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-The Project Gutenberg EBook of Du suffrage universel et de la manière de
-voter, by Hippolyte Taine
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Du suffrage universel et de la manière de voter
-
-Author: Hippolyte Taine
-
-Release Date: December 2, 2019 [EBook #60828]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL ***
-
-
-
-
-Produced by Carlo Traverso and the Distributed Proofreading
-team at DP-test Italia. (This file was produced from images
-generously made available by The Internet Archive/Canadian
-Libraries)
-
-
-
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-
-
-
-
- DU
- SUFFRAGE UNIVERSEL
- ET DE LA
- MANIÈRE DE VOTER
-
- PAR
- H. TAINE
-
- PARIS
- LIBRAIRIE HACHETTE ET CIE
- 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
-
- 1872
-
- Droits de propriété et de traduction réservés
-
-
-
-
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-A LA LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
-
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-
-
-PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
-
-
-
-
-Parmi les lois que va faire l'Assemblée nationale, l'une des premières
-et la plus importante est certainement celle qui concerne les élections.
-Comment seront nommés les députés de l'Assemblée future?--Sur cette
-question capitale, il est utile que l'opinion publique prévienne la
-décision de la Chambre; nous devons nous enquérir au préalable,
-examiner, discuter, sortir de l'attente inerte et vague; il faut que
-chaque particulier tâche d'avoir un avis. C'est pour cela que je me
-hasarde à présenter le mien, afin d'en provoquer d'autres.
-
-
-
-
-I
-
-
-Il est très-probable que le suffrage universel sera maintenu.--Sans
-doute, nous n'en avons pas fait trop bon usage; nos gouvernements l'ont
-manié comme un cheval robuste et aveugle; selon le côté où on le tirait,
-il a donné à droite ou à gauche; aujourd'hui il semble qu'il refuse de
-marcher[1]. Néanmoins, je ne crois pas qu'on puisse ni qu'on veuille
-s'en défaire.--La première raison, c'est qu'il est employé depuis
-vingt-trois ans; or quand une habitude est déjà vieille d'un quart de
-siècle, elle est puissante.--En outre, l'opinion libérale, ou, du moins,
-l'opinion populaire est pour lui; c'est pourquoi beaucoup de gens qui ne
-l'aiment guère consentiront à le garder pour ne pas retirer au
-gouvernement nouveau les sympathies de la multitude.--Une troisième
-raison plus forte, c'est qu'il paraît conforme à l'équité. Que je porte
-une blouse ou un habit, que je sois capitaliste ou manoeuvre, personne
-n'a droit de disposer, sans mon consentement, de mon argent ou de ma
-vie. Pour que cinq cents personnes réunies dans une salle puissent
-justement taxer mon bien, ou m'envoyer à la frontière, il faut que,
-tacitement ou expressément, je les y autorise; or la façon la plus
-naturelle de les autoriser est de les élire. Il est donc raisonnable
-qu'un paysan, un ouvrier, vote tout comme un bourgeois ou un noble; il a
-beau être ignorant, lourd, mal informé; sa petite épargne, sa vie sont à
-lui et non à d'autres; on lui fait tort quand on les emploie, sans le
-consulter, de près ou de loin, sur cet emploi.
-
- [1] Dans la dernière élection des conseils généraux, deux électeurs
- sur trois n'ont pas voté.
-
-Admettons-nous ce principe?--En ce cas, nous devons l'appliquer
-loyalement et de bonne foi. Si le contribuable est consulté, qu'il soit
-consulté effectivement et non pas seulement en apparence. Si nous
-l'appelons à voter, faisons la loi de telle sorte que son bulletin ne
-soit pas un simple morceau de papier noirci qu'on lui met dans la main
-et qu'il glisse dans une boîte, mais un acte de confiance, une marque de
-préférence, une oeuvre de volonté, un véritable choix. Ne lui donnons
-pas un droit de suffrage illusoire. Accommodons la loi à son état
-d'esprit, à son degré d'intelligence; nous ne la faisons pas pour
-l'homme en soi, pour le citoyen idéal, pour le Français de l'an 2000,
-mais pour le Français de 1871, pour le paysan, l'ouvrier, le bourgeois
-de nos villages et de nos villes, pour l'homme en blouse, en vareuse ou
-en redingote, que nous voyons tous les jours dans nos champs et dans nos
-rues. Il faut qu'elle soit proportionnée, adaptée à cet homme; sinon
-elle sera une tromperie, une loi malhonnête, et il n'y a rien de pis que
-la malhonnêteté de la loi.
-
-
-
-
-II
-
-
-Cela suffit pour rejeter d'abord le scrutin de liste. D'ailleurs il est
-à peine besoin de le combattre; tous les gens réfléchis sont d'accord
-pour le traiter de jonglerie. Il semble qu'il ait été inventé pour
-contraindre l'électeur à choisir des hommes qu'il ne connaît pas, à
-voter au hasard, en aveugle.--Vous lui ordonnez de nommer huit, dix,
-quinze, et jusqu'à quarante-trois députés à la fois. A peine s'il en
-connaît de nom deux ou trois; encore faut-il pour cela qu'il soit un
-homme instruit, éclairé. S'il est un paysan, un ouvrier, même un petit
-boutiquier de village, un artisan maître, les chances sont nombreuses
-pour que tous ces noms lui soient étrangers.--Admettons qu'il s'informe.
-Quelqu'un lui répond que telle liste est la bonne; sur cette réponse, il
-vote, et, plus souvent, il ne vote pas, il se méfie. Car à quoi bon
-voter pour huit inconnus plutôt que pour huit autres, et qui lui dit
-que, des deux bulletins glissés dans sa poche, le bon n'est pas celui
-qu'il y a laissé?--Vous voulez l'arracher à ses préférences locales, à
-ses intérêts de clocher? Fort bien, mais voici un moyen encore plus
-efficace; délivrez-le aussi de ses préférences départementales. C'est
-trop peu de lui faire nommer les huit, dix, vingt ou quarante-trois
-députés de son département; qu'il nomme tous ceux de la France, sept
-cent cinquante. De cette façon son choix sera pur de toute pensée
-égoïste. En outre, il aura la satisfaction et la gloire de se voir
-représenté, non par un petit groupe de députés, mais par l'Assemblée
-nationale tout entière. D'ailleurs l'opération sera facile: deux ou
-trois conciliabules parisiens fabriqueront d'avance les deux ou trois
-listes nécessaires; elles partiront par la poste, et les électeurs des
-départements n'auront d'autre peine que d'en mettre une dans l'urne. Ils
-sauront que l'une est rouge, l'autre blanche, l'autre entre les deux; je
-recommanderais même aux entrepreneurs électoraux de fabriquer des
-papiers de ces trois couleurs; alors ils seraient parlants; l'électeur
-n'aurait besoin que d'avoir des yeux, et un chien savant pourrait
-presque voter à sa place.--Pour moi, j'ose croire qu'un paysan, un
-ouvrier, n'est pas un chien savant, mais un homme, que, s'il vote, il
-doit faire oeuvre d'homme, c'est-à-dire juger son candidat, et il me
-suffit de relire les circulaires de M. Ledru-Rollin en 1848, de M.
-Gambetta en 1871, pour reconnaître dans les inventeurs du scrutin de
-liste des dictateurs déguisés en libéraux, persuadés que leur volonté
-privée vaut mieux que la volonté publique, qui, en feignant de nous
-consulter, nous dictent notre réponse, et se font nos maîtres sous
-prétexte d'être nos serviteurs.
-
-
-
-
-III
-
-
-Il faut donc que l'électeur nomme un seul député et ne soit pas obligé
-d'en nommer une bande.--Comment faire pour qu'alors son vote ne soit pas
-seulement la remise d'un bulletin, mais le choix d'un individu, une
-préférence motivée, décidée, personnelle?--En ce sujet, la plupart des
-gens qui tâchent de bien raisonner habitent de grandes villes; ils
-apportent involontairement dans leur examen des habitudes de citadins;
-ils oublient que la France ne se compose pas seulement de grandes cités,
-mais surtout de hameaux, villages, bourgs et petites villes[2].
-13,200,000 personnes habitent des communes au-dessous de 1,000 âmes;
-15,500,000 personnes habitent des communes de 1,000 à 5,000 âmes; sur 38
-millions de Français, en voilà près de 29 millions qui vivent à la
-campagne ou dans de très-petits centres.--Le lecteur a-t-il voyagé à
-pied en France? a-t-il fait séjour dans divers villages, bourgades et
-petites villes? a-t-il l'habitude, quand il est à la campagne, de causer
-familièrement avec les villageois?--D'après les dernières statistiques,
-sur dix millions d'électeurs, on compte environ cinq millions de
-cultivateurs, petits propriétaires, fermiers, journaliers et autres
-personnes travaillant à la terre, deux millions d'ouvriers proprement
-dits, un million et demi de boutiquiers, artisans maîtres, petits
-entrepreneurs et autres personnes appartenant à la demi-bourgeoisie, un
-million et demi de rentiers, hommes attachés aux professions libérales,
-gros industriels et négociants, personnes de la classe éclairée et
-supérieure. Voilà les gens qui vont voter: sur 20 votants, 10 paysans, 4
-ouvriers, 3 demi-bourgeois, 3 hommes cultivés, aisés ou riches. Or la
-loi électorale, comme toute loi, doit avoir égard à la majorité, aux
-_quatorze_ premiers. Par conséquent, rassemblons nos souvenirs et
-rappelons toute notre expérience pour nous figurer le moins inexactement
-possible ces quatorze premiers, leur état d'esprit, le nombre de leurs
-idées, les limites et la portée de leur intelligence. De cela dépendra
-le reste.
-
- [2] _Statistique de la France_, résultats généraux du dénombrement: de
- 1866, publiés en 1869. Tous ces chiffres qui suivent sont tirés de
- ce document officiel.
-
-Il faut donc voir les hommes d'aussi près que possible, et pour cela
-faire encore un pas. Nous parlions tout à l'heure de cinq millions de
-cultivateurs; mais la population rurale[3] est bien plus nombreuse. Elle
-comprend 70 pour 100 de la population totale, _quatorze_ électeurs sur
-vingt. En effet, outre les cultivateurs, il faut ranger parmi les
-paysans tous ceux qui en ont les moeurs, les idées, les habitudes, tous
-ceux dont l'horizon, comme celui du cultivateur, ne s'étend guère au
-delà du clocher de la paroisse, c'est-à-dire un nombre énorme d'ouvriers
-fileurs, carriers, mineurs, dont la manufacture n'est pas dans une
-ville, un nombre très-considérable de débitants et petits artisans
-maîtres, charrons, charpentiers, menuisiers, épiciers, marchands de vin
-qu'on trouve dans chaque village, un nombre presque aussi grand
-d'ouvriers de campagne, charretiers, manoeuvres, sabotiers, forestiers,
-compagnons, qui, vivant aux champs, ont à peu près le degré de culture
-de leur voisin qui fauche ou laboure.--Or, en France, sur cent personnes
-du sexe masculin, il y en a trente-neuf illettrées, c'est-à-dire ne
-sachant pas lire ou ne sachant pas écrire. Comme ces illettrés
-appartiennent presque tous à la population rurale, cela fait dans cette
-population 39 illettrés sur 70. Ainsi, l'on ne se trompe pas de beaucoup
-si l'on estime à 7 sur 14, à la moitié du total le nombre des électeurs
-ruraux qui n'ont pas les premiers rudiments de l'instruction la plus
-élémentaire. Voilà déjà un indice d'après lequel on peut apprécier leur
-intelligence politique.
-
- [3] On appelle ainsi la population des communes qui ont moins de 2,000
- âmes.
-
-Il m'est souvent arrivé de causer avec eux sur les affaires publiques. A
-quinze lieues de Paris, tel, cultivateur et petit propriétaire, ne
-savait pas ce que c'est que le budget; quand je lui disais que l'argent
-versé chez le percepteur entre dans une caisse à Paris pour payer
-l'armée, les juges et le reste, qu'on tient registre de toutes les
-recettes et dépenses, il ouvrait de grands yeux; il avait l'air de faire
-une découverte.--Après les premiers emprunts du second empire, un
-fermier normand disait à un de mes amis, orléaniste: «Ce n'est pas votre
-gueux de Louis-Philippe qui nous aurait donné de la rente à 67
-francs.»--Après la guerre de 1858, en Italie, un paysan des environs de
-Paris approuvait l'expédition, et, pour toute raison, disait: «Oui, oui,
-on a bien fait de montrer que les Français sont encore des
-hommes.»--Après le coup d'État, des cultivateurs me répétaient dans les
-Ardennes: «Louis-Napoléon est très-riche, c'est lui qui va payer le
-gouvernement; il n'y aura plus d'impôts.»--Aux environs de Tours,
-l'année dernière, des villageois voulaient passer, sans payer, sur les
-ponts à péage et monter en première classe au prix des troisièmes.
-«Puisque nous sommes en république, nous avons le droit de faire ce qui
-nous plaît; il n'y aura plus de gendarmes.»--Je viens de lire la
-correspondance de vingt-cinq à trente préfets de 1814 à 1830;
-l'ignorance et la crédulité des populations rurales sont étonnantes. Au
-moment de l'expédition d'Espagne, des maires viennent demander au préfet
-du Loiret s'il est vrai que les alliés vont traverser le pays pour aller
-en Espagne et laisser en France une nouvelle armée d'occupation. Pendant
-plusieurs années, dans plusieurs départements, au mois de mars, on croit
-fermement que Napoléon arrive à Brest avec 400,000 Américains, ou à
-Toulon avec 400,000 Turcs.--En maint endroit vous trouveriez encore des
-villageois qui se défient obstinément des nobles et les soupçonnent de
-vouloir rétablir les droits féodaux; l'assassinat de M. de Moneyis et
-quantité de paroles prononcées l'an dernier dans les campagnes ont
-prouvé que, dans beaucoup de cerveaux, il n'y a guère plus de lumières
-en 1870 qu'en 1815.--J'ai entre les mains un paquet de lettres et
-suppliques écrites au préfet, à l'ingénieur, aux principaux
-administrateurs d'un département de l'Est par de petits propriétaires de
-campagne, par des pompiers, par des boutiquiers de village: on n'imagine
-pas un pareil état d'esprit, un tel ahurissement, une si grande
-difficulté à penser et à raisonner, un vide si parfait de notions
-générales, une telle incapacité à comprendre les droits des particuliers
-ou les intérêts du public.
