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+The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Oeuvres de P. Corneille
+ Tome II
+
+Author: Pierre Corneille
+
+Editor: Ch. (Charles Joseph) Marty-Laveaux
+
+Release Date: November 25, 2010 [EBook #34445]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE ***
+
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+
+Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+ Notes de transcription:
+ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+ corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été
+ harmonisée.
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+ Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes, les
+ numéros omis dans l'original sont également omis dans cette
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+ ASSOCIATION
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+ des
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+ anciens élèves
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+ du Lycée
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+ LOUIS-LE-GRAND
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+ LES
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+ GRANDS ÉCRIVAINS
+
+ DE LA FRANCE
+
+ NOUVELLES ÉDITIONS
+
+ PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION
+
+ DE M. AD. REGNIER
+
+ Membre de l'Institut
+
+
+
+
+ OEUVRES
+
+ DE
+
+ P. CORNEILLE
+
+ TOME II
+
+
+ PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie
+
+ Rue de Fleurus, 9
+
+
+
+
+ OEUVRES
+
+ DE
+
+ P. CORNEILLE
+
+ NOUVELLE ÉDITION
+
+ REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS
+
+ ET LES AUTOGRAPHES
+
+ ET AUGMENTÉE
+
+ de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un lexique
+ des mots et locutions remarquables, d'un portrait, d'un fac-simile, etc.
+
+ PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX
+
+ TOME DEUXIÈME
+
+ PARIS
+
+ LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
+
+ BOULEVARD SAINT-GERMAIN
+
+ 1862
+
+
+
+
+ LA
+
+ GALERIE DU PALAIS
+
+ COMÉDIE
+
+ 1634
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Cette comédie, qui a eu plus de succès que toutes celles que Corneille
+a fait représenter avant _le Cid_[1], est curieuse à divers titres, et
+principalement pour l'histoire du théâtre.
+
+D'abord c'est dans cette pièce qu'il a substitué pour la première
+fois, comme il en fait lui-même la remarque[2], une suivante à la
+nourrice traditionnelle de la vieille comédie qu'il avait fait figurer
+dans _Mélite_ et dans _la Veuve_. A partir de ce moment, l'acteur
+Alison, dont on ignore le nom véritable, et qui remplissait sous le
+masque cet emploi de nourrice, ne joua plus jusqu'à sa retraite que
+certains rôles de vieilles femmes ridicules. En jetant les yeux sur la
+planche qui se trouve en tête de _la Veuve_, dans les éditions de 1660
+et 1664, on est frappé de l'air masculin de la nourrice, et l'on se
+demande si le dessinateur n'a pas voulu représenter le visage ou le
+masque d'Alison.
+
+Ensuite notre poëte, qui a dit spirituellement dans la préface de
+_Clitandre_, en parlant de la scène, dont il abandonne le choix au
+lecteur: «Où vous l'aurez une fois placée, elle s'y tiendra,» nous
+présente ici, au premier acte et au quatrième, un lieu non-seulement
+très-bien déterminé, mais réel, la Galerie du Palais, parfaitement
+connue de tous ses auditeurs, qui durent sans aucun doute prendre
+grand plaisir à ce spectacle, car aujourd'hui encore ce moyen de
+succès, bien qu'on en ait fort abusé, manque rarement son effet.
+
+La lingère nous fournit quelques détails sur l'histoire du costume,
+sur les variations de la mode: elle nous apprend, par exemple, combien
+les toiles de soie, dédaignées d'abord, furent ensuite recherchées,
+et nous dit pourquoi elles le furent. Les conversations du libraire et
+de ses acheteurs présentent plus d'intérêt. Il est vrai que bon nombre
+de leurs allusions littéraires sont pour nous autant d'énigmes dont il
+nous est impossible de découvrir le mot, et qui n'en avaient
+probablement pas et n'étaient destinées qu'à faire naître les
+conjectures des spectateurs désireux de paraître initiés ou de faire
+les entendus; mais nous trouvons parmi ces énigmes quelques
+renseignements clairs et précis: nous apprenons, par exemple, que la
+vogue avait passé des romans aux pièces de théâtre, et que la
+Normandie avait acquis un grand renom par ses productions poétiques.
+Cette dernière assertion, venant d'un Rouennais, pourrait paraître un
+peu suspecte; mais par bonheur, pour confirmer son témoignage, nous
+pouvons invoquer celui d'un Angevin. Dans l'avis _Au lecteur_
+d'_Hippolyte_, tragédie publiée en 1635, le sieur de la Pinelière
+prétend que beaucoup de gens expérimentés lui auraient conseillé
+peut-être de taire son pays «plutôt que de le mettre en gros
+caractères au frontispice de son ouvrage;» et il ajoute: «Pour être
+estimé autrefois poli dans la Grèce il ne falloit que se dire
+d'Athènes, pour avoir la réputation de vaillant il falloit être de
+Lacédémone, et maintenant, pour se faire croire excellent poëte, il
+faut être né dans la Normandie.» Sur quoi Fontenelle fait observer
+qu'il est assez remarquable qu'il y ait eu un temps où l'on se soit
+cru obligé de faire ses excuses au public de ne pas être Normand. Au
+reste cet engouement du poëte angevin s'explique peut-être par
+l'honneur que lui avait fait Corneille de composer une pièce de vers
+pour son _Hippolyte_: on la trouvera dans les _Poésies diverses_, où
+elle figure pour la première fois.
+
+On peut rapprocher des détails que donne Corneille sur les libraires
+et leurs boutiques certains passages des auteurs de son temps. Par
+exemple, dans l'avis du libraire au lecteur qui est en tête de
+_Philine ou l'Amour contraire_, pastorale du sieur de la Morelle,
+publiée en 1630, nous lisons ce qui suit: «S'il y falloit faire un
+argument, il faudroit une main de papier entière; joint que la
+principale raison pourquoi on n'en fait point, c'est le peu de
+curiosité que beaucoup de personnes ont d'en acheter (_des pièces de
+théâtre_), après que tout un matin ou une après-dînée ils en ont lu
+l'argument sur la boutique d'un libraire, qui leur apprend pour rien
+ce qu'ils ne sauroient que pour de l'argent. Chacun aime son profit,
+ne t'en étonne pas. Adieu.»
+
+Une vue de la Galerie du Palais, par Abraham Bosse, nous montre les
+boutiques d'un libraire, d'un mercier, et d'une lingère. Le
+dessinateur s'est complu à multiplier au devant de ces boutiques des
+inscriptions par lesquelles il appelle sur lui-même l'attention du
+lecteur et qui prouvent que les procédés actuels de la réclame ne sont
+pas nouveaux. Le mercier, par exemple, tient un carton sur lequel ou
+lit: _éventails de Bosse_, et le libraire est principalement fourni
+des livres pour lesquels ce graveur a fait des frontispices. _La
+Mariane_ de Tristan qui figure parmi ces ouvrages nous montre que
+cette planche est, au plus tôt, de 1637. On lit au bas les vers
+suivants qui expliquent et complètent certains passages de la comédie
+de Corneille:
+
+ Tout ce que l'art humain a jamais inventé
+ Pour mieux charmer les sens par la galanterie,
+ Et tout ce qu'ont d'appas la grâce et la beauté
+ Se découvre à nos yeux dans cette galerie.
+
+ Ici les cavaliers les plus aventureux
+ En lisant les romans s'animent à combattre,
+ Et de leur passion les amants langoureux
+ Flattent les mouvements par des vers de théâtre.
+
+ Ici faisant semblant d'acheter devant tous
+ Des gants, des éventails, du ruban, des dentelles,
+ Les adroits courtisans se donnent rendez-vous,
+ Et pour se faire aimer galantisent les belles.
+
+ Ici quelque lingère, à faute de succès
+ A vendre abondamment, de colère se pique
+ Contre les chicaneurs, qui, parlant de procès,
+ Empêchent les chalands d'aborder sa boutique.
+
+Dans ses _Épîtres_, publiées en 1637, Boisrobert nous montre les
+libraires du Palais annonçant à haute voix leurs nouveautés:
+
+ Ce qui surtout blesse ma modestie,
+ Et qui ne peut souffrir de repartie,
+ C'est que mon nom retentira partout
+ Dans le Palais de l'un à l'autre bout.
+ Si je vais là parfois pour mes affaires,
+ Que deviendrai-je oyant trente libraires
+ Me clabauder et crier de concert:
+ «Deçà, messieurs, achetez Boisrobert[3]?»
+
+Dans une _Réponse_ à une autre épître, Conrart complète ainsi ce
+tableau[4]:
+
+ Fais venir dans ton cabinet
+ Courbé, Sommaville et Quinet[5],
+ Et sans barguigner leur délivre
+ Tes lettres pour en faire un livre,
+ Qu'ils clabauderont au Palais
+ Tous les jours au sortir des plaids.
+
+En 1652, Berthod, dans sa _Ville de Paris en vers burlesques_, publiée
+chez J. B. Loyson, donne une description de la Galerie du Palais trop
+étendue pour que nous la reproduisions ici en entier, mais dont nous
+croyons devoir extraire les passages suivants:
+
+ .... Les courretieres d'amours
+ Font mille tours de passe-passe.
+ Le mal s'y fait de bonne grâce:
+ Les plus sages y sont trompés.
+ J'en sais qui furent attrapés
+ Allant un jour, par raillerie,
+ Faire un tour de la Galerie
+ Du Palais, où l'on fait ces coups.
+ «Çà, Monseu, qu'achèterez-vous?
+ Dit une belle librairesse.
+ . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . .
+ «Voulez-vous voir la Galatée[6],
+ La Niobé[7], la Pasithée[8],
+ _La Mort de César_[9], _Jodelet_[10],
+ Le _Cinna, le Maître valet_[11],
+ Tout le recueil des comédies?
+ Voici de belles tragédies
+ Qu'on a faites depuis deux jours.
+ . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . .
+ J'ai tout Rablais[12] et l'Agrippa,
+ Il n'y manque pas un iota....
+ C'est pour porter à la pochette,
+ Mais je vous le vends en cachette.»
+ . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . .
+ «Approchez-vous ici, Madame!
+ Là, voyez donc, venez, venez,
+ Voici ce qu'il vous faut, tenez!»
+ Dit un autre marchand, qui crie
+ Du milieu de la galerie:
+ «J'ai de beaux masques, de beaux glands,
+ De beaux mouchoirs, de beaux galands[13]:
+ Venez ici, Mademoiselle,
+ J'ai de bellissime dentelle,
+ Des points coupés[14] qui sont fort beaux,
+ De beaux étuis, de beaux ciseaux,
+ De la neige[15] des plus nouvelles;
+ J'ai des cravates des plus belles,
+ Un manchon, un bel éventail,
+ Des pendants d'oreilles d'émail,
+ Une coëffe de crapaudaille[16],
+ J'ai de beaux ouvrages de paille.»
+ . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . .
+ Mais écoutons cette marchande:
+ «Monseu, j'ai de belle Hollande[17],
+ Des manchettes, de beaux rabats,
+ De beaux collets, de fort beaux bas.
+ Achetez-vous quelque chemise?
+ Voici de belle marchandise!
+ Venez, Monseu, venez à moi,
+ Vous aurez bon marché, ma foi!»
+
+En 1663, Montfleury choisit la Galerie du Palais pour y placer son
+_Impromptu de l'Hôtel de Condé_[18]. Au commencement de la pièce, de
+Villiers et Beauchâteau rencontrent un de leurs amis, qui les arrête
+en leur disant:
+
+ Qui vous mène au Palais?
+
+ BEAUCHATEAU.
+
+ Le seul dessein d'y faire
+ Emplette de ruban qui nous est nécessaire.
+
+ LÉANDRE.
+
+ Et vous en faut-il tant?
+
+ DE VILLIERS.
+
+ Comment s'il nous en faut?
+ Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut
+ Fait jouer sa réponse[19], et j'ai l'honneur d'y faire
+ Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire.
+ Jugez après cela s'il nous faut des rubans.
+
+Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des auteurs du temps
+fort analogue à celle de _la Galerie du Palais_. Elle se passe entre
+Alis, marchande de livres, et un marquis, que nous n'aurions nulle
+envie de quereller sur ses goûts, si au ridicule qu'on lui prête de
+préférer Molière à Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer,
+il ne joignait le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi
+Corneille au nombre de ceux qu'il dédaigne.
+
+En 1682 les comédiens italiens donnèrent _Arlequin, lingère du
+Palais_, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance avec
+celle de la dispute de la Lingère et du Mercier[20]. Ici c'est avec un
+limonadier que la lingère a maille à partir. Arlequin joue à lui seul
+les deux rôles, et vêtu tout à la fois en homme et en femme, il se
+retourne avec une grande agilité pour représenter alternativement
+chacun des deux personnages. Ce n'est pas le seul souvenir de
+Corneille que renferme cette pièce; on y trouve une parodie de la
+scène du _Cid_ où Rodrigue se présente chez Chimène[21]. Une note nous
+apprend que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le ton et
+la démarche de la Champmeslé.
+
+_La Galerie du Palais_, représentée en 1634, ne fut imprimée qu'en
+1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme iour de
+Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin Courbé,
+qui y associa François Targa. «Nostre bien amé Augustin Courbé,
+Libraire à Paris, nous a fait remonstrer, dit ce privilége, qu'il a
+recouuré un manuscrit contenant trois Comedies, sçavoir: _la Galerie
+du Palais, ou l'Amie Riualle_, _la Place Royalle, ou l'Amoureux
+Extrauagant_, et _la Suiuante_; et une Tragi-Comedie, intitulée _le
+Cid_, composées par Monsieur Corneille.» La première de ces pièces
+forme un volume in-4º, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre
+exact est: LA GALERIE DV PALAIS OV L'AMIE RIVALLE, COMEDIE. _A Paris,
+chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur frere du
+Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme_, M.DC.XXXVII. _Auec
+priuilege du Roy._
+
+L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a supprimé le
+sous-titre de cet ouvrage.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1] Voyez plus bas, p. 10.
+
+ [2] Voyez plus bas, p. 14.
+
+ [3] _Épître en forme de préface_, p. 4.
+
+ [4] Page 197.
+
+ [5] Ce sont les noms de trois libraires du Palais.
+
+ [6] Nous ne connaissons sous ce titre que _la Galatée divinement
+ délivrée_, pastourelle en cinq actes, de Jacques de Fonteny, qui
+ se trouve dans un volume intitulé _les Ressentiments de Jacques
+ de Fonteny pour sa Céleste_, 1587; mais il est peu probable que
+ Berthod ait en vue un ouvrage aussi ancien.
+
+ [7] Tragédie, par Frénicle, 1632.
+
+ [8] Tragi-comédie, par Pierre de Troterel, sr d'Aves, 1624.
+
+ [9] Tragédie par Scudéry, 1636.
+
+ [10] _Jodelet, astrologue_, comédie, par Antoine le Métel, sieur
+ d'Ouville, 1646.
+
+ [11] _Jodelet ou le maître valet_, comédie, par Scarron, 1645.
+
+ [12] Les inscriptions qui, dans la planche de Bosse, surmontent
+ la boutique du libraire, portent entre autres titres ceux de
+ quelques ouvrages fort libres, qui pouvaient bien se vendre au
+ Palais, mais à coup sûr ne s'y affichaient pas.
+
+ [13] Noeuds de rubans.
+
+ [14] On lit dans le _Dictionnaire universel_ de Furetière de
+ 1690: «_Point coupé_ étoit autrefois une dentelle à jour qu'on
+ faisoit en collant du filet sur du quintin, et puis en perçant et
+ emportant la toile qui étoit entre deux.» Il n'est peut-être pas
+ inutile d'ajouter que le même lexicographe définit ainsi le
+ _quintin_: «Toile fort fine et fort claire, dont on fait des
+ collets et des manchettes.»
+
+ [15] «Sorte de dentelle dont on portoit il y a neuf ou dix ans.»
+ (_Dictionnaire de Richelet_, 1680.)
+
+ [16] Crépon, laine légère.
+
+ [17] Toile de Hollande.
+
+ [18] _L'Impromptu de l'Hôtel de Condé_ est une réponse
+ d'Antoine-Jacob Montfleury à _l'Impromptu de Versailles_, où son
+ père et les principaux comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avaient
+ été parodiés par Molière.
+
+ [19] _Le Portrait du peintre ou la critique de l'École des
+ Femmes._
+
+ [20] Voyez la scène XII du IVe acte de _la Galerie du Palais_.
+
+ [21] Acte III, scène IV.
+
+
+A MADAME DE LIANCOUR[22].
+
+ MADAME,
+
+Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais présent; non pas que
+j'aye si mauvaise opinion de cette pièce, que je veuille condamner les
+applaudissements qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais
+qu'un ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté. Aussi
+vous supplierai-je très-humblement de ne prendre pas tant garde à la
+qualité de la chose, qu'au pouvoir de celui dont elle part: c'est tout
+ce que vous peut offrir un homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas
+fait naître assez considérable pour être utile à votre service, je me
+tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer en quelque
+façon à vos divertissements. De six comédies qui me sont
+échappées[23], si celle-ci n'est la meilleure, c'est la plus heureuse,
+et toutefois la plus malheureuse en ce point, que n'ayant pas eu
+l'honneur d'être vue de vous, il lui manque votre approbation, sans
+laquelle sa gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les
+acclamations publiques. Elle vous la vient demander, Madame, avec
+cette protection qu'autrefois _Mélite_ a trouvée si favorable.
+J'espère que votre bonté ne lui refusera pas l'une et l'autre, ou que
+si vous désapprouvez sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et
+me permettrez de me dire toute ma vie,
+
+ MADAME,
+
+ Votre très-humble, très-obéissant,
+ et très-obligé serviteur,
+
+ CORNEILLE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [22] Voyez, dans le tome I, la note de la p. 134. Cette épître
+ dédicatoire se trouve dans les éditions de 1637-1657.
+
+ [23] _Mélite, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la
+ Place Royale_ et _l'Illusion comique_. En 1637, au moment où
+ Corneille écrivait cette dédicace, il avait en outre fait
+ _Clitandre_ et _le Cid_, mais c'étaient des _tragi-comédies_.
+
+
+EXAMEN.
+
+Ce titre[24] seroit tout à fait irrégulier, puisqu'il n'est, fondé que
+sur le spectacle du premier acte, où commence l'amour de Dorimant pour
+Hippolyte, s'il n'étoit autorisé par l'exemple des anciens, qui
+étoient sans doute encore bien plus licencieux, quand ils ne donnoient
+à leurs tragédies que le nom des choeurs, qui n'étoient que témoins de
+l'action, comme _les Trachiniennes_[25] et _les Phéniciennes_[26].
+L'_Ajax_[27] même de Sophocle ne porte pas pour titre _la Mort
+d'Ajax_, qui est sa principale action, mais _Ajax porte-fouet_, qui
+n'est que l'action du premier acte[28]. Je ne parle point des _Nues_,
+des _Guêpes_ et des _Grenouilles_ d'Aristophane; ceci doit suffire
+pour montrer que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachoient
+point à la principale action pour en faire porter le nom à leurs
+ouvrages, et qu'ils ne gardoient aucune règle sur cet article. J'ai
+donc pris ce titre de _la Galerie du Palais_, parce que la promesse de
+ce spectacle extraordinaire, et agréable pour sa naïveté, devoit
+exciter vraisemblablement la curiosité des auditeurs; et ç'a été pour
+leur plaire plus d'une fois, que j'ai fait paroître ce même spectacle
+à la fin du quatrième acte, où il est entièrement inutile, et n'est
+renoué avec celui du premier que par des valets[29] qui viennent
+prendre dans les boutiques ce que leurs maîtres y avoient acheté, ou
+voir si les marchands ont reçu les nippes qu'ils attendoient. Cette
+espèce de renouement lui étoit nécessaire, afin qu'il eût quelque
+liaison qui lui fît trouver sa place, et qu'il ne fût pas tout à fait
+hors d'oeuvre. La rencontre que j'y fais faire d'Aronte[30] et de
+Florice est ce qui le fixe particulièrement en ce lieu-là; et sans cet
+incident, il eût été aussi propre à la fin du second et du
+troisième[31], qu'en la place qu'il occupe. Sans cet agrément, la
+pièce auroit été très-régulière pour l'unité du lieu[32] et la liaison
+des scènes, qui n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte
+sont deux voisines dont les demeures ne sont séparées que par le
+travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition trop élevée pour
+souffrir que leurs amants les entretiennent à leur porte. Il est vrai
+que ce qu'elles y disent seroit mieux dit dans une chambre ou dans une
+salle, et même ce n'est[33] que pour se faire voir aux spectateurs
+qu'elles quittent cette porte où elles devroient être retranchées, et
+viennent parler au milieu de la scène; mais c'est un accommodement de
+théâtre qu'il faut souffrir pour trouver cette rigoureuse unité de
+lieu qu'exigent les grands réguliers. Il sort un peu de l'exacte
+vraisemblance et de la bienséance même; mais il est presque impossible
+d'en user autrement; et les[34] spectateurs y sont si accoutumés,
+qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens, sur les exemples
+desquels on a formé les règles, se donnoient cette liberté. Ils
+choisissoient pour le lieu de leurs comédies, et même de leurs
+tragédies, une place publique; mais je m'assure qu'à les bien
+examiner, il y a plus de la moitié de ce qu'ils font dire qui seroit
+mieux dit dans la maison qu'en cette place. Je n'en produirai qu'un
+exemple, sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres.
+
+_L'Andrienne_ de Térence commence par le vieillard Simon, qui revient
+du marché avec des valets chargés de ce qu'il vient d'acheter pour les
+noces de son fils; il leur commande d'entrer dans sa maison avec leur
+charge, et retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces ne
+sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en dira son fils,
+qu'il croit engagé dans une autre affection, dont il lui conte
+l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me dénie qu'il seroit mieux dans
+sa salle à lui faire confidence de ce secret que dans une rue. Dans la
+seconde scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune
+fourbe pour troubler ces noces: il le menaceroit plus à propos dans sa
+maison qu'en public; et la seule raison qui le fait parler devant son
+logis, c'est afin que ce Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir
+de chez Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'oeil entre ces deux
+scènes; ce qui ne regarde pas l'action présente de cette première, qui
+se passeroit mieux dans la maison, mais une action future qu'ils ne
+prévoient point, et qui est plutôt du dessein du poëte, qui force un
+peu la vraisemblance pour observer les règles de son art, que du choix
+des acteurs qui ont à parler, qui ne seroient pas où les met le poëte,
+s'il n'étoit question que de dire ce qu'il leur fait dire. Je laisse
+aux curieux à examiner le reste de cette comédie de Térence; et je
+veux croire qu'à moins que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un
+sentiment contraire, ils demeureront d'accord de ce que je dis.
+
+Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même ordre que la
+précédente, c'est-à-dire dans cinq jours consécutifs. Le style en est
+plus fort et plus dégagé des pointes dont j'ai parlé[35], qui s'y
+trouveront assez rares. Le personnage de nourrice, qui est de la
+vieille comédie, et que le manque d'actrices sur nos théâtres y avoit
+conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter sous le
+masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu'une femme
+représente sur son visage. Le caractère des deux amantes a quelque
+chose de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses d'hommes
+qui ne le sont point d'elles, et Célidée particulièrement s'emporte
+jusqu'à s'offrir elle-même. On la pourroit excuser sur le violent
+dépit qu'elle a de s'être vue méprisée par son amant, qui en sa
+présence même a conté des fleurettes à une autre; et j'aurois de plus
+à dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages si
+parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et aux foiblesses
+qu'impriment les passions; mais je veux bien avouer que cela va trop
+avant, et passe trop la bienséance et la modestie du sexe, bien
+qu'absolument il ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième
+acte est moins traînant que celui des précédentes, et conclut deux
+mariages sans laisser aucun mécontent; ce qui n'arrive pas dans
+celles-là.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [24] Il faut se rappeler qu'on lit en tête des examens du premier
+ volume de l'édition de 1682: _Examen des poëmes contenus en cette
+ première partie_, et en tête de chacun le titre de la pièce
+ seulement; ici par exemple: _La Galerie du Palais_. Voyez tome I,
+ p. 137, note 1.
+
+ [25] Ce titre, choisi par Sophocle, fait seulement connaître que
+ la scène est à Trachine, au pied du mont Oeta, mais il n'indique
+ en aucune manière que la pièce a pour sujet la mort d'Hercule.
+
+ [26] Ces Phéniciennes sont des jeunes filles venues de Tyr à
+ Thèbes. Au moment où elles vont pour se rendre de cette dernière
+ ville à Delphes afin d'y être consacrées au culte d'Apollon,
+ elles sont retenues par l'arrivée de l'armée que Polynice fait
+ avancer contre Étéocle, et assistent ainsi malgré elles à la
+ lutte des deux frères.
+
+ [27] VAR. (édit. de 1660): Ajax (_au lieu de_ l'Ajax).
+
+ [28] Nous savons par l'argument grec de cette tragédie que
+ d'abord elle était simplement intitulée _Ajax_ et que Dicéarque
+ l'appelait _la Mort d'Ajax_. L'époque où l'on a jugé à propos
+ d'ajouter au nom d'Ajax l'épithète de _porte-fouet_, sans doute
+ pour distinguer cette pièce d'un autre _Ajax_, dit _le Locrien_,
+ du même poëte, est tout à fait incertaine; cette désignation est
+ tirée de la scène où Ajax, transporté de fureur, frappe de vils
+ animaux en croyant se venger d'Ulysse.
+
+ [29] VAR. (édit. de 1660): et n'est que renoué avec celui du
+ premier par des valets.
+
+ [30] VAR. (édit. de 1660): La rencontre que j'y fais d'Aronte.
+
+ [31] VAR. (édit. de 1660-1668): ou du troisième.
+
+ [32] VAR. (édit. de 1660-1668): de lieu.
+
+ [33] VAR. (édit. de 1660 et 1663): ou dans une salle. Ce
+ n'est....
+
+ [34] VAR. (édit. de 1660): _ces_, qui est très-vraisemblablement
+ une faute d'impression.
+
+ [35] Dans les Examens de _Clitandre_ et de _la Veuve_, tome I, p.
+ 270 et 397.
+
+
+
+
+ACTEURS.
+
+
+ PLEIRANTE, père de Célidée.
+ LYSANDRE, amant de Célidée.
+ DORIMANT, amoureux d'Hippolyte.
+ CHRYSANTE, mère d'Hippolyte.
+ CÉLIDÉE, fille de Pleirante[36].
+ HIPPOLYTE, fille de Chrysante[37].
+ ARONTE, écuyer de Lysandre.
+ CLÉANTE, écuyer de Dorimant.
+ FLORICE, suivante d'Hippolyte.
+ Le LIBRAIRE du Palais.
+ Le MERCIER du Palais.
+ La LINGÈRE du Palais.
+
+La scène est à Paris.
+
+
+
+
+LA
+
+GALERIE DU PALAIS.
+
+COMÉDIE.
+
+
+
+
+ACTE I.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ARONTE, FLORICE.
+
+ ARONTE.
+
+ Enfin je ne le puis: que veux-tu que j'y fasse[38]?
+ Pour tout autre sujet mon maître n'est que glace;
+ Elle est trop dans son coeur; on ne l'en peut chasser,
+ Et c'est folie à nous que de plus y penser.
+ J'ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte, 5
+ Parler de ses attraits, élever son mérite,
+ Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien;
+ Je n'avance non plus qu'à ne lui dire rien[39]:
+ L'amour, dont malgré moi son âme est possédée,
+ Fait qu'il en voit autant, ou plus, en Célidée. 10
+
+ FLORICE.
+
+ Ne quittons pas pourtant: à la longue on fait tout.
+ La gloire suit la peine: espérons jusqu'au bout.
+ Je veux que Célidée ait charmé son courage,
+ L'amour le plus parfait n'est pas un mariage;
+ Fort souvent moins que rien cause un grand changement,
+ Et les occasions naissent en un moment.
+
+ ARONTE.
+
+ Je les prendrai toujours quand je les verrai naître.
+
+ FLORICE.
+
+ Hippolyte, en ce cas, saura le reconnoître[40].
+
+ ARONTE.
+
+ Tout ce que j'en prétends, c'est un entier secret[41].
+ Adieu: je vais trouver Célidée à regret. 20
+
+ FLORICE.
+
+ De la part de ton maître?
+
+ ARONTE.
+
+ Oui.
+
+ FLORICE.
+
+ Si j'ai bonne vue,
+ La voilà que son père amène vers la rue.
+ Tirons-nous à quartier; nous jouerons mieux nos jeux[42],
+ S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux.
+
+
+SCÈNE II.
+
+PLEIRANTE, CÉLIDÉE.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Ne pense plus, ma fille, à me cacher ta flamme; 25
+ N'en conçois point de honte, et n'en crains point de blâme:
+ Le sujet qui l'allume a des perfections
+ Dignes de posséder tes inclinations;
+ Et pour mieux te montrer le fond de mon courage,
+ J'aime autant son esprit que tu fais son visage. 30
+ Confesse donc, ma fille, et crois qu'un si beau feu
+ Veut être mieux traité que par un désaveu.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Monsieur, il est tout vrai, son ardeur légitime
+ A tant gagné sur moi que j'en fais de l'estime:
+ J'honore son mérite, et n'ai pu m'empêcher 35
+ De prendre du plaisir à m'en voir rechercher;
+ J'aime son entretien, je chéris sa présence;
+ Mais cela n'est enfin qu'un peu de complaisance[43],
+ Qu'un mouvement léger qui passe en moins d'un jour.
+ Vos seuls commandements produiront mon amour, 40
+ Et votre volonté, de la mienne suivie....
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Favorisant ses voeux, seconde ton envie.
+ Aime, aime ton Lysandre; et puisque je consens
+ Et que je t'autorise à ces feux innocents,
+ Donne-lui hardiment une entière assurance 45
+ Qu'un mariage heureux suivra son espérance:
+ Engage-lui ta foi. Mais j'aperçois venir
+ Quelqu'un qui de sa part te vient entretenir.
+ Ma fille, adieu: les yeux d'un homme de mon âge
+ Peut-être empêcheroient la moitié du message. 50
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il ne vient rien de lui qu'il faille vous celer.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Mais tu seras sans moi plus libre à lui parler;
+ Et ta civilité, sans doute un peu forcée,
+ Me fait un compliment qui trahit ta pensée.
+
+
+SCÈNE III.
+
+CÉLIDÉE, ARONTE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Que fait ton maître, Aronte?
+
+ ARONTE.
+
+ Il m'envoie aujourd'hui 55
+ Voir ce que sa maîtresse a résolu de lui,
+ Et comment vous voulez qu'il passe la journée.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je serai chez Daphnis toute l'après-dînée,
+ Et s'il m'aime, je crois que nous l'y pourrons voir.
+ Autrement....
+
+ ARONTE.
+
+ Ne pensez qu'à l'y bien recevoir. 60
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ S'il y manque, il verra sa paresse punie.
+ Nous y devons dîner fort bonne compagnie:
+ J'y mène, du quartier, Hippolyte et Cloris.
+
+ ARONTE.
+
+ Après elles et vous il n'est rien dans Paris[44],
+ Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme, 65
+ Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je ne suis pas d'humeur bien propre à t'écouter,
+ Et ne prends pas plaisir à m'entendre flatter[45].
+ Sans que ton bel esprit tâche plus d'y paroître,
+ Mêle-toi de porter ma réponse à ton maître[46]. 70
+
+ ARONTE, seul.
+
+ Quelle superbe humeur! quel arrogant maintien!
+ Si mon maître me croit, vous ne tenez plus rien;
+ Il changera d'objet, ou j'y perdrai ma peine:
+ Aussi bien son amour ne vous rend que trop vaine[47].
+
+
+SCÈNE IV.
+
+LA LINGÈRE, LE LIBRAIRE[48].
+
+(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le
+Mercier, chacun dans sa boutique[49].)
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Vous avez fort la presse à ce livre nouveau; 75
+ C'est pour vous faire riche.
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ On le trouve si beau[50],
+ Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie.
+ Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie[51]!
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu,
+ A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu; 80
+ Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande:
+ Elle sied mieux aussi que celle de Hollande,
+ Découvre moins le fard dont un visage est peint,
+ Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint[52].
+ Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique, 85
+ Pour être trop étroite, empêche ma pratique;
+ A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois:
+ Je veux changer de place avant qu'il soit un mois;
+ J'aime mieux en payer le double et davantage,
+ Et voir ma marchandise en un bel-étalage[53]. 90
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends....
+ Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps?
+
+
+SCÈNE V.
+
+DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Montrez-m'en quelques-uns.
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Voici ceux de la mode.
+
+ DORIMANT.
+
+ Otez-moi cet auteur, son nom seul m'incommode;
+ C'est un impertinent, ou je n'y connois rien. 95
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Ses oeuvres toutefois se vendent assez bien.
+
+ DORIMANT.
+
+ Quantité d'ignorants ne songent qu'à la rime.
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Monsieur, en voici deux dont on fait grande estime:
+ Considérez ce trait, on le trouve divin.
+
+ DORIMANT.
+
+ Il n'est que mal traduit du cavalier Marin[54]; 100
+ Sa veine, au demeurant, me semble assez hardie.
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Ce fut son coup d'essai que cette comédie.
+
+ DORIMANT.
+
+ Cela n'est pas tant mal pour un commencement;
+ La plupart de ses vers coulent fort doucement:
+ Qu'il a de mignardise à décrire un visage! 105
+
+
+SCÈNE VI.
+
+HIPPOLYTE, FLORICE, DORIMANT, CLÉANTE, LE LIBRAIRE, LA LINGÈRE.
+
+ HIPPOLYTE[55].
+
+ Madame, montrez-nous quelques collets d'ouvrage[56].
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Je vous en vais montrer de toutes les façons.
+
+ DORIMANT, au Libraire[57].
+
+ Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons[58].
+
+ LA LINGÈRE, à Hippolyte[59].
+
+ Voilà du point d'esprit[60], de Gênes, et d'Espagne.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne. 110
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris[61]....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix.
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Quand vous aurez choisi.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que t'en semble, Florice?
+
+ FLORICE.
+
+ Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service;
+ En moins de trois savons on ne les connoît plus. 115
+
+ HIPPOLYTE[62].
+
+ Celui-ci, qu'en dis-tu[63]?
+
+ FLORICE.
+
+ L'ouvrage en est confus,
+ Bien que l'invention de près soit assez belle.
+ Voici bien votre fait, n'étoit que la dentelle[64]
+ Est fort mal assortie avec le passement;
+ Cet autre n'a de beau que le couronnement. 120
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Si vous pouviez avoir deux jours de patience[65],
+ Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence.
+
+ (Dorimant parle au Libraire à l'oreille[66].)
+
+ FLORICE.
+
+ Il vaudroit mieux attendre.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Eh bien! nous attendrons;
+ Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons.
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Mercredi j'en attends de certaines nouvelles. 125
+ Cependant vous faut-il quelques autres dentelles?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ J'en ai ce qu'il m'en faut pour ma provision.
+
+ LE LIBRAIRE, à Dorimant[67].
+
+ J'en vais subtilement prendre l'occasion.
+ La connois-tu, voisine?
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Oui, quelque peu de vue:
+ Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue. 130
+
+(Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre, et lui parle à
+l'oreille[68].)
+
+ Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas
+ Que dans tous vos auteurs?
+
+ CLÉANTE[69].
+
+ Je n'y manquerai pas.
+
+ DORIMANT[70].
+
+ Si tu ne me vois là, je serai dans la salle[71].
+
+(Il prend un livre sur la boutique du Libraire[72].)
+
+ Je connois celui-ci; sa veine est fort égale;
+ Il ne fait point de vers qu'on ne trouve charmants. 135
+ Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans;
+ J'ai vu que notre peuple en étoit idolâtre.
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ La mode est à présent des pièces de théâtre.
+
+ DORIMANT.
+
+ De vrai, chacun s'en pique; et tel y met la main,
+ Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain. 140
+
+
+SCÈNE VII.
+
+LYSANDRE, DORIMANT, LE LIBRAIRE, LE MERCIER.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je te prends sur le livre.
+
+ DORIMANT.
+
+ Eh bien! qu'en veux-tu dire?
+ Tant d'excellents esprits, qui se mêlent d'écrire,
+ Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Y trouves-tu toujours une heure de plaisir?
+ Beaucoup font bien des vers, et peu la comédie[73]. 145
+
+ DORIMANT.
+
+ Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie[74]?
+
+ LYSANDRE.
+
+ Sans rien spécifier, peu méritent de voir[75];
+ Souvent leur entreprise excède leur pouvoir[76],
+ Et tel parle d'amour sans aucune pratique.
+
+ DORIMANT.
+
+ On n'y sait guère alors que la vieille rubrique: 150
+ Faute de le connoître, on l'habille en fureur;
+ Et loin d'en faire envie, on nous en fait horreur.
+ Lui seul de ses effets a droit de nous instruire;
+ Notre plume à lui seul doit se laisser conduire:
+ Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait; 155
+ Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses
+ Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.
+ Tant de sorte[77] d'appas, de doux saisissements,
+ D'agréables langueurs et de ravissements, 160
+ Jusques où d'un bel oeil peut s'étendre l'empire,
+ Et mille autres secrets que l'on ne sauroit dire
+ (Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit),
+ Ne se surent jamais par un effort d'esprit;
+ Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites 165
+ Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes.
+ C'est tout un autre jeu. Le style d'un sonnet
+ Est fort extravagant dedans un cabinet;
+ Il y faut bien louer la beauté qu'on adore,
+ Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore, 170
+ Sans que l'éclat des lis, des roses, d'un beau jour,
+ Ait rien à démêler avecque notre amour.
+ O pauvre comédie, objet de tant de veines,
+ Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines,
+ On te tire souvent sur un original 175
+ A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal!
+
+ DORIMANT.
+
+ Laissons la muse en paix, de grâce, à la pareille[78].
+ Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille
+ Si, comme avec bon droit on perd bien un procès,
+ Souvent un bon ouvrage a de foibles succès. 180
+ Le jugement de l'homme ou plutôt son caprice
+ Pour quantité d'esprits n'a que de l'injustice.
+ J'en admire beaucoup dont on fait peu d'état;
+ Leurs fautes, tout au pis, ne sont pas coups d'État:
+ La plus grande est toujours de peu de conséquence. 185
+
+ LE LIBRAIRE.
+
+ Vous plairoit-il de voir des pièces d'éloquence[79]?
+
+LYSANDRE, ayant regardé le titre d'un livre que le Libraire lui
+présente[80].
+
+ J'en lus hier la moitié; mais son vol est si haut,
+ Que presque à tous moments je me trouve en défaut.
+
+ DORIMANT.
+
+ Voici quelques auteurs dont j'aime l'industrie.
+ Mettez ces trois à part, mon maître, je vous prie; 190
+ Tantôt un de mes gens vous les[81] viendra payer.
+
+ LYSANDRE, se retirant d'auprès les boutiques[82].
+
+ Le reste du matin, où veux-tu l'employer?
+
+ LE MERCIER.
+
+ Voyez deçà, messieurs; vous plaît-il rien du nôtre?
+ Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre,
+ Des gants, des baudriers, des rubans, des castors. 195
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+DORIMANT, LYSANDRE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Je ne saurois encor te suivre, si tu sors:
+ Faisons un tour de salle, attendant mon Cléante.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Qui te retient ici?
+
+ DORIMANT.
+
+ L'histoire en est plaisante:
+ Tantôt, comme j'étois sur le livre occupé[83],
+ Tout proche on est venu choisir du point coupé[84]. 200
+
+ LYSANDRE.
+
+ Qui?
+
+ DORIMANT.
+
+ C'est la question; mais il faut s'en remettre[85]
+ A ce qu'à mes regards sa coiffe a pu permettre[86].
+ Je n'ai rien vu d'égal: mon Cléante la suit,
+ Et ne reviendra point qu'il n'en soit bien instruit[87],
+ Qu'il n'en sache le nom, le rang et la demeure. 205
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ami, le coeur t'en dit.
+
+ DORIMANT.
+
+ Nullement, ou je meure;
+ Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté,
+ J'ai voulu contenter ma curiosité.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ta curiosité deviendra bientôt flamme:
+ C'est par là que l'amour se glisse dans une âme. 210
+ A la première vue, un objet qui nous plaît[88]
+ N'inspire qu'un desir de savoir quel il est[89];
+ On en veut aussitôt apprendre davantage[90],
+ Voir si son entretien répond à son visage,
+ S'il est civil ou rude, importun ou charmeur, 215
+ Éprouver son esprit, connoître son humeur:
+ De là cet examen se tourne en complaisance;
+ On cherche si souvent le bien de sa présence,
+ Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir
+ Quelque regret commence à se faire sentir: 220
+ On revient tout rêveur; et notre âme blessée,
+ Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée.
+ Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos
+ On sent je ne sais quoi qui trouble le repos[91];
+ Un sommeil inquiet, sur de confus nuages 225
+ Élève incessamment de flatteuses images,
+ Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits
+ Que le réveil admire et ne dédit jamais:
+ Tout le coeur court en hâte après de si doux guides;
+ Et le moindre larcin que font ses voeux timides 230
+ Arrête le larron et le met dans les fers.
+
+ DORIMANT.
+
+ Ainsi tu fus épris de celle que tu sers?
+
+ LYSANDRE.
+
+ C'est un autre discours; à présent je ne touche
+ Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche,
+ Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement[92], 235
+ Et contre ses froideurs combattre finement.
+ Des naturels plus doux....
+
+
+SCÈNE IX.
+
+DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Eh bien! elle s'appelle?
+
+ CLÉANTE.
+
+ Ne m'informez de rien[93] qui touche cette belle.
+ Trois filous rencontrés vers le milieu du pont[94]
+ Chacun l'épée au poing, m'ont voulu faire affront, 240
+ Et sans quelques amis qui m'ont tiré de peine,
+ Contre eux ma résistance eût peut-être été vaine.
+ Ils ont tourné le dos, me voyant secouru;
+ Mais ce que je suivois tandis est disparu.
+
+ DORIMANT.
+
+ Les traîtres! trois contre un! t'attaquer! te surprendre!
+ Quels insolents vers moi s'osent ainsi méprendre[95]?
+
+ CLÉANTE.
+
+ Je ne connois qu'un d'eux, et c'est là le retour
+ De quelques tours de main qu'il reçut l'autre jour[96],
+ Lorsque, m'ayant tenu quelques propos d'ivrogne,
+ Nous eûmes prise ensemble à l'hôtel de Bourgogne[97]. 250
+
+ DORIMANT.
+
+ Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois
+ Assemble sur lui seul le châtiment des trois;
+ Et que sous l'étrivière il puisse tôt connoître[98],
+ Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître!
+
+ LYSANDRE.
+
+ J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux; 255
+ Mais voudrois-tu parler franchement entre nous?
+
+ DORIMANT.
+
+ Quoi! tu doutes encor de ma juste colère?
+
+ LYSANDRE.
+
+ En ce qui le regarde, elle n'est que légère:
+ En vain pour son sujet tu fais l'intéressé,
+ Il a paré des coups dont ton coeur est blessé. 260
+ Cet accident fâcheux te vole une maîtresse:
+ Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse.
+
+ DORIMANT.
+
+ Pourquoi te confesser ce que tu vois assez?
+ Au point de se former, mes desseins renversés,
+ Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes, 265
+ Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant
+ Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant;
+ Il s'égare et se perd dans cette incertitude;
+ Et renaissant toujours de ton inquiétude, 270
+ Il te montre un objet d'autant plus souhaité,
+ Que plus sa connoissance a de difficulté.
+ C'est par là que ton feu davantage s'allume:
+ Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume[99];
+ Notre ardeur curieuse en augmente le prix. 275
+
+ DORIMANT.
+
+ Que tu sais, cher ami, lire dans les esprits!
+ Et que pour bien juger d'une secrète flamme,
+ Tu pénètres avant dans les ressorts d'une âme!
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ce n'est pas encor tout, je veux te secourir[100].
+
+ DORIMANT.
+
+ Oh! que je ne suis pas en état de guérir! 280
+ L'amour use sur moi de trop de tyrannie.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Souffre que je te mène en une compagnie
+ Où l'objet de mes voeux m'a donné rendez-vous;
+ Les divertissements t'y sembleront si doux,
+ Ton âme en un moment en sera si charmée, 285
+ Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée,
+ On gagnera sur toi fort aisément ce point
+ D'oublier un objet que tu ne connois point[101].
+ Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine
+ Que ma maîtresse y mène; elle est et belle et fine, 290
+ Et sait si dextrement ménager ses attraits,
+ Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits.
+
+ DORIMANT.
+
+ Au hasard, fais de moi tout ce que bon te semble.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble.
+
+
+SCÈNE X.
+
+HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Tu me railles toujours.
+
+ FLORICE.
+
+ S'il ne vous veut du bien, 295
+ Dites assurément que je n'y connois rien.
+ Je le considérois tantôt chez ce libraire;
+ Ses regards de sur vous ne pouvoient se distraire,
+ Et son maintien étoit dans une émotion
+ Qui m'instruisoit assez de son affection. 300
+ Il vouloit vous parler, et n'osoit l'entreprendre.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Toi, ne me parle point, ou parle de Lysandre.
+ C'est le seul dont la vue excita mon ardeur.
+
+ FLORICE.
+
+ Et le seul qui pour vous n'a que de la froideur.
+ Célidée est son âme, et tout autre visage 305
+ N'a point d'assez beaux traits pour toucher son courage;
+ Son brasier est trop grand, rien ne peut l'amortir.
+ En vain son écuyer tâche à l'en divertir,
+ En vain, jusques aux cieux portant votre louange,
+ Il tâche à lui jeter quelque amorce du change[102], 310
+ Et lui dit jusque-là que dans votre entretien
+ Vous témoignez souvent de lui vouloir du bien:
+ Tout cela n'est qu'autant de paroles perdues.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Faute d'être sans doute assez bien entendues[103]!
+
+ FLORICE.
+
+ Ne le présumez pas, il faut avoir recours 315
+ A de plus hauts secrets qu'à ces foibles discours.
+ Je fus fine autrefois, et depuis mon veuvage
+ Ma ruse chaque jour s'est accrue avec l'âge;
+ Je me connois en monde, et sais mille ressorts
+ Pour débaucher une âme et brouiller des accords. 320
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Dis promptement, de grâce[104].
+
+ FLORICE.
+
+ A présent l'heure presse,
+ Et je ne vous saurois donner qu'un mot d'adresse:
+ Cette voisine et vous.... Mais déjà la voici.
+
+
+SCÈNE XI.
+
+CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ A force de tarder, tu m'as mise en souci:
+ Il est temps, et Daphnis par un page me mande 325
+ Que pour faire servir on n'attend que ma bande;
+ Le carrosse est tout prêt: allons, veux-tu venir?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Lysandre après dîner t'y vient entretenir?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ S'il osoit y manquer, je te donne promesse
+ Qu'il pourroit bien ailleurs chercher une maîtresse. 330
+
+
+FIN DU PREMIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [36] VAR. (édit. de 1648): fille de Pleirante et maîtresse de
+ Lysandre.
+
+ [37] VAR. (édit. de 1648): fille de Chrysante, aimée de Dorimant
+ et amoureuse de Lysandre.
+
+ [38] _Var._ Mais puisque je ne peux, que veux-tu que j'y fasse?
+ (1637)
+
+ [39] _Var._ Je n'avance non plus qu'en ne lui disant rien.
+ (1637-57)
+
+ [40] _Var._ Hippolyte, en ce cas, le saura reconnoître. (1637-57)
+
+ [41] _Var._ Tout ce que j'en prétends n'est qu'un entier secret.
+ (1637-64)
+
+ [42] _Var._ Aronte, éloigne-toi, nous jouerons mieux nos jeux,
+ S'ils ne se doutent point que nous parlions nous deux. (1637-57)
+
+ [43] _Var._ Mais cela n'est aussi qu'un peu de complaisance.
+ (1637-57)
+
+ [44] _Var._ Elles et vous dehors, il n'est rien dans Paris.
+ (1637-57)
+
+ [45] _Var._ Je veux des gens mieux faits que toi pour me flatter.
+ (1637-57)
+
+ [46] _Var._ Mêle-toi de porter mon message à ton maître.
+ (1637-60)
+
+ [47] _Var._ Son amour aussi bien ne vous rend que trop vaine.
+ (1637-57)
+
+ [48] _Var._ LE LIBRAIRE DU PALAIS. (1637)
+
+ [49] Ces deux lignes manquent dans les éditions de 1637-57; dans
+ l'édition de 1663 il y a _leur boutique_, pour _sa boutique_;
+ celle de 1664 a la variante que voici: _la Lingère tire un
+ rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier,
+ chacun dans leur boutique._
+
+ [50] _Var._ On le trouve assez beau,
+ Et c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. (1637-57)
+
+ [51] «_Toile de soie_ est une toile très-claire, faite de soie,
+ dont elles (_les dames_) se font des mouchoirs de cou qui
+ n'empêchent point qu'on ne voie leur gorge à travers.»
+ (_Dictionnaire de Furetière_, 1690.)
+
+ [52] _Var._ Et moins blanche, elle donne un plus grand lustre au
+ teint. (1637-57)
+
+ [53] _Var._ Et voir ma marchandise en plus bel étalage. (1637-68)
+
+ [54] Jean-Baptiste Marino, né à Naples le 18 octobre 1569 et mort
+ dans la même ville le 21 mai 1625, est aussi célèbre par
+ l'ingénieuse élégance que par la mollesse et la fadeur de son
+ style, désigné par ses compatriotes mêmes sous le nom de
+ _marinesco_. Appelé en France par Marie de Médicis, il dédia, en
+ 1623, à Louis XIII, alors âgé de vingt-deux ans, son poëme
+ d'_Adonis_.--Il est fort difficile de savoir lequel de ses
+ contemporains Corneille a en vue ici. On serait tenté de croire
+ qu'il s'agit de Scudéry, car on lit dans la _Lettre du
+ désintéressé au sieur Mairet_ (p. 4): «Je ne blâme pas Monsieur
+ de Scudéry de savoir si bien son cavalier Marin;» mais à l'époque
+ où Corneille écrivait _la Galerie du Palais_, il était en
+ très-bonne intelligence avec Scudéry.
+
+ [55] _Var._ HIPPOLYTE, _à la Lingère_. (1648)
+
+ [56] _D'ouvrage_, c'est-à-dire _ouvrés_, _travaillés_.
+
+ [57] _Var._ DORIMANT, _au Libraire, regardant Hippolyte_. (1648)
+
+ [58] _Var._ Ceci vaut mieux le voir que toutes vos chansons.
+ (1637-57)
+
+ [59] _Var._ LA LINGÈRE, _ouvrant une boîte_. (1637-60)
+
+ [60] _L'Encyclopédie_ définit le _point d'esprit_ en termes
+ techniques de la manière suivante: «_Le point d'esprit_ se monte
+ sur cinq fils de long et cinq de travers, en laissant à chaque
+ fois deux fils qui font une croix. Les cinq fils en tout sens
+ sont embrassés d'un point noué.»
+
+ [61] _Var._ [Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris,]
+ Je veux perdre la boîte. FLOR. On est fort souvent pris
+ A ces sortes de points, si l'on n'a quelque fille
+ Qui sache à tous moments y repasser l'aiguille;
+ En moins de trois savons, rien n'y tient presque plus.
+ HIPP. Cestui-ci, qu'en dis-tu? (1637-57)
+
+ [62] _Var._ HIPPOLYTE, _à Florice_. (1648)
+
+ [63] _Var._ Celui-là, qu'en dis-tu? (1660-64)
+
+ [64] _Var._ Voilà bien votre fait, n'étoit que la dentelle.
+ (1637-57)
+
+ [65] _Var._ Si vous pouvez avoir trois jours de patience. (1637 et 52-57)
+ _Var._ Si vous pouviez avoir trois jours de patience. (1644 et 48)
+
+ [66] Ce jeu de scène n'est pas indiqué ici dans les éditions de
+ 1637-60. Voyez la variante qui suit.
+
+ [67] _Var._ LE LIBRAIRE, _à qui Dorimant avoit parlé à l'oreille,
+ tandis qu'Hippolyte voyoit des ouvrages._ (1637-60)
+
+ [68] _Var._ _Ici Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre_,
+ etc. (1637, en marge.)--Dans les éditions de 1644-60, ce jeu de
+ scène n'est pas indiqué à cette place. Voyez la variante qui
+ suit.
+
+ [69] _Var._ CLÉANTE, _à qui Dorimant a parlé à l'oreille au
+ milieu du théâtre._ (1644-60)
+
+ [70] _Var._ DORIMANT, _à Cléante._ (1644-60)
+
+ [71] La salle des Pas perdus, qu'on appelait alors d'ordinaire
+ _la Grand'Salle_:
+
+ Entre ces vieux appuis dont l'affreuse Grand'Salle
+ Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale,
+ Est un pilier fameux, des plaideurs respecté,
+ Et toujours de Normands à midi fréquenté.
+
+ (Boileau, _le Lutrin_, chant V, v. 33.)
+
+ [72] _Var._ _Il s'en retourne sur la boutique du Libraire et
+ prend un livre._ (1637, en marge.)--Les éditions de 1644-60
+ portent: _Au Libraire, prenant un livre sur sa boutique_.
+
+ [73] _Var._ Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie.
+ (1637-68)
+
+ [74] Voyez ci-dessus, p. 4.
+
+ [75] C'est-à-dire peu méritent qu'on les voie, qu'on les regarde.
+ Il faut remarquer que toutes les éditions antérieures à 1682
+ portent: «peu méritent le voir.»
+
+ [76] _Var._ Beaucoup, dont l'entreprise excède le pouvoir,
+ Veulent parler d'amour sans aucune pratique. (1637-57)
+
+ [77] Ce mot est ainsi au singulier dans toutes les éditions
+ données par Corneille (1637-82). L'édition de 1692 le met au
+ pluriel.
+
+ [78] C'est-à-dire «à condition qu'elle nous rendra la pareille, à
+ charge de revanche.» Voyez le _Lexique_.
+
+ [79] _Var._ Vous plaît-il point de voir des pièces d'éloquence?
+ (1637-57)
+
+ [80] _Var._ _Il regarde le titre du livre que_, etc. (1663, en
+ marge.)
+
+ [81] L'édition de 1682 donne _le_, par erreur; il y a _les_ dans
+ toutes les autres.
+
+ [82] _Var._ LYSANDRE, _se retirant avec Dorimant d'auprès les
+ boutiques_. (1637)--_Ils se retirent d'auprès les boutiques._
+ (1663, en marge.)
+
+ [83] _Var._ Tantôt, comme j'étois dans le livre occupé. (1637-57)
+
+ [84] Voyez ci-dessus, p. 7, note 6.
+
+ [85] _Var._ C'est la question; mais s'il faut s'en remettre.
+ (1637-68)
+
+ [86] _Var._ A ce qu'à mes regards son masque a pu permettre.
+ (1637-57)
+
+ [87] _Var._ Et ne reviendra point qu'il ne soit bien instruit
+ Quelle est sa qualité, son nom et sa demeure. (1637-57)
+
+ [88] _Var._ A la première vue un sujet qui nous plaît. (1637 et
+ 44)
+
+ [89] _Var._ Ne forme qu'un desir de savoir quel il est. (1637-68)
+
+ [90] _Var._ Le sachant, on en veut apprendre davantage. (1637-57)
+
+ [91] _Var._ [On sent je ne sais quoi qui trouble le repos;]
+ On souffre doucement l'illusion des songes;
+ Notre esprit qui s'en flatte, adore leurs mensonges,
+ Sans y trouver encor que des biens imparfaits
+ Qui le font aspirer aux solides effets:
+ Là consiste à son gré le bonheur de la vie;
+ Et le moindre larcin permis à son envie
+ [Arrête le larron et le met dans les fers.] (1637-57)
+
+ [92] _Var._ Qu'il faut apprivoiser comme insensiblement.
+ (1637-57)
+
+ [93] _Ne m'informez de rien_, c'est-à-dire ne me demandez rien.
+ Voyez tome I, p. 472, note 2.
+
+ [94] _Var._ Trois poltrons rencontrés vers le milieu du pont.
+ (1637)
+
+ [95] _Var._ Quels impudents vers moi s'osent ainsi méprendre?
+ (1637-60)
+
+ [96] _Var._ De cent coups de bâton qu'il reçut l'autre jour.
+ (1637-57)
+
+ [97] L'hôtel d'Artois ou de Bourgogne s'étendait de la rue Pavée
+ à la rue Mauconseil; en 1523 il fut vendu en treize lots. Jean
+ Rouvet, marchand, les acheta presque tous, et le 30 août 1548 il
+ en revendit un, contenant dix-sept toises de long sur seize de
+ large, aux confrères de la Passion, pour y établir un théâtre qui
+ fut longtemps le plus fréquenté de Paris. «Ce bâtiment subsiste
+ encore rue Françoise, dit de Leris, en 1754 (_Dictionnaire
+ portatif des théâtres_, p. XIII), et l'on y voit toujours sur la
+ porte les instruments de la Passion.»
+
+ [98] _Var._ Et que sous l'étrivière il puisse enfin connoître.
+ (1637-57)
+
+ [99] _Var._ Car moins on le connoît, et plus on en présume.
+ (1637-57)
+
+ [100] _Var._ Ce n'est pas encor tout, je te veux secourir.
+ (1637-57)
+
+ [101] _Var._ D'oublier un sujet que tu ne connois point.
+ (1637-57)
+
+ [102] _Var._ Il cherche à lui jeter quelque amorce du change.
+ (1663 et 64)
+
+ [103] _Var._ Faute d'être possible assez bien entendues!
+ (1637-60)
+
+ [104] _Var._ Eh! de grâce, dis vite. (1637)
+
+
+
+
+ACTE II.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+HIPPOLYTE, DORIMANT.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ne me contez point tant que mon visage est beau:
+ Ces discours n'ont pour moi rien du tout de nouveau;
+ Je le sais bien sans vous, et j'ai cet avantage,
+ Quelques perfections qui soient sur mon visage,
+ Que je suis la première à m'en apercevoir: 335
+ Pour me les bien apprendre, il ne faut qu'un miroir[105];
+ J'y vois en un moment tout ce que vous me dites.
+
+ DORIMANT.
+
+ Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites[106]:
+ Cet esprit tout divin et ce doux entretien
+ Ont des charmes puissants dont il ne montre rien. 340
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Vous les montrez assez par cette après-dînée
+ Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée;
+ Si mon discours n'avoit quelque charme caché,
+ Il ne vous tiendroit pas si longtemps attaché.
+ Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise, 345
+ Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise;
+ Et si je présumois qu'il vous plût sans raison[107],
+ Je me ferois moi-même un peu de trahison;
+ Et par ce trait badin qui sentiroit l'enfance,
+ Votre beau jugement recevroit trop d'offense. 350
+ Je suis un peu timide, et dût-on me jouer[108],
+ Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer.
+
+ DORIMANT.
+
+ Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre
+ Qu'on puisse en vous louant ni vous flatter ni feindre:
+ On voit un tel éclat en vos brillants appas[109], 355
+ Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ni ne l'adorer pas! Par là vous voulez dire....
+
+ DORIMANT.
+
+ Que mon coeur désormais vit dessous votre empire,
+ Et que tous mes desseins de vivre en liberté
+ N'ont rien eu d'assez fort contre votre beauté. 360
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Quoi! mes perfections vous donnent dans la vue?
+
+ DORIMANT.
+
+ Les rares qualités dont vous êtes pourvue
+ Vous ôtent tout sujet de vous en étonner.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Cessez aussi, Monsieur, de vous l'imaginer.
+ Si vous brûlez pour moi, ce ne sont pas merveilles[110]: 365
+ J'ai de pareils discours chaque jour aux oreilles,
+ Et tous les gens d'esprit en font autant que vous.
+
+ DORIMANT.
+
+ En amour toutefois je les surpasse tous.
+ Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme;
+ Votre premier aspect sut allumer ma flamme, 370
+ Et je sentis mon coeur, par un secret pouvoir,
+ Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Avoir connu d'abord combien je suis aimable[111],
+ Encor qu'à votre avis il soit inexprimable,
+ Ce grand et prompt effet m'assure puissamment 375
+ De la vivacité de votre jugement.
+ Pour moi, que la nature a faite un peu grossière,
+ Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière,
+ Conduit trop pesamment toutes ses fonctions
+ Pour m'avertir sitôt de vos perfections. 380
+ Je vois bien que vos feux méritent récompense;
+ Mais de les seconder ce défaut me dispense.
+
+ DORIMANT.
+
+ Railleuse!
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Excusez-moi, je parle tout de bon.
+
+ DORIMANT.
+
+ Le temps de cet orgueil me fera la raison;
+ Et nous verrons un jour, à force de services, 385
+ Adoucir vos rigueurs et finir mes supplices.
+
+
+SCÈNE II.
+
+DORIMANT, LYSANDRE, HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter, leur
+donnant seulement un coup de chapeau[112].
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Peut-être l'avenir.... Tout beau, coureur, tout beau!
+ On n'est pas quitte ainsi pour un coup de chapeau:
+ Vous aimez l'entretien de votre fantaisie;
+ Mais pour un cavalier c'est peu de courtoisie, 390
+ Et cela messied fort à des hommes de cour,
+ De n'accompagner pas leur salut d'un bonjour.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Puisque auprès d'un sujet capable de nous plaire
+ La présence d'un tiers n'est jamais nécessaire,
+ De peur qu'il en reçût quelque importunité[113], 395
+ J'ai mieux aimé manquer à la civilité.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Voilà parer mon coup d'un galant artifice[114],
+ Comme si je pouvois.... Que me veux-tu, Florice?
+
+(Florice sort, et parle à Hippolyte à l'oreille[115].)
+
+ Dis-lui que je m'en vais. Messieurs, pardonnez-moi:
+ On me vient d'apporter une fâcheuse loi; 400
+ Incivile à mon tour, il faut que je vous quitte.
+ Une mère m'appelle.
+
+ DORIMANT.
+
+ Adieu, belle Hippolyte,
+ Adieu, souvenez-vous....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Mais vous, n'y songez plus.
+
+
+SCÈNE III.
+
+LYSANDRE, DORIMANT.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Quoi, Dorimant, ce mot t'a rendu tout confus!
+
+ DORIMANT.
+
+ Ce mot à mes desirs laisse peu d'espérance. 405
+
+ LYSANDRE.
+
+ Tu ne la vois encor qu'avec indifférence?
+
+ DORIMANT.
+
+ Comme toi Célidée.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Elle eut donc chez Daphnis
+ Hier dans son entretien des charmes infinis?
+ Je te l'avois bien dit que ton âme à sa vue
+ Demeureroit ou prise ou puissamment émue[116]; 410
+ Mais tu n'as pas sitôt oublié la beauté
+ Qui fit naître au Palais ta curiosité?
+ Du moins ces deux objets balancent ton courage[117]?
+
+ DORIMANT.
+
+ Sais-tu bien que c'est là justement mon visage,
+ Celui que j'avois vu le matin au Palais? 415
+
+ LYSANDRE.
+
+ A ce compte....
+
+ DORIMANT.
+
+ J'en tiens, ou l'on n'en tint jamais.
+
+ LYSANDRE.
+
+ C'est consentir bientôt à perdre ta franchise[118].
+
+ DORIMANT.
+
+ C'est rendre un prompt hommage aux yeux qui me l'ont prise.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Puisque tu les connois, je ne plains plus ton mal[119].
+
+ DORIMANT.
+
+ Leur coup, pour les connoître, en est-il moins fatal? 420
+
+ LYSANDRE.
+
+ Non, mais du moins ton coeur n'est plus à la torture[120]
+ De voir tes voeux forcés d'aller à l'aventure;
+ Et cette belle humeur de l'objet qui t'a pris....
+
+ DORIMANT.
+
+ Sous un accueil riant cache un subtil mépris.
+ Ah! que tu ne sais pas de quel air on me traite! 425
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je t'en avois jugé l'âme fort satisfaite;
+ Et cette gaie humeur, qui brilloit dans ses yeux[121],
+ M'en promettoit pour toi quelque chose de mieux.
+
+ DORIMANT.
+
+ Cette belle, de vrai, quoique toute de glace,
+ Mêle dans ses froideurs je ne sais quelle grâce, 430
+ Par où tout de nouveau je me laisse gagner[122],
+ Et consens, peu s'en faut, à m'en voir dédaigner[123].
+ Loin de s'en affoiblir, mon amour s'en augmente;
+ Je demeure charmé de ce qui me tourmente.
+ Je pourrois de toute autre être le possesseur[124], 435
+ Que sa possession auroit moins de douceur.
+ Je ne suis plus à moi quand je vois Hippolyte
+ Rejeter ma louange et vanter son mérite[125],
+ Négliger mon amour ensemble et l'approuver,
+ Me remplir tout d'un temps d'espoir et m'en priver, 440
+ Me refuser son coeur en acceptant mon âme,
+ Faire état de mon choix en méprisant ma flamme.
+ Hélas! en voilà trop: le moindre de ces traits
+ A pour me retenir de trop puissants attraits:
+ Trop heureux d'avoir vu sa froideur enjouée[126] 445
+ Ne se point offenser d'une ardeur avouée[127]!
+
+ LYSANDRE.
+
+ Son adieu toutefois te défend d'y songer,
+ Et ce commandement t'en devroit dégager.
+
+ DORIMANT.
+
+ Qu'un plus capricieux d'un tel adieu s'offense;
+ Il me donne un conseil plutôt qu'une défense, 450
+ Et par ce mot d'avis, son coeur sans amitié
+ Du temps que j'y perdrai montre quelque pitié.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Soit défense ou conseil, de rien ne désespère;
+ Je te réponds déjà de l'esprit de sa mère[128].
+ Pleirante son voisin lui parlera pour toi|129]; 455
+ Il peut beaucoup sur elle, et fera tout pour moi.
+ Tu sais qu'il m'a donné sa fille pour maîtresse.
+ Tâche à vaincre Hippolyte avec un peu d'adresse,
+ Et n'appréhende pas qu'il en faille beaucoup[130]:
+ Tu verras sa froideur se perdre tout d'un coup. 460
+ Elle ne se contraint à cette indifférence[131]
+ Que pour rendre une entière et pleine déférence[132],
+ Et cherche, en déguisant son propre sentiment,
+ La gloire de n'aimer que par commandement.
+
+ DORIMANT.
+
+ Tu me flattes, ami, d'une attente frivole. 465
+
+ LYSANDRE.
+
+ L'effet suivra de près.
+
+ DORIMANT.
+
+ Mon coeur, sur ta parole[133],
+ Ne se résout qu'à peine à vivre plus content.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Il se peut assurer du bonheur qu'il prétend:
+ J'y donnerai bon ordre. Adieu, le temps me presse,
+ Et je viens de sortir d'auprès de ma maîtresse[134]; 470
+ Quelques commissions dont elle m'a chargé
+ M'obligent maintenant à prendre ce congé.
+
+
+SCÈNE IV[134].
+
+DORIMANT, FLORICE.
+
+ DORIMANT, seul.
+
+ Dieux! qu'il est malaisé qu'une âme bien atteinte
+ Conçoive de l'espoir qu'avec un peu de crainte[136]!
+ Je dois toute croyance à la foi d'un ami, 475
+ Et n'ose cependant m'y fier qu'à demi.
+ Hippolyte, d'un mot, chasseroit ce caprice.
+ Est-elle encore en haut?
+
+ FLORICE.
+
+ Encore.
+
+ DORIMANT.
+
+ Adieu, Florice.
+ Nous la verrons demain.
+
+
+SCÈNE V.
+
+HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ FLORICE.
+
+ Il vient de s'en aller.
+ Sortez.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Mais falloit-il ainsi me rappeler, 480
+ Me supposer ainsi des ordres d'une mère[137]?
+ Sans mentir, contre toi j'en suis toute en colère:
+ A peine ai-je attiré Lysandre en nos discours[138],
+ Que tu viens par plaisir en arrêter le cours.
+
+ FLORICE.
+
+ Eh bien! prenez-vous-en à mon impatience 485
+ De vous communiquer un trait de ma science:
+ Cet avis important, tombé dans mon esprit,
+ Méritoit qu'aussitôt Hippolyte l'apprît;
+ Je vais sans perdre temps y disposer Aronte[139].
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ J'ai la mine après tout d'y trouver mal mon conte[140]. 490
+
+ FLORICE.
+
+ Je sais ce que je fais, et ne perds point mes pas;
+ Mais de votre côté ne vous épargnez pas;
+ Mettez tout votre esprit à bien mener la ruse.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Il ne faut point par là te préparez d'excuse.
+ Va, suivant le succès, je veux à l'avenir 495
+ Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir[141].
+
+
+SCÈNE VI.
+
+HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.
+
+ HIPPOLYTE, frappant à la porte de Célidée[142].
+
+ Célidée, es-tu là?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Que me veut Hippolyte?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Délasser mon esprit une heure en ta visite.
+ Que j'ai depuis un jour un importun amant,
+ Et que, pour mon malheur, je plais à Dorimant! 500
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Ma soeur, que me dis-tu? Dorimant t'importune!
+ Quoi! j'enviois déjà ton heureuse fortune,
+ Et déjà dans l'esprit je sentois quelque ennui[143]
+ D'avoir connu Lysandre auparavant que lui.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ah! ne me raille point: Lysandre, qui t'engage, 505
+ Est le plus accompli des hommes de son âge.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je te jure, à mes yeux l'autre l'est bien autant.
+ Mon coeur a de la peine à demeurer constant;
+ Et pour te découvrir jusqu'au fond de mon âme,
+ Ce n'est plus que ma foi qui conserve ma flamme: 510
+ Lysandre me déplaît de me vouloir du bien.
+ Plût aux Dieux que son change autorisât le mien[144],
+ Ou qu'il usât vers moi de tant de négligence,
+ Que ma légèreté se pût nommer vengeance!
+ Si j'avois un prétexte à me mécontenter, 515
+ Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Simple, présumes-tu qu'il devienne volage
+ Tant qu'il verra l'amour régner sur ton visage[145]?
+ Ta flamme trop visible entretient ses ferveurs,
+ Et ses feux dureront autant que tes faveurs. 520
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il semble, à t'écouter, que rien ne le retienne[146]
+ Que parce que sa flamme a l'aveu de la mienne.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que sais-je? Il n'a jamais éprouvé tes rigueurs;
+ L'amour en même temps sut embraser vos coeurs;
+ Et même j'ose dire, après beaucoup de monde, 525
+ Que sa flamme vers toi ne fut que la seconde.
+ Il se vit accepter avant que de s'offrir;
+ Il ne vit rien à craindre, il n'eut rien à souffrir[147];
+ Il vit sa récompense acquise avant la peine,
+ Et devant le combat sa victoire certaine. 530
+ Un homme est bien cruel quand il ne donne pas
+ Un coeur qu'on lui demande avecque tant d'appas.
+ Qu'à ce prix la constance est une chose aisée,
+ Et qu'autrefois par là je me vis abusée!
+ Alcidor, que mes yeux avoient si fort épris, 535
+ Courut au changement dès le premier mépris[148].
+ La force de l'amour paroît dans la souffrance.
+ Je le tiens fort douteux, s'il a tant d'assurance.
+ Qu'on en voit s'affoiblir pour un peu de longueur[149],
+ Et qu'on en voit céder à la moindre rigueur! 540
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je connois mon Lysandre, et sa flamme est trop forte
+ Pour tomber en soupçon qu'il m'aime de la sorte.
+ Toutefois un dédain éprouvera ses feux:
+ Ainsi, quoi qu'il en soit, j'aurai ce que je veux[150];
+ Il me rendra constante, ou me fera volage: 545
+ S'il m'aime, il me retient; s'il change, il me dégage.
+ Suivant ce qu'il aura d'amour ou de froideur,
+ Je suivrai ma nouvelle ou ma première ardeur.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ En vain tu t'y résous: ton âme un peu contrainte
+ Au travers de tes yeux lui trahira ta feinte. 550
+ L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris
+ Lui fera voir assez combien tu le chéris.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Ce n'est qu'un faux soupçon qui te le persuade;
+ J'armerai de rigueurs jusqu'à la moindre oeillade,
+ Et réglerai si bien toutes mes actions, 555
+ Qu'il ne pourra juger de mes intentions.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Pour le moins, aussitôt que par cette conduite
+ Tu seras de son coeur suffisamment instruite,
+ S'il demeure constant, l'amour et la pitié,
+ Avant que dire adieu, renoueront l'amitié. 560
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il va bientôt venir: va-t'en, et sois certaine
+ De ne voir d'aujourd'hui Lysandre hors de peine.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Et demain?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je t'irai conter ses mouvements,
+ Et touchant l'avenir prendre tes sentiments.
+ O Dieux! si je pouvois changer sans infamie! 565
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Adieu. N'épargne en rien ta plus fidèle amie.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+ CÉLIDÉE[150].
+
+ Quel étrange combat! Je meurs de le quitter,
+ Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter[149].
+ Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie,
+ N'aura trait de mépris si je ne l'étudie. 570
+ Tout ce que mon Lysandre a de perfections
+ Se vient offrir en foule à mes affections[152].
+ Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne,
+ Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne.
+ Pour régler sur ce point mon esprit balancé, 575
+ J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé;
+ Ma feinte éprouvera si son amour est vraie.
+ Hélas! ses yeux me font une nouvelle plaie.
+ Prépare-toi, mon coeur, et laisse à mes discours
+ Assez de liberté pour trahir mes amours. 580
+
+
+SCÈNE VIII
+
+LYSANDRE, CÉLIDÉE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Quoi? j'aurai donc de vous encore une visite?
+ Vraiment, pour aujourd'hui je m'en estimois quitte.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Une par jour suffit, si tu veux endurer
+ Qu'autant comme le jour je la fasse durer.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume[153], 585
+ Tant d'importunité n'est point sans amertume.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Au lieu de me donner ces appréhensions,
+ Apprends ce que j'ai fait sur tes commissions.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire
+ D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire[154]. 590
+
+ LYSANDRE.
+
+ Depuis quand donnez-vous ces qualités aux miens?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Depuis que mon esprit n'est plus dans vos liens[155].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Est-ce donc par gageure ou par galanterie?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Ne vous flattez point tant que ce soit raillerie.
+ Ce que j'ai dans l'esprit, je ne le puis celer, 595
+ Et ne suis pas d'humeur à rien dissimuler.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Quoi? que vous ai-je fait? d'où provient ma disgrâce?
+ Quel sujet avez-vous d'être pour moi de glace[156]?
+ Ai-je manqué de soins? ai-je manqué de feux?
+ Vous ai-je dérobé le moindre de mes voeux? 600
+ Ai-je trop peu cherché l'heur de votre présence[157]?
+ Ai-je eu pour d'autres yeux la moindre complaisance?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Tout cela n'est qu'autant de propos superflus.
+ Je voulus vous aimer, et je ne le veux plus;
+ Mon feu fut sans raison, ma glace l'est de même; 605
+ Si l'un eut quelque excès, je rendrai l'autre extrême[159].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Par cette extrémité vous avancez ma mort.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il m'importe fort peu quel sera votre sort.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Quelle nouvelle amour ou plutôt quel caprice[160]
+ Vous porte à me traiter avec cette injustice, 610
+ Vous de qui le serment m'a reçu pour époux?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ J'en perds le souvenir aussi bien que de vous.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Évitez-en la honte et fuyez-en le blâme.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je les veux accepter pour peines de ma flamme.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Un reproche éternel suit ce tour inconstant[161]. 615
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Si vous me voulez plaire, il en faut faire autant.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Est-ce là donc le prix de vous avoir servie[162]?
+ Ah! cessez vos mépris, ou me privez de vie.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Eh bien! soit, un adieu les va faire cesser;
+ Aussi bien ce discours ne fait que me lasser. 620
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ah! redouble plutôt ce dédain qui me tue,
+ Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue;
+ Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont;
+ Qu'ils reçoivent mes voeux pour le mal qu'ils me font.
+ Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle: 625
+ Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle,
+ Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger,
+ Impute à mes amours la honte de changer,
+ Dedans mon désespoir fais éclater ta joie:
+ Et tout me sera doux, pourvu que je te voie. 630
+ Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi,
+ Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi[163].
+ Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure:
+ Je ne t'appellerai ni lâche, ni parjure;
+ Mon feu supprimera ces titres odieux; 635
+ Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux;
+ Et mon fidèle amour, malgré leur vive atteinte,
+ Pour t'adorer encore étouffera ma plainte[164].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Adieu: quelques encens que tu veuilles m'offrir,
+ Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir. 640
+
+
+SCÈNE IX.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Célidée, ah tu fuis! tu fuis donc, et tu n'oses
+ Faire tes yeux témoins d'un trépas que tu causes!
+ Ton esprit, insensible à mes feux innocents,
+ Craint de ne l'être pas aux douleurs que je sens:
+ Tu crains que la pitié qui se glisse en ton âme 645
+ N'y rejette un rayon de ta première flamme[165],
+ Et qu'elle ne t'arrache un soudain repentir,
+ Malgré tout cet orgueil qui n'y peut consentir.
+ Tu vois qu'un désespoir dessus mon front exprime
+ En mille traits de feu mon ardeur et ton crime; 650
+ Mon visage t'accuse, et tu vois dans mes yeux
+ Un portrait que mon coeur conserve beaucoup mieux.
+ Tous mes soins, tu le sais, furent pour Célidée;
+ La nuit ne m'a jamais retracé d'autre idée,
+ Et tout ce que Paris a d'objets ravissants 655
+ N'a jamais ébranlé le moindre de mes sens.
+ Ton exemple à changer en vain me sollicite:
+ Dans ta volage humeur j'adore ton mérite,
+ Et mon amour, plus fort que mes ressentiments,
+ Conserve sa vigueur au milieu des tourments. 660
+ Reviens, mon cher souci, puisqu'après tes défenses[166]
+ Mes plus vives ardeurs sont pour toi des offenses.
+ Vois comme je persiste à te désobéir,
+ Et par là, si tu peux, prends droit de me haïr.
+ Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine, 665
+ Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine.
+ Puisqu'elle a sur mon coeur un pouvoir absolu,
+ Il lui suffit de dire: «Ainsi je l'ai voulu.»
+ Cruelle, tu le veux! C'est donc ainsi qu'on traite
+ Les sincères ardeurs d'une amour si parfaite? 670
+ Tu me veux donc trahir? tu le veux, et ta foi
+ N'est qu'un gage frivole à qui vit sous ta loi?
+ Mais je veux l'endurer, sans bruit, sans résistance;
+ Tu verras ma langueur, et non mon inconstance;
+ Et de peur de t'ôter un captif par ma mort, 675
+ J'attendrai ce bonheur de mon funeste sort.
+ Jusque-là mes douleurs, publiant ta victoire,
+ Sur mon front pâlissant élèveront ta gloire,
+ Et sauront en tous lieux hautement témoigner[167]
+ Que sans me refroidir tu m'as pu dédaigner. 680
+
+
+FIN DU SECOND ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [105] _Var._ Pour me galantiser, il ne faut qu'un miroir.
+ (1637-57)
+
+ [106] _Var._ Mais bien la moindre part de vos rares mérites.
+ (1637-57)
+
+ [107] _Var._ Et présumer d'ailleurs qu'il vous plût sans raison!
+ (1637-57)
+
+ [108] _Var._ Je suis un peu timide, et qui me veut louer,
+ Je ne l'ose jamais en rien désavouer.
+ DOR. Aussi certes, aussi n'avez-vous pas à craindre. (1637-57)
+
+ [109] _Var._ On voit un tel éclat en vos divins appas. (1637-60)
+
+ [110] Vu que, si vous m'aimez, ce ne sont pas merveilles.
+ (1637-57)
+
+ [111]_Var._ Connoître ainsi d'abord combien je suis aimable.
+ (1637-57)
+
+ [112] _Var._ _Lysandre entre sur le théâtre, sortant de chez
+ Célidée, et passe sans s'arrêter, en donnant seulement un coup de
+ chapeau à Dorimant et Hippolyte._ (1637, en marge.)
+
+ [113] _Var._ De peur qu'il n'en reçût quelque importunité.
+ (1637-57)
+
+ [114] _Var._ Voilà parer mon coup d'un gentil artifice. (1637-57)
+
+ [115] _Var._ _Florice sort, et parle à l'oreille d'Hippolyte._
+ (1637, en marge.)
+
+ [116] _Var._ Demeureroit éprise ou puissamment émue. (1654 et
+ 60-64)
+
+ [117] _Var._ Du moins ces deux sujets balancent ton courage?
+ (1637-57)
+
+ [118] _Var._ C'est parler franchement pour être sans franchise.
+ (1637)
+
+ [119] _Var._ Puisque tu les connois, ce n'est que demi-mal.
+ (1637)
+
+ [120] _Var._ Non pas, mais tu n'as plus l'esprit à la torture.
+ (1637-57)
+
+ [121] _Var._ Et vous voyant tous deux si gais à mon abord,
+ Je vous croyois du moins prêts à tomber d'accord. (1637-57)
+
+ [122] La forme de ce mot est _gaigner_ dans l'édition de 1637.
+
+ [123] _Var._ Et consens, peu s'en faut, à me voir dédaigner.
+ (1637-57)
+
+ [124] _Var._ Je pourrois de tout[124-a] autre être le possesseur.
+ (1637)
+
+ [124-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.
+
+ [125] _Var._ Rejetant ma louange, avouer son mérite,
+ Négliger mon ardeur ensemble et l'approuver. (1637-57)
+
+ [126] _Var._ Encore trop heureux que sa froideur extrême.
+ (1637-57)
+
+ [127] _Var._ Veut bien que je la serve, et souffre que je l'aime.
+ (1637)
+ _Var._ Consent que je la serve, et souffre que je l'aime.
+ (1644-57)
+
+ [128] _Var._ Je te réponds déjà de l'esprit de la mère. (1644-60)
+
+ [129] _Var._ Un qui peut tout sur elle et fera tout pour moi,
+ L'aura bientôt gagnée en faveur de ta foi:
+ C'est son proche voisin, père de ma maîtresse.
+ Tu n'as plus que la fille à vaincre par adresse;
+ Encor ne crois-je pas qu'il en faille beaucoup. (1637)
+
+ [130] _Var._ Je ne présume pas qu'il en faille beaucoup.
+ (1644-57)
+
+ [131] _Var._ Son humeur se maintient dedans l'indifférence.
+ (1637)
+ _Var._ Son humeur se maintient dans cette indifférence.
+ (1644-57)
+
+ [132] _Var._ Tant qu'une mère donne une entière assurance;
+ Et cachant par respect son propre mouvement,
+ Elle ne veut aimer que par commandement. (1637-57)
+
+ [133] _Var._ Doncques sur ta parole
+ Mon esprit se résout à vivre plus content.
+ LYS. Qu'il s'assure, autant vaut, du bonheur qu'il prétend. 1637
+
+ [134] _Var._ Et je viens de sortir d'avecque ma maîtresse.
+ (1637-57)
+
+ [135] Dans l'édition de 1637 il n'y a pas ici de distinction de
+ scène.
+
+ [136] _Var._ Conçoive de l'espoir qu'avecque de la crainte!
+ (1637)
+
+ [137] _Var._ Par des commandements supposés d'une mère? (1637-57)
+
+ [138] _Var._ A peine ai-je attiré mon Lysandre au discours.
+ (1637-57)
+
+ [139] _Var._
+
+ Je m'en vais de ce pas y disposer Aronte.
+ HIPP. Et que m'en promets-tu? FLOR. Qu'enfin au bout du conte
+ Cette heure d'entretien dérobée à vos feux
+ Vous mettra pour jamais au comble de vos voeux;
+ Mais de votre côté conduisez bien la ruse. (1637-57)
+
+ [140] Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [141] _Var._ [Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir.]
+ Célidée, il est vrai, je te suis déloyale;
+ Tu me crois ton amie, et je suis ta rivale:
+ Si je te puis résoudre à suivre mon conseil,
+ Je t'enlève et me donne un bonheur sans pareil[141-a]. (1637-57)
+
+ [141-a] Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées.
+
+ [142] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1637.
+
+ [143] _Var._ Et déjà dans l'esprit je sentois de l'ennui.
+ (1637-57)
+
+ [144] _Var._ Plût à Dieu que son change autorisât le mien!
+ (1637-57)
+
+ [145] _Var._ Tant qu'il verra d'amour sur un si beau visage? (1637)
+ _Var._ Lui qui voit tant d'amour sur un si beau visage? (1644-60)
+
+ [146] _Var._ A ce compte, tu crois que cette ardeur extrême
+ Ne le brûle pour moi qu'à cause que je l'aime? (1637-57)
+
+ [147] _Var._ Il ne vit rien à craindre, et n'eut rien à souffrir.
+ (1637-64)
+
+ [148] _Var._ Me quitta cependant dès le moindre mépris. (1637-57)
+
+ [149] _Var._ Qu'on en voit se lâcher pour un peu de longueur,
+ Et qu'on en voit mourir pour un peu de rigueur! (1637-57)
+
+ [150] _Var._ Ainsi de tous côtés j'aurai ce que je veux. (1637)
+
+ [151] _Var._ CÉLIDÉE, _seule_. Pas de distinction de scène.
+ (1637)
+
+ [152] _Var._ [Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter.]
+ De quelque doux espoir que le change me flatte,
+ Je redoute les noms de perfide et d'ingrate;
+ En adorant l'effet j'en hais les qualités,
+ Tant mon esprit confus a d'inégalités.
+ [Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie.] (1637-57)
+
+ [153] _Var._ Vient s'offrir à la foule à mes affections.
+ (1637-60)
+
+ [154] _Var._ Quelque forte que soit l'ardeur qui nous consomme,
+ On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. (1637-57)
+
+ [155] _Var._ D'un entretien fâcheux qui ne me pouvoit plaire.
+ (1637-57)
+
+ [156] _Var._ C'est depuis que mon coeur n'est plus dans vos
+ liens. (1637-57)
+
+ [157] _Var._ Quel sujet avez-vous de m'être ainsi de glace?
+ (1637-57)
+
+ [158] _Var._ Ai-je trop peu cherché votre chère présence?
+ (1637-57)
+
+ [159] _Var._ Si l'un fut excessif, je rendrai l'autre extrême.
+ LYS. Par ces extrémités vous avancez ma mort. (1637-57)
+
+ [160] _Var._ Ma chère âme, mon tout, avec quelle injustice
+ Pouvez-vous rejeter mon fidèle service?
+ Votre serment jadis me reçut pour époux. (1637-57)
+
+ [161] _Var._ Un reproche éternel suit ce trait inconstant.
+ (1637-57)
+
+ [162] _Var._ Mon souci, d'un seul point obligez mon envie:
+ Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.
+ CÉL. Eh bien! soit: d'un adieu je m'en vais les finir;
+ Je suis lasse aussi bien de vous entretenir. (1637-57)
+
+ [163] _Var._ Et mes derniers soupirs ne parler que de toi.
+ (1637-57)
+
+ [164] _Var._ Pour dire ta louange étouffera ma plainte. (1637)
+
+ [165] _Var._ [N'y rejette un rayon de ta première flamme.]
+ Le courage te manque, et ton aversion
+ Redoute les assauts de la compassion.
+ Rien ne t'en défend plus qu'une soudaine absence;
+ Mon aspect te dit trop quelle est mon innocence
+ Et contre ton dessein te donne un souvenir
+ Contre qui ta froideur ne sauroit plus tenir.
+ Dans la confusion qui déjà te surmonte,
+ Augmentant mon amour, je redouble ta honte;
+ Un mouvement forcé t'arrache un repentir
+ Où ton cruel orgueil ne sauroit consentir. (1637-57)
+
+ [166] _Var._ Reviens, mon cher souci, puisqu'après ta défense
+ Mes feux sont criminels et tiennent lieu d'offense. (1637-57)
+
+ [167] _Var._ Et je mettrai la mienne à dire sans cesser
+ Que sans me refroidir tu m'auras pu chasser. (1637-57)
+
+
+
+
+ACTE III
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+LYSANDRE, ARONTE.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Tu me donnes, Aronte, un étrange remède.
+
+ ARONTE.
+
+ Souverain toutefois au mal qui vous possède.
+ Croyez-moi, j'en ai vu des succès merveilleux
+ A remettre au devoir ces esprits orgueilleux:
+ Quand on leur sait donner un peu de jalousie[168], 685
+ Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie;
+ Car enfin tout l'éclat de ces emportements[169]
+ Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Que voudroit donc par là mon ingrate maîtresse?
+
+ ARONTE.
+
+ Elle vous joue un tour de la plus haute adresse. 690
+ Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris?
+ Tant qu'elle vous a cru légèrement épris,
+ Que votre chaîne encor n'étoit pas assez forte,
+ Vous a-t-elle jamais gouverné de la sorte?
+ Vous ignoriez alors l'usage des soupirs; 695
+ Ce n'étoient que douceurs, ce n'étoient que plaisirs[170]:
+ Son esprit avisé vouloit par cette ruse
+ Établir un pouvoir dont maintenant elle use.
+ Remarquez-en l'adresse: elle fait vanité[171]
+ De voir dans ses dédains votre fidélité. 700
+ Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite[172].
+ On voit par là vos feux, par vos feux son mérite;
+ Et cette fermeté de vos affections
+ Montre un effet puissant de ses perfections.
+ Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine, 705
+ Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine?
+ Rabattez cet orgueil, faites-lui soupçonner
+ Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner[173].
+ La crainte d'en voir naître une si juste suite
+ A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite; 710
+ Elle en fuira la honte, et ne souffrira pas
+ Que ce change s'impute à son manque d'appas.
+ Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume
+ Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume.
+ Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors 715
+ Combien à vous reprendre elle fera d'efforts[174].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Mais peux-tu me juger capable d'une feinte[175]?
+
+ ARONTE.
+
+ Pouvez-vous trouver rude un moment de contrainte?
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je trouve ses mépris plus doux à supporter.
+
+ ARONTE.
+
+ Pour les faire finir, il faut les imiter. 720
+
+ LYSANDRE.
+
+ Faut-il être inconstant pour la rendre fidèle?
+
+ ARONTE.
+
+ Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle[176].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Que de raisons, Aronte, à combattre mon coeur,
+ Qui ne peut adorer que son premier vainqueur!
+ Du moins auparavant que l'effet en éclate[177], 725
+ Fais un effort pour moi, va trouver mon ingrate:
+ Mets-lui devant les yeux mes services passés,
+ Mes feux si bien reçus, si mal récompensés,
+ L'excès de mes tourments et de ses injustices;
+ Emploie à la gagner tes meilleurs artifices: 730
+ Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité,
+ Puisque tu viens à bout de ma fidélité?
+
+ ARONTE.
+
+ Mais, mon possible fait, si cela ne succède?
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède.
+
+ ARONTE.
+
+ Aminte? Ah! commencez la feinte dès demain; 735
+ Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain.
+ Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle
+ Dans le fond du Marais en reçût la nouvelle?
+ Vous seriez tout un siècle à lui vouloir du bien,
+ Sans que votre arrogante en apprît jamais rien[178]. 740
+ Puisque vous voulez feindre, il faut feindre à sa vue;
+ Qu'aussitôt votre feinte en puisse être aperçue[179],
+ Qu'elle blesse les yeux de son esprit jaloux,
+ Et porte jusqu'au coeur d'inévitables coups.
+ Ce sera faire au vôtre un peu de violence; 745
+ Mais tout le fruit consiste à feindre en sa présence.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Hippolyte en ce cas seroit fort à propos;
+ Mais je crains qu'un ami n'en perdît le repos.
+ Dorimant, dont ses yeux ont charmé le courage,
+ Autant que Célidée en auroit de l'ombrage. 750
+
+ ARONTE.
+
+ Vous verrez si soudain rallumer son amour,
+ Que la feinte n'est pas pour durer plus d'un jour;
+ Et vous aurez après un sujet de risée
+ Des soupçons mal fondés de son âme abusée.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Va trouver Célidée, et puis nous résoudrons[180] 755
+ En ces extrémités quel avis nous prendrons.
+
+
+SCÈNE II[181].
+
+ARONTE, FLORICE.
+
+ ARONTE, seul.
+
+ Sans que pour l'apaiser je me rompe la tête,
+ Mon message est tout fait, et sa réponse prête.
+ Bien loin que mon discours pût la persuader,
+ Elle n'aura jamais voulu me regarder. 760
+ Une prompte retraite au seul nom de Lysandre,
+ C'est par où ses dédains se seront fait entendre.
+ Mes amours du passé ne m'ont que trop appris
+ Avec quelles couleurs il faut peindre un mépris.
+ A peine faisoit-on semblant de me connoître, 765
+ De sorte....
+
+ FLORICE.
+
+ Aronte, eh bien! qu'as-tu fait vers ton maître?
+ Le verrons-nous bientôt?
+
+ ARONTE.
+
+ N'en sois plus en souci[182];
+ Dans une heure au plus tard je te le rends ici.
+
+ FLORICE.
+
+ Prêt à lui témoigner[183]....
+
+ ARONTE.
+
+ Tout prêt. Adieu: je tremble
+ Que de chez Célidée on ne nous voie ensemble. 770
+
+
+SCÈNE III.
+
+HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ D'où vient que mon abord l'oblige à te quitter?
+
+ FLORICE.
+
+ Tant s'en faut qu'il vous fuie, il vient de me conter....
+ Toutefois je ne sais si je vous le dois dire.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que tu te plais, Florice, à me mettre en martyre!
+
+ FLORICE.
+
+ Il faut vous préparer à des ravissements[184].... 775
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ta longueur m'y prépare avec bien des tourments.
+ Dépêche, ces discours font mourir Hippolyte.
+
+ FLORICE.
+
+ Mourez donc promptement, que je vous ressuscite.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ L'insupportable femme! Enfin diras-tu rien?
+
+ FLORICE.
+
+ L'impatiente fille! Enfin tout ira bien. 780
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Enfin tout ira bien? Ne saurai-je autre chose?
+
+ FLORICE.
+
+ Il faut que votre esprit là-dessus se repose.
+ Vous ne pouviez tantôt souffrir de longs propos,
+ Et pour vous obliger, j'ai tout dit en trois mots;
+ Mais ce que maintenant vous n'en pouvez apprendre,
+ Vous l'apprendrez bientôt plus au long de Lysandre.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Tu ne flattes mon coeur que d'un espoir confus.
+
+ FLORICE.
+
+ Parlez à votre amie, et ne vous fâchez plus[185].
+
+
+SCÈNE IV.
+
+CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Mon abord importun rompt votre conférence:
+ Tu m'en voudras du mal.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Du mal? et l'apparence? 790
+ Je ne sais pas aimer de si mauvaise foi[186];
+ Et tout à l'heure encor je lui parlois de toi[187].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je me retire donc, afin que sans contrainte....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Quitte cette grimace, et mets à part la feinte.
+ Tu fais la réservée en ces occasions, 795
+ Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Tu meurs de le conter plus que moi de l'apprendre[188],
+ Et tu prendrois pour crime un refus de l'entendre.
+ Puis donc que tu le veux, ma curiosité....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Vraiment, tu me confonds de ta civilité. 800
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Voilà de tes détours, et comme tu diffères
+ A me dire en quel point vous teniez mes affaires.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Nous parlions du dessein d'éprouver ton amant[189]:
+ Tu l'as vu réussir à ton contentement?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je viens te voir exprès pour t'en dire l'issue: 805
+ Que je m'en suis trouvée heureusement déçue!
+ Je présumois beaucoup de ses affections,
+ Mais je n'attendois pas tant de submissions.
+ Jamais le désespoir qui saisit son courage
+ N'en put tirer un mot à mon désavantage; 810
+ Il tenoit mes dédains encor trop précieux,
+ Et ses reproches même étoient officieux.
+ Aussi ce grand amour a rallumé ma flamme:
+ Le change n'a plus rien qui chatouille mon âme;
+ Il n'a plus de douceurs pour mon esprit flottant, 815
+ Aussi ferme à présent qu'il le croit inconstant.
+
+ FLORICE.
+
+ Quoi que vous ayez vu de sa persévérance,
+ N'en prenez pas encore une entière assurance.
+ L'espoir de vous fléchir a pu le premier jour
+ Jeter sur son dépit ces beaux dehors d'amour[190]; 820
+ Mais vous verrez bientôt que pour qui le méprise
+ Toute légèreté lui semblera permise.
+ J'ai vu des amoureux de toutes les façons.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Cette bizarre humeur n'est jamais sans soupçons[191]:
+ L'avantage qu'elle a d'un peu d'expérience 825
+ Tient éternellement son âme en défiance;
+ Mais ce qu'elle te dit ne vaut pas l'écouter[192].
+
+ CÉLIDÉE.
+ Et je ne suis pas fille à m'en épouvanter.
+ Je veux que ma rigueur à tes yeux continue,
+ Et lors sa fermeté te sera mieux connue; 830
+ Tu ne verras des traits que d'un amour si fort,
+ Que Florice elle-même avouera qu'elle a tort[193].
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ce sera trop longtemps lui paroître cruelle.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Tu connoîtras par là combien il m'est fidèle,
+ Le ciel à ce dessein nous l'envoie à propos. 835
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Et quand te résous-tu de le mettre en repos?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Trouve bon, je te prie, après un peu de feinte,
+ Que mes feux violents s'expliquent sans contrainte;
+ Et pour le rappeler des portes du trépas,
+ Si j'en dis un peu trop, ne t'en offense pas[194]. 840
+
+
+SCÈNE V.
+
+LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Merveille des beautés, seul objet qui m'engage....
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ N'oublierez-vous jamais cet importun langage?
+ Vous obstiner encore à me persécuter,
+ C'est prendre du plaisir à vous voir maltraiter.
+ Perdez mon souvenir avec votre espérance, 845
+ Et ne m'accablez plus de cette déférence[195].
+ Il faut, pour m'arrêter, des entretiens meilleurs[196].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Quoi? vous prenez pour vous ce que j'adresse ailleurs?
+ Adore qui voudra votre rare mérite,
+ Un change heureux me donne à la belle Hippolyte: 850
+ Mon sort en cela seul a voulu me trahir,
+ Qu'en ce change mon coeur semble vous obéir,
+ Et que mon feu passé vous va rendre si vaine
+ Que vous imputerez ma flamme à votre haine,
+ A votre orgueil nouveau mes nouveaux sentiments[197], 855
+ L'effet de ma raison à vos commandements.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Tant s'en faut que je prenne une si triste gloire,
+ Je chasse mes dédains même de ma mémoire,
+ Et dans leur souvenir rien ne me semble doux,
+ Puisqu'en le conservant je penserois à vous[198]. 860
+
+ LYSANDRE, à Hippolyte.
+
+ Beauté de qui les yeux, nouveaux rois de mon âme,
+ Me font être léger sans en craindre le blâme....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ne vous emportez point à ces propos perdus,
+ Et cessez de m'offrir des voeux qui lui sont dus;
+ Je pense mieux valoir que le refus d'une autre[199]. 865
+ Si vous voulez venger son mépris par le vôtre,
+ Ne venez point du moins m'enrichir de son bien.
+ Elle vous traite mal, mais elle n'aime rien.
+ Vous, faites-en autant, sans chercher de retraite
+ Aux importunités dont elle s'est défaite. 870
+
+ LYSANDRE.
+
+ Que son exemple encore réglât mes actions!
+ Cela fut bon du temps de mes affections:
+ A présent que mon coeur adore une autre reine,
+ A présent qu'Hippolyte en est la souveraine....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ C'est elle seulement que vous voulez flatter. 875
+
+ LYSANDRE.
+
+ C'est elle seulement que je dois imiter.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Savez-vous donc à quoi la raison vous oblige?
+ C'est à me négliger, comme je vous néglige.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je ne puis imiter ce mépris de mes feux,
+ A moins qu'à votre tour vous m'offriez des voeux[200]; 880
+ Donnez-m'en les moyens, vous en verrez l'issue.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ J'appréhenderois fort d'être trop bien reçue[201],
+ Et qu'au lieu du plaisir de me voir imiter,
+ Je n'eusse que l'honneur de me faire écouter[202],
+ Pour n'avoir que la honte après de me dédire. 885
+
+ LYSANDRE.
+
+ Souffrez donc que mon coeur sans exemple soupire,
+ Qu'il aime sans exemple, et que mes passions
+ S'égalent seulement à vos perfections.
+ Je vaincrai vos rigueurs par mon humble service,
+ Et ma fidélité....
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Viens avec moi, Florice: 890
+ J'ai des nippes en haut que je veux te montrer[203].
+
+
+SCÈNE VI.
+
+HIPPOLYTE, LYSANDRE[204].
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Quoi? sans la retenir, vous la laissez rentrer?
+ Allez, Lysandre, allez: c'est assez de contraintes;
+ J'ai pitié du tourment que vous donnent ces feintes.
+ Suivez ce bel objet dont les charmes puissants 895
+ Sont et seront toujours absolus sur vos sens.
+ Quoi qu'après ses dédains un peu d'orgueil publie[205],
+ Son mérite est trop grand pour souffrir qu'on l'oublie:
+ Elle a des qualités et de corps et d'esprit
+ Dont pas un coeur donné jamais ne se reprit. 900
+
+ LYSANDRE.
+
+ Mon change fera voir l'avantage des vôtres,
+ Qu'en la comparaison des unes et des autres
+ Les siennes désormais n'ont qu'un éclat terni,
+ Que son mérite est grand, et le vôtre infini.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que j'emporte sur elle aucune préférence! 905
+ Vous tenez des discours qui sont hors d'apparence;
+ Elle me passe en tout, et dans ce changement
+ Chacun vous blâmeroit de peu de jugement.
+
+ LYSANDRE.
+
+ M'en blâmer en ce cas, c'est en manquer soi-même,
+ Et choquer la raison, qui veut que je vous aime[206]. 910
+ Nous sommes hors du temps de cette vieille erreur
+ Qui faisoit de l'amour une aveugle fureur,
+ Et l'ayant aveuglé, lui donnoit pour conduite
+ Le mouvement d'une âme et surprise et séduite.
+ Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissoient pas[207];
+ C'est par les yeux qu'il entre[208] et nous dit vos appas:
+ Lors notre esprit en juge; et suivant le mérite,
+ Il fait croître une ardeur que cette vue excite[209].
+ Si la mienne pour vous se relâche un moment,
+ C'est lors que je croirai manquer de jugement; 920
+ Et la même raison qui vous rend admirable[210]
+ Doit rendre comme vous ma flamme incomparable.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Épargnez avec moi ces propos affétés.
+ Encore hier Célidée avoit ces qualités;
+ Encore hier en mérite elle étoit sans pareille. 925
+ Si je suis aujourd'hui cette unique merveille,
+ Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi,
+ Gagnera votre coeur et ce titre sur moi.
+ Un esprit inconstant a toujours cette adresse[209].
+
+
+SCÈNE VII.
+
+CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE, LYSANDRE.
+
+ CHRYSANTE[212].
+
+ Monsieur, j'aime ma fille avec trop de tendresse 930
+ Pour la vouloir contraindre en ses affections.
+
+ PLEIRANTE[213].
+
+ Madame, vous saurez ses inclinations;
+ Elle voudra vous plaire, et je l'en vois sourire[214].
+ Allons, mon cavalier, j'ai deux mots à vous dire[215].
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Vous en aurez réponse avant qu'il soit trois jours. 935
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+CHRYSANTE, HIPPOLYTE.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Devinerois-tu bien quels étoient nos discours?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Il vous parloit d'amour peut-être?
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Oui: que t'en semble?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ D'âge presque pareils, vous seriez bien ensemble.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Tu me donnes vraiment un gracieux détour;
+ C'étoit pour ton sujet qu'il me parloit d'amour. 940
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Pour moi? Ces jours passés, un poëte qui m'adore
+ (Du moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore[216];
+ Je me raillois alors de sa comparaison[217]:
+ Mais si cela se fait, il avoit bien raison.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Avec tout ce babil, tu n'es qu'une étourdie. 945
+ Le bonhomme est bien loin de cette maladie;
+ Il veut te marier, mais c'est à Dorimant:
+ Vois si tu te résous d'accepter cet amant.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Dessus tous mes desirs vous êtes absolue,
+ Et si vous le voulez, m'y voilà résolue. 950
+ Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard;
+ Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard:
+ Lysandre si longtemps a brûlé pour sa fille,
+ Qu'il en faisoit déjà l'appui de sa famille;
+ A présent que ses feux ne sont plus que pour moi, 955
+ Il voudroit bien qu'un autre eût engagé ma foi,
+ Afin que sans espoir dans cette amour nouvelle,
+ Un nouveau changement le ramenât vers elle[218].
+ N'avez-vous point pris garde, en vous disant adieu,
+ Qu'il a presque arraché Lysandre de ce lieu? 960
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Simple, ce qu'il en fait, ce n'est qu'à sa prière[219];
+ Et Lysandre tient même à faveur singulière....
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Je sais que Dorimant est un de ses amis;
+ Mais vous voyez d'ailleurs que le ciel a permis
+ Que pour mieux vous montrer que tout n'est qu'artifice,
+ Lysandre me faisoit ses offres de service.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Aucun des deux n'est homme à se jouer de nous:
+ Quelque secret mystère est caché là-dessous.
+ Allons, pour en tirer la vérité plus claire,
+ Seules dedans ma chambre examiner l'affaire; 970
+ Ici quelque importun pourroit nous aborder[220].
+
+
+SCÈNE IX.
+
+HIPPOLYTE, FLORICE.
+
+ HIPPOLYTE[221].
+
+ J'aurai bien de la peine à la persuader[222]:
+ Ah! Florice, en quel point laisses-tu Célidée?
+
+ FLORICE.
+
+ De honte et de dépit tout à fait possédée.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que t'a-t-elle montré?
+
+ FLORICE.
+
+ Cent choses à la fois, 975
+ Selon que le hasard les mettoit sous ses doigts:
+ Ce n'étoit qu'un prétexte à faire sa retraite.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Elle t'a témoigné d'être fort satisfaite?
+
+ FLORICE.
+
+ Sans que je vous amuse en discours superflus,
+ Son visage suffit pour juger du surplus[223]. 980
+
+ HIPPOLYTE regarde Célidée[224].
+
+ Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre;
+ Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre.
+
+
+SCÈNE X.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Infidèles témoins d'un feu mal allumé,
+ Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes[225],
+ Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé 985
+ Du pouvoir de vos charmes.
+
+ De quoi vous a servi d'avoir su me flatter[226],
+ D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe,
+ S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter
+ Avecque plus de pompe? 990
+
+ Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant[227];
+ Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte;
+ Et n'ayant pu le perdre avec contentement,
+ Je le perds avec honte.
+
+ Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret; 995
+ Par là mon désespoir davantage se pique.
+ Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret,
+ Et ma honte est publique.
+
+ Le traître avoit senti qu'alors me négliger[228],
+ C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme; 1000
+ Et la constance plût à cet esprit léger
+ Pour amortir ma flamme.
+
+ Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant,
+ Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître:
+ De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant, 1005
+ Il n'ose plus paroître;
+
+ Outre que de mon coeur pleinement exilé,
+ Et n'y conservant plus aucune intelligence,
+ Il est trop glorieux pour n'être rappelé
+ Qu'à servir ma vengeance. 1010
+
+ Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux.
+ Courage donc, mon coeur; espérons un peu mieux.
+ Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;
+ Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles:
+ Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs, 1015
+ N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs.
+
+
+SCÈNE XI.
+
+DORIMANT, CÉLIDÉE, CLÉANTE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Dans ce profond penser, pâle, triste, abattue,
+ Ou quelque grand malheur de Lysandre vous tue,
+ Ou bientôt vos douleurs l'accableront d'ennuis[229].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il est cause en effet de l'état où je suis, 1020
+ Non pas en la façon qu'un ami s'imagine,
+ Mais....
+
+ DORIMANT.
+
+ Vous n'achevez point, faut-il que je devine?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Permettez que je cède à la confusion[230]
+ Qui m'étouffe la voix en cette occasion.
+ J'ai d'incroyables traits de Lysandre à vous dire; 1025
+ Mais ce reste du jour souffrez que je respire,
+ Et m'obligez demain que je vous puisse voir.
+
+ DORIMANT.
+
+ De sorte qu'à présent on n'en peut rien savoir?
+ Dieux! elle se dérobe, et me laisse en un doute....
+ Poursuivons toutefois notre première route; 1030
+ Peut-être ces beaux yeux, dont l'éclat me surprit,
+ De ce fâcheux soupçon purgeront mon esprit.
+ Frappe[231].
+
+
+SCÈNE XII.
+
+DORIMANT, FLORICE, CLÉANTE.
+
+ FLORICE.
+
+ Que vous plaît-il?
+
+ DORIMANT.
+
+ Peut-on voir Hippolyte?
+
+ FLORICE.
+
+ Elle vient de sortir pour faire une visite.
+
+ DORIMANT.
+
+ Ainsi tout aujourd'hui mes pas ont été vains. 1035
+ Florice, à ce défaut, fais-lui mes baisemains.
+
+ FLORICE, seule.
+
+ Ce sont des compliments qu'il fait mauvais lui faire[232].
+ Depuis que ce Lysandre a tâché de lui plaire,
+ Elle ne veut plus être au logis que pour lui,
+ Et tous autres devoirs lui donnent de l'ennui. 1040
+
+
+FIN DU TROISIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [168] _Var._ Depuis qu'on leur fait prendre un peu de jalousie.
+ (1637-57)
+
+ [169] _Var._ Car encore, après tout, ces rudes traitements
+ Ne sont pas à dessein de perdre leurs amants. (1637-57)
+
+ [170] _Var._ Ce n'étoit rien qu'appas, que douceurs, que
+ plaisirs. (1637-57)
+
+ [171] _Var._ Connoissez son humeur: elle fait vanité. (1637-57)
+
+ [172] _Var._ Votre extrême souffrance à ces rigueurs l'invite.
+ (1637-57)
+
+ [173] _Var._ Que vous seriez enfin homme à l'abandonner.
+ La crainte de vous perdre et de se voir changée
+ A vivre comme il faut l'aura bientôt rangée:
+ Elle en craindra la honte, et ne souffrira pas. (1637-57)
+
+ [174] _Var._ Combien à vous ravoir elle fera d'efforts.
+ LYS. Mais me jugerois-tu capable d'une feinte?
+ AR. Mais reculeriez-vous pour un peu de contrainte? (1637-57)
+
+ [175] _Var._ Pourrois-tu me juger capable d'une feinte?
+ AR. Pourriez-vous trouver rude un moment de contrainte? (1660 et 63)
+
+ [176] _Var._ Il le faut, ou souffrir une peine éternelle.
+ (1637-57)
+
+ [177] _Var._ Je m'y rends, mais avant que l'effet en éclate.
+ (1637-57)
+
+ [178] _Var._ Sans que votre maîtresse en apprît jamais rien.
+ (1637-57)
+
+ [179] _Var._ Afin que votre feinte, aussitôt aperçue,
+ Produise un prompt effet dans son esprit jaloux;
+ Et pour en adresser plus sûrement les coups,
+ Quand vous verrez quelque autre en discours avec elle,
+ Feignez en sa présence une flamme nouvelle. (1637-57)
+
+ [180] _Var._ Va trouver ma maîtresse, et puis nous résoudrons.
+ (1637-57)
+
+ [181] Dans l'édition de 1637, la division de scène, au lieu
+ d'être ici, se trouve l'entrée de Florice, au vers 766.
+
+ [182] _Var._ S'y résout-il enfin? [AR. N'en sois plus en souci.]
+ (1637-57)
+
+ [183] _Var._ Prêt à la caresser? (1637-57)
+
+ [184] _Var._ Il faut vous préparer à des contentements. (1637-57)
+
+ [185] _Var._ Parlez à Célidée, et ne m'informez plus. (1637-57)
+
+ [186] _Var._ Tu peux bien avec nous[186-a], je t'en jure ma foi. (1637)
+ _Var._ Tu peux bien avec nous, je t'en donne ma foi. (1644-57)
+
+ [186-a] Pour: «Tu peux bien rester avec nous.» Voyez le _Lexique_.
+
+ [187] _Var._ Nos entretiens étoient de Lysandre et de toi.
+ CÉL. Et pour cette raison, adieu, je me retire,
+ Afin qu'en liberté vous en puissiez tout dire.
+ HIPP. Tu fais bien la discrète en ces occasions. (1637-57)
+
+ [188] _Var._ Toi-même bien plutôt tu meurs de me l'apprendre.
+ Suivant donc tes desirs, résolue à l'entendre,
+ J'éveille en ta faveur ma curiosité. (1637-57)
+
+ [189] _Var._ Nous parlions du conseil que je t'avois donné;
+ Lysandre, je m'assure, en fut bien étonné?
+ CÉL. Et je venois aussi pour t'en conter l'issue. (1637-57)
+
+ [190] _Var._ Masquer ses mouvements de cet excès d'amour,
+ Qu'après, pour mépriser celle qui le méprise. (1637-57)
+
+ [191] _Var._ Cette bigearre humeur n'est jamais sans soupçons. (1637-57)
+
+ [192] _Var._ Mais ce qu'elle t'en dit ne vaut pas l'écouter. (1637-57)
+
+ [193] _Var._ Que ta Florice même avouera qu'elle a tort. (1637-57)
+
+ [194] _Var._ S'il m'échappe un baiser, ne t'en offense pas.
+ (1637-57)
+
+ [195] _Var._ Et ne m'accablez plus de votre impertinence.
+ (1637-64)
+
+ [196] _Var._ Pour me plaire, il faut bien des entretiens
+ meilleurs. (1637-57)
+
+ [197] _Var._ A votre orgueil nouveau mes nouveaux mouvements.
+ (1637-57)
+
+ [198] _Var._ Puisque, le conservant, je songerois à vous. (1637-57)
+ _Var._ Puisque, le conservant, je penserois à vous. (1660)
+ _Var._ Parce qu'en le gardant je penserois à vous. (1663-68)
+
+ [199] _Var._ Je pense mieux valoir que le refus d'un autre[199-a].
+ (1637-57)
+
+ [199-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.
+
+ [200] _Var._ Si, comme je vous fais, vous ne m'offrez des voeux.
+ (1637-57)
+
+ [201] _Var._ Je craindrois, en ce cas, d'être trop bien reçue.
+ (1637-57)
+
+ [202] _Var._ Vous rencontrant d'humeur facile à m'écouter,
+ Je n'eusse que la honte après de me dédire.
+ LYS. Vous devez donc souffrir que dessous votre empire
+ Mon feu soit sans exemple, et que mes passions. (1637-57)
+
+ [203] _Var._ J'ai des nippes en haut que je te veux montrer.
+ (1637-57)
+
+ [204] VAR. HIPPOLYTE, LYSANDRE, ARONTE. (1637-60)
+
+ [205] _Var._ Quoi qu'un peu de dépit devant elle publie.
+ (1637-57)
+
+ [206] _Var._ C'est choquer la raison, qui veut que je vous aime.
+ (1637)
+
+ [207] _Var._ Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissent
+ pas. (1648-57)
+
+ [210] Regnier l'a dit avant Corneille:
+
+ L'amour est une affection
+ Qui par les yeux dans le coeur entre.
+
+ (_Épigrammes._)
+
+ Et la Fontaine l'a répété après tous les deux (_Contes_, IV, IX,
+ _le Diable en enfer_):
+
+ Une vertu sort de vous, ne sais quelle,
+ Qui dans le coeur s'introduit par les yeux.
+
+ [209] _Var._ Il fait naître une ardeur ou puissante ou petite.
+ Moi, si mon feu vers vous se relâche un moment. (1637-57)
+
+ [210] _Var._ Car, puisqu'auprès de vous il n'est rien d'admirable,
+ Ma flamme comme vous doit être incomparable. (1637-57)
+
+ [211] _Var._ Un esprit inconstant, quelque part qu'il
+ s'adresse.... (1637-57)
+
+ [212] _Var._ CHRYSANTE, _à Pleirante_. (1648)
+
+ [213] _Var._ PLEIRANTE, _à Chrysante_. (1648)
+
+ [214] _Var._ La voilà qui s'en doute et s'en met à sourire[214-a].
+ (1637-57)
+
+ [214-a] Entre les vers 933 et 934: _à Lysandre_. (1648)
+
+ [215] En marge, dans l'édition de 1637: _Il emmène Lysandre avec
+ lui_.
+
+ [216] _Var._ (Au moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore.
+ (1637-60)
+
+ [217] _Var._ Mais si cela se fait, dans sa comparaison,
+ Prévoyant cet hymen, il avoit bien raison. (1637-57)
+
+ [218] _Var._ Il fût comme forcé de retourner vers elle. (1637-57)
+
+ [219] _Var._ Simple, ce qu'il en fait n'est rien qu'à sa prière;
+ [Et Lysandre tient même à faveur singulière]
+ Cette peine qu'il prend pour un de ses amis.
+ HIPP. Mais voyez cependant que le ciel a permis. (1637-57)
+
+ [220] _Var._ Ici quelque importun nous pourroit aborder.
+ (1637-57)
+
+ [221] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. (1648)
+
+ [222] Entre les vers 972 et 973: _à Florice, qui sort de chez
+ Célidée._ (1648)
+
+ [223] _Var._ Voyez sa contenance, et jugez du surplus. (1637-57)
+
+ [224] _Var._ HIPPOLYTE, _regardant Célidée._ (1660)--Cette
+ indication manque dans les éditions de 1637-57.
+
+ [225] _Var._ Soyez-le de ma honte, et vous fondant en larmes.
+ (1637)
+
+ [226] _Var._ Sur votre faux rapport osant trop me flatter,
+ Je vantois sa constance, et l'ingrat qui me trompe
+ Ne se feignit constant qu'afin de m'affronter. (1637-57)
+
+ [227] _Var._ Quand je le veux chasser, il est parfait amant;
+ Quand j'en veux être aimée, il n'en fait plus de conte. (1637-57)
+
+ [228] _Var._ Ce traître voyoit bien qu'alors me négliger,
+ C'étoit à Dorimant abandonner mon âme,
+ Et voulut par sa feinte, avant que me changer,
+ Amortir cette flamme. (1637-57)
+
+ [229] _Var._ Ou bientôt vos douleurs le mettront au cercueil.
+ CÉL. Lysandre est en effet la cause de mon deuil. (1637-57)
+
+ [230] _Var._ Excusez-moi, Monsieur, si ma confusion
+ M'étouffe la parole en cette occasion. (1637-57)
+
+ [231] En marge, dans l'édition de 1637: _Cléante frappe à la
+ porte d'Hippolyte.--Cléante frappe chez Hippolyte._ (1648)
+
+ [232] _Var._ Ce sont des compliments dont elle a bien affaire!
+ (1637)
+
+
+
+
+ACTE IV.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+HIPPOLYTE, ARONTE.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître[233],
+ Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;
+ Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.
+ Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser[234]!
+ Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,
+ Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!
+ Mais je me promets tant de ta dextérité,
+ Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.
+
+ ARONTE.
+
+ Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte
+ Déjà vers son objet malgré moi le remporte; 1050
+ Et comme s'il avoit reconnu son erreur,
+ Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:
+ Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle
+ Lui jurer que son coeur n'a brûlé que pour elle,
+ Attaquer son orgueil par des submissions.... 1055
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ J'entends assez le but de tes commissions.
+ Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage[235]?
+
+ ARONTE.
+
+ J'emploie auprès de vous le temps de ce message,
+ Et la ferai parler tantôt à mon retour
+ D'une façon mal propre à donner de l'amour; 1060
+ Mais après mon rapport, si son ardeur extrême
+ Le résout à porter son message lui-même,
+ Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux
+ Vaincra notre artifice et parlera pour eux.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme, 1065
+ Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme[236].
+ Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher
+ Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.
+
+ ARONTE.
+
+ Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre,
+ Ce seroit le plus sûr.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ N'oses-tu l'entreprendre? 1070
+
+ ARONTE.
+
+ Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux,
+ Et vous verrez après frapper d'étranges coups.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale,
+ Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale[237];
+ Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur, 1075
+ Lui montra tant d'amour qu'il regagna son coeur.
+
+ ARONTE.
+
+ Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble,
+ Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps,
+ Puisque de là dépend le bonheur que j'attends. 1080
+
+
+SCÈNE II.
+
+DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie?
+
+ ARONTE.
+
+ Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie,
+ J'avois doublé le pas sans vous apercevoir.
+
+ DORIMANT.
+
+ D'où viens-tu?
+
+ ARONTE.
+
+ D'un logis vers la Croix-du-Tiroir[238].
+
+ DORIMANT.
+
+ C'est donc en ce Marais que finit ton voyage? 1085
+
+ ARONTE.
+
+ Non, je cours au Palais faire encore un message.
+
+ DORIMANT.
+
+ Et c'en est le chemin de passer par ici[239]?
+
+ ARONTE.
+
+ Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci:
+ Il meurt d'impatience à force de m'attendre.
+
+ DORIMANT.
+
+ Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre?
+ As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris?
+
+ ARONTE.
+
+ Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris.
+
+ DORIMANT.
+
+ Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Et c'est là seulement le discours qu'il évite.
+ Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu, 1095
+ En vain tu veux cacher ce que nous avons vu.
+ Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître:
+ Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître?
+ Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant,
+ Et te vient d'envoyer lui faire un compliment. 1100
+
+(Aronte rentre.)
+
+
+SCÈNE III.
+
+DORIMANT, CÉLIDÉE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Après cette retraite et ce morne silence,
+ Pouvez-vous bien encor demeurer en balance?
+
+ DORIMANT.
+
+ Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit:
+ Aronte en me parlant étoit tout interdit,
+ Et sa confusion portoit sur son visage 1105
+ Assez et trop de jour pour lire son message.
+ Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit
+ Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle:
+ Votre amour seulement la lui fait trouver belle. 1110
+ Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est[240],
+ N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît;
+ Et votre affection, de la sienne suivie,
+ Montre que c'est par là qu'il en a pris envie,
+ Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober[241]. 1115
+
+ DORIMANT.
+
+ Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.
+ En ce dessein commun de servir Hippolyte,
+ Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:
+ Son sang me répondra de son manque de foi,
+ Et me fera raison et pour vous et pour moi. 1120
+ Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,
+ Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous[242],
+ Est-ce faire justice à ce juste courroux?
+ Pouvez-vous présumer, après sa tromperie, 1125
+ Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?
+ Certes pour le punir c'est trop vous négliger,
+ Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.
+
+ DORIMANT.
+
+ Pourriez-vous approuver que je prisse avantage[243]
+ Pour immoler ce traître à mon peu de courage? 1130
+ J'achèterois trop cher la mort du suborneur,
+ Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur[244],
+ Et montrerois une âme et trop basse et trop noire
+ De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés, 1135
+ Il est pour vous venger des moyens plus aisés.
+ Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,
+ Vous auriez bientôt pris une juste vengeance[245];
+ Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....
+
+ DORIMANT.
+
+ Quoi? Ce qu'il m'a volé?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Non, mais du moins autant.
+
+ DORIMANT.
+
+ La foiblesse du sexe en ce point vous conseille:
+ Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille;
+ Mais suivre le chemin que vous voulez tenir[246],
+ C'est imiter son crime au lieu de le punir;
+ Au lieu de lui ravir une belle maîtresse, 1145
+ C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse.
+
+(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant avec
+Célidée[247].)
+
+ C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger;
+ C'est souffrir un affront, et non pas se venger.
+ J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire;
+ Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire 1150
+ Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur,
+ Vous pourrez aisément en deviner l'auteur.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne
+ Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne.
+ Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs, 1155
+ Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs!
+
+
+SCÈNE IV.
+
+LYSANDRE, ARONTE.
+
+ ARONTE.
+
+ Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle?
+
+ LYSANDRE.
+
+ Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle.
+ N'exerce plus tes soins à me faire endurer;
+ Ma plus douce fortune est de tout ignorer[248]: 1160
+ Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte.
+
+ ARONTE.
+
+ Encor pour Dorimant, il en a quelque honte:
+ Vous voyant, il a fui.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Mais mon ingrate alors
+ Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,
+ Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes! 1165
+ Tu croyois que son coeur n'eût point d'autres atteintes,
+ Que son esprit entier se conservoit à moi,
+ Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi[249]!
+
+ ARONTE.
+
+ A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même.
+ Après deux ans passés dans un amour extrême, 1170
+ Que sans occasion elle vînt à changer,
+ Je me fusse tenu coupable d'y songer;
+ Mais puisque sans raison la volage vous change,
+ Faites qu'avec raison un changement vous venge.
+ Pour punir comme il faut son infidélité, 1175
+ Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Misérable! est-ce ainsi qu'il faut qu'on me soulage?
+ Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage?
+ Et veux-tu désormais que par un second choix
+ Je m'engage à souffrir encore une autre fois? 1180
+ Qui t'a dit qu'Hippolyte à cette amour nouvelle[250]
+ Se rendroit plus sensible ou seroit plus fidèle?
+
+ ARONTE.
+
+ Vous en devez, Monsieur, présumer beaucoup mieux.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux.
+
+ ARONTE.
+
+ Son âme....
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ote-toi, dis-je, et dérobe ta tête 1185
+ Aux violents effets que ma colère apprête:
+ Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet;
+ Va, tu l'attirerois sur un sang trop abjet[251].
+
+
+SCÈNE V[252].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Il faut à mon courroux de plus nobles victimes:
+ Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes[253]; 1190
+ Qu'après les trahisons de ce couple indiscret,
+ L'un meure de ma main, et l'autre de regret.
+ Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse;
+ Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse.
+ Mon coeur, à qui mes yeux apprendront ses tourments,
+ Permettra le retour à mes contentements;
+ Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes,
+ N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes.
+ Ses douleurs seulement ont droit de me guérir;
+ Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir[254]. 1200
+ Frénétiques transports, avec quelle insolence
+ Portez-vous mon esprit à tant de violence?
+ Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi;
+ Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi?
+ Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse, 1205
+ Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse?
+ Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr?
+ Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir[255]
+ Qu'un rigoureux combat déchire mon courage!
+ Ma jalousie augmente et redouble ma rage[256]; 1210
+ Mais quelques[257] fiers projets qu'elle jette en mon coeur,
+ L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur.
+ Celle que nous aimons jamais ne nous offense;
+ Un mouvement secret prend toujours sa défense:
+ L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement,
+ Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant[258].
+ Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide,
+ Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide;
+ Arrachez-lui mon bien: une telle beauté
+ N'est pas le juste prix d'une déloyauté. 1220
+ Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices
+ Il recueillît les fruits dus à mes longs services?
+ S'il vous faut épargner le sujet de mes feux,
+ Que ce traître du moins réponde pour tous deux.
+ Vous me devez son sang pour expier son crime: 1225
+ Contre sa lâcheté tout vous est légitime;
+ Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici?
+
+
+SCÈNE VI.
+
+HIPPOLYTE, LYSANDRE.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci;
+ Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère,
+ En font voir au dehors une marque trop claire[259]. 1230
+ Je prends assez de part en tous vos intérêts
+ Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets;
+ Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines....
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes;
+ C'est irriter mes maux que de me secourir; 1235
+ La mort, la seule mort a droit de me guérir.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Si vous vous obstinez à m'en taire la cause,
+ Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point. 1240
+ C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve,
+ Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve:
+ Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi,
+ Être de belle humeur, ou n'être plus à moi[260].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence[261]; 1245
+ Vous useriez sur moi de trop de violence.
+ Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs[262]
+ Veulent en liberté s'exhaler en soupirs.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+HIPPOLYTE[263].
+
+ C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte[264]?
+ Après des voeux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte!
+ Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours,
+ Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours!
+ Dans ce peu de succès des ruses de Florice,
+ J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice;
+ Et si j'en puis jamais trouver l'occasion, 1255
+ J'y mettrai bien encor de la division.
+ Si notre pauvre amant est plein de jalousie,
+ Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous[265]?
+ Il a bientôt quitté des entretiens si doux. 1260
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Qu'y feroit-il, ma soeur? Ta fidèle Hippolyte[266]
+ Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite[267].
+ Il a beau m'en conter de toutes les façons,
+ Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Le parjure à présent est fort sur ta louange[268]? 1265
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange;
+ Et quand il vient ensuite à parler de ses feux[269],
+ Aucune passion jamais n'approcha d'eux.
+ Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige,
+ Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige: 1270
+ C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment;
+ Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement,
+ Je te laisse à juger alors si je l'endure.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ C'est trop prendre, ma soeur, de part en mon injure:
+ Laisse-le mépriser celle dont les mépris 1275
+ Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris.
+ Si Lysandre te plaît, possède le volage,
+ Mais ne me traite point avec désavantage;
+ Et si tu te résous d'accepter mon amant,
+ Relâche-moi du moins le coeur de Dorimant. 1280
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre,
+ Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre;
+ Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir,
+ Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir.
+ J'estimai fort Lysandre avant que le connoître; 1285
+ Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître,
+ Je te répute heureuse après l'avoir perdu.
+ Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu!
+ Que son discours est fade avec ses flatteries[270]!
+ Qu'on est importuné de ses afféteries! 1290
+ Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui,
+ Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui[271].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale
+ A pris pour nos malheurs une route inégale!
+ L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux; 1295
+ L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Si nous changions de sort, que nous serions contentes!
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes,
+ Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Mais l'autre, tu voudrois....
+
+
+SCÈNE IX.
+
+PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Ne rompez pas pour moi;
+ Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles[272]?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Nous causions de mouchoirs, de rabats[273], de dentelles,
+ De ménages de fille.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Et parmi ces discours,
+ Vous confériez ensemble un peu de vos amours:
+ Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable? 1305
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable[274].
+ Des hommes comme vous ne sont que des conteurs.
+ Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs!
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire,
+ Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère? 1310
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ J'obéirai toujours à son commandement;
+ Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement:
+ Je ne puis deviner ce que vous voulez dire.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Vous en voulez par là[275]....
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Ce n'est point fiction 1315
+ Que ce que je vous dis de son affection.
+ Votre mère sut hier à quel point il vous aime[276],
+ Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer,
+ Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer; 1320
+ Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle.
+
+
+SCÈNE X.
+
+PLEIRANTE, CÉLIDÉE.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Ta compagne est du moins aussi fine que belle[277].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Et fort habilement se parer de mes coups.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre[278].
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre.
+ Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt?
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Lysandre m'a prié d'en porter la parole.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Lysandre!
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Oui, ton Lysandre.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Et lui-même cajole....
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Quoi? que cajole-t-il?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Hippolyte, à mes yeux.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux;
+ Et nous sommes tous prêts de choisir la journée
+ Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée.
+ Il se plaint toutefois un peu de ta froideur; 1335
+ Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur.
+ Parle: ma volonté sera-t-elle obéie?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie!
+ Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant,
+ Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant, 1340
+ Et traverse par là tout ce qu'à sa prière
+ Votre vaine entremise avance vers la mère.
+ Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous?
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux!
+ Et quoi? pour un ami s'il rend une visite, 1345
+ Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je sais ce que j'ai vu.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Je sais ce qu'il m'a dit,
+ Et ne veux plus du tout souffrir de contredit.
+ Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose[279].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Quelle bizarre humeur! quelle inégalité[280]
+ De rejeter un bien qu'on a tant souhaité!
+ La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices:
+ Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices.
+ Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux, 1355
+ Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux;
+ Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse,
+ Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse?
+ Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Monsieur....
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.
+
+
+SCÈNE XI.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Fâcheux commandement d'un incrédule père!
+ Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère!
+ J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi,
+ Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi,
+ Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance, 1365
+ Unissoit mes desirs à mon obéissance;
+ Mais, hélas! que depuis cette infidélité
+ Je trouve d'injustice en son autorité!
+ Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie
+ Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie. 1370
+ Dures extrémités où mon sort est réduit!
+ On donne mes faveurs à celui qui les fuit;
+ Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine,
+ Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne.
+ Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour 1375
+ A celui dont je tiens la lumière du jour?
+ Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte?
+ Mon coeur en même temps se retient et s'excite.
+ Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien
+ Que mon feu ne dépend que de croire le sien. 1380
+ Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître:
+ Attends, attends du moins la sienne pour renaître.
+ A quelle folle erreur me laissé-je emporter!
+ Il fait tout à dessein de me persécuter.
+ L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice 1385
+ Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice[281].
+ Rentrons, que son objet présenté par hasard
+ De mon coeur ébranlé ne reprenne une part:
+ C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine,
+ Sans que mes yeux encore aident à ma ruine. 1390
+
+
+SCÈNE XII.
+
+LA LINGÈRE, LE MERCIER.
+
+ LA LINGÈRE, après qu'ils se sont entre-poussé une boîte
+ qui est entre leurs boutiques[282].
+
+ J'envoirai tout à bas, puis après on verra.
+ Ardez[283], vraiment c'est-mon[284], on vous l'endurera!
+ Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre!
+
+ LE MERCIER.
+
+ Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre?
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Aussi votre tapis est tout sur mon battant[285]; 1395
+ Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant.
+
+ LE MERCIER.
+
+ Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie,
+ Et puis on vous jouera dedans la comédie.
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis;
+ Pour en avoir raison nous manquerions d'amis! 1400
+ On joue ainsi le monde.
+
+ LE MERCIER.
+
+ Après tout ce langage,
+ Ne me repoussez pas mes boîtes davantage.
+ Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands;
+ Vous vendez dix rabats contre moi deux galands[286].
+ Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure[287], 1405
+ Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure;
+ Et vous me harcelez et sans cause et sans fin.
+ Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin!
+ Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique
+ Que par un entre-deux mis à votre boutique; 1410
+ Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler,
+ Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller.
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Justement.
+
+
+SCÈNE XIII.
+
+LA LINGÈRE, FLORICE, LE MERCIER, LE LIBRAIRE, CLÉANTE.
+
+ LA LINGÈRE[288].
+
+ De tout loin je vous ai reconnue.
+
+ FLORICE.
+
+ Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue?
+ Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux? 1415
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Ils viennent d'arriver.
+
+ FLORICE.
+
+ Voyons donc les plus beaux.
+
+ LE MERCIER, à Cléante qui passe.
+
+ Ne vous vendrai-je rien, Monsieur? des bas de soie,
+ Des gants en broderie, ou quelque petite oie[289]?
+
+ CLÉANTE, au Libraire.
+
+ Ces livres que mon maître avoit fait mettre à part,
+ Les avez-vous encore?
+
+ LE LIBRAIRE, empaquetant ses livres[290].
+
+ Ah! que vous venez tard! 1420
+ Encore un peu, ma foi, je m'en allois les vendre.
+ Trois jours sans revenir! je m'ennuyois d'attendre.
+
+ CLÉANTE.
+
+ Je l'avois oublié. Le prix?
+
+ LE LIBRAIRE[291].
+
+ Chacun le sait:
+ Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait.
+
+ LA LINGÈRE, à Florice,
+
+ Eh bien, qu'en dites-vous?
+
+ FLORICE.
+
+ J'en suis toute ravie, 1425
+ Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie.
+ Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport.
+ Que celui-ci me semble et délicat et fort[292]
+ Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage!
+ Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage. 1430
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Voici de quoi vous faire un assez beau collet.
+
+ FLORICE.
+
+ Je pense, en vérité, qu'il ne seroit pas laid;
+ Que me coûtera-t-il?
+
+ LA LINGÈRE.
+
+ Allez, faites-moi vendre,
+ Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre.
+ Mais avisez alors à me récompenser. 1435
+
+ FLORICE.
+
+ L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser:
+ Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.
+
+
+SCÈNE XIV.
+
+FLORICE, ARONTE, LE MERCIER, LA LINGÈRE[293].
+
+ FLORICE.
+
+ Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse?
+
+ ARONTE.
+
+ De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir,
+ Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir[294]. 1440
+
+ FLORICE.
+
+ Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte?
+
+ ARONTE.
+
+ Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte.
+
+ FLORICE.
+
+ Ne te débauche point, je veux faire ta paix.
+
+ ARONTE.
+
+ Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais.
+
+ FLORICE.
+
+ S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée, 1445
+ Je te rends aussitôt l'affaire accommodée.
+
+ARONTE.
+
+Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand! Viens, je te veux
+donner tout à l'heure un galand.
+
+LE MERCIER.
+
+Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre: En voilà de
+Paris, d'Avignon, d'Angleterre. 1450
+
+ARONTE, après avoir regardé une boîte de galands[295].
+
+Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs. Allons, Florice,
+allons, il en faut voir ailleurs.
+
+LA LINGÈRE[296].
+
+Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise[297], Des hommes comme vous
+perdent leur chalandise.
+
+LE MERCIER.
+
+Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment. Du moins, si je
+vends peu, je vends loyalement, Et je n'attire point avec une promesse
+De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.
+
+LA LINGÈRE.
+
+Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien; Chacun sait son
+métier, et.... Mais je ne dis rien. 1460
+
+LE MERCIER.
+
+Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.
+
+LA LINGÈRE.
+
+Je ne réplique point à des gens en colère[298].
+
+FIN DU QUATRIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [233] _Var._ Vu l'excessif amour qu'il me faisoit paroître.
+ (1637-57)
+
+ [234] _Var._ O Dieux! qu'il est adroit quand il veut déguiser!
+ (1637-57)
+
+ [235] _Var._ Enfin tu vas tâcher d'amollir son courage? (1637-57)
+
+ [236] _Var._ Et ne permet qu'à moi de gouverner son âme.
+ Si donc il ne les faut qu'empêcher de se voir,
+ Je te laisse à juger si j'y saurai pourvoir. (1637-57)
+
+ [237] _Var._ Jusque-là qu'entre eux deux leur âme étoit égale.
+ (1637-57)
+
+ [238] «La _Croix-du-Tiroir_, dit Piganiol de la Force
+ (_Description de Paris_, 1742, tome II, p. 174), est le nom d'une
+ _croix_ (_placée sur une fontaine_) et d'un _carrefour_ de la rue
+ de l'Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue
+ Saint-Honoré. Elle est nommée dans les anciens titres la _Croix
+ de.... Traihoir...._.... du _Triouer_, etc.» On peut voir dans
+ l'ouvrage cité les diverses étymologies qu'on a données de ce
+ nom.
+
+ [239] _Var._ C'en est fort le chemin de passer par ici! (1637)
+
+ [240] _Var._ Son objet, tout aimable et tout parfait qu'il est.
+ (1637-64)
+
+ [241] _Var._ Qu'il veut moins l'acquérir que vous la dérober.
+ (1637-64)
+
+ [242] _Var._ Voulez-vous, offensé, pour en avoir raison,
+ Qu'un perfide avec vous entre en comparaison? (1637-57)
+
+ [243] _Var._ Me conseilleriez-vous que, pris à l'avantage,
+ J'immolasse le traître à mon peu de courage? (1637-57)
+
+ [244] _Var._ [Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur.]
+ CÉL. Je ne veux pas de vous une action si lâche;
+ Non; mais à quelque point que la sienne vous fâche,
+ Écoutez un peu moins votre juste courroux:
+ Vous pouvez vous venger par des moyens plus doux.
+ Hélas! si vous étiez de mon intelligence,
+ Que vous auriez bientôt achevé la vengeance!
+ Que vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... (1637-57)
+
+ [245] _Var._ Vous auriez bientôt pris une digne vengeance.
+ (1660-68)
+
+ [246] _Var._ Mais vous suivre au chemin que vous voulez tenir.
+ (1637-57)
+
+ [247] _Lysandre et Aronte sortent, et les voient ensemble._
+ (1637, en marge.)--_Lysandre et Aronte sortent, et Aronte fait
+ voir à son maître Dorimant et Célidée ensemble._
+ (1644-57)--_Lysandre sort avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant
+ et Célidée ensemble._ (1660)
+
+ [248] _Var._ Mon meilleur en ce cas est de tout ignorer.
+ (1637-57)
+
+ [249] _Var._ Et parmi ses douleurs n'oublioit point sa foi.
+ (1637-48)
+ _Var._ Et parmi les douleurs n'oublioit point sa foi.
+ (1652-57)
+
+ [250] _Var._ Qui t'a dit qu'Hippolyte en cette amour nouvelle,
+ Quand bien je lui plairois, me seroit plus fidèle? (1637-57)
+
+ [251] Voyez tome I, p. 169, note 1.
+
+ [252] Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de
+ 1637; on y lit seulement en marge en regard du vers précédent:
+ _Aronte rentre_.
+
+ [253] _Var._ Je veux qu'un même coup me venge de deux crimes.
+ (1637-57)
+
+ [254] _Var._ [Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir.]
+ Mais la mort d'un amant seroit-elle bastante[252-a]
+ De toucher tant soit peu l'esprit de l'inconstante[252-b]?
+ Peut-être que, déjà résolue à changer,
+ La défaire de lui ce seroit l'obliger;
+ Et dans l'aise qu'alors elle en feroit paroître,
+ Serois-je assez vengé par la perte d'un traître?
+ Qu'ici le jugement me manquoit au besoin!
+ Il faut que ma fureur s'épande bien plus loin;
+ Il faut que, sans égard, ma rage impitoyable
+ Confonde l'innocent avecque le coupable;
+ Que, dans mon désespoir, je traite également
+ Célidée, Hippolyte, Aronte, Dorimant,
+ Le sujet de ma flamme et tous ceux qui l'ont sue:
+ L'affront qu'elle a reçu de sa honteuse issue
+ Fait un éclat trop grand pour s'effacer à moins;
+ Je ne puis l'étouffer qu'en perdant les témoins.
+ [Frénétiques transports, avec quelle insolence.] (1637-57)
+
+ [252-a] _Bastante de_, suffisante pour.
+
+ [252-b] Mais la mort d'un amant seroit-elle capable
+ De toucher à ce point une âme si coupable? (1644-57)
+
+ [255] _Var._ Mais vous pourrois-je aimer, vous voyant me trahir?
+ (1637-57)
+
+ [256] _Var._ Ma jalousie augmente, et renforçant ma rage,
+ Quelques sanglants desseins qu'elle jette en mon coeur. (1637-57)
+
+ [257] Voyez tome I, p. 205, note 3.
+
+ [258] _Var._ [Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.]
+ Au simple souvenir du bel oeil qui me blesse,
+ Tous mes ressentiments n'ont que de la foiblesse,
+ Et je sens malgré moi mon courroux languissant
+ Céder aux moindres traits d'un objet si puissant.
+ [Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide.] (1637-57)
+
+ [259] _Var._ Me sont de votre peine une marque assez claire.
+ Encor qui la sauroit, on pourroit aviser
+ A prendre des moyens propres à l'apaiser.
+ LYS. Ne vous informez point de mon cruel martyre,
+ Vous le redoubleriez, m'obligeant à le dire.
+ HIPP. Vous faites le secret, mais je le veux savoir,
+ Et par là sur votre âme essayer mon pouvoir.
+ Hier vous m'en donniez tant que j'estime impossible
+ Que pour me contenter rien vous soit trop sensible.
+ [LYS. Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.]
+ HIPP. Je veux l'avoir partout, ou bien n'en avoir point. (1637-57)
+ _Var._ En font voir au dehors une marque assez claire. (1660)
+
+ [260] _Var._ Être de belle humeur, ou bien rompre avec moi. (1637)
+ _Var._ Être de belle humeur, ou rompre avecque moi. (1644-57)
+
+ [261] _Var._ Ne vous obstinez point à vaincre mon silence.
+ (1637-57)
+
+ [262] _Var._ Souffrez que je vous laisse, et que seul aujourd'hui
+ Je puisse en liberté soupirer mon ennui. (1637-57)
+
+ [263] _Var._ HIPPOLYTE, _seule_. Pas de distinction de scène.
+ (1637)
+
+ [264] _Var._ Est-ce là donc l'état que tu fais d'Hippolyte?
+ Après des voeux offerts, est-ce ainsi qu'on me quitte? (1637-57)
+
+ [265] _Var._ N'ai-je pas tantôt vu Lysandre avecque vous?
+ (1637-57)
+
+ [266] _Var._ Hélas! qu'y feroit-il? Ma soeur, ton Hippolyte.
+ (1637)
+
+ [267] _Var._ Traite cet inconstant de même qu'il mérite.
+ (1637-57)
+
+ [268] _Var._ L'infidèle à présent est fort sur ta louange? (1637)
+ _Var._ Le perfide à présent est fort sur ta louange? (1644-57)
+
+ [269] _Var._ Et quand il vient après à parler de ses feux. (1637-57)
+
+ [270] _Var._ Mon Dieu! qu'il est chargeant[270-a] avec ses
+ flatteries! (1637 et 1644)
+
+ [270-a] Dans les éditions de 1648-57, il y a _changeant_, au lieu
+ de _chargeant_.
+
+ [271] _Var._ Je pense avant deux jours que je mourrois d'ennui.
+ (1637-60)
+
+ [272] L'édition de 1660 porte: _Craigniez-vous qu'un ami
+ sache...._ ce qui ne peut être qu'une faute d'impression.
+
+ [273] Cols, collerettes. Voyez le _Lexique_.
+
+ [274] _Var._ Vous venez m'attaquer toujours par quelque fable.
+ (1637)
+
+ [275] _Var._ Vous revoilà déjà! (1637)
+
+ [276] _Var._ J'en fis hier ouverture à votre bonne femme,
+ Qui se rapporte à vous de recevoir sa flamme. (1637)
+ _Var._ Votre mère de moi sut hier comme il vous aime.
+ (1644-57)
+
+ [277] Voyez plus haut le vers 290.
+
+ [278] _Var._ Peut-être innocemment, faute de rien comprendre.
+ (1637-57)
+
+ [279] _Var._ Il le faut épouser, vite, qu'on s'y dispose. (1637)
+
+ [280] _Var._ Quelle bigearre humeur! quelle inégalité. (1637-57)
+
+ [281] _Var._ Que la rigueur d'un père augmente mon supplice.
+ (1637-57)
+
+ [282] _Var._ _Ils s'entre-poussent quelque temps une boîte qui
+ est entre leurs deux boutiques._ (1637 et 63, en marge; dans
+ l'édition de 1663, les mots: _quelque temps_ et _deux_ sont
+ omis.)
+
+ [283] Regardez. Voyez le _Lexique_.
+
+ [284] Sorte d'exclamation dont l'origine est difficile à
+ découvrir et sur laquelle nous n'avons que des conjectures. Voyez
+ le _Lexique_.
+
+ [285] «_Battant_ est le volet d'un comptoir de marchand ou de
+ banquier, qui se lève et se baisse.» (_Dictionnaire de
+ Furetière._)
+
+ [286] Voyez ci-dessus la note 5 de la p. 7, et le _Lexique_.
+
+ [287] _Var._ Pour conserver la paix, quoique cela me touche,
+ J'ai toujours tout souffert sans en ouvrir la bouche;
+ Et vous, vous m'attaquez et sans cause et sans fin. (1637-57)
+
+ [288] _Var._ LA LINGÈRE, à Florice. (1648)
+
+ [289] Ce mot se disait des rubans, plumes et garnitures qui
+ ornaient l'habit, le chapeau et l'épée. Voyez le _Lexique_.
+
+ [290] _Var. Il fait un paquet de ses livres._ (1637 et 63, en
+ marge.)
+
+ [291] On lit ici en plus, mais par erreur, dans l'édition de
+ 1637: _à Florice_.
+
+ [292] _Var._ Que ce point est ensemble et délicat et fort!
+ Si ma maîtresse veut s'en croire à mon rapport,
+ Vous aurez son argent: mon Dieu! le bel ouvrage! (1637-57)
+
+ [293] Cette scène en forme deux dans l'édition de 1637. La
+ première a pour personnages FLORICE, ARONTE; la seconde, qui
+ commence après le vers 1448, LE MERCIER, ARONTE, FLORICE, LA
+ LINGÈRE.
+
+ [294] _Var._ Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne me veut plus voir.
+ (1637-57)
+
+ [295] _Var._ _Il regarde une boîte de rubans._ (1637 et 63, en
+ marge.)
+
+ [296] _Var._ LA LINGÈRE, _au Mercier._ (1648)
+
+ [297] _Var._ Ainsi, faute d'avoir de belle marchandise. (1637-68)
+
+ [298] Les quatre derniers vers de cet acte ne se trouvent pas
+ dans les éditions de 1637-57.
+
+
+
+
+ACTE V.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+LYSANDRE.
+
+ Indiscrète vengeance, imprudentes chaleurs,
+ Dont l'impuissance ajoute un comble à mes malheurs,
+ Ne me conseillez plus la mort de ce faussaire. 1465
+ J'aime encor Célidée, et n'ose lui déplaire:
+ Priver de la clarté ce qu'elle aime le mieux,
+ Ce n'est pas le moyen d'agréer à ses yeux.
+ L'amour, en la perdant, me retient en balance;
+ Il produit ma fureur et rompt sa violence, 1470
+ Et me laissant trahi, confus et méprisé,
+ Ne veut que triompher de mon coeur divisé.
+ Amour, cruel, auteur de ma longue misère,
+ Ou permets à la fin d'agir à ma colère,
+ Ou sans m'embarrasser d'inutiles transports, 1475
+ Auprès de ce bel oeil fais tes derniers efforts.
+ Viens, accompagne-moi chez ma belle inhumaine,
+ Et comme de mon coeur triomphe de sa haine.
+ Contre toi ma vengeance a mis les armes bas,
+ Contre ses cruautés rends les mêmes combats; 1480
+ Exerce ta puissance à fléchir la farouche;
+ Montre-toi dans mes yeux, et parle par ma bouche:
+ Si tu te sens trop foible, appelle à ton secours
+ Le souvenir de mille et de mille heureux jours,
+ Où ses desirs, d'accord avec mon espérance[299], 1485
+ Ne laissoient à nos voeux aucune différence.
+ Je pense avoir encor ce qui la sut charmer,
+ Les mêmes qualités qu'elle voulut aimer.
+ Peut-être mes douleurs ont changé mon visage;
+ Mais en revanche aussi je l'aime davantage; 1490
+ Mon respect s'est accru pour un objet si cher[300];
+ Je ne me venge point, de peur de la fâcher.
+ Un infidèle ami tient son âme captive,
+ Je le sais, je le vois, et je souffre qu'il vive.
+ Je tarde trop: allons, ou vaincre ses refus, 1495
+ Ou me venger sur moi de ne lui plaire plus,
+ Et tirons de son coeur, malgré sa flamme éteinte,
+ La pitié par ma mort, ou l'amour par ma plainte:
+ Ses rigueurs par ce fer me perceront le sein.
+
+
+SCÈNE II.
+
+DORIMANT, LYSANDRE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein[301]!
+ Ne craignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte;
+ Vous ne m'apprendrez rien en lui faisant visite:
+ Mes yeux, mes propres yeux n'ont que trop découvert
+ Comme un ami si rare auprès d'elle me sert.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Parlez plus franchement: ma rencontre importune 1505
+ Auprès d'un autre objet trouble votre fortune;
+ Et vous montrez assez, par ces foibles détours,
+ Qu'un témoin comme moi déplaît à vos amours.
+ Vous voulez seul à seul cajoler Célidée;
+ La querelle entre nous sera bientôt vidée[302]: 1510
+ Ma mort vous donnera chez elle un libre accès,
+ Ou ma juste vengeance un funeste succès.
+
+ DORIMANT.
+
+ Qu'est-ce-ci, déloyal? quelle fourbe est la vôtre?
+ Vous m'en disputez une, afin d'acquérir l'autre!
+ Après ce que chacun a vu de votre feu, 1515
+ C'est une lâcheté d'en faire un désaveu.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je ne me connois point à combattre d'injures.
+
+ DORIMANT.
+
+ Aussi veux-je punir autrement tes parjures:
+ Le ciel, le juste ciel, ennemi des ingrats,
+ Qui pour ton châtiment a destiné mon bras, 1520
+ T'apprendra qu'à moi seul Hippolyte est gardée.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Garde ton Hippolyte.
+
+ DORIMANT.
+
+ Et toi, ta Célidée.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Voilà faire le fin, de crainte d'un combat.
+
+ DORIMANT.
+
+ Tu m'imputes la crainte, et ton coeur s'en abat.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Laissons à part les noms; disputons la maîtresse, 1525
+ Et pour qui que ce soit montre ici ton adresse.
+
+ DORIMANT.
+
+ C'est comme je l'entends.
+
+
+SCÈNE III.
+
+CÉLIDÉE, LYSANDRE, DORIMANT.
+
+CÉLIDÉE.
+
+ O Dieux! ils sont aux coups!
+ Ah! perfide, sur moi détourne ton courroux[303]:
+ La mort de Dorimant me seroit trop funeste.
+
+ DORIMANT.
+
+ Lysandre, une autre fois nous viderons le reste. 1530
+
+ CÉLIDÉE, à Dorimant.
+
+ Arrête, cher ingrat[304]!
+
+ LYSANDRE.
+
+ Tu recules, voleur!
+
+ DORIMANT.
+
+ Je fuis cette importune, et non pas ta valeur.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+LYSANDRE, CÉLIDÉE.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ne suivez pas du moins ce perfide à ma vue:
+ Avez-vous résolu que sa fuite me tue,
+ Et qu'ayant su braver son plus vaillant effort[305], 1535
+ Par sa retraite infâme il me donne la mort?
+ Pour en frapper le coup, vous n'avez qu'à le suivre.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre,
+ Qu'on ne verra jamais que je recule un pas
+ De crainte de causer un si juste trépas. 1540
+
+ LYSANDRE.
+
+ Eh bien, voyez-le donc: ma lame toute prête
+ N'attendoit que vos yeux pour immoler ma tête.
+ Vous lirez dans mon sang, à vos pieds répandu,
+ Ce que valoit l'amant que vous aurez perdu[306];
+ Et sans vous reprocher un si cruel outrage, 1545
+ Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage:
+ Trop heureux mille fois si je plais en mourant
+ A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant,
+ Et si ma prompte mort, secondant son envie,
+ L'assure du pouvoir qu'elle avoit sur ma vie! 1550
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Moi, du pouvoir sur vous! vos yeux se sont mépris;
+ Et quelque illusion qui trouble vos esprits
+ Vous fait imaginer d'être auprès d'Hippolyte.
+ Allez, volage, allez où l'amour vous invite:
+ Dans ces doux entretiens recherchez vos plaisirs[307], 1555
+ Et ne m'empêchez plus de suivre mes desirs.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée[308]
+ A jeté cette erreur dedans votre pensée.
+ Il est vrai, devant vous forçant mes sentiments,
+ J'ai présenté des voeux, j'ai fait des compliments; 1560
+ Mais c'étoient compliments qui partoient d'une souche:
+ Mon coeur, que vous teniez, désavouoit ma bouche.
+ Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours,
+ Sait bien que mon amour n'en changea point de cours:
+ Contre votre froideur une modeste plainte 1565
+ Fut tout notre entretien au sortir de la feinte;
+ Et je le priai lors....
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ D'user de son pouvoir?
+ Ce n'étoit pas par là qu'il me falloit avoir.
+ Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmes.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Confus, désespéré du mépris de mes flammes, 1570
+ Sans conseil, sans raison, pareil aux matelots
+ Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots,
+ Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre.
+ Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entendre;
+ J'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux, 1575
+ Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux;
+ J'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père;
+ J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère;
+ Et puisque ces efforts n'ont réussi qu'en vain,
+ J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main. 1580
+ Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines[309];
+ Mon sang brûle déjà de sortir de mes veines:
+ Il faut pour l'arrêter me rendre votre amour;
+ Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour[310].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Volage, falloit-il, pour un peu de rudesse, 1585
+ Vous porter si soudain à changer de maîtresse?
+ Que je vous croyois bien d'un jugement plus meur[311]!
+ Ne pouviez-vous souffrir de ma mauvaise humeur?
+ Ne pouviez-vous juger que c'étoit une feinte
+ A dessein d'éprouver quelle étoit votre atteinte? 1590
+ Les Dieux m'en soient témoins, et ce nouveau sujet
+ Que vos feux inconstants ont choisi pour objet,
+ Si jamais j'eus pour vous de dédain véritable,
+ Avant que votre amour parût si peu durable!
+ Qu'Hippolyte vous die avec quels sentiments 1595
+ Je lui fus raconter vos premiers mouvements,
+ Avec quelles douceurs je m'étois préparée
+ A redonner la joie à votre âme éplorée!
+ Dieux! que je fus surprise, et mes sens éperdus,
+ Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus! 1600
+ Votre légèreté fut soudain imitée:
+ Non pas que Dorimant m'en eût sollicitée;
+ Au contraire, il me fuit, et l'ingrat ne veut pas
+ Que sa franchise cède au peu que j'ai d'appas;
+ Mais, hélas! plus il fuit, plus son portrait s'efface; 1605
+ Je vous sens, malgré moi, reprendre votre place;
+ L'aveu de votre erreur désarme mon courroux:
+ Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous.
+ Si nous avons failli de feindre l'un et l'autre,
+ Pardonnez à ma feinte, et j'oublierai la vôtre[312]. 1610
+ Moi-même je l'avoue à ma confusion,
+ Mon imprudence a fait notre division.
+ Tu ne méritois pas de si rudes alarmes:
+ Accepte un repentir accompagné de larmes[313];
+ Et souffre que le tien nous fasse tour à tour 1615
+ Par ce petit divorce augmenter notre amour.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Que vous me surprenez! O ciel! est-il possible
+ Que je vous trouve encor à mes desirs sensible?
+ Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi!
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Et pour l'amour de toi, que je les aime aussi! 1620
+
+ LYSANDRE.
+
+ Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie
+ De les plus essayer au péril de ma vie[314].
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ J'aime trop désormais ton repos et le mien:
+ Tous mes soins n'iront plus qu'à notre commun bien.
+ Voudrois-je, après ma faute, une plus douce amende
+ Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande[315]?
+ Je t'accusois en vain d'une infidélité:
+ Il agissoit pour toi de pleine autorité,
+ Me traitoit de parjure et de fille rebelle.
+ Mais allons lui porter cette heureuse nouvelle; 1630
+ Ce que pour mes froideurs il témoigne d'horreur
+ Mérite bien qu'en hâte on le tire d'erreur.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte
+ N'ait encor de ma bouche un hommage hypocrite?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Non: je fuis Dorimant qu'ensemble j'aperçoi; 1635
+ Je ne veux plus le voir, puisque je suis à toi.
+
+
+SCÈNE V.
+
+DORIMANT, HIPPOLYTE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Autant que mon esprit adore vos mérites,
+ Autant veux-je de mal à vos longues visites.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Que vous ont-elles fait pour vous mettre en courroux?
+
+ DORIMANT.
+
+ Elles m'ôtent le bien de vous trouver chez vous. 1640
+ J'y fais à tous moments une course inutile;
+ J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville.
+ En voici presque trois que je n'ai pu vous voir,
+ Pour rendre à vos beautés ce que je sais devoir[316];
+ Et n'étoit qu'aujourd'hui cette heureuse rencontre, 1645
+ Sur le point de rentrer, par hasard me les montre,
+ Je crois que ce jour même auroit encor passé[317]
+ Sans moyen de m'en plaindre aux yeux qui m'ont blessé.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Ma libre et gaie humeur hait le ton de la plainte;
+ Je n'en puis écouter qu'avec de la contrainte: 1650
+ Si vous prenez plaisir dedans mon entretien,
+ Pour le faire durer ne vous plaignez de rien.
+
+ DORIMANT.
+
+ Vous me pouvez ôter tout sujet de me plaindre.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Et vous pouvez aussi vous empêcher d'en feindre.
+
+ DORIMANT.
+
+ Est-ce en feindre un sujet qu'accuser vos rigueurs? 1655
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Pour vous en plaindre à faux, vous feignez des langueurs.
+
+ DORIMANT.
+
+ Verrois-je sans languir ma flamme qu'on néglige?
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Éteignez cette flamme où rien ne vous oblige.
+
+ DORIMANT.
+
+ Vos charmes trop puissants me forcent à ces feux.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Oui, mais rien ne vous force à vous approcher d'eux. 1660
+
+ DORIMANT.
+
+ Ma présence vous fâche et vous est odieuse.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Non, mais tout ce discours là peut rendre ennuyeuse[318].
+
+ DORIMANT.
+
+ Je vois bien ce que c'est; je lis dans votre coeur:
+ Il a reçu les traits d'un plus heureux vainqueur;
+ Un autre, regardé d'un oeil plus favorable, 1665
+ A mes submissions vous fait inexorable:
+ C'est pour lui seulement que vous voulez brûler.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Il est vrai: je ne puis vous le dissimuler;
+ Il faut que je vous traite avec toute franchise.
+ Alors que je vous pris, un autre[319] m'avoit prise, 1670
+ Un autre captivoit mes inclinations[320].
+ Vous devez présumer de vos perfections
+ Que si vous attaquiez un coeur qui fût à prendre,
+ Il seroit malaisé qu'il s'en pût bien défendre.
+ Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné; 1675
+ Mais puisque les destins ainsi l'ont ordonné,
+ Tant que ma passion aura quelque espérance,
+ N'attendez rien de moi que de l'indifférence.
+
+ DORIMANT.
+
+ Vous ne m'apprenez point le nom de cet amant:
+ Sans doute que Lysandre est cet objet charmant 1680
+ Dont les discours flatteurs vous ont préoccupée.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Cela ne se dit point à des hommes d'épée:
+ Vous exposer aux coups d'un duel hasardeux,
+ Ce seroit le moyen de vous perdre tous deux.
+ Je vous veux, si je puis, conserver l'un et l'autre; 1685
+ Je chéris sa personne, et hais si peu la vôtre,
+ Qu'ayant perdu l'espoir de le voir mon époux,
+ Si ma mère y consent, Hippolyte est à vous;
+ Mais aussi jusque-là plaignez votre infortune.
+
+ DORIMANT.
+
+ Permettez pour ce nom que je vous importune[321]; 1690
+ Ne me refusez plus de me le déclarer:
+ Que je sache en quel temps j'aurai droit d'espérer.
+ Un mot me suffira pour me tirer de peine;
+ Et lors j'étoufferai si bien toute ma haine,
+ Que vous me trouverez vous-même trop remis. 1695
+
+
+SCÈNE VI.
+
+PLEIRANTE, LYSANDRE, CÉLIDÉE, DORIMANT, HIPPOLYTE.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Souffrez, mon cavalier, que je vous rende amis[322].
+ Vous ne lui voulez pas quereller[323] Célidée?
+
+ DORIMANT.
+
+ L'affaire à cela près peut être décidée[324].
+ Voici le seul objet de nos affections,
+ Et l'unique motif de nos dissensions[325]. 1700
+
+ LYSANDRE.
+
+ Dissipe, cher ami, cette jalouse atteinte:
+ C'est l'objet de tes feux, et celui de ma feinte.
+ Mon coeur fut toujours ferme, et moi je me dédis
+ Des voeux que de ma bouche elle reçut jadis.
+ Piqué d'un faux dédain, j'avois pris fantaisie[326] 1705
+ De mettre Célidée en quelque jalousie;
+ Mais au lieu d'un esprit, j'en ai fait deux jaloux.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Vous pouvez désormais achever entre vous:
+ Je vais dans ce logis dire un mot à Madame.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+DORIMANT, LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE.
+
+ DORIMANT.
+
+ Ainsi, loin de m'aider, tu traversois ma flamme! 1710
+
+ LYSANDRE.
+
+ Les efforts que Pleirante à ma prière a faits
+ T'auroient acquis déjà le but de tes souhaits;
+ Mais tu dois accuser les glaces d'Hippolyte,
+ Si ton bonheur n'est pas égal à ton mérite.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Qu'aurai-je cependant pour satisfaction 1715
+ D'avoir servi d'objet à votre fiction?
+ Dans votre différend je suis la plus blessée,
+ Et me trouve, à l'accord, entièrement laissée.
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ N'y songe plus, de grâce, et pour l'amour de moi[327],
+ Trouve bon qu'il ait feint de vivre sous ta loi. 1720
+ Veux-tu le quereller lorsque je lui pardonne?
+ Le droit de l'amitié tout autrement ordonne.
+ Tous prêts d'être assemblés d'un lien conjugal,
+ Tu ne peux le haïr sans me vouloir du mal[328].
+ J'ai feint par ton conseil; lui, par celui d'un autre; 1725
+ Et bien qu'amour jamais ne fut égal au nôtre,
+ Je m'étonne comment cette confusion.
+ Laisse finir sitôt notre division.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ De sorte qu'à présent le ciel y remédie?
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Tu vois; mais après tout, s'il faut que je le die[329], 1730
+ Ton conseil est fort bon, mais un peu dangereux.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Excuse, chère amie, un esprit amoureux[330]:
+ Lysandre me plaisoit, et tout mon artifice
+ N'alloit qu'à détourner son coeur de ton service.
+ J'ai fait ce que j'ai pu pour brouiller vos esprits; 1735
+ J'ai, pour me l'attirer, pratiqué tes mépris;
+ Mais puisqu'ainsi le ciel rejoint votre hyménée....
+
+ DORIMANT.
+
+ Votre rigueur vers moi doit être terminée.
+ Sans chercher de raisons pour vous persuader[331],
+ Votre amour hors d'espoir fait qu'il me faut céder; 1740
+ Vous savez trop à quoi la parole vous lie.
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ A vous dire le vrai, j'ai fait une folie:
+ Je les croyois encor loin de se réunir,
+ Et moi, par conséquent, loin de vous la tenir[332].
+
+ DORIMANT.
+
+ Auriez-vous pour la rompre une âme assez légère? 1745
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Puisque je l'ai promis, vous pouvez voir ma mère.
+
+ LYSANDRE.
+
+ Si tu juges Pleirante à cela suffisant,
+ Je crois qu'eux deux ensemble en parlent à présent.
+
+ DORIMANT.
+
+ Après cette faveur qu'on me vient de promettre,
+ Je crois que mes devoirs ne se peuvent remettre: 1750
+ J'espère tout de lui; mais pour un bien si doux
+ Je ne saurois....
+
+ LYSANDRE.
+
+ Arrête: ils s'avancent vers nous.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+PLEIRANTE, CHRYSANTE, LYSANDRE, DORIMANT, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE[333],
+FLORICE.
+
+ DORIMANT, à Chrysante.
+
+ Madame, un pauvre amant, captif de cette belle,
+ Implore le pouvoir que vous avez sur elle:
+ Tenant ses volontés, vous gouvernez mon sort; 1755
+ J'attends de votre bouche ou la vie ou la mort.
+
+ CHRYSANTE, à Dorimant.
+
+ Un homme tel que vous, et de votre naissance,
+ Ne peut avoir besoin d'implorer ma puissance[334].
+ Si vous avez gagné ses inclinations,
+ Soyez sûr du succès de vos affections; 1760
+ Mais je ne suis pas femme à forcer son courage;
+ Je sais ce que la force est en un mariage.
+ Il me souvient encor de tous mes déplaisirs
+ Lorsqu'un premier hymen contraignit mes desirs;
+ Et sage à mes dépens, je veux bien qu'Hippolyte 1765
+ Prenne ou laisse, à son choix, un homme de mérite.
+ Ainsi présumez tout de mon consentement,
+ Mais ne prétendez rien de mon commandement.
+
+ DORIMANT, à Hippolyte.
+
+ Après un tel aveu serez-vous inhumaine[335]?
+
+ HIPPOLYTE, à Chrysante.
+
+ Madame, un mot de vous me mettroit hors de peine.
+ Ce que vous remettez à mon choix d'accorder,
+ Vous feriez beaucoup mieux de me le commander.
+
+ PLEIRANTE, à Chrysante.
+
+ Elle vous montre assez où son desir se porte.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Puisqu'elle s'y résout, le reste ne m'importe[330].
+
+ DORIMANT.
+
+ Ce favorable mot me rend le plus heureux 1775
+ De tout ce que jamais on a vu d'amoureux.
+
+ LYSANDRE.
+
+ J'en sens croître la joie au milieu de mon âme[337],
+ Comme si de nouveau l'on acceptoit ma flamme[338].
+
+ HIPPOLYTE, à Lysandre.
+
+ Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi[339]?
+
+ LYSANDRE.
+
+ Tout, hormis ce seul point, de lui manquer de foi. 1780
+
+ HIPPOLYTE.
+
+ Pardonnez donc à ceux qui, gagnés par Florice,
+ Lorsque je vous aimois, m'ont fait quelque service[340].
+
+ LYSANDRE.
+
+ Je vous entends assez: soit, Aronte impuni
+ Pour ses mauvais conseils ne sera point banni;
+ Tu le souffriras bien, puisqu'elle m'en supplie[341]. 1785
+
+ CÉLIDÉE.
+
+ Il n'est rien que pour elle et pour toi je n'oublie.
+
+ PLEIRANTE.
+
+ Attendant que demain ces deux couples d'amants
+ Soient mis au plus haut point de leurs contentements,
+ Allons chez moi, Madame, achever la journée.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Mon coeur est tout ravi de ce double hyménée. 1790
+
+ FLORICE.
+
+ Mais afin que la joie en soit égale à tous,
+ Faites encor celui de Monsieur et de vous.
+
+ CHRYSANTE.
+
+ Outre l'âge en tous deux un peu trop refroidie,
+ Cela sentiroit trop sa fin de comédie.
+
+FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
+
+
+
+FOOTNOTES:
+
+ [299] _Var._ Que ses desirs, d'accord[299-a] avec mon espérance.
+ (1637-60)
+
+ [299-a] Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, très-probablement
+ par erreur, _d'abord_, pour _d'accord_.
+
+ [300] _Var._ Mon respect s'est accru vers un objet si cher. (1637,
+ 44 et 52-57)
+ _Var._ Mon respect s'est accru vers mon objet si cher. (1648)
+
+ [301] _Var._ [Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein!]
+ Pensez-vous m'éblouir avec cette visite?
+ Ne feignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte[301-a]:
+ Vous ne m'apprendrez rien, je sais trop comme quoi
+ Un tel ami que vous traite l'amour pour moi. (1637)
+
+ [301-a] Ne laissez point pour moi d'entrer chez Hippolyte.
+ (1644-57)
+
+ [302] _Var._ Nous en aurons bientôt la querelle vidée. (1637-64)
+
+ [303] _Var._ Ah! perfide, sur moi décharge ton courroux. (1637)
+
+ [304] _Var._ Arrête, mon souci! (1637-57)
+
+ [305] _Var._ Et que m'étant moqué de son plus rude effort.
+ (1637-57)
+
+ [306] _Var._ La valeur d'un amant que vous aurez perdu. (1637-57)
+
+ [307] _Var._ Dedans son entretien recherchez vos plaisirs.
+ (1637-63)
+
+ [308] _Var._ C'est avecque raison que ma feinte passée. (1637-57)
+
+ [309] _Var._ Choisissez, l'un ou l'autre achèvera mes peines.
+ (1637)
+
+ [310] _Var._ Sans lui, je n'ai plus rien qui me retienne au jour.
+ (1637)
+
+ [311] Ce n'est pas seulement à la rime que Corneille écrit ce mot
+ ainsi, il est dans ses ouvrages orthographié partout de la sorte,
+ et c'est ainsi du reste qu'on le prononçait de son temps. Voyez
+ tome I, p. 190, note 5, et le _Lexique_.
+
+ [312] _Var._ Pardonnez à ma faute, et j'oublierai la vôtre.
+ (1637-60)
+
+ [313] _Var._ [Accepte un repentir accompagné de larmes.]
+ Ce baiser cependant punira ma rigueur,
+ Et me fermant la bouche, il t'ouvrira mon coeur.
+ LYS. Ma chère âme, mon heur, mon tout, est-il possible. (1637-57)
+
+ [314] _Var._ De les plus exercer au péril de ma vie. (1637-60)
+
+ [315] _Var._ [Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande?]
+ Bons Dieux! qu'il fut fâché, voyant ces jours passés
+ Mon âme refroidie, et tous mes sens glacés
+ A son autorité se rendre si rebelles!
+ Mais allons lui porter ces heureuses nouvelles,
+ Et le tirer d'ennui, puisque ce bon vieillard
+ Dans tes contentements prend une telle part.
+ [LYS. Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte]
+ N'ait de moi derechef un hommage hypocrite? (1637-57)
+
+ [316] _Var._ Pour rendre à vos beautés mon très-humble devoir.
+ (1637-57)
+
+ [317] _Var._ Je pense que ce jour eût encore passé. (1637-57)
+
+ [318] _Var._ Non pas, mais votre amour me devient ennuyeuse.
+ (1637-57)
+
+ [319] Les éditions de 1648 et de 1664 portent, par erreur, _une
+ autre_, pour _un autre_.
+
+ [320] _Var._ Et captivoit déjà mes inclinations. (1637-57)
+
+ [321] _Var._ Si faut-il pour ce nom que je vous importune;
+ Ne me refusez point de me le déclarer. (1637-57)
+
+ [322] _Var._ Souffrez, mon cavalier, que je vous fasse
+ amis[322-a]. (1637-64)
+
+ [322-a] Entre les vers 1696 et 1697: _A Dorimant_. (1648)
+
+ [323] _Quereller_, disputer.
+
+ [324] Entre les vers 1698 et 1699: _Montrant Hippolyte_. (1648)
+
+ [325] _Var._ Et l'unique sujet de nos dissensions. (1637-57)
+
+ [326] _Var._ Piqué de ses dédains, j'avois pris fantaisie[326-a]
+ De jeter en son âme un peu de jalousie. (1637-57)
+
+ [326-a] _Il regarde Célidée._ (1637, en marge.)--Entre les vers
+ 1704 et 1705: _Montrant Célidée_. (1648)
+
+ [327] _Var._ N'y songe plus, ma soeur, et pour l'amour de moi.
+ (1637-57)
+
+ [328] _Var._ Tu ne le peux haïr sans me vouloir du mal. (1637-64)
+
+ [329] _Var._ Tu vois; mais après tout, veux-tu que je te die?
+ (1637-57)
+
+ [330] _Var._ Excuse, chère soeur, un esprit amoureux. (1637-57)
+
+ [331] _Var._ Sans chercher des raisons pour vous persuader.
+ (1637)
+
+ [332] _Var._ Et moi, par conséquent, bien loin de la tenir.
+ DOR. Après m'avoir promis, seriez-vous mensongère? (1637-57)
+
+ [333] Le nom d'HIPPOLYTE précède celui de CÉLIDÉE dans les
+ éditions de 1637-52 et de 1657.
+
+ [334] _Var._ N'a que faire, en ce cas, d'implorer ma puissance.
+ (1637-57)
+
+ [335] Ma belle, après cela, serez-vous inhumaine? (1637)
+ _Var._ Eh bien! après cela, serez-vous inhumaine? (1644-57)
+
+ [336] _Var._ Puisqu'elle s'y résout, du reste ne m'importe.
+ (1637-57)
+
+ [337] _Var._ Mon aise s'en redouble, et mon coeur qui se pâme. (1637-57)
+ _Var._ J'en sens croître ma joie, et mon coeur qui se pâme. (1660-64)
+
+ [338] _Var._ Croit qu'encore une fois on accepte sa flamme.
+ (1637-64)
+
+ [339] _Var._ Eh bien! ferez-vous donc quelque chose pour moi?
+ (1637)
+
+ [340] _Var._ Lorsque je vous aimois, me firent un service.
+ (1637-57)
+
+ [341] _Var._ Souffre-le, mon souci, puisqu'elle m'en supplie.
+ (1637-57)
+
+
+
+
+ LA SUIVANTE
+
+ COMÉDIE
+
+ 1634
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Cette comédie, représentée suivant toute apparence en 1634, ne fut
+publiée qu'en vertu du privilége commun _à la Galerie du Palais, à la
+Place Royale_ et au _Cid_, dont nous avons rappelé les termes dans
+notre notice sur le premier de ces ouvrages. L'achevé d'imprimer est
+du 9 septembre 1637. L'édition originale in-4º, qui se compose de 1
+feuillet blanc, de 5 feuillets liminaires et de 128 pages, a pour
+titre:
+
+LA SVIVANTE, COMEDIE. _A Paris, chez Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII.
+_Auec priuilege du Roy._
+
+L'_Épître_ n'est adressée à personne en particulier, et semble une
+forme choisie par l'auteur pour présenter au public quelques
+réflexions hardies sur la nécessité d'interpréter les règles de la
+poétique dans leur sens le plus large.
+
+Les éditeurs et les critiques, dont elle ne pouvait manquer d'attirer
+l'attention, se sont étonnés de la trouver en tête d'une pièce aussi
+peu importante que _la Suivante_: ils auraient dû remarquer que cette
+épître, écrite seulement au moment de l'impression, c'est-à-dire vers
+le mois d'août 1637, lorsque _le Cid_ était soumis à l'examen de
+l'Académie, fournissait à Corneille une précieuse occasion de
+manifester ses sentiments avec autant de modération que de fermeté.
+
+
+A MONSIEUR ***[342].
+
+ MONSIEUR,
+
+Je vous présente une comédie qui n'a pas été également aimée de toutes
+sortes d'esprits: beaucoup, et de fort bons, n'en ont pas fait grand
+état, et beaucoup d'autres l'ont mise au-dessus du reste des miennes.
+Pour moi, je laisse dire tout le monde, et fais mon profit des bons
+avis, de quelque part que je les reçoive. Je traite toujours mon sujet
+le moins mal qu'il m'est possible, et après y avoir corrigé ce qu'on
+m'y fait connoître d'inexcusable, je l'abandonne au public. Si je ne
+fais bien, qu'un autre fasse mieux; je ferai des vers à sa louange, au
+lieu de le censurer. Chacun a sa méthode; je ne blâme point celle des
+autres, et me tiens à la mienne: jusques à présent je m'en suis trouvé
+fort bien; j'en chercherai une meilleure quand je commencerai à m'en
+trouver mal. Ceux qui se font presser à la représentation de mes
+ouvrages m'obligent infiniment; ceux qui ne les approuvent pas peuvent
+se dispenser d'y venir gagner la migraine; ils épargneront de
+l'argent, et me feront plaisir. Les jugements sont libres en ces
+matières, et les goûts divers. J'ai vu des personnes de fort bon sens
+admirer des endroits sur qui j'aurois passé l'éponge, et j'en connois
+dont les poëmes réussissent au théâtre avec éclat, et qui pour
+principaux ornements y emploient des choses que j'évite dans les
+miens. Ils pensent avoir raison, et moi aussi: qui d'eux ou de moi se
+trompe, c'est ce qui n'est pas aisé à juger. Chez les philosophes,
+tout ce qui n'est point de la foi ni des principes est disputable; et
+souvent ils soutiendront, à votre choix, le pour et le contre d'une
+même proposition: marques certaines de l'excellence de l'esprit
+humain, qui trouve des raisons à défendre tout; ou plutôt de sa
+foiblesse, qui n'en peut trouver de convaincantes, ni qui ne puissent
+être combattues et détruites par de contraires. Ainsi ce n'est pas
+merveille si les critiques donnent de mauvaises interprétations à nos
+vers, et de mauvaises faces à nos personnages. «Qu'on me donne (dit M.
+de Montagne[343], au chapitre 36 du premier livre) l'action la plus
+excellente et pure, ie m'en vois y fournir vray-semblablement
+cinquante vicieuses intentions.» C'est au lecteur désintéressé à
+prendre la médaille par le beau revers. Comme il nous a quelque
+obligation d'avoir travaillé à le divertir, j'ose dire que pour
+reconnoissance il nous doit un peu de faveur, et qu'il commet une
+espèce d'ingratitude, s'il ne se montre plus ingénieux à nous défendre
+qu'à nous condamner, et s'il n'applique la subtilité de son esprit
+plutôt à colorer et justifier en quelque sorte nos véritables défauts,
+qu'à en trouver où il n'y en a point. Nous pardonnons beaucoup de
+choses aux anciens; nous admirons quelquefois dans leurs écrits ce que
+nous ne souffririons pas dans les nôtres; nous faisons des mystères de
+leurs imperfections, et couvrons leurs fautes du nom de licences
+poétiques. Le docte Scaliger[344] a remarqué des taches dans tous les
+Latins, et de moins savants que lui en remarqueroient bien dans les
+Grecs, et dans son Virgile même, à qui il dresse des autels sur le
+mépris des autres. Je vous laisse donc à penser si notre présomption
+ne seroit pas ridicule, de prétendre qu'une exacte censure ne pût
+mordre sur nos ouvrages, puisque ceux de ces grands génies de
+l'antiquité ne se peuvent pas soutenir contre un rigoureux examen. Je
+ne me suis jamais imaginé avoir mis rien au jour de parfait, je
+n'espère pas même y pouvoir jamais arriver; je fais néanmoins mon
+possible pour en approcher, et les plus beaux succès des autres ne
+produisent en moi qu'une vertueuse émulation, qui me fait redoubler
+mes efforts afin d'en avoir de pareils:
+
+ Je vois d'un oeil égal croître le nom d'autrui,
+ Et tâche à m'élever aussi haut comme lui,
+ Sans hasarder ma peine à le faire descendre.
+ La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser,
+ Et plus elle en prodigue à nous favoriser,
+ Plus elle en garde encore où chacun peut prétendre.
+
+Pour venir à cette _Suivante_ que je vous dédie, elle est d'un genre
+qui demande plutôt un style naïf que pompeux. Les fourbes et les
+intrigues sont principalement du jeu de la comédie; les passions n'y
+entrent que par accident. Les règles des anciens sont assez
+religieusement observées en celle-ci. Il n'y a qu'une action
+principale à qui toutes les autres aboutissent; son lieu n'a point
+plus d'étendue que celle du théâtre, et le temps n'en est point plus
+long que celui de la représentation, si vous en exceptez l'heure du
+dîner, qui se passe entre le premier et le second acte. La liaison
+même des scènes, qui n'est qu'un embellissement, et non pas un
+précepte[345], y est gardée; et si vous prenez la peine de compter les
+vers, vous n'en trouverez en pas un acte plus qu'en l'autre[346]. Ce
+n'est pas que je me sois assujetti depuis aux mêmes rigueurs. J'aime à
+suivre les règles; mais loin de me rendre esclave, je les élargis et
+resserre selon le besoin qu'en a mon sujet, et je romps même sans
+scrupule celle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité me
+semble absolument incompatible avec les beautés des événements que je
+décris. Savoir les règles, et entendre le secret de les apprivoiser
+adroitement avec notre théâtre, ce sont deux sciences bien
+différentes; et peut-être que pour faire maintenant réussir une pièce,
+ce n'est pas assez d'avoir étudié dans les livres d'Aristote et
+d'Horace. J'espère un jour traiter ces matières plus à fond, et
+montrer[347] de quelle espèce est la vraisemblance qu'ont suivie ces
+grands maîtres des autres siècles, en faisant parler des bêtes et des
+choses qui n'ont point de corps. Cependant mon avis est celui de
+Térence: puisque nous faisons des poëmes pour être représentés, notre
+premier but doit être de plaire à la cour et au peuple, et d'attirer
+un grand monde à leurs représentations[348]. Il faut, s'il se peut, y
+ajouter les règles, afin de ne déplaire pas aux savants, et recevoir
+un applaudissement universel; mais surtout gagnons la voix publique;
+autrement, notre pièce aura beau être régulière, si elle est sifflée
+au théâtre, les savants n'oseront se déclarer en notre faveur, et
+aimeront mieux dire que nous aurons mal entendu les règles, que de
+nous donner des louanges quand nous serons décriés par le consentement
+général de ceux qui ne voient la comédie que pour se divertir.
+
+ Je suis,
+ MONSIEUR,
+ Votre très-humble serviteur,
+ CORNEILLE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [342] Voyez la _Notice_, p. 115. L'_Épître dédicatoire_ n'est que
+ dans les éditions de 1637-1657.
+
+ [343] C'est ainsi que le mot est écrit dans toutes les éditions
+ qui ont paru du vivant de Corneille.
+
+ [344] Jules-César Scaliger, né en 1484, mort en 1558, auteur
+ d'une Poétique (_Poetices libri VII_, Lyon, 1561), où il passe en
+ revue les ouvrages des poëtes les plus célèbres et les juge avec
+ une grande sévérité.
+
+ [345] Voyez tome I, p. 3 et 4, l'avis _Au lecteur_ de l'édition
+ de 1648.
+
+ [346] Chaque acte est de trois cent quarante vers.
+
+ [347] L'édition de 1657 porte par erreur: «de montrer.»
+
+ [348] _Poeta, quum primum animum ad scribendum appulit,
+ Id sibi negoti credidit solum dari,
+ Populo ut placerent, quas fecisset fabulas._
+
+ (Térence, _Andria_, prologue, vers 1-3.)
+
+ Corneille revient ailleurs sur cette pensée: voyez les Dédicaces de
+ _Médée_ et de _la Suite du Menteur_. C'est aussi la maxime de
+ Molière et de la Fontaine. «Je voudrois bien savoir si la grande
+ règle de toutes les règles n'est pas de plaire,» dit le premier
+ dans _la Critique de l'École des Femmes_, scène VII. «Mon principal
+ but est toujours de plaire,» dit le second dans la Préface de
+ _Psyché_.
+
+
+EXAMEN.
+
+Je ne dirai pas grand mal de celle-ci[349], que je tiens assez
+régulière, bien qu'elle ne soit pas sans taches. Le style en est plus
+foible que celui des autres. L'amour de Géraste pour Florise n'est
+point marqué dans le premier acte, et ainsi la protase comprend la
+première scène du second, où il se présente avec sa confidente Célie,
+sans qu'on les connoisse ni l'un ni l'autre. Cela ne seroit pas
+vicieux s'il ne s'y présentoit que comme père de Daphnis, et qu'il ne
+s'expliquât que sur les intérêts de sa fille; mais il en a de si
+notables pour lui, qu'ils font le noeud et le dénouement. Ainsi c'est
+un défaut, selon moi, qu'on ne le connoisse pas dès ce premier acte.
+Il pourroit être encore souffert, comme Célidan dans _la Veuve_, si
+Florame l'alloit voir pour le faire consentir à son mariage avec sa
+fille, et que par occasion il lui proposât celui de sa soeur pour
+lui-même; car alors ce seroit Florame qui l'introduiroit dans la
+pièce, et il y seroit appelé par un acteur agissant dès le
+commencement. Clarimond, qui ne paroît qu'au troisième, est insinué
+dès le premier, où Daphnis parle de l'amour qu'il a pour elle, et
+avoue qu'elle ne le dédaigneroit pas s'il ressembloit à Florame. Ce
+même Clarimond fait venir son oncle Polémon au cinquième; et ces deux
+acteurs ainsi sont exempts du défaut que je remarque en Géraste.
+L'entretien de Daphnis, au troisième, avec cet amant dédaigné, a une
+affectation assez dangereuse, de ne dire que chacun un vers à la fois:
+cela sort tout à fait du vraisemblable, puisque naturellement on ne
+peut être si mesuré en ce qu'on s'entre-dit. Les exemples d'Euripide
+et de Sénèque pourroient autoriser cette affectation, qu'ils
+pratiquent si souvent, et même par discours généraux, qu'il semble que
+leurs acteurs ne viennent quelquefois sur la scène que pour s'y battre
+à coups de sentences; mais c'est une beauté qu'il ne leur faut pas
+envier. Elle est trop fardée pour donner un amour raisonnable à ceux
+qui ont de bons yeux, et ne prend pas assez de soin de cacher
+l'artifice de ses parures, comme l'ordonne Aristote[350].
+
+Géraste n'agit pas mal en vieillard amoureux, puisqu'il ne traite
+l'amour que par tierce personne, qu'il ne prétend être considérable
+que par son bien, et qu'il ne se produit point aux yeux de sa
+maîtresse, de peur de lui donner du dégoût par sa présence. On peut
+douter s'il ne sort point du caractère des vieillards, en ce qu'étant
+naturellement avares, ils considèrent le bien plus que toute autre
+chose dans les mariages de leurs enfants, et que celui-ci donne assez
+libéralement sa fille à Florame, malgré son peu de fortune, pourvu
+qu'il en obtienne sa soeur. En cela, j'ai suivi la peinture que fait
+Quintilian d'un vieux mari qui a épousé une jeune femme, et n'ai point
+fait de scrupule de l'appliquer à un vieillard qui se veut marier. Les
+termes en sont si beaux, que je n'ose les gâter par ma traduction:
+_Genus infirmissimæ servitutis est senex maritus, et flagrantius
+uxoriæ charitatis ardorem frigidis concipimus affectibus_[351]. C'est
+sur ces deux lignes que je me suis cru bien fondé à faire dire de ce
+bonhomme:
+
+ Que s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,
+ Il la tiendroit encore heureusement acquise[352].
+
+Il peut naître encore une autre difficulté sur ce que Théante et
+Amarante forment chacun un dessein pour traverser les amours de
+Florame et Daphnis, et qu'ainsi ce sont deux intriques qui rompent
+l'unité d'action. A quoi je réponds, premièrement, que ces deux
+desseins formés en même temps, et continués tous deux jusqu'au bout,
+font une concurrence qui n'empêche pas cette unité: ce qui ne seroit
+pas si, après celui de Théante avorté, Amarante en formoit un nouveau
+de sa part; en second lieu, que ces deux desseins ont une espèce
+d'unité entre eux, en ce que tous deux sont fondés sur l'amour que
+Clarimond a pour Daphnis, qui sert de prétexte à l'un et à l'autre;
+et enfin, que de ces deux desseins il n'y en a qu'un qui fasse effet,
+l'autre se détruisant de soi-même, et qu'ainsi la fourbe d'Amarante
+est le seul véritable noeud de cette comédie, où le dessein de Théante
+ne sert qu'à un agréable épisode de deux honnêtes gens qui jouent tour
+à tour un poltron et le tournent en ridicule.
+
+Il y avoit ici un aussi beau jeu pour les _a parte_ qu'en _la Veuve_;
+mais j'y en fais voir la même aversion, avec cet avantage, qu'une
+seule scène qui ouvre le théâtre donne ici l'intelligence du sens
+caché de ce que disent mes acteurs, et qu'en l'autre j'en emploie
+quatre ou cinq pour l'éclaircir.
+
+L'unité de lieu est assez exactement gardée en cette comédie, avec ce
+passe-droit toutefois dont j'ai déjà parlé[353], que tout ce que dit
+Daphnis à sa porte ou en la rue seroit mieux dit dans sa chambre, où
+les scènes qui se font sans elle et sans Amarante ne peuvent se
+placer. C'est ce qui m'oblige à la faire sortir au dehors, afin qu'il
+y puisse avoir et unité de lieu entière, et liaison de scène
+perpétuelle dans la pièce; ce qui ne pourroit être, si elle parloit
+dans sa chambre, et les autres dans la rue.
+
+J'ai déjà dit que je tiens impossible de choisir une place publique
+pour le lieu de la scène que cet inconvénient n'arrive; j'en parlerai
+encore plus au long, quand je m'expliquerai sur l'unité de lieu[354].
+J'ai dit que la liaison de scènes est ici perpétuelle, et j'y en ai
+mis de deux sortes, de présence et de vue. Quelques-uns ne veulent pas
+que quand un acteur sort du théâtre pour n'être point vu de celui qui
+y vient, cela fasse une liaison: mais je ne puis être de leur avis sur
+ce point, et tiens que c'en est une suffisante quand l'acteur qui
+entre sur le théâtre voit celui qui en sort, ou que celui qui
+sort[355] voit celui qui entre; soit qu'il le cherche, soit qu'il le
+fuie, soit qu'il le voie simplement sans avoir intérêt à le chercher
+ni à le fuir. Aussi j'appelle en général une liaison de vue ce qu'ils
+nomment une liaison de recherche. J'avoue que cette liaison est
+beaucoup plus imparfaite que celle de présence et de discours, qui se
+fait lorsqu'un acteur ne sort point du théâtre sans y laisser un autre
+à qui il aye parlé; et dans mes derniers ouvrages je me suis arrêté à
+celle-ci sans me servir de l'autre; mais enfin je crois qu'on s'en
+peut contenter, et je la préférerois de beaucoup à celle qu'on appelle
+liaison de bruit, qui ne me semble pas supportable, s'il n'y a de
+très-justes et de très-importantes occasions qui obligent un acteur à
+sortir du théâtre quand il en entend; car d'y venir simplement par
+curiosité, pour savoir ce que veut dire ce bruit, c'est une si foible
+liaison, que je ne conseillerois jamais personne de s'en servir[356].
+
+La durée de l'action ne passeroit point en cette comédie celle de la
+représentation, si l'heure du dîner n'y séparoit point les deux
+premiers actes. Le reste n'emporte que ce temps-là; et je n'aurois pu
+lui en donner davantage, que mes acteurs n'eussent le[357] loisir de
+s'éclaircir; ce qui les brouille n'étant qu'un malentendu qui ne peut
+subsister qu'autant que Géraste, Florame et Daphnis ne se trouvent
+point tous trois ensemble. Je n'ose dire que je m'y suis asservi à
+faire les actes si égaux, qu'aucun n'a pas un vers plus que
+l'autre[358]: c'est une affectation qui ne fait aucune beauté. Il faut
+à la vérité les rendre les plus égaux qu'il se peut; mais il n'est pas
+besoin de cette exactitude: il suffit qu'il n'y aye point d'inégalité
+notable qui fatigue l'attention de l'auditeur en quelques-uns, et ne
+la remplisse pas dans les autres.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [349] Pour se rendre bien compte de ce pronom (_celle-ci_), il
+ faut relire la dernière phrase de l'Examen de _la Galerie du
+ Palais_ (p. 15), et se reporter à la note 1 de la p. 137 du tome
+ I.
+
+ [350] Nous trouvons dans la _Poétique_ d'Aristote (chap. VI) un
+ passage relatif à l'abus des sentences, mais rien qui ressemble à
+ ce précepte dont parle ici Corneille, «de cacher l'artifice de
+ ses parures.»
+
+ [351] IIe Déclamation (_Cæcus pro limine_), chap. XIV. Corneille
+ cite sans doute de mémoire, car dans le texte le mot
+ _flagrantius_ précède immédiatement _frigidis_. Voici comment ce
+ passage a été rendu par un contemporain de Corneille, le sieur du
+ Teil, avocat en parlement, dont la traduction, dédiée à Foucquet,
+ a paru en 1659: «Le mariage est une espèce de servitude aux
+ vieilles gens; leur foiblesse augmente leur passion, et il semble
+ que leur desir s'échauffe par la froideur même de leur
+ tempérament.»
+
+ [352] Dans la pièce, ce passage (vers 1353 et 1354) commence
+ ainsi:
+
+ Et s'il pouvoit donner....
+
+
+ [353] Voyez l'Examen de _la Galerie du Palais_, p. 13.
+
+ [354] Tome I, p. 117, dans le _Discours des trois unités_, qui se
+ trouve en tête du troisième volume de l'édition de 1682.
+
+ [355] VAR. (édit. de 1660): celui qui en sort.
+
+ [356] VAR. (édit. de 1660-1664): que je ne conseillerois jamais
+ de s'en servir.--Corneille a complété dans son _Discours des
+ trois unités_ ce qu'il dit ici des diverses sortes de liaisons.
+ Voyez tome I, p. 103.
+
+ [357] Les éditions de 1668 et de 1682 portent _de_, pour _le_;
+ mais c'est sans doute une erreur.
+
+ [358] Voyez ci-dessus, p. 119, note 1.
+
+
+
+
+ACTEURS.
+
+ GÉRASTE, père de Daphnis.
+
+ POLÉMON, oncle de Clarimond.
+
+ CLARIMOND, amoureux de Daphnis.
+
+ FLORAME, amant de Daphnis.
+
+ THÉANTE, aussi amoureux de Daphnis.
+
+ DAMON, ami de Florame et de Théante.
+
+ DAPHNIS, maîtresse de Florame, aimée[359] de Clarimond et de
+ Théante.
+
+ AMARANTE, suivante de Daphnis.
+
+ CÉLIE, voisine de Géraste et sa confidente.
+
+ CLÉON, domestique de Damon[360].
+
+La scène est à Paris[361]
+
+
+
+
+LA SUIVANTE.
+
+COMÉDIE.
+
+
+
+
+ACTE I.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+DAMON, THÉANTE.
+
+ DAMON.
+
+ Ami, j'ai beau rêver, toute ma rêverie
+ Ne me fait rien comprendre en ta galanterie.
+ Auprès de ta maîtresse engager un ami,
+ C'est, à mon jugement, ne l'aimer qu'à demi.
+ Ton humeur qui s'en lasse au changement l'invite; 5
+ Et n'osant la quitter, tu veux qu'elle te quitte.
+
+ THÉANTE.
+
+ Ami, n'y rêve plus; c'est en juger trop bien
+ Pour t'oser plaindre encor de n'y comprendre rien.
+ Quelques puissants appas que possède Amarante,
+ Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante[362]; 10
+ Et je ne puis songer à sa condition
+ Que mon amour ne cède à mon ambition.
+ Ainsi, malgré l'ardeur qui pour elle me presse,
+ A la fin j'ai levé les yeux sur sa maîtresse[363],
+ Où mon dessein, plus haut et plus laborieux, 15
+ Se promet des succès beaucoup plus glorieux.
+ Mais lors, soit qu'Amarante eût pour moi quelque flamme,
+ Soit qu'elle pénétrât jusqu'au fond de mon âme,
+ Et que malicieuse elle prît du plaisir
+ A rompre les effets de mon nouveau desir, 20
+ Elle savoit toujours m'arrêter auprès d'elle
+ A tenir des propos d'une suite éternelle.
+ L'ardeur qui me brûloit de parler à Daphnis
+ Me fournissoit en vain des détours infinis;
+ Elle usoit de ses droits, et toute impérieuse, 25
+ D'une voix demi-gaie et demi-sérieuse:
+ «Quand j'ai des serviteurs, c'est pour m'entretenir,
+ Disoit-elle; autrement, je les sais bien punir;
+ Leurs devoirs près de moi n'ont rien qui les excuse.»
+
+ DAMON.
+
+ Maintenant je devine à peu près une ruse[364] 30
+ Que tout autre en ta place à peine entreprendroit.
+
+ THÉANTE.
+
+ Écoute, et tu verras si je suis maladroit.
+ Tu sais comme Florame à tous les beaux visages
+ Fait par civilité toujours de feints hommages,
+ Et sans avoir d'amour offrant partout des voeux, 35
+ Traite de peu d'esprit les véritables feux[365].
+ Un jour qu'il se vantoit de cette humeur étrange,
+ A qui chaque objet plaît, et que pas un ne range,
+ Et reprochoit à tous que leur peu de beauté
+ Lui laissoit si longtemps garder sa liberté: 40
+ «Florame, dis-je alors, ton âme indifférente
+ Ne tiendroit que fort peu contre mon Amarante.»
+ «Théante, me dit-il, il faudroit l'éprouver;
+ Mais l'éprouvant peut-être on te feroit rêver:
+ Mon feu, qui ne seroit que pure courtoisie[366], 45
+ La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»
+ Je réplique, il repart, et nous tombons d'accord
+ Qu'au hasard du succès il y feroit effort.
+ Ainsi je l'introduis; et par ce tour d'adresse,
+ Qui me fait pour un temps lui céder ma maîtresse, 50
+ Engageant Amarante et Florame au discours,
+ J'entretiens à loisir mes nouvelles amours.
+
+ DAMON.
+
+ Fut-elle sur ce point ou fâcheuse ou facile[367]?
+
+ THÉANTE.
+
+ Plus que je n'espérois je l'y trouvai docile[368].
+ Soit que je lui donnasse une fort douce loi, 55
+ Et qu'il fût à ses yeux plus aimable que moi;
+ Soit qu'elle fît dessein sur ce fameux rebelle[369]
+ Qu'une simple gageure attachoit auprès d'elle[370],
+ Elle perdit pour moi son importunité,
+ Et n'en demanda plus tant d'assiduité[371]. 60
+ La douceur d'être seule à gouverner Florame[372]
+ Ne souffrit plus chez elle aucun soin de ma flamme,
+ Et ce qu'elle goûtoit avec lui de plaisirs
+ Lui fit abandonner mon âme à mes desirs.
+
+ DAMON.
+
+ On t'abuse, Théante; il faut que je te die 65
+ Que Florame est atteint de même maladie,
+ Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi[373],
+ Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi.
+ A servir Amarante il met beaucoup d'étude;
+ Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude: 70
+ Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir,
+ Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir.
+ Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse;
+ Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse,
+ Et cherche ambitieux, par sa possession, 75
+ A relever l'éclat de son extraction.
+ Il a peu de fortune, et beaucoup de courage;
+ Et hors cette espérance, il hait le mariage.
+ C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit;
+ Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit. 80
+
+ THÉANTE.
+
+ Parmi ses hauts projets il manque de prudence[374],
+ Puisqu'il traite avec toi de telle confidence.
+
+ DAMON.
+
+ Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point,
+ Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je dois l'attendre ici. Quitte-moi, je te prie, 85
+ De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie[375].
+
+ DAMON.
+
+ Adieu. Je suis à toi.
+
+
+SCÈNE II.
+
+THÉANTE.
+
+ Par quel malheur fatal,
+ Ai-je donné moi-même entrée à mon rival?
+ De quelque trait rusé que mon esprit se vante,
+ Je me trompe moi-même en trompant Amarante, 90
+ Et choisis un ami qui ne veut que m'ôter
+ Ce que par lui je tâche à me faciliter.
+ Qu'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire[376]?
+ Je sais trop comme il faut l'empêcher d'en rien dire[377].
+ Amarante l'arrête, et j'arrête Daphnis: 95
+ Ainsi tous entretiens d'entre eux deux sont bannis;
+ Et tant d'heur se rencontre en ma sage conduite,
+ Qu'au langage des yeux son amour est réduite.
+ Mais n'est-ce pas assez pour se communiquer?
+ Que faut-il aux amants de plus pour s'expliquer? 100
+ Même ceux de Daphnis à tous coups lui répondent:
+ L'un dans l'autre à tous coups leurs regards se confondent,
+ Et d'un commun aveu ces muets truchements
+ Ne se disent que trop leurs amoureux tourments.
+ Quelles vaines frayeurs troublent ma fantaisie! 105
+ Que l'amour aisément penche à la jalousie!
+ Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités
+ Où les moindres soupçons passent pour vérités!
+ Daphnis est toute aimable; et si Florame l'aime[378],
+ Dois-je m'imaginer qu'il soit aimé de même[379]? 110
+ Florame avec raison adore tant d'appas,
+ Et Daphnis sans raison s'abaisseroit trop bas.
+ Ce feu, si juste en l'un, en l'autre inexcusable,
+ Rendroit l'un glorieux, et l'autre méprisable.
+ Simple! l'amour peut-il écouter la raison? 115
+ Et même ces raisons sont-elles de saison?
+ Si Daphnis doit rougir en brûlant pour Florame,
+ Qui l'en affranchiroit en secondant ma flamme?
+ Étant tous deux égaux, il faut bien que nos feux
+ Lui fassent même honte, ou même honneur tous deux[380]:
+ Ou tous deux nous formons un dessein téméraire,
+ Ou nous avons tous deux même droit de lui plaire.
+ Si l'espoir m'est permis, il y peut aspirer;
+ Et s'il prétend trop haut, je dois désespérer.
+ Mais le voici venir.
+
+
+SCÈNE III.
+
+THÉANTE, FLORAME.
+
+ THÉANTE.
+
+ Tu me fais bien attendre. 125
+
+ FLORAME.
+
+ Encore est-ce à regret qu'ici je viens me rendre[381],
+ Et comme un criminel qu'on traîne à sa prison.
+
+ THÉANTE.
+
+ Tu ne fais qu'en raillant cette comparaison.
+
+ FLORAME.
+
+ Elle n'est que trop vraie.
+
+ THÉANTE.
+
+ Et ton indifférence?
+
+ FLORAME.
+
+ La conserver encor! le moyen? l'apparence? 130
+ Je m'étois plu toujours d'aimer en mille lieux:
+ Voyant une beauté, mon coeur suivoit mes yeux;
+ Mais de quelques attraits que le ciel l'eût pourvue,
+ J'en perdois la mémoire aussitôt que la vue;
+ Et bien que mes discours lui donnassent ma foi, 135
+ De retour au logis, je me trouvois à moi[382].
+ Cette façon d'aimer me sembloit fort commode,
+ Et maintenant encor je vivrois à ma mode;
+ Mais l'objet d'Amarante est trop embarrassant:
+ Ce n'est point un visage à ne voir qu'en passant; 140
+ Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache;
+ Je ne la puis quitter que le jour ne se cache;
+ Même alors, malgré moi, son image me suit[383],
+ Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.
+ Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée; 145
+ J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée.
+ Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher,
+ Ou songe que mon coeur n'est pas fait d'un rocher;
+ Tant de charmes enfin me rendroient infidèle[384].
+
+ THÉANTE.
+
+ Deviens-le si tu veux, je suis assuré d'elle; 150
+ Et quand il te faudra tout de bon l'adorer,
+ Je prendrai du plaisir à te voir soupirer,
+ Tandis que pour tout fruit tu porteras la peine[385]
+ D'avoir tant persisté dans une humeur si vaine.
+ Quand tu ne pourras plus te priver de la voir[386], 155
+ C'est alors que je veux t'en ôter le pouvoir;
+ Et j'attends de pied ferme à reprendre ma place[387],
+ Qu'il ne soit plus en toi de retrouver ta glace.
+ Tu te défends encore, et n'en tiens qu'à demi[388].
+
+ FLORAME.
+
+ Cruel, est-ce là donc me traiter en ami? 160
+ Garde, pour châtiment de cet injuste outrage,
+ Qu'Amarante pour toi ne change de courage[389],
+ Et se rendant sensible à l'ardeur de mes voeux....
+
+ THÉANTE.
+
+ A cela près, poursuis; gagne-la, si tu peux:
+ Je ne m'en prendrai lors qu'à ma seule imprudence; 165
+ Et demeurant ensemble en bonne intelligence,
+ En dépit du malheur que j'aurai mérité,
+ J'aimerai le rival qui m'aura supplanté.
+
+ FLORAME.
+
+ Ami, qu'il vaut bien mieux ne tomber point en peine
+ De faire à tes dépens cette épreuve incertaine[390]! 170
+ Je me confesse pris, je quitte[391], j'ai perdu:
+ Que veux-tu plus de moi? reprends ce qui t'est dû[392].
+ Séparer plus longtemps une amour si parfaite[393]!
+ Continuer encor la faute que j'ai faite!
+ Elle n'est que trop grande, et pour la réparer, 175
+ J'empêcherai Daphnis de vous plus séparer[394].
+ Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible,
+ Vous jouirez vous deux d'un entretien paisible;
+ Je saurai l'amuser, et vos feux redoublés
+ Par son fâcheux abord ne seront plus troublés. 180
+
+ THÉANTE.
+
+ Ce seroit prendre un soin qui n'est pas nécessaire:
+ Daphnis sait d'elle-même assez bien se distraire,
+ Et jamais son abord ne trouble nos plaisirs,
+ Tant elle est complaisante à nos chastes desirs.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.
+
+ THÉANTE.
+
+ Déploie, il en est temps, tes meilleurs artifices[395] 185
+ (Sans mettre toutefois en oubli mes services):
+ Je t'amène un captif qui te veut échapper.
+
+ AMARANTE.
+
+ J'en ai vu d'échappés que j'ai su rattraper[396].
+
+ THÉANTE.
+
+ Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde.
+
+ AMARANTE.
+
+ Allez, laissez-le-moi, j'en ferai bonne garde[397]. 190
+ Daphnis est au jardin.
+
+ FLORAME.
+
+ Sans plus vous désunir,
+ Souffre qu'au lieu de toi je l'aille entretenir.
+
+
+SCÈNE V.
+
+AMARANTE, FLORAME.
+
+ AMARANTE.
+
+ Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante:
+ Il porte assez au coeur le portrait d'Amarante;
+ Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer. 195
+ C'est au vôtre à présent que je le veux tracer;
+ Et la difficulté d'une telle victoire
+ M'en augmente l'ardeur comme elle en croît la gloire[398].
+
+ FLORAME.
+
+ Aurez-vous quelque gloire à me faire souffrir?
+
+ AMARANTE.
+
+ Plus que de tous les voeux qu'on me pourroit offrir[399]. 200
+
+ FLORAME.
+
+ Vous plaisez-vous à ceux d'une âme si contrainte,
+ Qu'une vieille amitié retient toujours en crainte?
+
+ AMARANTE.
+
+ Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux;
+ Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux[400].
+
+ FLORAME.
+
+ De vrai, contre ses droits mon esprit se rebelle; 205
+ Mais feriez-vous état d'un amant infidèle?
+
+ AMARANTE.
+
+ Je ne prendrai jamais pour un manque de foi
+ D'oublier un ami pour se donner à moi.
+
+ FLORAME.
+
+ Encor si je pouvois former quelque espérance[401]
+ De vous voir favorable à ma persévérance, 210
+ Que vous pussiez m'aimer après tant de tourment[402],
+ Et d'un mauvais ami faire un heureux amant!
+ Mais hélas! je vous sers, je vis sous votre empire,
+ Et je ne puis prétendre où mon desir aspire.
+ Théante! (ah, nom fatal pour me combler d'ennui!) 215
+ Vous demandez mon coeur, et le vôtre est à lui!
+ Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services[403],
+ Que du manque d'espoir j'évite les supplices:
+ Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.
+
+ AMARANTE.
+
+ S'il ne tient qu'à l'espoir, je vous en veux donner. 220
+ Apprenez que chez moi c'est un foible avantage
+ De m'avoir de ses voeux le premier fait hommage:
+ Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux,
+ Que je négligerois près de qui vaudroit mieux[404].
+ Lui seul de mes amants règle la différence, 225
+ Sans que le temps leur donne aucune préférence.
+
+ FLORAME.
+
+ Vous ne flattez mes sens que pour m'embarrasser.
+
+ AMARANTE.
+
+ Peut-être; mais enfin il faut le confesser[405],
+ Vous vous trouveriez mieux auprès de ma maîtresse.
+
+ FLORAME.
+
+ Ne pensez pas....
+
+ AMARANTE.
+
+ Non, non, c'est là ce qui vous presse.
+ Allons dans le jardin ensemble la chercher.
+ Que j'ai su dextrement à ses yeux la cacher!
+
+
+SCÈNE VI.
+
+DAPHNIS, THÉANTE.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Voyez comme tous deux ont fui notre rencontre[406]!
+ Je vous l'ai déjà dit, et l'effet vous le montre:
+ Vous perdez Amarante, et cet ami fardé 235
+ Se saisit finement d'un bien si mal gardé;
+ Vous devez vous lasser de tant de patience,
+ Et votre sûreté n'est qu'en la défiance.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je connois Amarante, et ma facilité
+ Établit mon repos sur sa fidélité: 240
+ Elle rit de Florame et de ses flatteries,
+ Qui ne sont après tout que des galanteries[407].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Amarante, de vrai, n'aime pas à changer;
+ Mais votre peu de soin l'y pourroit engager.
+ On néglige aisément un homme qui néglige. 245
+ Son naturel est vain; et qui la sert l'oblige:
+ D'ailleurs les nouveautés ont de puissants appas.
+ Théante, croyez-moi, ne vous y fiez pas.
+ J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme[408],
+ Où j'ai peu remarqué de sa première flamme; 250
+ Et s'il tournoit la feinte en véritable amour[409],
+ Elle seroit bien fille à vous jouer d'un tour;
+ Mais afin que l'issue en soit pour vous meilleure,
+ Laissez-moi ce causeur à gouverner une heure:
+ J'ai tant de passion pour tous vos intérêts, 255
+ Que j'en saurai bientôt pénétrer les secrets[410].
+
+ THÉANTE.
+
+ C'est un trop bas emploi pour de si hauts mérites;
+ Et quand elle aimeroit à souffrir ses visites,
+ Quand elle auroit pour lui quelque inclination,
+ Vous m'en verriez toujours sans appréhension. 260
+ Qu'il se mette à loisir, s'il peut, dans son courage:
+ Un moment de ma vue en efface l'image.
+ Nous nous ressemblons mal, et pour ce changement,
+ Elle a de trop bons yeux et trop de jugement[411].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Vous le méprisez trop: je trouve en lui des charmes[412]
+ Qui vous devroient du moins donner quelques alarmes.
+ Clarimond n'a de moi que haine et que rigueur[413];
+ Mais s'il lui ressembloit, il gagneroit mon coeur.
+
+ THÉANTE.
+
+ Vous en parlez ainsi, faute de le connoître.
+
+ DAPHNIS.
+
+ J'en parle et juge ainsi sur ce qu'on voit paroître[409]. 270
+
+ THÉANTE.
+
+ Quoi qu'il en soit, l'honneur de vous entretenir....
+
+ DAPHNIS.
+
+ Brisons là ce discours: je l'aperçois venir[415].
+ Amarante, ce semble, en est fort satisfaite.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+DAPHNIS, FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je t'attendois, ami, pour faire la retraite:
+ L'heure du dîner presse, et nous incommodons[416] 275
+ Celles qu'en nos discours ici nous retardons[417].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Il n'est pas encor tard.
+
+ THÉANTE.
+
+ Nous ferions conscience
+ D'abuser plus longtemps de votre patience.
+
+ FLORAME.
+
+ Madame, excusez donc cette incivilité,
+ Dont l'heure nous impose une nécessité. 280
+
+ DAPHNIS.
+
+ Sa force vous excuse, et je lis dans votre âme
+ Qu'à regret vous quittez l'objet de votre flamme.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+DAPHNIS, AMARANTE.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Cette assiduité de Florame avec vous
+ A la fin a rendu Théante un peu jaloux.
+ Aussi de vous y voir tous les jours attachée, 285
+ Quelle puissante amour n'en seroit point touchée[418]?
+ Je viens d'examiner son esprit en passant;
+ Mais vous ne croiriez pas l'ennui qu'il en ressent.
+ Vous y devez pourvoir; et si vous êtes sage,
+ Il faut à cet ami faire mauvais visage, 290
+ Lui fausser compagnie, éviter ses discours.
+ Ce sont pour l'apaiser les chemins les plus courts:
+ Sinon, faites état qu'il va courir au change.
+
+ AMARANTE.
+
+ Il seroit en ce cas d'une humeur bien étrange.
+ A sa prière seule, et pour le contenter, 295
+ J'écoute cet ami quand il m'en vient conter;
+ Et pour vous dire tout, cet amant infidèle
+ Ne m'aime pas assez pour en être en cervelle[419].
+ Il forme des desseins beaucoup plus relevés,
+ Et de plus beaux portraits en son coeur sont gravés. 300
+ Mes yeux pour l'asservir ont de trop foibles armes;
+ Il voudroit pour m'aimer que j'eusse d'autres charmes,
+ Que l'éclat de mon sang, mieux soutenu de biens,
+ Ne fût point ravalé par le rang que je tiens;
+ Enfin (que serviroit aussi bien de le taire?) 305
+ Sa vanité le porte au souci de vous plaire.
+
+ DAPHNIS.
+
+ En ce cas, il verra que je sais comme il faut
+ Punir des insolents qui prétendent trop haut.
+
+ AMARANTE.
+
+ Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme,
+ Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame, 310
+ Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Amarante, après tout disons la vérité:
+ Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie,
+ Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie[420];
+ Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien[421];
+ Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien.
+
+
+SCÈNE IX.
+
+AMARANTE.
+
+ Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme,
+ On devine aisément qu'elle en veut à Florame.
+ Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux,
+ Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts. 320
+ Sa surprise à ce mot a paru manifeste;
+ Son teint en a changé, sa parole, son geste.
+ L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux,
+ Et je crois que Théante en est le moins jaloux.
+ Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée. 325
+ Être toujours des yeux sur un homme arrêtée,
+ Dans son manque de biens déplorer son malheur,
+ Juger à sa façon qu'il a de la valeur,
+ Demander si l'esprit en répond à la mine[422],
+ Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine. 330
+ Florame en est de même, il meurt de lui parler;
+ Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler,
+ C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte!
+ Que m'importe de perdre une amitié si feinte[423]?
+ Et que me peut servir un ridicule feu, 335
+ Où jamais de son coeur sa bouche n'a l'aveu?
+ Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force
+ Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce,
+ Et fera son possible à toujours conserver
+ Ce doux extérieur dont on me veut priver. 340
+
+
+FIN DU PREMIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [359] Dans les éditions de 1637-1664: _et aimée_.
+
+ [360] Dans l'édition de 1637, ce personnage se nomme Cléonte et
+ ne figure pas au tableau des acteurs. Du reste il ne prend la
+ parole que dans la scène v de l'acte IV, et dans aucune édition
+ son nom ne paraît, en tête de cette scène, parmi ceux des
+ personnages.
+
+ [361] L'indication du lieu de la scène manque dans l'édition de
+ 1637.
+
+ [362] _Var._ Je treuve qu'après tout ce n'est qu'une suivante.
+ (1637)
+
+ [363] _Var._ A la fin j'ai levé mes yeux sur sa maîtresse.
+ (1637-57)
+
+ [364] _Var._ Maintenant je me doute à peu près d'une ruse.
+ (1637-60)
+
+ [365] _Var._ Tient pour manque d'esprit de véritables feux.
+ (1637-57)
+
+ [366] _Var._ Mon feu, qui ne seroit que simple courtoisie,
+ [La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»]
+ Moi de jurer que non, et lui de persister,
+ Tant que pour cette épreuve il me fit protester
+ Que je lui céderois quelque temps ma maîtresse.
+ Ainsi donc je l'y mène, et par cette souplesse,
+ [Engageant Amarante et Florame au discours.] (1637-57)
+
+ [367] _Var._ Amarante à ce point fut-elle fort docile? (1637-57)
+
+ [368] _Var._ Plus que je n'espérois je la trouvai facile. (1637)
+ _Var._ Plus que je n'espérois je l'y trouvai facile. (1644-57)
+
+ [369] _Var._ Soit qu'elle fît dessein d'asservir la franchise
+ D'un qui la cajoloit ainsi par entreprise. (1637)
+ _Var._ Soit qu'elle fît dessein sur cet esprit rebelle
+ Qui par galanterie osoit feindre auprès d'elle. (1644-57)
+
+ [370] _Var._ Qui par simple gageure osoit se jouer d'elle.
+ (1660-64)
+
+ [371] _Var._ Et ne demanda plus tant d'assiduité. (1637)
+
+ [372] _Var._ L'aise de se voir seule à gouverner Florame.
+ (1637-68)
+
+ [373] _Var._ Qu'il a dedans l'esprit mêmes desseins que toi.
+ (1637-57)
+
+ [374] _Var._ Parmi ces hauts projets il manque de prudence.
+ (1637)
+
+ [375] _Var._ Qu'il ne se doute point de ta supercherie. (1637-57)
+
+ [376] _Var._ N'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire;
+ Je sais trop dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1637)
+
+ [377] _Var._ Si je sais dextrement l'empêcher d'en rien dire.
+ (1644-57)
+
+ [378] _Var._ Daphnis est fort aimable, et si Florame l'aime,
+ Est-ce à dire pourtant qu'il soit aimé de même? (1637-57)
+
+ [379] _Var._ En dois-je présumer qu'il soit aimé de même? (1660)
+
+ [380] _Var._ Lui soient à même honte ou même honneur tous deux:
+ Ou tous deux nous faisons un dessein téméraire. (1637-57)
+
+ [381] _Var._ Encore est-ce à regret qu'ici je me viens rendre.
+ (1637-57)
+
+ [382] _Var._ De retour au logis je me treuvois à moi. (1637)
+
+ [383] _Var._ Encor n'est-ce pas tout, son image me suit,
+ [Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.]
+ Elle entre effrontément jusque dedans ma couche,
+ Me redit ses propos, me présente sa bouche.
+ [Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher.] (1637-57)
+
+ [384] _Var._ Ses beautés à la fin me rendroient infidèle.
+ (1637-57)
+
+ [385] _Var._ Et toi sans aucun fruit tu porteras la peine.
+ (1637-57)
+
+ [386] _Var._ Quand tu ne pourras plus te passer de la voir.
+ (1637-57)
+
+ [387] _Var._ J'attends pour te punir à reprendre ma place.
+ (1637-57)
+
+ [388] _Var._ A présent tu n'en tiens encore qu'à demi. (1637-57)
+
+ [389] _Var._ Qu'en ma faveur le ciel ne tourne son courage,
+ Et dispose Amarante à seconder mes voeux. (1637-57)
+
+ [390] _Var._ De faire à tes dépens cette preuve incertaine.
+ (1657)
+
+ [391] Terme de jeu: _je quitte la partie_.
+
+ [392] _Var._ Que veux-tu plus de moi? reprends ce qu'il t'est dû.
+ (1657)
+
+ [393] _Var._ Séparer davantage une amour si parfaite! (1637-60)
+
+ [394] _Var._ J'empêcherai Daphnis de plus vous séparer.
+ Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible. (1637)
+
+ [395] _Var._ Mon coeur, déploie ici tes meilleurs artifices
+ (Mais toutefois sans mettre en oubli mes services). (1637-57)
+
+ [396] _Var._ Quelque échappé qu'il fût, je saurois l'attraper.
+ (1637-57)
+
+ [397] _Var._ Allez, laissez-le-moi, j'y ferai bonne garde. (1637)
+
+ [398] _Var._ Augmente mon envie en augmentant la gloire.
+ (1637-57)
+
+ [399] _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me peut offrir. (1637)
+ _Var._ Bien plus que d'aucuns voeux que l'on me pût offrir. (1644-60)
+
+ [400] _Var._ Toute amitié se meurt où naissent de vrais feux.
+ (1637-57)
+
+ [401] _Var._ Encore si j'avois tant soit peu d'espérance.
+ (1637-57)
+
+ [402] _Var._ Que vous puissiez m'aimer après tant de tourment.
+ (1654)
+
+ [403] _Var._ Et mon stérile amour n'aura que des supplices!
+ Trouvez bon que j'adresse autre part mes services[403-a],
+ ontraint, manque d'espoir, de vous abandonner.
+ AMAR. S'il ne tient qu'à cela je vous en veux donner. (1637-57)
+
+ [403-a] [Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services.]
+ (1644-57)
+
+ [404] _Var._ Que je négligerois près d'un qui valût mieux. (1637-57)
+
+ [405] _Var._ Peut-être, mais enfin il le faut confesser. (1637-60)
+
+ [406] _Var._ Voyez comme tous deux fuyent notre rencontre!
+ (1637-57)
+
+ [407] _Var._ Qui ne sont en effet que des galanteries. (1637-57)
+
+ [408] _Var._ J'ai sondé son esprit touchant cette matière,
+ Où j'ai peu remarqué de son ardeur première. (1637)
+ _Var._ J'ai sondé dextrement jusqu'au fond de son âme. (1644-57)
+
+ [409] _Var._ Et si Florame avoit pour elle quelque amour,
+ Elle pourroit bientôt vous faire un mauvais tour. (1637-57)
+
+ [410] _Var._ Qu'en moins de rien ma ruse en tire les secrets.
+ THÉANTE. C'est un trop bas emploi pour un si grand mérite;
+ Et quand bien Amarante en seroit là réduite,
+ Que de se voir pour lui dans quelque émotion,
+ J'étouffe en moins de rien cette inclination. (1637-57)
+
+ [411] _Var._ Cette belle maîtresse a trop de jugement. (1637-57)
+
+ [412] _Var._ Vous le méprisez trop: je treuve en lui des charmes.
+ (1637-52)
+
+ [413] _Var._ Clarimond n'a de moi qu'un excès de rigueur;
+ Mais s'il lui ressembloit, il toucheroit mon coeur. (1637-57)
+
+ [414] _Var._ Mais j'en juge suivant ce que je vois paroître. (1637-60)
+ _Var._ Mais j'en juge suivant ce que j'en vois paroître. (1663 et 64)
+
+ [415] _Var._ Laissons là ce discours: je l'aperçois venir.
+ (1637-60)
+
+ [416] _Var._ L'heure de dîner presse, et nous incommodons. (1637)
+
+ [417] _Var._ Celle qu'en nos discours ici nous retardons.
+ (1637-64)
+
+ [418] _Var._ Quelle puissante amour n'en seroit pas fâchée?
+ (1637-57)
+
+ [419] _Pour en être inquiet._ Voyez tome I, p. 192, note 2.
+
+ [420] _Var._ Et toute sa froideur naît de sa jalousie. (1637)
+
+ [421] _Var._ C'est chose au demeurant qui ne me touche en rien. (1637-57)
+ _Var._ Si vous l'aimez encor, quittez cet entretien,
+ Ce que je vous en dis n'est que pour votre bien. (1660)
+
+ [422] _Var._ M'informer[422-a] si l'esprit en répond à la mine.
+ (1637-57)
+
+ [422-a] Voyez tome I, p. 472, note 2.
+
+ [423] _Var._ [Que m'importe de perdre une amitié si feinte?]
+ Dois-je pas m'ennuyer de son discours moqueur,
+ Où sa langue jamais n'a l'aveu de son coeur?
+ Non, je ne le saurois, et quoi qu'il m'en arrive,
+ Je ferai mes efforts afin qu'on ne m'en prive,
+ Et j'y veux employer de si rusés détours,
+ Qu'ils n'auront de longtemps le fruit de leurs amours[423-a]. (1637-57)
+
+ [423-a] C'est ici que finit le Ier acte dans les éditions
+ indiquées.
+
+
+
+
+ACTE II.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+GÉRASTE, CÉLIE.
+
+ CÉLIE.
+
+ Eh bien! j'en parlerai; mais songez qu'à votre âge
+ Mille accidents fâcheux suivent le mariage:
+ On aime rarement de si sages époux,
+ Et leur moindre malheur, c'est d'être un peu jaloux[424].
+ Convaincus au dedans de leur propre foiblesse, 345
+ Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse;
+ Et cet heureux hymen, qui les charmoit si fort,
+ Devient souvent pour eux un fourrier[425] de la mort.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie;
+ Le sort en est jeté: va, ma chère Célie[426], 350
+ Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi;
+ Flatte-la de ma part, promets-lui tout de moi;
+ Dis-lui que si l'amour d'un vieillard l'importune,
+ Elle fait une planche[427] à sa bonne fortune;
+ Que l'excès de mes biens, à force de présents, 355
+ Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans;
+ Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure.
+
+ CÉLIE.
+
+ Ne m'importunez point de votre tablature[428]:
+ Sans vos instructions je sais bien mon métier[429],
+ Et je n'en laisserai pas un trait à quartier[430]. 360
+
+ GÉRASTE.
+
+ Je ne suis point ingrat quand on me rend office.
+ Peins-lui bien mon amour, offre bien mon service,
+ Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passés
+ Qu'il ne me reste encor....
+
+ CÉLIE.
+
+ Que vous m'étourdissez!
+ N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise? 365
+ Que vous allez mourir si vous n'avez Florise?
+ Reposez-vous sur moi.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Que voilà froidement
+ Me promettre ton aide à finir mon tourment!
+
+ CÉLIE.
+
+ S'il faut aller plus vite, allons, je vois son frère[431],
+ Et vais tout devant vous lui proposer l'affaire[432]. 370
+
+ GÉRASTE.
+
+ Ce seroit tout gâter; arrête, et par douceur
+ Essaie auparavant d'y résoudre la soeur.
+
+
+SCÈNE II.
+
+FLORAME.
+
+ Jamais ne verrai-je finie
+ Cette incommode affection,
+ Dont l'impitoyable manie[433] 375
+ Tyrannise ma passion?
+ Je feins, et je fais naître un feu si véritable,
+ Qu'à force d'être aimé je deviens misérable.
+
+ Toi qui m'assiéges tout le jour,
+ Fâcheuse cause de ma peine, 380
+ Amarante, de qui l'amour
+ Commence à mériter ma haine,
+ Cesse de te donner tant de soins superflus[434]:
+ Je te voudrai du bien de ne m'en vouloir plus.
+
+ Dans une ardeur si violente, 385
+ Près de l'objet de mes desirs[435],
+ Penses-tu que je me contente
+ D'un regard et de deux soupirs?
+ Et que je souffre encor cet injuste partage
+ Où tu tiens mes discours, et Daphnis mon courage? 390
+
+ Si j'ai feint pour toi quelques feux,
+ C'est à quoi plus rien ne m'oblige:
+ Quand on a l'effet de ses voeux[436],
+ Ce qu'on adoroit se néglige.
+ Je ne voulois de toi qu'un accès chez Daphis: 395
+ Amarante, je l'ai; mes amours sont finis.
+
+ Théante, reprends ta maîtresse;
+ N'ôte plus à mes entretiens
+ L'unique sujet qui me blesse,
+ Et qui peut-être est las des tiens. 400
+ Et toi, puissant Amour, fais enfin que j'obtienne
+ Un peu de liberté pour lui donner la mienne!
+
+
+SCÈNE III.
+
+AMARANTE, FLORAME.
+
+ AMARANTE.
+
+ Que vous voilà soudain de retour en ces lieux!
+
+ FLORAME.
+
+ Vous jugerez par là du pouvoir de vos yeux.
+
+ AMARANTE.
+
+ Autre objet que mes yeux devers nous vous attire. 405
+
+ FLORAME.
+
+ Autre objet que vos yeux ne cause mon martyre.
+
+ AMARANTE.
+
+ Votre martyre donc est de perdre avec moi
+ Un temps dont vous voulez faire un meilleur emploi.
+
+
+SCÈNE IV[437].
+
+DAPHNIS, AMARANTE, FLORAME.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Amarante, allez voir si dans la galerie
+ Ils ont bientôt tendu cette tapisserie: 410
+ Ces gens-là ne font rien, si l'on n'a l'oeil sur eux.
+
+(Amarante rentre, et Daphnis continue.)
+
+ Je romps pour quelque temps le discours de vos feux.
+
+ _FLORAME._
+
+ N'appelez point des feux un peu de complaisance
+ Que détruit votre abord, qu'éteint votre présence[438].
+
+ _DAPHNIS._
+
+ Votre amour est trop forte, et vos coeurs trop unis, 415
+ Pour l'oublier soudain à l'abord de Daphnis;
+ Et vos civilités étant dans l'impossible
+ Vous rendent bien flatteur, mais non pas insensible.
+
+ _FLORAME._
+
+ Quoi que vous estimiez de ma civilité,
+ Je ne me pique point d'insensibilité. 420
+ J'aime, il n'est que trop vrai, je brûle, je soupire;
+ Mais un plus haut sujet me tient sous son empire.
+
+ _DAPHNIS._
+
+ Le nom ne s'en dit point?
+
+ FLORAME.
+
+ Je ris de ces amants
+ Dont le trop de respect redouble les tourments[439],
+ Et qui, pour les cacher se faisant violence, 425
+ Se promettent beaucoup d'un timide silence[440].
+ Pour moi, j'ai toujours cru qu'un amour vertueux
+ N'avoit point à rougir d'être présomptueux[436].
+ Je veux bien vous nommer le bel oeil qui me dompte
+ Et ma témérité ne me fait point de honte. 430
+ Ce rare et haut sujet....
+
+AMARANTE, revenant brusquement.
+
+ Tout est presque tendu.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Vous n'avez auprès d'eux guère de temps perdu.
+
+ AMARANTE.
+
+ J'ai vu qu'ils l'employoient, et je suis revenue[442].
+
+ DAPHNIS.
+
+ J'ai peur de m'enrhumer au froid qui continue,
+ Allez au cabinet me querir un mouchoir[443]: 435
+ J'en ai laissé les clefs autour de mon miroir;
+ Vous les trouverez là.
+
+(Amarante rentre, et Daphnis continue.)
+
+ J'ai cru que cette belle
+ Ne pouvoit à propos se nommer devant elle,
+ Qui recevant par là quelque espèce d'affront,
+ En auroit eu soudain la rougeur sur le front. 440
+
+ FLORAME.
+
+ Sans affront je la quitte, et lui préfère une autre[444]
+ Dont le mérite égal, le rang pareil au vôtre,
+ L'esprit et les attraits également puissants,
+ Ne devroient de ma part avoir que de l'encens[445].
+ Oui, sa perfection, comme la vôtre extrême, 445
+ N'a que vous de pareille: en un mot, c'est[446]....
+
+ DAPHNIS.
+
+ Moi-même:
+ Je vois bien que c'est là que vous voulez venir,
+ Non tant pour m'obliger, comme pour me punir.
+ Ma curiosité, devenue indiscrète[447],
+ A voulu trop savoir d'une flamme secrète, 450
+ Mais bien qu'elle en reçoive un juste châtiment,
+ Vous pouviez me traiter un peu plus doucement.
+ Sans me faire rougir, il vous devoit suffire
+ De me taire l'objet dont vous aimez l'empire:
+ Mettre en sa place un nom qui ne vous touche pas[448], 455
+ C'est un cruel reproche au peu que j'ai d'appas[449].
+
+ FLORAME.
+
+ Vu le peu que je suis, vous dédaignez de croire
+ Une si malheureuse et si basse victoire.
+ Mon coeur est un captif si peu digne de vous,
+ Que vos yeux en voudroient désavouer leurs coups; 460
+ Ou peut-être mon sort me rend si méprisable[450]
+ Que ma témérité vous devient incroyable.
+ Mais quoi que désormais il m'en puisse arriver,
+ Je fais serment....
+
+ AMARANTE.
+
+ Vos clefs ne sauroient se trouver[451].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Faute d'un plus exquis, et comme par bravade, 465
+ Ceci servira donc de mouchoir de parade.
+
+ Enfin, ce cavalier que nous vîmes au bal,
+ Vous trouvez comme moi qu'il ne danse pas mal?
+
+ FLORAME.
+
+ Je ne le vis jamais mieux sur sa bonne mine.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Il s'étoit si bien mis pour l'amour de Clarine. 470
+
+(A Amarante[452].)
+
+ A propos de Clarine, il m'étoit échappé
+ Qu'elle en a deux à moi d'un nouveau point coupé[453]:
+ Allez, et dites-lui qu'elle me les renvoie.
+
+ AMARANTE.
+
+ Il est hors d'apparence aujourd'hui qu'on la voie:
+ Dès une heure au plus tard elle devoit sortir. 475
+
+ DAPHNIS.
+
+ Son cocher n'est jamais sitôt prêt à partir;
+ Et d'ailleurs son logis n'est pas au bout du monde;
+ Vous perdrez peu de pas. Quoi qu'elle vous réponde,
+ Dites-lui nettement que je les veux avoir[454].
+
+ AMARANTE.
+
+ A vous les rapporter je ferai mon pouvoir. 480
+
+
+SCÈNE V.
+
+FLORAME, DAPHNIS.
+
+ FLORAME.
+
+ C'est à vous maintenant d'ordonner mon supplice,
+ Sûre que sa rigueur n'aura point d'injustice.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Vous voyez qu'Amarante a pour vous de l'amour,
+ Et ne manquera pas d'être tôt de retour.
+ Bien que je pusse encore user de ma puissance[455], 485
+ Il vaut mieux ménager le temps de son absence.
+ Donc, pour n'en perdre point en discours superflus[456],
+ Je crois que vous m'aimez; n'attendez rien de plus:
+ Florame, je suis fille, et je dépends d'un père.
+
+ FLORAME.
+
+ Mais de votre côté que faut-il que j'espère? 490
+
+ DAPHNIS.
+
+ Si ma jalouse encor vous rencontroit ici,
+ Ce qu'elle a de soupçons seroit trop éclairci:
+ Laissez-moi seule, allez.
+
+ FLORAME.
+
+ Se peut-il que Florame
+ Souffre d'être sitôt séparé de son âme?
+ Oui, l'honneur d'obéir à vos commandements 495
+ Lui doit être plus cher que ses contentements.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Mon amour, par ses yeux plus forte devenue,
+ L'eût bientôt emporté dessus ma retenue;
+ Et je sentois mon feu tellement s'augmenter[457],
+ Qu'il n'étoit plus en moi de le pouvoir dompter. 500
+ J'avois peur d'en trop dire; et cruelle à moi-même,
+ Parce que j'aime trop j'ai banni ce que j'aime.
+ Je me trouve captive en de si beaux liens[458],
+ Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens.
+ Quelle importune loi que cette modestie 505
+ Par qui notre apparence en glace convertie
+ Étouffe dans la bouche, et nourrit dans le coeur,
+ Un feu dont la contrainte augmente la vigueur!
+ Que ce penser m'est doux! que je t'aime, Florame[459]!
+ Et que je songe peu, dans l'excès de ma flamme, 510
+ A ce qu'en nos destins contre nous irrités
+ Le mérite et les biens font d'inégalités!
+ Aussi par celle-là de bien loin tu me passes[460],
+ Et l'autre seulement est pour les âmes basses;
+ Et ce penser flatteur me fait croire aisément 515
+ Que mon père sera de même sentiment[461].
+ Hélas! c'est en effet bien flatter mon courage,
+ D'accommoder son sens aux desirs de mon âge.
+ Il voit par d'autres yeux, et veut d'autres appas.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+DAPHNIS, AMARANTE.
+
+ AMARANTE.
+
+ Je vous l'avois bien dit qu'elle n'y seroit pas[462]. 520
+
+ DAPHNIS.
+
+ Que vous avez tardé pour ne trouver personne!
+
+ AMARANTE.
+
+ Ce reproche vraiment ne peut qu'il ne m'étonne:
+ Pour revenir plus vite, il eût fallu voler.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Florame cependant, qui vient de s'en aller,
+ A la fin, malgré moi, s'est ennuyé d'attendre. 525
+
+ AMARANTE.
+
+ C'est chose toutefois que je ne puis comprendre.
+ Des hommes de mérite et d'esprit comme lui
+ N'ont jamais avec vous aucun sujet d'ennui:
+ Votre âme généreuse a trop de courtoisie.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Et la vôtre amoureuse un peu de jalousie. 530
+
+ AMARANTE.
+
+ De vrai, je goûtois mal de faire tant de tours,
+ Et perdois à regret ma part de ses discours.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Aussi je me trouvois si promptement servie,
+ Que je me doutois bien qu'on me portoit envie.
+ En un mot, l'aimez-vous?
+
+ AMARANTE.
+
+ Je l'aime aucunement, 535
+ Non pas jusqu'à troubler votre contentement;
+ Mais si son entretien n'a pas de quoi vous plaire,
+ Vous m'obligerez fort de ne m'en plus distraire.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Mais au cas qu'il me plût?
+
+ AMARANTE.
+
+ Il faudroit vous céder.
+ C'est ainsi qu'avec vous je ne puis rien garder. 540
+ Au moindre feu pour moi qu'un amant fait paroître,
+ Par curiosité vous le voulez connoître,
+ Et quand il a goûté d'un si doux entretien,
+ Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien.
+ C'est ainsi que Théante a négligé ma flamme; 545
+ Encor tout de nouveau vous m'enlevez Florame:
+ Si vous continuez à rompre ainsi mes coups,
+ Je ne sais tantôt plus comment vivre avec vous[463].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Sans colère, Amarante, il semble, à vous entendre,
+ Qu'en même lieu que vous je voulusse prétendre. 550
+ Allez, assurez-vous que mes contentements
+ Ne vous déroberont aucun de vos amants[464];
+ Et pour vous en donner la preuve plus expresse,
+ Voilà votre Théante, avec qui je vous laisse.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+THÉANTE, AMARANTE.
+
+ THÉANTE.
+
+ Tu me vois sans Florame: un amoureux ennui[465] 555
+ Assez adroitement m'a dérobé de lui.
+ Las de céder ma place à son discours frivole,
+ Et n'osant toutefois lui manquer de parole,
+ Je pratique[466] un quart d'heure à mes affections.
+
+ AMARANTE.
+
+ Ma maîtresse lisoit dans tes intentions: 560
+ Tu vois à ton abord comme elle a fait retraite,
+ De peur d'incommoder une amour si parfaite.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je ne la saurois croire obligeante à ce point.
+ Ce qui la fait partir ne se dira-t-il point?
+
+ AMARANTE.
+
+ Veux-tu que je t'en parle avec toute franchise? 565
+ C'est la mauvaise humeur où Florame l'a mise.
+
+ THÉANTE.
+
+ Florame?
+
+ AMARANTE.
+
+ Oui: ce causeur vouloit l'entretenir;
+ Mais il aura perdu le goût d'y revenir:
+ Elle n'a que fort peu souffert sa compagnie,
+ Et l'en a chassé presque avec ignominie[467]. 570
+ De dépit cependant ses mouvements aigris
+ Ne veulent aujourd'hui traiter que de mépris;
+ Et l'unique raison qui fait qu'elle me quitte,
+ C'est l'estime où te met près d'elle ton mérite:
+ Elle ne voudroit pas te voir mal satisfait[468],
+ Ni rompre sur-le-champ le dessein qu'elle a fait.
+
+ THÉANTE.
+
+ J'ai regret que Florame ait reçu cette honte:
+ Mais enfin, auprès d'elle il trouve mal son conte[469]?
+
+ AMARANTE.
+
+ Aussi c'est un discours ennuyeux que le sien:
+ Il parle incessamment sans dire jamais rien[470]; 580
+ Et n'étoit que pour toi je me fais ces contraintes,
+ Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes.
+
+ THÉANTE.
+
+ Et je m'assure aussi tellement en ta foi,
+ Que bien que tout le jour il cajole avec toi,
+ Mon esprit te conserve une amitié si pure, 585
+ Que sans être jaloux je le vois et l'endure.
+
+ AMARANTE.
+
+ Comment le serois-tu pour un si triste objet?
+ Ses imperfections t'en ôtent tout sujet.
+ C'est à toi d'admirer qu'encor qu'un beau visage
+ Dedans ses entretiens à toute heure t'engage[471], 590
+ J'ai pour toi tant d'amour et si peu de soupçon,
+ Que je n'en suis jalouse en aucune façon.
+ C'est aimer puissamment que d'aimer de la sorte;
+ Mais mon affection est bien encor plus forte.
+ Tu sais (et je le dis sans te mésestimer) 595
+ Que quand notre Daphnis auroit su te charmer[472],
+ Ce qu'elle est plus que toi mettroit hors d'espérance[473]
+ Les fruits qui seroient dus à ta persévérance.
+ Plût à Dieu que le ciel te donnât assez d'heur
+ Pour faire naître en elle autant que j'ai d'ardeur! 600
+ Voyant ainsi la porte à ta fortune ouverte[474],
+ Je pourrais librement consentir à ma perte.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je te souhaite un change autant avantageux.
+ Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux,
+ Ou que jusqu'à ce point il t'eût favorisée, 605
+ Que Florame fût prince, et qu'il t'eût épousée!
+ Je prise auprès des tiens si peu mes intérêts,
+ Que bien que j'en sentisse au coeur mille regrets[475],
+ Et que de déplaisir il m'en coûtât la vie,
+ Je me la tiendrois lors heureusement ravie. 610
+
+ AMARANTE.
+
+ Je ne voudrois point d'heur qui vînt avec ta mort,
+ Et Damon que voilà n'en seroit pas d'accord.
+
+ THÉANTE.
+
+ Il a mine d'avoir quelque chose à me dire.
+
+ AMARANTE.
+
+ Ma présence y nuiroit: adieu, je me retire.
+
+ THÉANTE.
+
+ Arrête: nous pourrons nous voir tout à loisir; 615
+ Rien ne le presse.
+
+
+SCÈNE IX.
+
+THÉANTE, DAMON.
+
+ THÉANTE.
+
+ Ami, que tu m'as fait plaisir!
+ J'étois fort à la gêne avec cette suivante[476].
+
+ DAMON.
+
+ Celle qui te charmoit te devient bien pesante.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je l'aime encor pourtant; mais mon ambition
+ Ne laisse point agir mon inclination. 620
+ Ma flamme sur mon coeur en vain est la plus forte[477];
+ Tous mes desirs ne vont qu'où mon dessein les porte.
+ Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival.
+
+ DAMON.
+
+ Et connu....
+
+ THÉANTE.
+
+ Qu'il n'est pas pour me faire grand mal.
+ Amarante m'en vient d'apprendre une nouvelle 625
+ Qui ne me permet plus que j'en sois en cervelle.
+ Il a vu....
+
+ DAMON.
+
+ Qui?
+
+ THÉANTE.
+
+ Daphnis, et n'en a remporté
+ Que ce qu'elle devoit à sa témérité.
+
+ DAMON.
+
+ Comme quoi?
+
+ THÉANTE.
+
+ Des mépris, des rigueurs sans pareilles[478].
+
+ DAMON.
+
+ As-tu beaucoup de foi pour de telles merveilles[479]? 630
+
+ THÉANTE.
+
+ Celle dont je les tiens en parle assurément.
+
+ DAMON.
+
+ Pour un homme si fin, on te dupe aisément.
+ Amarante elle-même en est mal satisfaite,
+ Et ne t'a rien conté que ce qu'elle souhaite:
+ Pour seconder Florame en ses intentions, 635
+ On l'avoit écartée à des commissions.
+ Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme[480]
+ D'avoir eu les moyens de déclarer sa flamme[481],
+ Et qui présume tant de ses prospérités,
+ Qu'il croit ses voeux reçus, puisqu'ils sont écoutés; 640
+ Et certes son espoir n'est pas hors d'apparence.
+ Après ce bon accueil, et cette conférence
+ Dont Daphnis elle-même a fait l'occasion,
+ J'en crains fort un succès à ta confusion.
+ Tâchons d'y donner ordre; et sans plus de langage, 645
+ Avise en quoi tu veux employer mon courage.
+
+ THÉANTE.
+
+ Lui disputer un bien où j'ai si peu de part,
+ Ce seroit m'exposer pour quelque autre au hasard.
+ Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,
+ De sa possession, l'un et l'autre il nous prive[482], 650
+ Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,
+ Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.
+ A croire son courage, en amour on s'abuse:
+ La valeur d'ordinaire y sert moins que la ruse[483].
+
+ DAMON.
+
+ Avant que passer outre, un peu d'attention. 655
+
+ THÉANTE.
+
+ Te viens-tu d'aviser de quelque invention?
+
+ DAMON.
+
+ Oui, ta seule maxime en fonde l'entreprise.
+ Clarimond voit Daphnis, il l'aime, il la courtise;
+ Et quoiqu'il n'en reçoive encor que des mépris,
+ Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix. 660
+
+ THÉANTE.
+
+ Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre[484].
+
+ DAMON.
+
+ Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre,
+ N'est-ce pas le plus sûr qu'un duel hasardeux
+ Entre Florame et lui les en prive tous deux?
+
+ THÉANTE.
+
+ Crois-tu qu'avec Florame aisément on l'engage? 665
+
+ DAMON.
+
+ Je l'y résoudrai trop avec un peu d'ombrage.
+ Un amant dédaigné ne voit pas de bon oeil
+ Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil:
+ Des faveurs qu'on leur fait il forme ses offenses,
+ Et pour peu qu'on le pousse, il court aux violences[485]. 670
+ Nous les verrions par là, l'un et l'autre écartés,
+ Laisser la place libre à tes félicités.
+
+ THÉANTE.
+
+ Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole?
+
+ DAMON.
+
+ Tu te mets en l'esprit une crainte frivole:
+ Mon péril de ces lieux ne te bannira pas; 675
+ Et moi, pour te servir je courrois au trépas.
+
+ THÉANTE.
+
+ En même occasion dispose de ma vie,
+ Et sois sûr que pour toi j'aurai la même envie.
+
+ DAMON.
+
+ Allons, ces compliments en retardent l'effet.
+
+ THÉANTE.
+
+ Le ciel ne vit jamais un ami si parfait. 680
+
+
+FIN DU SECOND ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [424] _Var._ Et c'est un grand bonheur s'ils ne sont que jaloux.
+ Tout leur nuit, et l'abord d'une mouche les blesse;
+ D'ailleurs dans leur devoir leur santé s'intéresse,
+ Et quelque long chemin que soit celui des cieux,
+ L'hymen l'accourcit bien à des hommes si vieux. (1637-57)
+
+ [425] Le _fourrier_ est au régiment ou dans la maison du Roi
+ celui qui est chargé de préparer les logements; par suite ce mot
+ s'emploie figurément dans le sens d'_avant-courier_, ou comme
+ nous disons aujourd'hui, d'_avant-coureur_.
+
+ [426] _Var._ Le sort en est jeté: va, ma pauvre Célie. (1637-57)
+
+ [427] _Faire une planche à quelqu'un_, c'est au propre lui
+ faciliter le passage dans un chemin boueux ou difficile, et au
+ figuré lui faciliter une affaire, une entreprise.
+
+ [428] _Var._ Je n'ai que faire ici de votre tablature:
+ Sans vos instructions, je sais trop comme il faut
+ Couler tout doucement sur ce qui vous défaut.
+ GÉR. Ma force à t'écouter semble toute passée[425-a].
+ Je ne suis pas encor d'une âge si cassée,
+ Et ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours.
+ CÉL. Ne m'étourdissez point avec ces vains discours;
+ Il suffit que votre âme est tellement éprise
+ [Que vous allez mourir si vous n'avez Florise:]
+ Il y faudra tâcher. (1637-57)
+
+ [425-a] Mes forces à t'ouïr semblent toutes passées.
+ Bannis en ma faveur ces mauvaises pensées:
+ Je ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours.
+ (1644-57)
+
+ [429] _Var._ [Sans vos instructions je sais bien mon métier,]
+ Et je vous aime assez pour n'y rien oublier. (1660)
+
+ [430] _Laisser à quartier_, laisser à l'écart, laisser de côté,
+ omettre. Voyez tome I, p. 93, note 2.
+
+ [431] _Var._ Faut-il aller plus vite? Eh bien! voilà son frère.
+ (1637-57)
+
+ [432] _Var._ Je m'en vais devant vous lui proposer l'affaire. (1637)
+ _Var._ Je vais tout devant vous lui proposer l'affaire. (1644-57)
+
+ [433] _Var._ Dont l'importune tyrannie
+ Rompt le cours de ma passion? (1637-57)
+
+ [434] _Var._ Relâche un peu tes soins, puisqu'ils sont superflus.
+ (1637)
+
+ [435] _Var._ Si près de mes chastes desirs. (1637-57)
+
+ [436] L'édition de 1682 porte par erreur:
+
+ Quand on a l'effet de ces voeux.
+
+ [437] Cette scène se divise en cinq dans l'édition de 1637. La
+ scène V, qui a pour personnages DAPHNIS et FLORAME, commence
+ après le vers 411; la scène VI, entre DAPHNIS, AMARANTE et
+ FLORAME, au milieu du vers 431; la scène VII, entre DAPHNIS et
+ FLORAME, au milieu du vers 437; la scène VIII, entre DAPHNIS,
+ AMARANTE et FLORAME, au vers 464, à la reprise d'Amarante: «Vos
+ clefs, etc.»--Nous n'avons pas besoin de dire après cela que les
+ jeux de scène indiqués soit dans notre texte soit en variante, à
+ ces divers endroits, manquent dans l'édition de 1637.
+
+ [438] _Var._ Qu'étouffe et que d'abord éteint votre présence.
+ (1637-57)
+
+ [439] _Var._ Dont l'importun respect redouble les
+ tourments.(1637-57)
+
+ [440] _Var._ Pensent fort avancer par un honteux silence.
+ (1637-57)
+
+ [441] _Var._ Ne peut être blâmé, bien que présomptueux.
+ J'avouerai donc mon feu, quelque haut qu'il se monte. (1637-57)
+
+ [442] _Var._ Ne leur servant de rien, je m'en suis revenue.
+ (1637-57)
+
+ [443] _Var._ [Allez au cabinet me querir un mouchoir.]
+ AMAR. Donnez-m'en donc la clef. DAPHN. Je l'aurai laissé choir:
+ Tâchez de la trouver. (1637-57)
+
+ [444] _Var._ Sans affront je la quitte, et lui préfère un
+ autre[444-a]. (1637)
+
+ [444-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.
+
+ [445] _Var._ Ne devroient de ma part avoir que des encens.
+ (1637-57)
+
+ [446] _Var._ N'a que de vous pareille: en un mot c'est....
+ (1637-60)
+
+ [447] _Var._ Ma curiosité s'est rendue indiscrète
+ A vous trop informer d'une flamme secrète. (1637-57)
+
+ [448] _Var._ En nommer un au lieu qui ne vous touche pas. (1637)
+ _Var._ Puisque m'en nommer un qui ne vous touche pas. (1644-57)
+
+ [449] _Var._ N'est que faire un reproche à son manque d'appas.
+ (1637-57)
+
+ [450] _Var._ Ou peut-être mon sort me rend si misérable.
+ (1637-60)
+
+ [451] _Var._ Je fais voeu....AMAR.[451-a] Votre clef ne se sauroit trouver.
+ DAPHN. Bien donc, à faute d'autre, et comme par bravade,
+ Voici qui servira de mouchoir de parade. (1637-57)
+
+ [451-a] AMARANTE, _revenant encore brusquement_. (1644-57)
+
+ [452] Cette indication manque dans les éditions de 1637-60.
+
+ [453] _Var._ Qu'elle a depuis longtemps à moi du point coupé[453-a]:
+ Allez, et dites-lui qu'elle me le renvoie. (1637-57)
+
+ [453-a] Voyez la note 6 de la p. 7 de ce volume.
+
+ [454] _Var._ Dites-lui nettement que je le veux avoir.
+ AMAR. A vous le rapporter je ferai mon pouvoir. (1637-57)
+
+ [455] L'édition de 1682 porte seule _prudence_, au lieu de
+ _puissance_; quoique cette leçon soit à la rigueur explicable, il
+ est bien possible que ce soit une faute typographique.
