Anjou -après sa sortie de prison à Paris[36]. - - [36] M. de Falloux, ainsi que le duc de Luynes, le comte de - Rességuier et bien d'autres, avait été emprisonné au - Mont-Valérien, lors du coup d'État du 2 décembre. - -Mme d'Albuféra me mande que rien n'égale la division des familles: les -plus proches s'invectivent, d'anciens amis se brouillent, il n'y a plus -de salon possible. Elle me mande aussi, comme un fait certain, que les -brigands ont saccagé un couvent de femmes en Nivernais. - -Les embarras financiers de la France pourraient bien devenir le nœud -gordien de la destinée du Président. Tout est énigme en ce moment, et la -solution n'a pas plus de vraisemblance pour une chose que pour une autre. -Le point essentiel reste l'extermination des rouges, car ils ruineraient -le pays tout autant, plus même, en y joignant les incendies, les pillages -et les massacres. Puisse le Président les extirper. Parfois, la crainte -du contraire me prend, car c'est une hydre à cent têtes qu'il s'agit -d'abattre. - - -_Sagan, 18 décembre 1851._--J'ai reçu une lettre du duc de Noailles dont -je vais faire quelques extraits: «Au fond, et en prenant l'ensemble de la -situation, l'état de l'Assemblée, la division des partis, l'impossibilité -de la fusion, l'épouvantable organisation du socialisme et des sociétés -secrètes, l'imminence du péril en 1852, l'événement qui s'est accompli -est heureux. C'est ainsi que le sentent tous les esprits réfléchis et -sensés, c'est ainsi que je l'ai senti du premier moment. Il a été -accompli avec une habileté, un ensemble, et dans des proportions qui le -rendent véritablement prodigieux; le 18 brumaire n'est qu'un petit garçon -auprès du 2 décembre. Cet événement, heureux pour le présent, n'est même -pas malheureux pour l'avenir: à mes yeux, l'orléanisme a été à peu près -tué avec la République, et la légitimité est l'héritière directe de la -phase actuelle; seulement, on ne sait pas quand la succession -s'ouvrira... Cela sera-t-il court? - -«Cela pourra être long. Il reste certain que le despotisme militaire -pouvait seul nous tirer de l'état où nous étions, et des dangers que nous -courions. Il faut que ce despotisme dure encore, car le mal est immense -et profond; ce qui se passe dans les provinces le fait bien voir! Il faut -que l'œuvre entreprise s'accomplisse, c'est ce que je ne me lasse pas de -répéter et de faire arriver à ceux qui gouvernent, par les voies qui me -sont ouvertes. Il faut déraciner le socialisme et les sociétés secrètes; -il faut en briser tous les cadres, enlever dans chaque département -l'état-major de ces sociétés, frapper sur tous les chefs aux différents -degrés, terrifier les autres, leur montrer leur impuissance et les -décourager à jamais! On me dit que telle est, en effet, l'intention. - -«Je crois que le Président aura un grand nombre de voix; les légitimistes -et conservateurs voteront pour lui ou s'abstiendront. - -«Les princes d'Orléans, et surtout la Duchesse, sont atterrés; ils -étaient dans la plus complète illusion, surtout sur les sentiments de -l'armée. La Duchesse était convaincue qu'elle serait au premier jour aux -Tuileries. On avait saisi, il y a six semaines (par le moyen d'un -domestique), une lettre de M. Roger du Nord à la Duchesse d'Orléans, où -il lui disait que tout était prêt, que Thiers assurait que dans un mois -tout serait fini, et qu'on était sûr de Changarnier (qui, en même temps, -par parenthèse, se promettait à nous). Le Président a cette lettre. - -«La vie du Président est fort menacée; il s'attend à être tué; il -s'occupe de former d'avance une espèce de gouvernement militaire pour le -cas de cet événement, qui serait bien malheureux pour tout le monde dans -le moment actuel. - -«Il y a, dans les actes du Président, depuis le 2 décembre, une douceur -et des égards très marqués pour le parti légitimiste. Nous verrons la -suite de ces grands événements; c'est le premier pas de fait pour -remonter l'échelle sociale.» - - -_Sagan, 28 décembre 1851._--Les journaux apportent des nouvelles -d'Angleterre: la démission donnée et acceptée de lord Palmerston. C'est -un soulagement universel, et qui déroutera la démagogie autant, pour le -moins, que les coups d'État du Président. Mes vieilles rancunes et mes -indignations subséquentes saluent cette chute ministérielle à cris de -joie. Pourvu qu'elle soit définitive, et que ce méchant brandon soit -éteint pour de bon! Hélas! Cette chute a été tardive: le mal s'est fait -trop longtemps pour n'avoir pas creusé profondément; mais enfin, il vaut -mieux un arrêt tardif qu'une durée indéfinie. - - - - -1852 - - -_Sagan, 1er janvier 1852._--Bon an! Puisse Dieu fermer toutes les -plaies du passé, faciliter le présent et garantir l'avenir, car que sont -tous nos efforts sans la grâce? - - -_Sagan, 5 janvier 1852._--Si lord Palmerston s'est retiré du Cabinet, il -ne l'est pas de la politique, et je ne tiens pas le monstre pour accablé. -Mais du moins cette retraite aura-t-elle eu le mérite de calmer bien des -susceptibilités continentales, de donner une certaine satisfaction à de -justes griefs et de décourager moralement les démagogues d'Italie et de -Suisse. On finit par se conduire en politique comme dans la vie privée, -c'est-à-dire, à se contenter des plus petits acomptes que de mauvais -débiteurs vous apportent. Mais je ne me fais aucune illusion, et je ne -crois encore à aucune durée, à aucun équilibre fixe nulle part. Le -Président a beau rétablir les aigles impériales et faire remeubler les -Tuileries, il n'en est, pour cela, pas plus définitivement établi que -l'Europe n'est sauvée. Depuis 1793, le plus long régime en France n'a pas -duré dix-huit ans accomplis. - - -_Sagan, 13 janvier 1852._--D'après ce qu'on m'écrit, Paris doit être -vraiment fort curieux en ce moment. Il paraît que Mme de Lieven y tient -salon comme par le passé, qu'elle n'arbore aucun drapeau, et que son -salon reste terrain neutre pour tous. Il me semble difficile cependant -qu'il ne se soit pas modifié. J'y ai vu au printemps dernier Molé, -Berryer, Falloux, Changarnier, etc., qui sont tous ou boudeurs ou -éparpillés. - - -_Berlin, 20 janvier 1852._--Je suis ici depuis trois jours. La Reine, -avec laquelle j'ai eu l'honneur de causer hier, m'a dit que la -Grande-Duchesse Stéphanie allait à Paris; puis, elle m'a paru regretter -que lady Douglas, à laquelle elle s'intéresse beaucoup, ait pris une -attitude secondaire auprès de la princesse Mathilde, qui n'est pas en -trop bonne odeur ici. - -Le ministre de Russie, avec lequel j'ai dîné hier, m'a raconté que le -Président se plaignait du salon de Mme de Lieven comme lui étant fort -hostile, et que la princesse Mathilde en avait fait une scène au jeune -d'Oubril. - - -_Berlin, 22 janvier 1852._--La Cour a commencé hier la série des fêtes -qu'elle compte donner deux fois par semaine jusqu'au Carême. Hier, -c'était un très beau concert dans la salle Blanche, qui s'y prête si -bien, les femmes en grand habit, le tout très noble; les chœurs du -_Prophète_, dirigés par Meyerbeer, d'un grand effet. - - -_Berlin, 26 janvier 1852._--Les dernières nouvelles de France ne -plaisent pas ici. Les mesures de rigueur prises contre la famille -d'Orléans et l'avènement, à cette occasion, de Persigny au Ministère -semblent des fautes graves, dans l'intérêt même du Président[37]. - - [37] Le 22 janvier, le Prince-Président avait fait publier le - fameux décret qui confisquait les biens de la famille d'Orléans. - Ce décret, appelé _le premier vol de l'aigle_, ne fut pas sans - rencontrer quelque désapprobation dans l'entourage même du chef - de l'État. M. de Morny et M. Fould refusèrent de le signer et, - après deux jours de discussion, donnèrent leur démission. M. de - Persigny remplaça alors M. de Morny à l'Intérieur. - - -_Berlin, 28 janvier 1852._--Hier au soir, on a représenté des tableaux -vivants chez M. de Manteuffel. Toute la Cour s'y trouvait et le Roi m'a -fait l'honneur de me dire qu'il venait d'apprendre, par dépêche -télégraphique, que le ministre de France ici, M. Lefebvre, était rappelé -pour faire partie du Conseil d'État. Son successeur n'est point encore -connu. On est fâché, ici, du rappel du petit homme; il s'est tenu -tranquille, il n'a été ni importun, ni désagréable à personne, et -l'inconnu est rarement rassurant. Le successeur, quel qu'il soit, -trouvera d'ailleurs une fort mauvaise disposition, provoquée par les -mesures Persigny, qui sont autant de fautes et de vilenies. M. de -Manteuffel m'a assuré savoir par voie certaine que M. de Morny ne s'était -pas retiré devant la mesure anti-orléaniste, mais parce que son ton de -maire du palais était devenu insupportable au Président. En attendant, M. -de Morny se donne les airs d'être la victime chevaleresque de Persigny. - - -_Berlin, 30 janvier 1852._--Je suppose que la Grande-Duchesse Stéphanie -sera peinée des derniers actes de son neveu et qu'elle les désapprouvera -complètement. J'aurais compris que le Prince-Président obligeât les -Princes d'Orléans à tout vendre dans le délai d'un an; mais la -confiscation! Berryer a proposé de plaider pour les Princes, dans cette -question: c'est habile et de bon goût. Malheureusement, il paraît que le -récri contre cette spoliation ne s'élève que dans les salons, mais que -les masses inférieures trouvent la mesure d'autant meilleure qu'on dit -vouloir leur en appliquer les bénéfices matériels. Quelle confusion dans -ce triste monde plus ou moins partout! Quelle en sera l'issue ou plutôt -quelle en sera la fin? Vivrons-nous assez pour y atteindre? Je ne le -pense pas, pour ma génération du moins. - - -_Berlin, 3 février 1852._--Mes lettres de Paris font une triste peinture -des salons. Ainsi, il n'y en a pas d'ouvert dans la société française, -excepté celui de M. Molé, devenu légitimiste pur. Depuis les décrets de -confiscation des biens d'Orléans, la princesse de Lieven ne sait plus -quel drapeau déployer, ni quel langage tenir. Il paraît, du reste, que le -décret a été modifié pour le caveau de Dreux, rendu à ceux qui y ont -versé tant de larmes, mais si on rend ainsi les morts aux vivants, on -réduit ceux-ci à une gêne extrême, qui gâtera singulièrement leur -existence. En attendant, Jérôme Napoléon est nommé Président du Sénat, -avec deux cent mille francs de traitement, le Luxembourg pour palais -d'hiver, et le château de Meudon pour résidence d'été. Chaque ministre a -cent mille francs d'appointements. - -Au bal des Tuileries, il y a eu querelle de préséance, _dans la famille -impériale_, la princesse Mathilde furieuse du pas accordé à la marquise -de Douglas. Le sang corse n'est pas assez refroidi pour que, pendant la -durée du _règne_, il n'y ait pas quelque _vendetta_ à redouter. - -M. Nothomb m'a dit que le Roi des Belges avait formellement protesté -contre la spoliation de l'héritage maternel de ses enfants. - - -_Berlin, 6 février 1852._--Une dépêche télégraphique a apporté hier la -nouvelle qu'on avait tiré sur la Reine d'Espagne, et qu'elle avait été -blessée[38]. En même temps, M. de Manteuffel disait que tous les rouges -expulsés de France s'étaient concentrés en Espagne et en Italie, que les -meurtres s'y multipliaient et que tous les gouvernements étaient avertis -qu'il existait un vaste complot pour tuer tous les souverains. J'ai su -d'ailleurs, par une excellente source, qu'il y a eu déjà deux tentatives -contre la vie du Prince-Président, et que l'un des assassins était un -soldat. A chaque fois, on les a fusillés sur-le-champ, et on n'en a pas -fait mention dans le public. C'est assurément le plus court, le plus sûr -et le plus habile. - - [38] Le 2 février, six semaines après la naissance de sa fille - aînée, la Reine Isabelle se rendait, pour la cérémonie de ses - relevailles, à l'église d'Antocha, quand un prêtre du nom de - Martin Merimo se précipita sur elle, lui porta vivement un coup - de couteau dans le côté droit, au-dessous de la hanche, et avec - tant de force que la lame coupa une baleine de son corset, et fit - une blessure d'à peu près dix pouces de profondeur. L'assassin - était un ancien moine connu pour son exaltation démagogique. Il - avait autrefois déjà menacé les jours de Ferdinand VII. Frappé - alors d'exil, il avait passé plusieurs années en France et en - Belgique et, depuis huit ans, il avait été autorisé à rentrer en - Espagne. Condamné cinq jours après sa tentative d'assassinat sur - la Reine, il dut subir la peine du _garote_ et fut exécuté le 7 - février. - -Quand on regarde l'Europe, on se dit plus que jamais que tout projet est -insensé et qu'entre les chances habituelles de la vie humaine, il y a, -moins que jamais, un lendemain à la veille. - -Pourquoi serait-ce lord Normanby qui serait la vraie cause du renvoi de -lord Palmerston[39]? On dit que lord Normanby cherche à être gouverneur -des Indes. - - [39] Après le coup d'État du 2 décembre, lord Palmerston, alors - ministre des Affaires étrangères, avait envoyé à lord Normanby, - représentant de l'Angleterre à Paris, une dépêche officielle où - il lui prescrivait de continuer comme par le passé les relations - avec le Gouvernement français, la Reine ne voulant point paraître - intervenir en rien dans les affaires intérieures de la France. - Mais, sans consulter ses collègues, et dans une conversation avec - l'ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (qui la - rapporta immédiatement à Paris), lord Palmerston exprima sa - satisfaction du coup d'État. Cette contradiction entre les - instructions officielles et le langage de son ministre direct mit - lord Normanby dans une situation embarrassante. Il écrivit à lord - John Russell, président du Conseil, pour s'en plaindre. Lord John - Russell demanda des explications à lord Palmerston, qui garda - d'abord le silence et donna ensuite une réponse qui ne parut pas - suffisante. Le Président du Conseil demanda alors à lord - Palmerston sa démission et le remplaça au portefeuille de - l'Extérieur par lord Granville. - -J'ai une lettre intéressante, qui dit ceci: «A Londres, personne ne -prévoit encore quelle sera l'issue des premiers débats du Parlement. Lord -John Russell se montre fort assuré de pouvoir se maintenir; lord -Granville de même; lord Palmerston se montre calme et silencieux, mais -lady Palmerston est furieuse; elle lui reproche _son calme_, qu'elle -excuse cependant en disant que cela tient à son _angélique_ caractère, -qu'il est incapable d'aigreur, ni de rancune. - -«La Reine d'Angleterre est furieuse contre Louis-Napoléon et ses décrets -de spoliation.» - - -_Berlin, 8 février 1852._--Une lettre de Paris me dit ceci: «L'ennui et -la curiosité de Mme de Lieven sont satisfaits par l'étrangeté du temps -actuel; elle est drôle à entendre parler sur le règne de M. Guizot, qui -n'en reste pas moins attaché à son char et qui avale des couleuvres en -plus grand nombre que la nature n'a pu en produire; il se dédommagera à -l'Académie demain; c'est là le cimetière des beaux esprits du jour[40].» - - [40] Allusion au discours que M. Guizot prononça le 5 février - 1852, jour où le comte de Montalembert fut reçu à l'Académie - française. - - -_Berlin, 14 février 1852._--Voici l'extrait d'une lettre que j'ai reçue, -et qui a quelque valeur sur les questions anglaises: «J'espère que vous -avez lu les débats de notre Parlement. Vous serez satisfaite de voir que -lord John a tellement mis lord Palmerston dans son tort. Palmerston a -manqué son essai de justification et le déplaisir qu'il a causé à la -Reine est devenu bien patent. Sa carrière avec les Whigs est finie à tout -jamais. Il paraît que le parti radical est aussi dégoûté de lui, à cause -de l'approbation qu'il a exprimée des œuvres despotiques de -Louis-Napoléon. L'impression générale de la Chambre était évidemment -contre lui; son discours a été pâle, son attitude embarrassée. - -«La déclaration de lord Derby de ne vouloir rien céder sur le -protectionnisme empêchera toute coalition avec les Peelistes et laisse -l'opposition tout aussi divisée que l'année passée, ce qui donnera une -espèce de force factice aux ministres actuels.» - - -_Sagan, 23 février 1852._--Je suis rentrée dans ma retraite, qui est -toute ornée de glaçons. J'aime Sagan, malgré tous ses défauts, sur -lesquels je ne m'aveugle nullement; il m'a coûté trop d'efforts, trop de -sacrifices, pour ne pas avoir, par cela même, acquis du prix à mes yeux. -Puis, j'y ai fait quelque bien, ranimé la contrée, donné de la vie, du -mouvement à la population; ma surabondante activité y a trouvé pâture. -J'ai quelques motifs de croire que j'y suis bien vue, et qu'on y redoute -ma mort comme la fin du monde, c'est-à-dire, comme la fin de ce petit -point, presque imperceptible, du monde. D'ailleurs, j'y ai traversé toute -une vie de l'âme, orages, luttes, secousses; j'y ai ensuite trouvé calme, -méditation, recueillement. La Providence, en m'y conduisant par mille -voies bien détournées, a fait encore preuve, là, de son admirable -habileté, patience et miséricorde. Il est juste que ce soit là aussi que -je lui paye le plus volontiers le tribut de ma reconnaissance. - -Il n'y a pas d'amertume dans mes paroles; pour de la tristesse, c'est -autre chose! Comment n'en éprouverais-je pas là? et ailleurs? et partout? -J'ai eu mari sans vie domestique; j'ai des enfants sans vie matérielle; -j'ai quelques rares amis dont je suis séparée; j'ai eu des guides et des -protecteurs, ils ne sont plus sur la terre; ma santé n'est plus ce -qu'elle a été; mes souvenirs sont souvent fort amers, comme le sont tous -ceux dans lesquels on ne peut fouiller sans buter à chaque pas contre une -erreur, une folie, une déception. J'ai fait, en grand, en petit, en -autrui et surtout en moi-même les plus tristes expériences. Voilà de quoi -justifier toutes les tristesses. Les miennes sont fréquentes, je dirai -même constantes au fond de l'âme, point apparentes dans le monde, moins -comprimées dans la solitude; et voilà pourquoi je leur appartiens sans -partage à Sagan. Et cependant, en y regardant bien, je trouve que si j'ai -autre part plus de distractions, j'ai, à Sagan, plus de consolations. J'y -ai mes pauvres; c'est si bon à aimer, à soigner, précisément parce que -les individus n'entrent pour rien dans l'intérêt qu'ils inspirent. On ne -voit ni leurs défauts, ni leurs qualités, on ne voit en eux que les -membres souffrants de Celui qui s'est immolé pour nos péchés. Plus les -péchés ont été multipliés, et plus il est doux et consolant de soigner -notre Sauveur dans les plaies et misères de ceux que la Providence place -sous nos yeux. - -Il me semble que je viens de montrer mon âme dans tous ses replis, toute -pleine à la fois des meurtrissures que je dois à Satan et des -miséricordes que je dois à Dieu. - - -_Sagan, 29 février 1852._--Je continue à bien m'arranger de ma solitude, -qui me permet de causer sans distractions avec mon curé, sans -interruptions avec mon médecin. D'ailleurs, on a beau ne pas se plaire -dans le monde, en reconnaître le vide et l'illusion, il nous atteint, -quoi qu'on en ait. Il agite l'esprit, il trouble la paix, il obscurcit -l'âme, il la fatigue, il l'épuise; on y perd le gouvernement de soi-même -par mille pauvretés qu'on méprise, et cependant auxquelles on cède. Bref, -on ne reprend tout son équilibre que dans une certaine réclusion, qui, -pour être salutaire, doit, pendant quelque peu de jours du moins, être -absolue. On en sort, et plus douce, et plus armée, plus paisible et plus -forte, plus aimable dans le service des autres, et, cependant, -s'appartenant davantage à soi-même. Voilà ce que je demande à ma -solitude; je voudrais être sûre de l'avoir trouvé. - - -_Sagan, 13 mars 1852._--L'incendie du château à Varsovie donnera de -l'humeur à Saint-Pétersbourg[41]. Une chose qui ne laisse pas d'être -extraordinaire et, par conséquent, remarquée, c'est ce voyage des jeunes -Grands-Ducs de Russie, se rendant, par Vienne (où on leur prépare de -grandes fêtes), à Venise, en passant par Breslau et Dresde, et évitant -Berlin, dont ils ne passent qu'à si extrêmement petite distance, et où se -trouve, comme Roi, leur propre oncle! - - [41] Le palais habité par le général-gouverneur de Varsovie fut, - par suite d'un accident, la proie des flammes dans la nuit du 22 - février/6 mars 1852. A force d'efforts on put, pourtant, en - sauver une partie, ainsi que les archives. Cet ancien palais de - la famille Radziwill avait été vendu en 1821 au gouvernement du - Royaume de Pologne. - - -_Sagan, 4 avril 1852._--Je suis décidée à essayer de passer l'hiver -prochain dans le Midi. Je veux choisir un lieu où ma fille Pauline puisse -venir me rejoindre. J'ai donc arrêté ma pensée sur Nice, que je connais, -où j'ai déjà fait deux séjours agréables, où on vit à bon marché, sans -devoirs de Cour. Le climat, pour qui n'a pas mal à la poitrine, est -excellent, les environs charmants, la mer superbe, les promenades -faciles. Veut-on vivre en ermite? on le peut. Veut-on voir du monde? on y -trouve des échantillons des différents pays de l'Europe, parmi lesquels -on peut choisir. Dans une secousse politique on peut ou s'embarquer -immédiatement, ou passer en une demi-heure en France. Mon intention est -d'être à Nice le 1er novembre pour y rester cinq mois consécutifs. -C'est bien hardi de plonger si avant dans l'avenir, mais j'avoue que je -me suis attachée à ce projet, qu'il me serait pénible d'y renoncer et que -je demande à Dieu de le bénir. - - -_Sagan, 8 avril 1852._--La mort du prince Félix Schwarzenberg est un -événement bien grave pour le jeune Empereur, pour tous les intérêts -autrichiens, et, à mon avis, pour l'Europe entière, car tout ce qui -affaiblit le principe conservateur est fatal, et, assurément, il était un -habile et courageux champion dans la lutte contre le mauvais principe. - - -_Sagan, 13 avril 1852._--On sera fort content à Saint-Pétersbourg du -choix de Buol pour remplacer le prince Schwarzenberg; très mécontent à -Berlin, où sa raideur est, depuis les conférences de Dresde, fort -redoutée. Windisch-Graetz, que j'aime personnellement beaucoup, n'eût pas -convenu à ce poste; ce n'est pas un personnage politique, et, excepté une -petite coterie de famille, tout le monde le juge ainsi. Il paraît que le -prince Schwarzenberg, _qui savait que ses jours étaient comptés_, a -souvent parlé à l'Empereur des éventualités après sa mort, et que c'est -lui qui a désigné Buol pour les Affaires étrangères, Kübeck pour la -présidence du Conseil. - - -_Vienne, 11 mai 1852._--Je suis arrivée à Vienne hier, vers huit heures -du soir, après quinze heures de chemin de fer qui m'ont paru un peu -longues, malgré un beau soleil, qui avait toutes les grâces de la -nouveauté et tout le mérite de l'à-propos. A Brünn, où on s'arrête une -demi-heure, j'ai aperçu le Spielberg, rendu célèbre par Silvio Pellico. -Il domine de fort près la ville et comme on lui a donné, à l'extérieur, -un badigeonnage _rose_, on peut de loin se faire illusion sur le _noir_ -de l'intérieur. Aussitôt après mon arrivée ici, j'ai vu ma sœur. Plus -tard, on m'a raconté qu'il n'était question que de la belle revue du -matin: trente mille hommes de troupes superbes ont été montrées à -l'Empereur de Russie. Le jeune Empereur d'Autriche a commandé lui-même -toute la revue. Il doit y avoir ce matin des exercices à feu; après -dîner, promenade élégante de tout le beau monde au Prater où les deux -Empereurs se montreront ensemble[42]. - - [42] Cette entrevue des deux souverains n'avait d'autre but, pour - l'Empereur Nicolas, que de rendre à l'Empereur d'Autriche, dans - sa capitale, les deux visites que le Monarque lui avait faites à - Varsovie. - -L'Empereur Nicolas est allé, en personne, voir Jellachich et le prince -Windisch-Graetz; ce dernier lui a présenté ses cinq fils, tous les cinq -dans l'armée. - - -_Vienne, 15 mai 1852._--Avant-hier, j'ai eu mon audience chez Mme -l'Archiduchesse Sophie, très longue, très gracieuse, très _intéressante_. - -Le comte de Nesselrode avait désiré me voir; nous avons pris rendez-vous -dans le cabinet de Mme de Meyendorff; autre conversation fort -intéressante dont j'espère ne pas perdre le souvenir. - -J'ai aussi été chez la Princesse Amélie de Suède, qui m'a beaucoup -questionnée sur sa nièce Caroline[43]. J'en ai dit tout le bien que j'en -pense. - - [43] La Princesse Royale de Saxe. - -J'ai passé une heure entre le prince de Metternich et sa femme, car -celle-ci ne permet jamais de voir le premier seul. Je pourrais rendre mon -récit bien plus intéressant, mais sous de certains courants d'air la -plume se paralyse. - - -_Vienne, 17 mai 1852._--C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de M. -de Talleyrand. Ce jour rappelle de grandes épreuves, de grandes -consolations, des larmes de regret et d'espérance. - -M. et Mme de Metternich ayant mis une insistance particulière à ce que je -dînasse chez eux, j'y ai dîné hier. Il a été question de M. de -Talleyrand; et, à cette occasion, M. de Metternich s'est fort bien -expliqué sur mon oncle. Il a dit et répété que, sans avoir toujours été -de son avis, sans avoir approuvé tous les actes de son existence, il -l'avait toujours trouvé d'une grande douceur, d'un grand agrément dans -le commerce; plein de véritable et naturelle bienveillance, incapable -d'une noirceur, encore moins d'une cruauté; sans fiel, sans rancune, -fidèle à ses amis, fidèle à sa patrie, bon Français et incapable de -trahir, pour un vil intérêt, ceux de la France. M. de Metternich s'est -tout autrement exprimé sur M. de Chateaubriand, dont il a fait un -portrait affreux, et qui m'a semblé parfaitement ressemblant. - -Les nouvelles de Berlin ne sont pas bonnes; les crises ministérielles et -parlementaires sont imminentes; la position de Manteuffel intolérable; -Gerbach, l'aide de camp, donne sa démission; le comte de Stolberg est -abreuvé de chagrin; le Prince de Prusse _antinobiliaire_; l'Impératrice -de Russie inquiète, agitée, désolée; l'Empereur Nicolas qui, de Myslowitz -à Cosel, a été tellement de glace que le Roi de Prusse a fait semblant de -s'endormir parce qu'il n'y avait plus moyen d'y tenir; l'Empereur, -dis-je, a dû arriver hier à Potsdam, et Nesselrode également. On s'attend -à être, pendant les six jours que durera cette visite, dans l'eau -bouillante. L'Empereur Nicolas a dit ici, au moment de son départ, à tout -son entourage russe qu'il a rassemblé _ad hoc_: «_Messieurs, je vous -défends, sous peine de ma disgrâce, de mettre le pied dans cette infâme -ville de Berlin, pendant mon séjour à Potsdam._» L'Empereur, qui souffre -du foie, et qui a des vomissements de bile à chaque émotion désagréable, -a dit ici à quelqu'un de qui je le tiens sans intermédiaire: «_Vous -verrez que mes vomissements me reprendront à Potsdam, et que j'y tomberai -malade._» Ici sa disposition a été toute différente; il n'y a eu que -tendresses et effusions paternelles entre le Czar et le jeune Empereur. - - -_Sagan, 22 mai 1852._--Me voici rentrée dans mes foyers. - -On me mande de Berlin que l'Empereur de Russie a concentré toutes ses -tendresses fraternelles sur la Reine de Prusse, qui, du reste, les mérite -parfaitement. Il paraîtrait, néanmoins, que les sollicitations et les -palpitations ravivées de l'Impératrice ont obtenu que son auguste époux -se rendit à Berlin pour des manœuvres, l'Opéra, et un grand dîner au -Château. - - -_Sagan, 26 mai 1852._--J'ai reçu une invitation officielle pour assister -à l'ouverture du _Palais de Cristal_ de Breslau, qui a lieu après-demain. -Je voudrais pouvoir m'y rendre, afin d'y voir en lumière les industries -saganaises, auxquelles on a accordé des places excellentes, dans l'idée -de m'allécher. Le Roi et la Reine ne s'y rendront que le 9 ou le 10 du -mois prochain, et coucheront probablement ici le 8. - - -_Sagan, 30 mai 1852._--C'est le 8 juin que m'arrive le flot royal; le 9 -on va à Breslau, dont je suis revenue hier, très satisfaite de ce qu'une -province si peu en renom de civilisation ait produit de belles et bonnes -choses; le tout arrangé de fort bon goût, avec intelligence et une sorte -de grandeur, eu égard à notre position géographique, à nos rares -débouchés et à la misère des temps. - -Mon pauvre Cardinal est bien malade, il s'est réfugié à la campagne; il -paraît que le coup que lui a porté l'animal furieux qui l'a terrassé -l'automne dernier est la cause, longtemps cachée, de ses souffrances -actuelles[44]. - - [44] Mgr Diepenbrock, Prince-évêque de Breslau, mourut le 19 - janvier 1853. Deux années auparavant, Son Éminence avait été - poursuivie et attaquée, dans la montagne du Johannisberg, par une - vache furieuse, excitée par la vue de la soutane rouge du - Cardinal, qui ne se remit jamais de cet accident. - -L'Empereur de Russie a failli périr par un accident de chemin de fer -entre Myslowitz et Varsovie. Le train a déraillé sur territoire russe; -plusieurs personnes de la suite ont été blessées, mais l'Empereur est -sain et sauf. - -Le 26 au soir, à la fête donnée au Babelsberg pour l'anniversaire qu'on -célébrait ce jour-là, un orage, une trombe d'eau, des éclairs furieux ont -fondu sur tous les augustes promeneurs, tout au travers d'une course en -voitures ouvertes; la foudre est tombée deux fois devant celle où se -trouvait l'Impératrice, elle en a eu des défaillances; bref, on m'écrit -que le tout a été ce qu'on peut imaginer de plus déplorable. - - -_Sagan, 10 juin 1852._--Avant-hier, Leurs Majestés, accompagnées de Mme -la Grande-Duchesse douairière de Mecklembourg-Schwerin, sont arrivées ici -à deux heures de l'après-midi. J'avais été à leur rencontre. Après un peu -de repos et une grande toilette, long dîner, conversation après le café, -toilette de promenade, thé pris dans le haut du parc, sous une tente -dressée exprès et fort ornée. Après quoi, longue tournée dans le parc, en -totalité illuminé, mi-partie en ballons de couleurs, mi-partie en -lampions brillants; chaque dix minutes des feux de Bengale colorés. Des -bandes de musique sur l'eau dans des bateaux illuminés, des chants, des -fusées; bref, c'était très beau, je dois en convenir. L'église de -Sainte-Croix s'est produite dans une mer de feux rouges; le temps -superbe, plus de huit mille personnes circulant librement partout, foule -tranquille et respectueuse, et cependant faisant entendre de _bons_ cris. -Toute la caravane royale dans huit voitures à moi, parcourant au pas -toute cette étendue. On est rentré souper au milieu des livres et des -gravures; après quoi, toute la ville, les corporations diverses, -bannières flottantes, transparents allégoriques, se sont placées sur la -place du Château en _Fakel-Zug_[45]. Le Roi s'est fait présenter tous mes -petits protégés du gymnase. La bonne humeur, la bonne grâce ont été -parfaites. La Reine surtout, avant tout, par-dessus tout, d'une gaieté, -bonté, abandon de conversation comme je ne me doutais pas qu'elle pût -être. - - [45] Cortège accompagné de torches enflammées. - - -_Sagan, 16 juin 1852._--C'est le Prince de Hesse, ex-gendre de l'Empereur -Nicolas, qui épouse la Princesse Anna de Prusse. Elle devra vivre à -Cassel dans les plus désagréables relations de famille, avec un mari qui -ne semble pas rassurant. Il doit hériter de l'Électorat, ce qui suffit à -le rendre odieux à l'Électeur actuel qui est un très méchant homme. Il a -négocié partout pour que ses enfants morganatiques fussent reconnus ses -successeurs, mais partout il a échoué. L'avenir de la Princesse Anna fait -naître bien des appréhensions; mais elle a beaucoup d'esprit, beaucoup de -volonté, cela aide. - -J'ai lu l'article de Cousin sur Mme de Longueville dans la _Revue des -Deux Mondes_, et j'en ai été ravie. Il m'est venu à la pensée que des -allures chrétiennes avaient échappé au voltairien[46], tant il est vrai -qu'il n'y a pas moyen de rester profane quand on touche au _grand -siècle_. Aussi, je voudrais m'y plonger et délaisser toute autre lecture. - - [46] Victor Cousin, le père de l'éclectisme, après avoir erré - plus de quarante ans sur tous les grands chemins de la pensée, - sans dresser sa tente nulle part, finit par renoncer à la - philosophie pour se donner à la littérature et à l'érudition, - disant qu'après tout, la philosophie se réduisait à la morale. - Or, d'après lui, la morale ne différait pas de la religion, et la - religion, c'était le christianisme. Le voltairien s'était ainsi - créé une religion intellectuelle, qui explique l'esprit de ses - derniers ouvrages sur le dix-septième siècle. - - -_Günthersdorf, 18 juin 1852._--Humboldt m'a prêté un livre que j'ai lu -hier: _L'Orléanisme, c'est la révolution_. On dit qu'il fait effet, et je -le crois. Ce n'est pas qu'on ne puisse en partie le controverser, mais il -y a des faits, des rapprochements, des résultats habilement et clairement -établis, impossibles à nier. Puis il y a, à la suite, des pièces, -lithographiées sur originaux, frappantes. Je regrette, pour la pauvre -Reine Marie-Amélie, que l'amertume ne lui en soit pas épargnée. - - -_Lœbichau, 30 juin 1852._--Je suis auprès de ma sœur. Elle est fort -triste et moi très abattue; à nous deux, nous ne nous sommes pas -importunes, parce que nous ne contrastons pas dans nos dispositions -d'âme. Les mille et une souvenances d'enfance et de jeunesse ensevelies -dans les tombeaux, et qui, ici, semblent nous faire appel, ne laissent -pas que de mettre les cordes les plus sensibles en jeu. Ma sœur et moi -nous nous sentons sur la pente rapide qui nous conduit là où reposent -ceux qui remplissaient jadis brillamment des lieux devenus si solitaires. -Les vieux serviteurs qui restent gardiens de ces déserts en font encore -plus apercevoir le vide, ou, pour mieux dire, la vétusté. - - -_Carlsbad, 4 juillet 1852._--Mme Alfred de Chabannes m'écrit de -Versailles: «La position de Mme la Duchesse d'Orléans en Suisse deviendra -affreuse. Ses beaux-frères négocient maintenant avec le Comte de -Chambord, qui, dégoûté et blessé, demande des garanties. Les jeunes -Princes ne consultent plus leur belle-sœur; elle sera forcée de les -suivre plus tard, en attendant, elle se place dans un vrai guêpier. Le -duc de Montpensier, arrivant d'Espagne, est le plus spirituel et le plus -actif; il a fait changer les voies; c'est lui qui mène mère, et frères, -et sœur; aussi Mme la Duchesse d'Orléans ne l'aime-t-elle guère.» - - -_Carlsbad, 14 juillet 1852._--M. de Flavigny, venant de Paris, et qui a -passé vingt-quatre heures ici, dit que la santé du Président inquiète ses -amis. Il a, dit-on, un tempérament épuisé, et parfois, des somnolences -étranges. - -Changarnier et Lamoricière, qui ont vu la Duchesse d'Orléans en Belgique, -lui ont, à ce qu'il paraîtrait, fortement parlé pour la fusion. Je -suppose qu'en Suisse elle entendra d'autres sons qui lui paraîtront plus -harmonieux. - - -_Carlsbad, 18 juillet 1852._--Voici deux faits dont l'exactitude m'est -certifiée. Le Gouvernement français a trouvé très mauvais les honneurs -rendus sur le territoire belge à Mme la Duchesse d'Orléans; il en a fait -porter plainte, et on s'est confondu en excuses, disant que le maire de -Liège entre autres avait agi sans ordres. En outre, l'Ambassadeur de -France à Londres a reçu ordre de ne point se rendre à l'audience -diplomatique que la Duchesse de Montpensier a donnée comme Infante -d'Espagne au Corps diplomatique de Londres. L'Ambassadeur d'Espagne a -fort ressenti ce procédé, et a déclaré qu'il ne mettrait plus le pied à -l'Ambassade de France. - - -_Teplitz, 2 août 1852._--La comtesse de Hahn-Hahn m'a écrit une lettre -inattendue, dans laquelle elle m'annonce se dépouiller de tout ce qu'elle -possède. Elle donne toute sa fortune à l'établissement du couvent du -Bon-Pasteur, à Mayence, dans lequel elle prendra le voile[47]. Mais cette -fortune ne suffit pas; elle quête pour achever cette œuvre, et elle -commence par moi. Cette lettre figurera dans ma collection -d'autographes, et c'est ce que j'en aime le mieux. - - [47] La comtesse de Hahn-Hahn prit en effet le voile en novembre - 1852. - -J'ai reçu aussi une lettre de la comtesse Mollien. Elle est en -Angleterre, auprès de la Reine Marie-Amélie, et fait des tournées -intéressantes avec cette Reine douée d'une force physique extraordinaire -et d'une activité que le malheur ne peut détruire. - -Le duc d'Aumale a acheté une propriété en Angleterre; je crois que c'est -la maison que ses parents habitaient jadis à Twickenham. Il s'y établira -à l'automne avec sa belle-mère[48], qui est venue rejoindre sa fille. Le -prince de Joinville partira à l'automne avec femme et enfants pour -l'Espagne; peut-être sa mère sera-t-elle du voyage. Les Nemours restent à -Claremont. On paraît être là fort ignorant des projets de Mme la Duchesse -d'Orléans. - - [48] La Princesse de Salerne. Elle était fille de François II, - Empereur d'Autriche. - - -_Teplitz, 10 août 1852._--Sans nier l'incontestable talent de Mlle -Rachel, qui est maintenant à Bade, sa belle prononciation, sa physionomie -expressive, ses gestes gracieux, ses inspirations heureuses, je dois dire -qu'_elle ne ma jamais entraînée_. Elle est trop étudiée; tout est calculé -à l'avance, minutieusement calculé; et la preuve, c'est qu'elle joue -chaque rôle toujours de la même manière; même geste, même intonation, -même accent, même cri placé au même instant. C'est une page _notée_, et -c'est là aussi ce qui fait qu'à la seconde ou troisième fois qu'on l'a -vue dans le même rôle, elle paraît extrêmement monotone. Mais ce sont de -ces aveux qu'il ne faut faire qu'à huis clos. Quant à la comédie, dans -laquelle je l'ai vue aussi s'essayer, elle m'a déplu; elle y est sèche et -trop risquée à la fois, à cent pieds au-dessous de Mlle Mars, dont la -grâce, le bon goût et les nuances fines étaient si remarquables. - - -_Teplitz, 18 août 1852._--La rentrée de l'Empereur d'Autriche à Vienne a -été quelque chose de merveilleux[49]. La Capitale a voulu effacer, par -cette réception, les mauvais souvenirs de 1848, et ne pas rester en -arrière des ovations de la Hongrie. Au débarcadère, il y avait soixante -mille personnes rassemblées autour de l'estrade préparée où le Corps -municipal a harangué l'Empereur. Toutes les corporations ont fait haie -jusqu'à l'église Saint-Étienne; les maisons étaient pavoisées, les -fenêtres se payaient jusqu'à cent francs chacune; les dames qui les -occupaient étaient en brillantes toilettes. Sur la place Saint-Étienne, -le Métropolitain, croix en tête, harangua Sa Majesté, entourée non -seulement de tout le clergé régulier de la ville, mais encore de toutes -les communautés religieuses, si nombreuses à Vienne. _Te Deum_ ensuite -dans la cathédrale. Il faisait obscur quand on est sorti, car il était -déjà six heures du soir quand l'Empereur était arrivé au débarcadère. En -sortant de l'église, il a trouvé Vienne _nageant_ dans la lumière, de -toutes les tours des différentes églises, des feux de Bengale. Tous les -édifices publics et privés illuminés _a giorno_, devises, transparents, -cris, vivats, applaudissements, rien n'y a manqué. Le jeune Empereur a -passé deux heures à se promener, en calèche découverte, dans les rues, -toujours au pas, à cause de la foule qui se pressait autour de la -voiture. - - [49] L'Empereur François-Joseph était rentré solennellement dans - sa bonne ville de Vienne le 14 août 1852, après avoir fait en - Hongrie une grande tournée, qui avait achevé la pacification de - son Empire, dont les Madgyars avaient été sur le point de se - détacher par la révolution de 1849. - - -_Sagan, 2 septembre 1852._--J'ai quitté Teplitz, à tout prendre, contente -de l'effet des bains et douches, et satisfaite du repos et de l'air doux -et léger de cet agréable lieu. Je suis rentrée hier dans mon _home_ où -j'ai trouvé tout en bon ordre. - -On m'écrit que le Président donne à Saint-Cloud des fêtes à la Louis XIV. -Il y a des loteries de bijoux pour les dames, où la princesse Schœnbourg -a gagné une bague en pierreries valant cinq cents francs. Je ne sais si, -à sa place, cela me plairait. - - -_Sagan, 18 septembre 1852._--La mort du duc de Wellington m'a saisie -péniblement. Je lui étais restée fort reconnaissante de son fidèle -souvenir pour mon oncle, et de sa constante bienveillance pour moi. Comme -notre misérable époque va s'appauvrissant! Les derniers astres -s'évanouissent, pour rendre les ténèbres de plus en plus profondes. - - -_Sagan, 26 septembre 1852._--La France va donc devenir _impériale_. Mme -la Duchesse d'Orléans l'aura bien voulu, et j'avais bien raison de lui -dire à Eisenach: «_Madame, vous jouez le jeu du Président._» Du reste, -cette France, si près l'année dernière d'entendre crier: _Vive la -République démocratique et sociale_, s'égosille à présent, par terreur, à -crier: _Vive l'Empereur!_ Du moins, si Louis-Napoléon étouffe le monstre -du socialisme, il faudra reconnaître en lui, une fois de plus, le doigt -sauveur de la Providence[50]. - - [50] Quelque temps après la session législative, le - Prince-Président se mit à visiter une partie de la France. Le 20 - septembre, il inaugurait à Lyon une statue de Napoléon Ier, se - rendait ensuite à Marseille, à Bordeaux où il prononçait dans un - discours ces paroles célèbres: _l'Empire, c'est la paix_. A son - retour à Paris, il fut accueilli aux cris de _Vive l'Empereur_; - des députations se rendirent auprès de lui, lui demandant de - céder aux vœux du peuple, en reprenant la couronne du fondateur - de sa dynastie. Cédant à cette pression de l'opinion publique, il - consulta le Sénat qui s'empressa de répondre à cet appel en - proclamant l'Empire, par quatre-vingt-six voix sur - quatre-vingt-sept votants, le 7 novembre 1852, et son - sénatus-consulte fut soumis à la ratification du peuple. Un an - après le coup d'État, Louis Bonaparte était proclamé Empereur - sous le nom de Napoléon III, à Saint-Cloud, en présence du Sénat - et du Corps législatif. - - -_Nuremberg, 19 octobre 1852._--Après avoir passé quelques jours à -Potsdam, j'en suis partie le 17 après-midi pour aller coucher à Leipzig, -et hier j'ai fait, en quinze pénibles heures de chemin de fer, le long et -ennuyeux trajet de Leipzig ici, par une gelée blanche qui ne s'est pas -même évanouie devant un tardif et pâle soleil. La jolie et intéressante -contrée s'apercevait à peine à travers les fenêtres ternies. Je resterai -aujourd'hui ici pour rafraîchir mes souvenirs de Nuremberg. Demain, je -compte être à Munich, puis me diriger sur Nice. - - - - -1853 - - -_Nice, 5 janvier 1853._--Je trouve, dans une lettre de Paris, de Mme -Louis de Talleyrand, une phrase qui me paraît juste: «On respire ici sous -l'oppression, tant l'anarchie a fatigué, mais on en prévoit le retour, et -la tristesse domine, au fond, tous les esprits non officiels.» - -J'ai achevé les _Mémoires_ de Cosnac. Si des deux volumes on en faisait -un seul, il pourrait être des plus piquants, car il s'y trouve quelques -coins de coulisses qui n'étaient point encore venus jusqu'à nous. Puis -l'auteur était évidemment un esprit fin, prompt, vif, original, hardi, -libre d'allures, par hauteur plus que par licence, ce qui le plaçait -presque au niveau de ceux de qui dépendait sa fortune. La charmante -Henriette d'Angleterre y paraît sous le jour le plus touchant[51]. - - [51] Cosnac, nommé évêque de Valence par le cardinal Mazarin et - appelé plus tard à l'archevêché d'Aix, fut aumônier de - _Monsieur_, frère de Louis XIV. Il joua un rôle actif lors de - l'Assemblée du Clergé en 1682, et il laissa des _Mémoires_ qui ne - furent publiés qu'en 1852, par le comte Jules de Cosnac, pour la - Société de l'Histoire de France. - -Mes lettres de Berlin disent que, pour la politique générale, le voyage -de l'Empereur d'Autriche y a fait merveille, mais que pour la question -douanière elle n'a pas fait un pas. La cuisine parlementaire qui se fait -en ce moment à Berlin y cause une grande agitation; on en est ému et -inquiet. - - -_Nice, 8 janvier 1853._--Dans _l'Indépendance_ du 3 janvier se trouve la -liste officielle des sénateurs: Mouchy, La Rochejaquelein et Pastoret -étonnent! La Maison Impériale y est aussi; du moins, est-elle toute prise -dans les sommités bonapartistes, il n'y a rien à y reprendre. - -Mon fils Alexandre[52], qui est arrivé hier, et la poste m'ont apporté de -Paris une quantité de lettres, dont je vais donner quelques extraits: 1º -«Ici on se querelle, on se boude, l'hiver est triste; notre pauvre -société française n'existe plus; il n'y a plus un salon possible; chacun -vit dans son coin. Vous aurez vu les noms des grandes et premières -charges avec leurs énormes cumulants, traitements, dans les gazettes. -Voici ceux des chambellans: MM. de Flamarens, d'Arjuzon, de Quitry, -Walsch, de Belmont, et quelques autres encore que j'oublie en ce moment. -Chaque chambellan aura un traitement de dix mille francs. Il n'y aura -plus de Clichy pour les sénateurs, leur prison sera le Luxembourg.» - - [52] Le duc de Dino. - -2º «Vous aurez vu les grandes charges de la Maison Impériale. Elles ont -amené la démission de sénateur du prince de Wagram, qui s'attendait à -être Grand-Veneur, son père l'ayant été sous l'Empire, et le fils -connaissant mieux que personne la vénerie. - -«La société est intenable. L'aigreur réciproque de chaque fraction, à son -comble, l'anathème contre MM. de Pastoret et de La Rochejaquelein presque -unanime. - -«M. Molé est revenu accablé et dérouté de Champlâtreux. - -«Depuis que les journaux n'osent plus rien dire, les faux bruits nous -inondent: je ne vous donne donc pas pour certain que c'est le duc de -Guiche qui ira à Berlin remplacer M. de Varennes, M. de Béarn allant à -Bruxelles, ce qui mécontente les Broglie.» - -3º «Les lettres de créance du ministre de Prusse ont tardé à arriver -jusqu'il y a six jours. On en était de bien mauvaise humeur ici, et on le -montrait d'une façon bien gauche. Les lettres envoyées à M. de Kisseleff -ne contenaient pas les mots: _Monsieur mon frère_, tandis que celles de -l'Autriche et de la Prusse les portaient. L'ordre était donné aux -ministres de ces deux Puissances de ne remettre leurs lettres que si -celles de Russie étaient acceptées, et on ne voulait pas les recevoir. -Cependant, tout s'est arrangé, Kisseleff vient de remettre les siennes, -les autres le seront demain.» - -4º «Rien ne peut vous donner une idée de ce qu'a été le séjour de la -_Cour Impériale_ à Compiègne. Entre autres, on y a joué des charades en -action. Sur le mot _curé_, par exemple, les dames, à quatre pattes, -faisaient les chiens, etc. - -«L'Empereur est décidément fort amoureux d'une Espagnole, Mlle de -Montijo. Il lui a montré la couronne impériale préparée pour -l'Impératrice. On dit ce joyau splendide. Pour le faire valoir, -l'Empereur a voulu que la belle Espagnole l'essayât, à quoi elle s'est -prêtée sans difficulté, accueillant même ce que cet augure pouvait avoir -de personnel pour son avenir. - -«Il paraît que les trois Cours du Nord reconnaissent le fait impérial, -mais non comme provenant d'un droit hérité, ni même transmissible par -héritage: _Napoléon élu Empereur par la nation_, voilà tout. -Louis-Napoléon a reçu officieusement communication de cette rédaction à -Compiègne; ayant au premier moment comprimé l'impression qu'elle lui -faisait, le soir l'effet a éclaté par de violentes attaques de nerfs et -de colère, pendant lesquelles il menaçait de faire immédiatement entrer -l'armée française en Belgique. On a fait chercher au plus vite les -Ministres pour le calmer. Ils y sont parvenus avec peine. C'est là le -vrai de cette indisposition qui l'a retenu à Compiègne, au delà du -premier terme fixé pour la durée de ce séjour.» - - -_Nice, 11 janvier 1853._--J'ai reçu hier une très affectueuse lettre de -la Reine Marie-Amélie, en réponse à une lettre de bonne année. Elle m'est -parvenue par Mme Mollien, qui était chargée de me la faire arriver. -Celle-ci me mande que Mme la Duchesse d'Orléans était allée, avec ses -enfants, passer les fêtes de Noël et du jour de l'An avec sa sainte -belle-mère; que, depuis, elle est retournée à la belle habitation qu'elle -a louée près de Plymouth; elle s'y ennuie beaucoup, à ce qu'il paraît, -et, au printemps, elle veut changer, non seulement de lieu, mais aussi -de pays. On ne sait point encore celui qu'elle choisira. - - -_Nice, 15 janvier 1853._--J'avance dans la lecture de l'histoire de Louis -XVII[53], si profondément émouvante. Il ne s'y trouve rien de nouveau en -fait de grands événements; les contours extérieurs du quadruple drame du -Temple sont connus de tout le monde; mais des détails curieux dans leur -révélation abondent et remplissent ce cadre de larmes et de sang d'une -manière habile, parce que la vérité est prise sur le fait, qu'elle se -sent partout, se reconnaît à des signes certains et met ainsi le lecteur -directement aux prises avec tous les bourreaux et toutes les victimes. -C'est une douleur et une angoisse qui saisissent à la première page du -livre et qui s'accroissent jusqu'à la dernière, sans aucune relâche. J'en -suis parfois malade, parce que la torture devient contagieuse, et -cependant je ne sais pas quitter cette agonie si barbare et si -admirablement chrétienne, et sublime jusque dans ce malheureux enfant, -qui se retrouve en mourant le petit-fils de saint Louis. Je sais bon gré -à l'auteur, M. de Beauchesne, d'avoir consacré tant de soins à cette -courte vie de dix ans, qui se trouve être celle d'un enfant, d'un homme, -d'un vieillard, d'un martyr. - - [53] M. de Beauchesne, ancien gentilhomme de la Chambre du Roi - sous la Restauration, avait publié en 1852, le fruit de longues - études et de patientes recherches sur le malheureux fils de Louis - XVI, sous le titre: _Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort_. - Cet ouvrage fut couronné par l'Académie française. - -Mon fils Louis[54] m'a apporté une lettre de Paris dont voici l'extrait: -«L'intérêt des derniers jours ici a roulé sur la _reconnaissance_ par les -Puissances du nouveau titre impérial de Louis-Napoléon. Cet intérêt a été -vif. Louis-Napoléon a hésité pendant quarante-huit heures à accepter les -lettres de créance. La raison politique l'a emporté; il s'est appuyé, -vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres, sur les termes aimables et -amicaux de l'Empereur de Russie, pour passer par-dessus ce qui y -manquait, et il l'a fait d'assez bonne grâce. Mais c'est un sacrifice -qu'il a fait, il ne le cache pas à certaines personnes. En gardera-t-il -rancune? C'est là la question. Je suis porté à le croire. Il y a une -chose certaine, c'est que, sans désirer la guerre positivement, et -voulant surtout que la France ne l'accuse pas de la faire par ambition -personnelle, _il ne la craint pas_; il croit qu'elle tournerait à son -avantage, et que son nom aurait, sur les bords du Rhin, l'effet qu'il a -eu dans le midi de la France. Que ce soit une illusion ou non, une -pareille conviction suffit pour tout commencer. Rien n'est prochain, -cependant cela est sûr. Il y a une autre chose certaine, c'est que c'est -une tête froide, qui travaille toujours, qui se croit sûre de ne pas se -tromper, et qui n'abandonne jamais ses desseins. La réalité, qui a -justifié ses plus chimériques espérances, donne raison d'avance à toutes -celles qu'il peut former désormais. Or, il a dans l'esprit l'idée qu'il -est appelé à faire de grandes choses pour la France, et même pour -l'Europe. Toutes ces conditions ne présentent pas une grande sécurité -pour l'avenir. - - [54] Le duc de Valençay. - -«L'intérieur est très calme; de longtemps les difficultés ne viendront -pas de là. On se rapproche peu du nouveau Gouvernement. Nous sommes -vis-à-vis de lui comme l'étranger, _nous_ ne lui disons pas: _mon frère_. - -«On songe toujours au mariage; j'y crois l'Empereur décidé, mais on ne -trouve pas de Princesse; tout a échoué; il y en a d'ailleurs fort peu. Il -serait possible qu'il s'en passât, et qu'il épousât une femme quelconque, -afin d'avoir une postérité. Cela ne grandirait pas la situation. En tout, -l'opinion s'arrête très difficilement à l'idée qu'il aura des -successeurs, et elle est surtout très hostile à Jérôme et à son fils.» - - -_Nice, 21 janvier 1853._--Les lettres reçues hier de Paris tournent -toujours autour du même sujet: le mariage de Louis-Napoléon. Je lis dans -les journaux l'étonnant discours qu'il a adressé au Sénat et aux Corps -constitués. Il faut lire cette allocution _in extenso_; le _Journal des -Débats_ donne ce texte en entier[55]. - - [55] Au mois de janvier 1853, le bureau du Sénat, celui du Corps - législatif et le Conseil d'État tout entier furent convoqués au - Palais des Tuileries, dans la salle du Trône; Napoléon III, en - uniforme de général, monta les degrés de ce trône, et, par un - discours qui fut affiché dans toute la France, annonça aux grands - Corps de l'État sa résolution d'épouser Mlle de Montijo et de la - faire Impératrice. Le mariage fut célébré quelques jours plus - tard, le 31 janvier. - -La sœur de Mme de Montijo a épousé Lesseps, autrefois Consul; voilà une -petite parenté toute gentille! _Eugénie_[56] a choisi comme témoins le -duc d'Ossuna et le marquis de Bedmar, qui ont accepté de la conduire à -l'autel. - - [56] La nouvelle Impératrice se nommait Eugénie. - -On voulait marier le fils de Jérôme avec Mlle de Wagram, mais il a reculé -devant la parenté Clary, qu'il trouve au-dessous de sa dignité. Cela -flattera le Roi de Suède[57]. Quel tohu-bohu que tout ceci! - - [57] Les Clary étaient une famille de petits négociants à - Marseille. Dans sa jeunesse, et avant les grandeurs de sa - famille, Joseph Bonaparte avait épousé Julie Clary, et leur fille - Désirée épousa Bernadotte qui devint Roi de Suède. Le fils aîné - de Berthier, prince de Neufchâtel, duc de Wagram, avait épousé - Françoise Clary, et c'est leur fille qu'il était question de - marier au prince Jérôme-Napoléon. - - -_Nice, 22 janvier 1853._--C'est décidément un mariage _d'amour_ que fait -Louis-Napoléon. On me mande que Mlle de Montijo, élevée dans une pension -de Paris, est fort belle, de grande naissance _par son père_; sa mère est -fille d'un consul anglais, ce qui explique la teinte anglaise du genre de -beauté, nullement espagnol, de la nouvelle _Impératrice_, car il n'est -pas question de formes _morganatiques_; ainsi, _point de Princesse_. J'en -suis charmée. Mais quelle charge, à l'âge et avec la santé du _sposo_, -d'avoir une femme jeune, belle et méridionale! et cela dans l'entourage -Bonaparte et l'atmosphère qui l'enveloppe. - -Voici d'autres détails que j'ai glanés dans mes lettres de Paris, qui ne -sont remplies que du mariage: Mlle de Montijo a de vingt-cinq à -vingt-sept ans; beauté hautaine avec des cheveux _auburn_ qu'elle tient -de sa mère irlandaise; elle a des allures hardies. On raconte que jouant -à cache-cache dans les saturnales de Compiègne, l'Empereur l'aurait -découverte cachée derrière le rideau d'une chambre, où, se croyant seul -avec elle, il aurait voulu l'embrasser étroitement, et qu'elle l'aurait -repoussé en disant: «Pas avant d'être Impératrice.» Une autre personne, -cachée tout auprès, prétend avoir entendu ce propos. - -Le Conseil des Ministres a été très opposé à ce mariage. Les entours -immédiats en sont très peinés. Légitimistes et orléanistes sont charmés -de cette équipée matrimoniale et de tout ce qu'elle promet. - - -_Nice, 28 janvier 1853._--J'ai eu hier une nouvelle qui me va au cœur. -Le Cardinal-Prince-Évêque de Breslau est mort à son château épiscopal de -Johannisberg le 19 de ce mois. Je m'attendais d'autant moins à une fin -aussi prochaine que j'avais reçu le 22 une lettre de son secrétaire -particulier, écrite par ses ordres, en date du 13, dans laquelle, en -m'envoyant sa bénédiction pour l'année 1853, il me remerciait de mon -constant intérêt, de mes vœux, et me faisait donner les détails -satisfaisants d'une crise salutaire, longtemps espérée en vain par les -médecins, enfin effectuée, depuis laquelle le sommeil et l'appétit se -reproduisaient sensiblement. Eh bien! six jours après, il a été enlevé à -ses amis, à l'Église! _Et à quelle époque?_ Il ne nous appartient pas de -demander à la Providence: _Pourquoi?_ mais il est permis de pleurer, de -prier, et surtout de suivre l'exemple de cette angélique patience qui ne -s'est pas démentie un instant durant de si longues et de si cruelles -souffrances. Je perds personnellement en lui un appui, une consolation à -laquelle j'attachais un prix infini. Sa bonté ne s'était jamais démentie -pour moi depuis 1845. Pendant huit années, il a toujours été un ami à la -fois sincère et indulgent, sachant faire la part de toute chose. Je -conserverai à sa mémoire la plus vive reconnaissance, et je le place dans -le ciel à côté de cet autre ami chrétien dont j'ai tant aussi éprouvé -l'indulgente affection[58]. Il me semble qu'à Rome on devra comprendre -quelle perte cette mort sera pour l'Église en Allemagne. Le goût -personnel du Roi de Prusse pour le Cardinal, l'influence réelle, souvent -magique qu'il exerçait d'autant plus sur le Monarque qu'il était lui-même -entraîné par tout ce que celui-ci a de séduisant, avaient formé un lien -direct, qui était devenu la seule étoile qui brillât encore en Prusse à -notre horizon religieux. - - [58] Allusion à Mgr de Quélen. - - -_Nice, 30 janvier 1853._--Les journaux nous ont apporté hier la -nomination de la maison de l'Impératrice Eugénie[59]. La Grande-Maîtresse -est toute naturelle, la Dame d'honneur aussi, dans une Cour qui dérive du -véritable Napoléon; mais les Dames du palais sont prises dans le plus -petit monde, et les Messieurs aussi. C'est drôle, d'y fourrer tant de -parenté et de faire avancer sa voiture, fermer une portière, ouvrir une -fenêtre, porter châles et manteaux, par des _cousins_. - - [59] Par un décret du 26 janvier 1853, l'Empereur Napoléon III - nommait, dans la maison de l'Impératrice, la princesse d'Essling, - Grande-Maîtresse; la duchesse de Bassano, Dame d'honneur; la - comtesse de Montebello, Mme Feray, la vicomtesse Lezay-Marnesia, - la baronne de Pierres, la baronne de Malaret et la marquise de - Las Marimas, Dames du palais; le comte Tascher de la Pagerie - (sénateur), Grand-Maître; le comte Charles Tascher de la Pagerie, - premier Chambellan; le vicomte Lezay-Marnesia, Chambellan; le - baron de Pierres, Écuyer. - -Un des jeux de mots de Paris est de dire que l'Impératrice sera la femme -la mieux _habillée_, parce que tout Paris l'habille. - -On dit que l'Impératrice a toute une kyrielle de prénoms; qu'on a hésité -longtemps sous lequel elle serait plus habituellement désignée, qu'on -avait flotté surtout entre _Eugénie_ et _Eudoxie_, et qu'enfin on s'était -tenu au premier, le second sentant trop le _Bas-Empire_. - - -_Nice, 1er février 1853._--La duchesse d'Albuféra m'écrit ce qui suit: -«La liste des Dames de l'Impératrice n'a été arrêtée qu'après plusieurs -refus. Celui de la duchesse de Vicence a été absolu. On trouve la liste -officielle fort terne. - -«Le couple impérial se rendra à Saint-Cloud après la cérémonie et y -passera quelques jours; les fêtes officielles recommenceront au retour. -L'amour de l'Empereur est tel que samedi 22, pendant le bal des -Tuileries, il a quitté la nombreuse compagnie pour aller passer deux -heures dans ses petits appartements, où Mlle de Montijo s'était rendue. -Son appartement coûte _un million_ d'ameublement; les plus magnifiques -cadeaux lui seront votés; la Ville de Paris lui offre un collier valant -six cent mille francs. - -«L'étiquette dans la cérémonie du mariage sera calquée sur les plus -anciennes traditions; rien n'y manquera; il y aura même de plus un dais -et le trône dans Notre-Dame, ce qui ne s'était pas pratiqué jusqu'à -présent, dit-on. - -«Vous verrez dans les journaux qu'on sème des jardins et qu'on en plante -en une nuit pour fleurir et ombrager le cortège.» - - -_Nice, 2 février 1853._--Il paraît qu'on pense, comme je le prévoyais, au -baron de Kettler pour remplacer le cardinal Diepenbrock. C'est assurément -le meilleur choix que l'on pourrait faire. M. de Kettler a beaucoup de -zèle, de fermeté; beaucoup plus d'activité corporelle que le Cardinal; il -visitera davantage son diocèse; il parlera tout aussi bien, au moins en -chaire; il a aussi un extérieur imposant; il est bien né, bien apparenté, -généralement estimé et honoré, mais il n'a pas l'onction, la grâce, la -suavité, l'élégante dignité, l'à-propos dans la conversation, le tact -aussi fin, aussi sûr; il alarme moins, et il n'exercera pas la même -séduction personnelle sur le Roi. Ils avaient servi tous les deux dans -l'armée, et M. de Kettler porte même sur son noble et austère visage une -marque de son naturel guerroyant. - - -_Nice, 4 février 1853._--J'ai reçu plusieurs lettres de Paris. Voici, en -résumé, quelques détails: à la cérémonie du mariage à Notre-Dame, la -princesse Mathilde était fort théâtralement arrangée, avec un air triste -et contrarié; l'Impératrice très belle; on dit que sa seule imperfection -est d'être plus grande, assise, qu'on ne s'y attend quand elle est -debout. Elle a dit que, sacrifiant sa liberté et sa jeunesse, elle -donnait plus qu'elle ne recevait, aussi _se laisse-t-elle adorer_. Les -Dames avaient l'air terre-à-terre, mais décent. Les décorations de -Notre-Dame splendides, mais les Cardinaux n'ayant pas grand air; c'est, -qu'excepté M. de Bonald, il n'y en avait pas un seul de bonne maison. - -Une circonstance _sûre_, mais qu'on ne publie pas pour ne pas éveiller -les superstitions, c'est qu'en rentrant de Notre-Dame par une autre route -que celle par laquelle le cortège s'y était rendu, la voiture impériale -surmontée d'une grande couronne, en passant sous la voûte du Pavillon de -l'Horloge, les chevaux entrés, elle n'a pas pu avancer. Le cocher, -surpris, a donné des coups de fouet aux chevaux, qui, alors, ont fait -tomber l'obstacle, lequel n'était ni plus ni moins que cette couronne, -trop haute pour le portail, et qui a volé en éclats! _Ominous!_[60] - - [60] Présage. - - -_Nice, 5 février 1853._--Quelqu'un arrivé de Paris ici dit que, pendant -les cérémonies du mariage impérial, la population était curieuse, mais -froide; que l'Impératrice a paru moins jolie qu'on ne s'y attendait; en -effet, il me revient qu'elle était d'une pâleur extrême, ce qui nuisait à -son éclat. Les marchands vendent énormément, sans doute, dans cette -frénésie de luxe, mais les affaires proprement dites restent assez -stagnantes, le public ne prenant encore aucune confiance, et tout -apparaissant jusqu'à présent fantasmagorie. - -On me dit ce qui suit dans une lettre de Paris arrivée hier: «M. Molé -vient d'être très malade d'une fluxion de poitrine, une saignée l'a -sauvé. La princesse Lieven languit et se traîne misérablement dans une -complaisance admiratrice et plate de _tout ce qui est_, sans compter pour -rien les turpitudes des gens qu'elle accueille avec transport, comme -porteurs de nouvelles et dépositaires du pouvoir. Elle parle de ses -anciens amis avec un dédain qui révolte; jamais la rage du succès ne -s'est montrée avec un plus incroyable cynisme.» - -On m'écrit aussi que la duchesse de Hamilton était en simple particulière -dans une tribune, à cause du grand deuil de son beau-père. Elle -paraissait fort triste, et aurait désiré un autre mariage pour le parent -qu'elle aime beaucoup. - - -_Nice, 6 février 1853._--Hier, veille de la Sainte-Dorothée, ma patronne. -Le matin, j'avais été par politesse chez la comtesse d'Orestis, à une -bataille de _confetti_ qu'elle avait arrangée dans son jardin pour la -Société russe et anglaise. Ce plaisir particulier aux Italiens, quand la -multitude passionnée y prend part dans un long espace comme le _Corso_ à -Rome, a quelque chose d'original, de fiévreux, de contagieux dont j'ai -éprouvé moi-même la frénésie; mais dans un petit jardin, avec peu de -monde, où d'ailleurs on se tapait de trop près, et, par conséquent, -beaucoup trop fort, c'était un plaisir à froid, très peu récréatif. -Aussi, au bout de trois quarts d'heure, je suis rentrée chez moi. - -Le soir, je voulais me coucher, quand, tout à coup, les portes se sont -ouvertes, et plus de vingt-cinq personnes sont entrées chez moi, avec un -déluge de bouquets, de vers, de dessins, de souvenirs de toutes sortes. -Puis, mes enfants, qui étaient dans le secret, ayant fait éclairer et -orner de fleurs la grande salle, j'y ai trouvé un concert charmant tout -organisé. Le vieux marquis de Negro avait, pour l'occasion, composé une -hymne qui a été chantée à ravir et répétée aux cris de _bis_ de la -compagnie. Tout cela a duré jusqu'à une heure du matin. J'étais exténuée -de fatigue, de reconnaissance, d'émotion. - -Mme d'Avenas écrit à ma fille que l'avant-veille de son mariage, -l'Impératrice Eugénie est allée au Sacré-Cœur de Paris où elle a passé -quelques années de son enfance. Mme d'Avenas s'y trouvait par hasard; -elle a trouvé l'Impératrice charmante, naturelle, simple, voulant revoir -tous ses souvenirs de jeunesse, et jusqu'à la sœur converse qui la -lavait. Cette visite a eu un bon retentissement dans le monde pieux. - - -_Nice, 10 février 1853._--La poste m'a apporté une lettre de la maréchale -d'Albuféra qui me dit ceci: «Les personnes qui reviennent de Saint-Cloud -parlent du bonheur dont on y jouit. Il y aura, le Mardi gras, bal -d'intimes aux Tuileries. Les toilettes sont resplendissantes; on porte -beaucoup d'or et d'argent, non seulement dans les étoffes, mais encore -dans les rubans et les fleurs. Les formes des robes restent les mêmes, -seulement on a adopté pour les robes habillées des queues de trente -centimètres; c'est un acheminement au grand habit.» - -M. de La Marmora vient de recevoir, par voie télégraphique, la nouvelle -d'un soulèvement à Milan et dans plusieurs autres villes de la Lombardie. -Les poignards mazziniens auraient joué, mais le canon autrichien l'aurait -emporté; les détails manquent[61]. - - [61] Une sanglante échauffourée avait eu lieu à Milan le 6 - février, mais le mouvement eut peu d'importance; les émeutiers ne - tinrent nulle part devant la troupe. La véritable gravité de - cette affaire fut dans ses conséquences, dans le redoublement des - rigueurs de la police autrichienne, et les malheurs qui en - résultèrent pour un grand nombre de familles, surtout après la - proclamation de Mazzini au peuple italien, et celle de Kossuth au - peuple hongrois, dont l'apparition simultanée et la ressemblance - semblaient indiquer une entente entre ces deux chefs de la - démagogie européenne. - - -_11 février 1853._--Il est arrivé tout à l'heure des lettres de Milan -disant ce qui suit: «Pendant le Carnaval, des Milanais masqués et armés -ont surpris et forcé les troupes qui gardaient le Palais. Cependant la -garnison, bientôt ralliée, a pris sa revanche et a vengé les soldats et -officiers, parmi lesquels un colonel, qui avaient été massacrés.» On dit -même que des potences sont dressées sur les places publiques. - -Je lis l'ouvrage du père Theiner sur _Clément XIV_[62]. C'est d'un grand -intérêt. Le tableau de l'époque qui en fait l'introduction est habilement -tracé. Je n'en suis que là jusqu'à présent. Le bruit que fait cet ouvrage -en prouve l'importance. C'est évidemment un livre sérieux, puisé à des -sources bien authentiques. Les Jésuites font habilement de n'y pas -répliquer et d'éviter une polémique prolongée sur ce terrain que M. -Crétineau leur a rendu le mauvais service de provoquer. On me mande que -les amis des Pères Jésuites font tous leurs efforts pour obtenir que ce -livre soit mis à l'index à Rome, mais que le Saint-Père s'y refuse. Je -crois, j'oserais même dire que je sais qu'en effet il y a de fort bonnes -raisons pour qu'il ne laisse pas toucher l'auteur, qui a puisé ses -inspirations, disons même son audace (car il y en a beaucoup dans une -telle communication), dans des encouragements supérieurs. - - [62] L'_Histoire du Pontificat de Clément XIV_, écrite d'après - des documents inédits des Archives secrètes du Vatican, par A. - Theiner, prêtre de l'Oratoire et garde-adjoint de ces Archives, - venait d'être traduite de l'allemand par Paul Geslin, et publiée - chez Firmin-Didot. C'était une réhabilitation de la mémoire de - Clément XIV pour le venger des attaques des Jésuites, et comme - une réponse à M. Crétineau-Joly, qui, partisan de l'autorité - absolue, en religion comme en politique, avait écrit une - _Histoire de la Compagnie de Jésus et de Clément XIV_, où il se - montrait très sévère pour ce Pape. - - -_13 février 1853._--M. Avigdor est venu m'assurer que les troubles de -Milan avaient cessé. Il m'a, de plus, apporté la proclamation incendiaire -de Mazzini, qui, de sa personne, paraît avoir été à Bellinzona. Le bruit -court ici qu'on aurait découvert une vaste conjuration à Bologne; que des -troubles auraient éclaté à Bologne et une révolte à Monza; on ne peut -trop encore y voir clair, et quoique je ne doute pas que la victoire -restera à l'autorité légale, je n'en suis pas moins troublée en pensant -qu'il y a un pays tellement miné et en effervescence. - -Le _Journal des Débats_ a donné deux passages relatifs à l'arrestation de -M. de Saint-Priest et à la lettre qu'il écrit à ce sujet. Tout palpite -encore sur cette pauvre terre de France, travaillée par tant de passions -diverses[63]. - - [63] Le 7 février, le général vicomte de Saint-Priest, MM. René - de Rovigo, de la Pierre, le comte de Mirabeau, de Coëtlogon et - quarante autres personnes, parmi lesquelles plusieurs Allemands - et Italiens, furent arrêtés à Paris, dans leurs domiciles - respectifs, et après une perquisition faite dans leurs papiers, - ils furent tous conduits à la prison de Mazas. Ils étaient - prévenus d'avoir fait partie d'agences secrètes, ayant pour but - d'adresser aux journaux étrangers de fausses nouvelles sur l'état - de la France et de déconsidérer le Gouvernement de Napoléon III - aux yeux de l'Europe. Parmi les personnes arrêtées se trouvait M. - Joseph Ta['n]ski, réfugié polonais, naturalisé français et - attaché depuis plusieurs années à la rédaction du _Journal des - Débats_. Le général de Saint-Priest fut remis en liberté le soir - même de son arrestation, tandis que M. Ta['n]ski n'obtint sa mise - en liberté sous caution que le 24 février. - -Voici l'extrait d'une lettre que mon fils Alexandre a reçue hier de -Paris: «A propos de Carmélites, savez-vous que M. Cousin, poussé par son -amour rétrospectif pour Mme de Longueville, va très souvent aux -Carmélites de la rue d'Enfer, et qu'il ne veut plus écrire une ligne sans -la soumettre à la Supérieure, qui est une personne du plus haut mérite, -dit-on. Elle lui envoie ses manuscrits revus et corrigés, et il se soumet -en enfant à ses décisions[64]. C'est fâcheux qu'il n'ait pas pris plus -tôt ce parti, mais on ne peut qu'applaudir à cette complète conversion. -J'ai toujours estimé les hommes qui reviennent; il faut pour cela autant -de courage que de conscience et de sincérité. - - [64] En 1853, M. Victor Cousin publia son livre sur _Mme de - Longueville_, qui ouvrait la série de ses études sur _les Femmes - et la Société du dix-septième siècle_, et esquissait tous les - personnages de la Fronde. - -«Si l'on s'est égayé à l'étranger de _notre nouvelle comète_, comme vous -l'appelez (l'Impératrice), je vous assure qu'ici les sonnets, les -pamphlets, les calembours pleuvent de tous côtés, et dans toutes classes, -comme dans tous les salons. Je trouve cela plus déplorable que risible, -car à quelque parti qu'on appartienne, il est triste de voir notre pauvre -France tombée si bas. Cette malheureuse Impératrice a été tellement -traînée dans la boue que, ne fût-ce que par charité chrétienne, je serais -portée à la défendre. Tout en faisant la part de l'excentricité de son -caractère, on s'accorde généralement sur la bonté de son cœur. Quant à -moi, elle a fait ma conquête à Notre-Dame, pas comme beauté, mais par sa -dignité et le pieux recueillement de son maintien. - -«Savez-vous aussi l'affaire de M. Veuillot avec l'abbé Gaduel? Cet homme -est incorrigible[65].» - - [65] A propos d'articles que l'abbé Gaduel, vicaire général - d'Orléans, avait fait paraître dans _l'Ami de la religion_, et - qui critiquaient philosophiquement et théologiquement un livre - recommandé par Louis Veuillot, dans son journal _l'Univers_, Mgr - Sibour, archevêque de Paris, avait condamné ce journal et en - avait interdit la lecture au clergé de son diocèse. M. Veuillot, - au lieu de discuter ces critiques, attaqua M. Gaduel dans sa - personne et se livra à de sarcastiques déclamations contre la - science et l'enseignement de la théologie. - - -_Nice, 14 février 1853._--Il est arrivé hier ici un aide de camp du Roi -de Sardaigne, qui a raconté qu'en effet Mazzini s'était avancé jusqu'à -Lugano ou Bellinzona, mais que Kossuth, moins prudent, s'était aventuré -jusqu'à Voghera. C'est par les autorités autrichiennes que le comte -Apponyi en a été averti, ainsi que du passage projeté de certains -réfugiés avec armes et munitions, qui devait s'opérer à Stradella. Sur la -demande d'Apponyi, on a envoyé des troupes pour disperser le -rassemblement, saisir les munitions, etc.; mais on est arrivé, avec ou -sans bonne volonté, trop tard à Voghera pour se saisir de Kossuth, qui -avait pris le large. - - -_Nice, 18 février 1853._--On m'écrit de Paris: «La tentative faite à -Milan prouve que les socialistes ne se tiennent pas pour battus. Aussi la -mise en liberté de quatre mille trois cents détenus, en France, a-t-elle -produit une véritable terreur dans nos provinces. J'espère encore que ce -mouvement milanais suspendra l'exécution de cet acte de clémence; ce -serait un grand bonheur. - -«On dit que les personnes qui allaient à la Cour de l'Empereur avant son -mariage devront être représentées, pour permettre d'éliminer celles qu'on -désire en écarter. - -«L'Impératrice, _jusqu'à présent_, ne décide rien par elle-même. Elle -soumet tout à l'Empereur, même la robe qu'elle doit porter; ils ne se -quittent pas; on dit l'Empereur éperdument amoureux. - -«M. de Caulaincourt, second fils de la duchesse de Vicence, épouse Mlle -de Croix; il avait été refusé plusieurs fois à cause d'un œil de verre. -La mère est enchantée de ce mariage. La jeune personne est riche, bien -née et bien élevée. La duchesse de Périgord est moins charmée du mariage -de son fils Paul: les Saint-Aignan ne donnent que 15000 francs de rente à -leur fille, dont ils retiennent 6000 francs pour frais de nourriture et -de logement. - -«Il est certain que le maréchal de Castellane avait reçu l'ordre, par le -télégraphe, d'entrer en Savoie et de s'emparer du Comté de Nice, si le -mouvement milanais n'avait pas été étouffé tout de suite, probablement -sous le même prétexte et avec la même durée qui a mené et qui fait rester -les Français à Rome.» - - -_Nice, 23 février 1853._--Que dire de cette nouvelle horreur tentée à -Vienne[66]. Je suis encore sans détails; je ne sais que ce que disent les -nouvelles télégraphiques, qui, même, ne sont pas d'accord entre elles. -Toujours est-il que ce charmant Empereur a été blessé. Dieu veuille qu'il -n'y ait pas de mauvaises suites pour ce jeune Souverain, qui annonce de -si belles qualités et dont l'Allemagne a bien grand besoin à l'heure -qu'il est. - - [66] Le 18 février, l'Empereur d'Autriche se promenait sur les - remparts de Vienne, lorsqu'il fut tout à coup arrête par un - garçon tailleur hongrois, ancien hussard. L'assassin avait dirigé - son coup de poignard vers la gorge, mais François-Joseph, ayant - aperçu l'arme levée contre lui, fit avec le bras un mouvement qui - la repoussa en arrière, au bas de la nuque. L'aide de camp de Sa - Majesté, comte O'Donnell, dégaina aussitôt et porta à l'assassin - un coup de sabre qui l'abattit à ses pieds. - - -_Nice, 25 février 1853._--J'ai reçu de Vienne, de mon beau-frère[67], -quelques lignes écrites après l'attentat contre l'Empereur. La blessure -avait énormément saigné, mais les médecins la déclaraient sans danger. -L'émotion, l'indignation, étaient générales dans toutes les classes; le -peuple s'est porté à l'Archevêché, demandant qu'un _Te Deum_ fût chanté à -l'instant à Saint-Étienne, pour rendre grâce à Dieu que le coup n'ait pas -été mortel. - - [67] Le comte Schulenbourg. - - -Un Espagnol est arrivé ici de Paris. Il est l'ami de la sœur du marquis -de Bedmar et de Mme de Toreno. Cette sœur, qui se nomme _Incarnation_ de -son nom de baptême, a épousé le beau M. Manuel, l'agent de change -élégant, héros d'assez éclatantes aventures. Mme Manuel était l'amie de -cœur de Mlle de Montijo, mais l'Empereur n'a pas voulu qu'elle fût reçue -à la Cour de l'Impératrice. Enfin, à force d'insistances, celle-ci a -obtenu de voir, le matin, en particulier, cette amie de cœur. Dans cet -entretien, il paraît que la jeune couronnée s'est jetée en pleurant dans -les bras d'_Incarnation_, disant qu'elle se sentait enfermée dans une -cage, dorée à la vérité, mais hermétiquement fermée; qu'elle n'était -maîtresse de rien, et qu'elle n'avait eu aucune liberté pour la -composition de sa maison. - -Il faut lire dans le _Journal des Débats_ du 22 de ce mois un article sur -l'ouvrage du Père Theiner par M. de Sacy. Il n'y est ni janséniste, ni -philosophe, il y est homme de discernement judicieux et impartial, -résumant parfaitement l'ouvrage, l'appréciant sans dénigrement, et -portant un jugement juste, sain, modéré, et, à mon avis, excellent sur -les Jésuites, non pas les Jésuites de l'institution ni ceux -d'aujourd'hui, mais ce qu'ils étaient au moment de leur suppression, et -ce qu'ils tentent toujours plus ou moins à redevenir. - -Le _Galignany_ du 17 février contient la réponse de Mme Tyler, seconde -femme de l'ex-Président des États-Unis, à la fameuse lettre collective -des dames anglaises[68]. Elle est plus rude que l'article que John -Lemoinne a fait à ce sujet. Il paraît que les dames américaines, au lieu -d'être flattées d'avoir été traitées en sœurs par quelques grandes dames -anglaises, sont fort blessées de leurs conseils. Mme Tyler les traite -avec une ironie sanglante et le _leading article_ du _Times_ à ce -sujet[69], que le _Galignany_ rapporte également dans la même feuille du -17, n'est pas moins désagréable pour les dames anglaises que pour celles -du Nouveau Monde. On dit les Duchesses, Marquises et Comtesses de la -Grande-Bretagne, signataires de l'Épître, très embarrassées, et aux -regrets que leur vaniteuse charité leur ait fait faire une semblable -démarche. Il est sûr qu'il est impossible d'en avoir fait une plus -ridicule. - - [68] En 1848, la publication de _la Case de l'oncle Tom_, où Mme - Becker-Stowe peignait avec autant de vivacité que de couleur les - souffrances des esclaves noirs en Amérique, provoqua en - Angleterre un mouvement d'opinion très accentué en faveur de - l'abolition de l'esclavage. Plusieurs grandes dames, réunies à - Stafford-House, sous la présidence de la duchesse de Sutherland, - rédigèrent une lettre ouverte aux dames américaines, les - engageant à faire œuvre de propagande pour l'abolition de - l'esclavage dans leur pays. Cette lettre provoqua une verte - réponse de Mme Tyler, où, en parlant de la misère et des abus de - toutes sortes qui règnent en Angleterre, elle invitait les dames - anglaises à vouloir bien s'occuper de réformer leur nation, avant - de penser à réformer les institutions américaines, qui avaient - leur raison d'être dans les conditions spéciales de cette - contrée. - - [69] Voir cet article du _Times_ aux pièces justificatives de ce - volume. - - -_Nice, 26 février 1853._--J'ai reçu hier des lettres de Paris, dans -lesquelles on me dit ce qui suit: «Les amis du Gouvernement ont regretté -encore plus que ses ennemis l'arrestation du vicomte de Saint-Priest; je -crois qu'il n'y aura, en définitive, que M. Ta['n]ski de sérieusement -atteint. Il correspondait avec plusieurs Cours étrangères, et leur -faisait passer, outre des bulletins politiques, tous les couplets, les -quatrains, les pamphlets qui pullulent sur l'Impératrice. On a trouvé -chez lui, entre autres, la minute d'une lettre de lui, adressée à lady -Holland, à Naples, remplie des lazzi que le mariage impérial a provoqués. -Walewski et Rothschild ont fait de grands efforts pour obtenir sa -liberté, mais inutilement. Ce même Ta['n]ski était aussi dans l'intimité -du prince Jérôme-Napoléon. - -«Les témoins espagnols de l'Impératrice, au mariage civil et religieux, -n'ont pas été invités depuis aux Tuileries, pas même au bal du Mardi -Gras, où il y avait trois cents personnes. Cependant, ils ont dîné hier -avec Leurs Majestés, à l'exception du marquis de Bedmar qui a fait dire -qu'il partait le matin même pour Madrid. - -«Le prince Murat n'a paru ni à la Cathédrale ni aux Tuileries; il est -resté sous sa tente, blessé de n'avoir pas eu l'_Altesse impériale_ et le -même rang que le groupe Jérôme.» - - -_Nice, 27 février 1853._--On me mande de Vienne que le jeune Empereur, -par la violence du coup qui lui a été porté, a cru dans le premier moment -avoir reçu un coup de feu et être assailli par plusieurs. Aussi tira-t-il -son sabre pour se défendre. Il put ensuite faire cent pas sans chanceler, -après lesquels il fut obligé de se laisser conduire par son aide de camp, -le comte O'Donnell. Son premier mot à celui-ci a été: «Ceci vient de -Milan», et en revoyant sa mère: «Je partage le sort de mes braves soldats -de Milan.» - -L'Archiduchesse Sophie est dans un état affreux, elle a vraiment l'aspect -de la Mère de douleur. Elle prévoit des chances de récidive dans l'avenir -et a perdu toute sécurité. - -On me mande de Paris que Cousin s'est passionné pour l'Impératrice -Eugénie, et qu'il en parle avec la même exaltation que de Mme de -Longueville. N'y a-t-il pas là de quoi faire tressaillir la poussière de -Port-Royal? - - -_Nice, 28 février 1853._--Ma sœur m'écrit de Vienne, du 21, que la vue -du jeune auguste blessé est encore trouble. - -Elle me dit aussi qu'à Milan la haute noblesse était venue, en corps et -en voitures de gala, offrir au général Gyulay ses compliments de -condoléances à l'occasion de l'attentat, et que le général leur aurait -dit, en les recevant, qu'il regrettait de devoir à une aussi douloureuse -circonstance l'honneur de faire leur connaissance. - -Il vient de paraître dans le nord de l'Italie une nouvelle proclamation -de Mazzini, qui dit qu'il ne faut pas se décourager par l'avortement de -l'insurrection de Milan, puisqu'il ne s'agit que d'attendre quelques -jours pour voir des événements plus décisifs; ce qui, d'après les dates, -coïnciderait avec l'attentat de Vienne. D'après les journaux, on devait -tenter un coup de main sur la forteresse de Bude. Toutes ces trames ont -également leurs échos dans le Grand-Duché de Posen, et dans le cœur même -de Berlin. - - -_Nice, 1er mars 1853._--Mon beau-frère Schulenbourg, qui est arrivé -hier de Vienne, nous a conté bien des particularités sur l'Autriche et la -Lombardie qu'il vient de traverser. Les dernières nouvelles -télégraphiques que Radetzky avait reçues de Vienne pendant que -Schulenbourg était à Vérone portaient que l'état cérébral du jeune -Empereur offrait de la gravité; la vue était tellement affectée que le -pauvre blessé ne pouvait pas supporter la plus petite lueur; il était -obligé de rester dans la plus parfaite obscurité, et son ouïe était -tellement surexcitée qu'il entendait distinctement tout ce qui se passait -à trois chambres de la sienne. On craignait un épanchement du sang au -cervelet. Deux minutes avant l'accident, l'Empereur avait montré au comte -O'Donnell un groupe de trois hommes à mines sinistres, en lui disant: -«Voilà des brigands.» Aussitôt que le meurtrier fut terrassé, ce groupe a -disparu. On a envoyé un prêtre hongrois à l'assassin pour remuer sa -conscience et lui faire faire des aveux; il paraissait s'y être décidé et -avoir déjà commencé. Les arrestations continuaient de tous côtés. - -Cet événement, joint aux troubles et conspirations de Milan et de -Hongrie, rapprochera beaucoup les puissances continentales de l'Empereur -Napoléon III. On veut faire cause commune et se mettre en faisceau contre -le danger commun, et notamment se montrer unis et imposants à la Suisse -et à l'Angleterre. Tout tourne au profit de Louis-Napoléon, jusqu'au -danger de l'assassinat, dont il court, avec des souverains légitimes, les -terribles chances. - -L'exaspération contre les Anglais, à Vienne, est telle, qu'au _Te Deum_ -de Saint-Étienne, lord Westmorland a pu entendre, s'il comprend -l'allemand, des paroles, dites fort haut, et des plus rudes à ses -oreilles. Le prince de Metternich, qui n'était pas rentré à la -Chancellerie d'État depuis les événements de 1848, s'y est rendu, -aussitôt après l'attentat, pour savoir par les Ministres qui étaient -réunis, des nouvelles de l'Empereur. C'est noble et bien. - - -_Nice, 3 mars 1853._--Lady Westmorland m'écrit une lettre toute -désespérée sur l'attentat contre l'Empereur, auquel elle est d'autant -plus sensible que toute la mission souffre de l'_exécration_ vouée à -l'Angleterre; je cite ses mots. On voulait faire un scandale devant la -maison habitée par les Westmorland. La police a eu beaucoup de peine à -l'empêcher, et il n'y a que la connaissance qu'on a des sentiments -personnels de lord Westmorland qui fasse qu'on les _tolère_ à Vienne, et -elle ajoute: «J'ai l'espoir que les choses sont arrivées à un point tel, -que notre Cabinet _devra_ et _pourra_ mettre fin aux menées des -abominables gens réfugiés et conspirant en Angleterre contre le repos -européen. Mais j'en serais beaucoup plus sûre si mon oncle, le duc de -Wellington, vivait encore pour élever la voix.» - -Schulenbourg a vu avec peine qu'en Saxe le public de toutes les classes -était mal satisfait du mariage du Prince Albert avec la Princesse -Carola[70]. On n'y trouve ni alliance politique utile, ni entourage de -famille brillant; on n'aime pas l'origine maternelle; puis, pas de -fortune, le jeune ménage sera tout simplement pauvre, 40000 écus de -rente à eux deux pour tout potage; c'est, dans leur position, n'avoir -rien. Du reste, la Famille Royale elle-même (mais elle seule) est très -affectueuse pour la Princesse Carola et le jeune homme éperdument -amoureux. On avait désiré qu'il épousât l'Archiduchesse Élisabeth, la -jeune veuve qui habite Brünn, mais aussitôt qu'il eut aperçu la Princesse -Carola, qui, par hasard, se trouvait à Brünn en ce moment, et quoique -l'Archiduchesse soit infiniment plus belle, il a dit à un neveu de -Schulenbourg: «Celle-ci ou aucune.» - - [70] Le Prince Royal de Saxe avait épousé, le 18 juin 1852, la - Princesse Carola Wasa, fille du Prince de Holstein-Gottorp, - Prince Wasa. - - -_Nice, 5 mars 1853._--On m'écrit de Paris ceci: «La clémence de -l'Empereur a un effet déplorable sur les provinces, où on s'alarme du -retour de ces misérables[71]. Les sociétés secrètes sont en pleine -vigueur; elles se dissimulent, mais ne se dissolvent pas; les Préfets -courageux l'écrivent, ceux qui ne veulent ni inquiéter ni déplaire se -taisent lâchement. M. de Persigny, qui s'est élevé fortement, et contre -le mariage, et contre l'amnistie, est en froid avec les Tuileries. Le -vent y est revenu à M. de Morny. On dit l'intérieur impérial assez -triste; l'épuration des dames, un peu trop gaies, est positive.» - - [71] A l'occasion de son mariage, et par un décret daté du 31 - janvier 1853, Napoléon signa une amnistie dont profitèrent plus - de trois mille individus qui avaient été l'objet de mesures - rigoureuses après les troubles de décembre 1851. - -Mes nouvelles d'Allemagne confirment la conspiration hongroise, le projet -d'assassiner l'Archiduc-Gouverneur, et à Berlin on a découvert des -trames semblables. L'émoi a été vif à Charlottenbourg. Il paraît certain -que les trois Cours du Nord feront simultanément des démarches sérieuses -pour rompre les repaires anarchiques, et rien ne pouvait mieux servir -l'Empereur Napoléon III, car avec lui on forcera la Suisse et le Piémont; -sans lui cela deviendrait difficile, et comme lui aussi est menacé des -poignards socialistes, son intérêt se trouve identique avec celui des -trois souverains, et l'entente en deviendra plus cordiale. - -Dans les Cours de l'Europe, on est devenu très indifférent pour le -rejeton de la branche aînée des Bourbons, et on est tout simplement -hostile aux d'Orléans, parce qu'on est persuadé, non sans raison, qu'avec -eux reviendrait ce détestable libéralisme bavard, qui a enfanté 1848, et -que le jugement faux et vaniteux, enfin tout ce que représentait Mme la -Duchesse d'Orléans, créerait bien plus de dangers à l'Europe que la -dictature actuelle. - - -_Nice, 8 mars 1853._--Il paraît certain que Mazzini et Saffi se sont -embarqués sur une frégate anglaise qui a longtemps côtoyé Villefranche et -toute la rivière de Gênes. - -Lord Minto se promenait l'autre jour sur l'_Acquasola_ de Gênes, bras -dessus bras dessous avec le secrétaire de Kossuth! - -La frégate a relâché à Livourne. Plusieurs _midshipmen_[72] sont -descendus dans la ville, y chantant des airs et des paroles -révolutionnaires en italien. Ils ont été arrêtés par la police -autrichienne. Le commandant de la frégate les a réclamés; on les lui a -refusés et la frégate a dû prendre le large sans eux. - - [72] De l'anglais: aspirants de marine. - - -_Nice, 13 mars 1853._--La maréchale d'Albuféra m'écrit de Paris: «Vous -désirez savoir la couleur des yeux de l'Impératrice. Ils sont bleus; mais -elle se peint les sourcils et les cils en noir, ce qui fait un contraste -avec ses cheveux blond ardent et donne beaucoup de piquant à son visage. -Tout le monde la trouve belle. On la disait grosse, mais comme elle a -valsé au bal du Mardi Gras, on ne sait plus trop que penser. Savez-vous -pourquoi l'Impératrice Eugénie est la première écuyère de France? C'est -qu'elle a sauté _la barrière du Trône_! Voilà un des lazzi avec lesquels -on se console ici.» - - -_Gênes, 18 mars 1853._--Je suis arrivée ici aujourd'hui à midi. La route -était encore fort encombrée de rochers détachés de leurs cimes par les -déluges de pluie, et ils entravaient singulièrement notre marche, malgré -les efforts des cantonniers occupés au déblayage. J'ai déjà visité les -églises de l'_Annunziata_, du _Gesù_, de _Santo-Ciro_ et de _San -Lorenzo_, l'_Albergo di poveri_ et l'_Ospedale di Santa Caterina_. Tout -cela a de l'intérêt et complète assez bien mon _giro_ génois. - - -_Alexandrie, 18 mars 1853._--Adieu le Midi, le ciel pur, la mer bleue; -adieu palmiers, myrtes, roses et oliviers! Nous avons traversé ce matin, -par une pluie froide, ou plutôt par une neige fondue, cette partie nue -et rude des Apennins. C'était fort laid et fort triste. A Bussana nous -avons pris le chemin de fer. Nous étions entassés dans un wagon avec -trois Anglais, dont l'un, Irlandais très loquace, revenant des Grandes -Indes, les deux autres revenant de Rome et de Naples. - - -_Vérone, 22 mars 1853._--Nous avions quelque espérance d'atteindre Vérone -dès hier au soir, ce qui, en effet, nous eût été facile, si nous n'avions -pas manqué de dix minutes le dernier départ du chemin de fer. Il a donc -fallu rester à Mantoue, où nous étions pitoyablement gîtés dans un -détestable petit cabaret, les auberges passables étant encombrées par les -parents de ceux qu'on juge en ce moment à Mantoue, non pas à la suite des -derniers événements de Milan, mais en conséquence de la grande -conspiration découverte en novembre dernier[73]; quatorze cents -personnes sont gravement compromises; cinq ont déjà été exécutées dans un -des forts de Mantoue. L'Empereur vient d'en gracier un grand nombre et de -commuer la peine des autres. Mais, Mantoue, cette forteresse déjà si -sérieuse et si obscure en elle-même, vue ainsi au travers des torrents -d'une pluie glaciale, et sous le voile lugubre des conspirations et des -tragédies _réelles_, dans une petite chambrette dont les vitres étaient -cassées et la cheminée était pleine, non pas de feu, mais d'une fumée -épaisse, offrait le plus triste séjour. - - [73] La paix ayant été signée après la guerre de 1848-1849, - l'Autriche, croyant rendre plus solide sa souveraineté sur ses - possessions italiennes en les frappant de terreur, leur fit - lourdement sentir le poids de son joug. Les populations de ces - provinces, de plus en plus irritées, recoururent, - malheureusement, pour le secouer, au moyen des conspirations. - Mazzini, réfugié à Londres et à l'abri de tout danger, y avait - fondé un Comité national d'où partait le mot d'ordre, et qui - centralisait les efforts des sociétés secrètes répandues en - Lombardie et en Vénétie, dans le seul but de chasser les - Autrichiens d'Italie. Pour agir plus efficacement, un Comité - révolutionnaire se constitua à Mantoue, sous la présidence d'un - prêtre fort estimé: Enrico Tazzoli. La police autrichienne fut - mise sur sa piste par l'imprudence d'un des membres du Comité - qui, pour en augmenter le nombre, admit dans son sein des - personnes appartenant aux classes les plus basses de la - population. Dès lors, le secret devint impossible à garder et les - procès commencèrent. Plusieurs exécutions en furent la suite et - enfin celle du prêtre Crioli, fusillé à Mantoue pour avoir - conseillé à des soldats autrichiens de déserter, fut le prélude - de cette _Conspiration de Mantoue_ qui eut son épilogue sur les - glacis de Belfiore. Une poésie révolutionnaire ayant été trouvée - sur une des victimes qui, sous le bâton, avoua qu'il la tenait du - prêtre Tazzoli, ce dernier fut arrêté. On trouva dans ses papiers - la liste chiffrée des noms de tous les membres du Comité - révolutionnaire, dont un traître livra la clef, ce qui permit de - les saisir et de les arrêter tous. Un long procès en fut la - suite: procès qui dura depuis janvier 1852 jusqu'au 19 mars 1853. - Les accusés étaient au nombre de cent cinquante; tous - appartenaient aux meilleures classes de la population: neuf - d'entre eux furent pendus à Belfiore à la suite de la sentence - qui en condamnait presque la moitié à mort. Les autres virent - leur peine commuée et furent envoyés aux galères. - - -_Vérone, 24 mars 1853._--L'Archiduchesse Sophie a fait un touchant cadeau -au comte O'Donnel, cet aide de camp qui était près de l'Empereur -d'Autriche au moment de l'attentat contre sa personne. Elle lui a donné -une bague très simple, contenant une grosse turquoise, qui s'ouvre, et -sous laquelle se trouve une mèche des cheveux ensanglantés de l'Empereur, -qui lui ont été coupés après l'attentat. En lui donnant cette bague, -l'Archiduchesse a dit au comte O'Donnel: «_Ce n'est pas un cadeau_ -_impérial, c'est le souvenir d'une mère reconnaissante._» - -On a fait à Vienne plusieurs bons mots, dont j'ai retenu les suivants: Le -général Haynau est mort le même jour et presque à la même heure que -l'Archevêque de Vienne, qui se nommait _Milde_ (ce qui en allemand veut -dire _douceur_). On dit donc, que malgré la férocité attribuée à Haynau, -il est mort _mit milde_[74]. Voici le second bon mot. Le général -Leiningen, en mission à Constantinople, a obtenu des Turcs de ne plus -appeler les chrétiens _des chiens_; mais à la condition expresse que, -désormais, il ne serait plus permis aux chrétiens de donner à leurs -chiens le nom de Sultan. Ceci est bien digne du théâtre des Variétés. - - [74] Avec douceur. - -Une question plus sérieuse, plus importante, c'est l'arrestation à Milan -d'un avocat, chez lequel on a saisi des papiers très explicatifs des -projets mazziniens et, entre autres, la preuve qu'à un jour _fort -prochain_, il devait éclater à Naples, Florence et Gênes, des explosions -formidables, et mieux organisées que ne l'a été la dernière échauffourée -de Milan. On a aussitôt expédié des courriers sur les différents points -menacés qui, très probablement, seront arrivés à temps pour empêcher les -bombes d'éclater. - - -_Vérone, 25 mars 1853._--Le maréchal Radetzky, m'ayant très poliment fait -exprimer ses regrets qu'un reste de grippe ne lui permit pas de venir -chez moi, j'ai été hier chez sa femme, où le Maréchal s'est rendu. -L'appartement est beau, commode et chaud, la vieille dame fort polie; -mais l'intérêt principal se fixait, naturellement, sur l'illustre -vieillard, qui complète, pour moi, la série des illustres guerriers -contemporains, que j'ai tous connus plus ou moins. Cette série commence -par Souvarow qui, à Prague, lorsque son fils cherchait à épouser ma -sœur, m'a fait sauter et gambader avec lui, quand j'avais sept à huit -ans; ses originalités, encore plus que sa gloire, l'ont fixé dans mon -souvenir. Napoléon, avec ses capitaines célèbres; Wellington, -Schwarzenberg, Blücher, et maintenant Radetzky, et d'autres encore, m'ont -été connus d'assez près, pour pouvoir conserver une impression distincte -de leur individualité; et je sais apprécier cette longue chaîne -d'illustrations contemporaines. - -Il est impossible d'avoir été plus naturellement obligeant, simple, et, -en même temps, plus aimablement communicatif que le feld-maréchal -Radetzky l'a été avec moi. Sa verdeur, son entrain, à _quatre-vingt-six_ -ans, sont une véritable merveille; mais il lui faut soigner une toux qui -est incessante depuis quelques jours. Il était parfaitement rassuré sur -les suites de la grande conspiration (qui se tramait et qui devait -éclater hier), depuis qu'en outre de l'arrestation de l'avocat Milanais, -on a aussi opéré celle d'un riche banquier de Bologne. Ici, on est obligé -de faire garder les puits des casernes par des sentinelles, pour empêcher -l'exécution du projet découvert de les empoisonner; les détails les plus -douloureusement curieux abondent. - - -_Vérone, 26 mars 1853._--J'ai eu hier la visite du général Benedeck, une -des plus brillantes célébrités des dernières campagnes d'Italie et de -Hongrie. Il est maintenant chef d'état-major du feld-maréchal Radetzky. -Sa position ici est très importante et, par le temps qui court, très -lourde. Il est doux, modeste, poli; sa conversation mesurée sans être -froide; ses blessures ont rendu sa santé délicate; il est maigre et de -taille moyenne. - -Les uns disent que l'ennui commence à régner aux Tuileries; d'autres, au -contraire, que les tendresses y sont extrêmes et que l'Impératrice est -très touchée des soins constants et charmants dont elle est l'objet. En -dehors des grandes soirées, il y en a de petites qu'on dit fort gaies. -Pour les présentations à l'Impératrice, l'étiquette ne laisse pas que -d'être sévère. Elle consiste en une simple défilade. Mme Le Hon en était -furieuse et le disait tout haut. - -J'ai reçu une lettre de Mme Mollien, désolée du bruit, qui se répandait -de tous côtés, que Mme la Duchesse d'Orléans épousait M. de Montguyon; et -elle espère que toute cette histoire est une invention. - -Voici les extraits de deux lettres: la première est de M. de Falloux, la -seconde du duc de Noailles: - -_Premier extrait_: «Je suis mal au courant des directions actuellement -prédominantes à Venise; j'ai eu le chagrin de me trouver en désaccord -avec un premier mouvement de M. le Comte de Chambord. A la suite du 2 -Décembre, j'aurais voulu que l'élite seule du parti légitimiste -représentât, en se retirant de tout, la protestation morale, mais qu'on -laissât le gros de nos amis à leurs mairies, à leurs Conseils généraux, -y fonder ou y développer les écoles religieuses, qui seules rendront la -France, à l'avenir, une nation sur laquelle on puisse régner. Une ligne -plus cassante, plus hostile a été préférée[75]. Je conçois que cela fut -bien tentant pour le Chef de la maison de Bourbon; cependant, j'ai -persisté à croire que les conseils donnés étaient _exagérés_ et -_funestes_. Quant à la fusion, M. le Comte de Chambord l'a toujours -désirée et a beaucoup témoigné ce désir. On y a mal répondu; et il a fini -par être blessé, sans cependant y renoncer ou la repousser absolument. -Les d'Orléans répètent beaucoup qu'ils ont fait de nouvelles démarches; -mais, de fait, ces démarches étaient des conditions déplacées. Voilà où -on en est aujourd'hui. C'est une situation bien dangereuse pour tout le -monde. Ce sont les Princes d'Orléans qui ont fait l'Empire; ils suivent -une ligne de conduite toute propre à fortifier cet Empire. Tant que la -France ne verra pas un grand et fort gouvernement à mettre à la place de -ce qui lui donne aujourd'hui le repos matériel, elle ne s'en dégoûtera -pas. Mais il faut craindre aussi les illusions du Comte de Chambord. Tant -qu'il n'a pas d'enfants, le principe réside bien encore en lui, avec tous -ses avantages; mais la réalité, la perpétuité de la Maison de Bourbon, -sont dans la branche cadette. Le Comte de Chambord est donc fort -paralysé, lui, dont la valeur première est l'hérédité; il ne faudrait -donc pas qu'il voulût avoir trop _rigoureusement_ raison, sans vouloir -tenir compte de l'état de démoralisation où la France est plongée, sans -réfléchir qu'une nation, dans un tel état, est accessible à tous les -coups de main. M. le Comte de Paris grandit, M. le Comte de Chambord -prend des années, l'action du temps est donc bien inégale pour les deux, -et il faudrait tout concilier, en unissant tout indissolublement. Je sais -bien que, sans nous autres légitimistes, aucun gouvernement ne durera, -mais la France est trop épuisée pour supporter de nouvelles expériences; -et si on ne lui ôte pas en commun la chance de se tromper, sa prochaine -erreur serait la dernière et la France serait en lambeaux... avant vingt -ans. Je voudrais que, des deux côtés, on fût bien persuadé de cette -vérité.» - - [75] Par ordre de M. le Comte de Chambord, les légitimistes - devaient s'abstenir de toute espèce de service dans l'État. - - -_Second extrait_: «La fusion est aussi éloignée que jamais. Le fait est -que, malgré quelques semblants, les d'Orléans n'en veulent pas, la façon -dont ils l'entendent la rendant _a priori_ impossible. Ils ne veulent -s'engager vis-à-vis du Comte de Chambord que dans le cas où la volonté -nationale se sera prononcée à son égard et lorsque le fait se sera joint -au _droit_. Quant à l'Angleterre, elle ne fera rien contre les réfugiés; -on ne pourrait l'y forcer que si la France était à la tête des autres -puissances pour l'y obliger, et c'est ce qu'elle ne fera pas. Du reste, -point de projets de guerre clairs et arrêtés; mais l'Empereur Napoléon a -dit hier, à quelqu'un, qui me l'a répété immédiatement: «_La France n'a -toute sa puissance et toute son influence que dans_ _l'action. Quand -l'Europe est en repos, les vieilles monarchies l'emportent toujours sur -elle, et il faut bien avouer que je suis né d'hier._» Ceci a été dit à -propos de la rapidité du succès de la mission du Comte de Leiningen à -Constantinople[76].» - - [76] Le Feld-Maréchal comte Leiningen avait été chargé d'une - mission diplomatique auprès de la Porte Ottomane, concernant les - différends entre les deux Gouvernements. Ayant remis au Sultan, - le 3 février, la lettre autographe de l'Empereur d'Autriche, le - comte de Leiningen était de retour le 16 février à Vienne, la - Porte ayant adhéré aux demandes et réclamations que l'Autriche - lui avait adressées par l'intermédiaire de ce diplomate. - - -_Vérone, 27 mars 1853, jour de Pâques._--Il a fait hier un joli petit -semblant de printemps dont, bien vite, j'ai profité pour aller au -_Giardino Giusti_, que j'avais envie de revoir. Les violettes y -abondaient, et nous nous sommes livrés à de fort douces illusions, sous -les cyprès séculaires égayés par le chant des oiseaux, qui tous -paraissaient en belle humeur. Nous avons gagné les terrasses supérieures, -d'où la vue était très nette, riche et variée. Nous nous sommes laissés -conduire ensuite à un théâtre antique, destiné jadis aux jeux olympiens. -Un propriétaire d'ici a acheté et fait abattre les maisons qui -encombraient ces ruines; elles paraissent avoir couvert un très grand -espace. Des pierres colossales reproduisent ce caractère de grandeur, -imprimé à tous les monuments d'une puissance en elle-même gigantesque. - - -_Vérone, 29 mars 1853._--J'ai été hier dire adieu au maréchal Radetzky, -toujours retenu par les restes de la grippe. Il a fort agréablement causé -dans son cabinet, où je l'ai trouvé, écrivant d'une main aussi ferme que -ses conceptions sont claires et lucides. Il m'a montré une belle -miniature, représentant l'Empereur François-Joseph, que l'Archiduchesse -Sophie lui a envoyée, en y joignant quelques vers des plus touchants. La -Maréchale m'a menée dans la bibliothèque, où se trouvent, sous verre, les -bâtons de maréchaux autrichien et russe; le second est fort orné de -diamants; le premier, moins brillant, est plein d'allusions, de noms, de -dates, de symboles. Le tout repose sur un piédestal en bronze, fondu dans -l'airain d'un des canons pris à Novare. - - -_Venise, 30 mars 1853._--Au bout de ce prodigieux chemin de fer, qui -traverse la lagune, pour enchaîner insolemment l'épouse de la mer à la -terre, Pierre d'Aremberg m'attendait hier, au débarcadère. Il s'est placé -dans notre gondole pour descendre avec nous le _Canal grande_, au bout -duquel est l'_Albergo Danieli_ où nous sommes descendus. Les salons sont -grands, avec la belle vue sur _Santa Maria della Salute_, _San Giorgio -Maggiore_, la _Riva degli Schiavoni_ et son bruyant mouvement: tout ce -grand et vivant tableau se perdant dans le lointain de la mer. La route -de Vérone, ici, est charmante, traversant une large vallée, bordée à -gauche par les Alpes Tyroliennes, à droite par les monts Euganéens; les -unes couvertes de neige et de glace, les autres se dessinant en pointes -aiguës sur un ciel, qui s'était enfin purifié. - - -_Venise, 31 mars 1853._--Ma cousine Emma de Chabannes[77], pour laquelle -j'avais un petit paquet, est venue me voir et me dire que sa Princesse -pensait, avec plaisir, qu'elle pourrait enfin faire ma connaissance -personnelle. La Princesse part après-demain, pour aller passer quinze -jours à Modène; j'y vais ce matin, et ensuite chez la Duchesse de Berry. - - [77] Elle était dame d'honneur de Mme la Comtesse de Chambord. - -Hier j'ai été dans la matinée, en gondole, à l'église _degli Scalzi_, la -plus riche de Venise, et à celle de _Santa Maria gloriosa dei Frari_, la -plus intéressante par ses monuments funéraires. Les Carmes déchaussés qui -soignent l'église _degli Scalzi_ sont très polis, et m'ont accueillie à -merveille. Ils m'ont montré un autographe de leur patronne, sainte -Thérèse, qu'ils conservent sous verre et qui n'est pas placé pour être vu -commodément; ensuite je suis rentrée. Il faisait un froid humide fort -déplaisant; aussi suis-je restée chez moi, tout le reste du jour, à ne -voir de Venise que ce que ma fenêtre veut bien m'offrir; à la vérité, -c'est beaucoup, beaucoup à voir, beaucoup aussi à entendre, parce que la -voix humaine, dans ses plus diverses inflexions, se charge ici de -remplacer le bruit des roues et le piaffement des chevaux. - - -_Venise, 1er avril 1853._--Il faisait positivement chaud dans la -gondole qui m'a descendue hier, à midi et demi, au _Palais Cavalli_. -L'accueil y a été fort bon, la conversation facile. Le Comte de Chambord -a une bonne figure ouverte et de la rondeur dans les manières, mais il -ne faut le voir qu'assis. Quant à la Comtesse de Chambord, elle a toutes -mes préférences: dignité, grâce, naturel, politesse bienveillante, taille -superbe, bel air, yeux intelligents, cheveux admirables, dents blanches, -sourire aimable. L'inégalité de son visage ne va pas jusqu'à la -contorsion ni à la grimace. Sa conversation est fort en harmonie avec son -extérieur; enfin, elle est ce qu'elle doit être, la position donnée; -position si touchante, si élevée, si triste, si difficile, dont la -simplicité la tire mieux que toutes les habiletés ne pourraient le faire. -Bref, elle m'a plu au delà de ce que je supposais; son mari moins, -quoique sa candeur et la loyauté répandues sur ses traits aient de -l'attrait. Il a un beau front, droit, élevé; sa conversation est bonne, -sage, mais je ne la trouve pas élevée; puis il est, ce me semble, de très -belle humeur; je ne sais pas si je n'aimerais pas mieux un nuage de -mélancolie. - -Le palais _Vendramin_ a des allures toutes différentes. Mme la Duchesse -de Berry est devenue d'une laideur suffocante: laideur, allures, gestes, -son de voix, plaisanteries, tout est commun jusqu'au vulgaire; bonne -femme au fond, mais hurluberlue dans son langage et grotesque de sa -personne. Le comte Lucchesi[78] n'est pas plus beau, mais il est poli et -se tire en maître absolu de sa très difficile position; il fait les -honneurs du palais, plus en grand maréchal qu'en époux; mais on sent la -main de fer sous le gant de velours. Les trois enfants, issus de ce -mariage (la petite fille, née à Blaye, a eu le bon esprit de mourir, il y -a longtemps), ne se sont pas montrés. - - [78] Mari de Mme la Duchesse de Berry. - -Après ces deux audiences, je suis allée au jardin botanique, créé en -1815, par ordre de l'Empereur François: j'y ai vu de fort belles plantes; -on n'est pas fâché de se retrouver par moments sur des petits carrés de -terre ferme. - -Lady Westmorland me mande ce qui suit, en date de Vienne du 28 mars: -«Lord Stratford de Redcliff a été ici, pendant quelques jours, en route -pour Constantinople. Il a eu une audience de l'Empereur et en a été très -content, ainsi que du comte Buol. Ils paraissent être tout à fait -d'accord sur les affaires de Turquie; c'est une goutte de consolation, -car, du reste, il y a une irritation et une animosité des deux côtés, qui -nous font passer de mauvais moments. Vienne est fort triste; point de -bals, un mauvais opéra et un ballet détestable.» - - -_Venise, 2 avril 1853._--J'étudie Venise de mon mieux. Je vois peu à la -fois, mais bien en conscience et avec force livres et recherches. Hier -nous avons été visiter _San Giorgio_ avec son magnifique perron, d'où la -vue est si belle. Palladio a mis tout son art dans cette église, très -correcte par conséquent, mais froide dans ses lignes, sa couleur et ses -formes; mais dix belles colonnes de marbre antique, quelques belles -figures en bronze et un ou deux souvenirs historiques lui donnent de -l'intérêt. Les tableaux s'y perdent par l'humidité de cette île, qu'on -va fortifier, et qui deviendra un point de défense formidable. L'église -des Capucins, _Il Redentore_, également du Palladio, a ses mérites et ses -défauts; ceux-ci fort augmentés par des ornements d'un goût affreux, -imaginés par les bons franciscains, qui ne sont guère artistes. Leur -sacristie contient trois Jean Bellini de _prima sorte_, et, comme -contraste, une série de _crachoirs_, d'une configuration si étrange que -je n'ai pu comprendre leur destination que par l'explication que m'en a -donnée le Père sacristain. Celui-ci a la plus belle, la plus longue et la -mieux tenue, peignée, brossée et brillante de toutes les barbes de -capucins que j'aie jamais vues. Il m'a prise en bonne part, et, au -dernier moment, il a ouvert une petite armoire contenant une figurine en -cire qu'on dit être: _il vero Ritratto del santissimo Fondatore degli -ordini mendicanti_[79]. Le fait est que c'est tellement ainsi qu'on se -représente saint François d'Assise que, pour moi du moins, je ne mets pas -en doute que ce ne soit là son véritable portrait. Enfin, je suis -rentrée, bien fatiguée. Après le dîner, je me suis assoupie, mais pas -longtemps, car le chant des gondoliers qui, en chœur, égayent leur -station au Molo, m'a fait vite ouvrir la fenêtre pour les mieux entendre. -C'était fort joli. - - [79] De l'italien: le véritable portrait du très saint Fondateur - des Ordres mendiants. - - -_Venise, 3 avril 1853._--Il y a de bien belles choses à admirer ici; mais -il y en a trop. Je ne sais comment le mois que je veux passer à Venise -suffira pour tout ce que l'un et l'autre me dit de voir. J'ai vu -d'admirables Paul Véronèse à l'Académie _delle belle arti_, où je suis -restée deux heures dans une véritable admiration. La collection n'y est -pas nombreuse, mais les chefs-d'œuvre y abondent: presque tous de cette -admirable école vénitienne qui, depuis que je sais distinguer les -tableaux, est celle qui m'a toujours satisfaite plus que toute autre. - - -_Venise, 4 avril 1853._--Hier dimanche, j'ai été faire ma prière à -l'église des Saints-Apôtres, dont on célèbre la fête le 3 avril. Il y -avait, par conséquent, grande _funzione_ dans cette église qui leur est -consacrée; beaucoup de lumière, de belles orgues, mais des voix et des -chants rappelant beaucoup trop l'opéra. L'église, en elle-même, n'est pas -intéressante; d'ailleurs, n'y étant que pour assister à la grand'messe, -je l'ai fort peu examinée. Ce qui m'a singulièrement plu et touchée, -c'est une procession passant sur la _Riva degli Schiavoni_, et portant -chaque année, au premier dimanche après Pâques, aux malades qui n'ont pu -faire leurs dévotions à l'église, leur portant, dis-je, la communion -pascale, soit dans leur palais, soit dans le taudis de leur misère. C'est -bien, c'est naturel, comme l'est toujours notre mère l'Église. - -A midi et demi, j'étais au palais _Vendramin_, où Mme la Duchesse de -Berry m'avait dit de me rendre, pour me montrer en détail ce charmant et -magnifique établissement que les arts dans leur plus belle expression, le -goût dans sa perfection, le confort dans tout son bien-être, l'histoire -dans ses traditions, et le luxe dans sa splendeur, se sont plu à -différentes époques à orner. Depuis des colonnes de jaspe sanguin, de -toutes grandeurs, provenant du temple de Diane, à Éphèse, jusqu'à une -botte de Louis XIV, sur le talon de laquelle Van der Meulen a peint une -des batailles gagnées par le Roi, depuis des tableaux _prima sorte_ de -Jean Bellini, Andrea del Sarto, etc., etc., jusqu'à des portraits du -pauvre petit Louis XVII, il y a de tout; et tout est bien ordonné, bien à -sa place, l'appartement bien distribué, des vues superbes; même un -jardin, chose si rare ici, où le manque d'arbres, de fleurs et de verdure -finit par fatiguer les yeux qui en cherchent vainement le repos et le -rafraîchissement. Je suis restée deux heures à suivre Mme la Duchesse de -Berry, et à écouter les explications très obligeantes et très -intéressantes que me donnait le comte Lucchesi; il est un cicerone -vraiment habile; je crois qu'il allège les pénibles honneurs qui lui sont -dévolus, en se plongeant dans les arts et la curiosité. - - -_Venise, 5 avril 1853._--Ma matinée d'hier a été consacrée à la basilique -de Saint-Marc, à son trésor et à l'inspection plus détaillée de la -_Piazza_ et de la _Piazzetta_. Il y aurait trop à en dire pour en -indiquer ici le détail, je me bornerai à en tracer mon impression. - -Bâtie sur le modèle de Sainte-Sophie, de Constantinople, l'Orient y a mis -son cachet particulier, de telle sorte qu'on a d'abord quelque peine à se -sentir dans une église du culte catholique romain; aussi, quoique -Saint-Marc ne soit pas à comparer comme grandeur, ni à Saint-Pierre, ni -au dôme de Milan, ni à celui de Cologne, reste-t-il digne d'être mis sur -la même ligne, parce que rien de semblable ne se