-
-Ce sont encore des _sujets_, non plus sous un roi, mais sous un maître
-anonyme. Ils savent qu'il y a quelque part, bien loin, une grande chose
-puissante, le gouvernement, et qu'il faut lui obéir, parce qu'elle est
-puissante; autrement gare l'amende, les gendarmes et la prison! Sans
-doute, elle est utile, puisque les gendarmes arrêtent les malfaiteurs,
-et que les cantonniers bouchent les trous des routes. Mais surtout et
-avant tout elle est redoutable; les petits sont sous sa main toujours et
-en cent façons, par le percepteur, par le maire, par l'agent voyer, par
-le sous-inspecteur des forêts, par le commissaire de police, par le
-garde champêtre, par les commis des droits réunis, pour percer une
-porte, abattre un arbre, bâtir un hangar, ouvrir une échoppe,
-transporter une pièce de vin. Qu'une loi soit promulguée, qu'un arrêté
-soit rendu, qu'un fonctionnaire soit remplacé, l'auteur est toujours cet
-être abstrait, indéterminé, lointain, dont ils n'ont aucune idée nette,
-le gouvernement.--«_On_ ordonne ceci. _On_ ordonne cela.»--Cet _on_ si
-vague est leur vrai souverain; ils le subissent ou l'acceptent comme le
-froid en hiver ou le chaud en été, comme un je ne sais quoi fatal,
-supérieur, établi de temps immémorial et sur lequel ils n'ont pas de
-prise. Renversé, rétabli, remplacé, renouvelé, peu leur importe; pour
-eux il est toujours à peu près le même. Le maire sait qu'à la ville,
-dans un bel appartement, est un monsieur digne, en habit brodé, qui le
-reçoit deux ou trois fois par an, lui parle avec autorité et
-condescendance, et souvent lui fait des questions embarrassantes. Mais,
-quand ce monsieur s'en va, il y en a un autre à sa place, tout pareil,
-avec le même habit, et le maire, de retour au logis, dit avec
-satisfaction: «Monsieur le préfet m'a toujours conservé sa
-bienveillance, quoiqu'on l'ait déjà changé plusieurs fois.»
-
-
-
-
-IV
-
-
-Tel est l'état d'esprit et, par suite, l'aptitude politique de
-_quatorze_ électeurs sur vingt.--Je sens combien cette esquisse est
-insuffisante. Pour en faire un portrait, il faudrait écrire un volume et
-avoir le talent d'un romancier philosophe, celui de M. Flaubert dans
-_Madame Bovary_; on y trouvera le tableau de deux villages normands. Si
-nous avions cinq ou six ouvrages pareils sur d'autres provinces de la
-France, il suffirait d'y renvoyer le lecteur.--En attendant, je le prie
-de compléter par ses propres remarques les indications précédentes et de
-se demander quel mode de suffrage est à la portée des hommes qu'on vient
-de décrire.--Il est trop clair qu'ici le plébiscite, l'appel au peuple,
-l'invitation à voter sur la forme du gouvernement n'est qu'un tour de
-passe-passe, une pure duperie. Autant vaudrait demander à nos villageois
-s'ils sont wighs ou tories, s'ils préfèrent la constitution de Rome à
-celle d'Athènes. En cela, le scrutin de liste de la démocratie
-autoritaire et les plébiscites de l'empire sont des escamotages légaux
-de même espèce, tous les deux également fondés sur le respect apparent
-et sur le mépris réel de la volonté publique. En effet, l'électeur, même
-un peu éclairé, à plus forte raison l'électeur ignorant, est vis-à-vis
-de son mandataire, comme vis-à-vis de son médecin ou de son avoué. Tout
-son office est de décider en quel homme spécial il a le plus de
-confiance; l'un lui fera ses lois, comme les autres gouverneront sa
-santé ou son procès. Son droit est de pouvoir opter pour celui qu'il
-croit le plus capable et le plus honnête, et le devoir du législateur
-est de lui en fournir les moyens, c'est-à-dire de lui permettre de
-choisir entre les individus que personnellement il connaît ou sur
-lesquels il a des renseignements de première main, semblables à ceux
-d'après lesquels il s'adresse à tel avoué ou médecin plutôt qu'à tel
-autre.--Or, même dans le mode d'élection qui paraît le plus naturel,
-c'est-à-dire quand chaque arrondissement nomme un seul député, peut-on
-dire que l'électeur, tel que nous l'avons décrit, connaisse les
-candidats, ait une préférence véritable et fasse un choix?--Supposez une
-assemblée de cinq cents représentants: de l'avis de tous les bons juges,
-il ne faut pas qu'elle soit plus nombreuse; sinon elle n'est qu'une
-foule. Cela fait 1 député pour 20,000 électeurs, et pour un district
-d'environ 100,000 âmes. Or un district de cette étendue est le quart
-d'un département et comprend un peu plus de 1,000 kilomètres carrés,
-c'est-à-dire un carré de 8 à 9 lieues de côté. D'après les dernières
-statistiques, il contient en moyenne 33 communes au-dessous de 500 âmes,
-23 communes de 500 à 1,000 âmes, 17 bourgs et petites villes de 1,000 à
-5,000 âmes, une ville moyenne ou grande au-dessus de 5,000 âmes.
-Maintenant je le demande aux lecteurs qui ont vécu en province: sur les
-20,000 électeurs du district, combien y en a-t-il qui aient une opinion
-personnelle, ou du moins une opinion à peu près fondée, sur les trois ou
-quatre candidats qui se disputent leurs suffrages? combien y en a-t-il
-qui leur aient parlé, qui les aient vus deux fois, qui sachent d'eux
-autre chose que la couleur du paletot et de la voiture, dans lesquels
-ils ont fait leur tournée électorale?--Un villageois français vit dans
-un cercle de deux lieues de rayon; son horizon ne s'étend pas au delà.
-Il sait ce qui se passe dans les trois ou quatre villages environnants,
-et quelque chose des bruits qui courent dans la petite ville où il porte
-ses denrées; mais il ne sait pas autre chose. Toute la journée il est
-aux champs, et le travail agricole cloue la pensée de l'homme à la
-terre. Il songe à la récolte, aux chances de la pluie et du froid, à
-l'engrais, au prix du grain; quand le soir il rentre assis sur son
-cheval, les jambes pendantes, il n'y a guère que des images et point
-d'idées dans sa tête. Le dimanche, il boit, il oublie. De loin en loin
-il devise avec ses voisins qui ont juste le même degré d'information que
-lui. S'il apprend quelque nouvelle, c'est le samedi au marché de la
-petite ville; au retour, sur sa charrette, il la rumine; mais, à son
-insu, sa cervelle inculte la transforme en une légende ou en un fabliau.
-Dans la semaine, on voit sur la route vide le colporteur qui passe, le
-facteur rural, l'épicier, qui va renouveler ses provisions; ce sont là
-ses _auteurs_, ses messagers d'information. Très-peu lisent _le Moniteur
-des communes_, affiché à la mairie; il faut quelque guerre, un grand
-danger, le récit d'une bataille, pour en attrouper cinq ou six alentour.
-En ce cas, on les voit bouche béante, autour du lecteur qui épelle et
-ânonne, avaler, sans les digérer, les phrases emphatiques, abstraites,
-disproportionnées, dont un rédacteur parisien les fournit. A présent,
-quelques-uns rapportent le samedi _le Petit Journal_, mais la plupart
-s'en défient, comme de tout autre imprimé. A leurs yeux, les écritures,
-gazettes, proclamations, prospectus, sont des «mécaniques d'enjôleurs,»
-tout comme le papier timbré de l'huissier ou l'avertissement du
-percepteur, arrangées exprès pour extraire l'argent des poches. Ils sont
-sur leurs gardes; ils ont été tant de fois trompés!--Dans leur esprit
-soupçonneux, précautionné, toujours en éveil contre les artifices de la
-parole, il y a quelque chose du fellah, de l'ancien taillable, du pauvre
-homme opprimé qui, au siècle dernier, par crainte du collecteur, se
-donnait exprès l'air misérable, laissait sa masure en ruines, cachait
-ses provisions dans un silo, et couvait anxieusement le petit pot enfoui
-où ses pièces de douze sous venaient une à une faire un tas. Quoique
-enrichi et propriétaire, le campagnard est toujours le fils de ce vieux
-corvéable. Il croit difficilement à la bienveillance, aux services
-gratuits d'un homme d'une autre classe; dans un village de l'Est, où les
-habitants vivent de pommes de terre, j'ai vu un manufacturier
-bienfaisant vendre, au prix coûtant, pendant une année de disette, du
-riz qu'il faisait venir exprès d'Amérique; les paysans lui disaient en
-achetant: «Dame, monsieur, nous aimons autant vous faire gagner qu'un
-autre.»--Ils vivent entre eux; par rapport aux autres classes, ils sont
-isolés. Nous n'avons pas de vie publique en France; sauf le ridicule
-comice agricole qu'a décrit M. Flaubert[4], le paysan, le bourgeois, le
-noble, chacun reste chez soi, et ne communique qu'avec ses pareils; nous
-ne savons pas nous associer et nous rassembler par des sociétés de
-chant, de tir de pigeons, comme en Belgique et en Suisse, par des
-manifestations, des meetings, des ligues politiques, économiques ou
-morales, comme en Amérique et en Angleterre.--D'ailleurs entre le
-paysan, parent de la glèbe, marié à la terre, et l'homme cultivé, la
-distance est si grande, qu'elle fait presque un abîme. Dans un village,
-à douze lieues de Paris, ils demandent au principal propriétaire,
-comment il peut perdre tout son temps à lire. Il faudrait un George Sand
-pour traduire nos idées dans leur langue. Idées et langue, rien ne nous
-est commun, nos phrases générales, notre littérature de citadins
-n'entrent pas dans leurs têtes; elles restent arrêtées au seuil, sans
-pouvoir franchir un grand vide que rien n'a encore comblé; nous n'avons
-pas, comme en Angleterre ou en Allemagne, la poésie populaire[5] et le
-protestantisme pour servir de pont.--Par toutes ces causes, le cercle où
-se meut l'esprit du villageois est d'une étroitesse extrême.
-Non-seulement l'idée des intérêts généraux lui manque, mais encore il
-n'a ni renseignements, ni opinion sur les hommes qui vivent au delà de
-son horizon restreint.
-
- [4] Notez que l'institution est excellente, car elle est la seule qui
- mette les diverses classes en contact mutuel.
-
- [5] Schiller, Goethe, Burns, la Bible en langue vulgaire, le _Prayer
- Book_.
-
-
-
-
-V
-
-
-En effet, supposez qu'on l'appelle à voter, lui et les vingt mille
-électeurs de l'arrondissement, pour élire un député, et prenons le cas
-le plus ordinaire. Les candidats sont un grand propriétaire du pays,
-peut-être un ingénieur en chef, un président ou un procureur général,
-plus souvent quelque grand manufacturier ou commerçant, parfois un
-notaire ou un médecin, de loin en loin un publiciste de Paris ou le
-rédacteur en chef d'un journal du département. Sans doute, on les
-connaît au chef-lieu; mais combien d'électeurs savent leur nom ou
-quelque chose d'eux en dehors de leur nom, dans les 33 communes
-au-dessous de 500 âmes, dans les 23 communes de 500 à 1,000 âmes, même
-dans 17 bourgs et petites villes de 1,000 à 5,000 âmes? A peine un sur
-dix au delà de la banlieue de la ville; à peine un sur quatre ou cinq
-dans tout l'arrondissement.--Le villageois apprend pour la première fois
-le nom du journaliste de Paris; il n'a jamais lu un article du
-journaliste départemental; il a vu peut-être deux fois dans sa vie
-l'ingénieur en tournée, et aperçu une fois au comice agricole la veste
-de chasse du grand propriétaire. Il n'a jamais eu affaire avec le grand
-manufacturier ou commerçant; quant au notaire, au médecin, au procureur
-général, au président, ils sont pour lui des personnages vagues.
-N'allant point au chef-lieu, il n'a d'informations que sur les gens de
-sa commune ou de son canton, sur son juge de paix, sur son agent voyer,
-sur le médecin ou le notaire de village auxquels en cas urgent il
-s'adresse. Il est trop ignorant, trop isolé, trop peu répandu; il a trop
-peu le désir, et il a eu trop rarement l'occasion de se répandre.--Les
-correspondances administratives dont je parlais tout à l'heure répètent
-à maintes reprises que jamais, sauf dans les grandes secousses, le
-campagnard ne s'occupe de politique; en effet, depuis quatre-vingts ans,
-l'administration s'en occupe pour lui et l'en décharge. Il n'a donc
-qu'une ressource, c'est de s'enquérir et de consulter son voisin.--Mais,
-en France, l'esprit égalitaire est tout-puissant, et la hiérarchie
-manque; c'est pourquoi l'inférieur n'a pas de confiance en son
-supérieur, ni l'ouvrier en son maître, ni le petit fermier en son
-propriétaire, ni l'homme qui porte une blouse en l'homme qui porte une
-redingote. Presque jamais il ne va prendre conseil auprès d'eux: ce sont
-des bourgeois. Je pourrais même citer des arrondissements où il suffit
-que les gros fermiers, les propriétaires adoptent un nom pour que les
-journaliers adoptent l'autre.--Règle générale: le villageois ne reçoit
-conseil que de ses égaux; il ne parle volontiers d'affaires publiques
-qu'avec les gens de la même condition et du même habit, qui trinquent
-avec lui et parlent son langage. Même dans les départements très-dévots,
-dans le Nord, par exemple, les curés n'agissent sur lui qu'à travers sa
-femme.--Il est donc fort embarrassé; car son conseiller n'en sait pas
-plus que lui-même.--Là-dessus, dans les deux ou trois élections qui ont
-précédé la chute du second empire, nous avons eu par les enquêtes des
-révélations étranges. Un témoin disait: «J'avais les deux billets dans
-ma poche; mais, ma foi! bonnet blanc, blanc bonnet, c'était pour moi la
-même chose, et j'ai pris le premier venu.»--Un autre, à peu de distance
-de Paris, répondait à un de mes amis: «Je ne connaissais ni l'un ni
-l'autre; alors, des deux, j'ai pris le bulletin qui m'allait le mieux à
-l'oeil.» C'était la forme des lettres qui l'avait décidé; quant au nom
-qu'il avait préféré, il ne se le rappelait plus, mais il savait encore
-l'autre, parce qu'il avait gardé le bulletin dans sa poche.--Un
-troisième veut savoir quel est le bon bulletin; on le lui dit, il va le
-mettre dans l'urne; le lendemain, on lui demande ce qu'il a fait de
-l'autre: «Oh! je l'ai donné à Pierre, qui est un mauvais gars; il a voté
-avec, c'est bien fait, il le mérite.»--Naturellement, sur des gens si
-peu éclairés, si mal informés, si incapables d'avoir une préférence
-véritable, les mauvais moyens ont tout leur effet.--Nous savons tous
-comment les élections se sont faites pendant vingt ans. Le gouvernement
-lâchait sur l'électeur toute la troupe de ses fonctionnaires, maires,
-juges de paix, et jusqu'aux gardes champêtres, aux cantonniers, aux
-facteurs ruraux; les gens allaient à l'urne poussés comme des moutons,
-d'autant plus qu'on leur montrait là toute la pâture qu'ils pouvaient
-souhaiter: subventions à l'église, établissement d'un pont, d'un
-embranchement de chemin de fer, etc. En outre, le candidat riche payait
-un bavard déclassé, un orateur de cabaret dans chaque commune; celui-là
-faisait boire et racolait des votes, à grands coups d'éloquence
-appropriée. Aussi l'élection coûtait 10,000 francs au candidat, souvent
-30,000, 40,000 et jusqu'à 100,000; les _rastels_, les mâts de Cocagne
-pavoisés, les fêtes et tombolas dans un parc, les fournitures d'un
-équipement neuf et d'une musique aux pompiers sont choses
-très-dispendieuses; mais ce charlatanisme grossier est efficace.--De ce
-genre est aujourd'hui la propagande des radicaux. Un déclamateur à tête
-chaude, quelque sournois à figure de fouine (j'en ai vu) vient de la
-ville et leur jure qu'il est du peuple, que tout sera pour le peuple,
-qu'il n'y aura plus de maîtres, que tous les impôts seront payés par les
-riches, etc. Le pauvre Prévost-Paradol, avant de partir pour l'Amérique,
-écrivait à un ami que, pour devenir député en France, il fallait être un
-homme du gouvernement ou posséder une terre de quarante mille livres de
-rente, ou descendre jusqu'aux déclamations et aux affiliations
-démagogiques.--Ainsi mené, assourdi, séduit, le campagnard, comme un
-cheval surmené, finit par prendre le mors entre ses dents et reste
-immobile; habitué, comme il l'est, à juger des choses par leurs effets
-utiles, à se défier de la prévoyance humaine, à subir la domination des
-grandes forces aveugles qui nourrissent ou tuent sa récolte, il arrive à
-considérer ceux qui l'invitent à choisir son gouvernement du même oeil
-que ceux qui lui proposeraient de régler les saisons une fois pour
-toutes. Probablement, il se dit à lui-même quand, n'ayant point d'avis
-sur les gens, il essaye, par hasard, d'avoir un avis sur les
-choses:--«L'Empire, c'était bien; nous vendions nos denrées deux fois
-plus cher; et, pendant vingt ans, les partageux n'ont pas osé souffler.