+
+ [456] _Var._ Doncques, sans plus le perdre en discours superflus.
+ (1637-57)
+
+ [457] _Var._ Et je sentois mes feux tellement s'embraser,
+ Qu'il n'étoit pas en moi de les plus maîtriser. (1637)
+ _Var._ Et je sentois mes feux tellement s'augmenter,
+ Qu'il n'étoit plus en moi de les pouvoir dompter. (1644-64)
+
+ [458] _Var._ Je me treuve captive en de si beaux liens[458-a].
+ (1637)
+
+ [458-a] Racine a dit dans _Phèdre_, acte II, scène II:
+
+ Quel étrange captif pour un si beau lien!
+
+ [459] _Var._ Que je t'aime, Florame, encor que je le taise!
+ Et que je songe peu, dans l'excès de ma braise. (1637)
+
+ [460] _Var._ Aussi l'une est par où de bien loin tu me passes.
+ (1637)
+
+ [461] _Var._ Que mon père sera d'un même sentiment. (1637-60)
+
+ [462] _Var._ Je vous avois bien dit qu'elle n'y seroit pas.
+ (1637-68)
+
+ [463] _Var._ Je ne sais tantôt plus comme vivre avec vous.
+ (1637-57)
+
+ [464] _Var._ Ne vous déroberont aucuns de vos amants. (1637)
+
+ [465] _Var._ Mon coeur, si tu me vois sans Florame aujourd'hui,
+ Sache que tout exprès je m'échappe de lui. (1637-57)
+
+ [466] _Je pratique_, je ménage.
+
+ [467] _Var._ Et vous l'a chassé presque avec ignominie. (1637)
+
+ [468] L'édition de 1657 porte par erreur: «fort satisfait.»
+
+ [469] _Var._ Mais enfin auprès d'elle il treuve mal son
+ conte[469-a]? (1637-54)
+
+ [469-a] Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [470] _Var._ Et véritablement, si je ne t'aimois bien,
+ [Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes;]
+ Mais puisque tu le veux, j'accepte ces contraintes.
+ [THÉANTE. Et je m'assure aussi tellement en ta foi.] (1637-57)
+
+ [471] _Var._ Dedans ses entretiens incessamment t'engage.
+ (1637-57)
+
+ [472] _Var._ Que quand bien ma maîtresse aura su te charmer. (1637)
+ _Var._ Que quand bien ma maîtresse auroit su te charmer.
+ (1644-57)
+
+ [473] _Var._ Votre inégalité mettroit hors d'espérance. (1637-57)
+
+ [474] _Var._ L'aise de voir la porte à ta fortune ouverte
+ Me feroit librement consentir à ma perte. (1637-68)
+
+ [475] _Var._ Que bien que je sentisse au coeur mille regrets.
+ (1657)
+
+ [476] Ce vers, par une erreur d'impression, manque dans l'édition
+ de 1682.
+
+ [477] _Var._ Et bien que sur mon coeur elle soit la plus forte.
+ (1637-64)
+
+ [478] _Var._ Des mépris, des rigueurs nompareilles. (1637-60)
+
+ [479] _Var._ As-tu bien de la foi pour de telles merveilles?
+ (1637-57)
+
+ [480] _Var._ Je le viens de trouver, ravi, transporté d'aise.
+ D'avoir eu les moyens de déclarer sa braise. (1637)
+ _Var._ Je le viens de trouver ravi d'aise dans l'âme. (1644-57)
+ _Var._ Je le viens de trouver, tout ravi dans son âme. (1660)
+
+ [481] _Var._ D'avoir eu les moyens de faire voir sa flamme.
+ (1644-68)
+
+ [482] _Var._ De sa possession l'un et l'autre nous prive. (1654)
+
+ [483] Corneille fait allusion à ce passage dans _la Place
+ Royale_, vers 702.--Théante tient un semblable discours un peu
+ plus bas, p. 189 et 190.
+
+ [484] Ce vers se trouve dans _Mélite_, acte III, scène II, Vers 820.
+
+ [485] _Var._ Et pour peu qu'on le pousse, il a des violences
+ Qui portent son courroux jusqu'aux extrémités.
+ [Nous les verrions par là l'un et l'autre écartés.
+ THÉANTE. Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole.] (1637-57)
+
+
+
+
+ACTE III.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+FLORAME, CÉLIE.
+
+ FLORAME.
+
+ Enfin, quelque froideur qui paroisse en Florise[481],
+ Aux volontés d'un frère elle s'en est remise.
+
+ CÉLIE.
+
+ Quoiqu'elle s'en rapporte à vous entièrement,
+ Vous lui feriez plaisir d'en user autrement.
+ Les amours d'un vieillard sont d'une foible amorce. 685
+
+ FLORAME.
+
+ Que veux-tu? Son esprit se fait un peu de force:
+ Elle se sacrifie à mes contentements,
+ Et pour mes intérêts contraint ses sentiments.
+ Assure donc Géraste, en me donnant sa fille,
+ Qu'il gagne en un moment toute notre famille, 690
+ Et que, tout vieil qu'il est, cette condition
+ Ne laisse aucun obstacle à son affection.
+ Mais aussi de Florise il ne doit rien prétendre,
+ A moins que se résoudre à m'accepter pour gendre[487].
+
+ CÉLIE.
+
+ Plaisez-vous à Daphnis? c'est là le principal. 695
+
+ FLORAME.
+
+ Elle a trop de bonté pour me vouloir du mal;
+ D'ailleurs sa résistance obscurciroit sa gloire;
+ Je la mériterois si je la pouvois croire.
+ La voilà qu'un rival m'empêche d'aborder;
+ Le rang qu'il tient sur moi m'oblige à lui céder[488], 700
+ Et la pitié que j'ai d'un amant si fidèle
+ Lui veut donner loisir d'être dédaigné d'elle.
+
+
+SCÈNE II.
+
+CLARIMOND, DAPHNIS.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Ces dédains rigoureux dureront-ils toujours?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Non, ils ne dureront qu'autant que vos amours.
+
+ CLARIMOND.
+
+ C'est prescrire à mes feux des lois bien inhumaines. 705
+
+ DAPHNIS.
+
+ Faites finir vos feux, je finirai leurs peines.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Le moyen de forcer mon inclination?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Le moyen de souffrir votre obstination?
+
+ CLARIMOND.
+
+ Qui ne s'obstineroit en vous voyant si belle?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Qui vous pourroit aimer, vous voyant si rebelle? 710
+
+ CLARIMOND.
+
+ Est-ce rébellion que d'avoir trop de feu?
+
+ DAPHNIS.
+
+ C'est avoir trop d'amour, et m'obéir trop peu[489].
+
+ CLARIMOND.
+
+ La puissance sur moi que je vous ai donnée....
+
+ DAPHNIS.
+
+ D'aucune exception ne doit être bornée.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Essayez autrement ce pouvoir souverain. 715
+
+ DAPHNIS.
+
+ Cet essai me fait voir que je commande en vain.
+
+ CLARIMOND.
+
+ C'est un injuste essai qui feroit ma ruine.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Ce n'est plus obéir depuis qu'on examine.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Mais l'amour vous défend un tel commandement.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Et moi, je me défends un plus doux traitement. 720
+
+ CLARIMOND.
+
+ Avec ce beau visage avoir le coeur de roche!
+
+ DAPHNIS.
+
+ Si le mien s'endurcit, ce n'est qu'à votre approche.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Que je sache du moins d'où naissent vos froideurs[490].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Peut-être du sujet qui produit vos ardeurs.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Si je brûle, Daphnis, c'est de nous voir ensemble. 725
+
+ DAPHNIS.
+
+ Et c'est de nous y voir, Clarimond, que je tremble.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Votre contentement n'est qu'à me maltraiter.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Comme le vôtre n'est qu'à me persécuter.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Quoi! l'on vous persécute à force de services?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Non, mais de votre part ce me sont des supplices. 730
+
+ CLARIMOND.
+
+ Hélas! et quand pourra venir ma guérison?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Lorsque le temps chez vous remettra la raison.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Ce n'est pas sans raison que mon âme est éprise.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Ce n'est pas sans raison aussi qu'on vous méprise.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Juste ciel! et que dois-je espérer désormais? 735
+
+ DAPHNIS.
+
+ Que je ne suis pas fille à vous aimer jamais.
+
+ CLARIMOND.
+
+ C'est donc perdre mon temps que de plus y prétendre?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Comme je perds ici le mien à vous entendre[491].
+
+ CLARIMOND.
+
+ Me quittez-vous sitôt sans me vouloir guérir?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Clarimond sans Daphnis peut et vivre et mourir. 740
+
+ CLARIMOND.
+
+ Je mourrai toutefois, si je ne vous possède.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Tenez-vous donc pour mort, s'il vous faut ce remède[492].
+
+
+SCÈNE III.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Tout dédaigné, je l'aime, et malgré sa rigueur,
+ Ses charmes plus puissants lui conservent mon coeur.
+ Par un contraire effet dont mes maux s'entretiennent, 745
+ Sa bouche le refuse, et ses yeux le retiennent.
+ Je ne puis, tant elle a de mépris et d'appas,
+ Ni le faire accepter, ni ne le donner pas;
+ Et comme si l'amour faisoit naître sa haine,
+ Ou qu'elle mesurât ses plaisirs à ma peine, 750
+ On voit paroître ensemble, et croître également,
+ Ma flamme et ses froideurs, sa joie et mon tourment[493].
+ Je tâche à m'affranchir de ce malheur extrême,
+ Et je ne saurois plus disposer de moi-même.
+ Mon désespoir trop lâche obéit à mon sort, 755
+ Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort.
+ Mais pour foibles qu'ils soient, aidons leur impuissance;
+ Donnons-leur le secours d'une éternelle absence.
+ Adieu, cruelle ingrate, adieu: je fuis ces lieux,
+ Pour dérober mon âme au pouvoir de tes yeux. 760
+
+
+SCÈNE IV.
+
+CLARIMOND, AMARANTE.
+
+ AMARANTE.
+
+ Monsieur, monsieur, un mot. L'air de votre visage
+ Témoigne un déplaisir caché dans le courage.
+ Vous quittez ma maîtresse un peu mal satisfait.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Ce que voit Amarante en est le moindre effet:
+ Je porte, malheureux, après de tels outrages, 765
+ Des douleurs sur le front, et dans le coeur des rages.
+
+ AMARANTE.
+
+ Pour un peu de froideur, c'est trop désespérer.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Que ne dis-tu plutôt que c'est trop endurer?
+ Je devrois être las d'un si cruel martyre,
+ Briser les fers honteux où me tient son empire, 770
+ Sans irriter mes maux avec un vain regret.
+
+ AMARANTE.
+
+ Si je vous croyois homme à garder un secret[494],
+ Vous pourriez sur ce point apprendre quelque chose
+ Que je meurs de vous dire, et toutefois, je n'ose.
+ L'erreur où je vous vois me fait compassion; 775
+ Mais pourriez-vous avoir de la discrétion[495]?
+
+ CLARIMOND.
+
+ Prends-en ma foi de gage[496], avec.... Laisse-moi faire.
+
+(Il veut tirer un diamant de son doigt pour le lui donner, et elle
+l'en empêche.)
+
+ AMARANTE.
+
+ Vous voulez justement m'obliger à me taire;
+ Aux filles de ma sorte il suffit de la foi:
+ Réservez vos présents pour quelque autre que moi. 780
+
+ CLARIMOND.
+
+ Souffre....
+
+ AMARANTE.
+
+ Gardez-les, dis-je, ou je vous abandonne.
+ Daphnis a des rigueurs dont l'excès vous étonne;
+ Mais vous aurez bien plus de quoi vous étonner,
+ Quand vous saurez comment il faut la gouverner[497].
+ A force de douceurs vous la rendez cruelle, 785
+ Et vos submissions vous perdent auprès d'elle:
+ Épargnez désormais tous ces pas superflus;
+ Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus[498].
+ Toutes ses cruautés ne sont qu'en apparence.
+ Du côté du vieillard tournez votre espérance; 790
+ Quand il aura pour elle accepté quelque amant[499],
+ Un prompt amour naîtra de son commandement.
+ Elle vous fait tandis cette galanterie,
+ Pour s'acquérir le bruit de fille bien nourrie[500],
+ Et gagner d'autant plus de réputation 795
+ Qu'on la croira forcer son inclination.
+ Nommez cette maxime ou prudence ou sottise,
+ C'est la seule raison qui fait qu'on vous méprise.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Hélas! et le moyen de croire tes discours?
+
+ AMARANTE.
+
+ De grâce, n'usez point si mal de mon secours[501]: 800
+ Croyez les bons avis d'une bouche fidèle,
+ Et songeant seulement que je viens d'avec elle[502],
+ Derechef épargnez tous ces pas superflus;
+ Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus[503].
+
+ CLARIMOND.
+
+ Tu ne flattes mon coeur que d'un espoir frivole[504]. 805
+
+ AMARANTE.
+
+ Hasardez seulement deux mots sur ma parole,
+ Et n'appréhendez point la honte d'un refus.
+
+ CLARIMOND.
+
+ Mais si j'en recevois, je serois bien confus.
+ Un oncle pourra mieux concerter cette affaire[505].
+
+ AMARANTE.
+
+ Ou par vous, ou par lui, ménagez bien le père. 810
+
+
+SCÈNE V.
+
+ AMARANTE.
+
+ Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter
+ S'imagine un bonheur qu'il pense mériter!
+ Clarimond est bien vain ensemble et bien crédule
+ De se persuader que Daphnis dissimule,
+ Et que ce grand dédain déguise un grand amour, 815
+ Que le seul choix d'un père a droit de mettre au jour.
+ Il s'en pâme de joie, et dessus ma parole
+ De tant d'affronts reçus son âme se console;
+ Il les chérit peut-être et les tient à faveurs:
+ Tant ce trompeur espoir redouble ses ferveurs[506]! 820
+ S'il rencontroit le père, et que mon entreprise....
+
+
+SCÈNE VI.
+
+GÉRASTE, AMARANTE.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Amarante!
+
+ AMARANTE.
+
+ Monsieur!
+
+ GÉRASTE.
+
+ Vous faites la surprise,
+ Encor que de si loin vous m'ayez vu venir,
+ Que Clarimond n'est plus à vous entretenir!
+ Je donne ainsi la chasse à ceux qui vous en content! 825
+
+ AMARANTE.
+
+ A moi? Mes vanités jusque-là ne se montent.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Il sembloit toutefois parler d'affection.
+
+ AMARANTE.
+
+ Oui, mais qu'estimez-vous de son intention?
+
+ GÉRASTE.
+
+ Je crois que ses desseins tendent au mariage.
+
+ AMARANTE.
+
+ Il est vrai.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Quelque foi qu'il vous donne pour gage[507], 830
+ Il cherche à vous surprendre, et sous ce faux appas[508]
+ Il cache des projets que vous n'entendez pas.
+
+ AMARANTE.
+
+ Votre âge soupçonneux a toujours des chimères
+ Qui le font mal juger des coeurs les plus sincères.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Où les conditions n'ont point d'égalité, 835
+ L'amour ne se fait guère avec sincérité.
+
+ AMARANTE.
+
+ Posé que cela soit: Clarimond me caresse;
+ Mais si je vous disois que c'est pour ma maîtresse,
+ Et que le seul besoin qu'il a de mon secours,
+ Sortant d'avec Daphnis, l'arrête en mes discours? 840
+
+ GÉRASTE.
+
+ S'il a besoin de toi pour avoir bonne issue,
+ C'est signe que sa flamme est assez mal reçue.
+
+ AMARANTE.
+
+ Pas tant qu'elle paroît et que vous présumez.
+ D'un mutuel amour leurs coeurs sont enflammés;
+ Mais Daphnis se contraint, de peur de vous déplaire, 845
+ Et sa bouche est toujours à ses desirs contraire,
+ Hormis lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment[509],
+ Elle trouve à ses maux quelque soulagement.
+ Clarimond cependant, pour fondre tant de glaces,
+ Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces; 850
+ Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir.
+
+ GÉRASTE.
+
+ A ce compte, Daphnis est fort dans le devoir:
+ Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage,
+ Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage.
+ Je lui serai bon père, et puisque ce parti 855
+ A sa condition se rencontre assorti,
+ Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre,
+ Je la veux enhardir à ne se plus contraindre.
+
+ AMARANTE.
+
+ Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité:
+ Honteuse de l'aimer sans votre autorité, 860
+ Elle s'en défendra de toute sa puissance;
+ N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance.
+ Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant[510],
+ Vos ordres produiront un prompt consentement.
+ Mais on ouvre la porte. Hélas! je suis perdue, 865
+ Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue.
+
+(Elle rentre dans le jardin.)
+
+ GÉRASTE[511].
+
+ Lui procurant du bien, elle croit la fâcher,
+ Et cette vaine peur la fait ainsi cacher.
+ Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie!
+ Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie. 870
+ Toutefois disons-lui quelque mot en passant,
+ Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+GÉRASTE, DAPHNIS.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Ma fille, c'est en vain que tu fais la discrète;
+ J'ai découvert enfin ta passion secrète:
+ Je ne t'en parle point sur des avis douteux. 875
+ N'en rougis point, Daphnis, ton choix n'est pas honteux;
+ Moi-même je l'agrée, et veux bien que ton âme
+ A cet amant si cher ne cache plus sa flamme[512].
+ Tu pouvois en effet prétendre un peu plus haut;
+ Mais on ne peut assez estimer ce qu'il vaut: 880
+ Ses belles qualités, son crédit et sa race
+ Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.
+ Adieu: si tu le vois, tu peux lui témoigner[513]
+ Que sans beaucoup de peine on me pourra gagner.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+ DAPHNIS.
+
+ D'aise et d'étonnement je demeure immobile. 885
+ D'où lui vient cette humeur de m'être si facile?
+ D'où me vient ce bonheur où je n'osois penser?
+ Florame, il m'est permis de te récompenser;
+ Et sans plus déguiser ce qu'un père autorise,
+ Je puis me revancher du don de ta franchise[514]; 890
+ Ton mérite le rend, malgré ton peu de biens,
+ Indulgent à mes feux, et favorable aux tiens:
+ Il trouve en tes vertus des richesses plus belles[515].
+ Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous si fidèles[516]?
+ Mon heur me rend confuse, et ma confusion 895
+ Me fait tout soupçonner de quelque illusion.
+ Je ne me trompe point, ton mérite et ta race
+ Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.
+ Florame, il est tout vrai, dès lors que je te vis,
+ Un battement de coeur me fit de cet avis; 900
+ Et mon père aujourd'hui souffre que dans son âme
+ Les mêmes sentiments....
+
+
+SCÈNE IX.
+
+FLORAME, DAPHNIS.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Quoi! vous voilà, Florame?
+ Je vous avois prié tantôt de me quitter.
+
+ FLORAME.
+
+ Et je vous ai quittée aussi sans contester.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Mais revenir sitôt, c'est me faire une offense. 905
+
+ FLORAME.
+
+ Quand j'aurois sur ce point reçu quelque défense,
+ Si vous saviez quels feux ont pressé mon retour,
+ Vous en pardonneriez le crime à mon amour.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Ne vous préparez point à dire des merveilles,
+ Pour me persuader des flammes sans pareilles[517]. 910
+ Je crois que vous m'aimez, et c'est en croire plus
+ Que n'en exprimeroient vos discours superflus.
+
+ FLORAME.
+
+ Mes feux, qu'ont redoublés[518] ces propos adorables,
+ A force d'être crus deviennent incroyables,
+ Et vous n'en croyez rien qui ne soit au-dessous: 915
+ Que ne m'est-il permis d'en croire autant de vous?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Votre croyance est libre.
+
+ FLORAME.
+
+ Il me la faudroit vraie.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Mon coeur par mes regards vous fait trop voir sa plaie.
+ Un homme si savant au langage des yeux
+ Ne doit pas demander que je m'explique mieux. 920
+ Mais puisqu'il vous en faut un aveu de ma bouche,
+ Allez, assurez-vous que votre amour me touche.
+ Depuis tantôt je parle un peu plus librement[519],
+ Ou, si vous le voulez, un peu plus hardiment:
+ Aussi j'ai vu mon père, et s'il vous faut tout dire, 925
+ Avec tous nos desirs sa volonté conspire[520].
+
+ FLORAME.
+
+ Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir.
+ Être aimé de Daphnis! un père y consentir!
+ Dans mon affection ne trouver plus d'obstacles[521]!
+ Mon espoir n'eût osé concevoir ces miracles. 930
+
+ DAPHNIS.
+
+ Miracles toutefois qu'Amarante a produits:
+ De sa jalouse humeur nous tirons ces doux fruits.
+ Au récit de nos feux, malgré son artifice,
+ La bonté de mon père a trompé sa malice;
+ Du moins je le présume, et ne puis soupçonner[522] 935
+ Que mon père sans elle ait pu rien deviner.
+
+ FLORAME.
+
+ Les avis d'Amarante, en trahissant ma flamme,
+ N'ont point gagné Géraste en faveur de Florame.
+ Les ressorts d'un miracle ont un plus haut moteur,
+ Et tout autre qu'un dieu n'en peut être l'auteur. 940
+
+ DAPHNIS.
+
+ C'en est un que l'Amour.
+
+ FLORAME.
+
+ Et vous verrez peut-être
+ Que son pouvoir divin se fait ici paroître,
+ Dont quelques grands effets, avant qu'il soit longtemps,
+ Vous rendront étonnée, et nos desirs contents.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Florame, après vos feux et l'aveu de mon père, 945
+ L'amour n'a point d'effets capables de me plaire.
+
+ FLORAME.
+
+ Aimez-en le premier, et recevez la foi[523]
+ D'un bienheureux amant qu'il met sous votre loi.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Vous, prisez le dernier qui vous donne la mienne.
+
+ FLORAME.
+
+ Quoique dorénavant Amarante survienne, 950
+ Je crois que nos discours iront d'un pas égal[524].
+ Sans donner sur le rhume ou gauchir sur le bal.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Si je puis tant soit peu dissimuler ma joie,
+ Et que dessus mon front son excès ne se voie,
+ Je me jouerai bien d'elle et des empêchements 955
+ Que son adresse apporte à nos contentements[525].
+
+ FLORAME.
+
+ J'en apprendrai de vous l'agréable nouvelle.
+ Un ordre nécessaire au logis me rappelle,
+ Et doit fort avancer le succès de nos voeux.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Nous n'avons plus qu'une âme et qu'un vouloir nous deux.
+ Bien que vous éloigner ce me soit un martyre,
+ Puisque vous le voulez, je n'y puis contredire.
+ Mais quand dois-je espérer de vous revoir ici?
+
+ FLORAME.
+
+ Dans une heure au plus tard.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Allez donc: la voici.
+
+
+SCÈNE X.
+
+DAPHNIS, AMARANTE.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Amarante, vraiment vous êtes fort jolie; 965
+ Vous n'égayez pas mal votre mélancolie;
+ Votre jaloux chagrin a de beaux agréments[526],
+ Et choisit assez bien ses divertissements:
+ Votre esprit pour vous-même a force complaisance
+ De me faire l'objet de votre médisance; 970
+ Et pour donner couleur à vos détractions,
+ Vous lisez fort avant dans mes intentions.
+
+ AMARANTE.
+
+ Moi! que de vous j'osasse aucunement médire!
+
+ DAPHNIS.
+
+ Voyez-vous, Amarante, il n'est plus temps de rire.
+ Vous avez vu mon père, avec qui vos discours 975
+ M'ont fait à votre gré de frivoles amours.
+ Quoi! souffrir un moment l'entretien de Florame,
+ Vous le nommez bientôt une secrète flamme?
+ Cette jalouse humeur dont vous suivez la loi
+ Vous fait en mes secrets plus savante que moi. 980
+ Mais passe pour le croire; il falloit que mon père
+ De votre confidence apprît cette chimère?
+
+ AMARANTE.
+
+ S'il croit que vous l'aimez, c'est sur quelque soupçon
+ Où je ne contribue en aucune façon.
+ Je sais trop que le ciel, avec de telles grâces[527], 985
+ Vous donne trop de coeur pour des flammes si basses;
+ Et quand je vous croirois dans cet indigne choix,
+ Je sais ce que je suis et ce que je vous dois.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Ne tranchez point ainsi de la respectueuse:
+ Votre peine après tout vous est bien fructueuse; 990
+ Vous la devez chérir, et son heureux succès
+ Qui chez nous à Florame interdit tout accès.
+ Mon père le bannit et de l'une et de l'autre:
+ Pensant nuire à mon feu, vous ruinez le vôtre.
+ Je lui viens de parler, mais c'étoit seulement 995
+ Pour lui dire l'arrêt de son bannissement.
+ Vous devez cependant être fort satisfaite
+ Qu'à votre occasion un père me maltraite;
+ Pour fruit de vos labeurs si cela vous suffit,
+ C'est acquérir ma haine avec peu de profit. 1000
+
+ AMARANTE.
+
+ Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche,
+ Que je puisse à vos yeux devenir une souche!
+ Que le ciel....
+
+ DAPHNIS.
+
+ Finissez vos imprécations.
+ J'aime votre malice et vos délations.
+
+ Ma mignonne, apprenez que vous êtes déçue: 1005
+ C'est par votre rapport que mon ardeur est sue;
+ Mais mon père y consent, et vos avis jaloux
+ N'ont fait que me donner Florame pour époux.
+
+
+SCÈNE XI.
+
+AMARANTE.
+
+ Ai-je bien entendu? Sa belle humeur se joue[528],
+ Et par plaisir soi-même elle se désavoue. 1010
+ Son père la maltraite, et consent à ses voeux!
+ Ai-je nommé Florame en parlant de ses feux?
+ Florame, Clarimond, ces deux noms, ce me semble,
+ Pour être[529] confondus, n'ont rien qui se ressemble.
+ Le moyen que jamais on entendît si mal, 1015
+ Que l'un de ces amants fût pris pour son rival[530]?
+ Je ne sais où j'en suis, et toutefois j'espère:
+ Sous ces obscurités je soupçonne un mystère;
+ Et mon esprit confus, à force de douter,
+ Bien qu'il n'ose rien croire, ose encor se flatter. 1020
+
+
+FIN DU TROISIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [486] _Var._ Enfin, quelque froideur que t'ait montré Florise.
+ (1637)
+
+ [487] _Var._ A moins que d'accepter Florame pour son gendre.
+ (1637)
+
+ [488] _Var._ Ce qu'il est plus que moi m'oblige à lui céder.
+ (1637-57)
+
+ [489] _Var._ Pour avoir trop d'amour, c'est m'obéir trop peu.
+ CLAR. La puissance qu'Amour sur moi vous a donnée.... (1637-60)
+
+ [490] _Var._ D'où naissent tant, bons Dieux! et de telles
+ froideurs? (1637-57)
+
+ [491] Il y a dans l'édition de 1682 une transposition de mots qui
+ fait un hiatus et qui est assurément une faute:
+
+ Comme je perds le mien ici à vous entendre.
+
+ [492] Voyez dans l'_Examen_, p. 121, la judicieuse critique que
+ Corneille fait lui-même de cette scène.
+
+ [493] _Var._ Ma flamme et ses froideurs, son aise et mon tourment.
+ Je tâche à me résoudre en ce malheur extrême. (1637-57)
+
+ [494] _Var._ Clarimond, écoutez, si vous étiez discret.(1637-57)
+
+ [495] _Var._ Mais auriez-vous aussi de la discrétion? (1637-57)
+
+ [496] C'est là le texte de toutes les éditions publiées du vivant
+ de Corneille. Dans celle de 1692, on a substitué _pour_ à _de_,
+ correction qui depuis a été généralement adoptée.
+
+ [497] _Var._ Quand vous saurez comment il la faut gouverner.
+ En la voulant servir vous la rendez cruelle.(1637-60)
+
+ [498] _Var._ Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)
+
+ [499] _Var._ Quand il aura choisi quelqu'un de ses amants,
+ Sa passion naîtra de ses commandements. (1637-57)
+
+ [500] Nous dirions aujourd'hui: _pour s'acquérir la réputation de
+ fille bien élevée_.
+
+ [501] _Var._ Clarimond, n'usez point si mal de mon secours.
+ (1637-57)
+
+ [502] _Var._ En songeant seulement que je viens d'avec elle.
+ (1637)
+
+ [503] _Var._ Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)
+
+ [504] _Var._ Je suivrai ton conseil et vais chercher le père,
+ Puisque c'est de sa part que tu veux que j'espère.
+ AMAR. Parlez-lui hardiment sans crainte de refus. (1637-57)
+
+ [505] _Var._ Un oncle pourra mieux m'en épargner la honte.
+ AMAR. Votre amour en tout sens y trouvera son conte. (1637-57)
+
+ [506] _Var._ Tant ce frivole espoir redouble ses ferveurs!
+ (1637-57)
+
+ [507] _Var._ Ce n'est qu'un faux appas, et sous cette couleur
+ Il ne veut cependant que surprendre une fleur. (1637)
+
+ [508] Voyez tome I, p. 148, note 3.
+
+ [509] _Var._ Sinon lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment.
+ (1637-37)
+
+ [510] _Var._ Quand vous serez d'accord avecque son amant,
+ Un prompt amour suivra votre commandement. (1637-57)
+
+ [511] _Var._ GÉRASTE, _seul_. (1637-60)
+
+ [512] _Var._ A ce beau cavalier ne cache plus sa flamme.
+ (1637-57)
+
+ [513] _Var._ Adieu: si tu le vois, tu lui peux témoigner.
+ (1637-57)
+
+ [514] _Var._ Je me puis revancher du don de ta franchise.
+ (1637-57)
+
+ [515] L'édition de 1657 porte, par erreur sans doute: «Je trouve
+ en tes vertus.»
+
+ [516] _Var._ Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous bien
+ fidèles? (1637-68)
+
+ [517] _Var._ Pour me persuader vos flammes sans pareilles. (1637,
+ 44, 52 et 57)
+
+ [518] L'édition de 1692 est la première où il y ait _redoublés_,
+ au pluriel. Dans toutes les impressions antérieures on lit
+ _redoublé_. Voyez l'_Introduction du Lexique_.
+
+ [519] _Var._ Depuis tantôt je parle un peu plus franchement.
+ (1637-60)
+
+ [520] _Var._ Avecque nos desirs sa volonté conspire. (1637-57)
+
+ [521] Ce n'est que dans l'édition de 1682 que Corneille a mis au
+ singulier les rimes _obstacle_ et _miracle_. La correction, pour
+ être complète, aurait dû s'étendre aux vers suivants. Il eût été
+ facile de dire:
+
+ Miracle toutefois qu'Amarante a produit;
+ De sa jalouse humeur nous tirons ce doux fruit.
+
+ [522] _Var._ Au moins je le présume, et ne puis soupçonner.
+ (1637-57)
+
+ [523] _Var._ Parlons de ce premier, et recevez la foi. (1637)
+
+ [524] _Var._ Je crois que nos discours, à son abord fatal,
+ Ne se jetteront plus sur le rhume et le bal. (1637-57)
+
+ [525] _Var._ [Que son adresse apporte à nos contentements.]
+ FLOR. Si ma présence y nuit, souffrez que je vous quitte;
+ Une affaire aussi bien jusqu'au logis m'invite.
+ DAPHN. Importante? FLOR. Oui, je meure, au succès de nos feux.(1637-57)
+
+ [526] _Var._ Dans ce jaloux chagrin qui tient vos sens saisis,
+ Vos divertissements sont assez bien choisis. (1637-57)
+
+ [527] _Var._ Je sais trop que le ciel, avecque tant de grâces.
+ (1637-57)
+
+ [528] _Var._ Quel mystère est-ce-ci? sa belle humeur se joue.
+ (1637-57)
+
+ [529] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute:
+ _peut-être_, au lieu de _pour être_.
+
+ [530] _Var._ [Que l'un de ces amants fût pris pour son rival?]
+ Parmi de tels détours mon esprit ne voit goutte,
+ Et leurs prospérités le mettent en déroute,
+ Bien que mon coeur, brouillé de mouvements divers,
+ Ose encor se flatter de l'espoir d'un revers. (1637-57)
+
+
+
+ACTE IV.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+DAPHNIS.
+
+ Qu'en l'attente de ce qu'on aime
+ Une heure est fâcheuse à passer!
+ Qu'elle ennuie un amour[531] extrême
+ Dont la joie est réduite aux douceurs d'y penser[532]!
+
+ Le mien, qui fuit la défiance, 1025
+ La trouve trop longue à venir,
+ Et s'accuse d'impatience,
+ Plutôt que mon amant de peu de souvenir.
+
+ Ainsi moi-même je m'abuse,
+ De crainte d'un plus grand ennui, 1030
+ Et je ne cherche plus de ruse
+ Qu'à m'ôter tout sujet de me plaindre de lui.
+
+ Aussi bien, malgré ma colère,
+ Je brûlerois de m'apaiser,
+ Et sa peine la plus sévère 1035
+ Ne seroit tout au plus qu'un mot pour l'excuser[533].
+
+ Je dois rougir de ma foiblesse;
+ C'est être trop bonne en effet.
+ Daphnis, fais un peu la maîtresse,
+ Et souviens-toi du moins....
+
+
+SCÈNE II.
+
+GÉRASTE, CÉLIE, DAPHNIS.
+
+ GÉRASTE, à Célie.
+
+ Adieu, cela vaut fait, 1040
+ Tu l'en peux assurer.
+
+(Célie rentre, et Géraste continue à parler à Daphnis[534].)
+
+ Ma fille, je présume,
+ Quelques feux dans ton coeur que ton amant allume,
+ Que tu ne voudrois pas sortir de ton devoir.
+
+ DAPHNIS.
+
+ C'est ce que le passé vous a pu faire voir.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Mais si pour en tirer une preuve plus claire[535], 1045
+ Je disois qu'il faut prendre un sentiment contraire,
+ Qu'une autre occasion te donne un autre amant?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Il seroit un peu tard pour un tel changement:
+ Sous votre autorité j'ai dévoilé mon âme,
+ J'ai découvert mon coeur à l'objet de ma flamme, 1050
+ Et c'est sous votre aveu qu'il a reçu ma foi.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Oui, mais je viens de faire un autre choix pour toi[536].
+
+ DAPHNIS.
+
+ Ma foi ne permet plus une telle inconstance.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et moi, je ne saurois souffrir de résistance.
+ Si ce gage est donné par mon consentement, 1055
+ Il faut le retirer par mon commandement[537].
+ Vous soupirez en vain: vos soupirs et vos larmes
+ Contre ma volonté sont d'impuissantes armes.
+ Rentrez; je ne puis voir qu'avec mille douleurs
+ Votre rébellion s'exprimer par vos pleurs. 1060
+
+(Daphnis rentre, et Géraste continue[538].)
+
+ La pitié me gagnoit: il m'étoit impossible
+ De voir encor ses pleurs, et n'être pas sensible:
+ Mon injuste rigueur ne pouvoit plus tenir,
+ Et de peur de me rendre il la falloit bannir[539].
+ N'importe toutefois, la parole me lie, 1065
+ Et mon amour ainsi l'a promis à Célie:
+ Florise ne se peut acquérir qu'à ce prix;
+ Si Florame....
+
+
+SCÈNE III.
+
+GÉRASTE, AMARANTE.
+
+ AMARANTE.
+
+ Monsieur, vous vous êtes mépris:
+ C'est Clarimond qu'elle aime.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et ma plus grande peine
+ N'est que d'en avoir eu la preuve trop certaine. 1070
+ Dans sa rébellion à mon autorité,
+ L'amour qu'elle a pour lui n'a que trop éclaté.
+ Si pour ce cavalier elle avoit moins de flamme,
+ Elle agréeroit le choix que je fais de Florame,
+ Et prenant désormais un mouvement plus sain, 1075
+ Ne s'obstineroit pas à rompre mon dessein.
+
+ AMARANTE.
+
+ C'est ce choix inégal qui vous la fait rebelle;
+ Mais pour tout autre amant n'appréhendez rien d'elle.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Florame a peu de bien, mais pour quelque raison
+ C'est lui seul dont je fais l'appui de ma maison[540]. 1080
+ Examiner mon choix, c'est un trait d'imprudence.
+ Toi qu'à présent Daphnis traite de confidence[541],
+ Et dont le seul avis gouverne ses secrets,
+ Je te prie, Amarante, adoucis ses regrets;
+ Résous-la, si tu peux, à contenter un père; 1085
+ Fais qu'elle aime Florame ou craigne ma colère.
+
+ AMARANTE.
+
+ Puisque vous le voulez, j'y ferai mon pouvoir:
+ C'est chose toutefois dont j'ai si peu d'espoir,
+ Que je craindrois plutôt de l'aigrir davantage[542].
+
+ GÉRASTE.
+
+ Il est tant de moyens de fléchir un courage[543]! 1090
+ Trouve pour la gagner quelque subtil appas:
+ La récompense après ne te manquera pas.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+ AMARANTE.
+
+ Accorde qui pourra le père avec la fille!
+ L'égarement d'esprit règne sur la famille[544].
+ Daphnis aime Florame, et son père y consent: 1095
+ D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent[545];
+ Et si j'en crois ce père, elle ne porte en l'âme
+ Que révolte, qu'orgueil, que mépris pour Florame.
+ Peut-elle s'opposer à ses propres desirs,
+ Démentir tout son coeur, détruire ses plaisirs? 1100
+ S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.
+ Leur mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console;
+ Et bien qu'il me réduise au bout de mon latin[546],
+ Un peu plus en repos j'en attendrai la fin.
+
+
+SCÈNE V.
+
+FLORAME, DAMON.
+
+ FLORAME.
+
+ Sans me voir elle rentre, et quelque bon génie 1105
+ Me sauve de ses yeux et de sa tyrannie.
+ Je ne me croyois pas quitte de ses discours,
+ A moins que sa maîtresse en vînt rompre le cours.
+
+ DAMON.
+
+ Je voudrois t'avoir vu dedans cette contrainte.
+
+ FLORAME.
+
+ Peut-être voudrois-tu qu'elle empêchât ma plainte[547]? 1110
+
+ DAMON.
+
+ Si Théante sait tout, sans raison tu t'en plains:
+ Je t'ai dit ses secrets, comme à lui tes desseins;
+ Il voit dedans ton coeur, tu lis dans son courage,
+ Et je vous fais combattre ainsi sans avantage.
+
+ FLORAME.
+
+ Toutefois au combat tu n'as pu l'engager. 1115
+
+ DAMON.
+
+ Sa générosité n'en craint pas le danger;
+ Mais cela choque un peu sa prudence amoureuse,
+ Vu que la fuite en est la fin la plus heureuse,
+ Et qu'il faut que, l'un mort, l'autre tire pays[548].
+
+ FLORAME.
+
+ Malgré le déplaisir de mes secrets trahis, 1120
+ Je ne puis, cher ami, qu'avec toi je ne rie
+ Des subtiles raisons de sa poltronnerie.
+ Nous faire ce duel sans s'exposer aux coups,
+ C'est véritablement en savoir plus que nous,
+ Et te mettre en sa place avec assez d'adresse. 1125
+
+ DAMON.
+
+ Qu'importe à quels périls il gagne une maîtresse?
+ Que ses rivaux entre eux fassent mille combats,
+ Que j'en porte parole, ou ne la porte pas,
+ Tout lui semblera bon, pourvu que sans en être
+ Il puisse de ces lieux les faire disparoître. 1130
+
+ FLORAME.
+
+ Mais ton service offert hasardoit bien ta foi,
+ Et s'il eût eu du coeur, t'engageoit contre moi.
+
+ DAMON.
+
+ Je savois trop que l'offre en seroit rejetée:
+ Depuis plus de dix ans je connois sa portée.
+ Il ne devient mutin que fort malaisément, 1135
+ Et préfère la ruse à l'éclaircissement.
+
+ FLORAME.
+
+ Les maximes qu'il tient pour conserver sa vie
+ T'ont donné des plaisirs où je te porte envie.
+
+ DAMON.
+
+ Tu peux incontinent les goûter si tu veux.
+ Lui, qui doute fort peu du succès de ses voeux, 1140
+ Et qui croit que déjà Clarimond et Florame
+ Disputent loin d'ici le sujet de leur flamme,
+ Seroit-il homme à perdre un temps si précieux,
+ Sans aller chez Daphnis faire le gracieux,
+ Et seul, à la faveur de quelque mot pour rire, 1145
+ Prendre l'occasion de conter son martyre?
+
+ FLORAME.
+
+ Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra soupçonner[549]
+ Que nous prenons plaisir tous deux à le berner[550].
+
+ DAMON.
+
+ De peur que nous voyant il conçût quelque ombrage[551],
+ J'avois mis tout exprès Cléon sur le passage. 1150
+ Théante approche-t-il?
+
+ CLÉON[552].
+
+ Il est en ce carfour.
+
+ DAMON.
+
+ Adieu donc: nous pourrons le jouer tour à tour.
+
+ FLORAME, seul.
+
+ Je m'étonne comment tant de belles parties
+ En cet illustre amant sont si mal assorties[553],
+ Qu'il a si mauvais coeur avec de si bons yeux, 1155
+ Et fait un si beau choix sans le défendre mieux.
+ Pour tant d'ambition, c'est bien peu de courage.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+FLORAME, THÉANTE.
+
+ FLORAME.
+
+ Quelle surprise, ami, paroît sur ton visage?
+
+ THÉANTE.
+
+ T'ayant cherché longtemps, je demeure confus
+ De t'avoir rencontré quand je n'y pensois plus. 1160
+
+ FLORAME.
+
+ Parle plus franchement: fâché de ta promesse[554],
+ Tu veux et n'oserois reprendre ta maîtresse?
+ Ta passion, qui souffre une trop dure loi,
+ Pour la gouverner seul te déroboit de moi?
+
+ THÉANTE.
+
+ De peur que ton esprit formât cette croyance[555], 1165
+ De l'aborder sans toi je faisois conscience.
+
+ FLORAME.
+
+ C'est ce qui t'obligeoit sans doute à me chercher?
+ Mais ne te prive plus d'un entretien si cher.
+ Je te cède Amarante et te rends ta parole[556]:
+ J'aime ailleurs; et lassé d'un compliment frivole, 1170
+ Et de feindre une ardeur qui blesse mes amis,
+ Ma flamme est véritable et son effet permis.
+ J'adore une beauté qui peut disposer d'elle,
+ Et seconder mes feux sans se rendre infidèle.
+
+ THÉANTE.
+
+ Tu veux dire Daphnis?
+
+ FLORAME.
+
+ Je ne puis te celer[557] 1175
+ Qu'elle est l'unique objet pour qui je veux brûler.
+
+ THÉANTE.
+
+ Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans glace,
+ Et déjà d'un cartel Clarimond te menace.
+
+ FLORAME.
+
+ Qu'il vienne, ce rival, apprendre, à son malheur,
+ Que s'il me passe en biens, il me cède en valeur. 1180
+ Que sa vaine arrogance, en ce duel trompée,
+ Me fasse mériter Daphnis à coups d'épée:
+ Par là je gagne tout; ma générosité
+ Suppléera ce qui fait notre inégalité;
+ Et son père, amoureux du bruit de ma vaillance, 1185
+ La fera sur ses biens emporter la balance.
+
+ THÉANTE.
+
+ Tu n'en peux espérer un moindre événement:
+ L'heur suit dans les duels le plus heureux amant;
+ Le glorieux succès d'une action si belle[558],
+ Ton sang mis au hasard ou répandu pour elle, 1190
+ Ne peut laisser au père aucun lieu de refus.
+ Tiens ta maîtresse acquise et ton rival confus;
+ Et sans t'épouvanter d'une vaine fortune
+ Qu'il soutient lâchement d'une valeur commune,
+ Ne fais de son orgueil qu'un sujet de mépris, 1195
+ Et pense que Daphnis ne s'acquiert qu'à ce prix.
+ Adieu: puisse le ciel à ton amour parfaite
+ Accorder un succès tel que je le souhaite!
+
+ FLORAME[559].
+
+ Ce cartel, ce me semble, est trop long à venir:
+ Mon courage bouillant ne se peut contenir; 1200
+ Enflé par tes discours, il ne sauroit attendre[560]
+ Qu'un insolent défi l'oblige à se défendre.
+
+ Va donc, et de ma part appelle Clarimond;
+ Dis-lui que pour demain il choisisse un second,
+ Et que nous l'attendrons au château de Bissêtre[561]. 1205
+
+ THÉANTE.
+
+ J'adore ce grand coeur qu'ici tu fais paroître,
+ Et demeure ravi du trop d'affection
+ Que tu m'as témoigné par cette élection.
+ Prends-y garde pourtant: pense à quoi tu t'engages.
+ Si Clarimond, lassé de souffrir tant d'outrages, 1210
+ Éteignant son amour, te cédoit ce bonheur,
+ Quel besoin seroit-il de le piquer d'honneur?
+ Peut-être qu'un faux bruit nous apprend sa menace:
+ C'est à toi seulement de défendre ta place.
+ Ces coups du désespoir des amants méprisés 1215
+ N'ont rien d'avantageux pour les favorisés.
+ Qu'il recoure, s'il veut, à ces fâcheux remèdes[562];
+ Ne lui querelle point un bien que tu possèdes;
+ Ton amour, que Daphnis ne sauroit dédaigner,
+ Court risque d'y tout perdre, et n'y peut rien gagner[563].
+ Avise encore un coup: ta valeur inquiète[564]
+ En d'extrêmes périls un peu trop tôt te jette.
+
+ FLORAME.
+
+ Quels périls? L'heur y suit le plus heureux amant.
+
+ THÉANTE.
+
+ Quelquefois le hasard en dispose autrement.
+
+ FLORAME.
+
+ Clarimond n'eut jamais qu'une valeur commune. 1225
+
+ THÉANTE.
+
+ La valeur aux duels fait moins que la fortune.
+
+ FLORAME.
+
+ C'est par là seulement qu'on mérite Daphnis.
+
+ THÉANTE.
+
+ Mais plutôt de ses yeux par là tu te bannis.
+
+ FLORAME.
+
+ Cette belle action pourra gagner son père.
+
+ THÉANTE.
+
+ Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère. 1230
+
+ FLORAME.
+
+ Acceptant un cartel, suis-je plus assuré?
+
+ THÉANTE.
+
+ Où l'honneur souffriroit rien n'est considéré.
+
+ FLORAME.
+
+ Je ne puis résister à des raisons si fortes;
+ Sur ma bouillante ardeur malgré moi tu l'emportes:
+ J'attendrai qu'on m'attaque.
+
+ THÉANTE.
+
+ Adieu donc.
+
+ FLORAME.
+
+ En ce cas, 1235
+ Souviens-t'en, cher ami, tu me promets ton bras[565]?
+
+ THÉANTE.
+
+ Dispose de ma vie.
+
+ FLORAME, seul.
+
+ Elle est fort assurée,
+ Si rien que ce duel n'empêche sa durée.
+ Il en parle des mieux: c'est un jeu qui lui plaît;
+ Mais il devient fort sage aussitôt qu'il en est, 1240
+ Et montre cependant des grâces peu vulgaires
+ A battre ses raisons par des raisons contraires.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+DAPHNIS, FLORAME.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Je n'osois t'aborder les yeux baignés de pleurs,
+ Et devant ce rival t'apprendre nos malheurs.
+
+ FLORAME.
+
+ Vous me jetez, Madame, en d'étranges alarmes[566]. 1245
+ Dieux! et d'où peut venir ce déluge de larmes?
+ Le bonhomme est-il mort?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Non, mais il se dédit;
+ Tout amour désormais pour toi m'est interdit:
+ Si bien qu'il me faut être ou rebelle ou parjure,
+ Forcer les droits d'Amour ou ceux de la nature, 1250
+ Mettre un autre en ta place ou lui désobéir,
+ L'irriter ou moi-même avec toi me trahir.
+ A moins que de changer, sa haine inévitable[567]
+ Me rend de tous côtés ma perte indubitable:
+ Je ne puis conserver mon devoir et ma foi, 1255
+ Ni sans crime brûler pour d'autres ni pour toi.
+
+ FLORAME.
+
+ Le nom de cet amant, dont l'indiscrète envie
+ A mes ressentiments vient apporter sa vie!
+ Le nom de cet amant, qui par sa prompte mort
+ Doit, au lieu du vieillard, me réparer ce tort, 1260
+ Et qui, sur quelque orgueil que son amour se fonde[568],
+ N'a que jusqu'à ma vue à demeurer au monde!
+
+ DAPHNIS.
+
+ Je n'aime pas si mal que de m'en informer:
+ Je t'aurois fait trop voir que j'eusse pu l'aimer.
+ Si j'en savois le nom, ta juste défiance[569] 1265
+ Pourroit à ses défauts imputer ma constance,
+ A son peu de mérite attacher mon dédain,
+ Et croire qu'un plus digne auroit reçu ma main.
+ J'atteste ici le bras qui lance le tonnerre,
+ Que tout ce que le ciel a fait paroître en terre 1270
+ De mérites, de biens, de grandeurs et d'appas,
+ En même objet uni, ne m'ébranleroit pas:
+ Florame a droit lui seul de captiver mon âme[570];
+ Florame vaut lui seul à ma pudique flamme
+ Tout ce que peut le monde offrir à mes ardeurs 1275
+ De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.
+
+ FLORAME.
+
+ Qu'avec des mots si doux vous m'êtes inhumaine[571]!
+ Vous me comblez de joie et redoublez ma peine.
+ L'effet d'un tel amour, hors de votre pouvoir,
+ Irrite d'autant plus mon sanglant désespoir; 1280
+ L'excès de votre ardeur ne sert qu'à mon supplice.
+ Devenez-moi cruelle afin que je guérisse.
+ Guérir? ah! qu'ai-je dit? ce mot me fait horreur:
+ Pardonnez aux transports d'une aveugle fureur.
+ Aimez toujours Florame, et quoi qu'il ait pu dire, 1285
+ Croissez de jour en jour vos feux et son martyre.
+ Peut-il rendre sa vie à de plus heureux coups,
+ Ou mourir plus content que pour vous et par vous?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Puisque de nos destins la rigueur trop sévère
+ Oppose à nos desirs l'autorité d'un père, 1290
+ Que veux-tu que je fasse? En l'état où je suis,
+ Être à toi malgré lui, c'est ce que je ne puis;
+ Mais je puis empêcher qu'un autre me possède,
+ Et qu'un indigne amant à Florame succède:
+ Le coeur me manque; adieu: je sens faillir ma voix[572]. 1295
+ Florame, souviens-toi de ce que tu me dois:
+ Si nos feux sont égaux, mon exemple t'ordonne
+ Ou d'être à ta Daphnis ou de n'être à personne.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+ FLORAME.
+
+ Dépourvu de conseil comme de sentiment,
+ L'excès de ma douleur m'ôte le jugement. 1300
+ De tant de biens promis je n'ai plus que sa vue,
+ Et mes bras impuissants ne l'ont pas retenue;
+ Et même je lui laisse abandonner ce lieu[573],
+ Sans trouver de parole à lui dire un adieu.
+ Ma fureur pour Daphnis a de la complaisance: 1305
+ Mon désespoir n'osoit agir en sa présence,
+ De peur que mon tourment aigrît ses déplaisirs;
+ Une pitié secrète étouffoit mes soupirs:
+ Sa douleur par respect faisoit taire la mienne;
+ Mais ma rage à présent n'a rien qui la retienne. 1310
+ Sors, infâme vieillard, dont le consentement
+ Nous a vendu si cher le bonheur d'un moment;
+ Sors, que tu sois puni de cette humeur brutale
+ Qui rend ta volonté pour nos feux inégale.
+ A nos chastes amours qui t'a fait consentir, 1315
+ Barbare? mais plutôt qui t'en fait repentir?
+ Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père
+ Débilite ma force ou rompe ma colère?
+ Un nom si glorieux, lâche, ne t'est plus dû[574]:
+ En lui manquant de foi, ton crime l'a perdu. 1320
+ Plus j'ai d'amour pour elle, et plus pour toi de haine
+ Enhardit ma vengeance et redouble ta peine:
+ Tu mourras; et je veux, pour finir mes ennuis,
+ Mériter par ta mort celle où tu me réduis.
+ Daphnis, à ma fureur ma bouche abandonnée 1325
+ Parle d'ôter la vie à qui te l'a donnée!
+ Je t'aime, et je t'oblige à m'avoir en horreur,
+ Et ne connois encor qu'à peine mon erreur!
+ Si je suis sans respect pour ce que tu respectes,
+ Que mes affections ne t'en soient pas suspectes. 1330
+ De plus réglés transports me feroient trahison;
+ Si j'avois moins d'amour, j'aurois de la raison;
+ C'est peu que de la perdre, après t'avoir perdue:
+ Rien ne sert plus de guide à mon âme éperdue,
+ Je condamne à l'instant ce que j'ai résolu; 1335
+ Je veux, et ne veux plus sitôt que j'ai voulu;
+ Je menace Géraste, et pardonne à ton père:
+ Ainsi rien ne me venge, et tout me désespère.
+
+
+SCÈNE IX.
+
+FLORAME, CÉLIE.
+
+ FLORAME, en soupirant[575].
+
+ Célie....
+
+ CÉLIE.
+
+ Eh bien, Célie? enfin elle a tant fait,
+ Qu'à vos desirs Géraste accorde leur effet. 1340
+ Quel visage avez-vous? Votre aise vous transporte.
+
+ FLORAME.
+
+ Cesse d'aigrir ma flamme en raillant de la sorte,
+ Organe d'un vieillard qui croit faire un bon tour
+ De se jouer de moi par une feinte amour.
+ Si tu te veux du bien, fais-lui tenir promesse: 1345
+ Vous me rendrez tous deux la vie ou ma maîtresse;
+ Et ce jour expiré, je vous ferai sentir
+ Que rien de ma fureur ne vous peut garantir.
+
+ CÉLIE.
+
+ Florame!
+
+ FLORAME.
+
+ Je ne puis parler à des perfides.
+
+ CÉLIE[576].
+
+ Il veut donner l'alarme à mes esprits timides, 1350
+ Et prend plaisir lui-même à se jouer de moi.
+ Géraste a trop d'amour pour n'avoir point de foi;
+ Et s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,
+ Il la tiendroit encore heureusement acquise[577].
+ D'ailleurs ce grand courroux pourroit-il être feint? 1355
+ Auroit-il pu sitôt falsifier son teint[578],
+ Et si bien ajuster ses yeux et son langage
+ A ce que sa fureur marquoit sur son visage?
+ Quelqu'un des deux me joue: épions tous les deux
+ Et nous éclaircissons sur un point si douteux. 1360
+
+
+FIN DU QUATRIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [531] On lit «_une_ amour» dans les impressions de 1637-57 et
+ dans celle de 1682. Cette leçon est explicable dans les premières
+ éditions: elles portent en effet, au vers suivant: «du penser,»
+ auquel peut se rapporter «le mien» du vers 1025. Mais dans
+ l'édition de 1682, «le mien» ne peut se rapporter qu'à _amour_,
+ qui doit en conséquence être nécessairement au masculin. La leçon
+ que nous donnons est celle des éditions de 1660-68.
+
+ [532] _Var._ Qui ne voit son objet que des yeux du penser!
+ (1637-57)
+
+ [533] _Var._ Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser.
+ Dieux! je rougis d'une parole
+ Dont je meurs de goûter l'effet,
+ Et dans cette honte frivole
+ Je prépare un refus.... (1637-57)
+
+ [534] Dans la première édition (1637, il y a simplement: _Célie
+ rentre_; le reste du jeu de scène est omis.
+
+ [535] _Var._ Oui, mais pour en tirer une preuve plus claire,
+ Qui diroit qu'il faut prendre un mouvement contraire. (1637-57)
+
+ [536] _Var._ Oui, mais j'ai fait depuis un autre choix pour toi.
+ (1637-57)
+
+ [537] _Var._ Il le faut retirer par mon commandement. (1637-60)
+
+ [538] Ici encore l'édition de 1637 n'a que le commencement du jeu
+ de scène _Daphnis rentre_.
+
+ [539] _Var._ Et de peur de me rendre il l'a fallu bannir. (1637)
+
+ [540] _Var._ C'est lui seul que je veux d'appui pour ma maison.
+ (1637-57)
+
+ [541] C'est-à-dire: _à qui Daphnis donne sa confiance_.
+
+ [542] _Var._ Qu'au contraire je crains de l'aigrir davantage.
+ (1637-57)
+
+ [543] _Var._ Il est tant de moyens à fléchir un courage.
+ (1637-60)
+
+ [544] _Var._ Ils ont l'esprit troublé dedans cette famille.
+ (1637-57)
+
+ [545] _Var._ [D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent;]
+ Et qui croira Géraste, il ne l'y peut réduire.
+ Peut-elle s'opposer à ce qu'elle desire?
+ J'aime sa résistance en cette occasion,
+ Mais j'en ai moins d'espoir que de confusion.
+ [S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.]
+ (1637-57)
+
+ [546] _Var._ Et combien qu'il me mette au bout de mon latin.
+ (1637-57)
+
+ [547] _Var._ Mais dis que tu voudrois qu'elle empêchât ma
+ plainte. (1637-57)
+
+ [548] «On dit _tirer de long_, _tirer pays_, pour dire _s'en
+ aller_, _s'enfuir_.» (_Dictionnaire de l'Académie de 1694._)
+
+ [549] _Var._ Mais s'il nous treuve ensemble, il pourra se douter. (1637)
+ _Var._ Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra se douter. (1644-57)
+
+ [550] _Var._ Que nous prenons plaisir tous deux à le tâter.
+ (1637-57)
+
+ [551] _Var._ De peur que nous voyant il entrât en cervelle,
+ J'avois mis tout exprès Cléonte[551-a] en sentinelle. (1637)
+
+ [551-a] Voyez p. 126, note 2.
+
+ [552] Bien que Cléon prenne ici part à la scène, il ne figure en
+ tête, parmi les noms des personnages, dans aucune des éditions
+ publiées avant la mort de Corneille, ni même dans celle de 1692.
+ C'est peut-être parce qu'il ne paraît ainsi que tout à la fin; il
+ se pourrait même qu'il dût crier du dehors cette réponse, sans
+ venir sur le théâtre.
+
+ [553] _Var._ En ce pauvre amoureux sont si mal assorties.
+ (1637-63)
+
+ [554] _Var._ Parle plus franchement: lassé de ta promesse.
+ (1637-57)
+
+ [555] _Var._ De peur que ton esprit conçût cette croyance. (1637)
+
+ [556] _Var._ Je te rends Amarante avecque ta parole. (1637-57)
+
+ [557] _Var._ Je ne te puis celer. (1637-57)
+
+ [558] _Var._ Le glorieux éclat d'une action si belle,
+ Ton sang, ou répandu, ou[558-a] hasardé pour elle. (1637-57)
+
+ [558-a] C'est, si nous ne nous trompons, le seul exemple d'hiatus
+ que nous ayons rencontré jusqu'ici soit dans le texte, soit dans
+ les variantes de Corneille; car on ne peut pas compter celui dont
+ il est parlé au tome I, au sujet de la troisième variante de la
+ p. 173.
+
+ [559] _Var._ FLORAME, _le retenant_. (1637-60)
+
+ [560] _Var._ Enflé par tes discours, il ne peut plus attendre.
+ (1637-57)
+
+ [561] A une demi-lieue de Paris, sur la route de Fontainebleau.
+ Il y avait en ce lieu un château qui au quatorzième siècle
+ appartenait à Jean, évêque de Winchester, dont le nom corrompu a
+ fait _Bissestre_, _Bicêtre_. Sous Charles V, on construisit au
+ même endroit un hôpital, qui, rétabli sous Louis XIII, servit
+ d'asile aux soldats infirmes jusqu'à la fondation de l'hôtel des
+ Invalides.
+
+ [562] Voyez plus haut la note 3 de la p. 160.
+
+ [563] Dans les éditions de 1637 et de 1652, l'orthographe du mot
+ est _gaigner_ et les deux dernières syllabes de ces deux vers
+ riment aux yeux.
+
+ [564] _Var._ Avise derechef: ta valeur signalée
+ En d'extrêmes périls te jette à la volée. (1637-57)
+
+ [565] _Var._ Souviens-toi, cher ami, que je retiens ton bras.
+ (1637-57)
+
+ [566] _Var._ Vous me jetez, mon âme, en d'étranges alarmes.
+ (1637-57)
+
+ [567] _Var._ A faute de changer, sa haine inévitable. (1637-57)
+
+ [568] _Var._ Et sur quelque valeur que son amour se fonde.
+ (1637-57)
+
+ [569] _Var._ Son nom su, tu pourrois donner ma résistance
+ A son peu de mérite, et non à ma constance,
+ Croire que ses défauts le feroient rejeter,
+ Et qu'un plus accompli se pouvoit accepter.
+ J'atteste ici la main qui lance le tonnerre. (1637-57)
+
+ [570] _Var._ Un seul Florame a droit de captiver mon âme,
+ Un seul Florame vaut à ma pudique flamme
+ Tout ce que l'on pourroit offrir à mes ardeurs
+ [De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.] (1637-57)
+
+ [571] _Var._ Parmi tant de malheurs vous me comblez d'une aise
+ Qui redouble mes maux aussi bien que ma braise. (1637)
+
+ [572] _Var._ Le coeur me serre; adieu: je sens faillir ma voix.
+ (1637)
+
+ [573] _Var._ Et même je la souffre abandonner ce lieu. (1637-57)
+
+ [574] _Var._ Un nom si glorieux, traître, ne t'est plus dû.
+ (1637-57)
+
+ [575] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1637. Celle de
+ 1663 donne en marge: _Il lui dit ce mot en soupirant_.
+
+ [576] _Var._ CÉLIE, _seule_. (1637-68)
+
+ [577] Voyez dans l'_Examen_, p. 122, sur quoi Corneille fonde ce
+ trait de caractère.
+
+ [578] _Var._ Surpris auroit-il pu falsifier son teint,
+ Ajuster ses regards, son geste, son langage?
+ Aussi que ce vieillard me farde son courage,
+ Je ne le saurois croire, et veux dès aujourd'hui,
+ Sur ce point, si je puis, m'éclaircir avec lui. (1637-57)
+
+
+
+
+ACTE V.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+THÉANTE, DAMON.
+
+ THÉANTE.
+
+ Croirois-tu qu'un moment m'ait pu changer de sorte
+ Que je passe à regret par devant cette porte?
+
+ DAMON.
+
+ Que ton humeur n'a-t-elle un peu plus tôt changé[579]?
+ Nous aurions vu l'effet où tu m'as engagé.
+ Tantôt quelque démon ennemi de ta flamme 1365
+ Te faisoit en ces lieux accompagner Florame:
+ Sans la crainte qu'alors il te prît pour second,
+ Je l'allois appeler au nom de Clarimond;
+ Et comme si depuis il étoit invisible,
+ Sa rencontre pour moi s'est rendue impossible[580]. 1370
+
+ THÉANTE.
+
+ Ne le cherche donc plus. A bien considérer,
+ Qu'ils se battent ou non, je n'en puis qu'espérer.
+ Daphnis, que son adresse a malgré moi séduite[581],
+ Ne pourroit l'oublier, quand il seroit en fuite:
+ Leur amour est trop forte; et d'ailleurs son trépas, 1375
+ Le privant d'un tel bien, ne me le donne pas[582].
+ Inégal en fortune à ce qu'est cette belle[583],
+ Et déjà par malheur assez mal voulu d'elle,
+ Que pourrois-je après tout prétendre de ses pleurs[584]?
+ Et quel espoir pour moi naîtroit de ses douleurs? 1380
+ Deviendrois-je par là plus riche ou plus aimable?
+ Que si de l'obtenir je me trouve incapable[585],
+ Mon amitié pour lui, qui ne peut expirer,
+ A tout autre qu'à moi me le fait préférer;
+ Et j'aurois peine à voir un troisième en sa place. 1385
+
+ DAMON.
+
+ Tu t'avises trop tard: que veux-tu que je fasse?
+ J'ai poussé Clarimond à lui faire un appel;
+ J'ai charge de sa part de lui rendre un cartel:
+ Le puis-je supprimer?
+
+ THÉANTE.
+
+ Non, mais tu pourrois faire[586]....
+
+ DAMON.
+
+ Quoi?
+
+ THÉANTE.
+
+ Que Clarimond prît un sentiment contraire. 1390
+
+ DAMON.
+
+ Le détourner d'un coup où seul je l'ai porté!
+ Mon courage est mal propre à cette lâcheté.
+
+ THÉANTE.
+
+ A de telles raisons je n'ai de repartie,
+ Sinon que c'est à moi de rompre la partie.
+ J'en vais semer le bruit.
+
+ DAMON.
+
+ Et sur ce bruit tu veux.... 1395
+
+ THÉANTE.
+
+ Qu'on leur donne dans peu des gardes à tous deux,
+ Et qu'une main puissante arrête leur querelle.
+ Qu'en dis-tu, cher ami?
+
+ DAMON.
+
+ L'invention est belle,
+ Et le chemin bien court à les mettre d'accord;
+ Mais souffre auparavant que j'y fasse un effort. 1400
+ Peut-être mon esprit trouvera quelque ruse[587]
+ Par où, sans en rougir, du cartel je m'excuse[588].
+ Ne donnons point sujet de tant parler de nous,
+ Et sachons seulement à quoi tu te résous.
+
+ THÉANTE.
+
+ A les laisser en paix, et courir l'Italie 1405
+ Pour divertir le cours de ma mélancolie,
+ Et ne voir point Florame emporter à mes yeux
+ Le prix où prétendoit mon coeur ambitieux.
+
+ DAMON.
+
+ Amarante, à ce compte, est hors de ta pensée?
+
+ THÉANTE.
+
+ Son image du tout n'en est pas effacée; 1410
+ Mais....
+
+ DAMON.
+
+ Tu crains que pour elle on te fasse un duel.
+
+ THÉANTE.
+
+ Railler un malheureux, c'est être trop cruel.
+ Bien que ses yeux encor règnent sur mon courage[589],
+ Le bonheur de Florame à la quitter m'engage:
+ Le ciel ne nous fit point et pareils et rivaux, 1415
+ Pour avoir des succès tellement inégaux.
+ C'est me perdre d'honneur, et par cette poursuite,
+ D'égal que je lui suis, me ranger à sa suite.
+ Je donne désormais des règles à mes feux:
+ De moindres que Daphnis sont incapables d'eux; 1420
+ Et rien dorénavant n'asservira mon âme
+ Qui ne me puisse mettre au-dessus de Florame.
+ Allons: je ne puis voir sans mille déplaisirs
+ Ce possesseur du bien où tendoient mes desirs.
+
+ DAMON.
+
+ Arrête: cette fuite est hors de bienséance, 1425
+ Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence.
+
+(Théante le retire du théâtre comme par force[590].)
+
+
+SCÈNE II.
+
+ FLORAME.
+
+ Jetterai-je toujours des menaces en l'air,
+ Sans que je sache enfin à qui je dois parler?
+ Auroit-on jamais cru qu'elle me fût ravie,
+ Et qu'on me pût ôter Daphnis avant la vie? 1430
+ Le possesseur du prix de ma fidélité,
+ Bien que je sois vivant, demeure en sûreté;
+ Tout inconnu qu'il m'est, il produit ma misère;
+ Tout mon rival qu'il est, il rit de ma colère[591].
+ Rival! ah, quel malheur! j'en ai pour me bannir, 1435
+ Et cesse d'en avoir quand je le veux punir.
+ Grands Dieux, qui m'enviez cette juste allégeance
+ Qu'un amant supplanté tire de la vengeance,
+ Et me cachez le bras dont je reçois les coups,
+ Est-ce votre dessein que je m'en prenne à vous? 1440
+ Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes,
+ Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes[592];
+ Qu'à mille impiétés osant me dispenser[593],
+ A votre foudre oisif je donne où se lancer?
+ Ah! souffrez qu'en l'état de mon sort déplorable 1445
+ Je demeure innocent, encor que misérable;
+ Destinez à vos feux d'autres objets que moi:
+ Vous n'en sauriez manquer, quand on manque de foi.
+ Employez le tonnerre à punir les parjures,
+ Et prenez intérêt vous-même à mes injures: 1450
+ Montrez, en me vengeant, que vous êtes des dieux[594],
+ Ou conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux,
+ Et qu'on sait dérober d'un rival qui me tue
+ Le nom à mon oreille, et l'objet à ma vue.
+ Rival, qui que tu sois, dont l'insolent amour 1455
+ Idolâtre un soleil et n'ose voir le jour,
+ N'oppose plus ta crainte à l'ardeur qui te presse:
+ Fais-toi, fais-toi connoître allant voir ta maîtresse.
+
+
+SCÈNE III.
+
+FLORAME, AMARANTE.
+
+ FLORAME.
+
+ Amarante (aussi bien te faut-il confesser
+ Que la seule Daphnis avoit su me blesser[595]), 1460
+ Dis-moi qui me l'enlève: apprends-moi quel mystère
+ Me cache le rival qui possède son père;
+ A quel heureux amant Géraste a destiné
+ Ce beau prix que l'amour m'avoit si bien donné[596].
+
+ AMARANTE.
+
+ Ce dût[597] vous être assez de m'avoir abusée, 1465
+ Sans faire encor de moi vos sujets de risée.
+ Je sais que le vieillard favorise vos feux,
+ Et que rien que Daphnis n'est contraire à vos voeux.
+
+ FLORAME.
+
+ Que me dis-tu, lui seul et sa rigueur nouvelle[598]
+ Empêchant[599] les effets d'une ardeur mutuelle? 1470
+
+ AMARANTE.
+
+ Pensez-vous me duper avec ce feint courroux?
+ Lui-même il m'a prié de lui parler pour vous.
+
+ FLORAME.
+
+ Vois-tu, ne t'en ris plus; ta seule jalousie
+ A mis à ce vieillard ce change en fantaisie.
+ Ce n'est pas avec moi que tu te dois jouer, 1475
+ Et ton crime redouble à le désavouer[600];
+ Mais sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte
+ Que mon fidèle amour sur ce rival l'emporte,
+ J'aurai trop de moyens à te faire sentir
+ Qu'on ne m'offense point sans un prompt repentir. 1480
+
+
+SCÈNE IV.
+
+AMARANTE.
+
+ Voilà de quoi tomber en[601] un nouveau dédale.
+ O ciel! qui vit jamais confusion égale?
+ Si j'écoute Daphnis, j'apprends qu'un feu puissant
+ La brûle pour Florame, et qu'un père y consent;
+ Si j'écoute Géraste, il lui donne Florame, 1485
+ Et se plaint que Daphnis en rejette la flamme;
+ Et si Florame est cru, ce vieillard aujourd'hui
+ Dispose de Daphnis pour un autre que lui.
+ Sous un tel embarras je me trouve accablée;
+ Eux ou moi, nous avons la cervelle troublée, 1490
+ Si ce n'est qu'à dessein ils se soient concertés[602]
+ Pour me faire enrager par ces diversités.
+ Mon foible esprit s'y perd et n'y peut rien comprendre:
+ Pour en venir à bout, il me les faut surprendre,
+ Et quand ils se verront, écouter leurs discours, 1495
+ Pour apprendre par là le fond de ces détours.
+ Voici mon vieux rêveur; fuyons de sa présence,
+ Qu'il ne m'embrouille encor de quelque confidence[603]:
+ De crainte que j'en ai, d'ici je me bannis,
+ Tant qu'avec lui je voie ou Florame ou Daphnis. 1500
+
+
+SCÈNE V.
+
+GÉRASTE, POLÉMON.
+
+ POLÉMON.
+
+ J'ai grand regret, Monsieur, que la foi qui vous lie
+ Empêche que chez vous mon neveu ne s'allie,
+ Et que son feu m'emploie aux offres qu'il vous fait,
+ Lorsqu'il n'est plus en vous d'en accepter l'effet.
+
+ GÉRASTE.
+
+ C'est un rare trésor que mon malheur me vole[604]; 1505
+ Et si l'honneur souffroit un manque de parole,
+ L'avantageux parti que vous me présentez
+ Me verroit aussitôt prêt à ses volontés[605].
+
+ POLÉMON.
+
+ Mais si quelque hasard rompoit cette alliance?
+
+ GÉRASTE.
+
+ N'ayez lors, je vous prie, aucune défiance: 1510
+ Je m'en tiendrois heureux, et ma foi vous répond
+ Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond.
+
+ POLÉMON.
+
+ Adieu: faites état de mon humble service.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et vous pareillement d'un coeur sans artifice.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+CÉLIE, GÉRASTE.
+
+ CÉLIE.
+
+ De sorte qu'à mes yeux votre foi lui répond 1515
+ Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond?
+
+ GÉRASTE.
+
+ Cette vaine promesse en un cas impossible
+ Adoucit un refus et le rend moins sensible:
+ C'est ainsi qu'on oblige un homme à peu de frais.
+
+ CÉLIE.
+
+ Ajouter l'impudence à vos perfides traits! 1520
+ Il vous faudroit du charme au lieu de cette ruse,
+ Pour me persuader que qui promet refuse.
+
+ GÉRASTE.
+
+ J'ai promis, et tiendrois ce que j'ai protesté[606],
+ Si Florame rompoit le concert arrêté.
+ Pour Daphnis, c'est en vain qu'elle fait la rebelle; 1525
+ J'en viendrai trop à bout.
+
+ CÉLIE.
+
+ Impudence nouvelle[607]!
+ Florame, que Daphnis fait maître de son coeur,
+ De votre seul caprice accuse la rigueur[608];
+ Et je sais que sans vous leur mutuelle flamme
+ Uniroit deux amants qui n'ont déjà qu'une âme. 1530
+ Vous m'osez cependant effrontément conter
+ Que Daphnis sur ce point aime à vous résister!
+ Vous m'en aviez promis une tout autre issue:
+ J'en ai porté parole après l'avoir reçue.
+ Qu'avois-je contre vous ou fait ou projeté, 1535
+ Pour me faire tremper en votre lâcheté?
+ Ne pouviez-vous trahir que par mon entremise?
+ Avisez: il y va de plus que de Florise.
+ Ne vous estimez pas quitte pour la quitter,
+ Ni que de cette sorte on se laisse affronter[609]. 1540
+
+ GÉRASTE.
+
+ Me prends-tu donc pour homme à manquer de parole
+ En faveur d'un caprice où s'obstine une folle?
+ Va, fais venir Florame: à ses yeux tu verras
+ Que pour lui mon pouvoir ne s'épargnera pas,
+ Que je maltraiterai Daphnis en sa présence 1545
+ D'avoir pour son amour si peu de complaisance.
+ Qu'il vienne seulement voir un père irrité,
+ Et joindre sa prière à mon autorité;
+ Et lors, soit que Daphnis y résiste ou consente,
+ Crois que ma volonté sera la plus puissante[610]. 1550
+
+ CÉLIE.
+
+ Croyez que nous tromper ce n'est pas votre mieux.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Me foudroie en ce cas la colère des cieux!
+
+
+SCÈNE VII.
+
+GÉRASTE, DAPHNIS.
+
+ GÉRASTE, seul.
+
+ Géraste, sur-le-champ il te falloit contraindre
+ Celle que ta pitié ne pouvoit ouïr plaindre.
+ Tu n'as pu refuser du temps à ses douleurs, 1555
+ Ton coeur s'attendrissoit de voir couler ses pleurs;
+ Et pour avoir usé trop peu de ta puissance,
+ On t'impute à forfait sa désobéissance.
+
+(Daphnis vient[611].)
+
+ Un traitement trop doux te fait croire sans foi.
+ Faudra-t-il que de vous je reçoive la loi, 1560
+ Et que l'aveuglement d'une amour obstinée
+ Contre ma volonté règle votre hyménée?
+ Mon extrême indulgence a donné par malheur
+ A vos rébellions quelque foible couleur;
+ Et pour quelque moment que vos feux m'ont su plaire,
+ Vous pensez avoir droit de braver ma colère[612];
+ Mais sachez qu'il falloit, ingrate, en vos amours,
+ Ou ne m'obéir point, ou m'obéir toujours.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Si dans mes premiers feux je vous semble obstinée,
+ C'est l'effet de ma foi sous votre aveu donnée. 1570
+ Quoi que mette en avant votre injuste courroux,
+ Je ne veux opposer à vous-même que vous.
+ Votre permission doit être irrévocable:
+ Devenez seulement à vous-même semblable.
+ Il vous falloit, Monsieur, vous-même à mes amours[613]
+ Ou ne consentir point ou consentir toujours.
+ Je choisirai la mort plutôt que le parjure:
+ M'y voulant obliger, vous vous faites injure.
+ Ne veuillez point combattre ainsi hors de saison
+ Votre vouloir, ma foi, mes pleurs, et la raison. 1580
+ Que vous a fait Daphnis? que vous a fait Florame,
+ Que pour lui vous vouliez que j'éteigne ma flamme?
+
+ GÉRASTE.
+
+ Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement
+ Vous vous rendiez rebelle à mon commandement?
+ Ma foi n'est-elle rien au-dessus de la vôtre[614]? 1585
+ Vous vous donnez à l'un; ma foi vous donne à l'autre.
+ Qui le doit emporter ou de vous ou de moi?
+ Et qui doit de nous deux plutôt manquer de foi?
+ Quand vous en manquerez, mon vouloir vous excuse.
+ Mais à trop raisonner moi-même je m'abuse: 1590
+ Il n'est point de raison valable entre nous deux,
+ Et pour toute raison il suffit que je veux.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Un parjure jamais ne devient légitime;
+ Une excuse ne peut justifier un crime.
+ Malgré vos changements, mon esprit résolu 1595
+ Croit suffire à mes feux que vous ayez voulu[615].
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE, AMARANTE.
+
+ DAPHNIS[616].
+
+ Voici ce cher amant qui me tient engagée,
+ A qui sous votre aveu ma foi s'est obligée:
+ Changez de volonté pour un objet nouveau;
+ Daphnis épousera Florame, ou le tombeau. 1600
+
+ GÉRASTE.
+
+ Que vois-je ici, bons Dieux?
+
+ DAPHNIS.
+
+ Mon amour, ma constance.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et sur quoi donc fonder ta désobéissance?
+ Quel envieux démon, et quel charme assez fort
+ Faisoit entre-choquer deux volontés d'accord?
+ C'est lui que tu chéris[617] et que je te destine; 1605
+ Et ta rébellion dans un refus s'obstine!
+
+ FLORAME.
+
+ Appelez-vous refus de me donner sa foi
+ Quand votre volonté se déclara pour moi?
+ Et cette volonté, pour un autre tournée,
+ Vous peut-elle obéir après la foi donnée? 1610
+
+ GÉRASTE.
+
+ C'est pour vous que je change, et pour vous seulement
+ Je veux qu'elle renonce à son premier amant.
+ Lorsque je consentis à sa secrète flamme,
+ C'étoit pour Clarimond qui possédoit son âme:
+ Amarante du moins me l'avoit dit ainsi. 1615
+
+ DAPHNIS.
+
+ Amarante, approchez: que tout soit éclairci.
+ Une telle imposture est-elle pardonnable?
+
+ AMARANTE.
+
+ Mon amour pour Florame en est le seul coupable:
+ Mon esprit l'adoroit; et vous étonnez-vous
+ S'il devint inventif[618], puisqu'il étoit jaloux? 1620
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et par là tu voulois....
+
+ AMARANTE.
+
+ Que votre âme déçue
+ Donnât à Clarimond une si bonne issue,
+ Que Florame, frustré de l'objet de ses voeux,
+ Fût réduit désormais à seconder mes feux.
+
+ FLORAME.
+
+ Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, daignez, Madame[619],
+ Justifier son feu par votre propre flamme:
+ Si vous m'aimez encor, vous devez estimer
+ Qu'on ne peut faire un crime à force de m'aimer.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Si je t'aime, Florame? Ah! ce doute m'offense[620].
+ D'Amarante avec toi je prendrai la défense. 1630
+
+ GÉRASTE.
+
+ Et moi, dans ce pardon je vous veux prévenir;
+ Votre hymen aussi bien saura trop la punir.
+
+ DAPHNIS.
+
+ Qu'un nom tu par hasard nous a donné de peine!
+
+ CÉLIE.
+
+ Mais que su maintenant il rend sa ruse vaine,
+ Et donne un prompt succès à vos contentements! 1635
+
+ FLORAME, à Géraste.
+
+ Vous, de qui je les tiens....
+
+ GÉRASTE.
+
+ Trêve de compliments:
+ Ils nous empêcheroient de parler de Florise.
+
+ FLORAME.
+
+ Il n'en faut point parler: elle vous est acquise.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Allons donc la trouver: que cet échange heureux[621]
+ Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux! 1640
+
+ DAPHNIS.
+
+ Quoi! je ne savois rien d'une telle partie!
+
+ FLORAME.
+
+ Je pense toutefois vous avoir avertie[622]
+ Qu'un grand effet d'amour, avant qu'il fût longtemps,
+ Vous rendroit étonnée et nos desirs contents[623].
+ Mais différez, Monsieur, une telle visite: 1645
+ Mon feu ne souffre point que sitôt je la quitte;
+ Et d'ailleurs je sais trop que la loi du devoir
+ Veut que je sois chez nous pour vous y recevoir.
+
+ GÉRASTE, à Célie.
+
+ Va donc lui témoigner le desir qui me presse.
+
+ FLORAME.
+
+ Plutôt fais-la venir saluer ma maîtresse: 1650
+ Ainsi tout à la fois nous verrons satisfaits[624]
+ Vos feux et mon devoir, ma flamme et vos souhaits.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Je dois être honteux d'attendre qu'elle vienne.
+
+ CÉLIE.
+
+ Attendez-la, Monsieur, et qu'à cela ne tienne:
+ Je cours exécuter cette commission. 1655
+
+ GÉRASTE.
+
+ Le temps en sera long à mon affection.
+
+ FLORAME.
+
+ Toujours l'impatience à l'amour est mêlée.
+
+ GÉRASTE.
+
+ Allons dans le jardin faire deux tours d'allée,
+ Afin que cet ennui que j'en pourrai sentir[625]
+ Parmi votre entretien trouve à se divertir. 1660
+
+
+SCÈNE IX.
+
+ AMARANTE.
+
+ Je le perds donc, l'ingrat, sans que mon artifice[626]
+ Ait tiré de ses maux aucun soulagement,
+ Sans que pas un effet ait suivi ma malice,
+ Où ma confusion n'égalât son tourment.
+
+ Pour agréer ailleurs il tâchoit à me plaire, 1665
+ Un amour dans la bouche, un autre dans le sein:
+ J'ai servi de prétexte à son feu téméraire,
+ Et je n'ai pu servir d'obstacle à son dessein.
+
+ Daphnis me le ravit, non par son beau visage,
+ Non par son bel esprit ou ses doux entretiens, 1670
+ Non que sur moi sa race ait aucun avantage,
+ Mais par le seul éclat qui sort d'un peu de biens.
+ Filles que la nature a si bien partagées,
+ Vous devez présumer fort peu de vos attraits:
+ Quelques charmants[627] qu'ils soient, vous êtes négligées,
+ A moins que la fortune en rehausse les traits[628].
+
+ Mais encor que Daphnis eût captivé Florame,
+ Le moyen qu'inégal il en fût possesseur?
+ Destins, pour rendre aisé le succès de sa flamme[629],
+ Falloit-il qu'un vieux fou fût épris de sa soeur? 1680
+
+ Pour tromper mon attente et me faire un supplice,
+ Deux fois l'ordre commun se renverse en un jour:
+ Un jeune amant s'attache aux lois de l'avarice,
+ Et ce vieillard pour lui suit celles de l'amour.
+
+ Un discours amoureux n'est qu'une fausse amorce, 1685
+ Et Théante et Florame ont feint pour moi des feux:
+ L'un m'échappe de gré, comme l'autre de force;
+ J'ai quitté l'un pour l'autre, et je les perds tous deux.
+
+ Mon coeur n'a point d'espoir dont je ne sois séduite[630]:
+ Si je prends quelque peine, une autre en a les fruits[631];
+ Et dans le triste état où le ciel m'a réduite,
+ Je ne sens que douleurs et ne prévois qu'ennuis.
+
+ Vieillard, qui de ta fille achètes une femme
+ Dont peut-être aussitôt tu seras mécontent,
+ Puisse le ciel, aux soins qui te vont ronger l'âme, 1695
+ Dénier le repos du tombeau qui t'attend!
+
+ Puisse le noir chagrin de ton humeur jalouse[632]
+ Me contraindre moi-même à déplorer ton sort,
+ Te faire un long trépas, et cette jeune épouse
+ User toute sa vie à souhaiter ta mort! 1700
+
+
+FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [579] _Var._ Si ce change d'humeur un peu plus tôt t'eût pris,
+ Nous aurions vu l'effet du dessein entrepris. (1637-57)
+
+ [580] _Var._ Le rencontrer encor n'est plus en mon possible.
+ (1637-57)
+
+ [581] _Var._ Vu que Daphnis, au point où je la vois réduite,
+ N'est pas pour l'oublier, quand il seroit en fuite. (1637-57)
+
+ [582] _Var._ Le privant de ce bien, ne me le donne pas. (1637-57)
+ _Var._ Le privant d'un tel heur, ne me le donne pas. (1660-64)
+
+ [583] _Var._ Inégal en fortune aux biens de cette belle.
+ (1637-64)
+
+ [584] _Var._ Que pourrois-je en ce cas prétendre de ses pleurs?
+ Mon espoir se peut-il fonder sur ses douleurs? (1637-57)
+
+ [585] _Var._ Et si de l'obtenir je me sens incapable,
+ Florame est mon ami, d'où tu peux inférer
+ Qu'à tout autre qu'à moi je le dois préférer,
+ Et verrois à regret qu'un autre eût pris sa place. (1637-57)
+
+ [586] _Var._ Non pas, mais tu peux faire....
+ DAM. Quoi? TH. Que Clarimond prenne un mouvement contraire.
+ (1637-57)
+
+ [587] _Var._ Peut-être mon esprit treuvera quelque ruse.
+ (1637-52)
+
+ [588] _Var._ Par où, mon honneur sauf, du cartel je m'excuse.
+ (1637-57)
+
+ [589] _Var._ Bien que j'adore encor l'excès de son mérite,
+ Florame ayant Daphnis, de honte je la quitte. (1637-57)
+
+ [590] Ce jeu de scène n'est pas dans l'édition de 1637.
+
+ [591] _Var._ Et tout rival qu'il m'est, il rit de ma colère.
+ (1637-57)
+
+ [592] _Var._ Et qu'ainsi que mes maux mes forfaits soient
+ extrêmes. (1637-57)
+
+ [593] Voyez tome I, p. 208, note 2.
+
+ [594] _Var._ Montrez, en m'assistant, que vous êtes des dieux,
+ Et conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux. (1637-57)
+
+ [595] _Var._ Qu'au lieu de toi Daphnis occupoit mon penser.
+ (1637-57)
+
+ [596] _Var._ Un bien si précieux qu'Amour m'avoit donné.
+ AMAR. Ce vous dût être assez de m'avoir abusée. (1637)
+ _Var._ Ce trésor que l'amour m'avoit si bien donné. (1644-57)
+
+ [597] _Ce dût_, c'est-à-dire _ce devroit_. Le mot a, dans toutes
+ les éditions, ou une _s_, ou un accent circonflexe, ou un accent
+ et une _s_ à la fois: _deust_, _dûst_.
+
+ [598] _Var._ Tu t'abuses: lui seul et sa rigueur cruelle.
+ (1637-1657)
+
+ [599] Telle est la leçon des éditions de 1668 et de 1682. Elle
+ peut bien se comprendre; cependant, comme toutes les autres
+ éditions donnent _empêchent_, au lieu d'_empêchant_, ce participe
+ ne serait-il pas une faute d'impression?
+
+ [600] _Var._ Tu redoubles ton crime à le désavouer;
+ Et sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte. (1637-60)
+
+ [601] _Dans_, qui est la leçon généralement adoptée, ne se trouve
+ dans aucune des éditions imprimées du vivant de Corneille, mais
+ seulement dans celle de 1692.
+
+ [602] _Var._ Si ce n'est qu'à dessein ils veuillent tout mêler,
+ Et soient d'intelligence à me faire affoler. (1637-64)
+
+ [603] _Var._ Qu'il ne nous brouille encor de quelque confidence.
+ (1637-57)
+
+ [604] _Var._ C'est moi qui suis marri que pour cet hyménée
+ Je ne puis révoquer la parole donnée. (1637-57)
+
+ [605] _Var._ Me verroit sans cela prêt à ses volontés.
+ POL. Mais si quelque malheur rompoit cette alliance?
+ GÉR. Qu'il n'ait lors de ma part aucune défiance. (1637-57)
+
+ [606] _Var._ J'ai promis, il est vrai, mais au cas seulement
+ Que Florame ou sa soeur courût au changement. (1637-57)
+
+ [607] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «Impudente
+ nouvelle!»
+
+ [608] _Var._ Ne se plaint que de vous et de votre rigueur;
+ Et sans vous on verroit leur mutuelle flamme
+ Unir bientôt deux corps qui n'ont déjà qu'une âme.
+ Vous m'allez cependant effrontément conter
+ Que Daphnis sur ce point ose vous résister! (1637-57)
+
+ [609] _Var._ [Ni que de cette sorte on se laisse affronter.]
+ Florame a trop de coeur. GÉR. Et moi trop de courage
+ Pour manquer où l'amour, l'honneur, la foi m'engage.
+ Va donc, va le chercher: à ses yeux tu verras. (1637-57)
+
+ [610] _Var._ Enfin ma volonté sera la plus puissante. (1637-64)
+
+ [611] _Var._ _Daphnis sort._ (1637, en marge, 1644 et
+ 52-60)--_Daphnis vient sur le théâtre._ (1663, en marge.)--Ce jeu
+ de scène manque dans l'édition de 1648, qui porte seule, après le
+ vers 1559: _A Daphnis._
+
+ [612] _Var._ Vous vous autorisez à m'être réfractaire. (1637)
+
+ [613] _Var._ Il vous falloit, Monsieur, vous-même en mes amours.
+ (1637)
+
+ [614] _Var._ Ma foi doit-elle pas prévaloir sur la vôtre?
+ (1637-57)
+
+ [615] C'est-à-dire: croit qu'il suffit à mes feux que vous ayez
+ voulu.
+
+ [616] _Var._ DAPHNIS, _montrant Florame_. (1648)
+
+ [617] L'édition de 1637 porte: _C'est lui que je chéris_, ce qui
+ est vraisemblablement une erreur.
+
+ [618] Suivant la Fontaine il n'est pas même nécessaire d'être
+ jaloux, l'amour suffit:
+
+ Soyez amant, vous serez inventif.
+
+ (_Contes, le Cuvier_, vers 1.)
+
+ --On lit dans l'édition de 1682: _S'il devient inventif_, ce qui
+ doit être une erreur.
+
+ [619] _Var._ Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, ma chère vie,
+ Voyez que votre exemple au pardon vous convie. (1637-64.)
+
+ [620] _Var._ Si je t'aime, mon heur? Ah! ce doute m'offense.
+ (1637-57)
+
+ [621] _Var._ Allons donc la trouver: que cet échange heureux.
+ (1637-52)
+
+ [622] _Var._ Mon coeur, s'il t'en souvient, je t'avois avertie.
+ (1637-57)
+
+ [623] _Var._ Te rendroit étonnée et nos desirs contents.
+ (1637-57)
+
+ [624] _Var._ Par cette invention vous et moi satisfaits.
+ Sans faillir au devoir, nous aurons nos souhaits.
+ GÉR. Mais le mien toutefois veut que je la prévienne. (1637-57)
+
+ [625] _Var._ Afin qu'ainsi l'ennui que j'en pourrai sentir
+ Dedans votre entretien se puisse divertir. (1637-57)
+
+ [626] _Var._ Je le perds sans avoir de tout mon artifice
+ Qu'autant de mal que lui, bien que diversement,
+ Vu que pas un effet n'a suivi ma malice. (1637-57)
+
+ [627] On a imprimé, par erreur sans doute, _charmes_, au lieu de
+ _charmants_, dans l'édition de 1682.--Sur l'orthographe de
+ _quelques_, voyez tome I, p. 205, note 3.
+
+ [628] _Var._ Sinon quand la fortune en fait les plus beaux
+ traits. (1637-57)
+
+ [629] _Var._ Ciel, pour faciliter le succès de sa flamme,
+ Falloit-il qu'un vieillard fût épris de sa soeur?
+
+ Oui, ciel, il le falloit: ce n'est pas sans justice
+ Que cet esprit usé se renverse à son tour:
+ Puisqu'un jeune amant suit les lois de l'avarice,
+ Il faut bien qu'un vieillard suive celles d'amour. (1637-57)
+
+ [630] _Var._ Mon coeur n'a point d'espoir d'où je ne sois
+ séduite[630-a]. (1637)
+
+ [630-a] C'est-à-dire dans lequel je ne sois déçue.
+
+ [631] _Var._ Si je prends quelque peine, un autre en a les fruits.
+ Qu'au misérable état où je me vois réduite,
+ J'aurai bien à passer encor de tristes nuits! (1637-57)
+
+ [632] _Var._ Puisse enfin ta foiblesse et ton humeur jalouse
+ Te frustrer désormais de tout contentement[632-a],
+ Te remplir de soupçons, et cette jeune épouse
+ Joindre à mille mépris le secours d'un amant!(1637-57)
+
+ [632-a] Te priver désormais de tout contentement.(1644-57)
+
+
+
+
+ LA PLACE ROYALE
+
+ COMÉDIE
+
+ 1635
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Le succès de _la Galerie du Palais_, dû en grande partie, comme notre
+poëte l'a remarqué lui-même, au plaisir qu'éprouvaient les spectateurs
+en se voyant transportés dans un endroit qu'ils fréquentaient
+d'ordinaire, l'engagea à choisir pour théâtre d'une autre comédie la
+place Royale, qui, à cette époque, était la promenade à la mode, le
+lieu de réunion de la société la plus brillante, le centre des
+rendez-vous et des intrigues amoureuses.
+
+ Adieu, belle place où n'habite
+ Que mainte personne d'élite,
+
+dit Scarron dans son _Adieu au Marais et à la place Royale_, composé
+en 1643[633]; et la curieuse liste qui suit ces deux vers les justifie
+pleinement.
+
+La prédilection de Corneille pour les titres empruntés à divers
+endroits fameux de la ville de Paris a été critiquée en ces termes par
+un de ses censeurs: «Il a fait voir une _Mélite, la Galerie du Palais_
+et _la Place Royale_, ce qui nous faisoit espérer que Mondory
+annonceroit bientôt _le Cimetière Saint-Jean_, _la Samaritaine_ et _la
+Place aux Veaux_[634].»
+
+Quant à Claveret, il ne blâme point ce procédé, mais il accuse
+Corneille de le lui avoir dérobé: «Ce que ma plume a produit autrefois
+ne m'a point fait rougir de honte, et si du temps que j'écrivois, vous
+ne m'eussiez cru capable au moins de vous suivre, vous n'eussiez pas
+tâché malicieusement d'éteindre ce peu de lumière, avec laquelle
+j'essayois de me faire connoître, établissant le titre d'une de vos
+pièces sur le fondement d'une seule rime[635]. J'entends parler de
+votre _Place Royale_, que vous eussiez aussi bien appelée _la Place
+Dauphine_, ou autrement, si vous eussiez pu perdre l'envie de me
+choquer; pièce que vous vous résolûtes de faire, dès que vous sûtes
+que j'y travaillois, ou pour satisfaire votre passion jalouse, ou pour
+contenter celle des comédiens que vous serviez. Cela n'a pas empêché
+que je n'en aye reçu tout le contentement que j'en pouvois
+légitimement attendre, et que les honnêtes gens qui se rendirent en
+foule à ses représentations n'ayent honoré de quelques louanges
+l'invention de mon esprit. J'ajouterois bien qu'elle eut la gloire et
+le bonheur de plaire au Roi étant à Forges[636], plus qu'aucune autre
+des pièces qui parut lors sur son théâtre[637]....»
+
+La comédie de Corneille, jouée en 1635, ne fut imprimée qu'en vertu du
+privilége dont nous avons donné un extrait dans notre notice sur _la
+Galerie du Palais_; l'achevé d'imprimer est du 20 février 1637. Le
+volume, de format in-4º, se compose de 4 feuillets liminaires et de
+112 pages; son titre exact est:
+
+LA PLACE ROYALLE, OU L'AMOVREVX EXTRAVAGANT. COMEDIE. _A Paris, chez
+Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. Auec priuilege du Roy._
+
+Le sous-titre: _ou l'Amoureux Extrauagant_, a disparu dès l'édition de
+1644.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [633] Cette date est facile à établir, car Scarron parle dans
+ cette pièce de la fille de la duchesse de Rohan,
+
+ A qui depuis deux ans en ça
+ On offrit l'illustre Bassa.
+
+ Or _Ibrahim ou l'illustre Bassa_, de Mlle de Scudéry, a paru en
+ 1641.
+
+ [634] _Lettre à *** sous le nom d'Ariste_, p. 7.
+
+ [635] Ainsi je veux punir ma flamme déloyale.
+ Ainsi....
+
+ ALIDOR.
+ Te rencontrer dans la Place Royale.
+
+ (Acte I, scènes III et IV, vers 177 et 178.)
+
+ [636] Claveret avait composé pour cette visite du Roi aux eaux de
+ Forges une pièce que, de l'aveu d'un de ses apologistes, il ne
+ put faire accepter. Nous lisons dans _l'Ami du Cid à Claveret_
+ (p. 5): «Votre _Place Royale_ suit assez bien, et je vous
+ confesse qu'elle fut trouvée si bonne à Forges, que Mondory et
+ ses compagnons qui en avoient les eaux dans la saison du monde la
+ plus propre pour les boire, n'en voulurent jamais goûter: tout le
+ monde n'entendra pas ceci peut-être, c'est que vous avez fait une
+ pièce intitulée _les Eaux de Forges_, que vous leur donnâtes, où
+ il ne manquoit chose du monde, sinon que le sujet, la conduite et
+ les vers ne valoient rien du tout. A cela près c'étoit une assez
+ belle chose.» Dans la _Réponse à l'Ami du Cid_ (p. 45 de
+ l'_Épître familière du Sr Mayret_), Claveret est ainsi défendu:
+ «Pour sa pièce intitulée _les Eaux de Forges_, vous avez bien
+ raison de dire pour faire une mauvaise pointe que Mondory et ses
+ compagnons n'en voulurent jamais goûter dans la saison du monde
+ la plus propre pour les boire, mais non pas de vouloir conclure
+ par là qu'elle ne vaut rien, puisqu'il est vrai qu'ils ne firent
+ difficulté de la prendre que par la discrète crainte qu'ils
+ eurent de fâcher quelques personnes de condition qui pouvoient
+ reconnoître leurs aventures dans la représentation de cette
+ pièce.»
+
+ [637] _Lettre du Sr Claveret au Sr Corneille, soy disant
+ Autheur du Cid_, p. 10.
+
+
+A MONSIEUR ***[638]
+
+ MONSIEUR,
+
+J'observe religieusement la loi que vous m'avez prescrite, et vous
+rends mes devoirs avec le même secret que je traiterois un amour, si
+j'étois homme à bonne fortune. Il me suffit que vous sachiez que je
+m'acquitte, sans le faire connoître à tout le monde, et sans que par
+cette publication je vous mette en mauvaise odeur auprès d'un sexe
+dont vous conservez les bonnes grâces avec tant de soin. Le héros de
+cette pièce ne traite pas bien les dames, et tâche d'établir des
+maximes qui leur sont trop désavantageuses, pour nommer son
+protecteur: elles s'imagineroient que vous ne pourriez l'approuver
+sans avoir grande part à ses sentiments, et que toute sa morale seroit
+plutôt un portrait de votre conduite qu'un effort de mon imagination;
+et véritablement, Monsieur, cette possession de vous-même, que vous
+conservez si parfaite parmi tant d'intrigues[639] où vous semblez
+embarrassé, en approche beaucoup. C'est de vous que j'ai appris que
+l'amour d'un honnête homme doit être toujours volontaire; qu'on ne
+doit jamais aimer en un point qu'on ne puisse n'aimer pas; que si on
+en vient jusque-là, c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug;
+et qu'enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation de
+notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet de notre choix et de
+son mérite, que quand elle vient d'une inclination aveugle, et forcée
+par quelque ascendant de naissance à qui nous ne pouvons résister.
+Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un
+bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne sauroit
+nous refuser. Mais je vais trop avant pour une épître: il sembleroit
+que j'entreprendrois la justification de mon Alidor; et ce n'est pas
+mon dessein de mériter par cette défense la haine de la plus belle
+moitié du monde, et qui domine si puissamment sur les volontés de
+l'autre. Un poëte n'est jamais garant des fantaisies[640] qu'il donne
+à ses acteurs; et si les dames trouvent ici quelques discours qui les
+blessent, je les supplie de se souvenir que j'appelle extravagant
+celui dont ils partent[641], et que par d'autres poëmes j'ai assez
+relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour effacer les mauvaises
+idées que celui-ci leur pourra faire concevoir de mon esprit. Trouvez
+bon que j'achève par là, et que je n'ajoute à cette prière que je leur
+fais que la protestation d'être éternellement,
+
+ MONSIEUR,
+
+ Votre très-humble et très-obéissant serviteur[642],
+
+ CORNEILLE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [638] Cette épître ne se trouve que dans les impressions
+ antérieures à 1660. Nous donnons le texte de l'édition originale
+ (1637).
+
+ [639] VAR. (édit. de 1644-57): intriques.
+
+ [640] Les éditions de 1652 et de 1657 ont _fantasies_, au lieu de
+ _fantaisies_.
+
+ [641] VAR. (édit. de 1644-57): de se souvenir que je les mets en
+ la bouche d'un extravagant, et que par d'autres poëmes....
+
+ [642] VAR. (édit. de 1644-57): Votre très-humble et très-fidèle
+ serviteur.
+
+
+EXAMEN.
+
+Je ne puis dire tant de bien de celle-ci[643] que de la précédente.
+Les vers en sont plus forts; mais il y a manifestement une duplicité
+d'action. Alidor, dont l'esprit extravagant se trouve incommodé d'un
+amour qui l'attache trop, veut faire en sorte qu'Angélique sa
+maîtresse se donne à son ami Cléandre; et c'est pour cela qu'il lui
+fait rendre une fausse lettre qui le convainc de légèreté, et qu'il
+joint à cette supposition des mépris assez piquants pour l'obliger
+dans sa colère à accepter les affections d'un autre. Ce dessein
+avorte, et la donne à Doraste contre son intention; et cela l'oblige à
+en faire un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux desseins,
+formés ainsi l'un après l'autre, font deux actions, et donnent deux
+âmes au poëme, qui d'ailleurs finit assez mal par un mariage de deux
+personnes épisodiques, qui ne tiennent que le second rang dans la
+pièce. Les premiers acteurs y achèvent bizarrement, et tout ce qui les
+regarde fait languir le cinquième acte, où ils ne paroissent plus, à
+le bien prendre, que comme seconds acteurs. L'épilogue d'Alidor n'a
+pas la grâce de celui de _la Suivante_, qui ayant été très-intéressée
+dans l'action principale, et demeurant enfin sans amant, n'ose
+expliquer ses sentiments en la présence de sa maîtresse et de son
+père, qui ont tous deux leur compte, et les laisse rentrer pour pester
+en liberté contre eux et contre sa mauvaise fortune, dont elle se
+plaint en elle-même, et fait par là connoître au spectateur l'assiette
+de son esprit après un effet si contraire à ses souhaits.
+
+Alidor est sans doute trop bon ami pour être si mauvais amant. Puisque
+sa passion l'importune tellement qu'il veut bien outrager sa maîtresse
+pour s'en défaire, il devroit se contenter de ce premier effort, qui
+la fait obtenir à Doraste, sans s'embarrasser de nouveau pour
+l'intérêt d'un ami, et hasarder en sa considération un repos qui lui
+est si précieux. Cet amour de son repos n'empêche point qu'au
+cinquième acte il ne se montre encore passionné pour cette maîtresse,
+malgré la résolution qu'il avoit prise de s'en défaire, et les
+trahisons qu'il lui a faites: de sorte qu'il semble ne commencer à
+l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet de le haïr. Cela
+fait une inégalité de moeurs qui est vicieuse.
+
+Le caractère d'Angélique sort de la bienséance, en ce qu'elle est trop
+amoureuse, et se résout trop tôt à se faire enlever par un homme qui
+lui doit être suspect. Cet enlèvement lui réussit mal; et il a été bon
+de lui donner un mauvais succès, bien qu'il ne soit pas besoin que les
+grands crimes soient punis dans la tragédie, parce que leur peinture
+imprime assez d'horreur pour en détourner les spectateurs. Il n'en est
+pas de même des fautes de cette nature, et elles pourroient engager
+un esprit jeune et amoureux à les imiter, si l'on voyoit que ceux qui
+les commettent vinssent à bout, par ce mauvais moyen, de ce qu'ils
+desirent.
+
+Malgré cet abus, introduit par la nécessité et légitimé par l'usage,
+de faire dire dans la rue à nos amantes de comédie ce que
+vraisemblablement elles diroient dans leur chambre, je n'ai osé y
+placer Angélique durant la réflexion douloureuse qu'elle fait sur la
+promptitude et l'imprudence de ses ressentiments, qui la font
+consentir à épouser l'objet de sa haine: j'ai mieux aimé rompre la
+liaison des scènes, et l'unité de lieu, qui se trouve assez exacte en
+ce poëme à cela près, afin de la faire soupirer dans son cabinet avec
+plus de bienséance pour elle, et plus de sûreté pour l'entretien
+d'Alidor. Phylis, qui le voit sortir de chez elle, en auroit trop vu
+si elle les avoit aperçus tous deux sur le théâtre; et au lieu du
+soupçon de quelque intelligence renouée entre eux qui la porte à
+l'observer durant le bal, elle auroit eu sujet d'en prendre une
+entière certitude, et d'y donner un ordre qui eût rompu tout le
+nouveau dessein d'Alidor et l'intrique de la pièce.
+
+En voilà assez sur celle-ci; je passe aux deux qui restent dans ce
+volume[644].
+
+FOOTNOTES:
+
+
+ [643] Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a remplacé
+ _celle-ci_ par _cette pièce_. Voyez, au tome I, la note 1 de la
+ p. 137.
+
+ [644] A savoir _Médée et l'Illusion comique_.--Cette dernière
+ phrase se trouve dans toutes les éditions qui renferment
+ l'_Examen_ (1660-1682). Elle est exacte pour les impressions
+ in-8º, qui toutes contiennent huit pièces dans leur premier
+ volume (voyez notre tome I, p. 4 et 5); mais elle ne l'est pas
+ pour l'édition in-folio de 1663, qui en a douze au lieu de huit.
+
+
+
+
+ACTEURS[645].
+
+
+ ALIDOR, amant d'Angélique.
+ CLÉANDRE, ami d'Alidor.
+ DORASTE, amoureux d'Angélique.
+ LYSIS, amoureux de Phylis.
+ ANGÉLIQUE, maîtresse d'Alidor et de Doraste.
+ PHYLIS, soeur de Doraste.
+ POLYMAS, domestique d'Alidor.
+ LYCANTE, domestique de Doraste.
+
+La scène est à Paris dans la place Royale[646].
+
+
+
+
+LA PLACE ROYALE.
+
+COMÉDIE.
+
+
+
+
+ACTE I
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ANGÉLIQUE, PHYLIS.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite[647];
+ Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte,
+ Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.
+
+ PHYLIS.
+
+ C'est me vouloir prescrire une trop dure loi.
+ Puis-je, sans étouffer la voix de la nature, 5
+ Dénier mon secours aux tourments qu'il endure?
+ Quoi! tu m'aimes, il meurt, et tu peux le guérir[648],
+ Et sans t'importuner je le verrois périr!
+ Ne me diras-tu point que j'ai tort de le plaindre?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ C'est un mal bien léger qu'un feu qu'on peut éteindre[649]. 10
+
+ PHYLIS.
+
+ Je sais qu'il le devroit, mais avec tant d'appas[650],
+ Le moyen qu'il te voie et ne t'adore pas?
+ Ses yeux ne souffrent point que son coeur soit de glace;
+ On ne pourroit aussi m'y résoudre en sa place[651];
+ Et tes regards, sur moi plus forts que tes mépris, 15
+ Te sauroient conserver ce que tu m'aurois pris.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ S'il veut garder encor cette humeur obstinée[652],
+ Je puis bien m'empêcher d'en être importunée,
+ Feindre un peu de migraine, ou me faire celer:
+ C'est un moyen bien court de ne lui plus parler; 20
+ Mais ce qui m'en déplaît et qui me désespère[653],
+ C'est de perdre la soeur pour éviter le frère,
+ Et me violenter à fuir ton entretien[654],
+ Puisque te voir encor c'est m'exposer au sien.
+ Du moins, s'il faut quitter cette douce pratique[655], 25
+ Ne mets point en oubli l'amitié d'Angélique,
+ Et crois que ses effets auront leur premier cours[656]
+ Aussitôt que ton frère aura d'autres amours.
+
+ PHYLIS.
+
+ Tu vis d'un air étrange et presque insupportable.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que toi-même pourtant dois trouver équitable[657]; 30
+ Mais la raison sur toi ne sauroit l'emporter:
+ Dans l'intérêt d'un frère on ne peut l'écouter.
+
+ PHYLIS.
+
+ Et par quelle raison négliger son martyre?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Vois-tu, j'aime Alidor, et c'est assez te dire[658].
+ Le reste des mortels pourroit m'offrir des voeux, 35
+ Je suis aveugle, sourde, insensible pour eux;
+ La pitié de leurs maux ne peut toucher mon âme
+ Que par des sentiments dérobés à ma flamme.
+ On ne doit point avoir des amants par quartier;
+ Alidor a mon coeur et l'aura tout entier; 40
+ En aimer deux, c'est être à tous deux infidèle.
+
+ PHYLIS.
+
+ Qu'Alidor seul te rende à tout autre cruelle,
+ C'est avoir pour le reste un coeur trop endurci.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Pour aimer comme il faut, il faut aimer ainsi.
+
+ PHYLIS.
+
+ Dans l'obstination où je te vois réduite, 45
+ J'admire ton amour et ris de ta conduite.
+ Fasse état qui voudra de ta fidélité,
+ Je ne me pique point de cette vanité,
+ Et l'exemple d'autrui m'a trop fait reconnoître[659]
+ Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître. 50
+ Quand on n'en souffre qu'un, qu'on ne pense qu'à lui,
+ Tous autres entretiens nous donnent de l'ennui;
+ Il nous faut de tout point vivre à sa fantaisie,
+ Souffrir de son humeur, craindre sa jalousie,
+ Et de peur que le temps n'emporte ses ferveurs[660], 55
+ Le combler chaque jour de nouvelles faveurs;
+ Notre âme, s'il s'éloigne, est chagrine, abattue[661];
+ Sa mort nous désespère et son change nous tue,
+ Et de quelque douceur que nos feux soient suivis,
+ On dispose de nous sans prendre notre avis; 60
+ C'est rarement qu'un père à nos goûts s'accommode,
+ Et lors juge quels fruits on a de ta méthode.
+ Pour moi, j'aime un chacun, et sans rien négliger,
+ Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager:
+ Ainsi tout contribue à ma bonne fortune; 65
+ Tout le monde me plaît, et rien ne m'importune.
+ De mille que je rends l'un de l'autre jaloux,
+ Mon coeur n'est à pas un, et se promet à tous[662]:
+ Ainsi tous à l'envi s'efforcent à me plaire;
+ Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire; 70
+ L'éloignement d'aucun ne sauroit m'affliger,
+ Mille encore présents m'empêchent d'y songer.
+ Je n'en crains point la mort, je n'en crains point le change;
+ Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge[663].
+ Le moyen que de tant et de si différents 75
+ Quelqu'un n'ait assez d'heur pour plaire à mes parents?
+ Et si quelque inconnu m'obtient d'eux pour maîtresse[664],
+ Ne crois pas que j'en tombe en profonde tristesse:
+ Il aura quelques traits de tant que je chéris,
+ Et je puis avec joie accepter tous maris. 80
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Voilà fort plaisamment tailler cette matière,
+ Et donner à ta langue une libre carrière[665].
+ Ce grand flux de raisons dont tu viens m'attaquer
+ Est bon à faire rire, et non à pratiquer.
+ Simple, tu ne sais pas ce que c'est que tu blâmes, 85
+ Et ce qu'a de douceurs l'union de deux âmes;
+ Tu n'éprouvas jamais de quels contentements
+ Se nourrissent les feux des fidèles amants.
+ Qui peut en avoir mille en est plus estimée,
+ Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée; 90
+ Elle voit leur amour soudain se dissiper:
+ Qui veut tout retenir laisse tout échapper.
+
+ PHYLIS.
+
+ Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes[666];
+ Ou si ces vieux abus te semblent légitimes[667],
+ Si le seul Alidor te plaît dessous les cieux, 95
+ Conserve-lui ton coeur, mais partage tes yeux:
+ De mon frère par là soulage un peu les plaies;
+ Accorde un faux remède à des douleurs si vraies;
+ Feins, déguise avec lui, trompe-le par pitié[668],
+ Ou du moins par vengeance et par inimitié. 100
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Le beau prix qu'il auroit de m'avoir tant chérie,
+ Si je ne le payois que d'une tromperie!
+ Pour salaire des maux qu'il endure en m'aimant,
+ Il aura qu'avec lui je vivrai franchement.
+
+ PHYLIS.
+
+ Franchement, c'est-à-dire avec mille rudesses, 105
+ Le mépriser, le fuir, et par quelques adresses
+ Qu'il tâche d'adoucir.... Quoi! me quitter ainsi!
+ Et sans me dire adieu! le sujet?
+
+
+SCÈNE II.
+
+DORASTE, PHYLIS.
+
+ DORASTE.
+
+ Le voici.
+ Ma soeur, ne cherche plus une chose trouvée:
+ Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée; 110
+ Ma présence la chasse, et son muet départ
+ A presque devancé son dédaigneux regard.
+
+ PHYLIS.
+
+ Juge par là quels fruits produit mon entremise.
+ Je m'acquitte des mieux de la charge commise;
+ Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es: 115
+ Ton feu ne peut aller au point où je le mets;
+ J'invente des raisons à combattre sa haine;
+ Je blâme, flatte, prie, et perds toujours ma peine[669],
+ En grand péril d'y perdre encor son amitié,
+ Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié. 120
+
+ DORASTE.
+
+ Ah! tu ris de mes maux.
+
+ PHYLIS.
+
+ Que veux-tu que je fasse?
+ Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place.
+ Que serviroient mes pleurs? Veux-tu qu'à tes tourments
+ J'ajoute la pitié de mes ressentiments?
+ Après mille mépris qu'a reçus ta folie[670], 125
+ Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie;
+ Si j'y joignois la mienne, elle t'accableroit,
+ Et de mon déplaisir le tien redoubleroit;
+ Contraindre mon humeur me seroit un supplice
+ Qui me rendroit moins propre à te faire service. 130
+ Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager;
+ Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger.
+ Il n'est point de douleur si forte en un courage
+ Qui ne perde sa force auprès de mon visage;
+ C'est toujours de tes maux autant de rabattu: 135
+ Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu?
+ Ne sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie?
+
+ DORASTE.
+
+ Tu me forces à rire en dépit que j'en aie;
+ Je souffre tout de toi, mais à condition
+ D'employer tous tes soins à mon affection[671]. 140
+ Dis-moi par quelle ruse il faut....
+
+ PHYLIS.
+
+ Rentrons, mon frère:
+ Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire[672].
+
+
+SCÈNE III.
+
+CLÉANDRE.
+
+ Que je dois bien faire pitié
+ De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique!
+ J'aime Alidor, j'aime Angélique; 145
+ Mais l'amour cède à l'amitié,
+ Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle[673]
+ D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.
+
+ Ma bouche ignore mes desirs,
+ Et de peur de se voir trahi par imprudence, 150
+ Mon coeur n'a point de confidence
+ Avec mes yeux ni mes soupirs:
+ Tous mes voeux sont muets, et l'ardeur de ma flamme[674]
+ S'enferme toute entière au dedans de mon âme.
+
+ Je feins d'aimer en d'autres lieux, 155
+ Et pour en quelque sorte alléger mon supplice,
+ Je porte du moins mon service
+ A celle qu'elle aime le mieux.
+ Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine;
+ Son plus charmant appas[675], c'est d'être sa voisine. 160
+
+ Esclave d'un oeil si puissant,
+ Jusque-là seulement me laisse aller ma chaîne,
+ Trop récompensé, dans ma peine,
+ D'un de ses regards en passant.
+ Je n'en veux à Phylis que pour voir Angélique, 165
+ Et mon feu, qui vient d'elle, auprès d'elle s'explique.
+
+ Ami, mieux aimé mille fois,
+ Faut-il, pour m'accabler de douleurs infinies,
+ Que nos volontés soient unies
+ Jusqu'à faire le même choix[676]? 170
+ Viens quereller mon coeur d'avoir tant de foiblesse
+ Que de se laisser prendre au même oeil qui te blesse.
+
+ Mais plutôt vois te préférer
+ A celle que le tien préfère à tout le monde,
+ Et ton amitié sans seconde 175
+ N'aura plus de quoi murmurer.
+ Ainsi je veux punir ma flamme déloyale;
+ Ainsi....
+
+
+SCÈNE IV.
+
+ALIDOR, CLÉANDRE.
+
+ ALIDOR.
+
+ Te rencontrer dans la place Royale,
+ Solitaire, et si près de ta douce prison,
+ Montre bien que Phylis n'est pas à la maison. 180
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Mais voir de ce côté ta démarche avancée
+ Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée.
+
+ ALIDOR.
+
+ Hélas! c'est mon malheur: son objet trop charmant,
+ Quoi que je puisse faire, y règne absolument.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine? 185
+
+ ALIDOR.
+
+ Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine:
+ Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir,
+ Un moment de froideur, et je pourrois guérir;
+ Une mauvaise oeillade, un peu de jalousie,
+ Et j'en aurois soudain passé ma fantaisie; 190
+ Mais las! elle est parfaite, et sa perfection
+ N'approche point encor de son affection[677];
+ Point de refus pour moi, point d'heures inégales;
+ Accablé de faveurs à mon repos fatales[678],
+ Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs, 195
+ Je vois qu'elle devine et prévient mes desirs;
+ Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue
+ Les désespère autant que son ardeur me tue.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Vit-on jamais amant de la sorte enflammé,
+ Qui se tînt malheureux pour être trop aimé? 200
+
+ ALIDOR.
+
+ Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires?
+ Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires?
+ Les règles que je suis ont un air tout divers:
+ Je veux la liberté dans le milieu des fers[679].
+ Il ne faut point servir d'objet qui nous possède; 205
+ Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède:
+ Je le hais, s'il me force; et quand j'aime, je veux
+ Que de ma volonté dépendent tous mes voeux,
+ Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre,
+ Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre[680], 210
+ Et toujours en état de disposer de moi,
+ Donner quand il me plaît et retirer ma foi.
+ Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle:
+ Mes pensers ne sauroient m'entretenir que d'elle[681];
+ Je sens de ses regards mes plaisirs se borner; 215
+ Mes pas d'autre côté n'oseroient se tourner[682];
+ Et de tous mes soucis la liberté bannie
+ Me soumet en esclave à trop de tyrannie[683].
+ J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains,
+ Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins. 220
+ Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes[684]:
+ A tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes[685],
+ De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir,
+ Fît d'un amour par force un amour par devoir.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Crains-tu de posséder un objet qui te charme[686]? 225
+
+ ALIDOR.
+
+ Ne parle point d'un noeud dont le seul nom m'alarme.
+ J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui,
+ Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui?
+ Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire
+ Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire[687]? 230
+ Du temps, qui change tout, les révolutions
+ Ne changent-elles pas nos résolutions?
+ Est-ce[688] une humeur égale et ferme que la nôtre?
+ N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre[689]?
+ Juge alors le tourment que c'est d'être attaché, 235
+ Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.
+ Cependant Angélique, à force de me plaire,
+ Me flatte doucement de l'espoir du contraire;
+ Et si d'autre façon je ne me sais garder,
+ Je sens que ses attraits m'en vont persuader[690]. 240
+ Mais puisque son amour me donne tant de peine,
+ Je la veux offenser pour acquérir sa haine,
+ Et mériter enfin un doux commandement[691]
+ Qui prononce l'arrêt de mon bannissement.
+ Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire: 245
+ Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire[692].
+ Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès,
+ Mes desseins de guérir n'auront point de succès.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Étrange humeur d'amant!
+
+ ALIDOR.
+
+ Étrange, mais utile.
+ Je me procure un mal pour en éviter mille. 250
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Tu ne prévois donc pas ce qui t'attend de maux,
+ Quand un rival aura le fruit de tes travaux?
+ Pour se venger de toi, cette belle offensée
+ Sous les lois d'un mari sera bientôt passée[693];
+ Et lors, que de soupirs et de pleurs répandus 255
+ Ne te rendront aucun de tant de biens perdus!
+
+ ALIDOR.
+
+ Dis mieux, que pour rentrer dans mon indifférence[694],
+ Je perdrai mon amour avec mon espérance,
+ Et qu'y trouvant alors sujet d'aversion,
+ Ma liberté naîtra de ma punition. 260
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Après cette assurance, ami, je me déclare.
+ Amoureux dès longtemps d'une beauté si rare,
+ Toi seul de la servir me pouvois empêcher;
+ Et je n'aimois Phylis que pour m'en approcher.
+ Souffre donc maintenant que pour mon allégeance 265
+ Je prenne, si je puis, le temps de sa vengeance;
+ Que des ressentiments qu'elle aura contre toi
+ Je tire un avantage en lui portant ma foi,
+ Et que cette colère en son âme conçue[695]
+ Puisse de mes desirs faciliter l'issue[696]. 270
+
+ ALIDOR.
+
+ Si ce joug inhumain, ce passage trompeur,
+ Ce supplice éternel, ne te fait point de peur,
+ A moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime
+ Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même.
+ Tu portes en bon lieu tes desirs amoureux; 275
+ Mais songe que l'hymen, fait bien des malheureux.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ J'en veux bien faire essai; mais d'ailleurs, quand j'y pense[697],
+ Peut-être seulement le nom d'époux t'offense.
+ Et tu voudrois[698] qu'un autre....
+
+ ALIDOR.
+
+ Ami, que me dis-tu[699]?
+ Connois mieux Angélique et sa haute vertu; 280
+ Et sache qu'une fille a beau toucher mon âme,
+ Je ne la connois plus dès l'heure qu'elle est femme.
+ De mille qu'autrefois tu m'as vu caresser,
+ En pas une un mari pouvoit-il s'offenser?
+ J'évite l'apparence autant comme le crime; 285
+ Je fuis un compliment qui semble illégitime;
+ Et le jeu m'en déplaît, quand on fait à tous coups
+ Causer un médisant et rêver un jaloux.
+ Encor que dans mon feu mon coeur ne s'intéresse,
+ Je veux pouvoir prétendre où ma bouche l'adresse, 290
+ Et garder, si je puis, parmi ces fictions,
+ Un renom aussi pur que mes intentions.
+ Ami, soupçon à part, et sans plus de réplique[700],
+ Si tu veux en ma place être aimé d'Angélique,
+ Allons tout de ce pas ensemble imaginer 295
+ Les moyens de la perdre et de te la donner,
+ Et quelle invention sera la plus aisée.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Allons. Ce que j'ai dit n'étoit que par risée.
+
+
+
+FIN DU PREMIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [645] Dans l'édition de 1637: Les acteurs.
+
+ [646] VAR. (édit. de 1637-57): La scène est à la place Royale.
+
+ [647] _Var._ Ton frère eût-il encor cent fois plus de mérite,
+ Tu reçois aujourd'hui ma dernière visite,
+ Si tu m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.
+ PHYL. Vraiment tu me prescris une fâcheuse loi.
+ Je ne puis, sans forcer celles de la nature. (1637-57)
+
+ [648] _Var._ Tu m'aimes, il se meurt, et tu le peux guérir,
+ Et sans t'importuner je le lairrois périr!
+ Me défendras-tu point à la fin de le plaindre? (1637-57)
+
+ [649] _Var._ Le mal est bien léger d'un feu qu'on peut éteindre.
+ (1637)
+
+ [650] _Var._ Il le devroit du moins, mais avec tant d'appas.
+ (1637-57)
+
+ [651] _Var._ Aussi ne pourroit-on m'y résoudre en sa place.
+ (1637-57)
+
+ [652] _Var._ S'il vit dans une humeur tellement obstinée.
+ (1637-57)
+
+ [653] _Var._ Mais ce qui me déplaît et qui me désespère.
+ (1637-60)
+
+ [654] _Var._ Rompre notre commerce et fuir ton entretien.
+ (1637-57)
+
+ [655] _Var._ Que s'il me faut quitter cette douce pratique.
+ (1637-57)
+
+ [656] _Var._ Sûre que ses effets auront leur premier cours
+ Aussitôt que ton frère éteindra ses amours. (1637-57)
+
+ [657] _Var._ Que toi-même pourtant trouverois équitable.
+ (1637-57)
+
+ [658] _Var._ Vois-tu, j'aime Alidor, et cela c'est tout dire.
+ (1637-57)
+
+ [659] _Var._ On a peu de plaisirs quand un seul les fait naître:
+ Au lieu d'un serviteur, c'est accepter un maître.
+ Dans les soins éternels de ne plaire qu'à lui,
+ Cent plus honnêtes gens nous donnent de l'ennui. (1637)
+
+ [660] _Var._ Et de peur que le temps ne lâche ses ferveurs.
+ (1637)
+
+ [661] _Var._ Notre âme, s'il s'éloigne, est de deuil abattue.
+ (1637-57)
+
+ [662] _Var._ Mon coeur n'est à pas un en se donnant à tous;
+ Pas un d'eux ne me traite avecque tyrannie,
+ Et mon humeur égale à mon gré les manie;
+ Je ne fais à pas un tenir lieu de mignon,
+ Et c'est à qui l'aura dessus son compagnon.
+ Ainsi tous à l'envie s'efforcent de me plaire[662-a]. (1637-57)
+
+ [662-a] Les éditions de 1637-48 donnent: _à me plaire_, comme
+ l'édition de 1682.
+
+ [663] Les éditions de 1644, de 1652 et de 1657 portent, par
+ erreur sans doute, _on m'en venge_.
+
+ [664] _Var._ Et si leur choix fantasque un inconnu m'allie,
+ Ne crois pas que pourtant j'entre en mélancolie. (1637)
+
+ [665] _Var._ Et donner à ta langue une longue carrière. (1637-60)
+
+ [666] _Var._ Défais-toi, défais-toi de ces fausses maximes.
+ (1637-52 et 57)
+
+ [667] _Var._ Ou si pour leur défense, aveugle, tu t'animes.
+ (1637-57)
+
+ [668] _Var._ Trompe-le, je t'en prie, et sinon par pitié,
+ Pour le moins par vengeance ou par inimitié. (1637-57)
+
+ [669] _Var._ Je blâme, flatte, prie, et n'y perds que ma peine.
+ (1637)
+
+ [670] _Var._ Après mille mépris reçus de ta maîtresse,
+ Tu n'es que trop chargé de ta seule tristesse. (1637)
+
+ [671] _Var._ [D'employer tous tes soins à mon affection.]
+ PHYL. Non pas tous: j'en retiens pour moi quelque partie.
+ DOR. Il étoit grand besoin de cette repartie;
+ Ne ris plus, et regarde après tant de discours
+ Par où tu me pourras donner quelque secours;
+ [Dis-moi par quelle ruse il faut....] (1637)
+
+ [672] _Var._ Un de mes amants vient, qui nous pourroit distraire.
+ (1637-57)
+
+ [673] _Var._ Et l'on n'a jamais vu sous les lois d'une belle.
+ (1637-57)
+
+ [674] _Var._ Mes voeux pour sa beauté sont muets, et ma flamme,
+ Non plus que son objet, ne sort point de mon âme. (1637-57)
+
+ [675] Voyez tome I, p. 148, note 3.
+
+ [676] _Var._ Jusques à faire un même choix?
+ Viens quereller mon coeur, puisque en son peu d'espace
+ Ta maîtresse après toi peut trouver quelque place. (1637-57)
+
+ [677] _Var._ N'est pourtant rien auprès de son affection.
+ (1637-57)
+
+ [678] _Var._ Accablé de faveurs à mon aise fatales,
+ Partout où son honneur peut souffrir mes plaisirs. (1637-57)
+
+ [679] _Var._ Je veux que l'on soit libre au milieu de ses fers.
+ (1637-57)
+
+ [680] _Var._ Que je puisse à mon gré l'augmenter et l'éteindre.
+ (1637-57)
+
+ [681] _Var._ Mes pensers n'oseroient m'entretenir que d'elle.
+ (1637-57)
+
+ [682] _Var._ Mes pas d'autre côté ne s'oseroient tourner.
+ (1637-57)
+
+ [683] _Var._ Fait trop voir ma foiblesse avec sa tyrannie.
+ (1637-57)
+
+ [684] _Var._ Mais sans plus consentir à de si rudes gênes,
+ A tel prix que ce soit, je veux rompre mes chaînes. (1637-57)
+
+ [685] _Var._ A quel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes.
+ (1660)
+
+ [686] _Var._ Crains-tu de posséder ce que ton coeur adore?
+ ALID. Ah! ne me parle point d'un lien que j'abhorre.
+ Angélique me charme: elle est belle aujourd'hui. (1637-57)
+
+ [687]_Var._ Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle empire.
+ (1637-57)
+
+ [688] L'édition de 1637 porte, par erreur: _être_, pour _est-ce_.
+
+ [689] _Var._ Un âge hait-il pas souvent ce qu'aimoit l'autre?
+ (1637-57)
+
+ [690] _Var._ Ses appas sont bientôt pour me persuader. (1637-57)
+
+ [691] _Var._ Et pratiquer enfin un doux commandement. (1637)
+ _Var._ Pour en tirer par force un doux commandement. (1644-57)
+
+ [692] _Var._ Puisqu'elle me plaît trop, il me lui faut déplaire.
+ Tant que j'aurai chez elle encore quelque accès. (1637-57)
+
+ [693] _Var._ Sous le joug d'un mari sera bientôt passée;
+ Et lors, que de soupirs et de pleurs épandus. (1637-57)
+
+ [694] _Var._ Mais dis que pour rentrer dans mon indifférence.
+ (1637-57)
+
+ [695] _Var._ Et que dans la colère en son âme conçue. (1637-57)
+
+ [696] _Var._ Je puisse à mes amours faciliter l'issue. (1637)
+ _Var._ Je puisse à mon amour faciliter l'issue. (1644-57)
+
+ [697] _Var._ Poussons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1637)
+ _Var._ Faisons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1644-57)
+
+ [698] L'édition de 1682 porte: «Et tu voulois,» ce qui est
+ probablement une erreur. Toutes les autres impressions ont
+ _voudrois_.
+
+ [699] _Var._ Et tu voudrois qu'un autre eût cette qualité
+ Pour après.... ALID. Je t'entends: sois sûr de ce côté;
+ Outre que ma maîtresse, aussi chaste que belle,
+ De la vertu parfaite est l'unique modèle,
+ Et que le plus aimable et le plus effronté
+ Entreprendroit en vain sur sa pudicité,
+ Les beautés d'une fille ont beau toucher mon âme. (1637-57)
+
+ [700] _Var._ Ami, soupçon à part, avant que le jour passe,
+ D'Angélique pour toi gagnons la bonne grâce,
+ Et de ce pas allons ensemble consulter
+ Des moyens qui pourront t'y mettre et m'en ôter. (1637-57)
+
+
+
+
+ACTE II.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ANGÉLIQUE, POLYMAS.
+
+ ANGÉLIQUE, tenant une lettre ouverte[701].
+
+ De cette trahison ton maître est donc l'auteur?
+
+ POLYMAS.
+
+ Assez imprudemment il m'en fait le porteur[702]. 300
+ Comme il se rend par là digne qu'on le prévienne,
+ Je veux bien en faire une en haine de la sienne;
+ Et mon devoir, mal propre à de si lâches coups,
+ Manque aussitôt vers lui que son amour vers vous[703].
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Contre ce que je vois le mien encor s'obstine[704]. 305
+ Qu'Alidor ait écrit cette lettre à Clarine,
+ Et qu'ainsi d'Angélique il se voulût jouer!
+
+ POLYMAS.
+
+ Il n'aura pas le front de le désavouer.
+ Opposez-lui ces traits, battez-le de ses armes[705]:
+ Pour s'en pouvoir défendre il lui faudroit des charmes. 310
+ Mais surtout cachez-lui ce que je fais pour vous[706],
+ Et ne m'exposez point aux traits de son courroux;
+ Que je vous puisse encor trahir son artifice,
+ Et pour mieux vous servir, rester à son service.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Rien ne m'échappera qui te puisse toucher[707]: 315
+ Je sais ce qu'il faut dire, et ce qu'il faut cacher.
+
+ POLYMAS.
+
+ Feignez d'avoir reçu ce billet de Clarine,
+ Et que....
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine[708].
+
+ POLYMAS.
+
+ Mais....
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ne réplique plus, et va-t'en.
+
+ POLYMAS.
+
+ J'obéis.
+
+ ANGÉLIQUE, seule.
+
+ Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis? 320
+ Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte[709]
+ Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte?
+ Que la foi des amants est un gage pipeur!
+ Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur!
+ Qu'on est peu dans leur coeur pour être dans leur bouche!
+ Et que malaisément on sait ce qui les touche!
+ Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien!
+
+
+SCÈNE II.
+
+ALIDOR, ANGÉLIQUE.
+
+ ALIDOR.
+
+ Puis-je avoir un moment de ton cher entretien?
+ Mais j'appelle un moment, de même qu'une année
+ Passe entre deux amants pour moins qu'une journée. 330
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Avec de tels discours oses-tu m'aborder[710],
+ Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder?
+ As-tu cru que le ciel consentît à ma perte,
+ Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte?
+ Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur: 335
+ Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur;
+ Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine
+ N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine.
+
+ ALIDOR.
+
+ Voilà me recevoir avec des compliments[711]
+ Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants.
+ Quel en est le sujet?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Le sujet? lis, parjure;
+ Et puis accuse-moi de te faire une injure!
+
+ALIDOR lit la lettre entre les mains d'Angélique.
+
+LETTRE SUPPOSÉE D'ALIDOR A CLARINE.
+
+ _Clarine, je suis tout à vous;
+ Ma liberté vous rend les armes:
+ Angélique n'a point de charmes 345
+ Pour me défendre de vos coups;
+ Ce n'est qu'une idole mouvante;
+ Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas:
+ Alors que je l'aimai, je ne la connus pas[712];
+ Et de quelques attraits que ce monde vous vante[713], 350
+ Vous devez mes affections
+ Autant à ses défauts qu'à vos perfections._
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Eh bien! ta perfidie est-elle en évidence[714]?
+
+ ALIDOR.
+
+ Est-ce là tant de quoi?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Tant de quoi! l'impudence!
+ Après mille serments il me manque de foi, 355
+ Et me demande encor si c'est là tant de quoi!
+ Change si tu le veux: je n'y perds qu'un volage;
+ Mais en m'abandonnant laisse en paix mon visage;
+ Oublie avec ta foi ce que j'ai de défauts;
+ N'établis point tes feux sur le peu que je vaux; 360
+ Fais que, sans m'y mêler, ton compliment s'explique,
+ Et ne le grossis point du mépris d'Angélique.
+
+ ALIDOR.
+
+ Deux mots de vérité vous mettent bien aux champs!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ciel, tu ne punis point des hommes si méchants!
+ Ce traître vit encore, il me voit, il respire, 365
+ Il m'affronte, il l'avoue, il rit quand je soupire.
+
+ ALIDOR.
+
+ Vraiment le ciel a tort de ne vous pas donner
+ Lorsque vous tempêtez, sa foudre à gouverner[715];
+ Il devroit avec vous être d'intelligence.
+
+(Angélique déchire la lettre et en jette les morceaux, et Alidor
+continue[716].)
+
+ Le digne et grand objet d'une haute vengeance! 370
+ Vous traitez du papier avec trop de rigueur.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que n'en puis-je autant faire à ton perfide coeur[717]!
+
+ ALIDOR.
+
+ Qui ne vous flatte point puissamment vous irrite.
+ Pour dire franchement votre peu de mérite,
+ Commet-on des forfaits si grands et si nouveaux[718] 375
+ Qu'on doive tout à l'heure être mis en morceaux?
+ Si ce crime autrement ne sauroit se remettre,
+
+(Il lui présente aux yeux un miroir qu'elle porte à sa ceinture[719].)
+
+ Cassez: ceci vous dit encor pis que ma lettre.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ S'il me dit mes défauts autant ou plus que toi,
+ Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi: 380
+ C'est dedans son cristal que je les étudie;
+ Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie;
+ Il m'en donne un avis sans me les reprocher,
+ Et me les découvrant, il m'aide à les cacher.
+
+ ALIDOR.
+
+ Vous êtes en colère, et vous dites des pointes. 385
+ Ne présumiez-vous point que j'irois, à mains jointes,
+ Les yeux enflés de pleurs, et le coeur de soupirs,
+ Vous faire offre à genoux de mille repentirs?
+ Que vous êtes à plaindre étant si fort déçue!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Insolent! ôte-toi pour jamais de ma vue. 390
+
+ ALIDOR.
+
+ Me défendre vos yeux après mon changement,
+ Appelez-vous cela du nom de châtiment?
+ Ce n'est que me bannir du lieu de mon supplice;
+ Et ce commandement est si plein de justice,
+ Que bien que je renonce à vivre sous vos lois[720], 395
+ Je vais vous obéir pour la dernière fois.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ANGÉLIQUE.
+
+ Commandement honteux, où ton obéissance
+ N'est qu'un signe trop clair de mon peu de puissance,
+ Où ton banissement a pour toi des appas,
+ Et me devient cruel de ne te l'être pas! 400
+ A quoi se résoudra désormais ma colère,
+ Si ta punition te tient lieu de salaire?
+ Que mon pouvoir me nuit! et qu'il m'est cher vendu!
+ Voilà ce que me vaut d'avoir trop attendu[721]:
+ Je devois prévenir ton outrageux caprice; 405
+ Mon bonheur dépendoit de te faire injustice.
+ Je chasse un fugitif avec trop de raison,
+ Et lui donne les champs quand il rompt sa prison.
+ Ah! que n'ai-je eu des bras à suivre mon courage!
+ Qu'il m'eût bien autrement réparé cet outrage! 410
+ Que j'eusse retranché de ses propos railleurs!
+ Le traître n'eût jamais porté son coeur ailleurs:
+ Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie;
+ Et sans prendre conseil que de ma jalousie,
+ Puisqu'un autre portrait en efface le mien, 415
+ Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien.
+ Vains projets, vains discours, vaine et fausse allégeance!
+ Et mes bras et son coeur manquent à ma vengeance!
+ Ciel, qui m'en vois donner de si justes sujets,
+ Donne-m'en des moyens, donne-m'en des objets. 420
+ Où me dois-je adresser? Qui doit porter sa peine?
+ Qui doit à son défaut m'éprouver inhumaine?
+ De mille désespoirs mon coeur est assailli;
+ Je suis seule punie, et je n'ai point failli.
+ Mais j'ose faire au ciel une injuste querelle[722]; 425
+ Je n'ai que trop failli d'aimer un infidèle,
+ De recevoir un traître, un ingrat, sous ma loi,
+ Et trouver du mérite en qui manquoit de foi.
+ Ciel, encore une fois, écoute mon envie:
+ Ote-m'en la mémoire ou le prive de vie; 430
+ Fais que de mon esprit je puisse le bannir[723],
+ Ou ne l'avoir que mort dedans mon souvenir.
+ Que je m'anime en vain contre un objet aimable!
+ Tout criminel qu'il est, il me semble adorable;
+ Et mes souhaits, qu'étouffe un soudain repentir, 435
+ En demandant sa mort n'y sauroient consentir.
+ Restes impertinents d'une flamme insensée,
+ Ennemis de mon heur, sortez de ma pensée,
+ Ou si vous m'en peignez encore quelques traits,
+ Laissez là ses vertus, peignez-moi ses forfaits. 440
+
+
+SCÈNE IV.
+
+ANGÉLIQUE, PHYLIS.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Le croirois-tu, Phylis? Alidor m'abandonne.
+
+ PHYLIS.
+
+ Pourquoi non? je n'y vois rien du tout qui m'étonne,
+ Rien qui ne soit possible, et de plus fort commun.
+ La constance est un bien qu'on ne voit en pas un:
+ Tout change sous les cieux, mais partout bon remède[724].
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Le ciel n'en a point fait au mal qui me possède.
+
+ PHYLIS.
+
+ Choisis de mes amants, sans t'affliger si fort,
+ Et n'appréhende pas de me faire grand tort:
+ J'en pourrois, au besoin, fournir toute la ville,
+ Qu'il m'en demeureroit encor plus de deux mille[725]. 450
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Tu me ferois mourir avec de tels propos;
+ Ah! laisse-moi plutôt soupirer en repos,
+ Ma soeur.
+
+ PHYLIS.
+
+ Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître....
+
+ PHYLIS.
+
+ Que je ne saurois voir d'un visage affligé 455
+ Ta cruauté punie, et mon frère vengé.
+ Après tout, je connois quelle est ta maladie:
+ Tu vois comme Alidor est plein de perfidie;
+ Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon,
+ Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon. 460
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Après que cet ingrat me quitte pour Clarine?
+
+ PHYLIS.
+
+ De le garder longtemps elle n'a pas la mine,
+ Et j'estime si peu ces nouvelles amours,
+ Que je te plége[726] encor son retour dans deux jours;
+ Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes, 465
+ Que de tes volontés devant lui tu disposes.
+ Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur,
+ Une larme, un soupir te percera le coeur[727];
+ Et je serai ravie alors de voir vos flammes
+ Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes. 470
+ Mais j'en crains un succès à ta confusion[728]:
+ Qui change une fois change à toute occasion;
+ Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre,
+ Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre.
+ Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait, 475
+ Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Sa faute a trop d'excès pour être rémissible,
+ Ma soeur; je ne suis pas de la sorte insensible;
+ Et si je présumois que mon trop de bonté
+ Pût jamais se résoudre à cette lâcheté, 480
+ Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense,
+ J'en préviendrois le coup, m'en ôtant la puissance.
+ Adieu: dans la colère où je suis aujourd'hui,
+ J'accepterois plutôt un barbare que lui.
+
+
+SCÈNE V.
+
+PHYLIS, DORASTE.
+
+ PHYLIS[729].
+
+ Il faut donc se hâter qu'elle ne refroidisse. 485
+
+(Elle frappe du pied à la porte de son logis, et fait sortir son
+frère.)
+
+ Frère, quelque inconnu t'a fait un bon office[730]:
+ Il ne tiendra qu'à toi d'être un second Médor[731];
+ On a fait qu'Angélique....
+
+ DORASTE.
+
+ Eh bien?
+
+ PHYLIS.
+
+ Hait Alidor.
+
+ DORASTE.
+
+ Elle hait Alidor! Angélique!
+
+ PHYLIS.
+
+ Angélique.
+
+ DORASTE.
+
+ D'où lui vient cette humeur? qui les a mis en pique? 490
+
+ PHYLIS.
+
+ Si tu prends bien ton temps, il y fait bon pour toi.
+ Va, ne t'amuse point à savoir le pourquoi;
+ Parle au père d'abord: tu sais qu'il te souhaite;
+ Et s'il ne s'en dédit, tiens l'affaire pour faite.
+
+ DORASTE.
+
+ Bien qu'un si bon avis ne soit à mépriser, 495
+ Je crains....
+
+ PHYLIS.
+
+ Lysis m'aborde, et tu me veux causer!
+ Entre chez Angélique, et pousse ta fortune:
+ Quand je vois un amant, un frère m'importune.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+LYSIS, PHYLIS.
+
+ LYSIS.
+
+ Comme vous le chassez!
+
+ PHYLIS.
+
+ Qu'eût-il fait avec nous?
+ Mon entretien sans lui te semblera plus doux: 500
+ Tu pourras t'expliquer avec moins de contrainte,
+ Me conter de quels feux tu te sens l'âme atteinte,
+ Et ce que tu croiras propre à te soulager.
+ Regarde maintenant si je sais t'obliger.
+
+ LYSIS.
+
+ Cette obligation seroit bien plus extrême, 505
+ Si vous vouliez traiter tous mes rivaux de même;
+ Et vous feriez bien plus pour mon contentement,
+ De souffrir avec vous vingt frères qu'un amant.
+
+ PHYLIS.
+
+ Nous sommes donc, Lysis, d'une humeur bien contraire:
+ J'y souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère[732]; 510
+ Et puisque nos esprits ont si peu de rapport,
+ Je m'étonne comment nous nous aimons si fort.
+
+ LYSIS.
+
+ Vous êtes ma maîtresse, et mes flammes discrètes[733]
+ Doivent un tel respect aux lois que vous me faites,
+ Que pour leur obéir mes sentiments domptés 515
+ N'osent plus se régler que sur vos volontés.
+
+ PHYLIS.
+
+ J'aime des serviteurs qui pour une maîtresse
+ Souffrent ce qui leur nuit, aiment ce qui les blesse.
+ Si tu vois quelque jour tes feux récompensés,
+ Souviens-toi.... Qu'est-ce-ci? Cléandre, vous passez? 520
+
+(Cléandre va pour entrer chez Angélique, et Phylis l'arrête[734].)
+
+
+SCÈNE VII
+
+CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Il me faut bien passer, puisque la place est prise.
+
+ PHYLIS.
+
+ Venez: cette raison est de mauvaise mise.
+ D'un million d'amants je puis flatter les voeux[735],
+ Et n'aurois pas l'esprit d'en entretenir deux?
+ Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage, 525
+ Ne faites pas ici l'entendu davantage.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Le moyen que je sois insensible à ce point?
+
+ PHYLIS.
+
+ Quoi! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Encor que votre ardeur à la mienne réponde,
+ Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde. 530
+
+ PHYLIS.
+
+ Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous,
+ Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous:
+ Cela vous doit suffire.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Oui bien, à des volages
+ Qui peuvent en un jour adorer cent visages;
+ Mais ceux dont un objet possède tous les soins, 535
+ Se donnant tous entiers, n'en méritent pas moins.
+
+ PHYLIS.
+
+ De vrai, si vous valiez beaucoup plus que les autres,
+ Je devrois dédaigner leurs voeux auprès des vôtres[736];
+ Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités,
+ Et ne murmurent point contre mes volontés. 540
+ Est-ce à moi, s'il vous plaît, de vivre à votre mode?
+ Votre amour, en ce cas, seroit fort incommode;
+ Loin de la recevoir, vous me feriez la loi:
+ Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi.
+
+ LYSIS, à Cléandre.
+
+ Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille 545
+ A tous nos concurrents d'en prendre une pareille.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Tu seras bientôt seul, s'ils veulent m'imiter.
+
+ PHYLIS.
+
+ Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter?
+ Tu ne dis mot, rêveur, et pour toute réplique
+ Tu tournes tes regards du côté d'Angélique: 550
+ Est-elle donc l'objet de tes légèretés[737]?
+ Veux-tu faire d'un coup deux infidélités,
+ Et que dans mon offense Alidor s'intéresse?
+ Cléandre, c'est assez de trahir ta maîtresse;
+ Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis, 555
+ Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ De la part d'Alidor je vais voir cette belle:
+ Laisse-m'en avec lui démêler la querelle,
+ Et ne t'informe point de mes intentions.
+
+ PHYLIS.
+
+ Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions, 560
+ Et que pour te garder j'ai trop peu de mérite,
+ Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte;
+ Que ce que j'ai du tien je te le rende ici:
+ Tu m'as offert des voeux, que je t'en offre aussi[738];
+ Et faisons entre nous toutes choses égales. 565
+
+ LYSIS.
+
+ Et moi, durant, ce temps, je garderai les balles[739]?
+
+ PHYLIS.
+
+ Je te donne congé d'une heure, si tu veux.
+
+ LYSIS.
+
+ Je l'accepte, au hasard de le prendre pour deux.
+
+ PHYLIS.
+
+ Pour deux, pour quatre, soit: ne crains pas qu'il m'ennuie.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+CLÉANDRE, PHYLIS.
+
+ PHYLIS arrête Cléandre qui tâche de s'échapper pour entrer
+ chez Angélique[740].
+
+ Mais je ne consens pas cependant qu'on me fuie; 570
+ Tu perds temps d'y tâcher, si tu n'as mon congé[741].
+ Inhumain! est-ce ainsi que je t'ai négligé?
+ Quand tu m'offrois des voeux prenois-je ainsi la fuite,
+ Et rends-tu la pareille à ma juste poursuite?
+ Avec tant de douceur tu te vis écouter, 575
+ Et tu tournes le dos quand je t'en veux conter!
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Va te jouer d'un autre avec tes railleries;
+ J'ai l'oreille mal faite à ces galanteries[742]:
+ Ou cesse de m'aimer, ou n'aime plus que moi.
+
+ PHYLIS.
+
+ Je ne t'impose pas une si dure loi: 580
+ Avec moi, si tu veux, aime toute la terre,
+ Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre.
+ Je reconnois assez mes imperfections;
+ Et quelque part que j'aye en tes affections,
+ C'est encor trop pour moi; seulement ne rejette 585
+ La parfaite amitié d'une fille imparfaite.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Qui te rend obstinée à me persécuter?
+
+ PHYLIS.
+
+ Qui te rend si cruel que de me rebuter[743]?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Il faut que de tes mains un adieu me délivre.
+
+ PHYLIS.
+
+ Si tu sais t'en aller, je saurai bien te suivre; 590
+ Et quelque occasion qui t'amène en ces lieux,
+ Tu ne lui diras pas grand secret à mes yeux.
+ Je suis plus incommode encor qu'il ne te semble.
+ Parlons plutôt d'accord, et composons ensemble.
+ Hier un peintre excellent m'apporta mon portrait: 595
+ Tandis qu'il t'en demeure encore quelque trait,
+ Qu'encor tu me connois, et que de ta pensée
+ Mon image n'est pas tout à fait effacée,
+ Ne m'en refuse point ton petit jugement.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Je le tiens pour bien fait.
+
+ PHYLIS.
+
+ Plains-tu tant un moment?
+ Et m'attachant à toi, si je te désespère,
+ A ce prix trouves-tu ta liberté trop chère?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Allons, puisque autrement je ne te puis quitter,
+ A tel prix que ce soit il me faut racheter[744].
+
+FIN DU SECOND ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [701] _Var. Tenant une lettre déployée._ (1637-60)]
+
+ [702] _Var._ Son choix mal à propos m'en a fait le porteur.
+ Mon humeur y répugne, et quoi qu'il en advienne[702-a],
+ J'en fais une, de peur de servir à la sienne. (1637-57)
+
+ [702-a] L'édition de 1637 donne _avienne_.
+
+ [703] _Var._ Manque aussitôt vers lui comme le sien vers vous.
+ (1637-57)
+
+ [701] _Var._ Contre ce que je vois mon fol amour s'obstine.
+ (1637-60)
+
+ [702] _Var._ Opposez-lui ses traits, battez-le de ses armes.
+ (1637-63)
+
+ [703] _Var._ Surtout cachez mon nom, et ne m'exposez pas
+ Aux infaillibles coups d'un violent trépas. (1637-57)
+
+ [704] _Var._ Ne crains rien de ma part: je sais l'invention
+ De répondre aisément à ton intention. (1637-57)
+
+ [705] _Var._ [Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine:]
+ S'il t'avoit ici vu, toute la vérité
+ Paroîtroit, en dépit de ma dextérité.
+ POL. C'est d'elle désormais que je tiendrai la vie.
+ ANG. As-tu de la garder encore quelque envie?
+ Ne me réplique plus, et va-t'en. (1637)
+
+ [709] _Var._ Et ceux dont Alidor paroissoit l'âme atteinte.
+ (1637-57)
+
+ [710] _Var._ Traître, ingrat, est-ce à toi de m'aborder ainsi,
+ Et peux-tu bien me voir sans me crier merci? (1637)
+
+ [711] _Var._ [Voilà me recevoir avec des compliments....]
+ ANG. Bien au-dessous encor de mes ressentiments.
+ ALID. La cause? ANG. En demander la cause! lis, parjure. (1637-57)
+
+ [712] _Var._ _Quand je la crus d'esprit, je ne la connus pas._
+ (1637-57)
+
+ [713] _Var._ _Et de quelques attraits que le monde vous vante._
+ (1637-68)
+
+ [714] _Var._ Eh bien! ta trahison est-elle en évidence? (1637-57)
+
+ [715] _Var._ Lorsque vous tempêtez, son foudre à gouverner.
+ (1637-68)
+
+ [716] Les mots: _et Alidor continue_, manquent dans les éditions
+ de 1637-60.
+
+ [717] _Var._ Je voudrois en pouvoir faire autant de ton coeur.
+ (1637-57)
+
+ [718] _Var._ Commet-on envers vous des forfaits si nouveaux
+ Qu'incontinent on doive être mis en morceaux? (1637-57)
+
+ [719] _Var._ _Qu'elle porte pendu à sa ceinture._ (1637-57)--Ces
+ miroirs à la ceinture étaient au dix-septième siècle d'un usage
+ général. Dans la fable de la Fontaine intitulée _l'Homme et son
+ image_ (livre I, fable XI), on trouve à ce sujet une curieuse
+ énumération:
+
+ Afin de le guérir, le sort officieux
+ Présentoit partout à ses yeux
+ Les conseillers muets dont se servent nos dames
+ Miroirs aux poches des galants,
+ Miroirs aux ceintures des femmes.
+
+ [720] _Var._ Qu'encore qu'Alidor ne soit plus sous vos lois,
+ Il va vous obéir pour la dernière fois. (1637-57)
+
+ [721] _Var._ Voilà, voilà que c'est d'avoir trop attendu:
+ Je devois dès longtemps te bannir par caprice;
+ Mon bonheur dépendoit d'une telle injustice. (1637-57)
+
+ [722] _Var._ Mais, aveugle, je prends une injuste querelle.
+ (1637-57)
+
+ [723] _Var._ Fais que de mon esprit je le puisse bannir.
+ (1637-57)
+
+ [724] _Var._ Tout se change ici-bas, mais partout bon remède.
+ (1637-57)
+
+ [725] _Var._ Qu'il m'en demeureroit encore plus de mille.
+ (1637-1657)
+
+ [726] _Pléger_, garantir. Voyez tome I, p. 176, note 3.
+
+ [727] _Var._ Une larme, un soupir te perceront le coeur.
+ (1637-57)
+
+ [728] _Var._ Mais j'en crains un progrès à ta confusion.
+ (1637-57)
+
+ [729] _Var._ PHYLIS, _frappant du pied à la porte de son logis,
+ et faisant sortir Doraste_. (1644-60)--Dans l'édition de 1637, on
+ lit en marge: _Elle frappe à sa porte, et Doraste sort._--Ce jeu
+ de scène remplace, dans les éditions indiquées, celui qui, dans
+ notre texte, suit le vers 485.
+
+ [730] _Var._ Frère, quelque inconnu t'a fait un bon service.
+ (1637)
+
+ [731] Amant préféré d'Angélique, dans le _Roland furieux_ de
+ l'Arioste.
+
+ [732] _Var._ Je souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère.
+ (1637)
+
+ [733] _Var._ Vous êtes ma maîtresse, et moi, sous votre empire,
+ Je dois suivre vos lois, et non y contredire[733-a],
+ Et pour vous obéir mes sentiments domptés
+ Se règlent seulement dessus vos volontés.
+ PHYL. J'aime des serviteurs avec cette souplesse,
+ Et qui peuvent aimer en moi ce qui les blesse. (1637-57)
+
+ [733-a] Je dois suivre vos lois, encor que j'en soupire.
+ (1644-57)
+
+ [734] Les mots: _et Phylis l'arrête_, manquent dans l'édition de
+ 1637.
+
+ [735] _Var._ D'un million d'amants je puis nourrir les feux.
+ (1637-57)
+
+ [736] _Var._ Je devrois rejeter leurs voeux auprès des vôtres.
+ (1637-57)
+
+ [737] _Var._ Est-ce là donc l'objet de tes légèretés? (1637-57)
+
+ [738] _Var._ Tu m'as offert des voeux, que je t'en rende aussi.
+ (1637)
+
+ [739] Locution proverbiale tirée du jeu de paume.
+
+ [740] _Var._ PHYLIS, _arrêtant Cléandre_, etc. (1644-60)--On lit
+ en marge, dans l'édition de 1637, où il n'y a point ici de
+ distinction de scène: _Lysis rentre et Cléandre tâche de
+ s'échapper et d'entrer chez Angélique._
+
+ [741] _Var._ On ne sort d'avec moi qu'avecque mon congé.
+ (1637-57)
+
+ [742] _Var._ Je ne puis plus souffrir de ces badineries:
+ Ne m'aime point du tout, ou n'aime rien que moi. (1637-57)
+
+ [743] _Var._ Qui te rend si cruel que de me rejeter? (1637-57)
+
+ [744] _Var._ A quel prix que ce soit il me faut racheter. (1660)
+
+
+
+
+ACTE III.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+PHYLIS, CLÉANDRE.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ En ce point il ressemble à ton humeur volage, 605
+ Qu'il reçoit tout le monde avec même visage[745];
+ Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas,
+ En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas[746].
+
+ PHYLIS.
+
+ En quoi que désormais ma présence te nuise,
+ La civilité veut que je te reconduise. 610
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Mets enfin quelque borne à ta civilité[747],
+ Et suivant notre accord me laisse en liberté.
+
+
+SCÈNE II.
+
+DORASTE, PHYLIS, CLÉANDRE.
+
+ DORASTE sort de chez Angélique[748].
+
+ Tout est gagné, ma soeur: la belle m'est acquise;
+*/
+ Jamais occasion ne se trouva mieux prise;
+ Je possède Angélique.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Angélique?
+
+ DORASTE.
+
+ Oui, tu peux 615
+ Avertir Alidor du succès de mes voeux,
+ Et qu'au sortir du bal, que je donne chez elle,
+ Demain un sacré noeud m'unit à cette belle[749];
+ Dis-lui qu'il s'en console. Adieu: je vais pourvoir
+ A tout ce qu'il me faut préparer pour ce soir. 620
+
+ PHYLIS[750].
+
+ Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace,
+ D'en trouver là cinquante à qui donner ta place[751].
+ Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux:
+ Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux;
+ Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire, 625
+ De peur que ton abord interrompît mon frère.
+ Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné[752].
+
+
+SCÈNE III.
+
+CLÉANDRE.
+
+ Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné?
+ Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre
+ La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre, 630
+ Et que notre artifice ait si mal succédé,
+ Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé?
+ Officieux ami d'un amant déplorable,
+ Que tu m'offres en vain cet objet adorable!
+ Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend! 635
+ Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend.
+ Tandis qu'il me supplante, une soeur me cajole;
+ Elle me tient les mains cependant qu'il me vole.
+ On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit:
+ L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit; 640
+ L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère,
+ Et je puis épargner ou la soeur ou le frère!
+ Être sans Angélique, et sans ressentiment!
+ Avec si peu de coeur aimer si puissamment[753]!
+ Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?
+ Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse?
+ Et cachois-tu l'excès de ton affection
+ Par honte, par dépit, ou par discrétion[754]?
+ Pouvois-tu desirer occasion plus belle[755]
+ Que le nom d'Alidor à venger ta querelle? 650
+ Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir,
+ Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir.
+ On supplante Alidor, du moins en apparence,
+ Et sans ressentiment tu souffres cette offense!
+ Ton courage est muet, et ton bras endormi! 655
+ Pour être amant discret, tu parois lâche ami!
+ C'est trop abandonner ta renommée au blâme:
+ Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme,
+ Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal;
+ Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival. 660
+ Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande[756],
+ Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende[757].
+ Il faut....
+
+
+SCÈNE IV.
+
+ALIDOR, CLÉANDRE.
+
+ ALIDOR.
+
+ Eh bien! Cléandre, ai-je su t'obliger?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Pour m'avoir obligé, que je vais t'affliger!
+ Doraste a pris le temps des dépits d'Angélique. 665
+
+ ALIDOR.
+
+ Après?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Après cela tu veux que je m'explique[758]?
+
+ ALIDOR.
+
+ Qu'en a-t-il obtenu?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Par delà son espoir:
+ Il l'épouse demain, lui donne bal ce soir[759];
+ Juge, juge par là si mon mal est extrême.
+
+ ALIDOR.
+
+ En es-tu bien certain?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ J'ai tout su de lui-même. 670
+
+ ALIDOR.
+
+ Que je serois heureux si je ne t'aimois point!
+ Ton malheur auroit mis mon bonheur à son point[760];
+ La prison d'Angélique auroit rompu la mienne.
+ Quelque empire sur moi que son visage obtienne,
+ Ma passion fût morte avec sa liberté; 675
+ Et trop vain pour souffrir qu'en sa captivité
+ Les restes d'un rival m'eussent enchaîné l'âme[761],
+ Les feux de son hymen auroient éteint ma flamme.
+ Pour forcer sa colère à de si doux effets,
+ Quels efforts, cher ami, ne me suis-je point faits! 680
+ Malgré tout mon amour, prendre un orgueil farouche[762],
+ L'adorer dans le coeur, et l'outrager de bouche;
+ J'ai souffert ce supplice, et me suis feint léger,
+ De honte et de dépit de ne pouvoir changer.
+ Et je vois, près du but où je voulois prétendre, 685
+ Les fruits de mon travail n'être pas pour Cléandre!
+ A ces conditions mon bonheur me déplaît:
+ Je ne puis être heureux, si Cléandre ne l'est.
+ Ce que je t'ai promis ne peut être à personne:
+ Il faut que je périsse ou que je te le donne. 690
+ J'aurai trop de moyens de te garder ma foi[763];
+ Et malgré les destins Angélique est à toi.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Ne trouble point pour moi le repos de ton âme[764]:
+ Il t'en coûteroit trop pour avancer ma flamme.
+ Sans que ton amitié fasse un second effort, 695
+ Voici de qui j'aurai ma maîtresse ou la mort:
+ Si Doraste a du coeur, il faut qu'il la défende,
+ Et que l'épée au poing il la gagne ou la rende.
+
+ ALIDOR.
+
+ Simple, par le chemin que tu penses tenir,
+ Tu la lui peux ôter, mais non pas l'obtenir. 700
+ La suite des duels ne fut jamais plaisante:
+ C'étoit ces jours passés ce que disoit Théante[765].
+ Je veux prendre un moyen et plus court et plus seur[766],
+ Et sans aucun péril t'en rendre possesseur.
+ Va-t'en donc, et me laisse auprès de ta maîtresse[767] 705
+ De mon reste d'amour faire jouer l'adresse.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Cher ami....
+
+ ALIDOR.
+
+ Va-t'en, dis-je, et par tes compliments
+ Cesse de t'opposer à tes contentements:
+ Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Je vais donc te laisser ma fortune à conduire[768]. 710
+ Adieu: puissé-je avoir les moyens à mon tour
+ De faire autant pour toi que toi pour mon amour!
+
+ ALIDOR, seul.
+
+ Que pour ton amitié je vais souffrir de peine!
+ Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne.
+ Il faut encore un coup, m'exposant à ses yeux, 715
+ Reprendre de l'amour, afin d'en donner mieux.
+ Mais reprendre un amour dont je veux me défaire[769],
+ Qu'est-ce qu'à mes desseins un chemin tout contraire?
+ Allons-y toutefois, puisque je l'ai promis,
+ Et que la peine est douce à qui sert ses amis[770]. 720
+
+
+SCÈNE V.
+
+ANGÉLIQUE, dans son cabinet.
+
+ Quel malheur partout m'accompagne!
+ Qu'un indiscret hymen me venge à mes dépens!
+ Que de pleurs en vain je répands,
+ Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne!
+ L'un m'est plus doux que l'autre, et j'ai moins de tourment
+ Du crime d'Alidor que de son châtiment[771].
+
+ Ce traître alluma donc ma flamme!
+ Je puis donc consentir à ces tristes accords!
+ Hélas! par quelques vains efforts[772]
+ Que je me fasse jour jusqu'au fond de mon âme, 730
+ J'y trouve seulement, afin de me punir,
+ Le dépit du passé, l'horreur de l'avenir.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+ANGÉLIQUE, ALIDOR.
+
+ ANGÉLIQUE[773].
+
+ Où viens-tu, déloyal? avec quelle impudence
+ Oses-tu redoubler mes maux par ta présence!
+ Qui te donne le front de surprendre mes pleurs[774]? 735
+ Cherches-tu de la joie à même mes douleurs?
+ Et peux-tu conserver une âme assez hardie
+ Pour voir ce qu'à mon coeur coûte ta perfidie?
+ Après que tu m'as fait un insolent aveu
+ De n'avoir plus pour moi ni de foi ni de feu, 740
+ Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable,
+ Que ton feint repentir m'en donne un véritable?
+ Va, va, n'espère rien de tes submissions[775];
+ Porte-les à l'objet de tes affections;
+ Ne me présente plus les traits qui m'ont déçue; 745
+ N'attaque point mon coeur en me blessant la vue.
+ Penses-tu que je sois, après ton changement,
+ Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?
+ S'il te souvient encor de ton brutal caprice,
+ Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice? 750
+ Garde un exil si cher à tes légèretés:
+ Je ne veux plus savoir de toi mes vérités.
+ Quoi? tu ne me dis mot! Crois-tu que ton silence
+ Puisse de tes discours réparer l'insolence?
+ Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant? 755
+ Et ne t'en dédis-tu, traître, qu'en te taisant?
+ Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes,
+ Employer des soupirs et de muettes larmes?
+ Sur notre amour passé c'est trop te confier[776];
+ Du moins dis quelque chose à te justifier; 760
+ Demande le pardon que tes regards m'arrachent;
+ Explique leurs discours, dis-moi ce qu'ils me cachent.
+ Que mon courroux est foible! et que leurs traits puissants
+ Rendent des criminels aisément innocents!
+ Je n'y puis résister, quelque effort que je fasse; 765
+ Et de peur de me rendre, il faut quitter la place[777].
+
+ ALIDOR la retient comme elle veut s'en aller[778].
+
+ Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez[779]!
+ C'est bien là me punir quand vous me pardonnez.
+ Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace
+ Je ne mérite pas de jouir de ma grâce; 770
+ Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su
+ Que par un feint mépris votre amour fut déçu,
+ Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre;
+ Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre;
+ Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements, 775
+ Et juger de vos feux par vos ressentiments.
+ Dites, quand je la vis entre vos mains remise,
+ Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise?
+ Ma parole plus ferme et mon port assuré
+ Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé[780]? 780
+ Que Clarine vous die, à la première vue,
+ Si jamais de mon change elle s'est aperçue.
+ Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas[781]:
+ Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas;
+ Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire, 785
+ Au lieu de son amour, cherchoient votre colère.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret[782];
+ En te montrant fidèle, il accroît mon regret:
+ Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage,
+ Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage. 790
+ Que me sert de savoir que tes voeux sont constants[783]?
+ Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps?
+
+ ALIDOR.
+
+ Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme[784]:
+ Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme.
+ Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir: 795
+ Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir;
+ Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die,
+ Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie.
+ Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois[785].
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ah! ce cruel discours me réduit aux abois. 800
+ Ma colère a rendu ma perte inévitable[786],
+ Et je déteste en vain ma faute irréparable.
+
+ ALIDOR.
+
+ Si vous avez du coeur, on la peut réparer.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ On nous doit dès demain pour jamais séparer[787]:
+ Que puis-je à de tels maux appliquer pour remède? 805
+
+ ALIDOR.
+
+ Ce qu'ordonne l'amour aux âmes qu'il possède.
+ Si vous m'aimez encor, vous saurez dès ce soir
+ Rompre les noirs effets d'un juste désespoir.
+ Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre,
+ Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre. 810
+ Mettrez-vous en ma mort votre contentement?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Non, mais que dira-t-on d'un tel emportement[788]?
+
+ ALIDOR.
+
+ Est-ce là donc le prix de vous avoir servie?
+ Il y va de votre heur, il y va de ma vie,
+ Et vous vous arrêtez à ce qu'on en dira! 815
+ Mais faites désormais tout ce qu'il vous plaira:
+ Puisque vous consentez plutôt à vos supplices
+ Qu'à l'unique moyen de payer mes services,
+ Ma mort va me venger de votre peu d'amour;
+ Si vous n'êtes à moi, je ne veux plus du jour. 820
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Retiens ce coup fatal; me voilà résolue:
+ Use sur tout mon coeur de puissance absolue[789]:
+ Puisqu'il est tout à toi, tu peux tout commander;
+ Et contre nos malheurs j'ose tout hasarder[790].
+ Cet éclat du dehors n'a rien qui m'embarrasse; 825
+ Mon honneur seulement te demande une grâce:
+ Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main
+ Puissent justifier ma fuite et ton dessein;
+ Que mes parents surpris trouvent ici ce gage,
+ Qui les rende assurés d'un heureux mariage, 830
+ Et que je sauve ainsi ma réputation
+ Par la sincérité de ton intention.
+ Ma faute en sera moindre, et mon trop de constance[791]
+ Paroîtra seulement fuir une violence.
+
+ ALIDOR.
+
+ Enfin par ce dessein vous me ressuscitez[792]: 835
+ Agissez pleinement dessus mes volontés.
+ J'avois pour votre honneur la même inquiétude,
+ Et ne pourrois d'ailleurs qu'avec ingratitude,
+ Voyant ce que pour moi votre flamme résout,
+ Dénier quelque chose à qui m'accorde tout. 840
+ Donnez-moi: sur-le-champ je vous veux satisfaire.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Il vaut mieux que l'effet à tantôt se diffère.
+ Je manque ici de tout, et j'ai le coeur transi[793]
+ De crainte que quelqu'un ne te découvre ici.
+ Mon dessein généreux fait naître cette crainte; 845
+ Depuis qu'il est formé, j'en ai senti l'atteinte.
+ Quitte-moi, je te prie, et coule-toi sans bruit[794].
+
+ ALIDOR.
+
+ Puisque vous le voulez, adieu, jusqu'à minuit.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+(Alidor s'en va et Angélique continue[795].)
+
+ Que promets-tu, pauvre aveuglée?
+ A quoi t'engage ici ta folle passion? 850
+ Et de quelle indiscrétion
+ Ne s'accompagne point ton ardeur déréglée?
+ Tu cours à ta ruine, et vas tout hasarder
+ Sur la foi d'un amant qui n'en sauroit garder[796].
+
+ Je me trompe, il n'est point volage; 855
+ J'ai vu sa fermeté, j'en ai cru ses soupirs;
+ Et si je flatte mes desirs,
+ Une si douce erreur n'est qu'à mon avantage.
+ Me manquât-il de foi, je la lui dois garder,
+ Et pour perdre Doraste il faut tout hasarder. 860
+
+ ALIDOR, sortant de la porte d'Angélique, et repassant
+ sur le théâtre.
+
+ Cléandre, elle est à toi; j'ai fléchi son courage.
+ Que ne peut l'artifice, et le fard du langage?
+ Et si pour un ami ces effets je produis,
+ Lorsque j'agis pour moi, qu'est-ce que je ne puis?
+
+
+SCÈNE VII.
+
+PHYLIS.
+
+ Alidor à mes yeux sort de chez Angélique[797], 865
+ Comme s'il y gardoit encor quelque pratique;
+ Et même, à son visage, il semble assez content.
+ Auroit-il regagné cet esprit inconstant?
+ Oh! qu'il feroit bon voir que cette humeur volage
+ Deux fois en moins d'une heure eût changé de courage!
+ Que mon frère en tiendroit, s'ils s'étoient mis d'accord[798]!
+ Il faut qu'à le savoir je fasse mon effort.
+ Ce soir, je sonderai les secrets de son âme;
+ Et si son entretien ne me trahit sa flamme,
+ J'aurai l'oeil de si près dessus ses actions, 875
+ Que je m'éclaircirai de ses intentions.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+PHYLIS, LYSIS.
+
+ PHYLIS.
+
+ Quoi? Lysis, ta retraite est de peu de durée!
+
+ LYSIS.
+
+ L'heure de mon congé n'est qu'à peine expirée;
+ Mais vous voyant ici sans frère et sans amant....
+
+ PHYLIS.
+
+ N'en présume pas mieux pour ton contentement. 880
+
+ LYSIS.
+
+ Et d'où vient à Phylis une humeur si nouvelle?
+
+ PHYLIS.
+
+ Vois-tu, je ne sais quoi me brouille la cervelle.
+ Va, ne me conte rien de ton affection:
+ Elle en auroit fort peu de satisfaction.
+
+ LYSIS.
+
+ Cependant sans parler il faut que je soupire[799]? 885
+
+ PHYLIS.
+
+ Réserve pour le bal ce que tu me veux dire.
+
+ LYSIS.
+
+ Le bal, où le tient-on?
+
+ PHYLIS.
+
+ Là dedans.
+
+ LYSIS.
+
+ Il suffit;
+ De votre bon avis je ferai mon profit.
+
+
+FIN DU TROISIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [745] _Var._ Qui reçoit tout le monde avec même visage. (1648)
+
+ [746] _Var._ Vu qu'il ne me dit mot et ne suit point mes pas.
+ (1637-57)
+
+ [747] L'édition de 1682 donne seule _fidélité_, pour _civilité_:
+ c'est une faute évidente, que Thomas Corneille s'est gardé de
+ reproduire en 1692.
+
+ [748] _Var._ DORASTE, _sortant de chez Angélique_. (1637-60)
+
+ [749] _Var._ Demain un sacré noeud me joint à cette belle;
+ Dis-lui qu'il se console. Adieu: je vais pourvoir
+ A tout ce qu'il faudra préparer pour ce soir.
+ PHYL. Nous voilà donc de bal! Dieu nous fera la grâce.
+ (1637-57)
+
+ [750] On lit ici dans l'édition de 1692: PHYLIS, _à Cléandre_,
+ indication qui n'est point inutile.
+
+ [751] _Var._ D'en trouver là cinquante à qui donner la place.
+ (1637)
+
+ [752] _Affiné_, trompé, dupé. Voyez tome I, p. 190, note 3.
+
+ [753] _Var._ [Avec si peu de coeur aimer si puissamment!]
+ Que faisiez-vous, mes bras? que faisiez-vous, ma lame?
+ N'osiez-vous mettre au jour les secrets de mon âme?
+ N'osiez-vous leur montrer ce qu'ils m'ont fait de mal?
+ N'osiez-vous découvrir à Doraste un rival?
+ [Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?]
+ Craignois-tu de rougir d'une telle maîtresse? (1637-57)
+
+ [754] _Var._ Par honte, par respect, ou par discrétion? (1637)
+
+ [755] _Var._ Avec quelque raison ou quelque violence,
+ Que l'un de ces motifs t'obligeât au silence,
+ Pour faire à ce rival sentir quel est ton bras,
+ L'intérêt d'un ami ne suffisoit-il pas?
+ Pouvois-tu desirer d'occasion plus belle. (1637-57)
+
+ [756] Ce vers se retrouve, à un mot près, dans _le Cid_, acte
+ III, scène III:
+
+ Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne.
+
+ [757] _Var._ [Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende.]
+ Veux-tu pour le défendre une plus douce loi?
+ Si tu combats pour lui, les fruits en sont pour toi.
+ J'y suis tout résolu, Doraste, il la faut rendre;
+ Tu sauras ce que c'est de supplanter Cléandre:
+ Tout l'univers armé pour te la conserver
+ De mes jaloux efforts ne te pourroit sauver.
+ Qu'est-ce-ci, ma fureur? est-il temps de paroître?
+ Quand tu manques d'objets, tu commences à naître:
+ C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit t'exciter,
+ C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit m'emporter.
+ Puisque, un rival présent, trop foible, tu recules,
+ Tes mouvements tardifs deviennent ridicules,
+ Et quoi qu'à ces transports promette ma valeur,
+ A peine les effets préviendront mon malheur.
+ Pour rompre en honnête homme un hymen si funeste,
+ Je n'ai plus désormais qu'un peu de jour qui reste;
+ Autrement il me faut affronter ce rival,
+ Au péril de cent morts, au milieu de son bal:
+ Aucune occasion ailleurs ne m'est offerte;
+ Il lui faut tout quitter, ou me perdre en sa perte.
+ [Il faut....] (1637-57)
+
+ [758] _Var._ Après cela veux-tu que je m'explique? (1637-57)
+
+ [759] _Var._ Si bien qu'après le bal qu'il lui donne ce soir,
+ Leur hymen accompli rend mon malheur extrême. (1637-57)
+
+ [760] _Var._ Cet hymen auroit mis mon bonheur à son point[760-a].
+ (1637-57)
+
+ [760-a] L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «à ce
+ point.»
+
+ [761] _Var._ Les restes d'un rival eussent fait mon servage,
+ Elle eût perdu mon coeur avec son pucelage. (1637 et 44)
+ _Var._ Les restes d'un rival captivassent mon âme,
+ Elle eût perdu mon coeur en devenant sa femme. (1648)
+
+ [762] _Var._ Me feindre tout de glace, et n'être que de flamme,
+ La mépriser de bouche et l'adorer dans l'âme. (1637-57)
+
+ [763] _Var._ J'aurai trop de moyens à te garder ma foi. (1637, 44
+ et 52-57)
+
+ [764] _Var._ Ne trouble point, ami, ton repos pour mon aise:
+ Crois-tu qu'à tes dépens aucun bonheur me plaise? (1637-57)
+
+ [765] Allusion à ces vers de _la Suivante_ (649-652, p. 160):
+
+ Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,
+ De sa possession l'un et l'autre il nous prive,
+ Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,
+ Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.
+
+ --Voyez pour d'autres rapprochements du même genre, tome I, p.
+ 446, note 2.
+
+ [766] _Var._ Il faut prendre un chemin et plus court et plus seur[766-a]:
+ Je veux sans coup férir t'en rendre possesseur. (1637)
+ _Var._ Je veux prendre un chemin et plus court et plus seur. (1644-60)
+
+ [766-a] Voyez tome I, p. 190, note 5.
+
+ [767] _Var._ Va-t'en donc, et me laisse auprès de cette belle
+ Employer le pouvoir qui me reste sur elle. (1637-57)
+
+ [768] _Var._ Je te vais donc laisser ma fortune à conduire.
+ (1637-57)
+
+ [769] _Var._ Mais reprendre un amour dont je me veux défaire.
+ (1637-57)
+
+ [770] _Var._ Toute peine est fort douce à qui sert ses
+ amis[770-a]. (1637-57)
+
+ [770-a] Voyez la fin de l'_Examen_, p. 223.
+
+ [771] _Var._ Du forfait d'Alidor que de son châtiment. (1637-57)
+
+ [772] _Var._ Et par quelques puissants efforts
+ Que de tous sens je tourne et retourne mon âme. (1637-57)
+ _Var._ Hélas! par quelques pleins efforts. (1660-68)
+
+ [773] _Var._ ANGÉLIQUE, _voyant Alidor entrer en son cabinet_.
+ (1637)
+
+ [774] _Var._ Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs?
+ Qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs?
+ Est-il dit que tes yeux te mettront hors de doute,
+ Et t'apprendront combien ta trahison me coûte?
+ Après qu'effrontément ton aveu m'a fait voir
+ Qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir,
+ [Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable.] (1637-57)
+
+ [775] _Var._ Va, va, n'espère rien de ces submissions. (1637-48)
+ _Var._ Va, va, n'espère rien de ses submissions. (1652-57)
+
+ [776] _Var._ Sur notre amour passé c'est à trop te fier. (1637)
+ _Var._ Sur notre amour passé c'est là trop te fier. (1644-57)
+
+ [777] _Var._ Comme vaincue il faut que je quitte la place.
+ (1637-57)
+
+ [778] _Var._ _Elle veut sortir du cabinet, mais Alidor la
+ retient._ (1637, en marge.)--ALIDOR, _la retenant_. (1644-60)
+
+ [779] _Var._ Ma chère âme, mon tout, quoi! vous m'abandonnez!
+ (1637--57)
+
+ [780] _Var._ Ne vous montroit-il pas un esprit préparé? (1652-57)
+
+ [781] _Var._ Aussi mon compliment flattoit mal ses appas:
+ Il vous offensoit bien, mais ne l'obligeoit pas. (1637-57)
+
+ [782] _Var._ Cesse de m'éclaircir dessus un tel secret. (1637-57)
+
+ [783] _Var._ Que me sert de savoir si tes voeux sont constants?
+ (1637-57)
+
+ [784] _Var._ Aussi ne viens-je pas pour regagner votre âme.
+ (1637-57)
+
+ [785] _Var._ Mais voici qui vous rend l'un et l'autre à la fois.
+ (1652-60)
+
+ [786] _Var._ Dans ma prompte vengeance à jamais misérable,
+ Que je déteste en vain ma faute irréparable! (1637-57)
+
+ [787] _Var._ C'est demain qu'on nous doit pour jamais séparer:
+ En ce piteux état que veux-tu que je fasse?
+ ALID. Ah! ce discours ne part que d'un coeur tout de glace.
+ Son, non, résolvez-vous: il vous faut à ce soir
+ Montrer votre courage, ou moi mon désespoir. (1637-57)
+
+ [788] _Var._ Non, mais que dira-t-on d'un tel enlèvement?
+ (1637-57)
+
+ [789] _Var._ Dessus mes volontés ta puissance absolue
+ Peut disposer de moi, peut tout me commander.
+ Mon honneur, en tes mains prêt à se hasarder,
+ Par un trait si hardi quelque tort qu'il se fasse,
+ Y consent toutefois, et ne veut qu'une grâce:
+ [Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main]
+ Justifient aux miens ma fuite et ton dessein;
+ Qu'ils puissent, me cherchant, trouver ici ce gage,
+ Qui les rende assurés de notre mariage;
+ Que la sincérité de ton intention
+ Conserve, mise au jour, ma réputation. (1637-57)
+
+ [790] _Var._ Pour vaincre nos malheurs j'ose tout hasarder.
+ (1660)
+
+ [791] _Var._ Ma faute en sera moindre, et hors de l'impudence.
+ (1637-60)
+
+ [792] _Var._ Ma reine, enfin par là vous me ressuscitez.
+ (1637-57)
+
+ [793] _Var._ Je manque ici de tout, et j'ai peur, mon souci,
+ Que quelqu'un par malheur ne te surprenne ici. (1637-57)
+
+ [794] _Var._ Va, quitte-moi, ma vie, et te coule sans bruit.
+ ALID. Adieu donc, ma chère âme. ANG. Adieu, jusqu'à minuit. (1637-57)
+
+ [795] _Var._ ANGÉLIQUE, _seule en son cabinet_. (1637, en marge.)
+
+ [796] _Var._ Sur la foi de celui qui n'en sauroit garder.
+ (1637-57)
+
+ [797] _Var._ D'où provient qu'Alidor sort de chez Angélique?
+ Auroit-il avec elle encor quelque pratique?
+ Son visage n'a rien que d'un homme content. (1637-57)
+
+ [798] _Var._ Que mon frère en tiendroit, s'ils étoient mis
+ d'accord! (1657)
+
+ [799] _Var._ Puisque vous le voulez, adieu, je me retire.
+ (1637-57)
+
+
+
+
+ACTE IV.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ALIDOR, CLÉANDRE, TROUPE D'ARMÉS[800].
+
+ ALIDOR.
+
+(L'acte est dans la nuit, et Alidor dit ce premier vers[801] à
+Cléandre; et l'ayant fait retirer avec sa troupe, il continue seul.)
+
+ Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse[802].
+ Enfin la nuit s'avance, et son voile propice 890
+ Me va faciliter le succès que j'attends
+ Pour rendre heureux Cléandre, et mes desirs contents.
+ Mon coeur, las de porter un joug si tyrannique,
+ Ne sera plus qu'une heure esclave d'Angélique.
+ Je vais faire un ami possesseur de mon bien: 895
+ Aussi dans son bonheur je rencontre le mien.
+ C'est moins pour l'obliger que pour me satisfaire,
+ Moins pour le lui donner qu'afin de m'en défaire.
+ Ce trait paroîtra lâche et plein de trahison[803];
+ Mais cette lâcheté m'ouvrira ma prison. 900
+ Je veux bien à ce prix avoir l'âme traîtresse,
+ Et que ma liberté me coûte une maîtresse.
+ Que lui fais-je, après tout, qu'elle n'ait mérité,
+ Pour avoir malgré moi fait ma captivité?
+ Qu'on ne m'accuse point d'aucune ingratitude: 905
+ Ce n'est que me venger d'un an de servitude,
+ Que rompre son dessein, comme elle a fait le mien,
+ Qu'user de mon pouvoir, comme elle a fait du sien,
+ Et ne lui pas laisser un si grand avantage
+ De suivre son humeur, et forcer mon courage. 910
+ Le forcer! mais, hélas! que mon consentement
+ Par un si doux effort fut surpris aisément!
+ Quel excès de plaisirs goûta mon imprudence
+ Avant que réfléchir sur cette violence[804]!
+ Examinant mon feu, qu'est-ce que je ne perds? 915
+ Et qu'il m'est cher vendu de connoître mes fers!
+ Je soupçonne déjà mon dessein d'injustice,
+ Et je doute s'il est ou raison ou caprice.
+ Je crains un pire mal après ma guérison,
+ Et d'aller au supplice en rompant ma prison. 920
+ Alidor, tu consens qu'un autre la possède!
+ Tu t'exposes sans crainte à des maux sans remède[805]!
+ Ne romps point les effets de son intention,
+ Et laisse un libre cours à ton affection:
+ Fais ce beau coup pour toi; suis l'ardeur qui te presse. 925
+ Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse[806]!
+ Je n'en veux obliger pas un à me haïr.
+ Et ne sais qui des deux, ou servir, ou trahir.
+ Quoi! je balance encor, je m'arrête, je doute[807]!
+ Mes résolutions, qui vous met en déroute? 930
+ Revenez, mes desseins, et ne permettez pas
+ Qu'on triomphe de vous avec un peu d'appas.
+ En vain pour Angélique ils prennent la querelle[808];
+ Cléandre, elle est à toi, nous sommes deux contre elle.
+ Ma liberté conspire avecque tes ardeurs; 935
+ Les miennes désormais vont tourner en froideurs;
+ Et lassé de souffrir un si rude servage,
+ J'ai l'esprit assez fort pour combattre un visage.
+ Ce coup n'est qu'un effet de générosité,
+ Et je ne suis honteux que d'en avoir douté. 940
+ Amour, que ton pouvoir tâche en vain de paroître!
+ Fuis, petit insolent, je veux être le maître:
+ Il ne sera pas dit qu'un homme tel que moi,
+ En dépit qu'il en ait, obéisse à ta loi.
+ Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée 945
+ Que d'une volonté franche et déterminée,
+ Et celle à qui ses noeuds m'uniront pour jamais[809]
+ M'en sera redevable, et non à ses attraits;
+ Et ma flamme....
+
+
+SCÈNE II.
+
+ALIDOR, CLÉANDRE.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Alidor!
+
+ ALIDOR.
+
+ Qui m'appelle?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Cléandre.
+
+ ALIDOR.
+
+ Tu t'avances trop tôt[810].
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Je me lasse d'attendre. 950
+
+ ALIDOR.
+
+ Laisse-moi, cher ami, le soin de t'avertir
+ En quel temps de ce coin il te faudra sortir.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Minuit vient de sonner, et par expérience
+ Tu sais comme l'amour est plein d'impatience.
+
+ ALIDOR.
+
+ Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup: 955
+ Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup.
+ Je livre entre tes mains cette belle maîtresse,
+ Sitôt que j'aurai pu lui rendre ta promesse:
+ Sans lumière, et d'ailleurs s'assurant en ma foi,
+ Rien ne l'empêchera de la croire de moi. 960
+ Après, achève seul; je ne puis sans supplice
+ Forcer ici mon bras à te faire service[811];
+ Et mon reste d'amour, en cet enlèvement,
+ Ne peut contribuer que mon consentement.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Ami, ce m'est assez.
+
+ ALIDOR.
+
+ Va donc là-bas attendre 965
+ Que je te donne avis du temps qu'il faudra prendre.
+ Cléandre, encore un mot: pour de pareils exploits[812]
+ Nous nous ressemblons mal et de taille et de voix;
+ Angélique soudain pourra te reconnoître;
+ Regarde après ses cris si tu serois le maître. 970
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir.
+
+ ALIDOR.
+
+ Ami, séparons-nous, je pense l'entrevoir.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Adieu. Fais promptement.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ALIDOR, ANGÉLIQUE.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que la nuit est obscure[813]!
+ Alidor n'est pas loin, j'entends quelque murmure.
+
+ ALIDOR.
+
+ De peur d'être connu, je défends à mes gens 975
+ De paroître en ces lieux avant qu'il en soit temps.
+ Tenez.
+
+(Il lui donne la promesse de Cléandre.)
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Je prends sans lire; et ta foi m'est si claire,
+ Que je la prends bien moins pour moi que pour mon père;
+ Je la porte à ma chambre: épargnons les discours;
+ Fais avancer tes gens, et dépêche.
+
+ ALIDOR.
+
+ J'y cours. 980
+ Lorsque de son honneur je lui rends l'assurance,
+ C'est quand je trompe mieux sa crédule espérance;
+ Mais puisqu'au lieu de moi je lui donne un ami,
+ A tout prendre, ce n'est la tromper qu'à demi.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+PHYLIS.
+
+ Angélique! C'est fait, mon frère en a dans l'aile. 985
+ La voyant échapper, je courois après elle;
+ Mais un maudit galant m'est venu brusquement
+ Servir à la traverse un mauvais compliment,
+ Et par ses vains discours m'embarrasser de sorte
+ Qu'Angélique à son aise a su gagner la porte. 990
+ Sa perte est assurée, et le traître Alidor[814]
+ La posséda jadis, et la possède encor.
+ Mais jusques à ce point seroit-elle imprudente?
+ Il n'en faut point douter, sa perte est évidente[815];
+ Le coeur me le disoit, le voyant en sortir, 995
+ Et mon frère dès lors se devoit avertir.
+ Je te trahis, mon frère, et par ma négligence,
+ Étant sans y penser de leur intelligence....
+
+(Alidor paroît avec Cléandre accompagné d'une troupe, et après lui
+avoir montré Phylis, qu'il croit être Angélique, il se retire en un
+coin du théâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui met d'abord la main
+sur la bouche.)
+
+
+SCÈNE V.
+
+ALIDOR.
+
+ On l'enlève, et mon coeur, surpris d'un vain regret,
+ Fait à ma perfidie un reproche secret; 1000
+ Il tient pour Angélique, il la suit, le rebelle!
+ Parmi mes trahisons il veut être fidèle;
+ Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris[816],
+ Refuser de ma main sa franchise à ce prix,
+ Désavouer mon crime, et pour mieux s'en défendre, 1005
+ Me demander son bien, que je cède à Cléandre.
+ Hélas! qui me prescrit cette brutale loi
+ De payer tant d'amour avec si peu de foi?
+ Qu'envers cette beauté ma flamme est inhumaine!
+ Si mon feu la trahit, que lui feroit ma haine? 1010
+ Juge, juge, Alidor, en quelle extrémité
+ La va précipiter ton infidélité[817].
+ Écoute ses soupirs, considère ses larmes,
+ Laisse-toi vaincre enfin à de si fortes armes[818],
+ Et va voir si Cléandre, à qui tu sers d'appui[819], 1015
+ Pourra faire pour toi ce que tu fais pour lui.
+ Mais mon esprit s'égare, et quoi qu'il se figure,
+ Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture,
+ Et qu'Alidor, de nuit plus foible que de jour,
+ Redonne à la pitié ce qu'il ôte à l'amour? 1020
+ Ainsi donc mes desseins se tournent en fumée!
+ J'ai d'autres repentirs que de l'avoir aimée!
+ Suis-je encore Alidor après ces sentiments?
+ Et ne pourrai-je enfin régler mes mouvements?
+ Vaine compassion des douleurs d'Angélique, 1025
+ Qui penses triompher d'un coeur mélancolique[820],
+ Téméraire avorton d'un impuissant remords,
+ Va, va porter ailleurs tes débiles efforts.
+ Après de tels appas, qui ne m'ont pu séduire,
+ Qui te fait espérer ce qu'ils n'ont su produire? 1030
+ Pour un méchant soupir que tu m'as dérobé,
+ Ne me présume pas tout à fait succombé[821]:
+ Je sais trop maintenir ce que je me propose,
+ Et souverain sur moi, rien que moi n'en dispose.
+ En vain un peu d'amour me déguise en forfait 1035
+ Du bien que je me veux le généreux effet:
+ De nouveau j'y consens, et prêt à l'entreprendre....
+
+
+SCÈNE VI.
+
+ANGÉLIQUE, ALIDOR.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Je demande pardon, de t'avoir fait attendre,
+ D'autant qu'en l'escalier on faisoit quelque bruit,
+ Et qu'un peu de lumière en effaçoit la nuit: 1040
+ Je n'osois avancer, de peur d'être aperçue[822].
+ Allons, tout est-il prêt? Personne ne m'a vue:
+ De grâce, dépêchons, c'est trop perdre de temps,
+ Et les moments ici nous sont trop importants;
+ Fuyons vite, et craignons les yeux d'un domestique. 1045
+ Quoi! tu ne réponds point à la voix d'Angélique?
+
+ ALIDOR.
+
+ Angélique! mes gens vous viennent d'enlever;
+ Qui vous a fait sitôt de leurs mains vous sauver?
+ Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme,
+ Et quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme? 1050
+ Ne vous suffit-il point de me manquer de foi,
+ Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que tes gens cette nuit m'ayent vue ou saisie!
+ N'ouvre point ton esprit à cette fantaisie.
+
+ ALIDOR.
+
+ Autant que l'ont permis les ombres de la nuit[823], 1055
+ Je l'ai vu de mes yeux.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Tes yeux t'ont donc séduit;
+ Et quelque autre sans doute, après moi descendue,
+ Se trouve entre les mains dont j'étois attendue.
+ Mais, ingrat, pour toi seul j'abandonne ces lieux,
+ Et tu n'accompagnois ma fuite que des yeux! 1060
+ Pour marque d'un amour que je croyois extrême[824],
+ Tu remets ma conduite à d'autres qu'à toi-même!
+ Je suis donc un larcin indigne de tes mains[825]?
+
+ ALIDOR.
+
+ Quand vous aurez appris le fond de mes desseins,
+ Vous n'attribuerez plus, voyant mon innocence, 1065
+ A peu d'affection l'effet de ma prudence.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival,
+ Tu diras qu'il falloit te montrer dans le bal.
+ Foible ruse!
+
+ ALIDOR.
+
+ Ajoutez et vaine, et sans adresse,
+ Puisque je ne pouvois démentir ma promesse. 1070
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Quel étoit donc ton but?
+
+ ALIDOR.
+
+ D'attendre ici le bruit[826]
+ Que les premiers soupçons auront bientôt produit,
+ Et d'un autre côté me jetant à la fuite,
+ Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite.
+
+ ANGÉLIQUE, en pleurant[827].
+
+ Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris? 1075
+
+ ALIDOR.
+
+ Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris,
+ Je vois tous mes desseins succéder à ma honte;
+ Mais il me faut donner quelque ordre à ce méconte[828];
+ Permettez....
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Cependant, à qui me laisses-tu?
+ Tu frustres donc mes voeux de l'espoir qu'ils ont eu, 1080
+ Et ton manque d'amour, de mes malheurs complice,
+ M'abandonnant ici, me livre à mon supplice!
+ L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux abois[829]!)
+ D'un amant odieux me va soumettre aux lois;
+ Et tu peux m'exposer à cette tyrannie! 1085
+ De l'erreur de tes gens je me verrai punie!
+
+ ALIDOR.
+
+ Nous préserve le ciel d'un pareil désespoir[830]!
+ Mais votre éloignement n'est plus en mon pouvoir.
+ J'en ai manqué le coup; et, ce que je regrette,
+ Mon carrosse est parti, mes gens ont fait retraite. 1090
+ A Paris, et de nuit, une telle beauté,
+ Suivant un homme seul, est mal en sûreté:
+ Doraste, ou par malheur quelque rencontre pire[831],
+ Me pourroit arracher le trésor où j'aspire:
+ Évitons ces périls en différant d'un jour. 1095
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Tu manques de courage aussi bien que d'amour,
+ Et tu me fais trop voir par ta bizarrerie[832]
+ Le chimérique effet de ta poltronnerie.
+ Alidor (quel amant!) n'ose me posséder.
+
+ ALIDOR.
+
+ Un bien si précieux se doit-il hasarder? 1100
+ Et ne pouvez-vous point d'une seule journée
+ Retarder le malheur de ce triste hyménée[833]?
+ Peut-être le désordre et la confusion
+ Qui naîtront dans le bal de cette occasion
+ Le remettront pour vous; et l'autre nuit, je jure.... 1105
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que tu seras encore ou timide ou parjure.
+ Quand tu m'as résolue à tes intentions,
+ Lâche, t'ai-je opposé tant de précautions[834]?
+ Tu m'adores, dis-tu? tu le fais bien paroître,
+ Rejetant mon bonheur ainsi sur un peut-être. 1110
+
+ ALIDOR.
+
+ Quoi qu'ose mon amour appréhender pour vous,
+ Puisque vous le voulez, fuyons, je m'y résous;
+ Et malgré ces périls.... Mais on ouvre la porte:
+ C'est Doraste qui sort, et nous suit à main-forte.
+
+(Alidor s'échappe, et Angélique le veut suivre, mais Doraste
+l'arrête.)
+
+
+SCÈNE VII.
+
+ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE, TROUPE D'AMIS.
+
+ DORASTE.
+
+ Quoi! ne m'attendre pas? c'est trop me dédaigner; 1115
+ Je ne viens qu'à dessein de vous accompagner;
+ Car vous n'entreprenez si matin ce voyage
+ Que pour vous préparer à notre mariage.
+ Encor que vous partiez beaucoup devant le jour,
+ Vous ne serez jamais assez tôt de retour; 1120
+ Vous vous éloignez trop, vu que l'heure nous presse.
+ Infidèle! est-ce là me tenir ta promesse?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Eh bien! c'est te trahir. Penses-tu que mon feu
+ D'un généreux dessein te fasse un désaveu?
+ Je t'acquis par dépit et perdrois avec joie. 1125
+ Mon désespoir à tous m'abandonnoit en proie,
+ Et lorsque d'Alidor je me vis outrager,
+ Je fis armes de tout afin de me venger.
+ Tu t'offris par hasard, je t'acceptai de rage;
+ Je te donnai son bien, et non pas mon courage. 1130
+ Ce change à mon courroux jetoit un faux appas[835];
+ Je le nommois sa peine, et c'étoit mon trépas:
+ Je prenois pour vengeance une telle injustice,
+ Et dessous ses couleurs j'adorois mon supplice.
+ Aveugle que j'étois! mon peu de jugement 1135
+ Ne se laissoit guider qu'à mon ressentiment.
+ Mais depuis, Alidor m'a fait voir que son âme,
+ En feignant un mépris, n'avoit pas moins de flamme.
+ Il a repris mon coeur en me rendant les yeux;
+ Et soudain mon amour m'a fait haïr ces lieux. 1140
+
+ DORASTE.
+
+ Tu suivois Alidor!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ta funeste arrivée,
+ En arrêtant mes pas, de ce bien m'a privée;
+ Mais si....
+
+ DORASTE.
+
+ Tu le suivois!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Oui: fais tous tes efforts;
+ Lui seul aura mon coeur, tu n'auras que le corps.
+
+ DORASTE.
+
+ Impudente, effrontée autant comme traîtresse, 1145
+ De ce cher Alidor tiens-tu cette promesse?
+ Est-elle de sa main, parjure? De bon coeur
+ J'aurois cédé ma place à ce premier vainqueur;
+ Mais suivre un inconnu! me quitter pour Cléandre!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Pour Cléandre!
+
+ DORASTE.
+
+ J'ai tort: je tâche à te surprendre. 1150
+ Vois ce qu'en te cherchant m'a donné le hasard;
+ C'est ce que dans ta chambre a laissé ton départ:
+ C'est là qu'au lieu de toi j'ai trouvé sur ta table
+ De ta fidélité la preuve indubitable.
+ Lis, mais ne rougis point, et me soutiens encor 1155
+ Que tu ne fuis ces lieux que pour suivre Alidor.
+
+ BILLET DE CLÉANDRE A ANGÉLIQUE[836].
+
+ _Angélique, reçois ce gage
+ De la foi que je te promets,
+ Qu'un prompt et sacré mariage
+ Unira nos jours désormais. 1160
+ Quittons ces lieux, chère maîtresse;
+ Rien ne peut que ta fuite assurer mon bonheur;
+ Mais laisse aux tiens cette promesse
+ Pour sûreté de ton honneur,
+ Afin qu'ils en puissent apprendre 1165
+ Que tu suis ton mari lorsque tu suis Cléandre._
+
+ CLÉANDRE.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Que je suis mon mari lorsque je suis Cléandre?
+ Alidor est perfide, ou Doraste imposteur.
+ Je vois la trahison, et doute de l'auteur.
+ Mais, pour m'en éclaircir, ce billet doit suffire[837]; 1170
+ Je le pris d'Alidor, et le pris sans le lire;
+ Et puisqu'à m'enlever son bras se refusoit,
+ Il ne prétendoit rien au larcin qu'il faisoit.
+ Le traître! J'étois donc destinée à Cléandre!
+ Hélas! mais qu'à propos le ciel l'a fait méprendre, 1175
+ Et ne consentant point à ses lâches desseins,
+ Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains[838]!
+
+ DORASTE.
+
+ Que parles-tu d'une autre en ta place ravie?
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie[839],
+ Et ceux qui m'attendoient dans l'ombre de la nuit.... 1180
+
+ DORASTE.
+
+ C'en est assez, mes yeux du reste m'ont instruit:
+ Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée;
+ Après toi de la salle elle s'est dérobée.
+ J'arrête une maîtresse, et je perds une soeur;
+ Mais allons promptement après le ravisseur. 1185
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+ANGÉLIQUE.
+
+ Dure condition de mon malheur extrême!
+ Si j'aime, on me trahit; je trahis, si l'on m'aime.
+ Qu'accuserai-je ici d'Alidor ou de moi?
+ Nous manquons l'un et l'autre également de foi.
+ Si j'ose l'appeler lâche, traître, parjure, 1190
+ Ma rougeur aussitôt prendra part à l'injure;
+ Et les mêmes couleurs qui peindront ses forfaits
+ Des miens en même temps exprimeront les traits.
+ Mais quel aveuglement nos deux crimes égale,
+ Puisque c'est pour lui seul que je suis déloyale? 1195
+ L'amour m'a fait trahir (qui n'en trahiroit pas?),
+ Et la trahison seule a pour lui des appas.
+ Son crime est sans excuse, et le mien pardonnable:
+ Il est deux fois, que dis-je? il est le seul coupable[840];
+ Il m'a prescrit la loi, je n'ai fait qu'obéir; 1200
+ Il me trahit lui-même, et me force à trahir.
+ Déplorable Angélique, en malheurs sans seconde,
+ Que veux-tu désormais, que peux-tu faire au monde[841],
+ Si ton ardeur sincère et ton peu de beauté
+ N'ont pu te garantir d'une déloyauté? 1205
+ Doraste tient ta foi; mais si ta perfidie
+ A jusqu'à te quitter son âme refroidie,
+ Suis, suis dorénavant de plus saines raisons,
+ Et sans plus t'exposer à tant de trahisons[842],
+ Puisque de ton amour on fait si peu de conte, 1210
+ Va cacher dans un cloître et tes pleurs et ta honte[843].
+
+FIN DU QUATRIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [800] Au participe ARMÉS, employé substantivement, Thomas
+ Corneille a substitué, dans l'édition de 1692: HOMMES ARMÉS.
+
+ [801] _Var._ _Il dit ce vers_, etc. (1637, en marge.)--Dans cette
+ édition, les mots: _L'acte est dans la nuit_, se trouvent placés
+ plus haut, en regard du titre: ACTE IV.
+
+ [802] _Var._ Attends là de pied coi que je t'en avertisse.
+ (1637-57)
+
+ [803] _Var._ Ce trait est un peu lâche, et sent sa trahison. (1637-57)
+ _Var._ Ce trait peut sembler lâche et plein de trahison. (1660)
+
+ [804] _Var._ Avant que s'aviser de cette violence! (1637-57)
+
+ [805] _Var._ Peux-tu bien t'exposer à des maux sans remède,
+ A de vains repentirs, d'inutiles regrets,
+ De stériles remords et des bourreaux secrets,
+ Cependant qu'un ami, par tes lâches menées,
+ Cueillira les faveurs qu'elle t'a destinées?
+ Ne frustre point l'effet de ton intention[805-a]. (1637-57)
+
+ [805-a] Ce dernier vers ne se trouve que dans l'édition de 1637
+ Dans les impressions de 1644-57, on lit, comme dans notre texte:
+
+ Ne romps point les effets de son intention.
+ De tous les deux côtés il y va de ta foi.
+ A qui la tiendras-tu? Mon esprit en déroute
+ Sur le plus fort des deux ne peut sortir de doute.
+ [Je n'en veux obliger pas un à me haïr.] (1637-57)
+
+ [806] _Var._ [Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse!]
+ Jamais fut-il mortel si malheureux que toi?
+
+ [807] _Var._ Mais que mon jugement s'enveloppe de nues!
+ Mes résolutions, qu'êtes-vous devenues? (1637-57)
+ _Var._ Quoi! je hésite encor, je balance, je doute! (1660)
+
+ [808] _Var._ Cléandre, elle est à toi: dedans cette querelle,
+ Angélique le perd; nous sommes deux contre elle. (1637-57)
+
+ [809] _Var._ Et celle qu'en ce cas je nommerai mon mieux,
+ M'en sera redevable, et non pas à ses yeux. (1637-57)
+
+ [810] _Var._ Qui te fait avancer? (1637-57)
+
+ [811] _Var._ Forcer ici mes bras à te faire service. (1637-63)
+
+ [812] _Var._ Encore un mot, Cléandre, et qui t'importe fort:
+ Ta taille avec la mienne a si peu de rapport,
+ Qu'Angélique soudain te pourra reconnoître. (1637-57)
+
+ [813] _Var._ ANG. St. ALID. Je l'entends, c'est elle.
+ ANG. Alidor, es-tu là? ALID. Je suis à vous, ma belle.
+ [De peur d'être connu, je défends à mes gens.] (1637-57)
+
+ [814] _Var._ Sa perte est assurée, et ce traître Alidor.
+ (1637-57)
+
+ [815] _Var._ Il n'en faut point parler, sa perte est évidente.
+ (1654)
+
+ [816] _Var._ Je le sens refuser sa franchise à ce prix;
+ [Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris.] (1637-57)
+
+ [817] _Var._ Ne la va point jeter ton infidélité. (1637-57)
+
+ [818] _Var._ Et laisse-toi gagner à de si fortes armes. (1637)
+ _Var._ Et te laisse enfin vaincre à de si fortes armes. (1644-57)
+
+ [819] _Var._ Cours après elle, et vois si Cléandre aujourd'hui.
+ (1637-57)
+
+ [820] _Var._ Qui pensez triompher d'un coeur mélancolique. (1637,
+ 44 et 52-60)
+
+ [821] _Var._ Ne me présume pas encore succombé. (1637-57)
+
+ [822] _Var._ Je n'osois m'avancer, de peur d'être aperçue.
+ (1637-57)
+
+ [823] _Var._ Autant que m'ont permis les ombres de la nuit.
+ (1637-57)
+
+ [824] _Var._ La belle preuve, hélas! de ton amour extrême,
+ De remettre ce coup à d'autres qu'à toi-même!
+ J'étois donc un larcin indigne de tes mains? (1637-57)
+
+ [825] _Var._ Et je suis un larcin indigne de tes mains? (1660-64)
+
+ [826] _Var._ Quel étoit donc le but de ton intention?
+ ALID. D'attendre ici le coup de leur émotion. (1637-57)
+
+ [827] Cette indication manque dans l'édition de 1663.
+
+ [828] _Var._ Permettez-moi d'aller mettre ordre à ce méconte[828-a].
+ ANG. Cependant, misérable, à qui me laisses-tu? (1637-57)
+
+ [828-a] Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [829] _Var._ L'hymen (ah! ce penser déjà me fait mourir!)
+ Me va joindre à Doraste, et tu le peux souffrir!
+ Tu me peux exposer à cette tyrannie! (1637-57)
+
+ [830] _Var._ Jugez mieux de ma flamme, et songez, mon espoir,
+ Qu'un tel enlèvement n'est plus en mon pouvoir. (1637-57)
+
+ [831] _Var._ Doraste, ou par malheur quelque pire surprise
+ De ces coureurs de nuit me feroit lâcher prise:
+ De grâce, mon souci, passons encore un jour. (1637-57)
+
+ [832] _Var._ Et tu me fais trop voir par cette rêverie. (1637-57)
+
+ [833] _Var._ Différer le malheur de ce triste hyménée. (1637-57)
+
+ [834] _Var._ Ingrat, t'ai-je opposé tant de précautions?
+ Tu m'aimes, ce dis-tu? tu le fais bien paroître,
+ Remettant mon bonheur ainsi sur un peut-être.
+ ALID. Encor que mon amour appréhende pour vous,
+ Puisque vous le voulez, eh bien! je m'y résous:
+ Fuyons, hasardons tout. Mais on ouvre la porte. (1637-57)
+
+ [835] _Var._ Ce change à mon dépit jetoit un faux appas[835-a].
+ (1637-57)
+
+ [835-a] Voyez tome I, p. 148, note 3.
+
+ [836] En marge, dans l'édition de 1637: _Angélique lit_.
+
+ [837] _Var._ Toutefois ce papier suffit pour m'en instruire;
+ Je le pris d'Alidor, mais je le pris sans lire. (1637-57)
+
+ [838] _Var._ Met au lieu d'Angélique un autre entre ses
+ mains[838-a]. (1648-57)
+
+ [838-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.
+
+ [839] _Var._ [J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie,]
+ Et quelle qu'elle soit.... DOR. Il suffit, n'en dis plus;
+ Après ce que j'ai vu, j'en sais trop là-dessus:
+ [Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée.] (1637-57)
+
+ [840] _Var._ Il est deux fois, que dis-je? il est seul le
+ coupable. (1657)
+
+ [841] _Var._ Que peux-tu désormais, que peux-tu faire au monde,
+ Si ton amour fidèle et ton peu de beauté. (1637-57)
+
+ [842] _Var._ Et ne t'expose plus à tant de trahisons,
+ Et tant qu'on ait pu voir la fin de ce méconte. (1637-57)
+
+ [843] _Var._ Va cacher dans ta chambre et tes pleurs et ta honte.
+ (1637-60)
+
+
+
+
+ACTE V.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+CLÉANDRE, PHYLIS.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Accordez-moi ma grâce avant qu'entrer chez vous.
+
+ PHYLIS.
+
+ Vous voulez donc enfin d'un bien commun à tous?
+ Craignez-vous qu'à vos feux ma flamme ne réponde?
+ Et puis-je vous haïr, si j'aime tout le monde[844]? 1215
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Votre bel esprit raille, et pour moi seul cruel,
+ Du rang de vos amants sépare un criminel:
+ Toutefois mon amour n'est pas moins légitime,
+ Et mon erreur du moins me rend vers vous sans crime.
+ Soyez, quoi qu'il en soit, d'un naturel plus doux: 1220
+ L'amour a pris le soin de me punir pour vous;
+ Les traits que cette nuit il trempoit de vos larmes[845]
+ Ont triomphé d'un coeur invincible à vos charmes.
+
+ PHYLIS.
+
+ Puisque vous ne m'aimez que par punition,
+ Vous m'obligez fort peu de cette affection. 1225
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Après votre beauté sans raison négligée,
+ Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée.
+ Avez-vous jamais vu dessein plus renversé?
+ Quand j'ai la force en main, je me trouve forcé;
+ Je crois prendre une fille, et suis pris par une autre[846];
+ J'ai tout pouvoir sur vous, et me remets au vôtre;
+ Angélique me perd, quand je crois l'acquérir;
+ Je gagne un nouveau mal, quand je pense guérir.
+ Dans un enlèvement je hais la violence;
+ Je suis respectueux après cette insolence; 1235
+ Je commets un forfait, et n'en saurois user;
+ Je ne suis criminel que pour m'en accuser.
+ Je m'expose à ma peine, et négligeant ma fuite[847],
+ Aux vôtres offensés j'épargne la poursuite[848].
+ Ce que j'ai pu ravir, je viens le demander; 1240
+ Et pour vous devoir tout, je veux tout hasarder.
+
+ PHYLIS.
+
+ Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue[849];
+ Et si mes propres yeux vous donnent dans la vue,
+ Si votre propre coeur soupire après ma main,
+ Vous courez grand hasard de soupirer en vain. 1245
+ Toutefois après tout, mon humeur est si bonne
+ Que je ne puis jamais désespérer personne.
+ Sachez que mes desirs, toujours indifférents,
+ Iront sans résistance au gré de mes parents;
+ Leur choix sera le mien: c'est vous parler sans feinte.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Je vois de leur côté mêmes sujets de crainte:
+ Si vous me refusez, m'écouteront-ils mieux[850]?
+
+ PHYLIS.
+
+ Le monde vous croit riche, et mes parents sont vieux.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Puis-je sur cet espoir....
+
+ PHYLIS.
+
+ C'est assez vous en dire[851].
+
+
+SCÈNE II.
+
+ALIDOR, CLÉANDRE, PHYLIS.
+
+ ALIDOR.
+
+ Cléandre a-t-il enfin ce que son coeur desire? 1255
+ Et ses amours, changés par un heureux hasard,
+ De celui de Phylis ont-ils pris quelque part?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Cette nuit tu l'as vue en un mépris extrême,
+ Et maintenant, ami, c'est encore elle-même:
+ Son orgueil se redouble étant en liberté, 1260
+ Et devient plus hardi d'agir en sûreté.
+ J'espère toutefois, à quelque point qu'il monte,
+ Qu'à la fin....
+
+ PHYLIS.
+
+ Cependant que vous lui rendrez conte,
+ Je vais voir mes parents, que ce coup de malheur
+ A mon occasion accable de douleur. 1265
+ Je n'ai tardé que trop à les tirer de peine.
+
+ ALIDOR, retenant Cléandre qui la veut suivre[852].
+
+ Est-ce donc tout de bon qu'elle t'est inhumaine?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Il la faut suivre. Adieu. Je te puis assurer
+ Que je n'ai pas sujet de me désespérer.
+ Va voir ton Angélique, et la compte pour tienne, 1270
+ Si tu la vois d'humeur qui ressemble à la sienne[853].
+
+ ALIDOR.
+
+ Tu me la rends enfin?
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Doraste tient sa foi;
+ Tu possèdes son coeur: qu'auroit-elle pour moi?
+ Quelques[854] charmants appas qui soient sur son visage,
+ Je n'y saurois avoir qu'un fort mauvais partage: 1275
+ Peut-être elle croiroit qu'il lui seroit permis
+ De ne me rien garder, ne m'ayant rien promis;
+ Il vaut mieux que ma flamme à son tour te la cède[855].
+ Mais derechef, adieu.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ALIDOR.
+
+ Ainsi tout me succède[856];
+ Ses plus ardents desirs se règlent sur mes voeux: 1280
+ Il accepte Angélique, et la rend quand je veux.
+ Quand je tâche à la perdre, il meurt de m'en défaire;
+ Quand je l'aime, elle cesse aussitôt de lui plaire.
+ Mon coeur prêt à guérir, le sien se trouve atteint;
+ Et mon feu rallumé, le sien se trouve éteint: 1285
+ Il aime quand je quitte, il quitte alors que j'aime;
+ Et sans être rivaux, nous aimons en lieu même.
+ C'en est fait, Angélique, et je ne saurois plus
+ Rendre contre tes yeux des combats superflus.
+ De ton affection cette preuve dernière 1290
+ Reprend sur tous mes sens une puissance entière.
+ Les ombres de la nuit m'ont redonné le jour[857]:
+ Que j'eus de perfidie, et que je vis d'amour!
+ Quand je sus que Cléandre avoit manqué sa proie,
+ Que j'en eus de regret, et que j'en ai de joie! 1295
+ Plus je t'étois ingrat, plus tu me chérissois;
+ Et ton ardeur croissoit plus je te trahissois.
+ Aussi j'en fus honteux, et confus dans mon âme,
+ La honte et le remords rallumèrent ma flamme.
+ Que l'amour pour nous vaincre a de chemins divers!
+ Et que malaisément on rompt de si beaux fers!
+ C'est en vain qu'on résiste aux traits d'un beau visage;
+ En vain, à son pouvoir refusant son courage,
+ On veut éteindre un feu par ses yeux allumé,
+ Et ne le point aimer quand on s'en voit aimé: 1305
+ Sous ce dernier appas l'amour a trop de force;
+ Il jette dans nos coeurs une trop douce amorce,
+ Et ce tyran secret de nos affections
+ Saisit trop puissamment nos inclinations.
+ Aussi ma liberté n'a plus rien qui me flatte; 1310
+ Le grand soin que j'en eus partoit d'une âme ingrate;
+ Et mes desseins, d'accord avecque mes desirs,
+ A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs[858].
+ Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie
+ Pour croire qu'on me souffre après ma perfidie? 1315
+ Quelque secret instinct, à mon bonheur fatal,
+ Ne la porte-t-il point à me vouloir du mal[859]?
+ Que de mes trahisons elle seroit vengée,
+ Si, comme mon humeur, la sienne étoit changée!
+ Mais qui la changeroit, puisqu'elle ignore encor 1320
+ Tous les lâches complots du rebelle Alidor?
+ Que dis-je, malheureux? ah! c'est trop me méprendre[860],
+ Elle en a trop appris du billet de Cléandre:
+ Son nom au lieu du mien en ce papier souscrit
+ Ne lui montre que trop le fond de mon esprit. 1325
+ Sur ma foi toutefois elle le prit sans lire;
+ Et si le ciel vengeur contre moi ne conspire[861],
+ Elle s'y fie assez pour n'en avoir rien lu.
+ Entrons, quoi qu'il en soit, d'un esprit résolu[862];
+ Dérobons à ses yeux le témoin de mon crime; 1330
+ Et si pour l'avoir lu sa colère s'anime[863],
+ Et qu'elle veuille user d'une juste rigueur,
+ Nous savons les moyens de regagner son coeur[864].
+
+
+SCÈNE IV.
+
+DORASTE, LYCANTE.
+
+ DORASTE.
+
+ Ne sollicite plus mon âme refroidie:
+ Je méprise Angélique après sa perfidie; 1335
+ Mon coeur s'est révolté contre ses lâches traits,
+ Et qui n'a point de foi n'a point pour moi d'attraits.
+ Veux-tu qu'on me trahisse, et que mon amour dure?
+ J'ai souffert sa rigueur, mais je hais son parjure,
+ Et tiens sa trahison indigne à l'avenir 1340
+ D'occuper aucun lieu dedans mon souvenir.
+ Qu'Alidor la possède; il est traître comme elle:
+ Jamais pour ce sujet nous n'aurons de querelle.
+ Pourrois-je avec raison lui vouloir quelque mal[865]
+ De m'avoir délivré d'un esprit déloyal? 1345
+ Ma colère l'épargne, et n'en veut qu'à Cléandre:
+ Il verra que son pire étoit de se méprendre;
+ Et si je puis jamais trouver ce ravisseur,
+ Il me rendra soudain et la vie et ma soeur[866].
+
+ LYCANTE.
+
+ Faites mieux: puisqu'à peine elle pourroit prétendre
+ Une fortune égale à celle de Cléandre,
+ En faveur de ses biens calmez votre courroux,
+ Et de son ravisseur faites-en son époux.
+ Bien qu'il eût fait dessein sur une autre personne,
+ Faites-lui retenir ce qu'un hasard lui donne: 1355
+ Je crois que cet hymen pour satisfaction
+ Plaira mieux à Phylis que sa punition.
+
+ DORASTE.
+
+ Nous consultons en vain, ma poursuite étant vaine.
+
+ LYCANTE.
+
+ Nous le rencontrerons, n'en soyez point en peine:
+ Où que soit sa retraite, il n'est pas toujours nuit; 1360
+ Et ce qu'un jour nous cache, un autre le produit.
+ Mais, Dieux! voilà Phylis qu'il a déjà rendue.
+
+
+SCÈNE V.
+
+DORASTE, PHYLIS, LYCANTE.
+
+ DORASTE.
+
+ Ma soeur, je te retrouve après t'avoir perdue[867]!
+ Et de grâce, quel lieu me cache le voleur[868]
+ Qui, pour s'être mépris, a causé ton malheur? 1365
+ Que son trépas....
+
+ PHYLIS.
+
+ Tout beau; peut-être ta colère,
+ Au lieu de ton rival, en veut à ton beau-frère[869].
+ En un mot, tu sauras qu'en cet enlèvement
+ Mes larmes m'ont acquis Cléandre pour amant:
+ Son coeur m'est demeuré pour peine de son crime, 1370
+ Et veut changer un rapt en amour légitime[870].
+ Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents,
+ Et s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends:
+ Non, à dire le vrai, que son objet me tente[871],
+ Mais mon père content, je dois être contente. 1375
+ Tandis, par la fenêtre ayant vu ton retour,
+ Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour,
+ Pour te tirer de peine et rompre ta colère.
+
+ DORASTE.
+
+ Crois-tu que cet hymen puisse me satisfaire?
+
+ PHYLIS.
+
+ Si tu n'es ennemi de mes contentements, 1380
+ Ne prends mes intérêts que dans mes sentiments[872];
+ Ne fais point le mauvais, si je ne suis mauvaise,
+ Et ne condamne rien à moins qu'il me déplaise[873].
+ En cette occasion, si tu me veux du bien,
+ C'est à toi de régler ton esprit sur le mien[874]. 1385
+ Je respecte mon père, et le tiens assez sage
+ Pour ne résoudre rien à mon désavantage.
+ Si Cléandre le gagne, et m'en peut obtenir,
+ Je crois de mon devoir....
+
+ LYCANTE.
+
+ Je l'aperçois venir.
+ Résolvez-vous, Monsieur, à ce qu'elle desire. 1390
+
+
+SCÈNE VI.
+
+DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE.
+
+ CLÉANDRE.
+
+ Si vous n'êtes d'humeur, Madame, à vous dédire[875],
+ Tout me rit désormais, j'ai leur consentement.
+ Mais excusez, Monsieur, le transport d'un amant;
+ Et souffrez qu'un rival, confus de son offense,
+ Pour en perdre le nom entre en votre alliance. 1395
+ Ne me refusez point un oubli du passé;
+ Et son ressouvenir à jamais effacé,
+ Bannissant toute aigreur[876], recevez un beau-frère
+ Que votre soeur accepte après l'aveu d'un père.
+
+ DORASTE.
+
+ Quand j'aurois sur ce point des avis différents, 1400
+ Je ne puis contredire au choix de mes parents;
+ Mais outre leur pouvoir, votre âme généreuse,
+ Et ce franc procédé qui rend ma soeur heureuse,
+ Vous acquièrent les biens qu'ils vous ont accordés,
+ Et me font souhaiter ce que vous demandez. 1405
+ Vous m'avez obligé de m'ôter Angélique;
+ Rien de ce qui la touche à présent ne me pique:
+ Je n'y prends plus de part, après sa trahison.
+ Je l'aimai par malheur, et la hais par raison.
+ Mais la voici qui vient, de son amant suivie. 1410
+
+
+SCÈNE VII.
+
+ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE[877].
+
+ ALIDOR.
+
+ Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Ne m'importune plus, infidèle. Ah! ma soeur!
+ Comme as-tu pu sitôt tromper ton ravisseur?
+
+ PHYLIS, à Angélique.
+
+ Il n'en a plus le nom, et son feu légitime,
+ Autorisé des miens, en efface le crime; 1415
+ Le hasard me le donne, et changeant ses desseins,
+ Il m'a mise en son coeur aussi bien qu'en ses mains.
+ Son erreur fut soudain de son amour suivie;
+ Et je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie.
+ Jusque-là tes beautés ont possédé ses voeux; 1420
+ Mais l'amour d'Alidor faisoit taire ses feux.
+ De peur de l'offenser te cachant son martyre,
+ Il me venoit conter ce qu'il ne t'osoit dire;
+ Mais nous changeons de sort par cet enlèvement[878]:
+ Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant[879]. 1425
+
+ DORASTE, à Phylis.
+
+ Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console,
+ Puisque avec Alidor je lui rends sa parole[880].
+
+(A Angélique.)
+
+ Satisfaites sans crainte à vos intentions:
+ Je ne mets plus d'obstacle à vos affections.
+ Si vous faussez déjà la parole donnée, 1430
+ Que ne feriez-vous[881] point après notre hyménée?
+ Pour moi, malaisément on me trompe deux fois:
+ Vous l'aimez, j'y consens, et lui cède mes droits[882].
+
+ ALIDOR.
+
+ Puisque vous me pouvez accepter sans parjure,
+ Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure[883]? 1435
+ Vos yeux sont-ils changés, vos feux sont-ils éteints?
+ Et quand mon amour[884] croît, produit-il vos dédains?
+ Voulez-vous....
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Déloyal, cesse de me poursuivre:
+ Si je t'aime jamais, je veux cesser de vivre.
+ Quel espoir mal conçu te rapproche de moi? 1440
+ Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi?
+
+ DORASTE.
+
+ Quoi! le bannissez-vous parce qu'il vous ressemble?
+ Cette union d'humeurs vous doit unir ensemble.
+ Pour ce manque de foi c'est trop le rejeter:
+ Il ne l'a pratiqué que pour vous imiter. 1445
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Cessez de reprocher à mon âme troublée
+ La faute où la porta son ardeur aveuglée.
+ Vous seul avez ma foi, vous seul à l'avenir
+ Pouvez à votre gré me la faire tenir:
+ Si toutefois, après ce que j'ai pu commettre, 1450
+ Vous me pouvez haïr jusqu'à me la remettre,
+ Un cloître désormais bornera mes desseins;
+ C'est là que je prendrai des mouvements plus sains[885];
+ C'est là que, loin du monde et de sa vaine pompe,
+ Je n'aurai qui tromper, non plus que qui me trompe.
+
+ ALIDOR.
+
+ Mon souci!
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Tes soucis doivent tourner ailleurs.
+
+ PHYLIS, à Angélique.
+
+ De grâce, prends pour lui des sentiments meilleurs.
+
+ DORASTE, à Phylis.
+
+ Nous leur nuisons, ma soeur; hors de notre présence
+ Elle se porteroit à plus de complaisance:
+ L'amour seul, assez fort pour la persuader, 1460
+ Ne veut point d'autre tiers à les raccommoder[886].
+
+ CLÉANDRE, à Doraste.
+
+ Mon amour, ennuyé des yeux de tant de monde,
+ Adore la raison où votre avis se fonde.
+ Adieu, belle Angélique, adieu: c'est justement
+ Que votre ravisseur vous cède à votre amant. 1465
+
+ DORASTE, à Angélique.
+
+ Je vous eus par dépit, lui seul il vous mérite:
+ Ne lui refusez point ma part que je lui quitte.
+
+ PHYLIS.
+
+ Si tu t'aimes, ma soeur, fais-en autant que moi[887],
+ Et laisse à tes parents à disposer de toi.
+ Ce sont des jugements imparfaits que les nôtres: 1470
+ Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres,
+ Qui pour avoir un peu moins de solidité,
+ N'accommodent que mieux notre instabilité[888].
+ Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte;
+ Mais un dépit d'amour n'en est pas bien la porte, 1475
+ Et l'on court grand hasard d'un cuisant repentir
+ De se voir en prison sans espoir d'en sortir.
+
+ CLÉANDRE, à Phylis.
+
+ N'achèverez-vous point?
+
+ PHYLIS.
+
+ J'ai fait, et vous vais suivre.
+ Adieu: par mon exemple apprends comme il faut vivre,
+ Et prends pour Alidor un naturel plus doux. 1480
+
+(Cléandre, Doraste, Phylis et Lycante rentrent.)
+
+ ANGÉLIQUE.
+
+ Rien ne rompra le coup à quoi je me résous:
+ Je me veux exempter de ce honteux commerce
+ Où la déloyauté si pleinement s'exerce;
+ Un cloître est désormais l'objet de mes desirs:
+ L'âme ne goûte point ailleurs de vrais plaisirs. 1485
+ Ma foi qu'avoit Doraste engageoit ma franchise;
+ Et je ne vois plus rien, puisqu'il me l'a remise,
+ Qui me retienne au monde, ou m'arrête en ce lieu:
+ Cherche une autre à trahir; et pour jamais, adieu[889].
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+ALIDOR[890].
+
+ Que par cette retraite elle me favorise! 1490
+ Alors que mes desseins cèdent à mes amours,
+ Et qu'ils ne sauroient plus défendre ma franchise,
+ Sa haine et ses refus viennent à leur secours.
+
+ J'avois beau la trahir, une secrète amorce
+ Rallumoit dans mon coeur l'amour par la pitié: 1495
+ Mes feux en recevoient une nouvelle force,
+ Et toujours leur ardeur en croissoit de moitié.
+
+ Ce que cherchoit par là mon âme peu rusée,
+ De contraires moyens me l'ont fait obtenir:
+ Je suis libre à présent qu'elle est désabusée, 1500
+ Et je ne l'abusois que pour le devenir.
+
+ Impuissant ennemi de mon indifférence,
+ Je brave, vain Amour, ton débile pouvoir:
+ Ta force ne venoit que de mon espérance,
+ Et c'est ce qu'aujourd'hui m'ôte son désespoir. 1505
+
+ Je cesse d'espérer et commence de vivre;
+ Je vis dorénavant, puisque je vis à moi;
+ Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre,
+ C'est de moi seulement que je prendrai la loi.
+
+ Beautés, ne pensez point à rallumer ma flamme[891]: 1510
+ Vos regards ne sauroient asservir ma raison;
+ Et ce sera beaucoup emporté sur mon âme,
+ S'ils me font curieux d'apprendre votre nom.
+
+ Nous feindrons toutefois, pour nous donner carrière,
+ Et pour mieux déguiser nous en prendrons un peu, 1515
+ Mais nous saurons toujours rebrousser en arrière,
+ Et quand il nous plaira nous retirer du jeu.
+
+ Cependant Angélique enfermant dans un cloître
+ Ses yeux dont nous craignions la fatale clarté,
+ Les murs qui garderont ces tyrans de paroître 1520
+ Serviront de remparts à notre liberté.
+
+ Je suis hors de péril qu'après son mariage[892]
+ Le bonheur d'un jaloux augmente mon ennui;
+ Et ne serai jamais sujet à cette rage
+ Qui naît de voir son bien entre les mains d'autrui. 1525
+
+ Ravi qu'aucun n'en ait ce que j'ai pu prétendre,
+ Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu,
+ Comme je la donnois sans regret à Cléandre,
+ Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu.
+
+
+FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [844] _Var._ Et vous puis-je haïr si j'aime tout le monde?
+ (1637-57)
+
+ [845] _Var._ Les traits que cette nuit il trempoit dans vos
+ larmes. (1637-68)
+
+ [846] _Var._ Je crois prendre une fille, et suis pris par un
+ autre. (1637-52 et 57)
+
+ [847] _Var._ Je m'expose à ma peine et néglige ma fuite. (1660)
+
+ [848] _Var._ Je m'offre à des périls que tout le monde évite.
+ Ce que j'ai pu ravir, je le viens demander. (1637-57)
+
+ [849] _Var._ [Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue.]
+ CLÉAND. Mais après le danger où vous vous êtes vue,
+ Malgré tous vos mépris, les soins de votre honneur
+ Vous doivent désormais résoudre à mon bonheur.
+ La moitié d'une nuit passée en ma puissance
+ A d'étranges soupçons porte la médisance.
+ Cela su, présumez comme on pourra causer.
+ PHYL. Pour étouffer ce bruit il vous faut épouser,
+ Non pas? Mais au contraire, après ce mariage,
+ On présumeroit tout à mon désavantage,
+ Et vous voir refusé fera mieux croire à tous
+ Qu'il ne s'est rien passé qu'à propos entre nous[849-a].
+ [Toutefois après tout, mon humeur est si bonne.] (1637-57)
+
+ [849-a] Qu'il ne s'est rien passé que de juste entre nous.
+ (1644-57)
+
+ [850] _Var._ Si vous me refusez, m'écouteroient-ils mieux?
+ (1637-60)
+
+ [851] _Var._ Il vous faudroit tout dire. (1637-60)
+
+ [852] _Var._ _Elle rentre, et Cléandre la voulant suivre, Alidor
+ l'arrête._ (1637, en marge.)
+
+ [853] _Var._ Pourvu que son humeur soit pareille à la sienne.
+ (1637-57)
+
+ [854] Voyez _Mélite_, vers 1047, et note 3.
+
+ [855] _Var._ Je m'exposerois trop à des maux sans remède.
+ (1637-57)
+
+ [856] _Var._ Qu'ainsi tout me succède!
+ Comme si ses desirs se régloient sur mes voeux. (1637-57)
+
+ [857] _Var._ Aveugle, cette nuit m'a redonné le jour. (1637-57)
+
+ [858] _Var._ [A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs.] Je ne
+ Je ne m'obstine plus à mériter sa haine:
+ Je me sens trop heureux d'une si belle chaîne;
+ Ce sont traits d'esprit fort que d'en vouloir sortir.
+ Et c'est où ma raison ne peut plus consentir.
+ [Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie]
+ Pour me dire qu'on m'aime après ma perfidie? (1637-57)
+
+ [859] _Var._ Porte-t-il point ma belle à me vouloir du mal?
+ (1637-57)
+
+ [860] _Var._ Que dis-je, misérable? ah! c'est trop me méprendre.
+ (1637-57)
+
+ [861] _Var._ Et si le ciel vengeur comme moi ne conspire. (1637
+ et 48-54)
+
+ [862] _Var._ Entrons à tous hasards d'un esprit résolu. (1637-57)
+
+ [863] _Var._ Que si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1637-57)
+ _Var._ Ou si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1660)
+
+ [864] _Var._ Nous savons les chemins de regagner son coeur. (1637-57)
+ _Var._ Cherchons quelques moyens de regagner son coeur. (1660-64)
+
+ [855] _Var._ J'aurois peu de raison de lui vouloir du mal
+ Pour m'avoir délivré d'un esprit déloyal. (1637-57)
+
+ [866] _Var._ [Il me rendra soudain et la vie et ma soeur.]
+ LYC. Écoutez un peu moins votre âme généreuse:
+ Que feriez-vous par là qu'une soeur malheureuse?
+ Les soins de son honneur que vous devez avoir,
+ Pour d'autres intérêts vous doivent émouvoir.
+ Après que par hasard Cléandre l'a ravie,
+ Elle perdroit l'honneur s'il en perdoit la vie.
+ On la croiroit son reste, et pour la posséder
+ Peu d'amants, sur ce bruit, se voudroient hasarder.
+ Faites mieux: votre soeur à peine peut prétendre
+ [Une fortune égale à celle de Cléandre:]
+ Que l'excès de ses biens vous le rendent[866-a] chéri,
+ Et de son ravisseur faites-en son mari.
+ Encor que son dessein ne fût pour sa personne. (1637-57)
+
+ [866-a] Le verbe est au pluriel dans toutes les éditions
+ indiquées.
+
+ [867] _Var._ Ma soeur, je te retiens après t'avoir perdue! (1637)
+
+ [868] _Var._ Et de grâce, quel lieu recèle le voleur. (1637-57)
+
+ [869] _Var._ Au lieu de ton rival, attaque ton beau-frère.
+ (1637-57)
+
+ [870] _Var._ Et veut faire d'un rapt un amour légitime. (1637-57)
+
+ [871] _Var._ Non pas, à dire vrai, que son objet me tente,
+ Mais, mon père content, je suis assez contente. (1637-57)
+
+ [872] Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.
+
+ [873] _Var._ Eh quoi! ce qui me plaît, faut-il qu'il te déplaise?
+ (1637-57)
+
+ [874] _Var._ Règle, plus modéré, ton esprit sur le mien.
+ (1637-57)
+
+ [875] _Var._ Si tu n'es, mon souci, d'humeur à te dédire.
+ (1637-57)
+
+ [876] Il y a _tout aigreur_, au masculin, dans les éditions de
+ 1648-57. Voyez la note relative au mot _ardeur_, tome I, p. 465,
+ note 2.
+
+ [877] Dans l'édition de 1637, ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE sont
+ seuls nommés en tête de la scène; les autres personnages sont
+ remplacés par un _etc._
+
+ [878] _Var._ Mais la chance est tournée en cet enlèvement.
+ (1637-57)
+
+ [879] _Var._ Tu perds un serviteur, et je gagne un amant. (1637)
+
+ [880] _Var._ Puisque avec Alidor je lui rends la parole. (1648)
+
+ [881] L'édition de 1682 donne seule, et sans doute par erreur:
+ _ferez-vous_, pour _feriez-vous_.
+
+ [882] _Var._ Vous l'aimiez, aimez-le: je lui cède mes droits.
+ (1637-57)
+
+ [883] _Var._ Mon âme, se peut-il que votre rigueur dure?
+ Suis-je plus Alidor? vos feux sont-ils éteints? (1637-57)
+
+ [884] L'édition de 1682 porte par erreur: «Et quand mon _coeur_
+ croît, etc.»
+
+ [885] _Var._ C'est là que je prendrai des mouvements plus saints.
+ (1637-57)
+
+ [886] _Var._ Ne veut point d'autre tiers pour les raccommoder.
+ (1657)
+
+ [887] _Var._ Si tu m'aimes, ma soeur, fais-en autant que moi.
+ (1654)
+
+ [888] _Var._ N'accommodent que mieux notre fragilité. (1637-57)
+
+ [889] _Var._ Cherche un autre à trahir, et pour jamais adieu.
+ (1637)
+
+ [890] Dans l'édition de 1637, on lit au-dessous du nom d'Alidor
+ le titre que voici: STANCES _en forme d'épilogue_.
+
+ [891] _Var._ Beautés, ne pensez point à réveiller ma flamme.
+ (1637-57)
+
+ [892] _Var._ Je suis hors du péril qu'après son mariage.
+ (1637-60)
+
+
+
+
+ LA
+ COMÉDIE DES TUILERIES
+
+ PAR LES CINQ AUTEURS
+
+ IIIe ACTE
+
+ 1635
+
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Tout le monde connaît le goût de Richelieu pour le théâtre. Ce fut lui
+qui fournit les sujets de _la Comédie des Tuileries_, de _l'Aveugle de
+Smyrne et de la Grande Pastorale_. Les deux premiers de ces ouvrages
+furent seuls imprimés. Les observations que Chapelain présenta au
+Cardinal au sujet du troisième, l'empêchèrent de le faire publier.
+
+«Il faisoit, dit Pellisson[893], composer les vers de ces pièces,
+qu'on nommoit alors _les Pièces des cinq Auteurs_, par cinq personnes
+différentes, distribuant à chacun un acte, et achevant par ce moyen
+une comédie en un mois. Ces cinq personnes étoient MM. de Boisrobert,
+Corneille, Colletet, de l'Estoile et Rotrou, auxquels, outre la
+pension ordinaire qu'il leur donnoit, il faisoit quelques libéralités
+considérables, quand ils avoient réussi à son gré. Ainsi M. Colletet
+m'a assuré que lui ayant porté le _Monologue des Tuileries_[894], il
+s'arrêta particulièrement sur deux vers de la description du carré
+d'eau en cet endriot:
+
+ La cane s'humecter de la bourbe de l'eau,
+ D'une voix enrouée et d'un battement d'aile,
+ Animer le canard qui languit auprès d'elle;
+
+et qu'après avoir écouté tout le reste, il lui donna de sa propre main
+cinquante pistoles, avec ces paroles obligeantes, «que c'étoit
+seulement pour ces deux vers qu'il avoit trouvés si beaux, et que le
+Roi n'étoit pas assez riche pour payer tout le reste.» M. Colletet
+ajoute encore une chose assez plaisante. Dans ce passage que je viens
+de rapporter, au lieu de: _La cane s'humecter de la bourbe de l'eau_,
+le Cardinal voulut lui persuader de mettre: _barboter dans la bourbe
+de l'eau_. Il s'en défendit, comme trouvant ce mot trop bas; et non
+content de ce qu'il lui en dit sur l'heure, étant de retour à son
+logis, il lui écrivit une lettre sur ce sujet, pour lui en parler
+peut-être avec plus de liberté. Le Cardinal achevoit de la lire,
+lorsqu'il survint quelques-uns de ses courtisans, qui lui firent
+compliment sur je ne sais quel heureux succès des armes du Roi, et lui
+dirent que rien ne pouvoit résister à Son Éminence. «Vous vous
+trompez, leur répondit-il en riant, et je trouve dans Paris même des
+personnes qui me résistent.» Et comme on lui eut demandé quelles
+étoient donc ces personnes si audacieuses: «Colletet, dit-il; car
+après avoir combattu hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas
+encore, et voilà une grande lettre qu'il vient de m'en écrire.» Il
+faisoit au reste représenter ces comédies des cinq auteurs devant le
+Roi et devant toute la cour, avec de très-magnifiques décorations de
+théâtre. Ces Messieurs avoient un banc à part, en un des plus commodes
+endroits; on les nommoit même quelquefois avec éloge, comme on fit à
+la représentation des Tuileries, dans un prologue fait en prose[895],
+où, entre autres choses, l'invention du sujet fut attribuée à M.
+Chapelain, qui pourtant n'avoit fait que le réformer en quelques
+endroits; mais le Cardinal le fit prier de lui prêter son nom en cette
+occasion, ajoutant qu'en récompense il lui prêteroit sa bourse en
+quelque autre.»
+
+A ces renseignements curieux, Voltaire, dans _sa Préface historique
+sur le Cid_, en ajoute quelques autres, qui nous font connaître la
+part que notre poëte prit à la composition de cette comédie:
+
+«Le Cardinal.... avait arrangé lui-même toutes les scènes (_de la
+Comédie des Tuileries_). Corneille, plus docile à son génie que souple
+aux volontés d'un premier ministre, crut devoir changer quelque chose
+dans le troisième acte qui lui fut confié. Cette liberté estimable fut
+envenimée par deux de ses confrères, et déplut beaucoup au Cardinal,
+qui lui dit _qu'il fallait avoir un esprit de suite_. Il entendait par
+esprit de suite la soumission qui suit aveuglément les ordres d'un
+supérieur. Cette anecdote était fort connue chez les derniers princes
+de la maison de Vendôme, petits-fils de César de Vendôme, qui avait
+assisté à la représentation de cette pièce du Cardinal.»
+
+Elle fut jouée devant la Reine, probablement pour la première fois, le
+4 mars 1635. Voici en quels termes la _Gazette_ du 10 mars mentionne
+cette représentation:
+
+«Le 4, le Roi fit à Seulis l'Ordonnance que je vous ai donnée dans
+mon dernier extraordinaire, pour la résidence actuelle des officiers
+de ses troupes, chacun en sa charge, à peine de cassation et privation
+d'icelle.... Le soir du même jour, fut représentée devant la Reine,
+dans l'Arsenal, une comédie dont je ne sais pas encore le nom, mais
+qui a mérité celui d'excellente par la bonté de ses acteurs, la
+majesté de ses vers, composés par cinq fameux poëtes, et la merveille
+de son théâtre.»
+
+Le numéro du 21 avril rend compte d'une autre représentation:
+
+«Le 14, le Cardinal-Duc vint de Ruel ici, où Leurs Majestés se
+rendirent de Saint-Germain le 16, auquel jour Monsieur (_Gaston, duc
+d'Orléans_) voulut souper en l'hôtel de Son Éminence, et entendre la
+fameuse comédie des cinq auteurs, qui fut dignement représentée.»
+
+Elle ne fut publiée que trois ans plus tard; l'achevé d'imprimer est
+du 19 juin 1638. Voici la reproduction textuelle du titre:
+
+LA COMEDIE DES TVILLERIES. _Par les cinq Autheurs. A Paris, chez
+Augustin Courbé, imprimeur et libraire de Monseigneur Frère du
+Roy...._ M.DC.XXXVIII. _Auec Priuilege du Roy_, in-4º.
+
+On lit dans l'avis _Au lecteur_: «Cette pièce, Lecteur, a été trop
+bien concertée pour n'être pas dans la justesse requise, et pour ne
+point contenter vos yeux après avoir charmé vos oreilles. Vous savez
+avec quelle magnificence elle a été représentée à la cour, et que ceux
+qui l'ont vue en ont tous admiré la conduite et les décorations de
+théâtre.... Vous saurez au reste qu'elle a été faite par cinq
+différents auteurs qui pour n'être pas nommés ne laissent pas
+toutefois d'avoir beaucoup de nom; et les ouvrages desquels sont assez
+connus d'ailleurs pour vous faire avouer le mérite de celui-ci.»
+
+Cet avis _Au lecteur_ est précédé d'une épître dédicatoire, adressée à
+monseigneur le chevalier d'Igby, et signée de l'académicien Jean
+Baudoin, qui a écrit également l'épître placée en tête de _l'Aveugle
+de Smyrne_.
+
+Bien que le titre de cette seconde pièce, dont l'achevé d'imprimer est
+du 17 juin 1638, porte, comme celui de _la Comédie des Tuileries_:
+«par les cinq autheurs,» on lit dans l'avis qui la précède: «Vous....
+pourrez juger de ce que vaut cet ouvrage, soit par l'excellence de sa
+matière, soit par la forme que lui ont donnée _quatre_ célèbres
+esprits.» Ici les frères Parfait ont imprimé _cinq_, mais l'édition
+originale porte bien _quatre_, comme M. Livet l'a fait remarquer le
+premier[896]. Quel est l'absent? L'avis ne nous le dit pas, mais
+Voltaire nous l'apprend dans sa _Préface sur Médée_: «Corneille se
+retira bientôt de cette société, sous le prétexte des arrangements de
+sa petite fortune qui exigeait sa présence à Rouen.»
+
+Nous avons cru devoir citer tout au long ces divers témoignages qui
+s'éclaircissent et se contrôlent mutuellement. Les conclusions qu'on
+en doit tirer nous paraissent très-claires et très-simples. Corneille
+a versifié le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_; c'est
+après la représentation de cette pièce qu'il s'est retiré, et il est
+au moins bien vraisemblable qu'il n'a pas eu, comme le dit Voltaire
+dans sa _Préface sur le Cid_, que nous avons déjà citée, «le
+malheureux avantage de travailler deux ans après à _l'Aveugle de
+Smyrne_.» Toutefois la société des _cinq auteurs_ réduite à quatre a
+conservé son nom, que l'usage avait consacré.
+
+Si nous n'avions pour admettre la collaboration de Corneille et lui
+attribuer le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_ qu'une
+assertion de Voltaire, dont nous ne connaîtrions pas le fondement,
+nous pourrions hésiter, mais ici Voltaire nous apprend sur quoi sa
+parole s'appuie: il ne fait que rapporter une tradition qui remonte à
+un contemporain de Corneille, à César de Vendôme, qui avait assisté
+aux représentations de l'ouvrage.
+
+Nous pouvons d'ailleurs appeler à notre aide un genre de preuves qui a
+peu d'autorité lorsqu'il est isolé, mais qui en acquiert davantage
+lorsqu'il vient en corroborer d'autres d'une nature différente.
+
+Si l'on examine le troisième acte des _Tuileries_, on voit
+immédiatement combien il est supérieur à ceux qui le précèdent et à
+ceux qui le suivent, et l'on est frappé du nombre de mots, de tours,
+familiers à Corneille, qu'on y rencontre à chaque instant. De plus, on
+y voit l'esquisse informe, indécise, j'en conviens, mais bien marquée
+pourtant, si je ne me trompe, de certaines pensées, de certaines
+situations qui se trouvent dans les ouvrages postérieurs du poëte, où,
+mieux placées, plus heureusement développées, elles commandent notre
+admiration ou font couler nos larmes.
+
+On connaît ces vers de _Rodogune_ (acte I, scène V):
+
+ Il est des noeuds secrets, il est des sympathies
+ Dont par le doux rapport les âmes assorties
+ S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer
+ Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
+
+N'avons-nous pas ici la rédaction définitive d'une pensée que nous
+trouvons d'abord dans le troisième acte de _la Comédie des Tuileries_
+(scène II, vers 102, p. 314):
+
+ Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:
+ Un regard y suffit, et rien ne fait aimer
+ Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer?
+
+Cette pensée, nous la rencontrons plus d'une fois dans les pièces
+représentées pendant le long espace de temps qui sépare ces deux
+ouvrages:
+
+ Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer
+ Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer.
+ (_Médée_, acte II, scène V.)
+
+ Il attache ici-bas avec des sympathies
+ Les âmes que son ordre a là-haut assorties
+ (_L'Illusion_, acte III, scène I.)
+
+La même idée revient encore dans _la Suite du Menteur_ (acte IV, scène
+I), mais l'expression est un peu différente:
+
+ Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,
+ Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.
+
+Qui ne serait porté à croire, après avoir lu ces divers passages, que
+celui de _la Comédie des Tuileries_ doit être du même auteur que les
+autres?
+
+Malgré la faiblesse du canevas auquel, _par esprit de suite_,
+Corneille s'est vu contraint de se conformer, il a su semer son acte
+de scènes intéressantes, au moins par la forme. Celle d'Aglante et de
+Cléonice (scène VII, p. 333) laisse par endroits pressentir, de bien
+loin il est vrai, l'entrevue de Rodrigue et de Chimène.
+
+On pourrait multiplier les rapprochements de ce genre. Ce sont des
+preuves, nous le savons et l'avons dit, qui à elles seules ne
+suffisent pas; mais ici, nous le répétons également, elles en viennent
+confirmer d'autres, et, pour notre compte, quand nous les pesons
+toutes, nous ne doutons guère que Corneille ne soit l'auteur de ce
+troisième acte de _la Comédie des Tuileries_. Notre conviction
+fût-elle moindre et nous restât-il quelque incertitude, nous croirions
+cependant devoir lui donner place dans ce volume, aimant mieux nous
+exposer à faire figurer parmi les ouvrages de notre poëte un morceau
+douteux, qu'à en omettre un qui fût vraiment son oeuvre.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [893] _Relation contenant l'histoire de l'Académie françoise_,
+ 1653, p. 181.
+
+ [894] Ce _monologue_ sert de prologue à la pièce. Ce n'est pas
+ sur le carré d'eau, comme dit Pellisson, mais sur le bord d'un
+ ruisseau que le poëte voit la cane et le canard:
+
+ A même temps j'ai vu sur le bord d'un ruisseau
+ La cane s'humecter, etc.
+
+ [895] Ce prologue n'a pas été imprimé en tête de la pièce.
+
+ [896] _Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et
+ d'Olivet_, tome I, fin de la note 1 de la p. 83.
+
+
+ARGUMENT[897].
+
+AGLANTE, promis à Cléonice, se rend à Paris pour son mariage. A son
+arrivée, il entre dans une église ou, pour parler son langage, dans
+un temple où il invoque les Dieux. Là il rencontre sa future, dont il
+devient tout à coup amoureux sans la connaître. Il fait prendre
+quelques renseignements à son sujet, et on lui rapporte faussement
+qu'elle se nomme Mégate. La jeune fille veut à son tour savoir le nom
+de celui qui s'est si subitement épris d'elle; mais Aglante, déguisant
+aussi le sien, fait dire qu'il s'appelle Philène. Trompés par ces faux
+noms, ils veulent tous deux éviter l'hymen auquel on les destine.
+Cléonice fuit la maison paternelle sous le costume d'une jardinière,
+et va se précipiter dans le carré d'eau, d'où elle est aussitôt
+retirée; Aglante, désespéré, se jette dans la fosse des lions des
+Tuileries qui, par bonheur, ne lui font aucun mal. A la fin tout
+s'explique, et les amants se reconnaissent et s'épousent.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [897] Cet argument ne se trouve pas en tête de la pièce; nous
+ l'avons rédigé pour que le lecteur pût comprendre sans difficulté
+ l'acte que nous publions.
+
+
+
+
+ACTEURS (DU IIIe ACTE).
+
+
+ AGLANTE, gentilhomme françois.
+ ARBAZE, oncle d'Aglante.
+ ASPHALTE, confident d'Aglante.
+ CLÉONICE, suivante.
+ ORPHISE, voisine[898] de Cléonice.
+ FLORINE, voisine d'Arbaze.