trouve en Europe. Ce -n'est ni l'anéantissement qui terrasse à Saint-Pierre, ni le respect -qu'inspire Cologne, ni les élancements joyeux que provoque Milan; mais -c'est un fragment du temple de Salomon. Je voudrais pouvoir me confesser -à Saint-Pierre, prier à Cologne, chanter le _Te Deum_ à Milan, et rêver -aux Croisades à Saint-Marc. - - -_Venise, 6 avril 1853._--J'ai été visiter, hier, les ateliers de -Schiavone et de Nerli. Les artistes vivants ont trop à lutter, ici, -contre les comparaisons inatteignables qui les entourent. Schiavone -habite une partie de l'élégant palais _Foscari-Giustiniani_. Nerli, qui -est Prussien plein de talent, occupe les mansardes de l'immense palais -_Pisani_, dont les dimensions contrastent avec le délabrement des -détails. - - -_Venise, 8 avril 1853._--Hier, j'ai été au couvent des Arméniens de l'île -Saint-Lazare, que les études arméniennes de lord Byron ont rendu -particulièrement célèbre: nous y avons vu le vieux moine qui lui donnait -des leçons. C'est un bel établissement, propre, bien tenu, où on fait -poliment accueil aux étrangers. L'air y est bien meilleur qu'en ville, et -un joli jardin, dans le milieu du cloître intérieur, rappelle, par sa -végétation, ceux des villas de Nice: c'était un vrai rafraîchissement de -retrouver de la verdure et des fleurs. L'imprimerie, la bibliothèque, -l'église, la sacristie, tout nous a été ouvert et montré par un jeune -moine, fort bien élevé, parlant français et italien. - -Le duc de Lévis, qui m'avait demandé, à jour et heure fixe, un entretien, -est venu chez moi; notre conversation, qui s'est longtemps prolongée, m'a -confirmée dans la conviction que ce n'est pas d'ici que partent les -difficultés à la fusion. - - -_Venise, 9 avril 1853._--Nous avons senti une tempête que la _Bora_ nous -a envoyée de Trieste, en vraie rivale malicieuse. J'étais, le soir, au -palais _Vendramin_, et le canal montait si haut dans le _Canal Grande_ -que je suis arrivée chez Mme la Duchesse de Berry avec le mal de mer. -C'était une petite soirée en famille, où le whist, le thé et un peu de -conversation ont rempli une couple d'heures. Dans la matinée, j'avais été -faire une longue station au palais des _Doges_; j'y ai vu et revu des -merveilles artistiques, historiques, et de curieux manuscrits dans le -cabinet particulier du bibliothécaire. Le palais des _Doges_ est ma -grande préférence à Venise, car il semble que toutes les grandes ombres -puissent encore y être évoquées, au moindre mot, à chaque pas, à chaque -soupir. - - - M. de Bacourt étant venu passer un mois à Venise, la - correspondance subit alors une interruption. - - -_Berlin, 14 mai 1853._--Je suis arrivée, avant-hier à une heure après -midi, à Potsdam; j'ai été invitée pour le thé et le souper au Château. -J'y ai vu arriver le Duc et la Duchesse de Gênes: le Duc est beau et a -une sérieuse attitude. Je trouve seulement que son sérieux touche au -sombre et au taciturne, plus que son âge ne le comporte; du reste, sa -femme est si gaie, si fraîche, si ouverte, si naturelle, qu'évidemment -elle est heureuse. Elle ressemble infiniment d'extérieur à feu la Reine -des Belges[80], avec une expression plus gaie. Le Roi Léopold a fait ici -feu des quatre pieds pour être agréable. On trouve son fils par trop bien -élevé, tant il est poli, doucereux, courbé en humilité: la vraie école -paternelle. On dit qu'il serait beau si son long nez ne profilait pas une -ombre semblable à l'ombre classique du mont Athos (réflexion de Humboldt, -naturellement). Ici, le Ministère est divisé, la Famille Royale divisée, -la Cour divisée, les questions communales parlementaires et religieuses -en effervescence. Il paraît que c'est le chanoine Fœrster qui sera -Prince-Évêque de Breslau. Il est bon prêtre, homme d'esprit, grand -prédicateur, bon écrivain, actif ami des jésuites: il ne paye pas de -mine, il manque de calme, il n'est pas gentilhomme, mais il n'appartient, -en aucune façon, au clergé niveleur. Personnellement, je ne pouvais -désirer un meilleur choix. Il n'est point encore proclamé! - - [80] Princesse d'Orléans, fille du Roi Louis-Philippe. - -Le Roi et la Reine de Prusse m'ont beaucoup questionnée sur le Comte et -la Comtesse de Chambord, avec un intérêt visible et tendre. On n'a aucun -goût, aucune estime, aucune confiance pour Louis-Napoléon; mais on est -craintif, méticuleux; au fait, on a bien des motifs pour être prudent. - - -_Sagan, 18 mai 1853._--Je suis arrivée hier, ici, ravie de me retrouver -dans mon _home_, émue par l'accueil qui m'est fait par la population. - -Lady Westmorland m'écrit de Vienne que le Roi Léopold doit être, ce qu'il -est en effet, enchanté de l'accueil que l'Empereur et son Auguste Mère -lui font[81]. Lord Westmorland avait été invité à la parade et bien -traité par le chef de cette brillante et fidèle armée. Elle me dit aussi -que tout le parti révolutionnaire en Angleterre, avec lequel lord John -Russell et lord Palmerston ont été si longtemps en coquetterie, est -maintenant à couteaux tirés avec ces deux ministres, qui n'en ont pas -moins eu un vote éclatant en leur faveur. Dieu veuille que cela leur -donne la volonté de mieux faire et d'user, pour le bien du monde entier, -du pouvoir que ce vote leur donne. - - [81] Le Roi Léopold des Belges, dans le but de présenter aux - principales Cours de l'Europe son fils aîné, qui avait atteint sa - majorité, et qu'il voulait marier, et en même temps désireux - d'obtenir l'augmentation des garanties de l'indépendance de la - Belgique, ainsi que la conclusion d'un traité de commerce avec le - _Zoll-Verein_, entreprit, au mois de mai 1853, un voyage à Berlin - et à Vienne. Le Roi de Prusse, qui le reçut à Berlin avec une - grande affabilité, le retrouva peu de jours après dans la - capitale de l'Autriche, où Frédéric-Guillaume IV, accompagné de - son frère, le Prince Charles de Prusse, se rendit le 20 mai pour - y signer le traité de commerce austro-prussien. Le Roi put alors - assister aux fiançailles du Duc de Brabant avec l'Archiduchesse - Marie, fille de feu le Palatin. Ce mariage fut célébré le 23 août - suivant. - - -_Günthersdorf, 27 mai 1853._--Nous voici avec un Prince-Évêque nommé par -le Chapitre: c'est celui que j'annonçais. Le Roi ne tardera pas à -confirmer ce choix; et Rome, sans doute, le sanctionnera. Il est de -beaucoup préférable à celui de l'insignifiant Évêque de Münster ou du -curé spirituel, mais niveleur, de Ratibor. Il n'y a que l'Évêque de -Mayence, Mgr Kettler, que j'eusse préféré. - -Mes lettres de Vienne ne parlent que des ovations, tout exceptionnelles, -dont le Roi de Prusse y est entouré. C'est aimable, convenable et habile. -J'en suis charmée. Le mariage du Duc de Brabant avec l'Archiduchesse -Marie est déclaré. Elle a un caractère des plus vifs. - - -_Sagan, 5 juin 1853._--Quelqu'un qui a vu, il y a quelques jours, à -Berlin, le duc d'Ossuna, m'a dit que ce grand d'Espagne lui avait raconté -que, tout témoin qu'il était au mariage de l'Impératrice Eugénie, il -n'avait pu la voir, à son passage par Paris, dernièrement. L'Empereur la -tient sous un joug assez austère, et, du reste, elle est d'une santé fort -délicate. - -On me mande de Vienne que le Roi Léopold est plus enchanté de sa future -belle-fille que ne l'est l'épouseur. Mme de Metternich, avec sa rudesse -habituelle, dit que c'est unir un palefrenier à une religieuse, mais que -c'est le Duc de Brabant qui est la religieuse. - - -_Sagan, 9 juin 1853._--Toutes les lettres de Berlin ne cessent de parler -du ravissement du Roi de Prusse de son séjour à Vienne. L'Archiduchesse -Sophie arrive dans trois jours à Sans-Souci avec ses deux fils cadets. - - -_Sagan, 13 juin 1853._--Je ne puis m'empêcher dans mes méditations -solitaires de trouver que les événements paraissent se précipiter en -Orient. Assurément, l'Empereur de Russie est trop âgé pour agir en -étourdi, mais il ne l'est pas assez pour qu'on ne puisse lui supposer -l'ambition de vastes projets. Je m'imagine qu'à Paris, on pense souvent -qu'il faudrait compléter le 2 Décembre du dedans par un 2 Décembre du -dehors. Ce sont là deux gros nuages bien chargés d'électricité, aux deux -bouts du monde européen, qui courent au-devant l'un de l'autre. Je crois -bien qu'au centre on aimerait à dresser des paratonnerres, mais sera-ce -possible? Et si cela ne se pouvait, quelle guerre naîtrait de ce choc! Du -reste, il m'est revenu dernièrement qu'à Paris, on hésitait beaucoup -devant la guerre franchement révolutionnaire, qu'on s'y flatte même qu'en -n'entrant pas _immédiatement_ en Belgique, ni en Savoie, on pourrait -entrer en campagne d'accord avec l'Angleterre. Mais cela me paraît -terriblement _platonique_. La France, si éprise du luxe et du bien-être, -bénéficie de la paix; comment supporterait-elle d'en être sevrée, si on -ne lui offrait promptement les émotions et les dédommagements de la -conquête? D'ailleurs, le monde n'est-il pas mûr pour une crise -définitive? Les grands instruments de vitesse qui ont été si -merveilleusement prodigués à ce siècle, le sont-ils, dans les décrets de -la Providence, uniquement pour les trains de plaisir et les ballots de -coton? Ne sont-ce pas plutôt les bottes de sept lieues de la -civilisation, avide de rentrer en Orient? Tout cela semble, à mon petit -horizon solitaire, plus vraisemblable, quelque romanesque que cela -paraisse, que la prolongation d'un état de choses qui n'est lui-même que -la permanence du malaise et du péril pour tous les Gouvernements et pour -tous les peuples. - - -_Sagan, 19 juin 1853._--Je suis allée à Hansdorf[82] où Mme -l'Archiduchesse Sophie a désiré (selon l'itinéraire que lui avait tracé -le Roi de Prusse) dîner à deux heures pour arriver à Sans-Souci à l'heure -du thé. J'ai passé une heure à côté d'elle, à causer de mille choses -qu'elle traite avec facilité, agrément, abandon. Elle a paru fort -sensible à mon attention et au superbe bouquet que je lui ai apporté. -Elle a, depuis _bien, bien, bien_ des années, été toujours également -bonne pour moi, et je la trouve très aimable, animée, bienveillante et -spirituelle. - - [82] Hansdorf était alors la station du chemin de fer - d'embranchement de Berlin-Sagan. - - -_Dresde, 29 juin 1853._--Nous sommes arrivés ici, d'où la -Grande-Duchesse[83] est partie ce matin pour Weimar; sa fille Wasa est -malade à Pilnitz et est soignée par la Princesse Carola, ou pour mieux -dire, par Mme la Princesse Albert de Saxe, sa fille. J'apprends que le -jeune ménage est fort satisfait. Le public ne trouve pas du tout la -Princesse Carola jolie, mais on lui trouve l'air prévenant, -bienveillant; elle est fort polie et obligeante. La Famille Royale est -très contente d'elle, et le public, qui n'a pas vu ce mariage d'un bon -œil, se radoucit devant les jolies et bienveillantes façons de la jeune -Princesse. Comme le Prince Albert est très aimé et estimé, tout le pays -lui a fait de superbes cadeaux: les villes manufacturières, notamment, et -les villes de commerce, comme Leipzig, par exemple, qui a offert une -magnifique vaisselle. On ne sait où placer l'énorme quantité de choses -qui arrivent de toutes parts. - - [83] La Grande-Duchesse Stéphanie. - - -_Carlsbad, 3 juillet 1853._--Je suis arrivée hier dans cette fournaise. -Le dernier jour de Dresde, j'ai dîné chez les Redern avec le Prince -Albert de Prusse[84]. Redern, ministre de Prusse en Saxe a, de son -souverain, la permission d'inviter le Prince Albert chez lui, mais non -pas d'aller chez le Prince. Défense lui est faite de prendre notice -quelconque de l'épouse qui, dit-on, est en couches en ce moment; c'est un -peu bien près des noces. L'influence de la Reine de Prusse, pour empêcher -le Roi de permettre ce mariage (à condition de ne jamais voir la femme), -n'a jamais pu l'emporter sur les obsessions de la Princesse Charlotte de -Meiningen et de l'Impératrice de Russie. - - [84] Le Prince Albert de Prusse, qui vivait séparé de sa femme - depuis quelque temps, venait d'épouser, assez clandestinement, - une dame d'honneur de cette Princesse, Mlle de Rauch, qui reçut - le titre et le nom de comtesse de Hohenau. - -J'ai appris, à Dresde, que le Prince Wasa avait donné les beaux diamants -emportés de Suède à sa fille, la Princesse Carola, à l'occasion de son -mariage; mais aussi à la condition de ne pouvoir, ni les vendre, ni les -faire changer de monture; ils doivent rester dans la caisse du Prince -Albert, qui en est responsable, et la Princesse ne peut les porter qu'en -donnant chaque fois un reçu. On évalue cet écrin à quatre cent mille -écus. - - -_Carlsbad, 8 juillet 1853._--Le Grand-Duc de Saxe-Weimar est décidément -au plus mal. Voilà un deuil qui jettera du trouble dans le séjour de Mme -la Princesse de Prusse à Londres. Elle aime son père, et elle -s'inquiétera pour son frère, elle se préoccupera pour sa mère; enfin, -elle aura quelques soucis de plus à joindre à ceux qui, déjà, ne lui -manquent pas. - - -_Teplitz, 12 août 1853._--J'ai quitté Carlsbad sans regret; il me faut -maintenant conter, tant bien que mal, le peu qui arrive jusqu'à moi; et -d'abord le mariage de la jeune Mélanie de Metternich: elle épouse le -comte Pepy Zichy, un sien cousin, qu'elle a refusé deux fois, tant -qu'elle visait, avant 1848, à un prince de maison souveraine. - -On dit que la jeune Archiduchesse, future Duchesse de Brabant (ou plutôt -déjà Duchesse de Brabant, car le mariage par procuration a dû se célébrer -hier), a l'air bien triste. Je la plains et le jeune Duc de Brabant -aussi; car ce sont deux enfants qui se marient à contre-cœur tous deux. -La sensibilité paternelle ne s'en émeut guère. Le Roi Léopold fait son -chemin à pas discrets, mais sûrs, sans se soucier ni des aigreurs des -uns, ni des soupirs des autres; il a bien la figure de son rôle, bien -plus desséchée que vieillie! - -Son Ministre à Vienne, M. O'Sullivan de Grass, est tellement enflé de -joie, à ce qu'on dit, et d'orgueil d'être _ambassadeur_, et de ses -fonctions auprès de la Princesse, qu'il en aurait crevé, si cela avait -duré; mais après la cérémonie d'hier, il redevient Ministre, tout en -précédant, cependant, la Princesse à Bruxelles où le Prince Adolphe -Schwarzenberg l'accompagne. - -D'après ce qui me revient, je ne crois pas que l'entrevue du duc de -Nemours et du Comte de Chambord ait eu lieu jusqu'à présent. - - -_Teplitz, 15 août 1853._--Ma cousine de Chabannes m'écrit ce qui suit: -«Mme la Duchesse d'Orléans me paraît vraiment dans une sorte d'aberration -d'esprit, car ce qu'elle fait, en ce moment, y ressemble fort, et je lui -suis trop attachée pour ne pas en éprouver un vif chagrin. Vous savez -que, l'année dernière, tout en se montrant fort opposée au désir de tous -les siens, elle avait cependant fini par se soumettre à moitié, et à de -certaines conditions qui, du reste, tout naturellement, ont dû faire -échouer le projet de fusion entre les deux branches. Depuis un an, elle -se tenait à part avec une certaine affectation; mais maintenant, et à -l'occasion du voyage du duc de Nemours en Autriche, elle a déclaré ne -plus rien vouloir entendre, ni avec, ni sans condition, menaçant, si on -passait outre, _d'un éclat public_ et d'une séparation hautement avouée. -Les Princes et la Reine Amélie se plaignent de la nécessité de ne point -causer une division de plus, et de devoir tout sacrifier à l'union de -l'intérieur de leur groupe, exilé en Angleterre. Quelle déplorable -faiblesse et quelle étroite façon de juger une position aussi grave! Une -fois qu'elle se verrait toute seule de son bord, il faudrait bien qu'elle -se soumit. Mais enfin on est en terreur d'elle, Dieu sait pourquoi!» - -Voici maintenant l'extrait d'une lettre de l'obligeant Scarella, qui -m'écrit de Venise, après son retour d'un voyage à Rome, au sujet des -commissions artistiques qu'il veut bien surveiller pour moi à Venise; il -me dit: «J'ai eu occasion de me convaincre, hélas! à Rome, que le -vénérable Pontife Grégoire XVI a été bien négligé et même abandonné dans -sa dernière maladie! J'ai eu une longue audience de son successeur. Il a -daigné me parler avec confiance et grande tristesse. Il m'a avoué l'état -cruel de sa position actuelle, environnée de partis révolutionnaires qui -conspirent sans cesse. On parvient à grand'peine à les comprimer, mais -non à les détruire. L'esprit public est très mauvais dans les États -romains et en révolte contre le Gouvernement qui est faible et inactif, -incapable de conserver la tranquillité sans les troupes étrangères. Le -Gouvernement qui, il y a quelques années, a si légèrement encouragé la -révolution, n'a pas admis, jusqu'à présent, les moindres progrès -administratifs; ni chemins de fer, ni télégraphes, ni éclairage au gaz, -etc., etc... Ce Gouvernement misérable épuise la fortune de ses sujets, -sans qu'il en résulte de bénéfice pour lui-même. J'ai assisté à -l'élection du Général des Jésuites, le Père Beckx; il a été bien reçu du -Pape, quoique le Saint-Père n'aime pas cette Compagnie, si essentielle -cependant, et qui pourrait lui être bien utile. J'ai également assisté -_aux fonctions_ du chapeau donné aux deux Cardinaux français, et j'ai vu -l'illumination de la Girandole au Monte Pincio, substituée à celle du -Château Saint-Ange, occupé maintenant par le magasin à poudre des -Français.» - - -_Teplitz, 19 août 1853._--Il paraît qu'on porte des jugements fort divers -sur la nouvelle Duchesse de Brabant. On me dit que la Reine de Prusse en -fait un portrait flatteur; et avant-hier, Mme de Ficquelmont et sa fille -assuraient toutes deux que cette Princesse avait une tête charmante et -une expression pleine d'agrément dans les yeux; que c'était, en un mot, -une beauté de Rubens qui semblait faite exprès pour la Belgique; qu'en -outre, elle avait l'esprit prompt et ouvert, et que les maîtres qui -l'avaient instruite assuraient qu'elle avait une intelligence rapide et -une capacité rare. Maintenant, où est le vrai? - - -_Teplitz, 25 août 1853._--_L'Indépendance belge_ nous fait assister à la -marche triomphale de la Duchesse de Brabant. Elle doit être touchée de -l'accueil que lui fait le beau et riche pays qu'elle traverse, où les -souvenirs de ses ancêtres ressuscitent sous ses pas. - -On me mande qu'on en a une _humeur de chien_ aux Tuileries, ce que je -conçois à merveille; mais ce que je ne m'explique pas, c'est que le -Ministre de France à Bruxelles soit le seul du Corps diplomatique qui ne -se trouvera pas à son poste pour la cérémonie. - -J'ai eu les détails suivants sur ce qui vient de se passer à Ischl. -L'Empereur d'Autriche y est arrivé le 16 août au soir. Il a vu sa tante -et ses cousines de Bavière le 17, et on a été frappe de la façon -particulière et attentive dont il regardait sa cousine Élisabeth. Le 18, -au bal, il a dansé la première valse avec la sœur aînée; cette valse a -été courte; il a dansé la seconde avec la sœur cadette, qui a été -interminable. Plus tard, dans la figure du cotillon où on offre des -bouquets, il a traversé la salle et a offert le sien à la Princesse -Élisabeth. Le 19, il s'est renfermé, n'a vu personne, et à dîner, il -avait l'air très sérieux. Le 20, au matin, il a été avec sa mère, chez sa -tante, la Duchesse de Bavière, demander la main de sa cousine. Le _oui_ a -été dit sans beaucoup de difficultés. Aussitôt après, il a été avec la -fiancée et les deux mères à l'église. Une personne qui se trouvait dans -un coin de l'église, y entendant la messe pour son propre compte, les a -vus arriver, tous très émus, très pieux, et recueillis. (Ce n'était pas -un dimanche.) En sortant de l'église, le mariage a été déclaré et -aussitôt après, l'Empereur a été, en famille, passer le reste de la -journée dans les montagnes. Si l'Empereur avait écouté les désirs -particuliers de sa mère et de sa tante, la Reine de Prusse, il eût épousé -une de ses cousines germaines de Saxe; mais aucune ne lui a plu; il l'a -déclaré tout simplement, en disant qu'il n'était nullement pressé de se -marier, et qu'il n'épouserait qu'une Princesse qui lui plairait. C'est -donc une autre cousine germaine de Bavière qui lui a plu, et après avoir -pris vingt-quatre heures de solitude et de réflexion, il a passé outre. -Le comte de Ficquelmont, qui dînait hier chez moi, me disait que tout -cela était bien, en effet, dans le caractère du jeune Empereur: -«_Indépendant_, _réfléchi_ et _déterminé_.» Il aime et estime son jeune -Souverain, et je vois que c'est l'effet qu'il produit sur tous ceux qui -l'approchent. M. de Ficquelmont me citait aussi un mot du général russe -de Berg qui, après l'éclatante entrée de l'Empereur à Raab, disait aux -Autrichiens: «_Messieurs, je vous félicite d'avoir un Empereur aussi -brillant; mais ce qui vaut mieux, c'est que vous avez en lui non -seulement un Empereur, mais encore un maître._» - -La Princesse Élisabeth, étant cousine germaine de l'Empereur et Princesse -de Bavière de père et de mère, est tout à fait du bois dont on fait de -très véritables Impératrices. On la dit très agréable, de fort beaux -yeux, une jolie expression et une taille gracieuse. Elle n'aura seize ans -qu'au mois de décembre; le mariage ne se célébrera qu'après le jour de -l'An. Cette nouvelle alliance bavaroise pourrait bien ne pas plaire à -Berlin. La future belle-mère de l'Empereur est, à ce que j'ai lieu de -croire, la plus spirituelle princesse et la plus instruite de sa famille, -qui compte cependant plus d'une princesse distinguée; elle est originale, -retirée, ne sortant que peu de son château de Possenhofen, où elle a vécu -d'études et de dévouement à l'éducation de ses filles. - - -_Teplitz, 28 août 1853._--J'ai eu une nouvelle lettre d'Ischl dans -laquelle on me mande que, lorsque l'Empereur a parlé à Madame sa mère du -désir d'épouser la Princesse de Bavière, il l'a fait dans ces termes: -«_Si j'étais sûr qu'on ne persuadât et ne poussât pas la Princesse à -m'accepter, je voudrais lui demander moi-même si elle consent à partager -mon sort difficile, à m'aider à en porter le poids et à l'alléger._» On a -donc sondé la jeune personne en lui disant qu'elle ne devait consulter -que son cœur et ne regarder en rien à l'éclat de la situation. Elle a -répondu que ce n'était que cette position trop élevée et trop difficile -qui pourrait l'effrayer, car quant à la personne, elle s'y sentait -vivement attirée. L'Empereur, en recevant cette réponse, a dit au comte -O'Donnel: «_Je vous remercie aujourd'hui doublement de ce que vous avez -été pour moi, sur le bastion de Vienne._» Les deux mères auraient voulu -que la chose fût tenue secrète jusqu'à l'arrivée ou, au moins, jusqu'à la -réponse du Duc Maximilien, père de la Princesse, auquel personne n'avait -songé dans les premiers moments d'effusion; mais l'Empereur a dit qu'il -ne fallait pas que son bonheur fût caché et qu'il avait hâte de le -proclamer. - - -_Sagan, 3 septembre 1853._--On me mande de bonne source que le duc de -Broglie est converti à la fusion; c'est malheureusement bien tard, et il -n'a pas peu contribué, par son hérésie politique, à creuser l'abîme entre -les deux branches en fortifiant, pendant des années, l'obstination de Mme -la Duchesse d'Orléans. - -Qu'il est rare que les gens, même les plus honnêtes et les plus -distingués, fassent les choses _importantes_ à propos! - - -_Sagan, 6 septembre 1853._--Lady Westmorland me mande de Vienne ce qui -suit: «Nous voilà replongés dans les incertitudes et les négociations par -cette réponse de Constantinople. Je ne crois pas que cela empêche -l'accommodement que tous veulent, mais cela nous donnera encore beaucoup -de peine et de tracas[85].» - - [85] L'Église grecque, dans les Lieux Saints, empiétait sur - l'Église latine qui perdait ainsi tout droit. Appuyée par la - France, l'Église latine demanda que la question reçût un nouveau - règlement, et la Turquie fut appelée à en décider. La Russie, - croyant le moment venu d'imposer ses volontés, envoya à - Constantinople le maréchal Menschikoff, avec des propositions - dont elle exigeait la signature immédiate. La Turquie, voyant - l'abdication de son indépendance, les rejeta. La Russie envahit - aussitôt les Principautés danubiennes. C'était un _casus belli_. - L'Angleterre, la France et l'Autriche, dans l'espoir de maintenir - la paix, adressèrent à la Russie une note portant leurs trois - signatures. La Turquie, n'ayant pas accepté, sans modification, - le contenu de cette note, le Czar la rejeta, et le but que l'on - se proposait ne fut pas atteint. - - -On dit la jeune Impératrice jolie, et l'Empereur épris et très heureux. - - -_Sagan, 9 septembre 1853._--Voici ce que m'écrit d'Anjou M. de Falloux; -il revenait de faire une course à Paris. «On a trois politiques -distinctes à Paris: celle des agioteurs qui jetteraient volontiers le -Sultan dans le Bosphore pour cinq francs de hausse à la Bourse. M. de -Morny et M. Fould patronnent cette politique, et la font, à cette heure, -triompher _officiellement_. A l'extrémité opposée, la politique -révolutionnaire de la guerre ronge son frein, prépare ses chances, et -elle a ses représentants fort près aussi de l'oreille impériale. Entre -les deux se place la pensée suprême qui veut la guerre plus que M. Fould -et moins que M. de Persigny. - -«Louis-Napoléon cherche à faire tomber lord Aberdeen pour faire surgir -lord Palmerston; il ne croit pas à la possibilité d'une paix solide, mais -voudrait une entrée en campagne plausible, régulière et d'accord avec un -Ministère anglais renouvelé. On hésite donc et on hésitera encore quelque -temps, non pas entre la paix et la guerre, mais entre les différentes -façons d'entamer la guerre, puis, quand le parti sera pris, la France -s'éveillera avec son _deux décembre_ du dehors!» - - -_Sagan, 12 septembre 1853._--Il paraît certain que l'Empereur Nicolas -arrivera le 20 à Olmütz[86]. - - [86] L'Empereur Nicolas arriva, en effet, à Olmütz: il était - accompagné de son beau-frère, le Prince de Prusse, pour - s'entendre avec l'Autriche et la Prusse. Une longue conférence - eut lieu le 2 octobre, sous la tente impériale, entre les deux - Empereurs, le Prince de Prusse et MM. de Nesselrode et de Buol. - Les délibérations en restèrent d'abord secrètes, puis, on apprit - bientôt que le Czar avait fait savoir à la Porte Ottomane que ces - puissances ne lui donneraient qu'une garantie séparée de chacune - d'elles, et non pas une garantie collective, et qu'il n'y aurait - aucune solidarité entre les garants de l'intégrité et de - l'indépendance de la Turquie. La proposition austro-russe fut - repoussée à Londres comme à Paris, et absolument rejetée à - Constantinople. - -Lady Westmorland me mande ce qui suit de Vienne, en date du 9: «Je n'ai -plus aucune patience avec ces Turcs, qui refusent si sottement ce que -l'Empereur Nicolas acceptait de si bonne grâce; et maintenant, je crains -fort qu'il ne se redresse contre les exigences et les prétentions de la -Porte: nous attendons avec anxiété la réponse de Pétersbourg.» - -Il paraît que lord Stratford Redcliffe a joué le même rôle à -Constantinople que dans ses précédentes missions, et, que tout en tenant -un langage officiel calmant, il a beaucoup stimulé sous main, d'une part, -les arrogances de Menschikoff, et de l'autre, les résistances musulmanes. -On dit qu'il va être rappelé. - - -_Sagan, 22 septembre 1853._--Il ne se passe pas de semaine où il ne -faille placer un nouveau jalon mortuaire sur notre route; ce sont des -signets de deuil dans le triste livre de la vie, que nous ne feuilletons -pas avec assez d'attention, et dont la dernière page se clôt avant que -nous n'ayons bien reconnu la vraie signification de l'œuvre. Hier -encore, j'ai appris la mort de mon cousin, Paul de Médem. Sans doute, il -faut bénir la Providence de l'avoir tiré des ténèbres qui -s'épaississaient, de plus en plus, autour de son intelligence, pour le -placer au centre de cette lumière, qui seule ne s'éteint jamais. Mais -cette fin prématurée ne laisse pas que de fendre le cœur. - - -_Sagan, 25 septembre 1853._--Le prince Paul Esterhazy est à Vienne; il -est arrivé de Pesth avec les insignes royaux de Hongrie, et c'est lui qui -a porté la couronne à la cérémonie de l'église[87]. Voilà qui le -réhabilite complètement à la Cour et à la ville! J'en suis bien aise, car -je lui veux toutes sortes de bien. - - [87] Pour le mariage du Duc de Brabant. - - -M. de Salvandy, ayant dans un voyage à Nantes passé devant Rochecotte, -s'y est arrêté et y a fait une visite à Pauline[88], après laquelle il -m'a écrit une fort aimable lettre. Il y dit ce qui suit: «Mon impression -générale sur tout ce que nous voyons, c'est que les événements sont -destinés à se précipiter; qu'en gros, ils ressembleront à ce que nous -avons déjà vu, avec les différences qui me laissent partagé entre la -douloureuse crainte de ressemblances complètes, quant aux moyens, et -l'espérance d'issues plus indépendantes, plus dignes, et, par cela même, -plus durables. Je ne rentrerai en ville que fort tard; il s'est fait dans -le monde des vides qui me sont de grandes tristesses; je me sens dépaysé -dans la génération nouvelle qui remplit les salons: Mmes de Noailles, de -Maillé, d'Osmond, de moins; Mme de Boigne éteinte; M. Pasquier baisse à -vue d'œil; l'empreinte du temps atteint M. Molé. Je renonce à poursuivre -M. Guizot dans la lanterne, très peu magique, de Mme de Lieven. Le duc de -Noailles n'hérite pas, comme il l'aurait pu, de tant de successions -ouvertes; les Decazes sont abîmés entre la maladie, le Roi Jérôme et M. -Bixio. Il n'y a plus de Sainte-Aulaire, Mme Mollien est toute seule dans -l'appartement charmant qu'elle s'est fait; Mme de Châtenay, en perdant -Alexis de Saint-Priest, est restée seule dans le sien. Albert de Broglie, -qui a repris sa place dans le monde pour lequel il est fait, et dont son -père s'était exilé, va beaucoup chez les autres et n'a point de chez soi. -La duchesse de Mouchy plus aimable chaque jour, depuis qu'elle ne -s'abrite plus chez sa mère; la duchesse de Rauzan dont la santé se -détruit de plus en plus, sont mes seules amitiés vivantes. Mmes de -Choiseul et de Vogüé, qui recueillent l'héritage de leurs amitiés -défuntes, malgré une bonne grâce infinie, ne sont plus des centres, parce -qu'il s'y réunit trop de monde, trop de jeunesse, qu'il n'y a pas de -petits jours, que dès lors, on ne cause pas. Le salon de Mme de La Ferté -reste froid et austère comme elle. Le monde ancien est fini!» - - [88] Marquise de Castellane. - -Ce passage compose, ce me semble, un tableau assez rapide et assez vrai -de ce qu'est devenu le Paris de la _bonne compagnie_. - - -_Sagan, 4 octobre 1853._--Lady Westmorland me mande de Vienne en date du -2: «Mon mari est revenu d'Olmütz, avant-hier au soir, enchanté de son -séjour, et surtout très content de ses conversations avec l'Empereur -Nicolas, et de la modération de ses intentions pacifiques dont il a donné -des preuves incontestables. Hier donc, nous étions un peu remontés, en -espérant une solution, mais aujourd'hui, nous avons une dépêche -télégraphique de Constantinople du 25, qui annonce que le Sultan, poussé -par le Divan, s'est décidé à déclarer la guerre, malgré l'avis des quatre -représentants[89]. Dieu sait si cet événement ne fera pas peur à nos -commerçants en Angleterre, et n'arrêtera pas un peu les cris furibonds de -ces odieuses gazettes qui poussent à la guerre depuis si longtemps.» - - [89] Une dépêche avait apporté la déclaration formelle de la - guerre de la Porte à la Russie. Le texte en était d'abord parvenu - à la Légation ottomane à Vienne avec la condition que les - hostilités ne seraient ouvertes que dans le cas où la Russie - n'évacuerait pas les Principautés danubiennes dans les quatre - semaines. - - -_Sagan, 14 octobre 1853._--Voici l'extrait d'une lettre que le baron de -Humboldt m'écrit de Berlin, en date d'hier: «Pourquoi le Czar est-il venu -ici? Dans quel but? Qu'est-ce que cela lui rapporte? Je l'ai vu arriver, -figure de marbre de Paros, un peu vieillie avec de rares velléités -d'animation bienveillante; j'ai reçu trois poignées de main en trois -jours; de l'inquiétude dans le regard scrutateur et morose: en général, -de la politesse soutenue, mais glaciale. Je l'ai vu partir dans le -vestibule de Sans-Souci, couvrir aux adieux la Reine de ses baisers, -embrasser le Wachtmeister[90] puis revenir encore et embrasser la Reine. -J'ai résisté, pour ma part, à l'attendrissement. Je pense qu'il avait un -vif intérêt à faire croire aux Tuileries, à Londres et aux Dardanelles -que les trois puissances du Nord étaient plus familièrement d'accord que -jamais, de faire une politesse à notre Reine et de s'assurer de son -appui, de gagner huit à dix jours de temps pour avoir des nouvelles de -Constantinople, et de s'assurer avant tout de l'impression que les vagues -pourparlers d'Olmütz, renouvelés plus vaguement encore à Varsovie (sans -la moindre coopération de Manteuffel qui, en Cincinnatus vertueux, était -allé visiter ses choux de Lusace), avait produite à Londres. - - [90] Maréchal des logis. - - -«Il paraît que le Czar a préféré la voie de terre pour avoir la -possibilité, si quelque nouvelle importante arrivait, de retourner sur -ses pas, à Kiew et à Odessa. Au départ de l'Empereur Nicolas, il n'y -avait de Constantinople que des nouvelles du 26: ce matin, il en est -arrivé par télégraphe électrique du 2 octobre, confirmant simplement la -nouvelle que si, dans quarante jours, les troupes russes n'évacuaient -pas, ce qui, sans doute, restera paisiblement en leur possession jusqu'en -mai 1854, on ferait une déclaration de guerre, ce qui, dans le nouveau -dictionnaire diplomatique, ne dit aucunement qu'il y aura guerre. - -«Le Ministre de la guerre Bonin a été l'objet de grandes froideurs. M. de -Manteuffel a beaucoup insisté sur la neutralité de la Prusse; cependant, -le Czar est parti avec la ferme persuasion que si la guerre se faisait -effectivement, la Prusse lui viendrait en aide, et je crois qu'il ne se -trompe pas. Notre excellent Roi me paraît soucieux. - -«L'homme qui, aux Tuileries, ne parle pas, mais rumine d'autant plus, est -bien aise de la rupture des traités, de ces provinces occupées qui -semblent lui donner des droits analogues; sa haine personnelle et -politique est dirigée de plus en plus contre la Belgique. La -pusillanimité de Léopold lui fait espérer qu'en cédant le nord du Brabant -et Anvers à sa douce alliée la Hollande, il pourra occuper la Belgique -proprement dite, sans que les fureurs dynastiques de Windsor osent -pousser à la guerre ce bon peuple, qui ne veut pas voir troubler son -commerce et qui, dans l'occupation d'Anvers par la Hollande, verrait -s'évanouir toute rivalité dangereuse. On prouvera, par un manifeste, que -l'hydre de la révolution ne sera vaincue qu'autant que les libertés -belges ne serviront plus d'abominable contraste aux douceurs angéliques -du gouvernement absolu des Tuileries. - -«Radowitz est au plus mal; c'est un rétrécissement organique des -intestins, d'affreux vomissements en sont le résultat. - -«A Glienicke, on rêve noces et festins; on a jeté les yeux sur l'agréable -jeune Princesse de Dessau; le Prince Frédéric-Charles, dans sa -silencieuse chasteté, paraît peu empressé d'abandonner le culte de la -caserne.» - -La duchesse d'Albuféra m'écrit de Paris, en date du 10: «Pensez-vous que -la réunion de Varsovie aura amené quelque solution satisfaisante à -l'interminable affaire d'Orient? Chacun a bien assez à faire chez soi -pour se tenir tranquille au dehors. Nous avons ici bien des ennemis -intérieurs par la cherté du pain; il faut s'attendre à un hiver très -difficile; les quêtes et les pauvres vont pleuvoir; la Ville de Paris -fait un sacrifice de quarante-deux mille francs par jour pour tenir le -pain à un prix raisonnable. Comme elle s'est fort endettée par tous les -embellissements qu'elle fait de tous côtés, elle va nous cribler -d'impôts: voitures, chevaux, domestiques, pianos; tout ce qui est luxe va -payer. Le résultat ne sera pas ce qu'on croit: on ira à pied, on renverra -la moitié des domestiques et on ne fera plus de musique. Les fortunes de -Paris sont trop médiocres pour pouvoir faire face à tout.» - - -_Sagan, 21 octobre 1853._--Voici l'extrait d'une lettre que lady -Westmorland m'écrit de Vienne en date du 19: - -«Nous sommes dans un état de stagnation et d'attente, quant à la -politique. La déclaration de guerre de la Porte met nécessairement fin à -toutes les négociations pour empêcher la guerre. Maintenant, il faut -tâcher de _faire_ la paix; mais pour commencer cette tâche, on attend de -savoir de quelle manière l'Empereur Nicolas aura reçu la déclaration de -guerre. Je crois qu'il ne serait pas difficile d'arranger une paix, comme -il aurait été facile d'empêcher la guerre, si l'on n'avait affaire de -tous côtés qu'à des médiocrités. Celui qui me paraît avoir le plus -d'habileté, c'est Drouyn de l'Huys; Buol, comme mon cousin[91] à Londres, -sont de bonne foi, désirent le bien, ne manquent pas d'esprit, mais sont -tous deux de _seconde rate_[92] quand il s'agit de diriger une grande -affaire. - - [91] Lord Clarendon. - - [92] (De l'anglais), de second rang. - -«Nesselrode a commis des bévues incroyables; il faut que l'âge l'ait -paralysé; au fond, c'est lui qui a tout gâté en donnant raison à cet -esprit intrigant, haineux, rancuneux de Stratford Canning, qui a commencé -tout le mal par ses perfides conseils à Constantinople, et qui aurait été -désavoué et bafoué partout, si la stupide dépêche de Nesselrode n'eût -tout embrouillé de nouveau[93]. - - [93] M. de Nesselrode avait envoyé une dépêche datée du 7 - septembre, destinée à expliquer les motifs par lesquels - l'Empereur Nicolas avait rejeté les modifications, demandées par - le Sultan, au projet de note préparé par le Cabinet de Vienne. - Entre autres, il joignait à cette dépêche une note spéciale - adressée à M. de Meyendorff, alors ambassadeur de Russie à - Vienne, dans laquelle étaient discutées point par point les - modifications elles-mêmes. - -«On me paraît singulièrement tranquille à Vienne; on y est persuadé que -les hostilités ne peuvent commencer avant le printemps et que nous avons -six mois pour négocier. Je ne partage pas cette sécurité, et je m'attends -après le 24 à quelque coup de main. Une fois un coup de canon tiré, -qu'arrivera-t-il? En Angleterre, les gens raisonnables n'osent pas -résister à la presse radicale. Le Cabinet voit très bien les dangers de -cette guerre, mais il n'a pas le courage de résister aux fureurs de la -populace, qu'on a la faiblesse de prendre pour l'opinion publique; -celle-ci, dans les classes honorables, n'est rien moins que guerroyante. -Mon oncle[94] avait raison quand il prévoyait, avec douleur, l'importance -que le _Reform-Bill_ donnerait aux masses ignorantes. L'union de notre -Cabinet avec Louis-Napoléon est des plus intime; Louis-Napoléon y tient -beaucoup, il fait toutes les concessions que nous demandons.» Cela -durera-t-il? je ne m'y fie pas trop. - - [94] Le duc de Wellington. - - -_Sagan, 23 octobre 1853._--On m'écrit de Paris ce qui suit: «Je ne crois -pas à la guerre; l'Empereur Louis-Napoléon ne la désire pas et fera tout -son possible pour l'éviter. Nous avons déjà la disette ou à peu près, de -grands embarras financiers, d'immenses travaux entrepris de tous côtés. -Ce serait la ruine de la France au moment où on jouit du repos et du -bien-être qui suivent de grandes agitations. L'Angleterre n'est pas -franche, son Cabinet ne se soucie pas de tirer le canon; mais, pour se -maintenir et plaire à l'esprit public, irrité contre la Russie, il joue -un jeu dangereux qui pourrait nous entraîner plus loin qu'on ne le -compte. Quant aux Turcs, ils sont comme l'Ibrahim de Racine, indignes de -vivre et de mourir[95], et je ne m'intéresse à eux que par rapport à la -secousse européenne. - - [95] Allusion à ces vers de Racine dans sa tragédie de _Bajazet_: - - L'imbécile Ibrahim, sans craindre sa naissance, - Traîne, exempt de péril, une éternelle enfance. - Indigne également de vivre et de mourir, - On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir. - -«On me dit que la Grande-Duchesse Stéphanie arrive aujourd'hui à -Compiègne, où toute la Cour est réunie. Notre Impératrice est jolie, -frivole, insignifiante et stérile; son mari en est encore amoureux, mais -la dernière qualité, parmi celles que je vous ai énumérées, ne le flatte -pas.» - - -_Sagan, 8 novembre 1853._--Le nouvel évêque de Breslau[96], arrivé ici -avant-hier, est parti après le déjeuner; il avait, la veille, officié -pontificalement dans la grande église; et hier, il l'a fait dans l'église -de Sainte-Croix qui lui a plu singulièrement. Ma maison ressemblait à un -séminaire, tant il y avait de soutanes. Le Prince-Évêque a été fort -aimable pour tous, prenant intérêt aux personnes et aux choses. Durant -son séjour, nous avons eu, lui et moi, en trois fois, quatre heures de -conversation, seul à seule, fort instructives et intéressantes. Moins -prince de l'Église, moins imposant et moins homme du monde, aimable et -attrayant que son prédécesseur, il a autant d'esprit, plus de calme sur -certaines choses et plus d'activité pour d'autres, une piété égale, une -éloquence écrite et parlée analogue, et tout aussi remarquable: bref, -c'est un homme très distingué et très apostolique. - - [96] Mgr Fœrster. - - -_Sagan, 15 novembre 1853._--Lady Westmorland me mande ce qui suit: «Les -affaires me peinent et m'indignent, car, pendant que nous nous disputons -sur des formes et des mots, le sang coule et qui sait combien? Quand je -dis _nous_, je parle de nos gouvernements, car on ne peut être plus unis, -plus en confiance réciproque, plus sincèrement dévoués à faire le bien -que ne le sont les quatre qui travaillent ici; mais il y en a trois qui -n'ont pas les coudes libres, et de là vient toute la difficulté de faire -un arrangement quelconque. - -«Il paraît certain qu'on s'est battu le 3 ou le 4, et qu'il y a eu -beaucoup de morts et de blessés, mais qu'il reste fort incertain qui a eu -le dessus. Un rapport dit que les Turcs ont maintenu leur position à -Oltenitza et que les Russes se sont retirés; un autre dit que les Russes -ont fait reculer les Turcs[97].» - - [97] Le 3 novembre, les Turcs remportèrent un avantage notable - sur la rive valaque du Danube. Au nombre de douze mille hommes, - ils passèrent le fleuve entre Lurtukai et Oltenitza, maintinrent - leurs positions dans ce dernier endroit et s'y fortifièrent. Les - Russes firent de grandes pertes. - -Il paraît que le Père André Bobola qu'on vient de béatifier à Rome, et -qui a été un jésuite polonais, martyrisé par les Russes, il y a deux -cents ans, est l'objet d'une grande humeur de l'Empereur Nicolas, et -voici à quelle occasion: Une tradition ancienne rapporte que, lorsque -l'Église honorera particulièrement le Père Bobola, de grands malheurs -frapperont la Russie et que le sang y coulera. Cette tradition est fort -connue dans le Nord. L'Empereur ne l'ignore pas, et si peu qu'il a tâché -d'entraver à Rome cette béatification. Des prêtres lithuaniens, auxquels -les consulteurs des Rites ont écrit, pour avoir leurs témoignages sur les -miracles et le martyre du Bienheureux, et qui ne les ont pas refusés à -Rome, ont été déportés en Sibérie.» - - -_Sagan, 21 novembre 1853._--Le dernier ouvrage de Cousin dont j'entends -parler est un volume philosophique[98] dont le but serait de mettre -d'accord ses écrits d'autrefois avec ses pensées actuelles qui semblent, -Dieu merci, suivre un tout autre cours. Mais à quoi bon? nous perdons -tant de bonnes choses sur la route de la vie, qu'il est bien naturel de -nous défaire des mauvaises. Ne serait-il pas plus digne du vrai -philosophe chrétien d'en convenir tout simplement ou, mieux encore, de ne -pas en fatiguer le public, que cela n'intéresse guère et de continuer -l'histoire de Mme de Longueville qui charme tout le monde. - - [98] Vers la fin du règne de Louis-Philippe, M. Cousin comprit - qu'il était inutile de lutter contre l'ordre des choses. Sans - renoncer positivement au libre-penser, il se rapprocha des - doctrines plus saines et publia en 1853 un ouvrage intitulé _Du - vrai, du beau et du bien_. Il y faisait appel à la conciliation - et rêvait l'union des idées religieuses avec la liberté, en - émettant des regrets de nature à calmer les animosités, au sujet - des aberrations de sa vie passée. - -Je voudrais bien que Villemain fît enfin paraître son Grégoire VII[99], -ce serait une bien bonne lecture pour mes solitudes; mais, je crains -fort que le grand Pontife ne soit pas au bout de ses malheurs, et qu'il -ne reste encore captif. - - [99] L'histoire de Grégoire VII fut trouvée achevée dans les - papiers de M. Villemain et ne fut publiée qu'après sa mort, en - 1873. L'auteur en avait tracé le plan et rédigé une notable - partie à la fin de la Restauration, puis l'abandonna lorsque la - révolution de Juillet eut soufflé sur les entreprises du clergé, - et y revint dans les dernières années de sa vie. - -On dit que M. de Lamartine est très malade. Sa santé ne pourrait alors se -comparer qu'à sa fortune et à sa renommée. - -Je voudrais connaître quelque livre attachant qui me fasse passer les -langueurs de ma chaise longue; ce ne seront pas les trois derniers -volumes de l'histoire que M. Thiers a écrite sous l'empire de si -déplorables passions. La muse de l'ingratitude l'a déplorablement -inspiré[100]. Heureusement qu'il ne suffit pas d'avoir du talent pour -faire ou défaire des renommées; elles subsistent par elles-mêmes et -résistent aux folles apothéoses, comme aux iniques et ingrats -dénigrements. - - [100] Allusion à la façon malveillante et peu impartiale dont M. - Thiers avait parlé du prince de Talleyrand dans son grand - ouvrage: _Le Consulat et l'Empire_. - - -_Sagan, 10 décembre 1853._--Le duc de Noailles m'écrit ce qui suit de -Paris: «Je suis fort tourmenté de ce qui va se passer à Eisenach. On y a -expédié quelqu'un de Paris pour empêcher Mme la Duchesse d'Orléans de -recevoir le duc de Nemours, revenant de Frohsdorf. Je veux espérer que -l'entrevue aura eu lieu avant l'arrivée du messager. Le Comte de Chambord -et le duc de Nemours ont été ravis l'un de l'autre. Peut-être est-ce un -bonheur que la _Veuve_ se tienne en dehors; elle aurait plutôt compliqué, -entravé, rendu l'entente plus difficile; car elle n'y aurait pas été -assez naturellement, assez simplement. Tout ce qu'on lui demande, c'est -de ne rien compromettre, de ne rien gâter; qu'elle reste isolée, si elle -le veut, mais qu'elle n'intrigue pas, qu'elle reste passive; elle -arrivera plus tard à se soumettre. En attendant, les autres s'entendent -mieux tout seuls sans elle.» - - -_Sagan, 11 décembre 1853._--Des lettres que je viens de recevoir me -donnent quelques petites notions, dont voici l'extrait: «Il me paraît -qu'en ce moment l'Angleterre et la France consentent à une Conférence ou -Congrès à Vienne, où tous les Cabinets (turc et russe compris), -régleraient de concert l'affaire d'Orient, avec protocole ouvert et -s'intitulant, dès l'article premier: _Affaire européenne_. Si la Russie y -consent, on pourra y forcer les Turcs; mais la question est de savoir si -elle y consentira et si elle peut sortir de cette affaire sur un échec -moral, comme celui-là? car, dans les circonstances actuelles, c'en serait -un ... Mais si la Russie n'y consent pas, j'ai lieu de croire que -l'Autriche ne poussera pas plus loin le dévouement et la reconnaissance, -et qu'elle se séparerait alors de la Russie. Or, si l'Autriche se sépare -de cette puissance et se réunit plus ou moins activement à la France et à -l'Angleterre, la guerre générale ne serait plus possible.» - -«Les Cousins ont été contents l'un de l'autre à Frohsdorf, et les -Cousines aussi; j'ai pu jeter un regard sur des lettres qui l'attestent. -Le Comte de Chambord a été particulièrement ravi de sa cousine Clémentine -de Cobourg et a dit: «_J'ai vu enfin une princesse française._» Le duc de -Nemours, qui s'était rendu près de Mme la Duchesse d'Orléans pour lui -tout expliquer, n'a pas été reçu par elle, et elle a même empêché ses -fils de voir leur oncle. - -«Il m'est revenu que M. Thiers n'approuvait pas l'entente entre les deux -branches, mais qu'il l'acceptait, et il ajoute qu'il est persuadé qu'à sa -majorité le comte de Paris imitera l'exemple du duc de Nemours. M. -Thiers, à ce qu'on m'assure, n'aime pas la branche aînée, mais il hait, -avant tout, ce qui gouverne aujourd'hui.» - - -_Sagan, 23 décembre 1853._--Lady Westmorland me mande ceci: «Mon -impression est que lord Palmerston produira une secousse qui fera crouler -la machine[101]. Je crois que Stratford Canning, qui a fait tant de mal, -fait à présent des efforts sincères pour l'arrêter; mais je doute de son -pouvoir à calmer ce qu'il a fomenté et suscité.» - - [101] Le 18 décembre 1853, lord Palmerston, qui voulait devenir - Premier ministre, et qui n'était alors que ministre de - l'intérieur dans le Cabinet wigh-peelite, donna sa démission, en - refusant d'accepter le nouveau bill de _Réforme électorale_, - proposé par lord John Russell dans le sein du Cabinet; puis, sous - le prétexte d'une méprise qui se serait dissipée, il reprit son - portefeuille, qu'il n'avait jamais sérieusement abandonné. Ce ne - fut que le 8 février 1855 que lord Palmerston parvint à - remplacer, comme premier Lord de la Trésorerie, lord Aberdeen, à - la joie de Constantinople et à la stupeur de la Russie. - -M. de Radowitz est mort, après de longues et poignantes douleurs, d'une -maladie analogue à celle du feu Cardinal Prince-Évêque de Breslau. -Certes, je n'aimais pas l'influence politique de M. de Radowitz sur le -Roi, influence qui, à une époque donnée, a porté grand dommage à son -gouvernement; mais sa mort n'en est pas moins regrettable, aujourd'hui -qu'il n'était plus ministre. C'était, dans la vie privée, un homme des -plus honorables; ses facultés intellectuelles, sa science, sa prodigieuse -mémoire, son aptitude dans toutes les branches, excepté la politique, en -faisaient un être à part de la plus rare distinction; il y a, en ce -moment, si peu d'hommes qui s'élèvent au-dessus de la médiocrité, qu'on -ne saurait trop regretter les deux ou trois âmes qui dominent encore de -fort marécageuses vallées. La Prusse perd, en moins d'un an, deux appuis -du catholicisme, si cruellement battu en brèche par l'insidieux piétisme -protestant: le cardinal de Diepenbrock et M. de Radowitz. Ce dernier -était ferme dans sa foi, et son crédit auprès du Roi était un appui pour -ses coreligionnaires. Dieu veut nous ôter notre dernier «_chevet_», mais -pour continuer avec Bossuet, il faut ajouter: «_Puis il agit._» Espérons -donc qu'à travers tant de pertes et d'attaques, l'Église triomphera et -qu'elle se montrera d'autant plus forte, qu'elle aura moins d'appui. Le -Roi sera personnellement très affligé de la perte d'un homme avec lequel -la tournure particulière de son esprit et de son imagination trouvait une -pâture toujours abondante. - -_Sagan, 31 décembre 1853._--M. de Humboldt m'écrit ce qui suit de Berlin: -«La mort de Radowitz est un événement qui sans doute affecte le Monarque; -mais on dit qu'un mémoire de Radowitz, que le Roi lui avait demandé sur -les changements à introduire dans la Constitution, quelque temps avant sa -maladie, a été si libéral et blâmant si franchement ce que l'on fait -réactionnairement, qu'il s'en était suivi quelque froideur; cela -expliquerait le calme royal pendant la maladie et les visites rares et -tardives faites au moribond. - -«La famille Radowitz en a été très affligée et moi-même, j'en ai été très -surpris. Pour les personnes qui ont regardé l'excentricité des conseils -de Radowitz comme peu utiles auprès d'un Roi à imagination mobile (par -exemple la Reine), elles doivent trouver cette mort un accident très -commode. - -«L'homme était doué d'une puissante intelligence, d'une noble nature, -sincère, consciencieux, vertueux, mais voulant toujours l'impossible. De -formes arrogantes, offrant un mélange bizarre d'aristocratie et de -théologie, appartenant au moyen âge, fortement saupoudré du libéralisme -le plus moderne, sermonnant avec talent, mais incapable de causer, doux -et aimable dans son intérieur où il était déifié. - -«Le Roi se flatte que les éclatantes victoires remportées par les Russes -vont disposer l'Empereur, son auguste beau-frère, aux idées pacifiques; -moi, je crains, au contraire, l'engouement et le fanatisme du parti -ultra-russe, ainsi que l'influence du clergé grec; je crains aussi le -désespoir des Turcs qui leur inspirerait de fatales violences[102]. - - [102] L'amiral russe Dachinoff avait remporté, le 30 novembre, - une éclatante victoire dans la mer Noire, près de Synope, sur une - division navale turque, commandée par Osman-Pacha, qui fut fait - prisonnier et vit tous ses navires détruits. Quelques jours plus - tard, le général russe Andranikoff battait les Turcs sur terre à - Aikaizick. Ils perdirent quatre mille hommes dans ce sanglant - combat. - -«Deux mystères occupent ici la faible partie du public qui en a eu vent, -jusqu'à présent. La mission d'Albert Pourtalès à Londres et la course -rapide que Bunsen a faite pour affaires politiques, à Paris, dont il est, -du reste, déjà revenu[103]. Quel peut avoir été le but de ce voyage d'un -ministre de Prusse à Paris, si ce n'est pour disposer les Tuileries -favorablement pour Saint-Pétersbourg? mais alors, comment employer -Bunsen, la bête noire de Brunnow et de la Russie? Vous avez très bien -deviné, comme toujours, quel était le but de lord Palmerston! - - [103] Le comte Pourtalès à Londres et M. de Bunsen à Paris - avaient pour mission de s'assurer des déterminations positives - des puissances occidentales, dans le but de dessiner la part de - la Prusse à l'action commune; on espérait ainsi avoir une - influence considérable sur l'Autriche, qui, si elle devait se - ranger du côté de la Russie, se trouverait fort embarrassée par - l'hostilité de la France à l'ouest, et par sa grande rivale - allemande au nord. - -«Il est rentré plus puissant que jamais, et le mot prononcé lors de sa -retraite dans le _Moniteur officiel_ de France, prouve qu'il mettra les -fers au feu, conjointement avec _l'homme taciturne_ des Tuileries. L'idée -d'occuper la mer Noire, comme on occupe la terre ferme, de montrer les -dents sans se battre, me paraît une folie insigne[104].» - - [104] A la réception de la dépêche annonçant le combat naval de - Synope, les Gouvernements de France et d'Angleterre envoyèrent à - leurs amiraux respectifs l'ordre d'entrer immédiatement dans la - mer Noire; par suite de quoi, les vaisseaux russes se trouvèrent - bloqués à Sébastopol, et la Turquie put travailler librement à - son ravitaillement. - -Voici donc le Prince Albert qui paraît en arriver, quoiqu'un peu plus -tard, au même point que jadis son oncle Léopold: c'est-à-dire d'être -détesté en Angleterre pour ses ambitieuses influences[105]. On croit -qu'il fera une course, soit à Cobourg, soit à Lisbonne, pour se -soustraire aux avanies que lui destine le _Mob_[106]. - - [105] On faisait courir en Angleterre mille bruits absurdes sur - l'influence que le Prince Albert cherchait à prendre dans les - affaires politiques et même sur ses ambitions personnelles pour - accaparer l'autorité. La populace commençait à s'en montrer très - irritée. - - [106] De l'anglais: la populace. - - - - -1854 - - -_Sagan, 5 janvier 1854._--Lady Westmorland m'écrit de Vienne du 3: «Cette -nouvelle année s'ouvre bien tristement. Je ne vois pas de possibilité de -paix depuis la déclaration qui accompagne l'envoi des flottes dans la mer -Noire. Cette pièce est venue briser l'espoir que nous avions d'un bon -résultat aux démarches faites par les quatre Puissances réunies, et -auxquelles la réponse n'est point encore arrivée de Constantinople.» - - -_Sagan, 7 janvier 1854._--J'ai lu les cent premières pages de l'ouvrage -de Villemain intitulé: _Souvenirs historiques et littéraires_[107]. -Assurément, je suis ravie du style, des pensées, des jugements. -Seulement, comme j'ai connu M. de Narbonne, je m'avise de penser et même -de dire, tout bas, que Villemain s'est amusé à _fabriquer_ un M. de -Narbonne. Le véritable était autre. Mais à une époque où on dit et où on -croit du mal de tout le monde, même de ceux auxquels on a été le plus -redevable, on est bien aise de voir quelqu'un trompé par la louange. Du -reste, l'erreur n'est certainement pas involontaire: c'est un cadre bien -choisi et spirituellement rempli pour stigmatiser le présent qui déplaît, -à juste titre, par le contraste avec le passé. Pour ce qui regarde les -passages sur M. de Talleyrand, j'aurais voulu une impartialité moins -absolue. Le jugement est sans haine, sans aigreur, peut-être même sans -injustice; mais aussi, il est sans faveur, et fort en deçà, comme -bienveillance, de la part que M. Villemain fait à M. de Talleyrand dans -les pages si belles que l'ingratitude de Thiers lui a inspirées. -Villemain touche même à l'injustice en représentant M. de Talleyrand -comme beaucoup plus insouciant et froid pour ses amis, qu'il ne l'était -en effet. Je me souviens, du reste, fort bien que M. de Narbonne et M. de -Choiseul se plaignaient que leur ancien camarade de collège leur rendait -bien moins de services qu'à Montrond, Sainte-Foix et Cie. Certes, M. -de Talleyrand avait tort de se laisser arracher pieds et ailes par des -gens tarés; mais M. de Choiseul oubliait cinquante mille francs qu'il -devait à mon oncle, et dont celui-ci a fait généreusement remise à sa -succession; et, quant à M. de Narbonne, qu'il trouvait spirituel causeur -et aimable convive, il n'en faisait aucun cas comme homme politique, ni -même comme homme privé. M. de Talleyrand prétendait que Mme de Staël -faisait ses discours pendant son ministère de la guerre, même ses -rapports sur l'état de l'armée et des forteresses; il avait mille contes -plaisants à ce sujet. - - [107] Ce volume était la première partie des _Souvenirs - littéraires_ de M. Villemain, qui publia la seconde deux ans - après. - -M. de Narbonne a longtemps vécu des privations que s'imposaient la -généreuse abnégation et l'aveugle dévouement de la vicomtesse de Laval, -dont M. de Narbonne acceptait les sacrifices sans ménager son amie, ni -dans ses propos, ni dans ses actions. M. de Narbonne a laissé des dettes -à Vienne, que M. de Talleyrand, lors du Congrès, s'est hâté de payer pour -ne pas ébruiter des désordres qui auraient souillé la mémoire de son ami -d'enfance. Voilà ce que Villemain ignore sans doute, et qu'il n'eût pas -été à propos de citer; seulement, la froideur qu'il reproche à M. de -Talleyrand n'était pas réelle, ou s'il en éprouvait pour M. de Narbonne, -elle était motivée. - -Des trois amis, que j'ai connus d'assez près pour les juger, quoique je -fusse fort jeune encore, lors de la mort de M. de Narbonne, le plus -aimable, le plus simple, celui dont le goût était le plus fin et les -façons les plus nobles, était assurément M. de Talleyrand, et cela à -grande distance. - -M. de Choiseul qui, tout d'abord, à mon arrivée en France, quand j'avais -quinze ans, m'avait prise en amitié, prédisait à M. de Talleyrand, qui ne -s'en doutait pas, que j'avais de l'esprit et que je serais distinguée un -jour. M. de Choiseul que j'aimais et qui a passé beaucoup de temps chez -moi, à Rosny et à Paris, M. de Choiseul était le plus instruit des trois, -d'un commerce sûr, d'une conversation un peu trop abondante pour être -vive, mais toujours instructive et attachante, sans éclat, mais du goût -d'ailleurs le plus irréprochable. Celui de M. de Narbonne était souvent -fort risqué, surtout avec les jeunes femmes, il aimait les antithèses et -visait à l'effet; _il brillantait trop_. A un âge où il aurait été plus -convenable d'imiter les allures paternelles de M. de Choiseul, il -conservait celles qui jadis lui avaient valu des succès d'un autre -genre. - -Je me souviens qu'il avait pris à tâche de m'éblouir, il ne parvenait -qu'à m'embarrasser. Un jour, à un petit dîner chez ma mère, où chacun -entendait ce que disaient les autres, M. de Narbonne se mit à me faire -des compliments très directs, mais sous la forme de contre-vérités, -parlant de mes petits yeux, de mes airs à la fois gauches et féroces, -etc. Je ne comprenais pas bien, et mes dix-sept ans ne trouvaient pas de -répliques à une langue dont le dictionnaire était fermé pour moi. M. de -Talleyrand me prit en pitié, ou plutôt, bien aise de donner un coup de -patte à M. de Narbonne, il reprit tout haut: «Tais-toi, Narbonne, Mme de -Périgord est trop jeune pour te comprendre et trop allemande pour -t'apprécier.» Parler de ma jeunesse était une critique pour l'un, parler -de mon _allemanderie_ une critique pour l'autre. Il y en avait donc pour -chacun, mais même, en me laissant arracher plume de mon aile, je sus gré -à mon oncle de m'avoir délivrée de mon persécuteur. - -Les hommes de cette époque, et j'en ai encore vu et connu plus d'un, -m'ont toujours semblé mettre bien plus leur esprit dans la conversation -que dans leurs actions, leurs affaires et leurs correspondances privées. - - -_Sagan, 9 janvier 1854._--Je suis à moitié du livre de Villemain; j'y -trouve un peu trop de _conversation faite_. Il est évident que si le fond -des pensées, des opinions est exact, que, si même quelques expressions -sont originales, il est cependant impossible que _le mot à mot_ soit -textuel, car il aurait fallu que, dans le tête-à-tête de l'Empereur -Napoléon et de M. de Narbonne, ils eussent été l'un et l'autre des -sténographes. Dès lors, il y a trop de Villemain dans ces longues -citations, ce qui leur ôte de l'importance historique, quoique le style -de l'écrivain reste charmant et brillant, sage, habile et élégant; -seulement, il y a un peu trop de prévisions, _après coup_. - - -_Berlin, 15 janvier 1854._--M. de Humboldt m'a parlé avant-hier de M. de -Narbonne et de M. Villemain; il n'honore pas beaucoup la mémoire de l'un, -ni le caractère du second. - -Ici, il y a une disposition généralement soucieuse; il me semble entendre -murmurer que la neutralité sera bien difficile à conserver; et, si on la -rompt ici, ce ne sera pas au profit de l'alliance française. - -J'ai achevé la lecture de Villemain, les morceaux sur la Sorbonne et sur -M. de Feletz contiennent de jolies, de justes et bienveillantes phrases -sur M. de Talleyrand. Les allusions critiques contre Louis-Napoléon y -sont plus claires encore, un peu trop tirées par les cheveux; mais cela -m'a plu beaucoup, comme langue et comme mouvement. - -J'ai lu l'article de Cousin sur Mme de Sablé dans la _Revue des Deux -Mondes_[108]. On voit bien que Cousin n'en n'est pas rétrospectivement -amoureux, comme de Mme de Longueville; c'est pâle et froid, mais c'est -une silhouette de plus, d'un temps dont j'aime jusqu'aux découpures. -Comme Cousin garde rancune à Mme de Sablé de ne pas s'être exposée à la -petite vérole de Mme de Longueville! C'est drôle d'être si fort d'un -autre temps, quand on est tellement du sien: bourgeois et philosophe, -converti à la Fronde et à Port-Royal. - - [108] Comme suite à son premier volume sur Mme de Longueville, - Cousin fit paraître en 1854 une étude sur Mme de Sablé, - poursuivant ainsi ses publications sur les femmes de la société - du dix-septième siècle. - -Ce sont là, du reste, de bonnes conversions au moins! Il y en a de tout -aussi inattendues qui n'ont pas la même grâce, témoin MM. de La -Rochejaquelein et Pastoret[109]. - - [109] M. de La Rochejaquelein, partisan du suffrage universel, - s'était rallié au coup d'État, après avoir rompu avec les - légitimistes de la rue de Poitiers, ainsi qu'avec M. le Comte de - Chambord. M. de Pastoret, qui avait refusé en 1830 de prêter - serment à Louis-Philippe, avait trempé dans le complot des tours - de Notre-Dame, se montra sympathique au gouvernement du Prince - Louis-Napoléon, qui le nomma sénateur en 1853. - -Le maréchal Radetzky perd à peine une habitude en perdant sa femme, -habitude qui avait été vingt-cinq ans interrompue pour raisons très -multipliées[110]. - - [110] La comtesse Radetzky de Ravez était morte à Vérone, le 12 - janvier, des suites d'une fluxion de poitrine. - -On fera à Berlin les plus grands efforts pour prolonger la neutralité; -mais, si on était _absolument forcé_ d'y renoncer, je ne crois pas que ce -soit au profit de l'alliance anglo-française. On dit ici que M. de -Nesselrode est tombé sérieusement malade. Nouvelle complication. Il -paraît qu'il était fortement prononcé contre la guerre et que toute cette -affaire lui a fait faire bien du mauvais sang. - - -_Berlin, 24 janvier 1854._--On n'entend parler que de maladies et de -guerre. Quelle triste perspective! J'apprends à l'instant qu'Orloff est -attendu ici aujourd'hui. On se demande pourquoi, et on est fort -agité[111]. - - [111] L'Empereur Nicolas comprenant l'importance de l'Union des - Puissances belligérantes tentait, alors, par un vigoureux effort - de rompre l'accord de la Conférence de Vienne et de rattacher à - sa cause l'Autriche et la Prusse. Ce fut le but de la mission du - comte Orloff. La lettre autographe de son maître, dont le comte - Orloff était porteur pour l'Empereur d'Autriche, lui demandait de - prendre, conjointement avec le Roi de Prusse, vis-à-vis de lui, - l'engagement d'observer une neutralité stricte, pendant toute la - durée de la guerre; mais François-Joseph s'y refusa nettement, le - Czar ne voulant pas donner la promesse de ne pas franchir le - Danube et de ne pas troubler l'ordre et la possession - territoriale de l'Empire turc. A Berlin, l'Empereur Nicolas - voulut traiter l'affaire comme en famille. Il en chargea tout - simplement son représentant accrédité à cette Cour, le baron de - Budberg. Celui-ci se servit, en cette occasion, de l'intervention - du Ministre de la maison du Roi et non de celle du Ministre des - Affaires étrangères. M. de Manteuffel, blessé de ce procédé, - donna sa démission qui ne fut pas acceptée, et le baron de - Budberg fut éconduit moins courtoisement que ne l'eût été le - comte Orloff. - -Les gazettes de Berlin disent qu'Orloff est à Vienne; celles de Vienne -qu'il est à Berlin. C'est drôle, mais ce n'est pas risible. - -L'Autriche est très aigrie contre les Turcs qui, au lieu d'accomplir la -clause du traité conclu avec Vienne, par laquelle la Porte s'engageait à -interner en Asie les réfugiés, sujets autrichiens, les laisse tous venir -se mêler activement à la lutte sur le Danube. L'Autriche vient en -conséquence de faire marcher un corps considérable d'observation vers les -frontières ottomanes. La Russie a proposé à Vienne et ici, un traité par -lequel la neutralité de la Prusse et de l'Autriche serait reconnue pour -le moment, mais aussi par lequel la Russie, la Prusse et l'Autriche -s'engageraient à s'entr'aider réciproquement pour maintenir l'intégrité -de leurs territoires respectifs, dans le cas où cette intégrité se -trouverait violée sur un point quelconque. Cette proposition n'a reçu, -jusqu'ici, du Cabinet prussien, que des réponses évasives. - -L'Autriche, qui prévoit des attaques en Italie, pourrait s'y montrer plus -favorable; il y a, du reste, des personnes qui prétendent que les -vaisseaux anglais voudront pénétrer assez avant dans la Baltique pour -exciter des mouvements dans la Pologne russe, qui ne s'arrêteraient pas -là, et qui feraient immédiatement soulever la Pologne prussienne, ce qui -ne permettrait pas au Cabinet de Berlin de rester neutre. Tout est -compliqué et le lendemain n'appartient plus à la veille. - - -_Berlin, 1er février 1854._--Nous voici au début d'un mois qui -éclaircira l'horizon politique; mais j'ai peur que ce ne soit bien plus à -coups de canon, que par les rayons d'un joyeux soleil, que les nuages ne -se rompent. - -Orloff est bien décidément à Vienne; il y a des personnes qui croient -que, vu les réponses évasives faites ici à M. de Budberg, Orloff ne se -souciera, ni de les modifier, ni de les entendre confirmer. - -J'ai vu une lettre de Paris qui annonce que, bien décidément, Brunnow et -Kisséleff s'en vont, que Mme de Lieven est au désespoir, mais qu'elle se -dispose à suivre ce dernier à Bruxelles. On ajoute que la France et -l'Angleterre n'admettent pas que la Prusse et l'Autriche restent simples -spectatrices de la lutte; et que l'on ne tardera pas, de Paris et de -Londres, à les mettre en demeure de se prononcer en impliquant -tacitement: à bon entendeur salut; que, si on ne se réunit pas à -l'Occident pour combattre le Czar, l'Italie sera soulevée, et les -provinces rhénanes de même, par des irruptions armées auxquelles les -populations seraient fort disposées à répondre. De l'autre côté, -l'Empereur Nicolas pourrait bien faire des propositions plus ou moins -menaçantes. Il est certain que pour ici le moment est bien embarrassant -et bien gros d'éventualités. - - -_Berlin, 4 février 1854._--Le but de la mission d'Orloff à Vienne est -tenu fort secret; on en est à des conjectures; ce qui est certain, c'est -qu'elle ne mène pas à la paix entre l'Occident et l'Orient. Il est fort -douteux qu'il vienne ici. A Vienne et à Berlin, on a répondu à M. de -Bourqueney, qui voulait faire modifier cette neutralité au profit de son -gouvernement, qu'on la conserverait réelle tant qu'on ne chercherait pas -à susciter des embarras à l'Autriche en Italie; mais, qu'à la première -étincelle, la neutralité autrichienne se romprait en faveur de la Russie. - -On m'écrit de Paris qu'on y attend le Duc et la Duchesse de Brabant en -échange de la visite du prince Napoléon à Bruxelles[112]. Il paraît que -lord Palmerston pour éviter, _le cas échéant_, que la France ne fît -irruption conquérante en Belgique, aurait rapproche les deux Cours de -Laeken et des Tuileries, et négocié ces visites. Il faut convenir que si -le Duc et la Duchesse de Brabant vont aux Tuileries, _lui_, portera un -grand sacrifice à l'_intégrité_ de la Belgique, car le petit-fils de -Louis-Philippe, surtout après les décrets du 22 janvier[113], rentrant -aux Tuileries comme hôte de Louis-Napoléon, quelle tache et quelle -amertume! - - [112] Le 30 janvier 1854, le prince Napoléon fit à Bruxelles une - visite toute de courtoisie, très officielle, mais sans mission - politique spéciale. - - [113] Allusion aux décrets du 22 janvier 1852, relatifs à la - confiscation des biens de la famille d'Orléans. - - -_Berlin, 8 février 1854._--Le départ des diplomates russes est accompli à -Londres et à Paris. Orloff et Budberg n'ont rien obtenu ni à Vienne, ni -ici, mais Bourqueney et de Moustiers n'ont rien obtenu non plus. On se -tient dans la plus rigoureuse neutralité; elle coûte à la reconnaissance -de l'Empereur d'Autriche ainsi qu'aux liens de parenté de la Prusse. -Ainsi on cherchera à maintenir l'équilibre le plus longtemps que faire se -pourra. Mais, ou il faudra que l'Empereur Nicolas cède, ce dont je doute, -ou que les Puissances allemandes l'aident efficacement, ce qui est contre -leurs intérêts, ou qu'elles le combattent avec la France et l'Angleterre, -ce qui est contre leur goût; car, pour maintenir _longtemps_ cette -rigoureuse neutralité proclamée aujourd'hui, je ne crois pas que cela se -puisse. - - -_Berlin, 12 février 1854._--Le comte de Stolberg est mort, âgé de -soixante-neuf ans, plein de vie, de force, de santé et de vertu; -serviteur dévoué du Roi, père de famille excellent, ami sûr et -affectueux, _le seul_ grand seigneur dans _l'âme_ et dans les _formes_ -qui restât ici; il a fini sa vie laborieuse en chrétien, après cinq -jours d'une maladie aussi inattendue que fatale. Il s'était écorché à la -jambe à la chasse du Roi; il n'a pas soigné ce mal qui, en un rien de -temps, a amené un érésipèle; celui-ci a tourné immédiatement à la -gangrène, et tout a été fini. Le Comte était venu chez moi le samedi 4, -au soir, il était resté bien longtemps seul à seule à causer de bien des -choses qui le préoccupaient dans l'intérêt de son maître. Le dimanche 5, -il m'a écrit pour me donner un renseignement que je lui avais demandé; le -lundi, il s'est couché, et hier samedi, il est mort à l'heure même où il -devait dîner chez moi. Je suis très affectée de cette perte; il m'avait -rendu de très bons offices, son zèle pour moi augmentait en raison d'une -connaissance plus approfondie de mon caractère qui lui inspirait estime -et confiance. Tout cela est fini. Du reste, il était personnellement bien -fatigué, et dégoûté de sa tâche, que son dévouement chevaleresque pour -son maître pouvait seul lui faire supporter. Il est au repos maintenant, -repos bien mérité et que Dieu lui rendra particulièrement doux et -lumineux, car il a porté pieusement _la lourdeur et la chaleur_ du jour, -comme dit l'Écriture. - -On n'en est encore à Vienne et à Berlin qu'à la neutralité; les -affections de famille combattront longtemps encore ici une union étroite -contre la Russie; cependant, elles ne seront pas insurmontables. A -Vienne, on se prêterait plus facilement à une entente, si déjà on ne -croyait à des intrigues révolutionnaires fomentées par les Puissances -occidentales en Italie et par la mauvaise foi des Turcs qui, -contrairement aux traités, emploient des réfugiés hongrois sur le -Danube. Tout est suspens, incertitude, obscurité. - - -_Berlin, 17 février 1854._--Les femmes assistant ici aux cérémonies -funèbres, dont elles sont exclues en France, j'ai été à la bénédiction ou -lever du corps du comte de Stolberg. Un monde énorme s'était réuni à la -maison mortuaire, à commencer par le Roi et la Reine qui étaient tous -deux en larmes et suffoquant de sanglots. Les chants, la liturgie et -surtout le discours du pasteur protestant, parfaitement simple et doux, -comme l'était celui dont il avait à parler; tout l'arrangement matériel -de la grande salle où se trouvait la bière (il était sept heures du -soir), tout était en harmonie et m'a fait une impression profonde. - -Je viens de lire la lettre de Louis-Napoléon au Czar, qui est dans tous -les journaux; il ne m'appartient pas d'en discuter la justice et -l'exactitude politique, mais en tout cas, je trouve de la dernière -inconvenance de publier une lettre confidentielle, de souverain à -souverain, sans même en avoir attendu la réponse. Voilà une façon de -faire, révolutionnaire s'il en fut[114]. Il me semble de la disposition -des esprits ici, qu'il y a une confusion inimaginable, des factions et -des scissions à l'infini, et à tout prendre, un grand dégoût des formes -représentatives, auxquelles le pays n'est pas accoutumé, qui dérangent la -vie privée de chacun, blessant les uns sans satisfaire les autres. Les -Prussiens des bords du Rhin, plus rapprochés de cette forme de -gouvernement, se trouvent en opposition avec les mœurs, les coutumes et -les tendances des anciennes provinces. Il résulte de l'indifférence des -uns, des dégoûts des autres, de la vivacité de certains groupes, de -grandes aigreurs sociales et une stagnation fatale pour les intérêts de -la localité qui restent en suspens. - - [114] La diplomatie officielle et régulière étant à bout de - ressources, l'Empereur Napoléon III avait, avec l'assentiment du - Gouvernement anglais, écrit à l'Empereur Nicolas une lettre - confidentielle où il se montrait très désireux d'une conclusion - pacifique et proposant de signer, tout d'abord, un armistice, - pour reprendre ensuite le cours régulier diplomatique. A la date - du 8 février, l'Empereur Nicolas répondait négativement à cette - lettre, qui fut fort indiscrètement publiée dans les journaux; et - il la faisait suivre d'un manifeste adressé au peuple russe sur - sa mésintelligence avec la Porte Ottomane. Le Czar y évoquait le - souvenir de l'année 1812 et attestait la valeur déployée par son - peuple dans ces fastes mémorables. - -On accuse le Prince et la Princesse de Prusse d'avoir fait dévier par -leur influence la fraction Hohenlohe[115] et de l'avoir jetée à gauche -pour faire crouler M. de Westphalen, ministre de l'Intérieur, qui seul, -dans le Cabinet, appartenait à la droite pure. Le Ministre du Commerce -est un Rhénan dont les tendances sont différentes. M. de Manteuffel se -laisse ballotter et ne sait comment suffire tout à la fois aux grandes -complications extérieures et aux irritantes questions intérieures. En un -mot, il y a des tiraillements et un décousu déplorables. - - [115] Un parti, ayant à sa tête le prince Adolphe de - Hohenlohe-Ingelfingen, représentait à la Chambre prussienne la - nuance des _Conservateurs-libéraux_. Dans la session de 1854, une - proposition faite par le comte Westphalen, se rapportant à l'état - des communes pour les six provinces orientales n'ayant pu aboutir - à une solution dans la Commission constituée pour en délibérer, - des membres des divers partis libéraux, auxquels se joignirent - ceux de la fraction Hohenlohe, composèrent un nouveau projet, - modifiant la proposition du Gouvernement et demandant qu'il fût - examiné par la Commission. Cette demande, qui s'appelait _la - demande de la fraction Hohenlohe_, fut rudement attaqué par le - parti de la _Kreuzzeitung_. - -Quant à ce qui est de la politique extérieure, il me semble voir quatre -partis se dessiner très nettement. Le _parti russe_ qui aurait voulu que -les propositions Budberg-Orloff fussent acceptées, qui tremble de la -rupture plus marquée avec la Russie et qui cherche à l'empêcher par -toutes les influences de famille. Peut-être, pourrait-on personnifier ce -parti plus précisément en disant qu'il se place sous l'étendard du Prince -Charles de Prusse. - -Puis vient le _parti autrichien_ qui désire, avant tout, que les Cabinets -de Vienne et de Berlin se tiennent fermement unis dans une neutralité -armée, et également armée contre l'Ouest et l'Orient, alliance à laquelle -se rattacherait toute l'Allemagne; celle-ci se fractionnerait si -l'Autriche et la Prusse ne marchaient pas identiquement ensemble; et une -fois l'Allemagne scindée, elle deviendrait bien vite la pâture de ses -ambitieux voisins. Peut-être la Reine est-elle la personne dans laquelle -ce parti autrichien trouve le plus de sympathie. - -Le troisième parti est celui qui se sentirait disposé à une _quadruple -alliance_ et qui abandonnerait la neutralité pour arrêter d'une part, les -mouvements révolutionnaires, et de l'autre, les mouvements agressifs des -Moscovites; je ne serais pas étonnée que ce fût là le secret désir de M. -de Manteuffel, qui y trouve encore quelques obstacles dans les affections -de famille, les liens de parenté et dans la reconnaissance qu'on conserve -encore en Autriche pour les secours reçus, il y a quatre ans, en Hongrie. -M. de Manteuffel n'est pas quelqu'un qui sache donner une impulsion -marquée; il n'a pas d'ailleurs beaucoup d'usage diplomatique, il n'en -manie pas bien la langue, il se laisse trop absorber par les -ferraillements des Chambres qui, ici, n'ont en vérité d'autre importance -que celle qu'on veut bien leur donner encore, tant elles sont peu dans -les mœurs. - -Enfin, il y a un quatrième parti, le plus vif, le plus actif de tous, qui -est hautement conduit par la Cour de Coblentz[116]: c'est le _parti -anglais_ qui pousse à conclure une alliance intime avec Saint-James et -les Tuileries, sans se soucier du parti que prendrait l'Autriche, sans -s'arrêter au déchirement qui en résulterait pour l'Allemagne et la -faiblesse qui en naîtrait pour elle tout entière. Je crois avoir tracé un -tableau très vrai de ce clavier qui rend des sons assez peu harmonieux. - - [116] Le parti du Prince et de la Princesse de Prusse était ainsi - désigné. - - -_Berlin, 21 février 1854._--Dans ce pays-ci, les formes -constitutionnelles entrent plus aisément dans les esprits et les mœurs -de telle province que de telle autre. Le malheur de la Prusse est d'être -une agglomération successive de parties hétérogènes, différentes, souvent -opposées dans leurs intérêts matériels, leurs traditions, leurs -sympathies; ce qui peut convenir aux uns déplaît aux autres; ce qui est -utile à ceux-ci est nuisible à ceux-là; c'est une grande plaie à laquelle -je ne connais pas de vrai remède. Ainsi, cette manie constitutionnelle -est positivement nulle en Silésie, en Poméranie, dans la Prusse -orientale; mais elle existe entre l'Elbe et le Rhin très positivement; -aussi entre l'Elbe et la Vistule; mais entre la Sprée et la Vistule, -_non_. - - -_Berlin, 26 février 1854._--Le Roi et le Grand-Duc de -Mecklembourg-Strelitz s'étaient donné le mot pour dîner hier chez moi: en -tout, dix convives autour d'une table ronde, ce qui a permis une -conversation générale, animée et dont la politique a été soigneusement -bannie. Le Roi y a trouvé un peu de détente et de distraction; et le tout -s'est passé simplement et confortablement. A part quelques rares moments -semblables, on est généralement ici bien soucieux, bien tiraillé; on est -au moment de se rapprocher de ceux qu'on n'aime pas, auxquels on ne se -fie pas, pour se brouiller plus ou moins avec ceux qu'on estime et qu'on -aime. - -On cite un mot de M. de Metternich, qu'il aurait dit la semaine dernière: -«_Il ne nous reste plus qu'à être ingrats._» Cela rappelle le mot de -Félix Schwarzenberg qui, deux jours avant sa mort, aurait dit à quelqu'un -qui lui parlait du trop grand poids que la Russie avait acquis par les -services qu'elle avait rendus à l'Autriche: «_Nous étonnerons le monde -par notre ingratitude._» - -Il faut convenir que la politique ne supporte pas le microscope moral. - -Henri Redern, ministre de Prusse à Dresde, qui est venu faire une course -ici avec sa femme, m'a raconté que la Princesse Carola vivait fort bien -avec son mari, qu'elle était généralement fort bien vue par la Famille -Royale, par la société et par le public; mais qu'on voyait avec peine -que, probablement, elle n'aurait pas d'enfants. Cela jette un triste -voile sur cette union. Le frère du Prince Albert a la poitrine en mauvais -état, et la succession ne compte pas d'autre représentant. - - -_Berlin, 3 mars 1854._--Le manifeste russe et la réponse de l'Empereur -Nicolas à l'Empereur Louis-Napoléon ont paru hier dans les journaux -allemands. On les trouve dignes et modérés dans la forme, mais on ne -suppose pas qu'on en permettra la publication en France. - -La Reine de Grèce a écrit à la Reine de Prusse une lettre de vingt pages, -pleine de la plus vive exaltation hellénique; charmée des populations, -ravie de l'insurrection grecque qui se propage. La pauvre femme pourrait -bien se broyer dans le conflit. - -On avait répandu le bruit que l'Autriche avait accédé au traité -anglo-franco-turc. Il n'en est rien encore. Aussi de Berlin et de Vienne, -on se proclame plus que jamais neutre, mais armé, et voulant défendre de -droite et de gauche cette neutralité à laquelle le reste de l'Allemagne -se rattacherait. Cela même se pourra-t-il à la longue? - -La duchesse de Lévis, cette digne et spirituelle femme, se meurt. La -princesse de Metternich est également fort mal et a reçu, il y a deux -jours, les derniers sacrements. Bon Dieu, quelle année! Et l'abbé de -Lamennais qui meurt comme un pauvre chien aveugle! - -Les Seymour sont arrivés ici de Saint-Pétersbourg, après un affreux -voyage. On attend à chaque instant les Castelbajac. - - -_Berlin, 5 mars 1854._--On vit ici dans des agitations politiques -incroyables. On ne sait à quoi se décider, on hésite, on tergiverse, on -veut jouer au fin, on se dupe soi-même; je crains bien qu'on ne finisse -par rester fort isolé, ou bien par se soumettre de mauvaise grâce, se -laissant tirer à la remorque par l'un ou par l'autre, sans que ni les uns -ni les autres vous en sachent gré. Le pis, c'est que probablement -l'Allemagne, au lieu d'être imposante par son unité, deviendra la pâture -trop facile de ses ennemis naturels ou de ses ennemis de circonstance, -quand elle n'aura pas un ensemble compact à leur opposer. - -L'Autriche a fait parvenir ici des propositions, que même des -anti-autrichiens prononcés trouvent avantageuses, convenables[117]. -Projet d'entente intime, non pour entrer _immédiatement_ en hostilité -contre la Russie, mais pour fortifier l'Union allemande, pour entrer, à -de certaines conditions et avec de certaines garanties, en intelligence -avec les deux puissances maritimes, et posant enfin des éventualités -éloignées de rupture plus complète avec la Russie. Il semblait que le -Roi signerait tout de suite; au lieu de cela, il y a un revirement de -bord rapide et inattendu: refus de signer, appel à Francfort de M. de -Bismarck-Schœnhausen, qui est personnellement mal avec le comte Thun, -ministre d'Autriche ici. On a chargé M. de Bismarck de discuter le projet -autrichien avec M. de Thun, en écartant ainsi le Ministre des Affaires -étrangères, M. de Manteuffel, et aussi Albert de Pourtalès envoyé -dernièrement à Londres et qui était resté, jusque-là, mêlé à la -négociation. Tout cela a été avant-hier un vrai coup de théâtre, dont le -parti russe, beaucoup de généraux et force officiers triomphent; car, il -faut le dire, _l'armée_ est toute russe. En général, on ne se fie pas aux -promesses de l'Empereur des Français et l'on peut avoir raison. On n'aime -pas, dans le public, à se brouiller avec l'Empereur Nicolas, auquel on ne -peut supposer, comme à l'autre, l'envie de s'agrandir aux dépens de la -Prusse; cependant, on n'aime pas plus à être tenu à la lisière par la -Russie. - - [117] L'Autriche, invitée par les Puissances occidentales à - s'allier avec elles contre les Russes, en transmit la proposition - à la Prusse avec les modifications suivantes: «_L'Autriche ne se - croit pas appelée à s'associer aux Puissances occidentales dans - une déclaration de guerre contre la Russie, mais elle est prête à - signer une convention pour garantir l'intégrité de la Turquie - selon l'esprit du traité de 1841._» En outre, l'Autriche - maintiendrait la paix en Serbie, dans le Montenegro et en Bosnie, - laissant aux puissances de l'Occident le soin de s'occuper de la - Grèce et des provinces grecques de la Turquie. - -Le Roi est tiré à quatre par mille intrigues et par les différents partis -que j'ai signalés il y a quelque temps. Tout cela fait le plus déplorable -gâchis. Je ne vois nulle part, ni un grand courage, ni un esprit lumineux -pour prendre, en temps utile, je ne dis pas le meilleur parti, car tous -ont des inconvénients incontestables, mais celui qui présente le moins de -côtés fâcheux. Et puis l'à-propos, ce dieu rancuneux, qui ne pardonne pas -de ne pas être saisi au vol, quelle vengeance ne tirera-t-il pas de ces -oscillations? - -M. de Bismarck veut, dans la négociation avec le comte Thun, se faire -prier, tenir la dragée haute; il dit que moins on se montrera pressé, -plus on mettra à Vienne de prix à obtenir la coopération de la Prusse; -et, par conséquent, qu'il la fera payer plus cher par de nouvelles -concessions et par une prépondérance moins contestée à la Diète. Bref, il -fait le juif et traite à la manière dont Rothschild fait un emprunt. Je -ne trouve pas que ce soit la bonne et vraie manière dont un grand État -doive, à travers de grandes crises européennes, conduire une barque qui, -dirigée ainsi, pourrait bien chavirer. - -Charles de Talleyrand, qui est venu de Weimar me voir ici, raconte que -Mme la Duchesse d'Orléans avait entièrement changé d'allures; elle a -quitté l'attitude d'exilée, de veuve enveloppée de voiles lugubres. Elle -a des jours de réception, pendant lesquels, assise à une table de whist, -elle fait défiler devant elle les dames dont elle reçoit, par un signe de -tête, les révérences. A Weimar, elle paraît au spectacle en grande loge. -On la dit mal entourée, mal conseillée, fort en intrigues et en -agitations plus ou moins souterraines; elle touche très régulièrement les -trois cent mille francs que la France lui paie; elle s'est fait, soit par -la vente d'une partie de son écrin, soit par d'autres arrangements, un -revenu considérable qu'elle dépense avec assez d'évidence. - -Hier au soir, il y a eu ici un petit concert dans le salon de la Reine, -très beau comme musique. Le Roi ayant fait venir la partition du grand -_Miserere_ d'Allegri, de Rome, et l'ayant fait chercher par quelqu'un -chargé d'étudier la manière dont cet admirable morceau est exécuté à la -Chapelle Sixtine, le _Dom-Chor_ d'ici l'a chanté hier. On n'a pas même -omis la partie psalmodiée qui alterne avec le chant et donne à l'ensemble -un caractère si particulier. Des voix, des voix seules, admirablement -bien conduites, un grand ensemble, un religieux silence; mais hélas! pas -d'église, pas de cierges, pas d'encens, pas de génuflexions. Des femmes -parées et quelques pasteurs protestants me faisaient, malgré leurs -allures piétistes, l'effet de prêtres de Baal. J'étais la seule -catholique. On avait convoqué, en dehors de la Famille Royale, une -douzaine d'hommes et de femmes qu'on ne voit pas habituellement à la -Cour, parce qu'ils appartiennent _to the rather serious turn_[118]. Cela -faisait le plus singulier auditoire pour cette musique latine, toute -parfumée de l'encens de Saint-Pierre, toute colorée des feux sacrés du -Vatican! - - [118] De l'anglais: A la classe des caractères plus sérieux. - -Vieuxtemps est venu à son tour et m'a tirée de mon extase; il a cependant -le plus magnifique coup d'archet que j'aie entendu. - -J'ai vu avant-hier M. et Mme de Castelbajac revenant de -Saint-Pétersbourg. _Lui_ a parlé très librement devant moi, déplorant la -guerre, très frappé de l'enthousiasme russe, de l'impossibilité pour -l'Empereur Nicolas de reculer, assurant qu'il ne désirait pas la guerre -et que c'est le mélange de ruse, de mauvaise foi, d'intrigue et -d'insolence de l'Angleterre, qui a envenimé la plaie et l'a rendue -incurable. - -Voici l'extrait d'une lettre de lady Westmorland de Vienne, 1er mars: -«L'état des affaires publiques ne laisse pas que d'agir sur la société. -Les Russes ne viennent plus chez nous, ni chez le ministre de France. -Bourqueney _exulta et s'anima_[119] sur la gloire de son maître qui a -bien certainement joué ses cartes; car il est incontestablement, dans ce -moment, à la tête des Conseils de l'Europe. Nous le suivons à la remorque -et il entraîne ce gouvernement-ci. J'avoue que je ne puis oublier son -passé et le _nôtre_; et je me sens profondément humiliée de cette -alliance tant vantée. Le jeune Empereur a été placé dans la position la -plus difficile. Je vois qu'il a été fort blessé du refus de l'Empereur -Nicolas d'accepter les propositions qu'il lui avait recommandées si -chaleureusement; et depuis le départ d'Orloff, il paraît avoir pris son -parti et s'être résolu à se mettre du côté des alliés occidentaux[120]. - - [119] De l'italien: triomphe et s'anime. - - [120] La Russie avait envoyé à Vienne un projet de préliminaires - de paix, offrant d'évacuer les Principautés, lorsque ces - préliminaires seraient signés. La Conférence, réunie alors à - Vienne, considérant les conditions, auxquelles cet arrangement - était subordonné, absolument inacceptables, rejeta ce projet. - -«Je suis sûre qu'une fois décidé, il suivra son chemin avec droiture et -loyauté, mais il n'entraînera pas ici toutes les opinions. Les Meyendorff -sont profondément affligés: lui, avec douceur, elle, avec irritation, -surtout contre son frère[121] qui est anti-russe. - - [121] Le comte Buol. - -«La princesse de Metternich est dans un état désespéré. Le Prince est -fort ému, malgré son calme habituel si près de l'indifférence. Pendant -que j'étais ce matin chez lui, Monténégro est venu le prier d'entrer -chez la Princesse qui le désirait; et quand il y est allé, Monténégro m'a -dit que la fin s'approchait, que la respiration devenait bien pénible, la -faiblesse excessive et que cela ne pouvait durer longtemps. La Princesse -est soignée par lui, par son fils et par son gendre avec un grand -dévouement. Elle a reçu les sacrements avec beaucoup de piété; elle -connaît son danger et se montre résignée et patiente.» - - -_Berlin, 10 mars 1854._--Je pars demain pour Sagan fort ignorante des -destinées du monde et par conséquent des miennes propres. Le prince de -Hohenzollern et le général de Grœben envoyés à Paris et à Londres sont -chargés de faire reconnaître et respecter la neutralité de la -Prusse[122]. Si on me demandait si ces messieurs réussiront, je dirais, -_non_. Si on me demandait alors au profit de qui on la rompra? je -plaiderais ignorance complète. Si je crois que ce sera pour l'Occident? -je dirai que je ne le crois pas. Si alors ce sera pour le voisin -septentrional? je dirai _non_, de même. Si on me pousse pour me faire -dire si on s'entendra avec l'Autriche? je hausserai les épaules. Si on -compte alors s'isoler complètement et voir l'Allemagne se fractionner? je -répondrai: Quelles _questions_! Faut-il encore plus de négations, j'en -ai la poche pleine, mais faut-il une seule affirmation? qu'on demande -ailleurs, je n'en ai pas à mon service et les plus haut placés ne -sauraient, je crois, dire plus ou mieux. - - [122] L'esprit faible et flottant de Frédéric-Guillaume IV était - disputé par deux influences rivales: d'un côté, le parti de la - Cour, acquis à la Russie; de l'autre, les Chambres prussiennes - acquises à l'opinion libérale et parlementaire, naturellement peu - favorable à cette Puissance du nord. Le Roi, cherchant toujours à - temporiser, envoya le prince de Hohenzollern à Paris et le - général de Grœben à Londres pour donner confidentiellement des - explications sur sa politique, qui furent assez froidement - reçues, comme étant celles d'un homme à la parole duquel on - croyait peu. - -Cette hésitation, ces obscurités sont insupportables et déplorables dans -leur source et dans leurs résultats; et depuis mars 1848, je ne sache pas -un moment plus critique, plus fatal que ne le sera peut-être mars 1854. -Je ne sais si je me trompe; mais il me semble que la plus mauvaise voie, -bien prononcée, vaudrait mieux que le ballottage du moment actuel. - -Le Prince de Prusse est rétabli, c'est-à-dire qu'il sort en voiture pour -se promener. Il n'a pas reparu au Château; la Reine est venue le voir -pendant sa maladie, mais non le Roi. Il y a eu seulement, à ce que je -crois, des communications fraternelles écrites, des plus aigres de part -et d'autre[123]. Le Prince a très mauvais visage, et je le crois agité et -irrité. - - [123] Les tiraillements entre les deux frères étaient comme - étouffés par la noble attitude du Prince de Prusse, qui disait - très haut que la volonté du Roi devait faire loi. Mais personne - n'ignorait que le Prince déplorait les hésitations du Roi, sa - politique vacillante, et que, désirant un rapprochement avec les - Puissances occidentales, il se trouvait en contradiction avec la - politique conseillée à son royal frère. - -La princesse de Metternich a fait dire la messe le matin de sa mort dans -sa chambre, l'autel placé de façon à le voir de son lit; elle a expiré -sans agonie, à la fin du saint sacrifice. Son mari est, dit-on, très -affligé, ce qui n'empêche pas qu'il ne donne lui-même aux visiteurs des -détails anatomiques sur la cause du mal de sa femme. - -Je ne savais rien du châle donné par l'Impératrice de Russie à Mme de -Castelbajac; mais, j'ai remarqué la tendance du mari qui est bien plus -russe, malgré les hostilités, qu'anglaise, malgré l'entente cordiale. - - -_Sagan, 20 mars 1854._--Le Gouvernement prussien, pour faire respecter sa -neutralité aux Chambres, a besoin de trente millions d'écus qui vont se -traduire en une augmentation d'impôts qui font faire bien des -grimaces[124]. - - - [124] Le 18 mars 1854, le Ministère prussien présenta à la - seconde Chambre un projet d'emprunt de 30 millions de thalers, - accompagné d'un mémoire annonçant que la Prusse maintiendrait le - protocole de Vienne, et établissant les résolutions que le Roi se - proposait de prendre à l'égard des États de la Confédération - allemande. - -Je reste bien décidée à mon voyage du Rhin, de la Seine et de la Loire; -mais quand je lis les gazettes, que je regarde la carte européenne et que -j'écoute les échos qui ci et là m'arrivent, je me demande, non sans -hésitation, ce qui sera possible dans deux mois. - -Je lis avec une grande curiosité les pièces diplomatiques publiées à -Londres, les conversations de sir Hamilton Seymour avec le Czar, et les -réponses de lord John Russel[125]. Le Czar me paraît y jouer le rôle d'un -mauvais comédien, d'un Tartuffe politique; ses précédents ont si mal -préparé à le juger ainsi qu'il faut attendre les publications russes qui, -sans doute, suivront celles qui ont été faites à Londres pour asseoir un -jugement absolu sur ce singulier incident. Il me semble qu'il y aurait eu -folie ou stupidité à soulever la curiosité publique, comme on l'a fait -dans le _Journal de Saint-Pétersbourg_, si on n'avait provoqué par là les -publications dont retentissent les gazettes en ce moment. - - [125] Le Gouvernement anglais fit alors la publication des pièces - diplomatiques échangées en 1853 entre la Russie et l'Angleterre, - au sujet de la Turquie, dans lesquelles se trouvaient de longs - récits des conversations de l'Empereur Nicolas avec sir Hamilton - Seymour. Le Czar dissimulait mal ses ambitieux projets et, pour - arriver à son but, il représentait à l'ambassadeur d'Angleterre - la ruine certaine et imminente de la Turquie, et il semblait - avoir arrêté dans sa pensée que l'heure _pour_ sa dissolution - devait être arrivée. A cette politique, John Russel et lord - Clarendon furent aussi explicites que conséquents; ils refusèrent - ouvertement de partager cette idée fixe de l'Empereur Nicolas et - se montrèrent très décidés à prévenir une catastrophe en Turquie. - -La Princesse Charles de Prusse, qui m'avait confié, il y a vingt jours, à -Berlin, les projets de mariage de sa fille Louise, vient de m'écrire pour -me les confirmer. Le parti n'est pas riche, pas brillant, mais la bourse -généreuse du Roi comblera la lacune financière; et, quant à la jeune -Princesse, dont aucun grand Prince ne voulait, qui se mourait d'ennui, de -déplaisir, d'impatience, il est très heureux qu'en définitive elle épouse -un jeune homme de famille souveraine. Ce n'est pas, du moins, un de ces -pitoyables mariages morganatiques, trop à la mode maintenant. Le futur -est un prince Alexis de Hesse-Philippsthal, fils aîné d'une branche fort -cadette et très pauvre; il est entré au service de la Prusse, il y a six -mois. Pour lui, il a tout avantage à épouser une princesse de Prusse, -jolie, bonne enfant, nièce du Roi, pour le mari de laquelle il y aura -protection, avancement rapide, etc., etc. Je suis convaincue que le -mariage remettra la singulière santé de la Princesse, et donnera à tout -son être l'équilibre qui parfois lui manque[126]. - - [126] Une fièvre typhoïde des plus graves, dont la Princesse - Louise fut atteinte à l'âge de seize ans, l'avait laissée faible - de tête. Cette maladie causa la rupture de négociations déjà - entamées avec la Cour de Sardaigne au sujet d'un mariage projeté - avec le Duc de Gênes. - -Depuis ma dernière lettre, j'en ai reçu quelques-unes dont voici les -extraits: «_Paris, 22 mars._--L'horizon s'obscurcit de plus en plus, la -Prusse ne se dessine pas comme il y avait lieu de l'espérer; l'Autriche, -elle-même, est moins explicite qu'on ne pouvait le supposer. Nous avons -la fièvre intermittente par rapport à ces deux pays, et, en définitive, -je prévois que l'Angleterre et la France ne pourront compter que sur -elles-mêmes. On dit l'Impératrice triste, ennuyée et délaissée!» - -Extrait d'une lettre de Berlin, du 25 mars, écrite par un membre du parti -Gerlach. (Traduction.) «D'après les ouvertures et les éclaircissements -donnés par le ministre Manteuffel à la Chambre et à la Commission, il -résulte que nos efforts, et je les crois sincères, tendent à nous unir -fermement à l'Autriche et au reste de l'Allemagne (autant que les -intérêts de l'Allemagne, dans l'acception la plus étendue du mot, le -demandent), et à écarter tout ce qui pourrait nous gêner dans cette -marche. J'ignore si l'Autriche et la Russie peuvent s'entendre sur -certaines questions en discussion et sur leurs opérations respectives; -mais je n'en désespère pas encore. Si cette entente pouvait s'effectuer, -nous n'aurions alors que les inimitiés de l'Occident à redouter; et une -union complète entre l'Autriche, le reste de l'Allemagne et nous, serait -extrêmement facilitée. Nos adversaires dans les deux Chambres, et tout -d'abord dans la Commission, s'appliquent à arracher à M. de Manteuffel -les notions les plus détaillées; je ne crois pas que jusqu'à présent il -ait dit _trop_. - -«Ces messieurs déclarent, du reste, tout haut, qu'ils ne nous accorderont -l'argent demandé que si nous leur donnons, noir sur blanc, la garantie -que le gouvernement ne s'unira pas à la Russie et n'agira pas dans les -intérêts de cette puissance. Nos adversaires ne se sont pas prononcés sur -quoi devait reposer cette garantie; ils veulent traîner la question en -longueur et attendre le retour du Prince de Prusse dans lequel ils -espèrent trouver un soutien et un appui.» - -Extrait d'une lettre de M. de Humboldt, de Berlin, le 24 mars 1854: «Le -Roi s'est blessé à la joue, en faisant une de ces promenades solitaires -et nocturnes dans le parc de Charlottenbourg, qui inquiètent sous plus -d'un rapport. Il s'est blessé au visage contre une grosse branche -d'acacia. Cet accident n'aura pas de suites graves; cependant, il y a un -peu de fièvre et nécessité absolue de quelques jours de tranquillité. On -concevrait ces promenades nocturnes dans une nuit d'été, mais dans cette -saison! Goût fantastique du vague dans l'obscurité, plaisir d'imagination -cherchant sa nourriture. La veille de l'accident, nous avons eu un grand -dîner pour les anges de paix envoyés en Occident[127]. Ils en sont -revenus très moroses, car ils n'ont fait que de la bouillie pour les -chats. Le prince de Hohenzollern, le seul qui observe juste, l'avait -prédit. Malheureusement, encore aujourd'hui, on ne veut pas croire ici -combien les choses sont furieusement avancées à Paris et surtout à -Londres, d'où Palmerston, dès novembre dernier, avait envoyé à Berlin, -par le pieux Bunsen, un projet de démembrement de l'Empire russe. - - [127] Le prince de Hohenzollern-Sigmaringen à Paris, le général - de Grœben à Londres. - -«Les uns et les autres mettent leurs ennemis à la broche, avant de les -avoir expédiés dans l'autre monde. La Russie propose de faciliter -l'agonie turque, Albion propose d'écarteler la Russie; on se vaut bien en -fait de traîtrise! - -«Le pauvre Grœben a frappé à Londres par son ignorance parfaite de la -langue française. Son premier mot à lord Clarendon a été, dit-on: -«_L'Empereur de Russie, guerre veut pas._» Clarendon a fait alors la -réflexion qu'il était naturel que la Prusse, se complaisant dans une -position inexplicable, eût choisi un représentant qui ne sût pas -s'expliquer. - -«Il y a ici beaucoup d'humeur contre Bunsen; il y en a aussi à -Osborn-House, où il avait fait croire que la Prusse guerroyerait bel et -bien contre la Russie, contre cette _douce_ Russie, qui ne veut prendre -Constantinople _qu'en dépôt_. - -«L'envoi du général Lindheim au Czar excitera encore l'humeur contre -nous, à Paris et à Londres[128]. Je crois l'_homme taciturne_ des -Tuileries beaucoup plus entreprenant que ne l'est la Russie; il se -pourrait bien que le centre d'action fût déplacé et que la querelle -commençât sur la rive gauche du Rhin; on y parviendrait par quelques -détours, on n'attaquerait pas tout de suite la Belgique, mais on -attaquerait, conjointement avec la Belgique, notre Prusse rhénane. -L'Angleterre voudra-t-elle, pourra-t-elle s'y opposer? Bunsen a envoyé -ici deux de ses fils (l'aîné a épousé la fille de la prêcheuse Mme Frey). -Le Roi ne les a pas reçus. Cependant on ne rappellera pas le père, de -peur de contrarier le Prince Albert. - - [128] Les rapports du prince de Hohenzollern-Sigmaringen et du - général de Grœben à la Cour de Berlin déterminèrent le départ du - général de Lindheim pour Saint-Pétersbourg, avec une lettre - particulière pour le Czar dans laquelle le Roi faisait de - nouvelles propositions de médiation. L'Empereur Nicolas, ne - pouvant maîtriser sa colère, chargea le prince Georges de - Mecklembourg-Strélitz de porter sa réplique dans une lettre où il - disait hautement à son royal beau-frère: «que quand les - Puissances occidentales assureront l'émancipation des chrétiens - en Turquie par un traité, lui, le Czar, consentirait à évacuer - les Principautés, en même temps que les flottes combinées - évacueraient le Pont-Euxin.» - -«Vous aurez sans doute lu l'article du journal de Bethmann-Holweg dans le -numéro du 18[129]. Il est d'Albert de Pourtalès, qui raconte la véritable -cause de sa défaite. Il s'est cru le maître, tandis qu'il était berné par -M. de Manteuffel qu'il pensait détrôner. Celui-ci faisait venir en hâte -et en cachette son neveu, qui est _persona grata_, pour contre-balancer -Albert de Pourtalès.» - - [129] Dans le parti libéral en Prusse, il y avait la nuance des - _vieux Prussiens_, à la tête desquels se trouvaient - Bethmann-Holweg, Usedom, Pourtalès, Goltz. Le _Preussische - Wochenblatt_ était leur organe et avait comme rédacteur le - docteur Jasmund. On le nommait communément _le Journal de - Bethmann-Holweg_. Cette feuille se distinguait par des articles - bien écrits, critiquant avec une certaine modération les actes du - Gouvernement, mais pleins d'amertume contre le parti représenté - par la _Kreuzzeitung_. Cette feuille cessa de paraître en 1861. - - -_Sagan, 2 avril 1854._--On a eu officiellement à Vienne la _certitude_ -que Mazzini avait débarqué à Gênes cinq ou six jours avant l'attentat de -Parme[130]. Un groupe de spectateurs, en apparence bénévoles, s'est -ouvert pour donner refuge au meurtrier, qui a porté son coup en se -glissant derrière le Duc et le blessant par le côté dans le bas-ventre. -Le Duc était accompagné de deux officiers, dont l'un l'a reçu dans ses -bras, l'autre s'est précipité sur le meurtrier abrité par le groupe, qui, -en se refermant, a un instant barré, sans affectation, le chemin à -l'officier et a laissé au criminel le temps de s'évader derrière le -rideau humain qui l'abritait. Tout ceci est officiel. Il l'est de même -que de nouvelles tentatives ont été faites d'empoisonner les puits des -casernes dans le royaume lombardo-vénitien. On est obligé de placer des -sentinelles près de chacun de ces puits et de les couvrir de grands -couvercles fermés à clef. - - [130] Ferdinand-Charles III, duc de Parme, avait succombé le 27 - mars 1854, après avoir été frappé la veille par un assassin qui - lui avait porté un coup de couteau dans le ventre. - - -_Sagan, 5 avril 1854._--Lady Westmorland m'écrit de Berlin, où elle s'est -rendue de Vienne au-devant de son fils: «J'ai dîné chez la Reine. Le Roi -a paru après le dîner, plein de la plus charmante bonté pour moi, mais -avec un bien mauvais et pâle visage, la joue couverte d'emplâtres. Il m'a -parlé longtemps avec abandon; il s'imagine que la lettre que le duc -Georges de Mecklembourg-Strélitz, arrivé en courrier de Saint-Pétersbourg -ici, lui a apportée, doit aplanir toutes les difficultés. Personne ici -ne partage cette opinion. Le Prince de Prusse est venu me voir entre deux -accès de fièvre (il est menacé d'une fièvre quarte, qui n'est pas chose -indifférente sur un corps aussi mal disposé); il est très fâché de la -venue du duc Georges de Strélitz. En général, je ne vois ici que -confusion et méfiance.» - -Hélas! Lady Westmorland ne voit que trop juste; et à force d'indécisions, -de brouillards et de mauvaises finesses, on découragera l'Autriche; la -Prusse détachera d'elle les petits États, et deviendra honteusement la -proie de ses grands voisins et la pâture des révolutionnaires qui sont -partout, et qui enlacent la pauvre vieille Europe de leur brûlant réseau. - - -_Sagan, 7 avril 1854._--J'ai revu hier à la station voisine, où j'ai été -l'embrasser, lady Westmorland retournant de Berlin à Vienne. Elle -rapporte une fort triste impression du lieu qu'elle quitte. Tout y est -confusion, la plus grande gît dans la tête du Roi. Le voilà qui s'imagine -être le maître de l'Europe, empêcher la guerre à son gré; bref, ce sont -des rêves creux si étranges qu'on serait tenté de leur donner un autre -nom. Où tout cela conduira-t-il? Impossible de le prévoir. En attendant, -on perd un temps précieux, on se déconsidère de plus en plus. L'opinion -publique s'excite et l'avenir se rembrunit cruellement. - -Louis-Napoléon a dit au Prince de Hohenzollern qu'il ne s'agissait plus -de la question d'Orient, que c'étaient des billevesées; mais bien d'ôter -à la Russie sa prépondérance en Europe, dont, sans doute, il veut à son -tour la direction. Le Prince de Prusse a montré beaucoup d'inquiétude -pour les provinces rhénanes et une grande indignation contre le Roi -Léopold qui, de peur de perdre la Belgique, se lie étroitement à son -puissant voisin et se dispose à l'aider dans ses convoitises rhénanes. - -On dit M. de Manteuffel très découragé, très fatigué des irrésolutions et -des changements continuels. La lettre apportée par le duc Georges de -Mecklembourg ne dit rien que des phrases vagues, faites pour plaire à -celui à qui elle est adressée, pour ajouter du brouillard au brouillard, -pour gagner du temps, ou, pour mieux dire, en faire perdre aux autres. -Malheureusement, ce but paraît atteint. Cependant, le Préfet de police de -Berlin a dit à son maître qu'il ne pouvait pas répondre de la sûreté -publique, si le Gouvernement se rejetait du côte russe. On dit la pauvre -Reine triste et bien agitée. La santé du Roi n'est pas ce qu'elle devrait -être, et celle du Prince de Prusse est décidément très mauvaise. - - -_Sagan, 25 avril 1854._--On me mande de Vienne que le prince de -Metternich a bien pauvre mine. Il paraît que la société viennoise se -divise d'une façon très aigre et très absolue en deux camps fort -hostiles; la majorité penchant pour la Russie et blâmant le jeune -Empereur de s'allier avec, ou, du moins, de se rapprocher des Puissances -maritimes qu'on suppose pleines de traîtrise et fomentant sourdement le -mouvement révolutionnaire, pour le faire éclater à leur profit et au -détriment de la Prusse, aussitôt qu'on n'aura plus besoin d'elle pour -contenir et pour diminuer la Russie. - - -_Sagan, 8 mai 1854._--Un mot que je reçois de Berlin me dit que le Prince -de Prusse s'est brouillé d'une manière éclatante avec le Roi, ou bien le -Roi avec le Prince, tant il y a que celui-ci a dû quitter Berlin hier au -soir. - -Le renvoi de M. de Bonin, ministre de la Guerre, fait un mauvais effet; -il déplaira aux Cours occidentales et donnera de l'humeur à Vienne où, -malgré les paroles données au général de Hess et ratifiées depuis, on n'a -plus ni estime, ni confiance, ni foi en la franchise du Gouvernement -prussien, ni en sa fixité[131]. Quel état, bon Dieu! - - [131] Le parti russe de la Cour regardait le général de Bonin - comme un ennemi personnel, et multiplia ses intrigues dans les - hauts parages pour le faire sortir du ministère de la Guerre. - Comme le Prince de Prusse, M. de Bonin était également favorable - à un rapprochement avec les Puissances occidentales; aussi, sa - démission, demandée par le Roi, fit la plus fâcheuse impression - en dehors du cercle de la Cour. On se rappela l'énergie déployée - par le Ministre dans la Commission au sujet de l'emprunt, et - l'ardeur avec laquelle il sentait la nécessité de la réalisation - d'une entente plus intime entre la Prusse et l'Autriche. Cette - entente était devenue un si pressant besoin que l'Empereur - d'Autriche n'hésita pas d'envoyer alors à Berlin le général de - Hess avec des propositions formelles d'une alliance offensive et - défensive, insistant pour que la Prusse concentrât un corps - d'armée sur sa frontière. Ces négociations aboutirent à un - renouvellement formel du traité secret de 1851, par lequel la - Prusse et l'Autriche se garantissaient réciproquement leurs - États, quoique le Gouvernement prussien se fût efforcé d'écarter - toute stipulation qui pouvait l'obliger à se montrer en armes - contre la Russie. - - -_Sagan, 19 mai 1854._--La Cour de Potsdam est très préoccupée de la -scission des deux frères. Si je puis me permettre une opinion, c'est -qu'au fond le Prince de Prusse a parfaitement raison, mais que ses -conseils auraient dû rayer quelques expressions qui ont fourni des armes -contre lui. - -La mission du comte Alvensleben à Vienne est destinée à neutraliser, -autant que possible, la portée et les résultats de l'accord conclu avec -le général de Hess, et à entraver, par conséquent, la marche de -l'Autriche. On voulait surtout empêcher la levée des quatre-vingt-quinze -mille hommes; mais Alvensleben aura trouvé la chose faite[132]. Les -quatre Rois de Würtemberg, Bavière, Saxe et Hanovre, travaillés par -l'intrigue russe et les incertitudes de la Prusse, font bande à part. -Tout cela constitue le plus triste état de choses. - - [132] Le comte d'Alvensleben, qui avait refusé une mission - spéciale à Londres et était retourné dans ses terres, venait d'en - être rappelé et pressé de partir pour Vienne, afin de s'y - concerter et d'y surveiller de plus près les mesures à prendre - avec le Cabinet autrichien, après la négociation du général de - Hess à Berlin. - -On m'assure que Napoléon est dans un fort mauvais état de santé! Autre -complication. - - - Nouvelle réunion des deux correspondants, qui interrompit - l'échange de leurs lettres pendant plusieurs mois. - - -_Paris, 14 août 1854._--Je suis arrivée ici, hier. Aujourd'hui dans la -matinée, mon fils Louis[133] m'a conduite par la place Louis XV, la -terrasse du bord de l'eau, le Carrousel, la colonnade du Louvre, -Saint-Germain-l'Auxerrois et la rue de Rivoli: tout cela sans sortir de -voiture; mais j'ai vu un peu du nouveau Paris, dont beaucoup de choses -sont belles, d'autres manquées. Les bâtiments des Ministères, par -lesquels on a rétréci la grande place du Carrousel, écrasent le bâtiment -principal; le Louvre, en lui-même, vu de ce côté-là, n'a plus l'air de -rien du tout. Je regrette le grand et vaste jardin que je rêvais entre -les deux palais. - - [133] Duc de Valençay. - - -_Orléans, 16 août 1854._--Je suis descendue ici dans le petit ermitage de -Pauline, au couvent du Sacré-Cœur. Ici, du moins, je suis à l'abri du -bruit extérieur dont j'étais assourdie à Paris. J'ai eu toutes les -facilités possibles pour suivre les offices pendant la fête d'hier; ils -s'y font très bien et la musique était bonne: les jeunes voix sont les -vraies pour chanter la Sainte Vierge. La cloche sonne pour la -distribution des prix; par exception j'y suis admise; j'hérite de tous -les privilèges de Pauline, quoique je n'en mérite aucun. - - -_Rochecotte, 20 août 1854._--M'y voici, dans ce pauvre Rochecotte qui me -serre le cœur plus que je ne puis le dire[134]. Notre vie y est toute -conventuelle: chaque matin la messe, chaque soir la prière en commun, un -maigre strict, une conversation plus ou moins sainte, jamais profane; -aucun autre bruit que celui des deux garçons et de la toux de leur abbé. -Je ne demande pas mieux, je m'arrange fort bien de genres fort divers, -dès qu'ils ne choquent pas le bon sens ni le goût. Le silence est un -grand repos; le coup de cloche vaut mieux que la pendule qui n'avertit -pas tout le monde de même. La simplicité apaise et les bons propos -musellent les coups de langue impétueux. - - [134] La duchesse de Talleyrand se retrouvait pour la première - fois à Rochecotte, depuis qu'elle en avait cédé la propriété à sa - fille en 1847. - -J'applaudirai aux spectacles qui se préparent à Valençay; je crois que la -vraie bonne grâce est de revêtir la livrée des personnes chez lesquelles -on se trouve, dès qu'elle n'est pas choquante. Chez moi, je voudrais un -_mezzo-termine_ entre les deux genres, et, peut-être, cela ne serait-il -pas meilleur? Tant il y a que Pauline[135] remplit bien le cadre dans -lequel elle s'est placée, et il est rare d'y réussir aussi complètement. - - [135] Marquise de Castellane. - - -_Rochecotte, 23 août 1854._--M. de Falloux, qui est ici depuis hier, nous -quitte samedi. Je l'honore et le trouve fort aimable par le cœur et par -l'esprit: la grande ferveur de sa dévotion n'a rien d'étroit; mais quelle -santé! Il m'a raconté des choses curieuses sur M. de Persigny; il lui -reconnaît beaucoup de qualités, et il en trouve aussi à Louis-Napoléon. -Ce dernier a mandé par télégraphe M. de Persigny à Biarritz; et, malgré -une violente cholérine, il s'y est rendu avec son médecin; il en est -revenu, mais on n'a pu me dire le motif de l'appel, ni le résultat de -l'entrevue. - - -_Valençay, 10 septembre 1854._--M. de Salvandy nous est arrivé hier avec -la même verve, la même rédaction brillante, les mêmes nobles et beaux -sentiments, la même emphase, le corps grossi, alourdi, le visage ridé et -ses longs cheveux cachant péniblement sa triste infirmité[136]. - - [136] M. de Salvandy était atteint au cou d'une loupe d'un volume - considérable. Il en souffrit durant de longues années et cette - tumeur fut la cause de sa fin. - - -_Paris, 18 octobre 1854._--L'Évêque d'Orléans va passer trois mois à -Rome; il voudrait que sa réception à l'Académie française eût lieu avant -son départ; ce sera probablement le 8 novembre, et comme il tient -beaucoup que j'assiste à cette séance, je prolongerai mon séjour jusqu'à -cette époque à Paris[137]. - - [137] Dans la lutte de l'Épiscopat français contre l'enseignement - des langues anciennes, Mgr Dupanloup, s'étant prononcé avec - beaucoup de talent pour l'Université, s'était acquis un titre qui - lui ouvrit les portes de l'Académie française où il remplaça M. - Tissot, le traducteur des _Bucoliques_ de Virgile. Cette - réception eut lieu le 8 novembre 1854. - -Le duc de Noailles est venu hier, de Maintenon, pour me voir; il a dîné -chez moi avec Mme de Chabannes, Max de Hatzfeldt et mon fils Alexandre. -Il y avait dans ce petit dîner toutes les nuances d'opinions -représentées; cela ne rendait pas la conversation plus vive. Tout le -monde me paraît vieilli, attristé, ennuyé, et cela en regard d'un luxe -effréné, d'une cherté excessive, d'une avidité de jouissances matérielles -menaçante. - -Les obsèques du maréchal de Saint-Arnaud ont été affreusement arrosées -par la pluie, et c'est sur l'air des patineurs de l'opéra du _Prophète_, -joué par la musique des guides, que l'Archevêque de Paris a donné -l'absoute[138]. Toute l'époque présente est là. - - [138] Lorsque éclata la guerre d'Orient, le maréchal de - Saint-Arnaud reçut le commandement de l'armée française qui - s'embarqua du 24 au 29 avril 1854. Il débarqua avec ses troupes - le 14 septembre en Crimée; et, de concert avec les troupes - alliées, remporta la victoire de l'Alma qui leur ouvrit la route - de Sébastopol. Accablé d'une maladie mortelle, il dut remettre le - commandement de l'armée au général Canrobert, puis s'embarqua - pour la France. Il mourut pendant la traversée le 29 septembre. - Ses restes furent déposés en grande pompe à l'Hôtel des Invalides - à Paris. - - -_Sagan, 28 novembre 1854._--Je viens d'arriver ici. Tout est couvert -d'une neige épaisse, la misère extrême, les désastres infinis, les santés -compromises; les inquiétudes de guerre augmentent, les impôts -s'accroissent, les Chambres prussiennes aussi énigmatiques, dans leur -composition singulière, que douteuses dans les travaux qu'on leur -demande. Les persécutions religieuses contre les catholiques, quoique -sourdes encore, deviennent de plus en plus irritantes; je n'ai jamais vu -une époque plus compliquée, qui offre moins d'issues consolantes, tant -pour les individus que pour les masses. - - -_Sagan, 6 décembre 1854._--A Berlin la division est partout et je ne sais -ce qui est le plus envenimé et le plus embrouillé, de la politique -extérieure ou de l'état intérieur. On dit déjà que la seconde Chambre va -être dissoute. Les deux traités signés coup sur coup entre la Prusse et -l'Autriche, et entre celle-ci et les Puissances occidentales, sans se -contredire, sans s'exclure, changent cependant l'état des choses. -L'Autriche s'était, à la vérité, réservé le droit de conclure -indépendamment des traités[139], mais on ne pensait pas, à Berlin, -qu'elle ferait un si prompt usage de ce droit, qu'elle en userait sans -prévenir la Prusse, et en se bornant à lui laisser la faculté de s'y -réunir, si elle le juge convenable. On m'écrit de Berlin que rien n'égale -la colère qui y règne, si ce n'est la fureur des Russes qui s'y trouvent. -Je suis fort tentée de croire que la Prusse accédera au second traité, -mais qu'on ne lui en saura aucun gré. Quel rôle que le sien! mais on peut -bien dire: _Tu l'as voulu, George Dandin!