-Mais ce n'était pas son oncle; il a bien mal fait la guerre, il a mis
-les Prussiens chez nous; nous voilà ruinés par sa faute; et puis il est
-dehors et on dit qu'il est ramolli.--Les Orléans, c'était bien aussi;
-ils n'étaient pas méchants, et on a eu la paix; mais les bourgeois
-étaient maîtres, et on leur donnait toutes les places.--Henri V, c'est
-un roi pour les curés et les seigneurs. Les nobles se sont bien battus
-l'an dernier; mais s'ils veulent ravoir les droits féodaux et faire la
-guerre pour le pape?--La république! on nous promet tout, c'est
-peut-être trop. Je prendrais de bon coeur ma part du gros domaine qui
-est là-bas; mais, si on partage aussi mon champ, gagnerai-je au change?
-D'ailleurs cela ferait bien du désordre, et, parmi les rouges qui nous
-prêchent au cabaret, il y a trop de fainéants, de propres à rien, sauf à
-crier et à boire. J'ai payé les 45 centimes à la république de 1848;
-j'ai bien peur de payer beaucoup à celle-ci; pourtant, en ce moment,
-elle ressemble aux anciens gouvernements; elle n'est pas trop
-mauvaise.»--Tel est, je crois, son idée secrète, ou, plus exactement,
-son instinct. Au fond, si l'on parvenait à exprimer les répugnances
-vagues et les velléités informes qui flottent dans son esprit trouble,
-je suis persuadé que le gouvernement de son choix serait «le
-gouvernement des gendarmes,» à une seule condition, c'est que les
-gendarmes fussent braves gens et pas trop durs au pauvre monde. En fait
-de régime, il accepte celui qui existe, et notamment la république
-présente, non par amour, mais par crainte de pis; voilà son poids dans
-la balance politique. Mais, si on lui demande de voter, de choisir entre
-des candidats qu'il ne connaît pas, il se défie; il est averti par son
-expérience; il se souvient des calamités récentes auxquelles a conduit
-son vote; il aime mieux ne pas s'engager, il refuse de se
-déranger.--C'est ce qui vient d'arriver aux élections, et il est à
-craindre que le dégoût électoral ne se propage. Il est possible que le
-suffrage direct en France aboutisse dans deux ans à des urnes aux trois
-quarts vides. L'électeur ne voudra plus tourner la machine, et sa raison
-secrète sera qu'après dix épreuves il en a trouvé la poignée trop haute
-et trop lourde pour sa main.
-
-
-
-
-VI
-
-
-Si, mon ami, il faut voter; autrement les casse-cou et les drôles feront
-marcher à leur profit et a tes dépens la machine dont le jeu emporte
-toute ton épargne et toute ta vie. Seulement c'est à tes législateurs
-d'adapter la poignée à ta main. La machine et la poignée ne sont
-précieuses que par leurs effets; tu n'es pas fait pour elles, elles
-doivent être faites pour toi. Il ne s'agit pas ici de t'enlever ton
-droit, mais de te fournir les moyens de l'exercer. On ne veut pas te
-traiter en dupe, encore bien moins en brute, mais en homme. On te
-demande de déposer dans l'urne, au lieu d'un bulletin indifférent que tu
-ne comprends pas, un bulletin préféré que tu comprends.--Ce n'est pas le
-suffrage universel qui aujourd'hui est chez nous impuissant et
-malfaisant, c'est le suffrage direct. Car, si le cercle du département
-ou même celui de l'arrondissement est trop large pour l'électeur rural,
-il en est un autre plus étroit, plus proportionné, où son intelligence
-et son information peuvent agir avec discernement et certitude, je veux
-dire _la commune_.--Que dans ce cercle restreint il choisisse trois ou
-quatre hommes connus de lui et les envoie au chef-lieu d'arrondissement;
-que ces électeurs du second degré, une fois réunis, lui nomment son
-député. Par ce moyen, le premier moteur de la machine est toujours entre
-ses mains; c'est encore lui qui donne le branle. Seulement, au lieu de
-le donner en aveugle, il le donne en homme clairvoyant, et, s'il veut,
-il le dirige. On ne retire pas la poignée de sa main; au contraire, on
-la met à sa portée en y soudant une seconde pièce que son bras peut
-atteindre, et par laquelle tout le mouvement de la machine lui
-appartient.
-
-Je dis qu'en ce cas son choix sera véritable, accompagné de
-discernement.--Une première preuve est frappante, c'est la composition
-des conseils municipaux. De l'aveu de tous les observateurs, dans les
-villages, dans les bourgs, dans les petites villes, et même dans les
-villes moyennes, ils sont aussi bons qu'ils peuvent l'être, recrutés
-presque toujours parmi les hommes les plus sensés, les plus
-intelligents, les plus probes. Les choses ne se passent autrement que
-dans quelques très-grandes villes; c'est justement parce qu'une
-très-grande ville est une foule, où l'on se coudoie sans se connaître,
-et où les trois quarts des votants n'ont pas d'avis fondé sur les
-candidats.--Mais ailleurs, dans les cercles petits ou moyens,
-c'est-à-dire dans presque toute la France, un aventurier, un faiseur, un
-homme de réputation douteuse, un simple bavard, arrive rarement au
-conseil municipal: il est vérifié, pesé par toutes les mains; on
-conteste son aloi, on trouve son poids trop léger. Ce cultivateur, ce
-villageois, si peu renseigné quand il s'agit de personnages lointains et
-d'affaires générales, est très-bien informé quand il s'agit de ses
-voisins et des intérêts locaux. En tout ceci, il est curieux, avisé; son
-attention, faute de s'étendre sur tout le grand cercle, s'est appliquée
-plus forte sur le petit; les causeries de la veillée, les _disettes_ ont
-fait leur office.--Il n'y a pas un ménage, une fortune, une conduite
-dans la paroisse qu'il n'ait percée à jour; car il a du bon sens, il est
-souvent fin, il a eu le temps et les moyens de se faire une opinion; il
-a vu à l'oeuvre le juge de paix, le médecin, le notaire, le curé, le
-maire, le gros fermier, l'usinier, le propriétaire; il sait si le curé
-est ambitieux et tracassier, si le juge de paix décide en homme juste,
-si le médecin exploite trop ses clients, si le maire prend à coeur les
-intérêts de la commune, si le manufacturier est dur, si le propriétaire
-ou le fermier sont gens laborieux et entendus, si tel ou tel est un
-homme capable, actif, sûr en affaires. Bien mieux, il connaît le plus
-souvent les familles, la parenté, les tenants et aboutissants, et c'est
-là-dessus qu'il juge. On ne l'en fera pas démordre par des
-raisonnements, encore moins par de grandes phrases. Il a vu et pratiqué
-l'homme, cela lui suffit, et il a raison. Voilà pourquoi il veut que son
-candidat soit du pays, et que, pendant de longues années, il ait fourni
-matière à l'observation de ses voisins; en cela, il a raison encore.
-Qu'il soit défiant, et parfois envieux, qu'il ne choisisse pas toujours
-l'homme instruit, renfermé, dépourvu de biens au soleil, je l'accorde.
-Mais, avec un tel procédé d'enquête, s'il omet parfois d'élire un
-candidat de mérite, il n'élit presque jamais un homme taré, ou de vie
-scandaleuse, un malhonnête homme, un simple déclamateur, ni surtout un
-de ces candidats inconnus qui, comme des champignons, surgissent en un
-matin sur une terre pourrie.--Même examen et même triage dans les
-petites villes: un aubergiste, un petit débitant, un maître menuisier
-savent jusque dans le moindre détail la position, la vie, le caractère
-de tous les hommes de leur classe et de tous les bourgeois: c'est que
-pendant quinze ans, chaque soir, ils les ont passés au crible.--Ainsi,
-pour quatorze, et peut-être pour dix-sept électeurs sur vingt, autant
-l'information est pauvre, inexacte ou nulle, quand, par le suffrage
-universel direct, ils nomment le député de l'arrondissement, autant
-l'information est riche, exacte et sûre quand, par le suffrage universel
-indirect, ils nommeront les électeurs du second degré chargés d'aller
-choisir ce député au chef-lieu.--A mon sens, cette raison est décisive,
-car elle met tout ensemble la lumière dans l'élection et la loyauté dans
-la loi.
-
-
-
-
-VII
-
-
-Supposez donc que le législateur leur dise: «Je vous dois une loi juste,
-et vous n'êtes pas traités selon la justice, lorsque, appelés à donner
-votre confiance, vous êtes forcés de choisir entre des gens que vous ne
-connaissez pas. A présent, vous les connaîtrez, et vous ne donnerez
-votre confiance qu'avec certitude. Désormais, dans chaque commune, cent
-électeurs du premier degré nommeront un électeur du second degré. Je ne
-limite pas votre choix; quel que soit votre élu, riche, pauvre, noble,
-bourgeois, ouvrier, paysan, cela vous regarde. Je n'exige de lui aucune
-preuve ni degré de fortune ou d'éducation; je n'exclus que les faillis
-et les gens condamnés par les tribunaux; à vous de choisir, où vous le
-trouverez, l'homme le plus honnête, le mieux informé, le plus capable.
-Voilà pour les campagnes, les bourgs et les petites villes.--Pour les
-villes moyennes et grandes, chaque quartier nommera ses électeurs, de la
-même façon qu'une commune ordinaire.--Tous ces électeurs élus se
-trouveront, à un jour marqué, au chef-lieu d'arrondissement. Là, pendant
-trois jours, au nombre d'environ deux cents, ils causeront entre eux et
-avec leurs amis, ils s'assembleront plusieurs fois dans une grande salle
-pour écouter les candidats et les interroger. Le troisième jour, ils
-nommeront le député, et reviendront, chacun dans sa commune, pour vous
-dire, à l'amiable, les raisons de leur choix.»--Y a-t-il, là-dedans, un
-privilége pour une classe? Mais un duc académicien y est traité sur le
-même pied qu'un manoeuvre, et l'envie égalitaire la plus aigre n'y peut
-trouver une faveur pour personne.--Quelqu'un pourra-t-il soupçonner une
-pareille loi d'être hostile au peuple, et arrangée en défiance du grand
-nombre? Mais c'est justement pour le peuple, pour le grand nombre
-qu'elle est faite, et ceux qui la décrient, au nom de ce qu'ils nomment
-emphatiquement les principes, prouvent par cela même qu'ils sacrifient
-le peuple vivant, les travailleurs, les pauvres, à une théorie usée, à
-une phrase de livre, à un pur jeu de logique et d'abstractions.
-
-En effet, suivons les conséquences. Ce suffrage à deux degrés est si
-bien conforme à la nature des choses qu'en fait il existe aujourd'hui
-chez nous; sans lui, le suffrage direct, tel que nous l'avons depuis
-vingt ans, ne fonctionnerait pas.--Car d'abord l'électeur rural, et, en
-général, l'électeur ordinaire, a suivi pendant tout l'empire l'impulsion
-du sous-préfet et du maire; ainsi, c'est le sous-préfet, le maire et
-surtout l'empereur qui, sous l'empire, ont été effectivement les
-électeurs du second degré. Toutes les fois que le gouvernement
-interviendra par une candidature officielle ou par une préférence
-avouée, il en sera de même. Aussi bien des électeurs du second degré
-sont tellement nécessaires qu'aujourd'hui, dans les campagnes, nombre de
-gens se plaignent, disant que, puisque le gouvernement ne leur indique
-plus le bon candidat, ils ne savent pour qui voter. Mais à présent nous
-répugnons tous à cette usurpation du gouvernement; il n'est pas un
-libéral qui n'aspire à s'en passer et ne loue M. Thiers qui s'en
-abstient. Voilà donc la direction officielle tout à fait mise à
-l'écart.--A sa place que reste-t-il? Je connais à quelques lieues de
-Paris une commune où, au mois de juillet dernier, l'élection s'est faite
-à quatre degrés. Vingt journalistes de Paris, réunis en comité, avaient
-dressé la liste de l'Union de la presse parisienne; un habitant de la
-commune alla chercher les bulletins de cette liste et la fit adopter au
-maire, aux membres du conseil municipal, aux plus anciens du village
-assemblés un soir chez lui; ceux-ci la distribuèrent aux autres
-électeurs; et sur 146 votants la liste eut 130 voix; il y eut donc là
-trois sortes d'intermédiaires et quatre degrés de suffrage bien comptés.
-Qu'on le sache ou qu'on l'ignore, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en
-irrite, il y en a toujours au moins deux.--Seulement, quand ils ne sont
-point établis par la loi, quand les habitants ne sont pas appelés
-publiquement à faire un choix exprès, l'électeur du second degré est de
-mauvaise espèce.--Tantôt il est l'agent électoral d'un candidat riche
-qui lui donne de l'argent pour faire boire; en ce cas c'est un homme
-acheté, sans conscience, une créature qui se remue pour gagner quelques
-écus ou obtenir une place, et qui travaille par des intrigues de clocher
-ou des excitations de cabaret.--Tantôt il est expédié par un club de la
-ville, comité anonyme où des têtes chaudes, des esprits gâtés par une
-demi-culture, des rêveurs à principes, des avocats et des médecins sans
-clientèle, une foule de brouillons et de déclassés, se vengent de leur
-avortement irrémédiable en rebâtissant la société sur le papier; en ce
-cas, c'est un _politician_ de bas étage qui, de village en village,
-vient attiser la guerre sociale et racoler des voix pour le Robespierre
-futur du chef-lieu.--L'élection faite, le premier rentre chez lui et le
-second retourne à la ville; le tour est joué, aucun n'est responsable.