+
+(La scène est aux Tuileries.)
+
+
+
+
+LA COMÉDIE DES TUILERIES.
+
+
+
+
+ACTE III.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ARBAZE.
+
+ C'est doncques dans ces lieux qu'Aglante se promène:
+ Asphalte me l'a dit, je n'en suis plus en peine,
+ Mais j'ai mal pénétré le sens de ses discours,
+ Ou ce jeune insolent a fait d'autres amours.
+ Aglante, pris ailleurs, rejette Cléonice; 5
+ Le choix que j'en ai fait lui tient lieu de supplice.
+ Un autre objet le charme, il me craint, il me fuit,
+ Et se laisse emporter au feu qui le séduit;
+ Mais j'en sais le remède: une jeune voisine,
+ Admirable en adresse et belle autant que fine[899], 10
+ Que son père, en mourant, laissa dessous ma loi,
+ Dans ces beaux promenoirs se doit rendre après moi.
+ Ses yeux vont faire essai de leur plus douce force
+ A lui jeter du change une insensible amorce,
+ Solliciter ses voeux, et partager son coeur 15
+ Avecque les attraits de ce premier vainqueur.
+ Entre deux passions son âme balancée
+ Ne suivra plus ainsi son ardeur insensée;
+ Et la raison alors, reprenant son pouvoir,
+ Le rangera peut-être aux termes du devoir. 20
+ Rends inutile, Aglante, un si long artifice,
+ Ne me résiste point, viens voir ta Cléonice.
+ Tout est prêt chez sa mère, et l'on n'attend que toi,
+ Pour lui donner ta main et recevoir sa foi.
+ Songe avec quel amour, avec quelle tendresse, 25
+ De tes plus jeunes ans j'élevai la foiblesse.
+ Verrai-je tant de soins payés par un mépris,
+ Et ta rébellion en devenir le prix?
+ Souffre que la raison soit enfin la plus forte;
+ Tâche de mériter l'amour que je te porte. 30
+ Mais le voici qui vient: son visage étonné
+ M'est un signe bien clair d'un esprit mutiné,
+ Et je n'apprends que trop d'une telle surprise
+ Qu'une ardeur aveuglée engage sa franchise.
+
+
+SCÈNE II.
+
+ARBAZE, AGLANTE.
+
+ ARBAZE.
+
+ Aglante, quel dessein vous fait ainsi cacher? 35
+ Prenez-vous du plaisir à vous faire chercher?
+ D'où venez-vous enfin?
+
+ AGLANTE.
+
+ De ce proche ermitage.
+
+ ARBAZE.
+
+ Et qui vous y menoit?
+
+ AGLANTE.
+
+ Ce fatal mariage.
+ Prêt d'en subir le joug sur la foi de vos yeux,
+ J'ai voulu consulter ces truchements des Dieux. 40
+ J'ai voulu m'informer de l'apprêt nécessaire
+ A finir dignement une si grande affaire;
+ Me résoudre avec eux de la difficulté
+ Qui me tient, malgré moi, l'esprit inquiété,
+ Et soulevant mes sens contre votre puissance, 45
+ Mêle un peu d'amertume à mon obéissance;
+ Promettre à Cléonice un amour éternel
+ Sous la sainte rigueur d'un serment solennel,
+ Avant que de la voir, avant que de connoître
+ Si ses attraits auront de quoi le[900] faire naître: 50
+ Certes, quoi qu'il m'en vienne et de biens et d'honneur,
+ C'est bien mettre au hasard mon repos et mon heur.
+
+ ARBAZE.
+
+ Quel avis sur ce point vous donnent vos ermites?
+
+ AGLANTE.
+
+ Un d'eux tout chargé d'ans et comblé de mérites
+ (Plût aux Dieux qu'avec moi vous l'eussiez entendu! 55
+ Sans doute à ses raisons vous vous seriez rendu):
+ «Mon enfant, m'a-t-il dit, en l'état où vous êtes,
+ Ne précipitez rien, voyez ce que vous faites:
+ L'hymen n'est pas un noeud qui se rompe en un jour,
+ C'est un lien sacré, mais un lien d'amour; 60
+ Et qu'est-ce que l'amour, qu'une secrète flamme
+ Qui pénètre les sens pour entrer dans une âme?
+ Nos sens ouvrent la porte à ce maître des Dieux,
+ Et cet aveugle enfant a besoin de nos yeux.
+ D'ailleurs, où prenez-vous l'indiscrète assurance 65
+ D'approcher ses autels avec irrévérence?
+ Sans qu'aucune étincelle ait pu vous enflammer,
+ Sans savoir seulement si vous pourrez aimer?
+ Faire de votre foi les Dieux dépositaires,
+ Est-ce avoir du respect pour leurs sacrés mystères? 70
+ Et n'est-ce pas assez pour attirer sur vous
+ L'implacable rigueur de leur juste courrous[901]?»
+
+ ARBAZE.
+
+ Enfin vous en croyez ce vénérable père.
+
+ AGLANTE.
+
+ Je respecte les Dieux et je crains leur colère.
+
+ ARBAZE.
+
+ O l'excellent prétexte, et qu'il est merveilleux! 75
+ Au retour d'Italie être encor scrupuleux!
+ Les Dieux, s'ils n'étoient bons, puniroient cette feinte:
+ C'est ne les craindre pas qu'abuser de leur crainte.
+ Offrez-leur seulement, avec un peu d'encens,
+ Une âme pure et nette et des voeux innocents, 80
+ Et ne présumez pas qu'aucun d'eux s'intéresse
+ Par quels yeux un amant choisisse une maîtresse.
+ Ceux d'un autre vous-même employés à ce choix
+ De votre vieil rêveur ne faussent point les lois;
+ Les vôtres et les miens ne sont que même chose; 85
+ Que sur mon amitié votre esprit se repose.
+ Vous savez que mon coeur est à vous tout entier,
+ Que je vous tiens pour fils et pour seul héritier,
+ Que pour vous assurer d'un amour plus sincère
+ Je quitte le nom d'oncle et prends celui de père, 90
+ Qu'en vos prospérités j'arrête mes desirs,
+ Qu'à vos contentements j'attache mes plaisirs,
+ Et que mon sort du vôtre étant inséparable,
+ Je ne puis être heureux et vous voir misérable.
+ Puisque de vos malheurs je sentirois les cous[902], 95
+ Craignez-vous que je fasse un mauvais choix pour vous?
+ Celle à qui ma prudence aujourd'hui vous engage
+ Rangeroit sous ses lois l'homme le plus sauvage:
+ Sa beauté ravissante et son esprit charmant
+ Malgré vous, dès l'abord, vous feront son amant; 100
+ Elle est sage, elle est riche.
+
+ AGLANTE.
+
+ Elle est inestimable;
+ Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:
+ Un regard y suffit, et rien ne fait aimer
+ Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer[903],
+ Un prompt saisissement, une atteinte impourvue[904] 105
+ Qui nous blesse le coeur en nous frappant la vue.
+ Le coup en vient du ciel, qui verse en nos esprits
+ Les principes secrets de prendre et d'être pris.
+ Tel objet perce un coeur qui ne touche pas l'autre,
+ Et mon oeil voit peut-être autrement que le vôtre. 110
+ Encor si mon malheur vous pouvoit rendre heureux,
+ Je courrois au-devant de mon sort rigoureux;
+ Mais puisque mon destin, du vôtre inséparable,
+ Vous feroit malheureux si j'étois misérable,
+ Pour vous rendre content, souffrez que je le sois, 115
+ Et que mes yeux au moins examinent le choix.
+
+ ARBAZE.
+
+ Pensez à l'accepter sans me faire paroître
+ Que quand je suis content vous avez peine à l'être[905];
+ Tandis entretenez cette jeune beauté:
+ C'est un soin que lui doit votre civilité; 120
+ Nous sommes ses voisins.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ARBAZE, FLORINE, AGLANTE.
+
+ FLORINE.
+
+ Quoi, Monsieur, ma présence
+ De l'oncle et du neveu trouble la conférence?
+
+ ARBAZE, en s'en allant.
+
+ Avant que de vous voir j'étois sur le départ,
+ Et vous n'aimez pas tant l'entretien d'un vieillard;
+ Je crois que mon adieu vous plaira davantage, 125
+ Puisqu'il vous abandonne un galant de votre âge.
+
+ FLORINE.
+
+ Il a toujours le mot, et sous ses cheveux gris
+ Sa belle humeur fait honte aux plus jeunes esprits.
+
+ AGLANTE.
+
+ Son bonheur, à mon gré, passe bien l'ordinaire,
+ Puisque, tout vieux qu'il est, il a de quoi vous plaire. 130
+
+ FLORINE.
+
+ A qui ne plairoit pas un vieillard si discret?
+ Je ne puis le celer, je n'en vois qu'à regret:
+ J'aime bien leur adieu, mais non pas leur présence.
+ Lui qui s'en doute assez, me fuit par complaisance;
+ Et m'avoir en partant laissé votre entretien, 135
+ C'est un nouveau sujet de lui vouloir du bien.
+
+ AGLANTE.
+
+ Son adieu va produire un effet tout contraire.
+ J'ai l'esprit tout confus, pour ne vous pas déplaire,
+ Et le pesant chagrin qui m'accable aujourd'hui
+ Vous donnera sujet de vous plaindre de lui. 140
+ Dans le secret désordre où mon âme est réduite,
+ Mon humeur est sans grâce et mes propos sans suite;
+ Je ne suis bon enfin qu'à vous importuner.
+
+ FLORINE.
+
+ Bien moins que votre esprit ne veut s'imaginer.
+ Mon naturel est vain, je me flatte moi-même: 145
+ Quand on m'entretient mal, je présume qu'on m'aime.
+ Je crois voir aussitôt un effet de mes yeux,
+ Et l'on me plairoit moins de m'entretenir mieux.
+ Un discours ajusté ne sent point l'âme atteinte:
+ Plus il a de conduite et plus il a de feinte, 150
+ Le désordre sied bien à celui d'un amant:
+ Quelque confus qu'il soit, il parle clairement.
+ Or moi qui ne suis pas de ces capricieuses
+ Qui donnent à l'amour des lois injurieuses,
+
+(Orphise et Cléonice sortent et écoutent leurs discours.)
+
+ En mettent le haut point à se taire et souffrir, 155
+ Et s'offensent des voeux qu'on ose leur offrir,
+ Je vous estimerois envieux de ma gloire
+ Si vaincu par mes yeux, vous cachiez ma victoire.
+ Parlez donc hardiment du feu que vous sentez,
+ Ne soyez point honteux des fers que vous portez. 160
+ Sitôt qu'on est blessé, j'aime à voir qu'on se rende,
+ Et mon coeur pour le moins vaut bien qu'on le demande.
+ Je ne suis pas d'humeur à vous laisser périr;
+ Mais sans savoir vos maux, les pourrai-je guérir?
+ Le silence en amour est un lâche remède. 165
+ Tâchant à vous aider, méritez qu'on vous aide:
+ Laissez à votre bouche expliquer les discours
+ Que vos yeux languissants me font de vos amours.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+AGLANTE, CLÉONICE, ORPHISE, FLORINE.
+
+(Orphise et Cléonice sont encore cachées[906], en sorte qu'on les
+voit.)
+
+ CLÉONICE.
+
+ Orphise, entendez-vous cette jeune éventée?
+
+ ORPHISE.
+
+ Ne craignez rien, ma soeur: elle s'est mécontée[907]. 170
+ Attaque qui voudra le coeur de votre amant:
+ Ce n'est pas un butin qu'on enlève aisément.
+ Oyez-le repartir à cette effronterie.
+
+ FLORINE.
+
+ Quoi, Monsieur, vous voilà dedans la rêverie?
+ Vous consultez encore, et votre bouche a peur 175
+ De confirmer un don que me fait votre coeur!
+
+ AGLANTE.
+
+ Il seroit trop heureux d'un si digne servage
+ S'il pouvoit être à vous sans devenir volage:
+ Un autre objet possède et mes voeux et ma foi;
+ Ne me demandez point ce qui n'est plus à moi. 180
+ Quand même je pourrois disposer de mon âme,
+ Pourriez-vous accepter une si prompte flamme?
+ Pourriez-vous faire état d'un coeur sitôt en feu?
+ Prise-t-on un captif, quand il coûte si peu?
+ L'ennemi qui combat signale sa défaite, 185
+ Et couronne bien mieux le guerrier qui l'a faite;
+ Mais celui qui se rend perd beaucoup de son prix,
+ Et fait si peu d'honneur qu'il reçoit du mépris.
+ Vous triompheriez mieux si j'osois me défendre:
+ La gloire est à forcer et non pas à surprendre. 190
+
+ ORPHISE, à Cléonice.
+
+ Après cette réponse elle doit bien rougir.
+
+ FLORINE.
+
+ Je sais comme mes yeux ont coutume d'agir;
+ Si vous êtes honteux d'une flamme si prompte,
+ Il faut que mon exemple emporte cette honte.
+ Il est vrai, je vous aime autant que vous m'aimez; 195
+ Un moment a nos coeurs l'un à l'autre enflammés;
+ Soyez vain comme moi de ma flamme naissante:
+ Plus un effet est prompt, plus sa cause est puissante.
+
+ AGLANTE, apercevant Cléonice et allant à elle.
+
+(Il ne faut pas que Cléonice paroisse sur le théâtre, en sorte
+qu'elle puisse être connue de Florine: elle doit être cachée à
+demi derrière un arbre, couvrant sa face de son mouchoir.)
+
+ Voici mon cher amour, adorable beauté.
+
+ FLORINE, l'interrompant.
+
+ Cherchez-vous un asile à votre liberté? 200
+ Vraiment vous choisissez un fort mauvais refuge:
+ Vous courez vers Orphise, et je la prends pour juge.
+ Faites-moi la raison d'un voleur de mon bien:
+ Qu'il me rende mon coeur, ou me donne le sien.
+
+ AGLANTE.
+
+ Contez-lui vos raisons, je vous laisse avec elle. 205
+
+ FLORINE.
+
+ Quoi, vous continuez à faire le rebelle?
+
+ AGLANTE.
+
+ Dérobons-nous, mon âme, à l'importunité
+ Dont nous menace encor son babil affété.
+
+ CLÉONICE.
+
+ Mon amour est ravi d'une telle retraite.
+
+
+SCÈNE V.
+
+ORPHISE, FLORINE.
+
+ ORPHISE.
+
+ Comment vous trouvez-vous d'avoir fait la coquette? 210
+ Vous avez tant de grâce à souffrir un refus,
+ Que personne après vous ne s'en mêlera plus.
+ Les filles donc ainsi perdent la retenue!
+ Et depuis quand la mode en est-elle venue?
+ Vous vous offrez vous-même; ah! j'en rougis pour vous. 215
+
+ FLORINE.
+
+ Mille s'offrent à moi, que je dédaigne tous.
+ Si je fuis tant d'amants dont je suis recherchée,
+ J'en puis rechercher un, quand mon âme est touchée:
+ Un peu d'amour sied bien après tant de mépris.
+
+ ORPHISE.
+
+ Un coeur se défend mal quand il est sitôt pris, 220
+ Et pour dire en un mot tout ce que je soupçonne,
+ Qui peut en prier un n'en refuse personne.
+
+ FLORINE.
+
+ Orphise, quelle humeur est la vôtre aujourd'hui,
+ Que par vos sentiments vous jugez ceux d'autrui?
+
+ ORPHISE.
+
+ On vous connoît assez, et vous êtes de celles 225
+ Que mille fois le plâtre a fait passer pour belles;
+ Dont la vertu consiste en de vains ornements;
+ Qui changent tous les jours de rabats[908] et d'amants:
+ Leurs inclinations ne tendent qu'à la bourse;
+ C'est là de leur desirs et le but et la source. 230
+ Voyez-les dans un temple importuner les Dieux,
+ Les prières en main, la modestie aux yeux;
+ Il n'est trait de pudeur qu'elles ne contrefassent,
+ Et Dieu sait comme alors les dupes s'embarrassent.
+ Elles savent souvent jeter mille hameçons 235
+ Et se rendre au besoin en diverses façons.
+ Après tout, je vous plains; ce courage farouche
+ Ne vous est échappé qu'à faute d'une mouche:
+ Encore un assassin[909], vous lui perciez le coeur;
+ Le fard déplaît sans doute à ce fâcheux vainqueur, 240
+ Et rend votre beauté tellement éclatante
+ Que son esprit bizarre en a pris l'épouvante.
+
+ FLORINE.
+
+ Je ne connus jamais ce que vous m'imputez,
+ Et ne veux point répondre à tant de faussetés.
+ Ma vie est innocente, et ma beauté naïve 245
+ Ne doit qu'à ses attraits les coeurs qu'elle captive.
+ Si j'ai quelques défauts, ils ne sont point cachés
+ Sous le fard éclatant que vous me reprochez;
+ Et quand bien le reproche en seroit légitime,
+ Orphise, d'un nom d'art feriez-vous un grand crime? 250
+ Jamais une beauté ne se doit négliger:
+ Quand la nature manque, il la faut corriger.
+ Est-ce honte d'aller par ces métamorphoses
+ A la perfection où tendent toutes choses?
+ La raison, la nature et l'art en font leur but; 255
+ L'amour, roi de nos coeurs, veut ces soins pour tribut,
+ Et tient pour bon sujet un esprit qui n'aspire
+ Qu'à trouver les moyens d'agrandir son empire.
+ C'est gloire de mourir pour ce maître des Dieux
+ Qui s'est privé pour vous de l'usage des yeux. 260
+ Si pour lui se défaire est un vrai sacrifice,
+ Se refaire pour lui, le nommez-vous un vice?
+ Ce qu'on fait pour lui plaire, osez-vous le blâmer?
+ Orphise, quand on aime, il se faut faire aimer.
+ L'amour seul de l'amour est le prix véritable, 265
+ Et pour se faire aimer, il faut se faire aimable.
+ Cette belle en effet de qui l'on parle tant
+ Tient du secours de l'art ce qu'elle a d'éclatant;
+ Cependant sa beauté, pour être déguisée,
+ A-t-elle moins d'amants? est-elle moins prisée? 270
+
+ ORPHISE.
+
+ Celle qu'en ces[910] discours vous venez d'attaquer,
+ Quand elle l'aura su, pourra vous répliquer:
+ Pour moi, sans intérêts dedans cette mêlée,
+ Je vais chercher Mégate au bout de cette allée.
+
+ FLORINE, seule.
+
+ Arbaze, c'est pour toi que j'en ai tant souffert; 275
+ Pour toi j'ai feint d'aimer et mon coeur s'est offert:
+ Pour t'avoir obéi l'on m'a persécutée;
+ Aglante ne me prend que pour une affétée,
+ Et consommé d'un feu contraire à son devoir,
+ Néglige également ma feinte et ton pouvoir. 280
+ Orphise cependant, sans pénétrer mon âme,
+ Juge par mes discours de l'objet de ma flamme:
+ Simple, qui ne sait pas que mon esprit discret
+ Rarement à ma bouche expose un tel secret;
+ Que jamais mon ardeur n'est aisément connue, 285
+ Et que plus j'ai d'amour, plus j'ai de retenue!
+ Aux filles c'est vertu de bien dissimuler:
+ Plus nos coeurs sont blessés, moins il en faut parler.
+ Si j'ose toutefois me le dire à moi-même,
+ A travers ces rameaux j'aperçois ce que j'aime: 290
+ C'est mon Asphalte, ô Dieux! il vient, dissimulons,
+ Et ne découvrons rien du feu dont nous brûlons.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+ASPHALTE, FLORINE.
+
+ ASPHALTE.
+
+ Trouver Florine seule et dans les Tuileries
+ Sans avoir d'entretien que de ses rêveries?
+ Quoi, tant de solitude auprès de tant d'appas? 295
+ Certes c'est un bonheur que je n'attendois pas.
+ Je n'osois espérer d'occasion si belle
+ A lui conter l'ardeur qui me brûle pour elle.
+
+ FLORINE.
+
+ Que votre esprit est rare et sait adrettement
+ Faire une raillerie avec un compliment! 300
+ Afin qu'à votre amour je sois plus obligée,
+ Vous me traitez d'abord en fille négligée,
+ Qui tient si peu de coeurs asservis sous sa loi,
+ Que mêmes en ces lieux elle manque d'emploi.
+ Est-ce ainsi qu'un amant cajole ce qu'il aime? 305
+
+ ASPHALTE.
+
+ Ah! ne m'imputez pas cet indigne blasphème:
+ Je sais trop que vos yeux règnent en toutes parts
+ Et que chacun se rend à leurs moindres regards.
+
+ FLORINE.
+
+ Exceptez-en Aglante, il m'a bien fait paroître
+ Que Florine n'est pas ce qu'elle pensoit être[911]. 310
+
+ ASPHALTE.
+
+ Il est vrai qu'il adore un autre objet que vous,
+ Et votre esprit peut-être en est un peu jalous[912];
+ Mais si vous aviez vu l'excès de sa tristesse,
+ Et combien de soupirs lui coûte sa maîtresse,
+ Vous seriez la première à plaindre ses malheurs. 315
+
+ FLORINE.
+
+ Quelque orgueilleux mépris fait naître ses douleurs.
+
+ ASPHALTE.
+
+ La beauté dont Aglante idolâtre les charmes
+ D'un déluge de pleurs accompagne ses larmes;
+ Arbaze, unique auteur de tous leurs déplaisirs,
+ Oppose sa puissance à leurs chastes desirs; 320
+ Son esprit irrité court à la violence:
+ La prière l'aigrit et la raison l'offense.
+ Il vient, la force en main; et l'ayant vu partir,
+ J'ai cru de mon devoir de les en avertir.
+ Les voilà tout en pleurs.
+
+(Il faut toujours remarquer que Cléonice ne doit paroître[913] le
+visage découvert devant Florine.)
+
+ FLORINE.
+
+ Évitons leur présence; 325
+ Mes larmes ne sauroient couler par complaisance:
+ Mon humeur est trop gaie, et, pour ne rien celer,
+ J'aime mieux rire ailleurs que de les consoler.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+CLÉONICE, AGLANTE.
+
+ CLÉONICE.
+
+ Mon Philène[914], as-tu donc un père si barbare
+ Qu'il veuille séparer une amitié si rare? 330
+
+ AGLANTE.
+
+ Vous l'avez entendu: ce vieillard inhumain,
+ Pour en rompre les noeuds, vient la force à la main,
+ Et dès le soir me livre à cette autre maîtresse,
+ Résolu que ma foi dégage sa promesse.
+
+ CLÉONICE.
+
+ Ah, dure tyrannie! ah, rigoureux destin! 335
+ Donc un si triste soir suit un si beau matin?
+ Le même jour propice et contraire à nos flammes
+ Va désunir deux corps dont il unit les âmes,
+ Fait nos biens et nos maux, et du matin au soir,
+ Voit naître nos desirs et mourir notre espoir. 340
+
+ AGLANTE.
+
+ L'amour, ce doux vainqueur, ce père des délices,
+ Ainsi n'a pour nous deux que de cruels supplices,
+ Et ce tyran fait naître, aux dépens de nos pleurs,
+ D'un moment de plaisirs un siècle de douleurs.
+
+ CLÉONICE.
+
+ Hélas! que de tourments accompagnent ses charmes! 345
+ Et qu'un peu de douceur nous va coûter de larmes!
+ Il me faut donc te perdre, et, dans le même lieu
+ Où j'ai reçu ton coeur, recevoir ton adieu!
+ Sanglots, qui de la voix me fermiez le passage,
+ Jusques à cet adieu permettez-m'en l'usage, 350
+ Et lorsque, le soleil ayant fini son tour,
+ Les flambeaux d'Hyménée éteindront ceux d'Amour,
+ Étouffez, j'y consens, cet objet déplorable
+ Des plus âpres rigueurs d'un sort impitoyable.
+ Philène, ainsi ma mort dégagera ta foi: 355
+ Ton coeur pourra brûler pour un autre que moi;
+ Tu pourras obéir sans me faire d'injure:
+ J'aime sans inconstance et change sans parjure.
+
+ AGLANTE.
+
+ Un père veut forcer un coeur à vous trahir,
+ Et vous croyez ce coeur capable d'obéir! 360
+ Ah! que vous jugez mal d'une amitié si forte!
+ Si notre espoir est mort, ma flamme n'est pas morte:
+ La naissance n'a point d'assez puissantes lois
+ Pour me faire manquer à ce que je vous dois;
+ Recevez de nouveau la foi que je vous donne, 365
+ D'être à jamais à vous, ou de n'être à personne.
+
+ CLÉONICE.
+
+ Hélas! en quel état le malheur nous réduit!
+ Faut-il d'un tel amour n'espérer point de fruit!
+
+ AGLANTE.
+
+ Aimons-nous et souffrons: aimé de ce qu'on aime,
+ On trouve des plaisirs dans la souffrance même. 370
+
+ CLÉONICE.
+
+ Aimons-nous et souffrons: deux coeurs si bien d'accord
+ Trouveroient des plaisirs dans les coups de la mort.
+
+ AGLANTE.
+
+ Résolus à mourir, qu'avons-nous plus à craindre?
+
+ CLÉONICE.
+
+ Mourant avec plaisir, qu'avons-nous plus à plaindre?
+
+ AGLANTE.
+
+ Plaignons-nous, mais du ciel, qui fait que le trépas 375
+ Au plus beau de notre âge a pour nous tant d'appas.
+
+ CLÉONICE.
+
+ N'accuse point le ciel de ce que fait ton[915] père.
+
+ AGLANTE.
+
+ Mon âme, c'est de là que part notre misère;
+ C'est lui qui nous traverse, et les Dieux sont jalous
+ Qu'en leur temple mes voeux ne s'adressoient qu'à vous. 380
+ Au pied de leurs autels j'adorois leur image:
+ Étoit-ce donc vous rendre un trop léger hommage?
+ O Dieux! d'un feu si pur faites-vous un forfait?
+ Vous pouvois-je adorer en un plus beau portrait?
+ Que votre jalousie ou votre haine éclate, 385
+ Jusque dans le tombeau j'adorerai Mégate[916].
+ Inventez des tourments à me priver du jour:
+ Ma vie est en vos mains, mais non pas mon amour.
+
+ CLÉONICE.
+
+ N'irrite point les Dieux et retiens ces blasphèmes;
+ Je te jure, mon coeur, les puissances suprêmes, 390
+ Dont la seule bonté nous pourra secourir,
+ Que si tu n'es à moi, je saurai bien mourir.
+
+ AGLANTE.
+
+ Parmi tant de malheurs quel bonheur est le nôtre,
+ Puisqu'en dépit du sort nous vivons l'un en l'autre!
+ Et s'il nous faut mourir, nous finirons ainsi. 395
+
+ CLÉONICE.
+
+ Adieu, ma chère vie, éloigne-toi d'ici;
+ Fuis ce fatal hymen qu'un père te prépare.
+
+ AGLANTE.
+
+ Oui, je vais vous quitter, de peur qu'il nous sépare;
+ Mais avec un serment, que malgré son effort,
+ Nous aurons pour nous joindre, ou l'hymen ou la mort. 400
+
+
+FIN.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [898] Il y a _voisin_, au lieu de _voisine_, dans l'édition
+ originale.
+
+ [899] Voyez plus haut les vers 290 et 1322 de _la Galerie du
+ Palais_.
+
+ [900] L'édition originale donne _la_; mais il faut nécessairement
+ _le_, se rapportant à _amour_, qui est au masculin trois vers
+ plus haut.
+
+ [901] C'est ainsi que le mot est imprimé pour la rime dans
+ l'édition originale.
+
+ [902] _Cous_, coups. Telle est l'orthographe du mot dans
+ l'édition de 1638. Plus loin, au vers 372, où le mot n'est point
+ à la rime, il y a _coups_.
+
+ [903] Voyez ci-dessus, p. 308.
+
+ [904] _Impourvue_, imprévue. Voyez tome I, p. 183, note 3.
+
+ [905] L'orthographe des deux rimes, dans l'édition originale, est
+ _parestre_ et _estre_; plus haut, aux vers 49 et 50, on lit
+ _cognestre_ et _naistre_.
+
+ [906] Il y a _cachés_, au masculin, dans le texte de 1638.
+
+ [907] _Mécontée_, mécomptée. Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [908] Voyez ci-dessus la note 4 de la p. 87.
+
+ [909] Il y a dans le texte: _en assassin_, qui n'a point de sens.
+ La leçon que nous avons préférée est justifiée par cette
+ explication que donne, en 1690, le _Dictionnaire_ de Furetière:
+ «En galanteries on appelle _assassins_ certaines mouches taillées
+ en long que les femmes coquettes mettent sur leur visage pour
+ paroître plus belles.»
+
+ [910] Il y a par erreur _ses_, pour _ces_, dans le texte de 1638.
+
+ [911] Voyez ci-dessus, p. 315, la note du vers 118.
+
+ [912] _Jalous_ est ainsi imprimé pour la rime dans l'édition
+ originale. Voyez plus bas, vers 379, et ci-dessus, p. 313, la
+ note du vers 72.
+
+ [913] Tel est le texte de l'édition originale. L'omission de
+ _pas_ est-elle une faute typographique?
+
+ [914] Il faut se rappeler que ce nom est celui qu'Aglante avait
+ pris. Voyez l'_Argument_, p. 310.
+
+ [915] On lit _son_ dans le texte, mais le sens n'est pas douteux.
+
+ [916] Nom supposé de Cléonice. Voyez l'_Argument_, p. 310.
+
+
+
+
+ MÉDÉE
+
+ TRAGÉDIE
+
+ 1635
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Médée[917] a fourni deux pièces à Corneille. L'une, _la Toison d'or_
+(1661), nous montre cette princesse trahissant son père par amour pour
+Jason; l'autre, qui occupe le second rang dans l'ordre historique,
+mais qui est de beaucoup la plus ancienne dans la série chronologique
+des oeuvres de notre poëte, nous la présente abandonnée de celui à qui
+elle a tout sacrifié et immolant à sa vengeance non-seulement sa
+rivale, mais ses propres enfants.
+
+Ce dernier sujet, profondément tragique, a inspiré tour à tour un
+grand nombre de poëtes de tous les temps et de tous les pays, et
+fournirait la matière d'une étude comparative intéressante, mais qui
+ne peut trouver place dans cette notice[918].
+
+Nous nous contenterons de rappeler ici que Thomas Corneille a puisé
+dans la pièce de son frère la matière d'un opéra portant le même
+titre; et nous signalerons en note au bas des pages les endroits
+imités d'Euripide et de Sénèque.
+
+Dans _le Parnasse ou la critique des poëtes_, par la Pinelière (p.
+60-62), on trouve parmi de curieux détails sur les habitudes de
+certains poëtes dramatiques de ce temps, une indication assez précise
+de l'époque de la composition de Médée: «Ils tâchent par toutes sortes
+de moyens de voir tous ceux qui écrivent. Ils auront la tête levée une
+heure entière à l'hôtel de Bourgogne pour attendre que quelque poëte
+de réputation qu'ils voient dans une loge regarde de leur côté, afin
+d'avoir l'occasion de leur faire la révérence. Ils le montrent à ceux
+de leur compagnie, et leur disent: «Voilà M. de Rotrou, ou M. du Ryer,
+il a bien parlé de ma pièce, qu'un de mes amis lui a depuis peu
+montrée.» Tantôt ils s'éloigneront un peu d'eux, et reviendront
+incontinent leur dire: «Messieurs, je vous demande pardon de mon
+incivilité: je viens de saluer M. Corneille, qui n'arriva qu'hier de
+Rouen. Il m'a promis que demain nous irons voir ensemble M. Mairet, et
+qu'il me fera voir des vers d'une excellente pièce de théâtre qu'il a
+commencée.» Enfin, se jetant peu à peu sur le discours des auteurs du
+temps et de leurs ouvrages, ils révéleront tous les desseins des
+poëtes, pour montrer qu'ils ont de grandes intrigues avec eux. Ils
+parleront du plan de _Cléopatre_ et de cinq ou six autres sujets que
+son auteur[919] a tirés de l'Histoire romaine, dont il veut faire des
+soeurs à son incomparable _Sophonisbe_. Ils diront qu'ils ont vu des
+vers de l'_Ulysse dupé_[920]; que Scudéry est au troisième acte de _la
+Mort de César_; que la _Médée_ est presque achevée; que _l'Innocente
+infidélité_ est la plus belle pièce de Rotrou, quoiqu'on ne s'imaginât
+pas qu'il pût s'élever au-dessus de celles qu'il avoit déjà faites;
+que l'auteur d'_Ifis et Iante_[921] fait une autre _Cléopatre_ pour la
+troupe Royale; et que Chapelain n'a guère encore travaillé à son poëme
+de _la Pucelle d'Orléans_, ni Corneille à celui qu'il compose sur un
+ancien duc de son pays.»
+
+Ce morceau a été écrit en 1635[922], et le 3 avril de cette même année
+Balzac adressait à Boisrobert l'éloge suivant de Mondory: «Nous devons
+cela à Jason, à Massinisse et à Brutus, qui vivent aujourd'hui en la
+personne de l'homme dont vous me parlez si avantageusement, et que
+j'ai admiré autant de fois que je l'ai ouï. Il est vrai que dans la
+représentation de ces trois héros, il suffit qu'il soit le digne
+organe de trois excellents esprits qui leur ont rendu la vie; mais il
+est vrai aussi que la grâce dont il prononce, donne un degré de bonté
+aux vers qu'ils ne peuvent recevoir des poëtes vulgaires. Ils ont donc
+quelquefois plus d'obligation à celui qui les récite qu'à celui qui
+les a faits, et ce second père, pour le dire ainsi, les purge par son
+adoption de tous les vices de leur naissance. Le son de sa voix,
+accompagné de la dignité de ses gestes, anoblit les plus communes et
+les plus viles conceptions. Il n'est point d'âme si bien fortifiée
+contre les objets des sens, à qui il ne fasse violence, ni de jugement
+si fin, qui se puisse garantir de l'imposture de sa parole. De sorte
+que s'il y a en ce monde quelque félicité pour les vers, il faut
+avouer qu'elle est dans sa bouche et dans son récit; et que comme les
+mauvaises choses y prennent l'apparence du bien, les bonnes y trouvent
+leur perfection.» Ce passage, dont on n'a point profité jusqu'ici,
+nous offre des renseignements assez curieux. Il nous apprend que
+Mondory a joué d'original Massinisse dans la _Sophonisbe_ de Mairet,
+représentée pour la première fois en 1629, Jason dans la _Médée_ de
+Corneille et Brute dans _la Mort de César_ de Scudéry; il nous prouve
+en outre que le 3 avril 1635 ces deux dernières pièces avaient déjà
+été représentées. Or les frères Parfait, et à leur suite tous les
+historiens de notre théâtre, placent la seconde en 1636.
+
+Malgré ses défauts, _Médée_ semblait plus digne d'accompagner _le Cid_
+que _la Galerie du Palais_, _la Place Royale_ ou _la Suivante_. Elle
+ne fut pourtant imprimée que deux ans plus tard, en 1639.
+
+L'édition originale in-4º forme un volume de 4 feuillets liminaires
+et de 95 pages, dont voici le titre: «MEDÉE, TRAGEDIE. _A Paris, chez
+François Targa...._ M.DC.XXXIX. _Auec priuilege du Roy._» L'achevé
+d'imprimer est du 16 mars.
+
+La _Médée_ de Longepierre, représentée en 1694, s'est maintenue au
+répertoire pendant tout le cours du siècle dernier, et a fait
+complétement oublier celle de Corneille.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [917] Voyez sur les traditions relatives à ce personnage:
+ _Histoire de Médée_, par l'abbé Banier, _Mémoires de l'Académie
+ des Inscriptions et Belles-Lettres_, tome XIV, p. 41.
+
+ [918] Cet examen a d'ailleurs été fait avec autant d'érudition
+ que de goût par M. Patin dans ses _Études sur les tragiques
+ grecs, Euripide_, tome I, p. 149 et suivantes. On peut encore
+ consulter utilement un _Parallèle des beautés de Corneille avec
+ celles de plusieurs scènes de la Médée de Sénèque_, par M.
+ Guilbert, lu à la Société libre d'émulation de Rouen dans la
+ séance du 16 juin 1804.
+
+ [919] Mairet.
+
+ [920] Pièce inconnue et qui n'a sans doute pas été représentée.
+
+ [921] Benserade.
+
+ [922] Le titre complet de l'ouvrage est: _le Parnasse ou la
+ critique des poëtes_, par de la Pinelière, angevin, dédié à
+ Monseigneur le marquis du Bellay. A Paris, chez Toussaint
+ Quinet.... M.DC.XXXV. In-8. Avec privilége du Roi.--Ce privilége
+ ne se trouve point, non plus que l'achevé d'imprimer, dans
+ l'exemplaire qui est à la bibliothèque de l'Arsenal, le seul que
+ nous ayons pu voir.
+
+
+A MONSIEUR P. T. N. G.[923].
+
+ MONSIEUR,
+
+Je vous donne _Médée_, toute méchante qu'elle est, et ne vous dirai
+rien pour sa justification. Je vous la donne pour telle que vous la
+voudrez prendre, sans tâcher à prévenir ou violenter vos sentiments
+par un étalage des préceptes de l'art, qui doivent être fort mal
+entendus et fort mal pratiqués quand ils ne nous font pas arriver au
+but que l'art se propose. Celui de la poésie dramatique est de plaire,
+et les règles qu'elle nous prescrit ne sont que des adresses pour en
+faciliter les moyens au poëte, et non pas des raisons qui puissent
+persuader aux spectateurs qu'une chose soit agréable quand elle leur
+déplaît. Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe, et peu
+de personnages sur la scène dont les moeurs ne soient plus mauvaises
+que bonnes; mais la peinture et la poésie ont cela de commun, entre
+beaucoup d'autres choses, que l'une fait souvent de beaux portraits
+d'une femme laide, et l'autre de belles imitations d'une action qu'il
+ne faut pas imiter. Dans la portraiture, il n'est pas question si un
+visage est beau, mais s'il ressemble; et dans la poésie, il ne faut
+pas considérer si les moeurs sont vertueuses, mais si elles sont
+pareilles à celles de la personne qu'elle introduit. Aussi nous
+décrit-elle indifféremment les bonnes et les mauvaises actions, sans
+nous proposer les dernières pour exemple; et si elle nous en veut
+faire quelque horreur, ce n'est point par leur punition, qu'elle
+n'affecte pas de nous faire voir, mais par leur laideur, qu'elle
+s'efforce de nous représenter au naturel. Il n'est pas besoin
+d'avertir ici le public que celles de cette tragédie ne sont pas à
+imiter: elles paroissent assez à découvert pour n'en faire envie à
+personne. Je n'examine point si elles sont vraisemblables ou non:
+cette difficulté, qui est la plus délicate de la poésie, et peut-être
+la moins entendue, demanderoit un discours trop long pour une épître:
+il me suffit qu'elles sont autorisées ou par la vérité de l'histoire,
+ou par l'opinion commune des anciens. Elles vous ont agréé autrefois
+sur le théâtre; j'espère qu'elles vous satisferont encore aucunement
+sur le papier, et demeure,
+
+ MONSIEUR,
+
+ Votre très-humble serviteur,
+
+ CORNEILLE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [923] On ignore complétement qui ces initiales désignent. Dans
+ l'impression de 1657, l'ordre est un peu différent: «A Monsieur
+ P. T. G. N.» Cette épître dédicatoire n'est que dans les éditions
+ antérieures à 1660.
+
+
+EXAMEN.
+
+Cette tragédie a été traitée en grec par Euripide, et en latin par
+Sénèque; et c'est sur leur exemple que je me suis autorisé à en mettre
+le lieu dans une place publique, quelque peu de vraisemblance qu'il y
+aye à y faire parler des rois, et à y voir Médée prendre les desseins
+de sa vengeance. Elle en fait confidence, chez Euripide, à tout le
+choeur, composé de Corinthiennes sujettes de Créon, et qui devoient
+être du moins au nombre de quinze, à qui elle dit hautement qu'elle
+fera périr leur roi, leur princesse et son mari, sans qu'aucune
+d'elles ait la moindre pensée d'en donner avis à ce prince.
+
+Pour Sénèque, il y a quelque apparence qu'il ne lui fait pas prendre
+ces résolutions violentes en présence du choeur, qui n'est pas
+toujours sur le théâtre[924], et n'y parle jamais aux autres acteurs;
+mais je ne puis comprendre comme, dans son quatrième acte, il lui fait
+achever ces enchantements[925] en place publique; et j'ai mieux aimé
+rompre l'unité exacte du lieu, pour faire voir Médée dans le même
+cabinet où elle a fait ses charmes, que de l'imiter en ce point.
+
+Tous les deux m'ont semblé donner trop peu de défiance à Créon des
+présents de cette magicienne, offensée au dernier point, qu'il
+témoigne craindre chez l'un et chez l'autre, et dont il a d'autant
+plus de lieu de se défier, qu'elle lui demande instamment un jour de
+délai pour se préparer à partir, et qu'il croit qu'elle ne le demande
+que pour machiner quelque chose contre lui, et troubler les noces de
+sa fille.
+
+J'ai cru mettre la chose dans un peu plus de justesse, par quelques
+précautions que j'y ai apportées: la première, en ce que Créuse
+souhaite avec passion cette robe que Médée empoisonne, et qu'elle
+oblige Jason à la tirer d'elle par adresse; ainsi, bien que les
+présents des ennemis doivent être suspects, celui-ci ne le doit pas
+être, parce que ce n'est pas tant un don qu'elle fait qu'un payement
+qu'on lui arrache de la grâce que ses enfants reçoivent; la seconde,
+en ce que ce n'est pas Médée[926] qui demande ce jour de délai qu'elle
+emploie à sa vengeance, mais Créon qui le lui donne de son mouvement,
+comme pour diminuer quelque chose de l'injuste violence qu'il lui
+fait, dont il semble avoir honte en lui-même; et la troisième enfin,
+en ce qu'après les défiances que Pollux lui en fait prendre presque
+par force, il en fait faire l'épreuve sur une autre, avant que de
+permettre à sa fille de s'en parer.
+
+L'épisode d'Ægée n'est pas tout à fait de mon invention: Euripide
+l'introduit en son troisième acte, mais seulement comme un passant à
+qui Médée fait ses plaintes, et qui l'assure d'une retraite chez lui à
+Athènes, en considération d'un service qu'elle promet de lui
+rendre[927]. En quoi je trouve deux choses à dire: l'une, qu'Ægée,
+étant dans la cour de Créon, ne parle point du tout de le voir;
+l'autre, que bien qu'il promette à Médée de la recevoir et protéger à
+Athènes après qu'elle se sera vengée, ce qu'elle fait dès ce jour-là
+même, il lui témoigne toutefois qu'au sortir de Corinthe il va trouver
+Pitthéus à Troezène, pour consulter avec lui sur le sens de l'oracle
+qu'on venoit de lui rendre à Delphes, et qu'ainsi Médée seroit
+demeurée[928] en assez mauvaise posture dans Athènes en l'attendant,
+puisqu'il tarda manifestement quelque temps chez Pitthéus, où il fit
+l'amour à sa fille Æthra, qu'il laissa grosse de Thésée, et n'en
+partit point que sa grossesse ne fût constante. Pour donner un peu
+plus d'intérêt à ce monarque dans l'action de cette tragédie, je le
+fais amoureux de Créuse, qui lui préfère Jason, et je porte ses
+ressentiments à l'enlever, afin qu'en cette entreprise, demeurant
+prisonnier de ceux qui la sauvent de ses mains, il aye obligation à
+Médée de sa délivrance, et que la reconnoissance qu'il lui en doit
+l'engage plus fortement à sa protection, et même à l'épouser, comme
+l'histoire le marque.
+
+Pollux est de ces personnages protatiques qui ne sont introduits que
+pour écouter la narration du sujet. Je pense l'avoir déjà dit[929], et
+j'ajoute que ces personnages sont d'ordinaire assez difficiles à
+imaginer dans la tragédie, parce que les événements publics et
+éclatants dont elle est composée sont connus de tout le monde, et que
+s'il est aisé de trouver des gens qui les sachent pour les raconter,
+il n'est pas aisé d'en trouver qui les ignorent pour les entendre:
+c'est ce qui m'a fait avoir recours à cette fiction, que Pollux,
+depuis son retour de Colchos, avoit toujours été en Asie, où il
+n'avoit rien appris de ce qui s'étoit passé dans la Grèce, que la mer
+en sépare. Le contraire arrive en la comédie: comme elle n'est que
+d'intriques particuliers, il n'est rien si facile que de trouver des
+gens qui les ignorent; mais souvent il n'y a qu'une seule personne qui
+les puisse expliquer: ainsi l'on n'y manque jamais de confidents quand
+il y a matière de confidence.
+
+Dans la narration que fait Nérine au quatrième acte, on peut
+considérer que quand ceux qui écoutent ont quelque chose d'important
+dans l'esprit, ils n'ont pas assez de patience pour écouter le détail
+de ce qu'on leur vient raconter, et que c'est assez[930] pour eux d'en
+apprendre l'événement en un mot: c'est ce que fait voir ici Médée,
+qui ayant su que Jason a arraché Créuse à ses ravisseurs, et pris Ægée
+prisonnier, ne veut point qu'on lui explique comment cela s'est fait.
+Lorsqu'on a affaire à un esprit tranquille, comme Achorée à Cléopatre
+dans _la Mort de Pompée_, pour qui elle ne s'intéresse que par un
+sentiment d'honneur, on prend le loisir d'exprimer toutes les
+particularités; mais avant que d'y descendre, j'estime qu'il est bon,
+même alors, d'en dire tout l'effet en deux mots dès l'abord.
+
+Surtout, dans les narrations ornées et pathétiques, il faut
+très-soigneusement prendre garde en quelle assiette est l'âme de celui
+qui parle et de celui qui écoute, et se passer de cet ornement, qui ne
+va guère sans quelque étalage ambitieux, s'il y a la moindre apparence
+que l'un des deux soit trop en péril, ou dans une passion trop
+violente, pour avoir toute la patience nécessaire au récit qu'on se
+propose.
+
+J'oubliois à remarquer que la prison où je mets Ægée est un spectacle
+désagréable, que je conseillerois d'éviter: ces grilles qui éloignent
+l'acteur du spectateur, et lui cachent toujours plus de la moitié de
+sa personne, ne manquent jamais à rendre son action fort languissante.
+Il arrive quelquefois des occasions indispensables de faire arrêter
+prisonniers sur nos théâtres quelques-uns de nos principaux acteurs;
+mais alors il vaut mieux se contenter de leur donner des gardes qui
+les suivent, et n'affoiblissent ni le spectacle ni l'action, comme
+dans _Polyeucte_ et dans _Héraclius_. J'ai voulu rendre visible ici
+l'obligation qu'Ægée avoit à Médée; mais cela se fût mieux fait par un
+récit.
+
+Je serai bien aise encore qu'on remarque la civilité de Jason envers
+Pollux à son départ: il l'accompagne jusque hors de la ville; et c'est
+une adresse de théâtre assez heureusement pratiquée pour l'éloigner de
+Créon et Créuse mourants, et n'en avoir que deux à la fois à faire
+parler. Un auteur est bien embarrassé quand il en a trois, et qu'ils
+ont tous trois[931] une assez forte passion dans l'âme pour leur
+donner une juste impatience de la pousser au dehors: c'est ce qui m'a
+obligé à faire mourir ce roi malheureux avant l'arrivée de Jason, afin
+qu'il n'eût à parler qu'à Créuse, et à faire mourir cette princesse
+avant que Médée se montre sur le balcon, afin que cet amant en colère
+n'aye plus à qui s'adresser qu'à elle; mais on auroit eu lieu de
+trouver à dire qu'il ne fût pas auprès de sa maîtresse dans un si
+grand malheur, si je n'eusse rendu raison de son éloignement.
+
+J'ai feint que les feux que produit la robe de Médée, et qui font
+périr Créon et Créuse, étoient invisibles, parce que j'ai mis leurs
+personnes sur la scène dans la catastrophe. Ce spectacle de mourants
+m'étoit nécessaire pour remplir mon cinquième acte, qui sans cela
+n'eût pu atteindre à la longueur ordinaire des nôtres; mais à dire le
+vrai, il n'a pas l'effet que demande la tragédie, et ces deux mourants
+importunent plus par leurs cris et par leurs gémissements, qu'ils ne
+font pitié par leur malheur. La raison en est qu'ils semblent l'avoir
+mérité par l'injustice qu'ils ont faite à Médée, qui attire si bien de
+son côté toute la faveur de l'auditoire, qu'on excuse sa vengeance
+après l'indigne traitement qu'elle a reçu de Créon et de son mari, et
+qu'on a plus de compassion du désespoir où ils l'ont réduite, que de
+tout ce qu'elle leur fait souffrir.
+
+Quant au style, il est fort inégal en ce poëme; et ce que j'y ai mêlé
+du mien approche si peu de ce que j'ai traduit de Sénèque, qu'il n'est
+point besoin d'en mettre le texte en marge pour faire discerner au
+lecteur ce qui est de lui ou de moi. Le temps m'a donné le moyen
+d'amasser assez de forces pour ne laisser pas cette différence si
+visible dans le _Pompée_, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois
+pas être demeuré fort au-dessous de lui quand il a fallu me passer de
+son secours.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [924] VAR. (édit. de 1660-1668): sur son théâtre.
+
+ [925] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): ses enchantements.
+
+ [926] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): ce n'est pas elle.
+
+ [927] Voici de quelle nature est le service dont il s'agit. Égée
+ vient de consulter l'oracle d'Apollon pour savoir si sa femme,
+ longtemps stérile, lui donnera enfin des enfants. «Tu ne sais
+ pas, lui dit Médée, quelle heureuse rencontre tu as faite en moi:
+ je ferai cesser ta privation d'enfants, et grâce à moi, tu
+ deviendras père d'une nombreuse postérité; je connais des secrets
+ qui ont cette vertu.» (Euripide, _Médée_, vers 712-714.)
+
+ [928] VAR. (édit. de 1660): auroit demeuré.
+
+ [929] Dans le _Discours de l'utilité et des parties du poëme
+ dramatique_, tome I, p. 46.
+
+ [930] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): et c'est assez.
+
+ [931] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): qui tous ont.
+
+
+
+
+ACTEURS.
+
+
+ CRÉON, roi de Corinthe.
+ ÆGÉE, roi d'Athènes.
+ JASON, mari de Médée.
+ POLLUX, argonaute, ami de Jason.
+ CRÉUSE, fille de Créon.
+ MÉDÉE, femme de Jason.
+ CLÉONE, gouvernante de Créuse.
+ NÉRINE, suivante de Médée.
+ THEUDAS, domestique de Créon.
+ TROUPE DES GARDES DE CRÉON.
+
+La scène est à Corinthe.
+
+
+
+
+MÉDÉE.
+
+TRAGÉDIE.
+
+
+
+
+ACTE I.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+POLLUX, JASON.
+
+ POLLUX.
+
+ Que je sens à la fois de surprise et de joie!
+ Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie[932],
+ Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason?
+
+ JASON.
+
+ Vous n'y pouviez venir en meilleure saison;
+ Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée, 5
+ Préparez-vous à voir mon second hyménée[933].
+
+ POLLUX.
+
+ Quoi! Médée est donc morte, ami?
+
+ JASON.
+
+ Non, elle vit;
+ Mais un objet plus beau la chasse de mon lit[934].
+
+ POLLUX.
+
+ Dieux! et que fera-t-elle?
+
+ JASON.
+
+ Et que fit Hypsipyle[935],
+ Que pousser les éclats d'un courroux inutile[936]? 10
+ Elle jeta des cris, elle versa des pleurs,
+ Elle me souhaita mille et mille malheurs,
+ Dit que j'étois sans foi, sans coeur, sans conscience[937],
+ Et lasse de le dire, elle prit patience.
+ Médée en son malheur en pourra faire autant: 15
+ Qu'elle soupire, pleure, et me nomme inconstant;
+ Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse
+ Contre un pouvoir plus fort qui me donne à Créuse.
+
+ POLLUX.
+
+ Créuse est donc l'objet qui vous vient d'enflammer[938]?
+ Je l'aurois deviné sans l'entendre nommer[939]. 20
+ Jason ne fit jamais de communes maîtresses;
+ Il est né seulement pour charmer les princesses,
+ Et haïroit l'amour, s'il avoit sous sa loi[940]
+ Rangé de moindres coeurs que des filles de roi.
+ Hypsipyle à Lemnos, sur le Phase Médée, 25
+ Et Créuse à Corinthe, autant vaut, possédée,
+ Font bien voir qu'en tous lieux, sans le secours de Mars[941],
+ Les sceptres sont acquis à ses moindres regards.
+
+ JASON.
+
+ Aussi je ne suis pas de ces amants vulgaires:
+ J'accommode ma flamme au bien de mes affaires; 30
+ Et sous quelque climat que me jette le sort[942],
+ Par maxime d'État je me fais cet effort.
+ Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville,
+ Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle?
+ Et depuis à Colchos, que fit votre Jason, 35
+ Que cajoler Médée, et gagner la toison?
+ Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance[943]?
+ Eût-elle du dragon trompé la vigilance?
+ Ce peuple que la terre enfantoit tout armé,
+ Qui de vous l'eût défait, si Jason n'eût aimé? 40
+ Maintenant qu'un exil m'interdit ma patrie,
+ Créuse est le sujet de mon idolâtrie;
+ Et j'ai trouvé l'adresse, en lui faisant la cour[944],
+ De relever mon sort sur les ailes d'Amour.
+
+ POLLUX.
+
+ Que parlez-vous d'exil? La haine de Pélie.... 45
+
+ JASON.
+
+ Me fait, tout mort qu'il est, fuir de sa Thessalie.
+
+ POLLUX.
+
+ Il est mort!
+
+ JASON.
+
+ Écoutez, et vous saurez comment
+ Son trépas seul m'oblige à cet éloignement[945].
+ Après six ans passés, depuis notre voyage,
+ Dans les plus grands plaisirs qu'on goûte au mariage, 50
+ Mon père, tout caduc, émouvant ma pitié,
+ Je conjurai Médée, au nom de l'amitié....
+
+ POLLUX.
+
+ J'ai su comme son art, forçant les destinées,
+ Lui rendit la vigueur de ses jeunes années:
+ Ce fut, s'il m'en souvient, ici que je l'appris, 55
+ D'où soudain un voyage en Asie entrepris
+ Fait que, nos deux séjours divisés par Neptune,
+ Je n'ai point su depuis quelle est votre fortune;
+ Je n'en fais qu'arriver.
+
+ JASON.
+
+ Apprenez donc de moi
+ Le sujet qui m'oblige à lui manquer de foi. 60
+
+ Malgré l'aversion d'entre nos deux familles,
+ De mon tyran Pélie elle gagne les filles[946],
+ Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus,
+ Que ces foibles esprits sont aisément déçus.
+ Elle fait amitié, leur promet des merveilles, 65
+ Du pouvoir de son art leur remplit les oreilles;
+ Et pour mieux leur montrer comme il est infini,
+ Leur étale surtout mon père rajeuni.
+ Pour épreuve elle égorge un bélier à leurs vues,
+ Le plonge en un bain d'eaux et d'herbes inconnues, 70
+ Lui forme un nouveau sang avec cette liqueur,
+ Et lui rend d'un agneau la taille et la vigueur.
+ Les soeurs crient miracle, et chacune ravie
+ Conçoit pour son vieux père une pareille envie,
+ Veut un effet pareil, le demande, et l'obtient; 75
+ Mais chacune a son but. Cependant la nuit vient:
+ Médée, après le coup d'une si belle amorce[947],
+ Prépare de l'eau pure et des herbes sans force,
+ Redouble le sommeil des gardes et du Roi:
+ La suite au seul récit me fait trembler d'effroi. 80
+ A force de pitié ces filles inhumaines[948]
+ De leur père endormi vont épuiser les veines:
+ Leur tendresse crédule, à grands coups de couteau[949],
+ Prodigue ce vieux sang, et fait place au nouveau;
+ Le coup le plus mortel s'impute à grand service; 85
+ On nomme piété ce cruel sacrifice,
+ Et l'amour paternel qui fait agir leurs bras
+ Croiroit commettre un crime à n'en commettre pas.
+ Médée est éloquente à leur donner courage:
+ Chacune toutefois tourne ailleurs son visage; 90
+ Une secrète horreur condamne leur dessein[950],
+ Et refuse leurs yeux à conduire leur main[951].
+
+ POLLUX.
+
+ A me représenter ce tragique spectacle,
+ Qui fait un parricide et promet un miracle,
+ J'ai de l'horreur moi-même, et ne puis concevoir 95
+ Qu'un esprit jusque-là se laisse décevoir.
+
+ JASON.
+
+ Ainsi mon père Æson recouvra sa jeunesse.
+ Mais oyez le surplus. Ce grand courage cesse;
+ L'épouvante les prend; Médée en raille, et fuit[952].
+ Le jour découvre à tous les crimes de la nuit; 100
+ Et pour vous épargner un discours inutile,
+ Acaste, nouveau roi, fait mutiner la ville,
+ Nomme Jason l'auteur de cette trahison,
+ Et pour venger son père, assiége ma maison.
+ Mais j'étois déjà loin, aussi bien que Médée; 105
+ Et ma famille enfin à Corinthe abordée,
+ Nous saluons Créon, dont la bénignité
+ Nous promet contre Acaste un lieu de sûreté.
+ Que vous dirai-je plus? mon bonheur ordinaire
+ M'acquiert les volontés de la fille et du père; 110
+ Si bien que de tous deux également chéri,
+ L'un me veut pour son gendre, et l'autre pour mari.
+ D'un rival couronné les grandeurs souveraines,
+ La majesté d'Ægée, et le sceptre d'Athènes,
+ N'ont rien, à leur avis, de comparable à moi, 115
+ Et banni que je suis, je leur suis plus qu'un roi.
+ Je vois trop ce bonheur, mais je le dissimule[953];
+ Et bien que pour Créuse un pareil feu me brûle,
+ Du devoir conjugal je combats mon amour,
+ Et je ne l'entretiens que pour faire ma cour. 120
+ Acaste cependant menace d'une guerre
+ Qui doit perdre Créon et dépeupler sa terre;
+ Puis, changeant tout à coup ses résolutions,
+ Il propose la paix sous des conditions.
+ Il demande d'abord et Jason et Médée: 125
+ On lui refuse l'un, et l'autre est accordée;
+ Je l'empêche, on débat, et je fais tellement,
+ Qu'enfin il se réduit à son bannissement.
+ De nouveau je l'empêche, et Créon me refuse;
+ Et pour m'en consoler, il m'offre sa Créuse. 130
+ Qu'eussé-je fait, Pollux, en cette extrémité
+ Qui commettoit ma vie avec ma loyauté?
+ Car sans doute, à quitter l'utile pour l'honnête,
+ La paix alloit se faire aux dépens de ma tête[954];
+ Le mépris insolent des offres d'un grand roi[955] 135
+ Aux mains d'un ennemi livroit Médée et moi[956].
+ Je l'eusse fait pourtant, si je n'eusse été père:
+ L'amour de mes enfants m'a fait l'âme légère;
+ Ma perte étoit la leur; et cet hymen nouveau
+ Avec Médée et moi les tire du tombeau: 140
+ Eux seuls m'ont fait résoudre, et la paix s'est conclue.
+
+ POLLUX.
+
+ Bien que de tous côtés l'affaire résolue
+ Ne laisse aucune place aux conseils d'un ami,
+ Je ne puis toutefois l'approuver qu'à demi.
+ Sur quoi que vous fondiez un traitement si rude, 145
+ C'est montrer pour Médée un peu d'ingratitude[957]:
+ Ce qu'elle a fait pour vous est mal récompensé.
+ Il faut craindre après tout son courage offensé;
+ Vous savez mieux que moi ce que peuvent ses charmes.
+
+ JASON.
+
+ Ce sont à sa fureur d'épouvantables armes; 150
+ Mais son bannissement nous en va garantir.
+
+ POLLUX.
+
+ Gardez d'avoir sujet de vous en repentir.
+
+ JASON.
+
+ Quoi qu'il puisse arriver, ami, c'est chose faite.
+
+ POLLUX.
+
+ La termine le ciel comme je le souhaite!
+ Permettez cependant qu'afin de m'acquitter 155
+ J'aille trouver le Roi pour l'en féliciter.
+
+ JASON.
+
+ Je vous y conduirois, mais j'attends ma princesse,
+ Qui va sortir du temple.
+
+ POLLUX.
+
+ Adieu: l'amour vous presse,
+ Et je serois marri qu'un soin officieux
+ Vous fît perdre pour moi des temps si précieux. 160
+
+
+SCÈNE II.
+
+JASON[958].
+
+ Depuis que mon esprit est capable de flamme,
+ Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme[959]:
+ Mon coeur, qui se partage en deux affections,
+ Se laisse déchirer à mille passions.
+ Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte 165
+ Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte[960]:
+ Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi
+ Je fais un ennemi, si je garde ma foi[961]:
+ Je regrette Médée, et j'adore Créuse;
+ Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse[962];
+ Et dessus mon regret mes desirs triomphants
+ Ont encor le secours du soin de mes enfants.
+ Mais la princesse vient: l'éclat d'un tel visage[963]
+ Du plus constant du monde attireroit l'hommage,
+ Et semble reprocher à ma fidélité 175
+ D'avoir osé tenir contre tant de beauté.
+
+
+SCÈNE III.
+
+JASON, CRÉUSE, CLÉONE.
+
+ JASON.
+
+ Que votre zèle est long, et que d'impatience[964]
+ Il donne à votre amant, qui meurt en votre absence!
+
+ CRÉUSE.
+
+ Je n'ai pas fait pourtant au ciel beaucoup de voeux[965]:
+ Ayant Jason à moi, j'ai tout ce que je veux. 180
+
+ JASON.
+
+ Et moi, puis-je espérer l'effet d'une prière
+ Que ma flamme tiendroit à faveur singulière?
+ Au nom de notre amour, sauvez deux jeunes fruits
+ Que d'un premier hymen la couche m'a produits;
+ Employez-vous pour eux, faites auprès d'un père[966] 185
+ Qu'ils ne soient point compris en l'exil de leur mère:
+ C'est lui seul qui bannit ces petits malheureux,
+ Puisque dans les traités il n'est point parlé d'eux.
+
+ CRÉUSE.
+
+ J'avois déjà parlé de leur tendre innocence[967],
+ Et vous y servirai de toute ma puissance, 190
+ Pourvu qu'à votre tour vous m'accordiez un point
+ Que jusques à tantôt je ne vous dirai point.
+
+ JASON.
+
+ Dites, et quel qu'il soit, que ma reine en dispose.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Si je puis sur mon père obtenir quelque chose,
+ Vous le saurez après: je ne veux rien pour rien. 195
+
+ CLÉONE.
+
+ Vous pourrez au palais suivre cet entretien.
+ On ouvre chez Médée, ôtez-vous de sa vue:
+ Vos présences rendroient sa douleur plus émue;
+ Et vous seriez marris que cet esprit jaloux
+ Mêlât son amertume à des plaisirs si doux. 200
+
+
+SCÈNE IV.
+
+MÉDÉE.
+
+ Souverains protecteurs des lois de l'hyménée,
+ Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée,
+ Vous qu'il prit à témoins d'une immortelle ardeur
+ Quand par un faux serment il vainquit ma pudeur,
+ Voyez de quel mépris vous traite son parjure, 205
+ Et m'aidez à venger cette commune injure[968]:
+ S'il me peut aujourd'hui chasser impunément,
+ Vous êtes sans pouvoir ou sans ressentiment.
+ Et vous, troupe savante en noires barbaries[969],
+ Filles de l'Achéron, pestes, larves, furies, 210
+ Fières soeurs, si jamais notre commerce étroit[970]
+ Sur vous et vos serpents me donna quelque droit[971],
+ Sortez de vos cachots avec les mêmes flammes
+ Et les mêmes tourments dont vous gênez les âmes;
+ Laissez-les quelque temps reposer dans leurs fers: 215
+ Pour mieux agir pour moi faites trêve aux enfers;
+ Apportez-moi du fond des antres de Mégère[972]
+ La mort de ma rivale, et celle de son père;
+ Et si vous ne voulez mal servir mon courroux,
+ Quelque chose de pis pour mon perfide époux: 220
+ Qu'il coure vagabond de province en province,
+ Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince;
+ Banni de tous côtés, sans bien et sans appui[973],
+ Accablé de frayeur, de misère, d'ennui,
+ Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse; 225
+ Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice;
+ Et que mon souvenir jusque dans le tombeau
+ Attache à son esprit un éternel bourreau[974].
+ Jason me répudie! et qui l'auroit pu croire?
+ S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire? 230
+ Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits?
+ M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits?
+ Sachant ce que je puis, ayant vu ce que j'ose,
+ Croit-il que m'offenser ce soit si peu de chose?
+ Quoi! mon père trahi, les éléments forcés, 235
+ D'un frère dans la mer les membres dispersés,
+ Lui font-ils présumer mon audace épuisée?
+ Lui font-ils présumer qu'à mon tour méprisée[975],
+ Ma rage contre lui n'ait par où s'assouvir,
+ Et que tout mon pouvoir se borne à le servir? 240
+ Tu t'abuses, Jason, je suis encor moi-même.
+ Tout ce qu'en ta faveur fit mon amour extrême,
+ Je le ferai par haine; et je veux pour le moins
+ Qu'un forfait nous sépare, ainsi qu'il nous a joints;
+ Que mon sanglant divorce, en meurtres, en carnage, 245
+ S'égale aux premiers jours de notre mariage,
+ Et que notre union, que rompt ton changement,
+ Trouve une fin pareille à son commencement.
+ Déchirer par morceaux l'enfant aux yeux du père
+ N'est que le moindre effet qui suivra ma colère; 250
+ Des crimes si légers furent mes coups d'essai:
+ Il faut bien autrement montrer ce que je sai;
+ Il faut faire un chef-d'oeuvre, et qu'un dernier ouvrage
+ Surpasse de bien loin ce foible apprentissage[976].
+ Mais pour exécuter tout ce que j'entreprends, 255
+ Quels Dieux me fourniront des secours assez grands?
+ Ce n'est plus vous, enfers, qu'ici je sollicite:
+ Vos feux sont impuissants pour ce que je médite.
+ Auteur de ma naissance, aussi bien que du jour,
+ Qu'à regret tu dépars à ce fatal séjour, 260
+ Soleil, qui vois l'affront qu'on va faire à ta race[977],
+ Donne-moi tes chevaux à conduire en ta place;
+ Accorde cette grâce à mon desir bouillant;
+ Je veux choir sur Corinthe avec ton char brûlant;
+ Mais ne crains pas de chute à l'univers funeste: 265
+ Corinthe consumé garantira le reste[978];
+ De mon juste courroux les implacables voeux[979]
+ Dans ses odieux murs arrêteront tes feux;
+ Créon en est le prince, et prend Jason pour gendre:
+ C'est assez mériter d'être réduit en cendre[980], 270
+ D'y voir réduit tout l'isthme, afin de l'en punir,
+ Et qu'il n'empêche plus les deux mers de s'unir[981].
+
+
+SCÈNE V.
+
+MÉDÉE, NÉRINE.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Eh bien? Nérine, à quand, à quand cet hyménée?
+ En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée?
+ N'en as-tu rien appris? n'as-tu point vu Jason? 275
+ N'appréhende-t-il rien après sa trahison?
+ Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre?
+ S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre;
+ Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur
+ De mes ressentiments peut monter la fureur. 280
+
+ NÉRINE.
+
+ Modérez les bouillons de cette violence,
+ Et laissez déguiser vos douleurs au silence.
+ Quoi! Madame, est-ce ainsi qu'il faut dissimuler?
+ Et faut-il perdre ainsi des menaces en l'air?
+ Les plus ardents transports d'une haine connue[982] 285
+ Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue,
+ Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir,
+ Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir.
+ Qui peut, sans s'émouvoir, supporter une offense,
+ Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance[983];
+ Et sa feinte douceur, sous un appas[984] mortel,
+ Mène insensiblement sa victime à l'autel.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Tu veux que je me taise et que je dissimule!
+ Nérine, porte ailleurs ce conseil ridicule:
+ L'âme en est incapable en de[985] moindres malheurs, 295
+ Et n'a point où cacher de pareilles douleurs[986].
+ Jason m'a fait trahir mon pays et mon père,
+ Et me laisse au milieu d'une terre étrangère,
+ Sans support, sans amis, sans retraite, sans bien,
+ La fable de son peuple, et la haine du mien: 300
+ Nérine, après cela tu veux que je me taise!
+ Ne dois-je point encore en témoigner de l'aise,
+ De ce royal hymen souhaiter l'heureux jour,
+ Et forcer tous mes soins à servir son amour[987]?
+
+ NÉRINE.
+
+ Madame, pensez mieux à l'éclat que vous faites: 305
+ Quelque juste qu'il soit, regardez où vous êtes;
+ Considérez qu'à peine un esprit plus remis[988]
+ Vous tient en sûreté parmi vos ennemis.
+
+ MÉDÉE.
+
+ L'âme doit se roidir plus elle est menacée,
+ Et contre la fortune aller tête baissée, 310
+ La choquer hardiment, et sans craindre la mort,
+ Se présenter de front à son plus rude effort.
+ Cette lâche ennemie a peur des grands courages,
+ Et sur ceux qu'elle abat redouble ses outrages.
+
+ NÉRINE.
+
+ Que sert ce grand courage où l'on est sans pouvoir? 315
+
+ MÉDÉE.
+
+ Il trouve toujours lieu de se faire valoir[989].
+
+ NÉRINE.
+
+ Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite,
+ Pour voir en quel état le sort vous a réduite.
+ Votre pays vous hait, votre époux est sans foi[990]:
+ Dans un si grand revers que vous reste-t-il?
+
+ MÉDÉE.
+
+ Moi: 320
+ Moi, dis-je, et c'est assez.
+
+ NÉRINE.
+
+ Quoi! vous seule, Madame?
+
+ MÉDÉE.
+
+ Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme,
+ Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux,
+ Et le sceptre des rois, et la foudre des Dieux[991].
+
+ NÉRINE.
+
+ L'impétueuse ardeur d'un courage sensible 325
+ A vos ressentiments figure tout possible:
+ Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Mon père, qui l'étoit, rompit-il mes projets?
+
+ NÉRINE.
+
+ Non; mais il fut surpris, et Créon se défie:
+ Fuyez, qu'à ses soupçons il ne vous sacrifie. 330
+
+ MÉDÉE.
+
+ Las! je n'ai que trop fui; cette infidélité
+ D'un juste châtiment punit ma lâcheté.
+ Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie,
+ Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie,
+ Il n'eût point vu Créuse, et cet objet nouveau 335
+ N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau[992].
+
+ NÉRINE.
+
+ Fuyez encor, de grâce.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Oui, je fuirai, Nérine,
+ Mais avant de Créon on verra la ruine.
+ Je brave la fortune; et toute sa rigueur,
+ En m'ôtant un mari, ne m'ôte pas le coeur[993]; 340
+ Sois seulement fidèle, et, sans te mettre en peine,
+ Laisse agir pleinement mon savoir et ma haine.
+
+ NÉRINE, seule[994].
+
+ Madame.... Elle me quitte au lieu de m'écouter[995].
+ Ces violents transports la vont précipiter:
+ D'une trop juste ardeur l'inexorable envie[996] 345
+ Lui fait abandonner le souci de sa vie.
+ Tâchons, encore un coup, d'en divertir le cours.
+ Apaiser sa fureur, c'est conserver ses jours.
+
+
+FIN DU PREMIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [932] _Var._ Se peut-il faire, ami, qu'ici je vous revoie. (1639)
+
+ [933] _Var._ Préparez-vous à voir dans peu mon hyménée.
+ POLL. Quoi! Médée est donc morte à ce compte? JAS. Elle vit. (1639)
+
+ [934] _Var._ Mais un objet nouveau la chasse de mon lit.
+ (1639-57)
+
+ [935] Hypsipyle, reine de Lemnos, fille de Thoas. Jason avait eu
+ d'elle deux fils.
+
+ [936] _Var._ Que former dans son coeur un regret inutile,
+ Jeter des cris en l'air, me nommer inconstant?
+ Si bon semble à Médée, elle en peut faire autant.
+ [Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse.] (1639)
+
+ [937] _Var._ Me nomma mille fois homme sans conscience:
+ Il fallut après tout qu'elle prît patience. (1644-57)
+
+ [938] _Var._ C'est donc là cet objet qui vous tient enchaîné? (1639)
+ _Var._ Créuse est donc l'objet qui nous vient d'enflammer?
+ (1644, 52 et 54)
+
+ [939] _Var._ Sans l'entendre nommer je l'avois deviné. (1639)
+ _Var._ Je l'avois deviné sans l'entendre nommer. (1644-64)
+
+ [940] _Var._ Et je crois qu'il tiendroit pour un indigne emploi
+ De blesser d'autres coeurs que de filles de roi. (1639)
+
+ [941] _Var._ Font bien voir qu'en tous lieux, sans lancer
+ d'autres dards. (1639)
+
+ [942] _Var._ Et sous quelque climat que le sort me jetât,
+ Je serois amoureux par maxime d'État. (1639)
+
+ [943] _Var._ Alors, sans mon amour, qu'étoit votre vaillance?
+ (1639-57)
+
+ [944] _Var._ Et que pouvois-je mieux que lui faire la cour,
+ Et relever mon sort sur les ailes d'Amour? (1639)
+
+ [945] _Var._ Son trépas seul me force à cet éloignement.
+ (1639-57)
+
+ [946] _Var._ Du vieux tyran Pélie elle gagne les filles.
+ (1639-57)
+
+ [947] _Var._ Médée, après ce coup d'une si belle amorce (1652-57)
+
+ [948] _Quid referum Peliæ natus, pietate nocentes?_
+
+ (Ovide, _Héroides_, XII, vers 129.)
+
+ --Voyez la note 948.
+
+ [949] _Var._ Et leur amour crédule, à grands coups de couteau,
+ Prodigue ce vieux sang, qui fait place au nouveau. (1639-57)
+
+ [950] _Var._ Et refusant ses yeux à conduire sa main,
+ N'ose voir les effets de son pieux dessein. (1639-57)
+
+ [951] _His, ut quæque pia est, hortatibus impia prima est,
+ Et ne sit scelerata, facit scelus: haud tamen ictus
+ Ulla suos spectare potest, oculosque reflectunt,
+ Cæcaque dant sævis aversæ vulnera dextris._
+
+ (Ovide, _Métamorphoses_, livre VII, vers 339-342.
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 484, 485; et celle de Sénèque,
+ vers 475, 476.
+
+ [952] _Var._ L'épouvante les prend, et Médée s'enfuit. (1639-57)
+
+ [953] _Var._ L'un et l'autre pourtant de honte dissimule.
+ (1639-57)
+
+ [954] _Var._ La paix s'en alloit faire aux dépens de ma tête.
+ (1639-57)
+
+ [955] _Var._ Ce mépris insolent des offres d'un grand roi.
+ (1639-68)
+
+ [956] _Var._ Livroit aux mains d'Acaste et ma Médée et moi.
+ (1639-57)
+
+ [957] _Var._ C'est toujours vers Médée un peu d'ingratitude.
+ (1639-57)
+
+ [958] On lit dans l'édition de 1639: JASON, _seul_, et il n'y a
+ point de distinction de scène.
+
+ [959] _Var._ Jamais un trouble égal ne confondit mon âme.
+ (1639-60)
+
+ [960] _Conte_, compte. Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [961] _Var._ J'en fais un ennemi, si je garde ma foi:
+ J'ai regret à Médée, et j'adore Créuse. (1639-57)
+
+ [962] L'édition de 1682 porte par erreur:
+
+ Je vois mon crime en l'une, et l'autre mon excuse.
+
+ [963] _Var._ Mais la voici qui vient: l'éclat d'un tel visage.
+ (1639-57)
+
+ [964] _Var._ Que vos dévotions d'une longue souffrance
+ Gênent un pauvre amant qui meurt en votre absence! (1639)
+
+ [965] _Var._ Je n'avois pourtant rien à demander aux Dieux. (1639-57)
+ _Var._ A nos Dieux toutefois je n'ai rien demandé:
+ En me donnant Jason, ils m'ont tout accordé. (1660-64)
+
+ [966] _Var._ Employez-vous pour eux, faites envers un père.
+ (1639-60)
+
+ [967] _Var._ J'avois déjà pitié de leur tendre innocence. (1639-68)
+
+ --Toutes les éditions, hormis celle de 1682, donnent, comme on le voit,
+ _pitié_, au lieu de _parlé_; mais cette dernière leçon a été conservée
+ par Thomas Corneille dans l'impression de 1692.
+
+ [968] Racine, dit Voltaire, a imité ce vers dans _Phèdre_ (acte
+ III, scène II):
+
+ Déesse, venge-toi; nos causes sont pareilles.
+
+ La conformité des deux passages est-elle vraiment assez grande
+ pour que l'on puisse parler d'imitation?
+
+ [969] _Var._ Et vous, troupe savante en mille barbaries.
+ (1639-57)
+
+ [970] _Var._ Noires soeurs, si jamais notre commerce étroit.
+ (1639-57)
+
+ [971] Il y a _serments_, pour _serpents_, dans l'édition de 1682;
+ Thomas Corneille a corrigé en 1692 cette faute d'impression, qui
+ n'existait point dans les éditions précédentes. Voyez tome I,
+ _Avertissement_, p. VI.
+
+ [972] _Var._ Et m'apportez du fond des antres de Mégère.
+ (1639-57)
+
+ [973] _Var._ Banni de tous côtés, sans biens et sans appui.
+ (1639-60)
+
+ [974] _Dii conjugales....
+ . . . . . . . . . . quosque juravit mihi
+ Deos Jason, quosque Medeæ magis
+ Fas est precari, noctis æternæ chaos,
+ Aversa superis regna, manesque impios
+ . . . . . . . . voce non fausta precor:
+ Nunc, nunc adeste, sceleris ultrices Deæ,
+ Crinem solutis squalidæ serpentibus,
+ Atram cruentis manibus amplexæ facem,
+ Adeste: thalamis horridæ quondam meis
+ Quales stetistis. Conjugi letum novæ,
+ Letumque socero et regiæ stirpi date;
+ Mihi pejus aliquid, quod precer sponso malum:
+ Vivat; per urbes erret ignotas egens,
+ Exsul, pavens, invisus, incerti laris:
+ Me conjugem optet...._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 1-22.)
+
+ [975] _Var._ Lui font-ils présumer que ma puissance usée. (1639)
+
+ [976] _Hæc virgo feci: gravior exsurgat dolor;
+ Majora jam me scelera post partus decent.
+ Accingere ira, teque in exitium para
+ Furore toto: paria narrentur tua
+ Repudia thalamis. Quo virum linquis modo?
+ Hoc quo secuta es: rumpe jam segnes moras;
+ Quæ scelere parta est, scelere linquenda est domus._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 49-55.)
+
+ --Voyez aussi vers 904 et suivants:
+
+ . . . . _Prolusit dolor
+ Per ista noster, etc._
+
+ [977] . . . . . . . _Spectat hoc nostri sator
+ Sol generis! et spectatur, et curru insidens
+ Per solita puri spatia decurrit poli?
+ Non redit in ortus, et remetitur diem?
+ Da, da per auras curribus patriis vehi:
+ Committe habenas, genitor, et flagrantibus
+ Ignifera loris tribue moderari juga.
+ Gemino Corinthos littori opponens moras,
+ Cremata flammis maria committet duo._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 28-36.)
+
+ [978] _Var._ Corinthe consommée affranchira le reste. (1639)
+ _Var._ Corinthe consumée affranchira le reste. (1644-57)
+
+ [979] _Var._ Mon erreur volontaire ajustée à mes voeux
+ Arrêtera sur elle un déluge de feux. (1639-57)
+
+ [980] _Var._ Il faut l'ensevelir dessous sa propre cendre,
+ Et brûler son pays, si bien qu'à l'avenir
+ L'isthme n'empêche plus les deux mers de s'unir. (1639-57)
+
+ [981] _Var._ Et de n'empêcher plus les deux mers de s'unir.
+ (1660)
+
+ [982] L'édition de 1682 porte, par une erreur évidente: «d'une
+ haine continue.»
+
+ [983] _Var._ Pour mieux prendre à son point le temps de sa
+ vengeance[983-a]. (1648-63)
+
+ [983-a] _Pour_ est corrigé en _peut_ dans l'_errata_ de l'édition
+ de 1663.
+
+ [984] _Appas_, appât. Voyez tome I, p. 148, note 3.
+
+ [985] On lit _en des moindres malheurs_ dans l'édition de 1682,
+ mais c'est probablement une faute d'impression.
+
+ [986] _Var._ Et n'a point où cacher de si grandes douleurs.
+ (1639-64)
+
+ [987] _Var._ Et m'offrir pour servante à son nouvel amour?
+ (1639-57)
+
+ [988] _Var._ Et songez qu'à grand'peine un esprit plus remis.
+ (1639-57)
+
+ [989] NUTRIX. _Sile, obsecro, questusque secreto abditos
+ Manda dolori. Gravia quisquis vulnera
+ Patiente et æquo mutus animo pertulit,
+ Referre potuit; ira quæ tegitur nocet;
+ Professa perdunt odia vindictæ locum._
+ MEDEA. _Levis est dolor qui capere consilium potest
+ Et clepere sese: magna non latitant mala.
+ Libet ire contra._ NUTRIX. _Siste furialem impetum
+ Alumna: vix te tacita defendit quies._
+ MEDEA. _Fortuna fortes metuit, ignavos premit._
+ NUTRIX. _Tunc est probanda si locum virtus habet._
+ MEDEA. _Nunquam potest non esse virtuti locus._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 150-161.)
+
+ [990] NUTRIX. _Abiere Colchi; conjugis nulla est fides,
+ Nihilque superest opibus e tantis tibi._
+ MEDEA. _Medea superest: hic mare et terras vides,
+ Ferrumque, et ignes, et Deos, et fulmina._
+
+ (_Ibidem_, vers 164-167.)
+
+ [991] _Var._ Et le sceptre des rois, et le foudre des Dieux.
+ (1639-68)
+
+ [992] _Var._ N'eût point de nos amours étouffé le flambeau.
+ (1639-57)
+
+ [993] NUTRIX. _Rex est timendus._ MEDEA. _Rex meus fuerat pater._
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . NUTRIX. _Profuge._ MEDEA. _Poenituit fugæ.
+ Medea fugiam?_ . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . _Fugiam; at ulciscar prius._
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Fortuna opes auferre, non animum potest._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 168-176.)
+
+ [994] Le mot _seule_ manque dans l'édition de 1639.
+
+ [995] _Var._ Madame.... Elle s'enfuit au lieu de m'écouter.
+ (1639-57)
+
+ [996] _Var._ Elle court à sa perte, et sa brutale envie.
+ (1639-57)
+
+
+
+
+ACTE II.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+MÉDÉE, NÉRINE.
+
+ NÉRINE.
+
+ Bien qu'un péril certain suive votre entreprise,
+ Assurez-vous sur moi, je vous suis toute acquise: 350
+ Employez mon service aux flammes, au poison,
+ Je ne refuse rien; mais épargnez Jason.
+ Votre aveugle vengeance une fois assouvie,
+ Le regret de sa mort vous coûteroit la vie;
+ Et les coups violents d'un rigoureux ennui.... 355
+
+ MÉDÉE.
+
+ Cesse de m'en parler, et ne crains rien pour lui:
+ Ma fureur jusque-là n'oseroit me séduire;
+ Jason m'a trop coûté pour le vouloir détruire;
+ Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur[997]
+ Soutient son intérêt au milieu de mon coeur. 360
+ Je crois qu'il m'aime encore, et qu'il nourrit en l'âme
+ Quelques restes secrets d'une si belle flamme;
+ Qu'il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi[998],
+ Qui l'arrache[999] à Médée en dépit de sa foi.
+ Qu'il vive, et s'il se peut, que l'ingrat me demeure; 365
+ Sinon, ce m'est assez que sa Créuse meure:
+ Qu'il vive cependant, et jouisse du jour
+ Que lui conserve encor mon immuable amour.
+ Créon seul et sa fille ont fait la perfidie[1000];
+ Eux seuls termineront toute la tragédie: 370
+ Leur perte achèvera cette fatale paix.
+
+ NÉRINE.
+
+ Contenez-vous, Madame; il sort de son palais[1001].
+
+
+SCÈNE II.
+
+CRÉON, MÉDÉE, NÉRINE, SOLDATS.
+
+ CRÉON.
+
+ Quoi? je te vois encore! Avec quelle impudence
+ Peux-tu, sans t'effrayer, soutenir ma présence?
+ Ignores-tu l'arrêt de ton bannissement? 375
+ Fais-tu si peu de cas de mon commandement?
+ Voyez comme elle s'enfle et d'orgueil et d'audace!
+ Ses yeux ne sont que feu; ses regards, que menace.
+ Gardes, empêchez-la de s'approcher de moi[1002].
+ Va, purge mes États d'un monstre tel que toi: 380
+ Délivre mes sujets et moi-même de crainte[1003].
+
+ MÉDÉE.
+
+ De quoi m'accuse-t-on? quel crime, quelle plainte
+ Pour mon bannissement vous donne tant d'ardeur[1004]?
+
+ CRÉON.
+
+ Ah! l'innocence même, et la même candeur[1005]!
+ Médée est un miroir de vertu signalée: 385
+ Quelle inhumanité de l'avoir exilée!
+ Barbare, as-tu sitôt oublié tant d'horreurs?
+ Repasse tes forfaits, repasse tes erreurs[1006],
+ Et de tant de pays nomme quelque contrée
+ Dont tes méchancetés te permettent l'entrée[1007]. 390
+ Toute la Thessalie en armes te poursuit;
+ Ton père te déteste, et l'univers te fuit:
+ Me dois-je en ta faveur charger de tant de haines,
+ Et sur mon peuple et moi faire tomber tes peines?
+ Va pratiquer ailleurs tes noires actions; 395
+ J'ai racheté la paix à ces conditions.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Lâche paix, qu'entre vous, sans m'avoir écoutée,
+ Pour m'arracher mon bien vous avez complotée!
+ Paix dont le déshonneur vous[1008] demeure éternel!
+ Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel, 400
+ Son crime eût-il cent fois mérité le supplice[1009],
+ D'un juste châtiment il fait une injustice.
+
+ CRÉON.
+
+ Au regard de Pélie, il fut bien mieux traité:
+ Avant que l'égorger tu l'avois écouté[1010]?
+
+ MÉDÉE.
+
+ Écouta-t-il Jason, quand sa haine couverte 405
+ L'envoya sur nos bords se livrer à sa perte?
+ Car comment voulez-vous que je nomme un dessein
+ Au-dessus de sa force et du pouvoir humain?
+ Apprenez quelle étoit cette illustre conquête,
+ Et de combien de morts j'ai garanti sa tête. 410
+ Il falloit mettre au joug deux taureaux furieux[1011]:
+ Des tourbillons de feux s'élançoient de leurs yeux,
+ Et leur maître Vulcain poussoit par leur haleine
+ Un long embrasement dessus toute la plaine.
+ Eux domptés, on entroit en de nouveaux hasards: 415
+ Il falloit labourer les tristes champs de Mars,
+ Et des dents d'un serpent ensemencer leur terre,
+ Dont la stérilité, fertile pour la guerre,
+ Produisoit à l'instant des escadrons armés
+ Contre la même main qui les avoit semés[1012]. 420
+ Mais quoi qu'eût fait contre eux une valeur parfaite,
+ La toison n'étoit pas au bout de leur défaite:
+ Un dragon, enivré des plus mortels poisons
+ Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons,
+ Vomissant mille traits de sa gorge enflammée[1013], 425
+ La gardoit beaucoup mieux que toute cette armée;
+ Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil,
+ Ne virent abaisser sa paupière au sommeil:
+ Je l'ai seule assoupi; seule, j'ai par mes charmes
+ Mis au joug les taureaux et défait les gensdarmes. 430
+ Si lors à mon devoir mon desir limité[1014]
+ Eût conservé ma gloire et ma fidélité[1015],
+ Si j'eusse eu de l'horreur de tant d'énormes fautes,
+ Que devenoit Jason, et tous vos Argonautes?
+ Sans moi, ce vaillant chef, que vous m'avez ravi, 435
+ Fût péri le premier, et tous l'auroient suivi.
+ Je ne me repens point d'avoir par mon adresse
+ Sauvé le sang des Dieux et la fleur de la Grèce:
+ Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor,
+ Et le charmant Orphée, et le sage Nestor, 440
+ Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie;
+ Je vous les verrai tous posséder sans envie:
+ Je vous les ai sauvés, je vous les cède tous;
+ Je n'en veux qu'un pour moi[1016], n'en soyez point jaloux.
+ Pour de si bons effets laissez-moi l'infidèle: 445
+ Il est mon crime seul, si je suis criminelle;
+ Aimer cet inconstant, c'est tout ce que j'ai fait:
+ Si vous me punissez, rendez-moi mon forfait[1017].
+ Est-ce user comme il faut d'un pouvoir légitime,
+ Que me faire coupable et jouir de mon crime[1018]? 450
+
+ CRÉON.
+
+ Va te plaindre à Colchos.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Le retour m'y plaira.
+ Que Jason m'y remette ainsi qu'il m'en tira[1019]:
+ Je suis prête à partir sous la même conduite
+ Qui de ces lieux aimés précipita ma fuite.
+ O d'un injuste affront les coups les plus cruels! 455
+ Vous faites différence entre deux criminels[1020]!
+ Vous voulez qu'on l'honore, et que de deux complices
+ L'un ait votre couronne, et l'autre des supplices!
+
+ CRÉON.
+
+ Cesse de plus mêler ton intérêt au sien.
+ Ton Jason, pris à part, est trop homme de bien[1021]: 460
+ Le séparant de toi, sa défense est facile[1022];
+ Jamais il n'a trahi son père ni sa ville;
+ Jamais sang innocent n'a fait rougir ses mains;
+ Jamais il n'a prêté son bras à tes desseins[1023];
+ Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme. 465
+ Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme,
+ Rends-lui son innocence en l'éloignant de nous[1024];
+ Porte en d'autres climats ton insolent courroux,
+ Tes herbes, tes poisons[1025], ton coeur impitoyable,
+ Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable[1026]. 470
+
+ MÉDÉE.
+
+ Peignez mes actions plus noires que la nuit;
+ Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit:
+ Ce fut en sa faveur que ma savante audace[1027]
+ Immola son tyran par les mains de sa race;
+ Joignez-y mon pays et mon frère: il suffit 475
+ Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit[1028].
+ Mais vous les[1029] saviez tous quand vous m'avez reçue;
+ Votre simplicité n'a point été déçue:
+ En ignoriez-vous un, quand vous m'avez promis
+ Un rempart assuré contre mes ennemis[1030]? 480
+ Ma main, saignante encor du meurtre de Pélie[1031],
+ Soulevoit contre moi toute la Thessalie,
+ Quand votre coeur, sensible à la compassion,
+ Malgré tous mes forfaits, prit ma protection.
+ Si l'on me peut depuis imputer quelque crime, 485
+ C'est trop peu que l'exil, ma mort est légitime:
+ Sinon, à quel propos me traitez-vous ainsi?
+ Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici[1032].
+
+ CRÉON.
+
+ Je ne veux plus ici d'une telle innocence,
+ Ni souffrir en ma cour ta fatale présence. 490
+ Va....
+
+ MÉDÉE.
+
+ Dieux justes, vengeurs....
+
+ CRÉON.
+
+ Va, dis-je, en d'autres lieux
+ Par tes cris importuns solliciter les Dieux.
+ Laisse-nous tes enfants: je serois trop sévère,
+ Si je les punissois des crimes de leur mère[1033];
+ Et bien que je le pusse avec juste raison, 495
+ Ma fille les demande en faveur de Jason.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Barbare humanité, qui m'arrache à moi-même,
+ Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime!
+ Si Jason et Créuse ainsi l'ont ordonné[1034],
+ Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné. 500
+
+ CRÉON.
+
+ Ne me réplique plus, suis la loi qui t'est faite;
+ Prépare ton départ, et pense à ta retraite.
+ Pour en délibérer, et choisir le quartier,
+ De grâce ma bonté te donne un jour entier[1035].
+
+ MÉDÉE.
+
+ Quelle grâce[1036]!
+
+ CRÉON.
+
+ Soldats, remettez-la chez elle; 505
+ Sa contestation deviendroit éternelle[1037].
+
+(Médée rentre et Créon continue[1038].)
+
+ Quel indomptable esprit! quel arrogant maintien
+ Accompagnoit l'orgueil d'un si long entretien!
+ A-t-elle rien fléchi de son humeur altière?
+ A-t-elle pu descendre à la moindre prière? 510
+ Et le sacré respect de ma condition
+ En a-t-il arraché quelque soumission[1039]?
+
+
+SCÈNE III.
+
+CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, SOLDATS.
+
+ CRÉON.
+
+ Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres[1040],
+ Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres.
+ Nous n'avons désormais que craindre de sa part: 515
+ Acaste est satisfait d'un si proche départ;
+ Et si tu peux calmer le courage d'Ægée,
+ Qui voit par notre choix son ardeur négligée,
+ Fais état que demain nous assure à jamais
+ Et dedans et dehors une profonde paix. 520
+
+ CRÉUSE.
+
+ Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes[1041],
+ Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines,
+ Mêle tant de foiblesse à son ressentiment,
+ Que son premier courroux se dissipe aisément[1042].
+ J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse 525
+ Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse
+ Dont l'âge peu sortable[1043] et l'inclination
+ Répondoient assez mal à son affection.
+
+ JASON.
+
+ Il doit vous témoigner par son obéissance
+ Combien sur son esprit vous avez de puissance; 530
+ Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux[1044],
+ Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups;
+ Et nos préparatifs contre la Thessalie
+ Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie[1045].
+
+ CRÉON.
+
+ Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement 535
+ A le payer d'estime et de remercîment.
+ Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie:
+ Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie;
+ Mais le trône soutient la majesté des rois[1046]
+ Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois. 540
+ On doit toujours respect au sceptre, à la couronne.
+ Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne;
+ Je saurai l'apaiser avec facilité,
+ Si tu ne te défends qu'avec civilité.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+JASON, CRÉUSE, CLÉONE.
+
+ JASON.
+
+ Que ne vous dois-je point pour cette préférence, 545
+ Où mes desirs n'osoient porter mon espérance!
+ C'est bien me témoigner un amour infini,
+ De mépriser un roi pour un pauvre banni!
+ A toutes ses grandeurs préférer ma misère,
+ Tourner en ma faveur les volontés d'un père, 550
+ Garantir mes enfants d'un exil rigoureux!
+
+ CRÉUSE.
+
+ Qu'a pu faire de moindre un courage amoureux?
+ La fortune a montré dedans votre naissance
+ Un trait de son envie, ou de son impuissance;
+ Elle devoit un sceptre au sang dont vous naissez? 555
+ Et sans lui vos vertus le méritoient assez.
+ L'amour, qui n'a pu voir une telle injustice,
+ Supplée à son défaut, ou punit sa malice,
+ Et vous dorme, au plus fort de vos adversités,
+ Le sceptre que j'attends, et que vous méritez. 560
+ La gloire m'en demeure; et les races futures
+ Comptant notre hyménée entre vos aventures,
+ Vanteront à jamais mon amour généreux,
+ Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux.
+ Après tout, cependant, riez de ma foiblesse: 565
+ Prête de posséder le phénix de la Grèce,
+ La fleur de nos guerriers, le sang de tant de Dieux,
+ La robe de Médée a donné dans mes yeux.
+ Mon caprice, à son lustre attachant mon envie,
+ Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie: 570
+ C'est ce qu'ont prétendu mes desseins relevés,
+ Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés.
+
+ JASON.
+
+ Que ce prix est léger pour un si bon office!
+ Il y faut toutefois employer l'artifice:
+ Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir 575
+ Que ma main l'en dépouille afin de vous l'offrir[1047];
+ Des trésors dont son père épuise la Scythie,
+ C'est tout ce qu'elle a pris quand elle en est sortie.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Qu'elle a fait un beau choix! jamais éclat pareil
+ Ne sema dans la nuit les clartés du soleil; 580
+ Les perles avec l'or confusément mêlées,
+ Mille pierres de prix sur ses bords étalées,
+ D'un mélange divin éblouissent les yeux;
+ Jamais rien d'approchant ne se fit en ces[1048] lieux.
+ Pour moi, tout aussitôt que je l'en vis parée, 585
+ Je ne fis plus d'état de la toison dorée;
+ Et dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux,
+ J'en eus presques envie aussitôt que de vous.
+ Pour apaiser Médée et réparer sa perte,
+ L'épargne de mon père entièrement ouverte 590
+ Lui met à l'abandon tous les trésors du Roi,
+ Pourvu que cette robe et Jason soient à moi.
+
+ JASON.
+
+ N'en doutez point, ma reine, elle vous est acquise.
+ Je vais chercher Nérine, et par son entremise
+ Obtenir de Médée avec dextérité 595
+ Ce que refuseroit son courage irrité.
+ Pour elle, vous savez que j'en fuis les approches[1049];
+ J'aurois peine à souffrir l'orgueil de ses reproches;
+ Et je me connois mal, ou dans notre entretien
+ Son courroux s'allumant allumeroit le mien. 600
+ Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage,
+ Jusques à supporter sans réplique un outrage;
+ Et ce seroient pour moi d'éternels déplaisirs[1050]
+ De reculer par là l'effet de vos desirs.
+ Mais, sans plus de discours, d'une maison voisine 605
+ Je vais prendre le temps que sortira Nérine.
+ Souffrez, pour avancer votre contentement,
+ Que malgré mon amour je vous quitte un moment[1051].
+
+ CLÉONE.
+
+ Madame, j'aperçois venir le roi d'Athènes.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Allez donc, votre vue augmenteroit[1052] ses peines. 610
+
+ CLÉONE.
+
+ Souvenez-vous de l'air dont il le faut traiter.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Ma bouche accortement saura s'en acquitter.
+
+
+SCÈNE V.
+
+ÆGÉE[1053], CRÉUSE, CLÉONE.
+
+ ÆGÉE.
+
+ Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis croire,
+ Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,
+ Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord, 615
+ Par un honteux hymen, de l'arrêt de ma mort[1054].
+ Votre peuple en frémit, votre cour en murmure;
+ Et tout Corinthe enfin s'impute à grande injure
+ Qu'un fugitif, un traître, un meurtrier de rois,
+ Lui donne à l'avenir des princes et des lois; 620
+ Il ne peut endurer que l'horreur de la Grèce
+ Pour prix de ses forfaits épouse sa princesse,
+ Et qu'il faille ajouter[1055] à vos titres d'honneur:
+ «Femme d'un assassin et d'un empoisonneur.»
+
+ CRÉUSE.
+
+ Laissez agir, grand roi, la raison sur votre âme, 625
+ Et ne le chargez point des crimes de sa femme.
+ J'épouse un malheureux, et mon père y consent,
+ Mais prince, mais vaillant, et surtout innocent:
+ Non pas que je ne faille en cette préférence;
+ De votre rang au sien je sais la différence. 630
+ Mais si vous connoissez l'amour et ses ardeurs,
+ Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs:
+ Avouez que son feu n'en veut qu'à la personne,
+ Et qu'en moi vous n'aimiez rien moins que ma couronne.
+ Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer 635
+ Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer[1056];
+ Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes
+ Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes.
+ Ainsi nous avons vu le souverain des Dieux,
+ Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux; 640
+ Vénus quitter son Mars et négliger sa prise,
+ Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise;
+ Et c'est peut-être encore avec moins de raison
+ Que bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason[1057].
+ D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage: 645
+ Je vous estimai plus, et l'aimai davantage.
+
+ ÆGÉE.
+
+ Gardez ces compliments pour de moins enflammés,
+ Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez.
+ Que me sert cet aveu d'une erreur volontaire?
+ Si vous croyez faillir, qui vous force à le faire? 650
+ N'accusez point l'amour ni son aveuglement:
+ Quand on connoît sa faute, on manque doublement[1058].
+
+ CRÉUSE.
+
+ Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable[1059],
+ Je ne veux plus, Seigneur, me confesser coupable[1060].
+ L'amour de mon pays et le bien de l'État 655
+ Me défendoient l'hymen d'un si grand potentat.
+ Il m'eût fallu soudain vous suivre en vos provinces,
+ Et priver mes sujets de l'aspect de leurs princes.
+ Votre sceptre pour moi n'est qu'un pompeux exil:
+ Que me sert son éclat? et que me donne-t-il? 660
+ M'élève-t-il d'un rang plus haut que souveraine?
+ Et sans le posséder ne me vois-je pas reine[1061]?
+ Grâces aux immortels, dans ma condition
+ J'ai de quoi m'assouvir de cette ambition:
+ Je ne veux point changer mon sceptre contre un autre;
+ Je perdrois ma couronne en acceptant la vôtre.
+ Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi,
+ Et d'un prince éloigné rejetteroit la loi.
+ Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge,
+ Dont ma seule présence adoucit le veuvage, 670
+ Ne sauroit se résoudre à séparer de lui
+ De ses débiles ans l'espérance et l'appui,
+ Et vous reconnoîtrez que je ne vous préfère
+ Que le bien de l'État, mon pays et mon père[1062].
+ Voilà ce qui m'oblige au choix d'un autre époux; 675
+ Mais comme ces raisons font peu d'effet sur vous,
+ Afin de redonner le repos à votre âme,
+ Souffrez que je vous quitte.
+
+ ÆGÉE, seul.
+
+ Allez, allez, Madame,
+ Étaler vos appas et vanter vos mépris
+ A l'infâme sorcier qui charme vos esprits. 680
+ De cette indignité faites un mauvais conte;
+ Riez de mon ardeur, riez de votre honte;
+ Favorisez celui de tous vos courtisans
+ Qui raillera le mieux le déclin de mes ans:
+ Vous jouirez fort peu d'une telle insolence; 685
+ Mon amour outragé court à la violence;
+ Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port,
+ N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort.
+ La jeunesse me manque, et non pas le courage:
+ Les rois ne perdent point les forces avec l'âge; 690
+ Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini,
+ Ma passion vengée, et votre orgueil puni.
+
+FIN DU SECOND ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [997] _Var._ Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu'il est,
+ Notre première ardeur soutient son intérêt. (1639-57)
+
+ [998] _Var._ Il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi.
+ (1639-64)
+
+ [999] Il y a _qu'il l'arrache_ dans l'édition de 1682, mais
+ c'est certainement une faute d'impression. Il y en a une autre au
+ vers 371: _la perte_, pour _leur perte_.
+
+ [1000] . . . . _Si potest, vivat meus,
+ Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen,
+ Memorque nostri muneri parcat meo.
+ Culpa est Creontis tota_. . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . _Petatur solus hic; poenas luat
+ Quas debet._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 140-147.)
+
+ [1001] Les éditions de 1664, 68 et 82 portent _contentez-vous_,
+ pour _contenez-vous_. Nous avons adopté néanmoins le texte des
+ éditions antérieures, qui offre seul un sens raisonnable.
+
+ [1002] CREON. _Medea. . . . . . . . . . . . . .
+ Nondum meis exportat e regnis pedem?_
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . _Fert gradum contra ferox,
+ Minaxque nostros propius affatus petit.
+ Arcete, famuli, tactu et accessu procul._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 179-188.)
+
+ [1003] _Egredere, purga regna_ . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . _libera cives metu._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.)
+
+ [1004] _Var._ Vous porte à me chasser avecque tant d'ardeur.
+ (1639-57)
+
+ [1005] . . . . . . . . . . _Vade veloci via,
+ Monstrumque sævum, horribile jamdudum, avehe._
+ MEDEA. _Quod crimen, aut quæ culpa mulctatur fuga[1005-a]?_
+ CREON. _Quæ causa pellat, innocens mulier rogat._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 190-193.)
+
+ [1005-a] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 284.
+
+ [1006] _Var._ Repasse tes forfaits avecque tes erreurs. (1639-57)
+
+ [1007] _Var._ Dont tes méchancetés te promettent l'entrée. (1639
+ et 57)
+
+ [1008] L'édition de 1639 donne _nous_, pour _vous_; c'est
+ évidemment une faute.
+
+ [1009] _Var._ Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice.
+ (1639-57)
+
+ [1010] MEDEA. _Qui statuit aliquid parte inaudita altera,
+ Æquum licet statuerit, haud æquus fuit._
+ CREON. _Auditus a te Pelia supplicium tulit?_
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 199-201.)
+
+ [1011] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 474-480.
+
+ [1012] _Var._ Contre le laboureur qui les avoit semés. (1639-57)
+
+ [1013] _Var._ Vomissant mille traits de sa gueule enflammée.
+ (1639-57)
+
+ [1014] _Var._ Si lors à mes devoirs mon desir limité. (1639)
+
+ [1015] _Var._ Eût conservé ma honte et ma fidélité. (1639-57)
+
+ [1016] _Decus illud ingens, Græciæ florem inclitum,
+ Præsidia achivæ gentis, et prolem Deum
+ Servasse memet: munus est Orpheus meum,
+ Qui suxa cantu mulcet et silvas trahit;
+ Geminumque munus Castor et Pollux meum est;
+ Satique Borea_ . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . _Nam ducum taceo ducem,
+ Pro quo nihil debetur; hunc nulli imputo:
+ Vobis revexi ceteros, unum mihi._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 226-235.)
+
+ [1017] . . . . . . . . _Si placet, damna ream;
+ Sed redde crimen._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 245, 246.)
+
+ [1018] _Var._ De me faire coupable et jouir de mon crime?
+ (1639-60)
+
+ [1019] CREON. _I, querere Colchis._ MEDEA. _Redeo: qui advexit ferat._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 197.)
+
+ [1020] . . . . . . . . _Cur sontes duos
+ Distinguis?_
+
+ (_Ibidem_, vers 275, 276.)
+
+ [1021] _Potest Jason, si tuam causam amoves,
+ Suam tueri: nullus innocuum cruor
+ Contaminavit; abfuit ferro manus,
+ Proculque vestro purus a coetu stetit._
+
+ (_Ibidem_, vers 262-265.)
+
+ [1022] _Var._ La séparant de toi, sa défense est facile. (1657)
+
+ [1023] _Var._ Jamais il n'a prêté sa lame à tes desseins. (1639)
+
+ [1024] _Var._ Rends-lui son innocence en t'éloignant d'ici;
+ Emporte avecque toi son crime et mon souci. (1639-57)
+
+ [1025] . . . . . . . . . _Letales simul
+ Tecum aufer herbas._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 269, 270.)
+
+ [1026] _Var._ Tout ce qui me fait craindre et rend Jason coupable. (1639-57)
+ _Var._ Et tout ce que jamais a fait Jason coupable. (1664)
+
+ [1027] _Var._ C'est à son intérêt que ma savante audace.
+ (1639-57)
+
+ [1028] . . . . . . . _Illi Pelia, non nobis jacet.
+ Fugam rapinasque adjice, desertum patrem
+ Lacerumque fratrem_. . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Toties nocens sum facta, sed nunquam mihi._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 276-280.)
+
+ [1029] L'édition de 1682 donne, par erreur, _le_, pour _les_:
+ «Mais vous le saviez tous.
+
+ [1030] _Talem sciebas esse, quum genua attigi,
+ Fidemque supplex præsidis dextra petii._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 247, 248.)
+
+ [1031] _Var._ Ma main saignoit encor du meurtre de Pélie,
+ Quand dessous votre foi vous m'avez recueillie,
+ Et votre coeur, sensible à la compassion. (1639-57)
+
+ [1032] Voyez plus loin, acte III, scène III, p. 383, note 3.
+
+ [1033] MEDEA. _Supplex recedens illud extremum precor,
+ Ne culpa natos matris insontes trahat._
+ CREON. _Vade, hos paterno, ut genitor, excipiam sinu._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 282-284.)
+
+ [1034] _Var._ Si Créuse et Jason ainsi l'ont ordonné. (1639-57)
+
+ [1035] _Unus parando dabitur exsilio dies._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 295.)
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359.
+
+ [1036] Voyez plus loin la note du vers 834.
+
+ [1037] _Var._ Sa contestation se rendroit éternelle. (1639-57)
+
+ [1038] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
+
+ [1039] Les éditions de 1639-48 portent _submission_.
+
+ [1040] _Var._ Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerre,
+ Ma fille: c'est demain qu'elle sort de ma terre. (1639-60)
+
+ [1041] _Var._ Je ne crois pas, Monsieur, que ce vieux roi
+ d'Athènes. (1639-60)
+
+ [1042] _Var._ Que ses premiers bouillons s'apaisent aisément.
+ (1639-57)
+
+ [1043] Dans l'édition de 1682, on a imprimé par erreur: «dont
+ l'âge un peu sortable.»--Au vers 532, il y a une autre faute:
+ «Nous savons,» pour «Nous saurons.»
+
+ [1044] _Var._ Et si dans sa colère il demeuroit entier,
+ Ma princesse, en tout cas, nous sommes du métier. (1639)
+
+ [1045] _Var._ Ne sont que trop bastants à ranger sa folie. (1639)
+
+ [1046] _Var._ Mais on ne traite point les rois avec mépris;
+ On leur doit du respect, quoi qu'ils aient entrepris:
+ Remets, si tu le veux, sur moi toute l'affaire;
+ Quelques raisons d'État le pourront satisfaire,
+ Et pour m'y préparer plus de facilité,
+ Surtout ne le reçois qu'avec civilité. (1639-57)
+
+ [1047] _Var._ Qu'on la prenne en ses mains afin de vous l'offrir.
+ (1639)
+
+ [1048] Les éditions de 1639-52 et de 1657 portent _ses_, pour
+ _ces_.
+
+ [1049] _Var._ Pour elle, vous savez que je fuis ses approches:
+ Je ne m'expose point à ses vaines reproches. (1639-57)
+
+ [1050] _Var._ Or jugez à quel point iroient mes déplaisirs.
+ (1639-57)
+
+ [1051] _Var._ Que malgré notre amour je vous quitte un moment.
+ (1639)
+
+ [1052] On lit _augmentera_, pour _augmenteroit_, dans l'édition
+ de 1682.
+
+ [1053] Ce personnage est emprunté à Euripide, mais c'est
+ Corneille qui a eu la fâcheuse idée d'en faire le futur de Créuse
+ et au besoin de Médée. Voyez plus haut l'_Examen_, p. 335 et 336.
+
+ [1054] _Var._ Par ce honteux hymen, de l'arrêt de ma mort.
+ (1639-57)
+
+ [1055] L'édition de 1682 porte _ajuster_, pour _ajouter_.
+
+ [1056] Voyez plus haut la Notice sur _la Comédie des Tuileries_,
+ p. 308 et 309.
+
+ [1057] _Var._ Que bien que vous m'aimez, je me donne à Jason.
+ (1663-68)
+
+ [1058] _Var._ Quand on connoît sa faute, on pèche doublement.
+ (1639-57)
+
+ [1059] _Var._ Puis donc que vous trouvez ma faute inexcusable.
+ (1639, 44 et 52-57)
+ _Var._ Puisque vous trouvez donc ma faute inexcusable. (1648)
+
+ [1060] _Var._ Je ne veux plus, Monsieur, me confesser coupable.
+ (1639-60)
+
+ [1061] _Var._ Et sans le posséder suis-je pas déjà reine?
+ (1639-57)
+
+ [1062] _Var._ [Que le bien de l'État, mon pays et mon père.]
+ ÆGÉE. Puisque mon mauvais sort à ce point me réduit,
+ Qu'au lieu de me servir, ma couronne me nuit,
+ Pour divertir l'effet de ce funeste oracle,
+ Je dépose à vos pieds ce précieux obstacle:
+ Madame, à mes sujets donnez un autre roi,
+ De tout ce que je suis ne retenez que moi.
+ Allez, sceptre, grandeurs, majesté, diadème:
+ Votre odieux éclat déplaît à ce que j'aime;
+ Je hais ce nom de roi qui s'oppose à mes voeux,
+ Et le titre d'esclave est le seul que je veux.
+ CRÉUSE. Sans plus vous emporter à cette complaisance,
+ Perdez mon souvenir avecque ma présence,
+ Et puisque mes raisons ont si peu de pouvoir,
+ Que votre émotion se redouble à me voir,
+ [Afin de redonner le repos à votre âme.] (1639-57)
+
+
+
+
+ACTE III.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+NÉRINE.
+
+ Malheureux instrument du malheur qui nous presse,
+ Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse!
+ Avant que le soleil ait fait encore un tour, 695
+ Ta perte inévitable achève ton amour[1063].
+ Ton destin te trahit, et ta beauté fatale
+ Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale;
+ Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort,
+ Et le jour de sa fuite est celui de ta mort[1064]. 700
+ Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre:
+ Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre;
+ Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi;
+ La terre offre à s'ouvrir sous le palais du Roi;
+ L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère, 705
+ Tant la nature esclave a peur de lui déplaire;
+ Et si ce n'est assez de tous les éléments,
+ Les enfers vont sortir à ses commandements.
+ Moi, bien que mon devoir m'attache à son service,
+ Je lui prête à regret un silence complice: 710
+ D'un louable desir mon coeur sollicité
+ Lui feroit avec joie une infidélité;
+ Mais loin de s'arrêter, sa rage découverte
+ A celle de Créuse ajouteroit ma perte;
+ Et mon funeste avis ne serviroit de rien 715
+ Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien.
+ D'un mouvement contraire à celui de mon âme,
+ La crainte de la mort m'ôte celle du blâme;
+ Et ma timidité s'efforce d'avancer[1065]
+ Ce que hors du péril je voudrois traverser. 720
+
+
+SCÈNE II.
+
+JASON, NÉRINE.
+
+ JASON.
+
+ Nérine, eh bien! que dit, que fait notre exilée[1066]?
+ Dans ton cher entretien s'est-elle consolée[1067]?
+ Veut-elle bien céder à la nécessité?
+
+ NÉRINE.
+
+ Je trouve en son chagrin moins d'animosité;
+ De moment en moment son âme plus humaine 725
+ Abaisse sa colère, et rabat de sa haine:
+ Déjà son déplaisir ne vous[1068] veut plus de mal.
+
+ JASON.
+
+ Fais-lui prendre pour tous un sentiment égal.
+ Toi, qui de mon amour connoissois la tendresse,
+ Tu peux connoître aussi quelle douleur me presse. 730
+ Je me sens déchirer le coeur à son départ:
+ Créuse en ses malheurs prend même quelque part,
+ Ses pleurs en ont coulé; Créon même en[1069] soupire,
+ Lui préfère à regret le bien de son empire;
+ Et si dans son adieu son coeur moins irrité 735
+ En voulait mériter la libéralité[1070],
+ Si jusque-là Médée apaisoit ses menaces,
+ Qu'elle eût soin de partir avec ses bonnes grâces[1071],
+ Je sais (comme il est bon) que ses trésors ouverts
+ Lui seroient, sans réserve, entièrement offerts, 740
+ Et malgré les malheurs où le sort l'a réduite,
+ Soulageroient sa peine et soutiendroient sa fuite.
+
+ NÉRINE.
+
+ Puisqu'il faut se résoudre à ce bannissement,
+ Il faut en adoucir le mécontentement.
+ Cette offre y peut servir, et par elle j'espère[1072], 745
+ Avec un peu d'adresse, apaiser sa colère;
+ Mais d'ailleurs toutefois n'attendez rien de moi,
+ S'il faut prendre congé de Créuse et du Roi:
+ L'objet de votre amour et de sa jalousie
+ De toutes ses fureurs l'auroit tôt[1073] ressaisie. 750
+
+ JASON.
+
+ Pour montrer sans les voir son courage apaisé,
+ Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé[1074];
+ Et de si longue main je connois ta prudence,
+ Que je t'en fais sans peine entière confidence.
+ Créon bannit Médée, et ses ordres précis 755
+ Dans son bannissement enveloppoient ses fils:
+ La pitié de Créuse a tant fait vers son père,
+ Qu'ils n'auront point de part au malheur de leur mère[1075].
+ Elle lui doit par eux quelque remercîment;
+ Qu'un présent de sa part suive leur compliment: 760
+ Sa robe, dont l'éclat sied mal à sa fortune,
+ Et n'est à son exil qu'une charge importune,
+ Lui gagneroit le coeur d'un prince libéral,
+ Et de tous ses trésors l'abandon général.
+ D'une vaine parure, inutile à sa peine[1076], 765
+ Elle peut acquérir de quoi faire la Reine:
+ Créuse, ou je me trompe, en a quelque desir,
+ Et je ne pense pas qu'elle pût mieux choisir.
+ Mais la voici qui sort; souffre que je l'évite:
+ Ma rencontre la trouble, et mon aspect l'irrite[1077]. 770
+
+
+SCÈNE III.
+
+MÉDÉE, JASON, NÉRINE.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ne fuyez pas, Jason, de ces funestes lieux.
+ C'est à moi d'en partir: recevez mes adieux.
+ Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose;
+ Sa rigueur n'a pour moi de nouveau que sa cause.
+ C'est pour vous que j'ai fui, c'est vous qui me chassez.
+ Où me renvoyez-vous, si vous me bannissez?
+ Irai-je sur le Phase, où j'ai trahi mon père,
+ Apaiser de mon sang les mânes de mon frère?
+ Irai-je en Thessalie, où le meurtre d'un roi
+ Pour victime aujourd'hui ne demande que moi? 780
+ Il n'est point de climat dont mon amour fatale
+ N'ait acquis à mon nom la haine générale;
+ Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma main
+ M'a fait un ennemi de tout le genre humain[1078].
+ Ressouviens-t'en, ingrat; remets-toi dans la plaine 785
+ Que ces taureaux affreux brûloient de leur haleine;
+ Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons
+ Élevoient contre toi de soudains bataillons;
+ Ce dragon qui jamais n'eut les paupières closes[1079];
+ Et lors préfère-moi Créuse, si tu l'oses. 790
+ Qu'ai-je épargné depuis qui fût en mon pouvoir[1080]?
+ Ai-je auprès de l'amour écouté mon devoir?
+ Pour jeter un obstacle à l'ardente poursuite
+ Dont mon père en fureur touchoit déjà ta fuite,
+ Semai-je avec regret mon frère par morceaux?[1081]? 795
+ A ce funeste objet épandu sur les eaux[1082],
+ Mon père, trop sensible aux droits de la nature,
+ Quitta tous autres soins que de sa sépulture;
+ Et par ce nouveau crime émouvant sa pitié,
+ J'arrêtai les effets de son inimitié. 800
+ Prodigue de mon sang, honte de ma famille[1083],
+ Aussi cruelle soeur que déloyale fille,
+ Ces titres glorieux plaisoient à mes amours;
+ Je les pris sans horreur pour conserver tes jours.
+ Alors, certes, alors mon mérite étoit rare; 805
+ Tu n'étois point honteux d'une femme barbare.
+ Quand à ton père usé je rendis la vigueur,
+ J'avois encor tes voeux, j'étois encor ton coeur;
+ Mais cette affection, mourant avec Pélie,
+ Dans le même tombeau se vit ensevelie[1084]: 810
+ L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front,
+ Une Scythe en ton lit te fut lors un affront;
+ Et moi, que tes desirs avoient tant souhaitée,
+ Le dragon assoupi, la toison emportée,
+ Ton tyran massacré, ton père rajeuni, 815
+ Je devins un objet digne d'être banni.
+ Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine:
+ Il t'a fallu sortir d'une honteuse chaîne,
+ Et prendre une moitié qui n'a rien plus que moi,
+ Que le bandeau royal, que j'ai quitté pour toi. 820
+
+ JASON.
+
+ Ah! que n'as-tu des yeux à lire dans mon âme,
+ Et voir les purs motifs de ma nouvelle flamme!
+ Les tendres sentiments d'un amour paternel
+ Pour sauver mes enfants me rendent criminel[1085],
+ Si l'on peut nommer crime un malheureux divorce 825
+ Où le soin que j'ai d'eux me réduit et me force[1086].
+ Toi-même, furieuse, ai-je peu fait pour toi
+ D'arracher ton trépas aux vengeances d'un roi?
+ Sans moi ton insolence alloit être punie;
+ A ma seule prière on ne t'a que bannie[1087]. 830
+ C'est rendre la pareille à tes grands coups d'effort:
+ Tu m'as sauvé la vie, et j'empêche ta mort.
+
+ MÉDÉE.
+
+ On ne m'a que bannie! ô bonté souveraine!
+ C'est donc une faveur, et non pas une peine[1088]!
+ Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment, 835
+ Et mon exil encor doit un remercîment!
+ Ainsi l'avare soif du brigand assouvie,
+ Il s'impute à pitié de nous laisser la vie:
+ Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner,
+ Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner. 840
+
+ JASON.
+
+ Tes discours, dont Créon de plus en plus s'offense,
+ Le forceroient enfin à quelque violence.
+ Éloigne-toi d'ici tandis qu'il t'est permis:
+ Les rois ne sont jamais de foibles ennemis.
+
+ MÉDÉE.
+
+ A travers tes conseils je vois assez ta ruse: 845
+ Ce n'est là m'en donner qu'en faveur de Créuse.
+ Ton amour, déguisé d'un soin officieux,
+ D'un objet importun veut délivrer ses yeux.
+
+ JASON.
+
+ N'appelle point amour un change inévitable,
+ Où Créuse fait moins que le sort qui m'accable. 850
+
+ MÉDÉE.
+
+ Peux-tu bien, sans rougir, désavouer tes feux?
+
+ JASON.
+
+ Eh bien, soit; ses attraits captivent tous mes voeux:
+ Toi qu'un amour furtif souilla de tant de crimes,
+ M'oses-tu reprocher des ardeurs légitimes?
+
+ MÉDÉE.
+
+ Oui, je te les reproche, et de plus....
+
+ JASON.
+
+ Quels forfaits? 855
+
+ MÉDÉE.
+
+ La trahison, le meurtre, et tous ceux que j'ai faits.
+
+ JASON.
+
+ Il manque encor ce point à mon sort déplorable,
+ Que de tes cruautés on me fasse coupable.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Tu présumes en vain de t'en mettre à couvert:
+ Celui-là fait le crime à qui le crime sert. 860
+ Que chacun, indigné contre ceux de ta femme,
+ La traite en ses discours de méchante et d'infâme:
+ Toi seul, dont ses forfaits ont fait tout le bonheur,
+ Tiens-la pour innocente, et défends son honneur.
+
+ JASON.
+
+ J'ai honte de ma vie, et je hais son usage, 865
+ Depuis que je la dois aux effets de ta rage.
+
+ MÉDÉE.
+
+ La honte généreuse, et la haute vertu!
+ Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu[1089]?
+
+ JASON.
+
+ Au bien de nos enfants, dont l'âge foible et tendre
+ Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre: 870
+ Deviens en leur faveur d'un naturel plus doux.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Mon âme à leur sujet redouble son courroux.
+ Faut-il ce déshonneur pour comble à mes misères,
+ Qu'à mes enfants Créuse enfin donne des frères!
+ Tu vas mêler, impie, et mettre en rang pareil 875
+ Des neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil[1090]!
+
+ JASON.
+
+ Leur grandeur soutiendra la fortune des autres;
+ Créuse et ses enfants conserveront les nôtres[1091].
+
+ MÉDÉE.
+
+ Je l'empêcherai bien, ce mélange odieux,
+ Qui déshonore ensemble et ma race et les Dieux. 880
+
+ JASON.
+
+ Lassés de tant de maux, cédons à la fortune.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ce corps n'enferme pas une âme si commune;
+ Je n'ai jamais souffert qu'elle me fît la loi,
+ Et toujours ma fortune a dépendu de moi[1092].
+
+ JASON.
+
+ La peur que j'ai d'un sceptre....
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ah! coeur rempli de feinte,
+ Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte[1093]:
+ Un sceptre est l'objet seul qui fait ton nouveau choix[1094].
+
+ JASON.
+
+ Veux-tu que je m'expose aux haines de deux rois,
+ Et que mon imprudence attire sur nos têtes,
+ D'un et d'autre côté, de nouvelles tempêtes? 890
+
+ MÉDÉE.
+
+ Fuis-les, fuis-les tous deux; suis Médée à ton tour,
+ Et garde au moins ta foi, si tu n'as plus d'amour.
+
+ JASON.
+
+ Il est aisé de fuir; mais il n'est pas facile
+ Contre deux rois aigris de trouver un asile.
+ Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir? 895
+
+ MÉDÉE.
+
+ Qui me résistera, si je te veux punir[1095],
+ Déloyal? Auprès d'eux crains-tu si peu Médée?
+ Que toute leur puissance, en armes débordée,
+ Dispute contre moi ton coeur qu'ils m'ont surpris,
+ Et ne sois du combat que le juge et le prix! 900
+ Joins-leur, si tu le veux, mon père et la Scythie:
+ En moi seule ils n'auront que trop forte partie[1096].
+ Bornes-tu mon pouvoir à celui des humains?
+ Contre eux, quand il me plaît, j'arme leurs propres mains;
+ Tu le sais, tu l'as vu, quand ces fils de la Terre 905
+ Par leurs coups mutuels terminèrent leur guerre.
+ Misérable! je puis adoucir des taureaux;
+ La flamme m'obéit, et je commande aux eaux[1097];
+ L'enfer tremble, et les cieux, sitôt que je les nomme:
+ Et je ne puis toucher les volontés d'un homme! 910
+ Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté[1098];
+ Je ne m'offense plus de ta légèreté:
+ Je sens à tes regards décroître ma colère;
+ De moment en moment ma fureur se modère;
+ Et je cours sans regret à mon bannissement, 915
+ Puisque j'en vois sortir ton établissement.
+ Je n'ai plus qu'une grâce à demander ensuite:
+ Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite[1099];
+ Que je t'admire encore en chacun de leurs traits,
+ Que je t'aime et te baise en ces petits portraits; 920
+ Et que leur cher objet, entretenant ma flamme,
+ Te présente à mes yeux aussi bien qu'à mon âme.
+
+ JASON.
+
+ Ah! reprends ta colère, elle a moins de rigueur.
+ M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le coeur;
+ Et Jupiter tout prêt à m'écraser du foudre, 925
+ Mon trépas à la main, ne pourroit m'y résoudre[1100].
+ C'est pour eux que je change; et la Parque, sans eux,
+ Seule de notre hymen pourroit rompre les noeuds[1101].
+
+ MÉDÉE.
+
+ Cet amour paternel, qui te fournit d'excuses,
+ Me fait souffrir aussi que tu me les refuses: 930
+ Je ne t'en presse plus, et, prête à me bannir,
+ Je ne veux plus de toi qu'un léger souvenir!
+
+ JASON.
+
+ Ton amour vertueux fait ma plus grande gloire:
+ Ce seroit me trahir qu'en perdre la mémoire;
+ Et le mien envers toi, qui demeure éternel, 935
+ T'en laisse en cet adieu le serment solennel.
+
+ Puissent briser mon chef les traits les plus sévères
+ Que lancent des grands Dieux les plus âpres colères[1102];
+ Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir.
+ Si je ne perds la vie avant ton souvenir! 940
+
+
+SCÈNE IV.
+
+MÉDÉE, NÉRINE.
+
+ MÉDÉE.
+
+ J'y donnerai bon ordre: il est en ta puissance
+ D'oublier mon amour, mais non pas ma vengeance;
+ Je la saurai graver en tes esprits glacés
+ Par des coups trop profonds pour en être effacés.
+
+ Il aime ses enfants, ce courage inflexible: 945
+ Son foible est découvert; par eux il est sensible;
+ Par eux mon bras, armé d'une juste rigueur,
+ Va trouver des chemins à lui percer le coeur[1103].
+
+ NÉRINE.
+
+ Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles;
+ N'avancez point par là vos propres funérailles[1104]: 950
+ Contre un sang innocent pourquoi vous irriter,
+ Si Créuse en vos lacs se vient précipiter?
+ Elle-même s'y jette, et Jason vous la livre.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Tu flattes mes desirs.
+
+ NÉRINE.
+
+ Que je cesse de vivre,
+ Si ce que je vous dis n'est pure vérité[1105]! 955
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ah! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité!
+
+ NÉRINE.
+
+ Madame, il faut garder que quelqu'un ne nous voie,
+ Et du palais du Roi découvre notre joie:
+ Un dessein éventé succède rarement.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Rentrons donc, et mettons nos secrets sûrement. 960
+
+FIN DU TROISIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1063] L'édition de 1682 porte, par erreur: «tout amour,» pour
+ «ton amour.»
+
+ [1064] _Var._ [Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.]
+ Celle qui de son fils saoula le roi de Thrace
+ Eut bien moins que Médée et de rage et d'audace.
+ Seule égale à soi-même en sa vaste fureur,
+ Ses projets les plus doux me font trembler d'horreur.
+ [Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre.] (1639-57)
+
+ [1065] _Var._ Ma peur me fait fidèle et tâche d'avancer
+ Les desseins que je veux et n'ose traverser. (1639-57)
+
+ [1066] _Var._ Nérine, eh bien! que fait notre pauvre exilée?
+ (1639-60)
+
+ [1067] _Var._ Tes sages entretiens l'ont-ils point consolée?
+ Ne peut-elle céder à la nécessité?
+ NÉR. Elle a bien refroidi son animosité. (1639-57)
+
+ [1068] Les éditions de 1663-82, au lieu de _vous_, portent
+ _nous_, qui n'offre point ici un sens satisfaisant. Thomas
+ Corneille a rétabli le _vous_ en 1692.
+
+ [1069] _En_ est omis dans l'édition de 1682.
+
+ [1070] _Var._ Pouvoit laisser agir sa libéralité. (1639-64)
+
+ [1071] _Var._ Qu'elle voulût partir avec ses bonnes grâces.
+ (1639-64)
+
+ [1072] On lit _cet offre_, pour _cette offre_, dans les éditions
+ de 1663-82; mais la fin du vers: «et par _elle_ j'espère,» montre
+ que c'est une faute.
+
+ [1073] On a imprimé _trop_, pour _tôt_, dans l'édition de 1682.
+
+ [1074] _Var._ [Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé;]
+ Mais puis-je m'assurer dessus ta confidence?
+ Oui, de trop longue main je connois ta prudence.
+ On a banni Médée, et Créon tout d'un temps
+ Joignoit à son exil celui de ses enfants:
+ [La pitié de Créuse a tant fait vers son père.] (1639-57)
+
+ [1075] _Var._ Qu'ils n'auront point de part aux malheurs de leur
+ mère. (1639)
+
+ [1076] _Var._ Elle peut aisément d'une chose inutile
+ Semer pour sa retraite une terre fertile. (1639-57)
+
+ [1077] _Var._ Puisqu'à mon seul aspect je la vois qui
+ s'irrite[1077-a]. (1639-57)
+
+ [1077-a] _Atque ecce, viso memet, exsiluit, furit._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 445.)
+
+ [1078] _Fugimus, Iason, fugimus: hoc non est novum,
+ Mutare sedes; causa fugiendi nova est.
+ Pro te solebam fugere. Discedo, exeo.
+ Penatibus profugere quam cogis tuis,
+ Ad quos remittis? Phasin et Colchos petam,
+ Patriumque regnum, quæque fraternus cruor
+ Perfudit arva?_ . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Parvamne Iolcon, Thessala an Tempe petam?
+ Quascumque aperui tibi vias, clusi mihi._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 447-458.)
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 390-392 et vers 361-365.
+
+ [1079] . . . . . . . . . _Ingratum caput!
+ Revolvat animus igneos tauri halitus_,
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Hostisque subiti tela, quum jussu meo
+ Terrigena miles mutua cæde occidit_,
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Somnoque jussum lumina ignoto dare
+ Insomne monstrum._
+
+ (_Ibidem_, vers 465-473.)
+
+ [1080] _Var._ Qu'ai-je épargné depuis qui fût à mon pouvoir?
+ (1652-57)
+
+ [1081] . . . . . . . . . . . . _Comes
+ Divisus ense, funus ingestum patri,
+ Sparsumque ponto corpus...._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 131-133.)
+
+ [1082] _Var._ A cet objet piteux épandu sur les eaux. (1639-57)
+
+ [1083] _Var._ Bourrelle de mon sang, honte de ma famille.
+ (1639-57)
+
+ [1084] _Var._ Sous un même tombeau se vit ensevelie. (1639-57)
+
+ [1085] . . . . . . . _Non timor vincit virum,
+ Sed trepida pietas; quippe sequeretur necem
+ Proles parentum. . . . . . . . . . . . . .
+ Nati patrem vicere._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 437-441.)
+
+ [1086] _Var._ Où le soin que j'ai d'eux me range à toute force.
+ (1639)
+
+ [1087] _Perimere quum te vellet infestus Creo,
+ Lacrimis meis evictus, exsilium dedit._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 490, 491.)
+
+ [1088] _Poenam putabam; munus, ut video, est fuga._
+
+ (_Ibidem_, vers 492.)
+
+ [1089] _Var._ Si tu la hais si fort, pourquoi la gardes-tu?
+ (1639-57)
+
+ [1090] _Var._ Les neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil.
+ (1639-60)
+
+ [1091] JASON. _Dum licet abire, profuge, teque hinc eripe:
+ Gravis ira regum est semper._ MEDEA. _Hoc suades mihi,
+ Præstas Creusæ: pellicem invisam amoves._
+ JASON. _Medea amores obicit?_ MEDEA. _Et cædem, et dolos._
+ JASON. _Objicere crimen quod potes tandem mihi?_
+ MEDEA. _Quodcumque feci._ JASON. _Restat hoc unum insuper,
+ Tuis ut etiam sceleribus fiam nocens._
+ MEDEA. _Tua illa, tua sunt illa: cui prodest scelus
+ Is fecit. Omnes conjugem infamem arguant;
+ Solus tuere, solus insontem voca:
+ Tibi innocens sit, quisquis est pro te nocens_[1091-a].
+ JASON. _Ingrata vita est cujus acceptæ pudet._
+ MEDEA. _Retinenda non est cujus acceptæ pudet._
+ JASON. _Quin potius ira concitum pectus doma:
+ Placare natis._ MEDEA. _Abdico, ejuro, abnuo.
+ Meis Creusa liberis fratres dabit?_
+ JASON. _Regina natis exsulum, afflictis potens._
+ MEDEA. _Non veniat unquam tam malus miseris dies
+ Qui prole foeda misceat prolem inclitam:_
+ _Phoebi nepotes Sisyphi nepotibus._
+ JASON. _Quid, misera, meque teque in exitium trahis?
+ Abscede, quæso._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 493-514.)
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 408-410 et 564, 565.
+
+ [1091-a] Médée dit de même à Jason dans Ovide:
+
+ _Ut culpent alii, tibi me laudare necesse est,
+ Pro quo sum toties esse coacta nocens._
+
+ (_Héroides_, XII, vers 131, 132.)
+
+ [1092] . . . . . JASON. _Cedo defessus malis;
+ Et ipsa casus sæpe jam expertos time._
+ MEDEA. _Fortuna semper omnis infra me stetit._
+
+ (_Ibidem_, vers 518-520.)
+
+ [1093] _Var._ [Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte:]
+ Un sceptre pour ton change a seul de vrais appas.
+ JAS. Vois l'état où je suis: j'ai deux rois sur les bras,
+ Acaste à la campagne, et Créon dans la ville:
+ Que leur puis-je opposer qu'un courage inutile?
+ MÉD. Fuis-les tous deux pour moi; suis Médée à ton tour;
+ Sauve ton innocence avecque ton amour;
+ Fais-les, je n'arme pas ta dextre sanguinaire
+ Ni contre ton parent, ni contre ton beau-père.
+ JAS. [Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?] (1639-57)
+
+ [1094] JASON. _Alta extimesco sceptra._ MEDEA. _Ne cupias vide._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 529)
+
+ [1095] Les éditions de 1639, de 1644 et de 1652-64 ponctuent
+ ainsi ce vers et le suivant:
+
+ Qui me résistera si je te veux punir?
+ Déloyal, auprès d'eux crains-tu si peu Médée?
+
+ [1096] JASON. _Acastus instat; propior est hostis Creo._
+ MEDEA. _Utrumque profuge_. . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . _Innocens mecum fuge._
+ JASON. _Et quis resistet, gemina si bella ingruant,
+ Creo atque Acastus arma si jungant sua?_
+ MEDEA. _His adice Colchos, adjice Æten ducem,
+ Scythas Pelasgis junge: demersos dabo._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 521-528.)
+
+ [1097] _Var._ [La flamme m'obéit, et je commande aux eaux:]
+ Et je ne puis chasser le feu qui me consomme,
+ Ni toucher tant soit peu les volontés d'un homme! (1639)
+
+ [1098] Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté,
+
+ n'est point imité de Sénèque; et Racine en cet endroit s'est
+ rencontré avec Corneille, quand il fait dire à Roxane:
+
+ Écoutez, Bajazet, je sens que je vous aime, etc.
+
+ (_Bajazet_, acte II, scène I.)
+
+ La situation et la passion amènent souvent des sentiments et des
+ expressions qui se ressemblent sans qu'elles soient imitées.
+ (Voltaire.)
+
+ [1099] . . . . . . . _Liberos tantum fugæ
+ Habere comites liceat._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 541, 542.)
+
+ --Dans Euripide, au contraire (vers 929, 930), Médée demande pour
+ ses enfants la faveur de rester à Corinthe.
+
+ [1100] _Parere precibus cupere me fateor tuis:
+ Pietas vetat; namque istud ut possim pati,
+ Non ipse memet cogat et rex et socer._
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . _Spiritu citius queam
+ Carere, membris, luce._
+
+ (_Ibidem_, vers 544-549.)
+
+ [1101] _Var._ Seule eût de notre hymen rompu les chastes noeuds.
+ (1639)
+
+ [1102] _Var._ Qu'élancent des grands Dieux les plus âpres
+ colères. (1639)
+
+ [1103] . . . . . . . . . _Sic natos amat?
+ Bene est: tenetur. Vulneri patuit locus._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 549, 550.)
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 813.
+
+ [1104] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1036, 1037.
+
+ [1105] _Var._ Si je vous ai rien dit contre la vérité! (1639-60)
+
+
+
+
+ACTE IV.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+MÉDÉE, NÉRINE.
+
+ MÉDÉE, seule dans sa grotte magique[1106].
+
+ C'est trop peu de Jason, que ton oeil me dérobe,
+ C'est trop peu de mon lit: tu veux encor ma robe,
+ Rivale insatiable, et c'est encor trop peu,
+ Si, la force à la main, tu l'as sans mon aveu:
+ Il faut que par moi-même elle te soit offerte, 965
+ Que perdant mes enfants, j'achète encor leur perte;
+ Il en faut un hommage à tes divins attraits,
+ Et des remercîments au vol que tu me fais.
+ Tu l'auras: mon refus seroit un nouveau crime:
+ Mais je t'en veux parer pour être ma victime, 970
+ Et sous un faux semblant de libéralité,
+ Soûler et ma vengeance et ton avidité.
+ Le charme est achevé, tu peux entrer, Nérine.
+
+(Nérine sort, et Médée continue[1107].)
+
+ Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine:
+ Vois combien de serpents à mon commandement 975
+ D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment,
+ Et contraints d'obéir à mes charmes[1108] funestes,
+ Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes[1109].
+ L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux
+ Que ce triste appareil à mon esprit jaloux. 980
+ Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune:
+ Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune,
+ Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu,
+ J'en dépouillai jadis un climat inconnu.
+ Vois mille autres[1110] venins: cette liqueur épaisse 985
+ Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse[1111];
+ Python eut cette langue; et ce plumage noir
+ Est celui qu'une harpie[1112] en fuyant laissa choir[1113];
+ Par ce tison Althée assouvit sa colère,
+ Trop pitoyable soeur et trop cruelle mère[1114]; 990
+ Ce feu tomba du ciel avecque Phaéthon,
+ Cet autre vient des flots du pierreux Phlégéthon;
+ Et celui-ci jadis remplit en nos contrées
+ Des taureaux de Vulcain les gorges ensoufrées[1115].
+ Enfin, tu ne vois là poudres, racines, eaux, 995
+ Dont le pouvoir mortel n'ouvrît mille tombeaux:
+ Ce présent déceptif[1116] a bu toute leur force,
+ Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce.
+ Mes tyrans par leur perte apprendront que jamais[1117]....
+ Mais d'où vient ce grand bruit que j'entends au palais?
+
+ NÉRINE.
+
+ Du bonheur de Jason, et du malheur d'Ægée:
+ Madame, peu s'en faut qu'il ne vous ait vengée.
+ Ce généreux vieillard, ne pouvant supporter[1118]
+ Qu'on lui vole à ses yeux ce qu'il croit mériter,
+ Et que sur sa couronne et sa persévérance 1005
+ L'exil de votre époux ait eu la préférence,
+ A tâché par la force à repousser l'affront
+ Que ce nouvel hymen lui porte sur le front.
+ Comme cette beauté, pour lui toute de glace,
+ Sur les bords de la mer contemploit la bonace, 1010
+ Il la voit mal suivie, et prend un si beau temps
+ A rendre ses desirs et les vôtres contents.
+ De ses meilleurs soldats une troupe choisie
+ Enferme la princesse, et sert sa jalousie[1119];
+ L'effroi qui la surprend la jette en pâmoison; 1015
+ Et tout ce qu'elle peut, c'est de nommer Jason.
+ Ses gardes à l'abord font quelque résistance,
+ Et le peuple leur prête une foible assistance;
+ Mais l'obstacle léger de ces débiles coeurs
+ Laissoit honteusement Créuse à leurs vainqueurs: 1020
+ Déjà presque en leur bord elle étoit enlevée....
+
+ MÉDÉE.
+
+ Je devine la fin, mon traître l'a sauvée[1120].
+
+ NÉRINE.
+
+ Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier:
+ Votre époux à son myrte ajoute ce laurier;
+ Mais apprenez comment.
+
+ MÉDÉE.
+
+ N'en dis pas davantage: 1025
+ Je ne veux point savoir ce qu'a fait son courage;
+ Il suffit que son bras a travaillé pour nous,
+ Et rend une victime à mon juste courroux.
+ Nérine, mes douleurs auroient peu d'allégeance,
+ Si cet enlèvement l'ôtoit à ma vengeance; 1030
+ Pour quitter son pays en est-on malheureux?
+ Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux.
+ Elle auroit trop d'honneur de n'avoir que ma peine,
+ Et de verser des pleurs pour être deux fois reine.
+ Tant d'invisibles feux enfermés dans ce don, 1035
+ Que d'un titre plus vrai j'appelle ma rançon,
+ Produiront des effets bien plus doux à ma haine.
+
+ NÉRINE.
+
+ Par là vous vous vengez, et sa perte est certaine:
+ Mais contre la fureur de son père irrité
+ Où pensez-vous trouver un lieu de sûreté? 1040
+
+ MÉDÉE.
+
+ Si la prison d'Ægée a suivi sa défaite,
+ Tu peux voir qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite[1121],
+ Et que ses fers brisés, malgré leurs attentats[1122],
+ A ma protection engagent ses États.
+ Dépêche seulement, et cours vers ma rivale 1045
+ Lui porter de ma part cette robe fatale:
+ Mène-lui mes enfants, et fais-les, si tu peux,
+ Présenter par leur père à l'objet de ses voeux.
+
+ NÉRINE.
+
+ Mais, Madame, porter cette robe empestée,
+ Que de tant de poisons vous avez infectée, 1050
+ C'est pour votre Nérine un trop funeste emploi:
+ Avant que sur Créuse ils agiroient sur moi.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ne crains pas leur vertu, mon charme la modère,
+ Et lui défend d'agir que sur elle et son père.
+ Pour un si grand effet prends un coeur plus hardi, 1055
+ Et sans me répliquer, fais ce que je te di.
+
+
+SCÈNE II.
+
+CRÉON, POLLUX, SOLDATS.
+
+ CRÉON.
+
+ Nous devons bien chérir cette valeur parfaite
+ Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite.
+ Invincible héros, c'est à votre secours
+ Que je dois désormais le bonheur de mes jours; 1060
+ C'est vous seul aujourd'hui dont la main vengeresse[1123]
+ Rend à Créon sa fille, à Jason sa maîtresse,
+ Met Ægée en prison et son orgueil à bas,
+ Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats.
+
+ POLLUX.
+
+ Grand Roi, l'heureux succès de cette délivrance 1065
+ Vous est beaucoup mieux dû qu'à mon peu de vaillance.
+ C'est vous seul et Jason, dont les bras indomptés
+ Portoient avec effroi la mort de tous côtés;
+ Pareils à deux lions dont l'ardente furie
+ Dépeuple en un moment toute une bergerie. 1070
+ L'exemple glorieux de vos faits plus qu'humains
+ Échauffoit mon courage et conduisoit mes mains:
+ J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles[1124],
+ Qui laissoient à mon bras tant d'illustres modèles.
+ Pourroit-on reculer en combattant sous vous, 1075
+ Et n'avoir point de coeur à seconder vos coups?
+
+ CRÉON.
+
+ Votre valeur, qui souffre en cette repartie,
+ Ote toute croyance à votre modestie:
+ Mais puisque le refus d'un honneur mérité
+ N'est pas un petit trait de générosité, 1080
+ Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire,
+ Ainsi qu'il vous plaira, départez-en la gloire:
+ Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner.
+ Que prudemment les Dieux savent tout ordonner!
+ Voyez, brave guerrier, comme votre arrivée 1085
+ Au jour de nos malheurs se trouve réservée,
+ Et qu'au point que le sort osoit nous menacer,
+ Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser.
+ Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime,
+ Dont la vertu ne peut recevoir trop d'estime, 1090
+ Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux,
+ Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous?
+
+ POLLUX.
+
+ Appréhendez pourtant, grand prince.
+
+ CRÉON.
+
+ Et quoi?
+
+ POLLUX.
+
+ Médée,
+ Qui par vous de son lit se voit dépossédée.
+ Je crains qu'il ne vous soit malaisé d'empêcher 1095
+ Qu'un gendre valeureux ne vous coûte bien cher.
+ Après l'assassinat d'un monarque et d'un frère,
+ Peut-il être de sang qu'elle épargne ou révère?
+ Accoutumée au meurtre, et savante en poison,
+ Voyez ce qu'elle a fait pour acquérir Jason; 1100
+ Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die,
+ Que pour le conserver elle soit moins hardie.
+
+ CRÉON.
+
+ C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété;
+ Par son bannissement j'ai fait ma sûreté;
+ Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme: 1105
+ Mais en si peu de temps que peut faire une femme?
+ Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.
+
+ POLLUX.
+
+ C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art:
+ Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes[1125].
+
+ CRÉON.
+
+ Quelques[1126] puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes;
+ Et quand bien ce délai devroit tout hasarder,
+ Ma parole est donnée, et je la veux garder.
+
+
+SCÈNE III.
+
+CRÉON, POLLUX, CLÉONE.
+
+ CRÉON.
+
+ Que font nos deux amants, Cléone?
+
+ CLÉONE.
+
+ La princesse[1127],
+ Seigneur, près de Jason reprend son allégresse;
+ Et ce qui sert beaucoup à son contentement, 1115
+ C'est de voir que Médée est sans ressentiment.
+
+ CRÉON.
+
+ Et quel Dieu si propice a calmé son courage?
+
+ CLÉONE.
+
+ Jason, et ses enfants, qu'elle vous laisse en gage.
+ La grâce que pour eux Madame obtient de vous
+ A calmé les transports de son esprit jaloux. 1120
+ Le plus riche présent qui fût en sa puissance
+ A ses[1128] remercîments joint sa reconnoissance.
+ Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons
+ Du Soleil son aïeul briller mille rayons,
+ Que la princesse même avoit tant souhaitée, 1125
+ Par ces petits héros lui vient d'être apportée[1129],
+ Et fait voir clairement les merveilleux effets
+ Qu'en un coeur irrité produisent les bienfaits.
+
+ CRÉON.
+
+ Eh bien, qu'en dites-vous? Qu'avons-nous plus à craindre?
+
+ POLLUX.
+
+ Si vous ne craignez rien, que je vous trouve à plaindre!
+
+ CRÉON.
+
+ Un si rare présent montre un esprit remis.
+
+ POLLUX.
+
+ J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis[1130]:
+ Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes.
+ Je connois de Médée et l'esprit et les charmes,
+ Et veux bien m'exposer aux plus cruels trépas, 1135
+ Si ce rare présent n'est un mortel appas.
+
+ CRÉON.
+
+ Ses enfants si chéris, qui nous servent d'otages,
+ Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages[1131]?
+
+ POLLUX.
+
+ Peut-être que contre eux s'étend sa trahison,
+ Qu'elle ne les prend plus que pour ceux de Jason, 1140
+ Et qu'elle s'imagine, en haine de leur père,
+ Que n'étant plus sa femme, elle n'est plus leur mère.
+ Renvoyez-lui, Seigneur, ce don pernicieux[1132],
+ Et ne vous chargez point d'un poison précieux.
+
+ CLÉONE.
+
+ Madame cependant en est toute ravie, 1145
+ Et de s'en voir parée elle brûle d'envie.
+
+ POLLUX.
+
+ Où le péril égale et passe le plaisir,
+ Il faut se faire force, et vaincre son desir.
+ Jason, dans son amour, a trop de complaisance
+ De souffrir qu'un tel don s'accepte en sa présence. 1150
+
+ CRÉON.
+
+ Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrement
+ Accorder vos soupçons et son contentement.
+ Nous verrons, dès ce soir, sur une criminelle,
+ Si ce présent nous cache une embûche mortelle.
+ Nise, pour ses forfaits destinée à mourir, 1155
+ Ne peut par cette épreuve injustement périr:
+ Heureuse, si sa mort nous rendoit ce service,
+ De nous en découvrir le funeste artifice!
+ Allons-y de ce pas, et ne consumons plus
+ De temps ni de discours en débats superflus. 1160
+
+
+SCÈNE IV.
+
+ÆGÉE, en prison[1133].
+
+ Demeure affreuse des coupables,
+ Lieux maudits, funeste séjour,
+ Dont jamais avant mon amour[1134]
+ Les sceptres n'ont été capables,
+ Redoublez puissamment votre mortel effroi, 1165
+ Et joignez à mes maux une si vive atteinte,
+ Que mon âme chassée, ou s'enfuyant de crainte,
+ Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi.
+
+ Le triste bonheur où j'aspire!
+ Je ne veux que hâter ma mort, 1170
+ Et n'accuse mon mauvais sort
+ Que de souffrir que je respire.
+ Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix;
+ Le coup m'en sera doux, s'il est sans infamie:
+ Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie, 1175
+ C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois[1135].
+
+ Malheureux prince, on te méprise[1136]
+ Quand tu t'arrêtes à servir:
+ Si tu t'efforces de ravir,
+ Ta prison suit ton entreprise. 1180
+ Ton amour qu'on dédaigne et ton vain attentat
+ D'un éternel affront vont souiller ta mémoire:
+ L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire;
+ L'autre va te coûter ta vie et ton État[1137].
+
+ Destin, qui punis mon audace, 1185
+ Tu n'as que de justes rigueurs;
+ Et s'il est d'assez tendres coeurs
+ Pour compatir à ma disgrâce,
+ Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié,
+ Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme[1138], 1190
+ Un vieillard amoureux mérite plus de blâme
+ Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié.
+
+ Cruel auteur de ma misère,
+ Peste des coeurs, tyran des rois,
+ Dont les impérieuses lois 1195
+ N'épargnent pas même ta mère,
+ Amour, contre Jason tourne ton trait fatal;
+ Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance:
+ Atterre son orgueil, et montre ta puissance
+ A perdre également l'un et l'autre rival. 1200
+
+ Qu'une implacable jalousie
+ Suive son nuptial flambeau;
+ Que sans cesse un objet nouveau
+ S'empare de sa fantaisie;
+ Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi; 1205
+ Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée;
+ Et pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'Ægée,
+ Et devienne à mon âge amoureux comme moi!
+
+
+SCÈNE V.
+
+ÆGÉE, MÉDÉE[1139].
+
+ ÆGÉE.
+
+ Mais d'où vient ce bruit sourd? quelle pâle lumière
+ Dissipe ces horreurs et frappe ma paupière? 1210
+ Mortel, qui que tu sois, détourne ici tes pas,
+ Et de grâce m'apprends l'arrêt de mon trépas,
+ L'heure, le lieu, le genre; et si ton coeur sensible
+ A la compassion peut se rendre accessible,
+ Donne-moi les moyens d'un généreux effort 1215
+ Qui des mains des bourreaux affranchisse ma mort.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Je viens l'en affranchir: ne craignez plus, grand prince;
+ Ne pensez qu'à revoir votre chère province.
+
+(Elle donne un coup de baguette sur la porte de la prison, qui s'ouvre
+aussitôt, et en ayant tiré Ægée, elle en donne encore un sur ses fers,
+qui tombent[1140].)
+
+ Ni grilles ni verrous ne tiennent contre moi[1141].
+ Cessez, indignes fers, de captiver un roi: 1220
+ Est-ce à vous à presser les bras d'un tel monarque?
+ Et vous, reconnoissez Médée à cette marque,
+ Et fuyez un tyran dont le forcènement
+ Joindroit votre supplice à mon bannissement:
+ Avec la liberté reprenez le courage. 1225
+
+ ÆGÉE.
+
+ Je les reprends tous deux pour vous en faire hommage.
+ Princesse, de qui l'art propice aux malheureux
+ Oppose un tel miracle à mon sort rigoureux,
+ Disposez de ma vie, et du sceptre d'Athènes:
+ Je dois et l'une et l'autre à qui brise mes chaînes[1142]. 1230
+ Si votre heureux secours me tire de danger[1143],
+ Je ne veux en sortir qu'afin de vous venger;
+ Et si je puis jamais avec votre assistance
+ Arriver jusqu'aux lieux de mon obéissance,
+ Vous me verrez, suivi de mille bataillons, 1235
+ Sur ces murs renversés planter mes pavillons[1144],
+ Punir leur traître roi de vous avoir bannie,
+ Dedans le sang des siens noyer sa tyrannie,
+ Et remettre en vos mains et Créuse et Jason,
+ Pour venger votre exil plutôt que ma prison. 1240
+
+ MÉDÉE.
+
+ Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte;
+ Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte:
+ Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain,
+ D'un reproche éternel diffameroit ma main.
+ En est-il, après tout, aucun qui ne me cède? 1245
+ Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide?
+ Laissez-moi le souci de venger mes ennuis,
+ Et par ce que j'ai fait jugez ce que je puis;
+ L'ordre en est tout donné, n'en soyez point en peine:
+ C'est demain, que mon art fait triompher ma haine; 1250
+ Demain je suis Médée, et je tire raison
+ De mon bannissement et de votre prison.
+
+ ÆGÉE.
+
+ Quoi! Madame, faut-il que mon peu de puissance
+ Empêche les devoirs de ma reconnoissance[1145]?
+ Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous? 1255
+ Et vous serai-je ingrat autant que votre époux?
+
+ MÉDÉE.
+
+ Si je vous ai servi, tout ce que j'en souhaite,
+ C'est de trouver chez vous une sûre retraite[1146],
+ Où de mes ennemis menaces ni présents
+ Ne puissent plus troubler le repos de mes ans; 1260
+ Non pas que je les craigne: eux et toute la terre
+ A leur confusion me livreroient la guerre;
+ Mais je hais ce désordre, et n'aime pas à voir
+ Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir.
+
+ ÆGÉE.
+
+ L'honneur de recevoir une si grande hôtesse 1265
+ De mes malheurs passés efface la tristesse.
+ Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois,
+ Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois:
+ Si mes ans ne vous font mépriser ma personne,
+ Vous y partagerez mon lit et ma couronne; 1270
+ Sinon, sur mes sujets faites état d'avoir,
+ Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir.
+ Allons, Madame, allons; et par votre conduite
+ Faites la sûreté que demande ma fuite.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Ma vengeance n'auroit qu'un succès imparfait: 1275
+ Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet;
+ Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle.
+ Allez, prince, et sans moi ne craignez point d'obstacle;
+ Je vous suivrai demain par un chemin nouveau[1147].
+ Pour votre sûreté conservez cet anneau[1148]: 1280
+ Sa secrète vertu, qui vous fait invisible,
+ Rendra votre départ de tous côtés paisible.
+ Ici, pour empêcher l'alarme que le bruit
+ De votre délivrance auroit bientôt produit,
+ Un fantôme pareil et de taille et de face, 1285
+ Tandis que vous fuirez, remplira votre place.
+ Partez sans plus tarder, prince chéri des Dieux,
+ Et quittez pour jamais ces détestables lieux.
+
+ ÆGÉE.
+
+ J'obéis sans réplique, et je pars sans remise.
+ Puisse d'un prompt succès votre grande entreprise 1290
+ Combler nos ennemis d'un mortel désespoir,
+ Et me donner bientôt le bien de vous revoir[1149].
+
+
+
+FIN DU QUATRIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1106] Les mots: _dans sa grotte magique_, ne se trouvent pas
+ dans l'édition de 1639.
+
+ [1107] Ce jeu de scène manque aussi dans l'édition de 1639.
+
+ [1108] L'édition de 1682 a seule ici _clameurs_, au lieu de
+ _charmes_. C'est sans doute encore une erreur typographique.
+
+ [1109] _Var._ Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes.
+ (1639-57)
+
+ [1110] Par une erreur générale et difficile à expliquer, toutes
+ les éditions, excepté celles de 1639-48 et de 1657, portent:
+ «Vois mille _autre_ venins.»
+
+ [1111] _Vectoris istic perfidi sanguis inest
+ Quem Nessus exspirans dedit._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 775, 776.)
+
+ [1112] Aujourd'hui, la première syllabe de ce mot est aspirée.
+
+ [1113] _Reliquit istas invio plumas specu
+ Harpyia, dum Zeten fugit._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 781, 782.)
+
+ [1114] _Piæ sororis, impiæ matris facem
+ Ultricis Altlææ vides._
+
+ (_Ibidem_, vers 779, 780.)
+
+ [1115] _Dedit et tenui sulfure tectos
+ Mulciter ignes; et vivacis
+ Fulgura flammæ de cognato
+ Phaethonte tuli_. . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . .
+ _Habeo flammas usto tauri
+ Gutture raptas._
+
+ (_Ibidem_, vers 824-830.)
+
+ [1116] _Déceptif_, trompeur.
+
+ [1117] _Var._ Les traîtres apprendront à se jouer à moi.
+ Mais d'où provient ce bruit dans le palais du Roi? (1639-57)
+
+ [1118] _Var._ Ce généreux vieillard, indigné que ses feux
+ Près de votre rivale aient perdu tant de voeux. (1639-57)
+
+ [1119] _Var._ Le suit dans ce dessein; Créuse en est saisie.
+ (1639-57)
+
+ [1120] _Var._ J'en devine la fin, mon traître l'a sauvée.
+ (1639-60)
+
+ [1121] _Var._ Vois-tu pas qu'en l'ouvrant je m'ouvre une
+ retraite. (1639-60)
+
+ [1122] _Var._ Et que brisant ses fers, cette obligation
+ Engage sa couronne à ma protection. (1639-57)
+
+ [1123] _Var._ C'est vous dont le courage, et la force, et
+ l'adresse. (1639-57)
+
+ [1124] _Var._ Et vous voyant faucher ces têtes criminelles,
+ [J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles.]
+ Qui pourroit reculer en combattant sous vous,
+ Et qui n'auroit du coeur à seconder vos coups? (1639-57)
+
+ [1125] MEDEA. _Quæ fraus timeri tempore exiguo potest?_
+ CREON. _Nullum ad nocendum tempus angustum est malis._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 291, 292.)
+
+ --Voyez aussi la _Médée_ d'Euripide, vers 359, 360.
+
+ [1126] Voyez tome I, p. 205, note 3.
+
+ [1127] _Var._ Que font nos amoureux, Cléone? CLÉONE. La princesse,
+ Sire, auprès de Jason reprend son allégresse. (1639-57)
+
+ [1128] Il y a _ces_, au lieu de _ses_, dans l'édition de 1682.
+
+ [1129] Voyez la _Médée_ de Sénèque, vers 570-572 et 843-847.
+
+ [1130] C'est une imitation de ce passage bien connu, de Virgile
+ (_Énéide_, livre I, vers 49):
+
+ .... _Timeo Danaos, et dona ferentes._
+
+ [1131] _Var._ Nous peuvent-ils laisser quelques sortes
+ d'ombrages? (1648)
+
+ [1132] _Var._ Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux. (1639-57)
+
+ [1133] _Var._ _Il est en prison._ (1663, en marge.)--Au-dessous
+ du nom du personnage, on lit en titre, dans les éditions de
+ 1639-57: STANCES.
+
+ [1134] _Var._ Dont auparavant mon amour
+ Les sceptres étoient incapables. (1639-57)
+
+ [1135] _Var._ C'est mourir, à mon gré, beaucoup plus d'une fois.
+ (1639-57)
+
+ [1136] _Var._ Pauvre prince, l'on te méprise. (1639-57)
+
+ [1137] _Var._ L'autre te va coûter ta vie et ton État. (1639-64)
+
+ [1138] _Var._ Vu qu'à bien comparer mes fers avec ma flamme.
+ (1639-57)
+
+ [1139] _Var._ ÆGÉE, MÉDÉE, NÉRINE. (1639-57)
+
+ [1140] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
+
+ [1141] _Var._ Ces portes ne sont pas pour tenir contre moi.
+ (1639-57)
+
+ [1142] _Var._ Je dois et l'un et l'autre à qui brise mes chaînes.
+ (1639-48)
+
+ [1143] _Var._ Votre divin secours me tire de danger,
+ Mais je n'en veux sortir qu'afin de vous venger:
+ Madame, si jamais avec votre assistance
+ Je puis toucher les lieux de mon obéissance. (1639-57)
+
+ [1144] _Var._ Jusque dessus ces murs planter mes pavillons.
+ (1639-57)
+
+ [1145] _Var._ Étouffe les devoirs de ma reconnoissance? (1639)
+
+ [1146] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 709.
+
+ [1147] Voyez la remarque de Corneille sur ce passage, tome I, p.
+ 107.
+
+ [1148] _Var._ Nérine devant vous portera ce flambeau. (1639-57)
+
+ [1149] _Var._ Et me donner bientôt l'honneur de vous revoir[1149-a]!
+ MÉD. Auparavant que vous je serai dans Athènes;
+ Cependant, pour loyer de ces légères peines[1149-b],
+ Ayez soin de Nérine, et songez seulement
+ Qu'en elle vous pouvez m'obliger puissamment[1149-c].
+ (1639-57)
+
+ [1149-a] Ce premier vers de la variante se trouve dans les
+ éditions de 1639-64.
+
+ [1149-b] Cependant, pour le prix de ces légères peines. (1644-57)
+
+ [1149-c] Ce dernier vers termine l'acte dans les éditions
+ indiquées.
+
+
+
+
+ACTE V.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+MÉDÉE, THEUDAS.
+
+ THEUDAS.
+
+ Ah! déplorable prince! ah! fortune cruelle!
+ Que je porte à Jason une triste nouvelle!
+
+MÉDÉE, lui donnant un coup de baguette qui le fait demeurer
+immobile[1150].
+
+ Arrête, misérable, et m'apprends quel effet 1295
+ A produit chez le Roi le présent que j'ai fait.
+
+ THEUDAS.
+
+ Dieux! je suis dans les fers d'une invisible chaîne!
+
+ MÉDÉE.
+
+ Dépêche, ou ces longueurs attireront[1151] ma haine[1152].
+
+ THEUDAS.
+
+ Apprenez donc l'effet le plus prodigieux
+ Que jamais la vengeance ait offert à nos yeux. 1300
+ Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée,
+ En dépit des soupçons, sans péril s'est trouvée;
+ Et cette épreuve a su si bien les assurer,
+ Qu'incontinent Créuse a voulu s'en parer;
+ Mais cette infortunée à peine l'a vêtue[1153], 1305
+ Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la tue:
+ Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars
+ Sur votre don fatal courent de toutes parts;
+ Et Cléone et le Roi s'y jettent[1154] pour l'éteindre;
+ Mais (ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre!) 1310
+ Ce feu saisit le Roi: ce prince en un moment
+ Se trouve enveloppé du même embrasement.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Courage! enfin il faut que l'un et l'autre meure.
+
+ THEUDAS.
+
+ La flamme disparoît, mais l'ardeur leur demeure,
+ Et leurs habits charmés, malgré nos vains efforts, 1315
+ Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps:
+ Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire[1155],
+ Et ce nouveau secours est un nouveau martyre[1156].
+
+ MÉDÉE.
+
+ Que dit mon déloyal? que fait-il là dedans?
+
+ THEUDAS.
+
+ Jason, sans rien savoir de tous ces accidents, 1320
+ S'acquitte des devoirs d'une amitié civile
+ A conduire Pollux hors des murs de la ville[1157],
+ Qui va se rendre en hâte aux noces de sa soeur,
+ Dont bientôt Ménélas doit être possesseur;
+ Et j'allois lui porter ce funeste message. 1325
+
+MÉDÉE lui donne[1158] un autre coup de baguette.
+
+ Va, tu peux maintenant achever ton voyage.
+
+
+SCÈNE II[1159].
+
+MÉDÉE.
+
+ Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts?
+ Consulte avec loisir tes plus ardents transports.
+ Des bras de mon perfide arracher une femme,
+ Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme? 1330
+ Que n'a-t-elle déjà des enfants de Jason[1160],
+ Sur qui plus pleinement venger sa trahison!
+ Suppléons-y des miens; immolons avec joie
+ Ceux qu'à me dire adieu Créuse me renvoie.
+ Nature, je le puis sans violer ta loi: 1335
+ Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.
+ Mais ils sont innocents; aussi l'étoit mon frère[1161]:
+ Ils sont trop criminels d'avoir Jason pour père[1162];
+ Il faut que leur trépas redouble son tourment;
+ Il faut qu'il souffre en père aussi bien qu'en amant. 1340
+ Mais quoi! j'ai beau contre eux animer mon audace,
+ La pitié la combat, et se met en sa place;
+ Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,
+ J'adore les projets qui me faisoient horreur:
+ De l'amour aussitôt je passe à la colère[1163], 1345
+ Des sentiments de femme aux tendresses de mère[1164].
+ Cessez dorénavant, pensers irrésolus,
+ D'épargner des enfants que je ne verrai plus.
+ Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,
+ Ce n'est pas seulement pour caresser un traître: 1350
+ Il me prive de vous, et je l'en vais[1165] priver[1166].
+ Mais ma pitié renaît, et revient me braver[1167];
+ Je n'exécute rien, et mon âme éperdue
+ Entre deux passions demeure suspendue[1168].
+ N'en délibérons plus, mon bras en résoudra. 1355
+ Je vous perds, mes enfants; mais Jason vous perdra;
+ Il ne vous verra plus.... Créon sort tout en rage:
+ Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage[1169].
+
+
+SCÈNE III.
+
+CRÉON, DOMESTIQUES.
+
+ CRÉON.
+
+ Loin de me soulager, vous croissez mes tourments[1170]:
+ Le poison à mon corps unit mes vêtements, 1360
+ Et ma peau, qu'avec eux votre secours m'arrache[1171],
+ Pour suivre votre main de mes os se détache:
+ Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux[1172].
+ Ne me déchirez plus, officieux bourreaux:
+ Votre pitié pour moi s'est assez hasardée; 1365
+ Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée.
+ C'est avancer ma mort que de me secourir;
+ Je ne veux que moi-même à m'aider à mourir.
+ Quoi! vous continuez, canailles infidèles!
+ Plus je vous le défends, plus vous m'êtes rebelles! 1370
+ Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis:
+ Je serai votre roi, tout mourant que je suis;
+ Si mes commandements ont trop peu d'efficace,
+ Ma rage pour le moins me fera faire place:
+ Il faut ainsi payer votre cruel secours. 1375
+
+(Il se défait d'eux et les chasse à coups d'épée[1173].)
+
+
+SCÈNE IV.
+
+CRÉON, CRÉUSE, CLÉONE.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Où fuyez-vous de moi, cher auteur de mes jours?
+ Fuyez-vous l'innocente et malheureuse source
+ D'où prennent tant de maux leur effroyable course?
+ Ce feu qui me consume et dehors et dedans[1174]
+ Vous venge-t-il trop peu de mes voeux imprudents[1175]?
+ Je ne puis excuser mon indiscrète envie,
+ Qui donne le trépas à qui je dois la vie;
+ Mais soyez satisfait des rigueurs de mon sort,
+ Et cessez d'ajouter votre haine à ma mort.
+ L'ardeur qui me dévore, et que j'ai méritée, 1385
+ Surpasse en cruauté l'aigle de Prométhée,
+ Et je crois qu'Ixion, au choix des châtiments[1176],
+ Préféreroit sa roue à mes embrasements.
+
+ CRÉON.
+
+ Si ton jeune desir eut beaucoup d'imprudence,
+ Ma fille, j'y devois[1177] opposer ma défense. 1390
+ Je n'impute qu'à moi l'excès de mes malheurs,
+ Et j'ai part en ta faute ainsi qu'en tes douleurs.
+ Si j'ai quelque regret, ce n'est pas à ma vie,
+ Que le déclin des ans m'auroit bientôt ravie:
+ La jeunesse des tiens, si beaux, si florissants, 1395
+ Me porte au fond du coeur des coups bien plus pressants[1178].
+ Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée
+ Dont nous pensions toucher la pompeuse journée!
+ La Parque impitoyable en éteint le flambeau[1179],
+ Et pour lit nuptial il te faut un tombeau! 1400
+ Ah! rage, désespoir, destins, feux, poisons, charmes,
+ Tournez tous contre moi vos plus cruelles armes:
+ S'il faut vous assouvir par la mort de deux rois,
+ Faites en ma faveur que je meure deux fois,
+ Pourvu que mes deux morts emportent cette grâce 1405
+ De laisser ma couronne à mon unique race,
+ Et cet espoir si doux, qui m'a toujours flatté,
+ De revivre à jamais en sa postérité.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Cléone, soutenez, je chancelle, je tombe[1180];
+ Mon reste de vigueur sous mes douleurs succombe: 1410
+ Je sens que je n'ai plus à souffrir qu'un moment.
+ Ne me refusez pas ce triste allégement,
+ Seigneur, et si pour moi quelque amour vous demeure,
+ Entre vos bras mourants permettez que je meure.
+ Mes pleurs arrouseront[1181] vos mortels déplaisirs; 1415
+ Je mêlerai leurs eaux à vos brûlants soupirs.
+ Ah! je brûle, je meurs, je ne suis plus que flamme;
+ De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme[1182].
+ Quoi! vous vous éloignez[1183]?
+
+ CRÉON.
+
+ Oui, je ne verrai pas,
+ Comme un lâche témoin, ton indigne trépas: 1420
+ Il faut, ma fille, il faut que ma main me délivre
+ De l'infâme regret de t'avoir pu survivre.
+ Invisible ennemi, sors avecque mon sang.
+
+(Il se tue d'un poignard[1184].)
+
+ CRÉUSE.
+
+ Courez à lui, Cléone: il se perce le flanc.
+
+ CRÉON.
+
+ Retourne: c'en est fait. Ma fille, adieu: j'expire, 1425
+ Et ce dernier soupir met fin à mon martyre:
+ Je laisse à ton Jason le soin de nous venger.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Vain et triste confort! soulagement léger!
+ Mon père....
+
+ CLÉONE.
+
+ Il ne vit plus, sa grande âme est partie[1185].
+
+ CRÉUSE.
+
+ Donnez donc à la mienne une même sortie: 1430
+ Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur,
+ Est déjà si savant à traverser le coeur.
+ Ah! je sens fers, et feux, et poison, tout ensemble:
+ Ce que souffroit mon père à mes peines s'assemble.
+ Hélas! que de douceur[1186] auroit un prompt trépas! 1435
+ Dépêchez-vous, Cléone: aidez mon foible bras.
+
+ CLÉONE.
+
+ Ne désespérez point: les Dieux, plus pitoyables,
+ A nos justes clameurs se rendront exorables,
+ Et vous conserveront, en dépit du poison,
+ Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason. 1440
+ Il arrive, et surpris il change de visage:
+ Je lis dans sa pâleur une secrète rage,
+ Et son étonnement va passer en fureur.
+
+
+SCÈNE V.
+
+JASON, CRÉUSE, CLÉONE, THEUDAS.
+
+ JASON.
+
+ Que vois-je ici, grands Dieux! quel spectacle d'horreur[1187]!
+ Où que puissent mes yeux porter ma vue errante, 1445
+ Je vois ou Créon mort, ou Créuse mourante.
+ Ne t'en va pas, belle âme: attends encore un peu,
+ Et le sang de Médée éteindra tout ce feu;
+ Prends le triste plaisir de voir punir son crime,
+ De te voir immoler cette infâme victime; 1450
+ Et que ce scorpion, sur la plaie écrasé[1188],
+ Fournisse le remède au mal qu'il a causé.
+
+ CRÉUSE.
+
+ Il n'en faut point chercher au poison qui me tue:
+ Laisse-moi le bonheur d'expirer à ta vue,
+ Souffre que j'en jouisse en ce dernier moment: 1455
+ Mon trépas fera place à ton ressentiment;
+ Le mien cède à l'ardeur dont je suis possédée;
+ J'aime mieux voir Jason que la mort de Médée.
+ Approche, cher amant, et retiens ces transports:
+ Mais garde de toucher ce misérable corps; 1460
+ Ce brasier, que le charme ou répand ou modère,
+ A négligé Cléone, et dévoré mon père:
+ Au gré de ma rivale il est contagieux.
+ Jason, ce m'est assez de mourir à tes yeux:
+ Empêche les plaisirs qu'elle attend de ta peine; 1465
+ N'attire point ces feux esclaves de sa haine.
+ Ah! quel âpre tourment! quels douloureux abois!
+ Et que je sens de morts sans mourir une fois!
+
+ JASON.
+
+ Quoi! vous m'estimez donc si lâche que de vivre?
+ Et de si beaux chemins sont ouverts pour vous suivre!
+ Ma reine, si l'hymen n'a pu joindre nos corps,
+ Nous joindrons nos esprits, nous joindrons nos deux morts;
+ Et l'on verra Charon passer chez Rhadamante,
+ Dans une même barque, et l'amant et l'amante.
+ Hélas! vous recevez, par ce présent charmé, 1475
+ Le déplorable prix de m'avoir trop aimé;
+ Et puisque cette robe a causé votre perte,
+ Je dois être puni de vous l'avoir offerte[1189].
+ Quoi! ce poison m'épargne, et ces feux impuissants
+ Refusent de finir les douleurs que je sens! 1480
+ Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie!
+ Justes Dieux! quel forfait me condamne à la vie?
+ Est-il quelque tourment plus grand pour mon amour
+ Que de la voir mourir, et de souffrir le jour?
+ Non, non; si par ces feux mon attente est trompée, 1485
+ J'ai de quoi m'affranchir au bout de mon épée;
+ Et l'exemple du Roi, de sa main transpercé,
+ Qui nage dans les flots du sang qu'il a versé,
+ Instruit suffisamment un généreux courage
+ Des moyens de braver le destin qui l'outrage. 1490
+
+ CRÉUSE.
+
+ Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir,
+ Ne t'abandonne point aux coups du désespoir:
+ Vis pour sauver ton nom de cette ignominie,
+ Que Créuse soit morte, et Médée impunie;
+ Vis pour garder le mien en ton coeur affligé, 1495
+ Et du moins ne meurs point que tu ne sois vengé.
+ Adieu: donne la main; que malgré ta jalouse,
+ J'emporte chez Pluton le nom de ton épouse.
+ Ah! douleurs! C'en est fait, je meurs à cette fois,
+ Et perds en ce moment la vie avec la voix. 1500
+ Si tu m'aimes....
+
+ JASON.
+
+ Ce mot lui coupe la parole;
+ Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole?
+ Mon esprit, retenu par ses commandements,
+ Réserve encor ma vie à de pires tourments[1190]!
+ Pardonne, chère épouse, à mon obéissance; 1505
+ Mon déplaisir mortel défère à ta puissance,
+ Et de mes jours maudits tout prêt de triompher,
+ De peur de te déplaire, il n'ose m'étouffer.
+ Ne perdons point de temps, courons chez la sorcière,
+ Délivrer par sa mort mon âme prisonnière. 1510
+ Vous autres, cependant, enlevez ces deux corps:
+ Contre tous ses démons mes bras sont assez forts,
+ Et la part que votre aide auroit en ma vengeance
+ Ne m'en permettoit pas une entière allégeance.
+ Préparez seulement des gênes, des bourreaux; 1515
+ Devenez inventifs en supplices nouveaux,
+ Qui la fassent mourir tant de fois sur leur tombe,
+ Que son coupable sang leur vaille une hécatombe;
+ Et si cette victime, en mourant mille fois,
+ N'apaise point encor les mânes de deux rois, 1520
+ Je serai la seconde; et mon esprit fidèle
+ Ira gêner là-bas son âme criminelle,
+ Ira faire assembler pour sa punition
+ Les peines de Titye à celles d'Ixion.
+
+(Cléone et le reste emportent les corps[1191] de Créon et de
+Créuse, et Jason continue seul.)
+
+ Mais leur puis-je imputer ma mort en sacrifice? 1525
+ Elle m'est un plaisir, et non pas un supplice.
+ Mourir, c'est seulement auprès d'eux me ranger;
+ C'est rejoindre Créuse, et non pas la venger.
+ Instruments des fureurs d'une mère insensée,
+ Indignes rejetons de mon amour passée, 1530
+ Quel malheureux destin vous avoit réservés
+ A porter le trépas à qui vous a sauvés?
+ C'est vous, petits ingrats, que malgré la nature
+ Il me faut immoler dessus leur sépulture.
+ Que la sorcière en vous commence de souffrir: 1535
+ Que son premier tourment soit de vous voir mourir.
+ Toutefois qu'ont-ils fait, qu'obéir à leur mère?
+
+
+SCÈNE VI.
+
+MÉDÉE, JASON.
+
+ MÉDÉE, en haut sur un balcon[1192].
+
+ Lâche, ton désespoir encore en délibère?
+ Lève les yeux, perfide, et reconnois ce bras
+ Qui t'a déjà vengé de ces petits ingrats: 1540
+ Ce poignard que tu vois vient de chasser leurs âmes,
+ Et noyer dans leur sang les restes de nos flammes.
+ Heureux père et mari, ma fuite et leur tombeau
+ Laissent la place vide à ton hymen nouveau[1193].
+ Réjouis-t'en, Jason, va posséder Créuse: 1545
+ Tu n'auras plus ici personne qui t'accuse;
+ Ces gages de nos feux ne feront plus pour moi
+ De reproches secrets à ton manque de foi.
+
+ JASON.
+
+ Horreur de la nature, exécrable tigresse[1194]!
+
+ MÉDÉE.
+
+ Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse[1195]: 1550
+ A cet objet si cher tu dois tous tes discours;
+ Parler encore à moi, c'est trahir tes amours.
+ Va lui, va lui conter tes rares aventures,
+ Et contre mes effets ne combats point d'injures.
+
+ JASON.
+
+ Quoi! tu m'oses braver, et ta brutalité 1555
+ Pense encore échapper à mon bras irrité?
+ Tu redoubles ta peine avec cette insolence.
+
+ MÉDÉE.
+
+ Et que peut contre moi ta débile vaillance?
+ Mon art faisoit ta force, et tes exploits[1196] guerriers
+ Tiennent de mon secours ce qu'ils ont de lauriers. 1560
+
+ JASON.
+
+ Ah! c'est trop en souffrir: il faut qu'un prompt supplice
+ De tant de cruautés à la fin te punisse.
+ Sus, sus, brisons la porte, enfonçons la maison[1197];
+ Que des bourreaux soudain m'en fassent la raison:
+ Ta tête répondra de tant de barbaries. 1565
+
+ MÉDÉE, en l'air dans un char tiré par deux dragons[1198].
+
+ Que sert de t'emporter à ces vaines furies?
+ Épargne, cher époux, des efforts que tu perds;
+ Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts:
+ C'est par là que je fuis[1199], et que je t'abandonne
+ Pour courir à l'exil que ton change m'ordonne. 1570
+ Suis-moi, Jason, et trouve en ces lieux désolés
+ Des postillons pareils à mes dragons ailés.
+ Enfin je n'ai pas mal employé la journée
+ Que la bonté du Roi, de grâce, m'a donnée[1200];
+ Mes desirs sont contents. Mon père et mon pays, 1575
+ Je ne me repens plus de vous avoir trahis;
+ Avec cette douceur j'en accepte le blâme.
+ Adieu, parjure: apprends à connoître ta femme[1201];
+ Souviens-toi de sa fuite, et songe une autre fois
+ Lequel est plus à craindre ou d'elle ou de deux rois. 1580
+
+
+SCÈNE VII.
+
+JASON.
+
+ O Dieux! ce char volant, disparu dans la nue,
+ La dérobe à sa peine, aussi bien qu'à ma vue;
+ Et son impunité triomphe arrogamment
+ Des projets avortés de mon ressentiment.
+ Créuse, enfants, Médée, amour, haine, vengeance, 1585
+ Où dois-je désormais chercher quelque allégeance?
+ Où suivre l'inhumaine, et dessous quels climats
+ Porter les châtiments de tant d'assassinats?
+ Va, furie exécrable, en quelque coin de terre
+ Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre: 1590
+ J'apprendrai ton séjour de tes sanglants effets,
+ Et te suivrai partout au bruit de tes forfaits.
+ Mais que me servira cette vaine poursuite,
+ Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite,
+ Si toujours tes dragons sont prêts à t'enlever, 1595
+ Si toujours tes forfaits ont de quoi me braver?
+ Malheureux, ne perds point contre une telle audace
+ De ta juste fureur l'impuissante menace;
+ Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion
+ D'accroître sa victoire[1202] et ta confusion. 1600
+ Misérable! perfide! ainsi donc ta foiblesse
+ Épargne la sorcière, et trahit ta princesse!
+ Est-ce là le pouvoir qu'ont sur toi ses desirs,
+ Et ton obéissance à ses derniers soupirs?
+ Venge-toi, pauvre amant, Créuse le commande: 1605
+ Ne lui refuse point un sang qu'elle demande;
+ Écoute les accents de sa mourante voix,
+ Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois.
+ A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible.
+ Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible, 1610
+ Tigresse, tu mourras, et malgré ton savoir,
+ Mon amour te verra soumise à son pouvoir;
+ Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine:
+ Ainsi le veut Créuse, ainsi le veut ma haine.
+ Mais quoi! je vous écoute, impuissantes chaleurs! 1615
+ Allez, n'ajoutez plus de comble à mes malheurs.
+ Entreprendre une mort que le ciel s'est gardée,
+ C'est préparer encore un triomphe à Médée.
+ Tourne avec plus d'effet sur toi-même ton bras,
+ Et punis-toi, Jason, de ne la punir pas. 1620
+ Vains transports, où sans fruit mon désespoir s'amuse,
+ Cessez de m'empêcher de rejoindre Créuse.
+ Ma reine, ta belle âme, en partant de ces lieux,
+ M'a laissé la vengeance; et je la laisse aux Dieux:
+ Eux seuls, dont le pouvoir égale la justice, 1625
+ Peuvent de la sorcière achever le supplice.
+ Trouve-le bon, chère ombre, et pardonne à mes feux
+ Si je vais te revoir plus tôt que tu ne veux[1203].
+
+(Il se tue[1204].)
+
+
+FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1150] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.
+
+ [1151] Dans l'édition de 1692, Thomas Corneille a remplacé
+ _attireront_ par _t'attireront_.
+
+ [1152] _Var._ [Dépêche, ou ces longueurs attireront ma haine.]
+ Ma verge, qui déjà t'empêche de courir,
+ N'a que trop de vertu pour te faire mourir.
+ Garde-toi seulement d'irriter ma colère.
+ Et pense que ta mort dépend de me déplaire.
+ THEUD. Apprenez un effet le plus prodigieux. (1639-57)
+
+ [1153] _Var._ Cette pauvre princesse à peine l'a vêtue. (1639-60)
+
+ [1154] Il y a _s'y jette_, au singulier, dans l'édition de 1682.
+
+ [1155] _Var._ Qui veut les dépouiller, eux-mêmes les déchire,
+ Et l'aide qu'on leur donne est un nouveau martyre. (1639-57)
+
+ [1156] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1207, 1208.
+
+ [1157] _Var._ A convoyer Pollux hors des murs de la ville,
+ Qui court à grande hâte aux noces de sa soeur. (1639-57)
+
+ [1158] _Var._ MÉDÉE, _lui donnant_, etc. (1644-60)--Ce jeu de
+ scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.
+
+ [1159] Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de
+ 1639.
+
+ [1160] _Ex pellice utinam liberos hostis meus
+ Aliquos haberet!_
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 920, 921.)
+
+ [1161] . . . . . . . . . _Non sunt mei.
+ . . . . . . Crimine et culpa carent;
+ Sunt innocentes: fateor; et frater fuit._
+
+ (_Ibidem_, vers 934-936.)
+
+ [1162] _Scelus est Iason genitor._
+
+ (_Ibidem_, vers 933.)
+
+ [1163] _Var._ De l'amour aussitôt je tombe à la colère. (1639)
+
+ [1164] _Cor pepulit horror. . . . . . . . . .
+ Pectusque tremuit; ira discessit loco,
+ Materque tota, conjuge expulsa, redit._
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ _Quid, anime, titubas?_ . . . . . . . .
+ _Variamque nunc huc ira, nunc illuc amor
+ Diducit?_ . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . _Ira pietatem fugat,
+ Iramque pietas._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 926-928 et 937-944.)
+
+ [1165] Dans l'édition de 1682, on a imprimé _je l'en va_, pour
+ _je l'en vais_ (_vay_).
+
+ [1166] _Jamjam meo rapientur avulsi e sinu._
+ . . . . . . . _Osculis percant patris,
+ Periere matri._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 949-951.)
+
+ [1167] _Var._ Mais ma pitié retourne, et revient me braver.
+ (1639-57)
+
+ [1168] . . . . . _Anceps æstus incertam rapit._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 939.)
+
+ [1169] _Var._ Allons à son trépas ajouter ce carnage. (1639)
+
+ [1170] _Var._ Loin de me secourir, vous croissez mes tourments.
+ (1639-57)
+
+ [1171] _Var._ Et ma peau, qu'avec eux votre pitié m'arrache.
+ (1639-57)
+
+ [1172] _Var._ Voyez comme mon sang en coule en mille lieux:
+ Ne me déchirez plus, bourreaux officieux;
+ Fuyez, ou ma fureur une fois débordée
+ Dans ces pieux devoirs vous prendra pour Médée. (1639-57)
+
+ [1173] Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.
+
+ [1174] _Var._ Ce feu qui me consomme et dehors et dedans. (1639)
+
+ [1175] _Var._ Punit-il point assez mes souhaits imprudents?
+ (1639-57)
+
+ [1176] _Var._ Et je crois qu'Ixion, au choix des sentiments.
+ (1639)
+
+ [1177] L'édition de 1682 a, par erreur: _devrois_, pour _devois_.
+
+ [1178] _Var._ Me porte bien des coups plus vifs et plus
+ pressants. (1639-57)
+
+ [1179] _Var._ L'impiteuse Clothon en porte le flambeau. (1639-57)
+
+ [1180] _Var._ Cléone, soutenez, les forces me défaillent,
+ Et ma vigueur succombe aux douleurs qui m'assaillent;
+ Le coeur me va manquer, je n'en puis plus, hélas!
+ Ne me refusez point ce funeste soulas,
+ Monsieur, et si pour moi quelque amour vous demeure. (1639-57)
+
+ [1181] L'édition de 1663 est la seule qui porte _arroseront_.
+
+ [1182] _Var._ [De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme.]
+ CRÉON. Ah! ma fille. CRÉUSE. Ah! mon père. CLÉONE. A ces embrassements,
+ Qui retiendroit ses pleurs et ses gémissements?
+ Dans ces ardents baisers leurs âmes se confondent,
+ Et leurs tristes sanglots seulement se répondent.
+ CRÉUSE. Hé quoi! vous me quittez? [CRÉON. Oui, je ne verrai pas.]
+ (1639)
+
+ [1183] _Var._ Quoi! vous me refusez? (1644-57)
+
+ [1184] Ces mots ne sont pas dans l'édition de 1639.
+
+ [1185] VAR. Il ne vit plus, sa belle âme est partie. (1639)
+
+ [1186] L'édition de 1682 a seule _douceurs_, au pluriel.
+
+ [1187] _Var._ Que vois-je ici, bons Dieux! quel spectacle d'horreur!
+ Quelque part que mes yeux portent ma vue errante. (1639-57)
+
+ [1188] _Var._ Et que ce scorpion sur ta plaie écrasé. (1639)
+
+ [1189] _Var._ [Je dois être puni de vous l'avoir offerte.]
+ Trop heureux si sa force agissant en mes mains
+ Eût de notre ennemie éventé les desseins,
+ Et détournant sur moi ses trames déloyales,
+ Mon âme eût satisfait pour deux âmes royales;
+ Mais ce poison m'épargne, et ces feux impuissants. (1639-57)
+
+ [1190] _Var._ [Réserve encor ma vie à de pires tourments!]
+ O honte! mes regrets permettent que je vive,
+ Et ne secourent pas ma main qu'elle captive;
+ Leur atteinte est trop foible, et dans un tel malheur
+ Je suis trop peu touché pour mourir de douleur.
+ [Pardonne, chère épouse, à mon obéissance.] (1639-57)
+
+ [1191] Il y a _le corps_, pour _les corps_, dans l'édition de
+ 1682.--Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
+
+ [1192] _Var._ _Étant en haut sur un balcon._ (1657)--_Elle est en
+ haut sur un balcon._ (1663, en marge.)--Cette indication manque
+ dans l'édition de 1639.
+
+ [1193] _Var._ Laisse la place vide à ton hymen nouveau. (1639)
+
+ [1194] Voyez la _Médée_ d'Euripide, vers 1314, 1315.
+
+ [1195] _I nunc superbe, virginum thalamos pete._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 1007.)
+
+ --Dans Euripide (vers 621-623) c'est avant la mort de Créuse que
+ Médée dit à Jason: «Va, le désir de voir ta nouvelle épouse te
+ subjugue.... Va l'épouser, etc.»
+
+ [1196] Au lieu de: _exploits_, on lit: _effets_, dans l'édition
+ de 1682, ce qui est évidemment une faute.
+
+ [1197] . . . . _Huc, huc, fortis, armigeri, cohors,
+ Conferte tela, vertite ex imo domum._
+
+ (Sénèque, _Médée_, vers 980, 981.)
+
+ [1198] Cette indication manque aussi dans l'édition de 1639.
+
+ [1199] _Sic fugere soleo: patuit in coelum via._
+
+ (_Ibidem_, vers 1022.)
+
+ [1200] _Meus dies est: tempore accepto utimur._
+
+ (_Ibidem_, vers 1017.)
+
+ [1201] . . . . _Conjugem agnoscis tuam?_
+
+ (_Ibidem_, vers 1021.)
+
+ [1202] On a imprimé par erreur _victime_, pour _victoire_, dans
+ l'édition de 1682.
+
+ [1203] _Var._ Si je te vais revoir plus tôt que tu ne veux.
+ (1639-57)
+
+ [1204] Ces mots ne se trouvent pas dans l'édition de 1639.
+
+
+
+
+ L'ILLUSION
+
+ COMÉDIE
+
+ 1636
+
+
+
+
+NOTICE.
+
+
+Cette pièce est fort importante pour l'histoire de notre théâtre et de
+notre littérature. Représentée en 1636, elle ne se trouve séparée que
+par quelques mois de ce merveilleux _Cid_ dont on la croirait à tous
+égards si éloignée; et pour peu qu'on la lise avec attention, l'on
+s'aperçoit, non sans surprise, qu'elle n'a pas été complétement
+inutile à Corneille pour la composition de son chef-d'oeuvre, et qu'en
+écrivant _l'Illusion_ il s'y préparait déjà.
+
+Ce n'est pas du premier coup qu'il s'avise de produire sur notre
+théâtre cet héroïsme espagnol qui éclate si noblement dans _le Cid_:
+il commence par y représenter les rodomontades de Matamore; mais on
+dirait qu'il lui est impossible de ne pas prendre par instants au
+sérieux la grandeur du Capitan, et en plus d'un endroit il s'élève
+comme involontairement au plus noble langage.
+
+Matamore dit de lui-même, acte II, scène II (vers 233-236):
+
+ Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,
+ Défait les escadrons et gagne les batailles.
+ Mon courage invaincu contre les empereurs
+ N'arme que la moitié de ses moindres fureurs.
+
+Boileau n'a eu que quelques mots à changer aux deux premiers de ces
+vers pour les transformer en un magnifique éloge d'un des plus grands
+héros de son temps:
+
+ Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,
+ Force les escadrons et gagne les batailles.
+
+ (_Épître IV, au Roi_, vers 133 et 134.)
+
+Le troisième renferme le mot _invaincu_, qui passa inaperçu alors et
+n'attira l'attention que dans _le Cid_. Là, heureusement placé, il
+parut noble, énergique, sublime, et Corneille en fut, bien mal à
+propos[1205], déclaré l'inventeur par plusieurs de ses contemporains.
+
+Le passage qui va suivre trouverait certes aussi sa place
+très-naturellement dans _le Cid_, et ne déparerait en rien ce
+chef-d'oeuvre:
+
+ Respect de ma maîtresse, incommode vertu,
+ Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?
+ Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père,
+ Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère?
+
+ (Acte III, scène IV, vers 735-738.)
+
+Ces rapprochements suffisent pour faire voir que la parole du Matamore
+de Corneille n'est pas toujours ridicule en elle-même, et que dans le
+langage outré qu'il lui prête il y a de ces fières hyperboles qu'il a
+su plus tard ennoblir en les plaçant dans la bouche de vrais héros.
+
+Ce personnage du Matamore, introduit par notre poëte dans
+_l'Illusion_, était depuis longtemps déjà un des principaux acteurs de
+la farce; mais c'était la seconde fois seulement qu'on le faisait
+parler en vers: c'est du moins ce que nous apprend le sieur Mareschal.
+Voici comme il s'exprime dans l'avertissement d'une comédie intitulée:
+_le Railleur ou la Satyre du temps_, représentée en 1636: «Je dirai
+pourtant en sa faveur que c'est le premier capitan en vers qui a paru
+dans la scène française, qu'il n'a point eu d'exemple et de modèle
+devant lui, et qu'il a précédé, au moins du temps, deux autres qui
+l'ont surpassé en tout le reste, et qui sont sortis de deux plumes si
+fameuses et comiques dans _l'Illusion_ et _les Visionnaires_[1206].»
+
+En 1637 ou 1638, le même Mareschal fit représenter sur le théâtre du
+Marais _le Véritable Capitan Matamore ou le Fanfaron_, tiré du _Miles
+gloriosus_ de Plaute; mais son imitation ne se tient pas fort près du
+texte: «Je n'ai point, dit-il, introduit sur le théâtre un
+Pyrgopolinice plus badin que fanfaron, mais j'ai tâché de peindre au
+naturel ce vivant matamore du théâtre du Marais, cet original sans
+copie, ce personnage admirable qui ravit également les grands et le
+peuple, les doctes et les ignorants.»
+
+Il nous reste beaucoup d'autres pièces destinées à cet acteur alors
+célèbre, ainsi vanté par Mareschal: la plus connue est _le Capitan
+Matamore_, comédie de Scarron, en vers de huit syllabes sur la seule
+rime _ment_; cet ouvrage est précédé de plusieurs prologues intitulés:
+_les Boutades du Capitan Matamore_.
+
+Selon les frères Parfait, ce personnage fut rempli à l'hôtel de
+Bourgogne et sur le théâtre du Marais par un comédien «dont on ignore
+le nom.» M. Aimé Martin prétend, mais sans en donner aucune preuve,
+que ce comédien n'était autre que Bellerose; M. Taschereau établit
+fort bien, au contraire, qu'il s'agit de Bellemore. Il cite à l'appui
+de son assertion ce passage de l'historiette de Tallemant des Réaux
+relative à Mondory: «Ce fut lui (Mondory) qui fit venir Bellemore, dit
+_le Capitan Matamore_, bon acteur. Il quitta le théâtre parce que
+Desmarets lui donna, à la chaude, un coup de canne derrière le théâtre
+de l'Hôtel Richelieu. Il se fit ensuite commissaire de l'artillerie et
+y fut tué. Il n'osa se venger de Desmarets, à cause du Cardinal qui ne
+le lui eût pas pardonné.»
+
+Le peu d'exactitude du renseignement donné par M. Aimé Martin ne
+permet guère d'ajouter foi à la note, d'une apparence fort romanesque,
+qu'il a placée, sans indiquer ses sources ni ses preuves, au
+commencement de _l'Illusion_. «Dans cette pièce, dit-il, le célèbre
+comédien Mondory est représenté sous le nom de Clindor dont il jouait
+le rôle, et une partie de ses aventures sont racontées à la fin du
+premier acte. Avant d'être un grand artiste, et bien jeune encore, il
+avait composé des _parades_ et des _ponts-neufs_, puis après diverses
+fortunes il s'était fait clerc de procureur. Corneille s'est
+représenté lui-même sous le masque du magicien Alcandre, et le duc
+d'Épernon paraît avoir été le modèle du Capitan gascon. Pendant son
+séjour à Bordeaux, Mondory avait fait partie de la maison de ce grand
+seigneur, et c'est lui probablement qui signala à Corneille les
+principaux traits de ce caractère. _L'Illusion comique_ n'est donc
+qu'un cadre plus ou moins bizarre, où le poëte se met en scène avec
+son acteur chéri. Il lui avait autrefois confié le sort de _Mélite_,
+et Mondory s'était montré digne de cette confiance en coopérant de
+tous ses talents au succès de cette première pièce. Ici Corneille
+trace l'apologie du grand artiste; il raconte au public ses bonnes et
+ses mauvaises fortunes, et veut qu'on applaudisse sa constance et son
+courage comme on applaudit son génie. C'était lui témoigner dignement
+sa reconnaissance, car la pièce n'avait pas d'autre but que de relever
+Mondory aux yeux de son père, qui s'effarouchait d'avoir un fils
+comédien.»
+
+Que Mondory ait joué Clindor, cela est probable sans être prouvé, mais
+tout le reste ne repose pas même sur des hypothèses vraisemblables.
+
+On sait très-peu de chose sur la première partie de la vie de cet
+acteur; toutefois, si l'on en croit Tallemant, qui à coup sûr se
+serait plu au récit d'une jeunesse si aventureuse, il entra au théâtre
+le plus simplement du monde. Les frères Parfait ont prétendu qu'il
+était d'Orléans[1207], mais un des adversaires de Corneille dans la
+querelle du _Cid_, Mairet, l'appelle «notre Roscius auvergnat[1208].»
+Marguerite Perrier, nièce de Pascal, dit en effet, dans ses _Mémoires
+de famille_, qu'il était de Clermont, «et avoit pris le nom de Mondory
+parce que son parrain, qui étoit un homme de condition de cette ville,
+s'appeloit M. de Mondory[1209].» Tallemant le fait naître dans une
+autre localité, mais dans la même province: «Il étoit fils d'un juge
+ou d'un procureur fiscal de Tiers en Auvergne, où l'on faisoit
+autrefois toutes les cartes à jouer. Pour lui, il se disoit fils de
+juge. Son père l'envoya à Paris chez un procureur. On dit que ce
+procureur, qui aimoit assez la comédie, lui conseilla d'y aller les
+fêtes et les dimanches, et qu'il y dépenseroit et s'y débaucheroit
+moins que partout ailleurs. Il y prit tant de plaisir qu'il se fit
+comédien lui-même; et quoiqu'il n'eût que seize ans, on lui donnoit
+des principaux personnages, et insensiblement il fut le chef d'une
+troupe composée de le Noir et de sa femme, qui avoient été au prince
+d'Orange.»
+
+Que le duc d'Épernon ait eu certains rapports de caractère avec
+Matamore, cela peut bien être; mais il n'était pas le seul alors:
+quant aux ressemblances entre Corneille et le magicien Alcandre, nous
+avouons qu'elles nous échappent tout à fait.
+
+Vers la fin du cinquième acte, Corneille nous introduit au milieu de
+la troupe, qui partage la recette: «Tous les comédiens, dit-il,
+paroissent avec leur portier, qui comptent de l'argent sur une table,
+et en prennent chacun leur part.» Ce n'est point là un tableau de
+fantaisie, c'est la peinture fidèle de ce qui se passait à cette
+époque. Samuel Chapuzeau nous fait ainsi connaître le détail de cette
+opération: «La comédie achevée et le monde retiré, les comédiens font
+tous les soirs le compte de la recette du jour, où chacun peut
+assister, mais où d'office doivent se trouver le trésorier, le
+secrétaire et le contrôleur, l'argent leur étant apporté par le
+receveur du bureau.... L'argent compté, on lève d'abord les frais
+journaliers, et, quelquefois en de certains cas, ou pour acquitter une
+dette peu à peu, ou pour faire quelque avance nécessaire, on lève
+ensuite la somme qu'on a réglée. Ces articles mis à part, ce qui reste
+de liquide est partagé sur-le-champ, et chacun emporte ce qui lui
+convient[1210].»
+
+C'est après cette scène que vient ce bel éloge du théâtre et de l'art
+du comédien, qui dut contribuer puissamment à donner une noble idée de
+cette profession, si discréditée jusqu'alors.
+
+La vie honorable de Floridor[1211], et surtout l'arrêt qui déclare
+qu'on ne déroge pas en jouant la comédie[1212], accomplirent la
+révolution que notre poëte avait si heureusement préparée; le genre
+dramatique s'empara dans notre littérature de la place la plus
+importante, et ses interprètes obtinrent dès lors, quand ils surent
+s'en rendre dignes, un rang des plus distingués dans la société
+française.
+
+Nous ne saurions fixer sûrement la durée du succès de cette pièce.
+Corneille nous apprend qu'elle se jouait encore plus de trente ans
+après l'époque de la première représentation[1213]; mais tout porte à
+croire qu'elle ne survécut pas à son auteur. Le dix-huitième siècle en
+voulait fort à cet ouvrage étrange. Il n'a trouvé grâce que devant le
+directeur actuel du Théâtre-Français, M. Édouard Thierry, qui l'a fait
+représenter l'année dernière (1861) pour le deux cent
+cinquante-cinquième anniversaire de la naissance de Corneille. Le
+spirituel critique a pensé que cette hardiesse avait besoin, même de
+notre temps, d'être excusée et préparée par toutes sortes de
+précautions. Il a cru utile de rétablir dans cette circonstance
+l'usage du petit discours que le chef de troupe venait prononcer jadis
+pour annoncer une représentation importante; seulement c'est dans le
+feuilleton du _Moniteur_ qu'il s'est adressé au public.
+
+«N'y eût-il dans _l'Illusion_, dit M. Édouard Thierry, que ce cri
+d'orgueil, ou plutôt ce cri de bonheur jeté par Corneille à l'heure où
+son génie se réveille et prend possession de lui-même[1214], il me
+semble que la pièce valait la peine d'être reprise au moins une fois
+et pour l'anniversaire de la naissance du grand ancêtre. Je l'ai cru,
+je le crois encore, puisque la représentation aura lieu jeudi
+prochain[1215]. Seulement, il faut bien le dire, la représentation ne
+sera pas complète. Si le cadre de _l'Illusion_ est original et
+curieux, la suite des tableaux qui s'y adaptent n'est pas toujours
+intéressante. Le petit roman qui devait plaire au dix-septième siècle
+a vieilli longtemps avant d'arriver au dix-neuvième; je me suis permis
+de l'abréger en plus d'un endroit où Corneille, encore disciple de
+Théophile, abusait singulièrement du monologue. L'acte de la
+prison[1216] a été retranché. Ce n'est pas tout. La tragédie que
+jouent Isabelle et Clindor dans la pièce de Corneille est certainement
+bien arrangée pour entretenir l'illusion du père et faire passer le
+spectateur, sans qu'il y prenne garde, des aventures réelles de
+Clindor au poëme dramatique qu'il représente sur le théâtre; mais la
+scène n'est ni tragique ni touchante, et elle est dangereuse[1217]....
+Voilà comment Clindor en est venu, ou plutôt en viendra jeudi prochain
+à jouer un fragment du premier acte de _Don Sanche d'Aragon_. Vous me
+direz que _l'Illusion_ a devancé _Don Sanche_ de quatorze ans: que
+voulez-vous? Les deux pièces se seront rapprochées depuis. Vous me
+direz que don Sanche n'est pas assassiné: d'accord; mais les trois
+rivaux qu'il provoque en combat singulier mettent à la fois l'épée à
+la main contre lui, et c'est peut-être assez pour que son père le
+croie déjà mort. En tout cas, si je ne m'étais pas plus permis que je
+ne devais, je n'écrirais pas aujourd'hui cette longue lettre où je
+réclame l'indulgence de tout le monde.»
+
+Pour notre part, nous aurions préféré que la pièce fût jouée sans
+aucun changement; mais quel reproche faire à qui s'accuse de si bonne
+grâce? M. Édouard Thierry est un amateur délicat, consommé; mais en
+directeur habile il a cru devoir suivre plutôt le goût d'autrui que le
+sien propre, et a sacrifié une partie du texte de Corneille pour faire
+accepter plus facilement au public la pièce oubliée qu'il lui
+présentait.
+
+Le succès a d'ailleurs pleinement justifié cette tentative, que moins
+de prudence aurait pu faire échouer. Ce n'est qu'avec le temps qu'on
+produira enfin sur le théâtre les oeuvres de nos auteurs classiques
+dans l'intégrité de leur texte, et avec cette minutieuse exactitude
+qui n'est permise que depuis bien peu d'années, même à leurs
+éditeurs.
+
+Le 6 juin 1862, le deux cent cinquante-sixième anniversaire de la
+naissance de Corneille a encore fourni l'occasion d'une nouvelle
+reprise de _l'Illusion_, qui n'a pas été moins bien accueillie que
+l'année précédente.
+
+La première publication de cette comédie forme un volume in-4º,
+composé de 4 feuillets liminaires et de 124 pages. Voici son titre
+exact:
+
+L'ILLVSION COMIQVE, COMEDIE; _à Paris, chez François Targa....
+M.DC.XXXIX. Auec priuilege du Roy_.
+
+Ce privilége est du 11 février 1639, et l'achevé d'imprimer porte la
+date du 16 mars. Corneille, rappelé à Rouen entre ces deux époques,
+comme il nous l'apprend dans sa dédicace, ne put corriger les épreuves
+de cet ouvrage. Il y remédia de son mieux par une liste des: «Fautes
+Notables survenues à l'Impression;» mais ce soin de l'illustre poëte
+n'a guère profité à ses éditeurs, et M. Lefèvre en a tenu si peu de
+compte qu'il a imprimé comme variantes la plupart des fautes que
+Corneille avait signalées.
+
+A partir de 1660, le titre se modifie et devient simplement
+_l'Illusion_.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1205] Voyez le _Lexique_.
+
+ [1206] Par Desmarest.
+
+ [1207] _Histoire du Théâtre françois_, tome V, p. 96.
+
+ [1208] _Épître familière_, p. 17.
+
+ [1209] _Bibliothèque de l'École des chartes_, 1re série, tome V,
+ p. 317.
+
+ [1210] _Le Théâtre françois_, p. 174.
+
+ [1211] Josias de Soulas, écuyer, sieur de Floridor, succéda, au
+ théâtre du Marais, à d'Orgemont, dans l'emploi d'orateur de la
+ troupe; ensuite il remplaça Bellerose à l'hôtel de Bourgogne.
+ Nous aurons à parler avec quelques détails de la façon dont il
+ jouait Massinisse dans la _Sophonisbe_ de Corneille. Il mourut
+ vers 1672. Il eut trois enfants: un fils et deux filles. Son fils
+ fut prêtre de la paroisse de Saint-Sauveur; sa fille aînée épousa
+ le fils de Montfleury, et la cadette, un sieur Bigodet, qui
+ devint fermier général après son mariage. Voyez _Histoire du
+ Théâtre françois_, tome VIII, p. 217, et la note suivante.
+
+ [1212] Voici le titre exact de cet arrêt: _Arrêt du conseil
+ d'État du Roi, en faveur du sieur de Floridor, comédien du Roi,
+ contre les commis à la recherche des usurpateurs de noblesse; qui
+ prouve que la qualité de comédien ne déroge point._ (Extrait des
+ registres du conseil d'État du 10 septembre 1668.) On y lit que
+ Floridor entra «dans les gardes du roi Louis XIII, père de S. M.,
+ où il porta le mousquet dans la compagnie du sieur de la Besne,
+ et depuis servit en qualité d'enseigne dans le régiment de
+ Rambierre; et après, la réforme de quelques compagnies de ce
+ régiment lui fit prendre le parti de la comédie, dans laquelle il
+ a servi depuis vingt-cinq ans, comme il fait encore à présent, au
+ divertissement de S. M.»
+
+ [1213] Voyez p. 433.
+
+ [1214] Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre
+ Est en un point si haut que chacun l'idolâtre,
+ Et ce que votre temps voyoit avec mépris
+ Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits.
+
+ (Vers 1645-1648.)
+
+ [1215] Le 6 juin 1861.
+
+ [1216] Le quatrième.
+
+ [1217] Commencement du cinquième acte.
+
+
+A MADEMOISELLE M. F. D. R.[1218].
+
+ MADEMOISELLE,
+
+Voici un étrange monstre que je vous dédie. Le premier acte n'est
+qu'un prologue, les trois suivants font une comédie imparfaite, le
+dernier est une tragédie: et tout cela, cousu ensemble, fait une
+comédie. Qu'on en nomme l'invention bizarre et extravagante tant qu'on
+voudra, elle est nouvelle; et souvent la grâce de la nouveauté, parmi
+nos François, n'est pas un petit degré de bonté. Son succès ne m'a
+point fait de honte sur le théâtre, et j'ose dire que la
+représentation de cette pièce capricieuse ne vous a point déplu,
+puisque vous m'avez commandé de vous en adresser l'épître quand elle
+iroit sous la presse. Je suis au désespoir de vous la présenter en si
+mauvais état, qu'elle en est méconnoissable: la quantité de fautes que
+l'imprimeur a ajoutées aux miennes la déguise, ou pour mieux dire, la
+change entièrement. C'est l'effet de mon absence de Paris, d'où mes
+affaires m'ont rappelé sur le point qu'il l'imprimoit, et m'ont obligé
+d'en abandonner les épreuves à sa discrétion. Je vous conjure de ne la
+lire point que vous n'ayez pris la peine de corriger ce que vous
+trouverez marqué en suite de cette épître. Ce n'est pas que j'y aye
+employé toutes les fautes qui s'y sont coulées; le nombre en est si
+grand qu'il eût épouvanté le lecteur: j'ai seulement choisi celles qui
+peuvent apporter quelque corruption notable au sens, et qu'on ne peut
+pas deviner aisément. Pour les autres, qui ne sont que contre la rime,
+ou l'orthographe, ou la ponctuation, j'ai cru que le lecteur judicieux
+y suppléeroit sans beaucoup de difficulté, et qu'ainsi il n'étoit pas
+besoin d'en charger cette première feuille[1214]. Cela m'apprendra à
+ne hasarder plus de pièces à l'impression durant mon absence. Ayez
+assez de bonté pour ne dédaigner pas celle-ci, toute déchirée qu'elle
+est; et vous m'obligerez d'autant plus à demeurer toute ma vie,
+
+ MADEMOISELLE,
+
+ Le plus fidèle et le plus passionné de vos
+ serviteurs,
+
+ CORNEILLE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1218] Cette épître n'est que dans les éditions antérieures à
+ 1660.--Les initiales cachent-elles un nom réel? Aucun éditeur
+ n'est parvenu jusqu'ici à le découvrir.--Dans l'impression de
+ 1639 on lit partout _Madamoiselle_, au lieu de _Mademoiselle_.
+
+ [1219] Voyez la _Notice_, p. 430.
+
+
+EXAMEN.
+
+Je dirai peu de chose de cette pièce: c'est une galanterie
+extravagante qui a tant d'irrégularités, qu'elle ne vaut pas la peine
+de la considérer, bien que la nouveauté de ce caprice en aye rendu le
+succès assez favorable pour ne me repentir pas d'y avoir perdu quelque
+temps. Le premier acte ne semble qu'un prologue; les trois suivants
+forment une pièce, que je ne sais comment nommer: le succès en est
+tragique; Adraste y est tué, et Clindor en péril de mort; mais le
+style et les personnages sont entièrement de la comédie. Il y en a
+même un qui n'a d'être que dans l'imagination, inventé exprès pour
+faire rire, et dont il ne se trouve point d'original parmi les hommes:
+c'est un capitan qui soutient assez son caractère de fanfaron, pour me
+permettre de croire qu'on en trouvera peu, dans quelque langue que ce
+soit, qui s'en acquittent mieux. L'action n'y est pas complète,
+puisqu'on ne sait, à la fin du quatrième acte qui la termine, ce que
+deviennent les principaux acteurs, et qu'ils se dérobent plutôt au
+péril qu'ils n'en triomphent. Le lieu y est assez régulier, mais
+l'unité de jour n'y est pas observée. Le cinquième est une tragédie
+assez courte pour n'avoir pas la juste grandeur que demande Aristote
+et que j'ai tâché d'expliquer. Clindor et Isabelle, étant devenus
+comédiens sans qu'on le sache, y représentent une histoire qui a du
+rapport avec la leur, et semble en être la suite. Quelques-uns ont
+attribué cette conformité à un manque d'invention, mais c'est un trait
+d'art pour mieux abuser par une fausse mort le père de Clindor qui les
+regarde, et rendre son retour de la douleur à la joie plus surprenant
+et plus agréable.
+
+Tout cela cousu ensemble fait une comédie dont l'action n'a pour
+durée que celle de sa représentation, mais sur quoi il ne feroit pas
+sûr[1220] de prendre exemple. Les caprices de cette nature ne se
+hasardent qu'une fois; et quand l'original auroit passé pour
+merveilleux, la copie n'en peut jamais rien valoir. Le style semble
+assez proportionné aux matières, si ce n'est que Lyse, en la sixième
+scène du troisième acte, semble s'élever un peu trop au-dessus du
+caractère de servante. Ces deux vers d'Horace lui serviront d'excuse,
+aussi bien qu'au père du Menteur, quand il se met en colère contre son
+fils au cinquième:
+
+ _Interdum tamen et vocem comoedia tollit,
+ Iratusque Chremes tumido delitigat ore[1221]._
+
+Je ne m'étendrai pas davantage sur ce poëme: tout irrégulier qu'il
+est, il faut qu'il aye quelque mérite, puisqu'il a surmonté l'injure
+des temps, et qu'il paroît encore sur nos théâtres, bien qu'il y aye
+plus de trente années[1222] qu'il est au monde, et qu'une si longue
+révolution en aye enseveli beaucoup sous la poussière, qui sembloient
+avoir plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse durée.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1220] VAR. (édit. de 1663 et de 1664): il ne seroit pas sûr.
+
+ [1221] _Art poétique_, vers 93 et 94.
+
+ [1222] On lit ainsi à partir de l'impression de 1668; dans les
+ éditions antérieures: «plus de vingt et cinq années.»
+
+
+
+
+ACTEURS.
+
+
+ ALCANDRE, magicien.
+ PRIDAMANT, père de Clindor.
+ DORANTE, ami de Pridamant.
+ MATAMORE, Capitan gascon, amoureux d'Isabelle.
+ CLINDOR, suivant du Capitan et amant d'Isabelle.
+ ADRASTE, gentilhomme, amoureux d'Isabelle.
+ GÉRONTE, père d'Isabelle.
+ ISABELLE, fille de Géronte.
+ LYSE, servante d'Isabelle.
+ GEÔLIER de Bordeaux.
+ PAGE du Capitan.
+ CLINDOR[1223], représentant THÉAGÈNE, seigneur anglois.
+ ISABELLE, représentant HIPPOLYTE, femme de Théagène.
+ LYSE, représentant CLARINE, suivante d'Hippolyte[1224].
+ ÉRASTE, écuyer de Florilame.
+ TROUPE DE DOMESTIQUES D'ADRASTE.
+ TROUPE DE DOMESTIQUES DE FLORILAME.
+
+La scène est en Touraine, en une campagne proche de la grotte du
+Magicien[1225]
+
+
+
+
+L'ILLUSION.
+
+COMÉDIE.
+
+
+
+
+ACTE I.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+PRIDAMANT, DORANTE.
+
+ DORANTE.
+
+ Ce mage, qui d'un mot renverse la nature[1226],
+ N'a choisi pour palais que cette grotte obscure.
+ La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,
+ N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,
+ De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres 5
+ Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres.
+ N'avancez pas: son art au pied de ce rocher
+ A mis de quoi punir qui s'en ose approcher;
+ Et cette large bouche est un mur invisible,
+ Où l'air en sa faveur devient inaccessible, 10
+ Et lui fait un rempart, dont les funestes bords
+ Sur un peu de poussière étalent mille morts.
+ Jaloux de son repos plus que de sa défense,
+ Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense;
+ Malgré l'empressement d'un curieux désir[1227], 15
+ Il faut, pour lui parler, attendre son loisir:
+ Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure
+ Où pour se divertir il sort de sa demeure[1228].
+
+ PRIDAMANT.
+
+ J'en attends peu de chose, et brûle de le voir.
+ J'ai de l'impatience, et je manque d'espoir. 20
+ Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes,
+ Qu'ont éloigné de moi des traitements trop rudes,
+ Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux,
+ A caché pour jamais sa présence à mes yeux.
+ Sous ombre qu'il prenoit un peu trop de licence, 25
+ Contre ses libertés je roidis ma puissance;
+ Je croyois le dompter à force de punir[1229],
+ Et ma sévérité ne fit que le bannir.
+ Mon âme vit l'erreur dont elle étoit séduite:
+ Je l'outrageois présent, et je pleurai sa fuite; 30
+ Et l'amour paternel me fit bientôt sentir
+ D'une injuste rigueur un juste repentir.
+ Il l'a fallu chercher: j'ai vu dans mon voyage
+ Le Pô, le Rhin, la Meuse, et la Seine, et le Tage:
+ Toujours le même soin travaille mes esprits; 35
+ Et ces longues erreurs[1230] ne m'en ont rien appris.
+ Enfin, au désespoir de perdre tant de peine,
+ Et n'attendant plus rien de la prudence humaine,
+ Pour trouver quelque borne à tant de maux soufferts[1231],
+ J'ai déjà sur ce point consulté les enfers. 40
+ J'ai vu les plus fameux en la haute science[1232]
+ Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expérience:
+ On m'en faisoit l'état que vous faites de lui[1233],
+ Et pas un d'eux n'a pu soulager mon ennui.
+ L'enfer devient muet quand il me faut répondre, 45
+ Ou ne me répond rien qu'afin de me confondre.
+
+ DORANTE.
+
+ Ne traitez pas Alcandre en homme du commun;
+ Ce qu'il sait en son art n'est connu de pas un.
+ Je ne vous dirai point qu'il commande au tonnerre,
+ Qu'il fait enfler les mers, qu'il fait trembler la terre; 50
+ Que de l'air, qu'il mutine en mille tourbillons,
+ Contre ses ennemis il fait des bataillons;
+ Que de ses mots savants les forces inconnues
+ Transportent les rochers, font descendre les nues,
+ Et briller dans la nuit l'éclat de deux soleils; 55
+ Vous n'avez pas besoin de miracles pareils:
+ Il suffira pour vous qu'il lit dans les pensées,
+ Qu'il connoît l'avenir et les choses passées[1234];
+ Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers,
+ Et pour lui nos destins sont des livres ouverts. 60
+ Moi-même, ainsi que vous, je ne pouvois le croire:
+ Mais sitôt qu'il me vit, il me dit mon histoire;
+ Et je fus étonné d'entendre le discours[1235]
+ Des traits les plus cachés de toutes mes amours[1236].
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Vous m'en dites beaucoup.
+
+ DORANTE.
+
+ J'en ai vu davantage. 65
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Vous essayez en vain de me donner courage;
+ Mes soins et mes travaux verront, sans aucun fruit,
+ Clore mes tristes jours d'une éternelle nuit.
+
+ DORANTE.
+
+ Depuis que j'ai quitté le séjour de Bretagne
+ Pour venir faire ici le noble de campagne, 70
+ Et que deux ans d'amour, par une heureuse fin,
+ M'ont acquis Sylvérie et ce château voisin,
+ De pas un, que je sache, il n'a déçu l'attente:
+ Quiconque le consulte en sort l'âme contente.
+ Croyez-moi, son secours n'est pas à négliger: 75
+ D'ailleurs il est ravi quand il peut m'obliger,
+ Et j'ose me vanter qu'un peu de mes prières
+ Vous obtiendra de lui des faveurs singulières.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Le sort m'est trop cruel pour devenir si doux.
+
+ DORANTE.
+
+ Espérez mieux: il sort, et s'avance vers nous[1237]. 80
+ Regardez-le marcher; ce visage si grave,
+ Dont le rare savoir tient la nature esclave,
+ N'a sauvé toutefois des ravages du temps
+ Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans;
+ Son corps, malgré son âge, a les forces robustes, 85
+ Le mouvement facile, et les démarches justes:
+ Des ressorts inconnus agitent le vieillard,
+ Et font de tous ses pas[1238] des miracles de l'art.
+
+
+SCÈNE II.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT, DORANTE.
+
+ DORANTE.
+
+ Grand démon du savoir, de qui les doctes veilles
+ Produisent chaque jour de nouvelles merveilles, 90
+ A qui rien n'est secret dans nos intentions,
+ Et qui vois, sans nous voir, toutes nos actions:
+ Si de ton art divin le pouvoir admirable
+ Jamais en ma faveur se rendit secourable,
+ De ce père affligé soulage les douleurs; 95
+ Une vieille amitié prend part en ses malheurs.
+ Rennes ainsi qu'à moi lui donna la naissance[1239],
+ Et presque entre ses bras j'ai passé mon enfance;
+ Là son fils, pareil d'âge et de condition[1240],
+ S'unissant avec moi d'étroite affection.... 100
+
+ ALCANDRE.
+
+ Dorante, c'est assez, je sais ce qui l'amène:
+ Ce fils est aujourd'hui le sujet de sa peine.
+ Vieillard, n'est-il pas vrai que son éloignement
+ Par un juste remords te gêne incessamment?
+ Qu'une obstination à te montrer sévère 105
+ L'a banni de ta vue, et cause ta misère?
+ Qu'en vain, au repentir de ta sévérité,
+ Tu cherches en tous lieux ce fils si maltraité?
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Oracle de nos jours, qui connois toutes choses[1241],
+ En vain de ma douleur je cacherois les causes; 110
+ Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur,
+ Et vois trop clairement les secrets de mon coeur.
+ Il est vrai, j'ai failli; mais pour mes injustices
+ Tant de travaux en vain sont d'assez grands supplices:
+ Donne enfin quelque borne à mes regrets cuisants, 115
+ Rends-moi l'unique appui de mes débiles ans.
+ Je le tiendrai rendu si j'en ai des nouvelles[1242];
+ L'amour pour le trouver me fournira des ailes.
+ Où fait-il sa retraite? en quels lieux dois-je aller?
+ Fût-il au bout du monde, on m'y verra voler. 120
+
+ ALCANDRE.
+
+ Commencez d'espérer: vous saurez par mes charmes
+ Ce que le ciel vengeur refusoit à vos larmes.
+ Vous reverrez ce fils plein de vie et d'honneur:
+ De son bannissement il tire son bonheur.
+ C'est peu de vous le dire: en faveur de Dorante 125
+ Je vous veux faire voir sa fortune éclatante[1243].
+ Les novices de l'art, avec tous leurs encens[1244],
+ Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissants,
+ Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies[1245],
+ Apportent au métier des longueurs infinies, 130
+ Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur
+ Pour se faire valoir et pour vous faire peur[1246]:
+ Ma baguette à la main, j'en ferai davantage.
+
+(Il donne un coup de baguette, et on tire un rideau derrière lequel
+sont en parade les plus beaux habits des comédiens.)
+
+ Jugez de votre fils par un tel équipage:
+ Eh bien! celui d'un prince a-t-il plus de splendeur?
+ Et pouvez-vous encor douter de sa grandeur[1247]?
+
+ PRIDAMANT.
+
+ D'un amour paternel vous flattez les tendresses;
+ Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses[1248],
+ Et sa condition ne sauroit consentir[1249]
+ Que d'une telle pompe il s'ose revêtir. 140
+
+ ALCANDRE.
+
+ Sous un meilleur destin sa fortune rangée,
+ Et sa condition avec le temps changée,
+ Personne maintenant n'a de quoi murmurer
+ Qu'en public de la sorte il aime à se parer[1250].
+
+ PRIDAMANT.
+
+ A cet espoir si doux j'abandonne mon âme; 145
+ Mais parmi ces habits je vois ceux d'une femme:
+ Seroit-il marié?
+
+ ALCANDRE.
+
+ Je vais de ses amours
+ Et de tous ses hasards vous faire le discours.
+ Toutefois, si votre âme étoit assez hardie,
+ Sous une illusion vous pourriez voir sa vie, 150
+ Et tous ses accidents[1251] devant vous exprimés
+ Par des spectres pareils à des corps animés:
+ Il ne leur manquera ni geste ni parole.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Ne me soupçonnez point d'une crainte frivole:
+ Le portrait de celui que je cherche en tous lieux 155
+ Pourroit-il par sa vue épouvanter mes yeux?
+
+ ALCANDRE[1252].
+
+ Mon cavalier, de grâce, il faut faire retraite,
+ Et souffrir qu'entre nous l'histoire en soit secrète.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Pour un si bon ami je n'ai point de secrets.
+
+ DORANTE.
+
+ Il nous faut sans réplique accepter ses arrêts[1253]; 160
+ Je vous attends chez moi.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Ce soir, si bon lui semble,
+ Il vous apprendra tout quand vous serez ensemble.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Votre fils tout d'un coup ne fut pas grand seigneur;
+ Toutes ses actions ne vous font pas honneur,
+ Et je serois marri d'exposer sa misère 165
+ En spectacle à des yeux autres que ceux d'un père.
+ Il vous prit quelque argent, mais ce petit butin
+ A peine lui dura du soir jusqu'au matin;
+ Et pour gagner Paris, il vendit par la plaine
+ Des brevets à chasser la fièvre et la migraine, 170
+ Dit la bonne aventure, et s'y rendit ainsi.
+ Là, comme on vit d'esprit, il en vécut aussi.
+ Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire[1254];
+ Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire.
+ Ennuyé de la plume, il la quitta soudain[1255], 175
+ Et fit danser un singe au faubourg[1256] Saint-Germain[1257]
+ Il se mit sur la rime, et l'essai de sa veine
+ Enrichit les chanteurs de la Samaritaine[1258].
+ Son style prit après de plus beaux ornements;
+ Il se hasarda même à faire des romans, 180
+ Des chansons pour Gautier[1259], des pointes pour Guillaume[1260].
+ Depuis, il trafiqua de chapelets de baume[1261],
+ Vendit du mithridate en maître opérateur,
+ Revint dans le Palais, et fut solliciteur.
+ Enfin, jamais Buscon, Lazarille de Tormes, 185
+ Sayavèdre, et Gusman[1262], ne prirent tant de formes:
+ C'étoit là pour Dorante un honnête entretien!
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Que je vous suis tenu de ce qu'il n'en sait rien!
+
+ ALCANDRE.
+
+ Sans vous faire rien voir, je vous en fais un conte,
+ Dont le peu de longueur épargne votre honte. 190
+ Las de tant de métiers sans honneur et sans fruit,
+ Quelque meilleur destin à Bordeaux l'a conduit;
+ Et là, comme il pensoit au choix d'un exercice,
+ Un brave du pays l'a pris à son service.
+ Ce guerrier amoureux en a fait son agent: 195
+ Cette commission l'a remeublé d'argent;
+ Il sait avec adresse, en portant les paroles,
+ De la vaillante dupe attraper les pistoles;
+ Même de son agent il s'est fait son rival,
+ Et la beauté qu'il sert ne lui veut point de mal. 200
+ Lorsque de ses amours vous aurez vu l'histoire,
+ Je vous le veux montrer plein d'éclat et de gloire,
+ Et la même action qu'il pratique aujourd'hui.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Que déjà cet espoir soulage mon ennui!
+
+ ALCANDRE.
+
+ Il a caché son nom en battant la campagne, 205
+ Et s'est fait de Clindor le sieur de la Montagne:
+ C'est ainsi que tantôt vous l'entendrez nommer.
+ Voyez tout sans rien dire et sans vous alarmer.
+ Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience;
+ N'en concevez pourtant aucune défiance: 210
+ C'est qu'un charme ordinaire a trop peu de pouvoir
+ Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir.
+ Entrons dedans ma grotte, afin que j'y prépare
+ Quelques charmes nouveaux pour un effet si rare.
+
+FIN DU PREMIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1223] L'indication de ce rôle et des deux suivants manque dans
+ l'édition de 1639.
+
+ [1224] On lit de plus, à la suite de ce rôle, dans les éditions
+ de 1639-1657: ROSINE, _princesse d'Angleterre_, _femme de
+ Florilame_
+
+ [1225] Le lieu de la scène n'est pas marqué dans l'édition de
+ 1639.
+
+ [1226] _Var._ Ce grand mage, dont l'art commande à la nature.
+ (1639-57)
+
+ [1227] _Var._ Si bien que ceux qu'amène un curieux desir
+ Pour consulter Alcandre attendent son loisir. (1639-57)
+
+ [1228] _Var._ Que pour se divertir il sort de sa demeure.
+ (1639-64)
+
+ [1229] _Var._ Je croyois le réduire à force de punir. (1639-57)
+
+ [1230] _Longues erreurs_, longs voyages.
+
+ [1231] _Var._ Pour trouver quelque fin à tant de maux soufferts.
+ (1639)
+
+ [1232] _Var._ J'ai vu les plus fameux en ces noires sciences
+ Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expériences. (1639-57)
+
+ [1233] _Var._ On en faisoit l'état que vous faites de lui.
+ (1639-57)
+
+ [1234] _Var._ Et connoît l'avenir et les choses passées. (1639)
+
+ [1235] _Var._ Et je fus étonné d'entendre les discours. (1639)
+
+ [1236] _Var._ Des traits les plus cachés de mes jeunes amours.
+ (1639-60)
+
+ [1237] _Var._ Espérez mieux: il sort, et s'avance vers vous.
+ (1639)
+
+ [1238] L'édition de 1639 donne, par erreur sans doute, _ces pas_,
+ pour _ses pas_. Un peu plus bas, au vers 98, il y a de même _ces
+ bras_, pour _ses bras_.
+
+ [1239] _Var._ Rennes ainsi qu'à moi lui donne la naissance.
+ (1639)
+
+ [1240] _Var._ Là de son fils et moi naquit l'affection:
+ Nous étions pareils d'âge et de condition. (1639-57)
+
+ [1241] _Var._ Oracle de nos jours, qui connoît toutes choses.
+ (1639)
+
+ [1242] _Var._ Je le tiendrai rendu si j'en sais des nouvelles.
+ (1639-68)
+
+ [1243] _Var._ Je veux vous faire voir sa fortune éclatante.
+ (1639-64)
+
+ [1244] _Var._ Les novices de l'art, avecque leurs encens.
+ (1639-57)
+
+ [1245] L'édition originale (1639) nous offre ici une variante qui
+ pourrait s'expliquer, mais qui est corrigée comme une faute dans
+ l'errata:
+
+ Leurs herbes, fleurs, parfums et leurs cérémonies.
+
+ [1246] _Var._ Pour les faire valoir et pour vous faire peur.
+ (1639)
+
+ [1247] Chapuzeau, dans un chapitre de son _Théâtre françois_ qui
+ a pour titre _Grande dépense en habits_ (p. 170), nous donne
+ quelques détails qui prouvent que Pridamant parle ici sans aucune
+ exagération: «Cet article de la dépense des comédiens est plus
+ considérable qu'on ne s'imagine. Il y a peu de pièces nouvelles
+ qui ne leur coûtent de nouveaux ajustements, et le faux or ni le
+ faux argent qui rougissent bientôt n'y étant pas employés, un
+ habit à la romaine ira souvent à cinq cents écus. Ils aiment
+ mieux user de ménage en toute autre chose pour donner plus de
+ contentement au public, et il y a tel comédien dont l'équipage
+ vaut plus de dix mille francs. Il est vrai que lorsqu'ils
+ représentent une pièce qui n'est uniquement que pour les plaisirs
+ du Roi, les gentilshommes de la chambre ont ordre de donner à
+ chaque acteur, pour les ajustements nécessaires, une somme de
+ cent écus ou quatre cents livres, et s'il arrive qu'un même
+ acteur ait deux ou trois personnages à représenter, il touche de
+ l'argent comme pour deux ou trois.»
+
+ [1248] _Var._ Mon fils n'est point du rang à porter ces
+ richesses. (1639)
+
+ [1249] _Var._ Et sa condition ne sauroit endurer
+ Qu'avecque tant de pompe il ose se parer. (1639-57)
+
+ [1250] _Var._ Qu'en public de la sorte il ose se parer. (1639-57)
+
+ [1251] L'édition de 1682 a seule ici: _ces accidents_, pour _ses
+ accidents_.
+
+ [1252] Après le nom d'ALCANDRE, Thomas Corneille, dans l'édition
+ de 1692, a ajouté ici, et plus bas à la fin de la scène: _à
+ Dorante_, indication qui n'est pas inutile pour la clarté.
+
+ [1253] _Var._ Il vous faut sans réplique accepter ses arrêts.
+ (1639)
+
+ [1254] Un grand nombre d'écrivains publics étaient alors établis
+ dans le cloître de Saint-Innocent. L'auteur d'un petit écrit
+ publié en 1615 et qui a pour titre _Le Secrétaire de
+ Saint-Innocent_, fait l'apologie de cette profession, «laquelle,
+ dit-il, ne me fait pas.... si peu d'honneur, qu'il n'y ait encore
+ un des marguilliers et deux bourgeois de la paroisse qui me
+ saluent les premiers quand ils me rencontrent et me disent en
+ passant: «Dieu vous gard', Monsieur!» Qu'en pourroit attendre
+ davantage un gentilhomme de dix mille francs de rente? Il s'en
+ sentiroit bien fort honoré.» Quant aux profits, ils n'étaient pas
+ bien considérables, à ce qu'il paraît; car nous voyons un
+ charbonnier et un crocheteur aborder l'écrivain, lui payer à
+ boire; après quoi, le charbonnier lui dit: «Vous ne serez pas
+ malcontent de nous, qui avons encore chacun une pièce de cinq
+ sous de reste après avoir bu.» Ce qui fait dire à l'auteur,
+ émerveillé d'une si bonne aubaine: «Qui fut bien aise d'une si
+ belle et si utile occasion, à laquelle chaque bissexte n'en porte
+ pas deux semblables? ce fut moi.»--Voyez encore, dans _la Ville
+ de Paris en vers burlesques_ de Berthod, le long morceau où il
+ décrit la conduite et le style des secrétaires de Saint-Innocent.
+
+ [1255] _Var._ Ennuyé de la plume, il le quitta soudain. (1644-68)
+
+ --Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, par erreur: _se quitta_,
+ pour _le quitta_.
+
+ [1256] A la foire Saint-Germain, qui se tenait sur l'emplacement
+ actuel du marché Saint-Germain et s'étendait jusqu'à l'extrémité
+ de la rue de Tournon et aux environs du Luxembourg. Elle
+ s'ouvrait le 3 février; elle a eu lieu pour la dernière fois en
+ 1789.
+
+ [1257] _Var._ Et dans l'Académie il joua de la main. (1639)
+
+ [1258] La fontaine de la Samaritaine, élevée sur le Pont-Neuf,
+ tirait son nom d'un groupe de bronze doré représentant Jésus et
+ la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Elle a été entièrement
+ détruite en 1812.--Nous appelons encore _ponts-neufs_ les
+ chansons qui courent les rues.
+
+ [1259] On pourrait être tenté de croire qu'il est question de
+ Gautier-Garguille, comédien d'abord au Marais, et ensuite à
+ l'Hôtel de Bourgogne; mais les noms _Gautier_ et _Guillaume_
+ s'employaient autrefois d'une manière générale, comme aujourd'hui
+ _Pierre_ et _Paul_. Voyez Godefroy, _Lexique de Corneille_, tome
+ II, p. 433.
+
+ [1260] Il ne s'agit pas ici de Gros-Guillaume. Voyez la note
+ précédente.
+
+ [1261] _Var._ Depuis il trafiqua des chapelets de baume. (1654 et
+ 60)
+
+ [1262] Buscon, Lazarille, Gusman sont les héros de divers romans
+ espagnols, du genre picaresque, dont il avait paru des
+ traductions françaises, soit à la fin du seizième, soit au
+ commencement du dix-septième siècle. Celui auquel Buscon donne
+ son nom a pour auteur don François Quevedo de Villegas, et a été
+ publié en français en 1633. Les aventures de Lazarille de Tormes
+ ont été attribuées par les uns à Diego Hurtado de Mendoza, par
+ d'autres à Jean de Ortega: une traduction française de la
+ première partie a paru dès 1560; une autre, de la première et de
+ la seconde, en 1620. La vie et les gestes de Guzman d'Alfarache,
+ écrits en espagnol par Matthieu Aleman, furent traduits en
+ français, en 1600, puis en 1632. Sayavèdre ou Sayavedra est un
+ chevalier d'industrie, qui, après avoir dépouillé Guzman
+ d'Alfarache de tout ce qu'il possédait, devient son domestique et
+ partage quelque temps sa vie aventureuse. Voyez les livres IV et
+ V du roman.
+
+
+
+
+ACTE II.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Quoi qui s'offre[1263] à nos yeux, n'en ayez point d'effroi[1264];
+ De ma grotte surtout ne sortez qu'après moi:
+ Sinon, vous êtes mort. Voyez déjà paroître
+ Sous deux fantômes vains votre fils et son maître.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ O Dieux! je sens mon âme après lui s'envoler.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Faites-lui du silence, et l'écoutez parler. 220
+
+
+SCÈNE II.
+
+MATAMORE, CLINDOR.
+
+ CLINDOR.
+
+ Quoi! Monsieur, vous rêvez! et cette âme hautaine,
+ Après tant de beaux faits, semble être encore en peine!
+ N'êtes-vous point lassé d'abattre des guerriers,
+ Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers[1265]?
+
+ MATAMORE.
+
+ Il est vrai que je rêve, et ne saurois résoudre 225
+ Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,
+ Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.
+
+ CLINDOR.
+
+ Eh! de grâce, Monsieur, laissez-les vivre encor:
+ Qu'ajouteroit leur perte à votre renommée?
+ D'ailleurs quand auriez-vous rassemblé votre armée[1266]?
+
+ MATAMORE.
+
+ Mon armée? Ah, poltron! ah, traître! pour leur mort
+ Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort?
+ Le seul bruit de mon nom renverse les murailles[1267],
+ Défait les escadrons, et gagne les batailles.
+ Mon courage invaincu contre les empereurs 235
+ N'arme que la moitié de ses moindres fureurs;
+ D'un seul commandement que je fais aux trois Parques,
+ Je dépeuple l'État des plus heureux monarques;
+ Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats:
+ Je couche d'un revers mille ennemis à bas. 240
+ D'un souffle je réduis leurs projets en fumée;
+ Et tu m'oses parler cependant d'une armée!
+ Tu n'auras plus l'honneur de voir un second Mars:
+ Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards,
+ Veillaque[1268]. Toutefois je songe à ma maîtresse: 245
+ Ce penser m'adoucit: va, ma colère cesse[1269],
+ Et ce petit archer qui dompte tous les Dieux
+ Vient de chasser la mort qui logeoit dans mes yeux.
+ Regarde, j'ai quitté cette effroyable mine
+ Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine; 250
+ Et, pensant au bel oeil qui tient ma liberté,
+ Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté.
+
+ CLINDOR.
+
+ O Dieux! en un moment que tout vous est possible!
+ Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible[1270],
+ Et ne crois point d'objet si ferme en sa rigueur, 255
+ Qu'il puisse constamment vous refuser son coeur[1271].
+
+ MATAMORE.
+
+ Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:
+ Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;
+ Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour
+ Les hommes de terreur, et les femmes d'amour. 260
+ Du temps que ma beauté m'étoit inséparable,
+ Leurs persécutions me rendoient misérable:
+ Je ne pouvois sortir sans les faire pâmer.
+ Mille mouroient par jour à force de m'aimer:
+ J'avois des rendez-vous de toutes les princesses; 265
+ Les reines à l'envi mendioient mes caresses;
+ Celle d'Éthïopie, et celle du Japon,
+ Dans leurs soupirs d'amour ne mêloient que mon nom.
+ De passion pour moi deux sultanes troublèrent[1272];
+ Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent: 270
+ J'en fus mal quelque temps avec le Grand Seigneur.
+
+ CLINDOR.
+
+ Son mécontentement n'alloit qu'à votre honneur.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ces pratiques nuisoient à mes desseins de guerre,
+ Et pouvoient m'empêcher de conquérir la terre.
+ D'ailleurs, j'en devins las; et pour les arrêter, 275
+ J'envoyai le Destin dire à son Jupiter
+ Qu'il trouvât un moyen qui[1273] fît cesser les flammes
+ Et l'importunité dont m'accabloient les dames:
+ Qu'autrement ma colère iroit dedans les cieux
+ Le dégrader soudain de l'empire des Dieux, 280
+ Et donneroit à Mars à gouverner sa foudre[1274].
+ La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre:
+ Ce que je demandois fut prêt en un moment;
+ Et depuis, je suis beau quand je veux seulement.
+
+ CLINDOR.
+
+ Que j'aurois, sans cela, de poulets à vous rendre! 285
+
+ MATAMORE.
+
+ De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre,
+ Sinon de.... Tu m'entends? Que dit-elle de moi?
+
+ CLINDOR.
+
+ Que vous êtes des coeurs et le charme et l'effroi;
+ Et que si quelque effet peut suivre vos promesses,
+ Son sort est plus heureux que celui des Déesses. 290
+
+ MATAMORE.
+
+ Écoute. En ce temps-là, dont tantôt je parlois,
+ Les Déesses aussi se rangeoient sous mes lois;
+ Et je te veux conter une étrange aventure
+ Qui jeta du désordre en toute la nature,
+ Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver. 295
+ Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever,
+ Et ce visible Dieu, que tant de monde adore,
+ Pour marcher devant lui ne trouvoit point d'Aurore:
+ On la cherchoit partout, au lit du vieux Tithon,
+ Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon; 300
+ Et faute de trouver cette belle fourrière[1275],
+ Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière[1276].
+
+ CLINDOR.
+
+ Où pouvoit être alors la reine des clartés[1277]?
+
+ MATAMORE.
+
+ Au milieu de ma chambre, à m'offrir ses beautés.
+ Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes; 305
+ Mon coeur fut insensible à ses plus puissants charmes;
+ Et tout ce qu'elle obtint pour son frivole amour[1278]
+ Fut un ordre précis d'aller rendre le jour.
+
+ CLINDOR.
+
+ Cet étrange accident me revient en mémoire;
+ J'étois lors en Mexique, où j'en appris l'histoire, 310
+ Et j'entendis conter que la Perse en courroux
+ De l'affront de son Dieu murmuroit contre vous.
+
+ MATAMORE.
+
+ J'en ouïs quelque chose, et je l'eusse punie;
+ Mais j'étois engagé dans la Transylvanie,
+ Où ses ambassadeurs, qui vinrent l'excuser, 315
+ A force de présents me surent apaiser.
+
+ CLINDOR.
+
+ Que la clémence est belle en un si grand courage!
+
+ MATAMORE.
+
+ Contemple, mon ami, contemple ce visage:
+ Tu vois un abrégé de toutes les vertus.
+ D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus, 320
+ Dont la race est périe, et la terre déserte,
+ Pas un qu'à son orgueil n'a jamais dû sa perte.
+ Tous ceux qui font hommage à mes perfections
+ Conservent leurs États par leurs submissions.
+ En Europe, où les rois sont d'une humeur civile, 325
+ Je ne leur rase point de château ni de ville:
+ Je les souffre régner, mais chez les Africains,
+ Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains,
+ J'ai détruit les pays[1279] pour punir leurs monarques[1280],
+ Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques: 330
+ Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur
+ Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur.
+
+ CLINDOR.
+
+ Revenons à l'amour: voici votre maîtresse.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ce diable de rival l'accompagne sans cesse.
+
+ CLINDOR.
+
+ Où vous retirez-vous?
+
+ MATAMORE.
+
+ Ce fat n'est pas vaillant; 335
+ Mais il a quelque humeur qui le rend insolent.
+ Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle,
+ Il seroit assez vain pour me faire querelle.
+
+ CLINDOR.
+
+ Ce seroit bien courir lui-même à son malheur.
+
+ MATAMORE.
+
+ Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point de valeur[1281]. 340
+
+ CLINDOR.
+
+ Cessez d'être charmant, et faites-vous terrible.
+
+ MATAMORE.
+
+ Mais tu n'en prévois pas l'accident infaillible;
+ Je ne saurois me faire effroyable à demi:
+ Je tuerois ma maîtresse avec mon ennemi.
+ Attendons en ce coin l'heure qui les sépare. 345
+
+ CLINDOR.
+
+ Comme votre valeur, votre prudence est rare.
+
+
+SCÈNE III.
+
+ADRASTE, ISABELLE.
+
+ ADRASTE.
+
+ Hélas! s'il est ainsi, quel malheur est le mien!
+ Je soupire, j'endure, et je n'avance rien;
+ Et malgré les transports de mon amour extrême,
+ Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime. 350
+
+ ISABELLE.
+
+ Je ne sais pas, Monsieur, de quoi vous me blâmez.
+ Je me connois aimable, et crois que vous m'aimez:
+ Dans vos soupirs ardents j'en vois trop d'apparence;
+ Et quand bien de leur part j'aurois moins d'assurance,
+ Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi[1282] de crédit,
+ Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit.
+ Rendez-moi la pareille; et puisqu'à votre flamme
+ Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme,
+ Faites-moi la faveur de croire sur ce point
+ Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point. 360
+
+ ADRASTE.
+
+ Cruelle, est-ce là donc[1283] ce que vos injustices
+ Ont réservé de prix à de si longs services?
+ Et mon fidèle amour est-il si criminel
+ Qu'il doive être puni d'un mépris éternel?
+
+ ISABELLE.
+
+ Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses:
+ Des épines pour moi, vous les nommez des roses;
+ Ce que vous appelez service, affection,
+ Je l'appelle supplice et persécution.
+ Chacun dans sa croyance également s'obstine.
+ Vous pensez m'obliger d'un feu qui m'assassine; 370
+ Et ce que vous jugez digne du plus haut prix[1284]
+ Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris.
+
+ ADRASTE.
+
+ N'avoir que du mépris pour des flammes si saintes
+ Dont j'ai reçu du ciel les premières atteintes!
+ Oui, le ciel, au moment qu'il me fit respirer, 375
+ Ne me donna de coeur que pour vous adorer[1285].
+ Mon âme vint au jour pleine de votre idée[1286];
+ Avant que de vous voir vous l'avez possédée;
+ Et quand je me rendis à des regards si doux[1287],
+ Je ne vous donnai rien qui ne fût tout à vous, 380
+ Rien que l'ordre du ciel n'eût déjà fait tout vôtre.
+
+ ISABELLE.
+
+ Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir une autre[1288];
+ Il vous fit pour m'aimer, et moi pour vous haïr:
+ Gardons-nous bien tous deux de lui désobéir.
+ Vous avez, après tout, bonne part à sa haine[1289], 385
+ Ou d'un crime secret il vous livre à la peine;
+ Car je ne pense pas qu'il soit tourment égal
+ Au supplice d'aimer qui vous traite si mal.
+
+ ADRASTE.
+
+ La grandeur de mes maux vous étant si connue,
+ Me refuserez-vous la pitié qui m'est due? 390
+
+ ISABELLE.
+
+ Certes j'en ai beaucoup, et vous plains d'autant plus
+ Que je vois ces tourments tout à fait superflus[1290],
+ Et n'avoir pour tout fruit d'une longue souffrance
+ Que l'incommode honneur d'une triste constance.
+
+ ADRASTE.
+
+ Un père l'autorise, et mon feu maltraité 395
+ Enfin aura recours à son autorité.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ce n'est pas le moyen de trouver votre conte[1291];
+ Et d'un si beau dessein vous n'aurez que la honte.
+
+ ADRASTE.
+
+ J'espère voir pourtant, avant la fin du jour,
+ Ce que peut son vouloir au défaut de l'amour. 400
+
+ ISABELLE.
+
+ Et moi, j'espère voir, avant que le jour passe,
+ Un amant accablé de nouvelle disgrâce.
+
+ ADRASTE.
+
+ Eh quoi! cette rigueur ne cessera jamais?
+
+ ISABELLE.
+
+ Allez trouver mon père, et me laissez en paix.
+
+ ADRASTE.
+
+ Votre âme, au repentir de sa froideur passée, 405
+ Ne la veut point quitter sans être un peu forcée:
+ J'y vais tout de ce pas, mais avec des serments
+ Que c'est pour obéir à vos commandements.
+
+ ISABELLE.
+
+ Allez continuer une vaine poursuite.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR.
+
+ MATAMORE.
+
+ Eh bien! dès qu'il m'a vu, comme a-t-il pris la fuite? 410
+ M'a-t-il bien su quitter la place au même instant?
+
+ ISABELLE.
+
+ Ce n'est pas honte à lui, les rois en font autant,
+ Du moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles[1292]
+ N'a trompé mon esprit en frappant mes oreilles.
+
+ MATAMORE.
+
+ Vous le pouvez bien croire, et pour le témoigner, 415
+ Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner:
+ Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire;
+ J'en jure par lui-même, et cela c'est tout dire.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ne prodiguez pas tant ce bras toujours vainqueur;
+ Je ne veux point régner que dessus votre coeur: 420
+ Toute l'ambition que me donne ma flamme,
+ C'est d'avoir pour sujets les desirs de votre âme.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir
+ Que vous avez[1293] sur eux un absolu pouvoir,
+ Je n'écouterai plus cette humeur de conquête; 425
+ Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête,
+ J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,
+ Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.
+
+ ISABELLE.
+
+ L'éclat de tels suivants attireroit l'envie
+ Sur le rare bonheur où je coule ma vie; 430
+ Le commerce discret de nos affections
+ N'a besoin que de lui pour ces commissions[1294].
+
+ MATAMORE.
+
+ Vous avez, Dieu me sauve! un esprit à ma mode;
+ Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode.
+ Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis:
+ Je les rends aussitôt que je les ai conquis,
+ Et me suis vu charmer quantité de princesses,
+ Sans que jamais mon coeur les voulût pour maîtresses[1295].
+
+ ISABELLE.
+
+ Certes en ce point seul je manque un peu de foi.
+ Que vous ayez quitté des princesses pour moi! 440
+ Que vous leur refusiez un coeur dont je dispose[1296]!
+
+ MATAMORE[1297].
+
+ Je crois que la Montagne en saura quelque chose.
+ Viens çà. Lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi,
+ Je donnai dans la vue aux deux filles du Roi,
+ Que te dit-on en cour de cette jalousie[1298] 445
+ Dont pour moi toutes deux eurent l'âme saisie[1299]?
+
+ CLINDOR.
+
+ Par vos mépris enfin l'une et l'autre[1300] mourut.
+ J'étois lors en Égypte, où le bruit en courut;
+ Et ce fut en ce temps que la peur de vos armes
+ Fit nager le grand Caire en un fleuve de larmes. 450
+ Vous veniez d'assommer dix géants en un jour;
+ Vous aviez désolé les pays d'alentour,
+ Rasé quinze châteaux, aplani deux montagnes,
+ Fait passer par le feu villes, bourgs et campagnes,
+ Et défait, vers Damas, cent mille combattants. 455
+
+ MATAMORE.
+
+ Que tu remarques bien et les lieux et les temps!
+ Je l'avois oublié.
+
+ ISABELLE.
+
+ Des faits si pleins de gloire
+ Vous peuvent-ils ainsi sortir de la mémoire?
+
+ MATAMORE.
+
+ Trop pleine de lauriers remportés sur les rois[1301],
+ Je ne la charge point de ces menus exploits. 460
+
+
+SCÈNE V[1302].
+
+MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR, PAGE.
+
+ PAGE.
+
+ Monsieur.
+
+ MATAMORE.
+
+ Que veux-tu, page?
+
+ PAGE.
+
+ Un courrier vous demande.
+
+ MATAMORE.