_ - - [139] L'Autriche avait à peine conclu à Berlin le traité - d'alliance offensive et défensive négocié par le général de Hess, - que, sans en prévenir la Prusse, et profitant des droits qu'elle - s'était réservé de conclure indépendamment des traités, elle - s'était empressée de s'entendre avec les Puissances - belligérantes. _Le Moniteur de Paris_, du 4 décembre, annonçait - que le 2, à Vienne, un traité d'alliance avait été signé entre - les plénipotentiaires de la France, de l'Autriche et de la - Grande-Bretagne. - - -_Sagan, 11 décembre 1854._--C'est assurément un fort grand événement que -le traité du 2 décembre, pour le présent et pour l'avenir. Il fait entrer -l'Europe dans une nouvelle phase. C'est, il me semble, la certitude qu'il -n'y aura point de guerre allemande _révolutionnaire_, ce qui était le -grand danger des circonstances actuelles; et de l'autre, la certitude de -la paix dans un temps donné. J'imagine, néanmoins, que les Français et -les Anglais voudront prendre Sébastopol avant de la conclure. Pour -l'avenir, c'est un changement complet de la politique européenne; l'arrêt -des progrès de la Puissance russe en Orient et la perte de sa -prépondérance en Allemagne. C'est aussi, je crois, le pas donné en -Allemagne à l'Autriche sur la Prusse (qui l'aura bien voulu); c'est -enfin, si je m'en souviens bien, la réalisation des projets et de la -politique de M. de Talleyrand et la rupture du redoutable faisceau des -trois Cours du Nord, qui existait depuis trente ans. Tous ces événements, -s'ils arrivent à bonne fin, serviront admirablement l'Empereur -Louis-Napoléon. - -Pauline, ma fille, m'écrit de Rome des volumes sur l'unanimité des -Évêques à l'occasion de l'Immaculée-Conception[140]. Elle est dans un -ravissement séraphique. Je crains cependant que les Évêques aient voulu -plaire au Pape en se conformant à ses désirs, car j'en connais plus d'un -qui reculait devant une innovation inutile. Je ne sais rien de -particulier sur la manière dont Mgr l'Évêque d'Orléans a été reçu à Rome. -L'Église raisonnable sera-t-elle écoutée plus favorablement que l'Église -exagérée et agressive? Ces querelles intestines dans le clergé sont -funestes à la religion. Je crois que la querelle des Jésuites et des -Jansénistes a été pour beaucoup dans l'incrédulité du dix-huitième -siècle, comme les discordes de l'Église, du temps des Conciles de Bâle et -de Constance, ont amené la Réforme. Le Pape actuel a l'air d'être créé -pour toucher à tout, c'est-à-dire pour tout ébranler. - - [140] Désirant assister aux solennités qui se préparaient dans la - Ville Éternelle pour la proclamation du dogme de - l'Immaculée-Conception le 8 décembre, la marquise de Castellane, - emmenant sa fille avec elle, se rendit à Rome, par mer, vers la - fin de novembre; elle y séjourna jusqu'à la fin du mois d'avril - 1855. - - - - -1855 - - -_Sagan, 5 janvier 1855._--Le passage par Paris, pour se rendre à Nice, de -Mme de Lieven (qui sera à mon avis un retour définitif à Paris), me -semble avoir le retentissement d'un événement politique; les lettres et -les journaux le répètent à l'envi[141]. On dit que la voiture de M. de -Morny l'attendait à la gare du chemin de fer de Paris. C'est bien drôle, -le monde, quand il n'est pas bien laid! Je lis des articles de journaux -où cette rentrée à Paris fait conclure à des reprises de négociations -pacifiques avec la Russie. Pour mon compte, je crois que cette conjecture -n'est fondée que relativement à quelques membres du Ministère français, -mais point en ce qui regarde Louis-Napoléon. - - [141] La princesse revenait de Bruxelles où elle s'était réfugiée - après l'entrée en campagne des Puissances belligérantes. - -Je suis de plus en plus frappée des altérations profondes qui se -manifestent dans la conduite du Gouvernement anglais. On ne retrouve plus -ce grand accord, ni ces ménagements mutuels qu'entraînait si -naturellement jadis une crise extérieure. Les Ministres tirent les uns -sur les autres, les deux Chambres sur le Ministère, les journaux sur les -Ministres, sur les deux Chambres, et, ce qui me paraît sans exemple, sur -l'armée, sur les généraux en pleines opérations de guerre, et de quelle -guerre! Ne sont-ce pas là des signes infaillibles de l'avènement de la -démocratie en Angleterre! J'y vois, de mes faibles yeux, le véritable -secret de l'alliance entre la France et l'Angleterre. - -Lady Westmorland m'écrit de Vienne qu'à Londres on trouve très mauvais -qu'on permette à Mme de Lieven de venir à Paris et d'y rester. Londres -proscrivant Mme de Lieven! Ah! George IV, où es-tu? - - -_Sagan, 8 janvier 1855._--Lady Westmorland m'écrit de Vienne, en date du -4 janvier: «Nous sommes dans un moment bien critique, car la réponse -faite à la _référence_ faite à Saint-Pétersbourg, qui doit être ici avant -le 15, décidera s'il y a un espoir de paix, ou si la guerre doit devenir -_générale et éternelle_. Mon espérance pacifique s'affaiblit de plus en -plus, non par ce qui se passe ici, mais par ce qui est _la pensée -actuelle_ à Paris. Si l'Empereur Napoléon avait envie de faire la paix, -je crois que l'Angleterre ne pourrait y mettre de sérieuses entraves, -malgré nos infâmes gazettes, notre sot public et les _mischievous_[142] -diplomates. Mais il me paraît certain que l'Empereur Napoléon pousse à la -guerre plus violemment que jamais. Le petit Bourqueney est en convulsion -quand il voit une _ombre_ de négociation possible. L'état de nos armées -et l'attitude des Russes en Crimée devraient, ce me semble, nous rendre -plus _traitables_. J'avoue que je ne puis partager la sécurité de ceux -qui voient déjà Sébastopol pris, la flotte russe détruite et l'Empereur -Nicolas à genoux! - - [142] De l'anglais: pernicieux. - -«Le Duc et la Duchesse de Brabant ont eu la bonté de venir me voir, -pendant que mon mari était malade. Elle est embellie; il m'a paru qu'elle -a grandi et maigri. Ce qui est sûr, c'est qu'elle est bien mise, que sa -tournure est moins lourde et qu'elle a des manières douces et naturelles -qui plaisent. Son mari n'a pas l'air d'avoir un jour de plus que quand il -était ici, il y a vingt mois; on lui donnerait seize ans. C'est une -grande asperge avec la poitrine étroite, et sans ombre de barbe; il parle -beaucoup, ne manque pas d'esprit, mais si son corps est trop jeune, son -esprit ne l'est pas du tout; il parle non pas en homme, mais en -vieillard. Jugez s'il doit être amusant pour sa jeune femme, avec -laquelle il prend des airs de maître. Ils vont voyager en Égypte pour la -santé du mari, qui a la manie des voyages.» - - -_Sagan, 13 janvier 1855._--Je suis revenue hier de Breslau où j'ai passé -un jour plein, en grande partie avec le Prince-Évêque à causer de ce -qu'il vient de quitter à Rome et de ce qu'il trouve ici; et ce qu'il -trouve ici est grave et triste; car il n'est que trop évident que le -Gouvernement prussien, conduit par les piétistes, cherche par tous les -moyens, surtout par des voies occultes, qui n'en sont que plus -dangereuses, à saper l'Église catholique et à en paralyser les -Ministres. Ces voies occultes se trouvent même mises en jeu, à Rome, au -point que le Saint-Père, loin de redouter le _retrait_ de la Légation de -Prusse, le _désire_, tant celle-ci a fait de protestantisme et de -franc-maçonnerie au palais Cafarelli[143]. Il y aurait des volumes à -écrire sur tout ceci. - - [143] Le palais Cafarelli à Rome était la propriété du Roi de - Prusse et la résidence de la Légation auprès du Saint-Siège. - - -_Sagan, 20 janvier 1855._--Voici une lettre de lady Westmorland, en date -du 17, de Vienne: «Tous les jours, les chances de paix me paraissent -moindres, et cependant nous sommes au seul moment où elle serait -possible, car on pourrait la faire avec honneur de tous les côtés[144]. -Je crois l'Empereur de Russie sincère; il fait de grandes concessions -pour terminer une guerre qui, jusqu'à présent, n'a pas eu pour lui des -conséquences trop désastreuses. Mais l'idée seule qu'on pourrait entrer -en négociation avec l'Empereur Nicolas met Bourqueney en fureur. Il me -semble, cependant, bien difficile de refuser la négociation, quand les -conditions, qu'on a posées soi-même comme nécessaires, ont été acceptées -sous réserve. Mais le fait est que, lorsqu'on a posé les conditions, on -était convaincu qu'elles ne seraient pas acceptées. Les détails de la -Conférence du 8 ont été reçus à Londres le 9; et, aujourd'hui 17, encore -point de réponse, excepté un simple accusé de réception. C'est qu'on -attend _les ordres de Paris_ pour savoir ce que l'on doit faire. Soyez -sûre que c'est l'Empereur Napoléon qui est le maître de la situation. La -paix se ferait demain s'il le voulait; mais il ne le veut pas, il ne l'a -jamais voulu. Je ne sais quelles sont ses _arrière-pensées_; mais il en -a. Le Gouvernement anglais est trop faible et trop divisé, trop soumis au -joug de la presse pour agir selon les lois du bon sens; et puisque la -nation anglaise entière est dans un paroxysme fiévreux en faveur de -l'alliance française, il faut bien que le Cabinet cherche sa seule force -dans le soutien de la France. Voilà pourquoi je désespère de la paix. On -s'acharne à ne rien écouter, jusqu'à ce que l'on se soit rendu maître de -Sébastopol par quelque succès éclatant; mais, si on y parvient, je doute -fort qu'_alors_ la Russie soit aussi bien disposée qu'elle l'est en ce -moment à désarmer. Mais obtiendrons-nous ce succès? J'en doute. Nous -pourrons, _peut-être_, avec des sacrifices _énormes_, détruire la ville -et les vaisseaux, mais je ne crois pas qu'il soit possible de _prendre_ -et d'_occuper_ Sébastopol sans avoir pris les forts du nord, c'est-à-dire -sans un second siège plus difficile que le premier. Si on manque la -chance que les concessions actuelles de la Russie offrent en ce moment, -je ne vois plus qu'un avenir plein de périls pour le monde entier. Ici, -on désire ardemment la paix, on cherche à avancer les négociations; et, -tout en adhérant aux garanties demandées, on voudrait ne pas rendre les -choses trop difficiles pour la Russie. On serait bien aise de voir la -Prusse entrer dans l'alliance; on le désire aussi à Londres, mais la -France fera tout ce qu'elle pourra pour l'empêcher, car c'est ce qu'elle -craint _par-dessus tout_.» - - [144] Le traité du 2 décembre avait fait la plus profonde - impression à Saint-Pétersbourg. La Russie cherchait, par des - moyens détournés, d'affaiblir cette puissante coalition, afin - d'enlever au Cabinet de Vienne tout prétexte d'hostilité active. - Le prince Gortschakoff, ambassadeur de Russie, se déclara - autorisé à négocier d'une manière générale. Les plénipotentiaires - des trois Puissances alliées du 2 décembre se réunirent à Vienne - dans la journée du 28. Les explications, données de part et - d'autre, montrèrent qu'on se comprenait, et qu'on était d'accord - sur les points essentiels, mais sous réserve de l'assentiment des - Cabinets de Londres et de Paris; une base de paix était comme - posée, mais la Russie, n'ayant jamais voulu faire aucune - concession, quant au nombre des vaisseaux qu'elle pourrait avoir - dans la mer Noire, les négociations tirèrent en longueur et - n'aboutirent pas. - - -_Sagan, 23 janvier 1855._--On me mande de Paris que la Cour féminine de -l'Impératrice Eugénie, par des démissions peu regrettables, va se -recruter dans le faubourg Saint-Germain, non pas, à la vérité, dans ses -sommités, mais cependant dans le beau monde. - -On ajoute que le traité avec l'Autriche a adouci beaucoup de -récalcitrants. Il en reste cependant un petit nombre, entre autres le -côté Molé, plus fortement accentué chez Mme de La Ferté[145]. Sa cousine, -Mme de La Grange, s'était annoncée à Champlâtreux; elle a reçu, pour -réponse, de la part de l'intolérante Mme de La Ferté, _refus absolu_ de -recevoir une _personne ralliée_. Là-dessus, Mme de Flavigny, mère de _la -refusée_, écrit avec furie à son cousin M. Molé. Celui-ci répond plus -courtoisement, mais avec une merveilleuse impudence, qu'il a _toujours -été légitimiste_. Et voilà le monde et la société de Paris! Du reste, on -dit que celle de Berlin, celle de Vienne, ne sont pas plus commodes, que -partout, il y a division, aigreur, hostilité. - - [145] Fille de M. Molé. - - -_Sagan, 27 janvier 1855._--On m'écrit de Berlin que le Prince de Prusse y -est fort triste et fort peiné. On croyait, avant-hier, à la sortie de M. -de Manteuffel des affaires et à l'entrée de M. de Bismarck-Schœnhausen -aux Affaires étrangères. Cependant, il n'y avait rien de fait, rien de -décidé. Si ce bruit se vérifiait, la guerre entre l'Autriche et la -Prusse, déjà probable, deviendrait certaine; car M. de Bismarck déteste -l'Autriche, autant que moi je déteste les chats[146], et il brûle de la -combattre en brandissant une lance qui pourrait bien avoir les mêmes -proportions que celle de Don Quichotte. - - [146] La duchesse de Talleyrand avait une terreur innée des chats - qu'elle ne parvint jamais à vaincre. - -Voici une singulière anecdote dont des personnes graves m'assurent la -parfaite exactitude; la police militaire et civile en étouffent, comme de -raison, la circulation. Il y a fort peu de jours que deux sentinelles, -placées au musée de Berlin, ont vu la nuit les portes du Château s'ouvrir -et un cortège funèbre, entouré de force flambeaux, en sortir et se -diriger vers l'église qu'on nomme le _Dom_. Sur le char funèbre, se -trouvait une couronne royale, et le Prince de Prusse conduisait le deuil. -Une des sentinelles, saisie d'effroi, a perdu connaissance; l'autre a vu -entrer le cortège dans l'église. Toutes deux, lorsqu'elles ont été -relevées du poste, ont été faire leur déposition parfaitement identique, -quant aux détails, dans la bouche de l'une comme dans celle de l'autre. -Et voilà! - - -_Sagan, 5 février 1855._--Quel spectacle que celui offert par -l'Angleterre! Cette grande Angleterre quand j'y vivais! Et maintenant, -quel écroulement! Le tout au profit de lord Palmerston! Mais tout cède à -l'horreur de ce qui se passe en Crimée. Je n'ose plus lire les articles -qui en dépeignent les misères; cela me bouleverse pour l'humanité en -général, et pour ceux qui m'intéressent en particulier[147]. - - [147] L'étrange épuisement qui consumait l'armée anglaise devant - Sébastopol avait déchaîné l'opinion publique en Angleterre contre - le Ministère, qui réclamait à grands cris le relèvement de la - puissance britannique. Le 27 novembre 1854, la Reine avait - convoqué d'urgence le Parlement, pour le 12 décembre, afin de - prendre des mesures qui pousseraient la guerre avec vigueur et - accroîtraient les forces de l'armée. Lord Palmerston, le ministre - le plus populaire de l'Angleterre, reçut la mission de former un - nouveau Cabinet. Celui-ci concentra dans les mains du commandant - en chef de l'armée les forces militaires, réforma le - commissariat, organisa un service de transport, et les dons des - particuliers affluèrent en telle exubérance, qu'après avoir passé - par toutes les souffrances, par tous les dénûments de l'extrême - misère, l'armée anglaise connut toutes les abondances, et aussi - tous les dangers de l'extrême bien-être. - -_Sagan, 7 février 1855._--Humboldt, dans une longue lettre pleine de -gémissements sur les illusions que nous déplorons tous, dit ensuite: «On -a envoyé d'abord le général Wedel à Paris[148], un des innocents que l'on -flattera aux Tuileries; le dangereux Olberg l'accompagne, mais depuis, -on le fait suivre par un autre négociateur, Niebuhr[149], sous -l'apparence peu trompeuse d'un voyage de délassement. J'ai été sollicité -de lui donner des recommandations pour Guizot, Salvandy, Villemain. -Voudra-t-il pénétrer dans le temple de la rue Saint-Florentin[150]? Après -Niebuhr, il reste à envoyer Hensel, et puis le hurleur Strauss. Voilà à -quoi en est réduite la diplomatie prussienne!» - - [148] Le dissentiment, qui s'était manifesté entre l'Autriche et - la Prusse sur la question de la mobilisation, avait fait - commencer au Cabinet de Vienne des négociations avec différents - gouvernements allemands, et pour donner un point d'appui, - l'Empereur d'Autriche manifestait le désir de se placer à la tête - de l'armée fédérale. Effrayée de cet isolement, la Prusse avait - envoyé le comte de Wedel à Paris, dans l'espoir de s'entendre - directement avec les Puissances occidentales. La France devait - reconnaître à la Prusse le droit de prendre part au Congrès de - Vienne et la Prusse disposée à accéder au traité du 2 décembre. - Mais ces négociations échouèrent complètement. - - [149] M. de Niebuhr, conseiller du Cabinet du Roi, passait pour - un ami de la Russie. - - [150] Chez Mme de Lieven. - -M. de Manteuffel, m'écrit-on, d'autre part, ignorait tellement la mission -du général Wedel que, lorsque celui-ci s'est présenté au Ministère des -Affaires étrangères pour prendre connaissance des dernières -correspondances diplomatiques, le Ministre les lui a refusées, disant -qu'il ne les lui communiquerait que sur un ordre signé du Roi. Le Roi dit -aux uns, qu'il ne fera jamais la guerre aux alliés, aux autres, que -jamais il ne la fera à la Russie. - - -_Sagan, 12 février 1855._--Que dire de l'étrange discours de l'amiral -Napier, qui jette son _verdict_ contre la marine anglaise? Voilà donc -l'Angleterre déflorée de tous ses prestiges. Quel _fiasco_! Ce n'est pas -parlementairement qu'elle brille, pas plus que maritimement, ni -militairement; car il est impossible de plus laver son linge sale en -public qu'on ne l'a fait en plein Parlement[151]. Tout cela profite à -Louis-Napoléon, et je ne vois ici que _lui_ qui ait tiré avantage des -déconfitures des autres. J'en ai du chagrin pour l'Angleterre, j'y ai -passé de trop belles années pour qu'il me soit possible de rester -indifférente à ses échecs. Quelqu'un de très bien placé pour le savoir me -mande de l'Italie que le Roi de Sardaigne est dans une disposition -d'esprit fort abattue et troublée. Ayant demandé à sa mère de lui donner, -avant de mourir, sa bénédiction, la mourante la lui a refusée et n'a fini -par la lui accorder que sous condition expresse qu'il ne sanctionnerait -pas la vente des biens du clergé, et la jeune Reine aussi, après avoir -reçu les derniers sacrements, a conjuré le Roi de ne pas charger sa -conscience d'un tel péché. On croit donc que le Roi ne sanctionnera pas -cette loi spoliatrice; mais d'autre part, les Ministres et la majorité -des deux Chambres veulent forcer le consentement royal[152]. - - [151] Au retour de la campagne peu fructueuse de la Baltique, - l'amiral Napier, le cœur gonflé d'amertumes, ne respectant ni - autorité, ni discipline, ni convenance, ni lui-même, avait, après - un dîner du Lord-Maire, prononcé un discours extraordinaire dans - lequel il attaquait le Gouvernement et sir James Graham, - président de l'Amirauté. Il le déclara indigne de présider, - puisque sir James Graham s'était joint aux hommes qui l'avaient - blâmé de n'avoir pas enlevé Cronstadt et de s'être opposé à son - attaque. Il avait fallu rabattre des illusions qu'on se faisait - si légèrement au commencement des hostilités du Nord et de - l'Orient; les Anglais rendirent leurs chefs responsables des - difficultés, le langage de sir Charles Napier et la conduite de - lord John Russell abandonnant ses collègues à l'heure du danger - et travaillant ouvertement, par ses intrigues, à supplanter - l'administration dont il avait fait partie, rendirent plus - complète l'anarchie qui régnait dans les régions les plus élevées - du pouvoir. - - [152] Ce fait n'a pas été prouvé et fut même démenti. On en parla - beaucoup à Turin, à cette époque, et il est certain que le Roi - Victor-Emmanuel ne signa qu'avec une grande répugnance les lois - dont il est ici question. La mort avait frappé, en un mois, la - Reine mère, la Reine régnante et le Duc de Gênes, frère du Roi. - - -On m'écrit de Paris que c'est décidément le duc de Broglie qui succédera -à Sainte-Aulaire à l'Académie française, et un homme de lettres à M. -Ancelot. Reste le fauteuil de Baour-Lormian[153] qui, je l'espère encore, -arrivera à M. de Falloux, quoi qu'on dise que M. Thiers est vif contre -lui; son propos à ce sujet est de dire: «_Jamais je ne donnerai ma voix à -l'Immaculée Conception._» - - [153] Ce fut, en effet, en 1855 que le duc de Broglie prit - possession du fauteuil laissé vacant par la mort de - Sainte-Aulaire à l'Académie française. M. Ernest Legouvé remplaça - M. Ancelot. M. Ponsard succéda, dans la même année, à M. - Baour-Lormian. - - -_Sagan, 14 février 1855._--Voilà encore le Duc de Gênes mort. Quels -avertissements pour le Roi de Sardaigne! N'y verra-t-il pas le doigt de -Dieu? - - -_Berlin, 20 février 1855._--On m'assure qu'il est arrivé ici, il y a deux -jours, un projet de convention signé entre le général de Wedel et M. -Drouyn de L'Huys qui serait très acceptable pour la Prusse, mais qui, -naturellement, doit d'abord obtenir la sanction du Roi. Je n'ai pu -savoir, jusqu'à présent, si elle avait été donnée ou bien si on n'aura -pas cherché à allonger la courroie, au moins jusqu'au passage de lord -John Russell, qu'on attend d'ici à quelques jours[154]. - - [154] Le général de Wedel avait été chargé de négocier à Paris un - projet de traité _séparé_, pour conclure entre la Prusse et la - France, sur la base que la Prusse serait disposée à signer, le - protocole du 28 décembre, afin de prendre sa place dans la - Conférence de Vienne. Mais ces négociations n'aboutirent pas, la - Prusse cherchant toujours à conserver sa liberté d'action. - -Quelqu'un disait quand on admirait devant lui l'Empereur Napoléon III: -«_Gare aux coups de tête_.» Et, en effet, en voilà un nouveau qui se -prépare et qui, s'il s'exécute, ne le cédera en rien à celui de -Strasbourg et de Boulogne. Il est parfaitement sûr qu'il veut partir à la -fin de ce mois pour la Crimée, y faire à coups d'hommes assaut à -Sébastopol, prendre la ville et être revenu à Paris au bout de six -semaines pour l'ouverture de l'Exposition. Cette fantaisie a extrêmement -effrayé à Paris. On tâche d'en détourner l'Empereur, mais c'est fort -difficile. Le général Niel lui a mandé qu'il y avait eu plusieurs fautes -de faites dans le plan du siège, fautes réparables, et que la ville, -difficile à prendre, n'était pas cependant impossible à escalader à coups -d'hommes. - - -_Berlin, 2 mars 1855, 4 heures après midi._--Le télégraphe apporte une -immense nouvelle qui a frappé ici comme un coup de foudre la Famille -Royale. Le retentissement en sera non moins immense d'un bout de l'Europe -à l'autre[155]. La présence à Berlin de lord John Russell au moment où on -y reçoit la nouvelle de la mort de l'Empereur Nicolas ajoute encore aux -embarras de M. de Manteuffel, car le Roi ne reçoit plus personne et il -part ce soir pour Charlottenbourg. Les dernières paroles de l'Empereur -Nicolas à l'Impératrice ont été pour faire demander au Roi de Prusse de -rester le même envers la Russie, et de se souvenir des dernières paroles -du Roi son père. On m'assure qu'après avoir appris ce détail, le Roi est -allé en chercher l'écho au tombeau de Charlottenbourg. On ne croit pas -qu'il dépende du nouvel Empereur de se montrer plus facile pour les -conditions de la paix. On pense plutôt, que pour se maintenir en -possession de ce trône sanglant, il faudra qu'il se montre presque aussi -_russomane_ que l'est son frère Constantin. - - [155] L'Empereur Nicolas avait cru au prompt triomphe de ses - armes; les défaites qu'elles essuyèrent successivement en Crimée - lui portèrent un coup terrible qui abrégea ses jours. Déjà - souffrant en janvier, il commença à ressentir les atteintes de la - grippe; malgré les défenses des médecins, il voulut, un jour, - inspecter les troupes qui partaient pour la Crimée; le mal - s'aggrava et fit des progrès si rapides qu'il fut emporté - subitement le 2 mars. Cette nouvelle inattendue fut comme un coup - de foudre pour l'Europe, particulièrement pour Berlin. - - -_Berlin, 3 mars 1855._--La mort de l'Empereur Nicolas, si peu prévue, -ayant éclaté dans les vingt-quatre heures que lord John Russell a passées -ici, rien n'a pu s'éclaircir entre lui et le Cabinet prussien. A Vienne -aussi, tout va être suspendu, et probablement, il en sera de même du -voyage de l'Empereur des Français en Crimée. Mon impression du moment est -que cette mort ne facilite pas la paix. L'Impératrice veuve a montré un -grand courage, une grande force morale; mais on n'en croit pas moins -qu'elle ne puisse survivre, au delà de quelques mois, à son époux. - - -_Berlin, 6 mars 1855._--Il est arrivé ici une dépêche télégraphique de -l'Impératrice veuve de Russie, demandant au Roi que, s'il envoyait un -Prince de sa maison à Saint-Pétersbourg, ce fût le Prince Charles de -préférence. Celui-ci était déjà parti quand la dépêche est arrivée. Je -crois qu'on a caché ce fait disgracieux au Prince de Prusse, qui en -aurait été d'autant plus peiné que son bon cœur est tout entier à la -douleur de sa sœur. Quelqu'un de bien informé m'a assuré que la nouvelle -Impératrice est aussi anti-prussienne que son époux est anti-autrichien. -On suppose qu'il sera fort tiraillé entre sa femme et sa mère, chacune -exerçant un grand empire sur lui. Le télégraphe ne cesse de porter et de -reporter les plus tendres assurances entre l'oncle et le neveu. La -politique sentimentale joue ici le premier rôle, ce qui fait que la part -de la mission relative à Berlin, dont lord John Russell était chargé, ne -pouvait se placer à un moment plus inopportun; aussi est-il parti très -mécontent. Le général de Wedel a repris la route de Paris, mais je doute -que ce soit avec des instructions plus larges. On paraît convaincu, à -côte de moi, que la paix ressortira nécessairement et même promptement en -regard de ce qui vient de se passer à Saint-Pétersbourg. Le nouvel -Empereur _n'oserait_ pas faire une concession, quelle qu'elle fût, en -outre de celles accordées par son père; sans cela, il irait de sa -couronne ou du genre de sa mort. Ce qu'on espère, c'est que les Cours -alliées, croyant avoir moins à redouter du fils que du père, exigeront -moins de l'héritier que de son prédécesseur; mais qu'il faut que les -concessions viennent de Paris et de Londres, qu'elles ne peuvent venir de -Saint-Pétersbourg, à moins que la guerre, en continuant, ne finisse par -amener de grands échecs russes. - - -_Berlin, 8 mars 1855._--Hier, le général Wedel était encore ici. On -annonce son départ pour ce soir; cependant, il y a un certain parti qui -tente l'impossible pour entraver ce départ, ce qui fait qu'on ne pourra -le tenir pour certain que lorsqu'il sera effectué. Il paraît que le -général a exigé des instructions moins vagues que les premières. Les lui -donnera-t-on? - -Le prince Gortschakoff de Vienne a reçu la confirmation des instructions -de l'Empereur défunt. Le premier espoir pacifique, qui avait fait monter -les fonds publics partout, fait place à un peu de baisse aussi partout. -Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas fait un pas vers la paix, mais -cela prouve que ce pas est petit, très petit. - -J'ai enfin lu les discours académiques de MM. Berryer et Salvandy; et, si -j'ai trouvé le second d'un tiers trop long, le premier m'a semblé, au -rebours de ce que j'attendais, plus déclamatoire que le second. Je le -trouve un peu trop lardé de mythologie: la Colchide, Iphigénie, -Mithridate sont entassés plus que de raison quand on les concentre sur le -spirituel mais très peu poétique Alexis de Saint-Priest. - -Berryer m'a fait dire que la phrase sur M. de Talleyrand, dont il -espérait que je serais contente, lui avait été inspirée par le désir de -m'offrir un hommage[156]. - - [156] Le 25 février 1855, M. Berryer prenait place à l'Académie - française. Il y était reçu par M. de Salvandy et remplaçait - Alexis de Saint-Priest dont il avait à faire l'éloge. En parlant - des relations de M. de Saint-Priest, M. Berryer avait dit entre - autres: «De bonne heure, il fut admis dans les entretiens - familiers où M. de Talleyrand se jouait et profitait avec éclat - et finesse de ses avantages, étant d'assez grande naissance et - revêtu d'assez hautes dignités, pour ne parler ou se taire, - n'interroger ou ne répondre qu'à son moment, toujours assuré de - la victoire, comme un capitaine pouvant toujours, à son gré, - choisir le terrain du combat.» - -On m'assure d'autre part, que grâce à la présence du grand monde, la -séance a été quelque chose qu'on ne peut se figurer, que cependant le -succès de Mgr Dupanloup n'a pas été dépassé. Il paraîtrait que la -personne de Berryer a eu une plus grande ovation que son discours. Sauf -deux ou trois allusions, ce discours n'aurait pas excité les mêmes -transports que celui de l'Évêque. - -Mais les transports qui s'adressaient à la personne de Berryer ont été si -enthousiastes et si universels que l'amour-propre le plus exalté en -aurait été comblé. Les salves qui ont accueilli l'entrée de l'orateur ont -été comme un feu de mitraille. Le passage sur M. de Talleyrand a été -aussi fort senti et très goûté. M. de Salvandy a été, à son tour, traité -très favorablement par l'assemblée. Le premier soir, la reproduction des -discours avait été interdite, à cause de quelques intentions très -marquées et de quelques-uns des applaudissements décernés à Berryer. On a -dit que la princesse Mathilde, qui était présente, en avait été blessée. -Quoi qu'il en soit, dès le lendemain, l'autorisation de publier était -accordée. Restait la présentation traditionnelle au Chef du gouvernement. -Suivant l'usage, Salvandy avait écrit, le soir même de la séance -académique, au grand Chambellan. Le lendemain, M. Villemain, le -secrétaire perpétuel, reçoit une lettre de M. Berryer qui lui en -communique une qu'il avait adressée à un M. Mocquart, secrétaire des -commandements de l'Empereur, en le priant de faire valoir _ses -impossibilités_, et d'obtenir la dispense du devoir commun, en raison du -service qu'il rendit à Louis-Napoléon, il y a quinze ans. Depuis, M. -Mocquart a répondu que l'Empereur est trop haut placé pour tenir à ce que -l'usage constant soit suivi ou non; que si M. Berryer était venu, il -aurait été reçu, non comme l'adversaire d'aujourd'hui, mais comme le -défenseur d'il y a quinze ans; qu'à ce dernier titre, il était libre de -faire ce qu'il voudrait. Je ne trouve pas trop _fier_ de contracter une -obligation pour ne pas faire une révérence, et de demander à -Louis-Napoléon les moyens de rester en bons termes avec les extrêmes de -son parti à lui, Berryer. Cet incident va ajouter aux difficultés de M. -de Falloux, déjà fort menaçantes, puisque Cousin lui donne l'exclusion, -et Cousin est le maître de l'Académie; lui seul y a une volonté, des -passions, un parti-pris, enfin ce qui rend le maître. Il a voulu Odilon -Barrot à l'Académie des Sciences, soi-disant, morales et politiques. MM. -Guizot, de Broglie, Duchâtel le lui ont donné! Il a voulu M. de Broglie à -l'Académie française pour évincer M. de Falloux, en dépit des engagements -les plus solennels, et tout le monde y a consenti. Cette mode académique, -l'agitation qu'elle cause, la liberté de langage qu'elle inspire m'ont -fait souvenir plus d'une fois déjà de ce mot de Fontanes au premier -Napoléon: «Ah! Sire, laissez-moi, du moins, la république des lettres.» - -Je suis presque honteuse de m'être laissée entraîner sur le terrain -littéraire, lorsqu'on n'est préoccupé que de la scène guerrière, -politique, diplomatique et de cette _fortune providentielle_ qui semble -s'épuiser en faveur de l'hôte des Tuileries; car enfin, le voici pour le -moment sans autre compétiteur en Europe pour le goût des aventures. - -L'embaumement du corps de l'Empereur Nicolas a mal réussi, son visage -s'est trouvé si atrocement défiguré, qu'au lieu de l'exposer à découvert -sur le lit de parade, comme c'est l'usage, il a fallu le renfermer tout -de suite dans son cercueil. On peut imaginer les commentaires, les -suppositions sinistres qui en résultent. - - -_Berlin, 10 mars 1855._--Lady Westmorland me mande de Vienne en date du -7: «Depuis hier, je puis vous dire que mon âme commence à s'ouvrir aux -espérances de paix; car le prince Gortschakoff a reçu, par télégraphe, -l'ordre d'agir selon les instructions de l'Empereur défunt, avec -l'annonce que le nouvel Empereur n'y apporte aucun changement. On va donc -immédiatement commencer les conférences. Aujourd'hui, les -plénipotentiaires d'Autriche, de France et de Grande-Bretagne se sont -réunis, et mon mari est revenu très satisfait de l'accord qui a régné -entre eux. Vous savez que l'humeur de mon mari est très conciliante et -pacifique. Je suis contente aussi de lord John Russell; je l'ai trouvé -infiniment plus modéré et plus désireux de faire la paix que je n'osais -l'espérer. Mais tout est imprévu et inattendu par le temps qui court. Le -jeune Empereur d'Autriche a été très affecté de la catastrophe de -Saint-Pétersbourg, les larmes lui sillonnaient le visage, mais l'heureux -accouchement de l'Impératrice est venu les essuyer. Il ne l'a pas quittée -pendant tout le travail et s'est montré le meilleur des maris. Le baptême -a eu lieu splendidement et en grand gala. L'Empereur, avant la -cérémonie[157], avait donné audience à lord John Russel, audience dont -mon compatriote a été ravi. La Reine Victoria a été gracieuse; elle a -télégraphié à mon mari, dès qu'elle a appris l'accouchement, pour -exprimer son intérêt et ses félicitations, et ordonner qu'on lui fît -savoir par le télégraphe des nouvelles de la mère et de l'enfant. Lord -John Russell prend hautement la défense de lord Raglan, qu'on a tant -calomnié[158].» - - [157] Le 5 mars 1855, l'Impératrice d'Autriche accoucha de son - premier enfant. A l'occasion de sa naissance, l'Empereur accorda - une amnistie qui fut publiée simultanément dans toutes les - provinces de l'Empire. Cette jeune Archiduchesse mourut à l'âge - de deux ans. - - [158] Les difficultés inattendues que les troupes expéditionnaires - rencontrèrent en Crimée et les épreuves qu'elles eurent à subir - avaient, en Angleterre, dépopularisé lord Raglan en le rendant - responsable de ce que Sébastopol était entouré de murailles et de - ce qu'il y avait de la neige en Crimée. Comme sir Charles Napier, - lord Raglan était fort attaqué par l'opinion publique. - - -_Berlin, 17 mars 1855._--C'est M. de Morny qui s'est chargé d'annoncer, -avec des précautions et des ménagements infinis, à Mme de Lieven, la mort -de l'Empereur Nicolas. Elle n'a pas été autrement émue, et sa réponse a -été simplement: «Ah! alors me voilà sûre de rester tranquillement ici.» - - -_Berlin, 22 mars 1855._--Les espérances de paix paraissent se développer. -Dieu veuille leur donner accroissement et belle venue! Il paraît que -l'Empereur Napoléon n'irait pas en Orient si, d'ici à huit jours, les -conférences de Vienne avaient fait un pas _sérieux_ vers la paix; mais -que si les choses traînaient en longueur, il partirait en laissant -l'Impératrice régente; car les Muphtis s'opposent à l'arrivée d'une belle -dame avec son entourage d'amazones jeunes et jolies, que Winterhalter -peint, en ce moment, comme pendant au _Décaméron_[159]. Tout cela est -drôle! - - [159] Winterhalter, qui avait peint en 1837 le fameux tableau: - _le Décaméron_, fut choisi pour reproduire, dans le même genre - d'attitudes, l'Impératrice Eugénie entourée des dames de sa Cour. - Ce tableau, qui prit place à l'Exposition de 1855 à Paris, - fournit une ample matière aux critiques les plus mordantes. - - -_Berlin, 24 mars 1855._--Je reçois des félicitations sur le passage qui -me concerne dans le nouvel ouvrage de M. Villemain: _Souvenirs -contemporains_[160]. Je crois qu'on a mal interprété le passage sur les -_Mémoires_; il ne peut pas s'agir des miens, par la bonne raison que je -n'ai écrit que les quelques pages sur mon enfance, que vous -possédez[161]. - - [160] Ce livre, qui formait la seconde partie des _Souvenirs - historiques et littéraires_ de M. Villemain, piqua encore plus - vivement l'opinion publique que la première. Dans le chapitre - consacré au Congrès de Vienne, se trouvait un portrait aussi fin - que spirituel de l'auteur de cette _Chronique_. - - [161] Extrait de lettre à M. de Bacourt. - -M. Villemain ne peut donc parler que des Mémoires de M. Talleyrand, dont -il a entendu lire quelques morceaux par mon oncle. Mais il semble -insinuer que, soit dans les Mémoires, soit dans la correspondance de M. -de Talleyrand, j'ai été _plus_ qu'un simple secrétaire sous la dictée, et -j'en suis fâchée. Je n'ai pas eu la moindre part à la rédaction des -Mémoires, excepté dans deux passages fort courts sur le _Pape_ et sur les -_Polonais_. Et pour ce qui est de la correspondance, si j'ai été au delà -du simple metteur d'adresses, je n'ai jamais eu le mauvais goût de m'en -vanter, et je suis _sincèrement_ peinée, chaque fois que par -bienveillance pour moi ou par dénigrement de mon oncle, on cherche à me -grandir à ses dépens. Après tout, je suis fort sensible à ce que M. -Villemain, voulant à toute force _exhumer une ensevelie_, l'ait fait -d'une façon si favorable. - -M. de Forbin-Janson a fait, une fois dans sa vie, un tableau qui, dans le -temps, exposé au Salon du Louvre, a fait sensation. Il représentait en -couleurs brillantes le couronnement d'Inès de Castro après sa mort, le -Roi forçant ses courtisans à baiser la main de la morte qu'ils avaient -persécutée de son vivant. M. Villemain a fait de même; il a couronné une -morte. - -Humboldt, qui est venu me voir hier en sortant du dîner royal de -Charlottenbourg, m'a conté que le masque moulé sur l'Empereur Nicolas, -après sa mort, était arrivé et avait remué tous les cœurs et tous les -nerfs. - - -_Sagan, 7 avril 1855._--Depuis que je suis de retour, j'ai pu avancer -dans la lecture de M. Villemain, qui me paraît être bien plus un cadre à -ses impressions actuelles qu'un recueil exact des impressions -quotidiennes de l'époque qu'il décrit. Ce ne sont pas des mémoires, et -si ce sont des souvenirs, ils se ressentent trop du présent pour rendre -exactement le passé. Mais par le style et les noms propres, ce livre se -lira beaucoup et piquera la curiosité des personnes qui se rappelleront -des gens et des choses d'alors. Ils n'y trouveront probablement pas ce -qu'ils y cherchent; mais ils auront tenu en main des pages brillantes et -agréables comme passe-temps. C'est un concert harmonieux de mots, même -d'idées; mais ce n'est pas l'œuvre d'un peintre d'histoire. On aura beau -faire, notre époque ne produira plus de cardinal de Retz, ni même de Mme -de Motteville. C'est qu'à présent il y a des écrivains et des femmes -auteurs; mais la spontanéité, la naïveté, l'abandon, les choses prises -sur le fait, le premier jet sans étude, sans travail, le plaisir de se -souvenir pour son propre divertissement n'existent plus. - - -_Sagan, 12 avril 1855._--Lady Westmorland me mande, en date du 9, que les -espérances de paix pâlissent, mais qu'on attend encore la réponse à un -courrier expédié à Saint-Pétersbourg pour rompre la Conférence ou en -continuer les stériles efforts. - - -_Sagan, 20 avril 1855._--Voici l'extrait d'une lettre de lady -Westmorland, du 18 avril, de Vienne: «Depuis hier, mes espérances -renaissent un peu: la réponse de Saint-Pétersbourg est plus conciliante -qu'on ne l'espérait. Je crois qu'on pourra s'entendre, mais la nouvelle -du bombardement de Sébastopol commencé le 9, dont nous n'avons aucun -détail, nous tient dans une grande anxiété[162]. Je crains que lord John -Russell ne retourne promptement à Londres; on le veut absolument à son -poste de ministre des Colonies, et je crois qu'on a besoin de lui à la -Chambre des Communes. Cela laissera une rude besogne sur les épaules de -mon mari; mais, si nous avons l'espoir d'une bonne réussite, cela nous -soutiendra. - - [162] Les alliés avaient ouvert le 9 avril le feu de toutes leurs - batteries contre Sébastopol et une brèche y avait été pratiquée - dans la journée du 10. - -«M. Drouyn de L'Huys paraissait hier tourner vers la paix. Le petit -Bourqueney est hors de lui; toujours dans les extrêmes: monté aux nues -aujourd'hui, abattu tout de son long demain. - -«Les gazettes anglaises ne trouvent pas assez de termes pour déifier -l'Empereur Napoléon et l'Impératrice Eugénie. Une de celles qui encensent -le plus le couple impérial a, je le sais, offert ses louanges à -l'Empereur François-Joseph et au Gouvernement autrichien, moyennant une -certaine somme. Mais le comte Buol a repoussé cette offre avec un juste -dédain. Quand on songe que ce sont ces misérables gazetiers à qui on -permet de gouverner l'Angleterre et qui en effet la gouvernent!» - - -_Sagan, 3 mai 1855._--Depuis les nouvelles du 14 avril, je n'ai rien reçu -de mon fils Alexandre qui est devant Sébastopol; cela devient ancien, et -je redoute tout autant, pour lui, les affreuses maladies qui règnent -maintenant en Crimée que les boulets des assiégés; ce sont ces maladies -pestilentielles qui sont la vraie raison pour laquelle l'Empereur -Napoléon a renoncé à son voyage en Orient. Le coup de pistolet, s'il -l'eût atteint, aurait jeté le monde dans un désordre affreux; car les -éléments révolutionnaires auraient vite _partout_ repris le dessus[163]. -Je crois qu'il faut que _l'homme taciturne_ gouverne encore plusieurs -années, avant que l'équilibre européen puisse s'en passer. - - [163] Le 28 avril, l'Empereur Napoléon III montait à cheval les - Champs-Élysées, lorsqu'un Italien, nommé Pianori, lui tira un - coup de pistolet sans l'atteindre. Arrêté, il déclara qu'il avait - voulu venger la République romaine. Il fut condamné à mort et - exécuté le 14 mai suivant. - -On m'écrit de Vienne que les Conférences se sont rompues sur ce que les -Russes n'ont pas voulu céder la plus minime partie de leurs prétentions, -ce qui a mis l'Empereur d'Autriche dans un grand embarras, vu qu'il -s'était montré garant de l'extrême modération dont les plénipotentiaires -russes l'avaient assuré être les organes[164]. Le jeune Empereur, qui est -sincère et honnête, a été outré de ce manque de bonne foi qui n'était -calculé que pour gagner du temps et arrêter la marche des armées -autrichiennes. - - [164] Le 23 avril, dans la séance de la Chambre des Communes, - lord Palmerston déclarait que les Conférences étaient ajournées - indéfiniment, la Russie ayant refusé de réduire sa flotte et de - considérer le Pont-Euxin comme mer neutre. - -On dit que pendant le voyage des Majestés françaises à Londres, la Reine -Victoria a été la seule qui ait conservé aisance et dignité; que les -autres grands personnages des deux pays se montraient embarrassés, gênés, -plus ou moins gauches. L'Impératrice Eugénie a paru maladive et fatiguée. -Les cadeaux français ont été des plus magnifiques. Si le voyage -en Orient paraît abandonné, celui de Vienne ne paraît pas -invraisemblable[165]. On dit que le langage des orléanistes a été le seul -inconvenant, et ce me semble, bien absurde, après l'attentat contre -Louis-Napoléon; car l'impression générale était que, si l'attentat eût -réussi, la République aurait prévalu. Aussi les républicains sont-ils -désolés, car un attentat manqué est ce qui pouvait leur arriver de pis. - - [165] Dans le but de l'empêcher d'aller en Crimée, les Cabinets - anglais et français avaient persuadé à l'Empereur Napoléon III de - venir rendre visite à la Reine d'Angleterre. Il y alla, en effet, - passer une semaine, au mois d'avril 1855, accompagné de - l'Impératrice Eugénie. - -Mme Mollien m'écrit que la Reine Marie-Amélie est étonnamment bien de -santé, mais que la princesse de Joinville est en plein état de phtisie. - -Un des motifs qui ont décidé l'Empereur Napoléon à renoncer au voyage -d'Orient a été le refus de son cousin de l'y suivre. - - - Interruption de la correspondance jusqu'au 14 juin, les deux - correspondants s'étant retrouvés à Sagan. - - -_Carlsbad, 14 juin 1855._--Je voudrais bien que la Prusse et l'Autriche -parvinssent à s'entendre _cordialement_, et que, formant ensemble une -solide barrière, elles obligeassent l'Est et l'Ouest de l'Europe à -désarmer. Mais la méfiance est encore bien profonde. - -Si je disais que je me plais ici, je mentirais grandement; j'y suis bien -logée, mais sans verdure; j'y connais assez de monde pour en être -ennuyée. On dit qu'il ne faut pas lire, pas écrire, peu dormir, guère -manger, ne pas s'agiter, ne songer à rien, végéter le plus honnêtement -possible: c'est la plus sotte vie, et cependant on sent qu'il faut obéir, -car il est de fait qu'on n'est capable de rien. Je suis en plein -traitement, c'est-à-dire très éprouvée; il y a toujours pour moi un grain -de Crimée dans chaque verre de _Sprudel_[166], et cela ne le rend pas -plus facile à digérer. - - [166] La plus célèbre des sources à Carlsbad. - - -_Carlsbad, 24 juin 1855._--Je n'ai pas précisément à me plaindre de mes -eaux; mais je sens qu'il me faudrait du soleil en plus et la Crimée en -moins. Voilà une affaire qui semble avoir été affreuse, le 18 de ce mois, -sur les remparts de Malakoff[167]. Mon fils avait pris part à l'action -très brillante du 8, au Mamelon Vert. Il s'en est bien tiré; mais comment -se sera-t-il tiré de celle du 18, qui a été si désastreuse? - - [167] Dans la matinée du 18 juin 1855, les Français avaient - attaqué Malakoff et les Anglais le grand Redan. Cet assaut fut - rejeté sur tous les points avec des pertes immenses pour les deux - armées alliées, qui y perdirent chacune plusieurs généraux et un - grand nombre d'officiers supérieurs. - -On dit que, du côté des alliés, neuf mille hommes ont péri, que les -généraux ne s'entendent pas entre eux, que le choléra fait rage, que -l'Empereur Napoléon, saisi par les mauvaises nouvelles, est malade, que -la rente baisse, que les récoltes se perdent et que nous touchons à la -fin du monde. J'ai le cœur fort triste, fort serré, et plus de larmes -dans les yeux que de sourires sur les lèvres. - -Le 5 juillet, je partirai pour Téplitz; j'y trouverai, à ce que l'on dit, -les légitimistes français en foule. M. de Montalembert est en Angleterre; -il y voit souvent les habitants de Claremont, où on le soigne et où on le -caresse beaucoup. - - -_Carlsbad, 6 juillet 1855._--La mort de lord Raglan m'a été au cœur. -Puisqu'il devait finir dans cette affreuse Crimée, il aurait mieux valu -être tué sur la brèche que de mourir du choléra. Quelle fin, pleine -d'amertume, d'une belle et noble carrière, si brillamment commencée, si -honorablement continuée, terminée par tant d'outrages et d'injustices. A -Londres, nous l'appelions _la Perle_[168]. J'ai une lettre de lady -Westmorland, désespérée sur cette perte; c'est son fils, lord Burgersh, -qui est chargé d'escorter les restes de son oncle en Angleterre. - - [168] Lord Raglan avait soutenu avec dignité le poids du - commandement, mais le dénuement de ses soldats et les attaques de - la presse anglaise contre un état de choses, auquel il ne pouvait - remédier, l'affectèrent vivement. Atteint du choléra, il n'y - résista pas et mourut à son quartier général. - -Le discours de l'Empereur Napoléon, à l'ouverture des Chambres, est ici -depuis hier; il y fait sensation. Il semble ridicule aux Russes, -impertinent aux Autrichiens, déplacé aux Prussiens, impudent aux Anglais, -et effrayant aux Français. Personne n'en est satisfait, et chacun d'en -tirer des horoscopes plus ou moins charmants. On veut y voir de nouveaux -symptômes de guerre générale, de révolutions, de bouleversements, de fin -du monde. Sans aller jusque-là, il est certain que l'Europe a bien -mauvais visage et qu'elle est entre les mains de médecins empiriques peu -rassurants[169]. - - [169] L'Empereur Napoléon III avait convoqué les Chambres en - session extraordinaire, afin de faire un nouvel appel à leur - patriotisme, en leur demandant les moyens de continuer la lutte. - - -_Carlsbad, 11 juillet 1855._--En Angleterre, on blâmera la police d'avoir -fait son devoir à Hyde-Park en réprimant l'émeute; partout on ne songe -qu'à désarmer l'autorité et à décourager ceux qui la représentent[170]. -Quelles singulières explications que celles de lord John Russell! Quelle -étrange façon de dire: «_Comme diplomate à Vienne, j'étais pour la paix; -comme ministre à Londres, je suis pour la guerre._» Cela s'appelle être -un homme d'État, ce n'est autre chose qu'un homme de désordre. Ce petit -fauteur de la réforme vivra assez pour voir s'achever la révolution. - - [170] A propos de l'observation du dimanche et du bill dit _du - Commerce_ de lord Growenor, une démonstration populaire avait eu - lieu à Hyde-Park. La police dut arrêter la circulation des - voitures et sévir contre les personnes qui avaient voulu - intervenir. - -_Poor dear old England_[171]! - - [171] De l'anglais: pauvre chère vieille Angleterre. - -_Teplitz, 16 juillet 1855._--Je ne m'amuse pas ici, mais je trouve l'air -excellent. Ce joli pays est plus accessible qu'à Carlsbad; j'y demeure à -l'écart des indifférents; tout cela me convient assez, car, à défaut de -ce qui plaît, il faut du moins tâcher d'avoir ce qui est commode. - -J'ai fait ma cour au Comte et à la Comtesse de Chambord qui partent -après-demain; ils me traitent avec les mêmes bontés qu'à Venise, et mes -impressions sur eux restent les mêmes. On espère la Reine Marie-Amélie -avec tous ses fils à Frohsdorff au mois de septembre; elle y trouvera un -neveu fort tendrement respectueux[172]. - - [172] La Reine Marie-Amélie voulant aller passer une partie de - l'hiver en Italie, on avait parlé d'une visite à Frohsdorff, mais - la Reine se borna à un séjour à Savone, sans donner suite à ce - premier projet. - - -_Teplitz, 18 juillet 1855._--La Saint-Henri a été fêtée ici par un dîner -champêtre donné par Mme la Comtesse de Chambord; on n'y avait convié que -les Français. Hier, ils m'ont fait l'honneur de venir me dire adieu dans -la matinée; ils partent ce matin, et toute la colonie française se -disperse. Je trouve plus de fermeté et de sérieux dans la conversation du -Comte de Chambord qu'il y a deux ans, et la même dignité gracieuse dans -la Princesse. Elle m'a comblée, et le mari m'a dit au bout de mon -escalier, en se retournant encore une fois: «_Ma femme vous aime -beaucoup._» J'avoue que cela m'a fait plaisir. - - -_Brienne-le-Château, 5 août 1855._--Je suis arrivée ici hier dans la -matinée; je suis accueillie, on ne peut mieux, par la princesse Laurence -de Bauffremont, à laquelle ma visite paraît faire plaisir. Le château est -noble, parfaitement meublé et arrange; il domine trente lieues de pays, -mais d'un pays plat, plus convenable pour livrer une bataille que pour -charmer l'œil. Il n'y a guère de fleurs, pas même précisément de jardin; -mais des allées droites en charmilles, et des quinconces, à l'ancienne -mode française, se perdent dans des bois mal percés. Le tout est très -noble, très éventé, assez sec et sans charme extérieur. L'intérieur est -excellent et magnifique. - - -_Paris, 10 août 1855._--Les efforts gigantesques, qui surgissent à tous -les coins de Paris, pour exciter à des jouissances de tous genres, me -semblent indiquer un déplorable état social; je ne saurais dire l'effroi -qui s'empare de moi à voir cette population remuante, fiévreuse, -promenant sans cesse et sans relâche sa curiosité et ses passions d'une -arène à une autre. Il est évident que le précipice bordé d'or et de -fleurs est au bout, et qu'il ne tardera pas à engloutir, dans un abîme de -feu, de sang et de boue, ceux qui chantent, dansent et se grisent à -l'entrée du cratère. Ce qui se raconte des spéculations financières -auxquelles hommes et femmes, jeunesse et vieillesse participent; ce qui -se dit tout haut des mœurs, des allures, de la rupture des liens de -famille et de la morale de la génération toute prête à étrangler la -nôtre, fait frémir. J'ai une grande terreur de tout ce qui me passe sous -les yeux, et je serai bien aise de me trouver, pendant quatre jours, sous -les verrous du Sacré-Cœur d'Orléans, où je ne verrai que d'innocentes -jeunes filles et où je n'entendrai que des hymnes pieuses. - -On dit décidément que l'Impératrice Eugénie est grosse. J'ai reçu le -maréchal de Castellane qui, quoi qu'on ait dit, retourne demain à -Lyon[173]. - - [173] Le bruit s'était répandu que, sur la demande du prince - Napoléon, l'Empereur retirerait son commandement au maréchal de - Castellane. - - -_Orléans, 16 août 1855._--Je suis ici depuis le 18, et je repars demain -pour Rochecotte, après avoir vu deux fois Mgr Dupanloup à la Chapelle -Saint-Mesmin[174] et une fois au Sacré-Cœur, où toutes les dames, à -commencer par Mme d'Avenas, me gâtent à l'envi l'une de l'autre. - - [174] Maison de campagne des évêques d'Orléans que Mgr Fayet - avait eu la bonne fortune d'acquérir pour le diocèse. Elle avait - appartenu, au commencement de ce siècle, à la célèbre comédienne - Mlle de Raucourt. Mgr Dupanloup en faisait sa résidence d'été, à - proximité de laquelle se trouvait son petit séminaire, objet de - ses soins particuliers. - - -_Rochecotte, 25 août 1855._--Je ne sais aucune nouvelle, si ce n'est qu'à -Paris on trouve la Reine Victoria peu jolie et que, s'il y a curiosité, -il n'y a pas d'applaudissements[175]. Au grand Opéra _in fiochi_, le -prince Albert a bien obéi à la consigne conjugale, car, assis entre -l'Impératrice Eugénie, qui était admirablement belle, et la princesse -Mathilde, qui a de forts appas, il n'a guère parlé ni à l'une, ni à -l'autre. - - [175] Quelques jours avant la prise de Sébastopol, l'Empereur - Napoléon III eut le grand triomphe de recevoir à Paris la Reine - Victoria, accompagnée du prince Albert. Sur les conseils du - Gouvernement anglais, desireux de resserrer l'alliance entre les - deux peuples, la Reine vint à Paris pour y visiter l'Exposition - universelle. - - -_Paris, 7 octobre 1855._--Me voici dans la grande Babylone depuis -trente-six heures et parfaitement ahurie. J'ai des lettres d'Alexandre -du 25 septembre: il dit que l'assaut a coûté dix mille cinq cents morts -pour les Français seulement[176]. Paris n'est pas bien sain en ce moment; -les maladies y abondent; il y a une autre maladie, celle de la -dégringolade des fonds publics, qui paraît grave; une autre s'appelle la -cherté des subsistances; une troisième, le mouvement vif des sociétés -secrètes; une quatrième, les coquetteries du gouvernement pour les -rouges. Quant à la paix, il paraît qu'elle est encore très éloignée, et -qu'à force de succès, chèrement payés, les triomphes valent des défaites. - - [176] Le 8 septembre 1855, à midi, les Français avaient emporté - d'assaut la tour de Malakoff regardée comme la clef de Sébastopol - et, un peu plus tard, le Grand Redan. Les Russes, voyant la - solide occupation de ces deux points principaux, se déterminèrent - à évacuer la place, après avoir ruiné et fait sauter par la mine, - les défenses, les édifices et avoir coulé leurs derniers - vaisseaux. - - -_Le Bourg d'Iré (chez le comte de Falloux), 29 octobre 1855._--On ne -saurait être plus mal servi par le temps que je le suis. J'ai eu froid à -Rochecotte; ici, c'est la Sibérie. Le château est beau, noble, vaste, -d'un goût excellent, mais d'un froid! De petites cheminées pour chauffer -de grandes pièces sans tapis, ni doubles croisées. Il faut avoir dépassé -Lyon pour oser autant compter sur le soleil qui, en ce moment, a de -rigoureux caprices. J'aurais voulu voir la ferme et tout le détail de ce -bel établissement, où le goût des arts tempère l'activité de -l'agriculture, où une belle bibliothèque repose de la race bovine, et où -le gentilhomme chrétien a pu être, sans contrastes affligeants, ministre -du Président et serviteur fidèle de l'Exilé. Il n'y a, en dehors du -châtelain et de son aimable femme, personne ici que M. Albert de -Rességuier avec ses enfants et une gouvernante. J'oubliais la pauvre -petite Loyde de Falloux; cette malheureuse enfant, âgée de treize ans, a -toutes les disgrâces naturelles extérieures, beaucoup de l'intelligence -de son père; mais elle a l'air timide et amer, ce qui se conçoit à -merveille, mais ce qui est _unheimlich_[177] au possible. - - [177] Ce mot allemand, intraduisible en français, veut dire: - quelque chose de désagréable. - -L'état des yeux de M. de Falloux étant très fâcheux, on craint les -lampes, les bougies; aussi tout est-il enveloppé d'abats-jour verts, dans -ces grandes pièces boisées en chêne, tendues d'étoffes foncées, ornées de -grands tableaux d'excellents maîtres; mais le tout est lugubre! - -Ce que j'ai pu apercevoir de la contrée ne l'est pas; avec du soleil, le -pays doit être charmant; d'Angers ici, il m'a singulièrement fait -souvenir de _dear England_, de notre vieille Angleterre! - - -_Orléans, 1er novembre 1855._--J'ai visité le vieux château d'Angers, -bâti en ardoises et en tuffeau d'une force extraordinaire, d'une sombre -tristesse, jusqu'à ce que, du haut des tours décapitées, on découvre la -Mayenne et le Loir se jetant dans la Loire et courant avec elle dans la -mer. Le grand Condé disait que le château d'Angers était le plus fort de -France. Il renferme maintenant les émeutiers du mois dernier[178]. - - [178] Dans la nuit du 26 au 27 août 1855, cinq à six cents - ouvriers des ardoisières de Maine-et-Loire s'étaient emparés - d'une caserne de gendarmerie et avaient essayé de surprendre la - ville d'Angers; ils furent dispersés par la force armée et pour - la plupart faits prisonniers. Ils appartenaient à la société - secrète dite de la Marianne. - - -_Paris, 5 novembre 1855._--J'ai été hier chez la duchesse d'Istrie, j'y -ai revu mon appartement[179]. Que de souvenirs! Et je rencontre dans ce -même hôtel de la rue Saint-Florentin, qui? Thiers! devenu gros, gras, -toujours brillant de conversation, parlant industrie, exposition, le tout -très spirituellement, nullement embarrassé de me rencontrer, et en quel -lieu! venant à moi avec la main tendue pour le _shake-hand_, prenant la -mienne, la saisissant _à tout rompre_. Tout s'est passé simplement de ma -part, car il aurait été de mauvais goût d'embarrasser le salon où tout -cela se passait. - - [179] La duchesse d'Istrie habitait le premier étage de l'ancien - hôtel Talleyrand, alors en possession du baron de Rothschild, qui - en avait fait l'acquisition après la mort du prince de - Talleyrand. - - -_Lyon, 16 novembre 1855._--Lyon est affreusement froid, et je suis bien -mal dans le très mauvais hôtel de l'Europe. Il gelait à glace hier matin -quand j'ai quitté Paris. Un gros brouillard a triomphé des pâles effets -du soleil; je n'ai pas même pu jouir du joli pays qui, surtout en -Bourgogne, m'a semblé border la route. Je ne pense pas trouver un -changement de température avant Avignon, et encore gare le mistral! - - -_Nice, 22 novembre 1855._--J'ai eu très froid jusqu'à Valence et une -pluie diluvienne de Marseille à Cannes, où le temps est devenu fort -agréable et la contrée charmante. J'entends dire que Nice est encombrée -de beau monde, à peine de Russes, quelques Allemands, pas mal de -Français, innombrablement d'Anglais, plusieurs Italiens, les Sclopis -entre autres. - - -_Nice, 26 novembre 1855._--Il a fait hier une journée admirable, et vite, -je me suis promenée sur la montagne dans le jardin de la grande Villa -Gastaud, habitée il y a trois ans par le général Pepe, occupée maintenant -par lady Shelley, un peu _blue stocking_[180], un peu protectrice des -arts, etc., polie et obligeante. Dès mon arrivée, elle m'a lancé une -invitation pour les concerts qu'elle donne tous les jeudis matin. Je ne -sais ce que vaudra sa musique, mais sa maison est charmante et son jardin -ravissant; l'air le plus pur, la mer la plus bleue, le ciel le plus -resplendissant et une végétation des plus parfumées; des magnolias en -pleine terre et des violettes à en faire litière. - - [180] De l'anglais: bas bleu. - - -_Nice, 5 décembre 1855._--La mort de M. Molé laisse un vide dans les -rangs déjà si clairsemés des gens de bon goût et de grandes manières. Il -était de ceux qui m'avaient vue entrer dans le monde; je n'en connais -plus guère de cette date. - -Le duc de Noailles m'écrit qu'on s'arrangera pour que ce soit à M. Molé, -et non à M. Lacretelle, que M. de Falloux succède à l'Académie, parce -qu'il y aura plus d'harmonie et de sympathie entre un tel successeur et -un tel prédécesseur. - - - - -1856 - - -_Nice, 12 janvier 1856._--Pendant plusieurs jours les communications ont -été coupées, par mer par la tempête, par terre par le gonflement des -torrents et la rupture des ponts. Les voilà enfin rétablies, les vagues -se calment, les torrents se sèchent aussi vite qu'ils se précipitent; le -soleil fait justice de tous ces excès, et les lettres attendues arrivent -pour rendre les distances moins pénibles. - - -_Nice, 17 janvier 1856._--On m'écrit de Paris: «La partie va devenir -redoutable contre la Russie. On ne peut nier que la coalition est en -train de se former contre elle. L'Autriche est fort engagée actuellement -pour ne pas prendre les armes au moment donné. La Suède et le Danemark -s'engagent peu à peu à leur tour. La Prusse même sera obligée de s'y -joindre; elle jouerait trop gros jeu à ne pas le faire; et si plusieurs -des puissances continentales prennent part à la guerre, il leur faudra -des avantages, et si elles en ont, il en faudra à la France aussi; il -pourrait être commode de charger la Prusse d'en faire les frais.» - -Une autre lettre me dit: «On n'a pas encore perdu tout espoir de paix, la -Russie va entrer en négociation, l'Angleterre fera tout au monde pour y -mettre obstacle, mais l'Empereur Napoléon, qui la désire, mettra de la -fermeté à l'obtenir. On ne croit pas à la sincérité de la Prusse; aussi, -on va bloquer ses ports, et l'Angleterre offre de laisser la France -prendre la Belgique et les provinces rhénanes, si la France lui laisse -brûler Cronstadt et les flottes russes. L'Autriche va être obligée de -marcher avec l'Occident, sans quoi on entre en Italie et on soulève ses -provinces.» - - -_Nice, 24 février 1856._--Le morceau de M. Cousin sur Mme -d'Hautefort[181] est un _diamant_. La péroraison me plaît moins -cependant, car je trouve qu'il y a un certain manque de goût et de -simplicité à entretenir le public _des voies de Dieu en soi_; et ces -voies ont beau avoir été ouvertes par les belles converties ou -convertisseuses du dix-septième siècle, il n'en est que plus étrange de -se produire ainsi, sous les plis de leur robe de bure ou de velours, à -ses lecteurs, qui se moqueront bien plus de la vanité qui fait choisir un -pareil cadre, qu'ils ne seront édifiés de la profession de foi de -l'auteur. Ce n'est pas que je comprenne fort bien, qu'ayant recherche -cette haute société chrétienne et y ayant vécu intimement par tant de -curieuses recherches, on ne finisse par subir sa bonne et grande -influence. On a raison de la mettre en lumière, de l'honorer dans ses -écrits et de montrer par là qu'on s'est imbu de son esprit et de ses -croyances: cela déjà est utile; mais lorsqu'on veut occuper le public, -non seulement de ses écrits, mais encore de sa conscience, il faut alors -lui donner, outre de belles paroles, de grands exemples. J'attends donc -M. Cousin se couvrant, à Port-Royal-des-Champs, de la poussière des -tombeaux; se construisant, des derniers débris de cette illustre -thébaïde, une cellule sur la place même d'où M. Singlin dirigeait Mme de -Longueville, et s'y donnant la discipline du silence. - - [181] Dans cet ouvrage, M. Cousin essaie de peindre, dans toute - sa vérité, la lutte mémorable que le cardinal Mazarin eut à - soutenir, en 1643, au début de la Régence, contre _les - Importants_, les devanciers des Frondeurs. Parmi ses nombreux et - puissants adversaires, figurent deux femmes qui avaient déjà tenu - tête à Richelieu. C'étaient Mme de Chevreuse et Mme d'Hautefort - qui, dit M. Cousin, «est à peu près assurée de plaire par le pur - éclat de sa beauté, la vivacité généreuse de son esprit, la - délicatesse et la fierté de son cœur et son irréprochable - vertu.» - - -_Nice, 28 février 1856._--On dit que nous marchons vers la paix, mais que -la conclusion, quoique infaillible, sera longue à atteindre. Je crois au -travail souterrain et venimeux de lord Palmerston, et le tout me paraît -plutôt un armistice, plus ou moins prolongé, qu'une paix équilibrant -l'Europe. J'espère, du moins, que la Prusse prendra dans toutes les -négociations une part active et honorable[182]. - - [182] Le 21 février 1856 s'était ouvert à Paris, sous la - présidence du comte Walewski, un Congrès des grandes Puissances - qui avaient pris part à la guerre de Crimée, pour arrêter les - bases d'un traité. L'Autriche, quoique non belligérante, étant - directement intéressée dans la lutte, dont la rive gauche du - Danube était l'enjeu, y prit une large part par son représentant - le comte Buol, dont l'attitude raide et cassante fut souvent une - cause d'irritation parmi les négociateurs, froissés d'entendre - l'Autriche parler comme si elle avait pris _Sébastopol_; mais ce - ne fut que quand les principales clauses du traité furent - arrêtées le 18 mars par les Puissances, qu'elles admirent la - Prusse à la continuation des débats qui allaient s'engager sur la - convention des Détroits, la Prusse ayant été partie contractante - en 1841 dans l'acte relatif à la fermeture des Dardanelles et du - Bosphore. La paix fut signée le 30 mars, amenant la - neutralisation de la mer Noire et empêchant l'absorption de - l'Empire Ottoman par la Russie. Tout paraissait donc fini, mais - l'Empereur Napoléon et le comte de Cavour en avaient décidé - autrement. Le 27 mars, les plénipotentiaires sardes avaient - présenté aux Ministres des Affaires étrangères de France et - d'Angleterre une note relative aux affaires d'Italie. M. - Walewski, par ordre de son maître, proposa aux plénipotentiaires - d'ajourner leur départ pour un échange d'idées sur différents - sujets qui demandaient une solution. Les discussions restèrent - sans conclusion alors, mais grâce à la connivence des - Gouvernements de France et d'Angleterre, qui soutinrent vivement - le comte de Cavour, la situation des affaires italiennes n'en fut - pas moins traduite à la barre de l'Europe. - - -_Nice, 16 mars 1856._--L'autre jour, Thiers, en parlant de l'Empereur -Napoléon, a dit: «_Je n'aime pas le cuisinier, mais je trouve sa cuisine -excellente._» Ce propos a été rapporté à l'Empereur qui a répliqué: -«_Dites à M. Thiers que je ne le prendrai pas pour mon marmiton, car il -gâterait mes sauces._» - - -_Nice, 21 mars 1856._--Chacun paraît stupéfait et paralysé par les -tragédies de Berlin. Je ne savais que ce qu'en disent les journaux qui -savent et disent, en général, fort mal. Je suis lugubrement impressionnée -de ces scènes sanglantes qui, se mêlant aux aigreurs parlementaires et -aux intrigues de la camarilla, indiquent un état de choses -inquiétant[183]. Que trouverai-je à mon retour? Rien de bon, je le -crains. M. de Manteuffel arrivant à Paris à la onzième heure ne donne pas -grand éclat au rôle politique de son souverain. Tout est fort triste, -assez humiliant. - - [183] M. de Rochow, membre de la Chambre des Seigneurs de Prusse, - avait tué en duel M. Hinckeldey, directeur général de la police à - Berlin. Le Roi, ayant eu connaissance de ce projet de duel, avait - chargé M. Raümer, conseiller du Ministère de sa maison, de voir - les adversaires et de les réconcilier. N'ayant pas réussi dans sa - mission, celui-ci se suicida en apprenant la fatale issue de ce - duel. A la séance de la Chambre des Seigneurs, le Président, - prince de Hohenlohe, ayant simplement exprimé le regret que M. de - Rochow se trouvait empêché de s'y rendre, le point d'honneur - l'ayant forcé d'enfreindre les lois du pays, sans parler de la - mort de M. Hinckeldey, un grand mécontentement s'en était suivi - en ville. - - -_Nice, 31 mars 1856._--Je quitte Nice demain. On me comble ici de toutes -parts des plus aimables attentions; il ne tiendrait qu'à moi de me croire -adorable et regrettée; j'en rabats beaucoup, mais enfin, ce sont d'assez -doux échos; sans s'y fier entièrement, on aime le son. Et cependant, je -suis fort triste, je ne saurais trop dire pourquoi, mais je ne puis -exprimer de quel poids moral je me sens oppressée, car ma santé est -redevenue assez bonne; mais c'est l'âme, ce sont les nerfs, l'esprit, le -cœur; c'est là ce qui est en désarroi. - - -_Turin, 8 avril 1856._--J'ai fait route jusqu'ici sans accident; mais, en -dépit d'un beau soleil qui éclaire cette belle ville, je sens que je vais -vers le Nord, et ce n'est pas une sensation agréable à la peau. - -J'ai été choyée et fêtée à Gênes par les Balbi, Pallavicini et Durazzo; -et je le suis ici par les Viry, Malabria, Cortanze, Perrone, Villamarina -et un Corps diplomatique fort empressé. J'ai vu à Nervi, près de Gênes, -la Reine Marie-Amélie, très émue de la visite imprévue et spontanée du -Comte de Chambord, qu'elle n'avait pas revu depuis sa petite -enfance[184]. Ce qui eût été un événement, il y a quelques années, n'est -plus pour le moment qu'une douceur de famille; mais cette douceur en est -une grande pour une personne qui est évidemment bien près d'aller -retrouver ceux qui, sans doute, ont célébré là-haut une paix éternelle. -La Reine est guérie; mais il n'en est pas moins évident qu'elle n'offre -plus de résistance et que le moindre souffle emportera cette transparente -enveloppe d'une âme toujours également ferme et douce. Elle m'a nommé -tous ses enfants et petits-enfants, mais elle n'a pas même indiqué Mme la -Duchesse d'Orléans. Je l'ai trouvée entourée du Duc et de la Duchesse de -Nemours, de la Princesse Clémentine et de son mari. - - [184] La visite du Comte de Chambord à sa tante la Reine - Marie-Amélie avait eu lieu à Nervi les tout premiers jours - d'avril. - - -_Milan, 12 avril 1856._--J'ai oublié de mander de Turin que j'avais fait -une visite à la Duchesse de Gênes; elle a été des plus gracieuses et m'a -chargée de beaucoup de choses pour Dresde et pour Potsdam; elle m'a fait -voir ses deux gentils enfants[185], afin d'en rendre compte à leurs -grands-parents d'Allemagne; elle est la nièce favorite de la Reine de -Prusse. - - [185] La Princesse Marguerite, l'aînée de ces deux enfants, est - Reine d'Italie. - -On m'a donné à Turin les discours prononcés par le duc de Broglie et M. -Nisard à la réception du premier à l'Académie française. Je ne sais si je -dois m'en prendre à des fautes d'impression et de ponctuation; mais j'ai -trouvé dans le style du Duc des obscurités étranges, des tours de -phrases malsonnantes, et parfois des locutions du langage le plus -familier. Je ne parlerai pas de l'extrême âpreté de quelques passages peu -appropriés à un discours, dont le but principal était de louer l'homme du -monde le plus étranger à toute violence[186], chez lequel même l'aménité -et l'urbanité étaient poussées jusqu'à l'extrême. A la vérité, il -importait moins à M. de Broglie de louer Sainte-Aulaire que de paraître -_rétrospectivement_ une fois encore sur la scène politique. En un mot, il -y a quelque chose de tendu dans ce discours qui lui ôte de la grâce, du -naturel, de la simplicité; il est tout pétri de l'âcreté des doctrinaires -et il a toute leur disgrâce. M. Nisard, qui veut plaire à tout le monde, -pourrait bien ne satisfaire personne. - - [186] M. de Sainte-Aulaire. - -Il y a trois ans, les pluies de novembre m'empêchèrent d'aller voir la -Chartreuse de Pavie. Hier, le ciel étant serein, j'ai mieux rempli mon -désir de touriste et je m'en applaudis, car c'est bien beau et bien -curieux. Le goût le plus élevé, les arts divers dans leur plus belle -expression, la richesse dans sa magnificence s'y donnent la main, pour -produire l'_achevé_. Malgré l'extrême richesse de l'édifice, rendu sous -le dernier empereur d'Autriche aux Chartreux, ils n'y ont plus trouvé ni -ornements d'églises, ni vases sacrés; pillés aux différentes phases -révolutionnaires, tous les biens ruraux ont été également vendus. Il ne -leur reste qu'une petite rente fort exiguë, et les aumônes et charités -des fidèles, ce qui les expose à mourir de faim au milieu des millions -et des millions enfouis dans ce temple merveilleux. - - -_Vienne, 22 avril 1856._--Ma route de Vérone ici s'est faite sans -accident. Le passage du Semmering est surprenant de hardiesse et de -beauté, le temps était clair, mais froid[187]. La végétation est arriérée -de beaucoup, même sur celle de Vérone, et si le soleil brille, il ne -chauffe guère. - - [187] En 1854, l'Empereur François-Joseph avait inauguré une - ligne de chemin de fer qui reliait directement la ville de Vienne - à la mer Adriatique. Une Compagnie, dont M. Nathaniel de - Rothschild était un des principaux actionnaires, avait, à l'aide - de seize mille ouvriers, construit cette voie ferrée qui, tout en - serpentant la chaîne du Semmering, la traverse à plus de trois - mille pieds au-dessus du niveau de la mer. - - -_Vienne, 26 avril 1856._--J'ai eu l'honneur d'être invitée à une petite -soirée chez Mme l'Archiduchesse Sophie, où j'ai été présentée à la jeune -Impératrice: aucun de ses portraits ne lui rend justice; elle est -parfaitement jolie de visage, de taille, de jeunesse. - -M. de Buol est revenu _content_ de la paix de Paris, le comte Orloff s'en -retournera _enchanté_: telle est, je crois, la vraie nuance. - -Personne n'est plus à la mode ici que l'Empereur Napoléon: on l'admire, -on le redoute, on le considère. Il est plus puissant dans l'opinion que -ne l'était son oncle, parce qu'on n'était soumis à celui-ci que par la -peur qu'il faisait, et qu'on se confie en son neveu par la peur qu'on a -des autres. Il semble à tous un bonheur, une égide. Le prince de -Metternich en parle ainsi, et les plus grandes dames en disent autant. - -Le Prince-Évêque de Breslau est ici, fort triste de l'état catholique en -Prusse. Il dit que le métier de catholique n'y est plus possible, et je -tremble de lui voir donner sa démission, ce qui me serait un chagrin -personnel. - - -_Vienne, 2 mai 1856._--J'ai eu, hier, une audience de congé chez -l'Archiduchesse Sophie qui m'a dit que son second fils, l'Archiduc -Maximilien, prince aimable et instruit, aimant la littérature et les -arts, allait partir pour Paris, afin d'y voir _l'homme le plus -remarquable du siècle_[188]. Je crois qu'il est chargé de compliments sur -la naissance et en même temps d'assister au baptême[189]. Le comte de -Mensdorff doit l'accompagner; on dit que le choix est excellent. - - [188] L'Archiduc fut reçu à Paris avec tous les honneurs civils - et militaires. Son voyage était sans but politique, quoique le - bruit courut que ce Prince venait négocier une entrevue à Munich - entre l'Empereur, son auguste frère, et l'Empereur Napoléon. - - [189] Pendant que le Congrès était réuni à Paris, l'Impératrice - Eugénie donna le jour à un fils qui naquit aux Tuileries, le 16 - mars 1856. D'abord ondoyé, le Prince Impérial ne fut baptisé que - le 15 juin suivant, très solennellement à Notre-Dame. Le Pape Pie - IX, qui était son parrain, se fit représenter par le cardinal - Patrizi, et la Reine de Suède, sa marraine, par la - Grande-Duchesse Stéphanie de Bade. - -J'ai dîné hier chez Louise Schœnbourg avec le comte Buol, qui m'a dit -que le... Roi... de Wurtemberg allait se rendre... à Paris... De Berlin, -quelque Prince ne va-t-il pas suivre la même direction que l'Archiduc? Ce -sera une course au clocher. - - -_Berlin, 12 mai 1856._--Me voici arrivée ici, après m'être arrêtée à -Dresde. J'y ai vu deux fois la charmante Princesse Royale, heureuse et -gracieuse, son époux très aimable; il ne leur manque que d'avoir des -enfants, mais cela manque _beaucoup_. Je me suis complu dans la nouvelle -galerie de Dresde, qui fait bien mieux jouir _des perles_ qui s'y -trouvent qu'on ne pouvait le faire précédemment. - - -_Sagan, 17 mai 1856._--J'ai quitté Berlin avant-hier. J'avais dîné la -veille à Charlottenbourg, où je m'étais rencontrée avec le prince -Windisch-Graetz, qui a été reçu avec beaucoup d'honneur à Berlin[190]. La -Reine a été fort gracieuse. Le Roi a placé mon buste dans son cabinet de -travail en pendant de celui de Humboldt. - - [190] Le prince Windisch-Graetz se trouvait alors à Berlin pour - assister à des manœuvres militaires. Il n'avait aucune mission - politique. - -On est plus russe que jamais à Berlin, on y exècre l'Autriche, on n'y -aime pas la France, on y adore la Reine Victoria; mais on se défie de son -Cabinet. Manteuffel a eu toutes les peines du monde à obtenir l'Aigle -noir pour l'Empereur Napoléon. Hatzfeldt demande à grands cris -l'apparition d'un prince prussien à Paris; jusqu'à présent, je n'en -entends pas nommer. On espère à Berlin la visite de l'Empereur de Russie. -Les médecins insistent pour que le Roi aille à Marienbad; il est visible -qu'il en a grand besoin, car il est très maigri, vieilli et abattu. -Humboldt s'affaiblit visiblement. - - -_Sagan, 28 mai 1856._--Le voyage du Prince-Régent de Bade[191] à Paris -augmentera la liste princière qui se presse autour de l'Empereur -Napoléon. Il y en a une bien étendue aussi en ce moment à Potsdam: on -déloge toutes les dames d'honneur, on éparpille la Cour dans tous les -temples, kiosques et berceaux des jardins, vie idyllique, fort peu -commode pour les devoirs de la Cour. L'Empereur Alexandre, le Prince et -la Princesse Royale de Wurtemberg arrivent demain. L'Impératrice veuve de -Russie a atteint Potsdam, _vivante_; voilà le miracle qui en promet -d'autres, par exemple: d'atteindre Wildbad, d'être à Moscou au -couronnement de son fils, et à Palerme pour le 1er novembre. Tels sont -ses projets. - - [191] Le Prince Louis de Bade incapable de régner, par suite - d'une maladie mentale des plus graves, son frère cadet, le Prince - Frédéric-Guillaume, succéda en 1852 à leur père, le Grand-Duc - Charles-Léopold. Il prit d'abord le titre de Régent, et ce ne fut - qu'en 1856 qu'il s'attribua le titre de Grand-Duc, par une - patente spéciale. - -Une correspondante de Mme la Duchesse d'Orléans me disait, il y a peu de -jours, que la Duchesse est triomphante. Il y a, en effet, de quoi! Si son -fils, au 24 août[192] prochain, chante la _Parisienne_, soldat du drapeau -tricolore, il aura une belle position! Il pourra demander du service dans -les zouaves de la Garde impériale. Que tout cela est pitoyable! Se -désunir sur des mots, sur des titres, sur des nuances, quand on est -encore si loin du but! Il semblerait qu'on n'a qu'à faire ses malles pour -s'installer, les uns au pavillon de Marsan, les autres au pavillon de -Flore. Jamais on ne s'est plus appliqué à jouer le jeu de ses -adversaires et à faire prendre racine à la dynastie napoléonienne. Je me -souviendrai toujours, avec une _triste_ satisfaction, que mon dernier mot -adressé à la Duchesse d'Orléans, le jour où je la vis à Eisenach, en -1849, a été: «_Tout ce que je désire, Madame, c'est que vous ne fassiez -pas d'un Président un Empereur._» Elle a probablement oublié cet adieu, -mais je m'en souviens pour déplorer d'avoir prédit si juste. Elle aura -fait bien du mal à son fils. - - [192] Le 24 août était le jour de naissance du Comte de Paris - qui, en 1856, atteignait l'âge de dix-huit ans, par conséquent, - la majorité pour les rois de France. - - -_Téplitz, 20 août 1856._--Le bruit répété que M. de Morny refuse, tout le -long de sa route, d'épouser des princesses, tantôt en Saxe, tantôt en -Mecklembourg, et aussi de Hohenzollern, est sans doute une mauvaise -plaisanterie que font courir ses ennemis. Il me semble qu'il est assez -ridicule avec son faste et ses fracas; on prétendait qu'il avait beaucoup -de goût et de mesure. Eh bien, pas du tout[193]! Esterhazy a commencé dès -Pétersbourg à donner des fêtes et à éblouir les Moscovites par un luxe -non moins asiatique que le leur. - - [193] Le duc de Morny se rendait à Moscou comme Ambassadeur - extraordinaire, pour représenter la France au couronnement de - l'Empereur Alexandre II. Il déploya un luxe qui paraissait d'un - goût douteux à côté de celui du prince Esterhazy et de lord - Granville, le premier représentant l'Autriche, le second - l'Angleterre. - -Le maréchal Pélissier, ou pour mieux dire, le duc de Malakoff succombe -sous le poids des ovations et des honneurs[194]. Le maréchal Canrobert -pourrait en avoir un peu de jalousie, s'il ne possédait pas, à ce que -l'on dit, cette vanité naïve dont la trame est impénétrable. - - [194] Après la signature de la paix et l'évacuation de la Crimée, - le maréchal Pélissier revint en France au mois d'août 1856. Il - fut reçu avec les plus grands honneurs et un accueil enthousiaste - de la part de la population. En débarquant à Marseille, le - Maréchal trouva une lettre de l'Empereur qui lui conférait le - titre de duc de Malakoff; en outre, le Corps législatif lui vota - une dotation annuelle de cent mille francs, transmissible à sa - descendance directe de mâle en mâle. - -Il y a un peu de Pourceaugnac dans les hommes de ce temps-ci, y compris -la berline dans laquelle le Comte de Paris, M. Thiers, le Duc de Chartres -et Montguyon roulent ensemble à Hambourg et ses environs. M. Thiers est -dans le _fond_ à côté du Comte de Paris, et M. de Montguyon avec le Duc -de Chartres sur le devant[195]. - - [195] Mme la Duchesse d'Orléans était pour un mois à Hambourg où - elle avait appelé plusieurs de ses partisans. - - -_Téplitz, 21 août 1856._--Humboldt m'écrit merveille sur le mariage de ma -petite-fille Castellane avec le prince Antoine Radzivill; puis, il me dit -que la douloureuse, très gauche et un peu ridicule expédition du Prince -Adalbert de Prusse sur la côte du Maroc fait à Berlin un effet qui ne -saurait être comparé qu'à celui produit à Madrid par le désastre de la -_Grande Armada_, il y a quelques siècles[196]. - - [196] Le Prince Adalbert, grand-amiral de la flotte prussienne, à - bord de la frégate _Dantzig_, avait été attaqué sur la côte du - Maroc par les pirates du Riff. Le Prince avait reçu une balle - dans la cuisse durant le combat où il perdit sept hommes, son - lieutenant de vaisseau entre autres, et dix-sept blessés. Cette - mésaventure avait péniblement impressionné à Berlin où, par - dérision, on la compara au désastre de cette formidable flotte de - guerre, connue sous le nom de l'_invincible Armada_, équipée en - 1588 par le Roi Philippe II d'Espagne et destinée à envahir - l'Angleterre afin d'y rétablir le catholicisme. - - -_Sagan, 5 septembre 1856._--Voici une nouvelle épreuve. Mon excellent -beau-frère, frappé en quarante-huit heures de plusieurs attaques -d'apoplexie répétées qui lui ont nécessairement affaibli le corps et -l'âme jusqu'à lui ôter enfin toute connaissance, a rendu hier le dernier -soupir, à deux heures et demie de l'après-midi[197]. - - [197] Le comte Schulenbourg avait été frappé à table, pendant - qu'il dînait, le 3 septembre, d'une attaque d'apoplexie, dont il - mourut le lendemain. - - -_Berlin, 16 octobre 1856._--Le dédale d'affaires dans lequel je suis -enfoncée par suite de la mort de mon beau-frère m'a obligée à venir ici. -Des revenants de Moscou racontaient hier, à Sans-Souci, que les Granville -y ont donné les meilleurs dîners, que les équipages de M. de Morny y -primaient tous les autres; mais que c'était la fête donnée par le prince -Esterhazy qui l'avait emporté par l'élégance, l'éclat, le bon goût, _le -grand air_, sur toutes les autres fêtes, et qu'on y avait senti qu'on -était chez un grand seigneur. Le prince Esterhazy, lui-même, m'a écrit la -veille de son départ de Moscou qu'il était satisfait de son séjour, moins -encore sous les rapports mondains que par l'espérance d'avoir adouci une -partie de l'aigreur qui régnait entre les deux Cours. - - -_Sagan, 20 octobre 1856._--La Duchesse de Gênes s'est remariée à un jeune -officier qui était aide de camp de feu son mari; et cela à l'insu de tout -le monde. L'époux est fort peu intéressant, peu considérable et peu -considéré, pas beau, n'ayant que la cape et l'épée. On dit qu'on ôte à -la Duchesse la tutelle de ses enfants et qu'elle sera renvoyée en Saxe; -mais il n'y a de certain, je crois, que le fait du mariage[198]. - - [198] Devenue veuve le 10 février 1855 du Duc de Gênes, la - Duchesse avait épousé morganatiquement et secrètement, en octobre - 1856, un marquis de Rapollo qui avait été aide de camp de son - mari. - -Au mariage de la Princesse Louise de Prusse[199], il y a eu un grand -conflit de rang à la cérémonie et aux fêtes. Le Duc de Cobourg -prétendait, comme Prince régnant et Souverain, avoir le pas sur les -Altesses Royales puînées[200]. Le Roi de Prusse n'a pas accédé à cette -demande et le Duc régnant de Cobourg a dû passer après le Prince Auguste -de Wurtemberg, parce que celui-ci, neveu du Roi de Wurtemberg, a -l'Altesse Royale, tandis que le Duc de Cobourg n'a que l'Altesse Ducale, -excepté à la Cour d'Angleterre. Toute cette lutte a fort déplu; il y a eu -menace de protestation, de notes diplomatiques; puis on s'est soumis; -mais je suppose qu'on aura porté plainte à Londres. - - [199] La Princesse Louise de Prusse, fille de celui qui fut plus - tard l'Empereur Guillaume 1er, avait épousé, le 20 septembre - 1856, le Grand-Duc de Bade. - - [200] La question de l'Altesse Royale pour le Duc de - Cobourg-Gotha n'avait pas encore été acceptée ni réglée en - Prusse. - - -_Sagan, 25 novembre 1856._--On me mande de Dresde que le Roi de -Sardaigne, sur les instances du Roi de Saxe, a rendu à la Duchesse de -Gênes, sa fille, son titre, son nom, son rang, un petit apanage et une -villa pour habitation. Le petit Prince et la tutelle lui sont ôtés. - -Mes lettres de Paris disent que les Mémoires du maréchal Marmont y -excitent une indignation générale; il y dit un mal affreux de tout le -monde, femmes et hommes; et en particulier, il est atroce pour sa femme, -âgée de soixante-treize ans, dont il a dévoré une grande partie de la -fortune[201]. M. de Falloux ne sera reçu à l'Académie qu'au mois d'avril. -Mme de La Ferté, qui est à Venise, et les d'Ayen, qui sont en Sicile, ne -revenant qu'alors, veulent entendre, comme de raison, l'éloge de M. Molé. - - [201] Le maréchal Marmont avait épousé, en 1798, la fille du - banquier comte de Perrégaux qui devint sénateur, puis régent de - la Banque de France. Les _Mémoires_ du duc de Raguse ont un - cachet d'âpreté et d'amour-propre qui froissèrent bien des - personnes quand ils furent publiés en 1856. - -On dit que l'Impératrice veuve de Russie mène un train énorme à Nice et -qu'elle y dépense un million de francs par mois. - -Il y a eu des petits bals à Saint-Cloud. Au premier bal, l'Impératrice -Eugénie était mise très simplement; elle avait une robe de satin blanc, -sans garniture, avec un simple ourlet; le bruit se répandit aussitôt -qu'elle allait adopter une toilette simple pour diminuer le luxe ruineux -des femmes; les maris s'en réjouissaient fort; mais au bal suivant, les -falbalas, les dentelles, etc., ont reparu, et les maris de soupirer! - -Outre ces détails frivoles, on me mande ce qui suit: «La situation -politique est toujours tendue, le système des concessions a commencé: à -l'intérieur, par l'abandon du voyage de Fontainebleau, à l'extérieur par -mille complaisances pour l'Angleterre. La situation est encore très -forte; il suffirait de deux bonnes récoltes pour la remettre dans son -plus beau jour; mais le défilé que nous traversons offre des difficultés -qui ne deviendront pas des périls, quoi qu'en dise l'opposition, mais qui -obligent à tenir les yeux ouverts. La crise financière s'amende, dans -deux mois on croit qu'elle sera terminée.» - -Une autre lettre me dit ceci: «La princesse de Lieven s'est encore -fourvoyée dans ses tentatives d'alliance russe. Quelle intrigante! Si son -esprit est distingué dans la forme, il est bien peu clairvoyant dans le -fond. Elle a aidé à la chute de M. Guizot, elle a précipité M. de -Kisseleff, il y a trois ans, en lui faisant écrire que la guerre était -impossible; aujourd'hui, elle a compromis notre alliance anglaise par des -intrigues avec Fould et Morny.» - - -_Sagan, 2 décembre 1856._--J'apprends que l'Impératrice douairière de -Russie ne se plaît pas trop à Nice, et qu'elle se rendra en février à -Rome, avec tout ce qui voyage en fait de Grands-Ducs et de -Grandes-Duchesses moscovites. La Grande-Duchesse Hélène veut faire jouer -la comédie dans la villa qu'elle habite à Nice; mais les éléments -manquent. Beaucoup de personnes de la société niçoise s'abstiennent de -forcer la consigne impériale qui a blessé. Le Corps consulaire n'a pas -été reçu comme _tel_ et ne veut pas arriver sous un caractère privé. En -tout, on dit Nice, cette année, triste et ennuyeux à force de grandeurs. -L'Impératrice se plaint surtout... de quoi?... de la laideur de la -population, à commencer par celle du Roi de Sardaigne qu'elle trouve si -laid qu'elle dit ne pouvoir l'envisager! - -La Reine Marie-Amélie est ravie du mariage de sa petite-fille de -Belgique. Il est certain qu'on se marie mieux en s'appelant _Cobourg_ -qu'en s'appelant _Orléans_[202]. La Princesse Charlotte avait refusé le -Roi de Portugal, le Prince héréditaire de Toscane et le Prince Georges de -Saxe. Je lui sais gré d'avoir été sensible à l'élégante distinction du -jeune Archiduc qui, _malgré la lèvre de sa famille_, me rappelle le Duc -d'Orléans. Il est aimable, instruit, ayant le goût des arts et un tour -d'esprit poétique, animé, chevaleresque qui m'a toujours infiniment plu; -il a, d'ailleurs, le don de cette conversation facile, abondante, -diversifiée qui rend Madame sa mère si parfaitement agréable. - - [202] Le mariage de la Princesse Charlotte, fille du Roi des - Belges, avec l'Archiduc Maximilien d'Autriche venait d'être - décidé; mais il ne fut célébré que l'année suivante, le 27 - juillet 1857. - -Le discours royal d'ouverture des Chambres à Berlin annonce un surcroît -d'impôts qui provoquera de grands éclats aux Chambres, et de nouvelles -causes de malaise, de mécontentement dans le pays, s'il est adopté; on y -a déjà pas mal d'humeur[203]. - - [203] Le discours royal avait surtout un passage relatif aux - affaires de Neuchâtel, que le Roi se montrait disposé à traiter - comme une question de droit européen, et, sans les spécialiser, - Sa Majesté annonçait qu'une augmentation des recettes du budget - était indispensable pour pourvoir à plusieurs pressants besoins. - - -_Sagan, 16 décembre 1856._--Mon pauvre ami Salvandy va de mal en pis, -souffrant affreusement, objet de dégoût pour lui-même comme pour les -autres; il ne permet plus qu'on vienne à lui, il ne reçoit que l'évêque -d'Évreux, M. de Bonnechose, qui d'Évreux vient à Graveron pour le -consoler. Il paraît que tout se passe à la satisfaction réciproque entre -ces deux âmes. - -Il me revient que les affaires politiques, qui avaient un moment assombri -les Tuileries, s'améliorent; que le Congrès a été inventé pour cimenter -de nouveau l'alliance anglo-française[204]. - - [204] L'exécution du traité de Paris ayant soulevé quelques - difficultés de détail entre la Russie et les autres puissances - contractantes, la réunion d'une nouvelle conférence fut décidée - le 31 décembre. La première séance eut lieu à Paris au ministère - des Affaires étrangères pour arriver à mettre fin aux difficultés - qui entravaient l'exécution de l'article 20 du traité du 30 mars - précédent. Cet article comprenait la nouvelle délimitation de la - Bessarabie, la possession de la ville de Belgrade, l'évacuation - de Kars et de l'île des Serpents par les Russes. L'entente entre - les deux puissances fut faite le 8 janvier 1857. - -On croit que la France cédera sur Belgrade et les Principautés -danubiennes, en ayant l'air de suivre la majorité, et que l'Angleterre -cédera, sur la forme, en acceptant une nouvelle réunion du Congrès, que -d'abord elle ne voulait pas. La situation des personnes reste -excentrique. - -M. Walewski, brouillé avec lord Cowley et avec M. de Persigny, est tenu -éloigné des relations avec ces deux personnages, qui traitent directement -avec l'Empereur. On accuse Walewski d'avoir été trop russe. Les Russes -ont l'oreille basse pour le quart d'heure à Paris, se voyant abandonnés -par les uns et battus par les autres. - - -_Sagan, 22 décembre 1856._--M. de Salvandy est délivré de la fatigue de -vivre! Il a fini chrétiennement, ne le plaignons pas; réservons notre -pitié pour ceux qui portent le fardeau écrasant des peines journalières. -Quand on voit disparaître les êtres qui se trouvaient mêlés aux -souvenirs de notre existence, tout un monde de choses se réveille et se -dresse devant nous; c'est un anneau de la chaîne du passé qui se brise, -et combien d'anneaux sont déjà rompus de la mienne! En voyant nos -contemporains, les témoins de notre jeunesse disparaître, on se rappelle -telle circonstance, telle soirée, pleines d'émotions vives, où ils -étaient spectateurs; puis tout s'engloutit dans un tombeau ouvert avant -le nôtre. Avoir creusé le fond des choses humaines et rester de force lié -au monde est souvent une bien lourde épreuve! J'ai des jours d'épuisement -si profond, d'angoisse si vraie que le train monotone de la vie me trouve -sans force pour y faire face. La faculté de souffrir est inépuisable, -tandis que celle de jouir s'émousse de plus en plus. Quand le serrement -de cœur est arrivé à un certain point, il faut renoncer à le voir -s'épanouir jamais plus, et on s'étonne d'avoir encore des larmes ou des -soupirs pour autre chose! - - -_Sagan, 29 décembre 1856._--J'ai une lettre de Paris dans laquelle on me -parle d'une correspondance entre lord Palmerston et M. Walewski, au sujet -du violent langage du _Morning Post_ contre ce dernier. Lord Palmerston a -écrit à Walewski, dit-on, qu'il était surpris que celui-ci s'étonnât de -ce langage, qu'il paraissait avoir oublié que ce même journal était sous -son influence et sous son inspiration pendant son ambassade à Londres et -qu'alors M. Walewski l'avait employé à perdre M. Drouyn de L'Huys, ce à -quoi il avait réussi; que maintenant, ce même journal, inspiré par M. de -Persigny, suivait les mêmes traditions pour perdre M. Walewski et qu'il -n'y avait rien là qui puisse surprendre celui-ci. - -Le jeune lord Shrewsbury, récemment mort, a laissé, dans l'intérêt -catholique, la plus grande partie de sa fortune au second fils du Duc de -Norfolk actuel. The Earl Talbot, héritier du titre de Shrewsbury, soutenu -par tout le parti protestant, conteste ce testament: de là, procès qui -sera jugé au prochain Parlement[205]. - - [205] Lord Shrewsbury avait légué sa fortune au second fils du - duc de Norfolk, mais le comte Henry-Jean Chetwynd Talbot avait - hérité des titres et armes de lord Shrewsbury. Le duc de Norfolk - lui en ayant contesté le droit, la Chambre des lords fut saisie - du procès le 30 juillet 1858; sur un rapport du lord Chancelier, - les pairs d'Angleterre rendirent un jugement favorable au comte - Henry-Jean Chetwynd Talbot. - -Il y a eu dernièrement à Paris une soirée chez lady Holland, toute de -pièces de rapport. La maréchale Serrano y brillait de tout l'éclat d'une -charmante beauté, Mme Barrington de l'éclat de sa touchante pâleur; -Villemain y dissimulait sa laideur sous la vivacité de ses propos malins; -Guizot y haussait la tête plus que jamais; Thiers roulait son pétulant -embonpoint; Mme de Lottum, belle encore comme un beau soir, y parlait de -son départ pour Berlin; Mme Delmar, qui vend son bel hôtel, s'informait -si on pouvait décemment habiter rue de l'Université; la duchesse -d'Istrie, dans ses habits de deuil, semblait dire: _Je suis veuve_. Lord -Holland souriait à la beauté des femmes et lady Holland circulait dans sa -bonbonnière avec bonne grâce et belle humeur, au milieu de cinquante -crinolines. Voilà un petit tableau de genre que je mets sur le chevalet. - - - - -1857 - - -_Berlin, 9 janvier 1857._--L'assassinat de l'archevêque de Paris[206] m'a -fort émue par le fait en lui-même, comme par tout ce qui réveille en moi -le souvenir de son avant-dernier prédécesseur, qui n'a pas été tué d'un -seul coup, mais qui a succombé à une série de persécutions d'autant plus -pénibles pour lui qu'il sentait l'Église attaquée dans sa personne. - - [206] Le 4 janvier 1857, l'archevêque de Paris, Mgr Sibour, avait - été frappé d'un coup de poignard dans l'église de - Saint-Étienne-du-Mont, où il officiait, par un prêtre du diocèse - de Meaux, nommé Verger, récemment interdit et que Mgr Sibour - avait refusé de recevoir dans son clergé. Jugé et condamné à - mort, Verger fut exécuté le 30 janvier suivant. - -Je lis maintenant, après avoir achevé les lettres édifiantes, et toutes -admirables, de Mme de Maintenon, les Mémoires de l'abbé Ledieu sur -Bossuet. Décidément, je ne me sens à l'aise que dans la compagnie du -grand siècle[207]. - - [207] L'abbé Ledieu avait été, en 1684, attaché à la personne de - Bossuet en qualité de secrétaire. Quatre ans avant la mort de - l'évêque de Meaux, il se mit à écrire un journal, aussi curieux - qu'instructif, notant jour par jour, heure par heure, les faits - et gestes de son illustre maître. Ces Mémoires, qui renferment - des trésors de détails des plus intéressants, ne furent publiés - qu'en 1856 par l'abbé Guette, d'après le manuscrit autographe. - - -_Berlin, 15 janvier 1857._--On savait que M. de Morny courtisait une -jeune Américaine qu'il devait épouser; elle devait venir ici à sa -rencontre, et il la plante là pour épouser une Russe[208]. Mme Le Hon -n'est pas moins consternée que l'Américaine; une lettre formelle (qu'elle -montre) lui a signifié son arrêt. Cette lettre dit qu'en se mariant il -cédait au désir de l'Empereur et de la France! Puis il finit: «Ne me -répondez pas de lettre; seulement, par le télégraphe, le seul mot: -_J'approuve._» Les quolibets, épigrammes, bons mots pleuvent à Paris sur -les différents acteurs de cette étrange et vulgaire comédie. - - [208] En revenant du couronnement de Moscou, M. de Morny épousa à - Saint-Pétersbourg une princesse Troubetskoï, demoiselle d'honneur - de l'Impératrice, qui devint en secondes noces duchesse de Sesto. - - -_Berlin, 20 janvier 1857._--Louis-Napoléon est fort à la mode ici en ce -moment. On reconnaît bien ce qu'il y a d'humiliant à être son protégé, -mais on est bien aise de l'efficacité de cette protection; on s'en targue -à l'égard de l'Autriche, qu'on déteste, et de l'Angleterre, dont on est -mécontent. Quant aux aboyeurs imbéciles, ils vous disent tout simplement -qu'il a suffi de mobiliser l'armée pour faire céder les Suisses. Mais -maintenant que les Neuchâtelois sont mis en liberté, fera-t-on de -nouvelles conditions[209]? Ira-t-on, en ce sens, au delà de ce qu'on a -fait savoir _verbalement_ au grand protecteur. Il y a des personnes qui -le craignent, car un certain parti y pousse à force. D'un autre côté, -Hatzfeldt mande de Paris que si on ne tient pas implicitement ce qu'il a -eu la simplicité de rapporter, sans avoir rien d'écrit, le protecteur -pourrait bien s'en irriter grandement. Hübner et Cowley, dit-on, -_guettent ce joint_. Ainsi, on ne peut pas dire qu'on soit hors de la -crise; seulement, elle est dans une nouvelle phase moins guerrière, mais -non moins déplaisante. - - [209] A la suite d'une insurrection qui avait éclaté dans le - canton le 29 février 1848, Neuchâtel s'était rendu indépendant de - la Prusse en proclamant une constitution démocratique. Le Roi de - Prusse protesta et, au mois de septembre 1856, le parti - royaliste, ayant à sa tête le comte de Pourtalès, tenta un coup - de main pour rétablir la suzeraineté prussienne. Cette tentative - fut réprimée par les troupes du Conseil fédéral, qui firent - plusieurs prisonniers, et il fallut l'intervention de la France - pour obtenir leur élargissement _sans_ caution, après avoir fait - prendre au Roi de Prusse l'engagement de renoncer à son droit de - suzeraineté. Le traité du 26 février 1858 affirma définitivement - l'indépendance de Neuchâtel. - - -_Berlin, 30 janvier 1857._--La voilà donc morte cette femme dont le salon -sera regretté. Ici, on est curieux des détails de sa fin, mais on n'est -que _curieux_. Mme de Hatzfeldt, dont le mari est malade, a mandé -télégraphiquement, au ministre Manteuffel, la mort de Mme de Lieven, et -celui-ci l'a annoncé au Roi et à la Famille Royale; cela a paru _un peu -ridicule_. Malgré les dix ans que Mme de Lieven avait de plus que moi, je -la regardais comme une contemporaine; je l'ai tant pratiquée, son -souvenir se mêlait à des années qui ont été si riches et si remplies pour -moi que j'ai été émue de sa fin. Ce grand gouffre du passé se remplit si -vite qu'il n'y a presque plus place que pour moi; et même, je ne tarderai -guère à la prendre. - - -_Berlin, 1er février 1857._--On me mande de Paris que Mme de Lieven a -eu peu d'agonie, qu'elle a reçu la communion l'avant-veille de sa mort, -qu'elle connaissait et envisageait son état avec calme. On assure qu'elle -a écrit, la veille de sa mort, une lettre à M. Guizot pour lui être -remise après sa fin. M. Guizot l'avait quittée, ainsi que Paul de Lieven, -à dix heures du soir, pour revenir le lendemain matin; mais elle a expiré -à minuit et demi. Elle a laissé un testament par lequel elle demande à -être enterrée en Russie. Dès le lendemain de sa mort, M. Guizot était à -une séance à l'Académie, y lisant un morceau sur M. Biot. - - -_Berlin, 8 février 1857._--J'ai vu ici les Meyendorff accablés par la -mort de leur fils. Ils racontent que Mme de Lieven, après avoir imploré -les médecins de la tirer d'affaire, est devenue toute calme, résignée, -simple et courageuse, lorsqu'elle a vu que les secours humains étaient -inutiles. Elle a nommé le duc de Noailles et le duc de Montebello -exécuteurs testamentaires. Le premier m'a écrit qu'elle ne laissait pas -précisément des mémoires, mais beaucoup de morceaux détachés et force -correspondances. Elle a laissé huit mille livres de rente viagère à M. -Guizot, cent mille francs comptant à son neveu Benkendorff, vingt-cinq -mille francs à chacune des petites Ellice, un bijou et de l'argent à sa -demoiselle de compagnie. M. Guizot écrit des lettres sur du papier à -larges bords noirs, _papier de veuf_. Il y a des personnes qui croient au -mariage. Il a paru très affecté auprès du lit mortuaire, ce qui ne l'a -pas empêché d'aller le lendemain à une séance préparatoire de l'Académie; -c'est lui qui a écrit dans les _Débats_ l'article nécrologique. - -Les journaux anglais placés sous l'inspiration de lord Palmerston disent -du mal de Mme de Lieven, ceux de l'influence opposée en disent du bien; -les uns trop de bien, les autres trop de mal: cela se passe toujours -ainsi. - - -_Berlin, 21 février 1857._--J'ai reçu le sixième volume du duc de Raguse; -je le lis et je trouve, à part la partie militaire que je ne sais pas -apprécier, ces mémoires curieux, non pas par le sens politique, dont ils -ne portent pas le caractère, mais par l'appréciation du caractère de -Napoléon; on y voit très bien comment a grandi l'Empire et comment il -s'est écroulé. Quant au duc de Raguse lui-même, il est si content de lui -qu'on ne prend aucun intérêt à ce qui lui arrive d'heureux ou de -malheureux; comment plaindre celui qui a vécu dans la béatitude de -l'orgueil? - -On admire beaucoup le dernier discours de l'Empereur Napoléon III. Je -suppose que M. Thiers doit en admirer surtout la dernière phrase[210]. Au -fait, il est l'homme qui, sans s'en douter, a le plus servi au réveil du -bonapartisme en France: le retour des cendres de Sainte-Hélène et son -ouvrage sur le Consulat et l'Empire ont frappé les imaginations -populaires. Il ne s'est guère embarrassé de son amour de la liberté pour -louer l'esprit le plus despotique des temps modernes. - - [210] En ouvrant le 15 février la session législative de 1857, - l'Empereur Napoléon III avait prononcé un discours dans lequel il - célébrait les bienfaits de la paix qu'il était parvenu à - rétablir, l'intention de réduire les dépenses sans suspendre les - grands travaux et de diminuer certains impôts. Puis il remerciait - les députés d'avoir proclamé l'Empire pendant leur législature, - de l'avoir soutenu pendant la guerre, et résumait toute sa pensée - dans cette phrase où il faisait une si évidente allusion à M. - Thiers: «La France, sans froisser les droits de personne, a - repris dans le monde le rang qui lui convenait et peut se livrer - en toute sécurité à tout ce que produit le grand génie de la - paix. Que Dieu ne se lasse pas de la protéger et bientôt l'on - pourra dire de notre époque ce qu'un homme d'État, historien - illustre et national, a écrit du Consulat: «_La satisfaction - était partout, et quiconque n'avait pas dans le cœur les - mauvaises passions des partis était heureux du bonheur public._» - -Quelqu'un qui arrive de Paris disait ici, il y a quelques jours, que les -amis libéraux de Thiers sont aigris contre lui, qu'ils le tiennent en -suspicion, tandis que lui-même déborde de satisfaction personnelle. Quel -singulier temps! Quelle confusion! - - -_Sagan, 28 février 1857._--M. de Humboldt a eu une petite attaque -d'apoplexie, la veille de mon départ de Berlin; la tête restait libre, -mais ses jambes avaient peine à retrouver quelque mouvement. Le médecin -Schœnlein ne voyait aucun danger immédiat; mais il a dit que l'adieu -suprême ne pouvait guère tarder. - -J'ai trouvé ici plusieurs lettres qui m'y attendaient. Il y en a une -partant du camp doctrinaire ou, au moins, d'une affiliée, qui me dit: «De -l'aveu de tous nos amis, les torts, dans les malheureuses dissidences qui -ont de nouveau éclaté entre les deux branches de la Maison de Bourbon, -les torts sont, dit-on, du côté des Princes d'Orléans. Ils semblent -retomber sous le joug de leur belle-sœur. M. le Comte de Chambord vient -de répondre au duc de Nemours, et cette réponse a complètement satisfait -nos amis[211]. La rupture n'éclatera pas publiquement encore, mais je -crains bien qu'elle ne devienne inévitable.» - - [211] On trouvera la lettre de M. le Comte de Chambord au duc de - Nemours aux pièces justificatives de ce volume. - -D'autre part, on me dit que l'aigreur augmente entre les _légitimistes_ -pur sang et les orléanistes violents, et cela par l'imbroglio nouveau -résultant de la mission de M. de Jarnac envoyé à Venise par le duc de -Nemours. La réponse du Comte de Chambord a été portée à Claremont par M. -de La Ferté. Le Comte de Chambord avait reçu la lettre de son cousin sans -l'ouvrir devant M. de Jarnac, lui disant qu'il y répondrait plus tard. M. -de Jarnac s'était rendu de Venise à Gênes près de Mme la Duchesse -d'Orléans; en route, il a reçu une dépêche télégraphique du duc de -Nemours lui enjoignant de ne pas communiquer à la Duchesse d'Orléans une -copie de la lettre adressée par lui au Comte de Chambord, quoiqu'il se -rendît à Gênes dans ce but. La réponse portée par le marquis de La Ferté -dit que l'on ne peut rien faire, rien discuter, loin de la France et sans -elle. Cette réponse me plaît assez, je l'avoue. Elle est, ce me semble, -la seule raisonnable à la pression exercée par les Princes d'Orléans qui -veulent que le Comte de Chambord s'engage, dès aujourd'hui, à prendre le -drapeau tricolore, à promettre le gouvernement représentatif (bien -tentant, en effet, d'après ses beaux résultats pour les deux branches) et -le suffrage universel. Voilà ce que les d'Orléans appellent le baptême de -la légitimité. En attendant, le Comte de Paris, actuellement à Gênes, se -pâme d'aise en contemplant la garde nationale piémontaise. Quel avenir -cela promet à la France, si ce jeune homme y rentre en souverain! Nous y -reverrions un second roi-citoyen. Le Comte de Chambord a donné l'ordre à -son monde de ne publier sa réponse au duc de Nemours que si celui-ci -faisait publier sa lettre à lui. - -Il y a eu dernièrement dîner chez le ministre d'Autriche à Paris, M. de -Hübner, auquel assistaient le duc et la duchesse de Galliera, M. de -Flavigny et autres fusionnistes, et auquel se rendirent, par méprise du -jour indiqué, en outre, le général Fleury et sa femme. On peut imaginer -la figure que firent le maître de la maison, plus aplati que jamais dans -sa maigreur, d'une part, et les violents fusionnistes, de l'autre. La -grimace de la duchesse de Galliera l'enlaidissait fort. Le général Fleury -disait de son côté: «Passe pour les autres, mais pour M. de Flavigny dont -j'ai lu une lettre sollicitant une place de sénateur, c'est trop fort!» - -En vérité, quand je me représente ce que deviendrait le monde si -tourmenté par ses instincts socialistes et par ses associations secrètes -et sanguinaires, sous le règne du Comte de Paris, élevé par Madame sa -mère qui est pire encore que Mme de Genlis... quand je songe au peu que -pourrait M. le Comte de Chambord, seul, sans postérité, contre la masse -d'intrigues, de perfidies, de trahisons qui neutraliseraient, dès le -début, l'union si peu franche des deux branches, je me prends à désirer -que l'homme taciturne ne quitte pas de longtemps le terrain difficile, -dangereux sur lequel il a su se maintenir jusqu'à présent. M. de -Talleyrand disait: «_Ce ne sont pas les dupes qui manquent, ce sont les -charlatans._» Eh bien, il y a des moments où ils sont les seuls héros -possibles, comme il y a des maladies que les empiriques seuls guérissent -ou, du moins, s'ils ne guérissent pas, ils empêchent de mourir trop tôt. - - -_Sagan, 2 mars 1857._--On me mande de Vienne que l'on jette la pierre à -Marmont sur le portrait plus juste que flatteur de M. de Metternich qu'il -a mis dans ses Mémoires. On dit, avec raison, que ce n'était pas à lui, -Marmont, comblé par le vieux prince, de livrer au public un portrait -aussi peu flatté. En effet, ce n'est pas la reconnaissance qui paraît -avoir été la tendance principale de Marmont. Il y a un passage, entre -autres, dans le sixième volume, où Marmont énumère ses motifs pour ne pas -se croire des obligations envers l'Empereur Napoléon 1er, qui m'a -semblé assez vilain dans ses vulgaires détails. Du reste, voilà une -preuve de plus de l'inconvénient de publier trop vite. Quand on écrit -pour des contemporains, il faut peindre avec des nuances adoucies qui -nuisent à la vérité, et quand on veut parler selon le fond de sa pensée, -il ne faut s'adresser au public qu'après avoir mis le dernier -contemporain sous terre. - - -_Sagan, 14 mars 1857._--La faveur de M. de Morny auprès de l'Empereur -Napoléon pâlit de plus en plus; on le tiendra à Saint-Pétersbourg assez -longtemps, puis on l'engagera à continuer son _honey-moon_[212] en -Auvergne. Il n'aura pas de sitôt une situation officielle, pas même celle -de président du Corps législatif. - - [212] De l'anglais: sa lune de miel. - -J'ai reçu, hier, une lettre datée de Paris de M. de Falloux. J'ai -confiance dans les impressions de cette nature si finement et si -délicatement organisée. Voici un passage de cette lettre: «J'aurais dû -trouver ici bien des changements, et je ne vois, au contraire, que des -sentiments et des partis pris qui se tiennent imperturbablement à la même -place, aussi bien dans le sens favorable que dans le sens opposé à mes -propres vœux. Les hommes qui ont vu les derniers événements de -famille[213] tourner contre eux, n'aiment pas à s'avouer battus; ceux qui -sont parvenus à leurs fins, ou à peu près, sont effrayés de la partie qui -leur reste à jouer, et n'en semblent que plus préoccupés de chanter -victoire. En attendant, tous les résultats _immédiats_ profitent au -possesseur actuel; mais, à mesure que ses ennemis le servent mieux, ses -amis le servent plus mal, cela rétablit l'équilibre.» - - [213] De la maison de Bourbon. - - -_Sagan, 24 mars 1857._--L'Empereur Napoléon a donné tout dernièrement à -Mme de Castiglione une émeraude de cent mille francs, la plus belle qui -existe. On dit que jamais belle n'a été aussi intéressée. Ce qui fait -tourner, non pas une tête couronnée, mais toutes les têtes couronnées ou -non, à Paris, c'est un Américain nommé _Hume_ qui produit _gratis_ des -effets étranges. Il tient son principal domicile chez la princesse de -Beauveau. On assure qu'il a mis la comtesse Delphine Potocka en -communication avec Paul Delaroche, mort il y a quelques semaines. J'ai -plus d'une raison pour ne rien nier, rien contester; mais si je crois -que Dieu, dans sa miséricorde ou dans son courroux, permet de certaines -exceptions aux règles communes, dont sa sagesse nous a environnés, je -trouve qu'il y a profanation, péché à chercher spontanément, curieusement -à soulever le voile. Cela ne peut être que contraire au salut. Ce que -Dieu envoie sans notre recherche, ah! c'est différent; il y a des grâces -spéciales à ce qu'il permet, à ce qu'il autorise; mais quand c'est nous -qui prévoyons, ce n'est plus que l'amour du démon qui nous pousse. Voilà, -je le sais, une doctrine toute hypothétique, fort contestable, mais non -pas fausse; du moins, elle n'a rien dont la foi puisse s'offenser. J'ose -dire qu'elle contient du vrai plus qu'on ne pense. - -On me dit que Guizot court le monde, les salons, qu'il se mêle aux -foules, comme si de rien n'était; vraiment la sécheresse de son cœur n'a -d'égale que celle du cœur auquel il était uni. - -Ce qui est plus fâcheux pour le public, c'est que M. Cousin est assez -malade pour interrompre forcément ses études sur les femmes du -dix-septième siècle. J'en suis désolée, car je n'aime en fait de peintres -de portraits que ceux qui embellissent haut la main; s'il est évident que -M. Cousin peint trop favorablement nos grandes et belles devancières qui -nous laissent, pauvres pygmées que nous sommes, si loin derrière elles, -il nous repose, du moins, de l'esprit libellique qui est un miroir plus -infidèle encore. - -Mignet vieillit; on le dit fini. La perte de ce qui lui semblait la -liberté a brisé un esprit qu'aucune chaleur d'âme ne nourrissait. Il -avait une conviction qui lui échappe; des sentiments, non. Il paraît que -Thiers _surnage mieux_; on dit qu'il vit en assez bonne harmonie avec un -pouvoir qu'il ne veut pas servir, mais qu'il est bien aise de conseiller -dans l'occasion. Pour passer le temps, il court les ventes, les marchands -de curiosités, et il jouit des succès de son livre[214]. - - [214] _Le Consulat et l'Empire._ - - -_Sagan, 27 mars 1857._--On m'écrit de Paris de nouveaux faits encore -étranges du fameux M. Hume. Il vient d'aller chercher en Amérique sa -sœur qui possède, dit-il, à un plus haut degré que lui une puissance -électro-magnétique formidable. La duchesse de Vicence, une des plus -_incrédules_ en toute chose, _esprit fort_, a eu son mouchoir arraché de -ses mains, quelque insistance qu'elle y mît, et cela par deux mains dont -on n'apercevait pas les bras. On me cite d'autres nouvelles que je ne -répéterai pas, parce que les _croyants_ sont, en ce genre de choses, -moins _croyables_ que les _incrédules_. Baissons la tête, ne contestons -pas ce que nous ne pouvons expliquer, mais n'augmentons pas le nombre des -curieux, de peur de tomber au pouvoir du _mauvais esprit_, en sortant des -limites tracées par une sage Providence. - - -_Sagan, 2 avril 1857._--J'ai lu le discours de M. de Falloux à -l'Académie; il faut lui savoir gré d'avoir, par prudence et modération, -renoncé à l'éclat, et de s'être borné à l'élégance du style, à la -délicatesse d'expression, à la finesse d'aperçus et, en général, au plus -exquis bon goût ajouté encore à une charmante modestie[215]. - - [215] M. de Falloux fut reçu à l'Académie française le 26 mars - 1857; il y remplaçait M. Molé. Son discours fut accueilli assez - froidement par la docte Assemblée, comme par une grande partie du - public, qui s'interdisait une approbation littéraire pouvant - ressembler à un assentiment politique. - - -_Sagan, 8 avril 1857._--Il paraît qu'on s'attend, à Paris, à ce que le -Pape oblige l'évêque de Moulins[216] à donner sa démission. Il est, -hélas! à ce qu'il semble, atteint de la maladie qui a déjà frappé -plusieurs personnes de sa famille, entre autres un frère aîné, jadis -charmant homme, et mort avec la camisole de force. Mgr de Moulins -mériterait presque qu'on la lui mît, quand il fait défendre en chaire la -lecture de Bossuet comme schismatique et _protestant_. - -M. de Morny ne tardera pas à quitter la Russie; il ne fera que traverser -Paris pour aller en Écosse chez M. de Flahaut. Mme de Castiglione, dont -le règne finit, retourne en Piémont, munie de la colossale émeraude. - -A l'occasion de l'élection de M. Émile Augier à l'Académie, il s'est -manifesté une aigreur inaccoutumée parmi les quarante immortels. Les -voltairiens ont été attaquants, les catholiques véhéments, les ralliés au -gouvernement actuel exigeants, les opposants intolérants. Ce que M. de -Fontanes appelait la liberté de la république des Lettres en est aussi à -la licence, au fractionnement infini. On y voit, comme ailleurs, des -dissidents, des schismatiques, des hérétiques s'excommuniant les uns les -autres, ce qui achèvera de perdre le peu de sagesse, de bon goût, de -courtoisie qui s'était réfugié à l'Académie comme son dernier asile. - - [216] Mgr de Dreux-Brézé. - - -_Sagan, 17 avril 1857._--Dans l'audience académique que M. de Falloux a -eue aux Tuileries, et qui s'est passée très gracieusement, l'Empereur lui -a dit: «Le désordre nous avait rapprochés, je regrette que l'ordre ne -nous ait pas réunis!» Un instant après, il a ajouté: «J'espère que le -temps de votre Ministère[217] est entré pour quelque chose dans le choix -de l'Académie; j'aurai ainsi un peu contribué à votre élection, et j'en -suis charmé.» Le reste n'a été qu'un échange bienveillant de propos sur -le théâtre de l'Empire entre M. Brifaut et l'Empereur. - - [217] M. de Falloux avait été Ministre de l'Instruction publique - et des Cultes sous la Présidence. - - - _Sagan, 22 avril 1857._--La comtesse Colloredo m'écrit de Rome, en - date du 14: «Il arrive deux fois par jour des dépêches - télégraphiques qui se contredisent sur l'arrivée de la Czarine - ici. Il paraît que c'est décidément demain qu'elle apparaîtra. La - Grande-Duchesse Olga n'a voulu recevoir jusqu'à présent que les - Russes, les Ambassadeurs et les Ambassadrices; le reste du Corps - diplomatique et les dames italiennes sont ajournées. Nous avons - été reçus en particulier; elle a été fort aimable pour mon mari - qu'elle a connu à Saint-Pétersbourg, et très polie pour moi; mais - je lui ai trouvé les manières et le langage cassants; il paraît - que c'est le ton des Princesses Impériales russes. Son visage, son - regard sont très froids; elle me paraît ressembler beaucoup à feu - son père; cependant, de temps à autre, il se répand sur ce visage - régulier un ravissant, mais triste sourire. La Grande-Duchesse - Olga a été chez le Saint-Père; elle lui a baisé, non pas la mule, - mais la main. Le jour de Pâques, sous le prétexte de quelques - nuages peu effrayants, on a contremandé l'illumination de - Saint-Pierre, et, le lendemain, le feu d'artifice du Pincio. Le - dessous des cartes, c'est qu'on a voulu garder ces deux admirables - coups d'œil pour la Czarine; et cela, à la grande fureur des - dévots et des convertis. L'illumination de Saint-Pierre aura donc - lieu le _jour de Pâques grecques_, et cela pour une souveraine - schismatique! Tout ceci produit des commérages gigantesques. - Grégoire XVI, le dernier Pape, n'aurait pas remis l'illumination.» - - -_Sagan, 5 mai 1857._--On dit qu'il y a eu, à la suite d'un dîner chez la -maréchale d'Albuféra, un assaut entre la duchesse de Galliera et M. -Thiers qui doit avoir été piquant, la Duchesse soutenant la discussion -contre le grand jouteur avec une fermeté remarquable. C'était à propos -d'un article de M. de Montalembert qui a valu un avertissement au journal -qui l'a publié. Thiers soutenait qu'il n'était pas vrai que tous les -hommes politiques en France eussent changé d'opinions, que chacun avait -commis des erreurs, à commencer par Napoléon Ier et Louis-Philippe; mais -que pour les hommes sérieux, il en connaissait plus d'un qui était resté -fidèle à ses doctrines, que souvent, en France, on se distrayait en -changeant de goûts et d'occupations, mais non pas d'opinions. Puis, il a -ajouté: «Quant à moi, je n'ai plus envie de rien dire au public; aussi je -ne me plains nullement de la loi qui régit la presse; après tous ses -excès, elle n'a eu que ce qu'elle méritait; personne dans le pays ne s'y -intéresse, ne s'en soucie; parfois on regrette la liberté de la tribune -pour ce qui regarde les finances, mais à ce point de vue uniquement; et -on a maintenant une bien autre liberté que sous le premier Empire.» - -Que dire de ce langage de la part de quelqu'un qui prône la fixité des -opinions. Ne se donne-t-il pas un démenti à lui-même? - -On m'écrit ceci sur l'arrivée du Grand-Duc Constantin à Paris: «Le -Grand-Duc Constantin est arrivé hier pour notre gloire plus que pour la -sienne. S'il vient pour sonder les secrets de notre civilisation, son -séjour sera bien court, et s'il compte enlever notre alliance, je crois -qu'il se trompe[218].» - - [218] Le Grand-Duc Constantin, frère cadet de l'Empereur de - Russie et marin de profession, vint en France accompagné du - général de Totleben et d'une suite nombreuse. A la tête d'une - escadre russe, il débarqua à Toulon le 20 avril et fut reçu avec - un grand éclat dans toutes les villes de France où il s'arrêta. - Pendant les dix jours qu'il séjourna à Paris et les quatre qu'il - passa avec la Cour à Fontainebleau, on multiplia les fêtes en son - honneur. Après avoir séjourné un mois en France, le Grand-Duc - s'embarqua à Bordeaux le 21 mai sur un yacht impérial, _la Reine - Hortense_, mis à sa disposition; il visita les principaux ports - et les établissements maritimes de l'Océan et se rendit à Osborne - pour saluer la Reine d'Angleterre. Il retourna ensuite par - l'Allemagne en Russie. - -Il paraît qu'il y a une lettre singulière de feu la duchesse de Broglie à -Schlegel, publiée dans les œuvres complètes de celui-ci. Elle lui écrit -au sujet des difficultés de Schlegel sur la religion. Cette lettre est -curieuse pour ceux qui ont connu la duchesse de Broglie, à cause des -révélations sur elle-même, bien plus que par la force des raisonnement. -Elle dit par exemple: «Je sais, et par expérience, que l'âme peut -souffrir plus que tous les tourments du corps, si elle se trouve vide, -dépouillée, privée des objets qui lui plaisent et ne pouvant rien aimer -de ce qui l'entoure.» - -Quel aveu! Le plus étrange, c'est que c'est son mari et sa famille qui -viennent de faire imprimer séparément cette lettre, et qu'ils la -distribuent de tous côtés; tant les caractères imprimés portent à la tête -des doctrinaires, qu'ils ne s'embarrassent pas qu'une des leurs dise -qu'elle ne pouvait les souffrir. Les drôles de gens! La Duchesse a -évidemment souffert du manque d'affection, mais son organisation ne l'a -pas entraînée, et l'extrême froideur qui règne dans tout ce qu'elle a -écrit prouve que l'abstraction a pu lui suffire. Dieu lui a fait là une -grande grâce! L'aridité, ou du moins la sécheresse, vient quelquefois en -aide à la vertu. - -Un mot encore de Rome. L'Impératrice, et les quatre-vingts chevaux -qu'elle a réclamés, ont fait leur entrée à Rome, au milieu d'une foule -morne, effrayée de la maigreur de squelette de la Czarine. Cette robuste -mourante a été, dès le lendemain, à Saint-Pierre et y a marché d'un pas -très ferme; puis de là, elle s'est rendue à la villa Borghèse par un -temps désagréablement refroidi à la suite d'un gros orage; cela n'a pas -empêché l'Impératrice de descendre de voiture, de s'asseoir dans une -allée, de demander le nom des promeneurs et d'en faire appeler (qu'elle -ne connaissait pas) pour leur parler. Le lendemain, elle devait aller -chez le Saint-Père, le jour après à son église grecque et recevoir tous -les Russes. On ne pense pas qu'elle s'amuse à Rome pendant les trois -semaines qu'elle compte y rester; elle doit retourner par mer à Gênes, -puis par Turin et la Suisse à Wildbad. La société romaine, qui affiche -depuis quelque temps une grande insouciance pour tout ce qui est princes -et rois, ne fait rien pour la divertir. On ne parle que d'un déjeuner -offert à la Czarine par les Doria dans leur belle villa Pamphili. - - -_Sagan, 8 mai 1857._--On m'écrit encore de Rome que l'Impératrice de -Russie, en se rendant chez le Saint-Père, a demandé à celui-ci de lui -montrer tout son appartement, y compris la chambre à coucher où jamais -femme ne peut entrer. Le Saint-Père y a cependant consenti, et a mené -cette importune personne partout. Il me semble qu'il a eu grand tort, et -qu'il aurait dû tout simplement lui dire que jamais aucune personne du -sexe féminin n'y pénétrait. - -Le ciel romain est moins complaisant; car, après un hiver d'une -sécheresse remarquable, il ne cesse de pleuvoir à verse depuis que la -Czarine est présente. - - -_Sagan, 12 mai 1857._--A la fête donnée à Villeneuve-l'Étang, près -Paris, par l'Empereur Napoléon au Grand-Duc Constantin de Russie, malgré -les brodequins en gros-de-naples et les plus magnifiques dentelles, il y -a eu des parties de barre jusqu'à huit heures du soir, des courses sur -les collines où on simulait l'assaut d'un château fort; puis des -promenades sur l'eau, l'Impératrice ramant et conduisant une petite -barque! l'Empereur courant de vrais dangers sur une planche qu'on appelle -patin, sur laquelle il faut une adresse infinie pour se tenir en -équilibre, et qu'il conduit avec une dextérité remarquable. _N'est-ce pas -comme un apologue!