-Tout s'est passé en conciliabules, en buvettes, sous le manteau de la
-cheminée; ils n'étaient point des mandataires, ils n'ont point de compte
-à rendre.--Voilà comment, sous le suffrage direct, les choses se
-passent, et c'est merveille qu'à travers des intermédiaires si
-trompeurs, le bon sens public aboutisse encore à des choix passables ou
-à peu près bons.
-
-Au contraire, admettons que la loi nous appelle à choisir nous-mêmes ces
-intermédiaires.--Tout est public; le grand jour luit sur l'élection et
-sur les candidats. L'électeur n'est plus livré aux insinuations, au
-charlatanisme; le futur député n'a plus besoin de parader dans la rue,
-avec une voiture pavoisée; l'émissaire de la ville n'est pas reçu à
-décrier ou exalter tel ou tel de la commune. Ces mauvais moyens,
-efficaces quand l'électeur doit opter entre deux inconnus, sont faibles,
-quand il doit choisir entre des hommes de sa paroisse. Il n'a rien à
-apprendre des courtiers d'élection; il en sait plus qu'eux, et son
-opinion, fondée sur son expérience personnelle, est tenace. Il juge donc
-par lui-même, et choisit ses électeurs du second degré en connaissance
-de cause, à peu près comme son conseil municipal.
-
-Quels seront-ils?--Très-probablement les mêmes ou presque les mêmes que
-les membres du conseil municipal, c'est-à-dire des gens choisis entre
-les plus capables, les plus honnêtes et les plus anciens de la
-commune.--Je dis les mêmes ou presque les mêmes; car il semble que le
-mandat, étant différent, introduira dans les choix quelque différence.
-Il est à croire que, dans les villages, les bourgs et même dans les
-petites villes, les électeurs auront un peu moins égard à l'ancienneté
-de la résidence, à la possession de biens au soleil, et un peu plus
-égard à l'éducation, à l'habitude de fréquenter le chef-lieu et la
-capitale, à tous les indices d'après lesquels ils reconnaissent dans un
-homme une instruction plus variée, une plus grande aptitude politique,
-et la possession d'un horizon plus étendu.--Dans le village, dont je
-parlais tout à l'heure, l'habitant qui a fait adopter la liste de
-l'_Union parisienne_ n'était établi que depuis un an; on ne l'eût pas
-nommé au conseil municipal. Mais il était le seul qui allât fréquemment
-à Paris; lui seul avait un avis motivé et pouvait fournir des
-renseignements précis sur les candidats de la liste; à cause de cela, et
-d'un consentement unanime, il a fait l'office d'électeur du second
-degré.--Je pense donc que le groupe des électeurs ainsi élus pourra
-différer du conseil municipal par le nom de quelques membres; qu'on y
-verra en moins deux ou trois fermiers et vieux habitants, en plus deux
-ou trois hommes de la classe cultivée, un juge de paix, un notaire, un
-médecin; dans plusieurs villages de Bretagne, le curé; çà et là le
-maître d'école, souvent le propriétaire riche, qui réside plusieurs
-mois, ou quelque capitaine retraité; dans les villes petites et
-moyennes, outre les fabricants, les commerçants et les rentiers, un
-banquier, un ingénieur, un président du tribunal, un publiciste estimé,
-bref une proportion aussi grande de probité et de bon sens, et une
-proportion plus grande d'information et d'intelligence.--Conduisons ces
-élus au chef-lieu d'arrondissement; ils y retrouvent ceux du chef-lieu
-lui-même. Non-seulement, tous ensemble, ils sont l'élite du district, et
-les plus capables de bien choisir, mais encore, n'étant que deux cents,
-ils peuvent raisonner par groupes, s'éclairer les uns les autres. En
-outre, ils font une assemblée naturelle.--Dès lors, ce n'est plus par
-des professions de foi affichées, chefs-d'oeuvre d'emphase et de vague,
-que les candidats doivent s'expliquer; ils sont tenus de comparaître en
-personne, de parler eux-mêmes, de quitter les lieux communs, de répondre
-à des interrogations précises, d'engager d'avance leur opinion sur des
-mesures prochaines, sur des lois imminentes. La parole est bien moins
-menteuse que l'écriture; car alors on voit l'homme, on écoute son
-accent, on devine d'instinct s'il est hâbleur, on n'a pas de peine à
-savoir s'il est ignorant ou borné. Devant une pareille assemblée bien
-des candidats officiels de l'empire auraient balbutié ou succombé.--Mais
-le plus grand des avantages, c'est que voilà un _meeting_ tout fait, une
-véritable réunion politique à l'anglaise ou à l'américaine, grave,
-modérée, ayant un but déterminé, peu disposé à souffrir les déclamations
-de carrefour, c'est-à-dire une école de politique sérieuse, de
-discussion libre, d'informations mutuelles et d'esprit public. Tout cela
-nous manque en France et cette lacune est encore plus grave que celle de
-l'instruction primaire; car, s'il est mauvais que dans la maison
-paternelle l'enfant ne sache pas lire, il est pire que dans la vie
-publique l'adulte ne sache pas raisonner.--Grâce au suffrage à deux
-degrés, les électeurs élus font leur apprentissage, et certainement il
-n'y en aura pas un qui quitte le chef-lieu sans en rapporter une
-provision plus grosse d'idées et de faits.
-
-Il revient donc dans sa commune, et là, dans les conversations, en
-s'expliquant sur le compte des candidats entre lesquels il a choisi, il
-communique aux gens quelque chose de ce qu'il vient d'apprendre.--Notez
-qu'il est tenu de s'expliquer et même d'agir conformément à ses
-explications. En effet, ici la corruption, telle qu'on l'a reprochée aux
-électeurs de la monarchie de Juillet, n'est guère à craindre. Le nôtre
-n'est pas comme eux un électeur né, un mandataire par droit de fortune,
-irresponsable; autour de lui se trouvent ceux qui l'ont choisi. Les
-villageois, les habitants des bourgs et des petites villes sont jaloux,
-très-éveillés sur les profits de leurs voisins; sans nul doute, si le
-vote de l'électeur élu lui attire quelque faveur, si le gouvernement,
-par l'entremise du député, lui donne, pour lui ou pour les siens,
-quelque place, on le saura; tout se sait en province; l'envie y va
-jusqu'à la calomnie. Il est donc forcé d'être intègre; sinon, à
-l'élection suivante, on ne le chargera plus d'aller choisir le
-député.--Grâce à cette âpre surveillance et à cette répression
-infaillible, il est probable que les électeurs élus feront honnêtement
-leur office, et qu'en outre, dans tous les entretiens privés, dans une
-quantité de conférences demi-publiques, ils devront donner les raisons
-de leur vote, faire la biographie du candidat, raconter ses réponses,
-rappeler ses promesses, résumer de leur mieux la discussion. Dès lors
-nous pouvons, sans trop de témérité, prévoir sur toute la surface du
-pays une multitude de conversations et presque d'enseignements
-politiques. Il peut se faire que, dans le grand ennui de la vie
-de province, les questions ainsi présentées attirent et occupent
-ce nombre infini d'esprits qui parcourent le cercle vide du
-commérage. On aura ainsi organisé la vie politique par la hiérarchie
-locale, légale, naturelle et spontanée des informations et des
-intelligences, et l'on aura les avantages des clubs sans en avoir les
-inconvénients.--Songeons-y bien: le suffrage universel et direct, tel
-que nous l'avons, est une armée de pionniers, dans laquelle on ne trouve
-encore que des manoeuvres et des ingénieurs en chef. Tout le corps
-intermédiaire manque, conducteurs, piqueurs, sergents d'escouade. Le
-manoeuvre est trop loin de ses chefs, il ne les connaît pas, il marche
-en aveugle, avec ses pareils, en troupeau, lorsqu'il est poussé. Il
-n'agit pas de coeur et de volonté, il n'a pas de confiance. Pour qu'il
-ait confiance, laissons-lui désigner ses sous-officiers, son petit
-état-major secondaire et local. Ces sous-officiers sont à sa portée, il
-les montre du doigt. Une fois qu'il les aura adoptés, il les suivra, et
-la cohue, qui se précipite, se disperse ou s'arrête à la moindre alarme,
-deviendra un corps intelligent, qui marche en bon ordre vers un but
-qu'il se propose et qu'il atteint.
-
-
-
-
-VIII
-
-
-Le mode de suffrage à deux degrés qu'on vient de décrire n'est pas le
-seul applicable; je l'ai suivi en détail, pour faire toucher au doigt
-des conséquences précises. Mais il en est d'autres, notamment celui qui
-ne ferait point élire à part les électeurs du second degré, et donnerait
-cet emploi aux membres du conseil municipal qui auraient réuni le plus
-de voix.--Sur tout cela, la discussion décidera; l'essentiel, c'est que
-l'élection du député se fasse à deux degrés. Ainsi se fera chez nous
-l'éducation politique de la foule et le contre-coup n'en sera pas
-mauvais sur l'Assemblée des représentants. Toujours, dans une
-démocratie, le suffrage à deux degrés choisit mieux que le suffrage
-direct. Là-dessus l'exemple des États-Unis est décisif, et M. de
-Tocqueville l'invoque à notre appui. Il oppose la Chambre des
-représentants, composée d'inconnus et d'intrigants, au Sénat, composé
-d'hommes supérieurs et illustres. Il remarque que cette Chambre des
-représentants est produite par l'élection directe et ce Sénat par
-l'élection à deux degrés. C'est par cette différence de leurs sources
-qu'il explique l'inégalité de leurs mérites. C'est parce que les
-sénateurs sont nommés par les législatures de chaque État, qu'ils sont
-des personnages éminents. Si l'envie démocratique et les manoeuvres des
-_politicians_ sont puissantes sur des assemblées primaires et sur des
-_conventions_ populaires, elles se trouvent faibles sur une assemblée
-restreinte et occupée d'affaires; le mérite a tous ses droits devant
-elle; elle aurait honte d'écarter les talents; la vérité et l'équité,
-étouffées ailleurs, font enfin entendre leur voix. «Il suffit, dit
-encore Tocqueville, que la volonté populaire passe à travers une
-assemblée choisie, pour s'y élaborer en quelque sorte et en sortir
-revêtue de formes plus nobles et plus belles. Les hommes ainsi élus
-représentent toujours exactement la majorité de la nation qui gouverne;
-mais ils ne représentent que les pensées élevées qui ont cours au milieu
-d'elle, les instincts généreux qui l'animent, et non les petites
-passions, qui souvent l'agitent et les vices qui la déshonorent... Je ne
-ferai pas difficulté de l'avouer; _je vois dans le double degré
-électoral le seul moyen de mettre l'usage de la liberté politique à la
-portée de toutes les classes du peuple_. Ceux qui espèrent faire de ce
-moyen l'arme exclusive d'un parti, et ceux qui le craignent, me
-paraissent tomber dans une égale erreur[6].»
-
- [6] Tocqueville, _de la Démocratie en Amérique_, II, 52.
-
-
-3 décembre 1871.
-
-
-
-
-NOTE
-
-
-On n'a indiqué ici que l'idée générale de la réforme; c'est qu'on
-n'avait point la prétention de rédiger une loi.
-
-Il est un autre principe, dont on a évité de parler, pour ne point
-compliquer la question, celui qui propose la _représentation des
-minorités_. Le lecteur le trouvera expliqué dans un ouvrage récent, de
-M. Ernest Naville[7]. Tel que M. Naville le présente, il ne semble pas
-approprié à la majorité des électeurs français. Mais on pourrait
-l'employer en partie, et notamment pour le choix des électeurs du second
-degré, soit que le conseil municipal les fournisse, soit qu'on les nomme
-à part.
-
- [7] _La Réforme électorale_, par Ernest Naville, correspondant de
- l'Institut.--1 vol. chez Didier.
-
-Contre le suffrage universel à deux degrés, je n'ai recueilli que deux
-objections:
-
-1º «Les gazettes radicales diront au peuple qu'on lui vole son
-droit.»--Si elles le disent, ce sera faux; car la loi dont il s'agit ne
-confère de privilége à aucune classe et n'est faite que dans l'intérêt
-du plus grand nombre.
-
-2º «Les ouvriers des grandes villes seront mécontents.»--S'ils le sont,
-cela sera fâcheux, mais, à moins que le gouvernement ne se sente
-très-faible, il n'importe; car ils ne sont qu'une minorité, environ un
-contre neuf, et n'ont pas le droit d'imposer leurs préférences aux neuf
-autres.
-
-
-PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Du suffrage universel et de la manière
-de voter, by Hippolyte Taine
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL ***
-
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-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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-Title: Du suffrage universel et de la manière de voter
-
-Author: Hippolyte Taine
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-Release Date: December 2, 2019 [EBook #60828]
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-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
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-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL ***
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-Produced by Carlo Traverso and the Distributed Proofreading
-team at DP-test Italia. (This file was produced from images
-generously made available by The Internet Archive/Canadian
-Libraries)
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-<h1><span class="small">DU</span><br />
-<b class="large">SUFFRAGE UNIVERSEL</b><br />
-<span class="small">ET DE LA</span><br />
-MANIÈRE DE VOTER</h1>
-
-<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br />
-<span class="large g">H. TAINE</span></p>
-
-<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br />
-LIBRAIRIE HACHETTE ET C<sup>IE</sup><br />
-<span class="xsmall">79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN</span></p>
-
-<p class="c">1872</p>
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-<p class="c small">Droits de propriété et de traduction réservés</p>
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-<h2>AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR</h2>
-
-
-<table summary="">
-<tr>
-<td class="c margin-1em" colspan="4">A LA LIBRAIRIE HACHETTE ET C<sup>ie</sup></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Histoire de la littérature anglaise.</span> 5 vol. in-18 jésus.
-2<sup>e</sup> édit.</td>
-<td class="bot r">17</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Les philosophes classiques du</span> <span class="small">XIX<sup>e</sup></span>
-<span class="sc">siècle en France.</span>
-1 vol in-18 jésus. 3<sup>e</sup> édition.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Essai sur Tite Live.</span> 1 vol. in-18 jésus. 2<sup>e</sup> édition.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Voyage aux Pyrénées</span>. 1 vol. in-18 jésus. 5<sup>e</sup> édition.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">La Fontaine et ses fables.</span> 1 vol. in-18 jésus. 5<sup>e</sup> édit.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Essais de critique et d'histoire.</span> 1 vol. in-18 jésus.
-2<sup>e</sup> édit.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Nouveaux Essais de critique et d'histoire.</span> 1 volume
-in-18 jésus. 2<sup>e</sup> édit.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Notes sur Paris</span>, par Fréd. Th. <span class="sc">Graindorge</span>. 1 vol. in-18.