+
+ D'où vient-il?
+
+ PAGE.
+
+ De la part de la reine d'Islande.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ciel! qui sais comme quoi j'en suis persécuté,
+ Un peu plus de repos avec moins de beauté!
+ Fais qu'un si long mépris enfin la désabuse. 465
+
+ CLINDOR.
+
+ Voyez ce que pour vous ce grand guerrier refuse.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je n'en puis plus douter.
+
+ CLINDOR.
+
+ Il vous le disoit bien.
+
+ MATAMORE.
+
+ Elle m'a beau prier: non, je n'en ferai rien.
+ Et quoi qu'un fol espoir ose encor lui promettre,
+ Je lui vais envoyer sa mort dans une lettre. 470
+ Trouvez-le bon, ma reine, et souffrez cependant
+ Une heure d'entretien de ce cher confident,
+ Qui, comme de ma vie il sait toute l'histoire,
+ Vous fera voir sur qui vous avez la victoire.
+
+ ISABELLE.
+
+ Tardez encore moins, et par ce prompt retour 475
+ Je jugerai quelle est envers moi votre amour.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+CLINDOR, ISABELLE.
+
+ CLINDOR.
+
+ Jugez plutôt par là l'humeur du personnage:
+ Ce page n'est chez lui que pour ce badinage,
+ Et venir d'heure en heure avertir Sa Grandeur
+ D'un courrier, d'un agent, ou d'un ambassadeur. 480
+
+ ISABELLE.
+
+ Ce message me plaît bien plus qu'il ne lui semble:
+ Il me défait d'un fou pour nous laisser ensemble.
+
+ CLINDOR.
+
+ Ce discours favorable enhardira mes feux
+ A bien user d'un temps[1303] si propice à mes voeux.
+
+ ISABELLE.
+
+ Que m'allez-vous conter?
+
+ CLINDOR.
+
+ Que j'adore Isabelle, 485
+ Que je n'ai plus de coeur ni d'âme que pour elle,
+ Que ma vie....
+
+ ISABELLE.
+
+ Épargnez ces propos superflus;
+ Je les sais, je les crois, que voulez-vous de plus?
+ Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème;
+ Je dédaigne un rival: en un mot, je vous aime. 490
+ C'est aux commencements des foibles passions
+ A s'amuser encore aux protestations:
+ Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres;
+ Un coup d'oeil vaut pour vous tous les discours des autres[1304].
+
+ CLINDOR.
+
+ Dieux! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux 495
+ Se rendît si facile à mon coeur amoureux!
+ Banni de mon pays par la rigueur d'un père,
+ Sans support, sans amis, accablé de misère,
+ Et réduit à flatter le caprice arrogant
+ Et les vaines humeurs d'un maître extravagant: 500
+ Ce pitoyable état de ma triste fortune[1305]
+ N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune;
+ Et d'un rival puissant les biens et la grandeur
+ Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur.
+
+ ISABELLE.
+
+ C'est comme il faut choisir. Un amour véritable[1306] 505
+ S'attache seulement à ce qu'il voit aimable[1307].
+ Qui regarde les biens ou la condition
+ N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition,
+ Et souille lâchement par ce mélange infâme
+ Les plus nobles desirs qu'enfante une belle âme. 510
+ Je sais bien que mon père a d'autres sentiments,
+ Et mettra de l'obstacle à nos contentements;
+ Mais l'amour sur mon coeur a pris trop de puissance
+ Pour écouter encor les lois de la naissance.
+ Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi:
+ Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi.
+
+ CLINDOR.
+
+ Confus de voir donner à mon peu de mérite....
+
+ ISABELLE.
+
+ Voici mon importun, souffrez que je l'évite.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+ADRASTE, CLINDOR.
+
+ ADRASTE.
+
+ Que vous êtes heureux, et quel malheur me suit!
+ Ma maîtresse vous souffre, et l'ingrate me fuit. 520
+ Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie,
+ Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie.
+
+ CLINDOR.
+
+ Sans avoir vu vos pas s'adresser en ce lieu[1308],
+ Lasse de mes discours, elle m'a dit adieu.
+
+ ADRASTE.
+
+ Lasse de vos discours! votre humeur est trop bonne, 525
+ Et votre esprit trop beau pour ennuyer personne.
+ Mais que lui contiez-vous qui pût l'importuner?
+
+ CLINDOR.
+
+ Des choses qu'aisément vous pouvez deviner:
+ Les amours de mon maître, ou plutôt ses sottises,
+ Ses conquêtes en l'air, ses hautes entreprises. 530
+
+ ADRASTE.
+
+ Voulez-vous m'obliger? votre maître, ni vous,
+ N'êtes pas gens tous deux à me rendre jaloux;
+ Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies,
+ Divertissez[1309] ailleurs le cours de ses folies.
+
+ CLINDOR.
+
+ Que craignez-vous de lui, dont tous les compliments 535
+ Ne parlent que de morts et de saccagements,
+ Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme?
+
+ ADRASTE.
+
+ Pour être son valet, je vous trouve honnête homme:
+ Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein[1310]
+ Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain. 540
+ Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle,
+ Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle:
+ Ou vous servez quelque autre, ou votre qualité
+ Laisse dans vos projets trop de témérité.
+ Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse. 545
+ Que votre maître enfin fasse une autre maîtresse;
+ Ou s'il ne peut quitter un entretien si doux,
+ Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous.
+ Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père,
+ Qui sait ce que je suis, ne terminent l'affaire; 550
+ Mais purgez-moi l'esprit de ce petit souci,
+ Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici;
+ Car si je vous vois plus regarder cette porte,
+ Je sais comme traiter les gens de votre sorte.
+
+ CLINDOR.
+
+ Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu[1311]? 555
+
+ ADRASTE.
+
+ Sans réplique, de grâce, ou nous verrons beau jeu.
+ Allez: c'est assez dit.
+
+ CLINDOR.
+
+ Pour un léger ombrage,
+ C'est trop indignement traiter un bon courage.
+ Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur,
+ Il m'a fait le coeur ferme et sensible à l'honneur; 560
+ Et je pourrois bien rendre un jour ce qu'on me prête[1312].
+
+ ADRASTE.
+
+ Quoi! vous me menacez!
+
+ CLINDOR.
+
+ Non, non, je fais retraite.
+ D'un si cruel affront vous aurez peu de fruit;
+ Mais ce n'est pas ici qu'il faut faire du bruit.
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+ADRASTE, LYSE.
+
+ ADRASTE.
+
+ Ce bélître insolent me fait encor bravade. 565
+
+ LYSE.
+
+ A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade?
+
+ ADRASTE.
+
+ Malade, mon esprit!
+
+ LYSE.
+
+ Oui, puisqu'il est jaloux
+ Du malheureux agent de ce prince des foux[1313].
+
+ ADRASTE.
+
+ Je sais ce que je suis et ce qu'est Isabelle[1314],
+ Et crains peu qu'un valet me supplante auprès d'elle[1315].
+ Je ne puis toutefois souffrir sans quelque ennui
+ Le plaisir qu'elle prend à causer avec lui[1316].
+
+ LYSE.
+
+ C'est dénier ensemble et confesser la dette.
+
+ ADRASTE.
+
+ Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète,
+ Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos; 575
+ Je l'ai chassé d'ici pour me mettre en repos.
+ En effet, qu'en est-il?
+
+ LYSE.
+
+ Si j'ose vous le dire,
+ Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire.
+
+ ADRASTE.
+
+ Lyse, que me dis-tu[1317]?
+
+ LYSE.
+
+ Qu'il possède son coeur,
+ Que jamais feux naissants n'eurent tant de vigueur, 580
+ Qu'ils meurent l'un pour l'autre, et n'ont qu'une pensée.
+
+ ADRASTE.
+
+ Trop ingrate beauté, déloyale, insensée,
+ Tu m'oses donc ainsi préférer un maraud?
+
+ LYSE.
+
+ Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut,
+ Et je vous en veux faire entière confidence: 585
+ Il se dit gentilhomme, et riche.
+
+ ADRASTE.
+
+ Ah! l'impudence
+
+ LYSE.
+
+ D'un père rigoureux fuyant l'autorité,
+ Il a couru longtemps d'un et d'autre côté;
+ Enfin, manque d'argent peut-être, ou par caprice,
+ De notre Fiérabras il s'est mis au service[1318], 590
+ Et sous ombre d'agir pour ses folles amours[1319],
+ Il a su pratiquer de si rusés détours,
+ Et charmer tellement cette pauvre abusée,
+ Que vous en avez vu votre ardeur méprisée;
+ Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir 595
+ Remettra son esprit aux termes du devoir.
+
+ ADRASTE.
+
+ Je viens tout maintenant d'en tirer assurance
+ De recevoir les fruits de ma persévérance,
+ Et devant qu'il soit peu nous en verrons l'effet;
+ Mais, écoute, il me faut obliger tout à fait. 600
+
+ LYSE.
+
+ Où je vous puis servir j'ose tout entreprendre.
+
+ ADRASTE.
+
+ Peux-tu dans leurs amours me les faire surprendre?
+
+ LYSE.
+
+ Il n'est rien plus aisé: peut-être dès ce soir.
+
+ ADRASTE.
+
+ Adieu donc. Souviens-toi de me les faire voir[1320].
+ Cependant prends ceci seulement par avance. 605
+
+ LYSE.
+
+ Que le galant alors soit frotté d'importance!
+
+ ADRASTE.
+
+ Crois-moi qu'il se verra, pour te mieux contenter,
+ Chargé d'autant de bois qu'il en pourra porter.
+
+
+SCÈNE IX.
+
+LYSE.
+
+ L'arrogant croit déjà tenir ville gagnée[1321];
+ Mais il sera puni de m'avoir dédaignée. 610
+ Parce qu'il est aimable, il fait le petit dieu,
+ Et ne veut s'adresser qu'aux filles de bon lieu.
+ Je ne mérite pas l'honneur de ses caresses:
+ Vraiment c'est pour son nez, il lui faut des maîtresses;
+ Je ne suis que servante: et qu'est-il que valet? 615
+ Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid:
+ Il se dit riche et noble, et cela me fait rire;
+ Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire?
+ Qu'il le soit: nous verrons ce soir, si je le tiens,
+ Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens. 620
+
+
+SCÈNE X.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Le coeur vous bat un peu.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Je crains cette menace.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Lyse aime trop Clindor pour causer sa disgrâce.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Elle en est méprisée, et cherche à se venger.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Ne craignez point: l'amour la[1322] fera bien changer.
+
+
+FIN DU SECOND ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1263] L'édition de 1682 donne seule: «Quoi qu'il s'offre,» au
+ lieu de: «Quoi qui s'offre.»
+
+ [1264] _Var._ Quoi qui s'offre à vos yeux, n'en ayez point
+ d'effroi. (1639-68)
+
+ [1265] _Var._ Soupirez-vous après quelques nouveaux lauriers?
+ (1639-57)
+
+ [1266] _Var._ Et puis quand auriez-vous rassemblé votre armée?
+ (1639-57)
+
+ [1267] Voyez la _Notice_, p. 423.
+
+ [1268] De l'espagnol _bellaco_, _vellaco_, maraud, coquin.
+
+ [1269] _Var._ Le penser m'adoucit: va, ma colère cesse. (1639)
+
+ [1270] _Var._ Je vous vois aussi beau que vous êtes terrible.
+ (1639)
+
+ [1271] _Var._ Qui puisse constamment vous refuser son coeur.
+ (1639)
+
+ [1272] _Troubler_, neutralement, pour se troubler.
+
+ [1273] Les éditions de 1644-57 ont _que_, au lieu de _qui_, ce
+ qui fait une leçon vide de sens.
+
+ [1274] _Var._ Et donneroit à Mars à gouverner son foudre.
+ (1639-68)
+
+ [1275] Voyez ci-dessus, p. 144, note 2.
+
+ [1276] _Var._ Le jour jusqu'à midi se passoit sans lumière.
+ (1639)
+
+ [1277] _Var._ Où se pouvoit cacher la reine des clartés?
+ MAT. Parbieu je la tenois encore à mes côtés.
+ Aucun n'osa jamais la chercher dans ma chambre,
+ Et le dernier de juin fut un jour de décembre;
+ Car enfin, supplié par le Dieu du sommeil,
+ Je la rendis au monde, et l'on vit le soleil. (1639-57)
+
+ [1278] _Var._ Et tout ce qu'elle obtint par son frivole amour.
+ (1660-68)
+
+ [1279] Dans l'édition de 1682, on lit, mais c'est probablement
+ une faute d'impression: «leurs pays,» pour: «les pays.»
+
+ [1280] _Var._ J'ai détruit les pays avecque les monarques.
+ (1639-57)
+
+ [1281] _Var._ Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point ma valeur.
+ (1639-68)
+
+ [1282] L'édition de 1682 porte, par erreur, _vers vous_, pour
+ _vers moi_.
+
+ [1283] Dans l'édition de 1639, le vers commence ainsi: «Cruelle,
+ c'est là donc, etc.;» mais l'errata y substitue: «Cruelle, est-ce
+ là donc, etc.?»
+
+ [1284] _Var._ Et la même action, à votre sentiment,
+ Mérite récompense, au mien un châtiment.
+ ADR. Donner un châtiment à des flammes si saintes. (1639-57)
+
+ [1285] _Var._ Ne me donna du coeur que pour vous adorer. (1639)
+
+ [1286] _Var._ Mon âme prit naissance avecque votre idée.
+ (1639-57)
+
+ [1287] _Var._ Et les premiers regards dont m'aient frappé vos yeux
+ N'ont fait qu'exécuter l'ordonnance des cieux,
+ Que vous saisir d'un bien qu'ils avoient fait tout vôtre. (1639-57)
+
+ [1288] _Var._ Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir un
+ autre[1288-a]. (1639-60)
+
+ [1288-a] Voyez tome I, p. 228, note 3.
+
+ [1289] _Var._ Après tout, vous avez bonne part à sa haine,
+ Ou de quelque grand crime il vous donne la peine;
+ Car je ne pense pas qu'il soit supplice égal
+ D'être forcé d'aimer qui vous traite si mal.
+ ADR. Puisque ainsi vous jugez que ma peine est si dure,
+ Prenez quelque pitié des tourments que j'endure. (1639-57)
+
+ [1290] _Var._ Que je vois ces tourments passer pour superflus.
+ (1639-57)
+
+ [1291] _Conte_, compte. Voyez tome I, p. 150, note 1.
+
+ [1292] _Var._ Au moins si ce grand bruit qui court de vos
+ merveilles. (1639-57)
+
+ [1293] L'impression de 1682 porte, mais à tort: «Que nous avons.»
+ Notre texte: «Que vous avez,» est celui de toutes les autres
+ éditions qui ont paru du vivant de Corneille, et de celle que
+ Thomas a publiée en 1692.
+
+ [1294] En marge, dans l'édition de 1639: _Elle montre Clindor._
+
+ [1295] _Var._ Sans que jamais mon coeur acceptât ces maîtresses.
+ (1639)
+
+ [1296] _Var._ Qu'elles n'aient pu blesser un coeur dont je
+ dispose! (1639-57)
+
+ [1297] Ici l'édition de 1692 ajoute: _montrant Clindor_.
+
+ [1298] _Var._ Sus-tu rien de leur flamme et de la jalousie.
+ (1639-57)
+
+ [1299] _Var._ Dont pour moi toutes deux avoient l'âme saisie?
+ (1639)
+
+ [1300] Dans l'impression de 1682: «l'un et l'autre,» ce qui est
+ une faute évidente.
+
+ [1301] _Var._ Trop pleine des lauriers remportés sur les rois.
+ (1639-68)
+
+ [1302] Il n'y a point ici de distinction de scène dans l'édition
+ de 1639.
+
+ [1303] L'édition de 1682 donne seule: «du temps,» pour: «d'un
+ temps.»
+
+ [1304] _Var._ Un clin d'oeil vaut pour vous tout le discours des
+ autres. (1639)
+ _Var._ Un coup d'oeil vaut pour vous tout le discours des
+ autres. (1644-68)
+
+ [1305] _Var._ En ce piteux état, ma fortune si basse
+ Trouve encor quelque part en votre bonne grâce. (1639-57)
+
+ [1306] _Var._ C'est comme il faut choisir, et l'amour véritable.
+ (1639-57)
+
+ [1307] _Var._ S'attache seulement à ce qu'il voit d'aimable.
+ (1639-60)
+
+ [1308] _Var._ Sans qu'elle ait vu vos pas s'adresser en ce lieu.
+ (1639-60)
+
+ [1309] _Divertissez_, détournez. Voyez tome I, p. 184, note 1.
+
+ [1310] _Var._ Vous n'avez point la mine à servir sans dessein.
+ (1639-57)
+
+ [1311] _Var._ Me croyez-vous bastant de nuire à votre feu?
+ ADR. Sans réplique, de grâce, ou vous verrez beau jeu. (1639-57)
+
+ [1312] _Var._ Et je suis homme à rendre un jour ce qu'on me
+ prête. (1639-57)
+
+ [1313] Les mots _jaloux_ et _foux_ sont ainsi imprimés et riment
+ aux yeux dans toutes les éditions. Dans _la Comédie des
+ Tuileries_, nous avons vu au contraire _jalous_ et _courrous_,
+ par une _s_, rimant avec des mots en _ous_.
+
+ [1314] _Var._ Je suis trop glorieux et crois trop d'Isabelle.
+ (1644-57)
+
+ [1315] _Var._ Pour craindre qu'un valet me supplante auprès
+ d'elle. (1639-57)
+
+ [1316] _Var._ Le plaisir qu'elle prend à rire avecque lui.
+ (1639-57)
+
+ [1317] _Var._ Oh Dieu! que me dis-tu? (1639)
+
+ [1318] _Var._ De notre Rodomont il s'est mis au service.
+ (1639-60)
+
+ [1319] _Var._ Où choisi pour agent de ses[1319-a] folles amours,
+ Isabelle a prêté l'oreille à ses discours.
+ Il a si bien charmé cette pauvre abusée. (1639-57)
+
+ [1319-a] L'édition de 1639 donne, par erreur, _ces_, pour _ses_.
+
+ [1320] Dans l'édition de 1692, on lit après ce vers: _Il lui
+ donne un dimant._
+
+ [1321] Ici l'orthographe de ce mot est _gaignée_ dans toutes les
+ éditions, excepté dans celle de 1657.
+
+ [1322] Dans l'édition de 1682, il y a _le_, pour _la_, ce qui est
+ évidemment une faute.
+
+
+
+
+ACTE III.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+GÉRONTE, ISABELLE.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Apaisez vos soupir et tarissez vos larmes; 625
+ Contre ma volonté ce sont de foibles armes:
+ Mon coeur, quoique sensible à toutes vos douleurs,
+ Écoute la raison, et néglige vos pleurs.
+ Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même[1323].
+ Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime; 630
+ Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux,
+ Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous.
+ Quoi! manque-t-il de bien, de coeur ou de noblesse?
+ En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse?
+ Il vous fait trop d'honneur.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je sais qu'il est parfait, 635
+ Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait[1324];
+ Mais si votre bonté me permet en ma cause,
+ Pour me justifier, de dire quelque chose,
+ Par un secret instinct, que je ne puis nommer,
+ J'en fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer. 640
+ Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire[1325]
+ Soulève tout le coeur contre ce qu'on desire,
+ Et ne nous laisse pas en état d'obéir,
+ Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr.
+ Il attache ici-bas avec des sympathies 645
+ Les âmes que son ordre a là-haut assorties[1326]:
+ On n'en sauroit unir sans ses avis secrets;
+ Et cette chaîne manque où manquent ses décrets.
+ Aller contre les lois de cette providence,
+ C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence, 650
+ L'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups
+ Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie[1327]?
+ Quel maître vous apprend cette philosophie?
+ Vous en savez beaucoup; mais tout votre savoir 655
+ Ne m'empêchera pas d'user de mon pouvoir.
+ Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine,
+ Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine?
+ Ce guerrier valeureux vous tient-il dans ses fers[1328]?
+ Et vous a-t-il domptée avec tout l'univers? 660
+ Ce fanfaron doit-il relever ma famille?
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh! de grâce, Monsieur, traitez mieux votre fille!
+
+ GÉRONTE.
+
+ Quel sujet donc vous porte à me désobéir?
+
+ ISABELLE.
+
+ Mon heur et mon repos, que je ne puis trahir.
+ Ce que vous appelez un heureux hyménée 665
+ N'est pour moi qu'un enfer si j'y suis condamnée.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Ah! qu'il en est encor de mieux faites que vous
+ Qui se voudroient bien voir dans un enfer si doux!
+ Après tout, je le veux; cédez à ma puissance.
+
+ ISABELLE.
+
+ Faites un autre essai de mon obéissance. 670
+
+ GÉRONTE.
+
+ Ne me répliquez plus quand j'ai dit: «Je le veux.»
+ Rentrez: c'est désormais trop contesté[1328] nous deux.
+
+
+SCÈNE II.
+
+GÉRONTE.
+
+ Qu'à présent la jeunesse a d'étranges manies!
+ Les règles du devoir lui sont des tyrannies,
+ Et les droits les plus saints deviennent impuissants 675
+ Contre cette fierté qui l'attache à son sens[1330]
+ Telle est l'humeur du sexe: il aime à contredire,
+ Rejette obstinément le joug de notre empire,
+ Ne suit que son caprice en ses affections,
+ Et n'est jamais d'accord de nos élections. 680
+ N'espère pas pourtant, aveugle et sans cervelle,
+ Que ma prudence cède à ton esprit rebelle.
+ Mais ce fou viendra-t-il toujours m'embarrasser?
+ Par force ou par adresse il me le faut chasser.
+
+
+SCÈNE III.
+
+GÉRONTE, MATAMORE, CLINDOR.
+
+ MATAMORE, à Clindor.
+
+ Ne doit-on pas avoir pitié de ma fortune[1331]? 685
+ Le grand vizir encor de nouveau m'importune;
+ Le Tartare, d'ailleurs, m'appelle à son secours;
+ Narsingue et Calicut[1332] m'en pressent tous les jours:
+ Si je ne les refuse, il me faut mettre en quatre.
+
+ CLINDOR.
+
+ Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre: 690
+ Vous emploieriez trop mal vos invincibles coups,
+ Si pour en servir un vous faisiez trois jaloux.
+
+ MATAMORE.
+
+ Tu dis bien: c'est assez de telles courtoisies;
+ Je ne veux qu'en amour donner des jalousies.
+ Ah! Monsieur, excusez, si, faute de vous voir, 695
+ Bien que si près de vous, je manquois au devoir.
+ Mais quelle émotion paroît sur ce visage?
+ Où sont vos ennemis, que j'en fasse carnage[1333]?
+
+ GÉRONTE.
+
+ Monsieur, grâces aux Dieux, je n'ai point d'ennemis.
+
+ MATAMORE.
+
+ Mais grâces à ce bras qui vous les a soumis. 700
+
+ GÉRONTE.
+
+ C'est une grâce encor que j'avois ignorée.
+
+ MATAMORE.
+
+ Depuis que ma faveur[1334] pour vous s'est déclarée,
+ Ils sont tous morts de peur, ou n'ont osé branler.
+
+ GÉRONTE.
+
+ C'est ailleurs maintenant qu'il vous faut signaler:
+ Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre, 705
+ Demeurer si paisible en un temps plein de guerre;
+ Et c'est pour acquérir un nom bien relevé,
+ D'être dans une ville à battre le pavé.
+ Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée,
+ Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée. 710
+
+ MATAMORE.
+
+ Ah, ventre! il est tout vrai que vous avez raison.
+ Mais le moyen d'aller, si je suis en prison?
+ Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes
+ Ont captivé mon coeur et suspendu mes armes.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Si rien que son sujet ne vous tient arrêté, 715
+ Faites votre équipage en toute liberté:
+ Elle n'est pas pour vous; n'en soyez point en peine.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ventre! que dites-vous? Je la veux faire reine.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois
+ Du crotesque[1335] récit de vos rares exploits. 720
+ La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle:
+ En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle.
+ Si pour l'entretenir vous venez plus ici....
+
+ MATAMORE.
+
+ Il a perdu le sens, de me parler ainsi.
+ Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable 725
+ Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable;
+ Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment?
+
+ GÉRONTE.
+
+ J'ai chez moi des valets à mon commandement,
+ Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades[1336],
+ Répondroient de la main à vos rodomontades. 730
+
+ MATAMORE, à Clindor.
+
+ Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux.
+
+ GÉRONTE.
+
+ Adieu: modérez-vous; il vous en prendra mieux;
+ Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent,
+ J'ai le sang un peu chaud, et mes gens m'obéissent.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+MATAMORE, CLINDOR.
+
+ MATAMORE.
+
+ Respect de ma maîtresse, incommode vertu, 735
+ Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?
+ Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père[1337],
+ Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère!
+ Ah! visible démon, vieux spectre décharné,
+ Vrai suppôt de Satan, médaille de damné[1338], 740
+ Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces,
+ Moi de qui tous les rois briguent les bonnes grâces?
+
+ CLINDOR.
+
+ Tandis qu'il est dehors, allez, dès aujourd'hui,
+ Causer de vos amours, et vous moquer de lui.
+
+ MATAMORE.
+
+ Cadédiou! ses valets feroient quelque insolence. 745
+
+ CLINDOR.
+
+ Ce fer a trop de quoi dompter leur violence.
+
+ MATAMORE.
+
+ Oui, mais les feux qu'il jette en sortant de prison
+ Auroient en un moment embrasé la maison,
+ Dévoré tout à l'heure ardoises et gouttières,
+ Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières, 750
+ Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux,
+ Parnes, soles, appuis, jambages, traveteaux[1339],
+ Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre,
+ Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture[1340], marbre, verre,
+ Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers,
+ Offices, cabinets, terrasses, escaliers.
+ Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse;
+ Ces feux étoufferoient son ardeur amoureuse.
+ Va lui parler pour moi, toi qui n'es pas vaillant:
+ Tu puniras à moins un valet insolent. 760
+
+ CLINDOR.
+
+ C'est m'exposer....
+
+ MATAMORE.
+
+ Adieu: je vois ouvrir la porte,
+ Et crains que sans respect cette canaille sorte.
+
+
+SCÈNE V.
+
+CLINDOR, LYSE.
+
+ CLINDOR, seul[1341].
+
+ Le souverain poltron, à qui pour faire peur
+ Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur!
+ Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille, 765
+ Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille.
+ Lyse, que ton abord doit être dangereux!
+ Il donne l'épouvante à ce coeur généreux,
+ Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,
+ Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines! 770
+
+ LYSE.
+
+ Mon visage est ainsi malheureux en attraits:
+ D'autres charment de loin, le mien fait peur de près.
+
+ CLINDOR.
+
+ S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages:
+ Il n'est pas quantité de semblables visages.
+ Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet; 775
+ Je ne connus jamais un si gentil objet;
+ L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse,
+ L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse,
+ Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats:
+ Qui seroit le brutal qui ne t'aimeroit pas? 780
+
+ LYSE.
+
+ De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle?
+ Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle.
+
+ CLINDOR.
+
+ Vous partagez vous deux mes inclinations:
+ J'adore sa fortune, et tes perfections.
+
+ LYSE.
+
+ Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une, 785
+ Et mes perfections cèdent à sa fortune.
+
+ CLINDOR.
+
+ Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi[1342],
+ Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi?
+ L'amour et l'hyménée ont diverse méthode:
+ L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode.
+ Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien:
+ Un rien s'ajuste mal avec un autre rien[1343];
+ Et malgré les douceurs que l'amour y déploie[1344],
+ Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie.
+ Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur; 795
+ Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur,
+ Sans qu'un soupir échappe à ce coeur, qui murmure
+ De ce qu'à mes desirs ma raison fait d'injure[1345].
+ A tes moindres coups d'oeil je me laisse charmer.
+ Ah! que je t'aimerois, s'il ne falloit qu'aimer, 800
+ Et que tu me plairois, s'il ne falloit que plaire!
+
+ LYSE.
+
+ Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire,
+ Ou remettre du moins en quelque autre saison
+ A montrer tant d'amour avec tant de raison!
+ Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage, 805
+ Qui par compassion n'ose me rendre hommage,
+ Et porte ses desirs à des partis meilleurs,
+ De peur de m'accabler sous nos communs malheurs!
+ Je n'oublierai jamais de si rares mérites:
+ Allez continuer cependant vos visites. 810
+
+ CLINDOR.
+
+ Que j'aurois avec toi l'esprit bien plus content!
+
+ LYSE.
+
+ Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend.
+
+ CLINDOR.
+
+ Tu me chasses ainsi!
+
+ LYSE.
+
+ Non, mais je vous envoie
+ Aux lieux où vous aurez une plus longue joie[1346].
+
+ CLINDOR.
+
+ Que même tes dédains me semblent gracieux! 815
+
+ LYSE.
+
+ Ah! que vous prodiguez un temps si précieux!
+ Allez.
+
+ CLINDOR.
+
+ Souviens-toi donc que si j'en aime une[1347] autre[1348]....
+
+ LYSE.
+
+ C'est de peur d'ajouter ma misère à la vôtre:
+ Je vous l'ai déjà dit, je ne l'oublierai pas.
+
+ CLINDOR.
+
+ Adieu: ta raillerie a pour moi tant d'appas, 820
+ Que mon coeur à tes yeux de plus en plus s'engage,
+ Et je t'aimerois trop à tarder davantage.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+LYSE.
+
+ L'ingrat! il trouve enfin mon visage charmant,
+ Et pour se divertir il contrefait l'amant[1349]!
+ Qui néglige mes feux m'aime par raillerie, 825
+ Me prend pour le jouet de sa galanterie,
+ Et par un libre aveu de me voler sa foi,
+ Me jure qu'il m'adore, et ne veut point de moi.
+ Aime en tous lieux, perfide, et partage ton âme;
+ Choisis qui tu voudras pour maîtresse ou pour femme;
+ Donne à tes intérêts à ménager tes voeux;
+ Mais ne crois plus tromper aucune de nous deux.
+ Isabelle vaut mieux qu'un amour politique,
+ Et je vaux mieux qu'un coeur où cet amour s'applique.
+ J'ai raillé comme toi, mais c'étoit seulement 835
+ Pour ne t'avertir pas de mon ressentiment.
+ Qu'eût produit son éclat, que de la défiance?
+ Qui cache sa colère assure sa vengeance;
+ Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux[1350]
+ Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux. 840
+ Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?
+ Pour chercher sa fortune est-on si punissable?
+ Tu m'aimes, mais le bien te fait être inconstant:
+ Au siècle où nous vivons, qui n'en feroit autant?
+ Oublions des mépris où par force il s'excite[1351], 845
+ Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.
+ S'il m'aime, il se punit en m'osant dédaigner,
+ Et si je l'aime encor, je le dois épargner.
+ Dieux! à quoi me réduit ma folle inquiétude,
+ De vouloir faire grâce à tant d'ingratitude? 850
+ Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous,
+ De laisser affoiblir un si juste courroux?
+ Il m'aime, et de mes yeux je m'en vois méprisée!
+ Je l'aime, et ne lui sers que d'objet de risée!
+ Silence, amour, silence: il est temps de punir; 855
+ J'en ai donné ma foi: laisse-moi la tenir.
+ Puisque ton faux espoir ne fait qu'aigrir ma peine[1352],
+ Fais céder tes douceurs à celles de la haine:
+ Il est temps qu'en mon coeur elle règne à son tour,
+ Et l'amour outragé ne doit plus être amour. 860
+
+
+SCÈNE VII.
+
+MATAMORE.
+
+ Les voilà, sauvons-nous. Non, je ne vois personne.
+ Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne.
+ Je les entends, fuyons. Le vent faisoit ce bruit.
+ Marchons sous la faveur des ombres de la nuit[1353].
+ Vieux rêveur, malgré toi j'attends ici ma reine. 865
+ Ces diables de valets me mettent bien en peine.
+ De deux mille ans et plus, je ne tremblai si fort.
+ C'est trop me hasarder: s'ils sortent, je suis mort;
+ Car j'aime mieux mourir que leur donner bataille,
+ Et profaner mon bras contre cette canaille. 870
+ Que le courage expose à d'étranges dangers!
+ Toutefois, en tout cas, je suis des plus légers;
+ S'il ne faut que courir, leur attente est dupée:
+ J'ai le pied pour le moins aussi bon que l'épée.
+ Tout de bon, je les vois: c'est fait, il faut mourir; 875
+ J'ai le corps si glacé, que je ne puis courir[1354].
+ Destin, qu'à ma valeur tu te montres contraire!...
+ C'est ma reine elle-même, avec mon secrétaire!
+ Tout mon corps se déglace: écoutons leurs discours,
+ Et voyons son adresse à traiter mes amours. 880
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+CLINDOR, ISABELLE, MATAMORE.
+
+ ISABELLE.
+
+(Matamore écoute caché[1355].)
+
+ Tout se prépare mal du côté de mon père;
+ Je ne le vis jamais d'une humeur si sévère:
+ Il ne souffrira plus votre maître ni vous.
+ Votre rival d'ailleurs est devenu jaloux[1356]:
+ C'est par cette raison que je vous fais descendre; 885
+ Dedans mon cabinet ils pourroient nous surprendre;
+ Ici nous parlerons en plus de sûreté:
+ Vous pourrez vous couler d'un et d'autre côté;
+ Et si quelqu'un survient, ma retraite est ouverte.
+
+ CLINDOR.
+
+ C'est trop prendre de soin pour empêcher ma perte. 890
+
+ ISABELLE.
+
+ Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien[1357]
+ Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien:
+ Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière,
+ Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière.
+ Un rival par mon père attaque en vain ma foi; 895
+ Votre amour seul a droit de triompher de moi:
+ Des discours de tous deux je suis persécutée;
+ Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée[1358],
+ Et des plus grands malheurs je bénirois les coups[1359],
+ Si ma fidélité les enduroit pour vous. 900
+
+ CLINDOR.
+
+ Vous me rendez confus, et mon âme ravie
+ Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie:
+ Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux,
+ Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux!
+ Mais si mon astre un jour, changeant son influence, 905
+ Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance,
+ Vous verrez que ce choix n'est pas fort inégal[1360],
+ Et que, tout balancé, je vaux bien mon rival[1361].
+ Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre[1362]
+ Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre. 910
+
+ ISABELLE.
+
+ N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas[1363]
+ L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas.
+ Je ne vous dirai point où je suis résolue:
+ Il suffit que sur moi je me rends absolue[1365].
+ Ainsi tous les projets sont des projets en l'air[1365]. 915
+ Ainsi....
+
+ MATAMORE.
+
+ Je n'en puis plus: il est temps de parler.
+
+ ISABELLE.
+
+ Dieux! on nous écoutoit.
+
+ CLINDOR.
+
+ C'est notre capitaine:
+ Je vais bien l'apaiser; n'en soyez pas en peine[1366].
+
+
+SCÈNE IX.
+
+MATAMORE, CLINDOR.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ah! traître!
+
+ CLINDOR.
+
+ Parlez bas; ces valets....
+
+ MATAMORE.
+
+ Eh bien! quoi?
+
+ CLINDOR.
+
+ Ils fondront tout à l'heure et sur vous et sur moi. 920
+
+ MATAMORE le tire à un coin du théâtre[1367].
+
+ Viens çà. Tu sais ton crime, et qu'à l'objet que j'aime,
+ Loin de parler pour moi, tu parlois pour toi-même?
+
+ CLINDOR.
+
+ Oui, pour me rendre heureux j'ai fait quelques efforts[1368].
+
+ MATAMORE.
+
+ Je te donne le choix de trois ou quatre morts:
+ Je vais, d'un coup de poing, te briser comme verre, 925
+ Ou t'enfoncer tout vif au centre de la terre,
+ Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers,
+ Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs,
+ Que tu sois dévoré des feux élémentaires.
+ Choisis donc promptement, et pense à tes affaires[1369]. 930
+
+ CLINDOR.
+
+ Vous-même choisissez.
+
+ MATAMORE.
+
+ Quel choix proposes-tu?
+
+ CLINDOR.
+
+ De fuir en diligence, ou d'être bien battu.
+
+ MATAMORE.
+
+ Me menacer encore! ah, ventre! quelle audace!
+ Au lieu d'être à genoux, et d'implorer ma grâce!...
+ Il a donné le mot, ces valets[1370] vont sortir.... 935
+ Je m'en vais commander aux mers de t'engloutir.
+
+ CLINDOR.
+
+ Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,
+ Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ils sont d'intelligence. Ah, tête!
+
+ CLINDOR.
+
+ Point de bruit:
+ J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit[1371]; 940
+ Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.
+
+ MATAMORE.
+
+ Cadédiou! ce coquin a marché dans mon ombre;
+ Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas:
+ S'il avoit du respect, j'en voudrois faire cas.
+ Écoute: je suis bon, et ce seroit dommage 945
+ De priver l'univers d'un homme de courage.
+ Demande-moi pardon, et cesse par tes feux[1372]
+ De profaner l'objet digne seul de mes voeux;
+ Tu connois ma valeur, éprouve ma clémence.
+
+ CLINDOR.
+
+ Plutôt, si votre amour a tant de véhémence, 950
+ Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté.
+
+ MATAMORE.
+
+ Parbieu, tu me ravis de générosité.
+ Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices;
+ Je te la veux donner pour prix de tes services:
+ Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat! 955
+
+ CLINDOR.
+
+ A ce rare présent, d'aise le coeur me bat.
+ Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,
+ Puisse tout l'univers bruire de votre estime!
+
+
+SCÈNE X.
+
+ISABELLE, MATAMORE, CLINDOR.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis
+ Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis. 960
+
+ MATAMORE.
+
+ Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme
+ Vous devoit faire un jour de vous prendre pour femme;
+ Pour quelque occasion j'ai changé de dessein:
+ Mais je vous veux donner un homme de ma main;
+ Faites-en de l'état; il est vaillant lui-même; 965
+ Il commandoit sous moi.
+
+ ISABELLE.
+
+ Pour vous plaire, je l'aime.
+
+ CLINDOR.
+
+ Mais il faut du silence à notre affection.
+
+ MATAMORE.
+
+ Je vous promets silence, et ma protection.
+ Avouez-vous de moi par tous les coins du monde:
+ Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde. 970
+ Allez, vivez contents sous une même loi.
+
+ ISABELLE.
+
+ Pour vous mieux obéir, je lui donne ma foi.
+
+ CLINDOR.
+
+ Commandez que sa foi de quelque effet suivie[1373]....
+
+
+SCÈNE XI.
+
+GÉRONTE, ADRASTE, MATAMORE, CLINDOR, ISABELLE, LYSE, TROUPE DE
+DOMESTIQUES[1374].
+
+ ADRASTE.
+
+ Cet insolent discours te coûtera la vie,
+ Suborneur.
+
+ MATAMORE.
+
+ Ils ont pris mon courage en défaut: 975
+ Cette porte est ouverte; allons gagner le haut.
+
+(Il entre chez Isabelle, après qu'elle et Lyse y sont
+entrées[1375].)
+
+ CLINDOR.
+
+ Traître! qui te fais fort d'une troupe brigande,
+ Je te choisirai bien au milieu de la bande.
+
+ GÉRONTE[1376].
+
+ Dieux! Adraste est blessé, courez au médecin.
+ Vous autres, cependant, arrêtez l'assassin. 980
+
+ CLINDOR.
+
+ Ah, ciel! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle[1377]:
+ Je tombe au précipice où mon destin m'appelle.
+
+ GÉRONTE.
+
+ C'en est fait, emportez ce corps à la maison;
+ Et vous, conduisez tôt ce traître à la prison.
+
+
+SCÈNE XII.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Hélas! mon fils est mort.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Que vous avez d'alarmes! 985
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Ne lui refusez point le secours de vos charmes.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Un peu de patience, et sans un tel secours
+ Vous le verrez bientôt heureux en ses amours.
+
+
+FIN DU TROISIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1323] _Var._ Je connois votre bien beaucoup mieux que vous-même.
+ Orgueilleuse, il vous faut, je pense, un diadème,
+ Et ce jeune baron, avecque tout son bien,
+ Passe encore chez vous pour un homme de rien!
+ Que lui manque après tout? bien fait de corps et d'âme,
+ Noble, courageux, riche, adroit et plein de flamme,
+ [Il vous fait trop d'honneur.] (1639-57)
+
+ [1324] _Var._ Et reconnois fort mal les honneurs qu'il me fait.
+ (1639-63)
+
+ [1325] _Var._ De certains mouvements que le ciel nous inspire
+ Nous font aux yeux d'autrui souvent choisir le pire.
+ C'est lui qui d'un regard fait naître en notre coeur
+ L'estime ou le mépris, l'amour ou la rigueur.
+ [Il attache ici-bas avec des sympathies.] (1639-57)
+
+ --Voyez ci-dessus, p. 309.
+
+ [1326] _Var._ Les âmes que son choix a là-haut assorties.
+ (1639-57)
+
+ [1327] _Var._ Impudente, est-ce ainsi que l'on se justifie?
+ (1639-60)
+
+ [1328] _Var._ Ce guerrier valeureux nous tient-il dans ses fers?
+ (1652-57)
+
+ [1329] L'édition de 1648 porte, par erreur sans doute,
+ _contester_, à l'infinitif.
+
+ [1330] _Var._ A l'empêcher de courre après son propre sens;
+ Mais c'est l'humeur du sexe: il aime à contredire,
+ Pour secouer, s'il peut, le joug de notre empire. (1639-57)
+
+ [1331] _Var._ N'auras-tu point enfin pitié de ma fortune?
+ (1639-57)
+
+ [1332] Ce sont les noms de deux anciens royaumes de la presqu'île
+ occidentale de l'Hindoustan.
+
+ [1333] _Var._ Où sont vos ennemis, que j'en fasse un carnage?
+ (1639-60)
+
+ [1334] On lit _fureur_, pour _faveur_, dans l'édition de 1657.
+
+ [1335] C'est ainsi que le mot est imprimé dans toutes les
+ éditions. Cette orthographe était générale au commencement du
+ dix-septième siècle. Voyez le _Lexique_.
+
+ [1336] _Var._ Qui se connoissant mal à faire des bravades.
+ (1639-57)
+
+ [1337] _Var._ Que n'ai-je eu cent rivaux à la place d'un père.
+ (1639)
+
+ [1338] _Médaille de damné_, portrait, vraie image de damné.
+
+ [1339] _Parnes_, pièces de bois posées sur la charpente d'un
+ comble pour recevoir les chevrons; on dit plus ordinairement
+ _pannes_.--_Soles_ signifie proprement les pièces de bois placées
+ à plat qui portent la cage d'un moulin à vent; il se dit aussi de
+ celles qui se couchent à terre dans les autres constructions et
+ machines.--_Traveteaux_, petites poutres, petites solives.
+
+ [1340] Les éditions de 1652-64 portent _peintures_, au pluriel.
+
+ [1341] Le mot _seul_ manque dans l'édition de 1639 et dans celles
+ de 1648-57.
+
+ [1342] _Var._ Bien que pour l'épouser je lui donne ma foi.
+ (1639-57)
+
+ [1343] _Var._ Un rien s'assemble mal avec un autre rien;
+ Mais si tu ménageois ma flamme avec adresse,
+ Une femme est sujette, une amante est maîtresse;
+ Les plaisirs sont plus grands à se voir moins souvent:
+ La femme les achète, et l'amante les vend;
+ Un amour par devoir bien aisément s'altère;
+ Les noeuds en sont plus forts quand il est volontaire;
+ Il hait toute contrainte, et son plus doux appas[1343-a]
+ Se goûte quand on aime et qu'on peut n'aimer pas;
+ Seconde avec douceur celui que je te porte.
+ LYSE. Vous me connoissez trop pour m'aimer de la sorte,
+ Et vous en parlez moins de votre sentiment
+ Qu'à dessein de railler par divertissement.
+ Je prends tout en riant comme vous me le dites:
+ [Allez continuer cependant vos visites.]
+ CLIND. Un peu de tes faveurs me rendroit plus content. (1639-57)
+
+ [1343-a] Voyez tome I, p. 148, note 3.
+
+ [1344] Une double erreur typographique a défiguré ce vers et le
+ suivant dans l'édition de 1682:
+
+ Et malgré les douceurs que l'amour déploie,
+ Deux malheurs ensemble ont toujours courte joie.
+
+
+ [1345] _Var._ De ce qu'à ses desirs ma raison fait d'injure. (1660 et 63)
+ _Var._ De ce qu'à ces desirs ma raison fait d'injure. (1664 et 68)
+
+ [1346] _Var._ Aux lieux où vous trouvez votre heur et votre joie.
+ (1639-57)
+
+ [1347] On lit _un autre_ dans les éditions de 1664-82. Voyez tome
+ I, p. 228, note 3.
+
+ [1348] _Var._ Souviens-toi donc.... LYSE. De rien que m'ait pu dire....
+ CLIND. Un amant.... LYSE. Un causeur qui prend plaisir à rire[1348-a].
+ (1639-57)
+
+ [1348-a] La scène V finit là dans les éditions indiquées.
+
+ [1349] _Var._ Et pour me suborner il contrefait l'amant!
+ Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie,
+ Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie.
+ Perfide, qu'as-tu vu dedans mes actions,
+ Qui te dût enhardir à ces prétentions?
+ Qui t'a fait m'estimer digne d'être abusée,
+ Et juger mon honneur une conquête aisée?
+ J'ai tout pris en riant, mais c'étoit seulement. (1639-57)
+
+ [1350] _Var._ Et ma feinte douceur te laissant espérer,
+ Te jette dans les rets que j'ai su préparer.
+ Va, traître, aime en tous lieux, et partage ton âme:
+ Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme;
+ Donne à l'une ton coeur, donne à l'autre ta foi;
+ Mais ne crois plus tromper Isabelle ni moi.
+ Ce long calme bientôt va tourner en tempête,
+ Et l'orage est tout prêt à fondre sur ta tête:
+ Surpris par un rival dans ce cher entretien,
+ Il vengera d'un coup son malheur et le mien.
+ Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable[1350-a]? (1639-57)
+
+ [1345-a] [Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?
+ (1644-57)
+
+ [1351] _Var._ Oublions les projets de sa flamme maudite,
+ [Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.]
+ Que de pensers divers en mon coeur amoureux,
+ Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux!
+ Perdre qui me chérit! épargner qui m'affronte!
+ Ruiner ce que j'aime! aimer qui veut ma honte!
+ L'amour produira-t-il un si cruel effet?
+ L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait[1351-a]?
+ Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte,
+ L'une peut tout sur moi, l'autre n'est pas moins forte:
+ N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur,
+ Et laissons à la haine assurer mon honneur. (1639-57)
+
+ [1351-a] L'insolent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait?
+ (1644-57)
+
+ [1352] _Var._ Puisque ton faux espoir n'a fait qu'aigrir ma
+ peine. (1660)
+
+ [1353] _Var._ Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit.
+ (1639-60)
+
+ [1354] _Var._ J'ai le corps tout glacé, je ne saurois courir.
+ (1639-60)
+
+ [1355] Cette indication manque dans l'édition de 1639 et dans
+ celles de 1648-60.
+
+ [1356] _Var._ Notre baron d'ailleurs est devenu jaloux,
+ Et c'est aussi pourquoi je vous ai fait descendre;
+ Dedans mon cabinet ils nous pourroient surprendre;
+ Ici nous causerons en plus de sûreté. (1639-57)
+
+ [1357] _Var._ Je n'en puis prendre trop pour conserver un bien
+ Sans qui tout l'univers ensemble ne m'est rien:
+ Oui, je fais plus d'état d'avoir gagné votre âme,
+ Que si tout l'univers me connoissoit pour dame.
+ [Un rival par mon père attaque en vain ma foi.] (1639-57)
+ _Var._ Je n'en puis prendre trop pour m'assurer un bien.
+ (1660-68)
+
+ [1358] _Var._ Mais pour vous je me plais à être mal
+ traitée[1358-a]. (1639)
+
+ [1358-a] Nous avons vu déjà des exemples d'hiatus au tome I, p.
+ 173, note 3, et à la page 188, nota 2, de ce volume.
+
+ [1359] _Var._ Il n'est point de tourments qui ne me semblent doux,
+ Si ma fidélité les endure pour vous. (1639-57)
+
+ [1360] _Var._ Vous verrez que ce choix n'est pas tant inégal.
+ (1639-57)
+
+ [1361] _Var._ Et que, tout balancé, je vaux bien un rival. (1639)
+
+ [1362] _Var._ Cependant, mon souci, permettez-moi de craindre.
+ (1639-57)
+
+ [1363] _Var._ J'en sais bien le remède, et croyez qu'en ce cas.
+ (1639-57)
+
+ [1364] _Var._ Il suffit que sur moi je me rende absolue. (1639)
+
+ [1365] _Var._ Que leurs plus grands efforts sont des efforts en l'air,
+ Et que.... MAT. C'est trop souffrir: il est temps de parler. (1639-57)
+ _Var._ Ainsi tous leurs projets sont des projets en l'air. (1660-63)
+
+ [1366] Dans l'édition de 1692, on lit à la suite de ce vers:
+ _Isabelle rentre._
+
+ [1367] _Var._ _Le tirant à un coin du théâtre._ (1644-60)--Cette
+ indication ne se trouve pas dans l'édition de 1639.
+
+ [1368] _Var._ Oui, j'ai pris votre place, et vous ai mis dehors.
+ (1639-57)
+
+ [1369] _Var._ Choisis donc promptement, et songe à tes affaires.
+ (1639-57)
+
+ [1370] On lit _ses valets_ dans les éditions de 1644, de 1652 et
+ de 1654.
+
+ [1371] Par une erreur singulière, on a imprimé dans les éditions
+ de 1652-57:
+
+ J'ai déjà massacré dix hommes _en_ cette nuit.
+
+ [1372] _Var._ Demande-moi pardon, et quitte cet objet,
+ Dont les perfections m'ont rendu son sujet. (1639-57)
+
+ [1373] _Var._ Commandez que sa foi soit d'un baiser suivie.
+ MAT. Je le veux.
+
+ SCÈNE XI.
+
+ GÉRONTE, ADRASTE, ETC.
+
+ ADR. Ce baiser te va coûter la vie. (1639-57)
+
+ [1374] _Var._ TROUPES DE DOMESTIQUES. (1639)
+
+ [1375] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
+
+ [1376] _Var._ GÉRONTE, _survenant_. (1660)
+
+ [1377] _Var._ Hélas! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle.
+ (1639-64)
+
+
+
+
+ACTE IV.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ISABELLE.
+
+ Enfin le terme approche: un jugement inique
+ Doit abuser demain d'un pouvoir tyrannique[1378], 990
+ A son propre assassin immoler mon amant,
+ Et faire une vengeance au lieu d'un châtiment.
+ Par un décret injuste autant comme sévère,
+ Demain doit triompher la haine de mon père,
+ La faveur du pays, la qualité du mort[1379], 995
+ Le malheur d'Isabelle, et la rigueur du sort.
+ Hélas! que d'ennemis, et de quelle puissance,
+ Contre le foible appui que donne l'innocence,
+ Contre un pauvre inconnu, de qui tout le forfait
+ Est de m'avoir aimée, et d'être trop parfait[1380]! 1000
+ Oui, Clindor, tes vertus et ton feu légitime,
+ T'ayant acquis mon coeur, ont fait aussi ton crime[1381].
+ Mais en vain après toi l'on me laisse le jour;
+ Je veux perdre la vie en perdant mon amour:
+ Prononçant ton arrêt, c'est de moi qu'on dispose; 1005
+ Je veux suivre ta mort, puisque j'en suis la cause,
+ Et le même moment verra par deux trépas
+ Nos esprits amoureux se rejoindre là-bas.
+ Ainsi, père inhumain, ta cruauté déçue
+ De nos saintes ardeurs verra l'heureuse issue; 1010
+ Et si ma perte alors fait naître tes douleurs,
+ Auprès de mon amant je rirai de tes pleurs.
+ Ce qu'un remords cuisant te coûtera de larmes
+ D'un si doux entretien augmentera les charmes;
+ Ou s'il n'a pas assez de quoi te tourmenter, 1015
+ Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter,
+ S'attacher à tes pas dans l'horreur des ténèbres,
+ Présenter à tes yeux mille images funèbres,
+ Jeter dans ton esprit un éternel effroi,
+ Te reprocher ma mort, t'appeler après moi, 1020
+ Accabler de malheurs ta languissante vie,
+ Et te réduire au point de me porter envie.
+ Enfin....
+
+SCÈNE II.
+
+ISABELLE, LYSE.
+
+ LYSE.
+
+ Quoi! chacun dort, et vous êtes ici?
+ Je vous jure, Monsieur en est en grand souci.
+
+ ISABELLE.
+
+ Quand on n'a plus d'espoir, Lyse, on n'a plus de crainte.
+ Je trouve des douceurs à faire ici ma plainte:
+ Ici je vis Clindor pour la dernière fois;
+ Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix,
+ Et remet plus avant en mon âme éperdue[1383]
+ L'aimable souvenir d'une si chère vue. 1030
+
+ LYSE.
+
+ Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis!
+
+ ISABELLE.
+
+ Que veux-tu que je fasse en l'état où je suis?
+
+ LYSE.
+
+ De deux amants parfaits dont vous étiez servie,
+ L'un doit mourir demain, l'autre est déjà sans vie[1383]:
+ Sans perdre plus de temps à soupirer pour eux, 1035
+ Il en faut trouver un qui les vaille tous deux.
+
+ ISABELLE.
+
+ De quel front oses-tu me tenir ces paroles[1384]?
+
+ LYSE.
+
+ Quel fruit espérez-vous de vos douleurs frivoles?
+ Pensez-vous, pour pleurer et ternir vos appas,
+ Rappeler votre amant des portes du trépas? 1040
+ Songez plutôt à faire une illustre conquête;
+ Je sais pour vos liens une âme toute prête,
+ Un homme incomparable.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ote-toi de mes yeux.
+
+ LYSE.
+
+ Le meilleur jugement ne choisiroit pas mieux.
+
+ ISABELLE.
+
+ Pour croître mes douleurs faut-il que je te voie? 1045
+
+ LYSE.
+
+ Et faut-il qu'à vos yeux je déguise ma joie?
+
+ ISABELLE.
+
+ D'où te vient cette joie ainsi hors de saison?
+
+ LYSE.
+
+ Quand je vous l'aurai dit, jugez si j'ai raison.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ah! ne me conte rien.
+
+ LYSE.
+
+ Mais l'affaire vous touche.
+
+ ISABELLE.
+
+ Parle-moi de Clindor, ou n'ouvre point la bouche. 1050
+
+ LYSE.
+
+ Ma belle humeur, qui rit au milieu des malheurs,
+ Fait plus en un moment qu'un siècle de vos pleurs:
+ Elle a sauvé Clindor.
+
+ ISABELLE.
+
+ Sauvé Clindor?
+
+ LYSE.
+
+ Lui-même:
+ Jugez après cela comme quoi je vous aime[1385].
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh! de grâce, où faut-il que je l'aille trouver? 1055
+
+ LYSE.
+
+ Je n'ai que commencé: c'est à vous d'achever.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ah! Lyse!
+
+ LYSE.
+
+ Tout de bon, seriez-vous pour le suivre?
+
+ ISABELLE.
+
+ Si je suivrois celui sans qui je ne puis vivre?
+ Lyse, si ton esprit ne le tire des fers,
+ Je l'accompagnerai jusque dans les enfers. 1060
+ Va, ne demande plus si je suivrois sa fuite[1386].
+
+ LYSE.
+
+ Puisqu'à ce beau dessein l'amour vous a réduite,
+ Écoutez où j'en suis, et secondez mes coups:
+ Si votre amant n'échappe, il ne tiendra qu'à vous.
+ La prison est tout proche[1387].
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh bien?
+
+ LYSE.
+
+ Ce voisinage
+ Au frère du concierge a fait voir mon visage;
+ Et comme c'est tout un que me voir et m'aimer,
+ Le pauvre malheureux s'en est laissé charmer.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je n'en avois rien su!
+
+ LYSE.
+
+ J'en avois tant de honte
+ Que je mourois[1388] de peur qu'on vous en fît le conte; 1070
+ Mais depuis quatre jours votre amant arrêté
+ A fait que l'allant voir je l'ai mieux écouté.
+ Des yeux et du discours flattant son espérance,
+ D'un mutuel amour j'ai formé l'apparence.
+ Quand on aime une fois, et qu'on se croit aimé, 1075
+ On fait tout pour l'objet dont on est enflammé.
+ Par là j'ai sur mon âme assuré mon empire,
+ Et l'ai mis en état de ne m'oser dédire.
+ Quand il n'a plus douté de mon affection,
+ J'ai fondé mes refus sur sa condition; 1080
+ Et lui, pour m'obliger, juroit de s'y déplaire,
+ Mais que malaisément il s'en pouvoit défaire;
+ Que les clefs des prisons qu'il gardoit aujourd'hui
+ Étoient le plus grand bien de son frère et de lui.
+ Moi de dire soudain que sa bonne fortune[1389] 1085
+ Ne lui pouvoit offrir d'heure plus opportune;
+ Que, pour se faire riche et pour me posséder,
+ Il n'avoit seulement qu'à s'en accommoder;
+ Qu'il tenoit dans les fers un seigneur de Bretagne
+ Déguisé sous le nom du sieur de la Montagne; 1090
+ Qu'il falloit le sauver et le suivre chez lui;
+ Qu'il nous feroit du bien et seroit notre appui.
+ Il demeure étonné; je le presse, il s'excuse;
+ Il me parle d'amour, et moi je le refuse;
+ Je le quitte en colère, il me suit tout confus, 1095
+ Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus.
+
+ ISABELLE.
+
+ Mais enfin?
+
+ LYSE.
+
+ J'y retourne, et le trouve fort triste;
+ Je le juge ébranlé; je l'attaque: il résiste.
+ Ce matin: «En un mot, le péril est pressant,
+ Ai-je dit; tu peux tout, et ton frère est absent[1390]. 1100
+ --Mais il faut de l'argent pour un si long voyage,
+ M'a-t-il dit; il en faut pour faire l'équipage:
+ Ce cavalier en manque.»
+
+ ISABELLE.
+
+ Ah! Lyse, tu devois
+ Lui faire offre aussitôt de tout ce que j'avois[1391]:
+ Perles, bagues, habits.
+
+ LYSE.
+
+ J'ai bien fait davantage[1392]: 1105
+ J'ai dit qu'à vos beautés ce captif rend hommage,
+ Que vous l'aimez de même et fuirez avec nous.
+ Ce mot me l'a rendu si traitable et si doux,
+ Que j'ai bien reconnu qu'un peu de jalousie
+ Touchant votre Clindor brouilloit sa fantaisie[1393], 1110
+ Et que tous ces détours provenoient seulement[1394]
+ D'une vaine frayeur qu'il ne fût mon amant.
+ Il est parti soudain après votre amour sue,
+ A trouvé tout aisé, m'en a promis l'issue,
+ Et vous mande pour moi[1395] qu'environ à minuit[1396] 1115
+ Vous soyez toute prête à déloger sans bruit.
+
+ ISABELLE.
+
+ Que tu me rends heureuse!
+
+ LYSE.
+
+ Ajoutez-y, de grâce,
+ Qu'accepter un mari pour qui je suis de glace,
+ C'est me sacrifier à vos contentements.
+
+ ISABELLE.
+
+ Aussi....
+
+ LYSE.
+
+ Je ne veux point de vos remercîments. 1120
+ Allez ployer bagage, et pour grossir la somme[1397],
+ Joignez à vos bijoux les écus du bonhomme.
+ Je vous vends ses trésors, mais à fort bon marché;
+ J'ai dérobé ses clefs depuis qu'il est couché:
+ Je vous les livre.
+
+ ISABELLE.
+
+ Allons y travailler ensemble[1398]. 1125
+
+ LYSE.
+
+ Passez-vous de mon aide.
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh quoi! le coeur te tremble?
+
+ LYSE.
+
+ Non, mais c'est un secret tout propre à l'éveiller;
+ Nous ne nous garderions jamais de babiller.
+
+ ISABELLE.
+
+ Folle, tu ris toujours.
+
+ LYSE.
+
+ De peur d'une surprise,
+ Je dois attendre ici le chef de l'entreprise; 1130
+ S'il tardoit à la rue, il seroit reconnu;
+ Nous vous irons trouver dès qu'il sera venu.
+ C'est là sans raillerie.
+
+ ISABELLE.
+
+ Adieu donc; je te laisse,
+ Et consens que tu sois aujourd'hui la maîtresse.
+
+ LYSE.
+
+ C'est du moins.
+
+ ISABELLE.
+
+ Fais bon guet.
+
+ LYSE.
+
+ Vous, faites bon butin.
+
+
+SCÈNE III.
+
+LYSE.
+
+ Ainsi, Clindor, je fais moi seule ton destin;
+ Des fers où je t'ai mis c'est moi qui te délivre,
+ Et te puis, à mon choix, faire mourir ou vivre.
+ On me vengeoit de toi par delà mes desirs:
+ Je n'avois de dessein que contre tes plaisirs. 1140
+ Ton sort trop rigoureux m'a fait changer d'envie;
+ Je te veux assurer tes plaisirs et ta vie;
+ Et mon amour éteint, te voyant en danger,
+ Renaît pour m'avertir que c'est trop me venger.
+ J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance[1399], 1145
+ De ton ingrat amour étouffant la licence....
+
+
+SCÈNE IV.
+
+MATAMORE, ISABELLE, LYSE.
+
+ ISABELLE.
+
+ Quoi! chez nous, et de nuit!
+
+ MATAMORE.
+
+ L'autre jour....
+
+ ISABELLE.
+
+ Qu'est-ce-ci:
+ «L'autre jour?» est-il temps que je vous trouve ici?
+
+ LYSE.
+
+ C'est ce grand capitaine. Où s'est-il laissé prendre?
+
+ ISABELLE.
+
+ En montant l'escalier je l'en ai vu descendre. 1150
+
+ MATAMORE.
+
+ L'autre jour, au défaut de mon affection,
+ J'assurai vos appas de ma protection.
+
+ ISABELLE.
+
+ Après?
+
+ MATAMORE.
+
+ On vint ici faire une brouillerie;
+ Vous rentrâtes voyant cette forfanterie;
+ Et pour vous protéger, je vous suivis soudain. 1155
+
+ ISABELLE.
+
+ Votre valeur prit lors un généreux dessein.
+ Depuis?
+
+ MATAMORE.
+
+ Pour conserver une dame si belle,
+ Au plus haut du logis j'ai fait la sentinelle.
+
+ ISABELLE.
+
+ Sans sortir?
+
+ MATAMORE.
+
+ Sans sortir.
+
+ LYSE.
+
+ C'est-à-dire, en deux mots,
+ Que la peur l'enfermoit dans la chambre aux fagots[1400].
+
+ MATAMORE.
+
+ La peur?
+
+ LYSE.
+
+ Oui, vous tremblez: la vôtre est sans égale.
+
+ MATAMORE.
+
+ Parce qu'elle a bon pas, j'en fais mon Bucéphale;
+ Lorsque je la domptai, je lui fis cette loi;
+ Et depuis, quand je marche, elle tremble sous moi.
+
+ LYSE.
+
+ Votre caprice est rare à choisir des montures. 1165
+
+ MATAMORE.
+
+ C'est pour aller plus vite aux grandes aventures.
+
+ ISABELLE.
+
+ Vous en exploitez bien. Mais changeons de discours:
+ Vous avez demeuré là dedans quatre jours?
+
+ MATAMORE.
+
+ Quatre jours.
+
+ ISABELLE.
+
+ Et vécu?
+
+ MATAMORE.
+
+ De nectar, d'ambrosie[1401].
+
+ LYSE.
+
+ Je crois que cette viande aisément rassasie? 1170
+
+ MATAMORE.
+
+ Aucunement.
+
+ ISABELLE.
+
+ Enfin vous étiez descendu....
+
+ MATAMORE.
+
+ Pour faire qu'un amant en vos bras fût rendu,
+ Pour rompre sa prison, en fracasser les portes,
+ Et briser en morceaux ses chaînes les plus fortes.
+
+ LYSE.
+
+ Avouez franchement que, pressé de la faim, 1175
+ Vous veniez bien plutôt faire la guerre au pain.
+
+ MATAMORE.
+
+ L'un et l'autre, parbieu! Cette ambrosie est fade:
+ J'en eus au bout d'un jour l'estomac tout malade.
+ C'est un mets délicat, et de peu de soutien:
+ A moins que d'être un Dieu l'on n'en vivroit pas bien;
+ Il cause mille maux, et dès l'heure qu'il entre,
+ Il allonge les dents, et rétrécit le ventre.
+
+ LYSE.
+
+ Enfin c'est un ragoût qui ne vous plaisoit pas?
+
+ MATAMORE.
+
+ Quitte pour chaque nuit faire deux tours en bas,
+ Et là, m'accommodant des reliefs de cuisine, 1185
+ Mêler la viande humaine avecque la divine.
+
+ ISABELLE.
+
+ Vous aviez, après tout, dessein de nous voler.
+
+ MATAMORE.
+
+ Vous-mêmes, après tout, m'osez-vous quereller?
+ Si je laisse une fois échapper ma colère....
+
+ ISABELLE.
+
+ Lyse, fais-moi sortir les valets de mon père. 1190
+
+ MATAMORE.
+
+ Un sot les attendroit.
+
+
+SCÈNE V.
+
+ISABELLE, LYSE.
+
+ LYSE.
+
+ Vous ne le tenez pas.
+
+ ISABELLE.
+
+ Il nous avoit bien dit que la peur a bon pas.
+
+ LYSE.
+
+ Vous n'avez cependant rien fait, ou peu de chose.
+
+ ISABELLE.
+
+ Rien du tout. Que veux-tu? sa rencontre en est cause.
+
+ LYSE.
+
+ Mais vous n'aviez alors qu'à le laisser aller. 1195
+
+ ISABELLE.
+
+ Mais il m'a reconnue, et m'est venu parler.
+ Moi qui, seule et de nuit, craignois son insolence,
+ Et beaucoup plus encor de troubler le silence,
+ J'ai cru, pour m'en défaire et m'ôter de souci,
+ Que le meilleur étoit de l'amener ici. 1200
+ Vois, quand j'ai ton secours, que je me tiens vaillante,
+ Puisque j'ose affronter cette humeur violente.
+
+ LYSE.
+
+ J'en ai ri comme vous, mais non sans murmurer:
+ C'est bien du temps perdu.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je vais le réparer[1402].
+
+ LYSE.
+
+ Voici le conducteur de notre intelligence; 1205
+ Sachez auparavant toute sa diligence.
+
+
+SCÈNE VI.
+
+ISABELLE, LYSE, LE GEÔLIER.
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh bien! mon grand ami, braverons-nous le sort?
+ Et viens-tu m'apporter ou la vie ou la mort?
+ Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir se fonde.
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Bannissez vos frayeurs: tout va le mieux du monde[1403];
+ Il ne faut que partir, j'ai des chevaux tous prêts,
+ Et vous pourrez bientôt vous moquer des arrêts.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je te dois regarder comme un dieu tutélaire[1404],
+ Et ne sais point pour toi d'assez digne salaire.
+
+ LE GEÔLIER[1405].
+
+ Voici le prix unique où tout mon coeur prétend. 1215
+
+ ISABELLE.
+
+ Lyse, il faut te résoudre à le rendre content.
+
+ LYSE.
+
+ Oui, mais tout son apprêt nous est fort inutile:
+ Comment ouvrirons-nous les portes de la ville?
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs;
+ Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours: 1220
+ Nous pourrons aisément sortir par ses ruines[1406].
+
+ ISABELLE.
+
+ Ah! que je me trouvois sur d'étranges épines!
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Mais il faut se hâter.
+
+ ISABELLE.
+
+ Nous partirons soudain.
+ Viens nous aider là-haut à faire notre main.
+
+
+SCÈNE VII.
+
+CLINDOR, en prison[1407].
+
+ Aimables souvenirs de mes chères délices, 1225
+ Qu'on va bientôt changer en d'infâmes supplices,
+ Que malgré les horreurs de ce mortel effroi,
+ Vos charmants entretiens ont de douceurs pour moi[1408]!
+ Ne m'abandonnez point, soyez-moi plus fidèles
+ Que les rigueurs du sort ne se montrent cruelles; 1230
+ Et lorsque du trépas les plus noires couleurs
+ Viendront à mon esprit figurer mes malheurs[1409],
+ Figurez aussitôt à mon âme interdite
+ Combien je fus heureux par delà mon mérite.
+ Lorsque je me plaindrai de leur sévérité, 1235
+ Redites-moi l'excès de ma témérité:
+ Que d'un si haut dessein ma fortune incapable
+ Rendoit ma flamme injuste, et mon espoir coupable;
+ Que je fus criminel quand je devins amant,
+ Et que ma mort en est le juste châtiment. 1240
+ Quel bonheur m'accompagne à la fin de ma vie!
+ Isabelle, je meurs pour vous avoir servie;
+ Et de quelque tranchant que je souffre les coups,
+ Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous.
+ Hélas! que je me flatte, et que j'ai d'artifice 1245
+ A me dissimuler la honte d'un supplice[1410]!
+ En est-il de plus grand que de quitter ces yeux
+ Dont le fatal amour me rend si glorieux?
+ L'ombre d'un meurtrier creuse ici ma ruine[1411]:
+ Il succomba vivant, et mort il m'assassine; 1250
+ Son nom fait contre moi ce que n'a pu son bras;
+ Mille assassins nouveaux naissent de son trépas;
+ Et je vois de son sang, fécond en perfidies,
+ S'élever contre moi des âmes plus hardies,
+ De qui les passions, s'armant d'autorité[1412], 1255
+ Font un meurtre public avec impunité.
+ Demain de mon courage on doit faire un grand crime[1413],
+ Donner au déloyal ma tête pour victime;
+ Et tous pour le pays prennent tant d'intérêt,
+ Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt. 1260
+ Ainsi de tous côtés ma perte étoit certaine:
+ J'ai repoussé la mort, je la reçois pour peine.
+ D'un péril évité je tombe en un nouveau,
+ Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau.
+ Je frémis à penser à ma triste aventure[1414]; 1265
+ Dans le sein du repos je suis à la torture:
+ Au milieu de la nuit, et du temps du sommeil,
+ Je vois de mon trépas le honteux appareil;
+ J'en ai devant les yeux les funestes ministres;
+ On me lit du sénat les mandements sinistres; 1270
+ Je sors les fers aux pieds; j'entends déjà le bruit
+ De l'amas insolent d'un peuple qui me suit[1415];
+ Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare:
+ Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare;
+ Je ne découvre rien qui m'ose secourir[1416], 1275
+ Et la peur de la mort me fait déjà mourir.
+ Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,
+ Dissipes ces terreurs et rassures mon âme;
+ Et sitôt que je pense à tes divins attraits[1417],
+ Je vois évanouir ces infâmes portraits. 1280
+ Quelques[1418] rudes assauts que le malheur me livre,
+ Garde mon souvenir, et je croirai revivre.
+ Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison?
+ Ami, que viens-tu faire ici hors de saison?
+
+
+SCÈNE VIII.
+
+CLINDOR, LE GEÔLIER.
+
+ LE GEÔLIER, cependant qu'Isabelle et Lyse paroissent à
+ quartier[1419].
+
+ Les juges assemblés pour punir votre audace, 1285
+ Mus de compassion, enfin vous ont fait grâce.
+
+ CLINDOR.
+
+ M'ont fait grâce, bons Dieux!
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Oui, vous mourrez de nuit.
+
+ CLINDOR.
+
+ De leur compassion est-ce là tout le fruit?
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Que de cette faveur vous tenez peu de conte!
+ D'un supplice public c'est vous sauver la honte. 1290
+
+ CLINDOR.
+
+ Quels encens puis-je offrir aux maîtres de mon sort,
+ Dont l'arrêt me fait grâce, et m'envoie à la mort?
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Il la faut recevoir avec meilleur visage.
+
+ CLINDOR.
+
+ Fais ton office, ami, sans causer davantage.
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Une troupe d'archers là dehors vous attend; 1295
+ Peut-être en les voyant serez-vous plus content.
+
+
+SCÈNE IX.
+
+CLINDOR, ISABELLE, LYSE, LE GEÔLIER.
+
+ ISABELLE dit ces mots à Lyse, cependant que le Geôlier ouvre
+ la prison à Clindor[1420].
+
+ Lyse, nous l'allons voir.
+
+ LYSE.
+
+ Que vous êtes ravie!
+
+ ISABELLE.
+
+ Ne le serois-je point de recevoir la vie?
+ Son destin et le mien prennent un même cours,
+ Et je mourrois du coup qui trancheroit ses jours. 1300
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Monsieur, connoissez-vous beaucoup d'archers semblables?
+
+ CLINDOR.
+
+ Ah! Madame, est-ce vous? surprises adorables[1421]!
+ Trompeur trop obligeant, tu disois bien vraiment
+ Que je mourrois de nuit, mais de contentement.
+
+ ISABELLE.
+
+ Clindor!
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Ne perdons point le temps à ces caresses[1422]: 1305
+ Nous aurons tout loisir de flatter nos maîtresses[1423].
+
+ CLINDOR.
+
+ Quoi! Lyse est donc la sienne?
+
+ ISABELLE.
+
+ Écoutez le discours
+ De votre liberté qu'ont produit leurs amours.
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ En lieu de sûreté le babil est de mise;
+ Mais ici ne songeons qu'à nous ôter de prise. 1310
+
+ ISABELLE.
+
+ Sauvons-nous: mais avant, promettez-nous tous deux
+ Jusqu'au jour d'un hymen de modérer vos feux:
+ Autrement, nous rentrons.
+
+ CLINDOR.
+
+ Que cela ne vous tienne:
+ Je vous donne ma foi.
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Lyse, reçois la mienne.
+
+ ISABELLE.
+
+ Sur un gage si beau j'ose tout hasarder[1424]. 1315
+
+ LE GEÔLIER.
+
+ Nous nous amusons trop, il est temps d'évader.
+
+
+SCÈNE X.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Ne craignez plus pour eux ni périls ni disgrâces.
+ Beaucoup les poursuivront, mais sans trouver leurs traces.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ A la fin je respire.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Après un tel bonheur,
+ Deux ans les ont montés en haut degré d'honneur. 1320
+ Je ne vous dirai point le cours de leurs voyages,
+ S'ils ont trouvé le calme, ou vaincu les orages,
+ Ni par quel art non plus ils se sont élevés:
+ Ils suffit d'avoir vu comme ils se sont sauvés,
+ Et que, sans vous en faire une histoire importune, 1325
+ Je vous les vais montrer en leur haute fortune.
+ Mais puisqu'il faut passer à des effets plus beaux,
+ Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux.
+ Ceux que vous avez vus représenter de suite
+ A vos yeux étonnés leur amour et leur fuite[1425], 1330
+ N'étant pas destinés aux hautes fonctions,
+ N'ont point assez d'éclat pour leurs conditions.
+
+FIN DU QUATRIÈME ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1378] _Var._ Doit faire agir demain un pouvoir
+ tyrannique[1378-a]. (1639-57)
+
+ [1378-a] On lit dans l'édition de 1654:
+
+ Doit faire agir _pour moi_ un pouvoir tyrannique,
+
+ ce qui fait un non-sens et un hiatus.
+
+ [1379] _Var._ La faveur du pays, l'autorité du mort. (1639-57)
+
+ [1380] _Var._ C'est de m'avoir aimée et d'être trop parfait!
+ (1639)
+
+ [1381] _Var._ [T'ayant acquis mon coeur, ont fait aussi ton crime.]
+ Contre elles un jaloux fit son traître dessein[1381-a],
+ Et reçut le trépas qu'il portoit dans ton sein.
+ Qu'il eût valu bien mieux à ta valeur trompée
+ Offrir ton estomac ouvert à son épée,
+ Puisque, loin de punir ceux qui t'ont attaqué,
+ Les lois vont achever le coup qu'ils ont manqué!
+ Tu fusses mort alors, mais sans ignominie:
+ Ta mort n'eût point laissé ta mémoire ternie;
+ On n'eût point vu le foible opprimé du puissant,
+ Ni mon pays souillé du sang d'un innocent,
+ Ni Thémis endurer l'indigne violence
+ Qui pour l'assassiner emprunte sa balance[1381-b].
+ Hélas! et de quoi sert à mon coeur enflammé[1381-c]
+ D'avoir fait un beau choix et d'avoir bien aimé,
+ Si mon amour fatal te conduit au supplice
+ Et m'apprête à moi-même un mortel précipice?
+ Car en vain après toi l'on me laisse le jour. (1639-60)
+
+ [1381-a] Contre elles un jaloux forma son noir dessein. (1660)
+
+ [1381-b] Qui pour t'assassiner emprunte sa balance. (1648 et 60)
+
+ [1381-c] De quoi sert à mon coeur si vivement charmé. (1660)
+
+ [1382] _Var._ Et remet plus avant dans ma triste pensée
+ L'aimable souvenir de mon amour passée. (1639-57)
+
+ [1383] _Var._ L'un est mort, et demain l'autre perdra la vie.
+ (1639-57)
+
+ [1384] _Var._ Impudente, oses-tu me tenir ces paroles? (1639-57)
+
+ [1385] _Var._ Et puis après cela jugez si je vous aime. (1639-57)
+
+ [1386] _Var._ Va, ne m'informe[1386-a] plus si je suivrois sa
+ fuite. (1639-57)
+
+ [1386-a] Voyez tome I, p. 472, note 2.
+
+ [1387] _Var._ La prison est fort proche. (1639-64)
+
+ [1388] Les éditions de 1664-82 donnent _mourrois_, pour
+ _mourois_, ce qui ne nous paraît pas offrir de sens.
+
+ [1389] _Var._ Moi de prendre mon temps, que sa bonne fortune.
+ (1639-57)
+
+ [1390] _Var._ Ç'ai-je, dit; tu peux tout, et ton frère est
+ absent. (1639-57)
+
+ [1391] _Var._ Lui faire offre en ce cas de tout ce que j'avois.
+ (1639-60)
+
+ [1392] _Var._ J'ai bien fait encor pire:
+ J'ai dit que c'est pour vous que ce captif soupire,
+ Que vous l'aimiez de même et fuiriez avec nous. (1639-57)
+
+ [1393] L'édition de 1639 porte _fantasie_.
+
+ [1394] _Var._ Et que tous ces délais provenoient seulement.
+ (1639, 44 et 52-57)
+ _Var._ Et que tous ses délais provenoient seulement. (1648)
+
+ [1395] L'édition de 1682 donne à tort: _pour moi_, au lieu de:
+ _par moi_.
+
+ [1396] _Var._ Qu'il alloit y pourvoir, et que vers la mi-nuit
+ Vous fussiez toute prête à déloger sans bruit. (1639-57)
+
+ [1397] _Var._ Allez, ployez bagage, et n'épargnez en somme
+ Ni votre cabinet, ni celui du bonhomme. (1639-57)
+
+ [1398] _Var._ Allons faire le coup ensemble. (1639-57)
+
+ [1399] _Var._ [J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance,]
+ Tu réduiras pour moi tes voeux dans l'innocence,
+ Qu'un mari me tenant en sa possession,
+ Sa présence vaincra ta folle passion,
+ Ou que, si cette ardeur encore te possède,
+ Ma maîtresse avertie y mettra bon remède[1399-a]. (1639-57)
+
+ [1399-a] La scène III finit là dans les éditions indiquées.
+
+ [1400] _Var._ Qu'il s'est caché de peur dans la chambre aux fagots.
+ MAT. De peur? (1639-57)
+
+ [1401] A ce vers, et un peu plus bas au vers 1177, toutes les
+ éditions portent _ambrosie_, excepté celle de 1639, où on lit
+ _ambroisie_.
+
+ [1402] _Var._ Je le vais réparer. (1639-57)
+
+ [1403] _Var._ Madame, grâce aux Dieux, tout va le mieux du monde.
+ (1639-57)
+
+ [1404] _Var._ Ah! que tu me ravis! et quel digne salaire
+ Pourrai-je présenter à mon dieu tutélaire?
+ LE GEÔL. Voici la récompense où mon desir prétend.
+ ISAB. Lyse, il faut se résoudre à le rendre content. (1639-57)
+
+ [1405] _Var._ LE GEÔLIER, _montrant Lyse_. (1660)
+
+ [1406] L'édition de 1639 porte: «par ces ruines;» celle de 1657:
+ «de ses ruines.» Ce sont vraisemblablement deux fautes.
+
+ [1407] _Var._ _Il est en prison._ (1663, en marge.)
+
+ [1408] _Var._ Vous avez de douceurs et de charmes pour moi!
+ (1639-57)
+
+ [1409] _Var._ Viendront en mon esprit figurer mes malheurs.
+ (1648)
+
+ [1410] _Var._ Pour déguiser la honte et l'horreur d'un supplice!
+ Il faut mourir enfin, et quitter ces beaux yeux. (1639-57)
+
+ [1411] _Var._ L'ombre d'un meurtrier cause encor ma ruine.
+ (1639-57)
+
+ [1412] Dans l'édition de 1682, on lit ainsi ce vers:
+
+ De qui les passions s'arment d'autorité.
+
+ C'est sans doute encore une faute. Au vers 1259 il y a, autre
+ erreur, _prenant_, pour _prennent_.
+
+ [1413] _Var._ Demain de mon courage ils doivent faire un crime.
+ (1639-57)
+
+ [1414] _Var._ Je frémis au penser de ma triste aventure[1414-a].
+ (1639-57)
+
+ [1414-a] L'édition de 1657 porte, évidemment par erreur: «d'une
+ triste aventure.»
+
+ [1415] _Var._ De l'amas insolent du peuple qui me suit. (1648)
+
+ [1416] _Var._ Je ne découvre rien propre à me secourir. (1639-57)
+
+ [1417] _Var._ Aussitôt que je pense à tes divins attraits.
+ (1639-57)
+
+ [1418] Voyez tome I, p. 205, note 3.
+
+ [1419] _Var._ _Isabelle et Lyse paroissent à quartier._ (1663, en
+ marge.)--Cette indication manque dans les éditions de
+ 1639-57.--_A quartier_, à l'écart. Voyez tome I, p. 93, note 2.
+
+ [1420] _Var._ ISABELLE, _cependant que le Geôlier, etc._
+ (1660)--Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1639-57.
+
+ [1421] _Var._ Ma chère âme, est-ce vous? surprises adorables!
+ (1639-57)
+
+ [1422] _Var._ Mon heur! [LE GEÔL. Ne perdons point le temps à ces
+ caresses.] (1639-54)
+ _Var._ Mon heur! LE GEÔL. Ne perdons point de temps à ces
+ caresses. (1657)
+
+ [1423] _Var._ Nous aurons tout loisir de baiser nos maîtresses.
+ (1639-57)
+
+ [1424] _Var._ Sur un gage si bon j'ose tout hasarder.
+ LE GEÔL. Nous nous amusons trop, hâtons-nous d'évader.
+ (1639-57)
+
+ [1425] Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de
+ 1682.--L'édition de 1639, également par erreur, porte _leurs
+ amours et leurs fuites_: la rime s'oppose à ce pluriel.
+
+
+
+
+ACTE V.
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Qu'Isabelle est changée et qu'elle est éclatante!
+
+ ALCANDRE.
+
+ Lyse marche après elle, et lui sert de suivante;
+ Mais derechef surtout n'ayez aucun effroi, 1335
+ Et de ce lieu fatal ne sortez qu'après moi:
+ Je vous le dis encore, il y va de la vie.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Cette condition m'en ôte assez l'envie[1425].
+
+
+SCÈNE II.
+
+ISABELLE, représentant Hippolyte; LYSE, représentant Clarine[1427].
+
+ LYSE.
+
+ Ce divertissement n'aura-t-il point de fin?
+ Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin? 1340
+
+ ISABELLE.
+
+ Je ne puis plus cacher le sujet qui m'amène:
+ C'est grossir mes douleurs que de taire ma peine.
+ Le prince Florilame....
+
+ LYSE.
+
+ Eh bien! il est absent.
+
+ ISABELLE.
+
+ C'est la source des maux que mon âme ressent[1428];
+ Nous sommes ses voisins, et l'amour qu'il nous porte 1345
+ Dedans son grand jardin nous permet cette porte.
+ La princesse Rosine, et mon perfide époux,
+ Durant qu'il est absent en font leur rendez-vous:
+ Je l'attends au passage, et lui ferai connoître
+ Que je ne suis pas femme à rien souffrir d'un traître.
+
+ LYSE.
+
+ Madame, croyez-moi, loin de le quereller,
+ Vous ferez beaucoup mieux de tout dissimuler[1429]:
+ Il nous vient peu de fruit de telles jalousies[1430];
+ Un homme en court plus tôt après ses fantaisies[1431];
+ Il est toujours le maître, et tout notre discours[1432], 1355
+ Par un contraire effet, l'obstine en ses amours.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je dissimulerai son adultère flamme!
+ Une autre aura son coeur, et moi le nom de femme[1433]!
+ Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi?
+ Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi? 1360
+
+ LYSE.
+
+ Cela fut bon jadis; mais au temps où nous sommes,
+ Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes:
+ Leur gloire a son brillant et ses règles à part[1434];
+ Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard;
+ Elle croît aux dépens de nos lâches foiblesses; 1365
+ L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.
+
+ ISABELLE.
+
+ Ote-moi cet honneur et cette vanité,
+ De se mettre en crédit par l'infidélité.
+ Si pour haïr le change et vivre sans amie
+ Un homme tel que lui tombe dans l'infamie[1435], 1370
+ Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix;
+ S'il en est méprisé, j'estime ce mépris.
+ Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme
+ Aux maris vertueux est un illustre blâme.
+
+ LYSE.
+
+ Madame, il vient d'entrer; la porte a fait du bruit. 1375
+
+ ISABELLE.
+
+ Retirons-nous, qu'il passe.
+
+ LYSE.
+
+ Il vous voit et vous suit.
+
+
+SCÈNE III.
+
+CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant Hippolyte;
+LYSE, représentant Clarine.
+
+ CLINDOR.
+
+ Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises:
+ Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises[1436]?
+ Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien?
+ Ne fuyez plus, Madame, et n'appréhendez rien: 1380
+ Florilame est absent, ma jalouse[1437] endormie.
+
+ ISABELLE.
+
+ En êtes-vous bien sûr?
+
+ CLINDOR.
+
+ Ah! fortune ennemie!
+
+ ISABELLE.
+
+ Je veille, déloyal: ne crois plus m'aveugler;
+ Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair:
+ Je vois tous mes soupçons passer en certitudes, 1385
+ Et ne puis plus douter de tes ingratitudes:
+ Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret.
+ O l'esprit avisé pour un amant discret!
+ Et que c'est en amour une haute prudence
+ D'en faire avec sa femme entière confidence! 1390
+ Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi?
+ Qu'as-tu fait de ton coeur? qu'as-tu fait de ta foi?
+ Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne
+ De combien différoient ta fortune et la mienne,
+ De combien de rivaux je dédaignai les voeux; 1395
+ Ce qu'un simple soldat pouvoit être auprès d'eux:
+ Quelle tendre amitié je recevois d'un père!
+ Je le quittai pourtant pour suivre ta misère[1438];
+ Et je tendis les bras à mon enlèvement,
+ Pour soustraire ma main à son commandement[1439]. 1400
+ En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite
+ Les hasards dont le sort a traversé ta fuite!
+ Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur
+ Élevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur!
+ Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée, 1405
+ Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée[1440].
+ L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder,
+ Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder[1441].
+
+ CLINDOR.
+
+ Ne me reproche plus ta fuite ni ta flamme:
+ Que ne fait point l'amour quand il possède une âme? 1410
+ Son pouvoir à ma vue attachoit tes plaisirs,
+ Et tu me suivois moins que tes propres desirs.
+ J'étois lors peu de chose: oui, mais qu'il te souvienne
+ Que ta fuite égala ta fortune à la mienne,
+ Et que pour t'enlever c'étoit un foible appas[1442] 1415
+ Que l'éclat de tes biens qui ne te suivoient pas.
+ Je n'eus, de mon côté, que l'épée en partage,
+ Et ta flamme, du tien, fut mon seul avantage:
+ Celle-là m'a fait grand en ces bords étrangers;
+ L'autre exposa ma tête à cent et cent dangers[1443]. 1420
+ Regrette maintenant ton père et ses richesses;
+ Fâche-toi de marcher à côté des princesses;
+ Retourne en ton pays chercher avec tes biens[1444]
+ L'honneur d'un rang pareil à celui que tu tiens.
+ De quel manque, après tout, as-tu lieu de te plaindre?
+ En quelle occasion m'as-tu vu te contraindre?
+ As-tu reçu de moi ni froideurs, ni mépris?
+ Les femmes, à vrai dire, ont d'étranges esprits!
+ Qu'un mari les adore, et qu'un amour extrême[1445]
+ A leur bizarre humeur le soumette lui-même[1446], 1430
+ Qu'il les comble d'honneurs et de bons traitements,
+ Qu'il ne refuse rien à leurs contentements:
+ S'il fait la moindre brèche à la foi conjugale[1447],
+ Il n'est point à leur gré de crime qui l'égale;
+ C'est vol, c'est perfidie, assassinat, poison, 1435
+ C'est massacrer son père et brûler sa maison:
+ Et jadis des Titans l'effroyable supplice
+ Tomba sur Encelade avec moins de justice.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je te l'ai déjà dit, que toute ta grandeur
+ Ne fut jamais l'objet de ma sincère ardeur. 1440
+ Je ne suivois que toi, quand je quittai mon père;
+ Mais puisque ces grandeurs t'ont fait l'âme légère,
+ Laisse mon intérêt: songe à qui tu les dois[1448].
+ Florilame lui seul t'a mis où tu te vois:
+ A peine il te connut qu'il te tira de peine; 1445
+ De soldat vagabond il te fit capitaine;
+ Et le rare bonheur qui suivit cet emploi
+ Joignit à ses faveurs les faveurs de son roi.
+ Quelle forte amitié n'a-t-il point fait paroître
+ A cultiver depuis ce qu'il avoit fait naître? 1450
+ Par ses soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui[1449]
+ Un peu moindre de rang, mais plus puissant que lui?
+ Il eût gagné par là l'esprit le plus farouche,
+ Et pour remercîment tu veux souiller sa couche[1450]!
+ Dans ta brutalité trouve quelques raisons, 1455
+ Et contre ses faveurs défends tes trahisons.
+ Il t'a comblé de biens, tu lui voles son âme!
+ Il t'a fait grand seigneur, et tu le rends infâme!
+ Ingrat, c'est donc ainsi que tu rends les bienfaits[1451]?
+ Et ta reconnoissance a produit ces effets? 1460
+
+ CLINDOR.
+
+ Mon âme (car encor ce beau nom te demeure,
+ Et te demeurera jusqu'à tant que je meure),
+ Crois-tu qu'aucun respect ou crainte du trépas
+ Puisse obtenir sur moi ce que tu n'obtiens pas?
+ Dis que je suis ingrat, appelle-moi parjure; 1465
+ Mais à nos feux sacrés ne fais plus tant d'injure:
+ Ils conservent encor leur première vigueur;
+ Et si le fol amour qui m'a surpris le coeur[1452]
+ Avoit pu s'étouffer au point de sa naissance,
+ Celui que je te porte eût eu cette puissance; 1470
+ Mais en vain mon devoir tâche à lui résister[1453]:
+ Toi-même as éprouvé qu'on ne le peut dompter.
+ Ce dieu qui te força d'abandonner ton père,
+ Ton pays et tes biens, pour suivre ma misère,
+ Ce dieu même aujourd'hui force tous mes desirs[1454] 1475
+ A te faire un larcin de deux ou trois soupirs.
+ A mon égarement souffre cette échappée,
+ Sans craindre que ta place en demeure usurpée.
+ L'amour dont la vertu n'est point le fondement
+ Se détruit de soi-même, et passe en un moment; 1480
+ Mais celui qui nous joint est un amour solide[1455],
+ Où l'honneur a son lustre, où la vertu préside:
+ Sa durée a toujours quelques nouveaux appas[1456],
+ Et ses fermes liens durent jusqu'au trépas.
+ Mon âme, derechef pardonne à la surprise 1485
+ Que ce tyran des coeurs a faite[1457] à ma franchise;
+ Souffre une folle ardeur qui ne vivra qu'un jour,
+ Et qui n'affoiblit point le conjugal amour[1458].
+
+ ISABELLE.
+
+ Hélas! que j'aide bien à m'abuser moi-même!
+ Je vois qu'on me trahit, et veux croire qu'on m'aime[1459];
+ Je me laisse charmer à ce discours flatteur,
+ Et j'excuse un forfait dont j'adore l'auteur.
+ Pardonne, cher époux, au peu de retenue
+ Où d'un premier transport la chaleur est venue:
+ C'est en ces incidents manquer d'affection 1495
+ Que de les voir sans trouble et sans émotion.
+ Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe,
+ Il est bien juste aussi que ton amour se lasse;
+ Et même je croirai que ce feu passager
+ En l'amour conjugal ne pourra rien changer: 1500
+ Songe un peu toutefois à qui ce feu s'adresse,
+ En quel péril te jette une telle maîtresse.
+ Dissimule, déguise, et sois amant discret.
+ Les grands en leur amour n'ont jamais de secret;
+ Ce grand train qu'à leurs pas leur grandeur propre attache
+ N'est qu'un grand corps tout d'yeux à qui rien ne se cache,
+ Et dont il n'est pas un qui ne fît son effort
+ A se mettre en faveur par un mauvais rapport.
+ Tôt ou tard Florilame apprendra tes pratiques,
+ Ou de sa défiance, ou de ses domestiques; 1510
+ Et lors (à ce penser je frissonne d'horreur)
+ A quelle extrémité n'ira point sa fureur!
+ Puisqu'à ces passe-temps ton humeur te convie,
+ Cours après tes plaisirs, mais assure ta vie.
+ Sans aucun sentiment je te verrai changer, 1515
+ Lorsque tu changeras sans te mettre en danger[1460].
+
+ CLINDOR.
+
+ Encore une fois donc tu veux que je te die
+ Qu'auprès de mon amour je méprise ma vie?
+ Mon âme est trop atteinte, et mon coeur trop blessé,
+ Pour craindre les périls dont je suis menacé. 1520
+ Ma passion m'aveugle, et pour cette conquête
+ Croit hasarder trop peu de hasarder ma tête:
+ C'est un feu que le temps pourra seul modérer;
+ C'est un torrent qui passe et ne sauroit durer.
+
+ ISABELLE.
+
+ Eh bien! cours au trépas, puisqu'il a tant de charmes,
+ Et néglige ta vie aussi bien que mes larmes.
+ Penses-tu que ce prince, après un tel forfait,
+ Par ta punition se tienne satisfait?
+ Qui sera mon appui lorsque ta mort infâme
+ A sa juste vengeance exposera ta femme, 1530
+ Et que sur la moitié d'un perfide étranger
+ Une seconde fois il croira se venger?
+ Non, je n'attendrai pas que ta perte certaine
+ Puisse attirer sur moi les restes de ta peine[1461],
+ Et que de mon honneur, gardé si chèrement, 1535
+ Il fasse un sacrifice à son ressentiment.
+ Je préviendrai la honte où ton malheur me livre,
+ Et saurai bien mourir, si tu ne veux pas vivre.
+ Ce corps, dont mon amour t'a fait le possesseur,
+ Ne craindra plus bientôt l'effort d'un ravisseur. 1540
+ J'ai vécu pour t'aimer, mais non pour l'infamie
+ De servir au mari de ton illustre amie.
+ Adieu: je vais du moins, en mourant avant toi[1462],
+ Diminuer ton crime, et dégager ta foi.
+
+ CLINDOR.
+
+ Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change
+ Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range.
+ M'aimer malgré mon crime, et vouloir par ta mort
+ Éviter le hasard de quelque indigne effort!
+ Je ne sais qui je dois admirer davantage,
+ Ou de ce grand amour, ou de ce grand courage; 1550
+ Tous les deux m'ont vaincu: je reviens sous tes lois,
+ Et ma brutale ardeur va rendre les abois;
+ C'en est fait, elle expire, et mon âme plus saine
+ Vient de rompre les noeuds de sa honteuse chaîne.
+ Mon coeur, quand il fut pris, s'étoit mal défendu: 1555
+ Perds-en le souvenir.
+
+ ISABELLE.
+
+ Je l'ai déjà perdu.
+
+ CLINDOR.
+
+ Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre
+ Conspirent désormais à me faire la guerre[1463];
+ Ce coeur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux,
+ N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux[1464].
+
+ LYSE.
+
+ Madame, quelqu'un vient.
+
+
+SCÈNE IV.
+
+CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant Hippolyte;
+LYSE, représentant Clarine; ÉRASTE, TROUPE DE DOMESTIQUES DE
+FLORILAME.
+
+ ÉRASTE, poignardant Clindor.
+
+ Reçois, traître, avec joie
+ Les faveurs que par nous ta maîtresse t'envoie.
+
+ PRIDAMANT, à Alcandre.
+
+ On l'assassine, ô Dieux! daignez le secourir.
+
+ ÉRASTE.
+
+ Puissent les suborneurs ainsi toujours périr!
+
+ ISABELLE.
+
+ Qu'avez-vous fait, bourreaux?
+
+ ÉRASTE.
+
+ Un juste et grand exemple,
+ Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple,
+ Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang,
+ A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang.
+ Notre main a vengé le prince Florilame,
+ La princesse outragée, et vous-même, Madame, 1570
+ Immolant à tous trois un déloyal époux,
+ Qui ne méritoit pas la gloire d'être à vous.
+ D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice,
+ Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice.
+ Adieu.
+
+ ISABELLE.
+
+ Vous ne l'avez massacré qu'à demi: 1575
+ Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;
+ Achevez, assassins, de m'arracher la vie.
+ Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie!
+ Et de mon coeur jaloux les secrets mouvements
+ N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments! 1580
+ O clarté trop fidèle, hélas! et trop tardive,
+ Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive!
+ Falloit-il.... Mais j'étouffe, et, dans un tel malheur,
+ Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur;
+ Son vif excès me tue ensemble et me console, 1585
+ Et puisqu'il nous rejoint....
+
+ LYSE.
+
+ Elle perd la parole.
+ Madame.... Elle se meurt; épargnons les discours,
+ Et courons au logis appeler du secours.
+
+(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et les corps de
+Clindor et d'Isabelle, et le Magicien et le père sortent de la
+grotte.)
+
+
+SCÈNE V.
+
+ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ ALCANDRE.
+
+ Ainsi de notre espoir la fortune se joue:
+ Tout s'élève ou s'abaisse au branle de sa roue; 1590
+ Et son ordre inégal, qui régit l'univers,
+ Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Cette réflexion, mal propre pour un père,
+ Consoleroit peut-être une douleur légère;
+ Mais après avoir vu mon fils assassiné, 1595
+ Mes plaisirs foudroyés, mon espoir ruiné,
+ J'aurois d'un si grand coup l'âme bien peu blessée,
+ Si de pareils discours m'entroient dans la pensée.
+ Hélas! dans sa misère il ne pouvoit périr;
+ Et son bonheur fatal lui seul l'a fait mourir. 1600
+ N'attendez pas de moi des plaintes davantage:
+ La douleur qui se plaint cherche qu'on la soulage;
+ La mienne court après son déplorable sort.
+ Adieu; je vais mourir, puisque mon fils est mort.
+
+ ALCANDRE.
+
+ D'un juste désespoir l'effort est légitime, 1605
+ Et de le détourner je croirois faire un crime.
+ Oui, suivez ce cher fils sans attendre à demain;
+ Mais épargnez du moins ce coup à votre main;
+ Laissez faire aux douleurs qui rongent vos entrailles,
+ Et pour les redoubler voyez ses funérailles. 1610
+
+(Ici on relève la toile, et tous les comédiens paroissent avec
+leur portier[1465], qui comptent de l'argent sur une table, et
+en prennent chacun leur part[1466].)
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Que vois-je? chez les morts compte-t-on de l'argent?
+
+ ALCANDRE.
+
+ Voyez si pas un d'eux s'y montre négligent.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Je vois Clindor! ah Dieux! quelle étrange surprise[1467]!
+ Je vois ses assassins, je vois sa femme et Lyse!
+ Quel charme en un moment étouffe leurs discords, 1615
+ Pour assembler ainsi les vivants et les morts?
+
+ ALCANDRE.
+
+ Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique,
+ Leur poëme récité, partagent leur pratique:
+ L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié;
+ Mais la scène préside à leur inimitié. 1620
+ Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles[1468],
+ Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,
+ Le traître et le trahi, le mort et le vivant,
+ Se trouvent à la fin amis comme devant.
+ Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite, 1625
+ D'un père et d'un prévôt éviter la poursuite;
+ Mais tombant dans les mains de la nécessité,
+ Ils ont pris le théâtre en cette extrémité.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Mon fils comédien!
+
+ ALCANDRE.
+
+ D'un art si difficile
+ Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile[1469]; 1630
+ Et depuis sa prison, ce que vous avez vu,
+ Son adultère amour, son trépas imprévu[1470],
+ N'est que la triste fin d'une pièce tragique
+ Qu'il expose aujourd'hui sur la scène publique,
+ Par où ses compagnons en ce noble métier[1471] 1635
+ Ravissent à Paris un peuple tout entier[1472].
+ Le gain leur en demeure, et ce grand équipage,
+ Dont je vous ai fait voir le superbe étalage,
+ Est bien à votre fils, mais non pour s'en parer
+ Qu'alors que sur la scène il se fait admirer. 1640
+
+ PRIDAMANT.
+
+ J'ai pris sa mort pour vraie, et ce n'étoit que feinte:
+ Mais je trouve partout mêmes sujets de plainte.
+ Est-ce là cette gloire, et ce haut rang d'honneur
+ Où le devoit monter l'excès de son bonheur?
+
+ ALCANDRE.
+
+ Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre 1645
+ Est en un point si haut que chacun l'idolâtre[1473],
+ Et ce que votre temps voyoit avec mépris
+ Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits,
+ L'entretien de Paris, le souhait des provinces,
+ Le divertissement le plus doux de nos princes, 1650
+ Les délices du peuple, et le plaisir des grands:
+ Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps[1474];
+ Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde
+ Par ses illustres soins conserver tout le monde,
+ Trouvent dans les douceurs d'un spectacle si beau 1655
+ De quoi se délasser d'un si pesant fardeau.
+ Même notre grand Roi, ce foudre de la guerre,
+ Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre,
+ Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois
+ Prêter l'oeil et l'oreille au Théâtre françois: 1660
+ C'est là que le Parnasse étale ses merveilles;
+ Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles;
+ Et tous ceux qu'Apollon voit d'un meilleur regard
+ De leurs doctes travaux lui donnent quelque part.
+ D'ailleurs, si par les biens on prise les personnes[1475], 1665
+ Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes;
+ Et votre fils rencontre en un métier si doux
+ Plus d'accommodement qu'il n'eût trouvé chez vous[1476].
+ Défaites-vous enfin de cette erreur commune,
+ Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune. 1670
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Je n'ose plus m'en plaindre, et vois trop de combien
+ Le métier qu'il a pris est meilleur que le mien.
+ Il est vrai que d'abord mon âme s'est émue:
+ J'ai cru la comédie au point où je l'ai vue;
+ J'en ignorois l'éclat, l'utilité, l'appas, 1675
+ Et la blâmois ainsi, ne la connaissant pas,
+ Mais depuis vos discours mon coeur plein d'allégresse
+ A banni cette erreur avecque sa tristesse[1477].
+ Clindor a trop bien fait.
+
+ ALCANDRE.
+
+ N'en croyez que vos yeux.
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Demain, pour ce sujet, j'abandonne ces lieux; 1680
+ Je vole vers Paris. Cependant, grand Alcandre,
+ Quelles grâces ici ne vous dois-je point rendre[1478]?
+
+ ALCANDRE.
+
+ Servir les gens d'honneur est mon plus grand desir:
+ J'ai pris ma récompense en vous faisant plaisir.
+ Adieu: je suis content, puisque je vous vois l'être. 1685
+
+ PRIDAMANT.
+
+ Un si rare bienfait ne se peut reconnoître:
+ Mais, grand Mage, du moins croyez qu'à l'avenir
+ Mon âme en gardera l'éternel souvenir.
+
+
+FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1426] _Var._ Cette condition m'en ôtera l'envie. (1639-60)
+
+ [1427] En tête de cette scène et des suivantes, les indications
+ placées après les noms des personnages ont été omises dans
+ l'édition de 1639.
+
+ [1428] L'édition de 1682 porte seule: «que mon âme _en_ ressent.»
+
+ [1429] _Var._ Vous feriez beaucoup mieux de tout dissimuler.
+ (1639-60)
+
+ [1430] _Var._ Ce n'est pas bien à nous d'avoir des jalousies.
+ (1639-57)
+
+ [1431] Ici, comme plus haut, l'édition de 1639 porte _fantasies_.
+ Voyez le vers 1110.
+
+ [1432] _Var._ Il est toujours le maître, et tout votre discours.
+ (1639)
+
+ [1433] _Var._ Un autre aura son coeur, et moi le nom de femme.
+ (1639 et 57)
+
+ [1434] _Var._ Madame, leur honneur a des règles à part,
+ Où le votre se perd, le leur est sans hasard[1434-a],
+ Et la même action entre eux et nous commune
+ Est pour nous déshonneur, pour eux bonne fortune.
+ La chasteté n'est plus la vertu d'un mari;
+ La princesse du vôtre a fait son favori:
+ Sa réputation croîtra par ses caresses;
+ [L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.] (1639-57)
+
+ [1434-a] Où le nôtre se perd, le leur est sans hasard. (1644-57)
+
+ [1435] _Var._ Un homme comme lui tombe dans l'infamie. (1639-60)
+
+ [1436] _Var._ Sont-ce là les faveurs que vous m'aviez promises?
+ Où sont tant de baisers dont votre affection
+ Devoit être prodigue à ma réception?
+ Voici l'heure et le lieu, l'occasion est belle:
+ Je suis seul, vous n'avez que cette damoiselle,
+ Dont la dextérité ménagea nos amours;
+ Le temps est précieux, et vous fuyez toujours.
+ Vous voulez, je m'assure, avec ces artifices,
+ Que les difficultés augmentent nos délices.
+ A la fin je vous tiens. Quoi! vous me repoussez!
+ Que craignez-vous encor? Mauvaise, c'est assez:
+ [Florilame est absent, ma jalouse endormie.] (1639-57)
+
+ [1437] L'édition de 1682 porte, par erreur, _jalousie_, pour
+ _jalouse_.
+
+ [1438] _Var._ Je l'ai quitté pourtant pour suivre ta misère.
+ (1639)
+
+ [1439] _Var._ Ne pouvant être à toi de son consentement.
+ (1639-57)
+
+ [1440] _Var._ Rends-moi dedans le sein dont tu m'as arrachée.
+ Je t'aime, et mon amour m'a fait tout hasarder. (1639-57)
+
+ [1441] _Var._ Non pas pour tes grandeurs, mais pour te posséder.
+ (1639-60)
+
+ [1442] Voyez tome 1, p. 148, note 3.
+
+ [1443] _Var._ L'autre exposa ma tête en cent et cent dangers.
+ (1639-57)
+
+ [1444] _Var._ Retourne en ton pays avecque tous tes biens
+ Chercher un rang pareil à celui que tu tiens.
+ Qui te manque après tout? de quoi peux-tu te plaindre? (1639-57)
+
+ [1445] _Var._ Qu'un mari les adore, et qu'une amour extrême.
+ (1639-54)
+
+ [1446] Voici les différentes manières dont ce vers a été imprimé
+ dans les différentes éditions:
+
+ A leur bigearre humeur ce soumette lui-même. (1639)
+ A leur bigearre humeur le soumettre lui-même. (1644)
+ A leur bigearre humeur se soumette lui-même. (1648-54)
+ A leur bizarre humeur se soumettre lui-même. (1657)
+ A leur bigearre humeur le soumette lui-même. (1660)
+ A leur bizarre humeur le soumettre lui-même. (1663-82)
+
+ Nous avons cru devoir adopter la leçon de 1660, en substituant
+ _bizarre à bigearre_, comme l'ont fait les éditions suivantes.
+
+ [1447] _Var._ Fait-il la moindre brèche à la foi conjugale. (1639-57)
+
+ [1448] _Var._ Laisse mon intérêt: songe à qui tu le dois. (1639)
+
+ [1449] _Var._ Par ces soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui.
+ (1648)
+
+ [1450] _Var._ Et pour remercîment tu vas souiller sa couche!
+ Dans ta brutalité trouve quelque raison,
+ Et contre ses faveurs défends ta trahison. (1639-57)
+
+ [1451] Les éditions de 1639 et de 1663 écrivent: _les biens
+ faits_.
+
+ [1452] _Var._ Je t'aime, et si l'amour qui m'a surpris le coeur.
+ (1639-57)
+
+ [1453] _Var._ Mais en vain contre lui l'on tâche à résister.
+ (1639-57)
+
+ [1454] _Var._ Ce dieu même à présent malgré moi m'a réduit[1454-a]
+ A te faire un larcin des plaisirs d'une nuit.
+ A mes sens déréglés souffre cette licence:
+ Une pareille amour meurt dans la jouissance,
+ Celle dont la vertu n'est point le fondement. (1639-57)
+
+ [1454-a] Ce dieu même à présent malgré moi me réduit. (1644-57)
+
+ [1455] _Var._ Mais celle qui nous joint est une amour solide.
+ (1639-57)
+
+ [1456] _Var._ Dont les fermes liens durent jusqu'au trépas,
+ Et dont la jouissance a de nouveaux appas. (1639-57)
+
+ [1457] Le participe est au féminin dans toutes les éditions
+ antérieures à 1664; dans les impressions de 1664, 1668, 1682, et
+ même encore dans celle de 1692, il y a _fait_, sans accord.
+
+ [1458] _Var._ Et n'affoiblit en rien un conjugal amour. (1639-57)
+
+ [1459] _Var._ Je vois qu'on me trahit, et je crois que l'on
+ m'aime.(1639-57)
+
+ [1460] _Var._ Pourvu qu'à tout le moins tu changes sans danger.
+ (1639-57)
+
+ [1461] _Var._ Attire encor sur moi les restes de ta peine.
+ (1639-57)
+
+ [1462] _Var._ Adieu: je vais du moins, en mourant devant toi.
+ (1639-57)
+
+ [1463] _Var._ Conspirent désormais à lui faire la guerre. (1639)
+
+ [1464] Voyez au _Complément des variantes_, p. 524.
+
+ [1465] Le _concierge_ et le _portier_ avaient des attributions
+ fort différentes, que Chapuzeau nous fait connaître en ces
+ termes, en 1674, dans son _Théâtre françois_: «Le _concierge_ a
+ soin d'ouvrir l'hôtel et de le fermer, de le tenir propre et en
+ bon ordre, et après la comédie de visiter exactement partout, de
+ peur d'accident du feu.» (P. 237.)--«Les _portiers_, en pareil
+ nombre que les contrôleurs et aux mêmes portes, sont commis pour
+ empêcher les désordres qui pourroient survenir; et pour cette
+ fonction, avant les défenses étroites du Roi d'entrer sans payer,
+ on faisoit choix d'un brave, mais qui d'ailleurs sût discerner
+ les honnêtes gens d'avec ceux qui n'en portent pas la mine. Ils
+ arrêtent ceux qui voudroient passer outre sans billet, et les
+ avertissent d'en aller prendre au bureau, ce qu'ils font avec
+ civilité, ayant ordre d'en user envers tout le monde, pourvu
+ qu'on n'en vienne à aucune violence. L'Hôtel de Bourgogne ne s'en
+ sert plus, à la réserve de la porte du théâtre; et en vertu de la
+ déclaration du Roi, elle prend des soldats du régiment de ses
+ gardes autant qu'il est nécessaire: ce que l'autre troupe qui a
+ des portiers peut faire aussi au besoin. C'est ainsi que tous les
+ désordres ont été bannis, et que le bourgeois peut venir avec
+ plus de plaisir à la comédie.» (P. 242.)--Quant à la manière dont
+ on partageait la recette, voyez la _Notice_, p. 427.
+
+ [1466] _Var._ _On tire un rideau, et on voit tous les comédiens
+ qui partagent leur argent._ (1639)
+
+ [1467] _Var._ Je vois Clindor, Rosine! ah, Dieux! quelle surprise!
+ Je vois leur assassin, je vois sa femme et Lyse! (1639-57)
+
+ [1468] _Var._ Leurs vers font leur combat[1468-a], leur mort suit
+ leurs paroles. (1654-57)
+
+ [1468-a] L'édition de 1639 porte _leur combats_. Faut-il lire
+ _leur combat_, ou _leurs combats_?
+
+ [1469] _Var._ Tous les quatre, au besoin, en ont fait leur asile.
+ (1639-59)
+
+ [1470] _Var._ Son adultère amour, son trépas impourvu[1470-a].
+ (1639)
+
+ [1470-a] Voyez tome I, p. 183, note 3.
+
+ [1471] _Var._ Par où ses compagnons et lui dans leur métier.
+ (1639-57)
+
+ [1472] _Var._ Ravissant dans Paris un peuple tout entier. (1639)
+
+ [1473] _Var._ Est en un point si haut qu'un chacun l'idolâtre.
+ (1639-57)
+
+ [1474] _Var._ Parmi leurs passe-temps il tient les premiers
+ rangs. (1639-64)
+
+ [1475] _Var._ S'il faut par la richesse estimer les personnes.
+ (1639-57)
+
+ [1476] _Var._ Plus de biens et d'honneur qu'il n'eût trouvé chez
+ vous. (1639-57)
+
+ [1477] _Var._ A banni cette erreur avecque la tristesse. (1639)
+
+ [1478] _Var._ Quelles grâces ici ne vous dois-je pas rendre?
+ (1652-57)
+
+
+
+
+COMPLÉMENT DES VARIANTES.
+
+ 1560 _Var._ [N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour
+ Dieux:] Que leurs attraits unis....LYSE. La princesse
+ s'avance, Madame. CLIND. Cachez-vous, et nous faites
+ silence. Écoute-nous, mon âme, et par notre entretien Juge
+ si son objet m'est plus cher que le tien.
+
+ SCÈNE IV.
+
+ CLINDOR[1479], ROSINE.
+
+ ROS. Débarrassée enfin d'une importune suite,
+ Je remets à l'amour le soin de ma conduite,
+ Et pour trouver l'auteur de ma félicité,
+ Je prends un guide aveugle en cette obscurité.
+ Mais que son épaisseur me dérobe la vue!
+ Le moyen de le voir ou d'en être aperçue!
+ Voici la grande allée, il devroit être ici,
+ Et j'entrevois quelqu'un. Est-ce toi, mon souci?
+ CLIND. Madame, ôtez ce mot dont la feinte se joue,
+ Et que votre vertu dans l'âme désavoue:
+ C'est assez déguisé, ne dissimulez plus
+ L'horreur que vous avez de mes feux dissolus.
+ Vous avez voulu voir jusqu'à quelle insolence
+ D'une amour déréglée iroit la violence,
+ Vous l'avez vu, Madame, et c'est pour la punir
+ Que vos ressentiments vous font ici venir.
+ Faites sortir vos gens destinés à ma perte,
+ N'épargnez point ma tête; elle vous est offerte:
+ Je veux bien par ma mort apaiser vos beaux yeux,
+ Et ce n'est pas l'espoir qui m'amène en ces lieux.
+ ROS. Donc au lieu d'un amour rempli d'impatience,
+ Je ne rencontre en toi que de la défiance?
+ As-tu l'esprit troublé de quelque illusion?
+ Est-ce ainsi qu'un guerrier tremble à l'occasion?
+ Je suis seule, et toi seul, d'où te vient cet ombrage?
+ Te faut-il de ma flamme un plus grand témoignage?
+ Crois que je suis sans feinte à toi jusqu'à la mort.
+ CLIND. Je me garderai bien de vous faire ce tort:
+ Une grande princesse a la vertu plus chère.
+ ROS. Si tu m'aimes, mon coeur, quitte cette chimère.
+ CLIND. Ce n'en est point, Madame, et je crois voir en vous
+ Plus de fidélité pour un si digne époux.
+ ROS. Je la quitte pour toi; mais, Dieux! que je m'abuse,
+ De ne voir pas encor qu'un ingrat me refuse!
+ Son coeur n'est plus que glace, et mon aveugle ardeur
+ Impute à défiance un excès de froideur.
+ Va, traître, va, parjure, après m'avoir séduite,
+ Ce sont là des discours d'une mauvaise suite:
+ Alors que je me rends, de quoi me parles-tu?
+ Et qui t'amène ici me prêcher la vertu?
+ CLIND. Mon respect, mon devoir et ma reconnoissance
+ Dessus mes passions ont eu cette puissance.
+ Je vous aime, Madame, et mon fidèle amour
+ Depuis qu'on l'a vu naître a crû de jour en jour;
+ Mais que ne dois-je point au prince Florilame?
+ C'est lui dont le respect triomphe de ma flamme:
+ Après que sa faveur m'a fait ce que je suis....
+ ROS. Tu t'en veux souvenir pour me combler d'ennuis.
+ Quoi! son respect peut plus que l'ardeur qui te brûle?
+ L'incomparable ami, mais l'amant ridicule,
+ D'adorer une femme et s'en voir si chéri,
+ Et craindre au rendez-vous d'offenser un mari!
+ Traître, il n'en est plus temps: quand tu me fis paroître
+ Cette excessive amour qui commençoit à naître,
+ Et que le doux appas d'un discours suborneur
+ Avec un faux mérite attaqua mon honneur,
+ C'est lors qu'il te falloit à ta flamme infidèle
+ Opposer le respect d'une amitié si belle,
+ Et tu ne devois pas attendre à l'écouter
+ Quand mon esprit charmé ne le pourroit goûter.
+ Tes raisons vers tous deux sont de foibles défenses:
+ Tu l'offensas alors, aujourd'hui tu m'offenses[1480];
+ Tu m'aimois plus que lui, tu l'aimes plus que moi.
+ Crois-tu donc à mon coeur donner ainsi la loi[1481],
+ Que ma flamme à ton gré s'éteigne ou s'entretienne,
+ Et que ma passion suive toujours la tienne?
+ Non, non, usant si mal de ce qui t'est permis,
+ Loin d'en éviter un, tu fais deux ennemis.
+ Je sais trop les moyens d'une vengeance aisée:
+ Phèdre contre Hippolyte aveugla bien Thésée,
+ Et ma plainte armera plus de sévérité
+ Avec moins d'injustice et plus de vérité.
+ CLIND. Je sais bien que j'ai tort, et qu'après mon audace
+ Je vous fais un discours de fort mauvaise grâce;
+ Qu'il sied mal à ma bouche, et que ce grand respect
+ Agit un peu bien tard pour n'être point suspect;
+ Mais pour souffrir plus tôt la raison dans mon âme,
+ Vous aviez trop d'appas, et mon coeur trop de flamme:
+ Elle n'a triomphé qu'après un long combat.
+ ROS. Tu crois donc triompher lorsque ton coeur s'abat?
+ Si tu nommes victoire un manque de courage,
+ Appelle encor service un si cruel outrage,
+ Et puisque me trahir, c'est suivre la raison,
+ Dis-moi que tu me sers par cette trahison.
+ CLIND. Madame, est-ce vous rendre un si mauvais service,
+ De sauver votre honneur d'un mortel précipice?
+ Cet honneur qu'une dame a plus cher que les yeux....
+ ROS. Cesse de m'étourdir de ces noms odieux.
+ N'as-tu jamais appris que ces vaines chimères
+ Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères,
+ Ces vieux contes d'honneur n'ont point d'impressions
+ Qui puissent arrêter les fortes passions?
+ Perfide, est-ce de moi que tu le dois apprendre?
+ Dieux! jusques où l'amour ne me fait point descendre?
+ Je lui tiens des discours qu'il me devroit tenir,
+ Et toute mon ardeur ne peut rien obtenir.
+ CLIND. Par l'effort que je fais à mon amour extrême,
+ Madame, il faut apprendre à vous vaincre vous-même,
+ A faire violence à vos plus chers desirs,
+ Et préférer l'honneur à d'injustes plaisirs,
+ Dont au moindre soupçon, au moindre vent contraire
+ La honte et les malheurs sont la suite ordinaire.
+ ROS. De tous ces accidents rien ne peut m'alarmer:
+ Je consens de périr à force de t'aimer.
+ Bien que notre commerce aux yeux de tous se cache,
+ Qu'il vienne en évidence, et qu'un mari le sache,
+ Que je demeure en butte à ses ressentiments,
+ Que sa fureur me livre à de nouveaux tourments:
+ J'en souffrirai plutôt l'infamie éternelle
+ Que de me repentir d'une flamme si belle.
+
+ SCÈNE V.
+
+ CLINDOR[1482], ROSINE, ISABELLE[1483], LYSE[1484], ÉRASTE, TROUPE
+ DE DOMESTIQUES[1485].
+
+ ÉR. Donnons, ils sont ensemble.
+
+ ISAB. Oh Dieux! qu'ai-je entendu?
+ LYSE. Madame, sauvons-nous.
+ PRID. Hélas! il est perdu.
+ CLIND. Madame, je suis mort, et votre amour fatale
+ Par un indigne coup aux enfers me dévale.
+ ROS. Je meurs, mais je me trouve heureuse en mon trépas,
+ Que du moins en mourant je vais suivre tes pas.
+ ÉR. Florilame est absent; mais durant son absence,
+ C'est là comme les siens punissent qui l'offense:
+ C'est lui qui par nos mains vous envoie à tous deux
+ Le juste châtiment de vos lubriques feux[1486].
+ ISAB. Réponds-moi, cher époux, au moins une parole:
+ C'en est fait, il expire, et son âme s'envole.
+ Bourreaux, vous ne l'avez massacré qu'à demi:
+ [Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;
+ Achevez, assassins, de m'arracher la vie;]
+ Sa haine sans ma mort n'est pas bien assouvie.
+ ÉR. Madame, c'est donc vous!
+ ISAB. Oui, qui cours au trépas.
+ ÉR. Votre heureuse rencontre épargne bien nos pas:
+ Après avoir défait le prince Florilame
+ D'un ami déloyal et d'une ingrate femme,
+ Nous avions ordre exprès de vous aller chercher.
+ ISAB. Que voulez-vous de moi, traîtres?
+ ÉR. Il faut marcher:
+ Le prince, dès longtemps amoureux de vos charmes,
+ Dans un de ses châteaux veut essuyer vos larmes.
+ ISAB. Sacrifiez plutôt ma vie à son courroux.
+ ÉR. C'est perdre temps, Madame, il veut parler à vous.
+
+ (_Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et le reste des
+ acteurs, et le Magicien et le père sortent de la grotte_[1487].)
+
+
+ SCÈNE VI.
+
+ ALCANDRE, PRIDAMANT.
+
+ [ALC. Ainsi de notre espoir la fortune se joue.] (1639-57)
+
+FIN DU COMPLÉMENT DES VARIANTES.
+
+FOOTNOTES:
+
+ [1479] CLINDOR, _représentant Théagène_. (1644-57)
+
+ [1480] Tu l'offensois alors, aujourd'hui tu m'offenses. (1644-57)
+
+ [1481] Crois-tu donc à mon coeur donner toujours la loi.
+ (1644-57)
+
+ [1482] CLINDOR, _représentant Théagène_. (1644-57)
+
+ [1483] ISABELLE, _représentant Hippolyte_. (1644-57)
+
+ [1484] LYSE, _représentant Clarine_. (1644-57)
+
+ [1485] TROUPE DE DOMESTIQUES DE FLORILAME. (1644-57)
+
+ [1486] Ce juste châtiment de vos lubriques feux. (1644-57)
+
+ [1487] Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME.
+
+ LA GALERIE DU PALAIS, comédie 1
+
+ Notice 3
+
+ A Madame de Liancour 10
+
+ Examen 11
+
+ LA GALERIE DU PALAIS 17
+
+ LA SUIVANTE, comédie 113
+
+ Notice 115
+
+ A Monsieur *** 116
+
+ Examen 120
+
+ LA SUIVANTE 127
+
+ LA PLACE ROYALE, comédie 215
+
+ Notice 217
+
+ A Monsieur *** 219
+
+ Examen 221
+
+ LA PLACE ROYALE 225
+
+ LA COMÉDIE DES TUILERIES, par les cinq auteurs (IIIe acte) 303
+
+ Notice 305
+
+ Argument 309
+
+ LA COMÉDIE DES TUILERIES (IIIe acte) 311
+
+ MÉDÉE, tragédie 327
+
+ Notice 329
+
+ A Monsieur P. T. N. G. 332
+
+ Examen 333
+
+ MÉDÉE 341
+
+ L'ILLUSION, comédie 421
+
+ Notice 423
+
+ A Mademoiselle M. F. D. R. 430
+
+ Examen 432
+
+ L'ILLUSION 435
+
+ Complément des variantes 524
+
+
+FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+ PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie
+
+ Rue de Fleurus, 9
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE ***
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+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille
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+
+Title: Oeuvres de P. Corneille
+ Tome II
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+Author: Pierre Corneille
+
+Editor: Ch. (Charles Joseph) Marty-Laveaux
+
+Release Date: November 25, 2010 [EBook #34445]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE ***
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+Produced by Hélène de Mink, Carlo Traverso and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+<div class="box">
+<p>Notes de transcription:<br />
+Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.<br />
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p>
+
+<p>Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes; les numéros omis dans
+l'original ont été également omis dans cette version. Les numéros
+des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div>
+
+<a name="Page_I" id="Page_I"></a>
+
+<a name="Page_II" id="Page_II"></a>
+<p class="p4 center"><b>LES</b></p>
+
+<h2>GRANDS ÉCRIVAINS</h2>
+
+<h4>DE LA FRANCE</h4>
+
+<p class="center"><b>NOUVELLES ÉDITIONS</b></p>
+
+<p class="center"><small><b>PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION</b></small></p>
+
+<p class="center"><big><b>DE M. AD. REGNIER</b></big></p>
+
+<p class="center"><small><b>Membre de l'Institut</b></small></p>
+<a name="Page_III" id="Page_III"></a>
+<a name="Page_IV" id="Page_IV"></a>
+
+<h4 class="p4">OEUVRES</h4>
+
+<p class="center"><small><b>DE</b></small></p>
+
+<h3>P. CORNEILLE</h3>
+
+<p class="center"><b>TOME II</b></p>
+<a name="Page_V" id="Page_V"></a>
+
+<hr class="c5 p6" />
+<p class="center"><b><small>PARIS.&mdash;IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET C<sup>ie</sup></small></b></p>
+
+<p class="center"><small><b>Rue de Fleurus, 9</b></small>,</p>
+
+<hr class="c5" />
+<a name="Page_VI" id="Page_VI"></a>
+
+<h3 class="p4">OEUVRES</h3>
+
+<p class="center"><b>DE</b></p>
+
+<h1>P. CORNEILLE</h1>
+
+<hr class="c5" />
+<p class="center">NOUVELLE ÉDITION</p>
+
+<p class="center"><small>REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS</small><br />
+<small>ET LES AUTOGRAPHES</small></p>
+
+<p class="center"><small>ET AUGMENTÉE</small></p>
+
+<p class="center">de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un lexique des mots<br />
+et locutions remarquables, d'un portrait, d'un fac-simile, etc.</p>
+
+<h4>PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX</h4>
+
+<p class="p4 center"><b>TOME DEUXIÈME</b></p>
+
+<p class="center p4">PARIS</p>
+
+<p class="center"><b>LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C<sup>ie</sup></b></p>
+
+<p class="center"><small><b>BOULEVARD SAINT-GERMAIN</b></small></p>
+
+<hr class="c5" />
+
+<p class="center"><small><b>1862</b></small></p>
+
+<p><a name="Page_VII" id="Page_VII"></a></p>
+
+<p><a name="Page_1" id="Page_1"></a></p>
+
+<p class="p6 center"><b>LA</b></p>
+
+<h2>GALERIE DU PALAIS</h2>
+
+<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p>
+
+<p class="center"><small><b>1634</b></small></p>
+
+<a name="Page_2" id="Page_2"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p class="p2">Cette comédie, qui a eu plus de succès que toutes celles que
+Corneille a fait représenter avant <i>le Cid</i><a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, est curieuse à divers
+titres, et principalement pour l'histoire du théâtre.</p>
+
+<p>D'abord c'est dans cette pièce qu'il a substitué pour la première
+fois, comme il en fait lui-même la remarque<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, une suivante
+à la nourrice traditionnelle de la vieille comédie qu'il avait
+fait figurer dans <i>Mélite</i> et dans <i>la Veuve</i>. A partir de ce moment,
+l'acteur Alison, dont on ignore le nom véritable, et qui
+remplissait sous le masque cet emploi de nourrice, ne joua plus
+jusqu'à sa retraite que certains rôles de vieilles femmes ridicules.
+En jetant les yeux sur la planche qui se trouve en tête
+de <i>la Veuve</i>, dans les éditions de 1660 et 1664, on est frappé de
+l'air masculin de la nourrice, et l'on se demande si le dessinateur
+n'a pas voulu représenter le visage ou le masque d'Alison.</p>
+
+<p>Ensuite notre poëte, qui a dit spirituellement dans la préface
+de <i>Clitandre</i>, en parlant de la scène, dont il abandonne le
+choix au lecteur: «Où vous l'aurez une fois placée, elle s'y
+tiendra,» nous présente ici, au premier acte et au quatrième,
+un lieu non-seulement très-bien déterminé, mais réel, la Galerie
+du Palais, parfaitement connue de tous ses auditeurs,
+qui durent sans aucun doute prendre grand plaisir à ce spectacle,
+car aujourd'hui encore ce moyen de succès, bien qu'on
+en ait fort abusé, manque rarement son effet.</p>
+
+<p>La lingère nous fournit quelques détails sur l'histoire du
+costume, sur les variations de la mode: elle nous apprend,
+par exemple, combien les toiles de soie, dédaignées d'abord,
+<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">4</a></span>
+furent ensuite recherchées, et nous dit pourquoi elles le furent.
+Les conversations du libraire et de ses acheteurs présentent
+plus d'intérêt. Il est vrai que bon nombre de leurs allusions
+littéraires sont pour nous autant d'énigmes dont il nous est
+impossible de découvrir le mot, et qui n'en avaient probablement
+pas et n'étaient destinées qu'à faire naître les conjectures
+des spectateurs désireux de paraître initiés ou de faire
+les entendus; mais nous trouvons parmi ces énigmes quelques
+renseignements clairs et précis: nous apprenons, par exemple,
+que la vogue avait passé des romans aux pièces de théâtre,
+et que la Normandie avait acquis un grand renom par ses
+productions poétiques. Cette dernière assertion, venant d'un
+Rouennais, pourrait paraître un peu suspecte; mais par bonheur,
+pour confirmer son témoignage, nous pouvons invoquer
+celui d'un Angevin. Dans l'avis <i>Au lecteur</i> d'<i>Hippolyte</i>, tragédie
+publiée en 1635, le sieur de la Pinelière prétend que beaucoup
+de gens expérimentés lui auraient conseillé peut-être de taire
+son pays «plutôt que de le mettre en gros caractères au frontispice
+de son ouvrage;» et il ajoute: «Pour être estimé
+autrefois poli dans la Grèce il ne falloit que se dire d'Athènes,
+pour avoir la réputation de vaillant il falloit être de Lacédémone,
+et maintenant, pour se faire croire excellent poëte,
+il faut être né dans la Normandie.» Sur quoi Fontenelle fait
+observer qu'il est assez remarquable qu'il y ait eu un temps
+où l'on se soit cru obligé de faire ses excuses au public de ne
+pas être Normand. Au reste cet engouement du poëte angevin
+s'explique peut-être par l'honneur que lui avait fait Corneille
+de composer une pièce de vers pour son <i>Hippolyte</i>: on la
+trouvera dans les <i>Poésies diverses</i>, où elle figure pour la première
+fois.</p>
+
+<p>On peut rapprocher des détails que donne Corneille sur les
+libraires et leurs boutiques certains passages des auteurs de
+son temps. Par exemple, dans l'avis du libraire au lecteur qui
+est en tête de <i>Philine ou l'Amour contraire</i>, pastorale du sieur
+de la Morelle, publiée en 1630, nous lisons ce qui suit: «S'il
+y falloit faire un argument, il faudroit une main de papier entière;
+joint que la principale raison pourquoi on n'en fait point,
+c'est le peu de curiosité que beaucoup de personnes ont d'en
+acheter (<i>des pièces de théâtre</i>), après que tout un matin ou une
+<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span>
+après-dînée ils en ont lu l'argument sur la boutique d'un libraire,
+qui leur apprend pour rien ce qu'ils ne sauroient que pour de
+l'argent. Chacun aime son profit, ne t'en étonne pas. Adieu.»</p>
+
+<p>Une vue de la Galerie du Palais, par Abraham Bosse, nous
+montre les boutiques d'un libraire, d'un mercier, et d'une lingère.
+Le dessinateur s'est complu à multiplier au devant de
+ces boutiques des inscriptions par lesquelles il appelle sur lui-même
+l'attention du lecteur et qui prouvent que les procédés
+actuels de la réclame ne sont pas nouveaux. Le mercier, par
+exemple, tient un carton sur lequel ou lit: <i>éventails de Bosse</i>,
+et le libraire est principalement fourni des livres pour lesquels
+ce graveur a fait des frontispices. <i>La Mariane</i> de Tristan
+qui figure parmi ces ouvrages nous montre que cette planche
+est, au plus tôt, de 1637. On lit au bas les vers suivants qui
+expliquent et complètent certains passages de la comédie de
+Corneille:</p>
+
+<div class="left30 font90">
+<p><span class="i1">Tout ce que l'art humain a jamais inventé</span><br />
+Pour mieux charmer les sens par la galanterie,<br />
+Et tout ce qu'ont d'appas la grâce et la beauté<br />
+Se découvre à nos yeux dans cette galerie.</p>
+
+<p><span class="i1">Ici les cavaliers les plus aventureux</span><br />
+En lisant les romans s'animent à combattre,<br />
+Et de leur passion les amants langoureux<br />
+Flattent les mouvements par des vers de théâtre.</p>
+
+<p><span class="i1">Ici faisant semblant d'acheter devant tous</span><br />
+Des gants, des éventails, du ruban, des dentelles,<br />
+Les adroits courtisans se donnent rendez-vous,<br />
+Et pour se faire aimer galantisent les belles.</p>
+
+<p><span class="i1">Ici quelque lingère, à faute de succès</span><br />
+A vendre abondamment, de colère se pique<br />
+Contre les chicaneurs, qui, parlant de procès,<br />
+Empêchent les chalands d'aborder sa boutique.</p></div>
+
+<p>Dans ses <i>Épîtres</i>, publiées en 1637, Boisrobert nous montre
+les libraires du Palais annonçant à haute voix leurs nouveautés:</p>
+
+<div class="left30 font90">
+<p>Ce qui surtout blesse ma modestie,<br />
+Et qui ne peut souffrir de repartie,<br />
+C'est que mon nom retentira partout<br />
+Dans le Palais de l'un à l'autre bout.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span>
+Si je vais là parfois pour mes affaires,<br />
+Que deviendrai-je oyant trente libraires<br />
+Me clabauder et crier de concert:<br />
+«Deçà, messieurs, achetez Boisrobert<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>?»</p></div>
+
+<p>Dans une <i>Réponse</i> à une autre épître, Conrart complète ainsi
+ce tableau<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>:</p>
+
+<div class="left30 font90">
+<p>Fais venir dans ton cabinet<br />
+Courbé, Sommaville et Quinet<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>,<br />
+Et sans barguigner leur délivre<br />
+Tes lettres pour en faire un livre,<br />
+Qu'ils clabauderont au Palais<br />
+Tous les jours au sortir des plaids.</p></div>
+
+<p>En 1652, Berthod, dans sa <i>Ville de Paris en vers burlesques</i>,
+publiée chez J. B. Loyson, donne une description de la Galerie
+du Palais trop étendue pour que nous la reproduisions ici en
+entier, mais dont nous croyons devoir extraire les passages
+suivants:</p>
+
+<p class="left30 font90">.... Les courretieres d'amours<br />
+Font mille tours de passe-passe.<br />
+Le mal s'y fait de bonne grâce:<br />
+Les plus sages y sont trompés.<br />
+J'en sais qui furent attrapés<br />
+Allant un jour, par raillerie,<br />
+Faire un tour de la Galerie<br />
+Du Palais, où l'on fait ces coups.<br />
+<span class="i1"> «Çà, Monseu, qu'achèterez-vous?</span><br />
+Dit une belle librairesse.<br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+<span class="i1">«Voulez-vous voir la Galatée<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>,</span><br />
+La Niobé<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, la Pasithée<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span><br />
+<i>La Mort de César</i><a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, <i>Jodelet</i><a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>,<br />
+Le <i>Cinna, le Maître valet</i><a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>,<br />
+Tout le recueil des comédies?<br />
+Voici de belles tragédies<br />
+Qu'on a faites depuis deux jours.<br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+J'ai tout Rablais<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> et l'Agrippa,<br />
+Il n'y manque pas un iota....<br />
+C'est pour porter à la pochette,<br />
+Mais je vous le vends en cachette.»<br />
+<big><b>. . . . . . . . . . . . . . .</b></big><br />
+<big><b>. . . . . . . . . . . . . . .</b></big><br />
+<span class="i1">«Approchez-vous ici, Madame!</span><br />
+Là, voyez donc, venez, venez,<br />
+Voici ce qu'il vous faut, tenez!»<br />
+Dit un autre marchand, qui crie<br />
+Du milieu de la galerie:<br />
+«J'ai de beaux masques, de beaux glands,<br />
+De beaux mouchoirs, de beaux galands<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>:<br />
+Venez ici, Mademoiselle,<br />
+J'ai de bellissime dentelle,<br />
+Des points coupés<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> qui sont fort beaux,<br />
+De beaux étuis, de beaux ciseaux,<br />
+De la neige<a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> des plus nouvelles;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span><br />
+J'ai des cravates des plus belles,<br />
+Un manchon, un bel éventail,<br />
+Des pendants d'oreilles d'émail,<br />
+Une coëffe de crapaudaille<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>,<br />
+J'ai de beaux ouvrages de paille.»<br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+<b><big>. . . . . . . . . . . . . . .</big></b><br />
+<span class="i1">Mais écoutons cette marchande:</span><br />
+«Monseu, j'ai de belle Hollande<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>,<br />
+Des manchettes, de beaux rabats,<br />
+De beaux collets, de fort beaux bas.<br />
+Achetez-vous quelque chemise?<br />
+Voici de belle marchandise!<br />
+Venez, Monseu, venez à moi,<br />
+Vous aurez bon marché, ma foi!»</p>
+
+<p>En 1663, Montfleury choisit la Galerie du Palais pour y
+placer son <i>Impromptu de l'Hôtel de Condé</i><a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Au commencement
+de la pièce, de Villiers et Beauchâteau rencontrent un de leurs
+amis, qui les arrête en leur disant:</p>
+
+<div class="left30 font90">
+<p>Qui vous mène au Palais?</p>
+
+<p><span class="i4 smcap">BEAUCHATEAU.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Le seul dessein d'y faire</span><br />
+Emplette de ruban qui nous est nécessaire.</p>
+
+<p><span class="i4 smcap">LÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Et vous en faut-il tant?</p>
+
+<p><span class="i4 smcap">DE VILLIERS.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Comment s'il nous en faut?</span><br />
+Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut<br />
+Fait jouer sa réponse<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>, et j'ai l'honneur d'y faire<br />
+Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire.<br />
+Jugez après cela s'il nous faut des rubans.</p></div>
+
+<p>Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des
+auteurs du temps fort analogue à celle de <i>la Galerie du Palais</i>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span>
+Elle se passe entre Alis, marchande de livres, et un
+marquis, que nous n'aurions nulle envie de quereller sur ses
+goûts, si au ridicule qu'on lui prête de préférer Molière à
+Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer, il ne joignait
+le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi Corneille
+au nombre de ceux qu'il dédaigne.</p>
+
+<p>En 1682 les comédiens italiens donnèrent <i>Arlequin, lingère
+du Palais</i>, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance
+avec celle de la dispute de la Lingère et du Mercier<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>.
+Ici c'est avec un limonadier que la lingère a maille à
+partir. Arlequin joue à lui seul les deux rôles, et vêtu tout à
+la fois en homme et en femme, il se retourne avec une grande
+agilité pour représenter alternativement chacun des deux personnages.
+Ce n'est pas le seul souvenir de Corneille que renferme
+cette pièce; on y trouve une parodie de la scène du <i>Cid</i>
+où Rodrigue se présente chez Chimène<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>. Une note nous apprend
+que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le
+ton et la démarche de la Champmeslé.</p>
+
+<p><i>La Galerie du Palais</i>, représentée en 1634, ne fut imprimée
+qu'en 1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme
+iour de Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin
+Courbé, qui y associa François Targa. «Nostre bien
+amé Augustin Courbé, Libraire à Paris, nous a fait remonstrer,
+dit ce privilége, qu'il a recouuré un manuscrit contenant trois
+Comedies, sçavoir: <i>la Galerie du Palais, ou l'Amie Riualle</i>,
+<i>la Place Royalle, ou l'Amoureux Extrauagant</i>, et <i>la Suiuante</i>;
+et une Tragi-Comedie, intitulée <i>le Cid</i>, composées par Monsieur
+Corneille.» La première de ces pièces forme un volume
+in-4<sup>o</sup>, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre exact est:
+<span class="smcap">La Galerie dv Palais ov l'amie rivalle, Comedie</span>. <i>A Paris,
+chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur
+frere du Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme</i>,
+M.DC.XXXVII. <i>Auec priuilege du Roy.</i></p>
+
+<p>L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a
+supprimé le sous-titre de cet ouvrage.</p>
+
+<p class="center p2"><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span>
+<big>A MADAME DE LIANCOUR</big><a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<p class="left5"><span class="smcap">Madame</span>,</p>
+
+<p>Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais
+présent; non pas que j'aye si mauvaise opinion de cette
+pièce, que je veuille condamner les applaudissements
+qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais qu'un
+ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté.
+Aussi vous supplierai-je très-humblement de ne prendre
+pas tant garde à la qualité de la chose, qu'au pouvoir de
+celui dont elle part: c'est tout ce que vous peut offrir un
+homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas fait naître
+assez considérable pour être utile à votre service, je me
+tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer
+en quelque façon à vos divertissements. De six comédies
+qui me sont échappées<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>, si celle-ci n'est la meilleure,
+c'est la plus heureuse, et toutefois la plus malheureuse
+en ce point, que n'ayant pas eu l'honneur d'être vue de
+vous, il lui manque votre approbation, sans laquelle sa
+gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les
+acclamations publiques. Elle vous la vient demander,
+Madame, avec cette protection qu'autrefois <i>Mélite</i> a
+trouvée si favorable. J'espère que votre bonté ne lui refusera
+pas l'une et l'autre, ou que si vous désapprouvez
+<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span>
+sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et me
+permettrez de me dire toute ma vie,</p>
+
+<p class="left10">MADAME,<br />
+<span class="i2">Votre très-humble, très-obéissant,</span><br />
+<span class="i3">et très-obligé serviteur,</span><br />
+<span class="i11 smcap">Corneille</span>.</p>
+
+<p class="p2 center"><big>EXAMEN.</big></p>
+
+<p>Ce titre<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> seroit tout à fait irrégulier, puisqu'il n'est,
+fondé que sur le spectacle du premier acte, où commence
+l'amour de Dorimant pour Hippolyte, s'il n'étoit autorisé
+par l'exemple des anciens, qui étoient sans doute
+encore bien plus licencieux, quand ils ne donnoient à
+leurs tragédies que le nom des ch&oelig;urs, qui n'étoient que
+témoins de l'action, comme <i>les Trachiniennes</i><a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> et <i>les
+Phéniciennes</i><a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. L'<i>Ajax</i><a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> même de Sophocle ne porte pas
+pour titre <i>la Mort d'Ajax</i>, qui est sa principale action,
+mais <i>Ajax porte-fouet</i>, qui n'est que l'action du premier
+acte<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>. Je ne parle point des <i>Nues</i>, des <i>Guêpes</i> et des
+<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span>
+<i>Grenouilles</i> d'Aristophane; ceci doit suffire pour montrer
+que les Grecs, nos premiers maîtres, ne s'attachoient
+point à la principale action pour en faire porter
+le nom à leurs ouvrages, et qu'ils ne gardoient aucune
+règle sur cet article. J'ai donc pris ce titre de <i>la Galerie
+du Palais</i>, parce que la promesse de ce spectacle extraordinaire,
+et agréable pour sa naïveté, devoit exciter vraisemblablement
+la curiosité des auditeurs; et ç'a été pour
+leur plaire plus d'une fois, que j'ai fait paroître ce même
+spectacle à la fin du quatrième acte, où il est entièrement
+inutile, et n'est renoué avec celui du premier que par
+des valets<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> qui viennent prendre dans les boutiques ce
+que leurs maîtres y avoient acheté, ou voir si les marchands
+ont reçu les nippes qu'ils attendoient. Cette espèce
+de renouement lui étoit nécessaire, afin qu'il eût
+quelque liaison qui lui fît trouver sa place, et qu'il ne fût
+pas tout à fait hors d'&oelig;uvre. La rencontre que j'y fais
+faire d'Aronte<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> et de Florice est ce qui le fixe particulièrement
+en ce lieu-là; et sans cet incident, il eût été aussi
+propre à la fin du second et du troisième<a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>, qu'en la place
+qu'il occupe. Sans cet agrément, la pièce auroit été très-régulière
+pour l'unité du lieu<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> et la liaison des scènes, qui
+n'est interrompue que par là. Célidée et Hippolyte sont
+deux voisines dont les demeures ne sont séparées que
+<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span>
+par le travers d'une rue, et ne sont pas d'une condition
+trop élevée pour souffrir que leurs amants les entretiennent
+à leur porte. Il est vrai que ce qu'elles y disent seroit
+mieux dit dans une chambre ou dans une salle, et même ce
+n'est<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> que pour se faire voir aux spectateurs qu'elles quittent
+cette porte où elles devroient être retranchées, et
+viennent parler au milieu de la scène; mais c'est un accommodement
+de théâtre qu'il faut souffrir pour trouver
+cette rigoureuse unité de lieu qu'exigent les grands réguliers.
+Il sort un peu de l'exacte vraisemblance et de la
+bienséance même; mais il est presque impossible d'en
+user autrement; et les<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> spectateurs y sont si accoutumés,
+qu'ils n'y trouvent rien qui les blesse. Les anciens, sur
+les exemples desquels on a formé les règles, se donnoient
+cette liberté. Ils choisissoient pour le lieu de leurs comédies,
+et même de leurs tragédies, une place publique;
+mais je m'assure qu'à les bien examiner, il y a plus de la
+moitié de ce qu'ils font dire qui seroit mieux dit dans la
+maison qu'en cette place. Je n'en produirai qu'un exemple,
+sur qui le lecteur en pourra trouver d'autres.</p>
+
+<p><i>L'Andrienne</i> de Térence commence par le vieillard
+Simon, qui revient du marché avec des valets chargés de
+ce qu'il vient d'acheter pour les noces de son fils; il leur
+commande d'entrer dans sa maison avec leur charge, et
+retient avec lui Sosie, pour lui apprendre que ces noces
+ne sont que des noces feintes, à dessein de voir ce qu'en
+dira son fils, qu'il croit engagé dans une autre affection,
+dont il lui conte l'histoire. Je ne pense pas qu'aucun me
+dénie qu'il seroit mieux dans sa salle à lui faire confidence
+de ce secret que dans une rue. Dans la seconde
+scène, il menace Davus de le maltraiter, s'il fait aucune
+<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span>
+fourbe pour troubler ces noces: il le menaceroit plus à
+propos dans sa maison qu'en public; et la seule raison
+qui le fait parler devant son logis, c'est afin que ce
+Davus, demeuré seul, puisse voir Mysis sortir de chez
+Glycère, et qu'il se fasse une liaison d'&oelig;il entre ces deux
+scènes; ce qui ne regarde pas l'action présente de cette
+première, qui se passeroit mieux dans la maison, mais
+une action future qu'ils ne prévoient point, et qui est
+plutôt du dessein du poëte, qui force un peu la vraisemblance
+pour observer les règles de son art, que du choix
+des acteurs qui ont à parler, qui ne seroient pas où les
+met le poëte, s'il n'étoit question que de dire ce qu'il
+leur fait dire. Je laisse aux curieux à examiner le reste de
+cette comédie de Térence; et je veux croire qu'à moins
+que d'avoir l'esprit fort préoccupé d'un sentiment contraire,
+ils demeureront d'accord de ce que je dis.</p>
+
+<p>Quant à la durée de cette pièce, elle est dans le même
+ordre que la précédente, c'est-à-dire dans cinq jours
+consécutifs. Le style en est plus fort et plus dégagé des
+pointes dont j'ai parlé<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, qui s'y trouveront assez rares.
+Le personnage de nourrice, qui est de la vieille comédie,
+et que le manque d'actrices sur nos théâtres y
+avoit conservé jusqu'alors, afin qu'un homme le pût représenter
+sous le masque, se trouve ici métamorphosé
+en celui de suivante, qu'une femme représente sur son
+visage. Le caractère des deux amantes a quelque chose
+de choquant, en ce qu'elles sont toutes deux amoureuses
+d'hommes qui ne le sont point d'elles, et Célidée particulièrement
+s'emporte jusqu'à s'offrir elle-même. On la
+pourroit excuser sur le violent dépit qu'elle a de s'être
+vue méprisée par son amant, qui en sa présence même
+<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span>
+a conté des fleurettes à une autre; et j'aurois de plus à
+dire que nous ne mettons pas sur la scène des personnages
+si parfaits, qu'ils ne soient sujets à des défauts et
+aux foiblesses qu'impriment les passions; mais je veux
+bien avouer que cela va trop avant, et passe trop la bienséance
+et la modestie du sexe, bien qu'absolument il
+ne soit pas condamnable. En récompense, le cinquième
+acte est moins traînant que celui des précédentes, et
+conclut deux mariages sans laisser aucun mécontent; ce
+qui n'arrive pas dans celles-là.</p>
+
+<hr class="h30" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span></p>
+<h4>ACTEURS.</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+PLEIRANTE, père de Célidée.<br />
+LYSANDRE, amant de Célidée.<br />
+DORIMANT, amoureux d'Hippolyte.<br />
+CHRYSANTE, mère d'Hippolyte.<br />
+CÉLIDÉE, fille de Pleirante<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.<br />
+HIPPOLYTE, fille de Chrysante<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.<br />
+ARONTE, écuyer de Lysandre.<br />
+CLÉANTE, écuyer de Dorimant.<br />
+FLORICE, suivante d'Hippolyte.<br />
+Le <span class="smcap">Libraire</span> du Palais.<br />
+Le <span class="smcap">Mercier</span> du Palais.<br />
+La <span class="smcap">Lingère</span> du Palais.<br /></p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">La scène est à Paris.</p>
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span></p>
+
+<p class="p4 center"><small><b>LA</b></small></p>
+
+<h3>GALERIE DU PALAIS.</h3>
+
+<p class="center"><small>COMÉDIE.</small></p>
+<hr class="c5" />
+<h2 class="p4">ACTE I.</h2>
+
+<hr class="c5" />
+
+<h3 class="p2">SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ARONTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Enfin je ne le puis: que veux-tu que j'y fasse<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>?<br />
+Pour tout autre sujet mon maître n'est que glace;<br />
+Elle est trop dans son c&oelig;ur; on ne l'en peut chasser,<br />
+Et c'est folie à nous que de plus y penser.<br />
+J'ai beau devant les yeux lui remettre Hippolyte,<span class="dalign">5</span><br />
+Parler de ses attraits, élever son mérite,<br />
+Sa grâce, son esprit, sa naissance, son bien;<br />
+Je n'avance non plus qu'à ne lui dire rien<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>:<br />
+L'amour, dont malgré moi son âme est possédée,<br />
+Fait qu'il en voit autant, ou plus, en Célidée.<span class="dalign">10</span></p>
+
+<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Ne quittons pas pourtant: à la longue on fait tout.
+<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span><br />
+La gloire suit la peine: espérons jusqu'au bout.<br />
+Je veux que Célidée ait charmé son courage,<br />
+L'amour le plus parfait n'est pas un mariage;<br />
+Fort souvent moins que rien cause un grand changement,<br />
+Et les occasions naissent en un moment.</p>
+
+<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Je les prendrai toujours quand je les verrai naître.</p>
+
+<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Hippolyte, en ce cas, saura le reconnoître<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</p>
+
+<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Tout ce que j'en prétends, c'est un entier secret<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>.<br />
+Adieu: je vais trouver Célidée à regret.<span class="dalign">20</span></p>
+
+<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p>
+
+<p>De la part de ton maître?</p>
+
+<p><span class="i6 smcap">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Oui.</span></p>
+
+<p><span class="i6 smcap">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Si j'ai bonne vue,</span><br />
+La voilà que son père amène vers la rue.<br />
+Tirons-nous à quartier; nous jouerons mieux nos jeux<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>,<br />
+S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+<h4 class="p2">PLEIRANTE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Ne pense plus, ma fille, à me cacher ta flamme;<span class="dalign">25</span><br />
+N'en conçois point de honte, et n'en crains point de blâme:<br />
+Le sujet qui l'allume a des perfections<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span>
+Dignes de posséder tes inclinations;<br />
+Et pour mieux te montrer le fond de mon courage,<br />
+J'aime autant son esprit que tu fais son visage.<span class="dalign">30</span><br />
+Confesse donc, ma fille, et crois qu'un si beau feu<br />
+Veut être mieux traité que par un désaveu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Monsieur, il est tout vrai, son ardeur légitime<br />
+A tant gagné sur moi que j'en fais de l'estime:<br />
+J'honore son mérite, et n'ai pu m'empêcher<span class="dalign">35</span><br />
+De prendre du plaisir à m'en voir rechercher;<br />
+J'aime son entretien, je chéris sa présence;<br />
+Mais cela n'est enfin qu'un peu de complaisance<a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>,<br />
+Qu'un mouvement léger qui passe en moins d'un jour.<br />
+Vos seuls commandements produiront mon amour,<span class="dalign">40</span><br />
+Et votre volonté, de la mienne suivie....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Favorisant ses v&oelig;ux, seconde ton envie.<br />
+Aime, aime ton Lysandre; et puisque je consens<br />
+Et que je t'autorise à ces feux innocents,<br />
+Donne-lui hardiment une entière assurance<span class="dalign">45</span><br />
+Qu'un mariage heureux suivra son espérance:<br />
+Engage-lui ta foi. Mais j'aperçois venir<br />
+Quelqu'un qui de sa part te vient entretenir.<br />
+Ma fille, adieu: les yeux d'un homme de mon âge<br />
+Peut-être empêcheroient la moitié du message.<span class="dalign">50</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Il ne vient rien de lui qu'il faille vous celer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Mais tu seras sans moi plus libre à lui parler;<br />
+Et ta civilité, sans doute un peu forcée,<br />
+Me fait un compliment qui trahit ta pensée.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIDÉE, ARONTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Que fait ton maître, Aronte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Il m'envoie aujourd'hui</span><span class="dalign">55</span><br />
+Voir ce que sa maîtresse a résolu de lui,<br />
+Et comment vous voulez qu'il passe la journée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je serai chez Daphnis toute l'après-dînée,<br />
+Et s'il m'aime, je crois que nous l'y pourrons voir.<br />
+Autrement....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Ne pensez qu'à l'y bien recevoir.</span><span class="dalign">60</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>S'il y manque, il verra sa paresse punie.<br />
+Nous y devons dîner fort bonne compagnie:<br />
+J'y mène, du quartier, Hippolyte et Cloris.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Après elles et vous il n'est rien dans Paris<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>,<br />
+Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme,<span class="dalign">65</span><br />
+Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je ne suis pas d'humeur bien propre à t'écouter,<br />
+Et ne prends pas plaisir à m'entendre flatter<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.<br />
+Sans que ton bel esprit tâche plus d'y paroître,<br />
+Mêle-toi de porter ma réponse à ton maître<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.<span class="dalign">70</span></p>
+
+<p><span class="smcap i4">ARONTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Quelle superbe humeur! quel arrogant maintien!<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span>
+Si mon maître me croit, vous ne tenez plus rien;<br />
+Il changera d'objet, ou j'y perdrai ma peine:<br />
+Aussi bien son amour ne vous rend que trop vaine<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, le Libraire</span><a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</h4>
+
+<p class="font90">(On tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le Mercier,
+chacun dans sa boutique<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Vous avez fort la presse à ce livre nouveau;<span class="dalign">75</span><br />
+C'est pour vous faire riche.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">On le trouve si beau<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>,</span><br />
+Que c'est pour mon profit le meilleur qui se voie.<br />
+Mais vous, que vous vendez de ces toiles de soie<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>De vrai, bien que d'abord on en vendît fort peu,<br />
+A présent Dieu nous aime, on y court comme au feu;<span class="dalign">80</span><br />
+Je n'en saurois fournir autant qu'on m'en demande:<br />
+Elle sied mieux aussi que celle de Hollande,<br />
+Découvre moins le fard dont un visage est peint,<br />
+Et donne, ce me semble, un plus grand lustre au teint<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.<br />
+Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique,<span class="dalign">85</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span>
+Pour être trop étroite, empêche ma pratique;<br />
+A peine y puis-je avoir deux chalands à la fois:<br />
+Je veux changer de place avant qu'il soit un mois;<br />
+J'aime mieux en payer le double et davantage,<br />
+Et voir ma marchandise en un bel-étalage<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.<span class="dalign">90</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>Vous avez bien raison; mais à ce que j'entends....<br />
+Monsieur, vous plaît-il voir quelques livres du temps?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">DORIMANT, CLÉANTE, Le Libraire.</span></h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Montrez-m'en quelques-uns.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Voici ceux de la mode.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Otez-moi cet auteur, son nom seul m'incommode;<br />
+C'est un impertinent, ou je n'y connois rien.<span class="dalign">95</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>Ses &oelig;uvres toutefois se vendent assez bien.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Quantité d'ignorants ne songent qu'à la rime.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>Monsieur, en voici deux dont on fait grande estime:<br />
+Considérez ce trait, on le trouve divin.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Il n'est que mal traduit du cavalier Marin<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>;<span class="dalign">100</span><br />
+Sa veine, au demeurant, me semble assez hardie.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>Ce fut son coup d'essai que cette comédie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Cela n'est pas tant mal pour un commencement;<br />
+La plupart de ses vers coulent fort doucement:<br />
+Qu'il a de mignardise à décrire un visage!<span class="dalign">105</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE, DORIMANT, CLÉANTE,
+<span class="smcap">Le Libraire</span>, <span class="smcap">La Lingère</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p>
+
+<p>Madame, montrez-nous quelques collets d'ouvrage<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Je vous en vais montrer de toutes les façons.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">au Libraire</span><a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<p>Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, à Hippolyte<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
+
+<p>Voilà du point d'esprit<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, de Gênes, et d'Espagne.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne.<span class="dalign">110</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Quand vous aurez choisi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que t'en semble, Florice?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service;<br />
+En moins de trois savons on ne les connoît plus.<span class="dalign">115</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p>
+
+<p>Celui-ci, qu'en dis-tu<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">L'ouvrage en est confus,</span><br />
+Bien que l'invention de près soit assez belle.<br />
+Voici bien votre fait, n'étoit que la dentelle<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a><br />
+Est fort mal assortie avec le passement;<br />
+Cet autre n'a de beau que le couronnement.<span class="dalign">120</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Si vous pouviez avoir deux jours de patience<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>,<br />
+Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence.</p>
+
+<p class="font90">(Dorimant parle au Libraire à l'oreille<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Il vaudroit mieux attendre.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span>
+<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Eh bien! nous attendrons;</span><br />
+Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Mercredi j'en attends de certaines nouvelles.<span class="dalign">125</span><br />
+Cependant vous faut-il quelques autres dentelles?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>J'en ai ce qu'il m'en faut pour ma provision.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span>, <span class="font90">à Dorimant<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>.</span></p>
+
+<p>J'en vais subtilement prendre l'occasion.<br />
+La connois-tu, voisine?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Oui, quelque peu de vue:</span><br />
+Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue.<span class="dalign">130</span></p>
+
+<p class="ni2 font90">(Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre, et lui parle à l'oreille<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.)</p>
+
+<p>Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas<br />
+Que dans tous vos auteurs?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANTE</span><a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p>
+
+<p><span class="i10">Je n'y manquerai pas.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span><a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p>
+
+<p>Si tu ne me vois là, je serai dans la salle<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</p>
+
+<p class="font90">(Il prend un livre sur la boutique du Libraire<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.)</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span>
+Je connois celui-ci; sa veine est fort égale;<br />
+Il ne fait point de vers qu'on ne trouve charmants.<span class="dalign">135</span><br />
+Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans;<br />
+J'ai vu que notre peuple en étoit idolâtre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>La mode est à présent des pièces de théâtre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>De vrai, chacun s'en pique; et tel y met la main,<br />
+Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain.<span class="dalign">140</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, DORIMANT, <span class="smcap">le Libraire,
+le Mercier.</span></h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je te prends sur le livre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Eh bien! qu'en veux-tu dire?</span><br />
+Tant d'excellents esprits, qui se mêlent d'écrire,<br />
+Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Y trouves-tu toujours une heure de plaisir?<br />
+Beaucoup font bien des vers, et peu la comédie<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.<span class="dalign">145</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Sans rien spécifier, peu méritent de voir<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span>
+Souvent leur entreprise excède leur pouvoir<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>,<br />
+Et tel parle d'amour sans aucune pratique.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>On n'y sait guère alors que la vieille rubrique:<span class="dalign">150</span><br />
+Faute de le connoître, on l'habille en fureur;<br />
+Et loin d'en faire envie, on nous en fait horreur.<br />
+Lui seul de ses effets a droit de nous instruire;<br />
+Notre plume à lui seul doit se laisser conduire:<br />
+Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait;<span class="dalign">155</span><br />
+Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses<br />
+Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.<br />
+Tant de sorte<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> d'appas, de doux saisissements,<br />
+D'agréables langueurs et de ravissements,<span class="dalign">160</span><br />
+Jusques où d'un bel &oelig;il peut s'étendre l'empire,<br />
+Et mille autres secrets que l'on ne sauroit dire<br />
+(Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit),<br />
+Ne se surent jamais par un effort d'esprit;<br />
+Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites<span class="dalign">165</span><br />
+Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes.<br />
+C'est tout un autre jeu. Le style d'un sonnet<br />
+Est fort extravagant dedans un cabinet;<br />
+Il y faut bien louer la beauté qu'on adore,<br />
+Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore,<span class="dalign">170</span><br />
+Sans que l'éclat des lis, des roses, d'un beau jour,<br />
+Ait rien à démêler avecque notre amour.<br />
+O pauvre comédie, objet de tant de veines,<br />
+Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span>
+On te tire souvent sur un original<span class="dalign">175</span><br />
+A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Laissons la muse en paix, de grâce, à la pareille<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.<br />
+Chacun fait ce qu'il peut, et ce n'est pas merveille<br />
+Si, comme avec bon droit on perd bien un procès,<br />
+Souvent un bon ouvrage a de foibles succès.<span class="dalign">180</span><br />
+Le jugement de l'homme ou plutôt son caprice<br />
+Pour quantité d'esprits n'a que de l'injustice.<br />
+J'en admire beaucoup dont on fait peu d'état;<br />
+Leurs fautes, tout au pis, ne sont pas coups d'État:<br />
+La plus grande est toujours de peu de conséquence.<span class="dalign">185</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE.</span></p>
+
+<p>Vous plairoit-il de voir des pièces d'éloquence<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>,<br />
+<span class="font90">ayant regardé le titre d'un livre que le Libraire
+lui présente</span><a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>.</p>
+
+<p>J'en lus hier la moitié; mais son vol est si haut,<br />
+Que presque à tous moments je me trouve en défaut.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Voici quelques auteurs dont j'aime l'industrie.<br />
+Mettez ces trois à part, mon maître, je vous prie;<span class="dalign">190</span><br />
+Tantôt un de mes gens vous les<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a> viendra payer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>, <span class="font90">se retirant d'auprès les boutiques</span><a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>.</p>
+
+<p>Le reste du matin, où veux-tu l'employer?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Voyez deçà, messieurs; vous plaît-il rien du nôtre?<br />
+Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre,<br />
+Des gants, des baudriers, des rubans, des castors.<span class="dalign">195</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span></p>
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i4">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Je ne saurois encor te suivre, si tu sors:<br />
+Faisons un tour de salle, attendant mon Cléante.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Qui te retient ici?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i6">L'histoire en est plaisante:</span><br />
+Tantôt, comme j'étois sur le livre occupé<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>,<br />
+Tout proche on est venu choisir du point coupé<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>.<span class="dalign">200</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Qui?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i2">C'est la question; mais il faut s'en remettre<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a></span><br />
+A ce qu'à mes regards sa coiffe a pu permettre<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.<br />
+Je n'ai rien vu d'égal: mon Cléante la suit,<br />
+Et ne reviendra point qu'il n'en soit bien instruit<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>,<br />
+Qu'il n'en sache le nom, le rang et la demeure.<span class="dalign">205</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ami, le c&oelig;ur t'en dit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Nullement, ou je meure;</span><br />
+Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté,<br />
+J'ai voulu contenter ma curiosité.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ta curiosité deviendra bientôt flamme:<br />
+C'est par là que l'amour se glisse dans une âme.<span class="dalign">210</span><br />
+<span class="i1">A la première vue, un objet qui nous plaît<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a></span><br />
+N'inspire qu'un desir de savoir quel il est<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>;<br />
+On en veut aussitôt apprendre davantage<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>,<br />
+Voir si son entretien répond à son visage,<br />
+S'il est civil ou rude, importun ou charmeur,<span class="dalign">215</span><br />
+Éprouver son esprit, connoître son humeur:<br />
+De là cet examen se tourne en complaisance;<br />
+On cherche si souvent le bien de sa présence,<br />
+Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir<br />
+Quelque regret commence à se faire sentir:<span class="dalign">220</span><br />
+On revient tout rêveur; et notre âme blessée,<br />
+Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée.<br />
+Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos<br />
+On sent je ne sais quoi qui trouble le repos<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>;<br />
+Un sommeil inquiet, sur de confus nuages<span class="dalign">225</span><br />
+Élève incessamment de flatteuses images,<br />
+Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits<br />
+Que le réveil admire et ne dédit jamais:<br />
+Tout le c&oelig;ur court en hâte après de si doux guides;<br />
+Et le moindre larcin que font ses v&oelig;ux timides<span class="dalign">230</span><br />
+Arrête le larron et le met dans les fers.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ainsi tu fus épris de celle que tu sers?
+<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>C'est un autre discours; à présent je ne touche<br />
+Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche,<br />
+Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>,<span class="dalign">235</span><br />
+Et contre ses froideurs combattre finement.<br />
+Des naturels plus doux....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Eh bien! elle s'appelle?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p>
+
+<p>Ne m'informez de rien<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a> qui touche cette belle.<br />
+Trois filous rencontrés vers le milieu du pont<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a><br />
+Chacun l'épée au poing, m'ont voulu faire affront,<span class="dalign">240</span><br />
+Et sans quelques amis qui m'ont tiré de peine,<br />
+Contre eux ma résistance eût peut-être été vaine.<br />
+Ils ont tourné le dos, me voyant secouru;<br />
+Mais ce que je suivois tandis est disparu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Les traîtres! trois contre un! t'attaquer! te surprendre!<br />
+Quels insolents vers moi s'osent ainsi méprendre<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je ne connois qu'un d'eux, et c'est là le retour<br />
+De quelques tours de main qu'il reçut l'autre jour<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>,<br />
+Nous eûmes prise ensemble à l'hôtel de Bourgogne<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>.<span class="dalign">250</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Qu'on le trouve où qu'il soit; qu'une grêle de bois<br />
+Assemble sur lui seul le châtiment des trois;<br />
+Et que sous l'étrivière il puisse tôt connoître<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>,<br />
+Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux;<span class="dalign">255</span><br />
+Mais voudrois-tu parler franchement entre nous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Quoi! tu doutes encor de ma juste colère?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>En ce qui le regarde, elle n'est que légère:<br />
+En vain pour son sujet tu fais l'intéressé,<br />
+Il a paré des coups dont ton c&oelig;ur est blessé.<span class="dalign">260</span><br />
+Cet accident fâcheux te vole une maîtresse:<br />
+Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Pourquoi te confesser ce que tu vois assez?<br />
+Au point de se former, mes desseins renversés,<br />
+Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes,<span class="dalign">265</span><br />
+Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant<br />
+Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant;<br />
+Il s'égare et se perd dans cette incertitude;<br />
+Et renaissant toujours de ton inquiétude,<span class="dalign">270</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">33</a></span>
+Il te montre un objet d'autant plus souhaité,<br />
+Que plus sa connoissance a de difficulté.<br />
+C'est par là que ton feu davantage s'allume:<br />
+Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>;<br />
+Notre ardeur curieuse en augmente le prix.<span class="dalign">275</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Que tu sais, cher ami, lire dans les esprits!<br />
+Et que pour bien juger d'une secrète flamme,<br />
+Tu pénètres avant dans les ressorts d'une âme!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas encor tout, je veux te secourir<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Oh! que je ne suis pas en état de guérir!<span class="dalign">280</span><br />
+L'amour use sur moi de trop de tyrannie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Souffre que je te mène en une compagnie<br />
+Où l'objet de mes v&oelig;ux m'a donné rendez-vous;<br />
+Les divertissements t'y sembleront si doux,<br />
+Ton âme en un moment en sera si charmée,<span class="dalign">285</span><br />
+Que, tous ses déplaisirs dissipés en fumée,<br />
+On gagnera sur toi fort aisément ce point<br />
+D'oublier un objet que tu ne connois point<a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>.<br />
+Mais garde-toi surtout d'une jeune voisine<br />
+Que ma maîtresse y mène; elle est et belle et fine,<span class="dalign">290</span><br />
+Et sait si dextrement ménager ses attraits,<br />
+Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Au hasard, fais de moi tout ce que bon te semble.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Donc, en attendant l'heure, allons dîner ensemble.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">34</a></span></p>
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Tu me railles toujours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">S'il ne vous veut du bien,</span><span class="dalign">295</span><br />
+Dites assurément que je n'y connois rien.<br />
+Je le considérois tantôt chez ce libraire;<br />
+Ses regards de sur vous ne pouvoient se distraire,<br />
+Et son maintien étoit dans une émotion<br />
+Qui m'instruisoit assez de son affection.<span class="dalign">300</span><br />
+Il vouloit vous parler, et n'osoit l'entreprendre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Toi, ne me parle point, ou parle de Lysandre.<br />
+C'est le seul dont la vue excita mon ardeur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Et le seul qui pour vous n'a que de la froideur.<br />
+Célidée est son âme, et tout autre visage<span class="dalign">305</span><br />
+N'a point d'assez beaux traits pour toucher son courage;<br />
+Son brasier est trop grand, rien ne peut l'amortir.<br />
+En vain son écuyer tâche à l'en divertir,<br />
+En vain, jusques aux cieux portant votre louange,<br />
+Il tâche à lui jeter quelque amorce du change<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>,<span class="dalign">310</span><br />
+Et lui dit jusque-là que dans votre entretien<br />
+Vous témoignez souvent de lui vouloir du bien:<br />
+Tout cela n'est qu'autant de paroles perdues.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Faute d'être sans doute assez bien entendues<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Ne le présumez pas, il faut avoir recours<span class="dalign">315</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span>
+A de plus hauts secrets qu'à ces foibles discours.<br />
+Je fus fine autrefois, et depuis mon veuvage<br />
+Ma ruse chaque jour s'est accrue avec l'âge;<br />
+Je me connois en monde, et sais mille ressorts<br />
+Pour débaucher une âme et brouiller des accords.<span class="dalign">320</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Dis promptement, de grâce<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">A présent l'heure presse,</span><br />
+Et je ne vous saurois donner qu'un mot d'adresse:<br />
+Cette voisine et vous.... Mais déjà la voici.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XI.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>A force de tarder, tu m'as mise en souci:<br />
+Il est temps, et Daphnis par un page me mande<span class="dalign">325</span><br />
+Que pour faire servir on n'attend que ma bande;<br />
+Le carrosse est tout prêt: allons, veux-tu venir?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Lysandre après dîner t'y vient entretenir?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>S'il osoit y manquer, je te donne promesse<br />
+Qu'il pourroit bien ailleurs chercher une maîtresse.<span class="dalign">330</span></p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU PREMIER ACTE.</small></b></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span></p>
+
+<h2>ACTE II.</h2>
+
+<hr class="c5" />
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, DORIMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ne me contez point tant que mon visage est beau:<br />
+Ces discours n'ont pour moi rien du tout de nouveau;<br />
+Je le sais bien sans vous, et j'ai cet avantage,<br />
+Quelques perfections qui soient sur mon visage,<br />
+Que je suis la première à m'en apercevoir:<span class="dalign">335</span><br />
+Pour me les bien apprendre, il ne faut qu'un miroir<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>;<br />
+J'y vois en un moment tout ce que vous me dites.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>:<br />
+Cet esprit tout divin et ce doux entretien<br />
+Ont des charmes puissants dont il ne montre rien.<span class="dalign">340</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Vous les montrez assez par cette après-dînée<br />
+Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée;<br />
+Si mon discours n'avoit quelque charme caché,<br />
+Il ne vous tiendroit pas si longtemps attaché.<br />
+Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise,<span class="dalign">345</span><br />
+Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise;<br />
+Et si je présumois qu'il vous plût sans raison<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>,
+<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span><br />
+Je me ferois moi-même un peu de trahison;<br />
+Et par ce trait badin qui sentiroit l'enfance,<br />
+Votre beau jugement recevroit trop d'offense.<span class="dalign">350</span><br />
+Je suis un peu timide, et dût-on me jouer<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>,<br />
+Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre<br />
+Qu'on puisse en vous louant ni vous flatter ni feindre:<br />
+On voit un tel éclat en vos brillants appas<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>,<span class="dalign">355</span><br />
+Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ni ne l'adorer pas! Par là vous voulez dire....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Que mon c&oelig;ur désormais vit dessous votre empire,<br />
+Et que tous mes desseins de vivre en liberté<br />
+N'ont rien eu d'assez fort contre votre beauté.<span class="dalign">360</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Quoi! mes perfections vous donnent dans la vue?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Les rares qualités dont vous êtes pourvue<br />
+Vous ôtent tout sujet de vous en étonner.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Cessez aussi, Monsieur, de vous l'imaginer.<br />
+Si vous brûlez pour moi, ce ne sont pas merveilles<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>:<span class="dalign">365</span><br />
+J'ai de pareils discours chaque jour aux oreilles,<br />
+Et tous les gens d'esprit en font autant que vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>En amour toutefois je les surpasse tous.<br />
+Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span>
+Votre premier aspect sut allumer ma flamme,<span class="dalign">370</span><br />
+Et je sentis mon c&oelig;ur, par un secret pouvoir,<br />
+Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Avoir connu d'abord combien je suis aimable<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>,<br />
+Encor qu'à votre avis il soit inexprimable,<br />
+Ce grand et prompt effet m'assure puissamment<span class="dalign">375</span><br />
+De la vivacité de votre jugement.<br />
+Pour moi, que la nature a faite un peu grossière,<br />
+Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière,<br />
+Conduit trop pesamment toutes ses fonctions<br />
+Pour m'avertir sitôt de vos perfections.<span class="dalign">380</span><br />
+Je vois bien que vos feux méritent récompense;<br />
+Mais de les seconder ce défaut me dispense.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Railleuse!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Excusez-moi, je parle tout de bon.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Le temps de cet orgueil me fera la raison;<br />
+Et nous verrons un jour, à force de services,<span class="dalign">385</span><br />
+Adoucir vos rigueurs et finir mes supplices.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p class="font90">Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter, leur donnant
+seulement un coup de chapeau<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Peut-être l'avenir.... Tout beau, coureur, tout beau!<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span><br />
+On n'est pas quitte ainsi pour un coup de chapeau:<br />
+Vous aimez l'entretien de votre fantaisie;<br />
+Mais pour un cavalier c'est peu de courtoisie,<span class="dalign">390</span><br />
+Et cela messied fort à des hommes de cour,<br />
+De n'accompagner pas leur salut d'un bonjour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Puisque auprès d'un sujet capable de nous plaire<br />
+La présence d'un tiers n'est jamais nécessaire,<br />
+De peur qu'il en reçût quelque importunité<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>,<span class="dalign">395</span><br />
+J'ai mieux aimé manquer à la civilité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Voilà parer mon coup d'un galant artifice<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>,<br />
+Comme si je pouvois.... Que me veux-tu, Florice?</p>
+
+<p class="font90">(Florice sort, et parle à Hippolyte à l'oreille<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>.)</p>
+
+<p>Dis-lui que je m'en vais. Messieurs, pardonnez-moi:<br />
+On me vient d'apporter une fâcheuse loi;<span class="dalign">400</span><br />
+Incivile à mon tour, il faut que je vous quitte.<br />
+Une mère m'appelle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Adieu, belle Hippolyte,</span><br />
+Adieu, souvenez-vous....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Mais vous, n'y songez plus.</span>
+<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, DORIMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Quoi, Dorimant, ce mot t'a rendu tout confus!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ce mot à mes desirs laisse peu d'espérance.<span class="dalign">405</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Tu ne la vois encor qu'avec indifférence?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Comme toi Célidée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Elle eut donc chez Daphnis</span><br />
+Hier dans son entretien des charmes infinis?<br />
+Je te l'avois bien dit que ton âme à sa vue<br />
+Demeureroit ou prise ou puissamment émue<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>;<span class="dalign">410</span><br />
+Mais tu n'as pas sitôt oublié la beauté<br />
+Qui fit naître au Palais ta curiosité?<br />
+Du moins ces deux objets balancent ton courage<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Sais-tu bien que c'est là justement mon visage,<br />
+Celui que j'avois vu le matin au Palais?<span class="dalign">415</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>A ce compte....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i7">J'en tiens, ou l'on n'en tint jamais.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>C'est consentir bientôt à perdre ta franchise<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="ni2">C'est rendre un prompt hommage aux yeux qui me l'ont prise.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Puisque tu les connois, je ne plains plus ton mal<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Leur coup, pour les connoître, en est-il moins fatal?<span class="dalign">420</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Non, mais du moins ton c&oelig;ur n'est plus à la torture<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a><br />
+De voir tes v&oelig;ux forcés d'aller à l'aventure;<br />
+Et cette belle humeur de l'objet qui t'a pris....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Sous un accueil riant cache un subtil mépris.<br />
+Ah! que tu ne sais pas de quel air on me traite!<span class="dalign">425</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je t'en avois jugé l'âme fort satisfaite;<br />
+Et cette gaie humeur, qui brilloit dans ses yeux<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>,<br />
+M'en promettoit pour toi quelque chose de mieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Cette belle, de vrai, quoique toute de glace,<br />
+Mêle dans ses froideurs je ne sais quelle grâce,<span class="dalign">430</span><br />
+Par où tout de nouveau je me laisse gagner<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>,<br />
+Et consens, peu s'en faut, à m'en voir dédaigner<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>.<br />
+Loin de s'en affoiblir, mon amour s'en augmente;<br />
+Je demeure charmé de ce qui me tourmente.<br />
+Je pourrois de toute autre être le possesseur<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>,<span class="dalign">435</span><br />
+Que sa possession auroit moins de douceur.<br />
+Je ne suis plus à moi quand je vois Hippolyte<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span>
+Rejeter ma louange et vanter son mérite<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>,<br />
+Négliger mon amour ensemble et l'approuver,<br />
+Me remplir tout d'un temps d'espoir et m'en priver,<span class="dalign">440</span><br />
+Me refuser son c&oelig;ur en acceptant mon âme,<br />
+Faire état de mon choix en méprisant ma flamme.<br />
+Hélas! en voilà trop: le moindre de ces traits<br />
+A pour me retenir de trop puissants attraits:<br />
+Trop heureux d'avoir vu sa froideur enjouée<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a><span class="dalign">445</span><br />
+Ne se point offenser d'une ardeur avouée<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Son adieu toutefois te défend d'y songer,<br />
+Et ce commandement t'en devroit dégager.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Qu'un plus capricieux d'un tel adieu s'offense;<br />
+Il me donne un conseil plutôt qu'une défense,<span class="dalign">450</span><br />
+Et par ce mot d'avis, son c&oelig;ur sans amitié<br />
+Du temps que j'y perdrai montre quelque pitié.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Soit défense ou conseil, de rien ne désespère;<br />
+Je te réponds déjà de l'esprit de sa mère<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>.<br />
+Pleirante son voisin lui parlera pour toi<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>;<span class="dalign">455</span><br />
+Il peut beaucoup sur elle, et fera tout pour moi.<br />
+Tu sais qu'il m'a donné sa fille pour maîtresse.<br />
+Tâche à vaincre Hippolyte avec un peu d'adresse,<br />
+Et n'appréhende pas qu'il en faille beaucoup<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span>
+Tu verras sa froideur se perdre tout d'un coup.<span class="dalign">460</span><br />
+Elle ne se contraint à cette indifférence<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a><br />
+Que pour rendre une entière et pleine déférence<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>,<br />
+Et cherche, en déguisant son propre sentiment,<br />
+La gloire de n'aimer que par commandement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Tu me flattes, ami, d'une attente frivole.<span class="dalign">465</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>L'effet suivra de près.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Mon c&oelig;ur, sur ta parole<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>,</span><br />
+Ne se résout qu'à peine à vivre plus content.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Il se peut assurer du bonheur qu'il prétend:<br />
+J'y donnerai bon ordre. Adieu, le temps me presse,<br />
+Et je viens de sortir d'auprès de ma maîtresse<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>;<span class="dalign">470</span><br />
+Quelques commissions dont elle m'a chargé<br />
+M'obligent maintenant à prendre ce congé.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Dieux! qu'il est malaisé qu'une âme bien atteinte<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span>
+Conçoive de l'espoir qu'avec un peu de crainte<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>!<br />
+Je dois toute croyance à la foi d'un ami,<span class="dalign">475</span><br />
+Et n'ose cependant m'y fier qu'à demi.<br />
+Hippolyte, d'un mot, chasseroit ce caprice.<br />
+Est-elle encore en haut?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Encore.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Adieu, Florice.</span><br />
+Nous la verrons demain.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Il vient de s'en aller.</span><br />
+Sortez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Mais falloit-il ainsi me rappeler,</span> <span class="dalign">480</span><br />
+Me supposer ainsi des ordres d'une mère<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>?<br />
+Sans mentir, contre toi j'en suis toute en colère:<br />
+A peine ai-je attiré Lysandre en nos discours<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>,<br />
+Que tu viens par plaisir en arrêter le cours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! prenez-vous-en à mon impatience<span class="dalign">485</span><br />
+De vous communiquer un trait de ma science:<br />
+Cet avis important, tombé dans mon esprit,<br />
+Méritoit qu'aussitôt Hippolyte l'apprît;<br />
+Je vais sans perdre temps y disposer Aronte<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>J'ai la mine après tout d'y trouver mal mon conte<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>.<span class="dalign">490</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Je sais ce que je fais, et ne perds point mes pas;<br />
+Mais de votre côté ne vous épargnez pas;<br />
+Mettez tout votre esprit à bien mener la ruse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Il ne faut point par là te préparez d'excuse.<br />
+Va, suivant le succès, je veux à l'avenir<span class="dalign">495</span><br />
+Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">frappant à la porte de Célidée<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.</span></p>
+
+<p>Célidée, es-tu là?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Que me veut Hippolyte?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Délasser mon esprit une heure en ta visite.<br />
+Que j'ai depuis un jour un importun amant,<br />
+Et que, pour mon malheur, je plais à Dorimant!<span class="dalign">500</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Ma s&oelig;ur, que me dis-tu? Dorimant t'importune!<br />
+Quoi! j'enviois déjà ton heureuse fortune,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span>
+Et déjà dans l'esprit je sentois quelque ennui<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a><br />
+D'avoir connu Lysandre auparavant que lui.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ah! ne me raille point: Lysandre, qui t'engage,<span class="dalign">505</span><br />
+Est le plus accompli des hommes de son âge.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je te jure, à mes yeux l'autre l'est bien autant.<br />
+Mon c&oelig;ur a de la peine à demeurer constant;<br />
+Et pour te découvrir jusqu'au fond de mon âme,<br />
+Ce n'est plus que ma foi qui conserve ma flamme:<span class="dalign">510</span><br />
+Lysandre me déplaît de me vouloir du bien.<br />
+Plût aux Dieux que son change autorisât le mien<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>,<br />
+Ou qu'il usât vers moi de tant de négligence,<br />
+Que ma légèreté se pût nommer vengeance!<br />
+Si j'avois un prétexte à me mécontenter,<span class="dalign">515</span><br />
+Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Simple, présumes-tu qu'il devienne volage<br />
+Tant qu'il verra l'amour régner sur ton visage<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>?<br />
+Ta flamme trop visible entretient ses ferveurs,<br />
+Et ses feux dureront autant que tes faveurs.<span class="dalign">520</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+Il semble, à t'écouter, que rien ne le retienne<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a><br />
+Que parce que sa flamme a l'aveu de la mienne.
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Que sais-je? Il n'a jamais éprouvé tes rigueurs;<br />
+L'amour en même temps sut embraser vos c&oelig;urs;<br />
+Et même j'ose dire, après beaucoup de monde,<span class="dalign">525</span><br />
+Que sa flamme vers toi ne fut que la seconde.<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span><br />
+Il se vit accepter avant que de s'offrir;<br />
+Il ne vit rien à craindre, il n'eut rien à souffrir<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>;<br />
+Il vit sa récompense acquise avant la peine,<br />
+Et devant le combat sa victoire certaine.<span class="dalign">530</span><br />
+Un homme est bien cruel quand il ne donne pas<br />
+Un c&oelig;ur qu'on lui demande avecque tant d'appas.<br />
+Qu'à ce prix la constance est une chose aisée,<br />
+Et qu'autrefois par là je me vis abusée!<br />
+Alcidor, que mes yeux avoient si fort épris,<span class="dalign">535</span><br />
+Courut au changement dès le premier mépris<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>.<br />
+La force de l'amour paroît dans la souffrance.<br />
+Je le tiens fort douteux, s'il a tant d'assurance.<br />
+Qu'on en voit s'affoiblir pour un peu de longueur<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>,<br />
+Et qu'on en voit céder à la moindre rigueur!<span class="dalign">540</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je connois mon Lysandre, et sa flamme est trop forte<br />
+Pour tomber en soupçon qu'il m'aime de la sorte.<br />
+Toutefois un dédain éprouvera ses feux:<br />
+Ainsi, quoi qu'il en soit, j'aurai ce que je veux<a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>;<br />
+Il me rendra constante, ou me fera volage:<span class="dalign">545</span><br />
+S'il m'aime, il me retient; s'il change, il me dégage.<br />
+Suivant ce qu'il aura d'amour ou de froideur,<br />
+Je suivrai ma nouvelle ou ma première ardeur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>En vain tu t'y résous: ton âme un peu contrainte<br />
+Au travers de tes yeux lui trahira ta feinte.<span class="dalign">550</span><br />
+L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris<br />
+Lui fera voir assez combien tu le chéris.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Ce n'est qu'un faux soupçon qui te le persuade;<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span><br />
+J'armerai de rigueurs jusqu'à la moindre &oelig;illade,<br />
+Et réglerai si bien toutes mes actions,<span class="dalign">555</span><br />
+Qu'il ne pourra juger de mes intentions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Pour le moins, aussitôt que par cette conduite<br />
+Tu seras de son c&oelig;ur suffisamment instruite,<br />
+S'il demeure constant, l'amour et la pitié,<br />
+Avant que dire adieu, renoueront l'amitié.<span class="dalign">560</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Il va bientôt venir: va-t'en, et sois certaine<br />
+De ne voir d'aujourd'hui Lysandre hors de peine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Et demain?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Je t'irai conter ses mouvements,</span><br />
+Et touchant l'avenir prendre tes sentiments.<br />
+O Dieux! si je pouvois changer sans infamie!<span class="dalign">565</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Adieu. N'épargne en rien ta plus fidèle amie.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">CÉLIDÉE</span><a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>.</h4>
+
+<p>Quel étrange combat! Je meurs de le quitter,<br />
+Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.<br />
+Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie,<br />
+N'aura trait de mépris si je ne l'étudie.<span class="dalign">570</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span>
+Tout ce que mon Lysandre a de perfections<br />
+Se vient offrir en foule à mes affections<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>.<br />
+Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne,<br />
+Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne.<br />
+Pour régler sur ce point mon esprit balancé,<span class="dalign">575</span><br />
+J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé;<br />
+Ma feinte éprouvera si son amour est vraie.<br />
+Hélas! ses yeux me font une nouvelle plaie.<br />
+Prépare-toi, mon c&oelig;ur, et laisse à mes discours<br />
+Assez de liberté pour trahir mes amours.<span class="dalign">580</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Quoi? j'aurai donc de vous encore une visite?<br />
+Vraiment, pour aujourd'hui je m'en estimois quitte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Une par jour suffit, si tu veux endurer<br />
+Qu'autant comme le jour je la fasse durer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>,<span class="dalign">585</span><br />
+Tant d'importunité n'est point sans amertume.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Au lieu de me donner ces appréhensions,<br />
+Apprends ce que j'ai fait sur tes commissions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire<br />
+D'un entretien chargeant et qui m'alloit déplaire<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>.<span class="dalign">590</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Depuis quand donnez-vous ces qualités aux miens?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Depuis que mon esprit n'est plus dans vos liens<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Est-ce donc par gageure ou par galanterie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+Ne vous flattez point tant que ce soit raillerie.<br />
+Ce que j'ai dans l'esprit, je ne le puis celer,<span class="dalign">595</span><br />
+Et ne suis pas d'humeur à rien dissimuler.
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Quoi? que vous ai-je fait? d'où provient ma disgrâce?<br />
+Quel sujet avez-vous d'être pour moi de glace<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>?<br />
+Ai-je manqué de soins? ai-je manqué de feux?<br />
+Vous ai-je dérobé le moindre de mes v&oelig;ux?<span class="dalign">600</span><br />
+Ai-je trop peu cherché l'heur de votre présence<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>?<br />
+Ai-je eu pour d'autres yeux la moindre complaisance?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Tout cela n'est qu'autant de propos superflus.<br />
+Je voulus vous aimer, et je ne le veux plus;<br />
+Mon feu fut sans raison, ma glace l'est de même;<span class="dalign">605</span><br />
+Si l'un eut quelque excès, je rendrai l'autre extrême<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Par cette extrémité vous avancez ma mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Il m'importe fort peu quel sera votre sort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Quelle nouvelle amour ou plutôt quel caprice<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span>
+Vous porte à me traiter avec cette injustice,<span class="dalign">610</span><br />
+Vous de qui le serment m'a reçu pour époux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>J'en perds le souvenir aussi bien que de vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Évitez-en la honte et fuyez-en le blâme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je les veux accepter pour peines de ma flamme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Un reproche éternel suit ce tour inconstant<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>.<span class="dalign">615</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Si vous me voulez plaire, il en faut faire autant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Est-ce là donc le prix de vous avoir servie<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>?<br />
+Ah! cessez vos mépris, ou me privez de vie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! soit, un adieu les va faire cesser;<br />
+Aussi bien ce discours ne fait que me lasser.<span class="dalign">620</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ah! redouble plutôt ce dédain qui me tue,<br />
+Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue;<br />
+Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont;<br />
+Qu'ils reçoivent mes v&oelig;ux pour le mal qu'ils me font.<br />
+Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle:<span class="dalign">625</span><br />
+Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle,<br />
+Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger,<br />
+Impute à mes amours la honte de changer,<br />
+Dedans mon désespoir fais éclater ta joie:<br />
+Et tout me sera doux, pourvu que je te voie.<span class="dalign">630</span><span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span><br />
+Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi,<br />
+Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>.<br />
+Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure:<br />
+Je ne t'appellerai ni lâche, ni parjure;<br />
+Mon feu supprimera ces titres odieux;<span class="dalign">635</span><br />
+Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux;<br />
+Et mon fidèle amour, malgré leur vive atteinte,<br />
+Pour t'adorer encore étouffera ma plainte<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Adieu: quelques encens que tu veuilles m'offrir,<br />
+Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir.<span class="dalign">640</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">LYSANDRE.</span></h4>
+
+<p>Célidée, ah tu fuis! tu fuis donc, et tu n'oses<br />
+Faire tes yeux témoins d'un trépas que tu causes!<br />
+Ton esprit, insensible à mes feux innocents,<br />
+Craint de ne l'être pas aux douleurs que je sens:<br />
+Tu crains que la pitié qui se glisse en ton âme<span class="dalign">645</span><br />
+N'y rejette un rayon de ta première flamme<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>,<br />
+Et qu'elle ne t'arrache un soudain repentir,<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span><br />
+Malgré tout cet orgueil qui n'y peut consentir.<br />
+Tu vois qu'un désespoir dessus mon front exprime<br />
+En mille traits de feu mon ardeur et ton crime;<span class="dalign">650</span><br />
+Mon visage t'accuse, et tu vois dans mes yeux<br />
+Un portrait que mon c&oelig;ur conserve beaucoup mieux.<br />
+Tous mes soins, tu le sais, furent pour Célidée;<br />
+La nuit ne m'a jamais retracé d'autre idée,<br />
+Et tout ce que Paris a d'objets ravissants<span class="dalign">655</span><br />
+N'a jamais ébranlé le moindre de mes sens.<br />
+Ton exemple à changer en vain me sollicite:<br />
+Dans ta volage humeur j'adore ton mérite,<br />
+Et mon amour, plus fort que mes ressentiments,<br />
+Conserve sa vigueur au milieu des tourments.<span class="dalign">660</span><br />
+Reviens, mon cher souci, puisqu'après tes défenses<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a><br />
+Mes plus vives ardeurs sont pour toi des offenses.<br />
+Vois comme je persiste à te désobéir,<br />
+Et par là, si tu peux, prends droit de me haïr.<br />
+Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine,<span class="dalign">665</span><br />
+Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine.<br />
+Puisqu'elle a sur mon c&oelig;ur un pouvoir absolu,<br />
+Il lui suffit de dire: «Ainsi je l'ai voulu.»<br />
+Cruelle, tu le veux! C'est donc ainsi qu'on traite<br />
+Les sincères ardeurs d'une amour si parfaite?<span class="dalign">670</span><br />
+Tu me veux donc trahir? tu le veux, et ta foi<br />
+N'est qu'un gage frivole à qui vit sous ta loi?<br />
+Mais je veux l'endurer, sans bruit, sans résistance;<br />
+Tu verras ma langueur, et non mon inconstance;<br />
+Et de peur de t'ôter un captif par ma mort,<span class="dalign">675</span><br />
+J'attendrai ce bonheur de mon funeste sort.<br />
+Jusque-là mes douleurs, publiant ta victoire,<br />
+Sur mon front pâlissant élèveront ta gloire,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span>
+Et sauront en tous lieux hautement témoigner<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a><br />
+Que sans me refroidir tu m'as pu dédaigner.<span class="dalign">680</span></p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU SECOND ACTE.</small></b></p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span></p>
+
+<h2>ACTE III</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, ARONTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+Tu me donnes, Aronte, un étrange remède.
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Souverain toutefois au mal qui vous possède.<br />
+Croyez-moi, j'en ai vu des succès merveilleux<br />
+A remettre au devoir ces esprits orgueilleux:<br />
+Quand on leur sait donner un peu de jalousie<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>,<span class="dalign">685</span><br />
+Ils ont bientôt quitté ces traits de fantaisie;<br />
+Car enfin tout l'éclat de ces emportements<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a><br />
+Ne peut avoir pour but de perdre leurs amants.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Que voudroit donc par là mon ingrate maîtresse?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Elle vous joue un tour de la plus haute adresse.<span class="dalign">690</span><br />
+Avez-vous bien pris garde au temps de ses mépris?<br />
+Tant qu'elle vous a cru légèrement épris,<br />
+Que votre chaîne encor n'étoit pas assez forte,<br />
+Vous a-t-elle jamais gouverné de la sorte?<br />
+Vous ignoriez alors l'usage des soupirs;<span class="dalign">695</span><br />
+Ce n'étoient que douceurs, ce n'étoient que plaisirs<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>:<br />
+Son esprit avisé vouloit par cette ruse<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span><br />
+Établir un pouvoir dont maintenant elle use.<br />
+Remarquez-en l'adresse: elle fait vanité<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a><br />
+De voir dans ses dédains votre fidélité.<span class="dalign">700</span><br />
+Votre humeur endurante à ces rigueurs l'invite<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a>.<br />
+On voit par là vos feux, par vos feux son mérite;<br />
+Et cette fermeté de vos affections<br />
+Montre un effet puissant de ses perfections.<br />
+Osez-vous espérer qu'elle soit plus humaine,<span class="dalign">705</span><br />
+Puisque sa gloire augmente, augmentant votre peine?<br />
+Rabattez cet orgueil, faites-lui soupçonner<br />
+Que vous vous en piquez jusqu'à l'abandonner<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>.<br />
+La crainte d'en voir naître une si juste suite<br />
+A vivre comme il faut l'aura bientôt réduite;<span class="dalign">710</span><br />
+Elle en fuira la honte, et ne souffrira pas<br />
+Que ce change s'impute à son manque d'appas.<br />
+Il est de son honneur d'empêcher qu'on présume<br />
+Qu'on éteigne aisément les flammes qu'elle allume.<br />
+Feignez d'aimer quelque autre, et vous verrez alors<span class="dalign">715</span><br />
+Combien à vous reprendre elle fera d'efforts<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Mais peux-tu me juger capable d'une feinte<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Pouvez-vous trouver rude un moment de contrainte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je trouve ses mépris plus doux à supporter.
+<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Pour les faire finir, il faut les imiter.<span class="dalign">720</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Faut-il être inconstant pour la rendre fidèle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Il faut souffrir toujours, ou déguiser comme elle<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Que de raisons, Aronte, à combattre mon c&oelig;ur,<br />
+Qui ne peut adorer que son premier vainqueur!<br />
+Du moins auparavant que l'effet en éclate<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>,<span class="dalign">725</span><br />
+Fais un effort pour moi, va trouver mon ingrate:<br />
+Mets-lui devant les yeux mes services passés,<br />
+Mes feux si bien reçus, si mal récompensés,<br />
+L'excès de mes tourments et de ses injustices;<br />
+Emploie à la gagner tes meilleurs artifices:<span class="dalign">730</span><br />
+Que n'obtiendras-tu point par ta dextérité,<br />
+Puisque tu viens à bout de ma fidélité?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Mais, mon possible fait, si cela ne succède?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je feindrai dès demain qu'Aminte me possède.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Aminte? Ah! commencez la feinte dès demain;<span class="dalign">735</span><br />
+Mais n'allez point courir au faubourg Saint-Germain.<br />
+Et quand penseriez-vous que cette âme cruelle<br />
+Dans le fond du Marais en reçût la nouvelle?<br />
+Vous seriez tout un siècle à lui vouloir du bien,<br />
+Sans que votre arrogante en apprît jamais rien<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>.<span class="dalign">740</span><br />
+Puisque vous voulez feindre, il faut feindre à sa vue;<br />
+Qu'aussitôt votre feinte en puisse être aperçue<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span><br />
+Qu'elle blesse les yeux de son esprit jaloux,<br />
+Et porte jusqu'au c&oelig;ur d'inévitables coups.<br />
+Ce sera faire au vôtre un peu de violence;<span class="dalign">745</span><br />
+Mais tout le fruit consiste à feindre en sa présence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Hippolyte en ce cas seroit fort à propos;<br />
+Mais je crains qu'un ami n'en perdît le repos.<br />
+Dorimant, dont ses yeux ont charmé le courage,<br />
+Autant que Célidée en auroit de l'ombrage.<span class="dalign">750</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Vous verrez si soudain rallumer son amour,<br />
+Que la feinte n'est pas pour durer plus d'un jour;<br />
+Et vous aurez après un sujet de risée<br />
+Des soupçons mal fondés de son âme abusée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Va trouver Célidée, et puis nous résoudrons<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a><span class="dalign">755</span><br />
+En ces extrémités quel avis nous prendrons.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">ARONTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Sans que pour l'apaiser je me rompe la tête,<br />
+Mon message est tout fait, et sa réponse prête.<br />
+Bien loin que mon discours pût la persuader,<br />
+Elle n'aura jamais voulu me regarder.<span class="dalign">760</span><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span><br />
+Une prompte retraite au seul nom de Lysandre,<br />
+C'est par où ses dédains se seront fait entendre.<br />
+Mes amours du passé ne m'ont que trop appris<br />
+Avec quelles couleurs il faut peindre un mépris.<br />
+A peine faisoit-on semblant de me connoître,<span class="dalign">765</span><br />
+De sorte....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Aronte, eh bien! qu'as-tu fait vers ton maître?</span><br />
+Le verrons-nous bientôt?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">N'en sois plus en souci</span><a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>;<br />
+Dans une heure au plus tard je te le rends ici.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Prêt à lui témoigner<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Tout prêt. Adieu: je tremble</span><br />
+Que de chez Célidée on ne nous voie ensemble.<span class="dalign">770</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>D'où vient que mon abord l'oblige à te quitter?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Tant s'en faut qu'il vous fuie, il vient de me conter....<br />
+Toutefois je ne sais si je vous le dois dire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Que tu te plais, Florice, à me mettre en martyre!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Il faut vous préparer à des ravissements<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>....<span class="dalign">775</span>
+<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ta longueur m'y prépare avec bien des tourments.<br />
+Dépêche, ces discours font mourir Hippolyte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Mourez donc promptement, que je vous ressuscite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>L'insupportable femme! Enfin diras-tu rien?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>L'impatiente fille! Enfin tout ira bien.<span class="dalign">780</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Enfin tout ira bien? Ne saurai-je autre chose?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Il faut que votre esprit là-dessus se repose.<br />
+Vous ne pouviez tantôt souffrir de longs propos,<br />
+Et pour vous obliger, j'ai tout dit en trois mots;<br />
+Mais ce que maintenant vous n'en pouvez apprendre,<br />
+Vous l'apprendrez bientôt plus au long de Lysandre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Tu ne flattes mon c&oelig;ur que d'un espoir confus.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Parlez à votre amie, et ne vous fâchez plus<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Mon abord importun rompt votre conférence:<br />
+Tu m'en voudras du mal.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Du mal? et l'apparence?</span><span class="dalign">790</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span>
+Je ne sais pas aimer de si mauvaise foi<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>;<br />
+Et tout à l'heure encor je lui parlois de toi<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je me retire donc, afin que sans contrainte....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Quitte cette grimace, et mets à part la feinte.<br />
+Tu fais la réservée en ces occasions,<span class="dalign">795</span><br />
+Mais tu meurs de savoir ce que nous en disions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu meurs de le conter plus que moi de l'apprendre<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>,<br />
+Et tu prendrois pour crime un refus de l'entendre.<br />
+Puis donc que tu le veux, ma curiosité....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Vraiment, tu me confonds de ta civilité.<span class="dalign">800</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Voilà de tes détours, et comme tu diffères<br />
+A me dire en quel point vous teniez mes affaires.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Nous parlions du dessein d'éprouver ton amant<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>:<br />
+Tu l'as vu réussir à ton contentement?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je viens te voir exprès pour t'en dire l'issue:<span class="dalign">805</span><br />
+Que je m'en suis trouvée heureusement déçue!<br />
+Je présumois beaucoup de ses affections,<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span><br />
+Mais je n'attendois pas tant de submissions.<br />
+Jamais le désespoir qui saisit son courage<br />
+N'en put tirer un mot à mon désavantage;<span class="dalign">810</span><br />
+Il tenoit mes dédains encor trop précieux,<br />
+Et ses reproches même étoient officieux.<br />
+Aussi ce grand amour a rallumé ma flamme:<br />
+Le change n'a plus rien qui chatouille mon âme;<br />
+Il n'a plus de douceurs pour mon esprit flottant,<span class="dalign">815</span><br />
+Aussi ferme à présent qu'il le croit inconstant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Quoi que vous ayez vu de sa persévérance,<br />
+N'en prenez pas encore une entière assurance.<br />
+L'espoir de vous fléchir a pu le premier jour<br />
+Jeter sur son dépit ces beaux dehors d'amour<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>;<span class="dalign">820</span><br />
+Mais vous verrez bientôt que pour qui le méprise<br />
+Toute légèreté lui semblera permise.<br />
+J'ai vu des amoureux de toutes les façons.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Cette bizarre humeur n'est jamais sans soupçons<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>:<br />
+L'avantage qu'elle a d'un peu d'expérience<span class="dalign">825</span><br />
+Tient éternellement son âme en défiance;<br />
+Mais ce qu'elle te dit ne vaut pas l'écouter<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Et je ne suis pas fille à m'en épouvanter.<br />
+Je veux que ma rigueur à tes yeux continue,<br />
+Et lors sa fermeté te sera mieux connue;<span class="dalign">830</span><br />
+Tu ne verras des traits que d'un amour si fort,<br />
+Que Florice elle-même avouera qu'elle a tort<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ce sera trop longtemps lui paroître cruelle.
+<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu connoîtras par là combien il m'est fidèle,<br />
+Le ciel à ce dessein nous l'envoie à propos.<span class="dalign">835</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Et quand te résous-tu de le mettre en repos?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Trouve bon, je te prie, après un peu de feinte,<br />
+Que mes feux violents s'expliquent sans contrainte;<br />
+Et pour le rappeler des portes du trépas,<br />
+Si j'en dis un peu trop, ne t'en offense pas<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.<span class="dalign">840</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Merveille des beautés, seul objet qui m'engage....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>N'oublierez-vous jamais cet importun langage?<br />
+Vous obstiner encore à me persécuter,<br />
+C'est prendre du plaisir à vous voir maltraiter.<br />
+Perdez mon souvenir avec votre espérance,<span class="dalign">845</span><br />
+Et ne m'accablez plus de cette déférence<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.<br />
+Il faut, pour m'arrêter, des entretiens meilleurs<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Quoi? vous prenez pour vous ce que j'adresse ailleurs?<br />
+Adore qui voudra votre rare mérite,<br />
+Un change heureux me donne à la belle Hippolyte:<span class="dalign">850</span><br />
+Mon sort en cela seul a voulu me trahir,<br />
+Qu'en ce change mon c&oelig;ur semble vous obéir,<br />
+Et que mon feu passé vous va rendre si vaine<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span>
+Que vous imputerez ma flamme à votre haine,<br />
+A votre orgueil nouveau mes nouveaux sentiments<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>,<span class="dalign">855</span><br />
+L'effet de ma raison à vos commandements.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Tant s'en faut que je prenne une si triste gloire,<br />
+Je chasse mes dédains même de ma mémoire,<br />
+Et dans leur souvenir rien ne me semble doux,<br />
+Puisqu'en le conservant je penserois à vous<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.<span class="dalign">860</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE</span>, <span class="font90">à Hippolyte.</span></p>
+
+<p>Beauté de qui les yeux, nouveaux rois de mon âme,<br />
+Me font être léger sans en craindre le blâme....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ne vous emportez point à ces propos perdus,<br />
+Et cessez de m'offrir des v&oelig;ux qui lui sont dus;<br />
+Je pense mieux valoir que le refus d'une autre<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>.<span class="dalign">865</span><br />
+Si vous voulez venger son mépris par le vôtre,<br />
+Ne venez point du moins m'enrichir de son bien.<br />
+Elle vous traite mal, mais elle n'aime rien.<br />
+Vous, faites-en autant, sans chercher de retraite<br />
+Aux importunités dont elle s'est défaite.<span class="dalign">870</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Que son exemple encore réglât mes actions!<br />
+Cela fut bon du temps de mes affections:<br />
+A présent que mon c&oelig;ur adore une autre reine,<br />
+A présent qu'Hippolyte en est la souveraine....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>C'est elle seulement que vous voulez flatter.<span class="dalign">875</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>C'est elle seulement que je dois imiter.
+<span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Savez-vous donc à quoi la raison vous oblige?<br />
+C'est à me négliger, comme je vous néglige.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je ne puis imiter ce mépris de mes feux,<br />
+A moins qu'à votre tour vous m'offriez des v&oelig;ux<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>;<span class="dalign">880</span><br />
+Donnez-m'en les moyens, vous en verrez l'issue.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>J'appréhenderois fort d'être trop bien reçue<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>,<br />
+Et qu'au lieu du plaisir de me voir imiter,<br />
+Je n'eusse que l'honneur de me faire écouter<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>,<br />
+Pour n'avoir que la honte après de me dédire.<span class="dalign">885</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Souffrez donc que mon c&oelig;ur sans exemple soupire,<br />
+Qu'il aime sans exemple, et que mes passions<br />
+S'égalent seulement à vos perfections.<br />
+Je vaincrai vos rigueurs par mon humble service,<br />
+Et ma fidélité....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Viens avec moi, Florice:</span><span class="dalign">890</span><br />
+J'ai des nippes en haut que je veux te montrer<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, LYSANDRE<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Quoi? sans la retenir, vous la laissez rentrer?<br />
+Allez, Lysandre, allez: c'est assez de contraintes;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span>
+J'ai pitié du tourment que vous donnent ces feintes.<br />
+Suivez ce bel objet dont les charmes puissants<span class="dalign">895</span><br />
+Sont et seront toujours absolus sur vos sens.<br />
+Quoi qu'après ses dédains un peu d'orgueil publie<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>,<br />
+Son mérite est trop grand pour souffrir qu'on l'oublie:<br />
+Elle a des qualités et de corps et d'esprit<br />
+Dont pas un c&oelig;ur donné jamais ne se reprit.<span class="dalign">900</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Mon change fera voir l'avantage des vôtres,<br />
+Qu'en la comparaison des unes et des autres<br />
+Les siennes désormais n'ont qu'un éclat terni,<br />
+Que son mérite est grand, et le vôtre infini.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Que j'emporte sur elle aucune préférence!<span class="dalign">905</span><br />
+Vous tenez des discours qui sont hors d'apparence;<br />
+Elle me passe en tout, et dans ce changement<br />
+Chacun vous blâmeroit de peu de jugement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>M'en blâmer en ce cas, c'est en manquer soi-même,<br />
+Et choquer la raison, qui veut que je vous aime<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>.<span class="dalign">910</span><br />
+Nous sommes hors du temps de cette vieille erreur<br />
+Qui faisoit de l'amour une aveugle fureur,<br />
+Et l'ayant aveuglé, lui donnoit pour conduite<br />
+Le mouvement d'une âme et surprise et séduite.<br />
+Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissoient pas<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>;<br />
+C'est par les yeux qu'il entre<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a> et nous dit vos appas:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span>
+Lors notre esprit en juge; et suivant le mérite,<br />
+Il fait croître une ardeur que cette vue excite<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>.<br />
+Si la mienne pour vous se relâche un moment,<br />
+C'est lors que je croirai manquer de jugement;<span class="dalign">920</span><br />
+Et la même raison qui vous rend admirable<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a><br />
+Doit rendre comme vous ma flamme incomparable.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Épargnez avec moi ces propos affétés.<br />
+Encore hier Célidée avoit ces qualités;<br />
+Encore hier en mérite elle étoit sans pareille.<span class="dalign">925</span><br />
+Si je suis aujourd'hui cette unique merveille,<br />
+Demain quelque autre objet, dont vous suivrez la loi,<br />
+Gagnera votre c&oelig;ur et ce titre sur moi.<br />
+Un esprit inconstant a toujours cette adresse<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CHRYSANTE, PLEIRANTE, HIPPOLYTE, LYSANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE</span><a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>.</p>
+
+<p>Monsieur, j'aime ma fille avec trop de tendresse<span class="dalign">930</span><br />
+Pour la vouloir contraindre en ses affections.</p>
+
+<span class="smcap i6">PLEIRANTE</span><a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>.
+
+<p>Madame, vous saurez ses inclinations;<br />
+Elle voudra vous plaire, et je l'en vois sourire<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214</a>.<br />
+Allons, mon cavalier, j'ai deux mots à vous dire<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Vous en aurez réponse avant qu'il soit trois jours.<span class="dalign">935</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CHRYSANTE, HIPPOLYTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Devinerois-tu bien quels étoient nos discours?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Il vous parloit d'amour peut-être?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Oui: que t'en semble?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>D'âge presque pareils, vous seriez bien ensemble.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Tu me donnes vraiment un gracieux détour;<br />
+C'étoit pour ton sujet qu'il me parloit d'amour.<span class="dalign">940</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Pour moi? Ces jours passés, un poëte qui m'adore<br />
+(Du moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore<a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>;<br />
+Je me raillois alors de sa comparaison<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>:<br />
+Mais si cela se fait, il avoit bien raison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Avec tout ce babil, tu n'es qu'une étourdie.<span class="dalign">945</span><br />
+Le bonhomme est bien loin de cette maladie;<br />
+Il veut te marier, mais c'est à Dorimant:<br />
+Vois si tu te résous d'accepter cet amant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Dessus tous mes desirs vous êtes absolue,<br />
+Et si vous le voulez, m'y voilà résolue.<span class="dalign">950</span><span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span><br />
+Dorimant vaut beaucoup, je vous le dis sans fard;<br />
+Mais remarquez un peu le trait de ce vieillard:<br />
+Lysandre si longtemps a brûlé pour sa fille,<br />
+Qu'il en faisoit déjà l'appui de sa famille;<br />
+A présent que ses feux ne sont plus que pour moi,<span class="dalign">955</span><br />
+Il voudroit bien qu'un autre eût engagé ma foi,<br />
+Afin que sans espoir dans cette amour nouvelle,<br />
+Un nouveau changement le ramenât vers elle<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a>.<br />
+N'avez-vous point pris garde, en vous disant adieu,<br />
+Qu'il a presque arraché Lysandre de ce lieu?<span class="dalign">960</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Simple, ce qu'il en fait, ce n'est qu'à sa prière<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>;<br />
+Et Lysandre tient même à faveur singulière....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Je sais que Dorimant est un de ses amis;<br />
+Mais vous voyez d'ailleurs que le ciel a permis<br />
+Que pour mieux vous montrer que tout n'est qu'artifice,<br />
+Lysandre me faisoit ses offres de service.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Aucun des deux n'est homme à se jouer de nous:<br />
+Quelque secret mystère est caché là-dessous.<br />
+Allons, pour en tirer la vérité plus claire,<br />
+Seules dedans ma chambre examiner l'affaire;<span class="dalign">970</span><br />
+Ici quelque importun pourroit nous aborder<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span><a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p>
+
+<p>J'aurai bien de la peine à la persuader<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>:<br />
+Ah! Florice, en quel point laisses-tu Célidée?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>De honte et de dépit tout à fait possédée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Que t'a-t-elle montré?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Cent choses à la fois,</span><span class="dalign">975</span><br />
+Selon que le hasard les mettoit sous ses doigts:<br />
+Ce n'étoit qu'un prétexte à faire sa retraite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Elle t'a témoigné d'être fort satisfaite?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Sans que je vous amuse en discours superflus,<br />
+Son visage suffit pour juger du surplus<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>.<span class="dalign">980</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span> <span class="font90">regarde Célidée</span><a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>.</p>
+
+<p>Ses pleurs ne se sauroient empêcher de descendre;<br />
+Et j'en aurois pitié si je n'aimois Lysandre.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p>Infidèles témoins d'un feu mal allumé,<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span><br />
+Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>,<br />
+Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé<span class="dalign">985</span><br />
+<span class="i4">Du pouvoir de vos charmes.</span></p>
+
+<p>De quoi vous a servi d'avoir su me flatter<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>,<br />
+D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe,<br />
+S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter<br />
+<span class="i4">Avecque plus de pompe?</span><span class="dalign">990</span></p>
+
+<p>Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>;<br />
+Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte;<br />
+Et n'ayant pu le perdre avec contentement,<br />
+<span class="i4">Je le perds avec honte.</span></p>
+
+<p>Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret;<span class="dalign">995</span><br />
+Par là mon désespoir davantage se pique.<br />
+Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret,<br />
+<span class="i4">Et ma honte est publique.</span></p>
+
+<p>Le traître avoit senti qu'alors me négliger<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>,<br />
+C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme;<span class="dalign">1000</span><br />
+Et la constance plût à cet esprit léger<br />
+<span class="i4">Pour amortir ma flamme.</span></p>
+
+<p>Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant,<br />
+Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître:<br />
+De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant,<span class="dalign">1005</span><br />
+<span class="i4">Il n'ose plus paroître;</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span>
+Outre que de mon c&oelig;ur pleinement exilé,<br />
+Et n'y conservant plus aucune intelligence,<br />
+Il est trop glorieux pour n'être rappelé<br />
+<span class="i4">Qu'à servir ma vengeance.</span><span class="dalign">1010</span></p>
+
+<p>Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux.<br />
+Courage donc, mon c&oelig;ur; espérons un peu mieux.<br />
+Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;<br />
+Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles:<br />
+Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs,<span class="dalign">1015</span><br />
+N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XI.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE, CLÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Dans ce profond penser, pâle, triste, abattue,<br />
+Ou quelque grand malheur de Lysandre vous tue,<br />
+Ou bientôt vos douleurs l'accableront d'ennuis<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Il est cause en effet de l'état où je suis,<span class="dalign">1020</span><br />
+Non pas en la façon qu'un ami s'imagine,<br />
+Mais....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Vous n'achevez point, faut-il que je devine?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Permettez que je cède à la confusion<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a><br />
+Qui m'étouffe la voix en cette occasion.<br />
+J'ai d'incroyables traits de Lysandre à vous dire;<span class="dalign">1025</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span>
+Mais ce reste du jour souffrez que je respire,<br />
+Et m'obligez demain que je vous puisse voir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>De sorte qu'à présent on n'en peut rien savoir?<br />
+Dieux! elle se dérobe, et me laisse en un doute....<br />
+Poursuivons toutefois notre première route;<span class="dalign">1030</span><br />
+Peut-être ces beaux yeux, dont l'éclat me surprit,<br />
+De ce fâcheux soupçon purgeront mon esprit.<br />
+Frappe<a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, FLORICE, CLÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Que vous plaît-il?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Peut-on voir Hippolyte?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+Elle vient de sortir pour faire une visite.
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ainsi tout aujourd'hui mes pas ont été vains.<span class="dalign">1035</span><br />
+Florice, à ce défaut, fais-lui mes baisemains.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE</span>, <span class="font90">seule.</span></p>
+
+<p>Ce sont des compliments qu'il fait mauvais lui faire<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.<br />
+Depuis que ce Lysandre a tâché de lui plaire,<br />
+Elle ne veut plus être au logis que pour lui,<br />
+Et tous autres devoirs lui donnent de l'ennui.<span class="dalign">1040</span></p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU TROISIÈME ACTE.</small></b></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span></p>
+<h2>ACTE IV.</h2>
+<hr class="c5" />
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, ARONTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>,<br />
+Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;<br />
+Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.<br />
+Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>!<br />
+Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,<br />
+Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!<br />
+Mais je me promets tant de ta dextérité,<br />
+Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte<br />
+Déjà vers son objet malgré moi le remporte;<span class="dalign">1050</span><br />
+Et comme s'il avoit reconnu son erreur,<br />
+Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:<br />
+Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle<br />
+Lui jurer que son c&oelig;ur n'a brûlé que pour elle,<br />
+Attaquer son orgueil par des submissions....<span class="dalign">1055</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>J'entends assez le but de tes commissions.<br />
+Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>J'emploie auprès de vous le temps de ce message,<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span><br />
+Et la ferai parler tantôt à mon retour<br />
+D'une façon mal propre à donner de l'amour;<span class="dalign">1060</span><br />
+Mais après mon rapport, si son ardeur extrême<br />
+Le résout à porter son message lui-même,<br />
+Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux<br />
+Vaincra notre artifice et parlera pour eux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme,<span class="dalign">1065</span><br />
+Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>.<br />
+Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher<br />
+Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre,<br />
+Ce seroit le plus sûr.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">N'oses-tu l'entreprendre?</span><span class="dalign">1070</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux,<br />
+Et vous verrez après frapper d'étranges coups.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale,<br />
+Jusque-là qu'entre eux deux son âme étoit égale<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>;<br />
+Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur,<span class="dalign">1075</span><br />
+Lui montra tant d'amour qu'il regagna son c&oelig;ur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble,<br />
+Quelque Dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Fais-les voir à ton maître, et ne perds point ce temps,<br />
+Puisque de là dépend le bonheur que j'attends.<span class="dalign">1080</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE, ARONTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Aronte, un mot. Tu fuis? Crains-tu que je te voie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Non; mais pressé d'aller où mon maître m'envoie,<br />
+J'avois doublé le pas sans vous apercevoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>D'où viens-tu?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">D'un logis vers la Croix-du-Tiroir</span><a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>C'est donc en ce Marais que finit ton voyage?<span class="dalign">1085</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Non, je cours au Palais faire encore un message.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Et c'en est le chemin de passer par ici<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci:<br />
+Il meurt d'impatience à force de m'attendre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Et touchant mes amours ne peux-tu rien m'apprendre?<br />
+As-tu vu depuis peu l'objet que je chéris?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Oui, tantôt en passant j'ai rencontré Cloris.
+<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Tu cherches des détours: je parle d'Hippolyte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Et c'est là seulement le discours qu'il évite.<br />
+Tu t'enferres, Aronte, et pris au dépourvu,<span class="dalign">1095</span><br />
+En vain tu veux cacher ce que nous avons vu.<br />
+Va, ne sois point honteux des crimes de ton maître:<br />
+Pourquoi désavouer ce qu'il fait trop paroître?<br />
+Il la sert à mes yeux, cet infidèle amant,<br />
+Et te vient d'envoyer lui faire un compliment.<span class="dalign">1100</span></p>
+
+<p class="font90 i6">(Aronte rentre.)</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Après cette retraite et ce morne silence,<br />
+Pouvez-vous bien encor demeurer en balance?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Je n'en ai que trop vu, mes yeux m'en ont trop dit:<br />
+Aronte en me parlant étoit tout interdit,<br />
+Et sa confusion portoit sur son visage<span class="dalign">1105</span><br />
+Assez et trop de jour pour lire son message.<br />
+Traître, traître Lysandre, est-ce là donc le fruit<br />
+Qu'en faveur de mes feux ton amitié produit?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Connoissez tout à fait l'humeur de l'infidèle:<br />
+Votre amour seulement la lui fait trouver belle.<span class="dalign">1110</span><br />
+Cet objet, tout aimable et tout parfait qu'il est<a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>,<br />
+N'a des charmes pour lui que depuis qu'il vous plaît;<br />
+Et votre affection, de la sienne suivie,<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span><br />
+Montre que c'est par là qu'il en a pris envie,<br />
+Qu'il veut moins l'acquérir que vous le dérober<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>.<span class="dalign">1115</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.<br />
+En ce dessein commun de servir Hippolyte,<br />
+Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:<br />
+Son sang me répondra de son manque de foi,<br />
+Et me fera raison et pour vous et pour moi.<span class="dalign">1120</span><br />
+Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,<br />
+Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>,<br />
+Est-ce faire justice à ce juste courroux?<br />
+Pouvez-vous présumer, après sa tromperie,<span class="dalign">1125</span><br />
+Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?<br />
+Certes pour le punir c'est trop vous négliger,<br />
+Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Pourriez-vous approuver que je prisse avantage<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a><br />
+Pour immoler ce traître à mon peu de courage?<span class="dalign">1130</span><br />
+J'achèterois trop cher la mort du suborneur,<br />
+Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>,<br />
+Et montrerois une âme et trop basse et trop noire<br />
+De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés,<span class="dalign">1135</span><br />
+Il est pour vous venger des moyens plus aisés.<br />
+Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,<br />
+Vous auriez bientôt pris une juste vengeance<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>;<br />
+Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Quoi? Ce qu'il m'a volé?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Non, mais du moins autant.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>La foiblesse du sexe en ce point vous conseille:<br />
+Il se croit trop vengé, quand il rend la pareille;<br />
+Mais suivre le chemin que vous voulez tenir<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>,<br />
+C'est imiter son crime au lieu de le punir;<br />
+Au lieu de lui ravir une belle maîtresse,<span class="dalign">1145</span><br />
+C'est prendre à son refus une beauté qu'il laisse.</p>
+
+<p class="font90 i4">(Lysandre vient avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant
+avec Célidée<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a>.)</p>
+
+<p>C'est lui faire plaisir, au lieu de l'affliger;<br />
+C'est souffrir un affront, et non pas se venger.<br />
+J'en perds ici le temps. Adieu: je me retire;<br />
+Mais avant qu'il soit peu, si vous entendez dire<span class="dalign">1150</span><br />
+Qu'un coup fatal et juste ait puni l'imposteur,<br />
+Vous pourrez aisément en deviner l'auteur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>De grâce, encore un mot. Hélas! il m'abandonne<br />
+Aux cuisants déplaisirs que ma douleur me donne.<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span><br />
+Rentre, pauvre abusée, et dedans tes malheurs,<span class="dalign">1155</span><br />
+Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs!</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, ARONTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle.<br />
+N'exerce plus tes soins à me faire endurer;<br />
+Ma plus douce fortune est de tout ignorer<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a>:<span class="dalign">1160</span><br />
+Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Encor pour Dorimant, il en a quelque honte:<br />
+Vous voyant, il a fui.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Mais mon ingrate alors</span><br />
+Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,<br />
+Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes!<span class="dalign">1165</span><br />
+Tu croyois que son c&oelig;ur n'eût point d'autres atteintes,<br />
+Que son esprit entier se conservoit à moi,<br />
+Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même.<br />
+Après deux ans passés dans un amour extrême,<span class="dalign">1170</span><br />
+Que sans occasion elle vînt à changer,<br />
+Je me fusse tenu coupable d'y songer;<br />
+Mais puisque sans raison la volage vous change,<br />
+Faites qu'avec raison un changement vous venge.<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span><br />
+Pour punir comme il faut son infidélité,<span class="dalign">1175</span><br />
+Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Misérable! est-ce ainsi qu'il faut qu'on me soulage?<br />
+Ai-je trop peu souffert sous cette humeur volage?<br />
+Et veux-tu désormais que par un second choix<br />
+Je m'engage à souffrir encore une autre fois?<span class="dalign">1180</span><br />
+Qui t'a dit qu'Hippolyte à cette amour nouvelle<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a><br />
+Se rendroit plus sensible ou seroit plus fidèle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Vous en devez, Monsieur, présumer beaucoup mieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Conseiller importun, ôte-toi de mes yeux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Son âme....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Ote-toi, dis-je, et dérobe ta tête</span><span class="dalign">1185</span><br />
+Aux violents effets que ma colère apprête:<br />
+Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet;<br />
+Va, tu l'attirerois sur un sang trop abjet<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE.</h4>
+
+<p>Il faut à mon courroux de plus nobles victimes:<br />
+Il faut qu'un même coup me venge de deux crimes<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>;<span class="dalign">1190</span><br />
+Qu'après les trahisons de ce couple indiscret,<br />
+L'un meure de ma main, et l'autre de regret.<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span><br />
+Oui, la mort de l'amant punira la maîtresse;<br />
+Et mes plaisirs alors naîtront de sa tristesse.<br />
+Mon c&oelig;ur, à qui mes yeux apprendront ses tourments,<br />
+Permettra le retour à mes contentements;<br />
+Ce visage si beau, si bien pourvu de charmes,<br />
+N'en aura plus pour moi, s'il n'est couvert de larmes.<br />
+Ses douleurs seulement ont droit de me guérir;<br />
+Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>.<span class="dalign">1200</span><br />
+Frénétiques transports, avec quelle insolence<br />
+Portez-vous mon esprit à tant de violence?<br />
+Allez, vous avez pris trop d'empire sur moi;<br />
+Dois-je être sans raison, parce qu'ils sont sans foi?<br />
+Dorimant, Célidée, ami, chère maîtresse,<span class="dalign">1205</span><br />
+Suivrois-je contre vous la fureur qui me presse?<br />
+Quoi? vous ayant aimés, pourrois-je vous haïr?<br />
+Mais vous pourrois-je aimer, quand vous m'osez trahir<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a><br />
+Qu'un rigoureux combat déchire mon courage!<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span><br />
+Ma jalousie augmente et redouble ma rage<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>;<span class="dalign">1210</span><br />
+Mais quelques<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a> fiers projets qu'elle jette en mon c&oelig;ur,<br />
+L'amour.... ah! ce mot seul me range à la douceur.<br />
+Celle que nous aimons jamais ne nous offense;<br />
+Un mouvement secret prend toujours sa défense:<br />
+L'amant souffre tout d'elle, et dans son changement,<br />
+Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a>.<br />
+Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide,<br />
+Revenez, mes fureurs, pour punir le perfide;<br />
+Arrachez-lui mon bien: une telle beauté<br />
+N'est pas le juste prix d'une déloyauté.<span class="dalign">1220</span><br />
+Souffrirois-je, à mes yeux, que par ses artifices<br />
+Il recueillît les fruits dus à mes longs services?<br />
+S'il vous faut épargner le sujet de mes feux,<br />
+Que ce traître du moins réponde pour tous deux.<br />
+Vous me devez son sang pour expier son crime:<span class="dalign">1225</span><br />
+Contre sa lâcheté tout vous est légitime;<br />
+Et quelques châtiments.... Mais, Dieux! que vois-je ici?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, LYSANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Vous avez dans l'esprit quelque pesant souci;<br />
+Ce visage enflammé, ces yeux pleins de colère,<span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span><br />
+En font voir au dehors une marque trop claire<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>.<span class="dalign">1230</span><br />
+Je prends assez de part en tous vos intérêts<br />
+Pour vouloir en aveugle y mêler mes regrets;<br />
+Mais si vous me disiez ce qui cause vos peines....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ah! ne m'imposez point de si cruelles gênes;<br />
+C'est irriter mes maux que de me secourir;<span class="dalign">1235</span><br />
+La mort, la seule mort a droit de me guérir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Si vous vous obstinez à m'en taire la cause,<br />
+Tout mon pouvoir sur vous n'est que fort peu de chose.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Laissez-le-moi partout, ou ne m'en laissez point.<span class="dalign">1240</span><br />
+C'est n'aimer qu'à demi qu'aimer avec réserve,<br />
+Et ce n'est pas ainsi que je veux qu'on me serve:<br />
+Il faut m'apprendre tout, et lorsque je vous voi,<br />
+Être de belle humeur, ou n'être plus à moi<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ne perdez point d'efforts à vaincre mon silence<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>;<span class="dalign">1245</span><br />
+Vous useriez sur moi de trop de violence.<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span><br />
+Adieu: je vous ennuie, et les grands déplaisirs<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a><br />
+Veulent en liberté s'exhaler en soupirs.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>.</h4>
+
+<p>C'est donc là tout l'état que tu fais d'Hippolyte<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>?<br />
+Après des v&oelig;ux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte!<br />
+Qu'Aronte jugeoit bien que ses feintes amours,<br />
+Avant qu'il fût longtemps, interromproient leurs cours!<br />
+Dans ce peu de succès des ruses de Florice,<br />
+J'ai manqué de bonheur, mais non pas de malice;<br />
+Et si j'en puis jamais trouver l'occasion,<span class="dalign">1255</span><br />
+J'y mettrai bien encor de la division.<br />
+Si notre pauvre amant est plein de jalousie,<br />
+Ma rivale, qui sort, n'en est pas moins saisie.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>N'ai-je pas tantôt vu mon perfide avec vous<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>?<br />
+Il a bientôt quitté des entretiens si doux.<span class="dalign">1260</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Qu'y feroit-il, ma s&oelig;ur? Ta fidèle Hippolyte<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a><br />
+Traite cet inconstant ainsi qu'il le mérite<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span><br />
+Il a beau m'en conter de toutes les façons,<br />
+Je le renvoie ailleurs pratiquer ses leçons.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Le parjure à présent est fort sur ta louange<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>?<span class="dalign">1265</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange;<br />
+Et quand il vient ensuite à parler de ses feux<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>,<br />
+Aucune passion jamais n'approcha d'eux.<br />
+Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige,<br />
+Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige:<span class="dalign">1270</span><br />
+C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment;<br />
+Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement,<br />
+Je te laisse à juger alors si je l'endure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>C'est trop prendre, ma s&oelig;ur, de part en mon injure:<br />
+Laisse-le mépriser celle dont les mépris<span class="dalign">1275</span><br />
+Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris.<br />
+Si Lysandre te plaît, possède le volage,<br />
+Mais ne me traite point avec désavantage;<br />
+Et si tu te résous d'accepter mon amant,<br />
+Relâche-moi du moins le c&oelig;ur de Dorimant.<span class="dalign">1280</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre,<br />
+Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre;<br />
+Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir,<br />
+Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir.<br />
+J'estimai fort Lysandre avant que le connoître;<span class="dalign">1285</span><br />
+Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître,<br />
+Je te répute heureuse après l'avoir perdu.<br />
+Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu!<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span><br />
+Que son discours est fade avec ses flatteries<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>!<br />
+Qu'on est importuné de ses afféteries!<span class="dalign">1290</span><br />
+Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui,<br />
+Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale<br />
+A pris pour nos malheurs une route inégale!<br />
+L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux;<span class="dalign">1295</span><br />
+L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Si nous changions de sort, que nous serions contentes!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Outre, hélas! que le ciel s'oppose à nos attentes,<br />
+Lysandre n'a plus rien à rengager ma foi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Mais l'autre, tu voudrois....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p4">PLEIRANTE, HIPPOLYTE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Ne rompez pas pour moi;</span><br />
+Craignez-vous qu'un ami sache de vos nouvelles<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Nous causions de mouchoirs, de rabats<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>, de dentelles,<br />
+De ménages de fille.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Et parmi ces discours,</span><span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span><br />
+Vous confériez ensemble un peu de vos amours:<br />
+Eh bien, ce serviteur, l'aura-t-on agréable?<span class="dalign">1305</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Vous m'attaquez toujours par quelque trait semblable<a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>.<br />
+Des hommes comme vous ne sont que des conteurs.<br />
+Vraiment c'est bien à moi d'avoir des serviteurs!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Parlons, parlons françois. Enfin, pour cette affaire,<br />
+Nous en remettrons-nous à l'avis d'une mère?<span class="dalign">1310</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>J'obéirai toujours à son commandement;<br />
+Mais de grâce, Monsieur, parlez plus clairement:<br />
+Je ne puis deviner ce que vous voulez dire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Un certain cavalier pour vos beaux yeux soupire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Vous en voulez par là<a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Ce n'est point fiction</span><span class="dalign">1315</span><br />
+Que ce que je vous dis de son affection.<br />
+Votre mère sut hier à quel point il vous aime<a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>,<br />
+Et veut que ce soit vous qui vous donniez vous-même.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Et c'est ce que ma mère, afin de m'expliquer,<br />
+Ne m'a point fait l'honneur de me communiquer;<span class="dalign">1320</span><br />
+Mais pour l'amour de vous, je vais le savoir d'elle.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">PLEIRANTE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Ta compagne est du moins aussi fine que belle<a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Elle a bien su, de vrai, se défaire de vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Et fort habilement se parer de mes coups.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Peut-être innocemment, faute d'y rien comprendre<a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Mais faute, bien plutôt, d'y vouloir rien entendre.<br />
+Je suis des plus trompés si Dorimant lui plaît.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Y prenez-vous, Monsieur, pour lui quelque intérêt?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Lysandre m'a prié d'en porter la parole.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Lysandre!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Oui, ton Lysandre.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Et lui-même cajole....</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Quoi? que cajole-t-il?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Hippolyte, à mes yeux.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Folle, il n'aima jamais que toi dessous les cieux;<br />
+Et nous sommes tous prêts de choisir la journée<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span><br />
+Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée.<br />
+Il se plaint toutefois un peu de ta froideur;<span class="dalign">1335</span><br />
+Mais pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur.<br />
+Parle: ma volonté sera-t-elle obéie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Hélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie!<br />
+Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant,<br />
+Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant,<span class="dalign">1340</span><br />
+Et traverse par là tout ce qu'à sa prière<br />
+Votre vaine entremise avance vers la mère.<br />
+Cela qu'est-ce, Monsieur, que se jouer de vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux!<br />
+Et quoi? pour un ami s'il rend une visite,<span class="dalign">1345</span><br />
+Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je sais ce que j'ai vu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Je sais ce qu'il m'a dit,</span><br />
+Et ne veux plus du tout souffrir de contredit.<br />
+Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose<a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Commandez-moi plutôt, Monsieur, toute autre chose.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Quelle bizarre humeur! quelle inégalité<a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a><br />
+De rejeter un bien qu'on a tant souhaité!<br />
+La belle, voyez-vous? qu'on perde ces caprices:<br />
+Il faut pour m'éblouir de meilleurs artifices.<br />
+Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux,<span class="dalign">1355</span><br />
+Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux;<br />
+Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse,<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91</a></span><br />
+Il faut que nous manquions, vous et moi, de promesse?<br />
+Quittez, pour votre bien, ces fantasques refus.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Monsieur....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5"> Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.</span></p>
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XI.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">CÉLIDÉE.</span></h4>
+
+<p>Fâcheux commandement d'un incrédule père!<br />
+Qu'il me fut doux jadis, et qu'il me désespère!<br />
+J'avois, auparavant qu'on m'eût manqué de foi,<br />
+Le devoir et l'amour tout d'un parti chez moi,<br />
+Et ma flamme, d'accord avecque sa puissance,<span class="dalign">1365</span><br />
+Unissoit mes desirs à mon obéissance;<br />
+Mais, hélas! que depuis cette infidélité<br />
+Je trouve d'injustice en son autorité!<br />
+Mon esprit s'en révolte, et ma flamme bannie<br />
+Fait qu'un pouvoir si saint m'est une tyrannie.<span class="dalign">1370</span><br />
+Dures extrémités où mon sort est réduit!<br />
+On donne mes faveurs à celui qui les fuit;<br />
+Nous avons l'un pour l'autre une pareille haine,<br />
+Et l'on m'attache à lui d'une éternelle chaîne.<br />
+Mais s'il ne m'aimoit plus, parleroit-il d'amour<span class="dalign">1375</span><br />
+A celui dont je tiens la lumière du jour?<br />
+Mais s'il m'aimoit encor, verroit-il Hippolyte?<br />
+Mon c&oelig;ur en même temps se retient et s'excite.<br />
+Je ne sais quoi me flatte, et je sens déjà bien<br />
+Que mon feu ne dépend que de croire le sien.<span class="dalign">1380</span><br />
+Tout beau, ma passion, c'est déjà trop paroître:<br />
+Attends, attends du moins la sienne pour renaître.<br />
+A quelle folle erreur me laissé-je emporter!<br />
+Il fait tout à dessein de me persécuter.<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">92</a></span><br />
+L'ingrat cherche ma peine, et veut par sa malice<span class="dalign">1385</span><br />
+Que l'ordre qu'on me donne augmente mon supplice<a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>.<br />
+Rentrons, que son objet présenté par hasard<br />
+De mon c&oelig;ur ébranlé ne reprenne une part:<br />
+C'est bien assez qu'un père à souffrir me destine,<br />
+Sans que mes yeux encore aident à ma ruine.<span class="dalign">1390</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XII.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, le Mercier.</span></h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, <span class="font90">après qu'ils se sont entre-poussé une boîte
+qui est entre leurs boutiques</span><a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>.</p>
+
+<p>J'envoirai tout à bas, puis après on verra.<br />
+Ardez<a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>, vraiment c'est-mon<a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>, on vous l'endurera!<br />
+Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Tout est sur mon tapis: qu'avez-vous à vous plaindre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Aussi votre tapis est tout sur mon battant<a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>;<span class="dalign">1395</span><br />
+Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Là, là, criez bien haut, faites bien l'étourdie,<br />
+Et puis on vous jouera dedans la comédie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Je voudrois l'avoir vu que quelqu'un s'y fût mis;<br />
+Pour en avoir raison nous manquerions d'amis!<span class="dalign">1400</span><br />
+On joue ainsi le monde.<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Après tout ce langage,</span><br />
+Ne me repoussez pas mes boîtes davantage.<br />
+Votre caquet m'enlève à tous coups mes chalands;<br />
+Vous vendez dix rabats contre moi deux galands<a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>.<br />
+Pour conserver la paix, depuis six mois j'endure<a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>,<span class="dalign">1405</span><br />
+Sans vous en dire mot, sans le moindre murmure;<br />
+Et vous me harcelez et sans cause et sans fin.<br />
+Qu'une femme hargneuse est un mauvais voisin!<br />
+Nous n'apaiserons point cette humeur qui vous pique<br />
+Que par un entre-deux mis à votre boutique;<span class="dalign">1410</span><br />
+Alors, n'ayant plus rien ensemble à démêler,<br />
+Vous n'aurez plus aussi sur quoi me quereller.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Justement.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XIII.</h3>
+
+<h4 class="p2"><span class="smcap">La Lingère, FLORICE, le Mercier,
+le Libraire, CLÉANTE.</span></h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span><a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>.</p>
+
+<p><span class="i4">De tout loin je vous ai reconnue.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Vous vous doutez donc bien pourquoi je suis venue?<br />
+Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux?<span class="dalign">1415</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Ils viennent d'arriver.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Voyons donc les plus beaux.</span>
+<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER</span>, à Cléante qui passe.</p>
+
+<p>Ne vous vendrai-je rien, Monsieur? des bas de soie,<br />
+Des gants en broderie, ou quelque petite oie<a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANTE</span>, <span class="font90">au Libraire.</span></p>
+
+<p>Ces livres que mon maître avoit fait mettre à part,<br />
+Les avez-vous encore?</p>
+
+<span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span>, empaquetant ses livres<a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>.
+
+<p><span class="i9">Ah! que vous venez tard!</span><span class="dalign">1420</span><br />
+Encore un peu, ma foi, je m'en allois les vendre.<br />
+Trois jours sans revenir! je m'ennuyois d'attendre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je l'avois oublié. Le prix?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE LIBRAIRE</span><a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>.</p>
+
+<p><span class="i10">Chacun le sait:</span><br />
+Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE</span>, <span class="font90">à Florice,</span></p>
+
+<p>Eh bien, qu'en dites-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">J'en suis toute ravie,</span><span class="dalign">1425</span><br />
+Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie.<br />
+Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport.<br />
+Que celui-ci me semble et délicat et fort<a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a><br />
+Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage!<br />
+Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage.<span class="dalign">1430</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Voici de quoi vous faire un assez beau collet.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Je pense, en vérité, qu'il ne seroit pas laid;<br />
+Que me coûtera-t-il?<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Allez, faites-moi vendre,</span><br />
+Et pour l'amour de vous, je n'en voudrai rien prendre.<br />
+Mais avisez alors à me récompenser.<span class="dalign">1435</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser:<br />
+Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XIV.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORICE, ARONTE, <span class="smcap">Le Mercier</span>,
+<span class="smcap">La Lingère<a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a></span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir,<br />
+Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir<a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.<span class="dalign">1440</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Ne te débauche point, je veux faire ta paix.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée,<span class="dalign">1445</span><br />
+Je te rends aussitôt l'affaire accommodée.<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARONTE.</span></p>
+
+<p>Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand!<br />
+Viens, je te veux donner tout à l'heure un galand.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre:
+En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre.<span class="dalign">1450</span></p>
+
+<p><span class="smcap i4">ARONTE</span>, <span class="font90">après avoir regardé une boîte de galands</span><a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a>.</p>
+
+<p>Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs.<br />
+Allons, Florice, allons, il en faut voir ailleurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE<a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>.</span></p>
+
+<p>Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise<a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>,<br />
+Des hommes comme vous perdent leur chalandise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment.<br />
+Du moins, si je vends peu, je vends loyalement,<br />
+Et je n'attire point avec une promesse<br />
+De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien;<br />
+Chacun sait son métier, et.... Mais je ne dis rien. <span class="dalign">1460</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE MERCIER.</span></p>
+
+<p>Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LA LINGÈRE.</span></p>
+
+<p>Je ne réplique point à des gens en colère<a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>.</p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</small></b></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span></p>
+<h2>ACTE V.</h2>
+<hr class="c5" />
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE.</h4>
+
+<p>Indiscrète vengeance, imprudentes chaleurs,<br />
+Dont l'impuissance ajoute un comble à mes malheurs,<br />
+Ne me conseillez plus la mort de ce faussaire.<span class="dalign">1465</span><br />
+J'aime encor Célidée, et n'ose lui déplaire:<br />
+Priver de la clarté ce qu'elle aime le mieux,<br />
+Ce n'est pas le moyen d'agréer à ses yeux.<br />
+L'amour, en la perdant, me retient en balance;<br />
+Il produit ma fureur et rompt sa violence,<span class="dalign">1470</span><br />
+Et me laissant trahi, confus et méprisé,<br />
+Ne veut que triompher de mon c&oelig;ur divisé.<br />
+<span class="i1">Amour, cruel, auteur de ma longue misère,</span><br />
+Ou permets à la fin d'agir à ma colère,<br />
+Ou sans m'embarrasser d'inutiles transports,<span class="dalign">1475</span><br />
+Auprès de ce bel &oelig;il fais tes derniers efforts.<br />
+Viens, accompagne-moi chez ma belle inhumaine,<br />
+Et comme de mon c&oelig;ur triomphe de sa haine.<br />
+Contre toi ma vengeance a mis les armes bas,<br />
+Contre ses cruautés rends les mêmes combats;<span class="dalign">1480</span><br />
+Exerce ta puissance à fléchir la farouche;<br />
+Montre-toi dans mes yeux, et parle par ma bouche:<br />
+Si tu te sens trop foible, appelle à ton secours<br />
+Le souvenir de mille et de mille heureux jours,<br />
+Où ses desirs, d'accord avec mon espérance<a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>,<span class="dalign">1485</span><span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span><br />
+Ne laissoient à nos v&oelig;ux aucune différence.<br />
+Je pense avoir encor ce qui la sut charmer,<br />
+Les mêmes qualités qu'elle voulut aimer.<br />
+Peut-être mes douleurs ont changé mon visage;<br />
+Mais en revanche aussi je l'aime davantage;<span class="dalign">1490</span><br />
+Mon respect s'est accru pour un objet si cher<a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>;<br />
+Je ne me venge point, de peur de la fâcher.<br />
+Un infidèle ami tient son âme captive,<br />
+Je le sais, je le vois, et je souffre qu'il vive.<br />
+<span class="i1">Je tarde trop: allons, ou vaincre ses refus,</span><span class="dalign">1495</span><br />
+Ou me venger sur moi de ne lui plaire plus,<br />
+Et tirons de son c&oelig;ur, malgré sa flamme éteinte,<br />
+La pitié par ma mort, ou l'amour par ma plainte:<br />
+Ses rigueurs par ce fer me perceront le sein.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein<a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>!<br />
+Ne craignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte;<br />
+Vous ne m'apprendrez rien en lui faisant visite:<br />
+Mes yeux, mes propres yeux n'ont que trop découvert<br />
+Comme un ami si rare auprès d'elle me sert.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Parlez plus franchement: ma rencontre importune<span class="dalign">1505</span><br />
+Auprès d'un autre objet trouble votre fortune;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span>
+Et vous montrez assez, par ces foibles détours,<br />
+Qu'un témoin comme moi déplaît à vos amours.<br />
+Vous voulez seul à seul cajoler Célidée;<br />
+La querelle entre nous sera bientôt vidée<a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>:<span class="dalign">1510</span><br />
+Ma mort vous donnera chez elle un libre accès,<br />
+Ou ma juste vengeance un funeste succès.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Qu'est-ce-ci, déloyal? quelle fourbe est la vôtre?<br />
+Vous m'en disputez une, afin d'acquérir l'autre!<br />
+Après ce que chacun a vu de votre feu,<span class="dalign">1515</span><br />
+C'est une lâcheté d'en faire un désaveu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je ne me connois point à combattre d'injures.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Aussi veux-je punir autrement tes parjures:<br />
+Le ciel, le juste ciel, ennemi des ingrats,<br />
+Qui pour ton châtiment a destiné mon bras,<span class="dalign">1520</span><br />
+T'apprendra qu'à moi seul Hippolyte est gardée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Garde ton Hippolyte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<span class="i8">Et toi, ta Célidée.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Voilà faire le fin, de crainte d'un combat.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Tu m'imputes la crainte, et ton c&oelig;ur s'en abat.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Laissons à part les noms; disputons la maîtresse,<span class="dalign">1525</span><br />
+Et pour qui que ce soit montre ici ton adresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>C'est comme je l'entends.