_ La Grande-Duchesse Stéphanie était au milieu de toute -cette joie, malgré son âge et un changement qui a frappé tout le monde. -Elle est revenue à huit heures du soir à Paris en calèche découverte. - -Lord Cowley a engagé le Grand-Duc Constantin à aller en Angleterre; il se -bornera à une course à l'île de Wight. - - -_Sagan, 24 juin 1857._--Quelqu'un, de l'entourage de la Reine de Prusse, -me mande de Téplitz que le Roi comptait aller, de Marienbad, faire une -courte visite à Vienne, avant de venir prendre la Reine, à Marienbad, -pour se rendre avec elle à Sans-Souci, où on attend la Czarine veuve, le -18 juillet[219]. - - [219] Cette course à Vienne, sans motif politique, eut lieu le 8 - juillet. Le Roi était accompagné de sa sœur, la Grande-Duchesse - de Mecklembourg-Schwerin. Ce fut au retour, à Marienbad, qu'il - eut une petite attaque d'apoplexie que l'on crut pouvoir - dissimuler, mais qui fut le commencement de sa maladie, un - ramollissement du cerveau qui conduisit le Roi au tombeau - quelques années plus tard. - - -_Sagan, 31 juillet 1857._--J'entends dire de tristes choses sur la santé -du roi de Prusse. L'état moral se ressent de la dernière secousse, par -une extrême agitation. Il dit lui-même: «_Je suis à bout._» On lui -épargne les affaires; mais cela ne saurait durer ainsi, car il y a des -choses qu'il est urgent de décider; bref, c'est un état de santé qui se -remettra sans doute, mais le coup de tocsin a sonné. - - -_Günthersdorf, 17 août 1857._--On m'écrit que le jour où le feld-maréchal -Radetzky a quitté Vérone pour se rendre à Milan, où il va finir les -quelques jours qu'il lui reste à passer sur cette terre, il a été entouré -d'ovations par les indigènes; on avait tapissé les rues, toute la -population de Vérone était au débarcadère; il y a eu des _vivats_, sans -fin. C'est le seul Autrichien qui trouve franchement grâce auprès des -Italiens. Je suis bien aise qu'il ait eu ces acclamations pour dernière -joie humaine. Son successeur, l'Archiduc Maximilien, et sa jeune épouse -doivent être arrivés hier à Venise; s'ils y sont bien reçus, ils y -resteront plusieurs semaines; sinon, ils iront sans délai à Milan. - -On mande de Toscane que l'arrivée du Pape y a causé de grandes -discussions à cause du cérémonial. Le Nonce voulait que le Grand-Duc -précédât à cheval la voiture du Saint-Père à son entrée à Florence, comme -l'a fait le Duc de Modène. Après force parlementage, il a été décrété que -le Grand-Duc héréditaire et son frère iraient au-devant du Pape, jusqu'à -la frontière, et toute la famille Grand-Ducale à la station _delle tre -Maschere_, à trois heures de Florence, auberge dont Boccace fait mention -dans son _Décaméron_[220]. - - [220] Pie IX, ayant résolu de se rendre à Lorette pour y - accomplir un pieux pèlerinage, entreprit un voyage qui, pendant - quatre mois, le tint éloigné de Rome. Parti le 4 mai 1857, il ne - rentra dans sa capitale que le 5 septembre suivant. Après avoir - été prier dans la _Casa Sancta_, s'être rendu à Sinigaglia, sa - ville natale, et dans plusieurs autres villes d'Italie, le - Saint-Père fit encore visite au Duc de Modène et au Grand-Duc de - Toscane. - -Le général de Goyon prépare un grand bal superbe à Rome pour la -Saint-Napoléon; mais, hors deux vieilles centenaires et trois jeunes -femmes en couches, il n'y a pas une seule femme mobile de la société à -Rome. Qui est-ce qui dansera[221]? - - [221] Le général de Goyon avait reçu, en 1856, le commandement du - corps d'occupation que la France entretenait auprès du Pape - depuis 1850. Le général était fort bien vu par Pie IX; mais de - fréquents démêlés avec le proministre des armes pontificales, Mgr - de Mérode, rendirent petit à petit sa position difficile. Il fut - obligé de revenir en France en 1862. - - -_Günthersdorf, 26 août 1857._--Le Saint-Père a été reçu par la cour de -Toscane avec la plus antique magnificence. La population a été convenable -à l'entrée et profondément émue et touchée, à la bénédiction donnée sur -le balcon du palais Pitti. Tout le monde ou presque tout le monde des -quarante mille personnes présentes s'est mis à genoux. On dit que c'est -admirable. - - -_Sagan, 23 septembre 1857._--Je me suis rendue hier à Sorau pour me -trouver à la descente du wagon royal, afin de donner une preuve de -respectueux attachement au Roi qui se rendait à Muskau. La Reine m'a -semblé fatiguée; ses yeux ne quittaient guère le Roi que j'ai trouvé -fort affaissé, rouge, pesant dans sa marche; en cherchant à m'expliquer -son itinéraire, il embrouillait les dates que la Reine redressait. J'ai -reçu de cet abattement inaccoutumé une impression très pénible. Les -entours répétaient avec affectation que le Roi se portait à merveille. Je -voudrais le pouvoir penser. - - -_Sagan, 12 octobre 1857._--On peut imaginer quelle est la confusion des -esprits, l'agitation des uns, l'embarras des autres depuis cette nouvelle -attaque survenue au Roi de Prusse. Je verrai tout cela de plus près -demain à Berlin. D'après ce que j'entends, le mieux se soutient et je -crois à un nouveau _sursis_; mais à quelles conditions? Permettra-t-on au -Roi de s'occuper du gouvernement? ou bien songera-t-on à une abdication -ou à un état intermédiaire, et aux mains de qui? avec quelle latitude? -avec quelles entraves? L'air me semble bien chargé d'électricité[222]. - - [222] Une nouvelle attaque d'apoplexie, beaucoup plus grave que - celle de Marienbad, frappa Frédéric-Guillaume IV le 6 octobre - 1857, ce qui le força (par un décret du 23 octobre 1857) à - remettre provisoirement à son frère, le Prince de Prusse, les - rênes du gouvernement pour trois mois. Dans son manifeste, le - Prince promit de gouverner conformément à la Constitution et aux - lois, et confirma les Ministres de son frère dans leurs - fonctions. Le Cabinet se composait de MM. de Manteuffel, de - Heydt, Simon de Raümer, de Westphalen, de Massow, de Bodelschwing - et du comte de Waldersee. - -Le Prince Frédéric-Guillaume[223] est venu déjeuner ici; il a reçu de -graves nouvelles; il a causé sérieusement avec moi; toujours plein de -bons et honorables sentiments; mais il ne saurait bien naviguer que sur -une mer pacifique. - - [223] Fils unique du Prince de Prusse, monta sur le trône en 1888 - sous le nom d'Empereur Frédéric III; son règne n'eut qu'une durée - de quatre-vingt-dix-neuf jours. - - -_Berlin, 16 octobre 1857._--Le Roi n'est plus en danger de mort pour le -moment. La Reine est très contente de l'extrême délicatesse du Prince de -Prusse à son égard. Elle-même est _digne_ au possible. Je pars le cœur -oppressé et l'esprit bien inquiet pour Nice. - - -_Nice, 13 novembre 1857._--Il y a quinze jours que je suis arrivée. J'ai -repris mes leçons d'italien dans la prévision d'une semaine sainte passée -à Rome, projet bien vague encore, soumis à tout ce que l'imprévu peut -apporter d'obstacle. Je me complais dans cette chance, et je la repousse -d'autant moins que je me sens un vrai besoin de reporter mes yeux et mes -pensées sur un horizon plus large que celui dans lequel mes derniers mois -ont été renfermés. - - -_Nice, 16 novembre 1867._--Dans les lettres que je reçois de Sans-Souci, -il n'est question que des rapides progrès du Roi vers le bien moral et -physique, ainsi que des précautions extrêmes dont il est entouré. Jusqu'à -quand ces précautions s'étendront-elles? Quelle en sera la durée? De tout -ce que la Providence pouvait préparer de plus difficile pour le Prince de -Prusse, de moins heureux, de moins satisfaisant pour le pays, pour son -bien-être intérieur, pour le repos des esprits et pour le rôle à jouer à -l'extérieur, c'est ce qui, d'en haut, a été décrété à la Prusse! - -Le _dubitatif_, qui s'étend nécessairement sur toute chose, est une -situation malsaine et malséante pour chacun. - - -_Nice, 7 décembre 1857._--J'ai eu hier des lettres de Charlottenbourg. Le -Roi va très bien de santé et irait bien au moral sans une certaine -incertitude de mémoire dont il s'aperçoit, ce qui le peine et -l'impatiente; il fait de grandes promenades à pied et en voiture. Il -mange avec la Reine et sa sœur de Mecklembourg-Schwerin, qui est revenue -s'établir pour l'hiver à Charlottenbourg. Il voit quelquefois, pour un -quart d'heure, quelque habitué; mais, à tout prendre, il est assez _muré_ -encore. Les médecins redoutent toute excitation. Le Prince de Prusse se -remet de sa grippe dont plus de quatre-vingt mille personnes ont été -atteintes à Berlin. - - -_Nice, 31 décembre 1857._--Je termine cette année en meilleure santé que -je ne l'ai traversée. Cependant les nouvelles, moins satisfaisantes, de -ma fille gâtent le sommeil qui m'était revenu; les nerfs qui se calmaient -et la tête qui s'était dégagée, tout cela reprend et je suis moins bien, -en raison des moins bonnes lettres que ces derniers jours m'ont -apportées... - -On m'écrit de Berlin: «Le Roi ne pourra pas de longtemps reprendre le -gouvernement; cependant, il y a espoir qu'il finira par se remettre; -mais, pour le moment, sa tête est bien faible encore. Il a lui-même la -conviction que son état lui interdira, pour un temps indéfini, tout -travail sérieux. Il se trouve très bien remplacé par son frère, dont on -est généralement fort content. Cet intérim prolongé a des _inconvénients_ -bien graves pour la marche des affaires.» - - - - -1858 - - -_Nice, 2 janvier 1858._--J'étais préoccupée de l'état de Pauline quand, -hier, une dépêche télégraphique arrivée le soir m'a fait voir que l'état -était grave. Je pars donc ce matin; j'irai le plus vite possible. - - -_Paris, 4 janvier 1858._--Je me suis embarquée avant-hier à Nice sur un -assez mauvais bateau, mais il me faisait gagner douze heures; j'ai fait -le trajet en trente-six heures et je ne regrette pas cette hâte; car, si -j'ai un regret, c'est de ne pas être venue plus tôt, et d'avoir écouté -les dires des médecins et les conseils de mes correspondants, au lieu de -suivre mes instincts. Je trouve Pauline _très mal_; les médecins disent -que le cas n'est pas désespéré; mais il me paraît, à moi, qu'il est bien -près de l'être et que, peut-être, dans quelques jours, cette âme -séraphique aura pris son vol vers la céleste patrie. Elle a toute sa tête -et paraît fort aise de me voir[224]. - - [224] Après le mariage de sa fille et son retour d'Allemagne, la - marquise de Castellane tomba gravement malade à Paris d'une - inflammation intestinale et ne se remit que lentement de cette - atteinte sérieuse. - - -_Paris, 9 janvier 1858._--Je viens de passer de bien mauvais jours. Mes -anxiétés pour Pauline sont aggravées par neuf à douze degrés de froid! -Mais il faut louer Dieu de tout et le remercier à genoux du mieux -_notable_ qui, depuis vingt-quatre heures, s'est manifesté dans l'état de -Pauline, lorsqu'il s'agissait de rien moins que de l'extrême-onction -qu'elle demandait. - - -_Paris, 16 janvier 1858._--L'attentat d'avant-hier a ému tout Paris et -aura un retentissement en Europe[225]. Elle est bien malade partout, -cette pauvre Europe. Je vis si uniquement à l'hôtel d'Albuféra, qu'en -dehors de là, tout est ignorance pour moi[226]. - - [225] Orsini avait médité d'assassiner Napoléon III, qu'il - regardait comme la cause des malheurs de sa patrie; il s'était - associé à trois réfugiés italiens, Pieri, Rudio et Gomes. Trois - bombes fulminantes éclatèrent coup sur coup, au moment où - l'Empereur et l'Impératrice se rendaient en voiture le 14 janvier - à l'Opéra; ni l'un ni l'autre ne furent atteints, mais il y eut - cent cinquante-six personnes blessées, plus ou moins - mortellement. Rudio et Gomes furent condamnés aux travaux forcés, - les deux autres à la peine de mort. Orsini avoua tout, et en - posant sa tête sur la fatale machine, il poussa le cri de: «_Vive - l'Italie! Vive la France!_» De sa prison de Mazas, il avait - adressé à Napoléon III une lettre qui fit beaucoup de bruit et - dont voici les principaux passages: «_Les dépositions que j'ai - faites contre moi-même dans le procès politique, intenté à - l'occasion de l'attentat du 14 janvier, sont suffisantes pour - m'envoyer à la mort; près de la fin de ma carrière, je viens, - néanmoins, tenter un dernier effort pour venir en aide à - l'Italie, dont l'indépendance m'a fait, jusqu'à ce jour, tenter - tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifices. Elle - fait l'objet de toutes mes affections, et c'est cette pensée que - je veux déposer dans ces paroles que j'adresse à Votre Majesté. - Pour maintenir l'équilibre actuel de l'Europe, il faut rendre - l'Italie indépendante ou desserrer les chaînes dans lesquelles - l'Autriche la tient en esclavage. Demandé-je pour sa délivrance - que le sang des Français soit répandu pour les Italiens? NON, je - ne vais pas jusque-là. L'Italie demande que la France - n'intervienne pas contre elle; elle demande que la France ne - permette pas à l'Allemagne d'appuyer l'Autriche dans les luttes - qui vont peut-être s'engager. Or, c'est précisément ce que Votre - Majesté peut faire si elle le veut. De votre volonté dépendent, - ou le bien-être ou les malheurs de ma patrie, la vie ou la mort - d'une nation à qui l'Europe est en grande partie redevable de sa - civilisation. Telle est la prière que, de mon cachot, j'ose - adresser à Votre Majesté, ne désespérant pas que ma faible voix - soit entendue. J'adjure Votre Majesté de rendre à ma patrie - l'indépendance que ses enfants ont perdue en 1849 par la faute - même des Français._» - - [226] La marquise de Castellane était tombée malade chez la - duchesse d'Albuféra, où elle resta des mois. - - -_Paris, 25 janvier 1858._--On dit, répète, raconte et croit tout dans la -seule maison où je suis en communication avec le monde extérieur; mais on -y dit tant de choses contradictoires que le vrai est difficile à en -extraire; cependant, avec ce que mes fils me rapportent de leurs clubs, -et ce que le duc de Noailles me dit dans les visites qu'il me fait une -demi-heure avant mon dîner, j'apprends quelques bruits. Je n'en suis pas -plus habile. Chacun voit par sa propre lunette, dont les verres me -paraissent assez obscurs; la passion, la rancune, la poltronnerie, la -bassesse ou un stupide dédain, ou bien encore l'âcreté des ambitions -déçues: tout cela fait un vilain ou du moins un stupide ensemble, dans -lequel la raison, la modération, le vrai ne trouvent guère leur place. Il -en résulte pour moi un tableau sombre et alarmant, quoique les dernières -_découvertes_ aient le mérite de mettre beaucoup de choses à nu, et de -valoir peut-être à l'Europe un _sursis_ dans le crime. - - -_Paris, 29 janvier 1858._--Je ne dirai rien du Paris social, puisque je -n'y participe pas, rien du Paris politique, puisque j'en suis plus loin -encore; reste le Paris académique, qui pourrait bien être assez épineux -et délicat à toucher; car tous les sujets vont devenir de plus en plus -scabreux. - -M. de Hatzfeldt est revenu hier de Berlin; il va avoir trois Princes -prussiens à recevoir; c'est beaucoup à la fois[227]. Il paraît que la -grande affection de la Famille Royale d'Angleterre pour l'Empereur et -l'Impératrice des Français a fait beaucoup d'impression sur les Princes -prussiens, et qu'ils arrivent déjà fort modifiés de ce qu'ils étaient en -quittant leurs propres foyers. - - [227] Le 1er février 1858, l'Empereur Napoléon et - l'Impératrice recevaient à Paris: le Prince Albert de Prusse, le - plus jeune frère du Roi, le Prince Frédéric-Charles de Prusse, - neveu du Roi, et le Prince Adalbert de Prusse, cousin du Roi. - - -_Paris, 27 février 1858._--Les Anglais qui sont ici s'accordent à dire -que le Cabinet Derby traversera la session, mais n'ira pas au delà. Lady -Westmorland me mande qu'elle trouve lord Palmerston très baissé, très -brisé et que sa chute était moins étonnante que ne l'avait été la durée -de ses victoires parlementaires[228]. La mort du Père de Ravignan est -généralement reconnue, par le bon public, comme une perte sensible; -Pauline en est attristée profondément. Le bon Père lui avait fait dire -par leur médecin commun de bien touchantes paroles. - - [228] Le 21 février, lord Palmerston tomba du pouvoir après - l'avoir tenu en main pendant trois années consécutives, et sur la - demande de la Reine, ce fut lord Derby qui reconstitua un Cabinet - dans lequel on remarquait lord Salisbury, comme Président du - Conseil, le général Peel à la Guerre, lord Malmesbury aux - Affaires étrangères et M. Disraeli, chancelier de l'Échiquier; - mais la politique de lord Salisbury n'ayant point été approuvée - par le Parlement, lord Palmerston et lord John Russell reprirent - les rênes du gouvernement en juin 1859. - -Le procès d'Orsini, la condamnation, les discours, les plaidoiries, de -nombreuses arrestations, le _meeting_ à Londres et surtout le discours -fort inattendu du général Mac-Mahon au Sénat, qui pourrait bien briser le -bâton de maréchal qu'il entrevoyait; voilà ce qui défraie le parlage des -salons. L'inquiétude morale se mêle à tout: on entend des bruits sourds, -on marche et on sent la terre trembler sous ses pieds. On s'émeut de -tout, on ne se rassure sur rien. Le doute, ce grand tourment de l'âme, -s'empare des masses comme des individus; ce qui formait le charme de la -société, la sûreté confiante, s'envole à tire-d'aile; l'on se heurte, -d'autant plus aisément et plus rudement, qu'on est plus près les uns des -autres. - - -_Paris, 3 mars 1858._--La lettre d'Orsini, dont la publication a été -permise par celui à qui elle était adressée (ce qui ne laisse pas que -d'étonner le Corps diplomatique); ce qui s'est passé au _meeting_ de -Londres[229], le discours de Félix Pyat, l'autorisation accordée aux -généraux Changarnier et Bedeau de rentrer en France[230] (autorisation -destinée à rassurer, dit-on, tout ce qui n'est pas _rouge_, ou à tenir -ces messieurs plus sous la main); puis des arrestations nombreuses, ne -portant, du reste, que sur des écarlates; voilà, avec les funérailles de -M. de Ravignan, ce qui occupe Paris depuis plusieurs jours! - - [229] Les habitants de Londres, afin de protester contre le bill - relatif aux conspirations pour assassinat, s'étaient portés en - foule à Hyde-Park pour y faire une réunion monstre; mais en - arrivant, le public trouva une affiche, annonçant que les - promoteurs du meeting y avaient renoncé à la suite du vote de la - Chambre des Communes qui avait renversé le Ministère. - - En même temps, il paraissait à Londres une brochure, _Lettre au - Parlement et à la presse_, signée: _Félix Pyat_, _Besson_ et - _Talandier_ au nom du _Comité de la commune révolutionnaire_ et en - date du 24 février 1858. Cette brochure défendait le droit à - l'assassinat et faisait l'apologie de l'attentat dans le langage - le plus passionné. - - [230] _Le Moniteur_ du 1er mars annonçait que le général - Changarnier et le général Bedeau étaient autorisés à rentrer en - France. - - -_Paris, 12 mars 1858._--La brochure parue hier, intitulée: _Napoléon III -et l'Angleterre_, qu'on croit être tracée de la main du maître, est -l'événement du jour, et les paris sont ouverts pour savoir si elle fera -un bon ou un mauvais effet de l'autre côté du détroit[231]. On dit qu'à -Vienne, l'autorisation donnée à la publication de la lettre d'Orsini a -fait un mauvais effet. - - -_Paris, 10 avril 1858._--L'infâme article signé Rigault qu'a donné, il y -a quelques jours, le voltairien _Journal des Débats_ sur les sermons du -carême, est faux dans les faits, lourd dans son ironie de mauvais goût. -Il est mal pensé, mal senti, mal dit[232]. Celui d'Albert de Broglie, sur -le Père de Ravignan, a ses parties charmantes quoiqu'il témoigne de la -gêne que lui cause le souvenir de ce séjour à Rome, pendant lequel il -avait été chargé de jouer de mauvais tours aux Pères Jésuites. Ah! si le -présent n'était pas encadré entre le passé et l'avenir, comme ce serait -plus commode de parler et d'écrire! - - [231] Cette brochure était un exposé des questions que les - derniers événements avaient fait surgir entre la France et - l'Angleterre. L'auteur, qui était, dit-on, M. de la Guéronnière, - débutait en rappelant les gages nombreux de sympathie que - l'Empereur Napoléon III avait donnés à l'Angleterre pour - maintenir les bons rapports entre les deux pays et éviter les - conflits; puis il arrive à l'attentat du 14 janvier, aux - incidents qu'il a déterminés entre les deux pays et il établit - que ces complots sont préparés, organisés, exécutés par les - réfugiés de Londres. Au moment où cette brochure paraissait, il y - avait quelques difficultés diplomatiques entre la France et - l'Angleterre, le ministre des Affaires étrangères de Londres - n'ayant pas jugé à propos de répondre à une note adressée par M. - Valewski, ministre des Affaires étrangères de France. La chute du - Cabinet britannique s'en était suivie, et lord Malmesbury, devenu - ministre, ne pouvant s'entendre avec M. de Persigny, ambassadeur - de France à Londres, celui-ci dut donner sa démission. - - [232] M. Rigault avait fait paraître dans le _Journal des Débats_ - du 6 avril un feuilleton critique et moqueur sur ce qu'il - appelait la dévotion du temps et l'éloquence religieuse. Il y - faisait trois catégories de prédicateurs, et distinguait, par les - opinions, le clergé séculier de la rive droite de la Seine de - celui de la rive gauche. - -_Paris, 14 avril 1858._--Voilà les pouvoirs du Prince de Prusse -prolongés[233]; mais cet _indéfini_ est bien fâcheux. Aussi, comme le -parti ultra-libéral relève la tête en Prusse! On achèvera, sous ce pauvre -Prince (et cela sous forme semi-légale), le peu qui survivait de 1848. -Tout va mal en Prusse, comme ici, comme partout. C'est ennuyeux -d'assister à la fin du monde; j'en trouve le spectacle fort laid! - - [233] Le Président du Conseil en Prusse, le 12 avril 1858, - annonçait aux Chambres que le Roi venait de conférer de nouveau - les pouvoirs complets, pour trois mois, à son frère le Prince de - Prusse. - - -_Paris, 22 avril 1858._--M. Guizot est venu hier chez moi et m'a forcée à -avoir une explication sur certain passage du premier volume de ses -_Mémoires_ qu'il vient de publier[234]. Alors je la lui ai accordée, et -il a passé condamnation avec une humilité qui ne lui est pas habituelle. -Il m'a, _de lui-même_, promis de rayer, dans la seconde édition, certains -mots malsonnants; il a convenu des mauvaises interprétations dont -plusieurs paroles étaient susceptibles. Enfin, il m'a dit qu'en parlant -de l'ambassade de M. de Talleyrand à Londres, il le replacerait dans sa -vraie lumière. Il m'a priée d'observer que, de tous les écrivains qui ont -parlé de M. de Talleyrand depuis sa mort, il était celui qui l'avait le -plus ménagé; mais il a aussi ajouté qu'il regrettait et qu'il me -_demandait pardon_ de ne pas m'avoir montré ce passage manuscrit, mais -que comme j'avais décliné toute communication avec lui au sujet de M. de -Talleyrand, il n'aurait pas cru qu'il serait bien venu à m'en occuper. -Bref, il a voulu être singulièrement doux. - - [234] C'était à propos de la façon dont M. Guizot avait parlé, - dans les chapitres III et IV du premier volume de ses _Mémoires_, - de M. de Talleyrand; il s'agissait d'insinuations, malveillantes - dans le fond quoique courtoises dans la forme, dont M. Guizot - avait fait usage, au sujet du rôle politique de M. de Talleyrand - pendant la Révolution, qu'il rapprochait de celui qu'il avait - rempli au Congrès de Vienne; comme aussi de celui qu'il avait - joué lors de la restauration des Bourbons. - - -_Paris, 17 mai 1858._--C'est aujourd'hui un anniversaire qui me reporte -vivement vers un temps de ma vie dont il ne me reste plus rien que ce qui -a survécu dans mon cœur et qui s'éteindra avec cette petite flamme de -l'existence qui jette encore une faible lueur sur le court sentier qui me -reste à parcourir. Je le vois sans regret s'abréger: «_Je m'ennuie des -choses de la terre_», comme dit l'_Imitation_, sans avoir, -malheureusement, une ardeur égale des choses du ciel! - -J'ai eu une intéressante lettre d'Angleterre. Le maréchal Pélissier s'y -ennuie et demande à n'y pas rester longtemps[235]. La situation actuelle -de l'Angleterre me paraît assez pauvre, sans grand danger. Le parti Tory -est bien déchu. On fait ce que l'on peut pour réconcilier lord Palmerston -et lord John Russel, et réorganiser ainsi le parti libéral[236]; mais il -est douteux qu'on y parvienne. On dit que Macaulay se meurt et qu'il est -devenu méconnaissable. - - [235] Le maréchal Pélissier avait remplacé à Londres, comme - ambassadeur de France, M. de Persigny. - - [236] Après l'attentat d'Orsini, lord Palmerston proposa un bill - pour modifier la loi sur les réfugiés. Lord John Russel parla - contre cette proposition et froissa le Premier Ministre qui se - brouilla avec lui, et le Cabinet tomba sous le blâme d'avoir - gardé le silence sur une dépêche de M. Valewski, accusant le - Gouvernement britannique de trop de tolérance pour les réfugiés. - Quelques mois après, lord Palmerston et lord John Russel se - réconcilièrent dans une entrevue chez M. Ellice et formèrent en - juin 1859 un nouveau Cabinet. - - -_Paris, 19 mai 1858._--La nouvelle de la mort de Mme la Duchesse -d'Orléans s'est répandue bien rapidement dans Paris[237]. On peut -imaginer la diversité des impressions qu'une semblable nouvelle fait -éprouver. L'intrigue protestante, très vive et très soutenue par la -défunte, est atterrée, bien des ambitions expectantes sont déroutées. Les -fusionnistes disent: «_Pourquoi pas une année plus tôt?_» Des catholiques -fervents sont en actions de grâces. J'ignore l'impression du monde -officiel. On se demande, de partout, sous quel toit, sous quelle -direction les orphelins, qui ne sont plus des enfants, vont se trouver, -se placer et s'abriter. _Il mondo va da se_[238]. L'hostilité, l'intrigue -pâlissent devant le terrible imprévu qui, parti de haut, broie, pulvérise -tout ce qui se croit capable de l'éviter ou de le diriger. - - [237] La Duchesse d'Orléans, qui habitait alors avec ses enfants - à Richmond en Angleterre, était morte le 17 mai, enlevée en très - peu de jours par une grippe inflammatoire, et sans qu'on se soit - douté autour d'elle du danger qui la menaçait. - - [238] De l'italien: le monde marche tout seul. - - -_Paris, 21 mai 1858._--Mme la Duchesse d'Orléans a laissé un testament; -il était déposé ici, chez un notaire, qui est parti hier pour le porter à -Claremont. On suppose qu'il est plus politique que privé et qu'il est le -commentaire de celui de son mari. Les gens de bon sens s'en alarment. Il -y a foule pour aller assister aux obsèques qui auront lieu demain. Dans -cette foule, toutes les nuances orléanistes, même celles entachées de -républicanisme, s'y trouvent. Il n'y a que les fusionnistes qui -s'abstiennent, comme Guizot, Duchâtel, Broglie, le duc de Montmorency. -Les orléanistes pointus sont désolés; l'intrigue du prosélytisme -protestant fort déconcertée; les catholiques pur sang en actions de -grâces. - -Le Gouvernement a fait mettre, dans _la Patrie_ d'avant-hier au soir, un -article convenable dans la forme, habile à son point de vue dans le fond. -Dans le monde officiel, les uns sont satisfaits qu'une personne, qui, -dit-on, se trouvait plus ou moins compromise dans la plupart des -complots, qui, en tout cas, était le principe vital, agissant, -persévérant d'un des prétendants, n'existe plus. Les autres croient, -qu'elle de moins, il y a plus de chances pour que la fusion se reprenne, -et y voient un danger. Tout ceci le démontre clairement. - -M. Thiers est dans les partants, et cela contre le gré de sa femme et de -sa belle-mère, quoique Mme la Duchesse d'Orléans écrivît toutes les -semaines à Mme Dosne! Il va, dit-on, pour s'emparer du comte de Paris, si -toutefois il y parvient. Voici aussi trois cent mille livres de rente, -payées jusqu'ici par la France, qui vont faire défaut. On me dit, de -bonne source, que la Reine Marie-Amélie, quoique souffrante et alitée, a -pris cette mort subite avec un grand calme. Son cœur ni sa conscience -n'ont jamais été en sympathie avec cette belle-fille ambitieuse, -intrigante et protestante. On ajoute que les beaux-frères seront -soulagés, car elle pesait sur eux de sa volonté, de son activité et de sa -persévérance obstinée dans de certaines routes. Il n'y a que ses fils qui -soient, dit-on, désespérés. Voilà ce que je recueille de divers côtés. Je -m'abstiens de toute opinion, de toute prévision. Je suis un simple écho. - - -_Paris, 25 mai 1858._--La mort de Mme la Duchesse d'Orléans est encore le -sujet de toutes les conversations. Que de déceptions dans la vie de cette -Princesse, où l'ambition a tenu une si grande place! Quel brusque -dénouement à tant de vaines aspirations! Je ne sais rien de plus triste -que de mourir ainsi, sans avoir pu se recueillir en face de l'éternité. -Je ne cherche pas à démêler quelles seront les conséquences de cette -disparition imprévue; elles pourraient être immenses; mais, dans les -temps où nous vivons, les événements tournent le plus souvent de manière -à confondre toute prévoyance humaine. - -La Reine malade, au lit, n'a reçu aucune des personnes qui s'étaient -rendues aux obsèques. Le comte de Paris et le duc de Chartres sont pour -le moment à Claremont; ils iront ensuite en Allemagne pour voir leur -grand'mère de Mecklembourg; puis ils reviendront se fixer en Angleterre, -_chez eux_, voulant témoigner de leur indépendance à tous leurs oncles. -Il reste à chacun des deux orphelins cent quatre-vingt mille livres de -rentes, qui proviennent de l'héritage de Madame Adélaïde, et d'économies -faites, depuis longtemps, au profit de celui des deux frères qui n'avait -pas la chance du trône. - -On m'a raconté que les trois Princes, oncles, tous vêtus de noir et d'une -pâleur mate, ressemblaient aux Princes de France du temps de la Ligue; le -duc de Nemours surtout était la reproduction de Henri IV. Le testament ne -contient que des dispositions pécuniaires; mais il y a un écrit en forme -de lettre qui, pour le moment, ne sera pas publié, mais qui ne rendra pas -les chances pacifiques. La Reine a été plus saisie qu'affligée. Elle ira -à St Léonard's dans peu de jours; on espère que l'air de la mer rendra -des forces à cette pauvre Niobé. Sa faiblesse est grande et ne laisse pas -que d'inquiéter. - -A l'audience que M. le comte de Paris a donnée aux différentes personnes -venues de Paris, il a dit: «_J'ai beaucoup perdu; mais l'esprit, les -conseils de ma mère_ _me guideront toujours; c'est en ce sens qu'elle -n'est pas morte._» M. de Montguyon, présent, a eu l'inconvenance de -prendre la parole et de dire comme corollaire: «Messieurs, _est-ce assez -clair?_». Sur quoi, le comte de Paris a repris: «_Oui, messieurs, ce que -je viens de vous dire, vous pouvez le répéter à tous._» C'est un de ceux -présents qui m'a raconté cette scène. - - -_Paris, 29 mai 1858._--On n'a pas fait part de Claremont à Frohsdorff, -tandis que le Comte de Chambord a écrit spontanément à la vénérable -tante, ce qui impatiente les orléanistes pointus et les républicains à -l'eau de rose, qui se donnent le triste plaisir d'inventer les plus -grandes stupidités, des impossibilités évidentes pour irriter et exciter -la crédulité merveilleuse des partis. - -Hélas! il y a des gens mal intentionnés pour tout inventer, il y a aussi -des imbéciles pour tout croire. - -On a ouvert le testament de la Duchesse d'Orléans; le grand écrit -politique avait été retiré et détruit, parce qu'il devait être refait à -Eisenach, dans le courant de l'été, avec l'aide de M. Thiers, qui devait -s'y rendre à cet effet. - -On me mande d'Angleterre ce qui suit: «Quel singulier choix que le -maréchal Pélissier comme ambassadeur! Ses goûts, ses manières dépassent -tout ce qu'on peut imaginer; tout ici l'ennuie, ce qui n'est pas -étonnant, vu qu'il paraît avoir en haine la vie de la société et la vie -politique. La politique, les femmes, la conversation lui sont totalement -antipathiques; il lui reste le jeu et la table, mais, des personnes qui -lui ont adressé la parole, aucune n'a envie de recommencer. Il n'a pas -même voulu se faire présenter aux dames du Corps diplomatique». On a de -l'humeur dans Albion, le high-life anglais est peu propre à comprendre un -soldat africain; les défauts le choquent, les qualités lui échappent. - - - Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants. - - -_Sagan, 27 juillet 1858._--On m'écrit de Tegernsee que la santé du Roi de -Prusse se fortifie, sans apporter de changement dans l'état de -l'intelligence. - -Voici ce que je trouve dans une lettre de Londres: «On n'est préoccupé -ici que de Cherbourg et de la visite que la Reine Victoria doit y -faire[239]. Elle devait d'abord y aller avec six vaisseaux, les gens -d'esprit ont dit: «_Non, cinquante ou un seul._» Elle ira avec deux -frégates; la mer sera couverte de yachts et de steamers particuliers; les -deux Chambres du Parlement sont aussi invitées et auront leur vaisseau. -Lord Palmerston voulait y aller; mais, quand il a vu le sentiment public, -il y a renoncé.» - - [239] La Reine Victoria vint à Cherbourg pour en visiter le port; - elle fut reçue le 6 août 1858, avec autant de pompe que - d'honneurs, par l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie. - Un mois plus tard, la Reine vint à Potsdam et à Berlin pour y - voir sa fille mariée depuis quelques mois au Prince - Frédéric-Guillaume de Prusse. - - -_Berlin, 14 août 1858._--Il n'y a, pour ainsi dire, personne à Berlin; -chacun a pris le large ou est à Potsdam pour satisfaire sa badauderie. En -général, on n'approuve pas la visite actuelle de la Reine Victoria; on ne -la trouve pas suffisamment motivée au point de vue maternel et peu -délicate en regard du Roi. - -L'arrivée de la Reine à Potsdam a été tardive; les illuminations étaient -éteintes; il ne restait que tout juste assez de luminaire pour éclairer -l'immuable _paletot du Prince consort_[240] et la tenue, plus que -négligée, de la Mission britannique à Berlin, qui a mêlé ses redingotes -et ses cravates noires à la tenue de grand gala de la Famille Royale, des -autorités supérieures, réunies au débarcadère de Potsdam. Voilà pour le -début. - - [240] Appelé _paletot classique_ par Humboldt. - -Ici, à Berlin, on ne parle que du _shocking_ anglais et de la pose du -câble électrique entre l'Angleterre et l'Amérique. Ceci me frappe plus -que les cravates noires et les pantalons écrus. Nous avons beau être -accoutumés aux miracles électriques, ce nouvel effort reste étourdissant; -la terre deviendra trop petite pour la science et la puissance de -l'homme. - -Sir James Graham voulait aller à Hambourg; sur quoi lord John Russel lui -a écrit: «_How can you go to such a national humiliation_[241]?» Il -paraît que c'est là, en effet, le sentiment public. Pour la France, la -visite de la Reine Victoria à Cherbourg est une démonstration pacifique; -pour l'Angleterre, il me semble que c'est un principe d'humeur et -d'hostilité qu'on pourra bien ne pas oublier de sitôt. - - [241] De l'anglais: «Comment pouvez-vous aller à une telle - humiliation nationale?» - -Les médecins ont souhaité que le Roi de Prusse allât passer les mois de -septembre et d'octobre à Côme; il y avait d'abord consenti; puis il s'y -est refusé avec obstination et a résolu de revenir le plus vite possible -à Sans-Souci; il voulait même y arriver avant que la visite britannique -ne fût achevée, et la Reine a eu beaucoup de peine à l'en empêcher. Il -paraît que ce pauvre Roi, et cette malheureuse et royale garde-malade, -reviendront à Sans-Souci dans les premiers jours de septembre. Le Roi -n'est mieux que physiquement. - - -_Berlin, 17 août 1858._--La Cour est venue, hier, à Berlin, pour montrer -les différents palais à la Reine Victoria; le lunch a eu lieu chez la -Princesse Frédéric-Guillaume; personne d'autre n'y était invité que -l'_Olympe_, les Radziwill et moi. La Reine a été des plus gracieuses, se -souvenant de moi et de Pauline à Kensington-Palace, causante, rieuse, -animée, l'air gaie, tout à fait en bonne veine. Sa fille, plus grande que -sa mère, a pourtant l'air moins royal; elle plaît à son mari et paraît en -train de faire des enfants; elle remplit ainsi les deux grandes -conditions; en outre, elle a l'air ouvert et naturel. - - -_Berlin, 24 août 1858._--Voici une lettre d'Angleterre qui dit ceci: -«Nous sommes inquiets ici, même des libéraux quand ils sont modérés, lord -Grey, par exemple. On ne sait comment lutter contre le mal qui nous -trouble. Les hommes sérieux conviennent eux-mêmes que ce qui leur manque -le plus, c'est le courage de dire tout haut ce qu'ils pensent. Ils disent -que le premier qui ferait hardiment appel au bon sens national contre -l'esprit radical trouverait beaucoup d'appui; mais cet homme ne se trouve -pas.» - -On me disait hier que le Roi Léopold a eu un gros échec par le rejet de -sa loi sur les fortifications d'Anvers; c'était sa propre idée et il y -tenait fortement. Il en avait parlé à Londres, dans son dernier voyage, -comme de sa meilleure garantie contre les ambitions et les révolutions -françaises. On ne sait pas encore comment il a pris ce coup, et s'il fera -quelque chose pour revenir sur cette question[242]. Quand il est battu, -il devient encore plus silencieux que de coutume. - - [242] La majorité de la Chambre, en Belgique, se basant sur - l'avis que le projet du Gouvernement n'offrait pas assez de - stabilité, en alléguant qu'une place forte intérieure serait plus - utile, avait rejeté le projet du Gouvernement de fortifier le - port et la ville d'Anvers. Le lendemain de ce vote, le Ministère - donnait lecture à la Chambre de deux arrêtés royaux, l'un - déclarant que le Gouvernement retirait son projet; l'autre que la - session de la Chambre était close. - -On m'écrit de Paris de bonne source: «Lord Palmerston se propose, non pas -de quitter les affaires, comme le disent niaisement les gazettes, mais de -venir très prochainement ici faire une visite à l'Empereur Napoléon. Il -se flatte de reprendre bientôt son poste, voudrait se concerter sur sa -politique future avec l'Empereur, et se faire absoudre de quelques -incartades; il croit qu'un tel certificat lui serait utile pour remonter -au pouvoir. - -«Dans les dernières conférences de Paris, il s'est établi une singulière -entente cordiale entre la France et l'Angleterre; par suite, sans doute, -de l'entrevue de Cherbourg[243], M. de Hübner, étonné, a vivement -interpellé lord Cowley qui a répondu qu'il se conformait aux instructions -de son Gouvernement: «_En ce cas_, a dit M. de Hübner, _il est de mon -devoir d'instruire le mien de ce qui se passe_.» Le lendemain, Walewski a -dit, à l'ouverture de la séance, que lord Cowley, étant à Chantilly, -l'avait prié de le représenter en lui donnant ses pleins pouvoirs. Dans -le cours des entretiens que l'Empereur a eus à Plombières avec M. de -Cavour[244], l'Empereur a dit, au milieu de beaucoup d'autres choses: -«_Dans peu de temps, on sera bien surpris en Europe de mes nouveaux -rapports avec le Gouvernement anglais; on verra que l'alliance s'est -fortifiée au lieu de s'affaiblir._» - - [243] Cette Conférence, où siégeaient les plénipotentiaires de - France, d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse, de Russie, - de Sardaigne et de Turquie, avait pour but de régler - l'organisation des Principautés danubiennes. Le 19 août, la - première partie de cette tâche étant accomplie, une convention, - arrêtée et signée, devait former un acte additionnel au traité de - Paris. La Conférence, ayant rejeté le travail de la Commission - relatif à la navigation du Danube, ce point resta encore en - suspens. - - [244] L'attentat d'Orsini fut le point de départ mystérieux de la - phase des affaires italiennes et l'origine de la guerre de 1859, - préparée, au fond, dès le Congrès de 1856. A partir de cette - époque, la situation prit une gravité singulière et un - emportement effaré sembla régner à Paris. Deux diplomaties s'y - jouaient en même temps. D'un côté, le comte Walewski s'adressait - de toutes parts pour réclamer des garanties contre le droit - d'asile; de l'autre, l'Empereur Napoléon très tourmenté, surtout - depuis la lettre qu'Orsini lui avait adressée la veille de son - exécution, trouvait que, s'il y avait des conspirateurs, la faute - était à la situation violente de l'Italie; et dans l'intimité des - Tuileries, il se disait _que tant qu'il y aurait des Autrichiens - en Italie, il y aurait des attentats à Paris_. Au mois de mai - 1858, l'Empereur Napoléon faisait écrire secrètement au comte de - Cavour une lettre contenant tout un plan d'alliance entre la - France et le Piémont, les conditions d'arrangements réciproques, - et même une proposition de mariage du prince Napoléon avec une - fille du Roi Victor-Emmanuel; et il faisait prévenir de la - possibilité d'une négociation décisive. Rien n'était pourtant - possible sans une entrevue, et comme il en fallait détourner les - soupçons, le docteur Conneau (médecin de l'Empereur) passa en - juin par Turin, sous prétexte d'un voyage de plaisir en Italie, - chargé de convenir d'une excursion, sans éclat, du comte de - Cavour à Plombières où l'Empereur devait se rendre. Le Comte s'y - achemina, en effet, sans bruit et y arrivait le 20 juillet. De - suite, l'Empereur aborda le sujet en question et se dit décidé à - appuyer la Sardaigne de toutes ses forces dans une guerre contre - l'Autriche, pourvu que la guerre fût entreprise pour une cause - non révolutionnaire, qui pût être justifiée aux yeux de la - diplomatie et de l'opinion publique en France et en Europe. Il - toucha ensuite la constitution d'un royaume italien de onze - millions d'âmes, la cession de la Savoie et de Nice à la France, - et le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde. - Durant l'automne, on sortait des conventions verbales pour la - signature d'un traité d'alliance offensive et défensive entre la - France et le Piémont; et au grand étonnement de la France mal - informée, Napoléon III, en recevant le 1er janvier 1859 le - corps diplomatique, témoignait brusquement à M. de Hübner, - ambassadeur d'Autriche, son regret que les relations fussent - _mauvaises_ entre Paris et Vienne. Ces quelques mots et ceux que - le Roi Victor-Emmanuel prononçait quelques jours après, le 10 - janvier, en ouvrant les Chambres, furent en quelque sorte - l'éclair précurseur de l'orage qui allait éclater. C'était la - première conséquence des engagements de Plombières. - -D'autre part, on me mande que la Bretagne est conquise à l'Empire, que -les légitimistes sont totalement découragés et les orléanistes furieux. - - -_Berlin, 31 août 1858._--Le Roi arrive après-demain à Sans-Souci. La -Reine demande, d'une façon expresse, qu'il n'y ait personne au -débarcadère de Potsdam, ni au perron de Sans-Souci. Il est même douteux -que le Prince de Prusse s'y trouve au premier moment. M. de Manteuffel a -dit, à un membre important du Corps diplomatique qui me l'a répété en -confidence, que l'on n'attendrait assurément pas la réunion des Chambres -pour procéder à un état de choses moins provisoire que ce qui a lieu -depuis un an. M. de Manteuffel et M. von der Heydt, s'étant bien insinués -dans l'esprit du Prince de Prusse, se croient certains de conserver leur -poste sous la Régence, ce qui fait qu'ils y poussent, tandis que -Westphalen, Raümer et Waldersee, sentant qu'ils seraient expulsés, s'y -opposent. Personne ne croit à l'abdication, que ni Roi, ni Reine -n'admettent; mais le mot de _Régence_ se prononce de plus en plus dans -les cercles élevés et dans le public. - -On dit que la Reine Victoria, en échange de la complaisance qu'elle a eue -d'aller à Cherbourg, a obtenu l'abandon de toute insistance pour le canal -de Suez. Ce qui est plus sérieux, c'est que l'Empereur Napoléon, qui a -beaucoup causé avec M. de Cavour à Plombières, lui a fait de fort belles -promesses pour l'affranchissement de l'Italie. C'est l'Empereur qui a -voulu voir M. de Cavour et lui a fait dire de venir à Plombières. Il -voulait, d'abord, que la visite fût secrète. Cavour s'y est refusé et a -demandé la publicité qui lui a été accordée. Le Comte de Chambord, -pendant sa visite à Bruxelles, a dit au Roi Léopold: «_Je ne sais pas ce -qui arrivera en France, ni quand il y arrivera quelque chose; mais il n'y -arrivera rien sans que je n'y sois et que j'en sois._» Le Roi Léopold n'a -pas manqué d'écrire ces paroles au duc d'Aumale. - -Voici deux bons mots du duc de Malakoff, un peu risqués, mais n'importe. -L'Impératrice Eugénie voulait que le mariage, avec Mlle de la Paniega, se -fît le 8 septembre[245], anniversaire de la prise de Malakoff. «Non, a -répondu le Maréchal, je l'ai pris le 8, mais je n'y suis entré que le 9.» -La comtesse Walewska, qui fait la corbeille, trouve le futur un peu -avare. Elle voulait qu'il donnât deux rivières de diamants; sur quoi il -lui a dit: «Non, une est suffisante pour s'y noyer.» - - [245] Le mariage ne fut célébré que le 2 octobre 1858. - - -_Berlin, 5 septembre 1858._--J'ai été en communication avec des revenants -de Potsdam bien informés: il n'y a ni aggravation, ni amélioration dans -l'état du Roi, _statu quo_ complet. On croit qu'une sorte d'intuition, à -moitié voilée, préoccupe, agite et a fait tenir à revenir à Sans-Souci -pour y prendre un grand parti. Seulement, la faculté d'exprimer, de -formuler sa pensée, la laisse incertaine pour les entours les plus -intimes; on suppose plus qu'on ne sait. - -Dès les premières heures du retour, la Reine a été circonvenue de -plusieurs faiseurs prêchant dans un sens, tiraillant dans l'autre, sans -laisser à cette pauvre martyre le temps de respirer. Cependant, elle ne -s'est rendue ni aux uns, ni aux autres, et il me semble qu'on atteindra -ainsi la fin du mois. Mais deux choses me paraissent résolues: un nouveau -départ pour Méran, peut-être pour Gênes après; ce départ aurait lieu dans -les premiers jours d'octobre. Avant, il y aurait une résolution -définitive de prise, en ce sens que l'état actuel se modifierait, non par -une abdication, mais par une Régence. - -On a remis au Prince de Prusse un mémoire sur les différentes formes à -donner au définitif relatif; une de ces formes s'appelle _Co-Régence_. Le -Prince a rendu ce mémoire après avoir mis en marge: «_Jamais_», ce qui -est fort sage. - -M. de Manteuffel est tout à la politique française; l'influence anglaise -est plus particulièrement dans une partie de la Famille Royale, tandis -que l'autre tourne ses regrets vers la Russie. Personne ne me semble -assez pénétré que le plus sage et le plus prévoyant serait de tendre -honnêtement la main à l'Autriche. Du reste, il faut en convenir, l'étoile -napoléonienne est, pour l'instant, resplendissante. Tout lui sourit, -depuis la Bretagne jusqu'à la Chine. Le berceau de la fidélité -monarchique a passé à d'autres amours! - -Le mariage Malakoff est fixé au 2 octobre. L'Impératrice donne, non pas -la corbeille, mais le trousseau; elle veut attacher le Maréchal à sa -fortune en le faisant son allié... Mais lui, quel vieux fou! S'affubler, -à soixante-trois ans, d'une Espagnole, belle à miracle, et qui, dit-on, a -bien de la peine à se résigner à une pareille union! - - -_Berlin, 8 septembre 1858._--On m'écrit que la duchesse Mathieu de -Montmorency a laissé douze cent mille livres de rente. En conscience, il -devrait en revenir une part à M. Cousin; les grandes dames du passé lui -doivent quelque chose. Que lui auraient-elles donné s'il avait dit, de -leur vivant, tout ce qu'il en dit aujourd'hui? La duchesse Mathieu -descend en ligne droite de la duchesse de Chevreuse (connétable de -Luynes en premières noces), qui a inspiré un des jolis articles de M. -Cousin. - -M. de Falloux me mande des confins de la Bretagne: «Les ovations -napoléoniennes de la Bretagne n'ont pas ébranlé le parti légitimiste. -Tant que l'Empereur Napoléon vivra et régnera, il pourra avoir de -semblables satisfactions; mais elles ne le feront pas vivre ni régner un -jour de plus. Ce sont des succès plus bruyants et plus brillants que -sérieux; pour quelque temps, l'apparence vaut la réalité, sans que ce -soit pourtant la même chose. Il y a dans la situation de l'Empereur -Napoléon des faiblesses que ni les rencontres royales ni les -applaudissements populaires ne peuvent guérir, et sa destinée dépend de -plus grandes causes.» - - -_Berlin, 11 septembre 1858._--Avant-hier, M. de Manteuffel a eu la -première conversation sérieuse avec la Reine, qui en est sortie -extrêmement agitée. Les médecins se taisent et haussent en silence les -épaules; les courtisans l'effrayent en lui disant que si elle prononce le -mot _Régence_ au Roi, elle peut l'exposer à une attaque subite et -mortelle. Les ministres, c'est-à-dire deux ministres, disent que _la -Régence_ est indispensable, que tous les équivalents, sans le nom, ne -suffiront pas au public, pas aux Chambres, qui tiendront d'autant plus au -nom de _Régence_ que le serment de la Constitution s'y rattache. - -Le Prince de Prusse s'enfuit aux manœuvres de Silésie, de Hanovre, de -Varsovie, pour n'avoir pas à s'expliquer. Il y a des personnes qui -disent qu'on pourrait éviter l'action des Chambres par un Conseil de -famille qui déférerait la Régence au Prince, sans que le Roi en ait, pour -ainsi dire, la connaissance et le déplaisir; mais, avec une famille si -désunie, cela n'est pas possible. La Reine, et ce qu'on commence déjà à -appeler _la vieille Cour_, voudraient une simple _délégation illimitée_, -comme durée et comme pouvoir; mais cela ne convient pas aux hommes -proprement dits _politiques_, ni au public qui veut du définitif. Puis -vient la question du voyage. La Reine est persuadée qu'il est urgent -qu'il ait lieu au début d'octobre. Mais où aller? Le Roi redoute -l'Italie; Méran, en Tyrol, n'est bon qu'en automne, horriblement triste -en hiver, et dénué de toutes ressources; Venise est trop pauvre en -promenades pédestres, qui remplissent les deux tiers des journées -royales; Gênes, trop exposé à l'air irritant de la mer et au soleil trop -vif; Rome, _impossible_ pour la Reine[246]. Il y a des voix qui s'élèvent -pour Pau; enfin, d'autres indiquent l'île de Wight, mais il y aurait pour -le Roi l'agitation d'être près de la Reine Victoria, sans la voir; car le -Roi est plus séquestré que jamais, d'après la volonté expresse des -médecins. On ne permet pas à Humboldt de le voir, ce qui est pour -celui-ci un chagrin profond et une véritable blessure. Quelqu'un, qui -voit de près, me disait que, dans son opinion, il n'y aura jamais -guérison, et que probablement il y aura déchéance, lentement -progressive, qui finira par conduire à un état d'enfance. - - [246] La Reine Élisabeth, qui était une Princesse de Bavière, - avait, sous la pression de son beau-père Frédéric-Guillaume III, - quelques années après son mariage, abjuré la religion catholique - pour entrer dans l'Église protestante. Malgré cette situation - difficile, le Roi et la Reine passèrent à Rome la plus grande - partie de l'hiver 1858-1859. - - -_Sagan, 16 septembre 1858._--Avant-hier, je suis allée à Sans-Souci, où -j'ai vu le Roi sur la terrasse, et la Reine seule dans son cabinet, si -confiante, si causante, si différente de ce qu'elle est habituellement -que j'en ai été frappée et émue. Pauvre femme! Quelle tâche, et comme -elle est noblement et simplement accomplie! Elle a abordé bien des -difficultés de sa position, et j'ai clairement vu que, si le Roi n'est -pas assez lucide pour juger par lui-même, il l'est cependant assez pour -opposer sa volonté à celle des autres, pour être _méfiant_, en un mot -pour rendre les responsabilités de toutes choses, grandes et petites, -bien difficiles. C'est ainsi qu'avant-hier tout était doute: -partira-t-on? restera-t-on? où ira-t-on? Toutes questions irrésolues -encore. La Reine désire vivement le départ et une absence prolongée; elle -se résignerait même à Rome, ce qui cependant, pour elle, ne saurait être -que pénible. Le Roi a horreur de l'idée de l'Italie. Que c'est bizarre! - -La question politique devient tellement _brûlante dans le pays_ qu'il -faudra qu'elle soit bientôt décidée, et je crois, pour ma part, à _la -Régence_, la chose appelée par son nom. Mais cette Régence, sera-t-elle -octroyée? Par qui? Dans quelle forme? Les plus intéressés n'en savaient -rien, il y a deux jours. - - -_Sagan, 27 septembre 1858._--J'ai eu une lettre de Sans-Souci, du 24, -dans laquelle on me dit que, jusqu'à ce jour, on avait inutilement -guetté un joint qui permît de porter la pensée du Roi sur l'acte devenu -si urgent. Il semblait éviter de laisser tomber un seul mot qui facilitât -une proposition à lui faire accepter; aussi était-on décidé à tout faire -d'emblée, proposition et acte à signer, le tout en un quart d'heure. -Comment cela réussira-t-il? On est dans une grande angoisse sur l'effet -moral et physique. - -J'apprends à l'instant que le voyage est décidé: d'abord pour Méran, d'où -on s'enfoncera en Italie. On doit quitter Sans-Souci le 10 ou 11 octobre. -La Reine a désiré aller passer une demi-journée à Dresde, pour consoler -sa pauvre sœur jumelle, désolée de la mort de la jeune et florissante -Archiduchesse Marguerite[247]; mais le tyrannique docteur Bœger l'a -positivement interdit. La Reine s'est soumise, mais on voit par là à quel -point _tout_ est redouté pour le Roi. - - [247] Fille du Roi de Saxe et première femme de l'Archiduc - Charles-Louis d'Autriche. Cette Princesse venait de mourir en - couches. - -La presse prussienne prend des allures si vives, et sur la Régence et sur -les élections, qu'on saisit une gazette après l'autre. - - -_Sagan, 9 octobre 1858._--Je suppose qu'aujourd'hui ou demain nous aurons -la Régence; car il paraît que le Prince de Prusse a tenu bon et -décidément qu'il emporte, non seulement le pouvoir, mais le _titre_. - - -_Sagan, 14 octobre 1858._--J'ai reçu une lettre de la Princesse Charles -de Prusse, écrite le lendemain du départ du Roi de Berlin. En voici le -résumé: «Le Roi, en partant, était mieux que la semaine précédente, qui -avait été très fâcheuse; à tout prendre, moins bien qu'avant Tegernsee. -On n'a pas voulu que la famille lui fît ses adieux à Potsdam; il a été -lui-même avec la Reine recevoir ces adieux, à Glienicke et à Babelsberg; -il était cassé et voûté; les regrets ont été très douloureux en quittant -Sans-Souci. On croit, dans la famille, qu'il sera plus facile d'empêcher -le Roi de quitter Méran que de le décider pour l'Italie. On suppose qu'il -passera tout l'hiver dans le Tyrol. - - -_Sagan, 4 novembre 1858._--Je pense que l'élaboration ministérielle à -Berlin est maintenant chose faite. MM. de Budberg et de Moustiers seront -de moins belle humeur; car c'est contre leur alliance qu'on élèverait un -drapeau anglo-austro-prussien, que le Prince de Hohenzollern-Sigmaringen -serait chargé de tenir haut et ferme. Il y a, au-dessus et au-dessous de -toutes ces combinaisons ministérielles, la question des élections. Les -démocrates s'agitent et ils ont singulièrement haussé le ton depuis la -Régence. - -Les nouvelles du Roi, depuis qu'il est à Méran, sont tellement meilleures -que la Reine se reprend à l'espérance d'un rétablissement qui, après les -changements que le Régent est en train d'opérer, ne laisserait pas que de -rendre la confusion suprême. - - -_Sagan, 11 novembre 1858._--Avant de rien préjuger sur le nouveau Cabinet -prussien, il faut le voir à l'œuvre, et quelles Chambres il aura à -gouverner[248]. Les élections se font ces jours-ci et agitent tout le -pays. On dit que le prince de Hohenzollern ne donne que son nom au -Cabinet, que M. d'Auerswald en sera l'âme et le _leader_. On s'étonne -seulement qu'on l'ait nommé ministre du Trésor, vu qu'il a mangé sa -propre fortune et celle de sa femme. - - [248] Le nouveau Ministère prussien était ainsi composé: le - prince de Hohenzollern-Sigmaringen, président du Conseil; M. - d'Auerswald, ministre d'État; M. de Schleinitz, ministre des - Affaires étrangères; le général de Bonin, ministre de la Guerre; - M. de Patow, ministre des Finances; le comte Pückler, ministre de - l'Agriculture; M. de Bethmann-Holweg, ministre des Cultes; M. de - Heydt, ministre du Commerce; M. Simons, ministre de la Justice; - M. de Flottwell, ministre de l'Intérieur. - - -_Sagan, 16 novembre 1858._--Je ne parlerai pas politique prussienne; les -élections répondent aux craintes des conservatifs comme aux espérances -des démocrates. Il y aurait présomption à vouloir tirer maintenant les -horoscopes; je m'en abstiens, malgré le peu de goût que j'ai pour la -résurrection de certains noms malsonnants qui se présentent avec bonne -chance aux élections, et pour la licence des gazettes. Tout cela rappelle -1848; mais il faut croire que le Ministère actuel saura être libéral, -sans danger pour l'État, modéré sans faiblesse, triomphant sans -entraînement. Je lui souhaite bonne chance, car je lui crois -d'excellentes intentions, mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes -intentions? - - -_Sagan, 20 novembre 1858._--Je ne sais trop que penser de l'état des -choses qui a subi un si rapide changement. S'il fallait classer les -partis, je dirais que les conservatifs sont en _défiance_, les libéraux -en _confiance_, les démocrates en _espérance_; ils voient, dans la porte -qu'on a entr'ouverte, un arc de triomphe par lequel ils espèrent entrer, -pour faucher ce que 1848 a épargné. Les Ministres semblent déjà -s'effrayer un peu de leur premier début, puisque le ministre de -l'intérieur a publié une seconde circulaire pour expliquer la première, -et dire que celle-ci avait été mal comprise par le public[249]; mais ceci -est un coup d'épée dans l'eau, car l'impulsion imprudente a été donnée. -Il est bien à craindre que les élections ne s'en ressentent, et cette -reculade du Ministère l'affaiblit sans faire revenir les esprits. - - [249] Dans une allocution que le Prince-Régent de Prusse avait - adressée le 8 novembre au Ministère d'État, après la - reconstitution du Cabinet, le Prince avait dit que, s'il s'était - opéré un changement dans les conseillers de la Couronne, cela - avait eu lieu parce qu'il avait trouvé chez tous les conseillers - choisis par lui l'opinion qui était la sienne, à savoir: _qu'il - ne pouvait être question, ni maintenant, ni jamais, d'une rupture - avec le passé_, qu'il s'agissait seulement d'améliorer, là où - l'arbitraire s'était fait sentir. L'opinion s'étant fort agitée - sur ces paroles, les Ministres crurent nécessaire de les - expliquer; mais ces explications étaient enveloppées d'obscurité - et leur langage nébuleux rendait impossible d'y pénétrer. - - -_Sagan, 25 novembre 1858._--Voici les élections accomplies. Ici, on a -nommé deux députés centre droit, et le troisième centre gauche; il serait -à désirer qu'on n'eût pas fait de plus mauvais choix dans les autres -collèges électoraux du Royaume; mais les gazettes nous apportent bien des -noms malsonnants. Je ne crains pas grand'chose pour la session. Le -gouvernement n'y présentera rien qui permette la discussion; rien que -l'_urgent_. La gauche voudra jouer la modération, et les _pointus_ de -droite seront évidemment plutôt découragés. La grande bataille ne se -livrera qu'à une seconde session; même la première Chambre sera, je -crois, dans la prochaine, assez mesurée et prudente. Gouvernement, -Chambres, pays, _tutti quanti_, sont encore pour l'instant plus -ébouriffés que clairvoyants et assurés. - - -_Sagan, 7 décembre 1858._--Je ne crois pas que la panique financière soit -terminée pour de bon. L'atmosphère est bien lourde, bien chargée. Les -propos à Compiègne ont été fort guerriers, les dénégations entortillées, -insuffisantes. A Vienne, on est fort averti. Bref, je ne pense pas que je -puisse prudemment me prolonger en France, où je compte me rendre dans un -mois, au delà du début printanier, si toutefois j'y puis rester -jusque-là. Si lord Palmerston ne rentre pas au Ministère, il y aura -chance pacifique; s'il y rentre, je vois le feu aux étoupes. Les amis du -Régent l'ont mal servi en publiant son programme[250], sujet actuel d'une -controverse vive et d'une argumentation au moins inutile. Les Rois, ou du -moins les Régents, ne devraient jamais se livrer nominativement au -public. - - [250] Ce programme était tout entier dans l'allocution du - Prince-Régent au Ministère d'État, dont nous avons déjà parlé - plus haut, et qu'une indiscrétion avait fait connaître aux - gazettes qui, naturellement, l'imprimaient avec plus ou moins de - vérité. - - - - -1859 - - -_Paris, 18 janvier 1859._--J'ai vu pas mal de monde hier. - -Depuis vingt-quatre heures le vent est des plus pacifiques. Le recri du -commerce et de l'industrie, la pression de l'Angleterre, les démissions -offertes par plusieurs ministres, ont fait reculer. _On n'a rien -abandonné_, mais reconnaissant le moment défavorable, on a ajourné, au -grand déplaisir de l'Impératrice Eugénie, qui est une des plus vives pour -substituer les chances de la guerre aux dangers des assassins. On a -envoyé quelqu'un à Londres pour tout expliquer, dans le sein de la paix, -et on a transmis au prince Napoléon, au général Niel, à M. Bixio à Turin, -des recommandations d'agir avec la plus grande prudence[251]. - - [251] Le prince Napoléon, accompagné du général Niel et de M. - Bixio, était parti de Paris le 13 janvier pour Turin, où son - mariage avec la princesse Clotilde, fille du Roi Victor-Emmanuel, - fut célébré le 30 du même mois. - -Ni M. Walewski, ni la princesse Mathilde (à peu près brouillée avec son -frère) n'ont eu connaissance du mariage sarde que lorsque tout a été -convenu. - - -_Paris, 20 janvier 1859._--Le Roi Jérôme a dit, avant-hier, à une -personne qui l'a répété, qu'il n'y aurait pas de guerre cette année, tous -les nécessiteux ayant pu, par un jeu de baisse, se relever. - -A Rome, la Reine de Prusse a reçu le cardinal Antonelli. Le Roi prend de -plus en plus intérêt à ce que lui offre la Ville éternelle. Il répète -souvent avec une sorte d'agitation précipitée qu'il veut voir le Pape. -«_J'ai tant de choses à lui dire._» Ses entours en sont surpris et -embarrassés. Tout ceci n'est-il pas bien étrange? - -A un grand dîner diplomatique donné ici, il y a quelques jours, par -l'ambassadeur de Russie, M. de Kisseleff, sans qu'il y eût anniversaire -ou motif particulier, l'Ambassadeur s'est levé et a dit qu'il était sûr -de répondre au désir des convives, en portant la santé de l'Empereur des -Français. On s'est regardé et on a bu, M. de Hübner y compris. Puis, le -comte Walewski s'est levé à son tour, disant qu'il était sûr de répondre -au désir général en portant la santé de l'Empereur de Russie. Autre -échange de regards plus ou moins surpris. On ne s'explique pas cette -démonstration sans motif spécial. - - -_Paris, 23 janvier 1859._--Paris est toujours à la guerre. On parle d'un -traité offensif et défensif, signé entre la France et la Sardaigne, sans -lequel M. de Cavour ne consentirait pas au mariage de la princesse -Clotilde. Cependant ce fait qui se répète beaucoup ne m'est pas démontré. - - -_Rochecotte, 3 février 1859._--Quand j'ai quitté Paris, on était -mi-partie à la guerre, mi-partie à la paix. Ce qui paraît certain, c'est -que si la pression extérieure, qui hélas! est bien peu unie et ferme, ne -pèse pas dans la balance pacifique, c'est Pélissier qui commandera -l'armée de Paris pour y maintenir l'ordre pendant l'absence de -l'Empereur, lequel Empereur veut commander en personne l'armée des Alpes, -Canrobert celle de réserve. Les nouvelles d'Algérie, d'où on retirerait -des troupes en cas de guerre, sont qu'aussitôt l'armée diminuée, les -Arabes se révolteraient sur nouveaux frais; déjà les assassinats -recommencent depuis que le nouveau système du prince Napoléon y est -établi. Les banqueroutes se succèdent à Paris et en province. En un mot, -désarroi partout et bien des nuages à tous les horizons. - - -_Rochecotte, 8 février 1858._--Mon fils, qui a assisté à la séance du -Corps législatif, m'écrit qu'elle a été des plus froides; ni cris, ni -applaudissements, rien pour l'Impératrice. Il en a été de même à -l'arrivée à Paris de la princesse Clotilde; les hommes n'ôtaient pas même -leur chapeau. - -Le discours d'ouverture de l'Empereur ne paraît pas suffisant pour faire -croire à la paix réelle; il ne parvient pas à rétablir la confiance -profondément ébranlée. Les journaux du Gouvernement parlent d'un grand -enthousiasme que les spectateurs impartiaux nient. En attendant, les -banqueroutes vont grand train, et les armements et préparatifs de guerre -ne discontinuent pas. On reste très inquiet. - - -_Rochecotte, 14 février 1859._--Je viens de lire l'ouvrage que Mme la -comtesse d'Harcourt a publié sur Mme la Duchesse d'Orléans. Cette lecture -m'a plu. C'est un récit ému, naturel, d'une destinée brillamment et -tristement dramatique; assez de passion pour aller au delà du vrai, et -pourtant, une certaine retenue habile sur les moments délicats. C'est une -lecture très agréable où la mémoire de la Princesse est heureusement -sauvegardée et honorée, utile à son souvenir, et peut-être même à -l'avenir de ses enfants[252]. - - [252] Ce livre, qui parut au printemps de 1859, chez l'éditeur - Michel Lévy à Paris, ne portait pas le nom de son auteur. - - -_Rochecotte, 28 février 1859._--Je crois de plus en plus à la guerre. -L'Empereur Napoléon a dit à M. de Villamarina, le ministre de Sardaigne à -Paris, à l'occasion de la mission de lord Cowley à Vienne: «_Rassurez -votre maître, cette mission ne saurait aboutir._» C'est bien pour cela -qu'il y a consenti. Il paraît certain, en effet, que si l'Angleterre veut -la paix, elle n'en prend guère les moyens, car lord Cowley est chargé de -propositions qui me paraissent inadmissibles[253]. Et ce pauvre Pape? Je -ne m'étonne pas qu'aux Tuileries on se prête à évacuer Rome, car ce sera -le signal de troubles dans lesquels on puisera le prétexte qu'on cherche -depuis longtemps. A côté de ces sombres prévisions, on s'amuse, à Paris, -comme dans les jours de la plus grande quiétude. Il n'est bruit que de -bals; cinq bals costumés chez les Ministres, mille invités hier chez Mme -Duchâtel. - - [253] La guerre était imminente, mais les Puissances médiatrices, - comprenant que si elles voulaient en conjurer le fléau, elles - devaient s'interposer activement, l'Angleterre donna à lord - Cowley (alors ambassadeur de Londres à Paris), la mission de se - rendre à Vienne pour sonder les dispositions de l'Autriche et - amener la régularisation de ses rapports avec la Sardaigne; mais - tout s'évanouit, quand, le 20 mars, éclata, en pleine Europe, une - proposition de Congrès, venant de Pétersbourg (et en réalité, - répondant à un vœu secret des Tuileries), qui compliquait la - situation au lieu de la simplifier, en la faisant entrer dans une - voie sans issue. Ce Congrès ne pouvait être et ne fut qu'une - chimère. - -On me mande qu'on ne parle d'autre chose que de bals chez Mme de Boigne, -où le duc de Fezensac a lu, l'autre jour, un fragment de mémoires sur son -enfance pendant la Terreur à Méréville[254]. Là, et alors aussi, on -s'amusait. La nouvelle du 21 janvier 1793 suspendit, à Méréville, une -comédie qu'on s'apprêtait à y jouer. On dit que ces mémoires sont à la -fois naturels et piquants. - - [254] La révolution de 1848 ayant mis fin à sa carrière politique - et militaire, le duc de Fezensac avait employé ses loisirs à - écrire les souvenirs des grandes guerres de sa jeunesse dont il - fit plus tard la publication. - - -_Rochecotte, 8 mars 1859._--J'ai lu le fameux article du _Moniteur_, -ainsi que la reculade de mauvaise humeur qu'il contient[255]. Je suppose -que ce qui y a le plus contribué, c'est l'animosité de l'opinion en -France, en Angleterre, et celle qui me paraît presque exaltée en -Allemagne. Il a donc reculé (je veux dire l'Empereur Napoléon) et reculé -le premier. Cela disposera peut-être l'Autriche à faire quelques petites -concessions qui lui concilieront encore plus Londres et Berlin. Il est -vrai que, dans cet article grognon du _Moniteur_, on ne pouvait plaider -la cause de la paix dans un style plus belliqueux; il y a des gens qui -diront que le principal motif de l'article a été la nécessité de rassurer -ce pauvre Corps législatif qui montre quelques velléités de sortir de son -obéissance muette et passive. Mais l'article sera-t-il suffisant pour -rendre la sécurité? Je n'y vois qu'un sursis, c'est beaucoup, mais est-ce -assez? - - [255] Le _Moniteur_ du 4 mars contenait simplement ces mots: «_Le - Constitutionnel_ annonce que l'évacuation des États romains par - nos troupes a été ordonnée, et que le corps d'armée français a - déjà reçu l'ordre de se diriger sur Civita-Vecchia. Cette - nouvelle est au moins prématurée.» Puis le lendemain, le - _Moniteur_ publiait une déclaration démentant tour à tour les - bruits relatifs à des engagements contractés avec la Sardaigne et - assurait qu'il n'y avait que la promesse, faite par la France, de - défendre la Sardaigne contre tout acte agressif de l'Autriche, - qui n'était nullement de nature à faire redouter la guerre. - -On me parle de conversations étranges entre M. de Persigny et l'Empereur, -puis entre M. de Persigny et le marquis de Villamarina. - -On dit que M. de Persigny, qui prêche la paix, comme Pierre l'Ermite -prêchait la Croisade, somme le Piémont de dégager l'Empereur de ses -engagements. M. de Morny et M. Baroche garantissent la paix au Corps -législatif; cela suffira-t-il pour empêcher qu'il réclame contre le peu -de compte qu'on fait de lui, quand on présente à sa commission un budget -de paix, au moment où la guerre paraît près d'éclater? De tout ceci, la -Bourse se remet à monter et on peut se croire quelques mois de plus de -tranquillité. - - -_Rochecotte, 14 mars 1859._--A l'occasion de la démission du prince -Napoléon[256], on disait dans Paris, en y appliquant le titre d'une -comédie qui a fait du bruit au Théâtre-Français: _La joie fait peur_. Je -crois la guerre inévitable; mais comme on n'est prêt ni ici ni en -Piémont, qu'il faut encore trois mois pour achever tous les préparatifs -et qu'on veut pouvoir les compléter en paix, on a l'air de se prêter à -des négociations sur l'utilité desquelles on s'efforce de rassurer -secrètement M. de Cavour. J'ai bien peur qu'en Prusse on ne se fasse de -grandes illusions ainsi qu'à Londres et qu'on ne se prépare, dans un -certain délai, une grande journée des dupes. - - [256] Sur son désir, le prince Napoléon s'était déchargé du - ministère de l'Algérie et des Colonies. - - -_Rochecotte, 31 mars 1859._--Je me souviens d'un mot de Mme de Maintenon: -«Il n'y a que la mort qui termine nettement les embarras de la vie.» -Quelque embarrassé qu'on soit, la porte qui seule en tire n'est du goût -de personne. Il arrive un temps, hélas! où on n'a plus de plaisir à -vivre, tout en ayant terreur de mourir. C'est un peu mon cas. Quel être -inconséquent et impossible à satisfaire que l'être humain! - -Il y a quelques jours que la nouvelle du Congrès tranquillisait tout le -monde; depuis, on n'y a plus la même confiance. On croit qu'en le -proposant, la Russie tendait un piège, qu'elle coupait l'herbe sous les -pieds de l'Angleterre, et en France on se flattait d'un refus de -l'Autriche d'y assister. Quand on ne croit plus à la bonne foi de -personne, où placer sa confiance? - -Les uns me mandent, ce sont ceux qui se cramponnent à la paix, que le -prince Napoléon est de mauvaise humeur et Cavour mécontent; ceux qui, -surtout, prévoient la guerre, prétendent que le prince Napoléon est -rayonnant et Cavour souriant[257]. - - [257] Au moment où éclatait la proposition de Congrès, la - situation commençait à devenir critique; une scène des plus vives - avait eu lieu à Paris entre le comte Walewski et le représentant - sarde, M. de Villamarina. Le ministre des Affaires étrangères se - laissait emporter jusqu'à dire que «_l'Empereur ne ferait pas la - guerre pour favoriser les ambitions de la Sardaigne; que tout - devait être réglé par un Congrés auquel le Piémont n'avait aucun - droit de participer_». Un langage aussi acerbe était tenu à Turin - par le ministre de France, le prince de la Tour-d'Auvergne. Le - comte de Cavour se hâtait de faire face à l'orage. Il expédiait - une lettre du Roi à l'Empereur à laquelle celui-ci répondait - simplement: «_Que le comte de Cavour vienne à Paris sans plus de - retard._» Cavour était à Paris le 25 mars, où il eut des - entrevues successives avec l'Empereur et reçut aux Tuileries un - accueil cordial; mais il ne tarda pas à s'apercevoir de tout un - travail dans l'entourage de l'Empereur, qui n'avait pas seulement - pour objet le maintien de la paix (fût-ce par le sacrifice du - Piémont), mais qui tendait à l'écarter lui-même comme le - principal obstacle à la paix. M. de Cavour rentrait à Turin le - 1er avril, quand, peu de jours après, l'Autriche envoya, le 23 - avril, au Roi de Piémont un _ultimatum_ qui n'était autre que la - sommation immédiate de son désarmement, et que le moindre - sentiment de fierté lui interdisait d'accepter. Les hostilités - étant devenues imminentes, l'armée française franchit les Alpes. - -Il faudrait un baromètre bien subtil pour marquer exactement la -température parisienne, européenne, pour dire vrai; car partout, il y a -fluctuation. - -A propos de Cavour, on raconte que la veille de son départ, il aurait dit -en ricanant à Rothschild: «_Je sais fort bien que si je donnais ma -démission, les fonds monteraient de trois pour cent._»--«_Mieux que -cela_», lui a répondu le juif, assez brutalement. Israël se met à avoir -de l'esprit et presque du courage, quand il s'agit de voir des millions -s'engloutir. - -La princesse Clotilde a été au concert chez la duchesse de Hamilton. Il -ne s'y trouvait que des étrangers ou du monde officiel. Elle n'avait pas -_osé_ en inviter d'autres, quoique ses intimités se trouvent concentrées -dans le faubourg Saint-Germain. La duchesse d'Albuféra, qui était à ce -concert, me mande qu'elle a trouvé la princesse Clotilde mieux qu'elle ne -pensait d'extérieur. - - -_Paris, 8 avril 1859._--On hésite toujours ici à fixer définitivement le -lieu où se tiendra le Congrès; mais le veut-on sérieusement? Il y a bien -des habiles qui en doutent. On ne voit que pièges et duplicités partout, -notamment de la part de la Russie; la méfiance est générale. L'Empereur -Napoléon ne s'attendait pas à la dissolution du Parlement anglais; il -espérait la venue de lord Palmerston au Ministère; malgré cela, tout ce -qui est guerroyant va son train. - -Strasbourg est mis sur le pied de guerre, les régiments aguerris de -l'Algérie sont remplacés par des régiments nouveaux; les anciens seront -employés aux Alpes et sur le Rhin. Les généraux Martimprey, Trochu, Niel, -seront à la tête de l'État-Major de l'Empereur qui commandera en chef; il -y aura une armée des Alpes et une armée d'observation du Rhin; Pélissier -contenant les rouges à Paris. Le prince Napoléon sera emmené de gré ou de -force à l'armée. Voilà à quoi on s'apprête. Le Congrès ne semble à bien -des gens qu'un leurre pour épuiser l'Autriche dans une vaine attente. On -dit que M. de Cavour, en rentrant à Turin, a été un peu surpris de s'y -trouver dépassé par les cris des réfugiés, qui y deviennent chers et -importuns. - - -_Paris, 12 avril 1859._--Le rôle que joue la Russie sera dans son plus -grand développement à l'arrivée du prince Gortschakoff, qu'on attend ces -jours-ci. Le Congrès reste douteux, le lieu où il se tiendrait également -incertain; il n'y a de certain que les élégantes toilettes commandées par -les femmes des plénipotentiaires qui comptent exercer leurs séductions. -On me nomme Mme Walewska et lady Cowley. Cette dernière est revenue fort -autrichienne de Vienne, où on l'a habilement cajolée. Depuis hier, on -croit à la paix; avant-hier, c'était la guerre; je ne sais encore rien -d'aujourd'hui; demain, ce sera autre chose. C'est un va-et-vient auquel -on ne comprend plus rien; mais, ce qui est évident, c'est qu'on ne croit -plus à personne, ni aux gazettes, ni aux hommes, ni aux choses. - - -_Paris, 22 avril 1859._--On s'attend à ce que l'_ultimatum_, à bref -délai, que l'Autriche, fatiguée et poussée à bout, vient de proposer à -Turin, n'y étant pas accepté, sera suivi le lundi de Pâques des premières -hostilités. Depuis hier, toutes les troupes d'ici partent par le mont -Genèvre ou par Toulon. Paris est consterné; jamais guerre n'a trouvé -moins d'entrain dans cette France toujours si gaie au canon. La rente a -baissé hier de trois francs, on suppose qu'elle va tomber bien plus bas -encore. Si lord Derby avait voulu tenir, il y a deux mois, le langage de -son dernier discours[258], si la Prusse s'y était jointe, on aurait -alors évité probablement le terrible coup qui nous menace. - - [258] Au sujet de la réforme électorale, le Cabinet anglais ayant - eu une minorité de trente voix, le Ministère résolut de ne pas - donner sa démission, mais de dissoudre le Parlement. Lord Derby - en fit communication le 4 avril à la Chambre et fit figurer en - première ligne, dans son discours, l'intérêt qui s'attachait au - maintien de la paix; en faisant allusion à lord Palmerston et à - lord John Russel, il exprimait l'espoir que la résolution du - Ministère serait approuvée par l'opinion publique, car la nation - ne pourrait voir sans déplaisir le pouvoir passer dans les mains - des partis coalisés, qui n'ont de force que pour détruire et non - pour gouverner. - - -_Paris, 28 avril 1859._--L'Autriche a accepté la dernière proposition de -l'Angleterre, qui s'offre à être seule médiatrice et à reprendre la -négociation, au point où elle en était, avec lord Cowley, lorsque la -Russie a substitué tout à coup l'idée d'un Congrès; mais l'Empereur -Napoléon a refusé pour ne pas déplaire à la Russie. Il paraît maintenant -évident qu'il y avait eu accord secret entre la France et la Russie, dont -la rumeur blesse profondément l'Angleterre. Ainsi donc, depuis -quarante-huit heures, nouveau changement de décoration, revirement -inattendu et confusion complète. Le prince Napoléon ne veut pas partir; -il dit qu'on l'envoie dans un _coupe-gorge_ et qu'il n'a pas envie d'y -périr avec son beau-père. On dit que le sang savoyard se révolte de cette -timidité chez la princesse Clotilde; mais on dit l'Empereur Napoléon si -décidé à ne pas laisser l'aimable cousin derrière lui, qu'il pourrait -bien retarder son propre départ. Les militaires, voire même les généraux, -partent avec peu d'entrain et de tristes pressentiments. Au ministère de -la Guerre, tout est en désordre; il y a angoisse et consternation -partout, jusqu'au Corps législatif, cette pâle ombre, qui a des -velléités d'humeur. Les rapports de la police sur les sociétés secrètes -disent qu'elles sont toutes prêtes à éclater au moindre revers. L'effroi -du commerce, l'arrêt des entreprises, les sinistres figures qui -surgissent dans les faubourgs, oiseaux de mauvais augure, la terreur des -financiers, les prévisions des gens sensés, le langage démesuré des -hommes de parti, la liberté étrange des paroles, la tristesse du monde -officiel, tout cela fait de Paris, en ce moment, avec le mouvement des -troupes, les larmes des femmes et des mères, un lieu des plus -douloureusement curieux. L'entrain belliqueux, si naturel à ce pays, -n'est nulle part. Avec cela, la plupart des maréchaux infirmes, partant, -à la vérité, mais pouvant à peine se traîner. Les Russes, avant-hier -encore, fort goguenards et insolents, sont beaucoup moins hautains; ce -qui tient à l'attitude de l'Angleterre, furieuse du traité tenu longtemps -secret et qui éclate. - - -_Paris, 29 avril 1859._--Les grandes banques cherchaient encore hier, -dans les incidents de la journée, une chance de paix; mais les Anglais ne -doutaient pas de la guerre; ils croient au traité secret avec la Russie, -officieusement, mais non officiellement démenti. Albion fulmine; lord -Cowley s'exprime en termes _massifs_; la révolution de Florence et de -Parme creuse le fossé[259]; l'Autriche ne peut les tolérer, la France ne -peut les abandonner. Quel gâchis! L'Empereur Napoléon a dit avant-hier au -vieux prince Adam Czartoryski: «_Ayez patience, aussitôt que j'aurai fini -en Italie, je m'occuperai de la Pologne, car ma mission est de rétablir -toutes les nationalités._» On pourrait bien demander comme dans la -comédie: «Qui trompe-t-on ici?» Mais comment se laisser tromper? Les -rouges sont ravis et les plus sinistres figures accompagnent, jusqu'aux -barrières, les troupes qui partent sans entrain. - - [259] Le 27 avril, le Grand-Duc de Toscane, pressé par une - députation d'officiers supérieurs, qui s'étaient présentés pour - lui demander d'opter entre l'alliance avec le Piémont ou son - abdication, s'était retiré avec sa famille à Bologne. Aussitôt, - le Roi de Sardaigne avait été proclamé Dictateur de la Toscane, - pendant la durée de la guerre. Ce mouvement s'étendit - immédiatement dans les Duchés voisins, notamment dans le duché de - Modène. Une proclamation de commissaires extraordinaires, de - Massa et de Carrare, plaçait ces villes sous la protection du Roi - Victor-Emmanuel. Ce ne fut pourtant qu'au 15 juin que la Duchesse - de Parme résolut d'abandonner ses États. - - - Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants. - - -_Dresde, 15 juin 1859._--Je suis arrivée ici avant-hier au soir. La -veille, j'avais été à la messe à Weimar dans le pauvre petit réduit -accordé aux catholiques du lieu; puis, j'ai été passer le reste de la -journée à Eltersburg, qui est vraiment un charmant séjour[260]. J'ai eu -la bonne chance de trouver ici, à l'hôtel de Saxe, le prince Paul -Esterhazy, se rendant à Londres; il m'a appris bien des choses, plus -curieuses que consolantes. Le comte Clam et le prince Édouard -Lichtenstein sont furieux contre Gyulay qui avait, pour ainsi dire, -gagné la bataille de Magenta et qui a tout perdu par sa faute, qu'il veut -rejeter sur eux[261]. - - [260] Campagne du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse de Weimar. - - [261] Le 4 juin 1859, l'Empereur Napoléon s'était avancé sur - Magenta, sans se rendre compte des forces qu'il avait devant lui; - sa position était devenue fort critique. Le général de Mac-Mahon - se porta, par une marche rapide, en avant de Magenta, avec une - partie du second corps d'armée, sur les Autrichiens. Il parvint à - dégager les grenadiers de la Garde fort compromis, prit et reprit - sept fois le village de Magenta, fit cinq mille prisonniers et, - vers huit heures du soir, resta maître du champ de bataille. - -La comtesse Colloredo est venue s'abriter ici; elle a des nouvelles -alarmantes de Rome; les sociétés secrètes y sont puissantes, assez même -pour braver le général de Goyon et ses soldats. On s'attend à des scènes -de carnage et le Pape y est virtuellement prisonnier. Et les Légations? -Les voilà libres des Autrichiens, réclamant les Français et proclamant le -Roi de Sardaigne[262]. Ceci me semble plutôt un embarras qu'un avantage -pour l'Empereur Napoléon; car que devient sa garantie de neutralité -donnée au Pape? - - [262] Vers le 10 juin, les Autrichiens abandonnèrent la région du - Pô pour se retirer derrière l'Oglio; ils quittèrent de même - Ferrare, Ancône et les États romains, qui rejetaient l'autorité - du Pape pour s'annexer au royaume de Sardaigne. Dans la nuit du - 11 au 12 juin, les Autrichiens évacuaient Bologne, d'où le - Cardinal-Légat se retirait, laissant à la Municipalité le soin de - gouverner cette ville, qui proclamait immédiatement la dictature - du Roi Victor-Emmanuel, auquel Parme et toutes les villes de la - Lombardie s'empressaient de faire acte de soumission. - -Metternich s'est éteint sans agonie, sans maladie. Paul Esterhazy -assistait à cette mort, qui n'a été qu'un épuisement sans souffrances. Il -paraît que les quinze jours de réveil et d'action politique, auxquels il -a été appelé, ont hâté sa fin, en lui faisant dépenser, en peu de jours, -ce qui lui aurait suffi pour vivre encore un ou deux ans[263]. Esprit -éclairé, caractère modéré, grande expérience, dignité naturelle, humeur -facile, il réunissait bien des avantages rares partout, mais surtout dans -son pays et à notre époque si appauvrie. - - [263] Le prince de Metternich était mort, le 5 juin 1859, sous le - coup des émotions que lui donnèrent les défaites des Autrichiens - et la destruction des effets de sa politique en Italie. - - -_Téplitz, 18 juin 1859._--Il n'y a ici que des malades, des gens tristes, -des âmes abattues, des esprits assombris. Cependant, les habitants de -céans se remontent à la nouvelle officielle d'un échec essuyé par -Garibaldi[264] et puis de l'éloignement de Gyulay, sur l'incapacité -duquel on dit des choses incroyables. Il paraît que les généraux Clam et -Édouard Lichtenstein avaient voulu provoquer contre lui un conseil de -guerre. On se croit sûr du Tyrol allemand et de son ancienne fidélité; on -l'est moins du Tyrol italien, et les pièces de vingt francs françaises -circulent trop librement en Hongrie pour ne pas causer du souci. La -_mobilisation_ prussienne se fait avec tant de gravité lente et de -circonspection que le drame lombard sera probablement dénoué avant que la -Prusse ne se mette de la partie. - - [264] Une escarmouche d'avant-poste, à Bertoletto, où Garibaldi - avait fait construire un pont sur la Chiese, avait amené un - combat entre quelques compagnies des chasseurs des Alpes et les - avant-postes autrichiens qui avaient d'abord battu en retraite. - Les légionnaires, emportés par leur ardeur, les ayant poursuivis - jusqu'à Castelnedolo, y trouvèrent l'ennemi en masse, qui chercha - à les envelopper. S'apercevant du péril, ils durent se retirer - devant les Autrichiens qui firent sauter le pont, à peine bâti - sur la Chiese en face de Montechiari. - - -_Téplitz, 29 juin 1859._--Voici le trait principal d'une lettre que j'ai -reçue d'Angleterre: «L'esprit d'ici est triste; la cour, la haute société -sont d'un côté, le Ministère et le gros du public de l'autre. Point -d'homme qui pèse sur ce simulacre de Parlement. Qu'est-ce qu'une majorité -de treize voix et un Ministère composé d'ennemis jurés qui se sont fait -et qui se font encore mille tours? Les hommes publics de ce temps-ci sont -tombés dans le dernier décri; l'Angleterre abdique sans estime ni -confiance pour celui[265] sous lequel elle s'incline. Elle abdique par -imprévoyance, par pusillanimité, par prédominance des intérêts matériels; -dans une telle situation, elle ne pèsera que du mauvais côté!» - - [265] Lord Palmerston. - - -_Téplitz, 2 juillet 1859._--Je ne puis dissimuler que je suis bien -mécontente du rôle que joue la Prusse, bien dangereux, d'ailleurs, à tous -les points de vue. Je crains qu'il ne soit trop tard pour tout. Si la -mobilisation n'est qu'une vaine et illusoire démonstration, elle est trop -chère; elle dérange, sans profit, la vie privée de tout le monde et -mécontentera l'armée, dont on stimule l'honneur sans jamais le -satisfaire. Si on voulait réellement opposer une barrière sérieuse à -l'ennemi, il ne fallait pas lui donner le temps de battre les uns sur le -Mincio et de s'armer fortement sur le Rhin, où on aura probablement, par -cette belle combinaison, des échecs sérieux. - -En attendant, la Révolution marche à pas fermes et habiles, et nous en -avons les indices certains par les promenades des gens de mauvaise mine -qui crient la faim. Il y a eu dans ce genre de mauvaises scènes à -Kœnigsberg. Quel avenir! et qu'il eût été facile de l'éviter avec de la -bonne foi, de la netteté, de l'à-propos et une intelligence prompte des -vrais intérêts de la Prusse. Mais avec l'irrésolution d'un ministre -paresseux comme Schleinitz et un ambassadeur chimérique à Paris comme -Pourtalès, comment ne pas faire fausse route? - - -_Téplitz, 7 juillet 1859._--On me mande de Paris que l'Empereur Napoléon -voudrait y revenir, et laisser là l'Italie; mais il ne sait à qui confier -le commandement de l'armée; le maréchal Canrobert aurait été au-dessous -du médiocre à Solferino[266] et les autres savent mener les troupes, mais -manquent d'autorité. - - [266] Le maréchal Canrobert, qui commandait le 3e corps d'armée, - avait reçu l'ordre d'appuyer le général Niel; mais ne jugeant pas - prudent de prêter, tout d'abord, son appui au commandant du 4e - corps (celui de Niel) il crut plus sage de rester à surveiller - les mouvements d'une colonne détachée dont le départ de Mantoue - avait été signalé, ce qui amena entre les deux généraux d'amères - récriminations après cette bataille de Solferino, qui fut livrée - le 24 juin, les deux armées ennemies s'étant rencontrées - inopinément, entre la Chiese et le Mincio. Le fruit de cette - nouvelle victoire des armées alliées fut l'abandon par les - Autrichiens de toutes les positions préparées par eux sur la rive - droite du Mincio et amena les préliminaires de Villafranca. - -Les pièces diplomatiques mettent bien à découvert l'ambition piémontaise -et la conspiration italienne[267]. Ce langage n'a rien qui m'étonne, car -l'équilibre européen n'a évidemment plus de gardien. Les grandes -puissances ont renoncé à veiller sur l'Europe, et quand lord John Russel -et lord Palmerston _jugeront à propos d'intervenir_, cette intervention -ne suffira plus, pas plus que la note qui vient si tard, si mollement. -L'Angleterre et la Prusse se trouvent impuissantes à force d'avoir été -inactives. - -La position du Pape me fend le cœur, et un Gramont geôlier du Pape, qui -l'eût cru! - - [267] Une circulaire du comte de Cavour adressée, à la date du 14 - juin 1859, à tous les représentants de la Sardaigne auprès des - Cours étrangères, avait exposé le point de vue sous lequel il - envisageait les derniers événements accomplis. Il rappelle - d'abord que l'Autriche a refusé le Congrès proposé par la Russie, - qu'elle a envahi le Piémont et que les victoires des armées - alliées leur ont ouvert la Lombardie. Parlant ensuite des - antipathies des populations italiennes qui ont éclaté contre - l'Autriche et demandé l'annexion de leur pays au Piémont, M. de - Cavour prouve que le Roi de Sardaigne, en acceptant ce vœu - spontané de la volonté nationale, ne porte aucune atteinte aux - traités existants, puisque l'Autriche, en refusant le Congrès, - les a déchirés elle-même et a rendu les populations italiennes à - leurs droits naturels. Le but, hautement avoué par le Roi, était - l'indépendance italienne et l'exclusion de l'Autriche. - - -_Dresde, 11 juillet 1859._--Que dire de cet armistice demandé par -l'Empereur Napoléon dans une lettre autographe adressée à l'Empereur -d'Autriche? C'est le général Fleury qui est venu en parlementaire porter -cette lettre à Vérone. L'Empereur François-Joseph, après l'avoir lue, a -fait entrer M. Fleury et a passé deux heures enfermé avec lui; et c'est à -la suite de cette lettre et de cet entretien que le jeune Empereur a -_consenti_ à l'armistice. L'étrangeté, c'est que la demande soit venue du -côté du vainqueur, au moment où Kossuth et l'intrigue russe mettaient la -Hongrie en émotion[268], où les flottes françaises sont maîtresses de -l'Adriatique, où le fameux quadrilatère est cerné. - - [268] Secrètement poussé par la Russie, qui ne pardonnait pas à - l'Autriche son attitude pendant la guerre de Crimée, Kossuth - lançait les nouvelles proclamations appelant la nation madgyare - aux armes, à la lutte pour la liberté de la Hongrie et annonçait - qu'il allait reparaître sur le sol de la patrie. - -Je vois ici des personnes, intéressées à être bien informées, qui -prétendent que le typhus et la dysenterie font ravage dans le camp -français, que l'Empereur Napoléon est importuné des ambitions sardes, -inquiet du mouvement révolutionnaire de l'Italie et gêné par les -complications romaines, qu'il a envie de hâter une rentrée triomphale en -France, avant d'avoir éprouvé des revers. Tout ceci me paraît insuffisant -pour motiver une pareille démarche avant que le fameux programme soit -accompli. - -Le ministre de Prusse ici, M. de Savigny, prétend que la mobilisation -prussienne a effrayé l'Empereur. Quelle bêtise! La Prusse a eu le tort de -l'inquiéter sans avoir eu l'énergie de lui faire peur, et c'est la plus -fatale des conduites. Si j'en crois mes instincts, cet armistice tournera -contre les Prussiens. L'Empereur Napoléon et la France sont bien plus -intéressés à la ligne du Rhin qu'à l'Italie, et ce n'est pas l'Autriche, -si lâchement abandonnée, qui se mettra en mouvement pour lui venir en -aide. J'ai causé avec quelqu'un venant de Berlin, et qui m'a raconté des -choses étranges sur la débandade qui y règne, sur le Régent soumis à -quelques-uns de ses ministres. On dit que rien ne peut donner idée des -luttes qui y règnent, de l'aveuglement des uns, de la faiblesse des -autres, de la médiocrité de tous, et hélas! des flots montants de -l'esprit révolutionnaire. Auerswald, doublé du comte Schwerin (deux -parfaits jacobins), partent de l'idée qu'en faisant du libéralisme, -toutes les populations germaniques se soumettront à la Prusse et qu'elle -héritera de ses voisins, à la façon dont Victor-Emmanuel s'étend vers -Milan, Florence, Modène et Parme. - -A Berlin, on est d'une étroitesse et d'une aigreur protestantes extrêmes; -on est charmé de l'écroulement du Pape et on s'est réjoui de la scène -hideuse qui s'est passée à Milan le jour de Saint-Pierre et Saint-Paul. -Ce jour-là, on a brûlé en place publique, aux cris féroces de la -multitude, trois grandes poupées figurant le Pape, tiare en tête, le -cardinal Antonelli et le général commandant des Suisses. Les sociétés -bibliques anglaises, qui depuis longtemps travaillent l'Italie, ont en -grande partie atteint leur but. Lord John Russel ne s'en tient plus de -joie, en particulier lady John qui est une Minto enragée[269]. Bernstorff -est retourné à Londres dégoûté et effrayé du gâchis de Berlin. Pourtalès -y règne plus chimérique que jamais; malheureusement, on dit qu'il a -enlacé et aveuglé le prince de Hohenzollern. A Berlin on n'a jamais voulu -de la guerre et on attendra l'arme au bras qu'on vienne la faire. - - [269] Lady John Russell était la fille de lord Minto, connu par - ses tendances libérales et son penchant pour la cause italienne. - -On se montre inquiet de la Russie, sans l'être au fond, car on trouve que -c'est commode; du reste, la réponse anglaise aux propositions tardives -de la Prusse est plus mauvaise et plus absurde que celle de -Saint-Pétersbourg[270]; on croit même savoir que la Russie, craignant -que l'Autriche n'obtienne des dédommagements vers l'Est qui pourraient la -gêner (elle Russie), est disposée à voter pour que la Vénétie appartienne -à l'archiduc Maximilien, en faveur duquel le roi Léopold s'agite -infiniment; mais, on dit aussi que, si cela avait lieu, le pauvre Prince -ne tarderait pas à succomber aux poignards mazziniens, et que, si -l'Empereur Napoléon contrarie le mouvement antipapal, les Romagnols -deviendraient des Orsini. Quel chaos! - - [270] La Prusse s'efforçait justement d'amener les Gouvernements - anglais et russe à tenter une médiation commune auprès des - Puissances belligérantes, à laquelle, du reste, le Ministère - anglais n'avait pas adhéré lorsque, par un inexplicable - revirement d'idées, Napoléon III s'arrêta tout à coup, malgré une - suite ininterrompue de victoires. Le 6 juillet, il offre un - armistice à l'Empereur François-Joseph, alors à Vérone, avec son - armée dans une situation fort compromise. La lutte est suspendue - jusqu'au 15 août, et, le 11 juillet, Napoléon III et l'Empereur - d'Autriche avaient, à Villafranca, une entrevue qui mettait fin à - la guerre, avant que le comte de Cavour eût eu le temps - d'accourir pour détourner le Roi Victor-Emmanuel d'adhérer à ce - traité. - - -_Lœbichau, 14 juillet 1859._--Je suis chez ma sœur depuis avant-hier; -je la quitterai demain pour Berlin où je suppose que je trouverai _tutti -quanti_ un peu ébouriffés de la rapidité avec laquelle se succèdent -armistice, entrevue et préliminaires de paix. Il sera curieux d'en -connaître les conditions; car, comment l'Empereur Napoléon pourra-t-il se -départir de son fameux programme sans réveiller les héritiers d'Orsini? -Et comment l'Empereur François-Joseph, qui est bien loin encore d'être -dans une position désespérée, en acceptera-t-il toute l'étendue? Enfin, -nous ne tarderons pas à savoir le mot de l'énigme. Il sera curieux à -connaître. On murmure encore le mot de _peste_, ayant éclaté chez les -zouaves et les turcos. L'Angleterre par son action, la Prusse par ses -finasseries, la Russie malgré ses intrigues, se sont placées hors de la -conclusion de ce drame, qui ne me paraît être que le prélude d'autres -entreprises préparées dans quelque temps sur un autre théâtre. Ah! la -Prusse, la Prusse! quel rôle que le sien! On tenait encore la dragée -haute au prince Windisch-Graetz à Berlin que déjà le général Fleury -frappait en parlementaire aux portes de Vérone[271]. - - [271] Le prince Windisch-Graetz avait été envoyé à Berlin en - mission militaire pour s'y assurer de la disposition des esprits - et arrêter avec le Gouvernement la marche de trois corps d'armée, - que l'Autriche devait mettre à la disposition de la Confédération - germanique. - -Le duc de Gramont a déclaré au Pape que s'il excommuniait -Victor-Emmanuel, lui, Gramont, et le général de Goyon quitteraient Rome -et livreraient par là Pape et Cardinaux à la férocité d'une population -plus que jamais travaillée par les mazziniens. On dit Cavour de fort -mauvaise humeur[272]. On aura bien de la peine à rapproprier l'Italie, -même en parquant l'Autriche hors de la Lombardie. - - [272] En face de ce traité de Villafranca, qui n'était qu'une - cruelle déception, laissant tous les problèmes à résoudre et ne - répondant à aucune des espérances des Italiens, le comte de - Cavour refusa de contresigner cette paix, abdiqua le Ministère, - et l'âme remplie de douleur et d'agitation, remit aussitôt sa - démission au Roi, croyant le devoir à lui-même, à son honneur et - à sa politique. Il laissait le pouvoir à un Ministère formé avec - le général La Marmora, Ratazzi et le général Dabormida. - - -_Berlin, 19 juillet 1859._--J'ai eu beaucoup d'émotion, en revoyant le -Roi; malgré ses débilités qui ne guériront jamais, je l'ai cependant -trouvé infiniment moins troublé, altéré et affaissé que je ne le croyais. -Il sent parfaitement ce que son état a de pénible, mais il espère -toujours une guérison complète. La Reine ne se fait aucune illusion. -Pendant que j'étais auprès de Leurs Majestés, le télégraphe a apporté la -nouvelle de la mort de cette charmante Reine de Portugal[273]. J'en suis -restée peinée au cœur. Ce pauvre jeune Roi sera désespéré! - - [273] La Princesse Stéphanie de Hohenzollern avait épousé, en - 1858, le Roi de Portugal. - -L'Italie reste en feu, l'Europe reste méfiante. L'Empereur Napoléon est à -la fois téméraire et timide, s'engageant audacieusement et reculant -devant les embarras que son audace a fait naître, ce qui n'a d'autre -effet que d'en créer de nouveaux. L'Europe finira par se lasser, et -certes, elle n'aura pas manqué de patience. Ici on a d'autant plus -d'humeur qu'on sent le ridicule de la position qu'on s'est faite, sans -vouloir en convenir. - -On m'a dit assez de mal du Ministère actuel; tout le monde ici se -déteste; mais le mot d'ordre est la haine de l'Autriche, qu'on accuse de -n'avoir fait la paix que par malice contre la Prusse, tandis _qu'à la fin -d'août_, on serait venu, dit-on, à son secours. Ceci est merveilleux! En -attendant, on est ruiné, humilié, irrité, et la disposition des esprits -est très peu satisfaisante. - - -_Sagan, 23 juillet 1859._--Je suis arrivée ici le 20. La veille de mon -départ de Berlin, j'ai eu un long entretien avec le Prince-Régent; je -l'ai trouvé bien vieilli; il m'a fait grand'pitié. Malgré les efforts de -la presse prussienne, qui _ergote_ tant qu'elle peut, il n'en est pas -moins vrai que la position qu'on s'est faite est fausse et embarrassante. -Dieu veuille qu'elle ne devienne pas dangereuse. Le Prince-Régent rejette -toute la faute sur l'Angleterre. Comme il est très honnête homme, il faut -bien croire ce qu'il dit; mais il a de singuliers conseillers qui abusent -de sa bonne foi et de sa crédulité. Il m'a fait l'honneur de me dire que -l'argument principal, que l'Empereur Napoléon a fait valoir auprès de -l'Empereur François-Joseph, a été une note de l'Angleterre, très hostile -à l'Autriche et qui était (le Prince-Régent dit qui _semblait_ être) -écrite au nom de la Prusse comme à celui de l'Angleterre. Cette note -plaçait l'Autriche beaucoup plus mal que la France ne lui offrait de -l'être, ce qui aurait fait céder l'Empereur François-Joseph. Le -Prince-Régent se dit très irrité de ce procédé fallacieux de -l'Angleterre. - - -_Sagan, 26 juillet 1859._--Le discours de l'Empereur Napoléon aux grands -Corps de l'État[274], à mon avis, n'est pas sans habileté; mais il ne -change rien à la situation; il la laisse aussi brouillée, aussi obscure, -aussi épineuse que l'ont faite les événements. C'est, du reste, un art -comme un autre que faire des aveux pour couvrir des fautes et des -embarras, et cet art n'est pas sans effet auprès du gros public. Il en -pourrait bien être des discours comme des victoires, dont le succès est -plus grand que l'effet. Que de choses étranges n'entend-on pas? ainsi, -chacun critiquant de plus en plus cette paix dont on est toujours aussi -content. Je crois pouvoir dire avec certitude que dans leurs -conversations, l'Empereur François-Joseph a été _net_ et _résolu_; il a -abandonné sur-le-champ la Lombardie, et cela, sans la moindre hésitation, -ni objection! «_Ceci ne me regarde plus, je n'y suis plus rien; -disposez-en comme vous l'entendrez._» Mais quand l'Empereur Napoléon a -mis en avant quelques idées sur d'autres points, comme un Archiduc -souverain en Vénétie, l'abandon des Duchés au Piémont, l'Empereur -François-Joseph les a écartées sur-le-champ aussi, comme décidé plutôt à -continuer la guerre, si on insistait. «_Un membre de ma famille souverain -en Vénétie, a-t-il dit, c'est impossible! On m'en demanderait bientôt -autant pour la Hongrie, puis pour la Bohême, le Tyrol et je ne resterais -plus qu'Archiduc d'Autriche._» Sur cette réponse, que je trouve très -juste et perspicace, l'Empereur Napoléon n'a plus insisté. - - [274] Dans ce discours, l'Empereur avait dit entre autres: «Si je - me suis arrêté, ce n'est pas par lassitude ou par épuisement, ni - par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce - que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore: - _l'intérêt de la France_.» - -M. de Cavour a fait proposer de _racheter_ Parme à la Duchesse régente; -cela a été repoussé comme inadmissible. La plus vive, contre, a été -l'Impératrice Eugénie; on cite d'elle ce propos: «_On ne traite pas une -Princesse de la maison de Bourbon comme un prince de Monaco._» - -C'est M. de Cavour qui a fait mettre à sa place, au Ministère, M. -Rattazzi; il ne tardera pas beaucoup lui-même à y rentrer; son maître le -regrette et veut le ravoir, disant: «_On crie beaucoup contre Cavour, il -est vrai_ _qu'il brouille tout; mais c'est égal, je l'aime, c'est mon -homme._» - -La dépêche de ce pauvre M. de Schleinitz aux Cours de Londres et de -Saint-Pétersbourg[275] est une publication rétrospective destinée à -éclairer et à satisfaire l'opinion. En vérité, je ne sache rien de mieux -fait pour faire hausser les épaules! Ne concluant à rien, ne proposant -rien. Tout y est confus; on conçoit à merveille que les réponses aient -été aussi obscures que les demandes. Il dément, dans une pièce plus -récente, le projet de médiation attribué à la Prusse; Schleinitz se borne -au démenti sans oser inculper l'Angleterre; car on n'ose rien ici, où -l'Angleterre prime encore. Pour exhaler son humeur contre l'Autriche et -retrouver, s'il se peut, l'influence que par sa faute elle a perdue en -Allemagne, la Prusse se remet en coquetterie avec le parti de Gotha et -avec les débris du parlement de Francfort de 1848. Elle veut (triste -politique d'Auerswald et de Bethmann-Holweg) réveiller les passions de -1848, les protéger en espérant les diriger et inspirer, par elles, aux -petits souverains allemands le détachement de l'Autriche, ou sinon, les -livrer aux exigences révolutionnaires de leurs peuples. Triste jeu, -mauvaise politique! Le Prince Régent et le prince de Hohenzollern ne se -doutent pas du chemin que les Ministres leur font faire. - - [275] Sous le prétexte que de nombreuses erreurs se seraient - commises dans les tentatives de médiation faites par la Prusse, - le Cabinet prussien avait adressé à tous ses agents diplomatiques - en Allemagne une dépêche circulaire ayant le but de rétablir les - faits. - - -_Sagan, 11 août 1859._--Voilà le Roi de Prusse retombé dans un état qui -détruit toutes les espérances que certaines personnes s'obstinaient à -conserver[276]. - - [276] Le 10 août 1859, le Roi Frédéric-Guillaume IV avait été - frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie. - -Il y a des gens qui croient qu'on ne s'entendra pas à Zurich; je n'ai -jamais vu les acteurs prévoir aussi peu les chances et comprendre aussi -mal l'imbroglio de leur propre drame[277]. On m'assure que la France fait -sous main tout ce qu'elle peut pour arriver à s'emparer modestement, mais -sûrement de la Savoie: procédé bien encourageant pour la Prusse qui, en -somme, l'aura bien voulu. - - [277] Le traité de Zurich entre la France et l'Autriche ne fut - conclu que le 10 novembre 1859. Il n'était que la suite des - préliminaires de Villafranca et mettait fin à la guerre qui, - d'après la solennelle promesse de Napoléon III, devait avoir pour - résultat l'affranchissement de l'Italie entière depuis les Alpes - jusqu'à l'Adriatique. Mais en laissant tout désormais au désarroi - et à l'imprévu, les Italiens prirent alors, eux-mêmes, la - direction de leurs destinées et, déjouant les calculs, ils se - chargèrent d'interpréter cette paix par laquelle on avait cru les - enchaîner. - - -_Sagan, 26 août 1859._--J'apprends de bonne source qu'on a découvert à -Naples un complot contre le Roi; on voulait le chasser comme on a chassé -le Grand-Duc de Toscane[278]. On a les preuves de la complicité du -nouveau ministre de Sardaigne à Naples, M. de Salmour; le général -Filangieri voulait lui envoyer ses passeports; le Roi s'y est refusé. Je -me permets de trouver que le Roi a eu tort. Il n'y a pas moyen de ne pas -rester les yeux fixés sur l'Italie. Intérêt de curiosité plutôt que de -goût. Comment finira la question des anciens Princes? Elle me paraît se -compliquer de jour en jour. Le parti, qui ne veut pas d'eux, mène assez -adroitement ses affaires; des apparences tranquilles et des votes font -plus d'effet que des émeutes. Il paraît que les Mazziniens sont surtout -concentrés pour le moment en Romagne. L'Assemblée de Florence vote -l'exclusion du Grand-Duc de Toscane[279]; pendant ce temps-là, l'Empereur -Napoléon le reçoit très bien à Paris; mais on laisse Garibaldi organiser -une armée pour l'empêcher de rentrer dans ses États. Qui donc est-ce -qu'on trompe dans cet imbroglio? les Princes ou les Peuples? Quels que -soient les trompeurs ou les trompés, non seulement l'Italie, mais toute -l'Europe est bien malade. - - [278] Cavour n'avait rien fait pour précipiter l'explosion de - cette question de l'Italie méridionale qui allait naître d'une - aventure. Sa politique eût été de nouer ce qu'il appelait - «l'alliance des deux grands royaumes de la Péninsule», former - ainsi le faisceau fédératif des forces italiennes du nord et du - midi dans un intérêt d'avenir national. A l'avènement de François - II, fils d'une Princesse de Savoie, Cavour avait envoyé à Naples - le comte de Salmour avec une mission de paix, offrant amitié et - appui. Avec Rome, avec Naples, Cavour se serait prêté volontiers - aux ménagements et aux transactions. - - [279] A Florence, Modène, Bologne, Parme, l'acte de Villafranca - éclatait comme un coup de foudre. L'Autriche, à peine diminuée - d'une province, restait, aux yeux de tous, la puissance - débordante de l'Empire sur le Mincio et sur le Pô. Dès lors, la - pensée de l'annexion à la Sardaigne domina toutes ces - populations, afin de se créer le plus de forces italiennes - possible pour sortir de l'alternative, ou d'une soumission - découragée, ou du déchirement d'une résistance révolutionnaire; - cela amena le vote unanime de ces petits États vers le Piémont, - qui leur avait donné l'exemple du courage, de l'honneur - militaire, du patriotisme éprouvé, de la liberté régulière. Le 21 - août, l'Assemblée des notables, à Modène, votait la déchéance du - Duc François V et leur annexion au Piémont; celle de Florence - faisait de même; puis un décret royal annonçait que le général - Garibaldi était nommé commandant de la 2e division des Toscans, - et ce même jour, la ligue défensive de tous les États de l'Italie - était conclue. - - -_Sagan, 31 août 1859._--Voici les extraits de plusieurs lettres que j'ai -reçues de Paris, de Londres et de Nice: - - «_Paris, 25 août._ Le Gouvernement est assez troublé du chaos - italien; cependant, il espère s'en tirer. On se disait sûr, hier, - que le Roi de Sardaigne refuserait les couronnes que lui offrent - Florence, Parme et Modène. Que feraient alors les meneurs actuels - des trois duchés? La République leur est interdite. Quel Roi - iraient-ils chercher? un Leuchtenberg, le petit Robert de Parme, - le prince Napoléon? on ne sait. En tout cas, on a un moyen de les - mettre dans l'embarras; on leur dira que leurs élections et leurs - assemblées ne valent rien; qu'ils n'ont pas mis en œuvre le vrai - suffrage universel, tel qu'il a opéré en France; il faut que tout - le monde vote, les paysans comme les bourgeois. Tout sera donc à - recommencer, et l'on se flatte que soit opinion, soit lassitude, - des élections nouvelles ramèneront les anciens Princes, qu'à - Villafranca on s'est engagé à rétablir, pourvu que ces Princes - fassent (et on y compte) des concessions suffisamment libérales. - Les hommes d'affaires, la Bourse avaient hier des nouvelles bien - différentes de celles du Gouvernement. Ils croyaient que le Roi - de Sardaigne accepterait les trois petites couronnes. Il y a des - spectateurs, gens d'esprit, qui admirent la modération et - l'habileté des libéraux italiens. On dit qu'ils marchent avec - ensemble, qu'ils ont promptement étouffé le mouvement de colère - suscité en Italie par la paix de Villafranca; qu'ils se sont bien - ralliés tous à la cause piémontaise et qu'ils la feront - triompher. D'autres gens, d'esprit aussi, disent que les grands - révolutionnaires, les Mazziniens, n'acceptent rien de tout cela - et sont plus que jamais décidés à mettre ou à remettre l'Italie - en feu. L'émeute de Naples est un prélude; Bologne est un foyer - inextinguible; les Légations ne veulent décidément plus du Pape. - Le Pape ne veut, ni ne peut y renoncer; il y a là de quoi faire - échouer toutes les solutions piémontaises et françaises. Le petit - mouvement en Savoie, pour la réunion à la France, a assez troublé - le cabinet de Turin. Le général Dabormida a adressé à tous les - agents piémontais une circulaire pour repousser absolument cette - idée et démontrer l'insignifiance du mouvement en l'attribuant au - parti clérical. Il y a, dans la circulaire, plus d'humeur que - d'inquiétude. Les vrais spectateurs politiques, les connaisseurs, - sont bien plus préoccupés du nord-ouest de l'Europe que de - l'Italie: bien ou mal, Piémont ou chaos, le coup est fait en - Italie, on n'y retournera pas de sitôt. - - «L'humeur est grande ici contre la Belgique. Le maréchal de - Mac-Mahon, commandant à Lille, est la réponse aux fortifications - d'Anvers; c'est l'homme de guerre du jour. On dit que, dans - l'entrevue de Villafranca, il a été fort question de la Prusse et - que les deux Empereurs se sont confiés leurs rancunes. Je crois - savoir que les Russes sont plutôt favorables qu'hostiles à la - Prusse, et que l'amitié de l'Empereur Alexandre pour le Prince - Régent est sincère; il n'en est pas moins vrai que le mouvement - militaire de l'Allemagne, qui éclate en ce moment, importune - également à Saint-Pétersbourg et aux Tuileries, et que les deux - Cours s'entendent pour le contrarier, comme pouvant opposer une - barrière gênante à leurs ambitions.» - - «_Londres, 26 août._ Nous sommes plus que jamais ici en méfiance - et en inquiétude; rien de prochain, mais une collision très - probable et à laquelle nous nous préparons en faisant tout ce que - nous pouvons et tout ce que nous pourrons pour l'éviter.» - - «_Nice, 25 août._ Dans l'entrevue des deux Empereurs à - Villafranca, l'Empereur Napoléon a insisté pour que des quatre - places fortes, l'Empereur François-Joseph cédât au moins - Peschiera aux Piémontais, et, sur le refus persévérant de - l'Empereur d'Autriche, l'Empereur des Français a dit: «_Eh bien, - ne me répondez pas aujourd'hui sur ce point; je vous demande d'y - réfléchir jusqu'à demain. Je vais faire rédiger ce dont nous - sommes convenus; je vous l'enverrai par mon cousin, et signé de - moi, en laissant le sort de Peschiera en blanc; vous y mettrez - votre décision, mais je vous prie d'y bien penser._» De retour à - Vallegio[280], l'Empereur Napoléon, qui seul avait pris des - notes, rédigea, en effet, la convention; puis, il a appelé le Roi - Victor-Emmanuel et la lui a montrée, en lui demandant de la - signer aussi. Le Sarde s'est récrié: «_Ce n'est pas du tout là ce - que vous m'avez promis._--_Après tout, vous gagnez une belle - province_», reprit l'Empereur, ajoutant avec un sourire: «_Le - Milanais, c'est le pays des belles femmes._» Le Roi - Victor-Emmanuel a répondu: «_Je croyais que nous étions ici pour - parler sérieusement d'affaires sérieuses; je vais signer, mais - comme il me convient!