-5<sup>e</sup> édition.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Voyage en Italie.</span> 2 vol. in-8<sup>o</sup>.</td>
-<td class="bot r">12</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">»</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">De l'intelligence.</span> 2 vol. in-8<sup>o</sup>. 2<sup>e</sup> édition.</td>
-<td class="bot r">15</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">»</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Notes sur l'Angleterre</span>, 1 vol. in-18 jésus.</td>
-<td class="bot r">3</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="c margin-1em" colspan="4">A LA LIBRAIRIE GERMER-BAILLIÈRE</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Le positivisme anglais.</span> Étude sur <span class="sc">Stuart Mill</span>. 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">L'idéalisme anglais.</span> Étude sur <span class="sc">Carlyle</span>. 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Philosophie de l'art.</span> 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Philosophie de l'art en Italie.</span> 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Philosophie de l'art dans les Pays-Bas</span>. 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">De l'idéal dans l'art.</span> 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="drap"><span class="sc">Philosophie de l'art en Grèce.</span> 1 vol.</td>
-<td class="bot r">2</td> <td class="bot">fr.</td> <td class="bot r">50</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p class="c gap xsmall">PARIS.&mdash;IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<p>Parmi les lois que va faire l'Assemblée nationale,
-l'une des premières et la plus importante
-est certainement celle qui concerne les élections.
-Comment seront nommés les députés de l'Assemblée
-future?&mdash;Sur cette question capitale, il
-est utile que l'opinion publique prévienne la décision
-de la Chambre; nous devons nous enquérir
-au préalable, examiner, discuter, sortir de
-l'attente inerte et vague; il faut que chaque particulier
-tâche d'avoir un avis. C'est pour cela que
-je me hasarde à présenter le mien, afin d'en provoquer
-d'autres.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">I</h2>
-
-
-<p>Il est très-probable que le suffrage universel
-sera maintenu.&mdash;Sans doute, nous n'en avons
-pas fait trop bon usage; nos gouvernements l'ont
-manié comme un cheval robuste et aveugle; selon
-le côté où on le tirait, il a donné à droite ou
-à gauche; aujourd'hui il semble qu'il refuse de
-marcher<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. Néanmoins, je ne crois pas qu'on
-puisse ni qu'on veuille s'en défaire.&mdash;La première
-raison, c'est qu'il est employé depuis vingt-trois
-ans; or quand une habitude est déjà vieille
-d'un quart de siècle, elle est puissante.&mdash;En
-outre, l'opinion libérale, ou, du moins, l'opinion
-populaire est pour lui; c'est pourquoi beaucoup
-de gens qui ne l'aiment guère consentiront à le
-garder pour ne pas retirer au gouvernement nouveau
-les sympathies de la multitude.&mdash;Une troisième
-raison plus forte, c'est qu'il paraît conforme
-à l'équité. Que je porte une blouse ou un
-habit, que je sois capitaliste ou man&oelig;uvre, personne
-n'a droit de disposer, sans mon consentement,
-de mon argent ou de ma vie. Pour que cinq
-cents personnes réunies dans une salle puissent
-justement taxer mon bien, ou m'envoyer à la
-frontière, il faut que, tacitement ou expressément,
-je les y autorise; or la façon la plus naturelle
-de les autoriser est de les élire. Il est donc
-raisonnable qu'un paysan, un ouvrier, vote tout
-comme un bourgeois ou un noble; il a beau être
-ignorant, lourd, mal informé; sa petite épargne,
-sa vie sont à lui et non à d'autres; on lui fait
-tort quand on les emploie, sans le consulter, de
-près ou de loin, sur cet emploi.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Dans la dernière élection des conseils généraux, deux
-électeurs sur trois n'ont pas voté.</p>
-</div>
-<p>Admettons-nous ce principe?&mdash;En ce cas, nous
-devons l'appliquer loyalement et de bonne foi. Si
-le contribuable est consulté, qu'il soit consulté effectivement
-et non pas seulement en apparence.
-Si nous l'appelons à voter, faisons la loi de telle
-sorte que son bulletin ne soit pas un simple morceau
-de papier noirci qu'on lui met dans la main
-et qu'il glisse dans une boîte, mais un acte de
-confiance, une marque de préférence, une &oelig;uvre
-de volonté, un véritable choix. Ne lui donnons pas
-un droit de suffrage illusoire. Accommodons la
-loi à son état d'esprit, à son degré d'intelligence;
-nous ne la faisons pas pour l'homme en soi,
-pour le citoyen idéal, pour le Français de l'an
-2000, mais pour le Français de 1871, pour le
-paysan, l'ouvrier, le bourgeois de nos villages et
-de nos villes, pour l'homme en blouse, en vareuse
-ou en redingote, que nous voyons tous les jours
-dans nos champs et dans nos rues. Il faut qu'elle
-soit proportionnée, adaptée à cet homme; sinon
-elle sera une tromperie, une loi malhonnête, et
-il n'y a rien de pis que la malhonnêteté de la
-loi.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">II</h2>
-
-
-<p>Cela suffit pour rejeter d'abord le scrutin de
-liste. D'ailleurs il est à peine besoin de le combattre;
-tous les gens réfléchis sont d'accord pour
-le traiter de jonglerie. Il semble qu'il ait été inventé
-pour contraindre l'électeur à choisir des
-hommes qu'il ne connaît pas, à voter au hasard,
-en aveugle.&mdash;Vous lui ordonnez de nommer
-huit, dix, quinze, et jusqu'à quarante-trois députés
-à la fois. A peine s'il en connaît de nom deux
-ou trois; encore faut-il pour cela qu'il soit un
-homme instruit, éclairé. S'il est un paysan, un
-ouvrier, même un petit boutiquier de village, un
-artisan maître, les chances sont nombreuses
-pour que tous ces noms lui soient étrangers.&mdash;Admettons
-qu'il s'informe. Quelqu'un lui répond
-que telle liste est la bonne; sur cette réponse, il
-vote, et, plus souvent, il ne vote pas, il se méfie.
-Car à quoi bon voter pour huit inconnus plutôt
-que pour huit autres, et qui lui dit que, des deux
-bulletins glissés dans sa poche, le bon n'est pas
-celui qu'il y a laissé?&mdash;Vous voulez l'arracher à
-ses préférences locales, à ses intérêts de clocher?
-Fort bien, mais voici un moyen encore plus efficace;
-délivrez-le aussi de ses préférences départementales.
-C'est trop peu de lui faire nommer
-les huit, dix, vingt ou quarante-trois députés de
-son département; qu'il nomme tous ceux de la
-France, sept cent cinquante. De cette façon son
-choix sera pur de toute pensée égoïste. En outre,
-il aura la satisfaction et la gloire de se voir représenté,
-non par un petit groupe de députés,
-mais par l'Assemblée nationale tout entière.
-D'ailleurs l'opération sera facile: deux ou trois
-conciliabules parisiens fabriqueront d'avance
-les deux ou trois listes nécessaires; elles partiront
-par la poste, et les électeurs des départements
-n'auront d'autre peine que d'en mettre une
-dans l'urne. Ils sauront que l'une est rouge,
-l'autre blanche, l'autre entre les deux; je recommanderais
-même aux entrepreneurs électoraux
-de fabriquer des papiers de ces trois couleurs;
-alors ils seraient parlants; l'électeur n'aurait
-besoin que d'avoir des yeux, et un chien savant
-pourrait presque voter à sa place.&mdash;Pour moi,
-j'ose croire qu'un paysan, un ouvrier, n'est pas
-un chien savant, mais un homme, que, s'il vote,
-il doit faire &oelig;uvre d'homme, c'est-à-dire juger
-son candidat, et il me suffit de relire les circulaires
-de M. Ledru-Rollin en 1848, de M. Gambetta
-en 1871, pour reconnaître dans les inventeurs
-du scrutin de liste des dictateurs déguisés
-en libéraux, persuadés que leur volonté privée
-vaut mieux que la volonté publique, qui, en feignant
-de nous consulter, nous dictent notre réponse,
-et se font nos maîtres sous prétexte d'être
-nos serviteurs.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">III</h2>
-
-
-<p>Il faut donc que l'électeur nomme un seul député
-et ne soit pas obligé d'en nommer une bande.&mdash;Comment
-faire pour qu'alors son vote ne soit
-pas seulement la remise d'un bulletin, mais le
-choix d'un individu, une préférence motivée, décidée,
-personnelle?&mdash;En ce sujet, la plupart des
-gens qui tâchent de bien raisonner habitent de
-grandes villes; ils apportent involontairement
-dans leur examen des habitudes de citadins; ils
-oublient que la France ne se compose pas seulement
-de grandes cités, mais surtout de hameaux,
-villages, bourgs et petites villes<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. 13,200,000 personnes
-habitent des communes au-dessous de
-1,000 âmes; 15,500,000 personnes habitent des
-communes de 1,000 à 5,000 âmes; sur 38 millions
-de Français, en voilà près de 29 millions qui vivent
-à la campagne ou dans de très-petits centres.&mdash;Le
-lecteur a-t-il voyagé à pied en France? a-t-il
-fait séjour dans divers villages, bourgades et petites
-villes? a-t-il l'habitude, quand il est à la
-campagne, de causer familièrement avec les villageois?&mdash;D'après
-les dernières statistiques, sur
-dix millions d'électeurs, on compte environ cinq
-millions de cultivateurs, petits propriétaires, fermiers,
-journaliers et autres personnes travaillant
-à la terre, deux millions d'ouvriers proprement
-dits, un million et demi de boutiquiers, artisans
-maîtres, petits entrepreneurs et autres personnes
-appartenant à la demi-bourgeoisie, un million et
-demi de rentiers, hommes attachés aux professions
-libérales, gros industriels et négociants,
-personnes de la classe éclairée et supérieure.
-Voilà les gens qui vont voter: sur 20 votants, 10
-paysans, 4 ouvriers, 3 demi-bourgeois, 3 hommes
-cultivés, aisés ou riches. Or la loi électorale,
-comme toute loi, doit avoir égard à la majorité,
-aux <i>quatorze</i> premiers. Par conséquent, rassemblons
-nos souvenirs et rappelons toute notre expérience
-pour nous figurer le moins inexactement
-possible ces quatorze premiers, leur état d'esprit,
-le nombre de leurs idées, les limites et la portée
-de leur intelligence. De cela dépendra le reste.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Statistique de la France</i>, résultats généraux du dénombrement:
-de 1866, publiés en 1869. Tous ces chiffres
-qui suivent sont tirés de ce document officiel.</p>
-</div>
-<p>Il faut donc voir les hommes d'aussi près que
-possible, et pour cela faire encore un pas. Nous
-parlions tout à l'heure de cinq millions de cultivateurs;
-mais la population rurale<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> est bien plus
-nombreuse. Elle comprend 70 pour 100 de la
-population totale, <i>quatorze</i> électeurs sur vingt.
-En effet, outre les cultivateurs, il faut ranger
-parmi les paysans tous ceux qui en ont les m&oelig;urs,
-les idées, les habitudes, tous ceux dont l'horizon,
-comme celui du cultivateur, ne s'étend guère au
-delà du clocher de la paroisse, c'est-à-dire un
-nombre énorme d'ouvriers fileurs, carriers, mineurs,
-dont la manufacture n'est pas dans une
-ville, un nombre très-considérable de débitants
-et petits artisans maîtres, charrons, charpentiers,
-menuisiers, épiciers, marchands de vin
-qu'on trouve dans chaque village, un nombre
-presque aussi grand d'ouvriers de campagne,
-charretiers, man&oelig;uvres, sabotiers, forestiers,
-compagnons, qui, vivant aux champs, ont à peu
-près le degré de culture de leur voisin qui fauche
-ou laboure.&mdash;Or, en France, sur cent personnes
-du sexe masculin, il y en a trente-neuf illettrées,
-c'est-à-dire ne sachant pas lire ou ne sachant pas
-écrire. Comme ces illettrés appartiennent presque
-tous à la population rurale, cela fait dans
-cette population 39 illettrés sur 70. Ainsi, l'on ne
-se trompe pas de beaucoup si l'on estime à 7 sur
-14, à la moitié du total le nombre des électeurs
-ruraux qui n'ont pas les premiers rudiments de
-l'instruction la plus élémentaire. Voilà déjà un
-indice d'après lequel on peut apprécier leur intelligence
-politique.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> On appelle ainsi la population des communes qui ont
-moins de 2,000 âmes.</p>
-</div>
-<p>Il m'est souvent arrivé de causer avec eux
-sur les affaires publiques. A quinze lieues de
-Paris, tel, cultivateur et petit propriétaire, ne
-savait pas ce que c'est que le budget; quand
-je lui disais que l'argent versé chez le percepteur
-entre dans une caisse à Paris pour payer
-l'armée, les juges et le reste, qu'on tient registre
-de toutes les recettes et dépenses, il ouvrait
-de grands yeux; il avait l'air de faire une découverte.&mdash;Après
-les premiers emprunts du
-second empire, un fermier normand disait à un
-de mes amis, orléaniste: «Ce n'est pas votre
-gueux de Louis-Philippe qui nous aurait donné
-de la rente à 67 francs.»&mdash;Après la guerre de
-1858, en Italie, un paysan des environs de Paris
-approuvait l'expédition, et, pour toute raison, disait:
-«Oui, oui, on a bien fait de montrer que les
-Français sont encore des hommes.»&mdash;Après le
-coup d'État, des cultivateurs me répétaient dans
-les Ardennes: «Louis-Napoléon est très-riche,
-c'est lui qui va payer le gouvernement; il n'y
-aura plus d'impôts.»&mdash;Aux environs de Tours,
-l'année dernière, des villageois voulaient passer,
-sans payer, sur les ponts à péage et monter en
-première classe au prix des troisièmes. «Puisque
-nous sommes en république, nous avons le
-droit de faire ce qui nous plaît; il n'y aura plus
-de gendarmes.»&mdash;Je viens de lire la correspondance
-de vingt-cinq à trente préfets de 1814 à
-1830; l'ignorance et la crédulité des populations
-rurales sont étonnantes. Au moment de l'expédition
-d'Espagne, des maires viennent demander
-au préfet du Loiret s'il est vrai que les alliés vont
-traverser le pays pour aller en Espagne et laisser
-en France une nouvelle armée d'occupation.
-Pendant plusieurs années, dans plusieurs départements,
-au mois de mars, on croit fermement
-que Napoléon arrive à Brest avec 400,000 Américains,
-ou à Toulon avec 400,000 Turcs.&mdash;En
-maint endroit vous trouveriez encore des villageois
-qui se défient obstinément des nobles et
-les soupçonnent de vouloir rétablir les droits féodaux;
-l'assassinat de M. de Moneyis et quantité
-de paroles prononcées l'an dernier dans les campagnes
-ont prouvé que, dans beaucoup de cerveaux,
-il n'y a guère plus de lumières en 1870
-qu'en 1815.&mdash;J'ai entre les mains un paquet de
-lettres et suppliques écrites au préfet, à l'ingénieur,
-aux principaux administrateurs d'un département
-de l'Est par de petits propriétaires de
-campagne, par des pompiers, par des boutiquiers
-de village: on n'imagine pas un pareil état d'esprit,
-un tel ahurissement, une si grande difficulté
-à penser et à raisonner, un vide si parfait de notions
-générales, une telle incapacité à comprendre
-les droits des particuliers ou les intérêts du
-public.</p>
-
-<p>Ce sont encore des <i>sujets</i>, non plus sous un
-roi, mais sous un maître anonyme. Ils savent
-qu'il y a quelque part, bien loin, une grande
-chose puissante, le gouvernement, et qu'il faut
-lui obéir, parce qu'elle est puissante; autrement
-gare l'amende, les gendarmes et la prison! Sans
-doute, elle est utile, puisque les gendarmes arrêtent
-les malfaiteurs, et que les cantonniers bouchent
-les trous des routes. Mais surtout et avant
-tout elle est redoutable; les petits sont sous sa
-main toujours et en cent façons, par le percepteur,
-par le maire, par l'agent voyer, par le sous-inspecteur
-des forêts, par le commissaire de police,
-par le garde champêtre, par les commis des
-droits réunis, pour percer une porte, abattre un
-arbre, bâtir un hangar, ouvrir une échoppe,
-transporter une pièce de vin. Qu'une loi soit promulguée,
-qu'un arrêté soit rendu, qu'un fonctionnaire
-soit remplacé, l'auteur est toujours cet
-être abstrait, indéterminé, lointain, dont ils n'ont
-aucune idée nette, le gouvernement.&mdash;«<i>On</i> ordonne
-ceci. <i>On</i> ordonne cela.»&mdash;Cet <i>on</i> si vague
-est leur vrai souverain; ils le subissent ou l'acceptent
-comme le froid en hiver ou le chaud en
-été, comme un je ne sais quoi fatal, supérieur, établi
-de temps immémorial et sur lequel ils n'ont
-pas de prise. Renversé, rétabli, remplacé, renouvelé,
-peu leur importe; pour eux il est toujours à
-peu près le même. Le maire sait qu'à la ville,
-dans un bel appartement, est un monsieur digne,
-en habit brodé, qui le reçoit deux ou trois fois
-par an, lui parle avec autorité et condescendance,
-et souvent lui fait des questions embarrassantes.