+<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIDÉE, LYSANDRE, DORIMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">O Dieux! ils sont aux coups!</span><br />
+Ah! perfide, sur moi détourne ton courroux<a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>:<br />
+La mort de Dorimant me seroit trop funeste.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Lysandre, une autre fois nous viderons le reste.<span class="dalign">1530</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE</span>, <span class="font90">à Dorimant.</span></p>
+
+<p>Arrête, cher ingrat<a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<span class="i9">Tu recules, voleur!</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Je fuis cette importune, et non pas ta valeur.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSANDRE, CÉLIDÉE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ne suivez pas du moins ce perfide à ma vue:<br />
+Avez-vous résolu que sa fuite me tue,<br />
+Et qu'ayant su braver son plus vaillant effort<a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>,<span class="dalign">1535</span><br />
+Par sa retraite infâme il me donne la mort?<br />
+Pour en frapper le coup, vous n'avez qu'à le suivre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Je tiens des gens sans foi si peu dignes de vivre,<br />
+Qu'on ne verra jamais que je recule un pas<br />
+De crainte de causer un si juste trépas.<span class="dalign">1540</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Eh bien, voyez-le donc: ma lame toute prête<br />
+N'attendoit que vos yeux pour immoler ma tête.<br />
+Vous lirez dans mon sang, à vos pieds répandu,<br />
+Ce que valoit l'amant que vous aurez perdu<a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>;<br />
+Et sans vous reprocher un si cruel outrage,<span class="dalign">1545</span><br />
+Ma main de vos rigueurs achèvera l'ouvrage:<br />
+Trop heureux mille fois si je plais en mourant<br />
+A celle à qui j'ai pu déplaire en l'adorant,<br />
+Et si ma prompte mort, secondant son envie,<br />
+L'assure du pouvoir qu'elle avoit sur ma vie!<span class="dalign">1550</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Moi, du pouvoir sur vous! vos yeux se sont mépris;<br />
+Et quelque illusion qui trouble vos esprits<br />
+Vous fait imaginer d'être auprès d'Hippolyte.<br />
+Allez, volage, allez où l'amour vous invite:<br />
+Dans ces doux entretiens recherchez vos plaisirs<a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>,<span class="dalign">1555</span><br />
+Et ne m'empêchez plus de suivre mes desirs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas sans raison que ma feinte passée<a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a><br />
+A jeté cette erreur dedans votre pensée.<br />
+Il est vrai, devant vous forçant mes sentiments,<br />
+J'ai présenté des v&oelig;ux, j'ai fait des compliments;<span class="dalign">1560</span><br />
+Mais c'étoient compliments qui partoient d'une souche:<br />
+Mon c&oelig;ur, que vous teniez, désavouoit ma bouche.<br />
+Pleirante, qui rompit ces ennuyeux discours,<br />
+Sait bien que mon amour n'en changea point de cours:<br />
+Contre votre froideur une modeste plainte<span class="dalign">1565</span><br />
+Fut tout notre entretien au sortir de la feinte;<br />
+Et je le priai lors....</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span>
+<span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">D'user de son pouvoir?</span><br />
+Ce n'étoit pas par là qu'il me falloit avoir.<br />
+Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les âmes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Confus, désespéré du mépris de mes flammes,<span class="dalign">1570</span><br />
+Sans conseil, sans raison, pareil aux matelots<br />
+Qu'un naufrage abandonne à la merci des flots,<br />
+Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre.<br />
+Ma douleur par mes cris d'abord s'est fait entendre;<br />
+J'ai cru que vous seriez d'un naturel plus doux,<span class="dalign">1575</span><br />
+Pourvu que votre esprit devînt un peu jaloux;<br />
+J'ai fait agir pour moi l'autorité d'un père;<br />
+J'ai fait venir aux mains celui qu'on me préfère;<br />
+Et puisque ces efforts n'ont réussi qu'en vain,<br />
+J'aurai de vous ma grâce, ou la mort de ma main.<span class="dalign">1580</span><br />
+Choisissez, l'une ou l'autre achèvera mes peines<a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>;<br />
+Mon sang brûle déjà de sortir de mes veines:<br />
+Il faut pour l'arrêter me rendre votre amour;<br />
+Je n'ai plus rien sans lui qui me retienne au jour<a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Volage, falloit-il, pour un peu de rudesse,<span class="dalign">1585</span><br />
+Vous porter si soudain à changer de maîtresse?<br />
+Que je vous croyois bien d'un jugement plus meur<a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>!<br />
+Ne pouviez-vous souffrir de ma mauvaise humeur?<br />
+Ne pouviez-vous juger que c'étoit une feinte<br />
+A dessein d'éprouver quelle étoit votre atteinte?<span class="dalign">1590</span><br />
+Les Dieux m'en soient témoins, et ce nouveau sujet<br />
+Que vos feux inconstants ont choisi pour objet,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span>
+Si jamais j'eus pour vous de dédain véritable,<br />
+Avant que votre amour parût si peu durable!<br />
+Qu'Hippolyte vous die avec quels sentiments<span class="dalign">1595</span><br />
+Je lui fus raconter vos premiers mouvements,<br />
+Avec quelles douceurs je m'étois préparée<br />
+A redonner la joie à votre âme éplorée!<br />
+Dieux! que je fus surprise, et mes sens éperdus,<br />
+Quand je vis vos devoirs à sa beauté rendus!<span class="dalign">1600</span><br />
+Votre légèreté fut soudain imitée:<br />
+Non pas que Dorimant m'en eût sollicitée;<br />
+Au contraire, il me fuit, et l'ingrat ne veut pas<br />
+Que sa franchise cède au peu que j'ai d'appas;<br />
+Mais, hélas! plus il fuit, plus son portrait s'efface;<span class="dalign">1605</span><br />
+Je vous sens, malgré moi, reprendre votre place;<br />
+L'aveu de votre erreur désarme mon courroux:<br />
+Ne redoutez plus rien, l'amour combat pour vous.<br />
+Si nous avons failli de feindre l'un et l'autre,<br />
+Pardonnez à ma feinte, et j'oublierai la vôtre<a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>.<span class="dalign">1610</span><br />
+Moi-même je l'avoue à ma confusion,<br />
+Mon imprudence a fait notre division.<br />
+Tu ne méritois pas de si rudes alarmes:<br />
+Accepte un repentir accompagné de larmes<a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>;<br />
+Et souffre que le tien nous fasse tour à tour<span class="dalign">1615</span><br />
+Par ce petit divorce augmenter notre amour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Que vous me surprenez! O ciel! est-il possible<br />
+Que je vous trouve encor à mes desirs sensible?<br />
+Que j'aime ces dédains qui finissent ainsi!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Et pour l'amour de toi, que je les aime aussi!<span class="dalign">1620</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie<br />
+De les plus essayer au péril de ma vie<a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>J'aime trop désormais ton repos et le mien:<br />
+Tous mes soins n'iront plus qu'à notre commun bien.<br />
+Voudrois-je, après ma faute, une plus douce amende<br />
+Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande<a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>?<br />
+Je t'accusois en vain d'une infidélité:<br />
+Il agissoit pour toi de pleine autorité,<br />
+Me traitoit de parjure et de fille rebelle.<br />
+Mais allons lui porter cette heureuse nouvelle;<span class="dalign">1630</span><br />
+Ce que pour mes froideurs il témoigne d'horreur<br />
+Mérite bien qu'en hâte on le tire d'erreur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte<br />
+N'ait encor de ma bouche un hommage hypocrite?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Non: je fuis Dorimant qu'ensemble j'aperçoi;<span class="dalign">1635</span><br />
+Je ne veux plus le voir, puisque je suis à toi.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, HIPPOLYTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Autant que mon esprit adore vos mérites,<br />
+Autant veux-je de mal à vos longues visites.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span>
+<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Que vous ont-elles fait pour vous mettre en courroux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Elles m'ôtent le bien de vous trouver chez vous.<span class="dalign">1640</span><br />
+J'y fais à tous moments une course inutile;<br />
+J'apprends cent fois le jour que vous êtes en ville.<br />
+En voici presque trois que je n'ai pu vous voir,<br />
+Pour rendre à vos beautés ce que je sais devoir<a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>;<br />
+Et n'étoit qu'aujourd'hui cette heureuse rencontre,<span class="dalign">1645</span><br />
+Sur le point de rentrer, par hasard me les montre,<br />
+Je crois que ce jour même auroit encor passé<a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a><br />
+Sans moyen de m'en plaindre aux yeux qui m'ont blessé.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Ma libre et gaie humeur hait le ton de la plainte;<br />
+Je n'en puis écouter qu'avec de la contrainte:<span class="dalign">1650</span><br />
+Si vous prenez plaisir dedans mon entretien,<br />
+Pour le faire durer ne vous plaignez de rien.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Vous me pouvez ôter tout sujet de me plaindre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Et vous pouvez aussi vous empêcher d'en feindre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Est-ce en feindre un sujet qu'accuser vos rigueurs?<span class="dalign">1655</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Pour vous en plaindre à faux, vous feignez des langueurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Verrois-je sans languir ma flamme qu'on néglige?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Éteignez cette flamme où rien ne vous oblige.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span>
+<span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Vos charmes trop puissants me forcent à ces feux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais rien ne vous force à vous approcher d'eux.<span class="dalign">1660</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ma présence vous fâche et vous est odieuse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Non, mais tout ce discours là peut rendre ennuyeuse<a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Je vois bien ce que c'est; je lis dans votre c&oelig;ur:<br />
+Il a reçu les traits d'un plus heureux vainqueur;<br />
+Un autre, regardé d'un &oelig;il plus favorable,<span class="dalign">1665</span><br />
+A mes submissions vous fait inexorable:<br />
+C'est pour lui seulement que vous voulez brûler.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Il est vrai: je ne puis vous le dissimuler;<br />
+Il faut que je vous traite avec toute franchise.<br />
+Alors que je vous pris, un autre<a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a> m'avoit prise,<span class="dalign">1670</span><br />
+Un autre captivoit mes inclinations<a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>.<br />
+Vous devez présumer de vos perfections<br />
+Que si vous attaquiez un c&oelig;ur qui fût à prendre,<br />
+Il seroit malaisé qu'il s'en pût bien défendre.<br />
+Vous auriez eu le mien, s'il n'eût été donné;<span class="dalign">1675</span><br />
+Mais puisque les destins ainsi l'ont ordonné,<br />
+Tant que ma passion aura quelque espérance,<br />
+N'attendez rien de moi que de l'indifférence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Vous ne m'apprenez point le nom de cet amant:<br />
+Sans doute que Lysandre est cet objet charmant<span class="dalign">1680</span><br />
+Dont les discours flatteurs vous ont préoccupée.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span>
+<span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Cela ne se dit point à des hommes d'épée:<br />
+Vous exposer aux coups d'un duel hasardeux,<br />
+Ce seroit le moyen de vous perdre tous deux.<br />
+Je vous veux, si je puis, conserver l'un et l'autre;<span class="dalign">1685</span><br />
+Je chéris sa personne, et hais si peu la vôtre,<br />
+Qu'ayant perdu l'espoir de le voir mon époux,<br />
+Si ma mère y consent, Hippolyte est à vous;<br />
+Mais aussi jusque-là plaignez votre infortune.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Permettez pour ce nom que je vous importune<a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>;<span class="dalign">1690</span><br />
+Ne me refusez plus de me le déclarer:<br />
+Que je sache en quel temps j'aurai droit d'espérer.<br />
+Un mot me suffira pour me tirer de peine;<br />
+Et lors j'étoufferai si bien toute ma haine,<br />
+Que vous me trouverez vous-même trop remis.<span class="dalign">1695</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">PLEIRANTE, LYSANDRE, CÉLIDÉE, DORIMANT, HIPPOLYTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Souffrez, mon cavalier, que je vous rende amis<a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>.<br />
+Vous ne lui voulez pas quereller<a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a> Célidée?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>L'affaire à cela près peut être décidée<a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.<br />
+Voici le seul objet de nos affections,<br />
+Et l'unique motif de nos dissensions<a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a>.<span class="dalign">1700</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Dissipe, cher ami, cette jalouse atteinte:<br />
+C'est l'objet de tes feux, et celui de ma feinte.<br />
+Mon c&oelig;ur fut toujours ferme, et moi je me dédis<br />
+Des v&oelig;ux que de ma bouche elle reçut jadis.<br />
+Piqué d'un faux dédain, j'avois pris fantaisie<a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a><span class="dalign">1705</span><br />
+De mettre Célidée en quelque jalousie;<br />
+Mais au lieu d'un esprit, j'en ai fait deux jaloux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Vous pouvez désormais achever entre vous:<br />
+Je vais dans ce logis dire un mot à Madame.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORIMANT, LYSANDRE, CÉLIDÉE, HIPPOLYTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ainsi, loin de m'aider, tu traversois ma flamme!<span class="dalign">1710</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Les efforts que Pleirante à ma prière a faits<br />
+T'auroient acquis déjà le but de tes souhaits;<br />
+Mais tu dois accuser les glaces d'Hippolyte,<br />
+Si ton bonheur n'est pas égal à ton mérite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Qu'aurai-je cependant pour satisfaction<span class="dalign">1715</span><br />
+D'avoir servi d'objet à votre fiction?<br />
+Dans votre différend je suis la plus blessée,<br />
+Et me trouve, à l'accord, entièrement laissée.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span>
+<span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>N'y songe plus, de grâce, et pour l'amour de moi<a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>,<br />
+Trouve bon qu'il ait feint de vivre sous ta loi.<span class="dalign">1720</span><br />
+Veux-tu le quereller lorsque je lui pardonne?<br />
+Le droit de l'amitié tout autrement ordonne.<br />
+Tous prêts d'être assemblés d'un lien conjugal,<br />
+Tu ne peux le haïr sans me vouloir du mal<a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.<br />
+J'ai feint par ton conseil; lui, par celui d'un autre;<span class="dalign">1725</span><br />
+Et bien qu'amour jamais ne fut égal au nôtre,<br />
+Je m'étonne comment cette confusion.<br />
+Laisse finir sitôt notre division.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>De sorte qu'à présent le ciel y remédie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu vois; mais après tout, s'il faut que je le die<a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>,<span class="dalign">1730</span><br />
+Ton conseil est fort bon, mais un peu dangereux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Excuse, chère amie, un esprit amoureux<a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>:<br />
+Lysandre me plaisoit, et tout mon artifice<br />
+N'alloit qu'à détourner son c&oelig;ur de ton service.<br />
+J'ai fait ce que j'ai pu pour brouiller vos esprits;<span class="dalign">1735</span><br />
+J'ai, pour me l'attirer, pratiqué tes mépris;<br />
+Mais puisqu'ainsi le ciel rejoint votre hyménée....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Votre rigueur vers moi doit être terminée.<br />
+Sans chercher de raisons pour vous persuader<a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a>,<br />
+Votre amour hors d'espoir fait qu'il me faut céder;<span class="dalign">1740</span><br />
+Vous savez trop à quoi la parole vous lie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>A vous dire le vrai, j'ai fait une folie:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span>
+Je les croyois encor loin de se réunir,<br />
+Et moi, par conséquent, loin de vous la tenir<a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Auriez-vous pour la rompre une âme assez légère?<span class="dalign">1745</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Puisque je l'ai promis, vous pouvez voir ma mère.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Si tu juges Pleirante à cela suffisant,<br />
+Je crois qu'eux deux ensemble en parlent à présent.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Après cette faveur qu'on me vient de promettre,<br />
+Je crois que mes devoirs ne se peuvent remettre:<span class="dalign">1750</span><br />
+J'espère tout de lui; mais pour un bien si doux<br />
+Je ne saurois....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Arrête: ils s'avancent vers nous.</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">PLEIRANTE, CHRYSANTE, LYSANDRE, DORIMANT,
+CÉLIDÉE, HIPPOLYTE<a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>, FLORICE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p>
+
+<p>Madame, un pauvre amant, captif de cette belle,<br />
+Implore le pouvoir que vous avez sur elle:<br />
+Tenant ses volontés, vous gouvernez mon sort;<span class="dalign">1755</span><br />
+J'attends de votre bouche ou la vie ou la mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE</span>, <span class="font90">à Dorimant.</span></p>
+
+<p>Un homme tel que vous, et de votre naissance,<br />
+Ne peut avoir besoin d'implorer ma puissance<a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span><br />
+Si vous avez gagné ses inclinations,<br />
+Soyez sûr du succès de vos affections;<span class="dalign">1760</span><br />
+Mais je ne suis pas femme à forcer son courage;<br />
+Je sais ce que la force est en un mariage.<br />
+Il me souvient encor de tous mes déplaisirs<br />
+Lorsqu'un premier hymen contraignit mes desirs;<br />
+Et sage à mes dépens, je veux bien qu'Hippolyte<span class="dalign">1765</span><br />
+Prenne ou laisse, à son choix, un homme de mérite.<br />
+Ainsi présumez tout de mon consentement,<br />
+Mais ne prétendez rien de mon commandement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT</span>, <span class="font90">à Hippolyte.</span></p>
+
+<p>Après un tel aveu serez-vous inhumaine<a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p>
+
+<p>Madame, un mot de vous me mettroit hors de peine.<br />
+Ce que vous remettez à mon choix d'accorder,<br />
+Vous feriez beaucoup mieux de me le commander.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE</span>, <span class="font90">à Chrysante.</span></p>
+
+<p>Elle vous montre assez où son desir se porte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Puisqu'elle s'y résout, le reste ne m'importe<a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORIMANT.</span></p>
+
+<p>Ce favorable mot me rend le plus heureux<span class="dalign">1775</span><br />
+De tout ce que jamais on a vu d'amoureux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>J'en sens croître la joie au milieu de mon âme<a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>,<br />
+Comme si de nouveau l'on acceptoit ma flamme<a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE</span>, <span class="font90">à Lysandre.</span></p>
+
+<p>Ferez-vous donc enfin quelque chose pour moi<a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Tout, hormis ce seul point, de lui manquer de foi.<span class="dalign">1780</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">HIPPOLYTE.</span></p>
+
+<p>Pardonnez donc à ceux qui, gagnés par Florice,<br />
+Lorsque je vous aimois, m'ont fait quelque service<a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSANDRE.</span></p>
+
+<p>Je vous entends assez: soit, Aronte impuni<br />
+Pour ses mauvais conseils ne sera point banni;<br />
+Tu le souffriras bien, puisqu'elle m'en supplie<a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>.<span class="dalign">1785</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIDÉE.</span></p>
+
+<p>Il n'est rien que pour elle et pour toi je n'oublie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PLEIRANTE.</span></p>
+
+<p>Attendant que demain ces deux couples d'amants<br />
+Soient mis au plus haut point de leurs contentements,<br />
+Allons chez moi, Madame, achever la journée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Mon c&oelig;ur est tout ravi de ce double hyménée.<span class="dalign">1790</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORICE.</span></p>
+
+<p>Mais afin que la joie en soit égale à tous,<br />
+Faites encor celui de Monsieur et de vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CHRYSANTE.</span></p>
+
+<p>Outre l'âge en tous deux un peu trop refroidie,<br />
+Cela sentiroit trop sa fin de comédie.</p>
+
+<p class="p2 i3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span></p>
+
+<h2 class="p4">LA SUIVANTE</h2>
+
+<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p>
+
+<p class="center"><b>1634</b></p>
+<a name="Page_114" id="Page_114"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p class="p2">Cette comédie, représentée suivant toute apparence en 1634,
+ne fut publiée qu'en vertu du privilége commun <i>à la Galerie
+du Palais, à la Place Royale</i> et au <i>Cid</i>, dont nous avons rappelé
+les termes dans notre notice sur le premier de ces ouvrages.
+L'achevé d'imprimer est du 9 septembre 1637. L'édition originale
+in-4<sup>o</sup>, qui se compose de 1 feuillet blanc, de 5 feuillets
+liminaires et de 128 pages, a pour titre:</p>
+
+<p><span class="smcap">La Svivante, Comedie.</span> <i>A Paris, chez Augustin Courbé....</i>
+M.DC.XXXVII. <i>Auec priuilege du Roy.</i></p>
+
+<p>L'<i>Épître</i> n'est adressée à personne en particulier, et semble
+une forme choisie par l'auteur pour présenter au public
+quelques réflexions hardies sur la nécessité d'interpréter les
+règles de la poétique dans leur sens le plus large.</p>
+
+<p>Les éditeurs et les critiques, dont elle ne pouvait manquer
+d'attirer l'attention, se sont étonnés de la trouver en tête d'une
+pièce aussi peu importante que <i>la Suivante</i>: ils auraient dû
+remarquer que cette épître, écrite seulement au moment de
+l'impression, c'est-à-dire vers le mois d'août 1637, lorsque
+<i>le Cid</i> était soumis à l'examen de l'Académie, fournissait à
+Corneille une précieuse occasion de manifester ses sentiments
+avec autant de modération que de fermeté.</p>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span>
+<big>A MONSIEUR ***</big><a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>.</p>
+
+<p class="left5"><span class="smcap">Monsieur</span>,</p>
+
+<p>Je vous présente une comédie qui n'a pas été également
+aimée de toutes sortes d'esprits: beaucoup, et de
+fort bons, n'en ont pas fait grand état, et beaucoup
+d'autres l'ont mise au-dessus du reste des miennes. Pour
+moi, je laisse dire tout le monde, et fais mon profit des
+bons avis, de quelque part que je les reçoive. Je traite
+toujours mon sujet le moins mal qu'il m'est possible, et
+après y avoir corrigé ce qu'on m'y fait connoître d'inexcusable,
+je l'abandonne au public. Si je ne fais bien,
+qu'un autre fasse mieux; je ferai des vers à sa louange,
+au lieu de le censurer. Chacun a sa méthode; je ne
+blâme point celle des autres, et me tiens à la mienne:
+jusques à présent je m'en suis trouvé fort bien; j'en
+chercherai une meilleure quand je commencerai à m'en
+trouver mal. Ceux qui se font presser à la représentation
+de mes ouvrages m'obligent infiniment; ceux qui ne les
+approuvent pas peuvent se dispenser d'y venir gagner la
+migraine; ils épargneront de l'argent, et me feront plaisir.
+Les jugements sont libres en ces matières, et les
+goûts divers. J'ai vu des personnes de fort bon sens admirer
+des endroits sur qui j'aurois passé l'éponge, et
+j'en connois dont les poëmes réussissent au théâtre avec
+éclat, et qui pour principaux ornements y emploient
+des choses que j'évite dans les miens. Ils pensent avoir
+raison, et moi aussi: qui d'eux ou de moi se trompe,
+<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span>
+c'est ce qui n'est pas aisé à juger. Chez les philosophes,
+tout ce qui n'est point de la foi ni des principes est disputable;
+et souvent ils soutiendront, à votre choix, le
+pour et le contre d'une même proposition: marques certaines
+de l'excellence de l'esprit humain, qui trouve des
+raisons à défendre tout; ou plutôt de sa foiblesse, qui
+n'en peut trouver de convaincantes, ni qui ne puissent
+être combattues et détruites par de contraires. Ainsi ce
+n'est pas merveille si les critiques donnent de mauvaises
+interprétations à nos vers, et de mauvaises faces à
+nos personnages. «Qu'on me donne (dit M. de Montagne<a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>,
+au chapitre 36 du premier livre) l'action la
+plus excellente et pure, ie m'en vois y fournir vray-semblablement
+cinquante vicieuses intentions.» C'est au
+lecteur désintéressé à prendre la médaille par le beau
+revers. Comme il nous a quelque obligation d'avoir travaillé
+à le divertir, j'ose dire que pour reconnoissance
+il nous doit un peu de faveur, et qu'il commet une espèce
+d'ingratitude, s'il ne se montre plus ingénieux à nous
+défendre qu'à nous condamner, et s'il n'applique la subtilité
+de son esprit plutôt à colorer et justifier en quelque
+sorte nos véritables défauts, qu'à en trouver où il n'y en
+a point. Nous pardonnons beaucoup de choses aux anciens;
+nous admirons quelquefois dans leurs écrits ce
+que nous ne souffririons pas dans les nôtres; nous faisons
+des mystères de leurs imperfections, et couvrons
+leurs fautes du nom de licences poétiques. Le docte Scaliger<a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>
+a remarqué des taches dans tous les Latins, et de
+<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span>
+moins savants que lui en remarqueroient bien dans les
+Grecs, et dans son Virgile même, à qui il dresse des autels
+sur le mépris des autres. Je vous laisse donc à penser
+si notre présomption ne seroit pas ridicule, de prétendre
+qu'une exacte censure ne pût mordre sur nos
+ouvrages, puisque ceux de ces grands génies de l'antiquité
+ne se peuvent pas soutenir contre un rigoureux
+examen. Je ne me suis jamais imaginé avoir mis rien au
+jour de parfait, je n'espère pas même y pouvoir jamais
+arriver; je fais néanmoins mon possible pour en approcher,
+et les plus beaux succès des autres ne produisent
+en moi qu'une vertueuse émulation, qui me fait redoubler
+mes efforts afin d'en avoir de pareils:</p>
+
+<p class="left30 font90">
+Je vois d'un &oelig;il égal croître le nom d'autrui,<br />
+Et tâche à m'élever aussi haut comme lui,<br />
+Sans hasarder ma peine à le faire descendre.<br />
+La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser,<br />
+Et plus elle en prodigue à nous favoriser,<br />
+Plus elle en garde encore où chacun peut prétendre.</p>
+
+<p>Pour venir à cette <i>Suivante</i> que je vous dédie, elle est
+d'un genre qui demande plutôt un style naïf que pompeux.
+Les fourbes et les intrigues sont principalement du
+jeu de la comédie; les passions n'y entrent que par accident.
+Les règles des anciens sont assez religieusement
+observées en celle-ci. Il n'y a qu'une action principale à
+qui toutes les autres aboutissent; son lieu n'a point plus
+d'étendue que celle du théâtre, et le temps n'en est point
+plus long que celui de la représentation, si vous en exceptez
+l'heure du dîner, qui se passe entre le premier et
+le second acte. La liaison même des scènes, qui n'est
+qu'un embellissement, et non pas un précepte<a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>, y est
+gardée; et si vous prenez la peine de compter les vers,
+<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span>
+vous n'en trouverez en pas un acte plus qu'en l'autre<a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a>.
+Ce n'est pas que je me sois assujetti depuis aux mêmes
+rigueurs. J'aime à suivre les règles; mais loin de me
+rendre esclave, je les élargis et resserre selon le besoin
+qu'en a mon sujet, et je romps même sans scrupule
+celle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité
+me semble absolument incompatible avec les beautés
+des événements que je décris. Savoir les règles, et entendre
+le secret de les apprivoiser adroitement avec notre
+théâtre, ce sont deux sciences bien différentes; et peut-être
+que pour faire maintenant réussir une pièce, ce
+n'est pas assez d'avoir étudié dans les livres d'Aristote et
+d'Horace. J'espère un jour traiter ces matières plus à
+fond, et montrer<a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a> de quelle espèce est la vraisemblance
+qu'ont suivie ces grands maîtres des autres siècles, en
+faisant parler des bêtes et des choses qui n'ont point de
+corps. Cependant mon avis est celui de Térence: puisque
+nous faisons des poëmes pour être représentés, notre
+premier but doit être de plaire à la cour et au peuple, et
+d'attirer un grand monde à leurs représentations<a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>. Il
+faut, s'il se peut, y ajouter les règles, afin de ne déplaire
+pas aux savants, et recevoir un applaudissement universel;
+mais surtout gagnons la voix publique; autrement,
+<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span>
+notre pièce aura beau être régulière, si elle est sifflée
+au théâtre, les savants n'oseront se déclarer en notre
+faveur, et aimeront mieux dire que nous aurons mal
+entendu les règles, que de nous donner des louanges
+quand nous serons décriés par le consentement général
+de ceux qui ne voient la comédie que pour se divertir.</p>
+
+<p class="left5">Je suis,<br />
+<span class="i2">MONSIEUR,</span><br />
+<span class="i4">Votre très-humble serviteur,</span><br />
+<span class="smcap i14">Corneille</span>.</p>
+
+<h3 class="p2">EXAMEN.</h3>
+
+<p>Je ne dirai pas grand mal de celle-ci<a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>, que je tiens assez
+régulière, bien qu'elle ne soit pas sans taches. Le style
+en est plus foible que celui des autres. L'amour de Géraste
+pour Florise n'est point marqué dans le premier
+acte, et ainsi la protase comprend la première scène du
+second, où il se présente avec sa confidente Célie, sans
+qu'on les connoisse ni l'un ni l'autre. Cela ne seroit pas
+vicieux s'il ne s'y présentoit que comme père de Daphnis,
+et qu'il ne s'expliquât que sur les intérêts de sa fille;
+mais il en a de si notables pour lui, qu'ils font le n&oelig;ud
+et le dénouement. Ainsi c'est un défaut, selon moi,
+qu'on ne le connoisse pas dès ce premier acte. Il pourroit
+être encore souffert, comme Célidan dans <i>la Veuve</i>,
+si Florame l'alloit voir pour le faire consentir à son
+mariage avec sa fille, et que par occasion il lui proposât
+celui de sa s&oelig;ur pour lui-même; car alors ce
+<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span>
+seroit Florame qui l'introduiroit dans la pièce, et il y
+seroit appelé par un acteur agissant dès le commencement.
+Clarimond, qui ne paroît qu'au troisième, est
+insinué dès le premier, où Daphnis parle de l'amour
+qu'il a pour elle, et avoue qu'elle ne le dédaigneroit pas
+s'il ressembloit à Florame. Ce même Clarimond fait
+venir son oncle Polémon au cinquième; et ces deux acteurs
+ainsi sont exempts du défaut que je remarque en
+Géraste. L'entretien de Daphnis, au troisième, avec cet
+amant dédaigné, a une affectation assez dangereuse, de
+ne dire que chacun un vers à la fois: cela sort tout à
+fait du vraisemblable, puisque naturellement on ne peut
+être si mesuré en ce qu'on s'entre-dit. Les exemples
+d'Euripide et de Sénèque pourroient autoriser cette affectation,
+qu'ils pratiquent si souvent, et même par
+discours généraux, qu'il semble que leurs acteurs ne
+viennent quelquefois sur la scène que pour s'y battre à
+coups de sentences; mais c'est une beauté qu'il ne leur
+faut pas envier. Elle est trop fardée pour donner un
+amour raisonnable à ceux qui ont de bons yeux, et ne
+prend pas assez de soin de cacher l'artifice de ses parures,
+comme l'ordonne Aristote<a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>.</p>
+
+<p>Géraste n'agit pas mal en vieillard amoureux, puisqu'il
+ne traite l'amour que par tierce personne, qu'il ne
+prétend être considérable que par son bien, et qu'il ne
+se produit point aux yeux de sa maîtresse, de peur de
+lui donner du dégoût par sa présence. On peut douter
+s'il ne sort point du caractère des vieillards, en ce
+qu'étant naturellement avares, ils considèrent le bien
+plus que toute autre chose dans les mariages de leurs
+enfants, et que celui-ci donne assez libéralement sa fille
+<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span>
+à Florame, malgré son peu de fortune, pourvu qu'il en
+obtienne sa s&oelig;ur. En cela, j'ai suivi la peinture que fait
+Quintilian d'un vieux mari qui a épousé une jeune femme,
+et n'ai point fait de scrupule de l'appliquer à un vieillard
+qui se veut marier. Les termes en sont si beaux, que je
+n'ose les gâter par ma traduction: <i>Genus infirmissimæ
+servitutis est senex maritus, et flagrantius uxoriæ charitatis
+ardorem frigidis concipimus affectibus</i><a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>. C'est
+sur ces deux lignes que je me suis cru bien fondé à faire
+dire de ce bonhomme:</p>
+
+<p class="left30 font90">Que s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,<br />
+Il la tiendroit encore heureusement acquise<a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>.</p>
+
+<p>Il peut naître encore une autre difficulté sur ce que
+Théante et Amarante forment chacun un dessein pour
+traverser les amours de Florame et Daphnis, et qu'ainsi
+ce sont deux intriques qui rompent l'unité d'action.
+A quoi je réponds, premièrement, que ces deux desseins
+formés en même temps, et continués tous deux
+jusqu'au bout, font une concurrence qui n'empêche
+pas cette unité: ce qui ne seroit pas si, après celui
+de Théante avorté, Amarante en formoit un nouveau
+de sa part; en second lieu, que ces deux desseins ont
+une espèce d'unité entre eux, en ce que tous deux sont
+fondés sur l'amour que Clarimond a pour Daphnis, qui
+<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span>
+sert de prétexte à l'un et à l'autre; et enfin, que de ces
+deux desseins il n'y en a qu'un qui fasse effet, l'autre
+se détruisant de soi-même, et qu'ainsi la fourbe d'Amarante
+est le seul véritable n&oelig;ud de cette comédie, où le
+dessein de Théante ne sert qu'à un agréable épisode de
+deux honnêtes gens qui jouent tour à tour un poltron et
+le tournent en ridicule.</p>
+
+<p>Il y avoit ici un aussi beau jeu pour les <i>a parte</i> qu'en
+<i>la Veuve</i>; mais j'y en fais voir la même aversion, avec
+cet avantage, qu'une seule scène qui ouvre le théâtre
+donne ici l'intelligence du sens caché de ce que disent
+mes acteurs, et qu'en l'autre j'en emploie quatre ou cinq
+pour l'éclaircir.</p>
+
+<p>L'unité de lieu est assez exactement gardée en cette
+comédie, avec ce passe-droit toutefois dont j'ai déjà
+parlé<a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>, que tout ce que dit Daphnis à sa porte ou en la
+rue seroit mieux dit dans sa chambre, où les scènes qui
+se font sans elle et sans Amarante ne peuvent se placer.
+C'est ce qui m'oblige à la faire sortir au dehors, afin
+qu'il y puisse avoir et unité de lieu entière, et liaison de
+scène perpétuelle dans la pièce; ce qui ne pourroit être,
+si elle parloit dans sa chambre, et les autres dans la rue.</p>
+
+<p>J'ai déjà dit que je tiens impossible de choisir une
+place publique pour le lieu de la scène que cet inconvénient
+n'arrive; j'en parlerai encore plus au long, quand
+je m'expliquerai sur l'unité de lieu<a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>. J'ai dit que la liaison
+de scènes est ici perpétuelle, et j'y en ai mis de deux
+sortes, de présence et de vue. Quelques-uns ne veulent
+pas que quand un acteur sort du théâtre pour n'être
+point vu de celui qui y vient, cela fasse une liaison: mais
+je ne puis être de leur avis sur ce point, et tiens que c'en
+<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span>
+est une suffisante quand l'acteur qui entre sur le théâtre
+voit celui qui en sort, ou que celui qui sort<a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a> voit celui qui
+entre; soit qu'il le cherche, soit qu'il le fuie, soit qu'il le
+voie simplement sans avoir intérêt à le chercher ni à le
+fuir. Aussi j'appelle en général une liaison de vue ce
+qu'ils nomment une liaison de recherche. J'avoue que
+cette liaison est beaucoup plus imparfaite que celle de
+présence et de discours, qui se fait lorsqu'un acteur ne
+sort point du théâtre sans y laisser un autre à qui il aye
+parlé; et dans mes derniers ouvrages je me suis arrêté
+à celle-ci sans me servir de l'autre; mais enfin je crois
+qu'on s'en peut contenter, et je la préférerois de beaucoup
+à celle qu'on appelle liaison de bruit, qui ne me
+semble pas supportable, s'il n'y a de très-justes et de
+très-importantes occasions qui obligent un acteur à sortir
+du théâtre quand il en entend; car d'y venir simplement
+par curiosité, pour savoir ce que veut dire ce bruit, c'est
+une si foible liaison, que je ne conseillerois jamais personne
+de s'en servir<a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>.</p>
+
+<p>La durée de l'action ne passeroit point en cette comédie
+celle de la représentation, si l'heure du dîner n'y
+séparoit point les deux premiers actes. Le reste n'emporte
+que ce temps-là; et je n'aurois pu lui en donner
+davantage, que mes acteurs n'eussent le<a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a> loisir de
+s'éclaircir; ce qui les brouille n'étant qu'un malentendu
+qui ne peut subsister qu'autant que Géraste, Florame et
+Daphnis ne se trouvent point tous trois ensemble. Je n'ose
+dire que je m'y suis asservi à faire les actes si égaux,
+<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span>
+qu'aucun n'a pas un vers plus que l'autre<a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>: c'est une
+affectation qui ne fait aucune beauté. Il faut à la vérité
+les rendre les plus égaux qu'il se peut; mais il n'est pas
+besoin de cette exactitude: il suffit qu'il n'y aye point
+d'inégalité notable qui fatigue l'attention de l'auditeur en
+quelques-uns, et ne la remplisse pas dans les autres.</p>
+
+<hr class="h30" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span></p>
+
+<h4>ACTEURS.</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+GÉRASTE, père de Daphnis.<br />
+POLÉMON, oncle de Clarimond.<br />
+CLARIMOND, amoureux de Daphnis.<br />
+FLORAME, amant de Daphnis.<br />
+THÉANTE, aussi amoureux de Daphnis.<br />
+DAMON, ami de Florame et de Théante.<br />
+DAPHNIS, maîtresse de Florame, aimée<a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a> de Clarimond et de Théante.<br />
+AMARANTE, suivante de Daphnis.<br />
+CÉLIE, voisine de Géraste et sa confidente.<br />
+CLÉON, domestique de Damon<a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>.</p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">La scène est à Paris<a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a></p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span></p>
+
+<h3>LA SUIVANTE.</h3>
+
+<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p>
+<hr class="c5" />
+<h2 class="p4">ACTE I.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAMON, THÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Ami, j'ai beau rêver, toute ma rêverie<br />
+Ne me fait rien comprendre en ta galanterie.<br />
+Auprès de ta maîtresse engager un ami,<br />
+C'est, à mon jugement, ne l'aimer qu'à demi.<br />
+Ton humeur qui s'en lasse au changement l'invite;<span class="dalign">5</span><br />
+Et n'osant la quitter, tu veux qu'elle te quitte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Ami, n'y rêve plus; c'est en juger trop bien<br />
+Pour t'oser plaindre encor de n'y comprendre rien.<br />
+Quelques puissants appas que possède Amarante,<br />
+Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante<a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>;<span class="dalign">10</span><br />
+Et je ne puis songer à sa condition<br />
+Que mon amour ne cède à mon ambition.<br />
+Ainsi, malgré l'ardeur qui pour elle me presse,<br />
+A la fin j'ai levé les yeux sur sa maîtresse<a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span><br />
+Où mon dessein, plus haut et plus laborieux,<span class="dalign">15</span><br />
+Se promet des succès beaucoup plus glorieux.<br />
+Mais lors, soit qu'Amarante eût pour moi quelque flamme,<br />
+Soit qu'elle pénétrât jusqu'au fond de mon âme,<br />
+Et que malicieuse elle prît du plaisir<br />
+A rompre les effets de mon nouveau desir,<span class="dalign">20</span><br />
+Elle savoit toujours m'arrêter auprès d'elle<br />
+A tenir des propos d'une suite éternelle.<br />
+L'ardeur qui me brûloit de parler à Daphnis<br />
+Me fournissoit en vain des détours infinis;<br />
+Elle usoit de ses droits, et toute impérieuse,<span class="dalign">25</span><br />
+D'une voix demi-gaie et demi-sérieuse:<br />
+«Quand j'ai des serviteurs, c'est pour m'entretenir,<br />
+Disoit-elle; autrement, je les sais bien punir;<br />
+Leurs devoirs près de moi n'ont rien qui les excuse.»</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Maintenant je devine à peu près une ruse<a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a><span class="dalign">30</span><br />
+Que tout autre en ta place à peine entreprendroit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Écoute, et tu verras si je suis maladroit.<br />
+Tu sais comme Florame à tous les beaux visages<br />
+Fait par civilité toujours de feints hommages,<br />
+Et sans avoir d'amour offrant partout des v&oelig;ux,<span class="dalign">35</span><br />
+Traite de peu d'esprit les véritables feux<a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>.<br />
+Un jour qu'il se vantoit de cette humeur étrange,<br />
+A qui chaque objet plaît, et que pas un ne range,<br />
+Et reprochoit à tous que leur peu de beauté<br />
+Lui laissoit si longtemps garder sa liberté:<span class="dalign">40</span><br />
+«Florame, dis-je alors, ton âme indifférente<br />
+Ne tiendroit que fort peu contre mon Amarante.»<br />
+«Théante, me dit-il, il faudroit l'éprouver;<br />
+Mais l'éprouvant peut-être on te feroit rêver:<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span><br />
+Mon feu, qui ne seroit que pure courtoisie<a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>,<span class="dalign">45</span><br />
+La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»<br />
+Je réplique, il repart, et nous tombons d'accord<br />
+Qu'au hasard du succès il y feroit effort.<br />
+Ainsi je l'introduis; et par ce tour d'adresse,<br />
+Qui me fait pour un temps lui céder ma maîtresse,<span class="dalign">50</span><br />
+Engageant Amarante et Florame au discours,<br />
+J'entretiens à loisir mes nouvelles amours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Fut-elle sur ce point ou fâcheuse ou facile<a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Plus que je n'espérois je l'y trouvai docile<a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>.<br />
+Soit que je lui donnasse une fort douce loi,<span class="dalign">55</span><br />
+Et qu'il fût à ses yeux plus aimable que moi;<br />
+Soit qu'elle fît dessein sur ce fameux rebelle<a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a><br />
+Qu'une simple gageure attachoit auprès d'elle<a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>,<br />
+Elle perdit pour moi son importunité,<br />
+Et n'en demanda plus tant d'assiduité<a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>.<span class="dalign">60</span><br />
+La douceur d'être seule à gouverner Florame<a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a><br />
+Ne souffrit plus chez elle aucun soin de ma flamme,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span>
+Et ce qu'elle goûtoit avec lui de plaisirs<br />
+Lui fit abandonner mon âme à mes desirs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>On t'abuse, Théante; il faut que je te die<span class="dalign">65</span><br />
+Que Florame est atteint de même maladie,<br />
+Qu'il roule en son esprit mêmes desseins que toi<a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>,<br />
+Et que c'est à Daphnis qu'il veut donner sa foi.<br />
+A servir Amarante il met beaucoup d'étude;<br />
+Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude:<span class="dalign">70</span><br />
+Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir,<br />
+Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir.<br />
+Sa richesse l'attire, et sa beauté le blesse;<br />
+Elle le passe en biens, il l'égale en noblesse,<br />
+Et cherche ambitieux, par sa possession,<span class="dalign">75</span><br />
+A relever l'éclat de son extraction.<br />
+Il a peu de fortune, et beaucoup de courage;<br />
+Et hors cette espérance, il hait le mariage.<br />
+C'est ce que l'autre jour en secret il m'apprit;<br />
+Tu peux, sur cet avis, lire dans son esprit.<span class="dalign">80</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Parmi ses hauts projets il manque de prudence<a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>,<br />
+Puisqu'il traite avec toi de telle confidence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Crois qu'il m'éprouvera fidèle au dernier point,<br />
+Lorsque ton intérêt ne s'y mêlera point.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je dois l'attendre ici. Quitte-moi, je te prie,<span class="dalign">85</span><br />
+De peur qu'il n'ait soupçon de ta supercherie<a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Adieu. Je suis à toi.
+<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">THÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="i8">Par quel malheur fatal,</span><br />
+Ai-je donné moi-même entrée à mon rival?<br />
+De quelque trait rusé que mon esprit se vante,<br />
+Je me trompe moi-même en trompant Amarante,<span class="dalign">90</span><br />
+Et choisis un ami qui ne veut que m'ôter<br />
+Ce que par lui je tâche à me faciliter.<br />
+Qu'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire<a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>?<br />
+Je sais trop comme il faut l'empêcher d'en rien dire<a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>.<br />
+Amarante l'arrête, et j'arrête Daphnis:<span class="dalign">95</span><br />
+Ainsi tous entretiens d'entre eux deux sont bannis;<br />
+Et tant d'heur se rencontre en ma sage conduite,<br />
+Qu'au langage des yeux son amour est réduite.<br />
+Mais n'est-ce pas assez pour se communiquer?<br />
+Que faut-il aux amants de plus pour s'expliquer?<span class="dalign">100</span><br />
+Même ceux de Daphnis à tous coups lui répondent:<br />
+L'un dans l'autre à tous coups leurs regards se confondent,<br />
+Et d'un commun aveu ces muets truchements<br />
+Ne se disent que trop leurs amoureux tourments.<br />
+<span class="i1">Quelles vaines frayeurs troublent ma fantaisie!</span><span class="dalign">105</span><br />
+Que l'amour aisément penche à la jalousie!<br />
+Qu'on croit tôt ce qu'on craint en ces perplexités<br />
+Où les moindres soupçons passent pour vérités!<br />
+Daphnis est toute aimable; et si Florame l'aime<a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>,<br />
+Dois-je m'imaginer qu'il soit aimé de même<a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a>?<span class="dalign">110</span><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span><br />
+Florame avec raison adore tant d'appas,<br />
+Et Daphnis sans raison s'abaisseroit trop bas.<br />
+Ce feu, si juste en l'un, en l'autre inexcusable,<br />
+Rendroit l'un glorieux, et l'autre méprisable.<br />
+<span class="i1">Simple! l'amour peut-il écouter la raison?</span><span class="dalign">115</span><br />
+Et même ces raisons sont-elles de saison?<br />
+Si Daphnis doit rougir en brûlant pour Florame,<br />
+Qui l'en affranchiroit en secondant ma flamme?<br />
+Étant tous deux égaux, il faut bien que nos feux<br />
+Lui fassent même honte, ou même honneur tous deux<a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>:<br />
+Ou tous deux nous formons un dessein téméraire,<br />
+Ou nous avons tous deux même droit de lui plaire.<br />
+Si l'espoir m'est permis, il y peut aspirer;<br />
+Et s'il prétend trop haut, je dois désespérer.<br />
+Mais le voici venir.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">THÉANTE, FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Tu me fais bien attendre.</span><span class="dalign">125</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Encore est-ce à regret qu'ici je viens me rendre<a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>,<br />
+Et comme un criminel qu'on traîne à sa prison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Tu ne fais qu'en raillant cette comparaison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+Elle n'est que trop vraie.
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Et ton indifférence?</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>La conserver encor! le moyen? l'apparence?<span class="dalign">130</span><br />
+Je m'étois plu toujours d'aimer en mille lieux:<br />
+Voyant une beauté, mon c&oelig;ur suivoit mes yeux;<br />
+Mais de quelques attraits que le ciel l'eût pourvue,<br />
+J'en perdois la mémoire aussitôt que la vue;<br />
+Et bien que mes discours lui donnassent ma foi,<span class="dalign">135</span><br />
+De retour au logis, je me trouvois à moi<a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>.<br />
+Cette façon d'aimer me sembloit fort commode,<br />
+Et maintenant encor je vivrois à ma mode;<br />
+Mais l'objet d'Amarante est trop embarrassant:<br />
+Ce n'est point un visage à ne voir qu'en passant;<span class="dalign">140</span><br />
+Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache;<br />
+Je ne la puis quitter que le jour ne se cache;<br />
+Même alors, malgré moi, son image me suit<a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>,<br />
+Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.<br />
+Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée;<span class="dalign">145</span><br />
+J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée.<br />
+Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher,<br />
+Ou songe que mon c&oelig;ur n'est pas fait d'un rocher;<br />
+Tant de charmes enfin me rendroient infidèle<a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Deviens-le si tu veux, je suis assuré d'elle;<span class="dalign">150</span><br />
+Et quand il te faudra tout de bon l'adorer,<br />
+Je prendrai du plaisir à te voir soupirer,<br />
+Tandis que pour tout fruit tu porteras la peine<a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a><br />
+D'avoir tant persisté dans une humeur si vaine.<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span><br />
+Quand tu ne pourras plus te priver de la voir<a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>,<span class="dalign">155</span><br />
+C'est alors que je veux t'en ôter le pouvoir;<br />
+Et j'attends de pied ferme à reprendre ma place<a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a>,<br />
+Qu'il ne soit plus en toi de retrouver ta glace.<br />
+Tu te défends encore, et n'en tiens qu'à demi<a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Cruel, est-ce là donc me traiter en ami?<span class="dalign">160</span><br />
+Garde, pour châtiment de cet injuste outrage,<br />
+Qu'Amarante pour toi ne change de courage<a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a>,<br />
+Et se rendant sensible à l'ardeur de mes v&oelig;ux....</p><br />
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>A cela près, poursuis; gagne-la, si tu peux:<br />
+Je ne m'en prendrai lors qu'à ma seule imprudence;<span class="dalign">165</span><br />
+Et demeurant ensemble en bonne intelligence,<br />
+En dépit du malheur que j'aurai mérité,<br />
+J'aimerai le rival qui m'aura supplanté.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Ami, qu'il vaut bien mieux ne tomber point en peine<br />
+De faire à tes dépens cette épreuve incertaine<a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a>!<span class="dalign">170</span><br />
+Je me confesse pris, je quitte<a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>, j'ai perdu:<br />
+Que veux-tu plus de moi? reprends ce qui t'est dû<a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a>.<br />
+Séparer plus longtemps une amour si parfaite<a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>!<br />
+Continuer encor la faute que j'ai faite!<br />
+Elle n'est que trop grande, et pour la réparer,<span class="dalign">175</span><br />
+J'empêcherai Daphnis de vous plus séparer<a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[394]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span><br />
+Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible,<br />
+Vous jouirez vous deux d'un entretien paisible;<br />
+Je saurai l'amuser, et vos feux redoublés<br />
+Par son fâcheux abord ne seront plus troublés.<span class="dalign">180</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Ce seroit prendre un soin qui n'est pas nécessaire:<br />
+Daphnis sait d'elle-même assez bien se distraire,<br />
+Et jamais son abord ne trouble nos plaisirs,<br />
+Tant elle est complaisante à nos chastes desirs.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Déploie, il en est temps, tes meilleurs artifices<a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a><span class="dalign">185</span><br />
+(Sans mettre toutefois en oubli mes services):<br />
+Je t'amène un captif qui te veut échapper.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>J'en ai vu d'échappés que j'ai su rattraper<a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[396]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Allez, laissez-le-moi, j'en ferai bonne garde<a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a>.<span class="dalign">190</span><br />
+Daphnis est au jardin.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME</span></p>
+
+<p><span class="i9">Sans plus vous désunir,</span><br />
+Souffre qu'au lieu de toi je l'aille entretenir.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE, FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante:<br />
+Il porte assez au c&oelig;ur le portrait d'Amarante;<br />
+Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer.<span class="dalign">195</span><br />
+C'est au vôtre à présent que je le veux tracer;<br />
+Et la difficulté d'une telle victoire<br />
+M'en augmente l'ardeur comme elle en croît la gloire<a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Aurez-vous quelque gloire à me faire souffrir?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Plus que de tous les v&oelig;ux qu'on me pourroit offrir<a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[399]</a>.<span class="dalign">200</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vous plaisez-vous à ceux d'une âme si contrainte,<br />
+Qu'une vieille amitié retient toujours en crainte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Vous n'êtes pas encore au point où je vous veux;<br />
+Et toute amitié meurt où naissent de vrais feux<a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[400]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>De vrai, contre ses droits mon esprit se rebelle;<span class="dalign">205</span><br />
+Mais feriez-vous état d'un amant infidèle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Je ne prendrai jamais pour un manque de foi<br />
+D'oublier un ami pour se donner à moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Encor si je pouvois former quelque espérance<a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a><br />
+De vous voir favorable à ma persévérance,<span class="dalign">210</span><span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span><br />
+Que vous pussiez m'aimer après tant de tourment<a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a>,<br />
+Et d'un mauvais ami faire un heureux amant!<br />
+Mais hélas! je vous sers, je vis sous votre empire,<br />
+Et je ne puis prétendre où mon desir aspire.<br />
+Théante! (ah, nom fatal pour me combler d'ennui!)<span class="dalign">215</span><br />
+Vous demandez mon c&oelig;ur, et le vôtre est à lui!<br />
+Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services<a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[403]</a>,<br />
+Que du manque d'espoir j'évite les supplices:<br />
+Qui ne peut rien prétendre a droit d'abandonner.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>S'il ne tient qu'à l'espoir, je vous en veux donner.<span class="dalign">220</span><br />
+Apprenez que chez moi c'est un foible avantage<br />
+De m'avoir de ses v&oelig;ux le premier fait hommage:<br />
+Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux,<br />
+Que je négligerois près de qui vaudroit mieux<a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[404]</a>.<br />
+Lui seul de mes amants règle la différence,<span class="dalign">225</span><br />
+Sans que le temps leur donne aucune préférence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vous ne flattez mes sens que pour m'embarrasser.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Peut-être; mais enfin il faut le confesser<a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[405]</a>,<br />
+Vous vous trouveriez mieux auprès de ma maîtresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Ne pensez pas....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Non, non, c'est là ce qui vous presse.</span><br />
+Allons dans le jardin ensemble la chercher.<br />
+Que j'ai su dextrement à ses yeux la cacher!<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, THÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Voyez comme tous deux ont fui notre rencontre<a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[406]</a>!<br />
+Je vous l'ai déjà dit, et l'effet vous le montre:<br />
+Vous perdez Amarante, et cet ami fardé<span class="dalign">235</span><br />
+Se saisit finement d'un bien si mal gardé;<br />
+Vous devez vous lasser de tant de patience,<br />
+Et votre sûreté n'est qu'en la défiance.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je connois Amarante, et ma facilité<br />
+Établit mon repos sur sa fidélité:<span class="dalign">240</span><br />
+Elle rit de Florame et de ses flatteries,<br />
+Qui ne sont après tout que des galanteries<a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[407]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Amarante, de vrai, n'aime pas à changer;<br />
+Mais votre peu de soin l'y pourroit engager.<br />
+On néglige aisément un homme qui néglige.<span class="dalign">245</span><br />
+Son naturel est vain; et qui la sert l'oblige:<br />
+D'ailleurs les nouveautés ont de puissants appas.<br />
+Théante, croyez-moi, ne vous y fiez pas.<br />
+J'ai su me faire jour jusqu'au fond de son âme<a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[408]</a>,<br />
+Où j'ai peu remarqué de sa première flamme;<span class="dalign">250</span><br />
+Et s'il tournoit la feinte en véritable amour<a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[409]</a>,<br />
+Elle seroit bien fille à vous jouer d'un tour;<br />
+Mais afin que l'issue en soit pour vous meilleure,<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span><br />
+Laissez-moi ce causeur à gouverner une heure:<br />
+J'ai tant de passion pour tous vos intérêts,<span class="dalign">255</span><br />
+Que j'en saurai bientôt pénétrer les secrets<a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[410]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>C'est un trop bas emploi pour de si hauts mérites;<br />
+Et quand elle aimeroit à souffrir ses visites,<br />
+Quand elle auroit pour lui quelque inclination,<br />
+Vous m'en verriez toujours sans appréhension.<span class="dalign">260</span><br />
+Qu'il se mette à loisir, s'il peut, dans son courage:<br />
+Un moment de ma vue en efface l'image.<br />
+Nous nous ressemblons mal, et pour ce changement,<br />
+Elle a de trop bons yeux et trop de jugement<a name="FNanchor_411" id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[411]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Vous le méprisez trop: je trouve en lui des charmes<a name="FNanchor_412" id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[412]</a><br />
+Qui vous devroient du moins donner quelques alarmes.<br />
+Clarimond n'a de moi que haine et que rigueur<a name="FNanchor_413" id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[413]</a>;<br />
+Mais s'il lui ressembloit, il gagneroit mon c&oelig;ur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Vous en parlez ainsi, faute de le connoître.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>J'en parle et juge ainsi sur ce qu'on voit paroître<a name="FNanchor_414" id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[414]</a>.<span class="dalign">270</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+Quoi qu'il en soit, l'honneur de vous entretenir....
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span>
+<span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Brisons là ce discours: je l'aperçois venir<a name="FNanchor_415" id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[415]</a>.<br />
+Amarante, ce semble, en est fort satisfaite.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, FLORAME, THÉANTE, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je t'attendois, ami, pour faire la retraite:<br />
+L'heure du dîner presse, et nous incommodons<a name="FNanchor_416" id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[416]</a><span class="dalign">275</span><br />
+Celles qu'en nos discours ici nous retardons<a name="FNanchor_417" id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[417]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Il n'est pas encor tard.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Nous ferions conscience</span><br />
+D'abuser plus longtemps de votre patience.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Madame, excusez donc cette incivilité,<br />
+Dont l'heure nous impose une nécessité.<span class="dalign">280</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Sa force vous excuse, et je lis dans votre âme<br />
+Qu'à regret vous quittez l'objet de votre flamme.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Cette assiduité de Florame avec vous<br />
+A la fin a rendu Théante un peu jaloux.<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span><br />
+Aussi de vous y voir tous les jours attachée,<span class="dalign">285</span><br />
+Quelle puissante amour n'en seroit point touchée<a name="FNanchor_418" id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[418]</a>?<br />
+Je viens d'examiner son esprit en passant;<br />
+Mais vous ne croiriez pas l'ennui qu'il en ressent.<br />
+Vous y devez pourvoir; et si vous êtes sage,<br />
+Il faut à cet ami faire mauvais visage,<span class="dalign">290</span><br />
+Lui fausser compagnie, éviter ses discours.<br />
+Ce sont pour l'apaiser les chemins les plus courts:<br />
+Sinon, faites état qu'il va courir au change.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Il seroit en ce cas d'une humeur bien étrange.<br />
+A sa prière seule, et pour le contenter,<span class="dalign">295</span><br />
+J'écoute cet ami quand il m'en vient conter;<br />
+Et pour vous dire tout, cet amant infidèle<br />
+Ne m'aime pas assez pour en être en cervelle<a name="FNanchor_419" id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[419]</a>.<br />
+Il forme des desseins beaucoup plus relevés,<br />
+Et de plus beaux portraits en son c&oelig;ur sont gravés.<span class="dalign">300</span><br />
+Mes yeux pour l'asservir ont de trop foibles armes;<br />
+Il voudroit pour m'aimer que j'eusse d'autres charmes,<br />
+Que l'éclat de mon sang, mieux soutenu de biens,<br />
+Ne fût point ravalé par le rang que je tiens;<br />
+Enfin (que serviroit aussi bien de le taire?)<span class="dalign">305</span><br />
+Sa vanité le porte au souci de vous plaire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>En ce cas, il verra que je sais comme il faut<br />
+Punir des insolents qui prétendent trop haut.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Je lui veux quelque bien, puisque, changeant de flamme,<br />
+Vous voyez par pitié qu'il me laisse Florame,<span class="dalign">310</span><br />
+Qui n'étant pas si vain, a plus de fermeté.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Amarante, après tout disons la vérité:<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span><br />
+Théante n'est si vain qu'en votre fantaisie,<br />
+Et sa froideur pour vous naît de sa jalousie<a name="FNanchor_420" id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[420]</a>;<br />
+Mais soit qu'il change ou non, il ne m'importe en rien<a name="FNanchor_421" id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[421]</a>;<br />
+Et ce que je vous dis n'est que pour votre bien.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE.</h4>
+
+<p>Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme,<br />
+On devine aisément qu'elle en veut à Florame.<br />
+Sa fermeté pour moi, que je vantois à faux,<br />
+Lui portoit dans l'esprit de terribles assauts.<span class="dalign">320</span><br />
+Sa surprise à ce mot a paru manifeste;<br />
+Son teint en a changé, sa parole, son geste.<br />
+L'entretien que j'en ai lui sembleroit bien doux,<br />
+Et je crois que Théante en est le moins jaloux.<br />
+Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis doutée.<span class="dalign">325</span><br />
+Être toujours des yeux sur un homme arrêtée,<br />
+Dans son manque de biens déplorer son malheur,<br />
+Juger à sa façon qu'il a de la valeur,<br />
+Demander si l'esprit en répond à la mine<a name="FNanchor_422" id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[422]</a>,<br />
+Tout cela de ses feux eût instruit la moins fine.<span class="dalign">330</span><br />
+Florame en est de même, il meurt de lui parler;<br />
+Et s'il peut d'avec moi jamais se démêler,<br />
+C'en est fait, je le perds. L'impertinente crainte!<br />
+Que m'importe de perdre une amitié si feinte<a name="FNanchor_423" id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[423]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span><br />
+Et que me peut servir un ridicule feu,<span class="dalign">335</span><br />
+Où jamais de son c&oelig;ur sa bouche n'a l'aveu?<br />
+Je m'en veux mal en vain; l'amour a tant de force<br />
+Qu'il attache mes sens à cette fausse amorce,<br />
+Et fera son possible à toujours conserver<br />
+Ce doux extérieur dont on me veut priver.<span class="dalign">340</span></p>
+
+<p class="p4 center i2"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span></p>
+
+<h2>ACTE II.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, CÉLIE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! j'en parlerai; mais songez qu'à votre âge<br />
+Mille accidents fâcheux suivent le mariage:<br />
+On aime rarement de si sages époux,<br />
+Et leur moindre malheur, c'est d'être un peu jaloux<a name="FNanchor_424" id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[424]</a>.<br />
+Convaincus au dedans de leur propre foiblesse,<span class="dalign">345</span><br />
+Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse;<br />
+Et cet heureux hymen, qui les charmoit si fort,<br />
+Devient souvent pour eux un fourrier<a name="FNanchor_425" id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[425]</a> de la mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Excuse, ou pour le moins pardonne à ma folie;<br />
+Le sort en est jeté: va, ma chère Célie<a name="FNanchor_426" id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[426]</a>,<span class="dalign">350</span><br />
+Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi;<br />
+Flatte-la de ma part, promets-lui tout de moi;<br />
+Dis-lui que si l'amour d'un vieillard l'importune,<br />
+Elle fait une planche<a name="FNanchor_427" id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[427]</a> à sa bonne fortune;<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span><br />
+Que l'excès de mes biens, à force de présents,<span class="dalign">355</span><br />
+Répare la vigueur qui manque à mes vieux ans;<br />
+Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Ne m'importunez point de votre tablature<a name="FNanchor_428" id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[428]</a>:<br />
+Sans vos instructions je sais bien mon métier<a name="FNanchor_429" id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[429]</a>,<br />
+Et je n'en laisserai pas un trait à quartier<a name="FNanchor_430" id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[430]</a>.<span class="dalign">360</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Je ne suis point ingrat quand on me rend office.<br />
+Peins-lui bien mon amour, offre bien mon service,<br />
+Dis bien que mes beaux jours ne sont pas si passés<br />
+Qu'il ne me reste encor....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que vous m'étourdissez!</span><br />
+N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise?<span class="dalign">365</span><br />
+Que vous allez mourir si vous n'avez Florise?<br />
+Reposez-vous sur moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Que voilà froidement</span><br />
+Me promettre ton aide à finir mon tourment!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span>
+<span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>S'il faut aller plus vite, allons, je vois son frère<a name="FNanchor_431" id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[431]</a>,<br />
+Et vais tout devant vous lui proposer l'affaire<a name="FNanchor_432" id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[432]</a>.<span class="dalign">370</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+Ce seroit tout gâter; arrête, et par douceur<br />
+Essaie auparavant d'y résoudre la s&oelig;ur.
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="i3">Jamais ne verrai-je finie</span><br />
+<span class="i3">Cette incommode affection,</span><br />
+<span class="i3">Dont l'impitoyable manie<a name="FNanchor_433" id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[433]</a></span><span class="dalign">375</span><br />
+<span class="i3">Tyrannise ma passion?</span><br />
+Je feins, et je fais naître un feu si véritable,<br />
+Qu'à force d'être aimé je deviens misérable.</p>
+
+<p><span class="i3">Toi qui m'assiéges tout le jour,</span><br />
+<span class="i3">Fâcheuse cause de ma peine,</span><span class="dalign">380</span><br />
+<span class="i3">Amarante, de qui l'amour</span><br />
+<span class="i3">Commence à mériter ma haine,</span><br />
+Cesse de te donner tant de soins superflus<a name="FNanchor_434" id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[434]</a>:<br />
+Je te voudrai du bien de ne m'en vouloir plus.</p>
+
+<p><span class="i3">Dans une ardeur si violente,</span><span class="dalign">385</span><br />
+<span class="i3">Près de l'objet de mes desirs<a name="FNanchor_435" id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[435]</a>,</span><br />
+<span class="i3">Penses-tu que je me contente</span><br />
+<span class="i3">D'un regard et de deux soupirs?</span><span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span><br />
+Et que je souffre encor cet injuste partage<br />
+Où tu tiens mes discours, et Daphnis mon courage?<span class="dalign">390</span></p>
+
+<p><span class="i3">Si j'ai feint pour toi quelques feux,</span><br />
+<span class="i3">C'est à quoi plus rien ne m'oblige:</span><br />
+<span class="i3">Quand on a l'effet de ses v&oelig;ux<a name="FNanchor_436" id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[436]</a>,</span><br />
+<span class="i3">Ce qu'on adoroit se néglige.</span><br />
+Je ne voulois de toi qu'un accès chez Daphis:<span class="dalign">395</span><br />
+Amarante, je l'ai; mes amours sont finis.</p>
+
+<p><span class="i3">Théante, reprends ta maîtresse;</span><br />
+<span class="i3">N'ôte plus à mes entretiens</span><br />
+<span class="i3">L'unique sujet qui me blesse,</span><br />
+<span class="i3">Et qui peut-être est las des tiens.</span><span class="dalign">400</span><br />
+Et toi, puissant Amour, fais enfin que j'obtienne<br />
+Un peu de liberté pour lui donner la mienne!</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE, FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Que vous voilà soudain de retour en ces lieux!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vous jugerez par là du pouvoir de vos yeux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Autre objet que mes yeux devers nous vous attire.<span class="dalign">405</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Autre objet que vos yeux ne cause mon martyre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Votre martyre donc est de perdre avec moi<br />
+Un temps dont vous voulez faire un meilleur emploi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV<a name="FNanchor_437" id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[437]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE, FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Amarante, allez voir si dans la galerie<br />
+Ils ont bientôt tendu cette tapisserie:<span class="dalign">410</span><br />
+Ces gens-là ne font rien, si l'on n'a l'&oelig;il sur eux.</p>
+
+<p class="font90 i4">(Amarante rentre, et Daphnis continue.)</p>
+
+<p>Je romps pour quelque temps le discours de vos feux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>N'appelez point des feux un peu de complaisance<br />
+Que détruit votre abord, qu'éteint votre présence<a name="FNanchor_438" id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[438]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Votre amour est trop forte, et vos c&oelig;urs trop unis,<span class="dalign">415</span><br />
+Pour l'oublier soudain à l'abord de Daphnis;<br />
+Et vos civilités étant dans l'impossible<br />
+Vous rendent bien flatteur, mais non pas insensible.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Quoi que vous estimiez de ma civilité,<br />
+Je ne me pique point d'insensibilité.<span class="dalign">420</span><br />
+J'aime, il n'est que trop vrai, je brûle, je soupire;<br />
+Mais un plus haut sujet me tient sous son empire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Le nom ne s'en dit point?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">149</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Je ris de ces amants</span><br />
+Dont le trop de respect redouble les tourments<a name="FNanchor_439" id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[439]</a>,<br />
+Et qui, pour les cacher se faisant violence,<span class="dalign">425</span><br />
+Se promettent beaucoup d'un timide silence<a name="FNanchor_440" id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[440]</a>.<br />
+Pour moi, j'ai toujours cru qu'un amour vertueux<br />
+N'avoit point à rougir d'être présomptueux<a name="FNanchor_441" id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[441]</a>.<br />
+Je veux bien vous nommer le bel &oelig;il qui me dompte<br />
+Et ma témérité ne me fait point de honte.<span class="dalign">430</span><br />
+Ce rare et haut sujet....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE</span>, <span class="font90">revenant brusquement.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Tout est presque tendu.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Vous n'avez auprès d'eux guère de temps perdu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>J'ai vu qu'ils l'employoient, et je suis revenue<a name="FNanchor_442" id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[442]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>J'ai peur de m'enrhumer au froid qui continue,<br />
+Allez au cabinet me querir un mouchoir<a name="FNanchor_443" id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[443]</a>:<span class="dalign">435</span><br />
+J'en ai laissé les clefs autour de mon miroir;<br />
+Vous les trouverez là.</p>
+
+<p class="font90 i4">(Amarante rentre, et Daphnis continue.)</p>
+
+<p><span class="i9">J'ai cru que cette belle</span><br />
+Ne pouvoit à propos se nommer devant elle,<br />
+Qui recevant par là quelque espèce d'affront,<br />
+En auroit eu soudain la rougeur sur le front.<span class="dalign">440</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Sans affront je la quitte, et lui préfère une autre<a name="FNanchor_444" id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[444]</a><br />
+Dont le mérite égal, le rang pareil au vôtre,<br />
+L'esprit et les attraits également puissants,<br />
+Ne devroient de ma part avoir que de l'encens<a name="FNanchor_445" id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[445]</a>.<br />
+Oui, sa perfection, comme la vôtre extrême,<span class="dalign">445</span><br />
+N'a que vous de pareille: en un mot, c'est<a name="FNanchor_446" id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[446]</a>....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i18">Moi-même:</span><br />
+Je vois bien que c'est là que vous voulez venir,<br />
+Non tant pour m'obliger, comme pour me punir.<br />
+Ma curiosité, devenue indiscrète<a name="FNanchor_447" id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[447]</a>,<br />
+A voulu trop savoir d'une flamme secrète,<span class="dalign">450</span><br />
+Mais bien qu'elle en reçoive un juste châtiment,<br />
+Vous pouviez me traiter un peu plus doucement.<br />
+Sans me faire rougir, il vous devoit suffire<br />
+De me taire l'objet dont vous aimez l'empire:<br />
+Mettre en sa place un nom qui ne vous touche pas<a name="FNanchor_448" id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[448]</a>,<span class="dalign">455</span><br />
+C'est un cruel reproche au peu que j'ai d'appas<a name="FNanchor_449" id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[449]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vu le peu que je suis, vous dédaignez de croire<br />
+Une si malheureuse et si basse victoire.<br />
+Mon c&oelig;ur est un captif si peu digne de vous,<br />
+Que vos yeux en voudroient désavouer leurs coups;<span class="dalign">460</span><br />
+Ou peut-être mon sort me rend si méprisable<a name="FNanchor_450" id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[450]</a><span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span><br />
+Que ma témérité vous devient incroyable.<br />
+Mais quoi que désormais il m'en puisse arriver,<br />
+Je fais serment....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Vos clefs ne sauroient se trouver</span><a name="FNanchor_451" id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[451]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Faute d'un plus exquis, et comme par bravade,<span class="dalign">465</span><br />
+Ceci servira donc de mouchoir de parade.<br />
+<span class="i1">Enfin, ce cavalier que nous vîmes au bal,</span><br />
+Vous trouvez comme moi qu'il ne danse pas mal?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Je ne le vis jamais mieux sur sa bonne mine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Il s'étoit si bien mis pour l'amour de Clarine.<span class="dalign">470</span></p>
+
+<p class="font90 i6">(A Amarante<a name="FNanchor_452" id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[452]</a>.)</p>
+
+<p>A propos de Clarine, il m'étoit échappé<br />
+Qu'elle en a deux à moi d'un nouveau point coupé<a name="FNanchor_453" id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[453]</a>:<br />
+Allez, et dites-lui qu'elle me les renvoie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Il est hors d'apparence aujourd'hui qu'on la voie:<br />
+Dès une heure au plus tard elle devoit sortir.<span class="dalign">475</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Son cocher n'est jamais sitôt prêt à partir;<br />
+Et d'ailleurs son logis n'est pas au bout du monde;<br />
+Vous perdrez peu de pas. Quoi qu'elle vous réponde,<br />
+Dites-lui nettement que je les veux avoir<a name="FNanchor_454" id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[454]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span>
+<span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>A vous les rapporter je ferai mon pouvoir.<span class="dalign">480</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>C'est à vous maintenant d'ordonner mon supplice,<br />
+Sûre que sa rigueur n'aura point d'injustice.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Vous voyez qu'Amarante a pour vous de l'amour,<br />
+Et ne manquera pas d'être tôt de retour.<br />
+Bien que je pusse encore user de ma puissance<a name="FNanchor_455" id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[455]</a>,<span class="dalign">485</span><br />
+Il vaut mieux ménager le temps de son absence.<br />
+Donc, pour n'en perdre point en discours superflus<a name="FNanchor_456" id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[456]</a>,<br />
+Je crois que vous m'aimez; n'attendez rien de plus:<br />
+Florame, je suis fille, et je dépends d'un père.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Mais de votre côté que faut-il que j'espère?<span class="dalign">490</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Si ma jalouse encor vous rencontroit ici,<br />
+Ce qu'elle a de soupçons seroit trop éclairci:<br />
+Laissez-moi seule, allez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Se peut-il que Florame</span><br />
+Souffre d'être sitôt séparé de son âme?<br />
+Oui, l'honneur d'obéir à vos commandements<span class="dalign">495</span><br />
+Lui doit être plus cher que ses contentements.</p><br />
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span></p>
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4>
+
+<p>Mon amour, par ses yeux plus forte devenue,<br />
+L'eût bientôt emporté dessus ma retenue;<br />
+Et je sentois mon feu tellement s'augmenter<a name="FNanchor_457" id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[457]</a>,<br />
+Qu'il n'étoit plus en moi de le pouvoir dompter.<span class="dalign">500</span><br />
+J'avois peur d'en trop dire; et cruelle à moi-même,<br />
+Parce que j'aime trop j'ai banni ce que j'aime.<br />
+Je me trouve captive en de si beaux liens<a name="FNanchor_458" id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[458]</a>,<br />
+Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens.<br />
+Quelle importune loi que cette modestie<span class="dalign">505</span><br />
+Par qui notre apparence en glace convertie<br />
+Étouffe dans la bouche, et nourrit dans le c&oelig;ur,<br />
+Un feu dont la contrainte augmente la vigueur!<br />
+Que ce penser m'est doux! que je t'aime, Florame<a name="FNanchor_459" id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[459]</a>!<br />
+Et que je songe peu, dans l'excès de ma flamme,<span class="dalign">510</span><br />
+A ce qu'en nos destins contre nous irrités<br />
+Le mérite et les biens font d'inégalités!<br />
+Aussi par celle-là de bien loin tu me passes<a name="FNanchor_460" id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[460]</a>,<br />
+Et l'autre seulement est pour les âmes basses;<br />
+Et ce penser flatteur me fait croire aisément<span class="dalign">515</span><br />
+Que mon père sera de même sentiment<a name="FNanchor_461" id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[461]</a>.<br />
+Hélas! c'est en effet bien flatter mon courage,<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span><br />
+D'accommoder son sens aux desirs de mon âge.<br />
+Il voit par d'autres yeux, et veut d'autres appas.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Je vous l'avois bien dit qu'elle n'y seroit pas<a name="FNanchor_462" id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[462]</a>.<span class="dalign">520</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Que vous avez tardé pour ne trouver personne!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+Ce reproche vraiment ne peut qu'il ne m'étonne:<br />
+Pour revenir plus vite, il eût fallu voler.
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Florame cependant, qui vient de s'en aller,<br />
+A la fin, malgré moi, s'est ennuyé d'attendre.<span class="dalign">525</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>C'est chose toutefois que je ne puis comprendre.<br />
+Des hommes de mérite et d'esprit comme lui<br />
+N'ont jamais avec vous aucun sujet d'ennui:<br />
+Votre âme généreuse a trop de courtoisie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Et la vôtre amoureuse un peu de jalousie.<span class="dalign">530</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>De vrai, je goûtois mal de faire tant de tours,<br />
+Et perdois à regret ma part de ses discours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Aussi je me trouvois si promptement servie,<br />
+Que je me doutois bien qu'on me portoit envie.<br />
+En un mot, l'aimez-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Je l'aime aucunement,</span><span class="dalign">535</span><br />
+Non pas jusqu'à troubler votre contentement;<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span><br />
+Mais si son entretien n'a pas de quoi vous plaire,<br />
+Vous m'obligerez fort de ne m'en plus distraire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Mais au cas qu'il me plût?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Il faudroit vous céder.</span><br />
+C'est ainsi qu'avec vous je ne puis rien garder.<span class="dalign">540</span><br />
+Au moindre feu pour moi qu'un amant fait paroître,<br />
+Par curiosité vous le voulez connoître,<br />
+Et quand il a goûté d'un si doux entretien,<br />
+Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien.<br />
+C'est ainsi que Théante a négligé ma flamme;<span class="dalign">545</span><br />
+Encor tout de nouveau vous m'enlevez Florame:<br />
+Si vous continuez à rompre ainsi mes coups,<br />
+Je ne sais tantôt plus comment vivre avec vous<a name="FNanchor_463" id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[463]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Sans colère, Amarante, il semble, à vous entendre,<br />
+Qu'en même lieu que vous je voulusse prétendre.<span class="dalign">550</span><br />
+Allez, assurez-vous que mes contentements<br />
+Ne vous déroberont aucun de vos amants<a name="FNanchor_464" id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[464]</a>;<br />
+Et pour vous en donner la preuve plus expresse,<br />
+Voilà votre Théante, avec qui je vous laisse.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">THÉANTE, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Tu me vois sans Florame: un amoureux ennui<a name="FNanchor_465" id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[465]</a><span class="dalign">555</span><br />
+Assez adroitement m'a dérobé de lui.<br />
+Las de céder ma place à son discours frivole,<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span><br />
+Et n'osant toutefois lui manquer de parole,<br />
+Je pratique<a name="FNanchor_466" id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[466]</a> un quart d'heure à mes affections.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Ma maîtresse lisoit dans tes intentions:<span class="dalign">560</span><br />
+Tu vois à ton abord comme elle a fait retraite,<br />
+De peur d'incommoder une amour si parfaite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je ne la saurois croire obligeante à ce point.<br />
+Ce qui la fait partir ne se dira-t-il point?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Veux-tu que je t'en parle avec toute franchise?<span class="dalign">565</span><br />
+C'est la mauvaise humeur où Florame l'a mise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Florame?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Oui: ce causeur vouloit l'entretenir;</span><br />
+Mais il aura perdu le goût d'y revenir:<br />
+Elle n'a que fort peu souffert sa compagnie,<br />
+Et l'en a chassé presque avec ignominie<a name="FNanchor_467" id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[467]</a>.<span class="dalign">570</span><br />
+De dépit cependant ses mouvements aigris<br />
+Ne veulent aujourd'hui traiter que de mépris;<br />
+Et l'unique raison qui fait qu'elle me quitte,<br />
+C'est l'estime où te met près d'elle ton mérite:<br />
+Elle ne voudroit pas te voir mal satisfait<a name="FNanchor_468" id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[468]</a>,<br />
+Ni rompre sur-le-champ le dessein qu'elle a fait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>J'ai regret que Florame ait reçu cette honte:<br />
+Mais enfin, auprès d'elle il trouve mal son conte<a name="FNanchor_469" id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[469]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Aussi c'est un discours ennuyeux que le sien:<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">157</a></span><br />
+Il parle incessamment sans dire jamais rien<a name="FNanchor_470" id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[470]</a>;<span class="dalign">580</span><br />
+Et n'étoit que pour toi je me fais ces contraintes,<br />
+Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Et je m'assure aussi tellement en ta foi,<br />
+Que bien que tout le jour il cajole avec toi,<br />
+Mon esprit te conserve une amitié si pure,<span class="dalign">585</span><br />
+Que sans être jaloux je le vois et l'endure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Comment le serois-tu pour un si triste objet?<br />
+Ses imperfections t'en ôtent tout sujet.<br />
+C'est à toi d'admirer qu'encor qu'un beau visage<br />
+Dedans ses entretiens à toute heure t'engage<a name="FNanchor_471" id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[471]</a>,<span class="dalign">590</span><br />
+J'ai pour toi tant d'amour et si peu de soupçon,<br />
+Que je n'en suis jalouse en aucune façon.<br />
+C'est aimer puissamment que d'aimer de la sorte;<br />
+Mais mon affection est bien encor plus forte.<br />
+<span class="i1">Tu sais (et je le dis sans te mésestimer)</span><span class="dalign">595</span><br />
+Que quand notre Daphnis auroit su te charmer<a name="FNanchor_472" id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[472]</a>,<br />
+Ce qu'elle est plus que toi mettroit hors d'espérance<a name="FNanchor_473" id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[473]</a><br />
+Les fruits qui seroient dus à ta persévérance.<br />
+Plût à Dieu que le ciel te donnât assez d'heur<br />
+Pour faire naître en elle autant que j'ai d'ardeur!<span class="dalign">600</span><br />
+Voyant ainsi la porte à ta fortune ouverte<a name="FNanchor_474" id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[474]</a>,<br />
+Je pourrais librement consentir à ma perte.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span>
+<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je te souhaite un change autant avantageux.<br />
+Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux,<br />
+Ou que jusqu'à ce point il t'eût favorisée,<span class="dalign">605</span><br />
+Que Florame fût prince, et qu'il t'eût épousée!<br />
+Je prise auprès des tiens si peu mes intérêts,<br />
+Que bien que j'en sentisse au c&oelig;ur mille regrets<a name="FNanchor_475" id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[475]</a>,<br />
+Et que de déplaisir il m'en coûtât la vie,<br />
+Je me la tiendrois lors heureusement ravie.<span class="dalign">610</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Je ne voudrois point d'heur qui vînt avec ta mort,<br />
+Et Damon que voilà n'en seroit pas d'accord.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Il a mine d'avoir quelque chose à me dire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Ma présence y nuiroit: adieu, je me retire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Arrête: nous pourrons nous voir tout à loisir;<span class="dalign">615</span><br />
+Rien ne le presse.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">THÉANTE, DAMON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Ami, que tu m'as fait plaisir!</span><br />
+J'étois fort à la gêne avec cette suivante<a name="FNanchor_476" id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[476]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Celle qui te charmoit te devient bien pesante.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je l'aime encor pourtant; mais mon ambition<br />
+Ne laisse point agir mon inclination.<span class="dalign">620</span><span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span><br />
+Ma flamme sur mon c&oelig;ur en vain est la plus forte<a name="FNanchor_477" id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[477]</a>;<br />
+Tous mes desirs ne vont qu'où mon dessein les porte.<br />
+Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Et connu....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Qu'il n'est pas pour me faire grand mal.</span><br />
+Amarante m'en vient d'apprendre une nouvelle<span class="dalign">625</span><br />
+Qui ne me permet plus que j'en sois en cervelle.<br />
+Il a vu....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Qui?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Daphnis, et n'en a remporté</span><br />
+Que ce qu'elle devoit à sa témérité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Comme quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Des mépris, des rigueurs sans pareilles<a name="FNanchor_478" id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[478]</a>.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>As-tu beaucoup de foi pour de telles merveilles<a name="FNanchor_479" id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[479]</a>?<span class="dalign">630</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Celle dont je les tiens en parle assurément.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Pour un homme si fin, on te dupe aisément.<br />
+Amarante elle-même en est mal satisfaite,<br />
+Et ne t'a rien conté que ce qu'elle souhaite:<br />
+Pour seconder Florame en ses intentions,<span class="dalign">635</span><br />
+On l'avoit écartée à des commissions.<br />
+Je viens de le trouver, tout ravi dans son âme<a name="FNanchor_480" id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[480]</a><span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span><br />
+D'avoir eu les moyens de déclarer sa flamme<a name="FNanchor_481" id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[481]</a>,<br />
+Et qui présume tant de ses prospérités,<br />
+Qu'il croit ses v&oelig;ux reçus, puisqu'ils sont écoutés;<span class="dalign">640</span><br />
+Et certes son espoir n'est pas hors d'apparence.<br />
+Après ce bon accueil, et cette conférence<br />
+Dont Daphnis elle-même a fait l'occasion,<br />
+J'en crains fort un succès à ta confusion.<br />
+Tâchons d'y donner ordre; et sans plus de langage,<span class="dalign">645</span><br />
+Avise en quoi tu veux employer mon courage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Lui disputer un bien où j'ai si peu de part,<br />
+Ce seroit m'exposer pour quelque autre au hasard.<br />
+Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,<br />
+De sa possession, l'un et l'autre il nous prive<a name="FNanchor_482" id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[482]</a>,<span class="dalign">650</span><br />
+Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,<br />
+Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.<br />
+A croire son courage, en amour on s'abuse:<br />
+La valeur d'ordinaire y sert moins que la ruse<a name="FNanchor_483" id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[483]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Avant que passer outre, un peu d'attention.<span class="dalign">655</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Te viens-tu d'aviser de quelque invention?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Oui, ta seule maxime en fonde l'entreprise.<br />
+Clarimond voit Daphnis, il l'aime, il la courtise;<br />
+Et quoiqu'il n'en reçoive encor que des mépris,<br />
+Un moment de bonheur lui peut gagner ce prix.<span class="dalign">660</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span>
+<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre<a name="FNanchor_484" id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[484]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Je veux que de sa part tu ne doives rien craindre,<br />
+N'est-ce pas le plus sûr qu'un duel hasardeux<br />
+Entre Florame et lui les en prive tous deux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+Crois-tu qu'avec Florame aisément on l'engage?<span class="dalign">665</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Je l'y résoudrai trop avec un peu d'ombrage.<br />
+Un amant dédaigné ne voit pas de bon &oelig;il<br />
+Ceux qui du même objet ont un plus doux accueil:<br />
+Des faveurs qu'on leur fait il forme ses offenses,<br />
+Et pour peu qu'on le pousse, il court aux violences<a name="FNanchor_485" id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[485]</a>.<span class="dalign">670</span><br />
+Nous les verrions par là, l'un et l'autre écartés,<br />
+Laisser la place libre à tes félicités.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Tu te mets en l'esprit une crainte frivole:<br />
+Mon péril de ces lieux ne te bannira pas;<span class="dalign">675</span><br />
+Et moi, pour te servir je courrois au trépas.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>En même occasion dispose de ma vie,<br />
+Et sois sûr que pour toi j'aurai la même envie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Allons, ces compliments en retardent l'effet.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Le ciel ne vit jamais un ami si parfait.<span class="dalign">680</span></p>
+
+<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span></p>
+
+<h2>ACTE III.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, CÉLIE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Enfin, quelque froideur qui paroisse en Florise<a name="FNanchor_486" id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[486]</a>,<br />
+Aux volontés d'un frère elle s'en est remise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Quoiqu'elle s'en rapporte à vous entièrement,<br />
+Vous lui feriez plaisir d'en user autrement.<br />
+Les amours d'un vieillard sont d'une foible amorce.<span class="dalign">685</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Que veux-tu? Son esprit se fait un peu de force:<br />
+Elle se sacrifie à mes contentements,<br />
+Et pour mes intérêts contraint ses sentiments.<br />
+Assure donc Géraste, en me donnant sa fille,<br />
+Qu'il gagne en un moment toute notre famille,<span class="dalign">690</span><br />
+Et que, tout vieil qu'il est, cette condition<br />
+Ne laisse aucun obstacle à son affection.<br />
+Mais aussi de Florise il ne doit rien prétendre,<br />
+A moins que se résoudre à m'accepter pour gendre<a name="FNanchor_487" id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[487]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Plaisez-vous à Daphnis? c'est là le principal.<span class="dalign">695</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Elle a trop de bonté pour me vouloir du mal;<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span><br />
+D'ailleurs sa résistance obscurciroit sa gloire;<br />
+Je la mériterois si je la pouvois croire.<br />
+La voilà qu'un rival m'empêche d'aborder;<br />
+Le rang qu'il tient sur moi m'oblige à lui céder<a name="FNanchor_488" id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[488]</a>,<span class="dalign">700</span><br />
+Et la pitié que j'ai d'un amant si fidèle<br />
+Lui veut donner loisir d'être dédaigné d'elle.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLARIMOND, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Ces dédains rigoureux dureront-ils toujours?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Non, ils ne dureront qu'autant que vos amours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>C'est prescrire à mes feux des lois bien inhumaines.<span class="dalign">705</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Faites finir vos feux, je finirai leurs peines.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Le moyen de forcer mon inclination?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Le moyen de souffrir votre obstination?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Qui ne s'obstineroit en vous voyant si belle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Qui vous pourroit aimer, vous voyant si rebelle?<span class="dalign">710</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Est-ce rébellion que d'avoir trop de feu?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>C'est avoir trop d'amour, et m'obéir trop peu<a name="FNanchor_489" id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[489]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>La puissance sur moi que je vous ai donnée....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>D'aucune exception ne doit être bornée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Essayez autrement ce pouvoir souverain.<span class="dalign">715</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Cet essai me fait voir que je commande en vain.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>C'est un injuste essai qui feroit ma ruine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Ce n'est plus obéir depuis qu'on examine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Mais l'amour vous défend un tel commandement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Et moi, je me défends un plus doux traitement.<span class="dalign">720</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Avec ce beau visage avoir le c&oelig;ur de roche!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Si le mien s'endurcit, ce n'est qu'à votre approche.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Que je sache du moins d'où naissent vos froideurs<a name="FNanchor_490" id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[490]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Peut-être du sujet qui produit vos ardeurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Si je brûle, Daphnis, c'est de nous voir ensemble.<span class="dalign">725</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Et c'est de nous y voir, Clarimond, que je tremble.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Votre contentement n'est qu'à me maltraiter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Comme le vôtre n'est qu'à me persécuter.
+<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+Quoi! l'on vous persécute à force de services?
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Non, mais de votre part ce me sont des supplices.<span class="dalign">730</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Hélas! et quand pourra venir ma guérison?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Lorsque le temps chez vous remettra la raison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas sans raison que mon âme est éprise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas sans raison aussi qu'on vous méprise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Juste ciel! et que dois-je espérer désormais?<span class="dalign">735</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Que je ne suis pas fille à vous aimer jamais.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>C'est donc perdre mon temps que de plus y prétendre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Comme je perds ici le mien à vous entendre<a name="FNanchor_491" id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[491]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Me quittez-vous sitôt sans me vouloir guérir?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Clarimond sans Daphnis peut et vivre et mourir.<span class="dalign">740</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Je mourrai toutefois, si je ne vous possède.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Tenez-vous donc pour mort, s'il vous faut ce remède<a name="FNanchor_492" id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[492]</a>.
+<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+<h4 class="p2">CLARIMOND.</h4>
+
+<p>Tout dédaigné, je l'aime, et malgré sa rigueur,<br />
+Ses charmes plus puissants lui conservent mon c&oelig;ur.<br />
+Par un contraire effet dont mes maux s'entretiennent,<span class="dalign">745</span><br />
+Sa bouche le refuse, et ses yeux le retiennent.<br />
+Je ne puis, tant elle a de mépris et d'appas,<br />
+Ni le faire accepter, ni ne le donner pas;<br />
+Et comme si l'amour faisoit naître sa haine,<br />
+Ou qu'elle mesurât ses plaisirs à ma peine,<span class="dalign">750</span><br />
+On voit paroître ensemble, et croître également,<br />
+Ma flamme et ses froideurs, sa joie et mon tourment<a name="FNanchor_493" id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[493]</a>.<br />
+Je tâche à m'affranchir de ce malheur extrême,<br />
+Et je ne saurois plus disposer de moi-même.<br />
+Mon désespoir trop lâche obéit à mon sort,<span class="dalign">755</span><br />
+Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort.<br />
+Mais pour foibles qu'ils soient, aidons leur impuissance;<br />
+Donnons-leur le secours d'une éternelle absence.<br />
+Adieu, cruelle ingrate, adieu: je fuis ces lieux,<br />
+Pour dérober mon âme au pouvoir de tes yeux.<span class="dalign">760</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLARIMOND, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Monsieur, monsieur, un mot. L'air de votre visage<br />
+Témoigne un déplaisir caché dans le courage.<br />
+Vous quittez ma maîtresse un peu mal satisfait.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span>
+<span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Ce que voit Amarante en est le moindre effet:<br />
+Je porte, malheureux, après de tels outrages,<span class="dalign">765</span><br />
+Des douleurs sur le front, et dans le c&oelig;ur des rages.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Pour un peu de froideur, c'est trop désespérer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Que ne dis-tu plutôt que c'est trop endurer?<br />
+Je devrois être las d'un si cruel martyre,<br />
+Briser les fers honteux où me tient son empire,<span class="dalign">770</span><br />
+Sans irriter mes maux avec un vain regret.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Si je vous croyois homme à garder un secret<a name="FNanchor_494" id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[494]</a>,<br />
+Vous pourriez sur ce point apprendre quelque chose<br />
+Que je meurs de vous dire, et toutefois,je n'ose.<br />
+L'erreur où je vous vois me fait compassion;<span class="dalign">775</span><br />
+Mais pourriez-vous avoir de la discrétion<a name="FNanchor_495" id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[495]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Prends-en ma foi de gage<a name="FNanchor_496" id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[496]</a>, avec.... Laisse-moi faire.</p>
+<p><span class="font90 i4">(Il veut tirer un diamant de son doigt pour le lui donner,
+et elle l'en empêche.)</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Vous voulez justement m'obliger à me taire;<br />
+Aux filles de ma sorte il suffit de la foi:<br />
+Réservez vos présents pour quelque autre que moi.<span class="dalign">780</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Souffre....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Gardez-les, dis-je, ou je vous abandonne.</span><span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span><br />
+Daphnis a des rigueurs dont l'excès vous étonne;<br />
+Mais vous aurez bien plus de quoi vous étonner,<br />
+Quand vous saurez comment il faut la gouverner<a name="FNanchor_497" id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[497]</a>.<br />
+A force de douceurs vous la rendez cruelle,<span class="dalign">785</span><br />
+Et vos submissions vous perdent auprès d'elle:<br />
+Épargnez désormais tous ces pas superflus;<br />
+Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus<a name="FNanchor_498" id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[498]</a>.<br />
+Toutes ses cruautés ne sont qu'en apparence.<br />
+Du côté du vieillard tournez votre espérance;<span class="dalign">790</span><br />
+Quand il aura pour elle accepté quelque amant<a name="FNanchor_499" id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[499]</a>,<br />
+Un prompt amour naîtra de son commandement.<br />
+Elle vous fait tandis cette galanterie,<br />
+Pour s'acquérir le bruit de fille bien nourrie<a name="FNanchor_500" id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[500]</a>,<br />
+Et gagner d'autant plus de réputation<span class="dalign">795</span><br />
+Qu'on la croira forcer son inclination.<br />
+Nommez cette maxime ou prudence ou sottise,<br />
+C'est la seule raison qui fait qu'on vous méprise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Hélas! et le moyen de croire tes discours?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>De grâce, n'usez point si mal de mon secours<a name="FNanchor_501" id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[501]</a>:<span class="dalign">800</span><br />
+Croyez les bons avis d'une bouche fidèle,<br />
+Et songeant seulement que je viens d'avec elle<a name="FNanchor_502" id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[502]</a>,<br />
+Derechef épargnez tous ces pas superflus;<br />
+Parlez-en au bonhomme, et ne la voyez plus<a name="FNanchor_503" id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[503]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Tu ne flattes mon c&oelig;ur que d'un espoir frivole<a name="FNanchor_504" id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[504]</a>.<span class="dalign">805</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Hasardez seulement deux mots sur ma parole,<br />
+Et n'appréhendez point la honte d'un refus.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLARIMOND.</span></p>
+
+<p>Mais si j'en recevois, je serois bien confus.<br />
+Un oncle pourra mieux concerter cette affaire<a name="FNanchor_505" id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[505]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Ou par vous, ou par lui, ménagez bien le père.<span class="dalign">810</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE.</h4>
+
+<p>Qu'aisément un esprit qui se laisse flatter<br />
+S'imagine un bonheur qu'il pense mériter!<br />
+Clarimond est bien vain ensemble et bien crédule<br />
+De se persuader que Daphnis dissimule,<br />
+Et que ce grand dédain déguise un grand amour,<span class="dalign">815</span><br />
+Que le seul choix d'un père a droit de mettre au jour.<br />
+Il s'en pâme de joie, et dessus ma parole<br />
+De tant d'affronts reçus son âme se console;<br />
+Il les chérit peut-être et les tient à faveurs:<br />
+Tant ce trompeur espoir redouble ses ferveurs<a name="FNanchor_506" id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[506]</a>!<span class="dalign">820</span><br />
+S'il rencontroit le père, et que mon entreprise....<span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Amarante!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Monsieur!</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Vous faites la surprise,</span><br />
+Encor que de si loin vous m'ayez vu venir,<br />
+Que Clarimond n'est plus à vous entretenir!<br />
+Je donne ainsi la chasse à ceux qui vous en content!<span class="dalign">825</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>A moi? Mes vanités jusque-là ne se montent.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Il sembloit toutefois parler d'affection.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais qu'estimez-vous de son intention?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Je crois que ses desseins tendent au mariage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Il est vrai.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<span class="i5">Quelque foi qu'il vous donne pour gage</span><a name="FNanchor_507" id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[507]</a>,<span class="dalign">830</span><br />
+Il cherche à vous surprendre, et sous ce faux appas<a name="FNanchor_508" id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[508]</a><br />
+Il cache des projets que vous n'entendez pas.
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Votre âge soupçonneux a toujours des chimères<br />
+Qui le font mal juger des c&oelig;urs les plus sincères.<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Où les conditions n'ont point d'égalité,<span class="dalign">835</span><br />
+L'amour ne se fait guère avec sincérité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Posé que cela soit: Clarimond me caresse;<br />
+Mais si je vous disois que c'est pour ma maîtresse,<br />
+Et que le seul besoin qu'il a de mon secours,<br />
+Sortant d'avec Daphnis, l'arrête en mes discours?<span class="dalign">840</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>S'il a besoin de toi pour avoir bonne issue,<br />
+C'est signe que sa flamme est assez mal reçue.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Pas tant qu'elle paroît et que vous présumez.<br />
+D'un mutuel amour leurs c&oelig;urs sont enflammés;<br />
+Mais Daphnis se contraint, de peur de vous déplaire,<span class="dalign">845</span><br />
+Et sa bouche est toujours à ses desirs contraire,<br />
+Hormis lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment<a name="FNanchor_509" id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[509]</a>,<br />
+Elle trouve à ses maux quelque soulagement.<br />
+Clarimond cependant, pour fondre tant de glaces,<br />
+Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces;<span class="dalign">850</span><br />
+Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>A ce compte, Daphnis est fort dans le devoir:<br />
+Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage,<br />
+Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage.<br />
+Je lui serai bon père, et puisque ce parti<span class="dalign">855</span><br />
+A sa condition se rencontre assorti,<br />
+Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre,<br />
+Je la veux enhardir à ne se plus contraindre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité:<br />
+Honteuse de l'aimer sans votre autorité,<span class="dalign">860</span><span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span><br />
+Elle s'en défendra de toute sa puissance;<br />
+N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance.<br />
+Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant<a name="FNanchor_510" id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[510]</a>,<br />
+Vos ordres produiront un prompt consentement.<br />
+Mais on ouvre la porte. Hélas! je suis perdue,<span class="dalign">865</span><br />
+Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue.</p>
+
+<p class="font90 i4">(Elle rentre dans le jardin.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span><a name="FNanchor_511" id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[511]</a>.</p>
+
+<p>Lui procurant du bien, elle croit la fâcher,<br />
+Et cette vaine peur la fait ainsi cacher.<br />
+Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie!<br />
+Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie.<span class="dalign">870</span><br />
+Toutefois disons-lui quelque mot en passant,<br />
+Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Ma fille, c'est en vain que tu fais la discrète;<br />
+J'ai découvert enfin ta passion secrète:<br />
+Je ne t'en parle point sur des avis douteux.<span class="dalign">875</span><br />
+N'en rougis point, Daphnis, ton choix n'est pas honteux;<br />
+Moi-même je l'agrée, et veux bien que ton âme<br />
+A cet amant si cher ne cache plus sa flamme<a name="FNanchor_512" id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[512]</a>.<br />
+Tu pouvois en effet prétendre un peu plus haut;<br />
+Mais on ne peut assez estimer ce qu'il vaut:<span class="dalign">880</span><br />
+Ses belles qualités, son crédit et sa race<br />
+Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span><br />
+Adieu: si tu le vois, tu peux lui témoigner<a name="FNanchor_513" id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[513]</a><br />
+Que sans beaucoup de peine on me pourra gagner.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4>
+
+<p>D'aise et d'étonnement je demeure immobile.<span class="dalign">885</span><br />
+D'où lui vient cette humeur de m'être si facile?<br />
+D'où me vient ce bonheur où je n'osois penser?<br />
+Florame, il m'est permis de te récompenser;<br />
+Et sans plus déguiser ce qu'un père autorise,<br />
+Je puis me revancher du don de ta franchise<a name="FNanchor_514" id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[514]</a>;<span class="dalign">890</span><br />
+Ton mérite le rend, malgré ton peu de biens,<br />
+Indulgent à mes feux, et favorable aux tiens:<br />
+Il trouve en tes vertus des richesses plus belles<a name="FNanchor_515" id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[515]</a>.<br />
+Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous si fidèles<a name="FNanchor_516" id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[516]</a>?<br />
+Mon heur me rend confuse, et ma confusion<span class="dalign">895</span><br />
+Me fait tout soupçonner de quelque illusion.<br />
+Je ne me trompe point, ton mérite et ta race<br />
+Auprès des gens d'honneur sont trop dignes de grâce.<br />
+Florame, il est tout vrai, dès lors que je te vis,<br />
+Un battement de c&oelig;ur me fit de cet avis;<span class="dalign">900</span><br />
+Et mon père aujourd'hui souffre que dans son âme<br />
+Les mêmes sentiments....<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Quoi! vous voilà, Florame?</span><br />
+Je vous avois prié tantôt de me quitter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Et je vous ai quittée aussi sans contester.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Mais revenir sitôt, c'est me faire une offense.<span class="dalign">905</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Quand j'aurois sur ce point reçu quelque défense,<br />
+Si vous saviez quels feux ont pressé mon retour,<br />
+Vous en pardonneriez le crime à mon amour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Ne vous préparez point à dire des merveilles,<br />
+Pour me persuader des flammes sans pareilles<a name="FNanchor_517" id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[517]</a>.<span class="dalign">910</span><br />
+Je crois que vous m'aimez, et c'est en croire plus<br />
+Que n'en exprimeroient vos discours superflus.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Mes feux, qu'ont redoublés<a name="FNanchor_518" id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[518]</a> ces propos adorables,<br />
+A force d'être crus deviennent incroyables,<br />
+Et vous n'en croyez rien qui ne soit au-dessous:<span class="dalign">915</span><br />
+Que ne m'est-il permis d'en croire autant de vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Votre croyance est libre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<span class="i10">Il me la faudroit vraie.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Mon c&oelig;ur par mes regards vous fait trop voir sa plaie.<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span><br />
+Un homme si savant au langage des yeux<br />
+Ne doit pas demander que je m'explique mieux.<span class="dalign">920</span><br />
+Mais puisqu'il vous en faut un aveu de ma bouche,<br />
+Allez, assurez-vous que votre amour me touche.<br />
+<span class="i1">Depuis tantôt je parle un peu plus librement</span><a name="FNanchor_519" id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[519]</a>,<br />
+Ou, si vous le voulez, un peu plus hardiment:<br />
+Aussi j'ai vu mon père, et s'il vous faut tout dire,<span class="dalign">925</span><br />
+Avec tous nos desirs sa volonté conspire<a name="FNanchor_520" id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[520]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir.<br />
+Être aimé de Daphnis! un père y consentir!<br />
+Dans mon affection ne trouver plus d'obstacles<a name="FNanchor_521" id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[521]</a>!<br />
+Mon espoir n'eût osé concevoir ces miracles.<span class="dalign">930</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Miracles toutefois qu'Amarante a produits:<br />
+De sa jalouse humeur nous tirons ces doux fruits.<br />
+Au récit de nos feux, malgré son artifice,<br />
+La bonté de mon père a trompé sa malice;<br />
+Du moins je le présume, et ne puis soupçonner<a name="FNanchor_522" id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[522]</a><span class="dalign">935</span><br />
+Que mon père sans elle ait pu rien deviner.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Les avis d'Amarante, en trahissant ma flamme,<br />
+N'ont point gagné Géraste en faveur de Florame.<br />
+Les ressorts d'un miracle ont un plus haut moteur,<br />
+Et tout autre qu'un dieu n'en peut être l'auteur.<span class="dalign">940</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>C'en est un que l'Amour.
+<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Et vous verrez peut-être</span><br />
+Que son pouvoir divin se fait ici paroître,<br />
+Dont quelques grands effets, avant qu'il soit longtemps,<br />
+Vous rendront étonnée, et nos desirs contents.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Florame, après vos feux et l'aveu de mon père,<span class="dalign">945</span><br />
+L'amour n'a point d'effets capables de me plaire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Aimez-en le premier, et recevez la foi<a name="FNanchor_523" id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[523]</a><br />
+D'un bienheureux amant qu'il met sous votre loi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Vous, prisez le dernier qui vous donne la mienne.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Quoique dorénavant Amarante survienne,<span class="dalign">950</span><br />
+Je crois que nos discours iront d'un pas égal<a name="FNanchor_524" id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[524]</a>.<br />
+Sans donner sur le rhume ou gauchir sur le bal.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Si je puis tant soit peu dissimuler ma joie,<br />
+Et que dessus mon front son excès ne se voie,<br />
+Je me jouerai bien d'elle et des empêchements<span class="dalign">955</span><br />
+Que son adresse apporte à nos contentements<a name="FNanchor_525" id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[525]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>J'en apprendrai de vous l'agréable nouvelle.<br />
+Un ordre nécessaire au logis me rappelle,<br />
+Et doit fort avancer le succès de nos v&oelig;ux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Nous n'avons plus qu'une âme et qu'un vouloir nous deux.<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span><br />
+Bien que vous éloigner ce me soit un martyre,<br />
+Puisque vous le voulez, je n'y puis contredire.<br />
+Mais quand dois-je espérer de vous revoir ici?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Dans une heure au plus tard.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Allez donc: la voici.</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Amarante, vraiment vous êtes fort jolie;<span class="dalign">965</span><br />
+Vous n'égayez pas mal votre mélancolie;<br />
+Votre jaloux chagrin a de beaux agréments<a name="FNanchor_526" id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[526]</a>,<br />
+Et choisit assez bien ses divertissements:<br />
+Votre esprit pour vous-même a force complaisance<br />
+De me faire l'objet de votre médisance;<span class="dalign">970</span><br />
+Et pour donner couleur à vos détractions,<br />
+Vous lisez fort avant dans mes intentions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Moi! que de vous j'osasse aucunement médire!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Voyez-vous, Amarante, il n'est plus temps de rire.<br />
+Vous avez vu mon père, avec qui vos discours<span class="dalign">975</span><br />
+M'ont fait à votre gré de frivoles amours.<br />
+Quoi! souffrir un moment l'entretien de Florame,<br />
+Vous le nommez bientôt une secrète flamme?<br />
+Cette jalouse humeur dont vous suivez la loi<br />
+Vous fait en mes secrets plus savante que moi.<span class="dalign">980</span><br />
+Mais passe pour le croire; il falloit que mon père<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span><br />
+De votre confidence apprît cette chimère?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>S'il croit que vous l'aimez, c'est sur quelque soupçon<br />
+Où je ne contribue en aucune façon.<br />
+Je sais trop que le ciel, avec de telles grâces<a name="FNanchor_527" id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[527]</a>,<span class="dalign">985</span><br />
+Vous donne trop de c&oelig;ur pour des flammes si basses;<br />
+Et quand je vous croirois dans cet indigne choix,<br />
+Je sais ce que je suis et ce que je vous dois.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Ne tranchez point ainsi de la respectueuse:<br />
+Votre peine après tout vous est bien fructueuse;<span class="dalign">990</span><br />
+Vous la devez chérir, et son heureux succès<br />
+Qui chez nous à Florame interdit tout accès.<br />
+Mon père le bannit et de l'une et de l'autre:<br />
+Pensant nuire à mon feu, vous ruinez le vôtre.<br />
+Je lui viens de parler, mais c'étoit seulement<span class="dalign">995</span><br />
+Pour lui dire l'arrêt de son bannissement.<br />
+Vous devez cependant être fort satisfaite<br />
+Qu'à votre occasion un père me maltraite;<br />
+Pour fruit de vos labeurs si cela vous suffit,<br />
+C'est acquérir ma haine avec peu de profit.<span class="dalign">1000</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche,<br />
+Que je puisse à vos yeux devenir une souche!<br />
+Que le ciel....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Finissez vos imprécations.</span><br />
+J'aime votre malice et vos délations.<br />
+<span class="i1">Ma mignonne, apprenez que vous êtes déçue:</span><span class="dalign">1005</span><br />
+C'est par votre rapport que mon ardeur est sue;<br />
+Mais mon père y consent, et vos avis jaloux<br />
+N'ont fait que me donner Florame pour époux.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span>
+
+<h3>SCÈNE XI.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE.</h4>
+
+<p>Ai-je bien entendu? Sa belle humeur se joue<a name="FNanchor_528" id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[528]</a>,<br />
+Et par plaisir soi-même elle se désavoue.<span class="dalign">1010</span><br />
+Son père la maltraite, et consent à ses v&oelig;ux!<br />
+Ai-je nommé Florame en parlant de ses feux?<br />
+Florame, Clarimond, ces deux noms, ce me semble,<br />
+Pour être<a name="FNanchor_529" id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[529]</a> confondus, n'ont rien qui se ressemble.<br />
+Le moyen que jamais on entendît si mal,<span class="dalign">1015</span><br />
+Que l'un de ces amants fût pris pour son rival<a name="FNanchor_530" id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[530]</a>?<br />
+Je ne sais où j'en suis, et toutefois j'espère:<br />
+Sous ces obscurités je soupçonne un mystère;<br />
+Et mon esprit confus, à force de douter,<br />
+Bien qu'il n'ose rien croire, ose encor se flatter.<span class="dalign">1020</span></p>
+
+<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span></p>
+
+<h2>ACTE IV.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="i3">Qu'en l'attente de ce qu'on aime</span><br />
+<span class="i3">Une heure est fâcheuse à passer!</span><br />
+<span class="i3">Qu'elle ennuie un amour<a name="FNanchor_531" id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[531]</a> extrême</span><br />
+Dont la joie est réduite aux douceurs d'y penser<a name="FNanchor_532" id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[532]</a>!</p>
+
+<p><span class="i3">Le mien, qui fuit la défiance,</span><span class="dalign">1025</span><br />
+<span class="i3">La trouve trop longue à venir,</span><br />
+<span class="i3">Et s'accuse d'impatience,</span><br />
+Plutôt que mon amant de peu de souvenir.</p>
+
+<p><span class="i3">Ainsi moi-même je m'abuse,</span><br />
+<span class="i3">De crainte d'un plus grand ennui,</span><span class="dalign">1030</span><br />
+<span class="i3">Et je ne cherche plus de ruse</span><br />
+Qu'à m'ôter tout sujet de me plaindre de lui.</p>
+
+<p><span class="i3">Aussi bien, malgré ma colère,</span><br />
+<span class="i3">Je brûlerois de m'apaiser,</span><br />
+<span class="i3">Et sa peine la plus sévère</span><span class="dalign">1035</span><br />
+Ne seroit tout au plus qu'un mot pour l'excuser<a name="FNanchor_533" id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[533]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span>
+<span class="i3">Je dois rougir de ma foiblesse;</span><br />
+<span class="i3">C'est être trop bonne en effet.</span><br />
+<span class="i3">Daphnis, fais un peu la maîtresse,</span><br />
+Et souviens-toi du moins....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, CÉLIE, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">à Célie.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Adieu, cela vaut fait,</span><span class="dalign">1040</span><br />
+Tu l'en peux assurer.</p>
+
+<p class="font90 center">(Célie rentre, et Géraste continue à parler à Daphnis<a name="FNanchor_534" id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[534]</a>.)</p>
+
+<p><span class="i6">Ma fille, je présume,</span><br />
+Quelques feux dans ton c&oelig;ur que ton amant allume,<br />
+Que tu ne voudrois pas sortir de ton devoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>C'est ce que le passé vous a pu faire voir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Mais si pour en tirer une preuve plus claire<a name="FNanchor_535" id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[535]</a>,<span class="dalign">1045</span><br />
+Je disois qu'il faut prendre un sentiment contraire,<br />
+Qu'une autre occasion te donne un autre amant?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Il seroit un peu tard pour un tel changement:<br />
+Sous votre autorité j'ai dévoilé mon âme,<br />
+J'ai découvert mon c&oelig;ur à l'objet de ma flamme,<span class="dalign">1050</span><br />
+Et c'est sous votre aveu qu'il a reçu ma foi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span>
+<span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais je viens de faire un autre choix pour toi<a name="FNanchor_536" id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[536]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Ma foi ne permet plus une telle inconstance.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Et moi, je ne saurois souffrir de résistance.<br />
+Si ce gage est donné par mon consentement,<span class="dalign">1055</span><br />
+Il faut le retirer par mon commandement<a name="FNanchor_537" id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[537]</a>.<br />
+Vous soupirez en vain: vos soupirs et vos larmes<br />
+Contre ma volonté sont d'impuissantes armes.<br />
+Rentrez; je ne puis voir qu'avec mille douleurs<br />
+Votre rébellion s'exprimer par vos pleurs.<span class="dalign">1060</span></p>
+
+<p class="font90 i4">(Daphnis rentre, et Géraste continue<a name="FNanchor_538" id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[538]</a>.)</p>
+
+<p>La pitié me gagnoit: il m'étoit impossible<br />
+De voir encor ses pleurs, et n'être pas sensible:<br />
+Mon injuste rigueur ne pouvoit plus tenir,<br />
+Et de peur de me rendre il la falloit bannir<a name="FNanchor_539" id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[539]</a>.<br />
+N'importe toutefois, la parole me lie,<span class="dalign">1065</span><br />
+Et mon amour ainsi l'a promis à Célie:<br />
+Florise ne se peut acquérir qu'à ce prix;<br />
+Si Florame....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, AMARANTE.</h4>
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Monsieur, vous vous êtes mépris:</span><br />
+C'est Clarimond qu'elle aime.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Et ma plus grande peine</span><span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span><br />
+N'est que d'en avoir eu la preuve trop certaine.<span class="dalign">1070</span><br />
+Dans sa rébellion à mon autorité,<br />
+L'amour qu'elle a pour lui n'a que trop éclaté.<br />
+Si pour ce cavalier elle avoit moins de flamme,<br />
+Elle agréeroit le choix que je fais de Florame,<br />
+Et prenant désormais un mouvement plus sain,<span class="dalign">1075</span><br />
+Ne s'obstineroit pas à rompre mon dessein.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>C'est ce choix inégal qui vous la fait rebelle;<br />
+Mais pour tout autre amant n'appréhendez rien d'elle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Florame a peu de bien, mais pour quelque raison<br />
+C'est lui seul dont je fais l'appui de ma maison<a name="FNanchor_540" id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[540]</a>.<span class="dalign">1080</span><br />
+Examiner mon choix, c'est un trait d'imprudence.<br />
+Toi qu'à présent Daphnis traite de confidence<a name="FNanchor_541" id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[541]</a>,<br />
+Et dont le seul avis gouverne ses secrets,<br />
+Je te prie, Amarante, adoucis ses regrets;<br />
+Résous-la, si tu peux, à contenter un père;<span class="dalign">1085</span><br />
+Fais qu'elle aime Florame ou craigne ma colère.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Puisque vous le voulez, j'y ferai mon pouvoir:<br />
+C'est chose toutefois dont j'ai si peu d'espoir,<br />
+Que je craindrois plutôt de l'aigrir davantage<a name="FNanchor_542" id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[542]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Il est tant de moyens de fléchir un courage<a name="FNanchor_543" id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[543]</a>!<span class="dalign">1090</span><br />
+Trouve pour la gagner quelque subtil appas:<br />
+La récompense après ne te manquera pas.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE.</h4>
+
+<p>Accorde qui pourra le père avec la fille!<br />
+L'égarement d'esprit règne sur la famille<a name="FNanchor_544" id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[544]</a>.<br />
+Daphnis aime Florame, et son père y consent:<span class="dalign">1095</span><br />
+D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent<a name="FNanchor_545" id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[545]</a>;<br />
+Et si j'en crois ce père, elle ne porte en l'âme<br />
+Que révolte, qu'orgueil, que mépris pour Florame.<br />
+Peut-elle s'opposer à ses propres desirs,<br />
+Démentir tout son c&oelig;ur, détruire ses plaisirs?<span class="dalign">1100</span><br />
+S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.<br />
+Leur mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console;<br />
+Et bien qu'il me réduise au bout de mon latin<a name="FNanchor_546" id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[546]</a>,<br />
+Un peu plus en repos j'en attendrai la fin.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, DAMON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Sans me voir elle rentre, et quelque bon génie<span class="dalign">1105</span><br />
+Me sauve de ses yeux et de sa tyrannie.<br />
+Je ne me croyois pas quitte de ses discours,<br />
+A moins que sa maîtresse en vînt rompre le cours.
+</p>
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Je voudrois t'avoir vu dedans cette contrainte.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Peut-être voudrois-tu qu'elle empêchât ma plainte<a name="FNanchor_547" id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[547]</a>?<span class="dalign">1110</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Si Théante sait tout, sans raison tu t'en plains:<br />
+Je t'ai dit ses secrets, comme à lui tes desseins;<br />
+Il voit dedans ton c&oelig;ur, tu lis dans son courage,<br />
+Et je vous fais combattre ainsi sans avantage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Toutefois au combat tu n'as pu l'engager.<span class="dalign">1115</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Sa générosité n'en craint pas le danger;<br />
+Mais cela choque un peu sa prudence amoureuse,<br />
+Vu que la fuite en est la fin la plus heureuse,<br />
+Et qu'il faut que, l'un mort, l'autre tire pays<a name="FNanchor_548" id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[548]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Malgré le déplaisir de mes secrets trahis,<span class="dalign">1120</span><br />
+Je ne puis, cher ami, qu'avec toi je ne rie<br />
+Des subtiles raisons de sa poltronnerie.<br />
+Nous faire ce duel sans s'exposer aux coups,<br />
+C'est véritablement en savoir plus que nous,<br />
+Et te mettre en sa place avec assez d'adresse.<span class="dalign">1125</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Qu'importe à quels périls il gagne une maîtresse?<br />
+Que ses rivaux entre eux fassent mille combats,<br />
+Que j'en porte parole, ou ne la porte pas,<br />
+Tout lui semblera bon, pourvu que sans en être<br />
+Il puisse de ces lieux les faire disparoître.<span class="dalign">1130</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Mais ton service offert hasardoit bien ta foi,<br />
+Et s'il eût eu du c&oelig;ur, t'engageoit contre moi.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Je savois trop que l'offre en seroit rejetée:<br />
+Depuis plus de dix ans je connois sa portée.<br />
+Il ne devient mutin que fort malaisément,<span class="dalign">1135</span><br />
+Et préfère la ruse à l'éclaircissement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Les maximes qu'il tient pour conserver sa vie<br />
+T'ont donné des plaisirs où je te porte envie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Tu peux incontinent les goûter si tu veux.<br />
+Lui, qui doute fort peu du succès de ses v&oelig;ux,<span class="dalign">1140</span><br />
+Et qui croit que déjà Clarimond et Florame<br />
+Disputent loin d'ici le sujet de leur flamme,<br />
+Seroit-il homme à perdre un temps si précieux,<br />
+Sans aller chez Daphnis faire le gracieux,<br />
+Et seul, à la faveur de quelque mot pour rire,<span class="dalign">1145</span><br />
+Prendre l'occasion de conter son martyre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra soupçonner<a name="FNanchor_549" id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[549]</a><br />
+Que nous prenons plaisir tous deux à le berner<a name="FNanchor_550" id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[550]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>De peur que nous voyant il conçût quelque ombrage<a name="FNanchor_551" id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[551]</a>,<br />
+J'avois mis tout exprès Cléon sur le passage.<span class="dalign">1150</span><br />
+Théante approche-t-il?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉON</span><a name="FNanchor_552" id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[552]</a>.</p>
+
+<p><span class="i9">Il est en ce carfour.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Adieu donc: nous pourrons le jouer tour à tour.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Je m'étonne comment tant de belles parties<br />
+En cet illustre amant sont si mal assorties<a name="FNanchor_553" id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[553]</a>,<br />
+Qu'il a si mauvais c&oelig;ur avec de si bons yeux,<span class="dalign">1155</span><br />
+Et fait un si beau choix sans le défendre mieux.<br />
+Pour tant d'ambition, c'est bien peu de courage.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, THÉANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Quelle surprise, ami, paroît sur ton visage?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>T'ayant cherché longtemps, je demeure confus<br />
+De t'avoir rencontré quand je n'y pensois plus.<span class="dalign">1160</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Parle plus franchement: fâché de ta promesse<a name="FNanchor_554" id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[554]</a>,<br />
+Tu veux et n'oserois reprendre ta maîtresse?<br />
+Ta passion, qui souffre une trop dure loi,<br />
+Pour la gouverner seul te déroboit de moi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>De peur que ton esprit formât cette croyance<a name="FNanchor_555" id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[555]</a>,<span class="dalign">1165</span><br />
+De l'aborder sans toi je faisois conscience.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>C'est ce qui t'obligeoit sans doute à me chercher?<br />
+Mais ne te prive plus d'un entretien si cher.<br />
+Je te cède Amarante et te rends ta parole<a name="FNanchor_556" id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[556]</a>:<br />
+J'aime ailleurs; et lassé d'un compliment frivole,<span class="dalign">1170</span><span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span><br />
+Et de feindre une ardeur qui blesse mes amis,<br />
+Ma flamme est véritable et son effet permis.<br />
+J'adore une beauté qui peut disposer d'elle,<br />
+Et seconder mes feux sans se rendre infidèle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Tu veux dire Daphnis?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Je ne puis te celer</span><a name="FNanchor_557" id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[557]</a><span class="dalign">1175</span><br />
+Qu'elle est l'unique objet pour qui je veux brûler.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans glace,<br />
+Et déjà d'un cartel Clarimond te menace.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Qu'il vienne, ce rival, apprendre, à son malheur,<br />
+Que s'il me passe en biens, il me cède en valeur.<span class="dalign">1180</span><br />
+Que sa vaine arrogance, en ce duel trompée,<br />
+Me fasse mériter Daphnis à coups d'épée:<br />
+Par là je gagne tout; ma générosité<br />
+Suppléera ce qui fait notre inégalité;<br />
+Et son père, amoureux du bruit de ma vaillance,<span class="dalign">1185</span><br />
+La fera sur ses biens emporter la balance.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Tu n'en peux espérer un moindre événement:<br />
+L'heur suit dans les duels le plus heureux amant;<br />
+Le glorieux succès d'une action si belle<a name="FNanchor_558" id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[558]</a>,<br />
+Ton sang mis au hasard ou répandu pour elle,<span class="dalign">1190</span><br />
+Ne peut laisser au père aucun lieu de refus.<br />
+Tiens ta maîtresse acquise et ton rival confus;<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span><br />
+Et sans t'épouvanter d'une vaine fortune<br />
+Qu'il soutient lâchement d'une valeur commune,<br />
+Ne fais de son orgueil qu'un sujet de mépris,<span class="dalign">1195</span><br />
+Et pense que Daphnis ne s'acquiert qu'à ce prix.<br />
+Adieu: puisse le ciel à ton amour parfaite<br />
+Accorder un succès tel que je le souhaite!</p>
+
+<span class="smcap i6">FLORAME</span><a name="FNanchor_559" id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[559]</a>.
+
+<p>Ce cartel, ce me semble, est trop long à venir:<br />
+Mon courage bouillant ne se peut contenir;<span class="dalign">1200</span><br />
+Enflé par tes discours, il ne sauroit attendre<a name="FNanchor_560" id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[560]</a><br />
+Qu'un insolent défi l'oblige à se défendre.<br />
+<span class="i1">Va donc, et de ma part appelle Clarimond;</span><br />
+Dis-lui que pour demain il choisisse un second,<br />
+Et que nous l'attendrons au château de Bissêtre<a name="FNanchor_561" id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">[561]</a>.<span class="dalign">1205</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>J'adore ce grand c&oelig;ur qu'ici tu fais paroître,<br />
+Et demeure ravi du trop d'affection<br />
+Que tu m'as témoigné par cette élection.<br />
+Prends-y garde pourtant: pense à quoi tu t'engages.<br />
+Si Clarimond, lassé de souffrir tant d'outrages,<span class="dalign">1210</span><br />
+Éteignant son amour, te cédoit ce bonheur,<br />
+Quel besoin seroit-il de le piquer d'honneur?<br />
+Peut-être qu'un faux bruit nous apprend sa menace:<br />
+C'est à toi seulement de défendre ta place.<br />
+Ces coups du désespoir des amants méprisés<span class="dalign">1215</span><br />
+N'ont rien d'avantageux pour les favorisés.<br />
+Qu'il recoure, s'il veut, à ces fâcheux remèdes<a name="FNanchor_562" id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">[562]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span><br />
+Ne lui querelle point un bien que tu possèdes;<br />
+Ton amour, que Daphnis ne sauroit dédaigner,<br />
+Court risque d'y tout perdre, et n'y peut rien gagner<a name="FNanchor_563" id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">[563]</a>.<br />
+Avise encore un coup: ta valeur inquiète<a name="FNanchor_564" id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">[564]</a><br />
+En d'extrêmes périls un peu trop tôt te jette.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Quels périls? L'heur y suit le plus heureux amant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Quelquefois le hasard en dispose autrement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Clarimond n'eut jamais qu'une valeur commune.<span class="dalign">1225</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>La valeur aux duels fait moins que la fortune.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>C'est par là seulement qu'on mérite Daphnis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Mais plutôt de ses yeux par là tu te bannis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Cette belle action pourra gagner son père.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère.<span class="dalign">1230</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Acceptant un cartel, suis-je plus assuré?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Où l'honneur souffriroit rien n'est considéré.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Je ne puis résister à des raisons si fortes;<br />
+Sur ma bouillante ardeur malgré moi tu l'emportes:<br />
+J'attendrai qu'on m'attaque.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span>
+<span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Adieu donc.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i16">En ce cas,</span><span class="dalign">1235</span><br />
+Souviens-t'en, cher ami, tu me promets ton bras<a name="FNanchor_565" id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">[565]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Dispose de ma vie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Elle est fort assurée,</span><br />
+Si rien que ce duel n'empêche sa durée.<br />
+Il en parle des mieux: c'est un jeu qui lui plaît;<br />
+Mais il devient fort sage aussitôt qu'il en est,<span class="dalign">1240</span><br />
+Et montre cependant des grâces peu vulgaires<br />
+A battre ses raisons par des raisons contraires.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">DAPHNIS, FLORAME.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Je n'osois t'aborder les yeux baignés de pleurs,<br />
+Et devant ce rival t'apprendre nos malheurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vous me jetez, Madame, en d'étranges alarmes<a name="FNanchor_566" id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">[566]</a>.<span class="dalign">1245</span><br />
+Dieux! et d'où peut venir ce déluge de larmes?<br />
+Le bonhomme est-il mort?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Non, mais il se dédit;</span><br />
+Tout amour désormais pour toi m'est interdit:<br />
+Si bien qu'il me faut être ou rebelle ou parjure,<br />
+Forcer les droits d'Amour ou ceux de la nature,<span class="dalign">1250</span><br />
+Mettre un autre en ta place ou lui désobéir,<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span><br />
+L'irriter ou moi-même avec toi me trahir.<br />
+A moins que de changer, sa haine inévitable<a name="FNanchor_567" id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">[567]</a><br />
+Me rend de tous côtés ma perte indubitable:<br />
+Je ne puis conserver mon devoir et ma foi,<span class="dalign">1255</span><br />
+Ni sans crime brûler pour d'autres ni pour toi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Le nom de cet amant, dont l'indiscrète envie<br />
+A mes ressentiments vient apporter sa vie!<br />
+Le nom de cet amant, qui par sa prompte mort<br />
+Doit, au lieu du vieillard, me réparer ce tort,<span class="dalign">1260</span><br />
+Et qui, sur quelque orgueil que son amour se fonde<a name="FNanchor_568" id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">[568]</a>,<br />
+N'a que jusqu'à ma vue à demeurer au monde!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Je n'aime pas si mal que de m'en informer:<br />
+Je t'aurois fait trop voir que j'eusse pu l'aimer.<br />
+Si j'en savois le nom, ta juste défiance<a name="FNanchor_569" id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">[569]</a><span class="dalign">1265</span><br />
+Pourroit à ses défauts imputer ma constance,<br />
+A son peu de mérite attacher mon dédain,<br />
+Et croire qu'un plus digne auroit reçu ma main.<br />
+<span class="i1">J'atteste ici le bras qui lance le tonnerre,</span><br />
+Que tout ce que le ciel a fait paroître en terre<span class="dalign">1270</span><br />
+De mérites, de biens, de grandeurs et d'appas,<br />
+En même objet uni, ne m'ébranleroit pas:<br />
+Florame a droit lui seul de captiver mon âme<a name="FNanchor_570" id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">[570]</a>;<br />
+Florame vaut lui seul à ma pudique flamme<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span><br />
+Tout ce que peut le monde offrir à mes ardeurs<span class="dalign">1275</span><br />
+De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Qu'avec des mots si doux vous m'êtes inhumaine<a name="FNanchor_571" id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">[571]</a>!<br />
+Vous me comblez de joie et redoublez ma peine.<br />
+L'effet d'un tel amour, hors de votre pouvoir,<br />
+Irrite d'autant plus mon sanglant désespoir;<span class="dalign">1280</span><br />
+L'excès de votre ardeur ne sert qu'à mon supplice.<br />
+Devenez-moi cruelle afin que je guérisse.<br />
+Guérir? ah! qu'ai-je dit? ce mot me fait horreur:<br />
+Pardonnez aux transports d'une aveugle fureur.<br />
+Aimez toujours Florame, et quoi qu'il ait pu dire,<span class="dalign">1285</span><br />
+Croissez de jour en jour vos feux et son martyre.<br />
+Peut-il rendre sa vie à de plus heureux coups,<br />
+Ou mourir plus content que pour vous et par vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Puisque de nos destins la rigueur trop sévère<br />
+Oppose à nos desirs l'autorité d'un père,<span class="dalign">1290</span><br />
+Que veux-tu que je fasse? En l'état où je suis,<br />
+Être à toi malgré lui, c'est ce que je ne puis;<br />
+Mais je puis empêcher qu'un autre me possède,<br />
+Et qu'un indigne amant à Florame succède:<br />
+Le c&oelig;ur me manque; adieu: je sens faillir ma voix<a name="FNanchor_572" id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">[572]</a>.<span class="dalign">1295</span><br />
+<span class="i1">Florame, souviens-toi de ce que tu me dois:</span><br />
+Si nos feux sont égaux, mon exemple t'ordonne<br />
+Ou d'être à ta Daphnis ou de n'être à personne.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span>
+
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME.</h4>
+
+<p>Dépourvu de conseil comme de sentiment,<br />
+L'excès de ma douleur m'ôte le jugement.<span class="dalign">1300</span><br />
+De tant de biens promis je n'ai plus que sa vue,<br />
+Et mes bras impuissants ne l'ont pas retenue;<br />
+Et même je lui laisse abandonner ce lieu<a name="FNanchor_573" id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">[573]</a>,<br />
+Sans trouver de parole à lui dire un adieu.<br />
+Ma fureur pour Daphnis a de la complaisance:<span class="dalign">1305</span><br />
+Mon désespoir n'osoit agir en sa présence,<br />
+De peur que mon tourment aigrît ses déplaisirs;<br />
+Une pitié secrète étouffoit mes soupirs:<br />
+Sa douleur par respect faisoit taire la mienne;<br />
+Mais ma rage à présent n'a rien qui la retienne.<span class="dalign">1310</span><br />
+<span class="i1">Sors, infâme vieillard, dont le consentement</span><br />
+Nous a vendu si cher le bonheur d'un moment;<br />
+Sors, que tu sois puni de cette humeur brutale<br />
+Qui rend ta volonté pour nos feux inégale.<br />
+A nos chastes amours qui t'a fait consentir,<span class="dalign">1315</span><br />
+Barbare? mais plutôt qui t'en fait repentir?<br />
+Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père<br />
+Débilite ma force ou rompe ma colère?<br />
+Un nom si glorieux, lâche, ne t'est plus dû<a name="FNanchor_574" id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">[574]</a>:<br />
+En lui manquant de foi, ton crime l'a perdu.<span class="dalign">1320</span><br />
+Plus j'ai d'amour pour elle, et plus pour toi de haine<br />
+Enhardit ma vengeance et redouble ta peine:<br />
+Tu mourras; et je veux, pour finir mes ennuis,<br />
+Mériter par ta mort celle où tu me réduis.<br />
+<span class="i1">Daphnis, à ma fureur ma bouche abandonnée</span><span class="dalign">1325</span><span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span><br />
+Parle d'ôter la vie à qui te l'a donnée!<br />
+Je t'aime, et je t'oblige à m'avoir en horreur,<br />
+Et ne connois encor qu'à peine mon erreur!<br />
+Si je suis sans respect pour ce que tu respectes,<br />
+Que mes affections ne t'en soient pas suspectes.<span class="dalign">1330</span><br />
+De plus réglés transports me feroient trahison;<br />
+Si j'avois moins d'amour, j'aurois de la raison;<br />
+C'est peu que de la perdre, après t'avoir perdue:<br />
+Rien ne sert plus de guide à mon âme éperdue,<br />
+Je condamne à l'instant ce que j'ai résolu;<span class="dalign">1335</span><br />
+Je veux, et ne veux plus sitôt que j'ai voulu;<br />
+Je menace Géraste, et pardonne à ton père:<br />
+Ainsi rien ne me venge, et tout me désespère.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, CÉLIE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME</span>,<span class="font90"> en soupirant</span><a name="FNanchor_575" id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">[575]</a>.</p>
+
+<p>Célie....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p><span class="i5
+4">Eh bien, Célie? enfin elle a tant fait,</span><br />
+Qu'à vos desirs Géraste accorde leur effet.<span class="dalign">1340</span><br />
+Quel visage avez-vous? Votre aise vous transporte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Cesse d'aigrir ma flamme en raillant de la sorte,<br />
+Organe d'un vieillard qui croit faire un bon tour<br />
+De se jouer de moi par une feinte amour.<br />
+Si tu te veux du bien, fais-lui tenir promesse:<span class="dalign">1345</span><br />
+Vous me rendrez tous deux la vie ou ma maîtresse;<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span><br />
+Et ce jour expiré, je vous ferai sentir<br />
+Que rien de ma fureur ne vous peut garantir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Florame!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Je ne puis parler à des perfides.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE</span><a name="FNanchor_576" id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">[576]</a>.</p>
+
+<p>Il veut donner l'alarme à mes esprits timides,<span class="dalign">1350</span><br />
+Et prend plaisir lui-même à se jouer de moi.<br />
+Géraste a trop d'amour pour n'avoir point de foi;<br />
+Et s'il pouvoit donner trois Daphnis pour Florise,<br />
+Il la tiendroit encore heureusement acquise<a name="FNanchor_577" id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">[577]</a>.<br />
+D'ailleurs ce grand courroux pourroit-il être feint?<span class="dalign">1355</span><br />
+Auroit-il pu sitôt falsifier son teint<a name="FNanchor_578" id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">[578]</a>,<br />
+Et si bien ajuster ses yeux et son langage<br />
+A ce que sa fureur marquoit sur son visage?<br />
+Quelqu'un des deux me joue: épions tous les deux<br />
+Et nous éclaircissons sur un point si douteux.<span class="dalign">1360</span></p>
+
+<p class="center p2 i1"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span></p>
+
+<h2>ACTE V.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">THÉANTE, DAMON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Croirois-tu qu'un moment m'ait pu changer de sorte<br />
+Que je passe à regret par devant cette porte?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Que ton humeur n'a-t-elle un peu plus tôt changé<a name="FNanchor_579" id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">[579]</a>?<br />
+Nous aurions vu l'effet où tu m'as engagé.<br />
+Tantôt quelque démon ennemi de ta flamme<span class="dalign">1365</span><br />
+Te faisoit en ces lieux accompagner Florame:<br />
+Sans la crainte qu'alors il te prît pour second,<br />
+Je l'allois appeler au nom de Clarimond;<br />
+Et comme si depuis il étoit invisible,<br />
+Sa rencontre pour moi s'est rendue impossible<a name="FNanchor_580" id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">[580]</a>.<span class="dalign">1370</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Ne le cherche donc plus. A bien considérer,<br />
+Qu'ils se battent ou non, je n'en puis qu'espérer.<br />
+Daphnis, que son adresse a malgré moi séduite<a name="FNanchor_581" id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">[581]</a>,<br />
+Ne pourroit l'oublier, quand il seroit en fuite:<br />
+Leur amour est trop forte; et d'ailleurs son trépas,<span class="dalign">1375</span><br />
+Le privant d'un tel bien, ne me le donne pas<a name="FNanchor_582" id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">[582]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span>
+Inégal en fortune à ce qu'est cette belle<a name="FNanchor_583" id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">[583]</a>,<br />
+Et déjà par malheur assez mal voulu d'elle,<br />
+Que pourrois-je après tout prétendre de ses pleurs<a name="FNanchor_584" id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">[584]</a>?<br />
+Et quel espoir pour moi naîtroit de ses douleurs?<span class="dalign">1380</span><br />
+Deviendrois-je par là plus riche ou plus aimable?<br />
+Que si de l'obtenir je me trouve incapable<a name="FNanchor_585" id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">[585]</a>,<br />
+Mon amitié pour lui, qui ne peut expirer,<br />
+A tout autre qu'à moi me le fait préférer;<br />
+Et j'aurois peine à voir un troisième en sa place.<span class="dalign">1385</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Tu t'avises trop tard: que veux-tu que je fasse?<br />
+J'ai poussé Clarimond à lui faire un appel;<br />
+J'ai charge de sa part de lui rendre un cartel:<br />
+Le puis-je supprimer?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Non, mais tu pourrois faire</span><a name="FNanchor_586" id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">[586]</a>....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Que Clarimond prît un sentiment contraire.</span><span class="dalign">1390</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Le détourner d'un coup où seul je l'ai porté!<br />
+Mon courage est mal propre à cette lâcheté.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>A de telles raisons je n'ai de repartie,<br />
+Sinon que c'est à moi de rompre la partie.<br />
+J'en vais semer le bruit.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span>
+<span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Et sur ce bruit tu veux....</span><span class="dalign">1395</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Qu'on leur donne dans peu des gardes à tous deux,<br />
+Et qu'une main puissante arrête leur querelle.<br />
+Qu'en dis-tu, cher ami?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p><span class="i10">L'invention est belle,</span><br />
+Et le chemin bien court à les mettre d'accord;<br />
+Mais souffre auparavant que j'y fasse un effort.<span class="dalign">1400</span><br />
+Peut-être mon esprit trouvera quelque ruse<a name="FNanchor_587" id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">[587]</a><br />
+Par où, sans en rougir, du cartel je m'excuse<a name="FNanchor_588" id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">[588]</a>.<br />
+Ne donnons point sujet de tant parler de nous,<br />
+Et sachons seulement à quoi tu te résous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>A les laisser en paix, et courir l'Italie<span class="dalign">1405</span><br />
+Pour divertir le cours de ma mélancolie,<br />
+Et ne voir point Florame emporter à mes yeux<br />
+Le prix où prétendoit mon c&oelig;ur ambitieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Amarante, à ce compte, est hors de ta pensée?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Son image du tout n'en est pas effacée;<span class="dalign">1410</span><br />
+Mais....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Tu crains que pour elle on te fasse un duel.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">THÉANTE.</span></p>
+
+<p>Railler un malheureux, c'est être trop cruel.<br />
+Bien que ses yeux encor règnent sur mon courage<a name="FNanchor_589" id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">[589]</a>,<br />
+Le bonheur de Florame à la quitter m'engage:<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span><br />
+Le ciel ne nous fit point et pareils et rivaux,<span class="dalign">1415</span><br />
+Pour avoir des succès tellement inégaux.<br />
+C'est me perdre d'honneur, et par cette poursuite,<br />
+D'égal que je lui suis, me ranger à sa suite.<br />
+Je donne désormais des règles à mes feux:<br />
+De moindres que Daphnis sont incapables d'eux;<span class="dalign">1420</span><br />
+Et rien dorénavant n'asservira mon âme<br />
+Qui ne me puisse mettre au-dessus de Florame.<br />
+Allons: je ne puis voir sans mille déplaisirs<br />
+Ce possesseur du bien où tendoient mes desirs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAMON.</span></p>
+
+<p>Arrête: cette fuite est hors de bienséance,<span class="dalign">1425</span><br />
+Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence.</p>
+
+<p class="font90">(Théante le retire du théâtre comme par force<a name="FNanchor_590" id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">[590]</a>.)</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME.</h4>
+
+<p>Jetterai-je toujours des menaces en l'air,<br />
+Sans que je sache enfin à qui je dois parler?<br />
+Auroit-on jamais cru qu'elle me fût ravie,<br />
+Et qu'on me pût ôter Daphnis avant la vie?<span class="dalign">1430</span><br />
+Le possesseur du prix de ma fidélité,<br />
+Bien que je sois vivant, demeure en sûreté;<br />
+Tout inconnu qu'il m'est, il produit ma misère;<br />
+Tout mon rival qu'il est, il rit de ma colère<a name="FNanchor_591" id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">[591]</a>.<br />
+Rival! ah, quel malheur! j'en ai pour me bannir,<span class="dalign">1435</span><br />
+Et cesse d'en avoir quand je le veux punir.<br />
+<span class="i1">Grands Dieux, qui m'enviez cette juste allégeance</span><br />
+Qu'un amant supplanté tire de la vengeance,<br />
+Et me cachez le bras dont je reçois les coups,<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span><br />
+Est-ce votre dessein que je m'en prenne à vous?<span class="dalign">1440</span><br />
+Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes,<br />
+Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes<a name="FNanchor_592" id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">[592]</a>;<br />
+Qu'à mille impiétés osant me dispenser<a name="FNanchor_593" id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">[593]</a>,<br />
+A votre foudre oisif je donne où se lancer?<br />
+Ah! souffrez qu'en l'état de mon sort déplorable<span class="dalign">1445</span><br />
+Je demeure innocent, encor que misérable;<br />
+Destinez à vos feux d'autres objets que moi:<br />
+Vous n'en sauriez manquer, quand on manque de foi.<br />
+Employez le tonnerre à punir les parjures,<br />
+Et prenez intérêt vous-même à mes injures:<span class="dalign">1450</span><br />
+Montrez, en me vengeant, que vous êtes des dieux<a name="FNanchor_594" id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">[594]</a>,<br />
+Ou conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux,<br />
+Et qu'on sait dérober d'un rival qui me tue<br />
+Le nom à mon oreille, et l'objet à ma vue.<br />
+<span class="i1">Rival, qui que tu sois, dont l'insolent amour</span><span class="dalign">1455</span><br />
+Idolâtre un soleil et n'ose voir le jour,<br />
+N'oppose plus ta crainte à l'ardeur qui te presse:<br />
+Fais-toi, fais-toi connoître allant voir ta maîtresse.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">FLORAME, AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Amarante (aussi bien te faut-il confesser<br />
+Que la seule Daphnis avoit su me blesser<a name="FNanchor_595" id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">[595]</a>),<span class="dalign">1460</span><br />
+Dis-moi qui me l'enlève: apprends-moi quel mystère<br />
+Me cache le rival qui possède son père;<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span><br />
+A quel heureux amant Géraste a destiné<br />
+Ce beau prix que l'amour m'avoit si bien donné<a name="FNanchor_596" id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">[596]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Ce dût<a name="FNanchor_597" id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">[597]</a> vous être assez de m'avoir abusée,<span class="dalign">1465</span><br />
+Sans faire encor de moi vos sujets de risée.<br />
+Je sais que le vieillard favorise vos feux,<br />
+Et que rien que Daphnis n'est contraire à vos v&oelig;ux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Que me dis-tu, lui seul et sa rigueur nouvelle<a name="FNanchor_598" id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">[598]</a><br />
+Empêchant<a name="FNanchor_599" id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">[599]</a> les effets d'une ardeur mutuelle?<span class="dalign">1470</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Pensez-vous me duper avec ce feint courroux?<br />
+Lui-même il m'a prié de lui parler pour vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Vois-tu, ne t'en ris plus; ta seule jalousie<br />
+A mis à ce vieillard ce change en fantaisie.<br />
+Ce n'est pas avec moi que tu te dois jouer,<span class="dalign">1475</span><br />
+Et ton crime redouble à le désavouer<a name="FNanchor_600" id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">[600]</a>;<br />
+Mais sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte<br />
+Que mon fidèle amour sur ce rival l'emporte,<br />
+J'aurai trop de moyens à te faire sentir<br />
+Qu'on ne m'offense point sans un prompt repentir.<span class="dalign">1480</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span>
+
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">AMARANTE.</h4>
+
+<p>Voilà de quoi tomber en<a name="FNanchor_601" id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">[601]</a> un nouveau dédale.<br />
+O ciel! qui vit jamais confusion égale?<br />
+Si j'écoute Daphnis, j'apprends qu'un feu puissant<br />
+La brûle pour Florame, et qu'un père y consent;<br />
+Si j'écoute Géraste, il lui donne Florame,<span class="dalign">1485</span><br />
+Et se plaint que Daphnis en rejette la flamme;<br />
+Et si Florame est cru, ce vieillard aujourd'hui<br />
+Dispose de Daphnis pour un autre que lui.<br />
+Sous un tel embarras je me trouve accablée;<br />
+Eux ou moi, nous avons la cervelle troublée,<span class="dalign">1490</span><br />
+Si ce n'est qu'à dessein ils se soient concertés<a name="FNanchor_602" id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">[602]</a><br />
+Pour me faire enrager par ces diversités.<br />
+Mon foible esprit s'y perd et n'y peut rien comprendre:<br />
+Pour en venir à bout, il me les faut surprendre,<br />
+Et quand ils se verront, écouter leurs discours,<span class="dalign">1495</span><br />
+Pour apprendre par là le fond de ces détours.<br />
+<span class="i1">Voici mon vieux rêveur; fuyons de sa présence,</span><br />
+Qu'il ne m'embrouille encor de quelque confidence<a name="FNanchor_603" id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">[603]</a>:<br />
+De crainte que j'en ai, d'ici je me bannis,<br />
+Tant qu'avec lui je voie ou Florame ou Daphnis.<span class="dalign">1500</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, POLÉMON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p>
+
+<p>J'ai grand regret, Monsieur, que la foi qui vous lie<br />
+Empêche que chez vous mon neveu ne s'allie,<br />
+Et que son feu m'emploie aux offres qu'il vous fait,<br />
+Lorsqu'il n'est plus en vous d'en accepter l'effet.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>C'est un rare trésor que mon malheur me vole<a name="FNanchor_604" id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">[604]</a>;<span class="dalign">1505</span><br />
+Et si l'honneur souffroit un manque de parole,<br />
+L'avantageux parti que vous me présentez<br />
+Me verroit aussitôt prêt à ses volontés<a name="FNanchor_605" id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">[605]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p>
+
+<p>Mais si quelque hasard rompoit cette alliance?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>N'ayez lors, je vous prie, aucune défiance:<span class="dalign">1510</span><br />
+Je m'en tiendrois heureux, et ma foi vous répond<br />
+Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLÉMON.</span></p>
+
+<p>Adieu: faites état de mon humble service.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Et vous pareillement d'un c&oelig;ur sans artifice.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">CÉLIE, GÉRASTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>De sorte qu'à mes yeux votre foi lui répond<span class="dalign">1515</span><br />
+Que Daphnis sans tarder épouse Clarimond?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Cette vaine promesse en un cas impossible<br />
+Adoucit un refus et le rend moins sensible:<br />
+C'est ainsi qu'on oblige un homme à peu de frais.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Ajouter l'impudence à vos perfides traits!<span class="dalign">1520</span><br />
+Il vous faudroit du charme au lieu de cette ruse,<br />
+Pour me persuader que qui promet refuse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>J'ai promis, et tiendrois ce que j'ai protesté<a name="FNanchor_606" id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">[606]</a>,<br />
+Si Florame rompoit le concert arrêté.<br />
+Pour Daphnis, c'est en vain qu'elle fait la rebelle;<span class="dalign">1525</span><br />
+J'en viendrai trop à bout.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Impudence nouvelle</span><a name="FNanchor_607" id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">[607]</a>!<br />
+Florame, que Daphnis fait maître de son c&oelig;ur,<br />
+De votre seul caprice accuse la rigueur<a name="FNanchor_608" id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">[608]</a>;<br />
+Et je sais que sans vous leur mutuelle flamme<br />
+Uniroit deux amants qui n'ont déjà qu'une âme.<span class="dalign">1530</span><br />
+Vous m'osez cependant effrontément conter<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span><br />
+Que Daphnis sur ce point aime à vous résister!<br />
+Vous m'en aviez promis une tout autre issue:<br />
+J'en ai porté parole après l'avoir reçue.<br />
+Qu'avois-je contre vous ou fait ou projeté,<span class="dalign">1535</span><br />
+Pour me faire tremper en votre lâcheté?<br />
+Ne pouviez-vous trahir que par mon entremise?<br />
+Avisez: il y va de plus que de Florise.<br />
+Ne vous estimez pas quitte pour la quitter,<br />
+Ni que de cette sorte on se laisse affronter<a name="FNanchor_609" id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">[609]</a>.<span class="dalign">1540</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Me prends-tu donc pour homme à manquer de parole<br />
+En faveur d'un caprice où s'obstine une folle?<br />
+Va, fais venir Florame: à ses yeux tu verras<br />
+Que pour lui mon pouvoir ne s'épargnera pas,<br />
+Que je maltraiterai Daphnis en sa présence<span class="dalign">1545</span><br />
+D'avoir pour son amour si peu de complaisance.<br />
+Qu'il vienne seulement voir un père irrité,<br />
+Et joindre sa prière à mon autorité;<br />
+Et lors, soit que Daphnis y résiste ou consente,<br />
+Crois que ma volonté sera la plus puissante<a name="FNanchor_610" id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">[610]</a>.<span class="dalign">1550</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Croyez que nous tromper ce n'est pas votre mieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Me foudroie en ce cas la colère des cieux!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Géraste, sur-le-champ il te falloit contraindre<br />
+Celle que ta pitié ne pouvoit ouïr plaindre.<br />
+Tu n'as pu refuser du temps à ses douleurs,<span class="dalign">1555</span><br />
+Ton c&oelig;ur s'attendrissoit de voir couler ses pleurs;<br />
+Et pour avoir usé trop peu de ta puissance,<br />
+On t'impute à forfait sa désobéissance.</p>
+
+<p class="font90 i6">(Daphnis vient<a name="FNanchor_611" id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">[611]</a>.)</p>
+
+<p>Un traitement trop doux te fait croire sans foi.<br />
+<span class="i1">Faudra-t-il que de vous je reçoive la loi,</span><span class="dalign">1560</span><br />
+Et que l'aveuglement d'une amour obstinée<br />
+Contre ma volonté règle votre hyménée?<br />
+Mon extrême indulgence a donné par malheur<br />
+A vos rébellions quelque foible couleur;<br />
+Et pour quelque moment que vos feux m'ont su plaire,<br />
+Vous pensez avoir droit de braver ma colère<a name="FNanchor_612" id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">[612]</a>;<br />
+Mais sachez qu'il falloit, ingrate, en vos amours,<br />
+Ou ne m'obéir point, ou m'obéir toujours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Si dans mes premiers feux je vous semble obstinée,<br />
+C'est l'effet de ma foi sous votre aveu donnée.<span class="dalign">1570</span><br />
+Quoi que mette en avant votre injuste courroux,<br />
+Je ne veux opposer à vous-même que vous.<br />
+Votre permission doit être irrévocable:<br />
+Devenez seulement à vous-même semblable.<br />
+Il vous falloit, Monsieur, vous-même à mes amours<a name="FNanchor_613" id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">[613]</a><span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span><br />
+Ou ne consentir point ou consentir toujours.<br />
+Je choisirai la mort plutôt que le parjure:<br />
+M'y voulant obliger, vous vous faites injure.<br />
+Ne veuillez point combattre ainsi hors de saison<br />
+Votre vouloir, ma foi, mes pleurs, et la raison.<span class="dalign">1580</span><br />
+Que vous a fait Daphnis? que vous a fait Florame,<br />
+Que pour lui vous vouliez que j'éteigne ma flamme?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement<br />
+Vous vous rendiez rebelle à mon commandement?<br />
+Ma foi n'est-elle rien au-dessus de la vôtre<a name="FNanchor_614" id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">[614]</a>?<span class="dalign">1585</span><br />
+Vous vous donnez à l'un; ma foi vous donne à l'autre.<br />
+Qui le doit emporter ou de vous ou de moi?<br />
+Et qui doit de nous deux plutôt manquer de foi?<br />
+Quand vous en manquerez, mon vouloir vous excuse.<br />
+Mais à trop raisonner moi-même je m'abuse:<span class="dalign">1590</span><br />
+Il n'est point de raison valable entre nous deux,<br />
+Et pour toute raison il suffit que je veux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Un parjure jamais ne devient légitime;<br />
+Une excuse ne peut justifier un crime.<br />
+Malgré vos changements, mon esprit résolu<span class="dalign">1595</span><br />
+Croit suffire à mes feux que vous ayez voulu<a name="FNanchor_615" id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">[615]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRASTE, DAPHNIS, FLORAME, CÉLIE,
+AMARANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS<a name="FNanchor_616" id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">[616]</a>.</span></p>
+
+<p>Voici ce cher amant qui me tient engagée,<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span><br />
+A qui sous votre aveu ma foi s'est obligée:<br />
+Changez de volonté pour un objet nouveau;<br />
+Daphnis épousera Florame, ou le tombeau.<span class="dalign">1600</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Que vois-je ici, bons Dieux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Mon amour, ma constance.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Et sur quoi donc fonder ta désobéissance?<br />
+Quel envieux démon, et quel charme assez fort<br />
+Faisoit entre-choquer deux volontés d'accord?<br />
+C'est lui que tu chéris<a name="FNanchor_617" id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">[617]</a> et que je te destine;<span class="dalign">1605</span><br />
+Et ta rébellion dans un refus s'obstine!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Appelez-vous refus de me donner sa foi<br />
+Quand votre volonté se déclara pour moi?<br />
+Et cette volonté, pour un autre tournée,<br />
+Vous peut-elle obéir après la foi donnée?<span class="dalign">1610</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>C'est pour vous que je change, et pour vous seulement<br />
+Je veux qu'elle renonce à son premier amant.<br />
+Lorsque je consentis à sa secrète flamme,<br />
+C'étoit pour Clarimond qui possédoit son âme:<br />
+Amarante du moins me l'avoit dit ainsi.<span class="dalign">1615</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Amarante, approchez: que tout soit éclairci.<br />
+Une telle imposture est-elle pardonnable?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Mon amour pour Florame en est le seul coupable:<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span><br />
+Mon esprit l'adoroit; et vous étonnez-vous<br />
+S'il devint inventif<a name="FNanchor_618" id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">[618]</a>, puisqu'il étoit jaloux?<span class="dalign">1620</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Et par là tu voulois....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Que votre âme déçue</span><br />
+Donnât à Clarimond une si bonne issue,<br />
+Que Florame, frustré de l'objet de ses v&oelig;ux,<br />
+Fût réduit désormais à seconder mes feux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, daignez, Madame<a name="FNanchor_619" id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">[619]</a>,<br />
+Justifier son feu par votre propre flamme:<br />
+Si vous m'aimez encor, vous devez estimer<br />
+Qu'on ne peut faire un crime à force de m'aimer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Si je t'aime, Florame? Ah! ce doute m'offense<a name="FNanchor_620" id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">[620]</a>.<br />
+D'Amarante avec toi je prendrai la défense.<span class="dalign">1630</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Et moi, dans ce pardon je vous veux prévenir;<br />
+Votre hymen aussi bien saura trop la punir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Qu'un nom tu par hasard nous a donné de peine!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Mais que su maintenant il rend sa ruse vaine,<br />
+Et donne un prompt succès à vos contentements!<span class="dalign">1635</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORAME</span>, <span class="font90">à Géraste.</span></p>
+
+<p>Vous, de qui je les tiens....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Trêve de compliments:</span><br />
+Ils nous empêcheroient de parler de Florise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Il n'en faut point parler: elle vous est acquise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Allons donc la trouver: que cet échange heureux<a name="FNanchor_621" id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">[621]</a><br />
+Comble d'aise à son tour un vieillard amoureux!<span class="dalign">1640</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DAPHNIS.</span></p>
+
+<p>Quoi! je ne savois rien d'une telle partie!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Je pense toutefois vous avoir avertie<a name="FNanchor_622" id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">[622]</a><br />
+Qu'un grand effet d'amour, avant qu'il fût longtemps,<br />
+Vous rendroit étonnée et nos desirs contents<a name="FNanchor_623" id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">[623]</a>.<br />
+<span class="i1">Mais différez, Monsieur, une telle visite:</span><span class="dalign">1645</span><br />
+Mon feu ne souffre point que sitôt je la quitte;<br />
+Et d'ailleurs je sais trop que la loi du devoir<br />
+Veut que je sois chez nous pour vous y recevoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE</span>, <span class="font90">à Célie.</span></p>
+
+<p>Va donc lui témoigner le desir qui me presse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Plutôt fais-la venir saluer ma maîtresse:<span class="dalign">1650</span><br />
+Ainsi tout à la fois nous verrons satisfaits<a name="FNanchor_624" id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">[624]</a><br />
+Vos feux et mon devoir, ma flamme et vos souhaits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Je dois être honteux d'attendre qu'elle vienne.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span>
+<span class="smcap i6">CÉLIE.</span></p>
+
+<p>Attendez-la, Monsieur, et qu'à cela ne tienne:<br />
+Je cours exécuter cette commission.<span class="dalign">1655</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Le temps en sera long à mon affection.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORAME.</span></p>
+
+<p>Toujours l'impatience à l'amour est mêlée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Allons dans le jardin faire deux tours d'allée,<br />
+Afin que cet ennui que j'en pourrai sentir<a name="FNanchor_625" id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">[625]</a><br />
+Parmi votre entretien trouve à se divertir.<span class="dalign">1660</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<p><span class="smcap i6">AMARANTE.</span></p>
+
+<p>Je le perds donc, l'ingrat, sans que mon artifice<a name="FNanchor_626" id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">[626]</a><br />
+Ait tiré de ses maux aucun soulagement,<br />
+Sans que pas un effet ait suivi ma malice,<br />
+Où ma confusion n'égalât son tourment.</p>
+
+<p>Pour agréer ailleurs il tâchoit à me plaire,<span class="dalign">1665</span><br />
+Un amour dans la bouche, un autre dans le sein:<br />
+J'ai servi de prétexte à son feu téméraire,<br />
+Et je n'ai pu servir d'obstacle à son dessein.</p>
+
+<p>Daphnis me le ravit, non par son beau visage,<br />
+Non par son bel esprit ou ses doux entretiens,<span class="dalign">1670</span><br />
+Non que sur moi sa race ait aucun avantage,<br />
+Mais par le seul éclat qui sort d'un peu de biens.<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span></p>
+
+<p>Filles que la nature a si bien partagées,<br />
+Vous devez présumer fort peu de vos attraits:<br />
+Quelques charmants<a name="FNanchor_627" id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">[627]</a> qu'ils soient, vous êtes négligées,<br />
+A moins que la fortune en rehausse les traits<a name="FNanchor_628" id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">[628]</a>.</p>
+
+<p>Mais encor que Daphnis eût captivé Florame,<br />
+Le moyen qu'inégal il en fût possesseur?<br />
+Destins, pour rendre aisé le succès de sa flamme<a name="FNanchor_629" id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">[629]</a>,<br />
+Falloit-il qu'un vieux fou fût épris de sa s&oelig;ur?<span class="dalign">1680</span></p>
+
+<p>Pour tromper mon attente et me faire un supplice,<br />
+Deux fois l'ordre commun se renverse en un jour:<br />
+Un jeune amant s'attache aux lois de l'avarice,<br />
+Et ce vieillard pour lui suit celles de l'amour.</p>
+
+<p>Un discours amoureux n'est qu'une fausse amorce,<span class="dalign">1685</span><br />
+Et Théante et Florame ont feint pour moi des feux:<br />
+L'un m'échappe de gré, comme l'autre de force;<br />
+J'ai quitté l'un pour l'autre, et je les perds tous deux.</p>
+
+<p>Mon c&oelig;ur n'a point d'espoir dont je ne sois séduite<a name="FNanchor_630" id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">[630]</a>:<br />
+Si je prends quelque peine, une autre en a les fruits<a name="FNanchor_631" id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">[631]</a>;<br />
+Et dans le triste état où le ciel m'a réduite,<br />
+Je ne sens que douleurs et ne prévois qu'ennuis.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span>
+Vieillard, qui de ta fille achètes une femme<br />
+Dont peut-être aussitôt tu seras mécontent,<br />
+Puisse le ciel, aux soins qui te vont ronger l'âme,<span class="dalign">1695</span><br />
+Dénier le repos du tombeau qui t'attend!</p>
+
+<p>Puisse le noir chagrin de ton humeur jalouse<a name="FNanchor_632" id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">[632]</a><br />
+Me contraindre moi-même à déplorer ton sort,<br />
+Te faire un long trépas, et cette jeune épouse<br />
+User toute sa vie à souhaiter ta mort!<span class="dalign">1700</span></p>
+
+<p class="p2 center ni4"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span></p>
+
+<h2>LA PLACE ROYALE</h2>
+
+<p class="p2 center"><b>COMÉDIE</b></p>
+
+<p class="p2 center"><small><b>1635</b></small></p>
+
+<a name="Page_216" id="Page_216"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p class="p2">Le succès de <i>la Galerie du Palais</i>, dû en grande partie,
+comme notre poëte l'a remarqué lui-même, au plaisir qu'éprouvaient
+les spectateurs en se voyant transportés dans un
+endroit qu'ils fréquentaient d'ordinaire, l'engagea à choisir
+pour théâtre d'une autre comédie la place Royale, qui, à cette
+époque, était la promenade à la mode, le lieu de réunion de la
+société la plus brillante, le centre des rendez-vous et des intrigues
+amoureuses.</p>
+
+<p class="left30 font90">Adieu, belle place où n'habite<br />
+Que mainte personne d'élite,</p>
+
+<p>dit Scarron dans son <i>Adieu au Marais et à la place Royale</i>,
+composé en 1643<a name="FNanchor_633" id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">[633]</a>; et la curieuse liste qui suit ces deux vers
+les justifie pleinement.</p>
+
+<p>La prédilection de Corneille pour les titres empruntés à
+divers endroits fameux de la ville de Paris a été critiquée en
+ces termes par un de ses censeurs: «Il a fait voir une <i>Mélite,
+la Galerie du Palais</i> et <i>la Place Royale</i>, ce qui nous faisoit
+espérer que Mondory annonceroit bientôt <i>le Cimetière Saint-Jean</i>,
+<i>la Samaritaine</i> et <i>la Place aux Veaux</i><a name="FNanchor_634" id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">[634]</a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span>
+Quant à Claveret, il ne blâme point ce procédé, mais il accuse
+Corneille de le lui avoir dérobé: «Ce que ma plume a
+produit autrefois ne m'a point fait rougir de honte, et si du
+temps que j'écrivois, vous ne m'eussiez cru capable au moins
+de vous suivre, vous n'eussiez pas tâché malicieusement d'éteindre
+ce peu de lumière, avec laquelle j'essayois de me faire
+connoître, établissant le titre d'une de vos pièces sur le fondement
+d'une seule rime<a name="FNanchor_635" id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">[635]</a>. J'entends parler de votre <i>Place Royale</i>,
+que vous eussiez aussi bien appelée <i>la Place Dauphine</i>, ou autrement,
+si vous eussiez pu perdre l'envie de me choquer;
+pièce que vous vous résolûtes de faire, dès que vous sûtes que
+j'y travaillois, ou pour satisfaire votre passion jalouse, ou pour
+contenter celle des comédiens que vous serviez. Cela n'a pas
+empêché que je n'en aye reçu tout le contentement que j'en
+pouvois légitimement attendre, et que les honnêtes gens qui se
+rendirent en foule à ses représentations n'ayent honoré de quelques
+louanges l'invention de mon esprit. J'ajouterois bien qu'elle
+eut la gloire et le bonheur de plaire au Roi étant à Forges<a name="FNanchor_636" id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">[636]</a>,
+<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span>
+plus qu'aucune autre des pièces qui parut lors sur son
+théâtre<a name="FNanchor_637" id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">[637]</a>....»</p>
+
+<p>La comédie de Corneille, jouée en 1635, ne fut imprimée
+qu'en vertu du privilége dont nous avons donné un extrait
+dans notre notice sur <i>la Galerie du Palais</i>; l'achevé d'imprimer
+est du 20 février 1637. Le volume, de format in-4<sup>o</sup>,
+se compose de 4 feuillets liminaires et de 112 pages; son titre
+exact est:</p>
+
+<p><span class="smcap">La Place Royalle, ou l'Amovrevx Extravagant. Comedie.</span>
+<i>A Paris, chez Augustin Courbé.... M.DC.XXXVII. Auec priuilege
+du Roy.</i></p>
+
+<p>Le sous-titre: <i>ou l'Amoureux Extrauagant</i>, a disparu dès
+l'édition de 1644.</p>
+
+<p class="p2">A MONSIEUR ***<a name="FNanchor_638" id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">[638]</a></p>
+
+<p class="left5"><span class="smcap">Monsieur</span>,</p>
+
+<p>J'observe religieusement la loi que vous m'avez prescrite,
+et vous rends mes devoirs avec le même secret que
+je traiterois un amour, si j'étois homme à bonne fortune.
+Il me suffit que vous sachiez que je m'acquitte,
+sans le faire connoître à tout le monde, et sans que par
+cette publication je vous mette en mauvaise odeur auprès
+d'un sexe dont vous conservez les bonnes grâces
+avec tant de soin. Le héros de cette pièce ne traite pas
+bien les dames, et tâche d'établir des maximes qui leur
+<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span>
+sont trop désavantageuses, pour nommer son protecteur:
+elles s'imagineroient que vous ne pourriez l'approuver
+sans avoir grande part à ses sentiments, et que toute sa
+morale seroit plutôt un portrait de votre conduite qu'un
+effort de mon imagination; et véritablement, Monsieur,
+cette possession de vous-même, que vous conservez si
+parfaite parmi tant d'intrigues<a name="FNanchor_639" id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">[639]</a> où vous semblez embarrassé,
+en approche beaucoup. C'est de vous que j'ai appris
+que l'amour d'un honnête homme doit être toujours
+volontaire; qu'on ne doit jamais aimer en un point
+qu'on ne puisse n'aimer pas; que si on en vient jusque-là,
+c'est une tyrannie dont il faut secouer le joug; et
+qu'enfin la personne aimée nous a beaucoup plus d'obligation
+de notre amour, alors qu'elle est toujours l'effet
+de notre choix et de son mérite, que quand elle vient
+d'une inclination aveugle, et forcée par quelque ascendant
+de naissance à qui nous ne pouvons résister. Nous
+ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons
+un bienfait par contrainte, et on ne nous donne
+point ce qu'on ne sauroit nous refuser. Mais je vais trop
+avant pour une épître: il sembleroit que j'entreprendrois
+la justification de mon Alidor; et ce n'est pas mon
+dessein de mériter par cette défense la haine de la plus
+belle moitié du monde, et qui domine si puissamment
+sur les volontés de l'autre. Un poëte n'est jamais garant
+des fantaisies<a name="FNanchor_640" id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">[640]</a> qu'il donne à ses acteurs; et si les dames
+trouvent ici quelques discours qui les blessent, je les
+supplie de se souvenir que j'appelle extravagant celui
+dont ils partent<a name="FNanchor_641" id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">[641]</a>, et que par d'autres poëmes j'ai assez
+<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span>
+relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour effacer
+les mauvaises idées que celui-ci leur pourra faire concevoir
+de mon esprit. Trouvez bon que j'achève par là, et
+que je n'ajoute à cette prière que je leur fais que la
+protestation d'être éternellement,</p>
+
+<div class="left10">
+<p>MONSIEUR,<br />
+<span class="i2">Votre très-humble et très-obéissant serviteur</span><a name="FNanchor_642" id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">[642]</a>,<br />
+<span class="smcap i16">Corneille.</span></p></div>
+
+<h3 class="p2">EXAMEN.</h3>
+
+<p>Je ne puis dire tant de bien de celle-ci<a name="FNanchor_643" id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">[643]</a> que de la précédente.
+Les vers en sont plus forts; mais il y a manifestement
+une duplicité d'action. Alidor, dont l'esprit
+extravagant se trouve incommodé d'un amour qui l'attache
+trop, veut faire en sorte qu'Angélique sa maîtresse
+se donne à son ami Cléandre; et c'est pour cela qu'il
+lui fait rendre une fausse lettre qui le convainc de légèreté,
+et qu'il joint à cette supposition des mépris assez
+piquants pour l'obliger dans sa colère à accepter les
+affections d'un autre. Ce dessein avorte, et la donne à
+Doraste contre son intention; et cela l'oblige à en faire
+un nouveau pour la porter à un enlèvement. Ces deux
+desseins, formés ainsi l'un après l'autre, font deux actions,
+et donnent deux âmes au poëme, qui d'ailleurs
+finit assez mal par un mariage de deux personnes épisodiques,
+qui ne tiennent que le second rang dans la
+<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span>
+pièce. Les premiers acteurs y achèvent bizarrement, et
+tout ce qui les regarde fait languir le cinquième acte, où
+ils ne paroissent plus, à le bien prendre, que comme
+seconds acteurs. L'épilogue d'Alidor n'a pas la grâce de
+celui de <i>la Suivante</i>, qui ayant été très-intéressée dans
+l'action principale, et demeurant enfin sans amant, n'ose
+expliquer ses sentiments en la présence de sa maîtresse
+et de son père, qui ont tous deux leur compte, et les
+laisse rentrer pour pester en liberté contre eux et contre
+sa mauvaise fortune, dont elle se plaint en elle-même, et
+fait par là connoître au spectateur l'assiette de son esprit
+après un effet si contraire à ses souhaits.</p>
+
+<p>Alidor est sans doute trop bon ami pour être si mauvais
+amant. Puisque sa passion l'importune tellement
+qu'il veut bien outrager sa maîtresse pour s'en défaire,
+il devroit se contenter de ce premier effort, qui la fait
+obtenir à Doraste, sans s'embarrasser de nouveau pour
+l'intérêt d'un ami, et hasarder en sa considération un
+repos qui lui est si précieux. Cet amour de son repos
+n'empêche point qu'au cinquième acte il ne se montre
+encore passionné pour cette maîtresse, malgré la résolution
+qu'il avoit prise de s'en défaire, et les trahisons
+qu'il lui a faites: de sorte qu'il semble ne commencer
+à l'aimer véritablement que quand il lui a donné sujet
+de le haïr. Cela fait une inégalité de m&oelig;urs qui est
+vicieuse.</p>
+
+<p>Le caractère d'Angélique sort de la bienséance, en ce
+qu'elle est trop amoureuse, et se résout trop tôt à se faire
+enlever par un homme qui lui doit être suspect. Cet enlèvement
+lui réussit mal; et il a été bon de lui donner un
+mauvais succès, bien qu'il ne soit pas besoin que les
+grands crimes soient punis dans la tragédie, parce que
+leur peinture imprime assez d'horreur pour en détourner
+les spectateurs. Il n'en est pas de même des fautes
+<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span>
+de cette nature, et elles pourroient engager un esprit
+jeune et amoureux à les imiter, si l'on voyoit que ceux
+qui les commettent vinssent à bout, par ce mauvais
+moyen, de ce qu'ils desirent.</p>
+
+<p>Malgré cet abus, introduit par la nécessité et légitimé
+par l'usage, de faire dire dans la rue à nos amantes de
+comédie ce que vraisemblablement elles diroient dans
+leur chambre, je n'ai osé y placer Angélique durant la
+réflexion douloureuse qu'elle fait sur la promptitude et
+l'imprudence de ses ressentiments, qui la font consentir
+à épouser l'objet de sa haine: j'ai mieux aimé rompre la
+liaison des scènes, et l'unité de lieu, qui se trouve assez
+exacte en ce poëme à cela près, afin de la faire soupirer
+dans son cabinet avec plus de bienséance pour elle, et
+plus de sûreté pour l'entretien d'Alidor. Phylis, qui le
+voit sortir de chez elle, en auroit trop vu si elle les avoit
+aperçus tous deux sur le théâtre; et au lieu du soupçon
+de quelque intelligence renouée entre eux qui la porte à
+l'observer durant le bal, elle auroit eu sujet d'en prendre
+une entière certitude, et d'y donner un ordre qui eût
+rompu tout le nouveau dessein d'Alidor et l'intrique de
+la pièce.</p>
+
+<p>En voilà assez sur celle-ci; je passe aux deux qui restent
+dans ce volume<a name="FNanchor_644" id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">[644]</a>.</p>
+
+<hr class="c30" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span></p>
+
+<h4>ACTEURS<a name="FNanchor_645" id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">[645]</a>.</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+ALIDOR, amant d'Angélique.<br />
+CLÉANDRE, ami d'Alidor.<br />
+DORASTE, amoureux d'Angélique.<br />
+LYSIS, amoureux de Phylis.<br />
+ANGÉLIQUE, maîtresse d'Alidor et de Doraste.<br />
+PHYLIS, s&oelig;ur de Doraste.<br />
+POLYMAS, domestique d'Alidor.<br />
+LYCANTE, domestique de Doraste.</p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">La scène est à Paris dans la place Royale<a name="FNanchor_646" id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">[646]</a>.</p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span></p>
+
+<h3>LA PLACE ROYALE.</h3>
+
+<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p>
+<hr class="c5" />
+<h3 class="p2">ACTE I</h3>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Ton frère, je l'avoue, a beaucoup de mérite<a name="FNanchor_647" id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">[647]</a>;<br />
+Mais souffre qu'envers lui cet éloge m'acquitte,<br />
+Et ne m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>C'est me vouloir prescrire une trop dure loi.<br />
+Puis-je, sans étouffer la voix de la nature,<span class="dalign">5</span><br />
+Dénier mon secours aux tourments qu'il endure?<br />
+Quoi! tu m'aimes, il meurt, et tu peux le guérir<a name="FNanchor_648" id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">[648]</a>,<br />
+Et sans t'importuner je le verrois périr!<br />
+Ne me diras-tu point que j'ai tort de le plaindre?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span>
+<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>C'est un mal bien léger qu'un feu qu'on peut éteindre<a name="FNanchor_649" id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">[649]</a>.<span class="dalign">10</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Je sais qu'il le devroit, mais avec tant d'appas<a name="FNanchor_650" id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">[650]</a>,<br />
+Le moyen qu'il te voie et ne t'adore pas?<br />
+Ses yeux ne souffrent point que son c&oelig;ur soit de glace;<br />
+On ne pourroit aussi m'y résoudre en sa place<a name="FNanchor_651" id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">[651]</a>;<br />
+Et tes regards, sur moi plus forts que tes mépris,<span class="dalign">15</span><br />
+Te sauroient conserver ce que tu m'aurois pris.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>S'il veut garder encor cette humeur obstinée<a name="FNanchor_652" id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">[652]</a>,<br />
+Je puis bien m'empêcher d'en être importunée,<br />
+Feindre un peu de migraine, ou me faire celer:<br />
+C'est un moyen bien court de ne lui plus parler;<span class="dalign">20</span><br />
+Mais ce qui m'en déplaît et qui me désespère<a name="FNanchor_653" id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">[653]</a>,<br />
+C'est de perdre la s&oelig;ur pour éviter le frère,<br />
+Et me violenter à fuir ton entretien<a name="FNanchor_654" id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">[654]</a>,<br />
+Puisque te voir encor c'est m'exposer au sien.<br />
+Du moins, s'il faut quitter cette douce pratique<a name="FNanchor_655" id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">[655]</a>,<span class="dalign">25</span><br />
+Ne mets point en oubli l'amitié d'Angélique,<br />
+Et crois que ses effets auront leur premier cours<a name="FNanchor_656" id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">[656]</a><br />
+Aussitôt que ton frère aura d'autres amours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Tu vis d'un air étrange et presque insupportable.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Que toi-même pourtant dois trouver équitable<a name="FNanchor_657" id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">[657]</a>; 30<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span><br />
+Mais la raison sur toi ne sauroit l'emporter:<br />
+Dans l'intérêt d'un frère on ne peut l'écouter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Et par quelle raison négliger son martyre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Vois-tu, j'aime Alidor, et c'est assez te dire<a name="FNanchor_658" id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">[658]</a>.<br />
+Le reste des mortels pourroit m'offrir des v&oelig;ux,<span class="dalign">35</span><br />
+Je suis aveugle, sourde, insensible pour eux;<br />
+La pitié de leurs maux ne peut toucher mon âme<br />
+Que par des sentiments dérobés à ma flamme.<br />
+On ne doit point avoir des amants par quartier;<br />
+Alidor a mon c&oelig;ur et l'aura tout entier;<span class="dalign">40</span><br />
+En aimer deux, c'est être à tous deux infidèle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Qu'Alidor seul te rende à tout autre cruelle,<br />
+C'est avoir pour le reste un c&oelig;ur trop endurci.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Pour aimer comme il faut, il faut aimer ainsi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Dans l'obstination où je te vois réduite,<span class="dalign">45</span><br />
+J'admire ton amour et ris de ta conduite.<br />
+<span class="i1">Fasse état qui voudra de ta fidélité,</span><br />
+Je ne me pique point de cette vanité,<br />
+Et l'exemple d'autrui m'a trop fait reconnoître<a name="FNanchor_659" id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">[659]</a><br />
+Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître.<span class="dalign">50</span><br />
+Quand on n'en souffre qu'un, qu'on ne pense qu'à lui,<br />
+Tous autres entretiens nous donnent de l'ennui;<br />
+Il nous faut de tout point vivre à sa fantaisie,<br />
+Souffrir de son humeur, craindre sa jalousie,<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span><br />
+Et de peur que le temps n'emporte ses ferveurs<a name="FNanchor_660" id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">[660]</a>,<span class="dalign">55</span><br />
+Le combler chaque jour de nouvelles faveurs;<br />
+Notre âme, s'il s'éloigne, est chagrine, abattue<a name="FNanchor_661" id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">[661]</a>;<br />
+Sa mort nous désespère et son change nous tue,<br />
+Et de quelque douceur que nos feux soient suivis,<br />
+On dispose de nous sans prendre notre avis;<span class="dalign">60</span><br />
+C'est rarement qu'un père à nos goûts s'accommode,<br />
+Et lors juge quels fruits on a de ta méthode.<br />
+<span class="i1">Pour moi, j'aime un chacun, et sans rien négliger,</span><br />
+Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager:<br />
+Ainsi tout contribue à ma bonne fortune;<span class="dalign">65</span><br />
+Tout le monde me plaît, et rien ne m'importune.<br />
+De mille que je rends l'un de l'autre jaloux,<br />
+Mon c&oelig;ur n'est à pas un, et se promet à tous<a name="FNanchor_662" id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">[662]</a>:<br />
+Ainsi tous à l'envi s'efforcent à me plaire;<br />
+Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire;<span class="dalign">70</span><br />
+L'éloignement d'aucun ne sauroit m'affliger,<br />
+Mille encore présents m'empêchent d'y songer.<br />
+Je n'en crains point la mort, je n'en crains point le change;<br />
+Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge<a name="FNanchor_663" id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">[663]</a>.<br />
+Le moyen que de tant et de si différents<span class="dalign">75</span><br />
+Quelqu'un n'ait assez d'heur pour plaire à mes parents?<br />
+Et si quelque inconnu m'obtient d'eux pour maîtresse<a name="FNanchor_664" id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">[664]</a>,<br />
+Ne crois pas que j'en tombe en profonde tristesse:<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span><br />
+Il aura quelques traits de tant que je chéris,<br />
+Et je puis avec joie accepter tous maris.<span class="dalign">80</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Voilà fort plaisamment tailler cette matière,<br />
+Et donner à ta langue une libre carrière<a name="FNanchor_665" id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">[665]</a>.<br />
+Ce grand flux de raisons dont tu viens m'attaquer<br />
+Est bon à faire rire, et non à pratiquer.<br />
+Simple, tu ne sais pas ce que c'est que tu blâmes,<span class="dalign">85</span><br />
+Et ce qu'a de douceurs l'union de deux âmes;<br />
+Tu n'éprouvas jamais de quels contentements<br />
+Se nourrissent les feux des fidèles amants.<br />
+Qui peut en avoir mille en est plus estimée,<br />
+Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée;<span class="dalign">90</span><br />
+Elle voit leur amour soudain se dissiper:<br />
+Qui veut tout retenir laisse tout échapper.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes<a name="FNanchor_666" id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">[666]</a>;<br />
+Ou si ces vieux abus te semblent légitimes<a name="FNanchor_667" id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">[667]</a>,<br />
+Si le seul Alidor te plaît dessous les cieux,<span class="dalign">95</span><br />
+Conserve-lui ton c&oelig;ur, mais partage tes yeux:<br />
+De mon frère par là soulage un peu les plaies;<br />
+Accorde un faux remède à des douleurs si vraies;<br />
+Feins, déguise avec lui, trompe-le par pitié<a name="FNanchor_668" id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">[668]</a>,<br />
+Ou du moins par vengeance et par inimitié.<span class="dalign">100</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Le beau prix qu'il auroit de m'avoir tant chérie,<br />
+Si je ne le payois que d'une tromperie!<br />
+Pour salaire des maux qu'il endure en m'aimant,<br />
+Il aura qu'avec lui je vivrai franchement.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span>
+<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Franchement, c'est-à-dire avec mille rudesses,<span class="dalign">105</span><br />
+Le mépriser, le fuir, et par quelques adresses<br />
+Qu'il tâche d'adoucir.... Quoi! me quitter ainsi!<br />
+Et sans me dire adieu! le sujet?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i13">Le voici.</span><br />
+Ma s&oelig;ur, ne cherche plus une chose trouvée:<br />
+Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée;<span class="dalign">110</span><br />
+Ma présence la chasse, et son muet départ<br />
+A presque devancé son dédaigneux regard.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Juge par là quels fruits produit mon entremise.<br />
+Je m'acquitte des mieux de la charge commise;<br />
+Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es:<span class="dalign">115</span><br />
+Ton feu ne peut aller au point où je le mets;<br />
+J'invente des raisons à combattre sa haine;<br />
+Je blâme, flatte, prie, et perds toujours ma peine<a name="FNanchor_669" id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">[669]</a>,<br />
+En grand péril d'y perdre encor son amitié,<br />
+Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié.<span class="dalign">120</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Ah! tu ris de mes maux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que veux-tu que je fasse?</span><br />
+Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place.<br />
+Que serviroient mes pleurs? Veux-tu qu'à tes tourments<br />
+J'ajoute la pitié de mes ressentiments?<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span><br />
+Après mille mépris qu'a reçus ta folie<a name="FNanchor_670" id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">[670]</a>,<span class="dalign">125</span><br />
+Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie;<br />
+Si j'y joignois la mienne, elle t'accableroit,<br />
+Et de mon déplaisir le tien redoubleroit;<br />
+Contraindre mon humeur me seroit un supplice<br />
+Qui me rendroit moins propre à te faire service.<span class="dalign">130</span><br />
+Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager;<br />
+Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger.<br />
+Il n'est point de douleur si forte en un courage<br />
+Qui ne perde sa force auprès de mon visage;<br />
+C'est toujours de tes maux autant de rabattu:<span class="dalign">135</span><br />
+Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu?<br />
+Ne sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Tu me forces à rire en dépit que j'en aie;<br />
+Je souffre tout de toi, mais à condition<br />
+D'employer tous tes soins à mon affection<a name="FNanchor_671" id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">[671]</a>.<span class="dalign">140</span><br />
+Dis-moi par quelle ruse il faut....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i13">Rentrons, mon frère:</span><br />
+Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire<a name="FNanchor_672" id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">[672]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="i2">Que je dois bien faire pitié</span><br />
+De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique!<br />
+<span class="i2">J'aime Alidor, j'aime Angélique;</span><span class="dalign">145</span><br />
+<span class="i2">Mais l'amour cède à l'amitié,</span><br />
+Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle<a name="FNanchor_673" id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">[673]</a><br />
+D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.</p>
+
+<p><span class="i2">Ma bouche ignore mes desirs,</span><br />
+Et de peur de se voir trahi par imprudence,<span class="dalign">150</span><br />
+<span class="i2">Mon c&oelig;ur n'a point de confidence</span><br />
+<span class="i2">Avec mes yeux ni mes soupirs:</span><br />
+Tous mes v&oelig;ux sont muets, et l'ardeur de ma flamme<a name="FNanchor_674" id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">[674]</a><br />
+S'enferme toute entière au dedans de mon âme.</p>
+
+<p><span class="i2">Je feins d'aimer en d'autres lieux,</span><span class="dalign">155</span><br />
+Et pour en quelque sorte alléger mon supplice,<br />
+<span class="i2">Je porte du moins mon service</span><br />
+<span class="i2">A celle qu'elle aime le mieux.</span><br />
+Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine;<br />
+Son plus charmant appas<a name="FNanchor_675" id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">[675]</a>, c'est d'être sa voisine.<span class="dalign">160</span></p>
+
+<p><span class="i2">Esclave d'un &oelig;il si puissant,</span><br />
+Jusque-là seulement me laisse aller ma chaîne,<br />
+<span class="i2">Trop récompensé, dans ma peine,</span><br />
+<span class="i2">D'un de ses regards en passant.</span><br />
+Je n'en veux à Phylis que pour voir Angélique,<span class="dalign">165</span><br />
+Et mon feu, qui vient d'elle, auprès d'elle s'explique.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span>
+<span class="i2">Ami, mieux aimé mille fois,</span><br />
+Faut-il, pour m'accabler de douleurs infinies,<br />
+<span class="i2">Que nos volontés soient unies</span><br />
+<span class="i2">Jusqu'à faire le même choix</span><a name="FNanchor_676" id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">[676]</a>?<span class="dalign">170</span><br />
+Viens quereller mon c&oelig;ur d'avoir tant de foiblesse<br />
+Que de se laisser prendre au même &oelig;il qui te blesse.</p>
+
+<p><span class="i2">Mais plutôt vois te préférer</span><br />
+A celle que le tien préfère à tout le monde,<br />
+<span class="i2">Et ton amitié sans seconde</span><span class="dalign">175</span><br />
+<span class="i2">N'aura plus de quoi murmurer.</span><br />
+Ainsi je veux punir ma flamme déloyale;<br />
+Ainsi....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Te rencontrer dans la place Royale,</span><br />
+Solitaire, et si près de ta douce prison,<br />
+Montre bien que Phylis n'est pas à la maison.<span class="dalign">180</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Mais voir de ce côté ta démarche avancée<br />
+Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Hélas! c'est mon malheur: son objet trop charmant,<br />
+Quoi que je puisse faire, y règne absolument.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine?<span class="dalign">185</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine:<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span><br />
+Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir,<br />
+Un moment de froideur, et je pourrois guérir;<br />
+Une mauvaise &oelig;illade, un peu de jalousie,<br />
+Et j'en aurois soudain passé ma fantaisie;<span class="dalign">190</span><br />
+Mais las! elle est parfaite, et sa perfection<br />
+N'approche point encor de son affection<a name="FNanchor_677" id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">[677]</a>;<br />
+Point de refus pour moi, point d'heures inégales;<br />
+Accablé de faveurs à mon repos fatales<a name="FNanchor_678" id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">[678]</a>,<br />
+Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs,<span class="dalign">195</span><br />
+Je vois qu'elle devine et prévient mes desirs;<br />
+Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue<br />
+Les désespère autant que son ardeur me tue.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Vit-on jamais amant de la sorte enflammé,<br />
+Qui se tînt malheureux pour être trop aimé?<span class="dalign">200</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires?<br />
+Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires?<br />
+Les règles que je suis ont un air tout divers:<br />
+Je veux la liberté dans le milieu des fers<a name="FNanchor_679" id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">[679]</a>.<br />
+Il ne faut point servir d'objet qui nous possède;<span class="dalign">205</span><br />
+Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède:<br />
+Je le hais, s'il me force; et quand j'aime, je veux<br />
+Que de ma volonté dépendent tous mes v&oelig;ux,<br />
+Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre,<br />
+Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre<a name="FNanchor_680" id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">[680]</a>,<span class="dalign">210</span><br />
+Et toujours en état de disposer de moi,<br />
+Donner quand il me plaît et retirer ma foi.<br />
+Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle:<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span><br />
+Mes pensers ne sauroient m'entretenir que d'elle<a name="FNanchor_681" id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">[681]</a>;<br />
+Je sens de ses regards mes plaisirs se borner;<span class="dalign">215</span><br />
+Mes pas d'autre côté n'oseroient se tourner<a name="FNanchor_682" id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">[682]</a>;<br />
+Et de tous mes soucis la liberté bannie<br />
+Me soumet en esclave à trop de tyrannie<a name="FNanchor_683" id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">[683]</a>.<br />
+J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains,<br />
+Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins.<span class="dalign">220</span><br />
+Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes<a name="FNanchor_684" id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">[684]</a>:<br />
+A tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes<a name="FNanchor_685" id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">[685]</a>,<br />
+De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir,<br />
+Fît d'un amour par force un amour par devoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Crains-tu de posséder un objet qui te charme<a name="FNanchor_686" id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">[686]</a>?<span class="dalign">225</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Ne parle point d'un n&oelig;ud dont le seul nom m'alarme.<br />
+J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui,<br />
+Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui?<br />
+Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire<br />
+Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire<a name="FNanchor_687" id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">[687]</a>?<span class="dalign">230</span><br />
+Du temps, qui change tout, les révolutions<br />
+Ne changent-elles pas nos résolutions?<br />
+Est-ce<a name="FNanchor_688" id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">[688]</a> une humeur égale et ferme que la nôtre?<br />
+N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre<a name="FNanchor_689" id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">[689]</a>?<br />
+Juge alors le tourment que c'est d'être attaché,<span class="dalign">235</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span>
+Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.<br />
+<span class="i1">Cependant Angélique, à force de me plaire,</span><br />
+Me flatte doucement de l'espoir du contraire;<br />
+Et si d'autre façon je ne me sais garder,<br />
+Je sens que ses attraits m'en vont persuader<a name="FNanchor_690" id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">[690]</a>.<span class="dalign">240</span><br />
+Mais puisque son amour me donne tant de peine,<br />
+Je la veux offenser pour acquérir sa haine,<br />
+Et mériter enfin un doux commandement<a name="FNanchor_691" id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">[691]</a><br />
+Qui prononce l'arrêt de mon bannissement.<br />
+Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire:<span class="dalign">245</span><br />
+Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire<a name="FNanchor_692" id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">[692]</a>.<br />
+Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès,<br />
+Mes desseins de guérir n'auront point de succès.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Étrange humeur d'amant!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Étrange, mais utile.</span><br />
+Je me procure un mal pour en éviter mille.<span class="dalign">250</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Tu ne prévois donc pas ce qui t'attend de maux,<br />
+Quand un rival aura le fruit de tes travaux?<br />
+Pour se venger de toi, cette belle offensée<br />
+Sous les lois d'un mari sera bientôt passée<a name="FNanchor_693" id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">[693]</a>;<br />
+Et lors, que de soupirs et de pleurs répandus<span class="dalign">255</span><br />
+Ne te rendront aucun de tant de biens perdus!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Dis mieux, que pour rentrer dans mon indifférence<a name="FNanchor_694" id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">[694]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span><br />
+Je perdrai mon amour avec mon espérance,<br />
+Et qu'y trouvant alors sujet d'aversion,<br />
+Ma liberté naîtra de ma punition.<span class="dalign">260</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Après cette assurance, ami, je me déclare.<br />
+<span class="i1">Amoureux dès longtemps d'une beauté si rare,</span><br />
+Toi seul de la servir me pouvois empêcher;<br />
+Et je n'aimois Phylis que pour m'en approcher.<br />
+Souffre donc maintenant que pour mon allégeance<span class="dalign">265</span><br />
+Je prenne, si je puis, le temps de sa vengeance;<br />
+Que des ressentiments qu'elle aura contre toi<br />
+Je tire un avantage en lui portant ma foi,<br />
+Et que cette colère en son âme conçue<a name="FNanchor_695" id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">[695]</a><br />
+Puisse de mes desirs faciliter l'issue<a name="FNanchor_696" id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">[696]</a>.<span class="dalign">270</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Si ce joug inhumain, ce passage trompeur,<br />
+Ce supplice éternel, ne te fait point de peur,<br />
+A moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime<br />
+Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même.<br />
+Tu portes en bon lieu tes desirs amoureux;<span class="dalign">275</span><br />
+Mais songe que l'hymen, fait bien des malheureux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>J'en veux bien faire essai; mais d'ailleurs, quand j'y pense<a name="FNanchor_697" id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">[697]</a>,<br />
+Peut-être seulement le nom d'époux t'offense.<br />
+Et tu voudrois<a name="FNanchor_698" id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">[698]</a> qu'un autre....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Ami, que me dis-tu</span><a name="FNanchor_699" id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">[699]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span><br />
+Connois mieux Angélique et sa haute vertu;<span class="dalign">280</span><br />
+Et sache qu'une fille a beau toucher mon âme,<br />
+Je ne la connois plus dès l'heure qu'elle est femme.<br />
+<span class="i1">De mille qu'autrefois tu m'as vu caresser,</span><br />
+En pas une un mari pouvoit-il s'offenser?<br />
+J'évite l'apparence autant comme le crime;<span class="dalign">285</span><br />
+Je fuis un compliment qui semble illégitime;<br />
+Et le jeu m'en déplaît, quand on fait à tous coups<br />
+Causer un médisant et rêver un jaloux.<br />
+Encor que dans mon feu mon c&oelig;ur ne s'intéresse,<br />
+Je veux pouvoir prétendre où ma bouche l'adresse,<span class="dalign">290</span><br />
+Et garder, si je puis, parmi ces fictions,<br />
+Un renom aussi pur que mes intentions.<br />
+Ami, soupçon à part, et sans plus de réplique<a name="FNanchor_700" id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">[700]</a>,<br />
+Si tu veux en ma place être aimé d'Angélique,<br />
+Allons tout de ce pas ensemble imaginer<span class="dalign">295</span><br />
+Les moyens de la perdre et de te la donner,<br />
+Et quelle invention sera la plus aisée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Allons. Ce que j'ai dit n'étoit que par risée.</p>
+
+<p class="p2 center i1"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h2>ACTE II.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, POLYMAS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">tenant une lettre ouverte<a name="FNanchor_701" id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">[701]</a>.</span></p>
+
+<p>De cette trahison ton maître est donc l'auteur?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p>
+
+<p>Assez imprudemment il m'en fait le porteur<a name="FNanchor_702" id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">[702]</a>.<span class="dalign">300</span><br />
+Comme il se rend par là digne qu'on le prévienne,<br />
+Je veux bien en faire une en haine de la sienne;<br />
+Et mon devoir, mal propre à de si lâches coups,<br />
+Manque aussitôt vers lui que son amour vers vous<a name="FNanchor_703" id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">[703]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Contre ce que je vois le mien encor s'obstine<a name="FNanchor_704" id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">[704]</a>.<span class="dalign">305</span><br />
+Qu'Alidor ait écrit cette lettre à Clarine,<br />
+Et qu'ainsi d'Angélique il se voulût jouer!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p>
+
+<p>Il n'aura pas le front de le désavouer.<br />
+Opposez-lui ces traits, battez-le de ses armes<a name="FNanchor_705" id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">[705]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span><br />
+Pour s'en pouvoir défendre il lui faudroit des charmes.<span class="dalign">310</span><br />
+Mais surtout cachez-lui ce que je fais pour vous<a name="FNanchor_706" id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">[706]</a>,<br />
+Et ne m'exposez point aux traits de son courroux;<br />
+Que je vous puisse encor trahir son artifice,<br />
+Et pour mieux vous servir, rester à son service.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Rien ne m'échappera qui te puisse toucher<a name="FNanchor_707" id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">[707]</a>:<span class="dalign">315</span><br />
+Je sais ce qu'il faut dire, et ce qu'il faut cacher.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p>
+
+<p>Feignez d'avoir reçu ce billet de Clarine,<br />
+Et que....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine</span><a name="FNanchor_708" id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">[708]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p>
+
+<p>Mais....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Ne réplique plus, et va-t'en.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLYMAS.</span></p>
+
+<p><span class="i14">J'obéis.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">seule.</span></p>
+
+<p>Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis?<span class="dalign">320</span><br />
+Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte<a name="FNanchor_709" id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">[709]</a><br />
+Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte?<br />
+Que la foi des amants est un gage pipeur!<br />
+Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur!<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span><br />
+Qu'on est peu dans leur c&oelig;ur pour être dans leur bouche!<br />
+Et que malaisément on sait ce qui les touche!<br />
+Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien!</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, ANGÉLIQUE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Puis-je avoir un moment de ton cher entretien?<br />
+Mais j'appelle un moment, de même qu'une année<br />
+Passe entre deux amants pour moins qu'une journée.<span class="dalign">330</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Avec de tels discours oses-tu m'aborder<a name="FNanchor_710" id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">[710]</a>,<br />
+Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder?<br />
+As-tu cru que le ciel consentît à ma perte,<br />
+Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte?<br />
+Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur:<span class="dalign">335</span><br />
+Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur;<br />
+Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine<br />
+N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Voilà me recevoir avec des compliments<a name="FNanchor_711" id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">[711]</a><br />
+Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants.<br />
+Quel en est le sujet?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Le sujet? lis, parjure;</span><br />
+Et puis accuse-moi de te faire une injure!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span>
+<span class="smcap i6">ALIDOR</span> <span class="font90">lit la lettre entre les mains d'Angélique.</span></p>
+
+<p><span class="smcap">LETTRE SUPPOSÉE D'ALIDOR A CLARINE.</span></p>
+
+<p><span class="i2"><i>Clarine, je suis tout à vous;</i></span><br />
+<span class="i2"><i>Ma liberté vous rend les armes:</i></span><br />
+<span class="i2"><i>Angélique n'a point de charmes</i></span><span class="dalign">345</span><br />
+<span class="i2"><i>Pour me défendre de vos coups;</i></span><br />
+<span class="i2"><i>Ce n'est qu'une idole mouvante;</i></span><br />
+<i>Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas:</i><br />
+<i>Alors que je l'aimai, je ne la connus pas</i><a name="FNanchor_712" id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">[712]</a>;<br />
+<i>Et de quelques attraits que ce monde vous vante</i><a name="FNanchor_713" id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">[713]</a>,<span class="dalign">350</span><br />
+<span class="i2"><i>Vous devez mes affections</i></span><br />
+<i>Autant à ses défauts qu'à vos perfections.</i></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! ta perfidie est-elle en évidence<a name="FNanchor_714" id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">[714]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span></p>
+
+<p>Est-ce là tant de quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Tant de quoi! l'impudence!</span><br />
+Après mille serments il me manque de foi,<span class="dalign">355</span><br />
+Et me demande encor si c'est là tant de quoi!<br />
+Change si tu le veux: je n'y perds qu'un volage;<br />
+Mais en m'abandonnant laisse en paix mon visage;<br />
+Oublie avec ta foi ce que j'ai de défauts;<br />
+N'établis point tes feux sur le peu que je vaux;<span class="dalign">360</span><br />
+Fais que, sans m'y mêler, ton compliment s'explique,<br />
+Et ne le grossis point du mépris d'Angélique.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Deux mots de vérité vous mettent bien aux champs!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Ciel, tu ne punis point des hommes si méchants!<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span><br />
+Ce traître vit encore, il me voit, il respire,<span class="dalign">365</span><br />
+Il m'affronte, il l'avoue, il rit quand je soupire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Vraiment le ciel a tort de ne vous pas donner<br />
+Lorsque vous tempêtez, sa foudre à gouverner<a name="FNanchor_715" id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">[715]</a>;<br />
+Il devroit avec vous être d'intelligence.</p>
+
+<p class="font90 i2">(Angélique déchire la lettre et en jette les morceaux,
+et Alidor continue<a name="FNanchor_716" id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">[716]</a>.)</p>
+
+<p>Le digne et grand objet d'une haute vengeance!<span class="dalign">370</span><br />
+Vous traitez du papier avec trop de rigueur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Que n'en puis-je autant faire à ton perfide c&oelig;ur<a name="FNanchor_717" id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">[717]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Qui ne vous flatte point puissamment vous irrite.<br />
+Pour dire franchement votre peu de mérite,<br />
+Commet-on des forfaits si grands et si nouveaux<a name="FNanchor_718" id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">[718]</a><span class="dalign">375</span><br />
+Qu'on doive tout à l'heure être mis en morceaux?<br />
+Si ce crime autrement ne sauroit se remettre,</p>
+
+<p class="font90">(Il lui présente aux yeux un miroir qu'elle porte à sa ceinture<a name="FNanchor_719" id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">[719]</a>.)</p>
+
+<p>Cassez: ceci vous dit encor pis que ma lettre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>S'il me dit mes défauts autant ou plus que toi,<br />
+Déloyal, pour le moins il n'en dit rien qu'à moi:<span class="dalign">380</span><br />
+C'est dedans son cristal que je les étudie;<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span><br />
+Mais après il s'en tait, et moi j'y remédie;<br />
+Il m'en donne un avis sans me les reprocher,<br />
+Et me les découvrant, il m'aide à les cacher.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Vous êtes en colère, et vous dites des pointes.<span class="dalign">385</span><br />
+Ne présumiez-vous point que j'irois, à mains jointes,<br />
+Les yeux enflés de pleurs, et le c&oelig;ur de soupirs,<br />
+Vous faire offre à genoux de mille repentirs?<br />
+Que vous êtes à plaindre étant si fort déçue!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Insolent! ôte-toi pour jamais de ma vue.<span class="dalign">390</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Me défendre vos yeux après mon changement,<br />
+Appelez-vous cela du nom de châtiment?<br />
+Ce n'est que me bannir du lieu de mon supplice;<br />
+Et ce commandement est si plein de justice,<br />
+Que bien que je renonce à vivre sous vos lois<a name="FNanchor_720" id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">[720]</a>,<span class="dalign">395</span><br />
+Je vais vous obéir pour la dernière fois.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE.</h4>
+
+<p>Commandement honteux, où ton obéissance<br />
+N'est qu'un signe trop clair de mon peu de puissance,<br />
+Où ton banissement a pour toi des appas,<br />
+Et me devient cruel de ne te l'être pas!<span class="dalign">400</span><br />
+A quoi se résoudra désormais ma colère,<br />
+Si ta punition te tient lieu de salaire?<br />
+Que mon pouvoir me nuit! et qu'il m'est cher vendu!<br />
+Voilà ce que me vaut d'avoir trop attendu<a name="FNanchor_721" id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">[721]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span><br />
+Je devois prévenir ton outrageux caprice;<span class="dalign">405</span><br />
+Mon bonheur dépendoit de te faire injustice.<br />
+Je chasse un fugitif avec trop de raison,<br />
+Et lui donne les champs quand il rompt sa prison.<br />
+<span class="i1">Ah! que n'ai-je eu des bras à suivre mon courage!</span><br />
+Qu'il m'eût bien autrement réparé cet outrage!<span class="dalign">410</span><br />
+Que j'eusse retranché de ses propos railleurs!<br />
+Le traître n'eût jamais porté son c&oelig;ur ailleurs:<br />
+Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie;<br />
+Et sans prendre conseil que de ma jalousie,<br />
+Puisqu'un autre portrait en efface le mien,<span class="dalign">415</span><br />
+Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien.<br />
+Vains projets, vains discours, vaine et fausse allégeance!<br />
+Et mes bras et son c&oelig;ur manquent à ma vengeance!<br />
+<span class="i1">Ciel, qui m'en vois donner de si justes sujets,</span><br />
+Donne-m'en des moyens, donne-m'en des objets.<span class="dalign">420</span><br />
+Où me dois-je adresser? Qui doit porter sa peine?<br />
+Qui doit à son défaut m'éprouver inhumaine?<br />
+De mille désespoirs mon c&oelig;ur est assailli;<br />
+Je suis seule punie, et je n'ai point failli.<br />
+Mais j'ose faire au ciel une injuste querelle<a name="FNanchor_722" id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">[722]</a>;<span class="dalign">425</span><br />
+Je n'ai que trop failli d'aimer un infidèle,<br />
+De recevoir un traître, un ingrat, sous ma loi,<br />
+Et trouver du mérite en qui manquoit de foi.<br />
+Ciel, encore une fois, écoute mon envie:<br />
+Ote-m'en la mémoire ou le prive de vie;<span class="dalign">430</span><br />
+Fais que de mon esprit je puisse le bannir<a name="FNanchor_723" id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">[723]</a>,<br />
+Ou ne l'avoir que mort dedans mon souvenir.<br />
+Que je m'anime en vain contre un objet aimable!<br />
+Tout criminel qu'il est, il me semble adorable;<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span><br />
+Et mes souhaits, qu'étouffe un soudain repentir,<span class="dalign">435</span><br />
+En demandant sa mort n'y sauroient consentir.<br />
+Restes impertinents d'une flamme insensée,<br />
+Ennemis de mon heur, sortez de ma pensée,<br />
+Ou si vous m'en peignez encore quelques traits,<br />
+Laissez là ses vertus, peignez-moi ses forfaits.<span class="dalign">440</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Le croirois-tu, Phylis? Alidor m'abandonne.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Pourquoi non? je n'y vois rien du tout qui m'étonne,<br />
+Rien qui ne soit possible, et de plus fort commun.<br />
+La constance est un bien qu'on ne voit en pas un:<br />
+Tout change sous les cieux, mais partout bon remède<a name="FNanchor_724" id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">[724]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Le ciel n'en a point fait au mal qui me possède.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Choisis de mes amants, sans t'affliger si fort,<br />
+Et n'appréhende pas de me faire grand tort:<br />
+J'en pourrois, au besoin, fournir toute la ville,<br />
+Qu'il m'en demeureroit encor plus de deux mille<a name="FNanchor_725" id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">[725]</a>.<span class="dalign">450</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Tu me ferois mourir avec de tels propos;<br />
+Ah! laisse-moi plutôt soupirer en repos,<br />
+Ma s&oelig;ur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être!</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span>
+<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Que je ne saurois voir d'un visage affligé<span class="dalign">455</span><br />
+Ta cruauté punie, et mon frère vengé.<br />
+Après tout, je connois quelle est ta maladie:<br />
+Tu vois comme Alidor est plein de perfidie;<br />
+Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon,<br />
+Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon.<span class="dalign">460</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Après que cet ingrat me quitte pour Clarine?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>De le garder longtemps elle n'a pas la mine,<br />
+Et j'estime si peu ces nouvelles amours,<br />
+Que je te plége<a name="FNanchor_726" id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">[726]</a> encor son retour dans deux jours;<br />
+Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes,<span class="dalign">465</span><br />
+Que de tes volontés devant lui tu disposes.<br />
+Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur,<br />
+Une larme, un soupir te percera le c&oelig;ur<a name="FNanchor_727" id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">[727]</a>;<br />
+Et je serai ravie alors de voir vos flammes<br />
+Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes.<span class="dalign">470</span><br />
+Mais j'en crains un succès à ta confusion<a name="FNanchor_728" id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">[728]</a>:<br />
+Qui change une fois change à toute occasion;<br />
+Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre,<br />
+Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre.<br />
+Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait,<span class="dalign">475</span><br />
+Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Sa faute a trop d'excès pour être rémissible,<br />
+Ma s&oelig;ur; je ne suis pas de la sorte insensible;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">248</a></span>
+Et si je présumois que mon trop de bonté<br />
+Pût jamais se résoudre à cette lâcheté,<span class="dalign">480</span><br />
+Qu'un si honteux pardon pût suivre cette offense,<br />
+J'en préviendrois le coup, m'en ôtant la puissance.<br />
+Adieu: dans la colère où je suis aujourd'hui,<br />
+J'accepterois plutôt un barbare que lui.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">PHYLIS, DORASTE.</h4>
+
+<span class="smcap i6">PHYLIS</span><a name="FNanchor_729" id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">[729]</a>.
+
+<p>Il faut donc se hâter qu'elle ne refroidisse.<span class="dalign">485</span></p>
+
+<p class="font90">(Elle frappe du pied à la porte de son logis, et fait sortir son frère.)</p>
+
+<p>Frère, quelque inconnu t'a fait un bon office<a name="FNanchor_730" id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">[730]</a>:<br />
+Il ne tiendra qu'à toi d'être un second Médor<a name="FNanchor_731" id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">[731]</a>;<br />
+On a fait qu'Angélique....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Eh bien?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<span class="i14">Hait Alidor.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Elle hait Alidor! Angélique!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<span class="i12">Angélique.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>D'où lui vient cette humeur? qui les a mis en pique?<span class="dalign">490</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span>
+<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Si tu prends bien ton temps, il y fait bon pour toi.<br />
+Va, ne t'amuse point à savoir le pourquoi;<br />
+Parle au père d'abord: tu sais qu'il te souhaite;<br />
+Et s'il ne s'en dédit, tiens l'affaire pour faite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Bien qu'un si bon avis ne soit à mépriser,<span class="dalign">495</span><br />
+Je crains....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Lysis m'aborde, et tu me veux causer!</span><br />
+Entre chez Angélique, et pousse ta fortune:<br />
+Quand je vois un amant, un frère m'importune.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSIS, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Comme vous le chassez!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Qu'eût-il fait avec nous?</span><br />
+Mon entretien sans lui te semblera plus doux:<span class="dalign">500</span><br />
+Tu pourras t'expliquer avec moins de contrainte,<br />
+Me conter de quels feux tu te sens l'âme atteinte,<br />
+Et ce que tu croiras propre à te soulager.<br />
+Regarde maintenant si je sais t'obliger.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Cette obligation seroit bien plus extrême,<span class="dalign">505</span><br />
+Si vous vouliez traiter tous mes rivaux de même;<br />
+Et vous feriez bien plus pour mon contentement,<br />
+De souffrir avec vous vingt frères qu'un amant.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Nous sommes donc, Lysis, d'une humeur bien contraire:<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span><br />
+J'y souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère<a name="FNanchor_732" id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">[732]</a>;<span class="dalign">510</span><br />
+Et puisque nos esprits ont si peu de rapport,<br />
+Je m'étonne comment nous nous aimons si fort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Vous êtes ma maîtresse, et mes flammes discrètes<a name="FNanchor_733" id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">[733]</a><br />
+Doivent un tel respect aux lois que vous me faites,<br />
+Que pour leur obéir mes sentiments domptés<span class="dalign">515</span><br />
+N'osent plus se régler que sur vos volontés.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>J'aime des serviteurs qui pour une maîtresse<br />
+Souffrent ce qui leur nuit, aiment ce qui les blesse.<br />
+Si tu vois quelque jour tes feux récompensés,<br />
+Souviens-toi.... Qu'est-ce-ci? Cléandre, vous passez?<span class="dalign">520</span></p>
+
+<p class="font90">(Cléandre va pour entrer chez Angélique, et Phylis l'arrête<a name="FNanchor_734" id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">[734]</a>.)</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS, LYSIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Il me faut bien passer, puisque la place est prise.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Venez: cette raison est de mauvaise mise.<br />
+D'un million d'amants je puis flatter les v&oelig;ux<a name="FNanchor_735" id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">[735]</a>,<br />
+Et n'aurois pas l'esprit d'en entretenir deux?<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span><br />
+Sortez de cette erreur, et souffrant ce partage,<span class="dalign">525</span><br />
+Ne faites pas ici l'entendu davantage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Le moyen que je sois insensible à ce point?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Quoi! pour l'entretenir, ne vous aimé-je point?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Encor que votre ardeur à la mienne réponde,<br />
+Je ne veux plus d'un bien commun à tout le monde.<span class="dalign">530</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous,<br />
+Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous:<br />
+Cela vous doit suffire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Oui bien, à des volages</span><br />
+Qui peuvent en un jour adorer cent visages;<br />
+Mais ceux dont un objet possède tous les soins,<span class="dalign">535</span><br />
+Se donnant tous entiers, n'en méritent pas moins.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>De vrai, si vous valiez beaucoup plus que les autres,<br />
+Je devrois dédaigner leurs v&oelig;ux auprès des vôtres<a name="FNanchor_736" id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">[736]</a>;<br />
+Mais mille aussi bien faits ne sont pas mieux traités,<br />
+Et ne murmurent point contre mes volontés.<span class="dalign">540</span><br />
+Est-ce à moi, s'il vous plaît, de vivre à votre mode?<br />
+Votre amour, en ce cas, seroit fort incommode;<br />
+Loin de la recevoir, vous me feriez la loi:<br />
+Qui m'aime de la sorte, il s'aime, et non pas moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS</span>, <span class="font90">à Cléandre.</span></p>
+
+<p>Persiste en ton humeur, je te prie, et conseille<span class="dalign">545</span><br />
+A tous nos concurrents d'en prendre une pareille.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Tu seras bientôt seul, s'ils veulent m'imiter.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span>
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Quoi donc! c'est tout de bon que tu me veux quitter?<br />
+Tu ne dis mot, rêveur, et pour toute réplique<br />
+Tu tournes tes regards du côté d'Angélique:<span class="dalign">550</span><br />
+Est-elle donc l'objet de tes légèretés<a name="FNanchor_737" id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">[737]</a>?<br />
+Veux-tu faire d'un coup deux infidélités,<br />
+Et que dans mon offense Alidor s'intéresse?<br />
+Cléandre, c'est assez de trahir ta maîtresse;<br />
+Dans ta nouvelle flamme épargne tes amis,<span class="dalign">555</span><br />
+Et ne l'adresse point en lieu qui soit promis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>De la part d'Alidor je vais voir cette belle:<br />
+Laisse-m'en avec lui démêler la querelle,<br />
+Et ne t'informe point de mes intentions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions,<span class="dalign">560</span><br />
+Et que pour te garder j'ai trop peu de mérite,<br />
+Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte;<br />
+Que ce que j'ai du tien je te le rende ici:<br />
+Tu m'as offert des v&oelig;ux, que je t'en offre aussi<a name="FNanchor_738" id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">[738]</a>;<br />
+Et faisons entre nous toutes choses égales.<span class="dalign">565</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Et moi, durant, ce temps, je garderai les balles<a name="FNanchor_739" id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">[739]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Je te donne congé d'une heure, si tu veux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Je l'accepte, au hasard de le prendre pour deux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Pour deux, pour quatre, soit: ne crains pas qu'il m'ennuie.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS.</h4>
+
+<p class="center"><span class="smcap">PHYLIS</span> <span class="font90">arrête Cléandre qui tâche de s'échapper pour entrer
+chez Angélique</span><a name="FNanchor_740" id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">[740]</a>.</p>
+
+<p>Mais je ne consens pas cependant qu'on me fuie;<span class="dalign">570</span><br />
+Tu perds temps d'y tâcher, si tu n'as mon congé<a name="FNanchor_741" id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">[741]</a>.<br />
+Inhumain! est-ce ainsi que je t'ai négligé?<br />
+Quand tu m'offrois des v&oelig;ux prenois-je ainsi la fuite,<br />
+Et rends-tu la pareille à ma juste poursuite?<br />
+Avec tant de douceur tu te vis écouter,<span class="dalign">575</span><br />
+Et tu tournes le dos quand je t'en veux conter!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Va te jouer d'un autre avec tes railleries;<br />
+J'ai l'oreille mal faite à ces galanteries<a name="FNanchor_742" id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">[742]</a>:<br />
+Ou cesse de m'aimer, ou n'aime plus que moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Je ne t'impose pas une si dure loi:<span class="dalign">580</span><br />
+Avec moi, si tu veux, aime toute la terre,<br />
+Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre.<br />
+Je reconnois assez mes imperfections;<br />
+Et quelque part que j'aye en tes affections,<br />
+C'est encor trop pour moi; seulement ne rejette<span class="dalign">585</span><br />
+La parfaite amitié d'une fille imparfaite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Qui te rend obstinée à me persécuter?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span>
+<span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Qui te rend si cruel que de me rebuter<a name="FNanchor_743" id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">[743]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Il faut que de tes mains un adieu me délivre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Si tu sais t'en aller, je saurai bien te suivre;<span class="dalign">590</span><br />
+Et quelque occasion qui t'amène en ces lieux,<br />
+Tu ne lui diras pas grand secret à mes yeux.<br />
+Je suis plus incommode encor qu'il ne te semble.<br />
+Parlons plutôt d'accord, et composons ensemble.<br />
+<span class="i1">Hier un peintre excellent m'apporta mon portrait:</span><span class="dalign">595</span><br />
+Tandis qu'il t'en demeure encore quelque trait,<br />
+Qu'encor tu me connois, et que de ta pensée<br />
+Mon image n'est pas tout à fait effacée,<br />
+Ne m'en refuse point ton petit jugement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Je le tiens pour bien fait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Plains-tu tant un moment?</span><br />
+Et m'attachant à toi, si je te désespère,<br />
+A ce prix trouves-tu ta liberté trop chère?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Allons, puisque autrement je ne te puis quitter,<br />
+A tel prix que ce soit il me faut racheter<a name="FNanchor_744" id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">[744]</a>.</p>
+
+<p class="center p2"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">255</a></span></p>
+
+<h2>ACTE III.</h2>
+<hr class="c5" />
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">PHYLIS, CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>En ce point il ressemble à ton humeur volage,<span class="dalign">605</span><br />
+Qu'il reçoit tout le monde avec même visage<a name="FNanchor_745" id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">[745]</a>;<br />
+Mais d'ailleurs ce portrait ne te ressemble pas,<br />
+En ce qu'il ne dit mot et ne suit point mes pas<a name="FNanchor_746" id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">[746]</a>.</p>
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>En quoi que désormais ma présence te nuise,<br />
+La civilité veut que je te reconduise.<span class="dalign">610</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Mets enfin quelque borne à ta civilité<a name="FNanchor_747" id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">[747]</a>,<br />
+Et suivant notre accord me laisse en liberté.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS, CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i4">DORASTE</span> <span class="font90">sort de chez Angélique</span><a name="FNanchor_748" id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">[748]</a>.</p>
+
+<p>Tout est gagné, ma s&oelig;ur: la belle m'est acquise;<span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">256</a></span><br />
+Jamais occasion ne se trouva mieux prise;<br />
+Je possède Angélique.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<span class="i9">Angélique?</span>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i13">Oui, tu peux</span><span class="dalign">615</span><br />
+Avertir Alidor du succès de mes v&oelig;ux,<br />
+Et qu'au sortir du bal, que je donne chez elle,<br />
+Demain un sacré n&oelig;ud m'unit à cette belle<a name="FNanchor_749" id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">[749]</a>;<br />
+Dis-lui qu'il s'en console. Adieu: je vais pourvoir<br />
+A tout ce qu'il me faut préparer pour ce soir.<span class="dalign">620</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span><a name="FNanchor_750" id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">[750]</a>.</p>
+
+<p>Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace,<br />
+D'en trouver là cinquante à qui donner ta place<a name="FNanchor_751" id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">[751]</a>.<br />
+Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux:<br />
+Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux;<br />
+Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire,<span class="dalign">625</span><br />
+De peur que ton abord interrompît mon frère.<br />
+Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné<a name="FNanchor_752" id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">[752]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉANDRE.</h4>
+
+<p>Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné?<br />
+Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre<br />
+La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre,<span class="dalign">630</span><span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">257</a></span><br />
+Et que notre artifice ait si mal succédé,<br />
+Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé?<br />
+Officieux ami d'un amant déplorable,<br />
+Que tu m'offres en vain cet objet adorable!<br />
+Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend!<span class="dalign">635</span><br />
+Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend.<br />
+Tandis qu'il me supplante, une s&oelig;ur me cajole;<br />
+Elle me tient les mains cependant qu'il me vole.<br />
+On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit:<br />
+L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit;<span class="dalign">640</span><br />
+L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère,<br />
+Et je puis épargner ou la s&oelig;ur ou le frère!<br />
+Être sans Angélique, et sans ressentiment!<br />
+Avec si peu de c&oelig;ur aimer si puissamment<a name="FNanchor_753" id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">[753]</a>!<br />
+Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?<br />
+Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse?<br />
+Et cachois-tu l'excès de ton affection<br />
+Par honte, par dépit, ou par discrétion<a name="FNanchor_754" id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">[754]</a>?<br />
+Pouvois-tu desirer occasion plus belle<a name="FNanchor_755" id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">[755]</a><br />
+Que le nom d'Alidor à venger ta querelle?<span class="dalign">650</span><br />
+Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir,<br />
+Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir.<br />
+On supplante Alidor, du moins en apparence,<br />
+Et sans ressentiment tu souffres cette offense!<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">258</a></span><br />
+Ton courage est muet, et ton bras endormi!<span class="dalign">655</span><br />
+Pour être amant discret, tu parois lâche ami!<br />
+C'est trop abandonner ta renommée au blâme:<br />
+Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme,<br />
+Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal;<br />
+Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival.<span class="dalign">660</span><br />
+Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande<a name="FNanchor_756" id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">[756]</a>,<br />
+Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende<a name="FNanchor_757" id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">[757]</a>.<br />
+Il faut...</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Eh bien! Cléandre, ai-je su t'obliger?</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">259</a></span>
+<span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Pour m'avoir obligé, que je vais t'affliger!<br />
+Doraste a pris le temps des dépits d'Angélique.<span class="dalign">665</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Après?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Après cela tu veux que je m'explique<a name="FNanchor_758" id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">[758]</a>?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Qu'en a-t-il obtenu?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Par delà son espoir:</span><br />
+Il l'épouse demain, lui donne bal ce soir<a name="FNanchor_759" id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">[759]</a>;<br />
+Juge, juge par là si mon mal est extrême.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>En es-tu bien certain?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<span class="i9">J'ai tout su de lui-même.</span><span class="dalign">670</span>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Que je serois heureux si je ne t'aimois point!<br />
+Ton malheur auroit mis mon bonheur à son point<a name="FNanchor_760" id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">[760]</a>;<br />
+La prison d'Angélique auroit rompu la mienne.<br />
+Quelque empire sur moi que son visage obtienne,<br />
+Ma passion fût morte avec sa liberté;<span class="dalign">675</span><br />
+Et trop vain pour souffrir qu'en sa captivité<br />
+Les restes d'un rival m'eussent enchaîné l'âme<a name="FNanchor_761" id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">[761]</a>,<br />
+Les feux de son hymen auroient éteint ma flamme.<span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">260</a></span><br />
+<span class="i1">Pour forcer sa colère à de si doux effets,</span><br />
+Quels efforts, cher ami, ne me suis-je point faits!<span class="dalign">680</span><br />
+Malgré tout mon amour, prendre un orgueil farouche<a name="FNanchor_762" id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">[762]</a>,<br />
+L'adorer dans le c&oelig;ur, et l'outrager de bouche;<br />
+J'ai souffert ce supplice, et me suis feint léger,<br />
+De honte et de dépit de ne pouvoir changer.<br />
+Et je vois, près du but où je voulois prétendre,<span class="dalign">685</span><br />
+Les fruits de mon travail n'être pas pour Cléandre!<br />
+A ces conditions mon bonheur me déplaît:<br />
+Je ne puis être heureux, si Cléandre ne l'est.<br />
+Ce que je t'ai promis ne peut être à personne:<br />
+Il faut que je périsse ou que je te le donne.<span class="dalign">690</span><br />
+J'aurai trop de moyens de te garder ma foi<a name="FNanchor_763" id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">[763]</a>;<br />
+Et malgré les destins Angélique est à toi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Ne trouble point pour moi le repos de ton âme<a name="FNanchor_764" id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">[764]</a>:<br />
+Il t'en coûteroit trop pour avancer ma flamme.<br />
+Sans que ton amitié fasse un second effort,<span class="dalign">695</span><br />
+Voici de qui j'aurai ma maîtresse ou la mort:<br />
+Si Doraste a du c&oelig;ur, il faut qu'il la défende,<br />
+Et que l'épée au poing il la gagne ou la rende.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Simple, par le chemin que tu penses tenir,<br />
+Tu la lui peux ôter, mais non pas l'obtenir.<span class="dalign">700</span><br />
+La suite des duels ne fut jamais plaisante:<br />
+C'étoit ces jours passés ce que disoit Théante<a name="FNanchor_765" id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">[765]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">261</a></span>
+Je veux prendre un moyen et plus court et plus seur<a name="FNanchor_766" id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">[766]</a>,<br />
+Et sans aucun péril t'en rendre possesseur.<br />
+Va-t'en donc, et me laisse auprès de ta maîtresse<a name="FNanchor_767" id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">[767]</a><span class="dalign">705</span><br />
+De mon reste d'amour faire jouer l'adresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Cher ami....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Va-t'en, dis-je, et par tes compliments</span><br />
+Cesse de t'opposer à tes contentements:<br />
+Désormais en ces lieux tu ne fais que me nuire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Je vais donc te laisser ma fortune à conduire<a name="FNanchor_768" id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">[768]</a>.<span class="dalign">710</span><br />
+Adieu: puissé-je avoir les moyens à mon tour<br />
+De faire autant pour toi que toi pour mon amour!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span>, <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p>Que pour ton amitié je vais souffrir de peine!<br />
+Déjà presque échappé, je rentre dans ma chaîne.<br />
+Il faut encore un coup, m'exposant à ses yeux,<span class="dalign">715</span><br />
+Reprendre de l'amour, afin d'en donner mieux.<br />
+Mais reprendre un amour dont je veux me défaire<a name="FNanchor_769" id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">[769]</a>,<br />
+Qu'est-ce qu'à mes desseins un chemin tout contraire?<br />
+Allons-y toutefois, puisque je l'ai promis,<br />
+Et que la peine est douce à qui sert ses amis<a name="FNanchor_770" id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">[770]</a>.<span class="dalign">720</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">262</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<p class="p2 center"><b>ANGÉLIQUE</b> <span class="font90">dans son cabinet.</span></p>
+
+<p><span class="i2">Quel malheur partout m'accompagne!</span><br />
+Qu'un indiscret hymen me venge à mes dépens!<br />
+<span class="i2">Que de pleurs en vain je répands,</span><br />
+Moins pour ce que je perds que pour ce que je gagne!<br />
+L'un m'est plus doux que l'autre, et j'ai moins de tourment<br />
+Du crime d'Alidor que de son châtiment<a name="FNanchor_771" id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">[771]</a>.</p>
+
+<p><span class="i2">Ce traître alluma donc ma flamme!</span><br />
+Je puis donc consentir à ces tristes accords!<br />
+<span class="i2">Hélas! par quelques vains efforts</span><a name="FNanchor_772" id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">[772]</a><br />
+Que je me fasse jour jusqu'au fond de mon âme,<span class="dalign">730</span><br />
+J'y trouve seulement, afin de me punir,<br />
+Le dépit du passé, l'horreur de l'avenir.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, ALIDOR.</h4>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE<a name="FNanchor_773" id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">[773]</a>.</h4>
+
+<p>Où viens-tu, déloyal? avec quelle impudence<br />
+Oses-tu redoubler mes maux par ta présence!<br />
+Qui te donne le front de surprendre mes pleurs<a name="FNanchor_774" id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">[774]</a>?<span class="dalign">735</span><span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">263</a></span><br />
+Cherches-tu de la joie à même mes douleurs?<br />
+Et peux-tu conserver une âme assez hardie<br />
+Pour voir ce qu'à mon c&oelig;ur coûte ta perfidie?<br />
+Après que tu m'as fait un insolent aveu<br />
+De n'avoir plus pour moi ni de foi ni de feu,<span class="dalign">740</span><br />
+Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable,<br />
+Que ton feint repentir m'en donne un véritable?<br />
+Va, va, n'espère rien de tes submissions<a name="FNanchor_775" id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">[775]</a>;<br />
+Porte-les à l'objet de tes affections;<br />
+Ne me présente plus les traits qui m'ont déçue;<span class="dalign">745</span><br />
+N'attaque point mon c&oelig;ur en me blessant la vue.<br />
+Penses-tu que je sois, après ton changement,<br />
+Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?<br />
+S'il te souvient encor de ton brutal caprice,<br />
+Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice?<span class="dalign">750</span><br />
+Garde un exil si cher à tes légèretés:<br />
+Je ne veux plus savoir de toi mes vérités.<br />
+<span class="i1">Quoi? tu ne me dis mot! Crois-tu que ton silence</span><br />
+Puisse de tes discours réparer l'insolence?<br />
+Des pleurs effacent-ils un mépris si cuisant?<span class="dalign">755</span><br />
+Et ne t'en dédis-tu, traître, qu'en te taisant?<br />
+Pour triompher de moi veux-tu, pour toutes armes,<br />
+Employer des soupirs et de muettes larmes?<br />
+Sur notre amour passé c'est trop te confier<a name="FNanchor_776" id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">[776]</a>;<br />
+Du moins dis quelque chose à te justifier;<span class="dalign">760</span><br />
+Demande le pardon que tes regards m'arrachent;<br />
+Explique leurs discours, dis-moi ce qu'ils me cachent.<br />
+Que mon courroux est foible! et que leurs traits puissants<span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">264</a></span><br />
+Rendent des criminels aisément innocents!<br />
+Je n'y puis résister, quelque effort que je fasse;<span class="dalign">765</span><br />
+Et de peur de me rendre, il faut quitter la place<a name="FNanchor_777" id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">[777]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i4">ALIDOR</span> <span class="font90">la retient comme elle veut s'en aller<a name="FNanchor_778" id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">[778]</a>.</span></p>
+
+<p>Quoi! votre amour renaît, et vous m'abandonnez<a name="FNanchor_779" id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">[779]</a>!<br />
+C'est bien là me punir quand vous me pardonnez.<br />
+<span class="i1">Je sais ce que j'ai fait, et qu'après tant d'audace</span><br />
+Je ne mérite pas de jouir de ma grâce;<span class="dalign">770</span><br />
+Mais demeurez du moins, tant que vous ayez su<br />
+Que par un feint mépris votre amour fut déçu,<br />
+Que je vous fus fidèle en dépit de ma lettre;<br />
+Qu'en vos mains seulement on la devoit remettre;<br />
+Que mon dessein n'alloit qu'à voir vos mouvements,<span class="dalign">775</span><br />
+Et juger de vos feux par vos ressentiments.<br />
+Dites, quand je la vis entre vos mains remise,<br />
+Changeai-je de couleur? eus-je quelque surprise?<br />
+Ma parole plus ferme et mon port assuré<br />
+Ne vous montroient-ils pas un esprit préparé<a name="FNanchor_780" id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">[780]</a>?<span class="dalign">780</span><br />
+Que Clarine vous die, à la première vue,<br />
+Si jamais de mon change elle s'est aperçue.<br />
+Ce mauvais compliment flattoit mal ses appas<a name="FNanchor_781" id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">[781]</a>:<br />
+Il vous faisoit outrage, et ne l'obligeoit pas;<br />
+Et ses termes piquants, mal conçus pour lui plaire,<span class="dalign">785</span><br />
+Au lieu de son amour, cherchoient votre colère.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Cesse de m'éclaircir sur ce triste secret<a name="FNanchor_782" id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">[782]</a>;<br />
+En te montrant fidèle, il accroît mon regret:<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">265</a></span><br />
+Je perds moins, si je crois ne perdre qu'un volage,<br />
+Et je ne puis sortir d'erreur qu'à mon dommage.<span class="dalign">790</span><br />
+Que me sert de savoir que tes v&oelig;ux sont constants<a name="FNanchor_783" id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">[783]</a>?<br />
+Que te sert d'être aimé, quand il n'en est plus temps?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Aussi je ne viens pas pour regagner votre âme<a name="FNanchor_784" id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">[784]</a>:<br />
+Préférez-moi Doraste, et devenez sa femme.<br />
+Je vous viens, par ma mort, en donner le pouvoir:<span class="dalign">795</span><br />
+Moi vivant, votre foi ne le peut recevoir;<br />
+Elle m'est engagée, et quoi que l'on vous die,<br />
+Sans crime elle ne peut durer moins que ma vie.<br />
+Mais voici qui vous rend l'une et l'autre à la fois<a name="FNanchor_785" id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">[785]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Ah! ce cruel discours me réduit aux abois.<span class="dalign">800</span><br />
+Ma colère a rendu ma perte inévitable<a name="FNanchor_786" id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">[786]</a>,<br />
+Et je déteste en vain ma faute irréparable.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Si vous avez du c&oelig;ur, on la peut réparer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>On nous doit dès demain pour jamais séparer<a name="FNanchor_787" id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">[787]</a>:<br />
+Que puis-je à de tels maux appliquer pour remède?<span class="dalign">805</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Ce qu'ordonne l'amour aux âmes qu'il possède.<br />
+Si vous m'aimez encor, vous saurez dès ce soir<br />
+Rompre les noirs effets d'un juste désespoir.<br />
+Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">266</a></span>
+Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre.<span class="dalign">810</span><br />
+Mettrez-vous en ma mort votre contentement?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Non, mais que dira-t-on d'un tel emportement<a name="FNanchor_788" id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">[788]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Est-ce là donc le prix de vous avoir servie?<br />
+Il y va de votre heur, il y va de ma vie,<br />
+Et vous vous arrêtez à ce qu'on en dira!<span class="dalign">815</span><br />
+Mais faites désormais tout ce qu'il vous plaira:<br />
+Puisque vous consentez plutôt à vos supplices<br />
+Qu'à l'unique moyen de payer mes services,<br />
+Ma mort va me venger de votre peu d'amour;<br />
+Si vous n'êtes à moi, je ne veux plus du jour.<span class="dalign">820</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Retiens ce coup fatal; me voilà résolue:<br />
+Use sur tout mon c&oelig;ur de puissance absolue<a name="FNanchor_789" id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">[789]</a>:<br />
+Puisqu'il est tout à toi, tu peux tout commander;<br />
+Et contre nos malheurs j'ose tout hasarder<a name="FNanchor_790" id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">[790]</a>.<br />
+Cet éclat du dehors n'a rien qui m'embarrasse;<span class="dalign">825</span><br />
+Mon honneur seulement te demande une grâce:<br />
+Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main<br />
+Puissent justifier ma fuite et ton dessein;<br />
+Que mes parents surpris trouvent ici ce gage,<br />
+Qui les rende assurés d'un heureux mariage,<span class="dalign">830</span><span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">267</a></span><br />
+Et que je sauve ainsi ma réputation<br />
+Par la sincérité de ton intention.<br />
+Ma faute en sera moindre, et mon trop de constance<a name="FNanchor_791" id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">[791]</a><br />
+Paroîtra seulement fuir une violence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Enfin par ce dessein vous me ressuscitez<a name="FNanchor_792" id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">[792]</a>:<span class="dalign">835</span><br />
+Agissez pleinement dessus mes volontés.<br />
+J'avois pour votre honneur la même inquiétude,<br />
+Et ne pourrois d'ailleurs qu'avec ingratitude,<br />
+Voyant ce que pour moi votre flamme résout,<br />
+Dénier quelque chose à qui m'accorde tout.<span class="dalign">840</span><br />
+Donnez-moi: sur-le-champ je vous veux satisfaire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Il vaut mieux que l'effet à tantôt se diffère.<br />
+Je manque ici de tout, et j'ai le c&oelig;ur transi<a name="FNanchor_793" id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">[793]</a><br />
+De crainte que quelqu'un ne te découvre ici.<br />
+Mon dessein généreux fait naître cette crainte;<span class="dalign">845</span><br />
+Depuis qu'il est formé, j'en ai senti l'atteinte.<br />
+Quitte-moi, je te prie, et coule-toi sans bruit<a name="FNanchor_794" id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">[794]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Puisque vous le voulez, adieu, jusqu'à minuit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p class="font90">(Alidor s'en va et Angélique continue<a name="FNanchor_795" id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">[795]</a>.)</p>
+
+<p><span class="i3">Que promets-tu, pauvre aveuglée?</span><br />
+A quoi t'engage ici ta folle passion?<span class="dalign">850</span><br />
+<span class="i3">Et de quelle indiscrétion</span><br />
+Ne s'accompagne point ton ardeur déréglée?<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">268</a></span><br />
+Tu cours à ta ruine, et vas tout hasarder<br />
+Sur la foi d'un amant qui n'en sauroit garder<a name="FNanchor_796" id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">[796]</a>.</p>
+
+<p><span class="i3">Je me trompe, il n'est point volage;</span><span class="dalign">855</span><br />
+J'ai vu sa fermeté, j'en ai cru ses soupirs;<br />
+<span class="i3">Et si je flatte mes desirs,</span><br />
+Une si douce erreur n'est qu'à mon avantage.<br />
+Me manquât-il de foi, je la lui dois garder,<br />
+Et pour perdre Doraste il faut tout hasarder.<span class="dalign">860</span></p>
+
+<p><span class="smcap i4">ALIDOR</span>, <span class="font90">sortant de la porte d'Angélique, et repassant<br />
+sur le théâtre.</span></p>
+
+<p>Cléandre, elle est à toi; j'ai fléchi son courage.<br />
+Que ne peut l'artifice, et le fard du langage?<br />
+Et si pour un ami ces effets je produis,<br />
+Lorsque j'agis pour moi, qu'est-ce que je ne puis?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">PHYLIS.</h4>
+
+<p>Alidor à mes yeux sort de chez Angélique<a name="FNanchor_797" id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">[797]</a>,<span class="dalign">865</span><br />
+Comme s'il y gardoit encor quelque pratique;<br />
+Et même, à son visage, il semble assez content.<br />
+Auroit-il regagné cet esprit inconstant?<br />
+Oh! qu'il feroit bon voir que cette humeur volage<br />
+Deux fois en moins d'une heure eût changé de courage!<br />
+Que mon frère en tiendroit, s'ils s'étoient mis d'accord<a name="FNanchor_798" id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">[798]</a>!<br />
+Il faut qu'à le savoir je fasse mon effort.<br />
+Ce soir, je sonderai les secrets de son âme;<br />
+Et si son entretien ne me trahit sa flamme,<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">269</a></span><br />
+J'aurai l'&oelig;il de si près dessus ses actions,<span class="dalign">875</span><br />
+Que je m'éclaircirai de ses intentions.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">PHYLIS, LYSIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Quoi? Lysis, ta retraite est de peu de durée!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>L'heure de mon congé n'est qu'à peine expirée;<br />
+Mais vous voyant ici sans frère et sans amant....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>N'en présume pas mieux pour ton contentement.<span class="dalign">880</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Et d'où vient à Phylis une humeur si nouvelle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Vois-tu, je ne sais quoi me brouille la cervelle.<br />
+Va, ne me conte rien de ton affection:<br />
+Elle en auroit fort peu de satisfaction.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Cependant sans parler il faut que je soupire<a name="FNanchor_799" id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">[799]</a>?<span class="dalign">885</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Réserve pour le bal ce que tu me veux dire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p>Le bal, où le tient-on?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<span class="i9">Là dedans.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSIS.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Il suffit;</span><br />
+De votre bon avis je ferai mon profit.</p>
+
+<p class="center p2"><b><small>FIN DU TROISIÈME ACTE.</small></b></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_270" id="Page_270">270</a></span></p>
+
+<h2>ACTE IV.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE, <span class="smcap">TROUPE D'ARMÉS</span><a name="FNanchor_800" id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">[800]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p class="font90">(L'acte est dans la nuit, et Alidor dit ce premier vers<a name="FNanchor_801" id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">[801]</a> à Cléandre;
+et l'ayant fait retirer avec sa troupe, il continue seul.)</p>
+
+<p>Attends, sans faire bruit, que je t'en avertisse<a name="FNanchor_802" id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">[802]</a>.<br />
+Enfin la nuit s'avance, et son voile propice<span class="dalign">890</span><br />
+Me va faciliter le succès que j'attends<br />
+Pour rendre heureux Cléandre, et mes desirs contents.<br />
+Mon c&oelig;ur, las de porter un joug si tyrannique,<br />
+Ne sera plus qu'une heure esclave d'Angélique.<br />
+Je vais faire un ami possesseur de mon bien:<span class="dalign">895</span><br />
+Aussi dans son bonheur je rencontre le mien.<br />
+C'est moins pour l'obliger que pour me satisfaire,<br />
+Moins pour le lui donner qu'afin de m'en défaire.<br />
+Ce trait paroîtra lâche et plein de trahison<a name="FNanchor_803" id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">[803]</a>;<br />
+Mais cette lâcheté m'ouvrira ma prison.<span class="dalign">900</span><br />
+Je veux bien à ce prix avoir l'âme traîtresse,<br />
+Et que ma liberté me coûte une maîtresse.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">271</a></span>
+Que lui fais-je, après tout, qu'elle n'ait mérité,<br />
+Pour avoir malgré moi fait ma captivité?<br />
+Qu'on ne m'accuse point d'aucune ingratitude:<span class="dalign">905</span><br />
+Ce n'est que me venger d'un an de servitude,<br />
+Que rompre son dessein, comme elle a fait le mien,<br />
+Qu'user de mon pouvoir, comme elle a fait du sien,<br />
+Et ne lui pas laisser un si grand avantage<br />
+De suivre son humeur, et forcer mon courage.<span class="dalign">910</span><br />
+Le forcer! mais, hélas! que mon consentement<br />
+Par un si doux effort fut surpris aisément!<br />
+Quel excès de plaisirs goûta mon imprudence<br />
+Avant que réfléchir sur cette violence<a name="FNanchor_804" id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">[804]</a>!<br />
+Examinant mon feu, qu'est-ce que je ne perds?<span class="dalign">915</span><br />
+Et qu'il m'est cher vendu de connoître mes fers!<br />
+Je soupçonne déjà mon dessein d'injustice,<br />
+Et je doute s'il est ou raison ou caprice.<br />
+Je crains un pire mal après ma guérison,<br />
+Et d'aller au supplice en rompant ma prison.<span class="dalign">920</span><br />
+Alidor, tu consens qu'un autre la possède!<br />
+Tu t'exposes sans crainte à des maux sans remède<a name="FNanchor_805" id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">[805]</a>!<br />
+Ne romps point les effets de son intention,<br />
+Et laisse un libre cours à ton affection:<br />
+Fais ce beau coup pour toi; suis l'ardeur qui te presse.<span class="dalign">925</span><br />
+Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse<a name="FNanchor_806" id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">[806]</a>!<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">272</a></span>
+Je n'en veux obliger pas un à me haïr.<br />
+Et ne sais qui des deux, ou servir, ou trahir.<br />
+<span class="i1">Quoi! je balance encor, je m'arrête, je doute<a name="FNanchor_807" id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">[807]</a>!</span><br />
+Mes résolutions, qui vous met en déroute?<span class="dalign">930</span><br />
+Revenez, mes desseins, et ne permettez pas<br />
+Qu'on triomphe de vous avec un peu d'appas.<br />
+En vain pour Angélique ils prennent la querelle<a name="FNanchor_808" id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">[808]</a>;<br />
+Cléandre, elle est à toi, nous sommes deux contre elle.<br />
+Ma liberté conspire avecque tes ardeurs;<span class="dalign">935</span><br />
+Les miennes désormais vont tourner en froideurs;<br />
+Et lassé de souffrir un si rude servage,<br />
+J'ai l'esprit assez fort pour combattre un visage.<br />
+Ce coup n'est qu'un effet de générosité,<br />
+Et je ne suis honteux que d'en avoir douté.<span class="dalign">940</span><br />
+<span class="i1">Amour, que ton pouvoir tâche en vain de paroître!</span><br />
+Fuis, petit insolent, je veux être le maître:<br />
+Il ne sera pas dit qu'un homme tel que moi,<br />
+En dépit qu'il en ait, obéisse à ta loi.<br />
+Je ne me résoudrai jamais à l'hyménée<span class="dalign">945</span><br />
+Que d'une volonté franche et déterminée,<br />
+Et celle à qui ses n&oelig;uds m'uniront pour jamais<a name="FNanchor_809" id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">[809]</a><br />
+M'en sera redevable, et non à ses attraits;<br />
+Et ma flamme....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">273</a></span>
+
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Alidor!</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<span class="i10">Qui m'appelle?</span>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<span class="i16">Cléandre.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+Tu t'avances trop tôt<a name="FNanchor_810" id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">[810]</a>.