_» Et il a signé: «_Je ratifie, pour ce qui - me concerne, la présente convention_», ne ratifiant ainsi que ce - qui se rapportait à la Lombardie et restant étranger à toutes les - autres dispositions ou omissions sur le reste de l'Italie. - L'Empereur Napoléon a vainement tenté d'obtenir une signature - pure et simple, elle est restée telle que je vous le dis. Le - lendemain, l'Empereur Napoléon a envoyé son cousin à Vérone en - lui recommandant d'insister fortement sur la question de - Peschiera, et de ne remettre la convention signée qu'à la - dernière extrémité, et qu'après avoir fait les derniers efforts - pour cette cession. On dit que le prince Napoléon, jaloux de se - faire bien venir à Vérone, n'a fait aucun effort, et a remis la - convention signée, en parlant à peine de Peschiera.» - - [280] Quartier général de l'Empereur Napoléon III. - - «_Paris, 26 août._ Le prince Napoléon était hier à la séance - publique de l'Académie française avec la princesse Clotilde, - _elle_, dans une tribune réservée, _lui_, dans les rangs de - l'institut, comme membre libre de l'Académie des Beaux-Arts. Le - public était très nombreux, quoique fort choisi, et aussi chaud - que le temps était brûlant. Les discours de Villemain et de - Guizot, surtout le dernier, ont été frénétiquement applaudis. - Vous les verrez dans les journaux et vous y remarquerez plus - d'une allusion qui ont été toutes vivement saisies par le - public[281].» - - [281] A la séance annuelle pour la distribution du prix Montyon, - M. Villemain avait fait le rapport sur les œuvres littéraires et - M. Guizot sur celui des œuvres de vertu, qu'il terminait par une - allusion fort éloquente sur le dévouement pour la patrie des - soldats morts dans la guerre d'Italie. - - -_Sagan, 15 septembre 1859._--Je cause un peu politique avec le comte -Haugwitz, et le fameux article du _Moniteur_ du 9 fait jaser dans ce -petit coin du monde, comme dans les capitales[282]. Je trouve cette -politique napoléonienne à la fois téméraire et embarrassée, entreprenante -et indécise, qui fait le chaos et dit ensuite à ceux qu'elle y a plongés: -«_Tirez-vous de là comme vous pourrez._» Parfois, il me vient à l'esprit -qu'on pourrait bien, sous main, jouer le jeu des Italiens, au moment où -on leur déclare qu'on s'en retire. Il est bien étrange, en tout cas, -d'entendre poser en principe, sans que l'Europe s'en émeuve, la doctrine -de la royauté élective, et cette autre: que les traités qui ont réglé les -territoires ne sont rien pour les peuples, et que le suffrage universel -peut changer, comme il lui plaît, les limites des États aussi bien que -les dynasties. La France de 1830-1848 a renversé son gouvernement -intérieur, mais elle n'a pas changé l'état territorial et le droit public -européens. Et voilà trois petits Duchés, qui prétendent à la fois faire -des révolutions et refaire la carte de l'Europe. Et l'Angleterre, -soutenant activement ces énormes prétentions et ces infimes petits pays! -Si la Prusse, la Russie et l'Autriche, au lieu de se jalouser -puérilement, prenaient en main la bonne cause et refusaient -péremptoirement de la laisser mettre en pièces par une poignée de -Florentins, de Parmesans et de Bolonais, elles remettraient l'ordre en -Europe, malgré lord Palmerston. - - [282] L'article du _Moniteur_ était un avertissement à l'Italie - contre les annexions. Il y était déclaré que la restauration des - Archiducs formait une partie importante des stipulations de - Villafranca et la condition _sine qua non_ des avantages qui - résultaient pour l'Italie d'une partie de ces stipulations. Il - énumérait ces avantages, mais repoussait l'idée de la - restauration de ces Princes par une force étrangère. Il menaçait - même d'une nouvelle guerre si les populations des Duchés - persistaient à repousser leurs souverains; car l'Autriche se - déclarerait alors comme déliée de ses engagements. L'article - finissait par ces mots: «_Que l'Italie ne s'y trompe pas: il n'y - a qu'une seule Puissance en Europe qui fasse la guerre pour une - idée; c'est la France, et la France a accompli sa tâche._» En - même temps que cette déclaration, l'organe du Ministère anglais - continuait à soutenir avec ardeur le parti de l'annexion des - Duchés au Piémont et à promettre à l'Italie le concours de - l'Angleterre. L'attention du Gouvernement français fut alors - attirée sur la Chine et _le Moniteur_ du 14 septembre annonçait - que la France et l'Angleterre se concertaient pour infliger un - châtiment aux violateurs du traité de Tien-tsin conclu en 1858. - - -_Sagan, 19 septembre 1859._--Nous voici avec un nouvel article du -_Moniteur_ provoqué par la Chine. J'ai toujours eu goût aux Chinois et je -me figure que c'est à leur tour à venir mettre l'Europe à la raison; ce -serait _tristement drôle_. En attendant, voilà l'Angleterre avec deux -chancres, l'Inde et la Chine; elle en avait déjà assez d'un. Du reste, -son indigne politique en Europe mérite bien cette expiation asiatique. -L'Empereur Napoléon rira dans sa barbe de ce nouvel affaiblissement pour -sa rivale, et le _petit_ nombre d'hommes qu'il enverra à Pékin ne -l'affaiblira pas sur la Manche. - - -_Sagan, 29 septembre 1859._--Le Saint-Père a été très blessé de -l'_ultimatum_ présenté par le duc de Gramont, qui tend à séculariser le -clergé romain et le réduire au même état qu'en France[283]. Le Pape ne -veut plus voir l'Ambassadeur. On pense à lui envoyer le cardinal Morlot -comme Ambassadeur extraordinaire. La question va en s'envenimant au -dernier point. Nous verrons le Pape à Fontainebleau. Mais, avant peu, -nous verrons aussi l'Allemagne en pleine révolution; les petits trônes -croulent sans que les plus grands inspirent confiance. Le Roi des Belges -s'imagine arrêter le courant; je crains qu'il ne se trompe. Les Congrès -sont chose illusoire, quand le vent est aux guerres révolutionnaires. - - [283] L' Empereur Napoléon III, toujours flottant, songeait de - temps en temps à tenter, contre les provinces soulevées des États - ecclésiastiques, l'effort des armes: trois fois déjà, ordres et - contre-ordres avaient été donnés à ce sujet. Le duc de Gramont, - de retour de France vers la fin d'août, eut, le 29, une entrevue - prolongée avec le Pape. L'Ambassadeur recommandait des réformes - pour le reste des États pontificaux et ajoutait que l'occupation - militaire par une division française devait expirer dans le - courant de l'année 1860. Le duc de Gramont exposait ensuite à Pie - IX qu'il devait se préparer, lui-même, une force militaire - sérieuse, en lui faisant entendre que l'Autriche n'interviendrait - pas, et que si une troisième puissance venait s'immiscer dans les - affaires d'Italie et que le Piémont voulût s'y opposer, la France - n'aurait aucun motif suffisant pour y mettre obstacle et - l'Angleterre pourrait bien appuyer directement les efforts de la - Sardaigne. - -On m'assure que la France est mal satisfaite de son Gouvernement. En -abdiquant sa liberté, elle voulait le repos, l'ordre, la facilité de se -livrer à l'industrie et au commerce; et, au lieu de cela, on lui donne -des aventures; elle se voit compromise, livrée au gré des caprices d'un -seul homme, elle se lasse du despotisme qui lui refuse les avantages sur -lesquels elle comptait. Plus l'Empereur Napoléon s'en apercevra, et -plutôt il se lancera dans de nouvelles guerres pour occuper les esprits, -à qui on donne, par là, un aliment qui ne leur convient pas, mais qui les -distrait. La France agit sur ses côtes comme si elle croyait à un péril -prochain. On fait et on projette à Toulon des travaux gigantesques; il -en est de même sur les côtes de l'Ouest. A Paris, on prépare un grand -mélodrame intitulé: _Jeanne d'Arc_; toute son histoire: Orléans, Reims, -Compiègne et le bûcher de Rouen. Ce ne sont, peut-être, que des en-cas -plutôt que des plans; mais les en-cas sont bien entraînants. - - -_Sagan, 11 octobre 1859._--La protestation de Mgr Dupanloup est belle, -éloquente et vraie; et ce qui vaut mieux encore, elle est courageuse. -Voilà donc Arras, Poitiers, Orléans, Nantes, Rennes et Pamiers, six -évêques sonnant le tocsin[284]. J'oubliais Alger. Le cardinal Morlot a -assisté, avec approbation, à un sermon prêché à Saint-Sulpice, plus -prononcé encore dans la cause papale. Tout cela n'empêche pas le -mouvement révolutionnaire de se propager et de commettre des excès qui -rappellent ceux de 1848. - - [284] En prenant connaissance de l'allocution du Saint-Père au - Consistoire du 26 septembre, dans laquelle le Pape annulait les - actes de l'Assemblée bolonaise et rappelait les censures - formulées contre les membres du Gouvernement des Légations, Mgr - Dupanloup, qui, la veille, avait publié un exposé de ses - sentiments sur les tristes circonstances où se trouvait placée - l'Église romaine, protesta hautement contre ces attentats, en - communiquant à son clergé les paroles textuelles de Pie IX. - Plusieurs évêques de France adhérèrent à cette énergique - protestation. Quelques-uns cependant le firent en montrant - confiance dans les intentions du Gouvernement français. - -Les eaux de Saint-Sauveur n'ont pas bien réussi à l'Empereur Napoléon, -qui aurait mieux fait de s'en tenir à celles de Plombières. Est-il -possible de s'être mis tant d'embarras sur les bras! Et si sa santé -continue à chanceler, comme c'est le cas depuis un mois, où en -sera-t-il, et où en sera l'Europe qu'il a jetée dans un fossé profond, -dont je ne sais qui l'en tirera? - - -_Sagan, 16 octobre 1859._--J'ai vu une lettre de Biarritz qui dit que -l'Empereur Napoléon y était triste, mécontent, agité comme un homme qui -vient d'avoir ou qui attend des mécomptes. Quand je vois des -Gouvernements tolérer des assassins, comme ceux de Parme[285], et -préparer des massacres, je suis émerveillée de tant d'aveuglement et de -coupable faiblesse. - - [285] Le 6 octobre 1859, un comte Anviti, colonel de l'ancienne - gendarmerie ducale, et connu par ses relations avec le Duc de - Parme, avait été massacré, dans les rues de Parme, par une - population furieuse. La rapidité avec laquelle ce malheureux - événement eut lieu ne permit pas à la force armée d'intervenir à - temps. - -Les adhésions épiscopales augmentent chaque jour. C'est au moins une -étoile brillante dans le ciel sombre! M. de Cavour, qui était -dernièrement à Genève, a dit, à qui voulait l'entendre, que l'Empereur -Napoléon était le plus faible et le plus irrésolu des hommes, et que -c'était là tout le secret de son machiavélisme; qu'il ne savait ni ce -qu'il voulait, ni ce qu'il faisait. - - -_Sagan, 29 octobre 1859._--Je viens d'avoir une visite de six heures du -Prince-Régent de Prusse et de son beau-frère de Weimar, venant, tous -deux, de la rencontre à Breslau avec l'Empereur de Russie[286]. Ils -étaient tous deux en belle et bonne humeur. Le Prince-Régent était très -satisfait de son entrevue avec le Czar, plus du maître que du ministre -Gortschakoff. Le Prince-Régent m'a paru n'avoir envie ni de provoquer, ni -d'avoir à faire la guerre offensive ou défensive à la France; mais il a -en lui assez de défiance pour désirer préparer des chances défensives. Il -est même désireux d'adoucir les dispositions de la Russie et les siennes -propres envers l'Autriche. Tout cela est excellent, sage et modéré; mais -il est faible, ce bon Prince. - - [286] L'Empereur Alexandre II et le Prince-Régent de Prusse se - rencontrèrent le 23 octobre à Breslau et il semble que des liens - plus intimes se nouèrent entre les Gouvernements des deux - souverains, chacun sentant l'influence considérable que leur - entente mutuelle pouvait amener sur la solution des difficultés - qui préoccupaient, à ce moment-là, la diplomatie européenne. - - -_Sagan, 3 novembre 1859._--J'avance lentement dans la lecture du livre -publié sur Mme Récamier par sa fille adoptive, Mme Lenormant[287]. Le -second volume est plus intéressant, ce me semble, que le premier, surtout -à cause de M. de Chateaubriand: l'égoïsme reste en lui bien supérieur à -la tendresse, il a évidemment plus besoin de Mme Récamier qu'il ne -l'aime. A peine trouve-t-on, par-ci par-là, quelques mouvements de cœur, -des aveux de faiblesse, presque de défaite; c'est un vaincu et il en -convient. Cependant, le vrai naturel manque à ses lettres; l'éclat, le -talent y abondent; c'est le grand écrivain drapant le pauvre amoureux. Il -y a aussi là un homme qui me touche en m'étonnant par l'excès du -désintéressement: c'est M. Ballanche. Tant d'amour et pas un désir! -donnant son âme et sa vie pour n'être pas même le premier dans l'amitié, -et en être content! C'est bien plus original et bien plus intéressant que -Mathieu de Montmorency, tout saint qu'il fût. - - [287] En 1859, Mme Lenormant, nièce et fille adoptive de Mme - Récamier, écrivit la vie de sa tante en réunissant tous les - souvenirs qui la concernaient, d'après les correspondances - laissées par la défunte. - -Il y a, dans le numéro du _Correspondant_, poursuivi à cause de l'article -de M. de Montalembert, un autre article bien spirituel de Villemain sur -cet ouvrage de Mme Récamier. Il y fait patte de velours plus que ça ne -lui appartient. - - -_Sagan, 10 novembre 1859._--Il y a peut-être du vrai dans ce qu'on dit -sur la vertu de Mme Récamier, à propos du livre publié par Mme Lenormant. -Quoi qu'il en soit, Mme Récamier avait des qualités réelles, plus réelles -que sa vertu. Elle était certainement douce, belle, égale, attachée, d'un -commerce sûr et affectueux. Du moins, c'est ainsi qu'elle est restée dans -le souvenir de ses nombreux amis, dont le nombre et la qualité prouvent -la réalité de son mérite. - -On m'écrit de Londres que les deux volumes de Mme Lenormant y font -quelque bruit; on ne lui pardonne pas ses rigueurs moqueuses envers le -duc de Wellington, et ses plaintes de ce que le duc de Devonshire lui -avait interdit, à Rome, l'entrée de la chambre de sa mère mourante[288]. -On est choqué de la déférence que lui témoignait Mme de Chateaubriand et -la duchesse Mathieu de Montmorency. Dans le public anglais, ce livre ne -tourne pas du tout au profit de M. de Chateaubriand. En effet, on l'y -retrouve égoïste, orageux, fantasque, plein de fiel sous les apparences -d'indifférence et d'une ambition vaniteuse, sous la forme affectée du -détachement et de l'ennui. Mais quel talent d'écrivain! - - [288] Mme Récamier se trouvait à Rome en même temps que le duc de - Devonshire qui, de peur que sa belle-mère, au moment de sa mort, - ne révélât le secret obscur planant sur sa naissance, séquestra - la Duchesse, en la privant de toute communication avec ses amis. - - -_Sagan, 17 novembre 1859._--La fête de Schiller a très mal tourné à -Berlin; le public a été indécent, grossier, turbulent, et quoique la -démonstration politique n'ait pas éclaté, la partie _orgie roheit_[289] a -été un mauvais indice. C'est à Berlin que la fête a été ainsi profanée; -partout ailleurs, les choses se sont passées avec des formes décentes, -mais le fond reste au profit du principe démocratique, qui a eu occasion -de s'infiltrer et les chefs de s'aboucher. - - [289] De l'allemand: _rudesse grossière_. - -M. d'Auerswald a fait de grands efforts pour engager le Prince-Régent à -assister à cette ovation qui a produit une si vilaine scène, où des -femmes ont été insultées avec un cynisme hideux. Le Régent s'est borné à -assister de loin, par une fenêtre de la maison occupée par la -_Seehandlung_; c'était moins fâcheux que d'être sur la place, mais -c'était encore beaucoup trop[290]. - - [290] Le 10 novembre 1859, la pose de la première pierre d'un - monument que la ville de Berlin élevait au poète Schiller, connu - par ses idées démocratiques, avait un peu échauffé les têtes - avancées qui voulaient en faire le motif d'une démonstration dans - ce sens. Mais des mesures habiles prises à temps par le Magistrat - de la ville empêchèrent la réunion des masses populaires et tout - se passa avec ordre, malgré les orgies grossières (_roheit_) qui - avaient précédé. Le Prince-Régent n'assista pas officiellement à - cette cérémonie, qu'il regarda simplement d'une fenêtre de la - Chambre de commerce (_Seehandlung_), institution datant de plus - d'un siècle et qui fut toujours sous la dépendance du ministère - des Finances en Prusse. - - -_Berlin, 3 décembre 1859._--Me voici à Berlin depuis avant-hier soir; j'y -suis arrivée saupoudrée de neige, qu'une forte gelée a arrêtée depuis -hier. La disposition des esprits n'est pas ce que je voudrais. La session -sera bien difficile et chacun se sent sous une calotte de plomb. Aussi le -commerce, les affaires, tout souffre, car la confiance n'est nulle part. - - -_Berlin, 20 décembre 1859._--Berlin est curieux à observer en ce moment, -mais _tristement_ curieux. M. de Moustiers, le ministre de France, a -remis hier ses lettres de rappel; il a reçu du Régent le grand cordon de -l'Aigle rouge avec diamants! Cela déplaît au ministre de Russie, Budberg. -La Russie est, en général, d'assez mauvaise humeur contre la France, -depuis le replâtrage de celle-ci avec l'Angleterre. - - -_Berlin, 27 décembre 1859._--Il faisait grand froid il y a deux jours; -depuis, le dégel a été complet et, en vingt-quatre heures, nous avons -traversé l'épreuve d'une différence de seize degrés; il y avait de quoi -jeter tout le monde sur le carreau. Le Roi est un peu plus lucide et un -peu moins débile, ce qui laisse le fond des choses au même point. - -La dernière brochure: _le Pape et le Congrès_, parue à Paris, qui fait -tomber à la renverse la diplomatie, ne laisse pas que d'agiter et -d'embarrasser, même ici; il n'y a que lord John Russell qui en -triomphe[291]. L'Empereur Napoléon sacrifie, en ce moment, à ce vilain -_petit radical_; il n'est point encore en mesure de se ruer sur Albion; -l'Allemagne y passera avant. Il me semble que l'on commence à revenir de -bien des illusions; mais il en reste encore trop, sans compter la -faiblesse, l'incertitude, les embarras intérieurs et tout ce qui garotte -et entrave le Cabinet. Cependant Schleinitz disait hier que cette -brochure mettait le Congrès en question et pourrait bien empêcher le Pape -de s'y faire représenter. Le comte de Pourtalès est parti pour Paris, -l'oreille basse et très peu _in spirits_. - - [291] Par une brochure retentissante, attribuée à l'Empereur - lui-même, et intitulée _le Pape et le Congrès_, Napoléon III - achevait de rendre ce Congrès impossible. Cet écrit servait de - texte aux interprétations les moins rassurantes pour le pouvoir - temporel du Pape quand, quelques jours après, dans une lettre du - 31 décembre 1859 à Pie IX, l'Empereur insistait personnellement - sur la nécessité qu'il y avait pour le Pape à céder aux - circonstances et à faire le sacrifice des Romagnes, où le vœu - des populations se prononçait en faveur de l'annexion à la - Sardaigne. Le Pape répondit à toutes ces menaces par l'Encyclique - du 19 janvier 1860, où il s'éleva violemment contre cette - doctrine. En France, Mgr Dupanloup fit entendre un cri - d'indignation dans un écrit intitulé: _Lettre de Mgr l'évêque - d'Orléans à un catholique sur la brochure «le Pape et le - Congrès»_, tandis que le prince Albert de Broglie faisait - entendre le sien dans un article du _Correspondant_ intitulé: _La - lettre impériale et la situation_, qui recevait aussitôt un - avertissement du Gouvernement. - - - - -1860 - - -_Berlin, 1er janvier 1860._--Voici un jour bien sérieux. Il établit -une nouvelle coupe dans notre existence; elle l'abrège, elle en marque la -décadence, mais aussi, elle nous replace sous les yeux la date des -affections qui survivent à tous les autres écroulements. - -La réponse de l'Évêque d'Orléans à la fameuse brochure _le Pape et le -Congrès_ est courageuse, elle prend l'auteur corps à corps. Mais quel -état du monde que celui où une _brochure anonyme_ suffit pour mettre -l'Europe entière en émoi! Ici, on est très agité. - - -_Berlin, 9 janvier 1860._--Le comte Karoly, ministre d'Autriche, ici, dit -tout simplement que l'Autriche est anéantie, qu'elle ne peut agir que -négativement, mais que, par son abstention, elle montrera sa répulsion -des iniquités et du manque de parole. M. de Schleinitz est très occupé et -le prince de Hohenzollern vraiment effaré, surtout des ambitions -savoyardes et niçoises de l'Empereur Napoléon. Il paraîtrait que les -trois puissances du Nord s'entendraient pour ne pas consacrer de -nouvelles délimitations territoriales; au moins, voilà le mot d'ordre -d'aujourd'hui; je ne réponds pas de demain, car on est fluctuant comme -la jeunesse. On est bien mal posé ici vis-à-vis des autres puissances de -l'Allemagne, qui se défient toutes de la Prusse. On va avoir les Chambres -qui donneront bien de l'embarras; la Chambre des Seigneurs déteste les -concessions libérales, dont le Cabinet est prodigue, et la seconde -Chambre déteste les lois de finance, très onéreuses, dont la -réorganisation de l'armée fait une nécessité. Il est évident qu'on est -trop pauvre pour avoir une grande armée, et trop mal limité pour s'en -passer. - -Quelqu'un qui doit le savoir m'a dit qu'en faisant paraître la brochure -l'Empereur Napoléon avait bien joué sa partie, son intérêt étant -d'empêcher la réunion d'un Congrès, où les projets émis dans cette -brochure n'auraient eu pour défenseurs que l'Angleterre et lui. Sans -Congrès, les choses restent comme elles sont, le temps leur donnera la -consécration d'un désir reconnu, à moins que de nouvelles révoltes -italiennes ne surviennent; alors ce serait une nouvelle guerre. - -L'Académie française se prépare, m'écrit-on, à donner un grand exemple de -courage en nommant le Père Lacordaire; cette candidature, créée par M. -Cousin, n'avait pas eu d'abord grandes chances de succès; elle en a plus -depuis la _brochure_. - -Le langage de M. Budberg sur la cour papale est assez mauvais; les Russes -abandonnent volontiers Rome pour Constantinople, à laquelle ils croient -déjà toucher du doigt. Pauvre Pape! On parle ici de lui sans foi -chrétienne, sans principe politique; on a seulement un instinct vague -que tout cela est grave. On en est sur ce point où en était une femme qui -disait à propos des revenants: «_Je n'y crois pas, mais je les crains._» - - -_Berlin, 15 janvier 1860._--J'ai reçu tout dernièrement une lettre de M. -Guizot; ce qu'il dit des choses académiques est piquant. Je copie ce -passage: «J'ai vu le Père Lacordaire et bien d'autres candidats -académiques; mes préférences sont pour le dominicain. Ce sera à moi à -faire le discours de réception et j'aurai plaisir d'esprit à parler d'un -moine[292] à l'occasion d'un républicain, car vous savez que c'est M. de -Tocqueville que nous allons remplacer. C'est le 2 février que se fera -l'élection; et cependant j'hésite encore entre le Père Lacordaire et M. -de Carné. Si c'est le premier, mon discours m'amusera bien plus; si c'est -le second, je serai plus sûr d'un choix sensé; car le jugement du -Révérend Père n'est pas _certain_ et, en vérité, nous pourrions redouter -de sa part quelque brochure contre les droits temporels du Pape. Madame -votre fille ne s'attend pas, sans doute, à cette objection de ma part; -faites-m'en honneur auprès d'elle, je vous en prie. C'est hier que j'ai -vu le Père Lacordaire, chez moi: je lui ai dit à peu près tout ce que -j'avais dans le cœur, et sur le cœur, à son sujet. Il m'a parlé avec -sincérité, abandon, dignité ouverte et naïve; mais il est bien moins -remarquable dans la conversation que dans la chaire ou dans ses livres. A -tout prendre, cependant, il m'a plu et ses chances augmentent. Il y a -une femme spirituelle et jolie qui lui cherche des voix. Elle en parlait -à Thiers, qui lui a répondu _qu'il n'avait pas goût à M. Lacordaire_. -Elle insiste. Il répond: «_Je ne me fie pas assez à l'abbé Lacordaire._» -Enfin, comme elle ne lâche pas prise, il finit par dire: «_Eh bien! -peut-être donnerai-je ma voix au Père Lacordaire._» Voilà mes anecdotes -académiques, il est plus aisé d'en écrire que de parler politique.» - - [292] M. Guizot était protestant. - - -_Berlin, 24 janvier 1860._--On dit ici que c'est le prince Napoléon qui -triomphe. Il répète beaucoup en parlant de son cousin impérial: -«_Maintenant, je le tiens._» C'est lui aussi qui est le patron d'un -affreux journal qui s'imprime à Genève, le plus subversif possible. - -La Russie est bien mécontente de la nouvelle alliance anglo-française; -mais celle-ci est-elle bien solide? La méfiance règne partout; ici on se -défie de la France, mais autant de l'Autriche; on n'est pas sûr de -pouvoir se fier à la Russie et on se demande si on peut s'appuyer sur -l'Angleterre. Tous les États en sont à peu près au même point. - - -_Berlin, 29 janvier 1860._--Il y a dans le dernier numéro du -_Correspondant_ deux articles qui font du bruit à Paris; l'un est fort -bon, et l'autre est tellement distingué que je le regarde comme une -œuvre _supérieure_ par le fond et par la forme. Ce premier article est -de M. de Falloux sur le devoir et les moyens _légaux_, à l'usage des -catholiques dans les circonstances actuelles: _très bon_. _Le_ second -est sur la lettre de l'Empereur Napoléon au Pape[293]; il est d'Albert de -Broglie et tout simplement _admirable_, sans pathos, sans véhémence, -mesure parfaite, logique serrée, argumentation puissante, ironie -incisive, grande dignité, simplicité, élévation et élégance de langage. -J'y ai pris un de ces rares plaisirs que les temps actuels n'offrent plus -guère. - - [293] Nous avons déjà parlé de cet article du prince de Broglie - intitulé: _La lettre impériale et la situation._ Sous une forme - polie, discrète, mais claire, l'Empereur Napoléon, dans cette - lettre, sommait, très respectueusement, le Pape de sacrifier ce - qu'il avait perdu, sous peine de perdre ce qu'il possédait - encore. On trouvera cette lettre aux pièces justificatives de ce - volume. - - -_Berlin, 30 janvier 1860._--Je viens d'apprendre la mort de la -Grande-Duchesse Stéphanie, qui a expiré à une heure de l'après-midi à -Nice. La Grande-Duchesse était bonne, aimable; elle était restée pure -dans les circonstances difficiles de sa jeunesse; elle était restée -fidèle, elle avait goût et confiance en moi, elle m'avait souvent -défendue; c'était une contemporaine, bien des souvenirs agréables ou -intéressants se rattachaient à elle; ses défauts, qui n'étaient que des -faiblesses, ne m'ont jamais fait souffrir. Enfin, j'ai des larmes dans -les yeux et dans le cœur pour cette mort, qui élargit les vides du passé -et les dépouillements du présent. - -Je compte partir d'ici le 10 février pour la France. - - - Ici se place une nouvelle interruption par suite de la rencontre - à Paris des deux correspondants. - - -_Paris, 12 avril 1860._--Le prince Richard de Metternich est venu hier -causer avec moi dans un fort bon sens; il m'a fait souvenir de son père -dans la façon de procéder en raisonnements et déductions. - -Il paraît que pour dissiper les aigreurs de l'Angleterre, on va lui -concéder, de la part de la France, un traité de navigation qui ébouriffe -les armateurs français, lesquels, sommés de venir ici donner des -explications, s'en sont retournés inquiets et mécontents. Commerce, -industrie, clergé et beau monde, voilà un gros fagot d'épines. - - -_Paris, 15 avril 1860._--Les suppositions, les interprétations vont leur -train et leur grand train; mais autant en emporte le vent, et ce n'est -pas la peine de s'y arrêter. L'opinion de M. de Falloux, et celle de bien -d'autres, est que M. Veuillot, dans son inexplicable mésaventure, a été -un traître et son propre espion au profit du Gouvernement d'ici. En -effet, c'est la seule façon de comprendre ce chef-d'œuvre d'imprudence -et de bêtise de la part de quelqu'un qui est spirituel et aguerri[294]. -On est beaucoup occupé de la dissolution du _Journal des Débats_, de ses -rédacteurs: MM. de Sacy et Saint-Marc Girardin se retirent, M. -Prévost-Paradol passe à _la Presse_. Le journal passe au Gouvernement, -qui l'a acheté. Les Bertin font un cas spécial de l'argent. On croit, -néanmoins, que si la subvention est forte, le nombre des abonnés -diminuera sensiblement, malgré les transitions adoucies qu'on emploiera, -pour ne pas effaroucher les lecteurs et continuer leur illusion pendant -un peu de temps encore. - - [294] Ces soupçons n'étaient pas tout à fait sans fondement, car - le journal _l'Univers_, supprimé par une ordonnance du 29 janvier - 1860, motivée par une opposition directe de ce journal contre les - droits de l'État, reparaissait par la bienveillance du - Gouvernement, quelques jours après, sous ce titre nouveau, _le - Monde_, rédigé également par M. Veuillot. - - -_Paris, 18 avril 1860._--M. Cuvillier-Fleury, qui reste au _Journal des -Débats_, disait, avant-hier soir, chez Mme Mollien, que le journal -conserverait une certaine indépendance, à quoi M. Dumont a répliqué que -c'était pour mieux servir l'Empereur en trompant le public. On est fort -aigre sur cette question des _Débats_; mais tout pâlit devant une -nouvelle brochure, parue il y a trente-six heures, et qui a fait baisser -la rente de vingt-cinq centimes. Elle a pour titre _la Coalition_. Elle -est attribuée à la même source que les autres brochures qui remplacent -les manifestes, précédant autrefois les grands chocs politiques. Je -n'entends pas parler d'autre chose. Qu'en dira l'Europe et surtout -l'Angleterre[295]? - - [295] Cette brochure, qui fut le prétexte de nombreuses - manœuvres de Bourse, était anonyme, ce qui rendit facile au - Gouvernement de la dénoncer, en la déférant à la justice. Sous le - voile des limites naturelles, cet écrit traitait assez - ouvertement l'idée, caressée par l'Empereur Napoléon, de - l'annexion à la France des provinces rhénanes. - -_Paris, 20 avril 1860._--La brochure a été désavouée; mais il y a des -esprits mal faits qui prétendent que, si elle n'est pas d'origine -directe, elle est puisée dans des inspirations puissantes. Ces gens-là -disent que la librairie Dentu n'aurait pas osé publier un pareil brandon -sans la certitude de n'être ni poursuivie, ni saisie. En quarante-huit -heures, il s'en est imprimé et vendu trois éditions; bref, les esprits -mal faits disent que c'est un ballon d'essai contenant la pensée de -Napoléon. - -Le maréchal Randon quitte, dit-on, le ministère de la Guerre, qui -rentrerait aux mains du maréchal Vaillant[296]. On assure que cette -sortie et cette rentrée déplaisent à l'armée. - - [296] Le maréchal Randon avait été fait ministre de la Guerre le - 5 mai 1859, en remplacement du maréchal Vaillant, promu major - général de l'armé alliée, lorsque les troupes françaises avaient - franchi les Alpes. - -On est très agité en Sicile qui paraît, de par l'intrigue anglaise, en -pleine combustion. Naples est menacé, M. de Cavour lui-même débordé et -l'oracle des Tuileries fort embarrassé. - -A travers ces gros et sombres nuages, les quadrilles, les déguisements, -les décors du bal du 24 de ce mois[297] préoccupent toutes les jeunes et -jolies étrangères et dames du monde officiel. - - [297] Le 24 avril eut lieu, à l'hôtel d'Albe à Paris (maison - appartenant à Mme de Montijo, mère de l'Impératrice Eugénie), un - bal qui resta célèbre dans les annales napoléoniennes, non - seulement par l'étalage de la richesse des costumes et d'un luxe - effréné, mais plus encore par le décolletage, les jupes trop - courtes des dames, leur déguisement en homme, ainsi que le manque - de convenance dans les propos qui s'y tinrent. - -J'ai dîné, avant-hier, chez la duchesse de Vicence, qui est assez -mécontente de M. Thiers, pour avoir cité de travers les Mémoires de son -mari, dans le dix-septième volume de l'_Histoire du Consulat et de -l'Empire_[298]. - - [298] Napoléon Ier, arrivé le 31 mars 1814 à quelques lieues - de Fontainebleau, avait ordonné au duc de Vicence de partir - sur-le-champ, pour aller trouver l'Empereur Alexandre Ier et - essayer de conclure la paix aux conditions de Châtillon. M. - Thiers, en rappelant cette circonstance dans le dix-septième - volume, page 624, de son ouvrage, donne un tout autre caractère à - cette mission. Il fait croire qu'elle n'avait d'autre but, dans - la pensée de l'Empereur, que de lui faire gagner deux ou trois - jours, afin de donner à l'armée le temps de le rejoindre. - - -M. Cuvillier-Fleury, qui est la dernière petite lumière du _Journal des -Débats_, y a inséré un article sur ce dix-septième volume, qu'on dit -assez piquant pour avoir irrité M. Thiers[299]. Celui-ci dit que les -Princes d'Orléans (dont il suppose M. Cuvillier-Fleury d'être l'agent) ne -lui ont jamais pardonné d'avoir dit, dans le temps où il était ministre, -qu'ils étaient des _Archiducs_. - - [299] Dans une série d'articles publiés dans le _Journal des - Débats_ sur le XVIIe volume du _Consulat et de l'Empire_, - Cuvillier-Fleury, tout en faisant ressortir l'immense succès de - l'œuvre de M. Thiers, le critiquait spirituellement en le - mettant en opposition avec lui-même. Il démontrait que, malgré - ses opinions actuelles, M. Thiers ne semblait pas admettre que - toute dictature ne fût fatalement entraînée à des excès qui la - perdent; qu'il paraissait croire qu'une autorité forte, - lorsqu'elle est indispensable, n'est pas nécessairement - malfaisante, et qu'il admettait même qu'un despotisme qui vient à - propos peut être sage. - -Le _Journal des Débats_ a perdu dans les dernières semaines trois mille -abonnés! - -Je lis maintenant les deux derniers volumes du _Port-Royal_ de M. de -Sainte-Beuve[300]. C'est une bonne lecture qui reporte vers d'autres -temps. Le nôtre est de plus en plus déplorable à tous les points de vue. - - [300] Ce livre est l'œuvre la plus complète et la plus sérieuse - que Sainte-Beuve ait jamais faite. Elle occupa vingt-deux ans de - sa vie, et l'histoire de ce couvent si attaqué, si défendu, - devint, sous sa plume, une histoire littéraire du siècle de Louis - XIV. - - -_Paris, 23 avril 1860._--Le général Ortega fusillé et le comte de -Montemolin arrêté maladroitement en Espagne, c'est de cela qu'on jase -ici[301]. Ce qui est plus curieux, c'est que lord Cowley a eu, la veille -de son départ pour Londres, une conversation orageuse avec l'Empereur -Napoléon, qui a dit: «_Il faut que l'Angleterre choisisse entre une -alliance franche et cordiale, sérieuse, ou la guerre. Je suis à bout de -ma patience._» Nous sommes donc à la veille d'une tempête générale ou -d'un aplatissement universel[302]. On ne croit plus au changement -immédiat du ministre de la Guerre. - - [301] Le général Ortega, capitaine général des îles Baléares, - chef apparent d'une nouvelle tentative d'insurrection carliste, - qui venait d'avorter en Espagne, fut fusillé le 18 avril 1860. Le - comte de Montemolin et son frère, arrêtés en même temps, - recouvrèrent promptement leur liberté en renonçant à leurs droits - au trône par une lettre écrite en langue espagnole, adressée à la - Reine Isabelle II, datée de Tortosa le 12 avril 1860. - - [302] L'Empereur Napoléon III était très irrité contre - l'Angleterre, qui protestait avec vigueur contre l'annexion de - Nice et de la Savoie à la France. Lord Cowley avait eu, à ce - sujet, des entretiens peu amicaux avec M. Walewski, ensuite avec - M. Thouvenel, et échangeait sur ce point une correspondance - confidentielle avec lord John Russel, ministre des Affaires - étrangères. Dans un discours très violent contre l'Empereur - Napoléon, prononcé par le chef du Foreign-Office à la Chambre des - Communes le 25 mars, le noble Lord avait déclaré que l'Angleterre - ne pouvait sacrifier pour la France l'alliance du reste de - l'Europe. Tous ces symptômes de mécontentement entretenaient - l'opinion publique dans la croyance d'une guerre prochaine avec - l'Angleterre. - - -_Paris, 27 avril 1860._--Si seulement on avait un peu de soleil pour se -réconforter; mais l'obscurité est partout; au ciel, dans les esprits et -sur la terre. Encore si les âmes étaient éclairées! Il n'y a plus ici -d'autre clarté que celle des feux électriques qui ont éclairé le palais -d'Albe d'une étrange magie à la fête d'avant-hier. Cependant, le clair de -lune, tant annoncé, a été supprimé, car Diane[303] n'a paru qu'en domino. -Le carquois en diamants, les flèches en diamants, _le Régent_ devenu -centre d'un croissant, tout cela a été tristement, et non sans larmes, -replacé au trésor de la Couronne. Un article du _Times_ en a été cause. -La police avait eu aussi de sinistres rapports qui avaient fait tripler -les précautions. Aussi, les vives instances de Mme Walewska, pour que la -fête fût répétée demain, ont été repoussées par un _non_ fort sec, répété -trois fois par l'Empereur Napoléon. - - [303] L'Impératrice Eugénie. - -Le comte de Montemolin et son frère n'ont pas été arrêtés par un zèle -maladroit, mais bien pour ôter à ceux qui avaient exécuté cette -entreprise tout prétexte d'y revenir. - -On parle d'explications vives en plein bal avec l'Ambassadeur -d'Espagne[304]. Il paraît qu'on voulait ôter à la Reine Isabelle toute -liberté de secourir le Pape; on est aussi fort importuné, ici, de -l'attitude du duc de Montpensier et de la jeune gloire du comte -d'Eu[305]. L'Angleterre arme à outrance; l'Europe n'est plus dupe; mais -personne ne songe, à ce qu'il paraît, à autre chose qu'à sa défensive. - - [304] M. Mon était alors Ambassadeur d'Espagne à Paris. - - [305] Le duc de Montpensier s'était définitivement fixé à Séville - et y intriguait sourdement, malgré tous les honneurs dont l'avait - comblé sa belle-sœur, la Reine Isabelle. Le comte d'Eu, fils du - duc de Nemours, enseigne dans le régiment des chasseurs à cheval - espagnols (Albuféra), faisait avec éclat ses premières armes au - Maroc, à cette époque-là en guerre avec l'Espagne. - - -_Paris, 30 avril 1860._--L'Ambassadeur d'Espagne a reçu, hier, de Madrid, -un télégramme qui lui annonce que le comte de Montemolin et son frère, -l'Infant don Juan, ont adressé des lettres autographes à la Reine -Isabelle, dans lesquelles ils déclarent renoncer à tous leurs droits à la -couronne d'Espagne. C'était bien la peine de se faire fusiller, comme -Ortega, pour de pareils gens! - -M. Thiers est encore plus furieux contre le second article de M. -Cuvillier-Fleury, dans le _Journal des Débats_, que contre le premier. On -assure, que sans Mmes Dosne et Thiers, l'historien _national_ serait déjà -aux Tuileries où il me paraît très digne de figurer. - -La duchesse de Galliera a été en Angleterre pour négocier le mariage du -Comte de Paris avec la fille de la Duchesse de Parme; elle a échoué! - -La question d'Orient est entamée; la Russie est aux pieds de la France, -l'Autriche très plate, la guerre contre l'Angleterre presque décidée. Je -crois que l'Angleterre aurait tort de compter sur ses alliés du -continent. - - -_Rochecotte, 15 mai 1860._--La nouvelle qui courait à Paris, le 12, du -débarquement de Garibaldi en Calabre est prématurée. Il a touché -Livourne, est allé à terre, a pris là huit cents hommes de plus, s'est -embarqué en disant qu'il n'avait point de parti pris sur son lieu de -débarquement[306]. Voici le partage des rôles. _Le Roi Victor-Emmanuel -avoue Garibaldi; M. de Cavour le désavoue; l'Empereur Napoléon désavoue -M. de Cavour et Garibaldi et le Roi!_ Si Garibaldi n'est pas pris et -pendu par les bâtiments du Roi de Naples, toute l'Italie sera de nouveau -en feu dans un mois. - - [306] Garibaldi quitta Gênes dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, sur - un bateau de plaisance qui lui appartenait, et rallia le bateau - expéditionnaire qui, ayant prit une patente pour Malte, était - sorti du port deux jours avant et se tenait au large. Après avoir - abordé ce navire, Garibaldi fit route sur la Sicile, au lieu de - se diriger sur Malte, suivi de plusieurs autres bâtiments chargés - d'hommes et de munitions, qui le rejoignirent dans cette - direction. Ils débarquèrent le 11 mai à Marsala et entrèrent dans - Palerme le 27, après avoir bombardé cette ville pendant quelques - heures. C'est ce qu'on a appelé _l'expédition des Mille_. - -J'ai une lettre d'Angleterre dans laquelle on me dit que lord Palmerston -ne veut plus qu'on le croie impérialiste, et dit tout haut les raisons de -son éloignement. Il parle aussi de l'avenir qu'il prévoit et des -difficultés que rencontrerait l'Angleterre pour renouer de fortes -alliances sur le continent. Il dit que, ni à Vienne, ni à Berlin, ni à -Saint-Pétersbourg, il n'y a plus de Gouvernement, personne en état de -prendre une initiative, une résolution et de l'accomplir, qu'il faut -attendre une forte crise qui poussera tout le monde. Il me semble que ce -qu'il dit des autres Cabinets s'appliquerait bien aussi à celui de -l'Angleterre! - - - Nouvelle réunion à Bade des deux correspondants. - - -_Berlin, 17 juin 1860._--Je suis arrivée ici par un temps hideux. -Aujourd'hui, un pâle soleil éclaire les rues désertes de Berlin. En -route, à Bruchsal, j'ai rencontré les Rois de Saxe et de Hanovre; ils -m'ont fait l'effet de moutons menés à la boucherie; car cette entrevue à -Bade des Souverains allemands avec l'Empereur Napoléon pourrait n'être -que cela[307]. - - [307] Dans les premiers jours de juin 1860, le Ministre de France - à Berlin, le prince de la Tour d'Auvergne, fit savoir au baron de - Schleinitz, ministre des Affaires étrangères en Prusse, que - l'Empereur Napoléon, ayant appris que le Prince-Régent allait se - rendre à Bade, désirait aussi s'y rendre, car il considérait une - entrevue avec ce Prince comme le meilleur moyen de rassurer - l'Allemagne sur la stabilité de la paix. Soupçonnant que cette - demande cachait un secret désir d'obtenir un agrandissement du - côté du Rhin et l'espoir de disloquer la Ligue germanique, le - Prince-Régent accepta la proposition de l'Empereur, qui vint à - Bade du 15 au 17 juin; mais, auparavant, il faisait adresser une - communication confidentielle à toutes les Cours allemandes, les - invitant à venir à Bade assister à cette visite. Tous les Princes - s'y trouvèrent, jusqu'au Roi de Hanovre, aveugle, au grand - désappointement de Napoléon III, qui avait compté sur un - tête-à-tête avec le Prince de Prusse. - -J'ai trouvé ici des lettres d'un peu partout: en voici les extraits: _De -Paris_: «L'Empereur Napoléon, en revenant de Lyon[308], a dit à son -secrétaire, M. Mocquard: «_Il faut se tenir tranquille pour le moment, et -tranquilliser les autres: toutes ces alarmes gâtent le présent et nuisent -à l'avenir._» Des instructions ont été données aux journaux du -Gouvernement pour mettre une sourdine et surtout pour caresser -l'Allemagne. Le manifeste de Mazzini[309] est aussi pour quelque chose -dans ce _temps d'arrêt_. Il revient de tous côtés que les -révolutionnaires illimités sont de plus en plus les maîtres en l'Italie. -On s'attend à voir Garibaldi passer de Sicile sur le continent. Il ira -prendre Messine à Naples.» - - [308] L'Empereur et l'Impératrice s'étaient rendus à Lyon pour y - rencontrer l'Impératrice mère de Russie. - - [309] Le rôle que Mazzini remplit alors en Italie fut assez - secondaire. Il essaya, sans succès, par diverses tentatives, de - faire tourner au profit de la démocratie républicaine l'élan - irrésistible qui poussait le pays tout entier à reconnaître son - unité; il venait de publier, dans ce but, son manifeste intitulé: - _Ni apostat, ni rebelle_, où il proclamait qu'entre le programme - de Cavour et celui de Garibaldi, il choisissait le second, et - que, sans Rome ni Venise, il n'y avait point d'Italie. - - -_De Vienne_: «L'Empereur François-Joseph est dans un grand découragement, -non seulement à cause de ses revers, mais parce qu'il a, dit-il, fait -fausse route, sur la foi du prince Félix Schwarzenberg, qui l'a lancé -dans le système de l'unité politique et administrative de l'Empire. Il -essaye d'en revenir sans grande vigueur et sans espoir.» - -J'ai aussi trouvé ici le nouveau livre de l'évêque d'Orléans sur _la -Souveraineté du Pape_. J'ai passé ma soirée d'hier à le parcourir; il m'a -semblé plein de talent, d'esprit et de courage, écrit avec une sincère -intention d'être de son temps et d'en être bien compris, en lui disant -ses vérités. C'est grand dommage qu'il se laisse aller à une polémique de -détail et de routine. J'aurais cru qu'il eût été plus habile de ne -s'attacher qu'à une ou deux idées simples, et à les mettre et remettre -incessamment en lumière. L'Évêque remue trop de choses secondaires, ce -qui obscurcit les grandes[310]. Du reste, je juge un peu à la légère, car -je n'ai _pas_ lu, je n'ai que parcouru. - - [310] Ce livre est un ouvrage de circonstance trop détaillé, mais - formant un exposé complet au point de vue de l'exercice de la - puissance spirituelle, de l'origine, de la durée et de la - nécessité du pouvoir temporel. - - -_Berlin, 19 juin 1860._--Lady Westmorland m'écrit de Londres: «Le roi -Léopold de Belgique est venu me faire une longue visite fort aimable. -Cela fait du bien de causer avec quelqu'un qui conserve encore nos -traditions. Il désapprouve et craint extrêmement l'entrevue de Bade.» - -On m'écrit de Paris sous la date du 16 juin: «La réunion de Bade est -décidément prise ici pour une promesse d'été pacifique, peut-être même -d'un peu de désarmement. Ce n'est pas un retour de confiance, c'est une -suspension de méfiance. On ajourne ses inquiétudes en les gardant. Le -monde officiel tient deux langages: aux uns il promet la paix, aux autres -il dit: «N'ayez pas peur, rien n'est abandonné; la France reprendra ce -que l'Empire lui avait donné; les propositions de Francfort en 1813; -_c'est là votre minimum_.» - -«N'êtes-vous pas frappée de lord John Russel abandonnant le bill de -Réforme? Voilà deux fois en trois semaines que le bon sens anglais se -retrouve et fait la loi au Cabinet: ce n'est encore, j'en conviens, que -sur des questions intérieures. L'esprit public est toujours échauffé en -Angleterre sur les affaires d'Italie. Garibaldi y est populaire; mais -quand le mouvement révolutionnaire fera des Garibaldi ailleurs, -volontaires ou entraînés, le bon sens anglais se ravivera. Les hommes -manquent là, à la bonne cause, plus que le public.» - - -_Sagan, 22 juin 1860._--Une personne ayant des relations en Sicile -m'écrit que, si on y laissait les votes libres, cette belle île se -choisirait pour souverain le duc d'Aumale dont la femme est Sicilienne. -Comme de raison, l'Empereur Napoléon ne le souffrira pas. - -On m'écrit de Paris qu'il est fortement question, dans le monde -législatif, d'établir un impôt nouveau, consistant à donner une part -d'enfant à l'État dans les successions; c'est du socialisme pur. - - -_Sagan, 25 juin 1860._--Je suis parvenue à savoir quel était le langage -que l'Empereur Napoléon se proposait de tenir au Prince-Régent de Prusse -lorsqu'il s'est rendu à Bade. A-t-il réellement suivi ce programme? J'en -doute, vu la différence du terrain qui a été autre qu'il ne s'y -attendait. Voici donc en résumé ce qu'il comptait dire au Régent: «Force -protestations pacifiques, au travers desquelles l'Empereur Napoléon -aurait demandé au Prince-Régent de le laisser en finir avec l'Autriche. -Il voulait lui dire qu'il n'y avait pas moyen d'en rester où l'on en est; -qu'il fallait que la Hongrie fût satisfaite, la Vénétie délivrée; que le -repos de l'Europe et la sécurité de l'Allemagne n'était qu'au prix de -l'entière défaite de l'Autriche. Que la Prusse devait donc le laisser -faire, lui Napoléon; et qu'elle aurait part à l'héritage. Que l'Empereur -Napoléon ne pensait pas à la ligne du Rhin proprement dite, qu'il ne -voulait rien enlever à la _véritable nationalité_ allemande, que la ligne -de la _Meuse_ lui suffisait, que celle-là ne rendrait à la France que des -populations françaises, ou à peu près, que la Prusse y gagnerait une -extension des provinces rhénanes vers l'Ouest; sans parler de ce qui -pourrait lui échoir en Allemagne, même à l'Est et au Nord; quel intérêt -la Prusse aurait-elle à l'existence de la Belgique? La Belgique est un -État factice, incapable de se protéger lui-même, et qui, toujours en -question, tiendra en trouble ses voisins. Que pour en finir avec les -révolutions, il fallait faire partout de grands États: que l'Italie -devait redevenir _l'empire romain_, que l'Allemagne devait devenir -_l'empire prussien_; que les petites populations françaises, de langue et -de mœurs, qui longent les frontières de la France: la Belgique, le -canton de Vaud, ceux de Neufchâtel et de Genève, devaient rentrer dans -_l'empire français_. Qu'alors les nationalités seraient satisfaites, les -ambitions aussi; que les imaginations auraient de l'espace. Que ce qui -faisait les révolutions étaient les petits qui voulaient devenir grands; -que du jour où il n'y aurait plus que des grands, en petit nombre, mais -unis entre eux, on aurait bon marché des révolutionnaires. Que les grands -empires, c'est la paix!» - -C'est là ce qui est au fond du personnage. - -On me mande de Londres que lord Palmerston se prépare à la lutte, qu'il -est rentré dans la confiance de la Reine et du prince Albert, et en -quasi-intelligence avec les Tories; que les questions intérieures -anglaises seront mises à l'écart, qu'on ne s'occupera plus de réprimer en -Europe les ambitions françaises et qu'on espère que la Prusse ne se -laissera pas leurrer par l'Empereur Napoléon. - - -_Sagan, 28 juin 1860._--On m'écrit de Londres: «Les nouvelles que l'on -reçoit ici de Bade sont bonnes. L'Empereur Napoléon avait cru apparemment -qu'il y avait moyen de s'entendre avec la Prusse. Il a fourni à la Prusse -une occasion excellente pour s'entendre avec toutes les cours -d'Allemagne. Le Prince-Régent en a profité avec adresse, et il résulte de -la conférence de Bade, que toutes les cours d'Allemagne, y compris, -dit-on, celle d'Autriche, sont arrivées à s'entendre beaucoup mieux -qu'elles n'ont fait depuis longtemps. Il serait curieux que le résultat -de la politique impériale eût été de consolider les nationalités -italiennes et allemandes dans un esprit d'opposition à la France.» - - -_Sagan, 5 juillet 1860._--Voici les extraits de mes lettres reçues de -Paris: - -_Paris, 1er juillet_: «Nous avons été très occupés de la rencontre des -souverains à Bade. Plusieurs personnes bien informées disent que -l'Empereur Napoléon a été très peu content de son séjour à Bade, et très -mécontent, depuis son retour, du langage que les journaux prêtent au -Prince-Régent de Prusse. - -«La situation du Roi de Naples devient de jour en jour plus mauvaise, ce -n'est plus Victor-Emmanuel qui sera roi d'Italie, c'est la révolution -sous le nom de Garibaldi. A quelle frontière s'arrêtera-t-elle? -L'Empereur commence à s'en alarmer. Le prince Napoléon est irrité que -l'Empereur ne soit pas venu en personne à la cérémonie des obsèques de -son père[311]. Le roi Jérôme allait régulièrement à la messe et s'était -confessé cet hiver: ceci est certain; il a fini très régulièrement, -malgré les impiétés de son fils. - - [311] Le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte, le plus jeune et le - dernier survivant des frères de Napoléon Ier, qui avait été - Roi de Westphalie, était mort à Paris, dans sa soixante-seizième - année. Ses funérailles eurent lieu en grande pompe, le 3 juillet - 1860, aux Invalides. L'Empereur Napoléon III s'y fit représenter - par le duc de Malakoff. - -«Prévost-Paradol fera son temps de prison dans une maison de santé à -Passy[312]. La _Presse_, dans laquelle il écrivait, après avoir quitté -les _Débats_, a rompu son engagement avec lui; il se trouve avec une -femme folle et sans moyen d'existence.» - - [312] M. Prévost-Paradol, qui, en 1860, figurait parmi les - collaborateurs du _Journal des Débats_, avait publié une brochure - intitulée: _Les anciens partis_. Cette publication lui valut - d'être traduit en police correctionnelle, comme ayant voulu - exciter à la haine et au mépris du Gouvernement. M. - Prévost-Paradol fut condamné à un mois de prison et à mille - francs d'amende. Cette condamnation eut un tel retentissement - qu'elle rendit M. Prévost-Paradol presque populaire. - -Autre lettre du 1er juillet de Paris. «Le roi Jérôme a demandé que son -corps ne fût pas déposé à Saint-Denis, disant que, quand les Bourbons -reviendraient, ils ne manqueraient pas de le jeter dehors. Son fils a -tenu à l'exécution de sa dernière volonté, ce qui a contrarié l'Empereur, -car il voulait amuser les Parisiens en faisant promener, sur les -boulevards, les cendres du grand homme et celles de Jérôme. - -«Les affaires de Rome sont fort tristes: Mme de Lamoricière en est -revenue _navrée_; le feu de paille s'est vite éteint: point d'officiers, -point d'argent et partout des résistances. Le Saint-Père, résigné à la -façon des martyrs, et trouvant qu'il est peu digne à lui de se défendre. -Il a peut-être raison. - -«L'entrevue de Bade est prise comme un échec pour le mystificateur -habituel; il va s'en consoler à Nice, en Savoie, en Algérie. Il voit que -tout lui échappe; sa politique devient plus tortueuse, plus hésitante, -plus mensongère que jamais. Le roi de Wurtemberg paraît lui avoir parlé -ouvertement de cet étrange système de brochures; il l'a dit à ses -Ministres auxquels, depuis son retour, il paraît triste et soucieux.» - -Autre lettre du 2 juillet de Paris: «Je sais de façon certaine, et -j'avoue que je m'en étonne, que l'Empereur Napoléon a trouvé que, des -souverains réunis à Bade, celui qui avait le plus d'esprit, c'était le -Roi de Hanovre, après lui, le Roi de Saxe, que le reste n'était que des -médiocrités. - -«Le _sursis_ est positif. L'Empereur a dit à des commerçants que nous -n'aurions pas de guerre _cette année-ci_, ce qui ne les a guère rassurés; -car, qu'est-ce qu'une année pour des affaires commerciales?» - - -_Günthersdorf, 10 juillet 1860._--Quarante-huit heures avant la mort de -son père, le prince Napoléon a voulu faire vendre publiquement ses -chevaux. L'Empereur l'en a empêché. Le jour même du décès, il a renvoyé -la maison militaire de son père et il en a donné avis au Ministre de la -Guerre. Le Ministre a répondu que la maison resterait jusqu'à ce qu'il en -eût été référé à l'Empereur. - -L'Empereur, immédiatement après la mort du roi Jérôme, a fait mettre les -scellés sur ses papiers et en a pris possession depuis. - -Le prince Napoléon a aussi empêché le fils et le petit-fils de -Jérôme[313] d'arriver au lit de mort du mourant et de lui dire un dernier -adieu. - - [313] Il s'agit ici du fils issu du mariage légal et légitime que - Jérôme avait contracté à Baltimore, en 1803, avec Élisa Paterson. - Ce mariage, non reconnu par Napoléon, fut arbitrairement cassé en - 1805; mais Élisa Paterson défendit ses droits toute sa vie, et - ceux de son fils, avec une énergie singulière. Son fils se fixa à - Baltimore et épousa dans cette ville, en 1829, Mlle Suzanne Gay - dont il eut un fils qui vint s'établir à Paris où, grâce à la - princesse Mathilde dont il avait su conquérir l'amitié, il entra - dans le régiment des Guides, dont il fut un brillant officier. - Pendant le siège de Paris, il se distingua et conquit les galons - de colonel. Après la guerre de 1870, il se fixa à Boston et - mourut en 1893. - -Je ne puis me calmer sur l'histoire du comte de Montemolin: la bêtise au -commencement, la lâcheté au milieu, la déloyauté à la fois. Quel mal de -semblables aventures ne font-elles pas à la légitimité[314]! - - [314] Vers le 1er juillet 1860, un document accompagné d'une - lettre fut adressé par le comte de Montemolin à la Reine Isabelle - II. Ces deux écrits expliquaient la renonciation passée et une - rétractation présente: «_Considérant_, disait Don Carlos, _que - l'acte de Tortosa du 23 avril est le résultat de circonstances - exceptionnelles; écrit dans une prison et au moment où toute - communication nous était interdite, il ne remplit aucune des - conditions qu'exigeait sa validité; que, par conséquent, il est - nul et illégal et ne saurait être ratifié. Attendu l'avis de - jurisconsultes compétents, nous le déclarons nul et non avenu et - le rétractons_.» - - -_Günthersdorf, 13 juillet 1860._--Une personne, qui a occasion de savoir -ce que pense et ce que dit _tout bas_ le ministre de Sardaigne à Paris, -M. Nigra, sur les affaires d'Italie, me mande que, selon lui, la Russie -et la Prusse sont presque aussi mécontentes que l'Autriche de ce qui se -passe en Italie. L'Angleterre, tout en se tenant en dehors, verrait sans -déplaisir que les trois États du Nord se rapprochassent pour une cause -quelconque, même pour une cause qui n'aurait pas sa sympathie. La France -seule est vraiment favorable à l'Italie. La France laissera tout faire en -Italie, sauf l'expropriation de la _ville_ de Rome contre le Pape. -Seulement, elle ne reconnaîtra, quant à présent, aucun des changements de -territoire à opérer. Maintenant que tous les renforts destinés à -Garibaldi sont partis de Gênes, elle conseille au roi Victor-Emmanuel -d'arrêter quelque petite expédition en retard pour prouver la -non-complicité du Piémont et calmer un peu le Nord. Quant au roi -Victor-Emmanuel, à Cavour et à Garibaldi, ils sont parfaitement résolus à -parachever leur œuvre, et à amener la Sicile, puis Naples, puis les -Marches, puis le reste des États romains, sans se soucier du Roi de -Naples, de sa constitution et de ses propositions d'alliance. On me dit -d'ailleurs que, si le Roi de Naples était un peu capable, sa partie -serait beaucoup moins mauvaise qu'elle n'en a l'air, car Garibaldi est, à -ce qu'il paraît, fort mal à l'aise et grandement embarrassé en Sicile. - - -_Günthersdorf, 18 juillet 1860._--On se demande, à Paris, ce qu'on fera -du million qui formait la dotation du roi Jérôme. Les indépendants et les -économes le réclament pour le Trésor; les prudents veulent qu'on s'en -serve pour augmenter la dotation du prince Napoléon et de la princesse -Clotilde qui n'ont, l'un qu'un million, l'autre que deux cent mille -francs de douaire assuré. - -Il paraît que l'Empereur Napoléon se refroidit un peu dans son goût pour -le libre échange: les souffrances et les plaintes de l'industrie le -préoccupent, ou il y a moins d'empressement à plaire au delà de la -Manche. - - - Nouvelle réunion des deux correspondants à Günthersdorf. - - -_Sagan, 26 août 1860._--Voici les extraits des lettres qui me sont -parvenues: - -_De Paris, 20 août._ «Lamoricière est assez content à Rome. Sans illusion -et sans charlatanisme, sa petite armée se forme; il aura dans deux mois -vingt mille hommes de vraies troupes, et de quoi les payer pendant deux -ans; car l'emprunt romain est couvert, pas beaucoup au delà, mais -réellement couvert; c'est en France qu'il a le moins réussi. Les soldats -de Lamoricière sont presque tous des Allemands, des Irlandais ou des -Belges. La plupart des petits gentilshommes français, qui y étaient -allés, n'y sont pas restés. Lamoricière a fait de son mieux pour s'en -débarrasser. Ils avaient toutes sortes de fantaisies: les uns ne -voulaient pas saluer les officiers français dans les rues de Rome; les -autres demandaient des uniformes particuliers. D'honnêtes hobereaux -écrivaient au général pour le conjurer de veiller aux mœurs de leur -fils, ce qui le faisait un peu jurer et dire: «Je ne fonde pas un -couvent; ils pécheront, puis ils se confesseront; puis ils repécheront et -se reconfesseront.» - -«Si Garibaldi, après avoir renversé le Roi de Naples, envahit et veut -soulever les Marches, Lamoricière les défendra. Il n'essaiera pas de -défendre Rome, si l'armée française s'en va. Il emmènera le Pape -ailleurs, à Ancône, probablement. Le Pape répugne extrêmement à quitter -Rome, quelle que soit l'extrémité à laquelle on le réduise; on se promet -pourtant à l'y décider, s'il le faut. Il est toujours à merveille pour -Lamoricière, qui est assez bien avec le cardinal Antonelli; rien -qu'_assez bien_. - -«On regarde le rappel un peu déguisé du général de Goyon comme un -commencement d'abandon. On a fortement essayé, dans ces derniers temps, -d'obtenir du Pape quelque grande mesure, quelques concessions éclatantes, -le pendant de la constitution du Roi de Naples; on dit que M. de Cadore, -qui remplace par intérim le duc de Gramont, a passé à ce sujet une note -très hautaine, qui a irrité le Pape et lui a suggéré un refus absolu. On -ne doute guère de la chute du Roi de Naples. Et Garibaldi partira de là -pour Venise, comme il est parti de Gênes pour Palerme, et de Palerme pour -Naples. La réception pourrait être différente!» - - -_Sagan, 30 septembre 1860._--On m'écrit que l'Impératrice Eugénie est -fort souffrante; elle a attrapé un gros rhume à Lyon; cependant, elle -veut continuer le voyage pour Alger[315]. - - [315] Le 23 août 1860, l'Empereur Napoléon et l'Impératrice - Eugénie entreprirent un voyage qui dura plus d'un mois, leur fit - visiter Lyon d'abord, puis les nouvelles provinces annexées de la - Savoie et de Nice. A leur passage par Chambéry, ils furent - salués, au nom du Roi Victor-Emmanuel, par le ministre de - l'Intérieur Farini et le général Cialdini, porteur d'une lettre - autographe du Roi de Sardaigne à l'Empereur. Revenant ensuite à - travers le Dauphiné, la Provence et Nice, ils s'embarquèrent pour - la Corse; de là, ils allèrent en Algérie et ne revinrent que le - 24 septembre à Saint-Cloud. - - -La réunion probable de Varsovie, le toast de l'Empereur de Russie le jour -de la fête de l'Empereur d'Autriche[316], le peu de foi qu'on attache au -discours de Persigny[317], tout cela surprend à Paris, où l'on se croyait -surtout avoir plus d'action sur la Russie. - - [316] Au banquet donné à Saint-Pétersbourg par l'Empereur - Alexandre II pour le jour de la naissance de l'Empereur - François-Joseph, le Czar avait dit dans son toast: «_A mon cher - frère l'Empereur d'Autriche_.» Ces paroles furent commentées par - les journaux allemands qui les rapprochèrent des conférences - prolongées que M. de Rechberg avait alors à Vienne avec - l'Ambassadeur de Russie, M. de Bolovine, depuis son retour de - Teplitz; il s'établit ainsi la croyance d'une prochaine rencontre - du Prince-Régent, de l'Empereur d'Autriche et de l'Empereur de - Russie. Les trois souverains du Nord se rencontrèrent, en effet, - le 23 octobre à Varsovie et tombèrent d'accord pour repousser - toute proposition d'un Congrès sur la question italienne. - - [317] A l'ouverture du Conseil général du département de la Loire - dont M. de Persigny était président, celui-ci prononça un - discours où l'intention de tranquilliser l'opinion publique était - visible. M. de Persigny tendait à prouver que, malgré les guerres - d'Italie et de Crimée, la parole de l'Empereur à Bordeaux: - «_L'Empire, c'est la paix!_» était restée inattaquable, que le - nouvel Empire n'acceptait la succession du premier Empire que - sous bénéfice d'inventaire; qu'il répudiait l'héritage des luttes - et des vengeances pour entrer dans des rapports de paix et de - concorde avec toutes les Puissances et que son programme était - fidèlement suivi. - -On me mande: «Je viens de voir le général prince de Holstein. Il revient -de Danemark et de Berlin. Il dit que le Prince-Régent de Prusse lui a -donné la commission de dire au Roi de Danemark, pour le désillusionner -sur le compte de l'Empereur Napoléon, que celui-ci avait offert à la -Prusse de lui garantir le Holstein et le Schleswig, si elle entrait dans -ses vues par rapport au Rhin.» - - -_Sagan, 6 septembre 1860._--Je reçois une lettre de Paris dans laquelle -je trouve ceci: «Avant de partir pour la Savoie, l'Empereur Napoléon a -envoyé chercher le prince de Metternich et lui a dit: «Surtout -gardez-vous de recommencer la faute du Tessin; attendez l'attaque des -Piémontais. Quand elle viendra, respectez les stipulations de -Villafranca, et faites, du reste, sur le Piémont, la Toscane, Parme, -Modène, ce que vous voudrez. Je vous livre les agresseurs et ce que je -n'ai pas reconnu.» Mais en même temps que Napoléon tenait ce langage au -prince de Metternich, il a dit à l'ambassadeur de Sardaigne: «Tenez-vous -prêts, complétez votre armée, troupes et matériel, je vous y aiderai.» -Toujours de la fourberie, Dieu veuille qu'on n'en soit la dupe nulle -part!» - - -_Sagan, 9 septembre 1860._--La mort du vieux Grand-Duc de -Mecklembourg-Strélitz[318], que je regrette personnellement, m'est même -très sensible. Il m'a comblée de constantes bontés. Pendant sa dernière -maladie, il me faisait donner de ses nouvelles par la Grande-Duchesse, et -depuis sa mort, sa veuve m'a fait écrire des paroles bien touchantes, -dont il l'a chargée pour moi. Il avait de l'esprit, des goûts fins et -délicats, des sentiments élevés, des manières exquises, de cette belle -politesse perdue, hélas! Il en conservait avec soin la tradition; c'était -un ami fidèle et sûr; bref, c'était le dernier d'un meilleur temps. - - [318] Frère de la Reine Louise de Prusse. - -Voici un passage d'une lettre de Paris, du 7: «Malgré ce qu'en disent les -gazettes, tenez pour certain que le couple impérial a été très froidement -reçu en Savoie, pays catholique et conservateur, qu'on inonde de -fonctionnaires révolutionnaires. L'Empereur vit au jour le jour, -manœuvrant entre les sociétés secrètes qui menacent de le poignarder -s'il abandonne leur cause, et l'ordre qu'il ne veut pas se mettre à dos -dans la personne de la coalition; position difficile à maintenir à la -longue.» - - -_Sagan, 11 septembre 1860._--Il y a quelques jours, le _Journal des -Débats_[319] donnait, d'après l'_Opinione_, un article sur le principe de -non-intervention à propos du général Lamoricière. On somme le Pape de -congédier Lamoricière et ses troupes, parce que leur présence est une -_intervention étrangère_ en Italie et menace ses voisins. L'intérêt de la -paix en Italie exige que le Pape renonce à se défendre. Je ne crois pas -que le mélange de mensonge et d'audace, d'hypocrisie et d'arrogance, de -fourberie et d'effronterie qui caractérise la politique révolutionnaire, -ait jamais été poussé plus loin. Je suis convaincue que si Lamoricière -n'avait à combattre que Garibaldi, il le battrait bel et bien, mais pris -entre deux feux, entre le brigand venant de Naples, et les Piémontais -venant de l'autre côté, comment résister? - - [319] Le _Journal des Débats_ du 7 septembre 1860 disait: «On lit - dans l'_Opinion_ de Turin du 4 septembre: «Notre Parlement ne - peut pas dévier d'une politique qui a produit de bons fruits, - pour courir des aventures qui susciteraient contre lui toute - l'Europe. Si jamais une autre politique devait prévaloir, si la - force des événements contraignait le Gouvernement du Roi à - prendre une autre attitude, le Ministère actuel n'y pourrait pas - souscrire et accepter la responsabilité d'une situation qu'il ne - pourrait pas dominer. Nous croyons que le parti libéral, qui a - soutenu et soutient encore le Cabinet, est de cet avis et qu'en - Italie on est assez sage pour éviter de nouvelles complications. - En tout cas, le Ministère ne voudrait pas être responsable - d'événements qui amèneraient une guerre entre la France et - l'Autriche. Nous ignorons qui aurait le courage de s'exposer à - une telle responsabilité. Assurément, il n'aurait pas à compter - sur l'appui du Parlement qui, s'il est prêt à tout sacrifier pour - la défense de la patrie, ne le fera qu'à la condition que le - Gouvernement ne se laissera pas enlever la direction de la chose - publique, et qu'au contraire, il dirigera le mouvement tendant à - l'indépendance italienne.» - -Voici deux extraits de lettres qui auront, du moins, quelque intérêt -rétrospectif: - - «_Turin, 3 septembre_: Cavour, ce joueur intrépide et - heureux, qui a successivement battu deux Empereurs et - un Pape, va jouer tout ce qu'il a gagné contre un autre - joueur, qui est terriblement en veine dans ce moment: - Garibaldi. La partie est engagée à l'heure qu'il est. Il s'agit - de souffler à Garibaldi Naples et les États du Pape, de lui - faire mettre son grand sabre dans le fourreau et de renvoyer - _Cincinnatus_ à sa charrue: rude besogne! Mais si - Cavour a l'Empereur Napoléon comme partenaire (ce qui - est plus que probable), on peut parier pour lui. - - «Le gouvernement piémontais _veut_ être à Naples _avant_ - Garibaldi, ou tout au moins en même temps que lui. Ce - n'est pas Garibaldi qui aura l'honneur de battre les croisés - et de tracer les limites de l'oasis papale. Ce sera le général - Cialdini, si ce n'est le roi Victor-Emmanuel en personne. - Farini et Cialdini ne sont allés à Chambéry que pour - demander à l'Empereur Napoléon carte blanche et lui soumettre - le plan de campagne.» - - «_Rome, 31 août_: Lamoricière se croit certain de - battre Garibaldi. Le général de Goyon partageait ce sentiment. - Dans l'armée du général de Lamoricière, personne - ne doute d'une victoire complète. Garibaldi n'a rencontré - aucun obstacle sérieux; ce sont les trahisons qui ont fait - sa fortune: ses plans de campagne se bornent à profiter - des intelligences que les sociétés secrètes lui ont procurées - et à faire jouer la mine de trahison. - - «Lamoricière a vingt mille hommes parfaitement sûrs, - en laissant de côté les Italiens[320].» - - [320] La convention de Villafranca rencontrait tous les jours des - obstacles plus sérieux; l'annexion de Nice et de la Savoie ajouta - encore aux difficultés, quand il se fut agi de la réaliser, et - elle jeta en Italie une nouvelle cause de haine contre la France - qui, dès lors, la vit s'échapper définitivement de son influence. - Le Gouvernement sarde était embarrassé entre les excitations du - patriotisme et les remontrances de l'Empereur Napoléon; mais M. - de Cavour se tenait prêt à jouer cette terrible partie, qui - devait le mener à recevoir d'un seul coup le complément inespéré - de son œuvre. Craignant les emportements de Garibaldi, il le - suit vigilant, le couvrant seulement, en parvenant à paralyser la - diplomatie qui regarde faire. Garibaldi, le cœur ulcéré par le - ressentiment de la cession de Nice, fut facilement gagné à - l'insurrection de Sicile qui, depuis quelque temps, tenait - l'Italie en éveil. Il était parti à la dérobée par un soir de mai - du golfe de Gênes avec mille à onze cents volontaires et ses deux - navires: le _Piemonte_ et le _Lombarda_. A travers les croisières - napolitaines, il débarquait le 11 mai à Marsala et, après un - sanglant combat à Calatafini, avec les troupes royales, entrait - dans Palerme et disposait de la Sicile. Devenu ainsi en peu de - jours dictateur victorieux, il passe au mois d'août le détroit de - Messine, alla à Naples le 7 septembre, réduisant le Gouvernement - napolitain à des conditions de libéralisme trop tardives. Cavour, - qui voulait constituer l'Italie sans se laisser dominer par la - révolution, accepter l'unité dans ce qu'elle avait de réalisable - et marcher sur cette révolution pour l'arrêter et l'empêcher de - compromettre la cause nationale, sentit que le moment critique - était arrivé et il se décida à l'intervention. Considérer la - révolution de Naples comme un fait accompli avant même que - François II eût livré sa dernière bataille, pénétrer dans les - Marches jusqu'à la frontière napolitaine pour empêcher Garibaldi - de se jeter sur Rome, tel est l'acte auquel il se résolut. A - Rome, toutes les fantaisies belliqueuses s'agitaient pour - reconquérir les Romagnes; on y avait décidé la formation d'une - armée pontificale dans la prévision du départ de la garnison - française, qui semblait prochain: et le général Lamoricière en - avait pris le commandement, par un ordre du jour, où il annonçait - qu'_il était venu pour combattre la révolution, ce nouvel - «islamisme»_. Le Gouvernement sarde, voyant une menace pour la - sécurité de l'Italie dans cette agglomération d'étrangers armés à - Rome, dans le but avoué de reconquérir les provinces pontificales - détachées des États de l'Église, Cavour saisit ce prétexte en - envoyant, le 7 septembre 1860, au cardinal Antonelli la sommation - de désarmer; puis, voulant devancer Garibaldi qui arrivait à - Naples, deux corps d'armée sardes, sous les ordres des généraux - Fanti et Cialdini, s'avancèrent alors par le territoire - pontifical et en dix-huit jours occupèrent les places de Pesaro, - Urbino, Perugio, Spoleto, rencontrèrent Lamoricière à - _Castelfidardo_, où sa petite armée fut anéantie, et s'emparèrent - d'Ancône que Lamoricière avait gagné rapidement avec quelques - fidèles, après sa défaite. Pris par terre et par mer, Lamoricière - serait contraint de capituler. La question des Marches ainsi - tranchée, l'armée piémontaise, dont Victor-Emmanuel prit alors le - commandement, gagna la frontière napolitaine où François II avait - arrêté Garibaldi sur le _Vulturne_. Mais Cialdini battit l'armée - napolitaine à Issernia et Sesso; François II, après avoir - vainement réclamé la protection des escadres française et - anglaise, quittait Naples pour se réfugier à Gaëte; Capoue se - rendait le 2 novembre et le Roi Victor-Emmanuel faisait son - entrée à Naples le 7 du même mois. - - -_Sagan, 14 septembre 1860._--Je prévois que _l'ère_ des monarchies est -finie partout; ce qui nous livre d'abord à l'anarchie, puis au despotisme -et à la tyrannie, à toutes les horreurs de la dissolution complète de -l'état social. Le monde finira, sans doute, par reprendre son niveau, -mais quand? à quelles conditions? après quelle traversée? Nous n'y serons -plus, la tourmente nous aura engloutis bien avant. Si ce n'était la foi -en Dieu, on ne saurait où reposer sa pensée. La proclamation de -Victor-Emmanuel a été suivie sans retard de l'entrée de Cialdini et de la -prise de Pesaro[321]. - - [321] Cette proclamation du Roi, datée de Turin du 11 septembre, - était une réponse indirecte à l'ordre du jour de Lamoricière; la - voici: - - »Soldats! Vous entrez dans les marches de l'Ombrie pour restaurer - l'ordre civil dans les villes désolées, pour donner aux peuples - la liberté d'exprimer leurs propres vœux. Vous n'avez pas à - combattre des armées puissantes, mais seulement à délivrer de - malheureuses provinces italiennes de la présence de compagnies - d'aventuriers étrangers. Vous n'allez pas venger des injures - faites à moi ou à l'Italie, mais bien empêcher que les haines - populaires se déchaînent contre les oppresseurs. Vous - enseignerez, par votre exemple, le pardon des offenses et la - tolérance chrétienne à ceux qui comparent l'amour de la nation - italienne à l'islamisme. En paix avec toutes les grandes - puissances, éloigné de toute provocation, j'entends faire - disparaître du centre de l'Italie une cause continuelle de - troubles et de discordes, je veux respecter le siège du Chef de - l'Église, à qui je suis toujours prêt à donner, d'accord avec les - Puissances alliées et amies toutes garanties d'indépendance et de - sécurité, que ses aveugles conseillers ont espéré en vain du - fanatisme de la secte méchante qui conspire contre mon autorité - et contre la liberté de la nation. Soldats, on m'accuse - d'ambition; oui, j'ai celle de restaurer les principes d'ordre - moral en Italie et de préserver l'Europe des dangers continuels - de révolution et de guerre.» (Copié textuellement dans le - _Journal des Débats_ du 13 septembre 1860.) - - -_Sagan, 18 septembre 1860._--Comment la Prusse n'a-t-elle pas pris les -devants pour rappeler son Ministre de Turin et s'est-elle laissée -devancer par la France, sans même l'imiter jusqu'à présent? Car enfin, le -Pape étant souverain temporel, il ne s'agit pas pour la Prusse -protestante d'une question religieuse, mais d'une question de principe -qui s'applique au droit des gens universel! Quant au rappel de Charles de -Talleyrand, ce n'est qu'une nouvelle scène de cette longue comédie; mais, -du moins, c'est de la comédie bien jouée[322]. Et comme le parterre est -plein de dupes, qui ne savent pas regarder dans la coulisse, il s'y -trouve encore d'imbéciles claqueurs. - - [322] La Russie et la Prusse rappelèrent leurs Ministres de - Turin; mais Cavour eut l'habileté de ne pas prendre trop au - sérieux cette rupture, surtout avec la Prusse, qu'il ne cessait - de flatter dans ses ambitions secrètes, et dès le mois de - janvier, au moment où le Prince-Régent devait ceindre la - couronne, il envoyait le général la Marmora avec une mission - particulière à Berlin. La France rappela de Turin M. de - Talleyrand, sans donner au fond à ce rappel la forme d'une - véritable rupture diplomatique. - -Les renforts envoyés à Rome me semblent surtout destinés à y garder le -Pape prisonnier, sous le prétexte de le protéger, car l'Empereur Napoléon -ne se soucie pas de la pitié poétique qu'exciterait un Pape _pèlerin_. -Quelque pervertie que soit l'Europe, il y aurait encore un certain cri -dont l'Empereur Napoléon ne se soucie pas d'entendre l'écho. - -A propos de politique, la brochure la plus remarquable qui ait paru, au -milieu de ce tas de niaiseries et d'absurdités, est _la Politique -anglaise_. Elle émane de l'Empereur Napoléon, mais elle est rédigée par -Mocquard. La Prusse y est traitée de _parvenue_, l'Autriche de _perfide -agonisante_, l'Angleterre de _folle égarée_; la Russie est seule ménagée; -le reste de l'Europe agriffée ou méprisée, et la France vantée dans un -style d'apothéose. Le tout est bien écrit et le sophisme habilement -manié. - - -_Sagan, 24 septembre 1860._--J'ai reçu les douloureuses nouvelles -d'Italie[323]. Je gémis sur les héroïques victimes; je me sens -alternativement consternée, découragée, indignée. Je tremble pour le -Saint-Père; je crains qu'il ne se laisse enjôler par le général de Goyon -qui, probablement, est dupe lui-même de son maître fallacieux. Le piège -est cependant facile à découvrir, mais les âmes essentiellement candides -ont de déplorables aveuglements; en vérité, dans tel moment donné, il -vaut mieux être moins pur et moins avisé. - - [323] Allusion à la bataille de Castelfidardo qui avait été - livrée le 18 septembre 1860. Par une marche forcée, Cialdini - était parvenu à devancer Lamoricière qui réunissait ses troupes à - Foligno, et en occupant les hauteurs d'Orsino et de - Castelfidardo, il ferma le chemin d'Ancône aux troupes - pontificales. Lamoricière voulut s'ouvrir un passage, attaqua les - positions de l'armée piémontaise, qui le repoussa impétueusement - et mit en déroute la petite armée du Pape. - -A la quantité de dupes dont je vois le monde grossir chaque jour, je me -dis qu'il faut que la duperie ait bien des charmes. Quant à moi, je ne -sais rien de plus humiliant. - - -_Sagan, 26 septembre 1860._--M. de Falloux m'écrit une lettre que voici: -«Le Père Lacordaire travaille à son discours pour l'Académie. Je crains -bien que ce discours ne contienne pas tout ce que nous voudrions y -trouver sur la question italienne; mais, malgré la douleur dont je me -sens opprimé en voyant se préparer dans les États romains une seconde -édition de la guerre du _Sonderbund_ de 1847, je suis disposé à pardonner -toutes les incartades de mon éloquent confrère, en songeant qu'elles -n'auront, du moins, rien de commun avec l'incomparable bassesse des -harangues épiscopales, dont la lecture me fait rougir depuis un mois. - -«Le Pape, déplorablement induit en erreur, a accepté, et accepte encore -la comédie dont il est le jouet. Sa politique est essentiellement timide, -expectante, prête à subir _presque_ tout, de peur de _tout_ perdre.. Il -semble qu'il ait perdu l'indépendance et la confiance en soi, qui fait -les trois quarts de la force de tous les pouvoirs temporels et -spirituels. Il lui restait, cependant, encore un grand empire, mais il -le croit plus battu et plus faible qu'il ne l'est en effet. On s'arrange -plus volontiers du martyre que de la lutte. - -«Je suis navré de la mort de Pimodan, et triste pour Lamoricière; mais il -a attaqué bravement et succombé devant des forces trop supérieures. Il -essaie de tenir dans Ancône. Le malheur sera, hélas! complet, mais -l'honneur sera sauf, du moins l'honneur personnel.» - - -_Sagan, 2 octobre 1860._--La Princesse Charles de Prusse, qui a passé -trois jours chez moi, m'a parlé des Grandes-Duchesses de Russie: Hélène -et Marie, Duchesse de Leuchtenberg. La dernière est toute garibaldienne, -furieuse de l'entrevue de Varsovie[324], indignée de tout rapprochement -avec l'Autriche. La Grande-Duchesse Hélène, moins véhémente dans ses -discours, est, au fond, assez dans les mêmes errements. - - [324] Dans cette ville, mal choisie pour y conférer sur - l'indépendance des nations, les souverains du Nord eurent une - nouvelle entrevue en octobre 1860. On croyait généralement que - les délibérations qui s'y tiendraient feraient entrer les - affaires d'Italie dans une nouvelle phase; mais l'Autriche ne put - obtenir de la Russie ni de la Prusse l'appui et les - encouragements sur lesquels elle avait compté pour lui assurer la - possession de la Vénétie. - -La reddition d'Ancône, après une lutte énergique et sanglante, me -contriste profondément sans m'étonner. Ce qui m'étonne et me contriste, -c'est de voir le Saint-Père jouer le jeu de la France en restant à Rome; -il n'y gagnera rien au temporel et il perdra beaucoup au spirituel. De -Vienne et de Berlin, on agit diplomatiquement pour faire rester le Pape -à Rome; c'est d'une bien courte vue et c'est perdre l'occasion très belle -de créer un embarras à Napoléon. - -Je suis ravie de l'article du _Correspondant_: «la Question romaine», par -M. de Falloux. Rien d'aussi complet, ni d'aussi _hardi_ n'avait encore -été écrit. Il y a mis son caractère et plus de talent qu'il n'a coutume -d'en avoir. Le poursuivra-t-on? c'est bien difficile. Il a fait là une -action réellement méritoire et peut-être efficace, autant que quelque -chose peut être efficace aujourd'hui. - -Le baron de Talleyrand est à Bade. Il ne m'a pas écrit; mais, dans une -lettre que j'ai reçue de Paris, il y a le passage suivant: «L'Empereur -est mécontent du baron de Talleyrand, disant qu'il l'a mal servi. C'est -ce que l'Empereur a dit à M. de Cadore, lorsque celui-ci est venu -apporter les conditions du Pape. Il n'y a rien à gagner de servir un -Gouvernement si faux et si perfide, qui livre ses agents pour masquer ses -fourberies.» - -Dans une autre lettre, il est dit: «Vous ne pouvez vous imaginer la -fureur des classes élevées. Au cercle de l'Union on voudrait mettre le -duc de Gramont en pièces. C'est qu'en effet, il a été exécrable et que -par de fausses assurances (qu'il savait fausses) il a été cause de la -perte de Lamoricière et de la mort de Pimodan.» - -On m'écrit aussi de Paris, le 5 octobre: «Je trouve ici les esprits très -aigris, amers. L'envahissement de l'Ombrie et des Marches jette le clergé -et les catholiques dans les dernières fureurs. La défaite de Lamoricière -met les légitimistes en rage. Les personnes sensées demandent où on nous -conduit avec de telles violences, un tel renversement du droit public. Le -gouvernement perd du terrain chaque jour; il voudrait reculer et ne sait -comment s'y prendre. La Russie s'oppose à la chute du Roi de Naples, ce -qui fait qu'on voudrait arrêter ou contenir _quelque peu_ -Victor-Emmanuel. Les embarras de l'Empereur Napoléon sont bien grands, -bien graves; en sortira-t-il en conservant sa couronne? Ici, la défiance -est à son comble; l'Empereur a des ennemis puissants, nombreux, -implacables à l'intérieur comme à l'extérieur. - -«La mort de M. de Pimodan cause des regrets _irrités_, car le duc de -Gramont avait _promis_ le concours des troupes françaises _en cas -d'attaque_. On crie à la trahison, au mensonge. Vous n'avez pas idée des -clameurs. Ce matin, il y a un service à Notre-Dame pour les victimes de -ce cruel combat. L'autorité voulait en refuser la permission; il a fallu -céder devant la violence de l'opinion générale. - -«On n'a pas osé supprimer _le Correspondant_, malgré le courageux article -de M. de Falloux et les pages écrasantes de M. Cochin, pas davantage -sévir contre la chronique de la _Revue des Deux Mondes_. L'attitude a -bien changé et on sent la crainte au lieu de l'arrogance confiante.» - - -_Sagan, 8 octobre 1860._--On me mande de Vienne qu'on regarde l'entrevue -de Varsovie comme annulée d'avance par toutes les adroites menées qui ont -été mises en jeu par la diplomatie française d'une part, et par MM. -Gortschakoff et de Kisseleff de l'autre; les craintes pour l'avenir n'ont -plus de bornes. - - -_Sagan, 12 octobre 1860._--Une amie de M. de Falloux me mande que M. -Billault avait proposé à l'Empereur Napoléon de poursuivre l'article ou -de supprimer _le Correspondant_. «Non, a dit l'Empereur, il y a déjà bien -assez d'émotion; plus tard, nous verrons.» - -On m'écrit aussi ici: «Il manque à la politique anglaise, en ce moment, -d'oser se montrer telle qu'elle a envie d'être et qu'elle essaie de -devenir. Les Anglais se préparent timidement à des transformations qu'ils -n'osent pas avouer; ils cherchent à se rapprocher de l'Espagne. C'est un -propos étourdi de l'Empereur Napoléon qui a reporté l'attention de -Londres sur Madrid. A Chambéry, l'Empereur Napoléon a dit aux envoyés -piémontais: «Quant à Naples, faites ce que vous voudrez; les Bourbons et -moi, cela ne peut aller nulle part.» Le grand Empereur disait cela aussi, -et il ne s'en est pas bien trouvé. - -L'Empereur Napoléon a bien tort de s'alarmer de l'entrevue de Varsovie; -la présence de Gortschakoff et de Kisseleff, et les natures données des -principaux personnages me semblent des garanties suffisantes pour qu'il -puisse dormir, non pas du sommeil du _juste_, mais de celui du fourbe -satisfait. - - -_Sagan, 13 octobre 1860._--Voici l'extrait d'une lettre de Paris du 11 -octobre: «Les classes élevées sont arrivées au dernier degré de -l'exaspération; la bourgeoisie est très blessée et mécontente des -affaires du Pape; les masses ignorantes et impies restent indifférentes; -les républicains applaudissent, et l'armée semble une _chose_ plutôt -qu'une réunion d'hommes. Ce qui est assez grave, c'est l'aigreur et la -désaffection des bonapartistes, qui trouvent qu'on perd leur cause. Les -aides de camp, en plein salon de service, s'insurgent contre une telle -manière de gouverner; ils vont même jusqu'à refuser à l'Empereur Napoléon -le véritable esprit politique. Ils n'ont pas tort. Les Ministres sont aux -abois et ne savent plus comment se tirer d'embarras inextricables et -croissants. L'Empereur, de son côté, se plaint de ses Ministres qu'il -accuse de le mal servir. M. Thouvenel disait, avant-hier, à un de ses -amis: «Que puis-je faire ici? J'ignore les plans politiques de -l'Empereur: je marche dans les ténèbres, sans but, sans plan, avançant, -reculant à travers une politique double et jamais expliquée.» - -«On ne fera pas de procès à M. de Falloux; on veut adoucir les -catholiques, afin d'éviter le départ du Pape de Rome. Là, il y a -discussion entre M. de Mérode qui opine et insiste pour le départ, et le -cardinal Antonelli qui veut le _statu quo_. Il nous aurait fallu une -démission éclatante de l'Archevêque de Paris, une encyclique écrasante de -Rome concluant au départ. Les laïques ne suffisent plus à la lutte; c'est -aux sommités à se prononcer et à agir. Dans les cercles et les clubs de -bonne compagnie, on écume contre M. de Gramont. Croyez-moi, l'Empereur -Napoléon couve quelque surprise inattendue. Il veut bouleverser l'Europe -de fond en comble. La faiblesse de l'Europe étonne; elle laissera donc -tout faire.» - - -_Sagan, 21 octobre 1860._--On m'écrit d'Italie, qu'à Rome, il y a eu, -ainsi qu'à Paris, un monde énorme aux obsèques du pauvre général de -Pimodan; mais pas un des Princes romains. - -Je reçois un billet de Paris, ainsi conçu, du 19 octobre: «Le parti -révolutionnaire l'emporte; les liens qui enchaînent aux Mazziniens ne -peuvent être rompus. On vient de signer un nouveau traité avec le -Piémont, par lequel on s'engage à le soutenir par les armes dans -l'attaque contre la Vénétie[325]. On compte soulever en même temps _plus -d'une nationalité_. Ici, on espère pêcher en eau trouble et profiter des -nouvelles trahisons qui vont éclater.» - - [325] L'Autriche, inquiète et troublée de voir que l'Italie avait - su se constituer en nation, en se dégageant de l'absolutisme - monarchique sans tomber dans le despotisme révolutionnaire, - multipliait les efforts pour obtenir une garantie en cas - d'attaque de la Vénétie. Vers la fin de septembre 1860, elle fit - demander à Paris par le prince de Metternich et M. de Hübner si, - devant la formation du royaume d'Italie, la France et le Piémont - ne pourraient pas garantir à l'Autriche la possession de la - Vénétie, vu que la situation n'était plus la même qu'au traité de - Zurich et qu'un nouveau traité, ratifié par le Parlement - piémontais, lui paraissait nécessaire. L'Empereur Napoléon se - borna à inviter l'Autriche à faire cette proposition au Piémont, - sans dissimuler à ses deux envoyés que l'acceptation d'une - pareille proposition lui paraissait bien difficile. Cette réponse - avait fait croire à l'existence d'un nouveau traité avec le - Piémont au sujet de la Vénétie, qui était sans fondement. - -Outre ce billet, écrit évidemment à la hâte, j'ai une lettre qui, moins -palpitante d'actualité, a cependant quelque intérêt. En voici les -principaux passages: «L'Empereur est sombre, perplexe. Il voudrait la -fédération au lieu de l'union italienne; mais il ne sait comment enrayer -le mouvement actuel. Il a des engagements qui pèsent sur lui, sans -compter la peur incessante des poignards. Quand il a vu que les -Puissances du Nord n'ont pas suivi l'exemple qu'il a donné, en rappelant -le baron de Talleyrand, il a reproché vivement à M. Thouvenel de lui -avoir fait jouer cette _comédie_. Thouvenel ne sait plus comment se tirer -d'un labyrinthe et d'un filet frauduleux, dont il commence à avoir honte -et dégoût. Tenez pour certain qu'à Chambéry, la réponse donnée par -l'Empereur Napoléon à Cialdini et à Fanti a été: «Allez de l'avant, mais -faites vite, et que tout soit terminé avant l'entrevue de Varsovie.» - -«Le Ministre de Prusse ici ne voit rien[326], ne pénètre rien; je doute -qu'il fasse voir plus clair à sa Cour qu'il n'y voit lui-même. Le Nonce -du Pape est parti; le Saint-Père quittera Rome. Tout cela aurait dû être -fait il y a des mois. Et Varsovie? on a bien tort si l'on ne s'y inquiète -que de la Hongrie. _Toutes les Polognes_ sont travaillées par des -émissaires français; c'est d'ici qu'on y prépare le soulèvement. Je suis -parfois à me demander si vous n'êtes pas bien près d'une frontière prête -à s'enflammer.» - - [326] Le comte Albert Pourtalès était alors Ministre de Prusse à - Paris. - - -_Sagan, 23 octobre 1860._--Voici une lettre de M. Guizot, datée du -Val-Richer le 18 octobre: «J'avais à dîner hier un de mes voisins dont je -veux, madame, vous parler; moins de lui, cependant, que de deux jeunes -cousins de sa femme, qu'il m'a amenés. Ils étaient dans le bataillon -franco-belge sous les ordres de Lamoricière. L'un d'eux a vu et lu de -_ses propres yeux_ la lettre du duc de Gramont au général Lamoricière, -lui annonçant que les Français empêcheraient les Piémontais d'entrer dans -les Marches. Elle est arrivée au Général à Spolète. Le duc de Gramont -avait aussi écrit au consul de France à Ancône, qui est venu apporter au -Général la même promesse. C'est de cette seconde lettre que le _Moniteur_ -s'est servi pour cacher la première. M. de Lamoricière a eu tort de se -confier à l'une et à l'autre; mais je sais bien quel nom je donnerais, si -je voulais, à l'Ambassadeur qui les a écrites. - -«A Castelfidardo, Lamoricière a fait l'impossible pour mener au feu son -corps d'Allemands et d'Italiens, il les a harangués, il s'est mis à leur -tête, il s'est de sa personne porté en avant; ils n'ont pas suivi, le -grand nombre de l'armée piémontaise les avait terrifiés. Le bataillon -franco-belge seul a donné. C'est alors que Lamoricière s'est décidé à -tout tenter pour aller se jeter dans Ancône et s'y défendre encore. Il y -est arrivé seul avec deux officiers. Quelques bataillons épars l'y ont -rejoint ensuite. Le général Cialdini a invité à dîner M. de -Bourbon-Chalus, son prisonnier. Celui-ci, pour lui expliquer leur -tranquille attente, a parlé de la lettre du duc de Gramont. Cialdini a -ri: «_Je savais mieux que votre Ambassadeur ce que voulait Napoléon; je -l'avais vu à Chambéry et il m'avait dit: Allez, allez, seulement, -dépêchez-vous; il faut que ce soit fini avant la réunion de Varsovie._» - -«Que pensez-vous, madame, que fera ou qu'a déjà fait Varsovie? Tout le -monde attend; les badauds comme les gens d'esprit; les indifférents comme -les plus zélés. Espérons le retrait motivé des agents diplomatiques; la -déclaration qu'on ne reconnaîtra rien de ce qui se fait ou se fera en -Italie, en dehors de Villafranca, de Zurich et quelque engagement envers -l'Autriche pour l'avenir. Si on ne fait pas ces trois choses, la réunion -sera plus que vaine, elle sera ridicule.» - - -_Sagan, 25 octobre 1860._--Je copie une lettre de Paris du 23: «Nous -sommes ici dans l'huile bouillante; les troupes sont en marche vers le -Midi; avant trois mois Venise n'appartiendra plus aux Autrichiens; mais -que de flots de sang pour en arriver là! - -«L'attaque se fera par les Piémontais, appelés par la révolution -intérieure de l'État de Venise; nous irons à leur secours. La Sardaigne -et l'île d'Elbe en seront la récompense. On croit aux Tuileries n'avoir -d'autres ennemis à combattre que l'Autriche; on endort la Russie par -l'appât de Constantinople; on laissera dire l'Angleterre et on sait bien -que la Prusse ne marchera pas sans les Anglais: ils sont si favorables à -l'indépendance italienne qu'il est permis de douter qu'ils empêcheront -l'écrasement des Autrichiens à Venise. - -«M. de Hübner, porteur d'une lettre de l'Empereur Napoléon, a reçu en -échange de bonnes paroles, qu'il a la naïveté étrange de prendre au -sérieux, au pied de la lettre. - -«Le Pape est prisonnier ou peu s'en faut; nous le verrons à -Fontainebleau, ou, du moins, en France, sous bonne escorte. Il y aurait -mille détails curieux à vous conter, mais ils disparaissent dans le grand -drame de l'Italie et de l'Europe; car c'est l'Europe entière qui est en -jeu: qu'on ne s'y trompe pas. Avec cela, les bonapartistes sont inquiets, -car ils se sentent débordés. C'est la révolution qui nous gouverne. -L'armée du Roi de Naples s'épuise, il ne tiendra pas longtemps[327]. La -_Gazette de Lyon_ a été supprimée; elle a paru le jour de la suppression, -avant l'avis officiel, avec un article des plus violents, et une espèce -d'adresse aux catholiques d'Angleterre, qui viennent de voter une épée -d'honneur au général de Lamoricière: «_Jouissez de la liberté de votre -pays_, disait-il, _nous l'admirons, nous vous l'envions, car nous -gémissions sous le poids de l'oppression et de la tyrannie_.» Ils étaient -supprimés et ils cassaient les vitres. C'est du reste, ou pour dire plus -juste, c'était un journal sérieux, très goûté par la ville de Lyon qu'on -a blessée au cœur en le frappant.» - - [327] François II, trahi par les soldats de sa propre garde, ne - recevant de secours de nulle part, quittait Naples le 6 septembre - à l'approche de Garibaldi. Il prit d'abord position, avec ce qui - lui restait de troupes, près de Capoue, où il livra le 1er - octobre un combat, sur le _Vulturne_, qui resta indécis. Il - essaya de prolonger la lutte en se réfugiant dans la forteresse - de Gaëte; là, suivi par la Reine et le Corps diplomatique, ce - jeune Souverain s'illustra d'un dernier effort de virilité. - Garibaldi en commença le siège au mois de novembre 1860, mais - empêché par l'escadre française, du côté de la mer, dans ses - opérations militaires, ce siège marcha lentement et le drapeau - bourbonien resta planté sur le rocher de Gaëte jusqu'au 13 - février 1861. Après une courageuse défense. François II signa une - capitulation et arriva à Rome avec la Reine le 15 février sur un - bâtiment français. Le 25 septembre 1860, le Roi de Naples avait - adressé un mémorandum à la diplomatie étrangère pour protester - contre l'invasion de ses États et l'inaction des puissances - européennes. - - -_Sagan, 5 novembre 1860._--La Princesse Charles de Prusse m'écrit de -Berlin ce qui suit, à l'occasion de la mort de l'Impératrice mère de -Russie[328]: «Le Prince-Régent est véritablement accablé de douleur et -fait pitié à voir. Je suis accourue de Glienicke pour le voir, et je -m'établis quinze jours plus tôt que je ne le voulais en ville, pour être -plus près de mon excellent beau-frère, et donner plus exactement de ses -nouvelles à ma sœur. Mon mari n'est pas moins désolé que le Régent; -chacun des deux frères l'est à la façon de son caractère. Quant au -Régent, il a positivement perdu la personne qu'il aimait le mieux, et -dont l'affection le consolait de beaucoup de choses pénibles. Le Roi -n'apprendra jamais la mort de sa sœur; la Reine ne porte pas le deuil -pour ne pas effrayer le Roi qui, du reste, est de plus en plus -silencieux, et de moins en moins lucide!» - - [328] L'Impératrice mère de Russie était morte le 1er novembre - à Saint-Pétersbourg. - -L'Impératrice d'Autriche est attaquée du larynx; on en est inquiet à -Vienne. Elle se rend à Madère et sera au moins onze jours en mer pour -l'atteindre. Les enfants restent à Vienne. Cette absence, cette -séparation, dans les circonstances actuelles, a quelque chose de -sinistre. - - -_Sagan, 9 novembre 1860._--Il paraît que l'Impératrice mère de Russie est -morte en chrétienne, de la façon la plus édifiante, la plus touchante. -C'est un grand réveil à la nature que le glas de la mort. - -Le pauvre Empereur d'Autriche fait grande pitié. Il est revenu très morne -de Varsovie, regrettant d'y avoir été, blessé du mauvais esprit des -Hongrois qui se laissent exciter par Kossuth et Cie; et enfin, ce qui -l'achèvera, ce sera le départ de l'Impératrice. Il a demandé une frégate -à l'Angleterre, afin d'être en sûreté sur le voyage de sa femme. Il y a, -du reste, à Vienne, des personnes pour dire que l'état de l'Impératrice -n'est pas grave, qu'elle l'exagère, et qu'elle a agi sur les médecins -pour se faire ordonner le Midi. En tout cas, l'Impératrice a un bel -exemple dans la conduite de sa sœur cadette, la Reine de Naples, dont -tout Gaëte est édifié. Courage, dévouement, dignité, énergie: tout est -réuni dans cette jeune et malheureuse Reine. - - -_Sagan, 23 novembre 1860._--On m'écrit de Vienne que c'est la comtesse -Sophie Esterhazy (la Grande-Maîtresse) qui, la première, a donné l'éveil -sur l'état de l'Impératrice; qu'à la première consultation, celle-ci a -avoué aux médecins qu'elle se sentait malade et faible tout l'été, et -qu'elle avait alors redoublé les bains froids et l'exercice du cheval, -dans la pensée de se fortifier. Avant son départ de Vienne, les -évanouissements étaient fréquents. Elle n'a pas voulu aller au Caire, -s'imaginant que ce projet venait de sa belle-mère, ce qui n'est pas le -cas. - -Tout va décidément mieux en Hongrie; mais le pays demande à grands cris -pour Palatin, l'Archiduc Maximilien, celui qui a été à Milan. Il parle -parfaitement le hongrois; on ne doute pas qu'il ne soit nommé. Ceux qui -sont mécontents en Hongrie et qui font du bruit, c'est la folle jeunesse; -car, tout ce qui est âgé et raisonnable comprend combien leur position -est admirable et avantageuse[329]. - - [329] L'Empereur d'Autriche venait de donner une nouvelle - constitution à ses peuples; mais les Hongrois, qui croyaient au - rétablissement pur et simple de leur ancienne constitution, se - montrèrent fort mécontents et traduisirent ce mécontentement par - des tumultes que la force armée dut réprimer. - - -_Sagan, 5 décembre 1860._--On m'écrit de Dresde: «Le jeune Grand-Duc de -Toscane passe l'hiver à Dresde. On lui a donné le petit palais à la -Ostra-Allée, où il a un petit établissement modeste, mais honorable. -C'est par milliers que la famille grand-ducale de Toscane peut compter -des adhérents fidèles dans leur pays, et qui sont en relations -permanentes avec les Princes exilés; mais à quoi cela leur sert-il? Le -vieux ménage grand-ducal est dans un affreux