-Mais, quand ce monsieur s'en va, il y en a un autre
-à sa place, tout pareil, avec le même habit, et le
-maire, de retour au logis, dit avec satisfaction:
-«Monsieur le préfet m'a toujours conservé sa
-bienveillance, quoiqu'on l'ait déjà changé plusieurs
-fois.»</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">IV</h2>
-
-
-<p>Tel est l'état d'esprit et, par suite, l'aptitude
-politique de <i>quatorze</i> électeurs sur vingt.&mdash;Je
-sens combien cette esquisse est insuffisante. Pour
-en faire un portrait, il faudrait écrire un volume
-et avoir le talent d'un romancier philosophe, celui
-de M. Flaubert dans <i>Madame Bovary</i>; on y
-trouvera le tableau de deux villages normands.
-Si nous avions cinq ou six ouvrages pareils sur
-d'autres provinces de la France, il suffirait d'y
-renvoyer le lecteur.&mdash;En attendant, je le prie
-de compléter par ses propres remarques les indications
-précédentes et de se demander quel mode
-de suffrage est à la portée des hommes qu'on
-vient de décrire.&mdash;Il est trop clair qu'ici le plébiscite,
-l'appel au peuple, l'invitation à voter sur
-la forme du gouvernement n'est qu'un tour de
-passe-passe, une pure duperie. Autant vaudrait
-demander à nos villageois s'ils sont wighs ou
-tories, s'ils préfèrent la constitution de Rome à
-celle d'Athènes. En cela, le scrutin de liste de la
-démocratie autoritaire et les plébiscites de l'empire
-sont des escamotages légaux de même espèce,
-tous les deux également fondés sur le respect
-apparent et sur le mépris réel de la volonté
-publique. En effet, l'électeur, même un peu
-éclairé, à plus forte raison l'électeur ignorant,
-est vis-à-vis de son mandataire, comme vis-à-vis
-de son médecin ou de son avoué. Tout son office
-est de décider en quel homme spécial il a le plus
-de confiance; l'un lui fera ses lois, comme les
-autres gouverneront sa santé ou son procès. Son
-droit est de pouvoir opter pour celui qu'il croit
-le plus capable et le plus honnête, et le devoir
-du législateur est de lui en fournir les moyens,
-c'est-à-dire de lui permettre de choisir entre les
-individus que personnellement il connaît ou sur
-lesquels il a des renseignements de première
-main, semblables à ceux d'après lesquels il s'adresse
-à tel avoué ou médecin plutôt qu'à tel
-autre.&mdash;Or, même dans le mode d'élection qui
-paraît le plus naturel, c'est-à-dire quand chaque
-arrondissement nomme un seul député,
-peut-on dire que l'électeur, tel que nous l'avons
-décrit, connaisse les candidats, ait une préférence
-véritable et fasse un choix?&mdash;Supposez une
-assemblée de cinq cents représentants: de l'avis
-de tous les bons juges, il ne faut pas qu'elle soit
-plus nombreuse; sinon elle n'est qu'une foule.
-Cela fait 1 député pour 20,000 électeurs, et pour
-un district d'environ 100,000 âmes. Or un district
-de cette étendue est le quart d'un département
-et comprend un peu plus de 1,000 kilomètres
-carrés, c'est-à-dire un carré de 8 à 9
-lieues de côté. D'après les dernières statistiques,
-il contient en moyenne 33 communes au-dessous
-de 500 âmes, 23 communes de 500 à 1,000 âmes,
-17 bourgs et petites villes de 1,000 à 5,000 âmes,
-une ville moyenne ou grande au-dessus de 5,000
-âmes. Maintenant je le demande aux lecteurs qui
-ont vécu en province: sur les 20,000 électeurs
-du district, combien y en a-t-il qui aient une
-opinion personnelle, ou du moins une opinion
-à peu près fondée, sur les trois ou quatre candidats
-qui se disputent leurs suffrages? combien
-y en a-t-il qui leur aient parlé, qui les aient vus
-deux fois, qui sachent d'eux autre chose que la
-couleur du paletot et de la voiture, dans lesquels
-ils ont fait leur tournée électorale?&mdash;Un
-villageois français vit dans un cercle de deux
-lieues de rayon; son horizon ne s'étend pas au
-delà. Il sait ce qui se passe dans les trois ou
-quatre villages environnants, et quelque chose
-des bruits qui courent dans la petite ville où il
-porte ses denrées; mais il ne sait pas autre chose.
-Toute la journée il est aux champs, et le travail
-agricole cloue la pensée de l'homme à la terre.
-Il songe à la récolte, aux chances de la pluie et
-du froid, à l'engrais, au prix du grain; quand le
-soir il rentre assis sur son cheval, les jambes
-pendantes, il n'y a guère que des images et point
-d'idées dans sa tête. Le dimanche, il boit, il oublie.
-De loin en loin il devise avec ses voisins qui
-ont juste le même degré d'information que lui.
-S'il apprend quelque nouvelle, c'est le samedi au
-marché de la petite ville; au retour, sur sa charrette,
-il la rumine; mais, à son insu, sa cervelle
-inculte la transforme en une légende ou en un
-fabliau. Dans la semaine, on voit sur la route vide
-le colporteur qui passe, le facteur rural, l'épicier,
-qui va renouveler ses provisions; ce sont là ses
-<i>auteurs</i>, ses messagers d'information. Très-peu
-lisent <i>le Moniteur des communes</i>, affiché à la
-mairie; il faut quelque guerre, un grand danger,
-le récit d'une bataille, pour en attrouper cinq ou
-six alentour. En ce cas, on les voit bouche
-béante, autour du lecteur qui épelle et ânonne,
-avaler, sans les digérer, les phrases emphatiques,
-abstraites, disproportionnées, dont un rédacteur
-parisien les fournit. A présent, quelques-uns
-rapportent le samedi <i>le Petit Journal</i>, mais
-la plupart s'en défient, comme de tout autre imprimé.
-A leurs yeux, les écritures, gazettes, proclamations,
-prospectus, sont des «mécaniques
-d'enjôleurs,» tout comme le papier timbré de
-l'huissier ou l'avertissement du percepteur, arrangées
-exprès pour extraire l'argent des poches.
-Ils sont sur leurs gardes; ils ont été tant de
-fois trompés!&mdash;Dans leur esprit soupçonneux,
-précautionné, toujours en éveil contre les artifices
-de la parole, il y a quelque chose du fellah,
-de l'ancien taillable, du pauvre homme opprimé
-qui, au siècle dernier, par crainte du collecteur,
-se donnait exprès l'air misérable, laissait sa masure
-en ruines, cachait ses provisions dans un
-silo, et couvait anxieusement le petit pot enfoui
-où ses pièces de douze sous venaient une à une
-faire un tas. Quoique enrichi et propriétaire, le
-campagnard est toujours le fils de ce vieux corvéable.
-Il croit difficilement à la bienveillance,
-aux services gratuits d'un homme d'une autre
-classe; dans un village de l'Est, où les habitants
-vivent de pommes de terre, j'ai vu un manufacturier
-bienfaisant vendre, au prix coûtant, pendant
-une année de disette, du riz qu'il faisait venir
-exprès d'Amérique; les paysans lui disaient
-en achetant: «Dame, monsieur, nous aimons
-autant vous faire gagner qu'un autre.»&mdash;Ils
-vivent entre eux; par rapport aux autres classes,
-ils sont isolés. Nous n'avons pas de vie publique
-en France; sauf le ridicule comice agricole qu'a
-décrit M. Flaubert<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, le paysan, le bourgeois, le
-noble, chacun reste chez soi, et ne communique
-qu'avec ses pareils; nous ne savons pas nous associer
-et nous rassembler par des sociétés de
-chant, de tir de pigeons, comme en Belgique et
-en Suisse, par des manifestations, des meetings,
-des ligues politiques, économiques ou morales,
-comme en Amérique et en Angleterre.&mdash;D'ailleurs
-entre le paysan, parent de la glèbe, marié
-à la terre, et l'homme cultivé, la distance est si
-grande, qu'elle fait presque un abîme. Dans un
-village, à douze lieues de Paris, ils demandent
-au principal propriétaire, comment il peut perdre
-tout son temps à lire. Il faudrait un George
-Sand pour traduire nos idées dans leur langue.
-Idées et langue, rien ne nous est commun, nos
-phrases générales, notre littérature de citadins
-n'entrent pas dans leurs têtes; elles restent arrêtées
-au seuil, sans pouvoir franchir un grand
-vide que rien n'a encore comblé; nous n'avons
-pas, comme en Angleterre ou en Allemagne, la
-poésie populaire<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> et le protestantisme pour servir
-de pont.&mdash;Par toutes ces causes, le cercle
-où se meut l'esprit du villageois est d'une étroitesse
-extrême. Non-seulement l'idée des intérêts
-généraux lui manque, mais encore il n'a ni renseignements,
-ni opinion sur les hommes qui vivent
-au delà de son horizon restreint.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Notez que l'institution est excellente, car elle est la
-seule qui mette les diverses classes en contact mutuel.</p>
-</div>
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Schiller, Goethe, Burns, la Bible en langue vulgaire,
-le <i>Prayer Book</i>.</p>
-</div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">V</h2>
-
-
-<p>En effet, supposez qu'on l'appelle à voter, lui
-et les vingt mille électeurs de l'arrondissement,
-pour élire un député, et prenons le cas le plus
-ordinaire. Les candidats sont un grand propriétaire
-du pays, peut-être un ingénieur en chef,
-un président ou un procureur général, plus souvent
-quelque grand manufacturier ou commerçant,
-parfois un notaire ou un médecin, de loin
-en loin un publiciste de Paris ou le rédacteur en
-chef d'un journal du département. Sans doute,
-on les connaît au chef-lieu; mais combien d'électeurs
-savent leur nom ou quelque chose d'eux en
-dehors de leur nom, dans les 33 communes au-dessous
-de 500 âmes, dans les 23 communes de
-500 à 1,000 âmes, même dans 17 bourgs et petites
-villes de 1,000 à 5,000 âmes? A peine un
-sur dix au delà de la banlieue de la ville; à peine
-un sur quatre ou cinq dans tout l'arrondissement.&mdash;Le
-villageois apprend pour la première
-fois le nom du journaliste de Paris; il n'a jamais
-lu un article du journaliste départemental; il a
-vu peut-être deux fois dans sa vie l'ingénieur en
-tournée, et aperçu une fois au comice agricole la
-veste de chasse du grand propriétaire. Il n'a jamais
-eu affaire avec le grand manufacturier ou
-commerçant; quant au notaire, au médecin, au
-procureur général, au président, ils sont pour
-lui des personnages vagues. N'allant point au
-chef-lieu, il n'a d'informations que sur les gens
-de sa commune ou de son canton, sur son juge
-de paix, sur son agent voyer, sur le médecin ou
-le notaire de village auxquels en cas urgent il
-s'adresse. Il est trop ignorant, trop isolé, trop
-peu répandu; il a trop peu le désir, et il a eu
-trop rarement l'occasion de se répandre.&mdash;Les
-correspondances administratives dont je parlais
-tout à l'heure répètent à maintes reprises que jamais,
-sauf dans les grandes secousses, le campagnard
-ne s'occupe de politique; en effet, depuis
-quatre-vingts ans, l'administration s'en occupe
-pour lui et l'en décharge. Il n'a donc qu'une ressource,
-c'est de s'enquérir et de consulter son
-voisin.&mdash;Mais, en France, l'esprit égalitaire est
-tout-puissant, et la hiérarchie manque; c'est
-pourquoi l'inférieur n'a pas de confiance en son
-supérieur, ni l'ouvrier en son maître, ni le petit
-fermier en son propriétaire, ni l'homme qui
-porte une blouse en l'homme qui porte une redingote.
-Presque jamais il ne va prendre conseil
-auprès d'eux: ce sont des bourgeois. Je pourrais
-même citer des arrondissements où il suffit que
-les gros fermiers, les propriétaires adoptent un
-nom pour que les journaliers adoptent l'autre.&mdash;Règle
-générale: le villageois ne reçoit
-conseil que de ses égaux; il ne parle volontiers
-d'affaires publiques qu'avec les gens de la même
-condition et du même habit, qui trinquent avec
-lui et parlent son langage. Même dans les départements
-très-dévots, dans le Nord, par exemple,
-les curés n'agissent sur lui qu'à travers sa femme.&mdash;Il
-est donc fort embarrassé; car son conseiller
-n'en sait pas plus que lui-même.&mdash;Là-dessus,
-dans les deux ou trois élections qui ont précédé
-la chute du second empire, nous avons eu
-par les enquêtes des révélations étranges. Un témoin
-disait: «J'avais les deux billets dans ma
-poche; mais, ma foi! bonnet blanc, blanc bonnet,
-c'était pour moi la même chose, et j'ai pris le
-premier venu.»&mdash;Un autre, à peu de distance
-de Paris, répondait à un de mes amis: «Je ne
-connaissais ni l'un ni l'autre; alors, des deux,
-j'ai pris le bulletin qui m'allait le mieux à l'&oelig;il.»