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<span class="i9">Je me lasse d'attendre.</span><span class="dalign">950</span>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Laisse-moi, cher ami, le soin de t'avertir<br />
+En quel temps de ce coin il te faudra sortir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Minuit vient de sonner, et par expérience<br />
+Tu sais comme l'amour est plein d'impatience.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Va donc tenir tout prêt à faire un si beau coup:<span class="dalign">955</span><br />
+Ce que nous attendons ne peut tarder beaucoup.<br />
+Je livre entre tes mains cette belle maîtresse,<br />
+Sitôt que j'aurai pu lui rendre ta promesse:<br />
+Sans lumière, et d'ailleurs s'assurant en ma foi,<br />
+Rien ne l'empêchera de la croire de moi.<span class="dalign">960</span><br />
+Après, achève seul; je ne puis sans supplice<br />
+Forcer ici mon bras à te faire service<a name="FNanchor_811" id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">[811]</a>;<br />
+Et mon reste d'amour, en cet enlèvement,<br />
+Ne peut contribuer que mon consentement.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">274</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Ami, ce m'est assez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Va donc là-bas attendre</span><span class="dalign">965</span><br />
+Que je te donne avis du temps qu'il faudra prendre.<br />
+<span class="i1">Cléandre, encore un mot: pour de pareils exploits<a name="FNanchor_812" id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">[812]</a></span><br />
+Nous nous ressemblons mal et de taille et de voix;<br />
+Angélique soudain pourra te reconnoître;<br />
+Regarde après ses cris si tu serois le maître.<span class="dalign">970</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Ma main dessus sa bouche y saura trop pourvoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Ami, séparons-nous, je pense l'entrevoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Adieu. Fais promptement.</p>
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, ANGÉLIQUE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que la nuit est obscure<a name="FNanchor_813" id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">[813]</a>!</span><br />
+Alidor n'est pas loin, j'entends quelque murmure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>De peur d'être connu, je défends à mes gens<span class="dalign">975</span><br />
+De paroître en ces lieux avant qu'il en soit temps.<br />
+Tenez.</p>
+
+<p class="font90 i4">(Il lui donne la promesse de Cléandre.)</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">275</a></span>
+<span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Je prends sans lire; et ta foi m'est si claire,</span><br />
+Que je la prends bien moins pour moi que pour mon père;<br />
+Je la porte à ma chambre: épargnons les discours;<br />
+Fais avancer tes gens, et dépêche.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i13">J'y cours.</span><span class="dalign">980</span><br />
+<span class="i1">Lorsque de son honneur je lui rends l'assurance,</span><br />
+C'est quand je trompe mieux sa crédule espérance;<br />
+Mais puisqu'au lieu de moi je lui donne un ami,<br />
+A tout prendre, ce n'est la tromper qu'à demi.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">PHYLIS.</h4>
+
+<p>Angélique! C'est fait, mon frère en a dans l'aile.<span class="dalign">985</span><br />
+La voyant échapper, je courois après elle;<br />
+Mais un maudit galant m'est venu brusquement<br />
+Servir à la traverse un mauvais compliment,<br />
+Et par ses vains discours m'embarrasser de sorte<br />
+Qu'Angélique à son aise a su gagner la porte.<span class="dalign">990</span><br />
+Sa perte est assurée, et le traître Alidor<a name="FNanchor_814" id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">[814]</a><br />
+La posséda jadis, et la possède encor.<br />
+Mais jusques à ce point seroit-elle imprudente?<br />
+Il n'en faut point douter, sa perte est évidente<a name="FNanchor_815" id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">[815]</a>;<br />
+Le c&oelig;ur me le disoit, le voyant en sortir,<span class="dalign">995</span><br />
+Et mon frère dès lors se devoit avertir.<br />
+Je te trahis, mon frère, et par ma négligence,<br />
+Étant sans y penser de leur intelligence....</p>
+
+<p class="font90">(Alidor paroît avec Cléandre accompagné d'une troupe, et après lui
+avoir montré Phylis, qu'il croit être Angélique, il se retire en un
+coin du théâtre, et Cléandre enlève Phylis, et lui met d'abord la
+main sur la bouche.)</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">276</a></span>
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR.</h4>
+
+<p>On l'enlève, et mon c&oelig;ur, surpris d'un vain regret,<br />
+Fait à ma perfidie un reproche secret;<span class="dalign">1000</span><br />
+Il tient pour Angélique, il la suit, le rebelle!<br />
+Parmi mes trahisons il veut être fidèle;<br />
+Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris<a name="FNanchor_816" id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">[816]</a>,<br />
+Refuser de ma main sa franchise à ce prix,<br />
+Désavouer mon crime, et pour mieux s'en défendre,<span class="dalign">1005</span><br />
+Me demander son bien, que je cède à Cléandre.<br />
+Hélas! qui me prescrit cette brutale loi<br />
+De payer tant d'amour avec si peu de foi?<br />
+Qu'envers cette beauté ma flamme est inhumaine!<br />
+Si mon feu la trahit, que lui feroit ma haine?<span class="dalign">1010</span><br />
+Juge, juge, Alidor, en quelle extrémité<br />
+La va précipiter ton infidélité<a name="FNanchor_817" id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">[817]</a>.<br />
+Écoute ses soupirs, considère ses larmes,<br />
+Laisse-toi vaincre enfin à de si fortes armes<a name="FNanchor_818" id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">[818]</a>,<br />
+Et va voir si Cléandre, à qui tu sers d'appui<a name="FNanchor_819" id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">[819]</a>,<span class="dalign">1015</span><br />
+Pourra faire pour toi ce que tu fais pour lui.<br />
+Mais mon esprit s'égare, et quoi qu'il se figure,<br />
+Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture,<br />
+Et qu'Alidor, de nuit plus foible que de jour,<br />
+Redonne à la pitié ce qu'il ôte à l'amour?<span class="dalign">1020</span><br />
+Ainsi donc mes desseins se tournent en fumée!<br />
+J'ai d'autres repentirs que de l'avoir aimée!<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">277</a></span><br />
+Suis-je encore Alidor après ces sentiments?<br />
+Et ne pourrai-je enfin régler mes mouvements?<br />
+<span class="i1">Vaine compassion des douleurs d'Angélique,</span><span class="dalign">1025</span><br />
+Qui penses triompher d'un c&oelig;ur mélancolique<a name="FNanchor_820" id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">[820]</a>,<br />
+Téméraire avorton d'un impuissant remords,<br />
+Va, va porter ailleurs tes débiles efforts.<br />
+Après de tels appas, qui ne m'ont pu séduire,<br />
+Qui te fait espérer ce qu'ils n'ont su produire?<span class="dalign">1030</span><br />
+Pour un méchant soupir que tu m'as dérobé,<br />
+Ne me présume pas tout à fait succombé<a name="FNanchor_821" id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">[821]</a>:<br />
+Je sais trop maintenir ce que je me propose,<br />
+Et souverain sur moi, rien que moi n'en dispose.<br />
+En vain un peu d'amour me déguise en forfait<span class="dalign">1035</span><br />
+Du bien que je me veux le généreux effet:<br />
+De nouveau j'y consens, et prêt à l'entreprendre....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, ALIDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Je demande pardon, de t'avoir fait attendre,<br />
+D'autant qu'en l'escalier on faisoit quelque bruit,<br />
+Et qu'un peu de lumière en effaçoit la nuit:<span class="dalign">1040</span><br />
+Je n'osois avancer, de peur d'être aperçue<a name="FNanchor_822" id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">[822]</a>.<br />
+Allons, tout est-il prêt? Personne ne m'a vue:<br />
+De grâce, dépêchons, c'est trop perdre de temps,<br />
+Et les moments ici nous sont trop importants;<br />
+Fuyons vite, et craignons les yeux d'un domestique.<span class="dalign">1045</span><br />
+Quoi! tu ne réponds point à la voix d'Angélique?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">278</a></span>
+<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Angélique! mes gens vous viennent d'enlever;<br />
+Qui vous a fait sitôt de leurs mains vous sauver?<br />
+Quel soudain repentir, quelle crainte de blâme,<br />
+Et quelle ruse enfin vous dérobe à ma flamme?<span class="dalign">1050</span><br />
+Ne vous suffit-il point de me manquer de foi,<br />
+Sans prendre encor plaisir à vous jouer de moi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Que tes gens cette nuit m'ayent vue ou saisie!<br />
+N'ouvre point ton esprit à cette fantaisie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Autant que l'ont permis les ombres de la nuit<a name="FNanchor_823" id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">[823]</a>,<span class="dalign">1055</span><br />
+Je l'ai vu de mes yeux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Tes yeux t'ont donc séduit;</span><br />
+Et quelque autre sans doute, après moi descendue,<br />
+Se trouve entre les mains dont j'étois attendue.<br />
+Mais, ingrat, pour toi seul j'abandonne ces lieux,<br />
+Et tu n'accompagnois ma fuite que des yeux!<span class="dalign">1060</span><br />
+Pour marque d'un amour que je croyois extrême<a name="FNanchor_824" id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">[824]</a>,<br />
+Tu remets ma conduite à d'autres qu'à toi-même!<br />
+Je suis donc un larcin indigne de tes mains<a name="FNanchor_825" id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">[825]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Quand vous aurez appris le fond de mes desseins,<br />
+Vous n'attribuerez plus, voyant mon innocence,<span class="dalign">1065</span><br />
+A peu d'affection l'effet de ma prudence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Pour ôter tout soupçon et tromper ton rival,<br />
+Tu diras qu'il falloit te montrer dans le bal.<br />
+Foible ruse!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">279</a></span>
+<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Ajoutez et vaine, et sans adresse,</span><br />
+Puisque je ne pouvois démentir ma promesse.<span class="dalign">1070</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Quel étoit donc ton but?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">D'attendre ici le bruit</span><a name="FNanchor_826" id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">[826]</a><br />
+Que les premiers soupçons auront bientôt produit,<br />
+Et d'un autre côté me jetant à la fuite,<br />
+Divertir de vos pas leur plus chaude poursuite.</p>
+
+<p><span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <span class="font90">en pleurant</span><a name="FNanchor_827" id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">[827]</a>.></p>
+
+<p>Mais enfin, Alidor, tes gens se sont mépris?<span class="dalign">1075</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Dans ce coup de malheur, et confus, et surpris,<br />
+Je vois tous mes desseins succéder à ma honte;<br />
+Mais il me faut donner quelque ordre à ce méconte<a name="FNanchor_828" id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">[828]</a>;<br />
+Permettez....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Cependant, à qui me laisses-tu?</span><br />
+Tu frustres donc mes v&oelig;ux de l'espoir qu'ils ont eu,<span class="dalign">1080</span><br />
+Et ton manque d'amour, de mes malheurs complice,<br />
+M'abandonnant ici, me livre à mon supplice!<br />
+L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux abois<a name="FNanchor_829" id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">[829]</a>!)<br />
+D'un amant odieux me va soumettre aux lois;<br />
+Et tu peux m'exposer à cette tyrannie!<span class="dalign">1085</span><br />
+De l'erreur de tes gens je me verrai punie!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">280</a></span>
+<span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Nous préserve le ciel d'un pareil désespoir<a name="FNanchor_830" id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">[830]</a>!<br />
+Mais votre éloignement n'est plus en mon pouvoir.<br />
+J'en ai manqué le coup; et, ce que je regrette,<br />
+Mon carrosse est parti, mes gens ont fait retraite.<span class="dalign">1090</span><br />
+A Paris, et de nuit, une telle beauté,<br />
+Suivant un homme seul, est mal en sûreté:<br />
+Doraste, ou par malheur quelque rencontre pire<a name="FNanchor_831" id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">[831]</a>,<br />
+Me pourroit arracher le trésor où j'aspire:<br />
+Évitons ces périls en différant d'un jour.<span class="dalign">1095</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Tu manques de courage aussi bien que d'amour,<br />
+Et tu me fais trop voir par ta bizarrerie<a name="FNanchor_832" id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">[832]</a><br />
+Le chimérique effet de ta poltronnerie.<br />
+Alidor (quel amant!) n'ose me posséder.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Un bien si précieux se doit-il hasarder?<span class="dalign">1100</span><br />
+Et ne pouvez-vous point d'une seule journée<br />
+Retarder le malheur de ce triste hyménée<a name="FNanchor_833" id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">[833]</a>?<br />
+Peut-être le désordre et la confusion<br />
+Qui naîtront dans le bal de cette occasion<br />
+Le remettront pour vous; et l'autre nuit, je jure....<span class="dalign">1105</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Que tu seras encore ou timide ou parjure.<br />
+Quand tu m'as résolue à tes intentions,<br />
+Lâche, t'ai-je opposé tant de précautions<a name="FNanchor_834" id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">[834]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">281</a></span><br />
+Tu m'adores, dis-tu? tu le fais bien paroître,<br />
+Rejetant mon bonheur ainsi sur un peut-être.<span class="dalign">1110</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Quoi qu'ose mon amour appréhender pour vous,<br />
+Puisque vous le voulez, fuyons, je m'y résous;<br />
+Et malgré ces périls.... Mais on ouvre la porte:<br />
+C'est Doraste qui sort, et nous suit à main-forte.</p>
+
+<p class="font90 center">(Alidor s'échappe, et Angélique le veut suivre, mais Doraste l'arrête.)</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE, DORASTE, LYCANTE,
+<span class="smcap">TROUPE D'AMIS</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Quoi! ne m'attendre pas? c'est trop me dédaigner;<span class="dalign">1115</span><br />
+Je ne viens qu'à dessein de vous accompagner;<br />
+Car vous n'entreprenez si matin ce voyage<br />
+Que pour vous préparer à notre mariage.<br />
+Encor que vous partiez beaucoup devant le jour,<br />
+Vous ne serez jamais assez tôt de retour;<span class="dalign">1120</span><br />
+Vous vous éloignez trop, vu que l'heure nous presse.<br />
+Infidèle! est-ce là me tenir ta promesse?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! c'est te trahir. Penses-tu que mon feu<br />
+D'un généreux dessein te fasse un désaveu?<br />
+Je t'acquis par dépit et perdrois avec joie.<span class="dalign">1125</span><br />
+Mon désespoir à tous m'abandonnoit en proie,<br />
+Et lorsque d'Alidor je me vis outrager,<br />
+Je fis armes de tout afin de me venger.<span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">282</a></span><br />
+Tu t'offris par hasard, je t'acceptai de rage;<br />
+Je te donnai son bien, et non pas mon courage.<span class="dalign">1130</span><br />
+Ce change à mon courroux jetoit un faux appas<a name="FNanchor_835" id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">[835]</a>;<br />
+Je le nommois sa peine, et c'étoit mon trépas:<br />
+Je prenois pour vengeance une telle injustice,<br />
+Et dessous ses couleurs j'adorois mon supplice.<br />
+Aveugle que j'étois! mon peu de jugement<span class="dalign">1135</span><br />
+Ne se laissoit guider qu'à mon ressentiment.<br />
+Mais depuis, Alidor m'a fait voir que son âme,<br />
+En feignant un mépris, n'avoit pas moins de flamme.<br />
+Il a repris mon c&oelig;ur en me rendant les yeux;<br />
+Et soudain mon amour m'a fait haïr ces lieux.<span class="dalign">1140</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Tu suivois Alidor!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Ta funeste arrivée,</span><br />
+En arrêtant mes pas, de ce bien m'a privée;<br />
+Mais si....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<span class="i5">Tu le suivois!</span>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Oui: fais tous tes efforts;</span><br />
+Lui seul aura mon c&oelig;ur, tu n'auras que le corps.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Impudente, effrontée autant comme traîtresse,<span class="dalign">1145</span><br />
+De ce cher Alidor tiens-tu cette promesse?<br />
+Est-elle de sa main, parjure? De bon c&oelig;ur<br />
+J'aurois cédé ma place à ce premier vainqueur;<br />
+Mais suivre un inconnu! me quitter pour Cléandre!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Pour Cléandre!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">283</a></span>
+<span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">J'ai tort: je tâche à te surprendre.</span><span class="dalign">1150</span><br />
+Vois ce qu'en te cherchant m'a donné le hasard;<br />
+C'est ce que dans ta chambre a laissé ton départ:<br />
+C'est là qu'au lieu de toi j'ai trouvé sur ta table<br />
+De ta fidélité la preuve indubitable.<br />
+Lis, mais ne rougis point, et me soutiens encor<span class="dalign">1155</span><br />
+Que tu ne fuis ces lieux que pour suivre Alidor.</p>
+
+<span class="smcap">BILLET DE CLÉANDRE A ANGÉLIQUE<a name="FNanchor_836" id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">[836]</a>.</span>
+
+<p><span class="i3"><i>Angélique, reçois ce gage</i></span><br />
+<span class="i3"><i>De la foi que je te promets,</i></span><br />
+<span class="i3"><i>Qu'un prompt et sacré mariage</i></span><br />
+<span class="i3"><i>Unira nos jours désormais.</i></span><span class="dalign">1160</span><br />
+<span class="i3"><i>Quittons ces lieux, chère maîtresse;</i></span><br />
+<i>Rien ne peut que ta fuite assurer mon bonheur;</i><br />
+<span class="i3"><i>Mais laisse aux tiens cette promesse</i></span><br />
+<span class="i3"><i>Pour sûreté de ton honneur,</i></span><br />
+<span class="i3"><i>Afin qu'ils en puissent apprendre</i></span><span class="dalign">1165</span><br />
+<i>Que tu suis ton mari lorsque tu suis Cléandre.</i><br />
+<span class="smcap i16">Cléandre.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Que je suis mon mari lorsque je suis Cléandre?<br />
+Alidor est perfide, ou Doraste imposteur.<br />
+Je vois la trahison, et doute de l'auteur.<br />
+Mais, pour m'en éclaircir, ce billet doit suffire<a name="FNanchor_837" id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">[837]</a>;<span class="dalign">1170</span><br />
+Je le pris d'Alidor, et le pris sans le lire;<br />
+Et puisqu'à m'enlever son bras se refusoit,<br />
+Il ne prétendoit rien au larcin qu'il faisoit.<br />
+Le traître! J'étois donc destinée à Cléandre!<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_284" id="Page_284">284</a></span>
+Hélas! mais qu'à propos le ciel l'a fait méprendre,<span class="dalign">1175</span><br />
+Et ne consentant point à ses lâches desseins,<br />
+Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains<a name="FNanchor_838" id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">[838]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Que parles-tu d'une autre en ta place ravie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie<a name="FNanchor_839" id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">[839]</a>,<br />
+Et ceux qui m'attendoient dans l'ombre de la nuit....<span class="dalign">1180</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>C'en est assez, mes yeux du reste m'ont instruit:<br />
+Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée;<br />
+Après toi de la salle elle s'est dérobée.<br />
+J'arrête une maîtresse, et je perds une s&oelig;ur;<br />
+Mais allons promptement après le ravisseur.<span class="dalign">1185</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ANGÉLIQUE.</h4>
+
+<p>Dure condition de mon malheur extrême!<br />
+Si j'aime, on me trahit; je trahis, si l'on m'aime.<br />
+Qu'accuserai-je ici d'Alidor ou de moi?<br />
+Nous manquons l'un et l'autre également de foi.<br />
+Si j'ose l'appeler lâche, traître, parjure,<span class="dalign">1190</span><br />
+Ma rougeur aussitôt prendra part à l'injure;<br />
+Et les mêmes couleurs qui peindront ses forfaits<br />
+Des miens en même temps exprimeront les traits.<br />
+Mais quel aveuglement nos deux crimes égale,<span class="pagenum"><a name="Page_285" id="Page_285">285</a></span><br />
+Puisque c'est pour lui seul que je suis déloyale?<span class="dalign">1195</span><br />
+L'amour m'a fait trahir (qui n'en trahiroit pas?),<br />
+Et la trahison seule a pour lui des appas.<br />
+Son crime est sans excuse, et le mien pardonnable:<br />
+Il est deux fois, que dis-je? il est le seul coupable<a name="FNanchor_840" id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">[840]</a>;<br />
+Il m'a prescrit la loi, je n'ai fait qu'obéir;<span class="dalign">1200</span><br />
+Il me trahit lui-même, et me force à trahir.<br />
+<span class="i1">Déplorable Angélique, en malheurs sans seconde,</span><br />
+Que veux-tu désormais, que peux-tu faire au monde<a name="FNanchor_841" id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">[841]</a>,<br />
+Si ton ardeur sincère et ton peu de beauté<br />
+N'ont pu te garantir d'une déloyauté?<span class="dalign">1205</span><br />
+Doraste tient ta foi; mais si ta perfidie<br />
+A jusqu'à te quitter son âme refroidie,<br />
+Suis, suis dorénavant de plus saines raisons,<br />
+Et sans plus t'exposer à tant de trahisons<a name="FNanchor_842" id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">[842]</a>,<br />
+Puisque de ton amour on fait si peu de conte,<span class="dalign">1210</span><br />
+Va cacher dans un cloître et tes pleurs et ta honte<a name="FNanchor_843" id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">[843]</a>.</p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</small></b></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_286" id="Page_286">286</a></span></p>
+
+<h2>ACTE V.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉANDRE, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Accordez-moi ma grâce avant qu'entrer chez vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Vous voulez donc enfin d'un bien commun à tous?<br />
+Craignez-vous qu'à vos feux ma flamme ne réponde?<br />
+Et puis-je vous haïr, si j'aime tout le monde<a name="FNanchor_844" id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">[844]</a>?<span class="dalign">1215</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Votre bel esprit raille, et pour moi seul cruel,<br />
+Du rang de vos amants sépare un criminel:<br />
+Toutefois mon amour n'est pas moins légitime,<br />
+Et mon erreur du moins me rend vers vous sans crime.<br />
+Soyez, quoi qu'il en soit, d'un naturel plus doux:<span class="dalign">1220</span><br />
+L'amour a pris le soin de me punir pour vous;<br />
+Les traits que cette nuit il trempoit de vos larmes<a name="FNanchor_845" id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">[845]</a><br />
+Ont triomphé d'un c&oelig;ur invincible à vos charmes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Puisque vous ne m'aimez que par punition,<br />
+Vous m'obligez fort peu de cette affection.<span class="dalign">1225</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Après votre beauté sans raison négligée,<br />
+Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">287</a></span>
+Avez-vous jamais vu dessein plus renversé?<br />
+Quand j'ai la force en main, je me trouve forcé;<br />
+Je crois prendre une fille, et suis pris par une autre<a name="FNanchor_846" id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">[846]</a>;<br />
+J'ai tout pouvoir sur vous, et me remets au vôtre;<br />
+Angélique me perd, quand je crois l'acquérir;<br />
+Je gagne un nouveau mal, quand je pense guérir.<br />
+Dans un enlèvement je hais la violence;<br />
+Je suis respectueux après cette insolence;<span class="dalign">1235</span><br />
+Je commets un forfait, et n'en saurois user;<br />
+Je ne suis criminel que pour m'en accuser.<br />
+Je m'expose à ma peine, et négligeant ma fuite<a name="FNanchor_847" id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">[847]</a>,<br />
+Aux vôtres offensés j'épargne la poursuite<a name="FNanchor_848" id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">[848]</a>.<br />
+Ce que j'ai pu ravir, je viens le demander;<span class="dalign">1240</span><br />
+Et pour vous devoir tout, je veux tout hasarder.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue<a name="FNanchor_849" id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">[849]</a>;<br />
+Et si mes propres yeux vous donnent dans la vue,<br />
+Si votre propre c&oelig;ur soupire après ma main,<br />
+Vous courez grand hasard de soupirer en vain.<span class="dalign">1245</span><span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">288</a></span><br />
+<span class="i1">Toutefois après tout, mon humeur est si bonne</span><br />
+Que je ne puis jamais désespérer personne.<br />
+Sachez que mes desirs, toujours indifférents,<br />
+Iront sans résistance au gré de mes parents;<br />
+Leur choix sera le mien: c'est vous parler sans feinte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Je vois de leur côté mêmes sujets de crainte:<br />
+Si vous me refusez, m'écouteront-ils mieux<a name="FNanchor_850" id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">[850]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Le monde vous croit riche, et mes parents sont vieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Puis-je sur cet espoir....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<span class="i10">C'est assez vous en dire<a name="FNanchor_851" id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">[851]</a>.</span>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR, CLÉANDRE, PHYLIS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Cléandre a-t-il enfin ce que son c&oelig;ur desire?<span class="dalign">1255</span><br />
+Et ses amours, changés par un heureux hasard,<br />
+De celui de Phylis ont-ils pris quelque part?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Cette nuit tu l'as vue en un mépris extrême,<br />
+Et maintenant, ami, c'est encore elle-même:<br />
+Son orgueil se redouble étant en liberté,<span class="dalign">1260</span><br />
+Et devient plus hardi d'agir en sûreté.<br />
+J'espère toutefois, à quelque point qu'il monte,<br />
+Qu'à la fin....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Cependant que vous lui rendrez conte,</span><span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">289</a></span><br />
+Je vais voir mes parents, que ce coup de malheur<br />
+A mon occasion accable de douleur.<span class="dalign">1265</span><br />
+Je n'ai tardé que trop à les tirer de peine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR</span>, <span class="font90">retenant Cléandre qui la veut suivre<a name="FNanchor_852" id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">[852]</a>.</span></p>
+
+<p>Est-ce donc tout de bon qu'elle t'est inhumaine?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Il la faut suivre. Adieu. Je te puis assurer<br />
+Que je n'ai pas sujet de me désespérer.<br />
+Va voir ton Angélique, et la compte pour tienne,<span class="dalign">1270</span><br />
+Si tu la vois d'humeur qui ressemble à la sienne<a name="FNanchor_853" id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">[853]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Tu me la rends enfin?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Doraste tient sa foi;</span><br />
+Tu possèdes son c&oelig;ur: qu'auroit-elle pour moi?<br />
+Quelques<a name="FNanchor_854" id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">[854]</a> charmants appas qui soient sur son visage,<br />
+Je n'y saurois avoir qu'un fort mauvais partage:<span class="dalign">1275</span><br />
+Peut-être elle croiroit qu'il lui seroit permis<br />
+De ne me rien garder, ne m'ayant rien promis;<br />
+Il vaut mieux que ma flamme à son tour te la cède<a name="FNanchor_855" id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">[855]</a>.<br />
+Mais derechef, adieu.</p>
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR</h4>
+
+<p><span class="i9">Ainsi tout me succède<a name="FNanchor_856" id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">[856]</a>;</span><br />
+Ses plus ardents desirs se règlent sur mes v&oelig;ux:<span class="dalign">1280</span><br />
+Il accepte Angélique, et la rend quand je veux.<span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">290</a></span><br />
+Quand je tâche à la perdre, il meurt de m'en défaire;<br />
+Quand je l'aime, elle cesse aussitôt de lui plaire.<br />
+Mon c&oelig;ur prêt à guérir, le sien se trouve atteint;<br />
+Et mon feu rallumé, le sien se trouve éteint:<span class="dalign">1285</span><br />
+Il aime quand je quitte, il quitte alors que j'aime;<br />
+Et sans être rivaux, nous aimons en lieu même.<br />
+C'en est fait, Angélique, et je ne saurois plus<br />
+Rendre contre tes yeux des combats superflus.<br />
+De ton affection cette preuve dernière<span class="dalign">1290</span><br />
+Reprend sur tous mes sens une puissance entière.<br />
+Les ombres de la nuit m'ont redonné le jour<a name="FNanchor_857" id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">[857]</a>:<br />
+Que j'eus de perfidie, et que je vis d'amour!<br />
+Quand je sus que Cléandre avoit manqué sa proie,<br />
+Que j'en eus de regret, et que j'en ai de joie!<span class="dalign">1295</span><br />
+Plus je t'étois ingrat, plus tu me chérissois;<br />
+Et ton ardeur croissoit plus je te trahissois.<br />
+Aussi j'en fus honteux, et confus dans mon âme,<br />
+La honte et le remords rallumèrent ma flamme.<br />
+Que l'amour pour nous vaincre a de chemins divers!<br />
+Et que malaisément on rompt de si beaux fers!<br />
+C'est en vain qu'on résiste aux traits d'un beau visage;<br />
+En vain, à son pouvoir refusant son courage,<br />
+On veut éteindre un feu par ses yeux allumé,<br />
+Et ne le point aimer quand on s'en voit aimé:<span class="dalign">1305</span><br />
+Sous ce dernier appas l'amour a trop de force;<br />
+Il jette dans nos c&oelig;urs une trop douce amorce,<br />
+Et ce tyran secret de nos affections<br />
+Saisit trop puissamment nos inclinations.<br />
+Aussi ma liberté n'a plus rien qui me flatte;<span class="dalign">1310</span><br />
+Le grand soin que j'en eus partoit d'une âme ingrate;<br />
+Et mes desseins, d'accord avecque mes desirs,<br />
+A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs<a name="FNanchor_858" id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">[858]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">291</a></span><br />
+Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie<br />
+Pour croire qu'on me souffre après ma perfidie?<span class="dalign">1315</span><br />
+Quelque secret instinct, à mon bonheur fatal,<br />
+Ne la porte-t-il point à me vouloir du mal<a name="FNanchor_859" id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">[859]</a>?<br />
+Que de mes trahisons elle seroit vengée,<br />
+Si, comme mon humeur, la sienne étoit changée!<br />
+Mais qui la changeroit, puisqu'elle ignore encor<span class="dalign">1320</span><br />
+Tous les lâches complots du rebelle Alidor?<br />
+Que dis-je, malheureux? ah! c'est trop me méprendre<a name="FNanchor_860" id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">[860]</a>,<br />
+Elle en a trop appris du billet de Cléandre:<br />
+Son nom au lieu du mien en ce papier souscrit<br />
+Ne lui montre que trop le fond de mon esprit.<span class="dalign">1325</span><br />
+Sur ma foi toutefois elle le prit sans lire;<br />
+Et si le ciel vengeur contre moi ne conspire<a name="FNanchor_861" id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">[861]</a>,<br />
+Elle s'y fie assez pour n'en avoir rien lu.<br />
+Entrons, quoi qu'il en soit, d'un esprit résolu<a name="FNanchor_862" id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">[862]</a>;<br />
+Dérobons à ses yeux le témoin de mon crime;<span class="dalign">1330</span><br />
+Et si pour l'avoir lu sa colère s'anime<a name="FNanchor_863" id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">[863]</a>,<br />
+Et qu'elle veuille user d'une juste rigueur,<br />
+Nous savons les moyens de regagner son c&oelig;ur<a name="FNanchor_864" id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">[864]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">292</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORASTE, LYCANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Ne sollicite plus mon âme refroidie:<br />
+Je méprise Angélique après sa perfidie;<span class="dalign">1335</span><br />
+Mon c&oelig;ur s'est révolté contre ses lâches traits,<br />
+Et qui n'a point de foi n'a point pour moi d'attraits.<br />
+Veux-tu qu'on me trahisse, et que mon amour dure?<br />
+J'ai souffert sa rigueur, mais je hais son parjure,<br />
+Et tiens sa trahison indigne à l'avenir<span class="dalign">1340</span><br />
+D'occuper aucun lieu dedans mon souvenir.<br />
+Qu'Alidor la possède; il est traître comme elle:<br />
+Jamais pour ce sujet nous n'aurons de querelle.<br />
+Pourrois-je avec raison lui vouloir quelque mal<a name="FNanchor_865" id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">[865]</a><br />
+De m'avoir délivré d'un esprit déloyal?<span class="dalign">1345</span><br />
+Ma colère l'épargne, et n'en veut qu'à Cléandre:<br />
+Il verra que son pire étoit de se méprendre;<br />
+Et si je puis jamais trouver ce ravisseur,<br />
+Il me rendra soudain et la vie et ma s&oelig;ur<a name="FNanchor_866" id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">[866]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">293</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p>
+
+<p>Faites mieux: puisqu'à peine elle pourroit prétendre<br />
+Une fortune égale à celle de Cléandre,<br />
+En faveur de ses biens calmez votre courroux,<br />
+Et de son ravisseur faites-en son époux.<br />
+Bien qu'il eût fait dessein sur une autre personne,<br />
+Faites-lui retenir ce qu'un hasard lui donne:<span class="dalign">1355</span><br />
+Je crois que cet hymen pour satisfaction<br />
+Plaira mieux à Phylis que sa punition.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Nous consultons en vain, ma poursuite étant vaine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p>
+
+<p>Nous le rencontrerons, n'en soyez point en peine:<br />
+Où que soit sa retraite, il n'est pas toujours nuit;<span class="dalign">1360</span><br />
+Et ce qu'un jour nous cache, un autre le produit.<br />
+Mais, Dieux! voilà Phylis qu'il a déjà rendue.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORASTE, PHYLIS, LYCANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Ma s&oelig;ur, je te retrouve après t'avoir perdue<a name="FNanchor_867" id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">[867]</a>!<br />
+Et de grâce, quel lieu me cache le voleur<a name="FNanchor_868" id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">[868]</a><br />
+Qui, pour s'être mépris, a causé ton malheur?<span class="dalign">1365</span><br />
+Que son trépas....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Tout beau; peut-être ta colère,</span><br />
+Au lieu de ton rival, en veut à ton beau-frère<a name="FNanchor_869" id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">[869]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">294</a></span><br />
+En un mot, tu sauras qu'en cet enlèvement<br />
+Mes larmes m'ont acquis Cléandre pour amant:<br />
+Son c&oelig;ur m'est demeuré pour peine de son crime,<span class="dalign">1370</span><br />
+Et veut changer un rapt en amour légitime<a name="FNanchor_870" id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">[870]</a>.<br />
+Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents,<br />
+Et s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends:<br />
+Non, à dire le vrai, que son objet me tente<a name="FNanchor_871" id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">[871]</a>,<br />
+Mais mon père content, je dois être contente.<span class="dalign">1375</span><br />
+Tandis, par la fenêtre ayant vu ton retour,<br />
+Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour,<br />
+Pour te tirer de peine et rompre ta colère.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Crois-tu que cet hymen puisse me satisfaire?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Si tu n'es ennemi de mes contentements,<span class="dalign">1380</span><br />
+Ne prends mes intérêts que dans mes sentiments<a name="FNanchor_872" id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">[872]</a>;<br />
+Ne fais point le mauvais, si je ne suis mauvaise,<br />
+Et ne condamne rien à moins qu'il me déplaise<a name="FNanchor_873" id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">[873]</a>.<br />
+En cette occasion, si tu me veux du bien,<br />
+C'est à toi de régler ton esprit sur le mien<a name="FNanchor_874" id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">[874]</a>.<span class="dalign">1385</span><br />
+Je respecte mon père, et le tiens assez sage<br />
+Pour ne résoudre rien à mon désavantage.<br />
+Si Cléandre le gagne, et m'en peut obtenir,<br />
+Je crois de mon devoir....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYCANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Je l'aperçois venir.</span><br />
+Résolvez-vous, Monsieur, à ce qu'elle desire.<span class="dalign">1390</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">295</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">DORASTE, CLÉANDRE, PHYLIS, LYCANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE.</span></p>
+
+<p>Si vous n'êtes d'humeur, Madame, à vous dédire<a name="FNanchor_875" id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">[875]</a>,<br />
+Tout me rit désormais, j'ai leur consentement.<br />
+Mais excusez, Monsieur, le transport d'un amant;<br />
+Et souffrez qu'un rival, confus de son offense,<br />
+Pour en perdre le nom entre en votre alliance.<span class="dalign">1395</span><br />
+Ne me refusez point un oubli du passé;<br />
+Et son ressouvenir à jamais effacé,<br />
+Bannissant toute aigreur<a name="FNanchor_876" id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">[876]</a>, recevez un beau-frère<br />
+Que votre s&oelig;ur accepte après l'aveu d'un père.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Quand j'aurois sur ce point des avis différents,<span class="dalign">1400</span><br />
+Je ne puis contredire au choix de mes parents;<br />
+Mais outre leur pouvoir, votre âme généreuse,<br />
+Et ce franc procédé qui rend ma s&oelig;ur heureuse,<br />
+Vous acquièrent les biens qu'ils vous ont accordés,<br />
+Et me font souhaiter ce que vous demandez.<span class="dalign">1405</span><br />
+Vous m'avez obligé de m'ôter Angélique;<br />
+Rien de ce qui la touche à présent ne me pique:<br />
+Je n'y prends plus de part, après sa trahison.<br />
+Je l'aimai par malheur, et la hais par raison.<br />
+Mais la voici qui vient, de son amant suivie.<span class="dalign">1410</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">296</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4>ALIDOR, ANGÉLIQUE, DORASTE, CLÉANDRE,
+PHYLIS, LYCANTE<a name="FNanchor_877" id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">[877]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Ne m'importune plus, infidèle. Ah! ma s&oelig;ur!<br />
+Comme as-tu pu sitôt tromper ton ravisseur?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p>
+
+<p>Il n'en a plus le nom, et son feu légitime,<br />
+Autorisé des miens, en efface le crime;<span class="dalign">1415</span><br />
+Le hasard me le donne, et changeant ses desseins,<br />
+Il m'a mise en son c&oelig;ur aussi bien qu'en ses mains.<br />
+Son erreur fut soudain de son amour suivie;<br />
+Et je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie.<br />
+Jusque-là tes beautés ont possédé ses v&oelig;ux;<span class="dalign">1420</span><br />
+Mais l'amour d'Alidor faisoit taire ses feux.<br />
+De peur de l'offenser te cachant son martyre,<br />
+Il me venoit conter ce qu'il ne t'osoit dire;<br />
+Mais nous changeons de sort par cet enlèvement<a name="FNanchor_878" id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">[878]</a>:<br />
+Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant<a name="FNanchor_879" id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">[879]</a>.<span class="dalign">1425</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p>
+
+<p>Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console,<br />
+Puisque avec Alidor je lui rends sa parole<a name="FNanchor_880" id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">[880]</a>.</p>
+
+<p class="font90 center">(A Angélique.)</p>
+
+<p><span class="i1">Satisfaites sans crainte à vos intentions:</span><br />
+Je ne mets plus d'obstacle à vos affections.<br />
+Si vous faussez déjà la parole donnée,<span class="dalign">1430</span><span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">297</a></span><br />
+Que ne feriez-vous<a name="FNanchor_881" id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor">[881]</a> point après notre hyménée?<br />
+Pour moi, malaisément on me trompe deux fois:<br />
+Vous l'aimez, j'y consens, et lui cède mes droits<a name="FNanchor_882" id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor">[882]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Puisque vous me pouvez accepter sans parjure,<br />
+Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure<a name="FNanchor_883" id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor">[883]</a>?<span class="dalign">1435</span><br />
+Vos yeux sont-ils changés, vos feux sont-ils éteints?<br />
+Et quand mon amour<a name="FNanchor_884" id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor">[884]</a> croît, produit-il vos dédains?<br />
+Voulez-vous....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Déloyal, cesse de me poursuivre:</span><br />
+Si je t'aime jamais, je veux cesser de vivre.<br />
+Quel espoir mal conçu te rapproche de moi?<span class="dalign">1440</span><br />
+Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE.</span></p>
+
+<p>Quoi! le bannissez-vous parce qu'il vous ressemble?<br />
+Cette union d'humeurs vous doit unir ensemble.<br />
+Pour ce manque de foi c'est trop le rejeter:<br />
+Il ne l'a pratiqué que pour vous imiter.<span class="dalign">1445</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Cessez de reprocher à mon âme troublée<br />
+La faute où la porta son ardeur aveuglée.<br />
+Vous seul avez ma foi, vous seul à l'avenir<br />
+Pouvez à votre gré me la faire tenir:<br />
+Si toutefois, après ce que j'ai pu commettre,<span class="dalign">1450</span><br />
+Vous me pouvez haïr jusqu'à me la remettre,<br />
+Un cloître désormais bornera mes desseins;<br />
+C'est là que je prendrai des mouvements plus sains<a name="FNanchor_885" id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor">[885]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">298</a></span><br />
+C'est là que, loin du monde et de sa vaine pompe,<br />
+Je n'aurai qui tromper, non plus que qui me trompe.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span></p>
+
+<p>Mon souci!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Tes soucis doivent tourner ailleurs.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p>
+
+<p>De grâce, prends pour lui des sentiments meilleurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p>
+
+<p>Nous leur nuisons, ma s&oelig;ur; hors de notre présence<br />
+Elle se porteroit à plus de complaisance:<br />
+L'amour seul, assez fort pour la persuader,<span class="dalign">1460</span><br />
+Ne veut point d'autre tiers à les raccommoder<a name="FNanchor_886" id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor">[886]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE</span>, <span class="font90">à Doraste.</span></p>
+
+<p>Mon amour, ennuyé des yeux de tant de monde,<br />
+Adore la raison où votre avis se fonde.<br />
+Adieu, belle Angélique, adieu: c'est justement<br />
+Que votre ravisseur vous cède à votre amant.<span class="dalign">1465</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORASTE</span>, <span class="font90">à Angélique.</span></p>
+
+<p>Je vous eus par dépit, lui seul il vous mérite:<br />
+Ne lui refusez point ma part que je lui quitte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p>Si tu t'aimes, ma s&oelig;ur, fais-en autant que moi<a name="FNanchor_887" id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor">[887]</a>,<br />
+Et laisse à tes parents à disposer de toi.<br />
+Ce sont des jugements imparfaits que les nôtres:<span class="dalign">1470</span><br />
+Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres,<br />
+Qui pour avoir un peu moins de solidité,<br />
+N'accommodent que mieux notre instabilité<a name="FNanchor_888" id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor">[888]</a>.<br />
+Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte;<br />
+Mais un dépit d'amour n'en est pas bien la porte,<span class="dalign">1475</span><span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">299</a></span><br />
+Et l'on court grand hasard d'un cuisant repentir<br />
+De se voir en prison sans espoir d'en sortir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉANDRE</span>, <span class="font90">à Phylis.</span></p>
+
+<p>N'achèverez-vous point?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PHYLIS.</span></p>
+
+<p><span class="i10">J'ai fait, et vous vais suivre.</span><br />
+Adieu: par mon exemple apprends comme il faut vivre,<br />
+Et prends pour Alidor un naturel plus doux.<span class="dalign">1480</span></p>
+
+<p class="font90">(Cléandre, Doraste, Phylis et Lycante rentrent.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ANGÉLIQUE.</span></p>
+
+<p>Rien ne rompra le coup à quoi je me résous:<br />
+Je me veux exempter de ce honteux commerce<br />
+Où la déloyauté si pleinement s'exerce;<br />
+Un cloître est désormais l'objet de mes desirs:<br />
+L'âme ne goûte point ailleurs de vrais plaisirs.<span class="dalign">1485</span><br />
+Ma foi qu'avoit Doraste engageoit ma franchise;<br />
+Et je ne vois plus rien, puisqu'il me l'a remise,<br />
+Qui me retienne au monde, ou m'arrête en ce lieu:<br />
+Cherche une autre à trahir; et pour jamais, adieu<a name="FNanchor_889" id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor">[889]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALIDOR<a name="FNanchor_890" id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor">[890]</a>.</h4>
+
+<p>Que par cette retraite elle me favorise!<span class="dalign">1490</span><br />
+Alors que mes desseins cèdent à mes amours,<br />
+Et qu'ils ne sauroient plus défendre ma franchise,<br />
+Sa haine et ses refus viennent à leur secours.</p>
+
+<p>J'avois beau la trahir, une secrète amorce<br />
+Rallumoit dans mon c&oelig;ur l'amour par la pitié:<span class="dalign">1495</span><span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">300</a></span><br />
+Mes feux en recevoient une nouvelle force,<br />
+Et toujours leur ardeur en croissoit de moitié.</p>
+
+<p>Ce que cherchoit par là mon âme peu rusée,<br />
+De contraires moyens me l'ont fait obtenir:<br />
+Je suis libre à présent qu'elle est désabusée,<span class="dalign">1500</span><br />
+Et je ne l'abusois que pour le devenir.</p>
+
+<p>Impuissant ennemi de mon indifférence,<br />
+Je brave, vain Amour, ton débile pouvoir:<br />
+Ta force ne venoit que de mon espérance,<br />
+Et c'est ce qu'aujourd'hui m'ôte son désespoir.<span class="dalign">1505</span></p>
+
+<p>Je cesse d'espérer et commence de vivre;<br />
+Je vis dorénavant, puisque je vis à moi;<br />
+Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre,<br />
+C'est de moi seulement que je prendrai la loi.</p>
+
+<p>Beautés, ne pensez point à rallumer ma flamme<a name="FNanchor_891" id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor">[891]</a>:<span class="dalign">1510</span><br />
+Vos regards ne sauroient asservir ma raison;<br />
+Et ce sera beaucoup emporté sur mon âme,<br />
+S'ils me font curieux d'apprendre votre nom.</p>
+
+<p>Nous feindrons toutefois, pour nous donner carrière,<br />
+Et pour mieux déguiser nous en prendrons un peu,<span class="dalign">1515</span><br />
+Mais nous saurons toujours rebrousser en arrière,<br />
+Et quand il nous plaira nous retirer du jeu.</p>
+
+<p>Cependant Angélique enfermant dans un cloître<br />
+Ses yeux dont nous craignions la fatale clarté,<br />
+Les murs qui garderont ces tyrans de paroître<span class="dalign">1520</span><br />
+Serviront de remparts à notre liberté.</p>
+
+<p>Je suis hors de péril qu'après son mariage<a name="FNanchor_892" id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor">[892]</a><br />
+Le bonheur d'un jaloux augmente mon ennui;<span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">301</a></span><br />
+Et ne serai jamais sujet à cette rage<br />
+Qui naît de voir son bien entre les mains d'autrui.<span class="dalign">1525</span></p>
+
+<p>Ravi qu'aucun n'en ait ce que j'ai pu prétendre,<br />
+Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu,<br />
+Comme je la donnois sans regret à Cléandre,<br />
+Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu.</p>
+
+<p class="p2 center"><b><small>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</small></b></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+<a name="Page_302" id="Page_302"></a>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">303</a></span></p>
+
+<p class="center p4"><b>LA</b></p>
+<h2>COMÉDIE DES TUILERIES</h2>
+
+<h3>PAR LES CINQ AUTEURS</h3>
+
+<h4>III<sup>e</sup> ACTE</h4>
+
+<p class="center"><small><b>1635</b></small></p>
+<a name="Page_304" id="Page_304"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">305</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p class="p2">Tout le monde connaît le goût de Richelieu pour le théâtre. Ce
+fut lui qui fournit les sujets de <i>la Comédie des Tuileries</i>, de <i>l'Aveugle
+de Smyrne et de la Grande Pastorale</i>. Les deux premiers de ces ouvrages
+furent seuls imprimés. Les observations que Chapelain présenta
+au Cardinal au sujet du troisième, l'empêchèrent de le faire
+publier.</p>
+
+<p>«Il faisoit, dit Pellisson<a name="FNanchor_893" id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor">[893]</a>, composer les vers de ces pièces, qu'on
+nommoit alors <i>les Pièces des cinq Auteurs</i>, par cinq personnes différentes,
+distribuant à chacun un acte, et achevant par ce moyen une
+comédie en un mois. Ces cinq personnes étoient MM. de Boisrobert,
+Corneille, Colletet, de l'Estoile et Rotrou, auxquels, outre la
+pension ordinaire qu'il leur donnoit, il faisoit quelques libéralités
+considérables, quand ils avoient réussi à son gré. Ainsi M. Colletet
+m'a assuré que lui ayant porté le <i>Monologue des Tuileries</i><a name="FNanchor_894" id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor">[894]</a>, il s'arrêta
+particulièrement sur deux vers de la description du carré d'eau en
+cet endriot:</p>
+
+<p class="left30 font90">La cane s'humecter de la bourbe de l'eau,<br />
+D'une voix enrouée et d'un battement d'aile,<br />
+Animer le canard qui languit auprès d'elle;</p>
+
+<p>et qu'après avoir écouté tout le reste, il lui donna de sa propre main
+cinquante pistoles, avec ces paroles obligeantes, «que c'étoit seulement
+pour ces deux vers qu'il avoit trouvés si beaux, et que le Roi
+n'étoit pas assez riche pour payer tout le reste.» M. Colletet ajoute
+<span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">306</a></span>
+encore une chose assez plaisante. Dans ce passage que je viens de
+rapporter, au lieu de: <i>La cane s'humecter de la bourbe de l'eau</i>, le
+Cardinal voulut lui persuader de mettre: <i>barboter dans la bourbe de
+l'eau</i>. Il s'en défendit, comme trouvant ce mot trop bas; et non
+content de ce qu'il lui en dit sur l'heure, étant de retour à son logis,
+il lui écrivit une lettre sur ce sujet, pour lui en parler peut-être
+avec plus de liberté. Le Cardinal achevoit de la lire, lorsqu'il survint
+quelques-uns de ses courtisans, qui lui firent compliment sur je
+ne sais quel heureux succès des armes du Roi, et lui dirent que rien
+ne pouvoit résister à Son Éminence. «Vous vous trompez, leur répondit-il
+en riant, et je trouve dans Paris même des personnes qui
+me résistent.» Et comme on lui eut demandé quelles étoient donc
+ces personnes si audacieuses: «Colletet, dit-il; car après avoir combattu
+hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas encore, et voilà
+une grande lettre qu'il vient de m'en écrire.» Il faisoit au reste représenter
+ces comédies des cinq auteurs devant le Roi et devant toute
+la cour, avec de très-magnifiques décorations de théâtre. Ces Messieurs
+avoient un banc à part, en un des plus commodes endroits;
+on les nommoit même quelquefois avec éloge, comme on fit à la représentation
+des Tuileries, dans un prologue fait en prose<a name="FNanchor_895" id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor">[895]</a>, où, entre
+autres choses, l'invention du sujet fut attribuée à M. Chapelain, qui
+pourtant n'avoit fait que le réformer en quelques endroits; mais le
+Cardinal le fit prier de lui prêter son nom en cette occasion, ajoutant
+qu'en récompense il lui prêteroit sa bourse en quelque autre.»</p>
+
+<p>A ces renseignements curieux, Voltaire, dans <i>sa Préface historique
+sur le Cid</i>, en ajoute quelques autres, qui nous font connaître la part
+que notre poëte prit à la composition de cette comédie:</p>
+
+<p>«Le Cardinal.... avait arrangé lui-même toutes les scènes (<i>de la
+Comédie des Tuileries</i>). Corneille, plus docile à son génie que souple
+aux volontés d'un premier ministre, crut devoir changer quelque
+chose dans le troisième acte qui lui fut confié. Cette liberté estimable
+fut envenimée par deux de ses confrères, et déplut beaucoup au
+Cardinal, qui lui dit <i>qu'il fallait avoir un esprit de suite</i>. Il entendait
+par esprit de suite la soumission qui suit aveuglément les ordres d'un
+supérieur. Cette anecdote était fort connue chez les derniers princes
+de la maison de Vendôme, petits-fils de César de Vendôme, qui
+avait assisté à la représentation de cette pièce du Cardinal.»</p>
+
+<p>Elle fut jouée devant la Reine, probablement pour la première
+fois, le 4 mars 1635. Voici en quels termes la <i>Gazette</i> du 10 mars
+mentionne cette représentation:</p>
+
+<p>«Le 4, le Roi fit à Seulis l'Ordonnance que je vous ai donnée
+<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">307</a></span>
+dans mon dernier extraordinaire, pour la résidence actuelle des officiers
+de ses troupes, chacun en sa charge, à peine de cassation et
+privation d'icelle.... Le soir du même jour, fut représentée devant
+la Reine, dans l'Arsenal, une comédie dont je ne sais pas encore le
+nom, mais qui a mérité celui d'excellente par la bonté de ses acteurs,
+la majesté de ses vers, composés par cinq fameux poëtes, et la
+merveille de son théâtre.»</p>
+
+<p>Le numéro du 21 avril rend compte d'une autre représentation:</p>
+
+<p>«Le 14, le Cardinal-Duc vint de Ruel ici, où Leurs Majestés se
+rendirent de Saint-Germain le 16, auquel jour Monsieur (<i>Gaston,
+duc d'Orléans</i>) voulut souper en l'hôtel de Son Éminence, et entendre
+la fameuse comédie des cinq auteurs, qui fut dignement représentée.»</p>
+
+<p>Elle ne fut publiée que trois ans plus tard; l'achevé d'imprimer
+est du 19 juin 1638. Voici la reproduction textuelle du titre:</p>
+
+<p><span class="smcap">La Comedie des Tvilleries.</span> <i>Par les cinq Autheurs. A Paris, chez
+Augustin Courbé, imprimeur et libraire de Monseigneur Frère du Roy....</i>
+M.DC.XXXVIII. <i>Auec Priuilege du Roy</i>, in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>On lit dans l'avis <i>Au lecteur</i>: «Cette pièce, Lecteur, a été trop
+bien concertée pour n'être pas dans la justesse requise, et pour ne
+point contenter vos yeux après avoir charmé vos oreilles. Vous savez
+avec quelle magnificence elle a été représentée à la cour, et que ceux
+qui l'ont vue en ont tous admiré la conduite et les décorations de
+théâtre.... Vous saurez au reste qu'elle a été faite par cinq différents
+auteurs qui pour n'être pas nommés ne laissent pas toutefois d'avoir
+beaucoup de nom; et les ouvrages desquels sont assez connus d'ailleurs
+pour vous faire avouer le mérite de celui-ci.»</p>
+
+<p>Cet avis <i>Au lecteur</i> est précédé d'une épître dédicatoire, adressée
+à monseigneur le chevalier d'Igby, et signée de l'académicien Jean
+Baudoin, qui a écrit également l'épître placée en tête de <i>l'Aveugle de
+Smyrne</i>.</p>
+
+<p>Bien que le titre de cette seconde pièce, dont l'achevé d'imprimer
+est du 17 juin 1638, porte, comme celui de <i>la Comédie des Tuileries</i>:
+«par les cinq autheurs,» on lit dans l'avis qui la précède:
+«Vous.... pourrez juger de ce que vaut cet ouvrage, soit par l'excellence
+de sa matière, soit par la forme que lui ont donnée <i>quatre</i> célèbres
+esprits.» Ici les frères Parfait ont imprimé <i>cinq</i>, mais l'édition
+originale porte bien <i>quatre</i>, comme M. Livet l'a fait remarquer le
+premier<a name="FNanchor_896" id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor">[896]</a>. Quel est l'absent? L'avis ne nous le dit pas, mais Voltaire
+nous l'apprend dans sa <i>Préface sur Médée</i>: «Corneille se retira bientôt
+<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">308</a></span>
+de cette société, sous le prétexte des arrangements de sa petite fortune
+qui exigeait sa présence à Rouen.»</p>
+
+<p>Nous avons cru devoir citer tout au long ces divers témoignages
+qui s'éclaircissent et se contrôlent mutuellement. Les conclusions
+qu'on en doit tirer nous paraissent très-claires et très-simples. Corneille
+a versifié le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i>; c'est
+après la représentation de cette pièce qu'il s'est retiré, et il est au
+moins bien vraisemblable qu'il n'a pas eu, comme le dit Voltaire
+dans sa <i>Préface sur le Cid</i>, que nous avons déjà citée, «le malheureux
+avantage de travailler deux ans après à <i>l'Aveugle de Smyrne</i>.»
+Toutefois la société des <i>cinq auteurs</i> réduite à quatre a conservé son
+nom, que l'usage avait consacré.</p>
+
+<p>Si nous n'avions pour admettre la collaboration de Corneille et
+lui attribuer le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i> qu'une assertion
+de Voltaire, dont nous ne connaîtrions pas le fondement,
+nous pourrions hésiter, mais ici Voltaire nous apprend sur quoi sa
+parole s'appuie: il ne fait que rapporter une tradition qui remonte
+à un contemporain de Corneille, à César de Vendôme, qui avait assisté
+aux représentations de l'ouvrage.</p>
+
+<p>Nous pouvons d'ailleurs appeler à notre aide un genre de preuves
+qui a peu d'autorité lorsqu'il est isolé, mais qui en acquiert davantage
+lorsqu'il vient en corroborer d'autres d'une nature différente.</p>
+
+<p>Si l'on examine le troisième acte des <i>Tuileries</i>, on voit immédiatement
+combien il est supérieur à ceux qui le précèdent et à ceux qui
+le suivent, et l'on est frappé du nombre de mots, de tours, familiers
+à Corneille, qu'on y rencontre à chaque instant. De plus, on y
+voit l'esquisse informe, indécise, j'en conviens, mais bien marquée
+pourtant, si je ne me trompe, de certaines pensées, de certaines situations
+qui se trouvent dans les ouvrages postérieurs du poëte, où,
+mieux placées, plus heureusement développées, elles commandent
+notre admiration ou font couler nos larmes.</p>
+
+<p>On connaît ces vers de <i>Rodogune</i> (acte I, scène <span class="smcap">V</span>):</p>
+
+<p class="left30 font90">Il est des n&oelig;uds secrets, il est des sympathies<br />
+Dont par le doux rapport les âmes assorties<br />
+S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer<br />
+Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.</p>
+
+<p>N'avons-nous pas ici la rédaction définitive d'une pensée que nous
+trouvons d'abord dans le troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i>
+(scène <span class="smcap">II</span>, vers 102, p. 314):</p>
+
+<p class="left30 font90">Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:<br />
+Un regard y suffit, et rien ne fait aimer<br />
+Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">309</a></span>
+Cette pensée, nous la rencontrons plus d'une fois dans les pièces
+représentées pendant le long espace de temps qui sépare ces deux
+ouvrages:</p>
+
+<p class="left30 font90">Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer<br />
+Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer.<br />
+<span class="i12">(<i>Médée</i>, acte II, scène </span><span class="smcap">V</span>.)</p>
+
+<p class="left30 font90">Il attache ici-bas avec des sympathies<br />
+Les âmes que son ordre a là-haut assorties<br />
+<span class="i12">(<i>L'Illusion</i>, acte III, scène</span> <span class="smcap">I</span>.)</p>
+
+<p>La même idée revient encore dans <i>la Suite du Menteur</i> (acte IV,
+scène <span class="smcap">I</span>), mais l'expression est un peu différente:</p>
+
+<p class="left30 font90">Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre,<br />
+Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.</p>
+
+<p>Qui ne serait porté à croire, après avoir lu ces divers passages,
+que celui de <i>la Comédie des Tuileries</i> doit être du même auteur que
+les autres?</p>
+
+<p>Malgré la faiblesse du canevas auquel, <i>par esprit de suite</i>, Corneille
+s'est vu contraint de se conformer, il a su semer son acte de scènes
+intéressantes, au moins par la forme. Celle d'Aglante et de Cléonice
+(scène <span class="smcap">VII</span>, p. 333) laisse par endroits pressentir, de bien loin il est
+vrai, l'entrevue de Rodrigue et de Chimène.</p>
+
+<p>On pourrait multiplier les rapprochements de ce genre. Ce sont
+des preuves, nous le savons et l'avons dit, qui à elles seules ne suffisent
+pas; mais ici, nous le répétons également, elles en viennent
+confirmer d'autres, et, pour notre compte, quand nous les pesons
+toutes, nous ne doutons guère que Corneille ne soit l'auteur de ce
+troisième acte de <i>la Comédie des Tuileries</i>. Notre conviction fût-elle
+moindre et nous restât-il quelque incertitude, nous croirions cependant
+devoir lui donner place dans ce volume, aimant mieux nous
+exposer à faire figurer parmi les ouvrages de notre poëte un morceau
+douteux, qu'à en omettre un qui fût vraiment son &oelig;uvre.</p>
+
+<h3 class="p2">ARGUMENT<a name="FNanchor_897" id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor">[897]</a>.</h3>
+
+<p><span class="smcap">Aglante</span>, promis à Cléonice, se rend à Paris pour son mariage.
+A son arrivée, il entre dans une église ou, pour parler son langage,
+<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">310</a></span>
+dans un temple où il invoque les Dieux. Là il rencontre sa future,
+dont il devient tout à coup amoureux sans la connaître. Il fait
+prendre quelques renseignements à son sujet, et on lui rapporte faussement
+qu'elle se nomme Mégate. La jeune fille veut à son tour savoir
+le nom de celui qui s'est si subitement épris d'elle; mais Aglante,
+déguisant aussi le sien, fait dire qu'il s'appelle Philène. Trompés par
+ces faux noms, ils veulent tous deux éviter l'hymen auquel on
+les destine. Cléonice fuit la maison paternelle sous le costume d'une
+jardinière, et va se précipiter dans le carré d'eau, d'où elle est aussitôt
+retirée; Aglante, désespéré, se jette dans la fosse des lions des
+Tuileries qui, par bonheur, ne lui font aucun mal. A la fin tout s'explique,
+et les amants se reconnaissent et s'épousent.</p>
+<hr class="c30" />
+<h4 class="p4">ACTEURS (<span class="smcap">du iii</span><sup>e</sup> <span class="smcap">acte</span>).</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+AGLANTE, gentilhomme françois.<br />
+ARBAZE, oncle d'Aglante.<br />
+ASPHALTE, confident d'Aglante.<br />
+CLÉONICE, suivante.<br />
+ORPHISE, voisine<a name="FNanchor_898" id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor">[898]</a> de Cléonice.<br />
+FLORINE, voisine d'Arbaze.</p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">(La scène est aux Tuileries.)</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">311</a></span></p>
+
+<p class="p4 center"><small><b>LA</b></small></p>
+<h3>COMÉDIE DES TUILERIES.</h3>
+
+<hr class="c5" />
+<h2 class="p4">ACTE III.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ARBAZE.</h4>
+
+<p>C'est doncques dans ces lieux qu'Aglante se promène:<br />
+Asphalte me l'a dit, je n'en suis plus en peine,<br />
+Mais j'ai mal pénétré le sens de ses discours,<br />
+Ou ce jeune insolent a fait d'autres amours.<br />
+Aglante, pris ailleurs, rejette Cléonice;<span class="dalign">5</span><br />
+Le choix que j'en ai fait lui tient lieu de supplice.<br />
+Un autre objet le charme, il me craint, il me fuit,<br />
+Et se laisse emporter au feu qui le séduit;<br />
+Mais j'en sais le remède: une jeune voisine,<br />
+Admirable en adresse et belle autant que fine<a name="FNanchor_899" id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor">[899]</a>,<span class="dalign">10</span><br />
+Que son père, en mourant, laissa dessous ma loi,<br />
+Dans ces beaux promenoirs se doit rendre après moi.<br />
+Ses yeux vont faire essai de leur plus douce force<br />
+A lui jeter du change une insensible amorce,<br />
+Solliciter ses v&oelig;ux, et partager son c&oelig;ur<span class="dalign">15</span><br />
+Avecque les attraits de ce premier vainqueur.<br />
+Entre deux passions son âme balancée<br />
+Ne suivra plus ainsi son ardeur insensée;<br />
+Et la raison alors, reprenant son pouvoir,<span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">312</a></span><br />
+Le rangera peut-être aux termes du devoir.<span class="dalign">20</span><br />
+Rends inutile, Aglante, un si long artifice,<br />
+Ne me résiste point, viens voir ta Cléonice.<br />
+Tout est prêt chez sa mère, et l'on n'attend que toi,<br />
+Pour lui donner ta main et recevoir sa foi.<br />
+Songe avec quel amour, avec quelle tendresse,<span class="dalign">25</span><br />
+De tes plus jeunes ans j'élevai la foiblesse.<br />
+Verrai-je tant de soins payés par un mépris,<br />
+Et ta rébellion en devenir le prix?<br />
+Souffre que la raison soit enfin la plus forte;<br />
+Tâche de mériter l'amour que je te porte.<span class="dalign">30</span><br />
+Mais le voici qui vient: son visage étonné<br />
+M'est un signe bien clair d'un esprit mutiné,<br />
+Et je n'apprends que trop d'une telle surprise<br />
+Qu'une ardeur aveuglée engage sa franchise.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ARBAZE, AGLANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>Aglante, quel dessein vous fait ainsi cacher?<span class="dalign">35</span><br />
+Prenez-vous du plaisir à vous faire chercher?<br />
+D'où venez-vous enfin?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">De ce proche ermitage.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>Et qui vous y menoit?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Ce fatal mariage.</span><br />
+Prêt d'en subir le joug sur la foi de vos yeux,<br />
+J'ai voulu consulter ces truchements des Dieux.<span class="dalign">40</span><br />
+J'ai voulu m'informer de l'apprêt nécessaire<br />
+A finir dignement une si grande affaire;<br />
+Me résoudre avec eux de la difficulté<br />
+Qui me tient, malgré moi, l'esprit inquiété,<br />
+Et soulevant mes sens contre votre puissance,<span class="dalign">45</span><br />
+Mêle un peu d'amertume à mon obéissance;<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">313</a></span><br />
+Promettre à Cléonice un amour éternel<br />
+Sous la sainte rigueur d'un serment solennel,<br />
+Avant que de la voir, avant que de connoître<br />
+Si ses attraits auront de quoi le<a name="FNanchor_900" id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor">[900]</a> faire naître:<span class="dalign">50</span><br />
+Certes, quoi qu'il m'en vienne et de biens et d'honneur,<br />
+C'est bien mettre au hasard mon repos et mon heur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>Quel avis sur ce point vous donnent vos ermites?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Un d'eux tout chargé d'ans et comblé de mérites<br />
+(Plût aux Dieux qu'avec moi vous l'eussiez entendu!<span class="dalign">55</span><br />
+Sans doute à ses raisons vous vous seriez rendu):<br />
+«Mon enfant, m'a-t-il dit, en l'état où vous êtes,<br />
+Ne précipitez rien, voyez ce que vous faites:<br />
+L'hymen n'est pas un n&oelig;ud qui se rompe en un jour,<br />
+C'est un lien sacré, mais un lien d'amour;<span class="dalign">60</span><br />
+Et qu'est-ce que l'amour, qu'une secrète flamme<br />
+Qui pénètre les sens pour entrer dans une âme?<br />
+Nos sens ouvrent la porte à ce maître des Dieux,<br />
+Et cet aveugle enfant a besoin de nos yeux.<br />
+D'ailleurs, où prenez-vous l'indiscrète assurance<span class="dalign">65</span><br />
+D'approcher ses autels avec irrévérence?<br />
+Sans qu'aucune étincelle ait pu vous enflammer,<br />
+Sans savoir seulement si vous pourrez aimer?<br />
+Faire de votre foi les Dieux dépositaires,<br />
+Est-ce avoir du respect pour leurs sacrés mystères?<span class="dalign">70</span><br />
+Et n'est-ce pas assez pour attirer sur vous<br />
+L'implacable rigueur de leur juste courrous<a name="FNanchor_901" id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor">[901]</a>?»</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>Enfin vous en croyez ce vénérable père.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Je respecte les Dieux et je crains leur colère.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>O l'excellent prétexte, et qu'il est merveilleux!<span class="dalign">75</span><span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">314</a></span><br />
+Au retour d'Italie être encor scrupuleux!<br />
+Les Dieux, s'ils n'étoient bons, puniroient cette feinte:<br />
+C'est ne les craindre pas qu'abuser de leur crainte.<br />
+Offrez-leur seulement, avec un peu d'encens,<br />
+Une âme pure et nette et des v&oelig;ux innocents,<span class="dalign">80</span><br />
+Et ne présumez pas qu'aucun d'eux s'intéresse<br />
+Par quels yeux un amant choisisse une maîtresse.<br />
+Ceux d'un autre vous-même employés à ce choix<br />
+De votre vieil rêveur ne faussent point les lois;<br />
+Les vôtres et les miens ne sont que même chose;<span class="dalign">85</span><br />
+Que sur mon amitié votre esprit se repose.<br />
+Vous savez que mon c&oelig;ur est à vous tout entier,<br />
+Que je vous tiens pour fils et pour seul héritier,<br />
+Que pour vous assurer d'un amour plus sincère<br />
+Je quitte le nom d'oncle et prends celui de père,<span class="dalign">90</span><br />
+Qu'en vos prospérités j'arrête mes desirs,<br />
+Qu'à vos contentements j'attache mes plaisirs,<br />
+Et que mon sort du vôtre étant inséparable,<br />
+Je ne puis être heureux et vous voir misérable.<br />
+Puisque de vos malheurs je sentirois les cous<a name="FNanchor_902" id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor">[902]</a>,<span class="dalign">95</span><br />
+Craignez-vous que je fasse un mauvais choix pour vous?<br />
+Celle à qui ma prudence aujourd'hui vous engage<br />
+Rangeroit sous ses lois l'homme le plus sauvage:<br />
+Sa beauté ravissante et son esprit charmant<br />
+Malgré vous, dès l'abord, vous feront son amant;<span class="dalign">100</span><br />
+Elle est sage, elle est riche.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Elle est inestimable;</span><br />
+Mais donnez-moi loisir de la trouver aimable:<br />
+Un regard y suffit, et rien ne fait aimer<br />
+Qu'un certain mouvement qu'on ne peut exprimer<a name="FNanchor_903" id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor">[903]</a>,<br />
+Un prompt saisissement, une atteinte impourvue<a name="FNanchor_904" id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor">[904]</a><span class="dalign">105</span><br />
+Qui nous blesse le c&oelig;ur en nous frappant la vue.<span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">315</a></span><br />
+Le coup en vient du ciel, qui verse en nos esprits<br />
+Les principes secrets de prendre et d'être pris.<br />
+Tel objet perce un c&oelig;ur qui ne touche pas l'autre,<br />
+Et mon &oelig;il voit peut-être autrement que le vôtre.<span class="dalign">110</span><br />
+Encor si mon malheur vous pouvoit rendre heureux,<br />
+Je courrois au-devant de mon sort rigoureux;<br />
+Mais puisque mon destin, du vôtre inséparable,<br />
+Vous feroit malheureux si j'étois misérable,<br />
+Pour vous rendre content, souffrez que je le sois,<span class="dalign">115</span><br />
+Et que mes yeux au moins examinent le choix.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE.</span></p>
+
+<p>Pensez à l'accepter sans me faire paroître<br />
+Que quand je suis content vous avez peine à l'être<a name="FNanchor_905" id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor">[905]</a>;<br />
+Tandis entretenez cette jeune beauté:<br />
+C'est un soin que lui doit votre civilité;<span class="dalign">120</span><br />
+Nous sommes ses voisins.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ARBAZE, FLORINE, AGLANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Quoi, Monsieur, ma présence</span><br />
+De l'oncle et du neveu trouble la conférence?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ARBAZE</span>, <span class="font90">en s'en allant.</span></p>
+
+<p>Avant que de vous voir j'étois sur le départ,<br />
+Et vous n'aimez pas tant l'entretien d'un vieillard;<br />
+Je crois que mon adieu vous plaira davantage,<span class="dalign">125</span><br />
+Puisqu'il vous abandonne un galant de votre âge.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Il a toujours le mot, et sous ses cheveux gris<br />
+Sa belle humeur fait honte aux plus jeunes esprits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Son bonheur, à mon gré, passe bien l'ordinaire,<br />
+Puisque, tout vieux qu'il est, il a de quoi vous plaire.<span class="dalign">130</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">316</a></span>
+<span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>A qui ne plairoit pas un vieillard si discret?<br />
+Je ne puis le celer, je n'en vois qu'à regret:<br />
+J'aime bien leur adieu, mais non pas leur présence.<br />
+Lui qui s'en doute assez, me fuit par complaisance;<br />
+Et m'avoir en partant laissé votre entretien,<span class="dalign">135</span><br />
+C'est un nouveau sujet de lui vouloir du bien.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Son adieu va produire un effet tout contraire.<br />
+J'ai l'esprit tout confus, pour ne vous pas déplaire,<br />
+Et le pesant chagrin qui m'accable aujourd'hui<br />
+Vous donnera sujet de vous plaindre de lui.<span class="dalign">140</span><br />
+Dans le secret désordre où mon âme est réduite,<br />
+Mon humeur est sans grâce et mes propos sans suite;<br />
+Je ne suis bon enfin qu'à vous importuner.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Bien moins que votre esprit ne veut s'imaginer.<br />
+Mon naturel est vain, je me flatte moi-même:<span class="dalign">145</span><br />
+Quand on m'entretient mal, je présume qu'on m'aime.<br />
+Je crois voir aussitôt un effet de mes yeux,<br />
+Et l'on me plairoit moins de m'entretenir mieux.<br />
+Un discours ajusté ne sent point l'âme atteinte:<br />
+Plus il a de conduite et plus il a de feinte,<span class="dalign">150</span><br />
+Le désordre sied bien à celui d'un amant:<br />
+Quelque confus qu'il soit, il parle clairement.<br />
+Or moi qui ne suis pas de ces capricieuses<br />
+Qui donnent à l'amour des lois injurieuses,</p>
+
+<p class="font90">(Orphise et Cléonice sortent et écoutent leurs discours.)</p>
+
+<p>En mettent le haut point à se taire et souffrir,<span class="dalign">155</span><br />
+Et s'offensent des v&oelig;ux qu'on ose leur offrir,<br />
+Je vous estimerois envieux de ma gloire<br />
+Si vaincu par mes yeux, vous cachiez ma victoire.<br />
+Parlez donc hardiment du feu que vous sentez,<br />
+Ne soyez point honteux des fers que vous portez.<span class="dalign">160</span><br />
+Sitôt qu'on est blessé, j'aime à voir qu'on se rende,<br />
+Et mon c&oelig;ur pour le moins vaut bien qu'on le demande.<br />
+Je ne suis pas d'humeur à vous laisser périr;<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">317</a></span><br />
+Mais sans savoir vos maux, les pourrai-je guérir?<br />
+Le silence en amour est un lâche remède.<span class="dalign">165</span><br />
+Tâchant à vous aider, méritez qu'on vous aide:<br />
+Laissez à votre bouche expliquer les discours<br />
+Que vos yeux languissants me font de vos amours.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">AGLANTE, CLÉONICE, ORPHISE, FLORINE.</h4>
+
+<p class="font90">(Orphise et Cléonice sont encore cachées<a name="FNanchor_906" id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor">[906]</a>, en sorte qu'on les voit.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Orphise, entendez-vous cette jeune éventée?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p>
+
+<p>Ne craignez rien, ma s&oelig;ur: elle s'est mécontée<a name="FNanchor_907" id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor">[907]</a>.<span class="dalign">170</span><br />
+Attaque qui voudra le c&oelig;ur de votre amant:<br />
+Ce n'est pas un butin qu'on enlève aisément.<br />
+Oyez-le repartir à cette effronterie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Quoi, Monsieur, vous voilà dedans la rêverie?<br />
+Vous consultez encore, et votre bouche a peur<span class="dalign">175</span><br />
+De confirmer un don que me fait votre c&oelig;ur!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Il seroit trop heureux d'un si digne servage<br />
+S'il pouvoit être à vous sans devenir volage:<br />
+Un autre objet possède et mes v&oelig;ux et ma foi;<br />
+Ne me demandez point ce qui n'est plus à moi.<span class="dalign">180</span><br />
+Quand même je pourrois disposer de mon âme,<br />
+Pourriez-vous accepter une si prompte flamme?<br />
+Pourriez-vous faire état d'un c&oelig;ur sitôt en feu?<br />
+Prise-t-on un captif, quand il coûte si peu?<br />
+L'ennemi qui combat signale sa défaite,<span class="dalign">185</span><br />
+Et couronne bien mieux le guerrier qui l'a faite;<br />
+Mais celui qui se rend perd beaucoup de son prix,<span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">318</a></span><br />
+Et fait si peu d'honneur qu'il reçoit du mépris.<br />
+Vous triompheriez mieux si j'osois me défendre:<br />
+La gloire est à forcer et non pas à surprendre.<span class="dalign">190</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE</span>, <span class="font90">à Cléonice.</span></p>
+
+<p>Après cette réponse elle doit bien rougir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Je sais comme mes yeux ont coutume d'agir;<br />
+Si vous êtes honteux d'une flamme si prompte,<br />
+Il faut que mon exemple emporte cette honte.<br />
+Il est vrai, je vous aime autant que vous m'aimez;<span class="dalign">195</span><br />
+Un moment a nos c&oelig;urs l'un à l'autre enflammés;<br />
+Soyez vain comme moi de ma flamme naissante:<br />
+Plus un effet est prompt, plus sa cause est puissante.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE</span>, <span class="font90">apercevant Cléonice et allant à elle.</span></p>
+
+<p class="font90">(Il ne faut pas que Cléonice paroisse sur le théâtre, en sorte qu'elle puisse être
+connue de Florine: elle doit être cachée à demi derrière un arbre, couvrant
+sa face de son mouchoir.)</p>
+
+<p>Voici mon cher amour, adorable beauté.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE</span>, <span class="font90">l'interrompant.</span></p>
+
+<p>Cherchez-vous un asile à votre liberté?<span class="dalign">200</span><br />
+Vraiment vous choisissez un fort mauvais refuge:<br />
+Vous courez vers Orphise, et je la prends pour juge.<br />
+Faites-moi la raison d'un voleur de mon bien:<br />
+Qu'il me rende mon c&oelig;ur, ou me donne le sien.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Contez-lui vos raisons, je vous laisse avec elle.<span class="dalign">205</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Quoi, vous continuez à faire le rebelle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Dérobons-nous, mon âme, à l'importunité<br />
+Dont nous menace encor son babil affété.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Mon amour est ravi d'une telle retraite.</p>
+<hr class="c15" />
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">319</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ORPHISE, FLORINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p>
+
+<p>Comment vous trouvez-vous d'avoir fait la coquette?<span class="dalign">210</span><br />
+Vous avez tant de grâce à souffrir un refus,<br />
+Que personne après vous ne s'en mêlera plus.<br />
+Les filles donc ainsi perdent la retenue!<br />
+Et depuis quand la mode en est-elle venue?<br />
+Vous vous offrez vous-même; ah! j'en rougis pour vous.<span class="dalign">215</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Mille s'offrent à moi, que je dédaigne tous.<br />
+Si je fuis tant d'amants dont je suis recherchée,<br />
+J'en puis rechercher un, quand mon âme est touchée:<br />
+Un peu d'amour sied bien après tant de mépris.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p>
+
+<p>Un c&oelig;ur se défend mal quand il est sitôt pris,<span class="dalign">220</span><br />
+Et pour dire en un mot tout ce que je soupçonne,<br />
+Qui peut en prier un n'en refuse personne.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Orphise, quelle humeur est la vôtre aujourd'hui,<br />
+Que par vos sentiments vous jugez ceux d'autrui?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p>
+
+<p>On vous connoît assez, et vous êtes de celles<span class="dalign">225</span><br />
+Que mille fois le plâtre a fait passer pour belles;<br />
+Dont la vertu consiste en de vains ornements;<br />
+Qui changent tous les jours de rabats<a name="FNanchor_908" id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor">[908]</a> et d'amants:<br />
+Leurs inclinations ne tendent qu'à la bourse;<br />
+C'est là de leur desirs et le but et la source.<span class="dalign">230</span><br />
+Voyez-les dans un temple importuner les Dieux,<br />
+Les prières en main, la modestie aux yeux;<br />
+Il n'est trait de pudeur qu'elles ne contrefassent,<br />
+Et Dieu sait comme alors les dupes s'embarrassent.<br />
+Elles savent souvent jeter mille hameçons<span class="dalign">235</span><span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">320</a></span><br />
+Et se rendre au besoin en diverses façons.<br />
+Après tout, je vous plains; ce courage farouche<br />
+Ne vous est échappé qu'à faute d'une mouche:<br />
+Encore un assassin<a name="FNanchor_909" id="FNanchor_909" href="#Footnote_909" class="fnanchor">[909]</a>, vous lui perciez le c&oelig;ur;<br />
+Le fard déplaît sans doute à ce fâcheux vainqueur,<span class="dalign">240</span><br />
+Et rend votre beauté tellement éclatante<br />
+Que son esprit bizarre en a pris l'épouvante.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Je ne connus jamais ce que vous m'imputez,<br />
+Et ne veux point répondre à tant de faussetés.<br />
+Ma vie est innocente, et ma beauté naïve<span class="dalign">245</span><br />
+Ne doit qu'à ses attraits les c&oelig;urs qu'elle captive.<br />
+Si j'ai quelques défauts, ils ne sont point cachés<br />
+Sous le fard éclatant que vous me reprochez;<br />
+Et quand bien le reproche en seroit légitime,<br />
+Orphise, d'un nom d'art feriez-vous un grand crime?<span class="dalign">250</span><br />
+Jamais une beauté ne se doit négliger:<br />
+Quand la nature manque, il la faut corriger.<br />
+Est-ce honte d'aller par ces métamorphoses<br />
+A la perfection où tendent toutes choses?<br />
+La raison, la nature et l'art en font leur but;<span class="dalign">255</span><br />
+L'amour, roi de nos c&oelig;urs, veut ces soins pour tribut,<br />
+Et tient pour bon sujet un esprit qui n'aspire<br />
+Qu'à trouver les moyens d'agrandir son empire.<br />
+C'est gloire de mourir pour ce maître des Dieux<br />
+Qui s'est privé pour vous de l'usage des yeux.<span class="dalign">260</span><br />
+Si pour lui se défaire est un vrai sacrifice,<br />
+Se refaire pour lui, le nommez-vous un vice?<br />
+Ce qu'on fait pour lui plaire, osez-vous le blâmer?<br />
+Orphise, quand on aime, il se faut faire aimer.<br />
+L'amour seul de l'amour est le prix véritable,<span class="dalign">265</span><br />
+Et pour se faire aimer, il faut se faire aimable.<span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">321</a></span><br />
+Cette belle en effet de qui l'on parle tant<br />
+Tient du secours de l'art ce qu'elle a d'éclatant;<br />
+Cependant sa beauté, pour être déguisée,<br />
+A-t-elle moins d'amants? est-elle moins prisée?<span class="dalign">270</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ORPHISE.</span></p>
+
+<p>Celle qu'en ces<a name="FNanchor_910" id="FNanchor_910" href="#Footnote_910" class="fnanchor">[910]</a> discours vous venez d'attaquer,<br />
+Quand elle l'aura su, pourra vous répliquer:<br />
+Pour moi, sans intérêts dedans cette mêlée,<br />
+Je vais chercher Mégate au bout de cette allée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE</span>, <span class="font90">seule.</span></p>
+
+<p>Arbaze, c'est pour toi que j'en ai tant souffert;<span class="dalign">275</span><br />
+Pour toi j'ai feint d'aimer et mon c&oelig;ur s'est offert:<br />
+Pour t'avoir obéi l'on m'a persécutée;<br />
+Aglante ne me prend que pour une affétée,<br />
+Et consommé d'un feu contraire à son devoir,<br />
+Néglige également ma feinte et ton pouvoir.<span class="dalign">280</span><br />
+Orphise cependant, sans pénétrer mon âme,<br />
+Juge par mes discours de l'objet de ma flamme:<br />
+Simple, qui ne sait pas que mon esprit discret<br />
+Rarement à ma bouche expose un tel secret;<br />
+Que jamais mon ardeur n'est aisément connue,<span class="dalign">285</span><br />
+Et que plus j'ai d'amour, plus j'ai de retenue!<br />
+Aux filles c'est vertu de bien dissimuler:<br />
+Plus nos c&oelig;urs sont blessés, moins il en faut parler.<br />
+Si j'ose toutefois me le dire à moi-même,<br />
+A travers ces rameaux j'aperçois ce que j'aime:<span class="dalign">290</span><br />
+C'est mon Asphalte, ô Dieux! il vient, dissimulons,<br />
+Et ne découvrons rien du feu dont nous brûlons.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">ASPHALTE, FLORINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p>
+
+<p>Trouver Florine seule et dans les Tuileries<br />
+Sans avoir d'entretien que de ses rêveries?<span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">322</a></span><br />
+Quoi, tant de solitude auprès de tant d'appas?<span class="dalign">295</span><br />
+Certes c'est un bonheur que je n'attendois pas.<br />
+Je n'osois espérer d'occasion si belle<br />
+A lui conter l'ardeur qui me brûle pour elle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Que votre esprit est rare et sait adrettement<br />
+Faire une raillerie avec un compliment!<span class="dalign">300</span><br />
+Afin qu'à votre amour je sois plus obligée,<br />
+Vous me traitez d'abord en fille négligée,<br />
+Qui tient si peu de c&oelig;urs asservis sous sa loi,<br />
+Que mêmes en ces lieux elle manque d'emploi.<br />
+Est-ce ainsi qu'un amant cajole ce qu'il aime?<span class="dalign">305</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p>
+
+<p>Ah! ne m'imputez pas cet indigne blasphème:<br />
+Je sais trop que vos yeux règnent en toutes parts<br />
+Et que chacun se rend à leurs moindres regards.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Exceptez-en Aglante, il m'a bien fait paroître<br />
+Que Florine n'est pas ce qu'elle pensoit être<a name="FNanchor_911" id="FNanchor_911" href="#Footnote_911" class="fnanchor">[911]</a>.<span class="dalign">310</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p>
+
+<p>Il est vrai qu'il adore un autre objet que vous,<br />
+Et votre esprit peut-être en est un peu jalous<a name="FNanchor_912" id="FNanchor_912" href="#Footnote_912" class="fnanchor">[912]</a>;<br />
+Mais si vous aviez vu l'excès de sa tristesse,<br />
+Et combien de soupirs lui coûte sa maîtresse,<br />
+Vous seriez la première à plaindre ses malheurs.<span class="dalign">315</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p>Quelque orgueilleux mépris fait naître ses douleurs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ASPHALTE.</span></p>
+
+<p>La beauté dont Aglante idolâtre les charmes<br />
+D'un déluge de pleurs accompagne ses larmes;<br />
+Arbaze, unique auteur de tous leurs déplaisirs,<br />
+Oppose sa puissance à leurs chastes desirs;<span class="dalign">320</span><br />
+Son esprit irrité court à la violence:<br />
+La prière l'aigrit et la raison l'offense.<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">323</a></span><br />
+Il vient, la force en main; et l'ayant vu partir,<br />
+J'ai cru de mon devoir de les en avertir.<br />
+Les voilà tout en pleurs.</p>
+
+<p class="font90 center">(Il faut toujours remarquer que Cléonice ne doit paroître<a name="FNanchor_913" id="FNanchor_913" href="#Footnote_913" class="fnanchor">[913]</a> le visage
+découvert devant Florine.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">FLORINE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Évitons leur présence;</span><span class="dalign">325</span><br />
+Mes larmes ne sauroient couler par complaisance:<br />
+Mon humeur est trop gaie, et, pour ne rien celer,<br />
+J'aime mieux rire ailleurs que de les consoler.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLÉONICE, AGLANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Mon Philène<a name="FNanchor_914" id="FNanchor_914" href="#Footnote_914" class="fnanchor">[914]</a>, as-tu donc un père si barbare<br />
+Qu'il veuille séparer une amitié si rare?<span class="dalign">330</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Vous l'avez entendu: ce vieillard inhumain,<br />
+Pour en rompre les n&oelig;uds, vient la force à la main,<br />
+Et dès le soir me livre à cette autre maîtresse,<br />
+Résolu que ma foi dégage sa promesse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Ah, dure tyrannie! ah, rigoureux destin!<span class="dalign">335</span><br />
+Donc un si triste soir suit un si beau matin?<br />
+Le même jour propice et contraire à nos flammes<br />
+Va désunir deux corps dont il unit les âmes,<br />
+Fait nos biens et nos maux, et du matin au soir,<br />
+Voit naître nos desirs et mourir notre espoir.<span class="dalign">340</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>L'amour, ce doux vainqueur, ce père des délices,<br />
+Ainsi n'a pour nous deux que de cruels supplices,<br />
+Et ce tyran fait naître, aux dépens de nos pleurs,<br />
+D'un moment de plaisirs un siècle de douleurs.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">324</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Hélas! que de tourments accompagnent ses charmes!<span class="dalign">345</span><br />
+Et qu'un peu de douceur nous va coûter de larmes!<br />
+Il me faut donc te perdre, et, dans le même lieu<br />
+Où j'ai reçu ton c&oelig;ur, recevoir ton adieu!<br />
+Sanglots, qui de la voix me fermiez le passage,<br />
+Jusques à cet adieu permettez-m'en l'usage,<span class="dalign">350</span><br />
+Et lorsque, le soleil ayant fini son tour,<br />
+Les flambeaux d'Hyménée éteindront ceux d'Amour,<br />
+Étouffez, j'y consens, cet objet déplorable<br />
+Des plus âpres rigueurs d'un sort impitoyable.<br />
+Philène, ainsi ma mort dégagera ta foi:<span class="dalign">355</span><br />
+Ton c&oelig;ur pourra brûler pour un autre que moi;<br />
+Tu pourras obéir sans me faire d'injure:<br />
+J'aime sans inconstance et change sans parjure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Un père veut forcer un c&oelig;ur à vous trahir,<br />
+Et vous croyez ce c&oelig;ur capable d'obéir!<span class="dalign">360</span><br />
+Ah! que vous jugez mal d'une amitié si forte!<br />
+Si notre espoir est mort, ma flamme n'est pas morte:<br />
+La naissance n'a point d'assez puissantes lois<br />
+Pour me faire manquer à ce que je vous dois;<br />
+Recevez de nouveau la foi que je vous donne,<span class="dalign">365</span><br />
+D'être à jamais à vous, ou de n'être à personne.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Hélas! en quel état le malheur nous réduit!<br />
+Faut-il d'un tel amour n'espérer point de fruit!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Aimons-nous et souffrons: aimé de ce qu'on aime,<br />
+On trouve des plaisirs dans la souffrance même.<span class="dalign">370</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Aimons-nous et souffrons: deux c&oelig;urs si bien d'accord<br />
+Trouveroient des plaisirs dans les coups de la mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Résolus à mourir, qu'avons-nous plus à craindre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Mourant avec plaisir, qu'avons-nous plus à plaindre?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">325</a></span>
+<span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Plaignons-nous, mais du ciel, qui fait que le trépas<span class="dalign">375</span><br />
+Au plus beau de notre âge a pour nous tant d'appas.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>N'accuse point le ciel de ce que fait ton<a name="FNanchor_915" id="FNanchor_915" href="#Footnote_915" class="fnanchor">[915]</a> père.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Mon âme, c'est de là que part notre misère;<br />
+C'est lui qui nous traverse, et les Dieux sont jalous<br />
+Qu'en leur temple mes v&oelig;ux ne s'adressoient qu'à vous.<span class="dalign">380</span><br />
+Au pied de leurs autels j'adorois leur image:<br />
+Étoit-ce donc vous rendre un trop léger hommage?<br />
+O Dieux! d'un feu si pur faites-vous un forfait?<br />
+Vous pouvois-je adorer en un plus beau portrait?<br />
+Que votre jalousie ou votre haine éclate,<span class="dalign">385</span><br />
+Jusque dans le tombeau j'adorerai Mégate<a name="FNanchor_916" id="FNanchor_916" href="#Footnote_916" class="fnanchor">[916]</a>.<br />
+Inventez des tourments à me priver du jour:<br />
+Ma vie est en vos mains, mais non pas mon amour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>N'irrite point les Dieux et retiens ces blasphèmes;<br />
+Je te jure, mon c&oelig;ur, les puissances suprêmes,<span class="dalign">390</span><br />
+Dont la seule bonté nous pourra secourir,<br />
+Que si tu n'es à moi, je saurai bien mourir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Parmi tant de malheurs quel bonheur est le nôtre,<br />
+Puisqu'en dépit du sort nous vivons l'un en l'autre!<br />
+Et s'il nous faut mourir, nous finirons ainsi.<span class="dalign">395</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONICE.</span></p>
+
+<p>Adieu, ma chère vie, éloigne-toi d'ici;<br />
+Fuis ce fatal hymen qu'un père te prépare.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">AGLANTE.</span></p>
+
+<p>Oui, je vais vous quitter, de peur qu'il nous sépare;<br />
+Mais avec un serment, que malgré son effort,<br />
+Nous aurons pour nous joindre, ou l'hymen ou la mort.<span class="dalign">400</span></p>
+
+<p class="p2 center ni3"><small><b>FIN.</b></small></p></div>
+<hr class="c15" />
+<a name="Page_326" id="Page_326"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">327</a></span></p>
+
+<h2>MÉDÉE</h2>
+
+<p class="center"><b>TRAGÉDIE</b></p>
+
+<p class="center"><small><b>1635</b></small></p>
+<a name="Page_328" id="Page_328"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">329</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p>Médée<a name="FNanchor_917" id="FNanchor_917" href="#Footnote_917" class="fnanchor">[917]</a> a fourni deux pièces à Corneille. L'une, <i>la Toison
+d'or</i> (1661), nous montre cette princesse trahissant son père
+par amour pour Jason; l'autre, qui occupe le second rang dans
+l'ordre historique, mais qui est de beaucoup la plus ancienne
+dans la série chronologique des &oelig;uvres de notre poëte, nous
+la présente abandonnée de celui à qui elle a tout sacrifié et
+immolant à sa vengeance non-seulement sa rivale, mais ses
+propres enfants.</p>
+
+<p>Ce dernier sujet, profondément tragique, a inspiré tour à
+tour un grand nombre de poëtes de tous les temps et de tous
+les pays, et fournirait la matière d'une étude comparative intéressante,
+mais qui ne peut trouver place dans cette notice<a name="FNanchor_918" id="FNanchor_918" href="#Footnote_918" class="fnanchor">[918]</a>.</p>
+
+<p>Nous nous contenterons de rappeler ici que Thomas Corneille
+a puisé dans la pièce de son frère la matière d'un opéra portant
+le même titre; et nous signalerons en note au bas des
+pages les endroits imités d'Euripide et de Sénèque.</p>
+
+<p>Dans <i>le Parnasse ou la critique des poëtes</i>, par la Pinelière
+(p. 60-62), on trouve parmi de curieux détails sur les habitudes
+de certains poëtes dramatiques de ce temps, une indication
+assez précise de l'époque de la composition de Médée: «Ils
+tâchent par toutes sortes de moyens de voir tous ceux qui écrivent.
+Ils auront la tête levée une heure entière à l'hôtel de Bourgogne
+<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">330</a></span>
+pour attendre que quelque poëte de réputation qu'ils
+voient dans une loge regarde de leur côté, afin d'avoir l'occasion
+de leur faire la révérence. Ils le montrent à ceux de leur
+compagnie, et leur disent: «Voilà M. de Rotrou, ou M. du Ryer,
+il a bien parlé de ma pièce, qu'un de mes amis lui a depuis
+peu montrée.» Tantôt ils s'éloigneront un peu d'eux, et
+reviendront incontinent leur dire: «Messieurs, je vous demande
+pardon de mon incivilité: je viens de saluer M. Corneille,
+qui n'arriva qu'hier de Rouen. Il m'a promis que
+demain nous irons voir ensemble M. Mairet, et qu'il me fera
+voir des vers d'une excellente pièce de théâtre qu'il a commencée.»
+Enfin, se jetant peu à peu sur le discours des
+auteurs du temps et de leurs ouvrages, ils révéleront tous les
+desseins des poëtes, pour montrer qu'ils ont de grandes intrigues
+avec eux. Ils parleront du plan de <i>Cléopatre</i> et de cinq
+ou six autres sujets que son auteur<a name="FNanchor_919" id="FNanchor_919" href="#Footnote_919" class="fnanchor">[919]</a> a tirés de l'Histoire romaine,
+dont il veut faire des s&oelig;urs à son incomparable <i>Sophonisbe</i>.
+Ils diront qu'ils ont vu des vers de l'<i>Ulysse dupé</i><a name="FNanchor_920" id="FNanchor_920" href="#Footnote_920" class="fnanchor">[920]</a>; que
+Scudéry est au troisième acte de <i>la Mort de César</i>; que la
+<i>Médée</i> est presque achevée; que <i>l'Innocente infidélité</i> est la
+plus belle pièce de Rotrou, quoiqu'on ne s'imaginât pas qu'il
+pût s'élever au-dessus de celles qu'il avoit déjà faites; que
+l'auteur d'<i>Ifis et Iante</i><a name="FNanchor_921" id="FNanchor_921" href="#Footnote_921" class="fnanchor">[921]</a> fait une autre <i>Cléopatre</i> pour la troupe
+Royale; et que Chapelain n'a guère encore travaillé à son
+poëme de <i>la Pucelle d'Orléans</i>, ni Corneille à celui qu'il compose
+sur un ancien duc de son pays.»</p>
+
+<p>Ce morceau a été écrit en 1635<a name="FNanchor_922" id="FNanchor_922" href="#Footnote_922" class="fnanchor">[922]</a>, et le 3 avril de cette
+même année Balzac adressait à Boisrobert l'éloge suivant de
+Mondory: «Nous devons cela à Jason, à Massinisse et à Brutus,
+qui vivent aujourd'hui en la personne de l'homme dont vous
+<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">331</a></span>
+me parlez si avantageusement, et que j'ai admiré autant de
+fois que je l'ai ouï. Il est vrai que dans la représentation de
+ces trois héros, il suffit qu'il soit le digne organe de trois
+excellents esprits qui leur ont rendu la vie; mais il est vrai
+aussi que la grâce dont il prononce, donne un degré de bonté
+aux vers qu'ils ne peuvent recevoir des poëtes vulgaires. Ils
+ont donc quelquefois plus d'obligation à celui qui les récite
+qu'à celui qui les a faits, et ce second père, pour le dire ainsi,
+les purge par son adoption de tous les vices de leur naissance.
+Le son de sa voix, accompagné de la dignité de ses gestes, anoblit
+les plus communes et les plus viles conceptions. Il n'est
+point d'âme si bien fortifiée contre les objets des sens, à qui il
+ne fasse violence, ni de jugement si fin, qui se puisse garantir
+de l'imposture de sa parole. De sorte que s'il y a en ce monde
+quelque félicité pour les vers, il faut avouer qu'elle est dans
+sa bouche et dans son récit; et que comme les mauvaises choses
+y prennent l'apparence du bien, les bonnes y trouvent leur
+perfection.» Ce passage, dont on n'a point profité jusqu'ici,
+nous offre des renseignements assez curieux. Il nous apprend
+que Mondory a joué d'original Massinisse dans la <i>Sophonisbe</i> de
+Mairet, représentée pour la première fois en 1629, Jason dans
+la <i>Médée</i> de Corneille et Brute dans <i>la Mort de César</i> de Scudéry;
+il nous prouve en outre que le 3 avril 1635 ces deux
+dernières pièces avaient déjà été représentées. Or les frères
+Parfait, et à leur suite tous les historiens de notre théâtre, placent
+la seconde en 1636.</p>
+
+<p>Malgré ses défauts, <i>Médée</i> semblait plus digne d'accompagner
+<i>le Cid</i> que <i>la Galerie du Palais</i>, <i>la Place Royale</i> ou
+<i>la Suivante</i>. Elle ne fut pourtant imprimée que deux ans plus
+tard, en 1639.</p>
+
+<p>L'édition originale in-4<sup>o</sup> forme un volume de 4 feuillets liminaires
+et de 95 pages, dont voici le titre: «<span class="smcap">Medée, Tragedie.</span>
+<i>A Paris, chez François Targa....</i> M.DC.XXXIX. <i>Auec priuilege
+du Roy.</i>» L'achevé d'imprimer est du 16 mars.</p>
+
+<p>La <i>Médée</i> de Longepierre, représentée en 1694, s'est
+maintenue au répertoire pendant tout le cours du siècle dernier,
+et a fait complétement oublier celle de Corneille.</p>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">332</a></span>
+<big>A MONSIEUR P. T. N. G.<a name="FNanchor_923" id="FNanchor_923" href="#Footnote_923" class="fnanchor">[923]</a>.</big></p>
+
+<p><span class="smcap left5">Monsieur</span>,</p>
+
+<p>Je vous donne <i>Médée</i>, toute méchante qu'elle est, et
+ne vous dirai rien pour sa justification. Je vous la donne
+pour telle que vous la voudrez prendre, sans tâcher à
+prévenir ou violenter vos sentiments par un étalage des
+préceptes de l'art, qui doivent être fort mal entendus et
+fort mal pratiqués quand ils ne nous font pas arriver au
+but que l'art se propose. Celui de la poésie dramatique
+est de plaire, et les règles qu'elle nous prescrit ne sont
+que des adresses pour en faciliter les moyens au poëte,
+et non pas des raisons qui puissent persuader aux spectateurs
+qu'une chose soit agréable quand elle leur déplaît.
+Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe,
+et peu de personnages sur la scène dont les m&oelig;urs
+ne soient plus mauvaises que bonnes; mais la peinture
+et la poésie ont cela de commun, entre beaucoup d'autres
+choses, que l'une fait souvent de beaux portraits
+d'une femme laide, et l'autre de belles imitations d'une
+action qu'il ne faut pas imiter. Dans la portraiture, il
+n'est pas question si un visage est beau, mais s'il ressemble;
+et dans la poésie, il ne faut pas considérer si les
+m&oelig;urs sont vertueuses, mais si elles sont pareilles à
+celles de la personne qu'elle introduit. Aussi nous décrit-elle
+indifféremment les bonnes et les mauvaises actions,
+<span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">333</a></span>
+sans nous proposer les dernières pour exemple; et si elle
+nous en veut faire quelque horreur, ce n'est point par
+leur punition, qu'elle n'affecte pas de nous faire voir,
+mais par leur laideur, qu'elle s'efforce de nous représenter
+au naturel. Il n'est pas besoin d'avertir ici le public
+que celles de cette tragédie ne sont pas à imiter: elles
+paroissent assez à découvert pour n'en faire envie à personne.
+Je n'examine point si elles sont vraisemblables
+ou non: cette difficulté, qui est la plus délicate de la
+poésie, et peut-être la moins entendue, demanderoit un
+discours trop long pour une épître: il me suffit qu'elles
+sont autorisées ou par la vérité de l'histoire, ou par
+l'opinion commune des anciens. Elles vous ont agréé autrefois
+sur le théâtre; j'espère qu'elles vous satisferont
+encore aucunement sur le papier, et demeure,</p>
+
+<p class="left10">MONSIEUR,<br />
+<span class="i4">Votre très-humble serviteur,</span><br />
+<span class="smcap i12">Corneille</span>.</p>
+
+<h3>EXAMEN.</h3>
+
+<p class="p2">Cette tragédie a été traitée en grec par Euripide, et
+en latin par Sénèque; et c'est sur leur exemple que je
+me suis autorisé à en mettre le lieu dans une place publique,
+quelque peu de vraisemblance qu'il y aye à y
+faire parler des rois, et à y voir Médée prendre les desseins
+de sa vengeance. Elle en fait confidence, chez Euripide,
+à tout le ch&oelig;ur, composé de Corinthiennes sujettes
+de Créon, et qui devoient être du moins au nombre
+de quinze, à qui elle dit hautement qu'elle fera périr
+leur roi, leur princesse et son mari, sans qu'aucune
+<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">334</a></span>
+d'elles ait la moindre pensée d'en donner avis à ce
+prince.</p>
+
+<p>Pour Sénèque, il y a quelque apparence qu'il ne lui
+fait pas prendre ces résolutions violentes en présence du
+ch&oelig;ur, qui n'est pas toujours sur le théâtre<a name="FNanchor_924" id="FNanchor_924" href="#Footnote_924" class="fnanchor">[924]</a>, et n'y parle
+jamais aux autres acteurs; mais je ne puis comprendre
+comme, dans son quatrième acte, il lui fait achever ces
+enchantements<a name="FNanchor_925" id="FNanchor_925" href="#Footnote_925" class="fnanchor">[925]</a> en place publique; et j'ai mieux aimé
+rompre l'unité exacte du lieu, pour faire voir Médée
+dans le même cabinet où elle a fait ses charmes, que de
+l'imiter en ce point.</p>
+
+<p>Tous les deux m'ont semblé donner trop peu de défiance
+à Créon des présents de cette magicienne, offensée
+au dernier point, qu'il témoigne craindre chez l'un
+et chez l'autre, et dont il a d'autant plus de lieu de se
+défier, qu'elle lui demande instamment un jour de délai
+pour se préparer à partir, et qu'il croit qu'elle ne le demande
+que pour machiner quelque chose contre lui, et
+troubler les noces de sa fille.</p>
+
+<p>J'ai cru mettre la chose dans un peu plus de justesse,
+par quelques précautions que j'y ai apportées: la première,
+en ce que Créuse souhaite avec passion cette robe
+que Médée empoisonne, et qu'elle oblige Jason à la tirer
+d'elle par adresse; ainsi, bien que les présents des ennemis
+doivent être suspects, celui-ci ne le doit pas être,
+parce que ce n'est pas tant un don qu'elle fait qu'un
+payement qu'on lui arrache de la grâce que ses enfants
+reçoivent; la seconde, en ce que ce n'est pas Médée<a name="FNanchor_926" id="FNanchor_926" href="#Footnote_926" class="fnanchor">[926]</a> qui
+demande ce jour de délai qu'elle emploie à sa vengeance,
+mais Créon qui le lui donne de son mouvement, comme
+<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">335</a></span>
+pour diminuer quelque chose de l'injuste violence qu'il
+lui fait, dont il semble avoir honte en lui-même; et la
+troisième enfin, en ce qu'après les défiances que Pollux
+lui en fait prendre presque par force, il en fait faire
+l'épreuve sur une autre, avant que de permettre à sa fille
+de s'en parer.</p>
+
+<p>L'épisode d'Ægée n'est pas tout à fait de mon invention:
+Euripide l'introduit en son troisième acte, mais
+seulement comme un passant à qui Médée fait ses plaintes,
+et qui l'assure d'une retraite chez lui à Athènes, en
+considération d'un service qu'elle promet de lui rendre<a name="FNanchor_927" id="FNanchor_927" href="#Footnote_927" class="fnanchor">[927]</a>.
+En quoi je trouve deux choses à dire: l'une, qu'Ægée,
+étant dans la cour de Créon, ne parle point du tout de le
+voir; l'autre, que bien qu'il promette à Médée de la recevoir
+et protéger à Athènes après qu'elle se sera vengée,
+ce qu'elle fait dès ce jour-là même, il lui témoigne toutefois
+qu'au sortir de Corinthe il va trouver Pitthéus à
+Tr&oelig;zène, pour consulter avec lui sur le sens de l'oracle
+qu'on venoit de lui rendre à Delphes, et qu'ainsi Médée
+seroit demeurée<a name="FNanchor_928" id="FNanchor_928" href="#Footnote_928" class="fnanchor">[928]</a> en assez mauvaise posture dans Athènes
+en l'attendant, puisqu'il tarda manifestement quelque
+temps chez Pitthéus, où il fit l'amour à sa fille Æthra,
+qu'il laissa grosse de Thésée, et n'en partit point que
+sa grossesse ne fût constante. Pour donner un peu plus
+d'intérêt à ce monarque dans l'action de cette tragédie,
+je le fais amoureux de Créuse, qui lui préfère Jason, et je
+<span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">336</a></span>
+porte ses ressentiments à l'enlever, afin qu'en cette entreprise,
+demeurant prisonnier de ceux qui la sauvent de
+ses mains, il aye obligation à Médée de sa délivrance, et
+que la reconnoissance qu'il lui en doit l'engage plus fortement
+à sa protection, et même à l'épouser, comme
+l'histoire le marque.</p>
+
+<p>Pollux est de ces personnages protatiques qui ne sont
+introduits que pour écouter la narration du sujet. Je
+pense l'avoir déjà dit<a name="FNanchor_929" id="FNanchor_929" href="#Footnote_929" class="fnanchor">[929]</a>, et j'ajoute que ces personnages
+sont d'ordinaire assez difficiles à imaginer dans la tragédie,
+parce que les événements publics et éclatants dont
+elle est composée sont connus de tout le monde, et que
+s'il est aisé de trouver des gens qui les sachent pour les
+raconter, il n'est pas aisé d'en trouver qui les ignorent
+pour les entendre: c'est ce qui m'a fait avoir recours à
+cette fiction, que Pollux, depuis son retour de Colchos,
+avoit toujours été en Asie, où il n'avoit rien appris de ce
+qui s'étoit passé dans la Grèce, que la mer en sépare. Le
+contraire arrive en la comédie: comme elle n'est que
+d'intriques particuliers, il n'est rien si facile que de
+trouver des gens qui les ignorent; mais souvent il n'y a
+qu'une seule personne qui les puisse expliquer: ainsi
+l'on n'y manque jamais de confidents quand il y a matière
+de confidence.</p>
+
+<p>Dans la narration que fait Nérine au quatrième acte,
+on peut considérer que quand ceux qui écoutent ont
+quelque chose d'important dans l'esprit, ils n'ont pas
+assez de patience pour écouter le détail de ce qu'on leur
+vient raconter, et que c'est assez<a name="FNanchor_930" id="FNanchor_930" href="#Footnote_930" class="fnanchor">[930]</a> pour eux d'en apprendre
+l'événement en un mot: c'est ce que fait voir ici
+<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">337</a></span>
+Médée, qui ayant su que Jason a arraché Créuse à ses
+ravisseurs, et pris Ægée prisonnier, ne veut point qu'on
+lui explique comment cela s'est fait. Lorsqu'on a affaire
+à un esprit tranquille, comme Achorée à Cléopatre dans
+<i>la Mort de Pompée</i>, pour qui elle ne s'intéresse que par
+un sentiment d'honneur, on prend le loisir d'exprimer
+toutes les particularités; mais avant que d'y descendre,
+j'estime qu'il est bon, même alors, d'en dire tout l'effet
+en deux mots dès l'abord.</p>
+
+<p>Surtout, dans les narrations ornées et pathétiques, il
+faut très-soigneusement prendre garde en quelle assiette
+est l'âme de celui qui parle et de celui qui écoute, et se
+passer de cet ornement, qui ne va guère sans quelque
+étalage ambitieux, s'il y a la moindre apparence que l'un
+des deux soit trop en péril, ou dans une passion trop
+violente, pour avoir toute la patience nécessaire au récit
+qu'on se propose.</p>
+
+<p>J'oubliois à remarquer que la prison où je mets Ægée
+est un spectacle désagréable, que je conseillerois d'éviter:
+ces grilles qui éloignent l'acteur du spectateur, et
+lui cachent toujours plus de la moitié de sa personne, ne
+manquent jamais à rendre son action fort languissante. Il
+arrive quelquefois des occasions indispensables de faire
+arrêter prisonniers sur nos théâtres quelques-uns de nos
+principaux acteurs; mais alors il vaut mieux se contenter
+de leur donner des gardes qui les suivent, et n'affoiblissent
+ni le spectacle ni l'action, comme dans <i>Polyeucte</i>
+et dans <i>Héraclius</i>. J'ai voulu rendre visible ici l'obligation
+qu'Ægée avoit à Médée; mais cela se fût mieux fait
+par un récit.</p>
+
+<p>Je serai bien aise encore qu'on remarque la civilité de
+Jason envers Pollux à son départ: il l'accompagne jusque
+hors de la ville; et c'est une adresse de théâtre assez
+heureusement pratiquée pour l'éloigner de Créon et
+<span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">338</a></span>
+Créuse mourants, et n'en avoir que deux à la fois à faire
+parler. Un auteur est bien embarrassé quand il en a
+trois, et qu'ils ont tous trois<a name="FNanchor_931" id="FNanchor_931" href="#Footnote_931" class="fnanchor">[931]</a> une assez forte passion dans
+l'âme pour leur donner une juste impatience de la pousser
+au dehors: c'est ce qui m'a obligé à faire mourir ce
+roi malheureux avant l'arrivée de Jason, afin qu'il n'eût
+à parler qu'à Créuse, et à faire mourir cette princesse
+avant que Médée se montre sur le balcon, afin que cet
+amant en colère n'aye plus à qui s'adresser qu'à elle;
+mais on auroit eu lieu de trouver à dire qu'il ne fût pas
+auprès de sa maîtresse dans un si grand malheur, si je
+n'eusse rendu raison de son éloignement.</p>
+
+<p>J'ai feint que les feux que produit la robe de Médée,
+et qui font périr Créon et Créuse, étoient invisibles,
+parce que j'ai mis leurs personnes sur la scène dans la
+catastrophe. Ce spectacle de mourants m'étoit nécessaire
+pour remplir mon cinquième acte, qui sans cela n'eût
+pu atteindre à la longueur ordinaire des nôtres; mais à
+dire le vrai, il n'a pas l'effet que demande la tragédie, et
+ces deux mourants importunent plus par leurs cris et par
+leurs gémissements, qu'ils ne font pitié par leur malheur.
+La raison en est qu'ils semblent l'avoir mérité par
+l'injustice qu'ils ont faite à Médée, qui attire si bien de
+son côté toute la faveur de l'auditoire, qu'on excuse sa
+vengeance après l'indigne traitement qu'elle a reçu de
+Créon et de son mari, et qu'on a plus de compassion du
+désespoir où ils l'ont réduite, que de tout ce qu'elle leur
+fait souffrir.</p>
+
+<p>Quant au style, il est fort inégal en ce poëme; et ce
+que j'y ai mêlé du mien approche si peu de ce que j'ai
+traduit de Sénèque, qu'il n'est point besoin d'en mettre
+le texte en marge pour faire discerner au lecteur ce qui
+<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">339</a></span>
+est de lui ou de moi. Le temps m'a donné le moyen
+d'amasser assez de forces pour ne laisser pas cette différence
+si visible dans le <i>Pompée</i>, où j'ai beaucoup pris de
+Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de
+lui quand il a fallu me passer de son secours.</p>
+
+<hr class="c30" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">340</a></span></p>
+
+<h4>ACTEURS.</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+CRÉON, roi de Corinthe.<br />
+ÆGÉE, roi d'Athènes.<br />
+JASON, mari de Médée.<br />
+POLLUX, argonaute, ami de Jason.<br />
+CRÉUSE, fille de Créon.<br />
+MÉDÉE, femme de Jason.<br />
+CLÉONE, gouvernante de Créuse.<br />
+NÉRINE, suivante de Médée.<br />
+THEUDAS, domestique de Créon.<br />
+<span class="smcap">Troupe des gardes de Créon.</span></p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">La scène est à Corinthe.</p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">341</a></span></p>
+
+<h3>MÉDÉE.</h3>
+
+<p class="center"><small><b>TRAGÉDIE.</b></small></p>
+<hr class="c5" />
+
+<h2 class="p4">ACTE I.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">POLLUX, JASON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Que je sens à la fois de surprise et de joie!<br />
+Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie<a name="FNanchor_932" id="FNanchor_932" href="#Footnote_932" class="fnanchor">[932]</a>,<br />
+Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Vous n'y pouviez venir en meilleure saison;<br />
+Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée,<span class="dalign">5</span><br />
+Préparez-vous à voir mon second hyménée<a name="FNanchor_933" id="FNanchor_933" href="#Footnote_933" class="fnanchor">[933]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Quoi! Médée est donc morte, ami?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Non, elle vit;</span><br />
+Mais un objet plus beau la chasse de mon lit<a name="FNanchor_934" id="FNanchor_934" href="#Footnote_934" class="fnanchor">[934]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">342</a></span>
+<span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Dieux! et que fera-t-elle?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Et que fit Hypsipyle<a name="FNanchor_935" id="FNanchor_935" href="#Footnote_935" class="fnanchor">[935]</a>,</span><br />
+Que pousser les éclats d'un courroux inutile<a name="FNanchor_936" id="FNanchor_936" href="#Footnote_936" class="fnanchor">[936]</a>?<span class="dalign">10</span><br />
+Elle jeta des cris, elle versa des pleurs,<br />
+Elle me souhaita mille et mille malheurs,<br />
+Dit que j'étois sans foi, sans c&oelig;ur, sans conscience<a name="FNanchor_937" id="FNanchor_937" href="#Footnote_937" class="fnanchor">[937]</a>,<br />
+Et lasse de le dire, elle prit patience.<br />
+Médée en son malheur en pourra faire autant:<span class="dalign">15</span><br />
+Qu'elle soupire, pleure, et me nomme inconstant;<br />
+Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse<br />
+Contre un pouvoir plus fort qui me donne à Créuse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Créuse est donc l'objet qui vous vient d'enflammer<a name="FNanchor_938" id="FNanchor_938" href="#Footnote_938" class="fnanchor">[938]</a>?<br />
+Je l'aurois deviné sans l'entendre nommer<a name="FNanchor_939" id="FNanchor_939" href="#Footnote_939" class="fnanchor">[939]</a>.<span class="dalign">20</span><br />
+Jason ne fit jamais de communes maîtresses;<br />
+Il est né seulement pour charmer les princesses,<br />
+Et haïroit l'amour, s'il avoit sous sa loi<a name="FNanchor_940" id="FNanchor_940" href="#Footnote_940" class="fnanchor">[940]</a><br />
+Rangé de moindres c&oelig;urs que des filles de roi.<br />
+Hypsipyle à Lemnos, sur le Phase Médée,<span class="dalign">25</span><br />
+Et Créuse à Corinthe, autant vaut, possédée,<br />
+Font bien voir qu'en tous lieux, sans le secours de Mars<a name="FNanchor_941" id="FNanchor_941" href="#Footnote_941" class="fnanchor">[941]</a>,<br />
+Les sceptres sont acquis à ses moindres regards.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">343</a></span>
+<span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Aussi je ne suis pas de ces amants vulgaires:<br />
+J'accommode ma flamme au bien de mes affaires;<span class="dalign">30</span><br />
+Et sous quelque climat que me jette le sort<a name="FNanchor_942" id="FNanchor_942" href="#Footnote_942" class="fnanchor">[942]</a>,<br />
+Par maxime d'État je me fais cet effort.<br />
+<span class="i1">Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville,</span><br />
+Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle?<br />
+Et depuis à Colchos, que fit votre Jason,<span class="dalign">35</span><br />
+Que cajoler Médée, et gagner la toison?<br />
+Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance<a name="FNanchor_943" id="FNanchor_943" href="#Footnote_943" class="fnanchor">[943]</a>?<br />
+Eût-elle du dragon trompé la vigilance?<br />
+Ce peuple que la terre enfantoit tout armé,<br />
+Qui de vous l'eût défait, si Jason n'eût aimé?<span class="dalign">40</span><br />
+Maintenant qu'un exil m'interdit ma patrie,<br />
+Créuse est le sujet de mon idolâtrie;<br />
+Et j'ai trouvé l'adresse, en lui faisant la cour<a name="FNanchor_944" id="FNanchor_944" href="#Footnote_944" class="fnanchor">[944]</a>,<br />
+De relever mon sort sur les ailes d'Amour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Que parlez-vous d'exil? La haine de Pélie....<span class="dalign">45</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Me fait, tout mort qu'il est, fuir de sa Thessalie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Il est mort!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Écoutez, et vous saurez comment</span><br />
+Son trépas seul m'oblige à cet éloignement<a name="FNanchor_945" id="FNanchor_945" href="#Footnote_945" class="fnanchor">[945]</a>.<br />
+<span class="i1">Après six ans passés, depuis notre voyage,</span><br />
+Dans les plus grands plaisirs qu'on goûte au mariage,<span class="dalign">50</span><span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">344</a></span><br />
+Mon père, tout caduc, émouvant ma pitié,<br />
+Je conjurai Médée, au nom de l'amitié....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>J'ai su comme son art, forçant les destinées,<br />
+Lui rendit la vigueur de ses jeunes années:<br />
+Ce fut, s'il m'en souvient, ici que je l'appris,<span class="dalign">55</span><br />
+D'où soudain un voyage en Asie entrepris<br />
+Fait que, nos deux séjours divisés par Neptune,<br />
+Je n'ai point su depuis quelle est votre fortune;<br />
+Je n'en fais qu'arriver.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Apprenez donc de moi</span><br />
+Le sujet qui m'oblige à lui manquer de foi.<span class="dalign">60</span><br />
+<span class="i1">Malgré l'aversion d'entre nos deux familles,</span><br />
+De mon tyran Pélie elle gagne les filles<a name="FNanchor_946" id="FNanchor_946" href="#Footnote_946" class="fnanchor">[946]</a>,<br />
+Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus,<br />
+Que ces foibles esprits sont aisément déçus.<br />
+Elle fait amitié, leur promet des merveilles,<span class="dalign">65</span><br />
+Du pouvoir de son art leur remplit les oreilles;<br />
+Et pour mieux leur montrer comme il est infini,<br />
+Leur étale surtout mon père rajeuni.<br />
+Pour épreuve elle égorge un bélier à leurs vues,<br />
+Le plonge en un bain d'eaux et d'herbes inconnues,<span class="dalign">70</span><br />
+Lui forme un nouveau sang avec cette liqueur,<br />
+Et lui rend d'un agneau la taille et la vigueur.<br />
+Les s&oelig;urs crient miracle, et chacune ravie<br />
+Conçoit pour son vieux père une pareille envie,<br />
+Veut un effet pareil, le demande, et l'obtient;<span class="dalign">75</span><br />
+Mais chacune a son but. Cependant la nuit vient:<br />
+Médée, après le coup d'une si belle amorce<a name="FNanchor_947" id="FNanchor_947" href="#Footnote_947" class="fnanchor">[947]</a>,<br />
+Prépare de l'eau pure et des herbes sans force,<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">345</a></span><br />
+Redouble le sommeil des gardes et du Roi:<br />
+La suite au seul récit me fait trembler d'effroi.<span class="dalign">80</span><br />
+A force de pitié ces filles inhumaines<a name="FNanchor_948" id="FNanchor_948" href="#Footnote_948" class="fnanchor">[948]</a><br />
+De leur père endormi vont épuiser les veines:<br />
+Leur tendresse crédule, à grands coups de couteau<a name="FNanchor_949" id="FNanchor_949" href="#Footnote_949" class="fnanchor">[949]</a>,<br />
+Prodigue ce vieux sang, et fait place au nouveau;<br />
+Le coup le plus mortel s'impute à grand service;<span class="dalign">85</span><br />
+On nomme piété ce cruel sacrifice,<br />
+Et l'amour paternel qui fait agir leurs bras<br />
+Croiroit commettre un crime à n'en commettre pas.<br />
+Médée est éloquente à leur donner courage:<br />
+Chacune toutefois tourne ailleurs son visage;<span class="dalign">90</span><br />
+Une secrète horreur condamne leur dessein<a name="FNanchor_950" id="FNanchor_950" href="#Footnote_950" class="fnanchor">[950]</a>,<br />
+Et refuse leurs yeux à conduire leur main<a name="FNanchor_951" id="FNanchor_951" href="#Footnote_951" class="fnanchor">[951]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>A me représenter ce tragique spectacle,<br />
+Qui fait un parricide et promet un miracle,<br />
+J'ai de l'horreur moi-même, et ne puis concevoir<span class="dalign">95</span><br />
+Qu'un esprit jusque-là se laisse décevoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ainsi mon père Æson recouvra sa jeunesse.<br />
+Mais oyez le surplus. Ce grand courage cesse;<span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">346</a></span><br />
+L'épouvante les prend; Médée en raille, et fuit<a name="FNanchor_952" id="FNanchor_952" href="#Footnote_952" class="fnanchor">[952]</a>.<br />
+Le jour découvre à tous les crimes de la nuit;<span class="dalign">100</span><br />
+Et pour vous épargner un discours inutile,<br />
+Acaste, nouveau roi, fait mutiner la ville,<br />
+Nomme Jason l'auteur de cette trahison,<br />
+Et pour venger son père, assiége ma maison.<br />
+Mais j'étois déjà loin, aussi bien que Médée;<span class="dalign">105</span><br />
+Et ma famille enfin à Corinthe abordée,<br />
+Nous saluons Créon, dont la bénignité<br />
+Nous promet contre Acaste un lieu de sûreté.<br />
+Que vous dirai-je plus? mon bonheur ordinaire<br />
+M'acquiert les volontés de la fille et du père;<span class="dalign">110</span><br />
+Si bien que de tous deux également chéri,<br />
+L'un me veut pour son gendre, et l'autre pour mari.<br />
+D'un rival couronné les grandeurs souveraines,<br />
+La majesté d'Ægée, et le sceptre d'Athènes,<br />
+N'ont rien, à leur avis, de comparable à moi,<span class="dalign">115</span><br />
+Et banni que je suis, je leur suis plus qu'un roi.<br />
+Je vois trop ce bonheur, mais je le dissimule<a name="FNanchor_953" id="FNanchor_953" href="#Footnote_953" class="fnanchor">[953]</a>;<br />
+Et bien que pour Créuse un pareil feu me brûle,<br />
+Du devoir conjugal je combats mon amour,<br />
+Et je ne l'entretiens que pour faire ma cour.<span class="dalign">120</span><br />
+<span class="i1">Acaste cependant menace d'une guerre</span><br />
+Qui doit perdre Créon et dépeupler sa terre;<br />
+Puis, changeant tout à coup ses résolutions,<br />
+Il propose la paix sous des conditions.<br />
+Il demande d'abord et Jason et Médée:<span class="dalign">125</span><br />
+On lui refuse l'un, et l'autre est accordée;<br />
+Je l'empêche, on débat, et je fais tellement,<br />
+Qu'enfin il se réduit à son bannissement.<br />
+De nouveau je l'empêche, et Créon me refuse;<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">347</a></span><br />
+Et pour m'en consoler, il m'offre sa Créuse.<span class="dalign">130</span><br />
+Qu'eussé-je fait, Pollux, en cette extrémité<br />
+Qui commettoit ma vie avec ma loyauté?<br />
+Car sans doute, à quitter l'utile pour l'honnête,<br />
+La paix alloit se faire aux dépens de ma tête<a name="FNanchor_954" id="FNanchor_954" href="#Footnote_954" class="fnanchor">[954]</a>;<br />
+Le mépris insolent des offres d'un grand roi<a name="FNanchor_955" id="FNanchor_955" href="#Footnote_955" class="fnanchor">[955]</a><span class="dalign">135</span><br />
+Aux mains d'un ennemi livroit Médée et moi<a name="FNanchor_956" id="FNanchor_956" href="#Footnote_956" class="fnanchor">[956]</a>.<br />
+Je l'eusse fait pourtant, si je n'eusse été père:<br />
+L'amour de mes enfants m'a fait l'âme légère;<br />
+Ma perte étoit la leur; et cet hymen nouveau<br />
+Avec Médée et moi les tire du tombeau:<span class="dalign">140</span><br />
+Eux seuls m'ont fait résoudre, et la paix s'est conclue.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Bien que de tous côtés l'affaire résolue<br />
+Ne laisse aucune place aux conseils d'un ami,<br />
+Je ne puis toutefois l'approuver qu'à demi.<br />
+Sur quoi que vous fondiez un traitement si rude,<span class="dalign">145</span><br />
+C'est montrer pour Médée un peu d'ingratitude<a name="FNanchor_957" id="FNanchor_957" href="#Footnote_957" class="fnanchor">[957]</a>:<br />
+Ce qu'elle a fait pour vous est mal récompensé.<br />
+Il faut craindre après tout son courage offensé;<br />
+Vous savez mieux que moi ce que peuvent ses charmes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ce sont à sa fureur d'épouvantables armes;<span class="dalign">150</span><br />
+Mais son bannissement nous en va garantir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Gardez d'avoir sujet de vous en repentir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Quoi qu'il puisse arriver, ami, c'est chose faite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>La termine le ciel comme je le souhaite!<span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">348</a></span><br />
+Permettez cependant qu'afin de m'acquitter<span class="dalign">155</span><br />
+J'aille trouver le Roi pour l'en féliciter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Je vous y conduirois, mais j'attends ma princesse,<br />
+Qui va sortir du temple.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Adieu: l'amour vous presse,</span><br />
+Et je serois marri qu'un soin officieux<br />
+Vous fît perdre pour moi des temps si précieux.<span class="dalign">160</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON<a name="FNanchor_958" id="FNanchor_958" href="#Footnote_958" class="fnanchor">[958]</a>.</h4>
+
+<p>Depuis que mon esprit est capable de flamme,<br />
+Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme<a name="FNanchor_959" id="FNanchor_959" href="#Footnote_959" class="fnanchor">[959]</a>:<br />
+Mon c&oelig;ur, qui se partage en deux affections,<br />
+Se laisse déchirer à mille passions.<br />
+Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte<span class="dalign">165</span><br />
+Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte<a name="FNanchor_960" id="FNanchor_960" href="#Footnote_960" class="fnanchor">[960]</a>:<br />
+Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi<br />
+Je fais un ennemi, si je garde ma foi<a name="FNanchor_961" id="FNanchor_961" href="#Footnote_961" class="fnanchor">[961]</a>:<br />
+Je regrette Médée, et j'adore Créuse;<br />
+Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse<a name="FNanchor_962" id="FNanchor_962" href="#Footnote_962" class="fnanchor">[962]</a>;<br />
+Et dessus mon regret mes desirs triomphants<br />
+Ont encor le secours du soin de mes enfants.<br />
+<span class="i1">Mais la princesse vient: l'éclat d'un tel visage<a name="FNanchor_963" id="FNanchor_963" href="#Footnote_963" class="fnanchor">[963]</a></span><br />
+Du plus constant du monde attireroit l'hommage,<span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">349</a></span><br />
+Et semble reprocher à ma fidélité<span class="dalign">175</span><br />
+D'avoir osé tenir contre tant de beauté.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Que votre zèle est long, et que d'impatience<a name="FNanchor_964" id="FNanchor_964" href="#Footnote_964" class="fnanchor">[964]</a><br />
+Il donne à votre amant, qui meurt en votre absence!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Je n'ai pas fait pourtant au ciel beaucoup de v&oelig;ux<a name="FNanchor_965" id="FNanchor_965" href="#Footnote_965" class="fnanchor">[965]</a>:<br />
+Ayant Jason à moi, j'ai tout ce que je veux.<span class="dalign">180</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Et moi, puis-je espérer l'effet d'une prière<br />
+Que ma flamme tiendroit à faveur singulière?<br />
+Au nom de notre amour, sauvez deux jeunes fruits<br />
+Que d'un premier hymen la couche m'a produits;<br />
+Employez-vous pour eux, faites auprès d'un père<a name="FNanchor_966" id="FNanchor_966" href="#Footnote_966" class="fnanchor">[966]</a><span class="dalign">185</span><br />
+Qu'ils ne soient point compris en l'exil de leur mère:<br />
+C'est lui seul qui bannit ces petits malheureux,<br />
+Puisque dans les traités il n'est point parlé d'eux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>J'avois déjà parlé de leur tendre innocence<a name="FNanchor_967" id="FNanchor_967" href="#Footnote_967" class="fnanchor">[967]</a>,<br />
+Et vous y servirai de toute ma puissance,<span class="dalign">190</span><br />
+Pourvu qu'à votre tour vous m'accordiez un point<br />
+Que jusques à tantôt je ne vous dirai point.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">350</a></span>
+<span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Dites, et quel qu'il soit, que ma reine en dispose.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Si je puis sur mon père obtenir quelque chose,<br />
+Vous le saurez après: je ne veux rien pour rien.<span class="dalign">195</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p>Vous pourrez au palais suivre cet entretien.<br />
+On ouvre chez Médée, ôtez-vous de sa vue:<br />
+Vos présences rendroient sa douleur plus émue;<br />
+Et vous seriez marris que cet esprit jaloux<br />
+Mêlât son amertume à des plaisirs si doux.<span class="dalign">200</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE.</h4>
+
+<p>Souverains protecteurs des lois de l'hyménée,<br />
+Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée,<br />
+Vous qu'il prit à témoins d'une immortelle ardeur<br />
+Quand par un faux serment il vainquit ma pudeur,<br />
+Voyez de quel mépris vous traite son parjure,<span class="dalign">205</span><br />
+Et m'aidez à venger cette commune injure<a name="FNanchor_968" id="FNanchor_968" href="#Footnote_968" class="fnanchor">[968]</a>:<br />
+S'il me peut aujourd'hui chasser impunément,<br />
+Vous êtes sans pouvoir ou sans ressentiment.<br />
+<span class="i1">Et vous, troupe savante en noires barbaries<a name="FNanchor_969" id="FNanchor_969" href="#Footnote_969" class="fnanchor">[969]</a>,</span><br />
+Filles de l'Achéron, pestes, larves, furies,<span class="dalign">210</span><br />
+Fières s&oelig;urs, si jamais notre commerce étroit<a name="FNanchor_970" id="FNanchor_970" href="#Footnote_970" class="fnanchor">[970]</a><span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">351</a></span><br />
+Sur vous et vos serpents me donna quelque droit<a name="FNanchor_971" id="FNanchor_971" href="#Footnote_971" class="fnanchor">[971]</a>,<br />
+Sortez de vos cachots avec les mêmes flammes<br />
+Et les mêmes tourments dont vous gênez les âmes;<br />
+Laissez-les quelque temps reposer dans leurs fers:<span class="dalign">215</span><br />
+Pour mieux agir pour moi faites trêve aux enfers;<br />
+Apportez-moi du fond des antres de Mégère<a name="FNanchor_972" id="FNanchor_972" href="#Footnote_972" class="fnanchor">[972]</a><br />
+La mort de ma rivale, et celle de son père;<br />
+Et si vous ne voulez mal servir mon courroux,<br />
+Quelque chose de pis pour mon perfide époux:<span class="dalign">220</span><br />
+Qu'il coure vagabond de province en province,<br />
+Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince;<br />
+Banni de tous côtés, sans bien et sans appui<a name="FNanchor_973" id="FNanchor_973" href="#Footnote_973" class="fnanchor">[973]</a>,<br />
+Accablé de frayeur, de misère, d'ennui,<br />
+Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse;<span class="dalign">225</span><br />
+Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice;<br />
+Et que mon souvenir jusque dans le tombeau<br />
+Attache à son esprit un éternel bourreau<a name="FNanchor_974" id="FNanchor_974" href="#Footnote_974" class="fnanchor">[974]</a>.<br />
+Jason me répudie! et qui l'auroit pu croire?<br />
+S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire?<span class="dalign">230</span><span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">352</a></span><br />
+Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits?<br />
+M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits?<br />
+Sachant ce que je puis, ayant vu ce que j'ose,<br />
+Croit-il que m'offenser ce soit si peu de chose?<br />
+Quoi! mon père trahi, les éléments forcés,<span class="dalign">235</span><br />
+D'un frère dans la mer les membres dispersés,<br />
+Lui font-ils présumer mon audace épuisée?<br />
+Lui font-ils présumer qu'à mon tour méprisée<a name="FNanchor_975" id="FNanchor_975" href="#Footnote_975" class="fnanchor">[975]</a>,<br />
+Ma rage contre lui n'ait par où s'assouvir,<br />
+Et que tout mon pouvoir se borne à le servir?<span class="dalign">240</span><br />
+Tu t'abuses, Jason, je suis encor moi-même.<br />
+Tout ce qu'en ta faveur fit mon amour extrême,<br />
+Je le ferai par haine; et je veux pour le moins<br />
+Qu'un forfait nous sépare, ainsi qu'il nous a joints;<br />
+Que mon sanglant divorce, en meurtres, en carnage,<span class="dalign">245</span><br />
+S'égale aux premiers jours de notre mariage,<br />
+Et que notre union, que rompt ton changement,<br />
+Trouve une fin pareille à son commencement.<br />
+Déchirer par morceaux l'enfant aux yeux du père<br />
+N'est que le moindre effet qui suivra ma colère;<span class="dalign">250</span><br />
+Des crimes si légers furent mes coups d'essai:<br />
+Il faut bien autrement montrer ce que je sai;<br />
+Il faut faire un chef-d'&oelig;uvre, et qu'un dernier ouvrage<br />
+Surpasse de bien loin ce foible apprentissage<a name="FNanchor_976" id="FNanchor_976" href="#Footnote_976" class="fnanchor">[976]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">353</a></span><br />
+<span class="i1">Mais pour exécuter tout ce que j'entreprends,</span><span class="dalign">255</span><br />
+Quels Dieux me fourniront des secours assez grands?<br />
+Ce n'est plus vous, enfers, qu'ici je sollicite:<br />
+Vos feux sont impuissants pour ce que je médite.<br />
+Auteur de ma naissance, aussi bien que du jour,<br />
+Qu'à regret tu dépars à ce fatal séjour,<span class="dalign">260</span><br />
+Soleil, qui vois l'affront qu'on va faire à ta race<a name="FNanchor_977" id="FNanchor_977" href="#Footnote_977" class="fnanchor">[977]</a>,<br />
+Donne-moi tes chevaux à conduire en ta place;<br />
+Accorde cette grâce à mon desir bouillant;<br />
+Je veux choir sur Corinthe avec ton char brûlant;<br />
+Mais ne crains pas de chute à l'univers funeste:<span class="dalign">265</span><br />
+Corinthe consumé garantira le reste<a name="FNanchor_978" id="FNanchor_978" href="#Footnote_978" class="fnanchor">[978]</a>;<br />
+De mon juste courroux les implacables v&oelig;ux<a name="FNanchor_979" id="FNanchor_979" href="#Footnote_979" class="fnanchor">[979]</a><br />
+Dans ses odieux murs arrêteront tes feux;<br />
+Créon en est le prince, et prend Jason pour gendre:<br />
+C'est assez mériter d'être réduit en cendre<a name="FNanchor_980" id="FNanchor_980" href="#Footnote_980" class="fnanchor">[980]</a>,<span class="dalign">270</span><br />
+D'y voir réduit tout l'isthme, afin de l'en punir,<br />
+Et qu'il n'empêche plus les deux mers de s'unir<a name="FNanchor_981" id="FNanchor_981" href="#Footnote_981" class="fnanchor">[981]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">354</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Eh bien? Nérine, à quand, à quand cet hyménée?<br />
+En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée?<br />
+N'en as-tu rien appris? n'as-tu point vu Jason?<span class="dalign">275</span><br />
+N'appréhende-t-il rien après sa trahison?<br />
+Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre?<br />
+S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre;<br />
+Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur<br />
+De mes ressentiments peut monter la fureur.<span class="dalign">280</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Modérez les bouillons de cette violence,<br />
+Et laissez déguiser vos douleurs au silence.<br />
+Quoi! Madame, est-ce ainsi qu'il faut dissimuler?<br />
+Et faut-il perdre ainsi des menaces en l'air?<br />
+Les plus ardents transports d'une haine connue<a name="FNanchor_982" id="FNanchor_982" href="#Footnote_982" class="fnanchor">[982]</a><span class="dalign">285</span><br />
+Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue,<br />
+Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir,<br />
+Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir.<br />
+Qui peut, sans s'émouvoir, supporter une offense,<br />
+Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance<a name="FNanchor_983" id="FNanchor_983" href="#Footnote_983" class="fnanchor">[983]</a>;<br />
+Et sa feinte douceur, sous un appas<a name="FNanchor_984" id="FNanchor_984" href="#Footnote_984" class="fnanchor">[984]</a> mortel,<br />
+Mène insensiblement sa victime à l'autel.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu veux que je me taise et que je dissimule!<br />
+Nérine, porte ailleurs ce conseil ridicule:<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">355</a></span><br />
+L'âme en est incapable en de<a name="FNanchor_985" id="FNanchor_985" href="#Footnote_985" class="fnanchor">[985]</a> moindres malheurs,<span class="dalign">295</span><br />
+Et n'a point où cacher de pareilles douleurs<a name="FNanchor_986" id="FNanchor_986" href="#Footnote_986" class="fnanchor">[986]</a>.<br />
+Jason m'a fait trahir mon pays et mon père,<br />
+Et me laisse au milieu d'une terre étrangère,<br />
+Sans support, sans amis, sans retraite, sans bien,<br />
+La fable de son peuple, et la haine du mien:<span class="dalign">300</span><br />
+Nérine, après cela tu veux que je me taise!<br />
+Ne dois-je point encore en témoigner de l'aise,<br />
+De ce royal hymen souhaiter l'heureux jour,<br />
+Et forcer tous mes soins à servir son amour<a name="FNanchor_987" id="FNanchor_987" href="#Footnote_987" class="fnanchor">[987]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Madame, pensez mieux à l'éclat que vous faites:<span class="dalign">305</span><br />
+Quelque juste qu'il soit, regardez où vous êtes;<br />
+Considérez qu'à peine un esprit plus remis<a name="FNanchor_988" id="FNanchor_988" href="#Footnote_988" class="fnanchor">[988]</a><br />
+Vous tient en sûreté parmi vos ennemis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>L'âme doit se roidir plus elle est menacée,<br />
+Et contre la fortune aller tête baissée,<span class="dalign">310</span><br />
+La choquer hardiment, et sans craindre la mort,<br />
+Se présenter de front à son plus rude effort.<br />
+Cette lâche ennemie a peur des grands courages,<br />
+Et sur ceux qu'elle abat redouble ses outrages.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Que sert ce grand courage où l'on est sans pouvoir?<span class="dalign">315</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+Il trouve toujours lieu de se faire valoir<a name="FNanchor_989" id="FNanchor_989" href="#Footnote_989" class="fnanchor">[989]</a>.
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">356</a></span>
+<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite,<br />
+Pour voir en quel état le sort vous a réduite.<br />
+Votre pays vous hait, votre époux est sans foi<a name="FNanchor_990" id="FNanchor_990" href="#Footnote_990" class="fnanchor">[990]</a>:<br />
+Dans un si grand revers que vous reste-t-il?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i18">Moi:</span><span class="dalign">320</span><br />
+Moi, dis-je, et c'est assez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Quoi! vous seule, Madame?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme,<br />
+Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux,<br />
+Et le sceptre des rois, et la foudre des Dieux<a name="FNanchor_991" id="FNanchor_991" href="#Footnote_991" class="fnanchor">[991]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>L'impétueuse ardeur d'un courage sensible<span class="dalign">325</span><br />
+A vos ressentiments figure tout possible:<br />
+Mais il faut craindre un roi fort de tant de sujets.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Mon père, qui l'étoit, rompit-il mes projets?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Non; mais il fut surpris, et Créon se défie:<br />
+Fuyez, qu'à ses soupçons il ne vous sacrifie.<span class="dalign">330</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_357" id="Page_357">357</a></span>
+<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Las! je n'ai que trop fui; cette infidélité<br />
+D'un juste châtiment punit ma lâcheté.<br />
+Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie,<br />
+Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie,<br />
+Il n'eût point vu Créuse, et cet objet nouveau<span class="dalign">335</span><br />
+N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau<a name="FNanchor_992" id="FNanchor_992" href="#Footnote_992" class="fnanchor">[992]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Fuyez encor, de grâce.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Oui, je fuirai, Nérine,</span><br />
+Mais avant de Créon on verra la ruine.<br />
+Je brave la fortune; et toute sa rigueur,<br />
+En m'ôtant un mari, ne m'ôte pas le c&oelig;ur<a name="FNanchor_993" id="FNanchor_993" href="#Footnote_993" class="fnanchor">[993]</a>;<span class="dalign">340</span><br />
+Sois seulement fidèle, et, sans te mettre en peine,<br />
+Laisse agir pleinement mon savoir et ma haine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE</span>, <span class="font90">seule<a name="FNanchor_994" id="FNanchor_994" href="#Footnote_994" class="fnanchor">[994]</a>.</span></p>
+
+<p>Madame.... Elle me quitte au lieu de m'écouter<a name="FNanchor_995" id="FNanchor_995" href="#Footnote_995" class="fnanchor">[995]</a>.<br />
+Ces violents transports la vont précipiter:<br />
+D'une trop juste ardeur l'inexorable envie<a name="FNanchor_996" id="FNanchor_996" href="#Footnote_996" class="fnanchor">[996]</a><span class="dalign">345</span><br />
+Lui fait abandonner le souci de sa vie.<br />
+Tâchons, encore un coup, d'en divertir le cours.<br />
+Apaiser sa fureur, c'est conserver ses jours.</p>
+
+<p class="p2 center"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">358</a></span></p>
+
+<h2>ACTE II.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Bien qu'un péril certain suive votre entreprise,<br />
+Assurez-vous sur moi, je vous suis toute acquise:<span class="dalign">350</span><br />
+Employez mon service aux flammes, au poison,<br />
+Je ne refuse rien; mais épargnez Jason.<br />
+Votre aveugle vengeance une fois assouvie,<br />
+Le regret de sa mort vous coûteroit la vie;<br />
+Et les coups violents d'un rigoureux ennui....<span class="dalign">355</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Cesse de m'en parler, et ne crains rien pour lui:<br />
+Ma fureur jusque-là n'oseroit me séduire;<br />
+Jason m'a trop coûté pour le vouloir détruire;<br />
+Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur<a name="FNanchor_997" id="FNanchor_997" href="#Footnote_997" class="fnanchor">[997]</a><br />
+Soutient son intérêt au milieu de mon c&oelig;ur.<span class="dalign">360</span><br />
+Je crois qu'il m'aime encore, et qu'il nourrit en l'âme<br />
+Quelques restes secrets d'une si belle flamme;<br />
+Qu'il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi<a name="FNanchor_998" id="FNanchor_998" href="#Footnote_998" class="fnanchor">[998]</a>,<br />
+Qui l'arrache<a name="FNanchor_999" id="FNanchor_999" href="#Footnote_999" class="fnanchor">[999]</a> à Médée en dépit de sa foi.<br />
+Qu'il vive, et s'il se peut, que l'ingrat me demeure;<span class="dalign">365</span><span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">359</a></span><br />
+Sinon, ce m'est assez que sa Créuse meure:<br />
+Qu'il vive cependant, et jouisse du jour<br />
+Que lui conserve encor mon immuable amour.<br />
+Créon seul et sa fille ont fait la perfidie<a name="FNanchor_1000" id="FNanchor_1000" href="#Footnote_1000" class="fnanchor">[1000]</a>;<br />
+Eux seuls termineront toute la tragédie:<span class="dalign">370</span><br />
+Leur perte achèvera cette fatale paix.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Contenez-vous, Madame; il sort de son palais<a name="FNanchor_1001" id="FNanchor_1001" href="#Footnote_1001" class="fnanchor">[1001]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, MÉDÉE, NÉRINE, <span class="smcap">Soldats.</span></h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Quoi? je te vois encore! Avec quelle impudence<br />
+Peux-tu, sans t'effrayer, soutenir ma présence?<br />
+Ignores-tu l'arrêt de ton bannissement?<span class="dalign">375</span><br />
+Fais-tu si peu de cas de mon commandement?<br />
+Voyez comme elle s'enfle et d'orgueil et d'audace!<br />
+Ses yeux ne sont que feu; ses regards, que menace.<br />
+Gardes, empêchez-la de s'approcher de moi<a name="FNanchor_1002" id="FNanchor_1002" href="#Footnote_1002" class="fnanchor">[1002]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">360</a></span>
+<span class="i1">Va, purge mes États d'un monstre tel que toi:</span><span class="dalign">380</span><br />
+Délivre mes sujets et moi-même de crainte<a name="FNanchor_1003" id="FNanchor_1003" href="#Footnote_1003" class="fnanchor">[1003]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>De quoi m'accuse-t-on? quel crime, quelle plainte<br />
+Pour mon bannissement vous donne tant d'ardeur<a name="FNanchor_1004" id="FNanchor_1004" href="#Footnote_1004" class="fnanchor">[1004]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Ah! l'innocence même, et la même candeur<a name="FNanchor_1005" id="FNanchor_1005" href="#Footnote_1005" class="fnanchor">[1005]</a>!<br />
+Médée est un miroir de vertu signalée:<span class="dalign">385</span><br />
+Quelle inhumanité de l'avoir exilée!<br />
+Barbare, as-tu sitôt oublié tant d'horreurs?<br />
+Repasse tes forfaits, repasse tes erreurs<a name="FNanchor_1006" id="FNanchor_1006" href="#Footnote_1006" class="fnanchor">[1006]</a>,<br />
+Et de tant de pays nomme quelque contrée<br />
+Dont tes méchancetés te permettent l'entrée<a name="FNanchor_1007" id="FNanchor_1007" href="#Footnote_1007" class="fnanchor">[1007]</a>.<span class="dalign">390</span><br />
+Toute la Thessalie en armes te poursuit;<br />
+Ton père te déteste, et l'univers te fuit:<br />
+Me dois-je en ta faveur charger de tant de haines,<br />
+Et sur mon peuple et moi faire tomber tes peines?<br />
+Va pratiquer ailleurs tes noires actions;<span class="dalign">395</span><br />
+J'ai racheté la paix à ces conditions.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Lâche paix, qu'entre vous, sans m'avoir écoutée,<br />
+Pour m'arracher mon bien vous avez complotée!<br />
+Paix dont le déshonneur vous<a name="FNanchor_1008" id="FNanchor_1008" href="#Footnote_1008" class="fnanchor">[1008]</a> demeure éternel!<span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">361</a></span><br />
+Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel,<span class="dalign">400</span><br />
+Son crime eût-il cent fois mérité le supplice<a name="FNanchor_1009" id="FNanchor_1009" href="#Footnote_1009" class="fnanchor">[1009]</a>,<br />
+D'un juste châtiment il fait une injustice.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Au regard de Pélie, il fut bien mieux traité:<br />
+Avant que l'égorger tu l'avois écouté<a name="FNanchor_1010" id="FNanchor_1010" href="#Footnote_1010" class="fnanchor">[1010]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Écouta-t-il Jason, quand sa haine couverte<span class="dalign">405</span><br />
+L'envoya sur nos bords se livrer à sa perte?<br />
+Car comment voulez-vous que je nomme un dessein<br />
+Au-dessus de sa force et du pouvoir humain?<br />
+Apprenez quelle étoit cette illustre conquête,<br />
+Et de combien de morts j'ai garanti sa tête.<span class="dalign">410</span><br />
+<span class="i1">Il falloit mettre au joug deux taureaux furieux<a name="FNanchor_1011" id="FNanchor_1011" href="#Footnote_1011" class="fnanchor">[1011]</a>:</span><br />
+Des tourbillons de feux s'élançoient de leurs yeux,<br />
+Et leur maître Vulcain poussoit par leur haleine<br />
+Un long embrasement dessus toute la plaine.<br />
+Eux domptés, on entroit en de nouveaux hasards:<span class="dalign">415</span><br />
+Il falloit labourer les tristes champs de Mars,<br />
+Et des dents d'un serpent ensemencer leur terre,<br />
+Dont la stérilité, fertile pour la guerre,<br />
+Produisoit à l'instant des escadrons armés<br />
+Contre la même main qui les avoit semés<a name="FNanchor_1012" id="FNanchor_1012" href="#Footnote_1012" class="fnanchor">[1012]</a>.<span class="dalign">420</span><br />
+Mais quoi qu'eût fait contre eux une valeur parfaite,<br />
+La toison n'étoit pas au bout de leur défaite:<br />
+Un dragon, enivré des plus mortels poisons<br />
+Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_362" id="Page_362">362</a></span>
+Vomissant mille traits de sa gorge enflammée<a name="FNanchor_1013" id="FNanchor_1013" href="#Footnote_1013" class="fnanchor">[1013]</a>,<span class="dalign">425</span><br />
+La gardoit beaucoup mieux que toute cette armée;<br />
+Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil,<br />
+Ne virent abaisser sa paupière au sommeil:<br />
+Je l'ai seule assoupi; seule, j'ai par mes charmes<br />
+Mis au joug les taureaux et défait les gensdarmes.<span class="dalign">430</span><br />
+Si lors à mon devoir mon desir limité<a name="FNanchor_1014" id="FNanchor_1014" href="#Footnote_1014" class="fnanchor">[1014]</a><br />
+Eût conservé ma gloire et ma fidélité<a name="FNanchor_1015" id="FNanchor_1015" href="#Footnote_1015" class="fnanchor">[1015]</a>,<br />
+Si j'eusse eu de l'horreur de tant d'énormes fautes,<br />
+Que devenoit Jason, et tous vos Argonautes?<br />
+Sans moi, ce vaillant chef, que vous m'avez ravi,<span class="dalign">435</span><br />
+Fût péri le premier, et tous l'auroient suivi.<br />
+Je ne me repens point d'avoir par mon adresse<br />
+Sauvé le sang des Dieux et la fleur de la Grèce:<br />
+Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor,<br />
+Et le charmant Orphée, et le sage Nestor,<span class="dalign">440</span><br />
+Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie;<br />
+Je vous les verrai tous posséder sans envie:<br />
+Je vous les ai sauvés, je vous les cède tous;<br />
+Je n'en veux qu'un pour moi<a name="FNanchor_1016" id="FNanchor_1016" href="#Footnote_1016" class="fnanchor">[1016]</a>, n'en soyez point jaloux.<br />
+Pour de si bons effets laissez-moi l'infidèle:<span class="dalign">445</span><br />
+Il est mon crime seul, si je suis criminelle;<br />
+Aimer cet inconstant, c'est tout ce que j'ai fait:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_363" id="Page_363">363</a></span>
+Si vous me punissez, rendez-moi mon forfait<a name="FNanchor_1017" id="FNanchor_1017" href="#Footnote_1017" class="fnanchor">[1017]</a>.<br />
+Est-ce user comme il faut d'un pouvoir légitime,<br />
+Que me faire coupable et jouir de mon crime<a name="FNanchor_1018" id="FNanchor_1018" href="#Footnote_1018" class="fnanchor">[1018]</a>?<span class="dalign">450</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Va te plaindre à Colchos.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Le retour m'y plaira.</span><br />
+Que Jason m'y remette ainsi qu'il m'en tira<a name="FNanchor_1019" id="FNanchor_1019" href="#Footnote_1019" class="fnanchor">[1019]</a>:<br />
+Je suis prête à partir sous la même conduite<br />
+Qui de ces lieux aimés précipita ma fuite.<br />
+O d'un injuste affront les coups les plus cruels!<span class="dalign">455</span><br />
+Vous faites différence entre deux criminels<a name="FNanchor_1020" id="FNanchor_1020" href="#Footnote_1020" class="fnanchor">[1020]</a>!<br />
+Vous voulez qu'on l'honore, et que de deux complices<br />
+L'un ait votre couronne, et l'autre des supplices!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Cesse de plus mêler ton intérêt au sien.<br />
+Ton Jason, pris à part, est trop homme de bien<a name="FNanchor_1021" id="FNanchor_1021" href="#Footnote_1021" class="fnanchor">[1021]</a>:<span class="dalign">460</span><br />
+Le séparant de toi, sa défense est facile<a name="FNanchor_1022" id="FNanchor_1022" href="#Footnote_1022" class="fnanchor">[1022]</a>;<br />
+Jamais il n'a trahi son père ni sa ville;<br />
+Jamais sang innocent n'a fait rougir ses mains;<br />
+Jamais il n'a prêté son bras à tes desseins<a name="FNanchor_1023" id="FNanchor_1023" href="#Footnote_1023" class="fnanchor">[1023]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_364" id="Page_364">364</a></span><br />
+Son crime, s'il en a, c'est de t'avoir pour femme.<span class="dalign">465</span><br />
+Laisse-le s'affranchir d'une honteuse flamme,<br />
+Rends-lui son innocence en l'éloignant de nous<a name="FNanchor_1024" id="FNanchor_1024" href="#Footnote_1024" class="fnanchor">[1024]</a>;<br />
+Porte en d'autres climats ton insolent courroux,<br />
+Tes herbes, tes poisons<a name="FNanchor_1025" id="FNanchor_1025" href="#Footnote_1025" class="fnanchor">[1025]</a>, ton c&oelig;ur impitoyable,<br />
+Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable<a name="FNanchor_1026" id="FNanchor_1026" href="#Footnote_1026" class="fnanchor">[1026]</a>.<span class="dalign">470</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Peignez mes actions plus noires que la nuit;<br />
+Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit:<br />
+Ce fut en sa faveur que ma savante audace<a name="FNanchor_1027" id="FNanchor_1027" href="#Footnote_1027" class="fnanchor">[1027]</a><br />
+Immola son tyran par les mains de sa race;<br />
+Joignez-y mon pays et mon frère: il suffit<span class="dalign">475</span><br />
+Qu'aucun de tant de maux ne va qu'à son profit<a name="FNanchor_1028" id="FNanchor_1028" href="#Footnote_1028" class="fnanchor">[1028]</a>.<br />
+Mais vous les<a name="FNanchor_1029" id="FNanchor_1029" href="#Footnote_1029" class="fnanchor">[1029]</a> saviez tous quand vous m'avez reçue;<br />
+Votre simplicité n'a point été déçue:<br />
+En ignoriez-vous un, quand vous m'avez promis<br />
+Un rempart assuré contre mes ennemis<a name="FNanchor_1030" id="FNanchor_1030" href="#Footnote_1030" class="fnanchor">[1030]</a>?<span class="dalign">480</span><br />
+Ma main, saignante encor du meurtre de Pélie<a name="FNanchor_1031" id="FNanchor_1031" href="#Footnote_1031" class="fnanchor">[1031]</a>,<span class="pagenum"><a name="Page_365" id="Page_365">365</a></span><br />
+Soulevoit contre moi toute la Thessalie,<br />
+Quand votre c&oelig;ur, sensible à la compassion,<br />
+Malgré tous mes forfaits, prit ma protection.<br />
+Si l'on me peut depuis imputer quelque crime,<span class="dalign">485</span><br />
+C'est trop peu que l'exil, ma mort est légitime:<br />
+Sinon, à quel propos me traitez-vous ainsi?<br />
+Je suis coupable ailleurs, mais innocente ici<a name="FNanchor_1032" id="FNanchor_1032" href="#Footnote_1032" class="fnanchor">[1032]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Je ne veux plus ici d'une telle innocence,<br />
+Ni souffrir en ma cour ta fatale présence.<span class="dalign">490</span><br />
+Va....</p>
+
+<p><span class="smcap i4">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Dieux justes, vengeurs....</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Va, dis-je, en d'autres lieux</span><br />
+Par tes cris importuns solliciter les Dieux.<br />
+<span class="i1">Laisse-nous tes enfants: je serois trop sévère,</span><br />
+Si je les punissois des crimes de leur mère<a name="FNanchor_1033" id="FNanchor_1033" href="#Footnote_1033" class="fnanchor">[1033]</a>;<br />
+Et bien que je le pusse avec juste raison,<span class="dalign">495</span><br />
+Ma fille les demande en faveur de Jason.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Barbare humanité, qui m'arrache à moi-même,<br />
+Et feint de la douceur pour m'ôter ce que j'aime!<br />
+Si Jason et Créuse ainsi l'ont ordonné<a name="FNanchor_1034" id="FNanchor_1034" href="#Footnote_1034" class="fnanchor">[1034]</a>,<br />
+Qu'ils me rendent le sang que je leur ai donné.<span class="dalign">500</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Ne me réplique plus, suis la loi qui t'est faite;<br />
+Prépare ton départ, et pense à ta retraite.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_366" id="Page_366">366</a></span>
+Pour en délibérer, et choisir le quartier,<br />
+De grâce ma bonté te donne un jour entier<a name="FNanchor_1035" id="FNanchor_1035" href="#Footnote_1035" class="fnanchor">[1035]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Quelle grâce<a name="FNanchor_1036" id="FNanchor_1036" href="#Footnote_1036" class="fnanchor">[1036]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Soldats, remettez-la chez elle;</span><span class="dalign">505</span><br />
+Sa contestation deviendroit éternelle<a name="FNanchor_1037" id="FNanchor_1037" href="#Footnote_1037" class="fnanchor">[1037]</a>.</p>
+
+<p class="font90 center">(Médée rentre et Créon continue<a name="FNanchor_1038" id="FNanchor_1038" href="#Footnote_1038" class="fnanchor">[1038]</a>.)</p>
+
+<p>Quel indomptable esprit! quel arrogant maintien<br />
+Accompagnoit l'orgueil d'un si long entretien!<br />
+A-t-elle rien fléchi de son humeur altière?<br />
+A-t-elle pu descendre à la moindre prière?<span class="dalign">510</span><br />
+Et le sacré respect de ma condition<br />
+En a-t-il arraché quelque soumission<a name="FNanchor_1039" id="FNanchor_1039" href="#Footnote_1039" class="fnanchor">[1039]</a>?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, JASON, CRÉUSE, CLÉONE, <span class="smcap">Soldats</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres<a name="FNanchor_1040" id="FNanchor_1040" href="#Footnote_1040" class="fnanchor">[1040]</a>,<br />
+Ma fille: c'est demain qu'elle sort de nos terres.<br />
+Nous n'avons désormais que craindre de sa part:<span class="dalign">515</span><br />
+Acaste est satisfait d'un si proche départ;<br />
+Et si tu peux calmer le courage d'Ægée,<br />
+Qui voit par notre choix son ardeur négligée,<span class="pagenum"><a name="Page_367" id="Page_367">367</a></span><br />
+Fais état que demain nous assure à jamais<br />
+Et dedans et dehors une profonde paix.<span class="dalign">520</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Je ne crois pas, Seigneur, que ce vieux roi d'Athènes<a name="FNanchor_1041" id="FNanchor_1041" href="#Footnote_1041" class="fnanchor">[1041]</a>,<br />
+Voyant aux mains d'autrui le fruit de tant de peines,<br />
+Mêle tant de foiblesse à son ressentiment,<br />
+Que son premier courroux se dissipe aisément<a name="FNanchor_1042" id="FNanchor_1042" href="#Footnote_1042" class="fnanchor">[1042]</a>.<br />
+J'espère toutefois qu'avec un peu d'adresse<span class="dalign">525</span><br />
+Je pourrai le résoudre à perdre une maîtresse<br />
+Dont l'âge peu sortable<a name="FNanchor_1043" id="FNanchor_1043" href="#Footnote_1043" class="fnanchor">[1043]</a> et l'inclination<br />
+Répondoient assez mal à son affection.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Il doit vous témoigner par son obéissance<br />
+Combien sur son esprit vous avez de puissance;<span class="dalign">530</span><br />
+Et s'il s'obstine à suivre un injuste courroux<a name="FNanchor_1044" id="FNanchor_1044" href="#Footnote_1044" class="fnanchor">[1044]</a>,<br />
+Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups;<br />
+Et nos préparatifs contre la Thessalie<br />
+Ont trop de quoi punir sa flamme et sa folie<a name="FNanchor_1045" id="FNanchor_1045" href="#Footnote_1045" class="fnanchor">[1045]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Nous n'en viendrons pas là: regarde seulement<span class="dalign">535</span><br />
+A le payer d'estime et de remercîment.<br />
+Je voudrois pour tout autre un peu de raillerie:<br />
+Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie;<br />
+Mais le trône soutient la majesté des rois<a name="FNanchor_1046" id="FNanchor_1046" href="#Footnote_1046" class="fnanchor">[1046]</a><span class="pagenum"><a name="Page_368" id="Page_368">368</a></span><br />
+Au-dessus du mépris, comme au-dessus des lois.<span class="dalign">540</span><br />
+On doit toujours respect au sceptre, à la couronne.<br />
+Remets tout, si tu veux, aux ordres que je donne;<br />
+Je saurai l'apaiser avec facilité,<br />
+Si tu ne te défends qu'avec civilité.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Que ne vous dois-je point pour cette préférence,<span class="dalign">545</span><br />
+Où mes desirs n'osoient porter mon espérance!<br />
+C'est bien me témoigner un amour infini,<br />
+De mépriser un roi pour un pauvre banni!<br />
+A toutes ses grandeurs préférer ma misère,<br />
+Tourner en ma faveur les volontés d'un père,<span class="dalign">550</span><br />
+Garantir mes enfants d'un exil rigoureux!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Qu'a pu faire de moindre un courage amoureux?<br />
+La fortune a montré dedans votre naissance<br />
+Un trait de son envie, ou de son impuissance;<br />
+Elle devoit un sceptre au sang dont vous naissez?<span class="dalign">555</span><br />
+Et sans lui vos vertus le méritoient assez.<br />
+L'amour, qui n'a pu voir une telle injustice,<br />
+Supplée à son défaut, ou punit sa malice,<br />
+Et vous dorme, au plus fort de vos adversités,<br />
+Le sceptre que j'attends, et que vous méritez.<span class="dalign">560</span><br />
+La gloire m'en demeure; et les races futures<br />
+Comptant notre hyménée entre vos aventures,<br />
+Vanteront à jamais mon amour généreux,<span class="pagenum"><a name="Page_369" id="Page_369">369</a></span><br />
+Qui d'un si grand héros rompt le sort malheureux.<br />
+<span class="i1">Après tout, cependant, riez de ma foiblesse:</span><span class="dalign">565</span><br />
+Prête de posséder le phénix de la Grèce,<br />
+La fleur de nos guerriers, le sang de tant de Dieux,<br />
+La robe de Médée a donné dans mes yeux.<br />
+Mon caprice, à son lustre attachant mon envie,<br />
+Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie:<span class="dalign">570</span><br />
+C'est ce qu'ont prétendu mes desseins relevés,<br />
+Pour le prix des enfants que je vous ai sauvés.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Que ce prix est léger pour un si bon office!<br />
+Il y faut toutefois employer l'artifice:<br />
+Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir<span class="dalign">575</span><br />
+Que ma main l'en dépouille afin de vous l'offrir<a name="FNanchor_1047" id="FNanchor_1047" href="#Footnote_1047" class="fnanchor">[1047]</a>;<br />
+Des trésors dont son père épuise la Scythie,<br />
+C'est tout ce qu'elle a pris quand elle en est sortie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Qu'elle a fait un beau choix! jamais éclat pareil<br />
+Ne sema dans la nuit les clartés du soleil;<span class="dalign">580</span><br />
+Les perles avec l'or confusément mêlées,<br />
+Mille pierres de prix sur ses bords étalées,<br />
+D'un mélange divin éblouissent les yeux;<br />
+Jamais rien d'approchant ne se fit en ces<a name="FNanchor_1048" id="FNanchor_1048" href="#Footnote_1048" class="fnanchor">[1048]</a> lieux.<br />
+Pour moi, tout aussitôt que je l'en vis parée,<span class="dalign">585</span><br />
+Je ne fis plus d'état de la toison dorée;<br />
+Et dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux,<br />
+J'en eus presques envie aussitôt que de vous.<br />
+Pour apaiser Médée et réparer sa perte,<br />
+L'épargne de mon père entièrement ouverte<span class="dalign">590</span><br />
+Lui met à l'abandon tous les trésors du Roi,<br />
+Pourvu que cette robe et Jason soient à moi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_370" id="Page_370">370</a></span>
+<span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>N'en doutez point, ma reine, elle vous est acquise.<br />
+Je vais chercher Nérine, et par son entremise<br />
+Obtenir de Médée avec dextérité<span class="dalign">595</span><br />
+Ce que refuseroit son courage irrité.<br />
+Pour elle, vous savez que j'en fuis les approches<a name="FNanchor_1049" id="FNanchor_1049" href="#Footnote_1049" class="fnanchor">[1049]</a>;<br />
+J'aurois peine à souffrir l'orgueil de ses reproches;<br />
+Et je me connois mal, ou dans notre entretien<br />
+Son courroux s'allumant allumeroit le mien.<span class="dalign">600</span><br />
+Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage,<br />
+Jusques à supporter sans réplique un outrage;<br />
+Et ce seroient pour moi d'éternels déplaisirs<a name="FNanchor_1050" id="FNanchor_1050" href="#Footnote_1050" class="fnanchor">[1050]</a><br />
+De reculer par là l'effet de vos desirs.<br />
+<span class="i1">Mais, sans plus de discours, d'une maison voisine</span><span class="dalign">605</span><br />
+Je vais prendre le temps que sortira Nérine.<br />
+Souffrez, pour avancer votre contentement,<br />
+Que malgré mon amour je vous quitte un moment<a name="FNanchor_1051" id="FNanchor_1051" href="#Footnote_1051" class="fnanchor">[1051]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p>Madame, j'aperçois venir le roi d'Athènes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Allez donc, votre vue augmenteroit<a name="FNanchor_1052" id="FNanchor_1052" href="#Footnote_1052" class="fnanchor">[1052]</a> ses peines.<span class="dalign">610</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+Souvenez-vous de l'air dont il le faut traiter.
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Ma bouche accortement saura s'en acquitter.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_371" id="Page_371">371</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ÆGÉE<a name="FNanchor_1053" id="FNanchor_1053" href="#Footnote_1053" class="fnanchor">[1053]</a>, CRÉUSE, CLÉONE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis croire,<br />
+Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,<br />
+Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord,<span class="dalign">615</span><br />
+Par un honteux hymen, de l'arrêt de ma mort<a name="FNanchor_1054" id="FNanchor_1054" href="#Footnote_1054" class="fnanchor">[1054]</a>.<br />
+Votre peuple en frémit, votre cour en murmure;<br />
+Et tout Corinthe enfin s'impute à grande injure<br />
+Qu'un fugitif, un traître, un meurtrier de rois,<br />
+Lui donne à l'avenir des princes et des lois;<span class="dalign">620</span><br />
+Il ne peut endurer que l'horreur de la Grèce<br />
+Pour prix de ses forfaits épouse sa princesse,<br />
+Et qu'il faille ajouter<a name="FNanchor_1055" id="FNanchor_1055" href="#Footnote_1055" class="fnanchor">[1055]</a> à vos titres d'honneur:<br />
+«Femme d'un assassin et d'un empoisonneur.»</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Laissez agir, grand roi, la raison sur votre âme,<span class="dalign">625</span><br />
+Et ne le chargez point des crimes de sa femme.<br />
+J'épouse un malheureux, et mon père y consent,<br />
+Mais prince, mais vaillant, et surtout innocent:<br />
+Non pas que je ne faille en cette préférence;<br />
+De votre rang au sien je sais la différence.<span class="dalign">630</span><br />
+Mais si vous connoissez l'amour et ses ardeurs,<br />
+Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs:<br />
+Avouez que son feu n'en veut qu'à la personne,<br />
+Et qu'en moi vous n'aimiez rien moins que ma couronne.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_372" id="Page_372">372</a></span>
+<span class="i1">Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer</span><span class="dalign">635</span><br />
+Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer<a name="FNanchor_1056" id="FNanchor_1056" href="#Footnote_1056" class="fnanchor">[1056]</a>;<br />
+Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes<br />
+Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes.<br />
+Ainsi nous avons vu le souverain des Dieux,<br />
+Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux;<span class="dalign">640</span><br />
+Vénus quitter son Mars et négliger sa prise,<br />
+Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise;<br />
+Et c'est peut-être encore avec moins de raison<br />
+Que bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason<a name="FNanchor_1057" id="FNanchor_1057" href="#Footnote_1057" class="fnanchor">[1057]</a>.<br />
+D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage:<span class="dalign">645</span><br />
+Je vous estimai plus, et l'aimai davantage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>Gardez ces compliments pour de moins enflammés,<br />
+Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez.<br />
+Que me sert cet aveu d'une erreur volontaire?<br />
+Si vous croyez faillir, qui vous force à le faire?<span class="dalign">650</span><br />
+N'accusez point l'amour ni son aveuglement:<br />
+Quand on connoît sa faute, on manque doublement<a name="FNanchor_1058" id="FNanchor_1058" href="#Footnote_1058" class="fnanchor">[1058]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable<a name="FNanchor_1059" id="FNanchor_1059" href="#Footnote_1059" class="fnanchor">[1059]</a>,<br />
+Je ne veux plus, Seigneur, me confesser coupable<a name="FNanchor_1060" id="FNanchor_1060" href="#Footnote_1060" class="fnanchor">[1060]</a>.<br />
+<span class="i1">L'amour de mon pays et le bien de l'État</span><span class="dalign">655</span><br />
+Me défendoient l'hymen d'un si grand potentat.<br />
+Il m'eût fallu soudain vous suivre en vos provinces,<br />
+Et priver mes sujets de l'aspect de leurs princes.<br />
+Votre sceptre pour moi n'est qu'un pompeux exil:<br />
+Que me sert son éclat? et que me donne-t-il?<span class="dalign">660</span><br />
+M'élève-t-il d'un rang plus haut que souveraine?<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_373" id="Page_373">373</a></span>
+Et sans le posséder ne me vois-je pas reine<a name="FNanchor_1061" id="FNanchor_1061" href="#Footnote_1061" class="fnanchor">[1061]</a>?<br />
+Grâces aux immortels, dans ma condition<br />
+J'ai de quoi m'assouvir de cette ambition:<br />
+Je ne veux point changer mon sceptre contre un autre;<br />
+Je perdrois ma couronne en acceptant la vôtre.<br />
+Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi,<br />
+Et d'un prince éloigné rejetteroit la loi.<br />
+Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge,<br />
+Dont ma seule présence adoucit le veuvage,<span class="dalign">670</span><br />
+Ne sauroit se résoudre à séparer de lui<br />
+De ses débiles ans l'espérance et l'appui,<br />
+Et vous reconnoîtrez que je ne vous préfère<br />
+Que le bien de l'État, mon pays et mon père<a name="FNanchor_1062" id="FNanchor_1062" href="#Footnote_1062" class="fnanchor">[1062]</a>.<br />
+<span class="i1">Voilà ce qui m'oblige au choix d'un autre époux;</span><span class="dalign">675</span><br />
+Mais comme ces raisons font peu d'effet sur vous,<br />
+Afin de redonner le repos à votre âme,<br />
+Souffrez que je vous quitte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE,</span> <span class="font90">seul.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Allez, allez, Madame,</span><br />
+Étaler vos appas et vanter vos mépris<br />
+A l'infâme sorcier qui charme vos esprits.<span class="dalign">680</span><span class="pagenum"><a name="Page_374" id="Page_374">374</a></span><br />
+De cette indignité faites un mauvais conte;<br />
+Riez de mon ardeur, riez de votre honte;<br />
+Favorisez celui de tous vos courtisans<br />
+Qui raillera le mieux le déclin de mes ans:<br />
+Vous jouirez fort peu d'une telle insolence;<span class="dalign">685</span><br />
+Mon amour outragé court à la violence;<br />
+Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port,<br />
+N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort.<br />
+La jeunesse me manque, et non pas le courage:<br />
+Les rois ne perdent point les forces avec l'âge;<span class="dalign">690</span><br />
+Et l'on verra, peut-être avant ce jour fini,<br />
+Ma passion vengée, et votre orgueil puni.</p>
+
+<p class="p2 center"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_375" id="Page_375">375</a></span></p>
+
+<h2>ACTE III.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">NÉRINE.</h4>
+
+<p>Malheureux instrument du malheur qui nous presse,<br />
+Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse!<br />
+Avant que le soleil ait fait encore un tour,<span class="dalign">695</span><br />
+Ta perte inévitable achève ton amour<a name="FNanchor_1063" id="FNanchor_1063" href="#Footnote_1063" class="fnanchor">[1063]</a>.<br />
+Ton destin te trahit, et ta beauté fatale<br />
+Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale;<br />
+Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort,<br />
+Et le jour de sa fuite est celui de ta mort<a name="FNanchor_1064" id="FNanchor_1064" href="#Footnote_1064" class="fnanchor">[1064]</a>.<span class="dalign">700</span><br />
+Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre:<br />
+Un mot du haut des cieux fait descendre le foudre;<br />
+Les mers, pour noyer tout, n'attendent que sa loi;<br />
+La terre offre à s'ouvrir sous le palais du Roi;<br />
+L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère,<span class="dalign">705</span><br />
+Tant la nature esclave a peur de lui déplaire;<br />
+Et si ce n'est assez de tous les éléments,<br />
+Les enfers vont sortir à ses commandements.<br />
+<span class="i1">Moi, bien que mon devoir m'attache à son service,</span><br />
+Je lui prête à regret un silence complice:<span class="dalign">710</span><span class="pagenum"><a name="Page_376" id="Page_376">376</a></span><br />
+D'un louable desir mon c&oelig;ur sollicité<br />
+Lui feroit avec joie une infidélité;<br />
+Mais loin de s'arrêter, sa rage découverte<br />
+A celle de Créuse ajouteroit ma perte;<br />
+Et mon funeste avis ne serviroit de rien<span class="dalign">715</span><br />
+Qu'à confondre mon sang dans les bouillons du sien.<br />
+D'un mouvement contraire à celui de mon âme,<br />
+La crainte de la mort m'ôte celle du blâme;<br />
+Et ma timidité s'efforce d'avancer<a name="FNanchor_1065" id="FNanchor_1065" href="#Footnote_1065" class="fnanchor">[1065]</a><br />
+Ce que hors du péril je voudrois traverser.<span class="dalign">720</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON, NÉRINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Nérine, eh bien! que dit, que fait notre exilée<a name="FNanchor_1066" id="FNanchor_1066" href="#Footnote_1066" class="fnanchor">[1066]</a>?<br />
+Dans ton cher entretien s'est-elle consolée<a name="FNanchor_1067" id="FNanchor_1067" href="#Footnote_1067" class="fnanchor">[1067]</a>?<br />
+Veut-elle bien céder à la nécessité?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Je trouve en son chagrin moins d'animosité;<br />
+De moment en moment son âme plus humaine<span class="dalign">725</span><br />
+Abaisse sa colère, et rabat de sa haine:<br />
+Déjà son déplaisir ne vous<a name="FNanchor_1068" id="FNanchor_1068" href="#Footnote_1068" class="fnanchor">[1068]</a> veut plus de mal.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Fais-lui prendre pour tous un sentiment égal.<br />
+Toi, qui de mon amour connoissois la tendresse,<span class="pagenum"><a name="Page_377" id="Page_377">377</a></span><br />
+Tu peux connoître aussi quelle douleur me presse.<span class="dalign">730</span><br />
+Je me sens déchirer le c&oelig;ur à son départ:<br />
+Créuse en ses malheurs prend même quelque part,<br />
+Ses pleurs en ont coulé; Créon même en<a name="FNanchor_1069" id="FNanchor_1069" href="#Footnote_1069" class="fnanchor">[1069]</a> soupire,<br />
+Lui préfère à regret le bien de son empire;<br />
+Et si dans son adieu son c&oelig;ur moins irrité<span class="dalign">735</span><br />
+En voulait mériter la libéralité<a name="FNanchor_1070" id="FNanchor_1070" href="#Footnote_1070" class="fnanchor">[1070]</a>,<br />
+Si jusque-là Médée apaisoit ses menaces,<br />
+Qu'elle eût soin de partir avec ses bonnes grâces<a name="FNanchor_1071" id="FNanchor_1071" href="#Footnote_1071" class="fnanchor">[1071]</a>,<br />
+Je sais (comme il est bon) que ses trésors ouverts<br />
+Lui seroient, sans réserve, entièrement offerts,<span class="dalign">740</span><br />
+Et malgré les malheurs où le sort l'a réduite,<br />
+Soulageroient sa peine et soutiendroient sa fuite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+Puisqu'il faut se résoudre à ce bannissement,<br />
+Il faut en adoucir le mécontentement.<br />
+Cette offre y peut servir, et par elle j'espère<a name="FNanchor_1072" id="FNanchor_1072" href="#Footnote_1072" class="fnanchor">[1072]</a>,<span class="dalign">745</span><br />
+Avec un peu d'adresse, apaiser sa colère;<br />
+Mais d'ailleurs toutefois n'attendez rien de moi,<br />
+S'il faut prendre congé de Créuse et du Roi:<br />
+L'objet de votre amour et de sa jalousie<br />
+De toutes ses fureurs l'auroit tôt<a name="FNanchor_1073" id="FNanchor_1073" href="#Footnote_1073" class="fnanchor">[1073]</a> ressaisie.<span class="dalign">750</span>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Pour montrer sans les voir son courage apaisé,<br />
+Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé<a name="FNanchor_1074" id="FNanchor_1074" href="#Footnote_1074" class="fnanchor">[1074]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_378" id="Page_378">378</a></span><br />
+Et de si longue main je connois ta prudence,<br />
+Que je t'en fais sans peine entière confidence.<br />
+<span class="i1">Créon bannit Médée, et ses ordres précis</span><span class="dalign">755</span><br />
+Dans son bannissement enveloppoient ses fils:<br />
+La pitié de Créuse a tant fait vers son père,<br />
+Qu'ils n'auront point de part au malheur de leur mère<a name="FNanchor_1075" id="FNanchor_1075" href="#Footnote_1075" class="fnanchor">[1075]</a>.<br />
+Elle lui doit par eux quelque remercîment;<br />
+Qu'un présent de sa part suive leur compliment:<span class="dalign">760</span><br />
+Sa robe, dont l'éclat sied mal à sa fortune,<br />
+Et n'est à son exil qu'une charge importune,<br />
+Lui gagneroit le c&oelig;ur d'un prince libéral,<br />
+Et de tous ses trésors l'abandon général.<br />
+D'une vaine parure, inutile à sa peine<a name="FNanchor_1076" id="FNanchor_1076" href="#Footnote_1076" class="fnanchor">[1076]</a>,<span class="dalign">765</span><br />
+Elle peut acquérir de quoi faire la Reine:<br />
+Créuse, ou je me trompe, en a quelque desir,<br />
+Et je ne pense pas qu'elle pût mieux choisir.<br />
+Mais la voici qui sort; souffre que je l'évite:<br />
+Ma rencontre la trouble, et mon aspect l'irrite<a name="FNanchor_1077" id="FNanchor_1077" href="#Footnote_1077" class="fnanchor">[1077]</a>.<span class="dalign">770</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, JASON, NÉRINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Ne fuyez pas, Jason, de ces funestes lieux.<br />
+C'est à moi d'en partir: recevez mes adieux.<br />
+Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose;<br />
+Sa rigueur n'a pour moi de nouveau que sa cause.<br />
+C'est pour vous que j'ai fui, c'est vous qui me chassez.<span class="pagenum"><a name="Page_379" id="Page_379">379</a></span><br />
+<span class="i1">Où me renvoyez-vous, si vous me bannissez?</span><br />
+Irai-je sur le Phase, où j'ai trahi mon père,<br />
+Apaiser de mon sang les mânes de mon frère?<br />
+Irai-je en Thessalie, où le meurtre d'un roi<br />
+Pour victime aujourd'hui ne demande que moi?<span class="dalign">780</span><br />
+Il n'est point de climat dont mon amour fatale<br />
+N'ait acquis à mon nom la haine générale;<br />
+Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma main<br />
+M'a fait un ennemi de tout le genre humain<a name="FNanchor_1078" id="FNanchor_1078" href="#Footnote_1078" class="fnanchor">[1078]</a>.<br />
+Ressouviens-t'en, ingrat; remets-toi dans la plaine<span class="dalign">785</span><br />
+Que ces taureaux affreux brûloient de leur haleine;<br />
+Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons<br />
+Élevoient contre toi de soudains bataillons;<br />
+Ce dragon qui jamais n'eut les paupières closes<a name="FNanchor_1079" id="FNanchor_1079" href="#Footnote_1079" class="fnanchor">[1079]</a>;<br />
+Et lors préfère-moi Créuse, si tu l'oses.<span class="dalign">790</span><br />
+Qu'ai-je épargné depuis qui fût en mon pouvoir<a name="FNanchor_1080" id="FNanchor_1080" href="#Footnote_1080" class="fnanchor">[1080]</a>?<br />
+Ai-je auprès de l'amour écouté mon devoir?<br />
+Pour jeter un obstacle à l'ardente poursuite<br />
+Dont mon père en fureur touchoit déjà ta fuite,<span class="pagenum"><a name="Page_380" id="Page_380">380</a></span><br />
+Semai-je avec regret mon frère par morceaux?<a name="FNanchor_1081" id="FNanchor_1081" href="#Footnote_1081" class="fnanchor">[1081]</a>?<span class="dalign">795</span><br />
+A ce funeste objet épandu sur les eaux<a name="FNanchor_1082" id="FNanchor_1082" href="#Footnote_1082" class="fnanchor">[1082]</a>,<br />
+Mon père, trop sensible aux droits de la nature,<br />
+Quitta tous autres soins que de sa sépulture;<br />
+Et par ce nouveau crime émouvant sa pitié,<br />
+J'arrêtai les effets de son inimitié.<span class="dalign">800</span><br />
+Prodigue de mon sang, honte de ma famille<a name="FNanchor_1083" id="FNanchor_1083" href="#Footnote_1083" class="fnanchor">[1083]</a>,<br />
+Aussi cruelle s&oelig;ur que déloyale fille,<br />
+Ces titres glorieux plaisoient à mes amours;<br />
+Je les pris sans horreur pour conserver tes jours.<br />
+Alors, certes, alors mon mérite étoit rare;<span class="dalign">805</span><br />
+Tu n'étois point honteux d'une femme barbare.<br />
+Quand à ton père usé je rendis la vigueur,<br />
+J'avois encor tes v&oelig;ux, j'étois encor ton c&oelig;ur;<br />
+Mais cette affection, mourant avec Pélie,<br />
+Dans le même tombeau se vit ensevelie<a name="FNanchor_1084" id="FNanchor_1084" href="#Footnote_1084" class="fnanchor">[1084]</a>:<span class="dalign">810</span><br />
+L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front,<br />
+Une Scythe en ton lit te fut lors un affront;<br />
+Et moi, que tes desirs avoient tant souhaitée,<br />
+Le dragon assoupi, la toison emportée,<br />
+Ton tyran massacré, ton père rajeuni,<span class="dalign">815</span><br />
+Je devins un objet digne d'être banni.<br />
+Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine:<br />
+Il t'a fallu sortir d'une honteuse chaîne,<br />
+Et prendre une moitié qui n'a rien plus que moi,<br />
+Que le bandeau royal, que j'ai quitté pour toi.<span class="dalign">820</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ah! que n'as-tu des yeux à lire dans mon âme,<span class="pagenum"><a name="Page_381" id="Page_381">381</a></span><br />
+Et voir les purs motifs de ma nouvelle flamme!<br />
+Les tendres sentiments d'un amour paternel<br />
+Pour sauver mes enfants me rendent criminel<a name="FNanchor_1085" id="FNanchor_1085" href="#Footnote_1085" class="fnanchor">[1085]</a>,<br />
+Si l'on peut nommer crime un malheureux divorce<span class="dalign">825</span><br />
+Où le soin que j'ai d'eux me réduit et me force<a name="FNanchor_1086" id="FNanchor_1086" href="#Footnote_1086" class="fnanchor">[1086]</a>.<br />
+Toi-même, furieuse, ai-je peu fait pour toi<br />
+D'arracher ton trépas aux vengeances d'un roi?<br />
+Sans moi ton insolence alloit être punie;<br />
+A ma seule prière on ne t'a que bannie<a name="FNanchor_1087" id="FNanchor_1087" href="#Footnote_1087" class="fnanchor">[1087]</a>.<span class="dalign">830</span><br />
+C'est rendre la pareille à tes grands coups d'effort:<br />
+Tu m'as sauvé la vie, et j'empêche ta mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>On ne m'a que bannie! ô bonté souveraine!<br />
+C'est donc une faveur, et non pas une peine<a name="FNanchor_1088" id="FNanchor_1088" href="#Footnote_1088" class="fnanchor">[1088]</a>!<br />
+Je reçois une grâce au lieu d'un châtiment,<span class="dalign">835</span><br />
+Et mon exil encor doit un remercîment!<br />
+<span class="i1">Ainsi l'avare soif du brigand assouvie,</span><br />
+Il s'impute à pitié de nous laisser la vie:<br />
+Quand il n'égorge point, il croit nous pardonner,<br />
+Et ce qu'il n'ôte pas, il pense le donner.<span class="dalign">840</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Tes discours, dont Créon de plus en plus s'offense,<br />
+Le forceroient enfin à quelque violence.<br />
+Éloigne-toi d'ici tandis qu'il t'est permis:<br />
+Les rois ne sont jamais de foibles ennemis.</p>
+<span class="pagenum"><a name="Page_382" id="Page_382">382</a></span>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>A travers tes conseils je vois assez ta ruse:<span class="dalign">845</span><br />
+Ce n'est là m'en donner qu'en faveur de Créuse.<br />
+Ton amour, déguisé d'un soin officieux,<br />
+D'un objet importun veut délivrer ses yeux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>N'appelle point amour un change inévitable,<br />
+Où Créuse fait moins que le sort qui m'accable.<span class="dalign">850</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Peux-tu bien, sans rougir, désavouer tes feux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Eh bien, soit; ses attraits captivent tous mes v&oelig;ux:<br />
+Toi qu'un amour furtif souilla de tant de crimes,<br />
+M'oses-tu reprocher des ardeurs légitimes?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Oui, je te les reproche, et de plus....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Quels forfaits?</span><span class="dalign">855</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>La trahison, le meurtre, et tous ceux que j'ai faits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Il manque encor ce point à mon sort déplorable,<br />
+Que de tes cruautés on me fasse coupable.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu présumes en vain de t'en mettre à couvert:<br />
+Celui-là fait le crime à qui le crime sert.<span class="dalign">860</span><br />
+Que chacun, indigné contre ceux de ta femme,<br />
+La traite en ses discours de méchante et d'infâme:<br />
+Toi seul, dont ses forfaits ont fait tout le bonheur,<br />
+Tiens-la pour innocente, et défends son honneur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>J'ai honte de ma vie, et je hais son usage,<span class="dalign">865</span><br />
+Depuis que je la dois aux effets de ta rage.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_383" id="Page_383">383</a></span>
+<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>La honte généreuse, et la haute vertu!<br />
+Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu<a name="FNanchor_1089" id="FNanchor_1089" href="#Footnote_1089" class="fnanchor">[1089]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Au bien de nos enfants, dont l'âge foible et tendre<br />
+Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre:<span class="dalign">870</span><br />
+Deviens en leur faveur d'un naturel plus doux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Mon âme à leur sujet redouble son courroux.<br />
+Faut-il ce déshonneur pour comble à mes misères,<br />
+Qu'à mes enfants Créuse enfin donne des frères!<br />
+Tu vas mêler, impie, et mettre en rang pareil<span class="dalign">875</span><br />
+Des neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil<a name="FNanchor_1090" id="FNanchor_1090" href="#Footnote_1090" class="fnanchor">[1090]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Leur grandeur soutiendra la fortune des autres;<br />
+Créuse et ses enfants conserveront les nôtres<a name="FNanchor_1091" id="FNanchor_1091" href="#Footnote_1091" class="fnanchor">[1091]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_384" id="Page_384">384</a></span>
+<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Je l'empêcherai bien, ce mélange odieux,<br />
+Qui déshonore ensemble et ma race et les Dieux.<span class="dalign">880</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Lassés de tant de maux, cédons à la fortune.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Ce corps n'enferme pas une âme si commune;<br />
+Je n'ai jamais souffert qu'elle me fît la loi,<br />
+Et toujours ma fortune a dépendu de moi<a name="FNanchor_1092" id="FNanchor_1092" href="#Footnote_1092" class="fnanchor">[1092]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>La peur que j'ai d'un sceptre....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Ah! c&oelig;ur rempli de feinte,</span><br />
+Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte<a name="FNanchor_1093" id="FNanchor_1093" href="#Footnote_1093" class="fnanchor">[1093]</a>:<br />
+Un sceptre est l'objet seul qui fait ton nouveau choix<a name="FNanchor_1094" id="FNanchor_1094" href="#Footnote_1094" class="fnanchor">[1094]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Veux-tu que je m'expose aux haines de deux rois,<br />
+Et que mon imprudence attire sur nos têtes,<br />
+D'un et d'autre côté, de nouvelles tempêtes?<span class="dalign">890</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_385" id="Page_385">385</a></span>
+<span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Fuis-les, fuis-les tous deux; suis Médée à ton tour,<br />
+Et garde au moins ta foi, si tu n'as plus d'amour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Il est aisé de fuir; mais il n'est pas facile<br />
+Contre deux rois aigris de trouver un asile.<br />
+Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?<span class="dalign">895</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Qui me résistera, si je te veux punir<a name="FNanchor_1095" id="FNanchor_1095" href="#Footnote_1095" class="fnanchor">[1095]</a>,<br />
+Déloyal? Auprès d'eux crains-tu si peu Médée?<br />
+Que toute leur puissance, en armes débordée,<br />
+Dispute contre moi ton c&oelig;ur qu'ils m'ont surpris,<br />
+Et ne sois du combat que le juge et le prix!<span class="dalign">900</span><br />
+Joins-leur, si tu le veux, mon père et la Scythie:<br />
+En moi seule ils n'auront que trop forte partie<a name="FNanchor_1096" id="FNanchor_1096" href="#Footnote_1096" class="fnanchor">[1096]</a>.<br />
+Bornes-tu mon pouvoir à celui des humains?<br />
+Contre eux, quand il me plaît, j'arme leurs propres mains;<br />
+Tu le sais, tu l'as vu, quand ces fils de la Terre<span class="dalign">905</span><br />
+Par leurs coups mutuels terminèrent leur guerre.<br />
+<span class="i1"> Misérable! je puis adoucir des taureaux;</span><br />
+La flamme m'obéit, et je commande aux eaux<a name="FNanchor_1097" id="FNanchor_1097" href="#Footnote_1097" class="fnanchor">[1097]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_386" id="Page_386">386</a></span><br />
+L'enfer tremble, et les cieux, sitôt que je les nomme:<br />
+Et je ne puis toucher les volontés d'un homme!<span class="dalign">910</span><br />
+Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté<a name="FNanchor_1098" id="FNanchor_1098" href="#Footnote_1098" class="fnanchor">[1098]</a>;<br />
+Je ne m'offense plus de ta légèreté:<br />
+Je sens à tes regards décroître ma colère;<br />
+De moment en moment ma fureur se modère;<br />
+Et je cours sans regret à mon bannissement,<span class="dalign">915</span><br />
+Puisque j'en vois sortir ton établissement.<br />
+Je n'ai plus qu'une grâce à demander ensuite:<br />
+Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite<a name="FNanchor_1099" id="FNanchor_1099" href="#Footnote_1099" class="fnanchor">[1099]</a>;<br />
+Que je t'admire encore en chacun de leurs traits,<br />
+Que je t'aime et te baise en ces petits portraits;<span class="dalign">920</span><br />
+Et que leur cher objet, entretenant ma flamme,<br />
+Te présente à mes yeux aussi bien qu'à mon âme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ah! reprends ta colère, elle a moins de rigueur.<br />
+M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le c&oelig;ur;<br />
+Et Jupiter tout prêt à m'écraser du foudre,<span class="dalign">925</span><br />
+Mon trépas à la main, ne pourroit m'y résoudre<a name="FNanchor_1100" id="FNanchor_1100" href="#Footnote_1100" class="fnanchor">[1100]</a>.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_387" id="Page_387">387</a></span><br />
+C'est pour eux que je change; et la Parque, sans eux,<br />
+Seule de notre hymen pourroit rompre les n&oelig;uds<a name="FNanchor_1101" id="FNanchor_1101" href="#Footnote_1101" class="fnanchor">[1101]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Cet amour paternel, qui te fournit d'excuses,<br />
+Me fait souffrir aussi que tu me les refuses:<span class="dalign">930</span><br />
+Je ne t'en presse plus, et, prête à me bannir,<br />
+Je ne veux plus de toi qu'un léger souvenir!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ton amour vertueux fait ma plus grande gloire:<br />
+Ce seroit me trahir qu'en perdre la mémoire;<br />
+Et le mien envers toi, qui demeure éternel,<span class="dalign">935</span><br />
+T'en laisse en cet adieu le serment solennel.<br />
+<span class="i1">Puissent briser mon chef les traits les plus sévères</span><br />
+Que lancent des grands Dieux les plus âpres colères<a name="FNanchor_1102" id="FNanchor_1102" href="#Footnote_1102" class="fnanchor">[1102]</a>;<br />
+Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir.<br />
+Si je ne perds la vie avant ton souvenir!<span class="dalign">940</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>J'y donnerai bon ordre: il est en ta puissance<br />
+D'oublier mon amour, mais non pas ma vengeance;<br />
+Je la saurai graver en tes esprits glacés<br />
+Par des coups trop profonds pour en être effacés.<br />
+<span class="i1">Il aime ses enfants, ce courage inflexible:</span><span class="dalign">945</span><br />
+Son foible est découvert; par eux il est sensible;<br />
+Par eux mon bras, armé d'une juste rigueur,<br />
+Va trouver des chemins à lui percer le c&oelig;ur<a name="FNanchor_1103" id="FNanchor_1103" href="#Footnote_1103" class="fnanchor">[1103]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_388" id="Page_388">388</a></span>
+<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Madame, épargnez-les, épargnez vos entrailles;<br />
+N'avancez point par là vos propres funérailles<a name="FNanchor_1104" id="FNanchor_1104" href="#Footnote_1104" class="fnanchor">[1104]</a>:<span class="dalign">950</span><br />
+Contre un sang innocent pourquoi vous irriter,<br />
+Si Créuse en vos lacs se vient précipiter?<br />
+Elle-même s'y jette, et Jason vous la livre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Tu flattes mes desirs.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Que je cesse de vivre,</span><br />
+Si ce que je vous dis n'est pure vérité<a name="FNanchor_1105" id="FNanchor_1105" href="#Footnote_1105" class="fnanchor">[1105]</a>!<span class="dalign">955</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Ah! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Madame, il faut garder que quelqu'un ne nous voie,<br />
+Et du palais du Roi découvre notre joie:<br />
+Un dessein éventé succède rarement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Rentrons donc, et mettons nos secrets sûrement.<span class="dalign">960</span></p>
+
+<p class="center p2"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_389" id="Page_389">389</a></span></p>
+
+<h2>ACTE IV.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, NÉRINE.</h4>
+
+<span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, seule dans sa grotte magique<a name="FNanchor_1106" id="FNanchor_1106" href="#Footnote_1106" class="fnanchor">[1106]</a>.
+
+<p>C'est trop peu de Jason, que ton &oelig;elig;il me dérobe,<br />
+C'est trop peu de mon lit: tu veux encor ma robe,<br />
+Rivale insatiable, et c'est encor trop peu,<br />
+Si, la force à la main, tu l'as sans mon aveu:<br />
+Il faut que par moi-même elle te soit offerte,<span class="dalign">965</span><br />
+Que perdant mes enfants, j'achète encor leur perte;<br />
+Il en faut un hommage à tes divins attraits,<br />
+Et des remercîments au vol que tu me fais.<br />
+Tu l'auras: mon refus seroit un nouveau crime:<br />
+Mais je t'en veux parer pour être ma victime,<span class="dalign">970</span><br />
+Et sous un faux semblant de libéralité,<br />
+Soûler et ma vengeance et ton avidité.<br />
+<span class="i1">Le charme est achevé, tu peux entrer, Nérine.</span></p>
+
+<p class="font90 i2">(Nérine sort, et Médée continue<a name="FNanchor_1107" id="FNanchor_1107" href="#Footnote_1107" class="fnanchor">[1107]</a>.)</p>
+
+<p>Mes maux dans ces poisons trouvent leur médecine:<br />
+Vois combien de serpents à mon commandement<span class="dalign">975</span><br />
+D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment,<br />
+Et contraints d'obéir à mes charmes<a name="FNanchor_1108" id="FNanchor_1108" href="#Footnote_1108" class="fnanchor">[1108]</a> funestes,<span class="pagenum"><a name="Page_390" id="Page_390">390</a></span><br />
+Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes<a name="FNanchor_1109" id="FNanchor_1109" href="#Footnote_1109" class="fnanchor">[1109]</a>.<br />
+L'amour à tous mes sens ne fut jamais si doux<br />
+Que ce triste appareil à mon esprit jaloux.<span class="dalign">980</span><br />
+Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune:<br />
+Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune,<br />
+Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu,<br />
+J'en dépouillai jadis un climat inconnu.<br />
+Vois mille autres<a name="FNanchor_1110" id="FNanchor_1110" href="#Footnote_1110" class="fnanchor">[1110]</a> venins: cette liqueur épaisse<span class="dalign">985</span><br />
+Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse<a name="FNanchor_1111" id="FNanchor_1111" href="#Footnote_1111" class="fnanchor">[1111]</a>;<br />
+Python eut cette langue; et ce plumage noir<br />
+Est celui qu'une harpie<a name="FNanchor_1112" id="FNanchor_1112" href="#Footnote_1112" class="fnanchor">[1112]</a> en fuyant laissa choir<a name="FNanchor_1113" id="FNanchor_1113" href="#Footnote_1113" class="fnanchor">[1113]</a>;<br />
+Par ce tison Althée assouvit sa colère,<br />
+Trop pitoyable s&oelig;ur et trop cruelle mère<a name="FNanchor_1114" id="FNanchor_1114" href="#Footnote_1114" class="fnanchor">[1114]</a>;<span class="dalign">990</span><br />
+Ce feu tomba du ciel avecque Phaéthon,<br />
+Cet autre vient des flots du pierreux Phlégéthon;<br />
+Et celui-ci jadis remplit en nos contrées<br />
+Des taureaux de Vulcain les gorges ensoufrées<a name="FNanchor_1115" id="FNanchor_1115" href="#Footnote_1115" class="fnanchor">[1115]</a>.<br />
+Enfin, tu ne vois là poudres, racines, eaux,<span class="dalign">995</span><br />
+Dont le pouvoir mortel n'ouvrît mille tombeaux:<span class="pagenum"><a name="Page_391" id="Page_391">391</a></span><br />
+Ce présent déceptif<a name="FNanchor_1116" id="FNanchor_1116" href="#Footnote_1116" class="fnanchor">[1116]</a> a bu toute leur force,<br />
+Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce.<br />
+Mes tyrans par leur perte apprendront que jamais<a name="FNanchor_1117" id="FNanchor_1117" href="#Footnote_1117" class="fnanchor">[1117]</a>....<br />
+Mais d'où vient ce grand bruit que j'entends au palais?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Du bonheur de Jason, et du malheur d'Ægée:<br />
+Madame, peu s'en faut qu'il ne vous ait vengée.<br />
+<span class="i1">Ce généreux vieillard, ne pouvant supporter<a name="FNanchor_1118" id="FNanchor_1118" href="#Footnote_1118" class="fnanchor">[1118]</a></span><br />
+Qu'on lui vole à ses yeux ce qu'il croit mériter,<br />
+Et que sur sa couronne et sa persévérance<span class="dalign">1005</span><br />
+L'exil de votre époux ait eu la préférence,<br />
+A tâché par la force à repousser l'affront<br />
+Que ce nouvel hymen lui porte sur le front.<br />
+Comme cette beauté, pour lui toute de glace,<br />
+Sur les bords de la mer contemploit la bonace,<span class="dalign">1010</span><br />
+Il la voit mal suivie, et prend un si beau temps<br />
+A rendre ses desirs et les vôtres contents.<br />
+De ses meilleurs soldats une troupe choisie<br />
+Enferme la princesse, et sert sa jalousie<a name="FNanchor_1119" id="FNanchor_1119" href="#Footnote_1119" class="fnanchor">[1119]</a>;<br />
+L'effroi qui la surprend la jette en pâmoison;<span class="dalign">1015</span><br />
+Et tout ce qu'elle peut, c'est de nommer Jason.<br />
+Ses gardes à l'abord font quelque résistance,<br />
+Et le peuple leur prête une foible assistance;<br />
+Mais l'obstacle léger de ces débiles c&oelig;urs<br />
+Laissoit honteusement Créuse à leurs vainqueurs:<span class="dalign">1020</span><br />
+Déjà presque en leur bord elle étoit enlevée....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Je devine la fin, mon traître l'a sauvée<a name="FNanchor_1120" id="FNanchor_1120" href="#Footnote_1120" class="fnanchor">[1120]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_392" id="Page_392">392</a></span>
+<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Oui, Madame, et de plus Ægée est prisonnier:<br />
+Votre époux à son myrte ajoute ce laurier;<br />
+Mais apprenez comment.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">N'en dis pas davantage:</span><span class="dalign">1025</span><br />
+Je ne veux point savoir ce qu'a fait son courage;<br />
+Il suffit que son bras a travaillé pour nous,<br />
+Et rend une victime à mon juste courroux.<br />
+Nérine, mes douleurs auroient peu d'allégeance,<br />
+Si cet enlèvement l'ôtoit à ma vengeance;<span class="dalign">1030</span><br />
+Pour quitter son pays en est-on malheureux?<br />
+Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux.<br />
+Elle auroit trop d'honneur de n'avoir que ma peine,<br />
+Et de verser des pleurs pour être deux fois reine.<br />
+Tant d'invisibles feux enfermés dans ce don,<span class="dalign">1035</span><br />
+Que d'un titre plus vrai j'appelle ma rançon,<br />
+Produiront des effets bien plus doux à ma haine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Par là vous vous vengez, et sa perte est certaine:<br />
+Mais contre la fureur de son père irrité<br />
+Où pensez-vous trouver un lieu de sûreté?<span class="dalign">1040</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Si la prison d'Ægée a suivi sa défaite,<br />
+Tu peux voir qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite<a name="FNanchor_1121" id="FNanchor_1121" href="#Footnote_1121" class="fnanchor">[1121]</a>,<br />
+Et que ses fers brisés, malgré leurs attentats<a name="FNanchor_1122" id="FNanchor_1122" href="#Footnote_1122" class="fnanchor">[1122]</a>,<br />
+A ma protection engagent ses États.<br />
+Dépêche seulement, et cours vers ma rivale<span class="dalign">1045</span><br />
+Lui porter de ma part cette robe fatale:<br />
+Mène-lui mes enfants, et fais-les, si tu peux,<br />
+Présenter par leur père à l'objet de ses v&oelig;ux.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_393" id="Page_393">393</a></span>
+<span class="smcap i6">NÉRINE.</span></p>
+
+<p>Mais, Madame, porter cette robe empestée,<br />
+Que de tant de poisons vous avez infectée,<span class="dalign">1050</span><br />
+C'est pour votre Nérine un trop funeste emploi:<br />
+Avant que sur Créuse ils agiroient sur moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Ne crains pas leur vertu, mon charme la modère,<br />
+Et lui défend d'agir que sur elle et son père.<br />
+Pour un si grand effet prends un c&oelig;ur plus hardi,<span class="dalign">1055</span><br />
+Et sans me répliquer, fais ce que je te di.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, POLLUX, <span class="smcap">Soldats</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Nous devons bien chérir cette valeur parfaite<br />
+Qui de nos ravisseurs nous donne la défaite.<br />
+Invincible héros, c'est à votre secours<br />
+Que je dois désormais le bonheur de mes jours;<span class="dalign">1060</span><br />
+C'est vous seul aujourd'hui dont la main vengeresse<a name="FNanchor_1123" id="FNanchor_1123" href="#Footnote_1123" class="fnanchor">[1123]</a><br />
+Rend à Créon sa fille, à Jason sa maîtresse,<br />
+Met Ægée en prison et son orgueil à bas,<br />
+Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Grand Roi, l'heureux succès de cette délivrance<span class="dalign">1065</span><br />
+Vous est beaucoup mieux dû qu'à mon peu de vaillance.<br />
+C'est vous seul et Jason, dont les bras indomptés<br />
+Portoient avec effroi la mort de tous côtés;<br />
+Pareils à deux lions dont l'ardente furie<br />
+Dépeuple en un moment toute une bergerie.<span class="dalign">1070</span><br />
+L'exemple glorieux de vos faits plus qu'humains<span class="pagenum"><a name="Page_394" id="Page_394">394</a></span><br />
+Échauffoit mon courage et conduisoit mes mains:<br />
+J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles<a name="FNanchor_1124" id="FNanchor_1124" href="#Footnote_1124" class="fnanchor">[1124]</a>,<br />
+Qui laissoient à mon bras tant d'illustres modèles.<br />
+Pourroit-on reculer en combattant sous vous,<span class="dalign">1075</span><br />
+Et n'avoir point de c&oelig;ur à seconder vos coups?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Votre valeur, qui souffre en cette repartie,<br />
+Ote toute croyance à votre modestie:<br />
+Mais puisque le refus d'un honneur mérité<br />
+N'est pas un petit trait de générosité,<span class="dalign">1080</span><br />
+Je vous laisse en jouir. Auteur de la victoire,<br />
+Ainsi qu'il vous plaira, départez-en la gloire:<br />
+Comme elle est votre bien, vous pouvez la donner.<br />
+Que prudemment les Dieux savent tout ordonner!<br />
+Voyez, brave guerrier, comme votre arrivée<span class="dalign">1085</span><br />
+Au jour de nos malheurs se trouve réservée,<br />
+Et qu'au point que le sort osoit nous menacer,<br />
+Ils nous ont envoyé de quoi le terrasser.<br />
+<span class="i1">Digne sang de leur roi, demi-dieu magnanime,</span><br />
+Dont la vertu ne peut recevoir trop d'estime,<span class="dalign">1090</span><br />
+Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux,<br />
+Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Appréhendez pourtant, grand prince.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<span class="i14">Et quoi?</span>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p><span class="i18">Médée,</span><br />
+Qui par vous de son lit se voit dépossédée.<br />
+Je crains qu'il ne vous soit malaisé d'empêcher<span class="dalign">1095</span><span class="pagenum"><a name="Page_395" id="Page_395">395</a></span><br />
+Qu'un gendre valeureux ne vous coûte bien cher.<br />
+Après l'assassinat d'un monarque et d'un frère,<br />
+Peut-il être de sang qu'elle épargne ou révère?<br />
+Accoutumée au meurtre, et savante en poison,<br />
+Voyez ce qu'elle a fait pour acquérir Jason;<span class="dalign">1100</span><br />
+Et ne présumez pas, quoi que Jason vous die,<br />
+Que pour le conserver elle soit moins hardie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>C'est de quoi mon esprit n'est plus inquiété;<br />
+Par son bannissement j'ai fait ma sûreté;<br />
+Elle n'a que fureur et que vengeance en l'âme:<span class="dalign">1105</span><br />
+Mais en si peu de temps que peut faire une femme?<br />
+Je n'ai prescrit qu'un jour de terme à son départ.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>C'est peu pour une femme, et beaucoup pour son art:<br />
+Sur le pouvoir humain ne réglez pas les charmes<a name="FNanchor_1125" id="FNanchor_1125" href="#Footnote_1125" class="fnanchor">[1125]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Quelques<a name="FNanchor_1126" id="FNanchor_1126" href="#Footnote_1126" class="fnanchor">[1126]</a> puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes;<br />
+Et quand bien ce délai devroit tout hasarder,<br />
+Ma parole est donnée, et je la veux garder.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, POLLUX, CLÉONE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Que font nos deux amants, Cléone?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p><span class="i14">La princesse<a name="FNanchor_1127" id="FNanchor_1127" href="#Footnote_1127" class="fnanchor">[1127]</a>,</span><span class="pagenum"><a name="Page_396" id="Page_396">396</a></span><br />
+Seigneur, près de Jason reprend son allégresse;<br />
+Et ce qui sert beaucoup à son contentement,<span class="dalign">1115</span><br />
+C'est de voir que Médée est sans ressentiment.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Et quel Dieu si propice a calmé son courage?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p>Jason, et ses enfants, qu'elle vous laisse en gage.<br />
+La grâce que pour eux Madame obtient de vous<br />
+A calmé les transports de son esprit jaloux.<span class="dalign">1120</span><br />
+Le plus riche présent qui fût en sa puissance<br />
+A ses<a name="FNanchor_1128" id="FNanchor_1128" href="#Footnote_1128" class="fnanchor">[1128]</a> remercîments joint sa reconnoissance.<br />
+Sa robe sans pareille, et sur qui nous voyons<br />
+Du Soleil son aïeul briller mille rayons,<br />
+Que la princesse même avoit tant souhaitée,<span class="dalign">1125</span><br />
+Par ces petits héros lui vient d'être apportée<a name="FNanchor_1129" id="FNanchor_1129" href="#Footnote_1129" class="fnanchor">[1129]</a>,<br />
+Et fait voir clairement les merveilleux effets<br />
+Qu'en un c&oelig;ur irrité produisent les bienfaits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Eh bien, qu'en dites-vous? Qu'avons-nous plus à craindre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Si vous ne craignez rien, que je vous trouve à plaindre!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Un si rare présent montre un esprit remis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>J'eus toujours pour suspects les dons des ennemis<a name="FNanchor_1130" id="FNanchor_1130" href="#Footnote_1130" class="fnanchor">[1130]</a>:<br />
+Ils font assez souvent ce que n'ont pu leurs armes.<br />
+Je connois de Médée et l'esprit et les charmes,<br />
+Et veux bien m'exposer aux plus cruels trépas,<span class="dalign">1135</span><br />
+Si ce rare présent n'est un mortel appas.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_397" id="Page_397">397</a></span>
+<span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Ses enfants si chéris, qui nous servent d'otages,<br />
+Nous peuvent-ils laisser quelque sorte d'ombrages<a name="FNanchor_1131" id="FNanchor_1131" href="#Footnote_1131" class="fnanchor">[1131]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Peut-être que contre eux s'étend sa trahison,<br />
+Qu'elle ne les prend plus que pour ceux de Jason,<span class="dalign">1140</span><br />
+Et qu'elle s'imagine, en haine de leur père,<br />
+Que n'étant plus sa femme, elle n'est plus leur mère.<br />
+Renvoyez-lui, Seigneur, ce don pernicieux<a name="FNanchor_1132" id="FNanchor_1132" href="#Footnote_1132" class="fnanchor">[1132]</a>,<br />
+Et ne vous chargez point d'un poison précieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p>Madame cependant en est toute ravie,<span class="dalign">1145</span><br />
+Et de s'en voir parée elle brûle d'envie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">POLLUX.</span></p>
+
+<p>Où le péril égale et passe le plaisir,<br />
+Il faut se faire force, et vaincre son desir.<br />
+Jason, dans son amour, a trop de complaisance<br />
+De souffrir qu'un tel don s'accepte en sa présence.<span class="dalign">1150</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Sans rien mettre au hasard, je saurai dextrement<br />
+Accorder vos soupçons et son contentement.<br />
+Nous verrons, dès ce soir, sur une criminelle,<br />
+Si ce présent nous cache une embûche mortelle.<br />
+Nise, pour ses forfaits destinée à mourir,<span class="dalign">1155</span><br />
+Ne peut par cette épreuve injustement périr:<br />
+Heureuse, si sa mort nous rendoit ce service,<br />
+De nous en découvrir le funeste artifice!<br />
+Allons-y de ce pas, et ne consumons plus<br />
+De temps ni de discours en débats superflus.<span class="dalign">1160</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_398" id="Page_398">398</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">ÆGÉE, en prison<a name="FNanchor_1133" id="FNanchor_1133" href="#Footnote_1133" class="fnanchor">[1133]</a>.</h4>
+
+<p><span class="i2">Demeure affreuse des coupables,</span><br />
+<span class="i2">Lieux maudits, funeste séjour,</span><br />
+<span class="i2">Dont jamais avant mon amour<a name="FNanchor_1134" id="FNanchor_1134" href="#Footnote_1134" class="fnanchor">[1134]</a></span><br />
+<span class="i2">Les sceptres n'ont été capables,</span><br />
+Redoublez puissamment votre mortel effroi,<span class="dalign">1165</span><br />
+Et joignez à mes maux une si vive atteinte,<br />
+Que mon âme chassée, ou s'enfuyant de crainte,<br />
+Dérobe à mes vainqueurs le supplice d'un roi.</p>
+
+<p><span class="i2">Le triste bonheur où j'aspire!</span><br />
+<span class="i2">Je ne veux que hâter ma mort,</span><span class="dalign">1170</span><br />
+<span class="i2">Et n'accuse mon mauvais sort</span><br />
+<span class="i2">Que de souffrir que je respire.</span><br />
+Puisqu'il me faut mourir, que je meure à mon choix;<br />
+Le coup m'en sera doux, s'il est sans infamie:<br />
+Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie,<span class="dalign">1175</span><br />
+C'est mourir, pour un roi, beaucoup plus d'une fois<a name="FNanchor_1135" id="FNanchor_1135" href="#Footnote_1135" class="fnanchor">[1135]</a>.</p>
+
+<p><span class="i2">Malheureux prince, on te méprise<a name="FNanchor_1136" id="FNanchor_1136" href="#Footnote_1136" class="fnanchor">[1136]</a></span><br />
+<span class="i2">Quand tu t'arrêtes à servir:</span><br />
+<span class="i2">Si tu t'efforces de ravir,</span><br />
+<span class="i2">Ta prison suit ton entreprise.</span><span class="dalign">1180</span><br />
+Ton amour qu'on dédaigne et ton vain attentat<br />
+D'un éternel affront vont souiller ta mémoire:<span class="pagenum"><a name="Page_399" id="Page_399">399</a></span><br />
+L'un t'a déjà coûté ton repos et ta gloire;<br />
+L'autre va te coûter ta vie et ton État<a name="FNanchor_1137" id="FNanchor_1137" href="#Footnote_1137" class="fnanchor">[1137]</a>.</p>
+
+<p><span class="i2">Destin, qui punis mon audace,</span><span class="dalign">1185</span><br />
+<span class="i2">Tu n'as que de justes rigueurs;</span><br />
+<span class="i2">Et s'il est d'assez tendres c&oelig;urs</span><br />
+<span class="i2">Pour compatir à ma disgrâce,</span><br />
+Mon feu de leur tendresse étouffe la moitié,<br />
+Puisqu'à bien comparer mes fers avec ma flamme<a name="FNanchor_1138" id="FNanchor_1138" href="#Footnote_1138" class="fnanchor">[1138]</a>,<span class="dalign">1190</span><br />
+Un vieillard amoureux mérite plus de blâme<br />
+Qu'un monarque en prison n'est digne de pitié.</p>
+
+<span class="i2">Cruel auteur de ma misère,</span><br />
+<span class="i2">Peste des c&oelig;urs, tyran des rois,</span><br />
+<span class="i2">Dont les impérieuses lois</span><span class="dalign">1195</span><br />
+<span class="i2">N'épargnent pas même ta mère,</span><br />
+Amour, contre Jason tourne ton trait fatal;<br />
+Au pouvoir de tes dards je remets ma vengeance:<br />
+Atterre son orgueil, et montre ta puissance<br />
+A perdre également l'un et l'autre rival.<span class="dalign">1200</span>
+
+<p><span class="i2">Qu'une implacable jalousie</span><br />
+<span class="i2">Suive son nuptial flambeau;</span><br />
+<span class="i2">Que sans cesse un objet nouveau</span><br />
+<span class="i2">S'empare de sa fantaisie;</span><br />
+Que Corinthe à sa vue accepte un autre roi;<span class="dalign">1205</span><br />
+Qu'il puisse voir sa race à ses yeux égorgée;<br />
+Et pour dernier malheur, qu'il ait le sort d'Ægée,<br />
+Et devienne à mon âge amoureux comme moi!</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_400" id="Page_400">400</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ÆGÉE, MÉDÉE<a name="FNanchor_1139" id="FNanchor_1139" href="#Footnote_1139" class="fnanchor">[1139]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>Mais d'où vient ce bruit sourd? quelle pâle lumière<br />
+Dissipe ces horreurs et frappe ma paupière?<span class="dalign">1210</span><br />
+Mortel, qui que tu sois, détourne ici tes pas,<br />
+Et de grâce m'apprends l'arrêt de mon trépas,<br />
+L'heure, le lieu, le genre; et si ton c&oelig;ur sensible<br />
+A la compassion peut se rendre accessible,<br />
+Donne-moi les moyens d'un généreux effort<span class="dalign">1215</span><br />
+Qui des mains des bourreaux affranchisse ma mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Je viens l'en affranchir: ne craignez plus, grand prince;<br />
+Ne pensez qu'à revoir votre chère province.</p>
+
+<p class="font90">(Elle donne un coup de baguette sur la porte de la prison, qui s'ouvre
+aussitôt, et en ayant tiré Ægée, elle en donne encore un sur ses fers,
+qui tombent<a name="FNanchor_1140" id="FNanchor_1140" href="#Footnote_1140" class="fnanchor">[1140]</a>.)</p>
+
+<p>Ni grilles ni verrous ne tiennent contre moi<a name="FNanchor_1141" id="FNanchor_1141" href="#Footnote_1141" class="fnanchor">[1141]</a>.<br />
+<span class="i1">Cessez, indignes fers, de captiver un roi:</span><span class="dalign">1220</span><br />
+Est-ce à vous à presser les bras d'un tel monarque?<br />
+Et vous, reconnoissez Médée à cette marque,<br />
+Et fuyez un tyran dont le forcènement<br />
+Joindroit votre supplice à mon bannissement:<br />
+Avec la liberté reprenez le courage.<span class="dalign">1225</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>Je les reprends tous deux pour vous en faire hommage.<br />
+Princesse, de qui l'art propice aux malheureux<br />
+Oppose un tel miracle à mon sort rigoureux,<br />
+Disposez de ma vie, et du sceptre d'Athènes:<span class="pagenum"><a name="Page_401" id="Page_401">401</a></span><br />
+Je dois et l'une et l'autre à qui brise mes chaînes<a name="FNanchor_1142" id="FNanchor_1142" href="#Footnote_1142" class="fnanchor">[1142]</a>.<span class="dalign">1230</span><br />
+Si votre heureux secours me tire de danger<a name="FNanchor_1143" id="FNanchor_1143" href="#Footnote_1143" class="fnanchor">[1143]</a>,<br />
+Je ne veux en sortir qu'afin de vous venger;<br />
+Et si je puis jamais avec votre assistance<br />
+Arriver jusqu'aux lieux de mon obéissance,<br />
+Vous me verrez, suivi de mille bataillons,<span class="dalign">1235</span><br />
+Sur ces murs renversés planter mes pavillons<a name="FNanchor_1144" id="FNanchor_1144" href="#Footnote_1144" class="fnanchor">[1144]</a>,<br />
+Punir leur traître roi de vous avoir bannie,<br />
+Dedans le sang des siens noyer sa tyrannie,<br />
+Et remettre en vos mains et Créuse et Jason,<br />
+Pour venger votre exil plutôt que ma prison.<span class="dalign">1240</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Je veux une vengeance et plus haute et plus prompte;<br />
+Ne l'entreprenez pas, votre offre me fait honte:<br />
+Emprunter le secours d'aucun pouvoir humain,<br />
+D'un reproche éternel diffameroit ma main.<br />
+En est-il, après tout, aucun qui ne me cède?<span class="dalign">1245</span><br />
+Qui force la nature, a-t-il besoin qu'on l'aide?<br />
+Laissez-moi le souci de venger mes ennuis,<br />
+Et par ce que j'ai fait jugez ce que je puis;<br />
+L'ordre en est tout donné, n'en soyez point en peine:<br />
+C'est demain, que mon art fait triompher ma haine;<span class="dalign">1250</span><br />
+Demain je suis Médée, et je tire raison<br />
+De mon bannissement et de votre prison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>Quoi! Madame, faut-il que mon peu de puissance<br />
+Empêche les devoirs de ma reconnoissance<a name="FNanchor_1145" id="FNanchor_1145" href="#Footnote_1145" class="fnanchor">[1145]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_402" id="Page_402">402</a></span><br />
+Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous?<span class="dalign">1255</span><br />
+Et vous serai-je ingrat autant que votre époux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Si je vous ai servi, tout ce que j'en souhaite,<br />
+C'est de trouver chez vous une sûre retraite<a name="FNanchor_1146" id="FNanchor_1146" href="#Footnote_1146" class="fnanchor">[1146]</a>,<br />
+Où de mes ennemis menaces ni présents<br />
+Ne puissent plus troubler le repos de mes ans;<span class="dalign">1260</span><br />
+Non pas que je les craigne: eux et toute la terre<br />
+A leur confusion me livreroient la guerre;<br />
+Mais je hais ce désordre, et n'aime pas à voir<br />
+Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>L'honneur de recevoir une si grande hôtesse<span class="dalign">1265</span><br />
+De mes malheurs passés efface la tristesse.<br />
+Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois,<br />
+Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois:<br />
+Si mes ans ne vous font mépriser ma personne,<br />
+Vous y partagerez mon lit et ma couronne;<span class="dalign">1270</span><br />
+Sinon, sur mes sujets faites état d'avoir,<br />
+Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir.<br />
+Allons, Madame, allons; et par votre conduite<br />
+Faites la sûreté que demande ma fuite.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Ma vengeance n'auroit qu'un succès imparfait:<span class="dalign">1275</span><br />
+Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet;<br />
+Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle.<br />
+Allez, prince, et sans moi ne craignez point d'obstacle;<br />
+Je vous suivrai demain par un chemin nouveau<a name="FNanchor_1147" id="FNanchor_1147" href="#Footnote_1147" class="fnanchor">[1147]</a>.<br />
+Pour votre sûreté conservez cet anneau<a name="FNanchor_1148" id="FNanchor_1148" href="#Footnote_1148" class="fnanchor">[1148]</a>:<span class="dalign">1280</span><br />
+Sa secrète vertu, qui vous fait invisible,<br />
+Rendra votre départ de tous côtés paisible.<span class="pagenum"><a name="Page_403" id="Page_403">403</a></span><br />
+<span class="i1">Ici, pour empêcher l'alarme que le bruit</span><br />
+De votre délivrance auroit bientôt produit,<br />
+Un fantôme pareil et de taille et de face,<span class="dalign">1285</span><br />
+Tandis que vous fuirez, remplira votre place.<br />
+Partez sans plus tarder, prince chéri des Dieux,<br />
+Et quittez pour jamais ces détestables lieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÆGÉE.</span></p>
+
+<p>J'obéis sans réplique, et je pars sans remise.<br />
+Puisse d'un prompt succès votre grande entreprise<span class="dalign">1290</span><br />
+Combler nos ennemis d'un mortel désespoir,<br />
+Et me donner bientôt le bien de vous revoir<a name="FNanchor_1149" id="FNanchor_1149" href="#Footnote_1149" class="fnanchor">[1149]</a>.</p>
+
+<p class="center p2"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c15" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_404" id="Page_404">404</a></span></p>
+
+<h2>ACTE V.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, THEUDAS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p>
+
+<p>Ah! déplorable prince! ah! fortune cruelle!<br />
+Que je porte à Jason une triste nouvelle!</p>
+
+<p><span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, <span class="font90">lui donnant un coup de baguette qui le fait demeurer</span>
+immobile<a name="FNanchor_1150" id="FNanchor_1150" href="#Footnote_1150" class="fnanchor">[1150]</a>.</p>
+
+<p>Arrête, misérable, et m'apprends quel effet<span class="dalign">1295</span><br />
+A produit chez le Roi le présent que j'ai fait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p>
+
+<p>Dieux! je suis dans les fers d'une invisible chaîne!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Dépêche, ou ces longueurs attireront<a name="FNanchor_1151" id="FNanchor_1151" href="#Footnote_1151" class="fnanchor">[1151]</a> ma haine<a name="FNanchor_1152" id="FNanchor_1152" href="#Footnote_1152" class="fnanchor">[1152]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p>
+
+<p>Apprenez donc l'effet le plus prodigieux<br />
+Que jamais la vengeance ait offert à nos yeux.<span class="dalign">1300</span><br />
+<span class="i1">Votre robe a fait peur, et sur Nise éprouvée,</span><br />
+En dépit des soupçons, sans péril s'est trouvée;<span class="pagenum"><a name="Page_405" id="Page_405">405</a></span><br />
+Et cette épreuve a su si bien les assurer,<br />
+Qu'incontinent Créuse a voulu s'en parer;<br />
+Mais cette infortunée à peine l'a vêtue<a name="FNanchor_1153" id="FNanchor_1153" href="#Footnote_1153" class="fnanchor">[1153]</a>,<span class="dalign">1305</span><br />
+Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la tue:<br />
+Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars<br />
+Sur votre don fatal courent de toutes parts;<br />
+Et Cléone et le Roi s'y jettent<a name="FNanchor_1154" id="FNanchor_1154" href="#Footnote_1154" class="fnanchor">[1154]</a> pour l'éteindre;<br />
+Mais (ô nouveau sujet de pleurer et de plaindre!)<span class="dalign">1310</span><br />
+Ce feu saisit le Roi: ce prince en un moment<br />
+Se trouve enveloppé du même embrasement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Courage! enfin il faut que l'un et l'autre meure.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p>
+
+<p>La flamme disparoît, mais l'ardeur leur demeure,<br />
+Et leurs habits charmés, malgré nos vains efforts,<span class="dalign">1315</span><br />
+Sont des brasiers secrets attachés à leurs corps:<br />
+Qui veut les dépouiller, lui-même les déchire<a name="FNanchor_1155" id="FNanchor_1155" href="#Footnote_1155" class="fnanchor">[1155]</a>,<br />
+Et ce nouveau secours est un nouveau martyre<a name="FNanchor_1156" id="FNanchor_1156" href="#Footnote_1156" class="fnanchor">[1156]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Que dit mon déloyal? que fait-il là dedans?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">THEUDAS.</span></p>
+
+<p>Jason, sans rien savoir de tous ces accidents,<span class="dalign">1320</span><br />
+S'acquitte des devoirs d'une amitié civile<br />
+A conduire Pollux hors des murs de la ville<a name="FNanchor_1157" id="FNanchor_1157" href="#Footnote_1157" class="fnanchor">[1157]</a>,<br />
+Qui va se rendre en hâte aux noces de sa s&oelig;ur,<br />
+Dont bientôt Ménélas doit être possesseur;<br />
+Et j'allois lui porter ce funeste message.<span class="dalign">1325</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_406" id="Page_406">406</a></span>
+<span class="smcap i2">MÉDÉE</span> <span class="font90">lui donne<a name="FNanchor_1158" id="FNanchor_1158" href="#Footnote_1158" class="fnanchor">[1158]</a> un autre coup de baguette.</span></p>
+
+<p>Va, tu peux maintenant achever ton voyage.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II<a name="FNanchor_1159" id="FNanchor_1159" href="#Footnote_1159" class="fnanchor">[1159]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE.</h4>
+
+<p>Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts?<br />
+Consulte avec loisir tes plus ardents transports.<br />
+Des bras de mon perfide arracher une femme,<br />
+Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme?<span class="dalign">1330</span><br />
+Que n'a-t-elle déjà des enfants de Jason<a name="FNanchor_1160" id="FNanchor_1160" href="#Footnote_1160" class="fnanchor">[1160]</a>,<br />
+Sur qui plus pleinement venger sa trahison!<br />
+Suppléons-y des miens; immolons avec joie<br />
+Ceux qu'à me dire adieu Créuse me renvoie.<br />
+Nature, je le puis sans violer ta loi:<span class="dalign">1335</span><br />
+Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.<br />
+Mais ils sont innocents; aussi l'étoit mon frère<a name="FNanchor_1161" id="FNanchor_1161" href="#Footnote_1161" class="fnanchor">[1161]</a>:<br />
+Ils sont trop criminels d'avoir Jason pour père<a name="FNanchor_1162" id="FNanchor_1162" href="#Footnote_1162" class="fnanchor">[1162]</a>;<br />
+Il faut que leur trépas redouble son tourment;<br />
+Il faut qu'il souffre en père aussi bien qu'en amant.<span class="dalign">1340</span><br />
+Mais quoi! j'ai beau contre eux animer mon audace,<br />
+La pitié la combat, et se met en sa place;<br />
+Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,<span class="pagenum"><a name="Page_407" id="Page_407">407</a></span><br />
+J'adore les projets qui me faisoient horreur:<br />
+De l'amour aussitôt je passe à la colère<a name="FNanchor_1163" id="FNanchor_1163" href="#Footnote_1163" class="fnanchor">[1163]</a>,<span class="dalign">1345</span><br />
+Des sentiments de femme aux tendresses de mère<a name="FNanchor_1164" id="FNanchor_1164" href="#Footnote_1164" class="fnanchor">[1164]</a>.<br />
+<span class="i1">Cessez dorénavant, pensers irrésolus,</span><br />
+D'épargner des enfants que je ne verrai plus.<br />
+Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,<br />
+Ce n'est pas seulement pour caresser un traître:<span class="dalign">1350</span><br />
+Il me prive de vous, et je l'en vais<a name="FNanchor_1165" id="FNanchor_1165" href="#Footnote_1165" class="fnanchor">[1165]</a> priver<a name="FNanchor_1166" id="FNanchor_1166" href="#Footnote_1166" class="fnanchor">[1166]</a>.<br />
+Mais ma pitié renaît, et revient me braver<a name="FNanchor_1167" id="FNanchor_1167" href="#Footnote_1167" class="fnanchor">[1167]</a>;<br />
+Je n'exécute rien, et mon âme éperdue<br />
+Entre deux passions demeure suspendue<a name="FNanchor_1168" id="FNanchor_1168" href="#Footnote_1168" class="fnanchor">[1168]</a>.<br />
+N'en délibérons plus, mon bras en résoudra.<span class="dalign">1355</span><br />
+Je vous perds, mes enfants; mais Jason vous perdra;<br />
+Il ne vous verra plus.... Créon sort tout en rage:<br />
+Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage<a name="FNanchor_1169" id="FNanchor_1169" href="#Footnote_1169" class="fnanchor">[1169]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_408" id="Page_408">408</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, <span class="smcap">Domestiques</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Loin de me soulager, vous croissez mes tourments<a name="FNanchor_1170" id="FNanchor_1170" href="#Footnote_1170" class="fnanchor">[1170]</a>:<br />
+Le poison à mon corps unit mes vêtements,<span class="dalign">1360</span><br />
+Et ma peau, qu'avec eux votre secours m'arrache<a name="FNanchor_1171" id="FNanchor_1171" href="#Footnote_1171" class="fnanchor">[1171]</a>,<br />
+Pour suivre votre main de mes os se détache:<br />
+Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux<a name="FNanchor_1172" id="FNanchor_1172" href="#Footnote_1172" class="fnanchor">[1172]</a>.<br />
+Ne me déchirez plus, officieux bourreaux:<br />
+Votre pitié pour moi s'est assez hasardée;<span class="dalign">1365</span><br />
+Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée.<br />
+C'est avancer ma mort que de me secourir;<br />
+Je ne veux que moi-même à m'aider à mourir.<br />
+Quoi! vous continuez, canailles infidèles!<br />
+Plus je vous le défends, plus vous m'êtes rebelles!<span class="dalign">1370</span><br />
+Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis:<br />
+Je serai votre roi, tout mourant que je suis;<br />
+Si mes commandements ont trop peu d'efficace,<br />
+Ma rage pour le moins me fera faire place:<br />
+Il faut ainsi payer votre cruel secours.<span class="dalign">1375</span></p>
+
+<p class="font90">(Il se défait d'eux et les chasse à coups d'épée<a name="FNanchor_1173" id="FNanchor_1173" href="#Footnote_1173" class="fnanchor">[1173]</a>.)</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_409" id="Page_409">409</a></span></p>
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">CRÉON, CRÉUSE, CLÉONE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Où fuyez-vous de moi, cher auteur de mes jours?<br />
+Fuyez-vous l'innocente et malheureuse source<br />
+D'où prennent tant de maux leur effroyable course?<br />
+Ce feu qui me consume et dehors et dedans<a name="FNanchor_1174" id="FNanchor_1174" href="#Footnote_1174" class="fnanchor">[1174]</a><br />
+Vous venge-t-il trop peu de mes v&oelig;ux imprudents<a name="FNanchor_1175" id="FNanchor_1175" href="#Footnote_1175" class="fnanchor">[1175]</a>?<br />
+<span class="i1">Je ne puis excuser mon indiscrète envie,</span><br />
+Qui donne le trépas à qui je dois la vie;<br />
+Mais soyez satisfait des rigueurs de mon sort,<br />
+Et cessez d'ajouter votre haine à ma mort.<br />
+L'ardeur qui me dévore, et que j'ai méritée,<span class="dalign">1385</span><br />
+Surpasse en cruauté l'aigle de Prométhée,<br />
+Et je crois qu'Ixion, au choix des châtiments<a name="FNanchor_1176" id="FNanchor_1176" href="#Footnote_1176" class="fnanchor">[1176]</a>,<br />
+Préféreroit sa roue à mes embrasements.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Si ton jeune desir eut beaucoup d'imprudence,<br />
+Ma fille, j'y devois<a name="FNanchor_1177" id="FNanchor_1177" href="#Footnote_1177" class="fnanchor">[1177]</a> opposer ma défense.<span class="dalign">1390</span><br />
+Je n'impute qu'à moi l'excès de mes malheurs,<br />
+Et j'ai part en ta faute ainsi qu'en tes douleurs.<br />
+Si j'ai quelque regret, ce n'est pas à ma vie,<br />
+Que le déclin des ans m'auroit bientôt ravie:<br />
+La jeunesse des tiens, si beaux, si florissants,<span class="dalign">1395</span><br />
+Me porte au fond du c&oelig;ur des coups bien plus pressants<a name="FNanchor_1178" id="FNanchor_1178" href="#Footnote_1178" class="fnanchor">[1178]</a>.<br />
+<span class="i1">Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée</span><br />
+Dont nous pensions toucher la pompeuse journée!<span class="pagenum"><a name="Page_410" id="Page_410">410</a></span><br />
+La Parque impitoyable en éteint le flambeau<a name="FNanchor_1179" id="FNanchor_1179" href="#Footnote_1179" class="fnanchor">[1179]</a>,<br />
+Et pour lit nuptial il te faut un tombeau!<span class="dalign">1400</span><br />
+Ah! rage, désespoir, destins, feux, poisons, charmes,<br />
+Tournez tous contre moi vos plus cruelles armes:<br />
+S'il faut vous assouvir par la mort de deux rois,<br />
+Faites en ma faveur que je meure deux fois,<br />
+Pourvu que mes deux morts emportent cette grâce<span class="dalign">1405</span><br />
+De laisser ma couronne à mon unique race,<br />
+Et cet espoir si doux, qui m'a toujours flatté,<br />
+De revivre à jamais en sa postérité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Cléone, soutenez, je chancelle, je tombe<a name="FNanchor_1180" id="FNanchor_1180" href="#Footnote_1180" class="fnanchor">[1180]</a>;<br />
+Mon reste de vigueur sous mes douleurs succombe:<span class="dalign">1410</span><br />
+Je sens que je n'ai plus à souffrir qu'un moment.<br />
+Ne me refusez pas ce triste allégement,<br />
+Seigneur, et si pour moi quelque amour vous demeure,<br />
+Entre vos bras mourants permettez que je meure.<br />
+Mes pleurs arrouseront<a name="FNanchor_1181" id="FNanchor_1181" href="#Footnote_1181" class="fnanchor">[1181]</a> vos mortels déplaisirs;<span class="dalign">1415</span><br />
+Je mêlerai leurs eaux à vos brûlants soupirs.<br />
+<span class="i1">Ah! je brûle, je meurs, je ne suis plus que flamme;</span><br />
+De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme<a name="FNanchor_1182" id="FNanchor_1182" href="#Footnote_1182" class="fnanchor">[1182]</a>.<br />
+Quoi! vous vous éloignez<a name="FNanchor_1183" id="FNanchor_1183" href="#Footnote_1183" class="fnanchor">[1183]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Oui, je ne verrai pas,</span><span class="pagenum"><a name="Page_411" id="Page_411">411</a></span><br />
+Comme un lâche témoin, ton indigne trépas:<span class="dalign">1420</span><br />
+Il faut, ma fille, il faut que ma main me délivre<br />
+De l'infâme regret de t'avoir pu survivre.<br />
+Invisible ennemi, sors avecque mon sang.</p>
+
+<p class="font90 center">(Il se tue d'un poignard<a name="FNanchor_1184" id="FNanchor_1184" href="#Footnote_1184" class="fnanchor">[1184]</a>.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Courez à lui, Cléone: il se perce le flanc.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉON.</span></p>
+
+<p>Retourne: c'en est fait. Ma fille, adieu: j'expire,<span class="dalign">1425</span><br />
+Et ce dernier soupir met fin à mon martyre:<br />
+Je laisse à ton Jason le soin de nous venger.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Vain et triste confort! soulagement léger!<br />
+Mon père....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Il ne vit plus, sa grande âme est partie<a name="FNanchor_1185" id="FNanchor_1185" href="#Footnote_1185" class="fnanchor">[1185]</a>.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Donnez donc à la mienne une même sortie:<span class="dalign">1430</span><br />
+Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur,<br />
+Est déjà si savant à traverser le c&oelig;ur.<br />
+<span class="i1">Ah! je sens fers, et feux, et poison, tout ensemble:</span><br />
+Ce que souffroit mon père à mes peines s'assemble.<br />
+Hélas! que de douceur<a name="FNanchor_1186" id="FNanchor_1186" href="#Footnote_1186" class="fnanchor">[1186]</a> auroit un prompt trépas!<span class="dalign">1435</span><br />
+Dépêchez-vous, Cléone: aidez mon foible bras.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLÉONE.</span></p>
+
+<p>Ne désespérez point: les Dieux, plus pitoyables,<br />
+A nos justes clameurs se rendront exorables,<br />
+Et vous conserveront, en dépit du poison,<br />
+Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason.<span class="dalign">1440</span><br />
+Il arrive, et surpris il change de visage:<span class="pagenum"><a name="Page_412" id="Page_412">412</a></span><br />
+Je lis dans sa pâleur une secrète rage,<br />
+Et son étonnement va passer en fureur.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON, CRÉUSE, CLÉONE, THEUDAS.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Que vois-je ici, grands Dieux! quel spectacle d'horreur<a name="FNanchor_1187" id="FNanchor_1187" href="#Footnote_1187" class="fnanchor">[1187]</a>!<br />
+Où que puissent mes yeux porter ma vue errante,<span class="dalign">1445</span><br />
+Je vois ou Créon mort, ou Créuse mourante.<br />
+Ne t'en va pas, belle âme: attends encore un peu,<br />
+Et le sang de Médée éteindra tout ce feu;<br />
+Prends le triste plaisir de voir punir son crime,<br />
+De te voir immoler cette infâme victime;<span class="dalign">1450</span><br />
+Et que ce scorpion, sur la plaie écrasé<a name="FNanchor_1188" id="FNanchor_1188" href="#Footnote_1188" class="fnanchor">[1188]</a>,<br />
+Fournisse le remède au mal qu'il a causé.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Il n'en faut point chercher au poison qui me tue:<br />
+Laisse-moi le bonheur d'expirer à ta vue,<br />
+Souffre que j'en jouisse en ce dernier moment:<span class="dalign">1455</span><br />
+Mon trépas fera place à ton ressentiment;<br />
+Le mien cède à l'ardeur dont je suis possédée;<br />
+J'aime mieux voir Jason que la mort de Médée.<br />
+Approche, cher amant, et retiens ces transports:<br />
+Mais garde de toucher ce misérable corps;<span class="dalign">1460</span><br />
+Ce brasier, que le charme ou répand ou modère,<br />
+A négligé Cléone, et dévoré mon père:<br />
+Au gré de ma rivale il est contagieux.<br />
+Jason, ce m'est assez de mourir à tes yeux:<br />
+Empêche les plaisirs qu'elle attend de ta peine;<span class="dalign">1465</span><span class="pagenum"><a name="Page_413" id="Page_413">413</a></span><br />
+N'attire point ces feux esclaves de sa haine.<br />
+<span class="i1"> Ah! quel âpre tourment! quels douloureux abois!</span><br />
+Et que je sens de morts sans mourir une fois!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Quoi! vous m'estimez donc si lâche que de vivre?<br />
+Et de si beaux chemins sont ouverts pour vous suivre!<br />
+Ma reine, si l'hymen n'a pu joindre nos corps,<br />
+Nous joindrons nos esprits, nous joindrons nos deux morts;<br />
+Et l'on verra Charon passer chez Rhadamante,<br />
+Dans une même barque, et l'amant et l'amante.<br />
+Hélas! vous recevez, par ce présent charmé,<span class="dalign">1475</span><br />
+Le déplorable prix de m'avoir trop aimé;<br />
+Et puisque cette robe a causé votre perte,<br />
+Je dois être puni de vous l'avoir offerte<a name="FNanchor_1189" id="FNanchor_1189" href="#Footnote_1189" class="fnanchor">[1189]</a>.<br />
+Quoi! ce poison m'épargne, et ces feux impuissants<br />
+Refusent de finir les douleurs que je sens!<span class="dalign">1480</span><br />
+Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie!<br />
+Justes Dieux! quel forfait me condamne à la vie?<br />
+Est-il quelque tourment plus grand pour mon amour<br />
+Que de la voir mourir, et de souffrir le jour?<br />
+Non, non; si par ces feux mon attente est trompée,<span class="dalign">1485</span><br />
+J'ai de quoi m'affranchir au bout de mon épée;<br />
+Et l'exemple du Roi, de sa main transpercé,<br />
+Qui nage dans les flots du sang qu'il a versé,<br />
+Instruit suffisamment un généreux courage<br />
+Des moyens de braver le destin qui l'outrage.<span class="dalign">1490</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CRÉUSE.</span></p>
+
+<p>Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir,<br />
+Ne t'abandonne point aux coups du désespoir:<span class="pagenum"><a name="Page_414" id="Page_414">414</a></span><br />
+Vis pour sauver ton nom de cette ignominie,<br />
+Que Créuse soit morte, et Médée impunie;<br />
+Vis pour garder le mien en ton c&oelig;ur affligé,<span class="dalign">1495</span><br />
+Et du moins ne meurs point que tu ne sois vengé.<br />
+<span class="i1">Adieu: donne la main; que malgré ta jalouse,</span><br />
+J'emporte chez Pluton le nom de ton épouse.<br />
+Ah! douleurs! C'en est fait, je meurs à cette fois,<br />
+Et perds en ce moment la vie avec la voix.<span class="dalign">1500</span><br />
+Si tu m'aimes....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Ce mot lui coupe la parole;</span><br />
+Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole?<br />
+Mon esprit, retenu par ses commandements,<br />
+Réserve encor ma vie à de pires tourments<a name="FNanchor_1190" id="FNanchor_1190" href="#Footnote_1190" class="fnanchor">[1190]</a>!<br />
+Pardonne, chère épouse, à mon obéissance;<span class="dalign">1505</span><br />
+Mon déplaisir mortel défère à ta puissance,<br />
+Et de mes jours maudits tout prêt de triompher,<br />
+De peur de te déplaire, il n'ose m'étouffer.<br />
+<span class="i1">Ne perdons point de temps, courons chez la sorcière,</span><br />
+Délivrer par sa mort mon âme prisonnière.<span class="dalign">1510</span><br />
+Vous autres, cependant, enlevez ces deux corps:<br />
+Contre tous ses démons mes bras sont assez forts,<br />
+Et la part que votre aide auroit en ma vengeance<br />
+Ne m'en permettoit pas une entière allégeance.<br />
+Préparez seulement des gênes, des bourreaux;<span class="dalign">1515</span><br />
+Devenez inventifs en supplices nouveaux,<br />
+Qui la fassent mourir tant de fois sur leur tombe,<br />
+Que son coupable sang leur vaille une hécatombe;<br />
+Et si cette victime, en mourant mille fois,<span class="pagenum"><a name="Page_415" id="Page_415">415</a></span><br />
+N'apaise point encor les mânes de deux rois,<span class="dalign">1520</span><br />
+Je serai la seconde; et mon esprit fidèle<br />
+Ira gêner là-bas son âme criminelle,<br />
+Ira faire assembler pour sa punition<br />
+Les peines de Titye à celles d'Ixion.</p>
+
+<p class="font90">(Cléone et le reste emportent les corps<a name="FNanchor_1191" id="FNanchor_1191" href="#Footnote_1191" class="fnanchor">[1191]</a> de Créon et de Créuse,
+et Jason continue seul.)</p>
+
+<p>Mais leur puis-je imputer ma mort en sacrifice?<span class="dalign">1525</span><br />
+Elle m'est un plaisir, et non pas un supplice.<br />
+Mourir, c'est seulement auprès d'eux me ranger;<br />
+C'est rejoindre Créuse, et non pas la venger.<br />
+Instruments des fureurs d'une mère insensée,<br />
+Indignes rejetons de mon amour passée,<span class="dalign">1530</span><br />
+Quel malheureux destin vous avoit réservés<br />
+A porter le trépas à qui vous a sauvés?<br />
+C'est vous, petits ingrats, que malgré la nature<br />
+Il me faut immoler dessus leur sépulture.<br />
+Que la sorcière en vous commence de souffrir:<span class="dalign">1535</span><br />
+Que son premier tourment soit de vous voir mourir.<br />
+Toutefois qu'ont-ils fait, qu'obéir à leur mère?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">MÉDÉE, JASON.</h4>
+
+<p><span class="smcap i2">MÉDÉE</span>, <span class="font90">en haut sur un balcon<a name="FNanchor_1192" id="FNanchor_1192" href="#Footnote_1192" class="fnanchor">[1192]</a>.</span></p>
+
+<p>Lâche, ton désespoir encore en délibère?<br />
+Lève les yeux, perfide, et reconnois ce bras<br />
+Qui t'a déjà vengé de ces petits ingrats:<span class="dalign">1540</span><span class="pagenum"><a name="Page_416" id="Page_416">416</a></span><br />
+Ce poignard que tu vois vient de chasser leurs âmes,<br />
+Et noyer dans leur sang les restes de nos flammes.<br />
+<span class="i1">Heureux père et mari, ma fuite et leur tombeau</span><br />
+Laissent la place vide à ton hymen nouveau<a name="FNanchor_1193" id="FNanchor_1193" href="#Footnote_1193" class="fnanchor">[1193]</a>.<br />
+Réjouis-t'en, Jason, va posséder Créuse:<span class="dalign">1545</span><br />
+Tu n'auras plus ici personne qui t'accuse;<br />
+Ces gages de nos feux ne feront plus pour moi<br />
+De reproches secrets à ton manque de foi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Horreur de la nature, exécrable tigresse<a name="FNanchor_1194" id="FNanchor_1194" href="#Footnote_1194" class="fnanchor">[1194]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+<p>Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse<a name="FNanchor_1195" id="FNanchor_1195" href="#Footnote_1195" class="fnanchor">[1195]</a>:<span class="dalign">1550</span><br />
+A cet objet si cher tu dois tous tes discours;<br />
+Parler encore à moi, c'est trahir tes amours.<br />
+Va lui, va lui conter tes rares aventures,<br />
+Et contre mes effets ne combats point d'injures.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Quoi! tu m'oses braver, et ta brutalité<span class="dalign">1555</span><br />
+Pense encore échapper à mon bras irrité?<br />
+Tu redoubles ta peine avec cette insolence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MÉDÉE.</span></p>
+
+Et que peut contre moi ta débile vaillance?<br />
+Mon art faisoit ta force, et tes exploits<a name="FNanchor_1196" id="FNanchor_1196" href="#Footnote_1196" class="fnanchor">[1196]</a> guerriers<br />
+Tiennent de mon secours ce qu'ils ont de lauriers.<span class="dalign">1560</span>
+
+<p><span class="smcap i6">JASON.</span></p>
+
+<p>Ah! c'est trop en souffrir: il faut qu'un prompt supplice<span class="pagenum"><a name="Page_417" id="Page_417">417</a></span><br />
+De tant de cruautés à la fin te punisse.<br />
+Sus, sus, brisons la porte, enfonçons la maison<a name="FNanchor_1197" id="FNanchor_1197" href="#Footnote_1197" class="fnanchor">[1197]</a>;<br />
+Que des bourreaux soudain m'en fassent la raison:<br />
+Ta tête répondra de tant de barbaries.<span class="dalign">1565</span></p>
+
+<span class="smcap i6">MÉDÉE</span>, en l'air dans un char tiré par deux dragons<a name="FNanchor_1198" id="FNanchor_1198" href="#Footnote_1198" class="fnanchor">[1198]</a>.
+
+<p>Que sert de t'emporter à ces vaines furies?<br />
+Épargne, cher époux, des efforts que tu perds;<br />
+Vois les chemins de l'air qui me sont tous ouverts:<br />
+C'est par là que je fuis<a name="FNanchor_1199" id="FNanchor_1199" href="#Footnote_1199" class="fnanchor">[1199]</a>, et que je t'abandonne<br />
+Pour courir à l'exil que ton change m'ordonne.<span class="dalign">1570</span><br />
+Suis-moi, Jason, et trouve en ces lieux désolés<br />
+Des postillons pareils à mes dragons ailés.<br />
+<span class="i1">Enfin je n'ai pas mal employé la journée</span><br />
+Que la bonté du Roi, de grâce, m'a donnée<a name="FNanchor_1200" id="FNanchor_1200" href="#Footnote_1200" class="fnanchor">[1200]</a>;<br />
+Mes desirs sont contents. Mon père et mon pays,<span class="dalign">1575</span><br />
+Je ne me repens plus de vous avoir trahis;<br />
+Avec cette douceur j'en accepte le blâme.<br />
+Adieu, parjure: apprends à connoître ta femme<a name="FNanchor_1201" id="FNanchor_1201" href="#Footnote_1201" class="fnanchor">[1201]</a>;<br />
+Souviens-toi de sa fuite, et songe une autre fois<br />
+Lequel est plus à craindre ou d'elle ou de deux rois.<span class="dalign">1580</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_418" id="Page_418">418</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">JASON.</h4>
+
+<p>O Dieux! ce char volant, disparu dans la nue,<br />
+La dérobe à sa peine, aussi bien qu'à ma vue;<br />
+Et son impunité triomphe arrogamment<br />
+Des projets avortés de mon ressentiment.<br />
+Créuse, enfants, Médée, amour, haine, vengeance,<span class="dalign">1585</span><br />
+Où dois-je désormais chercher quelque allégeance?<br />
+Où suivre l'inhumaine, et dessous quels climats<br />
+Porter les châtiments de tant d'assassinats?<br />
+Va, furie exécrable, en quelque coin de terre<br />
+Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre:<span class="dalign">1590</span><br />
+J'apprendrai ton séjour de tes sanglants effets,<br />
+Et te suivrai partout au bruit de tes forfaits.<br />
+Mais que me servira cette vaine poursuite,<br />
+Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite,<br />
+Si toujours tes dragons sont prêts à t'enlever,<span class="dalign">1595</span><br />
+Si toujours tes forfaits ont de quoi me braver?<br />
+Malheureux, ne perds point contre une telle audace<br />
+De ta juste fureur l'impuissante menace;<br />
+Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion<br />
+D'accroître sa victoire<a name="FNanchor_1202" id="FNanchor_1202" href="#Footnote_1202" class="fnanchor">[1202]</a> et ta confusion.<span class="dalign">1600</span><br />
+Misérable! perfide! ainsi donc ta foiblesse<br />
+Épargne la sorcière, et trahit ta princesse!<br />
+Est-ce là le pouvoir qu'ont sur toi ses desirs,<br />
+Et ton obéissance à ses derniers soupirs?<br />
+Venge-toi, pauvre amant, Créuse le commande:<span class="dalign">1605</span><br />
+Ne lui refuse point un sang qu'elle demande;<br />
+Écoute les accents de sa mourante voix,<br />
+Et vole sans rien craindre à ce que tu lui dois.<span class="pagenum"><a name="Page_419" id="Page_419">419</a></span><br />
+A qui sait bien aimer il n'est rien d'impossible.<br />
+Eusses-tu pour retraite un roc inaccessible,<span class="dalign">1610</span><br />
+Tigresse, tu mourras, et malgré ton savoir,<br />
+Mon amour te verra soumise à son pouvoir;<br />
+Mes yeux se repaîtront des horreurs de ta peine:<br />
+Ainsi le veut Créuse, ainsi le veut ma haine.<br />
+Mais quoi! je vous écoute, impuissantes chaleurs!<span class="dalign">1615</span><br />
+Allez, n'ajoutez plus de comble à mes malheurs.<br />
+Entreprendre une mort que le ciel s'est gardée,<br />
+C'est préparer encore un triomphe à Médée.<br />
+Tourne avec plus d'effet sur toi-même ton bras,<br />
+Et punis-toi, Jason, de ne la punir pas.<span class="dalign">1620</span><br />
+Vains transports, où sans fruit mon désespoir s'amuse,<br />
+Cessez de m'empêcher de rejoindre Créuse.<br />
+Ma reine, ta belle âme, en partant de ces lieux,<br />
+M'a laissé la vengeance; et je la laisse aux Dieux:<br />
+Eux seuls, dont le pouvoir égale la justice,<span class="dalign">1625</span><br />
+Peuvent de la sorcière achever le supplice.<br />
+Trouve-le bon, chère ombre, et pardonne à mes feux<br />
+Si je vais te revoir plus tôt que tu ne veux<a name="FNanchor_1203" id="FNanchor_1203" href="#Footnote_1203" class="fnanchor">[1203]</a>.</p>
+
+<p class="font90 i6">(Il se tue<a name="FNanchor_1204" id="FNanchor_1204" href="#Footnote_1204" class="fnanchor">[1204]</a>.)</p>
+
+<p class="center p2 ni3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+<a name="Page_420" id="Page_420"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_421" id="Page_421">421</a></span></p>
+
+<h2>L'ILLUSION</h2>
+
+<p class="center"><b>COMÉDIE</b></p>
+
+<p class="center"><small><b>1636</b></small></p>
+<a name="Page_422" id="Page_422"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_423" id="Page_423">423</a></span></p>
+
+<h3>NOTICE.</h3>
+
+<p class="p2">Cette pièce est fort importante pour l'histoire de notre
+théâtre et de notre littérature. Représentée en 1636, elle ne
+se trouve séparée que par quelques mois de ce merveilleux
+<i>Cid</i> dont on la croirait à tous égards si éloignée; et pour peu
+qu'on la lise avec attention, l'on s'aperçoit, non sans surprise,
+qu'elle n'a pas été complétement inutile à Corneille
+pour la composition de son chef-d'&oelig;uvre, et qu'en écrivant
+<i>l'Illusion</i> il s'y préparait déjà.</p>
+
+<p>Ce n'est pas du premier coup qu'il s'avise de produire sur
+notre théâtre cet héroïsme espagnol qui éclate si noblement
+dans <i>le Cid</i>: il commence par y représenter les rodomontades
+de Matamore; mais on dirait qu'il lui est impossible de ne pas
+prendre par instants au sérieux la grandeur du Capitan, et
+en plus d'un endroit il s'élève comme involontairement au
+plus noble langage.</p>
+
+<p>Matamore dit de lui-même, acte II, scène <span class="smcap">II</span> (vers 233-236):</p>
+
+<p class="font90 left30">Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,<br />
+Défait les escadrons et gagne les batailles.<br />
+Mon courage invaincu contre les empereurs<br />
+N'arme que la moitié de ses moindres fureurs.</p>
+
+<p>Boileau n'a eu que quelques mots à changer aux deux premiers
+de ces vers pour les transformer en un magnifique
+éloge d'un des plus grands héros de son temps:</p>
+
+<p class="font90 left30">Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,<br />
+Force les escadrons et gagne les batailles.<br />
+<span class="i9">(<i>Épître IV, au Roi</i>, vers 133 et 134.)</span></p>
+
+<p>Le troisième renferme le mot <i>invaincu</i>, qui passa inaperçu
+<span class="pagenum"><a name="Page_424" id="Page_424">424</a></span>
+alors et n'attira l'attention que dans <i>le Cid</i>. Là, heureusement
+placé, il parut noble, énergique, sublime, et Corneille en fut,
+bien mal à propos<a name="FNanchor_1205" id="FNanchor_1205" href="#Footnote_1205" class="fnanchor">[1205]</a>, déclaré l'inventeur par plusieurs de ses
+contemporains.</p>
+
+<p>Le passage qui va suivre trouverait certes aussi sa place
+très-naturellement dans <i>le Cid</i>, et ne déparerait en rien ce
+chef-d'&oelig;elig;uvre:</p>
+
+<p class="left30 font90">Respect de ma maîtresse, incommode vertu,<br />
+Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?<br />
+Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père,<br />
+Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère?<br />
+<span class="i9">(Acte III, scène <span class="smcap">IV</span>, vers 735-738.)</span></p>
+
+<p>Ces rapprochements suffisent pour faire voir que la parole
+du Matamore de Corneille n'est pas toujours ridicule en elle-même,
+et que dans le langage outré qu'il lui prête il y a de
+ces fières hyperboles qu'il a su plus tard ennoblir en les plaçant
+dans la bouche de vrais héros.</p>
+
+<p>Ce personnage du Matamore, introduit par notre poëte dans
+<i>l'Illusion</i>, était depuis longtemps déjà un des principaux acteurs
+de la farce; mais c'était la seconde fois seulement qu'on
+le faisait parler en vers: c'est du moins ce que nous apprend
+le sieur Mareschal. Voici comme il s'exprime dans l'avertissement
+d'une comédie intitulée: <i>le Railleur ou la Satyre du
+temps</i>, représentée en 1636: «Je dirai pourtant en sa faveur
+que c'est le premier capitan en vers qui a paru dans la scène
+française, qu'il n'a point eu d'exemple et de modèle devant
+lui, et qu'il a précédé, au moins du temps, deux autres qui
+l'ont surpassé en tout le reste, et qui sont sortis de deux
+plumes si fameuses et comiques dans <i>l'Illusion</i> et <i>les Visionnaires</i><a name="FNanchor_1206" id="FNanchor_1206" href="#Footnote_1206" class="fnanchor">[1206]</a>.»</p>
+
+<p>En 1637 ou 1638, le même Mareschal fit représenter sur le
+théâtre du Marais <i>le Véritable Capitan Matamore ou le Fanfaron</i>,
+tiré du <i>Miles gloriosus</i> de Plaute; mais son imitation ne
+se tient pas fort près du texte: «Je n'ai point, dit-il, introduit
+sur le théâtre un Pyrgopolinice plus badin que fanfaron,
+mais j'ai tâché de peindre au naturel ce vivant matamore du
+<span class="pagenum"><a name="Page_425" id="Page_425">425</a></span>
+théâtre du Marais, cet original sans copie, ce personnage admirable
+qui ravit également les grands et le peuple, les doctes
+et les ignorants.»</p>
+
+<p>Il nous reste beaucoup d'autres pièces destinées à cet acteur
+alors célèbre, ainsi vanté par Mareschal: la plus connue
+est <i>le Capitan Matamore</i>, comédie de Scarron, en vers de huit
+syllabes sur la seule rime <i>ment</i>; cet ouvrage est précédé de plusieurs
+prologues intitulés: <i>les Boutades du Capitan Matamore</i>.</p>
+
+<p>Selon les frères Parfait, ce personnage fut rempli à l'hôtel
+de Bourgogne et sur le théâtre du Marais par un comédien
+«dont on ignore le nom.» M. Aimé Martin prétend, mais
+sans en donner aucune preuve, que ce comédien n'était autre
+que Bellerose; M. Taschereau établit fort bien, au contraire,
+qu'il s'agit de Bellemore. Il cite à l'appui de son assertion
+ce passage de l'historiette de Tallemant des Réaux relative à
+Mondory: «Ce fut lui (Mondory) qui fit venir Bellemore, dit
+<i>le Capitan Matamore</i>, bon acteur. Il quitta le théâtre parce
+que Desmarets lui donna, à la chaude, un coup de canne
+derrière le théâtre de l'Hôtel Richelieu. Il se fit ensuite commissaire
+de l'artillerie et y fut tué. Il n'osa se venger de Desmarets,
+à cause du Cardinal qui ne le lui eût pas pardonné.»</p>
+
+<p>Le peu d'exactitude du renseignement donné par M. Aimé
+Martin ne permet guère d'ajouter foi à la note, d'une apparence
+fort romanesque, qu'il a placée, sans indiquer ses sources
+ni ses preuves, au commencement de <i>l'Illusion</i>. «Dans cette
+pièce, dit-il, le célèbre comédien Mondory est représenté sous
+le nom de Clindor dont il jouait le rôle, et une partie de ses
+aventures sont racontées à la fin du premier acte. Avant d'être
+un grand artiste, et bien jeune encore, il avait composé des
+<i>parades</i> et des <i>ponts-neufs</i>, puis après diverses fortunes il
+s'était fait clerc de procureur. Corneille s'est représenté lui-même
+sous le masque du magicien Alcandre, et le duc d'Épernon
+paraît avoir été le modèle du Capitan gascon. Pendant
+son séjour à Bordeaux, Mondory avait fait partie de la maison
+de ce grand seigneur, et c'est lui probablement qui signala à
+Corneille les principaux traits de ce caractère. <i>L'Illusion comique</i>
+n'est donc qu'un cadre plus ou moins bizarre, où le poëte
+se met en scène avec son acteur chéri. Il lui avait autrefois
+confié le sort de <i>Mélite</i>, et Mondory s'était montré digne de
+<span class="pagenum"><a name="Page_426" id="Page_426">426</a></span>
+cette confiance en coopérant de tous ses talents au succès de
+cette première pièce. Ici Corneille trace l'apologie du grand
+artiste; il raconte au public ses bonnes et ses mauvaises fortunes,
+et veut qu'on applaudisse sa constance et son courage
+comme on applaudit son génie. C'était lui témoigner dignement
+sa reconnaissance, car la pièce n'avait pas d'autre but
+que de relever Mondory aux yeux de son père, qui s'effarouchait
+d'avoir un fils comédien.»</p>
+
+<p>Que Mondory ait joué Clindor, cela est probable sans être
+prouvé, mais tout le reste ne repose pas même sur des hypothèses
+vraisemblables.</p>
+
+On sait très-peu de chose sur la première partie de la vie
+de cet acteur; toutefois, si l'on en croit Tallemant, qui à coup
+sûr se serait plu au récit d'une jeunesse si aventureuse, il
+entra au théâtre le plus simplement du monde. Les frères
+Parfait ont prétendu qu'il était d'Orléans<a name="FNanchor_1207" id="FNanchor_1207" href="#Footnote_1207" class="fnanchor">[1207]</a>, mais un des adversaires
+de Corneille dans la querelle du <i>Cid</i>, Mairet, l'appelle
+«notre Roscius auvergnat<a name="FNanchor_1208" id="FNanchor_1208" href="#Footnote_1208" class="fnanchor">[1208]</a>.» Marguerite Perrier, nièce
+de Pascal, dit en effet, dans ses <i>Mémoires de famille</i>, qu'il était
+de Clermont, «et avoit pris le nom de Mondory parce que
+son parrain, qui étoit un homme de condition de cette ville,
+s'appeloit M. de Mondory<a name="FNanchor_1209" id="FNanchor_1209" href="#Footnote_1209" class="fnanchor">[1209]</a>.» Tallemant le fait naître dans une
+autre localité, mais dans la même province: «Il étoit fils d'un
+juge ou d'un procureur fiscal de Tiers en Auvergne, où l'on
+faisoit autrefois toutes les cartes à jouer. Pour lui, il se disoit
+fils de juge. Son père l'envoya à Paris chez un procureur. On
+dit que ce procureur, qui aimoit assez la comédie, lui conseilla
+d'y aller les fêtes et les dimanches, et qu'il y dépenseroit
+et s'y débaucheroit moins que partout ailleurs. Il y prit tant
+de plaisir qu'il se fit comédien lui-même; et quoiqu'il n'eût
+que seize ans, on lui donnoit des principaux personnages, et
+insensiblement il fut le chef d'une troupe composée de le Noir
+et de sa femme, qui avoient été au prince d'Orange.»