village, près de Carlsbad, -d'où la Grande-Duchesse, née princesse de Naples, ne veut pas sortir. Sa -mélancolie noire inquiète pour la santé de l'âme; mais il y a bien de -quoi perdre l'esprit!» - -On m'écrit de Paris: «Murat lance une nouvelle protestation[330]; soyez -sûre que d'ici on cherchera à l'implanter à Naples, au jour inévitable -de la brouillerie avec l'Angleterre. Les ministres actuels d'ici disent à -leurs intimes qu'ils sont victimes du parti de la guerre. En attendant, -les Anglais sont nos dupes et livrés à la joie de voir tomber le Pape; -ils ne sentent pas qu'on se tournera contre eux plus tôt qu'ils ne le -pensent. - - [330] Après la chute des Bourbons de Naples, Murat écrivit, - d'abord dans une lettre, qu'il déclinait toute initiative dans la - revendication du trône autrefois occupé par son père; mais en - mars 1861, après la chute de Gaëte, il revenait sur cette - première résolution et lançait, dans une sorte de manifeste, ses - prétentions au trône: prétentions que le Gouvernement français - déclara ne vouloir encourager en rien, dans une note officielle. - -«Imaginez qu'il y a des niais des vieux partis pour croire au retour -d'institutions libres et régulières... sous Napoléon III, tandis qu'il ne -faut s'attendre qu'à des pièges, des trappes et des fourberies. - -«L'Impératrice Eugénie verra la Reine d'Angleterre à Londres, d'où elle -rentrera en France par La Haye où elle veut faire visite à la Reine de -Hollande. La nomination du général Pélissier à Alger est faite en vue de -la guerre générale.» - -Dans une autre lettre de Paris, on me dit: «Les libertés accordées sont -si peu de chose, qu'il n'y faut voir qu'une concession à la révolution; -on cherchera à en éluder les conséquences, à moins qu'elles ne soient -utiles contre le clergé et les vieux partis[331].» - - [331] Le _Moniteur_ venait d'annoncer que, par un décret donné le - 24 novembre 1860, l'Empereur, voulant accorder aux grands Corps - de l'État une participation plus directe à la politique générale, - avait ordonné que le Sénat et le Corps législatif voteraient - dorénavant tous les ans à l'ouverture de la session une Adresse, - en réponse à son discours du trône. - - -_Sagan, 7 décembre 1860._--M. Guizot qui a été appelé à assister au -mariage de la fille de Cuvillier-Fleury[332], beau-frère de M. Thouvenel, -ministre des Affaires étrangères, me mande ce qui suit: «Je viens de -passer une heure avec M. Thouvenel; il est dans la bonne voie et il veut -qu'on le sache. Quand il s'afflige de la situation, il ajoute: «_Ce n'est -pas de moi qu'il s'agit, car, après tout, si une situation ne convient -pas, on en sort quand on veut._» Il est convaincu que ce qui s'est fait -en Italie ne tiendra pas; cela est déjà évident pour Naples, probable -pour Florence. A Bologne et dans les Marches on est mécontent; les -impôts, la souscription et les Piémontais y déplaisent beaucoup; Rome -paraît la grande question insoluble. Thouvenel est très inquiet du -printemps. Pourtant la guerre est bien difficile aux Piémontais, car pour -garder Naples, il faut qu'ils y laissent trente à quarante mille hommes; -que leur restera-t-il pour attaquer la Vénétie? Il ne m'a pas paru que -cette extrême difficulté de la guerre diminuât son inquiétude. Je doute -qu'il reste à son poste jusque-là. Il me paraît que l'Empereur aimerait -assez à rester neutre, si la guerre se rengage en Italie au printemps; -mais il n'y est pas décidé et le prince Napoléon, qui a plus d'influence -que jamais, est décidé contre. Si on veut rester neutre ou se mettre -derrière le Corps législatif pour qu'il fasse une Adresse pacifique, on -aura l'air de céder au vœu du pays. Si, au contraire, on prend le parti -de la guerre, on se promet de trouver quelque moyen de la faire éclater -inopinément par la faute des adversaires, comme en 1859, de telle sorte -qu'on n'en réponde pas et qu'on y soit forcé, auquel cas le Corps -législatif et le pays se résigneront à la nécessité et voteront ce qu'il -faudra. - - [332] Mme Victor Tiby. - -«Au dedans, on a en tête toutes sortes de projets _semi-socialistes_; on -veut faire des coups de main sur les successions, sur les compagnies de -chemin de fer, sur les sociétés d'assurance..., etc..., etc... Le nouveau -Ministre des Finances est un homme jeune, spirituel, entreprenant, qui -aime les nouveautés et qui, par là, a fait son chemin auprès du maître. -Si on entre dans cette voie, la France sera soumise, au dedans, au même -trouble, au même gâchis où elle est au dehors. Tout est possible, y -compris l'impossible. M. Fould a été très opposé aux petites coquetteries -libérales, disant que «_c'était trop ou trop peu_»[333]. L'Empereur -Napoléon a fait de grands efforts pour le garder; il a tout refusé; le -ministère des Finances, le titre d'archi-trésorier, les Affaires -étrangères, l'ambassade de Londres: tout. - - [333] M. Fould quitta le Ministère à cause du décret du 24 - novembre. - -«Le mécontentement de l'Impératrice contre lui est venu de deux sources. -Quand le duc d'Albe est venu lui parler des obsèques de sa femme, Fould -lui a répondu: «_Cela regarde les pompes funèbres._» L'Impératrice a -voulu vendre quelques diamants pour le denier de Saint-Pierre. Fould l'a -su et en a prévenu l'Empereur!» - - -_Berlin, 17 décembre 1860._--La lecture du journal me donne un nouvel -accès d'indignation et de mépris contre les grands gouvernements. Voilà -l'Angleterre, la Russie et la France qui engagent, dit-on, le Roi de -Naples à céder et à ne pas pousser plus loin une résistance inutile. -Inutile! quelle bêtise! quel abaissement! Ce qui fait précisément -l'utilité, comme la dignité, de la résistance de ce Roi, c'est qu'il l'a -tentée et qu'il y résiste à tout risque, et contre toute chance. Il -défend son droit et fait son devoir, quoi qu'il puisse advenir. Je ne -sais s'il se rendra aux instances de ces grands souverains; mais s'il ne -se rendait pas, s'il était tué sur la brèche de Gaëte, il serait mille -fois plus _utile_ à la royauté, en général, et à celle de sa maison qu'il -ne le sera s'il cède. Il aurait, avec le temps, la plus grande des -utilités, celle de la protestation et de l'exemple jusqu'au bout. Il est -vrai que ce sont là des forces morales dont notre temps semble avoir -perdu l'intelligence. Je suis peut-être exagérée, eh bien! il me semble, -dans mon outrecuidance, que j'ai tout simplement un bon sens un peu moins -humble et la vue un peu plus longue que ceux qui sont prosternés devant -la force matérielle du moment. N'ai-je pas aussi raison de m'inquiéter du -mouvement révolutionnaire de l'Allemagne? Je suis, du reste je l'avoue, -plus inquiète des Princes que des rouges. Je persiste à croire qu'avec un -peu de prévoyance et point de peur, on viendrait à bout de ces démons, -mais on a de la peur et pas de prévoyance! - - -_Berlin, 29 décembre 1860._--Nous voici achevant une triste année. Il y a -longtemps que je déteste le jour de l'An qui, avec son changement de -chiffre, ne permet aucune illusion. Point de temps d'arrêt dans le chemin -qui conduit au dernier terme; on croit à peine marcher, et voilà une -étape de passée. Que rencontrera-t-on sur la route qui reste à -parcourir? Personne ne saurait le prévoir. L'ennui, le manque d'intérêt, -de but, forment une plaie qui, pour n'être pas saignante, en apparence, -n'en est pas moins profonde; on n'en guérit point, et je ne sors du -découragement et de l'ennui que par des sujets d'impatience et -d'irritation. - - - - -1861 - - -_Berlin, 2 janvier 1861._--On m'a réveillée en me disant que le Roi était -mort. C'est la nuit dernière, à minuit quarante minutes, que cette pauvre -âme, renfermée dans une si triste enveloppe, s'est envolée dans de -meilleures régions. On peut imaginer ce qu'a été Sans-Souci pendant cette -agonie; je n'en sais point les détails, car personne n'est encore revenu -de ce triste lieu[334]. Dieu veuille que la couronne n'ensanglante pas le -front de celui qui la porte avec un regret sincère et touchant. Je -m'attends pour lui à de cruels embarras, à de fâcheuses complications et -à des Chambres les plus incommodes, avec les ministres les plus -maladroits; enfin un gouvernement faible et intimidé. - - [334] Le Roi Frédéric-Guillaume IV mourut à Sans-Souci dans la - nuit du 1er au 2 janvier 1861. - - -_Berlin, 8 janvier 1861._--Ah! quelle foule, quelle tuerie, quel désordre -que l'enterrement du Roi à Potsdam, auquel j'ai assisté hier! - -La cérémonie, en elle-même, n'était pas ce que j'aurais voulu qu'elle -fût. L'église n'était pas tendue de noir. La double rangée de vitres -blanches laissait entrer, en plein, un soleil qui éclairait dix-sept -degrés de froid; l'éclat de ses rayons éteignait celui des cierges placés -autour du catafalque, qu'on n'avait pas assez exhaussé pour être -imposant. Je ne puis juger du cortège, puisque j'étais dans l'intérieur -de l'église sans pelisse; c'est ainsi que nous avons attendu deux heures; -car la cérémonie n'a commencé qu'à une heure au lieu de onze heures. Le -nouveau Roi pleurait à sangloter et n'était occupé que de la Reine veuve -qui s'appuyait sur lui. - - -_Berlin, 10 janvier 1861._--Par son testament, le Roi a laissé à sa veuve -Sans-Souci et Stolzenfels; puis ses logements habituels dans les châteaux -de Charlottenbourg, Berlin et Potsdam. En outre, toutes les pierreries -personnelles du Roi, ainsi que les pierres gravées, tous les objets -d'art, tableaux, marbres, bronzes, gravures, tout, tout, et un revenu -considérable. Il laisse le vilain petit château de Paretz (c'est près de -Potsdam) au Prince Royal; aucun autre legs; pas un mot, pas un souvenir; -aucune autre personne nommée, pas même les plus proches. - -Le Roi actuel a pris toute la maison militaire du défunt et l'a ajoutée à -la sienne, ce qui en fait une _vraie légion_. Chose singulière! il a -ordonné que les aides de camp du feu Roi feraient, pendant toute la durée -du deuil, le service à Sans-Souci, auprès de la veuve, comme si le défunt -vivait encore. - - -_Berlin, 10 janvier 1861._--Hier a eu lieu la bénédiction solennelle des -drapeaux. C'était une très belle et très imposante cérémonie, sous les -bras étendus de Frédéric le Grand, au pied de sa statue, et devant le -palais du Roi actuel. Les troupes se sont développées, les évolutions se -sont faites avec la plus grande précision. Le jeu des drapeaux, -s'abaissant et se relevant à la voix du pasteur, saluant le Roi dont la -prestance se distinguait entre tous; les chants religieux, les _vivats_ -de la foule, toutes les Princesses en blanc sur le balcon et aux fenêtres -du palais, tout cela faisait merveille; le soleil seul a manqué; il n'a -pas daigné nous accorder le plus léger sourire; cependant, il ne neigeait -pas, le brouillard était léger et la gelée imperceptible. _Le blanc_ -avait été mis exprès par ordre du Roi qui avait voulu faire cette -politesse à l'armée. La Reine avait sa bonne grâce accoutumée. Le tout a -duré trois heures. - - -_Berlin, 22 janvier 1861._--La session des Chambres débute assez -orageusement, du moins à celle des Députés; Vincke y règne; il est -insolent, exigeant, il malmène les Ministres et ne sera satisfait que -lorsqu'il sera président du Conseil à la place du prince de Hohenzollern. -Celui-ci est malade, de mauvaise humeur, fatigué, ahuri, trouvant le Roi -nerveux et démonté, la Reine impatiente, le Ministère désuni, la Chambre -haute méfiante, la Chambre basse arrogante et hostile; au dedans, le pays -inquiet et marchant sans boussole, car le pilote n'est nulle part; au -dehors, des complications qui lui semblent inextricables. - -Le Roi a de l'humeur contre tous et chacun, excepté contre le général de -Manteuffel, qui, pour le moment, a le plus de crédit sur lui; il y a bien -du monde pour s'en inquiéter. Le Ministère, du moins le comte Schwerin -(ministre de l'Intérieur), qui est le doctrinaire le plus maladroit -possible, commence à découvrir qu'il a été à la dérive; il voudrait -s'arrêter, mais Vincke et consorts crient _haro_. Le ministre de la -Guerre est du parti de _la Croix_. Chacun se méfie d'Auerswald dont le -rôle _d'anguille_ ne réussit auprès de personne. Le ministre des -Finances, Patow, assez habile financier, déteste la noblesse et voudrait -qu'elle portât le poids du jour. - - -_Berlin, 26 janvier 1861._--On croit ici que le branle-bas de l'Allemagne -(de par la France) est ajourné d'un an, au moins; que Garibaldi a renoncé -à attaquer la Vénétie au printemps, qu'il a ajourné la révolution de -Hongrie et des contrées slaves, et qu'on a fait prendre patience à -l'Italie, en lui livrant Rome qui va être dévorée au premier jour, sans -que cela fasse rien à ce gouvernement protestant (comme si ce n'était pas -autant une question monarchique que religieuse). Socialement, l'hiver est -et restera encore longtemps fort sérieux, pour ainsi dire nul; mais si -les esprits sont assombris, je trouve les cœurs froids, comme les corps. -On voit s'accomplir d'abominables et indignes actions comme on verrait -sur la scène jouer un grand drame. Après la lecture de son journal du -matin, on va patiner gaiement sur le canal de Thiergarten, et se coucher -paisiblement après le journal du soir, sans se soucier des malheurs de -tant d'êtres semblables à nous. Avec cela, la misère est grande; que de -gens morts de froid et de faim! - -J'ai une lettre de Paris qui me dit ceci: «Voici le probable sur le -royaume de Naples. On croit que ce royaume, tel que l'avait Murat, sera -donné au jeune Murat que vous avez vu à Berlin[335]; que l'Angleterre y -consentira, à condition de prendre la Sicile; mais le Roi François II, -lorsqu'il sera forcé de quitter Gaëte[336], pourrait bien se rendre en -Sicile, où ses partisans deviennent chaque jour plus nombreux. Ces deux -chances ont été admises par M. Thouvenel devant son beau-frère, de qui je -le tiens[337].» - - [335] Le prince Joachim Murat, accompagné de deux officiers - d'ordonnance, fut envoyé à Berlin vers le 10 janvier pour - complimenter le Roi Guillaume Ier sur son avènement au trône, - au nom de Napoléon III. - - [336] Le Roi était enfermé dans Gaëte qui n'avait pas encore - capitulé. - - [337] M. Cuvillier-Fleury, qui avait épousé en 1840 Mlle - Thouvenel, sœur du futur ministre des Affaires étrangères de - l'Empire. - -Le duc de Noailles m'écrit à la date du 23 janvier: «Nous avons demain -notre belle séance académique, Guizot et Lacordaire. Les discours sont -beaux, je les connais: celui du dominicain, très académique; il ne sort -pas de son sujet _Tocqueville_, et ne fait aucune excursion, ni -politique, ni religieuse, se complaisant assez dans la démocratie qui est -forcément son sujet, et aussi son penchant; mais tout cela dit avec -beaucoup d'art. - -«Guizot est fort beau, le début un peu brusque. Il dit au Père Lacordaire -(en termes académiques) qu'il l'aurait probablement fait brûler il y a -trois cents ans; mais il le traite très bien; aussi, en sortant de la -Commission, le Père lui a dit: «_Ce ne sont pas des remerciements que je -vous dois, c'est de la reconnaissance._» - - -_Berlin, 1er février 1861._--La Cour de condoléance a eu très bel air -hier. Le Roi s'est enfin décidé à assister la Reine de sa présence, et je -pense qu'en définitive, il n'y aura pas eu de regret; car la Reine avait -l'air très royal sous le dais et ses gestes étaient des plus nobles et -des plus gracieux. - -Il y a un mot de M. de Montalembert sur les défenseurs de Gaëte: «_Au -moins, nous pouvons dire comme dans les contes de fée: il y avait un roi -et une reine._» - - -_Berlin, 22 février 1861._--Les documents diplomatiques que nous -apportent les journaux français[338] me font, en ce qui regarde l'Italie, -l'effet d'être des chefs-d'œuvre _d'embarras_; on voit nager entre deux -courants; on fait, puis on regrette; on essaie de mettre les apparences -d'un côté, quand les réalités sont de l'autre; les brochures sont tantôt -le supplément, tantôt le démenti des dépêches. Que sortira-t-il de cette -confusion? probablement une nouvelle poussée révolutionnaire à la suite -de laquelle on se mettra, tout en la reniant. Nous verrons le Corps -législatif chercher à dire quelque chose qui ait l'air rassurant et qui, -au fond, ne fasse obstacle à rien; et si le Sénat était plus net, j'en -serais fort surprise. - - [338] Le Gouvernement français venait de faire distribuer au - Sénat et au Corps législatif un volume de deux cent soixante - pages, grand _in-quarto_, contenant des documents diplomatiques - rangés sous les sept titres suivants: 1º Annexion de l'Italie - centrale; 2º Question de Nice et de la Savoie; 3º Affaires de - Rome; 4º Affaires de l'Italie méridionale; 5º Entrevue de - Varsovie; 6º Affaire de Syrie; 7º Expédition de Chine. - - -_Berlin, 6 mars 1861._--C'est aujourd'hui qu'a lieu, au grand Palais de -Berlin, la cérémonie de la remise au Roi des insignes de l'ordre de la -Jarretière que vient de lui envoyer la Reine d'Angleterre, par une -députation à la tête de laquelle on trouve lord Breadalbane. Par miracle, -il me survient un peu de curiosité; je la croyais morte et enterrée. Eh -bien! pas du tout, voilà que j'ai grande envie de voir cette cérémonie -qu'on dit être fort originale, surtout à une époque où les hérauts -d'armes n'auront plus guère à proclamer que des déchéances de monarques -et de monarchies. - -Mes dernières nouvelles de ma fille Pauline[339] sont meilleures; elle -avait subi une violente migraine dont elle se remettait; et si la -Touraine n'avait pas les allures exceptionnelles du Nord, elle serait -dans l'état auquel sa douce résignation l'a habituée depuis trois ou -quatre années. Elle attendait, avec une grande impatience, ou plutôt avec -un grand désir, l'évêque d'Orléans, la duchesse Hamilton et la princesse -de Wittgenstein. Pauline ne s'impatiente plus quand elle n'a pas ce dont, -cependant, elle jouit avec vivacité quand elle le possède. C'est vraiment -une créature essentiellement soumise, et sereine au milieu des -imperfections et des mécomptes de sa destinée. - - [339] Marquise de Castellane. - -Il est difficile de rencontrer une piété plus efficace: quand le présent -ne la satisfait pas, ou l'attriste, elle entre dans l'éternité, comme une -autre entre dans sa chambre pour se reposer. Elle voit plus clair au delà -de ce monde que dans ce monde. Ma nature est bien moins sérieuse, plus -exigeante, l'avenir est pour moi, à la fois certain et obscur. J'y crois, -mais je n'y vois pas. - -Ici, le Roi et la Reine sont très ébouriffés du prince Napoléon[340]. Je -prétends que ce discours est une _brochure parlante_, et je regrette -qu'il y ait ici des personnes pour soutenir que l'Empereur en est irrité! -En tout cas, Persigny, Piétri et Billault en sont fort satisfaits. Le -général de Bonin, qui est revenu de Turin et de Paris, a dit à -Schleinitz, qui me l'a raconté hier au soir, qu'il avait été frappé à -Paris de la fermentation des esprits, et en Italie, du mécontentement et -des hostilités des villes entre elles. M. de Schleinitz a évidemment un -faible pour M. de Cavour, qu'il vante à toute occasion, disant par -exemple hier: «Cavour a raison d'aller son train; car enfin, il faudra -bien que nous finissions par reconnaître _le roi d'Italie_.» Schleinitz -m'a étonné aussi par son admiration, non pour les doctrines du prince -Napoléon, mais pour son grand talent oratoire. Conçoit-on que des cinq -cardinaux présents à ce discours, aucun n'ait quitté la séance? Il me -semble qu'ils auraient dû spontanément se lever et s'en aller en disant -le pourquoi. - - [340] En réponse à un discours de M. de La Rochejaquelein, le - prince Napoléon prit la parole au Sénat le 1er mars 1861, pour - faire une charge à fond contre le pouvoir temporel du Pape et - attaquer, dans le langage le plus véhément, le parti légitimiste - et clérical français, ainsi que les mandements des évêques qui en - avaient pris la défense. L'Empereur Napoléon ne blâma pas trop ce - discours; il ne se montra qu'irrité de la violence des paroles. - -Et le cardinal Morlot ayant trois démissions à donner (je ne parle pas de -celle de l'Archevêque de Paris) et qui n'en offre aucune[341]! - - [341] Le cardinal Morlot, archevêque de Paris, était encore: - sénateur, grand-aumônier et membre du Conseil privé. Il ne voulut - pas se démettre des charges indépendantes de son administration - diocésaine, «craignant, disait-il, qu'en faisant un acte - d'opposition au Gouvernement, l'Empereur n'en fût que plus - fortifié dans sa pensée.» - - -_Berlin, 10 mars 1861._--La cérémonie de la remise de la Jarretière s'est -très bien passée; elle avait très bel air. Le Roi rajeuni, la Reine fort -à son avantage. Le tout a fort bien réussi et a fait un peu diversion au -lugubre du deuil et à la lourdeur générale de l'atmosphère de Berlin. Le -Roi s'en est évidemment amusé; et depuis, je le trouve _in better -spirits_[342], quoique les événements de Varsovie lui trottent dans la -tête, et certes avec raison[343]. Les Ministres en montrent leur -inquiétude et le prince de Hohenzollern ne cache pas assez l'ennui et le -découragement qui s'emparent de lui. - - [342] De l'anglais: mieux disposé. - - [343] La date du 25 février donna le signal d'une insurrection - qui marqua douloureusement dans les annales de la Pologne. Une - manifestation pacifique de la population de Varsovie avait été - arrêtée dans les esprits pour l'anniversaire de la bataille de - Grochow livrée en 1831. On devait prier pour les morts. Le - mauvais état du pont de la Vistule ne permettant pas de se rendre - au champ de bataille, c'est sur la place du Vieux-Marché que les - citoyens se réunirent. Le 25, à cinq heures du soir, une - procession de trente mille personnes se mit en branle, entonnant - l'hymne national de la Pologne, _Dieu saint, Dieu immortel_. Le - colonel Trépow, effrayé de l'importance de cette démonstration, - fit charger au sabre cette foule. Les morts et les blessés furent - nombreux, et les événements se précipitant ainsi, amenèrent un - véritable état de guerre, avec lequel la Russie dut lutter plus - de deux ans, et qui finit par attirer des malheurs irréparables - sur le pays. Le nom de nationalité n'avait pu retentir depuis un - an en Europe, sans que la Pologne s'étonnât d'être oubliée et ne - fût tentée de rappeler au monde que, parmi les nations dont on - faisait tant de bruit, elle était la seule dont on ne parlât - point, quoiqu'elle fût une des plus malheureuses. - - -_Berlin, 23 mars 1861._--Le concert à la Cour a été hier excellent; le -Palais, les toilettes et les humeurs étaient en meilleures dispositions -que depuis longtemps. C'était l'anniversaire de la naissance du Roi. Il y -a eu _partiellement_ d'assez belles nominations. Les rues étaient pleines -d'un peuple qui, au milieu des _hurras!_ faisait entendre d'assez mauvais -cris. Des sifflets nous accueillaient autant que des _vivats_. La foule -était immense, à peine si on pouvait, au pas, arriver jusqu'au Palais. -J'étais glacée, non par le froid, car il faisait doux, mais par ces -clameurs rugissantes. On s'est bien gardé d'en faire part à Leurs -Majestés, qui ont pu prendre les mugissements pour des cris d'allégresse; -certes, tous n'étaient pas de mauvais cris; il y en avait d'excellents, -mais bien mélangés. - - -_Berlin, 12 avril 1861._--Voici des extraits de lettres que je viens de -recevoir de Paris: «Je ne sais ce qu'on dit à Berlin des débats qui -viennent de finir dans nos deux corps politiques; ici, on en est frappé, -on les trouve avec raison fort importants, non pas pour le présent, mais -pour l'avenir. Dans le présent, il peut y avoir dans le courant des -événements, des délais, des temps d'arrêt, mais nous suivrons la même -pente jusqu'au bout. Je le répète, pour l'avenir, c'est différent, car il -y a, en France, trois classes d'intérêts puissants, tous trois nationaux, -quoique de nature diverse et à divers degrés, et tous trois mécontents, -froissés, irrités: les intérêts catholiques, les intérêts libéraux et les -intérêts industriels. Eh bien, ces trois classes d'intérêts se sont -rapprochées et concertées dans leurs mécontentements mutuels; et plus la -situation actuelle durera et empirera, plus elles se rapprocheront, se -concerteront et uniront leurs forces comme leurs causes. Il peut sortir -de là, si on sait les saisir, des chances très favorables pour la bonne -cause, religieuse et politique; saura-t-on les saisir?» - -Autre lettre: «Ces jours derniers, la duchesse de Hamilton, sincèrement -et vivement catholique et qui a longtemps vécu dans l'intimité de -l'Empereur Napoléon, est allée le voir le matin, en tête à tête, et lui a -parlé avec tristesse de ce qui se passe: «Que voulez-vous que je fasse? -lui a-t-il dit, attristé lui-même. Il n'y a pas moyen de rétrograder, de -s'arrêter! Je l'ai essayé à Villafranca, je n'ai pas réussi. Les sociétés -secrètes ne le souffriraient pas et je ne puis rien contre elles; je -serai renversé, j'en suis sûr, il faut donc aller en avant.» - -«La Duchesse a été, de chez l'Empereur, chez l'Impératrice; et bien loin -de trouver là la femme de Pilate, elle a trouvé encore plus de vivacité, -de colère contre la soi-disant ingratitude du clergé, encore plus -d'entraînement vers la pente fatale, malgré un grand fond d'inquiétude.» - - -_Sagan, 3 mai 1861._--Quand j'ai quitté Berlin, il y a quelques jours, -rien n'était encore décidé pour les fêtes du mois de juin[344]. - -Le Roi veut aller faire prêter le serment des Etats provinciaux dans les -villes de Kœnigsberg, Breslau, Cologne. Le Ministère dit que c'est une -cérémonie du temps passé et qui ne va plus à la Constitution actuelle. On -a de plus représenté au Roi que ce serait très onéreux pour les provinces -et que ce n'est pas lorsqu'on demande de grands sacrifices pour l'armée, -qu'il faut en demander encore pour des dépenses sans un but réel et -important. On propose au Roi de se promener dans les provinces et d'y -donner des fêtes _à son compte_. Mais la liste civile est extrêmement -obérée. - - [344] Il était alors question de fixer le couronnement du Roi de - Prusse au mois de juin. Il n'eut lieu qu'au mois d'octobre. - - -_Sagan, 8 juin 1861._--On me dit que le couronnement, même à Kœnigsberg, -devient douteux; que Berlin l'est infiniment; que le prince de -Hohenzollern, fort souffrant, va partir sur l'ordre des médecins pour -Dusseldorf, et qu'il serait question pour lui de pays chauds pour l'hiver -prochain! On me dit aussi qu'à la séance de clôture des Chambres -prussiennes, le Roi a été peu et froidement applaudi; puis que les -députés, qui avaient encore quelque besogne à terminer, ont été choqués -d'être clos _ex abrupto_. - -L'émotion causée à Berlin par le duel Manteuffel[345] et par la -nomination de M. de Winter, faisant déjà les fonctions de chef de la -police, dure encore. Les succès du Cabinet (si succès il y a) sont bien -minimes et payés bien cher. En tout cas, il n'a pas gagné en -considération et l'opposition, je ne dis pas libérale, mais pleinement -démocratique se découvre et s'affermit de plus en plus. On la rencontre à -chaque pas, et c'est encore plus visible en province qu'à Berlin. - - [345] M. de Manteuffel, chef du Cabinet militaire du Roi, s'était - battu en duel, le 30 mai, à Potsdam, avec M. Twesten, auteur - d'une brochure intitulée _Comment nous tirer d'affaire?_ qui - contenait des attaques assez vives contre le Cabinet militaire. - M. Twesten eut le bras droit brisé par une balle, et un jugement - ayant condamné le général de Manteuffel à trois mois de prison - dans une forteresse, il se rendit à Magdebourg pour se constituer - prisonnier. - -Voilà donc M. de Cavour mort! Mme de Sévigné disait à la mort de M. de -Seignelay: «_C'est la splendeur qui est morte._» Ne pourrait-on pas dire -aujourd'hui: «_C'est le succès qui est mort!_» Il y a cependant des gens -qui prétendent que les mécomptes et les ennuis avaient commencé pour lui. -Mais aujourd'hui, sa mort ne laisse-t-elle pas le champ libre à Mazzini, -à Garibaldi, et du _rose_ n'allons-nous pas passer au _rouge_? La -conflagration ne sera-t-elle pas précipitée d'une part, et de l'autre, -l'Empereur Napoléon ne se croira-t-il pas plus dégagé envers le Piémont? - - -_Günthersdorf, 15 juin 1861._--J'ai reçu, avant-hier, une lettre de la -Reine de Prusse qui a la bonté de m'annoncer que la _Huldigung_[346] est -remise décidément au 4 octobre, qu'elle se fera à Kœnigsberg, et -l'entrée solennelle à Berlin, le 17. Malgré les prétextes officiels que -l'on donne à ce retard, la vraie raison, c'est la divergence, entre le -Roi et ses Ministres, sur la forme à observer pour cette _Huldigung_. On -m'a écrit que le prince de Hohenzollern ne voulait rester dans sa -position ministérielle qu'à de certaines conditions, mais on ne me dit -pas lesquelles. - - [346] C'est-à-dire _l'hommage de toute la nation_ (couronnement). - - -_Sagan, 24 juin 1861._--Je suis, non seulement fort ébranlée, mais encore -toute meurtrie et contusionnée, à la suite d'un gros accident qui m'a -atteinte entre Günthersdorf et ici, et cela en rase campagne, loin de -toute habitation, et, par conséquent, loin de tout secours et de tout -abri. Un orage violent, un ouragan turbulent, une grêle monstrueuse (sans -exagération, les grêlons étaient gros comme des billes de billard), tout -cela a fondu sur nous avec furie. Les chevaux, il y en avait quatre à ma -voiture, ont perdu leur pauvre cervelle; ils sont devenus comme fous, et -se sont jetés dans le fossé bordant la chaussée. Sans le piqueur, qui -précédait et qui n'a pas perdu la tête, nous étions perdus. Il a coupé -les traits, mais déjà les roues de devant glissaient dans le fossé; il a -fallu descendre pour qu'on puisse retirer et relever la voiture. Pendant -que cela se faisait, et qu'on courait après les chevaux, nous, -c'est-à-dire moi et mes deux femmes de chambre, nous avons été exposées -aux coups frappés par les grêlons, sur la tête, sur toutes nos personnes. - -Rentrées enfin dans la voiture, il nous a fallu y rester avec des -vêtements ruisselants d'eau bourbeuse jusqu'ici, c'est-à-dire pendant -une heure et demie. Nous n'avions rien pour changer. Les cochers, les -domestiques, les chevaux, tout saignants des coups de la grêle, enflés, -méconnaissables. Nous avons tous des bosses à la tête et le corps tout -marbré de taches bleues et noires. Ce long séjour dans des vêtements -mouillés nous a fait mal à tous[347]. - - [347] Depuis cet accident, la duchesse de Talleyrand ne retrouva - plus la santé. A partir de cette époque, elle fut atteinte par - cette maladie douloureuse, qu'elle supporta avec une patience - exemplaire, pendant quatorze mois, et qui la conduisit - graduellement au tombeau. - - -_Sagan, 27 juin 1861._--J'ai eu hier une lettre du prince de -Hohenzollern, qui me semble assez sombre sur les destinées du Ministère -qu'il préside. - -Voilà donc la reconnaissance du Royaume d'Italie au _Moniteur_ français -avec des réserves qui garantissent le Pape, comme le traité de Zurich a -garanti _tous les Princes italiens_[348]. Le répit que la France comptait -s'accorder pendant quelques mois du côté de l'Orient, en sacrifiant à -l'Angleterre son ancien protectorat en Turquie, va probablement faire -place à de nouvelles complications par suite de la mort du Sultan[349]. - - [348] Le _Moniteur_ du 26 juin 1861 annonçait ainsi la - reconnaissance du Royaume d'Italie: «_L'Empereur a reconnu le Roi - Victor-Emmanuel comme Roi d'Italie. En notifiant cette - détermination au Cabinet de Turin, le Gouvernement de Sa Majesté - a déclaré qu'il déclinait d'avance toute solidarité dans les - entreprises de nature à troubler la paix de l'Europe, et que les - troupes françaises continueraient d'occuper Rome, tant que les - intérêts qui les y ont amenées ne seront pas couverts par des - garanties suffisantes._» - - [349] Le Sultan Abdul-Medjid venait de mourir à l'âge de - trente-huit ans. Sous son règne, des luttes sanglantes ayant - éclaté en 1860, entre les Druses et les Maronites dans le Liban, - la France, qui s'attribuait le protectorat sur les chrétiens de - ces contrées, intervint dans la querelle. Le général - d'Hautpoul-Beaufort débarqua avec des troupes à Beyrouth; il - s'ensuivit une occupation du pays par les Français, qui ne finit - qu'à la suite des réclamations de la Turquie, appuyées par - l'Angleterre. Une nouvelle organisation du Liban fut décidée dans - une Conférence des Puissances européennes, où il fut déterminé - que le Liban dépendrait directement de la Porte, tout en ayant un - chef chrétien pris dans celle des Églises chrétiennes qui - comptait le plus d'adhérents. - -Les nouvelles de Russie ne sont guère bonnes, la révolte des paysans y -continue; il paraîtrait aussi qu'à Saint-Pétersbourg le bonapartisme est -moins de mode; mais ce qui paraît assez certain, c'est l'entrevue du Roi -de Prusse avec l'Empereur Napoléon au camp de Châlons[350]. - - [350] Le Roi de Prusse devant rendre à l'Empereur Napoléon la - visite que celui-ci lui avait faite à Bade, il avait d'abord été - question du camp de Châlons comme lieu de rendez-vous; mais la - rencontre n'eut lieu que plus tard, le 7 octobre, à Compiègne. - - -_Téplitz, 17 juillet 1861._--L'attentat contre le Roi de Prusse à Bade -m'a bouleversée[351]; je l'ai su, le 14 au soir assez tard, par le Prince -Adalbert de Prusse, ici mon voisin. L'émotion a été chaude, car il y a -force Prussiens céans. Les églises retentissaient hier d'un _Te Deum_. - -On me mande confidentiellement de Berlin que M. de Bernstorff remplace M. -de Schleinitz comme ministre des Affaires étrangères, et que celui-ci -devient ministre de la Maison du Roi. Le prince de Hohenzollern aurait -demandé ce changement comme condition pour rester chef du Cabinet, et -Bernstorff aurait fait la condition de n'avoir de chef que le prince de -Hohenzollern, ne voulant en aucune façon d'Auerswald comme intermédiaire -entre le Roi et lui. - - [351] Le 14 juillet, le Roi de Prusse faillit être victime à Bade - d'un attentat. Un jeune homme de vingt et un ans, nommé Becker, - étudiant à Leipzig, s'était approché de Guillaume 1er à la - promenade, et lui lâcha un coup de pistolet à bout portant. La - balle dévia et ne fit qu'effleurer l'épaule du Roi. Arrêté - immédiatement, l'auteur de cet attentat déclara que son but avait - été de délivrer l'Allemagne d'un Prince qui ne la poussait pas, - avec une énergie assez active, dans les voies de l'unité. Becker - fut condamné à vingt ans de réclusion, et, pour sa vie, sous la - surveillance de la police. - - -_Téplitz, 21 juillet 1861._--L'autre jour, M. Dupin parlant du mandement -de Mgr Pie, évêque de Poitiers, a dit: «Mgr de Poitiers se trompe; il a -grandement tort de comparer l'Empereur à Pilate. Pilate s'est lavé les -mains, _et l'Empereur se les frotte_[352].» - - [352] M. de la Guéronière ayant fait paraître une brochure - intitulée: _Rome, la France et l'Italie_, Mgr Pie, évêque de - Poitiers, la réfuta par un mandement où il comparait le chef de - l'État à Pilate, «_qui pouvait tout empêcher et qui laisse tout - faire_.» M. de Persigny, ministre de l'Intérieur, croyant voir - une offense à la personne de l'Empereur Napoléon et une - contravention aux lois de l'Empire, déféra Mgr Pie au Conseil - d'État et le mandement fut annulé. - - -_Sagan, 30 septembre 1861._--Je me sens dans le plus déplorable état de -santé. Mes souffrances n'ont pas cessé depuis mon retour ici; elles -augmentent chaque jour et ma patience est bien éprouvée. - -Voici ce qu'on m'écrit de Paris: «On dit le Pape de nouveau malade, assez -malade pour qu'on s'occupe beaucoup de l'avenir après lui. On se promet, -s'il meurt, un grand mouvement populaire dans Rome, une explosion de -suffrage universel, un plébiscite qui demanderait l'abolition formelle -du pouvoir temporel. Il y a des gens qui se flattent que cet élan -révolutionnaire dominerait assez les Cardinaux pour déterminer l'élection -d'un Pape qui abdiquerait le trône en y montant. Les mieux informés -disent que la très grande majorité des Cardinaux tiendrait bon et irait -tenir le conclave ailleurs, s'ils ne pouvaient élire le Pape à Rome avec -liberté.» - -On me dit que le Cabinet anglais a grande envie de reconnaître sans délai -les _États désunis_ d'Amérique et qu'il travaille à faire prendre au -Gouvernement français la même résolution. Ce serait une bien prompte et -bien docile abdication de la politique française que de consentir si vite -à proclamer la chute de la seule puissance qui inquiète et gêne sur mer -la domination de l'Angleterre. Du reste, les correspondances américaines -donnent lieu de croire que les États du Nord sont passionnément résolus à -soutenir la lutte, en se flattant qu'elle se terminera par leur victoire. -Quoi qu'il arrive, ce château de cartes républicain est bien près de -tomber, et le vainqueur, quel qu'il soit, changera profondément ce -gouvernement incapable de supporter toute forte épreuve[353]. - - [353] La guerre d'Amérique, appelée aussi guerre de la - _Sécession_, dura de 1861 à 1865. La question de _l'esclavage_ - avait divisé la république en deux camps; le Sud travaillant - depuis longtemps à le propager dans l'Union, au risque de briser - avec le Nord. En 1860, une élection présidentielle, dans laquelle - le candidat _abolitionniste_ Lincoln l'emporta sur le candidat - _esclavagiste_ Breckinridge, fut le prétexte dont le Sud s'empara - pour rompre avec l'_Union_. Les hostilités commencèrent et, - pendant quatre ans, les deux armées se battirent héroïquement - avec des alternatives de revers et de succès; la lutte finit par - la prise de Richmond en Virginie, où le général Lee, qui - commandait les forces du Sud, fut contraint de capituler devant - le général Grant, chef des troupes du Nord. La question de - l'esclavage fut ainsi terminée. - - -_Sagan, 4 octobre 1861._--Je suis charmée d'apprendre que les Gazettes se -sont trompées en annonçant que le Roi de Prusse emmènerait des -_ministres_ à Compiègne. Le contraire est bien plus prudent et -convenable. Je ne doute pas de la présence de l'Impératrice Eugénie et de -quelques jolies dames. D'après ce qui me revient, les efforts du Roi pour -rassurer les Cabinets allemands sur cette visite en France n'ont pas -toute l'efficacité désirable. La méfiance est extrême. Certes, elle est -injuste en regard des intentions du Roi _en y allant_. - - -_Sagan, 6 octobre 1861._--Il y a de mauvais symptômes dans l'esprit -démocratique, si absurdement encouragé par le Ministère prussien, qui est -incapable, terriblement court et borné dans ses vues. Nous voici, ayant -la _Turner-Fest_ dans toutes les petites villes avec de fort mauvais -discours, de fort mauvais drapeaux, etc... etc... Les villes s'endettent -pour ces dangereuses fêtes, et quand on demande ce qui se fera pour fêter -le couronnement, on répond qu'on n'a pas d'argent. La _Huldigung_ ne -convenait pas au système constitutionnel et la _Krœnung_ ne plaît pas à -l'esprit démocratique; cela leur paraît trop royal, trop aristocratique; -bref, on ne satisfait plus personne. Mais que le Ministère est coupable -d'avoir encouragé le _Turner-Verein_, le _Sænger-Verein_, le -_Schützen-Verein_ et surtout le _National-Verein_[354]. Il faut vouloir -être aveugle pour n'en pas connaître le danger qui saute aux yeux des -moins clairvoyants. C'est quand on habite la province ou la campagne -qu'on discerne les ravages de ces associations. - - [354] La Huldigung veut dire l'_hommage_; la Krœnung, le - _couronnement_, le Turner-Verein, _une société de gymnastique_; - le Sænger-Verein, _une société orphéonique_; le Schützen-Verein, - _la société des tireurs_; le National-Verein, _la société des - patriotes_. Toutes ces sociétés cachaient, sous le prétexte de se - réunir pour s'amuser, le but de s'occuper de ce qui se passait - dans l'État, et les meneurs en profitaient pour échauffer les - têtes selon leurs idées politiques plus ou moins avancées. - - -_Sagan, 10 octobre 1861._--Une lettre de Berlin que je viens de recevoir -me dit ceci: «M. d'Abzac est ici, envoyé par le duc de Magenta, pour -organiser sa maison; on envoie de Paris des masses d'ouvriers pour -construire à la hâte toute une grande salle dons le jardin de l'ambassade -de France. On envoie aussi trente-huit domestiques et dix-huit chevaux. -Le Maréchal aura une suite de treize personnes. Lord Clarendon a loué -tout le premier de l'hôtel Royal qu'on décore magnifiquement. Je ne sais -encore rien du duc d'Ossuna, sinon qu'il est ici[355]. - - [355] La question de préséance entre les diverses ambassades - extraordinaires venues à Kœnigsberg et à Berlin pour le - couronnement du Roi de Prusse fut réglée par la date de l'arrivée - de chacune d'elles. Suivant cette règle, les Ambassadeurs prirent - rang dans l'ordre suivant: pour l'Espagne, le duc d'Ossuna; pour - l'Italie, le général della Rocca; pour l'Angleterre, lord - Clarendon; pour la France, le duc de Magenta. L'Autriche, la - Russie, la Belgique se firent représenter par des membres de - familles royales et impériales. Le duc de Magenta se fit - remarquer par la richesse de ses équipages et par une fort belle - fête, qu'il donna dans la maison de l'ambassade de France à - Berlin. - -«La grande voiture dans laquelle la Reine fera son entrée est très belle -dans son antiquité; on vient de la redorer à neuf. L'intérieur est -doublé de satin blanc tout brodé d'aigles d'or; les harnais sont en cuir -vert avec des dessins rouge et or. Ils seront mis sur huit beaux chevaux -noirs. Le manteau de couronnement de la Reine est de toute magnificence, -en velours rouge, tout doublé d'hermine et brodé d'aigles d'or.» - - -_Sagan, 14 octobre 1861._--Voici la copie d'une lettre écrite par une -personne toute napoléonienne, qui contient un récit de la visite du Roi -de Prusse à Compiègne: c'est _l'impression française_: - -«_Paris, 10 octobre 1861._--Comme j'en avais le sentiment, tout a -parfaitement réussi à Compiègne, et les choses se sont passées comme vous -aviez toujours prévu qu'elles se passeraient, si le Roi de Prusse venait -en France. Il n'a pas caché son impression, qui a été franchement -favorable. Ce qu'il y a d'amusant, c'est que le bon général de Manteuffel -l'a très décidément partagée. Il est impossible de voir une réussite plus -complète; cela me revient de tous les côtés. Le premier soir, il y avait -un peu de gêne et de froideur dans le salon. Tout le monde se tenait à -l'écart: l'Empereur, l'Impératrice, le Roi assis loin de tout le monde. - -«Le maintien de l'Impératrice a été parfait et sans un moment d'oubli -pendant tout le séjour du Roi. Le lendemain, chasse à tir où le Roi s'est -amusé, et superbe promenade dans la forêt terminée par Pierrefonds, où on -a goûté. Le théâtre français, un peu long, car il faisait affreusement -chaud. Le lendemain, petite revue improvisée sur la pelouse, devant le -château. L'Impératrice est venue rejoindre à pied, jolie comme on ne -l'avait pas vue depuis longtemps. Le Roi de Prusse l'a abordée en lui -baisant la main de si bon air, et elle a répondu à la politesse en -s'inclinant d'une manière si noble et si digne, que cela a ravi les -troupes qui ont tout de suite pris le Roi en amitié. On ne parlait que de -cela dans les cafés de Compiègne. Notre Impératrice a repris cette belle -politesse espagnole qu'elle sait si bien trouver quand elle veut. - -«Dans cette réception, il n'y a rien eu de trop comme empressement, ni de -trop peu. La suite allemande a été charmée de la dignité générale de -l'attitude, chacun a bien joué son rôle; et, comme des deux côtés on -s'apercevait de la bonne impression qu'on se faisait réciproquement, cela -allait toujours mieux. Les grâces de cordon, ordres..., etc... ont été -faites de la manière la plus aimable par le Roi à Edgar Ney, à qui il -donnait plus qu'il ne pouvait prétendre (pour réparer ce qui s'était -passé à Bade), il lui dit: _Je vous la donne avec plaisir, parce que je -sais que vous êtes l'ami de l'Empereur!_ En allant dans les rangs de la -troupe, le Roi a dit qu'il ne reconnaissait plus la cavalerie française; -qu'autrefois, les hommes avaient la jambe roulante et qu'à présent, ils -sont admirablement à cheval et ont des chevaux superbes. - -«Le Roi a trouvé le petit Prince Impérial très gentil; il a aussi admiré -fort le joli visage de Mme de Galliffet. Quant à l'Impératrice, elle n'a -pas manqué son effet habituel; il la trouve délicieuse. Pour moi, qui -aime profondément l'Empereur et l'Impératrice, je suis enchantée de la -manière dont tout cela a tourné et du genre sérieux de cette réussite, -qui a été plus loin qu'on ne pouvait l'espérer.» - - -_Sagan, 19 octobre 1861._--Il m'est revenu quelques particularités -_allemandes_ sur l'entrevue de Compiègne que j'ai motif de croire -exactes. Les deux souverains ont eu deux entretiens; un petit à la -chasse, un plus long dans l'appartement du Roi, où l'Empereur est allé le -chercher, tout à la fois, avec empressement et réserve. Il n'a pas parlé -du tout des affaires d'Allemagne. Sur l'Italie, il a trouvé naturel, et -même bon, que le Roi n'ait pas reconnu le nouveau royaume, dont l'avenir -est fort douteux et sur lequel il a fait lui-même des réserves. Il a très -bien parlé de la légitimité, principe excellent dont les revers sont des -échecs pour tous les gouvernements. En tout, langage très conservateur. -La tentative délicate a porté sur l'Angleterre. Il s'est montré à la fois -très ami de l'alliance anglaise et très préoccupé de ses difficultés, de -ses exigences. Il a fort approuvé la Prusse de devenir une puissance -maritime; c'est bon pour elle, pour la France, pour l'Europe; mais -l'Angleterre le souffrira-t-elle? Il avait bien envie de savoir jusqu'où -allait l'intimité entre Berlin et Londres, et envie aussi de l'intimité -entre Berlin et Paris, et que cette intimité-ci fût indépendante de -l'autre. Le Roi dit avoir été réservé, négatif par son silence. On dit -aussi qu'à propos du traité de commerce, qui se négocie entre la France -et le Zollverein, l'Empereur ayant témoigné le désir d'une réduction des -droits allemands sur les vins et les soieries de France, le Roi a -répondu: «_Mais ce sont aussi des productions des provinces rhénanes, et -j'ai à cœur de ne pas les mécontenter._» - - -_Sagan, 21 octobre 1861._--Voici l'extrait d'une lettre que m'a écrite de -Kœnigsberg un personnage important du parti catholique conservateur et -monarchique. L'Aigle noir, donné à la Reine, est quelque chose de tout -nouveau, et par conséquent de tout à fait exceptionnel, qui doit lui -avoir fait plaisir: - -«_Kœnigsberg, 19 octobre 1861._--La fête d'hier s'est passée aussi bien -que nous pouvions le désirer. Son effet, son ordonnance, la manière dont -elle a été exécutée, ont surpassé mon attente. Il n'était pas facile -d'organiser un acte pareil, auquel il manquait et traditions et -précédents. Le tout a été digne de son caractère symbolique, comme un -acte d'invocation à la protection de Dieu, et comme un acte politique et -monarchique. Il ne manquait que l'onction, que les bénédictions, que -l'Église à laquelle nous appartenons y aurait apportées. Sans cela tout a -été digne et convenable. Le Roi et la Reine ont eu belle et noble tenue, -s'inclinant humblement devant le Tout-Puissant, duquel ils ont pris en -fief leur couronne, et se relevant avec dignité en le proclamant à leurs -peuples. - -«Le plus beau temps a favorisé la cérémonie; la tenue du public n'a rien -laissé à désirer et a fait la meilleure impression aux étrangers. Lord -Clarendon m'a dit qu'il en avait été frappé. - -«Un silence, un ordre respectueux et un élan vibrant lorsque le moment -d'une démonstration est venu. Le Roi a très bien parlé dans les diverses -occasions, simplement, mais appuyant fortement sur le principe -monarchique, qu'il était appelé à conserver intact à sa dynastie. Entre -les allocutions qui lui ont été adressées, celle du Cardinal archevêque -de Cologne[356], qui a parlé au nom de notre clergé, a été généralement -reconnue comme la plus remarquable; elle était apostolique, marquée par -la grâce du Saint-Esprit; ce qu'il a dit des affaires de ce monde était -vrai, noble, en un mot chrétien. Le tout s'est passé sans la moindre -dissonance. La partie libérale du Ministère a dû pâtir des paroles du -Roi; elles ne cadraient pas avec leurs principes; les plus conservatifs -n'auraient pas pu les désirer autres. Les Ministres ont dissimulé les -couleuvres qu'ils ont été obligés d'avaler; nous verrons s'ils se -rattraperont.» - - [356] L'Archevêque de Cologne était Mgr Jean Geissel. - - -_Sagan, 26 octobre 1861._--Voici des extraits de diverses lettres de -Berlin: «L'entrée à Berlin, quoique favorisée par un temps magnifique, -une foule empressée et démonstrative, a été loin de m'impressionner -autant que Kœnigsberg. A Berlin, les couleurs allemandes dominaient, à -Kœnigsberg les couleurs prussiennes excluaient presque les autres. A -Berlin, un bon tiers des ouvriers avait arboré une médaille en carton, -portant la lettre _V. der Handwerken Verein_, espèce de société comme -celle de la _Marianne_, en France, tolérée tacitement par le ministre de -l'Intérieur, comte de Schwerin, et qui compte à Berlin vingt mille -adhérents, menés par des démocrates rouges. Une des vraies raisons de -l'opposition contre le président de la police Zedlitz vient de la guerre -qu'il voulait faire à cette dangereuse association. - -«Un doux contraste à ces dissonances étaient des tribunes, placées à cinq -cents pas les unes des autres, remplies de jeunes filles vêtues en -mousseline blanche et couronnées de fleurs; leur air pur, enjoué et -innocent, faisait du bien à voir. La Cour et ce qui y tenait faisait très -bon effet; les équipages étaient très beaux; le Roi, entouré des Princes -de sa Maison, précédé par les généraux de son armée, avait grande mine; -la Reine et la Princesse Royale, dans une voiture dorée et à glaces, -étaient rayonnantes d'affabilité.» - -Autre lettre: «Au grand concert gala, il y avait trop de foule, et pas -même une glace ou un verre d'orgeat; mais des toilettes magnifiques. La -Reine est superbe; elle est _enfin_ couverte des diamants de la couronne, -et portant admirablement, à toutes les fêtes, le grand diadème; mais elle -est bien fatiguée, ses traits s'en ressentent. La maréchale de Mac-Mahon -est élégante, mais pas richement vêtue; des toilettes de Longchamps, mais -non pas de Cour. Elle n'a pas l'air distingué. - -«L'Infante de Portugal, princesse de Hohenzollern, ressemble à la -duchesse de Nemours; elle est bien belle, elle a l'air d'avoir plus de -seize ans; son mari est plus petit qu'elle. La princesse Putbus avait -imaginé de profaner ses jolis cheveux blonds en les poudrant d'une poudre -d'or, qui retombait en pluie jaune sur son front et son cou. Elle avait -piqué dans ses cheveux une plume si hardie, si droite, si menaçante que, -voyant l'étonnement qu'elle causait, elle a voulu faire disparaître cette -fatale plume; mais elle était si bien ajustée qu'elle n'a pu venir à bout -de l'arracher; alors, elle s'est adressée à Antoine Radziwill en le -priant de couper cette plume maudite avec son sabre: ce qui fut dit, fut -fait.» - -Autre lettre: «Ce matin a eu lieu la consécration de l'église catholique -de Saint-Michel[357]. Le Roi et la Reine devaient s'y rendre; mais au -dernier moment, les protestants ont tellement tourmenté le Roi, qu'il a -fait dire par le Prince Royal au Prince-Évêque de Breslau, qu'il était -enrhumé et ne pouvait aller à l'église. Le soir, il était au bal! - - [357] L'église de Saint-Michel est l'église catholique de la - garnison de Berlin. - -On dit que la cérémonie a été très imposante, le curé a fait un beau -discours et le Prince-Évêque, au _Te Deum_, a prononcé un discours -sublime. Tout le Corps diplomatique catholique s'y trouvait. Le -Prince-Évêque était revêtu d'un magnifique ornement: cadeau que la -nouvelle église a reçu du Saint-Père.» - - -_Sagan, 2 novembre 1861._--Le Roi et la Reine viennent décidément chez -moi dans quelques jours[358]. La Grande-Duchesse de Bade aura été bien -satisfaite du couronnement qui a été, en effet, une belle décoration; je -ne puis m'empêcher d'y voir le chant du cygne des monarchies[359]. Dieu -veuille que je n'aie pas le sens commun et que je ne voie si noir qu'à -cause de ma lunette de malade! - - [358] En revenant de Breslau, où les Majestés Prussiennes - allèrent, après les fêtes de Berlin, recevoir l'hommage de la - province de Silésie, le Roi et la Reine s'arrêtèrent pendant un - jour à Sagan, afin d'y voir pour la dernière fois la duchesse de - Talleyrand et de Sagan déjà fort malade. - - [359] Le couronnement du Roi de Prusse avait eu lieu le 18 - octobre 1861 à Kœnigsberg. Avant comme après son couronnement, - le Roi, en répondant aux différents discours qui lui furent - adressés à cette occasion, avait mis une certaine affectation - (même marquée) à dire qu'il ne tenait sa couronne que de Dieu, - que la royauté était une grâce de Dieu, et que, dans cette grâce, - résidait la sainteté de la couronne qui était inviolable. Ce - langage indigna le parti libéral européen. Il trouva que le Roi - semblait ainsi établir une lutte entre la royauté de droit divin - et celle fondée par la souveraineté du peuple, comme sur une - élection primitive, et ce parti trouva dans les paroles royales - une pâture à de vaines querelles. Elles provoquèrent ensuite des - discussions fort longues qui s'élevèrent de toutes parts. - - - Ici nouvelle interruption de la correspondance qui ne reprit - qu'au mois de mars 1862, M. de Bacourt s'étant rendu à Sagan, où - il passa tout l'hiver auprès de la malade. - - - - -1862 - - -_Sagan, 11 mars 1862._--J'ai lu hier les journaux, et pour ne pas tomber -de plein saut dans l'ignorance des choses de ce monde, j'y ai mis plus -d'attention que de coutume. Je ne réponds cependant pas d'y avoir plongé -très intelligemment; aussi n'y ai-je été frappée que de la liberté de -langage de MM. de Pierres, Picard et Jules Favre; ils n'ont épargné -aucune critique sur le gouvernement intérieur de la France et ses -fallacieuses promesses. Cela rappelait le temps passé, et sans changer -actuellement les votes, cela ne peut manquer de déplaire beaucoup et de -gêner pas mal en haut lieu, disons mieux: _en très bas lieu_. - - -_Sagan, 12 mars 1862._--On m'écrit ce qui suit de Paris: «Les discussions -dans les deux Chambres ont été chaudes. Pour Palikao, l'affaire a été -désagréable. L'Empereur aura pu juger ce que c'est que l'opinion -publique. En retirant la proposition, il a bien fait, mais en demandant -une somme pour récompenser les grands services, il a fait une faute -énorme[360]. Le général Fleury est le coupable de toute cette affaire. -C'est lui qui a inventé le général Montauban; puis il a poussé à ce qu'on -lui donnât un titre et une dotation.» - - [360] Le Gouvernement avait demandé une dotation annuelle de - cinquante mille francs pour le général Cousin-Montauban, comte de - Palikao, qui avait commandé les troupes françaises en Chine. La - Commission chargée de cette demande avait conclu au rejet, le 28 - février 1862; mais le Corps législatif ne se prononça pas le même - jour et remit la discussion à plus tard. Craignant un refus de la - Chambre, l'Empereur écrivit, le 4 mars, au président du Corps - législatif qu'il y avait eu malentendu et qu'il présentait un - nouveau projet, soumettant à la Chambre l'appréciation d'un - principe général qui permettrait d'assurer, dans de justes - limites, à toutes les actions d'éclat, depuis le maréchal - jusqu'au soldat, des récompenses dignes de la grandeur du pays. - -Voilà donc la Chambre prussienne dissoute; j'ai bien peur que les mêmes -Ministres, incapables d'agir sur l'opinion publique, n'obtiennent une -Chambre pire que celle qu'on renvoie[361]. Le monde est au moins aussi -malade que moi. - - [361] La Chambre prussienne fut dissoute le 10 mars. Le - Ministère, ayant été battu dans la discussion du budget, avait - d'abord donné en bloc sa démission. Elle ne fut pas acceptée de - suite par le Roi; mais peu à peu les Ministres furent relevés - l'un après l'autre. - - -_Sagan, 14 mars 1862._--M. Guizot m'écrit de Paris: «Il y a un peu de -réveil dans les esprits; mais dans tout cela la médiocrité des hommes -égale la gravité des situations; agresseurs ou défenseurs, conspirateurs -ou fonctionnaires, tous paraissent petits ou ternes, quelque grandes que -soient les choses auxquelles ils touchent. Les Anglais qui sont à Paris -disent tous que les tories reprennent de l'ascendant, qu'ils pourraient, -s'ils voulaient, dès aujourd'hui renverser le Cabinet, mais qu'il y a -dissentiment à ce sujet entre lord Derby et son fils, lord Stanley, le -fils étant plus pressé que le père. - -Nous sommes un peu inquiets de ce qui se passe en Prusse. Les pessimistes -disent qu'elle est, au fond, plus malade que l'Autriche; j'espère -qu'elles ne le sont définitivement ni l'une ni l'autre; je craindrais -bien plus la révolution en Allemagne qu'en Italie.» - -Un ami de M. de Falloux m'écrit aussi: «En quittant Paris, M. de Falloux -s'est rendu en Bretagne pour des affaires de famille toutes personnelles. -En arrivant à Rennes, il a trouvé au débarcadère deux amis de -l'Archevêque pour excuser le prélat de ne pouvoir le recevoir, à cause de -dépêches télégraphiques, parties du ministère, pour lui ôter la liberté -de voir M. de Falloux, qu'on signale voyageant en Bretagne dans un but -politique. Le pauvre prélat était, disaient ses amis, honteux et désolé, -mais trop faible pour ne pas fléchir. Si un fait pareil était porté à la -tribune comme spécimen de la liberté dont nous jouissons, les Ministres -sans portefeuille auraient beau jeu pour _nier_ audacieusement; car c'est -là tout leur savoir-faire! Opprimer en criant: _Vivent les principes de -1789!_ - -«L'Archevêque de Tours vient de traverser Paris en revenant de Rome; il -m'a rapporté une bonne impression. Tous les cardinaux, ainsi que le -Saint-Père, lui ont paru très fermes, très résolus, mais sans illusions -sur l'issue finale qu'une politique hypocrite leur prépare.» - - -_Sagan, 18 mars 1861._--Voici un petit extrait d'une de mes lettres -d'hier: «L'Archevêque de Tours est revenu rapportant d'excellentes -impressions de Rome et du Sacré-Collège, qui l'ont accueilli avec une -distinction toute particulière. Plus de vingt Cardinaux sont allés le -visiter et tous ont annoncé fermeté et résolution dans les épreuves que -chacun entrevoit comme très prochaines. Le Saint-Père est préparé à tout -et ne songe qu'à sauver l'honneur. L'Archevêque et son compagnon de -voyage ont refusé les invitations à dîner du duc de Gramont et du général -de Goyon. Dès l'arrivée des prélats à Paris, revenant de Rome, ils ont eu -la visite d'un employé supérieur du ministère des Cultes, pour leur -reprocher, _officiellement_, _l'inconvenance_ de ce refus, ajoutant que -la seule chose à faire, pour la réparer, était d'aller faire leur cour -aux Tuileries et une visite au Ministre. «_Ni l'un ni l'autre_, a répondu -le pieux prélat de Tours.»--«Mais prenez-y garde, a-t-on répliqué, une -telle attitude indisposera le Gouvernement contre vous, et l'œuvre de -saint Martin en souffrira.»--«_A Dieu ne plaise_, a repris l'Archevêque, -_que je sacrifie jamais saint Pierre à saint Martin; ce dernier ne me le -pardonnerait pas_[362].» - - [362] A l'aide de subsides et de quêtes, l'Archevêque de Tours, - avec l'autorisation gouvernementale, avait entrepris de relever - l'antique basilique de Saint-Martin, presque entièrement disparue - sous les profanations des guerres de religion du seizième siècle - et les destructions causées par la grande Révolution. - -Si, dès le début, le haut clergé de France avait en une attitude aussi -nette et aussi digne, bien des disgrâces eussent été épargnées, et à -l'Église, et à l'honneur de la France. - -C'est aujourd'hui un anniversaire qui pourrait bien ne pas passer -inaperçu à Berlin: 18 mars! Il y a quatorze ans qu'il s'est livré une -bataille, qui, gagnée, a été reperdue pour le présent et pour l'avenir; -le tout en douze heures de temps. Je m'inquiète des manifestations qui -pourraient avoir lieu le 22, au jour de naissance du Roi. L'année -dernière, à cette date, Berlin était des plus _unheimlich_[363] et il ne -faisait pas bon d'y circuler avec des livrées et des armoiries. Et depuis -lors, on a été également faible et imprudent. Les Ministres laissent tout -aller à la dérive, et le Roi _improvise_ un peu trop, il me semble! Je -voudrais espérer que tout s'apaisera et rentrera dans le calme; mais nous -sommes tous sous _le réseau des sociétés secrètes_; elles sont bien -actives et on en trouve la trace à chaque pas. - - [363] De l'allemand: très désagréable. - -On me mande de Berlin que la crise ministérielle préoccupe tous les -esprits; il paraît que le changement ne sera pas partiel; on ignore -encore quelle est la partie qui s'en ira. M. de Bernstorff doit avoir dit -que, depuis qu'il est au Ministère, il n'a éprouvé qu'amertume et -ingratitude, et qu'entre son poste de Londres et celui de Berlin, il y a -toute la distance du ciel à l'enfer[364]. - - [364] M. de Bernstorff, ministre de Prusse à Londres, avait été - appelé par le Roi pour remplacer M. de Schleinitz comme ministre - des Affaires étrangères; M. von der Heydt avait pris le - portefeuille des Finances, en gardant provisoirement celui du - Commerce; le comte d'Itzenplitz, celui de l'Agriculture; M. von - Mühler, les Cultes; le comte Lippe, la Justice; M. de Jagow, - l'Intérieur. - - -_Sagan, 19 mars 1862._--Le journal d'hier m'apporte la composition du -nouveau Ministère prussien qui aura, du moins, le mérite de -l'homogénéité. Dieu veuille que ce ne soit pas le seul. - -De Vienne, on m'écrit de tristes nouvelles. Le général Schlic est mort, -le prince Windisch-Graetz a été administré, le comte Walmoden expirant et -le pauvre Zedlitz aussi. Toute une génération du bon temps disparue. - - -_Sagan, 20 mars 1862._--Ma cousine de Chabannes m'écrit, de Claremont, -que la Reine Marie-Amélie se porte parfaitement bien, mais qu'elle est -inquiète du Roi des Belges, qui se fait faire des opérations successives -de la pierre, qui l'éprouvent et l'épuisent. Le duc de Brabant, en -passant dernièrement par Claremont, y a fait la plus triste impression; -il est fort menacé de la poitrine. La princesse de Joinville souffre -beaucoup du foie. - - -_Sagan, 24 mars 1862._--J'ai eu hier la visite de mon voisin silésien, le -comte de Rittberg, arrivant de Berlin. Voici le résumé de ses dires. Il -n'a pas accepté, _lui_, le Ministère qui lui a été proposé, parce qu'il -se sent fatigué corporellement, que sa femme est inquiète de lui et -qu'elle a insisté pour qu'il refusât. Je crois que ce qu'il souhaiterait -serait de remplacer le prince de Hohenlohe à la présidence de la Chambre -des seigneurs. Il dit du bien des nouveaux Ministres qu'il connaît; il -les dit très honnêtes, sincèrement dévoués au Roi, n'appartenant pas au -parti de _la Croix_, comme le parti démocratique se plaît à les -représenter. Il les dit capables, chacun dans sa spécialité; il craint -seulement que le talent parlementaire leur fasse défaut. Il ajoute que si -le Roi avait fait, il y a six mois, ce qu'il vient de faire maintenant, -il y aurait d'assez bonnes élections, tandis qu'aux mauvaises élections -de décembre dernier, nous en verrons succéder, très probablement, de -détestables au mois de mai. Il regrette qu'on se soit tant hâté de -dissoudre la Chambre; il en accuse les Ministres sortants, qui, ayant -jugé qu'ils seraient battus sur toutes les questions, ne s'étaient pas -souciés d'en avoir la honte; que d'ailleurs, la désunion dans le Cabinet -rendait tout impossible. Il est surtout fort irrité contre le comte -Schwerin et M. d'Auerswald; il voit dans l'esprit borné et doctrinaire du -premier, dans les expédients souvent peu loyaux dont le second leurrait -le Roi, les deux principales causes des grandes difficultés du moment. Il -désire vivement qu'Auerswald ne reste pas à Berlin, car il craint ses -intrigues à la sourdine. - -J'ai eu hier une lettre de Paris: «On va nous retirer les petites -libertés qui nous ont été données le 24 novembre. La discussion des -Chambres prouve que le Gouvernement ne peut supporter le contrôle et les -observations motivées. Le discours du député de Rouen a produit un effet -immense; on a bien sapé M. de Persigny; il n'en reste pas moins[365]. Il -coûte cher à l'Empereur; il a quinze cent mille francs de dettes. -Dernièrement, l'Empereur lui reprochait d'être resté trois jours sans -paraître à l'hôtel de son ministère. «Auriez-vous préféré, a-t-il -répondu, que je fusse arrêté? J'avais signé un billet de trois cent mille -francs et je serais à Sainte-Pélagie si je ne m'étais pas caché.» -L'Empereur fit chercher la somme et la lui remit. - - [365] Dans la discussion de l'Adresse, accordée au Corps - législatif depuis le décret du 24 novembre 1860, on attaquait - alors le traité de commerce avec l'Angleterre, et le député de la - Seine-Inférieure, M. Pouyer-Quertier, qui était protectionniste, - le combattait avec beaucoup de violence. - - - - - _La première et la dernière lettre adressées par la duchesse de - Dino et de Talleyrand à sa petite fille, la princesse Radziwill, - née Castellane._ - -I - -Sagan, 3 janvier 1859. - -Ma chère Marie, je te remercie de ta lettre du 20 décembre et des bons -souhaits qu'elle contient pour moi; qui, de mon côté, prie Dieu avec -ferveur pour ta santé et le développement de ton âme et de ton -intelligence. Tu es en bonnes mains, en bon air[366], et les fréquentes -visites de ta chère maman[367] et d'Antoine[368] te procurent de douces -distractions! J'espère aussi que nous ne tarderons pas à nous revoir, ma -chère Minette, et que nous nous aimerons encore plus après nous être -embrassées en réalité. En attendant je t'envoie de loin mes baisers et -mes bénédictions. - - D. Duchesse DE SAGAN TAL. - - [366] Marie de Castellane était alors à Marmoutiers au couvent du - Sacré-Cœur. - - [367] La marquise de Castellane. - - [368] Antoine de Castellane, alors âgé de 5 ans. - - -II - -Sagan, 31 août 1862. - - MA CHÈRE FILLETTE, - -Merci des intéressants détails sur la petite visite de notre Saint -Évêque[369]. Il a eu la grande bonté de m'écrire lui-même quelques lignes -du cher asyle[370]! - - [369] Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans. - - [370] Rochecotte. - -Je ne m'étonne pas du succès de Georges[371] auprès de lui, car il est de -la sphère des anges! - - [371] Fils aîné de la princesse Radziwill, alors âgé du 2 ans. - -Je suis ravie que tu puisses retrouver ton mari ici. Tu sais que vous -êtes mes CHERS _enfants_. - -Ton beau-père s'est annoncé pour ce soir. Ton oncle Dino et -Élisabeth[372], à l'improviste pour cette nuit. Probablement un article -stupide des journaux de Berlin, par lequel il m'aura cru à toute -extrémité, aura réveillé son inquiétude et hâté son arrivée. Enfin -Louis[373] s'annonce pour demain ou après-demain. Je vais être -terriblement envahie. Je voudrais que M. de Bacourt[374] vînt m'abriter. - - [372] Alexandre, duc de Dino et sa fille Élisabeth, plus tard - comtesse Oppersdorff. - - [373] Duc de Valençay. - - [374] Correspondant de la Chronique. - -Boson[375], Jeanne[376] et Adalbert[377] viennent aussi me menacer! - - [375] Prince de Sagan. - - [376] Princesse de Sagan, née Seillière. - - [377] Second fils du duc de Valençay. - -Certes, je ne manque pas de cœur pour mes enfants; mais je manque de -force pour écouter, pour entendre, pour parler, pour répondre; dès que -j'ai fait le plus petit effort, les vomissements reprennent et la -transpiration m'inondent! Adieu, ma chère fille, j'ai pour toi et pour -Dear Rochecotte une affection toute exceptionnelle. - -_P.-S._--Toi et ton mari ne me gênent ni en santé ni en maladie et quant -à ton frère, il serait aussi le très bien venu. Tu sais que je _te_ dis -_vrai_. - -[Illustration: extrait lettre] - -[Illustration: signature] - -[Illustration: extrait lettre] - -[Illustration: extrait lettre] - - -_Sagan, 2 avril 1862._--On me mande que la plupart des évêques de France -répondront à l'appel qui leur a été fait de Rome pour les martyrs -japonais[378]; qu'ils partiront en avertissant le Gouvernement, mais sans -demander de permission, et que l'Empereur n'en sera pas trop mécontent. -Cette question romaine l'embarrasse tellement qu'il en est, dit-on, -encore plus attristé qu'irrité. M. de Lavalette se défend d'être mal avec -le Pape[379], c'est avec M. de Goyon qu'il ne peut vivre. - - [378] Le Pape avait invité tous les évêques du monde catholique à - se rendre à Rome, le jour de la Pentecôte (8 juin 1862), pour - assister à la fête de la solennelle canonisation de vingt-cinq - martyrs qui, en 1594, avaient versé leur sang pour la foi à - Nagasaki, au Japon, et avaient déjà été béatifiés en 1627. Plus - de trois cents évêques se rendirent à l'appel de Pie IX. - - [379] Au mois d'août 1861, M. de Lavalette, qui était Ambassadeur - à Constantinople au moment des massacres du Liban, fut envoyé à - Rome pour y remplacer M. de Gramont, comme Ambassadeur auprès du - Pape. - -La Reine Marie-Amélie va passer un mois à Holland-House pour être plus -près de la grande Exposition dont elle est curieuse. Être encore -curieuse, à son âge, et après avoir été _crucifiée_! c'est merveilleux et -enviable! - -Le prince Windisch-Graetz laisse six enfants et très peu de fortune; il -avait de gros traitements qui finissent avec lui; sa fille, veuve, sans -enfants, âgée de vingt-six ans, qui, depuis son veuvage s'était consacrée -à son père, est particulièrement à plaindre. Les journaux allemands ont -donné un récit touchant des obsèques qui ont eu lieu à Vienne et à -Prague; et surtout, de ce qui s'est passé dans cette dernière ville au -haut du _Hradchin_, où le cardinal Schwarzenberg, beau-frère du défunt, a -béni le corps, et d'où les salves de deuil ont retenti du même point, -juste d'où l'illustre mort a tenu la ville en échec, lorsqu'il a sauvé à -son maître la couronne de Bohême, en 1848. Naturellement, le cortège -aurait dû traverser le bas de la ville pour prendre la route de Tachau, -où se trouve le caveau de famille; mais l'Empereur a donne l'ordre que le -cortège traversât toute la ville, montât au haut du _Hradchin_ où se -trouve la Cathédrale, fît halte à la porte de l'église et y reçût les -honneurs militaires. Le concours de monde de tous les genres paraît avoir -été énorme, et le recueillement touchant et honorable. - - -_Sagan, 1er mai 1802._--Voici le joli mois arrivé tout plein de -soleil, de verdure et de parfums. Eh bien! tout cela me semble une -dérision, car ce soleil n'éclaire pour moi que des souffrances qui -augmentent à chaque instant de cruauté. Je n'ai pour ainsi dire plus un -moment de vrai répit. Cependant voici deux jours que je suis sortie; mais -hier, après une tournée d'une demi-heure dans le parc, je suis rentrée -pour être torturée avec une rage incessante qui vient de me ressaisir. - - - Ici s'arrête la _Chronique_. La maladie de celle qui l'écrivit - allait chaque jour s'aggravant; les eaux d'Ems, pas plus que - celles du Schlangenbad qu'elle prit ensuite, n'apportèrent aucune - amélioration à son état. Elle avait hâte de retourner à Sagan - pour y mourir, comme elle le répétait sans cesse. - - En effet, elle atteignit Sagan le 3 août, et expira le 19 - septembre 1862. - - -FIN - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES - - -I - -_Article du_ Times _donné par le_ Galignany _du 17 février 1853_. - -L'adresse aux dames américaines, partie de Stafford-House, a reçu -l'accueil auquel nous nous attendions. Les dames du monde de l'État de -Virginie qui, à l'exemple de leurs mères, ont toujours eu des esclaves, -se soulèvent maintenant à l'unanimité contre cette ingérence dans ce -qu'elles considèrent comme un privilège séculaire. - -Par l'organe d'un journal de la Virginie, le _Richmond-Enquirer_, ces -dames en appellent à Mme Julia Gardiner Tyler (l'ex-présidente Tyler, -comme on l'appelle officiellement), qui, élevée par ses alliances, ses -talents, sa naissance, son mariage avec l'ex-président, et enfin, par son -long séjour dans une plantation de Virginie comme maîtresse d'une colonie -d'esclaves, était le digne champion de l'esclavage considéré comme -_institution sociale_. - -Appelée par un pareil devoir, l'illustre citoyenne prit la plume et ne -l'a quittée qu'après avoir fait justice sommaire de la Duchesse (de -Sutherland) et de ses amis. - -Notre correspondant de New-York, qui est, certes, fort américain, ne -s'est pas rendu compte, comme il aurait dû le faire, de l'importance à -donner à cette rivalité de dames en colère, se battant aux yeux du monde -pour leurs compatriotes. Nous ne doutons point que, malgré les huit -années passées à la tête d'une plantation, Mme Tyler ne soit encore -jeune, belle, intelligente et charmeuse, comme le décrit le _New-York -Herald_; mais décidément, on peut dire qu'elle est agressive et bavarde. -Elle voudrait que la doctrine de Monrœ fût appliquée, non seulement au -territoire, mais aussi aux institutions de l'Amérique du Nord; et elle se -venge de la Duchesse, en énumérant soigneusement toutes les allusions -déplaisantes pour les institutions anglaises que lui fournissent son -intelligence, sa mémoire et ses amis. Au fait, en allant au fond des -choses, nous y trouvons pour les neuf dixièmes des redites; comme la -presse anglaise semble prendre un soin tout particulier de mettre les -étrangers au courant de nos défauts, la tâche de cette dame était facile, -et l'intérêt pour le lecteur anglais en reste minime. - -En disant que la réponse de Mme Julia Tyler contient des redites et des -contradictions, nous devons ajouter que le même jugement peut s'appliquer -à la Duchesse. On n'aurait jamais dû publier une lettre ouverte, capable -de provoquer une semblable réponse, et, d'autre part, quand une semblable -publication a été faite et que le bon sens du pays où elle a eu lieu la -désapprouve, les personnes auxquelles elle était adressée auraient donné -une preuve de tact en ne la relevant pas. - -Il faut dire à l'honneur des dames américaines qu'aucune d'entre elles -n'a répondu, à l'exception de la propriétaire d'une plantation de tabac, -seule capable, peut-être, de manier la plume avec autant de férocité. -Elle ne nous fait grâce sur aucun point: l'Islande, la corruption de la -métropole, le _Dun robin Estate_, l'ancien commerce des esclaves, les -diamants de la duchesse de Sutherland, notre journalisme, notre impôt des -pauvres, nos souscriptions de bienfaisance, notre reine, nos évêques, nos -hommes d'État, nos importations de coton et nos larmes de crocodile, -_tout_, tout est successivement attaqué avec autant d'adresse que -d'âpreté, tout et tous ont leur part. - -Nous en sommes redevables à une petite coterie de femmes philanthropes, -que les souffrances de _l'oncle Tom_ et de ses compagnons héroïques -touchèrent au point de leur faire oublier que ces types, modèles de -toutes les vertus, étaient le fruit du système qu'elles blâmaient. - -Notre métier de journaliste nous met en contact si intime avec la -fragilité de notre édifice social, que nous hésitons à lancer des -pierres que nos adversaires pourraient trop facilement nous rejeter. - -La témérité de l'appel Sutherland prouve que les belles plaignantes ne -connaissent aucunement les maux existant beaucoup plus près d'elles, -qu'il aurait été peut-être de leur devoir de connaître et de secourir. -Cependant, nous ne saurions subir les verges de Mme Julie sans réagir; -nous ne saurions tolérer que l'ex-présidente Tyler écrive, comme si -l'Angleterre n'avait jamais rien fait, rien souffert, rien payé pour la -cause de l'abolition de l'esclavage. Nous ne saurions admettre que rien -n'ait changé chez nous, depuis le temps où la Reine Anne partageait, avec -le Roi d'Espagne, le gain produit par la traite des nègres, et que nos -hommes d'État, nos législateurs, nos prélats, nos pairesses, soient ce -qu'ils étaient encore il y a deux cents ans. Pour appuyer son -raisonnement, la belle Julie attribue le procès Wilberforce et Clarkson à -des causes que jamais le lutteur n'aurait imaginées. Selon elle, il -serait dû à l'envie que nous éprouvons pour les États-Unis, au désir de -nous venger du succès de leur récolte, la douleur d'y avoir perdu un -marché (que d'ailleurs nous n'avons pas perdu), au dessein infâme de -semer la discorde entre les États du Nord et du Sud, et à d'autres motifs -semblables qui pourront paraître évidents à une certaine classe de -femmes, mais qui paraissent absurdes à tout homme de bon sens. - -Nous voudrions encore prier la belle lutteuse de Sherwood-Forest de jeter -un regard sur l'espace occupé sur la carte par son pays, baigné, comme -elle le dit, par deux Océans, et de le comparer à celui qu'occupent les -Iles-Britanniques; elle verrait qu'on peut nous excuser, si nous avons -plus de peine à nourrir une population de trente millions, que les -Américains pour en nourrir une de vingt-six. Elle aurait beaucoup mieux -fait, pour avoir raison, si, en défendant les institutions de son pays -contre toute ingérence anglaise, elle ne se fût pas mêlée de nos -affaires; mais, elle se mêle de nos institutions et perd, en les -attaquant, le terrain gagné en défendant celles de son pays, justifiant -presque, ainsi, l'intervention des philanthropes de Stafford-House. Les -institutions monarchiques et aristocratiques, dont elle parle, durent -depuis dix siècles et nous ne pourrions, même en le voulant, nous en -débarrasser aisément. D'ailleurs, il est incontestable qu'elles ont -beaucoup contribué à la formation du caractère de notre race, dont les -États-Unis eux-mêmes sont le plus éclatant résultat. - -Nous avons encore à régler avec Mme Tyler une petite affaire pour notre -propre compte. Quel droit a-t-elle de dire que la lettre de -Stafford-House a eu son origine dans les journaux? Nous n'en avons rien -su, jusqu'à ce qu'elle fut approuvée par le conclave et couverte de -nombreuses signatures. Il nous est fort pénible d'avoir été crus les -complices de cette singulière affaire. Quant aux éloges patriotiques, -dont Mme Tyler a enjolivé sa réplique, nous sommes enchantés de pouvoir -en reconnaître l'exactitude; nous apprécions, selon leur mérite, le -territoire des fleuves, les deux Océans, le sol, les ports, la -population, l'esprit d'entreprise, la politique, le coton, le riz et le -tabac des États-Unis, et quoique nous en ayons souvent entendu parler, -nous sommes enchantés qu'une belle dame vienne nous les rappeler; mais -nous ne comprenons pas comment toutes ces belles choses puissent nous -empêcher de prendre des mesures pour l'abolition complète de l'esclavage. - - -II - -NOUVELLES DISSIDENCES ENTRE LES PRINCES D'ORLÉANS ET LE COMTE DE CHAMBORD - -_Lettre du comte de Chambord au duc de Nemours._ - - 5 février 1857. - - MON COUSIN, - -J'ai lu votre lettre avec un profond sentiment de tristesse et de regret. -J'aimais à penser que nous avions compris de la même manière la -réconciliation accomplie entre nous, il y a bientôt quatre ans. Ce -rétablissement de nos rapports politiques et de famille, en même temps -qu'il plaisait à mon cœur, semblait à ma raison un gage de salut pour la -France et une des plus fermes garanties de son avenir. Pour justifier mon -espérance, pour rendre notre union efficace et digne tout ensemble, il -ne fallait que deux choses qui étaient bien faciles: rester de part et -d'autre également convaincus de la nécessité d'être unis, mais vouer une -confiance inébranlable en nos mutuels sentiments. - -Je n'ai pas douté de votre dévouement aux principes monarchiques; -personne ne peut mettre en question mon attachement à la France, mon -respect de sa gloire, mon désir de sa grandeur et de sa liberté. Ma -sympathique reconnaissance est acquise à tout ce qui s'est fait par elle, -à toutes les époques, de bien, d'utile et de grand. Ainsi que je n'ai -cessé de le dire, j'ai toujours cru, et je crois toujours à -l'inopportunité de régler, dès aujourd'hui, et avant le moment où la -Providence m'en imposerait le devoir, des questions que résoudront les -intérêts et les vœux de notre patrie. Ce n'est pas loin de la France et -sans la France, qu'on peut disposer d'elle. - -Je n'en conserve pas moins ma conviction profonde, que c'est dans l'union -de notre maison, et dans les efforts communs de tous les défenseurs des -institutions monarchiques que la France trouvera un jour son salut. Les -plus douloureuses épreuves n'ébranlent pas ma foi. - - -III - -_Lettre adressée par l'Empereur Napoléon III au Pape Pie IX le 31 -décembre 1859._ - - TRÈS SAINT-PÈRE, - -La lettre que Votre Sainteté a bien voulu m'écrire le 2 décembre m'a -vivement touché, et je répondrai avec une entière franchise à l'appel -fait à ma loyauté. - -Une de mes préoccupations, avant comme après la guerre, a été la -situation des États de l'Église, et certes, parmi les raisons puissantes -qui m'ont engagé à faire si promptement la paix, il faut compter la -crainte de voir la révolution prendre tous les jours de plus grandes -proportions. Les faits ont une logique inexorable, et, malgré mon -dévouement au Saint-Siège, malgré la présence de mes troupes à Rome, je -ne pouvais échapper à une certaine solidarité avec les effets du -mouvement national, provoqué par la lutte contre l'Autriche. - -La paix une fois conclue, je m'empressai d'écrire à Votre Sainteté pour -lui soumettre les idées les plus propres, suivant moi, à avancer la -pacification des Romagnes, et je crois encore que si, dès cette époque, -Votre Sainteté eût consenti à une séparation administrative de ces -provinces et à la nomination d'un gouvernement laïque, elles seraient -rentrées sous son autorité. - -Malheureusement, cela n'a pas eu lieu, et je me suis trouvé impuissant à -arrêter l'établissement du nouveau régime. Mes efforts n'ont abouti qu'à -empêcher l'insurrection de s'étendre, et la démission de Garibaldi a -préservé les Marches d'Ancône d'une invasion certaine. - -Aujourd'hui le Congrès va se réunir. Les puissances ne sauraient -méconnaître les droits incontestables du Saint-Siège sur les Légations. -Néanmoins, il est probable qu'elles seront d'avis de ne pas recourir à la -violence pour les soumettre; car si cette soumission était obtenue à -l'aide des forces étrangères, il faudrait encore occuper les Légations -militairement pendant longtemps. Cette occupation entretiendrait les -haines et les rancunes d'une grande portion du peuple italien, comme la -jalousie des grandes puissances; ce serait donc perpétuer un état -d'irritation, de malaise et de crainte. - -Que reste-t-il donc à faire? car enfin, cette incertitude ne peut pas -durer longtemps. Après un examen sérieux des difficultés et des dangers -que présentaient les diverses combinaisons, je le dis avec un regret -sincère, et quelque pénible que soit la solution, ce qui me paraîtrait le -plus conforme aux intérêts du Saint-Siège, ce serait de faire le -sacrifice des provinces révoltées. Si le Saint-Père, pour le repos de -l'Europe, renonçait à ces provinces qui, depuis cinquante ans, suscitent -tant d'embarras à son gouvernement, et qu'en échange, il demandât aux -puissances de lui garantir la possession du reste, je ne doute pas du -retour immédiat de l'ordre. Alors, le Saint-Père assurerait, à l'Italie -reconnaissante, la paix pendant de longues années, et au Saint-Siège, la -possession paisible des États de l'Église. - -Votre Sainteté, j'aime à le croire, ne se méprendra pas sur les -sentiments qui m'animent; elle comprendra la difficulté de ma situation; -elle interprétera avec bienveillance la franchise de mon langage, en se -souvenant de tout ce que j'ai fait pour la religion catholique et pour -son auguste chef. - -J'ai exprimé, sans réserve, toute ma pensée et je l'ai cru indispensable -avant le Congrès. Mais je prie Votre Sainteté, quelle que soit sa -décision, de croire qu'elle ne changera en rien la ligne de conduite que -j'ai toujours tenue à son égard. - -En remerciant Votre Sainteté de la bénédiction apostolique qu'elle a -envoyée à l'Impératrice, au Prince Impérial et à moi, je lui renouvelle -l'assurance de ma profonde vénération. - -De Votre Sainteté, votre dévot fils, - - NAPOLÉON. - Palais des Tuileries, le 31 décembre 1859. - -Cette pièce est tirée du _Journal des Débats_ du 12 janvier 1860. - - - - -INDEX BIOGRAPHIQUE - -DES NOMS DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS CETTE CHRONIQUE - - (Les noms suivis d'un astérisque sont ceux qui ont été déjà - donnés, avec plus de détails, dans l'index biographique du tome - I; ceux qui sont suivis de deux astérisques ont été donnés dans - le tome II, et ceux qui sont suivis de trois astérisques sont - donnés dans le tome III.) - - -A - - ABERDEEN (lord), 1784-1860 *. Diplomate et homme d'État anglais. - - ABZAC (le marquis D'), 1822-1905. Venance d'Abzac, général de - brigade en France, fut, durant de longues années, premier aide de - camp du maréchal de Mac-Mahon. Le général d'Abzac fut promu - officier de la Légion d'honneur en 1859, et commandeur en 1873. - Il avait épousé Mlle Dorothée de Lazareff. - - ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), 1777-1847. Sœur cadette du Roi - Louis-Philippe. - - ALBE (le duc D'), 1821-1881. Luis duc d'Albe avait épousé, en - 1844, la comtesse de Montijo, sœur aînée de l'Impératrice - Eugénie. - - ALBUFÉRA (la duchesse D') **, 1791-1884. Née de Saint-Joseph. - - ALEXANDRE II (l'Empereur de Russie), **, 1818-1881. - - ALLEGRI (Grégoire), 1587-1640. Compositeur de musique sacrée. - Allegri doit surtout sa réputation à un _Miserere_ qu'on chante - régulièrement le samedi saint dans la chapelle Sixtine, à Rome. - - ALWENSLEBEN (le comte Albert D') ***, 1794-1858, ministre d'État - en Prusse. - - ALWENSLEBEN (le comte Gustave D'), 1803-1881. Entré, en 1821, - dans l'armée prussienne, le comte Alwensleben fit, avec le prince - de Prusse, la campagne en 1848 contre les insurgés dans le - grand-duché de Bade. Lieutenant-général depuis 1863, Alwensleben - prit part à la guerre de 1870-1871, et se retira du service en - 1872. - - ANCELOT (Jacques-Arsène-François-Polycarpe), 1794-1854. - Littérateur français, auteur dramatique. Ancelot remplaça M. de - Bonald à l'Académie française. - - ANDREA DEL SARTO, 1488-1530. Le vrai nom de ce célèbre peintre - florentin était Andrea Vannucchi. - - ANTONELLI (le cardinal), 1806-1876. Premier ministre du Pape Pie - IX. Le Pape Grégoire XVI fit Antonelli prélat et assesseur au - tribunal supérieur. Successivement délégué à Orvieto, à Viterbe, - à Macerata, Antonelli devint, en 1841, sous-secrétaire d'État au - ministère de l'Intérieur, grand trésorier en 1845, cardinal en - 1847; puis ministre des Finances et président de la consulte - d'État. En 1848, le cardinal Antonelli fit partie de la - commission qui rédigea le statut libéral de mars. Devenu l'un des - conseillers les plus influents auprès du Pape Pie IX, le Cardinal - conseilla la fuite à ce Pontife, après le meurtre du comte Rossi, - en 1848. Lors de la rentrée du Pape Pie IX, à Rome, le cardinal - Antonelli fut nommé secrétaire d'État des Affaires étrangères, - poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. - - APPONYI (le comte Rodolphe), 1812-1876. Diplomate autrichien: - attaché très jeune à l'ambassade d'Autriche à Paris, il passa à - celle de Saint-Pétersbourg où il épousa, en 1840, la fille du - comte Alexandre Benkendorff (nièce de la princesse Lieven). - Devenu ministre à Carlsruhe, puis à Turin et à Munich, le comte - Apponyi fut nommé ambassadeur à Londres et ensuite à Paris. Il - mourut à Venise. - - AQUILA (le comte D'), 1824-1897. Louis, prince de Bourbon, fils - du second mariage de François Ier, Roi de Naples, et de - l'Infante Isabelle d'Espagne, épousa, en 1844, à Rio-Janeiro, une - princesse de Bragance, fille de Pierre Ier, Empereur du - Brésil. Le comte d'Aquila était grand-amiral brésilien et - chevalier de la Toison d'or. - - ARENBERG (le prince Pierre D'), 1790-1877. - - ARENBERG (Auguste-Marie-Raymond D'), 1753-1832. Prit le titre de - comte de la Marck à la mort de son grand-père maternel, et c'est - sous ce nom qu'il figure aux États généraux de 1789. Le comte de - la Marck s'y déclara d'abord en faveur du Tiers État; mais il se - rapprocha bientôt de la Cour, se lia d'amitié avec Mirabeau et - devint l'intermédiaire de ses relations avec la Famille Royale. - Mirabeau mourut entre ses bras et le nomma son exécuteur - testamentaire. - - ARJUZON (le comte D'), 1800-1874. Gentilhomme de la chambre du - Roi Charles X, le comte d'Arjuzon débuta dans la carrière - politique comme conseiller général du canton de Montfort, dans - l'Eure. Député au Corps législatif sous le second Empire, il - s'associa à tous les actes du règne de Napoléon III, et devint - chambellan de l'Empereur, qui le fit officier de la Légion - d'honneur en 1861. - - ARNIM-HEINRICHSDORFF (le comte Henri D'), 1791-1859. Diplomate et - homme d'État prussien. - - AUERSWALD (M.-Rodolphe D'), 1795-1886. Homme d'État prussien. - Élevé avec le prince Guillaume de Prusse (le futur Empereur - d'Allemagne), Auerswald commença par la carrière des armes. Il - s'en retira en 1820, pour occuper, en province, plusieurs postes - administratifs. Après la révolution de 1848, Auerswald fut chargé - de présider le nouveau ministère - Hansemann-Kühlwetter-Schreckenstein. Élu ensuite député, il - siégea dans les rangs de la droite. En 1858, le Prince-Régent - appela Auerswald à faire partie du ministère _de la nouvelle - ère_, comme ministre sans portefeuille. Auerswald entreprit alors - la réorganisation de l'armée, qui fut cause d'un conflit avec la - Chambre prussienne, dura des années et fut la raison de la chute - du ministère libéral en 1862. M. de Bismarck le remplaça alors à - la tête des affaires. - - AUGIER (Émile), 1820-1889. Poète dramatique français, membre de - l'Académie, où, en 1858, il remplaça M. de Salvandy, Augier fut - nommé sénateur par décret impérial en 1870, pour services rendus - par ses productions littéraires. - - AUGUSTENBOURG (le duc D'), 1798-1869. Chrétien, duc - d'Augustenbourg, habitait en Silésie la terre de Primkenau, dans - les environs de Sagan. - - AUMALE (le duc D') **, 1822-1893. Henri d'Orléans, quatrième fils - du Roi Louis-Philippe. - - AUTRICHE (l'archiduc Léopold D'), 1823-1893. Ce prince était fils - de l'archiduc Regnier, qui fut vice-Roi du royaume de Lombardie, - et de la princesse de Savoie-Carignan, sœur du Roi - Charles-Albert de Sardaigne. - - AUTRICHE (l'archiduchesse Élisabeth D') ***, 1831-1903. Cette - princesse était fille du palatin de Hongrie. - - AUTRICHE (l'archiduc Regnier D'), 1783-1853. Vice-Roi du royaume - lombardo-vénitien, époux de la princesse Élisabeth de - Savoie-Carignan, sœur du Roi Charles-Albert de Sardaigne. - - AUTRICHE (l'archiduchesse Marie-Henriette D'), 1836-1902. Cette - princesse épousa, en 1853, le duc de Brabant qui, en 1865, monta - sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold II. - - AUTRICHE (l'impératrice Élisabeth D'), 1837-1898. Duchesse en - Bavière, épousa, en 1854, François-Joseph, Empereur d'Autriche. - Elle mourut à Genève, assassinée par un anarchiste. - - AUTRICHE (l'archiduc Étienne D'), 1817-1867. - Étienne-François-Victor, propriétaire de la seigneurie de - Halzappel-Schaumbourg; palatin de Hongrie, propre frère de - l'archiduchesse Henriette, qui épousa le Roi des Belges. - - AUTRICHE (l'archiduchesse Marguerite D'), 1840-1858. Cette - princesse, fille du Roi de Saxe, avait épousé, en 1856, - l'archiduc Charles-Louis, frère de l'Empereur François-Joseph - Ier. - - AUTRICHE (l'archiduc Maximilien D'), 1832-1867. Second frère de - l'Empereur François-Joseph Ier, servit d'abord comme - vice-amiral dans la marine autrichienne et fut quelque temps - gouverneur du royaume lombardo-vénitien. A la suite de - l'expédition française du Mexique en 1864, Maximilien fut - proclamé Empereur, par l'assemblée des notables de ce pays; après - avoir tenté en vain d'y organiser un gouvernement monarchique - régulier, et abandonné par Napoléon III, il fut pris à Queretaro - et fusillé en 1867. - - AVENAS (Mme Aimée D'). Religieuse du Sacré-Cœur. Mme d'Avenas - était d'une famille originaire de Lyon. Elle avait dirigé les - études des pensionnats confiés aux soins spéciaux des dames de - l'ordre du Sacré-Cœur, et avait été chargée, par ses - supérieures, de fonder la maison d'Orléans. Quand la maladie vint - l'atteindre, Mme d'Avenas fut envoyée à Bruxelles où elle mourut, - vers l'année 1865, dans une maison de son ordre. - - AVIGDOR (Jules). Député de Nice où il possédait de belles - maisons, M. Avigdor avait fondé à Turin le journal _la Voix de - l'Italie_. Il eut un duel avec M. de Cavour à propos d'un article - sur la question des impôts, où M. Avigdor attaquait le - _Risorgimento_, dans des termes qui mettaient en doute l'honneur - et la délicatesse de son rédacteur, le comte de Cavour. - - AYEN (le duc D'), 1826-1895. Jules, duc d'Ayen, prit le titre de - duc de Noailles, en 1887, à la mort de son père. En 1851 il avait - épousé Mlle de Champlâtreux, petite-fille de M. Molé. - - AYEN (la duchesse D'), née en 1831. Clotilde de La - Ferté-Meun-Molé de Champlâtreux, mariée au duc d'Ayen, en 1851, - qui devint duc de Noailles, en 1887, à la mort de son père. - - -B - - BADE (la grande-duchesse Stéphanie DE) **, 1789-1860. Née de - Beauharnais. - - BADE (la grande-duchesse Louise DE), née en 1838. Fille de - l'Empereur Guillaume Ier et de l'Impératrice Augusta. Cette - princesse, aussi charmante que distinguée, épousa, en 1856, le - grand-duc de Bade. - - BALBI-SENAREGA (le marquis James DE), né en 1800. Mort en 1878. - - BALBI (la marquise DE), née en 1800. Morte en 1862. Épouse du - marquis James de Balbi-Senarega. - - BALLANCHE (Pierre-Simon) ***, 1776-1847. Membre de l'Académie - française. - - BAOUR-LORMIAN (Pierre-Marie-François-Louis), 1770-1854. Poète et - auteur dramatique français. Il entra à l'Académie en 1815, pour y - remplacer le chevalier de Boufflers. - - BARANTE (le baron DE) *, 1782-1866. Diplomate et historien - français. - - BAROCHE (M.), 1802-1870. Baroche fit toute sa carrière au - barreau; en 1850, il fut nommé ministre de l'Intérieur, après le - coup d'État, et en juin 1863, ministre de la Justice. En 1864, M. - Baroche fut nommé sénateur. - - BARROT (Odilon) *, 1791-1873. Homme politique français. - - BAUFFREMONT (la princesse Laurence DE) **, 1802-1862, née - Montmorency. - - BAVIÈRE (le duc Maximilien en), 1808-1888. Père de l'Impératrice - d'Autriche, de la Reine de Naples, de la duchesse d'Alençon, et - de plusieurs autres enfants. - - BAVIÈRE (la duchesse en), 1808-1892. Née princesse de Bavière. - Elle épousa, en 1828, le duc Maximilien en Bavière. - - BÉARN (le prince DE), 1802-1871. Louis-Hector de Galard, comte de - Brassac, comte et prince de Béarn, était fils de Pauline de - Tourzel, celle qui avait partagé la captivité de Louis XVI et de - la Famille Royale au Temple. Officier d'état-major, le prince de - Béarn fut chargé de suivre, à la suite de l'armée russe, les - opérations de la guerre contre les Turcs, en 1828. De retour en - France, il entra dans la diplomatie où il occupa les différents - postes et fut fait sénateur en 1854. - - BEAUCHESNE (M. DE). 1804-1873. Ancien gentilhomme de la chambre - du Roi, sous la Restauration, fut nommé, en 1825, chef au cabinet - des Beaux-Arts et, en 1830, devint chef de section aux Archives. - Son principal ouvrage a pour sujet: _Louis XVII, sa vie, son - agonie, sa mort_, ouvrage couronné par l'Académie. - - BEAUVAU-CRAON (la princesse DE), 1824-1862, Marie d'Aubusson de - la Feuillade épousa, en 1840, le prince de Beauvau-Craon. - - BECKX (Pierre-Jean), 1795-1891. Général des Jésuites. Originaire - de Belgique, Beckx entra dans l'ordre des Jésuites dont il fut - nommé général en 1853. Son habileté et sa fermeté contribuèrent - puissamment aux succès obtenus par les Jésuites dans les divers - pays de l'Europe. Lors de la suppression à Rome des couvents de - son ordre, le Père Beckx se retira à _Fiesole_ d'où il ne cessa - d'inspirer le journal la _Civita Catolica_. - - BEDEAU (le général), 1804-1863. Le général se distingua dans - toutes les guerres d'Afrique et fut exilé lors du coup d'État du - 2 décembre. - - BEDMAR (le marquis DE), 1821-1883. Député aux Cortès, plus tard - sénateur et conseiller d'État en Espagne, le marquis de Bedmar - fut nommé, par le Roi Alphonse XII, ambassadeur à - Saint-Pétersbourg. En 1853, il fut témoin de la fille du comte de - Montijo, lorsqu'elle épousa Napoléon III et devint l'Impératrice - Eugénie. - - BELGES (le Roi Léopold des) *. 1790-1865. Léopold Ier, prince - de Cobourg. - - BELGES (la Reine Louise des) *, 1812-1850, née princesse - d'Orléans, première femme de Léopold Ier. - - BELGIOJOSO (la princesse DE) *, 1808-1868. Née Christine - Trivulzio. - - BELMONT (le marquis DE), 1804-1857. Chambellan de l'Empereur - Napoléon III et chevalier de la Légion d'honneur, M. de Belmont - fut nommé député au Corps législatif comme candidat officiel et - donna son approbation à tous les actes du gouvernement impérial. - - BELLINI (Jean), mort vers 1516. Peintre vénitien. - - BENEDEK (L. DE), 1804-1878. Général autrichien. Il se distingua - dans la campagne de 1848 contre le Piémont, sous les ordres de - Radetsky, et dans la guerre de Hongrie en 1849; mais il fut battu - par l'armée prussienne en 1866. - - BENKENDORFF (le comte Constantin DE), 1817-1858. Aide de camp - général de l'Empereur de Russie, neveu de la princesse de Lieven, - le comte de Benkendorff épousa, en 1848, la princesse Louise de - Croy. - - BERESFORD (le vicomte DE), 1770-1854. William Carr, général - anglais. Après avoir servi en Amérique, aux Indes, en Égypte, en - Irlande, il fut appelé en Portugal où il devint généralissime de - l'armée portugaise. Beresford battit le général Soult à Albuféra - et commanda un corps d'armée sous Wellington. En 1814, il entra à - Bordeaux avec le duc d'Angoulême et, bientôt après, fut appelé à - la Chambre des lords en récompense de ses services. - - BERG (le comte), 1790-1874, général russe, appartenant à une - famille livonienne. Le comte Frédéric-Guillaume Berg commença sa - carrière militaire par la guerre de 1812; prit part ensuite à - toutes les guerres que fit la Russie avec l'étranger, et - contribua beaucoup à soumettre l'insurrection de Pologne en 1830. - Le comte Berg fut de nouveau envoyé à Varsovie en 1863. Il s'y - associa aux sévérités excessives mises en vigueur pour dompter ce - malheureux pays dont il prit le commandement général. En 1829, le - comte Berg avait épousé en Italie la comtesse Cicogna qui sut, - par sa bonté, conquérir toutes les sympathies en Pologne. - - BERNSTORFF (le comte Albert DE) ***, 1809-1873. Homme d'État - prussien. - - BERTIN (Armand), fils de Bertin l'aîné. C'est à lui que revient - principalement l'honneur d'avoir fait tenir au journal des - _Débats_ le rôle prépondérant qu'il a rempli dans le journalisme - français. - - BERRY (la duchesse DE) *, 1798-1870. Princesse des Deux-Siciles. - - BERRYER (Antoine) *, 1790-1868. Avocat français. - - BETHMANN-HOLWEG (Maurice-Auguste DE) ***, 1795-1877. - Jurisconsulte allemand. - - BILLAULT (M.), 1805-1863. D'abord avocat, puis député et - sous-secrétaire d'État en 1840, M. Billault devint président du - Corps législatif sous le second Empire; deux fois ministre de - l'Intérieur; puis, en 1860, ministre sans portefeuille. Durant - cette période, il soutint la politique impériale avec beaucoup de - talent. - - BIOT (Édouard-Constant), 1803-1850. Fils du célèbre astronome, - membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1847, - Biot fut un des premiers en France à démontrer les avantages des - chemins de fer, et s'adonna aux recherches historiques. - - BISMARCK-SCHOENHAUSEN (le prince DE), 1815-1898. Ministre de - Guillaume Ier, roi de Prusse, et son collaborateur pour la - reconstruction de l'Empire d'Allemagne. - - BIXIO (Jacques-Alexandre), 1808-1865. Savant et homme politique - français, quoique né en Italie à Chiavari. Venu jeune en France, - Bixio y fit ses études. En 1831, il fonda, avec M. Buloz, _la - Revue des Deux Mondes_. Lors de la révolution italienne, Bixio - fut nommé ambassadeur extraordinaire à la cour de Turin. Élu plus - tard député, il accepta le portefeuille de l'Agriculture en 1868. - - BLUCHER DE WAHLSTADT (le prince DE), 1742-1819. Général des - armées prussiennes, dont il prit le commandement en 1813. Blücher - entra un des premiers en France en 1814; il décida, en 1815, le - gain de la bataille de Waterloo et fut toujours un ennemi - implacable des Français. - - BOBOLA (le Père André), 1590-1657. Issu d'une des plus anciennes - familles de la Pologne, André Bobola se fit prêtre et entra dans - la société de Jésus en 1611. Pendant les guerres de la Pologne - contre les Suédois et les Russes, Bobola prêcha, avec tant de - ferveur, contre le schisme orthodoxe, que les Russes l'appelèrent - _voleur d'âmes_. Bobola dut s'enfuir d'une maison de son ordre, - dont il était supérieur, à Bobrusk, devant les Cosaques qui le - poursuivirent à Pinsk et à Ianow où il fut tué par eux le 16 mai - 1657, après le plus affreux martyre. - - BOEGER (le docteur), 1813-1875. Auguste Bœger, médecin militaire - prussien, soigna le roi Frédéric-Guillaume IV pendant les quatre - années que dura la maladie qui finit par l'emporter. - - BOIGNE (la comtesse DE) *. 1780-1866. Née Adèle d'Osmond. - - BOISGELIN (Marguerite DE), née Mlle Lepelletier de Morfontaine. - Elle était la sœur de la comtesse Ernest de Talleyrand. Le fils - de Mme de Boisgelin épousa Mlle Duclère, dont le père (Belge) - avait été l'homme d'affaires des Rohan d'Autriche. Par sa mère, - Mme de Boisgelin était la petite-fille de Lepelletier de - Saint-Fargeau. - - BONNECHOSE (le cardinal DE), 1800-1883. Mgr de Bonnechose fut - nommé archevêque de Rouen en 1858 et reçut le chapeau de cardinal - en 1863. - - BONALD (le cardinal DE), 1787-1870. Entré dans les ordres en - 1811, M. de Bonald fut promu en 1839 à l'archevêché de Lyon et - créé cardinal en 1841. - - BONAPARTE (Jérôme) *, 1784-1860. Roi de Westphalie. - - BONAPARTE (le prince Jérôme-Napoléon), 1822-1891. Fils du Roi de - Westphalie et de sa seconde femme la princesse Catherine de - Würtemberg. Ce prince épousa lui-même la princesse Clotilde de - Savoie, fille du Roi Victor-Emmanuel II, de Sardaigne. - - BONIN (Édouard DE) ***, 1793-1863. Général prussien, qui, en - 1852, devint ministre de la Guerre. - - BOURBON-CHALUS (le comte DE), frère cadet du comte de - Bourbon-Busset, commandant du corps des guides de Lamoricière, - avec le grade de lieutenant dans l'armée pontificale. - - BOURQUENEY (le baron, puis comte DE) *, 1800-1869. Diplomate - français, ambassadeur et sénateur. - - BOYEN (le général DE), mort en 1886. Hermann de Boyen avait été - aide de camp du prince de Prusse durant de longues années et - devint plus tard général d'infanterie. En 1850, M. de Boyen - épousa la princesse Fanny de Biron-Courlande. - - BRABANT (le duc DE), 1835-1909. Fils aîné du Roi des Belges, - Léopold Ier, et de la princesse Louise d'Orléans, fille aînée - du Roi Louis-Philippe. Ce prince monta sur le trône de Belgique, - en 1865, à la mort de son père. Il avait épousé, en 1853, - l'archiduchesse Marie-Henriette d'Autriche. - - BRABANT (la duchesse DE), 1836-1902. Marie-Henriette, - archiduchesse d'Autriche, épousa, en 1853, le duc de Brabant, qui - monta sur le trône de Belgique en 1865. - - BRASSIER DE SAINT-SIMON (le comte DE), 1798-1872. Diplomate - prussien. Le comte Brassier de Saint-Simon occupa le poste de - Constantinople jusqu'en 1869, et fut alors transféré à Turin, - puis à Florence, lorsque la capitale du royaume d'Italie y fut - transportée. Il mourut à son poste. - - BREADALBANE (le marquis DE), 1796-1862. John, marquis de - Breadalbane fut chargé par la Reine Victoria d'Angleterre, en - 1861, de remettre solennellement l'ordre de la Jarretière au Roi - de Prusse qui venait de monter sur le trône. - - BRIFAUT (Charles) ***, 1787-1867. Poète et littérateur français. - - BROGLIE (le duc Victor DE) *, 1785-1870. Ministre en France sous - le Roi Louis-Philippe. - - BROGLIE (la duchesse DE) *, 1797-1840. Fille de Mme de Staël. - - BROGLIE (le prince Albert DE), 1821-1901. Fils aîné du duc Victor - de Broglie, le prince Albert devint duc en 1870, à la mort de son - père. Écrivain très distingué, il fut élu à l'Académie française - dès 1863. Durant la présidence du maréchal de Mac-Mahon, le duc - de Broglie fut chef de son cabinet. - - BRUNNOW (le baron) ***, 1796-1875. Diplomate russe. - - BRYAS (Mme DE), 1790-1866. Marie-Thérèse d'Hunolstein, fille du - comte d'Hunolstein, maréchal de camp et député de la Moselle en - 1815. - - BUDBERG (le baron André DE), 1820-1881. Diplomate russe; fils du - général de Budberg qui fut gouverneur de Saint-Pétersbourg. En - 1846, le baron André commença sa carrière diplomatique, et devint - en 1851 ministre plénipotentiaire à Berlin. En 1862, il fut nommé - ambassadeur à Paris. Après avoir donné sa démission en 1868, M. - de Budberg rentra à Saint-Pétersbourg où il devint membre du - Conseil de l'Empire. - - BUOL-SCHAUENSTEIN (le comte DE) **, 1797-1865. Diplomate - autrichien. - - BULOW (Mme DE), 1802-1889. Fille de Guillaume de Humboldt, elle - avait épousé le baron Henri de Bülow, diplomate prussien. - - BUNSEN (le chevalier DE) ***, 1791-1860. Diplomate allemand. - - BURGHERSH (lord), né en 1824. Ernest Fitzroy-Neville, lord - Burghersh, fils aîné de lord Westmorland. Officier dans la garde - écossaise. - - BYRON (lord) **, 1788-1824. Célèbre poète anglais. - -C - - CADORE (le marquis DE), 1827-1882. Le marquis de Cadore servit - d'abord dans la marine et entra plus tard dans la diplomatie. Il - fut pendant quelque temps chargé d'affaires à Rome, puis ministre - de France à Bade et à Munich. Le marquis de Cadore avait épousé, - en 1854, la fille du marquis de Bonneval. Il devint duc en 1870 à - la mort de son père. - - CANROBERT (le maréchal), 1809-1895. François-Certain Canrobert - fit toute la première partie de sa carrière militaire en Afrique. - Lorsque la guerre contre la Russie éclata, en 1854, Canrobert - prit le commandement de la première division de l'armée d'Orient - et, deux jours après la bataille de l'Alma, le maréchal de - Saint-Arnaud, qui se mourait, lui remit le commandement en chef - des forces réunies en Crimée. Se trouvant dans une position - embarrassante, et en s'entendant pas avec lord Raglan, qui - commandait les troupes anglaises, Canrobert résigna son - commandement en chef en mai 1855 et le remit entre les mains du - général Pélissier, reprenant sa place à la tête du 1er corps. - Napoléon III le nomma maréchal de France en 1856. Canrobert prit - encore part aux guerres d'Italie et d'Allemagne. - - CARAMAN (la marquise DE), née Gallard de Béarn. - - CARNÉ (le comte Joseph DE) ***, 1804-1876. Membre de l'Académie - française. - - CAROLA (la princesse), 1833-1907. Caroline, princesse de - Holstein-Gottorp-Wasa, épousa, en 1853, le Prince Royal de Saxe - qui monta sur le trône en 1873. Le prince Gustave de Wasa, père - de la princesse Carola, avait épousé la princesse Louise de Bade. - Il servait militairement en Autriche. - - CASTELBAJAC (le marquis DE), 1787-1864. Général français qui, - après avoir fait les guerres du premier Empire, fut mis à la - retraite. Napoléon III l'en retira et lui confia d'importantes - missions, entre autres celle d'ambassadeur de France à - Saint-Pétersbourg, où M. de Castelbajac resta de 1849 à 1854, - époque de la déclaration de guerre de Crimée. Il était sénateur. - - CASTELBAJAC (la marquise DE), née en 1799. Sophie de La - Rochefoucauld-Liancourt, mariée, en 1824, au marquis de - Castelbajac, lieutenant-général. - - CASTELLANE (le comte DE), 1788-1862. - Esprit-Victor-Élisabeth-Boniface de Castellane, fils unique du - marquis de Castellane-Novéjean et d'Adélaïde-Louise-Guyonne de - Rohan-Chabot de Jarnac: descendant d'une famille des anciens - barons de Provence, indépendante sous les rois d'Arles, et dont - le faste avait popularisé le vieil adage du Roi René: - _Dissolution des Castellane_, Boni de Castellane entra au service - militaire en 1804; prit part aux campagnes d'Italie, d'Espagne - et de Russie. Il fut créé colonel-major au 1er régiment des - gardes d'honneur en 1813, qu'il commanda jusqu'à la fin du - premier Empire. Colonel du 5e régiment de hussards en 1815, - maréchal de camp en 1822, le comte de Castellane devint - lieutenant-général à la suite du siège d'Anvers en 1833, et - commanda de 1837 à 1847 la division militaire de Perpignan. Mis à - la retraite en 1848, il fut rappelé à l'activité dès 1849 par - Louis-Napoléon. Placé à la tête de l'armée de Lyon qu'il commanda - jusqu'à sa mort, le comte de Castellane empêcha par sa vigoureuse - attitude toute insurrection républicaine. Après le 2 Décembre, il - reçut, en 1852, le bâton de maréchal de France. - - CASTIGLIONE (la comtesse DE), 1830-1899. La comtesse de - Castiglione était fille du marquis Oldoini, qui était issu d'une - bonne famille de Toscane, servit dans la diplomatie et fut - longtemps ministre du Roi d'Italie à la cour de Portugal. Sa - fille épousa, en 1849, le comte François Verasis de Castiglione, - écuyer du Roi d'Italie, dont elle devint veuve en 1867. Célèbre - par sa beauté, la comtesse de Castiglione vivait à Paris, séparée - de son mari. Elle exerça sur Napoléon III une certaine influence - dont M. de Cavour sut se servir dans la période décisive de 1855 - à 1859. Après la chute du deuxième Empire, la comtesse de - Castiglione disparut, n'ayant d'autres ressources qu'une petite - pension que lui donnaient d'anciens amis, entre autres M. de - Cassagnac. Son fils unique mourut à vingt-cinq ans, à Madrid, où - il était attaché à la légation du Roi d'Italie. - - CAULAINCOURT (le marquis DE), 1819-1865. Hervé-Anna-Olivier de - Caulaincourt, second fils du duc et de la duchesse de Vicence. - - CAVOUR (le comte DE). 1810-1861. Servi par une intelligence - merveilleuse, le comte de Cavour fut un grand patriote et le - véritable fondateur de l'unité italienne. Issu d'une très - ancienne famille piémontaise, Camille Beuso de Cavour servit - d'abord dans l'armée, puis devint journaliste, fonda le - _Risorgimento_ en 1847, devint député en 1849, ministre du - Commerce, des Finances en 1850 et enfin président du Conseil. - Cavour inaugura en Piémont une politique libérale à l'intérieur, - entreprenante à l'extérieur, qui amena la guerre avec l'Autriche, - en 1859, l'alliance avec la France et l'érection du royaume de - Sardaigne en royaume d'Italie. Cavour mourut au moment où il - essayait de donner Rome pour capitale à l'Italie, voulant - établir, comme il disait lui-même, _l'Église libre dans l'État - libre_. - - CHABANNES (la comtesse Alfred DE) ***. 1802-1891. Née miss - Ellice. - - CHABANNES (Mlle Emma DE). Chanoinesse et dame d'honneur de Mme la - comtesse de Chambord. Elle était la sœur du marquis Frédéric de - Chabannes-Curton et de La Palice. - - CHAMBORD (le comte DE), 1820-1883, titre pris, plus tard, par le - duc de Bordeaux *. - - CHAMBORD (la comtesse DE), 1817-1885. Marie-Thérèse-Béatrice, - archiduchesse d'Autriche-Este; fille de François IV, duc de - Modène, mariée en 1846 au duc de Bordeaux, comte de Chambord. - - CHAMPLATREUX (Mlle DE), né en 1831. Clotilde de la - Ferté-Meun-Molé de Champlâtreux épousa, en 1851, le duc d'Ayen - qui devint duc de Noailles, en 1851, à la mort de son père. Mlle - de Champlâtreux était la petite-fille de M. Molé. - - CHANGARNIER (le général) ***, 1793-1877. Général et homme - politique. - - CHARTRES (Robert d'Orléans, duc DE) ***, né en 1840. Second fils - du duc d'Orléans. - - CHASTENAY (Mme DE). 1779-1863. Née Laguiche, fille du marquis de - Laguiche et de Mlle de Clermont-Montoison. Mme de Chastenay - recevait beaucoup, elle avait un salon très agréable dans la - maison devenue maintenant le Cercle de la rue Royale, à Paris. - - CHATELAIN (Auguste-Henri). 1801-1882. Notaire à Paris et homme de - confiance de toute la famille Talleyrand et Castellane. M. de - Bacourt lui légua, avec M. Paul Andral, la propriété des Mémoires - du prince de Talleyrand. - - CHATEAUBRIAND (le vicomte DE) *, 1768-1848. Illustre écrivain - français. - - CHEVREUSE (la duchesse DE), 1600-1679. Marie de Rohan-Montbazon, - fille d'Hercule de Rohan, gouverneur de Paris sous Henri IV, - épousa, en 1617, Charles-Albert, duc de Luynes, cet heureux - favori de Louis XIII. Devenue veuve en 1621, elle se remaria, en - 1622, à Claude de Lorraine, fils de Henri de Guise, et fut cette - duchesse de Chevreuse qui joua un rôle important pendant la - Fronde et dans les complots contre Richelieu et contre Mazarin. - - CHEVREUSE (le duc DE), 1823-1854. Honoré d'Albert, duc de - Chevreuse, avait épousé, en 1843, Valentine, fille du vicomte - Jules de Contades. Il mourut avant son père et ne porta jamais le - titre de duc de Luynes. - - CHOISEUL-GOUFFIER (le comte DE), 1752-1817. - Marie-Gabriel-Florent-Auguste, diplomate français. Ambassadeur à - Constantinople, d'où il se retira en Russie pendant la tourmente - révolutionnaire, et ne revint en France qu'en 1802. Sous la - Restauration, M. de Choiseul-Gouffier fut nommé ministre d'État - et pair de France. - - CHOISEUL-GOUFFIER (la comtesse DE). Née La Vauguyon, sœur de la - duchesse de Bauffremont, survécut à son mari le comte de - Choiseul-Gouffier qui avait été ambassadeur à Constantinople. - - CIALDINI (le général), duc de Gaëte, 1812-1892. Lancé dans le - mouvement libéral en 1831, Henri Cialdini dut quitter l'Italie. - Il s'engagea dans la légion d'Oporto, au service du Roi dom Pedro - de Portugal, passa ensuite en Espagne, combattit les Carlistes et - obtint le grade de lieutenant-colonel. Revenu en Italie en 1848, - Cialdini fit la campagne de 1849 contre les Autrichiens. Il y - fut gravement blessé et, après Novare, fit partie de l'armée - piémontaise régulière. En Crimée, il commanda la 111e brigade et - devint, en 1859, aide de camp du Roi et général de division. En - 1860, Cialdini reçut l'ordre d'entrer, avec les troupes sardes, - dans les États Pontificaux; il battit Lamoricière à Castelfidardo - et fut chargé du siège de Gaëte. Envoyé à Naples, en 1861, comme - lieutenant général du Roi, il arrêta la marche de Garibaldi à - Aspromonte, commanda un corps d'armée en 1866, devint président - du Conseil en 1867 et ambassadeur à Paris en 1876. - - CLAM-GALLAS (le comte Édouard DE) **, 1805-1891. Général - autrichien. - - CLAM-MARTINIEZ (la comtesse DE), 1833. Fille du prince Hugo de - Salm-Krautheim, elle épousa, en 1851, le comte Henri de - Clam-Martiniez. - - CLARENDON (lord) *, 1800-1870. Diplomate anglais. - - CLÉMENTINE (la princesse) **, 1817-1907. Fille du Roi - Louis-Philippe. - - CLÉMENT XIV (le Pape), 1704-1774. Laurent Ganganelli fut d'abord - franciscain. Élevé au Pontificat en 1769, dans les circonstances - les plus difficiles, ce Pape parvint à rétablir la paix. Après un - examen des plus minutieux. Clément XIV abolit l'ordre des - Jésuites, ce qui fut un des grands actes de son pontificat. - - CLOTILDE (la princesse), née en 1843. La princesse Clotilde de - Savoie, fille du Roi Victor-Emmanuel II et de l'archiduchesse - Adélaïde d'Autriche, épousa, en 1859, le prince Jérôme-Napoléon. - Ce mariage fut le gage de l'alliance franco-sarde. - - COBOURG (le duc Ernest II de Saxe) ***, 1818-1893. - - COBOURG (le prince Albert de Saxe) ***, 1819-1861. Époux de la - Reine Victoria d'Angleterre. - - COCHIN (Augustin), 1823-1872. Administrateur et publiciste - français, Cochin faisait partie d'une foule de Sociétés - philanthropiques. En 1853, il devint maire de Paris; et, après la - guerre de 1870, M. Thiers le nomma préfet de Versailles, où il - mourut. On a de lui beaucoup d'écrits, relatifs aux questions de - charité sociale, et beaucoup d'ouvrages sur l'économie politique. - - COLLOREDO (la comtesse DE) ***, née Séveríne Potocka, en - premières noces Mme Sabanska. - - CONDÉ (le prince DE), dit _le grand Condé_. 