-C'était la forme des lettres qui l'avait décidé;
-quant au nom qu'il avait préféré, il ne se le rappelait
-plus, mais il savait encore l'autre, parce
-qu'il avait gardé le bulletin dans sa poche.&mdash;Un
-troisième veut savoir quel est le bon bulletin;
-on le lui dit, il va le mettre dans l'urne; le lendemain,
-on lui demande ce qu'il a fait de l'autre:
-«Oh! je l'ai donné à Pierre, qui est un mauvais
-gars; il a voté avec, c'est bien fait, il le mérite.»&mdash;Naturellement,
-sur des gens si peu éclairés,
-si mal informés, si incapables d'avoir une préférence
-véritable, les mauvais moyens ont tout leur
-effet.&mdash;Nous savons tous comment les élections
-se sont faites pendant vingt ans. Le gouvernement
-lâchait sur l'électeur toute la troupe de ses fonctionnaires,
-maires, juges de paix, et jusqu'aux
-gardes champêtres, aux cantonniers, aux facteurs
-ruraux; les gens allaient à l'urne poussés
-comme des moutons, d'autant plus qu'on
-leur montrait là toute la pâture qu'ils pouvaient
-souhaiter: subventions à l'église, établissement
-d'un pont, d'un embranchement de chemin de
-fer, etc. En outre, le candidat riche payait un bavard
-déclassé, un orateur de cabaret dans chaque
-commune; celui-là faisait boire et racolait
-des votes, à grands coups d'éloquence appropriée.
-Aussi l'élection coûtait 10,000 francs au candidat,
-souvent 30,000, 40,000 et jusqu'à 100,000; les
-<i>rastels</i>, les mâts de Cocagne pavoisés, les fêtes et
-tombolas dans un parc, les fournitures d'un
-équipement neuf et d'une musique aux pompiers
-sont choses très-dispendieuses; mais ce charlatanisme
-grossier est efficace.&mdash;De ce genre est
-aujourd'hui la propagande des radicaux. Un déclamateur
-à tête chaude, quelque sournois à figure
-de fouine (j'en ai vu) vient de la ville et leur jure
-qu'il est du peuple, que tout sera pour le peuple,
-qu'il n'y aura plus de maîtres, que tous les impôts
-seront payés par les riches, etc. Le pauvre
-Prévost-Paradol, avant de partir pour l'Amérique,
-écrivait à un ami que, pour devenir député en
-France, il fallait être un homme du gouvernement
-ou posséder une terre de quarante mille livres
-de rente, ou descendre jusqu'aux déclamations
-et aux affiliations démagogiques.&mdash;Ainsi mené,
-assourdi, séduit, le campagnard, comme un cheval
-surmené, finit par prendre le mors entre ses
-dents et reste immobile; habitué, comme il l'est,
-à juger des choses par leurs effets utiles, à se défier
-de la prévoyance humaine, à subir la domination
-des grandes forces aveugles qui nourrissent
-ou tuent sa récolte, il arrive à considérer
-ceux qui l'invitent à choisir son gouvernement du
-même &oelig;il que ceux qui lui proposeraient de régler
-les saisons une fois pour toutes. Probablement, il
-se dit à lui-même quand, n'ayant point d'avis
-sur les gens, il essaye, par hasard, d'avoir un
-avis sur les choses:&mdash;«L'Empire, c'était bien;
-nous vendions nos denrées deux fois plus cher;
-et, pendant vingt ans, les partageux n'ont pas
-osé souffler. Mais ce n'était pas son oncle; il a
-bien mal fait la guerre, il a mis les Prussiens
-chez nous; nous voilà ruinés par sa faute; et
-puis il est dehors et on dit qu'il est ramolli.&mdash;Les
-Orléans, c'était bien aussi; ils n'étaient pas
-méchants, et on a eu la paix; mais les bourgeois
-étaient maîtres, et on leur donnait toutes
-les places.&mdash;Henri V, c'est un roi pour les curés
-et les seigneurs. Les nobles se sont bien
-battus l'an dernier; mais s'ils veulent ravoir
-les droits féodaux et faire la guerre pour le pape?&mdash;La
-république! on nous promet tout, c'est
-peut-être trop. Je prendrais de bon c&oelig;ur ma
-part du gros domaine qui est là-bas; mais, si
-on partage aussi mon champ, gagnerai-je au
-change? D'ailleurs cela ferait bien du désordre,
-et, parmi les rouges qui nous prêchent au cabaret,
-il y a trop de fainéants, de propres à rien,
-sauf à crier et à boire. J'ai payé les 45 centimes
-à la république de 1848; j'ai bien peur de
-payer beaucoup à celle-ci; pourtant, en ce moment,
-elle ressemble aux anciens gouvernements;
-elle n'est pas trop mauvaise.»&mdash;Tel
-est, je crois, son idée secrète, ou, plus exactement,
-son instinct. Au fond, si l'on parvenait à
-exprimer les répugnances vagues et les velléités
-informes qui flottent dans son esprit trouble, je
-suis persuadé que le gouvernement de son choix
-serait «le gouvernement des gendarmes,» à une
-seule condition, c'est que les gendarmes fussent
-braves gens et pas trop durs au pauvre monde.
-En fait de régime, il accepte celui qui existe, et
-notamment la république présente, non par
-amour, mais par crainte de pis; voilà son poids
-dans la balance politique. Mais, si on lui demande
-de voter, de choisir entre des candidats qu'il ne
-connaît pas, il se défie; il est averti par son expérience;
-il se souvient des calamités récentes auxquelles
-a conduit son vote; il aime mieux ne pas
-s'engager, il refuse de se déranger.&mdash;C'est ce
-qui vient d'arriver aux élections, et il est à craindre
-que le dégoût électoral ne se propage. Il est
-possible que le suffrage direct en France aboutisse
-dans deux ans à des urnes aux trois quarts
-vides. L'électeur ne voudra plus tourner la machine,
-et sa raison secrète sera qu'après dix épreuves
-il en a trouvé la poignée trop haute et trop
-lourde pour sa main.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VI</h2>
-
-
-<p>Si, mon ami, il faut voter; autrement les casse-cou
-et les drôles feront marcher à leur profit et
-a tes dépens la machine dont le jeu emporte
-toute ton épargne et toute ta vie. Seulement c'est
-à tes législateurs d'adapter la poignée à ta main.
-La machine et la poignée ne sont précieuses que
-par leurs effets; tu n'es pas fait pour elles, elles
-doivent être faites pour toi. Il ne s'agit pas ici de
-t'enlever ton droit, mais de te fournir les moyens
-de l'exercer. On ne veut pas te traiter en dupe,
-encore bien moins en brute, mais en homme.
-On te demande de déposer dans l'urne, au lieu
-d'un bulletin indifférent que tu ne comprends
-pas, un bulletin préféré que tu comprends.&mdash;Ce
-n'est pas le suffrage universel qui aujourd'hui
-est chez nous impuissant et malfaisant, c'est le
-suffrage direct. Car, si le cercle du département
-ou même celui de l'arrondissement est trop large
-pour l'électeur rural, il en est un autre plus étroit,
-plus proportionné, où son intelligence et son information
-peuvent agir avec discernement et certitude,
-je veux dire <i>la commune</i>.&mdash;Que dans ce
-cercle restreint il choisisse trois ou quatre hommes
-connus de lui et les envoie au chef-lieu d'arrondissement;
-que ces électeurs du second degré,
-une fois réunis, lui nomment son député.
-Par ce moyen, le premier moteur de la machine
-est toujours entre ses mains; c'est encore lui qui
-donne le branle. Seulement, au lieu de le donner
-en aveugle, il le donne en homme clairvoyant,
-et, s'il veut, il le dirige. On ne retire pas la poignée
-de sa main; au contraire, on la met à sa
-portée en y soudant une seconde pièce que son
-bras peut atteindre, et par laquelle tout le mouvement
-de la machine lui appartient.</p>
-
-<p>Je dis qu'en ce cas son choix sera véritable,
-accompagné de discernement.&mdash;Une première
-preuve est frappante, c'est la composition des
-conseils municipaux. De l'aveu de tous les observateurs,
-dans les villages, dans les bourgs, dans les
-petites villes, et même dans les villes moyennes,
-ils sont aussi bons qu'ils peuvent l'être, recrutés
-presque toujours parmi les hommes les plus
-sensés, les plus intelligents, les plus probes. Les
-choses ne se passent autrement que dans quelques
-très-grandes villes; c'est justement parce
-qu'une très-grande ville est une foule, où l'on se
-coudoie sans se connaître, et où les trois quarts
-des votants n'ont pas d'avis fondé sur les candidats.&mdash;Mais
-ailleurs, dans les cercles petits ou
-moyens, c'est-à-dire dans presque toute la France,
-un aventurier, un faiseur, un homme de réputation
-douteuse, un simple bavard, arrive rarement
-au conseil municipal: il est vérifié, pesé par toutes
-les mains; on conteste son aloi, on trouve son
-poids trop léger. Ce cultivateur, ce villageois, si
-peu renseigné quand il s'agit de personnages
-lointains et d'affaires générales, est très-bien informé
-quand il s'agit de ses voisins et des intérêts
-locaux. En tout ceci, il est curieux, avisé;
-son attention, faute de s'étendre sur tout le grand
-cercle, s'est appliquée plus forte sur le petit; les
-causeries de la veillée, les <i>disettes</i> ont fait leur
-office.&mdash;Il n'y a pas un ménage, une fortune, une
-conduite dans la paroisse qu'il n'ait percée à jour;
-car il a du bon sens, il est souvent fin, il a eu le
-temps et les moyens de se faire une opinion; il a
-vu à l'&oelig;uvre le juge de paix, le médecin, le notaire,
-le curé, le maire, le gros fermier, l'usinier,
-le propriétaire; il sait si le curé est ambitieux
-et tracassier, si le juge de paix décide en homme
-juste, si le médecin exploite trop ses clients, si le
-maire prend à c&oelig;ur les intérêts de la commune,
-si le manufacturier est dur, si le propriétaire ou
-le fermier sont gens laborieux et entendus, si tel
-ou tel est un homme capable, actif, sûr en affaires.
-Bien mieux, il connaît le plus souvent les
-familles, la parenté, les tenants et aboutissants, et
-c'est là-dessus qu'il juge. On ne l'en fera pas démordre
-par des raisonnements, encore moins par
-de grandes phrases. Il a vu et pratiqué l'homme,
-cela lui suffit, et il a raison. Voilà pourquoi il
-veut que son candidat soit du pays, et que, pendant
-de longues années, il ait fourni matière à
-l'observation de ses voisins; en cela, il a raison
-encore. Qu'il soit défiant, et parfois envieux, qu'il
-ne choisisse pas toujours l'homme instruit, renfermé,
-dépourvu de biens au soleil, je l'accorde.
-Mais, avec un tel procédé d'enquête, s'il omet parfois
-d'élire un candidat de mérite, il n'élit presque
-jamais un homme taré, ou de vie scandaleuse,
-un malhonnête homme, un simple déclamateur,
-ni surtout un de ces candidats inconnus qui,
-comme des champignons, surgissent en un matin
-sur une terre pourrie.&mdash;Même examen et
-même triage dans les petites villes: un aubergiste,
-un petit débitant, un maître menuisier savent
-jusque dans le moindre détail la position, la vie,
-le caractère de tous les hommes de leur classe et
-de tous les bourgeois: c'est que pendant quinze
-ans, chaque soir, ils les ont passés au crible.&mdash;Ainsi,
-pour quatorze, et peut-être pour dix-sept
-électeurs sur vingt, autant l'information est pauvre,
-inexacte ou nulle, quand, par le suffrage
-universel direct, ils nomment le député de l'arrondissement,
-autant l'information est riche,
-exacte et sûre quand, par le suffrage universel
-indirect, ils nommeront les électeurs du second
-degré chargés d'aller choisir ce député au chef-lieu.&mdash;A
-mon sens, cette raison est décisive, car
-elle met tout ensemble la lumière dans l'élection
-et la loyauté dans la loi.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VII</h2>
-
-
-<p>Supposez donc que le législateur leur dise:
-«Je vous dois une loi juste, et vous n'êtes pas
-traités selon la justice, lorsque, appelés à donner
-votre confiance, vous êtes forcés de choisir
-entre des gens que vous ne connaissez pas. A
-présent, vous les connaîtrez, et vous ne donnerez
-votre confiance qu'avec certitude. Désormais,
-dans chaque commune, cent électeurs
-du premier degré nommeront un électeur du
-second degré. Je ne limite pas votre choix;
-quel que soit votre élu, riche, pauvre, noble,
-bourgeois, ouvrier, paysan, cela vous regarde.
-Je n'exige de lui aucune preuve ni degré de fortune
-ou d'éducation; je n'exclus que les faillis
-et les gens condamnés par les tribunaux; à vous
-de choisir, où vous le trouverez, l'homme le
-plus honnête, le mieux informé, le plus capable.
-Voilà pour les campagnes, les bourgs et
-les petites villes.&mdash;Pour les villes moyennes et
-grandes, chaque quartier nommera ses électeurs,
-de la même façon qu'une commune ordinaire.&mdash;Tous
-ces électeurs élus se trouveront,
-à un jour marqué, au chef-lieu d'arrondissement.
-Là, pendant trois jours, au nombre
-d'environ deux cents, ils causeront entre eux
-et avec leurs amis, ils s'assembleront plusieurs
-fois dans une grande salle pour écouter les
-candidats et les interroger. Le troisième jour,
-ils nommeront le député, et reviendront, chacun
-dans sa commune, pour vous dire, à l'amiable,
-les raisons de leur choix.»&mdash;Y a-t-il,
-là-dedans, un privilége pour une classe? Mais
-un duc académicien y est traité sur le même
-pied qu'un man&oelig;uvre, et l'envie égalitaire la
-plus aigre n'y peut trouver une faveur pour personne.&mdash;Quelqu'un
-pourra-t-il soupçonner une
-pareille loi d'être hostile au peuple, et arrangée
-en défiance du grand nombre? Mais c'est justement
-pour le peuple, pour le grand nombre
-qu'elle est faite, et ceux qui la décrient, au nom
-de ce qu'ils nomment emphatiquement les principes,
-prouvent par cela même qu'ils sacrifient
-le peuple vivant, les travailleurs, les pauvres, à
-une théorie usée, à une phrase de livre, à un pur
-jeu de logique et d'abstractions.</p>
-
-<p>En effet, suivons les conséquences. Ce suffrage
-à deux degrés est si bien conforme à la nature
-des choses qu'en fait il existe aujourd'hui
-chez nous; sans lui, le suffrage direct, tel que
-nous l'avons depuis vingt ans, ne fonctionnerait
-pas.&mdash;Car d'abord l'électeur rural, et, en général,
-l'électeur ordinaire, a suivi pendant tout l'empire
-l'impulsion du sous-préfet et du maire;
-ainsi, c'est le sous-préfet, le maire et surtout
-l'empereur qui, sous l'empire, ont été effectivement
-les électeurs du second degré. Toutes les
-fois que le gouvernement interviendra par une
-candidature officielle ou par une préférence
-avouée, il en sera de même. Aussi bien des électeurs
-du second degré sont tellement nécessaires
-qu'aujourd'hui, dans les campagnes, nombre de
-gens se plaignent, disant que, puisque le gouvernement
-ne leur indique plus le bon candidat,
-ils ne savent pour qui voter. Mais à présent nous
-répugnons tous à cette usurpation du gouvernement;
-il n'est pas un libéral qui n'aspire à s'en
-passer et ne loue M. Thiers qui s'en abstient.