+
+<p>Que le duc d'Épernon ait eu certains rapports de caractère
+avec Matamore, cela peut bien être; mais il n'était pas le seul
+<span class="pagenum"><a name="Page_427" id="Page_427">427</a></span>
+alors: quant aux ressemblances entre Corneille et le magicien
+Alcandre, nous avouons qu'elles nous échappent tout à fait.</p>
+
+<p>Vers la fin du cinquième acte, Corneille nous introduit au
+milieu de la troupe, qui partage la recette: «Tous les comédiens,
+dit-il, paroissent avec leur portier, qui comptent de l'argent
+sur une table, et en prennent chacun leur part.» Ce n'est
+point là un tableau de fantaisie, c'est la peinture fidèle de ce
+qui se passait à cette époque. Samuel Chapuzeau nous fait ainsi
+connaître le détail de cette opération: «La comédie achevée et
+le monde retiré, les comédiens font tous les soirs le compte de
+la recette du jour, où chacun peut assister, mais où d'office doivent
+se trouver le trésorier, le secrétaire et le contrôleur, l'argent
+leur étant apporté par le receveur du bureau.... L'argent
+compté, on lève d'abord les frais journaliers, et, quelquefois en
+de certains cas, ou pour acquitter une dette peu à peu, ou pour
+faire quelque avance nécessaire, on lève ensuite la somme qu'on
+a réglée. Ces articles mis à part, ce qui reste de liquide est partagé
+sur-le-champ, et chacun emporte ce qui lui convient<a name="FNanchor_1210" id="FNanchor_1210" href="#Footnote_1210" class="fnanchor">[1210]</a>.»</p>
+
+<p>C'est après cette scène que vient ce bel éloge du théâtre et
+de l'art du comédien, qui dut contribuer puissamment à donner
+une noble idée de cette profession, si discréditée jusqu'alors.</p>
+
+<p>La vie honorable de Floridor<a name="FNanchor_1211" id="FNanchor_1211" href="#Footnote_1211" class="fnanchor">[1211]</a>, et surtout l'arrêt qui déclare
+qu'on ne déroge pas en jouant la comédie<a name="FNanchor_1212" id="FNanchor_1212" href="#Footnote_1212" class="fnanchor">[1212]</a>, accomplirent la
+révolution que notre poëte avait si heureusement préparée; le
+<span class="pagenum"><a name="Page_428" id="Page_428">428</a></span>
+genre dramatique s'empara dans notre littérature de la place
+la plus importante, et ses interprètes obtinrent dès lors, quand
+ils surent s'en rendre dignes, un rang des plus distingués dans
+la société française.</p>
+
+<p>Nous ne saurions fixer sûrement la durée du succès de cette
+pièce. Corneille nous apprend qu'elle se jouait encore plus de
+trente ans après l'époque de la première représentation<a name="FNanchor_1213" id="FNanchor_1213" href="#Footnote_1213" class="fnanchor">[1213]</a>; mais
+tout porte à croire qu'elle ne survécut pas à son auteur. Le dix-huitième
+siècle en voulait fort à cet ouvrage étrange. Il n'a
+trouvé grâce que devant le directeur actuel du Théâtre-Français,
+M. Édouard Thierry, qui l'a fait représenter l'année dernière
+(1861) pour le deux cent cinquante-cinquième anniversaire
+de la naissance de Corneille. Le spirituel critique a pensé
+que cette hardiesse avait besoin, même de notre temps, d'être
+excusée et préparée par toutes sortes de précautions. Il a cru
+utile de rétablir dans cette circonstance l'usage du petit discours
+que le chef de troupe venait prononcer jadis pour annoncer
+une représentation importante; seulement c'est dans
+le feuilleton du <i>Moniteur</i> qu'il s'est adressé au public.</p>
+
+<p>«N'y eût-il dans <i>l'Illusion</i>, dit M. Édouard Thierry, que
+ce cri d'orgueil, ou plutôt ce cri de bonheur jeté par Corneille
+à l'heure où son génie se réveille et prend possession de lui-même<a name="FNanchor_1214" id="FNanchor_1214" href="#Footnote_1214" class="fnanchor">[1214]</a>,
+il me semble que la pièce valait la peine d'être reprise
+au moins une fois et pour l'anniversaire de la naissance du
+grand ancêtre. Je l'ai cru, je le crois encore, puisque la représentation
+aura lieu jeudi prochain<a name="FNanchor_1215" id="FNanchor_1215" href="#Footnote_1215" class="fnanchor">[1215]</a>. Seulement, il faut bien le
+<span class="pagenum"><a name="Page_429" id="Page_429">429</a></span>
+dire, la représentation ne sera pas complète. Si le cadre de <i>l'Illusion</i>
+est original et curieux, la suite des tableaux qui s'y adaptent
+n'est pas toujours intéressante. Le petit roman qui devait plaire
+au dix-septième siècle a vieilli longtemps avant d'arriver au dix-neuvième;
+je me suis permis de l'abréger en plus d'un endroit où
+Corneille, encore disciple de Théophile, abusait singulièrement
+du monologue. L'acte de la prison<a name="FNanchor_1216" id="FNanchor_1216" href="#Footnote_1216" class="fnanchor">[1216]</a> a été retranché. Ce n'est pas
+tout. La tragédie que jouent Isabelle et Clindor dans la pièce de
+Corneille est certainement bien arrangée pour entretenir l'illusion
+du père et faire passer le spectateur, sans qu'il y prenne
+garde, des aventures réelles de Clindor au poëme dramatique
+qu'il représente sur le théâtre; mais la scène n'est ni tragique ni
+touchante, et elle est dangereuse<a name="FNanchor_1217" id="FNanchor_1217" href="#Footnote_1217" class="fnanchor">[1217]</a>.... Voilà comment Clindor en
+est venu, ou plutôt en viendra jeudi prochain à jouer un fragment
+du premier acte de <i>Don Sanche d'Aragon</i>. Vous me direz
+que <i>l'Illusion</i> a devancé <i>Don Sanche</i> de quatorze ans: que voulez-vous?
+Les deux pièces se seront rapprochées depuis. Vous me
+direz que don Sanche n'est pas assassiné: d'accord; mais les
+trois rivaux qu'il provoque en combat singulier mettent à la fois
+l'épée à la main contre lui, et c'est peut-être assez pour que
+son père le croie déjà mort. En tout cas, si je ne m'étais pas
+plus permis que je ne devais, je n'écrirais pas aujourd'hui cette
+longue lettre où je réclame l'indulgence de tout le monde.»</p>
+
+<p>Pour notre part, nous aurions préféré que la pièce fût jouée
+sans aucun changement; mais quel reproche faire à qui s'accuse
+de si bonne grâce? M. Édouard Thierry est un amateur
+délicat, consommé; mais en directeur habile il a cru devoir
+suivre plutôt le goût d'autrui que le sien propre, et a sacrifié
+une partie du texte de Corneille pour faire accepter plus facilement
+au public la pièce oubliée qu'il lui présentait.</p>
+
+<p>Le succès a d'ailleurs pleinement justifié cette tentative, que
+moins de prudence aurait pu faire échouer. Ce n'est qu'avec
+le temps qu'on produira enfin sur le théâtre les &oelig;uvres de
+nos auteurs classiques dans l'intégrité de leur texte, et avec
+cette minutieuse exactitude qui n'est permise que depuis bien
+peu d'années, même à leurs éditeurs.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_430" id="Page_430">430</a></span>
+Le 6 juin 1862, le deux cent cinquante-sixième anniversaire
+de la naissance de Corneille a encore fourni l'occasion d'une
+nouvelle reprise de <i>l'Illusion</i>, qui n'a pas été moins bien accueillie
+que l'année précédente.</p>
+
+<p>La première publication de cette comédie forme un volume
+in-4<sup>o</sup>, composé de 4 feuillets liminaires et de 124 pages.
+Voici son titre exact:</p>
+
+<p><span class="smcap">L'Illvsion comiqve, comedie</span>; <i>à Paris, chez François
+Targa.... M.DC.XXXIX. Auec priuilege du Roy</i>.</p>
+
+<p>Ce privilége est du 11 février 1639, et l'achevé d'imprimer
+porte la date du 16 mars. Corneille, rappelé à Rouen entre
+ces deux époques, comme il nous l'apprend dans sa dédicace,
+ne put corriger les épreuves de cet ouvrage. Il y remédia de
+son mieux par une liste des: «Fautes Notables survenues à
+l'Impression;» mais ce soin de l'illustre poëte n'a guère profité
+à ses éditeurs, et M. Lefèvre en a tenu si peu de compte
+qu'il a imprimé comme variantes la plupart des fautes que
+Corneille avait signalées.</p>
+
+<p>A partir de 1660, le titre se modifie et devient simplement
+<i>l'Illusion</i>.</p>
+
+<p class="p2 center"><big>A MADEMOISELLE M. F. D. R.</big><a name="FNanchor_1218" id="FNanchor_1218" href="#Footnote_1218" class="fnanchor">[1218]</a>.</p>
+
+<p class="left5"><span class="smcap">Mademoiselle</span>,</p>
+
+<p>Voici un étrange monstre que je vous dédie. Le premier
+acte n'est qu'un prologue, les trois suivants font
+une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie: et
+tout cela, cousu ensemble, fait une comédie. Qu'on en
+nomme l'invention bizarre et extravagante tant qu'on
+voudra, elle est nouvelle; et souvent la grâce de la nouveauté,
+<span class="pagenum"><a name="Page_431" id="Page_431">431</a></span>
+parmi nos François, n'est pas un petit degré de
+bonté. Son succès ne m'a point fait de honte sur le
+théâtre, et j'ose dire que la représentation de cette pièce
+capricieuse ne vous a point déplu, puisque vous m'avez
+commandé de vous en adresser l'épître quand elle iroit
+sous la presse. Je suis au désespoir de vous la présenter
+en si mauvais état, qu'elle en est méconnoissable:
+la quantité de fautes que l'imprimeur a ajoutées aux
+miennes la déguise, ou pour mieux dire, la change entièrement.
+C'est l'effet de mon absence de Paris, d'où
+mes affaires m'ont rappelé sur le point qu'il l'imprimoit,
+et m'ont obligé d'en abandonner les épreuves à sa discrétion.
+Je vous conjure de ne la lire point que vous n'ayez
+pris la peine de corriger ce que vous trouverez marqué
+en suite de cette épître. Ce n'est pas que j'y aye employé
+toutes les fautes qui s'y sont coulées; le nombre en est
+si grand qu'il eût épouvanté le lecteur: j'ai seulement
+choisi celles qui peuvent apporter quelque corruption
+notable au sens, et qu'on ne peut pas deviner aisément.
+Pour les autres, qui ne sont que contre la rime, ou l'orthographe,
+ou la ponctuation, j'ai cru que le lecteur
+judicieux y suppléeroit sans beaucoup de difficulté, et
+qu'ainsi il n'étoit pas besoin d'en charger cette première
+feuille<a name="FNanchor_1219" id="FNanchor_1219" href="#Footnote_1219" class="fnanchor">[1219]</a>. Cela m'apprendra à ne hasarder plus de pièces
+à l'impression durant mon absence. Ayez assez de bonté
+pour ne dédaigner pas celle-ci, toute déchirée qu'elle est;
+et vous m'obligerez d'autant plus à demeurer toute ma
+vie,</p>
+
+<p class="left10">MADEMOISELLE,<br />
+<span class="i2">Le plus fidèle et le plus passionné de vos serviteurs,</span><br />
+<span class="smcap i18">Corneille.</span></p>
+
+<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_432" id="Page_432">432</a></span></p>
+<h3>EXAMEN.</h3>
+
+<p>Je dirai peu de chose de cette pièce: c'est une galanterie
+extravagante qui a tant d'irrégularités, qu'elle ne
+vaut pas la peine de la considérer, bien que la nouveauté
+de ce caprice en aye rendu le succès assez favorable pour
+ne me repentir pas d'y avoir perdu quelque temps. Le
+premier acte ne semble qu'un prologue; les trois suivants
+forment une pièce, que je ne sais comment nommer: le
+succès en est tragique; Adraste y est tué, et Clindor en
+péril de mort; mais le style et les personnages sont entièrement
+de la comédie. Il y en a même un qui n'a d'être
+que dans l'imagination, inventé exprès pour faire rire, et
+dont il ne se trouve point d'original parmi les hommes:
+c'est un capitan qui soutient assez son caractère de fanfaron,
+pour me permettre de croire qu'on en trouvera peu,
+dans quelque langue que ce soit, qui s'en acquittent
+mieux. L'action n'y est pas complète, puisqu'on ne sait,
+à la fin du quatrième acte qui la termine, ce que deviennent
+les principaux acteurs, et qu'ils se dérobent
+plutôt au péril qu'ils n'en triomphent. Le lieu y est assez
+régulier, mais l'unité de jour n'y est pas observée. Le
+cinquième est une tragédie assez courte pour n'avoir pas
+la juste grandeur que demande Aristote et que j'ai tâché
+d'expliquer. Clindor et Isabelle, étant devenus comédiens
+sans qu'on le sache, y représentent une histoire
+qui a du rapport avec la leur, et semble en être la suite.
+Quelques-uns ont attribué cette conformité à un manque
+d'invention, mais c'est un trait d'art pour mieux abuser
+par une fausse mort le père de Clindor qui les regarde,
+et rendre son retour de la douleur à la joie plus surprenant
+et plus agréable.</p>
+
+<p>Tout cela cousu ensemble fait une comédie dont l'action
+<span class="pagenum"><a name="Page_433" id="Page_433">433</a></span>
+n'a pour durée que celle de sa représentation, mais
+sur quoi il ne feroit pas sûr<a name="FNanchor_1220" id="FNanchor_1220" href="#Footnote_1220" class="fnanchor">[1220]</a> de prendre exemple. Les
+caprices de cette nature ne se hasardent qu'une fois;
+et quand l'original auroit passé pour merveilleux, la
+copie n'en peut jamais rien valoir. Le style semble assez
+proportionné aux matières, si ce n'est que Lyse, en la
+sixième scène du troisième acte, semble s'élever un peu
+trop au-dessus du caractère de servante. Ces deux vers
+d'Horace lui serviront d'excuse, aussi bien qu'au père du
+Menteur, quand il se met en colère contre son fils au
+cinquième:</p>
+
+<p class="font90 left30"><i>Interdum tamen et vocem com&oelig;dia tollit,<br />
+Iratusque Chremes tumido delitigat ore<a name="FNanchor_1221" id="FNanchor_1221" href="#Footnote_1221" class="fnanchor">[1221]</a>.</i></p>
+
+<p>Je ne m'étendrai pas davantage sur ce poëme: tout
+irrégulier qu'il est, il faut qu'il aye quelque mérite, puisqu'il
+a surmonté l'injure des temps, et qu'il paroît encore
+sur nos théâtres, bien qu'il y aye plus de trente années<a name="FNanchor_1222" id="FNanchor_1222" href="#Footnote_1222" class="fnanchor">[1222]</a>
+qu'il est au monde, et qu'une si longue révolution en aye
+enseveli beaucoup sous la poussière, qui sembloient avoir
+plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse
+durée.</p>
+<hr class="c30" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_434" id="Page_434">434</a></span></p>
+
+<h4>ACTEURS.</h4>
+
+<p class="left30 p2">
+ALCANDRE, magicien.<br />
+PRIDAMANT, père de Clindor.<br />
+DORANTE, ami de Pridamant.<br />
+MATAMORE, Capitan gascon, amoureux d'Isabelle.<br />
+CLINDOR, suivant du Capitan et amant d'Isabelle.<br />
+ADRASTE, gentilhomme, amoureux d'Isabelle.<br />
+GÉRONTE, père d'Isabelle.<br />
+ISABELLE, fille de Géronte.<br />
+LYSE, servante d'Isabelle.<br />
+<span class="smcap">Geôlier</span> de Bordeaux.<br />
+<span class="smcap">Page</span> du Capitan.<br />
+CLINDOR<a name="FNanchor_1223" id="FNanchor_1223" href="#Footnote_1223" class="fnanchor">[1223]</a>, représentant <span class="smcap">Théagène</span>, seigneur anglois.<br />
+ISABELLE, représentant <span class="smcap">Hippolyte</span>, femme de Théagène.<br />
+LYSE, représentant <span class="smcap">Clarine</span>, suivante d'Hippolyte<a name="FNanchor_1224" id="FNanchor_1224" href="#Footnote_1224" class="fnanchor">[1224]</a>.<br />
+ÉRASTE, écuyer de Florilame.<br />
+<span class="smcap">Troupe de domestiques d'Adraste.</span><br />
+<span class="smcap">Troupe de domestiques de Florilame.</span></p>
+
+<div class="verse">
+<p class="font90 center p4">La scène est en Touraine, en une campagne proche
+de la grotte du Magicien<a name="FNanchor_1225" id="FNanchor_1225" href="#Footnote_1225" class="fnanchor">[1225]</a></p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_435" id="Page_435">435</a></span></p>
+
+<h3>L'ILLUSION.</h3>
+
+<p class="center"><small><b>COMÉDIE.</b></small></p>
+<hr class="c5" />
+
+<h2 class="p4">ACTE I.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">PRIDAMANT, DORANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Ce mage, qui d'un mot renverse la nature<a name="FNanchor_1226" id="FNanchor_1226" href="#Footnote_1226" class="fnanchor">[1226]</a>,<br />
+N'a choisi pour palais que cette grotte obscure.<br />
+La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,<br />
+N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,<br />
+De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres<span class="dalign">5</span><br />
+Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres.<br />
+N'avancez pas: son art au pied de ce rocher<br />
+A mis de quoi punir qui s'en ose approcher;<br />
+Et cette large bouche est un mur invisible,<br />
+Où l'air en sa faveur devient inaccessible,<span class="dalign">10</span><br />
+Et lui fait un rempart, dont les funestes bords<br />
+Sur un peu de poussière étalent mille morts.<br />
+Jaloux de son repos plus que de sa défense,<br />
+Il perd qui l'importune, ainsi que qui l'offense;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_436" id="Page_436">436</a></span>
+Malgré l'empressement d'un curieux désir<a name="FNanchor_1227" id="FNanchor_1227" href="#Footnote_1227" class="fnanchor">[1227]</a>,<span class="dalign">15</span><br />
+Il faut, pour lui parler, attendre son loisir:<br />
+Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure<br />
+Où pour se divertir il sort de sa demeure<a name="FNanchor_1228" id="FNanchor_1228" href="#Footnote_1228" class="fnanchor">[1228]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>J'en attends peu de chose, et brûle de le voir.<br />
+J'ai de l'impatience, et je manque d'espoir.<span class="dalign">20</span><br />
+Ce fils, ce cher objet de mes inquiétudes,<br />
+Qu'ont éloigné de moi des traitements trop rudes,<br />
+Et que depuis dix ans je cherche en tant de lieux,<br />
+A caché pour jamais sa présence à mes yeux.<br />
+<span class="i1">Sous ombre qu'il prenoit un peu trop de licence,</span><span class="dalign">25</span><br />
+Contre ses libertés je roidis ma puissance;<br />
+Je croyois le dompter à force de punir<a name="FNanchor_1229" id="FNanchor_1229" href="#Footnote_1229" class="fnanchor">[1229]</a>,<br />
+Et ma sévérité ne fit que le bannir.<br />
+Mon âme vit l'erreur dont elle étoit séduite:<br />
+Je l'outrageois présent, et je pleurai sa fuite;<span class="dalign">30</span><br />
+Et l'amour paternel me fit bientôt sentir<br />
+D'une injuste rigueur un juste repentir.<br />
+Il l'a fallu chercher: j'ai vu dans mon voyage<br />
+Le Pô, le Rhin, la Meuse, et la Seine, et le Tage:<br />
+Toujours le même soin travaille mes esprits;<span class="dalign">35</span><br />
+Et ces longues erreurs<a name="FNanchor_1230" id="FNanchor_1230" href="#Footnote_1230" class="fnanchor">[1230]</a> ne m'en ont rien appris.<br />
+Enfin, au désespoir de perdre tant de peine,<br />
+Et n'attendant plus rien de la prudence humaine,<br />
+Pour trouver quelque borne à tant de maux soufferts<a name="FNanchor_1231" id="FNanchor_1231" href="#Footnote_1231" class="fnanchor">[1231]</a>,<br />
+J'ai déjà sur ce point consulté les enfers.<span class="dalign">40</span><br />
+J'ai vu les plus fameux en la haute science<a name="FNanchor_1232" id="FNanchor_1232" href="#Footnote_1232" class="fnanchor">[1232]</a><span class="pagenum"><a name="Page_437" id="Page_437">437</a></span><br />
+Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expérience:<br />
+On m'en faisoit l'état que vous faites de lui<a name="FNanchor_1233" id="FNanchor_1233" href="#Footnote_1233" class="fnanchor">[1233]</a>,<br />
+Et pas un d'eux n'a pu soulager mon ennui.<br />
+L'enfer devient muet quand il me faut répondre,<span class="dalign">45</span><br />
+Ou ne me répond rien qu'afin de me confondre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Ne traitez pas Alcandre en homme du commun;<br />
+Ce qu'il sait en son art n'est connu de pas un.<br />
+<span class="i1">Je ne vous dirai point qu'il commande au tonnerre,</span><br />
+Qu'il fait enfler les mers, qu'il fait trembler la terre;<span class="dalign">50</span><br />
+Que de l'air, qu'il mutine en mille tourbillons,<br />
+Contre ses ennemis il fait des bataillons;<br />
+Que de ses mots savants les forces inconnues<br />
+Transportent les rochers, font descendre les nues,<br />
+Et briller dans la nuit l'éclat de deux soleils;<span class="dalign">55</span><br />
+Vous n'avez pas besoin de miracles pareils:<br />
+Il suffira pour vous qu'il lit dans les pensées,<br />
+Qu'il connoît l'avenir et les choses passées<a name="FNanchor_1234" id="FNanchor_1234" href="#Footnote_1234" class="fnanchor">[1234]</a>;<br />
+Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers,<br />
+Et pour lui nos destins sont des livres ouverts.<span class="dalign">60</span><br />
+Moi-même, ainsi que vous, je ne pouvois le croire:<br />
+Mais sitôt qu'il me vit, il me dit mon histoire;<br />
+Et je fus étonné d'entendre le discours<a name="FNanchor_1235" id="FNanchor_1235" href="#Footnote_1235" class="fnanchor">[1235]</a><br />
+Des traits les plus cachés de toutes mes amours<a name="FNanchor_1236" id="FNanchor_1236" href="#Footnote_1236" class="fnanchor">[1236]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Vous m'en dites beaucoup.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<span class="i11">J'en ai vu davantage.</span><span class="dalign">65</span>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Vous essayez en vain de me donner courage;<span class="pagenum"><a name="Page_438" id="Page_438">438</a></span><br />
+Mes soins et mes travaux verront, sans aucun fruit,<br />
+Clore mes tristes jours d'une éternelle nuit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Depuis que j'ai quitté le séjour de Bretagne<br />
+Pour venir faire ici le noble de campagne,<span class="dalign">70</span><br />
+Et que deux ans d'amour, par une heureuse fin,<br />
+M'ont acquis Sylvérie et ce château voisin,<br />
+De pas un, que je sache, il n'a déçu l'attente:<br />
+Quiconque le consulte en sort l'âme contente.<br />
+Croyez-moi, son secours n'est pas à négliger:<span class="dalign">75</span><br />
+D'ailleurs il est ravi quand il peut m'obliger,<br />
+Et j'ose me vanter qu'un peu de mes prières<br />
+Vous obtiendra de lui des faveurs singulières.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Le sort m'est trop cruel pour devenir si doux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Espérez mieux: il sort, et s'avance vers nous<a name="FNanchor_1237" id="FNanchor_1237" href="#Footnote_1237" class="fnanchor">[1237]</a>.<span class="dalign">80</span><br />
+Regardez-le marcher; ce visage si grave,<br />
+Dont le rare savoir tient la nature esclave,<br />
+N'a sauvé toutefois des ravages du temps<br />
+Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans;<br />
+Son corps, malgré son âge, a les forces robustes,<span class="dalign">85</span><br />
+Le mouvement facile, et les démarches justes:<br />
+Des ressorts inconnus agitent le vieillard,<br />
+Et font de tous ses pas<a name="FNanchor_1238" id="FNanchor_1238" href="#Footnote_1238" class="fnanchor">[1238]</a> des miracles de l'art.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT, DORANTE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Grand démon du savoir, de qui les doctes veilles<span class="pagenum"><a name="Page_439" id="Page_439">439</a></span><br />
+Produisent chaque jour de nouvelles merveilles,<span class="dalign">90</span><br />
+A qui rien n'est secret dans nos intentions,<br />
+Et qui vois, sans nous voir, toutes nos actions:<br />
+Si de ton art divin le pouvoir admirable<br />
+Jamais en ma faveur se rendit secourable,<br />
+De ce père affligé soulage les douleurs;<span class="dalign">95</span><br />
+Une vieille amitié prend part en ses malheurs.<br />
+Rennes ainsi qu'à moi lui donna la naissance<a name="FNanchor_1239" id="FNanchor_1239" href="#Footnote_1239" class="fnanchor">[1239]</a>,<br />
+Et presque entre ses bras j'ai passé mon enfance;<br />
+Là son fils, pareil d'âge et de condition<a name="FNanchor_1240" id="FNanchor_1240" href="#Footnote_1240" class="fnanchor">[1240]</a>,<br />
+S'unissant avec moi d'étroite affection....<span class="dalign">100</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Dorante, c'est assez, je sais ce qui l'amène:<br />
+Ce fils est aujourd'hui le sujet de sa peine.<br />
+<span class="i1">Vieillard, n'est-il pas vrai que son éloignement</span><br />
+Par un juste remords te gêne incessamment?<br />
+Qu'une obstination à te montrer sévère<span class="dalign">105</span><br />
+L'a banni de ta vue, et cause ta misère?<br />
+Qu'en vain, au repentir de ta sévérité,<br />
+Tu cherches en tous lieux ce fils si maltraité?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+Oracle de nos jours, qui connois toutes choses<a name="FNanchor_1241" id="FNanchor_1241" href="#Footnote_1241" class="fnanchor">[1241]</a>,<br />
+En vain de ma douleur je cacherois les causes;<span class="dalign">110</span><br />
+Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur,<br />
+Et vois trop clairement les secrets de mon c&oelig;ur.<br />
+Il est vrai, j'ai failli; mais pour mes injustices<br />
+Tant de travaux en vain sont d'assez grands supplices:<br />
+Donne enfin quelque borne à mes regrets cuisants,<span class="dalign">115</span><br />
+Rends-moi l'unique appui de mes débiles ans.<br />
+Je le tiendrai rendu si j'en ai des nouvelles<a name="FNanchor_1242" id="FNanchor_1242" href="#Footnote_1242" class="fnanchor">[1242]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_440" id="Page_440">440</a></span><br />
+L'amour pour le trouver me fournira des ailes.<br />
+Où fait-il sa retraite? en quels lieux dois-je aller?<br />
+Fût-il au bout du monde, on m'y verra voler.<span class="dalign">120</span>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Commencez d'espérer: vous saurez par mes charmes<br />
+Ce que le ciel vengeur refusoit à vos larmes.<br />
+Vous reverrez ce fils plein de vie et d'honneur:<br />
+De son bannissement il tire son bonheur.<br />
+C'est peu de vous le dire: en faveur de Dorante<span class="dalign">125</span><br />
+Je vous veux faire voir sa fortune éclatante<a name="FNanchor_1243" id="FNanchor_1243" href="#Footnote_1243" class="fnanchor">[1243]</a>.<br />
+Les novices de l'art, avec tous leurs encens<a name="FNanchor_1244" id="FNanchor_1244" href="#Footnote_1244" class="fnanchor">[1244]</a>,<br />
+Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissants,<br />
+Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies<a name="FNanchor_1245" id="FNanchor_1245" href="#Footnote_1245" class="fnanchor">[1245]</a>,<br />
+Apportent au métier des longueurs infinies,<span class="dalign">130</span><br />
+Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur<br />
+Pour se faire valoir et pour vous faire peur<a name="FNanchor_1246" id="FNanchor_1246" href="#Footnote_1246" class="fnanchor">[1246]</a>:<br />
+Ma baguette à la main, j'en ferai davantage.</p>
+
+<p class="font90 center">(Il donne un coup de baguette, et on tire un rideau derrière lequel
+sont en parade les plus beaux habits des comédiens.)</p>
+
+<p>Jugez de votre fils par un tel équipage:<br />
+<span class="i1">Eh bien! celui d'un prince a-t-il plus de splendeur?</span><br />
+Et pouvez-vous encor douter de sa grandeur<a name="FNanchor_1247" id="FNanchor_1247" href="#Footnote_1247" class="fnanchor">[1247]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_441" id="Page_441">441</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>D'un amour paternel vous flattez les tendresses;<br />
+Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses<a name="FNanchor_1248" id="FNanchor_1248" href="#Footnote_1248" class="fnanchor">[1248]</a>,<br />
+Et sa condition ne sauroit consentir<a name="FNanchor_1249" id="FNanchor_1249" href="#Footnote_1249" class="fnanchor">[1249]</a><br />
+Que d'une telle pompe il s'ose revêtir.<span class="dalign">140</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Sous un meilleur destin sa fortune rangée,<br />
+Et sa condition avec le temps changée,<br />
+Personne maintenant n'a de quoi murmurer<br />
+Qu'en public de la sorte il aime à se parer<a name="FNanchor_1250" id="FNanchor_1250" href="#Footnote_1250" class="fnanchor">[1250]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>A cet espoir si doux j'abandonne mon âme;<span class="dalign">145</span><br />
+Mais parmi ces habits je vois ceux d'une femme:<br />
+Seroit-il marié?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Je vais de ses amours</span><br />
+Et de tous ses hasards vous faire le discours.<br />
+<span class="i1">Toutefois, si votre âme étoit assez hardie,</span><br />
+Sous une illusion vous pourriez voir sa vie,<span class="dalign">150</span><br />
+Et tous ses accidents<a name="FNanchor_1251" id="FNanchor_1251" href="#Footnote_1251" class="fnanchor">[1251]</a> devant vous exprimés<br />
+Par des spectres pareils à des corps animés:<br />
+Il ne leur manquera ni geste ni parole.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Ne me soupçonnez point d'une crainte frivole:<br />
+Le portrait de celui que je cherche en tous lieux<span class="dalign">155</span><br />
+Pourroit-il par sa vue épouvanter mes yeux?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_442" id="Page_442">442</a></span>
+<span class="smcap i6">ALCANDRE</span><a name="FNanchor_1252" id="FNanchor_1252" href="#Footnote_1252" class="fnanchor">[1252]</a>.</p>
+
+<p>Mon cavalier, de grâce, il faut faire retraite,<br />
+Et souffrir qu'entre nous l'histoire en soit secrète.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Pour un si bon ami je n'ai point de secrets.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">DORANTE.</span></p>
+
+<p>Il nous faut sans réplique accepter ses arrêts<a name="FNanchor_1253" id="FNanchor_1253" href="#Footnote_1253" class="fnanchor">[1253]</a>;<span class="dalign">160</span><br />
+Je vous attends chez moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Ce soir, si bon lui semble,</span><br />
+Il vous apprendra tout quand vous serez ensemble.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p class="ni1">Votre fils tout d'un coup ne fut pas grand seigneur;<br />
+Toutes ses actions ne vous font pas honneur,<br />
+Et je serois marri d'exposer sa misère<span class="dalign">165</span><br />
+En spectacle à des yeux autres que ceux d'un père.<br />
+<span class="i1">Il vous prit quelque argent, mais ce petit butin</span><br />
+A peine lui dura du soir jusqu'au matin;<br />
+Et pour gagner Paris, il vendit par la plaine<br />
+Des brevets à chasser la fièvre et la migraine,<span class="dalign">170</span><br />
+Dit la bonne aventure, et s'y rendit ainsi.<br />
+Là, comme on vit d'esprit, il en vécut aussi.<br />
+Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire<a name="FNanchor_1254" id="FNanchor_1254" href="#Footnote_1254" class="fnanchor">[1254]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_443" id="Page_443">443</a></span><br />
+Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire.<br />
+Ennuyé de la plume, il la quitta soudain<a name="FNanchor_1255" id="FNanchor_1255" href="#Footnote_1255" class="fnanchor">[1255]</a>,<span class="dalign">175</span><br />
+Et fit danser un singe au faubourg<a name="FNanchor_1256" id="FNanchor_1256" href="#Footnote_1256" class="fnanchor">[1256]</a> Saint-Germain<a name="FNanchor_1257" id="FNanchor_1257" href="#Footnote_1257" class="fnanchor">[1257]</a><br />
+Il se mit sur la rime, et l'essai de sa veine<br />
+Enrichit les chanteurs de la Samaritaine<a name="FNanchor_1258" id="FNanchor_1258" href="#Footnote_1258" class="fnanchor">[1258]</a>.<br />
+Son style prit après de plus beaux ornements;<br />
+Il se hasarda même à faire des romans,<span class="dalign">180</span><br />
+Des chansons pour Gautier<a name="FNanchor_1259" id="FNanchor_1259" href="#Footnote_1259" class="fnanchor">[1259]</a>, des pointes pour Guillaume<a name="FNanchor_1260" id="FNanchor_1260" href="#Footnote_1260" class="fnanchor">[1260]</a>.<br />
+Depuis, il trafiqua de chapelets de baume<a name="FNanchor_1261" id="FNanchor_1261" href="#Footnote_1261" class="fnanchor">[1261]</a>,<br />
+Vendit du mithridate en maître opérateur,<span class="pagenum"><a name="Page_444" id="Page_444">444</a></span><br />
+Revint dans le Palais, et fut solliciteur.<br />
+Enfin, jamais Buscon, Lazarille de Tormes,<span class="dalign">185</span><br />
+Sayavèdre, et Gusman<a name="FNanchor_1262" id="FNanchor_1262" href="#Footnote_1262" class="fnanchor">[1262]</a>, ne prirent tant de formes:<br />
+C'étoit là pour Dorante un honnête entretien!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Que je vous suis tenu de ce qu'il n'en sait rien!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Sans vous faire rien voir, je vous en fais un conte,<br />
+Dont le peu de longueur épargne votre honte.<span class="dalign">190</span><br />
+<span class="i1">Las de tant de métiers sans honneur et sans fruit,</span><br />
+Quelque meilleur destin à Bordeaux l'a conduit;<br />
+Et là, comme il pensoit au choix d'un exercice,<br />
+Un brave du pays l'a pris à son service.<br />
+Ce guerrier amoureux en a fait son agent:<span class="dalign">195</span><br />
+Cette commission l'a remeublé d'argent;<br />
+Il sait avec adresse, en portant les paroles,<br />
+De la vaillante dupe attraper les pistoles;<br />
+Même de son agent il s'est fait son rival,<br />
+Et la beauté qu'il sert ne lui veut point de mal.<span class="dalign">200</span><br />
+Lorsque de ses amours vous aurez vu l'histoire,<br />
+Je vous le veux montrer plein d'éclat et de gloire,<br />
+Et la même action qu'il pratique aujourd'hui.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Que déjà cet espoir soulage mon ennui!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_445" id="Page_445">445</a></span>
+<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Il a caché son nom en battant la campagne,<span class="dalign">205</span><br />
+Et s'est fait de Clindor le sieur de la Montagne:<br />
+C'est ainsi que tantôt vous l'entendrez nommer.<br />
+Voyez tout sans rien dire et sans vous alarmer.<br />
+<span class="i1">Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience;</span><br />
+N'en concevez pourtant aucune défiance:<span class="dalign">210</span><br />
+C'est qu'un charme ordinaire a trop peu de pouvoir<br />
+Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir.<br />
+Entrons dedans ma grotte, afin que j'y prépare<br />
+Quelques charmes nouveaux pour un effet si rare.</p>
+
+<p class="center p2"><small><b>FIN DU PREMIER ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_446" id="Page_446">446</a></span></p>
+
+<h2>ACTE II.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Quoi qui s'offre<a name="FNanchor_1263" id="FNanchor_1263" href="#Footnote_1263" class="fnanchor">[1263]</a> à nos yeux, n'en ayez point d'effroi<a name="FNanchor_1264" id="FNanchor_1264" href="#Footnote_1264" class="fnanchor">[1264]</a>;<br />
+De ma grotte surtout ne sortez qu'après moi:<br />
+Sinon, vous êtes mort. Voyez déjà paroître<br />
+Sous deux fantômes vains votre fils et son maître.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>O Dieux! je sens mon âme après lui s'envoler.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Faites-lui du silence, et l'écoutez parler.<span class="dalign">220</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Quoi! Monsieur, vous rêvez! et cette âme hautaine,<br />
+Après tant de beaux faits, semble être encore en peine!<br />
+N'êtes-vous point lassé d'abattre des guerriers,<br />
+Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers<a name="FNanchor_1265" id="FNanchor_1265" href="#Footnote_1265" class="fnanchor">[1265]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Il est vrai que je rêve, et ne saurois résoudre<span class="dalign">225</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_447" id="Page_447">447</a></span>
+Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,<br />
+Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Eh! de grâce, Monsieur, laissez-les vivre encor:<br />
+Qu'ajouteroit leur perte à votre renommée?<br />
+D'ailleurs quand auriez-vous rassemblé votre armée<a name="FNanchor_1266" id="FNanchor_1266" href="#Footnote_1266" class="fnanchor">[1266]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Mon armée? Ah, poltron! ah, traître! pour leur mort<br />
+Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort?<br />
+Le seul bruit de mon nom renverse les murailles<a name="FNanchor_1267" id="FNanchor_1267" href="#Footnote_1267" class="fnanchor">[1267]</a>,<br />
+Défait les escadrons, et gagne les batailles.<br />
+Mon courage invaincu contre les empereurs<span class="dalign">235</span><br />
+N'arme que la moitié de ses moindres fureurs;<br />
+D'un seul commandement que je fais aux trois Parques,<br />
+Je dépeuple l'État des plus heureux monarques;<br />
+Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats:<br />
+Je couche d'un revers mille ennemis à bas.<span class="dalign">240</span><br />
+D'un souffle je réduis leurs projets en fumée;<br />
+Et tu m'oses parler cependant d'une armée!<br />
+Tu n'auras plus l'honneur de voir un second Mars:<br />
+Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards,<br />
+Veillaque<a name="FNanchor_1268" id="FNanchor_1268" href="#Footnote_1268" class="fnanchor">[1268]</a>. Toutefois je songe à ma maîtresse:<span class="dalign">245</span><br />
+Ce penser m'adoucit: va, ma colère cesse<a name="FNanchor_1269" id="FNanchor_1269" href="#Footnote_1269" class="fnanchor">[1269]</a>,<br />
+Et ce petit archer qui dompte tous les Dieux<br />
+Vient de chasser la mort qui logeoit dans mes yeux.<br />
+Regarde, j'ai quitté cette effroyable mine<br />
+Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine;<span class="dalign">250</span><br />
+Et, pensant au bel &oelig;il qui tient ma liberté,<br />
+Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_448" id="Page_448">448</a></span>
+<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>O Dieux! en un moment que tout vous est possible!<br />
+Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible<a name="FNanchor_1270" id="FNanchor_1270" href="#Footnote_1270" class="fnanchor">[1270]</a>,<br />
+Et ne crois point d'objet si ferme en sa rigueur,<span class="dalign">255</span><br />
+Qu'il puisse constamment vous refuser son c&oelig;ur<a name="FNanchor_1271" id="FNanchor_1271" href="#Footnote_1271" class="fnanchor">[1271]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:<br />
+Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;<br />
+Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour<br />
+Les hommes de terreur, et les femmes d'amour.<span class="dalign">260</span><br />
+<span class="i1">Du temps que ma beauté m'étoit inséparable,</span><br />
+Leurs persécutions me rendoient misérable:<br />
+Je ne pouvois sortir sans les faire pâmer.<br />
+Mille mouroient par jour à force de m'aimer:<br />
+J'avois des rendez-vous de toutes les princesses;<span class="dalign">265</span><br />
+Les reines à l'envi mendioient mes caresses;<br />
+Celle d'Éthïopie, et celle du Japon,<br />
+Dans leurs soupirs d'amour ne mêloient que mon nom.<br />
+De passion pour moi deux sultanes troublèrent<a name="FNanchor_1272" id="FNanchor_1272" href="#Footnote_1272" class="fnanchor">[1272]</a>;<br />
+Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent:<span class="dalign">270</span><br />
+J'en fus mal quelque temps avec le Grand Seigneur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Son mécontentement n'alloit qu'à votre honneur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ces pratiques nuisoient à mes desseins de guerre,<br />
+Et pouvoient m'empêcher de conquérir la terre.<br />
+D'ailleurs, j'en devins las; et pour les arrêter,<span class="dalign">275</span><br />
+J'envoyai le Destin dire à son Jupiter<br />
+Qu'il trouvât un moyen qui<a name="FNanchor_1273" id="FNanchor_1273" href="#Footnote_1273" class="fnanchor">[1273]</a> fît cesser les flammes<br />
+Et l'importunité dont m'accabloient les dames:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_449" id="Page_449">449</a></span>
+Qu'autrement ma colère iroit dedans les cieux<br />
+Le dégrader soudain de l'empire des Dieux,<span class="dalign">280</span><br />
+Et donneroit à Mars à gouverner sa foudre<a name="FNanchor_1274" id="FNanchor_1274" href="#Footnote_1274" class="fnanchor">[1274]</a>.<br />
+La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre:<br />
+Ce que je demandois fut prêt en un moment;<br />
+Et depuis, je suis beau quand je veux seulement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que j'aurois, sans cela, de poulets à vous rendre!<span class="dalign">285</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre,<br />
+Sinon de.... Tu m'entends? Que dit-elle de moi?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que vous êtes des c&oelig;urs et le charme et l'effroi;<br />
+Et que si quelque effet peut suivre vos promesses,<br />
+Son sort est plus heureux que celui des Déesses.<span class="dalign">290</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Écoute. En ce temps-là, dont tantôt je parlois,<br />
+Les Déesses aussi se rangeoient sous mes lois;<br />
+Et je te veux conter une étrange aventure<br />
+Qui jeta du désordre en toute la nature,<br />
+Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver.<span class="dalign">295</span><br />
+<span class="i1">Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever,</span><br />
+Et ce visible Dieu, que tant de monde adore,<br />
+Pour marcher devant lui ne trouvoit point d'Aurore:<br />
+On la cherchoit partout, au lit du vieux Tithon,<br />
+Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon;<span class="dalign">300</span><br />
+Et faute de trouver cette belle fourrière<a name="FNanchor_1275" id="FNanchor_1275" href="#Footnote_1275" class="fnanchor">[1275]</a>,<br />
+Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière<a name="FNanchor_1276" id="FNanchor_1276" href="#Footnote_1276" class="fnanchor">[1276]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Où pouvoit être alors la reine des clartés<a name="FNanchor_1277" id="FNanchor_1277" href="#Footnote_1277" class="fnanchor">[1277]</a>?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_450" id="Page_450">450</a></span>
+<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Au milieu de ma chambre, à m'offrir ses beautés.<br />
+Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes;<span class="dalign">305</span><br />
+Mon c&oelig;ur fut insensible à ses plus puissants charmes;<br />
+Et tout ce qu'elle obtint pour son frivole amour<a name="FNanchor_1278" id="FNanchor_1278" href="#Footnote_1278" class="fnanchor">[1278]</a><br />
+Fut un ordre précis d'aller rendre le jour.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Cet étrange accident me revient en mémoire;<br />
+J'étois lors en Mexique, où j'en appris l'histoire,<span class="dalign">310</span><br />
+Et j'entendis conter que la Perse en courroux<br />
+De l'affront de son Dieu murmuroit contre vous.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>J'en ouïs quelque chose, et je l'eusse punie;<br />
+Mais j'étois engagé dans la Transylvanie,<br />
+Où ses ambassadeurs, qui vinrent l'excuser,<span class="dalign">315</span><br />
+A force de présents me surent apaiser.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que la clémence est belle en un si grand courage!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Contemple, mon ami, contemple ce visage:<br />
+Tu vois un abrégé de toutes les vertus.<br />
+D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus,<span class="dalign">320</span><br />
+Dont la race est périe, et la terre déserte,<br />
+Pas un qu'à son orgueil n'a jamais dû sa perte.<br />
+Tous ceux qui font hommage à mes perfections<br />
+Conservent leurs États par leurs submissions.<br />
+<span class="i1">En Europe, où les rois sont d'une humeur civile,</span><span class="dalign">325</span><br />
+Je ne leur rase point de château ni de ville:<br />
+Je les souffre régner, mais chez les Africains,<span class="pagenum"><a name="Page_451" id="Page_451">451</a></span><br />
+Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains,<br />
+J'ai détruit les pays<a name="FNanchor_1279" id="FNanchor_1279" href="#Footnote_1279" class="fnanchor">[1279]</a> pour punir leurs monarques<a name="FNanchor_1280" id="FNanchor_1280" href="#Footnote_1280" class="fnanchor">[1280]</a>,<br />
+Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques:<span class="dalign">330</span><br />
+Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur<br />
+Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Revenons à l'amour: voici votre maîtresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ce diable de rival l'accompagne sans cesse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Où vous retirez-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Ce fat n'est pas vaillant;</span><span class="dalign">335</span><br />
+Mais il a quelque humeur qui le rend insolent.<br />
+Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle,<br />
+Il seroit assez vain pour me faire querelle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ce seroit bien courir lui-même à son malheur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point de valeur<a name="FNanchor_1281" id="FNanchor_1281" href="#Footnote_1281" class="fnanchor">[1281]</a>.<span class="dalign">340</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Cessez d'être charmant, et faites-vous terrible.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Mais tu n'en prévois pas l'accident infaillible;<br />
+Je ne saurois me faire effroyable à demi:<br />
+Je tuerois ma maîtresse avec mon ennemi.<br />
+Attendons en ce coin l'heure qui les sépare.<span class="dalign">345</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Comme votre valeur, votre prudence est rare.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_452" id="Page_452">452</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">ADRASTE, ISABELLE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Hélas! s'il est ainsi, quel malheur est le mien!<br />
+Je soupire, j'endure, et je n'avance rien;<br />
+Et malgré les transports de mon amour extrême,<br />
+Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime.<span class="dalign">350</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je ne sais pas, Monsieur, de quoi vous me blâmez.<br />
+Je me connois aimable, et crois que vous m'aimez:<br />
+Dans vos soupirs ardents j'en vois trop d'apparence;<br />
+Et quand bien de leur part j'aurois moins d'assurance,<br />
+Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi<a name="FNanchor_1282" id="FNanchor_1282" href="#Footnote_1282" class="fnanchor">[1282]</a> de crédit,<br />
+Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit.<br />
+Rendez-moi la pareille; et puisqu'à votre flamme<br />
+Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme,<br />
+Faites-moi la faveur de croire sur ce point<br />
+Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point.<span class="dalign">360</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Cruelle, est-ce là donc<a name="FNanchor_1283" id="FNanchor_1283" href="#Footnote_1283" class="fnanchor">[1283]</a> ce que vos injustices<br />
+Ont réservé de prix à de si longs services?<br />
+Et mon fidèle amour est-il si criminel<br />
+Qu'il doive être puni d'un mépris éternel?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses:<br />
+Des épines pour moi, vous les nommez des roses;<br />
+Ce que vous appelez service, affection,<br />
+Je l'appelle supplice et persécution.<br />
+Chacun dans sa croyance également s'obstine.<span class="pagenum"><a name="Page_453" id="Page_453">453</a></span><br />
+Vous pensez m'obliger d'un feu qui m'assassine;<span class="dalign">370</span><br />
+Et ce que vous jugez digne du plus haut prix<a name="FNanchor_1284" id="FNanchor_1284" href="#Footnote_1284" class="fnanchor">[1284]</a><br />
+Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>N'avoir que du mépris pour des flammes si saintes<br />
+Dont j'ai reçu du ciel les premières atteintes!<br />
+Oui, le ciel, au moment qu'il me fit respirer,<span class="dalign">375</span><br />
+Ne me donna de c&oelig;ur que pour vous adorer<a name="FNanchor_1285" id="FNanchor_1285" href="#Footnote_1285" class="fnanchor">[1285]</a>.<br />
+Mon âme vint au jour pleine de votre idée<a name="FNanchor_1286" id="FNanchor_1286" href="#Footnote_1286" class="fnanchor">[1286]</a>;<br />
+Avant que de vous voir vous l'avez possédée;<br />
+Et quand je me rendis à des regards si doux<a name="FNanchor_1287" id="FNanchor_1287" href="#Footnote_1287" class="fnanchor">[1287]</a>,<br />
+Je ne vous donnai rien qui ne fût tout à vous,<span class="dalign">380</span><br />
+Rien que l'ordre du ciel n'eût déjà fait tout vôtre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir une autre<a name="FNanchor_1288" id="FNanchor_1288" href="#Footnote_1288" class="fnanchor">[1288]</a>;<br />
+Il vous fit pour m'aimer, et moi pour vous haïr:<br />
+Gardons-nous bien tous deux de lui désobéir.<br />
+Vous avez, après tout, bonne part à sa haine<a name="FNanchor_1289" id="FNanchor_1289" href="#Footnote_1289" class="fnanchor">[1289]</a>,<span class="dalign">385</span><br />
+Ou d'un crime secret il vous livre à la peine;<br />
+Car je ne pense pas qu'il soit tourment égal<br />
+Au supplice d'aimer qui vous traite si mal.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_454" id="Page_454">454</a></span>
+<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>La grandeur de mes maux vous étant si connue,<br />
+Me refuserez-vous la pitié qui m'est due?<span class="dalign">390</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Certes j'en ai beaucoup, et vous plains d'autant plus<br />
+Que je vois ces tourments tout à fait superflus<a name="FNanchor_1290" id="FNanchor_1290" href="#Footnote_1290" class="fnanchor">[1290]</a>,<br />
+Et n'avoir pour tout fruit d'une longue souffrance<br />
+Que l'incommode honneur d'une triste constance.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Un père l'autorise, et mon feu maltraité<span class="dalign">395</span><br />
+Enfin aura recours à son autorité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas le moyen de trouver votre conte<a name="FNanchor_1291" id="FNanchor_1291" href="#Footnote_1291" class="fnanchor">[1291]</a>;<br />
+Et d'un si beau dessein vous n'aurez que la honte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>J'espère voir pourtant, avant la fin du jour,<br />
+Ce que peut son vouloir au défaut de l'amour.<span class="dalign">400</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Et moi, j'espère voir, avant que le jour passe,<br />
+Un amant accablé de nouvelle disgrâce.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+Eh quoi! cette rigueur ne cessera jamais?
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Allez trouver mon père, et me laissez en paix.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Votre âme, au repentir de sa froideur passée,<span class="dalign">405</span><br />
+Ne la veut point quitter sans être un peu forcée:<br />
+J'y vais tout de ce pas, mais avec des serments<br />
+Que c'est pour obéir à vos commandements.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Allez continuer une vaine poursuite.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_455" id="Page_455">455</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! dès qu'il m'a vu, comme a-t-il pris la fuite?<span class="dalign">410</span><br />
+M'a-t-il bien su quitter la place au même instant?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas honte à lui, les rois en font autant,<br />
+Du moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles<a name="FNanchor_1292" id="FNanchor_1292" href="#Footnote_1292" class="fnanchor">[1292]</a><br />
+N'a trompé mon esprit en frappant mes oreilles.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Vous le pouvez bien croire, et pour le témoigner,<span class="dalign">415</span><br />
+Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner:<br />
+Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire;<br />
+J'en jure par lui-même, et cela c'est tout dire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ne prodiguez pas tant ce bras toujours vainqueur;<br />
+Je ne veux point régner que dessus votre c&oelig;ur:<span class="dalign">420</span><br />
+Toute l'ambition que me donne ma flamme,<br />
+C'est d'avoir pour sujets les desirs de votre âme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir<br />
+Que vous avez<a name="FNanchor_1293" id="FNanchor_1293" href="#Footnote_1293" class="fnanchor">[1293]</a> sur eux un absolu pouvoir,<br />
+Je n'écouterai plus cette humeur de conquête;<span class="dalign">425</span><br />
+Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête,<br />
+J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,<br />
+Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>L'éclat de tels suivants attireroit l'envie<span class="pagenum"><a name="Page_456" id="Page_456">456</a></span><br />
+Sur le rare bonheur où je coule ma vie;<span class="dalign">430</span><br />
+Le commerce discret de nos affections<br />
+N'a besoin que de lui pour ces commissions<a name="FNanchor_1294" id="FNanchor_1294" href="#Footnote_1294" class="fnanchor">[1294]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Vous avez, Dieu me sauve! un esprit à ma mode;<br />
+Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode.<br />
+Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis:<br />
+Je les rends aussitôt que je les ai conquis,<br />
+Et me suis vu charmer quantité de princesses,<br />
+Sans que jamais mon c&oelig;ur les voulût pour maîtresses<a name="FNanchor_1295" id="FNanchor_1295" href="#Footnote_1295" class="fnanchor">[1295]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Certes en ce point seul je manque un peu de foi.<br />
+Que vous ayez quitté des princesses pour moi!<span class="dalign">440</span><br />
+Que vous leur refusiez un c&oelig;ur dont je dispose<a name="FNanchor_1296" id="FNanchor_1296" href="#Footnote_1296" class="fnanchor">[1296]</a>!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE<a name="FNanchor_1297" id="FNanchor_1297" href="#Footnote_1297" class="fnanchor">[1297]</a>.</span></p>
+
+<p>Je crois que la Montagne en saura quelque chose.<br />
+Viens çà. Lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi,<br />
+Je donnai dans la vue aux deux filles du Roi,<br />
+Que te dit-on en cour de cette jalousie<a name="FNanchor_1298" id="FNanchor_1298" href="#Footnote_1298" class="fnanchor">[1298]</a><span class="dalign">445</span><br />
+Dont pour moi toutes deux eurent l'âme saisie<a name="FNanchor_1299" id="FNanchor_1299" href="#Footnote_1299" class="fnanchor">[1299]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Par vos mépris enfin l'une et l'autre<a name="FNanchor_1300" id="FNanchor_1300" href="#Footnote_1300" class="fnanchor">[1300]</a> mourut.<br />
+J'étois lors en Égypte, où le bruit en courut;<br />
+Et ce fut en ce temps que la peur de vos armes<br />
+Fit nager le grand Caire en un fleuve de larmes.<span class="dalign">450</span><br />
+Vous veniez d'assommer dix géants en un jour;<br />
+Vous aviez désolé les pays d'alentour,<span class="pagenum"><a name="Page_457" id="Page_457">457</a></span><br />
+Rasé quinze châteaux, aplani deux montagnes,<br />
+Fait passer par le feu villes, bourgs et campagnes,<br />
+Et défait, vers Damas, cent mille combattants.<span class="dalign">455</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Que tu remarques bien et les lieux et les temps!<br />
+Je l'avois oublié.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Des faits si pleins de gloire</span><br />
+Vous peuvent-ils ainsi sortir de la mémoire?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Trop pleine de lauriers remportés sur les rois<a name="FNanchor_1301" id="FNanchor_1301" href="#Footnote_1301" class="fnanchor">[1301]</a>,<br />
+Je ne la charge point de ces menus exploits.<span class="dalign">460</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V<a name="FNanchor_1302" id="FNanchor_1302" href="#Footnote_1302" class="fnanchor">[1302]</a>.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, CLINDOR, <span class="smcap">Page</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p>
+
+<p>Monsieur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Que veux-tu, page?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Un courrier vous demande.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>D'où vient-il?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PAGE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">De la part de la reine d'Islande.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ciel! qui sais comme quoi j'en suis persécuté,<br />
+Un peu plus de repos avec moins de beauté!<br />
+Fais qu'un si long mépris enfin la désabuse.<span class="dalign">465</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Voyez ce que pour vous ce grand guerrier refuse.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_458" id="Page_458">458</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je n'en puis plus douter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Il vous le disoit bien.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Elle m'a beau prier: non, je n'en ferai rien.<br />
+Et quoi qu'un fol espoir ose encor lui promettre,<br />
+Je lui vais envoyer sa mort dans une lettre.<span class="dalign">470</span><br />
+<span class="i1">Trouvez-le bon, ma reine, et souffrez cependant</span><br />
+Une heure d'entretien de ce cher confident,<br />
+Qui, comme de ma vie il sait toute l'histoire,<br />
+Vous fera voir sur qui vous avez la victoire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Tardez encore moins, et par ce prompt retour<span class="dalign">475</span><br />
+Je jugerai quelle est envers moi votre amour.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Jugez plutôt par là l'humeur du personnage:<br />
+Ce page n'est chez lui que pour ce badinage,<br />
+Et venir d'heure en heure avertir Sa Grandeur<br />
+D'un courrier, d'un agent, ou d'un ambassadeur.<span class="dalign">480</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ce message me plaît bien plus qu'il ne lui semble:<br />
+Il me défait d'un fou pour nous laisser ensemble.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ce discours favorable enhardira mes feux<br />
+A bien user d'un temps<a name="FNanchor_1303" id="FNanchor_1303" href="#Footnote_1303" class="fnanchor">[1303]</a> si propice à mes v&oelig;ux.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_459" id="Page_459">459</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Que m'allez-vous conter?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que j'adore Isabelle,</span><span class="dalign">485</span><br />
+Que je n'ai plus de c&oelig;ur ni d'âme que pour elle,<br />
+Que ma vie....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Épargnez ces propos superflus;</span><br />
+Je les sais, je les crois, que voulez-vous de plus?<br />
+Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème;<br />
+Je dédaigne un rival: en un mot, je vous aime.<span class="dalign">490</span><br />
+C'est aux commencements des foibles passions<br />
+A s'amuser encore aux protestations:<br />
+Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres;<br />
+Un coup d'&oelig;il vaut pour vous tous les discours des autres<a name="FNanchor_1304" id="FNanchor_1304" href="#Footnote_1304" class="fnanchor">[1304]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Dieux! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux<span class="dalign">495</span><br />
+Se rendît si facile à mon c&oelig;ur amoureux!<br />
+Banni de mon pays par la rigueur d'un père,<br />
+Sans support, sans amis, accablé de misère,<br />
+Et réduit à flatter le caprice arrogant<br />
+Et les vaines humeurs d'un maître extravagant:<span class="dalign">500</span><br />
+Ce pitoyable état de ma triste fortune<a name="FNanchor_1305" id="FNanchor_1305" href="#Footnote_1305" class="fnanchor">[1305]</a><br />
+N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune;<br />
+Et d'un rival puissant les biens et la grandeur<br />
+Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>C'est comme il faut choisir. Un amour véritable<a name="FNanchor_1306" id="FNanchor_1306" href="#Footnote_1306" class="fnanchor">[1306]</a><span class="dalign">505</span><span class="pagenum"><a name="Page_460" id="Page_460">460</a></span><br />
+S'attache seulement à ce qu'il voit aimable<a name="FNanchor_1307" id="FNanchor_1307" href="#Footnote_1307" class="fnanchor">[1307]</a>.<br />
+Qui regarde les biens ou la condition<br />
+N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition,<br />
+Et souille lâchement par ce mélange infâme<br />
+Les plus nobles desirs qu'enfante une belle âme.<span class="dalign">510</span><br />
+Je sais bien que mon père a d'autres sentiments,<br />
+Et mettra de l'obstacle à nos contentements;<br />
+Mais l'amour sur mon c&oelig;ur a pris trop de puissance<br />
+Pour écouter encor les lois de la naissance.<br />
+Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi:<br />
+Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Confus de voir donner à mon peu de mérite....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Voici mon importun, souffrez que je l'évite.</p>
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ADRASTE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Que vous êtes heureux, et quel malheur me suit!<br />
+Ma maîtresse vous souffre, et l'ingrate me fuit.<span class="dalign">520</span><br />
+Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie,<br />
+Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Sans avoir vu vos pas s'adresser en ce lieu<a name="FNanchor_1308" id="FNanchor_1308" href="#Footnote_1308" class="fnanchor">[1308]</a>,<br />
+Lasse de mes discours, elle m'a dit adieu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Lasse de vos discours! votre humeur est trop bonne,<span class="dalign">525</span><br />
+Et votre esprit trop beau pour ennuyer personne.<br />
+Mais que lui contiez-vous qui pût l'importuner?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_461" id="Page_461">461</a></span>
+<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Des choses qu'aisément vous pouvez deviner:<br />
+Les amours de mon maître, ou plutôt ses sottises,<br />
+Ses conquêtes en l'air, ses hautes entreprises.<span class="dalign">530</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Voulez-vous m'obliger? votre maître, ni vous,<br />
+N'êtes pas gens tous deux à me rendre jaloux;<br />
+Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies,<br />
+Divertissez<a name="FNanchor_1309" id="FNanchor_1309" href="#Footnote_1309" class="fnanchor">[1309]</a> ailleurs le cours de ses folies.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que craignez-vous de lui, dont tous les compliments<span class="dalign">535</span><br />
+Ne parlent que de morts et de saccagements,<br />
+Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Pour être son valet, je vous trouve honnête homme:<br />
+Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein<a name="FNanchor_1310" id="FNanchor_1310" href="#Footnote_1310" class="fnanchor">[1310]</a><br />
+Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain.<span class="dalign">540</span><br />
+Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle,<br />
+Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle:<br />
+Ou vous servez quelque autre, ou votre qualité<br />
+Laisse dans vos projets trop de témérité.<br />
+Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse.<span class="dalign">545</span><br />
+Que votre maître enfin fasse une autre maîtresse;<br />
+Ou s'il ne peut quitter un entretien si doux,<br />
+Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous.<br />
+Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père,<br />
+Qui sait ce que je suis, ne terminent l'affaire;<span class="dalign">550</span><br />
+Mais purgez-moi l'esprit de ce petit souci,<br />
+Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici;<br />
+Car si je vous vois plus regarder cette porte,<br />
+Je sais comme traiter les gens de votre sorte.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_462" id="Page_462">462</a></span>
+<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu<a name="FNanchor_1311" id="FNanchor_1311" href="#Footnote_1311" class="fnanchor">[1311]</a>?<span class="dalign">555</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Sans réplique, de grâce, ou nous verrons beau jeu.<br />
+Allez: c'est assez dit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Pour un léger ombrage,</span><br />
+C'est trop indignement traiter un bon courage.<br />
+Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur,<br />
+Il m'a fait le c&oelig;ur ferme et sensible à l'honneur;<span class="dalign">560</span><br />
+Et je pourrois bien rendre un jour ce qu'on me prête<a name="FNanchor_1312" id="FNanchor_1312" href="#Footnote_1312" class="fnanchor">[1312]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Quoi! vous me menacez!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Non, non, je fais retraite.</span><br />
+D'un si cruel affront vous aurez peu de fruit;<br />
+Mais ce n'est pas ici qu'il faut faire du bruit.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ADRASTE, LYSE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Ce bélître insolent me fait encor bravade.<span class="dalign">565</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Malade, mon esprit!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Oui, puisqu'il est jaloux</span><br />
+Du malheureux agent de ce prince des foux<a name="FNanchor_1313" id="FNanchor_1313" href="#Footnote_1313" class="fnanchor">[1313]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_463" id="Page_463">463</a></span>
+<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Je sais ce que je suis et ce qu'est Isabelle<a name="FNanchor_1314" id="FNanchor_1314" href="#Footnote_1314" class="fnanchor">[1314]</a>,<br />
+Et crains peu qu'un valet me supplante auprès d'elle<a name="FNanchor_1315" id="FNanchor_1315" href="#Footnote_1315" class="fnanchor">[1315]</a>.<br />
+Je ne puis toutefois souffrir sans quelque ennui<br />
+Le plaisir qu'elle prend à causer avec lui<a name="FNanchor_1316" id="FNanchor_1316" href="#Footnote_1316" class="fnanchor">[1316]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>C'est dénier ensemble et confesser la dette.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète,<br />
+Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos;<span class="dalign">575</span><br />
+Je l'ai chassé d'ici pour me mettre en repos.<br />
+En effet, qu'en est-il?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Si j'ose vous le dire,</span><br />
+Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Lyse, que me dis-tu<a name="FNanchor_1317" id="FNanchor_1317" href="#Footnote_1317" class="fnanchor">[1317]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Qu'il possède son c&oelig;ur,</span><br />
+Que jamais feux naissants n'eurent tant de vigueur,<span class="dalign">580</span><br />
+Qu'ils meurent l'un pour l'autre, et n'ont qu'une pensée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Trop ingrate beauté, déloyale, insensée,<br />
+Tu m'oses donc ainsi préférer un maraud?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut,<br />
+Et je vous en veux faire entière confidence:<span class="dalign">585</span><br />
+Il se dit gentilhomme, et riche.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_464" id="Page_464">464</a></span>
+<span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Ah! l'impudence</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>D'un père rigoureux fuyant l'autorité,<br />
+Il a couru longtemps d'un et d'autre côté;<br />
+Enfin, manque d'argent peut-être, ou par caprice,<br />
+De notre Fiérabras il s'est mis au service<a name="FNanchor_1318" id="FNanchor_1318" href="#Footnote_1318" class="fnanchor">[1318]</a>,<span class="dalign">590</span><br />
+Et sous ombre d'agir pour ses folles amours<a name="FNanchor_1319" id="FNanchor_1319" href="#Footnote_1319" class="fnanchor">[1319]</a>,<br />
+Il a su pratiquer de si rusés détours,<br />
+Et charmer tellement cette pauvre abusée,<br />
+Que vous en avez vu votre ardeur méprisée;<br />
+Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir<span class="dalign">595</span><br />
+Remettra son esprit aux termes du devoir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Je viens tout maintenant d'en tirer assurance<br />
+De recevoir les fruits de ma persévérance,<br />
+Et devant qu'il soit peu nous en verrons l'effet;<br />
+Mais, écoute, il me faut obliger tout à fait.<span class="dalign">600</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Où je vous puis servir j'ose tout entreprendre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Peux-tu dans leurs amours me les faire surprendre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Il n'est rien plus aisé: peut-être dès ce soir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Adieu donc. Souviens-toi de me les faire voir<a name="FNanchor_1320" id="FNanchor_1320" href="#Footnote_1320" class="fnanchor">[1320]</a>.<br />
+Cependant prends ceci seulement par avance.<span class="dalign">605</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_465" id="Page_465">465</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Que le galant alors soit frotté d'importance!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Crois-moi qu'il se verra, pour te mieux contenter,<br />
+Chargé d'autant de bois qu'il en pourra porter.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSE.</h4>
+
+<p>L'arrogant croit déjà tenir ville gagnée<a name="FNanchor_1321" id="FNanchor_1321" href="#Footnote_1321" class="fnanchor">[1321]</a>;<br />
+Mais il sera puni de m'avoir dédaignée.<span class="dalign">610</span><br />
+Parce qu'il est aimable, il fait le petit dieu,<br />
+Et ne veut s'adresser qu'aux filles de bon lieu.<br />
+Je ne mérite pas l'honneur de ses caresses:<br />
+Vraiment c'est pour son nez, il lui faut des maîtresses;<br />
+Je ne suis que servante: et qu'est-il que valet?<span class="dalign">615</span><br />
+Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid:<br />
+Il se dit riche et noble, et cela me fait rire;<br />
+Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire?<br />
+Qu'il le soit: nous verrons ce soir, si je le tiens,<br />
+Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens.<span class="dalign">620</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+Le c&oelig;ur vous bat un peu.
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Je crains cette menace.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_466" id="Page_466">466</a></span>
+<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Lyse aime trop Clindor pour causer sa disgrâce.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Elle en est méprisée, et cherche à se venger.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Ne craignez point: l'amour la<a name="FNanchor_1322" id="FNanchor_1322" href="#Footnote_1322" class="fnanchor">[1322]</a> fera bien changer.</p>
+
+<p class="center p2"><small><b>FIN DU SECOND ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_467" id="Page_467">467</a></span></p>
+
+<h2>ACTE III.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRONTE, ISABELLE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Apaisez vos soupir et tarissez vos larmes;<span class="dalign">625</span><br />
+Contre ma volonté ce sont de foibles armes:<br />
+Mon c&oelig;ur, quoique sensible à toutes vos douleurs,<br />
+Écoute la raison, et néglige vos pleurs.<br />
+Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même<a name="FNanchor_1323" id="FNanchor_1323" href="#Footnote_1323" class="fnanchor">[1323]</a>.<br />
+Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime;<span class="dalign">630</span><br />
+Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux,<br />
+Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous.<br />
+Quoi! manque-t-il de bien, de c&oelig;ur ou de noblesse?<br />
+En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse?<br />
+Il vous fait trop d'honneur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Je sais qu'il est parfait,</span><span class="dalign">635</span><br />
+Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait<a name="FNanchor_1324" id="FNanchor_1324" href="#Footnote_1324" class="fnanchor">[1324]</a>;<br />
+Mais si votre bonté me permet en ma cause,<br />
+Pour me justifier, de dire quelque chose,<br />
+Par un secret instinct, que je ne puis nommer,<span class="pagenum"><a name="Page_468" id="Page_468">468</a></span><br />
+J'en fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer.<span class="dalign">640</span><br />
+Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire<a name="FNanchor_1325" id="FNanchor_1325" href="#Footnote_1325" class="fnanchor">[1325]</a><br />
+Soulève tout le c&oelig;ur contre ce qu'on desire,<br />
+Et ne nous laisse pas en état d'obéir,<br />
+Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr.<br />
+Il attache ici-bas avec des sympathies<span class="dalign">645</span><br />
+Les âmes que son ordre a là-haut assorties<a name="FNanchor_1326" id="FNanchor_1326" href="#Footnote_1326" class="fnanchor">[1326]</a>:<br />
+On n'en sauroit unir sans ses avis secrets;<br />
+Et cette chaîne manque où manquent ses décrets.<br />
+Aller contre les lois de cette providence,<br />
+C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence,<span class="dalign">650</span><br />
+L'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups<br />
+Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie<a name="FNanchor_1327" id="FNanchor_1327" href="#Footnote_1327" class="fnanchor">[1327]</a>?<br />
+Quel maître vous apprend cette philosophie?<br />
+Vous en savez beaucoup; mais tout votre savoir<span class="dalign">655</span><br />
+Ne m'empêchera pas d'user de mon pouvoir.<br />
+Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine,<br />
+Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine?<br />
+Ce guerrier valeureux vous tient-il dans ses fers<a name="FNanchor_1328" id="FNanchor_1328" href="#Footnote_1328" class="fnanchor">[1328]</a>?<br />
+Et vous a-t-il domptée avec tout l'univers?<span class="dalign">660</span><br />
+Ce fanfaron doit-il relever ma famille?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Eh! de grâce, Monsieur, traitez mieux votre fille!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Quel sujet donc vous porte à me désobéir?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_469" id="Page_469">469</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Mon heur et mon repos, que je ne puis trahir.<br />
+Ce que vous appelez un heureux hyménée<span class="dalign">665</span><br />
+N'est pour moi qu'un enfer si j'y suis condamnée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Ah! qu'il en est encor de mieux faites que vous<br />
+Qui se voudroient bien voir dans un enfer si doux!<br />
+Après tout, je le veux; cédez à ma puissance.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Faites un autre essai de mon obéissance.<span class="dalign">670</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Ne me répliquez plus quand j'ai dit: «Je le veux.»<br />
+Rentrez: c'est désormais trop contesté<a name="FNanchor_1329" id="FNanchor_1329" href="#Footnote_1329" class="fnanchor">[1329]</a> nous deux.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRONTE.</h4>
+
+<p>Qu'à présent la jeunesse a d'étranges manies!<br />
+Les règles du devoir lui sont des tyrannies,<br />
+Et les droits les plus saints deviennent impuissants<span class="dalign">675</span><br />
+Contre cette fierté qui l'attache à son sens<a name="FNanchor_1330" id="FNanchor_1330" href="#Footnote_1330" class="fnanchor">[1330]</a><br />
+Telle est l'humeur du sexe: il aime à contredire,<br />
+Rejette obstinément le joug de notre empire,<br />
+Ne suit que son caprice en ses affections,<br />
+Et n'est jamais d'accord de nos élections.<span class="dalign">680</span><br />
+N'espère pas pourtant, aveugle et sans cervelle,<br />
+Que ma prudence cède à ton esprit rebelle.<br />
+Mais ce fou viendra-t-il toujours m'embarrasser?<br />
+Par force ou par adresse il me le faut chasser.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_470" id="Page_470">470</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRONTE, MATAMORE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span>, <span class="font90">à Clindor.</span></p>
+
+<p>Ne doit-on pas avoir pitié de ma fortune<a name="FNanchor_1331" id="FNanchor_1331" href="#Footnote_1331" class="fnanchor">[1331]</a>?<span class="dalign">685</span><br />
+Le grand vizir encor de nouveau m'importune;<br />
+Le Tartare, d'ailleurs, m'appelle à son secours;<br />
+Narsingue et Calicut<a name="FNanchor_1332" id="FNanchor_1332" href="#Footnote_1332" class="fnanchor">[1332]</a> m'en pressent tous les jours:<br />
+Si je ne les refuse, il me faut mettre en quatre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre:<span class="dalign">690</span><br />
+Vous emploieriez trop mal vos invincibles coups,<br />
+Si pour en servir un vous faisiez trois jaloux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Tu dis bien: c'est assez de telles courtoisies;<br />
+Je ne veux qu'en amour donner des jalousies.<br />
+<span class="i1">Ah! Monsieur, excusez, si, faute de vous voir,</span><span class="dalign">695</span><br />
+Bien que si près de vous, je manquois au devoir.<br />
+Mais quelle émotion paroît sur ce visage?<br />
+Où sont vos ennemis, que j'en fasse carnage<a name="FNanchor_1333" id="FNanchor_1333" href="#Footnote_1333" class="fnanchor">[1333]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Monsieur, grâces aux Dieux, je n'ai point d'ennemis.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Mais grâces à ce bras qui vous les a soumis.<span class="dalign">700</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>C'est une grâce encor que j'avois ignorée.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Depuis que ma faveur<a name="FNanchor_1334" id="FNanchor_1334" href="#Footnote_1334" class="fnanchor">[1334]</a> pour vous s'est déclarée,<br />
+Ils sont tous morts de peur, ou n'ont osé branler.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_471" id="Page_471">471</a></span>
+<span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>C'est ailleurs maintenant qu'il vous faut signaler:<br />
+Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre,<span class="dalign">705</span><br />
+Demeurer si paisible en un temps plein de guerre;<br />
+Et c'est pour acquérir un nom bien relevé,<br />
+D'être dans une ville à battre le pavé.<br />
+Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée,<br />
+Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée.<span class="dalign">710</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ah, ventre! il est tout vrai que vous avez raison.<br />
+Mais le moyen d'aller, si je suis en prison?<br />
+Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes<br />
+Ont captivé mon c&oelig;ur et suspendu mes armes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Si rien que son sujet ne vous tient arrêté,<span class="dalign">715</span><br />
+Faites votre équipage en toute liberté:<br />
+Elle n'est pas pour vous; n'en soyez point en peine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ventre! que dites-vous? Je la veux faire reine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois<br />
+Du crotesque<a name="FNanchor_1335" id="FNanchor_1335" href="#Footnote_1335" class="fnanchor">[1335]</a> récit de vos rares exploits.<span class="dalign">720</span><br />
+La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle:<br />
+En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle.<br />
+Si pour l'entretenir vous venez plus ici....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Il a perdu le sens, de me parler ainsi.<br />
+Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable<span class="dalign">725</span><br />
+Met le Grand Turc en fuite, et fait trembler le diable;<br />
+Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>J'ai chez moi des valets à mon commandement,<span class="pagenum"><a name="Page_472" id="Page_472">472</a></span><br />
+Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades<a name="FNanchor_1336" id="FNanchor_1336" href="#Footnote_1336" class="fnanchor">[1336]</a>,<br />
+Répondroient de la main à vos rodomontades.<span class="dalign">730</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span>, <span class="font90">à Clindor.</span></p>
+
+<p>Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>Adieu: modérez-vous; il vous en prendra mieux;<br />
+Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent,<br />
+J'ai le sang un peu chaud, et mes gens m'obéissent.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Respect de ma maîtresse, incommode vertu,<span class="dalign">735</span><br />
+Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu?<br />
+Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père<a name="FNanchor_1337" id="FNanchor_1337" href="#Footnote_1337" class="fnanchor">[1337]</a>,<br />
+Sur qui, sans t'offenser, laisser choir ma colère!<br />
+Ah! visible démon, vieux spectre décharné,<br />
+Vrai suppôt de Satan, médaille de damné<a name="FNanchor_1338" id="FNanchor_1338" href="#Footnote_1338" class="fnanchor">[1338]</a>,<span class="dalign">740</span><br />
+Tu m'oses donc bannir, et même avec menaces,<br />
+Moi de qui tous les rois briguent les bonnes grâces</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Tandis qu'il est dehors, allez, dès aujourd'hui,<br />
+Causer de vos amours, et vous moquer de lui.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Cadédiou! ses valets feroient quelque insolence.<span class="dalign">745</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ce fer a trop de quoi dompter leur violence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais les feux qu'il jette en sortant de prison<span class="pagenum"><a name="Page_473" id="Page_473">473</a></span><br />
+Auroient en un moment embrasé la maison,<br />
+Dévoré tout à l'heure ardoises et gouttières,<br />
+Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières,<span class="dalign">750</span><br />
+Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux,<br />
+Parnes, soles, appuis, jambages, traveteaux<a name="FNanchor_1339" id="FNanchor_1339" href="#Footnote_1339" class="fnanchor">[1339]</a>,<br />
+Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre,<br />
+Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture<a name="FNanchor_1340" id="FNanchor_1340" href="#Footnote_1340" class="fnanchor">[1340]</a>, marbre, verre,<br />
+Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers,<br />
+Offices, cabinets, terrasses, escaliers.<br />
+Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse;<br />
+Ces feux étoufferoient son ardeur amoureuse.<br />
+Va lui parler pour moi, toi qui n'es pas vaillant:<br />
+Tu puniras à moins un valet insolent.<span class="dalign">760</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>C'est m'exposer....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Adieu: je vois ouvrir la porte,</span><br />
+Et crains que sans respect cette canaille sorte.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, LYSE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR</span>, <span class="font90">seul<a name="FNanchor_1341" id="FNanchor_1341" href="#Footnote_1341" class="fnanchor">[1341]</a>.</span></p>
+
+<p>Le souverain poltron, à qui pour faire peur<br />
+Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur!<br />
+Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille,<span class="dalign">765</span><br />
+Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille.<br />
+<span class="i1"> Lyse, que ton abord doit être dangereux!</span><span class="pagenum"><a name="Page_474" id="Page_474">474</a></span><br />
+Il donne l'épouvante à ce c&oelig;ur généreux,<br />
+Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,<br />
+Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines!<span class="dalign">770</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Mon visage est ainsi malheureux en attraits:<br />
+D'autres charment de loin, le mien fait peur de près.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages:<br />
+Il n'est pas quantité de semblables visages.<br />
+Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet;<span class="dalign">775</span><br />
+Je ne connus jamais un si gentil objet;<br />
+L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse,<br />
+L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse,<br />
+Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats:<br />
+Qui seroit le brutal qui ne t'aimeroit pas?<span class="dalign">780</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle?<br />
+Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Vous partagez vous deux mes inclinations:<br />
+J'adore sa fortune, et tes perfections.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une,<span class="dalign">785</span><br />
+Et mes perfections cèdent à sa fortune.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi<a name="FNanchor_1342" id="FNanchor_1342" href="#Footnote_1342" class="fnanchor">[1342]</a>,<br />
+Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi?<br />
+L'amour et l'hyménée ont diverse méthode:<br />
+L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode.<br />
+Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien:<br />
+Un rien s'ajuste mal avec un autre rien<a name="FNanchor_1343" id="FNanchor_1343" href="#Footnote_1343" class="fnanchor">[1343]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_475" id="Page_475">475</a></span><br />
+Et malgré les douceurs que l'amour y déploie<a name="FNanchor_1344" id="FNanchor_1344" href="#Footnote_1344" class="fnanchor">[1344]</a>,<br />
+Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie.<br />
+Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur;<span class="dalign">795</span><br />
+Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur,<br />
+Sans qu'un soupir échappe à ce c&oelig;ur, qui murmure<br />
+De ce qu'à mes desirs ma raison fait d'injure<a name="FNanchor_1345" id="FNanchor_1345" href="#Footnote_1345" class="fnanchor">[1345]</a>.<br />
+A tes moindres coups d'&oelig;il je me laisse charmer.<br />
+Ah! que je t'aimerois, s'il ne falloit qu'aimer,<span class="dalign">800</span><br />
+Et que tu me plairois, s'il ne falloit que plaire!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire,<br />
+Ou remettre du moins en quelque autre saison<br />
+A montrer tant d'amour avec tant de raison!<br />
+Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage,<span class="dalign">805</span><br />
+Qui par compassion n'ose me rendre hommage,<br />
+Et porte ses desirs à des partis meilleurs,<br />
+De peur de m'accabler sous nos communs malheurs!<span class="pagenum"><a name="Page_476" id="Page_476">476</a></span><br />
+Je n'oublierai jamais de si rares mérites:<br />
+Allez continuer cependant vos visites.<span class="dalign">810</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que j'aurois avec toi l'esprit bien plus content!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Tu me chasses ainsi!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Non, mais je vous envoie</span><br />
+Aux lieux où vous aurez une plus longue joie<a name="FNanchor_1346" id="FNanchor_1346" href="#Footnote_1346" class="fnanchor">[1346]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que même tes dédains me semblent gracieux!<span class="dalign">815</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Ah! que vous prodiguez un temps si précieux!<br />
+Allez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<span class="i3">Souviens-toi donc que si j'en aime une<a name="FNanchor_1347" id="FNanchor_1347" href="#Footnote_1347" class="fnanchor">[1347]</a> autre<a name="FNanchor_1348" id="FNanchor_1348" href="#Footnote_1348" class="fnanchor">[1348]</a>....</span><br />
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>C'est de peur d'ajouter ma misère à la vôtre:<br />
+Je vous l'ai déjà dit, je ne l'oublierai pas.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Adieu: ta raillerie a pour moi tant d'appas,<span class="dalign">820</span><br />
+Que mon c&oelig;ur à tes yeux de plus en plus s'engage,<br />
+Et je t'aimerois trop à tarder davantage.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSE.</h4>
+
+<p>L'ingrat! il trouve enfin mon visage charmant,<span class="pagenum"><a name="Page_477" id="Page_477">477</a></span><br />
+Et pour se divertir il contrefait l'amant<a name="FNanchor_1349" id="FNanchor_1349" href="#Footnote_1349" class="fnanchor">[1349]</a>!<br />
+Qui néglige mes feux m'aime par raillerie,<span class="dalign">825</span><br />
+Me prend pour le jouet de sa galanterie,<br />
+Et par un libre aveu de me voler sa foi,<br />
+Me jure qu'il m'adore, et ne veut point de moi.<br />
+Aime en tous lieux, perfide, et partage ton âme;<br />
+Choisis qui tu voudras pour maîtresse ou pour femme;<br />
+Donne à tes intérêts à ménager tes v&oelig;ux;<br />
+Mais ne crois plus tromper aucune de nous deux.<br />
+Isabelle vaut mieux qu'un amour politique,<br />
+Et je vaux mieux qu'un c&oelig;ur où cet amour s'applique.<br />
+J'ai raillé comme toi, mais c'étoit seulement<span class="dalign">835</span><br />
+Pour ne t'avertir pas de mon ressentiment.<br />
+Qu'eût produit son éclat, que de la défiance?<br />
+Qui cache sa colère assure sa vengeance;<br />
+Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux<a name="FNanchor_1350" id="FNanchor_1350" href="#Footnote_1350" class="fnanchor">[1350]</a><br />
+Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux.<span class="dalign">840</span><br />
+<span class="i1">Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?</span><br />
+Pour chercher sa fortune est-on si punissable?<span class="pagenum"><a name="Page_478" id="Page_478">478</a></span><br />
+Tu m'aimes, mais le bien te fait être inconstant:<br />
+Au siècle où nous vivons, qui n'en feroit autant?<br />
+Oublions des mépris où par force il s'excite<a name="FNanchor_1351" id="FNanchor_1351" href="#Footnote_1351" class="fnanchor">[1351]</a>,<span class="dalign">845</span><br />
+Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.<br />
+S'il m'aime, il se punit en m'osant dédaigner,<br />
+Et si je l'aime encor, je le dois épargner.<br />
+Dieux! à quoi me réduit ma folle inquiétude,<br />
+De vouloir faire grâce à tant d'ingratitude?<span class="dalign">850</span><br />
+Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous,<br />
+De laisser affoiblir un si juste courroux?<br />
+Il m'aime, et de mes yeux je m'en vois méprisée!<br />
+Je l'aime, et ne lui sers que d'objet de risée!<br />
+Silence, amour, silence: il est temps de punir;<span class="dalign">855</span><br />
+J'en ai donné ma foi: laisse-moi la tenir.<br />
+Puisque ton faux espoir ne fait qu'aigrir ma peine<a name="FNanchor_1352" id="FNanchor_1352" href="#Footnote_1352" class="fnanchor">[1352]</a>,<br />
+Fais céder tes douceurs à celles de la haine:<br />
+Il est temps qu'en mon c&oelig;ur elle règne à son tour,<br />
+Et l'amour outragé ne doit plus être amour.<span class="dalign">860</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_479" id="Page_479">479</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE.</h4>
+
+<p>Les voilà, sauvons-nous. Non, je ne vois personne.<br />
+Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne.<br />
+Je les entends, fuyons. Le vent faisoit ce bruit.<br />
+Marchons sous la faveur des ombres de la nuit<a name="FNanchor_1353" id="FNanchor_1353" href="#Footnote_1353" class="fnanchor">[1353]</a>.<br />
+Vieux rêveur, malgré toi j'attends ici ma reine.<span class="dalign">865</span><br />
+<span class="i1">Ces diables de valets me mettent bien en peine.</span><br />
+De deux mille ans et plus, je ne tremblai si fort.<br />
+C'est trop me hasarder: s'ils sortent, je suis mort;<br />
+Car j'aime mieux mourir que leur donner bataille,<br />
+Et profaner mon bras contre cette canaille.<span class="dalign">870</span><br />
+Que le courage expose à d'étranges dangers!<br />
+Toutefois, en tout cas, je suis des plus légers;<br />
+S'il ne faut que courir, leur attente est dupée:<br />
+J'ai le pied pour le moins aussi bon que l'épée.<br />
+Tout de bon, je les vois: c'est fait, il faut mourir;<span class="dalign">875</span><br />
+J'ai le corps si glacé, que je ne puis courir<a name="FNanchor_1354" id="FNanchor_1354" href="#Footnote_1354" class="fnanchor">[1354]</a>.<br />
+Destin, qu'à ma valeur tu te montres contraire!...<br />
+C'est ma reine elle-même, avec mon secrétaire!<br />
+Tout mon corps se déglace: écoutons leurs discours,<br />
+Et voyons son adresse à traiter mes amours.<span class="dalign">880</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE, MATAMORE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p class="font90 i2">(Matamore écoute caché<a name="FNanchor_1355" id="FNanchor_1355" href="#Footnote_1355" class="fnanchor">[1355]</a>.)</p>
+
+<p>Tout se prépare mal du côté de mon père;<span class="pagenum"><a name="Page_480" id="Page_480">480</a></span><br />
+Je ne le vis jamais d'une humeur si sévère:<br />
+Il ne souffrira plus votre maître ni vous.<br />
+Votre rival d'ailleurs est devenu jaloux<a name="FNanchor_1356" id="FNanchor_1356" href="#Footnote_1356" class="fnanchor">[1356]</a>:<br />
+C'est par cette raison que je vous fais descendre;<span class="dalign">885</span><br />
+Dedans mon cabinet ils pourroient nous surprendre;<br />
+Ici nous parlerons en plus de sûreté:<br />
+Vous pourrez vous couler d'un et d'autre côté;<br />
+Et si quelqu'un survient, ma retraite est ouverte.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>C'est trop prendre de soin pour empêcher ma perte.<span class="dalign">890</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je n'en puis prendre trop pour assurer un bien<a name="FNanchor_1357" id="FNanchor_1357" href="#Footnote_1357" class="fnanchor">[1357]</a><br />
+Sans qui tous autres biens à mes yeux ne sont rien:<br />
+Un bien qui vaut pour moi la terre toute entière,<br />
+Et pour qui seul enfin j'aime à voir la lumière.<br />
+Un rival par mon père attaque en vain ma foi;<span class="dalign">895</span><br />
+Votre amour seul a droit de triompher de moi:<br />
+Des discours de tous deux je suis persécutée;<br />
+Mais pour vous je me plais à me voir maltraitée<a name="FNanchor_1358" id="FNanchor_1358" href="#Footnote_1358" class="fnanchor">[1358]</a>,<br />
+Et des plus grands malheurs je bénirois les coups<a name="FNanchor_1359" id="FNanchor_1359" href="#Footnote_1359" class="fnanchor">[1359]</a>,<br />
+Si ma fidélité les enduroit pour vous.<span class="dalign">900</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Vous me rendez confus, et mon âme ravie<span class="pagenum"><a name="Page_481" id="Page_481">481</a></span><br />
+Ne vous peut, en revanche, offrir rien que ma vie:<br />
+Mon sang est le seul bien qui me reste en ces lieux,<br />
+Trop heureux de le perdre en servant vos beaux yeux!<br />
+Mais si mon astre un jour, changeant son influence,<span class="dalign">905</span><br />
+Me donne un accès libre aux lieux de ma naissance,<br />
+Vous verrez que ce choix n'est pas fort inéga<a name="FNanchor_1360" id="FNanchor_1360" href="#Footnote_1360" class="fnanchor">[1360]</a>,<br />
+Et que, tout balancé, je vaux bien mon riva<a name="FNanchor_1361" id="FNanchor_1361" href="#Footnote_1361" class="fnanchor">[1361]</a>.<br />
+Mais, avec ces douceurs, permettez-moi de craindre<a name="FNanchor_1362" id="FNanchor_1362" href="#Footnote_1362" class="fnanchor">[1362]</a><br />
+Qu'un père et ce rival ne veuillent vous contraindre.<span class="dalign">910</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>N'en ayez point d'alarme, et croyez qu'en ce cas<a name="FNanchor_1363" id="FNanchor_1363" href="#Footnote_1363" class="fnanchor">[1363]</a><br />
+L'un aura moins d'effet que l'autre n'a d'appas.<br />
+Je ne vous dirai point où je suis résolue:<br />
+Il suffit que sur moi je me rends absolue<a name="FNanchor_1364" id="FNanchor_1364" href="#Footnote_1364" class="fnanchor">[1364]</a>.<br />
+Ainsi tous les projets sont des projets en l'air<a name="FNanchor_1365" id="FNanchor_1365" href="#Footnote_1365" class="fnanchor">[1365]</a>.<span class="dalign">915</span><br />
+Ainsi....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Je n'en puis plus: il est temps de parler.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Dieux! on nous écoutoit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">C'est notre capitaine:</span><br />
+Je vais bien l'apaiser; n'en soyez pas en peine<a name="FNanchor_1366" id="FNanchor_1366" href="#Footnote_1366" class="fnanchor">[1366]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_482" id="Page_482">482</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ah! traître!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Parlez bas; ces valets....</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i16"> Eh bien! quoi?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ils fondront tout à l'heure et sur vous et sur moi.<span class="dalign">920</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE</span> le tire à un coin du théâtre<a name="FNanchor_1367" id="FNanchor_1367" href="#Footnote_1367" class="fnanchor">[1367]</a>.</p>
+
+<p>Viens çà. Tu sais ton crime, et qu'à l'objet que j'aime,<br />
+Loin de parler pour moi, tu parlois pour toi-même?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Oui, pour me rendre heureux j'ai fait quelques efforts<a name="FNanchor_1368" id="FNanchor_1368" href="#Footnote_1368" class="fnanchor">[1368]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Je te donne le choix de trois ou quatre morts:<br />
+Je vais, d'un coup de poing, te briser comme verre,<span class="dalign">925</span><br />
+Ou t'enfoncer tout vif au centre de la terre,<br />
+Ou te fendre en dix parts d'un seul coup de revers,<br />
+Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs,<br />
+Que tu sois dévoré des feux élémentaires.<br />
+Choisis donc promptement, et pense à tes affaires<a name="FNanchor_1369" id="FNanchor_1369" href="#Footnote_1369" class="fnanchor">[1369]</a>.<span class="dalign">930</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Vous-même choisissez.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Quel choix proposes-tu?</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_483" id="Page_483">483</a></span>
+<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>De fuir en diligence, ou d'être bien battu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Me menacer encore! ah, ventre! quelle audace!<br />
+Au lieu d'être à genoux, et d'implorer ma grâce!...<br />
+Il a donné le mot, ces valets<a name="FNanchor_1370" id="FNanchor_1370" href="#Footnote_1370" class="fnanchor">[1370]</a> vont sortir....<span class="dalign">935</span><br />
+Je m'en vais commander aux mers de t'engloutir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,<br />
+Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ils sont d'intelligence. Ah, tête!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Point de bruit:</span><br />
+J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit<a name="FNanchor_1371" id="FNanchor_1371" href="#Footnote_1371" class="fnanchor">[1371]</a>;<span class="dalign">940</span><br />
+Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Cadédiou! ce coquin a marché dans mon ombre;<br />
+Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas:<br />
+S'il avoit du respect, j'en voudrois faire cas.<br />
+<span class="i1">Écoute: je suis bon, et ce seroit dommage</span><span class="dalign">945</span><br />
+De priver l'univers d'un homme de courage.<br />
+Demande-moi pardon, et cesse par tes feux<a name="FNanchor_1372" id="FNanchor_1372" href="#Footnote_1372" class="fnanchor">[1372]</a><br />
+De profaner l'objet digne seul de mes v&oelig;ux;<br />
+Tu connois ma valeur, éprouve ma clémence.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Plutôt, si votre amour a tant de véhémence,<span class="dalign">950</span><br />
+Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_484" id="Page_484">484</a></span>
+<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Parbieu, tu me ravis de générosité.<br />
+Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices;<br />
+Je te la veux donner pour prix de tes services:<br />
+Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat!<span class="dalign">955</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>A ce rare présent, d'aise le c&oelig;ur me bat.<br />
+<span class="i1">Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,</span><br />
+Puisse tout l'univers bruire de votre estime!</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE, MATAMORE, CLINDOR.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis<br />
+Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis.<span class="dalign">960</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme<br />
+Vous devoit faire un jour de vous prendre pour femme;<br />
+Pour quelque occasion j'ai changé de dessein:<br />
+Mais je vous veux donner un homme de ma main;<br />
+Faites-en de l'état; il est vaillant lui-même;<span class="dalign">965</span><br />
+Il commandoit sous moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Pour vous plaire, je l'aime.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Mais il faut du silence à notre affection.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Je vous promets silence, et ma protection.<br />
+Avouez-vous de moi par tous les coins du monde:<br />
+Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde.<span class="dalign">970</span><br />
+Allez, vivez contents sous une même loi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_485" id="Page_485">485</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Pour vous mieux obéir, je lui donne ma foi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Commandez que sa foi de quelque effet suivie<a name="FNanchor_1373" id="FNanchor_1373" href="#Footnote_1373" class="fnanchor">[1373]</a>....</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE XI.</h3>
+
+<h4 class="p2">GÉRONTE, ADRASTE, MATAMORE, CLINDOR,
+ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">troupe de Domestiques</span><a name="FNanchor_1374" id="FNanchor_1374" href="#Footnote_1374" class="fnanchor">[1374]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ADRASTE.</span></p>
+
+<p>Cet insolent discours te coûtera la vie,<br />
+Suborneur.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Ils ont pris mon courage en défaut:</span><span class="dalign">975</span><br />
+Cette porte est ouverte; allons gagner le haut.</p>
+
+<p class="ni2 font90">(Il entre chez Isabelle, après qu'elle et Lyse y sont entrées<a name="FNanchor_1375" id="FNanchor_1375" href="#Footnote_1375" class="fnanchor">[1375]</a>.)</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Traître! qui te fais fort d'une troupe brigande,<br />
+Je te choisirai bien au milieu de la bande.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">GÉRONTE<a name="FNanchor_1376" id="FNanchor_1376" href="#Footnote_1376" class="fnanchor">[1376]</a>.</span></p>
+
+<p>Dieux! Adraste est blessé, courez au médecin.<br />
+Vous autres, cependant, arrêtez l'assassin.<span class="dalign">980</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ah, ciel! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle<a name="FNanchor_1377" id="FNanchor_1377" href="#Footnote_1377" class="fnanchor">[1377]</a>:<br />
+Je tombe au précipice où mon destin m'appelle.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_486" id="Page_486">486</a></span>
+<span class="smcap i6">GÉRONTE.</span></p>
+
+<p>C'en est fait, emportez ce corps à la maison;<br />
+Et vous, conduisez tôt ce traître à la prison.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE XII.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Hélas! mon fils est mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<span class="i10">Que vous avez d'alarmes!</span><span class="dalign">985</span>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Ne lui refusez point le secours de vos charmes.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Un peu de patience, et sans un tel secours<br />
+Vous le verrez bientôt heureux en ses amours.</p>
+
+<p class="p2 center"><small><b>FIN DU TROISIÈME ACTE.</b></small></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_487" id="Page_487">487</a></span></p>
+
+<h2>ACTE IV.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE.</h4>
+
+<p>Enfin le terme approche: un jugement inique<br />
+Doit abuser demain d'un pouvoir tyrannique<a name="FNanchor_1378" id="FNanchor_1378" href="#Footnote_1378" class="fnanchor">[1378]</a>,<span class="dalign">990</span><br />
+A son propre assassin immoler mon amant,<br />
+Et faire une vengeance au lieu d'un châtiment.<br />
+Par un décret injuste autant comme sévère,<br />
+Demain doit triompher la haine de mon père,<br />
+La faveur du pays, la qualité du mort<a name="FNanchor_1379" id="FNanchor_1379" href="#Footnote_1379" class="fnanchor">[1379]</a>,<span class="dalign">995</span><br />
+Le malheur d'Isabelle, et la rigueur du sort.<br />
+Hélas! que d'ennemis, et de quelle puissance,<br />
+Contre le foible appui que donne l'innocence,<br />
+Contre un pauvre inconnu, de qui tout le forfait<br />
+Est de m'avoir aimée, et d'être trop parfait<a name="FNanchor_1380" id="FNanchor_1380" href="#Footnote_1380" class="fnanchor">[1380]</a>!<span class="dalign">1000</span><br />
+Oui, Clindor, tes vertus et ton feu légitime,<br />
+T'ayant acquis mon c&oelig;ur, ont fait aussi ton crime<a name="FNanchor_1381" id="FNanchor_1381" href="#Footnote_1381" class="fnanchor">[1381]</a>.<span class="pagenum"><a name="Page_488" id="Page_488">488</a></span><br />
+Mais en vain après toi l'on me laisse le jour;<br />
+Je veux perdre la vie en perdant mon amour:<br />
+Prononçant ton arrêt, c'est de moi qu'on dispose;<span class="dalign">1005</span><br />
+Je veux suivre ta mort, puisque j'en suis la cause,<br />
+Et le même moment verra par deux trépas<br />
+Nos esprits amoureux se rejoindre là-bas.<br />
+<span class="i1">Ainsi, père inhumain, ta cruauté déçue</span><br />
+De nos saintes ardeurs verra l'heureuse issue;<span class="dalign">1010</span><br />
+Et si ma perte alors fait naître tes douleurs,<br />
+Auprès de mon amant je rirai de tes pleurs.<br />
+Ce qu'un remords cuisant te coûtera de larmes<br />
+D'un si doux entretien augmentera les charmes;<br />
+Ou s'il n'a pas assez de quoi te tourmenter,<span class="dalign">1015</span><br />
+Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter,<br />
+S'attacher à tes pas dans l'horreur des ténèbres,<br />
+Présenter à tes yeux mille images funèbres,<br />
+Jeter dans ton esprit un éternel effroi,<br />
+Te reprocher ma mort, t'appeler après moi,<span class="dalign">1020</span><br />
+Accabler de malheurs ta languissante vie,<br />
+Et te réduire au point de me porter envie.<br />
+Enfin....</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_489" id="Page_489">489</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Quoi! chacun dort, et vous êtes ici?</span><br />
+Je vous jure, Monsieur en est en grand souci.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Quand on n'a plus d'espoir, Lyse, on n'a plus de crainte.<br />
+Je trouve des douceurs à faire ici ma plainte:<br />
+Ici je vis Clindor pour la dernière fois;<br />
+Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix,<br />
+Et remet plus avant en mon âme éperdue<a name="FNanchor_1382" id="FNanchor_1382" href="#Footnote_1382" class="fnanchor">[1382]</a><br />
+L'aimable souvenir d'une si chère vue.<span class="dalign">1030</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Que veux-tu que je fasse en l'état où je suis?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>De deux amants parfaits dont vous étiez servie,<br />
+L'un doit mourir demain, l'autre est déjà sans vie<a name="FNanchor_1383" id="FNanchor_1383" href="#Footnote_1383" class="fnanchor">[1383]</a>:<br />
+Sans perdre plus de temps à soupirer pour eux,<span class="dalign">1035</span><br />
+Il en faut trouver un qui les vaille tous deux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>De quel front oses-tu me tenir ces paroles<a name="FNanchor_1384" id="FNanchor_1384" href="#Footnote_1384" class="fnanchor">[1384]</a>?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Quel fruit espérez-vous de vos douleurs frivoles?<br />
+Pensez-vous, pour pleurer et ternir vos appas,<br />
+Rappeler votre amant des portes du trépas?<span class="dalign">1040</span><br />
+Songez plutôt à faire une illustre conquête;<span class="pagenum"><a name="Page_490" id="Page_490">490</a></span><br />
+Je sais pour vos liens une âme toute prête,<br />
+Un homme incomparable.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<span class="i10">Ote-toi de mes yeux.</span>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Le meilleur jugement ne choisiroit pas mieux.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Pour croître mes douleurs faut-il que je te voie?<span class="dalign">1045</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Et faut-il qu'à vos yeux je déguise ma joie?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>D'où te vient cette joie ainsi hors de saison?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Quand je vous l'aurai dit, jugez si j'ai raison.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ah! ne me conte rien.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Mais l'affaire vous touche.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Parle-moi de Clindor, ou n'ouvre point la bouche.<span class="dalign">1050</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Ma belle humeur, qui rit au milieu des malheurs,<br />
+Fait plus en un moment qu'un siècle de vos pleurs:<br />
+Elle a sauvé Clindor</p>.
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Sauvé Clindor?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Lui-même:</span><br />
+Jugez après cela comme quoi je vous aime<a name="FNanchor_1385" id="FNanchor_1385" href="#Footnote_1385" class="fnanchor">[1385]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Eh! de grâce, où faut-il que je l'aille trouver?<span class="dalign">1055</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Je n'ai que commencé: c'est à vous d'achever.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_491" id="Page_491">491</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ah! Lyse!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Tout de bon, seriez-vous pour le suivre?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Si je suivrois celui sans qui je ne puis vivre?<br />
+Lyse, si ton esprit ne le tire des fers,<br />
+Je l'accompagnerai jusque dans les enfers.<span class="dalign">1060</span><br />
+Va, ne demande plus si je suivrois sa fuite<a name="FNanchor_1386" id="FNanchor_1386" href="#Footnote_1386" class="fnanchor">[1386]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Puisqu'à ce beau dessein l'amour vous a réduite,<br />
+Écoutez où j'en suis, et secondez mes coups:<br />
+Si votre amant n'échappe, il ne tiendra qu'à vous.<br />
+<span class="i1">La prison est tout proche<a name="FNanchor_1387" id="FNanchor_1387" href="#Footnote_1387" class="fnanchor">[1387]</a>.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<span class="i11">Eh bien?</span>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i14">Ce voisinage</span><br />
+Au frère du concierge a fait voir mon visage;<br />
+Et comme c'est tout un que me voir et m'aimer,<br />
+Le pauvre malheureux s'en est laissé charmer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je n'en avois rien su!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">J'en avois tant de honte</span><br />
+Que je mourois<a name="FNanchor_1388" id="FNanchor_1388" href="#Footnote_1388" class="fnanchor">[1388]</a> de peur qu'on vous en fît le conte;<span class="dalign">1070</span><br />
+Mais depuis quatre jours votre amant arrêté<br />
+A fait que l'allant voir je l'ai mieux écouté.<br />
+Des yeux et du discours flattant son espérance,<span class="pagenum"><a name="Page_492" id="Page_492">492</a></span><br />
+D'un mutuel amour j'ai formé l'apparence.<br />
+Quand on aime une fois, et qu'on se croit aimé,<span class="dalign">1075</span><br />
+On fait tout pour l'objet dont on est enflammé.<br />
+Par là j'ai sur mon âme assuré mon empire,<br />
+Et l'ai mis en état de ne m'oser dédire.<br />
+Quand il n'a plus douté de mon affection,<br />
+J'ai fondé mes refus sur sa condition;<span class="dalign">1080</span><br />
+Et lui, pour m'obliger, juroit de s'y déplaire,<br />
+Mais que malaisément il s'en pouvoit défaire;<br />
+Que les clefs des prisons qu'il gardoit aujourd'hui<br />
+Étoient le plus grand bien de son frère et de lui.<br />
+Moi de dire soudain que sa bonne fortune<a name="FNanchor_1389" id="FNanchor_1389" href="#Footnote_1389" class="fnanchor">[1389]</a><span class="dalign">1085</span><br />
+Ne lui pouvoit offrir d'heure plus opportune;<br />
+Que, pour se faire riche et pour me posséder,<br />
+Il n'avoit seulement qu'à s'en accommoder;<br />
+Qu'il tenoit dans les fers un seigneur de Bretagne<br />
+Déguisé sous le nom du sieur de la Montagne;<span class="dalign">1090</span><br />
+Qu'il falloit le sauver et le suivre chez lui;<br />
+Qu'il nous feroit du bien et seroit notre appui.<br />
+Il demeure étonné; je le presse, il s'excuse;<br />
+Il me parle d'amour, et moi je le refuse;<br />
+Je le quitte en colère, il me suit tout confus,<span class="dalign">1095</span><br />
+Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Mais enfin?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">J'y retourne, et le trouve fort triste;</span><br />
+Je le juge ébranlé; je l'attaque: il résiste.<br />
+Ce matin: «En un mot, le péril est pressant,<br />
+Ai-je dit; tu peux tout, et ton frère est absent<a name="FNanchor_1390" id="FNanchor_1390" href="#Footnote_1390" class="fnanchor">[1390]</a>.<span class="dalign">1100</span><br />
+&mdash;Mais il faut de l'argent pour un si long voyage,<span class="pagenum"><a name="Page_493" id="Page_493">493</a></span><br />
+M'a-t-il dit; il en faut pour faire l'équipage:<br />
+Ce cavalier en manque.»</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Ah! Lyse, tu devois</span><br />
+Lui faire offre aussitôt de tout ce que j'avois<a name="FNanchor_1391" id="FNanchor_1391" href="#Footnote_1391" class="fnanchor">[1391]</a>:<br />
+Perles, bagues, habits.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">J'ai bien fait davantage<a name="FNanchor_1392" id="FNanchor_1392" href="#Footnote_1392" class="fnanchor">[1392]</a>:</span><span class="dalign">1105</span><br />
+J'ai dit qu'à vos beautés ce captif rend hommage,<br />
+Que vous l'aimez de même et fuirez avec nous.<br />
+Ce mot me l'a rendu si traitable et si doux,<br />
+Que j'ai bien reconnu qu'un peu de jalousie<br />
+Touchant votre Clindor brouilloit sa fantaisie<a name="FNanchor_1393" id="FNanchor_1393" href="#Footnote_1393" class="fnanchor">[1393]</a>,<span class="dalign">1110</span><br />
+Et que tous ces détours provenoient seulement<a name="FNanchor_1394" id="FNanchor_1394" href="#Footnote_1394" class="fnanchor">[1394]</a><br />
+D'une vaine frayeur qu'il ne fût mon amant.<br />
+Il est parti soudain après votre amour sue,<br />
+A trouvé tout aisé, m'en a promis l'issue,<br />
+Et vous mande pour moi<a name="FNanchor_1395" id="FNanchor_1395" href="#Footnote_1395" class="fnanchor">[1395]</a> qu'environ à minuit<a name="FNanchor_1396" id="FNanchor_1396" href="#Footnote_1396" class="fnanchor">[1396]</a><span class="dalign">1115</span><br />
+Vous soyez toute prête à déloger sans bruit.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Que tu me rends heureuse!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Ajoutez-y, de grâce,</span><br />
+Qu'accepter un mari pour qui je suis de glace,<br />
+C'est me sacrifier à vos contentements.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_494" id="Page_494">494</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+Aussi....
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Je ne veux point de vos remercîments.</span><span class="dalign">1120</span><br />
+Allez ployer bagage, et pour grossir la somme<a name="FNanchor_1397" id="FNanchor_1397" href="#Footnote_1397" class="fnanchor">[1397]</a>,<br />
+Joignez à vos bijoux les écus du bonhomme.<br />
+Je vous vends ses trésors, mais à fort bon marché;<br />
+J'ai dérobé ses clefs depuis qu'il est couché:<br />
+Je vous les livre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Allons y travailler ensemble<a name="FNanchor_1398" id="FNanchor_1398" href="#Footnote_1398" class="fnanchor">[1398]</a>.</span><span class="dalign">1125</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Passez-vous de mon aide.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Eh quoi! le c&oelig;ur te tremble?</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Non, mais c'est un secret tout propre à l'éveiller;<br />
+Nous ne nous garderions jamais de babiller.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Folle, tu ris toujours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">De peur d'une surprise,</span><br />
+Je dois attendre ici le chef de l'entreprise;<span class="dalign">1130</span><br />
+S'il tardoit à la rue, il seroit reconnu;<br />
+Nous vous irons trouver dès qu'il sera venu.<br />
+C'est là sans raillerie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Adieu donc; je te laisse,</span><br />
+Et consens que tu sois aujourd'hui la maîtresse.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>C'est du moins.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_495" id="Page_495">495</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Fais bon guet.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i13">Vous, faites bon butin.</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">LYSE.</h4>
+
+<p>Ainsi, Clindor, je fais moi seule ton destin;<br />
+Des fers où je t'ai mis c'est moi qui te délivre,<br />
+Et te puis, à mon choix, faire mourir ou vivre.<br />
+On me vengeoit de toi par delà mes desirs:<br />
+Je n'avois de dessein que contre tes plaisirs.<span class="dalign">1140</span><br />
+Ton sort trop rigoureux m'a fait changer d'envie;<br />
+Je te veux assurer tes plaisirs et ta vie;<br />
+Et mon amour éteint, te voyant en danger,<br />
+Renaît pour m'avertir que c'est trop me venger.<br />
+J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance<a name="FNanchor_1399" id="FNanchor_1399" href="#Footnote_1399" class="fnanchor">[1399]</a>,<span class="dalign">1145</span><br />
+De ton ingrat amour étouffant la licence....</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">MATAMORE, ISABELLE, LYSE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Quoi! chez nous, et de nuit!</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="Page_496" id="Page_496">496</a></span>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">L'autre jour....</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i16">Qu'est-ce-ci:</span><br />
+«L'autre jour?» est-il temps que je vous trouve ici?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>C'est ce grand capitaine. Où s'est-il laissé prendre?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>En montant l'escalier je l'en ai vu descendre.<span class="dalign">1150</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>L'autre jour, au défaut de mon affection,<br />
+J'assurai vos appas de ma protection.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Après?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">On vint ici faire une brouillerie;</span><br />
+Vous rentrâtes voyant cette forfanterie;<br />
+Et pour vous protéger, je vous suivis soudain.<span class="dalign">1155</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Votre valeur prit lors un généreux dessein.<br />
+Depuis?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Pour conserver une dame si belle,</span><br />
+Au plus haut du logis j'ai fait la sentinelle.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Sans sortir?</p>
+
+<p><span class="smcap i4">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i5">Sans sortir.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">C'est-à-dire, en deux mots,</span><br />
+Que la peur l'enfermoit dans la chambre aux fagots<a name="FNanchor_1400" id="FNanchor_1400" href="#Footnote_1400" class="fnanchor">[1400]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_497" id="Page_497">497</a></span>
+<span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>La peur?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Oui, vous tremblez: la vôtre est sans égale.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Parce qu'elle a bon pas, j'en fais mon Bucéphale;<br />
+Lorsque je la domptai, je lui fis cette loi;<br />
+Et depuis, quand je marche, elle tremble sous moi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Votre caprice est rare à choisir des montures.<span class="dalign">1165</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>C'est pour aller plus vite aux grandes aventures.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Vous en exploitez bien. Mais changeons de discours:<br />
+Vous avez demeuré là dedans quatre jours?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Quatre jours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<span class="i6">Et vécu?</span>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p><span class="i10">De nectar, d'ambrosie<a name="FNanchor_1401" id="FNanchor_1401" href="#Footnote_1401" class="fnanchor">[1401]</a>.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Je crois que cette viande aisément rassasie?<span class="dalign">1170</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Aucunement.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i6">Enfin vous étiez descendu....</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Pour faire qu'un amant en vos bras fût rendu,<br />
+Pour rompre sa prison, en fracasser les portes,<br />
+Et briser en morceaux ses chaînes les plus fortes.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_498" id="Page_498">498</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Avouez franchement que, pressé de la faim,<span class="dalign">1175</span><br />
+Vous veniez bien plutôt faire la guerre au pain.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>L'un et l'autre, parbieu! Cette ambrosie est fade:<br />
+J'en eus au bout d'un jour l'estomac tout malade.<br />
+C'est un mets délicat, et de peu de soutien:<br />
+A moins que d'être un Dieu l'on n'en vivroit pas bien;<br />
+Il cause mille maux, et dès l'heure qu'il entre,<br />
+Il allonge les dents, et rétrécit le ventre.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Enfin c'est un ragoût qui ne vous plaisoit pas?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Quitte pour chaque nuit faire deux tours en bas,<br />
+Et là, m'accommodant des reliefs de cuisine,<span class="dalign">1185</span><br />
+Mêler la viande humaine avecque la divine.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Vous aviez, après tout, dessein de nous voler.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Vous-mêmes, après tout, m'osez-vous quereller?<br />
+Si je laisse une fois échapper ma colère....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Lyse, fais-moi sortir les valets de mon père.<span class="dalign">1190</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">MATAMORE.</span></p>
+
+<p>Un sot les attendroit.</p>
+
+<hr class="c15" />
+
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Vous ne le tenez pas.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Il nous avoit bien dit que la peur a bon pas.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_499" id="Page_499">499</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Vous n'avez cependant rien fait, ou peu de chose.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Rien du tout. Que veux-tu? sa rencontre en est cause.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Mais vous n'aviez alors qu'à le laisser aller.<span class="dalign">1195</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Mais il m'a reconnue, et m'est venu parler.<br />
+Moi qui, seule et de nuit, craignois son insolence,<br />
+Et beaucoup plus encor de troubler le silence,<br />
+J'ai cru, pour m'en défaire et m'ôter de souci,<br />
+Que le meilleur étoit de l'amener ici.<span class="dalign">1200</span><br />
+Vois, quand j'ai ton secours, que je me tiens vaillante,<br />
+Puisque j'ose affronter cette humeur violente.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>J'en ai ri comme vous, mais non sans murmurer:<br />
+C'est bien du temps perdu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Je vais le réparer<a name="FNanchor_1402" id="FNanchor_1402" href="#Footnote_1402" class="fnanchor">[1402]</a>.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+Voici le conducteur de notre intelligence;<span class="dalign">1205</span><br />
+Sachez auparavant toute sa diligence.
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VI.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! mon grand ami, braverons-nous le sort?<br />
+Et viens-tu m'apporter ou la vie ou la mort?<br />
+Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir se fonde.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_500" id="Page_500">500</a></span>
+<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Bannissez vos frayeurs: tout va le mieux du monde<a name="FNanchor_1403" id="FNanchor_1403" href="#Footnote_1403" class="fnanchor">[1403]</a>;<br />
+Il ne faut que partir, j'ai des chevaux tous prêts,<br />
+Et vous pourrez bientôt vous moquer des arrêts.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je te dois regarder comme un dieu tutélaire<a name="FNanchor_1404" id="FNanchor_1404" href="#Footnote_1404" class="fnanchor">[1404]</a>,<br />
+Et ne sais point pour toi d'assez digne salaire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER</span><a name="FNanchor_1405" id="FNanchor_1405" href="#Footnote_1405" class="fnanchor">[1405]</a>.</p>
+
+<p>Voici le prix unique où tout mon c&oelig;ur prétend.<span class="dalign">1215</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Lyse, il faut te résoudre à le rendre content.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Oui, mais tout son apprêt nous est fort inutile:<br />
+Comment ouvrirons-nous les portes de la ville?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs;<br />
+Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours:<span class="dalign">1220</span><br />
+Nous pourrons aisément sortir par ses ruines<a name="FNanchor_1406" id="FNanchor_1406" href="#Footnote_1406" class="fnanchor">[1406]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ah! que je me trouvois sur d'étranges épines!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Mais il faut se hâter.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Nous partirons soudain.</span><br />
+Viens nous aider là-haut à faire notre main.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_501" id="Page_501">501</a></span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, en prison<a name="FNanchor_1407" id="FNanchor_1407" href="#Footnote_1407" class="fnanchor">[1407]</a>.</h4>
+
+<p>Aimables souvenirs de mes chères délices,<span class="dalign">1225</span><br />
+Qu'on va bientôt changer en d'infâmes supplices,<br />
+Que malgré les horreurs de ce mortel effroi,<br />
+Vos charmants entretiens ont de douceurs pour moi<a name="FNanchor_1408" id="FNanchor_1408" href="#Footnote_1408" class="fnanchor">[1408]</a>!<br />
+Ne m'abandonnez point, soyez-moi plus fidèles<br />
+Que les rigueurs du sort ne se montrent cruelles;<span class="dalign">1230</span><br />
+Et lorsque du trépas les plus noires couleurs<br />
+Viendront à mon esprit figurer mes malheurs<a name="FNanchor_1409" id="FNanchor_1409" href="#Footnote_1409" class="fnanchor">[1409]</a>,<br />
+Figurez aussitôt à mon âme interdite<br />
+Combien je fus heureux par delà mon mérite.<br />
+Lorsque je me plaindrai de leur sévérité,<span class="dalign">1235</span><br />
+Redites-moi l'excès de ma témérité:<br />
+Que d'un si haut dessein ma fortune incapable<br />
+Rendoit ma flamme injuste, et mon espoir coupable;<br />
+Que je fus criminel quand je devins amant,<br />
+Et que ma mort en est le juste châtiment.<span class="dalign">1240</span><br />
+<span class="i1">Quel bonheur m'accompagne à la fin de ma vie!</span><br />
+Isabelle, je meurs pour vous avoir servie;<br />
+Et de quelque tranchant que je souffre les coups,<br />
+Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous.<br />
+Hélas! que je me flatte, et que j'ai d'artifice<span class="dalign">1245</span><br />
+A me dissimuler la honte d'un supplice<a name="FNanchor_1410" id="FNanchor_1410" href="#Footnote_1410" class="fnanchor">[1410]</a>!<br />
+En est-il de plus grand que de quitter ces yeux<br />
+Dont le fatal amour me rend si glorieux?<br />
+L'ombre d'un meurtrier creuse ici ma ruine<a name="FNanchor_1411" id="FNanchor_1411" href="#Footnote_1411" class="fnanchor">[1411]</a>:<span class="pagenum"><a name="Page_502" id="Page_502">502</a></span><br />
+Il succomba vivant, et mort il m'assassine;<span class="dalign">1250</span><br />
+Son nom fait contre moi ce que n'a pu son bras;<br />
+Mille assassins nouveaux naissent de son trépas;<br />
+Et je vois de son sang, fécond en perfidies,<br />
+S'élever contre moi des âmes plus hardies,<br />
+De qui les passions, s'armant d'autorité<a name="FNanchor_1412" id="FNanchor_1412" href="#Footnote_1412" class="fnanchor">[1412]</a>,<span class="dalign">1255</span><br />
+Font un meurtre public avec impunité.<br />
+Demain de mon courage on doit faire un grand crime<a name="FNanchor_1413" id="FNanchor_1413" href="#Footnote_1413" class="fnanchor">[1413]</a>,<br />
+Donner au déloyal ma tête pour victime;<br />
+Et tous pour le pays prennent tant d'intérêt,<br />
+Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt.<span class="dalign">1260</span><br />
+Ainsi de tous côtés ma perte étoit certaine:<br />
+J'ai repoussé la mort, je la reçois pour peine.<br />
+D'un péril évité je tombe en un nouveau,<br />
+Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau.<br />
+Je frémis à penser à ma triste aventure<a name="FNanchor_1414" id="FNanchor_1414" href="#Footnote_1414" class="fnanchor">[1414]</a>;<span class="dalign">1265</span><br />
+Dans le sein du repos je suis à la torture:<br />
+Au milieu de la nuit, et du temps du sommeil,<br />
+Je vois de mon trépas le honteux appareil;<br />
+J'en ai devant les yeux les funestes ministres;<br />
+On me lit du sénat les mandements sinistres;<span class="dalign">1270</span><br />
+Je sors les fers aux pieds; j'entends déjà le bruit<br />
+De l'amas insolent d'un peuple qui me suit<a name="FNanchor_1415" id="FNanchor_1415" href="#Footnote_1415" class="fnanchor">[1415]</a>;<br />
+Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare:<br />
+Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare;<span class="pagenum"><a name="Page_503" id="Page_503">503</a></span><br />
+Je ne découvre rien qui m'ose secourir<a name="FNanchor_1416" id="FNanchor_1416" href="#Footnote_1416" class="fnanchor">[1416]</a>,<span class="dalign">1275</span><br />
+Et la peur de la mort me fait déjà mourir.<br />
+<span class="i1"> Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,</span><br />
+Dissipes ces terreurs et rassures mon âme;<br />
+Et sitôt que je pense à tes divins attraits<a name="FNanchor_1417" id="FNanchor_1417" href="#Footnote_1417" class="fnanchor">[1417]</a>,<br />
+Je vois évanouir ces infâmes portraits.<span class="dalign">1280</span><br />
+Quelques<a name="FNanchor_1418" id="FNanchor_1418" href="#Footnote_1418" class="fnanchor">[1418]</a> rudes assauts que le malheur me livre,<br />
+Garde mon souvenir, et je croirai revivre.<br />
+Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison?<br />
+Ami, que viens-tu faire ici hors de saison?</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE VIII.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap center">LE GEÔLIER</span>, <span class="font90">cependant qu'Isabelle et Lyse paroissent à quartier<a name="FNanchor_1419" id="FNanchor_1419" href="#Footnote_1419" class="fnanchor">[1419]</a>.</span></p>
+
+<p>Les juges assemblés pour punir votre audace,<span class="dalign">1285</span><br />
+Mus de compassion, enfin vous ont fait grâce.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>M'ont fait grâce, bons Dieux!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Oui, vous mourrez de nuit.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>De leur compassion est-ce là tout le fruit?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Que de cette faveur vous tenez peu de conte!<br />
+D'un supplice public c'est vous sauver la honte.<span class="dalign">1290</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_504" id="Page_504">504</a></span>
+<span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Quels encens puis-je offrir aux maîtres de mon sort,<br />
+Dont l'arrêt me fait grâce, et m'envoie à la mort?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Il la faut recevoir avec meilleur visage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Fais ton office, ami, sans causer davantage.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Une troupe d'archers là dehors vous attend;<span class="dalign">1295</span><br />
+Peut-être en les voyant serez-vous plus content.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IX.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, ISABELLE, LYSE, <span class="smcap">le Geôlier</span>.</h4>
+
+<p class="font90 i4"><span class="smcap">ISABELLE</span> dit ces mots à Lyse, cependant que le Geôlier ouvre
+la prison à Clindor<a name="FNanchor_1420" id="FNanchor_1420" href="#Footnote_1420" class="fnanchor">[1420]</a>.</p>
+
+<p>Lyse, nous l'allons voir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Que vous êtes ravie!</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ne le serois-je point de recevoir la vie?<br />
+Son destin et le mien prennent un même cours,<br />
+Et je mourrois du coup qui trancheroit ses jours.<span class="dalign">1300</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>Monsieur, connoissez-vous beaucoup d'archers semblables?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ah! Madame, est-ce vous? surprises adorables<a name="FNanchor_1421" id="FNanchor_1421" href="#Footnote_1421" class="fnanchor">[1421]</a>!<br />
+Trompeur trop obligeant, tu disois bien vraiment<br />
+Que je mourrois de nuit, mais de contentement.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_505" id="Page_505">505</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Clindor!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p><span class="i4">Ne perdons point le temps à ces caresses<a name="FNanchor_1422" id="FNanchor_1422" href="#Footnote_1422" class="fnanchor">[1422]</a>:</span><span class="dalign">1305</span><br />
+Nous aurons tout loisir de flatter nos maîtresses<a name="FNanchor_1423" id="FNanchor_1423" href="#Footnote_1423" class="fnanchor">[1423]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Quoi! Lyse est donc la sienne?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i12">Écoutez le discours</span><br />
+De votre liberté qu'ont produit leurs amours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span></p>
+
+<p>En lieu de sûreté le babil est de mise;<br />
+Mais ici ne songeons qu'à nous ôter de prise.<span class="dalign">1310</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Sauvons-nous: mais avant, promettez-nous tous deux<br />
+Jusqu'au jour d'un hymen de modérer vos feux:<br />
+Autrement, nous rentrons.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i10">Que cela ne vous tienne:</span><br />
+Je vous donne ma foi.</p>
+
+<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span>
+
+<p><span class="i9">Lyse, reçois la mienne.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Sur un gage si beau j'ose tout hasarder<a name="FNanchor_1424" id="FNanchor_1424" href="#Footnote_1424" class="fnanchor">[1424]</a>.<span class="dalign">1315</span></p>
+
+<span class="smcap i6">LE GEÔLIER.</span>
+
+<p>Nous nous amusons trop, il est temps d'évader.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_506" id="Page_506">506</a></span></p>
+
+<h3>SCÈNE X.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Ne craignez plus pour eux ni périls ni disgrâces.<br />
+Beaucoup les poursuivront, mais sans trouver leurs traces.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>A la fin je respire.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i7">Après un tel bonheur,</span><br />
+Deux ans les ont montés en haut degré d'honneur.<span class="dalign">1320</span><br />
+Je ne vous dirai point le cours de leurs voyages,<br />
+S'ils ont trouvé le calme, ou vaincu les orages,<br />
+Ni par quel art non plus ils se sont élevés:<br />
+Ils suffit d'avoir vu comme ils se sont sauvés,<br />
+Et que, sans vous en faire une histoire importune,<span class="dalign">1325</span><br />
+Je vous les vais montrer en leur haute fortune.<br />
+<span class="i1">Mais puisqu'il faut passer à des effets plus beaux,</span><br />
+Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux.<br />
+Ceux que vous avez vus représenter de suite<br />
+A vos yeux étonnés leur amour et leur fuite<a name="FNanchor_1425" id="FNanchor_1425" href="#Footnote_1425" class="fnanchor">[1425]</a>,<span class="dalign">1330</span><br />
+N'étant pas destinés aux hautes fonctions,<br />
+N'ont point assez d'éclat pour leurs conditions.</p>
+
+<p class="p2 center"><small><b>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_507" id="Page_507">507</a></span></p>
+
+<h2>ACTE V.</h2>
+<hr class="c5" />
+
+<h3>SCÈNE PREMIÈRE.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Qu'Isabelle est changée et qu'elle est éclatante!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Lyse marche après elle, et lui sert de suivante;<br />
+Mais derechef surtout n'ayez aucun effroi,<span class="dalign">1335</span><br />
+Et de ce lieu fatal ne sortez qu'après moi:<br />
+Je vous le dis encore, il y va de la vie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Cette condition m'en ôte assez l'envie<a name="FNanchor_1426" id="FNanchor_1426" href="#Footnote_1426" class="fnanchor">[1426]</a>.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE II.</h3>
+
+<h4 class="p2">ISABELLE, représentant Hippolyte;
+LYSE, représentant Clarine<a name="FNanchor_1427" id="FNanchor_1427" href="#Footnote_1427" class="fnanchor">[1427]</a>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Ce divertissement n'aura-t-il point de fin?<br />
+Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin?<span class="dalign">1340</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je ne puis plus cacher le sujet qui m'amène:<br />
+C'est grossir mes douleurs que de taire ma peine.<br />
+<span class="i1">Le prince Florilame....</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_508" id="Page_508">508</a></span>
+<span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Eh bien! il est absent.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>C'est la source des maux que mon âme ressent<a name="FNanchor_1428" id="FNanchor_1428" href="#Footnote_1428" class="fnanchor">[1428]</a>;<br />
+Nous sommes ses voisins, et l'amour qu'il nous porte<span class="dalign">1345</span><br />
+Dedans son grand jardin nous permet cette porte.<br />
+La princesse Rosine, et mon perfide époux,<br />
+Durant qu'il est absent en font leur rendez-vous:<br />
+Je l'attends au passage, et lui ferai connoître<br />
+Que je ne suis pas femme à rien souffrir d'un traître.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Madame, croyez-moi, loin de le quereller,<br />
+Vous ferez beaucoup mieux de tout dissimuler<a name="FNanchor_1429" id="FNanchor_1429" href="#Footnote_1429" class="fnanchor">[1429]</a>:<br />
+Il nous vient peu de fruit de telles jalousies<a name="FNanchor_1430" id="FNanchor_1430" href="#Footnote_1430" class="fnanchor">[1430]</a>;<br />
+Un homme en court plus tôt après ses fantaisies<a name="FNanchor_1431" id="FNanchor_1431" href="#Footnote_1431" class="fnanchor">[1431]</a>;<br />
+Il est toujours le maître, et tout notre discours<a name="FNanchor_1432" id="FNanchor_1432" href="#Footnote_1432" class="fnanchor">[1432]</a>,<span class="dalign">1355</span><br />
+Par un contraire effet, l'obstine en ses amours.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je dissimulerai son adultère flamme!<br />
+Une autre aura son c&oelig;ur, et moi le nom de femme<a name="FNanchor_1433" id="FNanchor_1433" href="#Footnote_1433" class="fnanchor">[1433]</a>!<br />
+Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi?<br />
+Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi?<span class="dalign">1360</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Cela fut bon jadis; mais au temps où nous sommes,<br />
+Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes:<br />
+Leur gloire a son brillant et ses règles à part<a name="FNanchor_1434" id="FNanchor_1434" href="#Footnote_1434" class="fnanchor">[1434]</a>;<br />
+Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard;<br />
+Elle croît aux dépens de nos lâches foiblesses;<span class="dalign">1365</span><span class="pagenum"><a name="Page_509" id="Page_509">509</a></span><br />
+L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Ote-moi cet honneur et cette vanité,<br />
+De se mettre en crédit par l'infidélité.<br />
+Si pour haïr le change et vivre sans amie<br />
+Un homme tel que lui tombe dans l'infamie<a name="FNanchor_1435" id="FNanchor_1435" href="#Footnote_1435" class="fnanchor">[1435]</a>,<span class="dalign">1370</span><br />
+Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix;<br />
+S'il en est méprisé, j'estime ce mépris.<br />
+Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme<br />
+Aux maris vertueux est un illustre blâme.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Madame, il vient d'entrer; la porte a fait du bruit.<span class="dalign">1375</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Retirons-nous, qu'il passe.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<span class="i10">Il vous voit et vous suit.</span>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE III.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant
+Hippolyte; LYSE, représentant Clarine.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises:<br />
+Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises<a name="FNanchor_1436" id="FNanchor_1436" href="#Footnote_1436" class="fnanchor">[1436]</a>?<span class="pagenum"><a name="Page_510" id="Page_510">510</a></span><br />
+Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien?<br />
+Ne fuyez plus, Madame, et n'appréhendez rien:<span class="dalign">1380</span><br />
+Florilame est absent, ma jalouse<a name="FNanchor_1437" id="FNanchor_1437" href="#Footnote_1437" class="fnanchor">[1437]</a> endormie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>En êtes-vous bien sûr?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Ah! fortune ennemie!</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je veille, déloyal: ne crois plus m'aveugler;<br />
+Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair:<br />
+Je vois tous mes soupçons passer en certitudes,<span class="dalign">1385</span><br />
+Et ne puis plus douter de tes ingratitudes:<br />
+Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret.<br />
+O l'esprit avisé pour un amant discret!<br />
+Et que c'est en amour une haute prudence<br />
+D'en faire avec sa femme entière confidence!<span class="dalign">1390</span><br />
+Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi?<br />
+Qu'as-tu fait de ton c&oelig;ur? qu'as-tu fait de ta foi?<br />
+Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne<br />
+De combien différoient ta fortune et la mienne,<br />
+De combien de rivaux je dédaignai les v&oelig;ux;<span class="dalign">1395</span><br />
+Ce qu'un simple soldat pouvoit être auprès d'eux:<br />
+Quelle tendre amitié je recevois d'un père!<br />
+Je le quittai pourtant pour suivre ta misère<a name="FNanchor_1438" id="FNanchor_1438" href="#Footnote_1438" class="fnanchor">[1438]</a>;<span class="pagenum"><a name="Page_511" id="Page_511">511</a></span><br />
+Et je tendis les bras à mon enlèvement,<br />
+Pour soustraire ma main à son commandement<a name="FNanchor_1439" id="FNanchor_1439" href="#Footnote_1439" class="fnanchor">[1439]</a>.<span class="dalign">1400</span><br />
+En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite<br />
+Les hasards dont le sort a traversé ta fuite!<br />
+Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur<br />
+Élevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur!<br />
+Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée,<span class="dalign">1405</span><br />
+Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée<a name="FNanchor_1440" id="FNanchor_1440" href="#Footnote_1440" class="fnanchor">[1440]</a>.<br />
+L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder,<br />
+Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder<a name="FNanchor_1441" id="FNanchor_1441" href="#Footnote_1441" class="fnanchor">[1441]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ne me reproche plus ta fuite ni ta flamme:<br />
+Que ne fait point l'amour quand il possède une âme?<span class="dalign">1410</span><br />
+Son pouvoir à ma vue attachoit tes plaisirs,<br />
+Et tu me suivois moins que tes propres desirs.<br />
+J'étois lors peu de chose: oui, mais qu'il te souvienne<br />
+Que ta fuite égala ta fortune à la mienne,<br />
+Et que pour t'enlever c'étoit un foible appas<a name="FNanchor_1442" id="FNanchor_1442" href="#Footnote_1442" class="fnanchor">[1442]</a><span class="dalign">1415</span><br />
+Que l'éclat de tes biens qui ne te suivoient pas.<br />
+Je n'eus, de mon côté, que l'épée en partage,<br />
+Et ta flamme, du tien, fut mon seul avantage:<br />
+Celle-là m'a fait grand en ces bords étrangers;<br />
+L'autre exposa ma tête à cent et cent dangers<a name="FNanchor_1443" id="FNanchor_1443" href="#Footnote_1443" class="fnanchor">[1443]</a>.<span class="dalign">1420</span><br />
+<span class="i1">Regrette maintenant ton père et ses richesses;</span><br />
+Fâche-toi de marcher à côté des princesses;<br />
+Retourne en ton pays chercher avec tes biens<a name="FNanchor_1444" id="FNanchor_1444" href="#Footnote_1444" class="fnanchor">[1444]</a><br />
+L'honneur d'un rang pareil à celui que tu tiens.<br />
+De quel manque, après tout, as-tu lieu de te plaindre?<span class="pagenum"><a name="Page_512" id="Page_512">512</a></span><br />
+En quelle occasion m'as-tu vu te contraindre?<br />
+As-tu reçu de moi ni froideurs, ni mépris?<br />
+Les femmes, à vrai dire, ont d'étranges esprits!<br />
+Qu'un mari les adore, et qu'un amour extrême<a name="FNanchor_1445" id="FNanchor_1445" href="#Footnote_1445" class="fnanchor">[1445]</a><br />
+A leur bizarre humeur le soumette lui-même<a name="FNanchor_1446" id="FNanchor_1446" href="#Footnote_1446" class="fnanchor">[1446]</a>,<span class="dalign">1430</span><br />
+Qu'il les comble d'honneurs et de bons traitements,<br />
+Qu'il ne refuse rien à leurs contentements:<br />
+S'il fait la moindre brèche à la foi conjugale<a name="FNanchor_1447" id="FNanchor_1447" href="#Footnote_1447" class="fnanchor">[1447]</a>,<br />
+Il n'est point à leur gré de crime qui l'égale;<br />
+C'est vol, c'est perfidie, assassinat, poison,<span class="dalign">1435</span><br />
+C'est massacrer son père et brûler sa maison:<br />
+Et jadis des Titans l'effroyable supplice<br />
+Tomba sur Encelade avec moins de justice.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Je te l'ai déjà dit, que toute ta grandeur<br />
+Ne fut jamais l'objet de ma sincère ardeur.<span class="dalign">1440</span><br />
+Je ne suivois que toi, quand je quittai mon père;<br />
+Mais puisque ces grandeurs t'ont fait l'âme légère,<br />
+Laisse mon intérêt: songe à qui tu les dois<a name="FNanchor_1448" id="FNanchor_1448" href="#Footnote_1448" class="fnanchor">[1448]</a>.<br />
+<span class="i1">Florilame lui seul t'a mis où tu te vois:</span><br />
+A peine il te connut qu'il te tira de peine;<span class="dalign">1445</span><br />
+De soldat vagabond il te fit capitaine;<span class="pagenum"><a name="Page_513" id="Page_513">513</a></span><br />
+Et le rare bonheur qui suivit cet emploi<br />
+Joignit à ses faveurs les faveurs de son roi.<br />
+Quelle forte amitié n'a-t-il point fait paroître<br />
+A cultiver depuis ce qu'il avoit fait naître?<span class="dalign">1450</span><br />
+Par ses soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui<a name="FNanchor_1449" id="FNanchor_1449" href="#Footnote_1449" class="fnanchor">[1449]</a><br />
+Un peu moindre de rang, mais plus puissant que lui?<br />
+Il eût gagné par là l'esprit le plus farouche,<br />
+Et pour remercîment tu veux souiller sa couche<a name="FNanchor_1450" id="FNanchor_1450" href="#Footnote_1450" class="fnanchor">[1450]</a>!<br />
+Dans ta brutalité trouve quelques raisons,<span class="dalign">1455</span><br />
+Et contre ses faveurs défends tes trahisons.<br />
+Il t'a comblé de biens, tu lui voles son âme!<br />
+Il t'a fait grand seigneur, et tu le rends infâme!<br />
+Ingrat, c'est donc ainsi que tu rends les bienfaits<a name="FNanchor_1451" id="FNanchor_1451" href="#Footnote_1451" class="fnanchor">[1451]</a>?<br />
+Et ta reconnoissance a produit ces effets?<span class="dalign">1460</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Mon âme (car encor ce beau nom te demeure,<br />
+Et te demeurera jusqu'à tant que je meure),<br />
+Crois-tu qu'aucun respect ou crainte du trépas<br />
+Puisse obtenir sur moi ce que tu n'obtiens pas?<br />
+Dis que je suis ingrat, appelle-moi parjure;<span class="dalign">1465</span><br />
+Mais à nos feux sacrés ne fais plus tant d'injure:<br />
+Ils conservent encor leur première vigueur;<br />
+Et si le fol amour qui m'a surpris le c&oelig;ur<a name="FNanchor_1452" id="FNanchor_1452" href="#Footnote_1452" class="fnanchor">[1452]</a><br />
+Avoit pu s'étouffer au point de sa naissance,<br />
+Celui que je te porte eût eu cette puissance;<span class="dalign">1470</span><br />
+Mais en vain mon devoir tâche à lui résister<a name="FNanchor_1453" id="FNanchor_1453" href="#Footnote_1453" class="fnanchor">[1453]</a>:<br />
+Toi-même as éprouvé qu'on ne le peut dompter.<br />
+Ce dieu qui te força d'abandonner ton père,<span class="pagenum"><a name="Page_514" id="Page_514">514</a></span><br />
+Ton pays et tes biens, pour suivre ma misère,<br />
+Ce dieu même aujourd'hui force tous mes desirs<a name="FNanchor_1454" id="FNanchor_1454" href="#Footnote_1454" class="fnanchor">[1454]</a><span class="dalign">1475</span><br />
+A te faire un larcin de deux ou trois soupirs.<br />
+A mon égarement souffre cette échappée,<br />
+Sans craindre que ta place en demeure usurpée.<br />
+L'amour dont la vertu n'est point le fondement<br />
+Se détruit de soi-même, et passe en un moment;<span class="dalign">1480</span><br />
+Mais celui qui nous joint est un amour solide<a name="FNanchor_1455" id="FNanchor_1455" href="#Footnote_1455" class="fnanchor">[1455]</a>,<br />
+Où l'honneur a son lustre, où la vertu préside:<br />
+Sa durée a toujours quelques nouveaux appas<a name="FNanchor_1456" id="FNanchor_1456" href="#Footnote_1456" class="fnanchor">[1456]</a>,<br />
+Et ses fermes liens durent jusqu'au trépas.<br />
+Mon âme, derechef pardonne à la surprise<span class="dalign">1485</span><br />
+Que ce tyran des c&oelig;urs a faite<a name="FNanchor_1457" id="FNanchor_1457" href="#Footnote_1457" class="fnanchor">[1457]</a> à ma franchise;<br />
+Souffre une folle ardeur qui ne vivra qu'un jour,<br />
+Et qui n'affoiblit point le conjugal amour<a name="FNanchor_1458" id="FNanchor_1458" href="#Footnote_1458" class="fnanchor">[1458]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Hélas! que j'aide bien à m'abuser moi-même!<br />
+Je vois qu'on me trahit, et veux croire qu'on m'aime<a name="FNanchor_1459" id="FNanchor_1459" href="#Footnote_1459" class="fnanchor">[1459]</a>;<br />
+Je me laisse charmer à ce discours flatteur,<br />
+Et j'excuse un forfait dont j'adore l'auteur.<br />
+<span class="i1">Pardonne, cher époux, au peu de retenue</span><br />
+Où d'un premier transport la chaleur est venue:<br />
+C'est en ces incidents manquer d'affection<span class="dalign">1495</span><span class="pagenum"><a name="Page_515" id="Page_515">515</a></span><br />
+Que de les voir sans trouble et sans émotion.<br />
+Puisque mon teint se fane et ma beauté se passe,<br />
+Il est bien juste aussi que ton amour se lasse;<br />
+Et même je croirai que ce feu passager<br />
+En l'amour conjugal ne pourra rien changer:<span class="dalign">1500</span><br />
+Songe un peu toutefois à qui ce feu s'adresse,<br />
+En quel péril te jette une telle maîtresse.<br />
+<span class="i1">Dissimule, déguise, et sois amant discret.</span><br />
+Les grands en leur amour n'ont jamais de secret;<br />
+Ce grand train qu'à leurs pas leur grandeur propre attache<br />
+N'est qu'un grand corps tout d'yeux à qui rien ne se cache,<br />
+Et dont il n'est pas un qui ne fît son effort<br />
+A se mettre en faveur par un mauvais rapport.<br />
+Tôt ou tard Florilame apprendra tes pratiques,<br />
+Ou de sa défiance, ou de ses domestiques;<span class="dalign">1510</span><br />
+Et lors (à ce penser je frissonne d'horreur)<br />
+A quelle extrémité n'ira point sa fureur!<br />
+Puisqu'à ces passe-temps ton humeur te convie,<br />
+Cours après tes plaisirs, mais assure ta vie.<br />
+Sans aucun sentiment je te verrai changer,<span class="dalign">1515</span><br />
+Lorsque tu changeras sans te mettre en danger<a name="FNanchor_1460" id="FNanchor_1460" href="#Footnote_1460" class="fnanchor">[1460]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Encore une fois donc tu veux que je te die<br />
+Qu'auprès de mon amour je méprise ma vie?<br />
+Mon âme est trop atteinte, et mon c&oelig;ur trop blessé,<br />
+Pour craindre les périls dont je suis menacé.<span class="dalign">1520</span><br />
+Ma passion m'aveugle, et pour cette conquête<br />
+Croit hasarder trop peu de hasarder ma tête:<br />
+C'est un feu que le temps pourra seul modérer;<br />
+C'est un torrent qui passe et ne sauroit durer.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Eh bien! cours au trépas, puisqu'il a tant de charmes,<span class="pagenum"><a name="Page_516" id="Page_516">516</a></span><br />
+Et néglige ta vie aussi bien que mes larmes.<br />
+Penses-tu que ce prince, après un tel forfait,<br />
+Par ta punition se tienne satisfait?<br />
+Qui sera mon appui lorsque ta mort infâme<br />
+A sa juste vengeance exposera ta femme,<span class="dalign">1530</span><br />
+Et que sur la moitié d'un perfide étranger<br />
+Une seconde fois il croira se venger?<br />
+Non, je n'attendrai pas que ta perte certaine<br />
+Puisse attirer sur moi les restes de ta peine<a name="FNanchor_1461" id="FNanchor_1461" href="#Footnote_1461" class="fnanchor">[1461]</a>,<br />
+Et que de mon honneur, gardé si chèrement,<span class="dalign">1535</span><br />
+Il fasse un sacrifice à son ressentiment.<br />
+Je préviendrai la honte où ton malheur me livre,<br />
+Et saurai bien mourir, si tu ne veux pas vivre.<br />
+Ce corps, dont mon amour t'a fait le possesseur,<br />
+Ne craindra plus bientôt l'effort d'un ravisseur.<span class="dalign">1540</span><br />
+J'ai vécu pour t'aimer, mais non pour l'infamie<br />
+De servir au mari de ton illustre amie.<br />
+Adieu: je vais du moins, en mourant avant toi<a name="FNanchor_1462" id="FNanchor_1462" href="#Footnote_1462" class="fnanchor">[1462]</a>,<br />
+Diminuer ton crime, et dégager ta foi.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change<br />
+Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range.<br />
+<span class="i1">M'aimer malgré mon crime, et vouloir par ta mort</span><br />
+Éviter le hasard de quelque indigne effort!<br />
+Je ne sais qui je dois admirer davantage,<br />
+Ou de ce grand amour, ou de ce grand courage;<span class="dalign">1550</span><br />
+Tous les deux m'ont vaincu: je reviens sous tes lois,<br />
+Et ma brutale ardeur va rendre les abois;<br />
+C'en est fait, elle expire, et mon âme plus saine<br />
+Vient de rompre les n&oelig;uds de sa honteuse chaîne.<br />
+Mon c&oelig;ur, quand il fut pris, s'étoit mal défendu:<span class="dalign">1555</span><br />
+Perds-en le souvenir.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_517" id="Page_517">517</a></span>
+<span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">Je l'ai déjà perdu.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">CLINDOR.</span></p>
+
+<p>Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre<br />
+Conspirent désormais à me faire la guerre<a name="FNanchor_1463" id="FNanchor_1463" href="#Footnote_1463" class="fnanchor">[1463]</a>;<br />
+Ce c&oelig;ur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux,<br />
+N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux<a name="FNanchor_1464" id="FNanchor_1464" href="#Footnote_1464" class="fnanchor">[1464]</a>.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p>Madame, quelqu'un vient.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE IV.</h3>
+
+<h4 class="p2">CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant
+Hippolyte; LYSE, représentant Clarine; ÉRASTE, <span class="smcap">troupe
+de domestiques de Florilame</span>.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6 font90">ÉRASTE</span>, poignardant Clindor.</p>
+
+<p><span class="i9">Reçois, traître, avec joie</span><br />
+Les faveurs que par nous ta maîtresse t'envoie.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT</span>, <span class="font90">à Alcandre.</span></p>
+
+<p>On l'assassine, ô Dieux! daignez le secourir.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÉRASTE.</span></p>
+
+<p>Puissent les suborneurs ainsi toujours périr!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p>Qu'avez-vous fait, bourreaux?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ÉRASTE.</span></p>
+
+<p><span class="i11">Un juste et grand exemple,</span><br />
+Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple,<br />
+Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang,<br />
+A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang.<br />
+Notre main a vengé le prince Florilame,<br />
+La princesse outragée, et vous-même, Madame,<span class="dalign">1570</span><br />
+Immolant à tous trois un déloyal époux,<span class="pagenum"><a name="Page_518" id="Page_518">518</a></span><br />
+Qui ne méritoit pas la gloire d'être à vous.<br />
+D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice,<br />
+Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice.<br />
+Adieu.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ISABELLE.</span></p>
+
+<p><span class="i3">Vous ne l'avez massacré qu'à demi:</span><span class="dalign">1575</span><br />
+Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;<br />
+Achevez, assassins, de m'arracher la vie.<br />
+<span class="i1">Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie!</span><br />
+Et de mon c&oelig;ur jaloux les secrets mouvements<br />
+N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments!<span class="dalign">1580</span><br />
+O clarté trop fidèle, hélas! et trop tardive,<br />
+Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive!<br />
+Falloit-il.... Mais j'étouffe, et, dans un tel malheur,<br />
+Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur;<br />
+Son vif excès me tue ensemble et me console,<span class="dalign">1585</span><br />
+Et puisqu'il nous rejoint....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">LYSE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">Elle perd la parole.</span><br />
+Madame.... Elle se meurt; épargnons les discours,<br />
+Et courons au logis appeler du secours.</p>
+
+<p class="font90 i2">(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et les corps de Clindor
+et d'Isabelle, et le Magicien et le père sortent de la grotte.)</p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3>SCÈNE V.</h3>
+
+<h4 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h4>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Ainsi de notre espoir la fortune se joue:<br />
+Tout s'élève ou s'abaisse au branle de sa roue;<span class="dalign">1590</span><br />
+Et son ordre inégal, qui régit l'univers,<br />
+Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Cette réflexion, mal propre pour un père,<span class="pagenum"><a name="Page_519" id="Page_519">519</a></span><br />
+Consoleroit peut-être une douleur légère;<br />
+Mais après avoir vu mon fils assassiné,<span class="dalign">1595</span><br />
+Mes plaisirs foudroyés, mon espoir ruiné,<br />
+J'aurois d'un si grand coup l'âme bien peu blessée,<br />
+Si de pareils discours m'entroient dans la pensée.<br />
+Hélas! dans sa misère il ne pouvoit périr;<br />
+Et son bonheur fatal lui seul l'a fait mourir.<span class="dalign">1600</span><br />
+<span class="i1"> N'attendez pas de moi des plaintes davantage:</span><br />
+La douleur qui se plaint cherche qu'on la soulage;<br />
+La mienne court après son déplorable sort.<br />
+Adieu; je vais mourir, puisque mon fils est mort.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+D'un juste désespoir l'effort est légitime,<span class="dalign">1605</span><br />
+Et de le détourner je croirois faire un crime.<br />
+Oui, suivez ce cher fils sans attendre à demain;<br />
+Mais épargnez du moins ce coup à votre main;<br />
+Laissez faire aux douleurs qui rongent vos entrailles,<br />
+Et pour les redoubler voyez ses funérailles.<span class="dalign">1610</span>
+
+<p class="font90 i2">(Ici on relève la toile, et tous les comédiens paroissent avec leur portier<a name="FNanchor_1465" id="FNanchor_1465" href="#Footnote_1465" class="fnanchor">[1465]</a>,
+qui comptent de l'argent sur une table, et en prennent chacun
+leur part<a name="FNanchor_1466" id="FNanchor_1466" href="#Footnote_1466" class="fnanchor">[1466]</a>.)</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_520" id="Page_520">520</a></span>
+<span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Que vois-je? chez les morts compte-t-on de l'argent?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Voyez si pas un d'eux s'y montre négligent.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Je vois Clindor! ah Dieux! quelle étrange surprise<a name="FNanchor_1467" id="FNanchor_1467" href="#Footnote_1467" class="fnanchor">[1467]</a>!<br />
+Je vois ses assassins, je vois sa femme et Lyse!<br />
+Quel charme en un moment étouffe leurs discords,<span class="dalign">1615</span><br />
+Pour assembler ainsi les vivants et les morts?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique,<br />
+Leur poëme récité, partagent leur pratique:<br />
+L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié;<br />
+Mais la scène préside à leur inimitié.<span class="dalign">1620</span><br />
+Leurs vers font leurs combats, leur mort suit leurs paroles<a name="FNanchor_1468" id="FNanchor_1468" href="#Footnote_1468" class="fnanchor">[1468]</a>,<br />
+Et, sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,<br />
+Le traître et le trahi, le mort et le vivant,<br />
+Se trouvent à la fin amis comme devant.<br />
+<span class="i1">Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite,</span><span class="dalign">1625</span><br />
+D'un père et d'un prévôt éviter la poursuite;<br />
+Mais tombant dans les mains de la nécessité,<br />
+Ils ont pris le théâtre en cette extrémité.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Mon fils comédien!</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i8">D'un art si difficile</span><br />
+Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile<a name="FNanchor_1469" id="FNanchor_1469" href="#Footnote_1469" class="fnanchor">[1469]</a>;<span class="dalign">1630</span><span class="pagenum"><a name="Page_521" id="Page_521">521</a></span><br />
+Et depuis sa prison, ce que vous avez vu,<br />
+Son adultère amour, son trépas imprévu<a name="FNanchor_1470" id="FNanchor_1470" href="#Footnote_1470" class="fnanchor">[1470]</a>,<br />
+N'est que la triste fin d'une pièce tragique<br />
+Qu'il expose aujourd'hui sur la scène publique,<br />
+Par où ses compagnons en ce noble métier<a name="FNanchor_1471" id="FNanchor_1471" href="#Footnote_1471" class="fnanchor">[1471]</a><span class="dalign">1635</span><br />
+Ravissent à Paris un peuple tout entier<a name="FNanchor_1472" id="FNanchor_1472" href="#Footnote_1472" class="fnanchor">[1472]</a>.<br />
+Le gain leur en demeure, et ce grand équipage,<br />
+Dont je vous ai fait voir le superbe étalage,<br />
+Est bien à votre fils, mais non pour s'en parer<br />
+Qu'alors que sur la scène il se fait admirer.<span class="dalign">1640</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>J'ai pris sa mort pour vraie, et ce n'étoit que feinte:<br />
+Mais je trouve partout mêmes sujets de plainte.<br />
+Est-ce là cette gloire, et ce haut rang d'honneur<br />
+Où le devoit monter l'excès de son bonheur?</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre<span class="dalign">1645</span><br />
+Est en un point si haut que chacun l'idolâtre<a name="FNanchor_1473" id="FNanchor_1473" href="#Footnote_1473" class="fnanchor">[1473]</a>,<br />
+Et ce que votre temps voyoit avec mépris<br />
+Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits,<br />
+L'entretien de Paris, le souhait des provinces,<br />
+Le divertissement le plus doux de nos princes,<span class="dalign">1650</span><br />
+Les délices du peuple, et le plaisir des grands:<br />
+Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps<a name="FNanchor_1474" id="FNanchor_1474" href="#Footnote_1474" class="fnanchor">[1474]</a>;<br />
+Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde<br />
+Par ses illustres soins conserver tout le monde,<br />
+Trouvent dans les douceurs d'un spectacle si beau<span class="dalign">1655</span><br />
+De quoi se délasser d'un si pesant fardeau.<span class="pagenum"><a name="Page_522" id="Page_522">522</a></span><br />
+Même notre grand Roi, ce foudre de la guerre,<br />
+Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre,<br />
+Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois<br />
+Prêter l'&oelig;il et l'oreille au Théâtre françois:<span class="dalign">1660</span><br />
+C'est là que le Parnasse étale ses merveilles;<br />
+Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles;<br />
+Et tous ceux qu'Apollon voit d'un meilleur regard<br />
+De leurs doctes travaux lui donnent quelque part.<br />
+<span class="i1">D'ailleurs, si par les biens on prise les personnes<a name="FNanchor_1475" id="FNanchor_1475" href="#Footnote_1475" class="fnanchor">[1475]</a>,</span><span class="dalign">1665</span><br />
+Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes;<br />
+Et votre fils rencontre en un métier si doux<br />
+Plus d'accommodement qu'il n'eût trouvé chez vous<a name="FNanchor_1476" id="FNanchor_1476" href="#Footnote_1476" class="fnanchor">[1476]</a>.<br />
+Défaites-vous enfin de cette erreur commune,<br />
+Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune.<span class="dalign">1670</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Je n'ose plus m'en plaindre, et vois trop de combien<br />
+Le métier qu'il a pris est meilleur que le mien.<br />
+Il est vrai que d'abord mon âme s'est émue:<br />
+J'ai cru la comédie au point où je l'ai vue;<br />
+J'en ignorois l'éclat, l'utilité, l'appas,<span class="dalign">1675</span><br />
+Et la blâmois ainsi, ne la connaissant pas,<br />
+Mais depuis vos discours mon c&oelig;ur plein d'allégresse<br />
+A banni cette erreur avecque sa tristesse<a name="FNanchor_1477" id="FNanchor_1477" href="#Footnote_1477" class="fnanchor">[1477]</a>.<br />
+Clindor a trop bien fait.</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p><span class="i9">N'en croyez que vos yeux.</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Demain, pour ce sujet, j'abandonne ces lieux;<span class="dalign">1680</span><br />
+Je vole vers Paris. Cependant, grand Alcandre,<br />
+Quelles grâces ici ne vous dois-je point rendre<a name="FNanchor_1478" id="FNanchor_1478" href="#Footnote_1478" class="fnanchor">[1478]</a>?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_523" id="Page_523">523</a></span>
+<span class="smcap i6">ALCANDRE.</span></p>
+
+<p>Servir les gens d'honneur est mon plus grand desir:<br />
+J'ai pris ma récompense en vous faisant plaisir.<br />
+Adieu: je suis content, puisque je vous vois l'être.<span class="dalign">1685</span></p>
+
+<p><span class="smcap i6">PRIDAMANT.</span></p>
+
+<p>Un si rare bienfait ne se peut reconnoître:<br />
+Mais, grand Mage, du moins croyez qu'à l'avenir<br />
+Mon âme en gardera l'éternel souvenir.</p>
+
+<p class="p2 center ni3"><small><b>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</b></small></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_524" id="Page_524">524</a></span></p>
+
+<h3>COMPLÉMENT</h3>
+<h2>DES VARIANTES.</h2>
+
+<div class="font90 verse">
+<p><span class="ni4">1560 <i>Var.</i> [N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour Dieux:]</span><br />
+Que leurs attraits unis....<span class="smcap">LYSE.</span> La princesse s'avance,<br />
+Madame. <span class="smcap">CLIND.</span> Cachez-vous, et nous faites silence.<br />
+Écoute-nous, mon âme, et par notre entretien<br />
+Juge si son objet m'est plus cher que le tien.</p>
+
+<h4>SCÈNE IV.</h4>
+
+<h5>CLINDOR<a name="FNanchor_1479" id="FNanchor_1479" href="#Footnote_1479" class="fnanchor">[1479]</a>, ROSINE.</h5>
+
+<p><span class="smcap">ROS.</span> Débarrassée enfin d'une importune suite,<br />
+Je remets à l'amour le soin de ma conduite,<br />
+Et pour trouver l'auteur de ma félicité,<br />
+Je prends un guide aveugle en cette obscurité.<br />
+Mais que son épaisseur me dérobe la vue!<br />
+Le moyen de le voir ou d'en être aperçue!<br />
+Voici la grande allée, il devroit être ici,<br />
+Et j'entrevois quelqu'un. Est-ce toi, mon souci?<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, ôtez ce mot dont la feinte se joue,<br />
+Et que votre vertu dans l'âme désavoue:<br />
+C'est assez déguisé, ne dissimulez plus<br />
+L'horreur que vous avez de mes feux dissolus.<br />
+Vous avez voulu voir jusqu'à quelle insolence<br />
+D'une amour déréglée iroit la violence,<br />
+Vous l'avez vu, Madame, et c'est pour la punir<br />
+Que vos ressentiments vous font ici venir.<br />
+Faites sortir vos gens destinés à ma perte,<br />
+N'épargnez point ma tête; elle vous est offerte:<br />
+Je veux bien par ma mort apaiser vos beaux yeux,<br />
+Et ce n'est pas l'espoir qui m'amène en ces lieux.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Donc au lieu d'un amour rempli d'impatience,<br />
+Je ne rencontre en toi que de la défiance?<br />
+As-tu l'esprit troublé de quelque illusion?<br />
+Est-ce ainsi qu'un guerrier tremble à l'occasion?<br />
+Je suis seule, et toi seul, d'où te vient cet ombrage?<span class="pagenum"><a name="Page_525" id="Page_525">525</a></span><br />
+Te faut-il de ma flamme un plus grand témoignage?<br />
+Crois que je suis sans feinte à toi jusqu'à la mort.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Je me garderai bien de vous faire ce tort:<br />
+Une grande princesse a la vertu plus chère.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Si tu m'aimes, mon c&oelig;ur, quitte cette chimère.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Ce n'en est point, Madame, et je crois voir en vous<br />
+Plus de fidélité pour un si digne époux.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Je la quitte pour toi; mais, Dieux! que je m'abuse,<br />
+De ne voir pas encor qu'un ingrat me refuse!<br />
+Son c&oelig;ur n'est plus que glace, et mon aveugle ardeur<br />
+Impute à défiance un excès de froideur.<br />
+Va, traître, va, parjure, après m'avoir séduite,<br />
+Ce sont là des discours d'une mauvaise suite:<br />
+Alors que je me rends, de quoi me parles-tu?<br />
+Et qui t'amène ici me prêcher la vertu?<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Mon respect, mon devoir et ma reconnoissance<br />
+Dessus mes passions ont eu cette puissance.<br />
+Je vous aime, Madame, et mon fidèle amour<br />
+Depuis qu'on l'a vu naître a crû de jour en jour;<br />
+Mais que ne dois-je point au prince Florilame?<br />
+C'est lui dont le respect triomphe de ma flamme:<br />
+Après que sa faveur m'a fait ce que je suis....<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Tu t'en veux souvenir pour me combler d'ennuis.<br />
+Quoi! son respect peut plus que l'ardeur qui te brûle?<br />
+L'incomparable ami, mais l'amant ridicule,<br />
+D'adorer une femme et s'en voir si chéri,<br />
+Et craindre au rendez-vous d'offenser un mari!<br />
+Traître, il n'en est plus temps: quand tu me fis paroître<br />
+Cette excessive amour qui commençoit à naître,<br />
+Et que le doux appas d'un discours suborneur<br />
+Avec un faux mérite attaqua mon honneur,<br />
+C'est lors qu'il te falloit à ta flamme infidèle<br />
+Opposer le respect d'une amitié si belle,<br />
+Et tu ne devois pas attendre à l'écouter<br />
+Quand mon esprit charmé ne le pourroit goûter.<br />
+Tes raisons vers tous deux sont de foibles défenses:<br />
+Tu l'offensas alors, aujourd'hui tu m'offenses<a name="FNanchor_1480" id="FNanchor_1480" href="#Footnote_1480" class="fnanchor">[1480]</a>;<br />
+Tu m'aimois plus que lui, tu l'aimes plus que moi.<br />
+Crois-tu donc à mon c&oelig;ur donner ainsi la loi<a name="FNanchor_1481" id="FNanchor_1481" href="#Footnote_1481" class="fnanchor">[1481]</a>,<br />
+Que ma flamme à ton gré s'éteigne ou s'entretienne,<br />
+Et que ma passion suive toujours la tienne?<br />
+Non, non, usant si mal de ce qui t'est permis,<br />
+Loin d'en éviter un, tu fais deux ennemis.<br />
+Je sais trop les moyens d'une vengeance aisée:<br />
+Phèdre contre Hippolyte aveugla bien Thésée,<br />
+Et ma plainte armera plus de sévérité<span class="pagenum"><a name="Page_526" id="Page_526">526</a></span><br />
+Avec moins d'injustice et plus de vérité.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Je sais bien que j'ai tort, et qu'après mon audace<br />
+Je vous fais un discours de fort mauvaise grâce;<br />
+Qu'il sied mal à ma bouche, et que ce grand respect<br />
+Agit un peu bien tard pour n'être point suspect;<br />
+Mais pour souffrir plus tôt la raison dans mon âme,<br />
+Vous aviez trop d'appas, et mon c&oelig;ur trop de flamme:<br />
+Elle n'a triomphé qu'après un long combat.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Tu crois donc triompher lorsque ton c&oelig;ur s'abat?<br />
+Si tu nommes victoire un manque de courage,<br />
+Appelle encor service un si cruel outrage,<br />
+Et puisque me trahir, c'est suivre la raison,<br />
+Dis-moi que tu me sers par cette trahison.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, est-ce vous rendre un si mauvais service,<br />
+De sauver votre honneur d'un mortel précipice?<br />
+Cet honneur qu'une dame a plus cher que les yeux....<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Cesse de m'étourdir de ces noms odieux.<br />
+N'as-tu jamais appris que ces vaines chimères<br />
+Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères,<br />
+Ces vieux contes d'honneur n'ont point d'impressions<br />
+Qui puissent arrêter les fortes passions?<br />
+Perfide, est-ce de moi que tu le dois apprendre?<br />
+Dieux! jusques où l'amour ne me fait point descendre?<br />
+Je lui tiens des discours qu'il me devroit tenir,<br />
+Et toute mon ardeur ne peut rien obtenir.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Par l'effort que je fais à mon amour extrême,<br />
+Madame, il faut apprendre à vous vaincre vous-même,<br />
+A faire violence à vos plus chers desirs,<br />
+Et préférer l'honneur à d'injustes plaisirs,<br />
+Dont au moindre soupçon, au moindre vent contraire<br />
+La honte et les malheurs sont la suite ordinaire.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> De tous ces accidents rien ne peut m'alarmer:<br />
+Je consens de périr à force de t'aimer.<br />
+Bien que notre commerce aux yeux de tous se cache,<br />
+Qu'il vienne en évidence, et qu'un mari le sache,<br />
+Que je demeure en butte à ses ressentiments,<br />
+Que sa fureur me livre à de nouveaux tourments:<br />
+J'en souffrirai plutôt l'infamie éternelle<br />
+Que de me repentir d'une flamme si belle.</p>
+
+<h4>SCÈNE V.</h4>
+
+<h5 class="p2">CLINDOR<a name="FNanchor_1482" id="FNanchor_1482" href="#Footnote_1482" class="fnanchor">[1482]</a>, ROSINE, ISABELLE<a name="FNanchor_1483" id="FNanchor_1483" href="#Footnote_1483" class="fnanchor">[1483]</a>, LYSE<a name="FNanchor_1484" id="FNanchor_1484" href="#Footnote_1484" class="fnanchor">[1484]</a>, ÉRASTE,
+<span class="smcap">troupe de Domestiques</span><a name="FNanchor_1485" id="FNanchor_1485" href="#Footnote_1485" class="fnanchor">[1485]</a>.</h5>
+
+<p><span class="smcap">ÉR.</span> Donnons, ils sont ensemble. <span class="smcap">ISAB.</span>Oh Dieux! qu'ai-je entendu?<span class="pagenum"><a name="Page_527" id="Page_527">527</a></span><br />
+<span class="smcap">LYSE.</span> Madame, sauvons-nous. <span class="smcap">PRID.</span>Hélas! il est perdu.<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Madame, je suis mort, et votre amour fatale<br />
+Par un indigne coup aux enfers me dévale.<br />
+<span class="smcap">ROS.</span> Je meurs, mais je me trouve heureuse en mon trépas,<br />
+Que du moins en mourant je vais suivre tes pas.<br />
+<span>ÉR.</span> Florilame est absent; mais durant son absence,<br />
+C'est là comme les siens punissent qui l'offense:<br />
+C'est lui qui par nos mains vous envoie à tous deux<br />
+Le juste châtiment de vos lubriques feux<a name="FNanchor_1486" id="FNanchor_1486" href="#Footnote_1486" class="fnanchor">[1486]</a>.<br />
+<span class="smcap">ISAB.</span> Réponds-moi, cher époux, au moins une parole:<br />
+C'en est fait, il expire, et son âme s'envole.<br />
+Bourreaux, vous ne l'avez massacré qu'à demi:<br />
+[Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;<br />
+Achevez, assassins, de m'arracher la vie;]<br />
+Sa haine sans ma mort n'est pas bien assouvie.<br />
+<span>ÉR.</span> Madame, c'est donc vous! <span class="smcap">ISAB.</span>Oui, qui cours au trépas.<br />
+<span>ÉR.</span> Votre heureuse rencontre épargne bien nos pas:<br />
+Après avoir défait le prince Florilame<br />
+D'un ami déloyal et d'une ingrate femme,<br />
+Nous avions ordre exprès de vous aller chercher.<br />
+<span class="smcap">ISAB.</span> Que voulez-vous de moi, traîtres? <span class="smcap">ÉR.</span>Il faut marcher:<br />
+Le prince, dès longtemps amoureux de vos charmes,<br />
+Dans un de ses châteaux veut essuyer vos larmes.<br />
+<span class="smcap">ISAB.</span> Sacrifiez plutôt ma vie à son courroux.<br />
+<span class="smcap">ÉR.</span> C'est perdre temps, Madame, il veut parler à vous.</p>
+
+<p>(<i>Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et le reste des acteurs,
+et le Magicien et le père sortent de la grotte</i><a name="FNanchor_1487" id="FNanchor_1487" href="#Footnote_1487" class="fnanchor">[1487]</a>.)</p>
+
+<h4>SCÈNE VI.</h4>
+
+<h5 class="p2">ALCANDRE, PRIDAMANT.</h5>
+
+<p>[<span class="smcap">ALC.</span> Ainsi de notre espoir la fortune se joue.] (1639-57)</p>
+
+<p class="center p2 ni3"><small><b>FIN DU COMPLÉMENT DES VARIANTES.</b></small></p>
+<hr class="c30" />
+</div>
+<a name="Page_528" id="Page_528"></a>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_529" id="Page_529">529</a></span></p>
+
+<div class="footnotes">
+<h3>NOTES</h3>
+<div class="footnote">
+
+<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Voyez plus bas, p. <a href="#Page_10">10</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Voyez plus bas, p. <a href="#Page_14">14</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Épître en forme de préface</i>, p. 4.</p>
+
+<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Page 197.</p>
+
+<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Ce sont les noms de trois libraires du Palais.</p>
+
+<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Nous ne connaissons sous ce titre que <i>la Galatée divinement délivrée</i>,
+pastourelle en cinq actes, de Jacques de Fonteny, qui se trouve
+dans un volume intitulé <i>les Ressentiments de Jacques de Fonteny pour
+sa Céleste</i>, 1587; mais il est peu probable que Berthod ait en vue un
+ouvrage aussi ancien.</p>
+
+<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Tragédie, par Frénicle, 1632.</p>
+
+<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Tragi-comédie, par Pierre de Troterel, s<sup>r</sup> d'Aves, 1624.</p>
+
+<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Tragédie par Scudéry, 1636.</p>
+
+<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Jodelet, astrologue</i>, comédie, par Antoine le Métel, sieur d'Ouville,
+1646.</p>
+
+<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Jodelet ou le maître valet</i>, comédie, par Scarron, 1645.</p>
+
+<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Les inscriptions qui, dans la planche de Bosse, surmontent la
+boutique du libraire, portent entre autres titres ceux de quelques ouvrages
+fort libres, qui pouvaient bien se vendre au Palais, mais à coup
+sûr ne s'y affichaient pas.</p>
+
+<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> N&oelig;uds de rubans.</p>
+
+<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> On lit dans le <i>Dictionnaire universel</i> de Furetière de 1690:
+«<i>Point coupé</i> étoit autrefois une dentelle à jour qu'on faisoit en collant
+du filet sur du quintin, et puis en perçant et emportant la toile
+qui étoit entre deux.» Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que le
+même lexicographe définit ainsi le <i>quintin</i>: «Toile fort fine et fort
+claire, dont on fait des collets et des manchettes.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> «Sorte de dentelle dont on portoit il y a neuf ou dix ans.»
+(<i>Dictionnaire de Richelet</i>, 1680.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Crépon, laine légère.</p>
+
+<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Toile de Hollande.</p>
+
+<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>L'Impromptu de l'Hôtel de Condé</i> est une réponse d'Antoine-Jacob
+Montfleury à <i>l'Impromptu de Versailles</i>, où son père et les principaux
+comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avaient été parodiés par Molière.</p>
+
+<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> <i>Le Portrait du peintre ou la critique de l'École des Femmes.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Voyez la scène <span class="smcap">XII</span> du IV<sup>e</sup> acte, (page <a href="#Page_92">92</a>) de <i>la Galerie du Palais</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Acte III, scène <span class="smcap">IV</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Voyez, dans le tome I, la note de la p. 134. Cette épître dédicatoire
+se trouve dans les éditions de 1637-1657.</p>
+
+<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Mélite, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la Place
+Royale</i> et <i>l'Illusion comique</i>. En 1637, au moment où Corneille écrivait
+cette dédicace, il avait en outre fait <i>Clitandre</i> et <i>le Cid</i>, mais
+c'étaient des <i>tragi-comédies</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Il faut se rappeler qu'on lit en tête des examens du premier
+volume de l'édition de 1682: <i>Examen des poëmes contenus en cette
+première partie</i>, et en tête de chacun le titre de la pièce seulement;
+ici par exemple: <i>La Galerie du Palais</i>. Voyez tome I, p. 137, note 448.</p>
+
+<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Ce titre, choisi par Sophocle, fait seulement connaître que la
+scène est à Trachine, au pied du mont Oeta, mais il n'indique en
+aucune manière que la pièce a pour sujet la mort d'Hercule.</p>
+
+<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Ces Phéniciennes sont des jeunes filles venues de Tyr à Thèbes.
+Au moment où elles vont pour se rendre de cette dernière
+ville à Delphes afin d'y être consacrées au culte d'Apollon, elles
+sont retenues par l'arrivée de l'armée que Polynice fait avancer
+contre Étéocle, et assistent ainsi malgré elles à la lutte des deux
+frères.</p>
+
+<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): Ajax (<i>au lieu de</i> l'Ajax).</p>
+
+<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Nous savons par l'argument grec de cette tragédie que d'abord
+elle était simplement intitulée <i>Ajax</i> et que Dicéarque l'appelait <i>la
+Mort d'Ajax</i>. L'époque où l'on a jugé à propos d'ajouter au nom
+d'Ajax l'épithète de <i>porte-fouet</i>, sans doute pour distinguer cette
+pièce d'un autre <i>Ajax</i>, dit <i>le Locrien</i>, du même poëte, est tout à fait
+incertaine; cette désignation est tirée de la scène où Ajax, transporté
+de fureur, frappe de vils animaux en croyant se venger d'Ulysse.</p>
+
+<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): et n'est que renoué avec celui du premier
+par des valets.</p>
+
+<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): La rencontre que j'y fais d'Aronte.</p>
+
+<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): ou du troisième.</p>
+
+<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): de lieu.</p>
+
+<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et 1663): ou dans une salle. Ce n'est....</p>
+
+<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): <i>ces</i>, qui est très-vraisemblablement une
+faute d'impression.</p>
+
+<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Dans les Examens de <i>Clitandre</i> et de <i>la Veuve</i>, tome I, p. 270
+et 397.</p>
+
+<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1648): fille de Pleirante et maîtresse de Lysandre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1648): fille de Chrysante, aimée de Dorimant
+et amoureuse de Lysandre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Var.</i> Mais puisque je ne peux, que veux-tu que j'y fasse? (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Var.</i> Je n'avance non plus qu'en ne lui disant rien. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Var.</i> Hippolyte, en ce cas, le saura reconnoître. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Var.</i> Tout ce que j'en prétends n'est qu'un entier secret. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>
+<i>Var.</i> Aronte, éloigne-toi, nous jouerons mieux nos jeux,<br />
+S'ils ne se doutent point que nous parlions nous deux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>Var.</i> Mais cela n'est aussi qu'un peu de complaisance. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Var.</i> Elles et vous dehors, il n'est rien dans Paris. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Var.</i> Je veux des gens mieux faits que toi pour me flatter. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Var.</i> Mêle-toi de porter mon message à ton maître. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Var.</i> Son amour aussi bien ne vous rend que trop vaine. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE LIBRAIRE DU PALAIS</span>. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Ces deux lignes manquent dans les éditions de 1637-57; dans l'édition
+de 1663 il y a <i>leur boutique</i>, pour <i>sa boutique</i>; celle de 1664 a la variante
+que voici: <i>la Lingère tire un rideau, et l'on voit le Libraire, la Lingère et le
+Mercier, chacun dans leur boutique.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i6">On le trouve assez beau,</span><br />
+Et c'est pour mon profit le meilleur qui se voie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> «<i>Toile de soie</i> est une toile très-claire, faite de soie, dont elles (<i>les
+dames</i>) se font des mouchoirs de cou qui n'empêchent point qu'on ne voie leur
+gorge à travers.» (<i>Dictionnaire de Furetière</i>, 1690.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Var.</i> Et moins blanche, elle donne un plus grand lustre au teint. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Var.</i> Et voir ma marchandise en plus bel étalage. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Jean-Baptiste Marino, né à Naples le 18 octobre 1569 et mort dans la
+même ville le 21 mai 1625, est aussi célèbre par l'ingénieuse élégance que par
+la mollesse et la fadeur de son style, désigné par ses compatriotes mêmes sous le
+nom de <i>marinesco</i>. Appelé en France par Marie de Médicis, il dédia, en 1623,
+à Louis XIII, alors âgé de vingt-deux ans, son poëme d'<i>Adonis</i>.&mdash;Il est fort
+difficile de savoir lequel de ses contemporains Corneille a en vue ici. On serait
+tenté de croire qu'il s'agit de Scudéry, car on lit dans la <i>Lettre du désintéressé
+au sieur Mairet</i> (p. 4): «Je ne blâme pas Monsieur de Scudéry de savoir si
+bien son cavalier Marin;» mais à l'époque où Corneille écrivait <i>la Galerie du
+Palais</i>, il était en très-bonne intelligence avec Scudéry.</p>
+
+<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>à la Lingère</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>D'ouvrage</i>, c'est-à-dire <i>ouvrés</i>, <i>travaillés</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORIMANT</span>, <i>au Libraire, regardant Hippolyte</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Var.</i> Ceci vaut mieux le voir que toutes vos chansons. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, <i>ouvrant une boîte</i>. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>L'Encyclopédie</i> définit le <i>point d'esprit</i> en termes techniques de la manière
+suivante: «<i>Le point d'esprit</i> se monte sur cinq fils de long et cinq de
+travers, en laissant à chaque fois deux fils qui font une croix. Les cinq fils
+en tout sens sont embrassés d'un point noué.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a>
+<i>Var.</i> [Voyez bien: s'il en est deux pareils dans Paris,]<br />
+Je veux perdre la boîte. <span class="smcap">FLOR.</span> On est fort souvent pris<br />
+A ces sortes de points, si l'on n'a quelque fille<br />
+Qui sache à tous moments y repasser l'aiguille;<br />
+En moins de trois savons, rien n'y tient presque plus.<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Cestui-ci, qu'en dis-tu? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>à Florice</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Var.</i> Celui-là, qu'en dis-tu? (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Var.</i> Voilà bien votre fait, n'étoit que la dentelle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a>
+<i>Var.</i> Si vous pouvez avoir trois jours de patience. (1637 et 52-57)<br />
+<i>Var.</i> Si vous pouviez avoir trois jours de patience. (1644 et 48)</p>
+
+<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Ce jeu de scène n'est pas indiqué ici dans les éditions de 1637-60. Voyez
+la variante qui suit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE LIBRAIRE</span>, <i>à qui Dorimant avoit parlé à l'oreille, tandis qu'Hippolyte
+voyoit des ouvrages.</i> (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>Var.</i> <i>Ici Dorimant tire Cléante au milieu du théâtre</i>, etc. (1637, en marge.)&mdash;Dans
+les éditions de 1644-60, ce jeu de scène n'est pas indiqué à cette place.
+Voyez la variante qui suit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CLÉANTE</span>, <i>à qui Dorimant a parlé à l'oreille au milieu du théâtre.</i>
+(1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORIMANT</span>, <i>à Cléante.</i> (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> La salle des Pas perdus, qu'on appelait alors d'ordinaire <i>la Grand'Salle</i>:</p>
+
+<p class="left5">Entre ces vieux appuis dont l'affreuse Grand'Salle<br />
+Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale,<br />
+Est un pilier fameux, des plaideurs respecté,<br />
+Et toujours de Normands à midi fréquenté.</p>
+
+<p class="left35">(Boileau, <i>le Lutrin</i>, chant V, v. 33.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il s'en retourne sur la boutique du Libraire et prend un livre.</i> (1637,
+en marge.)&mdash;Les éditions de 1644-60 portent: <i>Au Libraire, prenant un livre
+sur sa boutique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Var.</i> Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_4">4</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> C'est-à-dire peu méritent qu'on les voie, qu'on les regarde. Il faut remarquer
+que toutes les éditions antérieures à 1682 portent: «peu méritent le
+voir.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a>
+<i>Var.</i> Beaucoup, dont l'entreprise excède le pouvoir,<br />
+Veulent parler d'amour sans aucune pratique. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Ce mot est ainsi au singulier dans toutes les éditions données par Corneille
+(1637-82). L'édition de 1692 le met au pluriel.</p>
+
+<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> C'est-à-dire «à condition qu'elle nous rendra la pareille, à charge de
+revanche.» Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> <i>Var.</i> Vous plaît-il point de voir des pièces d'éloquence? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il regarde le titre du livre que</i>, etc. (1663, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> L'édition de 1682 donne <i>le</i>, par erreur; il y a <i>les</i> dans toutes les autres.</p>
+
+<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LYSANDRE</span>, <i>se retirant avec Dorimant d'auprès les boutiques</i>. (1637)&mdash;<i>Ils
+se retirent d'auprès les boutiques.</i> (1663, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> <i>Var.</i> Tantôt, comme j'étois dans le livre occupé. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_7">7</a>, note 14.</p>
+
+<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> <i>Var.</i> C'est la question; mais s'il faut s'en remettre. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> <i>Var.</i> A ce qu'à mes regards son masque a pu permettre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a>
+<i>Var.</i> Et ne reviendra point qu'il ne soit bien instruit<br />
+Quelle est sa qualité, son nom et sa demeure. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Var.</i> A la première vue un sujet qui nous plaît. (1637 et 44)</p>
+
+<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> <i>Var.</i> Ne forme qu'un desir de savoir quel il est. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> <i>Var.</i> Le sachant, on en veut apprendre davantage. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a>
+<i>Var.</i> [On sent je ne sais quoi qui trouble le repos;]<br />
+On souffre doucement l'illusion des songes;<br />
+Notre esprit qui s'en flatte, adore leurs mensonges,<br />
+Sans y trouver encor que des biens imparfaits<br />
+Qui le font aspirer aux solides effets:<br />
+Là consiste à son gré le bonheur de la vie;<br />
+Et le moindre larcin permis à son envie<br />
+[Arrête le larron et le met dans les fers.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il faut apprivoiser comme insensiblement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> <i>Ne m'informez de rien</i>, c'est-à-dire ne me demandez rien. Voyez tome I,
+p. 472, note 1532.</p>
+
+<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> <i>Var.</i> Trois poltrons rencontrés vers le milieu du pont. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Var.</i> Quels impudents vers moi s'osent ainsi méprendre? (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>Var.</i> De cent coups de bâton qu'il reçut l'autre jour. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> L'hôtel d'Artois ou de Bourgogne s'étendait de la rue Pavée à la rue
+Mauconseil; en 1523 il fut vendu en treize lots. Jean Rouvet, marchand, les
+acheta presque tous, et le 30 août 1548 il en revendit un, contenant dix-sept
+toises de long sur seize de large, aux confrères de la Passion, pour y établir un
+théâtre qui fut longtemps le plus fréquenté de Paris. «Ce bâtiment subsiste encore
+rue Françoise, dit de Leris, en 1754 (<i>Dictionnaire portatif des théâtres</i>,
+p. <span class="smcap">XIII</span>), et l'on y voit toujours sur la porte les instruments de la Passion.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> <i>Var.</i> Et que sous l'étrivière il puisse enfin connoître. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> <i>Var.</i> Car moins on le connoît, et plus on en présume. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'est pas encor tout, je te veux secourir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> <i>Var.</i> D'oublier un sujet que tu ne connois point. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> <i>Var.</i> Il cherche à lui jeter quelque amorce du change. (1663 et 64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> <i>Var.</i> Faute d'être possible assez bien entendues! (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Var.</i> Eh! de grâce, dis vite. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> <i>Var.</i> Pour me galantiser, il ne faut qu'un miroir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>Var.</i> Mais bien la moindre part de vos rares mérites. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> <i>Var.</i> Et présumer d'ailleurs qu'il vous plût sans raison! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a>
+<i>Var.</i> Je suis un peu timide, et qui me veut louer,<br />
+Je ne l'ose jamais en rien désavouer.<br />
+<span class="smcap">DOR.</span> Aussi certes, aussi n'avez-vous pas à craindre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> <i>Var.</i> On voit un tel éclat en vos divins appas. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Vu que, si vous m'aimez, ce ne sont pas merveilles. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a><i>Var.</i> Connoître ainsi d'abord combien je suis aimable. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Var.</i> <i>Lysandre entre sur le théâtre, sortant de chez Célidée, et passe sans
+s'arrêter, en donnant seulement un coup de chapeau à Dorimant et Hippolyte.</i>
+(1637, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> <i>Var.</i> De peur qu'il n'en reçût quelque importunité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Var.</i> Voilà parer mon coup d'un gentil artifice. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Var.</i> <i>Florice sort, et parle à l'oreille d'Hippolyte.</i> (1637, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> <i>Var.</i> Demeureroit éprise ou puissamment émue. (1654 et 60-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Var.</i> Du moins ces deux sujets balancent ton courage? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Var.</i> C'est parler franchement pour être sans franchise. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> <i>Var.</i> Puisque tu les connois, ce n'est que demi-mal. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> <i>Var.</i> Non pas, mais tu n'as plus l'esprit à la torture. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a>
+<i>Var.</i> Et vous voyant tous deux si gais à mon abord,<br />
+Je vous croyois du moins prêts à tomber d'accord. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> La forme de ce mot est <i>gaigner</i> dans l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Var.</i> Et consens, peu s'en faut, à me voir dédaigner. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> <i>Var.</i> Je pourrois de tout<a name="FNanchor_124-a" id="FNanchor_124-a" href="#Footnote_124-a" class="fnanchor">[124-a]</a> autre être le possesseur. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_124-a" id="Footnote_124-a" href="#FNanchor_124-a"><span class="label">[124-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a>
+<i>Var.</i> Rejetant ma louange, avouer son mérite,<br />
+Négliger mon ardeur ensemble et l'approuver. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> <i>Var.</i> Encore trop heureux que sa froideur extrême. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a>
+<i>Var.</i> Veut bien que je la serve, et souffre que je l'aime. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Consent que je la serve, et souffre que je l'aime. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> <i>Var.</i> Je te réponds déjà de l'esprit de la mère. (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a>
+<i>Var.</i> Un qui peut tout sur elle et fera tout pour moi,<br />
+L'aura bientôt gagnée en faveur de ta foi:<br />
+C'est son proche voisin, père de ma maîtresse.<br />
+Tu n'as plus que la fille à vaincre par adresse;<br />
+Encor ne crois-je pas qu'il en faille beaucoup. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> <i>Var.</i> Je ne présume pas qu'il en faille beaucoup. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a>
+<i>Var.</i> Son humeur se maintient dedans l'indifférence. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Son humeur se maintient dans cette indifférence. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a>
+<i>Var.</i> Tant qu'une mère donne une entière assurance;<br />
+Et cachant par respect son propre mouvement,<br />
+Elle ne veut aimer que par commandement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i6">Doncques sur ta parole</span><br />
+Mon esprit se résout à vivre plus content.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Qu'il s'assure, autant vaut, du bonheur qu'il prétend. 1637</p>
+
+<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> <i>Var.</i> Et je viens de sortir d'avecque ma maîtresse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Dans l'édition de 1637 il n'y a pas ici de distinction de scène.</p>
+
+<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>Var.</i> Conçoive de l'espoir qu'avecque de la crainte! (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> <i>Var.</i> Par des commandements supposés d'une mère? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> <i>Var.</i> A peine ai-je attiré mon Lysandre au discours. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Var.</i>
+Je m'en vais de ce pas y disposer Aronte.<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Et que m'en promets-tu? <span class="smcap">FLOR.</span> Qu'enfin au bout du conte<br />
+Cette heure d'entretien dérobée à vos feux<br />
+Vous mettra pour jamais au comble de vos v&oelig;ux;<br />
+Mais de votre côté conduisez bien la ruse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a>
+<i>Var.</i> [Du mal que tu m'as fait perdre le souvenir.]<br />
+Célidée, il est vrai, je te suis déloyale;<br />
+Tu me crois ton amie, et je suis ta rivale:<br />
+Si je te puis résoudre à suivre mon conseil,<br />
+Je t'enlève et me donne un bonheur sans pareil<a name="FNanchor_141-a" id="FNanchor_141-a" href="#Footnote_141-a" class="fnanchor">[141-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_141-a" id="Footnote_141-a" href="#FNanchor_141-a"><span class="label">[141-a]</span></a> Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> <i>Var.</i> Et déjà dans l'esprit je sentois de l'ennui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> <i>Var.</i> Plût à Dieu que son change autorisât le mien! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a>
+<i>Var.</i> Tant qu'il verra d'amour sur un si beau visage? (1637)<br />
+<i>Var.</i> Lui qui voit tant d'amour sur un si beau visage? (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a>
+<i>Var.</i> A ce compte, tu crois que cette ardeur extrême<br />
+Ne le brûle pour moi qu'à cause que je l'aime? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Var.</i> Il ne vit rien à craindre, et n'eut rien à souffrir. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> <i>Var.</i> Me quitta cependant dès le moindre mépris. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'on en voit se lâcher pour un peu de longueur,<br />
+Et qu'on en voit mourir pour un peu de rigueur! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> <i>Var.</i> Ainsi de tous côtés j'aurai ce que je veux. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CÉLIDÉE</span>, <i>seule</i>. Pas de distinction de scène. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a>
+<i>Var.</i> [Et mon reste d'amour ne le peut maltraiter.]<br />
+De quelque doux espoir que le change me flatte,<br />
+Je redoute les noms de perfide et d'ingrate;<br />
+En adorant l'effet j'en hais les qualités,<br />
+Tant mon esprit confus a d'inégalités.<br />
+[Mon âme veut et n'ose, et bien que refroidie.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> <i>Var.</i> Vient s'offrir à la foule à mes affections. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a>
+<i>Var.</i> Quelque forte que soit l'ardeur qui nous consomme,<br />
+On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> <i>Var.</i> D'un entretien fâcheux qui ne me pouvoit plaire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> <i>Var.</i> C'est depuis que mon c&oelig;ur n'est plus dans vos liens. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> <i>Var.</i> Quel sujet avez-vous de m'être ainsi de glace? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> <i>Var.</i> Ai-je trop peu cherché votre chère présence? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a>
+<i>Var.</i> Si l'un fut excessif, je rendrai l'autre extrême.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Par ces extrémités vous avancez ma mort. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma chère âme, mon tout, avec quelle injustice<br />
+Pouvez-vous rejeter mon fidèle service?<br />
+Votre serment jadis me reçut pour époux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> <i>Var.</i> Un reproche éternel suit ce trait inconstant. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon souci, d'un seul point obligez mon envie:<br />
+Finissez vos mépris, ou m'arrachez la vie.<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Eh bien! soit: d'un adieu je m'en vais les finir;<br />
+Je suis lasse aussi bien de vous entretenir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> <i>Var.</i> Et mes derniers soupirs ne parler que de toi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> <i>Var.</i> Pour dire ta louange étouffera ma plainte. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a>
+<i>Var.</i> [N'y rejette un rayon de ta première flamme.]<br />
+Le courage te manque, et ton aversion<br />
+Redoute les assauts de la compassion.<br />
+Rien ne t'en défend plus qu'une soudaine absence;<br />
+Mon aspect te dit trop quelle est mon innocence<br />
+Et contre ton dessein te donne un souvenir<br />
+Contre qui ta froideur ne sauroit plus tenir.<br />
+Dans la confusion qui déjà te surmonte,<br />
+Augmentant mon amour, je redouble ta honte;<br />
+Un mouvement forcé t'arrache un repentir<br />
+Où ton cruel orgueil ne sauroit consentir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a>
+<i>Var.</i> Reviens, mon cher souci, puisqu'après ta défense<br />
+Mes feux sont criminels et tiennent lieu d'offense. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a>
+<i>Var.</i> Et je mettrai la mienne à dire sans cesser<br />
+Que sans me refroidir tu m'auras pu chasser. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> <i>Var.</i> Depuis qu'on leur fait prendre un peu de jalousie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a>
+<i>Var.</i> Car encore, après tout, ces rudes traitements<br />
+Ne sont pas à dessein de perdre leurs amants. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'étoit rien qu'appas, que douceurs, que plaisirs. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>Var.</i> Connoissez son humeur: elle fait vanité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> <i>Var.</i> Votre extrême souffrance à ces rigueurs l'invite. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a>
+<i>Var.</i> Que vous seriez enfin homme à l'abandonner.<br />
+La crainte de vous perdre et de se voir changée<br />
+A vivre comme il faut l'aura bientôt rangée:<br />
+Elle en craindra la honte, et ne souffrira pas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a>
+<i>Var.</i> Combien à vous ravoir elle fera d'efforts.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Mais me jugerois-tu capable d'une feinte?<br />
+<span class="smcap">AR.</span> Mais reculeriez-vous pour un peu de contrainte? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a>
+<i>Var.</i> Pourrois-tu me juger capable d'une feinte?<br />
+<span class="smcap">AR.</span> Pourriez-vous trouver rude un moment de contrainte? (1660 et 63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut, ou souffrir une peine éternelle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> <i>Var.</i> Je m'y rends, mais avant que l'effet en éclate. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> <i>Var.</i> Sans que votre maîtresse en apprît jamais rien. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a>
+<i>Var.</i> Afin que votre feinte, aussitôt aperçue,<br />
+Produise un prompt effet dans son esprit jaloux;<br />
+Et pour en adresser plus sûrement les coups,<br />
+Quand vous verrez quelque autre en discours avec elle,<br />
+Feignez en sa présence une flamme nouvelle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> <i>Var.</i> Va trouver ma maîtresse, et puis nous résoudrons. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Dans l'édition de 1637, la division de scène, au lieu d'être ici, se trouve
+l'entrée de Florice, au vers 766.</p>
+
+<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> <i>Var.</i> S'y résout-il enfin? [<span class="smcap">AR.</span> N'en sois plus en souci.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> <i>Var.</i> Prêt à la caresser? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> <i>Var.</i> Il faut vous préparer à des contentements. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> <i>Var.</i> Parlez à Célidée, et ne m'informez plus. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a>
+<i>Var.</i> Tu peux bien avec nous<a name="FNanchor_186-a" id="FNanchor_186-a" href="#Footnote_186-a" class="fnanchor">[186-a]</a>, je t'en jure ma foi. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Tu peux bien avec nous, je t'en donne ma foi. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_186-a" id="Footnote_186-a" href="#FNanchor_186-a"><span class="label">[186-a]</span></a> Pour: «Tu peux bien rester avec nous.» Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a>
+<i>Var.</i> Nos entretiens étoient de Lysandre et de toi.<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Et pour cette raison, adieu, je me retire,<br />
+Afin qu'en liberté vous en puissiez tout dire.<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Tu fais bien la discrète en ces occasions. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a>
+<i>Var.</i> Toi-même bien plutôt tu meurs de me l'apprendre.<br />
+Suivant donc tes desirs, résolue à l'entendre,<br />
+J'éveille en ta faveur ma curiosité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a>
+<i>Var.</i> Nous parlions du conseil que je t'avois donné;<br />
+Lysandre, je m'assure, en fut bien étonné?<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Et je venois aussi pour t'en conter l'issue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a>
+<i>Var.</i> Masquer ses mouvements de cet excès d'amour,<br />
+Qu'après, pour mépriser celle qui le méprise. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a>
+<i>Var.</i> Cette bigearre humeur n'est jamais sans soupçons. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais ce qu'elle t'en dit ne vaut pas l'écouter. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a>
+<i>Var.</i> Que ta Florice même avouera qu'elle a tort. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a>
+<i>Var.</i> S'il m'échappe un baiser, ne t'en offense pas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a>
+<i>Var.</i> Et ne m'accablez plus de votre impertinence. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> <i>Var.</i> Pour me plaire, il faut bien des entretiens meilleurs. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> <i>Var.</i> A votre orgueil nouveau mes nouveaux mouvements. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a>
+<i>Var.</i> Puisque, le conservant, je songerois à vous. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Puisque, le conservant, je penserois à vous. (1660)<br />
+<i>Var.</i> Parce qu'en le gardant je penserois à vous. (1663-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> <i>Var.</i> Je pense mieux valoir que le refus d'un autre<a name="FNanchor_199-a" id="FNanchor_199-a" href="#Footnote_199-a" class="fnanchor">[199-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_199-a" id="Footnote_199-a" href="#FNanchor_199-a"><span class="label">[199-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> <i>Var.</i> Si, comme je vous fais, vous ne m'offrez des v&oelig;ux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> <i>Var.</i> Je craindrois, en ce cas, d'être trop bien reçue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a>
+<i>Var.</i> Vous rencontrant d'humeur facile à m'écouter,<br />
+Je n'eusse que la honte après de me dédire.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Vous devez donc souffrir que dessous votre empire<br />
+Mon feu soit sans exemple, et que mes passions. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> <i>Var.</i> J'ai des nippes en haut que je te veux montrer. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> <span class="smcap">HIPPOLYTE, LYSANDRE, ARONTE.</span> (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> <i>Var.</i> Quoi qu'un peu de dépit devant elle publie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> <i>Var.</i> C'est choquer la raison, qui veut que je vous aime. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> <i>Var.</i> Ceux qui l'ont peint sans yeux ne le connoissent pas. (1648-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Regnier l'a dit avant Corneille:</p>
+
+<p class="left5">L'amour est une affection<br />
+Qui par les yeux dans le c&oelig;ur entre.<br />
+<span class="i9">(<i>Épigrammes.</i>)</span></p>
+
+<p>Et la Fontaine l'a répété après tous les deux (<i>Contes</i>, IV, <span class="smcap">IX</span>, <i>le Diable en enfer</i>):</p>
+
+<p class="left5">Une vertu sort de vous, ne sais quelle,<br />
+Qui dans le c&oelig;ur s'introduit par les yeux.</p>
+
+<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a>
+<i>Var.</i> Il fait naître une ardeur ou puissante ou petite.<br />
+Moi, si mon feu vers vous se relâche un moment. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a>
+<i>Var.</i> Car, puisqu'auprès de vous il n'est rien d'admirable,<br />
+Ma flamme comme vous doit être incomparable. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> <i>Var.</i> Un esprit inconstant, quelque part qu'il s'adresse.... (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CHRYSANTE</span>, <i>à Pleirante</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PLEIRANTE</span>, <i>à Chrysante</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> <i>Var.</i> La voilà qui s'en doute et s'en met à sourire<a name="FNanchor_214-a" id="FNanchor_214-a" href="#Footnote_214-a" class="fnanchor">[214-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_214-a" id="Footnote_214-a" href="#FNanchor_214-a"><span class="label">[214-a]</span></a> Entre les vers 933 et 934: <i>à Lysandre</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Il emmène Lysandre avec lui</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> <i>Var.</i> (Au moins à ce qu'il dit) m'égaloit à l'Aurore. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais si cela se fait, dans sa comparaison,<br />
+Prévoyant cet hymen, il avoit bien raison. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> <i>Var.</i> Il fût comme forcé de retourner vers elle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a>
+<i>Var.</i> Simple, ce qu'il en fait n'est rien qu'à sa prière;<br />
+[Et Lysandre tient même à faveur singulière]<br />
+Cette peine qu'il prend pour un de ses amis.<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Mais voyez cependant que le ciel a permis. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> <i>Var.</i> Ici quelque importun nous pourroit aborder. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>seule</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Entre les vers 972 et 973: <i>à Florice, qui sort de chez Célidée.</i> (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> <i>Var.</i> Voyez sa contenance, et jugez du surplus. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>regardant Célidée.</i> (1660)&mdash;Cette indication manque
+dans les éditions de 1637-57.</p>
+
+<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> <i>Var.</i> Soyez-le de ma honte, et vous fondant en larmes. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> <i>Var.</i>
+Sur votre faux rapport osant trop me flatter,<br />
+Je vantois sa constance, et l'ingrat qui me trompe<br />
+Ne se feignit constant qu'afin de m'affronter. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a>
+<i>Var.</i> Quand je le veux chasser, il est parfait amant;<br />
+Quand j'en veux être aimée, il n'en fait plus de conte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> <i>Var.</i>
+Ce traître voyoit bien qu'alors me négliger,<br />
+C'étoit à Dorimant abandonner mon âme,<br />
+Et voulut par sa feinte, avant que me changer,<br />
+<span class="i6">Amortir cette flamme. (1637-57)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> <i>Var.</i>
+Ou bientôt vos douleurs le mettront au cercueil.<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Lysandre est en effet la cause de mon deuil. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> <i>Var.</i>
+Excusez-moi, Monsieur, si ma confusion<br />
+M'étouffe la parole en cette occasion. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Cléante frappe à la porte d'Hippolyte.&mdash;Cléante
+frappe chez Hippolyte.</i> (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> <i>Var.</i> Ce sont des compliments dont elle a bien affaire! (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> <i>Var.</i> Vu l'excessif amour qu'il me faisoit paroître. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> <i>Var.</i> O Dieux! qu'il est adroit quand il veut déguiser! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> <i>Var.</i> Enfin tu vas tâcher d'amollir son courage? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a>
+<i>Var.</i> Et ne permet qu'à moi de gouverner son âme.<br />
+Si donc il ne les faut qu'empêcher de se voir,<br />
+Je te laisse à juger si j'y saurai pourvoir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>Var.</i> Jusque-là qu'entre eux deux leur âme étoit égale. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a>
+«La <i>Croix-du-Tiroir</i>, dit Piganiol de la Force (<i>Description de Paris</i>,
+1742, tome II, p. 174), est le nom d'une <i>croix</i> (<i>placée sur une fontaine</i>) et d'un
+<i>carrefour</i> de la rue de l'Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue Saint-Honoré.
+Elle est nommée dans les anciens titres la <i>Croix de.... Traihoir....</i>.... du
+<i>Triouer</i>, etc.» On peut voir dans l'ouvrage cité les diverses étymologies qu'on
+a données de ce nom.</p>
+
+<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> <i>Var.</i> C'en est fort le chemin de passer par ici! (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Var.</i> Son objet, tout aimable et tout parfait qu'il est. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il veut moins l'acquérir que vous la dérober. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a>
+<i>Var.</i> Voulez-vous, offensé, pour en avoir raison,<br />
+Qu'un perfide avec vous entre en comparaison? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a>
+<i>Var.</i> Me conseilleriez-vous que, pris à l'avantage,<br />
+J'immolasse le traître à mon peu de courage? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a>
+<i>Var.</i> [Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur.]<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Je ne veux pas de vous une action si lâche;<br />
+Non; mais à quelque point que la sienne vous fâche,<br />
+Écoutez un peu moins votre juste courroux:<br />
+Vous pouvez vous venger par des moyens plus doux.<br />
+Hélas! si vous étiez de mon intelligence,<br />
+Que vous auriez bientôt achevé la vengeance!<br />
+Que vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant.... (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> <i>Var.</i> Vous auriez bientôt pris une digne vengeance. (1660-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> <i>Var.</i> Mais vous suivre au chemin que vous voulez tenir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> <i>Lysandre et Aronte sortent, et les voient ensemble.</i> (1637, en marge.)&mdash;<i>Lysandre
+et Aronte sortent, et Aronte fait voir à son maître Dorimant et Célidée
+ensemble.</i> (1644-57)&mdash;<i>Lysandre sort avec Aronte, qui lui fait voir Dorimant
+et Célidée ensemble.</i> (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> <i>Var.</i> Mon meilleur en ce cas est de tout ignorer. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a>
+<i>Var.</i> Et parmi ses douleurs n'oublioit point sa foi. (1637-48)<br />
+<i>Var.</i> Et parmi les douleurs n'oublioit point sa foi. (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a>
+<i>Var.</i> Qui t'a dit qu'Hippolyte en cette amour nouvelle,<br />
+Quand bien je lui plairois, me seroit plus fidèle? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> Voyez tome I, p. 169, note 560.</p>
+
+<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de 1637; on y lit
+seulement en marge en regard du vers précédent: <i>Aronte rentre</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> <i>Var.</i> Je veux qu'un même coup me venge de deux crimes. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a>
+<i>Var.</i> [Pour me résoudre à vivre il faut la voir mourir.]<br />
+Mais la mort d'un amant seroit-elle bastante<a name="FNanchor_254-a" id="FNanchor_254-a" href="#Footnote_254-a" class="fnanchor">[254-a]</a><br />
+De toucher tant soit peu l'esprit de l'inconstante<a name="FNanchor_254-b" id="FNanchor_254-b" href="#Footnote_254-b" class="fnanchor">[254-b]</a>?<br />
+Peut-être que, déjà résolue à changer,<br />
+La défaire de lui ce seroit l'obliger;<br />
+Et dans l'aise qu'alors elle en feroit paroître,<br />
+Serois-je assez vengé par la perte d'un traître?<br />
+Qu'ici le jugement me manquoit au besoin!<br />
+Il faut que ma fureur s'épande bien plus loin;<br />
+Il faut que, sans égard, ma rage impitoyable<br />
+Confonde l'innocent avecque le coupable;<br />
+Que, dans mon désespoir, je traite également<br />
+Célidée, Hippolyte, Aronte, Dorimant,<br />
+Le sujet de ma flamme et tous ceux qui l'ont sue:<br />
+L'affront qu'elle a reçu de sa honteuse issue<br />
+Fait un éclat trop grand pour s'effacer à moins;<br />
+Je ne puis l'étouffer qu'en perdant les témoins.<br />
+[Frénétiques transports, avec quelle insolence.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_254-a" id="Footnote_254-a" href="#FNanchor_254-a"><span class="label">[254-a]</span></a> <i>Bastante de</i>, suffisante pour.</p>
+
+<p><a name="Footnote_254-b" id="Footnote_254-b" href="#FNanchor_254-b"><span class="label">[254]-b</span></a>
+Mais la mort d'un amant seroit-elle capable<br />
+De toucher à ce point une âme si coupable? (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> <i>Var.</i> Mais vous pourrois-je aimer, vous voyant me trahir? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma jalousie augmente, et renforçant ma rage,<br />
+Quelques sanglants desseins qu'elle jette en mon c&oelig;ur. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p>
+
+<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a>
+<i>Var.</i> [Quelque irrité qu'il soit, il est toujours amant.]<br />
+Au simple souvenir du bel &oelig;il qui me blesse,<br />
+Tous mes ressentiments n'ont que de la foiblesse,<br />
+Et je sens malgré moi mon courroux languissant<br />
+Céder aux moindres traits d'un objet si puissant.<br />
+[Toutefois, si l'amour contre elle m'intimide.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a>
+<i>Var.</i> Me sont de votre peine une marque assez claire.<br />
+Encor qui la sauroit, on pourroit aviser<br />
+A prendre des moyens propres à l'apaiser.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Ne vous informez point de mon cruel martyre,<br />
+Vous le redoubleriez, m'obligeant à le dire.<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Vous faites le secret, mais je le veux savoir,<br />
+Et par là sur votre âme essayer mon pouvoir.<br />
+Hier vous m'en donniez tant que j'estime impossible<br />
+Que pour me contenter rien vous soit trop sensible.<br />
+[<span class="smcap">LYS.</span> Vous l'avez souverain, hormis en ce seul point.]<br />
+<span class="smcap">HIPP.</span> Je veux l'avoir partout, ou bien n'en avoir point. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> En font voir au dehors une marque assez claire. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a>
+<i>Var.</i> Être de belle humeur, ou bien rompre avec moi. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Être de belle humeur, ou rompre avecque moi. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous obstinez point à vaincre mon silence. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a>
+<i>Var.</i> Souffrez que je vous laisse, et que seul aujourd'hui<br />
+Je puisse en liberté soupirer mon ennui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">HIPPOLYTE</span>, <i>seule</i>. Pas de distinction de scène. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a>
+<i>Var.</i> Est-ce là donc l'état que tu fais d'Hippolyte?<br />
+Après des v&oelig;ux offerts, est-ce ainsi qu'on me quitte? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> <i>Var.</i> N'ai-je pas tantôt vu Lysandre avecque vous? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> <i>Var.</i> Hélas! qu'y feroit-il? Ma s&oelig;ur, ton Hippolyte. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> <i>Var.</i> Traite cet inconstant de même qu'il mérite. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a>
+<i>Var.</i> L'infidèle à présent est fort sur ta louange? (1637)<br />
+<i>Var.</i> Le perfide à présent est fort sur ta louange? (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> <i>Var.</i> Et quand il vient après à parler de ses feux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> <i>Var.</i> Mon Dieu! qu'il est chargeant<a name="FNanchor_270-a" id="FNanchor_270-a" href="#Footnote_270-a" class="fnanchor">[270-a]</a> avec ses flatteries! (1637 et 1644)</p>
+
+<p><a name="Footnote_270-a" id="Footnote_270-a" href="#FNanchor_270-a"><span class="label">[270-a]</span></a> Dans les éditions de 1648-57, il y a <i>changeant</i>, au lieu de <i>chargeant</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> <i>Var.</i> Je pense avant deux jours que je mourrois d'ennui. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> L'édition de 1660 porte: <i>Craigniez-vous qu'un ami sache....</i> ce qui ne
+peut être qu'une faute d'impression.</p>
+
+<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> Cols, collerettes. Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> <i>Var.</i> Vous venez m'attaquer toujours par quelque fable. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> <i>Var.</i> Vous revoilà déjà! (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a>
+<i>Var.</i> J'en fis hier ouverture à votre bonne femme,<br />
+Qui se rapporte à vous de recevoir sa flamme. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Votre mère de moi sut hier comme il vous aime. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> Voyez plus haut (page <a href="#Page_40">40</a>) le vers 290.</p>
+
+<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> <i>Var.</i> Peut-être innocemment, faute de rien comprendre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut épouser, vite, qu'on s'y dispose. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> <i>Var.</i> Quelle bigearre humeur! quelle inégalité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> <i>Var.</i> Que la rigueur d'un père augmente mon supplice. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> <i>Var.</i> <i>Ils s'entre-poussent quelque temps une boîte qui est entre leurs deux
+boutiques.</i> (1637 et 63, en marge; dans l'édition de 1663, les mots: <i>quelque
+temps</i> et <i>deux</i> sont omis.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> Regardez. Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> Sorte d'exclamation dont l'origine est difficile à découvrir et sur laquelle
+nous n'avons que des conjectures. Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> «<i>Battant</i> est le volet d'un comptoir de marchand ou de banquier, qui se
+lève et se baisse.» (<i>Dictionnaire de Furetière.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Voyez ci-dessus la note 13 de la p. <a href="#Page_7">7</a>, et le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a>
+<i>Var.</i> Pour conserver la paix, quoique cela me touche,<br />
+J'ai toujours tout souffert sans en ouvrir la bouche;<br />
+Et vous, vous m'attaquez et sans cause et sans fin. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, à Florice. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> Ce mot se disait des rubans, plumes et garnitures qui ornaient l'habit, le
+chapeau et l'épée. Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> <i>Var. Il fait un paquet de ses livres.</i> (1637 et 63, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> On lit ici en plus, mais par erreur, dans l'édition de 1637: <i>à Florice</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a>
+<i>Var.</i> Que ce point est ensemble et délicat et fort!<br />
+Si ma maîtresse veut s'en croire à mon rapport,<br />
+Vous aurez son argent: mon Dieu! le bel ouvrage! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> Cette scène en forme deux dans l'édition de 1637. La première a pour
+personnages <span class="smcap">FLORICE</span>, <span class="smcap">ARONTE</span>; la seconde, qui commence après le vers 1448,
+<span class="smcap">LE MERCIER</span>, <span class="smcap">ARONTE</span>, <span class="smcap">FLORICE</span>, <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> <i>Var.</i> Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne me veut plus voir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_295" id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il regarde une boîte de rubans.</i> (1637 et 63, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LA LINGÈRE</span>, <i>au Mercier.</i> (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> <i>Var.</i> Ainsi, faute d'avoir de belle marchandise. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> Les quatre derniers vers de cet acte ne se trouvent pas dans les éditions
+de 1637-57.</p>
+
+<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> <i>Var.</i> Que ses desirs, d'accord<a name="FNanchor_299-a" id="FNanchor_299-a" href="#Footnote_299-a" class="fnanchor">[299-a]</a>
+avec mon espérance. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_299-a" id="Footnote_299-a" href="#FNanchor_299-a"><span class="label">[299-a]</span></a> Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, très-probablement par erreur,
+<i>d'abord</i>, pour <i>d'accord</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon respect s'est accru vers un objet si cher. (1637, 44 et 52-57)<br />
+<i>Var.</i> Mon respect s'est accru vers mon objet si cher. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a>
+<i>Var.</i> [Eh quoi? pour m'avoir vu, vous changez de dessein!]<br />
+Pensez-vous m'éblouir avec cette visite?<br />
+Ne feignez point pour moi d'entrer chez Hippolyte<a name="FNanchor_301-a" id="FNanchor_301-a" href="#Footnote_301-a" class="fnanchor">[301-a]</a>:<br />
+Vous ne m'apprendrez rien, je sais trop comme quoi<br />
+Un tel ami que vous traite l'amour pour moi. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_301-a" id="Footnote_301-a" href="#FNanchor_301-a"><span class="label">[301-a]</span></a> Ne laissez point pour moi d'entrer chez Hippolyte. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> <i>Var.</i> Nous en aurons bientôt la querelle vidée. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> <i>Var.</i> Ah! perfide, sur moi décharge ton courroux. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> <i>Var.</i> Arrête, mon souci! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_305" id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> <i>Var.</i> Et que m'étant moqué de son plus rude effort. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> <i>Var.</i> La valeur d'un amant que vous aurez perdu. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> <i>Var.</i> Dedans son entretien recherchez vos plaisirs. (1637-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> <i>Var.</i> C'est avecque raison que ma feinte passée. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> <i>Var.</i> Choisissez, l'un ou l'autre achèvera mes peines. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> <i>Var.</i> Sans lui, je n'ai plus rien qui me retienne au jour. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> Ce n'est pas seulement à la rime que Corneille écrit ce mot ainsi, il est
+dans ses ouvrages orthographié partout de la sorte, et c'est ainsi du reste
+qu'on le prononçait de son temps. Voyez tome I, p. 190, note 634, et le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> <i>Var.</i> Pardonnez à ma faute, et j'oublierai la vôtre. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a>
+<i>Var.</i> [Accepte un repentir accompagné de larmes.]<br />
+Ce baiser cependant punira ma rigueur,<br />
+Et me fermant la bouche, il t'ouvrira mon c&oelig;ur.<br />
+<span class="smcap">LYS.</span> Ma chère âme, mon heur, mon tout, est-il possible. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a>
+<i>Var.</i> De les plus exercer au péril de ma vie. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a>
+<i>Var.</i> [Que l'effet d'un hymen qu'un père me commande?]<br />
+Bons Dieux! qu'il fut fâché, voyant ces jours passés<br />
+Mon âme refroidie, et tous mes sens glacés<br />
+A son autorité se rendre si rebelles!<br />
+Mais allons lui porter ces heureuses nouvelles,<br />
+Et le tirer d'ennui, puisque ce bon vieillard<br />
+Dans tes contentements prend une telle part.<br />
+[<span class="smcap">LYS.</span> Vous craignez qu'à vos yeux cette belle Hippolyte]<br />
+N'ait de moi derechef un hommage hypocrite? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> <i>Var.</i> Pour rendre à vos beautés mon très-humble devoir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> <i>Var.</i> Je pense que ce jour eût encore passé. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> <i>Var.</i> Non pas, mais votre amour me devient ennuyeuse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> Les éditions de 1648 et de 1664 portent, par erreur, <i>une autre</i>, pour <i>un
+autre</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> <i>Var.</i> Et captivoit déjà mes inclinations. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a>
+<i>Var.</i> Si faut-il pour ce nom que je vous importune;<br />
+Ne me refusez point de me le déclarer. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> <i>Var.</i> Souffrez, mon cavalier, que je vous fasse amis<a name="FNanchor_322-a" id="FNanchor_322-a" href="#Footnote_322-a" class="fnanchor">[322-a]</a>. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_322-a" id="Footnote_322-a" href="#FNanchor_322-a"><span class="label">[322-a]</span></a> Entre les vers 1696 et 1697: <i>A Dorimant</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> <i>Quereller</i>, disputer.</p>
+
+<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Entre les vers 1698 et 1699: <i>Montrant Hippolyte</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> <i>Var.</i> Et l'unique sujet de nos dissensions. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a>
+<i>Var.</i> Piqué de ses dédains, j'avois pris fantaisie<a name="FNanchor_326-a" id="FNanchor_326-a" href="#Footnote_326-a" class="fnanchor">[326-a]</a><br />
+De jeter en son âme un peu de jalousie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_326-a" id="Footnote_326-a" href="#FNanchor_326-a"><span class="label">[326-a]</span></a> <i>Il regarde Célidée.</i> (1637, en marge.)&mdash;Entre les vers 1704 et 1705:
+<i>Montrant Célidée</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> <i>Var.</i> N'y songe plus, ma s&oelig;ur, et pour l'amour de moi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> <i>Var.</i> Tu ne le peux haïr sans me vouloir du mal. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> <i>Var.</i> Tu vois; mais après tout, veux-tu que je te die? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> <i>Var.</i> Excuse, chère s&oelig;ur, un esprit amoureux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> <i>Var.</i> Sans chercher des raisons pour vous persuader. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a>
+<i>Var.</i> Et moi, par conséquent, bien loin de la tenir.<br />
+<span class="smcap">DOR.</span> Après m'avoir promis, seriez-vous mensongère? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> Le nom d'<span class="smcap">HIPPOLYTE</span> précède celui de <span class="smcap">CÉLIDÉE</span> dans les éditions de
+1637-52 et de 1657.</p>
+
+<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> <i>Var.</i> N'a que faire, en ce cas, d'implorer ma puissance. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma belle, après cela, serez-vous inhumaine? (1637)<br />
+<i>Var.</i> Eh bien! après cela, serez-vous inhumaine? (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> <i>Var.</i> Puisqu'elle s'y résout, du reste ne m'importe. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon aise s'en redouble, et mon c&oelig;ur qui se pâme. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> J'en sens croître ma joie, et mon c&oelig;ur qui se pâme. (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> <i>Var.</i> Croit qu'encore une fois on accepte sa flamme. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> <i>Var.</i> Eh bien! ferez-vous donc quelque chose pour moi? (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque je vous aimois, me firent un service. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> <i>Var.</i> Souffre-le, mon souci, puisqu'elle m'en supplie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_115">115</a>. L'<i>Épître dédicatoire</i> n'est que dans
+les éditions de 1637-1657.</p>
+
+<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> C'est ainsi que le mot est écrit dans toutes les éditions qui ont
+paru du vivant de Corneille.</p>
+
+<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> Jules-César Scaliger, né en 1484, mort en 1558, auteur d'une
+Poétique (<i>Poetices libri VII</i>, Lyon, 1561), où il passe en revue les
+ouvrages des poëtes les plus célèbres et les juge avec une grande
+sévérité.</p>
+
+<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> Voyez tome I, p. 3 et 4, l'avis <i>Au lecteur</i> de l'édition de 1648.</p>
+
+<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> Chaque acte est de trois cent quarante vers.</p>
+
+<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> L'édition de 1657 porte par erreur: «de montrer.»</p>
+
+<p class="left5"><a name="Footnote_348" id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a>
+<i>Poeta, quum primum animum ad scribendum appulit,<br />
+Id sibi negoti credidit solum dari,<br />
+Populo ut placerent, quas fecisset fabulas.</i><br />
+<span class="i9">(Térence, <i>Andria</i>, prologue, vers 1-3.)</span></p>
+
+<p>Corneille revient ailleurs sur cette pensée: voyez les Dédicaces de
+<i>Médée</i> et de <i>la Suite du Menteur</i>. C'est aussi la maxime de Molière et
+de la Fontaine. «Je voudrois bien savoir si la grande règle de toutes
+les règles n'est pas de plaire,» dit le premier dans <i>la Critique de
+l'École des Femmes</i>, scène <span class="smcap">VII</span>. «Mon principal but est toujours de
+plaire,» dit le second dans la Préface de <i>Psyché</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Pour se rendre bien compte de ce pronom (<i>celle-ci</i>), il faut
+relire la dernière phrase de l'Examen de <i>la Galerie du Palais</i> (p. 15),
+et se reporter à la note 1 de la p. 137 du tome I.</p>
+
+<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> Nous trouvons dans la <i>Poétique</i> d'Aristote (chap. <span class="smcap">VI</span>) un passage
+relatif à l'abus des sentences, mais rien qui ressemble à ce précepte
+dont parle ici Corneille, «de cacher l'artifice de ses parures.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> II<sup>e</sup> Déclamation (<i>Cæcus pro limine</i>), chap. <span class="smcap">XIV</span>. Corneille cite
+sans doute de mémoire, car dans le texte le mot <i>flagrantius</i> précède
+immédiatement <i>frigidis</i>. Voici comment ce passage a été rendu
+par un contemporain de Corneille, le sieur du Teil, avocat en parlement,
+dont la traduction, dédiée à Foucquet, a paru en 1659: «Le
+mariage est une espèce de servitude aux vieilles gens; leur foiblesse
+augmente leur passion, et il semble que leur desir s'échauffe par la
+froideur même de leur tempérament.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> Dans la pièce, ce passage (vers 1353 et 1354) commence ainsi:</p>
+
+<p class="left5">Et s'il pouvoit donner....</p>
+
+<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> Voyez l'Examen de <i>la Galerie du Palais</i>, p. <a href="#Page_13">13</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> Tome I, p. 117, dans le <i>Discours des trois unités</i>, qui se trouve
+en tête du troisième volume de l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): celui qui en sort.</p>
+
+<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1664): que je ne conseillerois jamais de
+s'en servir.&mdash;Corneille a complété dans son <i>Discours des trois unités</i>
+ce qu'il dit ici des diverses sortes de liaisons. Voyez tome I, p. 103.</p>
+
+<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Les éditions de 1668 et de 1682 portent <i>de</i>, pour <i>le</i>; mais c'est
+sans doute une erreur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_119">119</a>, note 346.</p>
+
+<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> Dans les éditions de 1637-1664: <i>et aimée</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> Dans l'édition de 1637, ce personnage se nomme <span class="smcap">Cléonte</span> et
+ne figure pas au tableau des acteurs. Du reste il ne prend la parole
+que dans la scène v de l'acte IV, et dans aucune édition son nom ne
+paraît, en tête de cette scène, parmi ceux des personnages.</p>
+
+<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> L'indication du lieu de la scène manque dans l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> <i>Var.</i> Je treuve qu'après tout ce n'est qu'une suivante. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> <i>Var.</i> A la fin j'ai levé mes yeux sur sa maîtresse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_364" id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> <i>Var.</i> Maintenant je me doute à peu près d'une ruse. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> <i>Var.</i> Tient pour manque d'esprit de véritables feux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_366" id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon feu, qui ne seroit que simple courtoisie,<br />
+[La rempliroit d'amour, et toi de jalousie.»]<br />
+Moi de jurer que non, et lui de persister,<br />
+Tant que pour cette épreuve il me fit protester<br />
+Que je lui céderois quelque temps ma maîtresse.<br />
+Ainsi donc je l'y mène, et par cette souplesse,<br />
+[Engageant Amarante et Florame au discours.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> <i>Var.</i> Amarante à ce point fut-elle fort docile? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a>
+<i>Var.</i> Plus que je n'espérois je la trouvai facile. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Plus que je n'espérois je l'y trouvai facile. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_369" id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a>
+<i>Var.</i> Soit qu'elle fît dessein d'asservir la franchise<br />
+D'un qui la cajoloit ainsi par entreprise. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Soit qu'elle fît dessein sur cet esprit rebelle<br />
+Qui par galanterie osoit feindre auprès d'elle. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> <i>Var.</i> Qui par simple gageure osoit se jouer d'elle. (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> <i>Var.</i> Et ne demanda plus tant d'assiduité. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> <i>Var.</i> L'aise de se voir seule à gouverner Florame. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il a dedans l'esprit mêmes desseins que toi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> <i>Var.</i> Parmi ces hauts projets il manque de prudence. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il ne se doute point de ta supercherie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a>
+<i>Var.</i> N'importe toutefois qu'il brûle et qu'il soupire;<br />
+Je sais trop dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> <i>Var.</i> Si je sais dextrement l'empêcher d'en rien dire. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a>
+<i>Var.</i> Daphnis est fort aimable, et si Florame l'aime,<br />
+Est-ce à dire pourtant qu'il soit aimé de même? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> <i>Var.</i> En dois-je présumer qu'il soit aimé de même? (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a>
+<i>Var.</i> Lui soient à même honte ou même honneur tous deux:<br />
+Ou tous deux nous faisons un dessein téméraire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> <i>Var.</i> Encore est-ce à regret qu'ici je me viens rendre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> <i>Var.</i> De retour au logis je me treuvois à moi. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a>
+<i>Var.</i> Encor n'est-ce pas tout, son image me suit,<br />
+[Et me vient, au lieu d'elle, entretenir la nuit.]<br />
+Elle entre effrontément jusque dedans ma couche,<br />
+Me redit ses propos, me présente sa bouche.<br />
+[Théante, ou permets-moi de n'en plus approcher.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> <i>Var.</i> Ses beautés à la fin me rendroient infidèle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> <i>Var.</i> Et toi sans aucun fruit tu porteras la peine. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> <i>Var.</i> Quand tu ne pourras plus te passer de la voir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> <i>Var.</i> J'attends pour te punir à reprendre ma place. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> <i>Var.</i> A présent tu n'en tiens encore qu'à demi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'en ma faveur le ciel ne tourne son courage,<br />
+Et dispose Amarante à seconder mes v&oelig;ux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> <i>Var.</i> De faire à tes dépens cette preuve incertaine. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> Terme de jeu: <i>je quitte la partie</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> <i>Var.</i> Que veux-tu plus de moi? reprends ce qu'il t'est dû. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> <i>Var.</i> Séparer davantage une amour si parfaite! (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_394" id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a>
+<i>Var.</i> J'empêcherai Daphnis de plus vous séparer.<br />
+Pour peu qu'à mes discours je la trouve accessible. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon c&oelig;ur, déploie ici tes meilleurs artifices<br />
+(Mais toutefois sans mettre en oubli mes services). (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a> <i>Var.</i> Quelque échappé qu'il fût, je saurois l'attraper. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a> <i>Var.</i> Allez, laissez-le-moi, j'y ferai bonne garde. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a> <i>Var.</i> Augmente mon envie en augmentant la gloire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a>
+<i>Var.</i> Bien plus que d'aucuns v&oelig;ux que l'on me peut offrir. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Bien plus que d'aucuns v&oelig;ux que l'on me pût offrir. (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a> <i>Var.</i> Toute amitié se meurt où naissent de vrais feux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a> <i>Var.</i> Encore si j'avois tant soit peu d'espérance. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a> <i>Var.</i> Que vous puissiez m'aimer après tant de tourment. (1654)</p>
+
+<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a>
+<i>Var.</i> Et mon stérile amour n'aura que des supplices!<br />
+Trouvez bon que j'adresse autre part mes services<a name="FNanchor_403-a" id="FNanchor_403-a" href="#Footnote_403-a" class="fnanchor">[403-a]</a>,<br />
+Contraint, manque d'espoir, de vous abandonner.<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> S'il ne tient qu'à cela je vous en veux donner. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_403-a" id="Footnote_403-a" href="#FNanchor_403-a"><span class="label">[403-a]</span></a> [Souffrez qu'en autre lieu j'adresse mes services.] (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a>
+<i>Var.</i> Que je négligerois près d'un qui valût mieux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a>
+<i>Var.</i> Peut-être, mais enfin il le faut confesser. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_406" id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a> <i>Var.</i> Voyez comme tous deux fuyent notre rencontre! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a> <i>Var.</i> Qui ne sont en effet que des galanteries. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a>
+<i>Var.</i> J'ai sondé son esprit touchant cette matière,<br />
+Où j'ai peu remarqué de son ardeur première. (1637)<br />
+<i>Var.</i> J'ai sondé dextrement jusqu'au fond de son âme. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a>
+<i>Var.</i> Et si Florame avoit pour elle quelque amour,<br />
+Elle pourroit bientôt vous faire un mauvais tour. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'en moins de rien ma ruse en tire les secrets.<br />
+<span class="smcap">THÉANTE.</span> C'est un trop bas emploi pour un si grand mérite;<br />
+Et quand bien Amarante en seroit là réduite,<br />
+Que de se voir pour lui dans quelque émotion,<br />
+J'étouffe en moins de rien cette inclination. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_411" id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[411]</span></a> <i>Var.</i> Cette belle maîtresse a trop de jugement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_412" id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[412]</span></a> <i>Var.</i> Vous le méprisez trop: je treuve en lui des charmes. (1637-52)</p>
+
+<p><a name="Footnote_413" id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[413]</span></a>
+<i>Var.</i> Clarimond n'a de moi qu'un excès de rigueur;<br />
+Mais s'il lui ressembloit, il toucheroit mon c&oelig;ur. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_414" id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[414]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais j'en juge suivant ce que je vois paroître. (1637-60)<br />
+<i>Var.</i> Mais j'en juge suivant ce que j'en vois paroître. (1663 et 64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_415" id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[415]</span></a> <i>Var.</i> Laissons là ce discours: je l'aperçois venir. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_416" id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[416]</span></a> <i>Var.</i> L'heure de dîner presse, et nous incommodons. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_417" id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[417]</span></a> <i>Var.</i> Celle qu'en nos discours ici nous retardons. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_418" id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[418]</span></a> <i>Var.</i> Quelle puissante amour n'en seroit pas fâchée? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_419" id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[419]</span></a> <i>Pour en être inquiet.</i> Voyez tome I, p. 192, note 641.</p>
+
+<p><a name="Footnote_420" id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[420]</span></a> <i>Var.</i> Et toute sa froideur naît de sa jalousie. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_421" id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[421]</span></a>
+<i>Var.</i> C'est chose au demeurant qui ne me touche en rien. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Si vous l'aimez encor, quittez cet entretien,<br />
+Ce que je vous en dis n'est que pour votre bien. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_422" id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[422]</span></a> <i>Var.</i> M'informer<a name="FNanchor_422-a" id="FNanchor_422-a" href="#Footnote_422-a" class="fnanchor">[422-a]</a> si l'esprit en répond à la mine. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_422-a" id="Footnote_422-a" href="#FNanchor_422-a"><span class="label">[422-a]</span></a> Voyez tome I, p. 472, note 1532.</p>
+
+<p><a name="Footnote_423" id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[423]</span></a>
+<i>Var.</i> [Que m'importe de perdre une amitié si feinte?]<br />
+Dois-je pas m'ennuyer de son discours moqueur,<br />
+Où sa langue jamais n'a l'aveu de son c&oelig;ur?<br />
+Non, je ne le saurois, et quoi qu'il m'en arrive,<br />
+Je ferai mes efforts afin qu'on ne m'en prive,<br />
+Et j'y veux employer de si rusés détours,<br />
+Qu'ils n'auront de longtemps le fruit de leurs amours<a name="FNanchor_423-a" id="FNanchor_423-a" href="#Footnote_423-a" class="fnanchor">[423-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_423-a" id="Footnote_423-a" href="#FNanchor_423-a"><span class="label">[423-a]</span></a> C'est ici que finit le I<sup>er</sup> acte dans les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_424" id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[424]</span></a>
+<i>Var.</i> Et c'est un grand bonheur s'ils ne sont que jaloux.<br />
+Tout leur nuit, et l'abord d'une mouche les blesse;<br />
+D'ailleurs dans leur devoir leur santé s'intéresse,<br />
+Et quelque long chemin que soit celui des cieux,<br />
+L'hymen l'accourcit bien à des hommes si vieux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_425" id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[425]</span></a> Le <i>fourrier</i> est au régiment ou dans la maison du Roi celui qui est
+chargé de préparer les logements; par suite ce mot s'emploie figurément dans
+le sens d'<i>avant-courier</i>, ou comme nous disons aujourd'hui, d'<i>avant-coureur</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_426" id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[426]</span></a> <i>Var.</i> Le sort en est jeté: va, ma pauvre Célie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_427" id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[427]</span></a> <i>Faire une planche à quelqu'un</i>, c'est au propre lui faciliter le passage
+dans un chemin boueux ou difficile, et au figuré lui faciliter une affaire, une
+entreprise.</p>
+
+<p><a name="Footnote_428" id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[428]</span></a>
+<i>Var.</i> Je n'ai que faire ici de votre tablature:<br />
+Sans vos instructions, je sais trop comme il faut<br />
+Couler tout doucement sur ce qui vous défaut.<br />
+<span class="smcap">GÉR.</span> Ma force à t'écouter semble toute passée<a name="FNanchor_428-a" id="FNanchor_428-a" href="#Footnote_428-a" class="fnanchor">[428-a]</a>.<br />
+Je ne suis pas encor d'une âge si cassée,<br />
+Et ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours.<br />
+<span class="smcap">CÉL.</span> Ne m'étourdissez point avec ces vains discours;<br />
+Il suffit que votre âme est tellement éprise<br />
+[Que vous allez mourir si vous n'avez Florise:]<br />
+Il y faudra tâcher. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_428-a" id="Footnote_428-a" href="#FNanchor_428-a"><span class="label">[428-a]</span></a>
+Mes forces à t'ouïr semblent toutes passées.<br />
+Bannis en ma faveur ces mauvaises pensées:<br />
+Je ne crois pas avoir usé tous mes beaux jours. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_429" id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[429]</span></a>
+<i>Var.</i> [Sans vos instructions je sais bien mon métier,]<br />
+Et je vous aime assez pour n'y rien oublier. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_430" id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[430]</span></a> <i>Laisser à quartier</i>, laisser à l'écart, laisser de côté, omettre. Voyez
+tome I, p. 93, note 382.</p>
+
+<p><a name="Footnote_431" id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[431]</span></a> <i>Var.</i> Faut-il aller plus vite? Eh bien! voilà son frère. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_432" id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[432]</span></a>
+<i>Var.</i> Je m'en vais devant vous lui proposer l'affaire. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Je vais tout devant vous lui proposer l'affaire. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_433" id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[433]</span></a>
+<span class="i4"><i>Var.</i> Dont l'importune tyrannie</span><br />
+<span class="i4">Rompt le cours de ma passion? (1637-57)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_434" id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[434]</span></a> <i>Var.</i> Relâche un peu tes soins, puisqu'ils sont superflus. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_435" id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[435]</span></a> <i>Var.</i> Si près de mes chastes desirs. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_436" id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[436]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur:</p>
+
+<p class="left5">Quand on a l'effet de ces v&oelig;ux.</p>
+
+<p><a name="Footnote_437" id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[437]</span></a> Cette scène se divise en cinq dans l'édition de 1637. La scène <span class="smcap">V</span>, qui a
+pour personnages <span class="smcap">DAPHNIS</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, commence après le vers 411; la scène <span class="smcap">VI</span>,
+entre <span class="smcap">DAPHNIS, AMARANTE</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au milieu du vers 431; la scène <span class="smcap">VII</span>,
+entre <span class="smcap">DAPHNIS</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au milieu du vers 437; la scène <span class="smcap">VIII</span>, entre <span class="smcap">DAPHNIS,
+AMARANTE</span> et <span class="smcap">FLORAME</span>, au vers 464, à la reprise d'Amarante: «Vos clefs, etc.»&mdash;Nous
+n'avons pas besoin de dire après cela que les jeux de scène indiqués
+soit dans notre texte soit en variante, à ces divers endroits, manquent dans
+l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_438" id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[438]</span></a> <i>Var.</i> Qu'étouffe et que d'abord éteint votre présence. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_439" id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[439]</span></a> <i>Var.</i> Dont l'importun respect redouble les tourments.(1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_440" id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[440]</span></a> <i>Var.</i> Pensent fort avancer par un honteux silence. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_441" id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[441]</span></a>
+<i>Var.</i> Ne peut être blâmé, bien que présomptueux.<br />
+J'avouerai donc mon feu, quelque haut qu'il se monte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_442" id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[442]</span></a> <i>Var.</i> Ne leur servant de rien, je m'en suis revenue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_443" id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[443]</span></a>
+<i>Var.</i> [Allez au cabinet me querir un mouchoir.]<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> Donnez-m'en donc la clef. <span class="smcap">DAPHN.</span> Je l'aurai laissé choir:<br />
+Tâchez de la trouver. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_444" id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[444]</span></a> <i>Var.</i> Sans affront je la quitte, et lui préfère un autre<a name="FNanchor_444-a" id="FNanchor_444-a" href="#Footnote_444-a" class="fnanchor">[444-a]</a>. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_444-a" id="Footnote_444-a" href="#FNanchor_444-a"><span class="label">[444-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_445" id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[445]</span></a> <i>Var.</i> Ne devroient de ma part avoir que des encens. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_446" id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[446]</span></a> <i>Var.</i> N'a que de vous pareille: en un mot c'est.... (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_447" id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[447]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma curiosité s'est rendue indiscrète<br />
+A vous trop informer d'une flamme secrète. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_448" id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[448]</span></a>
+<i>Var.</i> En nommer un au lieu qui ne vous touche pas. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Puisque m'en nommer un qui ne vous touche pas. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_449" id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[449]</span></a> <i>Var.</i> N'est que faire un reproche à son manque d'appas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_450" id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[450]</span></a> <i>Var.</i> Ou peut-être mon sort me rend si misérable. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_451" id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[451]</span></a>
+<i>Var.</i> Je fais v&oelig;u....<span class="smcap">AMAR.</span><a name="FNanchor_451-a" id="FNanchor_451-a" href="#Footnote_451-a" class="fnanchor">[451-a]</a> Votre clef ne se sauroit trouver.<br />
+<span class="smcap">DAPHN.</span> Bien donc, à faute d'autre, et comme par bravade,<br />
+Voici qui servira de mouchoir de parade. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_451-a" id="Footnote_451-a" href="#FNanchor_451-a"><span class="label">[451-a]</span></a> <span class="smcap">AMARANTE</span>, <i>revenant encore brusquement</i>. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_452" id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[452]</span></a> Cette indication manque dans les éditions de 1637-60.</p>
+
+<p><a name="Footnote_453" id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[453]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'elle a depuis longtemps à moi du point coupé<a name="FNanchor_453-a" id="FNanchor_453-a" href="#Footnote_453-a" class="fnanchor">[453-a]</a>:<br />
+Allez, et dites-lui qu'elle me le renvoie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_453-a" id="Footnote_453-a" href="#FNanchor_453-a"><span class="label">[453-a]</span></a> Voyez la note 14 de la p. <a href="#Page_7">7</a> de ce volume.</p>
+
+<p><a name="Footnote_454" id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[454]</span></a>
+<i>Var.</i> Dites-lui nettement que je le veux avoir.<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> A vous le rapporter je ferai mon pouvoir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_455" id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[455]</span></a> L'édition de 1682 porte seule <i>prudence</i>, au lieu de <i>puissance</i>; quoique
+cette leçon soit à la rigueur explicable, il est bien possible que ce soit une faute
+typographique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_456" id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[456]</span></a> <i>Var.</i> Doncques, sans plus le perdre en discours superflus. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_457" id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[457]</span></a>
+<i>Var.</i> Et je sentois mes feux tellement s'embraser,<br />
+Qu'il n'étoit pas en moi de les plus maîtriser. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Et je sentois mes feux tellement s'augmenter,<br />
+Qu'il n'étoit plus en moi de les pouvoir dompter. (1644-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_458" id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[458]</span></a> <i>Var.</i> Je me treuve captive en de si beaux liens<a name="FNanchor_458-a" id="FNanchor_458-a" href="#Footnote_458-a" class="fnanchor">[458-a]</a>. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_458-a" id="Footnote_458-a" href="#FNanchor_458-a"><span class="label">[458-a]</span></a> Racine a dit dans <i>Phèdre</i>, acte II, scène<span> II</span>:</p>
+
+<p class="left5">Quel étrange captif pour un si beau lien!</p>
+
+<p><a name="Footnote_459" id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[459]</span></a>
+<i>Var.</i> Que je t'aime, Florame, encor que je le taise!<br />
+Et que je songe peu, dans l'excès de ma braise. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_460" id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[460]</span></a> <i>Var.</i> Aussi l'une est par où de bien loin tu me passes. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_461" id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[461]</span></a> <i>Var.</i> Que mon père sera d'un même sentiment. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_462" id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[462]</span></a> <i>Var.</i> Je vous avois bien dit qu'elle n'y seroit pas. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_463" id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[463]</span></a> <i>Var.</i> Je ne sais tantôt plus comme vivre avec vous. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_464" id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[464]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous déroberont aucuns de vos amants. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_465" id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[465]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon c&oelig;ur, si tu me vois sans Florame aujourd'hui,<br />
+Sache que tout exprès je m'échappe de lui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_466" id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[466]</span></a> <i>Je pratique</i>, je ménage.</p>
+
+<p><a name="Footnote_467" id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[467]</span></a> <i>Var.</i> Et vous l'a chassé presque avec ignominie. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_468" id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[468]</span></a> L'édition de 1657 porte par erreur: «fort satisfait.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_469" id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[469]</span></a> <i>Var.</i> Mais enfin auprès d'elle il treuve mal son conte<a name="FNanchor_469-a" id="FNanchor_469-a" href="#Footnote_469-a" class="fnanchor">[469-a]</a>? (1637-54)</p>
+
+<p><a name="Footnote_469-a" id="Footnote_469-a" href="#FNanchor_469-a"><span class="label">[469-a]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_470" id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[470]</span></a>
+<i>Var.</i> Et véritablement, si je ne t'aimois bien,<br />
+[Je l'envoierois bientôt porter ailleurs ses feintes;]<br />
+Mais puisque tu le veux, j'accepte ces contraintes.<br />
+[<span class="smcap">THÉANTE.</span> Et je m'assure aussi tellement en ta foi.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_471" id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[471]</span></a> <i>Var.</i> Dedans ses entretiens incessamment t'engage. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_472" id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[472]</span></a>
+<i>Var.</i> Que quand bien ma maîtresse aura su te charmer. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Que quand bien ma maîtresse auroit su te charmer. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_473" id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[473]</span></a> <i>Var.</i> Votre inégalité mettroit hors d'espérance. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_474" id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[474]</span></a>
+<i>Var.</i> L'aise de voir la porte à ta fortune ouverte<br />
+Me feroit librement consentir à ma perte. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_475" id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[475]</span></a> <i>Var.</i> Que bien que je sentisse au c&oelig;ur mille regrets. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_476" id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[476]</span></a> Ce vers, par une erreur d'impression, manque dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_477" id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[477]</span></a> <i>Var.</i> Et bien que sur mon c&oelig;ur elle soit la plus forte. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_478" id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[478]</span></a> <i>Var.</i> Des mépris, des rigueurs nompareilles. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_479" id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[479]</span></a> <i>Var.</i> As-tu bien de la foi pour de telles merveilles? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_480" id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[480]</span></a>
+<i>Var.</i> Je le viens de trouver, ravi, transporté d'aise.<br />
+D'avoir eu les moyens de déclarer sa braise. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Je le viens de trouver ravi d'aise dans l'âme. (1644-57)<br />
+<i>Var.</i> Je le viens de trouver, tout ravi dans son âme. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_481" id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[481]</span></a> <i>Var.</i> D'avoir eu les moyens de faire voir sa flamme. (1644-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_482" id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[482]</span></a> <i>Var.</i> De sa possession l'un et l'autre nous prive. (1654)</p>
+
+<p><a name="Footnote_483" id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[483]</span></a> Corneille fait allusion à ce passage dans <i>la Place Royale</i>, vers 702.&mdash;Théante
+tient un semblable discours un peu plus bas, p. 189 et 190.</p>
+
+<p><a name="Footnote_484" id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[484]</span></a> Ce vers se trouve dans <i>Mélite</i>, acte III, scène <span class="smcap">II</span>, Vers 820.</p>
+
+<p><a name="Footnote_485" id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[485]</span></a>
+<i>Var.</i> Et pour peu qu'on le pousse, il a des violences<br />
+Qui portent son courroux jusqu'aux extrémités.<br />
+[Nous les verrions par là l'un et l'autre écartés.<br />
+<span class="smcap">THÉANTE.</span> Oui, mais s'il t'obligeoit d'en porter la parole.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_486" id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[486]</span></a> <i>Var.</i> Enfin, quelque froideur que t'ait montré Florise. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_487" id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[487]</span></a> <i>Var.</i> A moins que d'accepter Florame pour son gendre. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_488" id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[488]</span></a> <i>Var.</i> Ce qu'il est plus que moi m'oblige à lui céder. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_489" id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[489]</span></a>
+<i>Var.</i> Pour avoir trop d'amour, c'est m'obéir trop peu.<br />
+<span class="smcap">CLAR.</span> La puissance qu'Amour sur moi vous a donnée.... (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_490" id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[490]</span></a> <i>Var.</i> D'où naissent tant, bons Dieux! et de telles froideurs? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_491" id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[491]</span></a> Il y a dans l'édition de 1682 une transposition de mots qui fait un hiatus
+et qui est assurément une faute:</p>
+
+<p class="left5">Comme je perds le mien ici à vous entendre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_492" id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[492]</span></a> Voyez dans l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_121">121</a>, la judicieuse critique que Corneille fait
+lui-même de cette scène.</p>
+
+<p><a name="Footnote_493" id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[493]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma flamme et ses froideurs, son aise et mon tourment.<br />
+Je tâche à me résoudre en ce malheur extrême. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_494" id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[494]</span></a> <i>Var.</i> Clarimond, écoutez, si vous étiez discret.(1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_495" id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[495]</span></a> <i>Var.</i> Mais auriez-vous aussi de la discrétion? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_496" id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[496]</span></a> C'est là le texte de toutes les éditions publiées du vivant de Corneille.