1621-1686. Il - s'illustra par des victoires brillantes qui furent couronnées, en - 1648, par le traité de Westphalie. Après s'être jeté, d'une façon - regrettable, dans les intrigues de la Fronde, le prince fut - rétabli dans son commandement et prit une part glorieuse aux - guerres de Flandre et de Franche-Comté. Le grand Condé mourut à - Chantilly. Bossuet prononça son oraison funèbre. - - COSNAC (Daniel DE), 1630-1708. Prélat français, attaché dans sa - jeunesse au prince de Conti, frère du Grand Condé, Cosnac fut - mêlé de bonne heure à beaucoup d'intrigues de cour, et rendit - des services à Mazarin, qui pour l'en récompenser lui donna - l'évêché de Valence, quoiqu'il n'eût que vingt-quatre ans. Devenu - ensuite aumônier de Monsieur, frère de Louis XIV, Cosnac ne - réussit pas auprès de ce Prince et s'attira une disgrâce. Il - reparut à la Cour, lors de l'assemblée du clergé, en 1682, il y - joua un rôle actif et fut nommé, en 1687, archevêque d'Aix. - - COUSIN (Victor) *, 1792-1867. Philosophe et écrivain français. - - COWLEY (lady). Olivia-Cecilia-Fitzgerald de Ros épousa, en 1833, - lord Cowley. - - COWLEY (lord) ***, 1804-1884. Diplomate anglais, neveu du duc de - Wellington, longtemps ambassadeur à Paris. - - CRÉTINEAU-JOLY (Jacques), 1803-1875. Littérateur français. Après - avoir terminé ses études au séminaire de Saint-Sulpice, - Crétineau-Joly y fut chargé, à dix-neuf ans, d'une classe de - philosophie. Il voyagea ensuite en Suisse et en Allemagne et - publia plusieurs ouvrages historiques qui eurent beaucoup de - retentissement. - - CRETON (Nicolas-Joseph), 1798-1864. Homme politique et - jurisconsulte français. - - CROIX (Mlle Marguerite DE), née en 1832, épousa, en 1853, le - marquis de Caulaincourt, second fils du duc et de la duchesse de - Vicence. - - CUVILLIER-FLEURY (Alfred) **, 1802-1887. Littérateur français, - précepteur du duc d'Aumale. - - CZARTORYSKI (le prince Adam) *, 1770-1861. Ancien ministre des - Affaires étrangères d'Alexandre 1er de Russie. - -D - - DABORMIDA (le général), 1799-1865. Le chevalier Giuseppe - Dabormida, major général dans l'armée sarde, député à la première - législature, ministre de la Guerre et de la Marine en 1848; - ministre des Affaires étrangères en 1852, donna alors sa - démission, parce que le traité conclu par le Piémont avec la - France et l'Angleterre ne contenait aucun article qui défendit - les droits des émigrés lombards dont l'Autriche avait confisqué - les biens. Dabormida fut de nouveau ministre des Affaires - étrangères en 1859. - - DALMATIE (le marquis DE) ***, 1807-1857. Fils du maréchal Soult. - - DECAZES (Élie, duc), 1780-1860. Homme d'État français, ministre - sous Louis XVIII. - - DELAROCHE (Paul), 1797-1856. Peintre français, se consacra - surtout aux tableaux historiques. Il épousa une fille d'Horace - Vernet qui était d'une beauté remarquable. - - DELMAR (la baronne DE), née miss Rumbold, épousa le baron de - Delmar, qui était originaire de Prusse. Il possédait une grosse - fortune et habitait toujours Paris avec sa femme. - - DENTU (Édouard-Henri-Justin), 1830-1874. Éditeur français. Il - avait la spécialité de la vente des brochures politiques et des - écrits de circonstance auxquels les événements du second Empire - furent particulièrement favorables. - - DERBY (lord) *, 1799-1869. Edward-Geoffroy Stanley, prit le titre - de comte de Derby en 1851. Homme d'État anglais. - - DESSAU (la princesse Marie-Anne d'Anhalt), 1837-1906. Elle - épousa, en 1854, le prince Frédéric-Charles de Prusse, dont elle - devint veuve en 1885. - - DEVONSHIRE (le duc DE) *, 1802-1871. William, duc de Devonshire, - descendant de l'ancienne famille de Cavendish. - - DIEPENBROCK (le cardinal DE). 1798-1853. Le vicomte Melchior de - Diepenbrock suivit d'abord la carrière des armes, et ce ne fut - qu'après 1815 qu'il se décida à embrasser la carrière - ecclésiastique. Appelé au siège épiscopal de Breslau en 1845, - malgré la résistance du gouvernement prussien qui ne lui - pardonnait pas ses sympathies en faveur de la Pologne, il reçut - de Pie IX le chapeau de cardinal. Diepenbrock était un - prédicateur remarquable. - - DOHNA (le comte Fabian), 1802-1871. Seigneur de Kunzendorf, - Landrat du cercle de Sagan. En 1829, il avait épousé Mlle Marie - de Steinach. - - DOHNA (la comtesse Marie) **, 1805-1893, née Mlle de Steinach. - - DON JUAN (l'Infant), 1822-1887. Frère du comte de Montemolin, - second fils de Don Carlos (Charles V). En 1847, l'Infant Don Juan - épousa l'archiduchesse Marie-Béatrice d'Autriche-Este. - - DORIA-PAMPHILY-LANDI (le prince), 1813-1876. Le prince Doria - avait épousé la fille de John Talbot, sœur de la princesse - Borghèse. - - DORIA-PAMPHILY-LANDI (la princesse), 1815-1858. Lady Mary Talbot, - fille de John Talbot, comte de Shrewsbury, épouse du prince - Doria-Pamphily. Elle était sœur de la première femme du prince - Marc-Antoine Borghèse. - - DOSNE (Mme) *, née en 1788 Mlle Matheron, belle-mère de M. - Thiers. - - DOUGLAS (lady), 1817-1887, plus tard duchesse de Hamilton **, née - princesse Marie de Bade. - - DREUX-BRÉZÉ (le marquis DE), 1797-1845, officier français. Il fut - un des chefs les plus ardents de l'opposition légitimiste. - - DROUYN DE L'HUYS (M.), 1806-1881. Diplomate et homme d'État - français, ministre des Affaires étrangères sous le second Empire. - - DUCHATEL (le comte), 1803-1867. Charles-Marie, comte Duchâtel, - fut député et ministre dans plusieurs cabinets sous le règne de - Louis-Philippe, où il joua un rôle très important dans les - affaires intérieures de la France. Depuis la révolution de 1848, - le comte Duchâtel ne s'occupa plus de politique. Il était membre - de l'Académie des sciences morales et politiques et aussi membre - libre de l'Académie des beaux-arts. - - DUCHATEL (la comtesse) ***. Mlle Églé, fille de M. Paulé. - - DUMONT (Auguste), 1816-1887. Homme politique français, gendre de - l'imprimeur Boulé. - - DUPANLOUP (Mgr) **, 1802-1878. Félix-Philibert, évêque d'Orléans - depuis 1849 et membre de l'Académie française depuis 1854. - - DUPIN (André-Marie-J.-J.) *, 1783-1865, dit _Dupin l'aîné_. - - DURAZZO (le marquis DE), 1781-1855. Giacomo-Philippo de Durazzo. - - DURAZZO (la marquise DE), née en 1803. Thérèse Spinola, marquise - de Durazzo. - - -E - - ELLICE (les deux misses). Filles de l'honorable Édouard Ellice et - de son mariage avec la fille aînée de Charles, comte de Grey. - - ESTERHAZY (le prince Paul) *, 1786-1866. Diplomate autrichien. - - ESTERHAZY (la comtesse), 1798-1869. La princesse Sophie - Lichtenstein épousa, en 1817, le comte Vincent Esterházy dont - elle devint veuve en 1835. Au moment du mariage de l'Empereur - François-Joseph Ier avec la princesse Élisabeth de Bavière, la - comtesse Esterházy fut nommée grande-maîtresse de cour de la - jeune Impératrice d'Autriche. - - EU (le comte D') **, né en 1842. Gaston d'Orléans, fils aîné du - duc de Nemours. - - EUGÉNIE (l'Impératrice), née en 1826. Eugénie de Montijo, fille - du comte Cyprien de Montijo, duc de Penaranda. Célèbre par sa - beauté, Mlle de Montijo épousa, en 1853, l'Empereur Napoléon III. - - -F - - FALLOUX (le comte Alfred DE) ***, 1811-1885. Homme politique - français, grand ami de la famille Castellane. - - FALLOUX (Mlle Loyde DE), 1842-1881. Fille du comte et de la - comtesse Alfred de Falloux. Infirme, elle ne s'est jamais mariée. - - FANTI (le général), 1810-1865. Né dans le duché de Modène, Fanti - prit une part active, en 1831, dans le mouvement contre le - grand-duc de ce pays. Réfugié en Espagne en 1835, il y combattit - contre don Carlos. En 1848, à la nouvelle du soulèvement de - l'Italie, Fanti accourut en Lombardie, où le Roi Charles-Albert - lui donna un commandement. Il commanda la 2e brigade en Crimée, - la 2e division en 1859, comme lieutenant-général, et, en 1860, - devint ministre de la Guerre, puis sénateur. En 1862, il était - commandant du 5e département militaire. - - FARINI (Louis-Charles), 1812-1866. Né dans les États Pontificaux, - Farini fut d'abord médecin. Très mêlé aux agitations libérales en - Italie, il devint sous-secrétaire d'État au ministère de - l'Intérieur, à Turin, en 1847; puis député en 1848, et ministre - de l'Instruction publique en 1850. Farini exerça les fonctions de - dictateur à Modène en 1859. En octobre 1860, il fut envoyé à - Naples en qualité de lieutenant du Roi et de commissaire - extraordinaire. En 1861, Farini devint ministre d'État, et, en - 1862, président du Conseil. - - FAVRE (Jules), 1809-1880. Avocat et homme politique français, - connu par ses opinions républicaines. Élu député, Jules Favre - fit à l'Empire une opposition très vive, et, en 1870, en proposa - la déchéance. Nommé alors membre du gouvernement de la Défense - nationale, il conduisit, avec plus de zèle que d'habileté, les - négociations avec l'Allemagne, à la suite de la guerre. Jules - Favre était membre de l'Académie française. - - FAUCHER (Léon), 1803-1854. Économiste et homme d'État français. - En 1851, Léon Faucher devint ministre de l'Intérieur, mais, au - lendemain du coup d'État, il donna sa démission. Membre de - l'Académie des sciences morales et politiques, Faucher fit de - grands travaux sur les finances et l'économie politique avec ses - amis Michel Chevalier et Louis Wolowski. - - FELETZ (Charles-Dorimond DE), 1767-1850. Aimable causeur, - critique spirituel, Feletz fut pendant quelque temps attaché à la - rédaction du journal des _Débats_. Conservateur de la - bibliothèque Mazarine, membre de l'Académie française, il prit - une part active aux travaux de cette compagnie. - - FEZENSAC (le duc DE), 1784-1867. Raimon-Émery-Philippe de - Montesquiou-Fezensac, général, pair de France, fit les guerres du - premier Empire, se rallia au gouvernement de Louis-Philippe et ne - prit sa retraite qu'après la révolution de 1848. Le duc de - Fezensac employa ses loisirs à écrire ses souvenirs militaires. - - FICQUELMONT (le comte Charles DE) **, 1777-1875. Diplomate et - homme d'État autrichien. - - FICQUELMONT (la comtesse DE). Dolly de Tysenhaus: famille - d'origine russe. - - FILANGIERI (le général), 1783-1867. Charles Filangieri, général - napolitain, mais ayant été élevé en France, où il avait fait ses - premières armes dans l'armée française sous Napoléon Ier. - Filangieri fut toujours jaloux du rôle joué dans son pays par le - général Pepe. En 1848, il commanda l'expédition destinée à - soumettre la Sicile, ce qui lui réussit pleinement et le fit - nommer Vice-Roi de l'île. Appelé, en 1857, par François II à son - avènement, au poste de premier ministre, Filangieri ne sut pas - réaliser les espérances que l'on avait fondées sur lui pour - sauver la Monarchie. - - FLAHAUT (le général comte DE) *, 1785-1870. Aide de camp de - Napoléon Ier, diplomate français. - - FLAMARENS (le comte Grossoles DE), 1806-1879. Il entra d'abord - dans la carrière diplomatique: en 1848, Flamarens soutint - vivement l'élection du prince Louis-Napoléon à la présidence de - la République, dans le département du Gers. Créé sénateur en - 1854, le comte de Flamarens devint chambellan honoraire de - l'Empereur Napoléon III en 1864. - - FLAVIGNY (le comte DE), 1799-1873. Maurice de Flavigny avait, - dans sa jeunesse, rempli les fonctions de secrétaire auprès de M. - de Polignac. Il fit partie de la Chambre des Pairs et plus tard, - sous le second Empire, fut, pendant de longues années, député du - département d'Indre-et-Loire. - - FLAVIGNY (la comtesse DE), née en 1811. Mathilde de - Montesquiou-Fezensac épousa le comte Maurice de Flavigny. Elle a - publié plusieurs livres de prières fort estimés, et pendant le - siège de Paris, la comtesse prit la direction du Comité des dames - qui firent le service des ambulances. - - FLEURY (le comte Émile-Félix), 1815-1884. Général français, - sénateur et premier écuyer de Napoléon III. - - FLEURY (la comtesse), 1835-1890, née Calley de Saint-Paul, sœur - de la duchesse d'Isly; elle avait épousé le comte Fleury, grand - écuyer à la cour de Napoléon III. - - FOERSTER (Henri), 1799-1881. Chanoine du diocèse de Breslau: - Henri Fœrster fut sacré évêque en 1853 et prit alors possession - du trône épiscopal de Breslau. Ayant fait opposition en 1875 aux - lois de mai en Prusse, Mgr Fœrster fut exilé et dut se réfugier - dans sa résidence de Johannisberg, en Silésie autrichienne, qui - faisait aussi partie de son diocèse. - - FONTANES (Louis DE) **, 1757-1821. Grand-maître de l'Université - et sénateur sous le premier Empire. - - FORBIN-JANSON (le comte DE), 1777-1841. Louis-Auguste de Forbin, - peintre et archéologue français, avait commencé par la carrière - des armes. Il fut, pendant quelque temps, chambellan de la - princesse Pauline Borghèse, et à l'époque de la Restauration, M. - de Forbin fut nommé directeur des musées royaux. Il conserva ce - poste sous Louis-Philippe. - - FOULD (Achille), 1800-1867. Membre de la Constituante en 1848, - Achille Fould fut ministre des Finances d'abord en 1849 sous la - Présidence et ensuite en 1852, après le coup d'État. De 1853 à - 1857, il fut ministre de la maison de Napoléon III; devint - sénateur et membre de l'Académie des beaux-arts. - - FOULD (Bénédict), 1792-1858. Fils d'un banquier israélite qui - avait fondé l'importante maison de banque Fould-Oppenheim et - Cie. Bénédict Fould fut député en 1834 et chevalier de la - Légion d'honneur depuis 1843. - - FRANÇOIS II D'AUTRICHE (l'Empereur), 1768-1835. Son règne fut - marqué par les luttes contre Napoléon Ier. - - FRANÇOIS-JOSEPH Ier D'AUTRICHE, né en 1830. Monta sur le trône - en 1848. - - FRANÇOIS II, ROI DE NAPLES, 1836-1894. Dernier Roi des - Deux-Siciles. Monté sur le trône en 1859, après avoir épousé la - princesse Sophie de Bavière, il vit, en 1860, Garibaldi (avec les - mille) débarquer d'abord à Marsala, et entrer ensuite à Naples. - Ayant accordé une Constitution à ses sujets, François II se - réfugia à Gaëte, où, après une courageuse défense, la place fut - obligée de capituler en 1861. François II se retira alors à Paris - où il passa les dernières années de sa vie. - - FREY (Mrs Elizabeth) ***, 1780-1865. Toute sa vie fut consacrée - aux œuvres de piété et de bienfaisance. - -G - - GADUEL (l'abbé), 1811-1888. Jean-Pierre-Laurent Gaduel, chanoine - théologal d'Orléans, très attaché à la personne de Mgr Dupanloup, - dont il partagea les travaux. L'abbé Gaduel a laissé plusieurs - ouvrages de piété. - - GALLIFFET (la marquise DE), morte en 1901, née Laffite. - - GALLIERA (le duc DE), 1803-1876. Rafaële Ferrari, financier - italien, établi à Paris, avait hérité de son père une immense - fortune. A partir de 1850, le duc de Galliera s'intéressa dans - presque toutes les affaires de l'Europe, spécialement dans les - entreprises des chemins de fer français. En 1874, il donna à - Gênes, sa ville natale, une somme de vingt millions, destinée à - l'amélioration du port. - - GALLIERA (la duchesse DE) ***, 1812-1888. Marie, fille aînée du - marquis de Brignole-Sale. - - GARIBALDI (Joseph), 1807-1882. Patriote italien. Après avoir mené - une vie d'aventures, il combattit, pour l'unification de - l'Italie, contre les Autrichiens, contre le royaume de Naples et - contre le pouvoir pontifical. - - GEORGE IV D'ANGLETERRE (le Roi) *, 1762-1830. Régent en 1810, il - monta sur le trône en 1820. - - GÊNES (le duc DE), 1822-1855. Second fils du Roi Charles-Albert - de Sardaigne. Prince plein de bravoure et de brillantes qualités, - s'était fort distingué dans la guerre du Piémont contre - l'Autriche, 1848-1849. En 1850, le duc de Gênes épousa à Dresde - la princesse Élisabeth de Saxe. - - GÊNES (la duchesse DE), née en 1830. Élisabeth, princesse de - Saxe, épousa le duc de Gênes en 1850. Devenue veuve en 1855, la - duchesse de Gênes se remaria morganatiquement en 1856, à Stresa, - avec le marquis Rampallo, qui mourut lui-même en 1882. - - GENLIS (Mme DE), 1746-1830. Félicité Ducrest de Saint-Aubin, - épousa à l'âge de quinze ans le comte de Genlis. Elle fut - l'institutrice des enfants du duc d'Orléans. - - GERLACH (le général Léopold DE) ***, 1790-1861. Ancien aide de - camp du prince de Prusse, puis général aide de camp du Roi - Frédéric-Guillaume IV. - - GERLACH (M. Ernest-Louis DE), 1795-1871. Homme politique - prussien. Après les événements de 1848, Gerlach devint le chef - des réactionnaires et du parti de la _Croix_ penchant du côté des - piétistes. Devenu directeur de la _Nouvelle Gazette de Prusse_, - il acquit une influence considérable sur l'esprit du Roi - Frédéric-Guillaume IV. En 1850, Gerlach fit partie du congrès - d'Erfurth. - - GONTAUT-BIRON (la comtesse Charles DE), 1794-1869. Adèle de - Rohan-Chabot, fille du duc de Rohan et de Mlle de Montmorency, - avait épousé en 1812 le comte Charles de Gontaut-Biron. - - GORTSCHAKOFF (le prince), 1798-1883. Il commença sa carrière - diplomatique aux congrès de Laybach et de Vérone. Devenu - secrétaire d'ambassade en 1824, puis chargé d'affaires, il arriva - au poste de Stuttgard, où il négocia le mariage de la - grande-duchesse Olga de Russie avec le Prince Royal de - Würtemberg. Gortschakoff fut alors nommé conseiller intime et, - après avoir été ambassadeur à Vienne, fut appelé à remplacer le - comte de Nesselrode aux Affaires étrangères. En 1863, il fut - élevé à la dignité de Chancelier de l'Empire de Russie. - - GOYON (le général DE), 1802-1870. Sorti en 1821 de l'école de - Saint-Cyr, le comte de Goyon suivit tous les grades et devint en - 1853 général de division. Nommé aide de camp de Napoléon III, - Goyon fut appelé, en 1859, au commandement du corps d'occupation - de Rome. En 1862, il devint sénateur et en 1867 il fut placé à la - tête du 6e corps d'armée à Toulouse. - - GRAHAM (sir James) *, 1792-1861. Homme politique anglais. - - GRAMONT (le duc DE), 1819-1880. Connu d'abord sous le nom de duc - de Guiche **, diplomate français. - - GRANVILLE (lord) *, 1815-1891. Diplomate anglais, connu d'abord - sous le nom de George Leveson ***. - - GRANVILLE (lady). Fille du duc de Dalberg, elle avait épousé en - premières noces lord Acton, dont elle eut un fils. - - GRÈCE (la Reine Amélie DE) ***, 1818-1867. Fille du grand-duc - d'Oldenbourg. - - GRÉGOIRE VII (le Pape) **, 1015-1085. Hildebrand fut élu au - pontificat en 1073. - - GRÉGOIRE XVI (le Pape), 1765-1846. Mauro Cappellari, abbé de - l'ordre des Camaldules, fut élevé en 1831 au trône pontifical. Le - 28 décembre 1842, le Pape Grégoire XVI reçut la marquise de - Castellane (Pauline de Périgord) en audience spéciale. Sa - Sainteté, prenant alors sur son bureau des papiers qui y étaient - rangés, lui demanda si elle les reconnaissait. C'était _la - rétractation_ signée par le prince de Talleyrand, le matin du - jour de sa mort, et la lettre qui l'accompagnait. «_Ces papiers - ne quittent pas ma table_, lui dit le Pape, _ils m'ont apporté la - plus vive consolation que j'aie ressentie depuis mon - pontificat_.» - - GREY (lord), né en 1825. George Grey fut écuyer du prince de - Galles et capitaine aux grenadiers-gardes en Angleterre. - - GRIESHEIM (le général DE), 1798-1854. Charles-Gustave de - Griesheim était commandant des forteresses de Coblence et - d'Ehrenbreitstein, dans la Prusse rhénane. Il fit, pendant - quelque temps, partie de l'état-major du prince de Prusse et - mourut à Coblence. - - GRŒBEN (le général DE) ***, 1788-1876. Le comte Charles de - Grœben était aide de camp du Roi Frédéric-Guillaume IV. - - GROTE (la comtesse DE) ***, 1799-1876. Première dame à la cour du - Roi de Hanovre. - - GUIZOT (François-Pierre-Guillaume) *, 1767-1874. Homme d'État - français. - - GYULAY (le général), 1798-1868. Le comte François Gyulay, - feld-maréchal autrichien, suivit, depuis sa jeunesse, la carrière - des armes. Il fut investi en 1847 du commandement militaire de - Trieste et contribua alors puissamment à sauver la marine de - l'Autriche pendant la révolution italienne de 1848 à 1849. En - 1859, lorsque la guerre éclata, Gyulay reçut le commandement du - IIe corps, avec l'ordre d'envahir le Piémont. Il s'avança vers - le Tessin, mais l'arrivée de l'armée française en Italie le força - à se replier. Battu à Montebello, Gyulay subit à Magenta une - défaite complète qui le fit reculer sur Milan. - - GUICHE (Duc DE), 1819-1880. Voir à DUC DE GRAMONT. - - -H - - HAHN-HAHN (la comtesse Ida DE), 1805-1880. Fille du comte Charles - de Hahn, épousa en 1826 son cousin, le comte - Frédéric-Guillaume-Adolphe de Hahn-Hahn, dont elle se sépara en - 1829. La comtesse Ida voyagea alors pendant plusieurs années, se - fit catholique en 1850, fonda un couvent à Mayence où elle vécut - et mourut. La comtesse de Hahn-Hahn est l'auteur de plusieurs - livres religieux. - - HAMMERSTEIN (le baron Gustave DE), 1817-1875. Général distingué - de l'armée autrichienne, chambellan à la cour de l'Empereur - François-Joseph, le baron de Hammerstein fut employé dans - plusieurs missions hors de son pays, et il dut, entre autres, - accompagner en 1851 le Roi de Prusse à l'entrevue d'Ischl. - - HAMILTON (la duchesse DE) **, 1817-1887. Princesse Marie de Bade. - - HANOVRE (le Roi Ernest DE) ***, 1771-1851. D'abord duc de - Cumberland, il monta sur le trône de Hanovre en 1837. - - HARCOURT (la comtesse D'), morte en 1893. Née de Sainte-Aulaire, - la comtesse d'Harcourt écrivit un livre très intéressant sur la - duchesse d'Orléans. - - HAUGWITZ (le comte Eugène DE) ***, 1777-1867. Feld-maréchal - autrichien. - - HAUSSONVILLE (le comte D'), 1809-1884. Othenin de Cléron, comte - d'Haussonville. Homme politique et historien français. Ses - ouvrages le firent élire à l'Académie française. Après 1870, le - comte d'Haussonville fut un des plus actifs fondateurs de la - _Société de protection des Alsaciens-Lorrains_. Il fut élu - sénateur après avoir été député de Seine-et-Marne à l'Assemblée - nationale de 1871. En 1836, le comte d'Haussonville avait épousé - la sœur du duc Albert de Broglie. - - HATZFELDT (le comte Max DE) ***, 1813-1859. Diplomate prussien. - - HATZFELDT (la comtesse Max DE), 1823-1895. Mlle Pauline de - Castellane épousa en 1844, à Paris, le comte Max de Hatzfeldt, - qui fut pendant de longues années ministre de Prusse à Paris. - Devenue veuve en 1859, elle épousa en 1861 le duc de Valençay, - plus tard duc de Talleyrand et de Sagan. - - HAUTEFORT (Marie DE), 1616-1691. Duchesse de Schomberg. Dame - d'atour de la Reine Anne d'Autriche. Elle avait été élevée par sa - grand'mère, Mme de la Flotte-Hauterive. Mlle de Hautefort était - une des dames les plus distinguées du dix-septième siècle. Louis - XIII avait de l'amitié pour elle, mais Richelieu l'éloigna de la - cour pour avoir pris part à quelques intrigues contre ce - ministre, et son opposition envers Mazarin lui fit subir une - nouvelle disgrâce. - - HAYNAU (le baron Jules-Jacques DE) ***, 1786-1853. Militaire au - service de l'Autriche. - - HENRIETTE D'ANGLETERRE (la Reine), 1609-1669. Henriette-Marie de - France, fille du Roi Henri IV et de Marie de Médicis, épousa en - 1625 le Roi Charles Ier d'Angleterre. Son oraison funèbre fut - prononcée par Bossuet. - - HENSEL (Guillaume) ***, 1794-1861. Peintre, dessinateur très - répandu dans la société berlinoise. - - HESS (le général, baron DE) ***, 1788-1863. Militaire au service - de l'Autriche. - - HESSE (le landgrave Frédéric DE), 1828-1884. Ce prince avait - épousé en premières noces une grande-duchesse de Russie, fille de - l'Empereur Nicolas Ier, et en deuxièmes noces, il se remaria - en 1853 avec la princesse Anna de Prusse, fille du prince - Charles. - - HESSE-CASSEL (l'électeur Guillaume DE) ***, 1777-1847. - - HESSE-PHILIPPSTHAL-BARCHFELD (le landgrave Alexis DE), né en - 1829. Marié en 1854 avec la princesse Louise de Prusse, fille du - prince Charles. - - HEYDT (Auguste VON DER), 1801-1874. Homme d'État prussien. - Directeur de la banque prussienne à Berlin en 1851, puis ministre - de l'intérieur et du commerce. Sous le ministère Auerswald, von - der Heydt prit le portefeuille des Finances; mais, en 1862, - lorsque Bismarck arriva au pouvoir, il se retira dans la vie - privée pour reparaître un moment aux Finances en 1866. - - HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (le prince Antoine DE), 1811-1885. Chef - de la branche aînée de la maison de Hohenzollern. Catholique, - général d'infanterie dans l'armée prussienne. En 1858, le prince - de Hohenzollern fut placé, avec le titre de ministre président, à - la tête du cabinet libéral prussien et devint ensuite gouverneur - militaire des provinces du Rhin et de la Westphalie. - - HOHENZOLLERN (la princesse DE), née en 1845. Antonia, infante de - Portugal, épousa à Lisbonne en 1861 le prince Léopold de - Hohenzollern-Sigmaringen qui devint en 1885, à la mort de son - père, chef de cette ligne princière. - - HOHENLOHE-INGELFINGEN (le prince Adolphe DE), 1797-1873. Général - de cavalerie au service de Prusse, membre du conseil d'État et - membre héréditaire de la Chambre des Seigneurs, dont il fut le - président durant de longues années. - - HOHENLOHE-INGELFINGEN (le prince Kraft DE), 1827-1892. Général - d'artillerie dans l'armée prussienne. Au commencement du règne de - Guillaume Ier, le prince Kraft de Hohenlohe fut durant - quelque temps son aide de camp. - - HOLLAND (lord), 1802-1859. Henry-Édouard, quatrième lord Holland, - diplomate anglais, fut plusieurs années ministre d'Angleterre à - Florence. Il avait épousé la fille du comte de Coventry. Lord - Holland mourut sans laisser d'enfants et en lui s'éteignit le - titre fondé par le Roi Georges III en faveur de Stephen Fox, le - célèbre rival du premier Pitt. - - HOLLAND (lady Maria-Augusta) ***, 1812-1890. Fille du comte de - Coventry. - - HOLLANDE (la Reine DE), 1818-1877. La princesse Sophie, fille du - premier Roi de Würtemberg, épousa en 1839 Guillaume III, Roi de - Hollande. Elle fut très liée d'amitié avec l'Empereur Napoléon - III. - - HOLSTEIN (le général, prince DE), 1810-1871. Général au service - prussien, gouverneur de Mayence. - - HÜBNER (le comte DE) **, 1811-1892. Diplomate autrichien. - - HUMBOLDT (Alexandre DE) **, 1769-1858. Grand naturaliste et - savant allemand. - - HUME. Spirite venu d'Amérique à Paris en 1857 où il a fait - beaucoup parler de lui. - - HUNIADY (la comtesse Julie DE), née en 1831. Fille du comte - François Huniady, chambellan de l'Empereur d'Autriche, elle - épousa en 1853 le prince Michel Obrenowitch de Serbie. - - -I - - IMPÉRIAL (le Prince), 1856-1879. - Eugène-Louis-Jean-Joseph-Napoléon, fils unique de l'Empereur - Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie, mort au Zoulouland où - il fut tué à l'ennemi le 1er juin 1879. - - INÈS DE CASTRO. Femme célèbre par sa beauté et ses malheurs, - assassinée en 1355. Elle avait épousé l'infant Pierre de - Portugal. - - ISABELLE II. Reine d'Espagne *, 1830-1904. Succéda à son père le - Roi Ferdinand VII. - - ISTRIE (la duchesse D') ***. Née la Grange, elle avait épousé le - maréchal Bessières. - - -J - - JARNAC (Philippe de Chabot, comte DE), **, 1815-1875. Diplomate - français. - - JELLACHICH DE BUZIM (le général DE) ***, 1801-1859. Ban de - Croatie. - - JOINVILLE (le prince DE) **, 1818-1900. François d'Orléans, fils - du Roi Louis-Philippe. - - JOINVILLE (la princesse DE) ***, 1824-1898. Fille de l'Empereur - du Brésil. - - -K - - KALERGIS (Mme), 1823-1874. Marie, fille du comte Frédéric-Charles - de Nesselrode, épousa, en 1839, M. Jean de Kalergis qui était - d'origine grecque. Devenue veuve en 1863, Mme Kalergis se remaria - avec M. Serge Muchanow, colonel russe, qui avait été maître de la - police à Varsovie. Élève de Chopin, elle charmait tout le monde - par son beau talent sur le piano. - - KANITZ (le comte Rodolphe), 1822-1902. Aide de camp du Roi - Guillaume Ier de Prusse et plus tard général. Il avait épousé - la comtesse Louise Schwerin, dame d'honneur de l'Impératrice - Augusta d'Allemagne. - - KAROLYI (le comte Louis), 1825-1889. Diplomate autrichien. Après - avoir occupé plusieurs postes en Europe, le comte Louis Karolyi - prit part, après la guerre d'Italie, à la conférence de Zurich, - puis il fut nommé ministre à Berlin où il resta jusqu'à la - rupture entre l'Autriche et la Prusse en 1866. En 1871, le comte - Karolyi revint à Berlin comme ambassadeur; il y assista au - Congrès en 1878 et fut nommé ensuite ambassadeur à Londres où il - conserva ce poste jusqu'en 1888. - - KELLER (le comte Alexandre DE), 1801-1879. Maréchal de cour du - Roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse. En 1838, il avait épousé une - comtesse Stolberg. - - KETTLER (le baron DE), 1811-1877. Guillaume-Emmanuel de Kettler, - né à Münster. Après avoir servi quelque temps dans - l'administration, le baron de Kettler entra dans les ordres en - 1846. Il était membre du parlement de Francfort en 1848, et en - 1850, il fut appelé à l'évêché de Mayence. Dès lors, Mgr Kettler - eut une grande autorité dans l'épiscopat allemand. - - KISSÉLEFF (le comte Nicolas) ***. Mort en 1869. Diplomate russe. - - KISSÉLEFF (le général, comte DE), 1788-1872. Ayant pris part aux - guerres du commencement du dix-neuvième siècle, Kisséleff fut - nommé aide de camp de l'Empereur Alexandre Ier et suivit ce - souverain au congrès de Vienne. En 1828, Kisséleff fit la - campagne contre les Turcs et fut envoyé de 1829 à 1834 dans les - principautés de la Valachie et de la Moldavie, occupées alors par - les troupes russes, où il exerça un pouvoir dictatorial. Nommé - plénipotentiaire au congrès de Paris en 1856, et ensuite - ambassadeur à la cour de Napoléon III, le comte de Kisséleff y - garda ses fonctions jusqu'en 1862. - - KOSSUTH (Louis) ***, 1802-1894. Chef de la révolution hongroise - en 1848. - - KUBECK DE KÜBAU (Charles-Frédéric) ***, 1780-1855. Homme d'État - autrichien. - - -L - - LACORDAIRE (Henri) **, 1802-1861. Célèbre prédicateur dominicain - français. - - LACRETELLE (Charles) dit _le Jeune_, 1766-1855. Historien - français. Lacretelle fit paraître plusieurs ouvrages historiques - qui eurent de suite une certaine réputation et le firent nommer, - en 1809, professeur d'histoire à la Faculté de Paris. Il y resta - jusqu'en 1853. Lacretelle fut admis à l'Académie française et - Louis XVIII l'anoblit pendant son règne. - - LA MARMORA (le général Alphonse, marquis DE), 1804-1878. En 1823, - Alphonse de la Marmora sortit de l'Académie militaire de Turin - comme lieutenant d'artillerie; il se distingua à la bataille de - Pastrengo en 1848 et délivra Charles-Albert le 5 août de la même - année, lorsque sa vie était menacée à Milan, dans le palais - Greppi où la foule exaspérée l'avait assiégé. Nommé général en - 1848, Alphonse de La Marmora fut à deux reprises ministre de la - Guerre. A la tête de la division piémontaise en Crimée, il y - remporta une victoire à la Tchernaïa qui lui donna une belle - auréole militaire. Président du cabinet de 1864 à 1866. La - Marmora conclut l'alliance italo-prussienne en 1866, grâce à - laquelle Venise fut rendue à l'Italie. - - LAMARTINE (Alphonse DE) **, 1790-1869. Poète et homme politique - français. - - LAMORICIÈRE (le général DE), 1806-1865. Envoyé tout jeune - officier en Algérie, Lamoricière s'y distingua aussitôt et fut - grièvement blessé au siège de Constantine en 1837. Devenu général - en 1848, Lamoricière devint ministre de la guerre sous la - présidence du général Cavaignac; il fut arrêté au coup d'État et - ne rentra en France qu'en 1857. Appelé à organiser l'armée - pontificale, Lamoricière fut battu à Castelfidardo le 18 - septembre 1860 par le général Cialdini, et dut capituler à - Ancône. - - LAMORICIÈRE (Mme DE). Amélie Gaillard de Ferré d'Auberville - épousa en 1847 le général de Lamoricière, auquel elle survécut et - dont elle eut deux filles. - - LAMBRUSCHINI (le cardinal Louis), 1776-1854. Archevêque de Gênes, - nonce à Paris en 1832, Lambruschini devint en 1836 secrétaire - d'État sous le Pape Grégoire XVI. Il suivit le Pape Pie IX à - Gaëte après les événements de 1848. - - LA FERRONNAYS (les). Le nom patronymique des La Ferronnays est - Ferron. Les Ferron sont de très ancienne noblesse bretonne. Les - plus vieux documents qui les concernent remontent à 1160. - - LA FERTÉ (le comte Hubert DE) ***, 1806-1872. Dévoué serviteur du - comte de Chambord. - - LA FERTÉ (la comtesse DE). Elle était la fille du comte Molé. - - LA GRANGE (la marquise DE), née Flavigny. Son mari, Gustave - Lelièvre, marquis de La Grange, était fils de Mlle de Beauvau: il - était attaché comme écuyer à la cour de l'Impératrice Eugénie. - - LA REDORTE (la comtesse DE) ***, morte en 1885. Louise Suchet, - fille du maréchal d'Albuféra. - - LA ROCHEJAQUELEIN (Auguste du Vergier, comte DE) ***, 1784-1868. - Officier français. - - LA ROCHEJAQUELEIN (Georges, marquis DE) ***, 1805-1867. Sénateur - sous le second Empire. - - LA ROCHELAMBERT (la marquise DE), 1801-1893. Elle était née - Bruges et survécut longtemps à son mari, qui avait été sénateur - sous le second Empire. Mme de La Rochelambert avait habité - longtemps Berlin dans sa jeunesse. - - LAMENNAIS (l'abbé DE) *, 1782-1854, philosophe et théologien - français, révolutionnaire, condamné en Cour de Rome. - - LAVAL (la vicomtesse DE), 1745-1838. Née Tavernier de Boullongne, - grande amie du prince de Talleyrand. - - LA VALETTE (le marquis DE), 1806-1881. Diplomate français; ayant - une grande connaissance de l'Orient où il avait occupé deux fois - le poste de Constantinople. En 1861, le marquis de La Valette - passa au poste de Rome; puis, en 1868, il devint ministre des - Affaires étrangères. Il avait épousé en premières noces Mme - Welles et en secondes noces une fille du comte de Flahaut. - - LEDIEU (François). Ecclésiastique né à Péronne, mort en 1713 à - Paris. Attaché à la personne de Bossuet en qualité de secrétaire, - Ledieu écrivit un journal où il notait les faits et gestes de son - auguste maître. En 1856, l'abbé Guettie publia ce journal. - - LEFEBVRE (Armand-Édouard), 1807-1864. Diplomate français. Sous le - second Empire, en 1852, Lefebvre devint directeur des affaires - politiques au ministère des Affaires étrangères. - - LEHON (la comtesse) ***, morte en 1880. Née Mathilde de - Mosselmann. - - LEHON (Mlle Louise), née en 1838. Fille du comte et de la - comtesse Lehon, Mlle Louise épousa, en 1856, à Paris, le prince - Stanislas-Auguste Poniatowski et de Monte-Rotondo. - - LEININGEN (le comte DE), 1794-1869. Charles-Théodore, comte de - Leiningen, major-général au service badois. Il avait épousé en - 1822 la comtesse Westerholt de Gysenberg, dont il devint veuf en - 1852. - - LEMOINNE (John), 1815-1893. Publiciste français, membre de - l'Académie française. Les langues française et anglaise lui - étaient aussi familières l'une que l'autre, avantage dont le - directeur du _Journal des Débats_ sut profiter en lui confiant, - en 1840, la correspondance anglaise de son journal, auquel M. - Lemoinne n'a jamais cessé d'appartenir. Il en devint plus tard le - rédacteur en chef. - - LENORMANT (Mme), 1817-1893. Mlle Amélie Cyvoct, nièce de Mme - Récamier, mariée en 1836 à Charles Lenormant, archéologue et - historien distingué, membre de l'Institut. On doit à Mme - Lenormant la publication des souvenirs et correspondances de Mme - Récamier, ainsi que des études sur Chateaubriand, Mme de Staël et - Benjamin Constant. - - LESSEPS (le vicomte Ferdinand DE), 1805-1894. Employé durant de - longues années dans la carrière des consulats, M. de Lesseps - occupa longtemps le poste de Barcelone. Il conçut l'idée du - percement de l'isthme de Suez et c'est à lui qu'on doit le canal. - Il fut élu membre de l'Académie française en 1884. - - LEUCHTENBERG (la duchesse DE), 1819-1876. Marie Nicolaïewna, - grande-duchesse de Russie, fille de l'Empereur Nicolas Ier, - mariée en 1839 au duc Max de Leuchtenberg, dont elle devint veuve - en 1852. La grande-duchesse Marie se remaria morganatiquement en - 1856 avec le comte Grégoire Strogonoff. - - LÉVIS (le duc DE), 1794-1863. Gaston-François-Christophe, duc de - Ventadour et de Lévis, avait reçu sous le premier Empire un - brevet de sous-lieutenant. Devenu en 1814 aide de camp du duc - d'Angoulême, il prit part en 1823 à la guerre d'Espagne et aussi - à l'expédition de Corée. Nommé, à son retour, officier de la - Légion d'honneur, le duc de Lévis fut appelé, dans les derniers - jours de la Restauration, à succéder, comme pair de France, à son - père mort en 1830. Il refusa de siéger pour rester fidèle à la - branche aînée, qu'il accompagna dans l'exil en Écosse et en - Allemagne. Le duc de Lévis fut un des principaux conseillers du - comte de Chambord et mourut à Venise auprès de ce prince. - - LÉVIS (la duchesse DE), morte en 1854. Mlle d'Aubusson de la - Feuillade épousa en 1831 le duc de Ventadour et de Lévis, dont - elle n'eut pas d'enfants. - - LICHTENSTEIN (le prince Édouard), 1809-1866. Feld-maréchal - autrichien, marié en 1839 à Honorine Choloniewska, veuve - Kownacka. - - LIEGNITZ (la princesse DE) **, 1800-1873. Née comtesse Harrach; - épouse morganatique du Roi Frédéric-Guillaume III. - - LIEVEN (la princesse DE) *, 1784-1857. Née Dorothée de - Benkendorff. - - LIEVEN (le prince Paul DE), mort en 1881 à Téplitz. Il était - grand-maître de la cour en Russie. - - LINDHEIM (le général DE), 1791-1862. Général prussien; aide de - camp général du Roi Frédéric-Guillaume IV. En 1859, le général de - Lindheim fut nommé commandant du corps d'armée de Silésie. - - LITTA (le duc), 1825-1891. Giulio-Litta-Visconti-Arese, épousa en - 1855 Mlle Eugénie Attendolo-Bologuni, qui était née en 1837. - - LOË (le général, baron DE), 1828-1908. Le baron Walter de Loë - était jeune officier dans le régiment des hussards à Bonn, quand - il fut nommé aide de camp du prince de Prusse (plus tard le Roi - Guillaume Ier). M. de Loë fut envoyé à Paris comme attaché - militaire de 1862 à 1867, puis il commanda le 7e régiment de - hussards en 1873, et devint ensuite général. Après avoir commandé - plus tard la 5e division, il reçut le commandement du 8e corps - d'armée à Coblence. - - LONGUEVILLE (Mme DE), 1619-1679. Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, - duchesse de Longueville, sœur du grand Condé et du prince de - Conti. Une des héroïnes de la _Fronde_. - - LOUIS XVII (Louis-Charles de France), 1785-1795. Deuxième fils du - Roi Louis XVI et de Marie-Antoinette. Devenu dauphin à la mort de - son frère aîné en 1789, ce prince suivit partout sa famille et - fut enfermé au Temple où il mourut sous les mauvais traitements - dont il fut la douloureuse victime. - - LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, 1808-1872. Plus tard l'Empereur - Napoléon III. - - LOUIS-PHILIPPE Ier *, 1773-1849. Roi des Français. - - LOTTUM (la comtesse DE) ***, 1809-1894. Clotilde, fille aînée du - prince de Putbus. - - LUCCHESI-PALLI (le comte Hector DE), 1805-1864. Diplomate - italien, époux morganatique de la duchesse de Berry. - Lucchesi-Palli appartenait à une famille qui tient par ses - origines aux ducs de Bénévent. Fils du grand Chancelier des - Deux-Siciles, le comte suivit la carrière diplomatique. Son - gouvernement lui ayant confié une mission pour celui de La Haye, - il se rendait à ce poste, lorsqu'il fit à Massa la rencontre de - la duchesse de Berry qui était sur le point de rentrer en France - pour y donner l'ordre du soulèvement en Vendée. Éprise du - diplomate italien, la duchesse de Berry contracta avec lui un - mariage secret qu'elle ne déclara publiquement que lorsqu'elle - fut prisonnière au château de Blaye. - - LUYNES (le connétable DE), 1578-1621. Favori de Louis XIII qui le - couvrit d'honneurs et le fit connétable de France. Il avait - épousé la fille du duc de Montbazon. - - -M - - MAC-MAHON (le maréchal DE), 1808-1893. S'était fort distingué en - Algérie et en Crimée; il fut créé maréchal de France et duc de - Magenta, en 1859, en Italie, après la bataille de ce nom. - Mac-Mahon fut président de la troisième République française de - 1873 à 1879. - - MAC-MAHON (la maréchale DE), 1834-1900. Élisabeth de La Croix de - Castries, mariée en 1854 à Maurice de Mac-Mahon, plus tard duc de - Magenta. - - MACAULEY (lord) ***, 1800-1859. Historien anglais. - - MAILLÉ (la duchesse DE), morte en 1853. Blanche-Joséphine Le - Bascle d'Argenteuil, épouse de Charles-François-Armand, duc de - Maillé, dont elle était la seconde femme. La duchesse de Maillé - devint veuve en 1837. - - MAILLÉ (la duchesse DE), 1827-1899. Seconde fille du marquis - d'Osmond, épousa en 1845 Jacquelin, duc de Maillé. - - MAINTENON (la marquise DE) *, 1635-1719. Françoise d'Aubigné. - - MAISTRE (le comte Joseph DE), 1753-1821. Piémontais, célèbre par - son esprit philosophique chrétien et les grands services qu'il - rendit à sa patrie, dans les différents emplois que lui donna le - Roi Charles IV de Sardaigne. Son ambassade à Saint-Pétersbourg - dura quatorze ans. Il a laissé des ouvrages fort remarquables. - - MAISTRE (le comte Rodolphe DE) ***, 1789-1865. Gouverneur de - Nice. - - MALMESBURY (lord), 1807-1889. James Howard Harris. Homme d'État - anglais. Il appartenait au parti torie et fit partie du cabinet - de lord Derby en 1852, comme ministre des Affaires étrangères. - Lié d'amitié depuis 1839 avec le prince Louis-Napoléon Bonaparte, - alors réfugié en Angleterre, lord Malmesbury mit le plus grand - empressement à faire reconnaître, par l'Angleterre, Napoléon III - lorsqu'il devint Empereur. - - MANTEUFFEL (le baron Othon DE) ***, 1805-1879. Ministre et homme - d'État prussien. - - MANTEUFFEL (le général DE), 1805-1885. Edwin-Hans-Charles, baron - de Manteuffel, général prussien, fut employé dans plusieurs - missions diplomatiques. Aide de camp général de l'Empereur - Guillaume Ier, le général de Manteuffel a joui d'un grand - crédit auprès de ce prince. - - MANUEL (Mme). Anna-Maria del Consuelo, Espagnole de naissance, - sœur du marquis de Bedmar, elle porta le titre de comtesse de - Gramedo, qui appartenait à sa famille. Elle épousa M. Manuel, - agent de change en France. - - MANUEL (Jacques-André), 1791-1857. Homme politique français. - Après avoir commencé par la carrière militaire, Manuel quitta les - armes à la suite de la chute du premier Empire et fonda une - banque à Nevers, sa ville natale. En 1839, Manuel fut élu député; - il siégea à la Constituante de 1848, puis à l'Assemblée - législative. Après le coup d'État du 2 décembre, il fut appelé au - Sénat. - - MARIE-AMÉLIE (la Reine) *, 1782-1866. Épouse du Roi - Louis-Philippe. - - MARIE-CHRISTINE (la Reine) ***, 1806-1878. Reine d'Espagne. - - MARMONT (le maréchal) ***, 1774-1852. Duc de Raguse. - - MARS (Mlle) ***, 1778-1847. Célèbre actrice française. - - MARTIMPREY (le général DE), 1808-1883. Édouard-Charles de - Martimprey, ancien élève de Saint-Cyr, fit de nombreuses - campagnes en Afrique. Colonel en 1848, général en 1852. - Martimprey devint chef d'état-major pendant les guerres de Crimée - et d'Italie, puis gouverneur de l'Algérie, et, à la fin, - gouverneur des Invalides à Paris. - - MASAMILLO, 1622-1647. Pêcheur napolitain, il se mit à la tête des - Napolitains révoltés contre l'Espagne, et fut assassiné. - - MATHILDE (la princesse) **, 1820-1904. Fille de Jérôme Bonaparte. - Portait d'abord le nom de Mlle de Montfort. - - MAZZINI (Giuseppe), 1808-1872. Patriote italien, né à Gênes. - Fondateur d'une société secrète: _la Jeune Italie_, Mazzini ne - cessa de conspirer soit en Italie, soit en Suisse, soit en - Angleterre. En 1848, il fit partie du triumvirat romain. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (la grande-duchesse DE), 1803-1892. Cette - princesse, fille du Roi Frédéric-Guillaume III, avait épousé en - 1823 le grand-duc Paul-Frédéric de Mecklembourg-Schwerin dont - elle devint veuve en 1842. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (le grand-duc DE), 1779-1860. Frère de la - Reine Louise de Prusse. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (le duc Georges DE) ***, 1819-1904. Prince - héréditaire. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (la duchesse Caroline DE), 1821-1876. Fille - du grand-duc Georges de Mecklembourg-Strelitz, mariée en 1841 à - Frédéric VII, alors Prince Royal de Danemark, dont cette - Princesse divorça en 1846. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (le duc Georges DE), 1824-1871. Épousa en - 1851 la grande-duchesse Catherine Michaïlowna de Russie, quitta - l'Allemagne et s'établit à Saint-Pétersbourg après s'être engagé - au service russe. - - MEDEM (le comte Paul DE) *, 1800-1854. Diplomate russe. - - MENSCHIKOFF (le prince Alexandre-Sergewitch), 1789-1869. Amiral - et homme d'État russe. En 1853, Menschikoff fut envoyé en - Turquie, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, pour exiger du - gouvernement ottoman qu'il reconnût à la Russie le droit de - protectorat sur les populations de religion grecque, habitant sur - son territoire. N'ayant pas réussi, Menschikoff quitta - brusquement Constantinople, et la guerre d'Orient éclata peu - après. Nommé alors gouverneur de la Crimée, il contribua, par ses - mesures, à l'anéantissement d'une partie de la flotte russe à - Sinope. - - MENSDORFF-POUILLY (le comte Alexandre DE), 1813-1871. Général - autrichien. En 1859, il fut promu au grade de feld-maréchal. - - MÉRIMÉE (Prosper), 1803-1870. Romancier et érudit français. Une - excursion qu'il fit en Espagne, vers 1840, lui donna l'occasion - de se lier avec Mme de Montijo (mère de l'Impératrice Eugénie) et - ces relations lui valurent d'être reçu aux Tuileries, sous le - second Empire, sur le pied d'une familière intimité. En 1844, - Mérimée entra à l'Académie, et en 1853 il fut fait sénateur. - - MÉRODE (Mgr DE), 1802-1874. Après avoir été officier dans l'armée - belge, M. de Mérode entra dans les ordres. Il devint camérier du - Pape Pie IX et fut nommé en 1860 ministre des armes. Mgr de - Mérode fut l'inspirateur de l'organisation de l'armée - pontificale, commandée par le général de Lamoricière. - Démissionnaire en 1865, Mgr de Mérode fut créé archevêque de - Métylène en 1866. - - MÉRODE (la comtesse Werner DE), 1823-1901. Thérèse de Mérode - épousa en 1843 son cousin le comte Werner de Mérode. - - METTERNICH (le prince DE) *, 1773-1859. Diplomate et homme d'État - autrichien. - - METTERNICH (la princesse Mélanie DE) **, 1805-1854. Fille du - comte Zichy-Ferraris, troisième femme du prince de Metternich. - - METTERNICH-WINNEBOURG (le prince Richard DE), 1829-1895. Fils du - célèbre chancelier d'Autriche et de sa seconde femme, née - comtesse de Beilstein, occupa d'abord le poste de ministre - d'Autriche à Dresde en 1856 et fut nommé ambassadeur à Paris, à - la suite de la guerre d'Italie en 1859. Le prince Richard occupa - ce poste jusqu'à la fin du second Empire. - - METTERNICH-WINNEBOURG (la princesse Pauline DE), née en 1836. - Fille du comte Sandor, elle épousa en 1856 son oncle, le prince - Richard de Metternich. - - METTERNICH (la princesse Mélanie DE), née en 1832. Fille du - troisième mariage du prince de Metternich avec la comtesse Zichy - Ferraris. Elle épousa en 1853 le comte Zichy de Vasonykaïa. - - MEULAN (Mme DE) ***. Mère de la première Mme Guizot. - - MEYERBEER (1794-1864). Célèbre compositeur allemand, né à Berlin. - On lui doit de magnifiques opéras. - - MEYENDORFF (le baron Pierre DE) ***, 1792-1863. Diplomate russe - longtemps ministre de Russie à Berlin. - - MEYENDORFF (la baronne DE) ***, née en 1800. Wilhelmine-Sophie de - Buol-Schœnstein. - - MIGNET (François-Auguste-Marie) *, 1796-1884. Historien français, - membre de l'Académie française. - - MINTO (lord), 1782-1859. Gilbert-Elliot-Murray Kynynmond, comte - de Minto, homme d'État anglais. Entré à la Chambre des Lords en - 1840, Minto y prit place dans le parti whig et vota pour les - mesures les plus libérales. Ministre plénipotentiaire à Berlin en - 1832, il prit ensuite en 1835 la direction générale des postes et - fut bientôt nommé premier Lord de l'Amirauté dans le ministère - Melbourne. Lord Minto alla alors en Suisse, en Italie pour - examiner l'état de l'opinion et y encourager dans leurs tendances - libérales Pie IX et Charles-Albert. Lord Minto passait pour un - administrateur habile. - - MILOSCH (le prince), 1825-1868. Michel III Obrenowitch succéda en - Serbie à son frère le prince Milosch II. Il épousa la comtesse - Julie Huniady. - - MILDE (Mgr), 1777-1853. En 1831, il fut appelé au siège de Vienne - comme archevêque et y resta jusqu'à sa mort. - - MIRABEAU (Victor-Riquetti, marquis DE) *, 1749-1791. Député du - Tiers aux États généraux, grand orateur. - - MIRÈS (Jules), 1809-1871. Comme courtier d'affaires, Mirès - parvint à diriger d'énormes entreprises, notamment à Marseille où - il fut décoré lors du voyage de Napoléon III, en 1860. Placé à la - tête des chemins de fer romains, Mirès fut poursuivi en 1861, - comme gérant de la caisse de ces chemins de fer, et condamné à - plusieurs peines sévères. Cet arrêt fut cassé par la cour de - Douai qui réhabilita Mirès sur tous les points. Mirès fut - propriétaire du _Constitutionnel_ et de la _Presse_. - - MOCQUARD (Jean-François-Constant), 1791-1864. Ayant commencé par - la carrière du barreau, Mocquard dut la quitter en 1826 à la - suite d'une maladie de larynx. Très chaud partisan du prince - Louis Bonaparte, Mocquard fut un des premiers confidents des - projets du coup d'État, et demeura ensuite le secrétaire - particulier de l'Empereur Napoléon III, dont il avait toute la - confiance. En 1863, Mocquard fut nommé sénateur. - - MODÈNE (le duc DE), 1819-1875. François V succède à son père en - 1846. Marié en 1842 à la princesse Aldegonde de Bavière. - - MOLÉ (le comte Mathieu) *, 1781-1855. Homme politique sous le - premier Empire et la Monarchie de Juillet. - - MOLLIEN (la comtesse) *, 1785-1878. Dame du palais de la Reine - Marie-Amélie. - - MONACO (le prince DE). Charles III, 1818-1889. Ce prince avait - épousé en 1846 la comtesse Antoinette de Mérode. - - MONTAUBAN (le général Cousin), 1796-1878. Antoine de - Cousin-Montauban fit avec distinction les campagnes d'Afrique, - commanda en 1860 l'expédition anglo-française en Chine, força - l'embouchure du Pei-ho, remporta la victoire de Palikao, entra - dans Pékin et imposa à l'Empereur de Chine un traité qui assura - le respect des intérêts européens.--Voir Palikao. - - MONTALEMBERT (le comte Charles DE) **, 1810-1879. Un des plus - brillants défenseurs du catholicisme en France. - - MONTALEMBERT (la comtesse DE), née en 1818. Anne de Mérode épousa - en 1836 le comte Charles de Montalembert, pair de France. - - MONTGUYON (M. DE). Officier, aide de camp du duc d'Orléans. Le - bruit avait couru en 1853 que la duchesse d'Orléans l'épouserait. - Il était fils de M. de Montguyon, pair de France sous - Louis-Philippe et très orléaniste dans ses opinions. - - MONTEBELLO (le duc DE) ***, 1801-1874. Fils du maréchal Lannes. - - MONTEMOLIN (le comte DE) ***, 1818-1861. Infant d'Espagne, fils - de don Carlos. - - MONTENEGRO (le chevalier Joachim). Attaché à l'ambassade - d'Espagne à Vienne, Montenegro y vivait dans la plus grande - intimité de la famille du prince Metternich. Plus tard, il devint - chambellan du duc de Parme. - - MONTIJO (le comte DE), mort en 1839. Cyprien comte de Montijo et - de Miranda, duc de Penaranda, officier espagnol, dévoué à la - cause française qu'il servit comme officier d'artillerie. M. de - Montijo était le père de l'Impératrice Eugénie. - - MONTIJO (la comtesse DE). Donna Maria Manuella. Andalouse issue - des Kirkpatrik de Closburn, famille écossaise exilée pour son - dévouement à la cause des Stuarts. Mme de Montijo vivait séparée, - à l'amiable, de son mari, dont elle devint veuve en 1839. Elle - avait deux filles dont l'aînée épousa le duc d'Albe et la seconde - devint l'Impératrice Eugénie. - - MONTIJO (Mlle DE).--Voir à _Impératrice Eugénie_. - - MONTMORENCY (le duc DE) *, 1790-1862. Raoul porta d'abord le - titre de baron de Montmorency et prit celui de duc en 1846, à la - mort de son père. - - MONTMORENCY (le duc Mathieu DE), 1767-1826. M. de Montmorency - prit part dans sa jeunesse à l'expédition de La Fayette en - Amérique. Remarqué de bonne heure par ses idées libérales, - Mathieu de Montmorency fut un des premiers qui se réunirent au - Tiers État, prêta le serment du Jeu de paume, et proposa, dans la - séance du 4 août 1789, l'abolition des droits féodaux ainsi que - des privilèges; enfin il appuya le décret d'abolition de la - noblesse. Aide de camp du maréchal Luckner, le duc Mathieu de - Montmorency donna bientôt sa démission; puis il émigra, pour - aller rejoindre à Coppet, en Suisse, Mme de Staël, à laquelle il - témoigna une constante amitié ainsi qu'à Mme Récamier. Rentré en - France en 1815, il ne s'occupa plus guère que d'œuvres de - bienfaisance. Aide de camp du comte d'Artois, il prit le - portefeuille des Affaires étrangères après la mort du duc de - Berry; il détermina la guerre d'Espagne au congrès de Vérone et - reçut, en 1822, le titre de duc. Il mourut subitement dans - l'église de Saint-Thomas d'Aquin le vendredi saint au moment où - il faisait ses dévotions. Depuis 1825, le duc Mathieu était - membre de l'Académie française. - - MONTMORENCY (la duchesse Mathieu DE) ***, 1774-1858. Née Hortense - de Chevreuse-Luynes. - - MONTPENSIER (Antoine d'Orléans, duc DE) ***, 1824-1890. Le plus - jeune fils du Roi Louis-Philippe. - - MONTPENSIER (la duchesse DE), 1832-1896. Louise, Infante - d'Espagne, sœur de la Reine Isabelle II, mariée, en 1846, à - Antoine d'Orléans, duc de Montpensier, dernier fils du Roi - Louis-Philippe. - - MONTROND (le comte Casimir DE) *, 1757-1843. Ami du prince de - Talleyrand. - - MORLOT (le cardinal), 1795-1862. Mgr Morlot avait été évêque - d'Orléans en 1839 et devint archevêque de Tours en 1842. Il y - reçut le chapeau de cardinal en 1853 et fut appelé, en 1857, au - siège de Paris. Il devint sénateur, grand aumônier de l'Empereur - et membre du conseil privé. - - MORNY (le duc DE), 1811-1865. Charles-Auguste de Morny fut élevé - par Mme de Souza (d'abord comtesse de Flahaut). Entré dans - l'armée en 1832, Morny fit la campagne d'Afrique à la suite du - duc d'Orléans. Il entreprit plusieurs affaires industrielles et - fut élu député en 1842 dans le Puy-de-Dôme. S'étant rapproché de - Louis-Napoléon en 1849, Morny devint un de ses conseillers les - plus influents. Ministre de l'Intérieur durant le coup d'État du - 2 décembre, il offrit sa démission lors du décret de confiscation - des biens de la maison d'Orléans. Morny devint en 1854 président - du Corps législatif et fut envoyé à Moscou en 1856 pour - représenter la France au couronnement de l'Empereur Alexandre II - de Russie. - - MOTTEVILLE (Mme DE) **, 1621-1689. Auteur de mémoires sur Anne - d'Autriche, dont elle avait été dame de cour. - - MOUCHY (le duc DE), 1808-1854. Charles-Philippe-Henry de - Noailles, prince de Poix, connu sous le nom de duc de Mouchy, - arrière-petit-fils du célèbre maréchal de Mouchy, avait d'abord - servi dans l'armée, qu'il quitta en 1839. Propriétaire dans - l'Oise et conseiller général, le duc de Mouchy fut élu député en - 1849, et appelé aussitôt à siéger au Sénat de l'Empire en 1852. - - MOUCHY (la duchesse DE), 1810-1858. Cécile, fille d'Alfred de - Noailles, mariée en 1834 au duc Henri de Mouchy. - - MOUCHY (le duc DE), 1841-1909. Antoine, sixième duc de Mouchy, - épousa en 1865 la princesse Anna Murat. - - MOUSTIER (le marquis DE), 1817-1869. Nommé ministre de France à - Berlin en 1853, le marquis de Moustier devint ensuite ambassadeur - à Vienne, en 1859, puis à Constantinople en 1861. En 1866, M. de - Moustier reçut le portefeuille des Affaires étrangères qu'il - garda jusqu'à la fin de 1868. - - MÜLLER (Frédéric DE), 1779-1849. Dit: «_le Chancelier de - Müller_». Entré au service du duc de Saxe-Weimar en 1801. - Frédéric de Müller fut chargé, après la bataille d'Iéna, quoique - bien jeune encore, des négociations avec Napoléon Ier, qui - laissèrent au grand-duché de Saxe-Weimar son autonomie. Ami de - Gœthe, Frédéric de Müller était un homme fort aimable, et un - esprit cultivé; il resta jusqu'en 1848 à la tête des affaires du - grand-duché de Weimar. - - MÜLLER (Jean DE), 1752-1809. Célèbre historien suisse, conseiller - aulique à Mayence, puis à Vienne. Jean de Müller vint à Berlin en - 1795 et le Roi de Prusse le nomma conseiller intime et - historiographe de sa maison. Napoléon Ier vit à Berlin en 1806 - Jean de Müller, se l'attacha et l'employa comme ministre d'État - du nouveau royaume de Westphalie. - - MÜNCHHAUSEN (le baron Ferdinand DE), 1810-1882. Conseiller intime - du roi de Prusse, membre de la Chambre des Seigneurs, président - de la province de Poméranie, commissaire du Roi à la chambre - provinciale du duché de Poméranie et de la principauté de Rügen. - - MÜNSTER (la comtesse DE), 1789-1876. Julie Berndt de Marwitz, - fille de M. de Marwitz qui fut maréchal de cour du Roi de Prusse, - Frédéric-Guillaume II. Elle avait épousé le comte Münster, - général au service de Prusse. Sa mère était une Française: Mlle - Duchat de Dorwell. - - MURAT (le Roi), 1771-1815. Joachim Murat, beau-frère de Napoléon - Ier dont il avait épousé la sœur. Roi de Naples de 1808 à - 1814, fusillé à Pizzo en 1815. - - MURAT (prince Joachim), 1834-1901. Petit-fils du Roi Murat. - Colonel au régiment des Guides de la garde impériale de Napoléon - III. En 1854, le prince Joachim épousa une fille du prince de - Wagram. - - MURAT (le prince Lucien), 1803-1878. Prince Royal de Naples, fils - du Roi Joachim et de Caroline Bonaparte. Après la mort de son - père, le prince Lucien Murat résida à Trieste auprès de sa mère, - et retourna en France en 1848. Le second Empire le fit sénateur - en 1852, prince français en 1853 et titré Altesse. Le prince - Lucien avait épousé en 1831 Mlle Georgine Fraser. - - -N - - NAPIER (sir Charles) ***, 1786-1860. Amiral anglais. - - NAPLES (le Roi DE), 1836-1894. François II, fils du Roi Ferdinand - II et de sa première femme Marie-Christine, fille de - Victor-Emmanuel Ier, Roi de Sardaigne. En 1859, il succéda à - son père sur le trône des Deux-Siciles, dans les circonstances - les plus difficiles. Il venait d'épouser, cette même année, la - princesse Marie de Bavière. Après l'entrée de Garibaldi à Naples - le 7 septembre 1860, François II, se voyant abandonné de tous les - siens, s'enferma avec la Reine et quelques fidèles dans Gaëte où - il soutint un siège désespéré. Contraint de capituler le 13 - février 1861, François II se retira d'abord à Rome, et vécut le - reste de ses jours dans l'exil. - - NAPLES (la Reine DE), née en 1841. Marie-Sophie-Amélie, fille du - duc Maximilien de Bavière, épousa en 1859 François II, Roi de - Naples. - - NAPOLÉON Ier, Empereur des Français *, 1769-1821. - - NAPOLÉON (le prince Jérôme), 1822-1893. Fils du Roi Jérôme de - Westphalie et de la princesse Catherine de Würtemberg, ce prince - naquit à Trieste durant l'exil de ses parents. En 1859, il épousa - la princesse Clotilde, fille du Roi de Sardaigne. Il mourut à - Rome en 1893. - - NARBONNE-LARA (le comte Louis DE), 1755-1814. Né à Colorno dans - le grand-duché de Parme, Narbonne vint en France à l'âge de cinq - ans, avec sa mère, devenue dame d'honneur de Madame Adélaïde, - fille du Roi Louis XV. Louis de Narbonne entra dans la carrière - militaire, devint colonel à trente ans, accueillit les idées - nouvelles de 1789, fut nommé ministre de la guerre en 1791, - perdit son portefeuille en 1792 et partit alors pour l'armée. - Nommé aide de camp de Napoléon Ier, Louis de Narbonne suivit - l'Empereur en Russie et fut nommé ambassadeur à Vienne en 1813. - - NASSAU (la princesse DE), 1831-1888. Hélène de Nassau, fille du - second mariage du duc Adolphe de Nassau avec la princesse - Adélaïde d'Anhalt. Cette princesse épousa, en 1853, Georges, - prince régnant de Waldeck et de Pyrmont. - - NEGRO (le marquis Gian Carlo DI), mort en 1856. Italien, poète et - protecteur des artistes, musicien lui-même. La _viletta di - Negro_, à Gênes, est devenue, après sa mort, un musée d'histoire - naturelle, et le jardin fait maintenant partie de la promenade de - l'_Acquasola_ à Gênes. - - NEMOURS (le duc DE) *, 1814-1896. Second fils du Roi - Louis-Philippe. - - NEMOURS (la duchesse DE) ***, 1822-1852. Fille du prince - Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha. - - NESSELRODE (le comte DE) *, 1780-1862. Chancelier de l'Empire de - Russie. - - NEY (Edgard) ***, 1812-1882. Prince de la Moskowa, officier - d'ordonnance de Napoléon III. - - NICOLAS Ier (l'Empereur) *, 1776-1855. Empereur de Russie. - - NIEBUHR (Marc-Carsten-Nicolas), 1817-1860. Homme d'État prussien - qui collabora activement au _Journal de la Croix_ - (_Kreuz-Zeitung_). Après avoir été nommé successivement - conseiller de Régence et secrétaire de cabinet, Niebuhr fut - chargé d'une mission diplomatique à Londres en 1852. En 1854, il - devint conseiller d'État et reçut cette même année ses lettres de - noblesse. - - NIEL (le général Adolphe), 1802-1869. Ayant suivi de bonne heure - la carrière des armes, Niel fut attaché, en 1849, à l'expédition - de Rome en qualité de chef d'état-major du génie, et y mérita le - grade de général de brigade. En 1853, il fit partie du corps - expéditionnaire de la Baltique et, en 1855, fut chargé du - commandement en chef du génie de l'armée d'Orient; il dirigea - ainsi les opérations du siège de Sébastopol. En 1859, pendant la - guerre d'Italie, Niel commanda le 4e corps d'armée, prit part - aux batailles de Magenta et de Solférino et fut nommé maréchal de - France. En 1865, il devint ministre de la guerre. - - NIGRA (le chevalier), 1827-1907. Après avoir pris part à la lutte - contre l'Autriche, en 1848, Nigra entra dans la diplomatie - piémontaise et remplit, en 1856, les fonctions de secrétaire du - comte de Cavour au congrès de Paris, puis de secrétaire des - plénipotentiaires italiens aux négociations de Zurich. Nommé une - première fois ministre à Paris, Nigra fut attaché, en 1861, au - prince de Carignan, pendant sa mission à Naples; il fut nommé une - seconde fois au poste de ministre, puis à celui d'ambassadeur - d'Italie à Paris qu'il garda jusqu'en 1867. Il fut fait comte - alors; et, depuis cette époque, il occupa encore les ambassades - de Saint-Pétersbourg et de Vienne. - - NISARD (Jean-Marie-Napoléon-Désiré), 1806-1888. Littérateur - français. Collaborateur du journal des _Débats_, maître des - requêtes au conseil d'État, Nisard remplaça en 1843 Burnouf dans - la chaire d'éloquence latine au collège de France. Membre de - l'Académie française, Nisard resta à la tête de l'École Normale - jusqu'en 1867, date à laquelle il fut nommé sénateur et officier - de la Légion d'honneur. - - NOAILLES (le duc Paul DE) *, 1802-1885. Pair de France et - académicien. - - NOAILLES (la vicomtesse DE) **, 1792-1851. Fille du duc de Poix, - elle épousa le vicomte Alfred de Noailles. - - NORFOLK (le duc DE), 1815-1860. Henry, quatorzième duc de - Norfolk, avait épousé une fille de lord Lyons. - - NORMANBY (le marquis DE) ***, 1797-1863. Fut ambassadeur à Paris. - - NOTHOMB (le baron Jean-Baptiste) ***, 1805-1881. Ministre de - Belgique durant de longues années à Berlin. - - -O - - O'DONNELL (le comte Maximilien), 1812-1895. Général-major au - service de l'Autriche, le comte O'Donnell était aide de camp de - l'Empereur François-Joseph, et auprès de lui lors de l'attentat - dont ce souverain faillit être la victime en 1853. A cette - occasion le comte O'Donnell fut comblé d'honneurs. - - OLBERG (le général D'). De 1852 à 1853, le général d'Olberg fut - gouverneur du Luxembourg et ensuite attaché à la légation - prussienne à Bruxelles. En 1855, Olberg devint commandant de la - forteresse de Luxembourg, poste qu'il occupa jusqu'en 1858. - - OLGA (la grande-duchesse), 1822-1892. Fille de l'Empereur Nicolas - Ier de Russie. Cette Princesse, d'une beauté très remarquable, - épousa en 1846 le Prince Royal de Würtemberg qui monta sur le - trône en 1864. - - OPORTO (le duc D'), 1838-1889. Dom Luiz-Philippe, second fils de - la Reine Maria II da Gloria de Portugal et du Roi Ferdinand, - prince de Saxe-Cobourg-Gotha, succéda, en 1861, sur le trône de - Portugal, à son frère le Roi Pedro V d'Alcantara. Le Roi Luiz - avait épousé en 1862 la princesse Maria-Pia de Savoie, fille de - Victor-Emmanuel II, roi d'Italie. - - ORESTIS (la comtesse DE), morte en 1876. Nathalie Tchikatcheff - avait épousé, en premières noces, le prince Dewlet-Kildieff dont - elle eut quatre fils. Devenue veuve, elle se remaria avec le - comte Orestis dont elle eut une fille. La comtesse Orestis avait - une belle installation à Nice. - - ORLÉANS (le duc D') *, 1810-1842. Fils aîné du Roi - Louis-Philippe. - - ORLÉANS (la duchesse D') ***, 1814-1858. Née princesse de - Mecklembourg-Schwerin. - - ORLOFF (le prince), 1786-1861. Général et homme d'État russe. Le - prince Alexis Fœdorowitch Orloff prit part aux guerres du - premier Empire, puis à toutes les campagnes de la Russie en - Turquie et en Pologne. En 1853, il assista aux conférences de - Berlin et d'Olmütz et eu 1854, pendant la guerre de Crimée,* le - prince Orloff reçut une mission diplomatique à Vienne. Alexandre - II le chargea de représenter la Russie au congrès de Paris en - 1856. Peu après, il fut fait prince. - - ORSINI (Félix), 1819-1858. Conspirateur italien, qui attenta à la - vie de Napoléon III le 14 janvier 1858. Défendu par Jules Favre, - Orsini fut condamné à mort et exécuté à Paris. - - ORTEGA (le général). Espagnol, capitaine général des Iles - Baléares, dévoué à don Carlos qui voulut se servir d'Ortega pour - risquer un coup de main et détrôner la Reine Isabelle II. Le 4 - avril 1860, Ortega débarqua sur les côtes d'Espagne, à la tête - d'une partie des troupes qu'il commandait, dans le but de - favoriser un soulèvement que comptait opérer le prétendant. - L'entreprise échoua, le général Ortega, lâchement dénoncé et - abandonné par le Prince, fut fusillé le 15 avril 1860, peu de - jours après son essai infructueux. - - OSMOND (la marquise D'), née Dillon. Elle fut la mère de la - comtesse de Boigne. - - OSMOND (Rainulphe-Eustache D'), frère de Mme de Boigne, aide de - camp du duc d'Angoulême, marié à Mlle Destillières. - - OSSUNNA ET D'INFANTANDO (le duc D'), mort en 1885. Diplomate - espagnol. En 1866, il avait épousé la princesse Éléonore de - Salm-Salm. Il ne laissa pas d'enfants. - - O'SULLIVAN DE GRASS (Alphonse), 1798-1865. Il entra d'abord dans - la carrière administrative et ce ne fut qu'en 1825 qu'O'Sullivan - de Grass passa au département des Affaires étrangères. Lorsque le - royaume de Belgique fut constitué, il fut envoyé, en 1833, à - Vienne comme chargé d'affaires de Belgique, y devint en 1836 - ministre plénipotentiaire et resta à ce poste jusqu'à sa mort. En - 1847, il fut créé comte et, en 1853, nommé ambassadeur - extraordinaire à Vienne pour le mariage du duc de Brabant avec - l'archiduchesse Marie-Henriette. - - OUBRIL (M. Paul D'), 1819-1896. Diplomate russe. Durant plusieurs - années, M. d'Oubril fut secrétaire à l'ambassade de Russie à - Paris et devint ensuite ambassadeur à Berlin, poste qu'il occupa - pendant assez longtemps. Quand M. d'Oubril le quitta, il fut - nommé sénateur à Saint-Pétersbourg. Il mourut à Naples où il - avait été chercher un retour à la santé. - - -P - - PALLADIO (André), 1518-1580. Illustre architecte italien, né à - Vicence. - - PALLAVICINI (le marquis), 1821-1855. François Pallavicini épousa - la fille du marquis Sauli. - - PALIKAO (le maréchal comte de), 1796-1878. Titre que reçut le - maréchal de Montauban après ses victoires en Chine durant la - guerre de 1860. - - PALMERSTON (lord) *, 1784-1865. Homme d'État anglais, à plusieurs - reprises ministre des Affaires étrangères. - - PALMERSTON (lady) *, 1787-1858. Sœur de lord Melbourne, et en - premières noces lady Cowper. - - PANIEGA (Mlle DE LA). Jeune et riche Espagnole, fille du marquis - de la Paniega, que l'Impératrice Eugénie fit épouser en 1858 au - maréchal Pélissier, duc de Malakoff. - - PARIS (le comte DE) **, 1838-1894. Fils aîné du duc d'Orléans. - - PARME (la duchesse régente DE), 1819-1864. Louise-Marie-Thérèse - de Bourbon, fille du duc de Berry, mariée en 1845 au duc Charles - III de Parme dont elle devint veuve en 1854. Cette Princesse prit - alors la régence pendant la minorité de son fils le duc Robert de - Parme. - - PARME (le duc Robert DE), 1848-1907. Succéda à son père en 1854, - sous la tutelle de sa mère. Par décret du 18 mars 1860, les - duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalle furent unis aux - États du Roi de Sardaigne et le duc Robert fut déclaré déchu de - son trône. Le duc Robert de Parme épousa en 1869 la princesse - Marie-Pia de Bourbon, fille du Roi Ferdinand II des - Deux-Siciles. - - PASQUIER (le duc) *, 1767-1862. Pair de France et grand - chancelier. - - PASTORET (le marquis DE) ***, 1756-1840. Pair de France. Louis - XVIII lui donna la tutelle des enfants du duc de Berry. - - PASTORET (le marquis DE), 1791-1857. M. de Pastoret avait servi - dans la carrière administrative, sous le premier Empire, puis - sous la Restauration. Ami du comte de Chambord, il avait refusé - d'adhérer au gouvernement de Louis-Philippe, mais il se montra - sympathique à celui du prince Louis-Napoléon qui le nomma - sénateur en 1852, grand-officier de la Légion d'honneur et, en - 1855, membre de la commission municipale de Paris. - - PATOW (Érasme-Robert, baron DE), 1804-1881. Homme d'État - prussien, M. de Patow suivit la carrière administrative. En 1858, - il devint ministre des finances dans le cabinet présidé alors par - le prince de Hohenzollern. - - PAYS-BAS (la Reine DES), 1818-1877. Sophie, fille du Roi - Guillaume Ier de Würtemberg, épousa en 1839 (lorsqu'il était - encore Prince Royal) Guillaume III qui monta sur le trône de - Hollande en 1849. La Reine Sophie était liée d'amitié avec - l'Empereur Napoléon III. - - PÉLISSIER (Jean-Jacques-Amable), 1792-1864. Soldat d'Afrique, où - il combattit durant de longues années, Pélissier fut appelé au - commandement du 1er corps de l'armée d'Orient. Il arriva à - Sébastopol en 1855. Trois mois après, Canrobert ayant donné sa - démission, Pélissier le remplaça et le 8 septembre suivant, il - prit la ville d'assaut. Cette victoire lui valut le bâton de - maréchal et le titre de duc de Malakoff. Le maréchal Pélissier - fut ensuite ambassadeur à Londres et, pendant la guerre d'Italie - en 1859, fut chargé d'organiser à Nancy le corps d'observation - contre la Prusse. - - PELLICO (Silvio) ***, 1788-1854. Poète et littérateur italien. - - PEPE (le général Guillaume), 1782-1855. Grand patriote et général - italien, ayant fait les guerres du premier Empire dans la légion - italienne. Après 1815, Pepe devint un des chefs du carbonarisme - et du parti libéral à Naples où il était né. Après de nombreuses - péripéties qui le forcèrent à s'exiler, Pepe fut rappelé à Naples - en 1848 par la révolution triomphante, reçut le commandement du - corps d'armée envoyé par le gouvernement constitutionnel de - Naples à Charles-Albert pour battre les Autrichiens. Quand le Roi - Ferdinand rappela ses troupes, Pepe, trahi et abandonné par la - plupart de ses soldats, resta fidèle à la cause nationale et - offrit son épée à Manin. Il combattit avec vaillance pendant le - siège de Venise et, après la capitulation de cette ville, Pepe se - fixa à Nice, puis à Turin où il termina sa vie. - - PÉRIGORD (la comtesse Edmond DE), 1793-1862, plus tard duchesse - de Dino, auteur de cette Chronique. - - PÉRIGORD (la duchesse DE) *, 1789-1866. Née Choiseul-Praslin. - - PÉRIGORD (le comte Paul DE) **, 1811-1880. Second fils du duc et - de la duchesse de Périgord. - - PÉRIGORD (le comte Alexandre DE) *, 1813-1894. Plus tard duc de - Dino, second fils du duc et de la duchesse de Talleyrand. - - PÉRIGORD (Mlle Pauline DE) *, 1820-1890. Fille du duc de - Talleyrand et de l'auteur de la Chronique que nous publions. Elle - épousa en 1839 le marquis Henri de Castellane. - - PERRONE DI S. MARTINO (le baron Paul), né en 1832. Il était fils - du général Perrone qui fut tué à la bataille de Novare, en 1849, - et de la baronne Perrone, née La Tour-Maubourg. - - PERRONE DI S. MARTINO (la baronne), 1844-1879. Maria - Giamazzo-Pampurata, mariée au baron Paul Perrone di S. Martino. - - PERSIGNY (Fialin DE) ***, 1808-1872. Grand ami du prince Louis - Bonaparte, plusieurs fois ministre sous le second Empire. - - PERSIGNY (la duchesse DE), née en 1831. Églée-Napoléone-Albine, - fille unique du prince de la Moskowa, épousa, en 1852, M. de - Persigny dont elle devint veuve en 1872. - - PEYRONNET (le comte DE) **, 1778-1854. Ministre de l'Intérieur en - 1824 dans le ministère Polignac. - - PIE (Mgr), 1815-1880. Louis-François-Désiré-Édouard Pie, évêque - de Poitiers, chef du parti religieux ultramontain en France, ami - de M. Veuillot, rédacteur du journal _l'Univers_, adversaire en - polémique de Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans. Mgr Pie fut promu - au cardinalat en 1879. - - PIERRE L'ERMITE, 1050-1115. Religieux, né à Amiens, prédicateur - de la première croisade. - - PIERRES (le baron DE), 1818-1876. Etienne de Pierres était - premier écuyer de l'Impératrice Eugénie et fut député au Corps - législatif. Il quitta la vie politique après la révolution du 4 - septembre 1870. - - PIETRI (Joachim), né en 1820. D'abord avocat et plusieurs fois - préfet, Pietri fut appelé en 1866 à remplacer M. Boitelle comme - préfet de police à Paris. Nommé sénateur en 1870, Pietri resta - depuis en dehors de la politique. - - PICARD (Louis-Joseph-Ernest), 1821-1877. Avocat et homme - politique français, député sous le second Empire, Picard se fit - remarquer par la vivacité incisive de sa parole dans - l'opposition. Il fut membre du Gouvernement de la défense - nationale dans lequel il fut chargé du ministère des Finances. - Picard fit partie du premier ministère de M. Thiers, comme - ministre de l'Intérieur, et fut ensuite envoyé à Bruxelles pour y - représenter la France. - - PIMODAN (Georges de la Vallée de Rarécourt, marquis DE), - 1822-1860. Georges de Pimodan entra au service de l'Autriche - après la révolution de 1830 en France. En 1848, il fit la - campagne d'Italie sous les ordres du maréchal Radetzky et prit - une part brillante en 1849 à la campagne pour soumettre la - Hongrie. Le marquis de Pimodan renonça alors à poursuivre sa - carrière militaire, il rentra en France et y épousa Mlle de - Couronnel. En 1860, il reçut le grade de général dans l'armée - pontificale, organisée par le général de Lamoricière, et fut tué - à Castelfidardo. - - POLIGNAC (le prince Jules DE) *, 1780-1847. Ministre du Roi - Charles X. - - POLIGNAC (le prince Alphonse DE), 1826-1863. Fils du prince de - Polignac, ministre de Charles X, il épousa en 1860 Mlle Émilie - Mirès, qui se remaria en 1865 avec Gustave de Rozan. - - PONIATOWSKI (le prince Stanislas), 1835-1908. Fils du prince - Joseph Poniatowski, épousa, en 1856, Mlle Louise Le Hon, fille de - l'ancien ministre de Belgique à Paris. - - PORTUGAL (le Roi DE), 1837-1861. Pedro V, fils aîné de la Reine - Marie II da Gloria à laquelle il succéda en 1853 sur le trône de - Portugal. Ce prince avait épousé la princesse Stéphanie de - Hohenzollern dont il n'eut pas d'enfant. - - PORTUGAL (la Reine DE), 1837-1859. La princesse Stéphanie de - Hohenzollern-Sigmaringen épousa en 1858 le Roi Pedro V de - Portugal. Elle mourut un an après son mariage de la diphtérie. - - POTOCKA (la comtesse), 1807-1877. Mlle Delphine de Komar, fille - de M. Stanislas-Dauphin de Komar et de Mlle Honorine Orlowska, - épousa le comte Miécislas Potocki de Tylczyn dont elle se sépara - bientôt. La comtesse Delphine était connue par sa merveilleuse - beauté, sa voix superbe, son grand talent musical, et ses succès - dans la haute société européenne. - - POURTALÈS (le comte Albert DE), 1812-1861. Diplomate prussien, - chambellan du Roi de Prusse et ministre plénipotentiaire à Paris - où il succéda au comte Max de Hatzfeldt après la mort de - celui-ci. - - POZZO DI BORGO (le duc). Charles, neveu du célèbre diplomate de - ce nom, et son héritier, épousa en 1852 Mlle Valentine de - Crillon. - - POZZO DI BORGO (la duchesse). Valentine, fille du duc de Crillon, - épousa en 1852 le duc Charles Pozzo di Borgo. - - PRÉVOST-PARADOL (Lucien-Anatole), 1829-1878. Fils d'un ancien - officier de marine, Prévost-Paradol fut un des élèves les plus - distingués de l'École normale. En 1856, il était à Paris comme - rédacteur du _Journal des Débats_ et du _Courrier du Dimanche_, - où la distinction de sa plume lui fit une réputation rapide, mais - lui attira aussi les rigueurs du gouvernement. En 1869, il - remplaça Ampère à l'Académie française. Sous le ministère d'Émile - Ollivier en 1870, s'étant rallié au gouvernement, Prévost-Paradol - fut nommé ministre de France à Washington; les malheurs du pays - et des chagrins personnels le poussèrent au suicide. - - PROKESCH-OSTEN (le baron Antoine DE) ***, 1795-1876. Diplomate - autrichien. - - PRUSSE (le Roi DE) **. Frédéric-Guillaume IV, 1795-1861. - - PRUSSE (le prince DE) **, 1797-1888. Plus tard Empereur - d'Allemagne. - - PRUSSE (princesse DE) **, 1811-1890. Née princesse Augusta de - Saxe-Weimar-Eisenach. - - PRUSSE (la Reine Élisabeth DE) ***, 1801-1879. Née princesse de - Bavière. - - PRUSSE (la princesse Albert DE) **, 1810-1883. Née princesse des - Pays-Bas. - - PRUSSE (le prince Charles DE), 1801-1883. Troisième fils du Roi - Frédéric-Guillaume III, épousa en 1827 la princesse Marie de - Saxe-Weimar-Eisenach. - - PRUSSE (la princesse Charles DE) **, 1808-1877. Née princesse - Marie de Saxe-Weimar-Eisenach. - - PRUSSE (le prince Adalbert DE) **, 1811-1873. Chef de la marine - prussienne. - - PRUSSE (la princesse Anne DE), née en 1836. Fille du prince - Charles de Prusse, mariée à Berlin en 1853 au landgrave Frédéric - de Hesse dont elle devint veuve en 1884. - - PRUSSE (le prince Frédéric-Charles DE). Fils unique du prince - Charles de Prusse, militaire distingué, feld-maréchal dans - l'armée prussienne. Ce prince avait épousé en 1854 la princesse - Marianne d'Anhalt. - - PRUSSE (la princesse Louise DE). Née en 1838, épousa en 1856 le - grand-duc de Bade. (Voir _Bade_.) - - PRUSSE (le prince Frédéric-Guillaume DE), 1831-1888. Fils unique - de l'Empereur Guillaume Ier. Ce prince prit le titre de Prince - Royal le jour où son père devint Roi. Il fit avec bravoure les - guerres de 1866 et de 1870; puis, déjà fort malade, il monta sur - le trône en 1888 sous le nom de Frédéric III. Le terrible mal qui - le minait l'emporta bientôt et son règne ne dura que - quatre-vingt-dix-neuf jours. - - PRUSSE (la princesse Frédéric-Guillaume DE), 1840-1901. Victoria, - Princesse Royale de la Grande-Bretagne et d'Irlande, duchesse de - Saxe, mariée en 1858 au prince Frédéric-Guillaume de Prusse, qui - ne monta sur le trône qu'en 1888. - - PÜCKLER (le comte Hermann), 1797-1892. Maréchal de Cour du prince - de Prusse, le comte Pückler continua ses fonctions lorsque ce - prince monta sur le trône de Prusse et devint ensuite Empereur - d'Allemagne. - - PUTBUS (la princesse DE), 1837-1867. Wanda, fille de Georges de - Veltheim-Bartensleben, épousa en 1857 le comte Guillaume de - Lottum qui devint héritier des terres et du titre de prince de - Putbus, en 1860, par la décision de son grand-père maternel. - - PYAT (Félix), 1810-1889. Auteur dramatique et homme politique - français. Sa carrière littéraire s'arrêta à l'année 1848, qui - modifia toute sa vie. Nommé représentant du peuple à l'Assemblée - constituante, il siégea parmi les démocrates les plus avancés de - cette chambre, et vota constamment avec les représentants de la - Montagne. - - -Q - - QUÉLEN (le comte DE) *, 1778-1839. Hyacinthe-Louis de Quélen, - archevêque de Paris. - - QUITRY (le marquis DE), 1827-1866. Odon-Charles, marquis de - Chaumont-Quitry, fut nommé au début du second Empire chambellan - de Napoléon III. En 1854, M. de Quitry fut élu député dans le - département de la Sarthe. - - -R - - RACHEL (Mlle) **, 1820-1858. Grande tragédienne française. - - RADETZ-RADETZKY (le comte) ***, 1766-1858. Feld-maréchal - autrichien. - - RADOWITZ (le général Joseph DE) ***, 1797-1853. Grand ami du Roi - Frédéric-Guillaume IV. - - RADZIWILL (prince Guillaume) **, 1797-1870. Général au service de - Prusse. - - RADZIWILL (la princesse Guillaume), **, 1806-1896. Mathilde, - fille du prince Clary. - - RADZIWILL, (prince Antoine), 1833-1904. Fils aîné du prince - Guillaume Radziwill. Officier d'artillerie dans l'armée - prussienne; fut, pendant vingt-deux années, aide de camp de - l'Empereur Guillaume Ier, et ne se retira de la carrière - militaire qu'en 1888, après la mort de Frédéric III. Il était - alors aide de camp général et avait reçu l'ordre de l'Aigle noir. - A la suite de la mort de son père en 1870, le prince Antoine - Radziwill devint chef de sa famille et propriétaire du majorat de - Niewiez en Lithuanie et de deux autres ordinaties dont il - hérita de son oncle, le prince Léon Radziwill. En 1857, il épousa - à Sagan Mlle Marie de Castellane. - - RAGLAN (lord). 1788-1855. James-Henri-Fitzroy-Somerset, baron - Raglan, général anglais, aide de camp du duc de Wellington. Lord - Raglan avait fait avec lui les campagnes d'Espagne et le suivit à - Waterloo, où il fut atteint d'une balle au bras droit qui en - nécessita l'amputation. Après la mort du duc de Wellington, lord - Raglan fut nommé maître général de l'artillerie, et élevé à la - pairie. Général en chef des forces anglaises envoyées en Orient, - l'année 1854, il débarqua en Crimée et prit une part décisive au - succès de la bataille de l'Alma. Atteint du choléra, pendant le - siège de Sébastopol, il mourut à son quartier général. - - RAGUSE (le duc DE) ***, 1774-1852. Marmont, maréchal de France. - - RANDON (le maréchal comte), 1795-1871. Engagé volontaire lors de - la campagne de Russie, Randon était capitaine en 1813. Mis à - l'écart sous la Restauration, il devint, seulement en 1841, - maréchal de camp, et en 1847 lieutenant-général. Après 1848, - Randon fut chargé du gouvernement de l'Algérie, après le coup - d'État. Sénateur en 1852, maréchal de France en 1856, il devint - ministre de la guerre de 1859 à 1867. - - RATTAZZI (Urbain), 1808-1873. Piémontais et homme politique, qui - contribua fort, avec Cavour, à faire l'unité de l'Italie. - - RAÜMER (Charles-Otto), 1805-1859, suivit la carrière - administrative en Prusse et fut ministre des cultes de 1850 à - 1858. - - RAUZAN (la duchesse DE) ***, née en 1820. Claire, fille du - dernier duc de Duras. - - RAVIGNAN (l'abbé DE) **, 1795-1858. Jésuite fort distingué et - prédicateur très goûté. - - RÉCAMIER (Mme) *, 1777-1849. Célèbre par sa beauté et par ses - hautes amitiés. - - REDERN (le comte Henri), 1804-1890. Diplomate prussien. Ministre - à Dresde et à Saint-Pétersbourg. En 1836, il avait épousé la - princesse Victoire Odescalchi. - - RESSÉGUIER (le comte Albert DE), 1816-1902. Issu d'une famille de - Toulouse, le comte de Rességuier fut élu député, en 1849, dans - les Basses-Alpes et fit partie de la majorité monarchique à - l'Assemblée législative. Il ne se rallia pas à la politique du - coup d'État et, ayant protesté avec ses collègues réunis à la - mairie du Xe arrondissement, il fut emprisonné au Mont Valérien. - Enfermé dans Paris, pendant le siège de 1870-1871, le comte de - Rességuier fut un des membres les plus actifs de la Société - internationale des secours aux blessés. En 1871, il fut élu - représentant à l'Assemblée nationale où il prit place à droite. - Non réélu en 1876, M. de Rességuier vécut, depuis lors, dans la - retraite. - - RETZ (le cardinal DE) *, 1614-1679. Joua un rôle considérable - dans la Fronde. - - REUSS (le prince Henri VII), 1825-1906. Diplomate prussien. Le - prince Reuss fut, durant plusieurs années, premier secrétaire à - la légation de Prusse à Paris où il était très en faveur à la - cour des Tuileries. Plus tard, il occupa, comme ambassadeur, les - postes de Saint-Pétersbourg, de Constantinople et de Vienne qui - fut la fin de sa carrière. En 1876, le prince Henri VII Reuss - épousa la princesse Marie de Saxe-Weimar, fille du grand-duc - régnant. Il était chevalier de l'Aigle noir. - - RIGAULT (Ange-Hippolyte), 1821-1858. Littérateur et critique - français, Rigault fut choisi en 1847 par le duc de Nemours, pour - être le précepteur de son fils, le comte d'Eu. Il suivit son - élève en Angleterre après la révolution de 1848, mais revint - bientôt en France où il entra à la rédaction du _Journal des - Débats_. - - RITTBERG (le comte Louis DE), 1797-1881. Président du tribunal de - Glogau, en Silésie prussienne; membre à vie de la Chambre des - seigneurs en Prusse. - - ROBECK (le prince DE), 1801-1853. Gaston de Montmorency. Grand - d'Espagne; capitaine de cavalerie. - - ROGER DU NORD (le comte Édouard), 1803-1881. Homme politique - français. Roger du Nord entra dans la diplomatie sous la - Restauration; puis, en 1831, ayant été élu député, il se consacra - exclusivement à ses nouveaux devoirs. Grand ami de M. Thiers, il - suivit la même ligne de conduite que lui. - - ROTHSCHILD (le baron Meyer-Alphonse DE), né en 1827. Chef de la - maison de banque de Paris que lui laissa son père en 1868. Le - baron Alphonse de Rothschild épousa, en 1837, sa cousine Éléonore - de Rothschild, fille du baron Lionel, chef de la maison de - Londres. - - ROTHSCHILD (James) **, 1792-1868. Quatrième fils de Mayer-Anselme - Rothschild. - - RUSSEL (lord John) *, 1792-1878. Homme d'État anglais, troisième - fils du duc de Bedford. - - RUSSEL (lady John). Françoise-Anna-Maria, fille de lord Minto (un - des ardents du parti whig), épousa en 1841 lord John Russel, dont - elle fut la seconde femme. - - RUSSIE (l'Impératrice DE) *, 1792-1860. Princesse Charlotte de - Prusse. - - RUSSIE (la grande-duchesse Hélène DE) **, 1807-1873. Princesse - Charlotte de Würtemberg. - - RUSSIE (le grand-duc Constantin DE) ***, 1827-1893. Second fils - de l'Empereur Nicolas Ier. Grand amiral de la marine russe. - - -S - - SABLÉ (la marquise DE), 1598-1678. Madeleine de Souvré, marquise - de Sablé, était une des femmes les plus spirituelles du - dix-septième siècle. Fille du maréchal de Souvré, Mme de Sablé - était l'amie de Mme de Longueville, et son salon fut le - rendez-vous des beaux esprits du temps. En 1855, M. Cousin a - publié un livre sur Mme de Sablé. - - SACY (Samuel-Ustazade-Silvestre DE), 1801-1879. Écrivain - français, pendant longtemps rédacteur du _Journal des Débats_, M. - de Sacy fut, en 1854, nommé membre de l'Académie française et, en - 1864, sénateur pour avoir consacré dans le _Journal des Débats_ - deux articles fort élogieux sur la _Vie de Jules César_ que - l'empereur Napoléon III venait de publier. - - SAFFI. Membre influent du gouvernement organisé à Rome en 1848 - par Mazzini. Un triumvirat avait été élu par cette assemblée - romaine. Il se composait de Mazzini, Saffi et Armellini, qui - étaient tous trois investis de pouvoirs absolus. - - SAINT-AIGNAN (Mlle Amicie Rousseau DE), 1835-1854, épousa en 1853 - le comte Paul de Périgord et mourut en donnant le jour à une - fille. - - SAINT-ARNAUD (Achille Leroy DE), 1798-1854. Entré au service - militaire en 1815. Achille de Saint-Arnaud fit toutes les - campagnes d'Afrique et, en 1851, il fut promu au commandement - d'une division de l'armée de Paris. Devenu ensuite ministre de la - guerre, il s'attacha à la réorganisation de l'armée. Le 2 - décembre 1851, Saint-Arnaud fut chargé de prendre les mesures - militaires qui devaient assurer la réussite du coup d'État et, en - 1852, il reçut le bâton de maréchal. Mis, en 1854, à la tête de - l'armée dirigée sur la Crimée, Saint-Arnaud y opéra une heureuse - descente, et après avoir remporté la victoire de l'Alma, - succomba en peu de jours, vaincu par une maladie qui le minait - depuis longtemps. - - SAINTE-AULAIRE (le comte DE) *, 1788-1854. Pair de France et - diplomate distingué. - - SAINTE-BEUVE (Charles-Augustin) ***, 1804-1899. Critique français - célèbre. - - SAINTE-FOIX (Radix DE). Premier commis des Affaires étrangères - sous le Directoire: aimable et plein d'esprit, au dire de Mme - Geoffrin, Sainte-Foix était un grand ami du prince de Talleyrand. - - SAINT-MARC-GIRARDIN (1801-1873). Littérateur français, appelé, en - 1830, à suppléer M. Guizot à la Faculté des lettres et nommé - maître des requêtes au Conseil d'État, Saint-Marc-Girardin devint - rédacteur du journal des _Débats_. En 1834 il fut élu député et, - en 1844, nommé à l'Académie française. Sous la République et - l'Empire, Saint-Marc-Girardin se tint à l'écart de la politique. - - SAINT-PRIEST (le vicomte DE), 1789-1881. - Emmanuel-Louis-Marie-Guignard vicomte de Saint-Priest avait suivi - sa famille en Russie lors de l'émigration; il entra au service - militaire de ce pays et ne revint en France qu'après la chute de - Napoléon Ier. Il servit avec ardeur la cause du gouvernement - royal et, à la seconde Restauration, fut nommé maréchal de camp, - premier écuyer tranchant, et menin de M. le duc d'Angoulême. En - 1823, le vicomte de Saint-Priest se distingua pendant la guerre - d'Espagne où sa belle conduite lui valut le grade de - lieutenant-général. Nommé ministre de France à Madrid, puis à - Berlin, il démissionna en 1832, pour préparer, avec la duchesse - de Berry, le mouvement royaliste en Vendée. Le vicomte de - Saint-Priest vécut ensuite dans la retraite jusqu'en 1849. Il fut - alors élu à l'Assemblée législative, où il vota toujours avec - l'extrême droite, restant fidèle au comte de Chambord dont il - était le confident. Le coup d'État de 1851 mit fin à sa carrière - parlementaire. - - SAINT-PRIEST (le comte Alexis DE) *, 1805-1885. Diplomate et - écrivain français, membre de l'Académie française où il fut élu - en 1849. - - SALMOUR (le comte Roger Gabaleone DE). Le comte de Salmour était - un ami de jeunesse du comte de Cavour. Il fut d'abord secrétaire - au ministère des Finances en Piémont, puis au ministère des - Affaires étrangères et devint ensuite ministre plénipotentiaire à - Naples où il resta jusqu'en 1859. - - SALVANDY (Narcisse-Achille, comte DE) *, 1795-1856. Littérateur - et homme politique français. - - SARDAIGNE (le roi DE), ***, Victor-Emmanuel II, 1820-1878. - - SAVIGNY (Charles-Frédéric DE), 1813-1875, diplomate prussien, - fils du célèbre jurisconsulte de ce nom. Charles de Savigny reçut - plusieurs missions diplomatiques et en 1864 fut envoyé à la Diète - de Francfort-sur-le-Mein. Après la victoire de Sadowa, Charles de - Savigny eut une grande part aux traités et aux négociations ayant - pour objet l'unification de l'Allemagne sous l'hégémonie de la - Prusse. En 1867 il abandonna le service d'État et fut élu député - à la Diète de la nouvelle confédération de l'Allemagne du Nord. - - SAXE (le prince Albert DE), 1828-1902. Fils aîné du roi Jean de - Saxe et de la princesse Amélie de Bavière; succéda à son père sur - le trône de Saxe en 1873. Ce prince avait épousé en 1853 la - princesse Carola de Holstein-Gattorp-Wasa, dont il n'a pas eu - d'enfants. - - SAXE (le prince Georges DE), 1832-1904, second fils du roi Jean - de Saxe, marié en 1859 à l'infante Marie de Portugal, fille de la - Reine Marie II da Gloria. Ce prince succéda à son frère le roi - Albert sur le trône de Saxe en 1902. - - SAXE-COBOURG-KOHARY (la princesse Clémentine d'Orléans), - 1797-1862. Épousa le prince Auguste de Cobourg-Kohary. - - SAXE-MEININGEN (le prince Georges DE), né en 1826. Son père, le - duc Bernard de Saxe-Meiningen, abdiqua, en 1866, en faveur de ce - prince. Celui-ci se maria trois fois: 1e en 1850 à Berlin, avec - la princesse Charlotte de Prusse qui mourut en 1855; 2e avec la - princesse Feodora de Hohenlohe-Langenburg, morte en 1872; 3e - enfin en 1873, il contracta un mariage morganatique avec Hélène - Franz, créée baronne de Heldburg. - - SAXE-MEININGEN (la princesse héréditaire DE) ***, princesse - Charlotte de Prusse, 1831-1855. - - SAXE-WEIMAR (le grand-duc Charles-Frédéric DE), 1789-1853. - Épousa, en 1804, la grande-duchesse Marie-Paulowna de Russie. - - SAXE-WEIMAR (le grand-duc Charles DE ***), 1818-1901. Succéda à - son père en 1853. - - SCARELLA. Artiste habitant Venise. - - SCHMERLING (le chevalier Antoine DE). 1805-1893. Homme d'État - autrichien. Lors des événements de 1848, M. de Schmerling fut - désigné pour faire partie de l'assemblée préparatoire de - Francfort. Il fut membre du Comité des 17 et prit une part des - plus actives à ses travaux. Peu après Schmerling fut élu membre - de l'assemblée de Francfort; et, lorsque l'archiduc Jean, vicaire - de l'Empire, forma son premier cabinet, ce fut M. de Schmerling - qui fut appelé à le présider. N'ayant pu contre-balancer - l'influence croissante de la Prusse, Schmerling demanda à être - rappelé en 1849. Après avoir encore occupé différents postes en - Autriche, il se retira tout à fait lorsque M. de Beust reçut le - pouvoir des mains de l'Empereur d'Autriche. - - SCHULENBOURG (le comte Charles DE) **, 1788-1856. - Lieutenant-colonel autrichien; troisième mari de la duchesse - Wilhelmine de Sagan. - - SCHIAVONE (Andrea), 1522-1582. Peintre et graveur, très protégé - par le Titien. Il était né en Dalmatie. - - SCHILLER, 1759-1805. Grand poète tragique et historien allemand. - - SCHLEINITZ (le comte Alexandre DE) ***, 1807-1885. Diplomate et - ministre en Prusse. - - SCHLEGEL (Auguste-Guillaume) ***, 1767-1845. Célèbre critique - allemand, très attaché à Mme de Staël. - - SCHLICK (François), 1789-1862. Comte de Bassano et de - Weisskirchen, général autrichien qui fit les guerres contre - Napoléon Ier. En 1844 il fut fait feld-maréchal et, après la - révolution de Vienne en 1848, Schlick commanda la place de - Cracovie. Il remporta alors avec des forces minimes plusieurs - victoires sur les insurgés et se réunit ensuite à Windisch-Graetz - ainsi qu'à Haynau pour contribuer aussi à la soumission de la - Hongrie. Ayant reçu encore un commandement en 1859, il combattit - aussi à Solferino. - - SCHMETTAU (Mme DE), morte en 1854. Justine de Blücher épousa à - Coblence en 1852 M. de Schmettau et mourut deux ans après son - mariage. - - SCHŒNLEIN (le docteur) **, 1793-1864. Savant médecin natif de - Zurich et plus tard établi à Berlin. - - SCHŒNBURG (la princesse Louise) **, 1803-1884. Née princesse de - Schwarzenberg. - - SCHŒNBORN (la comtesse DE), née en 1800. Ernestine, fille du - comte de Kürnburg, mariée en 1822 au comte Charles de Schœnborn. - Devenue veuve en 1841, la comtesse Schœnborn fut nommée - grande-maîtresse de cour de l'archiduchesse Sophie d'Autriche. - - SCHWANTHALTER (Louis-Michel), 1802-1848. Célèbre sculpteur - allemand. Bavarois de naissance. Il laissa de nombreux ouvrages, - ornant surtout la ville de Munich. - - SCHWARZENBERG (le prince Félix) ***, 1800-1852. Diplomate - autrichien et premier ministre après 1848. - - SCHWARZENBERG (le cardinal-prince Frédéric DE), ***, 1807-1885. - Prince-archevêque de Prague depuis 1849. - - SCHWARZENBERG (le prince Charles-Philippe DE), 1771-1819. - Feld-maréchal autrichien. Envoyé comme ambassadeur à - Saint-Pétersbourg, puis à Paris, il y négocia le mariage de - Napoléon Ier avec l'archiduchesse Marie-Louise en 1809. Dans - un bal que le prince Schwarzenberg donnait en 1810, à l'occasion - de cet événement, un incendie terrible éclata où il périt une - foule de personnes, entre autres sa propre belle-sœur. Le prince - Schwarzenberg commanda les troupes autrichiennes auxiliaires de - celles de la France, pendant la campagne de Russie, puis il - devint général en chef des troupes coalisées après la défection - de l'Autriche. - - SCHWARZENBERG (le prince Adolphe DE), 1799-1888. Landgrave - princier de Kleggau, épousa en 1838 la princesse Éléonore de - Lichtenstein. - - SCHWERIN (le comte Maximilien) ***, 1804-1872. Homme d'État - prussien, plusieurs fois ministre. - - SCLOPIS (le comte), 1798-1859. Paul-Frédéric Sclopis di Salerano, - natif de Turin, était un jurisconsulte du plus haut mérite. - Membre de la commission nommée par le roi Charles-Albert, pour - élaborer un nouveau code civil dans le royaume de Piémont, - Sclopis devint président de la commission pour la loi de la - presse, puis ministre de la Justice en 1848 dans le cabinet - Balbo. Après la démission de ce ministère, le comte Sclopis fut - créé sénateur et devint président de ce Sénat. Président de - l'Académie des sciences à Turin, il collabora à l'_Antologia_ - fondée à Florence: catholique fervent, Sclopis combattit la - suppression des ordres religieux. En 1868, le roi lui accorda le - collier de l'ordre de l'Annunziata. En 1872, dans la question de - l'Alabama qui faillit faire éclater la guerre entre l'Amérique et - l'Angleterre, le comte Sclopis fut nommé arbitre entre les deux - nations. - - SCLOPIS (la comtesse), née Avogadro, d'une très bonne famille de - Novare. - - SEEBACH (la comtesse DE), 1820-1888. Marie, fille du comte de - Nesselrode, chancelier de Russie, épousa, en 1839, le comte - Albin-Léon de Seebach, chambellan du roi de Saxe, ministre - plénipotentiaire durant de longues années, à Paris, où il mourut - en 1894. - - SEIGNELAY (Jean-Baptiste Colbert, marquis DE), 1651-1691. Fils - aîné du grand Colbert, auquel il succéda comme secrétaire d'État - au département de la marine. Le marquis de Seignelay prit part à - quelques-uns des faits d'armes de cette marine qu'il avait très - puissamment organisée. - - SERRANO (la maréchale), duchesse de la Torre, habitait Paris. - Elle était célèbre par sa beauté et une vie un peu aventureuse. - - SÉVIGNÉ (la marquise DE), 1636-1696. Marie de Rabutin-Chantal, - une des femmes les plus distinguées du dix-septième siècle. - - SEYMOUR (sir George Hamilton), 1797-1880. Diplomate anglais et - petit-fils du premier marquis d'Hertford. Après avoir passé par - plusieurs postes diplomatiques en Europe, sir Hamilton Seymour - fut transféré en 1851 de Lisbonne à Saint-Pétersbourg où il eut - avec l'empereur Nicolas Ier ces fameux entretiens secrets, - communiqués à lord John Russell, et ensuite au Parlement, dans - lesquels le Czar offrait à l'Angleterre de partager avec elle les - dépouilles de l'empire turc. En 1855 sir Hamilton Seymour fut - envoyé comme ambassadeur à Vienne et nommé membre du Conseil - privé. En 1858 il prit sa retraite. - - SEYMOUR (Lady Gertrude), fille du duc Dacre, mariée en 1831 à sir - George Hamilton Seymour, diplomate anglais. - - SHELLEY (Lady Suzanne), fille de Stephen-Martin, avait épousé en - 1843 sir Spencer-Shelley. - - SHREWSBURY (lord Bertram-Arthur), 17e lord. Shrewsbury mourut - sans enfants et laissa la partie disponible de sa fortune au - second fils du duc de Norfolk. - - SINGLIN (Antoine), 1600-1664. Ascète de la Société de Port-Royal - et directeur de la maison de Paris. Lié d'amitié avec Saint-Cyran - et Gondi, Singlin tenait rang parmi les prédicateurs de cette - époque. Ses sermons attiraient la foule et il avait des - pénitents des classes les plus élevées. Antoine Singlin fut - interdit par l'archevêque de Paris en sa qualité de Janséniste. - Il quitta Paris en 1661 et se retira dans une terre appartenant à - la duchesse de Longueville. - - SOPHIE D'AUTRICHE (l'archiduchesse) **, 1805-1872. Fille du roi - Max de Bavière, épousa en 1824 l'archiduc François. - - SOPHIE-CHARLOTTE (la Reine), 1668-1705. Fille d'Ernest-Auguste, - électeur de Hanovre, épouse de Frédéric Ier, Roi de Prusse, - dont elle fut la seconde femme. - - SOUVAROFF (Alexis Vialiéwitch, comte DE), 1729-1800. Général dans - l'armée russe, Souvaroff fit toutes les guerres contre la - Turquie, soumit les Tartares-Nogaïs de la Crimée et battit - l'armée polonaise, en 1794, commandée par Kosciusko. Avant de - prendre possession de Varsovie, Souvaroff fit un carnage - effroyable des habitants du faubourg de Praga. En 1799, Souvaroff - fut envoyé, comme généralissime, en Italie où il obtint d'abord - des succès contre les Français; mais Masséna sut ensuite le - refouler en Suisse. Souvaroff revint alors en Russie, y mourut - peu après, mécontent et en disgrâce. - - SPONNECK (Guillaume-Charles, comte DE), 1815-1888. Homme d'État - et économiste danois. En 1850 il était ministre des Finances en - Danemark, et ce fut le comte Sponneck qui accompagna le Roi - Georges en Grèce. - - STAEL (Mme DE) *, 1766-1817. Née Necker, célèbre par ses talents - et son exil. - - STANLEY (Lord Edward-Henry-Smith), 1826-1893. Fils aîné de lord - Derby (Edward-Geoffrey Stanley, mort en 1869). Envoyé à - vingt-deux ans à la Chambre des Communes, lord Stanley y siégea - avec les tories dont son père était le chef. En 1869, à la mort - de son père, il prit le titre de lord Derby et suivit la - politique de M. Disraëli. - - STOLBERG-WERNIGERODE (le comte Henri DE) ***, 1772-1854. Ministre - d'État en Prusse. - - STRATFORD DE REDCLIFFE (lord Canning, vicomte DE), 1786-1880. - Diplomate anglais, cousin du célèbre Canning. Après avoir occupé - plusieurs postes, lord Stratford devint ambassadeur auprès du - Sultan; il y travailla à réconcilier la Russie avec la Turquie et - se retira ensuite à Navarin. Redevenu ambassadeur à - Constantinople, de 1841 à 1858, il appuya la Porte qui refusait - de livrer les réfugiés hongrois et prit une part prépondérante - aux négociations qui amenèrent l'alliance franco-anglaise et la - guerre de Crimée. En 1852, lord Stratford fut élevé à la pairie - en Angleterre. - - STRAUSS (Victor), 1809-1899. D'abord théologien, Strauss devint, - depuis 1850, ministre de la principauté de Schaumburg-Lippe à la - Diète de Francfort. Partisan de la politique autrichienne, - Strauss était détesté de Bismarck et de la cour de Berlin. - - STRIKLAND (Miss Agnès), 1806-1874. Femme de lettres, auteur de - plusieurs ouvrages historiques, entre autres de la biographie des - reines d'Angleterre et d'Écosse. - - SUE (Eugène), 1804-1857. Célèbre romancier français, auteur des - _Mystères de Paris_ et du _Juif Errant_. - - SUÈDE (la princesse Amélie DE) ***, 1805-1853, sœur du prince - Gustave de Wasa, père de la Reine Carola de Saxe. - - SUÈDE (le Roi Oscar Ier DE), 1799-1859, succède à son père le - Roi Charles XIV en 1844. En 1829, ce prince avait épousé la - princesse Joséphine de Leuchtenberg, fille du prince Eugène de - Beauharnais. - - SUÈDE (le prince Oscar DE), duc d'Ostrogothie, 1829-1907. En 1872 - ce prince monta sur le trône de Suède. En 1857, il avait épousé - la princesse Sophie de Nassau. - - -T - - TALBOT (lord Edmond Bernard), né en 1855, second fils du - quatorzième duc de Norfolk, adopta, avec l'autorisation de la - Reine en 1876, les noms et les armes de Talbot. Il était officier - dans l'armée anglaise et avait épousé, en 1879, lady Mary, fille - de lord Montagu-Bertie des earls of Abingdon. - - TALLEYRAND (le prince DE) *, 1754-1838. Charles-Maurice, prince - de Bénévent. - - TALLEYRAND (le baron, puis comte Charles DE) ***, 1821-1896. - Diplomate français. - - TALLEYRAND (la comtesse Louis DE), 1819-1855. Stéphanie de - Pommereu, mariée en 1839 au comte Louis de Talleyrand. - - TA['N]KI (Joseph), 1805-1888. Patriote et publiciste polonais. - Après avoir pris une part active à la révolution de 1830, Joseph - Ta['n]ski se réfugia en France où il fut incorporé, comme - officier, dans la Légion étrangère et devint capitaine en - combattant contre Abd-el-Kader, et en Espagne contre les - carlistes. Joseph Ta['n]ski entra alors dans la presse et devint - collaborateur du journal des _Débats_. Pendant la guerre de - Crimée, à laquelle il prit part, Joseph Ta['n]ski organisa une - direction d'informations militaires qui rendit les plus précieux - services à l'armée des alliés. A la fin de 1870, il fonda - _l'Avenir militaire_, dans lequel Ta['n]ski s'occupa de la - réforme et de la réorganisation de l'armée française. Il a laissé - plusieurs ouvrages et s'était fait une place très honorable, - comme publiciste. - - THEIMER (Augustin), 1804-1874. Théologien allemand, prêtre de - l'Oratoire à Rome, il devint Conservateur des archives secrètes - du Saint-Siège. Le père Theimer écrivit une _Histoire du - Pontificat du pape Clément XIV_, qui avait aboli les Jésuites. Il - se vit alors accusé par les Pères de cet ordre de procurer aux - évêques de l'opposition, pendant le Concile du Vatican - (1869-1870), les documents nécessaires pour combattre le dogme - de l'infaillibilité du Pape; il se retira alors de sa charge - d'archiviste en 1870. - - THIERS (Adolphe) *, 1797-1877. Homme d'État et historien - français, membre de l'Académie française. - - THIERS (Mme), 1815-1880, née Mlle Élise Dosne. - - THOUVENEL (Édouard-Antoine), 1818-1866. Homme d'État français et - diplomate. Ministre à Athènes en 1850, il vit arriver au Pirée - une escadre anglaise qui venait appuyer les réclamations du juif - Pacifico et ce fut alors M. Thouvenel qui organisa la défense de - la cour d'Athènes. Après avoir été ambassadeur à Constantinople - de 1855 à 1860, Thouvenel fut nommé ministre des Affaires - étrangères, et c'est sous son administration qu'eurent lieu - l'annexion du comté de Nice, celle de la Savoie, la - reconnaissance du royaume d'Italie, l'expédition de Syrie et la - conclusion de plusieurs traités de commerce. - - THUN (le comte Frédéric DE), 1810-1881. Diplomate autrichien. Le - comte Thun fut ministre à Berlin, puis ambassadeur à - Saint-Pétersbourg. Il avait épousé la comtesse Léopoldine de - Lamberg. - - TOCQUEVILLE (le comte Alexis-Clérel DE) **, 1805-1859. Député - français et historien distingué, membre de l'Académie française. - - TORENO (la comtesse DE), 1810-1858. Dona Isabel-Gayaso, fille du - marquis Camarasa, dame de S. M. la Reine Isabelle d'Espagne, - épousa le comte de Toreno. Celui-ci était de très grande famille - et homme d'État considérable en Espagne, où il fut président du - Conseil en 1835. Il était à la fois écrivain très considéré et - grand orateur. - - TOSCANE (le grand-duc DE) **, 1797-1870. Léopold II, archiduc - d'Autriche, succéda à son père en 1824. - - TOSCANE (la grande-duchesse mère DE), 1814-1898. - Marie-Antoinette, fille du roi des Deux-Siciles, François Ier, - épousa en 1833 Léopold II, grand-duc de Toscane, qui abdiqua en - 1859 en faveur de son fils Ferdinand. - - TOSCANE (le prince héréditaire DE), 1837-1908. Ferdinand IV, fils - du grand-duc Léopold II, qui abdiqua en faveur de ce prince en - 1859. Il épousa, en premières noces, une princesse de Saxe et, en - deuxièmes noces, une princesse de Parme. - - TROCHU (le général), 1815-1895. Louis-Jules Trochu fut toujours - voué à la carrière militaire. Envoyé en Algérie en 1840, comme - lieutenant d'état-major, Trochu y fit plusieurs campagnes comme - aide de camp de Lamoricière, puis, comme attaché au maréchal - Bugeaud. Membre de l'état-major de Saint-Arnaud, il fit ainsi la - guerre de Crimée. Nommé en 1870 gouverneur de Paris, il dut y - subir tout le siège, et se retira, après la chute de la capitale, - dans la ville de Tours, où il vécut ignoré et éloigné du monde le - reste de sa vie. - - TYLER (Mrs Julie), 1821. Julie Gardiner, fille aînée de David - Gardiner (qui périt par suite d'une explosion à bord du vaisseau - _Princeton_), épousa en 1844, à New-York, le président Tyler un - an avant la fin de son gouvernement. - - -U - - USEDOM (le comte D') ***, 1805-1884. Diplomate prussien. - - -V - - VAILLANT (le maréchal), 1790-1872. Comme jeune officier, Vaillant - avait déjà combattu à Waterloo en 1815. En 1830, il fut blessé à - la prise d'Alger, devint colonel en 1832 pendant le siège - d'Anvers et enfin lieutenant général en 1845. En 1849, Vaillant - fut chargé de diriger le siège de Rome; il fut créé maréchal de - France en 1851, sénateur et membre de l'Académie des sciences en - 1853. Vaillant fut ministre de la guerre de 1854 à 1859 et - remplit les fonctions de major général pendant la campagne - d'Italie. De 1860 à 1870 le maréchal Vaillant fut ministre de la - maison de l'Empereur Napoléon III. - - VALENÇAY (le duc DE) *, 1811-1898. Louis de Talleyrand-Périgord, - duc de Talleyrand et de Sagan, fils aîné de la duchesse de Dino. - - VAN DER MEULEN (Antoine-François), 1624-1690. Peintre de - batailles, né à Bruxelles. Colbert l'appela en France, et Lebrun - lui fit épouser sa nièce. - - VARENNES (Le baron Burignot DE), 1795-1873. Ministre de France en - Mecklembourg, lors du mariage de la princesse Hélène avec le duc - d'Orléans, M. de Varennes passa ensuite en Portugal, où il resta - jusqu'en 1848, puis remplaça à Berlin, en 1852, M. de Persigny - comme ministre de France. En 1855, M. de Varennes entra au Sénat. - - VEUILLOT (Louis), 1813-1883. Littérateur et journaliste français, - fils d'un pauvre tonnelier, rédacteur en chef du journal - _l'Univers_. Au nom de l'ultramontanisme, Louis Veuillot y - attaqua avec une violence inouïe le parti des catholiques qui - n'approuvait pas ses tendances, et ne se rangeait pas à l'avis de - _l'Univers_. - - VICENCE (la duchesse DE), 1785-1876. Adrienne Carbonnel de - Canisy, épousa en 1814 le comte Armand de Caulaincourt, duc de - Vicence. - - VICTORIA Ire (la reine) *, 1819-1901, monta sur le trône - d'Angleterre en juin 1837. - - VIEUXTEMPS (Henri), 1820-1881. Célèbre violoniste, né à - Bruxelles. Artiste de premier ordre et du talent le plus - brillant. - - VILLAMARINA (le marquis Salvator DE), 1813-1877. Ministre de - Sardaigne à Paris depuis 1853 et second plénipotentiaire du - Piémont, au Congrès de Paris, en 1856, où Cavour occupait le - premier rang. - - VILLEMAIN (Abel-François) *, 1790-1870. Écrivain français, membre - de l'Académie française. - - VINCKE (le baron Frédéric-Georges-Ernest DE), 1811-1875. Homme - politique prussien. L'activité que M. de Vincke déploya aux - premières Diètes prussiennes attira l'attention générale. Vincke - défendit, avec une violence extrême, les opinions - constitutionnelles et prit une part vive aux luttes - révolutionnaires: député à la seconde Chambre prussienne en 1849, - il y combattit toujours la politique du ministère. - - VISCONTI (Louis-Joachim) ***, 1791-1863. Architecte d'origine - italienne mais naturalisé Français. - - VOGÜÉ (la comtesse DE), née Mlle de Damas, fille du duc Charles - de Damas et de Mlle de Langeron. Elle épousa en premières noces - le comte de Vogüé dont elle eut un fils, et en deuxièmes noces le - comte de Chastellux dont elle eut deux filles. Mme de Vogüé, - comme Mme de Damas, sa mère, était remplie d'esprit; elles - avaient toutes les deux un salon très fréquenté à Paris. - - -W - - WAGRAM (Berthier, prince DE), 1810-1887. Fils du maréchal - Berthier, le prince de Wagram succéda à son père en 1815 dans sa - dignité de pair de France. N'ayant que cinq ans à cette époque, - il ne put siéger qu'en 1836. Le gouvernement de Louis-Philippe le - fit, en 1846, chevalier de la Légion d'honneur et, en 1852, le - prince de Wagram entra au Sénat constitué par Napoléon III. - - WAGRAM (Mlle DE), 1832-1884. Maley-Berthier, fille du prince de - Wagram, épousa le prince Jérôme Murat en 1854, dont elle fut la - première femme. - - WALEWSKI (le comte) **, 1810-1868. Homme politique français. - - WALEWSKA (la comtesse), née à Florence en 1823. Mlle - Anna-Alexandra de Ricci épousa, en 1846, le comte Walewski, qui - était alors veuf de lady Caroline Montagu, fille de lord - Sandwich. Après la mort du comte Walewski, en 1868, sa veuve se - remaria avec M. Alexandro. - - WALDERSÉE (le comte Frédéric-Gustave DE), 1795-1866, - lieutenant-général dans l'armée prussienne. Il fut pendant - quelque temps ministre de la guerre. - - WALLMODEN-GIMBORN (le comte Louis DE) ***, 1769-1862. - Feld-maréchal autrichien qui commanda le corps d'armée dans - l'Italie supérieure durant de longues années. - - WALSCH (M. Olivier), chambellan de l'empereur Napoléon III. Son - frère avait épousé la veuve du marquis d'Aramon. - - WASA (le prince Gustave DE) ***, 1790-1877, épousa en 1830 la - princesse Louise de Bade, fille aînée de la grande-duchesse - Stéphanie de Bade. - - WASA (la princesse) **, 1811-1854. Louise, fille du grand-duc - Charles de Bade et de la grande duchesse Stéphanie. - - WEDEL (le général DE), 1785-1861. Général prussien, gouverneur du - Luxembourg, chevalier de l'ordre de l'Aigle noir, aide de camp - général du Roi Frédéric-Guillaume IV. - - WELLESLEY (la marquise DE), morte en 1853. Marianne, fille d'un - Américain de Philadelphie, mariée en premières noces à Robert - Paterson, fils d'Élisabeth Paterson et de Joseph Bonaparte, roi - de Westphalie. Devenue veuve, elle épousa, en 1825, Richard, - marquis de Wellesley, qui fut gouverneur des Indes, et dont elle - devint la seconde femme. - - WELLINGTON (le duc DE) *, 1769-1852. Général anglais, vainqueur à - la bataille de Waterloo en 1815. - - WESTMORLAND (lord), 1811-1859. Lord John Burghersh *, devint - comte de Westmorland après la mort de son père. - - WESTMORLAND (Lady) ***, 1793-1879. Anne, fille du baron - Maryborough, frère du duc de Wellington. - - WESTPHALEN (M. DE), 1799-1876. Fut ministre de l'Intérieur en - Prusse de 1850 à 1858, et devint en 1854 membre de la Chambre des - seigneurs. - - WINDISCH-GRAETZ (le prince Alfred), 1787-1862, général - autrichien; après avoir réprimé le soulèvement de Vienne, en - 1848, il fut fait feld-maréchal. - - WINDISCH-GRAETZ (la princesse Mathilde DE), née en 1835. Fille du - maréchal Windisch-Graetz; elle épousa en 1857 son cousin le - prince Charles Windisch-Graetz, qui fut tué en 1859 à la bataille - de Solferino en Italie. - - WINTER (M. DE). Fut ministre de l'Intérieur en Prusse, de 1859 à - 1860, et, après le duel Manteuffel, nommé président de la police - à Berlin. - - WINTERHALTER (François-Xavier), 1806-1873, peintre et - portraitiste allemand, établi à Paris. Sous le règne de - Louis-Philippe il fit plusieurs portraits de la famille royale; - mais il fut surtout en vogue sous le règne de Napoléon III, ayant - fait plusieurs beaux portraits de l'Impératrice Eugénie. - - WITTGENSTEIN (la princesse Léonille DE), née en 1816, fille du - prince Ivan Bariatinsky et de la comtesse Wilhelmine Keller; elle - épousa en 1834 le prince Louis de Sayn-Wittgenstein, dont elle - devint veuve en 1866. - - WRANGEL (le maréchal, comte DE), 1784-1877. Commandant des - troupes allemandes en Holstein pendant l'année 1848. Wrangel sut - la même année contenir la populace fort menaçante de Berlin sans - verser de sang. En 1863 il commanda le corps d'armée prussien - contre le Danemark. - - WURTEMBERG (le Roi Guillaume Ier DE) *, 1781-1864, monté sur - le trône en 1816. - - WURTEMBERG (le prince Auguste) **, 1813-1885. Officier prussien. - Il prit une grande part aux guerres de 1866 et de 1870, comme - commandant du corps de la garde de Prusse. - - WURTEMBERG (le prince royal DE) ***, 1823-1891. Charles, fils du - Roi Guillaume Ier, auquel il succéda, en 1864, sur le trône de - Wurtemberg. - - WURTEMBERG (la princesse royale DE). 