-Voilà donc la direction officielle tout à fait mise
-à l'écart.&mdash;A sa place que reste-t-il? Je connais
-à quelques lieues de Paris une commune où, au
-mois de juillet dernier, l'élection s'est faite à
-quatre degrés. Vingt journalistes de Paris, réunis
-en comité, avaient dressé la liste de l'Union de
-la presse parisienne; un habitant de la commune
-alla chercher les bulletins de cette liste et la fit
-adopter au maire, aux membres du conseil municipal,
-aux plus anciens du village assemblés un
-soir chez lui; ceux-ci la distribuèrent aux autres
-électeurs; et sur 146 votants la liste eut 130 voix;
-il y eut donc là trois sortes d'intermédiaires et
-quatre degrés de suffrage bien comptés. Qu'on le
-sache ou qu'on l'ignore, qu'on s'en réjouisse ou
-qu'on s'en irrite, il y en a toujours au moins deux.&mdash;Seulement,
-quand ils ne sont point établis par
-la loi, quand les habitants ne sont pas appelés
-publiquement à faire un choix exprès, l'électeur
-du second degré est de mauvaise espèce.&mdash;Tantôt
-il est l'agent électoral d'un candidat
-riche qui lui donne de l'argent pour faire boire;
-en ce cas c'est un homme acheté, sans conscience,
-une créature qui se remue pour gagner quelques
-écus ou obtenir une place, et qui travaille par des
-intrigues de clocher ou des excitations de cabaret.&mdash;Tantôt
-il est expédié par un club de la ville,
-comité anonyme où des têtes chaudes, des esprits
-gâtés par une demi-culture, des rêveurs à principes,
-des avocats et des médecins sans clientèle,
-une foule de brouillons et de déclassés, se vengent
-de leur avortement irrémédiable en rebâtissant
-la société sur le papier; en ce cas, c'est un
-<i>politician</i> de bas étage qui, de village en village,
-vient attiser la guerre sociale et racoler des voix
-pour le Robespierre futur du chef-lieu.&mdash;L'élection
-faite, le premier rentre chez lui et le second retourne
-à la ville; le tour est joué, aucun n'est
-responsable. Tout s'est passé en conciliabules, en
-buvettes, sous le manteau de la cheminée; ils
-n'étaient point des mandataires, ils n'ont point
-de compte à rendre.&mdash;Voilà comment, sous le
-suffrage direct, les choses se passent, et c'est merveille
-qu'à travers des intermédiaires si trompeurs,
-le bon sens public aboutisse encore à des
-choix passables ou à peu près bons.</p>
-
-<p>Au contraire, admettons que la loi nous appelle
-à choisir nous-mêmes ces intermédiaires.&mdash;Tout
-est public; le grand jour luit sur l'élection
-et sur les candidats. L'électeur n'est plus livré
-aux insinuations, au charlatanisme; le futur député
-n'a plus besoin de parader dans la rue, avec
-une voiture pavoisée; l'émissaire de la ville n'est
-pas reçu à décrier ou exalter tel ou tel de la
-commune. Ces mauvais moyens, efficaces quand
-l'électeur doit opter entre deux inconnus, sont
-faibles, quand il doit choisir entre des hommes
-de sa paroisse. Il n'a rien à apprendre des courtiers
-d'élection; il en sait plus qu'eux, et son
-opinion, fondée sur son expérience personnelle,
-est tenace. Il juge donc par lui-même, et choisit
-ses électeurs du second degré en connaissance
-de cause, à peu près comme son conseil municipal.</p>
-
-<p>Quels seront-ils?&mdash;Très-probablement les
-mêmes ou presque les mêmes que les membres
-du conseil municipal, c'est-à-dire des gens choisis
-entre les plus capables, les plus honnêtes et
-les plus anciens de la commune.&mdash;Je dis les mêmes
-ou presque les mêmes; car il semble que le
-mandat, étant différent, introduira dans les choix
-quelque différence. Il est à croire que, dans les
-villages, les bourgs et même dans les petites villes,
-les électeurs auront un peu moins égard à
-l'ancienneté de la résidence, à la possession de
-biens au soleil, et un peu plus égard à l'éducation,
-à l'habitude de fréquenter le chef-lieu et la
-capitale, à tous les indices d'après lesquels ils
-reconnaissent dans un homme une instruction
-plus variée, une plus grande aptitude politique,
-et la possession d'un horizon plus étendu.&mdash;Dans
-le village, dont je parlais tout à l'heure,
-l'habitant qui a fait adopter la liste de l'<i>Union
-parisienne</i> n'était établi que depuis un an; on
-ne l'eût pas nommé au conseil municipal. Mais
-il était le seul qui allât fréquemment à Paris; lui
-seul avait un avis motivé et pouvait fournir des
-renseignements précis sur les candidats de la
-liste; à cause de cela, et d'un consentement unanime,
-il a fait l'office d'électeur du second degré.&mdash;Je
-pense donc que le groupe des électeurs
-ainsi élus pourra différer du conseil municipal
-par le nom de quelques membres; qu'on y verra
-en moins deux ou trois fermiers et vieux habitants,
-en plus deux ou trois hommes de la classe
-cultivée, un juge de paix, un notaire, un médecin;
-dans plusieurs villages de Bretagne, le curé;
-çà et là le maître d'école, souvent le propriétaire
-riche, qui réside plusieurs mois, ou quelque capitaine
-retraité; dans les villes petites et moyennes,
-outre les fabricants, les commerçants et les
-rentiers, un banquier, un ingénieur, un président
-du tribunal, un publiciste estimé, bref une
-proportion aussi grande de probité et de bon
-sens, et une proportion plus grande d'information
-et d'intelligence.&mdash;Conduisons ces élus au chef-lieu
-d'arrondissement; ils y retrouvent ceux du
-chef-lieu lui-même. Non-seulement, tous ensemble,
-ils sont l'élite du district, et les plus capables
-de bien choisir, mais encore, n'étant que deux
-cents, ils peuvent raisonner par groupes, s'éclairer
-les uns les autres. En outre, ils font une assemblée
-naturelle.&mdash;Dès lors, ce n'est plus par
-des professions de foi affichées, chefs-d'&oelig;uvre
-d'emphase et de vague, que les candidats doivent
-s'expliquer; ils sont tenus de comparaître en
-personne, de parler eux-mêmes, de quitter les
-lieux communs, de répondre à des interrogations
-précises, d'engager d'avance leur opinion sur des
-mesures prochaines, sur des lois imminentes.
-La parole est bien moins menteuse que l'écriture;
-car alors on voit l'homme, on écoute son
-accent, on devine d'instinct s'il est hâbleur, on
-n'a pas de peine à savoir s'il est ignorant ou
-borné. Devant une pareille assemblée bien des
-candidats officiels de l'empire auraient balbutié
-ou succombé.&mdash;Mais le plus grand des avantages,
-c'est que voilà un <i>meeting</i> tout fait, une véritable
-réunion politique à l'anglaise ou à l'américaine,
-grave, modérée, ayant un but déterminé,
-peu disposé à souffrir les déclamations de carrefour,
-c'est-à-dire une école de politique sérieuse,
-de discussion libre, d'informations mutuelles et
-d'esprit public. Tout cela nous manque en France
-et cette lacune est encore plus grave que celle de
-l'instruction primaire; car, s'il est mauvais que
-dans la maison paternelle l'enfant ne sache pas
-lire, il est pire que dans la vie publique l'adulte
-ne sache pas raisonner.&mdash;Grâce au suffrage à
-deux degrés, les électeurs élus font leur apprentissage,
-et certainement il n'y en aura pas un qui
-quitte le chef-lieu sans en rapporter une provision
-plus grosse d'idées et de faits.</p>
-
-<p>Il revient donc dans sa commune, et là, dans
-les conversations, en s'expliquant sur le compte
-des candidats entre lesquels il a choisi, il communique
-aux gens quelque chose de ce qu'il
-vient d'apprendre.&mdash;Notez qu'il est tenu de s'expliquer
-et même d'agir conformément à ses explications.
-En effet, ici la corruption, telle qu'on
-l'a reprochée aux électeurs de la monarchie de
-Juillet, n'est guère à craindre. Le nôtre n'est pas
-comme eux un électeur né, un mandataire par
-droit de fortune, irresponsable; autour de lui se
-trouvent ceux qui l'ont choisi. Les villageois, les
-habitants des bourgs et des petites villes sont jaloux,
-très-éveillés sur les profits de leurs voisins;
-sans nul doute, si le vote de l'électeur élu lui attire
-quelque faveur, si le gouvernement, par
-l'entremise du député, lui donne, pour lui ou
-pour les siens, quelque place, on le saura; tout
-se sait en province; l'envie y va jusqu'à la calomnie.
-Il est donc forcé d'être intègre; sinon,
-à l'élection suivante, on ne le chargera plus
-d'aller choisir le député.&mdash;Grâce à cette âpre surveillance
-et à cette répression infaillible, il est
-probable que les électeurs élus feront honnêtement
-leur office, et qu'en outre, dans tous les
-entretiens privés, dans une quantité de conférences
-demi-publiques, ils devront donner les raisons
-de leur vote, faire la biographie du candidat,
-raconter ses réponses, rappeler ses promesses,
-résumer de leur mieux la discussion. Dès
-lors nous pouvons, sans trop de témérité, prévoir
-sur toute la surface du pays une multitude de
-conversations et presque d'enseignements politiques.
-Il peut se faire que, dans le grand ennui
-de la vie de province, les questions ainsi présentées
-attirent et occupent ce nombre infini d'esprits
-qui parcourent le cercle vide du commérage.
-On aura ainsi organisé la vie politique par la
-hiérarchie locale, légale, naturelle et spontanée
-des informations et des intelligences, et l'on aura
-les avantages des clubs sans en avoir les inconvénients.&mdash;Songeons-y
-bien: le suffrage universel
-et direct, tel que nous l'avons, est une armée
-de pionniers, dans laquelle on ne trouve
-encore que des man&oelig;uvres et des ingénieurs en
-chef. Tout le corps intermédiaire manque, conducteurs,
-piqueurs, sergents d'escouade. Le man&oelig;uvre
-est trop loin de ses chefs, il ne les connaît
-pas, il marche en aveugle, avec ses pareils,
-en troupeau, lorsqu'il est poussé. Il n'agit pas de
-c&oelig;ur et de volonté, il n'a pas de confiance. Pour
-qu'il ait confiance, laissons-lui désigner ses sous-officiers,
-son petit état-major secondaire et local.
-Ces sous-officiers sont à sa portée, il les montre
-du doigt. Une fois qu'il les aura adoptés, il les
-suivra, et la cohue, qui se précipite, se disperse
-ou s'arrête à la moindre alarme, deviendra un
-corps intelligent, qui marche en bon ordre vers
-un but qu'il se propose et qu'il atteint.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">VIII</h2>
-
-
-<p>Le mode de suffrage à deux degrés qu'on vient
-de décrire n'est pas le seul applicable; je l'ai
-suivi en détail, pour faire toucher au doigt des
-conséquences précises. Mais il en est d'autres,
-notamment celui qui ne ferait point élire à part
-les électeurs du second degré, et donnerait cet
-emploi aux membres du conseil municipal qui
-auraient réuni le plus de voix.&mdash;Sur tout cela,
-la discussion décidera; l'essentiel, c'est que l'élection
-du député se fasse à deux degrés. Ainsi se
-fera chez nous l'éducation politique de la foule
-et le contre-coup n'en sera pas mauvais sur l'Assemblée
-des représentants. Toujours, dans une
-démocratie, le suffrage à deux degrés choisit
-mieux que le suffrage direct. Là-dessus l'exemple
-des États-Unis est décisif, et M. de Tocqueville
-l'invoque à notre appui. Il oppose la Chambre
-des représentants, composée d'inconnus et d'intrigants,
-au Sénat, composé d'hommes supérieurs
-et illustres. Il remarque que cette Chambre des
-représentants est produite par l'élection directe
-et ce Sénat par l'élection à deux degrés. C'est par
-cette différence de leurs sources qu'il explique
-l'inégalité de leurs mérites. C'est parce que les
-sénateurs sont nommés par les législatures de
-chaque État, qu'ils sont des personnages éminents.
-Si l'envie démocratique et les man&oelig;uvres
-des <i>politicians</i> sont puissantes sur des assemblées
-primaires et sur des <i>conventions</i> populaires, elles
-se trouvent faibles sur une assemblée restreinte
-et occupée d'affaires; le mérite a tous ses droits
-devant elle; elle aurait honte d'écarter les talents;
-la vérité et l'équité, étouffées ailleurs, font enfin
-entendre leur voix. «Il suffit, dit encore Tocqueville,
-que la volonté populaire passe à travers
-une assemblée choisie, pour s'y élaborer en
-quelque sorte et en sortir revêtue de formes
-plus nobles et plus belles. Les hommes ainsi
-élus représentent toujours exactement la majorité
-de la nation qui gouverne; mais ils ne
-représentent que les pensées élevées qui ont
-cours au milieu d'elle, les instincts généreux
-qui l'animent, et non les petites passions, qui
-souvent l'agitent et les vices qui la déshonorent&hellip;
-Je ne ferai pas difficulté de l'avouer;
-<i>je vois dans le double degré électoral le seul
-moyen de mettre l'usage de la liberté politique
-à la portée de toutes les classes du peuple</i>. Ceux
-qui espèrent faire de ce moyen l'arme exclusive
-d'un parti, et ceux qui le craignent,
-me paraissent tomber dans une égale erreur<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>.»</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Tocqueville, <i>de la Démocratie en Amérique</i>, II, 52.</p>
-</div>
-
-<p class="date">3 décembre 1871.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2>NOTE</h2>
-
-
-<p>On n'a indiqué ici que l'idée générale de la réforme;
-c'est qu'on n'avait point la prétention de rédiger
-une loi.</p>
-
-<p>Il est un autre principe, dont on a évité de parler,
-pour ne point compliquer la question, celui qui propose
-la <i>représentation des minorités</i>. Le lecteur le
-trouvera expliqué dans un ouvrage récent, de M. Ernest
-Naville<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. Tel que M. Naville le présente, il ne
-semble pas approprié à la majorité des électeurs
-français. Mais on pourrait l'employer en partie, et
-notamment pour le choix des électeurs du second
-degré, soit que le conseil municipal les fournisse,
-soit qu'on les nomme à part.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>La Réforme électorale</i>, par Ernest Naville, correspondant
-de l'Institut.&mdash;1 vol. chez Didier.</p>
-</div>
-<p>Contre le suffrage universel à deux degrés, je n'ai
-recueilli que deux objections:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> «Les gazettes radicales diront au peuple qu'on
-lui vole son droit.»&mdash;Si elles le disent, ce sera
-faux; car la loi dont il s'agit ne confère de privilége
-à aucune classe et n'est faite que dans l'intérêt du plus
-grand nombre.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> «Les ouvriers des grandes villes seront mécontents.»&mdash;S'ils
-le sont, cela sera fâcheux, mais, à
-moins que le gouvernement ne se sente très-faible, il
-n'importe; car ils ne sont qu'une minorité, environ
-un contre neuf, et n'ont pas le droit d'imposer leurs
-préférences aux neuf autres.</p>
-
-
-<p class="c gap2 xsmall">PARIS.&mdash;IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Du suffrage universel et de la manière
-de voter, by Hippolyte Taine
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DU SUFFRAGE UNIVERSEL ***
-
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
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-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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-</pre>
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