+Dans celle de 1692, on a substitué <i>pour</i> à <i>de</i>, correction qui depuis a été généralement
+adoptée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_497" id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[497]</span></a>
+<i>Var.</i> Quand vous saurez comment il la faut gouverner.<br />
+En la voulant servir vous la rendez cruelle.(1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_498" id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[498]</span></a> <i>Var.</i> Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_499" id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[499]</span></a>
+<i>Var.</i> Quand il aura choisi quelqu'un de ses amants,<br />
+Sa passion naîtra de ses commandements. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_500" id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[500]</span></a> Nous dirions aujourd'hui: <i>pour s'acquérir la réputation de fille bien
+élevée</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_501" id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[501]</span></a> <i>Var.</i> Clarimond, n'usez point si mal de mon secours. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_502" id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[502]</span></a> <i>Var.</i> En songeant seulement que je viens d'avec elle. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_503" id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[503]</span></a> <i>Var.</i> Accostez le bonhomme, et ne lui parlez plus. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_504" id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[504]</span></a>
+<i>Var.</i> Je suivrai ton conseil et vais chercher le père,<br />
+Puisque c'est de sa part que tu veux que j'espère.<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> Parlez-lui hardiment sans crainte de refus. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_505" id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[505]</span></a>
+<i>Var.</i> Un oncle pourra mieux m'en épargner la honte.<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> Votre amour en tout sens y trouvera son conte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_506" id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[506]</span></a> <i>Var.</i> Tant ce frivole espoir redouble ses ferveurs! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_507" id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[507]</span></a>
+<i>Var.</i> Ce n'est qu'un faux appas, et sous cette couleur<br />
+Il ne veut cependant que surprendre une fleur. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_508" id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[508]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_509" id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[509]</span></a> <i>Var.</i> Sinon lorsqu'avec moi s'ouvrant confidemment. (1637-37)</p>
+
+<p><a name="Footnote_510" id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[510]</span></a>
+<i>Var.</i> Quand vous serez d'accord avecque son amant,<br />
+Un prompt amour suivra votre commandement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_511" id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[511]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">GÉRASTE</span>, <i>seul</i>. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_512" id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[512]</span></a> <i>Var.</i> A ce beau cavalier ne cache plus sa flamme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_513" id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[513]</span></a> <i>Var.</i> Adieu: si tu le vois, tu lui peux témoigner. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_514" id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[514]</span></a> <i>Var.</i> Je me puis revancher du don de ta franchise. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_515" id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[515]</span></a> L'édition de 1657 porte, par erreur sans doute: «Je trouve en tes vertus.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_516" id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[516]</span></a> <i>Var.</i> Mais est-il vrai, mes sens? m'êtes-vous bien fidèles? (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_517" id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[517]</span></a> <i>Var.</i> Pour me persuader vos flammes sans pareilles. (1637, 44, 52 et 57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_518" id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[518]</span></a> L'édition de 1692 est la première où il y ait <i>redoublés</i>, au pluriel. Dans toutes
+les impressions antérieures on lit <i>redoublé</i>. Voyez l'<i>Introduction du Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_519" id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[519]</span></a> <i>Var.</i> Depuis tantôt je parle un peu plus franchement. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_520" id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[520]</span></a> <i>Var.</i> Avecque nos desirs sa volonté conspire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_521" id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[521]</span></a> Ce n'est que dans l'édition de 1682 que Corneille a mis au singulier
+les rimes <i>obstacle</i> et <i>miracle</i>. La correction, pour être complète, aurait dû
+s'étendre aux vers suivants. Il eût été facile de dire:</p>
+
+<p class="left5">Miracle toutefois qu'Amarante a produit;<br />
+De sa jalouse humeur nous tirons ce doux fruit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_522" id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[522]</span></a> <i>Var.</i> Au moins je le présume, et ne puis soupçonner. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_523" id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[523]</span></a> <i>Var.</i> Parlons de ce premier, et recevez la foi. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_524" id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[524]</span></a>
+<i>Var.</i> Je crois que nos discours, à son abord fatal,<br />
+Ne se jetteront plus sur le rhume et le bal. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_525" id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[525]</span></a>
+<i>Var.</i> [Que son adresse apporte à nos contentements.]<br />
+<span class="smcap">FLOR.</span> Si ma présence y nuit, souffrez que je vous quitte;<br />
+Une affaire aussi bien jusqu'au logis m'invite.<br />
+<span class="smcap">DAPHN.</span> Importante? <span class="smcap">FLOR.</span> Oui, je meure, au succès de nos feux.(1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_526" id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[526]</span></a>
+<i>Var.</i> Dans ce jaloux chagrin qui tient vos sens saisis,<br />
+Vos divertissements sont assez bien choisis. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_527" id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[527]</span></a> <i>Var.</i> Je sais trop que le ciel, avecque tant de grâces. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_528" id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[528]</span></a> <i>Var.</i> Quel mystère est-ce-ci? sa belle humeur se joue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_529" id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[529]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: <i>peut-être</i>, au lieu de
+<i>pour être</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_530" id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[530]</span></a>
+<i>Var.</i> [Que l'un de ces amants fût pris pour son rival?]<br />
+Parmi de tels détours mon esprit ne voit goutte,<br />
+Et leurs prospérités le mettent en déroute,<br />
+Bien que mon c&oelig;ur, brouillé de mouvements divers,<br />
+Ose encor se flatter de l'espoir d'un revers. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_531" id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[531]</span></a> On lit «<i>une</i> amour» dans les impressions de 1637-57 et dans celle
+de 1682. Cette leçon est explicable dans les premières éditions: elles portent
+en effet, au vers suivant: «du penser,» auquel peut se rapporter «le mien»
+du vers 1025. Mais dans l'édition de 1682, «le mien» ne peut se rapporter
+qu'à <i>amour</i>, qui doit en conséquence être nécessairement au masculin. La leçon
+que nous donnons est celle des éditions de 1660-68.</p>
+
+<p><a name="Footnote_532" id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[532]</span></a> <i>Var.</i> Qui ne voit son objet que des yeux du penser! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_533" id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[533]</span></a>
+<i>Var.</i> Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser.<br />
+<span class="i4">Dieux! je rougis d'une parole</span><br />
+<span class="i4">Dont je meurs de goûter l'effet,</span><br />
+<span class="i4">Et dans cette honte frivole</span><br />
+Je prépare un refus.... (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_534" id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[534]</span></a> Dans la première édition (1637, il y a simplement: <i>Célie rentre</i>; le reste
+du jeu de scène est omis.</p>
+
+<p><a name="Footnote_535" id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[535]</span></a>
+<i>Var.</i> Oui, mais pour en tirer une preuve plus claire,<br />
+Qui diroit qu'il faut prendre un mouvement contraire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_536" id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[536]</span></a> <i>Var.</i> Oui, mais j'ai fait depuis un autre choix pour toi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_537" id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[537]</span></a> <i>Var.</i> Il le faut retirer par mon commandement. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_538" id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[538]</span></a> Ici encore l'édition de 1637 n'a que le commencement du jeu de scène
+<i>Daphnis rentre</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_539" id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[539]</span></a> <i>Var.</i> Et de peur de me rendre il l'a fallu bannir. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_540" id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[540]</span></a> <i>Var.</i> C'est lui seul que je veux d'appui pour ma maison. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_541" id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[541]</span></a> C'est-à-dire: <i>à qui Daphnis donne sa confiance</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_542" id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[542]</span></a> <i>Var.</i> Qu'au contraire je crains de l'aigrir davantage. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_543" id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[543]</span></a> <i>Var.</i> Il est tant de moyens à fléchir un courage. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_544" id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[544]</span></a> <i>Var.</i> Ils ont l'esprit troublé dedans cette famille. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_545" id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[545]</span></a>
+<i>Var.</i> [D'elle-même j'ai su l'aise qu'elle en ressent;]<br />
+Et qui croira Géraste, il ne l'y peut réduire.<br />
+Peut-elle s'opposer à ce qu'elle desire?<br />
+J'aime sa résistance en cette occasion,<br />
+Mais j'en ai moins d'espoir que de confusion.<br />
+[S'ils sont sages tous deux, il faut que je sois folle.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_546" id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[546]</span></a> <i>Var.</i> Et combien qu'il me mette au bout de mon latin. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_547" id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[547]</span></a> <i>Var.</i> Mais dis que tu voudrois qu'elle empêchât ma plainte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_548" id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[548]</span></a> «On dit <i>tirer de long</i>, <i>tirer pays</i>, pour dire <i>s'en aller</i>, <i>s'enfuir</i>.» (<i>Dictionnaire
+de l'Académie de 1694.</i>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_549" id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[549]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais s'il nous treuve ensemble, il pourra se douter. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Mais s'il nous trouve ensemble, il pourra se douter. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_550" id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[550]</span></a> <i>Var.</i> Que nous prenons plaisir tous deux à le tâter. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_551" id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[551]</span></a>
+<i>Var.</i> De peur que nous voyant il entrât en cervelle,<br />
+J'avois mis tout exprès Cléonte<a name="FNanchor_551-a" id="FNanchor_551-a" href="#Footnote_551-a" class="fnanchor">[551-a]</a> en sentinelle. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_551-a" id="Footnote_551-a" href="#FNanchor_551-a"><span class="label">[551-a]</span></a> Voyez p. <a href="#Page_126">126</a>, note 360.</p>
+
+<p><a name="Footnote_552" id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[552]</span></a> Bien que Cléon prenne ici part à la scène, il ne figure en tête, parmi
+les noms des personnages, dans aucune des éditions publiées avant la mort de
+Corneille, ni même dans celle de 1692. C'est peut-être parce qu'il ne paraît ainsi
+que tout à la fin; il se pourrait même qu'il dût crier du dehors cette réponse,
+sans venir sur le théâtre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_553" id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[553]</span></a> <i>Var.</i> En ce pauvre amoureux sont si mal assorties. (1637-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_554" id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[554]</span></a> <i>Var.</i> Parle plus franchement: lassé de ta promesse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_555" id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[555]</span></a> <i>Var.</i> De peur que ton esprit conçût cette croyance. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_556" id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[556]</span></a> <i>Var.</i> Je te rends Amarante avecque ta parole. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_557" id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[557]</span></a> <i>Var.</i> Je ne te puis celer. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_558" id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[558]</span></a>
+<i>Var.</i> Le glorieux éclat d'une action si belle,<br />
+Ton sang, ou répandu, ou<a name="FNanchor_558-a" id="FNanchor_558-a" href="#Footnote_558-a" class="fnanchor">[558-a]</a> hasardé pour elle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_558-a" id="Footnote_558-a" href="#FNanchor_558-a"><span class="label">[558-a]</span></a> C'est, si nous ne nous trompons, le seul exemple d'hiatus que nous ayons
+rencontré jusqu'ici soit dans le texte, soit dans les variantes de Corneille; car
+on ne peut pas compter celui dont il est parlé au tome I, au sujet de la troisième
+variante de la p. 173.</p>
+
+<p><a name="Footnote_559" id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[559]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">FLORAME</span>, <i>le retenant</i>. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_560" id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[560]</span></a> <i>Var.</i> Enflé par tes discours, il ne peut plus attendre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_561" id="Footnote_561" href="#FNanchor_561"><span class="label">[561]</span></a> A une demi-lieue de Paris, sur la route de Fontainebleau. Il y avait en ce
+lieu un château qui au quatorzième siècle appartenait à Jean, évêque de Winchester,
+dont le nom corrompu a fait <i>Bissestre</i>, <i>Bicêtre</i>. Sous Charles V, on
+construisit au même endroit un hôpital, qui, rétabli sous Louis XIII, servit
+d'asile aux soldats infirmes jusqu'à la fondation de l'hôtel des Invalides.</p>
+
+<p><a name="Footnote_562" id="Footnote_562" href="#FNanchor_562"><span class="label">[562]</span></a> Voyez plus haut la note 483 de la p. 160.</p>
+
+<p><a name="Footnote_563" id="Footnote_563" href="#FNanchor_563"><span class="label">[563]</span></a> Dans les éditions de 1637 et de 1652, l'orthographe du mot est <i>gaigner</i>
+et les deux dernières syllabes de ces deux vers riment aux yeux.</p>
+
+<p><a name="Footnote_564" id="Footnote_564" href="#FNanchor_564"><span class="label">[564]</span></a>
+<i>Var.</i> Avise derechef: ta valeur signalée<br />
+En d'extrêmes périls te jette à la volée. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_565" id="Footnote_565" href="#FNanchor_565"><span class="label">[565]</span></a> <i>Var.</i> Souviens-toi, cher ami, que je retiens ton bras. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_566" id="Footnote_566" href="#FNanchor_566"><span class="label">[566]</span></a> <i>Var.</i> Vous me jetez, mon âme, en d'étranges alarmes. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_567" id="Footnote_567" href="#FNanchor_567"><span class="label">[567]</span></a> <i>Var.</i> A faute de changer, sa haine inévitable. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_568" id="Footnote_568" href="#FNanchor_568"><span class="label">[568]</span></a> <i>Var.</i> Et sur quelque valeur que son amour se fonde. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_569" id="Footnote_569" href="#FNanchor_569"><span class="label">[569]</span></a>
+<i>Var.</i> Son nom su, tu pourrois donner ma résistance<br />
+A son peu de mérite, et non à ma constance,<br />
+Croire que ses défauts le feroient rejeter,<br />
+Et qu'un plus accompli se pouvoit accepter.<br />
+<span class="i1">J'atteste ici la main qui lance le tonnerre. (1637-57)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_570" id="Footnote_570" href="#FNanchor_570"><span class="label">[570]</span></a>
+<i>Var.</i> Un seul Florame a droit de captiver mon âme,<br />
+Un seul Florame vaut à ma pudique flamme<br />
+Tout ce que l'on pourroit offrir à mes ardeurs<br />
+[De mérites, d'appas, de biens et de grandeurs.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_571" id="Footnote_571" href="#FNanchor_571"><span class="label">[571]</span></a>
+<i>Var.</i> Parmi tant de malheurs vous me comblez d'une aise<br />
+Qui redouble mes maux aussi bien que ma braise. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_572" id="Footnote_572" href="#FNanchor_572"><span class="label">[572]</span></a> <i>Var.</i> Le c&oelig;ur me serre; adieu: je sens faillir ma voix. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_573" id="Footnote_573" href="#FNanchor_573"><span class="label">[573]</span></a> <i>Var.</i> Et même je la souffre abandonner ce lieu. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_574" id="Footnote_574" href="#FNanchor_574"><span class="label">[574]</span></a> <i>Var.</i> Un nom si glorieux, traître, ne t'est plus dû. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_575" id="Footnote_575" href="#FNanchor_575"><span class="label">[575]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1637. Celle de 1663 donne en
+marge: <i>Il lui dit ce mot en soupirant</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_576" id="Footnote_576" href="#FNanchor_576"><span class="label">[576]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">CÉLIE</span>, <i>seule</i>. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_577" id="Footnote_577" href="#FNanchor_577"><span class="label">[577]</span></a> Voyez dans l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_122">122</a>, sur quoi Corneille fonde ce trait de caractère.</p>
+
+<p><a name="Footnote_578" id="Footnote_578" href="#FNanchor_578"><span class="label">[578]</span></a>
+<i>Var.</i> Surpris auroit-il pu falsifier son teint,<br />
+Ajuster ses regards, son geste, son langage?<br />
+Aussi que ce vieillard me farde son courage,<br />
+Je ne le saurois croire, et veux dès aujourd'hui,<br />
+Sur ce point, si je puis, m'éclaircir avec lui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_579" id="Footnote_579" href="#FNanchor_579"><span class="label">[579]</span></a>
+<i>Var.</i> Si ce change d'humeur un peu plus tôt t'eût pris,<br />
+Nous aurions vu l'effet du dessein entrepris. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_580" id="Footnote_580" href="#FNanchor_580"><span class="label">[580]</span></a> <i>Var.</i> Le rencontrer encor n'est plus en mon possible. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_581" id="Footnote_581" href="#FNanchor_581"><span class="label">[581]</span></a>
+<i>Var.</i> Vu que Daphnis, au point où je la vois réduite,<br />
+N'est pas pour l'oublier, quand il seroit en fuite. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_582" id="Footnote_582" href="#FNanchor_582"><span class="label">[582]</span></a>
+<i>Var.</i> Le privant de ce bien, ne me le donne pas. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Le privant d'un tel heur, ne me le donne pas. (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_583" id="Footnote_583" href="#FNanchor_583"><span class="label">[583]</span></a> <i>Var.</i> Inégal en fortune aux biens de cette belle. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_584" id="Footnote_584" href="#FNanchor_584"><span class="label">[584]</span></a>
+<i>Var.</i> Que pourrois-je en ce cas prétendre de ses pleurs?<br />
+Mon espoir se peut-il fonder sur ses douleurs? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_585" id="Footnote_585" href="#FNanchor_585"><span class="label">[585]</span></a>
+<i>Var.</i> Et si de l'obtenir je me sens incapable,<br />
+Florame est mon ami, d'où tu peux inférer<br />
+Qu'à tout autre qu'à moi je le dois préférer,<br />
+Et verrois à regret qu'un autre eût pris sa place. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_586" id="Footnote_586" href="#FNanchor_586"><span class="label">[586]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i8">Non pas, mais tu peux faire....</span><br />
+<span class="smcap">DAM.</span> Quoi? <span class="smcap">TH.</span> Que Clarimond prenne un mouvement contraire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_587" id="Footnote_587" href="#FNanchor_587"><span class="label">[587]</span></a> <i>Var.</i> Peut-être mon esprit treuvera quelque ruse. (1637-52)</p>
+
+<p><a name="Footnote_588" id="Footnote_588" href="#FNanchor_588"><span class="label">[588]</span></a> <i>Var.</i> Par où, mon honneur sauf, du cartel je m'excuse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_589" id="Footnote_589" href="#FNanchor_589"><span class="label">[589]</span></a>
+<i>Var.</i> Bien que j'adore encor l'excès de son mérite,<br />
+Florame ayant Daphnis, de honte je la quitte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_590" id="Footnote_590" href="#FNanchor_590"><span class="label">[590]</span></a> Ce jeu de scène n'est pas dans l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_591" id="Footnote_591" href="#FNanchor_591"><span class="label">[591]</span></a> <i>Var.</i> Et tout rival qu'il m'est, il rit de ma colère. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_592" id="Footnote_592" href="#FNanchor_592"><span class="label">[592]</span></a> <i>Var.</i> Et qu'ainsi que mes maux mes forfaits soient extrêmes. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_593" id="Footnote_593" href="#FNanchor_593"><span class="label">[593]</span></a> Voyez tome I, p. 208, note 692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_594" id="Footnote_594" href="#FNanchor_594"><span class="label">[594]</span></a>
+<i>Var.</i> Montrez, en m'assistant, que vous êtes des dieux,<br />
+Et conduisez mon bras, puisque je n'ai point d'yeux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_595" id="Footnote_595" href="#FNanchor_595"><span class="label">[595]</span></a> <i>Var.</i> Qu'au lieu de toi Daphnis occupoit mon penser. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_596" id="Footnote_596" href="#FNanchor_596"><span class="label">[596]</span></a>
+<i>Var.</i> Un bien si précieux qu'Amour m'avoit donné.<br />
+<span class="smcap">AMAR.</span> Ce vous dût être assez de m'avoir abusée. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Ce trésor que l'amour m'avoit si bien donné. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_597" id="Footnote_597" href="#FNanchor_597"><span class="label">[597]</span></a> <i>Ce dût</i>, c'est-à-dire <i>ce devroit</i>. Le mot a, dans toutes les éditions, ou
+une <i>s</i>, ou un accent circonflexe, ou un accent et une <i>s</i> à la fois: <i>deust</i>, <i>dûst</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_598" id="Footnote_598" href="#FNanchor_598"><span class="label">[598]</span></a> <i>Var.</i> Tu t'abuses: lui seul et sa rigueur cruelle. (1637-1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_599" id="Footnote_599" href="#FNanchor_599"><span class="label">[599]</span></a> Telle est la leçon des éditions de 1668 et de 1682. Elle peut bien se comprendre;
+cependant, comme toutes les autres éditions donnent <i>empêchent</i>, au
+lieu d'<i>empêchant</i>, ce participe ne serait-il pas une faute d'impression?</p>
+
+<p><a name="Footnote_600" id="Footnote_600" href="#FNanchor_600"><span class="label">[600]</span></a>
+<i>Var.</i> Tu redoubles ton crime à le désavouer;<br />
+Et sache qu'aujourd'hui, si tu ne fais en sorte. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_601" id="Footnote_601" href="#FNanchor_601"><span class="label">[601]</span></a> <i>Dans</i>, qui est la leçon généralement adoptée, ne se trouve dans aucune
+des éditions imprimées du vivant de Corneille, mais seulement dans celle
+de 1692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_602" id="Footnote_602" href="#FNanchor_602"><span class="label">[602]</span></a>
+<i>Var.</i> Si ce n'est qu'à dessein ils veuillent tout mêler,<br />
+Et soient d'intelligence à me faire affoler. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_603" id="Footnote_603" href="#FNanchor_603"><span class="label">[603]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il ne nous brouille encor de quelque confidence. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_604" id="Footnote_604" href="#FNanchor_604"><span class="label">[604]</span></a>
+<i>Var.</i> C'est moi qui suis marri que pour cet hyménée<br />
+Je ne puis révoquer la parole donnée. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_605" id="Footnote_605" href="#FNanchor_605"><span class="label">[605]</span></a>
+<i>Var.</i> Me verroit sans cela prêt à ses volontés.<br />
+<span class="smcap">POL.</span> Mais si quelque malheur rompoit cette alliance?<br />
+<span class="smcap">GÉR.</span> Qu'il n'ait lors de ma part aucune défiance. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_606" id="Footnote_606" href="#FNanchor_606"><span class="label">[606]</span></a>
+<i>Var.</i> J'ai promis, il est vrai, mais au cas seulement<br />
+Que Florame ou sa s&oelig;ur courût au changement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_607" id="Footnote_607" href="#FNanchor_607"><span class="label">[607]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «Impudente nouvelle!»</p>
+
+<p><a name="Footnote_608" id="Footnote_608" href="#FNanchor_608"><span class="label">[608]</span></a>
+<i>Var.</i> Ne se plaint que de vous et de votre rigueur;<br />
+Et sans vous on verroit leur mutuelle flamme<br />
+Unir bientôt deux corps qui n'ont déjà qu'une âme.<br />
+Vous m'allez cependant effrontément conter<br />
+Que Daphnis sur ce point ose vous résister! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_609" id="Footnote_609" href="#FNanchor_609"><span class="label">[609]</span></a>
+<i>Var.</i> [Ni que de cette sorte on se laisse affronter.]<br />
+Florame a trop de c&oelig;ur. GÉR. Et moi trop de courage<br />
+Pour manquer où l'amour, l'honneur, la foi m'engage.<br />
+Va donc, va le chercher: à ses yeux tu verras. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_610" id="Footnote_610" href="#FNanchor_610"><span class="label">[610]</span></a> <i>Var.</i> Enfin ma volonté sera la plus puissante. (1637-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_611" id="Footnote_611" href="#FNanchor_611"><span class="label">[611]</span></a> <i>Var.</i> <i>Daphnis sort.</i> (1637, en marge, 1644 et 52-60)&mdash;<i>Daphnis vient
+sur le théâtre.</i> (1663, en marge.)&mdash;Ce jeu de scène manque dans l'édition
+de 1648, qui porte seule, après le vers 1559: <i>A Daphnis.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_612" id="Footnote_612" href="#FNanchor_612"><span class="label">[612]</span></a> <i>Var.</i> Vous vous autorisez à m'être réfractaire. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_613" id="Footnote_613" href="#FNanchor_613"><span class="label">[613]</span></a> <i>Var.</i> Il vous falloit, Monsieur, vous-même en mes amours. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_614" id="Footnote_614" href="#FNanchor_614"><span class="label">[614]</span></a> <i>Var.</i> Ma foi doit-elle pas prévaloir sur la vôtre? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_615" id="Footnote_615" href="#FNanchor_615"><span class="label">[615]</span></a> C'est-à-dire: croit qu'il suffit à mes feux que vous ayez voulu.</p>
+
+<p><a name="Footnote_616" id="Footnote_616" href="#FNanchor_616"><span class="label">[616]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DAPHNIS</span>, <i>montrant Florame</i>. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_617" id="Footnote_617" href="#FNanchor_617"><span class="label">[617]</span></a> L'édition de 1637 porte: <i>C'est lui que je chéris</i>, ce qui est vraisemblablement
+une erreur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_618" id="Footnote_618" href="#FNanchor_618"><span class="label">[618]</span></a> Suivant la Fontaine il n'est pas même nécessaire d'être jaloux, l'amour
+suffit:</p>
+
+<p class="left5">Soyez amant, vous serez inventif.<br />
+<span class="i6">(<i>Contes, le Cuvier</i>, vers 1.)</span></p>
+
+<p>&mdash;On lit dans l'édition de 1682: <i>S'il devient inventif</i>, ce qui doit être une
+erreur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_619" id="Footnote_619" href="#FNanchor_619"><span class="label">[619]</span></a>
+<i>Var.</i> Pardonnez-lui, Monsieur; et vous, ma chère vie,<br />
+Voyez que votre exemple au pardon vous convie. (1637-64.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_620" id="Footnote_620" href="#FNanchor_620"><span class="label">[620]</span></a> <i>Var.</i> Si je t'aime, mon heur? Ah! ce doute m'offense. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_621" id="Footnote_621" href="#FNanchor_621"><span class="label">[621]</span></a> <i>Var.</i> Allons donc la trouver: que cet échange heureux. (1637-52)</p>
+
+<p><a name="Footnote_622" id="Footnote_622" href="#FNanchor_622"><span class="label">[622]</span></a> <i>Var.</i> Mon c&oelig;ur, s'il t'en souvient, je t'avois avertie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_623" id="Footnote_623" href="#FNanchor_623"><span class="label">[623]</span></a> <i>Var.</i> Te rendroit étonnée et nos desirs contents. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_624" id="Footnote_624" href="#FNanchor_624"><span class="label">[624]</span></a>
+<i>Var.</i> Par cette invention vous et moi satisfaits.<br />
+Sans faillir au devoir, nous aurons nos souhaits.<br />
+<span class="smcap">GÉR.</span> Mais le mien toutefois veut que je la prévienne. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_625" id="Footnote_625" href="#FNanchor_625"><span class="label">[625]</span></a>
+<i>Var.</i> Afin qu'ainsi l'ennui que j'en pourrai sentir<br />
+Dedans votre entretien se puisse divertir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_626" id="Footnote_626" href="#FNanchor_626"><span class="label">[626]</span></a>
+<i>Var.</i> Je le perds sans avoir de tout mon artifice<br />
+Qu'autant de mal que lui, bien que diversement,<br />
+Vu que pas un effet n'a suivi ma malice. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_627" id="Footnote_627" href="#FNanchor_627"><span class="label">[627]</span></a> On a imprimé, par erreur sans doute, <i>charmes</i>, au lieu de <i>charmants</i>, dans
+l'édition de 1682.&mdash;Sur l'orthographe de <i>quelques</i>, voyez tome I, p. 205, note 3.</p>
+
+<p><a name="Footnote_628" id="Footnote_628" href="#FNanchor_628"><span class="label">[628]</span></a> <i>Var.</i> Sinon quand la fortune en fait les plus beaux traits. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_629" id="Footnote_629" href="#FNanchor_629"><span class="label">[629]</span></a>
+<i>Var.</i> Ciel, pour faciliter le succès de sa flamme,<br />
+Falloit-il qu'un vieillard fût épris de sa s&oelig;ur?</p>
+
+<p>Oui, ciel, il le falloit: ce n'est pas sans justice<br />
+Que cet esprit usé se renverse à son tour:<br />
+Puisqu'un jeune amant suit les lois de l'avarice,<br />
+Il faut bien qu'un vieillard suive celles d'amour. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_630" id="Footnote_630" href="#FNanchor_630"><span class="label">[630]</span></a> <i>Var.</i> Mon c&oelig;ur n'a point d'espoir d'où je ne sois séduite<a name="FNanchor_630-a" id="FNanchor_630-a" href="#Footnote_630-a" class="fnanchor">[630-a]</a>. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_630-a" id="Footnote_630-a" href="#FNanchor_630-a"><span class="label">[630-a]</span></a> C'est-à-dire dans lequel je ne sois déçue.</p>
+
+<p><a name="Footnote_631" id="Footnote_631" href="#FNanchor_631"><span class="label">[631]</span></a>
+<i>Var.</i> Si je prends quelque peine, un autre en a les fruits.<br />
+Qu'au misérable état où je me vois réduite,<br />
+J'aurai bien à passer encor de tristes nuits! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_632" id="Footnote_632" href="#FNanchor_632"><span class="label">[632]</span></a>
+<i>Var.</i> Puisse enfin ta foiblesse et ton humeur jalouse<br />
+Te frustrer désormais de tout contentement<a name="FNanchor_632-a" id="FNanchor_632-a" href="#Footnote_632-a" class="fnanchor">[632-a]</a>,<br />
+Te remplir de soupçons, et cette jeune épouse<br />
+Joindre à mille mépris le secours d'un amant!(1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_632-a" id="Footnote_632-a" href="#FNanchor_632-a"><span class="label">[632-a]</span></a> Te priver désormais de tout contentement.(1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_633" id="Footnote_633" href="#FNanchor_633"><span class="label">[633]</span></a> Cette date est facile à établir, car Scarron parle dans cette pièce
+de la fille de la duchesse de Rohan,</p>
+
+<p class="left5">A qui depuis deux ans en ça<br />
+On offrit l'illustre Bassa.</p>
+
+<p>Or <i>Ibrahim ou l'illustre Bassa</i>, de Mlle de Scudéry, a paru en 1641.</p>
+
+<p><a name="Footnote_634" id="Footnote_634" href="#FNanchor_634"><span class="label">[634]</span></a> <i>Lettre à *** sous le nom d'Ariste</i>, p. 7.</p>
+
+<p><a name="Footnote_635" id="Footnote_635" href="#FNanchor_635"><span class="label">[635]</span></a>
+Ainsi je veux punir ma flamme déloyale.<br />
+Ainsi....</p>
+
+<p><span class="smcap i6">ALIDOR.</span><br />
+<span class="i2">Te rencontrer dans la Place Royale.</span><br />
+<span class="i9">(Acte I, scènes <span class="smcap">III</span> et <span class="smcap">IV</span>, vers 177 et 178.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_636" id="Footnote_636" href="#FNanchor_636"><span class="label">[636]</span></a> Claveret avait composé pour cette visite du Roi aux eaux de
+Forges une pièce que, de l'aveu d'un de ses apologistes, il ne put
+faire accepter. Nous lisons dans <i>l'Ami du Cid à Claveret</i> (p. 5):
+«Votre <i>Place Royale</i> suit assez bien, et je vous confesse qu'elle fut
+trouvée si bonne à Forges, que Mondory et ses compagnons qui
+en avoient les eaux dans la saison du monde la plus propre pour
+les boire, n'en voulurent jamais goûter: tout le monde n'entendra
+pas ceci peut-être, c'est que vous avez fait une pièce intitulée <i>les
+Eaux de Forges</i>, que vous leur donnâtes, où il ne manquoit chose du
+monde, sinon que le sujet, la conduite et les vers ne valoient rien
+du tout. A cela près c'étoit une assez belle chose.» Dans la <i>Réponse
+à l'Ami du Cid</i> (p. 45 de l'<i>Épître familière du S<sup>r</sup> Mayret</i>), Claveret
+est ainsi défendu: «Pour sa pièce intitulée <i>les Eaux de Forges</i>, vous
+avez bien raison de dire pour faire une mauvaise pointe que Mondory
+et ses compagnons n'en voulurent jamais goûter dans la saison
+du monde la plus propre pour les boire, mais non pas de vouloir
+conclure par là qu'elle ne vaut rien, puisqu'il est vrai qu'ils ne
+firent difficulté de la prendre que par la discrète crainte qu'ils eurent
+de fâcher quelques personnes de condition qui pouvoient reconnoître
+leurs aventures dans la représentation de cette pièce.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_637" id="Footnote_637" href="#FNanchor_637"><span class="label">[637]</span></a> <i>Lettre du S<sup>r</sup> Claveret au S<sup>r</sup> Corneille, soy disant Autheur du Cid</i>,
+p. 10.</p>
+
+<p><a name="Footnote_638" id="Footnote_638" href="#FNanchor_638"><span class="label">[638]</span></a> Cette épître ne se trouve que dans les impressions antérieures
+à 1660. Nous donnons le texte de l'édition originale (1637).</p>
+
+<p><a name="Footnote_639" id="Footnote_639" href="#FNanchor_639"><span class="label">[639]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): intriques.</p>
+
+<p><a name="Footnote_640" id="Footnote_640" href="#FNanchor_640"><span class="label">[640]</span></a> Les éditions de 1652 et de 1657 ont <i>fantasies</i>, au lieu de <i>fantaisies</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_641" id="Footnote_641" href="#FNanchor_641"><span class="label">[641]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): de se souvenir que je les mets en la
+bouche d'un extravagant, et que par d'autres poëmes....</p>
+
+<p><a name="Footnote_642" id="Footnote_642" href="#FNanchor_642"><span class="label">[642]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1644-57): Votre très-humble et très-fidèle serviteur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_643" id="Footnote_643" href="#FNanchor_643"><span class="label">[643]</span></a> Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a remplacé <i>celle-ci</i>
+par <i>cette pièce</i>. Voyez, au tome I, la note 448 de la p. 137.</p>
+
+<p><a name="Footnote_644" id="Footnote_644" href="#FNanchor_644"><span class="label">[644]</span></a> A savoir <i>Médée et l'Illusion comique</i>.&mdash;Cette dernière phrase se
+trouve dans toutes les éditions qui renferment l'<i>Examen</i> (1660-1682).
+Elle est exacte pour les impressions in-8<sup>o</sup>, qui toutes contiennent
+huit pièces dans leur premier volume (voyez notre tome I, p. 4 et 5);
+mais elle ne l'est pas pour l'édition in-folio de 1663, qui en a douze
+au lieu de huit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_645" id="Footnote_645" href="#FNanchor_645"><span class="label">[645]</span></a> Dans l'édition de 1637: <span class="smcap">Les acteurs</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_646" id="Footnote_646" href="#FNanchor_646"><span class="label">[646]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1637-57): La scène est à la place Royale.</p>
+
+<p><a name="Footnote_647" id="Footnote_647" href="#FNanchor_647"><span class="label">[647]</span></a>
+<i>Var.</i> Ton frère eût-il encor cent fois plus de mérite,<br />
+Tu reçois aujourd'hui ma dernière visite,<br />
+Si tu m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi.<br />
+<span class="smcap">PHYL.</span> Vraiment tu me prescris une fâcheuse loi.<br />
+Je ne puis, sans forcer celles de la nature. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_648" id="Footnote_648" href="#FNanchor_648"><span class="label">[648]</span></a>
+<i>Var.</i> Tu m'aimes, il se meurt, et tu le peux guérir,<br />
+Et sans t'importuner je le lairrois périr!<br />
+Me défendras-tu point à la fin de le plaindre? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_649" id="Footnote_649" href="#FNanchor_649"><span class="label">[649]</span></a> <i>Var.</i> Le mal est bien léger d'un feu qu'on peut éteindre. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_650" id="Footnote_650" href="#FNanchor_650"><span class="label">[650]</span></a> <i>Var.</i> Il le devroit du moins, mais avec tant d'appas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_651" id="Footnote_651" href="#FNanchor_651"><span class="label">[651]</span></a> <i>Var.</i> Aussi ne pourroit-on m'y résoudre en sa place. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_652" id="Footnote_652" href="#FNanchor_652"><span class="label">[652]</span></a> <i>Var.</i> S'il vit dans une humeur tellement obstinée. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_653" id="Footnote_653" href="#FNanchor_653"><span class="label">[653]</span></a> <i>Var.</i> Mais ce qui me déplaît et qui me désespère. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_654" id="Footnote_654" href="#FNanchor_654"><span class="label">[654]</span></a> <i>Var.</i> Rompre notre commerce et fuir ton entretien. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_655" id="Footnote_655" href="#FNanchor_655"><span class="label">[655]</span></a> <i>Var.</i> Que s'il me faut quitter cette douce pratique. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_656" id="Footnote_656" href="#FNanchor_656"><span class="label">[656]</span></a>
+<i>Var.</i> Sûre que ses effets auront leur premier cours<br />
+Aussitôt que ton frère éteindra ses amours. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_657" id="Footnote_657" href="#FNanchor_657"><span class="label">[657]</span></a> <i>Var.</i> Que toi-même pourtant trouverois équitable. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_658" id="Footnote_658" href="#FNanchor_658"><span class="label">[658]</span></a> <i>Var.</i> Vois-tu, j'aime Alidor, et cela c'est tout dire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_659" id="Footnote_659" href="#FNanchor_659"><span class="label">[659]</span></a>
+<i>Var.</i> On a peu de plaisirs quand un seul les fait naître:<br />
+Au lieu d'un serviteur, c'est accepter un maître.<br />
+Dans les soins éternels de ne plaire qu'à lui,<br />
+Cent plus honnêtes gens nous donnent de l'ennui. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_660" id="Footnote_660" href="#FNanchor_660"><span class="label">[660]</span></a> <i>Var.</i> Et de peur que le temps ne lâche ses ferveurs. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_661" id="Footnote_661" href="#FNanchor_661"><span class="label">[661]</span></a> <i>Var.</i> Notre âme, s'il s'éloigne, est de deuil abattue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_662" id="Footnote_662" href="#FNanchor_662"><span class="label">[662]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon c&oelig;ur n'est à pas un en se donnant à tous;<br />
+Pas un d'eux ne me traite avecque tyrannie,<br />
+Et mon humeur égale à mon gré les manie;<br />
+Je ne fais à pas un tenir lieu de mignon,<br />
+Et c'est à qui l'aura dessus son compagnon.<br />
+Ainsi tous à l'envie s'efforcent de me plaire<a name="FNanchor_662-a" id="FNanchor_662-a" href="#Footnote_662-a" class="fnanchor">[662-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_662-a" id="Footnote_662-a" href="#FNanchor_662-a"><span class="label">[662-a]</span></a> Les éditions de 1637-48 donnent: <i>à me plaire</i>, comme l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_663" id="Footnote_663" href="#FNanchor_663"><span class="label">[663]</span></a> Les éditions de 1644, de 1652 et de 1657 portent, par erreur sans doute,
+<i>on m'en venge</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_664" id="Footnote_664" href="#FNanchor_664"><span class="label">[664]</span></a>
+<i>Var.</i> Et si leur choix fantasque un inconnu m'allie,<br />
+Ne crois pas que pourtant j'entre en mélancolie. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_665" id="Footnote_665" href="#FNanchor_665"><span class="label">[665]</span></a> <i>Var.</i> Et donner à ta langue une longue carrière. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_666" id="Footnote_666" href="#FNanchor_666"><span class="label">[666]</span></a> <i>Var.</i> Défais-toi, défais-toi de ces fausses maximes. (1637-52 et 57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_667" id="Footnote_667" href="#FNanchor_667"><span class="label">[667]</span></a> <i>Var.</i> Ou si pour leur défense, aveugle, tu t'animes. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_668" id="Footnote_668" href="#FNanchor_668"><span class="label">[668]</span></a>
+<i>Var.</i> Trompe-le, je t'en prie, et sinon par pitié,<br />
+Pour le moins par vengeance ou par inimitié. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_669" id="Footnote_669" href="#FNanchor_669"><span class="label">[669]</span></a> <i>Var.</i> Je blâme, flatte, prie, et n'y perds que ma peine. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_670" id="Footnote_670" href="#FNanchor_670"><span class="label">[670]</span></a>
+<i>Var.</i> Après mille mépris reçus de ta maîtresse,<br />
+Tu n'es que trop chargé de ta seule tristesse. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_671" id="Footnote_671" href="#FNanchor_671"><span class="label">[671]</span></a>
+<i>Var.</i> [D'employer tous tes soins à mon affection.]<br />
+<span class="smcap">PHYL.</span> Non pas tous: j'en retiens pour moi quelque partie.<br />
+<span class="smcap">DOR.</span> Il étoit grand besoin de cette repartie;<br />
+Ne ris plus, et regarde après tant de discours<br />
+Par où tu me pourras donner quelque secours;<br />
+[Dis-moi par quelle ruse il faut....] (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_672" id="Footnote_672" href="#FNanchor_672"><span class="label">[672]</span></a> <i>Var.</i> Un de mes amants vient, qui nous pourroit distraire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_673" id="Footnote_673" href="#FNanchor_673"><span class="label">[673]</span></a> <i>Var.</i> Et l'on n'a jamais vu sous les lois d'une belle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_674" id="Footnote_674" href="#FNanchor_674"><span class="label">[674]</span></a>
+<i>Var.</i> Mes v&oelig;ux pour sa beauté sont muets, et ma flamme,<br />
+Non plus que son objet, ne sort point de mon âme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_675" id="Footnote_675" href="#FNanchor_675"><span class="label">[675]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_676" id="Footnote_676" href="#FNanchor_676"><span class="label">[676]</span></a>
+<i>Var.</i> Jusques à faire un même choix?<br />
+Viens quereller mon c&oelig;ur, puisque en son peu d'espace<br />
+Ta maîtresse après toi peut trouver quelque place. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_677" id="Footnote_677" href="#FNanchor_677"><span class="label">[677]</span></a> <i>Var.</i> N'est pourtant rien auprès de son affection. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_678" id="Footnote_678" href="#FNanchor_678"><span class="label">[678]</span></a>
+<i>Var.</i> Accablé de faveurs à mon aise fatales,<br />
+Partout où son honneur peut souffrir mes plaisirs. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_679" id="Footnote_679" href="#FNanchor_679"><span class="label">[679]</span></a> <i>Var.</i> Je veux que l'on soit libre au milieu de ses fers. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_680" id="Footnote_680" href="#FNanchor_680"><span class="label">[680]</span></a> <i>Var.</i> Que je puisse à mon gré l'augmenter et l'éteindre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_681" id="Footnote_681" href="#FNanchor_681"><span class="label">[681]</span></a> <i>Var.</i> Mes pensers n'oseroient m'entretenir que d'elle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_682" id="Footnote_682" href="#FNanchor_682"><span class="label">[682]</span></a> <i>Var.</i> Mes pas d'autre côté ne s'oseroient tourner. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_683" id="Footnote_683" href="#FNanchor_683"><span class="label">[683]</span></a> <i>Var.</i> Fait trop voir ma foiblesse avec sa tyrannie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_684" id="Footnote_684" href="#FNanchor_684"><span class="label">[684]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais sans plus consentir à de si rudes gênes,<br />
+A tel prix que ce soit, je veux rompre mes chaînes. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_685" id="Footnote_685" href="#FNanchor_685"><span class="label">[685]</span></a> <i>Var.</i> A quel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_686" id="Footnote_686" href="#FNanchor_686"><span class="label">[686]</span></a>
+<i>Var.</i> Crains-tu de posséder ce que ton c&oelig;ur adore?<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> Ah! ne me parle point d'un lien que j'abhorre.<br />
+Angélique me charme: elle est belle aujourd'hui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_687" id="Footnote_687" href="#FNanchor_687"><span class="label">[687]</span></a><i>Var.</i> Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle empire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_688" id="Footnote_688" href="#FNanchor_688"><span class="label">[688]</span></a> L'édition de 1637 porte, par erreur: <i>être</i>, pour <i>est-ce</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_689" id="Footnote_689" href="#FNanchor_689"><span class="label">[689]</span></a> <i>Var.</i> Un âge hait-il pas souvent ce qu'aimoit l'autre? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_690" id="Footnote_690" href="#FNanchor_690"><span class="label">[690]</span></a> <i>Var.</i> Ses appas sont bientôt pour me persuader. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_691" id="Footnote_691" href="#FNanchor_691"><span class="label">[691]</span></a>
+<i>Var.</i> Et pratiquer enfin un doux commandement. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Pour en tirer par force un doux commandement. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_692" id="Footnote_692" href="#FNanchor_692"><span class="label">[692]</span></a>
+<i>Var.</i> Puisqu'elle me plaît trop, il me lui faut déplaire.<br />
+Tant que j'aurai chez elle encore quelque accès. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_693" id="Footnote_693" href="#FNanchor_693"><span class="label">[693]</span></a>
+<i>Var.</i> Sous le joug d'un mari sera bientôt passée;<br />
+Et lors, que de soupirs et de pleurs épandus. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_694" id="Footnote_694" href="#FNanchor_694"><span class="label">[694]</span></a> <i>Var.</i> Mais dis que pour rentrer dans mon indifférence. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_695" id="Footnote_695" href="#FNanchor_695"><span class="label">[695]</span></a> <i>Var.</i> Et que dans la colère en son âme conçue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_696" id="Footnote_696" href="#FNanchor_696"><span class="label">[696]</span></a>
+<i>Var.</i> Je puisse à mes amours faciliter l'issue. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Je puisse à mon amour faciliter l'issue. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_697" id="Footnote_697" href="#FNanchor_697"><span class="label">[697]</span></a>
+<i>Var.</i> Poussons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Faisons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_698" id="Footnote_698" href="#FNanchor_698"><span class="label">[698]</span></a> L'édition de 1682 porte: «Et tu voulois,» ce qui est probablement une
+erreur. Toutes les autres impressions ont <i>voudrois</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_699" id="Footnote_699" href="#FNanchor_699"><span class="label">[699]</span></a>
+<i>Var.</i> Et tu voudrois qu'un autre eût cette qualité<br />
+Pour après.... <span class="smcap">ALID.</span> Je t'entends: sois sûr de ce côté;<br />
+Outre que ma maîtresse, aussi chaste que belle,<br />
+De la vertu parfaite est l'unique modèle,<br />
+Et que le plus aimable et le plus effronté<br />
+Entreprendroit en vain sur sa pudicité,<br />
+Les beautés d'une fille ont beau toucher mon âme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_700" id="Footnote_700" href="#FNanchor_700"><span class="label">[700]</span></a>
+<i>Var.</i> Ami, soupçon à part, avant que le jour passe,<br />
+D'Angélique pour toi gagnons la bonne grâce,<br />
+Et de ce pas allons ensemble consulter<br />
+Des moyens qui pourront t'y mettre et m'en ôter. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_701" id="Footnote_701" href="#FNanchor_701"><span class="label">[701]</span></a> <i>Var. Tenant une lettre déployée.</i> (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_702" id="Footnote_702" href="#FNanchor_702"><span class="label">[702]</span></a>
+<i>Var.</i> Son choix mal à propos m'en a fait le porteur.<br />
+Mon humeur y répugne, et quoi qu'il en advienne<a name="FNanchor_702-a" id="FNanchor_702-a" href="#Footnote_702-a" class="fnanchor">[702-a],</a><br />
+J'en fais une, de peur de servir à la sienne. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_702-a" id="Footnote_702-a" href="#FNanchor_702-a"><span class="label">[702-a]</span></a> L'édition de 1637 donne <i>avienne</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_703" id="Footnote_703" href="#FNanchor_703"><span class="label">[703]</span></a> <i>Var.</i> Manque aussitôt vers lui comme le sien vers vous. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_704" id="Footnote_704" href="#FNanchor_704"><span class="label">[704]</span></a> <i>Var.</i> Contre ce que je vois mon fol amour s'obstine. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_705" id="Footnote_705" href="#FNanchor_705"><span class="label">[705]</span></a> <i>Var.</i> Opposez-lui ses traits, battez-le de ses armes. (1637-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_706" id="Footnote_706" href="#FNanchor_706"><span class="label">[706]</span></a>
+<i>Var.</i> Surtout cachez mon nom, et ne m'exposez pas<br />
+Aux infaillibles coups d'un violent trépas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_707" id="Footnote_707" href="#FNanchor_707"><span class="label">[707]</span></a>
+<i>Var.</i> Ne crains rien de ma part: je sais l'invention<br />
+De répondre aisément à ton intention. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_708" id="Footnote_708" href="#FNanchor_708"><span class="label">[708]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i2">[Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine:]</span><br />
+S'il t'avoit ici vu, toute la vérité<br />
+Paroîtroit, en dépit de ma dextérité.<br />
+<span class="smcap">POL.</span> C'est d'elle désormais que je tiendrai la vie.<br />
+<span class="smcap">ANG.</span> As-tu de la garder encore quelque envie?<br />
+Ne me réplique plus, et va-t'en. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_709" id="Footnote_709" href="#FNanchor_709"><span class="label">[709]</span></a> <i>Var.</i> Et ceux dont Alidor paroissoit l'âme atteinte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_710" id="Footnote_710" href="#FNanchor_710"><span class="label">[710]</span></a>
+<i>Var.</i> Traître, ingrat, est-ce à toi de m'aborder ainsi,<br />
+Et peux-tu bien me voir sans me crier merci? (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_711" id="Footnote_711" href="#FNanchor_711"><span class="label">[711]</span></a>
+<i>Var.</i> [Voilà me recevoir avec des compliments....]<br />
+<span class="smcap">ANG.</span> Bien au-dessous encor de mes ressentiments.<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> La cause? <span class="smcap">ANG.</span> En demander la cause! lis, parjure. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_712" id="Footnote_712" href="#FNanchor_712"><span class="label">[712]</span></a> <i>Var.</i> <i>Quand je la crus d'esprit, je ne la connus pas.</i> (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_713" id="Footnote_713" href="#FNanchor_713"><span class="label">[713]</span></a> <i>Var.</i> <i>Et de quelques attraits que le monde vous vante.</i> (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_714" id="Footnote_714" href="#FNanchor_714"><span class="label">[714]</span></a> <i>Var.</i> Eh bien! ta trahison est-elle en évidence? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_715" id="Footnote_715" href="#FNanchor_715"><span class="label">[715]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque vous tempêtez, son foudre à gouverner. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_716" id="Footnote_716" href="#FNanchor_716"><span class="label">[716]</span></a> Les mots: <i>et Alidor continue</i>, manquent dans les éditions de 1637-60.</p>
+
+<p><a name="Footnote_717" id="Footnote_717" href="#FNanchor_717"><span class="label">[717]</span></a> <i>Var.</i> Je voudrois en pouvoir faire autant de ton c&oelig;ur. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_718" id="Footnote_718" href="#FNanchor_718"><span class="label">[718]</span></a>
+<i>Var.</i> Commet-on envers vous des forfaits si nouveaux<br />
+Qu'incontinent on doive être mis en morceaux? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_719" id="Footnote_719" href="#FNanchor_719"><span class="label">[719]</span></a> <i>Var.</i> <i>Qu'elle porte pendu à sa ceinture.</i> (1637-57)&mdash;Ces miroirs à la
+ceinture étaient au dix-septième siècle d'un usage général. Dans la fable de la
+Fontaine intitulée <i>l'Homme et son image</i> (livre I, fable <span class="smcap">XI</span>), on trouve à ce
+sujet une curieuse énumération:</p>
+
+<p>Afin de le guérir, le sort officieux<br />
+<span class="i3">Présentoit partout à ses yeux</span><br />
+Les conseillers muets dont se servent nos dames<br />
+<span class="i3">Miroirs aux poches des galants,</span><br />
+<span class="i3">Miroirs aux ceintures des femmes.</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_720" id="Footnote_720" href="#FNanchor_720"><span class="label">[720]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'encore qu'Alidor ne soit plus sous vos lois,<br />
+Il va vous obéir pour la dernière fois. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_721" id="Footnote_721" href="#FNanchor_721"><span class="label">[721]</span></a>
+<i>Var.</i> Voilà, voilà que c'est d'avoir trop attendu:<br />
+Je devois dès longtemps te bannir par caprice;<br />
+Mon bonheur dépendoit d'une telle injustice. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_722" id="Footnote_722" href="#FNanchor_722"><span class="label">[722]</span></a> <i>Var.</i> Mais, aveugle, je prends une injuste querelle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_723" id="Footnote_723" href="#FNanchor_723"><span class="label">[723]</span></a> <i>Var.</i> Fais que de mon esprit je le puisse bannir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_724" id="Footnote_724" href="#FNanchor_724"><span class="label">[724]</span></a> <i>Var.</i> Tout se change ici-bas, mais partout bon remède. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_725" id="Footnote_725" href="#FNanchor_725"><span class="label">[725]</span></a> <i>Var.</i> Qu'il m'en demeureroit encore plus de mille. (1637-1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_726" id="Footnote_726" href="#FNanchor_726"><span class="label">[726]</span></a> <i>Pléger</i>, garantir. Voyez tome I, p. 176, note 579.</p>
+
+<p><a name="Footnote_727" id="Footnote_727" href="#FNanchor_727"><span class="label">[727]</span></a> <i>Var.</i> Une larme, un soupir te perceront le c&oelig;ur. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_728" id="Footnote_728" href="#FNanchor_728"><span class="label">[728]</span></a> <i>Var.</i> Mais j'en crains un progrès à ta confusion. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_729" id="Footnote_729" href="#FNanchor_729"><span class="label">[729]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>frappant du pied à la porte de son logis, et faisant sortir
+Doraste</i>. (1644-60)&mdash;Dans l'édition de 1637, on lit en marge: <i>Elle frappe à
+sa porte, et Doraste sort.</i>&mdash;Ce jeu de scène remplace, dans les éditions indiquées,
+celui qui, dans notre texte, suit le vers 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_730" id="Footnote_730" href="#FNanchor_730"><span class="label">[730]</span></a> <i>Var.</i> Frère, quelque inconnu t'a fait un bon service. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_731" id="Footnote_731" href="#FNanchor_731"><span class="label">[731]</span></a> Amant préféré d'Angélique, dans le <i>Roland furieux</i> de l'Arioste.</p>
+
+<p><a name="Footnote_732" id="Footnote_732" href="#FNanchor_732"><span class="label">[732]</span></a> <i>Var.</i> Je souffrirois plutôt cinquante amants qu'un frère. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_733" id="Footnote_733" href="#FNanchor_733"><span class="label">[733]</span></a><br />
+<i>Var.</i> Vous êtes ma maîtresse, et moi, sous votre empire,<br />
+Je dois suivre vos lois, et non y contredire<a name="FNanchor_733-a" id="FNanchor_733-a" href="#Footnote_733-a" class="fnanchor">[733-a]</a>,<br />
+Et pour vous obéir mes sentiments domptés<br />
+Se règlent seulement dessus vos volontés.<br />
+<span class="smcap">PHYL.</span> J'aime des serviteurs avec cette souplesse,<br />
+Et qui peuvent aimer en moi ce qui les blesse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_733-a" id="Footnote_733-a" href="#FNanchor_733-a"><span class="label">[733-a]</span></a> Je dois suivre vos lois, encor que j'en soupire. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_734" id="Footnote_734" href="#FNanchor_734"><span class="label">[734]</span></a> Les mots: <i>et Phylis l'arrête</i>, manquent dans l'édition de 1637.</p>
+
+<p><a name="Footnote_735" id="Footnote_735" href="#FNanchor_735"><span class="label">[735]</span></a> <i>Var.</i> D'un million d'amants je puis nourrir les feux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_736" id="Footnote_736" href="#FNanchor_736"><span class="label">[736]</span></a> <i>Var.</i> Je devrois rejeter leurs v&oelig;ux auprès des vôtres. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_737" id="Footnote_737" href="#FNanchor_737"><span class="label">[737]</span></a> <i>Var.</i> Est-ce là donc l'objet de tes légèretés? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_738" id="Footnote_738" href="#FNanchor_738"><span class="label">[738]</span></a> <i>Var.</i> Tu m'as offert des v&oelig;ux, que je t'en rende aussi. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_739" id="Footnote_739" href="#FNanchor_739"><span class="label">[739]</span></a> Locution proverbiale tirée du jeu de paume.</p>
+
+<p><a name="Footnote_740" id="Footnote_740" href="#FNanchor_740"><span class="label">[740]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>arrêtant Cléandre</i>, etc. (1644-60)&mdash;On lit en marge, dans
+l'édition de 1637, où il n'y a point ici de distinction de scène: <i>Lysis rentre
+et Cléandre tâche de s'échapper et d'entrer chez Angélique.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_741" id="Footnote_741" href="#FNanchor_741"><span class="label">[741]</span></a> <i>Var.</i> On ne sort d'avec moi qu'avecque mon congé. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_742" id="Footnote_742" href="#FNanchor_742"><span class="label">[742]</span></a>
+<i>Var.</i> Je ne puis plus souffrir de ces badineries:<br />
+Ne m'aime point du tout, ou n'aime rien que moi. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_743" id="Footnote_743" href="#FNanchor_743"><span class="label">[743]</span></a> <i>Var.</i> Qui te rend si cruel que de me rejeter? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_744" id="Footnote_744" href="#FNanchor_744"><span class="label">[744]</span></a> <i>Var.</i> A quel prix que ce soit il me faut racheter. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_745" id="Footnote_745" href="#FNanchor_745"><span class="label">[745]</span></a> <i>Var.</i> Qui reçoit tout le monde avec même visage. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_746" id="Footnote_746" href="#FNanchor_746"><span class="label">[746]</span></a> <i>Var.</i> Vu qu'il ne me dit mot et ne suit point mes pas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_747" id="Footnote_747" href="#FNanchor_747"><span class="label">[747]</span></a> L'édition de 1682 donne seule <i>fidélité</i>, pour <i>civilité</i>: c'est une faute
+évidente, que Thomas Corneille s'est gardé de reproduire en 1692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_748" id="Footnote_748" href="#FNanchor_748"><span class="label">[748]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">DORASTE</span>, <i>sortant de chez Angélique</i>. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_749" id="Footnote_749" href="#FNanchor_749"><span class="label">[749]</span></a>
+<i>Var.</i> Demain un sacré n&oelig;ud me joint à cette belle;<br />
+Dis-lui qu'il se console. Adieu: je vais pourvoir<br />
+A tout ce qu'il faudra préparer pour ce soir.<br />
+<span class="smcap">PHYL.</span> Nous voilà donc de bal! Dieu nous fera la grâce. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_750" id="Footnote_750" href="#FNanchor_750"><span class="label">[750]</span></a> On lit ici dans l'édition de 1692: <span class="smcap">PHYLIS</span>, <i>à Cléandre</i>, indication qui
+n'est point inutile.</p>
+
+<p><a name="Footnote_751" id="Footnote_751" href="#FNanchor_751"><span class="label">[751]</span></a> <i>Var.</i> D'en trouver là cinquante à qui donner la place. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_752" id="Footnote_752" href="#FNanchor_752"><span class="label">[752]</span></a> <i>Affiné</i>, trompé, dupé. Voyez tome I, p. 190, note 632.</p>
+
+<p><a name="Footnote_753" id="Footnote_753" href="#FNanchor_753"><span class="label">[753]</span></a>
+<i>Var.</i> [Avec si peu de c&oelig;ur aimer si puissamment!]<br />
+Que faisiez-vous, mes bras? que faisiez-vous, ma lame?<br />
+N'osiez-vous mettre au jour les secrets de mon âme?<br />
+N'osiez-vous leur montrer ce qu'ils m'ont fait de mal?<br />
+N'osiez-vous découvrir à Doraste un rival?<br />
+[Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?]<br />
+Craignois-tu de rougir d'une telle maîtresse? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_754" id="Footnote_754" href="#FNanchor_754"><span class="label">[754]</span></a> <i>Var.</i> Par honte, par respect, ou par discrétion? (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_755" id="Footnote_755" href="#FNanchor_755"><span class="label">[755]</span></a>
+<i>Var.</i> Avec quelque raison ou quelque violence,<br />
+Que l'un de ces motifs t'obligeât au silence,<br />
+Pour faire à ce rival sentir quel est ton bras,<br />
+L'intérêt d'un ami ne suffisoit-il pas?<br />
+Pouvois-tu desirer d'occasion plus belle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_756" id="Footnote_756" href="#FNanchor_756"><span class="label">[756]</span></a> Ce vers se retrouve, à un mot près, dans <i>le Cid</i>, acte III, scène <span class="smcap">III</span>:
+Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne.</p>
+
+<p><a name="Footnote_757" id="Footnote_757" href="#FNanchor_757"><span class="label">[757]</span></a>
+<i>Var.</i> [Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende.]<br />
+Veux-tu pour le défendre une plus douce loi?<br />
+Si tu combats pour lui, les fruits en sont pour toi.<br />
+J'y suis tout résolu, Doraste, il la faut rendre;<br />
+Tu sauras ce que c'est de supplanter Cléandre:<br />
+Tout l'univers armé pour te la conserver<br />
+De mes jaloux efforts ne te pourroit sauver.<br />
+Qu'est-ce-ci, ma fureur? est-il temps de paroître?<br />
+Quand tu manques d'objets, tu commences à naître:<br />
+C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit t'exciter,<br />
+C'étoit, c'étoit tantôt qu'il falloit m'emporter.<br />
+Puisque, un rival présent, trop foible, tu recules,<br />
+Tes mouvements tardifs deviennent ridicules,<br />
+Et quoi qu'à ces transports promette ma valeur,<br />
+A peine les effets préviendront mon malheur.<br />
+Pour rompre en honnête homme un hymen si funeste,<br />
+Je n'ai plus désormais qu'un peu de jour qui reste;<br />
+Autrement il me faut affronter ce rival,<br />
+Au péril de cent morts, au milieu de son bal:<br />
+Aucune occasion ailleurs ne m'est offerte;<br />
+Il lui faut tout quitter, ou me perdre en sa perte.<br />
+[Il faut....] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_758" id="Footnote_758" href="#FNanchor_758"><span class="label">[758]</span></a> <i>Var.</i> Après cela veux-tu que je m'explique? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_759" id="Footnote_759" href="#FNanchor_759"><span class="label">[759]</span></a>
+<i>Var.</i> Si bien qu'après le bal qu'il lui donne ce soir,<br />
+Leur hymen accompli rend mon malheur extrême. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_760" id="Footnote_760" href="#FNanchor_760"><span class="label">[760]</span></a> <i>Var.</i> Cet hymen auroit mis mon bonheur à son point<a name="FNanchor_760-a" id="FNanchor_760-a" href="#Footnote_760-a" class="fnanchor">[760-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_760-a" id="Footnote_760-a" href="#FNanchor_760-a"><span class="label">[760-a]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur sans doute: «à ce point.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_761" id="Footnote_761" href="#FNanchor_761"><span class="label">[761]</span></a>
+<i>Var.</i> Les restes d'un rival eussent fait mon servage,<br />
+Elle eût perdu mon c&oelig;ur avec son pucelage. (1637 et 44)<br />
+<i>Var.</i> Les restes d'un rival captivassent mon âme,<br />
+Elle eût perdu mon c&oelig;ur en devenant sa femme. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_762" id="Footnote_762" href="#FNanchor_762"><span class="label">[762]</span></a>
+<i>Var.</i> Me feindre tout de glace, et n'être que de flamme,<br />
+La mépriser de bouche et l'adorer dans l'âme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_763" id="Footnote_763" href="#FNanchor_763"><span class="label">[763]</span></a> <i>Var.</i> J'aurai trop de moyens à te garder ma foi. (1637, 44 et 52-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_764" id="Footnote_764" href="#FNanchor_764"><span class="label">[764]</span></a>
+<i>Var.</i> Ne trouble point, ami, ton repos pour mon aise:<br />
+Crois-tu qu'à tes dépens aucun bonheur me plaise? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_765" id="Footnote_765" href="#FNanchor_765"><span class="label">[765]</span></a> Allusion à ces vers de <i>la Suivante</i> (649-652, p. 160):</p>
+
+<p class="left5">Le duel est fâcheux, et quoi qu'il en arrive,<br />
+De sa possession l'un et l'autre il nous prive,<br />
+Puisque de deux rivaux, l'un mort, l'autre s'enfuit,<br />
+Tandis que de sa peine un troisième a le fruit.</p>
+
+<p>&mdash;Voyez pour d'autres rapprochements du même genre, tome I, p. 446,
+note 1443.</p>
+
+<p><a name="Footnote_766" id="Footnote_766" href="#FNanchor_766"><span class="label">[766]</span></a>
+<i>Var.</i> Il faut prendre un chemin et plus court et plus seur<a name="FNanchor_766-a" id="FNanchor_766-a" href="#Footnote_766-a" class="fnanchor">[766-a]</a>:<br />
+Je veux sans coup férir t'en rendre possesseur. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Je veux prendre un chemin et plus court et plus seur. (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_766-a" id="Footnote_766-a" href="#FNanchor_766-a"><span class="label">[766-a]</span></a> Voyez tome I, p. 190, note 634.</p>
+
+<p><a name="Footnote_767" id="Footnote_767" href="#FNanchor_767"><span class="label">[767]</span></a>
+<i>Var.</i> Va-t'en donc, et me laisse auprès de cette belle<br />
+Employer le pouvoir qui me reste sur elle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_768" id="Footnote_768" href="#FNanchor_768"><span class="label">[768]</span></a> <i>Var.</i> Je te vais donc laisser ma fortune à conduire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_769" id="Footnote_769" href="#FNanchor_769"><span class="label">[769]</span></a> <i>Var.</i> Mais reprendre un amour dont je me veux défaire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_770" id="Footnote_770" href="#FNanchor_770"><span class="label">[770]</span></a> <i>Var.</i> Toute peine est fort douce à qui sert ses amis<a name="FNanchor_770-a" id="FNanchor_770-a" href="#Footnote_770-a" class="fnanchor">[770-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_770-a" id="Footnote_770-a" href="#FNanchor_770-a"><span class="label">[770-a] </span></a> Voyez la fin de l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_223">223</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_771" id="Footnote_771" href="#FNanchor_771"><span class="label">[771]</span></a> <i>Var.</i> Du forfait d'Alidor que de son châtiment. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_772" id="Footnote_772" href="#FNanchor_772"><span class="label">[772]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i6">Et par quelques puissants efforts</span><br />
+Que de tous sens je tourne et retourne mon âme. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i><span class="i6">Hélas! par quelques pleins efforts. (1660-68)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_773" id="Footnote_773" href="#FNanchor_773"><span class="label">[773]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <i>voyant Alidor entrer en son cabinet</i>. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_774" id="Footnote_774" href="#FNanchor_774"><span class="label">[774]</span></a>
+<i>Var.</i> Ton plaisir dépend-il d'avoir vu mes douleurs?<br />
+Qui te fait si hardi de surprendre mes pleurs?<br />
+Est-il dit que tes yeux te mettront hors de doute,<br />
+Et t'apprendront combien ta trahison me coûte?<br />
+Après qu'effrontément ton aveu m'a fait voir<br />
+Qu'Angélique sur toi n'eut jamais de pouvoir,<br />
+[Tu te mets à genoux, et tu veux, misérable.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_775" id="Footnote_775" href="#FNanchor_775"><span class="label">[775]</span></a>
+<i>Var.</i> Va, va, n'espère rien de ces submissions. (1637-48)<br />
+<i>Var.</i> Va, va, n'espère rien de ses submissions. (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_776" id="Footnote_776" href="#FNanchor_776"><span class="label">[776]</span></a>
+<i>Var.</i> Sur notre amour passé c'est à trop te fier. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Sur notre amour passé c'est là trop te fier. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_777" id="Footnote_777" href="#FNanchor_777"><span class="label">[777]</span></a> <i>Var.</i> Comme vaincue il faut que je quitte la place. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_778" id="Footnote_778" href="#FNanchor_778"><span class="label">[778]</span></a> <i>Var.</i> <i>Elle veut sortir du cabinet, mais Alidor la retient.</i> (1637, en
+marge.)&mdash;<span class="smcap">ALIDOR</span>, <i>la retenant</i>. (1644-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_779" id="Footnote_779" href="#FNanchor_779"><span class="label">[779]</span></a> <i>Var.</i> Ma chère âme, mon tout, quoi! vous m'abandonnez! (1637&mdash;57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_780" id="Footnote_780" href="#FNanchor_780"><span class="label">[780]</span></a> <i>Var.</i> Ne vous montroit-il pas un esprit préparé? (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_781" id="Footnote_781" href="#FNanchor_781"><span class="label">[781]</span></a>
+<i>Var.</i> Aussi mon compliment flattoit mal ses appas:<br />
+Il vous offensoit bien, mais ne l'obligeoit pas. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_782" id="Footnote_782" href="#FNanchor_782"><span class="label">[782]</span></a> <i>Var.</i> Cesse de m'éclaircir dessus un tel secret. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_783" id="Footnote_783" href="#FNanchor_783"><span class="label">[783]</span></a> <i>Var.</i> Que me sert de savoir si tes v&oelig;ux sont constants? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_784" id="Footnote_784" href="#FNanchor_784"><span class="label">[784]</span></a> <i>Var.</i> Aussi ne viens-je pas pour regagner votre âme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_785" id="Footnote_785" href="#FNanchor_785"><span class="label">[785]</span></a> <i>Var.</i> Mais voici qui vous rend l'un et l'autre à la fois. (1652-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_786" id="Footnote_786" href="#FNanchor_786"><span class="label">[786]</span></a>
+<i>Var.</i> Dans ma prompte vengeance à jamais misérable,<br />
+Que je déteste en vain ma faute irréparable! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_787" id="Footnote_787" href="#FNanchor_787"><span class="label">[787]</span></a>
+<i>Var.</i> C'est demain qu'on nous doit pour jamais séparer:<br />
+En ce piteux état que veux-tu que je fasse?<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> Ah! ce discours ne part que d'un c&oelig;ur tout de glace.<br />
+Son, non, résolvez-vous: il vous faut à ce soir<br />
+Montrer votre courage, ou moi mon désespoir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_788" id="Footnote_788" href="#FNanchor_788"><span class="label">[788]</span></a> <i>Var.</i> Non, mais que dira-t-on d'un tel enlèvement? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_789" id="Footnote_789" href="#FNanchor_789"><span class="label">[789]</span></a>
+<i>Var.</i> Dessus mes volontés ta puissance absolue<br />
+Peut disposer de moi, peut tout me commander.<br />
+Mon honneur, en tes mains prêt à se hasarder,<br />
+Par un trait si hardi quelque tort qu'il se fasse,<br />
+Y consent toutefois, et ne veut qu'une grâce:<br />
+[Accorde à ma pudeur que deux mots de ta main]<br />
+Justifient aux miens ma fuite et ton dessein;<br />
+Qu'ils puissent, me cherchant, trouver ici ce gage,<br />
+Qui les rende assurés de notre mariage;<br />
+Que la sincérité de ton intention<br />
+Conserve, mise au jour, ma réputation. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_790" id="Footnote_790" href="#FNanchor_790"><span class="label">[790]</span></a> <i>Var.</i> Pour vaincre nos malheurs j'ose tout hasarder. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_791" id="Footnote_791" href="#FNanchor_791"><span class="label">[791]</span></a> <i>Var.</i> Ma faute en sera moindre, et hors de l'impudence. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_792" id="Footnote_792" href="#FNanchor_792"><span class="label">[792]</span></a> <i>Var.</i> Ma reine, enfin par là vous me ressuscitez. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_793" id="Footnote_793" href="#FNanchor_793"><span class="label">[793]</span></a>
+<i>Var.</i> Je manque ici de tout, et j'ai peur, mon souci,<br />
+Que quelqu'un par malheur ne te surprenne ici. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_794" id="Footnote_794" href="#FNanchor_794"><span class="label">[794]</span></a>
+<i>Var.</i> Va, quitte-moi, ma vie, et te coule sans bruit.<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> Adieu donc, ma chère âme. ANG. Adieu, jusqu'à minuit. (1637-57)
+</p>
+
+<p><a name="Footnote_795" id="Footnote_795" href="#FNanchor_795"><span class="label">[795]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ANGÉLIQUE</span>, <i>seule en son cabinet</i>. (1637, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_796" id="Footnote_796" href="#FNanchor_796"><span class="label">[796]</span></a> <i>Var.</i> Sur la foi de celui qui n'en sauroit garder. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_797" id="Footnote_797" href="#FNanchor_797"><span class="label">[797]</span></a>
+<i>Var.</i> D'où provient qu'Alidor sort de chez Angélique?<br />
+Auroit-il avec elle encor quelque pratique?<br />
+Son visage n'a rien que d'un homme content. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_798" id="Footnote_798" href="#FNanchor_798"><span class="label">[798]</span></a> <i>Var.</i> Que mon frère en tiendroit, s'ils étoient mis d'accord! (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_799" id="Footnote_799" href="#FNanchor_799"><span class="label">[799]</span></a> <i>Var.</i> Puisque vous le voulez, adieu, je me retire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_800" id="Footnote_800" href="#FNanchor_800"><span class="label">[800]</span></a> Au participe <span class="smcap">ARMÉS</span>, employé substantivement, Thomas Corneille a substitué,
+dans l'édition de 1692: <span class="smcap">HOMMES ARMÉS</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_801" id="Footnote_801" href="#FNanchor_801"><span class="label">[801]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il dit ce vers</i>, etc. (1637, en marge.)&mdash;Dans cette édition, les
+mots: <i>L'acte est dans la nuit</i>, se trouvent placés plus haut, en regard du
+titre: <span class="smcap">ACTE IV</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_802" id="Footnote_802" href="#FNanchor_802"><span class="label">[802]</span></a> <i>Var.</i> Attends là de pied coi que je t'en avertisse. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_803" id="Footnote_803" href="#FNanchor_803"><span class="label">[803]</span></a>
+<i>Var.</i> Ce trait est un peu lâche, et sent sa trahison. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Ce trait peut sembler lâche et plein de trahison. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_804" id="Footnote_804" href="#FNanchor_804"><span class="label">[804]</span></a> <i>Var.</i> Avant que s'aviser de cette violence! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_805" id="Footnote_805" href="#FNanchor_805"><span class="label">[805]</span></a>
+<i>Var.</i> Peux-tu bien t'exposer à des maux sans remède,<br />
+A de vains repentirs, d'inutiles regrets,<br />
+De stériles remords et des bourreaux secrets,<br />
+Cependant qu'un ami, par tes lâches menées,<br />
+Cueillira les faveurs qu'elle t'a destinées?<br />
+Ne frustre point l'effet de ton intention<a name="FNanchor_805-a" id="FNanchor_805-a" href="#Footnote_805-a" class="fnanchor">[805-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_805-a" id="Footnote_805-a" href="#FNanchor_805-a"><span class="label">[805-a]</span></a> Ce dernier vers ne se trouve que dans l'édition de 1637 Dans les impressions
+de 1644-57, on lit, comme dans notre texte:</p>
+
+<p class="left5">Ne romps point les effets de son intention.<br />
+De tous les deux côtés il y va de ta foi.<br />
+A qui la tiendras-tu? Mon esprit en déroute<br />
+Sur le plus fort des deux ne peut sortir de doute.<br />
+[Je n'en veux obliger pas un à me haïr.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_806" id="Footnote_806" href="#FNanchor_806"><span class="label">[806]</span></a>
+<i>Var.</i> [Mais trahir ton ami! mais trahir ta maîtresse!]<br />
+Jamais fut-il mortel si malheureux que toi?</p>
+
+<p><a name="Footnote_807" id="Footnote_807" href="#FNanchor_807"><span class="label">[807]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais que mon jugement s'enveloppe de nues!<br />
+Mes résolutions, qu'êtes-vous devenues? (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Quoi! je hésite encor, je balance, je doute! (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_808" id="Footnote_808" href="#FNanchor_808"><span class="label">[808]</span></a>
+<i>Var.</i> Cléandre, elle est à toi: dedans cette querelle,<br />
+Angélique le perd; nous sommes deux contre elle. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_809" id="Footnote_809" href="#FNanchor_809"><span class="label">[809]</span></a>
+<i>Var.</i> Et celle qu'en ce cas je nommerai mon mieux,<br />
+M'en sera redevable, et non pas à ses yeux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_810" id="Footnote_810" href="#FNanchor_810"><span class="label">[810]</span></a> <i>Var.</i> Qui te fait avancer? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_811" id="Footnote_811" href="#FNanchor_811"><span class="label">[811]</span></a> <i>Var.</i> Forcer ici mes bras à te faire service. (1637-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_812" id="Footnote_812" href="#FNanchor_812"><span class="label">[812]</span></a>
+<i>Var.</i> Encore un mot, Cléandre, et qui t'importe fort:<br />
+Ta taille avec la mienne a si peu de rapport,<br />
+Qu'Angélique soudain te pourra reconnoître. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_813" id="Footnote_813" href="#FNanchor_813"><span class="label">[813]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i4 smcap">ANG.</span> St. <span class="smcap">ALID.</span> Je l'entends, c'est elle.<br />
+<span class="smcap">ANG.</span> Alidor, es-tu là? <span class="smcap">ALID.</span> Je suis à vous, ma belle.<br />
+[De peur d'être connu, je défends à mes gens.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_814" id="Footnote_814" href="#FNanchor_814"><span class="label">[814]</span></a> <i>Var.</i> Sa perte est assurée, et ce traître Alidor. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_815" id="Footnote_815" href="#FNanchor_815"><span class="label">[815]</span></a> <i>Var.</i> Il n'en faut point parler, sa perte est évidente. (1654)</p>
+
+<p><a name="Footnote_816" id="Footnote_816" href="#FNanchor_816"><span class="label">[816]</span></a>
+<i>Var.</i> Je le sens refuser sa franchise à ce prix;<br />
+[Je le sens, malgré moi de nouveaux feux épris.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_817" id="Footnote_817" href="#FNanchor_817"><span class="label">[817]</span></a> <i>Var.</i> Ne la va point jeter ton infidélité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_818" id="Footnote_818" href="#FNanchor_818"><span class="label">[818]</span></a>
+<i>Var.</i> Et laisse-toi gagner à de si fortes armes. (1637)<br />
+<i>Var.</i> Et te laisse enfin vaincre à de si fortes armes. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_819" id="Footnote_819" href="#FNanchor_819"><span class="label">[819]</span></a> <i>Var.</i> Cours après elle, et vois si Cléandre aujourd'hui. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_820" id="Footnote_820" href="#FNanchor_820"><span class="label">[820]</span></a> <i>Var.</i> Qui pensez triompher d'un c&oelig;ur mélancolique. (1637, 44 et 52-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_821" id="Footnote_821" href="#FNanchor_821"><span class="label">[821]</span></a> <i>Var.</i> Ne me présume pas encore succombé. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_822" id="Footnote_822" href="#FNanchor_822"><span class="label">[822]</span></a> <i>Var.</i> Je n'osois m'avancer, de peur d'être aperçue. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_823" id="Footnote_823" href="#FNanchor_823"><span class="label">[823]</span></a> <i>Var.</i> Autant que m'ont permis les ombres de la nuit. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_824" id="Footnote_824" href="#FNanchor_824"><span class="label">[824]</span></a>
+<i>Var.</i> La belle preuve, hélas! de ton amour extrême,<br />
+De remettre ce coup à d'autres qu'à toi-même!<br />
+J'étois donc un larcin indigne de tes mains? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_825" id="Footnote_825" href="#FNanchor_825"><span class="label">[825]</span></a> <i>Var.</i> Et je suis un larcin indigne de tes mains? (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_826" id="Footnote_826" href="#FNanchor_826"><span class="label">[826]</span></a>
+<i>Var.</i> Quel étoit donc le but de ton intention?<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> D'attendre ici le coup de leur émotion. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_827" id="Footnote_827" href="#FNanchor_827"><span class="label">[827]</span></a> Cette indication manque dans l'édition de 1663.</p>
+
+<p><a name="Footnote_828" id="Footnote_828" href="#FNanchor_828"><span class="label">[828]</span></a>
+<i>Var.</i> Permettez-moi d'aller mettre ordre à ce méconte<a name="FNanchor_828-a" id="FNanchor_828-a" href="#Footnote_828-a" class="fnanchor">[828-a]</a>.<br />
+<span class="smcap">ANG.</span> Cependant, misérable, à qui me laisses-tu? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_828-a" id="Footnote_828-a" href="#FNanchor_828-a"><span class="label">[828-a]</span></a> Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_829" id="Footnote_829" href="#FNanchor_829"><span class="label">[829]</span></a>
+<i>Var.</i> L'hymen (ah! ce penser déjà me fait mourir!)<br />
+Me va joindre à Doraste, et tu le peux souffrir!<br />
+Tu me peux exposer à cette tyrannie! (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_830" id="Footnote_830" href="#FNanchor_830"><span class="label">[830]</span></a>
+<i>Var.</i> Jugez mieux de ma flamme, et songez, mon espoir,<br />
+Qu'un tel enlèvement n'est plus en mon pouvoir. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_831" id="Footnote_831" href="#FNanchor_831"><span class="label">[831]</span></a>
+<i>Var.</i> Doraste, ou par malheur quelque pire surprise<br />
+De ces coureurs de nuit me feroit lâcher prise:<br />
+De grâce, mon souci, passons encore un jour. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_832" id="Footnote_832" href="#FNanchor_832"><span class="label">[832]</span></a> <i>Var.</i> Et tu me fais trop voir par cette rêverie. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_833" id="Footnote_833" href="#FNanchor_833"><span class="label">[833]</span></a> <i>Var.</i> Différer le malheur de ce triste hyménée. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_834" id="Footnote_834" href="#FNanchor_834"><span class="label">[834]</span></a>
+<i>Var.</i> Ingrat, t'ai-je opposé tant de précautions?<br />
+Tu m'aimes, ce dis-tu? tu le fais bien paroître,<br />
+Remettant mon bonheur ainsi sur un peut-être.<br />
+<span class="smcap">ALID.</span> Encor que mon amour appréhende pour vous,<br />
+Puisque vous le voulez, eh bien! je m'y résous:<br />
+Fuyons, hasardons tout. Mais on ouvre la porte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_835" id="Footnote_835" href="#FNanchor_835"><span class="label">[835]</span></a> <i>Var.</i> Ce change à mon dépit jetoit un faux appas<a name="FNanchor_835-a" id="FNanchor_835-a" href="#Footnote_835-a" class="fnanchor">[835-a]</a>. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_835-a" id="Footnote_835-a" href="#FNanchor_835-a"><span class="label">[835-a]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_836" id="Footnote_836" href="#FNanchor_836"><span class="label">[836]</span></a> En marge, dans l'édition de 1637: <i>Angélique lit</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_837" id="Footnote_837" href="#FNanchor_837"><span class="label">[837]</span></a>
+<i>Var.</i> Toutefois ce papier suffit pour m'en instruire;<br />
+Je le pris d'Alidor, mais je le pris sans lire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_838" id="Footnote_838" href="#FNanchor_838"><span class="label">[838]</span></a> <i>Var.</i> Met au lieu d'Angélique un autre entre ses mains<a name="FNanchor_838-a" id="FNanchor_838-a" href="#Footnote_838-a" class="fnanchor">[838-a]</a>. (1648-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_838-a" id="Footnote_838-a" href="#FNanchor_838-a"><span class="label">[838-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_839" id="Footnote_839" href="#FNanchor_839"><span class="label">[839]</span></a>
+<i>Var.</i> [J'en ignore le nom, mais elle m'a suivie,]<br />
+Et quelle qu'elle soit.... <span class="smcap">DOR.</span> Il suffit, n'en dis plus;<br />
+Après ce que j'ai vu, j'en sais trop là-dessus:<br />
+[Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée.] (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_840" id="Footnote_840" href="#FNanchor_840"><span class="label">[840]</span></a> <i>Var.</i> Il est deux fois, que dis-je? il est seul le coupable. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_841" id="Footnote_841" href="#FNanchor_841"><span class="label">[841]</span></a>
+<i>Var.</i> Que peux-tu désormais, que peux-tu faire au monde,<br />
+Si ton amour fidèle et ton peu de beauté. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_842" id="Footnote_842" href="#FNanchor_842"><span class="label">[842]</span></a>
+<i>Var.</i> Et ne t'expose plus à tant de trahisons,<br />
+Et tant qu'on ait pu voir la fin de ce méconte. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_843" id="Footnote_843" href="#FNanchor_843"><span class="label">[843]</span></a> <i>Var.</i> Va cacher dans ta chambre et tes pleurs et ta honte. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_844" id="Footnote_844" href="#FNanchor_844"><span class="label">[844]</span></a> <i>Var.</i> Et vous puis-je haïr si j'aime tout le monde? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_845" id="Footnote_845" href="#FNanchor_845"><span class="label">[845]</span></a> <i>Var.</i> Les traits que cette nuit il trempoit dans vos larmes. (1637-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_846" id="Footnote_846" href="#FNanchor_846"><span class="label">[846]</span></a> <i>Var.</i> Je crois prendre une fille, et suis pris par un autre. (1637-52 et 57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_847" id="Footnote_847" href="#FNanchor_847"><span class="label">[847]</span></a> <i>Var.</i> Je m'expose à ma peine et néglige ma fuite. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_848" id="Footnote_848" href="#FNanchor_848"><span class="label">[848]</span></a>
+<i>Var.</i> Je m'offre à des périls que tout le monde évite.<br />
+Ce que j'ai pu ravir, je le viens demander. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_849" id="Footnote_849" href="#FNanchor_849"><span class="label">[849]</span></a>
+<i>Var.</i> [Vous ne me devrez rien, du moins si j'en suis crue.]<br />
+<span class="smcap">CLÉAND.</span> Mais après le danger où vous vous êtes vue,<br />
+Malgré tous vos mépris, les soins de votre honneur<br />
+Vous doivent désormais résoudre à mon bonheur.<br />
+La moitié d'une nuit passée en ma puissance<br />
+A d'étranges soupçons porte la médisance.<br />
+Cela su, présumez comme on pourra causer.<br />
+<span class="smcap">PHYL.</span> Pour étouffer ce bruit il vous faut épouser,<br />
+Non pas? Mais au contraire, après ce mariage,<br />
+On présumeroit tout à mon désavantage,<br />
+Et vous voir refusé fera mieux croire à tous<br />
+Qu'il ne s'est rien passé qu'à propos entre nous<a name="FNanchor_849-a" id="FNanchor_849-a" href="#Footnote_849-a" class="fnanchor">[849-a]</a>.<br />
+<span class="i1">[Toutefois après tout, mon humeur est si bonne.] (1637-57)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_849-a" id="Footnote_849-a" href="#FNanchor_849-a"><span class="label">[849-a]</span></a> Qu'il ne s'est rien passé que de juste entre nous. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_850" id="Footnote_850" href="#FNanchor_850"><span class="label">[850]</span></a> <i>Var.</i> Si vous me refusez, m'écouteroient-ils mieux? (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_851" id="Footnote_851" href="#FNanchor_851"><span class="label">[851]</span></a> <i>Var.</i> Il vous faudroit tout dire. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_852" id="Footnote_852" href="#FNanchor_852"><span class="label">[852]</span></a> <i>Var.</i> <i>Elle rentre, et Cléandre la voulant suivre, Alidor l'arrête.</i> (1637,
+en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_853" id="Footnote_853" href="#FNanchor_853"><span class="label">[853]</span></a> <i>Var.</i> Pourvu que son humeur soit pareille à la sienne. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_854" id="Footnote_854" href="#FNanchor_854"><span class="label">[854]</span></a> Voyez <i>Mélite</i>, vers 1047, et note <a href="#FNanchor_688">688</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_855" id="Footnote_855" href="#FNanchor_855"><span class="label">[855]</span></a> <i>Var.</i> Je m'exposerois trop à des maux sans remède. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_856" id="Footnote_856" href="#FNanchor_856"><span class="label">[856]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i6">Qu'ainsi tout me succède!</span><br />
+Comme si ses desirs se régloient sur mes v&oelig;ux. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_857" id="Footnote_857" href="#FNanchor_857"><span class="label">[857]</span></a> <i>Var.</i> Aveugle, cette nuit m'a redonné le jour. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_858" id="Footnote_858" href="#FNanchor_858"><span class="label">[858]</span></a>
+<i>Var.</i> [A servir Angélique ont mis tous mes plaisirs.]<br />
+Je ne m'obstine plus à mériter sa haine:<br />
+Je me sens trop heureux d'une si belle chaîne;<br />
+Ce sont traits d'esprit fort que d'en vouloir sortir.<br />
+Et c'est où ma raison ne peut plus consentir.<br />
+[Mais, hélas! ma raison est-elle assez hardie]<br />
+Pour me dire qu'on m'aime après ma perfidie? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_859" id="Footnote_859" href="#FNanchor_859"><span class="label">[859]</span></a> <i>Var.</i> Porte-t-il point ma belle à me vouloir du mal? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_860" id="Footnote_860" href="#FNanchor_860"><span class="label">[860]</span></a> <i>Var.</i> Que dis-je, misérable? ah! c'est trop me méprendre. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_861" id="Footnote_861" href="#FNanchor_861"><span class="label">[861]</span></a> <i>Var.</i> Et si le ciel vengeur comme moi ne conspire. (1637 et 48-54)</p>
+
+<p><a name="Footnote_862" id="Footnote_862" href="#FNanchor_862"><span class="label">[862]</span></a> <i>Var.</i> Entrons à tous hasards d'un esprit résolu. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_863" id="Footnote_863" href="#FNanchor_863"><span class="label">[863]</span></a>
+<i>Var.</i> Que si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Ou si pour l'avoir lu sa colère s'anime. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_864" id="Footnote_864" href="#FNanchor_864"><span class="label">[864]</span></a>
+<i>Var.</i> Nous savons les chemins de regagner son c&oelig;ur. (1637-57)<br />
+<i>Var.</i> Cherchons quelques moyens de regagner son c&oelig;ur. (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_865" id="Footnote_865" href="#FNanchor_865"><span class="label">[865]</span></a>
+<i>Var.</i> J'aurois peu de raison de lui vouloir du mal<br />
+Pour m'avoir délivré d'un esprit déloyal. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_866" id="Footnote_866" href="#FNanchor_866"><span class="label">[866]</span></a>
+<i>Var.</i> [Il me rendra soudain et la vie et ma s&oelig;ur.]<br />
+<span class="smcap">LYC.</span> Écoutez un peu moins votre âme généreuse:<br />
+Que feriez-vous par là qu'une s&oelig;ur malheureuse?<br />
+Les soins de son honneur que vous devez avoir,<br />
+Pour d'autres intérêts vous doivent émouvoir.<br />
+Après que par hasard Cléandre l'a ravie,<br />
+Elle perdroit l'honneur s'il en perdoit la vie.<br />
+On la croiroit son reste, et pour la posséder<br />
+Peu d'amants, sur ce bruit, se voudroient hasarder.<br />
+Faites mieux: votre s&oelig;ur à peine peut prétendre<br />
+[Une fortune égale à celle de Cléandre:]<br />
+Que l'excès de ses biens vous le rendent<a name="FNanchor_866-a" id="FNanchor_866-a" href="#Footnote_866-a" class="fnanchor">[866-a]</a> chéri,<br />
+Et de son ravisseur faites-en son mari.<br />
+Encor que son dessein ne fût pour sa personne. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_866-a" id="Footnote_866-a" href="#FNanchor_866-a"><span class="label">[866-a]</span></a> Le verbe est au pluriel dans toutes les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_867" id="Footnote_867" href="#FNanchor_867"><span class="label">[867]</span></a> <i>Var.</i> Ma s&oelig;ur, je te retiens après t'avoir perdue! (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_868" id="Footnote_868" href="#FNanchor_868"><span class="label">[868]</span></a> <i>Var.</i> Et de grâce, quel lieu recèle le voleur. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_869" id="Footnote_869" href="#FNanchor_869"><span class="label">[869]</span></a> <i>Var.</i> Au lieu de ton rival, attaque ton beau-frère. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_870" id="Footnote_870" href="#FNanchor_870"><span class="label">[870]</span></a> <i>Var.</i> Et veut faire d'un rapt un amour légitime. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_871" id="Footnote_871" href="#FNanchor_871"><span class="label">[871]</span></a>
+<i>Var.</i> Non pas, à dire vrai, que son objet me tente,<br />
+Mais, mon père content, je suis assez contente. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_872" id="Footnote_872" href="#FNanchor_872"><span class="label">[872]</span></a> Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_873" id="Footnote_873" href="#FNanchor_873"><span class="label">[873]</span></a> <i>Var.</i> Eh quoi! ce qui me plaît, faut-il qu'il te déplaise? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_874" id="Footnote_874" href="#FNanchor_874"><span class="label">[874]</span></a> <i>Var.</i> Règle, plus modéré, ton esprit sur le mien. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_875" id="Footnote_875" href="#FNanchor_875"><span class="label">[875]</span></a> <i>Var.</i> Si tu n'es, mon souci, d'humeur à te dédire. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_876" id="Footnote_876" href="#FNanchor_876"><span class="label">[876]</span></a> Il y a <i>tout aigreur</i>, au masculin, dans les éditions de 1648-57. Voyez la
+note relative au mot <i>ardeur</i>, tome I, p. 465, note 1503-a.</p>
+
+<p><a name="Footnote_877" id="Footnote_877" href="#FNanchor_877"><span class="label">[877]</span></a> Dans l'édition de 1637, <span class="smcap">Alidor, Angélique, Doraste</span> sont seuls nommés
+en tête de la scène; les autres personnages sont remplacés par un <i>etc.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_878" id="Footnote_878" href="#FNanchor_878"><span class="label">[878]</span></a> <i>Var.</i> Mais la chance est tournée en cet enlèvement. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_879" id="Footnote_879" href="#FNanchor_879"><span class="label">[879]</span></a> <i>Var.</i> Tu perds un serviteur, et je gagne un amant. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_880" id="Footnote_880" href="#FNanchor_880"><span class="label">[880]</span></a> <i>Var.</i> Puisque avec Alidor je lui rends la parole. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_881" id="Footnote_881" href="#FNanchor_881"><span class="label">[881]</span></a> L'édition de 1682 donne seule, et sans doute par erreur: <i>ferez-vous</i>, pour
+<i>feriez-vous</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_882" id="Footnote_882" href="#FNanchor_882"><span class="label">[882]</span></a> <i>Var.</i> Vous l'aimiez, aimez-le: je lui cède mes droits. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_883" id="Footnote_883" href="#FNanchor_883"><span class="label">[883]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon âme, se peut-il que votre rigueur dure?<br />
+Suis-je plus Alidor? vos feux sont-ils éteints? (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_884" id="Footnote_884" href="#FNanchor_884"><span class="label">[884]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur: «Et quand mon <i>c&oelig;ur</i> croît, etc.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_885" id="Footnote_885" href="#FNanchor_885"><span class="label">[885]</span></a> <i>Var.</i> C'est là que je prendrai des mouvements plus saints. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_886" id="Footnote_886" href="#FNanchor_886"><span class="label">[886]</span></a> <i>Var.</i> Ne veut point d'autre tiers pour les raccommoder. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_887" id="Footnote_887" href="#FNanchor_887"><span class="label">[887]</span></a> <i>Var.</i> Si tu m'aimes, ma s&oelig;ur, fais-en autant que moi. (1654)</p>
+
+<p><a name="Footnote_888" id="Footnote_888" href="#FNanchor_888"><span class="label">[888]</span></a> <i>Var.</i> N'accommodent que mieux notre fragilité. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_889" id="Footnote_889" href="#FNanchor_889"><span class="label">[889]</span></a> <i>Var.</i> Cherche un autre à trahir, et pour jamais adieu. (1637)</p>
+
+<p><a name="Footnote_890" id="Footnote_890" href="#FNanchor_890"><span class="label">[890]</span></a> Dans l'édition de 1637, on lit au-dessous du nom d'Alidor le titre que
+voici: <span class="smcap">STANCES</span> <i>en forme d'épilogue</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_891" id="Footnote_891" href="#FNanchor_891"><span class="label">[891]</span></a> <i>Var.</i> Beautés, ne pensez point à réveiller ma flamme. (1637-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_892" id="Footnote_892" href="#FNanchor_892"><span class="label">[892]</span></a> <i>Var.</i> Je suis hors du péril qu'après son mariage. (1637-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_893" id="Footnote_893" href="#FNanchor_893"><span class="label">[893]</span></a> <i>Relation contenant l'histoire de l'Académie françoise</i>, 1653, p. 181.</p>
+
+<p><a name="Footnote_894" id="Footnote_894" href="#FNanchor_894"><span class="label">[894]</span></a> Ce <i>monologue</i> sert de prologue à la pièce. Ce n'est pas sur le carré d'eau,
+comme dit Pellisson, mais sur le bord d'un ruisseau que le poëte voit la cane
+et le canard:</p>
+
+<p class="left5">A même temps j'ai vu sur le bord d'un ruisseau<br />
+La cane s'humecter, etc.</p>
+
+<p><a name="Footnote_895" id="Footnote_895" href="#FNanchor_895"><span class="label">[895]</span></a> Ce prologue n'a pas été imprimé en tête de la pièce.</p>
+
+<p><a name="Footnote_896" id="Footnote_896" href="#FNanchor_896"><span class="label">[896]</span></a> <i>Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et d'Olivet</i>, tome I,
+fin de la note 1 de la p. 83.</p>
+
+<p><a name="Footnote_897" id="Footnote_897" href="#FNanchor_897"><span class="label">[897]</span></a> Cet argument ne se trouve pas en tête de la pièce; nous l'avons rédigé
+pour que le lecteur pût comprendre sans difficulté l'acte que nous publions.</p>
+
+<p><a name="Footnote_898" id="Footnote_898" href="#FNanchor_898"><span class="label">[898]</span></a> Il y a <i>voisin</i>, au lieu de <i>voisine</i>, dans l'édition originale.</p>
+
+<p><a name="Footnote_899" id="Footnote_899" href="#FNanchor_899"><span class="label">[899]</span></a> Voyez plus haut les vers 290 (p. <a href="#Page_33">33</a>) et (p. <a href="#Page_89">89</a>) 1322 de <i>la Galerie du Palais</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_900" id="Footnote_900" href="#FNanchor_900"><span class="label">[900]</span></a> L'édition originale donne <i>la</i>; mais il faut nécessairement <i>le</i>, se rapportant
+à <i>amour</i>, qui est au masculin trois vers plus haut.</p>
+
+<p><a name="Footnote_901" id="Footnote_901" href="#FNanchor_901"><span class="label">[901]</span></a> C'est ainsi que le mot est imprimé pour la rime dans l'édition originale.</p>
+
+<p><a name="Footnote_902" id="Footnote_902" href="#FNanchor_902"><span class="label">[902]</span></a> <i>Cous</i>, coups. Telle est l'orthographe du mot dans l'édition de 1638. Plus
+loin, au vers 372, où le mot n'est point à la rime, il y a <i>coups</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_903" id="Footnote_903" href="#FNanchor_903"><span class="label">[903]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_308">308</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_904" id="Footnote_904" href="#FNanchor_904"><span class="label">[904]</span></a> <i>Impourvue</i>, imprévue. Voyez tome I, p. 183, note 613.</p>
+
+<p><a name="Footnote_905" id="Footnote_905" href="#FNanchor_905"><span class="label">[905]</span></a> L'orthographe des deux rimes, dans l'édition originale, est <i>parestre</i> et
+<i>estre</i>; plus haut, aux vers 49 et 50, on lit <i>cognestre</i> et <i>naistre</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_906" id="Footnote_906" href="#FNanchor_906"><span class="label">[906]</span></a> Il y a <i>cachés</i>, au masculin, dans le texte de 1638.</p>
+
+<p><a name="Footnote_907" id="Footnote_907" href="#FNanchor_907"><span class="label">[907]</span></a> <i>Mécontée</i>, mécomptée. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_908" id="Footnote_908" href="#FNanchor_908"><span class="label">[908]</span></a> Voyez ci-dessus la note 273 de la p. <a href="#Page_87">87</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_909" id="Footnote_909" href="#FNanchor_909"><span class="label">[909]</span></a> Il y a dans le texte: <i>en assassin</i>, qui n'a point de sens. La leçon que nous
+avons préférée est justifiée par cette explication que donne, en 1690, le <i>Dictionnaire</i>
+de Furetière: «En galanteries on appelle <i>assassins</i> certaines mouches
+taillées en long que les femmes coquettes mettent sur leur visage pour paroître
+plus belles.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_910" id="Footnote_910" href="#FNanchor_910"><span class="label">[910]</span></a> Il y a par erreur <i>ses</i>, pour <i>ces</i>, dans le texte de 1638.</p>
+
+<p><a name="Footnote_911" id="Footnote_911" href="#FNanchor_911"><span class="label">[911]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_315">315</a>, la note du vers 118.</p>
+
+<p><a name="Footnote_912" id="Footnote_912" href="#FNanchor_912"><span class="label">[912]</span></a> <i>Jalous</i> est ainsi imprimé pour la rime dans l'édition originale. Voyez
+plus bas, (p.<a href="#Page_325"> 325</a>) vers 379, et ci-dessus, p. <a href="#Page_313">313</a>, la note du vers 72.</p>
+
+<p><a name="Footnote_913" id="Footnote_913" href="#FNanchor_913"><span class="label">[913]</span></a> Tel est le texte de l'édition originale. L'omission de <i>pas</i> est-elle une
+faute typographique?</p>
+
+<p><a name="Footnote_914" id="Footnote_914" href="#FNanchor_914"><span class="label">[914]</span></a> Il faut se rappeler que ce nom est celui qu'Aglante avait pris. Voyez
+l'<i>Argument</i>, p. <a href="#Page_310">310</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_915" id="Footnote_915" href="#FNanchor_915"><span class="label">[915]</span></a> On lit <i>son</i> dans le texte, mais le sens n'est pas douteux.</p>
+
+<p><a name="Footnote_916" id="Footnote_916" href="#FNanchor_916"><span class="label">[916]</span></a> Nom supposé de Cléonice. Voyez l'<i>Argument</i>, p. <a href="#Page_310">310</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_917" id="Footnote_917" href="#FNanchor_917"><span class="label">[917]</span></a> Voyez sur les traditions relatives à ce personnage: <i>Histoire de
+Médée</i>, par l'abbé Banier, <i>Mémoires de l'Académie des Inscriptions et
+Belles-Lettres</i>, tome XIV, p. 41.</p>
+
+<p><a name="Footnote_918" id="Footnote_918" href="#FNanchor_918"><span class="label">[918]</span></a> Cet examen a d'ailleurs été fait avec autant d'érudition que de
+goût par M. Patin dans ses <i>Études sur les tragiques grecs, Euripide</i>,
+tome I, p. 149 et suivantes. On peut encore consulter utilement un
+<i>Parallèle des beautés de Corneille avec celles de plusieurs scènes de la
+Médée de Sénèque</i>, par M. Guilbert, lu à la Société libre d'émulation
+de Rouen dans la séance du 16 juin 1804.</p>
+
+<p><a name="Footnote_919" id="Footnote_919" href="#FNanchor_919"><span class="label">[919]</span></a> Mairet.</p>
+
+<p><a name="Footnote_920" id="Footnote_920" href="#FNanchor_920"><span class="label">[920]</span></a> Pièce inconnue et qui n'a sans doute pas été représentée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_921" id="Footnote_921" href="#FNanchor_921"><span class="label">[921]</span></a> Benserade.</p>
+
+<p><a name="Footnote_922" id="Footnote_922" href="#FNanchor_922"><span class="label">[922]</span></a> Le titre complet de l'ouvrage est: <i>le Parnasse ou la critique des
+poëtes</i>, par de la Pinelière, angevin, dédié à Monseigneur le marquis
+du Bellay. A Paris, chez Toussaint Quinet.... M.DC.XXXV. In-8.
+Avec privilége du Roi.&mdash;Ce privilége ne se trouve point, non plus
+que l'achevé d'imprimer, dans l'exemplaire qui est à la bibliothèque
+de l'Arsenal, le seul que nous ayons pu voir.</p>
+
+<p><a name="Footnote_923" id="Footnote_923" href="#FNanchor_923"><span class="label">[923]</span></a> On ignore complétement qui ces initiales désignent. Dans l'impression
+de 1657, l'ordre est un peu différent: «A Monsieur P. T.
+G. N.» Cette épître dédicatoire n'est que dans les éditions antérieures
+à 1660.</p>
+
+<p><a name="Footnote_924" id="Footnote_924" href="#FNanchor_924"><span class="label">[924]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660-1668): sur son théâtre.</p>
+
+<p><a name="Footnote_925" id="Footnote_925" href="#FNanchor_925"><span class="label">[925]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): ses enchantements.</p>
+
+<p><a name="Footnote_926" id="Footnote_926" href="#FNanchor_926"><span class="label">[926]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): ce n'est pas elle.</p>
+
+<p><a name="Footnote_927" id="Footnote_927" href="#FNanchor_927"><span class="label">[927]</span></a> Voici de quelle nature est le service dont il s'agit. Égée vient
+de consulter l'oracle d'Apollon pour savoir si sa femme, longtemps
+stérile, lui donnera enfin des enfants. «Tu ne sais pas, lui dit Médée,
+quelle heureuse rencontre tu as faite en moi: je ferai cesser ta
+privation d'enfants, et grâce à moi, tu deviendras père d'une nombreuse
+postérité; je connais des secrets qui ont cette vertu.» (Euripide,
+<i>Médée</i>, vers 712-714.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_928" id="Footnote_928" href="#FNanchor_928"><span class="label">[928]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660): auroit demeuré.</p>
+
+<p><a name="Footnote_929" id="Footnote_929" href="#FNanchor_929"><span class="label">[929]</span></a> Dans le <i>Discours de l'utilité et des parties du poëme dramatique</i>,
+tome I, p. 46.</p>
+
+<p><a name="Footnote_930" id="Footnote_930" href="#FNanchor_930"><span class="label">[930]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): et c'est assez.</p>
+
+<p><a name="Footnote_931" id="Footnote_931" href="#FNanchor_931"><span class="label">[931]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1660 et de 1663): qui tous ont.</p>
+
+<p><a name="Footnote_932" id="Footnote_932" href="#FNanchor_932"><span class="label">[932]</span></a> <i>Var.</i> Se peut-il faire, ami, qu'ici je vous revoie. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_933" id="Footnote_933" href="#FNanchor_933"><span class="label">[933]</span></a>
+<i>Var.</i> Préparez-vous à voir dans peu mon hyménée.<br />
+<span class="smcap">POLL.</span> Quoi! Médée est donc morte à ce compte? <span class="smcap">JAS.</span> Elle vit. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_934" id="Footnote_934" href="#FNanchor_934"><span class="label">[934]</span></a> <i>Var.</i> Mais un objet nouveau la chasse de mon lit. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_935" id="Footnote_935" href="#FNanchor_935"><span class="label">[935]</span></a> Hypsipyle, reine de Lemnos, fille de Thoas. Jason avait eu d'elle deux fils.</p>
+
+<p><a name="Footnote_936" id="Footnote_936" href="#FNanchor_936"><span class="label">[936]</span></a>
+<i>Var.</i> Que former dans son c&oelig;ur un regret inutile,<br />
+Jeter des cris en l'air, me nommer inconstant?<br />
+Si bon semble à Médée, elle en peut faire autant.<br />
+[Je la quitte à regret, mais je n'ai point d'excuse.] (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_937" id="Footnote_937" href="#FNanchor_937"><span class="label">[937]</span></a>
+<i>Var.</i> Me nomma mille fois homme sans conscience:<br />
+Il fallut après tout qu'elle prît patience. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_938" id="Footnote_938" href="#FNanchor_938"><span class="label">[938]</span></a>
+<i>Var.</i> C'est donc là cet objet qui vous tient enchaîné? (1639)<br />
+<i>Var.</i> Créuse est donc l'objet qui nous vient d'enflammer? (1644, 52 et 54)</p>
+
+<p><a name="Footnote_939" id="Footnote_939" href="#FNanchor_939"><span class="label">[939]</span></a>
+<i>Var.</i> Sans l'entendre nommer je l'avois deviné. (1639)<br />
+<i>Var.</i> Je l'avois deviné sans l'entendre nommer. (1644-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_940" id="Footnote_940" href="#FNanchor_940"><span class="label">[940]</span></a>
+<i>Var.</i> Et je crois qu'il tiendroit pour un indigne emploi<br />
+De blesser d'autres c&oelig;urs que de filles de roi. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_941" id="Footnote_941" href="#FNanchor_941"><span class="label">[941]</span></a> <i>Var.</i> Font bien voir qu'en tous lieux, sans lancer d'autres dards. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_942" id="Footnote_942" href="#FNanchor_942"><span class="label">[942]</span></a>
+<i>Var.</i> Et sous quelque climat que le sort me jetât,<br />
+Je serois amoureux par maxime d'État. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_943" id="Footnote_943" href="#FNanchor_943"><span class="label">[943]</span></a> <i>Var.</i> Alors, sans mon amour, qu'étoit votre vaillance? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_944" id="Footnote_944" href="#FNanchor_944"><span class="label">[944]</span></a>
+<i>Var.</i> Et que pouvois-je mieux que lui faire la cour,<br />
+Et relever mon sort sur les ailes d'Amour? (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_945" id="Footnote_945" href="#FNanchor_945"><span class="label">[945]</span></a> <i>Var.</i> Son trépas seul me force à cet éloignement. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_946" id="Footnote_946" href="#FNanchor_946"><span class="label">[946]</span></a> <i>Var.</i> Du vieux tyran Pélie elle gagne les filles. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_947" id="Footnote_947" href="#FNanchor_947"><span class="label">[947]</span></a> <i>Var.</i> Médée, après ce coup d'une si belle amorce (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_948" id="Footnote_948" href="#FNanchor_948"><span class="label">[948]</span></a>
+<i>Quid referum Peliæ natus, pietate nocentes?</i><br />
+<span class="i9">(Ovide, <i>Héroides</i>, <span class="smcap">XII</span>, vers 129.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez la note <a href="#FNanchor_951">951</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_949" id="Footnote_949" href="#FNanchor_949"><span class="label">[949]</span></a>
+<i>Var.</i> Et leur amour crédule, à grands coups de couteau,<br />
+Prodigue ce vieux sang, qui fait place au nouveau. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_950" id="Footnote_950" href="#FNanchor_950"><span class="label">[950]</span></a>
+<i>Var.</i> Et refusant ses yeux à conduire sa main,<br />
+N'ose voir les effets de son pieux dessein. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_951" id="Footnote_951" href="#FNanchor_951"><span class="label">[951]</span></a>
+<i>His, ut quæque pia est, hortatibus impia prima est,<br />
+Et ne sit scelerata, facit scelus: haud tamen ictus<br />
+Ulla suos spectare potest, oculosque reflectunt,<br />
+Cæcaque dant sævis aversæ vulnera dextris.</i><br />
+<span class="i9">(Ovide, <i>Métamorphoses</i>, livre VII, vers 339-342.</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 484, 485; et celle de Sénèque,
+vers 475, 476.</p>
+
+<p><a name="Footnote_952" id="Footnote_952" href="#FNanchor_952"><span class="label">[952]</span></a> <i>Var.</i> L'épouvante les prend, et Médée s'enfuit. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_953" id="Footnote_953" href="#FNanchor_953"><span class="label">[953]</span></a> <i>Var.</i> L'un et l'autre pourtant de honte dissimule. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_954" id="Footnote_954" href="#FNanchor_954"><span class="label">[954]</span></a> <i>Var.</i> La paix s'en alloit faire aux dépens de ma tête. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_955" id="Footnote_955" href="#FNanchor_955"><span class="label">[955]</span></a> <i>Var.</i> Ce mépris insolent des offres d'un grand roi. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_956" id="Footnote_956" href="#FNanchor_956"><span class="label">[956]</span></a> <i>Var.</i> Livroit aux mains d'Acaste et ma Médée et moi. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_957" id="Footnote_957" href="#FNanchor_957"><span class="label">[957]</span></a> <i>Var.</i> C'est toujours vers Médée un peu d'ingratitude. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_958" id="Footnote_958" href="#FNanchor_958"><span class="label">[958]</span></a> On lit dans l'édition de 1639: <span class="smcap">JASON</span>, <i>seul</i>, et il n'y a point de distinction
+de scène.</p>
+
+<p><a name="Footnote_959" id="Footnote_959" href="#FNanchor_959"><span class="label">[959]</span></a> <i>Var.</i> Jamais un trouble égal ne confondit mon âme. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_960" id="Footnote_960" href="#FNanchor_960"><span class="label">[960]</span></a> <i>Conte</i>, compte. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_961" id="Footnote_961" href="#FNanchor_961"><span class="label">[961]</span></a>
+<i>Var.</i> J'en fais un ennemi, si je garde ma foi:<br />
+J'ai regret à Médée, et j'adore Créuse. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_962" id="Footnote_962" href="#FNanchor_962"><span class="label">[962]</span></a> L'édition de 1682 porte par erreur:</p>
+
+<p class="left5">Je vois mon crime en l'une, et l'autre mon excuse.</p>
+
+<p><a name="Footnote_963" id="Footnote_963" href="#FNanchor_963"><span class="label">[963]</span></a> <i>Var.</i> Mais la voici qui vient: l'éclat d'un tel visage. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_964" id="Footnote_964" href="#FNanchor_964"><span class="label">[964]</span></a>
+<i>Var.</i> Que vos dévotions d'une longue souffrance<br />
+Gênent un pauvre amant qui meurt en votre absence! (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_965" id="Footnote_965" href="#FNanchor_965"><span class="label">[965]</span></a>
+<i>Var.</i> Je n'avois pourtant rien à demander aux Dieux. (1639-57)<br />
+<i>Var.</i> A nos Dieux toutefois je n'ai rien demandé:<br />
+En me donnant Jason, ils m'ont tout accordé. (1660-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_966" id="Footnote_966" href="#FNanchor_966"><span class="label">[966]</span></a> <i>Var.</i> Employez-vous pour eux, faites envers un père. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_967" id="Footnote_967" href="#FNanchor_967"><span class="label">[967]</span></a>
+<i>Var.</i> J'avois déjà pitié de leur tendre innocence. (1639-68)<br />
+&mdash;Toutes les éditions, hormis celle de 1682, donnent, comme on le voit, <i>pitié</i>,
+au lieu de <i>parlé</i>; mais cette dernière leçon a été conservée par Thomas Corneille
+dans l'impression de 1692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_968" id="Footnote_968" href="#FNanchor_968"><span class="label">[968]</span></a> Racine, dit Voltaire, a imité ce vers dans <i>Phèdre</i> (acte III, scène <span class="smcap">II</span>):</p>
+
+<p class="left5">Déesse, venge-toi; nos causes sont pareilles.</p>
+
+<p>La conformité des deux passages est-elle vraiment assez grande pour que l'on
+puisse parler d'imitation?</p>
+
+<p><a name="Footnote_969" id="Footnote_969" href="#FNanchor_969"><span class="label">[969]</span></a> <i>Var.</i> Et vous, troupe savante en mille barbaries. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_970" id="Footnote_970" href="#FNanchor_970"><span class="label">[970]</span></a> <i>Var.</i> Noires s&oelig;urs, si jamais notre commerce étroit. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_971" id="Footnote_971" href="#FNanchor_971"><span class="label">[971]</span></a> Il y a <i>serments</i>, pour <i>serpents</i>, dans l'édition de 1682; Thomas Corneille
+a corrigé en 1692 cette faute d'impression, qui n'existait point dans les éditions
+précédentes. Voyez tome I, <i>Avertissement</i>, p. <span class="smcap">VI.</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_972" id="Footnote_972" href="#FNanchor_972"><span class="label">[972]</span></a> <i>Var.</i> Et m'apportez du fond des antres de Mégère. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_973" id="Footnote_973" href="#FNanchor_973"><span class="label">[973]</span></a> <i>Var.</i> Banni de tous côtés, sans biens et sans appui. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_974" id="Footnote_974" href="#FNanchor_974"><span class="label">[974]</span></a>
+<i>Dii conjugales....<br />
+. . . . . . . . . . quosque juravit mihi<br />
+Deos Jason, quosque Medeæ magis<br />
+Fas est precari, noctis æternæ chaos,<br />
+Aversa superis regna, manesque impios<br />
+. . . . . . . . voce non fausta precor:<br />
+Nunc, nunc adeste, sceleris ultrices Deæ,<br />
+Crinem solutis squalidæ serpentibus,<br />
+Atram cruentis manibus amplexæ facem,<br />
+Adeste: thalamis horridæ quondam meis<br />
+Quales stetistis. Conjugi letum novæ,<br />
+Letumque socero et regiæ stirpi date;<br />
+Mihi pejus aliquid, quod precer sponso malum:<br />
+Vivat; per urbes erret ignotas egens,<br />
+Exsul, pavens, invisus, incerti laris:<br />
+Me conjugem optet....</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 1-22.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_975" id="Footnote_975" href="#FNanchor_975"><span class="label">[975]</span></a> <i>Var.</i> Lui font-ils présumer que ma puissance usée. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_976" id="Footnote_976" href="#FNanchor_976"><span class="label">[976]</span></a>
+<i>Hæc virgo feci: gravior exsurgat dolor;<br />
+Majora jam me scelera post partus decent.<br />
+Accingere ira, teque in exitium para<br />
+Furore toto: paria narrentur tua<br />
+Repudia thalamis. Quo virum linquis modo?<br />
+Hoc quo secuta es: rumpe jam segnes moras;<br />
+Quæ scelere parta est, scelere linquenda est domus.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 49-55.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi vers 904 et suivants:</p>
+
+<p><span class="i6"><i>. . . . Prolusit dolor</i></span><br />
+<i>Per ista noster, etc.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_977" id="Footnote_977" href="#FNanchor_977"><span class="label">[977]</span></a>
+<i>. . . . . . . Spectat hoc nostri sator<br />
+Sol generis! et spectatur, et curru insidens<br />
+Per solita puri spatia decurrit poli?<br />
+Non redit in ortus, et remetitur diem?<br />
+Da, da per auras curribus patriis vehi:<br />
+Committe habenas, genitor, et flagrantibus<br />
+Ignifera loris tribue moderari juga.<br />
+Gemino Corinthos littori opponens moras,<br />
+Cremata flammis maria committet duo.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 28-36.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_978" id="Footnote_978" href="#FNanchor_978"><span class="label">[978]</span></a>
+<i>Var.</i> Corinthe consommée affranchira le reste. (1639)<br />
+<i>Var.</i> Corinthe consumée affranchira le reste. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_979" id="Footnote_979" href="#FNanchor_979"><span class="label">[979]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon erreur volontaire ajustée à mes v&oelig;ux<br />
+Arrêtera sur elle un déluge de feux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_980" id="Footnote_980" href="#FNanchor_980"><span class="label">[980]</span></a>
+<i>Var.</i> Il faut l'ensevelir dessous sa propre cendre,<br />
+Et brûler son pays, si bien qu'à l'avenir<br />
+L'isthme n'empêche plus les deux mers de s'unir. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_981" id="Footnote_981" href="#FNanchor_981"><span class="label">[981]</span></a> <i>Var.</i> Et de n'empêcher plus les deux mers de s'unir. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_982" id="Footnote_982" href="#FNanchor_982"><span class="label">[982]</span></a> L'édition de 1682 porte, par une erreur évidente: «d'une haine continue.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_983" id="Footnote_983" href="#FNanchor_983"><span class="label">[983]</span></a> <i>Var.</i> Pour mieux prendre à son point le temps de sa vengeance<a name="FNanchor_983-a" id="FNanchor_983-a" href="#Footnote_983-a" class="fnanchor">[983-a]</a>. (1648-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_983-a" id="Footnote_983-a" href="#FNanchor_983-a"><span class="label">[983-a]</span></a> <i>Pour</i> est corrigé en <i>peut</i> dans l'<i>errata</i> de l'édition de 1663.</p>
+
+<p><a name="Footnote_984" id="Footnote_984" href="#FNanchor_984"><span class="label">[984]</span></a> <i>Appas</i>, appât. Voyez tome I, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_985" id="Footnote_985" href="#FNanchor_985"><span class="label">[985]</span></a> On lit <i>en des moindres malheurs</i> dans l'édition de 1682, mais c'est probablement
+une faute d'impression.</p>
+
+<p><a name="Footnote_986" id="Footnote_986" href="#FNanchor_986"><span class="label">[986]</span></a> <i>Var.</i> Et n'a point où cacher de si grandes douleurs. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_987" id="Footnote_987" href="#FNanchor_987"><span class="label">[987]</span></a> <i>Var.</i> Et m'offrir pour servante à son nouvel amour? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_988" id="Footnote_988" href="#FNanchor_988"><span class="label">[988]</span></a> <i>Var.</i> Et songez qu'à grand'peine un esprit plus remis. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_989" id="Footnote_989" href="#FNanchor_989"><span class="label">[989]</span></a>
+<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Sile, obsecro, questusque secreto abditos<br />
+Manda dolori. Gravia quisquis vulnera<br />
+Patiente et æquo mutus animo pertulit,<br />
+Referre potuit; ira quæ tegitur nocet;<br />
+Professa perdunt odia vindictæ locum.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Levis est dolor qui capere consilium potest<br />
+Et clepere sese: magna non latitant mala.<br />
+Libet ire contra.</i> <span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Siste furialem impetum<br />
+Alumna: vix te tacita defendit quies.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Fortuna fortes metuit, ignavos premit.</i><br />
+<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Tunc est probanda si locum virtus habet.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Nunquam potest non esse virtuti locus.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 150-161.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_990" id="Footnote_990" href="#FNanchor_990"><span class="label">[990]</span></a>
+<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Abiere Colchi; conjugis nulla est fides,<br />
+Nihilque superest opibus e tantis tibi.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Medea superest: hic mare et terras vides,<br />
+Ferrumque, et ignes, et Deos, et fulmina.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 164-167.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_991" id="Footnote_991" href="#FNanchor_991"><span class="label">[991]</span></a> <i>Var.</i> Et le sceptre des rois, et le foudre des Dieux. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_992" id="Footnote_992" href="#FNanchor_992"><span class="label">[992]</span></a> <i>Var.</i> N'eût point de nos amours étouffé le flambeau. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_993" id="Footnote_993" href="#FNanchor_993"><span class="label">[993]</span></a>
+<span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Rex est timendus.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Rex meus fuerat pater.</i>
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . <span class="smcap">NUTRIX.</span> <i>Profuge.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>P&oelig;nituit fugæ.<br />
+Medea fugiam?</i> . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . <i>Fugiam; at ulciscar prius.</i><br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Fortuna opes auferre, non animum potest.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 168-176.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_994" id="Footnote_994" href="#FNanchor_994"><span class="label">[994]</span></a> Le mot <i>seule</i> manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_995" id="Footnote_995" href="#FNanchor_995"><span class="label">[995]</span></a> <i>Var.</i> Madame.... Elle s'enfuit au lieu de m'écouter. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_996" id="Footnote_996" href="#FNanchor_996"><span class="label">[996]</span></a> <i>Var.</i> Elle court à sa perte, et sa brutale envie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_997" id="Footnote_997" href="#FNanchor_997"><span class="label">[997]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon courroux lui fait grâce, et tout léger qu'il est,<br />
+Notre première ardeur soutient son intérêt. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_998" id="Footnote_998" href="#FNanchor_998"><span class="label">[998]</span></a> <i>Var.</i> Il ne fait qu'obéir aux volontés d'un roi. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_999" id="Footnote_999" href="#FNanchor_999"><span class="label">[999]</span></a> Il y a <i>qu'il l'arrache</i> dans l'édition de 1682, mais c'est certainement une
+faute d'impression. Il y en a une autre au vers 371: <i>la perte</i>, pour <i>leur perte</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1000" id="Footnote_1000" href="#FNanchor_1000"><span class="label">[1000]</span></a>
+. . . . <i>Si potest, vivat meus,<br />
+Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen,<br />
+Memorque nostri muneri parcat meo.<br />
+Culpa est Creontis tota</i>. . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . <i>Petatur solus hic; p&oelig;nas luat<br />
+Quas debet.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 140-147.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1001" id="Footnote_1001" href="#FNanchor_1001"><span class="label">[1001]</span></a> Les éditions de 1664, 68 et 82 portent <i>contentez-vous</i>, pour <i>contenez-vous</i>.
+Nous avons adopté néanmoins le texte des éditions antérieures, qui offre seul un
+sens raisonnable.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1002" id="Footnote_1002" href="#FNanchor_1002"><span class="label">[1002]</span></a>
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>Medea. . . . . . . . . . . . . .<br />
+Nondum meis exportat e regnis pedem?</i><br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . <i>Fert gradum contra ferox,<br />
+Minaxque nostros propius affatus petit.<br />
+Arcete, famuli, tactu et accessu procul.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 179-188.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1003" id="Footnote_1003" href="#FNanchor_1003"><span class="label">[1003]</span></a>
+<i>Egredere, purga regna</i> . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . <i>libera cives metu.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 269, 270.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1004" id="Footnote_1004" href="#FNanchor_1004"><span class="label">[1004]</span></a> <i>Var.</i> Vous porte à me chasser avecque tant d'ardeur. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1005" id="Footnote_1005" href="#FNanchor_1005"><span class="label">[1005]</span></a>
+. . . . . . . . . . <i>Vade veloci via,<br />
+Monstrumque sævum, horribile jamdudum, avehe.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quod crimen, aut quæ culpa mulctatur fuga<a name="FNanchor_1005-a" id="FNanchor_1005-a" href="#Footnote_1005-a" class="fnanchor">[1005-a]</a>?</i><br />
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>Quæ causa pellat, innocens mulier rogat.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 190-193.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1005-a" id="Footnote_1005-a" href="#FNanchor_1005-a"><span class="label">[1005-a]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 284.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1006" id="Footnote_1006" href="#FNanchor_1006"><span class="label">[1006]</span></a> <i>Var.</i> Repasse tes forfaits avecque tes erreurs. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1007" id="Footnote_1007" href="#FNanchor_1007"><span class="label">[1007]</span></a> <i>Var.</i> Dont tes méchancetés te promettent l'entrée. (1639 et 57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1008" id="Footnote_1008" href="#FNanchor_1008"><span class="label">[1008]</span></a> L'édition de 1639 donne <i>nous</i>, pour <i>vous</i>; c'est évidemment une faute.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1009" id="Footnote_1009" href="#FNanchor_1009"><span class="label">[1009]</span></a> <i>Var.</i> Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1010" id="Footnote_1010" href="#FNanchor_1010"><span class="label">[1010]</span></a>
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Qui statuit aliquid parte inaudita altera,<br />
+Æquum licet statuerit, haud æquus fuit.</i><br />
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>Auditus a te Pelia supplicium tulit?</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 199-201.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1011" id="Footnote_1011" href="#FNanchor_1011"><span class="label">[1011]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 474-480.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1012" id="Footnote_1012" href="#FNanchor_1012"><span class="label">[1012]</span></a> <i>Var.</i> Contre le laboureur qui les avoit semés. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1013" id="Footnote_1013" href="#FNanchor_1013"><span class="label">[1013]</span></a> <i>Var.</i> Vomissant mille traits de sa gueule enflammée. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1014" id="Footnote_1014" href="#FNanchor_1014"><span class="label">[1014]</span></a> <i>Var.</i> Si lors à mes devoirs mon desir limité. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1015" id="Footnote_1015" href="#FNanchor_1015"><span class="label">[1015]</span></a> <i>Var.</i> Eût conservé ma honte et ma fidélité. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1016" id="Footnote_1016" href="#FNanchor_1016"><span class="label">[1016]</span></a>
+<i>Decus illud ingens, Græciæ florem inclitum,<br />
+Præsidia achivæ gentis, et prolem Deum<br />
+Servasse memet: munus est Orpheus meum,<br />
+Qui suxa cantu mulcet et silvas trahit;<br />
+Geminumque munus Castor et Pollux meum est;<br />
+Satique Borea</i> . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . <i>Nam ducum taceo ducem,<br />
+Pro quo nihil debetur; hunc nulli imputo:<br />
+Vobis revexi ceteros, unum mihi.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 226-235.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1017" id="Footnote_1017" href="#FNanchor_1017"><span class="label">[1017]</span></a>
+. . . . . . . . <i>Si placet, damna ream;<br />
+Sed redde crimen.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 245, 246.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1018" id="Footnote_1018" href="#FNanchor_1018"><span class="label">[1018]</span></a> <i>Var.</i> De me faire coupable et jouir de mon crime? (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1019" id="Footnote_1019" href="#FNanchor_1019"><span class="label">[1019]</span></a>
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>I, querere Colchis.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Redeo: qui advexit ferat.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 197.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1020" id="Footnote_1020" href="#FNanchor_1020"><span class="label">[1020]</span></a>
+. . . . . . . <i>Cur sontes duos<br />
+Distinguis?</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 275, 276.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1021" id="Footnote_1021" href="#FNanchor_1021"><span class="label">[1021]</span></a>
+<i>Potest Jason, si tuam causam amoves,<br />
+Suam tueri: nullus innocuum cruor<br />
+Contaminavit; abfuit ferro manus,<br />
+Proculque vestro purus a c&oelig;tu stetit.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 262-265.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1022" id="Footnote_1022" href="#FNanchor_1022"><span class="label">[1022]</span></a> <i>Var.</i> La séparant de toi, sa défense est facile. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1023" id="Footnote_1023" href="#FNanchor_1023"><span class="label">[1023]</span></a> <i>Var.</i> Jamais il n'a prêté sa lame à tes desseins. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1024" id="Footnote_1024" href="#FNanchor_1024"><span class="label">[1024]</span></a>
+<i>Var.</i> Rends-lui son innocence en t'éloignant d'ici;<br />
+Emporte avecque toi son crime et mon souci. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1025" id="Footnote_1025" href="#FNanchor_1025"><span class="label">[1025]</span></a>
+. . . . . . . . . <i>Letales simul<br />
+Tecum aufer herbas.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 269, 270.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1026" id="Footnote_1026" href="#FNanchor_1026"><span class="label">[1026]</span></a>
+<i>Var.</i> Tout ce qui me fait craindre et rend Jason coupable. (1639-57)<br />
+<i>Var.</i> Et tout ce que jamais a fait Jason coupable. (1664)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1027" id="Footnote_1027" href="#FNanchor_1027"><span class="label">[1027]</span></a> <i>Var.</i> C'est à son intérêt que ma savante audace. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1028" id="Footnote_1028" href="#FNanchor_1028"><span class="label">[1028]</span></a>
+. . . . . . . <i>Illi Pelia, non nobis jacet.<br />
+Fugam rapinasque adjice, desertum patrem<br />
+Lacerumque fratrem</i>. . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Toties nocens sum facta, sed nunquam mihi.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 276-280.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1029" id="Footnote_1029" href="#FNanchor_1029"><span class="label">[1029]</span></a> L'édition de 1682 donne, par erreur, <i>le</i>, pour <i>les</i>: «Mais vous le saviez tous.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1030" id="Footnote_1030" href="#FNanchor_1030"><span class="label">[1030]</span></a>
+<i>Talem sciebas esse, quum genua attigi,<br />
+Fidemque supplex præsidis dextra petii.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 247, 248.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1031" id="Footnote_1031" href="#FNanchor_1031"><span class="label">[1031]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma main saignoit encor du meurtre de Pélie,<br />
+Quand dessous votre foi vous m'avez recueillie,<br />
+Et votre c&oelig;ur, sensible à la compassion. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1032" id="Footnote_1032" href="#FNanchor_1032"><span class="label">[1032]</span></a> Voyez plus loin, acte III, scène <span class="smcap">III</span>, p. <a href="#Page_383">383</a>, note 1091.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1033" id="Footnote_1033" href="#FNanchor_1033"><span class="label">[1033]</span></a>
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Supplex recedens illud extremum precor,<br />
+Ne culpa natos matris insontes trahat.</i><br />
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>Vade, hos paterno, ut genitor, excipiam sinu.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 282-284.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1034" id="Footnote_1034" href="#FNanchor_1034"><span class="label">[1034]</span></a> <i>Var.</i> Si Créuse et Jason ainsi l'ont ordonné. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1035" id="Footnote_1035" href="#FNanchor_1035"><span class="label">[1035]</span></a>
+<i>Unus parando dabitur exsilio dies.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 295.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 359.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1036" id="Footnote_1036" href="#FNanchor_1036"><span class="label">[1036]</span></a> Voyez plus loin la note du vers 834. (n. <a href="#FNanchor_1088">1088</a>)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1037" id="Footnote_1037" href="#FNanchor_1037"><span class="label">[1037]</span></a> <i>Var.</i> Sa contestation se rendroit éternelle. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1038" id="Footnote_1038" href="#FNanchor_1038"><span class="label">[1038]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1039" id="Footnote_1039" href="#FNanchor_1039"><span class="label">[1039]</span></a> Les éditions de 1639-48 portent <i>submission</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1040" id="Footnote_1040" href="#FNanchor_1040"><span class="label">[1040]</span></a>
+<i>Var.</i> Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerre,<br />
+Ma fille : c'est demain qu'elle sort de ma terre. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1041" id="Footnote_1041" href="#FNanchor_1041"><span class="label">[1041]</span></a> <i>Var.</i> Je ne crois pas, Monsieur, que ce vieux roi d'Athènes. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1042" id="Footnote_1042" href="#FNanchor_1042"><span class="label">[1042]</span></a> <i>Var.</i> Que ses premiers bouillons s'apaisent aisément. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1043" id="Footnote_1043" href="#FNanchor_1043"><span class="label">[1043]</span></a> Dans l'édition de 1682, on a imprimé par erreur: «dont l'âge un peu
+sortable.»&mdash;Au vers 532, il y a une autre faute: «Nous savons,» pour «Nous
+saurons.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1044" id="Footnote_1044" href="#FNanchor_1044"><span class="label">[1044]</span></a>
+<i>Var.</i> Et si dans sa colère il demeuroit entier,<br />
+Ma princesse, en tout cas, nous sommes du métier. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1045" id="Footnote_1045" href="#FNanchor_1045"><span class="label">[1045]</span></a> <i>Var.</i> Ne sont que trop bastants à ranger sa folie. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1046" id="Footnote_1046" href="#FNanchor_1046"><span class="label">[1046]</span></a>
+<i>Var.</i> Mais on ne traite point les rois avec mépris;<br />
+On leur doit du respect, quoi qu'ils aient entrepris:<br />
+Remets, si tu le veux, sur moi toute l'affaire;<br />
+Quelques raisons d'État le pourront satisfaire,<br />
+Et pour m'y préparer plus de facilité,<br />
+Surtout ne le reçois qu'avec civilité. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1047" id="Footnote_1047" href="#FNanchor_1047"><span class="label">[1047]</span></a> <i>Var.</i> Qu'on la prenne en ses mains afin de vous l'offrir. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1048" id="Footnote_1048" href="#FNanchor_1048"><span class="label">[1048]</span></a> Les éditions de 1639-52 et de 1657 portent <i>ses</i>, pour <i>ces</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1049" id="Footnote_1049" href="#FNanchor_1049"><span class="label">[1049]</span></a>
+<i>Var.</i> Pour elle, vous savez que je fuis ses approches:<br />
+Je ne m'expose point à ses vaines reproches. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1050" id="Footnote_1050" href="#FNanchor_1050"><span class="label">[1050]</span></a> <i>Var.</i> Or jugez à quel point iroient mes déplaisirs. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1051" id="Footnote_1051" href="#FNanchor_1051"><span class="label">[1051]</span></a> <i>Var.</i> Que malgré notre amour je vous quitte un moment. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1052" id="Footnote_1052" href="#FNanchor_1052"><span class="label">[1052]</span></a> On lit <i>augmentera</i>, pour <i>augmenteroit</i>, dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1053" id="Footnote_1053" href="#FNanchor_1053"><span class="label">[1053]</span></a> Ce personnage est emprunté à Euripide, mais c'est Corneille qui a eu la
+fâcheuse idée d'en faire le futur de Créuse et au besoin de Médée. Voyez
+plus haut l'<i>Examen</i>, p. <a href="#Page_335">335</a> et <a href="#Page_336">336</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1054" id="Footnote_1054" href="#FNanchor_1054"><span class="label">[1054]</span></a> <i>Var.</i> Par ce honteux hymen, de l'arrêt de ma mort. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1055" id="Footnote_1055" href="#FNanchor_1055"><span class="label">[1055]</span></a> L'édition de 1682 porte <i>ajuster</i>, pour <i>ajouter</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1056" id="Footnote_1056" href="#FNanchor_1056"><span class="label">[1056]</span></a> Voyez plus haut la Notice sur <i>la Comédie des Tuileries</i>, p. <a href="#Page_308">308</a> et <a href="#Page_309">309</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1057" id="Footnote_1057" href="#FNanchor_1057"><span class="label">[1057]</span></a> <i>Var.</i> Que bien que vous m'aimez, je me donne à Jason. (1663-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1058" id="Footnote_1058" href="#FNanchor_1058"><span class="label">[1058]</span></a> <i>Var.</i> Quand on connoît sa faute, on pèche doublement. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1059" id="Footnote_1059" href="#FNanchor_1059"><span class="label">[1059]</span></a>
+<i>Var.</i> Puis donc que vous trouvez ma faute inexcusable. (1639, 44 et 52-57)<br />
+<i>Var.</i> Puisque vous trouvez donc ma faute inexcusable. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1060" id="Footnote_1060" href="#FNanchor_1060"><span class="label">[1060]</span></a> <i>Var.</i> Je ne veux plus, Monsieur, me confesser coupable. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1061" id="Footnote_1061" href="#FNanchor_1061"><span class="label">[1061]</span></a> <i>Var.</i> Et sans le posséder suis-je pas déjà reine? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1062" id="Footnote_1062" href="#FNanchor_1062"><span class="label">[1062]</span></a>
+<i>Var.</i> [Que le bien de l'État, mon pays et mon père.]<br />
+<span>ÆGÉE.</span> Puisque mon mauvais sort à ce point me réduit,<br />
+Qu'au lieu de me servir, ma couronne me nuit,<br />
+Pour divertir l'effet de ce funeste oracle,<br />
+Je dépose à vos pieds ce précieux obstacle:<br />
+Madame, à mes sujets donnez un autre roi,<br />
+De tout ce que je suis ne retenez que moi.<br />
+Allez, sceptre, grandeurs, majesté, diadème:<br />
+Votre odieux éclat déplaît à ce que j'aime;<br />
+Je hais ce nom de roi qui s'oppose à mes v&oelig;ux,<br />
+Et le titre d'esclave est le seul que je veux.<br />
+<span class="smcap">CRÉUSE.</span> Sans plus vous emporter à cette complaisance,<br />
+Perdez mon souvenir avecque ma présence,<br />
+Et puisque mes raisons ont si peu de pouvoir,<br />
+Que votre émotion se redouble à me voir,<br />
+[Afin de redonner le repos à votre âme.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1063" id="Footnote_1063" href="#FNanchor_1063"><span class="label">[1063]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur: «tout amour,» pour «ton amour.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1064" id="Footnote_1064" href="#FNanchor_1064"><span class="label">[1064]</span></a>
+<i>Var.</i> [Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.]<br />
+Celle qui de son fils saoula le roi de Thrace<br />
+Eut bien moins que Médée et de rage et d'audace.<br />
+Seule égale à soi-même en sa vaste fureur,<br />
+Ses projets les plus doux me font trembler d'horreur.<br />
+[Sa vengeance à la main, elle n'a qu'à résoudre.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1065" id="Footnote_1065" href="#FNanchor_1065"><span class="label">[1065]</span></a>
+<i>Var.</i> Ma peur me fait fidèle et tâche d'avancer<br />
+Les desseins que je veux et n'ose traverser. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1066" id="Footnote_1066" href="#FNanchor_1066"><span class="label">[1066]</span></a> <i>Var.</i> Nérine, eh bien! que fait notre pauvre exilée? (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1067" id="Footnote_1067" href="#FNanchor_1067"><span class="label">[1067]</span></a>
+<i>Var.</i> Tes sages entretiens l'ont-ils point consolée?<br />
+Ne peut-elle céder à la nécessité?<br />
+<span class="smcap">NÉR.</span> Elle a bien refroidi son animosité. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1068" id="Footnote_1068" href="#FNanchor_1068"><span class="label">[1068]</span></a> Les éditions de 1663-82, au lieu de <i>vous</i>, portent <i>nous</i>, qui n'offre point
+ici un sens satisfaisant. Thomas Corneille a rétabli le <i>vous</i> en 1692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1069" id="Footnote_1069" href="#FNanchor_1069"><span class="label">[1069]</span></a> <i>En</i> est omis dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1070" id="Footnote_1070" href="#FNanchor_1070"><span class="label">[1070]</span></a> <i>Var.</i> Pouvoit laisser agir sa libéralité. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1071" id="Footnote_1071" href="#FNanchor_1071"><span class="label">[1071]</span></a> <i>Var.</i> Qu'elle voulût partir avec ses bonnes grâces. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1072" id="Footnote_1072" href="#FNanchor_1072"><span class="label">[1072]</span></a> On lit <i>cet offre</i>, pour <i>cette offre</i>, dans les éditions de 1663-82; mais la
+fin du vers: «et par <i>elle</i> j'espère,» montre que c'est une faute.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1073" id="Footnote_1073" href="#FNanchor_1073"><span class="label">[1073]</span></a> On a imprimé <i>trop</i>, pour <i>tôt</i>, dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1074" id="Footnote_1074" href="#FNanchor_1074"><span class="label">[1074]</span></a>
+<i>Var.</i> [Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé;]<br />
+Mais puis-je m'assurer dessus ta confidence?<br />
+Oui, de trop longue main je connois ta prudence.<br />
+On a banni Médée, et Créon tout d'un temps<br />
+Joignoit à son exil celui de ses enfants:<br />
+[La pitié de Créuse a tant fait vers son père.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1075" id="Footnote_1075" href="#FNanchor_1075"><span class="label">[1075]</span></a> <i>Var.</i> Qu'ils n'auront point de part aux malheurs de leur mère. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1076" id="Footnote_1076" href="#FNanchor_1076"><span class="label">[1076]</span></a>
+<i>Var.</i> Elle peut aisément d'une chose inutile<br />
+Semer pour sa retraite une terre fertile. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1077" id="Footnote_1077" href="#FNanchor_1077"><span class="label">[1077]</span></a> <i>Var.</i> Puisqu'à mon seul aspect je la vois qui s'irrite<a name="FNanchor_1077-a" id="FNanchor_1077-a" href="#Footnote_1077-a" class="fnanchor">[1077-a]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1077-a" id="Footnote_1077-a" href="#FNanchor_1077-a"><span class="label">[1077-a]</span></a>
+<i>Atque ecce, viso memet, exsiluit, furit.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 445.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1078" id="Footnote_1078" href="#FNanchor_1078"><span class="label">[1078]</span></a>
+
+<i>Fugimus, Iason, fugimus: hoc non est novum,<br />
+Mutare sedes; causa fugiendi nova est.<br />
+Pro te solebam fugere. Discedo, exeo.<br />
+Penatibus profugere quam cogis tuis,<br />
+Ad quos remittis? Phasin et Colchos petam,<br />
+Patriumque regnum, quæque fraternus cruor<br />
+Perfudit arva?</i> . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Parvamne Iolcon, Thessala an Tempe petam?<br />
+Quascumque aperui tibi vias, clusi mihi.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 447-458.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 390-392 et vers 361-365.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1079" id="Footnote_1079" href="#FNanchor_1079"><span class="label">[1079]</span></a>
+. . . . . . . . . <i>Ingratum caput!<br />
+Revolvat animus igneos tauri halitus</i>,<br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Hostisque subiti tela, quum jussu meo<br />
+Terrigena miles mutua cæde occidit</i>,<br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Somnoque jussum lumina ignoto dare<br />
+Insomne monstrum.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 465-473.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1080" id="Footnote_1080" href="#FNanchor_1080"><span class="label">[1080]</span></a> <i>Var.</i> Qu'ai-je épargné depuis qui fût à mon pouvoir? (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1081" id="Footnote_1081" href="#FNanchor_1081"><span class="label">[1081]</span></a>
+. . . . . . . . . . . . <i>Comes<br />
+Divisus ense, funus ingestum patri,<br />
+Sparsumque ponto corpus....</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 131-133.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1082" id="Footnote_1082" href="#FNanchor_1082"><span class="label">[1082]</span></a> <i>Var.</i> A cet objet piteux épandu sur les eaux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1083" id="Footnote_1083" href="#FNanchor_1083"><span class="label">[1083]</span></a> <i>Var.</i> Bourrelle de mon sang, honte de ma famille. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1084" id="Footnote_1084" href="#FNanchor_1084"><span class="label">[1084]</span></a> <i>Var.</i> Sous un même tombeau se vit ensevelie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1085" id="Footnote_1085" href="#FNanchor_1085"><span class="label">[1085]</span></a>
+. . . . . . . <i>Non timor vincit virum,<br />
+Sed trepida pietas; quippe sequeretur necem<br />
+Proles parentum. . . . . . . . . . . . . .<br />
+Nati patrem vicere.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 437-441.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1086" id="Footnote_1086" href="#FNanchor_1086"><span class="label">[1086]</span></a> <i>Var.</i> Où le soin que j'ai d'eux me range à toute force. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1087" id="Footnote_1087" href="#FNanchor_1087"><span class="label">[1087]</span></a>
+<i>Perimere quum te vellet infestus Creo,<br />
+Lacrimis meis evictus, exsilium dedit.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 490, 491.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1088" id="Footnote_1088" href="#FNanchor_1088"><span class="label">[1088]</span></a>
+<i>P&oelig;nam putabam; munus, ut video, est fuga.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 492.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1089" id="Footnote_1089" href="#FNanchor_1089"><span class="label">[1089]</span></a> <i>Var.</i> Si tu la hais si fort, pourquoi la gardes-tu? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1090" id="Footnote_1090" href="#FNanchor_1090"><span class="label">[1090]</span></a> <i>Var.</i> Les neveux de Sisyphe avec ceux du Soleil. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1091" id="Footnote_1091" href="#FNanchor_1091"><span class="label">[1091]</span></a>
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Dum licet abire, profuge, teque hinc eripe:</i><br />
+<i>Gravis ira regum est semper.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Hoc suades mihi,</i><br />
+<i>Præstas Creusæ: pellicem invisam amoves.</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Medea amores obicit?</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Et cædem, et dolos.</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Objicere crimen quod potes tandem mihi?</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quodcumque feci.</i> <span class="smcap">JASON.</span> <i>Restat hoc unum insuper</i>,<br />
+<i>Tuis ut etiam sceleribus fiam nocens.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Tua illa, tua sunt illa: cui prodest scelus</i><br />
+<i>Is fecit. Omnes conjugem infamem arguant</i>;<br />
+<i>Solus tuere, solus insontem voca</i>:<br />
+<i>Tibi innocens sit, quisquis est pro te nocens</i><a name="FNanchor_1091-a" id="FNanchor_1091-a" href="#Footnote_1091-a" class="fnanchor">[1091-a]</a>.<br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Ingrata vita est cujus acceptæ pudet.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Retinenda non est cujus acceptæ pudet.</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Quin potius ira concitum pectus doma</i>:<br />
+<i>Placare natis.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Abdico, ejuro, abnuo.</i><br />
+<i>Meis Creusa liberis fratres dabit?</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Regina natis exsulum, afflictis potens.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Non veniat unquam tam malus miseris dies</i><br />
+<i>Qui prole f&oelig;da misceat prolem inclitam:</i><br />
+<i>Ph&oelig;bi nepotes Sisyphi nepotibus.</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Quid, misera, meque teque in exitium trahis?</i><br />
+<i>Abscede, quæso.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 493-514.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 408-410 et 564, 565.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1091-a" id="Footnote_1091-a" href="#FNanchor_1091-a"><span class="label">[1091-a]</span></a> Médée dit de même à Jason dans Ovide:</p>
+
+<p><i>Ut culpent alii, tibi me laudare necesse est</i>,<br />
+<span class="i1"><i>Pro quo sum toties esse coacta nocens.</i></span><br />
+<span class="i9">(<i>Héroides</i>, <span class="smcap">XII</span>, vers 131, 132.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1092" id="Footnote_1092" href="#FNanchor_1092"><span class="label">[1092]</span></a>
+. . . . . <span class="smcap">JASON.</span> <i>Cedo defessus malis;<br />
+Et ipsa casus sæpe jam expertos time.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Fortuna semper omnis infra me stetit.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 518-520.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1093" id="Footnote_1093" href="#FNanchor_1093"><span class="label">[1093]</span></a>
+<i>Var.</i> [Tu masques tes desirs d'un faux titre de crainte:]<br />
+Un sceptre pour ton change a seul de vrais appas.<br />
+<span class="smcap">JAS.</span> Vois l'état où je suis: j'ai deux rois sur les bras,<br />
+Acaste à la campagne, et Créon dans la ville:<br />
+Que leur puis-je opposer qu'un courage inutile?<br />
+<span class="smcap">MÉD.</span> Fuis-les tous deux pour moi; suis Médée à ton tour;<br />
+Sauve ton innocence avecque ton amour;<br />
+Fais-les, je n'arme pas ta dextre sanguinaire<br />
+Ni contre ton parent, ni contre ton beau-père.<br />
+<span class="smcap">JAS.</span> [Qui leur résistera, s'ils viennent à s'unir?] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1094" id="Footnote_1094" href="#FNanchor_1094"><span class="label">[1094]</span></a>
+
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Alta extimesco sceptra.</i> <span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Ne cupias vide.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 529)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1095" id="Footnote_1095" href="#FNanchor_1095"><span class="label">[1095]</span></a> Les éditions de 1639, de 1644 et de 1652-64 ponctuent ainsi ce vers et
+le suivant:</p>
+
+<p class="left5">Qui me résistera si je te veux punir?<br />
+Déloyal, auprès d'eux crains-tu si peu Médée?</p>
+
+<p><a name="Footnote_1096" id="Footnote_1096" href="#FNanchor_1096"><span class="label">[1096]</span></a>
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Acastus instat; propior est hostis Creo.</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Utrumque profuge</i>. . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . . . . . <i>Innocens mecum fuge.</i><br />
+<span class="smcap">JASON.</span> <i>Et quis resistet, gemina si bella ingruant,<br />
+Creo atque Acastus arma si jungant sua?</i><br />
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>His adice Colchos, adjice Æten ducem,<br />
+Scythas Pelasgis junge: demersos dabo.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 521-528.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1097" id="Footnote_1097" href="#FNanchor_1097"><span class="label">[1097]</span></a>
+<i>Var.</i> [La flamme m'obéit, et je commande aux eaux:]<br />
+Et je ne puis chasser le feu qui me consomme,<br />
+Ni toucher tant soit peu les volontés d'un homme! (1639)</p>
+
+<p class="left5"><a name="Footnote_1098" id="Footnote_1098" href="#FNanchor_1098"><span class="label">[1098]</span></a>
+Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté,</p>
+
+<p>n'est point imité de Sénèque; et Racine en cet endroit s'est rencontré avec
+Corneille, quand il fait dire à Roxane:</p>
+
+<p class="left5">Écoutez, Bajazet, je sens que je vous aime, etc.<br />
+<span class="i9">(<i>Bajazet</i>, acte II, scène <span class="smcap">I</span>.)</span></p>
+
+<p>La situation et la passion amènent souvent des sentiments et des expressions
+qui se ressemblent sans qu'elles soient imitées. (Voltaire.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1099" id="Footnote_1099" href="#FNanchor_1099"><span class="label">[1099]</span></a>
+. . . . . . . <i>Liberos tantum fugæ<br />
+Habere comites liceat.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 541, 542.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Dans Euripide, au contraire (vers 929, 930), Médée demande pour ses
+enfants la faveur de rester à Corinthe.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1100" id="Footnote_1100" href="#FNanchor_1100"><span class="label">[1100]</span></a>
+<i>Parere precibus cupere me fateor tuis:<br />
+Pietas vetat; namque istud ut possim pati,<br />
+Non ipse memet cogat et rex et socer.</i><br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . <i>Spiritu citius queam<br />
+Carere, membris, luce.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 544-549.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1101" id="Footnote_1101" href="#FNanchor_1101"><span class="label">[1101]</span></a> <i>Var.</i> Seule eût de notre hymen rompu les chastes n&oelig;uds. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1102" id="Footnote_1102" href="#FNanchor_1102"><span class="label">[1102]</span></a> <i>Var.</i> Qu'élancent des grands Dieux les plus âpres colères. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1103" id="Footnote_1103" href="#FNanchor_1103"><span class="label">[1103]</span></a>
+. . . . . . . . . <i>Sic natos amat?<br />
+Bene est: tenetur. Vulneri patuit locus.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 549, 550.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 813.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1104" id="Footnote_1104" href="#FNanchor_1104"><span class="label">[1104]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1036, 1037.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1105" id="Footnote_1105" href="#FNanchor_1105"><span class="label">[1105]</span></a> <i>Var.</i> Si je vous ai rien dit contre la vérité! (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1106" id="Footnote_1106" href="#FNanchor_1106"><span class="label">[1106]</span></a> Les mots: <i>dans sa grotte magique</i>, ne se trouvent pas dans l'édition
+de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1107" id="Footnote_1107" href="#FNanchor_1107"><span class="label">[1107]</span></a> Ce jeu de scène manque aussi dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1108" id="Footnote_1108" href="#FNanchor_1108"><span class="label">[1108]</span></a> L'édition de 1682 a seule ici <i>clameurs</i>, au lieu de <i>charmes</i>. C'est sans
+doute encore une erreur typographique.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1109" id="Footnote_1109" href="#FNanchor_1109"><span class="label">[1109]</span></a> <i>Var.</i> Sur ce présent fatal ont déchargé leurs pestes. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1110" id="Footnote_1110" href="#FNanchor_1110"><span class="label">[1110]</span></a> Par une erreur générale et difficile à expliquer, toutes les éditions, excepté
+celles de 1639-48 et de 1657, portent: «Vois mille <i>autre</i> venins.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1111" id="Footnote_1111" href="#FNanchor_1111"><span class="label">[1111]</span></a>
+<i>Vectoris istic perfidi sanguis inest</i><br />
+<span class="i2"><i>Quem Nessus exspirans dedit.</i></span><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 775, 776.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1112" id="Footnote_1112" href="#FNanchor_1112"><span class="label">[1112]</span></a> Aujourd'hui, la première syllabe de ce mot est aspirée.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1113" id="Footnote_1113" href="#FNanchor_1113"><span class="label">[1113]</span></a>
+<i>Reliquit istas invio plumas specu</i><br />
+<span class="i1"><i>Harpyia, dum Zeten fugit.</i></span><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 781, 782.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1114" id="Footnote_1114" href="#FNanchor_1114"><span class="label">[1114]</span></a>
+<i>Piæ sororis, impiæ matris facem</i><br />
+<span class="i2"><i>Ultricis Altlææ vides.</i></span><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 779, 780.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1115" id="Footnote_1115" href="#FNanchor_1115"><span class="label">[1115]</span></a>
+<i>Dedit et tenui sulfure tectos<br />
+Mulciter ignes; et vivacis<br />
+Fulgura flammæ de cognato<br />
+Phaethonte tuli</i>. . . . . .<br />
+. . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Habeo flammas usto tauri<br />
+Gutture raptas.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 824-830.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1116" id="Footnote_1116" href="#FNanchor_1116"><span class="label">[1116]</span></a> <i>Déceptif</i>, trompeur.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1117" id="Footnote_1117" href="#FNanchor_1117"><span class="label">[1117]</span></a>
+<i>Var.</i> Les traîtres apprendront à se jouer à moi.<br />
+Mais d'où provient ce bruit dans le palais du Roi? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1118" id="Footnote_1118" href="#FNanchor_1118"><span class="label">[1118]</span></a>
+<i>Var.</i> Ce généreux vieillard, indigné que ses feux<br />
+Près de votre rivale aient perdu tant de v&oelig;ux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1119" id="Footnote_1119" href="#FNanchor_1119"><span class="label">[1119]</span></a> <i>Var.</i> Le suit dans ce dessein; Créuse en est saisie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1120" id="Footnote_1120" href="#FNanchor_1120"><span class="label">[1120]</span></a> <i>Var.</i> J'en devine la fin, mon traître l'a sauvée. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1121" id="Footnote_1121" href="#FNanchor_1121"><span class="label">[1121]</span></a> <i>Var.</i> Vois-tu pas qu'en l'ouvrant je m'ouvre une retraite. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1122" id="Footnote_1122" href="#FNanchor_1122"><span class="label">[1122]</span></a>
+<i>Var.</i> Et que brisant ses fers, cette obligation<br />
+Engage sa couronne à ma protection. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1123" id="Footnote_1123" href="#FNanchor_1123"><span class="label">[1123]</span></a> <i>Var.</i> C'est vous dont le courage, et la force, et l'adresse. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1124" id="Footnote_1124" href="#FNanchor_1124"><span class="label">[1124]</span></a>
+<i>Var.</i> Et vous voyant faucher ces têtes criminelles,<br />
+[J'ai suivi, mais de loin, des actions si belles.]<br />
+Qui pourroit reculer en combattant sous vous,<br />
+Et qui n'auroit du c&oelig;ur à seconder vos coups? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1125" id="Footnote_1125" href="#FNanchor_1125"><span class="label">[1125]</span></a>
+<span class="smcap">MEDEA.</span> <i>Quæ fraus timeri tempore exiguo potest?</i><br />
+<span class="smcap">CREON.</span> <i>Nullum ad nocendum tempus angustum est malis.</i><br />
+<span class="i9">Sénèque, <i>Médée</i>, vers 291, 292.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Voyez aussi la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 359, 360.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1126" id="Footnote_1126" href="#FNanchor_1126"><span class="label">[1126]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1127" id="Footnote_1127" href="#FNanchor_1127"><span class="label">[1127]</span></a>
+<i>Var.</i> Que font nos amoureux, Cléone? <span class="smcap">CLÉONE.</span> La princesse,<br />
+Sire, auprès de Jason reprend son allégresse. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1128" id="Footnote_1128" href="#FNanchor_1128"><span class="label">[1128]</span></a> Il y a <i>ces</i>, au lieu de <i>ses</i>, dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1129" id="Footnote_1129" href="#FNanchor_1129"><span class="label">[1129]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> de Sénèque, vers 570-572 et 843-847.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1130" id="Footnote_1130" href="#FNanchor_1130"><span class="label">[1130]</span></a> C'est une imitation de ce passage bien connu, de Virgile (<i>Énéide</i>, livre I,
+vers 49):</p>
+
+<p class="left5">.... <i>Timeo Danaos, et dona ferentes.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_1131" id="Footnote_1131" href="#FNanchor_1131"><span class="label">[1131]</span></a> <i>Var.</i> Nous peuvent-ils laisser quelques sortes d'ombrages? (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1132" id="Footnote_1132" href="#FNanchor_1132"><span class="label">[1132]</span></a> <i>Var.</i> Sire, renvoyez-lui ce don pernicieux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1133" id="Footnote_1133" href="#FNanchor_1133"><span class="label">[1133]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il est en prison.</i> (1663, en marge.)&mdash;Au-dessous du nom du personnage,
+on lit en titre, dans les éditions de 1639-57: <span class="smcap">STANCES</span>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1134" id="Footnote_1134" href="#FNanchor_1134"><span class="label">[1134]</span></a>
+<i>Var.</i>Dont auparavant mon amour<br />
+Les sceptres étoient incapables. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1135" id="Footnote_1135" href="#FNanchor_1135"><span class="label">[1135]</span></a> <i>Var.</i> C'est mourir, à mon gré, beaucoup plus d'une fois. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1136" id="Footnote_1136" href="#FNanchor_1136"><span class="label">[1136]</span></a> <i>Var.</i> Pauvre prince, l'on te méprise. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1137" id="Footnote_1137" href="#FNanchor_1137"><span class="label">[1137]</span></a> <i>Var.</i> L'autre te va coûter ta vie et ton État. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1138" id="Footnote_1138" href="#FNanchor_1138"><span class="label">[1138]</span></a> <i>Var.</i> Vu qu'à bien comparer mes fers avec ma flamme. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1139" id="Footnote_1139" href="#FNanchor_1139"><span class="label">[1139]</span></a> <i>Var.</i> <span>ÆGÉE, MÉDÉE, NÉRINE.</span> (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1140" id="Footnote_1140" href="#FNanchor_1140"><span class="label">[1140]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1141" id="Footnote_1141" href="#FNanchor_1141"><span class="label">[1141]</span></a> <i>Var.</i> Ces portes ne sont pas pour tenir contre moi. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1142" id="Footnote_1142" href="#FNanchor_1142"><span class="label">[1142]</span></a> <i>Var.</i> Je dois et l'un et l'autre à qui brise mes chaînes. (1639-48)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1143" id="Footnote_1143" href="#FNanchor_1143"><span class="label">[1143]</span></a>
+<i>Var.</i> Votre divin secours me tire de danger,<br />
+Mais je n'en veux sortir qu'afin de vous venger:<br />
+Madame, si jamais avec votre assistance<br />
+Je puis toucher les lieux de mon obéissance. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1144" id="Footnote_1144" href="#FNanchor_1144"><span class="label">[1144]</span></a> <i>Var.</i> Jusque dessus ces murs planter mes pavillons. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1145" id="Footnote_1145" href="#FNanchor_1145"><span class="label">[1145]</span></a> <i>Var.</i> Étouffe les devoirs de ma reconnoissance? (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1146" id="Footnote_1146" href="#FNanchor_1146"><span class="label">[1146]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 709.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1147" id="Footnote_1147" href="#FNanchor_1147"><span class="label">[1147]</span></a> Voyez la remarque de Corneille sur ce passage, tome I, p. 107.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1148" id="Footnote_1148" href="#FNanchor_1148"><span class="label">[1148]</span></a> <i>Var.</i> Nérine devant vous portera ce flambeau. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1149" id="Footnote_1149" href="#FNanchor_1149"><span class="label">[1149]</span></a>
+<i>Var.</i> Et me donner bientôt l'honneur de vous revoir<a name="FNanchor_1149-a" id="FNanchor_1149-a" href="#Footnote_1149-a" class="fnanchor">[1149-a]</a>!<br />
+<span class="smcap">MÉD.</span> Auparavant que vous je serai dans Athènes;<br />
+Cependant, pour loyer de ces légères peines<a name="FNanchor_1149-b" id="FNanchor_1149-b" href="#Footnote_1149-b" class="fnanchor">[1149-b]</a>,<br />
+Ayez soin de Nérine, et songez seulement<br />
+Qu'en elle vous pouvez m'obliger puissamment<a name="FNanchor_1149-c" id="FNanchor_1149-c" href="#Footnote_1149-c" class="fnanchor">[1149-c]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1149-a" id="Footnote_1149-a" href="#FNanchor_1149-a"><span class="label">[1149-a]</span></a> Ce premier vers de la variante se trouve dans les éditions de 1639-64.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1149-b" id="Footnote_1149-b" href="#FNanchor_1149-b"><span class="label">[1149]-b</span></a> Cependant, pour le prix de ces légères peines. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1149-c" id="Footnote_1149-c" href="#FNanchor_1149-c"><span class="label">[1149]-c</span></a> Ce dernier vers termine l'acte dans les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1150" id="Footnote_1150" href="#FNanchor_1150"><span class="label">[1150]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1151" id="Footnote_1151" href="#FNanchor_1151"><span class="label">[1151]</span></a> Dans l'édition de 1692, Thomas Corneille a remplacé <i>attireront</i> par <i>t'attireront</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1152" id="Footnote_1152" href="#FNanchor_1152"><span class="label">[1152]</span></a>
+<i>Var.</i> [Dépêche, ou ces longueurs attireront ma haine.]<br />
+Ma verge, qui déjà t'empêche de courir,<br />
+N'a que trop de vertu pour te faire mourir.<br />
+Garde-toi seulement d'irriter ma colère.<br />
+Et pense que ta mort dépend de me déplaire.<br />
+<span class="smcap">THEUD.</span> Apprenez un effet le plus prodigieux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1153" id="Footnote_1153" href="#FNanchor_1153"><span class="label">[1153]</span></a> <i>Var.</i> Cette pauvre princesse à peine l'a vêtue. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1154" id="Footnote_1154" href="#FNanchor_1154"><span class="label">[1154]</span></a> Il y a <i>s'y jette</i>, au singulier, dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1155" id="Footnote_1155" href="#FNanchor_1155"><span class="label">[1155]</span></a>
+<i>Var.</i> Qui veut les dépouiller, eux-mêmes les déchire,<br />
+Et l'aide qu'on leur donne est un nouveau martyre. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1156" id="Footnote_1156" href="#FNanchor_1156"><span class="label">[1156]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1207, 1208.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1157" id="Footnote_1157" href="#FNanchor_1157"><span class="label">[1157]</span></a>
+<i>Var.</i> A convoyer Pollux hors des murs de la ville,<br />
+Qui court à grande hâte aux noces de sa s&oelig;ur. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1158" id="Footnote_1158" href="#FNanchor_1158"><span class="label">[1158]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">MÉDÉE</span>, <i>lui donnant</i>, etc. (1644-60)&mdash;Ce jeu de scène ne se trouve
+pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1159" id="Footnote_1159" href="#FNanchor_1159"><span class="label">[1159]</span></a> Il n'y a pas ici de distinction de scène dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1160" id="Footnote_1160" href="#FNanchor_1160"><span class="label">[1160]</span></a>
+<i>Ex pellice utinam liberos hostis meus<br />
+Aliquos haberet!</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 920, 921.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1161" id="Footnote_1161" href="#FNanchor_1161"><span class="label">[1161]</span></a>
+. . . . . . . . . <i>Non sunt mei.<br />
+. . . . . . Crimine et culpa carent;<br />
+Sunt innocentes: fateor; et frater fuit.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 934-936.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1162" id="Footnote_1162" href="#FNanchor_1162"><span class="label">[1162]</span></a>
+<i>Scelus est Iason genitor.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 933.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1163" id="Footnote_1163" href="#FNanchor_1163"><span class="label">[1163]</span></a> <i>Var.</i> De l'amour aussitôt je tombe à la colère. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1164" id="Footnote_1164" href="#FNanchor_1164"><span class="label">[1164]</span></a>
+<i>Cor pepulit horror. . . . . . . . . .<br />
+Pectusque tremuit; ira discessit loco,<br />
+Materque tota, conjuge expulsa, redit.</i><br />
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br />
+<i>Quid, anime, titubas?</i> . . . . . . . .<br />
+<i>Variamque nunc huc ira, nunc illuc amor<br />
+Diducit?</i> . . . . . . . . . . . . . .<br />
+. . . . . . . . . <i>Ira pietatem fugat</i>,<br />
+<i>Iramque pietas.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 926-928 et 937-944.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1165" id="Footnote_1165" href="#FNanchor_1165"><span class="label">[1165]</span></a> Dans l'édition de 1682, on a imprimé <i>je l'en va</i>, pour <i>je l'en vais</i> (<i>vay</i>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_1166" id="Footnote_1166" href="#FNanchor_1166"><span class="label">[1166]</span></a>
+<i>Jamjam meo rapientur avulsi e sinu.</i><br />
+. . . . . . . <i>Osculis percant patris,<br />
+Periere matri.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 949-951.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1167" id="Footnote_1167" href="#FNanchor_1167"><span class="label">[1167]</span></a> <i>Var.</i> Mais ma pitié retourne, et revient me braver. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1168" id="Footnote_1168" href="#FNanchor_1168"><span class="label">[1168]</span></a>
+. . . . . <i>Anceps æstus incertam rapit.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 939.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1169" id="Footnote_1169" href="#FNanchor_1169"><span class="label">[1169]</span></a> <i>Var.</i> Allons à son trépas ajouter ce carnage. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1170" id="Footnote_1170" href="#FNanchor_1170"><span class="label">[1170]</span></a> <i>Var.</i> Loin de me secourir, vous croissez mes tourments. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1171" id="Footnote_1171" href="#FNanchor_1171"><span class="label">[1171]</span></a> <i>Var.</i> Et ma peau, qu'avec eux votre pitié m'arrache. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1172" id="Footnote_1172" href="#FNanchor_1172"><span class="label">[1172]</span></a>
+<i>Var.</i> Voyez comme mon sang en coule en mille lieux:<br />
+Ne me déchirez plus, bourreaux officieux;<br />
+Fuyez, ou ma fureur une fois débordée<br />
+Dans ces pieux devoirs vous prendra pour Médée. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1173" id="Footnote_1173" href="#FNanchor_1173"><span class="label">[1173]</span></a> Ce jeu de scène ne se trouve pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1174" id="Footnote_1174" href="#FNanchor_1174"><span class="label">[1174]</span></a> <i>Var.</i> Ce feu qui me consomme et dehors et dedans. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1175" id="Footnote_1175" href="#FNanchor_1175"><span class="label">[1175]</span></a> <i>Var.</i> Punit-il point assez mes souhaits imprudents? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1176" id="Footnote_1176" href="#FNanchor_1176"><span class="label">[1176]</span></a> <i>Var.</i> Et je crois qu'Ixion, au choix des sentiments. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1177" id="Footnote_1177" href="#FNanchor_1177"><span class="label">[1177]</span></a> L'édition de 1682 a, par erreur: <i>devrois</i>, pour <i>devois</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1178" id="Footnote_1178" href="#FNanchor_1178"><span class="label">[1178]</span></a> <i>Var.</i> Me porte bien des coups plus vifs et plus pressants. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1179" id="Footnote_1179" href="#FNanchor_1179"><span class="label">[1179]</span></a> <i>Var.</i> L'impiteuse Clothon en porte le flambeau. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1180" id="Footnote_1180" href="#FNanchor_1180"><span class="label">[1180]</span></a>
+<i>Var.</i> Cléone, soutenez, les forces me défaillent,<br />
+Et ma vigueur succombe aux douleurs qui m'assaillent;<br />
+Le c&oelig;ur me va manquer, je n'en puis plus, hélas!<br />
+Ne me refusez point ce funeste soulas,<br />
+Monsieur, et si pour moi quelque amour vous demeure. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1181" id="Footnote_1181" href="#FNanchor_1181"><span class="label">[1181]</span></a> L'édition de 1663 est la seule qui porte <i>arroseront</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1182" id="Footnote_1182" href="#FNanchor_1182"><span class="label">[1182]</span></a>
+<i>Var.</i> [De grâce, hâtez-vous de recevoir mon âme.]<br />
+<span class="smcap">CRÉON.</span> Ah! ma fille. <span class="smcap">CRÉUSE.</span> Ah! mon père. <span class="smcap">CLÉONE.</span> A ces embrassements,<br />
+Qui retiendroit ses pleurs et ses gémissements?<br />
+Dans ces ardents baisers leurs âmes se confondent,<br />
+Et leurs tristes sanglots seulement se répondent.<br />
+<span class="smcap">CRÉUSE.</span> Hé quoi! vous me quittez? [<span class="smcap">CRÉON.</span> Oui, je ne verrai pas.] (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1183" id="Footnote_1183" href="#FNanchor_1183"><span class="label">[1183]</span></a> <i>Var.</i> Quoi! vous me refusez? (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1184" id="Footnote_1184" href="#FNanchor_1184"><span class="label">[1184]</span></a> Ces mots ne sont pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1185" id="Footnote_1185" href="#FNanchor_1185"><span class="label">[1185]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> Il ne vit plus, sa belle âme est partie. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1186" id="Footnote_1186" href="#FNanchor_1186"><span class="label">[1186]</span></a> L'édition de 1682 a seule <i>douceurs</i>, au pluriel.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1187" id="Footnote_1187" href="#FNanchor_1187"><span class="label">[1187]</span></a>
+<i>Var.</i> Que vois-je ici, bons Dieux! quel spectacle d'horreur!<br />
+Quelque part que mes yeux portent ma vue errante. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1188" id="Footnote_1188" href="#FNanchor_1188"><span class="label">[1188]</span></a> <i>Var.</i> Et que ce scorpion sur ta plaie écrasé. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1189" id="Footnote_1189" href="#FNanchor_1189"><span class="label">[1189]</span></a>
+<i>Var.</i> [Je dois être puni de vous l'avoir offerte.]<br />
+Trop heureux si sa force agissant en mes mains<br />
+Eût de notre ennemie éventé les desseins,<br />
+Et détournant sur moi ses trames déloyales,<br />
+Mon âme eût satisfait pour deux âmes royales;<br />
+Mais ce poison m'épargne, et ces feux impuissants. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1190" id="Footnote_1190" href="#FNanchor_1190"><span class="label">[1190]</span></a>
+<i>Var.</i> [Réserve encor ma vie à de pires tourments!]<br />
+O honte! mes regrets permettent que je vive,<br />
+Et ne secourent pas ma main qu'elle captive;<br />
+Leur atteinte est trop foible, et dans un tel malheur<br />
+Je suis trop peu touché pour mourir de douleur.<br />
+[Pardonne, chère épouse, à mon obéissance.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1191" id="Footnote_1191" href="#FNanchor_1191"><span class="label">[1191]</span></a> Il y a <i>le corps</i>, pour <i>les corps</i>, dans l'édition de 1682.&mdash;Ce jeu de scène
+manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1192" id="Footnote_1192" href="#FNanchor_1192"><span class="label">[1192]</span></a> <i>Var.</i> <i>Étant en haut sur un balcon.</i> (1657)&mdash;<i>Elle est en haut sur un
+balcon.</i> (1663, en marge.)&mdash;Cette indication manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1193" id="Footnote_1193" href="#FNanchor_1193"><span class="label">[1193]</span></a> <i>Var.</i> Laisse la place vide à ton hymen nouveau. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1194" id="Footnote_1194" href="#FNanchor_1194"><span class="label">[1194]</span></a> Voyez la <i>Médée</i> d'Euripide, vers 1314, 1315.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1195" id="Footnote_1195" href="#FNanchor_1195"><span class="label">[1195]</span></a>
+<i>I nunc superbe, virginum thalamos pete.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 1007.)</span></p>
+
+<p>&mdash;Dans Euripide (vers 621-623) c'est avant la mort de Créuse que Médée dit
+à Jason: «Va, le désir de voir ta nouvelle épouse te subjugue.... Va l'épouser,
+etc.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1196" id="Footnote_1196" href="#FNanchor_1196"><span class="label">[1196]</span></a> Au lieu de: <i>exploits</i>, on lit: <i>effets</i>, dans l'édition de 1682, ce qui est
+évidemment une faute.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1197" id="Footnote_1197" href="#FNanchor_1197"><span class="label">[1197]</span></a>
+. . . . <i>Huc, huc, fortis, armigeri, cohors,<br />
+Conferte tela, vertite ex imo domum.</i><br />
+<span class="i9">(Sénèque, <i>Médée</i>, vers 980, 981.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1198" id="Footnote_1198" href="#FNanchor_1198"><span class="label">[1198]</span></a> Cette indication manque aussi dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1199" id="Footnote_1199" href="#FNanchor_1199"><span class="label">[1199]</span></a>
+<i>Sic fugere soleo: patuit in c&oelig;lum via.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1022.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1200" id="Footnote_1200" href="#FNanchor_1200"><span class="label">[1200]</span></a>
+<i>Meus dies est: tempore accepto utimur.</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1017.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1201" id="Footnote_1201" href="#FNanchor_1201"><span class="label">[1201]</span></a>
+. . . . <i>Conjugem agnoscis tuam?</i><br />
+<span class="i9">(<i>Ibidem</i>, vers 1021.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1202" id="Footnote_1202" href="#FNanchor_1202"><span class="label">[1202]</span></a> On a imprimé par erreur <i>victime</i>, pour <i>victoire</i>, dans l'édition de 1682.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1203" id="Footnote_1203" href="#FNanchor_1203"><span class="label">[1203]</span></a> <i>Var.</i> Si je te vais revoir plus tôt que tu ne veux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1204" id="Footnote_1204" href="#FNanchor_1204"><span class="label">[1204]</span></a> Ces mots ne se trouvent pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1205" id="Footnote_1205" href="#FNanchor_1205"><span class="label">[1205]</span></a> Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1206" id="Footnote_1206" href="#FNanchor_1206"><span class="label">[1206]</span></a> Par Desmarest.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1207" id="Footnote_1207" href="#FNanchor_1207"><span class="label">[1207]</span></a> <i>Histoire du Théâtre françois</i>, tome V, p. 96.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1208" id="Footnote_1208" href="#FNanchor_1208"><span class="label">[1208]</span></a> <i>Épître familière</i>, p. 17.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1209" id="Footnote_1209" href="#FNanchor_1209"><span class="label">[1209]</span></a> <i>Bibliothèque de l'École des chartes</i>, 1<sup>r</sup>e série, tome V, p. 317.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1210" id="Footnote_1210" href="#FNanchor_1210"><span class="label">[1210]</span></a> <i>Le Théâtre françois</i>, p. 174.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1211" id="Footnote_1211" href="#FNanchor_1211"><span class="label">[1211]</span></a> Josias de Soulas, écuyer, sieur de Floridor, succéda, au théâtre
+du Marais, à d'Orgemont, dans l'emploi d'orateur de la troupe; ensuite
+il remplaça Bellerose à l'hôtel de Bourgogne. Nous aurons à
+parler avec quelques détails de la façon dont il jouait Massinisse dans
+la <i>Sophonisbe</i> de Corneille. Il mourut vers 1672. Il eut trois enfants:
+un fils et deux filles. Son fils fut prêtre de la paroisse de Saint-Sauveur;
+sa fille aînée épousa le fils de Montfleury, et la cadette, un
+sieur Bigodet, qui devint fermier général après son mariage. Voyez
+<i>Histoire du Théâtre françois</i>, tome VIII, p. 217, et la note suivante.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1212" id="Footnote_1212" href="#FNanchor_1212"><span class="label">[1212]</span></a> Voici le titre exact de cet arrêt: <i>Arrêt du conseil d'État du Roi,
+en faveur du sieur de Floridor, comédien du Roi, contre les commis à
+la recherche des usurpateurs de noblesse; qui prouve que la qualité de
+comédien ne déroge point.</i> (Extrait des registres du conseil d'État
+du 10 septembre 1668.) On y lit que Floridor entra «dans les gardes
+du roi Louis XIII, père de S. M., où il porta le mousquet dans la
+compagnie du sieur de la Besne, et depuis servit en qualité d'enseigne
+dans le régiment de Rambierre; et après, la réforme de quelques
+compagnies de ce régiment lui fit prendre le parti de la comédie,
+dans laquelle il a servi depuis vingt-cinq ans, comme il fait
+encore à présent, au divertissement de S. M.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1213" id="Footnote_1213" href="#FNanchor_1213"><span class="label">[1213]</span></a> Voyez p. <a href="#Page_433">433</a>.</p>
+
+<p class="left5"><a name="Footnote_1214" id="Footnote_1214" href="#FNanchor_1214"><span class="label">[1214]</span></a>
+Cessez de vous en plaindre. A présent le théâtre<br />
+Est en un point si haut que chacun l'idolâtre,<br />
+Et ce que votre temps voyoit avec mépris<br />
+Est aujourd'hui l'amour de tous les bons esprits.<br />
+<span class="i9">(Vers 1645-1648.)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1215" id="Footnote_1215" href="#FNanchor_1215"><span class="label">[1215]</span></a> Le 6 juin 1861.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1216" id="Footnote_1216" href="#FNanchor_1216"><span class="label">[1216]</span></a> Le quatrième.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1217" id="Footnote_1217" href="#FNanchor_1217"><span class="label">[1217]</span></a> Commencement du cinquième acte.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1218" id="Footnote_1218" href="#FNanchor_1218"><span class="label">[1218]</span></a> Cette épître n'est que dans les éditions antérieures à 1660.&mdash;Les
+initiales cachent-elles un nom réel? Aucun éditeur n'est parvenu
+jusqu'ici à le découvrir.&mdash;Dans l'impression de 1639 on lit partout
+<i>Madamoiselle</i>, au lieu de <i>Mademoiselle</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1219" id="Footnote_1219" href="#FNanchor_1219"><span class="label">[1219]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_430">430</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1220" id="Footnote_1220" href="#FNanchor_1220"><span class="label">[1220]</span></a> <span class="smcap">Var.</span> (édit. de 1663 et de 1664): il ne seroit pas sûr.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1221" id="Footnote_1221" href="#FNanchor_1221"><span class="label">[1221]</span></a> <i>Art poétique</i>, vers 93 et 94.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1222" id="Footnote_1222" href="#FNanchor_1222"><span class="label">[1222]</span></a> On lit ainsi à partir de l'impression de 1668; dans les éditions
+antérieures: «plus de vingt et cinq années.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1223" id="Footnote_1223" href="#FNanchor_1223"><span class="label">[1223]</span></a> L'indication de ce rôle et des deux suivants manque dans l'édition
+de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1224" id="Footnote_1224" href="#FNanchor_1224"><span class="label">[1224]</span></a> On lit de plus, à la suite de ce rôle, dans les éditions de
+1639-1657: <span class="smcap">Rosine</span>, <i>princesse d'Angleterre</i>, <i>femme de Florilame</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_1225" id="Footnote_1225" href="#FNanchor_1225"><span class="label">[1225]</span></a> Le lieu de la scène n'est pas marqué dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1226" id="Footnote_1226" href="#FNanchor_1226"><span class="label">[1226]</span></a> <i>Var.</i> Ce grand mage, dont l'art commande à la nature. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1227" id="Footnote_1227" href="#FNanchor_1227"><span class="label">[1227]</span></a>
+<i>Var.</i> Si bien que ceux qu'amène un curieux desir<br />
+Pour consulter Alcandre attendent son loisir. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1228" id="Footnote_1228" href="#FNanchor_1228"><span class="label">[1228]</span></a> <i>Var.</i> Que pour se divertir il sort de sa demeure. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1229" id="Footnote_1229" href="#FNanchor_1229"><span class="label">[1229]</span></a> <i>Var.</i> Je croyois le réduire à force de punir. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1230" id="Footnote_1230" href="#FNanchor_1230"><span class="label">[1230]</span></a> <i>Longues erreurs</i>, longs voyages.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1231" id="Footnote_1231" href="#FNanchor_1231"><span class="label">[1231]</span></a> <i>Var.</i> Pour trouver quelque fin à tant de maux soufferts. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1232" id="Footnote_1232" href="#FNanchor_1232"><span class="label">[1232]</span></a>
+<i>Var.</i> J'ai vu les plus fameux en ces noires sciences<br />
+Dont vous dites qu'Alcandre a tant d'expériences. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1233" id="Footnote_1233" href="#FNanchor_1233"><span class="label">[1233]</span></a> <i>Var.</i> On en faisoit l'état que vous faites de lui. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1234" id="Footnote_1234" href="#FNanchor_1234"><span class="label">[1234]</span></a> <i>Var.</i> Et connoît l'avenir et les choses passées. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1235" id="Footnote_1235" href="#FNanchor_1235"><span class="label">[1235]</span></a> <i>Var.</i> Et je fus étonné d'entendre les discours. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1236" id="Footnote_1236" href="#FNanchor_1236"><span class="label">[1236]</span></a> <i>Var.</i> Des traits les plus cachés de mes jeunes amours. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1237" id="Footnote_1237" href="#FNanchor_1237"><span class="label">[1237]</span></a> <i>Var.</i> Espérez mieux: il sort, et s'avance vers vous. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1238" id="Footnote_1238" href="#FNanchor_1238"><span class="label">[1238]</span></a> L'édition de 1639 donne, par erreur sans doute, <i>ces pas</i>, pour <i>ses pas</i>.
+Un peu plus bas, au vers 98, il y a de même <i>ces bras</i>, pour <i>ses bras</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1239" id="Footnote_1239" href="#FNanchor_1239"><span class="label">[1239]</span></a> <i>Var.</i> Rennes ainsi qu'à moi lui donne la naissance. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1240" id="Footnote_1240" href="#FNanchor_1240"><span class="label">[1240]</span></a>
+<i>Var.</i> Là de son fils et moi naquit l'affection:<br />
+Nous étions pareils d'âge et de condition. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1241" id="Footnote_1241" href="#FNanchor_1241"><span class="label">[1241]</span></a> <i>Var.</i> Oracle de nos jours, qui connoît toutes choses. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1242" id="Footnote_1242" href="#FNanchor_1242"><span class="label">[1242]</span></a> <i>Var.</i> Je le tiendrai rendu si j'en sais des nouvelles. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1243" id="Footnote_1243" href="#FNanchor_1243"><span class="label">[1243]</span></a> <i>Var.</i> Je veux vous faire voir sa fortune éclatante. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1244" id="Footnote_1244" href="#FNanchor_1244"><span class="label">[1244]</span></a> <i>Var.</i> Les novices de l'art, avecque leurs encens. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1245" id="Footnote_1245" href="#FNanchor_1245"><span class="label">[1245]</span></a> L'édition originale (1639) nous offre ici une variante qui pourrait s'expliquer,
+mais qui est corrigée comme une faute dans l'errata:</p>
+
+<p class="left5">Leurs herbes, fleurs, parfums et leurs cérémonies.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1246" id="Footnote_1246" href="#FNanchor_1246"><span class="label">[1246]</span></a> <i>Var.</i> Pour les faire valoir et pour vous faire peur. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1247" id="Footnote_1247" href="#FNanchor_1247"><span class="label">[1247]</span></a> Chapuzeau, dans un chapitre de son <i>Théâtre françois</i> qui a pour titre
+<i>Grande dépense en habits</i> (p. 170), nous donne quelques détails qui prouvent
+que Pridamant parle ici sans aucune exagération: «Cet article de la dépense
+des comédiens est plus considérable qu'on ne s'imagine. Il y a peu de pièces
+nouvelles qui ne leur coûtent de nouveaux ajustements, et le faux or ni le
+faux argent qui rougissent bientôt n'y étant pas employés, un habit à la
+romaine ira souvent à cinq cents écus. Ils aiment mieux user de ménage en
+toute autre chose pour donner plus de contentement au public, et il y a tel
+comédien dont l'équipage vaut plus de dix mille francs. Il est vrai que lorsqu'ils
+représentent une pièce qui n'est uniquement que pour les plaisirs du Roi,
+les gentilshommes de la chambre ont ordre de donner à chaque acteur, pour les
+ajustements nécessaires, une somme de cent écus ou quatre cents livres, et s'il
+arrive qu'un même acteur ait deux ou trois personnages à représenter, il touche
+de l'argent comme pour deux ou trois.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1248" id="Footnote_1248" href="#FNanchor_1248"><span class="label">[1248]</span></a> <i>Var.</i> Mon fils n'est point du rang à porter ces richesses. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1249" id="Footnote_1249" href="#FNanchor_1249"><span class="label">[1249]</span></a>
+<i>Var.</i> Et sa condition ne sauroit endurer<br />
+Qu'avecque tant de pompe il ose se parer. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1250" id="Footnote_1250" href="#FNanchor_1250"><span class="label">[1250]</span></a> <i>Var.</i> Qu'en public de la sorte il ose se parer. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1251" id="Footnote_1251" href="#FNanchor_1251"><span class="label">[1251]</span></a> L'édition de 1682 a seule ici: <i>ces accidents</i>, pour <i>ses accidents</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1252" id="Footnote_1252" href="#FNanchor_1252"><span class="label">[1252]</span></a> Après le nom d'<span class="smcap">ALCANDRE</span>, Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a
+ajouté ici, et plus bas à la fin de la scène: <i>à Dorante</i>, indication qui n'est pas
+inutile pour la clarté.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1253" id="Footnote_1253" href="#FNanchor_1253"><span class="label">[1253]</span></a> <i>Var.</i> Il vous faut sans réplique accepter ses arrêts. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1254" id="Footnote_1254" href="#FNanchor_1254"><span class="label">[1254]</span></a> Un grand nombre d'écrivains publics étaient alors établis dans le cloître
+de Saint-Innocent. L'auteur d'un petit écrit publié en 1615 et qui a pour titre
+<i>Le Secrétaire de Saint-Innocent</i>, fait l'apologie de cette profession, «laquelle,
+dit-il, ne me fait pas.... si peu d'honneur, qu'il n'y ait encore un des marguilliers
+et deux bourgeois de la paroisse qui me saluent les premiers quand
+ils me rencontrent et me disent en passant: «Dieu vous gard', Monsieur!»
+Qu'en pourroit attendre davantage un gentilhomme de dix mille francs de
+rente? Il s'en sentiroit bien fort honoré.» Quant aux profits, ils n'étaient pas
+bien considérables, à ce qu'il paraît; car nous voyons un charbonnier et un
+crocheteur aborder l'écrivain, lui payer à boire; après quoi, le charbonnier
+lui dit: «Vous ne serez pas malcontent de nous, qui avons encore chacun une
+pièce de cinq sous de reste après avoir bu.» Ce qui fait dire à l'auteur,
+émerveillé d'une si bonne aubaine: «Qui fut bien aise d'une si belle et si utile
+occasion, à laquelle chaque bissexte n'en porte pas deux semblables? ce fut
+moi.»&mdash;Voyez encore, dans <i>la Ville de Paris en vers burlesques</i> de Berthod,
+le long morceau où il décrit la conduite et le style des secrétaires de Saint-Innocent.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1255" id="Footnote_1255" href="#FNanchor_1255"><span class="label">[1255]</span></a>
+<i>Var.</i> Ennuyé de la plume, il le quitta soudain. (1644-68)</p>
+
+<p>&mdash;Les éditions de 1652 et de 1657 donnent, par erreur: <i>se quitta</i>, pour <i>le
+quitta</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1256" id="Footnote_1256" href="#FNanchor_1256"><span class="label">[1256]</span></a> A la foire Saint-Germain, qui se tenait sur l'emplacement actuel du marché
+Saint-Germain et s'étendait jusqu'à l'extrémité de la rue de Tournon et
+aux environs du Luxembourg. Elle s'ouvrait le 3 février; elle a eu lieu pour la
+dernière fois en 1789.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1257" id="Footnote_1257" href="#FNanchor_1257"><span class="label">[1257]</span></a> <i>Var.</i> Et dans l'Académie il joua de la main. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1258" id="Footnote_1258" href="#FNanchor_1258"><span class="label">[1258]</span></a> La fontaine de la Samaritaine, élevée sur le Pont-Neuf, tirait son nom
+d'un groupe de bronze doré représentant Jésus et la Samaritaine auprès du
+puits de Jacob. Elle a été entièrement détruite en 1812.&mdash;Nous appelons
+encore <i>ponts-neufs</i> les chansons qui courent les rues.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1259" id="Footnote_1259" href="#FNanchor_1259"><span class="label">[1259]</span></a> On pourrait être tenté de croire qu'il est question de Gautier-Garguille,
+comédien d'abord au Marais, et ensuite à l'Hôtel de Bourgogne; mais les
+noms <i>Gautier</i> et <i>Guillaume</i> s'employaient autrefois d'une manière générale,
+comme aujourd'hui <i>Pierre</i> et <i>Paul</i>. Voyez Godefroy, <i>Lexique de Corneille</i>,
+tome II, p. 433.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1260" id="Footnote_1260" href="#FNanchor_1260"><span class="label">[1260]</span></a> Il ne s'agit pas ici de Gros-Guillaume. Voyez la note précédente.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1261" id="Footnote_1261" href="#FNanchor_1261"><span class="label">[1261]</span></a> <i>Var.</i> Depuis il trafiqua des chapelets de baume. (1654 et 60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1262" id="Footnote_1262" href="#FNanchor_1262"><span class="label">[1262]</span></a> Buscon, Lazarille, Gusman sont les héros de divers romans espagnols, du
+genre picaresque, dont il avait paru des traductions françaises, soit à la fin du
+seizième, soit au commencement du dix-septième siècle. Celui auquel Buscon
+donne son nom a pour auteur don François Quevedo de Villegas, et a été publié
+en français en 1633. Les aventures de Lazarille de Tormes ont été attribuées
+par les uns à Diego Hurtado de Mendoza, par d'autres à Jean de Ortega:
+une traduction française de la première partie a paru dès 1560; une autre,
+de la première et de la seconde, en 1620. La vie et les gestes de Guzman
+d'Alfarache, écrits en espagnol par Matthieu Aleman, furent traduits en français,
+en 1600, puis en 1632. Sayavèdre ou Sayavedra est un chevalier d'industrie,
+qui, après avoir dépouillé Guzman d'Alfarache de tout ce qu'il possédait,
+devient son domestique et partage quelque temps sa vie aventureuse.
+Voyez les livres IV et V du roman.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1263" id="Footnote_1263" href="#FNanchor_1263"><span class="label">[1263]</span></a> L'édition de 1682 donne seule: «Quoi qu'il s'offre,» au lieu de: «Quoi
+qui s'offre.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1264" id="Footnote_1264" href="#FNanchor_1264"><span class="label">[1264]</span></a> <i>Var.</i> Quoi qui s'offre à vos yeux, n'en ayez point d'effroi. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1265" id="Footnote_1265" href="#FNanchor_1265"><span class="label">[1265]</span></a> <i>Var.</i> Soupirez-vous après quelques nouveaux lauriers? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1266" id="Footnote_1266" href="#FNanchor_1266"><span class="label">[1266]</span></a> <i>Var.</i> Et puis quand auriez-vous rassemblé votre armée? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1267" id="Footnote_1267" href="#FNanchor_1267"><span class="label">[1267]</span></a> Voyez la <i>Notice</i>, p. <a href="#Page_423">423</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1268" id="Footnote_1268" href="#FNanchor_1268"><span class="label">[1268]</span></a> De l'espagnol <i>bellaco</i>, <i>vellaco</i>, maraud, coquin.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1269" id="Footnote_1269" href="#FNanchor_1269"><span class="label">[1269]</span></a> <i>Var.</i> Le penser m'adoucit: va, ma colère cesse. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1270" id="Footnote_1270" href="#FNanchor_1270"><span class="label">[1270]</span></a> <i>Var.</i> Je vous vois aussi beau que vous êtes terrible. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1271" id="Footnote_1271" href="#FNanchor_1271"><span class="label">[1271]</span></a> <i>Var.</i> Qui puisse constamment vous refuser son c&oelig;ur. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1272" id="Footnote_1272" href="#FNanchor_1272"><span class="label">[1272]</span></a> <i>Troubler</i>, neutralement, pour se troubler.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1273" id="Footnote_1273" href="#FNanchor_1273"><span class="label">[1273]</span></a> Les éditions de 1644-57 ont <i>que</i>, au lieu de <i>qui</i>, ce qui fait une leçon vide
+de sens.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1274" id="Footnote_1274" href="#FNanchor_1274"><span class="label">[1274]</span></a> <i>Var.</i> Et donneroit à Mars à gouverner son foudre. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1275" id="Footnote_1275" href="#FNanchor_1275"><span class="label">[1275]</span></a> Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_144">144</a>, note 425.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1276" id="Footnote_1276" href="#FNanchor_1276"><span class="label">[1276]</span></a> <i>Var.</i> Le jour jusqu'à midi se passoit sans lumière. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1277" id="Footnote_1277" href="#FNanchor_1277"><span class="label">[1277]</span></a>
+<i>Var.</i> Où se pouvoit cacher la reine des clartés?<br />
+<span class="smcap">MAT.</span> Parbieu je la tenois encore à mes côtés.<br />
+Aucun n'osa jamais la chercher dans ma chambre,<br />
+Et le dernier de juin fut un jour de décembre;<br />
+Car enfin, supplié par le Dieu du sommeil,<br />
+Je la rendis au monde, et l'on vit le soleil. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1278" id="Footnote_1278" href="#FNanchor_1278"><span class="label">[1278]</span></a> <i>Var.</i> Et tout ce qu'elle obtint par son frivole amour. (1660-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1279" id="Footnote_1279" href="#FNanchor_1279"><span class="label">[1279]</span></a> Dans l'édition de 1682, on lit, mais c'est probablement une faute d'impression:
+«leurs pays,» pour: «les pays.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1280" id="Footnote_1280" href="#FNanchor_1280"><span class="label">[1280]</span></a> <i>Var.</i> J'ai détruit les pays avecque les monarques. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1281" id="Footnote_1281" href="#FNanchor_1281"><span class="label">[1281]</span></a> <i>Var.</i> Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point ma valeur. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1282" id="Footnote_1282" href="#FNanchor_1282"><span class="label">[1282]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur, <i>vers vous</i>, pour <i>vers moi</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1283" id="Footnote_1283" href="#FNanchor_1283"><span class="label">[1283]</span></a> Dans l'édition de 1639, le vers commence ainsi: «Cruelle, c'est là
+donc, etc.;» mais l'errata y substitue: «Cruelle, est-ce là donc, etc.?»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1284" id="Footnote_1284" href="#FNanchor_1284"><span class="label">[1284]</span></a>
+<i>Var.</i> Et la même action, à votre sentiment,<br />
+Mérite récompense, au mien un châtiment.<br />
+<span class="smcap">ADR.</span> Donner un châtiment à des flammes si saintes. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1285" id="Footnote_1285" href="#FNanchor_1285"><span class="label">[1285]</span></a> <i>Var.</i> Ne me donna du c&oelig;ur que pour vous adorer. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1286" id="Footnote_1286" href="#FNanchor_1286"><span class="label">[1286]</span></a> <i>Var.</i> Mon âme prit naissance avecque votre idée. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1287" id="Footnote_1287" href="#FNanchor_1287"><span class="label">[1287]</span></a>
+<i>Var.</i> Et les premiers regards dont m'aient frappé vos yeux<br />
+N'ont fait qu'exécuter l'ordonnance des cieux,<br />
+Que vous saisir d'un bien qu'ils avoient fait tout vôtre. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1288" id="Footnote_1288" href="#FNanchor_1288"><span class="label">[1288]</span></a> <i>Var.</i> Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir un autre<a name="FNanchor_1288-a" id="FNanchor_1288-a" href="#Footnote_1288-a" class="fnanchor">[1288-a]</a>. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1288-a" id="Footnote_1288-a" href="#FNanchor_1288-a"><span class="label">[1288-a]</span></a> Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1289" id="Footnote_1289" href="#FNanchor_1289"><span class="label">[1289]</span></a>
+<i>Var.</i> Après tout, vous avez bonne part à sa haine,<br />
+Ou de quelque grand crime il vous donne la peine;<br />
+Car je ne pense pas qu'il soit supplice égal<br />
+D'être forcé d'aimer qui vous traite si mal.<br />
+ADR. Puisque ainsi vous jugez que ma peine est si dure,<br />
+Prenez quelque pitié des tourments que j'endure. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1290" id="Footnote_1290" href="#FNanchor_1290"><span class="label">[1290]</span></a> <i>Var.</i> Que je vois ces tourments passer pour superflus. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1291" id="Footnote_1291" href="#FNanchor_1291"><span class="label">[1291]</span></a> <i>Conte</i>, compte. Voyez tome I, p. 150, note 497.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1292" id="Footnote_1292" href="#FNanchor_1292"><span class="label">[1292]</span></a> <i>Var.</i> Au moins si ce grand bruit qui court de vos merveilles. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1293" id="Footnote_1293" href="#FNanchor_1293"><span class="label">[1293]</span></a> L'impression de 1682 porte, mais à tort: «Que nous avons.» Notre
+texte: «Que vous avez,» est celui de toutes les autres éditions qui ont paru
+du vivant de Corneille, et de celle que Thomas a publiée en 1692.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1294" id="Footnote_1294" href="#FNanchor_1294"><span class="label">[1294]</span></a> En marge, dans l'édition de 1639: <i>Elle montre Clindor.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_1295" id="Footnote_1295" href="#FNanchor_1295"><span class="label">[1295]</span></a> <i>Var.</i> Sans que jamais mon c&oelig;ur acceptât ces maîtresses. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1296" id="Footnote_1296" href="#FNanchor_1296"><span class="label">[1296]</span></a> <i>Var.</i> Qu'elles n'aient pu blesser un c&oelig;ur dont je dispose! (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1297" id="Footnote_1297" href="#FNanchor_1297"><span class="label">[1297]</span></a> Ici l'édition de 1692 ajoute: <i>montrant Clindor</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1298" id="Footnote_1298" href="#FNanchor_1298"><span class="label">[1298]</span></a> <i>Var.</i> Sus-tu rien de leur flamme et de la jalousie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1299" id="Footnote_1299" href="#FNanchor_1299"><span class="label">[1299]</span></a> <i>Var.</i> Dont pour moi toutes deux avoient l'âme saisie? (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1300" id="Footnote_1300" href="#FNanchor_1300"><span class="label">[1300]</span></a> Dans l'impression de 1682: «l'un et l'autre,» ce qui est une faute
+évidente.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1301" id="Footnote_1301" href="#FNanchor_1301"><span class="label">[1301]</span></a> <i>Var.</i> Trop pleine des lauriers remportés sur les rois. (1639-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1302" id="Footnote_1302" href="#FNanchor_1302"><span class="label">[1302]</span></a> Il n'y a point ici de distinction de scène dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1303" id="Footnote_1303" href="#FNanchor_1303"><span class="label">[1303]</span></a> L'édition de 1682 donne seule: «du temps,» pour: «d'un temps.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1304" id="Footnote_1304" href="#FNanchor_1304"><span class="label">[1304]</span></a>
+<i>Var.</i> Un clin d'&oelig;il vaut pour vous tout le discours des autres. (1639)<br />
+<i>Var.</i> Un coup d'&oelig;il vaut pour vous tout le discours des autres. (1644-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1305" id="Footnote_1305" href="#FNanchor_1305"><span class="label">[1305]</span></a>
+<i>Var.</i> En ce piteux état, ma fortune si basse<br />
+Trouve encor quelque part en votre bonne grâce. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1306" id="Footnote_1306" href="#FNanchor_1306"><span class="label">[1306]</span></a> <i>Var.</i> C'est comme il faut choisir, et l'amour véritable. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1307" id="Footnote_1307" href="#FNanchor_1307"><span class="label">[1307]</span></a> <i>Var.</i> S'attache seulement à ce qu'il voit d'aimable. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1308" id="Footnote_1308" href="#FNanchor_1308"><span class="label">[1308]</span></a> <i>Var.</i> Sans qu'elle ait vu vos pas s'adresser en ce lieu. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1309" id="Footnote_1309" href="#FNanchor_1309"><span class="label">[1309]</span></a> <i>Divertissez</i>, détournez. Voyez tome I, p. 184, note 614.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1310" id="Footnote_1310" href="#FNanchor_1310"><span class="label">[1310]</span></a> <i>Var.</i> Vous n'avez point la mine à servir sans dessein. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1311" id="Footnote_1311" href="#FNanchor_1311"><span class="label">[1311]</span></a>
+<i>Var.</i> Me croyez-vous bastant de nuire à votre feu?<br />
+<span class="smcap">ADR.</span> Sans réplique, de grâce, ou vous verrez beau jeu. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1312" id="Footnote_1312" href="#FNanchor_1312"><span class="label">[1312]</span></a> <i>Var.</i> Et je suis homme à rendre un jour ce qu'on me prête. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1313" id="Footnote_1313" href="#FNanchor_1313"><span class="label">[1313]</span></a> Les mots <i>jaloux</i> et <i>foux</i> sont ainsi imprimés et riment aux yeux dans
+toutes les éditions. Dans <i>la Comédie des Tuileries</i>, nous avons vu au contraire
+<i>jalous</i> et <i>courrous</i>, par une <i>s</i>, rimant avec des mots en <i>ous</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1314" id="Footnote_1314" href="#FNanchor_1314"><span class="label">[1314]</span></a> <i>Var.</i> Je suis trop glorieux et crois trop d'Isabelle. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1315" id="Footnote_1315" href="#FNanchor_1315"><span class="label">[1315]</span></a> <i>Var.</i> Pour craindre qu'un valet me supplante auprès d'elle. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1316" id="Footnote_1316" href="#FNanchor_1316"><span class="label">[1316]</span></a> <i>Var.</i> Le plaisir qu'elle prend à rire avecque lui. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1317" id="Footnote_1317" href="#FNanchor_1317"><span class="label">[1317]</span></a> <i>Var.</i> Oh Dieu! que me dis-tu? (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1318" id="Footnote_1318" href="#FNanchor_1318"><span class="label">[1318]</span></a> <i>Var.</i> De notre Rodomont il s'est mis au service. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1319" id="Footnote_1319" href="#FNanchor_1319"><span class="label">[1319]</span></a>
+<i>Var.</i> Où choisi pour agent de ses<a name="FNanchor_1319-a" id="FNanchor_1319-a" href="#Footnote_1319-a" class="fnanchor">[1319-a]</a> folles amours,<br />
+Isabelle a prêté l'oreille à ses discours.<br />
+Il a si bien charmé cette pauvre abusée. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1319-a" id="Footnote_1319-a" href="#FNanchor_1319-a"><span class="label">[1319-a]</span></a> L'édition de 1639 donne, par erreur, <i>ces</i>, pour <i>ses</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1320" id="Footnote_1320" href="#FNanchor_1320"><span class="label">[1320]</span></a> Dans l'édition de 1692, on lit après ce vers: <i>Il lui donne un dimant.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_1321" id="Footnote_1321" href="#FNanchor_1321"><span class="label">[1321]</span></a> Ici l'orthographe de ce mot est <i>gaignée</i> dans toutes les éditions, excepté
+dans celle de 1657.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1322" id="Footnote_1322" href="#FNanchor_1322"><span class="label">[1322]</span></a> Dans l'édition de 1682, il y a <i>le</i>, pour <i>la</i>, ce qui est évidemment une
+faute.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1323" id="Footnote_1323" href="#FNanchor_1323"><span class="label">[1323]</span></a>
+<i>Var.</i> Je connois votre bien beaucoup mieux que vous-même.<br />
+Orgueilleuse, il vous faut, je pense, un diadème,<br />
+Et ce jeune baron, avecque tout son bien,<br />
+Passe encore chez vous pour un homme de rien!<br />
+Que lui manque après tout? bien fait de corps et d'âme,<br />
+Noble, courageux, riche, adroit et plein de flamme,<br />
+[Il vous fait trop d'honneur.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1324" id="Footnote_1324" href="#FNanchor_1324"><span class="label">[1324]</span></a> <i>Var.</i> Et reconnois fort mal les honneurs qu'il me fait. (1639-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1325" id="Footnote_1325" href="#FNanchor_1325"><span class="label">[1325]</span></a>
+<i>Var.</i> De certains mouvements que le ciel nous inspire<br />
+Nous font aux yeux d'autrui souvent choisir le pire.<br />
+C'est lui qui d'un regard fait naître en notre c&oelig;ur<br />
+L'estime ou le mépris, l'amour ou la rigueur.<br />
+[Il attache ici-bas avec des sympathies.] (1639-57)</p>
+
+<p>&mdash;Voyez ci-dessus, p. <a href="#Page_309">309</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1326" id="Footnote_1326" href="#FNanchor_1326"><span class="label">[1326]</span></a> <i>Var.</i> Les âmes que son choix a là-haut assorties. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1327" id="Footnote_1327" href="#FNanchor_1327"><span class="label">[1327]</span></a> <i>Var.</i> Impudente, est-ce ainsi que l'on se justifie? (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1328" id="Footnote_1328" href="#FNanchor_1328"><span class="label">[1328]</span></a> <i>Var.</i> Ce guerrier valeureux nous tient-il dans ses fers? (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1329" id="Footnote_1329" href="#FNanchor_1329"><span class="label">[1329]</span></a> L'édition de 1648 porte, par erreur sans doute, <i>contester</i>, à l'infinitif.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1330" id="Footnote_1330" href="#FNanchor_1330"><span class="label">[1330]</span></a>
+<i>Var.</i> A l'empêcher de courre après son propre sens;<br />
+Mais c'est l'humeur du sexe: il aime à contredire,<br />
+Pour secouer, s'il peut, le joug de notre empire. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1331" id="Footnote_1331" href="#FNanchor_1331"><span class="label">[1331]</span></a> <i>Var.</i> N'auras-tu point enfin pitié de ma fortune? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1332" id="Footnote_1332" href="#FNanchor_1332"><span class="label">[1332]</span></a> Ce sont les noms de deux anciens royaumes de la presqu'île occidentale
+de l'Hindoustan.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1333" id="Footnote_1333" href="#FNanchor_1333"><span class="label">[1333]</span></a> <i>Var.</i> Où sont vos ennemis, que j'en fasse un carnage? (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1334" id="Footnote_1334" href="#FNanchor_1334"><span class="label">[1334]</span></a> On lit <i>fureur</i>, pour <i>faveur</i>, dans l'édition de 1657.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1335" id="Footnote_1335" href="#FNanchor_1335"><span class="label">[1335]</span></a> C'est ainsi que le mot est imprimé dans toutes les éditions. Cette orthographe
+était générale au commencement du dix-septième siècle. Voyez le <i>Lexique</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1336" id="Footnote_1336" href="#FNanchor_1336"><span class="label">[1336]</span></a> <i>Var.</i> Qui se connoissant mal à faire des bravades. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1337" id="Footnote_1337" href="#FNanchor_1337"><span class="label">[1337]</span></a> <i>Var.</i> Que n'ai-je eu cent rivaux à la place d'un père. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1338" id="Footnote_1338" href="#FNanchor_1338"><span class="label">[1338]</span></a> <i>Médaille de damné</i>, portrait, vraie image de damné.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1339" id="Footnote_1339" href="#FNanchor_1339"><span class="label">[1339]</span></a> <i>Parnes</i>, pièces de bois posées sur la charpente d'un comble pour recevoir
+les chevrons; on dit plus ordinairement <i>pannes</i>.&mdash;<i>Soles</i> signifie proprement
+les pièces de bois placées à plat qui portent la cage d'un moulin à vent; il se
+dit aussi de celles qui se couchent à terre dans les autres constructions et machines.&mdash;<i>Traveteaux</i>,
+petites poutres, petites solives.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1340" id="Footnote_1340" href="#FNanchor_1340"><span class="label">[1340]</span></a> Les éditions de 1652-64 portent <i>peintures</i>, au pluriel.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1341" id="Footnote_1341" href="#FNanchor_1341"><span class="label">[1341]</span></a> Le mot <i>seul</i> manque dans l'édition de 1639 et dans celles de 1648-57.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1342" id="Footnote_1342" href="#FNanchor_1342"><span class="label">[1342]</span></a> <i>Var.</i> Bien que pour l'épouser je lui donne ma foi. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1343" id="Footnote_1343" href="#FNanchor_1343"><span class="label">[1343]</span></a>
+<i>Var.</i> Un rien s'assemble mal avec un autre rien;<br />
+Mais si tu ménageois ma flamme avec adresse,<br />
+Une femme est sujette, une amante est maîtresse;<br />
+Les plaisirs sont plus grands à se voir moins souvent:<br />
+La femme les achète, et l'amante les vend;<br />
+Un amour par devoir bien aisément s'altère;<br />
+Les n&oelig;uds en sont plus forts quand il est volontaire;<br />
+Il hait toute contrainte, et son plus doux appas<a name="FNanchor_1343-a" id="FNanchor_1343-a" href="#Footnote_1343-a" class="fnanchor">[1343-a]</a><br />
+Se goûte quand on aime et qu'on peut n'aimer pas;<br />
+Seconde avec douceur celui que je te porte.<br />
+<span class="smcap">LYSE.</span> Vous me connoissez trop pour m'aimer de la sorte,<br />
+Et vous en parlez moins de votre sentiment<br />
+Qu'à dessein de railler par divertissement.<br />
+Je prends tout en riant comme vous me le dites:<br />
+[Allez continuer cependant vos visites.]<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Un peu de tes faveurs me rendroit plus content. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1343-a" id="Footnote_1343-a" href="#FNanchor_1343-a"><span class="label">[1343-a]</span></a> Voyez tome I, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1344" id="Footnote_1344" href="#FNanchor_1344"><span class="label">[1344]</span></a> Une double erreur typographique a défiguré ce vers et le suivant dans
+l'édition de 1682:</p>
+
+<p class="left5">Et malgré les douceurs que l'amour déploie,<br />
+Deux malheurs ensemble ont toujours courte joie.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1345" id="Footnote_1345" href="#FNanchor_1345"><span class="label">[1345]</span></a>
+<i>Var.</i> De ce qu'à ses desirs ma raison fait d'injure. (1660 et 63)<br />
+<i>Var.</i> De ce qu'à ces desirs ma raison fait d'injure. (1664 et 68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1346" id="Footnote_1346" href="#FNanchor_1346"><span class="label">[1346]</span></a> <i>Var.</i> Aux lieux où vous trouvez votre heur et votre joie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1347" id="Footnote_1347" href="#FNanchor_1347"><span class="label">[1347]</span></a> On lit <i>un autre</i> dans les éditions de 1664-82. Voyez tome I, p. 228, note 759.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1348" id="Footnote_1348" href="#FNanchor_1348"><span class="label">[1348]</span></a>
+<i>Var.</i> Souviens-toi donc.... <span class="smcap">LYSE.</span> De rien que m'ait pu dire....<br />
+<span class="smcap">CLIND.</span> Un amant.... <span class="smcap">LYSE.</span> Un causeur qui prend plaisir à rire<a name="FNanchor_1348-a" id="FNanchor_1348-a" href="#Footnote_1348-a" class="fnanchor">[1348-a]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1348-a" id="Footnote_1348-a" href="#FNanchor_1348-a"><span class="label">[1348-a]</span></a> La scène <span class="smcap">V</span> finit là dans les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1349" id="Footnote_1349" href="#FNanchor_1349"><span class="label">[1349]</span></a>
+<i>Var.</i> Et pour me suborner il contrefait l'amant!<br />
+Qui hait ma sainte ardeur m'aime dans l'infamie,<br />
+Me dédaigne pour femme, et me veut pour amie.<br />
+Perfide, qu'as-tu vu dedans mes actions,<br />
+Qui te dût enhardir à ces prétentions?<br />
+Qui t'a fait m'estimer digne d'être abusée,<br />
+Et juger mon honneur une conquête aisée?<br />
+J'ai tout pris en riant, mais c'étoit seulement. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1350" id="Footnote_1350" href="#FNanchor_1350"><span class="label">[1350]</span></a>
+<i>Var.</i> Et ma feinte douceur te laissant espérer,<br />
+Te jette dans les rets que j'ai su préparer.<br />
+Va, traître, aime en tous lieux, et partage ton âme:<br />
+Choisis qui tu voudras pour maîtresse et pour femme;<br />
+Donne à l'une ton c&oelig;ur, donne à l'autre ta foi;<br />
+Mais ne crois plus tromper Isabelle ni moi.<br />
+Ce long calme bientôt va tourner en tempête,<br />
+Et l'orage est tout prêt à fondre sur ta tête:<br />
+Surpris par un rival dans ce cher entretien,<br />
+Il vengera d'un coup son malheur et le mien.<br />
+Toutefois qu'as-tu fait qui t'en rende coupable<a name="FNanchor_1350-a" id="FNanchor_1350-a" href="#Footnote_1350-a" class="fnanchor">[1350-a]</a>? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1350-a" id="Footnote_1350-a" href="#FNanchor_1350-a"><span class="label">[1350-a]</span></a> [Toutefois qu'as-tu fait qui te rende coupable?] (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1351" id="Footnote_1351" href="#FNanchor_1351"><span class="label">[1351]</span></a>
+<i>Var.</i> Oublions les projets de sa flamme maudite,<br />
+[Et laissons-le jouir du bonheur qu'il mérite.]<br />
+Que de pensers divers en mon c&oelig;ur amoureux,<br />
+Et que je sens dans l'âme un combat rigoureux!<br />
+Perdre qui me chérit! épargner qui m'affronte!<br />
+Ruiner ce que j'aime! aimer qui veut ma honte!<br />
+L'amour produira-t-il un si cruel effet?<br />
+L'impudent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait<a name="FNanchor_1351-a" id="FNanchor_1351-a" href="#Footnote_1351-a" class="fnanchor">[1351-a]</a>?<br />
+Mon amour me séduit, et ma haine m'emporte,<br />
+L'une peut tout sur moi, l'autre n'est pas moins forte:<br />
+N'écoutons plus l'amour pour un tel suborneur,<br />
+Et laissons à la haine assurer mon honneur. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1351-a" id="Footnote_1351-a" href="#FNanchor_1351-a"><span class="label">[1351-a]</span></a> L'insolent rira-t-il de l'affront qu'il m'a fait? (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1352" id="Footnote_1352" href="#FNanchor_1352"><span class="label">[1352]</span></a> <i>Var.</i> Puisque ton faux espoir n'a fait qu'aigrir ma peine. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1353" id="Footnote_1353" href="#FNanchor_1353"><span class="label">[1353]</span></a> <i>Var.</i> Coulons-nous en faveur des ombres de la nuit. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1354" id="Footnote_1354" href="#FNanchor_1354"><span class="label">[1354]</span></a> <i>Var.</i> J'ai le corps tout glacé, je ne saurois courir. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1355" id="Footnote_1355" href="#FNanchor_1355"><span class="label">[1355]</span></a> Cette indication manque dans l'édition de 1639 et dans celles de 1648-60.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1356" id="Footnote_1356" href="#FNanchor_1356"><span class="label">[1356]</span></a>
+<i>Var.</i> Notre baron d'ailleurs est devenu jaloux,<br />
+Et c'est aussi pourquoi je vous ai fait descendre;<br />
+Dedans mon cabinet ils nous pourroient surprendre;<br />
+Ici nous causerons en plus de sûreté. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1357" id="Footnote_1357" href="#FNanchor_1357"><span class="label">[1357]</span></a>
+<i>Var.</i> Je n'en puis prendre trop pour conserver un bien<br />
+Sans qui tout l'univers ensemble ne m'est rien:<br />
+Oui, je fais plus d'état d'avoir gagné votre âme,<br />
+Que si tout l'univers me connoissoit pour dame.<br />
+[Un rival par mon père attaque en vain ma foi.] (1639-57)<br />
+<i>Var.</i> Je n'en puis prendre trop pour m'assurer un bien. (1660-68)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1358" id="Footnote_1358" href="#FNanchor_1358"><span class="label">[1358]</span></a> <i>Var.</i> Mais pour vous je me plais à être mal traitée<a name="FNanchor_1358-a" id="FNanchor_1358-a" href="#Footnote_1358-a" class="fnanchor">[1358-a]</a>. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1358-a" id="Footnote_1358-a" href="#FNanchor_1358-a"><span class="label">[1358-a]</span></a> Nous avons vu déjà des exemples d'hiatus au tome I, p. 173, note 3, et
+à la page 188, nota 2, de ce volume.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1359" id="Footnote_1359" href="#FNanchor_1359"><span class="label">[1359]</span></a>
+<i>Var.</i> Il n'est point de tourments qui ne me semblent doux,<br />
+Si ma fidélité les endure pour vous. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1360" id="Footnote_1360" href="#FNanchor_1360"><span class="label">[1360]</span></a> <i>Var.</i> Vous verrez que ce choix n'est pas tant inégal. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1361" id="Footnote_1361" href="#FNanchor_1361"><span class="label">[1361]</span></a> <i>Var.</i> Et que, tout balancé, je vaux bien un rival. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1362" id="Footnote_1362" href="#FNanchor_1362"><span class="label">[1362]</span></a> <i>Var.</i> Cependant, mon souci, permettez-moi de craindre. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1363" id="Footnote_1363" href="#FNanchor_1363"><span class="label">[1363]</span></a> <i>Var.</i> J'en sais bien le remède, et croyez qu'en ce cas. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1364" id="Footnote_1364" href="#FNanchor_1364"><span class="label">[1364]</span></a> <i>Var.</i> Il suffit que sur moi je me rende absolue. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1365" id="Footnote_1365" href="#FNanchor_1365"><span class="label">[1365]</span></a>
+<i>Var.</i> Que leurs plus grands efforts sont des efforts en l'air,<br />
+Et que.... <span class="smcap">MAT.</span> C'est trop souffrir: il est temps de parler. (1639-57)<br />
+<i>Var.</i> Ainsi tous leurs projets sont des projets en l'air. (1660-63)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1366" id="Footnote_1366" href="#FNanchor_1366"><span class="label">[1366]</span></a> Dans l'édition de 1692, on lit à la suite de ce vers: <i>Isabelle rentre.</i></p>
+
+<p><a name="Footnote_1367" id="Footnote_1367" href="#FNanchor_1367"><span class="label">[1367]</span></a> <i>Var.</i> <i>Le tirant à un coin du théâtre.</i> (1644-60)&mdash;Cette indication ne se
+trouve pas dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1368" id="Footnote_1368" href="#FNanchor_1368"><span class="label">[1368]</span></a> <i>Var.</i> Oui, j'ai pris votre place, et vous ai mis dehors. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1369" id="Footnote_1369" href="#FNanchor_1369"><span class="label">[1369]</span></a> <i>Var.</i> Choisis donc promptement, et songe à tes affaires. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1370" id="Footnote_1370" href="#FNanchor_1370"><span class="label">[1370]</span></a> On lit <i>ses valets</i> dans les éditions de 1644, de 1652 et de 1654.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1371" id="Footnote_1371" href="#FNanchor_1371"><span class="label">[1371]</span></a> Par une erreur singulière, on a imprimé dans les éditions de 1652-57:
+J'ai déjà massacré dix hommes <i>en</i> cette nuit.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1372" id="Footnote_1372" href="#FNanchor_1372"><span class="label">[1372]</span></a>
+<i>Var.</i> Demande-moi pardon, et quitte cet objet,<br />
+Dont les perfections m'ont rendu son sujet. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1373" id="Footnote_1373" href="#FNanchor_1373"><span class="label">[1373]</span></a>
+<i>Var.</i> Commandez que sa foi soit d'un baiser suivie.<br />
+<span class="smcap">MAT.</span> Je le veux.</p>
+
+<p><span class="left10">SCÈNE XI.</span><br />
+<span class="left5">GÉRONTE, ADRASTE, <span class="smcap">ETC.</span><br />
+<span class="i8 smcap">ADR.</span> Ce baiser te va coûter la vie. (1639-57)</span></p>
+
+<p><a name="Footnote_1374" id="Footnote_1374" href="#FNanchor_1374"><span class="label">[1374]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">TROUPES DE DOMESTIQUES</span>. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1375" id="Footnote_1375" href="#FNanchor_1375"><span class="label">[1375]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1376" id="Footnote_1376" href="#FNanchor_1376"><span class="label">[1376]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">GÉRONTE</span>, <i>survenant</i>. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1377" id="Footnote_1377" href="#FNanchor_1377"><span class="label">[1377]</span></a> <i>Var.</i> Hélas! je cède au nombre. Adieu, chère Isabelle. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1378" id="Footnote_1378" href="#FNanchor_1378"><span class="label">[1378]</span></a> <i>Var.</i> Doit faire agir demain un pouvoir tyrannique<a name="FNanchor_1378-a" id="FNanchor_1378-a" href="#Footnote_1378-a" class="fnanchor">[1378-a]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1378-a" id="Footnote_1378-a" href="#FNanchor_1378-a"><span class="label">[1378-a]</span></a> On lit dans l'édition de 1654:
+<span class="left5">Doit faire agir <i>pour moi</i> un pouvoir tyrannique,</span></p>
+
+<p>ce qui fait un non-sens et un hiatus.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1379" id="Footnote_1379" href="#FNanchor_1379"><span class="label">[1379]</span></a> <i>Var.</i> La faveur du pays, l'autorité du mort. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1380" id="Footnote_1380" href="#FNanchor_1380"><span class="label">[1380]</span></a> <i>Var.</i> C'est de m'avoir aimée et d'être trop parfait! (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1381" id="Footnote_1381" href="#FNanchor_1381"><span class="label">[1381]</span></a>
+<i>Var.</i> [T'ayant acquis mon c&oelig;ur, ont fait aussi ton crime.]<br />
+Contre elles un jaloux fit son traître dessein<a name="FNanchor_1381-a" id="FNanchor_1381-a" href="#Footnote_1381-a" class="fnanchor">[1381-a]</a>,<br />
+Et reçut le trépas qu'il portoit dans ton sein.<br />
+Qu'il eût valu bien mieux à ta valeur trompée<br />
+Offrir ton estomac ouvert à son épée,<br />
+Puisque, loin de punir ceux qui t'ont attaqué,<br />
+Les lois vont achever le coup qu'ils ont manqué!<br />
+Tu fusses mort alors, mais sans ignominie:<br />
+Ta mort n'eût point laissé ta mémoire ternie;<br />
+On n'eût point vu le foible opprimé du puissant,<br />
+Ni mon pays souillé du sang d'un innocent,<br />
+Ni Thémis endurer l'indigne violence<br />
+Qui pour l'assassiner emprunte sa balance<a name="FNanchor_1381-b" id="FNanchor_1381-b" href="#Footnote_1381-b" class="fnanchor">[1381-b]</a>.<br />
+Hélas! et de quoi sert à mon c&oelig;ur enflammé<a name="FNanchor_1381-c" id="FNanchor_1381-c" href="#Footnote_1381-c" class="fnanchor">[1381-c]</a><br />
+D'avoir fait un beau choix et d'avoir bien aimé,<br />
+Si mon amour fatal te conduit au supplice<br />
+Et m'apprête à moi-même un mortel précipice?<br />
+Car en vain après toi l'on me laisse le jour. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1381-a" id="Footnote_1381-a" href="#FNanchor_1381-a"><span class="label">[1381-a]</span></a> Contre elles un jaloux forma son noir dessein. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1381-b" id="Footnote_1381-b" href="#FNanchor_1381-b"><span class="label">[1381-b]</span></a> Qui pour t'assassiner emprunte sa balance. (1648 et 60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1381-c" id="Footnote_1381-c" href="#FNanchor_1381-c"><span class="label">[1381-c]</span></a> De quoi sert à mon c&oelig;ur si vivement charmé. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1382" id="Footnote_1382" href="#FNanchor_1382"><span class="label">[1382]</span></a>
+<i>Var.</i> Et remet plus avant dans ma triste pensée<br />
+L'aimable souvenir de mon amour passée. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1383" id="Footnote_1383" href="#FNanchor_1383"><span class="label">[1383]</span></a> <i>Var.</i> L'un est mort, et demain l'autre perdra la vie. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1384" id="Footnote_1384" href="#FNanchor_1384"><span class="label">[1384]</span></a> <i>Var.</i> Impudente, oses-tu me tenir ces paroles? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1385" id="Footnote_1385" href="#FNanchor_1385"><span class="label">[1385]</span></a> <i>Var.</i> Et puis après cela jugez si je vous aime. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1386" id="Footnote_1386" href="#FNanchor_1386"><span class="label">[1386]</span></a> <i>Var.</i> Va, ne m'informe<a name="FNanchor_1386-a" id="FNanchor_1386-a" href="#Footnote_1386-a" class="fnanchor">[1386-a]</a> plus si je suivrois sa fuite. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1386-a" id="Footnote_1386-a" href="#FNanchor_1386-a"><span class="label">[1386-a]</span></a> Voyez tome I, p. 472, note 1532.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1387" id="Footnote_1387" href="#FNanchor_1387"><span class="label">[1387]</span></a> <i>Var.</i> La prison est fort proche. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1388" id="Footnote_1388" href="#FNanchor_1388"><span class="label">[1388]</span></a> Les éditions de 1664-82 donnent <i>mourrois</i>, pour <i>mourois</i>, ce qui ne nous
+paraît pas offrir de sens.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1389" id="Footnote_1389" href="#FNanchor_1389"><span class="label">[1389]</span></a> <i>Var.</i> Moi de prendre mon temps, que sa bonne fortune. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1390" id="Footnote_1390" href="#FNanchor_1390"><span class="label">[1390]</span></a> <i>Var.</i> Ç'ai-je, dit; tu peux tout, et ton frère est absent. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1391" id="Footnote_1391" href="#FNanchor_1391"><span class="label">[1391]</span></a> <i>Var.</i> Lui faire offre en ce cas de tout ce que j'avois. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1392" id="Footnote_1392" href="#FNanchor_1392"><span class="label">[1392]</span></a>
+<i>Var.</i><span class="i9">J'ai bien fait encor pire:</span><br />
+J'ai dit que c'est pour vous que ce captif soupire,<br />
+Que vous l'aimiez de même et fuiriez avec nous. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1393" id="Footnote_1393" href="#FNanchor_1393"><span class="label">[1393]</span></a> L'édition de 1639 porte <i>fantasie</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1394" id="Footnote_1394" href="#FNanchor_1394"><span class="label">[1394]</span></a>
+<i>Var.</i> Et que tous ces délais provenoient seulement. (1639, 44 et 52-57)<br />
+<i>Var.</i> Et que tous ses délais provenoient seulement. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1395" id="Footnote_1395" href="#FNanchor_1395"><span class="label">[1395]</span></a> L'édition de 1682 donne à tort: <i>pour moi</i>, au lieu de: <i>par moi</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1396" id="Footnote_1396" href="#FNanchor_1396"><span class="label">[1396]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'il alloit y pourvoir, et que vers la mi-nuit<br />
+Vous fussiez toute prête à déloger sans bruit. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1397" id="Footnote_1397" href="#FNanchor_1397"><span class="label">[1397]</span></a>
+<i>Var.</i> Allez, ployez bagage, et n'épargnez en somme<br />
+Ni votre cabinet, ni celui du bonhomme. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1398" id="Footnote_1398" href="#FNanchor_1398"><span class="label">[1398]</span></a> <i>Var.</i> Allons faire le coup ensemble. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1399" id="Footnote_1399" href="#FNanchor_1399"><span class="label">[1399]</span></a>
+<i>Var.</i> [J'espère aussi, Clindor, que pour reconnoissance,]<br />
+Tu réduiras pour moi tes v&oelig;ux dans l'innocence,<br />
+Qu'un mari me tenant en sa possession,<br />
+Sa présence vaincra ta folle passion,<br />
+Ou que, si cette ardeur encore te possède,<br />
+Ma maîtresse avertie y mettra bon remède<a name="FNanchor_1399-a" id="FNanchor_1399-a" href="#Footnote_1399-a" class="fnanchor">[1399-a]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1399-a" id="Footnote_1399-a" href="#FNanchor_1399-a"><span class="label">[1399-a]</span></a> La scène III finit là dans les éditions indiquées.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1400" id="Footnote_1400" href="#FNanchor_1400"><span class="label">[1400]</span></a>
+<i>Var.</i> Qu'il s'est caché de peur dans la chambre aux fagots.<br />
+<span class="smcap">MAT.</span> De peur? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1401" id="Footnote_1401" href="#FNanchor_1401"><span class="label">[1401]</span></a> A ce vers, et un peu plus bas au vers 1177, toutes les éditions portent
+<i>ambrosie</i>, excepté celle de 1639, où on lit <i>ambroisie</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1402" id="Footnote_1402" href="#FNanchor_1402"><span class="label">[1402]</span></a> <i>Var.</i> Je le vais réparer. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1403" id="Footnote_1403" href="#FNanchor_1403"><span class="label">[1403]</span></a> <i>Var.</i> Madame, grâce aux Dieux, tout va le mieux du monde. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1404" id="Footnote_1404" href="#FNanchor_1404"><span class="label">[1404]</span></a>
+<i>Var.</i> Ah! que tu me ravis! et quel digne salaire<br />
+Pourrai-je présenter à mon dieu tutélaire?<br />
+<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Voici la récompense où mon desir prétend.<br />
+<span class="smcap">ISAB.</span> Lyse, il faut se résoudre à le rendre content. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1405" id="Footnote_1405" href="#FNanchor_1405"><span class="label">[1405]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">LE GEÔLIER</span>, <i>montrant Lyse</i>. (1660)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1406" id="Footnote_1406" href="#FNanchor_1406"><span class="label">[1406]</span></a> L'édition de 1639 porte: «par ces ruines;» celle de 1657: «de ses
+ruines.» Ce sont vraisemblablement deux fautes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1407" id="Footnote_1407" href="#FNanchor_1407"><span class="label">[1407]</span></a> <i>Var.</i> <i>Il est en prison.</i> (1663, en marge.)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1408" id="Footnote_1408" href="#FNanchor_1408"><span class="label">[1408]</span></a> <i>Var.</i> Vous avez de douceurs et de charmes pour moi! (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1409" id="Footnote_1409" href="#FNanchor_1409"><span class="label">[1409]</span></a> <i>Var.</i> Viendront en mon esprit figurer mes malheurs. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1410" id="Footnote_1410" href="#FNanchor_1410"><span class="label">[1410]</span></a>
+<i>Var.</i> Pour déguiser la honte et l'horreur d'un supplice!<br />
+Il faut mourir enfin, et quitter ces beaux yeux. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1411" id="Footnote_1411" href="#FNanchor_1411"><span class="label">[1411]</span></a> <i>Var.</i> L'ombre d'un meurtrier cause encor ma ruine. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1412" id="Footnote_1412" href="#FNanchor_1412"><span class="label">[1412]</span></a> Dans l'édition de 1682, on lit ainsi ce vers:</p>
+
+<p class="left5">De qui les passions s'arment d'autorité.</p>
+
+<p>C'est sans doute encore une faute. Au vers 1259 il y a, autre erreur, <i>prenant</i>,
+pour <i>prennent</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1413" id="Footnote_1413" href="#FNanchor_1413"><span class="label">[1413]</span></a> <i>Var.</i> Demain de mon courage ils doivent faire un crime. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1414" id="Footnote_1414" href="#FNanchor_1414"><span class="label">[1414]</span></a> <i>Var.</i> Je frémis au penser de ma triste aventure<a name="FNanchor_1414-a" id="FNanchor_1414-a" href="#Footnote_1414-a" class="fnanchor">[1414-a]</a>. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1414-a" id="Footnote_1414-a" href="#FNanchor_1414-a"><span class="label">[1414-a]</span></a> L'édition de 1657 porte, évidemment par erreur: «d'une triste aventure.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1415" id="Footnote_1415" href="#FNanchor_1415"><span class="label">[1415]</span></a> <i>Var.</i> De l'amas insolent du peuple qui me suit. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1416" id="Footnote_1416" href="#FNanchor_1416"><span class="label">[1416]</span></a> <i>Var.</i> Je ne découvre rien propre à me secourir. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1417" id="Footnote_1417" href="#FNanchor_1417"><span class="label">[1417]</span></a> <i>Var.</i> Aussitôt que je pense à tes divins attraits. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1418" id="Footnote_1418" href="#FNanchor_1418"><span class="label">[1418]</span></a> Voyez tome I, p. 205, note 687.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1419" id="Footnote_1419" href="#FNanchor_1419"><span class="label">[1419]</span></a> <i>Var.</i> <i>Isabelle et Lyse paroissent à quartier.</i> (1663, en marge.)&mdash;Cette
+indication manque dans les éditions de 1639-57.&mdash;<i>A quartier</i>, à l'écart. Voyez
+tome I, p. 93, note 382.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1420" id="Footnote_1420" href="#FNanchor_1420"><span class="label">[1420]</span></a> <i>Var.</i> <span class="smcap">ISABELLE</span>, <i>cependant que le Geôlier, etc.</i> (1660)&mdash;Ce jeu de scène
+manque dans les éditions de 1639-57.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1421" id="Footnote_1421" href="#FNanchor_1421"><span class="label">[1421]</span></a> <i>Var.</i> Ma chère âme, est-ce vous? surprises adorables! (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1422" id="Footnote_1422" href="#FNanchor_1422"><span class="label">[1422]</span></a>
+<i>Var.</i> Mon heur! [<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Ne perdons point le temps à ces caresses.] (1639-54)<br />
+<i>Var.</i> Mon heur! <span class="smcap">LE GEÔL.</span> Ne perdons point de temps à ces caresses. (1657)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1423" id="Footnote_1423" href="#FNanchor_1423"><span class="label">[1423]</span></a> <i>Var.</i> Nous aurons tout loisir de baiser nos maîtresses. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1424" id="Footnote_1424" href="#FNanchor_1424"><span class="label">[1424]</span></a>
+<i>Var.</i> Sur un gage si bon j'ose tout hasarder.<br />
+<span class="smcap">LE GEÔL.</span> Nous nous amusons trop, hâtons-nous d'évader. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1425" id="Footnote_1425" href="#FNanchor_1425"><span class="label">[1425]</span></a> Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.&mdash;L'édition de 1639,
+également par erreur, porte <i>leurs amours et leurs fuites</i>: la rime s'oppose à
+ce pluriel.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1426" id="Footnote_1426" href="#FNanchor_1426"><span class="label">[1426]</span></a> <i>Var.</i> Cette condition m'en ôtera l'envie. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1427" id="Footnote_1427" href="#FNanchor_1427"><span class="label">[1427]</span></a> En tête de cette scène et des suivantes, les indications placées après les
+noms des personnages ont été omises dans l'édition de 1639.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1428" id="Footnote_1428" href="#FNanchor_1428"><span class="label">[1428]</span></a> L'édition de 1682 porte seule: «que mon âme <i>en</i> ressent.»</p>
+
+<p><a name="Footnote_1429" id="Footnote_1429" href="#FNanchor_1429"><span class="label">[1429]</span></a> <i>Var.</i> Vous feriez beaucoup mieux de tout dissimuler. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1430" id="Footnote_1430" href="#FNanchor_1430"><span class="label">[1430]</span></a> <i>Var.</i> Ce n'est pas bien à nous d'avoir des jalousies. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1431" id="Footnote_1431" href="#FNanchor_1431"><span class="label">[1431]</span></a> Ici, comme plus haut, l'édition de 1639 porte <i>fantasies</i>. Voyez le
+vers 1110 (p.<a href="#Page_500"> 500</a>).</p>
+
+<p><a name="Footnote_1432" id="Footnote_1432" href="#FNanchor_1432"><span class="label">[1432]</span></a> <i>Var.</i> Il est toujours le maître, et tout votre discours. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1433" id="Footnote_1433" href="#FNanchor_1433"><span class="label">[1433]</span></a> <i>Var.</i> Un autre aura son c&oelig;ur, et moi le nom de femme. (1639 et 57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1434" id="Footnote_1434" href="#FNanchor_1434"><span class="label">[1434]</span></a>
+<i>Var.</i> Madame, leur honneur a des règles à part,<br />
+Où le votre se perd, le leur est sans hasard<a name="FNanchor_1434-a" id="FNanchor_1434-a" href="#Footnote_1434-a" class="fnanchor">[1434-a]</a>,<br />
+Et la même action entre eux et nous commune<br />
+Est pour nous déshonneur, pour eux bonne fortune.<br />
+La chasteté n'est plus la vertu d'un mari;<br />
+La princesse du vôtre a fait son favori:<br />
+Sa réputation croîtra par ses caresses;<br />
+[L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1434-a" id="Footnote_1434-a" href="#FNanchor_1434-a"><span class="label">[1434-a]</span></a> Où le nôtre se perd, le leur est sans hasard. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1435" id="Footnote_1435" href="#FNanchor_1435"><span class="label">[1435]</span></a> <i>Var.</i> Un homme comme lui tombe dans l'infamie. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1436" id="Footnote_1436" href="#FNanchor_1436"><span class="label">[1436]</span></a>
+<i>Var.</i> Sont-ce là les faveurs que vous m'aviez promises?<br />
+Où sont tant de baisers dont votre affection<br />
+Devoit être prodigue à ma réception?<br />
+Voici l'heure et le lieu, l'occasion est belle:<br />
+Je suis seul, vous n'avez que cette damoiselle,<br />
+Dont la dextérité ménagea nos amours;<br />
+Le temps est précieux, et vous fuyez toujours.<br />
+Vous voulez, je m'assure, avec ces artifices,<br />
+Que les difficultés augmentent nos délices.<br />
+A la fin je vous tiens. Quoi! vous me repoussez!<br />
+Que craignez-vous encor? Mauvaise, c'est assez:<br />
+[Florilame est absent, ma jalouse endormie.] (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1437" id="Footnote_1437" href="#FNanchor_1437"><span class="label">[1437]</span></a> L'édition de 1682 porte, par erreur, <i>jalousie</i>, pour <i>jalouse</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1438" id="Footnote_1438" href="#FNanchor_1438"><span class="label">[1438]</span></a> <i>Var.</i> Je l'ai quitté pourtant pour suivre ta misère. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1439" id="Footnote_1439" href="#FNanchor_1439"><span class="label">[1439]</span></a> <i>Var.</i> Ne pouvant être à toi de son consentement. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1440" id="Footnote_1440" href="#FNanchor_1440"><span class="label">[1440]</span></a>
+<i>Var.</i> Rends-moi dedans le sein dont tu m'as arrachée.<br />
+Je t'aime, et mon amour m'a fait tout hasarder. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1441" id="Footnote_1441" href="#FNanchor_1441"><span class="label">[1441]</span></a> <i>Var.</i> Non pas pour tes grandeurs, mais pour te posséder. (1639-60)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1442" id="Footnote_1442" href="#FNanchor_1442"><span class="label">[1442]</span></a> Voyez tome 1, p. 148, note 485.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1443" id="Footnote_1443" href="#FNanchor_1443"><span class="label">[1443]</span></a> <i>Var.</i> L'autre exposa ma tête en cent et cent dangers. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1444" id="Footnote_1444" href="#FNanchor_1444"><span class="label">[1444]</span></a>
+<i>Var.</i> Retourne en ton pays avecque tous tes biens<br />
+Chercher un rang pareil à celui que tu tiens.<br />
+Qui te manque après tout? de quoi peux-tu te plaindre? (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1445" id="Footnote_1445" href="#FNanchor_1445"><span class="label">[1445]</span></a> <i>Var.</i> Qu'un mari les adore, et qu'une amour extrême. (1639-54)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1446" id="Footnote_1446" href="#FNanchor_1446"><span class="label">[1446]</span></a> Voici les différentes manières dont ce vers a été imprimé dans les différentes
+éditions:</p>
+
+<p class="left5">A leur bigearre humeur ce soumette lui-même. (1639)<br />
+A leur bigearre humeur le soumettre lui-même. (1644)<br />
+A leur bigearre humeur se soumette lui-même. (1648-54)<br />
+A leur bizarre humeur se soumettre lui-même. (1657)<br />
+A leur bigearre humeur le soumette lui-même. (1660)<br />
+A leur bizarre humeur le soumettre lui-même. (1663-82)</p>
+
+<p>Nous avons cru devoir adopter la leçon de 1660, en substituant <i>bizarre à
+bigearre</i>, comme l'ont fait les éditions suivantes.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1447" id="Footnote_1447" href="#FNanchor_1447"><span class="label">[1447]</span></a>
+<i>Var.</i> Fait-il la moindre brèche à la foi conjugale. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1448" id="Footnote_1448" href="#FNanchor_1448"><span class="label">[1448]</span></a>
+<i>Var.</i> Laisse mon intérêt: songe à qui tu le dois. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1449" id="Footnote_1449" href="#FNanchor_1449"><span class="label">[1449]</span></a> <i>Var.</i> Par ces soins redoublés n'es-tu pas aujourd'hui. (1648)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1450" id="Footnote_1450" href="#FNanchor_1450"><span class="label">[1450]</span></a>
+<i>Var.</i> Et pour remercîment tu vas souiller sa couche!<br />
+Dans ta brutalité trouve quelque raison,<br />
+Et contre ses faveurs défends ta trahison. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1451" id="Footnote_1451" href="#FNanchor_1451"><span class="label">[1451]</span></a> Les éditions de 1639 et de 1663 écrivent: <i>les biens faits</i>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1452" id="Footnote_1452" href="#FNanchor_1452"><span class="label">[1452]</span></a> <i>Var.</i> Je t'aime, et si l'amour qui m'a surpris le c&oelig;ur. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1453" id="Footnote_1453" href="#FNanchor_1453"><span class="label">[1453]</span></a> <i>Var.</i> Mais en vain contre lui l'on tâche à résister. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1454" id="Footnote_1454" href="#FNanchor_1454"><span class="label">[1454]</span></a>
+<i>Var.</i> Ce dieu même à présent malgré moi m'a réduit<a name="FNanchor_1454-a" id="FNanchor_1454-a" href="#Footnote_1454-a" class="fnanchor">[1454-a]</a><br />
+A te faire un larcin des plaisirs d'une nuit.<br />
+A mes sens déréglés souffre cette licence:<br />
+Une pareille amour meurt dans la jouissance,<br />
+Celle dont la vertu n'est point le fondement. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1454-a" id="Footnote_1454-a" href="#FNanchor_1454-a"><span class="label">[1454-a]</span></a> Ce dieu même à présent malgré moi me réduit. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1455" id="Footnote_1455" href="#FNanchor_1455"><span class="label">[1455]</span></a> <i>Var.</i> Mais celle qui nous joint est une amour solide. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1456" id="Footnote_1456" href="#FNanchor_1456"><span class="label">[1456]</span></a>
+<i>Var.</i> Dont les fermes liens durent jusqu'au trépas,<br />
+Et dont la jouissance a de nouveaux appas. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1457" id="Footnote_1457" href="#FNanchor_1457"><span class="label">[1457]</span></a> Le participe est au féminin dans toutes les éditions antérieures à 1664;
+dans les impressions de 1664, 1668, 1682, et même encore dans celle de 1692,
+il y a <i>fait</i>, sans accord.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1458" id="Footnote_1458" href="#FNanchor_1458"><span class="label">[1458]</span></a> <i>Var.</i> Et n'affoiblit en rien un conjugal amour. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1459" id="Footnote_1459" href="#FNanchor_1459"><span class="label">[1459]</span></a> <i>Var.</i> Je vois qu'on me trahit, et je crois que l'on m'aime.(1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1460" id="Footnote_1460" href="#FNanchor_1460"><span class="label">[1460]</span></a> <i>Var.</i> Pourvu qu'à tout le moins tu changes sans danger. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1461" id="Footnote_1461" href="#FNanchor_1461"><span class="label">[1461]</span></a> <i>Var.</i> Attire encor sur moi les restes de ta peine. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1462" id="Footnote_1462" href="#FNanchor_1462"><span class="label">[1462]</span></a> <i>Var.</i> Adieu: je vais du moins, en mourant devant toi. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1463" id="Footnote_1463" href="#FNanchor_1463"><span class="label">[1463]</span></a> <i>Var.</i> Conspirent désormais à lui faire la guerre. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1464" id="Footnote_1464" href="#FNanchor_1464"><span class="label">[1464]</span></a> Voyez au <i>Complément des variantes</i>, p. <a href="#Page_524">524</a>.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1465" id="Footnote_1465" href="#FNanchor_1465"><span class="label">[1465]</span></a> Le <i>concierge</i> et le <i>portier</i> avaient des attributions fort différentes, que
+Chapuzeau nous fait connaître en ces termes, en 1674, dans son <i>Théâtre
+françois</i>: «Le <i>concierge</i> a soin d'ouvrir l'hôtel et de le fermer, de le tenir
+propre et en bon ordre, et après la comédie de visiter exactement partout,
+de peur d'accident du feu.» (P. 237.)&mdash;«Les <i>portiers</i>, en pareil nombre
+que les contrôleurs et aux mêmes portes, sont commis pour empêcher les
+désordres qui pourroient survenir; et pour cette fonction, avant les défenses
+étroites du Roi d'entrer sans payer, on faisoit choix d'un brave, mais qui
+d'ailleurs sût discerner les honnêtes gens d'avec ceux qui n'en portent pas la
+mine. Ils arrêtent ceux qui voudroient passer outre sans billet, et les avertissent
+d'en aller prendre au bureau, ce qu'ils font avec civilité, ayant ordre
+d'en user envers tout le monde, pourvu qu'on n'en vienne à aucune violence.
+L'Hôtel de Bourgogne ne s'en sert plus, à la réserve de la porte du théâtre; et
+en vertu de la déclaration du Roi, elle prend des soldats du régiment de ses
+gardes autant qu'il est nécessaire: ce que l'autre troupe qui a des portiers peut
+faire aussi au besoin. C'est ainsi que tous les désordres ont été bannis, et que
+le bourgeois peut venir avec plus de plaisir à la comédie.» (P. 242.)&mdash;Quant
+à la manière dont on partageait la recette, voyez la <i>Notice</i>, p. 427.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1466" id="Footnote_1466" href="#FNanchor_1466"><span class="label">[1466]</span></a> <i>Var.</i> <i>On tire un rideau, et on voit tous les comédiens qui partagent leur
+argent.</i> (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1467" id="Footnote_1467" href="#FNanchor_1467"><span class="label">[1467]</span></a>
+<i>Var.</i> Je vois Clindor, Rosine! ah, Dieux! quelle surprise!<br />
+Je vois leur assassin, je vois sa femme et Lyse! (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1468" id="Footnote_1468" href="#FNanchor_1468"><span class="label">[1468]</span></a> <i>Var.</i> Leurs vers font leur combat<a name="FNanchor_1468-a" id="FNanchor_1468-a" href="#Footnote_1468-a" class="fnanchor">[1468-a]</a>, leur mort suit leurs paroles. (1654-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1468-a" id="Footnote_1468-a" href="#FNanchor_1468-a"><span class="label">[1468-a]</span></a> L'édition de 1639 porte <i>leur combats</i>. Faut-il lire <i>leur combat</i>, ou <i>leurs
+combats</i>?</p>
+
+<p><a name="Footnote_1469" id="Footnote_1469" href="#FNanchor_1469"><span class="label">[1469]</span></a> <i>Var.</i> Tous les quatre, au besoin, en ont fait leur asile. (1639-59)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1470" id="Footnote_1470" href="#FNanchor_1470"><span class="label">[1470]</span></a> <i>Var.</i> Son adultère amour, son trépas impourvu<a name="FNanchor_1470-a" id="FNanchor_1470-a" href="#Footnote_1470-a" class="fnanchor">[1470-a]</a>. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1470-a" id="Footnote_1470-a" href="#FNanchor_1470-a"><span class="label">[1470-a]</span></a> Voyez tome I, p. 183, note 613.</p>
+
+<p><a name="Footnote_1471" id="Footnote_1471" href="#FNanchor_1471"><span class="label">[1471]</span></a> <i>Var.</i> Par où ses compagnons et lui dans leur métier. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1472" id="Footnote_1472" href="#FNanchor_1472"><span class="label">[1472]</span></a> <i>Var.</i> Ravissant dans Paris un peuple tout entier. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1473" id="Footnote_1473" href="#FNanchor_1473"><span class="label">[1473]</span></a> <i>Var.</i> Est en un point si haut qu'un chacun l'idolâtre. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1474" id="Footnote_1474" href="#FNanchor_1474"><span class="label">[1474]</span></a> <i>Var.</i> Parmi leurs passe-temps il tient les premiers rangs. (1639-64)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1475" id="Footnote_1475" href="#FNanchor_1475"><span class="label">[1475]</span></a> <i>Var.</i> S'il faut par la richesse estimer les personnes. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1476" id="Footnote_1476" href="#FNanchor_1476"><span class="label">[1476]</span></a> <i>Var.</i> Plus de biens et d'honneur qu'il n'eût trouvé chez vous. (1639-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1477" id="Footnote_1477" href="#FNanchor_1477"><span class="label">[1477]</span></a> <i>Var.</i> A banni cette erreur avecque la tristesse. (1639)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1478" id="Footnote_1478" href="#FNanchor_1478"><span class="label">[1478]</span></a> <i>Var.</i> Quelles grâces ici ne vous dois-je pas rendre? (1652-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1479" id="Footnote_1479" href="#FNanchor_1479"><span class="label">[1479]</span></a> <span class="smcap">CLINDOR</span>, <i>représentant Théagène</i>. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1480" id="Footnote_1480" href="#FNanchor_1480"><span class="label">[1480]</span></a> Tu l'offensois alors, aujourd'hui tu m'offenses. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1481" id="Footnote_1481" href="#FNanchor_1481"><span class="label">[1481]</span></a> Crois-tu donc à mon c&oelig;ur donner toujours la loi. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1482" id="Footnote_1482" href="#FNanchor_1482"><span class="label">[1482]</span></a> <span class="smcap">CLINDOR</span>, <i>représentant Théagène</i>. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1483" id="Footnote_1483" href="#FNanchor_1483"><span class="label">[1483]</span></a> <span class="smcap">ISABELLE</span>, <i>représentant Hippolyte</i>. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1484" id="Footnote_1484" href="#FNanchor_1484"><span class="label">[1484]</span></a> <span class="smcap">LYSE</span>, <i>représentant Clarine</i>. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1485" id="Footnote_1485" href="#FNanchor_1485"><span class="label">[1485]</span></a> <span class="smcap">Troupe de domestiques de Florilame.</span> (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1486" id="Footnote_1486" href="#FNanchor_1486"><span class="label">[1486]</span></a> Ce juste châtiment de vos lubriques feux. (1644-57)</p>
+
+<p><a name="Footnote_1487" id="Footnote_1487" href="#FNanchor_1487"><span class="label">[1487]</span></a> Ce jeu de scène manque dans l'édition de 1639.</p>
+</div>
+</div>
+
+<h2 class="p4">TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+<h4>CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME.</h4>
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="5" summary="TOC">
+<tr>
+ <td class="fl">LA GALERIE DU PALAIS, comédie</td>
+ <td valign="bottom" align="right"><a href="#Page_1">1</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp; Notice</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_3">3</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp; A Madame de Liancour</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_10">10</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp; Examen</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_11">11</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">La Galerie du Palais</span></td>
+ <td align="right"><a href="#Page_17">17</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="fl">LA SUIVANTE, comédie</td>
+ <td valign="bottom" align="right"><a href="#Page_113">113</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Notice</td>
+ <td><a href="#Page_115">115</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp; A Monsieur ***</td>
+ <td><a href="#Page_116">116</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Examen</td>
+ <td><a href="#Page_120">120</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">La Suivante</span></td>
+ <td><a href="#Page_127">127</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="fl">PLACE ROYALE, comédie</td>
+ <td valign="bottom"><a href="#Page_215">215</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Notice</td>
+ <td><a href="#Page_217">217</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;A Monsieur ***</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_219">219</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Examen</td>
+ <td><a href="#Page_221">221</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">La Place Royale</span></td>
+ <td><a href="#Page_225">225</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="fl">LA COMÉDIE DES TUILERIES, par les cinq auteurs (III<sup>e</sup> acte)</td>
+ <td valign="bottom"><a href="#Page_303">303</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Notice</td>
+ <td><a href="#Page_305">305</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Argument</td>
+ <td><a href="#Page_309">309</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">La Comédie des Tuileries</span> (III<sup>e</sup> <span class="smcap">acte)</span></td>
+ <td><a href="#Page_311">311</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="fl">MÉDÉE, tragédie</td>
+ <td valign="bottom"><a href="#Page_327">327</a>
+ <a name="Page_530" id="Page_530"></a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Notice</td>
+ <td><a href="#Page_329">329</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;A Monsieur P. T. N. G.</td>
+ <td><a href="#Page_332">332</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td>&nbsp; &nbsp;Examen</td>
+ <td><a href="#Page_333">333</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">Médée</span></td>
+ <td><a href="#Page_341">341</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td class="fl">L'ILLUSION, comédie</td>
+ <td valign="bottom"><a href="#Page_421">421</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Notice</td>
+ <td><a href="#Page_423">423</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;A Mademoiselle M. F. D. R.</td>
+ <td><a href="#Page_430">430</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Examen</td>
+ <td align="right"><a href="#Page_432">432</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp;<span class="smcap">L'Illusion</span></td>
+ <td><a href="#Page_435">435</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td> &nbsp; &nbsp;Complément des variantes</td>
+ <td><a href="#Page_524">524</a></td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="center p4"><small><b>FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.</b></small></p>
+<a name="Page_531" id="Page_531"></a>
+
+<p class="p6 center"><b>PARIS.&mdash;IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET C<sup>ie</sup></b></p>
+
+<p class="center"><b>Rue de Fleurus</b>, 9</p>
+<a name="Page_532" id="Page_532"></a>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Oeuvres de P. Corneille, by Pierre Corneille
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE P. CORNEILLE ***
+
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
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+1.F.
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
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+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
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