1822-1892. Olga, fille de - l'empereur Nicolas de Russie. Cette princesse, d'une beauté très - remarquable, épousa, en 1846, Charles, prince royal de - Wurtemberg, qui monta sur le trône en 1864. Ils n'eurent jamais - d'enfant. - - -Z - - ZAMOYSKI (le général), 1803-1868. Le comte Ladislas Zamoyski, - général de division au service anglais, avait servi dans l'armée - polonaise en 1830. - - ZEDLITZ (le baron Joseph-Chrétien DE) ***. 1790-1861. Officier - dans l'armée autrichienne; poète fort apprécié. - - ZEDLITZ (M. DE), né en 1813, préfet de police à Berlin de 1856 à - 1861. - - ZICHY DE VASONYKEÖ (le comte Eugène DE) ***, 1809-1848. Il fut - accusé d'espionage par les Hongrois insurgés qui le mirent à - mort. - - ZICHY DE VÁSONYKEÖ (le comte Joseph DE), 1814-1897. Epousa, en - 1853, la princesse Mélanie de Metternich, fille du chancelier - d'Autriche. - - - - -TABLE GÉNÉRALE DES NOMS CITÉS DANS LES QUATRE VOLUMES DE LA CHRONIQUE - -A - - ABD-EL-KADER (L'émir), II, 168; III, 323. - - ABERCROMBY (George-Ralph), I, 94, 119, 120, 145, 165. - - ABERDEEN (Lord), I, 146; III, 155, 225; IV, 124. - - ABERGAVENNY (Earl of), I, 6, 7. - - ABRANTÈS (La duchesse D'), I, 340. - - ABZAC (Le général marquis D'), IV, 409. - - ACERENZA (La duchesse Jeanne D'), II, 279, 332, 338; III, 295. - - ACTON (Lady), II, 340. - - ADAMS (Le président), II, 451. - - ADÉLAÏDE D'ORLÉANS (Madame), I, 29, 33, 243, 278, 310, 314, 318, - 324, 326, 356, 358, 362, 373, 376, 383, 387, 395; II, 2, 16, 30, - 47, 49, 74, 79, 84, 85, 87, 94, 106, 117, 129, 140, 150, 151, - 157, 160, 180, 186, 195, 197, 213, 223, 262, 320, 363, 364, 369, - 379, 381, 397; III, 20, 37, 55, 63, 192, 201, 202, 209, 213, 219, - 225, 264, 265, 268, 322, 324,332; IV, 277. - - ADOLPHE DE NASSAU (Empereur d'Allemagne), I, 343, 346. - - AFFRE (Monseigneur), II, 348, 361, 366, 428, 441; III, 4, 5, 22, - 23, 27, 44, 98, 105. - - AGOULT (La vicomtesse D'), I, 72; II, 379; III, 50. - - AILESBURY (Lord), III, 38. - - AILESBURY (Lady), III, 38. - - ALAVA (Le général don Ricardo), I, 51, 54, 215, 234, 359, 371, - 380; II, 9, 38, 47, 183, 337; III, 130, 131, 204, 207, 304. - - ALBANY (La comtesse D'), I, 193, 194. - - ALBE (Le duc D'), IV, 387. - - ALBUFÉRA (La duchesse d'), II, 117, 126, 151, 156, 339, 347, 352, - 361, 376, 387, 389, 394, 417, 437; III, 24, 97, 98, 99, 125, 127, - 131, 155, 185, 280; IV, 16, 33, 35, 73, 77, 92, 130, 255, 268, - 304. - - ALCUDIA (Le duc D'), I, 209. - - ALDBOROUGH (Lady), I, 103, 104, 333; III, 38. - - ALEXANDRE Ier (Empereur de Russie), I, 332; II, 335; III, 301. - - ALFIERI (Le comte Victor), I, 193, 378. - - ALIBAUD, II, 66, 67, 69, 70, 78, 99, 116, 182. - - ALLEGRI (Grégoire), IV, 162. - - ALLEN (George), I, 99, 103, 122. - - ALTENSTEIN (Le baron Charles D'), II, 321. - - ALTHORP (Lord), I, 92, 101, 102, 161, 163, 164, 165, 168, 170, - 177, 179. - - ALTON-SHÉE (Le comte Édouard D'), II, 390; III, 50, 325. - - ALVANLEY (Lord), I, 197, 368. - - ALVENSLEBEN (Le comte D'), III, 284; IV, 177. - - AMÉLIE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 170. - - AMPÈRE (M.), I, 338; III, 221. - - ANCELOT (M.), III, 42; IV, 194. - - ANCILLON (M.), II, 44, 49, 50, 55, 63, 119, 121, 142, 143. - - ANCILLON (Mme), II, 119. - - ANDILLY (Arnauld D'), II, 44, 196. - - ANDRAL (Le docteur), III, 57, 258. - - ANDRAL (Mme), II, 138. - - ANDREA DEL SARTO, IV, 107. - - ANGLETERRE (La reine Adélaïde D'), I, 56, 113, 149, 150; II, 168, - 179; III, 67, 318, 391. - - ANGLETERRE (Le prince Albert D'), III, 32. - - ANGLETERRE (La reine Charlotte D'), II, 168. - - ANGLETERRE (le roi Guillaume IV D'), I, 66, 68, 70, 78, 106, 131, - 144, 172, 198; II, 34, 144, 156, 160; III, 318. - - ANGLONA (Le prince D'), II, 183. - - ANGOULÊME (Le duc D'), II, 40, 110. - - ANGOULÊME (La duchesse D'), II, 40; III, 253; IV, 26, 27. - - ANHALT-DESSAU (La duchesse D'), III, 103. - - ANNE D'AUTRICHE (Reine de France), I, 36, 43; II, 97. - - ANNE DE BRETAGNE (Reine de France), II, 165. - - ANTONELLI (Le cardinal), IV, 297, 315, 362, 376. - - ANTONIO (L'infant d'Espagne), I, 239. - - Antrobus (Lady), I, 374. - - APPONYI (Le comte), II, 1, 15, 127, 395, 409; III, 52, 109, 115; - IV, 81, 89. - - APPONYI (La comtesse Annette), I, 395; III, 52, 97, 115. - - ARAGO (M.), III, 148, 248, 360, 368, 370. - - ARBUTHNOT (Mrs), I, 209, 230. - - ARCO (La comtesse D'), II, 113. - - ARENBERG (La duchesse D'), I, 366, 367. - - ARENBERG (Le prince Pierre D'), I, 347; III, 27, 71, 79, 132, - 133, 134, 238, 239; IV, 17, 101. - - ARENBERG (La princesse Pierre D'), I, 349; III, 132, 219, 230. - - ARENBERG (Le duc Prosper-Louis D'), I, 366. - - ARGENSON (Le comte D'), I, 251. - - ARGOUT (Le comte D'), II, 90; III, 242, 247. - - ARJUZON (Le comte D'), IV, 64. - - ARNAULD (La mère Angélique de Saint-Jean), II, 44. - - ARNAULD (Antoine), II, 44. - - ARNAULD (La mère Marie-Angélique de Sainte-Madeleine), II, 44. - - ARNAULT, I, 246. - - ARNFELD (Le baron D'), III, 287. - - ARNIM-BOITZENBURG (Le comte D'), III, 408, 409, 410, 453. - - ARNIM-HEINRICHSDORF (Le baron Henri D'), II, 281; III, 104, 113, - 184, 351. - - ARNIM-HEINRICHSDORF (Le comte Henri D'), IV, 3. - - ARSOLI (Le prince D'), II, 150. - - ARSOLI (La princesse D'), II, 187. - - ARTOIS (Le comte D'), I, 298; III, 471, 472, 473, 474, 475. - - ASHLEY (Sir), I, 40. - - ASSELINE (Adolphe), III, 34. - - ASTON (Le comte), III, 152, 157. - - ATHALIN (Le général baron), I, 359; II, 146. - - AUBUSSON DE LA FEUILLADE (Le comte D'), I, 393. - - AUBUSSON (Mlle Noémie D'), II, 418. - - AUDIN, III, 95. - - AUERSPERG (La princesse D'), III, 301. - - AUERSWALD (Rodolphe D'), IV, 293, 315, 321, 335, 393, 406, 424. - - AUGEREAU (Le maréchal), I, 257. - - AUGIER (Émile), IV, 253. - - AUGUSTE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 5, 172, 211; II, 131. - - AUGUSTENBURG (La duchesse D'), III, 327. - - AUMALE (Le duc D'), I, 385; II, 178, 372; III, 35, 37, 45, 117, - 192, 268, 280; IV, 10, 59, 285, 353. - - AUMALE (La duchesse D'), III, 447; IV, 10. - - AUSTIN (Sarah), II, 336. - - AUTRICHE (L'archiduc ALBERT D'), III, 309. - - AUTRICHE (L'impératrice Caroline D'), II, 63. - - AUTRICHE (L'archiduc Charles D'), II, 49-56, 69. - - AUTRICHE (L'impératrice Élisabeth D'), IV, 120, 121, 122, 382. - - AUTRICHE (L'archiduchesse Élisabeth D'), III, 399; IV, 90. - - AUTRICHE (L'empereur Ferdinand Ier), I, 383; II, 69. - - AUTRICHE (L'empereur François II D'), III, 161. - - AUTRICHE (L'archiduc François-Charles D'), II, 69; III, 348. - - AUTRICHE (L'archiduc Jean D'), III, 352, 354, 382. - - AUTRICHE (L'archiduc Léopold D'), IV, 6. - - AUTRICHE (L'archiduc Louis-Joseph D'), I, 383. - - AUTRICHE (L'archiduchesse Marguerite D'), IV, 291. - - AUTRICHE (L'archiduchesse Marie D'), duchesse de AUTRICHE - (L'archiduchesse Marie-Louise D'), plus tard l'impératrice des - Français, I, 258, 332; II, 65. - - AUTRICHE (L'archiduc Max D'), III, 446; IV, 228, 260, 316, 383. - - AUTRICHE (L'archiduchesse Sophie D'), I, 383; II, 55, 69; III, - 311, 367, 445, 446; IV, 51, 87, 94, 101, 113, 114, 227, 228. - - AUTRICHE (L'archiduchesse Thérèse D'), plus tard reine de Naples, - II, 56, 79, 122, 182. - - AVENAS (Mme D'), IV, 77, 214. - - AVIGDOR (Jules), IV, 79. - - AYEN (Le duc D'), IV, 235. - - AYEN (La duchesse D'), IV, 235. - - -B - - BACH (Le baron), III, 444. - - BACKHOUSE (John), I, 127, 128, 207. - - BACOURT (M. DE), I, 32, 45, 365, 382; III, 471, 474. - - BADE (La princesse Alexandrine DE), III, 161. - - BADE (Le prince-régent Frédéric-Guillaume DE), IV, 230. - - BADE (Le grand-duc Léopold DE), II, 348; III, 369, 427, 431. - - BADE (La princesse Marie DE), plus tard marquise de Douglas, - duchesse de Hamilton, II, 285, 348, 354, 355, 356; III, 65, 67, - 142, 146, 149, 156, 157, 160, 231, 235, 272, 420; IV, 40, 43, 76, - 303, 396, 400. - - BADE (La grande-duchesse Stéphanie DE), née de Beauharnais, I, - 382; II, 81, 105, 127, 195, 198, 272, 328, 351, 353; III, 65, 66, - 67, 69, 139, 141, 143, 149, 150, 154, 158, 159, 160, 161, 170, - 171, 172, 192, 236, 271, 272, 273, 368, 369, 420; IV, 40, 42, - 114, 133, 259, 342. - - BAGRATION (La princesse), II, 157, 160. - - BAILLOT (M.), I, 48. - - BALBI (La comtesse DE), I, 324, 325; II, 76, 204. - - BALBI-SENAREGA (Le marquis DE), IV, 224. - - BALLANCHE (M.), II, 438; III, 66, 167, 181; IV, 334. - - BALZAC (Honoré DE), II, 108; III, 308. - - BAOUR-LORMIAN (M.), IV, 194. - - BARANTE (Le baron DE), I, 385; II, 63, 87, 163, 393, 403; III, - 11, 118, 121, 150, 154, 155, 164, 167, 168, 174, 181, 189, 190, - 193, 195, 214, 222, 225, 227, 239, 247, 252, 284, 301, 321, 325; - IV, 12, 17, 19. - - BARANTE (La baronne DE), II, 407. - - BARBÈS (M.), III, 370. - - BARBEY DE JOUY (M.), II, 357. - - BARING (Sir Francis), III, 38, 39. - - BARING (Lady), III, 38. - - BAROCHE (M.), IV, 301. - - BARRINGTON (Charles), I, 121. - - BARRINGTON (Mme), IV, 240. - - BARROT (Odilon), I, 311; II, 124, 130, 219, 298, 394, 405, 420, - 421, 423, 424, 428, 438; III, 11, 222, 242; IV, 200. - - BARRY (Le docteur), III, 284. - - BARTHE (Ministre), I, 322; II, 18, 116, 219. - - BARTHOLONY (M.), I, 345. - - BASSANO (Le duc DE), I, 227, 228, 246, 277, 278, 280, 283, 293; - III, 38. - - BASSANO (La duchesse DE), I, 228. - - BASTARD (Le comte DE), I, 322. - - BASTIDE (Jules), II, 75. - - BATHURST (Lord), I, 208. - - BATHURST (Lady Georgina), II, 34. - - BATTHYANY (La comtesse), I, 7, 163; II, 390. - - BAUDRAND (Le général comte), I, 2, 259, 260, 291; II, 15, 65, - 162, 213, 214; III, 250, 255. - - BAUDRAND (Mme, modiste), II, 124. - - BAUFFREMONT (La duchesse DE), II, 150, 418; III, 53. - - BAUFFREMONT (Le prince Gontran DE), II, 418. - - BAUFFREMONT (La princesse Laurence DE), II, 225, 366; IV, 212. - - BAUSSET (Le cardinal DE), II, 196, 335. - - BAUTAIN (L'abbé), II, 97, 355, 362. - - BAVIÈRE (Le prince royal DE), plus tard roi Maximilien II, II, - 56; III, 156, 233, 274, 373; IV, 177. - - BAVIÈRE (La reine douairière Caroline DE), II, 49; III, 161. - - BAVIÈRE (La princesse Hildegarde DE), III, 309. - - BAVIÈRE (Le roi Louis Ier DE), II, 343; III, 274, 441, 443. - - BAVIÈRE (Le duc Maximilien DE), IV, 122. - - BAVIÈRE (La duchesse Maximilien DE), IV, 120. - - BAVIÈRE (La reine Thérèse DE), II, 343; III, 443. - - BÉARN (Le prince DE), IV, 65. - - BEAUCHESNE (M. DE), IV, 67. - - BEAUFORT (Le duc DE), III, 122. - - BEAUHARNAIS (Eugène DE), duc de Leuchtenberg, I, 333; III, 442. - - BEAUHARNAIS (Hortense DE), I, 332. - - BEAUMONT (Léon DE), dit Fanfan, II, 335. - - BEAUVALE (Lord), III, 28, 48, 83. - - BEAUVAU (Le prince Marc DE), II, 418. - - BEAUVAU (La maréchale, princesse DE), II 366, 367. - - BEAUVAU-CRAON (La princesse DE), IV, 250. - - BEAUVILLIERS (La duchesse DE), I, 312. - - BECKETT (Thomas), I, 354. - - BECKX (Le père), IV, 119. - - BEDEAU (Le général), IV, 271. - - BEDFORD (Le duc DE), I, 81, 99, 195, 196, 212, 213. - - BEDFORD (La duchesse DE), I, 80. - - BEDMAN (Le marquis DE), IV, 70, 84, 86. - - BEGAS (Charles-Joseph), II, 322. - - BEIRA (La duchesse DE), I 127, 192. - - BELFAST (Lady), I, 4. - - BELGES (La princesse Charlotte DES), IV, 237. - - BELGES (La reine Louise DES), princesse d'Orléans, I, 362, 363, - 386; II, 75, 120, 177; III, 396, 426, 428, 451, 453; IV, 110. - - BELGIOJOSO (La princesse), II, 29; III, 234, 254, 303. - - BELLINI (Jean), IV, 105, 107. - - BELLUNE (Le duc DE), III, 42. - - BELMONT (Le marquis DE), IV, 64. - - BEM (Le général), III, 376. - - BENACET (M.), III, 96. - - BENDEMANN, II, 329. - - BENEDECK (Le général DE), IV, 97. - - BENKENDORFF (Le général DE), I, 86; II, 295. - - BENKENDORFF (Le comte Constantin DE), IV, 244. - - BENNINGSEN (Le comte DE), III, 419, 420. - - BÉRENGER (Mlle Élisabeth DE), I, 67. - - BERG (Le général comte), IV, 121. - - BERGAMI, I, 82, 83. - - BERGERON (Louis), I, 396; II, 402. - - BÉRIOT (M. DE), III, 299. - - BERNARD (Le baron Simon), II, 94, 96. - - BERNARD (Samuel), III, 121. - - BERNSTORFF (Le comte DE), III, 184, 382, 415, 426, 454, 456; IV, - 315, 405, 406, 422. - - BERRY (Le duc DE), I, 355; II, 158. - - BERRY (La duchesse DE), I, 22, 28, 72, 246, 273, 338, 367; III, - 97; IV, 102, 103, 106, 107, 109. - - BERRYER (Antoine), I, 338, 367; II, 4, 11, 20, 22, 25, 27, 28, - 30, 38, 81, 83, 136, 219, 367, 389, 390, 420, 424, 425, 426, 438; - III, 50, 132, 187, 242; IV, 10, 40, 42, 198, 199, 200. - - BERTIN DE VEAUX, I, 19, 34, 206, 240, 267, 291, 306; II, 36, 37, - 42; III, 15, 16, 45, 118, 185. - - BERTIN DE VEAUX (Mme), II, 116. - - BERTIN DE VEAUX (Le général Auguste), III, 15, 45, 118. - - BERTRAND (Le général), II, 434. - - BÉRULLE (Le cardinal DE), I, 389. - - BERWICK (La duchesse DE), II, 418. - - BETHMANN-HOLWEG (M. DE), III, 407; IV, 172, 321. - - BÉTHYSY (Le marquis DE), III, 44, 58. - - BEUST (Le comte DE), III, 378, 448. - - BIGNON (Le baron), I, 119, 120, 125, 311. - - BIGNON (François), III, 238. - - BILLAULT (M.), IV, 375, 397. - - BILZ (Mlle DE), II, 354. - - BINZER (Mme DE), II, 269; III, 116, 446. - - BIRON (Le duc Armand-Louis DE), I, 297. - - BIRON (Le marquis Henri DE), II, 262. - - BIRON (La princesse DE), I, 68; II, 331. - - BIRON-COURLANDE (Le prince Calixte DE), III, 300. - - BIRON-COURLANDE (Le prince Charles DE), II, 386. - - BIRON-COURLANDE (La princesse Fanny DE), II, 325; III, 96, 113, - 114, 120, 123, 130, 132, 135, 138, 142, 143, 149, 152, 160, 162, - 176, 205, 212, 213, 300, 307. - - BIRON-COURLANDE (Le prince Pierre DE), III, 300. - - BISMARCK-SCHŒNHAUSEN (Le prince DE), IV, 161, 162, 190. - - BIXIO (M.), IV, 126, 296. - - BJOERSTJERNA (M.), I, 76, 77. - - BJŒRNSTJERNA (La comtesse DE), II, 334. - - BLACAS (Le duc DE), I, 28, 129, 159. - - BLITTERSDORF (Le baron DE), II, 344, 345, 346, 349. - - BLUCHER DE WAHLSTADT (Le maréchal prince DE), IV, 96. - - BLUM (Robert), III, 386. - - BOBOLA (Le Père André), IV, 134, 135. - - BODELSCHWING (M. DE), III, 425. - - BODELSCHWING (Mlle DE), III, 438. - - BOEGER (Le docteur), IV, 291. - - BOIGNE (La comtesse DE), I, 299, 300; II, 16, 170, 171; III, 26, - 247, 250, 251; IV, 126, 300. - - BOISMILON (Jacques-Dominique DE), I, 259; III, 209, 214, 215, - 385. - - BOISSY (Mlle Rouillé DE), I, 393; II, 418. - - BOLIVAR (Simon), I, 289. - - BONALD (Le vicomte DE), II, 438; III, 42; IV, 20, 75. - - BONAPARTE (Jérôme), roi de Westphalie, I, 70, 72, 341; II, 19; - IV, 126, 297, 356, 357, 358, 360. - - BONAPARTE (Joseph), I, 159; II, 18. - - BONAPARTE (Mme Laetitia), II, 18. - - BONAPARTE (Le prince Louis), plus tard l'empereur Napoléon III, - II, 105, 106, 344, 352, 355, 367, 384, 389, 390; III, 351, 366, - 386, 412, 421; IV, 45, 62, 66, 68, 69, 70, 88, 91, 99, 111, 124, - 132, 147, 152, 154, 159, 161, 174, 177, 179, 183, 184, 185, 188, - 193, 195, 196, 200, 203, 206, 207, 208, 209, 210, 221, 223, 227, - 229, 230, 242, 245, 250, 259, 269, 271, 282, 285, 288, 297, 299, - 301, 304, 306, 308, 309, 312, 313, 314, 316, 318, 319, 320, 323, - 326, 327, 329, 330, 331, 332, 337, 338, 339, 342, 345, 347, 348, - 350, 351, 353, 354, 355, 356, 358, 360, 363, 364, 366, 370, 373, - 374, 375, 376, 378, 380, 385, 387, 400, 402, 405. - - BONAPARTE (Lucien), I, 107, 146, 266, 333; II, 18, 19. - - BONIN (Le général DE), III, 416, 424; IV, 129, 176, 397. - - BONNECHOSE (Le cardinal DE), II, 97; IV, 237. - - BONNIVARD (François DE), I, 337. - - BORDEAUX (Le duc DE), dit Henri V, comte de Chambord, I, 367, - 372; II, 33, 35, 50, 97, 107, 110; III, 26, 97, 132, 214, 215, - 218, 272, 396, 422, 428, 444, 445; IV, 9, 28, 57, 97, 98, 99, - 102, 110, 117, 136, 138, 212, 224, 246, 247, 248, 278, 285. - - BOSSUET (Jacques-Bénigne), II, 24, 25, 27, 30, 42, 169, 196, 236, - 237; III, 53, 269; IV, 139, 241, 253. - - BOURBON (Le duc DE), III, 66. - - BOURBON-CHALUS (Le comte DE), IV, 379. - - BOURDOIS DE LA MOTTE Dr., II, 230. - - BOURGOGNE (La duchesse Marie DE), II, 378; III, 34. - - BOURLIER (L'abbé), II, 228. - - BOURLON DE SARTY (Paul DE), II, 312. - - BOURQUENRY (Le baron, puis comte DE), I, 374; II, 419; III, 116; - IV, 151, 152, 164, 185, 187, 206. - - BOUTÉNIEFF (M. DE), III, 127. - - BRABANT (Le duc DE), plus tard le roi Léopold II, de Belgique, - III, 151, 152; IV, 112, 116, 186, 423. - - BRAGANCE (La duchesse DE), I, 133; III, 79. - - BRANDEBOURG (Le comte DE), III, 301, 369, 386, 408, 432, 433, - 437, 451, 452, 454, 457, 461. - - BRANDEBOURG (La comtesse DE), III, 406. - - BRANDHOFEN (Mme DE), III, 382. - - BREADALBANE (Le marquis DE), IV, 396. - - BRÉDY (Le général Hugo DE), III, 359. - - BRENIER DE RENAUDIÈRE (Le baron), I, 373. - - BRÉSIL (L'empereur dom Pedro II DU), III, 191. - - BRESSON (Le comte), I, 277, 285, 288; II, 49, 50, 123, 133, 159, - 167, 275, 276, 277, 278, 279, 286, 291, 297, 301, 349, 351, 361, - 362, 363, 380, 431; III, 48, 63, 79, 80, 86, 99, 102, 104, 105, - 107, 108, 109, 111, 112, 163, 172, 235, 283, 284, 288, 321. - - BRESSON (La comtesse), III, 283. - - BRETONNEAU (Le docteur), I, 242, 368, 370, 373; II, 207. - - BRETZENHEIM DE REGÉCE (La princesse DE), II, 8. - - BRÉZÉ (Le marquis DE DREUX-), II, 114; III, 42. - - BRÉZÉ (L'abbé DE DREUX-), III, 42; IV, 253. - - BRIFAUT, III, 221; IV, 254. - - BRIGNOLE-SALE (La marquise DE), II, 231; III, 38. - - BRIGNOLE-SALE (Le marquis DE), III, 38. - - BRIGODE (Le baron DE), II, 225. - - BROGLIE (Le duc DE), I, 18, 19, 29, 30, 31, 32, 33, 38, 57, 145, - 162, 237, 246, 266, 272, 273, 281, 294, 295, 302, 306, 308, 315, - 317, 318, 319, 320, 341, 354, 356, 365, 387; II, 3, 4, 5, 9, 11, - 15, 17, 18, 16, 19, 20, 23, 36, 85, 120, 124, 138, 144, 225, 402, - 405, 406, 413, 414, 454; III, 40, 255, 321, 325, 366, 406, 412; - IV, 65, 130, 194, 200, 225, 226, 275. - - BROGLIE (La duchesse DE), I, 273, 283, 320, 358; II, 16, 119, - 138, 253, 254; III, 366; IV, 65, 257. - - BROGLIE (Le prince Albert DE), IV, 126, 272, 342. - - BROGLIE (Mlle Louise DE), II, 187. - - BRONZINO (Angiolo), III, 440. - - BROOKE (Lord), I, 40, 43. - - BROSSES (Charles DE), II, 268, 271. - - BROUGHAM (Lord), I, 80, 82, 86, 91, 93, 97, 99, 126, 146, 167, - 175, 195, 214, 290, 291, 299; II, 223; III, 137. - - BROUGHAM (Lady), I, 71. - - BRUGES (Mme DE), III, 306. - - BRUNNOW (Le baron DE), II, 337, 351; III, 227; IV, 141, 150. - - BRUNNOW (Mme DE), II, 337. - - BRUNSWICK (Le duc Guillaume DE), III, 429, 430, 431, 432. - - BUDBERG (Le baron DE), IV, 150, 152, 156, 292, 336, 339. - - BUDOW (Le baron DE), I, 12, 14, 83, 203, 204, 229; II, 349, 350, - 362, 383, 409, 431; III, 172, 178, 184, 226, 228, 235. - - BUDOW (Le comte DE), III, 370. - - BUDOW (Le général DE), III, 429. - - BUDOW (Mme DE), II, 285, 293. - - BUFFON (M. DE), I, 351. - - BUGEAUD DE LA PICONNERIE (Le maréchal), III, 12. - - BULWER (Sir Henry), II, 383, 388, 465; III, 65, 121, 349. - - BUNSEN (Le chevalier DE), III, 377, 379, 453; IV, 7, 141, 171, - 172. - - BUOL (La comtesse DE), II, 140. - - BUOL-SCHAUENSTEIN (Le comte DE), IV, 49, 50, 104, 131, 206, 227, - 228. - - BURGHERSH (John, lord), I, 193. - - BURGHERSH (Ernest, lord), IV, 210. - - BUSSIÈRE (Jules-Edmond DE), II, 326. - - BUTERA (Le prince), I, 60. - - BYRON (George Gordon, lord), I, 181, 337; IV, 108. - - -C - - CADORE (Le marquis DE), IV, 362, 373. - - CALATRAVA (Don), II, 82. - - CALOMARDE (François-Thadé), I, 180. - - CAMBRIDGE (La duchesse DE), I, 4; II, 281. - - CAMBRIDGE (La princesse Auguste DE), III, 314. - - CAMBRIDGE (Le prince Georges DE), III, 234. - - CAMPAN (Mme), I, 331; II. 81. - - CANINO (Le prince DE), I, 71. - - CANIZZARO (La duchesse DE), I, 108. - - CANNING (George), I, 140, 253. - - CANOVA, I, 247, 332. - - CANROBERT (Le maréchal), IV, 231, 298, 312. - - CAPO D'ISTRIA (Le comte), I, 12; III, 366. - - CAPOUE (Le prince DE), II, 57. - - CAPRARA (Le cardinal), II, 237. - - CARADOC (Sir John Hobart), II, 156, 160, 174. - - CARAMAN (La marquise DE), II, 16, 339; III, 25, 241. - - CARDIGAN (Lord), III, 31. - - CARIGNAN (La princesse Joséphine DE), III, 287. - - CARIGNAN (Philiberte DE), II, 150. - - CARIGNAN (Mme DE), II, 187. - - CARLISLE (Lord), I, 111, 192, 198. - - CARLOS (Don), prince des Asturies, I, 239; II, 425. - - CARLOTTA (L'infante), I, 166; II, 260; III, 216, 260. - - CARNÉ (Le comte DE), II, 238; IV, 340. - - CAROLATH-BEUTHEN (La princesse Adélaïde DE), III, 113, 291, 318. - - CAROLATH-BEUTHEN (Le prince Henri DE), III, 318. - - CAROLATH-SAABOR (Le prince Frédéric DE), II, 312, 313, 319. - - CAROLINE D'ANGLETERRE (La reine), I, 82. - - CARRACHE (Annibal), I, 248; II, 317. - - CARREL (Armand), I, 303, 304; II, 72. - - CARS (La duchesse DES), III, 130. - - CASANOVA DE SEINGALT, II, 332. - - CASTELBAJAC (Le marquis DE), IV, 160, 163. - - CASTELBAJAC (La marquise DE), IV, 160, 163, 167. - - CASTELLANE (Le marquis André DE), I, 100. - - CASTELLANE (Le maréchal comte Boniface DE), IV, 83, 214. - - CASTELLANE (La comtesse Cordelia DE), I, 300, 302, 305, 310, 393; - II, 40, 113, 124, 129, 138, 186, 261, 361, 368, 381. - - CASTELLANE (Le marquis Henri DE), II, 261, 262, 263, 381; III, - 35, 131, 139, 140, 142, 145, 149, 161, 169, 175, 179, 185, 186, - 187, 196, 199, 200, 201, 263, 250. - - CASTELLANE (Mlle Marie DE), II, 381; III, 170, 175, 187; IV, 13, - 17, 232. - - CASTIGLIONE (La comtesse DE), IV, 250, 253. - - CASTILLE (La reine Blanche DE), III, 70. - - CASTLEREAGH (Lord), I, 143; III, 60. - - CASTRIES (Le duc DE), I, 65. - - CATHERINE D'ARAGON, I, 82. - - CATHERINE DE MÉDECIS (La reine), I, 36, 112, 271. - - CATHERINE-PAULOWNA DE RUSSIE (La grande-duchesse), I, 236. - - CAULAINCOURT (Le général marquis DE, duc de Vicence), III, 393; - IV, 82. - - CAULAINCOURT (La comtesse DE), I, 392, 393. - - CAVAIGNAC (Le général), I, 353, 386. - - CAVOUR (Le comte DE), IV, 283, 285, 297, 302, 303, 304, 317, 320, - 332, 345, 350, 360, 366, 397, 402. - - CELLAMARE (Le prince DE), III, 148. - - CELLES (Le comte DE), I, 236, 300. - - CÉSOLE (Le comte Eugène DE), III, 150, 152. - - CÉSOLE (La comtesse DE), III, 152, 153. - - CESSAC (Le comte DE), III, 167. - - CHABANNES (Le comte Alfred DE), I, 389; III, 36, 385. - - CHABANNES (La comtesse Alfred DE), III, 36, 383, 385, 395, 428; - IV, 9, 10, 22, 57, 117, 180. - - CHABANNES (Mlle Emma DE), IV, 102. - - CHABANNES (Louisa DE), I, 388, 389; II, 233. - - CHABOT (Mlle Olivia DE), III, 34. - - CHABOT (Philippe DE), comte de Jarnac, II, 124, 434; IV, 247. - - CHABROL (Le comte DE), II, 41. - - CHAIX-D'EST-ANGE (M.), III, 242. - - CHALAIS (Le prince DE), II, 80; III, 100, 131, 207, 208. - - CHALAIS (La princesse DE), I, 309. 312. - - CHAMBORD (La comtesse DE), IV, 103, 110, 212. - - CHAMPCHEVRIER (Mme DE), II, 198. - - CHAMPLATREUX (Mlle DE), IV, 11, 65. - - CHANALEILLES (La marquise DE), III, 34. - - CHANGARNIER (Le général), III, 386, 389, 415, 419, 422, 452, 453; - IV, 33, 35, 37, 40, 58, 270. - - CHANTELAUZE (Victor DE), I, 384; II, 7. - - CHARLES Ier (Roi d'Angleterre), I, 41, 68. - - CHARLES IV (Empereur d'Allemagne), II, 310. - - CHARLES VII, III, 4, 45, 134. - - CHARLES IX (Roi de France), I, 355; III, 36. - - CHARLES X (Roi de France), I, 28, 48, 71, 118, 279, 299, 324, - 364, 372, 377; II, 4, 9, 35, 97, 107, 108, 110, 160, 161, 252, - 451; III, 81, 243, 314, 315. - - CHARLES-JEAN DE SUÈDE (Le roi), I, 76. - - CHARLES-MARTEL, II, 270. - - CHARLES-QUINT, III, 440. - - CHARLES-THÉODORE (L'électeur), II, 246. - - CHARTRES (Le duc DE), III, 225, 246, 384; IV, 232, 277. - - CHASTELLUS (Mme DE), II, 2, 40. - - CHASTENAY (Mme DE), IV, 126. - - CHATEAUBRIAND (Le vicomte DE), I, 74, 338; II, 32, 73, 101, 221; - III, 1, 19, 25, 26, 42, 61, 168, 242, 392, 393; IV, 52, 333, 335. - - CHATEAUBRIAND (La vicomtesse DE), III, 97; IV, 335. - - CHATEAUBRIAND (Mlle DE), III, 167. - - CHATELAIN (M.), IV, 17. - - CHATILLON (Le duc DE), I, 67. - - CHEVREUSE (La duchesse DE), duchesse de Luynes, III, 159; IV, - 288. - - CHODRON (Jules), I, 12. - - CHOISEUL-GOUFFIER (Le comte DE), IV, 144, 145. - - CHOISEUL-GOUFFIER (La comtesse DE), IV, 127. - - CHOISEUL-PRASLIN, II, 374. - - CHOISEUL-STAINVILLE (Le duc DE), I, 136. - - CHOMEL (Le docteur), II, 407; III, 210. - - CHREPTOWICZ (La comtesse), II, 337; III, 288. - - CHRISTINE D'ESPAGNE (La reine), I, 187, 191, 205, 211, 216; II, - 98, 249, 371, 396, 399, 400, 416, 417, 422, 433; III, 55, 124, - 125, 126, 128, 163, 192, 216, 260. - - CIALDINI (Le général), duc de Gaëte, IV, 366, 368, 379. - - CIRCOURT (La comtesse DE), III, 394. - - CLAM-GALLAS (Le comte DE), II, 55; IV, 308, 310. - - CLANRICARDE (Lord), I, 140; II, 176. - - CLANRICARDE (Lady), I, 156, 253, 254, 255, 256, 259, 282, 300, - 301; II, 176, 207, 210; III, 54, 103, 195. - - CLARENCE (Le duc DE), I, 219. - - CLARENCE (La duchesse DE), I, 113. - - CLARENDON (Lord), I, 43; III, 228; IV, 171, 409, 414. - - CLARENDON (Le comte), I, 214. - - CLARY-ALDRINGEN (Le prince Edmond), III, 346, 354. - - CLARY-ALDRINGEN (Le prince Charles), II, 287. - - CLARY-ALDRINGEN (La princesse), III, 354. - - CLAUSEL (Le maréchal comte DE), II, 114, 166; III, 182. - - CLÉMENT XIV (Le pape), IV, 78. - - CLÉMENT DE RIS (Mlle), II, 386. - - CLÉMENTINE D'ORLÉANS (La princesse), II, 180, 372; III, 34, 225, - 244, 245, 254, 264, 265, 280; IV, 138, 225. - - CLEREMBAULT (Le vicomte DE), III, 170. - - CLERMONT-TONNERRE (Le prince Jules DE), II, 262. - - CLOTILDE DE SAVOIE (La princesse), IV, 297, 298, 303, 304, 306, - 327, 360. - - COBBETT (William), I, 179, 195. - - COCHIN (Augustin), IV, 374. - - COEUR (L'abbé), II, 362; III, 134, 255. - - COGNY (Le docteur), II, 86, 201; III, 252. - - COIGNY (Le duc DE), II, 95, 132, 142, 155, 217; III, 255. - - COIGNY (La duchesse DE), II, 7. - - COLLARD (Mme Hermine), II, 376. - - COLLOREDO (Le comte DE), III, 318, 320. - - COLLOREDO (La comtesse DE), III, 320, 348; IV, 254, 309. - - COLMAGHI, I, 64. - - COMBALOT (L'abbé), II, 362. - - CONDÉ (Louis II, prince DE), dit le Grand Condé, II, 335, 435; - IV, 216. - - CONDÉ (La princesse DE), III, 66. - - CONROY (Sir John), I, 92; II, 127, 131, 156, 174, 176. - - CONSALVI (Le cardinal), III, 250. - - CONTADES (La vicomtesse DE), III, 52. - - CONYNGHAM (Le marquis DE), I, 126, 129, 140; II, 127, 131, 132. - - CONYNGHAM (Lady), I, 37, 62, 95. - - CORMENIN (Le vicomte DE), II, 119. - - CORNÉLIUS (Pierre DE), II, 297; III, 299, 442. - - CORTANZE, IV, 224. - - COSNAC (L'archevêque Daniel DE), IV, 63. - - COSSÉ (Le duc DE), II, 35. - - COSSÉ-BRISSAC (Mlle DE), III, 16. - - COURTIER (M. DE), III, 23. - - COUSIN, I, 301, 318, 322, 323, 377; II, 31, 326, 355, 392; III, - 303; IV, 56, 80, 87, 135, 147, 148, 200, 221, 222, 251, 287, 288, - 339. - - COWLEY (Lord), III, 103, 109, 122, 165, 191; IV, 238, 243, 259, - 283, 299, 306, 307, 347. - - COWLEY (Lady), I, 149; III, 165; IV, 305. - - COWPER (Lady), I, 50, 98, 132, 153, 188, 202, 209, 253, 357; II, - 383. - - COWPER (Lady Fanny), III, 31, 66. - - CRANMER (L'archevêque Thomas), I, 8. - - CRÉMIEUX (M.), III, 206, 207. - - CRESCENTINI (Girolamo), II, 329. - - CRÉTINEAU (M.), IV, 79. - - CRETON, IV, 10. - - CRILLON (Mlle Marie-Louise-Amélie DE), III, 192. - - CRILLON (Mlle Valentine DE), III, 166. - - CROIX (Mlle DE), IV, 82. - - CROMWELL (Olivier), I, 61, 82. - - CRUVEILHIER (Le docteur), II, 199, 207, 215, 230. - - CUBIÈRES (Le général DE), II, 394. - - CUMBERLAND (Le duc Ernest-Auguste DE), plus tard roi de Hanovre, - I, 55, 61, 70, 122, 157; II, 168, 169, 293, 302; III, 103, 276, - 285, 373, 402, 419, 420; IV, 28, 29. - - CUMBERLAND (La duchesse DE), née princesse de - Mecklembourg-Strelitz, I, 199, 200, 201; II, 44, 51; III, 98, - 272. - - CUSTINE (Le marquis DE), III, 269, 270, 274, 276, 278, 289, 308. - - CUSTINE (La marquise DE), III, 269. - - CUVIER (Georges), I, 369; III, 79. - - CUVIER (Rodolphe), II, 178; III, 45; IV, 344, 346, 349, 385. - - CUVILLIER-FLEURY (M.), II, 147. - - CZARTORYSKI (Le prince Adam), I, 239; II, 287; III, 337; IV, 308. - - -D - - DABORMIDA (Le général), IV, 325. - - DACRE (Lord), I, 111, 119. - - DALBERG (Le duc DE), I, 227; II, 230. - - DALMATIE (Le marquis DE), III, 99, 333; IV, 10. - - DANEMARK (Le prince Chrétien DE), plus tard roi Christian VIII, - II, 258, 259; III, 289, 326, 327. - - DANEMARK (La princesse Chrétien DE), II, 258, 259. - - DANEMARK (Le roi Frédéric III DE), II, 259. - - DANEMARK (Le roi Frédéric VII DE), III, 374, 447, 462; IV, 363. - - DANEMARK (La reine Mathilde DE), II, 258. - - DARMÈS (M.), II, 395, 396, 398, 406. - - DARMSTADT (La duchesse DE), I, 200. - - DAUPHIN DE FRANCE (Louis), I, 28, 353; III, 12, 218. - - DAUPHINE DE FRANCE (Mme LA), I, 28, 279, 372; II, 57; III, 51, - 217, 218. - - DAURE (M.), I, 285, 286, 287. - - DAVOUST, I, 119. - - DAWSON-DAMER (Le colonel), I, 253, 256, 275. - - DAWSON-DAMER (Mrs), I, 253, 254, 282. - - DECAZES (Élie, duc), I, 95, 160, 206, 246, 306, 308, 315, 322; - II, 13, 69, 70, 189; III, 17, 23, 54, 155, 253; IV, 126. - - DECAZES (La duchesse), I, 95, 303; III, 128; IV, 126. - - DEDEL (Salomon), I, 30, 47, 122, 156, 203; III, 225, 226, 227. - - DEGUERRY (L'abbé), III, 19. - - DELAROCHE (Paul), III, 36; IV, 250. - - DELAVIGNE (Casimir), II, 48. - - DELESSERT (M.), III, 19, 20. - - DELMAR (La baronne DE), IV, 240. - - DEMERSON (L'abbé), II, 138. - - DEMIDOFF (Le comte Anatole), II, 377, 394, 399, 427; III, 23, - 128. - - DEMIDOFF (Mme), II, 394; III, 128. - - DEMION (M.), I, 242. - - DENISON (Le baron), I, 156. - - DESJARDINS (L'abbé), II, 229. - - DESSAU (La princesse d'Anhalt), IV, 130. - - DEVONSHIRE (Le duc DE), I, 3, 66, 80; III, 146, 174; IV, 344. - - DEVONSHIRE (La marquise DE), I, 108, 110. - - DEVRIENT (M.), III, 78. - - DIDOT (Firmin), I, 356. - - DIEFFENBACH (Jean-Frédéric), II, 283, 294. - - DIÉGO-LÉON (Le général), III, 125. - - DIEPENBROCK (Le cardinal prince-évêque), III, 303, 327, 328; IV, - 71, 74, 139. - - DIESKAU (Mlle Sidonie DE), II, 339, 341. - - DINO (La duchesse DE), I, 98, 237, 251, 278, 375; II, 16, 119, - 226; IV, 26, 146. - - DINO (Clémentine DE), III, 191. - - DINO (La duchesse Marie-Joséphine DE), III, 123, 189. - - DOENHOFF (La comtesse), III, 301. - - DOHNA (La comtesse Marie), II, 315. - - DOLOMIEU (La marquise DE), I, 123; II, 146; III, 220, 280, 281. - - DOM MIGUEL, I, 2, 73, 101, 106, 121, 125, 127, 129, 183, 192, - 209, 225, 239. - - DON CARLOS, I, 24, 32, 64, 106, 121, 125, 127, 128, 129, 146, - 147, 155, 157, 159, 160, 171, 173, 174, 180, 181, 183, 184, 190, - 192, 204, 205, 207, 209, 211, 215, 217, 232, 238, 239, 240, 243, - 371; II, 47, 97, 117, 122, 144, 168, 169, 186; III, 134. - - DON FRANCESCO D'ESPAGNE, I, 166; II, 260. - - DON JUAN (L'infant), IV, 349. - - DONNADIEU (Le général), I, 118. - - DORIA SAMPHILY-LANDI (Le prince), IV, 258. - - DORIA SAMPHILY-LANDI (La princesse), IV, 258. - - DORSET (Le duc DE), I, 8, 20. - - DOSNE (M.), II, 357. - - DOSNE (Mme), I, 34; II, 189, 192, 429; III, 349; IV, 33, 276, - 349. - - DOUDAN (Ximénès), II, 124, 216. - - DOUGLAS (Le marquis DE), duc de Hamilton, I, 46; III, 231, 272. - - DOURO (Lady), III, 31. - - DROUET D'ERLON (Le général), I, 198. - - DROUYN DE L'HUYS (M.), IV, 131, 194, 206, 239. - - DUBOIS (M.), II, 411. - - DUCHATEL (Le comte), I, 163; II, 11, 87; III, 17; IV, 200, 275. - - DUCHATEL (La comtesse), III, 76; IV, 300. - - DU DEFFANT (La marquise), III, 43, 387, 393. - - DUDEVANT (Mme), en littérature George Sand, I, 247. - - DUFAURE (M.), II, 404, 405, 420, 424; III, 8, 9, 13, 14, 26, 41, - 127, 163, 168, 238. - - DUMONT (M.), IV, 344. - - DUMOURIEZ (Le maréchal), III, 22. - - DUNCANNON (Lord), I, 180, 181. - - DUPANLOUP (Mgr), évêque d'Orléans, II, 136, 138, 139, 211, 212, - 213, 217, 220, 226, 240, 242, 257, 261, 262, 336, 355, 362, 366, - 367, 408; III, 57, 59, 120, 175, 194, 251, 266; IV, 30, 180, 183, - 199, 214, 331, 338, 352, 396. - - DUPERRÉ (L'amiral), I, 283. - - DUPIN, I, 19, 73, 74, 89, 91, 94, 95, 99, 114, 115, 119, 125, - 126, 139, 150, 290, 292, 295; II, 2, 10, 12, 14, 17, 18, 23, 38, - 41, 116, 125, 134, 372, 417, 424; III, 2, 3, 4, 5, 7, 163, 238, - 242, 245; IV, 406. - - DUPIN (Charles, baron), I, 278. - - DUPOTY, III, 147, 148. - - DUPRAT (Le cardinal chancelier), II, 459. - - DUPREZ, II, 151, 440. - - DURAZZO (Le marquis DE), III, 38; IV, 224. - - DURAZZO (La marquise DE), III, 38; IV, 224. - - DURER (Albert), II, 342, 343. - - DURHAM (Lord), I, 56, 71, 89, 96, 107, 115, 126, 167, 175, 176, - 178, 191, 282; II, 162, 167, 342. - - DURHAM (Lady), I, 96, 178. - - DUVERGIER DE HAURANNE, II, 406, 428. - -E - - EASTNOR (Lord), I, 40. - - EASTNOR (Lady), I, 40. - - EBVINGTON (Lord), I, 94. - - ECKMUHL (Le prince D'), I, 106. - - ELCHINGEN (La duchesse D'), III, 246. - - ÉLISABETH (La reine), I, 6, 8, 42, 43. - - ELLICE (L'honorable Édouard), I, 79, 90, 107, 125, 145, 178, 296; - II, 37; III, 413. - - ELLICE (Les deux misses), IV, 244. - - ELSSLER (Thérèse), III, 389. - - EMMANUEL-PHILIBERT (duc de Savoie), II, 224. - - ENGHIEN (Le duc D'), III, 39, 60, 393. - - ENTRAIGUES (Amédée Goveau D'), II, 312, 386, 407; III, 204, 206, - 209, 231. - - ENTRAIGUES (Mme D'), II, 386; III, 204, 231. - - ENTRAIGUES (Jules D'), I, 260; II, 125. - - ENTRAIGUES (Le marquis D'), III, 19. - - ÉON DE BEAUMONT (Le chevalier), II, 179. - - ESCLIGNAC (La duchesse D'), I, 394, 395. - - ESPARTERO (Le général), II, 371, 372, 390; III, 72, 125, 128, - 147, 148, 151, 156, 157, 216. - - ESPRUIL (Le marquis D'), III, 167. - - ESSEX (Lord), III, 31. - - ESSEX (Caroline), III, 31. - - ESTERHAZY (Le comte Maurice), III, 93, 283, 311. - - ESTERHAZY (Le prince Nicolas), III, 87, 284. - - ESTERHAZY (Le prince Paul), I, 50, 60, 62, 70, 78, 204; II, 52, - 176, 338; III, 87, 184, 226, 301, 311; IV, 125, 231, 233, 308, - 309. - - ESTERHAZY (La princesse Paul), III, 88, 238. - - ESTERHAZY (La comtesse Sophie), IV, 383. - - ÉTIENNE (Charles-Guillaume), I, 311. - - ÉTIENNE DE BLOIS (Roi d'Angleterre), I, 270. - - EU (Le comte D'), III, 186; IV, 348. - - EXELMANS (Le général), I, 304; II, 27. - - EYNARD (Jean-Gabriel), III, 10. - -F - - FABRE (Le peintre), I, 193, 194; III, 177. - - FAGEL (Le général), I, 47; II, 66; III, 281. - - FALK (M.), I, 203, 330. - - FALK (Mme), I, 14, 95, 203. - - FALLOUX (Le comte DE), III, 408; IV, 16, 17, 19, 26, 35, 40, 97, - 123, 179, 194, 200, 215, 219, 235, 249, 252, 254, 288, 341, 343, - 371, 373, 374, 375, 376, 420. - - FALLOUX (Mlle Loyde DE), IV, 216. - - FANE (Lady), III, 285. - - FARINI (M.), IV, 366. - - FARNBOROUGH (Lord), I, 163. - - FAUCHER (Léon), IV, 12, 13. - - FAVRE (Jules), IV, 418. - - FELETZ (M. DE), IV, 147. - - FÉNELON (François de Salignac de la Mothe-, l'archevêque comte - DE), II, 239, 325, 335; III, 53, 89. - - FERDINAND VII (Roi d'Espagne), I, 24, 25, 137, 239; II, 422. - - FEREY (Mlle), III, 21. - - FERGUSSON (M.), I, 126. - - FERRERS (Lady), I, 5. - - FERRETTE (Le bailli DE), I, 2. - - FERRUS (Le docteur), II, 7. - - FESCH (Le cardinal), II, 19; III, 120. - - FEUCHÈRES (La baronne Sophie DE), III, 21. - - FEZENSAC (Le duc DE), IV, 300. - - FICQUELMONT (Le comte DE), III, 338; 346, 354, 355; IV, 121. - - FICQUELMONT (La comtesse DE), IV, 119. - - FIESCHI (Joseph), I, 348, 355, 357, 358, 362, 382; II, 2, 12, 13, - 14, 18, 20, 21, 67, 74, 104, 116, 436, 441. - - FILANGIERI (Le général), IV, 323. - - FITZCLARENCE (Lord), I, 21, 63, 172; II, 156. - - FITZ-JAMES (Jacques, duc DE), II, 35. - - FITZ-PATRICK (Richard), I, 180. - - FITZROY-SOMERSET (Lady), I, 46, 123. - - FLAHAUT (Le général comte DE), I, 38, 214, 252, 285, 304, 305; - II, 15, 155, 162, 173, 213, 214, 217, 249, 340, 373, 384, 389, - 398, 432; III, 40, 54, 64, 83, 86, 87, 104, 115, 116, 122, 125, - 214, 238, 311; IV, 253. - - FLAHAUT (La comtesse DE), I, 98, 289, 290, 299, 318; II, 2, 16, - 119, 153, 162, 173, 183, 213, 217, 249, 340, 347, 352, 398, 422, - 437; III, 25, 28, 83, 99, 100, 104, 118, 238, 313. - - FLAHAUT (Comtesse DE), II, 16. - - FLAHAUT (Adélaïde DE), III, 48. - - FLAHAUT (Emily DE), III, 25, 118. - - FLAMARENS (Le comte DE), IV, 64. - - FLAVIGNY (Le comte DE), IV, 57, 248. - - FLAVIGNY (La comtesse DE), IV, 189. - - FLEURY (Le général comte), IV, 248, 313, 317, 418. - - FLEURY (La comtesse), IV, 248. - - FLOTOW (Le comte DE), III, 329. - - FOERSTER (Le prince-évêque Henri), IV, 110, 186, 228, 416. - - FONTAINE (L'architecte), I, 326. - - FONTANES (Louis DE), II, 68; IV, 253. - - FORBIN-JANSON (Le comte DE), IV, 204. - - FOUCHÉ (Duc d'Otrante), I, 366. - - FOUGÈRES (Mlle DE), I, 391. - - FOULD (Bénédict), II, 357, 361; IV, 123, 124, 236, 387. - - FOULQUES NERA (Comte d'Anjou), II, 165. - - FOUQUET (Nicolas), III, 269. - - FOX (Miss), III, 32. - - FOX (Charles-Jacques), I, 180; III, 69. - - FOY (Le comte), II, 124. - - FRANÇOIS Ier (Roi de France), I, 200, 365; II, 49. - - FRANÇOIS (Le Père), capucin, III, 85, 90. - - FRANÇOIS-JOSEPH Ier (Empereur d'Autriche), III, 380, 451; IV, - 49, 50, 60, 61, 63, 94, 101, 120, 152, 201, 206, 207, 313, 316, - 319, 320, 326, 352, 363, 383. - - FRÉDÉRIC II, dit LE GRAND, II, 287, 288, 289, 300, 323, 335; III, - 81, 84, 295, 298, 401; IV, 14, 392. - - FRÉDÉRIC-GUILLAUME, dit le Grand Électeur, II, 287; III, 286. - - FREY (Mrs Élisabeth), III, 164; IV, 172. - - FRIAS (Le duc DE), I, 218; II, 183. - - FRONSAC (Le duc DE), II, 379. - - FUGGER (Ulrich), III, 440. - - FULCHIRON (Jean-Claude), I, 319, 320. - -G - - GADUEL (L'abbé), IV, 81. - - GAËTE (Le duc DE), I, 206. - - GAGE (L'amiral sir William), II, 96. - - GAGERN (Le baron Henri DE), III, 364, 365, 407, 433. - - GALLES (Le prince DE), III, 128. - - GALLIERA (Le duc DE), IV, 248. - - GALLIERA (La duchesse DE), III, 238; IV, 248, 255, 349. - - GALLIFFET (Le marquis DE), II, 260. - - GALLIFFET (La marquise DE), IV, 411. - - GARCIA (Manuel), I, 59. - - GARIBALDI (Mgr Antoine), II, 184. - - GARIBALDI (Joseph), IV, 310, 323, 349, 350, 351, 353, 356, 360, - 361, 362, 366, 367, 393, 402. - - GARNIER-PAGÈS (M.), II, 423; III, 8, 10, 98. - - GARRAUBE (Le colonel DE), I, 261. - - GASTON D'ORLÉANS, I, 271. - - GAUTARD (M. DE), I, 342. - - GAY (Mme Sophie), III, 25. - - GEISSEL (Le cardinal Jean), IV, 414. - - GÊNES (Le duc DE), IV, 110, 194. - - GÊNES (La duchesse DE), IV, 110, 225, 233, 234. - - GENLIS (Mme DE), II, 376; III, 202; IV, 248. - - GENOUDE (L'abbé), III, 19, 20, 105, 178. - - GENTZ (Frédéric DE), III, 69, 117, 247. - - GEORGE III (Roi d'Angleterre), I, 14, 170, 173. - - GEORGE IV (Roi d'Angleterre), I, 37, 55, 63, 72, 95, 113, 129, - 170, 173, 373; IV, 185. - - GEORGEI (Le général), III, 380. - - GÉRARD (Le maréchal), I, 25, 187, 198, 236, 237, 259, 264, 266, - 267, 300, 318, 321. - - GÉRARD (Le peintre), II, 293. - - GERGONNE (M.), III, 177. - - GERLACH (Le général DE), III, 391, 461; IV, 52, 169. - - GERSDORFF (Le baron DE), II, 304, 314; III, 102. - - GESSLER (Le bailli), I, 334. - - GIRARDIN (Mme DE), III, 281. - - GIRARDIN (Le comte Émile DE), III, 402. - - GIRARDON (Le sculpteur), I, 354. - - GIRAUD (Augustin), II, 124. - - GIROLLET (L'abbé), I, 57, 241; II, 42. - - GIVRÉ (Le baron DE), II, 429. - - GLOUCESTER (Le duc DE), I, 3, 68, 69, 70, 71, 127, 146, 157, 287. - - GLOUCESTER (La duchesse DE), I, 63; II, 34, 177. - - GOBERT (M.), III, 44. - - GOEKING (Léopold DE), II, 304. - - GOETHE, II, 335, 459; III, 78, 279, 329. - - GONTAUT (Le vicomte Élie DE), II, 263. - - GONTAUT-BIRON (La duchesse DE), I, 71, 72; II, 33. - - GORE (Charles), III, 31. - - GORTSCHAKOFF (Le prince), IV, 198, 201, 305, 333, 375. - - GOURGAUD (Le général), II, 434. - - GOURIEFF (M. DE), III, 184. - - GOYON (Le général comte DE), IV, 261, 309, 317, 362, 367, 371, - 421, 425. - - GRAFTON (Le duc DE), I, 208. - - GRAHAM (Sir James), I, 88, 90, 101; IV, 280. - - GRAMONT (Mme DE), II, 366, 368; III, 61, 106, 218. - - GRAMONT-GUICHE (La duchesse DE), III, 26, 241, 281. - - GRANDE MADEMOISELLE (La), I, 256; II, 98, 99; III, 248. - - GRANT (Charles, lord Glenelg), I, 165. - - GRANVILLE (Lord), I, 29, 32, 33, 38, 57, 74, 105, 162, 222, 226, - 244, 283, 290, 294; II, 162, 208, 340, 390, 391, 398, 409, 434; - III, 54, 100, 103, 109, 152; IV, 44, 233. - - GRANVILLE (Lady), I, 106; II, 322, 340, 390, 434; III, 100; IV, - 233. - - GRANVILLE (Lady-Charlotte-Georgiana), II, 20. - - GRÈCE (Le roi Othon Ier DE), II, 56. - - GRÈCE (La reine Amélie DE), III, 85; IV, 159. - - GREFFULHE (Mme), I, 393. - - GRÉGOIRE VII (Le pape), I, 354; IV, 135. - - GRÉGOIRE XVI (Le pape), I, 328; II, 185, 336, 399, 427; III, 419; - IV, 118, 255. - - GREVILLE (Henry), I, 253, 255, 256, 259. - - GREY (Lord Charles-Howick), I, 6, 18, 46, 47, 54, 56, 59, 60, 63, - 64, 70, 71, 79, 82, 86, 88, 89, 90, 91, 92, 96, 101, 102, 104, - 106, 108, 109, 110, 115, 120, 122, 126, 128, 131, 132, 145, 149, - 150, 161, 163, 164, 165, 168, 169, 171, 174, 177, 178, 179, 180, - 182, 185, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 196, 204, 205, 208, 212, - 213, 214, 218, 219, 223, 232, 263, 294, 299, 357, 384; II, 127, - 157, 337. - - GREY (Lady), I, 79, 100, 109, 174, 178, 212, 213, 384, 385. - - GREY (Lady Élisabeth), I, 109. - - GREY (Lord George), II, 281. - - GREY (Lady Georgiana), I, 79, 108, 109, 110. - - GRISI (Giulia), I, 59; II, 205; III, 156. - - GRIVEL (L'abbé), II, 70. - - GROEBEN (Le général comte DE), III, 456; IV, 165, 171. - - GROGAU (Le colonel James W.), III, 125. - - GROS (Le peintre), I, 332; II, 322. - - GROSVENOR (Lady), I, 66. - - GROTE (La comtesse DE), III, 381; IV, 7. - - GUELLE (L'abbé), III, 385. - - GUERNON-RANVILLE (Le comte DE), II, 7. - - GUICHE (Le duc DE), duc de Gramont, II, 262; IV, 65, 313, 317, - 329, 362, 373, 374, 376, 379, 421. - - GUILLAUME LE CONQUÉRANT (Duc de Normandie), I, 64. - - GUILLON (Mgr), III, 23. - - GUISE (Le duc DE), I, 271. - - GUIZOT (Guillaume), I, 19, 238, 259, 272, 273, 281, 286, 295, - 302, 305, 308, 315, 320, 321, 326, 356, 358, 361, 370, 377, 378, - 382, 394; II, 15, 17, 18, 20, 23, 30, 31, 32, 84, 85, 86, 87, 89, - 90, 92, 108, 116, 124, 125, 126, 127, 130, 133, 136, 162, 163, - 170, 177, 183, 186, 193, 194, 197, 205, 206, 219, 222, 223, 246, - 333, 336, 337, 345, 347, 350, 351, 352, 353, 359, 360, 364, 365, - 373, 384, 387, 390, 397, 400, 401, 402, 404, 405, 406, 407, 408, - 410, 411, 412, 413, 415, 416, 419, 421, 423, 425, 426, 437, 440, - 442, 472, 473, 476; III, 2, 3, 8, 9, 12, 13, 14, 15, 17, 22, 28, - 40, 41, 47, 52, 57, 64, 84, 87, 97, 98, 104, 115, 121, 122, 129, - 148, 152, 163, 178, 180, 192, 195, 205, 212, 213, 217, 219, 220, - 225, 228, 237, 239, 242, 243, 248, 249, 250, 267, 317, 326, 333, - 388, 409, 412; IV, 11, 45, 126, 192, 200, 236, 240, 244, 251, - 272, 275, 327, 340, 378, 385, 394, 419. - - GUIZOT (Mme), I, 272. - - GUSTAVE III (Roi de Suède), III, 287, 288, 314. - - GYULAY (Le général comte), IV, 87, 308, 310. - -H - - HAENDEL, I, 142. - - HAHN-HAHN (La comtesse DE), IV, 21, 58. - - HAINGUERLOT (M.), II, 225. - - HALFORD (Sir Henry), I, 37, 53, 122. - - HAMILTON (Le colonel), II, 188. - - HAMILTON (John-Church), II, 188. - - HAMMERSTEIN (Le baron DE), IV, 23. - - HANOVRE (Le roi DE), I, 27. - - HANOVRE (Le prince Georges de DE), plus tard roi Georges V, I, - 201; III, 103, 381; IV, 177, 350, 358. - - HANOVRE (La princesse royale Marie-Wilhelmine DE), III, 380, 381. - - HANOVRE (L'électrice Sophie DE), III, 381. - - HANSEMANN (M.), III, 356. - - HARCOURT (La comtesse D'), IV, 299. - - HARCOURT (Lady Élisabeth), II, 253. - - HARDENBERG (Le prince DE), III, 318. - - HARDWICK (Lady), I, 40. - - HARDY (Miss Emily), I, 46. - - HAREWOOD (Lord), I, 175. - - HARISPE (Le général), I, 84. - - HARRISON (Miss), II, 325. - - HASSENPFLUG (M. DE), III, 432. - - HATZFELDT (Le prince Hermann DE), III, 357. - - HATZFELDT (Le comte Max DE), III, 282, 418; IV, 2, 180, 229, 243, - 269. - - HATZFELDT (La comtesse DE), III, 73; IV, 18, 243. - - HAUGWITZ (Le général comte DE), III, 88, 91, 380; IV, 327. - - HAUSSONVILLE (Le comte D'), II, 124. - - HAUTEFORT (Marie D'), III, 35; IV, 221. - - HAYDN, I, 142. - - HAYNAU (Le général baron DE), III, 445, 450; IV, 95. - - HECKER (M.), III, 351. - - HÉLIAUD (Le comte D'), II, 198. - - HENEAGE (M.), II, 322. - - HENNENBERG (Le conseiller), II, 88, 100, 304, 311. - - HENRI III (Roi d'Angleterre), I, 61, 271. - - HENRI IV (Roi de France), I, 363; II, 142, 439, 459; III, 49, - 50; IV, 277. - - HENRI (Roi d'Angleterre), I, 82. - - HENRIETTE D'ANGLETERRE (La reine), IV, 63. - - HENSEL (Guillaume), III, 74; IV, 192. - - HERDING (M. DE), III, 272. - - HERTFORD (Lady), I, 62. - - HERZ (Henri), III, 256. - - HESKERN (Le baron DE), III, 229. - - HESS (Le général baron Henri DE), III, 409; IV, 176, 177. - - HESSE (Le landgrave Frédéric DE), IV, 55. - - HESSE (Le prince Georges DE), II, 281, 322. - - HESSE-CASSEL (L'électeur Guillaume DE), III, 96, 238, 429, 432, - 459. - - HESSE-CASSEL (L'électrice DE), III, 40. - - HESSE-DARMSTADT (La princesse Marie DE), II, 285, 346, 356; III, - 54. - - HESSE-DARMSTADT (Le grand-duc Louis II DE), I, 200; II, 355; III, - 429, 432. - - HESSE-HOMBOURG (La landgravine Élisabeth DE), I, 4; III, 314. - - HESSE-PHILIPPSTHAL-BARCHFELD (Le landgrave DE), IV, 168. - - HEYDT (Auguste VON DER), IV, 285. - - HEYTESBURY (Lord), I, 85. - - HILL (Lord), I, 69. - - HOBHOUSE (Sir John Cam), I, 181. - - HOCHBERG-FURSTENSTEIN (Le comte DE), III, 414. - - HOHENLOHE-INGELFINGEN (Le prince Adolphe DE), IV, 155. - - HOHENLOHE-VERINGEN (Le prince DE), II, 355. - - HOHENTHAL, (Le comte DE), II, 325; III, 96, 113, 300. - - HOHENTHAL (La comtesse DE), I, 68; II, 325, 359; III, 96, 110, - 111, 113, 218, 300. - - HOHENZOLLERN-HECHINGEN (Le prince Constantin DE), III, 290, 308. - - HOHENZOLLERN-HECHINGEN (Le prince Frédéric DE), II, 253. - - HOHENZOLLERN-HECHINGEN (La princesse Pauline DE), II, 314, 315, - 332, 335, 338; III, 89, 102; IV, 22. - - HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (Le prince Antoine DE), IV, 165, 171, - 174, 292, 293, 315, 321, 338, 392, 399, 401, 403, 404, 406, 423. - - HOLLAND (Lord), I, 38, 52, 81, 99, 103, 121, 165, 166, 168, 226, - 246, 294; II, 383, 389; III, 30, 228; IV, 240. - - HOLLAND (Lady), I, 37, 77, 78, 81, 97, 102, 103, 146, 167, 168, - 202, 209; II, 53; III, 29, 195; IV, 86, 240. - - HOLSTEIN (Le général prince DE), IV, 363. - - HOPE (Thomas), I, 156. - - HOPE (William), III, 189. - - HOTTINGER (Le baron), II, 369; III, 119. - - HOWARD DE WALDEN (Baron), II, 106, 108. - - HOWE (Lord), I, 5. - - HOWICK (Lord Henri), I, 187, 191. - - HUDEN (M.), III, 284. - - HÜBNER (Le comte DE), II, 338; IV, 243, 248, 283, 297, 380. - - HÜGEL (Le baron Charles DE), III, 84, 91. - - HÜGEL (Le général baron Ernest-Eugène DE), II, 187; III, 84, 88. - - HUGO (Mme Victor), I, 340. - - HUMANN (Le ministre), I, 282, 283; II, 4, 8, 9, 10, 149; III, - 184, 185. - - HUMANN (Mlle Louise), II, 97. - - HUMBOLDT (Alexandre DE), II, 44, 48, 100, 279, 285, 286, 292, - 293, 299, 321, 323, 431; III, 72, 119, 121, 283, 296, 298, 307, - 322, 428, 452; IV, 3, 28, 56, 110, 128, 139, 147, 170, 191, 204, - 229, 232, 246, 289. - - HUMBOLDT (Le baron Guillaume DE), II, 293. - - HUMBOLDT (Mme Guillaume DE), II, 293. - - HUME (M.), IV, 250, 252. - - HURE (M.), I, 180. - - HUSS (Jean), I, 161. - - HYDE DE NEUVILLE (Le baron), II, 35; III, 42. - - -I - - IBRAHIM (Pacha), II, 397, 412, 413, 415, 416, 469. - - IFFLAND (M.), III, 77. - - INÈS DE CASTRO, I, 124; IV, 204. - - INGRES (M.), III, 183. - - ISABELLE II (Reine d'Espagne), I, 158, 192, 216, 217, 232; II, - 47, 425; III, 124, 184, 216, 261; IV, 43, 348, 349. - - ISTRIE (La duchesse D'), III, 24; IV, 217, 240. - - ISTURITZ (Xavier D'), II, 38, 47, 82. - -J - - JACKSON (Le président André), II, 3, 443. - - JACOB (L'amiral comte), I, 84. - - JACQUES Ier D'ANGLETERRE (Le roi), I, 9. - - JANSON (Mme DE), III, 221. - - JAUBERT (Le comte), II, 114, 122, 134, 366, 406, 424, 428, 429. - - JAUCOURT (La marquise DE), I, 48, 283; II, 178, 368; III, 216. - - JELLACHICH (Le général), III, 361, 367; IV, 50. - - JERMINGHAM (Miss), I, 47. - - JERSEY (Lord), III, 184, 284. - - JERSEY (Lady), I, 33, 55, 153, 154, 169, 246; II, 47, 127, 183, - 337; III, 87, 88, 102, 157, 184. - - JOCELYN (Lord), III, 49, 66. - - JOINVILLE (Le prince DE), II, 103, 288, 434, 437; III, 33, 34, - 35, 36, 37, 87, 120, 192, 217, 230, 268, 280, 288; IV, 10, 15, - 20, 21, 22, 23, 33, 59. - - JOINVILLE (La princesse DE), III, 288, 385; IV, 10, 208, 423. - - JOSÉPHINE (L'impératrice), I, 332, 333; II, 335. - - JOUFFROY (M.), III, 26. - - JUMILHAC (Le duc DE RICHELIEU-), II, 35. - - -K - - KAGENECK (La comtesse DE), III, 272. - - KANITZ (Le général comte Auguste DE), III, 172, 178, 351. - - KAROLYI (Le comte), IV, 338. - - KAROLYI (La comtesse dite Nandine), II, 333; III, 91. - - KAULBACH (Guillaume DE), III, 442. - - KENT (La duchesse DE), I, 21, 58, 61, 62, 63, 64, 70, 87, 88, 92, - 93, 365; II, 127, 131, 144, 156, 157, 167, 174, 176, 177. - - KETTLER (L'évêque baron DE), IV, 74, 112. - - KISSELEFF (Le comte Nicolas), III, 150, 152, 157, 220; IV, 65, - 150. - - KISSELEFF (Le général comte), IV, 236, 297, 375. - - KOMAR (Mlle Nathalie DE), III, 232. - - KOREFF (Le docteur), I, 53. - - KOSSUTH (Louis), III, 376; IV, 81, 82, 91, 313, 383. - - KROLL, III, 386. - - KRÜDENER (La baronne DE), II, 171; III, 390, 391. - - KRÜDENER (La baronne Amélie DE), II, 288. - - KRÜGER (Le peintre François), II, 351. - - KÜBECK DE KUBAU (M.), III, 415; IV, 50. - - KÜPER (Le Rév. Dr. William), I, 92. - - KUSHNIX (La comtesse), II, 278. - -L - - LA BESNARDIÈRE (M. DE), I, 324; II, 188; III, 200, 203, 205. - - LABLACHE, III, 156. - - LABORDE (Le comte Léon DE), II, 124. - - LABOUCHÈRE, lord Taunton (Henri), I, 100, 245; II, 118; III, 69, - 119. - - LA BOULAVE (M. DE), II, 357. - - LA BRICHE (La comtesse DE), II, 2; III, 16. - - LA BRUYÈRE (Jean DE), I, 183; II, 73; III, 53. - - LACAVE-LAPLAGNE (M.), II, 404 III, 185, 238. - - LACORDAIRE (L'abbé), II, 34, 35, 362; III, 24, 25, 27, 95; IV, - 339, 340, 341, 371, 394. - - LACRETELLE (Jean-Claude-Dominique DE), I, 136. - - LACRETELLE (Charles), IV, 219. - - LADENBERG, III, 454, 461. - - LADVOCAT (M.), II, 13. - - LAFARGE (Mme, la mère), II, 382. - - LAFARGE (Mme, Marie Capelle), II, 373, 374, 375, 376, 382. - - LA FAYETTE (Le marquis DE), I, 86, 100, 184, 377. - - LA FERRONNAYS (La comtesse DE), III, 24, 25. - - LA FERTÉ (Le comte DE), III, 444; IV, 247. - - LA FERTÉ (La comtesse DE), IV, 127, 189, 235. - - LAFITTE (Le ministre), II, 743; III, 217. - - LA GRANGE (Mme DE), IV, 189. - - LAGRANGE-CHANCEL (Joseph DE), I, 238. - - LA MARCK (Le comte DE), IV, 14. - - LA MARMORA (Le marquis, général DE), IV, 78. - - LAMARTINE (M. DE), II, 124, 221, 405, 424, 425; III, 8, 11, 19, - 163, 168, 222, 230, 349; IV, 20, 136. - - LAMB (Sir Frédéric), I, 27, 291, 293, 294, 296; II, 338. - - LAMBERG (Le général comte DE), III, 358. - - LAMBRUSCHINI (Le cardinal), II, 427. - - LAMENNAIS (L'abbé DE), I, 65, 66, 74; III, 27, 99; IV, 20, 159. - - LAMORICIÈRE (Le général DE), IV, 58, 361, 362, 365, 366, 367, - 372, 373, 379, 381. - - LAMORICIÈRE (Mme DE), IV, 357. - - LANGWARD (L'improvisateur), I, 123. - - LANSDOWNE (Lord), I, 46, 97, 102, 121, 145, 179. - - LANSDOWNE (Lady), I, 52; II, 336. - - LARCHER (Mlle Henriette), I, 242; II, 255. - - LA REDORTE (Le comte DE), I, 266; II, 117, 126, 313, 347, 361, - 396, 407; III, 52. - - LA REDORTE (La comtesse DE), II, 38, 119, 126, 366; III, 52, 152, - 447. - - LA ROCHE-AYMOND (La comtesse DE), III, 306. - - LA ROCHEFOUCAULD (Le comte Alexandre DE), III, 42. - - LA ROCHEFOUCAULD (Marie DE), II, 432. - - LA ROCHEFOUCAULD (Le comte Sosthène DE), duc de Doudeauville, II, - 423; III, 242, 467. - - LA ROCHEFOUCAULD (La vicomtesse DE), I, 147, 148. - - LA ROCHELAMBERT (La marquise DE), IV, 26. - - LA ROCHEJAQUELEIN (Le maréchal, comte Auguste DE), III, 196. - - LA ROCHEJAQUELEIN (Le marquis Georges DE), IV, 20, 64, 65, 148. - - LA ROCHEJAQUELEIN (La comtesse DE), III, 196. - - LA RONCIÈRE le Noury (Émile-Clément DE), I, 276. - - LA ROVÈRE (La marquise DE), II, 347 - - LASALLE (M. DE), III, 37. - - LA TOUR (Le général, comte DE), III, 358. - - LA TOUR-MAUBOURG (Le marquis DE), I, 315; III, 189. - - LAURENCE (M.), I, 12. - - LAUZUN (Le duc DE), I, 257, 277, 297; III, 248. - - LAVAL (Adrien, prince DE), I, 364, 395; II, 69, 70, 71, 76, 77, - 78, 100, 107, 109, 138, 139, 154, 163. - - LAVAL (La vicomtesse DE), II, 155, 205, 217, 219, 235, 246, 254; - IV, 144. - - LA VALETTE (Le marquis DE), IV, 425. - - LAVRADIO (Le comte DE), I, 209. - - LAZAREFF (Le comte Lazare DE), I, 68. - - LAZAREFF (Mme DE), II, 283, 325; III, 278, 300. - - LÉAUTAUD (La comtesse DE), II, 276, 382. - - LEDIEU (L'abbé François), IV, 241. - - LEFÈVRE (M.), IV, 41. - - LEGONIDEC (Le conseiller), I, 349, 362. - - LE HON (Le comte), I, 25; II, 143; III, 165. - - LE HON (La comtesse), II, 143, 155; III, 28; IV, 97, 242. - - LEHZEN (La baronne), I, 58. - - LEININGEN (Le général, comte DE), IV, 95, 100. - - LEMOINNE (John), IV, 85. - - LENORMAND (Marie-Anne), I, 115, 117, 118. - - LENORMANT (Mme), IV, 333, 334. - - LÉON (L'évêque DE, don Joachim Albarca y Blanquès), I, 157. - - LÉON (Le prince DE), II, 377. - - LÉON (La princesse DE), I, 104. - - LÉON X (Le pape), II, 459. - - LÉON XII (Le pape), II, 211. - - LÉOPOLD Ier DE BELGIQUE (Le roi), I, 22, 24, 30, 31, 47, 88, - 92, 104, 105, 381; II, 157, 174, 177, 249, 359, 401; III, 158, - 245, 263, 382, 396; IV, 15, 43, 110, 111, 112, 117, 129, 142, - 175, 282, 285, 316, 330, 352, 423. - - LERCHENFELD (Le comte DE), II, 288; III, 378. - - LE REIS-EFFENDI, II, 64. - - LESLIE (Robert), I, 9. - - LESPINASSE (Mlle DE), III, 43. - - LESSEPS (Le vicomte Ferdinand DE), IV, 69. - - LESTOCQ (La baronne DE), II, 278. - - LEUCHTENBERG (Le duc Auguste-Charles DE), I, 27, 133; II, 260. - - LEUCHTENBERG (Le prince Max DE), I, 333; II, 127; III, 79. - - LEUCHTENBERG (La duchesse Marie DE), III, 79; IV, 372. - - LEVESON (Lord), II, 340; III, 152. - - LÉVIS (Le duc DE), IV, 109. - - LÉVIS (La duchesse DE), IV, 159. - - LEZAY-MARNESIA (Le comte DE), II, 312. - - LIAUTARD (L'abbé), II, 147. - - LICHTENSTEIN (Le prince Aloys-Joseph DE), I, 27. - - LICHTENSTEIN (La princesse DE), II, 334. - - LICHTENSTEIN (Le feld-maréchal, prince DE), IV, 308, 310. - - LICHTENSTEIN (Le général, prince Joseph-Wenzel DE), III, 449. - - LICHTENSTEIN (Le prince Wenzel DE), III, 88. - - LIEBERMANN (Le baron Auguste DE), II, 282, 334; III, 289, 301. - - LIEGNITZ (La princesse DE), II, 275, 278, 286, 292, 295, 300, - 302. - - LIEVEN (Alexandre DE), II, 192. - - LIEVEN (Le prince Christophe DE), I, 60, 83, 84, 85, 86, 89, 98, - 113, 131, 132, 144, 145, 205, 214, 245; II, 193; III, 194. - - LIEVEN (Le prince Paul DE), IV, 244. - - LIEVEN (La princesse DE), I, 4, 7, 19, 20, 44, 45, 47, 49, 50, - 56, 62, 63, 65, 83, 86, 87, 89, 93, 94, 95, 98, 111, 112, 113, - 122, 123, 124, 129, 131, 132, 143, 144, 151, 152, 156, 162, 167, - 171, 175, 177, 196, 202, 215, 226, 244, 294, 330, 354, 357, 367, - 385, 395, 396, 397; II, 2, 6, 11, 16, 20, 29, 52, 54, 61, 62, 63, - 81, 83, 92, 93, 105, 106, 113, 114, 118, 119, 120, 126, 127, 131, - 132, 136, 162, 163, 167, 168, 174, 175, 177, 180, 183, 186, 192, - 197, 198, 205, 206, 208, 248, 297, 322, 333, 337, 347, 351, 358, - 366, 383, 384, 386, 387, 390, 391, 394, 398, 400, 402, 409, 421, - 423, 426, 432, 433; III, 6, 10, 22, 28, 40, 47, 52, 54, 64, 84, - 86, 97, 98, 99, 100, 102, 108, 119, 121, 124, 128, 152, 157, 164, - 165, 172, 178, 180, 184, 192, 194, 205, 217, 218, 225, 228, 235, - 238, 247, 249, 301, 322, 387, 393, 398, 406, 414, 419; IV, 16, - 17, 40, 42, 45, 76, 126, 150, 184, 185, 202, 236, 243, 244, 245. - - LINANGE (Le prince DE), ou prince de Leiningen, II, 131; III, - 408, 409. - - LINDENAU (Le baron DE), II, 330. - - LINDHEIM (Le général DE), IV, 171. - - LIONNE (M. DE), II, 460. - - LISFRANC DE SAINT-MARTIN (Le chirurgien), II, 128, 199. - - L'ISLE (Lady DE), II, 131. - - LISZT, III, 329. - - LITTLETON (Le baron), I, 155, 161, 164, 168, 177. - - LIVERPOOL (Le comte DE), III, 102. - - LOBAU (Le maréchal), II, 70. - - LOBAU (La maréchale), II, 121. - - LOEWENHIELM (Le comte DE), II, 333. - - LOEWENHIELM (La comtesse DE), II, 6, 333. - - LOEWE-WEIMAR (Le baron DE), II, 83, 92. - - LOLA MONTÈS, III, 441. - - LOMBARD (Henri), III, 256, 257, 258. - - LOMBARD (Mme), III, 258. - - LONDONDERRY (Lord), I, 58, 59, 60; III, 122. - - LONDONDERRY (Lady), I, 55. - - LONGUEVILLE (Mme DE), IV, 56, 80, 87, 135, 148, 222. - - LOTTUM (Le comte Charles-Henri DE), II, 297, 321. - - LOTTUM (La comtesse), III, 279; IV, 240. - - LOUIS (Le baron), I, 291; II, 166, 178, 183. - - LOUISE DE LORRAINE (Reine de France), III, 132. - - LOUIS-PHILIPPE (Le roi), I, 10, 14, 60, 94, 184, 197, 217, 235, - 264, 296, 326, 340, 341, 365, 370, 372, 383; II, 49, 51, 92, 98, - 165, 170, 279; III, 19, 263, 284, 323, 330, 333, 385, 396, 428, - 447, 448; IV, 28, 152, 256. - - LOUIS XIV (Roi de France), I, 36, 233, 270; II, 142, 335, 378, - 459; III, 12, 147, 177, 248; IV, 107. - - LOUIS XV (Roi de France), I, 310, 326, 351; III, 148. - - LOUIS XVI (Roi de France), I, 100, 306; II, 158; III, 253, 474. - - LOUIS XVII, IV, 67, 107. - - LOUIS XVIII (Roi de France), I, 136, 237, 238, 298, 325, 332; II, - 49, 432; III, 247, 253, 473. - - LOULÉ (Le marquis et la marquise DE), I, 192. - - LOUVEL, II, 66, 67. - - LOUVOIS (Le marquis DE), I, 351, 352, 353. - - LOVÈRE (M. DE), II, 279. - - LUCCHESI-PALLI (Le comte DE), IV, 103, 107. - - LUCQUES (Le duc DE), III, 319. - - LUCQUES (La duchesse DE), II, 63. - - LUCQUES (Le prince DE), III, 320. - - LUDOLF (Le feld-maréchal, comte François DE), III, 343. - - LUDOLF (Le comte Guillaume-Constantin DE), I, 156. - - LUDRE (La comtesse DE), III, 240. - - LURDE (M. DE), III, 370. - - LUTHER (Martin), II, 273; III, 70, 95. - - LUTTEROTH (Alexandre DE), II, 123. - - LUYNES (La duchesse DE), III, 314. - - LYNDHURST (Lord), II, 223. - - Lyndhurst (Lady), I, 103, 104. - -M - - MACAULAY (Lord), IV, 274. - - MACDONALD (Le maréchal), II, 387. - - MACDONALD (Le général Francis), II, 191. - - MACKAU (L'amiral baron DE), III, 238. - - MAC-LEOD (Alexandre), III, 48, 125. - - MAC-MAHON (Le maréchal DE), duc de MAGENTA, IV, 270, 325, 409. - - MAC-MAHON (La maréchale DE), IV, 415. - - MAGNAN (Le maréchal), III, 387. - - MAGON-LABALLUE (Mlle), II, 150. - - MAHMOUD (Le sultan), II, 154. - - MAHON (Lady Emily), III, 31. - - MAILLÉ (Le duc DE), II, 160, 161. - - MAILLÉ (La duchesse DE), II, 24, 126. - - MAILLÉ (La marquise DE), III, 127. - - MAINTENON (La marquise DE), I, 233, 312; II, 196, 378; III, 12, - 42, 58, 313; IV, 241, 302. - - MAISON (Le maréchal), I, 318, 344; II, 5, 15. - - MAISON (La maréchale), II, 5, 6. - - MAISTRE (La comtesse Adèle DE), III, 172. - - MAISTRE (La comtesse Azélia DE), III, 140, 151. - - MAISTRE (Mlle Francesca DE), III, 166. - - MAISTRE (Le comte Joseph DE), IV, 19, 20. - - MAISTRE (Le comte Rodolphe DE), III, 140, 151, 154, 232; IV, 20. - - MALABRIA, IV, 224. - - MALESHERBES (M. DE), II, 31. - - MALIBRAN (Mme), I, 59, 147. - - MALTZAN (Le comte Mortimer DE), II, 338, 359; III, 28, 104, 114, - 116, 172, 178, 235, 300. - - MANNAY (L'abbé), II, 228. - - MANTEUFFEL (Le baron Othon DE), III, 429, 430, 437, 458, 459, - 461, 462, 463, 464; IV, 2, 3, 8, 27, 41, 43, 52, 128, 129, 155, - 156, 157, 161, 169, 170, 172, 175, 190, 192, 195, 224, 229, 243, - 284, 285, 287, 288, 401. - - MANTEUFFEL (Le général DE), IV, 393, 410. - - MANUEL (M.), IV, 84. - - MANUEL (Mme), comtesse de Gramedo, II, 84. - - MARBOEUF (La marquise DE), II, 233. - - MARBOIS (Le marquis DE), I, 206, 369. - - MARCHAND (Le comte), II, 24, 288. - - MARCHESI (Luigi), II, 329. - - MARESCALCHI (La comtesse DE), II, 145. - - MAREUIL (Le comte DE), I, 22; II, 18. - - MARIE II ou MARIA DA GLORIA (Reine de Portugal), I, 12, 128, 133; - II, 96, 260. - - MARIE-AMÉLIE (Reine de France), I, 363; II, 143; III, 231, 348, - 363, 448, 451, 452, 453; IV, 15, 56, 59, 66, 118, 208, 212, 224, - 237, 276, 423, 425. - - MARIE-LOUISE (L'impératrice), III, 318. - - MARIE DE MÉDICIS (Reine de France), I, 271; II, 142, 371. - - MARIE D'ORLÉANS (La princesse), I, 60, 362, 381; II, 178, 180, - 189, 195, 196, 209, 221; III, 241. - - MARIE DE PORTUGAL (L'infante), I, 192. - - MARIE DE RUSSIE (L'impératrice), II, 356. - - MARIE STUART (Reine d'Écosse), I, 386. - - MARIE-THÉRÈSE (L'impératrice), I, 366; II, 365. - - MARIO, marquis DE CANDIA, III, 156. - - MARLBOROUGH (La duchesse DE), II, 167. - - MARMONT (Le maréchal), duc DE RAGUSE, III, 84, 85, 88, 90, 311, - 457; IV, 235, 245, 249. - - MARNES (Le comte DE), II, 107, 110. - - MAROCHETTI (Le baron Charles), II, 224. - - MARS (Mlle), II, 148; III, 59, 60; IV, 60. - - MARTIGNAC (Aglay DE), III, 239. - - MARTIN (M.), I, 13; II, 265. - - MARTIN DU NORD, I, 362; II, 15, 18, 122, 124, 133, 136, 404; III, - 242. - - MARTIMPREY (Le général DE), IV, 304. - - MARTINEZ DE LA ROSA (François), I, 184, 238, 371. - - MASSA (La duchesse DE), I, 299, 300; II, 16, 195, 388. - - MASSIMO (La princesse), II, 187. - - MATHIEU (M.), II, 354. - - MATTHIOLI (Le comte), III, 252. - - MATUSIEVICZ (Le comte), I, 144, 396; II, 118, 122, 337; III, 194. - - MAUGUIN, I, 12. - - MAUSSION (Le baron Alfred DE), II, 384, 386. - - MAZZINI (Giuseppe), IV, 7, 79, 81, 87, 91, 173, 351, 402. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (La grande-duchesse DE), II, 116, 145, 156, - 168, 283; III, 225, 254, 265, 284; IV, 54, 264, 277. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Le grand-duc Frédéric DE), III, 352, 429. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Le duc Gustave DE), III, 191. - - MECKLEMBOURG-SCHWERIN (La princesse Hélène DE), plus tard - duchesse d'Orléans, II, 66, 113, 115, 117, 120, 123, 132, 138, - 141, 143, 144, 148, 149, 151, 154, 155, 157, 159, 160, 161, 178, - 180, 183, 184, 185, 207, 212, 221, 223, 260, 283, 313, 320, 352, - 355, 369, 372, 400, 407, 409; III, 33, 63, 65, 71, 191, 210, 212, - 213, 216, 217, 219, 224, 225, 241, 244, 245, 246, 250, 253, 254, - 255, 262, 264, 265, 267, 284, 330, 332, 333, 334, 335, 348, 352, - 355, 369, 383, 385, 396, 399, 425, 428, 450, 452; IV, 10, 11, 22, - 32, 33, 35, 37, 57, 58, 61, 66, 91, 97, 117, 122, 136, 138, 162, - 225, 230, 231, 247, 274, 275, 276, 278, 299. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le grand-duc héréditaire - Frédéric-Guillaume DE), III, 314. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le grand-duc Georges DE), II, 299; III, - 429, 432, 434; IV, 158, 364. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (La grande-duchesse Georges DE), IV, 364. - - MECKLEMBOURG-STRELITZ (Le duc Georges DE), IV, 173, 174, 175. - - MEDEM (Paul, comte), I, 10, 98, 144, 145, 162; II, 193, 206, 254, - 337, 351; III, 115, 116, 184, 311, 317, 338, 342, 351; IV, 125. - - MÉHÉMET-ALI (Le vice-roi), I, 245; II, 350, 353, 369, 383, 387, - 467, 468, 469, 470, 471, 472, 473, 474, 476, 478; III, 7, 47, - 329. - - MELBOURNE (Lord), I, 46, 99, 164, 166, 167, 170, 171, 174, 177, - 178, 180, 189, 190, 203, 208; II, 34, 53, 167, 174, 175, 176, - 407; III, 6, 157, 226, 227, 228, 235. - - MELBOURNE (Lady), III, 32. - - MELZI (Le duc), III, 233. - - MELZI (La duchesse), III, 233. - - MENDELSLOH (Le comte DE), I, 70. - - MENDIZABAL (Don Juan Alvarez y), I, 371; II, 38. - - MENNECHET (Edouard), I, 372. - - MENSCHIKOFF (L'amiral prince), IV, 125. - - MENSDORF-POUILLY (Le feld-maréchal comte DE), IV, 228. - - MÉRAN (Le comte DE), III, 382. - - MÉRODE (Mgr DE), IV, 376. - - MÉRODE (Le comte Werner DE), II, 2, 63. - - METTERNICH (Le prince DE), I, 27, 294, 296, 383; II, 56, 61, 63, - 170, 250, 338, 386; III, 7, 22, 69, 83, 84, 88, 89, 92, 104, 108, - 111, 116, 117, 184, 221, 236, 311, 319, 320, 338, 352, 382; IV, - 15, 51, 52, 89, 158, 164, 175, 228, 249, 309. - - METTERNICH (La princesse Mélanie DE), II, 56, 360; III, 83, 84, - 88, 91, 104, 184, 238, 338; IV, 15, 51, 112, 116, 159, 164, 166. - - METTERNICH-WINNEBOURG (Le prince Richard DE), IV, 243, 364. - - MEULAN (Mme DE), III, 237. - - MEUNIER (M.), II, 116, 117, 159. - - MEYENDORFF (Le baron DE), III, 351, 380, 404, 406, 408, 414, 416, - 417, 425, 427, 428, 430, 434, 436, 437, 459, 463; IV, 164, 244. - - MEYENDORFF (La baronne DE), III, 289, 408, 417, 431; IV, 51, 164, - 244. - - MEYERBEER (M.), III, 283; IV, 40. - - MIAOULIS (Amiral), I, 12. - - MIGNET, I, 34, 318; II, 24, 125, 178; III, 5, 245; IV, 251. - - MINA (Don), I, 245. - - MINTO (Lord), IV, 91, 315. - - MIRABEAU (Le marquis DE), I, 134, 135, 136; IV, 14, 17. - - MIRAFLORÈS (Le marquis), I, 51, 87, 121, 125, 127, 128, 146, 174, - 178, 181, 183, 191, 203, 226. - - MIRAFLORÈS (La marquise DE), I, 205. - - MITFORD (John), III, 75. - - MOCQUART (M.), IV, 200, 351, 370. - - MODÈNE (Le duc François IV DE), I, 366. - - MODÈNE (Le duc François V DE), III, 156; IV, 260. - - MOIRA (Lord), II, 157. - - MOLAY (Jacques DE), III, 45. - - MOLÉ (Le comte), I, 246, 267, 268, 272, 274, 289, 294, 295, 300, - 305, 306, 307, 308, 310, 313, 315, 319, 320, 321, 322, 392; II, - 1, 9, 10, 12, 15, 17, 21, 23, 84, 87, 89, 91, 94, 99, 110, 112, - 114, 122, 124, 125, 129, 133, 138, 143, 147, 154, 162, 163, 166, - 169, 177, 183, 185, 186, 192, 194, 205, 219, 220, 246, 360, 361, - 368, 370, 387, 390, 392, 401, 402, 403, 404, 405, 412, 414, 416, - 424, 440; III, 1, 2, 3, 4, 5, 7, 9, 18, 22, 28, 41, 42, 50, 55, - 57, 96, 105, 121, 123, 167, 180, 181, 183, 210, 212, 213, 217, - 219, 225, 237, 238, 239, 242, 243, 349, 383, 406, 444; IV, 11, - 17, 40, 42, 65, 67, 126, 189, 218, 219, 235. - - MOLÉ (La comtesse), II, 126, 143, 121. - - MOLÉ (Mathieu), III, 121. - - MOLITOR (Le maréchal comte), II, 15, 94. - - MOLLIEN (Le comte), I, 291, 296; II, 72, 116; III, 221. - - MOLLIEN (La comtesse DE), I, 299, 303, 312; II, 72, 116, 312, - 320, 373, 374, 375, 401, 417, 428, 436; III, 11, 15, 33, 123, - 182, 221, 259, 447, 452; IV, 59, 66, 97, 126, 208, 344. - - MOLYNEUX (Francis), III, 75. - - MONCEY (Le maréchal), III, 182. - - MONSON (Lord), I, 39, 42. - - MONSON (Lady), I, 39, 43. - - MONTALEMBERT (Le comte Charles DE), II, 361, 362, 366, 368; III, - 325, 394; IV, 210, 255, 334, 395. - - MONTALIVET (Le comte DE), II, 15, 84, 90, 94, 115, 185, 191, 403. - - MONTALIVET (Mme DE), III, 35. - - MONTBRETON (M. DE), II, 35. - - MONTBRETON (Mme DE), II, 376, 382. - - MONTCALM (Le marquis DE), III, 177. - - MONTEBELLO (Le duc DE), II, 101; III, 64, 115; IV, 244. - - MONTEMOLIN (Le comte DE), III, 396; IV, 346, 348, 349, 359. - - MONTÉNÉGRO (Le chevalier), IV, 165. - - MONTENON (M. DE), II, 386. - - MONTESPAN (La marquise DE), I, 312. - - MONTESQUIOU (La comtesse Anatole DE), II, 132. - - MONTESQUIOU (L'abbé DE), III, 247. - - MONTESSUY (Le comte DE), II, 87, 92. - - MONTFORT (Mlle DE, la princesse Mathilde), II, 377, 394; III, - 368; IV, 40, 43, 74, 199, 214, 296. - - MONGUYON (M. DE), IV, 97, 232, 278. - - MONTIJO (Mlle DE), plus tard l'Impératrice Eugénie, IV, 65, 69, - 70, 72, 73, 77, 84, 87, 92, 112, 189, 206, 207, 213, 214, 235, - 269, 285, 296, 320, 362, 385, 408. - - MONTIJO (Mme DE), IV, 69. - - MONTJOYE (La comtesse DE), III, 220, 363. - - MONTMORENCY (Le duc Mathieu DE), IV, 334. - - MONTMORENCY (Le baron, puis duc Raoul DE), I, 257, 260, 261, 296; - II, 77, 115, 137, 163, 187; III, 131; IV, 28, 275. - - MONTMORENCY (La duchesse DE), I, 27; II, 16, 26, 33, 138, 143, - 252, 394, 434; III, 22, 44, 52, 97, 102, 105, 280. - - MONTMORENCY (La duchesse Mathieu DE), II, 233, 250, 380, 432; - III, 310; IV, 287, 335. - - MONTMORENCY (La baronne DE), III, 131. - - MONTPENSIER (Le duc DE), III, 35, 132, 268, 324, 349; IV, 57, - 348. - - MONTPENSIER (La duchesse DE), III, 349; IV, 58. - - MONTROND (Le comte DE), I, 16, 24, 32, 51, 114, 120, 148, 149, - 249, 250, 252, 255, 256, 283, 285, 395; II, 173, 197, 256, 373, - 383; III, 52, 242; IV, 144. - - MONTROND (La comtesse DE), I, 148. - - MORELL (La baronne DE), I, 276. - - MORELL (Mlle Marie DE), I, 276. - - MORELLET (L'abbé), I, 121. - - MOREY (M.), II, 18, 21. - - MORLOT (Le cardinal), III, 202; IV, 330, 331, 398. - - MORNAY (Le comte Charles DE), 276; II, 121; III, 18. - - MORNINGTON (Lady), I, 3. - - MORNY (Le duc DE), IV, 41, 90, 123, 184, 202, 231, 233, 236, 242, - 249, 253, 301. - - MORPETH (Lord), III, 39. - - MORTEMART (Mlle Alicia DE), I, 312; III, 203. - - MORTEMART (Arthur DE), II, 392; III, 203; IV, 17. - - MORTIER (Le maréchal), I, 278, 318, 360. - - MOSKOWA (Le prince DE LA), I, 89, 106; III, 44, 255, 256, 368. - - MOTTEUX (M.), I, 263. - - MOTTEVILLE (Mme DE), II, 98; IV, 205. - - MOUCHY (Le duc DE), IV, 64. - - MOUCHY (La duchesse DE), IV, 126. - - MOUNIER (M.), II, 41, 415, 425; III, 54. - - MOUNT-EDGECUMBE (Lord), I, 20. - - MOUSTIERS (Le marquis DE), IV, 152, 292, 336. - - MULLER (Frédéric DE), IV, 28, 29. - - MULLER (Jean DE), IV, 29. - - MUNCHHAUSEN (Le baron DE), IV, 7. - - MUNSTER (Le comte DE), I, 204. - - MUNSTER (La comtesse DE), I, 204. - - MULGRAVE (Lord), I, 94, 198. - - MUNIER DE LA CONVERSERIE (Le général), I, 119. - - MUNOZ (Fernando, duc DE RIANZARÈS), II, 400; III, 124, 260. - - MUNSTER (Lord), II, 156. - - MURAT (La princesse), II, 19, 83, 191. - - MURAT (Le prince Joachim), IV, 394. - - MURAT (Le prince Lucien), IV, 86, 184, 394. - - MURILLO, III, 441. - - MUSSET (Alfred DE), I, 247. - -N - - NANTES (Mlle DE), I, 233. - - NAPIER (L'amiral), II, 371, 433, 439; III, 47; IV, 192. - - NAPLES (La reine Caroline DE), II, 30. - - NAPLES (Le prince Charles DE), II, 30. - - NAPLES (Le roi Ferdinand II DE), I, 60, 236; II, 49, 56, 65, 79, - 80, 82, 107, 150. - - NAPLES (Le roi François II DE), IV, 350, 356, 360, 361, 362, 374, - 381, 387, 394. - - NAPLES (Le prince Léopold DE), I, 362. - - NAPLES (La princesse Marie DE), II, 237. - - NAPLES (La reine Marie DE), IV, 383. - - NAPLES (La reine Marie-Christine DE), II, 12, 20, 107. - - NAPOLÉON Ier (L'empereur), I, 33, 107, 116, 137, 227, 228, - 247, 310, 326, 332, 397; II, 24, 158, 231, 288, 297, 328, 329, - 335, 401, 425, 426, 432, 433, 435, 439, 440, 463; III, 38, 39, - 167, 295, 330, 393, 408; IV, 96, 147, 200, 245, 249, 255. - - NAPOLÉON (Le prince Jérôme), IV, 42, 69, 70, 86, 151, 296, 298, - 301, 302, 303, 304, 305, 324, 327, 341, 356, 358, 360, 386, 397. - - NARBONNE-LARA (Le comte DE), IV, 143, 144, 145, 146, 147. - - NARBONNE (La comtesse Louis DE), née DE MONTHOLON, III, 142. - - NASSAU (Le duc Adolphe DE), III, 314, 429. - - NASSAU (Le duc Guillaume DE), I, 30. - - NASSAU (La princesse Marie DE), III, 157. - - NASSAU (La duchesse Pauline DE), III, 52. - - NÉALE (La comtesse Pauline), III, 71, 75, 282, 285, 288. - - NECKER (Jacques), I, 320, 345. - - NECKER (Mme), I, 345. - - NEELD (Lady Caroline), I, 40. - - NEGRO (Le marquis Carlo DI), IV, 77. - - NEIPPERG (Le comte DE), II, 345, 346, 348. - - NEMOURS (Le duc DE), I, 296, 310, 340, 357; II, 36, 48, 65, 103, - 179, 196, 199, 207, 214, 250, 291, 365, 372; III, 36, 37, 210, - 212, 217, 244, 261, 262, 265, 268, 383, 384; IV, 10, 59, 117, - 136, 138, 225, 246, 247, 248, 277. - - NEMOURS (La duchesse DE), II, 251, 372; III, 34, 125, 186, 225, - 244, 383, 384; IV, 10, 59, 225, 416. - - NERLI, IV, 108. - - NESSELRODE (Le comte DE), I, 85, 86, 99, 112, 124; II, 337, 415; - III, 220, 317; IV, 51, 52, 131, 138. - - NESSELRODE (La comtesse DE), I, 330; II, 351, 415, 417, 422; III, - 10, 28, 96. - - NEUMANN (Le général), III, 431. - - NEUMANN (Le baron), II, 349, 472, 473; III, 115. - - NEU-WIED (Le prince Guillaume DE), III, 157. - - NEY (Le maréchal), I, 89, 304, 306; III, 255. - - NEY (La maréchale), II, 437. - - NEY (Edgar), III, 386; IV, 411. - - NICOLAÏ (Le marquis DE), II, 376. - - NICOLAÏ (La marquise Scipion DE), II, 376, 382. - - NICOLAS Ier DE RUSSIE (L'empereur), I, 11, 52, 85, 112, 144, - 360, 383, 385, 386; II, 54, 87, 92, 105, 248, 276, 293, 295, 301, - 302, 303, 377; III, 23, 62, 79, 127, 220, 267, 299, 307, 317, - 332, 375, 377, 413, 462; IV, 14, 50, 52, 53, 54, 68, 113, 124, - 127, 129, 131, 134, 151, 152, 159, 161, 163, 164, 186, 187, 195, - 196, 201, 202, 204. - - NICOLE (Pierre), II, 39, 44. - - NIEBUHR (M. DE), IV, 192. - - NIEL (Le général), IV, 195, 296, 304. - - NIGRA (Le chevalier), IV, 359. - - NINA LASSAVE, II, 13. - - NISARD (M.), IV, 227, 228. - - NOAILLES (Le duc DE), I, 312, 322, 324, 338; II, 28, 34, 41, 67, - 71, 72, 100, 114, 118, 125, 173, 178, 182, 198, 298, 332, 333, - 347, 383, 392, 396, 403, 407, 408, 417, 419, 438, 441; III, 12, - 17, 40, 41, 42, 52, 97, 100, 103, 121, 153, 187, 214, 215, 241, - 248, 392, 393, 397; IV, 12, 25, 26, 36, 97, 126, 136, 180, 218, - 244, 268, 394. - - NOAILLES (La duchesse DE), I, 340; II, 76; III, 221; IV, 126. - - NOAILLES (Le comte Maurice DE), II, 403, 407; III, 153. - - NOAILLES (La vicomtesse DE), I, 338; IV, 24. - - NOAILLES (Mlle Sabine DE), I, 366. - - NODIER (Charles), III, 57. - - NOTHOMB (Le baron DE), III, 334; IV, 43. - - NORFOLK (Le duc DE), I, 141, 209, 210. - - NORFOLK (Le duc Henry DE), IV, 240. - - NORMANBY (Le marquis DE), III, 54, 406, 421; IV, 44. - - NORTHUMBERLAND (La duchesse DE), I, 58. - - NORTON (M.), II, 53. - - NORTON (Mrs), II, 37, 53, 63. - - NOSTITZ (Le comte DE), III, 307. - - NOSTITZ (La comtesse DE), III, 73. - - -O - - OBERKAMPF, III, 21. - - O'CONNEL (Daniel), I, 145, 155, 175, 176, 179, 186, 195, 205, - 207, 218, 368; II, 12. - - O'DONNELL (Le général comte Maurice), III, 85. - - O'DONNELL (Le général comte Maximilien), IV, 86, 88, 94, 122. - - OFFALIA (Le comte D'), II, 416. - - OLBERG (Le général DE), IV, 192. - - OLDENBURG (Le grand-duc Auguste D'), III, 433. - - OLDENBURG (La grande-duchesse D'), VI, 85. - - OLFERS (M.), III, 76, 79, 284, 299. - - OLIVIER (L'abbé), I, 344; II, 225. - - OLOZAGA (Don Salluste), III, 125. - - OMPTEDA (La baronne D'), I, 72, 204; II, 333. - - ORANGE (Le prince Guillaume D'), I, 149; II, 54. - - ORANGE (La princesse D'), I, 149,330. - - ORESTIS (La comtesse DE), IV, 76. - - ORIE (Le docteur), II, 201; III, 52, 206. - - ORLÉANS (Le duc Ferdinand D'), I, 25, 33, 35, 105, 136, 232, 235, - 236, 252, 256, 258, 260, 264, 265, 266, 282, 285, 289, 290, 291, - 293, 299, 305, 310, 311, 315, 323, 340, 346, 361, 363, 381, 382, - 383; II, 15, 36, 38, 39, 40, 43, 44, 45, 48, 50, 51, 56, 57, 61, - 63, 65, 68, 69, 73, 75, 79, 82, 86, 93, 99, 103, 113, 115, 116, - 118, 119, 121, 123, 142, 143, 146, 153, 155, 161, 176, 179, 189, - 193, 196, 206, 207, 208, 235, 291, 296, 313, 319, 320, 352, 353, - 364, 365, 366, 376, 396, 400, 401, 404, 415, 421; III, 9, 12, 17, - 18, 25, 34, 35, 40, 44, 45, 56, 86, 131, 148, 163, 164, 178, 183, - 186, 191, 207, 209, 210, 214, 215, 216, 217, 218, 220, 222, 224, - 234, 241, 245, 254, 261, 283, 332, 355; IV, 237. - - ORLÉANS (Gaston D'), III, 239. - - ORLÉANS (Le duc Philippe D'), Philippe-Égalité, I, 297, 298. - - ORLOFF (Le comte, puis prince), II, 168, 174, 180; IV, 149, 150, - 151, 152, 156, 164, 227. - - ORNANO (Le général), I, 261. - - ORSAY (Le comte Alfred D'), I, 46. - - ORSAY (Lady Harriet D'), III, 234. - - ORSINI, IV, 270, 271, 316. - - ORTEGA (Le général), IV, 346, 349. - - OSMOND (La marquise D'), IV, 126. - - OSSAT (Le cardinal D'), II, 459. - - OSSULSTON (Lord), I, 80. - - OSSUNA (Le duc D'), IV, 69, 112, 409. - - O'SULLIVAN DE GRASS (Le comte), IV, 117. - - OULTREMONT ET DE VERGIMOND (La comtesse D'), III, 40, 76. - - OUTREMONT DE MINIÈRES (Le général D'), III, 117. - -P - - PAGANINI, III, 299. - - PAGEOT (M.), III, 180. - - PAHLEN (Le comte), I, 78, 156, 383, 387, 395, 396, 397; II, 5, - 15, 193; III, 127, 150, 154, 164, 167, 184, 225, 239, 249, 250, - 301. - - PALAFOX (Don José DE), I, 207. - - PALATINE (La princesse), Anne de Gonzague, II, 24, 30, 196. - - PALFFY (Le comte Aloys), III, 343. - - PALFFY (La princesse), II, 336. - - PALIKAO (Le maréchal Cousin-Montauban, comte DE), IV, 418, 419. - - PALLADIO (André), IV, 104, 105. - - PALLAVICINI (Le marquis), II, 224. - - PALMELLA (Le duc DE), I, 127. - - PALMELLA (La duchesse DE), II, 259. - - PALMERSTON (Lord), I, 6, 19, 29, 32, 33, 47, 50, 51, 63, 83, 85, - 86, 89, 94, 96, 98, 102, 104, 105, 113, 125, 128, 131, 132, 161, - 162, 170, 175, 176, 183, 184, 188, 202, 203, 209, 210, 214, 216, - 225, 226, 238, 239, 246, 253, 262, 265, 293, 294, 296, 359; II, - 107, 108, 157, 162, 345, 349, 353, 364, 383, 386, 387, 388, 391, - 393, 395, 398, 399, 407, 409, 411, 412, 415, 419, 421, 433, 439, - 465, 479; III, 6, 7, 8, 10, 22, 54, 87, 90, 109, 157, 226, 228, - 229, 320, 325, 342, 349, 379, 384, 396, 402, 410, 413, 414, 416, - 417, 421, 426, 453; IV, 8, 9, 38, 39, 44, 45, 111, 124, 138, 151, - 171, 191, 222, 239, 245, 269, 274, 275, 282, 295, 304, 313, 329, - 350, 355. - - PALMERSTON (Lady), II, 351, 397; III, 48, 49, 54, 102, 109, 157; - IV, 44. - - PALMERSTON (Mlle Fanny), III, 49. - - PALMYRE (Mlle), I, 255; II, 142. - - PANIEGA (Mlle DE LA), IV, 285. - - PANIS (Le comte DE), III, 102, 158. - - PAPPENHEIM (Le comte), III, 318. - - PARIS (Le comte DE), II, 387, 394, 400, 401, 407; III, 63, 224, - 246, 250, 255, 262, 333, 384, 385, 396, 422; IV, 99, 138, 232, - 247, 248, 276, 277, 278, 349. - - PARME (Le duc Robert DE), IV, 324. - - PARME (La duchesse régente DE), IV, 349. - - PARRY (Le capitaine), I, 45. - - PASCAL (Blaise), II, 44; III, 392; IV, 25. - - PASKEWITSCH (Le feld-maréchal), III, 301, 380, 452. - - PASQUIER (Le duc), I, 10, 283, 291, 304, 306, 322, 362, 382; II, - 1, 2, 20, 146, 225, 441; III, 9, 18, 22, 44, 167; IV, 126. - - PASSINI (M.), III, 299. - - PASSY, I, 277, 278; II, 14, 15, 17, 219, 404, 405, 410, 419, 424; - III, 8, 9, 14, 26, 127, 163, 185, 238. - - PASTA (Judith), I, 59. - - PASTORET (Le marquis DE), III, 9; IV, 64, 65, 148. - - PATOW (Le baron DE), IV, 393. - - PAYS-BAS (Le prince Frédéric DES), I, 172; II, 290; III, 388. - - PAYS-BAS (La princesse Frédéric DES), I, 172; II, 284, 286. - - PAYS-BAS (le Roi Guillaume Ier DES), I, 14, 24, 30, 172, 341; - II, 249, 356; III, 48, 76, 229, 233, 307. - - PAYS-BAS (le Roi Guillaume II DES), III, 191, 226, 227, 281. - - PAYS-BAS (Le prince héréditaire DES), plus tard roi Guillaume - III, III, 66, 388. - - PAYS-BAS (La reine Wilhelmine DES), I, 172; II, 45, 48. - - PÉAN (Valet de chambre du prince de Talleyrand), II, 247. - - PECHLIN (M.), diplomate danois, III, 427. - - PEDRO Ier (Dom), I, 11, 56, 72, 121, 125, 128, 171, 192. - - PEEL (Sir Robert), I, 101, 104, 139, 140, 141, 145, 171, 189, - 190, 288, 293, 299, 308, 357; II, 175; III, 6, 8, 52, 102, 122, - 194, 226. - - PEEL (Lady), I, 140; III, 52. - - PEEL (The Right Hon. William-Yates), III, 52. - - PÉLISSIER (Le maréchal), duc DE MALAKOFF, IV, 231, 274, 278, 285, - 287, 298, 304, 385. - - PELLICO (Silvio), III, 141; IV, 50. - - PEMBROKE (Lady), II, 47. - - PÉNÉLOPE Smith (Miss), II, 31, 57. - - PEPE (Le général), IV, 218. - - PÉPIN (M.), I, 348, 349, 356, 362, 373; II, 18, 20, 21. - - PERIER (Casimir), I, 6, 9, 10, 15, 19, 273; III, 151, 157, 167, - 220. - - PÉRIGORD (Le duc DE), I, 344. - - PÉRIGORD (La duchesse DE), I, 348; IV, 82. - - PÉRIGORD (Le comte Alexandre DE), duc DE DINO, I, 363; II, 199, - 204, 226, 247, 399, 401, 435; III, 1, 98, 123, 170, 187, 205; IV, - 35, 64, 80, 180, 206, 215. - - PÉRIGORD (Boson DE), II, 104, 434. - - PÉRIGORD (Le comte Paul DE), IV, 82. - - PÉRIGORD (Mlle Pauline DE), plus tard marquise DE CASTELLANE, I, - 45, 242, 305, 314, 327, 337, 349; II, 26, 33, 34, 40, 41, 43, 46, - 53, 72, 136, 141, 145, 146, 149, 151, 157, 158, 188, 204, 205, - 207, 211, 217, 220, 227, 228, 235, 236, 244, 245, 252, 259, 260, - 261, 262, 263, 332, 347, 381, 386; III, 1, 49, 64, 68, 74, 120, - 129, 130, 139, 140, 142, 145, 149, 150, 152, 153, 159, 161, 169, - 175, 179, 181, 185, 186, 187, 192, 193, 196, 197, 198, 200, 201, - 203, 205, 233, 249, 250, 326, 331, 353, 394; IV, 15, 48, 126, - 178, 179, 183, 266, 267, 269, 281, 396. - - PÉRIGORD (Le cardinal DE TALLEYRAND-), I, 327, 330, 392; II, 229, - 232; III, 5. - - PERPONCHER (Le comte Henri DE), II, 282. - - PERPONCHER (La comtesse DE), II, 278, 280, 282, 290, 321, 324; - III, 71, 73, 74, 75, 80, 103, 113, 282, 286. - - PERREGEAUX (Le comte DE), II, 374. - - PERRONE DI S. MARTINO (Le baron Paul), IV, 224. - - PERSIGNY (Le duc DE), III, 402, 403, 407, 408, 417, 418, 423, - 425, 430, 434; IV, 3, 41, 90, 124, 179, 238, 240, 301, 363, 397, - 424. - - PERSIL (Jean-Charles), I, 377; II, 134. - - PETER (Mrs), I, 176, 214. - - PETETOT (L'abbé), II, 362; III, 257. - - PETIT (Le général), I, 259. - - PEYRONNET (Le comte DE), II, 7, 52, 110; III, 243. - - PIATOLI (L'abbé Scipion), II, 310. - - PICARD (Ernest), IV, 418. - - PIE (Mgr), IV, 406. - - PIE VII (Le pape), II, 230, 231, 255; III, 295. - - PIE IX (Le pape), III, 363; IV, 183, 253, 255, 258, 260, 261, - 297, 299, 309, 313, 315, 317, 325, 329, 330, 337, 342, 348, 352, - 357, 360, 362, 365, 369, 370, 371, 372, 373, 376, 378, 381, 385, - 387, 406, 416, 420, 421, 425. - - PIERRES (Le baron DE), IV, 418. - - PIETRI (M.), IV, 397. - - PIMODAN (Le général marquis DE), II, 224, 225; IV, 372, 373, 374, - 377. - - PIRON (M.), I, 119, 126. - - PISCATORY (M.), II, 406. - - PITT (William), I, 64, 163. - - PLAISANCE (La duchesse DE), II, 171. - - PLESSEN (M. DE), II, 123. - - PLYMOUTH (Lady), I, 8. - - PODENAS (La marquise DE), III, 130. - - POIX (Le duc DE), III, 215. - - POIX (La duchesse-princesse DE), I, 340, 394; III, 241. - - POLIGNAC (Le prince DE), I, 30, 277; II, 7, 108, 109, 110; III, - 192. - - POLIGNAC (La princesse DE), I, 95; II, 100. - - POLIGNAC (Le cardinal DE), II, 459. - - POMPONNE (Le marquis DE), II, 44. - - PONCEAU (Le vicomte DU), III, 52. - - PONIATOWSKI (Roi de Pologne), II, 335. - - PONIATOWSKI (Le maréchal prince), I, 272. - - PONSARD, III, 281. - - PONSONBY (Lord), I, 125,; II, 64, 65, 349, 371; III, 47, 54, 349. - - PONTOIS (Le comte DE), II, 349. - - PORCHESTER (Lord), I, 38. - - PORTUGAL (Le roi PEDRO V DE), IV, 237, 318. - - PORTUGAL (La reine DE), princesse Stéphanie de - Hohenzollern-Sigmaringen, IV, 318, 415. - - POTEMKIN (M. DE), II, 337. - - POTOCKI (Le comte Stanislas DE), I, 228. - - POTOCKA (La comtesse Delphine DE), IV, 250. - - POURTALÈS (Le comte Albert DE), IV, 141, 161, 172, 312, 315, 337. - - POURTALÈS (Le comte Louis DE), III, 298. - - POZZO (Le comte), I, 15, 32, 33, 57, 98, 99, 291, 294; II, 39, - 106; III, 166, 251. - - POZZO DI BORGO (Le comte Charles), III, 166. - - PRASLIN (Le duc DE), II, 141; III, 34. - - PRASLIN (La duchesse DE), III, 35. - - PREISSAC (Le comte DE), II, 189. - - PRÉVOST-PARADOL (M.), IV, 343, 357. - - PRINCE NOIR (Le), I, 41. - - PRITWITZ (Le général DE), III, 373, 374. - - PROKESCH-OSTEN (Le baron DE), III, 378, 408, 423, 426, 430, 436, - 437; IV, 5, 27. - - PRUD'HON (Le peintre), I, 247. - - PRUSSE (Le prince Adalbert DE), II, 322; III, 288, 389; IV, 232, - 405. - - PRUSSE (Le prince Albert DE), III, 233, 234, 431; IV, 115, 172. - - PRUSSE (La princesse Albert DE), II, 50, 63, 279, 281; III, 77, - 234, 281, 299, 313. - - PRUSSE (La princesse Anna DE), IV, 55, 56. - - PRUSSE (Le prince Auguste DE), III, 306. - - PRUSSE (Le prince Charles DE), III, 274, 431; IV, 156, 197. - - PRUSSE (La princesse Charles DE), II, 278, 283; III, 73, 74, 78, - 112, 285, 288; IV, 168, 291, 372, 382. - - PRUSSE (La princesse Charlotte DE), plus tard princesse de - Saxe-Meiningen, III, 427; IV, 115. - - PRUSSE (Le prince Frédéric DE), I, 199; II, 355; III, 67, 72, - 273, 274. - - PRUSSE (La princesse Frédéric DE), III, 74. - - PRUSSE (Le prince Frédéric-Charles DE), IV, 130. - - PRUSSE (Le roi Frédéric-Guillaume II DE), III, 301. - - PRUSSE (Le roi Frédéric-Guillaume III DE), I, 14, 235; II, 115, - 272, 319, 331, 350. - - PRUSSE (Le prince royal DE), puis roi Frédéric-Guillaume IV, II, - 45, 48, 50, 55, 270, 275, 280, 281, 285, 287, 288, 289, 290, 295, - 317, 351, 359, 372, 431; III, 7, 40, 46, 62, 67, 110, 114, 157, - 164, 165, 172, 222, 263, 273, 289, 318, 369, 377, 388, 391, 464; - IV, 52, 72, 110, 112, 114, 196, 234, 260, 262, 275, 281, 321. - - PRUSSE (La princesse royale DE), puis la reine Élisabeth, II, 45, - 47, 278, 280, 290, 327; IV, 53, 110, 115, 119, 120, 159, 225, - 259, 297, 391. - - PRUSSE (Le prince Frédéric-Guillaume DE), plus tard empereur - Frédéric III, IV, 262, 391, 416. - - PRUSSE (La princesse Frédéric-Guillaume DE), IV, 281, 415. - - PRUSSE (Le prince Guillaume DE), plus tard empereur d'Allemagne, - II, 278, 282, 300, 301, 321; III, 62, 77, 271, 274, 282, 283, - 289, 291, 293, 294, 296, 349, 381, 430, 454, 457, 461; IV, 6, 52, - 155, 166, 170, 174, 175, 176, 177, 190, 197, 263, 264, 272, 284, - 285, 287, 288, 291, 319, 321, 325, 332, 333, 335, 354, 356, 363, - 382, 405, 408, 410, 411. - - PRUSSE (La princesse Guillaume DE), plus tard impératrice - d'Allemagne, II, 45, 278, 279, 280, 282, 284, 286, 287, 288, 291, - 296, 301, 302, 321, 322, 323, 324, 325; III, 71, 73, 74, 75, 78, - 80, 95, 113, 116, 117, 264, 281, 282, 285, 288, 306, 309, 322, - 331, 365, 430, 435; IV, 27, 116, 155, 402. - - PRUSSE (Le prince Guillaume DE), frère du roi Frédéric-Guillaume - III, II, 51; III, 282, 334, 365, 389. - - PRUSSE (La princesse Guillaume DE), II, 278, 283, 284; III, 71, - 73, 74, 282, 284, 389. - - PRUSSE (Le prince Louis DE), I, 83. - - PRUSSE (La reine Louise DE), I, 71; II, 288, 299. - - PRUSSE (La princesse Louise DE), puis grande-duchesse de Bade, - IV, 234, 417. - - PRUSSE (La princesse Louise DE), puis princesse Alexis de - Hesse-Philippsthal-Barchfeld, IV, 168. - - PRUSSE (La princesse Louise DE), princesse Antoine Radziwill, II, - 48; III, 302. - - PRUSSE (La princesse Marie DE), III, 156, 233. - - PRUSSE (Le prince Waldemar DE), III, 365. - - PUCKLER (Le prince), II, 277; III, 282, 291, 292, 293, 294, 295, - 318, 329. - - PUCKLER (La princesse), II, 283, 291; III, 291, 293, 294. - - PUTBUS (Le prince DE), III, 296. - - PUTBUS (La princesse DE), III, 279; IV, 416. - - PUTBUS (Le comte Malte DE), II, 140, 141; III, 279. - - PYAT (Félix), IV, 270. - -Q - - QUATREMÈRE DE QUINCY (Antoine-Chrysostôme), II, 130. - - QUÉLEN (Le comte DE), archevêque de Paris, I, 327, 328, 329, 344, - 391, 395; II, 34, 35, 65, 67, 108, 109, 121, 122, 137, 138, 139, - 182, 211, 217, 231, 232, 237, 241, 242, 243, 309, 361, 366, 368, - 393, 441; III, 1, 2, 4, 5, 23, 27, 44, 46, 105, 106, 144, 310, - 328. - - QUINEMONT (Le marquis DE), III, 206. - - QUITRY (Le marquis DE), IV, 64. - - -R - - RACHEL (Mlle), II, 259; III, 18, 103, 128, 153, 242, 445, 467, - 468, 469, 470, 471; IV, 59. - - RACZYNSKI (Le comte), II, 297. - - RADETZKY (Le maréchal comte DE), III, 361, 366, 367, 371, 380; - IV, 88, 95, 96, 97, 101, 148, 260. - - RADNOR (Lord William), I, 106, 449. - - RADOWITZ (Le général DE), III, 318, 321, 334, 377, 378, 407, 410, - 413, 415, 425, 433, 435, 451, 453, 454, 457, 461, 464; IV, 5, - 130, 138, 139, 140. - - RADZIWILL (Le prince Antoine), III, 78; IV, 232, 416. - - RADZIWILL (Le prince Guillaume), II, 287, 300; III, 71, 75, 77, - 282, 288, 296, 299, 302; IV, 8, 281. - - RADZIWILL (La princesse Guillaume), II, 287; III, 71, 75, 77, - 282, 288, 296, 299, 302; IV, 8, 281. - - RAGLAN (Lord), IV, 202, 210. - - RAMBUTEAU (Le comte DE), I, 228; III, 9, 59. - - RAMBUTEAU (La comtesse DE), I, 300; III, 24, 25, 142, 248. - - RANDON (Le maréchal comte), IV, 345. - - RANELAGH (Lord), III, 171. - - RANTZAU (Le maréchal DE), II, 156. - - RANTZAU (Le comte DE), II, 156-159. - - RANVILLE (M. DE), II, 108. - - RAPHAEL SANZIO, II, 130. - - RAQUENA (Le comte DE), II, 418. - - RATISBONNE (L'abbé), II, 97. - - RATTAZI (M.), IV, 320. - - RAUCH (le général DE), III, 377, 404, 405, 424, 425. - - RAUCH (Le sculpteur), II, 48, 296, 300, 343; III, 79. - - RAULLIN (M.), I, 32, 283, 287, 288; II, 428; III, 24. - - RAUMER (M.), IV, 285. - - RAUZAN (La duchesse DE), IV, 127. - - RAVIGNAN (L'abbé DE), II, 27, 220, 224; III, 248, 249, 266; IV, - 269, 271, 272. - - RAYNEVAL (Le comte DE), I, 295, 307, 308; II, 83, 95. - - RAZUMOWSKI (La comtesse Léon), II, 336. - - RÉAL (Le comte), I, 394. - - RÉCAMIER (Mme), I, 338, 340; II, 100; III, 18, 25, 66, 168, 221, - 242, 467; IV, 333, 334. - - RECKE (La comtesse DE), II, 330, 334. - - REDERN (Le comte Guillaume DE), II, 281; III, 77, 430; IV, 115. - - REDERN (La comtesse Guillaume DE), II, 45, 281, 283; III, 77; IV, - 115. - - REDERN (Le comte Henri), IV, 158. - - REEDE (La comtesse DE), II, 278, 298, 301, 323, 324, 380; III, - 71, 73, 281, 286. - - REEDTZ (M. DE), III, 427. - - RÉGENT (Le) PHILIPPE D'ORLÉANS, I, 237. - - REICHENBACH (La comtesse Émilie DE), III, 238. - - REINHARD (Le comte), II, 213, 241, 242, 457, 458, 459, 460, 461, - 462, 463, 464. - - REMILLY (Le député), II, 298. - - RÉMUSAT (Le comte DE), I, 18, 19; II, 40, 41, 406, 429; III, 174, - 186, 412. - - RÉMUSAT (Mme DE), I, 136; III, 186. - - RESSÉGNIER (Le comte Albert DE), IV, 216. - - RETZ (Le cardinal DE), I, 394; II, 73, 98, 101, 196, 406; IV, - 205. - - REUSS (Le prince Henri LXIV DE), II, 340. - - REUSS-SCHLEIZ (Le prince DE), II, 333. - - REUSS-SCHLEIZ (La princesse DE), II, 333. - - RIBEAUPIERRE (Le comte Alexandre DE), II, 51. - - RICHELIEU (Le maréchal duc DE), II, 375, 377, 378, 379; III, 159, - 366. - - RICHMOND (Le duc DE), I, 90, 94, 127, 129, 141, 161. - - RIGAULT (Hippolyte), IV, 271. - - RIGNY (L'amiral comte DE), I, 10, 19, 51, 57, 60, 84, 114, 145, - 237, 238, 240, 245, 259, 267, 268, 272, 281, 282, 283, 284, 291, - 307, 308, 315, 318, 324, 337, 338, 373; II, 16. - - RIGNY (Vicomte Alexandre DE), II, 165, 166, 178. - - RIGNY (Mlle Auguste DE), II, 183. - - RIPON (Lord), I, 90. - - RITTBERG (Le comte DE), IV, 423. - - RIVERS (Lady), II, 340. - - RIVIÈRE (Le duc DE), III, 16. - - ROBESPIERRE (Maximilien), I, 388. - - RODEN (Le comte Robert), III, 49. - - RODIL (Le marquis DE), I, 211, 245. - - ROENNE (M. DE), III, 298. - - ROGER DU NORD (Le comte Édouard), IV, 37. - - ROGER (Jean-François), III, 101. - - ROGERS (Samuel), I, 77, 78. - - ROHAN (Le duc DE), II, 347, 377; III, 44, 58. - - ROKEBY (Le baron Edward), III, 88. - - ROLAND (Mme), I, 135. - - ROMERO-ALPUENDE (M.), I, 207, 211. - - ROOTHE (M. DE), II, 375, 377, 378. - - ROOTHE (Mme DE), II, 378, 379. - - ROSAMEL (M. DE), II, 114. - - ROSAS (Manuel), III, 11. - - ROSNY (Mlle DE), III, 321. - - ROSS (Le capitaine sir John), I, 45. - - ROSSE (Le comte Lawrence DE), II, 93. - - ROSSI (Le comte), III, 96, 366. - - ROSSI (La comtesse), II, 83. - - ROSSINI, III, 156. - - ROTHSCHILD (Le baron Anselme DE), III, 357. - - ROTHSCHILD (James DE), II, 357, 361; IV, 86, 162, 303. - - ROTHSCHILD (Nathan), I, 125. - - ROTHSCHILD (Mme Salomon DE), II, 26. - - ROUGÉ (Le marquis Alexis DE), II, 223. - - ROUSSEAU (Jean-Jacques), I, 343; II, 247. - - ROUSSIN (L'amiral), I, 84, 125; II, 64. - - ROVIGO (Le duc DE), III, 60. - - ROVIGO (La duchesse DE), II, 437. - - ROY (Le comte), II, 357. - - ROYER-COLLARD, I, 19, 26, 30, 45, 133, 150, 272, 273, 274, 275, - 277, 289, 301, 302, 309, 312, 320, 321, 348, 355, 369, 370, 375, - 376, 377; II, 1, 4, 8, 10, 11, 20, 25, 29, 30, 41, 61, 91, 97, - 101, 112, 119, 121, 124, 126, 130, 136, 138, 153, 162, 169, 181, - 190, 193, 206, 213, 216, 222, 312, 326, 367, 425, 437; III, 1, 3, - 4, 42, 57, 58, 60, 101, 181, 183, 194, 215, 219, 231, 310. - - RUBINI (Jean-Baptiste), I, 59; II, 205. - - RUMFORD (Mme DE), II, 16; III, 129. - - RUMIGNY (Le général comte DE), II, 15, 221; III, 103, 110, 111. - - RUSSELL (Lord John), I, 156, 194, 212, 387; II, 399; III, 228; - IV, 44, 45, 111, 167, 194, 195, 196, 197, 201, 202, 206, 211, - 274, 280, 313, 315, 337, 353. - - RUSSELL (Lady John), IV, 315. - - RUSSELL (Lord William), I, 161, 354; II, 279, 285, 294, 297, - 321, 322, 432; III, 75. - - RUSSELL (Lady William), II, 279. - - RUSSIE (Le grand-duc héritier DE), plus tard empereur Alexandre - II, I, 84, 112; II, 272, 284, 290; III, 62, 260, 269, 314; IV, - 229, 230, 297, 325, 332, 363. - - Russie (L'impératrice DE), née princesse Charlotte de Prusse, II, - 275, 278, 321, 346, 359; III, 283; IV, 52, 54, 115, 167, 197, - 230, 235, 236, 258, 259, 382. - - RUSSIE (Le grand-duc Constantin DE), III, 220; IV, 196, 256, 259. - - RUSSIE (La grande-duchesse Constantin DE), II, 277; III, 381. - - RUSSIE (La grande-duchesse Hélène DE), I, 235; II, 281; III, 285; - IV, 236, 372. - - RUSSIE (Le grand-duc Michel DE), III, 263, 285. - - RUSSIE (La grande-duchesse Olga DE), II, 346; IV, 254, 255. - - -S - - SABLÉ (La marquise DE), IV, 147, 148. - - SACKFIELD (Duc DE DORSET), I, 8. - - SACY (M. DE), IV, 84, 343. - - SAFFI (M.), IV, 91. - - SAGAN (La duchesse Wilhelmine DE), II, 196, 245, 269, 315, 316, - 335; III, 46. - - SAINT-AIGNAN (Mlle DE), IV, 82. - - SAINTE-ALDEGONDE (La comtesse Camille DE), I, 257, 258, 260, 267, - 364; II, 177, 178, 180; III, 189, 190. - - SAINT-ARNAUD (Le maréchal DE), IV, 180. - - SAINT-AUGUSTIN, II, 35, 39. - - SAINTE-AULAIRE (Le comte DE), I, 26, 307, 315, 322; II, 56, 78, - 79, 198, 206, 388, 429, 432; III, 10, 40, 48, 54, 57, 84, 86, 87, - 101, 118, 122, 125, 163, 164, 172, 179, 215, 227; IV, 126, 194, - 226. - - SAINTE-AULAIRE (La comtesse DE), II, 56, 407; III, 227. - - SAINTE-BEUVE, III, 26, 89; IV, 346. - - SAINT-BLANCARD (Le marquis DE), II, 263. - - SAINT-CYRAN (L'abbé DE), II, 44. - - SAINTE-DOROTHÉE, II, 211; III, 328. - - SAINT-ELME (Ida), III, 25. - - SAINT-ÉVREMOND, III, 350. - - SAINTE-FOIX (Radix DE), IV, 144. - - SAINT FRANÇOIS D'ASSISE, IV, 105. - - SAINTE-GENEVIÈVE (L'église), II, 181, 185. - - SAINT-LEU (La duchesse DE), I, 331, 332, 333; II, 105, 106, 128, - 191. - - SAINT-MARC GIRARDIN, IV, 343. - - SAINT-MARTIN, II, 409; IV, 421. - - SAINT-PAUL (Le général DE), I, 239. - - SAINT-PRIEST (Le comte Alexis DE), I, 325; II, 93; IV, 126, 198. - - SAINT-PRIEST (Le vicomte général DE), IV, 79, 85. - - SAINTE THÉRÈSE, I, 389, 391; III, 391; IV, 25, 102. - - SALERNE (La princesse DE), II, 65. - - SALISBURY (La marquise DE), I, 48. - - SALMOUR (Le comte DE), IV, 322. - - SALVANDY (Le comte DE), I, 319; II, 17, 18, 114, 148, 170, 184, - 185, 199, 403, 409, 410, 423, 439, 440; III, 1, 3, 7, 9, 41, 68, - 119, 122, 125, 126, 127, 128, 130, 147, 148, 151, 154, 155, 157, - 162, 179, 214, 229, 237, 238, 395, 450, 452; IV, 126, 179, 192, - 198, 199, 237, 238. - - SALVANDY (La comtesse DE), II, 170; III, 21. - - SAMPAÏO, I, 129. - - SAND (George), I, 247. - - SANDWICH (Lady), II, 339. - - SAPIEHA (La princesse), III, 348. - - SARAIVA, I, 129. - - SARDAIGNE (Le roi Charles-Albert DE), II, 150; III, 146, 287, - 326, 366, 371. - - SARDAIGNE (La reine DE), III, 146. - - SARDAIGNE (Le prince royal DE), plus tard roi Victor-Emmanuel - II; III, 156; IV, 81, 193, 194, 234, 236, 309, 315, 317, 324, - 326, 349, 356, 360, 366, 368, 374. - - SARMENTO (M. DE), I, 226. - - SAULX-TAVANNES (Le duc DE), II, 262. - - SAUZET, I, 292; II, 14, 17, 31, 90, 394; III, 14, 177, 242. - - SAVIGNY (Charles DE), IV, 314. - - SAVIGNY (Mme DE), III, 299. - - SAVOIE (Le prince Eugène DE), III, 88, 449. - - SAXE (Le prince Albert DE), plus tard roi de Saxe, IV, 89, 115, - 116, 159. - - SAXE (La princesse Amélie DE), II, 328. - - SAXE (La princesse Auguste DE), II, 328. - - SAXE (Auguste II le Fort, électeur DE), roi de Pologne, II, 329. - - SAXE (Le roi Frédéric-Auguste II DE), II, 45, 326; III, 252, 354, - 373, 385; IV, 177. - - SAXE (Le prince Georges DE), IV, 237. - - SAXE (Le prince Jean DE), plus tard roi de Saxe, II, 327; IV, - 234, 350, 358. - - SAXE (La princesse Jean DE), II, 327. - - SAXE (La reine Marie DE), II, 326. - - SAXE (Maurice, comte DE), maréchal de France, I, 247, 270. - - SAXE (Le prince Maximilien DE), III, 96. - - SAXE-COBOURG-ALTENBOURG (La duchesse douairière Caroline DE), - III, 69, 70. - - SAXE-COBOURG-GOTHA (Le prince Albert DE), roi d'Angleterre, III, - 32, 227; IV, 7, 141, 214, 355. - - SAXE-COBOURG-GOTHA (Le duc Auguste DE), II, 180; III, 252; IV, - 225. - - SAXE-COBOURG-GOTHA (Le duc Ernest II DE), III, 161, 429, 431, - 432, 435; IV, 234. - - SAXE-COBOURG (Le prince Ferdinand DE), I, 58, 62, 63; II, 96. - - SAXE-MEININGEN (Le duc Bernard DE), I, 4, 132; III, 436. - - SAXE-MEININGEN (Le prince Georges DE), III, 427. - - SAXE-WEIMAR (La duchesse Amélie DE), III, 329. - - SAXE-WEIMAR (Le duc Bernard DE), I, 172, 200; II, 354, 355; III, - 95, 191, 348. - - SAXE-WEIMAR (La duchesse Bernard DE), I, 3, 14, 149, 172; III, - 65, 67. - - SAXE-WEIMAR (Le prince héréditaire Charles DE), III, 329; IV, - 332. - - SAXE-WEIMAR (Le grand-duc Charles-Frédéric DE), III, 329, 330, - 429; IV, 116. - - SAXE-WEIMAR (La grande-duchesse Maria Paulowna DE), III, 328, - 329, 330. - - SAXE-WEIMAR (La princesse héréditaire Sophie DE), princesse des - Pays-Bas, II, 330. - - SCARELLA (M.), IV, 118. - - SCHEFFER (Ary), I, 64; III, 212, 385. - - SCHIAVONE (Andrea), IV, 108. - - SCHILLER, II, 458; III, 329, 438; IV, 335. - - SCHLEGEL (Auguste-Guillaume), III, 84, 309; IV, 257. - - SCHLEINITZ (Le comte Alexandre DE), III, 415; IV, 312, 321, 337, - 338, 397, 495. - - SCHLIECK (Le feld-maréchal), IV, 423. - - SCHMERLING, IV, 6. - - SCHNEIDER (Le chevalier Antoine), III, 13, 14. - - SCHOENBURG (La princesse Louise DE), II, 125; III, 91, 311, 444, - 445; IV, 61, 228. - - Schönhals (Le général DE), III, 415. - - SCHOENLEIN (Le docteur), II, 284; III, 284; IV, 246. - - SCHRECKENSTEIN (Le baron DE), II, 353, 354; III, 65, 272. - - SCHULENBURG (Le comte Charles DE), II, 333; III, 162. - - SCHULENBURG-KLOSTERRODE (Le comte DE), II, 246; III, 82, 88, 91, - 93, 305; IV, 87, 88, 89, 90. - - SCHWANTHALER, III, 442, 443. - - SCHWARZENBERG (Le cardinal prince), III, 444; IV, 426. - - SCHWARZENBERG (Le prince Adolphe), IV, 117. - - SCHWARZENBERG (Le feld-maréchal prince Charles-Philippe), II, - 158; IV, 96. - - SCHWARZENBERG (Le prince Félix), III, 361, 382, 402, 409, 410, - 444, 451, 459, 461, 462, 463, 464, 466; IV, 2, 5, 49, 50, 158, - 352. - - SCHWARZENBERG (La princesse Lory), III, 449. - - SCHWEINITZ (La comtesse DE), II, 278, 296, 301. - - SCHWERIN (Le comte Maximilien), III, 351, 425; IV, 315, 393, 415, - 424. - - SCLOPIS (Le comte), IV, 218. - - SCLOPIS (La comtesse), IV, 218. - - SCRIBE, III, 154. - - SEAFORD (Lord), III, 38. - - SEAFORD (Lady), III, 38. - - SÉBASTIANI (Le maréchal), I, 9, 18, 19, 22, 23, 24, 308, 315, - 324, 358, 368, 374; II, 94, 162, 364, 387, 470, 471, 475; III, - 226, 227, 241. - - SÉBASTIANI (La maréchale), I, 374. - - SEEBACH (La comtesse DE), IV, 3. - - SEFTON (Lord), I, 58, 79, 82, 100, 149, 204. - - SEFTON (Lady), I, 44, 59, 79, 99. - - SÉGUIER (Le comte), I, 322. - - SÉGUR (Le comte DE), I, 143; II, 363. - - SÉGUR (La comtesse DE), II, 119. - - SEIGNELAY (Le marquis DE), IV, 402. - - SÉMONVILLE (Le marquis DE), I, 206, 246; II, 16, 116, 161. - - SÉMONVILLE (Mme DE), III, 142. - - SERCEY (Le marquis DE), II, 54. - - SERRANO (La maréchale), duchesse de Torre, IV, 240. - - SÉVIGNÉ (La marquise DE), I, 40; II, 39, 44, 196; III, 53, 269; - IV, 402. - - SEYDELMANN (Charles), III, 77. - - SEYMOUR (Sir George Hamilton), IV, 159, 167. - - SEYMOUR (Lady), III, 31; IV, 159. - - SFORZA (Ludovico), II, 165. - - SFORZE (Mme DE), I, 40. - - SGRICCI (L'improvisateur Thomas), I, 124. - - SHAFTESBURY (Lord), I, 40. - - SHELLEY (Lady), IV, 218. - - SHREWSBURY (Lord Bertram-Arthur), IV, 240. - - SIBOUR (Mgr l'archevêque de Paris), IV, 241. - - SIDNEY (Lord), I, 255. - - SIDNEY (Lady Sophia), I, 172. - - SIEYÈS (L'abbé), I, 185, 383, 384; II, 66. - - SIGALON, II, 134. - - SIMÉON (Le comte), II, 115. - - SINGLIN (Antoine), IV, 222. - - SISMONDI (M. DE), III, 204. - - SOBANSKA (Mme), III, 85. - - SOBIESKI (Jean III), roi de Pologne, I, 271. - - SOLMS (Le comte DE), II, 333. - - SOLMS (La comtesse DE), II, 333. - - SOLMS (Le prince Charles DE), III, 272. - - SOLMS (La princesse DE), I, 200. - - SOMERSET (Le duc DE), I, 62. - - SOMMERSET (Lady Blanche), II, 234. - - SONTAG (Mlle), III, 96. - - SOPHIE D'ANGLETERRE (La princesse), I, 72. - - SOULT (Le maréchal), I, 32, 114, 160, 187, 190, 198, 237, 285; - II, 94, 96, 118, 404, 466; III, 8, 9, 13, 14, 15, 17, 38, 86, 87, - 103, 185. - - SOULT (La maréchale), III, 86. - - SOUVAROW (Le général comte DE), IV, 96. - - SPARRE (La comtesse DE), III, 256. - - SPONNECK (Le comte DE), IV, 5. - - SPRING-RICK (Sir Thomas), I, 94, 122, 165. - - STACKELBERG (Le comte Gustave DE), II, 217. - - STACKELBERG (La comtesse DE), II, 217. - - STADION (Le comte), III, 361. - - STAEL (Mme DE), I, 42, 55, 345; II, 53; III, 84; IV, 144. - - STANGER (Le baron DE), III, 312. - - STANLEY (Edward-Geoffroy), plus tard comte de Derby, I, 88, 90, - 94, 96, 101, 141, 155, 164, 191, 218, 299; IV, 45, 269, 305, 419. - - STANLEY (Lord Edward-Henry-Smith), IV, 8, 419. - - STANLEY (Mme), II, 366. - - STEVENS (Catherine), I, 142. - - STIRUM (Le comte), III, 419. - - STOCKHAUSEN (Le général DE), III, 424, 426. - - STOLBERG (Le comte DE), III, 465. - - STOLBERG-WERNIGERODE (Le comte Henri DE), III, 298; IV, 52, 152, - 154. - - STOPFORD (L'amiral), II, 421. - - STRATFORD DE REDCLIFFE (Lord Canning), I, 52, 83, 85, 294; IV, - 104, 125, 131, 138. - - STRAUSS (Johann), III, 89, 92; IV, 192. - - STROGONOFF (La comtesse), précédemment comtesse d'Ega, II, 348; - III, 96, 301. - - STUART (Lord Charles), III, 195. - - STUART DE ROTHESAY (Lady), I, 40. - - STURMFEDER (La baronne DE), II, 354; III, 65, 272. - - STYLER, III, 299. - - SUCHET (Marie), I, 327; II, 61. - - SUÈDE (Le roi Charles XIV DE), III, 314. - - SUÈDE (Le roi Oscar Ier DE), IV, 70. - - SUÈDE (La princesse Amélie DE), III, 85; IV, 51. - - SULLY (Le duc DE), III, 49. - - SURREY (Le comte DE), I, 141. - - SUSSEX (Le duc DE), I, 21, 71. - - SUTHERLAND (Le duc DE), II, 167, 352; III, 164. - - SUTHERLAND (La duchesse DE), I, 45, 113, 129, 163, 179; II, 167, - 173, 352. - - SWETCHINE (Mme), III, 458. - - SYRACUSE (Le comte DE), II, 150. - -T - - TAHMASP-KOULI-KHAN (Roi de Perse), I, 227. - - TALARU (Le marquis DE), II, 374. - - TALBOT (Comte), IV, 240. - - TALMA, I, 59. - - TALLEYRAND (Le duc DE), II, 217, 226, 248. - - TALLEYRAND (La duchesse DE), II, 226. - - TALLEYRAND (Le baron DE), I, 197. - - TALLEYRAND (La baronne DE), I, 197, 378. - - TALLEYRAND (Le prince Charles-Maurice DE), I, 2, 6, 15, 16, 17, - 18, 19, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 37, - 44, 48, 50, 51, 52, 56, 59, 60, 64, 65, 73, 76, 77, 78, 80, 86, - 89, 90, 100, 103, 104, 105, 107, 113, 114, 116, 117, 120, 125, - 128, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 143, 146, 148, 150, 167, 171, - 182, 184, 185, 188, 198, 203, 206, 209, 210, 211, 212, 215, 220, - 225, 226, 227, 228, 231, 233, 236, 237, 239, 240, 242, 243, 245, - 248, 250, 251, 252, 253, 254, 256, 257, 258, 259, 260, 262, 263, - 264, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 274, 275, 277, 278, 280, 282, - 283, 284, 285, 289, 290, 291, 293, 295, 296, 297, 301, 302, 305, - 306, 307, 312, 315, 316, 317, 321, 323, 324, 326, 327, 328, 332, - 355, 359, 361, 365, 366, 367, 368, 370, 372, 373, 374, 375, 376, - 378, 379, 383, 386, 391, 392, 394, 395, 396; II, 1, 6, 15, 20, - 22, 24, 29, 36, 37, 43, 46, 47, 49, 50, 53, 55, 56, 58, 61, 68, - 69, 72, 78, 79, 80, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 91, 92, 94, 100, 104, - 105, 106, 109, 118, 119, 140, 141, 145, 147, 150, 151, 152, 155, - 156, 157, 160, 173, 180, 183, 184, 185, 188, 190, 197, 203, 204, - 206, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, - 221, 222, 223, 224, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 233, 235, 236, - 237, 239, 241, 242, 244, 245, 246, 247, 248, 254, 255, 256, 257, - 263, 299, 327, 344, 349, 364, 380, 382, 409, 429, 457; III, 19, - 20, 38, 39, 43, 58, 60, 69, 71, 82, 119, 120, 121, 132, 142, 158, - 182, 185, 194, 227, 247, 249, 251, 252, 253, 287, 295, 304, 310, - 314, 315, 322, 332, 336, 372, 385, 393, 394, 471, 472, 473, 474, - 475, 476; IV, 28, 30, 51, 144, 145, 146, 147, 183, 198, 199, 203, - 204, 248, 273. - - TALLEYRAND (La princesse DE), I, 378, 382, 393, 394, 395; II, - 232. - - TALLEYRAND (Le comte Anatole DE), II, 254. - - TALLEYRAND (Le baron, puis comte Charles DE), III, 87, 122, 169, - 176, 178; IV, 369, 373, 378. - - TALLEYRAND (La comtesse Louise DE), IV, 63. - - TANKERVILLE (Lady), I, 89. - - TANSKI (M.), IV, 85, 86. - - TASCHEREAU (M.), II, 312. - - TATITCHEF (M. DE), II, 336, 338; III, 115. - - TAURY (L'abbé), II, 236, 240. - - TAYLOR (Sir Herbert), I, 170, 171, 172, 173; II, 174. - - TERCEIRE (Le général duc DE), I, 121, - - TESTE (M.), I, 277, 278; III, 17, 203. - - THEINER (Le Père Augustin), IV, 78, 84. - - THIARD DE BUSSY (Le comte DE), I, 48, 350. - - THIERRY (Augustin), II, 325. - - THIERS (Adolphe), I, 19, 28, 34, 114, 120, 133, 160, 235, 237, - 239, 259, 267, 272, 284, 291, 292, 295, 300, 301, 302, 306, 317, - 318, 319, 320, 321, 326, 327, 339, 355, 356, 357, 359, 360, 363, - 377, 384, 396; II, 3, 8, 9, 10, 11, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 25, - 30, 31, 36, 37, 41, 74, 85, 87, 89, 91, 92, 95, 101, 104, 112, - 116, 117, 118, 119, 120, 123, 125, 126, 129, 130, 133, 134, 136, - 146, 163, 168, 169, 172, 179, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 197, - 198, 206, 213, 219, 222, 223, 246, 250, 298, 313, 319, 326, 332, - 340, 341, 345, 353, 357, 360, 361, 362, 364, 365, 366, 367, 370, - 376, 381, 383, 384, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 394, 395, 396, - 397, 400, 401, 404, 405, 406, 407, 408, 412, 413, 415, 416, 417, - 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 428, 429, 439, 440, 465, - 473, 479; III, 2, 5, 8, 11, 13, 14, 15, 17, 38, 39, 40, 41, 57, - 84, 95, 103, 107, 109, 110, 122, 163, 167, 180, 183, 186, 212, - 214, 222, 223, 225, 229, 238, 239, 242, 245, 349, 371, 383, 406, - 450, 453; IV, 3, 10, 11, 22, 32, 33, 34, 35, 37, 136, 138, 144, - 194, 217, 223, 232, 240, 245, 246, 252, 255, 276, 278, 341, 345, - 346, 349. - - THIERS (Mme), I, 34, 318; II, 189, 190, 192, 213, 376, 394; III, - 103, 107, 110, 112, 186, 243; IV, 349. - - THORWALDSEN, I, 248, 334; II, 293; III, 79, 117, 442. - - THOUVENEL (M.), IV, 376, 378, 385, 386, 394. - - THUN (Le général), III, 430. - - THUN (Le comte DE), IV, 161, 162. - - TIEDK (Louis DE), III, 299. - - TILLY (Le comte DE), III, 440. - - TOCQUEVILLE (Le comte Alexis DE), II, 25, 28, 29, 31, 34, 35, - 101, 114, 125, 438, 441; III, 42, 167, 180, 181, 183; IV, 340, - 394. - - TORENO (Le comte José DE), I, 184, 216, 245, 371. - - TORENO (La comtesse DE), III, 182, 260; IV, 84. - - TOSCANE (Le grand-duc Léopold II DE), II, 65, 399; III, 319; IV, - 260, 322, 323. - - TOSCANE (Le prince héréditaire Ferdinand IV DE), IV, 237, 260, - 384. - - TOSCANE (La grande-duchesse mère DE), IV, 384. - - TOUR ET TAXIS (La princesse DE LA), II, 288, 299. - - TRACY (Le marquis DE), III, 8. - - TRÉVISE (Le duc DE), I, 360; II, 141. - - TRIQUETI (Le baron DE), III, 241. - - TROCHU (Le général), IV, 304. - - TROGOFF (Mme DE), II, 204. - - TROUBETZROÏ (La princesse), III, 276. - - TULLEMORE (Lord), I, 46. - - TULLEMORE (Lady), I, 46. - - TYCHO-BRAHÉ, III, 81. - - TYLER (Mme), IV, 84, 85. - - TYSZKIEWICZ (La princesse), I, 271, 285, 287; III, 85. - -U - - UGGLAS (La comtesse), II, 334. - - ULRIQUE (Reine de Suède), III, 287. - - USEDOM (Le comte D'), IV, 402, 416. - - -V - - VAILLANT (Le maréchal), IV, 345. - - VALÉE (Le maréchal), II, 302, 340; III, 12, 238. - - VALENÇAY (Louis, duc DE), I, 258, 285, 296, 301; II, 9, 36, 43, - 44, 45, 48, 49, 51, 55, 56, 57, 63, 65, 67, 69, 98, 129, 141, - 192, 198, 247, 257, 276, 278, 305, 309, 313, 314, 346, 353, 381, - 386, 415; III, 19, 20, 22, 27, 38, 75, 119, 120, 132, 133, 134, - 187, 207, 213, 219, 288, 297, 298, 305; IV, 68, 177. - - VALENÇAY (La duchesse DE), I, 258, 313; II, 99, 141, 381. - - VALENÇAY (Yolande DE), II, 16, 247, 248. - - VALLOMBROSE (La duchesse DE), III, 56, 59. - - VANDERMARCK (Mlle), III, 102. - - VAN DER MEULEN, IV, 107. - - VANDOEUVRE (Le baron DE), II, 116, 170. - - VAN DYCK, I, 9, 41. - - VANTADOUR (La duchesse DE), I, 393. - - VARENNES (Le baron DE), IV, 65. - - VATRY (Le baron DE), II, 124. - - VATRY (La baronne DE), II, 225. - - VAUDÉMONT (La princesse DE), I, 66, 105. - - VAUGUYON (Mlle Pauline DE LA), II, 150. - - VELTHEIM (Le comte DE), III, 279. - - VELTHEIM (La comtesse DE), III, 278. - - VÉRAC (Le marquis DE), II, 34; III, 18, 221. - - VERNET (Horace), II, 83, 92; III, 75, 222. - - VÉRON (Le docteur), III, 128. - - VÉRONÈSE (Paul), IV, 106. - - VERQUIGNIEULLE (La marquise DE), II, 49. - - VERTOT (L'abbé DE), II, 108. - - VESTIER (Phidias), II, 7, 42, 43; III, 130, 131, 196, 197, 200, - 203. - - VEUILLOT (M.), IV, 81, 343. - - VIARDOT (Mme), III, 309. - - VICENCE (Le duc DE), II, 340. - - VICENCE (La duchesse DE), IV, 73, 262, 345. - - VICTORIA D'ANGLETERRE (La princesse), plus tard la reine, I, 21, - 70, 92, 93; II, 143, 144, 168, 173, 176, 223, 249, 349, 434; III, - 10, 102, 184, 191, 194, 225, 226, 251, 320, 408, 435; IV, 8, 45, - 202, 207, 214, 229, 275, 280, 281, 285, 289, 355, 385, 396. - - VIEL, III, 45. - - VIENNET, I, 246, 302. - - VILLAMARINA (Le marquis DE), IV, 224, 299, 301. - - VILLEFRANCHE (Le comte DE), II, 150. - - VILLEGONTIER (Le comte DE LA), II, 69. - - VILLÈLE (L'archevêque comte DE), II, 158; III, 61, 134. - - VILLEMAIN (Abel-François), I, 246, 301; II, 1, 115, 216, 221, - 225, 247, 393, 419; III, 17, 230; IV, 135, 143, 144, 145, 146, - 147, 192, 199, 203, 204, 290, 327, 334. - - VILLENEUVE (Mme DE), III, 131, 132. - - VILLIERS (Lady Sarah), III, 284. - - VINCKE (Le baron DE), IV, 392, 393. - - VINCKE (La comtesse DE), II, 278. - - VIRY, IV, 224. - - VISCONTI (L'architecte), III, 218. - - VISCONTI (La marquise), I, 2. - - VITROLLES (Le baron DE), I, 119, 120; III, 315, 473, 474, 476. - - VIVIEN (M.), II, 357. - - VIVONNE (Le comte DE), I, 312. - - VOGUÉ (Le comte Charles DE), I, 67. - - VOGUÉ (La comtesse DE), IV, 127. - - VOLTAIRE (M. DE), I, 346; II, 247; III, 194, 392. - -W - - WAGRAM (Le prince Berthier DE), IV, 64. - - WAGRAM (Le prince Napoléon-Louis DE), II, 38. - - WAGRAM (Mlle DE), IV, 70. - - WALCKENAER (Le baron DE), III, 269. - - WALDECK (La princesse régente Emma DE), III, 430, 431. - - WALDECK (M.), III, 390. - - WALDERSEE (Le général comte DE), IV, 285. - - WALEWSKI (Le comte), II, 415; III, 243; IV, 86, 238, 239, 240, - 283, 296, 297. - - WALEWSKA (La comtesse), IV, 286, 305, 348. - - WALSH (La comtesse), II, 354, 355; III, 65, 272. - - WALSH (M. Olivier), IV, 64. - - WALLENSTEIN (Le comte), II, 332; III, 81. - - WALMODEN-GIMBORN (Le général comte DE), III, 342, 381; IV, 423. - - WARD (Sir Henry-George), I, 89, 90, 92, 101, 165. - - WARWICK (Lord), I, 6, 40, 44. - - WARWICK (Lady), I, 39, 40, 42, 43, 44. - - WARWICK (Guy, comte DE), I, 6. - - WASA (Le prince), III, 161, 170, 272, 273; IV, 115. - - WASA (La princesse Carola), plus tard reine de Saxe, IV, 51, 89, - 90, 114, 116, 159, 229. - - WASA (La princesse Louise), II, 195, 198; III, 161, 272, 273. - - WASHINGTON (Le président), II, 451. - - WEDELL (Le général DE), IV, 191, 192, 194, 197, 198. - - WEIZEL (Mlle DE), II, 386. - - WELLESLEY (Le marquis DE), I, 168; II, 348. - - WELLINGTON (Le duc DE), I, 3, 13, 14, 17, 54, 55, 59, 60, 69, 89, - 108, 122, 123, 127, 141, 146, 149, 150, 152, 153, 157, 159, 165, - 169, 182, 189, 190, 207, 209, 219, 230, 232, 263, 284, 299, 307, - 308, 311, 333, 371, 374, 376, 388; II, 175, 359; III, 8, 31, 435; - IV, 61, 89, 96, 334. - - WERTHER (Le baron DE), I, 33, 239; II, 121, 127, 142, 143, 145, - 278, - - 281, 284, 291, 380; III, 71, 73, 79, 104, 112, 282. - - WERTHER (La baronne DE), II, 6, 142, 143, 278, 284, 291; III, 71, - 73, 112, 282. - - WERTHER (Mlle Joséphine DE), III, 112. - - WESSENBERG (Le baron DE), I, 23, 204; III, 351, 361. - - WESTMORLAND (Lord John), III, 284. - - WESTMORLAND (Lord John-Burghersh), III, 285, 427, 430, 436; IV, - 8, 88, 89, 111. - - WESTMORLAND (Lady), III, 282, 284, 285, 372, 426, 428, 430, 432; - IV, 8, 89, 104, 111, 123, 124, 127, 131, 134, 138, 143, 164, 173, - 174, 185, 187, 201, 205, 210, 269, 352. - - WESTPHALEN (M. DE), IV, 155, 285. - - WEYER (VAN DE), I, 3; II, 106. - - WICHMANN (Louis-Guillaume), III, 76. - - WIELAND, II, 458; III, 329. - - WILLOUGHBY-COTTON (Sir), I, 46. - - WILTON (Lord), III, 122. - - WINCHELSEA (Lord), I, 14, 123. - - WINDISCH-GRAETZ (Le prince Alfred DE), III, 85, 353, 355, 360, - 361, 366, 367; IV, 49, 50, 229, 315, 423, 425. - - WINDISCH-GRAETZ (La princesse DE), III, 301, 351. - - WINTER (M. DE), IV, 402. - - WINTERHALTER (M.), IV, 203. - - WITTGENSTEIN (Le prince), II, 50, 275, 286, 288, 297, 301, 321, - 380, 432; III, 71, 309. - - WITTGENSTEIN (La princesse DE), IV, 396. - - WOLFF (M. DE), II, 275, 277, 314, 316, 322; III, 71, 73, 76, 77, - 102, 282, 284, 289, 304, 305, 308. - - WOLFF (Mme DE), II, 277, 384, 440; III, 71, 73, 76, 284. - - WORONZOFF-DASCHKOFF (Le comte DE), II, 346; III, 301. - - WORONZOFF (La comtesse DE), I, 20. - - WRÈDE (Le prince DE), III, 440. - - WRIGHT (Mrs), I, 230. - - WURMB (Frédéric-Charles DE), II, 304, 306, 307, 316; III, 282. - - WURMB (Mme DE), II, 304, 307. - - WURTEMBERG (Le roi Guillaume Ier DE), I, 236, 330; II, 183, - 184, 187, 345, 346, 348, 377; III, 373, 374; IV, 177, 228, 234, - 358. - - WURTEMBERG (Le prince royal Charles DE), III, 439; IV, 230. - - WURTEMBERG (La princesse royale DE), IV, 230. - - WURTEMBERG (Le duc Alexandre DE), II, 178, 180, 184, 186, 187; - III, 264. - - WURTEMBERG (Le prince Auguste DE), III, 285; IV, 234. - - WURTEMBERG (La princesse Marie DE), I, 330. - - WURTEMBERG (Le prince Paul DE), II, 280; III, 52. - - WURTEMBERG (La princesse Sophie DE), plus tard reine des - Pays-Bas, I, 330, 361; II, 82; III, 66, 388; IV, 4, 385. - - WURTEMBERG (La duchesse DE), I, 193, 223; III, 220. - - WYM (Sir Henry), III, 436. - -X - - XIMÉMÈS (Le cardinal), II, 264. - -Y - - YARBOROUGH (Lord), I, 4. - - YORK (Le duc D'), I, 113. - -Z - - ZEA-BERMEDEZ (Don Francisco), I, 203, 330; III, 216. - - ZEA-BERMEDEZ (Mme), I, 203, 330; II, 260. - - ZEDLITZ (Le baron Joseph-Chrétien DE), III, 116, 446; IV, 423. - - ZEDLITZ (M. DE), IV, 415. - - ZICHY (Le comte Eugène DE), II, 358. - - ZICHY (Le comte Ferdinand), III, 343. - - ZICHY DE VASONYKAÏA (Le comte Pèpy), IV, 116. - - ZOÉ (Négresse), II, 251. - - ZUMALACARREGUY (Le général), I, 157. - - ZUYLEN VAN NYEVELT (Le baron DE). I, 203. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Chronique de 1831 à 1862, Tome 4 (de 4), by -Dorothée de Dino - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUE DE 1831-1862, TOME 4 *** - -***** This file should be named 53523-0.txt or 53523-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/5/2/53523/ - -Produced by Clarity, Hélene de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Books project.) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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